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org Cours conforme au programme de Sciences économiques et sociales de la classe de terminale, série ES (arrêté du 30 Juillet 2002).

Cours : Introduction Introduction
Vous avez essayé de comprendre l'année dernière, en classe de première, comment fonctionnaient l'économie et la société françaises. Cette année, la perspective change : d'une part, notre réflexion ne se limitera pas à la France, même si cela restera souvent notre premier exemple, d'autre part l'accent sera mis sur la dynamique, c'est-à -dire que nous essayerons de comprendre comment se font les changements, tant économiques que sociaux au cours du temps. Nous ne pouvons conduire cette étude sans utiliser des outils d'analyse qui ont été présentés en classe de première. Certes, nous serons parfois amenés à les définir à nouveau mais il serait tout à fait judicieux que vous commenciez par les revoir. Entre autres, nous utiliserons beaucoup cette année les instruments de la Comptabilité nationale et les concepts de base de la sociologie (culture, classes sociales, catégories socio-professionnelles). Quand on regarde le monde et son histoire depuis deux siècles, ce qui frappe, c'est l'ampleur des changements que l'on peut observer : le niveau de vie semble s'être considérablement élevé, les conditions de vie se sont transformées. On a même l'impression que ces changements vont de plus en plus vite : il n'y a certes rien de comparable entre les conditions de vie d'avant la seconde guerre mondiale et celles d'aujourd'hui, mais c'est vrai sans remonter si loin : quelle différence, par exemple, entre les conditions d'installation d'un jeune quittant sa famille aujourd'hui et celles qui existaient au début des années 70, où la douche et le téléphone étaient considérés comme le luxe absolu ! Il n'empêche que ces changements positifs, qui nous semblent évidents parce que nous les vivons, ne sont pas partagés par tous dans le monde, ni même par tous dans les pays riches. Ce sont donc ces deux questions que nous aborderons dans cette introduction : en quoi peut-on parler de croissance, de développement, de changement social d'une part, et, d'autre part, ces changements ne se sont-ils pas accompagnés de différences et d'inégalités de réalisation entre les pays et au cours du temps ? Cependant, avant de commencer cette présentation, il est nécessaire de rappeler en quoi consiste le cadre de ces changements. Nos sociétés sont d'abord des économies de marché, c'est-à -dire que les actions des différents intervenants sont rendues cohérentes grâce au marché par le système des prix. Cela signifie qu'existe la liberté d'entreprendre et de contracter. Cela ne signifie pas que l'Etat n'a pas à intervenir. Le marché, comme vous l'avez vu en première, ne peut pas fonctionner sans être organisé et sans un contrôle du respect des règles. L'Etat a aussi d'autres raisons d'intervenir dans une économie de marché. Il n'en reste pas moins que le fonctionnement de l'économie reste essentiellement déterminé par le marché. Nos sociétés sont d'autre part des sociétés qui sont marquées par la montée de l'individualisme : les sociétés modernes laissent une place grandissante à l'individu, la conscience collective pesant de moins en moins lourd sur la conscience individuelle. L'individu peut donc affirmer des choix et adopter des comportements qui le différencient par rapport aux autres. Les normes et les valeurs vont donc pouvoir se transformer plus rapidement qu'avant. Nous reviendrons sur ces transformations plus loin.

1 - Croissance, développement, changement social, de quoi parle-t-on ?
Avant de nous lancer dans la présentation des liens entre ces trois notions, il est nécessaire de les définir.

1.1 - Comment définir ces termes ?
Etudions successivement ces trois notions.

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1.1.1 - La croissance économique
De manière très simple, on peut dire que la croissance économique est l'accroissement sur une longue période des quantités de biens et services produits dans un pays. Cette quantité de biens et services est mesurée chaque année : on utilise en général pour cela un indicateur que vous connaissez bien, le PIB (produit intérieur brut), c'est-à -dire, schématiquement, la somme des valeurs ajoutées. Quand on le peut, on prend en compte la croissance du PIB par habitant qui est bien plus significative que celle du PIB global. [N'hésitez pas à aller voir la notion "valeur ajoutée " dans le chapitre 1 si vous avez besoin de réviser le programme de première. Vous trouverez en bas de cette page des activités vous permettant de vérifier ce que vous savez ou ne savez pas...] Pour pouvoir comparer la valeur du PIB d'une année sur l'autre et voir si elle augmente, il est nécessaire d'enlever les effets de l'inflation sur la mesure du PIB, c'est-à -dire de le calculer à prix constants. En effet, comme le PIB est calculé en utilisant les prix des produits, si ce prix augmente, on peut croire que le PIB augmente alors que ce n'est pas vrai réellement. Le plus souvent, la croissance économique est donc mesurée par le taux de croissance annuel du PIB réel (c'est-à -dire corrigé de l'inflation). Remarquons que les économistes parlent tellement souvent de la croissance économique qu'ils en viennent à ne plus parler que de " la croissance " et tout le monde comprend qu'ils veulent parler de la croissance économique ! Enfin, signalons que nous ne nous interrogeons pas ici sur la validité de la mesure de la croissance et sur l'intérêt de la notion elle-même. Nous reviendrons sur ces points, essentiels, dans le chapitre 1. Vous pouvez (et devez !) également vous reporter aux notions du chapitre 1 : vous trouverez en particulier dans la notion " PIB " un rappel de définition et des développements sur les problèmes posés par sa mesure, ce qui est très important ici puisque c'est l'augmentation du PIB (ou du PIB par habitant) qui est retenue comme indicateur de la croissance économique.

1.1.2 - Le développement
Pour définir le développement, citons François PERROUX, un grand économiste français du 20ème siècle : " le développement est la combinaison des changements sociaux et mentaux d'une population qui la rendent apte à faire croître cumulativement et durablement, son produit réel global " (in L'économie du XXè siècle, PUG, 1991). Autrement dit, le développement, c'est l'ensemble des changements sociaux et culturels qui rendent possible l'accroissement des quantités produites sur le long terme (c'est-à -dire la croissance économique). Le développement est donc une notion moins quantifiable que la croissance économique. Parler de développement, c'est se poser des questions sur ce que l'on fait des richesses produites grâce à la croissance : la santé de la population s'accroît-elle, par exemple (ce qui permettra à long terme d'avoir une main d'œuvre plus productive, ce qui contribuera à renforcer la croissance) ? Mesurer le développement est donc difficile. L'ONU a donc construit des indicateurs plus qualitatifs, au premier rang desquels l'I.D.H. (indicateur de développement humain). : il s'agit d'un indicateur synthétique qui prend en compte le niveau de vie (mesuré par le P.I.B. réel par habitant), la durée de vie (mesurée par l'espérance de vie à la naissance), le niveau de scolarisation (mesuré par 2 indicateurs : le taux brut de scolarisation des jeunes et le taux d'alphabétisation des adultes de plus de 15 ans). On peut citer également l'I.P.H. (indicateur de pauvreté humaine), qui intègre davantage d'éléments que l'I.D.H. (accès à l'eau potable, part des enfants de 5 ans victimes de malnutrition, etc). [N'oubliez pas d'aller consulter la notion "I.D.H ." dans les notions du chapitre 1. Vous y trouverez bien davantage de précisions].

1.1.3 - Le changement social
On parle de changement social pour désigner la transformation durable de l'organisation sociale et Page 2/11
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de la culture (normes et valeurs, par exemple) d'une société. G.Rocher, dans Introduction à la sociologie générale (tome 3, le changement social, Le Seuil, 1986), définit le changement social comme "étant toute transformation observable dans le temps, qui affecte d'une manière qui ne soit pas provisoire ou éphémère, la structure ou le fonctionnement de l'organisation sociale d'une collectivité donnée et modifie le cours de son histoire". Soulignons l'importance de l'aspect collectif du changement social : quand quelques couples ont des enfants sans être mariés, il s'agit d'exceptions sans grande signification ; quand la proportion des enfants nés hors mariage progresse pour atteindre les deux tiers des premières naissances (le premier enfant de chaque femme), ce qui est le cas en France aujourd'hui, c'est l'indicateur d'un réel changement social par exemple. Dans les deux derniers siècles, le changement social a été d'importance : transformation de la stratification sociale (organisation de la société en groupe sociaux hiérarchisés), urbanisation, bouleversement des valeurs (pensez, par exemple, à la transformation des croyances religieuses), émancipation des femmes, et on pourrait ajouter bien d'autres exemples. Le programme de la classe de terminale porte comme titre "croissance, changement social et développement". Maintenant que vous savez à peu près ce que désigent ces trois termes, nous devons présenter leurs liens et les questions qui sont posées par leurs relations: ce sont ces questions qui vont nous intéresser tout au long de l'année.

1.2 - Ces notions sont liées les unes aux autres.
Nous allons d'abord présenter les liens entre croissance économique et développement, puis nous montrerons à quel point les changements économiques et les changements sociaux sont interdépendants.

1.2.1 - Les liens entre croissance et développement : du quantitatif au qualitatif.
Les deux termes ne sont évidemment pas équivalents. Avec " croissance économique ", nous sommes dans le quantitatif, on mesure ce que les hommes ont réussi à produire au cours d'une année et on observe l'augmentation de ces quantités produites. Le " développement " inclut la réflexion sur ce que l'on fait de ce qui est produit et sur les transformations des structures économiques et sociales que la poursuite de la croissance entraîne et implique. En simplifiant, la croissance, c'est avoir plus ; le développement, c'est être mieux tout en rendant possible la poursuite de la croissance.

Il peut y avoir croissance sans développement : dans ce cas, les quantités produites augmentent, mais sans qu'il y ait une amélioration du niveau de vie de la majorité de la population, sans que les structures se transforment de manière à ce que le fonctionnement de l'économie satisfasse de plus en plus de citoyens du pays. Comment est-ce possible ? Il suffit que la production supplémentaire soit accaparée par une petite minorité (par exemple, grande bourgeoisie ou classe politique au pouvoir) et gaspillée ou consommée en produits de luxe, souvent importés. Mais remarquons que ce type de croissance ne peut durer indéfiniment : à long terme, la croissance nécessite un changement des structures économiques et sociales sous peine de se bloquer. Il peut y avoir développement sans croissance : dans ce cas, les quantités produites sont stables, mais une répartition différente des richesses produites permet à plus d'habitants de satisfaire leurs besoins vitaux ou à l'Etat d'augmenter les consommations collectives profitant à tous (infrastructures de transport ou de télécommunication, instruction, santé, par exemple). Mais, souvent, il y a croissance et développement à la fois : les quantités produites augmentent et la société parvient à utiliser ces richesses pour améliorer le bien-être du plus grand nombre, réduire les inégalités, transformer ses structures de manière à ce que la croissance économique puisse se poursuivre. Il est évidemment plus facile pour un pays de se développer quand les quantités produites augmentent que quand elles sont stables ou, encore pire, diminuent.

Il est donc difficile d'envisager qu'il y ait croissance à long terme sans développement. C'est pourquoi nombreux sont les économistes qui ne font pas de réelle différence entre croissance et développement. Vous rencontrerez donc, en particulier dans les documents, les deux mots utilisés à peu près comme des synonymes. Retenons cependant que produire plus (la croissance économique) ne peut pas être Page 3/11
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présenté comme l'objectif ultime d'un pays.

1.2.2 - Croissance, développement, changement social : trois sortes de transformation de la société interdépendantes.
Par commodité, on étudie séparément ces trois ordres de changements, notamment les changements économiques et les changements sociaux. Or, il faut bien souligner l'interdépendance de ces phénomènes : ainsi, par exemple, le développement de l'industrie va entraîner le développement de l'urbanisation (les industries se développent dans les villes et les travailleurs habitent là où ils travaillent) et l'urbanisation va transformer radicalement les genres de vie et les solidarités (à la campagne, avant l'industrialisation, les solidarités familiale et villageoise sont très fortes et encadrent les individus). Mais ce ne sont pas toujours les changements économiques qui entraînent les changements sociaux : ainsi, par exemple, la volonté d'émancipation des femmes, très liée à la meilleure scolarisation des filles, va amener le développement de l'emploi féminin à un moment où, en France, on manquait de main d'œuvre, ce qui est un facteur explicatif de la rapidité de la croissance. Conclusion Un des objectifs du programme de terminale est donc de vous amener à comprendre les relations entre croissance économique, changement social et développement. Nous n'avons fait ici que les effleurer pour les présenter. Dans cette introduction, nous allons encore voir, toujours de manière très schématique, que les rythmes de croissance et de développement ont été très différents selon les époques et les pays. Mais auparavant, nous allons préciser le cadre général dans lequel se produisent ces transformations : elles touchent des sociétés que l'on qualifie de " modernes ", c'est-à -dire marquées par ce que l'on appelle la rationalisation des activités et la montée de l'individualisme.

1.3 - Quelles sont les caractéristiques des sociétés modernes, cadre de la croissance et du développement ?
On parle de sociétés modernes pour les sociétés qui naissent de la révolution industrielle à partir du début du 19ème siècle. Mais les ferments de la modernité (ce qui fait advenir la modernité), on les trouve bien avant, par exemple dès le Siècle des Lumières quand commence à se développer de manière systématique l'esprit scientifique. Il s'ensuit deux processus essentiels pour caractériser les sociétés modernes : la rationalisation des activités et la montée de l'individualisme.

1.3.1 - Le développement de la rationalité.
[Attention à l'orthographe ! rationalisation et rationalité s'écrivent avec un seul " n " alors que rationnel en a deux. Ce n'est pas très rationnel, mais c'est comme ça !] Dans les sociétés modernes, les comportements des acteurs (en particulier dans le domaine économique, mais pas seulement) sont marqués par une recherche croissante de rationalité. Qu'est-ce que la rationalité ? Pour Max Weber, c'est une des valeurs centrales des sociétés occidentales qui guident les comportements. Elle conduit à adopter des comportements résultant d'un choix raisonné visant à adapter ses moyens d'action à ses buts, indépendamment de la tradition, des croyances collectives ou des passions. Par exemple, cela consiste pour une entreprise à comparer les coûts et les avantages de telle ou telle décision en ne se fondant que sur les critères qui importent à l'entreprise, le profit ou l'image de marque de l'entreprise, par exemple. La rationalisation, est le processus qui se développe au cours du temps et qui accorde à la rationalité une place de plus en plus grande. Dans les sociétés modernes, la rationalité triomphe. La rationalisation touche notamment le domaine économique avec la recherche du profit, le développement du progrès technique, mais aussi bien des domaines de la vie en société : ainsi, par exemple, lors d'un conflit, la participation active pourra être décidée par chacun en fonction de ce qu'il espère en retirer et de ce qu'il Page 4/11
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pense y risquer. Ce développement de la rationalité s'accompagne de (et a été rendu possible par) la séparation entre le politique et le religieux qui étaient, dans les sociétés traditionnelles, confondus (en France, par exemple, le roi était " de droit divin "). Le fait que la rationalisation se développe n'empêche pas la persistance d'autres modes de comportement. La rationalisation des activités a pour conséquence le " désenchantement du monde " ( Max Weber). On entend par là l'idée que tous les phénomènes observables ont une explication scientifique, la magie ou le surnaturel n'expliquant rien : s'il ne pleut pas, ce n'est pas parce que les dieux sont en colère contre les hommes mais parce que l'anticyclone des Açores est placé de telle façon qu'il repousse tous les nuages ailleurs ! Le monde n'est donc plus " enchanté ", c'est-à -dire explicable par la magie.

1.3.2 - La montée de l'individualisme.
Il ne faut pas confondre individualisme et égoïsme : l'individualisme désigne le processus par lequel, dans les sociétés modernes, les hommes se dégagent de plus en plus de l'emprise des institutions (famille, caste, religion, etc…) qui, autrefois, réglaient tous leurs comportements. Le résultat de ce mouvement est que chaque individu peut choisir librement son mode de vie, agir comme il l'entend (tant qu'il respecte les lois communes). Il ne faut cependant pas oublier le poids des structures dans la détermination des comportements des individus : vous avez vu en étudiant la socialisation en classe de Première, que nous reproduisons beaucoup de ce qui nous a été transmis. Dans une société moderne, l'individu peut choisir d'être égoïste, mais il peut aussi choisir de ne pas l'être, en fonction de ses valeurs, de l'éducation qu'il a reçue et de sa propre appréciation de la réalité ! Il faut souligner le corollaire de (c'est à dire l'élément qui va avec) cette place prépondérante accordée à l'individu : celui-ci est beaucoup plus seul pour assumer ses choix de vie. Quand la société dicte leurs comportements aux individus, ceux-ci n'ont plus de responsabilité personnelle. Quand c'est l'individu qui décide, il est responsable de ses décisions. Cette solitude peut être parfois difficile à supporter. La montée de l'individualisme, si elle donne à chacun la liberté de choisir sa vie, n'est pas sans poser des problèmes collectifs. Comment la société va-t-elle réussir à intégrer les individus et à faire que le ciment social prenne ? Comment va-t-elle assurer la coordination et la régulation des activités économiques ? Comment va-t-elle garantir à chacun des individus qui la composent l'exercice et la protection de ses droits ? Enfin, si chacun se pense comme un individu détaché de toutes amarres sociales, comment construire une société démocratique, comment la penser même ? Toutes ces questions vont bien sûr être au cœur de ce que vous allez étudier cette année. Depuis deux siècles, la croissance économique et le changement social ont bouleversé la physionomie du monde. Cependant, il ne s'agit pas d'un processus linéaire et généralisé : tous les pays ne connaissent pas les mêmes évolutions, toutes les époques ne connaissent pas les mêmes rythmes de croissance. Des inégalités sont apparues ou se sont renforcées, posant aujourd'hui de nombreuses questions. C'est ce que nous allons étudier maintenant.

2 - Différences et inégalités dans les rythmes de la croissance, du développement et du changement social.
Après avoir montré les différences dans les rythmes au cours du temps, nous présenterons les inégalités engendrées par ces différences et les questions que cela pose.

2.1 - Les différences dans les rythmes des changements.
La croissance et le développement, bien que récents, ont transformé les conditions matérielles d'existence et l'organisation de la société.

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2.1.1 - Croissance et développement sont, à l'échelle de l'histoire, des phénomènes récents...
Pendant des siècles, les hommes ne sont pas parvenus à accroître durablement leur production de richesses et à transformer leur mode de vie. Bien sûr, il y avait les " bonnes " années, les années de vaches grasses, et les " mauvaises " années, les années de vaches maigres, mais les hommes, au cours de leur vie (qui durait certes moins longtemps qu'aujourd'hui) ne voyaient pas de changement significatif, ni dans leurs ressources, ni dans leur façon de vivre. Jusqu'en 1500 environ, la croissance est quasi nulle. Entre 1500 et 1700, elle aurait atteint 0.1% par personne et par an en moyenne, soit peu de chose. Ce n'est vraiment qu'à partir de la fin du 18ème siècle et du début du 19ème siècle que la croissance économique s'accélère avec des taux de croissance comparables à ceux d'aujourd'hui et que débute, avec elle, le développement. .En ce sens, ce sont donc des phénomènes récents. C'est la révolution industrielle qui marque le passage à la période de croissance et de développement [n'hésitez pas à revoir votre cours d'histoire à ce propos !]. Elle débute autour de 1780 en Grande-Bretagne, autour de 1810-1820 en France et en Allemagne, plus tardivement dans les autres pays européens, à partir de 1860 au Japon. Il ne faut donc pas croire que la croissance et le développement ont toujours existé. Et si la tendance générale (le trend) de la production est à la hausse sur ces deux siècles, la production augmente de manière très irrégulière (elle a parfois même diminué), comme nous pouvons le voir dans le tableau ci-dessous. Si vous voulez tester votre capacité à bien lire ce tableau, vous pouvez faire l'activité qui est en bas de page. Titre : Taux de croissance annuel moyen du P.I.B. par habitant (en %) Source : d'après les données d'A. Maddison, L'économie mondiale : une perspective millénaire, OCDE 2001.

1820-1870 1870-1913 1913-1950 1950-1973 1973-1998 Europe occidentale 0.9 1.3 0.8 4.1 1.8 Monde 0.5 1.3 0.9 2.9 1.
Des périodes de croissance relativement rapide (1870-1913, par exemple) succèdent à des périodes de croissance ralentie. Sur le long terme, la croissance est donc cyclique. La croissance que les pays d'Europe occidentale ont connue entre 1950 et 1973 (les "Trente glorieuses") est une croissance exceptionnelle (et unique) par son ampleur. Le retour de tels taux de croissance est assez improbable. Observons également, et nous en reparlerons dans un prochain paragraphe, que la croissance des pays européens est plus rapide que celle des autres pays du monde spécialement depuis 1950. Cela avait déjà été le cas entre 1820 et 1870 au moment de la révolution industrielle en Europe.

2.1.2 - ... qui ont transformé les conditions matérielles d'existence et l'organisation de la société.

La croissance a permis une formidable hausse du niveau de vie. Le niveau de vie est la quantité de biens et de services dont disposent les individus ou les ménages. Dans les pays dits "développés", on peut repérer la hausse du niveau de vie par l'amélioration et la diversification de la ration alimentaire quotidienne (comparativement à celle du 19ème siècle), ou encore par la diffusion des biens durables (automobile, télévision, machine à laver, etc.). Enfin, indirectement, l'allongement de la durée de vie, très net, est aussi un indicateur de la hausse du niveau de vie.

La croissance s'accompagne de bouleversements des structures économiques et sociales. La part du secteur primaire dans la production et dans la population active a chuté, l'urbanisation s'accroît rapidement, les structures socio-professionnelles se transforment profondément, les Page 6/11

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femmes s'émancipent, etc. Les modes de vie (la façon de vivre) changent comme le montre l'évolution des structures de la consommation : en 1946, les Français consacraient en moyenne 45.4% de leurs dépenses à l'alimentation contre seulement 13.7% en 2000. Cela laisse de la place pour d'autres types de dépenses comme les dépenses de santé ou de logement.. Cette transformation rendue possible par la hausse des revenus est allée de pair avec l'augmentation des consommations collectives (éducation, santé, etc.) qui sont à la fois la conséquence de la hausse du niveau de vie et les signes du développement et de la transformation du mode de vie.

2.1.3 - Mais les pays ont eu des rythmes de croissance très différents.
Les pays n'ont ni les mêmes rythmes de croissance économique, ni les mêmes points de départ de la croissance, comme on peut le voir dans ce tableau. Titre : Niveau de départ et évolution moyenne annuelle du P.I.B. par habitant (en %).

1500 :PIB moyen/hbt Europe occidentale 137 Europe orientale 82 Ex-URSS 88 Pays d'immigration 71 européenne* Amérique latine 74 Japon 88 Asie (sauf Japon) 101 Afrique 71 MONDE 100

15001600 0.14 0.10 0.10 0.00 0.05 0.04 0.00 0.00 0.05

16001700 0.14 0.1 0.10 0.20 0.20 0.10 0.00 0.00 0.004

17001820 0.10 0.50 0.10 0.80 0.20 0.13 0.00 0.04 0.07

18201870 0.90 0.60 0.60 1.40 0.10 0.20 - 0.10 0.10 0.50

18701913 1.30 1.30 1.10 1.80 1.80 1.50 0.40 0.60 1.30

19131950 0.80 0.90 0.80 1.60 1.40 0.90 0.00 1.00 0.90

19501973 4.10 3.80 3.40 2.40 2.50 8.10 2.90 2.10 2.90

19731998 1.80 0.40 - 1.80 1.90 1.00 2.30 3.50 0.00 1.30

Source : à partir des données d'A. MADDISON, L'économie mondiale : une perspective millénaire, OCDE 2001. *il s'agit pour l'essentiel des Etats-Unis et du Canada. [Lecture : la 1ère colonne donne le niveau de départ du P.I.B. par habitant en indices ayant pour base 100 le P.I.B. moyen du monde. Cela signifie, par exemple, que l'Europe occidentale avait en 1500 un P.I.B. moyen par habitant supérieur de 37% à celui du monde. De même, le P.I.B. moyen par habitant, en 1500 toujours, est presque 2 fois plus élevé en Europe qu'en Amérique du Nord. Les autres colonnes donnent les taux de croissance annuels moyens du P.I.B. par habitant pour une période. Ainsi, on peut voir que, entre 1700 et 1820, le P.I.B. par habitant de l'Europe occidentale a augmenté en moyenne de 0.1% par an.] Que montre ce document ? D'abord que vers 1500, les écarts de développement étaient plus faibles, et nettement, qu'aujourd'hui puisque, entre la zone la plus développée (l'Europe occidentale) et les zones les moins développées (l'Afrique et les pays d'immigration européenne), l'écart n'est même pas de 1 à 2. Ensuite, on voit que la zone européenne démarre sa croissance autour de 1820 (0.9% de croissance annuelle moyenne entre 1820 et 1870, soit 9 fois plus vite que sur la période précédente) alors que l'Amérique latine ou le Japon n'ont des taux supérieurs à 1% qu'à partir de 1870 et l'Asie après 1950 seulement. Quant à l'Afrique, elle n'a connu que deux fois des périodes de croissance supérieure à 1% par an.

2.2 - Les inégalités qui résultent de ces différences de rythme de croissance.
On observe sur la planète de grandes inégalités ce qui se traduit par une hiérarchie dans les niveaux de développement alors même que les inégalités à l'intérieur des pays, y compris des pays les plus Page 7/11
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développés, n'ont pas disparu.

2.2.1 - De grandes inégalités de niveaux de vie entre pays.
Les rythmes de croissance élevés dans certaines zones (Europe occidentale et Amérique du nord) se sont cumulés ce qui explique que les écarts de niveaux de vie entre les pays s'amplifient. Et comme tous les pays n'ont pas commencé leur développement à la même date, les niveaux de développement atteints aujourd'hui sont marqués par de fortes inégalités. [Il ne faut comparer que des taux de croissance par habitant : en effet, on doit se rappeler que la croissance démographique reste beaucoup plus forte dans les pays où la croissance économique globale est la plus lente, d'où un taux de croissance du revenu par habitant souvent très faible, voire négatif sur certaines périodes.] Titre : P.I.B. par habitant (en dollars P.P.A.) dans quelques pays en 2000 et taux de croissance annuel moyen (tcam), en %, de ce P.I.B. entre 1975 et 2000. Source : P.N.U.D., Rapport mondial sur le développement humain, De Boeck, 2002.

U.S.A. Norvège Japon France Argentine Chine Inde Niger P.I.B./hbt 34 142 29 918 26 755 24 223 12 377 3 976 2 358 746 t.c.a.m. 1975-2000 + 2.0 + 2.6 + 2.7 + 1 .7 + 0.4 + 8.1 + 3.2 Ainsi, le P.I.B. par habitant est 45 fois plus gros aux Etats-Unis qu'au Niger (alors que les U.S.A. ne sont pas premiers au hit-parade du P.I.B. par habitant, et que le Niger n'est pas tout à fait le dernier, non plus). Et comme la croissance annuelle moyenne (par habitant) est souvent plus faible dans les pays pauvres que dans les pays riches, comme pour le Niger, l'écart continue donc de s'accroître : pour qu'il se réduise, il faudrait que, de manière durable, le P.I.B. par habitant progresse plus vite dans les pays pauvres que dans les pays riches.

2.2.2 - ... qui créent une hiérarchie dans les niveaux de développement,
Si l'on prend l'ensemble des pays du monde et qu'on essaie de les rassembler en groupes distincts, on peut distinguer :

Les pays développés (les pays d'Europe de l'ouest, les pays nord-américains, le Japon, l'Australie) : ils ont commencé leur croissance au 19ème siècle, ils ont accumulé du capital et du savoir-faire, ils ont la maîtrise des circuits financiers, ils ont un niveau de vie par habitant très élevé (même s'il y a des différences entre eux) et ils dominent les échanges internationaux de marchandises. Les pays pauvres, voire très pauvres : ils rassemblent la plupart des pays africains, des pays sudaméricains et certains pays asiatiques. Ces pays ont le plus grand mal à démarrer un réel processus de développement. La production de richesses y augmente à un rythme à peine supérieur à celui de l'augmentation de la population. Les infrastructures (par exemple de communication) y sont très déficientes. La question du pouvoir politique y est souvent mal réglée : il n'y a pas de réelle stabilité politique, la démocratie n'est souvent pas solidement installée, les tensions entre communautés différentes à l'intérieur du pays sont souvent fortes, ce qui contribue à rendre difficile la mise en place d'un processus de croissance économique. Il y a cependant une grande diversité à l'intérieur de ce groupe de pays, tant dans le niveau de développement atteint que dans les structures sociales et politiques. Les termes que l'on utilise pour désigner ces pays sont assez variés (pays en développement, pays en voie de développement, pays sous-développés, etc…). L'O.N.U. a constitué un groupe de pays qu'elle appelle les " pays les moins avancés " (P.M.A.). On se rend bien compte que les appellations ne sont pas neutres : " les moins avancés ", cela laisse entendre que tout le monde avance, mais plus ou moins vite, " sous-développés " ne dit pas la même chose ! La question est évidemment de savoir pourquoi certains pays n'arrivent pas à se développer et s'il n'y a pas des liens entre la diversité des rythmes de la croissance économique

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dans les différents pays. Autrement dit, on peut penser que ce qui se passe sur le plan économique dans un pays n'est pas indépendant de ce qui se passe dans le reste du monde. C'est bien sûr une des questions que nous aurons à nous poser quand nous étudierons la mondialisation.

Les " nouveaux pays industrialisés " (N.P.I.) rassemblent des pays, essentiellement asiatiques, qui ont réussi, semble-t-il, dans les trente dernières années du 20ème siècle, à amorcer un réel processus de développement, même si celui-ci reste fragile, comme l'a montré la crise qui a affecté les pays asiatiques dans les dernières années du 20ème siècle. Ces pays ont connu une croissance économique forte, une élévation sensible du niveau de vie moyen, une transformation rapide de leurs structures économiques et sociales (en particulier, chute de la part du primaire dans l'emploi et la production). Il faut y inclure la Chine qui sera probablement le géant du 21ème siècle.

Du fait que la croissance économique est plus lente dans les pays déjà pauvres, l'écart entre les pays développés et les autres n'a cessé de s'accroître, spécialement depuis 1945. C'est ainsi un fossé qui s'est créé entre les pays riches et les pays pauvres et qui, pour le moment, ne cesse de s'agrandir si l'on excepte certains pays asiatiques. Titre : Croissance du P.I.B. par habitant entre 1820 et 2000 pour quelques pays et espérance de vie à la naissance en 2000 ; Source : d'après les données d'A. Maddison, L'économie mondiale : une perspective millénaire, OCDE 2001 et P.N.U.D., Rapport mondial sur le développement humain, 2001.

Etats-Unis Royaume Uni France Chine Inde Ghana

P.I.B. par habitant (en dollars internationaux Espérance de vie à la naissance (2000, de 1990) en années) 1820 1900 2000 1 287 4 096 27 272 76.8 1 756 1 218 523 531 nc 4 593 2 849 652 625 462 19 704 20 377 6 283 1 880 1 111 77.7 78.4 70.2 62.9 57

En 1820, le Royaume Uni avait un P.I.B. par habitant 3.3 fois plus important que celui de l'Inde. L'écart est somme toute modeste. Entre les Etats-Unis et le Ghana, l'écart est de 1 à près de 25 en 2000. Il y a là un vrai fossé, d'autant que l'écart continue de s'accroître avec la plupart des pays pauvres. Pendant que le Ghana multipliait par 2.5 environ son P.I.B. par habitant entre 1900 et 2000, les Etats-Unis le multipliaient par 6,7 et la France par plus de 7. Cette grande inégalité de niveau de vie se traduit par de fortes inégalités dans l'espérance de vie à la naissance : l'écart est de 20 ans environ entre les pays développés et le Ghana (pays d'ailleurs mieux placé pour ce critère que d'autres pays africains).

2.2.3 - sans que les inégalités à l'intérieur des pays, même développés, ne disparaissent.
Les inégalités de niveaux de vie restent fortes à l'intérieur des pays, même dans ceux qui sont le plus développés. Si toutes les inégalités ne sont pas condamnables, on peut quand même s'interroger sur l'incapacité des pays les plus développés à régler la question de la pauvreté : dans tous ces pays, il existe une partie de la population qui ne peut accéder au standard de vie considéré comme normal. Même s'il est difficile de définir et de mesurer la pauvreté (nous reviendrons sur ces questions plus loin), on observe qu'une partie significative de la population vit dans ce qu'il est convenu d'appeler la pauvreté dans les pays occidentaux. Ainsi, à la fin des années 1980, la part de la population dont les ressources sont inférieures à la moitié du revenu moyen de leur pays est variable selon les pays européens mais assez élevée : environ 11% en Allemagne (partie ouest), 14% en France et au Royaume-Uni, 17% en Espagne, Page 9/11
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21% en Italie. Aux Etats-Unis, on estime que 15% environ des ménages sont pauvres, à cette même date. (Ces données sont citées dans " Pauvreté et exclusion ", Rapport du Conseil d'Analyse économique, 1998) Et cette partie, proportionnellement, ne régresse pas réellement, elle augmente même dans certaines périodes, comme dans les 20 dernières années du 20ème siècle aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Dans les pays les moins développés, la grande pauvreté est encore plus frappante, d'autant qu'elle est souvent juxtaposée à la richesse étalée par quelques uns. La pauvreté pose la question de l'intégration sociale : la pauvreté économique se cumule avec d'autres inégalités qui peuvent rendre difficile l'insertion dans la société et engendrer un processus d'exclusion. Or une société ne peut se maintenir si elle n'intègrent pas ses membres. On voit là encore que les questions sociales et les questions économiques sont imbriquées les unes dans les autres.

2.3 - Les questions qui sont posées par la croissance.
On peut recenser au moins deux questions : la croissance peut-elle se poursuivre indéfiniment et qui peut (ou doit) réguler la croissance, c'est-à -dire plus ou moins la contrôler ?

2.3.1 - La croissance peut-elle se poursuivre ?
La formidable élévation du niveau de vie qu'ont connue certains pays donne envie à tous de suivre le même chemin. Mais est-ce possible ? Le système économique qui s'est mis en place au fil des années et qui a rendu possible cette croissance dans certaines zones, débouche sur une économie mondialisée marquée par des phénomènes de domination et d'inégalités, où certains se demandent s'ils ont encore leur place (d'où la contestation par certains de la mondialisation). La question des inégalités est une vraie question politique qui risque de déboucher sur des conflits si elle n'est pas réellement traitée car on peut penser que certains pays ne se satisferont pas indéfiniment de rester à l'écart du développement. La poursuite de la croissance économique telle que nous l'avons connue depuis deux siècles est-elle même souhaitable ? C'est la question que posent de nombreux écologistes : quelle terre allons-nous laisser aux générations qui vont nous suivre ? Nous reviendrons sur ces deux questions dès le premier chapitre.

2.3.2 - La question de la régulation de la croissance, donc celle de l'Etat et du pouvoir.
La mondialisation de l'économie pose aussi la question de l'Etat : aux 19ème et 20ème siècles, la croissance s'est faite dans un cadre national et elle était encadrée et soutenue par l'intervention de l'Etat qui a joué un rôle essentiel. Aujourd'hui, les frontières sont perméables, pour les capitaux comme pour les marchandises, moins pour les hommes. Cela change très nettement la donne. De nouvelles questions apparaissent, dont la solution devrait souvent être trouvée au niveau international. C'est donc la question de la régulation qui est posée ici. Pour le moment, on a encore des Etats nationaux et un embryon de pouvoir supra-national, alors que la mondialisation se joue complètement à l'échelon international. Conclusion : face aux différences et aux inégalités qu'a engendrées la croissance, des questions fondamentales se posent tant au niveau des pays en développement qu'au niveau de la régulation et des objectifs que l'on assigne à cette croissance. Conclusion générale Dans les transformations gigantesques que les sociétés ont connues depuis deux siècles, on peut voir l'œuvre de la rationalisation croissante des activités humaines et de l'individualisme, comme nous l'avons déjà dit plus haut. Nous y reviendrons sans doute dans tous les chapitres du programme. Cela débouche sur une augmentation très sensible de l'efficacité des hommes avec ses bons côtés (on produit de plus en plus, de plus en plus vite, etc) et ses côtés moins reluisants (les inégalités, les problèmes écologiques, l'exclusion, etc). Ce sont donc tous ces aspects que nous essaierons de comprendre et sur lesquels nous nous interrogerons cette année. Finalement, à propos de trois thèmes essentiels, la croissance économique, les transformations sociales, la mondialisation, nous nous interrogerons toujours sur Page 10/11
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le " comment ?", sur le " pour qui ?" et sur le " cela pourra-t-il durer ? " (c'est-à -dire les questions posées pour l'avenir). Dans une première partie, nous réfléchirons à ce qui rend possible (ou pas possible) la croissance économique. Nous verrons dans une deuxième partie comment se réalisent les transformations sociales. Enfin, nous verrons comment la mondialisation interagit sur la croissance et les transformations sociales.

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Cours : CHAPITRE 1 : Croissance, capital et progrès technique Introduction
Avant de nous demander comment le capital permet aux hommes de produire davantage de richesses, nous allons voir quelles sont les sources générales de la croissance et les questions que cela pose.

1 - Les sources et les limites de la croissance économique.
Quand on se demande quelle est la source de quelque chose, cela signifie que l'on recherche son origine. Pourquoi rechercher l'origine de la croissance économique ? Bien sûr, parce que tous les pays courent après et souhaitent obtenir la croissance économique la plus élevée possible. Identifier les sources de la croissance sera donc notre premier objectif dans ce paragraphe. Mais quand nous aurons vu comment la croissance peut advenir, nous devrons nous demander si on a bien raison de courir après cette croissance, autrement dit ce qui pourrait, ou devrait, limiter cette poursuite.

1.1 - Les sources de la croissance.
D'où vient la croissance économique, c'est-à -dire comment expliquer l'augmentation des quantités produites ? Il faut remonter bien sûr aux facteurs de production, capital et travail, et surtout à l'efficacité de leur combinaison repérée par la productivité. Ensuite, nous essaierons d'évaluer la proportion dans laquelle chacun des facteurs intervient.

1.1.1 - La croissance peut provenir d'une main d'oeuvre plus nombreuse et/ou plus productive.
Le travail est apporté par les hommes (et les femmes !) : il s'agit de l'activité qu'ils mettent au service de la production de biens et services. La quantité de travail effectivement utilisée est mesurée par la population active occupée. Si celle-ci augmente dans un pays, il est logique que la production augmente, toutes choses égales par ailleurs. Il y aura donc croissance économique. Remarquons que, dans les sociétés modernes, seul le travail rémunéré est pris en compte : l'activité des bénévoles, même s'ils passent de nombreuses heures, par exemple à animer un club de loisirs ou de sport, n'est pas considérée comme du travail, tout comme le ménage fait par une mère de famille (alors que cela serait du travail si cette femme faisait le ménage dans une école, par exemple, ou dans une autre famille en étant payée et déclarée). Si le travail est toujours nécessaire pour produire, il est toutefois possible d'accroître la production sans augmenter la quantité de travail utilisée, à condition d'améliorer l'efficacité du travail, ce que l'on appelle plus souvent la productivité du travail. Dans les paragraphes suivants, nous allons présenter les trois éléments qui apparaissent comme essentiels pour expliquer l'augmentation de la productivité du travail. On les sépare pour les présenter, mais il faut bien souligner qu'ils s'accompagnent mutuellement les uns les autres.

1.1.2 - L'augmentation de la productivité peut provenir de la division du travail.
Répartir le travail entre les travailleurs et les spécialiser permet d'augmenter la productivité. Avant de montrer comment, on rappellera en quoi consiste cette division technique du travail.

Qu'appelle-t-on division technique du travail ? Pour augmenter l'efficacité du travail, on observe qu'il faut répartir entre plusieurs travailleurs les différentes phases de fabrication d'un produit. Chaque travailleur n'effectuera plus qu'une partie, parfois très petite, de l'ensemble de la fabrication. Il sera spécialisé dans une seule tâche et c'est le collectif des travailleurs qui assurera la production et non Page 1/19

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plus un travailleur isolé. On divise donc le travail entre autant de travailleurs qu'il y a de tâches différentes dans la production. L'exemple de la manufacture d'épingles : il s'agit d'un exemple très célèbre présenté par Adam Smith dans Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776). Un travailleur peut faire une épingle tout seul, il ne fabriquera que bien peu d'épingles dans sa journée. Mais en divisant la fabrication en 18 opérations distinctes (tirer le fil métallique de la bobine, couper le fil, rendre pointue la tige, etc…), assurées par 18 ouvriers distincts, on arrivera à fabriquer des milliers d'épingles par jour. La productivité aura donc beaucoup augmenté.

Pourquoi diviser le travail augmente-t-il la productivité ? On peut énumérer, et Adam Smith le fait déjà à son époque, les effets positifs de la division technique du travail : • D'abord, chaque travailleur étant spécialisé dans une tâche la maîtrisera mieux et la réalisera plus rapidement. Et on pourra utiliser chaque travailleur dans la tâche pour laquelle il est le mieux " doué ". • Ensuite, chaque travailleur ne faisant plus qu'une seule tâche ne perdra plus le temps qui était auparavant nécessaire pour changer de tâche. Et il consacrera ce temps à produire davantage. • Enfin, les tâches les plus simples pourront même être effectuées par des machines : la division technique du travail va donc inciter les scientifiques à inventer des machines capables d'effectuer ces tâches les plus simples (et, au fur et à mesure du temps, des tâches de plus en plus complexes). On voit ici directement le lien avec les deux autres éléments que nous allons présenter, l'accumulation du capital et le progrès technique.

Au total donc, la division technique du travail augmente la productivité et permet de produire de beaucoup plus grandes quantités dans le même temps. Pour être mise en Å“uvre, elle suppose des transformations dans l'organisation du travail. Nous verrons plus précisément dans le chapitre suivant comment ces transformations génèrent une hausse de la productivité du travail et donc la croissance des quantités produites.

1.1.3 - Mais elle vient aussi de l'accumulation du capital et du progrès technique.

Le rôle de l'accumulation du capital C'est l' investissement qui permet cette accumulation de capital productif.L'entreprise en s'équipant en machines permet à ses travailleurs de produire plus efficacement. Un même travailleur, dans le même temps, produira davantage qu'avant l'introduction des machines. Depuis le début du 19ème siècle, c'est-à -dire depuis la révolution industrielle, on observe que le stock de capital par travailleur a considérablement augmenté, y compris dans les services qui étaient restés un peu à l'écart de ces progrès. On dit que l'intensité capitalistique de la production s'est accrue, c'est-à -dire que pour produire une voiture par exemple, on utilise proportionnellement de plus en plus de capital (et de moins en moins de travail, donc). Cela élève évidemment la productivité du travail. Le rôle du progrès technique Le progrès technique est à l'origine des nouvelles machines ou des nouveaux procédés de fabrication. Il permet aussi de concevoir des produits nouveaux. En ce sens, il est aussi à l'origine de l'augmentation de la productivité. Il est souvent en amont des investissements, qui viennent le mettre en œuvre. Nous verrons plus précisément dans la deuxième partie de ce chapitre comment le progrès technique contribue à la croissance.

1.1.4 - Quelles ont été les sources de la croissance depuis 1960 dans les pays développés ?
Titre : Taux de croissance annuel moyen (TCAM) du PIB et décomposition de ce taux selon les facteurs de production à l'origine de la croissance.

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Etats-Unis 1960-1973 TCAM du P.I.B. (en %) 3.8 Facteur travail 1.0 Facteur capital 1.1 Résidu 1.7

Japon 1973-1990 1960-1973 2.5 9.5 1.0 0.4 1.1 3.5 0.4 5.6

France 1973-1990 1960-1973 4.0 5.9 0.3 0.3 2.0 1.6 1.7 4.0

1973-1990 2.4 - 0.4 1.1 1.7

Source : à partir de V. Coudert, " Croissance et démographie dans les pays industrialisés ", Economie prospective internationale, n°52, 4ème trimestre 1992, La Documentation Française. On voit évidemment sur la première ligne de ce tableau la croissance très rapide qu'ont connue les pays développés entre 1960 et 1973 et le ralentissement qui a suivi cette période (observez cependant que les taux de croissance annuels moyens du P.I.B. restent nettement positifs entre 1973 et 1990). Mais ce n'est pas vraiment la question qui nous intéresse ici. Comment cette croissance a-t-elle été obtenue, quelles ont été ses sources ?

Le rôle du facteur travail. Dans les trois pays, le facteur travail a contribué à cette croissance, et cela pour deux raisons : la quantité de travail a pu augmenter et la qualification du travail s'est améliorée. Aux Etats-Unis, par exemple, entre 1973 et 1990, sur les 2.5% de croissance annuelle moyenne, 1%, soit plus du tiers, est dû à la contribution du facteur travail. Pourquoi le chiffre négatif de la contribution du facteur travail en France entre 1973 et 1990 ? Cela signifie qu'il y a une diminution de l'apport du facteur travail, due sans doute à la diminution de la durée du travail (5ème semaine de congés payés et passage des 40 heures aux 39 heures en 1981) et de la hausse du chômage. Le rôle de l'accumulation de capital. On observe aussi qu'en France et au Japon, l'accumulation du capital, c'est-à -dire l'investissement (mesuré par la F.B.C.F. [allez revoir ce que l'on appelle F.B.C.F. dans la liste des notions] joue un grand rôle dans la croissance : celle-ci est à l'origine de près de la moitié de la croissance entre 1973 et 1990, bien plus donc que le facteur travail. Le rôle du progrès technique. Quand on a bien mesuré l'apport du capital et du travail dans la croissance, qu'observe-t-on ? Qu'il reste une partie de la croissance qui ne s'explique pas par les apports directs du capital et du travail. C'est ce que l'on appelle traditionnellement le " résidu ", ce qui reste inexpliqué. Et l'on voit (sur la dernière ligne du tableau) que cela correspond à une partie importante de la croissance (nettement plus de la moitié pour la France). Vu son importance, il faut tenter de comprendre ce résidu. Les économistes l'attribuent en général au progrès technique : l'amélioration des techniques permet à la combinaison du travail et du capital d'être de plus en plus efficace. En améliorant les machines ou les procédés de fabrication, en élevant la qualification des travailleurs, le progrès technique contribue à augmenter la productivité du travail et, ce faisant, à éviter les rendements décroissants. Il explique donc en grande partie la croissance et est au coeur des questions qui lui sont liées : d'où vient le progrès technique, qui le maîtrise, au service de qui (et de quoi) doit-il être ? Nous reviendrons évidemment plus loin sur ces questions pour comprendre comment cela se passe.

En conclusion, on peut dire que l'amélioration de l'efficacité des facteurs de production est essentielle pour expliquer la croissance. Cependant, d'autres éléments jouent un rôle non négligeable, en particulier le comportement des différents agents économiques, en particulier les entreprises et l'Etat.

1.2 - Le rôle des agents économiques dans le processus de croissance.
Disposer de facteurs de production dans une certaine quantité et/ou dans une certaine qualité, c'est une chose. Mais cela ne détermine pas à coup sûr un certain taux de croissance économique. De la même manière, on vient de voir que le progrès technique pouvait engendrer de la croissance, mais d'où vient-il ce Page 3/19
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progrès technique ? Il ne tombe pas du ciel. Il y a donc d'autres éléments à prendre en compte, des éléments qui relèvent du comportement, de l'attitude des agents. Qui sont ces acteurs de la vie économique et sociale dont nous parlons ici ? Il s'agit bien sûr des entrepreneurs (qui sont à l'origine des décisions concernant la mise en œuvre du progrès technique ou la combinaison des facteurs de production). Mais pas seulement : il y a aussi l'Etat et les administrations publiques qui construisent le cadre juridique et réglementaire qui encadre la vie économique et sociale, il y a aussi les grands idéaux qui sous-tendent les comportements des membres de la société, ce que l'on appelle en sociologie les valeurs. Nous étudierons successivement le rôle de ces trois éléments.

1.2.1 - Le rôle des entrepreneurs : améliorer la combinaison productive, investir, assurer les dépenses de Recherche et Développement.
Le rôle de l'entrepreneur est essentiel du point de vue de la croissance économique car c'est l'entrepreneur qui choisit la combinaison productive, c'est lui aussi qui prend les décisions d'investissement ou celles concernant la recherche sur des produits nouveaux, par exemple.

L'entrepreneur choisit la combinaison productive. Pour choisir une combinaison productive, le chef d'entreprise prendra en compte au moins deux éléments pour décider de la combinaison productive retenue : le coût relatif du capital et du travail (si le travail est relativement bon marché, l'entrepreneur aura intérêt à utiliser relativement beaucoup de travail s'il a le choix, ou à produire des produits nécessitant beaucoup de travail) et l'efficacité productive de la combinaison retenue, souvent mesurée par la productivité du travail qui en résulte. Mais il peut prendre aussi en compte une multitude d'autres éléments, en particulier les traditions de l'entreprise, l'environnement local ou international, etc.L'entreprise cherche à améliorer sa productivité, en particulier parce que cela aura des conséquences favorables sur son profit. Ce faisant, elle contribue à la croissance de la production, soit en produisant davantage elle-même, soit en économisant des facteurs de production qui seront alors disponibles pour augmenter la production dans d'autres entreprises. L'entrepreneur parie sur l'avenir Ces décisions ont des effets dans le futur - on investit aujourd'hui, mais la production n'augmente que demain. L'entrepreneur qui investit ou qui fait de la recherche sur de nouveaux produits prend donc des risques : il parie sur l'avenir en espérant que le marché lui donnera raison. Il peut évidemment se tromper (à ses risques et périls !). Il peut aussi refuser d'assumer ces risques et ne pas (ou moins) investir. Ce faisant, il va contribuer à ralentir l'accumulation de capital et donc la croissance économique. On reviendra plus loin dans le chapitre sur ce rôle essentiel de l'entrepreneur que l'économiste J. Schumpeter (1883-1950) a très bien mis en évidence.

L'esprit d'entreprise et la recherche du profit sont donc essentiels dans le mécanisme de croissance de nos sociétés. Il est nécessaire que les entreprises soient bien gérées pour que les facteurs de production soient utilisés efficacement. Il est aussi nécessaire que règne une certaine " confiance " dans l'avenir pour que des individus prennent le risque de lancer les nouvelles productions qui feront la croissance économique.

1.2.2 - Le rôle de l'Etat : réguler les marchés, gérer les externalités, développer les infrastructures à travers la politique économique.

L'Etat régulateur des marchés Il faut souligner avec force le rôle essentiel pour la croissance, dans une économie de marché, de l'intervention de l'Etat. Le fonctionnement de l'économie par le marché suppose des règles, vous l'avez vu en classe de première. Ces règles, il faut d'abord les construire et ensuite les faire respecter. Ces deux rôles, c'est l'Etat qui les assume. L'expérience montre que dans les pays sans autorité politique établie et reconnue, la croissance est plus lente qu'ailleurs, voire impossible. L'Etat intervient également pour favoriser le progrès technique Certaines recherches, trop fondamentales pour être rentables immédiatement, ne seraient jamais entreprises si l'Etat ne contribuait pas à leur financement. En effet, aucune entreprise ne prendra en Page 4/19

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charge une dépense si le coût est trop élevé par rapport au bénéfice qu'elle en retire personnellement. Or, c'est précisément ce qui se passe en matière de recherche fondamentale : une fois qu'une découverte a été faite, tout le monde en profite, et pas seulement ceux qui ont financé la recherche. C'est donc à l'Etat de décider ces dépenses et de les faire financer par l'impôt puisqu'elles profitent à tous. Plus généralement, l'Etat doit intervenir dans tous les cas où des " effets externes positifs " (ou " externalités positives ") sont attendus. Que sont ces effets externes positifs ? Certaines actions, faites par tel ou tel acteur de la vie économique, ont des conséquences positives sur les autres acteurs alors que ceux-ci ne paient pas le coût de cette action. On peut citer l'exemple de l'instruction : si on (et le " on " sera forcément l'Etat, on va le voir) décide de prolonger la scolarité obligatoire de 12 à 16 ans par exemple, toute la main-d'œuvre sera plus qualifiée et donc plus productive et ce sont les entreprises qui en bénéficieront (sans payer directement le coût de l'allongement de la scolarisation).

L'Etat prend en charge les infrastructures collectives Imaginons qu'il n'y ait pas de pont sur le Rhône entre Lyon et la mer ; dans ce cas, tous les fruits de la vallée du Rhône (rive gauche) devraient transiter par Lyon pour aller à Montpellier, par exemple. Si l'Etat construit un pont à Avignon, cela arrange tout le monde car cela abaisse le coût et les délais de transport. Pourquoi est-ce l'Etat qui va financer la construction du pont comme l'allongement de la scolarité et pas ceux qui vont directement en bénéficier ? Parce que chaque utilisateur du pont ne retirera pas suffisamment de bénéfice de l'usage du pont pour le financer : chacun y gagne, mais pas suffisamment pour payer la construction. C'est la même chose pour l'instruction. On est donc dans la situation suivante : tout le monde a intérêt à ce que l'action soit entreprise, mais personne ne veut la financer. Il y a un problème de coordination des décisions individuelles, et c'est donc l'Etat, au nom de l'intérêt général, qui va assumer ces dépenses et les répercuter sur les individus par l'impôt. L'Etat favorise la croissance par sa politique économique. Vous avez vu en classe de première que l'Etat peut encourager la production de biens et services en stimulant la demande par sa politique budgétaire ou sa politique monétaire. Pareillement, il peut encourager l'offre par sa politique fiscale, en baissant les impôts sur les entreprises pour rendre la production plus profitable. Ce rôle d'impulsion est souvent décisif, notamment pour sortir des crises que connaissent les économies modernes. On l'étudiera plus en détail dans le dernier chapitre du programme.

Au total, donc, l'Etat, par les investissements publics, joue un rôle très important dans la croissance en finançant la formation de la main d'œuvre et la recherche scientifique, en développant les infrastructures, en particulier de communication, en construisant le cadre juridique permettant au marché de fonctionner correctement, en assumant les tâches considérées comme essentielles par la société et qui ne pourrait pas l'être par le marché.

1.2.3 - Le rôle de l'environnement socio-culturel.
La croissance est également tributaire des grands idéaux qui sous-tendent le comportement des membres de la société. La culture a donc quelque chose à voir avec la croissance. En effet, comment expliquer que, à un moment donné de leur histoire, des peuples se soient mis à accumuler du capital, et pas d'autres, apparemment aussi bien dotés en facteurs de production que les premiers. Les normes et les valeurs en vigueur dans une société influencent l'ensemble des comportements, donc évidemment les comportements économiques. Le sociologue allemand Max Weber (1864-1920) a soutenu l'idée que les valeurs véhiculées par le protestantisme avaient involontairement favorisé le développement du capitalisme dans les pays anglosaxons, à la fois parce que les préceptes de leur religion poussaient les protestants à épargner et à investir et accordaient une grande valeur au travail, à l'activité professionnelle, et parce qu'une grande confiance et une grande solidarité les unissaient, d'où la création de sortes de réseaux unissant des entreprises industrielles et des banques, ce qui étaient très favorable à la croissance. Prendre en compte les valeurs pour expliquer la croissance ne doit cependant pas conduire à en faire l'explication ultime : les Page 5/19
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valeurs se conjuguent avec l'ensemble des structures de la société. Ce qui compte sans doute le plus, c'est le climat qu'instaurent à la fois les valeurs et l'organisation politique dans une société : la croissance économique a besoin à la fois de stabilité (pour que l'on puisse prévoir les effets des décisions prises aujourd'hui) et de possibilité de transformations (puisque la croissance en génère).

1.3 - Les limites de la croissance économique.
Faut-il chercher à tout prix à accélérer la croissance économique, le pourra-t-on même ? Ce sont les deux questions que nous allons aborder ici : d'abord, quelle signification accorder à l'obtention d'un taux élevé de croissance économique, ensuite pourra-t-on durablement soutenir cette croissance économique rapide ? Avant d'entamer la présentation de ces deux questions, il faut rappeler que l'indicateur mesurant la croissance économique est le taux de croissance annuel du P.I.B. . Le P.I.B. est un agrégat de la comptabilité nationale dont la construction, comme celle de tous les indicateurs, n'est pas sans poser des problèmes. De ce fait, la croissance économique ainsi mesurée n'est peut-être pas complètement fidèle à ce qui se passe dans la réalité et les comparaisons que l'on fait entre les pays peuvent aussi être biaisées.

1.3.1 - Peut-on poursuivre indéfiniment le processus actuel de croissance ?
Pour des raisons assez claires, la réponse à cette question est négative, comme nous allons le voir. Alors à quelles conditions la croissance pourrait-elle être soutenable dans l'avenir ? C'est ce que nous verrons ensuite.

L'épuisement des ressources naturelles. La croissance actuelle épuise les ressources non renouvelables en matières premières et en énergie et rejette en quantités grandissantes des déchets qu'elle ne sait pas traiter. Ce ne sont pas seulement les écologistes qui le disent. Tous les experts soulignent les dangers que nous faisons courir à notre planète dans un avenir relativement proche en maintenant notre modèle de croissance. Les inégalités de richesses sont inacceptables. La croissance actuelle, parce qu'elle est très inégale et très inégalement répartie, exacerbe les tensions entre les pays. Le risque de conflits majeurs n'est pas à écarter si le fossé qui sépare les pays développés des autres ne tend pas à se résorber, ce qui n'est pas le cas pour le moment, à de rares exceptions près. Alors, comment construire une croissance " soutenable " ? Une croissance est " soutenable " si elle est acceptable par tous à court terme et durable dans le long terme, c'est-à -dire ne mettant pas en danger les conditions de la croissance future. Cette croissance soutenable, c'est aussi ce que de nombreux hommes politiques et le P.N.U.D. appellent le " développement durable " Comment le définir ? Il s'agit d'un développement qui satisfait les besoins de chaque génération, à commencer par ceux des plus démunis, sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs " (Rapport Brundtland, Notre avenir à tous, 1987). Il y a donc deux aspects à souligner dans cette définition : d'une part, on y aborde l'aspect répartition des fruits de la croissance puisqu'on affirme la primauté des besoins des plus démunis, d'autre part on insiste sur la prise en compte des besoins des générations futures pour limiter et encadrer notre croissance actuelle. Ce n'est donc pas le plus possible tout de suite que l'on vise mais le plus possible compte tenu de deux exigences : satisfaire les besoins essentiels de tous et protéger les générations futures en leur laissant une planète qui pourra satisfaire leurs besoins essentiels. Le développement durable est donc un compromis entre trois contradictions fondamentales : les intérêts des générations actuelles en face de ceux des générations futures, les intérêts des pays industrialisés et ceux des pays en développement, les besoins des êtres humains et ceux de la préservation des éco-systèmes.

Comment imposer les exigences du développement durable aux pays et aux entreprises (et même aux

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consommateurs, en particulier dans les pays développés) ? C'est une question éminemment politique. Des conférences internationales se réunissent périodiquement pour essayer de traiter ces questions. Mais leur succès est tout relatif. Le protocole de Kyoto (1997), par exemple, qui a été signé par bon nombre de pays et qui vise à limiter l'émission de gaz à effet de serre est encore à peine mis en vigueur. Pourtant, " pour stabiliser les perturbations apportées à l'atmosphère, il faudrait diviser par 2 ou 3 les émissions mondiales de gaz. Or celles-ci continuent d'augmenter ! " (D. Plihon, " Le développement durable : le défi du XXIè siècle ", Ecoflash n°176, mars 2003). Les Etats-Unis, qui polluent beaucoup, ont refusé de l'appliquer en ce qui les concerne. Cela signifie que, pour le moment, il n'y a pas d'autorité mondiale capable d'imposer que soient prises en compte les nécessités du développement durable.

1.3.2 - Accroître toujours plus le PIB, cela a-t-il toujours un sens ?
Quand on pose la question ainsi, il y a en fait quelque chose qui est sous-entendu : du sens à quel point de vue ? En réalité, la question qui se pose est de l'ordre du jugement : un pays, une société font-ils bien de chercher à obtenir la croissance la plus rapide possible ? Autrement dit, plus de croissance est-ce plus de bien-être, des progrès équitablement répartis entre les membres de la société, par exemple ? On se rapproche donc de la question du développement que l'on a déjà un peu abordée dans l'introduction. On peut remarquer qu'un certain nombre d'éléments permettent de penser que plus de croissance, ce n'est pas forcément " mieux "

Les effets négatifs de la croissance. On inclut dans le P.I.B. tout ce qui est produit mais on ne se demande pas pourquoi on a dû fabriquer cette production. Résultat : plus les gens fument, par exemple, plus le P.I.B. augmente. En effet, d'une part, on produit plus de tabac ; d'autre part, la quantité de médicaments et d'appareils d'examen qu'il faut produire et le nombre de consultations médicales augmentent (le tabagisme augmentant, le nombre de cancers du poumon aussi). Au total, la production augmente donc beaucoup. Est-ce un progrès ? Ce raisonnement peut être fait sur pas mal d'exemples (les accidents de la route, la pollution, etc.) car il faut réparer les dégâts et donc produire davantage. D'autre part, on vient de le voir, la croissance épuise les ressources non renouvelables de la planète. Croissance ou développement ? Le P.I.B. est un indicateur économique, mais il n'inclut pas un certain nombre d'activités essentielles pour le maintien des solidarités entre les membres d'une société, en particulier des services. La richesse d'une nation, est-ce seulement les richesses matérielles qu'elle réussit à produire ? C'est un peu ce que laisse croire le calcul de la croissance à partir du P.I.B. Mais n'est-ce pas aussi l'état de santé (y compris mentale) de la population, son niveau d'instruction, la qualité des rapports sociaux entre les membres de la société, ou d'autres éléments ? Le problème est que ces éléments ne se laissent pas facilement mesurer. Pourtant on sait bien que la qualité de la vie est aussi importante que la quantité de biens dont on dispose (mais les deux ne sont pas indépendants l'un de l'autre, évidemment). Le P.I.B. n'est pas un indicateur de bien-être. [Revoyez la notion PIB si vous n'êtes pas convaincu]

La croissance économique n'est donc pas forcément le développement et si l'on veut parler de développement, sans doute vaut-il mieux utiliser l'I.D.H. comme indicateur ainsi que le fait le Programme des Nations Unies pour le Développement (P.N.U.D.). [Vous trouverez la présentation de cet indicateur à la notion " IDH "]. Or, le classement des pays selon l'I.D.H. ne donne pas le même résultat que celui selon le P.I.B. par habitant : Titre : Rang de certains pays pour l'I.D.H. et P.I.B. par habitant (en dollar en parité de pouvoir d'achat), en 2000.

Norvège Suède U.S.A. France Chine Afrique du Sud Rang pour l'I.D.H. 1 2 6 12 96 107 P.I.B. / hbt ($ PPA) 29 918 24 277 34 142 24 223 3 976 9 401
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Source : P.N.U.D. , Rapport sur le développement humain, De Boeck, 2002 Que voyons-nous ? Suède et Norvège sont pratiquement à égalité pour l'I.D.H. (au premier rang mondial) puisque l'I.D.H. de la Norvège atteint 0.942 et celui de la Suède 0.941. Pourtant il y a un écart de plus de 5000 dollars par habitant entre les deux pays pour le P.I.B. par habitant, ce qui est loin d'être négligeable. De même, les Etats-Unis, avec un P.I.B. par habitant élevé, le plus élevé du tableau, ne sont qu'au 6ème rang pour l'I.D.H.. A l'autre bout de l'échelle, on observe que la Chine avec un P.I.B. par habitant inférieur à la moitié de celui de l'Afrique du Sud est mieux placée qu'elle pour l'I.D.H. (cela s'explique en particulier par une espérance de vie à la naissance beaucoup plus élevée en Chine, 70.2 ans, qu'en Afrique du Sud, 52.1 ans). Le niveau des richesses matérielles produites et sa croissance ne sont donc pas le seul indicateur pertinent de l'amélioration des conditions de vie dans un pays.

La question de la répartition des richesses. Enfin, on peut souligner que le P.I.B. par habitant n'est qu'une moyenne statistique. Comme toutes les moyennes, il gomme les disparités. Savoir qu'un pays a augmenté son P.I.B. de 3% dans l'année ne nous dit rien sur ce que l'on a fait de cette augmentation. C'est ici la question de la répartition des richesses produites qui est posée. Sur le plan du mode de vie, des relations sociales, du bien-être général, il n'est pas indifférent que cette production supplémentaire soit accaparée par quelques uns ou répartis sur l'ensemble de la population. On est alors ramené au paragraphe précédent : si la Suède ou les pays nordiques en général se classent si bien pour l'I.D.H., c'est parce que le choix a été fait, dans ces pays, de privilégier les dépenses collectives (éducation, santé, …) qui profitent à tous et de limiter les inégalités de revenus. Ce n'est évidemment pas le choix fait par les Etats-Unis où le revenu par tête, qui est une moyenne, cache de grandes disparités.

Conclusion : un taux de croissance élevé (du PIB) n'est pas forcément synonyme de développement du bien-être collectif. Il faut cependant dire et répéter que la croissance des richesses produites est un formidable levier pour améliorer le sort de tous. Mais cela ne se fait pas sans des choix politiques qui disent clairement comment la croissance doit être utilisée ou au service de quels idéaux collectifs elle doit être mise. Il ne faut donc pas avoir le fétichisme du chiffre : 2% de croissance qui profite à tous, c'est peutêtre mieux que 3% accaparés par quelques uns.

2 - Accumulation du capital, progrès technique et croissance.
On a vu dans la section précédente à quel point le capital était une source essentielle de la croissance. Nous allons maintenant étudier plus précisément son rôle dans la croissance. Nous commencerons par étudier les effets de l'investissement, c'est-à -dire de l'augmentation du stock de capital, sur la croissance. Nous verrons ensuite que, parce que l'investissement vise souvent à mettre en œuvre le progrès technique, celui-ci joue donc, in fine, un rôle essentiel, en particulier dans la transformation des structures économiques et sociales.

2.1 - L'investissement (privé et public) stimule la croissance.
En principe, vous savez depuis longtemps ce qu'est un investissement. C'est un mot de la langue courante, mais malheureusement, il n'a pas forcément le même sens en économie et dans le langage de tous les jours, ce qui provoque parfois des erreurs de raisonnement ou de compréhension. Heureusement, vous avez déjà étudié, en classe de première, l'investissement, en particulier dans le cadre de la comptabilité nationale. Vous pouvez donc utilement vous reporter à votre cours de première. Traditionnellement, on dit que l'investissement est un facteur de croissance, c'est-à -dire qu'il est un des éléments à l'origine de la croissance économique. Mais l'affirmer ne suffit pas, encore faut-il comprendre pourquoi. Autrement dit, quels sont les mécanismes qui expliquent que les investissements favorisent la croissance ? La réponse ne sera pas la même à court et à moyen terme, et nous verrons aussi que les investissements publics peuvent jouer un rôle spécifique.

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2.1.1 - A court terme, l'investissement favorise la croissance en augmentant la demande de biens et services.
Investir, c'est acquérir du capital, c'est-à -dire des machines, des bâtiments, des brevets, etc. En conséquence, puisque investir c'est acheter, l'investissement représente une composante de la demande globale, à côté de la consommation. Si l'investissement augmente, la demande globale augmente : il faut produire davantage de machines, par exemple, pour répondre à la demande d'investissement des entreprises. Keynes a montré que l'accroissement de l'investissement entraînait un accroissement plus que proportionnel du Revenu National : c'est ce que l'on appelle le mécanisme du multiplicateur. (Ce mécanisme ne figurant pas au programme de terminale ne sera pas présenté ici mais vous pouvez aller l'étudier dans les activités que nous vous proposons sur le multiplicateur). Pour que ce processus puisse se mettre en place, il faut que les capacités de production ne soient pas, à l'origine, toutes utilisées : sinon, il n'y aurait pas de possibilité de répondre à l'augmentation de la demande en biens d'équipement, sauf à réduire la consommation ou les exportations ou à augmenter les importations. Donc, à court terme, l'investissement, parce qu'il est une composante de la demande globale, peut générer de la croissance, sous certaines conditions. On peut remarquer que, bien qu'il représente une part bien plus faible dans la demande que la consommation, l'investissement joue un grand rôle dans les variations de la demande à court terme : en effet, la consommation est relativement stable dans le temps, elle a une grande force d'inertie, alors que l'investissement est beaucoup plus instable, il augmente ou diminue en fonction des anticipations des agents. Dans les fluctuations conjoncturelles (à court terme, donc) de l'activité, les variations de l'investissement jouent finalement un grand rôle.

2.1.2 - A moyen terme, l'investissement favorise la croissance en augmentant les capacités de production.
Investir, c'est acquérir des moyens de production. Donc, une fois qu'elle a investi, l'entreprise a augmenté ses capacités de production. Elle peut donc produire plus de biens et services. A moyen terme, l'investissement agit donc directement sur l'offre. Par ailleurs, l'investissement va permettre de mettre en œuvre le progrès technique, notamment en permettant de mettre en place de nouveaux procédés de production (en achetant une machine plus performante ou un ordinateur " dernier cri "). Il permet ainsi l'accroissement de la productivité permettant la croissance. Il a donc un rôle essentiel dans la croissance, qui est à relier à celui du progrès technique et que nous allons très bientôt étudier.

2.1.3 - Le rôle spécifique des investissements publics.
A priori, que l'investissement soit public ou privé ne change rien à ses effets sur l'offre ou la demande. Cependant, l'investissement public présente certaines spécificités en relation avec les domaines qu'il concerne. Il concerne d'abord les infrastructures (de transports, de télécommunications, etc…) qui sont utiles à tous. Il concerne aussi la construction de bâtiments nécessaires à la production de services comme l'enseignement ou la santé (construction d'un hôpital, par exemple). Ces investissements présentent l'avantage d'avoir des effets externes positifs importants. Ils ne pourraient être assurés par le secteur privé du fait de leur faible rentabilité à court terme à cause de leur coût. L'Etat les prend donc en charge, contribuant ainsi à la formation de ce que certains appellent le " capital humain ". La décision de faire tel ou tel investissement public relève donc rarement de la rentabilité immédiate. En général, l'Etat raisonne plutôt en termes d'intérêt général. Mais la décision entre aussi dans le cadre de la politique conjoncturelle de l'Etat : connaissant les effets économiques des investissements sur la croissance, l'Etat peut décider d'utiliser les investissements publics comme instrument pour relancer une croissance jugée trop molle. Cela entre dans le cadre d'une politique contra-cyclique d'inspiration keynésienne. L'investissement joue donc un rôle très important dans la croissance économique. Il montre les choix faits Page 9/19
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par les entreprises pour l'avenir, son volume détermine également pour une partie non négligeable le rythme de la croissance économique. Nous pouvons donc nous attaquer à une question essentielle : qu'est-ce qui amène un agent économique (et ici, nous parlerons essentiellement des entreprises) à décider d'investir ?

2.2 - La décision d'investir.
On va maintenant pouvoir se demander ce qui engendre la décision d'investissement. On parlera ici essentiellement des investissements productifs, c'est-à -dire ceux des entreprises. Quels sont les éléments qui incitent le chef d'entreprise à décider d'investir ? Investir, c'est prendre une décision économique. Comme toutes les décisions, celle-ci se prend après réflexion et en fonction de certains arguments. Ce sont ces arguments que l'on appelle les déterminants de l'investissement. Avant de les présenter les uns après les autres, nous montrerons qu'il y a une exigence en toile de fond de toutes les décisions d'investissement, c'est l'exigence de rentabilité.

2.2.1 - La nécessité de la rentabilité.
Nous allons d'abord présenter le ratio habituellement utilisé pour mesurer la rentabilité, puis nous essayerons de voir quels sont les éléments qui l'influencent.

Comment mesure-t-on la rentabilité ? On compare les profits réalisés au stock de capital nécessaire pour réaliser ces profits (le taux de profit est le rapport entre le profit et le stock de capital utilisé pour générer ce profit). En utilisant les agrégats de la comptabilité nationale, on prendra l'Excédent brut d'exploitation (E.B.E.) pour mesurer les profits et le capital fixe (K) pour mesurer le stock de capital nécessaire. On a donc :

Taux de rentabilité économique = (E.B.E. / K) x 100 Si on veut parler de la rentabilité économique de l'investissement (et non celle du capital engagé), il faut calculer la rentabilité marginale : celle-ci compare l'accroissement des profits à l'accroissement du stock de capital (c'est-à -dire à l'investissement) qui a été nécessaire pour engendrer cet accroissement des profits.

De quoi dépend la rentabilité ? A partir de la formule précédente, il est facile de voir que le taux de rentabilité dépend d'abord de la valeur du capital, c'est-à -dire du coût des biens capitaux achetés lors de l'investissement. Plus ils seront grands, plus il sera difficile d'obtenir une rentabilité satisfaisante. Ensuite, la rentabilité dépend de la valeur de l'EBE. Or, celui-ci est le montant qui reste à l'entreprise une fois qu'elle a payé les salaires et les charges sociales :

EBE = Valeur Ajoutée - Salaires et Charges sociales La rentabilité dépend donc d'abord de la Valeur Ajoutée (plus celle-ci est forte, plus l'EBE est potentiellement grand). Un faible coût des consommations intermédiaires (notamment les matières premières et l'énergie) est donc une première condition de rentabilité des investissements. On voit enfin que le partage de la valeur ajoutée (entre profits et salaires) risque d'influer sur l'investissement : si la part des profits dans la valeur ajoutée s'accroît, on peut penser que cela sera favorable aux investissements qui pourront être financés plus facilement comme nous allons le voir. Cependant, il ne faut pas oublier que les salaires vont permettre la consommation. Si la part de la valeur ajoutée consacrée aux salaires diminue, on peut penser qu'il y aura des effets négatifs sur la demande. Or la demande est aussi un déterminant de l'investissement. On le voit, un partage de la valeur ajoutée préservant à la fois la demande et les profits est difficile à trouver. Vous voyez donc que la rentabilité économique des investissements dépend principalement du coût des facteurs de production (capital, consommation intermédiaires et travail). Si l'entreprise réussit à diminuer ses coûts, elle a des chances d'augmenter ses profits et sa rentabilité. Mais elle ne doit pas oublier que les salaires qu'elle distribue sont aussi des revenus qui permettent d'acheter ce qu'elle produit, autrement dit que la demande joue un rôle dans la rentabilité.

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2.2.2 - Le rôle de la demande anticipée.
Sur le plan théorique, il a été mis en évidence par Keynes. Mais dans la réalité des entreprises, on a toujours su, dans le système capitaliste, qu'il ne fallait produire que si l'on pensait pouvoir vendre sur les marchés. La demande anticipée par l'entreprise, c'est-à -dire celle qui est prévue pour les années à venir, celle que Keynes appelle la " demande effective ", joue donc un rôle essentiel dans la décision d'investir. Si les prévisions laissent entrevoir une hausse durable de la demande du produit fabriqué dans l'entreprise, l'entreprise va probablement chercher à répondre à cette demande supplémentaire. Pour cela, elle devra accroître sa capacité de production en acquérant des moyens de production supplémentaires, c'est-à -dire qu'elle devra investir. On peut faire le même raisonnement si les prévisions envisagent une transformation de la demande : par exemple, si l'on pense que la demande va se porter de plus en plus sur des appareils combinés télévision/magnétoscope, il va falloir modifier les outils de production et donc investir pour pouvoir satisfaire cette nouvelle demande, alors que la demande de téléviseurs " classiques " va peut-être stagner. En règle générale, les chefs d'entreprise considèrent donc l'évolution de la demande, dans son volume comme dans sa nature, comme un déterminant essentiel de leur décision d'investissement. On peut remarquer que si l'évolution de la demande peut être dans une certaine mesure anticipée, il n'en reste pas moins toujours de l'incertitude. Les chefs d'entreprise sont alors amenés à prendre en compte dans leur décision d'investissement des éléments relativement subjectifs : le climat des affaires est-il bon ?, les ménages sont-ils optimistes ? (il y a des enquêtes sur le moral des ménages), etc. Les effets d'une augmentation de la demande sur les investissements ont été mesurés par les économistes : c'est le mécanisme de l'accélérateur, qui montre que l'augmentation de la demande entraîne une hausse plus que proportionnelle des investissements. [Ce mécanisme n'est pas inscrit au programme de terminale. Si vous souhaitez cependant l'étudier, allez voir, et faire, les activités que nous vous proposons sur l'accélérateur].

2.2.3 - Le rôle des coûts de production.
Les profits, qui sont au numérateur du taux de rentabilité, sont les revenus restant à l'entreprise quand elle a payé tous ses coûts. Si l'entreprise réussit à diminuer ses coûts, elle a des chances d'augmenter ses profits et sa rentabilité. En particulier, si le coût du travail augmente plus rapidement que le coût du capital (il y a donc un abaissement du prix relatif du capital), l'entreprise a intérêt à réaliser des investissements de productivité qui aboutiront à économiser du travail. De même, si les prévisions laissent entrevoir une demande stable et une concurrence accrue entre les producteurs, il peut être nécessaire que l'entreprise, pour conserver sa part de marché, abaisse ses coûts de production et, pour cela, réalise des investissements de productivité. Enfin, la localisation des investissements est également tributaire des coûts de production : c'est vrai à l'échelon international, nous le verrons dans le chapitre 6, mais c'est vrai aussi à l'échelon national si les facteurs de production et les consommations intermédiaires n'ont pas le même coût partout.

2.2.4 - Le rôle des taux d'intérêt.
S'il y a une demande qui justifie l'investissement et si celui-ci semble suffisamment rentable compte tenu du coût des facteurs de production, l'entreprise doit encore prendre en considération le coût de financement de l'investissement, c'est-à -dire le taux d'intérêt, avant de décider d'investir. Comme nous allons le voir, il y a deux mécanismes par lesquels le taux d'intérêt influence la décision d'investissement.

Une hausse du taux d'intérêt diminue la profitabilité de l'investissement Quand le taux d'intérêt réel est élevé (on rappelle que le taux d'intérêt réel est le taux d'intérêt constaté sur le marché, ou taux d'intérêt nominal, corrigé de l'inflation), c'est-à -dire que le prix à payer pour emprunter est élevé, cela renchérit le coût de financement de l'investissement et diminue donc les profits que peut espérer l'entreprise. Un taux d'intérêt élevé a donc tendance à décourager Page 11/19

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les investissements. On définit la profitabilité de la manière suivante : Profitabilité = taux de profit anticipé - taux d'intérêt réel Quand la profitabilité est négative, l'entreprise doit " normalement ", c'est-à -dire dans une logique de maximisation du profit immédiat, renoncer à investir. Cependant, dans la réalité, l'entreprise prendra aussi en compte le long terme et l'état de la concurrence : si les concurrents investissent, l'entreprise risque de se trouver à la traîne et de perdre des marchés, ce qui menace encore plus les profits futurs ; dans ce cas, elle préfèrera investir plutôt que de placer, même si ce n'est pas plus avantageux à court terme.

Que se passe-t-il si l'entreprise n'a pas besoin d'emprunter pour investir ? L'existence de profits non distribués permettant l'autofinancement joue bien sûr un rôle majeur : plus la part de l'autofinancement sera élevée, moins l'entreprise devra payer pour investir, plus il sera facile d'investir, indépendamment du niveau des taux d'intérêt. Cependant le taux d'intérêt joue un autre rôle : il va guider le choix des entreprises dans l'utilisation de leurs capitaux. Les entreprises vont comparer les revenus qu'elles vont tirer de leurs investissements éventuels aux revenus qu'elles obtiendraient en prêtant leurs fonds, c'est-à -dire en les plaçant sur les marchés financiers, au lieu de les investir. Plus le taux d'intérêt est élevé, plus l'entreprise est incitée à placer ses fonds sur le marché financier plutôt qu'à investir, et inversement.

Ainsi, en période de taux d'intérêt réel élevé, les entreprises peuvent renoncer à des investissements éventuels pour deux raisons complémentaires : d'une part, emprunter pour investir coûte cher et diminue donc les profits potentiels, d'autre part placer ses capitaux, c'est-à -dire les prêter à d'autres agents économiques, rapportent beaucoup.

2.2.5 - L'investissement est une décision toujours risquée.
Quand une entreprise investit aujourd'hui, elle le fait, en quelque sorte, pour produire demain des biens ou des services qu'elle vendra après-demain. On le voit, la décision d'investir est une décision qui engage l'avenir : en effet, l'entreprise va décider d'augmenter son stock de capital (et c'est en général une grosse dépense) alors qu'elle ne sait pas avec certitude de quoi demain sera fait. L'entreprise fait donc toujours un pari sur l'avenir : elle parie qu'elle arrivera à rentabiliser son investissement, c'est-à -dire à augmenter ses profits (attention ! augmenter ses profits, ce n'est pas forcément augmenter sa production …). Voyons plus précisément quels sont les facteurs d'incertitude.

Le problème de l'actualisation des valeurs futures Une grosse difficulté pour l'entreprise est qu'elle doit comparer des valeurs monétaires dans le temps. Si par exemple, on vous propose un investissement qui coûte 100 et qui vous rapporte 100 au bout d'un an, vous allez naturellement refuser : disposer de 100 dans un an est moins intéressant que de disposer tout de suite de la même somme ! L'entreprise est dans la même situation, puisqu'elle doit se priver d'argent aujourd'hui (en investissant) pour en récupérer plus tard. Mais comment comparer les deux sommes ? Quelle valeur faut-il donner aujourd'hui à un euro qu'on ne percevra que dans un mois, dans un an ? Trouver des éléments de comparaison, c'est ce qu'on appelle actualiser les valeurs futures. Pour le faire, il faut tenir compte notamment du taux d'intérêt : s'il est de 5 %,100 euros placés pendant un an deviendront 105 euros, donc 105 euros perçus dans un an sont équivalents à 100 euros perçus aujourd'hui. Mais le taux d'intérêt peut changer au cours du temps … La demande peut varier de manière imprévisible Un investissement est toujours fondé sur une évolution prévue ou constatée de la demande, et il consiste à immobiliser des facteurs de production pour répondre à cette évolution de la demande (d'ailleurs, en langage comptable, les biens capitaux acquis lors des investissements sont appelés " immobilisations "). Mais l'évolution de la demande peut être très rapide et ne pas correspondre à ce qui avait été prévu, et l'investissement perd alors sa justification. C'est ce qui serait arrivé à une entreprise qui aurait investi dans la construction de paquebots transatlantiques juste avant le développement du transport aérien. Dans ce cas, non seulement les investissements ont été faits en pure perte, mais en plus il n'est plus possible de mobiliser les fonds utilisés pour profiter de la nouvelle évolution de la demande (le terme " immobilisation " prend ici tout son sens). Page 12/19

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Les prix des facteurs de production ou des consommations intermédiaires peuvent varier de manière imprévisible On a vu plus haut que la rentabilité dépendait du coût des facteurs de production : capital, travail et consommations intermédiaires. Si le prix des biens capitaux est connu au moment d'investir (c'est le prix d'achat des biens que l'on acquiert lors de l'investissement), il n'en va pas de même pour les autres : le prix de l'énergie peut s'envoler à la suite d'un choc pétrolier, le coût du travail s'accroître à la suite d'un conflit social ou parce que la protection sociale coûte de plus en plus cher. Bien entendu, l'entreprise peut essayer de maîtriser l'évolution de ces coûts, mais tout ne dépend pas d'elle, loin s'en faut.

Conclusion : au niveau de l'entreprise, il y a donc des enjeux à l'investissement. De celui-ci va dépendre la capacité de l'entreprise à réaliser des profits et à faire face à la concurrence pour gagner, ou au moins ne pas perdre, des parts de marché. L'avenir de l'entreprise dépend donc du " bon " choix de ses investissements, que ce soit sur le plan de leur volume (leur montant), que ce soit sur le plan de leur nature (investissement de productivité ou de capacité, investissement immatériel ou matériel, etc.). Devant l'incertitude qui , on l'a vu, touche bien des éléments à prendre en compte, le chef d'entreprise peut ne plus très bien savoir à quoi se fier et prendre une décision très liée à ses convictions personnelles. L'investissement joue, on l'a montré, un rôle très important dans la croissance économique à court et moyen termes. Nous allons maintenant nous interroger sur ce que permet l'investissement, parfois à plus long terme, c'est-à -dire la mise en œuvre du progrès technique.

2.3 - Progrès technique et croissance : la destruction créatrice.
Le progrès technique est en amont de l'investissement et influe fortement sur les transformations à long terme de la société, comme nous allons le voir. Il est aussi en aval car le progrès technique résulte de certaines dépenses d'investissement, en particulier celles concernant la recherche. Du fait de ses implications, tant à long terme qu'à court terme, on doit se demander qui maîtrise le progrès technique : celui-ci peut servir à tous, en ce sens il peut être pensé comme un bien collectif ; en même temps, il donne beaucoup de pouvoir à celui qui le maîtrise et peut donc être l'objet de marchandages et de conflits. On peut donc s'attendre aussi à ce que l'Etat s'en mêle, vu les enjeux. Après avoir précisé la définition du progrès technique, nous présenterons ses deux principales modalités, et enfin nous étudierons les liens entre progrès technique et croissance

2.3.1 - Progrès technique, inventions et innovations.
Le progrès technique est un mot du vocabulaire courant, mais sa définition précise est un peu floue. Derrière ce concept, les économistes distinguent plusieurs mécanismes bien précis qui jouent chacun un rôle différent dans la croissance et le changement social.

Définition générale du progrès technique Le progrès technique est l'ensemble des améliorations apportées aux façons de produire et aux produits (transformations de produits existants et création de nouveaux produits). Pour les façons de produire, cela ne concerne pas que les biens de production mais aussi l'organisation de la production ou de la commercialisation. Le résultat de ce progrès technique est en général la hausse de la productivité.

Les inventions. Cet ensemble d'améliorations passe par des découvertes scientifiques qui résultent de la recherche fondamentale, c'est-à -dire au niveau des principes théoriques, sans application concrète. Ces découvertes sont appelées inventions. Par exemple, la machine à vapeur est d'abord une invention : on met en évidence le fait que la vapeur d'eau peut être utilisée pour actionner des machines. Mais, concrètement, il n'y a pas encore d'application. L'invention est souvent liée à un homme ou à une équipe relativement restreinte. L'innovation C'est l'application réussie d'une invention : le principe de la machine à vapeur va être utilisé Page 13/19

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pour mouvoir tout un tas de machines au 19è siècle. Il peut d'ailleurs se passer beaucoup d'années entre une invention et l'innovation qui en résulte. Il faut ajouter qu'il est bien rare qu'une invention ne déclenche pas une foule d'innovations, des petites et des grandes. Ce sont en général les entreprises qui vont découvrir ces innovations, grâce à leurs services de recherche. On parle là de recherche appliquée ou, plus fréquemment, de "recherchedéveloppement ", financée le plus souvent par les entreprises elles-même.

Les différents types d'innovation. Les innovations ont pour vocation d'améliorer les produits et les façons de produire et/ou de vendre (la commercialisation, c'est la production d'un service, donc innover dans la vente, c'est aussi améliorer les façons de produire). Elles concernent aussi l'amélioration ou la création des produits. Elles peuvent donc être très diverses. Nous nous contenterons de présenter ici trois sortes d'innovation :

L'innovation de procédé (on parle aussi parfois d'innovation de process) : l'innovation concerne les techniques de fabrication, par exemple dans les machines ou dans l'organisation de la production ou de la commercialisation . Il faut bien se rappeler que quand une entreprise choisit de modifier son organisation interne, par exemple pour produire en flux tendus aujourd'hui, ou pour produire à la chaîne au milieu du 20è siècle, il s'agit de la mise en Å“uvre d'une innovation, et plus spécifiquement d'une innovation de procédé. L'innovation organisationnelle , qui est l'innovation dans l'organisation de l'entreprise et dans l'organisation du travail. On les étudiera de façon plus approfondie dans le chapitre suivant. L'innovation de produit : l'innovation concerne le produit fabriqué lui-même, il s'agit d'un produit nouveau ou d'un produit incorporant une nouveauté.

2.3.2 - L'origine du progrès technique.
D'où vient le progrès technique ? Il faut tout de suite dire que le progrès technique ne tombe pas du ciel, encore moins les innovations. Le hasard met parfois les chercheurs sur le chemin de la découverte. Mais encore faut-il qu'il y ait des gens qui cherchent. Autrement dit, progrès technique et innovations sont le fruit d'une intense activité du genre humain. Il n'en reste pas moins que quand on cherche, on n'est jamais complètement sûr de trouver et il est rare que l'on sache quand on trouvera. Il y a donc de l'incertitude dans cette activité, qui coûte pourtant cher. On peut donc penser que, puisque les entreprises font des efforts, parfois très importants, de recherche, elles ont de bonnes raisons pour les faire. On peut distinguer plusieurs origines aux innovations :

Le rôle de l'entrepreneur Schumpeter a montré le rôle majeur joué par celui qu'il appelle l'entrepreneur. Celui-ci, à contrecourant de la société, va prendre le risque d'innover (innover, c'est toujours prendre un risque, puisqu'on ne sait pas d'avance si l'innovation va marcher ou pas). En échange de cette prise de risque, et si l'innovation est un succès, l'entrepreneur va réaliser des profits très au-dessus de ceux réalisés dans les autres entreprises. En effet, l'innovation va donner à l'innovateur une situation de monopole sur le marché : il est le seul à fabriquer ce nouveau produit, ou il est le seul à produire de manière aussi productive, et dans les deux cas il va profiter de sa situation pour réaliser des superprofits. Ce monopole n'est que temporaire car les autres entreprises vont vouloir imiter l'entreprise innovante, ce qui permettra la diffusion de l'innovation et sa banalisation (l'innovation perdra alors son caractère innovateur). On voit ici l'innovation reposer sur un homme ou une entreprise, qui ont une vue particulière de l'avenir et acceptent de prendre des risques. On peut remarquer que plus une entreprise a un vaste marché, plus elle pourra facilement assurmer ce risque : les coûts de la recherche seront répartis sur davantage de prduits. La croissance favorise le progrès technique Mais il y a d'autres sources aux innovations et au progrès technique en général : on souligne aujourd'hui le caractère endogène du progrès technique, c'est-à -dire le fait qu'il est le produit de la croissance elle-même en même temps qu'il en est à l'origine. D'une part, la croissance économique Page 14/19

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donne les moyens de financer un effort de recherche important et " quand on cherche, on trouve ". D'autre part, les innovations s'enchaînent les unes aux autres, une innovation donne des idées à d'autres chercheurs, dans d'autres secteurs, pour d'autres produits. Si les chercheurs aiment s'installer près les uns des autres (pensez à la Silicon valley, par exemple, ou aux pépinières d'entreprises), ce n'est pas par hasard, c'est parce qu'ils progressent au contact les uns des autres. Une fois encore, les innovations ne tombent pas du ciel, il y a certes des inventeurs géniaux, mais pas beaucoup. Il y a surtout des gens qui travaillent.

Le rôle décisif de l'Etat L'Etat joue donc un rôle essentiel en rendant possible, ou plus facilement réalisable, le progrès technique : • L'Etat va financer très largement la recherche fondamentale : celle-ci, qui est à l'origine des inventions, est beaucoup trop coûteuse et aléatoire pour être prise en charge par des laboratoires privés. En même temps, comme son nom l'indique, elle est fondamentale. Une partie de cette recherche s'effectue donc dans des laboratoires publics. Cela peut se faire aussi dans des laboratoires privés sur subventions publiques. Le produit de cette recherche est censé appartenir à tous. Il n'est pas vendu, même si parfois cela donne lieu à discussion (ainsi pour les recherches sur le génome humain). • L'Etat va encourager les entreprises à développer la recherche-développement et, pour cela, leur garantir une protection contre le pillage de leurs découvertes. C'est le principe des brevets : si une innovation n'était pas protégée par un brevet, n'importe quelle autre entreprise pourrait copier l'innovation sans avoir à supporter les coûts de la recherche et aucune entreprise ne voudrait plus faire de recherche. L'existence des brevets n'empêche pas les copies mais les limite nettement. L'espionnage industriel n'est cependant pas du tout une invention des romanciers ou des cinéastes. • Enfin, l'Etat joue un rôle très important en formant la population. N'importe qui ne peut pas faire de la recherche, fondamentale ou appliquée, n'importe quel travailleur ne peut pas mettre en œuvre des technologies sophistiquées. Il faut qu'il soit formé. En donnant une solide formation initiale à sa population, l'Etat contribue à la formation du capital humain favorable au progrès technique et à la croissance.

Conclusion : nous sentons bien maintenant l'importance du progrès technique et de ses applications dans les sociétés modernes. Il reste à comprendre les liens qui unissent le progrès technique à la croissance économique et aux transformations de nos sociétés.

2.3.3 - Comment le progrès technique peut-il être facteur de croissance ?
Il s'agit ici de se demander comment le progrès technique engendre de la croissance, autrement dit de s'interroger sur les mécanismes. Le premier de ces mécanismes passe à court et moyen terme par les gains de productivité issus du progrès technique et ce que l'on en fait. Nous allons d'abord définir les gains de productivité puis distinguer les quatre différents usages que l'on peut en faire, en explicitant à chaque fois leur effet sur la croissance. Enfin, nous expliquerons pourquoi les gains de productivité peuvent provoquer des conflits.

le progrès technique permet la réalisation de gains de productivité C'est l'objectif des innovations, en particulier des innovations de procédé, d'engendrer ces gains. De quoi s'agit-il et comment ça se passe ? Quand on met en Å“uvre une innovation dans la branche automobile, et concrètement cela signifie la plupart du temps que l'on a investi, on va produire par exemple plus de voitures dans le même temps de travail (mettons de 10 à 12). La productivité a donc augmenté : ces deux voitures supplémentaires sont le fruit des gains de productivité. Attention : les gains de productivité ne sont pas de l'argent, comme ceux du loto … Ils peuvent évidemment se transformer en argent mais ce n'est pas toujours le cas, on va le voir. Parler de " gains de productivité " signifie simplement que la productivité a augmenté. Cela ne nous dit rien sur comment on utilise cette productivité accrue. Et on va le voir, selon l'utilisation que l'on fait des gains de productivité, l'effet sur la croissance économique sera différent. Les utilisations possibles des gains de productivité sont plus ou moins favorables à la Page 15/19

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croissance. L'entreprise qui gagne en productivité, par exemple notre entreprise automobile de toute à l'heure qui fabrique 12 voitures alors qu'elle n'en fabriquait que 10 auparavant dans le même temps de travail, peut utiliser ce gain de 4 manières différentes. Elle peut : • Baisser les prix : en effet, le coût unitaire (celui de chaque voiture) diminue puisque, sans dépenser plus de travail (et à condition que les salaires ne varient pas), on fabrique plus de voitures. L'entreprise attend de cette baisse des prix une augmentation de la demande qui lui est adressée, donc une augmentation de sa production. Au niveau macro-économique, la baisse des prix engendre une hausse du pouvoir d'achat qui permet d'augmenter la demande et cela, pas seulement dans la branche qui a baissé ses prix. Donc globalement, la demande augmente, la production doit en principe suivre, surtout si les capacités de production ne sont pas toutes utilisées. Cette baisse des prix va donc engendrer des effets favorables à la croissance. • Diminuer la durée du travail : en effet, puisqu'on met moins de temps à fabriquer chaque voiture, on peut très bien en fabriquer le même nombre qu'avant les gains de productivité et faire travailler moins longtemps chaque travailleur. Si en 35 heures, les travailleurs arrivaient à fabriquer autant qu'en 39 heures grâce aux gains de productivité, on peut très bien diminuer le temps de travail sans diminuer les salaires. C'est d'ailleurs grâce aux gains de productivité que le temps de travail a pu beaucoup diminuer en France à partir des années 60, alors même que les salaires continuaient à augmenter. Cette diminution du temps de travail n'engendre pas directement de croissance économique. En revanche, elle modifie les genres de vie et améliore sans doute le bien-être général : elle a donc un effet positif sur le développement plus que sur la croissance. • Augmenter les profits : en gardant le même exemple, chaque voiture coûte moins cher à fabriquer puisque la productivité a augmenté. Si on maintient le prix à son niveau initial, toutes choses égales par ailleurs, la marge de l'entreprise augmente. Celle-ci réalise donc davantage de profits. Quel effet a cette augmentation sur la croissance ? Les profits sont destinés à être distribués aux actionnaires, mais ceux-ci peuvent décider d'en laisser une partie, plus ou moins grande, dans l'entreprise pour financer au moindre coût les investissements futurs. Si les profits sont distribués, ils constituent des revenus pour ceux qui les encaissent et augmentent donc leur pouvoir d'achat. Il peut donc en résulter une augmentation de la demande. S'ils sont conservés dans l'entreprise et financent de l'investissement supplémentaire, ils sont évidemment favorables à la croissance, comme on l'a vu plus haut. • Augmenter les salaires : puisque les travailleurs produisent plus dans le même temps, on peut envisager de les rémunérer davantage sans que cela ne change rien au prix de vente, ni au profit. Dans ce cas, on aura une augmentation des revenus dont on peut attendre une augmentation de la demande, ce qui va inciter les entreprises à produire davantage, et la croissance s'accroît.

Le conflit autour du partage des gains de productivité Les gains de productivité peuvent permettre de faire ces quatre actions. Mais ce n'est pas ou l'une, ou l'autre. Cela peut être les quatre à la fois : on baisse un peu les prix, un peu la durée du travail, on augmente un peu les salaires et les profits. Toutes les combinaisons sont possibles et c'est d'autant plus facile que la productivité augmente rapidement. Le choix qui est fait dépend des entreprises mais les entreprises subissent certaines contraintes : par exemple, si la concurrence par les prix est vive sur le marché, l'entreprise va chercher à diminuer ses prix pour garder sa compétitivité, elle sera très réticente sur une hausse des salaires. De même, à certaines périodes, les salariés sont en position de force pour négocier et obtenir que les gains de productivité soient au moins en partie utilisés pour augmenter les salaires. Autrement dit, le partage des gains de productivité, qui a un effet direct sur la croissance, peut être l'objet de conflits, en tout cas de négociations.

Conclusion : les innovations mises en Å“uvre grâce aux investissements génèrent une hausse de la productivité et cette hausse de la productivité, à son tour, aboutit, par des canaux variés, à une accélération de la croissance. On voit donc l'importance du progrès technique pour la croissance. Mais, à plus long Page 16/19
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terme, le progrès technique a d'autres effets sur la croissance, que nous verrons dans le paragraphe suivant.

2.3.4 - Le progrès technique et la transformation des structures économiques : la destruction créatrice.
Schumpeter a montré les bouleversements qu'entraînait à long terme le progrès technique dans les structures de la production. Le mécanisme de la " destruction créatrice " est assez simple à comprendre : dans les entreprises, ou les branches, où les gains de productivité sont rapides parce que il y a de nombreuses innovations, les profits sont élevés. Ces profits élevés attirent de nouveaux producteurs, la concurrence augmente et les prix baissent. Les producteurs les moins productifs ne pourront pas supporter cette baisse des prix et feront faillite. Cela pose bien sûr des problèmes sociaux, mais sur le long terme, il est nécessaire que les entreprises les moins rentables et/ou fabriquant des produits dépassés disparaissent : en effet, dans ces entreprises, les facteurs de production (capital et travail) sont utilisés moins productivement qu'ils pourraient l'être ailleurs. Il y a donc du gaspillage. Prenons un exemple. Une innovation majeure ( !) apparaît : le presse-purée électrique. L'entreprise qui lance l'innovation, seule sur le marché, connaît le succès, elle vend ses presse-purée électriques très cher et réalise des super profits. Les producteurs de presse-purée manuels sont directement concurrencés parce que les deux produits ont la même fonction. Ils vont avoir du mal à se reconvertir car c'est une transformation complète de leur activité, c'est un autre métier (car il y a un moteur électrique). Il est probable que la demande de presse-purée manuels va chuter et les entreprises le fabriquant vont faire faillite, disparaissant finalement de la vie économique. Le progrès technique transforme donc les structures de la production et il y a sans cesse un mouvement de secteurs en déclin et de secteurs en essor. On voit bien où est la destruction dont parlait Schumpeter et où est la création. Les deux sont indissociables et les transformations structurelles qui en résultent ne sont pas qu'économiques, elles sont aussi sociales. Nous le verrons plus loin, plus précisément grâce à un exemple.

2.4 - Les liens entre les transformations des structures économiques, politiques et sociales : l'exemple de l'urbanisation.
Nous avons vu quels sont les effets du progrès technique sur la croissance économique. Mais le progrès technique contribue aussi au changement des structures économiques et sociales. Nous allons maintenant montrer, grâce à un exemple, les interactions entre la croissance et les transformations des structures économiques, sociales et politiques. L'urbanisation peut se définir comme le mouvement qui fait que la population habite de plus en plus (proportionnellement) dans les villes : autrement dit, c'est l'habitat qui fait la ville. Mais qu'est-ce qu'une ville ? La réponse est beaucoup moins simple qu'il n'y paraît : on peut penser qu'une ville rassemble des habitats collés les uns aux autres. Oui, mais combien ? un village, est-ce une ville ? La réponse à ces questions a varié au cours du temps. La population urbaine est, approximativement, celle qui vit dans des agglomérations rassemblant plus de 2 000 personnes agglomérées. La population rurale est celle qui n'est pas urbaine. Il faut donc distinguer la population rurale de la population agricole : la première est déterminée par son habitat, la seconde par son activité économique. Autrement dit, dans la population rurale, il y a de nombreux ménages non agricoles. Le fait que les populations vivent de plus en plus dans les villes est un fait avéré, et pas seulement dans les pays anciennement développés : aujourd'hui, les plus grandes villes au monde sont situées dans des pays parfois très pauvres (Le Caire, Mexico, etc.).L'urbanisation est un bon exemple de transformations économiques, sociales et politiques entremêlées et c'est ce que nous allons montrer.

2.4.1 - La croissance favorise l'urbanisation.
La croissance économique débute avec la révolution industrielle, au 19ème siècle pour les pays anciennement développés. Elle repose sur le développement de branches de production industrielles (sidérurgie, textile, etc…). Ces industries concentrent la main d'œuvre sur des lieux précis, des villes préexistantes mais aussi des lieux complètement nouveaux (par exemple, à proximité immédiate de Page 17/19
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gisements miniers) où naissent de nouvelles villes. Comme la journée de travail est spécialement longue au 19ème siècle, il ne peut pas être question d'habiter très loin de son lieu de travail. L'habitat groupé, urbain, se développe donc très rapidement dans les zones qui s'industrialisent. Cette urbanisation, générée par la croissance, va elle-même entraîner de nombreuses transformations économiques, sociales et politiques, et favoriser à son tour la croissance économique.

2.4.2 - L'urbanisation engendre aussi des transformations économiques.
On peut trouver de nombreux exemples de ces transformations et le mieux serait que vous en cherchiez vous-même. A titre d'exemple, je vous en propose deux :

La salarisation croissante de la population active travaillant dans les industries, c'est-à -dire dans les villes, va susciter une demande qui n'existait pas auparavant, en rendant " marchandes " des activités qui ne l'étaient pas. Ainsi, le fait de travailler hors de son domicile, toute la journée et tous les jours de l'année, rend impossible la confection des tissus et des vêtements dans l'espace domestique. Se développe alors une demande de tissu dans un premier temps, puis de vêtements directement, dans un second temps, qui va favoriser le développement de la branche textile. Le développement des villes, et en particulier, leur extension spatiale, va rendre nécessaire le développement de services collectifs, tels le ramassage des ordures, le développement des réseaux de distribution d'eau (puis d'énergie), les transports collectifs. Ces services, il faut les produire (ce qui suppose la formation et l'embauche de personnes) et parfois même reconfigurer la ville pour cela (pensez aux grands travaux d'aménagements urbains menés dans les grandes villes à partir de 1850 (travaux d'Hausmann à Paris, percement de la rue de la République à Lyon, par exemple).

2.4.3 - L'urbanisation transforme les solidarités anciennes.
L'urbanisation rend possible l'individualisation croissante des comportements : l'individu est loin du regard de sa famille et de la communauté villageoise qui pesait sur lui à la campagne dans les sociétés traditionnelles. Il va pouvoir s'affranchir de ce contrôle social pesant (ce qui ne signifie pas que le contrôle social disparaît totalement). En contrepartie, la solidarité de voisinage, très forte dans les sociétés traditionnelles, s'affaiblit aussi : l'isolement est bien plus grand dans les villes qu'il ne l'était dans les campagnes. Cela se traduit au 19ème siècle par une misère individuelle très grande dans les villes. A partir du milieu du 20ème siècle, c'est l'Etat-providence qui va peu à peu assumer la prise en charge des risques individuels et protéger les individus contre les grands risques de l'existence (maladie, vieillesse, etc…). On a une solidarité qui, d'une certaine façon, se désincarne, c'est-à -dire qui est de moins en moins portée par des personnes physiques. On verra plus loin que ce n'est pas sans poser des problèmes.

2.4.4 - L'urbanisation transforme les structures du pouvoir politique.
Le développement des villes a imposé la création de nouvelles entités politiques. On peut en citer au moins deux :

Les syndicats intercommunaux ou communautés de communes : il s'agit de regroupements de communes destinés à gérer les problèmes communs. Les exemples abondent : une agglomération (qui est en général constitué de plusieurs communes) a des problèmes de transports (des personnes, de l'énergie ou des déchets, par exemple) qui imposent des décisions communes. Il a donc fallu créer des structures permettant de prendre ces décisions. Les Régions sont un échelon de décision politique qui a été créé récemment pour rendre plus efficaces et cohérentes les décisions politiques concernant un espace bien plus réduit que la Nation, mais bien plus grand que la Commune ou le Département.

Conclusion L'urbanisation montre donc que la croissance économique et les transformations structurelles qui lui sont liées sont interdépendantes. Les liens ne sont pas à sens unique : certes la croissance engendre Page 18/19
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l'urbanisation mais l'urbanisation engendre aussi de la croissance. Ils sont aussi à la fois économiques, sociaux et politiques.

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Cours : CHAPITRE 2 : Travail et emploi Introduction
Nous avons vu dans le chapitre précédent d'une part que la croissance était le résultat de la combinaison des deux facteurs de production que sont le capital et le travail, rendue de plus en plus productive par le progrès technique, d'autre part que le progrès technique et l'accumulation du capital (c'est-à -dire l'investissement) jouaient un rôle majeur dans la croissance. De la même manière que nous nous sommes interrogés sur le rôle joué par le capital, nous allons maintenant nous interroger sur le rôle joué par le travail dans la croissance économique. Mais quand nous parlons de " travail ", ou d'emploi, de quoi parlons-nous précisément ? Dans ce chapitre, nous allons envisager le travail dans sa dimension d'activité productive des hommes et nous demander comment il contribue à la croissance économique. Par "l'emploi", nous désignerons l'ensemble des tâches auxquelles sont occupés les travailleurs. L'emploi, c'est au fond la façon dont les entreprises utilisent le travail des hommes. Cependant, nous ne pourrons pas toujours facilement séparer les dimensions économique et sociologique du travail et de l'emploi : par exemple, quand les travailleurs contestent un mode d'organisation du travail, cela a des conséquences directes sur la production. Autrement dit, nous aurons parfois des regards croisés sur le travail en tant que producteur de richesses. La croissance dépend bien sûr d'abord de la quantité de travail disponible pour produire. Mais elle dépend aussi de la façon dont est utilisé le travail - c'est-à -dire la structure des emplois. C'est pourquoi nous étudierons dans une première partie l'organisation du travail et son impact sur la croissance économique . Nous avons vu dans le chapitre précédent le rôle majeur joué par le progrès technique pour expliquer la croissance économique. Nous allons voir plus précisément ici comment il est à l'origine des transformations des emplois et comment il accroît l'efficacité du travail. Nous étudierons donc dans une deuxième partie les mécanismes qui relient la croissance économique, le progrès technique et l'emploi.

1 - Organisation du travail et croissance.
Comment les hommes s'organisent-ils pour produire toujours davantage ? Ils essaient en général de produire toujours plus efficacement : on peut produire plus en étant simplement plus nombreux, mais, dans ce cas, la croissance de la production est strictement limitée à l'augmentation du nombre des actifs et le PIB par habitant n'augmente pas, les individus n'étant pas plus productifs. Transformer l'organisation du travail a donc pour objectif d'augmenter son efficacité, c'est-à -dire de faire qu'avec la même quantité de travail, on produise plus. Tout le monde a déjà fait l'expérience que, en s'organisant, on s'acquitte plus vite de ce que l'on a à faire (c'est vrai aussi pour le " travail " scolaire !). Il nous faut donc d'abord identifier les différentes organisations du travail dans l'économie moderne, mais aussi comprendre comment elles ont amélioré la productivité. Ensuite nous pourrons élucider les relations entre l'organisation du travail et la croissance. Enfin, il sera intéressant de faire un bilan des mutations qu'a connues le travail au fil de ses réorganisations successives.

1.1 - Quelles ont été les transformations successives de l'organisation du travail ?
Remarque : si les transformations sont "successives", car leur apparition se succède dans le temps, cela ne signifie pas qu'un mode d'organisation disparaît quand un autre apparaît. Les deux modes d'organisation co-existent en général, on le verra avec le fordisme et ce que certains appellent le postfordisme.

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Organiser le travail, c'est en fait le diviser en fonction de certains principes. Ce sont surtout ces principes qui se transforment. Mais le principe même de la division du travail, et de la spécialisation qui va avec, est une constante de l'organisation du travail. Nous avons montré dans le précédent chapitre l'intérêt de cette spécialisation, nous n'y reviendrons pas ici mais c'est le point de départ incontournable de ce que nous allons dire maintenant. Au cours du temps, l'organisation du travail s'est transformée de manière à rendre toujours plus performante la division du travail. Vous avez déjà vu (en SES en seconde ou en Histoire) que l'on distingue traditionnellement trois grandes formes d'organisation du travail : le taylorisme, le fordisme et le toyotisme. Chacune d'entre elles a apporté des solutions particulières pour améliorer les méthodes de travail.

1.1.1 - Le taylorisme a accru l'efficacité du travail en le parcellisant et en séparant la conception de l'exécution.
Taylor est un ingénieur américain de la fin du 19è siècle. Il observe que, dans l'industrie, ce sont les ouvriers qualifiés qui ont une bonne partie du pouvoir car ils sont les seuls à maîtriser les gestes techniques, les savoir-faire de leur profession. Ils en profitent pour choisir leur rythme de travail (évidemment un peu lent, du point de vue du patron...) et, donc, freiner la croissance de la productivité. Pour résoudre ce problème et en quelque sorte déposséder les ouvriers qualifiés de ce pouvoir, Taylor va proposer une " organisation scientifique du travail " (O.S.T.).

Les principes de l'OST : division horizontale et verticale du travail La grande innovation de Taylor, c'est la division verticale du travail, c'est-à -dire que l'on sépare le travail de conception du travail d'exécution. Les ouvriers font ce que les ingénieurs, qui ont étudié scientifiquement le processus de production, leur disent de faire. Les ingénieurs déterminent les façons de produire et les gestes nécessaires pour produire, attribuent à chaque tâche un temps de réalisation (c'est le " chronométrage "). Les ouvriers n'ont plus à penser (ce qui prendrait du temps), ils n'ont plus qu'à produire en respectant les consignes données par le " Bureau des Méthodes " (les ingénieurs). L'analyse par les ingénieurs du processus de fabrication permet aussi de décomposer la production en tâches simples ce qui accroît la division horizontale du travail. De même, l'étude scientifique de l'environnement du travailleur incite à lui laisser à portée de main, en stocks, tout ce qui lui est nécessaire pour accomplir sa tâche (outils, petites pièces, matières premières). Le but est d'éviter les déplacements des ouvriers, la " flânerie " et les temps morts, comme dit Taylor. On peut parler ici de parcellisation du travail. Cette parcellisation et le chronométrage vont aussi permettre de payer les ouvriers au rendement : le salaire sera directement lié au nombre de pièces fabriquées (" salaire aux pièces ").

Les conséquences pour les travailleurs : hiérarchisation des salariés et déqualification du travail L'organisation taylorienne, parce qu'elle impose au travailleur à la fois une méthode de travail et un temps pour l'exécuter, implique une hiérarchisation accrue dans l'entreprise. Il faut d'abord beaucoup plus d'ingénieurs pour définir les méthodes de travail optimales dans tous les domaines d'activité de l'entreprise. Il faut aussi et surtout des contremaîtres pour contrôler les ouvriers, vérifier qu'ils appliquent bien les consignes des ingénieurs et respectent les cadences de travail. Parallèlement, les ouvriers sont dépossédés de leur savoir-faire. Puisque ce sont les ingénieurs qui déterminent les méthodes de travail, les ouvriers n'ont plus désormais qu'à exécuter les consignes. L'entreprise a moins besoin d'ouvriers qualifiés et plus besoin d'ouvriers non qualifiés, ce qui lui permet d'ailleurs de verser des salaires moins élevés. En ce sens, ont peut dire que le taylorisme déqualifie le travail des ouvriers en les ravalant à des tâches d'exécution. Ce mode d'organisation du travail transforme donc radicalement les conditions de la production. Le fait marquant est qu'en contrôlant le travail des ouvriers, l'entreprise peut désormais agir sur Page 2/17

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la productivité de leur travail, et donc réaliser d'importants gains de productivité. Et puisque ces gains ne sont plus dus à la qualification des ouvriers mais à l'organisation du travail que l'entreprise leur a imposée, elle n'est plus obligée de les partager. Le taylorisme a ainsi été un facteur d'augmentation rapide de la rentabilité. On peut donc remarquer que le taylorisme n'est pas qu'économique, il a aussi des conséquences sociales importantes. De ce point de vue, on peut ajouter que les travailleurs sont de plus en plus dépendants les uns des autres, ce qui justifie leur concentration en un même lieu. De même, comme on ne leur reconnaît plus aucune capacité à organiser leur activité, ils sont aussi de plus en plus dépendants de leurs supérieurs. Ce sont donc des liens sociaux nouveaux qui se tissent en même temps que se diffuse le taylorisme. Enfin, il faut noter que le taylorisme, en rationalisant le travail pour le rendre efficace, l'a aussi rendu moins pénible physiquement, moins fatigant, même si cet aspect a pu être occulté par l'accélération des cadences de travail que l'OST a par ailleurs imposée.

1.1.2 - ... Tandis que le fordisme a intensifié le travail par le travail à la chaîne et développé la consommation de masse...
Henry Ford, propriétaire d'une des premières entreprises automobiles, va mettre en œuvre dans ses usines d'automobiles une nouvelle forme d'organisation du travail qui porte son nom. Quels en sont les principes ?

Le fordisme améliore l'O.S.T. en instaurant le travail à la chaîne et la standardisation des pièces.

Ford (ou ses ingénieurs) imagine un procédé mécanisé de convoyage (c'est-à -dire de transport) des produits en cours de fabrication d'un ouvrier à un autre. C'est le système de la chaîne, et donc l'instauration du travail à la chaîne. Concrètement, cela peut être un tapis roulant qui circule devant les travailleurs à une vitesse qui leur permet de réaliser leur tâche. Les produits peuvent être accrochés en l'air à une sorte de filin qui défile. On peut tout imaginer, mais le principe est toujours le même : le produit en cours de fabrication défile devant le travailleur. Celui-ci n'est donc plus maître de son rythme de travail. Le travail à la chaîne suppose que les différentes opérations de fabrication soient courtes et simples, donc le travail est très parcellisé, comme dans le taylorisme, peut-être même plus. Le travail à la chaîne suppose aussi que les ouvriers fassent exactement les gestes requis par le convoyeur et dans les temps imposés par lui. On a donc encore une division verticale du travail. Le système fordiste repose aussi sur la standardisation des pièces, c'est-à -dire que d'un véhicule à l'autre les différentes pièces ont toutes exactement les mêmes dimensions, de manière à pouvoir être montées sans aucun ajustage (système des pièces interchangeables). Par exemple, il faut que les trous percés dans une carrosserie de voiture pour monter le rétroviseur aient exactement la taille de la vis que l'ouvrier suivant va mettre dans ce trou (si le trou était trop petit, la vis n'entrerait pas et toute la chaîne serait arrêtée). Cela permet d'économiser le temps d'ajustage des pièces qui autrefois ralentissait considérablement le travail dans l'industrie automobile. En contrepartie, cela implique des produits euxmêmes standardisés : les automobiles ne sont plus les produits de luxe du début du 20ème siècle, elles deviennent des produits plus communs, identiques d'un consommateur à l'autre.

Mais la grande nouveauté apportée par le fordisme se situe dans la façon d'envisager la production et ses liens avec la consommation

Les usines Ford produisant des voitures standardisées, elles ne pouvaient plus avoir pour clientèle privilégiée les classes très aisées consommatrices de produits de luxe. Il fallait plutôt vendre aux classes moyennes, mais cela supposait de pratiquer des prix très inférieurs. Le système fordiste va ainsi se caractériser par un usage particulier de ses gains de productivité, privilégiant la baisse des prix pour conquérir de nouveaux marchés. Parallèlement, Henry Ford s'est rendu célèbre en doublant le salaire de ses ouvriers par rapport au salaire courant (" Five dollars a day "). Même si cette générosité apparente servait surtout à retenir ses salariés éprouvés par la dureté du travail à la chaîne, Ford savait qu'elle pouvait profiter indirectement à son entreprise : tôt ou tard, le pouvoir d'achat distribué enrichirait sa propre clientèle, et donc permettrait l'accroissement des ventes. Ce que Page 3/17
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l'entreprise perdait en comprimant sa marge bénéficiaire, elle le récupérait en accroissant la quantité vendue. Le système fordiste innove en ce sens que les conditions de la production sont pensées comme déterminant aussi celles de la consommation. On a là la base d'une logique productive très différente de celle du 19è siècle et qui va dominer le 20è siècle : c'est la logique de la production de masse (ou production en grande série) qui appelle une consommation de masse. Cette production de masse va elle-même générer ce qu'on appelle des " économies d'échelle " : les frais fixes de l'entreprise peuvent être répartis sur une plus grande quantité de biens vendus, ce qui réduit encore le coût de fabrication. Le fordisme s'est répandu dans les entreprises des pays industrialisés après la seconde guerre mondiale. L'apogée de ce système a ainsi coïncidé avec la période des "Trente glorieuses", c'est-à dire la plus forte et la plus longue période de croissance de l'époque industrielle. C'est pourquoi on a souvent associé cette croissance avec cette organisation du travail en parlant de "croissance fordiste".

1.1.3 - ... Et que, plus récemment, le toyotisme a permis une réorganisation du travail qui rend la production plus adaptable et de meilleure qualité pour suivre l'évolution de la demande des consommateurs.
Le mot toyotisme vient de la marque automobile Toyota. Ce mode d'organisation a donc d'abord été mis en place dans cette entreprise, puis au Japon en général. Dans un contexte de saturation progressive des marchés à la fin des années soixante, l'entreprise Toyota comprend avant les autres que pour conquérir des clients il faudra désormais leur proposer un plus grand choix de produit et des produits de meilleure qualité. L'organisation du travail qui va se mettre en place dans cette entreprise va répondre à ce double objectif.

La diversification et l'adaptabilité de la production

Dans le système fordiste qui produit en grande série, on ne peut satisfaire une demande de diversification qu'en acceptant des stocks importants. Par exemple, si on veut pouvoir offrir le choix de la couleur de la voiture, il faut produire beaucoup de voitures rouges, bleues, blanches, … dans la mesure où on ne sait pas à l'avance ce que choisira le consommateur. Cela génère des stocks très importants : les couleurs les moins choisies attendent plus longtemps avant d'être vendues, et cela coûte très cher. Toyota a donc développé le principe du juste-à -temps : il faut produire ce que veut le consommateur, quand il le veut. La production, et donc le travail, sont donc organisés pour répondre le plus vite possible aux variations de la demande. Concrètement, cela signifie que l'on demande une plus grande flexibilité aux travailleurs comme aux machines, qui doivent pouvoir " passer " d'une production à l'autre. Les fournisseurs doivent aussi pouvoir répondre dans les temps aux besoins de l'entreprise. Par exemple, on ne commandera les sièges à l'équipementier que lorsque l'on démarrera la production de la voiture. Tout cela suppose une mise en réseau très délicate de toutes les étapes de la production qui doivent réagir très rapidement les unes vis-à -vis des autres, donc un système de décision dans l'entreprise moins centralisé et moins hiérarchisé.

L'amélioration de la qualité

Les entreprises organisées selon le système fordiste avaient un gros problème de qualité : plus les cadences s'accéléraient, et plus les erreurs se multipliaient, quand il ne s'agissait pas d'actions de négligence volontaire d'ouvriers en conflit avec l'entreprise ou l'encadrement. Le système de direction très centralisé ne permettait pas de résoudre ce problème aisément : toute initiative des exécutants étant proscrite, il n'était pas possible de réparer les défauts sur le champ. Le système toyotiste va surmonter cette difficulté en revenant partiellement sur la division verticale du travail. On va redonner plus d'autonomie aux salariés en leur confiant par exemple le contrôle de la qualité et l'initiative de réaliser les réparations ou encore les corrections ou ajustements nécessaires dans la production. Cette évolution était rendue d'autant plus facile que le niveau de formation générale des salariés s'était considérablement amélioré. De même, le système toyotiste va tenter de lutter contre le désintérêt des ouvriers pour leur travail en diversifiant leurs tâches, non pas en revenant sur la parcellisation du travail, mais en effectuant une rotation Page 4/17
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des ouvriers d'une tâche à l'autre. Des ouvriers plus motivés se révèleront plus efficaces et plus capables d'initiatives profitables à l'entreprise. Le toyotisme a été une façon de résoudre certains des problèmes que posait le fordisme. Cela ne signifie nullement que c'est la solution miracle : d'une part, le fordisme a su trouver certaines solutions, d'autre part, le toyotisme lui-même a rencontré des difficultés. Cela montre bien une chose que l'on ne doit pas oublier : le capitalisme est un système dynamique qui se transforme sans cesse. Il n'y a jamais de solution définitive ou de remède miracle. Le temps et le moment dans l'histoire sont toujours à prendre en compte quand on essaie de comprendre comment nos sociétés fonctionnent.

1.2 - La relation entre organisation du travail et croissance.
Nous venons de voir que les différentes organisations du travail transforment profondément l'activité des hommes dans l'entreprise, que ce soit les relations hiérarchiques, les relations entre les salariés, ou les relations avec les clients. Mais on ne peut pas transformer les entreprises sans que cela ait des conséquences sur l'ensemble de l'économie, et notamment sur la croissance. C'est ce que nous allons maintenant étudier : les relations entre l'organisation du travail et son contexte économique et social. Nous allons notamment voir comment chaque organisation du travail a été, à un moment donné, un moyen pour relancer le processus de croissance, et que ces mêmes organisations du travail ont pu, dans un autre contexte, être au contraire un facteur de blocage de la croissance.

1.2.1 - Le taylorisme, en générant des gains de productivité, a permis d'accroître la rentabilité des entreprises et de favoriser l'investissement.

Des gains de productivité affectés principalement à la hausse des profits ...

On a vu que, par la division horizontale et surtout verticale du travail, le taylorisme a permis d'accroître dans des proportions considérables la productivité du travail. Dans l'esprit de Taylor, ces gains de productivité devaient permettre d'accroître les profits des entreprises, mais aussi les salaires des travailleurs. En pratique, les entreprises ont surtout utilisé ces gains de productivité pour améliorer leur rentabilité, ce qui a contribué à faire détester le taylorisme par les ouvriers, qui en ont souvent subi les contraintes sans vraiment en tirer avantage.

... Ce qui favorise l'investissement nécessaire en période d'industrialisation rapide ...

Pourquoi une telle évolution ? D'abord parce qu'aux Etats-Unis, à la fin du 19ème siècle, la législation sociale ne permettait guère aux salariés de peser sur le partage de la valeur ajoutée. Ensuite, parce que les entreprises avaient besoin d'accroître leur rentabilité pour financer les énormes investissements que réclamaient l'industrialisation et le développement de l'économie américaine. Des profits élevés constituaient à la fois une source d'autofinancement de l'investissement et un puissant moyen d'inciter les épargnants à prêter leur argent aux entreprises.

... Mais peut poser un problème de débouchés quand l'investissement faiblit.

Cet usage des gains de productivité a permis une forte croissance tant que ces besoins d'investissement étaient importants. En revanche, il a peu contribué à développer la consommation des ménages. Or, celle-ci est aussi un moteur de la croissance, et même un moteur essentiel. On en a pris conscience progressivement dans les périodes de dépression, et plus particulièrement pendant la Grande Dépression des années 30 : en cherchant à comprimer les coûts de production pour restaurer la rentabilité des entreprises mise à mal par la crise, on affaiblissait aussi la demande ce qui bloquait le redémarrage de l'investissement.

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1.2.2 - Le fordisme a également fortement accru l'efficacité du travail, mais les gains de productivité ont été utilisés pour développer une consommation de masse.

Des gains de productivité à la division du travail et à la standardisation.

En matière de division du travail, le fordisme n'est qu'un approfondissement du taylorisme. Les grandes innovations de Ford sont le travail à la chaîne et la standardisation des pièces, encore qu'en la matière aussi, Ford n'ait fait que systématiser des évolutions initiées avant lui. Toujours est-il que l'application des idées de Ford a permis d'accroître la productivité du travail là encore de façon étonnante, jusqu'à la multiplier par 10 sur certains segments de production.

Un usage des gains de productivité plus favorables aux salariés et aux consommateurs...

Cependant, on a déjà noté plus haut que la généralisation du fordisme, dans les années 50, s'est accompagnée d'un partage des gains de productivité plus favorable aux pouvoirs d'achat des consommateurs, que ce soit par la baisse des prix de vente ou la hausse des salaires. Les entreprises amélioraient leur rentabilité dans un second temps par l'accroissement des ventes et la réalisation d'économies d'échelle. Le fordisme résolvait ainsi le problème des débouchés qui s'était révélé si crucial pendant la grande dépression des années 30. Cette évolution du partage des gains de productivité devait pour une part au raisonnement des chefs d'entreprise eux-mêmes, qui voyaient bien l'avantage qu'ils en retiraient. Mais elle devait beaucoup aussi au contexte politique et social de l'époque, avec des syndicats plus forts, des législations sociales plus favorables aux salariés et un pouvoir politique généralement attentif à établir un partage plus équitable de la valeur ajoutée.

... Qui permet un " cercle vertueux " de croissance.

L'amélioration du pouvoir d'achat des salariés constituait aussi une compensation pour des conditions de travail toujours pénibles et une perte d'autonomie totale des travailleurs, c'est ce qu'on appelle parfois le " compromis fordiste ". Quant à la dynamique entre l'offre et la demande que ce système a instauré, elle fut à la base de la formidable croissance des " Trente Glorieuses " et est parfois qualifiée de " cercle vertueux de la croissance fordiste " : les gains de productivité permettent l'augmentation du pouvoir d'achat des salariés, qui stimule la demande de biens et services ce qui accroît la production et donc à nouveau le pouvoir d'achat des salariés. Cependant, ces mêmes caractéristiques du fordisme qui ont assuré son succès dans les années 50-60 se sont révélées néfastes pour la croissance quand le contexte économique et social a changé.

Des salariés de moins en moins motivés et donc de moins en moins productifs.

D'abord, les salariés se sont de plus en plus révoltés contre les conditions de travail qui leur étaient faites. La hausse du pouvoir d'achat n'est plus apparue suffisante pour compenser la perte d'autonomie et la soumission à des cadences " infernales ", surtout aux yeux de travailleurs de mieux en mieux formés, avec les progrès de la scolarisation, et issus d'une société de plus en plus individualiste. Cela s'est traduit concrètement par des grèves, parfois violentes, et dont les mots d'ordre étaient de moins en moins souvent salariaux : en mai 1968, en France, les slogans du genre " métro, boulot, dodo, y en a marre " exprimaient ce ras-le-bol. Mais la contestation du fordisme passait aussi par des attitudes anti-productives sur les lieux de travail : hausse de l'absentéisme, coulage de la production (c'est-à -dire, production de mauvaise qualité), turn over croissant (les salariés changent souvent d'emploi, dès qu'ils en ont " assez "), contestation des " petits chefs " (c'est-à -dire essentiellement des contremaîtres qui encadrent directement les équipes d'ouvriers). Résultat : un ralentissement de la croissance de la productivité qui va à l'encontre des principes mêmes du fordisme. Où l'on voit que des considérations sociales peuvent avoir des répercussions économiques directes !

L'incapacité du fordisme à assurer qualité et diversité de la production.

Par ailleurs, le fordisme s'est paradoxalement révélé inadapté à la société de consommation qu'il a contribué à instaurer. Au début des Trente Glorieuses, les consommateurs cherchaient avant tout à acquérir les biens de consommation nouveaux : une première voiture, un premier téléviseur ou un premier frigidaire. Mais au

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fur et à mesure que les besoins se sont progressivement saturés, leur exigence s'est déplacée vers la qualité et la diversité, ce que le fordisme était incapable de fournir, d'une part à cause de son principe de standardisation maximale des pièces et d'autre part à cause des problèmes de motivation des salariés que l'on vient d'exposer. A ce moment, le fordisme, qui avait si bien contribué à la croissance économique depuis la fin de la seconde guerre mondiale, est devenu un obstacle à la poursuite de la croissance. Son inadaptation à l'économie et à la société nouvelles ouvrait la porte à l'apparition de nouvelles organisations du travail.

1.2.3 - Le toyotisme trouve de nouvelles sources de gains de productivité et stimule la consommation par la diversification et l'innovation.
Le toyotisme était d'abord un moyen de répondre aux problèmes rencontrés par le fordisme. Comment cette organisation du travail a-t-elle contribué à la croissance ?

De nouvelles sources de gains de productivité. Taïchi Ohno, le " concepteur " du toyotisme, avait compris avant les autres que, pour améliorer la productivité à la fin des années soixante, il ne fallait pas accélérer les cadences des chaînes de montage ou approfondir encore la division du travail, bien au contraire. La source des gains de productivité se trouvait dans l'amélioration de la qualité des produits. En effet, les défauts des produits coûtaient fort cher à l'entreprise : soit il fallait les corriger en bout de chaîne, ce qui consommait du travail supplémentaire, soit on n'arrivait pas à les vendre (gonflement des stocks), et tout se passait alors comme si les travailleurs n'avaient rien produit ! En retrouvant le chemin de la qualité, le toyotisme a augmenté la productivité des ouvriers en économisant le temps de travail dévolu à la réparation des défaut ou à la production de biens invendables.

La diversification de la production stimule la consommation. Le principe de la production " juste-à -temps ", en réduisant les stocks, et l'autonomisation des travailleurs, en réduisant les coûts d'organisation et de contrôle, ont permis d'offrir aux consommateurs une gamme de biens très diversifiée, sans que cette diversification se traduise par une dégradation de la rentabilité de l'entreprise ou une hausse des prix qui aurait découragé la demande. L'offre de biens de qualité et différenciés a stimulé la consommation, ce qui a incontestablement pu être un facteur de croissance économique. Dans les années 70, le Japon, pays du toyotisme, ne semblait pas connaître la crise que traversaient les pays occidentaux dont les entreprises avaient toutes été organisées selon le système fordiste.

Un système qui permet des innovations de produits permanentes. Dans le système toyotiste, la recherche de la qualité ne consiste pas seulement à bien produire un objet aux caractéristiques définies une fois pour toutes. Il s'agit de chercher en permanence à améliorer le produit, à trouver constamment le moyen de mieux satisfaire ou séduire le consommateur. De ce point de vue, le toyotisme repose sur un principe d'innovation de produit permanente (principe du " Kaïzen "), et ces innovations de produits sont de nature à stimuler la consommation, on l'a vu au chapitre précédent. Au passage, on découvre là un autre aspect positif de l'autonomisation et de la motivation des salariés : c'est aussi pour l'entreprise une façon de mobiliser leur savoir-faire et leur imagination dans la recherche d'innovations. Est-ce à dire que le toyotisme est l'organisation du travail idéale ? Non, sans doute. En effet, on peut relever deux difficultés essentielles qui se font jour en ce début de 21ème siècle :

Une flexibilité du travail qui peut peser sur la consommation. Le principe de l'innovation et de l'adaptation permanente à la demande impose une grande flexibilité des facteurs de production et notamment du travail. On peut craindre que la généralisation de cette flexibilité, si elle prend comme forme le chômage et la précarité, ne se traduise par une insécurité croissante pour les salariés, surtout dans un contexte de chômage persistant. Cette insécurité peut à son tour freiner la consommation, soit que les salariés épargnent par Page 7/17

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peur de l'avenir, soit qu'ils ne puissent accéder à l'emprunt faute de pouvoir garantir raisonnablement leurs revenus futurs.

Un mode de production écologiquement discutable. Les interrogations sur la croissance que l'on a abordées au premier chapitre sont de nature à nourrir une contestation du toyotisme. D'abord parce que le système d'innovation permanente et de stimulation de la consommation nous amène à renouveler très fréquemment nos biens, ce qui augmente nos besoins en matières premières et en énergie. Or, on a bien vu que celles-ci n'étaient pas des ressources inépuisables. Par ailleurs, le système du juste-à -temps, s'il réduit les stocks, augmentent les flux de transport, notamment routiers : il faut apporter à l'entreprise ce dont elle a besoin exactement quand elle en a besoin (on dit parfois que dans le système toyotiste, les stocks n'ont pas disparu, mais se trouvent dans les camions !). Là encore, cette consommation énergétique n'est pas soutenable à long terme.

1.2.4 - Le développement de nouveaux secteurs et la mondialisation remettent au goût du jour d'anciennes organisations du travail comme le taylorisme.
On a vu que, dans l'industrie, les organisations du travail se sont succédées chronologiquement, chacune solutionnant les problèmes rencontrés par la précédente. Cela ne signifie cependant pas que les organisations du travail les plus anciennes disparaissent, et ce pour plusieurs raisons.

La diffusion du taylorisme dans les services. Le développement du tertiaire (voir la deuxième section de ce chapitre) conduit les entreprises de ce secteur à chercher à faire des gains de productivité importants pour répondre à une demande croissante. De plus, elles doivent utiliser la main d'oeuvre " rejetée " par les autres secteurs, main d'oeuvre qui, du fait de sa reconversion, n'a pas toujours des qualifications adaptées au travail tertiaire. D'ailleurs, pour séduire les consommateurs par la baisse des prix, ces entreprises ont aussi intérêt à utiliser une main d'oeuvre peu qualifiée. C'est pourquoi on voit le taylorisme se développer dans les services où il permet, comme naguère dans l'industrie, de faire des gains de productivité en utilisant une main d'oeuvre non qualifiée. La restauration rapide est un exemple de taylorisation des services : les gestes de production d'une pizza ou d'un hamburger sont prévus à l'avance, standardisés, répétitifs et chronométrés, de façon à pouvoir être accomplis par n'importe qui au moindre coût, à l'inverse d'un grand restaurant où c'est la qualification et la compétence du cuisinier qui assurent la réussite du produit final.

Fordisme et taylorisme dans les pays en voie de développement. Par ailleurs, la mondialisation conduit les entreprises à délocaliser certaines de leurs productions dans les pays en voie de développement où la main d'oeuvre est meilleur marché, mais aussi moins qualifiée (voir le chapitre 6). Il est alors utile, dans ces pays, d'organiser le travail sur un mode tayloriste ou fordiste. Les procédures de production sont pensées une fois pour toute dans les pays développés et " transportées " dans les pays à bas coût de main d'oeuvre où l'on ne demande pas aux travailleurs d'innover.

Mondialisation et partage des gains de productivité. Enfin, l'internationalisation des firmes fait que, de plus en plus, les consommateurs et les producteurs ne sont pas situés dans les mêmes pays, ni même dans les mêmes aires géographiques.Dès lors, il est difficile pour l'entreprise de considérer que les salaires qu'elle verse vont, même indirectement, alimenter la demande de ses clients. Certains ont vu alors la base d'une rupture du " cercle vertueux de la croissance fordiste " et le retour à une vision plus classique du partage de la valeur ajoutée.

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2 - Croissance, progrès technique et emploi.
La représentation la plus répandue du progrès technique, c'est la mécanisation du travail, le remplacement des hommes par les machines. On pense bien sûr aux chaînes de montages robotisées dans l'industrie automobile, ou encore aux guichets automatiques des banques. Mais nous avons vu dans le chapitre précédent que le progrès technique pouvait également agir sur la croissance économique, et donc faire varier les besoins en travail des entreprises. Plus généralement, le progrès technique transforme le travail , et ce sont ces transformations que nous étudierons d'abord. Mais pour que ces transformations puissent se faire, il faut que les travailleurs, en fonction des besoins de l'économie, puissent facilement changer d'emploi, passer rapidement d'un poste à l'autre, d'une entreprise à l'autre, ou d'un secteur à l'autre. Cette capacité de l'économie à redéployer continûment sa force de travail, c'est ce que l'économiste appelle la flexibilité . Nous l'étudierons dans notre dernier paragraphe.

2.1 - Gains de productivité, croissance et volume d'emploi.
Comment le progrès technique et la croissance qu'il engendre agissent-ils sur le volume de l'emploi ? Nous allons d'abord montrer que fondamentalement, les gains de productivité que permet le progrès technique permettent de générer des emplois nouveaux. Pourtant, le chômage existe et nous nous demanderons ensuite si l'on peut établir des liens entre ce chômage que nous connaissons et le progrès technique.

2.1.1 - Le progrès technique engendre des gains de productivité qui sont source de richesses nouvelles et permettent de créer des emplois nouveaux.
Le progrès technique a pour objectif explicite d'économiser du travail dans la fabrication d'un bien ou d'un service. Autrement dit, pour fabriquer le même bien, on utilisera moins de travail qu'avant l'introduction du progrès technique. On voit donc très clairement que le progrès technique diminue la quantité de travail par unité fabriquée. Mais affirmer cela ne nous dit rien sur l'évolution de l'emploi qui résulte de l'introduction du progrès technique. En effet, cette évolution va dépendre d'une part de ce que fait l'entreprise qui innove des gains de productivité réalisés, d'autre part des effets induits par la décision de l'entreprise sur le reste de l'économie, effets que l'on peut qualifier d'effets de propagation. Fondamentalement, les gains de productivité, parce qu'ils permettent d'économiser du travail par unité produite, sont créateurs de richesses et rendent possible la création de nouveaux emplois . En effet, en abaissant le coût de production, les gains de productivité permettent la baisse des prix et l'augmentation des salaires réels. On observe donc une extension des marchés et, pour répondre à l'augmentation de la demande, les entreprises seront amenées à créer des emplois et à augmenter leur stock de capital productif, ce qui permettra de réaliser de nouveaux gains de productivité. La boucle est alors bouclée et le processus peut se poursuivre. En fonction de l'utilisation qui est faite des gains de productivité , l'extension des marchés obtenue grâce au progrès technique ne sera pas exactement la même et les effets sur l'emploi non plus : Vous pouvez vous reporter au chapitre précédent pour revoir ces différents usages.

Si les gains de productivité sont utilisés à diminuer le prix de vente.

La baisse de prix va permettre aux consommateurs de bénéficier d'une augmentation de leur pouvoir d'achat . Ils vont pouvoir exercer leur liberté de choix : consommer davantage de ce produit dont le prix baisse (il faudra donc fabriquer davantage de ce produit), ne pas le faire et augmenter leur consommation d'autres biens et services (et alors, il faudra augmenter la production de ces biens et services), ne pas le faire et augmenter leur épargne (donc pas d'effet immédiat sur la production). Les choix qu'ils vont faire vont constituer des signaux pour les autres acteurs de l'économie. C'est bien le rôle des prix dans une économie de marché (revoyez le programme de Première !). La baisse de prix va aussi se diffuser dans les autres branches de l'économie dans la mesure où le produit dont le prix baisse Page 9/17

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grâce au progrès technique est utilisé par les autres entreprises pour leur propre production.

Prenons l'exemple des imprimantes pour l'informatique. Leur prix a considérablement diminué, en même temps que leur qualité technique s'est beaucoup améliorée. Quelles sont les conséquences de cette baisse des prix ? D'une part, les ménages, qui font des imprimantes un usage privé, dépensent moins pour l'achat de leur imprimante, ce qui est un élément de la décision d'achat, et on sait que la baisse des prix a considérablement dopé les ventes (et si on vend plus, on produit plus, donc il faut plus d'emplois si la hausse de la demande est plus rapide que celle de la productivité). D'autre part, les entreprises qui utilisent leur imprimante dans un but professionnel, intègrent son coût dans l'ensemble des coûts de production. La baisse du prix de l'imprimante va donc diminuer le coût de production, ce qui permettra une baisse en retour du prix de vente du produit fabriqué par l'entreprise. Cette baisse du prix va donc, elle aussi, engendrer une extension du marché, et ainsi de suite. On peut même penser à un autre effet, indirect, mais tout à fait réel : si les ménages font désormais leur courrier sur ordinateur et l'imprime grâce à l'imprimante parce qu'ils ont pu s'équiper du fait de la formidable baisse des prix, la demande de papier se transforme : on vend moins de blocs de papier à lettre petit format et plus de paquets de 500 feuilles pour imprimante et l'industrie papetière doit reconvertir sa production ! Il y aura forcément des effets sur l'emploi dans toutes ces transformations. La baisse de prix induite par les gains de productivité contribue donc à l'accroissement de la taille des marchés, en même temps qu'à la transformation de la demande . Ce faisant, elle a donc un effet positif sur le volume de l'emploi (il faut embaucher pour répondre à la demande supplémentaire).

Si les gains de productivité sont utilisés à augmenter les salaires. Dans ce cas, le pouvoir d'achat des salaires augmente, pour les salariés qui travaillent dans l'entreprise réalisant les gains de productivité. Ces salariés peuvent donc augmenter leur demande et on retrouve l'extension des marchés dont on a parlé plus haut, avec ses effets positifs sur l'emploi. Les effets de la hausse de la demande seront plus localisés et globalement probablement moins importants que ceux résultant de la baisse des prix. Si les gains de productivité sont utilisés à augmenter les profits. Dans ce cas, les capacités de financement de l'investissement vont sans doute s'accroître, ce qui aura un double effet : d'une part, les investissements seront moins coûteux, donc les coûts de production baisseront un peu, ce qui peut avoir des effets sur les prix (et on revient au premier point), d'autre part, si les investissements sont des achats de machines, par exemple, ils contribuent à l'extension des marchés quand ils augmentent, enfin et surtout, les investissements vont permettre la mise en Suvre de nouvelles innovations qui vont contribuer à augmenter la productivité. Le risque est que les capacités de production s'accroissent sans que la demande n'augmente suffisamment. L'augmentation des profits ne débouche donc pas automatiquement sur une extension des marchés , et les effets sur l'emploi risquent d'être limités. Si les gains de productivité sont utilisés entièrement à diminuer la durée du travail. On parle ici d'une diminution de la durée du travail sans diminution des salaires. Il n'y a pas alors d'effet sur les prix ou le pouvoir d'achat. Ce qui s'améliore, c'est la qualité de vie des salariés. Les effets économiques, en particulier ceux sur l'emploi, risquent d'être limités. En effet, les salariés disposant de plus de temps libre, on pourrait penser qu'ils vont consommer davantage de certains services, liés par exemple au tourisme. Mais les salariés ne disposant pas de davantage de revenus, la hausse de la consommation est peu probable et, en tous cas, limitée. On peut même penser à des effets négatifs sur certains emplois : par exemple, si le temps de travail diminue, les jeunes enfants peuvent être confiés moins longtemps à leurs nounous, ce qui diminue l'emploi de celles-ci. Globalement, il est donc probable que la diminution de la durée du travail issue des gains de productivité n'a pas d'effet direct sur l'emploi. Evidemment, si l'on diminue sensiblement le temps de travail sans que la productivité n'augmente, il faudra bien augmenter l'emploi si l'on veut continuer à fabriquer les mêmes quantités. Notons qu'entre 1950 et 1980, en France, la durée du travail a considérablement diminué (pas seulement sur la semaine, mais surtout sur la vie) sans empêcher la forte hausse des salaires réels : cela s'explique par les très forts gains de Page 10/17

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productivité réalisés sur cette période qui ont permis à la fois d'augmenter les salaires et de diminuer le temps de travail. Ces raisonnements sont évidemment théoriques. Dans la réalité, les choses ne sont jamais si simples. Mais ils montrent clairement que le progrès technique, en lui-même, n'est pas destructeur, globalement, d'emplois : même s'il en détruit certains, c'est pour en créer d'autres (et davantage) ailleurs. L'élément essentiel est l'extension des marchés qui repose sur l'augmentation de la demande : le progrès technique crée des emplois dans la mesure où il permet d'accroître les quantités produites et vendues . Et on a vu que toutes les utilisations des gains de productivité ne sont pas équivalentes du point de vue des effets sur l'emploi. Concrètement, dans un pays donné, à un moment donné, les effets du progrès technique sur l'emploi vont dépendre de la façon dont les gains de productivité sont utilisés et du poids respectif de chacun de ces usages. Mais ces effets dépendent aussi des conditions qui règnent sur les marchés, marché des biens et services et marché du travail. Au total, du chômage peut donc apparaître .

2.1.2 - Les conditions de mise en oeuvre du progrès technique peuvent expliquer l'apparition du chômage.
Nous avons vu plus haut que le progrès technique, s'il détruit des emplois, peut aussi bien en créer, et que ce processus de création-destruction se traduisait par une transformation de la composition de l'emploi, c'est-à -dire du type d'emplois offerts. Il n'y a donc pas de raison a priori pour le progrès technique soit globalement une cause de chômage (même s'il en supprime souvent localement). Cependant, nous savons bien qu' il y a du chômage et nombreux sont ceux qui l'attribuent, au moins pour partie, au progrès technique. Peut-être que, parfois, les mécanismes de création et de transformation de l'emploi fonctionnent mal. Dans quel cas cela peut-il se produire ?

D'abord, l'absence de concurrence (ou une concurrence imparfaite) peut empêcher la baisse des prix, et donc limiter les gains de pouvoir d'achat. Si une entreprise est en situation de monopole (ou si plusieurs entreprises forment un oligopole), elle a le pouvoir de fixer les prix comme elle l'entend, et donc peut ne pas répercuter les gains de productivité sur les prix pour accroître ses bénéfices. Dans ce cas, la demande ne sera pas stimulée et il risque de ne pas y avoir de croissance pour compenser les effets négatifs du progrès technique. Ce cas est important parce que souvent, l'entreprise qui innove se trouve de ce fait en situation de monopole : elle est la seule à maîtriser le nouveau procédé ou à proposé le nouveau produit. C'est alors à l'Etat d'intervenir par des lois favorisant une certaine concurrence pour éviter les abus. Ensuite, les gains de pouvoir d'achat peuvent ne pas se traduire par une augmentation de la demande. Les gains de productivité peuvent être utilisés pour augmenter les salaires ou les profits, ce qui permet de relancer la consommation ou l'investissement. Cependant, on a vu au chapitre précédent que la hausse de la rentabilité n'était pas une condition suffisante pour faire redémarrer l'investissement : il faut encore qu'existe un surcroît de demande et que les taux d'intérêt ne soient pas trop élevés. La politique économique peut ici s'avérer cruciale en créant de la monnaie ou en soutenant la demande par le déficit public. De même, l'augmentation des salaires ne se traduit pas toujours par une hausse de la consommation : les salariés peuvent épargner leur surplus de pouvoir d'achat, notamment si leurs besoins sont saturés ou s'ils craignent pour l'avenir. D'où l'importance des innovations de produits qui suscitent de nouveaux besoins et de la politique économique qui peut stimuler la demande. Enfin, les emplois créés peuvent ne pas correspondre aux qualifications des travailleurs. Par exemple, si le progrès technique a pour résultat que les presse-purée manuels sont remplacés par des presse-purée électriques (ou par de la purée en flocons !), les travailleurs des entreprises qui les fabriquaient seront licenciés et les entreprises fermées. Ces travailleurs pourraient trouver un emploi dans les entreprises qui embauchent, mais souvent ils n'ont pas la qualification nécessaire (le progrès technique crée aussi de nouveaux métiers !) et n'habitent pas là où les emplois sont créés. Il y a donc, au moins momentanément, un chômage en hausse. On parle dans ce cas volontiers de "chômage technologique", et c'est ce type de chômage qui explique l'insistance des gouvernements Page 11/17

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sur le rôle de la formation dans la lutte contre le chômage. On le voit, le chômage dépend moins du progrès technique lui-même que de ses conditions d'applications. Et celles-ci appellent souvent des politiques économiques et sociales appropriées. Le chômage n'est donc pas une fatalité.

2.2 - Progrès technique, croissance et transformation des emplois
Mais le progrès technique n'a pas que des effets sur le volume des emplois, il contribue aussi à transformer la nature des emplois : d'une part, on observe une mutation sectorielle de l'emploi, d'autre part, il modifie les qualifications requises des travailleurs.

2.2.1 - Le progrès technique, parce qu'il est inégal, déplace la main d'oeuvre des secteurs primaire et secondaire vers le secteur tertiaire.
Le progrès technique ne se fait pas dans tous les secteurs au même rythme, autrement dit, les gains de productivité sont variables selon les secteurs de l'activité économique. De la même manière, la demande n'augmente pas aussi vite pour tous les biens et services. Cela a des conséquences directes sur la structure de l'emploi par secteur d'activité , conséquences que nous allons expliquer en comparant le rythme de croissance des gains de productivité avec celui de la demande dans chaque secteur. Titre : Répartition de l'emploi par secteur d'activité en France (en % de la population active occupée)

1949 1968 1990 1997 2001 Secteur primaire 30 16 37 47 6 29 65 4 25 71 4 23 73

Secteur secondaire 33 Secteur tertiaire 37

Source : Jean-Pierre DELAS, Economie contemporaine, Ellipses, 2001 et T.E.F.2002-2003 pour l'année 2001.

Dans le secteur primaire, la demande augmente peu alors que les gains de productivité sont très forts, donc l'emploi se réduit. La demande a une assez faible élasticité, que ce soit par rapport au revenu ou par rapport aux prix. Cela signifie que même si les prix des produits agricoles baissent ou si notre revenu augmente, nous ne consommons pas beaucoup plus de produits agricoles, et cela parce que nous mangeons en général à notre faim depuis longtemps et parce que les produits du secteur primaire sont de moins en moins utilisés dans l'industrie. Pourtant, dans l'agriculture, la productivité a augmenté très rapidement depuis le milieu du 20ème siècle. Le résultat logique, c'est que l'agriculture s'est retrouvée avec trop de bras, il a fallu que les agriculteurs, et encore plus les fils d'agriculteurs, quittent les campagnes. Le nombre d'emplois dans l'agriculture a chuté et sa part dans la population active n'atteint même pas 3% aujourd'hui en France. Dans l'industrie, la productivité a beaucoup augmenté, mais, jusqu'à la fin des années 60, la demande a elle aussi beaucoup augmenté. De 1945 à 1975, c'était la période d'équipement des ménages en voiture, en électro-ménager, etc. Résultat : l'emploi dans le secteur secondaire a continué de se développer jusqu'à la fin des années 60.Depuis, la demande a progressé moins vite (on a surtout une demande de remplacement pour les produits " habituels ", avec une demande augmentant rapidement pour les produits nouveaux, comme cela a été le cas des magnétoscopes, par exemple) alors que la productivité a continué d'augmenter rapidement. La part du secteur secondaire dans l'emploi s'est alors mise à diminuer. Page 12/17

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Aujourd'hui, si l'on inclut le bâtiment dans le secteur secondaire, celui-ci représente environ le quart de la population active en France.

Dans le tertiaire, c'est-à -dire les activités de services, les gains de productivité ont été faibles tandis que la demande s'est accrue fortement, donc l'emploi s'est développé.

Pendant très longtemps la croissance de la productivité a été lente dans les services car il était difficile de mécaniser ou d'y automatiser la production. Par exemple, une fois inventée la machine à écrire (ce qui est déjà assez ancien), la secrétaire n'arrivait pas à augmenter beaucoup sa production de lettres ; s'il y avait plus de lettres à taper, il fallait forcément embaucher une autre secrétaire. Par contre, la demande de services est très élastique , c'est-à -dire qu'elle augmente rapidement quand les revenus augmentent ( lois d'Engel ). Les revenus ont augmenté rapidement dans les années 60 et 70, la consommation de services aussi et le tertiaire a massivement embauché puisque la productivité n'augmentait que doucement. A. Sauvy a parlé de " déversement " pour désigner ce phénomène de gonflement du tertiaire qui créait des emplois compensant ceux qui étaient supprimés ailleurs. Ainsi la santé, l'éducation, les loisirs ont massivement créé des emplois. Aujourd'hui, les choses sont moins simples. D'abord parce que le progrès technique concerne maintenant beaucoup plus les services, au moins certains, qu'avant. La productivité a donc beaucoup augmenté dans les services reposant sur la production d'informations et la communication, comme les banques ou les assurances, grâce à l'informatique. Les créations d'emplois dans ces branches se sont beaucoup ralenties , voire se sont arrêtées. D'autre part, depuis 20 ans, les revenus ont relativement peu augmenté et donc la demande de services, toujours en croissance, augmente moins qu'avant. Les services bien que créant globalement des emplois ne peuvent plus absorber tous les emplois supprimés ailleurs. Aujourd'hui, en France, le secteur tertiaire représente environ 70% de la population active.

Les transformations structurelles de l'emploi à long terme sont très importantes et directement liées au rythme différentiel que connaît le progrès technique dans les différents secteurs. Mais elles dépendent tout autant du rythme de progression de la demande, lui aussi très variable selon les branches. C'est donc en comparant les deux évolutions qu'on arrive à comprendre les transformations structurelles de l'emploi par secteur. Soulignons que la structure des emplois par branche ou par secteur n'est pas le résultat de la volonté des uns ou des autres : ce n'est pas parce que le métier d'agriculteur est trop dur que plus personne ne veut être agriculteur, mais parce que pour produire une quantité en croissance assez lente, il y a moins besoin de personnes du fait de la forte hausse de la productivité agricole. Ce n'est pas parce que les femmes ont envie de travailler dans les services que les emplois dans les services se développent. C'est parce que la demande de services augmente rapidement alors que la productivité augmente nettement moins vite. Comme les emplois dans les services sont plus nombreux justement au moment où des femmes bien plus nombreuses souhaitent exercer une activité professionnelle rémunérée, les femmes vont massivement travailler dans les services. Il faut veiller à ne pas renverser les causalités !

2.2.2 - Le progrès technique, à long terme, se traduit par le développement du travail qualifié et la mécanisation du travail non qualifié.
La question est ici de savoir si le progrès technique contribue à une déqualification de la main d'oeuvre ou pas . Certains le soutiennent et cela mérite examen.

La substitution du capital au travail a en général pour effet de supprimer des emplois non qualifiés. Ainsi, les salariés agricoles ont-ils quasiment disparu de la structure socio-professionnelle de la France. De même, la C.S.P. des ouvriers non qualifiés a vu son nombre diminuer fortement depuis le milieu des années 1970. Dans ce cas, la machine remplace l'homme et si les effets sociaux liés au chômage posent de réels problèmes individuels, on n'a parfois pas à regretter les emplois supprimés : quand les robots remplacent les hommes dans la peinture des carrosseries des voitures, c'est beaucoup de maladies graves évitées. Cependant, on peut observer que globalement, le nombre Page 13/17

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d'emplois pas ou peu qualifiés n'a pas diminué en France depuis 1960 : si l'on ajoute les effectifs des employés à ceux des ouvriers, on a une part remarquablement stable dans la population active (un peu moins de 60% de la population active). On a donc plutôt qu'une diminution du nombre des emplois non qualifiés un transfert vers les services , et donc vers la catégorie des employés.

On observe parallèlement un développement des catégories socio-professionnelles qualifiées (professions intermédiaires et cadres et professions intellectuelles supérieures), en nombre et en part dans la population active. Comment peut-on avoir à la fois une quasi stabilité de la part des C.S.P. peu qualifiées et une hausse de la part des C.S.P. qualifiées dans un total qui, évidemment, fait toujours 100% ? Cela s'explique par le fait qu'il s'agit dans les deux cas de C.S.P. salariées. Or il existe aussi des C.S.P. non salariées (agriculteurs exploitants et commerçants, artisans, chefs d'entreprise) dont la part dans les effectifs a, elle, fortement diminué depuis 50 ans. L'accroissement de la part des C.S.P. qualifiées dans la population active accompagne le développement du progrès technique en rendant possible sa mise en oeuvre .

Il est donc difficile de soutenir que le progrès technique déqualifie le travail puisque la part des emplois qualifiés a augmenté dans la population active. Mais on ne peut pas dire non plus qu'il le qualifie : la proportion d'emplois non qualifiés reste stable, même si on en trouve davantage aujourd'hui dans le tertiaire que dans le secondaire. Nous n'avons pas non plus parlé du coût humain qu'impliquent parfois ces transformations : il n'est pas facile à un individu de changer de secteur d'activité et/ou de qualification quand son emploi est touché par le progrès technique. Nous y reviendrons dans la suite du programme.

2.3 - La flexibilité du travail.
Nous venons de voir que le progrès technique oblige les travailleurs à changer d'entreprise, de secteur d'activité, de niveau de qualification, et même de métier. Pareillement, les entreprises, en fonction des gains de productivité et des variations de la demande, voient leurs besoins en main d'oeuvre changer. Ainsi, la nature et le volume du travail offert par les entreprises a besoin de s'adapter au contexte. La capacité de l'entreprise à adapter sa main d'oeuvre à ses besoins, c'est ce qu'on appelle la flexibilité du travail . Cette notion est aujourd'hui très importante parce que les entreprises, évoluant dans un monde de plus en plus changeant, réclament de plus en plus de flexibilité. Pour bien la comprendre, il faut d'abord en repérer les différentes formes, et ensuite analyser ses effets positifs et négatifs.

2.3.1 - La flexibilité du travail peut prendre des formes multiples, mais qui visent toujours à adapter le travail aux besoins des entreprises.
Les entreprises vont chercher à organiser le travail de manière à pouvoir répondre aux exigences de la croissance économique. Pour cela, elles peuvent d'abord faire varier la quantité de travail qu'elles utilisent en fonction de leurs besoins, c'est ce qu'on appelle la flexibilité quantitative , tandis que la flexibilité qualitative consiste à faire varier les tâches accomplies par les travailleurs. Cette flexibilité peut être obtenue en recourant à des services extérieurs à l'entreprise (marché du travail ou sous-traitance), on parle alors de flexibilité externe . La flexibilité interne , elle, est obtenue par un assouplissement des règles de l'organisation du travail dans l'entreprise.

On parle de flexibilité quantitative externe quand l'entreprise fait varier le volume de sa main d'oeuvre en recourant au marché du travail. A court terme, face à une variation de son activité, par exemple une chocolaterie avant Noël, une entreprise peut embaucher en Contrat à Durée Déterminée (CDD) ou recourir à des intérimaires. Ainsi, quand l'activité reviendra à son niveau normal, l'entre prise n'aura pas à licencier, puisque ces embauches auront été prévues pour la durée de la suractivité. CDD et intérim permettent donc à l'entreprise de faire varier le nombre de ses salariés en fonction de ses besoins, mais sans avoir à supporter le coût et les tracas administratifs Page 14/17

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liés à des licenciements. Pour améliorer la flexibilité quantitative externe, on peut également assouplir les règles de licenciement, en le rendant moins coûteux, en raccourcissant les procédures et en diminuant les possibilités de contestation. Ce type d'assouplissements est régulièrement réclamé par le patronat français.

La flexibilité quantitative interne consiste à faire varier le temps de travail au cours de l'année. Cette flexibilité peut être obtenue par le recours aux heures supplémentaires, mais cela coûte cher à l'entreprise parce qu'elle doit payer ces heures plus cher que les autres. L'autre possibilité est l'annualisation du temps de travail, qui n'est plus définit sur la semaine (35 h) mais sur l'année (1600 h). En fonction des commandes ou de la charge de travail prévisible pour la semaine à venir, les travailleurs auront à accomplir une durée du travail différente. Selon les entreprises, cette durée peut varier entre 0 heure et 48, voire 52 heures. Il peut alors y avoir une très grande flexibilité du temps de travail pour les salariés. Une autre possibilité, en particulier dans les services en contact avec la clientèle, est d'embaucher à temps partiel, et de recourir aux heures complémentaires juste pour les moments où il y a plus de clients. La flexibilité qualitative interne consiste à faire accomplir successivement plusieurs tâches différentes par le même salarié, en fonction des besoins. C'est ce qu'on appelle aussi la polyvalence des travailleurs. Un exemple typique est donné par le chef de rayon d'un supermarché qui peut être amené à tenir une caisse en cas d'affluence de client, ou par le gérant d'un hôtel qui passe de l'accueil des clients, à la comptabilité, voire au service des repas. On note au passage que cette polyvalence remet en cause, dans une certaine mesure, la division horizontale du travail ! L' externalisation , consiste à faire exécuter certaines tâches annexes de la production par des entreprises extérieures. L'entreprise se concentre sur les tâches essentielles à sa production, celle qui réclament un savoir-faire particulier, et délègue le reste à des prestataires de services . Prenons un exemple. La RATP, entreprise des transports collectifs parisiens, a depuis longtemps externalisé le nettoyage du métro parisien : auparavant, les agents de nettoyage étaient embauchés par la RATP, bénéficiaient donc du statut RATP en particulier pour les salaires et les horaires de travail. Depuis l'externalisation, ce sont des entreprises de nettoyage privées qui assurent le ménage du métro. Les agents de nettoyage ont donc changé de statut en même temps que d'employeur. Ils appartiennent à des entreprises beaucoup plus petites, en concurrence (le nettoyage est assuré par des sociétés différentes selon la station de métro). On voit bien l'intérêt que la RATP retire de cette externalisation : elle a moins d'employés à gérer, elle se contente de passer un contrat commercial avec les entreprises de nettoyage et celui-ci est plus facile à rompre qu'un contrat de travail ! Ce sont ces entreprises qui se débrouillent pour fixer les conditions de travail et de rémunération de leur personnel. En cas de mécontentement, le personnel s'adressera à elles et non plus à la RATP. Ce raisonnement, qui débouche sur l'externalisation, peut être fait à propos de nombreuses activités dans l'entreprise. Ainsi les tâches de formation ou de recherche, celles de gardiennage ou de nettoyage, le calcul des paies, peuvent être externalisées.

Flexibilité quantitative externe et interne, flexibilité qualitative, externalisation sont donc les quatre grands types de flexibilité auxquelles peuvent avoir recours les entreprises aujourd'hui. Nous avons à chaque fois présenté les modalités les plus fréquemment utilisées, mais il peut y en avoir d'autres.

2.3.2 - La flexibilité peut renforcer la croissance parce qu'elle peut accroître la productivité du travail et rendre possible l'innovation.
En quoi la flexibilité du travail est-elle avantageuse pour les entreprises ? Et au-delà , pourquoi est-elle souvent présentée comme un facteur déterminant de la croissance économique ? Nous allons présenter quelques éléments de réponses.

Les différentes formes de flexibilité permettent d'accroître la productivité du travail . Dans chaque cas, on l'a vu, la flexibilité permet à l'entreprise de n'avoir que la quantité et le type de travail dont elle a besoin dans l'instant, et donc lui évite de payer des travailleurs à ne rien faire. Par exemple, une entreprise qui connaît des fluctuations d'activité au cours de l'année, si elle ne recourt pas à une forme de flexibilité, sera obligée de conserver un surplus de main d'oeuvre pour faire face aux Page 15/17

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"pointes" d'activité. Mais le reste du temps, ces travailleurs seront sous-employés. De même, la polyvalence permet de faire passer un travailleur d'une tâche à l'autre quand il n'a plus rien à faire.

Plus généralement, la flexibilité permet une meilleure affectation des ressources de l'économie . La flexibilité permet une circulation plus fluide des travailleurs des entreprises ou des secteurs qui stagnent vers les entreprises et les secteurs qui se développent. Si les travailleurs restaient rivés à leur poste d'origine, les difficultés des entreprises confrontées à un ralentissement de leur activité seraient accrues, tandis que celles qui se développent et embauchent pourraient ne pas trouver la main d'oeuvre qui leur fait défaut. Cette fluidité peut être très importante pour faire face et favoriser l'innovation : rappelez-vous que le progrès technique fait sans cesse apparaître et disparaître des activités, ce qui suppose un redéploiement permanent des ressources productives, capital, bien sûr, mais aussi travail.

L'intérêt de la flexibilité est donc fondamentalement de donner les moyens d'une réorganisation continue de l'économie en fonction des évolutions. Une économie totalement rigide serait une économie qui n'évolue pas, qui ne connaît pas le progrès technique ni les changements sociaux. Ce n'est bien sûr pas envisageable, mais la vraie question est celle du degré de flexibilité qu'il est souhaitable d'avoir dans une société. C'est pourquoi il faut maintenant s'intéresser aux effets pervers de la flexibilité.

2.3.3 - Mais la flexibilité peut aussi avoir des effets néfastes pour les salariés et même, dans certains cas, faire obstacle à la croissance.
La flexibilité du travail est aussi vigoureusement combattue par certains, notamment les syndicats de salariés. Ceux-ci reproche à la flexibilité de plus servir les intérêts des seules entreprises que de favoriser la croissance. Bien plus, la flexibilité, estiment certains économistes, peut aussi avoir des conséquences nuisibles sur la croissance économique. C'est ce que nous appelons les "effets pervers" de la flexibilité et que nous allons présenter maintenant.

La flexibilité peut être utilisée par les entreprises pour contourner le droit du travail et les conventions collectives. Par exemple, les CDD et l'intérim sont aussi utilisés non pas pour adapter la quantité de travail aux besoins, mais pour réduire les protections accordées aux travailleurs : dans ces cas-là , l'entreprise a toujours la possibilité de se débarrasser du salarié quand son contrat arrive à terme. On imagine aisément la pression que cela permet d'exercer sur le salarié. Récemment, une grande entreprise automobile française a été condamnée par la justice pour avoir recours au CDD de façon permanente : ce n'était donc pas un moyen de s'adapter à la demande, mais bien un mode de gestion de la main d'oeuvre . La flexibilité peut aussi avoir des effets négatifs sur la productivité des travailleurs dans l'entreprise. Quand le travail devient précaire, quand les salariés sentent que l'entreprise peut se débarrasser d'eux à tout moment, ils ne sont pas incités à s'investir dans leur travail et leur efficacité peut baisser. De même, si la flexibilité permet d'augmenter la productivité des travailleurs, cette intensification du travail a aussi des limites : l'accumulation de fatigue et de stress peut conduire à des arrêts maladie ou des accidents du travail. Enfin, quand les salariés ne restent pas dans l'entreprise, il n'ont pas le temps de développer et d'acquérir des savoir faire . C'est donc la performance globale des travailleurs qui peut s'en ressentir. La précarisation du travail peut avoir des effets néfastes sur la croissance économique . La flexibilité du travail, quand elle se traduit par une précarité pour les travailleurs, peut affecter leur propension à consommer et à investir. En effet, sans travail stable, on est incité à épargner pour le cas où l'on perdrait son emploi. De même, sans emploi à durée indéterminée, il est très difficile d'obtenir un prêt auprès d'une banque pour acheter un logement ou faire construire une maison. En pesant sur la consommation et l'investissement des ménages, la flexibilité peut donc ralentir la croissance économique.

On le voit, la flexibilité du travail présente aussi des inconvénients majeurs, qui peuvent même annuler ses effets positifs. Le problème est donc de réguler l'usage de la flexibilité par les entreprises pour en limiter les effets pervers. Page 16/17
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Au total, la flexibilité du travail est-elle une bonne ou une mauvaise chose pour l'économie ? On voit bien qu'il n'est pas possible de répondre de façon simple à une telle question. La flexibilité est avantageuse pour certains et coûteuse pour d'autres. Elle est sans doute nécessaire au bon fonctionnement d'une économie, mais il faut trouver des compensations et des modalités d'application qui la rendent acceptable aux yeux des salariés.

Conclusion.
Qu'avons-nous appris dans ce chapitre ? L'importance du travail et de son organisation pour expliquer la croissance, le rôle moteur du progrès technique dans l'efficacité grandissante du travail. Mais nous avons vu aussi que l'adéquation entre l'offre (sur laquelle le progrès technique agit) et la demande de biens (qui dépend entre autres du pouvoir d'achat et de la répartition de la valeur ajoutée) n'était pas toujours simple. Résultat : du chômage peut se développer quand les mécanismes ne peuvent pas dérouler tous leurs effets. Nous avons laissé de côté beaucoup d'aspects liés à ces transformations : les conflits qui peuvent naître à propos de la répartition des gains de productivité, les effets sociaux de la précarisation de l'emploi et de la flexibilité grandissante de la gestion de la main d'oeuvre, etc Cependant, la croissance économique et le développement, s'ils sont bien le résultat de la combinaison du travail et du capital, comme nous l'avons vu jusqu'ici, sont aussi, et à la fois, facteurs et résultats des changements sociaux qui les accompagnent. Nous allons donc nous intéresser maintenant, dans la deuxième partie du programme, au changement social tel que nous l'avons défini dans l'introduction.

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Cours : CHAPITRE 3 : Stratification sociale et inégalités Introduction
Vous avez vu en classe de première que les sociétés, toutes les sociétés, sont constituées de groupes sociaux et que ce sont les liens, aussi bien entre membres d'un même groupe qu'entre membres de groupes différents, qui constituent la vie sociale. Ces groupes ne sont pas juxtaposés les uns à côté des autres, ils sont hiérarchisés et entretiennent donc des relations marquées par la domination de certains et les inégalités et les différences existant entre les membres des différents groupes. Dans les sociétés modernes, ces groupes ne sont pas étanches (il y a toujours une certaine circulation d'individus entre les groupes). De même, au cours du temps, les groupes et leur hiérarchie (et donc les inégalités) se transforment. C'est un des aspects manifestes du changement social (ou de la dynamique sociale). Nous allons donc partir de ce constat et nous demander comment et en quoi la stratification sociale se transforme au cours du temps. Puis nous nous demanderons dans quelle mesure les individus peuvent circuler entre les groupes sociaux : c'est la question de la mobilité sociale. En effet, vous savez bien que les privilèges ont été abolis en France à la Révolution et qu'on n'hérite plus automatiquement de la position sociale de son père. Mais y a-t-il pour autant une réelle mobilité sociale ? La persistance des inégalités et la difficulté de la mobilité sociale posent une question fondamentale à nos démocraties : comment assurer l'égalité des citoyens, l'égalité réelle et non l'égalité formelle des droits (qui est inscrite dans la Constitution) ? Mais avant de répondre à cette question, il faudra réfléchir au contenu même de la notion d'égalité : la société recherche-t-elle l'égalité ou la justice, n'y a-t-il pas des inégalités justes ? Mais alors, qu'est-ce que nos sociétés appellent " justes ", quels sont les critères de ce qui est ressenti comme " juste " dans notre société ? Vous le voyez, on est ici dans le domaine des valeurs. Nous aborderons toutes ces questions dans la dernière partie de notre chapitre quand nous nous réfèrerons à ce que l'on appelle " l'idéal égalitaire " dans les sociétés démocratiques.

1 - La dynamique de la stratification sociale.
Pour décrire l'évolution des inégalités, il faut prendre en compte deux choses. La première, c'est l'ampleur des inégalités : est-ce que l'écart entre le " haut " et le " bas " de la hiérarchie augmente ou diminue ? La seconde, c'est la nature des inégalités, c'est-à -dire ce sur quoi elle portent : les inégalités d'aujourd'hui sontelles les mêmes qu'autrefois, ou bien de nouvelles inégalités apparaissent-elles ?

1.1 - Les sociétés modernes sont structurées par de nombreuses inégalités.
Quand on parle d'inégalités, on a trop tendance à ne voir que l'inégalité entre " riches " et " pauvres ". La réalité est plus complexe. Les inégalités ont des origines très variées et ne se recoupent pas toujours les unes les autres. C'est pourquoi nous allons essayer de dissiper deux erreurs traditionnelles, la première étant de croire que les inégalités économiques se réduisent aux inégalités de salaires, et la seconde, que toutes les inégalités s'expliquent au fond par les inégalités économiques. Mais auparavant, il faut d'abord définir précisément ce qu'est une inégalité, sans quoi on serait conduit à traiter toute différence comme une inégalité.

1.1.1 - Les différences sociales ne sont pas toutes des inégalités.
Les sociétés sont toutes stratifiées, on l'a déjà dit. Cela signifie qu'elles sont composées de groupes sociaux aux caractéristiques différentes. Ces groupes sont hiérarchisés, c'est-à -dire que certains sont " en haut " de

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l'échelle, d'autres " en bas ", certains " au-dessus ", d'autres " en dessous ". Il y a donc un classement des différents groupes sociaux. La hiérarchie sociale repose sur des jugements collectifs (pas individuels) de valeur : par exemple, dans notre société, il " vaut mieux " (du verbe valoir, même racine évidemment que " valeur ") être médecin qu'instituteur. C'est socialement plus valorisé. Le médecin aura donc plus de richesses, plus de pouvoir, plus de reconnaissance sociale que l'instituteur. Cela ne préjuge en rien de l'utilité réelle de leur fonction. Cela signifie simplement que notre société accorde plus de valeur sociale à la fonction de médecin qu'à celle d'instituteur, de même qu'elle en accorde plus à celle d'instituteur qu'à celle d'éboueur : on va dire qu'il y a une inégalité entre le groupe des médecins et celui des instituteurs (pas seulement une différence). Une inégalité, c'est une différence qui se traduit en termes d'avantage et de désavantage et qui fonde donc une hiérarchie. Ainsi la couleur des cheveux peut différencier deux individus, mais, en règle générale, cette différence ne constitue pas la base d'une inégalité, ce qui n'est pas le cas de la couleur de la peau dans de nombreuses sociétés. D'ailleurs, si on associe inégalités et stratification sociale, c'est précisément parce que l'existence de groupes hiérarchisés se voit à travers les inégalités qui les caractérisent. Ceci étant, demandons-nous maintenant quelles sont les inégalités actuelles en nous appuyant ici essentiellement sur l'exemple français, même si la question des inégalités mondiales et au sein des pays en développement est tout aussi importante. Il faut souligner tout de suite que les inégalités ne sont pas qu'économiques, même si les inégalités économiques sont sans doute les mieux connues, ce qui ne prouve en rien qu'elles sont les plus importantes.

1.1.2 - Les inégalités économiques ne se réduisent pas aux inégalités de salaire.
[Les statistiques données dans ce paragraphe sont tirées de l'article de L. Chauvel, "Le retour des classes sociales ?", in DEES 127, mars 2002.]

Les inégalités de salaires sont importantes, mais ce sont aussi les plus faibles et les plus stables. Il y a en France, comme dans toutes les sociétés, des inégalités de salaires. Elles dépendent d'abord de la " valeur " que la société attribue aux différents postes de la hiérarchie du travail. Par exemple, on trouve "normal" que le directeur financier d'une entreprise gagne plus que les ouvriers, soit parce qu'on estime que le poste est plus important pour la bonne marche de l'entreprise, soit parce qu'il nécessite plus d'études pour y accéder, soit encore parce qu'il impose de plus grandes responsabilités. Les inégalités dépendent aussi du rapport de force entre les salariés et leurs employeurs : certaines professions, par exemple parce qu'elles sont, à un moment donné, très demandées, obtiennent des salaires plus élevés (comme, par exemple, les informaticiens). Ainsi, en 2000, le salaire mensuel moyen des ouvriers et des employés à temps plein (1200€ environ) est 2,5 fois plus petit que le salaire mensuel moyen des cadres (plus de 3000€). Les ouvriers et les employés représentent au total environ 58 % de la population active et les cadres 12.5 % environ. Au cours du 20ème siècle, les inégalités de salaires ont peu varié du côté " haut " de la hiérarchie : l'écart entre les hauts salaires et le salaire moyen est resté à peu près le même. Par contre, les inégalités entre les bas salaires et le salaire moyen se sont beaucoup réduites, surtout depuis 1968, grâce à l'instauration puis à la revalorisation du SMIC (le rapport interdécile des salaires est ainsi passé de 4 à 3,1 entre 1968 et 2000). Les inégalités de revenus sont plus fortes que les inégalités de salaires et tendent à augmenter avec la crise économique. Les inégalités de revenus sont plus fortes que les inégalités de salaires et tendent à augmenter avec la crise économique. L'écart entre les revenus est toujours plus fort que l'écart entre les salaires : ceux-ci sont protégés par un SMIC assez élevé (équivalent au double du RMI, environ) et aussi par des grilles salariales qui encadrent l'évolution des salaires et empêchent l'apparition de trop grandes inégalités. Les inégalités de revenus, après s'être bien réduites depuis les années 1960, ont augmenté sensiblement depuis le début des années 1980. La première explication de ce retour des inégalités de revenus est le chômage : en perdant leur emploi, les individus perdent aussi leur revenu, ce qui "tire vers le bas" la hiérarchie des revenus. Mais une deuxième explication tient au fait que les revenus du travail ont augmenté (nettement) moins vite que les revenus du capital depuis 25 ans. Or Page 2/19

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ces derniers sont surtout perçus par les ménages les plus riches, ce qui a accru l'écart entre eux et le reste de la population.

Les inégalités de patrimoine sont les inégalités économiques les plus fortes. Pour le patrimoine, on observe que 20 % de la population ne disposent d'aucun patrimoine. Dans ces conditions, il devient difficile de mesurer un écart … Il vaut mieux parler de gouffre ! Par ailleurs, le patrimoine provient de l'épargne des individus. Or, la capacité d'épargne augmente plus vite que le revenu : une personne qui gagne 1000€ par mois en consommera sans doute 950 et aura donc 50€ d'épargne ; tandis qu'une personne gagnant 2000€ par mois, parce que ses besoins sont bien satisfaits, consommera une moins grande part de son revenu et pourra épargner proportionnellement plus, mettons 400€. L'écart entre les deux montants d'épargne est de 1 à 8 quand l'écart entre les revenus n'est que de 1 à 2. Cela explique en partie pourquoi les inégalités de patrimoine sont nécessairement plus fortes que les inégalités de revenus. On peut ainsi estimer que, en ce qui concerne les patrimoines, le rapport interdécile (D9/D1) est au moins de 1 à 70, c'est-à -dire que la limite supérieure du patrimoine détenu par le neuvième décile des ménages est 70 fois plus élevée que celle du premier décile. Ces inégalités se sont accrues ces 20 dernières années à cause de la hausse du prix des actifs patrimoniaux (c'est-à -dire les titres ou les biens possédés par les ménages, comme les actions, les obligations, les logements, …).

En conclusion, les inégalités économiques telles qu'on peut les mesurer restent importantes, ne se réduisent plus, voire s'accroissent. Cependant, comparativement aux autres pays développés, la situation française n'est pas particulière : du point de vue des écarts de salaire, par exemple, la France se situe dans une position moyenne par rapport aux autres grands pays développés. Et les inégalités se sont beaucoup plus accrues en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis qu'en France depuis le début des années 1980.

1.1.3 - Les inégalités sociales ne sont pas seulement la conséquence des inégalités économiques.
Les inégalités sociales peuvent être la conséquence des inégalités économiques : par exemple, les inégalités quant à la taille ou au confort des logements découlent bien naturellement d'inégalités de revenus. Cependant, il y a des inégalités qui ne sont pas la conséquence d'un écart de revenu ou de patrimoine, c'est-à -dire que la société valorise des différences autres qu'économiques. Nous allons en donner quelques exemples.

Les inégalités entre hommes et femmes. Elles ont des formes diverses, mais dans tous les cas, c'est le genre (masculin / féminin) qui fonde la hiérarchisation et l'inégalité qui en découle. La place des femmes dans la société est marquée par la domination masculine héritée du passé. Les inégalités se vivent d'abord dans la sphère privée : ainsi, la répartition des tâches domestiques reste-t-elle marquée par une profonde inégalité (les changements sont extrêmement lents, à l'heure actuelle, on estime que les femmes assurent plus des 2/3 des tâches domestiques, on parle de " double journée de travail " pour les femmes actives occupées) qui ne consiste pas seulement en plus de temps passé par les femmes mais aussi au fait que ce sont elles qui effectuent les tâches les moins épanouissantes (lavage du linge, nettoyage des toilettes et des salles de bain, etc.) alors que les hommes font des tâches plus valorisées (jardinage, bricolage, accompagnement des enfants, etc.). Ces inégalités se vivent aussi à l'école : malgré des résultats scolaires meilleurs pour les filles (à tous les niveaux de l'enseignement), les orientations les plus valorisées socialement (série scientifique, classes préparatoires aux grandes écoles) restent, majoritairement, l'apanage des garçons. Elles se vivent encore dans la sphère professionnelle : le salaire des femmes est le plus souvent considéré comme un salaire " d'appoint ", c'est-à -dire s'ajoutant à celui de l'homme, il peut donc être plus faible (alors que de plus en plus de femmes vivent seules et que, de toutes façons, il n'y a aucune raison pour considérer que le travail est moins important pour une femme que pour un homme, même si l'identité masculine se construit sur l'activité professionnelle) ; les femmes ont du mal à accéder aux postes de responsabilité malgré leur niveau de diplôme. Elles se vivent enfin dans le domaine politique où, malgré la loi sur la parité, le nombre d'élues (en particulier aux scrutins nationaux) est, proportionnellement au nombre de femmes dans la société, extrêmement faible. Il faut aussi dire que ces inégalités font système. Qu'entend-on par là ? Les inégalités Page 3/19

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s'enchaînent les unes aux autres et on finit par avoir du mal à savoir quelle inégalité est à l'origine des autres. On va le montrer en donnant des exemples. Il est ainsi très rationnel que ce soit la femme, dans un couple, qui garde les enfants quand ils sont malades (elle perdra alors en général son salaire pour ces jours d'absence) car, comme elle est moins payée que son conjoint, le ménage perdra moins d'argent en faisant ce choix (qui n'est donc pas forcément lié au fait que la mère saurait mieux s'occuper d'un enfant malade que le père, même si le couple le pense souvent, l'argument économique ne jouant souvent qu'à la marge). On pourra ensuite dire que le salaire des femmes est inférieur à celui des hommes, ou qu'on ne leur donne pas de responsabilité, car " elles sont tout le temps absentes ". De la même manière, les femmes refusent parfois des postes de responsabilité parce qu'elles savent que les réunions auront lieu justement à l'heure où elles " doivent " être à la maison pour s'occuper des enfants rentrés de l'école, du fait de la répartition inégalitaire des tâches domestiques. De ce fait, on continue dans l'entreprise à programmer les réunions à 17h30, par exemple, et les hommes participant à ces réunions ne pourront pas (même s'ils le souhaitaient) prendre leur part des tâches domestiques, ce qui contribue à perpétuer le partage inégalitaire des tâches, et la boucle est bouclée ! Les inégalités devant la mort. Alors même que l'accès aux soins médicaux est garanti à tous (en France, toujours), on meurt plus jeune quand on est ouvrier non qualifié que quand on est cadre. Ainsi, entre 1982 et 1996, le nombre de décès observés chez les ouvriers non qualifiés de 30 à 75 ans a été 30 % plus élevé que si leur mortalité avait été la même que celle de l'ensemble de la population, et celui des décès observés chez les cadres de 40 % inférieur à celui qu'il aurait été aux conditions de mortalité de l'ensemble de la population. L'écart est donc important. Résultat : l'espérance de vie est moins longue chez les ouvriers que chez les cadres (aujourd'hui, l'espérance de vie à 35 ans est de 46 ans pour les cadres de la fonction publique et de 37 ans pour les ouvriers non qualifiés). Ces chiffres sont tirés de A. Mesrine, " Les différences de mortalité par milieu social restent fortes ", in Données sociales 1999. Rappelons que ces chiffres signifient que les cadres qui ont 35 ans aujourd'hui ont une chance sur deux d'atteindre ou de dépasser 81 ans (35+46) et les ouvriers une chance sur deux d'atteindre ou de dépasser 72 ans (35+37), ce qui fait quand même 9 ans de moins en moyenne. Les chiffres montrent aussi des inégalités devant la mort en fonction de la région où l'on habite. Les inégalités de réussite scolaire. L'école est, en France, publique et gratuite donc accessible à tous également. Pourtant, le genre des études, leur durée, le niveau de diplôme atteint sont assez nettement corrélés avec l'origine sociale. Donnons-en quelques exemples. Les statistiques du Ministère de l'Education nationale montrent par exemple qu'en 1996, 80 % des enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures sortis de formation initiale entre 1991 et 1994 ont un diplôme de l'enseignement supérieur alors que 20 % à peine des enfants d'ouvriers non qualifiés et d'ouvriers agricoles sont dans cette même situation. Deuxième exemple : en 1993, les enfants de cadres représentent 48,5 % des étudiants en classes préparatoires aux grandes écoles, les enfants d'ouvriers 6,8 %, alors que les enfants de cadres représentent 15,8 % des jeunes de 20 à 24 ans et les enfants d'ouvriers 37,5 %. Il faut ajouter que le diplôme n'est pas valorisé de la même manière sur le marché du travail selon l'origine sociale : en 1990, 81,1 % des enfants de cadres ayant un diplôme supérieur à bac + 2 sont eux-mêmes cadres entre 26 et 33 ans ; avec le même diplôme, les enfants d'artisans et commerçants ne sont que 68,5 % à être eux-mêmes cadres entre 26 et 33 ans. Nous reparlerons de ces inégalités de réussite scolaire à propos de la mobilité sociale.

On voit bien que toutes les inégalités ne se réduisent pas à la différence de revenu. Bien plus, l'inégalité économique est souvent la conséquence d'une inégalité sociale, comme dans le cas de l'inégalité entre hommes et femmes. C'est en cela qu'on peut dire que les inégalités sont multidimensionnelles, ce qui est une autre façon de dire qu'elles n'ont pas toutes la même origine. Conclusion : les inégalités dont nous venons de parler sont connues depuis longtemps. Nous avons vu qu'elles se transformaient au cours du temps (diminution de l'écart des salaires entre 1960 et 1980, réduction de certaines inégalités hommes-femmes, etc…). Mais il faut aussi se pencher sur la transformation des groupes sociaux liée à l'évolution des inégalités.

1.2 - Les inégalités se transforment.
Inégalités et stratification sociale sont liées, nous l'avons déjà vu. Si les inégalités s'affaiblissent ou se Page 4/19
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transforment, il est logique de penser que c'est en lien avec des transformations de la stratification sociale. Ainsi tout un courant de pensée relie l'atténuation des inégalités visible au cours du 20ème siècle à la constitution d'une vaste classe moyenne. Et les arguments ne manquent pas pour soutenir cette thèse. Cependant, nous montrerons qu'on peut observer l'apparition de nouvelles inégalités, brouillant les frontières traditionnelles entre les groupes sociaux, mais les recomposant plus qu'elle ne les supprimerait.

1.2.1 - Les inégalités se sont globalement réduites au 20è siècle.
Le rapprochement des modes de vie a été permis par la réduction des inégalités économiques et sociales traditionnelles. Si l'on prend l'ensemble du 20ème siècle, on ne peut pas nier la réduction des inégalités économiques : les bas revenus ont progressé nettement plus vite que les hauts revenus, la consommation s'est beaucoup accrue (spécialement après la seconde guerre mondiale) pour toutes les catégories sociales, rendant possible l'accès quasi généralisé aux biens de consommation durables (automobile, réfrigérateur, télévision, lave-linge, etc…). Parallèlement, la sécurité devant les aléas de la vie a beaucoup progressé pour tous grâce au développement de l'Etat providence : la Sécurité sociale a permis à tous les Français de se soigner convenablement et de bénéficier de retraites permettant de vivre dignement, ce qui était très loin d'être le cas auparavant. La très grande sécurité de l'emploi durant les Trente glorieuses a également permis à beaucoup de ménages de faire des projets et d'emprunter pour acquérir leur logement (l'accession à la propriété s'est développée dans toutes les couches sociales). Enfin, la scolarisation de tous les enfants s'est allongée. Résultat : on peut soutenir l'idée que les modes de vie se ressemblent de plus en plus, quel que soit le groupe social auquel on appartienne. Ainsi, l'habillement est beaucoup moins typé socialement qu'il ne l'a été (tout le monde porte des jeans), les départs en vacances concernent un nombre grandissant de français, on retrouve sur les bancs du lycée des enfants de tous les groupes sociaux, etc.

1.2.2 - ... Ce qui a conduit à l'émergence d'une vaste classe moyenne.
La constitution d'une vaste classe moyenne, regroupant les professions intermédiaires, certains cadres, les ouvriers qualifiés, une bonne partie des employés, serait la conséquence de cette réduction des inégalités, mais aussi de l'uniformisation des modes de vie.

Dans le monde du travail, les différences se sont aussi beaucoup atténuées : les agriculteurs sont de moins en moins nombreux et leurs tâches de gestion les font de plus en plus ressembler à des chefs d'entreprise de l'artisanat ou de l'industrie, les ouvriers travaillent de moins en moins souvent directement la matière, ils ont le plus souvent des fonctions de contrôle sur des opérations de production de plus en plus souvent automatisées. Certains cadres doivent se passer de secrétaire et tapent eux-mêmes leurs rapports ou leur courrier, de même qu'ils gèrent seuls leur agenda. L'autonomie dans le travail est plus grande à tous les échelons de la hiérarchie. Donc, là aussi, les différences (et donc les inégalités) s'atténuent. La diminution des affrontements de classes : les individus cherchent de plus en plus à accroître leur consommation et donnent la priorité à l'amélioration de leur situation personnelle et de celle de leurs enfants sur la défense de leur groupe social. Le résultat est que les conflits sociaux collectifs diminuent en nombre au profit d'une compétition entre individus (même si vous n'avez pas du tout cette impression, il y a beaucoup moins de grèves à la fin du 20ème siècle que dans les années 1970, par exemple, nous le reverrons dans un prochain chapitre). Le rapprochement des modes de consommation : l'enrichissement durant les Trente Glorieuses a permis au plus grand nombre d'accéder à un même type de consommation (logement, voiture, électroménager, télévision, téléphone, …). Par ailleurs, la relative démocratisation scolaire et le développement des médias ont permis la constitution d'éléments de culture communs. Ainsi, certains évènements sportifs ou certains films ont une audience qui transcende les groupes sociaux traditionnels.

Cette idée de moyennisation de la société est donc fondée sur des réalités difficilement contestables. Cependant, aujourd'hui, nombreux sont les sociologues qui remettent en cause cette analyse : la diminution de certaines inégalités, réelle, ne signifie pas la disparition des inégalités. D'abord, certaines inégalités traditionnelles augmentent à nouveau. Ensuite, on voit apparaître de nouvelles inégalités qui dessinent un Page 5/19
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nouveau paysage de la stratification sociale en France.

1.2.3 - Cependant on peut craindre aujourd'hui une remontée des inégalités.
Depuis une vingtaine d'années environ, il est de plus en plus difficile de parler de moyennisation de la société. D'abord parce que les inégalités traditionnelles ne se réduisent plus, ensuite parce que se développent de nouvelles inégalités. Tant et si bien que beaucoup de sociologues parlent aujourd'hui plutôt d'un " polarisation " de la société, c'est-à -dire d'une fragmentation de la population en deux groupes distincts, très éloignés, chacun à une extrémité de l'échelle sociale.

La tendance à la réduction des inégalités traditionnelles semble stoppée. On a vu plus haut que, si les inégalités économiques se sont globalement réduites sur le long terme (depuis la seconde guerre mondiale ou depuis le début du 20ème siècle), les inégalités de revenus et de patrimoine augmentent sous l'effet conjugué de la hausse du chômage et de la montée du prix des actifs patrimoniaux. Par ailleurs, les inégalités de consommation n'ont pas complètement disparu non plus : certains biens restent socialement sélectifs (lave-vaisselle, ordinateurs, etc.) et les vacances ne sont pas du tout les mêmes selon les groupes sociaux. Enfin, la scolarisation s'est bien allongée pour tous, mais les études restent très différentes selon le groupe social d'origine. Ainsi, il y a proportionnellement plus d'enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures dans les classes préparatoires aux grandes écoles aujourd'hui qu'il n'y en avait il y a trente ans (où ils étaient déjà très surreprésentés). Les inégalités de patrimoine se sont fortement accrues depuis 1980. D'abord parce que le prix des actifs patrimoniaux (les biens ou les titres possédés par un ménage) ont augmenté beaucoup plus vite que les revenus du travail depuis 1984 : par exemple, le prix du mètre carré dans l'immobilier a progressé 4 à 5 fois plus vite que le salaire moyen depuis 1980. Ensuite parce que les revenus tirés du patrimoine ont progressé beaucoup plus vite que les revenus du travail (pensez à la modification du partage de la valeur ajoutée au bénéfice des détenteurs de capitaux, sous formes de dividendes par exemple). La remontée des inégalités se conjugue avec un phénomène de cumul des inégalités. Les inégalités font système, c'est-à -dire qu'elles s'entraînent mutuellement les unes les autres. On peut en donner quelques exemples : un travailleur au chômage aura du mal à trouver un logement car il ne pourra pas disposer de suffisamment de feuilles de paie pour prouver sa capacité à payer le loyer (sa " solvabilité "). Mais s'il n'a pas d'adresse à donner à un éventuel employeur, il est certain de ne pas trouver d'emploi … Dans la réalité, notre homme n'aura ni logement, ni emploi. Sans prendre ces extrêmes, on sait bien que si un ménage dispose de revenus faibles, il partira moins en vacances, se soignera moins bien, etc.

1.2.4 - Et les frontières entre les groupes sociaux deviennent floues.
Une autre conséquence de la transformation des inégalités à la fin du 20ème siècle est l'apparition de nouvelles inégalités qui ne séparent plus les groupes sociaux traditionnels les uns des autres, mais créent au contraire des hiérarchie à l'intérieur de ces groupes, entre les individus qui les composent. Le résultat est que la stratification sociale est brouillée : les groupes ne sont plus aussi homogènes qu'autrefois.

Des inégalités de salaires liées à l'histoire personnelle de chaque individu. Pour un même niveau de diplôme, par exemple, les inégalités de salaires se sont beaucoup accrues. En fonction de quoi ? De plus en plus en fonction des aléas de la vie de chacun : si l'individu a été embauché au bon moment par une entreprise qui se développait, il a pu bénéficier d'opportunités de carrière que d'autres titulaires du même diplôme n'auront pas eues s'ils habitent dans une région en déclin économique, par exemple. On observe la même fragmentation au niveau du groupe des ouvriers. Quoi de commun entre un ouvrier qualifié travaillant dans une grande entreprise comme EDF, par exemple, ayant pu acquérir son logement dans des conditions très avantageuses et disposant d'une énergie peu coûteuse (les salariés d'EDF paient l'électricité très peu cher), et un ouvrier qualifié du textile vosgien, secteur en complète déconfiture, qui a été licencié successivement de plusieurs entreprises et se retrouve sans emploi avec une qualification qui n'a plus de valeur sur le marché Page 6/19

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français du fait de la mondialisation ? Pas grand-chose, assurément. On peut donc dire que la trajectoire individuelle compte de plus en plus pour expliquer les inégalités, en particulier économiques, observées. De nouvelles inégalités apparaissent, liées aux transformations du salariat. La précarisation du contrat de travail d'un certain nombre de salariés engendre une inégalité qui a d'importantes conséquences pour la vie quotidienne entre ceux qui ont un emploi stable, sûr (pas seulement les fonctionnaires) et les autres qui craignent pour leur emploi, quand ils en ont un : ainsi il est beaucoup plus difficile d'acheter un logement, et même d'en louer un, quand on a un emploi précaire (un CDD, par exemple) que quand on a un emploi stable. D'autre part, on constate une personnalisation croissante de la relation d'emploi : c'est la compétence personnelle de l'individu qui lui permet d'exercer cet emploi, pas, ou de moins en moins, sa simple force de travail qui pouvait être interchangeable avec celle de son voisin. Des inégalités " transversales " (qui traversent les groupes sociaux) sont apparues en tant que telles. On a déjà parlé des inégalités entre hommes et femmes, on peut parler aussi des inégalités en fonction de l'âge : toutes les générations n'ont pas et n'auront pas accès aux mêmes avantages. Ainsi, les jeunes ont-ils aujourd'hui des difficultés majeures pour accéder à un emploi stable, comme s'il y avait une sorte de " droit d'entrée " à payer (petits boulots, travail quasi non rémunéré lors des stages, etc.).

Conclusion : les inégalités se transforment plus qu'elles ne disparaissent, accompagnant les transformations économiques liées à la croissance. Ces transformations contribuent à ce que les inégalités soient davantage vécues sur le mode individuel que collectif. La frontière des groupes sociaux est de ce fait beaucoup moins claire. Cela ne signifie pas que la hiérarchie entre les groupes n'existe plus. Et la réduction des inégalités devient également moins simple dans la mesure où celles-ci ne sont pas clairement attachées à tel ou tel groupe. La question centrale devient, plus que jamais, celle de l'égalité des chances : comment assurer à chaque individu dans une société qui se veut égalitaire et démocratique les mêmes chances d'accès aux ressources valorisées par la société ? La réponse à cette question n'est évidemment pas simple. Un aspect central de la question est de savoir dans quelle mesure la position sociale des parents détermine la position sociale des enfants : s'il y a une forte " hérédité " sociale, les inégalités se reproduisent sans que le mérite des individus soit réellement pris en compte. C'est la question de la mobilité sociale qui est ainsi posée et que nous allons aborder maintenant.

2 - Les enjeux et déterminants de la mobilité sociale.
Comme les inégalités structurent la société en groupes distincts hiérarchisés et que les statuts sociaux ne sont pas assignés par la naissance (ils ne sont pas héréditaires), normalement les individus doivent pouvoir circuler entre ces groupes sociaux. à‰tudier la mobilité sociale, c'est se demander dans quelle mesure les statuts sociaux sont héritables : plus ils le sont, moins la mobilité est grande, plus les inégalités risquent d'être ressenties comme injustes. Pourquoi la question de la mobilité sociale est-elle importante ? D'abord l'aspiration à l'égalité serait heurtée de front par une reproduction des positions sociales à l'identique, ou quasiment à l'identique, de génération en génération. La revendication de l'égalité des chances montre bien que la société souhaite que les individus aient les statuts sociaux qu'ils méritent en fonction de leurs capacités personnelles et non en fonction de leur origine sociale. On parle dans ce cas de méritocratie. Par ailleurs, une classe sociale n'existe en tant que classe que si elle a une certaine permanence dans le temps, en particulier pour pouvoir transmettre à ses membres (et aux enfants de ses membres) une culture commune forgeant la conscience de classe. On peut donc penser que plus le système de classes est constitué, plus les résistances à la mobilité sociale vont probablement être fortes, et inversement. à‰tudier la mobilité sociale permet donc de compléter la réflexion sur l'existence des classes que nous mènerons dans un prochain chapitre. Dans un premier temps, nous allons étudier les moyens de mesure de la mobilité sociale - ce qu'on appelle les tables de mobilité. Ensuite, nous analyserons la mobilité sociale en France, puis nous étudierons les facteurs de la mobilité - ce qui cause, ou permet la mobilité sociale. Pour finir, nous présenterons deux débats autour de la mobilité sociale : le premier portera sur le rôle que joue l'école dans la mobilité, le second sur les éventuels effets pervers de la mobilité sociale.

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2.1 - La mesure de la mobilité sociale.
Après avoir défini ce qu'est la mobilité sociale, nous nous demanderons comment on peut essayer de la mesurer.

2.1.1 - La mobilité sociale est la circulation des individus entre différentes positions de la hiérarchie sociale.
De manière générale, la mobilité sociale est la circulation des individus d'une société donnée entre des positions sociales dont on sait qu'elles ne sont pas toutes équivalentes, donc qu'elles sont hiérarchisées, car elles ne procurent pas toutes les mêmes avantages, économiques et symboliques. Certaines positions sociales sont socialement valorisées alors que d'autres sont dévalorisées. On peut distinguer la mobilité sociale intra-générationnelle (celle d'un individu au cours de sa vie professionnelle) de la mobilité intergénérationnelle (celle d'un individu par rapport à la position sociale de ses parents). La mobilité intra-générationnelle est relativement faible si l'on excepte les tout premiers emplois. C'est donc l'étude de la mobilité intergénérationnelle qui va nous occuper, d'autant qu'elle est bien plus intéressante du point de vue des enjeux dont on vient de parler.

2.1.2 - Les tables de mobilité permettent de mesurer la mobilité intergénérationnelle.
Les sociologues construisent deux types de tables de mobilité : les tables de destinée et les tables de recrutement.

Les tables de destinée nous renseignent sur ce que deviennent les fils issus d'un groupe socioprofessionnel donné. Elles se lisent en ligne de la manière suivante : que deviennent (destinée) 100 fils d'agriculteurs ? Et bien, par exemple, 25 sont eux-mêmes agriculteurs en 1993 (pour les hommes de 40 à 59 ans) (Insee, Enquête FQP 1993), 10 sont cadres et professions intellectuelles supérieures, etc … Dans la table de destinée, la diagonale indique le degré " d'immobilité sociale ", le poids de l'hérédité si l'on peut dire : elle indique pour chaque catégorie le pourcentage d'individus qui ont conservé la position sociale de leur père. Les tables de recrutement nous renseignent sur la position sociale des pères des individus composant un groupe socioprofessionnel (dans quel milieu social ils se recrutent, c'est-à -dire que faisaient leurs pères). Elles se lisent en colonne de la manière suivante : quelle est l'origine sociale de 100 agriculteurs aujourd'hui (de 40 à 59 ans), autrement dit, que faisaient les pères de ces 100 agriculteurs ? Et bien, par exemple, en 1993, 86 étaient agriculteurs, ce qui signifie que 86 % des agriculteurs ayant entre 40 et 59 ans en 1993 avaient un père lui-même agriculteur. Là encore, la diagonale répertorie les immobiles, c'est-à -dire ceux qui occupe une position sociale identique à celle de leur père.

La difficulté est bien sûr de ne pas confondre les deux types de tables de mobilité et de les lire comme il faut. Ce n'est pas simple, mais c'est important car ces deux tables ne nous donnent pas le même genre de renseignements. Vous le voyez bien avec l'exemple des agriculteurs : une très grande partie des agriculteurs (86 %) ont un père qui était lui-même agriculteur mais beaucoup de fils d'agriculteurs (75 %) ne sont pas devenus eux-mêmes agriculteurs, pour des raisons dont on reparlera plus loin.

2.2 - La mobilité sociale dans la France contemporaine.
En utilisant les tables de mobilité, que peut-on dire de la mobilité sociale inter-générationnelle dans la France contemporaine ?

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2.2.1 - La société française reste marquée par une forte hérédité sociale.
Pour le montrer, on peut utiliser le tableau suivant donnant les destinées des personnes nées entre 1950 et 1955.

CSPfils à CSP Agric. Indép. père Agriculteurs 21.5 8.7 Indépendants 0.9 22.2 Cadres 0.8 7.8 Prof. intermédiaires 0.4 8.3 Employés Ouvriers Total 0.5 0.6 3.9 7.6 7.9 9.8

Cadres 7.2 20.9 51.4 27.7 17.5 7.4 15.7

Prof. Interm. 14.7 22.0 24.4 33.0 27.2 20.0 22.0

Employés Ouvriers 7.6 9.5 7.5 10.2 16.7 11.2 10.8 39.6 23.6 7.1 19.3 29.4 51.9 36.9

Sans prof. 0.7 0.9 0.9 1.0 1.1 1.0 0.9

Total 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0

Source : L. Chauvel, " Le retour des classes sociales ? ", DEES 127, mars 2002. Avant de dire ce que l'on peut en conclure, donnons un exemple de lecture des chiffres : il s'agit d'une table de destinée, on y trouve donc le devenir des fils de telle ou telle catégorie. Par exemple, 51,9 % des fils d'ouvriers nés entre 1950 et 1995 sont eux-mêmes ouvriers en 2000. La dernière ligne nous donne la structure socioprofessionnelle des fils : 3,9 % des hommes nés entre 1950 et 1955 sont en 2000 agriculteurs, 9,8 % sont indépendants, etc, et permet donc de comparer la destinée des fils d'ouvrier ou des fils de cadre, par exemple, à la destinée moyenne des fils nés entre 1950 et 1955. Quelles conclusions peut-on tirer de cet ensemble de chiffres ? L'immobilité sociale peut paraître relativement faible puisque le pourcentage d'individus mobiles est presque toujours supérieur à 50 (le chiffre de la diagonale donne la part des immobiles, on peut donc facilement en déduire la part des individus mobiles). Mais en réalité, l'hérédité sociale, c'est-à -dire la transmission du milieu social du père au fils reste forte : en effet, les chiffres de la diagonale sont toujours plus élevés que ceux de la ligne " ensemble ". Par exemple, un fils d'agriculteurs avait en moyenne 5,5 fois plus de chances de devenir agriculteurs que la moyenne des Français (21,5 contre 3,9). S'il y avait une parfaite égalité des chances, on trouverait les mêmes chiffres colonne par colonne. Ainsi, puisqu'il y a 15,7% de cadres dans la population (ligne " total ", colonne " Cadres "), il devrait y avoir 15,7% de cadres parmi les fils de chaque groupe socioprofessionnel.

2.2.2 - Il existe cependant une certaine mobilité sociale, mais inégale selon les PCS.
Cependant, en reprenant le même tableau, on peut voir qu'il y a une certaine fluidité sociale : si 51,4 % des fils de cadres deviennent cadres, il y en a quand même 24,4 % qui deviennent professions intermédiaires et 7,1 % ouvriers. Cela nous conduit à constater d'abord que la mobilité sociale n'est pas forcément ascendante. Mais il faut aussi souligner que la mobilité se fait surtout entre catégories socialement proches, comme entre cadres et professions intermédiaires, ou entre employés et ouvriers. La CSP qui semble être la plus mobile est celle des employés puisque 16,7 % des fils d'employés sont restés eux-mêmes employés alors que 27,2 % sont devenus professions intermédiaires et 29,4 % ouvriers. En revanche, deux catégories semblent plus nettement immobiles, les cadres et les ouvriers.

2.3 - Quels sont les facteurs de la mobilité sociale ?
S'interroger sur les facteurs de la mobilité, c'est bien sûr chercher à comprendre ce qui peut la favoriser ou au contraire la freiner, mais c'est aussi entrer dans un débat qui touche toute la sociologie et que nous avons déjà rencontré : ces trajectoires de mobilité ou d'immobilité sont-elles plutôt le résultat de l'action des Page 9/19
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individus (des acteurs, dit-on souvent) ou plutôt le résultat des transformations de la société qui rendent nécessaires cette mobilité sociale ? C'est le débat entre une analyse de type holiste et une analyse de type individualisme méthodologique.

2.3.1 - Le rôle des structures économiques : l'évolution des emplois offerts impose une certaine mobilité sociale.
Quand on étudie la mobilité intergénérationnelle, il faut bien sûr tenir compte de l'évolution de la structure des emplois d'une génération à l'autre. Il n'est pas étonnant que les fils n'occupent pas la même position sociale que les pères, puisque les " positions sociales " ont changé d'une génération à l'autre, avec la transformation des métiers, des catégories socioprofessionnelles et des groupes sociaux.

Certaines CSP se développent tandis que d'autres régressent, il faut donc nécessairement que les individus " circulent " d'une position sociale à l'autre. Comment expliquer qu'un quart seulement des fils d'agriculteurs soient devenus eux-mêmes agriculteurs comme nous venons de le voir ? On peut penser que c'est un travail dur, ingrat, dont les revenus sont aléatoires et qu'un grand nombre de fils d'agriculteurs, instruits par l'expérience de leur père, renoncent à vouloir exercer le même métier que lui. On serait là vraiment dans la logique de l'acteur. Mais on sait que les évolutions technique et économique ont complètement transformé le travail agricole : la productivité a énormément augmenté alors que la demande a augmenté moins vite. Résultat : la taille des exploitations s'est accrue et le nombre d'emplois dans l'agriculture a considérablement diminué. Autrement dit, que les fils d'agriculteurs le souhaitent ou pas ne change rien à l'affaire, le nombre d'emplois disponibles dans l'agriculture diminue et ceux qui ne pouvaient pas y trouver de place doivent en chercher une dans les autres secteurs de l'économie et devenir, par exemple, ouvriers (ce qu'ils sont effectivement souvent devenus). Il s'agit donc ici d'une mobilité largement imposée par l'évolution des structures économiques. On parle dans ce cas de mobilité structurelle. La mobilité structurelle est le changement de position sociale qui est dû aux changements des structures économiques et sociales. Elle représente une part importante de la mobilité : ainsi, la croissance pendant les Trente glorieuses a nécessité le développement du nombre d'emplois qualifiés de cadres ou de professions intermédiaires. Où trouver des titulaires pour ces emplois ? Parmi les fils des cadres et des professions intermédiaires, bien sûr. Mais ceux-ci étaient relativement peu nombreux parce que, à la génération de leurs pères, le nombre d'emplois de cadres ou de professions intermédiaires était beaucoup moins élevé. Il a donc bien fallu les recruter parmi les fils d'autres CSP, par exemple les fils d'employés dont on a vu qu'ils avaient eu une mobilité ascendante assez forte. Cette mobilité est donc quasiment obligatoire, poussée par les transformations des structures économiques. On peut encore raisonner de la même manière actuellement avec les ouvriers : le nombre d'ouvriers a beaucoup diminué depuis 1975. Les fils d'ouvriers vont donc peut-être être amenés à changer de CSP du fait de cette diminution, leur mobilité va donc sans doute s'accroître. La mobilité nette n'est pas due à l'évolution des structures, mais au fait que deux individus permutent leur position sociale. Si la structure sociale reste inchangée, la promotion d'un individu dans la hiérarchie sociale impose en effet qu'un autre connaisse symétriquement une régression dans cette hiérarchie (une " démotion "). Cette mobilité nette se mesure simplement par une soustraction : il s'agit de la différence entre la mobilité totale (ou mobilité brute, c'est-à -dire le nombre d'individus mobiles) et la mobilité structurelle. On peut avoir le sentiment qu'il s'agit là de la " vraie " mobilité, celle qui mesure la réelle possibilité de circuler entre des statuts sociaux hiérarchisés. Cependant les choses ne sont pas si simples. D'abord parce qu'on a le plus grand mal à distinguer dans les statistiques les deux types de mobilité. Ensuite parce que le fils d'agriculteurs devenu ouvrier, qu'il l'ait voulu ou non, a effectivement changé de statut social. Il n'en reste pas moins que l'étude de la fluidité sociale (que mesure la mobilité nette) qui traduit la possibilité de changer de statut social indépendamment des changements économiques structurels est très intéressante à étudier.

Conclusion : un des premiers facteurs de la mobilité globale est donc la transformation des structures économiques qui a pour effet de modifier la structure des emplois et donc celle des statuts sociaux qui y sont

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attachés.

2.3.2 - Le rôle de la famille : transmission d'un patrimoine économique et culturel mais aussi développement de stratégies d'ascension sociale.
La famille joue un rôle très important dans la socialisation primaire des enfants. Vous avez étudié ce rôle en classe de première. En analysant plus précisément ce que la famille transmet à ses enfants, nous verrons comment cela agit sur la mobilité.

La famille transmet un capital économique, un capital culturel et un capital social à ses enfants, et contribue ainsi à la reproduction des inégalités. C'est Pierre Bourdieu, sociologue français décédé en 2002, qui a, le premier, utilisé de manière systématique cette typologie. Il veut montrer par là que ce que transmet la famille et ce qui est source d'inégalités, ce n'est pas seulement un patrimoine (le capital économique, c'est-à -dire ce qui rapporte un revenu), mais aussi un capital culturel (un ensemble de connaissances, de références culturelles, d'habitudes comme visiter les musées, de compétences valorisées par le système scolaire comme la lecture ou la capacité d'écriture) et un capital social (schématiquement l'ensemble des relations sociales et donc la capacité, plus ou moins grande selon le capital social détenu, de pouvoir faire intervenir ces " relations " pour bénéficier d'avantages divers). On " hérite " d'un capital social ou d'un capital culturel comme d'un capital économique (sauf qu'il n'y a pas d'impôt !) et ce capital peut s'accumuler au fil des générations. Les individus disposent donc d'une quantité inégale de chacun de ces capitaux. La famille peut donc être présentée comme fondamentalement reproductrice, car en transmettant des capitaux différents, elle contribue au maintien des statuts existant. En particulier, dans les milieux favorisés, l'adage " tel père, tel fils " semble souvent vérifié. Mais on peut considérer que c'est aussi vrai pour les ouvriers. Ainsi, si à diplôme égal, les fils d'ouvriers valorisent moins bien sur le marché du travail que les fils de cadres un diplôme de l'enseignement supérieur, c'est peut-être parce que leur comportement extérieur (façon de se présenter, de parler, etc.) traduit de manière suffisamment explicite pour le recruteur leur origine sociale et que cela suffit à faire la différence. Cependant la famille peut jouer aussi un rôle actif dans la mobilité sociale en favorisant la promotion de ses enfants : ainsi, quand on observe les familles d'origine modeste, on observe que les enfants de certaines familles ont une réussite scolaire nettement supérieure à la réussite moyenne des enfants des familles similaires. Quand on cherche à expliquer ce différentiel de réussite, on trouve toujours une responsabilité particulière de la famille (volonté forte de s'intégrer à la société française pour les familles d'origine étrangère, volonté forte que les enfants ne connaissent pas des conditions aussi difficiles que leurs parents, etc…) qui se traduit en particulier par une grande attention aux résultats scolaires.

On voit donc que si la famille, par le fait qu'elle transmet ce qu'elle est et ce qu'elle a, est d'abord reproductrice, donc contribue à l'immobilité sociale, elle n'est pas que cela. Elle peut aussi rendre possible la mobilité sociale. Il y a donc la place pour des comportements particuliers de la famille, des comportements rationnels que l'on peut qualifier de stratégiques.

2.3.3 - Le rôle de l'école : dans une société où le diplôme devient la clé de l'accès aux emplois, l'école donne les moyens de la mobilité sociale.
En première analyse, c'est l'école, et l'école seulement, qui peut rendre possible la mobilité ascendante des enfants originaires de milieux défavorisés. Si faire des études et avoir un diplôme ne garantissent ni un emploi, ni un statut social, ne pas en faire, ne pas avoir de diplôme, garantit à coup presque sûr pour un enfant de milieu populaire l'impossibilité de l'ascension sociale : dans les sociétés modernes, le diplôme est souvent la clé de l'accès à l'emploi et à la promotion dans l'entreprise. Pendant les " Trente Glorieuses ", dans un contexte de forts changements dans la structure des emplois, avec une progression de la part des professions intermédiaires et des cadres, c'est l'école qui a permis de trouver parmi les enfants d'ouvriers ou d'employés ceux qui étaient les plus aptes à exercer ces emplois et qui a donc rendu possible leur ascension sociale. Page 11/19
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Cependant, maintenant que le nombre d'emplois augmente moins vite, la concurrence pour l'accès aux emplois les plus valorisés socialement s'accroît, surtout que la durée de la scolarisation s'est nettement allongée, entraînant la progression du nombre de diplômés. Le lien entre diplôme et emploi est de moins en moins net. Le diplôme des enfants peut être assez nettement supérieur à celui de leurs parents sans que leur statut social le soit. C'est ce que l'on appelle le paradoxe d'Anderson.

2.4 - Premier débat : l'école, entre choix individuels et reproduction sociale.
Dans une société démocratique, l'école apparaît comme le moyen de permettre à tous l'accès à tous les statuts sociaux dans la mesure où les diplômes qu'elles confèrent sont ouverts à tous et ne sont pas décernés selon l'origine sociale. Seuls les résultats aux examens et concours, c'est-à -dire les mérites de chacun, permettent de les obtenir. Or les diplômes jouent un rôle majeur, en particulier en France, dans l'attribution des statuts sociaux. L'école est-elle le lieu de l'égalité des chances, comme on le souhaiterait ? Ou bien reproduit-elle les inégalités en transmettant les compétences et surtout les diplômes à ceux qui sont issus de familles favorisées ? En effet, on a déjà vu plus haut les grandes inégalités de réussite scolaire qui existent en France selon l'origine sociale. Comment les expliquer ? Plusieurs points de vue s'affrontent, ou se complètent.

2.4.1 - L'école reproduit et légitime les inégalités sociales de départ.
Cette thèse a été plus particulièrement présentée par Pierre Bourdieu dont nous avons déjà parlé.

L'école reproduit les inégalités en valorisant les élèves qui sont issus de familles bien dotées en capitaux de toutes sortes. L'école traite tous les enfants également, mais les enfants sont différents selon leur origine sociale. Et la culture qui est transmise et réclamée à l'école se rapproche beaucoup de la culture transmise par les milieux favorisés à leurs enfants. Résultat : ces enfants vont retrouver dans les exercices proposés les mêmes exigences ou les mêmes contenus que ce que l'on exige au sein de leur famille. Ils vont donc plus facilement, plus " naturellement " peut-on presque dire, réussir à l'école. Finalement, la réussite scolaire va surtout récompenser les enfants qui ont une sorte d'avance avant même de commencer. L'école légitime ces inégalités en les attribuant aux mérites personnels des élèves. Ni la société ni l'école ne veulent voir que les enfants n'ont pas, à l'origine, les mêmes chances de réussite scolaire. Ce faisant, on entretient l'illusion que les diplômes sont obtenus seulement en raison du mérite personnel des élèves. Ainsi, les inégalités au sortir de l'école deviennent plus acceptables, plus légitimes, parce que l'école a occulté le fait qu'elles sont pour une bonne partie l'héritage du milieu social.

Finalement, pour Bourdieu, les inégalités de réussite scolaire sont pour l'essentiel le résultat de l'inégale dotation en capital culturel et en capital économique des enfants, et de l'incapacité de l'école à les corriger.

2.4.2 - Les inégalités de réussite scolaire sont le résultat de stratégies familiales différentes.
Cette thèse est défendue plutôt par le courant de l'individualisme méthodologique dont Raymond Boudon est le représentant le plus connu dans le domaine de la sociologie de l'éducation. Sans nier les inégalités de départ, Boudon montre que les familles peuvent avoir des stratégies qui expliquent les différences d'orientation et de réussite scolaire : par exemple, une famille ouvrière peut " se contenter " de souhaiter pour ses enfants des études à bac+2 dans la mesure où le diplôme obtenu, supérieur à celui obtenu par les parents, permettra à l'enfant de monter dans l'échelle sociale, sans que les sacrifices financiers faits pour la poursuite des études (une sorte d'investissement) ne soient trop lourds pour la famille. Il y a donc une sorte de calcul coût/avantage qui permet de conclure que ce niveau de diplôme est satisfaisant et suffisant. A l'autre bout de la chaîne, les parents des classes aisées vont mener une stratégie de même type, censée faire progresser leurs enfants le plus loin possible dans la hiérarchie sociale. Mais comme le niveau social Page 12/19
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des parents est déjà élevés, il ne se satisferont pas, comme dans la famille précédente, d'un diplôme de niveau bac+2, mais bac+5 et plus. De même, ils pousseront leurs enfants dans les cursus les plus sélectifs, sachant bien que tous les diplôme de haut niveau ne permettent pas d'accéder aux meilleurs emplois et qu'il faut donc encore bien choisir la filière et le type de formation. Ainsi, il peut y avoir de la part des parents une stratégie résidentielle : dans quel quartier habiter pour que mes enfants aillent dans tel lycée réputé ? Il y a aussi une stratégie dans le choix des langues vivantes et des options, l'objectif étant que l'enfant soit dans une " bonne " classe, etc… Ces stratégies, différentes selon les familles parce que les intérêts ne sont pas les mêmes, débouchent sur des résultats scolaires différents. Pour Boudon, les acteurs (familles, élèves, enseignants) ont la possibilité de mener des stratégies personnelles, qui expliquent en partie les inégalités.

2.5 - Deuxième débat : faut-il nécessairement plus de mobilité sociale ?
Jusqu'à maintenant, nous avons implicitement admis que la mobilité sociale était une bonne chose. Dans nos sociétés démocratiques, on est effectivement choqués à l'idée que les positions sociales ne soient pas accessibles à tous, et dépendent notamment du milieu social familial - la Révolution Française s'est d'ailleurs faite en grande partie contre ce genre de " privilèges ". Mais si la mobilité sociale est un élément de la démocratisation de nos sociétés, il ne faut pas croire pour autant qu'elle soit suffisante en soit. Elle peut même avoir des effets négatifs.

2.5.1 - La mobilité sociale n'est pas nécessairement bien vécue par les individus.
La mobilité sociale a paradoxalement des aspects négatifs, d'une part parce que la mise en compétition des positions sociales crée de l'incertitude, et d'autre part parce qu'elle individualise l'échec et le rend ainsi plus difficile à supporter.

La mobilité sociale fait peur parce qu'une société mobile est une société incertaine. On a tendance à ne considérer que les aspects positifs de la mobilité sociale parce qu'on ne l'envisage que comme promotion sociale. Or, la mobilité sociale, ça peut être aussi la " démotion ", la régression dans la hiérarchie sociale. Et cette mobilité descendante est très difficile à accepter pour les individus. Il faut être psychologiquement très fort pour " repartir de zéro ", et cela est souvent vécu comme un traumatisme. Une certaine immobilité sociale peut ainsi être vue comme la contrepartie d'une relative protection contre la compétition. Inversement, la mobilité sociale peut faire peur parce que chacun voit qu'il peut y gagner mais aussi y perdre beaucoup. Dans une société mobile, l'échec est un échec individuel et est plus difficile à accepter. Paradoxalement, il est psychologiquement plus facile, pour l'individu, de ne pas pouvoir accéder à une position sociale s'il est victime d'une ségrégation : dans ce cas, l'échec ne peut lui être reproché puisque la compétition était en quelque sorte " truquée ". Mais échouer dans une société mobile, où l'origine sociale ne pèse pas sur le destin des personnes renvoie chaque individu à ses propres insuffisances : s'il échoue, il ne peut en imputer la faute qu'à lui-même. C'est pourquoi l'échec scolaire est plus mal vécu dans une société où l'accès au diplôme est, au moins en apparence, démocratisé. Quand l'accès à l'école était réservé aux classes supérieures, ceux qui échouaient pouvaient toujours se dire que cet échec était d'abord une injustice faite à leur groupe social.

2.5.2 - Une société plus mobile n'est pas forcément plus égalitaire, et la mobilité peut servir d'alibi à l'inégalité.
Mobilité sociale ne veut pas dire égalité des positions sociales. Il y a là un constat d'évidence, mais qu'il faut bien rappeler parce que, dans nos sociétés démocratiques, on a tendance à confondre les deux - ce sont en fait deux formes d'égalité, égalité des chances et égalité des positions, comme on le verra dans la troisième section. Au-delà , il y a un débat fondamental de philosophie politique : la mobilité sociale permet-elle de justifier les inégalités ?

Une société plus mobile n'est pas forcément plus égalitaire : Comme on l'a vu plus haut, la mobilité sociale désigne les déplacements d'individus entre des positions sociales hiérarchisées, Page 13/19

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donc inégales. Un accroissement de la mobilité sociale ne signifie pas que ces inégalités se réduisent. Inversement, une société peut être très égalitaire mais n'avoir aucune mobilité sociale : les individus restent fixés dans des positions sociales très voisines. La mobilité sociale peut-elle justifier l'inégalité ? C'est une question très controversée. Les penseurs les plus libéraux soutiennent généralement que, dès lors que les positions sociales sont également accessibles pour tous, peu importe qu'elles soient inégales. Les meilleures places seront occupées par les plus méritants, et l'inégalité ne fait que récompenser les efforts. Inversement, d'autres soutiennent qu'il importe peu que les positions sociales soient ouvertes si elles restent inégales. On peut même dénoncer dans la mobilité sociale un moyen de faire oublier l'inégalité : les individus se démèneront pour atteindre les meilleures places plutôt que de lutter collectivement contre les inégalités.

On le voit, l'analyse de la mobilité sociale peut déboucher sur le lien entre inégalité et justice sociale, qui fera l'objet de la section suivante. Conclusion : Sous la question de la mobilité sociale, il y a donc des enjeux : comment les individus vont-ils accéder aux positions socialement valorisées ? Est-ce sur la base des mérites personnels ? Est-ce en fonction de l'origine sociale ? Vous avez là les deux pôles possibles. Mais la réalité conjugue les deux. L'origine sociale pèse encore largement mais des choix, des stratégies individuels sont toujours possibles. Ainsi les inégalités qui différencient et hiérarchisent les groupes sociaux entre eux sont pour une part " héritables ". La question qui se pose est alors une question de légitimité : est-il juste qu'il en soit ainsi ? C'est à chaque société de le dire en fonction des valeurs qui la sous-tendent. Voyons comment les sociétés démocratiques abordent cette question.

3 - Idéal démocratique et inégalités.
Pour compléter notre analyse des inégalités, il nous reste donc à traiter des relations entre l'égalité et la justice sociale. Nous avons vu qu'il y a encore beaucoup d'inégalités dans la société moderne, ce qui pose la question de leur justification : au nom de quoi tolère-t-on des inégalités ? Pour comprendre ce problème, nous allons d'abord étudier ce qu'on appelle l'idéal égalitaire, c'est-à -dire la conception de l'égalité qui prévaut dans nos sociétés démocratiques, ce vers quoi on tend - sans forcément l'atteindre d'ailleurs (§ 3.1). Nous verrons alors que l'égalité et la justice peuvent être deux choses différentes, et que l'on peut parfois accepter des inégalités parce qu'elles sont plus justes que l'égalité (§ 3.2). Enfin, nous nous interrogerons sur l'impact économique des inégalités, parce qu'on peut aussi justifier l'inégalité (ou l'égalité) parce qu'elle accélère la croissance, et donc profite à tout le monde (§ 3.3).

3.1 - L'idéal égalitaire.
Pourquoi parler " d'idéal égalitaire " ? D'abord parce que l'égalité n'est jamais pleinement atteinte dans la réalité. Ensuite parce que, malgré tout, elle reste une valeur très partagée, un " idéal " qu'il faut atteindre. Mais, si l'égalité n'est jamais accomplie, pourquoi reste-t-elle un objectif ? Et si elle est si communément partagée comme valeur, pourquoi reste-t-elle si difficile à réaliser ? C'est cette contradiction apparente que nous allons maintenant essayer de comprendre.

3.1.1 - Les sociétés démocratiques reposent toujours sur l'idée d'égalité parce qu'un ordre social ne peut être accepté que s'il repose sur une certaine égalité entre les individus.
Vous avez sans doute l'habitude d'associer la démocratie à la liberté, notamment la liberté de parole, d'opinion, et la liberté de vote. Or, vous avez sûrement remarqué que, depuis le début de cette section, nous associons systématiquement la démocratie à l'égalité. Pourquoi ?

D'abord parce que la démocratie est elle-même un principe d'égalité. En effet, la règle démocratique de base (un homme = une voix) est une règle égalitaire, qui dit que, dans le processus Page 14/19

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de la décision publique, chacun dispose du même pouvoir, du même poids. Les avis individuels se valent et c'est seulement quand une majorité de personnes partage la même opinion qu'ils peuvent la faire prévaloir. Ensuite, parce que le principe égalitaire de la démocratie devient forcément une norme politique. Quel succès aurait dans une société démocratique une doctrine politique qui accepterait l'inégalité au profit d'une élite ? Comment rassembler une majorité sur un programme politique qui ne promettrait pas au plus grand nombre l'accès à un certain bien-être ? Ainsi la démocratie est en quelque sorte " obligée " de produire de l'idéal égalitaire - même si la définition de celui-ci peut varier.

3.1.2 - Mais il y a plusieurs façons de définir l'égalité : égalité des droits, égalité des chances, égalité des situations.
A égalité donc, mais égalité de quoi ? Il est tout à fait nécessaire de poser la question. En effet, on va voir qu'il y a plusieurs façons de concevoir l'égalité, et que ces différentes conceptions ne sont pas toujours compatibles. Bien plus, l'égalité dans un domaine entraîne souvent l'inégalité dans un autre : ainsi, le principe " à travail égal, salaire égal " est un principe égalitaire bien accepté dans nos sociétés, mais qui débouche sur des inégalités, puisqu'il conduit à ce que les salaires soient inégaux quand le travail n'est pas le même. Alors de quelle égalité parle-t-on ?

La première égalité est l'égalité des droits, c'est-à -dire l'égalité devant la loi. Elle consiste à garantir à chacun le même ensemble de droits, ce qui est légalement possible pour un doit l'être également pour tous les autres. Les sociétés démocratiques sont nées de l'aspiration à cette forme d'égalité : la Révolution Française a mis fin aux privilèges de la noblesse et à l'hérédité des positions. On passe d'une société d'ordres à une société démocratique dans laquelle tous les individus sont assurés de bénéficier des mêmes droits (même si, rappelons-le, les femmes françaises n'ont obtenu l'égalité des droits politiques qu'en 1946 !). La deuxième forme d'égalité est l'égalité des chances. Non seulement on donne à chacun le droit d'accéder à n'importe quelle position sociale ou à n'importe quel bien, mais en plus on garantit à tous les mêmes chances d'accès au départ. C'est une conception de l'égalité bien plus exigeante. Ainsi, les femmes ont le droit de vote et sont éligibles depuis 1946, mais cela ne leur donne manifestement pas les mêmes chances d'être élues, puisqu'il n'y a encore aujourd'hui que 12.3 % de femmes parmi les députés. La troisième forme d'égalité est l'égalité des positions, ou égalité réelle. Il s'agit cette fois d'assurer à chacun non pas les mêmes chances d'accès aux biens et aux positions, mais un même accès effectif. Par exemple, en matière de revenu, l'égalité réelle consiste non pas à ce que chacun ait les mêmes chances d'accéder par son mérite aux plus hauts revenus, mais que tous aient des revenus au moins approximativement égaux. La loi sur la parité en politique vise ainsi à ce que les femmes prennent effectivement leur place dans la vie politique en imposant non pas l'égalité des chances dans la compétition électorale, mais bien la parité comme résultat puisqu'elle oblige les listes de candidats à comporter 50 % de femmes.

On a donc là trois définitions bien différentes de l'égalité. Pour les mémoriser, on peut prendre la métaphore d'une compétition sportive, par exemple courir le 100 m : il y a égalité des droits si on accorde à chacun le droit de participer à la course, égalité des chances si on veille à ce que personne ne dispose d'avantage avant la course (par le dopage ou en mordant sur la ligne de d épart), et égalité réelle si tout le monde arrive en même temps sur la ligne d'arrivée. On voit bien que ces trois formes d'égalité ne sont pas forcément compatibles. Ainsi, si l'on veut assurer l'égalité réelle dans le résultat de la course, il faudra imposer des handicaps aux plus rapides, et l'égalité des chances ne sera plus respectée.

3.2 - Egalité et justice sociale.
Nous allons maintenant nous poser la question des relations entre l'égalité, dont nous parlons depuis le début de ce chapitre, et la justice sociale, c'est-à -dire que nous allons nous demander si l'égalité est une bonne chose pour la société et les individus qui y vivent. C'est une interrogation qui doit vous paraître Page 15/19
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curieuse, parce que traditionnellement, nous considérons que ce qui est égal est juste. Mais c'est là un préjugé trompeur, parce que la relation entre égalité et justice sociale est bien plus complexe, comme nous allons le voir dans un premier temps.

3.2.1 - Paradoxalement, les inégalités ne sont pas toujours injustes, et l'égalité n'est pas toujours juste.

Traiter également tout le monde, c'est traiter tout le monde de la même manière, mais cela ne veut pas dire amener tout le monde à la même situation. En effet, du fait des différences entre les individus, il y a une inégalité de départ, une inégalité de conditions. Et un même traitement appliqué à des situations différentes ne donnent pas les mêmes effets. Exemple : apprendre à lire de la même manière à tous les enfants, à égalité de traitement, sans prendre en compte les inégalités initiales, par exemple sur la maîtrise de la langue française (vocabulaire, structures de la langue), débouche sur une encore plus grande inégalité. Pourtant, dans ce cas, il y aurait égalité de traitement, mais c'est cette égalité de traitement qui est inégalitaire. Remarquons que pour l'exemple choisi, il y a longtemps que l'on sait qu'il faut tenter de réduire ces inégalités et que l'école maternelle agit dans ce sens. D'où l'idée de traiter différemment les gens différents de manière à compenser les inégalités de positions initiales. La justice sociale s'obtient là paradoxalement en traitant les individus de façon inégale. Par exemple, quand l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, éminente grande école française, décide de recruter une petite partie de ses élèves de première année parmi des élèves de lycées de banlieues défavorisées à partir d'un dossier et d'entretiens individuels, donc sans qu'ils passent le concours commun d'entrée, très sélectif, on est bien dans cette logique d'obtenir une certaine égalité d'accès à une grande école quelle que soit l'origine sociale, mais en renonçant à l'égalité des chances puisque les élèves de zones défavorisées ont un concours moins sélectif, et même à l'égalité des droits puisque ce concours alternatif est réservé à certains lycées. On est là dans le domaine de l'équité. Ce qui est équitable est juste, mais peut passer par des inégalités de traitement. C'est cette même logique qui est à l'œuvre quand le ministère de l'Education nationale décide que dans certaines zones, les écoles, collèges et lycées pourront bénéficier de moyens matériels et humains supplémentaires du fait des difficultés particulières des élèves qu'ils scolarisent. Substituer la notion d'équité à celle d'égalité amène donc à une redéfinition des politiques publiques qui visent à promouvoir l'idéal égalitaire.

En fait, il ne faut pas s'étonner de ce que l'égalité ne soit pas toujours juste, puisque nous avons vu précédemment qu'il y a plusieurs sortes d'égalité, et qu'elles ne sont pas toujours compatibles entre elles. Ainsi, quand on essaie d'atteindre une forme d'égalité, on est souvent obligé de renoncer à une autre forme. Par exemple, rechercher l'égalité des chances amène souvent à renoncer à l'égalité des résultats puisque les individus sont différents. Ce n'est donc pas tant que l'égalité est injuste et l'inégalité juste, mais plutôt que pour juger de la justice sociale il faut se demander d'abord quel type d'égalité on poursuit, et pour qui. C'est cette complexité de la relation entre égalité et justice sociale qui a amené l'Etat à redéfinir parfois les modalités de sa politique sociale.

3.2.2 - Vers une redéfinition de l'intervention de l'Etat : il faut parfois renoncer à l'égalité pour mener des politiques de justice sociale.
On a vu que promouvoir l'égalité a parfois des conséquences inégales du fait de l'inégalité des conditions initiales et de l'inégalité des chances. D'autre part, la croissance ralentie que connaissent les pays développés depuis le début des années 80 limite les moyens financiers de l'Etat et l'oblige à se poser la question de l'efficacité, du point de vue de l'idéal égalitaire, des mesures qu'il met en œuvre. Résultat : l'intervention de l'Etat a été assez nettement infléchie et l'on peut penser que d'autres inflexions viendront, en particulier dans le domaine des services publics.

Les prestations sociales sont de plus en plus sous conditions de ressources, c'est-à -dire qu'elles sont réservées à ceux qui gagnent moins qu'un certain niveau de revenu (comme par exemple le RMI). On est bien là dans une logique d'équité : donner la même chose à tout le monde Page 16/19

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quel que soit le revenu reviendrait à augmenter de la même façon les revenus des plus riches et des plus pauvres, ce qui ne réduirait pas les inégalités. Les politiques d'aide sociale sont de plus en plus individualisées. Quand on sait que les inégalités sont plus souvent dues qu'avant aux aléas de l'histoire personnelle des individus, il est logique de prendre moins de mesures générales dont on a du mal à assurer l'efficacité. Ainsi, le RMI est-il attribué non seulement sous condition de ressources mais aussi à la condition que le bénéficiaire signe un contrat personnalisé de réinsertion, dont le contenu peut être très varié d'un individu à l'autre, pour s'adapter aux besoins et aux possibilités de chacun. De même, le PARE (plan d'aide au retour à l'emploi), qui permet aux chômeurs de continuer à bénéficier de certaines allocations, a un contenu individualisé. L'Etat mène aussi des politiques de " discrimination positive ", c'est-à -dire des politiques qui, explicitement, accordent plus à certains individus qu'à d'autres, du fait de leur inégalité de situation initiale. L'exemple le plus fréquemment cité en France est celui des ZEP (zones d'éducation prioritaire), dans lesquelles les établissements scolaires bénéficient de moyens particuliers parce qu'ils scolarisent des élèves " en difficulté ". Ainsi une école primaire en ZEP peutelle disposer de 6 instituteurs alors qu'il n'y a que 5 classes, ce qui permet d'assurer des activités individualisées en fonction des difficultés rencontrées, en dehors du groupe classe. Mais on peut citer d'autres exemples de politiques de discrimination positive : quand la loi impose l'embauche d'un certain quota de travailleurs handicapés dans les entreprises, il s'agit bien d'une discrimination positive (on sait que, dans la réalité, ce quota n'est pas respecté car la loi permet aux entreprises de se dispenser de cette embauche en versant une certaine somme à un fonds pour l'emploi des handicapés). Enfin, on est amené à repenser la gratuité des services publics. En effet, on sait que ceux-ci sont en général gratuits du fait qu'ils sont utiles à tous. Mais si les services publics sont gratuits, cela ne signifie évidemment pas qu'ils ne coûtent rien. Quand un consommateur utilise un service public, l'Etat paie pour lui le prix de ce service. Si tout le monde utilise également ce service, cela peut se comprendre. Cela se comprend encore mieux si ce sont ceux qui sont le plus victimes des inégalités qui l'utilisent le plus. Mais quand ce sont ceux qui disposent déjà de revenus élevés qui utilisent le plus ce service, cela pose un problème du point de vue de l'équité. On peut donner un exemple : les étudiants peuvent bénéficier, s'ils ne logent pas chez leurs parents, d'une allocation logement sans condition de ressources (sauf personnelles : les étudiants qui travaillent, donc qui ont un salaire, ne peuvent en bénéficier si ce salaire dépasse un certain montant), donc quelles que soient les ressources de leurs parents. Or, on sait que les enfants de catégories aisées sont surreprésentés dans la population étudiante. On peut donc se poser la question de la pertinence de cette allocation du point de vue de l'équité, l'aspect positif de cette allocation étant bien sûr qu'elle rend possible une certaine indépendance des jeunes vis-à -vis de leur famille. On reviendra sur la question des services publics plus loin.

Conclusion : La complexité de la notion d'égalité rend donc difficile la définition et la mise en œuvre de l'idéal égalitiare. Cela débouche sur un débat nécessaire à propos du contenu de la notion de justice sociale et de la nature de l'intervention de l'Etat pour lutter contre les inégalités.

3.3 - Les inégalités sont-elles économiquement efficaces ?
Nous avons essayé de voir à quelles conditions il pouvait être juste de lutter contre les inégalités, mais nous ne nous sommes encore pas demandé s'il fallait réellement lutter contre les inégalités. La question, là encore, peut paraître paradoxale, voire scandaleuse, mais elle est utile parce qu'elle nous amène à nous interroger sur les éventuels effets bénéfiques des inégalités. Plus spécifiquement, les économistes montrent que certaines inégalités semblent bien être favorables à la croissance, voire même selon certains, indispensables.

3.3.1 - L’inégalité est favorable à la croissance parce qu’elle incite les individus à travailler, à investir et à innover.
Il y a là trois arguments différents soutenant l'idée que les inégalités sont économiquement efficaces. Nous Page 17/19
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allons les voir successivement.

Les inégalités de revenu encouragent le travail en récompensant l'effort individuel. On a déjà vu le principe " à travail égal, salaire égal ", et on a déjà noté qu'il impliquait une inégalité entre des niveaux de travail différents. Bien évidemment, on peut penser que si le salaire était le même quel que soit le niveau de travail, tout le monde se contenterait du minimum d'effort. Les économistes libéraux s'appuient sur ce principe pour dénoncer l'insuffisance des inégalités dans certains domaines de la vie économique. Ainsi, ils soutiennent que si les minima sociaux (RMI, indemnités chômage, …) sont trop proches du SMIC, les individus touchant les bas salaires ne seront pas enclins à travailler mais plutôt à vivre aux dépens de l'Etat providence. De même, si le SMIC est trop élevé et que l'échelle des salaires est trop restreinte, les travailleurs n'auront pas intérêt à faire un effort de formation, puisqu'une progression dans la hiérarchie de l'entreprise leur rapporterait peu. Les inégalités sont nécessaires pour favoriser l'épargne et l'investissement. On sait que la propension à épargner (voir lexique) est plus élevée pour les détenteurs de revenus élevés, ce qui est assez logique (il est plus facile d'épargner quand on dispose de 5 fois le SMIC que quand on est payé au SMIC). Or l'épargne est la base de l'investissement. Donc la capacité d'épargne, et donc de financement des investissements, est plus élevée quand l'inégalité des revenus est forte que dans le cas contraire. Et la croissance est fortement corrélée avec le taux d'investissement comme nous l'avons vu dans le chapitre 1. Mais c'est aussi en récompensant le bon investissement par de supers profits, et donc par de fortes inégalités, que l'on incite les épargnants à chercher l'investissement le plus pertinent, c'est-à -dire correspondant à une forte demande et économiquement rentable. Enfin, les inégalités permettent de récompenser ceux qui innovent et donc de stimuler le progrès technique et organisationnel qui entraînera la croissance. Les inégalités donnent des informations indispensables aux acteurs économiques, en même temps qu'elles leur donnent des guides de comportement. Que veut-on dire par là ? Si par exemple, les salaires versés sont plus élevés dans une branche nouvelle et en croissance, et plus faibles dans une branche en déclin, normalement les salariés rationnels vont tenter de quitter la branche en déclin et d'aller se faire embaucher dans la branche en croissance, même s'il faut pour cela un complément de formation. On peut faire le même raisonnement pour les profits : les détenteurs de capitaux vont tenter d'investir dans les branches ou les entreprises où les profits sont élevés (on rappelle que les profits sont des revenus …). Le libre jeu du marché, grâce aux inégalités qui en résultent, permet donc une allocation optimale des ressources (cette expression, couramment utilisée par les économistes, en particulier néo-classiques, signifie que les ressources, c'est-à -dire le capital et le travail, sont utilisées le plus efficacement possible). Et les inégalités agissent alors comme un aiguillon sur les comportements : elles sont des incitations à accepter le changement de métier ou le changement de région, par exemple, ou à prendre des risques, par exemple en créant sa propre entreprise.

Au total, on voit donc que les inégalités, certaines inégalités, peuvent être favorables à la croissance économique en incitant les acteurs économiques à adopter des comportements favorables à la croissance. Mais est-ce toujours le cas ?

3.3.2 - Mais l'inégalité peut aussi décourager l'effort individuel et nuire ainsi à la croissance économique.
Il peut paraître paradoxal, au vu de ce qu'on a dit précédemment, de soutenir que l'inégalité décourage l'effort individuel. Il y a pourtant des arguments forts qui peuvent être avancés à l'appui de cette thèse :

L'inégalité, quand elle est injuste,décourage l'effort bien plus qu'elle ne le favorise. Ainsi, soutenir que les inégalités de revenus sont la récompense de l'efficacité du travail, c'est supposer que toutes ces inégalités sont justifiées par des écarts de productivité entre travailleurs. Or, c'est bien loin d'être le cas en réalité. D'abord parce qu'il est très difficile de mesurer la productivité individuelle d'un travailleur : l'efficacité d'un individu dépend du travail des autres et il n'est pas toujours possible de distinguer la part de chacun. Ainsi, la vitesse de travail d'un ouvrier sur une chaîne de montage dépend de celle de ses collègues, par définition. Ensuite, et c'est d'ailleurs la Page 18/19

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conséquence de cette difficulté d'apprécier la productivité individuelle, les rémunérations sont pour une bonne part arbitraires, et dépendent de l'histoire, des habitudes, des rapports de force. Il est donc plus que probable que des inégalités n'ont aucune justification économique. Par exemple, l'écart de traitement entre un professeur certifié et un professeur agrégé n'est sans doute pas fondé sur une différence d'efficacité pédagogique.Dans ce cas, les inégalités sont donc injustifiées et ceux qu'elles défavorisent peuvent se sentir floués et découragés. L'inégalité n'a aucune vertu économique s'il n'y a pas égalité des chances. C'est une condition trop souvent oubliée de l'efficacité économique des inégalités. En effet, si on veut, par les inégalités de revenus, susciter une émulation entre les individus pour sélectionner les plus capables et les plus méritants, encore faut-il s'assurer que la compétition est réellement ouverte et équitable. Autrement dit, la première condition de l'efficacité économique est … l'égalité des chances, la mobilité sociale. Or, on a vu que celle-ci est assez limitée dans nos sociétés modernes, ce qui peut faire douter de l'efficacité des inégalités L'inégalité décourage l'effort individuel si les rémunérations les plus basses sont trop faibles. L'inégalité permet de récompenser l'excellence, c'est entendu, mais ce n'est pas parce qu'un travailleur n'est pas parmi les meilleurs de sa catégorie qu'il a forcément démérité. Par exemple, les smicards qui sont au bas de l'échelle des salaires en raison de leur faible qualification ou de leur peu d'expérience ne sont pas pour autant de mauvais travailleurs. Si le SMIC est trop faible, il peut là encore en résulter un sentiment d'injustice très démobilisateur. Une certaine égalité de revenu est nécessaire pour assurer la qualité de la main d'œuvre et donc sa productivité. Par exemple, une distribution relativement égale des revenus permet à chaque famille de disposer d'un logement décent et avec un minimum de confort, ce qui favorise la qualité des études des enfants et donc le niveau de qualification des travailleurs. De même, garantir un revenu minimum suffisant à chacun peut permettre un accès plus général au système de soin, et donc améliorer la santé de la population et, indirectement, la productivité du travail (en réduisant l'absentéisme, en limitant les maladies professionnelles, …).

Que conclure de cette présentation de l'efficacité éventuelle des inégalités pour la croissance ? Au fond, le débat est sans doute d'abord politique : quelle croissance veut-on ? une croissance rapide quelles que soient les inégalités qui l'accompagnent, une diminution des inégalités au risque d'un ralentissement de la croissance ? Les alternatives sont nombreuses et le choix ne devrait relever que d'un débat collectif, un débat politique au vrai sens du terme. Il faudrait arriver à mettre sur pied un système fiscal qui permette à la fois de ne pas trop perturber les mécanismes du marché et les incitations qu'il offre aux individus et de dégager des ressources publiques suffisantes pour lutter contre les inégalités considérées comme injustes par la société. En conclusion de ce chapitre, on peut souligner que la tension entre l'idéal égalitaire et l'existence d'inégalités est inhérente aux démocraties. Celles-ci ont sans cesse à réfléchir et à débattre sur comment réduire cette tension. Mais la solution ne peut être définitive et le consensus est toujours à reconstruire car les inégalités comme les valeurs qui sous-tendent l'idéal égalitaire se transforment au cours du temps, composant ainsi le changement social.

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Cours : CHAPITRE 4 : Conflits et mobilisation sociale Introduction
On vient de voir à quel point les sociétés démocratiques sont traversées par la tension entre les inégalités et l'idéal égalitaire (chapitre 3). Inutile de dire que ces tensions se traduisent bien souvent dans la réalité par des conflits. Les conflits vont donc être notre objet d'étude dans ce chapitre. Pourquoi s'intéresser aux conflits ? A priori, on a souvent tendance à penser que les conflits ne servent à rien, qu'il vaut mieux les éviter. Ce n'est pas du tout ce que pensent les sociologues : en effet, si l'on réfléchit à la dynamique sociale, on est bien obligé de se demander comment elle se fait, et on constate en général que le changement social ne peut se faire qu'à travers des conflits. Ceux-ci ont donc une vertu essentielle : rendre le changement social possible. En effet, si l'on ne pensait pas que les changements sont possibles, ce ne serait pas la peine de se battre. Les conflits sociaux, parce qu'ils mettent les individus dans l'action, contribuent aussi à forger les identités et à développer des solidarités. La première difficulté, pour vous, dans ce chapitre est donc de devoir envisager les conflits dans un rôle positif. La deuxième difficulté sera de ne pas oublier que les relations entre changement social et conflits vont dans les deux sens : certes le changement social entraîne des conflits, mais les conflits entraînent eux aussi du changement social. Reste dans cette introduction à définir ce que l'on appelle “ conflits sociaux ”. Un conflit social met en jeu des acteurs regroupés, il y a donc une dimension collective dans le conflit social. Ces acteurs doivent avoir entre eux des relations d'interdépendance : s'il n'y a pas ces relations entre eux, il y a peu de chance qu'il y ait un conflit car il n'y aurait pas d'objet de conflit. Ces relations d'interdépendance sont dans un rapport de domination, c'est-à -dire que la question du pouvoir est toujours essentielle dans un conflit social : les acteurs n'ont pas tous le même pouvoir et ils essaient d'user de leurs pouvoirs respectifs pour obtenir telle ou telle chose. Enfin, et bien sûr, le conflit social a toujours un enjeu – on peut gagner ou perdre, quelque chose est disputé -, un objet. Cet objet a deux aspects : un aspect matériel, celui qui est mis en avant, et un aspect plus symbolique (celui qui va “ gagner ” aura montré le pouvoir dont il disposait). On le voit, le conflit social se situe entre les tensions, qui peuvent toujours exister entre les individus, et la rupture : il suppose toujours qu'il y a une discussion possible dans le domaine concerné par le conflit, ce qui n'est pas le cas dans la rupture. Les formes d'action changent au cours du temps, de la même façon que change la façon dont la société s'organise pour résoudre les conflits. Après avoir montré comment, depuis le 19ème siècle, les conflits sociaux ont été liés pour l'essentiel aux transformations du travail et de l'emploi, nous nous interrogerons sur les nouvelles formes des conflits sociaux aujourd'hui et nous emploierons le terme “ action collective ”. Quelle différence avec l'expression “ conflits sociaux ” ? Dans l'action collective, des individus se regroupent pour agir, mais pas forcément pour entrer en conflit directement avec un autre acteur collectif. Cela peut être pour promouvoir des idées, pour revendiquer des changements très généraux, etc… Autrement dit, les relations d'interdépendance hiérarchisées ne sont pas toujours présentes, en tout cas pas explicites. L'action collective intègre donc les conflits sociaux mais englobe aussi d'autres formes d'action.

1 - Mutations du travail et conflits sociaux.
Depuis que les sociétés sont entrées dans la modernité, depuis le 18ème siècle environ, l'essentiel des conflits sociaux s'est déroulé sur le terrain du travail et de l'emploi. On peut essayer de comprendre pourquoi : le travail occupe, directement ou indirectement, l'essentiel de la vie des individus, en temps d'abord (et bien plus au 19ème siècle qu'aujourd'hui) et aussi parce qu'il est à l'origine de certaines des inégalités dont nous avons parlé dans le dernier chapitre (revenus en particulier). C'est aussi dans le travail que se noue une bonne partie des relations sociales qui entourent (et intègrent) l'individu. Pour toutes ces raisons, auxquelles il faut ajouter la valeur hautement symbolique du travail, les conflits sociaux sont bien souvent nés dans le monde du travail depuis la naissance du capitalisme. Page 1/17
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Nous allons d'abord nous demander comment, concrètement, les conflits sociaux se développent à partir de la question du travail. Puis, à travers l'étude de la classe ouvrière, nous verrons comment les conflits engendrent des classes sociales, c'est-à -dire comment le conflit agit sur la structure de la société. Les conflits sociaux, on l'a dit plus haut, mettent en jeu des acteurs collectifs, des groupes. La mobilisation de ces groupes ne va pas de soi : comment s'entendre sur les objectifs et les moyens d'action ? Qui organise et dirige le conflit ? Nous nous interrogerons donc sur les difficultés de “ l'action collective ”. Enfin, nous aborderons la question des syndicats et nous verrons le rôle complexe qu'ils jouent dans la gestion des conflits sociaux.

1.1 - Des conflits du travail aux conflits sociaux.
C'est la première question qu'il faut se poser : pourquoi le travail est-il une source de conflit social ? Nous allons pour cela réutiliser ce que nous avons vu dans les chapitres précédents, tant sur les inégalités que sur la division du travail - la division, c'est déjà un peu le conflit ! Mais nous verrons qu'il y a un autre facteur de conflit social, c'est ce que l'on appelle la capacité de mobilisation d'un groupe social, c'est-à -dire la capacité des individus qui le composent à agir en commun, de façon coordonnée et au profit de buts communs.

1.1.1 - Les inégalités du monde du travail peuvent déboucher sur des conflits.
Nous avons vu dans le chapitre précédent que les sociétés modernes, et a fortiori les entreprises, sont traversées par des inégalités nombreuses qui, même si elles tendent à se réduire sur le long terme, restent encore très importantes. Il y a là un premier motif de conflit dans le monde du travail. Analysons-le plus en détail :

Les inégalités suscitent le conflit quand elles ne sont pas acceptées. C'est ce que l'on a vu dans la troisième section du chapitre précédent – vous pouvez vous y reporter. Les inégalités font partie du fonctionnement de l'économie, mais on a vu qu'il est très difficile de leur trouver une justification consensuelle. Il n'est donc pas étonnant que les avantages accordés à une personne ou à un groupe entraînent la jalousie – ou les justes récriminations ! – de ceux qui en sont privés. Les inégalités sont souvent l'enjeu des conflits sociaux : on se bat pour accroître la part des salaires dans la valeur ajoutée au détriment des profits, ou pour améliorer sa rémunération par rapport aux autres métiers de l'entreprise. Mais les inégalités ne suffisent pas à engendrer un conflit social, parce qu'elles peuvent susciter une compétition entre les individus plutôt qu'entre les groupes. C'est une analyse somme toute assez classique et assez simple. Si un individu n'est pas satisfait de sa situation sociale, il peut l'améliorer de deux façons : soit en changeant de position dans la société en obtenant une promotion individuelle, soit en agissant pour améliorer le sort de tous ceux qui ont la même position sociale que lui – c'est-à -dire de son groupe social. Dans ce dernier cas, il y a effectivement un conflit collectif. Mais dans le premier cas, il n'y a qu'une compétition entre individus pour parvenir aux meilleures places offertes par l'entreprise ou la société. On ne peut pas parler à ce moment-là de “ conflit social ”. La plus ou moins grande mobilité sociale entre les métiers joue aussi sur la capacité de mobilisation. S'il existe une grande fluidité entre les positions dans l'entreprise, si l'on peut facilement obtenir une promotion individuelle, alors un individu peut espérer améliorer sa situation personnelle par son seul mérite, sans agir au profit de l'ensemble de son groupe social. Mais si la mobilité sociale est faible, si les métiers restent fermés les uns aux autres, alors les revendications personnelles passeront d'autant plus par une revendication collective. C'est en substance ce que l'on a vu au chapitre 2 sur la crise du système fordiste : les OS, de plus en plus qualifiés, se sont révoltés collectivement contre une organisation du travail qui ne leur laissait entrevoir aucune possibilité de promotion, qui ne témoignait guère de considération pour leurs mérites professionnels.

Vous voyez donc pourquoi les inégalités ne sont pas à elles seules la cause des conflits sociaux. Ce point-là est important, parce qu'il permet de dissiper un préjugé un peu simpliste qui associe les gros conflits Page 2/17
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aux grosses injustices. Or, ce n'est pas toujours – loin s'en faut ! – là où il y a les plus fortes inégalités qu'il y a les conflits les plus durs. Par exemple, il y a plusieurs millions de mal logés en France mais on ne les voit jamais protester.

1.1.2 - Ces inégalités et ces conflits finissent par constituer les individus en groupes rivaux.
Nous avons abondamment montré dans le chapitre 2 que les différentes organisations du travail aboutissent toujours à différencier et hiérarchiser les tâches dans l'entreprise, mais cette division horizontale et verticale du travail est aussi une division des travailleurs, donc une source de conflits potentiels. Comment passe-t-on de la division au conflit social ? Ce n'est pas si simple qu'on peut le croire. Le point essentiel est que la division du travail peut renforcer la conscience d'appartenir à un groupe social.

La division du travail entraîne la différenciation des travailleurs et donc l'émergence d'identités professionnelles distinctes. Construire son identité professionnelle, c'est revendiquer certaines appartenances, se reconnaître une certaine position dans le groupe et dans sa hiérarchie, se sentir différent d'autres individus (n'appartenant pas au groupe, en général). L'identité professionnelle, c'est aussi les valeurs partagées au sein du collectif de travail, au sein d'un métier. Ces valeurs peuvent changer en fonction de ce que l'on fait dans l'entreprise (on peut penser à la solidarité des mineurs face à la pénibilité et la dangerosité de leur métier), mais aussi en fonction de ce que l'on est (la féminisation d'un métier peut en changer les valeurs). Les identités professionnelles deviennent facilement concurrentes dans l'entreprise. On veut dire par là que les valeurs des groupes sociaux s'opposent sur toutes les questions qui concernent l'entreprise, et au-delà la société – un peu comme une culture et une contre-culture, revoyez votre cours de première. Le premier point d'opposition est bien sûr les inégalités de rémunérations. Chaque groupe a une idée différente de la valeur des métiers, et donc des inégalités “ justes ” ou “ injustes ” – faut-il par exemple payer plus ceux qui fabriquent le produit ou ceux qui le commercialisent ? Mais l'opposition s'étend aussi à la façon de gérer l'entreprise : on l'a vu dans le cas de la fermeture des usines LU dans le nord de la France, où la logique entrepreneuriale de l'encadrement (recentrer l'activité du groupe sur les productions les plus rentables) s'opposait à la logique des salariés (maintenir les sites aussi longtemps que possible pour sauvegarder les emplois). L'affirmation d'une identité professionnelle fait donc non seulement apparaître un groupe social, mais elle lui donne aussi un adversaire. L'organisation matérielle du travail est un autre déterminant de la construction de la conscience du groupe. Si les individus sont dispersés et travaillent séparément, sans se rencontrer, il leur sera très difficile de se coordonner pour agir. Marx expliquait ainsi au 19ème siècle que les paysans français étaient trop dispersés géographiquement pour agir, bien qu'ils aient eu matière à se révolter. Inversement, le regroupement des ouvriers dans les ateliers puis dans les grandes usines, où l'on travaille ensemble, fait la pause ensemble, mange ensemble, où l'on se rencontre en allant au travail et en repartant chez soi, a incontestablement favorisé l'organisation de la classe ouvrière. Plus près de nous, la connexion des individus sur Internet a facilité la réussite du mouvement des chercheurs, en permettant la circulation des informations, des mots d'ordre et des pétitions.

Pour qu'il y ait un conflit du travail, il faut donc qu'il y ait un conflit d'intérêt, autour des inégalités dans l'entreprise. Il faut aussi qu'il y ait des identités collectives fortement affirmées pour que le conflit prenne une dimension sociale, et oppose des groupes les uns aux autres. Enfin, il faut que ces groupes se mobilisent, c'est-à -dire que les individus qui les composent acceptent d'agir ensemble avec des objectifs communs. Mais la relation entre conflit et identité professionnelle fonctionne également dans l'autre sens. Ainsi, un conflit peut déboucher sur l'affirmation renouvelée et vivante d'une solidarité retrouvée, et donc reconstituer un groupe social. Ainsi, le conflit des infirmières, au milieu des années 90, permit à cellesci d'affirmer et d'afficher une solidarité qui ne s'était jamais réellement exprimée jusque-là et de s'éprouver elles-mêmes comme membres d'un collectif de travail.

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1.1.3 - Les conflits portés par ces groupes finissent par déborder du cadre du travail proprement dit pour concerner l'ensemble de la société --> conflit social.
Dans les chapitres 2 et 3, vous avez trouvé de quoi percevoir et comprendre la réalité de l’opposition entre les ouvriers d’une part (qui représentent le travail), les dirigeants d’entreprise, les cadres et les contremaîtres d’autre part (qui représentent directement ou indirectement le capital, et donc les “capitalistes” ou bourgeois, détenteurs des capitaux). Voyons maintenant comment cette opposition au sein de l’entreprise est devenue une opposition à l’échelle de la société entière.

L’opposition entre ouvriers et bourgeoisie a pris une valeur politique. Au début du 20ème siècle, le clivage entre la gauche et la droite s’est progressivement confondu avec le clivage entre travailleurs et capitalistes. Au fur et à mesure que les ouvriers devenaient numériquement plus importants (au détriment notamment des agriculteurs, qui avaient une toute autre vision du monde), le conflit politique s’est cristallisé sur la question de la propriété, la gauche, représentant les salariés, voulant “nationaliser” le capital, c’est-à -dire exproprier les capitalistes pour qu’ils ne contrôlent plus les entreprises, et donc pour résoudre le conflit social par la disparition d’un des adversaires ! Symétriquement, la droite défendait le droit de propriété comme principe, et donc le pouvoir des actionnaires dans l’entreprise. Moins radicalement, l’enjeu politique entre la droite et la gauche était aussi l’adoption de lois et de règlements qui limitaient le pouvoir des employeurs sur les salariés (Semaine de 40h, Congés payés, Droit du travail, protection contre les licenciements, mais aussi indemnisation du chômage). L’opposition entre ouvriers et bourgeoisie a pris une valeur culturelle. Chaque groupe a affirmé ses valeurs, et son mode de vie. La “culture ouvrière” était nourrie de la fierté du métier : essentiellement masculin, le travail ouvrier supposait souvent la force physique, des connaissances et astuces, essentiellement pratiques, qui se transmettaient au sein de l’atelier. La “culture bourgeoise” était ce qu’on appellerait aujourd’hui la culture savante, celle qu’on transmet à l’école et à l’université (littérature, musique classique, sciences, beaux-arts, …). Les loisirs des deux groupes n’étaient pas non plus les mêmes, d’ailleurs l’obtention d’un droit aux congés payés en 1936 avait une valeur conflictuelle symbolique : jusque-là les vacances étaient l’apanage de la bourgeoisie. L’opposition entre ouvriers et bourgeois a engendré une véritable ségrégation sociale. Elle était visible dans la structure des villes, où les "quartiers ouvriers” – généralement les banlieues où la périphérie des villes – s’opposaient aux “beaux quartiers” – le centre-ville. Mais on la retrouvait aussi à l’école, puisque les enfants des classes populaires et supérieures ne fréquentaient pas les mêmes cursus scolaires. Il a fallu attendre 1975 et la création du collège unique pour que tous les écoliers suivent la même scolarité obligatoire.

On voit donc que le conflit social, initialement circonscrit à l’entreprise, s’est étendu à toute la société, ce qui justifie que l’on parle de classes sociales plutôt que de groupes sociaux, puisque les groupes ne rassemblent plus seulement, par exemple, les ouvriers d’une entreprise, mais tous les ouvriers de la société. De même, le conflit social mérite l’appellation de “lutte des classes” parce qu’il prend une valeur générale.

1.1.4 - L'analyse du conflit social peut alors être menée en termes de lutte des classes.
Karl Marx philosophe allemand du 19ème siècle (mais aussi économiste, historien, sociologue) a été un des premiers à s'intéresser aux conflits sociaux et à les analyser non pas comme le signe d'un dérèglement social, mais comme la conséquence normale du fonctionnement des sociétés. Il a aussi lié les conflits sociaux à l'organisation sociale du travail, ce qu'il appelle les “ rapports de production ”. Il est donc logique de l'évoquer à ce moment du cours. Dans la société contemporaine, le conflit social - la “ lutte des classes ” dans la terminologie marxiste - oppose les salariés et les capitalistes, propriétaires des entreprises. Le conflit d'intérêt repose sur une injustice faite aux salariés par les capitalistes – “ l'exploitation ” – et dégénère en conflit social quand les groupes s'érigent en classes sociales.

L'analyse de l'exploitation capitaliste. Les capitalistes sont ceux qui possèdent les moyens de Page 4/17

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production (machines, bâtiments, terrains), tandis que les salariés, que Marx appelle les “ prolétaires ”, ne disposent que de leur force de travail. Or, dans la société industrielle, il n'est guère possible de produire avec son seul travail. Pour vivre, les salariés sont donc obligés de louer leur travail aux capitalistes, qui s'accaparent la valeur de la production en échange du versement d'un salaire. C'est le régime du salariat. Marx pense que cette domination des salariés par les capitalistes permet à ces derniers “ d'exploiter ” les salariés, c'est-à -dire de leur verser un salaire inférieur à la valeur de la production et de garder la différence, le profit. Comment est-ce possible ? Les salariés ne sont pas en mesure de réclamer la totalité de la valeur ajoutée produite parce qu'ils ne sont pas organisés, et que l'employeur peut jouer de la concurrence entre eux. De plus, un volant perpétuel de chômage, caractéristique des sociétés industrielles (Marx l'appelle “ l'armée de réserve ” capitaliste), attise la concurrence entre les salariés : les exclus de l'emploi sont toujours prêts à accepter un salaire plus faible pour retrouver un travail et échapper à la misère. L'existence du profit est donc pour Marx la conséquence d'un rapport de force, et donc une injustice parce qu'il estime que seul le travail est source de valeur – une autre façon de dire que la productivité du capital est nulle, aspect très critiquable et très critiqué de la théorie marxiste.

La constitution des groupes en classes sociales. Il ne suffit pas d'un conflit d'intérêt pour que l'on puisse parler de conflit social, il faut encore que les individus partageant une même situation dans les rapports de production, ici les salariés, aient conscience de leur similitude et s'unissent pour revendiquer contre un ennemi commun. Ils constituent alors ce que Marx appelle une “ classe sociale ”. Cette opération n'est pas spontanée, et les conditions de travail déterminent souvent la capacité des individus à s'unir. Ainsi, Marx note que les petits paysans français du 19ème siècle, quoiqu'ayant objectivement des intérêts communs, ne constituaient pas une classe sociale parce que leur dispersion géographique et la concurrence entre eux sur les marchés ou dans l'appropriation de la terre les empêchaient de s'unir. De même, les ouvriers dans le système artisanal médiéval, qui étaient logés chez leur patron, étaient plus proches de celui-ci que des autres ouvriers et n'avaient donc pas de conscience de classe. Mais le développement des grandes usines au 19ème siècle, rassemblant de nombreux ouvriers soumis à un contrôle hiérarchique très strict, leur a fait prendre conscience de leur identité professionnelle, et l'habitude de s'opposer aux employeurs leur a révélé qu'il constituaient une classe sociale. Il leur restait alors à s'organiser en syndicats, en partis politiques, pour structurer leurs actions revendicatives et défendre leurs intérêts. De leur côté, les capitalistes procédaient de même, en se structurant en organisations patronales.

L'analyse marxiste théorise donc les conflits du travail comme source principale de conflictualité dans la société. Mieux, les conflits du travail structurent la société en groupes adverses, organisent l'identité professionnelle comme la vie politique. Cette vision de la société peut paraître pessimiste, mais Marx souligne qu'il en est de même à toutes les époques : dans l'antiquité, les maîtres dominaient les esclaves, et au moyen âge les seigneurs féodaux dominaient les paysans. Il en va de même chaque fois que la production est organisée de telle sorte qu'un groupe exerce un pouvoir sur un autre.

1.2 - A travers un exemple, la classe ouvrière, comment les mutations du travail transforment-elles les conflits sociaux ?
Maintenant que nous avons vu comment l'organisation du travail pouvait engendrer des conflits sociaux, il faut comprendre comment l'existence de conflits sociaux aboutit à son tour à la constitution de “ classes sociales ”, c'est-à -dire d'une structuration sociale autour du conflit. Nous prendrons pour cela l'exemple de la classe ouvrière, parce que l'opposition entre les ouvriers et les “ patrons ” a longtemps été l'archétype de la transformation du conflit social en “ lutte des classes ”. Ce qui nous intéresse ici c'est de savoir comment l'opposition entre ouvriers et “ patrons ” à l'intérieur de l'entreprise, “ sort ” de celle-ci pour devenir une opposition valable dans toute la société. Mais cet exemple est aussi intéressant parce que le travail des ouvriers s'est tellement transformé ces 30 dernières années, que cela amène certains à penser que les ouvriers ne constituent plus un groupe social en conflit comme autrefois, et donc que l'on assiste à la “ fin de la classe ouvrière ”. Nous discuterons le bien fondé de cette analyse.

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1.2.1 - Les mutations du travail ont réduit le poids des ouvriers, brouillé leur identité professionnelle et diminué leur capacité de mobilisation.
Les transformations du travail et les mutations de la classe ouvrière remettent-elles en cause la division de la société française en classes sociales antagonistes ? C'est ce que pensent certains sociologues, et nous allons présenter leurs principaux arguments.

La diminution de la part des ouvriers dans la population active. Le recensement de mars 1999 en France met en évidence la poursuite du mouvement amorcé dès le milieu des années 1970 : les ouvriers étaient encore plus de 7 millions en 1982, ils étaient 6.5 millions environ en 1990 et 5.9 millions seulement en 1999. Cela représente une diminution de plus de 15% des effectifs ouvriers entre 1982 et 1999, alors que, dans le même temps, la population active occupée augmentait. Résultat : la part de la P.C.S. “ ouvriers ” dans la population active occupée a encore plus nettement diminué que ses effectifs : elle est passée de 32.8% de la population active occupée en 1982 à 25.6% en 1999 (Insee, recensements de la population), soit une diminution de 22% environ. Aujourd'hui, la part des ouvriers dans la population active est inférieure à celle des employés. La transformation de la nature du travail des ouvriers : la première grande transformation est que les ouvriers travaillent de plus en plus souvent dans les services, comme les chauffeurs routiers, par exemple. Ainsi, en 2001, il y a plus d'ouvriers travaillant dans le tertiaire que d'ouvriers travaillant dans le secondaire (attention, si ce résultat vous étonne parce que vous pensiez que les ouvriers travaillaient forcément dans le secteur secondaire, cela signifie qu'il faut que vous revoyiez comment on répartit les actifs occupés dans les trois secteurs d'activité) en France. Ces ouvriers sont en particulier des ouvriers d'entretien et de maintenance. “ La classe ouvrière est désormais disséminée dans les rouages de la société de services et non plus soudée au cœur du système industriel ” (E. Maurin, Sciences humaines n°136, mars 2003). Même dans le secteur secondaire, les ouvriers font beaucoup moins souvent qu'avant des tâches de production au sens strict car celles-ci sont de plus en plus automatisées. On a donc un développement des tâches de tri, d'emballage et de manutention en général d'un côté, et un développement des tâches de surveillance, contrôle et réglage des machines automatisées d'un autre côté. La deuxième transformation touche la qualification des ouvriers : la qualification personnelle des ouvriers s'est plutôt élevée (il y a davantage de diplômes professionnels) mais ils exercent souvent un emploi dont la qualification est inférieure à celle qu'ils possèdent (31% des salariés embauchés pour un emploi ne nécessitant pas officiellement de qualification sont titulaires d'un CAP ou d'un BEP). Le nombre des emplois d'ouvriers non qualifiés avait beaucoup diminué entre 1982 et 1994 mais il a réaugmenté entre 1994 et 2001. Au total, la part des emplois d'ouvriers qualifiés dans l'ensemble des emplois ouvriers progresse cependant. Taille des entreprises et du collectif de travail : parce que la nature du travail a changé, la taille des entreprises dans lesquelles travaillent les ouvriers a beaucoup diminué. Cela s'explique d'une part par l'automatisation des tâches de production proprement dites : certaines usines sont aujourd'hui quasi “ désertes ”, d'autre part par le fait que les ouvriers travaillent de plus en plus souvent dans des entreprises du tertiaire qui sont traditionnellement, en moyenne, de taille inférieure à celle des entreprises industrielles. Le cadre de travail des ouvriers a donc été bouleversé : les grands rassemblements ouvriers à l'ouverture des grilles de l'usine ne font bien souvent plus partie de l'expérience vécue par les ouvriers. Mais le fait que la taille de l'entreprise diminue ne signifie pas que les ouvriers seront plus proches du patron : en règle générale, ces petites entreprises appartiennent à de grands groupes industriels et financiers et le pouvoir est en général bien loin du lieu de production. Les transformations récentes du travail et de l'emploi (précarisation du travail, suppression de certains emplois non qualifiés, par exemple d'ouvriers, individualisation de la carrière des salariés, etc…) agissent aussi sur l'identité professionnelle : les frontières de l'emploi sont plus floues, les métiers se transforment, les horaires sont “ à la carte ”, l'individu semble triompher et les collectifs de travail semblent moins englobants, moins contraignants pour les individus, mais aussi moins protecteurs. L'identité professionnelle semble donc moins “ imposée ” à l'individu qui doit bien davantage trouver ses repères seul pour la construire. Dans ces conditions, on voit bien que la Page 6/17

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mobilisation en vue d'un conflit sera sans doute plus difficile à obtenir.

La culture ouvrière recule avec la transformation du travail ouvrier. La précarisation du travail et l'expérience du chômage (qui touche proportionnellement plus les ouvriers que les autres P.C.S.) dévalorisent le travail ouvrier, tandis que le changement de la nature du travail ouvrier (moins directement en contact avec la matière et la production) attaquent directement sa spécificité. De même, les conditions de vie des ouvriers se sont transformées, semblant rejoindre celles d'une vaste “ classe moyenne ” : d'une part, les revenus, et donc la consommation, se sont élevés rapidement durant les années 1960 et 1970, permettant aux ouvriers d'accéder aux biens de consommation durables comme la télévision, la machine à laver ou l'automobile ; d'autre part, les modes de vie des ménages ouvriers se sont également transformés par le développement du travail des femmes d'ouvriers, l'allongement de la durée de scolarisation des enfants d'ouvriers et le développement de l'accession à la propriété grâce au crédit. Au final, les conditions de vie semblent s'égaliser avec celles d'autres groupes sociaux et les éléments qui contribuent à forger et à transmettre la culture ouvrière semblent peu à peu disparaître.

1.2.2 - Cependant, si l'influence politique et sociale des ouvriers est moins nette, les raisons du conflit avec les classes supérieures restent fortes.
Il faut nuancer le diagnostic d'une disparition de la classe ouvrière, parce qu'il ne s'agit pas d'une disparition des ouvriers, mais de la perte de leur statut de classe sociale, c'est-à -dire de la capacité à transposer leur conflit à l'échelle de la société tout entière. De plus, les sources du conflit social, les inégalités, la faible mobilité sociale, perdurent toujours et même parfois s'aggravent.

Le poids numérique des ouvriers dans la population française reste important malgré leur relatif déclin. Le groupe social des ouvriers disparaîtrait, faute de combattants en quelque sorte ? Ce n'est pas si évident que cela. En effet, aujourd'hui, près d'un tiers des pères de famille sont ouvriers et 40% des enfants sont élevés dans un ménage où un des deux adultes au moins est ouvrier. Ce sont des proportions élevées qui montrent que la transmission de la culture ouvrière reste toujours possible, au moins en partie. D'autre part, il semble bien que la diminution des effectifs ouvriers soit stoppée depuis deux ou trois ans. La faible mobilité sociale enferme encore la classe ouvrière sur elle-même et la coupe des classes supérieures. Louis Chauvel a montré à quel point depuis 20 ans, la mobilité sociale nette est faible : les chances de monter dans la hiérarchie sociale, si l'on enlève les effets des transformations de l'emploi, sont très faibles, et cela malgré la scolarisation allongée des enfants, ceux des ouvriers en particulier. Aujourd'hui, on observe de plus en plus fréquemment des enfants qui ont fait des études bien plus longues que celles de leurs parents et qui, pourtant, intègrent le marché du travail, d'une part bien plus difficilement, d'autre part à un niveau équivalent, voire moins élevé. Résultat de cette faible mobilité ascendante : l'écart social entre les groupes sociaux a recommencé à s'accroître. Et ce d'autant plus que, on l'a vu dans le chapitre précédent, l'accès à l'enseignement supérieur est encore très inégal selon l'origine sociale, au détriment des enfants d'ouvriers. Enfin, les inégalités, y compris matérielles, demeurent importantes. On en a déjà parlé dans le chapitre précédent mais on peut en reparler ici sous l'angle des classes sociales. Certes les ouvriers ont accédé dans leur majorité à la consommation de masse, mais la distinction se porte sur de nouveaux biens et surtout sur les services : les taux de départ en vacances restent très inégaux (et il ne s'agit pas des mêmes vacances quand il y a départ), l'accès à Internet reste socialement très inégalement réparti, les cadres ont largement développé leurs consommation de services à domicile (femmes de ménage, garde d'enfants, …), l'habitat reste spatialement très différencié, etc.

Conclusion : les ouvriers constituent plus certainement un groupe social qu'une classe sociale au sens marxiste du terme.

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1.3 - Le rôle des syndicats dans les conflits sociaux.
Vous avez l'habitude d'associer les syndicats aux conflits sociaux, et même de les considérer, sinon comme la cause, du moins comme des acteurs essentiels des conflits. Ils sont effectivement souvent à l'origine des grèves, des manifestations, et, par les revendications qu'ils expriment, ils peuvent entretenir la tension sociale. Mais cette vision des choses ne recouvre qu'une partie de la réalité, car les syndicats jouent en fait un rôle bien plus complexe, et, paradoxalement, permettent aussi de réduire la conflictualité dans les entreprises. Cela amène à s'interroger sur les conséquences de la désyndicalisation que l'on constate dans les sociétés modernes : cela va-t-il accroître ou diminuer la conflictualité dans la société ?

1.3.1 - Si les syndicats ont favorisé l'émergence de conflits sociaux par leur capacité d'organisation, ils ont également permis de les régler plus facilement par l'institutionnalisation (des conflits et des organisations).
Voyons concrètement comment le développement des syndicats peut permettre le développement des conflits sociaux dans les entreprises, et plus généralement au niveau de la société tout entière.

Les syndicats rassemblent les moyens matériels et humains de l'action collective. L'action collective coûte cher, et les syndicats sont d'abord un moyen de la financer. Ils collectent des cotisations, reçoivent parfois des dons ou des subventions publiques, qui permettent de faire face aux dépenses nécessaires à la mobilisation des salariés (presse syndicale, tracts, locaux et moyens de communication, transports des militants, caisse de solidarité pour compenser les pertes de salaires en cas de grève, …). Mais ces moyens permettent surtout de payer des permanents, c'est-à -dire des personnes qui travaillent à temps plein pour le syndicat, assurent des permanences pour informer ou aider les salariés, gèrent les aspects matériels de la vie syndicale, négocient avec les employeurs. Les permanents et plus généralement les militants syndicaux assurent la coordination et donc l'efficacité de la revendication. En effet, si on veut par exemple lancer une grève pour faire pression sur l'employeur, il vaut mieux que tout le monde cesse le travail en même temps pour que la démonstration de force soit plus convaincante : c'est le rôle des syndicalistes de coordonner les actions individuelles de revendication. Et si on veut que la grève soit un succès, il faut aussi informer les salariés à l'avance et essayer de les convaincre de participer, et là encore, les syndicats fournissent un travail essentiel pour le développement de mouvements sociaux. Les syndicats sont un cadre institutionnel qui permet de faire émerger des décisions collectives et de mener des négociations pour sortir des conflits. Enfin, pour mener une action collective, il faut s'entendre sur les buts de l'action (que réclame-t-on ?), sur les moyens à mettre en œuvre (grève, ponctuelle ou générale, manifestation, pétition, …). Pour prendre de telles décisions, il faut un cadre institutionnel démocratique précis qui offre aux individus les moyens de s'exprimer, de désigner des représentants, et pour ces représentants, il faut des instances de réunion et de décision pour aboutir à des choix collectifs représentatifs de ce que souhaitent les adhérents. Pour mettre un terme au conflit, il faut pouvoir discuter avec un “ interlocuteur ” représentatif, ne serait-ce que pour savoir quelles sont les revendications de ceux qui protestent ! Il faut aussi pouvoir discuter pour chercher d'éventuelles solutions de compromis, ou de conciliation des points de vue. Les syndicats sont aussi nécessaires pour organiser une négociation permanente qui prévienne les conflits. Avant de prendre une décision, la consultation des syndicats permet de repérer ce qui peut éventuellement poser problème et susciter le conflit. On peut alors négocier les solutions a priori, et ainsi faire l'économie d'une grève, par exemple. Les syndicats permettent de maintenir le conflit social dans des formes socialement acceptables. Dès lors que l'on rentre dans un conflit social, la question des méthodes de revendications se pose. Elle est importante parce que des “ dérapages ” sont toujours préjudiciables à la cause que l'on défend. Si, par exemple, lors d'une manifestation, des violences ou des dégradations sont commises par les manifestants, ils auront plus de mal à rallier l'opinion publique. Les syndicats font ainsi fonction de “ service d'ordre ”, pour maintenir la revendication dans certaines limites.

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Les conflits antérieurs et les négociations successives ont amené les employeurs et les syndicats, et souvent l'Etat, à s'entendre pour édicter des règles qui régissent les situations de conflits potentiels . Ainsi, le droit du travail encadre les licenciements, en précisant quand un employeur peut licencier et quelles compensations il doit éventuellement apporter. Cela permet d'éviter d'une part une utilisation arbitraire, voire répressive, du licenciement, mais aussi de le rendre moins contestable par les salariés. De même, les “ grilles de rémunération ”, qui prévoient quels salaires peuvent être versés en fonction du métier ou de l'ancienneté, permettent d'éviter que les promotions soient un sujet de conflit entre l'employeur et les salariés. L'émergence d'un droit du travail a aussi comme conséquence de faire rentrer le juge dans l'entreprise. Le recours à la justice est en effet un moyen de faire arbitrer les litiges par les tribunaux sans passer par le conflit social. De ce point de vue, les entreprises ressemblent de plus en plus à la société, qui se civilise en remettant la charge de la résolution des conflits à une institution judiciaire indépendante. L'existence de syndicats facilite donc grandement l'action collective. En ce sens, le syndicalisme peut être considéré comme un facteur de conflictualité sociale. C'est d'ailleurs en partie pour cette raison que les grèves en France sont plus importantes dans le secteur public que dans le secteur privé : les syndicats y sont encore relativement puissants et bien implantés. C'est pour cela aussi que les chefs d'entreprise sont souvent réticents face à l'implantation de syndicats ! Le paradoxe n'est qu'apparent : les syndicats augmentent l'efficacité de la mobilisation collective et donc favorisent les conflits sociaux, mais en même temps, ils permettent de “ piloter ” ces conflits et donc de les rendre moins radicaux et de leur trouver une conclusion. Le syndicalisme rend en quelque sorte les conflits sociaux plus efficaces, mais plus raisonnables.

1.3.2 - Mais, d'une part, les mutations du travail affaiblissent dans une certaine mesure les syndicats.
Ce phénomène de la désyndicalisation est important à analyser, parce qu'il permet de comprendre pourquoi il est nécessaire que les groupes sociaux soient organisés. Cela permet aussi de comprendre que la “ mécanique ” du conflit social est parfois aussi essentielle que le fond de la discorde. Nous verrons dans un premier temps la réalité de la désyndicalisation, puis quelques éléments d'explication et enfin les conséquences sur les conflits sociaux.

La désyndicalisation est un phénomène général dans les pays industrialisés. Le nombre de conflits, mesuré par le nombre de journées de travail perdues du fait des grèves, a considérablement diminué en France depuis 20 ans : entre 3 et 4 millions de journées perdues par an pour fait de grève à la fin des années 1970, moins d'un million en général depuis 1985. [faites l'activité située en bas de ce paragraphe !] Cette diminution peut étonner : on a parfois l'impression, à tort, que les grèves sont plus nombreuses que jamais. En fait, elles ont beaucoup plus diminué dans le secteur privé que dans le secteur public, où les grèves se “ voient ” plus car elles touchent souvent des services publics. Mais le secteur public emploie moins de travailleurs que le secteur privé. Le taux de syndicalisation (part des syndiqués dans la population active occupée) a beaucoup décru depuis 30 ans. Aujourd'hui, en France, on estime que 8% environ des travailleurs sont syndiqués (près de 40% l'étaient en 1950). Le taux de syndicalisation reste bien plus élevé dans le secteur public que dans le secteur privé (où il est d'environ 3.5%), dans les grandes entreprises que dans les petites, même s'il a diminué partout. La diminution de l'influence des syndicats se voit aussi au fait que certains conflits, parmi les plus durs de ces dernières années, démarrent en dehors des syndicats, comme nous le verrons plus loin. Premier élément d'explication de la désyndicalisation : la montée du chômage. C'est une explication conjoncturelle : la montée du chômage peut expliquer que les salariés, craignant pour leur emploi, renoncent à se mettre en grève ou à entamer un conflit avec leur employeur. Dans ce cas, on peut penser que si la croissance repartait et si le chômage diminuait sensiblement et durablement, le nombre des conflits pourrait repartir à la hausse. Deuxième élément d'explication de la désyndicalisation : les transformations du travail. Il s'agit cette fois d'une explication structurelle à la désyndicalisation. La transformation de la Page 9/17

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structure des emplois joue en défaveur de la syndicalisation. En effet, le nombre d'emplois ouvriers, et plus généralement dans les industries, a considérablement diminué depuis 1975, comme nous l'avons vu. Or, le syndicalisme a une bonne part de ses racines dans le mouvement ouvrier. De plus, le travail dans les usines s'est transformé, les horaires se sont flexibilisés, et les syndicats ont plus de mal à entrer en contact avec l'ensemble des salariés. L'éclatement du collectif de travail fait que tous les gens qui travaillent au même endroit n'ont pas forcément le même employeur (c'est le cas quand il y a des travailleurs intérimaires) ce qui rend plus difficile la mobilisation. Et le développement des firmes multinationales, qui éloigne encore les travailleurs de la direction réelle de l'entreprise, rend plus difficile l'identification et l'atteinte du groupe avec lequel on peut rentrer en conflit. Enfin, les emplois du tertiaire, qui se sont beaucoup développés, sont situés dans des entreprises de taille inférieure à celle des entreprises industrielles. Or le syndicalisme se développe plus facilement dans les grandes entreprises que dans les petites. Et la féminisation qui a accompagné cette tertiairisation joue aussi en défaveur des syndicats car les femmes sont, en moyenne, moins syndiquées que les hommes.

Troisième élément d'explication : l'institutionnalisation des syndicats. Ce qu'on appelle l'institutionnalisation, c'est le fait que les syndicats sont reconnus par les employeurs comme des interlocuteurs légitimes et incontournables. C'est aussi le fait que le nombre de permanents, c'est-à dire de personnes qui travaillent à plein temps pour le syndicat, augmente. Cette évolution peut couper les syndicats de leurs adhérents. Ceux-ci ne se sentent plus représentés réellement par les permanents syndicaux qui négocient avec les organisations patronales. Les syndicats apparaissent alors comme des organisations bureaucratiques dans lesquelles les adhérents ne se reconnaissent plus, d'où la diminution du nombre d'adhésions. Il en résulte que les syndicats encadrent moins qu'avant les conflits. Ce ne sont pas toujours eux qui appellent à la grève (certains conflits se déclenchent “ à la base ”, sans appel des syndicats). Leur place est prise par des “ coordinations ”. De quoi s'agit-il ? Les grévistes élisent des représentants, indépendamment de leur appartenance syndicale, qui vont aller négocier avec la direction (alors que c'est le rôle traditionnellement dévolu aux syndicats) et qui viennent rendre compte devant la “ base ” de l'évolution des négociations. Dans le courant des années 90, on a vu par exemple le conflit des infirmières ou celui des chauffeurs routiers être géré de la sorte. On peut lire ici une méfiance vis-à -vis des syndicats, considérés comme des institutions coupées de la base des travailleurs.

1.3.3 - Et, d'autre part, la montée de l'individualisme, par certains aspects, peut remettre en cause l'action collective.
Pour expliquer pourquoi un conflit social éclate ou pas, on peut d'abord se demander ce que les individus ont à y gagner. On pourrait de prime abord penser qu'ils ont forcément intérêt à participer au conflit puisqu'ils pourront de cette façon défendre ou améliorer leur situation. Mais l'analyse se complique dès lors qu'on intègre les coûts que représente un conflit social pour les individus : par exemple, les journées de salaires perdues lors d'une grève, le fait que l'employeur donnera sans doute moins de promotion à un salarié peu accommodant, etc. Cela permet de comprendre les aléas de la mobilisation sociale :

Les individus se comportent en “ passagers clandestins ” et renoncent au conflit social. Si les gains tirés d'un conflit (par exemple, une hausse des salaires) profitent à tous (y compris à ceux qui n'ont pas participé au conflit), les coûts de l'action ne reposent que sur ceux qui l'auront entreprise (les grévistes, par exemple). Dès lors, il est rationnel pour un individu de ne pas participer au conflit, même s'il a intérêt à ce que celui-ci réussisse. En effet, s'il s'abstient d'y participer, il évite le coût lié au conflit mais en retire les bénéfices quand les autres auront fait aboutir la revendication. Mais comme tout le monde fait le même calcul, personne ne s'engagera dans le conflit parce que chacun espérera profiter de l'action des autres. Dans ce cas, il y a bien peu de chances qu'un conflit social éclate. Mais alors, pourquoi y a-t-il quand même des conflits ? Pour rester dans la même grille d'analyse, si des individus participent à un conflit, c'est qu'ils tirent un avantage direct de cette participation, indépendamment du résultat du conflit. Il peut s'agir bien sûr d'avantages symboliques (notoriété, reconnaissance des autres, amélioration de l'estime de soi, nouvelles solidarités, etc…). Page 10/17

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Ainsi, par exemple, les mouvements qui se rattachent à la mouvance altermondialiste tissent-ils très souvent des réseaux d'échanges personnels (produits bio, échanges de services, formations réciproques, etc…), intéressants à la fois sur le plan matériel et sur le plan des relations sociales.

1.3.4 - Cet affaiblissement des syndicats n'est cependant pas sans risque et il n'est peut-être que transitoire.
La désyndicalisation peut entraîner une augmentation et surtout une radicalisation des conflits sociaux. C'est au fond facile à comprendre, puisque l'on a dit plus haut quel rôle pouvaient jouer les syndicats dans la prévention et la régulation des conflits. Sans présence syndicale, difficile d'organiser une consultation ou une négociation, difficile de savoir sur quoi céder pour mettre fin à une grève.

2 - Diversité des objets et des formes de l'action collective.
Si depuis la révolution industrielle, l'essentiel des conflits étaient des conflits du travail, on voit apparaître, surtout depuis les années 70, de nouvelles formes et objet de conflit. Ces "nouveaux mouvements sociaux" se démarquent apparemment des mouvements traditionnels par leurs acteurs, les valeurs qu'ils véhiculent et les formes concrètes qu'ils prennent. Si on parle de "mouvements sociaux" plutôt que de "conflits", ce n'est pas que les désaccords sont moins grands ou les protestation moins violentes, mais pour signifier que ces mouvements ne sont plus forcément l'expression d'un groupe contre un autre groupe, mais parfois l'expression du groupe s'adressant à la société tout entière. La plupart du temps, l'objectif est de transformer les règles, les comportements et les valeurs de la société sur un aspect particulier. Pour étudier ces nouvelles formes de conflictualité, nous verrons d'abord ce que sont les "Nouveaux Mouvements Sociaux", comment on peut les distinguer des conflits du travail classiques. Nous demanderons ensuite si l'émergence de ces mouvements sociaux fait disparaître les conflits du travail. Enfin, nous étudierons comment ces Nouveaux Mouvements Sociaux participent à la transformation de la société.

2.1 - Les Nouveaux Mouvements Sociaux (NMS).
La première étape est de comprendre en quoi il y a eu transformation des conflits sociaux. Puis, nous évoquerons deux exemples assez emblématiques de ces "Nouveaux Mouvements Sociaux".

2.1.1 - On parle de "nouveaux" mouvements sociaux car ils sont menés par des groupes définis hors de l'entreprise, sur des thèmes pas forcément liés au travail, et avec des formes d'action nouvelles.
Les NMS vont mettre en scène de nouveaux acteurs, porter sur de nouveaux enjeux, et utiliser de nouvelles formes d’action et de revendication.

Les NMS mettent en scène de nouveaux acteurs : les “ travailleurs ” ne sont plus les seuls à manifester leur mécontentement. On voit aujourd’hui, les étudiants, les chômeurs, les opposants à l’installation d’une décharge nucléaire, les femmes, les Corses ou les homosexuels, par exemple, manifester leur mécontentement. Autrement dit, des acteurs, qui peuvent être par ailleurs des travailleurs, ont fait irruption sur la scène des conflits au nom d’intérêts non exclusivement matériels, post-matérialistes comme le dit A.Touraine. Ces nouveaux acteurs se réunissent sur la base d’un rejet commun d’une situation qu’ils jugent préjudiciable soit à leurs propres intérêts, soit aux intérêts des générations futures (cas des écologistes, par exemple). Les NMS portent sur de nouveaux objets de conflits, qui révèlent des valeurs nouvelles. Ces Page 11/17

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nouveaux mouvements sociaux vont avoir pour objet, par exemple, la défense de l’environnement, la réalisation de l’égalité entre hommes et femmes, la défense des consommateurs. Derrière ces objets, apparaissent des valeurs altruistes : c’est au nom d’une certaine idée de l’intérêt collectif, en particulier à long terme, que les militants se mobilisent, mais c’est aussi au nom de la défense des minorités (les noirs, les homosexuels, …) ou de la défense des droits (mouvements des sans papier, des sans logement, des sans …). Les plus grandes manifestations de ces dernières années ont concerné la défense de l’école privée (en 1985), au nom des valeurs religieuses, et la défense du service public (en 1995). Par l’affirmation de ces valeurs nouvelles, le groupe cherche parfois à obtenir la reconnaissance d’une identité particulière (pensez aux revendications régionalistes, par exemple).

Les NMS utilisent des formes d’action nouvelles : dans ces nouveaux conflits, la grève traditionnelle n’est pas toujours possible. L’expression prendra donc des formes différentes : boycott de certains produits, marches de protestation, barrages routiers, occupations de locaux, destructions matérielles, grèves de la faim, sit-in, pétitions, etc… Le registre est varié, mais vise souvent à occuper l’espace public de manière à être visible et en particulier d’être médiatisé. Ces actions sont destinées à faire pression sur les autorités politiques, seules habilitées à transformer les règles, et à prendre à témoin le plus de citoyens possible. On peut aussi dire que la plupart de ces nouveaux mouvements sociaux sont marqués par une méfiance vis-à -vis des organisations traditionnelles (syndicats, partis politiques, par exemple) et de leurs méthodes, souvent dénoncées comme centralisatrices et sclérosantes pour la spontanéité et l’initiative individuelles.

2.1.2 - Un exemple de NMS : le féminisme.
Le féminisme est un mouvement social extrêmement important dans nos sociétés parce que la transformation du statut des femmes a profondément changé la société, et continue de le faire. L'égalité entre hommes et femmes, même si elle est encore incomplète, est un changement social majeur à l'échelle de l'histoire des sociétés humaines.

L’histoire du mouvement. Il n’est pas récent et se retrouve dans tous les pays développés. à l’origine, dès le 19ème siècle dans certains pays, la revendication est essentiellement politique : il s’agit d’obtenir le droit de participer aux élections, d’être considérées comme des êtres majeurs dans tous les sens du terme (juridique, en particulier). Mais la revendication ne porte pas sur la façon dont la société a réglé le partage des tâches et du pouvoir entre les sexes, à l’intérieur des familles en particulier. Dans les années 1960, les revendications féministes vont changer complètement de nature. Elles vont porter sur le droit à disposer de son corps (liberté de contraception et d’avortement), sur la domination au travail et dans la famille (partage des tâches), sur l’égalité des droits dans tous les domaines. L’émergence de nouvelles solidarités et donc de nouveaux groupes sociaux. Ce mouvement génère de nouvelles solidarités : alors que toutes les femmes sont loin d’adhérer à des groupes féministes, les revendications féministes développent chez de très nombreuses femmes le sentiment d’appartenance à un groupe dominé, qui doit se défendre,. L’identité féminine est affirmée en tant que telle, et les conflits, quels qu’ils soient, vont de plus en plus souvent être traversés par les revendications féministes. La création de nouvelles règles sociales. Petit à petit, le mouvement féministe a généré de nouvelles règles, en particulier juridiques : la législation a été transformée dans de nombreux pays afin de garantir l’égalité des droits. La discrimination au travail a été interdite, des nouvelles règles ont été adoptées dans le domaine du droit de la famille (en particulier pour assurer l’égalité du père et de la mère vis-à -vis des enfants). On sait bien cependant que passer des nouvelles règles à une nouvelle réalité nécessite parfois beaucoup de temps. C’est bien le cas dans ce domaine : l’égalité affirmée sur le plan politique depuis 1946 en France n’a pas permis une meilleure représentation des femmes à l’Assemblée nationale. La loi sur la parité, qui impose une égalité de candidatures entre hommes et femmes, n’a pas sensiblement amélioré les choses puisque le nombre de femmes élues n’a augmenté que de 8 ! Ces nouvelles règles sont sous-tendues par une transformation des valeurs, même si elle est lente : la domination masculine n’est plus jugée comme “ naturelle ” dans Page 12/17

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notre société.

2.2 - Est-ce la fin des conflits du travail ?
L’émergence des NMS et le déclin de la syndicalisation dont on a parlé dans la première section de ce chapitre peuvent faire croire à une disparition des conflits sociaux traditionnels. On assisterait en quelque sorte à une fin des conflits dans l’entreprise, et à un déplacement de la conflictualité dans la société civile autour de thèmes plus universalistes, plus généraux, voire plus abstraits, et en tout cas déconnectés de la structure des classes sociales. Nous allons voir que cette analyse doit être pour le moins nuancée.

2.2.1 - Les NMS sont plus adaptés à nos sociétés individualistes, mondialisées, où la place du travail se réduit.
Plusieurs éléments peuvent expliquer la montée des NMS et le recul relatif des formes traditionnelles de conflit social.

La montée de l’individualisme contribue à ce que les individus se mobilisent de plus en plus dans une démarche personnelle. Cela ne signifie pas qu’ils défendent uniquement leur intérêt particulier, mais qu’ils n’agissent pas uniquement en fonction de l’intérêt de leur groupe social. Le droit du travail encadre aujourd’hui assez strictement les relations professionnelles, ce qui rend moins nécessaire la défense collective des droits professionnels. De plus, l’expression de l’identité se fait plus souvent hors du travail. Chacun souhaite construire son identité propre et revendique qu’elle soit reconnue et prise en compte dans l’espace public, ce qui n’était pas le cas auparavant. Ainsi, l’homosexualité a toujours existé mais le fait de vouloir que l’homosexualité soit reconnue comme une composante “ officielle ”, publique, de l’identité des individus est nouveau. La mondialisation des échanges et des firmes peut aussi expliquer en partie l’émergence des NMS. D’abord parce que la mondialisation génère des conflits particuliers (remise en cause de la stratégie des firmes, par exemple par rapport aux pays pauvres), mais aussi parce que le cadre national paraît parfois mal adapté pour revendiquer : ainsi la lutte contre les OGM ou, de manière plus générale, la lutte pour la protection de l’environnement, dépasse forcément le cadre national. La place du travail dans la société se réduit et donc la solidarité se construit aussi en dehors des relations au travail. Le temps de travail se réduit, tant au niveau de la semaine que de la vie entière. En conséquence, puisque les individus vivent de plus en plus en dehors du lieu de travail, ils construisent aussi de plus en plus de lien social sur d’autres bases que le travail. En effet, la solidarité, si elle naît moins qu’avant des rapports du travail, doit bien être construite quelque part, car une société, des individus, ne sauraient vivre sans elle. Les individus vont de plus en plus choisir avec qui ils vont construire ces liens sociaux : voisinage, associations, etc. Ceux-ci seront donc davantage choisis que subis. C’est ainsi que l’on peut expliquer la vitalité de la vie associative. Les associations n’ont jamais été aussi nombreuses que ces dernières années en France, et même si on doit relativiser les chiffres (car ils contiennent les clubs sportifs qui connaissent un fort développement), ceux-ci sont significatifs d’une nouvelle forme de lien social.

2.2.2 - Mais les NMS ne sont pas si "nouveaux" que ça, et ils se mêlent en fait aux conflits traditionnels.
Il serait dangereux de croire que les conflits sociaux avant 1968 étaient tous des conflits du travail traditionnels dans leurs formes et circonscrits aux entreprises. On a vu plus haut que les conflits traditionnels “ débordaient ” de l’entreprise et influençaient la société tout entière. De même, les NMS influencent aussi les conflits du travail qui se renouvellent. C’est en fait une modification en profondeur de la conflictualité sociale à laquelle on assiste.

Il y a toujours eu des mouvements sociaux sans liens avec le travail. On peut se rappeler que des mouvements interclassistes pour obtenir certains droits ou au contraire pour supprimer certaines Page 13/17

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inégalités existent depuis longtemps : on peut penser aux mouvements pour l’abolition de l’esclavage ou de la peine de mort, au mouvement des suffragettes en Angleterre (début du 20ème siècle) pour obtenir le droit de vote des femmes, par exemple.

Ces N.M.S., un peu à l’image du mouvement des travailleurs, sont peu à peu reconnus institutionnellement (vous pouvez penser, par exemple, à la création d’un ministère de l’environnement). Ainsi, de plus en plus souvent, même au niveau international, dans les manifestations “ officielles ”, une place est donnée à la tribune aux altermondialistes. Ou encore, la reconnaissance officielle de certains groupes régionalistes, visible au fait que le gouvernement négocie des accords avec eux (en dehors de toute représentativité politique, d’ailleurs). Autrement dit, on peut penser que par certains côtés, ces mouvements s’institutionnalisent, comme l’ont fait les syndicats de travailleurs dans leur temps. Les conflits du travail reprennent certains aspects des NMS. En effet, on observe ces dernières années un renouveau des conflits du travail, en particulier lié à la fermeture ou à la réorganisation d’entreprises. Et un nouveau syndicat, Sud, plus proche de ses adhérents et avec des formes d’action moins traditionnelles, se développe dans plusieurs secteurs de l’activité. Cela montre que finalement, il y a peut-être une certaine convergence de ces différentes formes de conflit. Et l’opposition conflits traditionnels du travail / nouveaux mouvements sociaux est peut-être moins pertinente qu’elle pouvait apparaître dans un premier temps.

2.2.3 - Nouveaux mouvements sociaux ou conflits du travail ? L'exemple de l'altermondialisme.
A travers l’exemple du mouvement des opposants à la mondialisation, on peut voir comment NMS et conflits sociaux traditionnels se mélangent et se confondent.

Définition de l’altermondialisme. On retient aujourd’hui de plus en plus l’appellation “altermondialiste” (et non pas antimondialiste comme au début du mouvement à la fin des années 90) pour signifier que le mouvement ne s’oppose pas à la mondialisation en général, mais à la mondialisation telle qu’elle existe aujourd’hui – cette formulation revendique donc une autre mondialisation. Ce mouvement est présent dans la plupart des pays du monde. Son objet est clair : il s’oppose de manière explicite à la mondialisation telle qu’elle se développe aujourd’hui par l’action des firmes transnationales et celle des organisations mondiales comme le F.M.I. ou la Banque mondiale. Quels sont les groupes sociaux en action ? Le mouvement altermondialiste est structuré généralement autour d’associations qui ne prétendent pas représenter un groupe social particulier (on peut penser par exemple à l’association ATTAC, qui est emblématique de la lutte antimondialisation en France actuellement). On semble donc loin des conflits sociaux tels qu’on les a décrits plus haut. Cependant, les choses ne sont pas si tranchées. En effet, on retrouve dans la mouvance altermondialiste les acteurs traditionnels des conflits sociaux. Ainsi, les syndicats sont souvent directement partie prenante des associations altermondialiste, et en tout cas, les adhérents de ces associations sont souvent des adhérents de syndicats ou de partis politiques “traditionnels”. La collusion entre des associations comme ATTAC et la Confédération paysanne de J.Bové est une bonne illustration de ce “recyclage” des acteurs sociaux dans les NMS. Au nom de quelles valeurs ? Manifestement, au nom de valeurs universalistes, comme la protection de la dignité des personnes (par exemple, dans la lutte contre le travail des enfants), protection de l’environnement pour les générations futures (dans la lutte contre la déforestation sauvage au Brésil, par exemple) ou lutte contre les inégalités générées par les stratégies de développement adoptées par les firmes transnationales. On voit ici très clairement qu’un mouvement social peut chercher à s’opposer à un changement social. Nous en reparlerons un peu plus loin. Mais observons également que le mouvement altermondialiste réunit des revendications extrêmement diverses dont certaines relèvent souvent de la défense d’intérêt de groupes sociaux très “classiques” (par exemple, l’opposition d’agriculteurs aux importations en provenance des pays pauvres). Le point commun est la dénonciation du pouvoir jugé exorbitant des firmes transnationales Page 14/17

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: celles-ci, grâce à leur pouvoir économique, imposent des décisions qui devraient relever, aux dires des altermondialistes, du domaine politique et du débat démocratique.

Par quelles méthodes d’action ? Celles-ci sont aussi variées que les revendications. Elles visent toujours à rendre les actions visibles, en particulier au niveau des médias, de manière à informer le plus de monde possible.Notons qu’Internet joue un rôle de plus en plus important dans le domaine de la popularisation de ces luttes (diffusion de l’information sur de très nombreux sites, mais aussi actions collectives via le net : signature de pétitions, blocage des sites officiels, etc.). On voit en tout cas ici clairement l’influence des NMS dans le renouvellement et la diversification des formes de revendications. Ce mouvement altermondialiste a-t-il créé du changement social ? La réponse est évidemment positive : par exemple, les firmes transnationales ont dû prendre en compte les critiques sur le travail des enfants (certaines ont même réussi à en faire un argument de vente dans leur publicité) et pour les enfants en question et leurs familles, cela change évidemment quelque chose. Le mouvement altermondialiste a également créé des solidarités transnationales, si l’on peut dire, et c’est aussi très nouveau, les mouvements sociaux traditionnels se limitant pratiquement toujours au cadre national.

2.3 - Nouveaux mouvements sociaux et changement social.
On a vu dans la première section que les conflits du travail avaient profondément transformé l’entreprise, notamment en faisant émerger un droit du travail et en structurant les groupes sociaux en acteurs collectifs. Il faut s’interroger symétriquement sur l’effet que peuvent avoir les NMS sur la société et sur les transformations qu’ils impulsent.

2.3.1 - Les NMS font apparaître de nouveaux conflits en remettant en cause la légitimité d'inégalités qui étaient jusque là socialement acceptées.
Les NMS renouvellent la conflictualité sociale en faisant apparaître de nouveaux thèmes de discorde. Il s’agit en fait de dénoncer de nouvelles inégalités, mais plus sûrement encore de dénoncer des inégalités dont la société s’accommodait jusque-là . C’est le cas bien évidemment pour le féminisme : ce mouvement n’est pas apparu parce que la situation des femmes s’est dégradée, mais bien parce que l’inégalité entre hommes et femmes a cessé d’être tolérable aux yeux d’une frange croissante de la population. De même, l’altermondialisme s’en prend à un processus de mondialisation qui était habituellement présentée comme inéluctable, et presque “naturelle”. C’est d’ailleurs plus généralement un critère de réussite d’un mouvement social : dans quelle mesure arrivet-il à faire perdre sa légitimité à l’inégalité qu’il dénonce, à la “transformer en injustice” en quelque sorte. On peut ainsi remarquer que les mouvements en faveur des “sans papiers”, par exemple, ont beaucoup plus de mal à faire admettre à la société française que les droits des immigrés, a fortiori des immigrés clandestins, doivent être rapprochés des droits des citoyens français.

2.3.2 - Les NMS font émerger de nouvelles valeurs et de nouvelles normes, voire des modèles culturels alternatifs.
Comment dénonce-t-on une inégalité ? Comment la fait-on passer pour une injustice ? Toujours en faisant référence à des valeurs. Par exemple, le féminisme fait référence explicitement à l’égalité pour dénoncer le sexisme de la société. S’il y a conflit, c’est que la ou les valeurs mises en avant ne sont pas partagées par la société ou entrent en contradiction avec une autre valeur de la société. Les NMS sont donc l’occasion d’une transformation culturelle de la société, parce qu’ils bousculent et renouvellent son système de normes et de valeurs. Pour reprendre encore l’exemple du féminisme, on a bien vu dans le débat autour de la loi sur la parité en politique que deux valeurs s’opposaient : l’égalité entre les sexes et l’universalisme politique (c’est-à -dire le fait qu’un citoyen français ne se définit pas par son sexe, son origine ethnique, ou ses croyances Page 15/17
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religieuses). De même, dans le cas du PACS, on a assisté à un conflit entre la revendication d’une reconnaissance des couples homosexuels au nom de l’égalité (et aussi de l’universalisme dont on vient de parler), et une vision plus traditionnelle (ce qui ne veut pas dire mauvaise !) de la famille, le débat étant focalisé sur l’homoparentalité.

2.3.3 - Les NMS essaient de déboucher sur une transformation de la société en influençant les politiques publiques.
Au-delà de la transformation de ses valeurs, les NMS agissent sur la société en faisant modifier les lois, les règlements ou les décisions publiques, bref en changeant le fonctionnement et l’organisation de la société. Les exemples abondent et l’on en a déjà cité quelques-uns. Rappelons pêle-mêle la loi sur la parité, sur l’IVG, ou sur l’égalité professionnelle entre hommes et femmes, le droit à la contraception, le PACS, l’abandon du projet de canal Rhin-Rhône, l’interdiction des farines animales, etc. Cette action sur l’Etat, et plus généralement la sphère publique, pour transformer la société pourrait paraître propre aux NMS, les conflits traditionnels agissant au niveau de l’entreprise et aboutissant à des accords entre groupes sociaux limités à une entreprise ou une branche. En fait, cette distinction est fausse. En effet, les conflits du travail se limitaient autrefois (en gros, avant la seconde guerre mondiale) à l’entreprise ou la branche parce qu’il n’était pas admis que l’Etat intervienne dans les relations au travail. Mais progressivement, et tout particulièrement sous la pression des conflits sociaux, l’intervention étatique et réglementaire s’est développée, notamment par le développement du droit du travail. D’ailleurs, les conflits du travail se règlent aujourd’hui souvent par le recours à la loi : loi sur les 35 heures (ou sur leur assouplissement !), loi sur les licenciements, etc. Les NMS profitent donc d’une possibilité d’action sur la société qui s’est développée grâce aux conflits du travail. Il ne faut donc pas opposer artificiellement les deux modes d’action.

Conclusion
En conclusion de ce chapitre, il faut rappeler que les conflits, qu'ils soient du travail ou pas, sont un passage obligé pour le changement social, on l'a largement montré dans ce chapitre. Il serait donc complètement utopique de vouloir qu'il n'y en ait pas. On revient à ce que l'on disait dès l'introduction : les conflits ont un côté très positif. Mais on veut souligner ici que les conflits ne sont pas forcément révolutionnaires, ils peuvent être aussi conservateurs :

Il y a des conflits conservateurs, c'est-à -dire qui visent à empêcher le changement de se produire. Les exemples ne sont pas difficiles à trouver, qu'ils soient historiques (exemple du mouvement des luddistes, c'est-à -dire des travailleurs qui s'opposaient au 19ème siècle à la mise en place de machines parce qu'elles prenaient, disaient-ils, la place des travailleurs) ou contemporains. Parmi ces conflits, il y en a que l'on peut qualifier de corporatistes quand ils visent à défendre les intérêts d'un petit groupe, une profession par exemple, contre l'intérêt de la majorité. La plupart du temps, les conflits naissent non pas du changement lui-même, mais de ses conséquences sur une partie des travailleurs. Refusant ces changements, ces travailleurs se mobilisent pour essayer de les empêcher. Il y a d'autres conflits qui visent à imposer des changements : si l'on pense à la grève générale qui s'est produite en France en mai 1968, on a un mouvement qui ne vise pas d'abord une amélioration des salaires. Ce que revendiquent essentiellement les travailleurs, c'est une “ autre vie ”, c'est-à -dire une diminution du temps de travail et une autre qualité de vie au travail (davantage de responsabilité, etc…). Le souhait était que la vie ne se résume pas au “ métro, boulot, dodo ” traditionnel. Même si le conflit de mai 1968 s'est résolu essentiellement dans des hausses de salaires, c'était l'amorce de changements très importants dans les revendications des salariés et dans l'organisation du travail à l'intérieur des entreprises. Enfin, il est parfois difficile de déterminer si un conflit précis est plutôt porteur de changements ou plutôt conservateur. Il peut apparaître simplement comme revendiquant une amélioration des salaires, par exemple. Mais ses conséquences à long terme peuvent être une Page 16/17

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transformation des conditions de travail pas forcément désirée par les travailleurs : ainsi, si la hausse des salaires impose un partage de la valeur ajoutée davantage en faveur des salariés, le patron va essayer de mettre en œuvre une transformation de l'organisation de la production qui va lui permettre d'économiser du travail et d'augmenter la productivité (production en flux tendus, par exemple). Autrement dit, les changements engendrés par les conflits ne sont pas forcément consciemment souhaités par les acteurs.

De la même manière, la sphère du travail et la sphère “ hors travail ” si l'on peut dire, ne sont pas étanches. Ainsi un changement dans les entreprises, par exemple le passage aux 35 heures, pourrait générer des changements sociaux importants dans le partage des tâches entre hommes et femmes. Mais le changement social peut aussi générer des conflits à l'intérieur de l'entreprise. Par exemple, dans les années 50 et 60, la scolarisation s'est beaucoup développée en France. Les jeunes arrivant sur le marché du travail, même sans beaucoup de diplômes, avaient tous été scolarisés au moins huit ans et souvent plus. Leur compréhension de ce qui se passait dans l'entreprise, leurs connaissances générales, les ont amenés à refuser de plus en plus souvent le type de relations qui existaient souvent dans les ateliers alors (relations très hiérarchisées où l'ouvrier n'avait rien à dire). Cela a débouché sur de nombreux conflits mettant en cause en particulier l'encadrement le plus proche (les contremaîtres, par exemple, pour les ateliers), “ les petits chefs ”, comme on disait à l'époque. Il faut donc aussi que l'organisation du travail s'adapte au changement social. Cela prend souvent du temps et cela débouche sur des résistances, donc des conflits.

Finalement, on voit que les conflits et le changement social interagissent les uns sur les autres : au cours du temps, les conflits génèrent du changement social et le changement social transforme les conflits. Aujourd'hui, ni les conflits, ni la société ne ressemblent plus à ce qu'ils étaient au 19ème siècle. Cette transformation se poursuit évidemment. Mais la remise en cause de la centralité du travail, dont nous allons parler dans le prochain chapitre, modifie les conflits. De nouvelles formes et de nouveaux objets de conflits apparaissent, que ce soit dans le domaine du travail, que ce soit dans les autres domaines de la vie sociale. Ces conflits tissent donc la vie sociale alors même qu'ils opposent les membres de la société entre eux. C'est la question que nous allons aborder maintenant : comment, malgré ces conflits, et peut-être même grâce à eux, la solidarité se crèe entre les membres d'une société ?

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Cours : CHAPITRE 5 : Ch5 Intégration et solidarité Introduction
Les sociétés modernes produisent de plus en plus de richesses, nous l'avons vu dans la première partie de ce cours. Cela ne les empêche pas de connaître à la fois des inégalités variées et des conflits qui peuvent être considérés comme des moteurs de changement social mais qui sont aussi parfois les conséquences des transformations en cours. Pourtant, finalement, au cours du temps, nos sociétés se perpétuent tout en se transformant, elles ne disparaissent pas sous la pression des inégalités et des conflits. Comment est-ce possible ? Autrement dit, la question que nous allons aborder ici consiste à se demander comment les sociétés " tiennent ", c'est-à -dire ce qui les cimente, ce qui relie les individus les uns aux autres suffisamment solidement pour que la vie en société ne dégénère pas en guerre civile. Ce ciment, que l'on appelle souvent " lien social " et qui produit de la solidarité entre les membres d'une société, ne naît pas spontanément. Il est le résultat de ce que l'on appelle intégration qui peut être définie comme le processus qui permet aux membres d'une société de se reconnaître comme équipiers d'un même bateau, si l'on peut faire cette comparaison, c'est-à -dire solidaires les uns des autres parce que partageant les mêmes valeurs, ayant chacun vis à vis des autres des obligations mais aussi des droits. Cette intégration se construit, elle ne se produit pas " par hasard ". Elle se construit dans des lieux (exemples : famille, associations, école) ou grâce à des dispositifs précis (exemple : la protection sociale). Elle permet aux individus, grâce à la socialisation, de partager les mêmes valeurs. Or la transformation des valeurs, les changements dans la vie économique et sociale affectent ces lieux d'intégration et ces dispositifs. Le résultat peut donc être que la cohésion sociale soit menacée. La cohésion sociale n'est donc jamais définitivement acquise, une société doit toujours veiller à la construire et, pour cela, à intégrer ses membres. Mais une étude de la cohésion sociale serait incomplète si on la limitait à l'analyse de la construction du lien social, sans prendre en considération ce qui en est la traduction la plus concrète dans les sociétés industrialisées au 20ème siècle : les systèmes de protection sociale. Depuis la fin du 19ème siècle et plus particulièrement depuis la deuxième Guerre Mondiale, en effet, on a assisté au développement de droits et de devoirs sociaux qui ont débouché sur une véritable solidarité collective face aux aléas économiques et sociaux – la " Sécurité sociale ", en France, en est un exemple. La protection sociale, par l'ampleur qu'elle a prise, n'est d'ailleurs plus seulement une manifestation de la solidarité entre les individus, mais elle a un impact majeur sur le fonctionnement économique et social de la société. Ce chapitre étudiera donc successivement les deux aspects de l'intégration : la construction du lien social et ses difficultés dans une première section, le fonctionnement de la solidarité collective et les débats que cela suscite par la suite.

1 - La cohésion sociale et les instances d'intégration.
Dans cette section, nous allons essayer de comprendre comment se fabrique ce "ciment social" dont on parlait en introduction, c'est-à -dire comment se fabrique, jour après jour, une société. Pour cela nous définirons d'abord ce que c'est qu'être intégré, c'est-à -dire ce qu'est concrètement ce "ciment" qui réunit les individus en société. Nous verrons par là même qu'il y a plusieurs formes d'intégration sociale, qui peuvent déboucher sur différents types de société. Puis, nous étudierons la fabrique de l'intégration, ce que les sociologues appellent les "instances" d'intégration. Il y en a plusieurs, et nous étudierons les principales, parmi lesquelles le travail occupe une place éminente. Enfin, nous réfléchirons a ce qu'on appelle aujourd'hui la crise du lien social, c'est-à -dire que nous tenterons d'en repérer les signes et de dégager les causes d'un éventuel affaiblissement du lien social dans la société contemporaine.

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1.1 - Intégration sociale et formes de solidarité.
Définir l'intégration sociale est relativement simple. Mais ce qui est moins facile à percevoir, c'est que ce lien social peut prendre – et prend – des formes différentes, et qu'il est donc changeant selon l'époque, selon les pays, selon le contexte matériel ou le groupe social considéré. Plus important encore, et c'est une des grandes contributions de Durkheim à l'analyse sociologique, on peut montrer que chaque forme du lien social, chaque type de ciment en quelque sorte, entraîne un fonctionnement particulier de la société.

1.1.1 - Etre intégré à la société, c'est en partager la culture, les buts et y jouer un rôle.
C'est Emile Durkheim qui a forgé le concept d'intégration sociale. L'intégration présente trois caractéristiques :

Les membres d'une société partagent une culture commune. Ils partagent des sentiments, des pratiques, des croyances – revoyez la notion de culture en sociologie dans votre programme de première. Les membres d'une société partagent des buts communs, c'est-à -dire qu'ils concourent à la réalisation d'un même objectif. Ce peut être le cas quand les supporters soutiennent l'équipe nationale dans une compétition importante, ou quand les salariés d'une entreprise travaillent à la production, à l'amélioration des ventes. Cette soumission à des buts collectifs se manifeste aussi de façon paroxystique dans les guerres, mais aussi plus spontanément, et plus discrètement, dans la faculté qu'ont les membres d'une société de s'associer pour défendre une cause humanitaire par exemple. Les membres du groupe sont en interaction avec les autres, en interdépendance. Lorsque l'on vit en société, les actions des uns ont des répercussions sur les autres. L'intégration passe donc par une coordination des actions individuelles, par une délimitation de ce que chacun peut faire ou ne doit pas faire. En fait, être intégré, c'est jouer un rôle – petit ou grand – dans la société. Ces rôles sociaux peuvent être les métiers ou les fonction dans l'entreprise, mais aussi les rôles familiaux (père, mère, enfant), bref, tout ce par quoi nous réglons notre comportement les uns sur les autres.

On le voit, l'intégration sociale amène les individus à avoir une place, leur place, dans la société. On dira que l'individu est " bien " intégré quand, grâce au processus de socialisation, il a acquis cette culture commune et partage les buts que la société s'est fixés. Rappelons que la socialisation est le processus par lequel les individus acquièrent les normes et les valeurs en vigueur dans la société dans laquelle ils vivent (pour plus de détails, reportez-vous à votre cours de première et à la notion de socialisation figurant dans le menu de droite de ce chapitre).

1.1.2 - Solidarité mécanique et communauté : le lien social peut se construire sur la ressemblance des individus.
Voyons d'abord ce que Durkheim appelait la solidarité mécanique, puis nous verrons quelle caractéristique ce type de lien social donne à la société. Enfin, nous en repèrerons des exemples dans les sociétés passées et présentes.

Qu'est-ce que la solidarité mécanique ? La solidarité mécanique est le lien qui unit une société composée d'individus semblables. Dans ce type de société, la cohésion sociale est assurée par la similitude, par la ressemblance entre les individus qui partagent, au-delà de leurs caractéristiques sociales (mode de vie, …), des croyances et des valeurs communes. Pour reprendre l'expression de Durkheim, les individus deviennent solidaires parce qu'étant indistincts, totalement ou en partie, ils se confondent et ne font plus qu'un, et ils ne sont solidaires que dans la mesure où ils se confondent. Solidarité mécanique et cohésion sociale. Dans une société à solidarité mécanique, le lien social découle de la ressemblance entre les individus. Pour maintenir la cohésion sociale, il faut donc cultiver ce qu'ils ont en commun, ce qui les rend semblables. Il y aura donc une forte emprise de la Page 2/21

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culture et des valeurs communes, une certaine tendance au conformisme, même, car se différencier, c'est déjà s'exclure. L'individualisme est logiquement très faible dans les sociétés à solidarité mécanique. Pour désigner une collectivité unie par la similitude de ses membres, par ce qu'ils ont en commun, on parle de " communauté ". Des exemples de solidarité mécanique, dans l'histoire mais aussi dans la société contemporaine. Durkheim voyait dans la solidarité mécanique le mode de cohésion sociale des sociétés traditionnelles : quand la société était composée d'agriculteurs vivant en relative autarcie, la seule source de solidarité ne pouvait être que la similitude des personnes. D'ailleurs, ces sociétés étaient marquées par une forte emprise de la culture commune (et particulièrement la religion), puisque celle-ci était le seul ciment social. Cependant, on peut aussi identifier des phénomènes de solidarité mécanique à l'œuvre dans les sociétés modernes. Les supporters d'un club de football, par exemple, sont unis par une valeur commune (le soutien à leur équipe), qui se marque par des signes d'identité (les vêtements, les couleurs, les chansons, …). A un autre niveau, on peut trouver des solidarités de type mécanique dans les " groupes de pairs ", où la pression pour une certaine unité des modes de vie (vêtements, loisirs, opinions, …), voire une certaine uniformité, peut être très forte : cela peut être le cas, par exemple, parmi les élèves d'un même établissement ou d'une même classe ou parmi les professeurs !

1.1.3 - Solidarité organique et société : le lien social peut se construire sur la complémentarité des individus.
La solidarité organique est, selon Durkheim, la forme moderne de la solidarité. Nous allons la définir et l'illustrer, avant de montrer qu'elle débouche sur une forme sociale bien différente de la précédente.

Qu'est-ce que la solidarité organique ? La solidarité organique est le lien qui unit une société composée de personnes dissemblables mais complémentaires. Le lien social procède donc de la nécessaire coopération entre les individus, et non plus de ce qu'ils ont en commun. Bien plus, selon Durkheim, les individus dans ce type de société sont d'autant plus solidaires qu'ils sont distincts, parce que la complémentarité suppose la différence. Les activités exercées par les individus sont différentes les unes des autres, mais nécessaires les unes aux autres. Des exemples de solidarité organique. Pour Durkheim, le principal exemple de solidarité organique est la division du travail. Les travailleurs d'une même usine exercent tous des tâches différentes, parfois mêmes extrêmement différentes (pensez, par exemple, à la division entre conception et exécution vue au chapitre 2), mais toutes complémentaires, c'est-à -dire nécessaires les unes aux autres. Et cette division du travail crée bien de la solidarité, parce qu'elle implique des échanges, de la coopération, elle oblige à se fréquenter les uns les autres, à se confronter les uns aux autres. Un deuxième exemple avancé par Durkheim est celui du couple. La " société conjugale " est aussi marquée par une " division du travail sexuel ", c'est-à -dire un partage des tâches et des rôles entre hommes et femmes : partage des tâches domestiques, partage des rôles dans l'éducation des enfants, différenciation entre celui qui a un emploi et celui qui " reste à la maison ", ou différenciation des emplois si les deux travaillent. Certains tentent d'expliquer la fragilisation des couples (la montée des divorces) par l'atténuation de la division du travail entre hommes et femmes, qui réduit leur complémentarité et donc leur solidarité. Solidarité organique et cohésion sociale. Si le lien social ne suppose plus la ressemblance des individus, alors la société est nécessairement transformée. D'abord, le poids de la culture commune sera moins grand, son emprise sur les vies sera moins fort, et on verra se différencier les modes de vie et les comportements. Ce type de société favorise le développement de l'individualisme, parce que la cohésion sociale est compatible avec des individus autonomes et différenciés – c'est en ce sens qu'on peut dire que l'individu est une " création sociale ".

Si vous reprenez la définition de l'intégration sociale donnée au début de cette section, vous verrez que l'opposition entre solidarité mécanique et organique est en fait une distinction entre des formes de solidarité qui privilégient les croyances, valeurs et pratiques communes (donc l'identité) pour bâtir le lien social, et des formes de solidarité qui mettent au contraire l'accent sur l'interaction et les objectifs communs.

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1.2 - Les principales instances d'intégration.
Vous avez vu en première ce que les sociologues appellent les instances de socialisation, c'est-à -dire les institutions ou groupes qui transmettent la culture d'une société, ses normes et ses valeurs. Nous allons reprendre l'étude de ces instances, mais sous un angle un peu différent, pour voir non pas tant comment elles construisent l'individu en le socialisant, mais comment cette construction produit de la solidarité entre les individus d'une même société. Il y a bien sûr une multitude d'instances d'intégration, mais nous allons nous concentrer sur les principales : le travail, la famille, l'école et la citoyenneté.

1.2.1 - Le travail, parce qu'il donne une identité professionnelle, un revenu et des droits sociaux, est le pilier essentiel de l'intégration.
Le travail comme activité centrale dans la société, comme activité donnant statut et rôle à l'individu, n'apparaît en tant que tel qu'au 18è siècle, selon certains philosophes comme D.Méda. Sa place sociale s'est considérablement accrue depuis cette époque et le travail est " le " moyen pour l'individu de se construire une identité professionnelle et sociale, de s'assurer un revenu, et d'obtenir des droits sociaux.

Le travail permet de se construire une identité professionnelle. Nous avons vu au chapitre précédent que la division du travail permet à chacun de se rattacher à un collectif intermédiaire entre la société et l'individu : le " métier ", la profession, la catégorie sociale. Par le travail on peut d'une part se reconnaître des semblables, qui partagent notre profession ou notre situation économique et sociale, et d'autre part se distinguer d'autres personnes, qui exercent un métier différent, et ont donc d'autres valeurs, d'autres référence, avec qui on peut même être en conflit. Cela peut paraître paradoxal, mais un individu a besoin de ce double mouvement de différenciation et d'assimilation pour s'intégrer. L'identification à autrui nous rattache à la société, fait exister le collectif, et la différenciation nous donne une place dans ce collectif. Dans le travail, cette " place " va se caractériser par un statut social – en quelque sorte le rang du travailleur dans les différentes hiérarchies sociales (prestige, pouvoir, mais aussi richesse) – et un rôle social – c'est-à -dire l'utilité du travailleur dans l'entreprise et au-delà dans la société, ce à quoi " il sert ". Le travail assure un revenu et la participation à la société de consommation. Travailler, plus précisément être actif, c'est s'assurer un revenu, qui est déjà une reconnaissance de l'utilité sociale de ce que l'on fait. En ce premier sens, déjà , le travail est intégrateur. Mais le revenu permet aussi à l'individu de consommer les biens valorisés par la société, et donc de s'y faire reconnaître. Si nous consommons tous à peu près les mêmes choses (voitures, logement, loisirs, vêtements, etc.) ce n'est pas seulement parce que ces biens sont objectivement utiles ou nécessaires, mais aussi parce qu'ils nous donnent un certain statut social. Pensez à ce que cela peut représenter en termes d'autonomie et d'identité personnelle d'acheter sa première voiture. Le travail assure des droits sociaux. Les droits sociaux sont les prestations sociales constitutives de l'Etat providence dont on reparlera à la deuxième section de ce chapitre. C'est, par exemple, la possibilité d'une indemnisation pour les salariés qui se retrouvent au chômage. Ces droits sociaux matérialisent la solidarité entre les individus, et plus encore l'appartenance à la société : c'est bien parce qu'on travaille en France que l'on bénéficie d'une panoplie de droits et de prestations, qui diffèrent d'un pays à l'autre, chaque société organisant sa sphère de solidarité.

Le travail, parce qu'il permet à l'individu d'acquérir un statut social, de disposer de revenus et d'accéder à des droits et des garanties sociales, est donc devenu un pilier de l'intégration sociale. La nécessité impérieuse (pas seulement matériellement mais aussi socialement) d'avoir un emploi, la volonté très marquée dans les enquêtes d'opinion de s'épanouir dans son travail, montrent bien que le travail n'est pas seulement une activité parmi d'autres. Le travail est plus que cela, il est fortement chargé symboliquement, autrement dit il fait partie du registre des valeurs.

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1.2.2 - La famille, parce qu'elle transmet dès la naissance des normes et des valeurs, et parce qu'elle est le lieu d'activités communes, a un rôle fondateur dans l'intégration.
C'est dans la famille que se passe une bonne partie de la socialisation primaire des individus. C'est là d'abord que sont transmises les normes et les valeurs en vigueur dans la société. Mais la famille est aussi un réseau d'entraide et de solidarité qui contribue à la cohésion sociale.

La famille transmet les normes et les valeurs en vigueur dans la société. Vous avez abordé ce mécanisme de la socialisation familiale en classe de première, et vous savez comment la famille transmet le langage, les mœurs, les rôles sociaux (à commencer par ceux de parents et d'enfants !). Nous n'allons pas analyser ce processus ici, mais simplement rappeler son importance pour bien s'intégrer à la société. L'exemple de la langue est le plus parlant (si on peut dire !) : comment ne pas se sentir étranger dans une société si on n'en parle pas la langue ? Comment interagir avec les autres si on ne peut se comprendre ? La famille est le lieu d'activités communes. C'est vrai évidemment pour les activités quotidiennes, comme les repas par exemple. Ces activités donnent lieu à un partage des tâches à l'intérieur de la famille, un peu comme le travail est divisé dans l'entreprise, qui organise des rôles familiaux (qui prépare le repas, qui s'occupe des tâches ménagères, des courses, des démarches administratives, etc.). Les loisirs pris en famille permettent aussi de tisser des liens de socialisation . Enfin, la famille peut aussi être un lieu d'activité économique, comme dans les familles d'agriculteurs traditionnelles ou chez les ouvriers du textile au début du 19ème siècle (les " canuts " lyonnais par exemple). La famille constitue un réseau de solidarité. Il est évident que la famille implique un ensemble d'obligations et de droits réciproques permanents entre ses membres, tant sur le plan légal que sur le plan affectif. C'est notamment la relation entre parents et enfants, bien plus durable que la relation de couple par exemple, ou encore la relation entre grands-parents et petits-enfants, avec ce qu'elle implique souvent en termes d'échange de services ou de transferts financiers.Mais quel est l'impact de ces liens sur l'intégration ? Comme le travail, la famille est un " échelon intermédiaire " entre la société et l'individu, où celui-ci peut prendre place, donner du sens à sa présence parce qu'elle s'insère dans un tissu de relations de proximité. La famille est en fait un " lieu ", un espace de partage où la solidarité prend une dimension concrète. La famille est souvent, pour l'individu, le premier recours en cas de " pépin ", mais aussi un recours pour organiser au mieux sa vie matérielle (par exemple, la garde des enfants par les grands-parents, occasionnellement ou régulièrement).

1.2.3 - L'école transmet une culture et des valeurs partagées et rend possible l'intégration professionnelle.
Avec la famille, l'école joue un rôle important dans la socialisation des futurs citoyens. Elle contribue donc à l'intégration sociale des membres de la société, en transmettant des normes et des valeurs, mais aussi en favorisant l'épanouissement individuel et en préparant l'entrée dans la vie active.

Le rôle traditionnel de l'école : la transmission d'une culture commune. L' " école républicaine ", celle qui s'est construite au cours de la 3è République, en particulier avec les lois de Jules Ferry rendant la scolarité obligatoire, est d'abord celle qui a comme objectif de " fabriquer des bons français ". Elle a imposé la langue française au détriment des langues régionales de manière très systématique (et vous savez depuis la classe de première combien la langue est un élément essentiel de la culture d'une société). Elle a valorisé la science et la raison, et à travers elles, l'idée d'une culture universelle dépassant les particularismes religieux. Elle a diffusé tout un ensemble de valeurs patriotiques (les grandes dates de l'histoire de France, les " grands hommes ", le drapeau français, la Révolution française, etc) qui ont contribué à construire réellement la Nation française : les enfants, une fois passés par l'école, avaient à la fois une langue, des références culturelles et des racines historiques communes, quelle que soit leur origine sociale, régionale, religieuse ou ethnique. On mesure à quel point ce fonctionnement était en effet intégrateur. La préparation à la vie active. L'école prépare à l'entrée dans le monde du travail en dispensant des qualifications et en les validant par des diplômes. On retrouve dans cette fonction utilitaire de Page 5/21

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l'école un peu la même fonction intégratrice que la division du travail : donner une place à chacun en lui donnant une identité professionnelle. Le diplôme, c'est la reconnaissance de capacités et donc d'une sorte " d'utilité sociale ", mais c'est aussi le début de l'appartenance à un monde professionnel. La construction des individus. L'école doit permettre à l'enfant de développer sa personnalité, de s'épanouir, donc de construire son identité personnelle, par définition différente de celle des autres enfants. Cela peut paraître paradoxal de dire que la construction de l'identité individuelle concourt à l'intégration sociale, mais le paradoxe n'est qu'apparent. Emile Durkheim avait déjà souligné que l'individu était nécessairement une construction sociale : ce n'est que dans un cadre social, par opposition avec les autres et plus généralement dans l'interaction avec les autres que l'on peut affirmer une personnalité propre.

Nous verrons plus loin les difficultés que rencontre aujourd'hui l'école dans sa mission intégratrice, mais ces difficultés, largement évoquées dans les médias, ne doivent pas conduire à sous-estimer le rôle de l'école dans la cohésion sociale. Le développement de la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans, le prolongement et la démocratisation des études font que le poids de l'école dans le processus d'intégration s'est considérablement renforcé au cours du 20ème siècle.

1.2.4 - Par la citoyenneté, les individus sont reconnus comme membres de la nation, disposant de droits et de devoirs identiques.
La citoyenneté, que nous allons commencer par définir, joue aussi un rôle non négligeable dans l'intégration.

Qu'est-ce que la citoyenneté ? La citoyenneté est d'abord politique. On peut dire que c'est la capacité à être membre d'une communauté politique et, à ce titre, à participer à la prise des décisions. Ces décisions sont celles qui concernent la vie en société et en particulier la façon de régler les conflits surgissant entre les membres de la société. La citoyenneté s'exerce au travers d'un certain nombre de droits (égalité juridique des citoyens, droit de vote, etc…) et de devoirs (défense du pays, financement des dépenses collectives, etc). En quoi la citoyenneté est-elle intégratrice dans une société démocratique ? Chaque citoyen, au-delà de toutes les différences qu'il peut avoir avec les autres citoyens, est dépositaire d'une parcelle de légitimité. A ce titre, il dispose des mêmes droits et devoirs que les autres, et il est appelé à les exercer concrètement. C'est cette égalité entre les individus et l'implication dans le gouvernement de la société qui est intégrateur. La Nation se veut intégratrice de ses membres audelà de leurs différences religieuses, ethniques, ou de genre (homme/femme). Elle transcende donc tous les particularismes au nom des valeurs universelles (égalité, démocratie, liberté).

Enfin, pour conclure, on peut remarquer que si l'exercice traditionnel de la citoyenneté politique semble aujourd'hui en déclin, il y a sans doute des formes nouvelles d'exercice de cette citoyenneté : quand on voit le nombre d'associations s'accroître, le nombre de gens qui s'impliquent bénévolement, par exemple, dans les Restos du Cœur, on peut penser qu'il y a là de nouvelles formes de participation, qui sont essentiellement politiques.

1.3 - La crise du lien social dans la société contemporaine.
Vous entendez sûrement parler, dans les médias comme autour de vous, de la " crise du lien social ", ou encore de " perte des repères ", " d'affaiblissement des valeurs " ou de " fracture sociale ". Toutes ces expressions font référence, implicitement à la même chose, une difficulté croissante à construire le lien social dans notre société, qui conduit à s'interroger sur la possibilité d'une " explosion sociale ", un délitement de la société faute de cohésion entre ses membres. Comment peut s'expliquer une telle évolution ? D'abord par les mutations d'une instance d'intégration centrale dans notre société : le travail. Vous avez vu au chapitre 2 à quel point l'organisation du travail, et donc les relations sociales qu'il implique, a changé au cours du 20ème siècle. Ceci n'est pas sans conséquence sur la fonction intégratrice du travail, qui s'en trouve au minimum transformée, et pour certains franchement remise en question. Mais la crise du lien social provient aussi du changement social, de l'évolution socioculturelle de notre société (montée de l'individualisme, pauvreté, revendications identitaires) qui pose de nouveaux défis aux instances d'intégration qui n'y sont pas forcément adaptées. Page 6/21
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Nous allons examiner successivement ces différents facteurs de crise du lien social, en mettant en évidence les problèmes particuliers posés par chacun et les solutions qui s'esquissent.

1.3.1 - La nature du travail ayant changé et sa place dans la vie de l'individu étant aujourd'hui moins grande, ne faudrait-il pas développer d'autres sources de lien social ?
Il y a plusieurs façons d'analyser la crise de l'intégration par le travail dans les sociétés modernes. La première est de considérer qu'il y a crise de l'intégration parce qu'il n'y a pas de travail pour tout le monde. Mais il faut aussi envisager dans un second temps que le travail, notamment à cause des changements dans son organisation et sa nature, non seulement n'intègre plus mais peut-être même affaiblit le lien social. Enfin, et de façon plus positive, on peut considérer que la crise de l'intégration par le travail tient à ce que nous n'avons pas encore inventé les instances d'intégration capables de se substituer au travail dont la place dans la vie des individus décroît.

La montée du chômage affaiblit l'intégration par le travail. Depuis le premier choc pétrolier de 1973, les sociétés industrielles ont toutes été confrontées à une forte hausse du taux de chômage, qui s'est révélée particulièrement durable dans les pays d'Europe continentale – par exemple en France et en Allemagne. Mais le plus inquiétant est l'allongement de la durée moyenne de chômage et la constitution de ce que l'on a appelé le " noyau dur " du chômage, c'est-à -dire des chômeurs de longue durée (plus d'un an, voire plus de deux ans pour certains). Cette prolongation du chômage a sur l'intégration des effets symétriques à ceux du travail ! Tout d'abord la diminution des revenus de la personne limite son accès à la société de consommation. Mais quand il dure, il peut avoir d'autres effets socialement très destructeurs du lien social. L'identité professionnelle, notamment, est remise en cause parce que le chômeur ne s'inscrit plus dans la division du travail, ne participe plus à un collectif. Cela se traduit très concrètement en termes d'employabilité, c'est-à -dire de capacité à retrouver un emploi : perte des compétences techniques par manque de pratique ou parce que les savoir-faire professionnels évoluent, perte des relations sociales (collègues de travail), voire stigmatisation par les employeurs (un chômeur de longue durée est souvent suspecté d'être responsable de son état). On peut donc dire qu'il y a un défaut d'intégration par le travail parce que le travail est devenu rare. Mais attention, cela ne signifie pas que le travail n'est plus intégrateur, bien au contraire : si l'intégration sociale pâtit du manque de travail, c'est bien parce que le travail est intégrateur. Les changements dans la nature et l'organisation du travail et leurs effets sur le lien social. La précarité, c'est-à -dire l'absence de garanties sur la durée de l'emploi dans le temps (que la durée de l'emploi soit connue à l'avance comme dans le cas des CDD ou qu'elle soit incertaine, c'est-à dire que le salarié est toujours sous la menace du licenciement), et la flexibilité, c'est-à -dire la multiplication des formes particulières d'emploi, non choisies par le salarié (horaires flexibles, temps partiels imposés, etc.) influent sur la qualité du lien social issu du travail. D'abord, on observe souvent une moindre reconnaissance sociale de ces types d'emploi et les salariés qui les occupent ont du mal à se construire une identité professionnelle valorisante. En plus, dans l'entreprise, se juxtaposent des statuts juridiques très variés (salariés stables, salariés d'entreprises intérimaires, salariés en CDD …) ce qui ne facilite pas la formation d'un collectif de travail intégrateur des individus qui le composent. Ensuite, il est fréquent que des droits moindres soient attachés à ces emplois (en particulier ceux accordés par les conventions collectives). Quand on se rappelle que le travail intègre grâce au statut, au revenu et aux droits qu'il donne, on comprend que le développement de la précarité et de la flexibilité puisse représenter une menace pour la solidité de l'intégration sociale. Vers une désacralisation du travail ? On observe sans doute aussi une transformation de la place du travail dans l'ensemble des valeurs, spécialement chez les jeunes. Ainsi depuis plusieurs années, dans les enquêtes d'opinion sur les valeurs, la place de la réussite professionnelle a reculé au profit de la réussite familiale, y compris chez les garçons. Les deux types de réussite sont aujourd'hui placées à peu près au même niveau alors qu'auparavant la réussite professionnelle venait assez nettement en tête, surtout pour les hommes. De même, on observe chez les jeunes cadres que l'idée de limiter son temps de travail, et donc de le compter, a fait son chemin : beaucoup d'entre eux Page 7/21

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prennent très volontiers les congés liés à la réduction du temps de travail, ce qui prouve que la valeur qu'ils accordent à leur travail se transforme. Comment interpréter ces évolutions ? Elles sont au fond assez logique dans une société où la place du travail dans la vie de l'individu décroît : on est actif plus tard, parce qu'on fait des études, on s'arrête de travailler plus tôt, grâce aux systèmes de retraite, et la durée annuelle du travail a également diminué. Certains, comme la philosophe Dominique Méda, en tirent argument pour dire qu'il faut développer d'autres modes d'intégration sociale : valoriser les rôles familiaux, mais aussi la vie associative, syndicale, politique, etc. Si la place du travail dans la société se rétrécit, il ne sert à rien de déplorer la perte de la " valeur travail ", mais il faut lui substituer d'autres instances d'intégration. Le travail reste cependant un dispositif essentiel d'intégration. Par tous ces aspects, la place du travail dans l'intégration se trouve donc modifiée et fragilisée. Est-ce à dire qu'il s'agit de la " fin du travail ", comme le soutiennent certains (La fin du travail est le titre d'un livre d'un américain, J. Rifkin) ? Cela semble bien difficile à soutenir. Le travail sous la forme d'un emploi stable, à temps complet, assorti de droits et de garanties sociales a été central dans les deux derniers siècles. Cette forme est en crise, elle est en train de se transformer et le développement des formes particulières d'emploi en est un symptôme. Cependant il ne faut pas oublier non plus que si crise de l'emploi il y a, elle ne touche cependant qu'une petite partie des emplois : la grande majorité des emplois sont aujourd'hui en France stables et à temps complet.

Le travail a été associé depuis la révolution industrielle au devoir : il s'agissait d'une contrainte admise comme nécessaire, voire essentielle par les membres de la société. Le système de valeurs se transforme peu à peu et, aujourd'hui, avec les progrès de l'individualisme, les individus placent au premier plan de leurs valeurs l'épanouissement personnel (considéré de plus en plus comme un " devoir "). Cela ne signifie pas pour autant que le travail ait disparu des valeurs. Il a probablement perdu la première place, comme on l'a déjà vu, et il est englobé dans la problématique de l'épanouissement personnel : l'individu va évaluer le travail à l'aune du plaisir personnel qu'il y trouve, plus qu'à l'aune de l'utilité pour la société de ce travail. Plus le décalage sera grand entre le travail tel qu'il est vécu dans un emploi précis et la représentation que l'individu a d'un travail épanouissant, plus le travail sera contesté comme valeur et moins le travail jouera son rôle intégrateur. Il y a donc là un enjeu essentiel pour la réussite de l'intégration par le travail : comment rendre le travail compatible avec ces nouvelles valeurs individuelles ?

1.3.2 - Pauvreté et exclusion : les caractéristiques modernes de la pauvreté entraînent souvent l'exclusion, c'est-à -dire la rupture du lien social.
Nous analyserons la pauvreté moderne et son traitement plus loin dans ce chapitre (paragraphe 23), nous n'allons donc pas le faire ici. Ce qui nous intéresse ici, c'est de voir comment la pauvreté aujourd'hui peut devenir synonyme d'exclusion, c'est-à -dire de rupture du lien social. Ce basculement de la pauvreté vers la marginalité s'explique d'abord parce que le chômage est souvent à l'origine de la pauvreté, mais aussi par le relâchement des solidarités traditionnelles et par le caractère cumulatif de la pauvreté et de l'exclusion.

La montée du chômage et ses effets sur le lien social. La pauvreté dans les sociétés modernes s'explique en grande partie par le chômage, qui s'est beaucoup accru dans les années 1980 et dont le niveau ne redescend que très lentement du fait du faible nombre d'emplois créés dans les années 1980 et 1990, malgré quelques périodes de croissance relativement plus rapide. On retrouve donc dans la pauvreté moderne les effets désintégrateur du chômage que nous avons étudiés au paragrahe précédent. La pauvreté mène à l'exclusion quand les solidarités traditionnelles se sont affaiblies. On pense ici principalement à la solidarité familiale. La réduction de la taille des familles et plus particulièrement l'instabilité des couples fragilise les individus en limitant les ressources des ménages (et donc les moyens de la solidarité familiale) : le chômage est beaucoup plus grave dans une famille monoparentale que dans une famille élargie ! Ce n'est d'ailleurs pas qu'une question de ressources monétaires, car la solidarité familiale c'est aussi des relations que l'on mobilise pour retrouver un emploi ou un logement, et surtout des liens affectifs qui aident à passer des moments difficiles. Le développement de l'urbanisation joue un rôle similaire : le mode de vie en ville est plus anonyme que dans les campagnes traditionnelles où pouvait se tisser une solidarité " de voisinage "

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qui fait parfois cruellement défaut aujourd'hui. Il faut aussi dire que le chômage et la pauvreté peuvent entraîner en retour des ruptures familiales (les divorces sont plus nombreux dans les couples comptant un chômeur) et sociales (le chômeur se coupe de ses amis parce qu'il a honte de sa situation). Pauvreté et citoyenneté : de l'exclusion économique à l'exclusion politique. Pour s'exprimer politiquement, il faut se sentir citoyen, c'est-à -dire réellement membre d'une Nation. Pour cela, il faut en avoir les moyens, que ce soit sur le plan intellectuel ou sur le plan économique. On observe que l'exclusion économique qui accompagne la montée du chômage et la précarisation de l'emploi se double d'une exclusion politique : l'individu n'a plus les moyens et ne se sent plus les moyens de participer aux décisions politiques (par exemple, il a perdu ses papiers d'identité, ne peut pas s'en faire refaire et ne plus voter. De toutes façons, il a l'impression de n'être au courant de rien, n'ayant souvent pas la télévision et ne pouvant lire les journaux). Le processus cumulatif de pauvreté et d'exclusion. Le fonctionnement de la société moderne est ainsi fait qu'une pauvreté en entraîne fréquemment une autre, qu'une exclusion en entraîne fréquemment une autre, tant et si bien que les individus peuvent se retrouver dans de véritables spirales de marginalisation. Par exemple, la baisse des revenus liée au chômage peut déboucher sur la perte du logement : l'individu, ou le ménage, s'était endetté pour acheter son logement et, du fait de la baisse des revenus, ne peut plus rembourser les emprunts. Le logement est alors vendu et le chômeur a le plus grand mal à trouver un logement en location car il n'a plus de feuilles de paie à montrer. Or ne pas avoir d'adresse à donner, être " sans domicile fixe " est socialement très excluant et les chances de trouver un emploi sans pouvoir fournir d'adresse sont minces.

L'exclusion est rarement totale. Mais les fragilités se cumulent, se transmettent même parfois (les enfants des exclus sont plus fragiles socialement que les autres, en particulier parce qu'ils n'ont souvent ni les liens familiaux ni les diplômes scolaires qui pourraient éventuellement les protéger). Le processus n'est évidemment pas automatique. Tous les chômeurs de longue durée, et loin de là , ne sont pas des exclus. Cependant on voit bien que l'allongement et la progression du chômage sont des facteurs de risque pour le lien social.

1.3.3 - Universalisme, communautarisme et cohésion sociale : de qui doit-on être solidaire ?
Un troisième défi auquel doivent faire face les sociétés modernes est la montée du communautarisme : la nécessité du lien social ne semble plus aller de soi aujourd'hui, et il y a une tendance à se replier sur la communauté ethnique ou religieuse, la région, ou même sur la sphère privée (soi-même, la famille). Alexis de Tocqueville avait déjà envisagé ce repli des individus sur des appartenances intermédiaires et le délitement du lien politique et social national dans les sociétés démocratiques modernes. Nous allons tenter d'expliquer cette mutation et d'en montrer les dangers potentiels.

Le modèle de l'individualisme universaliste. Le modèle de cohésion sociale qu'appliquent les sociétés modernes est fondamentalement basé sur l'individualisme. En effet, il s'est construit sur la fin des solidarités intermédiaires (famille, religion, ethnie, territoire, …), affaiblies par les mutations sociales comme l'urbanisation, la déchristianisation, la réduction de la taille des familles. Le développement d'un lien politique national, d'une culture et d'une protection sociale nationales a renforcé ce mouvement d'individualisation en même temps qu'il s'appuyait dessus. Tout se passe comme si aujourd'hui le lien social se tissait directement entre l'individu et l'ensemble de la société représenté le plus souvent par l'Etat ou les Adminsitrations publiques, ce qui permet d'un point de vue positif d'émanciper la personne des vieilles attaches issues de la société traditionnelle. Il y a aussi une forme de rationalisation de la solidarité, dont on recherchera l'efficacité et dont on discutera les buts. On est dans ce qu'on appelle un individualisme universaliste : " individualisme " parce qu'on met en avant les droits individuels, " universaliste " parce que ces mêmes droits sont reconnus à tout le monde. Les limites d'un universalisme trop abstrait. L'inconvénient de ce modèle de solidarité est qu'il débouche sur une pratique " froide " du lien social, parce qu'anonyme et administrative. Les prestations sociales, par exemple, ne s'accompagnent certainement pas d'autant de chaleur

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humaine, de liens affectifs, que l'entraide familiale ou de voisinage. De même, quand on paie ses cotisations sociales ou ses impôts, on fait un acte de solidarité, mais qui peut ne plus être perçu comme tel, ni par soi, ni par ceux qui en profitent, parce qu'il passe par l'interface de la Sécurité Sociale ou de l'Etat. A la limite, cette anonymisation du lien détruit le sentiment de solidarité parce que les individus se sentent dispensés personnellement du devoir d'entraide dès lors qu'il est assumé collectivement. Ce mouvement est renforcé aujourd'hui par l'affaiblissement des identités nationales dans un contexte de paix durable (les conflits aident à " souder " les communautés nationales !) et de mondialisation économique et culturelle. Le communautarisme et la recherche d'un lien social moins abstrait. A l'opposé du mouvement d'universalisation et de rationalisation du lien social que nous venons d'évoquer, on constate aussi une tendance inverse de reconstitution de liens communautaires, basés sur l'appartenance, sur l'identification de l'individu à un groupe intermédiaire. On trouve ainsi, par exemple, des médias de type communautaire (" Pink TV ", " Filles TV "). Vous avez aussi entendu parler des revendications régionalistes (Corse, Pays Basque, Lombardie, …) : utilisation de la langue régionale comme langue administrative ou langue d'enseignement (ce qui discrimine évidemment ceux qui ne sont pas originaires de la région), autonomie financière qui remet en cause la redistribution fiscale entre régions et donc la solidarité nationale. Le développement des signes d'appartenance religieuses ostensibles (on pense bien sûr au voile, mais ce n'est pas le seul exemple) est également l'indice d'une montée du communautarisme religieux. Ces mouvements peuvent être vus comme l'expression d'une forme d'individualisme : les individus affichent leurs particularités pour marquer leur autonomie vis-à -vis de la société (c'est surtout vrai pour les identités minoritaires). En ce sens on peut parler d'individualisme communautaire. Mais ce sont aussi des formes de lien social moins abstraites, peut-être aussi plus spontanées, et qui tissent souvent des solidarités de proximité. Il est par exemple plus facile de se fabriquer une identité en marquant son appartenance à un groupe clairement différencié des autres. Et des mouvements de solidarité de voisinage (en cas de catastrophe naturelle par exemple) sont plus ressentis comme des gestes personnalisés. Mais le communautarisme peut déboucher sur une remise en cause de la cohésion sociale. Le communautarisme menace le lien politique, car si on cultive les différences entre les groupes constituant la société, on met forcément à mal l'idée de citoyenneté qui se fonde justement sur les points communs et non les différences entre individus. Dans les cas extrêmes, on peut arriver à ce que les groupes aient des représentations politiques distinctes. Un autre danger du communautarisme est qu'il peut limiter l'ampleur de la solidarité en la réservant au groupe (un parti politique français demande par exemple des systèmes de sécurité sociale séparés pour les immigrés et les Français).

1.3.4 - La montée de l'individualisme rend plus difficile le fonctionnement des instances d'intégration sociale.
Tout le monde semble s'entendre aujourd'hui pour dire que les sociétés modernes sont individualistes – on dit même parfois que la civilisation occidentale a " inventé " l'individualisme. Mais la signification exacte de cette montée de l'individualisme n'est pas toujours très claire. De même, on convient généralement de ce que cet individualisme menace la cohésion sociale, mais sans préciser par quels mécanismes. C'est donc à ces questions que nous allons essayer de répondre maintenant. Nous montrerons aussi que l'individualisme n'est pas forcément un phénomène négatif, même du point de vue de l'intégration sociale.

Les liens familiaux fragilisés par l'individualisme. La réduction de la taille des familles, conséquence des divorces et du plus petit nombre d'enfants, diminue de manière mécanique le nombre de personnes avec qui l'individu a des liens familiaux. Cela signifie que la solidarité familiale sera limitée à un nombre réduit de personnes. La diminution du nombre de mariages et la hausse des naissances hors mariage montrent aussi ce qu'on peut appeler une désinstitutionnalisation de la famille : elle est de moins en moins une institution normée (toutes les familles ont les mêmes formes), et repose de plus en plus sur les choix des individus. Rester ensemble ne va plus de soi, et le lien familial est plus fragile. La socialisation et le contrôle social qu'exerçait la famille, c'est-à -dire transmettre des normes et des valeurs et veiller à leur respect, sont plus difficile à exercer, parce que, dans une société individualiste, la tolérance et l'épanouissement personnel sont devenu Page 10/21

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primordiaux. L'école face aux comportements calculateurs. Nous avons vu plus haut le rôle de l'école dans la construction d'une culture commune. Mais du fait de l'importance du diplôme dans l'accès à l'emploi, les familles développent des stratégies scolaires vis-à -vis des diplômes : choisir la bonne filière, le bon lycée, la bonne option, la bonne université, etc. Le calcul l'emporte de plus en plus sur le rapport gratuit à la culture : l'élève veut bien travailler, mais à condition que " ça rapporte ". Ces comportements sont compréhensibles dans la mesure où l'accès à l'emploi est de plus en plus difficile, mais ils vont à l'encontre de certains objectifs de l'école. L'égalité des chances, par exemple, est remise en cause par la différenciation précoce des parcours scolaires. De même, la diffusion d'une culture commune est parfois sacrifiée au profit de l'acquisition de compétences " utiles " pour le cursus scolaire et l'intégration professionnelle. L'engagement citoyen est confronté aux calculs d'intérêt. La crise de la citoyenneté politique, qui se manifeste surtout par le développement de l'abstention, peut être analysée comme une conséquence de l'individualisme. Dans une société ou les individus ont accès à un certain confort matériel, les citoyens sont moins intéressés par les affaires publiques, qui ne les concernent pas directement. Déjà au 19ème siècle, Alexis de Tocqueville prédisait que la démocratie serait un jour confrontée à l'indifférence des citoyens : est-on en train de vivre ce phénomène ? Il faut d'ailleurs le rapprocher du comportement de " passager clandestin " qu'on a étudié dans le cas des conflits sociaux (voir le chapitre 4). Cependant, l'individualisme n'est pas l'égoïsme, et il n'est pas forcément négatif. Dans le langage courant, on tend parfois à assimiler l'individualisme et l'égoïsme, mais c'est abusif. Alors que l'égoïsme est le fait de faire passer avant tout son intérêt personnel, l'individualisme consiste en un développement dans la société des droits et des responsabilités individuelles, favorisant l'initiative et l ‘indépendance des individus. Mais on peut être individualiste et altruiste, si l'on se soucie des autres par une inclination de sa propre volonté, pas au nom d'un devoir social. De plus, la montée de l'individualisme n'est sans doute pas aussi dangereuse qu'on veut parfois le croire. Par exemple, les liens familiaux, s'ils se transforment, restent souvent extrêmement vivaces : les liens intergénérationnels sont encore très forts, l'enfant devenant une valeur centrale de la famille. Ils se développent même avec l'allongement de l'espérance de vie des grands-parents. De même, si la participation politique décline, l'investissement citoyen reste fort mais sous des formes renouvelées, notamment dans des associations humanitaires dont le caractère politique est évident.

On le voit, si la montée de l'individualisme complique beaucoup la mécanique de l'intégration sociale, c'est sans doute surtout parce qu'il l'oblige à s'adapter à une nouvelle mentalité, à de nouvelles valeurs. Conclusion : Intégration et exclusion sont donc deux processus à l'œuvre simultanément dans nos sociétés. En effet, pour survivre, toute société doit sans cesse chercher à intégrer ses membres, c'est-à -dire à leur faire partager les normes et les valeurs reconnues à un moment donné comme essentielles. En même temps, la liberté et l'égalité qui sont les principes fondateurs des sociétés démocratiques peuvent déboucher sur des mécanismes qui excluent et marginalisent certains individus. Et intégrer ne doit pas signifier supprimer les différences mais au contraire savoir les respecter tout en maintenant l'unité de la société. Tenir tous les bouts à la fois est évidemment difficile, c'est le défi un peu fou que se lancent toutes les sociétés réellement démocratiques. On retrouve ici l'idée que la démocratie est quelque part une utopie, sans cesse à poursuivre et à construire. Rien n'est jamais gagné, comme le montrent tous les débats actuels, même pas le combat pour la démocratie, comme le montre le retour de certains intégrismes. Nous avons vu que l'intégration et la cohésion sociale reposaient largement sur des droits économiques et sociaux, droits obtenus souvent dans la douleur (il ne faut pas l'oublier) et qui se sont constitués en un système protecteur et émancipateur de l'individu. Ces droits sociaux peuvent être considérés d'une certaine manière comme les conditions d'exercice des droits politiques. La construction de ce système est indissociable de celle de l'Etat providence. Ce système assure la protection sociale des individus, il est l'expression de la solidarité collective qui relie les membres de la société. C'est ce système sur lequel nous allons réfléchir maintenant.

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2 - Protection sociale et solidarités collectives.
Le développement de la protection sociale et des solidarités collectives est caractéristique du 20ème siècle, surtout dans sa deuxième moitié, dans les pays développés. C'est l'Etat qui en a été l'artisan, d'où son appellation, Etat providence, pour signifier que l'Etat, donc la solidarité nationale, allait prendre en charge les individus, un peu comme auparavant, on se confiait à la providence divine et à l'église. Aujourd'hui, l'Etat providence est partout en crise, pour des raisons qui ne sont pas que financières et que nous étudierons. Nous proposerons ensuite l'étude de deux exemples de risques sociaux, la pauvreté et la vieillesse, pour montrer concrètement comment la solidarité collective a pris en charge ces risques sociaux, et pourquoi ces dispositifs sont aujourd'hui en crise.

2.1 - Le développement de l'Etat providence.
Il faut comprendre d'abord pourquoi l'Etat providence s'est créé, en réponse à quels besoins. Nous pourrons voir ensuite quelles sont les grandes logiques qui président au développement des Etats providence et quelle typologie on peut faire, dans la mesure où les formes qu'ont prises les solidarités collectives sont variées.

2.1.1 - L'Etat providence est un système de redistribution des revenus visant à protéger les individus contre les risques sociaux.
Pour mieux comprendre cette définition de l'Etat providence, il est nécessaire d'abord de clarifier la notion de risque social. Ensuite, nous pourrons voir en quoi consiste concrètement la " protection sociale " avant d'examiner les mécanismes de redistribution des revenus qu'elle implique.

Les risques sociaux peuvent être définis comme des évènements incontrôlables provoquant soit des dépenses importantes pour l'individu (la maladie ou l'accident, par exemple), soit une diminution sensible de ses revenus habituels (chômage, cessation d'activité, par exemple). Ces risques ont bien sûr toujours existé : la vieillesse ne date pas d'aujourd'hui (même si beaucoup plus de gens l'atteignent aujourd'hui qu'avant) ! Mais dans une société traditionnelle, c'est essentiellement la famille, dans une moindre mesure la paroisse (c'est-à -dire l'Eglise), qui assurent cette prise en charge des individus subissant des risques sociaux. Les liens de dépendance sont alors très forts, en particulier entre les enfants et les parents. La révolution industrielle et les transformations de la société qui l'ont accompagnée ont bouleversé ces solidarités traditionnelles : l'urbanisation et la faiblesse des rémunérations des travailleurs imposent la réduction de la taille des familles, la taille des logements rend impossible la prise en charge de parents âgés, etc Parallèlement, les individus, se différenciant de plus en plus, revendiquent une autonomie personnelle grandissante : ils préfèrent pouvoir s'adresser à une entité abstraite, l'Etat providence, expression de la solidarité collective, plutôt que de dépendre de leur famille, par exemple. La protection sociale est donc un système qui offre aux individus une protection collective, déshumanisée (car administrative) contre les risques sociaux. Cette protection sociale a aussi comme avantage d'être (ou du moins c'est son objectif) universelle, c'est-à -dire de concerner l'ensemble des personnes vivant sur le territoire national. Concrètement, la solidarité s'exprime à travers le financement de la protection sociale : tous les citoyens sont appelés à financer les dépenses de protection sociale, indépendamment de leur situation personnelle face aux divers risques sociaux. Ainsi, un salarié sans enfant paie des cotisations pour financer les allocations familiales, et un travailleur peu exposé au chômage ou à la pauvreté contribue néanmoins au financement de l'UNEDIC ou du RMI. Mais tous en profitent selon leurs besoins le moment venu, quand ils sont malades, au chômage ou trop vieux pour continuer à travailler. La protection sociale se traduit par une importante redistribution des revenus. Cette redistribution est d'abord horizontale, c'est-à -dire indépendante du revenu des personnes. C'est le cas des remboursements maladie, par exemple : les personnes en bonne santé, qu'elles soient riches ou pauvres, financent par leurs cotisations les dépenses des personnes malades, qu'elles soient riches ou pauvres. Mais elle peut aussi être verticale, c'est-à -dire redistribuer l'argent des Page 12/21

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plus riches vers les plus pauvres. C'est le cas notamment du RMI qui est financé par les impôts payés par l'ensemble des Français, et notamment les plus riches, mais dont les prestations sont réservées aux ménages les plus modestes.

2.1.2 - L'Etat providence met en oeuvre deux types de solidarité : l'assurance contre la perte de revenu et l'assistance aux plus démunis.
On distingue en général deux sortes d'Etats providence, en fonction de la logique qui préside au système de protection sociale mis en place. Après avoir présenté les deux logiques possibles, et pour les illustrer, nous essaierons de caractériser le système français en fonction de ces deux logiques.

La logique de l'assurance : Chaque actif cotise proportionnellement à son revenu et il reçoit des prestations proportionnelles à ses cotisations. Pour les personnes qui ne travaillent pas, il faut envisager un système d'aide sociale particulier. Ici, il n'y a donc pas a priori de volonté de réduire les inégalités, la redistribution s'effectuant entre actifs en bonne santé et malades, entre actifs et retraités, entre actifs sans enfant et actifs ayant des enfants, etc. Le versement des prestations est " sous condition de cotisation ", c'est-à -dire qu'il faut avoir cotisé pour en bénéficier. On parle parfois de " système bismarckien ", du nom du Chancelier Bismarck, qui mit en place le système d'assurances sociales en Allemagne à la fin du 19ème siècle. La logique de l'assistance : La protection sociale est un système redistributif visant à assurer une plus grande égalité entre tous en couvrant les besoins considérés comme " de base ". Dans ce type de système, tous les individus sont couverts quelle que soit leur situation professionnelle (c'est le principe d'universalité) ; les prestations dépendent des besoins et non du montant des cotisations, elles sont même parfois " sous condition de ressources ", c'est-à -dire que la prestation décroît avec le niveau de revenu, ce qui accroît l'effet redistributif du système (les plus riches cotisent plus et perçoivent moins). Le système est géré par le service public et financé par l'impôt : la participation au système doit être obligatoire pour qu'il y ait redistribution des revenus, sinon les plus riches, qui sont en quelque sorte les " perdants " dans cette logique, refuseraient d'y participer. On parle parfois de système beveridgien, du nom de Lord Beveridge qui publia pendant la seconde guerre mondiale à Londres un rapport célèbre sur le " Welfare State " (Etat providence), et qui inspira notamment le système de protection sociale britannique d'après guerre. En France, comme dans d'assez nombreux pays, le système mis en place aujourd'hui tient un peu des deux logiques, assurance et assistance. La protection sociale est en principe liée aux cotisations sociales versées : pour bénéficier de prestations, il faut avoir cotisé, c'est-à -dire avoir travaillé. C'est l'activité qui est à la source de la protection sociale. On cotise pour chacun des " risques " (vieillesse, maladie, maternité-famille, chômage, accidents du travail). Tout assuré social a droit aux prestations sociales, c'est-à -dire à des revenus versés quand les conditions requises sont remplies (allocations familiales, remboursement de frais de maladie, etc…). On retrouve donc ici la logique de l'assurance. Mais depuis peu, grâce à la C.M.U. (Couverture Maladie Universelle), des personnes non assurées sociales peuvent bénéficier d'une couverture sociale en cas de maladie, ce qui n'était pas le cas auparavant. La protection sociale est donc maintenant en principe " universelle ", ce qui la rapproche de la logique d'assistance. De même, le système assure aussi une fonction redistributrice : les prestations ne dépendent souvent pas des cotisations. Ainsi, un père de famille assure le droit aux prestations à son épouse si elle est inactive et à tous ses enfants mineurs. Un célibataire ayant le même salaire que ce père de famille paiera la même cotisation mais disposera de beaucoup moins de prestations (pas d'allocations familiales, beaucoup moins de remboursements de frais de maladie, etc). La redistribution se fait surtout des célibataires vers les familles et des actifs vers les personnes retraitées. Enfin, depuis le début des années 1970, se sont développées des prestations sous condition de ressources, comme par exemple les " bourses de rentrée scolaire". On est ici tout à fait dans une logique d'assistance. Par ailleurs, le système français se caractérise aussi par ce qu'on appelle le paritarisme : les institutions qui gèrent la protection sociale sont distinctes de l'Etat (La Sécurité sociale pour la maladie, la vieillesse et la famille, l'UNEDIC pour le chômage). Leur budget est supérieur, en montant, à celui de l'Etat. Elles reçoivent les cotisations et versent les prestations. La Sécurité Page 13/21

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sociale et l'UNEDIC sont gérées par les partenaires sociaux : cela signifie que leurs conseils d'administration sont composés, en principe, pour un tiers de représentants des employeurs, pour un tiers de représentants des salariés et pour le dernier tiers par des représentants de l'Etat. Autrement dit, la Sécurité sociale, l'UNEDIC, ce n'est pas la même chose que l'Etat. Ce sont des Administrations publiques au même titre que l'Etat et les Collectivités territoriales.

2.1.3 - La solidarité peut être plus ou moins étendue : on dit que l'Etat providence est universel, corporatiste, ou seulement résiduel.
Chaque pays a construit son propre système de protection sociale, en fonction de ses valeurs, de son histoire, de ses ressources, etc On peut cependant observer qu'il y a des grands types d'Etats providence et essayer de les regrouper en fonction de leur étendue, c'est-à -dire du degré de solidarité qu'ils impliquent entre les personnes. C'est ce qu'a fait le Danois G. Esping-Andersen en proposant de distinguer trois types principaux d'Etats providence :

Le modèle universaliste, d'inspiration bévéridgienne : son objectif est de permettre un accès universel (c'est-à -dire de tous les citoyens) à un niveau élevé de prestations et de services. Ces services sont offerts gratuitement et sont donc financés par l'impôt. La protection sociale ne découle pas du travail, elle est garantie à tous les citoyens. Ce système repose sur un Etat fortement interventionniste et sur la volonté d'assurer la plus grande égalité possible entre tous les citoyens. On parle également de système social-démocrate. On retrouve ce système essentiellement dans les pays de l'Europe du Nord, spécialement en Suède. Le modèle corporatiste : le système repose pour l'essentiel sur les cotisations des actifs. C'est donc l'activité (le travail) qui ouvre les droits. Ces droits sont souvent proportionnels aux cotisations, selon la logique assurantielle. Les assurés sociaux peuvent compléter leur protection personnelle en souscrivant des assurances privées ou en adhérant à des mutuelles. Le système français est un système corporatiste, comme celui de l'Allemagne. Le modèle résiduel (ou libéral) : la protection sociale doit être assurée par les cotisations personnelles, volontaires des individus. Il n'y a donc pas de système de protection sociale à proprement parler, mais des assurances privées auxquelles chacun cotise en fonction de ses moyens et de ses choix personnels. On a ici un Etat providence très réduit qui se contente d'instaurer un minimum de protection sociale pour les plus démunis ne pouvant absolument pas payer une assurance personnelle. L'aide publique sera donc réservée aux plus pauvres et n'assurera que les prestations essentielles. L'exemple le plus connu de ce type de système est celui des Etats-Unis (si vous regardez la série télévisée " Urgences ", vous savez à quel point la question de l'assurance des patients arrivant à l'hôpital est cruciale).

2.2 - La crise de l'Etat providence.
On parle aujourd'hui beaucoup de crise de l'Etat providence, mais qu'est-ce que cela veut dire ? D'abord que le fonctionnement de la protection sociale pose problème. Pendant les années de forte croissance, l'enrichissement de la société permettait de financer des prestations sociales toujours plus grandes et l'on pouvait penser – naïvement, sans doute – que cela permettrait de réduire les inégalités, de permettre à tous l'accès à la société de consommation et la protection contre les risques de la vie. Aujourd'hui, la crise économique rend les ressources plus rares et l'on découvre les difficultés qu'a l'Etat providence à atteindre les objectifs qu'on lui avait assignés. Mais la crise de l'Etat providence signifie aussi que, face à ces difficultés de fonctionnement, celui-ci doit se transformer, et que la nature de cette transformation, ce sur quoi elle doit déboucher, fait débat dans nos sociétés contemporaines. L'Etat providence s'est construit sur un certain consensus : c'était aux pouvoirs publics de prendre en charge des fonctions de solidarité et de distribution traditionnellement dévolues à d'autres (familles, Eglises, …), mais que ceux-ci ne pouvaient plus remplir compte tenu de l'évolution de la société. Toutefois, on se demande aujourd'hui jusqu'où doit aller le rôle de l'Etat, et où commence la responsabilité individuelle. Et nombreux sont ceux qui pensent qu'une protection collective trop étendue entraîne des effets pervers. Page 14/21
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2.2.1 - La crise financière : les dépenses de protection sociale augmentent, ce qui rend le coût de la solidarité difficilement supportable pour les contribuables.
Il y a crise financière de l'Etat providence parce que le financement de la protection sociale est de plus en plus difficile, sous l'effet conjugué de la hausse des dépenses et du ralentissement des recettes lié au ralentissement de la croissance.

La hausse des dépenses de protection sociale est la conséquence du vieillissement de la population et de la montée du chômage. L'allongement de l'espérance de vie, qui est une bonne chose en soi, accroît toutefois la part des personnes âgées dans la population. Il faut donc dépenser plus pour les retraites (voir aussi le paragraphe 24 de ce chapitre), mais aussi plus pour la santé : on a généralement plus besoin de soins médicaux à 70 ans qu'à 20 ans ! De plus, ceux-ci se sont renchéris avec le progrès technique et les découvertes médicales. Ainsi, la consommation médicale en France (soins et médicaments) est-elle passée de 100 milliards d'euros en 1995 à 147,6 milliards en 2004 (Source : France, portrait social 2005-2006, INSEE, 2005). Par ailleurs la montée du chômage accroît les besoins d'indemnisation, ainsi que les dépenses de solidarité avec les plus pauvres (voir le paragraphe 23 de ce chapitre). On le voit, tout concourt à une hausse des dépenses de protection sociale. Les recettes de l'Etat providence, par contre, marquent le pas. C'est d'abord la conséquence du ralentissement économique : le taux de croissance annuel moyen du PIB a pratiquement été divisé par deux depuis la fin des " Trente Glorieuses ", et contrairement aux dépenses, les recettes ne peuvent guère augmenter plus vite que la richesse nationale. Il y a plus, car les prélèvements obligatoires servant à financer les prestations sociales sont encore beaucoup calculés en fonction des salaires (les fameuses " charges sociales "). Or, depuis les années 80, avec la montée du chômage et l'austérité salariale, les salaires constituent la catégorie de revenu qui augmente le moins vite. C'est d'ailleurs pour cela qu'a été instituée la CSG (Contribution Sociale Généralisée) qui pèse non plus sur les seuls salaires mais sur l'ensemble des revenus des ménages.

2.2.2 - La crise d'efficacité : la protection sociale ne profite pas toujours à ceux qui en ont le plus besoin.
Un deuxième élément de la crise de l'Etat providence est sa difficulté croissante à atteindre les objectifs qu'il s'était donnés.

L'Etat providence actuel réduit peu ou mal les inégalités. On s'aperçoit tout d'abord que le " filet " de la protection sociale " a des trous ", c'est-à -dire qu'une partie de la population ne bénéficie pas du système de protection et reste exposée aux risques sociaux. Le système français, bâti dans les années 50, est adapté pour protéger les travailleurs stables et leurs familles. Mais les jeunes chômeurs, les chômeurs en fin de droits, les mères célibataires ne pouvant pas cotiser, ne bénéficiaient pas des prestations. Il a fallu la création du RMI et de la CMU pour corriger un peu cette défaillance (voir le paragraphe 23 de ce chapitre). Mais le système de protection sociale redistribue parfois " à l'envers " de ce qui était prévu, et profite plus aux riches qu'aux pauvres. C'est par exemple le cas des dépenses maladie. En effet, les personnes de milieu favorisé vivent plus longtemps et surtout ont plus spontanément recours aux soins médicaux : ils profitent donc plus de la couverture maladie que les plus pauvres ! Les dépenses de protection sociale sont mal régulées ce qui conduit à un gaspillage de l'argent public. Quand on dit que les dépenses sont " mal régulées ", cela signifie que l'on n'arrive pas à les contrôler, c'est-à -dire à sélectionner celles qui sont justifiées au regard des objectifs que l'on poursuit. C'est tout particulièrement le cas des dépenses de santé. Comme l'assurance maladie les rembourse aux patients, ceux-ci n'ont aucun intérêt à en limiter l'usage (elles ne leur coûtent rien, et de toute façon, les malades sont rarement en position de juger de la pertinence des soins qu'ont leur propose). Mais les professions médicales n'ont pas non plus intérêt à freiner les dépenses de santé qui constituent leur source de revenu. On a ainsi une envolée des dépenses, sans rapport forcément avec l'efficacité médicale.

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2.2.3 - La crise de légitimité : la protection sociale peut avoir des effets pervers, et donc un surcroît de protection sociale n'est pas forcément un progrès social.
La crise de légitimité de l'Etat providence est une interrogation sur la justification morale et politique des systèmes de protection sociale. Jusqu'où l'Etat doit-il prendre en charge les individus ? Doit-il se substituer aux mécanismes de solidarité traditionnels ? Et à trop vouloir protéger les individus contre les risques de la vie, ne va-t-on pas les déresponsabiliser ? On a là une rediscussion des objectifs de la protection sociale. Par ailleurs, et dans le même ordre d'idée, se pose aussi la question de la rationalité économique des dépenses de protection sociale.

La protection sociale et le risque de déresponsabilisation individuelle. On reproche souvent à l'Etat providence de développer une culture de l'assistance, de faire perdre aux individus les sens de leur responsabilité. Dès lors que la société procure une aide en cas de difficulté, on n'a plus à se soucier de risques que l'on court, on se repose sur l'idée que la collectivité interviendra en cas de malheur. Par exemple, la gratuité des secours en haute montagne incite les touristes à prendre de plus en plus de risques inconsidérés. De même, pourquoiun travailleur chercherait-il un emploi payé au SMIC s'il peut bénéficier sans travailler d'allocations d'un montant voisin du SMIC. Au-delà de cet effet pervers sur le comportement des individus, on peut dénoncer ici un recul du lien social dans la mesure où les individus ne pensent plus qu'à leurs droits sur la société (et donc sur les autres) et oublient les devoirs qu'ils ont envers elle (et donc envers les autres). C'est en cela que l'on peut parler de déresponsabilisation. La protection sociale peut paradoxalement affaiblir le lien social. Il y a un risque, que certains dénoncent, d'affaiblissement du lien social engendré par le système de protection sociale : l'Etat ayant pris en charge la protection des individus, ceux-ci se sont dégagés des liens et des solidarités traditionnelles - notamment les solidarités familiales et de voisinage. C'est potentiellement une forme d'individualisme triomphant qui se développe : dès lors que l'on a payé nos impôts, nous ne nous sentons plus responsable d'autrui (pourquoi m'occuper de mon voisin puisque l'Etat a mis en place un système qui est précisément censé pourvoir à ses besoins ?) . Cela peut expliquer en partie l'exclusion : ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ne sont plus protégés par le système, ne trouvent plus aucun secours dans la société, et sont renvoyés à leur responsabilité individuelle sur un mode très culpabilisant. Dans un contexte financier plus difficile, les dépenses de protection sociale sont-elles économiquement rationnelles ? C'est une des questions cruciales qui est invoquée pour remettre en cause l'Etat providence. Toutes les ressources utilisées pour financer les prestations sociales font défaut aux dépenses qui assurent la compétitivité de l'économie, sa capacité d'innovation et donc de croissance. Une forte critique adressée par les économistes libéraux à l'Etat providence est que les sommes ainsi détournées de l'investissement ralentissent la croissance économique et donc la capacité à financer la protection sociale. Nos sociétés modernes vivraient " au-dessus de leurs moyens ", plus soucieuses qu'elles sont de dépenser leurs richesses plutôt que de les produire.

On voit qu'on assiste à une remise en cause assez radicale de la solidarité collective. Que peut-on en penser ? Il y a incontestablement des dérives de l'Etat providence, mais les résultats obtenus dans les pays en pointe pour le recul de la protection sociale publique, comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, laissent sceptiques. Dans ces pays, en effet, des coupes claires ont été opérées dans les budgets sociaux. Dans le même temps, les inégalités se sont fortement accrues, le nombre des gens sans protection sociale s'est fortement accru, ce qui se traduit par un recours plus difficile au système de soins et par des conditions de vie de plus en plus précaires pour une partie croissante de la population, y compris parfois celle ayant un emploi.

2.3 - Premier exemple de solidarité collective : la protection contre la pauvreté.
La pauvreté ne relève pas d'une logique d'assurance (on ne s'assure, du moins pas encore, contre le " risque " d'être pauvre), mais très clairement de l'assistance. Après avoir montré comment la pauvreté s'est transformée depuis les années 70, et comment elle a pris en défaut l'Etat providence traditionnel, nous montrerons quels dispositifs ont été mis en place à partir des années 80 pour venir en aide aux plus démunis. Puis, nous verrons les problèmes et les controverses soulevés par cette extension de l'Etat Page 16/21
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providence.

2.3.1 - La pauvreté aujourd'hui témoigne des failles du système de protection sociale traditionnelle.
Si l'Etat providence tend à prendre en charge la pauvreté, ce n'est pas tant parce que le nombre de personnes pauvres augmente – il a plutôt tendance à diminuer – mais plutôt parce que, depuis une vingtaine d'années, la pauvreté a changé de nature et n'est plus perçue de la même façon par la société. Et le système de protection sociale bâti pendant les Trente glorieuses apparaît inadapté à cette " nouvelle pauvreté ".

La pauvreté " traditionnelle ", celle que l'on connaissait en France dans les années 50 et 60, concernait essentiellement les personnes âgées et les salariés les moins qualifiés. La montée en puissance des régimes de retraite et la revalorisation du minimum vieillesse a permis de réduire considérablement la pauvreté chez les personnes âgées (voir paragraphe 24), tandis que la pauvreté chez les salariés a été combattue grâce notamment à l'augmentation du salaire minimum (surtout après 1968). Il existait aussi une pauvreté spécifique chez les travailleurs indépendants (agriculteurs et petits commerçants et artisans), mais elle semblait se résorber sous le coup de l'augmentation des retraites, pour les plus âgés d'entre eux, et de la salarisation croissante de la population active. D'une manière générale, la forte croissance et la hausse générale des revenus qui en découlait laissaient espérer une amélioration continue de la situation des plus pauvres. La " nouvelle pauvreté " touche une population plus jeune et plus urbaine, et a pour origine la montée du chômage, le développement de l'emploi atypique et l'éclatement des familles. On trouve aujourd'hui parmi les pauvres des jeunes sans qualifications qui n'arrivent pas à obtenir un emploi ou des salariés âgés dont les entreprises ne veulent plus. Par ailleurs, la précarisation du travail et la montée des emplois à temps partiel subi amènent certains travailleurs (alors même qu'ils ont un emploi) à avoir des revenus très faibles, les plaçant en dessous du seuil de pauvreté. Les Américains les appellent des " working poors " (travailleurs pauvres). Enfin, les femmes seules chargées d'enfants sont sur-représentées parmi les pauvres, d'une part parce que la montée du nombre des divorces et des séparations a accru le nombre des familles monoparentales (dans lesquelles, à 85%, c'est la mère qui est présente), d'autre part parce que le temps partiel est essentiellement féminin. On trouvera aussi parmi les pauvres des jeunes, voire des très jeunes adultes qui n'ont pu trouver un emploi et ne peuvent rester à la charge de leur famille du fait de sa dispersion ou parce que les parents sont eux-mêmes au chômage et dans l'impossibilité d'assumer la charge du jeune adulte. Le regard de la société sur la pauvreté a changé, et celle-ci n'est plus considérée comme un phénomène transitoire. Le net ralentissement de la croissance économique après les chocs pétroliers des années 70 a fait s'évanouir le rêve d'une pauvreté qui disparaîtrait sous l'effet de l'enrichissement général. Les transformations même de l'économie, l'innovation et l'ouverture internationale, en aiguisant la concurrence semblent susciter un risque permanent de déqualification économique et donc de pauvreté. Celle-ci apparaît donc comme un phénomène plus durable. De surcroît, elle se double de plus en plus d'une exclusion sociale (revoyez le paragraphe 132) : les personnes pauvres ont de plus en plus de mal à sortir de leur situation, ce qui rend nécessaire une solidarité collective.

2.3.2 - D'où la nécessité de développer des mécanismes de solidarité avec les plus pauvres.
L'Etat est donc appelé à construire une politique visant à maintenir le lien social avec tous les membres de la société. Dans cet esprit, sont créés deux dispositifs dont l'objectif est de lutter contre les formes modernes de pauvreté et d'éviter l'exclusion : le Revenu Minimum d'Insertion (R.M.I.), la Couverture Maladie Universelle (C.M.U.) et la Prime Pour l'Emploi (P.P.E.).

Le Revenu Minimum d'Insertion (créé en 1989) vise, comme son nom l'indique, à la fois à fournir un revenu minimum et à favoriser l'intégration sociale. Il s'agit d'un revenu versé aux Page 17/21

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adultes de plus de 25 ans de manière à maintenir leurs ressources au moins à un minimum " socialement acceptable " (encore que cette notion soit bien floue !). Le RMI est versé à la condition que soit signé avec un organisme ou une association un contrat d'insertion, adapté à chaque personne, et contenant un certain nombre de dispositions censées amener le signataire à se réinsérer progressivement (du genre : refaire faire ses papiers d'identité, ou entamer une remise à niveau de lecture, …). Remarquons que les jeunes de moins de 25 ans sont exclus du dispositif, sans doute le législateur a-t-il pensé que les familles pouvaient prendre en charge ces jeunes. La Couverture Maladie Universelle (créée en 1999) vise à assurer une prise en charge des dépenses liées à la maladie pour tous les individus vivant depuis au moins trois mois en France, qu'ils aient été ou pas affiliés à la Sécurité sociale. Pour ceux qui ont des revenus très faibles, la CMU assure aussi la prise en charge des dépenses restant normalement à la charge des assurés sociaux, ticket modérateur et forfait journalier, par exemple. Le ticket modérateur est la part des dépenses de maladie qui n'est pas remboursée à l'assuré : par exemple, la consultation chez un médecin conventionné est remboursée par la Sécurité sociale à 70%, le ticket modérateur est donc de 30% ; les soins de kinésithérapie sont remboursés à 60% seulement, etc…). Le forfait hospitalier est une somme forfaitaire et journalière qui est versé par le patient hospitalisé pour couvrir les dépenses " hôtelières " (nourriture, logement…) et qui n'est pas remboursé par la Sécurité sociale. Ticket modérateur et forfait hospitalier sont pris en charge, en totalité ou en partie, par les mutuelles quand les assurés sociaux en ont une, ce qui n'est évidemment pas le cas des pauvres qui n'ont pas les moyens de payer les cotisations. La Prime Pour l'Emploi (créée en 2001) tente de relever le revenu des " travailleurs pauvres " et de réduire l'exclusion en favorisant le retour au travail. Il s'agit d'un complément de revenu versé par le fisc aux travailleurs les moins bien payés (ceux qui perçoivent un revenu d'activité compris entre 0,3 et 1,4 SMIC). On soutient ainsi le revenu des travailleurs les plus pauvres, notamment ceux qui sont à temps partiel : c'est l'effet redistributif de la PPE. De plus, cette prime accentue l'écart entre les revenus du travail et les revenus issus de l'aide sociale (comme le RMI), ce qui est sensé rendre le travail plus attractif et donc inciter les chômeurs à reprendre un emploi.

2.3.3 - Mais si ces prestations sociales permettent de limiter la pauvreté, certains leur reprochent de faire perdurer l'exclusion.
Les reproches adressés aux mécanismes d'assistance aux plus pauvres varient évidemment en fonction de la prestation considérée. On peut toutefois repérer trois types de reproches, qui sont d'inspirations très différentes, mais ont en commun l'idée que la lutte contre la pauvreté monétaire ne doit pas éclipser la lutte contre l'exclusion.

Le versement de revenus aux plus pauvres n'incite pas à travailler, et donc maintient les personnes pauvres en dehors du marché du travail. C'est un des grands reproches adressés au RMI. Il repose sur une analyse néoclassique traditionnelle selon laquelle les individus arbitrent entre les loisirs et le travail en fonction de ce que ce dernier rapporte. Si l'inactivité est rémunérée, par exemple avec un revenu minimum, mais aussi des indemnités de chômage très généreuses, alors il y a une " désincitation " au travail. Dans un couple, par exemple, où les deux adultes n'ont ni emploi, ni ressources, il peut sembler plus intéressant de refuser un emploi plutôt que de perdre le RMI pour le couple. En effet, le montant du RMI pour un couple, de l'ordre de 610 euros en 2003, est certes inférieur au SMIC (de l'ordre de 850 euros) mais il ne suppose pas que l'un des membres du couple exerce un emploi, souvent précaire, contraignant, sans intérêt… On a vu d'ailleurs que c'était l'un des objectifs de la PPE que de rendre le travail financièrement plus attractif que les minima sociaux. Et la réforme du RMI en 2003 a conditionné son versement à l'acceptation d'un emploi à temps partiel. Le versement de revenus sans contrepartie développe une " culture de l'assistance " à l'opposé de la notion de lien social. C'est encore une critique adressée principalement au RMI, mais elle ne relève pas cette fois d'une analyse économique. Elle s'appuie sur le constat que bien souvent, le contrat d'insertion soit n'est même pas signé (dans près de la moitié des cas), soit n'est pas respecté, en particulier parce que le personnel disponible pour accompagner les RMIstes est trop peu nombreux et surchargé de travail. Finalement, le R.M.I. n'est souvent qu'un revenu, versé Page 18/21

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sans réelle contrepartie de la part du bénéficiaire. La réforme du RMI en 2003, en imposant aux bénéficiaires l'acceptation des emplois proposés, reprend implicitement cette critique. Celle-ci repose, en fait, sur l'idée selon laquelle les bénéficiaires de minima sociaux ont une " dette " vis-à vis de la société, et qu'ils lui sont redevables de ce qu'ils reçoivent. Il y a là une logique très libérale et conservatrice qui voit dans l'assistance aux plus pauvres une générosité de la société, et non pas un mécanisme de solidarité qui reposerait, lui, sur l'idée inverse que c'est la société qui a une dette vis-à -vis de ceux qu'elle exclut. Le versement de compléments de revenu aux travailleurs pauvres encourage les entreprises à verser de bas salaires. Cette critique est adressée à la PPE qui revient à ce que la collectivité assure, par la redistribution fiscale, la hausse des salaires que les entreprises ne veulent pas assumer. Ce faisant, on permet à une forme " d'exploitation " de perdurer en la rendant supportable pour les salariés pauvres. La lutte contre le phénomène des " woorking poors " devrait, dans cette optique, passer prioritairement par une revalorisation du SMIC. A l'opposé des points de vue précédents, cette critique de la PPE est d'inspiration nettement antilibérale. L'accent est mis sur la responsabilité des entreprises, et au-delà de la société toute entière, dans la pauvreté, le chômage et le délitement du lien social. La difficulté de cette argumentation est qu'il est paradoxal de refuser aux travailleurs pauvres un revenu supplémentaire au nom même de la lutte contre la pauvreté au travail !

2.4 - Deuxième exemple de solidarité collective : l'assurance vieillesse.
La vieillesse est un " risque " (si l'on peut dire !), en ce sens que l'arrêt de l'activité professionnelle génère une perte de revenus, totale en l'absence d'un système de retraite et si l'intéressé n'a pas de patrimoine personnel lui procurant des revenus. Avant l'amélioration de la législation du travail, le travailleur qui, du fait de l'âge, n'avait plus les capacités nécessaires pour continuer à exercer son activité, se trouvait dans le dénuement le plus complet et à la charge complète de sa famille. Nous allons voir comment les systèmes de retraite ont progressivement permis de couvrir ce risque et de faire reculer la pauvreté des personnes âgées. Puis, nous verrons que ces systèmes sont aujourd'hui confrontés à des difficultés liées au vieillissement de la population. Enfin, nous aborderons les solutions envisagées et examinerons leur signification du point de vue des solidarités collectives. Nous ne parlerons pas ici des problèmes engendrés par l'allongement de l'espérance de vie pour les dépenses de maladie et nous limiterons donc à ceux liés aux retraites.

2.4.1 - Le mécanisme d'assurance vieillesse instaure une solidarité entre actifs et retraités en redistribuant les revenus d'activité.
Le mécanisme de retraite est assez complexe parce qu'il mélange plusieurs logiques : l'assurance, l'assistance, mais aussi une fonction de redistribution plus traditionnelle.

Une logique d'assurance très classique … Très vite, les travailleurs ont pensé à constituer des " caisses de retraite ", auxquelles ils verseraient des cotisations du temps de leur activité, pour en obtenir des indemnités quand ils ne pourraient plus travailler. On est donc là très clairement dans une logique d'assurance, et c'est bien ainsi que le système français des retraites a été construit : on ne touche pas de retraite si on n'a pas cotisé, et on ne touche de retraite que si le " risque " se réalise, c'est-à -dire si l'on dépasse un âge trop avancé pour continuer à travailler. … Complété par un mécanisme d'assistance … Dans un premier temps, quand les " assurances vieillesse " ont été créées, un grand nombre de travailleurs n'avaient pas assez cotisé pour disposer d'une retraite entière. Au début, dans les années 40 et même 50, les personnes âgées, y compris celles qui avaient travaillé toute leur vie (mais sans cotiser au début), ne disposaient que de revenus très faibles. Le minimum vieillesse, fortement revalorisé dans les années 60 et 70, a permis de répondre, au moins en partie à ce problème. Il s'agissait là d'une allocation qui relevait de l'assistance et non de l'assurance. … Qui organise une solidarité entre actifs et retraité. Progressivement, le système va se transformer en un mécanisme de redistribution des revenus des actifs au bénéfice des retraités. La hausse de l'espérance de vie (de 60 ans au sortir de la Seconde Guerre mondiale a près de 80 ans Page 19/21

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aujourd'hui [1]) fait que la vieillesse n'est plus un risque à couvrir, mais une certitude : la plus grande partie de la population atteint l'âge de la retraite et bénéficie du système. Il s'établit ainsi un mécanisme de solidarité entre actifs et retraités, les plus jeunes subvenant par leur travail aux besoins des plus âgés. Cependant, il faut noter que cette prise en charge ne se fait plus à travers la solidarité familiale, mais par un mécanisme collectif, ce qui accorde aux retraités leur autonomie financière (et permet à ceux qui n'ont pas d'enfants de bénéficier de la solidarité nationale). [1] Gilles Pison, " France 2004 : l'espérance de vie franchit le seuil des 80 ans ", Population et sociétés, INED, mars 2005.

2.4.2 - Les difficultés de l'assurance vieillesse actuelles relèvent à la fois d'une crise de financement, d'une crise de légitimité et d'une crise d'efficacité.
Les difficultés que connaissent aujourd'hui les systèmes de retraite dans tous les pays développés sont une illustration des trois types de crises que connaît l'Etat providence depuis la fin du 20ème siècle et que l'on a analysés précédemment (voir le paragraphe 22 de ce chapitre). Analysons-les successivement dans le cas des retraites.

Une crise de financement : le vieillissement démographique fait exploser les dépenses. Quand les systèmes de retraite ont été institués, l'âge de la retraite était voisin de l'espérance de vie, si bien que les retraites ne coûtaient pas grand'chose à la société : certains vivaient assez longtemps pour en profiter, mais cela était compensé par le fait que d'autres mourraient avant de percevoir leur retraite. Très logiquement, avec un âge de la retraite inchangé, voire avancé, la hausse de l'espérance de vie implique que de plus en plus de personnes vivent assez longtemps pour toucher leur pension, et qu'en moyenne ils la perçoivent plus longtemps qu'avant. Les dépenses des systèmes de retraites augmentent donc progressivement et deviennent particulièrement lourdes. Cette évolution a été renforcée par le développement des régimes de retraite (qui couvre désormais tous les actifs) et par la revalorisation des pensions versées. Une crise de légitimité : faut-il payer plus pour les retraites ? La dérive des dépenses de retraites, même si elle est logique, compte tenu de l'augmentation de l'espérance de vie, ne va pas sans poser des problèmes de légitimité. Le système était initialement prévu pour permettre à ceux que l'âge rendait inaptes au travail de subvenir malgré tout à leurs besoins. Mais, grâce aux progrès de la médecine, la santé des personnes s'est considérablement améliorée, si bien que les personnes qui arrivent à l'âge de la retraite sont aujourd'hui en bien meilleure santé et sont souvent parfaitement en mesure de continuer à travailler. Le " risque vieillesse " des débuts ne justifie plus la totalité de la prestation du système de retraite. Cette évolution de la philosophie des systèmes de retraite ne serait pas en soi un problème si, à cause de la montée du chômage et de l'exclusion, la pauvreté ne s'était pas développée à l'autre extrémité de la vie : elle est aujourd'hui bien moins fréquente chez les retraités que chez les moins de 25 ans. On comprend alors que la perspective d'une hausse des dépenses de retraite pousse certains à réfléchir : ne vaudrait-il pas mieux consacrer ces sommes supplémentaires à la lutte contre les risques de pauvreté les plus aigus de nos sociétés contemporaines ? Une crise d'efficacité : le système de retraite ne profite pas également à tous. Le système de retraite n'est pas très équitable parce qu'il assure un même âge de départ à la retraite à tous, alors que l'espérance de vie est variable selon les CSP (voir le chapitre 3). Or, ce sont les CSP les moins favorisées (ouvriers et employés) qui vivent le moins longtemps, elles profitent donc moins du système de retraite que les CSP les plus riches, qui vivent longtemps et commencent à travailler plus tard du fait de leurs études (Cadres et professions intellectuelles supérieures par exemple). Le système implique donc une redistribution des plus pauvres vers les plus riches, ce qui n'est sûrement pas l'effet recherché.

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2.4.3 - Les solutions envisageables : reculer l'âge de la retraite, réduire le montant des pensions, augmenter les prélèvements obligatoires.
Il y a trois façons d'assurer la viabilité des systèmes de retraite : soit baisser les pensions ou reculer l'âge de la retraite, ce qui a pour effet de diminuer les dépenses, soit d'augmenter les cotisations ce qui augmente les recettes. Ces différentes solutions n'ont cependant pas le même impact sur la solidarité.

Reculer l'âge de la retraite : Obliger les actifs à travailler plus longtemps pour percevoir leur retraite est la solution retenu dans tous les pays industrialisés (en France, lors des réformes Balladur de 1993 et Fillon de 2003). Cela permet effectivement d'un même mouvement d'augmenter les recettes (les individus cotisent plus longtemps) et de réduire les dépenses (ils bénéficient moins longtemps de leur retraite). Mais dans le contexte actuel, où le chômage touche particulièrement les plus de 55 ans, cela n'a pas beaucoup de sens de demander aux actifs de travailler plus longtemps : en fait, le travail manque ! Plus grave, cela risque de remettre en cause le droit à la retraite de certains : faute d'emploi, ils ne peuvent cotiser assez longtemps et n'ont pas droit à une retraite à taux plein. Enfin, dans certaines professions, les conditions de travail sont encore trop dures pour envisager un prolongement de la vie active. Réduire le montant des pensions : La diminution des retraites servies permet d'économiser sur les dépenses, en rendant le système moins généreux. Pour compenser cette perte, on invite les salariés à épargner pour se constituer un capital dans lequel ils puiseront pendant leur retraite : c'est le système des retraites par capitalisation. L'inconvénient est qu'une telle évolution réduit la solidarité entre riches et pauvres, parce qu'on remplace un mécanisme d'assurance collective (chacun cotise pour financer les retraites de tous) par un système d'épargne individuelle (chacun met de l'argent de côté pour lui-même). De plus, la retraite par capitalisation n'est guère accessible aux actifs les plus défavorisés, qui n'ont pas des revenus suffisant pour épargner, et qui risque donc de subir de plein fouet la moindre générosité du système de retraite traditionnel. Augmenter les prélèvements obligatoires : On peut enfin augmenter les prélèvements obligatoires pour couvrir la hausse des dépenses de l'assurance vieillesse. On fait alors clairement le choix de maintenir la générosité du système de retraite en l'état. Ce faisant, on risque néanmoins de transférer le problème sur les actifs. En effet, la hausse des cotisations diminue directement leur revenu. Même s'ils obtiennent en contrepartie un droit à la retraite intact, les travailleurs peuvent difficilement accepter une amputation de leur pouvoir d'achat qui augmente déjà peu en période de crise. De plus, le système de solidarité envers les retraités a l'inconvénient de peser sur le coût du travail et donc la création d'emploi. En effet, les cotisations sociales sont assises sur les salaires, ce qui renchérit la dépense que doit faire une entreprise qui embauche. Plus les dépenses de retraite augmentent, et plus le coût de travail est lourd, ce qui dissuade la création d'emplois. Or, comme ce sont les actifs qui financent le système de retraite, on voit que la hausse des dépenses peut entraîner une moindre augmentation des recettes, ce qui complique encore la crise financière.

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Cours : CHAPITRE 6 : Internationalisation des échanges et mondialisation Introduction
" Ouverture internationale ", " globalisation ", et surtout " mondialisation ", sont des expressions que vous avez déjà souvent entendues, que ce soit à la télévision, en histoire-géographie, ou ailleurs. Mais quelle réalité recouvrent-elles ? Et d'ailleurs, sont-elles synonymes ? Il faut donc bien s'interroger sur ce qu'est la mondialisation et sur l'internationalisation des échanges qui l'accompagne. On peut définir le processus de mondialisation comme " l'émergence d'un vaste marché mondial des biens, des services, des capitaux et de la force de travail, s'affranchissant de plus en plus des frontières politiques des Etats, et accentuant les interdépendances entre les pays " (S. d'Agostino, La mondialisation, Ed. Bréal, 2002). L'internationalisation des économies nationales résulte de l'essor des échanges internationaux, résultat d'une ouverture croissante des économies. Cet essor n'est pas récent : le commerce international s'est développé très rapidement au 19ème siècle et le degré d'ouverture de nombreuses économies était plus élevé en 1913 qu'il ne l'était à la fin des années 1960. Cependant depuis 1950, les échanges internationaux progressent très rapidement, plus rapidement que les P.I.B. Ainsi, en deux siècles (le 19ème et le 20ème), les échanges de biens et services ont été multipliés par 1000 environ alors que le PIB mondial n'a été multiplié que par 60 (ce qui est beaucoup quand même !). Cela signifie qu'une proportion grandissante des productions nationales est exportée et que les économies nationales sont de plus en plus insérées dans l'économie mondiale. Résultat : l'internationalisation des échanges est un vecteur de la mondialisation, c'est-à -dire de la constitution d'un marché mondial ayant une logique propre qui n'est pas celle des économies nationales. Face à la mondialisation, les réactions, et les analyses, sont variées, de l'approbation sans question (car elle est présentée comme inéluctable et favorable à la croissance) à l'acceptation avec fatalisme (car elle est ressentie comme une situation que l'on subit sans rien y pouvoir) et à la contestation (par ceux qui voudraient une altermondialisation, c'est-à -dire une autre mondialisation). S'il y a des conflits autour de la mondialisation, c'est probablement que tous (tous les pays, ou tous les citoyens des pays) n'en retirent pas les mêmes avantages : d'une part, certains pays pauvres, ou certains citoyens fragilisés, peuvent être marginalisés par la mondialisation alors que d'autres (pays ou citoyens) s'enrichiront grâce à la mondialisation ; d'autre part, les enjeux de la mondialisation ne sont pas qu'économiques, mais aussi sociaux ou culturels : par exemple, on peut se demander si la domination américaine dans le domaine du cinéma ne risque pas de déboucher sur une uniformisation culturelle du fait de la libre circulation des films. Finalement, dans ce chapitre, pour pouvoir ensuite nous demander dans quel monde nous voulons vivre demain, il s'agit d'essayer d'abord de connaître la réalité actuelle, la mondialisation telle qu'elle est, ses ressorts et ses risques. Pour tenter de répondre à ces questions, nous commencerons par nous interroger sur les liens que l'on peut établir entre le commerce international, la croissance et le développement : en quoi le commerce international peut-il favoriser la croissance et le développement. Puis nous nous interrogerons sur le rôle d'un des acteurs essentiels de ce processus, les entreprises, qui, par les stratégies qu'elles ont mises en place, génèrent pour une bonne part la mondialisation. Enfin, nous essaierons de comprendre en quoi la Page 1/27
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mondialisation agit sur les évolutions sociale et culturelle et nous montrerons à la fois que la mondialisation suppose une régulation mais aussi que cette régulation a bien du mal à se mettre en place, ce qui est évidemment lié à la contestation actuelle autour de la mondialisation.

1 - Commerce international, croissance et développement.
Les échanges internationaux peuvent-ils être considérés comme un facteur de développement et de croissance économique ? Et à quelles conditions pourraient-ils l'être ? Ce sont des questions à enjeux importants : en effet, et pour les pays déjà développés mais qui connaissent une croissance ralentie (pays européens par exemple), et pour les pays ayant encore un faible niveau de développement et qui recherchent une accélération de leur croissance, l'insertion renforcée dans les échanges internationaux pourrait donner ce coup de pouce dont ils ont besoin. Nous allons montrer d'abord comment le libreéchange, une forme des échanges internationaux, mis largement en pratique depuis la fin de la seconde guerre mondiale, a permis l'expansion des échanges qui elle-même a eu des effets positifs sur la croissance économique des pays concernés. Pourtant le libre-échange n'est pas généralisé et son extension se heurte à des pratiques protectionnistes dont il faut essayer de comprendre l'existence, ce sera l'objet de notre deuxième paragraphe. Enfin, nous verrons comment les Etats ont mené des politiques différentes d'insertion dans les échanges internationaux et quelles en ont été les conséquences sur la croissance économique et le développement.

1.1 - Les effets économiques du libre-échange justifient le développement du commerce international.
Le libre-échange est principe qui préconise la libéralisation du commerce international afin d'accroître la prospérité économique mondiale. Libéraliser les échanges, cela veut dire que l'Etat laisse les agents économiques nationaux commercer comme bon leur semble avec ceux des pays étrangers. Cela veut dire aussi que l'Etat ne fausse pas la concurrence en soutenant d'une façon ou d'une autre les entreprises nationales. En fait, le libre-échange, c'est le libéralisme économique appliqué aux échanges internationaux. Le libre-échange ne va pas de soi. Longtemps, on a pensé le commerce international en termes conflictuels : il s'agissait, pour chaque pays, d'exporter plus qu'il n'importe, afin de s'enrichir aux dépens de ses voisins. Ce n'est qu'à la fin du 18ème siècle, avec notamment A.Smith (1776) et D.Ricardo (1817) que se développe l'idée qu'un commerce international libre peut être mutuellement profitable pour les pays qui y participent. Cette idée s'est progressivement affinée et étayée, jusqu'à devenir aujourd'hui la doctrine économique dominante en matière de commerce international. Nous allons présenter ici rapidement les trois principaux arguments économiques que l'on avance en faveur de la libéralisation du commerce mondial.

1.1.1 - L'échange international permet la division internationale du travail (DIT) qui accroît la productivité des facteurs et donc la richesse globale.
C'est l'argument initialement avancé par A. Smith et surtout D. Ricardo, pour qui un commerce international libre de toute entrave est un facteur de croissance économique. Voyons-en les points essentiels :

L'échange international permet la Division internationale du travail (DIT). Plutôt que de produire l'ensemble de ce dont il a besoin, un pays peut se procurer certains biens ou services grâce à l'échange international, en vendant une partie de sa production à l'étranger. Cela suppose qu'il produise dans certains secteurs plus qu'il n'a besoin et qu'en contrepartie il produise moins ou pas du tout dans d'autres secteurs. Les pays qui participent au commerce international peuvent ainsi chacun se spécialiser dans une ou plusieurs productions, c'est ce que l'on appelle la Division internationale du travail. La DIT permet à chaque pays de se spécialiser selon son avantage comparatif ce qui accroît la Page 2/27

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productivité globale. Dès lors que le commerce international lui permet de se spécialiser, chaque pays a intérêt à le faire dans le secteur où il a le plus grand avantage comparatif, c'est-à -dire celui dans lequel ses facteurs de production (capital et travail) auront la productivité la plus importante relativement à l'étranger. C'est en effet la stratégie qui lui permettra de tirer le plus de richesse de sa production, pour ses besoins propres comme pour importer les biens et services produits à l'étranger. Dans la mesure où tous les pays se spécialisent selon leur avantage comparatif, alors la productivité des facteurs augmente dans tous les pays et la production globale s'accroît. Des pays qui commercent entre eux produisent plus et sont donc plus riches que s'ils vivaient chacun en autarcie.

Chaque pays peut trouver sa place dans la DIT. L'ouverture au commerce international entraîne toujours une crainte : celle d'être dépassé par la concurrence internationale dans toutes les productions, et donc de ne pas avoir de place dans la DIT. C'est D. Ricardo qui a montré que cette crainte était infondée. En effet, la règle de l'avantage comparatif veut que chaque pays se spécialise non pas dans toutes les productions où il a un avantage sur ses concurrents, mais dans la production où cet avantage est le plus grand. Autrement dit, si deux pays commercent entre eux et que l'un est meilleur que l'autre dans tous les secteurs, il a quand même intérêt à se spécialiser dans certains secteurs et à abandonner les autres à son concurrent moins performant. L'important est chacun se spécialise dans les productions où il est le plus efficace… ou le moins mauvais ! Ce point essentiel du raisonnement est explicité dans les activités et l'encadré " pour aller plus loin : la théorie des avantages comparatifs de D. Ricardo " qui vous sont proposés ci-dessous. Attention, les avantages comparatifs ne sont pas donnés une fois pour toutes, ils sont construits par l'histoire et les politiques des pays. Il y a avantage comparatif dès lors que les pays qui commercent ont des niveaux de productivité différents. La spécialisation internationale permet à chacun de concentrer ses moyens de production surles secteurs où ils seront relativement les plus efficaces. Mais d'où viennent les écarts de productivité entre les pays ? Parfois ils peuvent être tirés d'avantages naturels – on pense par exemple aux richesses minières du sous-sol où à la fertilité des terres agricoles. Mais dans la plupart des cas, un avantage de productivité est le fruit d'une histoire : l'industrie anglaise des débuts de l'ère industrielle surpassait ses concurrentes parce que ses entrepreneurs avaient beaucoup investi, beaucoup innové, que les ouvriers anglais étaient bien formés. Mais les autres pays, notamment l'Allemagne ou les Etats-Unis à la fin du 19ème siècle, ont pu combler ce retard, notamment par des politiques publiques appropriées qui ont amélioré la productivité industrielle.

Cela a deux conséquences : d'abord que les spécialisations commerciales ne sont pas nécessairement stables, l'avantage comparatif d'un pays pouvant évoluer et se transformer. Mais surtout, cela implique qu'un pays peut essayer de " choisir " son avantage comparatif. Par exemple, en développant la recherche, en investissant dans la formation initiale et continue, en favorisant fiscalement l'investissement, un Etat peut acquérir un avantage comparatif dans les secteurs industriels de pointe. Quel est l'intérêt d'une telle politique ? Il découle de ce que l'avantage tiré du commerce international n'est pas forcément réparti également entre les pays. Nous avons vu plus haut que, selon la théorie des avantages comparatifs, la spécialisation internationale accroît le niveau de production global. Mais ce surcroît de richesse, comment se distribue-t-il ? Là -dessus, la théorie ne dit rien. Or, il peut être plus avantageux, par exemple, de se spécialiser dans le secteur des hautes technologies parce qu'il entraîne des externalités positives pour le reste de l'économie, et donc procure un meilleur rythme de croissance à l'économie nationale. Il peut aussi être plus avantageux de se spécialiser dans les nouveaux secteurs, où les gains de productivité sont forts ce qui permet une plus grande distribution de richesse. Vous avez là la racine des politiques de compétitivité que mènent actuellement les pays engagés dans le commerce mondial, chacun voulant s'assurer dans la DIT la place la plus avantageuse.

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1.1.2 - L'échange international permet des économie d'échelle et donc une production à moindre coût.
C'est la deuxième justification du libre-échange dans le commerce international. Dans cette optique, le commerce international permet encore d'augmenter la productivité des facteurs, surtout celle du facteur capital, mais pas grâce à la spécialisation des économies, simplement par la concentration industrielle.

Le libre-échange permet eux entreprises de vendre plus, et donc de produire plus et de profiter d'économies d'échelle. L'ouverture des frontières au commerce international (le libre-échange) permet aux entreprises de trouver de nouveaux clients sur les marchés extérieurs. Si c'est le cas, les entreprises, vendant plus, devront également produire plus. Cette augmentation de la production entraîne, dans beaucoup de secteurs et notamment les secteurs industriels, la réalisation d'économies d'échelle et donc la baisse des coûts de production. La baisse des prix liée aux économies d'échelle augmente le pouvoir d'achat des consommateurs ce qui accroît à nouveau la taille des marchés. La réduction des coûts de production dans les entreprises grâce aux économies d'échelle permet la baisse des prix de vente des biens et services. Le pouvoir d'achat des consommateurs augmente donc, et ils peuvent acheter une plus grande quantité de biens et services (les mêmes ou de nouveaux produits). Cette demande accrue impose d'augmenter l'offre, c'est-à -dire la production, ce qui renforce encore les économies d'échelle et la baisse possible des prix de production. On a donc un " cercle vertueux " qui s'enclenche entre le commerce international et la croissance économique.

1.1.3 - L'échange international accroît la diversité des produits et donc le choix du consommateur.
En ouvrant ses frontières au commerce international, un pays permet à ses consommateurs d'accéder à des biens étrangers dont les caractéristiques sont souvent différentes des biens produits localement. C'est le cas des fruits et légumes exotiques qu'on peut désormais trouver sur les marchés français, mais c'est aussi le cas pour des biens qu'on pourrait croire plus standardisés comme les automobiles : pour les consommateurs, les voitures allemandes, françaises, japonaises ou italiennes n'ont pas les même caractéristiques (qualité, design, performances, etc.) et le commerce international permet bien un choix plus large de produits. Cet argument en faveur du libre-échange est moins souvent avancé, parce que le débat se concentre généralement sur les gains en termes de croissance que l'on peut tirer du commerce international. Pourtant, la diversité des objets de consommation est aussi une forme de richesse, et l'on souffrirait sûrement de la perdre si l'économie française se fermait brutalement au commerce mondial. On voit donc que le libre-échange génère des effets économiques favorables à la croissance économique : abaissement des coûts de production et des prix, meilleure allocation des ressources disponibles, économies d'échelle, diversité accrue des produits. On peut donc se demander pourquoi le libre-échange ne se généralise pas plus vite, par exemple dans le domaine des services ou des produits agricoles, ou pourquoi l'Union européenne, par exemple, a cherché à se protéger des importations textiles chinoises. Il y a, derrière ces pratiques protectionnistes, des éléments qui montrent sans doute que le libreéchange n'a pas que des effets positifs.

1.2 - La persistance de pratiques protectionnistes montre la volonté d'intervention des Etats.
Le protectionnisme vise à protéger l'espace national face à l'entrée de produits étrangers. Il suppose l'intervention de l'Etat car il nécessite des règles qui s'imposent à tous. Il faut donc que l'Etat ait des raisons pour agir ainsi, surtout si l'on songe aux intérêts que semble présenter le libre-échange. Ce Page 4/27
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sont ces raisons que nous allons d'abord exposer. Nous verrons ensuite quels sont les outils utilisés aujourd'hui pour mettre en œuvre ce protectionnisme.

1.2.1 - Le protectionnisme éducateur : l'Etat protège les entreprises nationales jusqu'à ce qu'elles soient en mesure d'affronter la concurrence internationale.
Cette idée de la nécessité de protéger certaines industries du pays de la concurrence internationale n'est pas récente, nous allons le montrer en exposant la théorie de F. List, qui date du 19ème siècle.

Le protectionnisme éducateur de Friedrich List : cet économiste allemand a pris position au milieu du 19ème siècle contre le libre-échange généralisé pour les pays non encore industrialisés. Son raisonnement était le suivant : comme toutes les spécialisations ne se valent pas, comme il vaut mieux fabriquer des produits manufacturés modernes que des produits primaires, le pays doit fermer ses frontières à ces produits modernes pour permettre la naissance et le développement des jeunes industries (ou " industries dans l'enfance ", comme disait List). En effet, si on n'établissait pas de protectionnisme, les produits étrangers modernes arriveraient en masse dans le pays, à un prix bas du fait de l'expérience et des économies d'échelle réalisées par les entreprises étrangères. Résultat : les entreprises du pays ne pourraient pas rivaliser et devenir compétitives car, au début du processus de production (lorsqu'un nouveau bien est produit), les coûts sont toujours élevés. Finalement, les entreprises modernes ne se développeraient jamais dans le pays. Pour List, le libre-échange est donc une machine de guerre aux mains des pays les plus avancés, à son époque surtout le Royaume-Uni, berceau de la première révolution industrielle. Les pays moins en avance à l'époque (l'Allemagne, par exemple) n'ont donc intérêt à mettre en oeuvre le libre-échange que dans les branches où ils n'ont pas d'industries naissantes à protéger. Mais List a souligné que le protectionnisme devait n'être que partiel (certaines branches seulement) et temporaire car il favorise les prix élevés au contraire du libre-échange qui accroît la concurrence et fait donc pression à la baisse sur les prix. Aujourd'hui, si la plupart des Etats sont d'accord, au moins officiellement, pour reconnaître le bienfondé du libre-échange, un certain nombre font cependant observer que si le libre-échange génère bien des gains, ceux-ci ne sont pas forcément partagés également, d'où l'intérêt pour un Etat d'essayer de peser pour profiter au maximum de ces gains. Dans ce contexte, l'Etat peut alors avoir intérêt à encourager ou à défendre certaines activités qui permettent de gagner davantage au libre-échange.

On le voit, ici, les Etats ne contestent pas l'intérêt du libre-échange dans son principe. Ils sont protectionnistes car ils pensent que le libre-échange peut être temporairement dangereux pour leur pays.

1.2.2 - La politique commerciale stratégique : un protectionnisme limité à certains secteurs peut être favorable à la croissance économique nationale.
Mais certains soutiennent aussi l'idée que le protectionnisme peut avoir une certaine efficacité sur le plan de la croissance économique. Ainsi, ceux qui défendent les politiques commerciales stratégiques recommandent l'intervention de l'Etat dans le but d'assurer une meilleure croissance économique.

Qu'appelle-t-on politique commerciale stratégique ? Il s'agit d'un ensemble de mesures prises par un Etat pour développer certaines activités jugées stratégiques, c'est-à -dire permettant de gagner davantage à l'échange international. Ces mesures sont évidemment protectionnistes car elles visent à défendre des entreprises nationales, à leur donner un avantage dans l'échange international face aux concurrents étrangers. Il peut s'agir de subventions, de financement de la recherche-développement, de commandes publiques préférentielles, de restrictions quantitatives sur les importations, etc. Pourquoi certaines activités sont-elles " stratégiques " ? Il faut rappeler que, au niveau international comme au niveau national, la concurrence est rarement parfaite ce qui débouche sur un décalage possible entre le prix du produit sur le marché et son coût de production : avec certaines aides, des entreprises peuvent avoir des coûts nettement plus bas Page 5/27

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que le prix du marché, ce qui rend évidemment l'échange très avantageux. D'où l'idée, pour l'Etat, d'essayer de développer ce type d'entreprise. Quelles branches sont concernées ? Il s'agit de celles où les économies d'échelle sont très importantes (plus les quantités produites augmentent, plus le coût unitaire de production diminue) du fait de l'importance des coûts fixes, où le ticket d'entrée dans la branche est très élevé (ce qui décourage la concurrence) toujours du fait des coûts fixes et où les effets d'apprentissage sont importants (plus on produit, plus on apprend et mieux on sait faire, ce qui fait gagner en coûts par rapport aux concurrents moins expérimentés). Ce soutien aux activités stratégiques s'ajoute souvent aujourd'hui à un choix fait autrefois largement au nom de " l'intérêt national " : on estimait que certaines activités étaient tellement importantes pour la vie économique du pays qu'on ne pouvait pas courir le risque de les laisser tomber dans des mains étrangères (c'est l'argument utilisé pour nationaliser la production d'électricité en 1945 ou pour la production d'énergie nucléaire), d'où en France par exemple, les nationalisations ; d'autre part, on peut vouloir éviter, pour des raisons sociales en particulier, la disparition de certaines entreprises nationales sous la pression de la concurrence internationale. Un exemple pour mieux comprendre : l'industrie aéronautique. Face au premier constructeur mondial, l'américain Boeing, dans les années 1970-1980, il n'y avait pas de rival en Europe. Certains pays européens ont créé un consortium (entreprise commune, au sein de laquelle on répartit la production entre les pays) et l'ont soutenu de manières diverses pour finalement parvenir à développer Airbus. L'aéronautique est une branche dans laquelle l'entrée est très coûteuse (les équipements sont très spécialisés, la R&D doit être très poussée, le réseau clients est très difficile à constituer). Les effets d'apprentissage et les économies d'échelle y sont très importants. Une fois installé dans la branche, on peut y réaliser de gros profits, mais il faut parvenir à s'y installer. C'est l'objet de la politique commerciale stratégique. Les Etats européens ont largement subventionné Airbus, en particulier sur le plan de la R&D, mais aussi sur le plan des implantations. Airbus n'aurait jamais pu se développer sans ce soutien qui a permis de développer une industrie aéronautique, donc d'augmenter la production réalisée sur le territoire européen. Les limites de ce raisonnement Ce type de protectionnisme est critiqué par un certain nombre d'économistes. D'abord, on peut craindre les représailles : si un Etat avantage certaines entreprises, on peut penser que les autres Etats vont très mal prendre la chose et essayer de faire la même chose ou de pénaliser sur leur territoire les entreprises avantagées par leur pays. Ensuite, on peut soutenir que les Etats ne sont pas toujours capables d'une part de repérer les branches " stratégiques ", et d'autre part de concevoir des mesures protectionnistes efficaces et sans effet pervers. C'est la position de l'économiste américain Paul Krugman, en particulier, qui défend le libre-échange alors même qu'il est tout à fait d'accord sur ses imperfections.

1.2.3 - L es outils du protectionnisme contemporain.
Les pratiques protectionnistes utilisent aujourd'hui des outils très variés. Les moins fréquentes sont les barrières tarifaires. On trouve donc surtout des barrières non tarifaires, c'est-à -dire toutes les barrières autres que les droits de douane. Mais on a aussi une protection monétaire et financière ponctuellement efficace.

Les barrières tarifaires On appelle ainsi les taxes douanières mises à l'entrée de produits étrangers dans l'espace national. Ces barrières ont très largement disparu puisque le libre-échange les a pratiquement éliminées. On peut cependant considérer que le versement de subventions publiques aux entreprises constitue des barrières tarifaires : une entreprise dans cette situation peut vendre moins cher, du coup les importations sont découragées car elles apparaissent comme plus chères que les produits nationaux. L'agriculture est un des secteurs les plus protégés sur ce plan-là , que ce soit dans l'Union européenne ou aux Etats-Unis. Les aides directes aux agriculteurs ont remplacé, souvent, les barrières tarifaires directes. Page 6/27

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Les barrières non tarifaires • Les restrictions quantitatives (quotas, contingentements) : les autorités politiques fixent un volume annuel maximum d'importation pour un produit donné. Une fois le volume atteint, on attend l'année suivante pour importer … Ces pratiques sont en principe interdites par le GATT autrefois comme par l'OMC aujourd'hui. Elles ont beaucoup perdu d'importance aujourd'hui. • Le commerce administré : il s'agit d'accords conclus entre deux pays pour limiter " volontairement " les exportations de l'un vers l'autre. Il y a eu de tels accords dans le textile par exemple : certains pays d'Asie se sont engagés à n'exporter que des quantités limitées de sous-vêtements en France. Mais ce type d'accords ne concerne pas forcément que des activités industrielles traditionnelles. Il y en a aussi dans l'électronique grand public ou les motos (source / Y. Crozet et alii, Les grandes questions de l'économie internationale, Nathan juin 2005). • L'imposition de normes diverses, techniques, sanitaires ou autres. Ces normes ont souvent officiellement comme objectif de protéger le consommateur mais elles sont aussi un moyen détourné pour décourager les importations. A titre d'exemple, on peut rappeler qu'en 1982, le gouvernement français a décrété que tous les magnétoscopes importés devraient transiter par le bureau des douanes de Poitiers pour les formalités douanières ; vu la taille de ce bureau et le boom de la demande de magnétoscopes à l'époque, on peut se douter du résultat : de gigantesques files d'attente et des magnétoscopes mis sur le marché français au compte-gouttes ! C'était bien sûr une mesure protectionniste. La protection monétaire Il s'agit d'utiliser la monnaie, c'est à dire en fait, directement ou indirectement (en manipulant les taux d'intérêt), le taux de change pour aider les entreprises nationales à exporter davantage. La Banque centrale peut par exemple faire baisser le taux de change plus qu'il n'aurait baissé spontanément de manière à rendre les produits nationaux plus compétitifs sur les marchés étrangers. On peut penser que ce n'est pas par hasard que le dollar en 2003 a tant baissé par rapport à l'euro : bien sûr, il y a le déficit commercial américain qui peut expliquer cette faiblesse de la devise américaine, mais la Banque centrale des Etats-Unis ne fait rien pour soutenir sa monnaie car cette baisse restaure la compétitivité des produits américains.

On a cité ici les instruments essentiels utilisés pour mener une politique protectionniste, on voit qu'ils sont donc nombreux et que les pays y ont fréquemment recours. Conclusion : les pratiques protectionnistes ont donc loin d'avoir disparu, malgré les avantages, supposés ou réels, du libre-échange. Ce protectionnisme n'est cependant pas exempt de risques. D'une part, quand chacun cherche à se protéger des autres, à gagner plus que les autres, on est dans une logique de confrontation, pas de coopération, et on peut le regretter. Remarquons, cependant, que le libre-échange ne correspond pas non plus forcément à une logique de coopération car tous ne gagnent pas également à ce jeu. D'autre part, sur le plan économique, on peut craindre que le protectionnisme ne débouche sur une moindre efficacité : en effet, si les entreprises d'un pays se sentent protégées, si la concurrence est moindre, elles feront moins d'effort pour augmenter leur productivité et leur compétitivité, ce qui peut être très dommageable pour l'économie du pays.

1.3 - Mondialisation et développement : quelle place pour les politiques publiques ?
Vous venez d'étudier les arguments en faveur ou non du libre-échange et du protectionnisme. Quels ont été en pratique les choix effectués en particulier dans le cadre des politiques publiques ? On peut distinguer le choix des pays riches de celui de nombreux pays en développement et de celui des nouveaux pays industrialisés notamment asiatiques.

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1.3.1 - Le commerce international s'est développé depuis la seconde guerre mondiale grâce au choix du libre-échange ; de fait, il a surtout bénéficié aux PDEM.
Les pays industrialisés ont fait le choix du libre-échange après 1945, ce qui a été un des facteurs du développement des échanges internationaux. Ce choix s'est fait dans le cadre du GATT, qui s'est transformé en OMC en 1995, mais aussi notamment pour la France dans le cadre de la C.E.E. devenue Union Européenne. C'est durant la seconde guerre mondiale que les Etats-Unis projetaient de créer des institutions internationales capables de sécuriser les relations internationales. Pour ce qui nous concerne ici, les échanges internationaux, il s'agissait d'établir un cadre favorisant ces échanges et permettant d'éviter notamment les dérives protectionnistes des années 30 qui visaient à protéger les producteurs nationaux de la concurrence internationale mais ont eu pour conséquence de fermer les débouchés de chacun des pays, accentuant ainsi la crise économique (mais aussi les tensions nationalistes). Ainsi, des négociations eurent lieu qui aboutirent à la création du GATT(ou A.G.E.T.A.C. en français) entre les 23 pays signataires (dont la France).

Un commerce international encadré par des institutions et des accords régionaux

Des institutions, le GATT et l'OMC : du provisoire à l'origine qui a duré jusqu'à nos jours ! Des règles fondamentales découlèrent de la situation de l'époque. Tout d'abord, un système de garanties juridiques permettant le commerce entre pays fut décidé ; ensuite des forums de négociation, les " rounds " (voir pour en savoir plus n°1), durant lesquels se négocient, par exemple, l'abaissement des tarifs douaniers ou la disparition des quotas ont été organisés. Vous devez donc bien voir deux choses : d'une part, avec le GATT, il n'y a pas de libre-échange immédiat et total (les tarifs douaniers existent toujours) ; d'autre part, le GATT un accord entre Etats : ce sont les politiques commerciales des Etats qui sont l'objet de négociations et non les pratiques des entreprises . En quoi consistent ces garanties juridiques, ce code de bonne conduite ? Il s'agit de la célèbre " clause de la nation la plus favorisée " qui permet un abaissement multilatéral des barrières douanières mais aussi l'interdiction du dumping et des barrières non tarifaires (voir pour en savoir plus 2) L'OMC (voir notion) qui a remplacé le GATT (voir pour en savoir plus 3 pour connaître leurs différences) est restée fidèle aux principes élaborés par le GATT et donc, au total, le libreéchange s'est développé au cours des 50 ans écoulés et est devenu la règle presque générale des échanges, sur la planète entière. Ce sont donc les Etats qui ont concouru à son établissement, le libre-échange ne s'est pas installé spontanément. Mais cela ne signifie pas que le protectionnisme ou les tentations protectionnistes aient disparu, au contraire. Des accords régionaux L'existence d'accords régionaux (par exemple celui qui a créé l'Union européenne) a pu engendrer la crainte d'établissement de blocs régionaux fermés au reste du monde. Qu'en est-il en fait ? Ces accords régionaux sont une exception à la clause de la nation la plus favorisée mais sont acceptés dans la mesure où ils aboutissent à une plus grande libéralisation des échanges au sein de la zone sans pour autant accroître les restrictions aux échanges vis-à -vis des pays hors de la zone. Ainsi un commerce supplémentaire serait créé entre les pays de la zone, conforme aux avantages supposés du libre-échange. Mais ces accords ne risquent-ils pas aussi d'aboutir au fait que les pays de la zone privilégiant les échanges entre eux échangent moins avec les pays extérieurs ? N'y a-t-il donc pas ce que l'on appelle un détournement de commerce : les entreprises sur le territoire français ne vont-elles pas acheter plus de biens d'équipement ou d'automobiles à l'Allemagne qu'au Japon, les droits de douane n'existant plus pour l'importation de produits allemands alors qu'ils restent les mêmes vis-à -vis des produits japonais ? L'exemple européen montre que le fait que les échanges de l'Union européenne se soient développés très rapidement entre pays membres n'a pas empêché un développement Page 8/27

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encore plus rapide des échanges avec les pays hors Union européenne.

Le développement des échanges depuis 1945 se fait surtout entre les pays industrialisés mais ces échanges se transforment.

Le commerce international est essentiellement un commerce entre pays développés et ceci n'a pas vraiment changé depuis la seconde guerre mondiale. En effet, en 1948 comme en 2003, le commerce international des PDEM représentait un peu moins de 70 % du commerce mondial. Cette permanence est d'autant plus remarquable que la croissance du commerce mondial a été particulièrement forte durant cette période. En effet, depuis 1950, le commerce mondial a toujours augmenté plus vite que la production mondiale. Cela signifie que les économies nationales sont de plus en plus " ouvertes ", c'est-à -dire que leur degré d'ouverture augmente : une part croissante de la production nationale est vendue à l'étranger et, parallèlement, une part croissante de la demande du pays est satisfaite par des produits venant de l'étranger. Cela s'accompagne d'une interdépendance de plus en plus grande entre pays (en terme de demande) et cela d'autant plus que les marchés financiers sont reliés aussi entre eux (c'est la globalisation financière : voir pour en savoir plus). Cette croissance du commerce international s'est faite selon un rythme différent selon les produits : elle est beaucoup plus rapide pour les produits manufacturés que pour les produits primaires entre 1950 et 2005 . On pourrait penser que ce développement rapide des échanges de produits industriels avantage les pays déjà développés qui les produisent. Et cela a bien été le cas jusqu'au début des années 1970. Mais depuis, les choses ont bien changé. Vous connaissez l'exemple de la Chine mais on pourrait l'élargir à d'autres pays comme les NPI d'Asie : ceux-ci tendent à devenir " l'atelier du monde " comme il est souvent dit. Et la part des produits manufacturés dans le total des exportations des pays en développement (PED) est passé de 7% en en 1960 à environ 70 % aujourd'hui ! C'est donc un changement majeur du commerce mondial : des concurrents de poids viennent bousculer les PDEM. La Chine qui était le 21ème exportateur mondial de marchandises en 1973 est devenu le 4ème en 2003. Autres exemples : la Corée du Sud est passée du 38ème rang au 12ème, la Malaisie du 40ème au 20ème, la Thaïlande du 51ème au 24ème ! Quant aux échanges de services, leur croissance est plus récente mais très rapide. Résultat : la part des services dans les échanges internationaux s'accroît rapidement, elle est de l'ordre de 20% en 2002 alors qu'elle n'était que de 15% en 1980. Cependant une part importante des services reste relativement difficilement exportable : services non marchands comme l'enseignement (même si BRISES est utilisée dans le monde entier !), services aux personnes comme la santé, par exemple car ils sont non stockables et leur consommation est souvent liée à des habitudes culturelles. Ils constituent ce que l'on appelle le " secteur abrité ", c'est-à -dire abrité de la concurrence internationale. Ce secteur abrité peut être considéré comme un gisement d'emplois pour lesquels le coût salarial a peu d'importance puisqu'il n'y a pas de concurrence venant d'autres pays.

Conclusion : les pays développés à économie de marché continuent de réaliser la part la plus importante des échanges mondiaux (plus des deux tiers) mais ils sont de plus en plus concurrencés sur les produits industriels par de nouveaux concurrents (Inde, Chine, par exemple). Le développement des échanges de services est très rapide depuis le début des années 1980. Comme les échanges internationaux se développent plus rapidement que la production, les économies sont de plus en plus ouvertes et interdépendantes.

1.3.2 - Les pays en développement ont plus souvent utilisé des politiques protectionnistes ou alors tenté un développement basé sur l'exportation de matières premières, politiques dont le bilan est très mitigé !

Le constat : depuis 1948, on observe que certains pays en développement ont vu leur part dans les exportations mondiales s'accroître significativement (les pays asiatiques, essentiellement, mais aussi Page 9/27

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les pays pétroliers à cause de la hausse du prix du pétrole) alors que d'autres pays voient au contraire leur part diminuer sensiblement : par exemple, alors que les exportations des pays africains représentaient 7,3% des exportations mondiales en 1948, elles n'en représentent plus que 2,9% en 2005). Comment expliquer ce constat ? Tout d'abord, par le choix de stratégies différentes. Certains pays, comme de nombreux pays d'Amérique latine dans les années 1960, ont choisi une stratégie protectionniste et un développement axé sur le marché intérieur. Mais cette stratégie a buté sur la taille des marchés intérieurs, insuffisante pour rentabiliser la production. Dès lors, la croissance a été relativement faible. Inversement, de nombreux pays asiatiques ont choisi l'insertion dans le commerce international. Cette stratégie d'ouverture internationale semble avoir été plus efficace : en effet, les pays les plus ouverts, c'est-à -dire les plus intégrés au commerce mondial, sont aussi ceux qui ont eu la croissance la plus rapide (4.6% par an en moyenne contre 1.2% seulement pour les pays moins ouverts sur la période 1960-1973 , par exemple) .

Ceci étant dit, qu'en est-il des pays ayant voulu s'insérer dans le commerce international en utilisant comme avantage spécifique la présence de matières premières sur leur sol ?

Le choix d'une politique d'insertion par exportation de matières premières. Par cette politique, le pays se spécialise dans la production de un ou quelques produits primaires pour lesquels il est bien doté, soit sur le plan des ressources naturelles (matières premières), soit sur le plan du climat, les produits étant relativement peu (voire pas du tout) transformés avant d'être exportés. Ainsi le Burkina-Faso exporte-t-il massivement des haricots verts, souvent très fins (donc chers), vers les marchés des pays européens pendant l'hiver. Ces exportations vont générer des revenus, liés en particulier aux emplois créés, dont on espère qu'ils seront utilisés de manière à contribuer au développement économique du pays en favorisant l'accroissement de la demande. De plus, le développement de ces activités suppose la réalisation d'investissements qui constituent aussi un élément de la demande et favorisent a priori la croissance. Pour autant, ce type de politique d'insertion internationale a-t-il été efficace ? Ne peut-on pas parler d'échec des politiques de développement lors qu'elles sont fondées sur l'exportation de matières premières ? En effet, ce type de politique ne contribue pas forcément à développer le marché intérieur : on produit bien des haricots verts, si on garde notre exemple, mais ce n'est pas pour nourrir la population du pays. Et la plupart du temps, c'est la bourgeoisie locale, liée à l'étranger, qui utilise les montants issus des exportations pour satisfaire ses besoins, lesquels sont souvent satisfaits par des produits importés. Et les revenus distribués à l'occasion de la production des haricots verts ne servent pas réellement à constituer un marché intérieur, tout simplement parce que la production supplémentaire n'est pas mise en vente sur le marché intérieur. Il n'y a donc pas de production supplémentaire à acheter avec ces suppléments de revenu, il faut donc importer pour répondre à la demande. Pire même : ces productions vont utiliser des surfaces cultivables, en général les meilleures, qui ne pourront plus l'être pour les cultures vivrières, ce qui peut même contribuer à diminuer les quantités mises sur le marché local. On peut tenir le même raisonnement aujourd'hui pour les surfaces consacrées à la fabrication de bio-carburants. En outre, faire reposer le développement du pays sur les produits primaires pose un problème lié aux caractéristiques des prix des produits primaires. Ces prix ont deux caractéristiques principales : d'une part, ils sont extrêmement fluctuants dans le temps, c'est à dire qu'ils peuvent monter ou baisser très rapidement, beaucoup plus que les prix des produits manufacturés ; d'autre part, sur le long terme, comparativement au prix des produits manufacturés, leur pouvoir d'achat a en général diminué : cela signifie qu'avec la même quantité d'un produit primaire, on achète de moins en moins de produits transformés. C'est ce que l'on mesure grâce aux termes de l'échange [pour une définition des termes de l'échange, voir le " à savoir avant de commencer "]. Or, ces termes de l'échange, pour les pays en développement, ont été très instables et plutôt orientés à la baisse (sauf pour les pays exportateurs de pétrole) ce qui ne permet pas de favoriser une croissance durable. (voir pour en savoir plus n°5) Page 10/27

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L'endettement croissant des pays ayant choisi cette stratégie de développement et les politiques d'ajustement structurel qui leur ont été imposées par les organisations internationales. Les pays en développement se sont beaucoup endettés dans les années 1970 car, à cette période, les prix des produits primaires étaient relativement élevés ce qui permettait d'envisager le remboursement. Mais cela n'a pas duré et, à partir du moment où la dette ne peut pas être remboursée dans les délais prévus (à cause de la baisse des prix), on assiste en général à une course sans fin : les pays empruntent de quoi payer la charge de la dette (la charge de la dette, c'est ce qu'il faut payer chaque année, c'est-à -dire le montant des intérêts annuels et la fraction remboursable du capital emprunté), ce qui accroît évidemment la charge future de remboursement, d'autant que les taux d'intérêt consentis par les banques internationales sont élevés compte tenu du risque encouru par les créanciers. On s'engage alors dans une spirale sans fin, qui ne peut que mal finir : les pays finissent par ne plus trouver de banques qui acceptent de leur prêter de l'argent ou ils déclarent ne plus pouvoir rembourser leurs dettes. Dans les deux cas, les conséquences pour le pays en développement sont graves puisqu'il n'arrive plus à trouver les capitaux nécessaires à son développement et qu'il doit chaque année se saigner (c'est-à -dire prélever sur ses ressources) pour essayer de rembourser sa dette. Mais les conséquences peuvent être graves aussi pour les pays développés car une banque qui a beaucoup prêté à un pays en développement peut se retrouver en grande difficulté si le pays ne rembourse pas. Ce scénario s'est effectivement déroulé dans certains pays latino-américains, comme le Mexique ou le Brésil, ou des pays africains. Les risques encourus étant très graves (pas seulement pour les pays endettés), les organismes internationaux sont intervenus dans cette crise et ils ont imposé aux pays en développement lourdement endettés une politique visant à l'assainissement économique. Ce sont ce que l'on appelle les plans d'ajustement structurel. Les plans d'ajustement structurel sont des plans construits et imposés par les organisations internationales et visant à remettre de l'ordre dans les déficits publics et commerciaux en échange d'un refinancement de la dette (c'est-à -dire de prêts nouveaux et/ou d'un rééchelonnement de la dette). Pour lutter contre le déficit public, le FMI ou la Banque mondiale imposent une réduction des dépenses publiques. Pour lutter contre le déficit commercial, ils imposent l'ouverture des frontières (pour rétablir la concurrence sur le marché intérieur) et une réduction de la demande intérieure (l'excédent de production amené par cette réduction du marché intérieur peut être exporté, ce qui réduit le déficit commercial, surtout si cela s'accompagne d'une réduction simultanée des importations). Enfin, le pays doit mener une lutte sévère contre l'inflation : diminution du déficit budgétaire, gel des salaires (ce qui contribue à la réduction de la demande intérieure) et hausse des taux d'intérêt. Résultat : dans tous les pays concernés par un plan d'ajustement structurel, on observe une chute du pouvoir d'achat de la population et une récession très sévère, donc la montée du chômage. Dans des pays souvent déjà très pauvres, ces plans ont évidemment des effets sociaux (et parfois politiques) désastreux.

Conclusion : sauf le cas particulier des pays exportateurs de pétrole (cette spécialisation étant pertinente étant donné les besoins énergétiques de l'ensemble des pays du monde), on ne peut pas dire que les politiques fondées sur l'exportation de produits primaires aient eu des effets positifs sur la croissance et le développement des pays qui les ont mises en œuvre. Leur échec a amené ces pays à devoir s'ouvrir davantage au commerce international, dans un contexte restrictif marqué imposé par le FMI et la Banque mondiale.

1.3.3 - Les nouveaux pays industrialisés notamment d'Asie du sud-est ont décidé de jouer la carte de l'insertion dans le commerce international par une politique de remontée des filières largement organisée par l'Etat.
C'est ce pragmatisme entre acceptation du libre-échange et intervention de l'Etat qui a sans doute donné des résultats plutôt satisfaisants en terme de croissance économique.

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Le principe : la stratégie de remontée de filières C'est une stratégie qui vise le marché extérieur. Il s'agit d'une part de substituer aux exportations de produits primaires des exportations de produits manufacturés, d'autre part, une fois le processus engagé, de " remonter les filières ". La politique de remontée de filières consiste par exemple, pour le textile, à commencer par fabriquer des vêtements de sport en important le tissu, le fil, les accessoires, les machines, les services de stylistes, etc. ; ensuite on se met à fabriquer le tissu (c'est le tissage), puis on se met au filage, enfin on n'hésite plus à construire des machines textiles (et à les exporter, bien sûr !). On part donc d'un produit de grande consommation, utilisant beaucoup de main d'œuvre, et on remonte la filière jusqu'à fabriquer les machines-outils nécessaires à la production, quitte à laisser la fabrication des vêtements à des pays moins avancés, donc à délocaliser la production. La cible de cette stratégie est d'abord le marché extérieur mais, en fabriquant des produits manufacturés et en distribuant des revenus à l'occasion de cette production, on vise aussi à développer le marché intérieur.

L'expérience des NPI : Etat, marché et valeurs. Ce sont surtout les pays d'Asie, par exemple la Corée du Sud, qui ont mis en œuvre cette stratégie. Une des raisons essentielles de ce choix était souvent qu'il s'agissait de pays ne disposant pas de matières premières. Pour exporter, et donc s'insérer dans les échanges mondiaux, il fallait qu'ils se spécialisent dans des productions où ils avaient un avantage, cela ne pouvait être que des productions industrielles nécessitant de la main d'œuvre peu qualifiée et nombreuse, le textile ou l'électronique par exemple. Mais la mise en œuvre de cette stratégie s'est accompagnée de caractéristiques particulières qui expliquent la réussite des NPI car il ne faut pas croire que l'insertion dans le commerce international suppose (a)une croyance absolue dans l'efficacité des mécanismes de marché et qu'elle puisse se faire spontanément. Regardons donc tout d'abord le rôle de l'Etat : • L'Etat a joué un rôle majeur dans le processus. Il l'a initié et dirigé, tout en sachant laisser une place grandissante à l'initiative privée. Il a, par exemple, dès le milieu des années 1970, choisi d'aider au développement des industries à forte intensité de travail pouvant concurrencer celles des pays occidentaux du fait du très bas coût relatif de la main d'œuvre (en 1975, le salaire moyen d'un ouvrier du textile sud-coréen ne représentait que 8% de celui d'un ouvrier français, par exemple). Il a aussi protégé le marché intérieur, de manière sélective mais draconienne, de façon à assurer son développement dans les branches qu'il semblait possible de développer tout en recourant massivement aux capitaux étrangers pour l'industrialisation. Enfin, il a mené parallèlement un vigoureux effort de constitution des infrastructures nécessaires au développement, qu'elles soient matérielles, comme le développement d'un réseau de communications, ou immatérielles, comme la formation de la main d'œuvre. Résultat : le pays a pu passer d'industries à forte intensité de travail à des industries de plus en plus sophistiquées, nécessitant de plus en plus de capital et de travail qualifié, en remontant les filières comme on l'a vu plus haut, et même en s'attaquant à la production de services haut de gamme : la Corée du Sud est aujourd'hui un concurrent très sérieux sur la scène internationale en ce qui concerne la fourniture d'usines clefs en mains, elle rivalise donc avec les plus grands groupes multinationaux. Elle dispose d'un tissu industriel diversifié satisfaisant largement par elle-même le marché intérieur. Elle pratique également la délocalisation en faisant produire dans les pays asiatiques voisins, moins développés, ce qu'elle ne veut plus produire chez elle. Mais ces résultats n'auraient pu être obtenus sans l'intervention de l'Etat. • Les valeurs ont également joué un grand rôle dans le développement des pays asiatiques : il ne suffit pas que " l'Etat décide " pour que cela marche, les pays asiatiques en font la preuve. Il y a eu parallèlement à cette volonté étatique une forte mobilisation de la population autour des objectifs de l'Etat. En effet, la population relativement homogène et connaissant peu d'inégalités a toujours valorisé le collectif incarné par l'Etat et a accepté de payer un lourd tribut puisque l'industrialisation a été financée par le maintien d'un faible pouvoir d'achat pendant longtemps, les syndicats étant, par ailleurs, peu présents. Aujourd'hui, cependant, les salaires coréens ont quasiment rattrapé le niveau de ceux des britanniques. Et leur spécialisation ne repose plus sur un avantage lié essentiellement au Page 12/27

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coût du travail mais sur la qualité de leurs produits. La plupart des études portant sur la réussite des NPI insiste aussi sur le rôle actif de certaines minorités cherchant à s'intégrer par l'enrichissement et sur le rôle positif des valeurs enseignées par le confucianisme notamment le respect de la hiérarchie. Le modèle de développement par insertion dans les échanges mondiaux en promouvant les exportations de biens manufacturés et en remontant les filières semble donc avoir prouvé son efficacité. La Corée appartient depuis 1996 à l'OCDE, organisation qui regroupe l'ensemble des pays développés. La crise financière asiatique de 1997 a durement secoué ces pays. Pourtant les NPI asiatiques n'ont pas sombré et il semble bien que ces pays soient définitivement sortis du sous-développement, ce qui ne signifie évidemment pas que tous les problèmes sont réglés : en particulier, la question de la démocratisation de la vie politique est aujourd'hui posée avec acuité, de même que celle des inégalités. Les pays en développement pourraient-ils, devraient-ils, imiter les NPI ? On peut évidemment se poser cette question. Il est difficile d'y répondre mais on peut penser que les choses ne sont pas si simples : si tous les pays pauvres avaient eu, en même temps que la Corée, la même stratégie qu'elle, cela n'aurait pas pu réussir car tous ces pays auraient fabriqué le même genre de produits.

1.3.4 - Ces différentes formes d'insertion dans les échanges internationaux ont eu des effets ambigus sur l'évolution des écarts de niveau de vie entre les régions ou les pays.
A long terme, depuis le début du XIXe siècle, il semble que les niveaux de vie des différents pays aient augmenté de manière très différente (voir § 2.1.3. du chapitre introductif). Les inégalités se sont donc accrues entre les pays.

Comment expliquer cela ? Depuis le début du XIXe siècle, c'est la forte croissance économique des pays aujourd'hui développés par rapport aux autres pays qui explique la croissance des écarts de niveau de vie. Mais y a-t-il un lien entre ces différences de croissance et l'insertion dans le commerce international ? En partie, oui. Une raison avancée pour faire le lien avec le commerce international est que les pays développés sont plus insérés dans le commerce international que les pays aujourd'hui en développement et ont profité des avantages de cette insertion (voir partie sur les avantages comparatifs) à l'inverse des pays restés en dehors des échanges internationaux.

Mais le caractère destructeur du commerce international pour la croissance de certains pays peut être invoqué aussi! En effet, l'efficacité des entreprises des pays ayant connu la révolution industrielle a pu faire disparaître les entreprises industrielles des autres pays : ces dernières n'ont pu se développer ce qui a bloqué la croissance économique et donc accru les inégalités de niveau de vie entre pays. L'exemple type est bien sûr les évolutions inverses de croissance économique et d'augmentation de niveau de vie de l'Angleterre et de l'Inde du fait notamment de la disparition des industries textiles en Inde.

Depuis 1950, le constat de l'évolution des inégalités est moins net, nous l'avons vu. En fonction des indicateurs retenus, on peut observer soit une poursuite de l'aggravation des inégalités, soit une réelle réduction des inégalités. En utilisant un indice de Gini et en le pondérant par la taille de la population (c'est-à -dire en calculant un indicateur par habitant), on observe une diminution de 12% des inégalités par habitant entre 1952 et 2000. Cette diminution s'observe spécialement après 1970 et encore plus nettement depuis1990. Comment s'explique ce renversement de tendance ? On peut penser que cela s'explique par le développement récent de deux pays très nombreux, la Chine et l'Inde.

Pourquoi la Chine (notamment) a vu son niveau de vie se rapprocher un peu de celui des pays développés ? Comment encore une fois expliquer la différence de croissance économique ? Quel lien faire avec le commerce international ? La croissance de la Chine a été depuis le début des années 80 supérieure à 9 %, celle de l'Inde se rapproche de celle de la Chine alors que celle des pays développés est restée inférieure à 3 %.En dehors des facteurs que vous connaissez comme l'importance des facteurs de

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production (importante main d'œuvre disponible en Chine comme en Inde, transferts de population active vers des secteurs à forte productivité, etc.) ou comme les gains de productivité, il se peut que l'ouverture extérieure ait pu jouer un rôle positif. La Chine, non seulement a abandonné un système économique planifié pour une économie de marché, mais s'est intégrée au marché mondial en jouant sur le très faible coût de sa main d'œuvre : c'est la base de sa stratégie de croissance qui a été une réussite : elle est devenue un des " ateliers du monde ". De ce point de vue la mondialisation a pu réduire les inégalités entre la Chine et les pays développés et, eu égard à la taille de la Chine, réduire les inégalités mondiales. D'autres exemples pourraient être rappelés notamment celui de la Corée du Sud pour appuyer cette analyse. (Relisez le paragraphe 133) Cependant, et vous le savez déjà , une spécialisation sans avenir peut se révéler désastreuse pour l'économie d'un pays comme dans le cas des matières premières agricoles dans de nombreux pays en développement. Tout dépend dans ce cas de l'évolution des termes de l'échange : favorable dans les années 70 pour les pays en développement, défavorable par la suite jusqu'à récemment. Et, de manière plus générale, les gains à l'échange (si gains il y a) ne vont pas automatiquement , de toute évidence, aux pays les plus pauvres. Conclusion : l'insertion dans les échanges internationaux a été pour certains pays un levier réel pour accéder au développement. Mais on l'a vu, il ne s'agit pas de simplement ouvrir le pays aux échanges. Il faut une réelle volonté politique, collective, de construire son propre développement. Les écueils sont donc nombreux et pour bon nombre de pays, le développement semble encore bien lointain. L'insertion en elle-même n'est pas forcément source de développement. Elle peut même engendrer des effets très négatifs sur le développement. Le libre-échange a une utilité qui n'est plus contestée pour la croissance, il n'en reste pas moins que les dangers auxquels il expose l'ensemble des acteurs économiques justifient sans doute qu'il soit encadré. Le libre-échange oui, mais pas un libre-échange sauvage, un libre-échange qui prenne en compte les inégalités de développement et les effets sociaux de la concurrence internationale exacerbée, bref ce que certains appellent un libre-échange soutenable. Cela suppose que le libre-échange soit réglementé et, pour cela, qu'il y ait une autorité politique mondiale capable d'imposer cette réglementation. Nous reparlerons de cette question dans la dernière partie de ce chapitre. Auparavant, nous allons voir comment les entreprises ont joué un rôle moteur dans le processus de mondialisation.

2 - Les stratégies internationales des firmes.
Les entreprises sont un des acteurs essentiels du développement des échanges internationaux, et en participant à ces échanges, elles sont devenues des " firmes transnationales " (on parle aussi parfois d'entreprises multinationales, mais les économistes utilisent plus volontiers le terme de transnationales). C'est ce processus que nous allons d'abord étudier. Nous verrons ensuite comment ces firmes transnationales agissent sur les marchés internationaux, quelles stratégies elles y développent et quelles en sont les conséquences sur les politiques économiques et sociales menées par les Etats nationaux

2.1 - Comment les entreprises participent-elles à la mondialisation des échanges ?
Les firmes sont progressivement devenues transnationales en produisant simultanément les mêmes biens et services sur plusieurs zones géographiques et en commercialisant leurs productions mondialement. Ceci a aussi engendré une nouvelle organisation de la production mondiale appelée " division ou décomposition internationale des processus productifs ". Ce faisant, ces entreprises transnationales contribuent de facto à développer les flux d'échanges internationaux.

2.1.1 - Comment une entreprise devient-elle transnationale ?
Une firme transnationale est une entreprise qui répartit sa production sur plusieurs pays. Elle ne se contente donc pas simplement de diffuser et vendre ses biens et services à l'international : elle participe largement à une nouvelle allocation des productions mondiales par le biais de ses investissements directs Page 14/27
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à l'étranger. Une entreprise qui se contente d'exporter des marchandises (même en grande quantité) ne peut être considérée comme une firme transnationale.

Une FTN, en produisant et en vendant simultanément sur plusieurs territoires, acquiert une dimension de firme globale : elle a le monde comme champ d'activité. Il est dès lors parfois difficile d'attribuer à ces firmes une nationalité, économiquement parlant. Il n'en reste pas moins que l'histoire ou la culture de ces entreprises s'ancrent encore largement dans un territoire. Ainsi, si Danone est effectivement une firme transnationale, elle reste toujours attachée à la France dans l'imaginaire collectif. L'instrument privilégié de l'internationalisation des firmes reste les IDE : Les Investissements Directs à l'Etranger sont les sommes d'argent investies (ou reçues) par un pays vers (ou en provenance de) l'étranger, dans le but soit de créer ou développer une firme nouvelle localement, soit de prendre partiellement ou totalement le contrôle d'une firme locale existante par une prise de participation au capital via des mécanismes financiers de fusions acquisitions parfois complexes. On considère généralement que le seuil de 10% de prise de capital d'une entreprise permet de définir un IDE : cela signifie que si le flux de capitaux entre deux pays a comme résultat une prise de participation de 10%, il sera classé dans la balance des paiements des deux pays comme IDE (entrant ou sortant selon le pays). Une firme transnationale est dès lors en général constituée d'une maison mère et de filiales dont le capital est détenu, en totalité ou en partie, par la maison mère. Il faut ajouter à ces entreprises reliées financièrement un ensemble d'entreprises sous-traitantes, juridiquement indépendantes mais économiquement dépendantes.

Depuis une quinzaine d'années, les IDE ont littéralement explosé, surtout en faveur des pays développés qui en sont les premiers bénéficiaires. Parmi les pays bénéficiaires d'IDE, la France se classe 4ème en recevant plus de 63 millions de dollars d'IDE en 2005. L'Union européenne est, de manière générale, le principal destinataire de l'investissement direct à l'étranger en recevant près de la moitié du flux total. Il faut encore noter que parmi les pays destinataires autres que les pays industrialisés, les flux se concentrent sur quelques pays seulement : essentiellement les pays asiatiques où la croissance économique est rapide (Chine, Hong Kong et Singapour principalement) et certains pays latino-américains dans une moindre mesure (Brésil notamment). Les pays africains sont complètement à l'écart de ces flux d'I.D.E. On voit donc ici que les firmes transnationales génèrent l'internationalisation des économies, en développant notamment une segmentation des productions.

2.1.2 - Les entreprises transnationales contribuent à la DIT.
Les firmes transnationales vont avoir une stratégie de localisation de la production en fonction des caractéristiques propres de chaque espace national de manière à maximiser leurs profits. La division du processus de production entre des pays différents exploite les différences de conditions de production entre les pays : dans certains pays, les matières premières sont peu chères, dans d'autres ce sont les impôts ou le coût du travail. Les firmes transnationales vont chercher à profiter de tous ces avantages à la fois pour maximiser leur rentabilité.

Le processus de production est divisé, réparti, entre les pays en fonction des avantages propres à chaque espace national de manière à ce que, au total, l'entreprise fabrique son produit de manière avantageuse, en gardant la maîtrise de l'ensemble du processus. C'est ce que l'on appelle la DIPP (décomposition internationale du processus productif). Cette DIPP peut s'apparenter à une segmentation très fine des étapes de production dans certains cas ce qui peut donner lieu à une exportation préalable de composants intermédiaires réimportés sous forme de produits finals. Cette segmentation repose principalement sur le cycle de vie du produit intermédiaire et son degré de technologie incorporé. Ainsi, les souris d'ordinateurs ne comportant pas d'innovation particulière sont fabriquées en Asie du Sud Est, ce qui n'est pas le cas du processeur, qui nécessite une compétence importante. Plus le produit est complexe et plus il comporte de composants et de sous-ensembles qui peuvent être fabriqués de façon autonome les uns des autres. Une voiture automobile, par exemple, comporte plus de 5000 pièces. Ces composants sont progressivement réunis en sousensembles qui sont associés lors de l'assemblage final. Ainsi, dans le secteur automobile, il est courant de décomposer sur plusieurs territoires la conception et le design, la réalisation du moteur, Page 15/27

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du châssis, la tôlerie et finalement l'assemblage final. On considère généralement que plus de 10 pays sont nécessaires pour produire une automobile. Traditionnellement, la DIPP est supposée refléter une logique d'extension de la division internationale du travail (DIT) à l'ensemble des pays selon la hiérarchisation mondiale des avantages comparatifs. La D.I.T. attribue aux pays développés la fabrication des biens manufacturés et des services; et aux pays pauvres la fourniture des produits primaires en général (produits agricoles, matières premières). Ceci s'explique en particulier par les différentiels de coût du travail et de productivité. Au fur et à mesure du développement des techniques mais aussi des pays, la division internationale du travail se transforme. Ainsi certains pays du sud se sont mis à fabriquer les produits manufacturés courants. Les nouveaux pays industrialisés, asiatiques surtout, produisent aujourd'hui des produits manufacturés à plus forte valeur ajoutée, y compris des produits haut de gamme. Les pays développés fabriquent surtout désormais les produits technologiques et les services dont la production nécessite de hautes qualifications. Les FTN participent pleinement de cette D.I.T, puisqu'elles arbitrent entre les lieux possibles de leurs productions. Toutefois, les firmes transnationales opèrent de manière sélective en observant, outre les possibilités d'implantation du fait de la baisse des coûts de transport, de la diffusion des technologies de l'information et des avantages en termes de coûts salariaux et/ou de maîtrise technologique, une position géographique favorable (par rapport aux grands courants d'échange), des infrastructures de communication de qualité et un potentiel de marché important.

Les FTN tentent donc par leur choix de localisation de s'accaparer les bénéfices des avantages comparatifs ou stratégiques internationaux. Ce faisant, elles accélèrent les échanges mondiaux.

2.1.3 - Le développement des entreprises transnationales engendre le développement d'échanges internationaux.
Les FTN accroissent les flux d'échanges internationaux, principalement parce qu'elles pratiquent un commerce international intra-firme : elles s'échangent, entre filiales de la même transnationale, des produits en cours de fabrication. Ceci augmente considérablement les flux d'import export entre nation. Pour autant, ce développement du commerce international sort en grande partie de la logique marchande : les prix pratiqués au sein des FTN ne correspondent pas toujours à un arbitrage de marché, mais découlent des stratégies des entreprises pour optimiser la rentabilité du siège ou d'une filiale particulière de manière un peu artificielle.

L'existence des entreprises transnationales génère du commerce intra firme : celui ci représente l'ensemble des échanges de biens internes à une FTN entre la maison mère et ses filiales ou entre ses filiales. Par exemple, Renault assemble des Modus et des Clio à Valladolid en Espagne. Les châssis viennent de France, de même que certains moteurs; l'entreprise les exporte donc pour les monter en Espagne. Elle importe ensuite les Clio et Modus pour satisfaire le marché français. Le châssis passe donc deux fois la frontière, ce qui donne lieu à chaque fois à une comptabilité dans les flux d'échange. Certains composants peuvent passer ainsi 4 ou 5 fois des frontières avant que le produit ne soit finalement vendu. Il est malheureusement très difficile de calculer la part des échanges intra-firme dans l'ensemble des flux commerciaux internationaux. Des estimations indiquent qu'ils représentent désormais entre 30 et 40% du total des échanges. Pour la Chine, on estime même que 50% de ses exportations mondiales sont en réalité le fait d'un commerce intrafirme. On voit donc clairement que l'activité des firmes transnationales " gonfle " le volume du commerce mondial. Ce commerce intra-firme ne correspond pas strictement à une logique de marché : la tarification des échanges ne repose pas sur des prix nés d'une mise en concurrence par le marché mais sur un arbitrage comptable interne à la firme. En effet, rien n'oblige la firme à respecter une tarification conforme ne serait-ce qu'au coût de production : le prix d'échange résulte de calculs d'optimisation au niveau de la firme globale. Ces firmes auraient ainsi la possibilité d'annuler en particulier l'effet des charges fiscales. Par exemple, si l'imposition sur les sociétés en France est comparativement plus importante que celle d'un autre pays avec qui une FTN pratique un commerce intra-firme, cette FTN peut minimiser la valeur, donc le prix, des productions fabriquées en France et exportées, et

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augmenter conjointement la valeur des productions importées en France. L'intérêt serait de réaliser son profit dans l'autre pays plutôt qu'en France (grâce au prix des importations et exportations), pour bénéficier de l'impôt sur les bénéfices le plus faible. Du fait de ces manipulations possibles, on ne sait pas très bien quelle signification donner aux flux résultant de ces échanges intra-firme : leurs valeurs ne peuvent pas être considérées comme extrêmement significatives. Il y aurait aujourd'hui 80 000 FTN dans le monde, disposant de 900 000 filiales. Un tiers au moins des échanges mondiaux lierait les FTN à leurs sous-traitants. Si on ajoute aux échanges intrafirme les échanges où l'un au moins des co-contractants est une firme transnationale, ce sont 92% des échanges mondiaux qui sont concernés. On voit que la mondialisation ne saurait se passer des firmes transnationales ! Le processus est loin d'être achevé : on voit aujourd'hui se développer des accords d'alliance/coopération entre firmes transnationales sur des produits particuliers ou des segments de marché comme entre PSA Peugeot-Citroën et Fiat (production de Peugeot Boxer, de Citroën Jumper et de Fiat Ducato) . On observe également le développement de réseaux d'entreprises : les firmes transnationales, au lieu de continuer à augmenter le nombre de leurs filiales en rachetant ou en créant des entreprises à l'étranger, se contentent de conclure des contrats commerciaux avec des entreprises partenaires à l'étranger, contrats prévoyant par exemple la fourniture de tel ou tel produit avec des caractéristiques bien précises dictées par la firme transnationale comme le fait Nike avec des sous-traitant dans diverses régions du monde. L'avantage est la souplesse qui en résulte pour la transnationale : un contrat commercial peut être rompu ou non reconduit extrêmement facilement alors qu'une participation dans le capital d'une entreprise est beaucoup plus difficile à liquider.

Conclusion : Les entreprises transnationales participent à la mondialisation des échanges en accentuant la division internationale du travail par la DIPP, dans le but de bénéficier des avantages comparatifs propres aux pays d'implantation. Leur développement s'observe statistiquement par la progression très rapide depuis vingt ans des IDE. Ceci conduit naturellement à accélérer les échanges internationaux, notamment parce que l'on observe un commerce intra-firme de plus en plus développé.

2.2 - La stratégie des FTN et la mise en concurrence des Etats.
Les firmes transnationales ont une stratégie réfléchie à l'échelle du monde et non plus à l'échelle de la Nation, on l'a dit en les définissant. Qu'est-ce que cela change ? Comment cela se traduit-il dans la réalité ? Répondre à ces questions va nous amener à présenter certains aspects de la mondialisation de l'économie. Les firmes transnationales sont, comme toutes les entreprises dans une économie de marché, à la recherche du profit maximum. Pour atteindre cet objectif, elles construisent leur stratégie à l'échelle mondiale où elles se retrouvent en concurrence les unes avec les autres. Elles sont confrontées à deux problèmes que doivent prendre en compte leurs stratégies :
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d'une part, une exigence de rentabilité de plus en plus pressante en provenance de leur actionnariat de plus en plus internationalisé. d'autre part, une concurrence par les prix de plus en plus intense car toutes les firmes exploitent au mieux les avantages comparatifs des différents pays et essaient de développer leur taille pour bénéficier au maximum des économies d'échelle.

Face à ces deux exigences, il y a deux stratégies possibles. Soit affronter la concurrence par les prix et donc chercher à comprimer les coûts de production, cela amène l'entreprise à investir là où les coûts sont les plus bas, c'est-à -dire souvent à l'étranger. Soit fuir, en quelque sorte, la concurrence par les prix, ce qui amène l'entreprise à rechercher la différenciation des produits fabriqués. Dans les deux cas, la FTN cherche à être compétitive, c'est-à -dire à gagner des parts de marché. Ces stratégies aboutissent à mettre en concurrence les nations. Autrement dit, elles ont des répercussions macro-économiques, sur l'emploi, la croissance, etc., répercussions qu'il faudra étudier. Il faut alors se demander quel est ou quel peut être le poids des Etats face aux FTN : dans quelle mesure peuvent-ils conserver une autonomie réelle face à ces entreprises dont le poids et l'influence sont grandissants ?

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2.2.1 - L'internationalisation des entreprises leur permet d'augmenter leur compétitivité.
La compétitivité, c'est la capacité à résister à la concurrence. Cette compétitivité se construit sur deux plans : la compétitivité-prix (les entreprises cherchent alors à agir sur leurs prix de manière à avoir un prix inférieur à celui de leurs concurrents, espérant ainsi que les consommateurs achèteront leur production de préférence à celle de leurs concurrents) et la compétitivité structurelle ou hors-prix (ou même compétitivité produit), les entreprises cherchent alors à agir sur les caractéristiques du produit, caractéristiques capables de le faire vendre malgré un prix relativement plus élevé que celui des concurrents. Ces caractéristiques, cela peut être par exemple l'image de marque, la fiabilité, le réseau de service après-vente, etc. La compétitivité structurelle peut dépendre aussi de la qualité de la main d'œuvre, de la qualité des infrastructures collectives. [Pour plus de détails sur la compétitivité, voir la notion]

L'internationalisation permet d'augmenter la compétitivité-prix en profitant des différences internationales des coûts des facteurs de production et en permettant de contourner les barrières protectionnistes. Les firmes transnationales vont avoir une stratégie de localisation de la production en fonction des caractéristiques propres de chaque espace national de manière à maximiser leurs profits. La division du processus de production entre des pays différents exploite les différences de conditions de production entre les pays : dans certains pays, les matières premières sont peu chères, dans d'autres ce sont les impôts ou le coût du travail. Les firmes transnationales vont chercher à profiter de tous ces avantages à la fois. Comment ? En investissant (par des IDE) dans les pays où les conditions de production les intéressent. Par exemple, si la confection de vêtements est moins coûteuse en Corée du Sud du fait du très bas niveau des salaires qu'en France, une FTN va implanter son usine de confection là -bas. Cependant, la firme peut considérer que ce pays d'accueil ne dispose pas de stylistes de qualité et va donc installer son unité de conception des vêtements en France. Elle divise donc le processus productif et localise sa production là où cela lui coûtera globalement le moins cher, tout en bénéficiant des avantages de chacun des pays. La FTN peut également améliorer sa compétitivité-prix en contournant des barrières protectionnistes : une barrière protectionniste, c'est soit des droits de douane, soit des contraintes pour les produits entrants dans le pays ; dans les deux cas, elle coûte cher et donc augmente le prix du produit. En fabriquant le produit dans le pays, on évite ces coûts, donc on améliore la compétitivité-prix du produit.

L'internationalisation permet d'augmenter la compétitivité structurelle en poussant les FTN à différencier leurs produits. La différenciation des produits permet à l'entreprise d'apparaître comme la seule fabriquant ce produit, de détenir donc un monopole, limité certes (à un produit très précis et sur une période probablement courte) mais un monopole quand même, qui permet donc à l'entreprise d'engranger des profits substantiels. La stratégie de différenciation des produits impose des investissements en recherche-développement importants : il faut innover, autant sur le plan des caractéristiques techniques des produits que sur les méthodes de commercialisation et de présentation des produits. La différenciation des produits s'accompagne, sur le plan technique, de la nécessité d'une grande souplesse des outils de production et des circuits de distribution, de manière à être le plus réactif(s) possible(s) aux transformations du marché (effets de mode, par exemple). Elle répond aux désirs des consommateurs de se différencier des autres consommateurs. Elle permet d'apporter une réponse aux impératifs de la compétitivité en déplaçant le problème : si l'on fabrique un produit différent de ceux fabriqués par les autres producteurs, on échappe (souvent très momentanément) aux impératifs de la compétitivité. Cette différenciation permet aussi de mieux prendre en compte les spécificités culturelles des consommateurs : ainsi par exemple, alors que dans beaucoup de pays européens, on consomme Page 18/27

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des œufs à coquille complètement blanche, l'introduction de ces œufs en France s'est révélé un échec commercial. En effet, les Français sont attachés à une coquille d'œuf colorée, gage de qualité et de naturel, pensons-nous… Une entreprise qui veut produire pour un marché mondial ne peut pas ne pas tenir compte de ces spécificités. Le choix stratégique entre compétitivité-prix et compétitivité hors-prix dépend d'abord de la nature du produit : quand on produit des chaussettes, par exemple, le prix est un argument de vente essentiel ; quand on vend des machines outils pour la production industrielle, la fiabilité est essentielle pour le client ; quand on vend des chaînes hi-fi, on doit choisir entre une stratégie relativement bas de gamme fondée sur des prix compétitifs ou une stratégie haut de gamme fondée sur la qualité et les innovations technologiques. La localisation de la production est une conséquence de cette décision stratégique

2.2.2 - L'internationalisation pratiquée par les FTN aboutit à mettre en concurrence les pays, en particulier pays développés et pays en développement.
Chercher à améliorer sa compétitivité a toujours été un objectif pour une entreprise. Mais aujourd'hui, ce qui distingue les firmes transnationales des autres entreprises, c'est que leur stratégie est mondiale et qu'elles mettent donc en concurrence des espaces nationaux. Et elles le font d'autant plus que les firmes transnationales peuvent se livrer, entre elles, une concurrence féroce. On pourrait penser que cette concurrence va profiter à tous (par la baisse des prix qu'elle occasionne, en particulier) mais, dans la réalité, les choses ne sont pas si simples et ces stratégies, qui sont au cœur de la mondialisation de l'économie, posent des questions aux Etats Nations qui restent le mode d'organisation politique du monde, aujourd'hui. Ce sont donc ces questions que nous allons maintenant aborder.

Les PVD dans lesquels les FTN réalisent des IDE vont bénéficier de transferts de technologie et importer également un mode d'organisation du travail. Les IDE vont s'accompagner de création d'emplois et donc de distribution de revenus. On voit que cela peut contribuer à amorcer le processus de croissance. Cependant, il s'agit souvent d'emplois peu qualifiés et peu rémunérés. D'autre part, les profits réalisés sont la propriété de la FTN et on ne sait rien, a priori, de leur utilisation. Dans les pays développés peut-on dire que les FTN, en menant leur stratégie de localisation en fonction de leurs intérêts (c'est-à -dire en maximisant leur profit), menacent l'emploi ? C'est une affirmation que vous avez sans doute souvent entendue et qui mérite un examen. La question posée ne porte pas que sur le nombre des emplois, elle porte aussi sur le creusement des inégalités générées par les modifications quantitatives et qualitatives des emplois dans les pays développés du fait des stratégies des firmes transnationales. On parle de délocalisation [voir cette notion] quand une entreprise décide de fermer un de ses établissements de production dans un pays pour aller en ouvrir un autre, à peu près équivalent, dans un autre pays. On peut également parler de délocalisation quand une entreprise abandonne un sous-traitant dans le pays en s'adressant à un sous-traitant étranger. Au sens strict, on ne peut parler de délocalisation que quand un établissement est fermé et un autre ouvert dans un pays étranger, ce qui est relativement peu fréquent. En revanche, ce qui arrive beaucoup plus souvent, c'est qu'une entreprise crée à l'étranger des emplois qu'elle aurait pu créer dans le pays d'origine.

La décision de localisation des activités productives relève de la gestion de l'entreprise, dans une optique de maximisation du profit. Les éléments qui vont entrer en ligne de compte dans la décision peuvent être multiples : les coûts de production (coût du travail, coût du capital) peuvent être moindres dans le pays d'implantation, mais ce peut être aussi les frais d'accès au marché (pour vendre des automobiles aux Etats-Unis, les entreprises japonaises auront moins de frais en les fabriquant sur place qu'en les exportant, par exemple). Les conséquences sur la vie économique et sociale du pays où la délocalisation se réalise peuvent être considérables : montée du chômage, pression à la baisse sur le coût du travail, et en particulier sur la protection sociale, effets indirects sur la demande, etc. Le pays semble " subir " la délocalisation, c'est une contrainte qui paraît s'imposer à lui. Cependant, il faut bien dire que les effets des délocalisations ne sont pas Page 19/27

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forcément aussi négatifs qu'ils peuvent apparaître de prime abord : des emplois sont supprimés dans le pays mais d'autres sont créés ailleurs. Les salariés du pays d'accueil vont donc recevoir davantage de pouvoir d'achat et cela permettra au pays d'acheter davantage, en particulier au pays dans lequel s'était faite la délocalisation, ce qui permettra indirectement de créer des emplois. Les études statistiques, très compliquées sur ce sujet, montrent dans l'ensemble que le nombre d'emplois créés est presque équivalent au nombre d'emplois supprimés. Le problème, c'est que ce ne sont pas les travailleurs qui ont été licenciés qui occuperont ces nouveaux emplois. Il y a donc un réel problème social lié aux délocalisations. Les conséquences sur la qualification des emplois et la montée des inégalités dans les pays développés. Les stratégies des firmes transnationales face à la mondialisation ont des effets sur la qualification des emplois proposés dans les pays développés. Dans le cas de la différenciation des produits, les produits deviennent de plus en plus complexes, incorporant de plus en plus de technologies et les incorporant de plus en plus rapidement. Cela nécessite une main d'œuvre de plus en plus qualifiée, excluant ainsi les travailleurs les moins qualifiés de l'emploi dans les firmes transnationales mais aussi dans leurs sous-traitants qui ont les mêmes exigences au niveau de la qualité. Les délocalisations aboutissent à peu près au même résultat : en transférant les emplois les moins qualifiés dans d'autres pays, se développent dans le pays d'origine des emplois de gestion, de contrôle, etc., tous emplois nécessitant des qualifications élevées. Quels sont les effets de ces transformations des emplois sur les inégalités ? Au même titre que le progrès technique, la mondialisation supprime dans les pays développés les emplois les moins qualifiés. Les emplois qu'elle développe sont d'une part des emplois qualifiés soit en amont du processus productif lui-même soit pour gérer la complexité de la répartition des tâches entre les pays, et d'autre part des emplois nécessitant une grande flexibilité pour permettre d'adapter l'offre aux variations de la demande. Résultat : les travailleurs ne pouvant présenter des qualités sur un de ces deux plans ne trouvent plus d'emploi. Cela accroît donc les inégalités puisque un travailleur peu qualifié, désavantagé sur le plan du salaire, sera de plus menacé sur le plan de l'emploi, avec peu de perspective de sortir du chômage s'il a été licencié. Ces travailleurs vont donc constituer le noyau dur du chômage. Enfin, la recherche de la compétitivité à tout prix débouche sur une remise en cause de tout ce qui peut contribuer à élever le coût du travail (protection sociale, en particulier) et/ou de tout ce qui peut limiter sa flexibilité (réglementation du travail, par exemple). Elle augmente aussi le stress au travail, donc sa pénibilité, comme le montrent toutes les études statistiques sur le sujet. Sur tous ces plans, la mondialisation accroît la pression sur les travailleurs les plus fragiles et contribue donc à l'augmentation des inégalités.

2.2.3 - Les Etats conservent-ils alors leur autonomie face aux firmes transnationales ?
Certains se demandent si les Etats ont encore du pouvoir face aux FTN : le poids économique de ces entreprises est parfois énorme, leurs décisions stratégiques semblent ne pas pouvoir être contrôlées, ce qui fait apparaître les Etats comme impuissants à exercer une quelconque activité de contrôle. De plus, les politiques économiques ont un cadre national. Non seulement elles ne peuvent pas s'imposer aux firmes transnationales mais elles sont parfois contrecarrées directement par les décisions des firmes transnationales : par exemple, quand un Etat décide de lutter contre le chômage dans une région spécialement touchée et qu'une firme transnationale décide la délocalisation d'une de ses unités de production située dans cette région, que peut faire l'Etat ? Et on peut ajouter que, parfois, les Etats se concurrencent mutuellement pour attirer les FTN chez eux plutôt que chez le voisin. Le " chacun pour soi " semble souvent primer, au détriment d'une solidarité, pourtant parfois affichée. Enfin, les exigences de compétitivité et de flexibilité sont parfois présentées, en particulier par le patronat, comme des nécessités auxquelles les Etats doivent se plier sans discuter en les imposant à la nation toute entière (par la modification de la législation du travail ou l'abaissement des charges sociales, par exemple). Les pays du nord de l'Europe, dans lesquels le poids de la fiscalité est très lourd, montrent sans doute que les choses ne sont pas si simples et qu'il y aurait matière à discussion. Les Etats pourraient sans doute avoir plus de poids qu'ils le pensent ou le disent. Page 20/27
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La période actuelle montre les difficultés de réguler les échanges internationaux quand le pouvoir politique reste essentiellement national alors que les firmes, qui sont les acteurs essentiels des échanges mondiaux, sont de plus en plus transnationales. Nous allons revenir sur ces difficultés de régulation dans la partie suivante.

3 - Mondialisation, évolutions sociales et culturelles et régulation.
Nous allons revenir maintenant à nos interrogations initiales liées aux conflits autour de la mondialisation. Celle-ci est parfois encensée, parfois présentée comme inéluctable, parfois contestée. Essayons de présenter, sur certaines questions précises (mondialisation et inégalités, mondialisation et uniformisation culturelle) les arguments en présence. Puis nous reviendrons sur la question de la nécessité et la difficulté de la régulation de la mondialisation.

3.1 - La mondialisation accroît-elle les inégalités ?
Pourquoi se poser cette question ? Parce que c'est quelque chose que l'on entend souvent dire, c'est-à -dire qu'on accuse la mondialisation d'être à l'origine de l'accroissement des inégalités à l'intérieur des pays, accroissement généralement admis pour ces vingt dernières années. Il faut d'abord remarquer que cette affirmation, on la rencontre surtout dans deux sortes de pays : les pays riches, concurrencés par les pays qui se développent, et les pays pauvres peu intégrés dans le commerce mondial. Autrement dit, la question ne se pose pas de la même manière dans tous les pays. Ensuite, si on est d'accord sur le fait que les inégalités augmentent (ce qui est parfois à démontrer, vu la difficulté de la mesure des inégalités), il faut encore réfléchir sérieusement aux origines de cette augmentation : la mondialisation s'est en effet accélérée à la même période mais quel(s) lien(s) logique(s) peut-on établir entre les deux phénomènes ?

3.1.1 - La mondialisation productive accroît les inégalités entre les travailleurs et réduit les possiblités de redistribution des revenus.
Dans les pays développés comme la France ou les Etats-Unis, on observe bien une augmentation des inégalités, surtout quand on prend en compte l'ensemble des revenus, y compris les revenus du patrimoine. Quels mécanismes permettent de relier cette aggravation à la mondialisation ?

La mondialisation augmente la concurrence dans les secteurs productifs. Résultat : certains secteurs, certaines branches d'activité, disparaissent des pays développés pour aller se localiser dans les pays en développement où les coûts de production sont moindres et où les marchés peuvent être également en fort développement. En revanche, d'autres secteurs, souvent fortement technologiques, sont en développement rapide. Que se passe-t-il alors ? Des travailleurs perdent leur emploi, ce qui affaiblit leurs revenus, d'autant qu'ils peinent souvent à en retrouver un du fait que leur qualification est périmée : par exemple, un travailleur qualifié de l'industrie textile, licencié parce que son activité n'est plus assurée en France (il ne s'agit pas toujours de délocalisation), voit ses revenus s'effondrer et a peu de chance de retrouver un emploi qualifié. Même s'il retrouve un emploi, il y a de fortes chances pour qu'il soit moins bien payé qu'avant. A l'inverse, dans les secteurs en forte croissance, les salariés sont mieux payés, en particulier ceux qui ont acquis une formation adaptée, et les risques de licenciement sont minces. Résultat : l'écart s'accroît entre les deux types de travailleurs et de qualification. Ajoutons que la mondialisation a aussi permis aux marchés financiers de s'internationaliser, et de dégager des revenus en croissance très rapide. Comme ce sont les ménages aisés qui détiennent des avoirs financiers, ce sont aussi eux qui ont le plus bénéficié de ces revenus supplémentaires, ce qui a encore contribué à creuser les inégalités à l'intérieur du pays.

La mondialisation contribue à réduire les possibilités de redistribution de l'Etat : en effet, la concurrence internationale augmentant, une lutte farouche s'engage pour diminuer les coûts. Or les Page 21/27

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impôts et les charges sociales sont des coûts pour les entreprises. Il y a donc une pression sur les Etats pour une diminution de ces charges. Mais ce qui est une charge pour les entreprises est une ressource pour les administrations publiques. Si leurs ressources diminuent, elles ont moins de moyens pour financer des dépenses qui permettraient de réduire les inégalités. Indirectement, la mondialisation peut donc là aussi être considérée comme responsable de la montée des inégalités.

3.1.2 - Mais la mondialisation, en permettant à certains pays de se développer, contribue à y réduire les inégalités.
Dans les pays qui grâce à la mondialisation se développent, la situation est très différente : les secteurs et les branches d'activité en expansion distribuent des salaires, le chômage recule, les plus pauvres des agriculteurs vont travailler dans les villes. Résultat : le revenu moyen progresse, ce qui ne garantit pas tout à fait que les inégalités diminuent (puisque le revenu moyen peut augmenter quand les hauts revenus seulement augmentent) mais ce qui rend possible cette diminution. De plus, les Etats encouragent la croissance en finançant des dépenses d'infrastructure, de scolarisation, voire de protection sociale, qui contribuent aussi à diminuer les inégalités. Ainsi, comme en Inde par exemple, on voit se développer dans ces pays toute une classe moyenne dont la situation s'améliore au fur et à mesure du développement. Grâce à l'amélioration de l'instruction et aux dépenses de santé publiques, les inégalités de niveau de vie diminuent même parfois plus vite que les inégalités de revenu. Ici, donc, la mondialisation favorise en général une certaine diminution des écarts (même si persistent de très fortes inégalités) et le niveau de vie moyen s'élève.

3.1.3 - Et, dans les pays riches, les Etats ne perdent pas toute capacité de redistribution et d'action contre les inégalités.
Il serait faux de penser que la mondialisation empêche les Etats de mener une réelle politique de lutte contre les inégalités : les ressources des Etats développés restent importantes et les choix sont d'abord politiques. Ainsi, par exemple, les Etats peuvent toujours cibler davantage leurs dépenses en fonction de leurs choix et s'ils veulent réellement diminuer les inégalités, ils peuvent orienter leurs dépenses vers ceux qui en ont le plus besoin. Il en est ainsi dans le domaine de l'éducation ou dans celui du logement, par exemple. De même, les Etats peuvent choisir de développer les formations les mieux adaptées aux nouvelles exigences de la mondialisation ou accompagner sur le plan social les transformations imposées par la mondialisation. Conclusion : si par certains aspects, la mondialisation favorise bien la montée des inégalités à l'intérieur des pays, il faut souligner les limites de cette affirmation. D'une part, la situation est très différente selon les pays, en particulier entre les pays développés et les pays en train de se développer. D'autre part, les conséquences de la mondialisation sur les inégalités ne sont pas, au moins dans les pays riches, une fatalité : les Etats peuvent limiter ces effets négatifs s'ils le veulent vraiment. En ce qui concerne les pays les plus pauvres, la mondialisation contribue à leur marginalisation. Ce faisant, elle creuse sans doute les inégalités avec les autres pays. Pour les inégalités internes, il est plus difficile de tirer une conclusion.

3.2 - La mondialisation mène-t-elle à l'uniformisation culturelle ?
On vient de voir l'ambivalence des effets de la mondialisation sur les inégalités économiques. Qu'en est-il des aspects culturels? Comme la mondialisation unifie les marchés et la vie économique, on peut se demander si ses effets sur la culture ne seront pas du même ordre, c'est à dire une uniformisation des différentes cultures. C'est donc la question que nous allons nous poser ici. Après avoir montré qu'il existe des éléments qui peuvent faire penser à une uniformisation culturelle, nous montrerons que les spécificités socio-culturelles se maintiennent mais en se transformant.

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3.2.1 - La mondialisation tend à uniformiser les consommations ce qui rapproche les pratiques culturelles.
La mondialisation économique se situe aussi bien dans le domaine de la production que de la consommation. Le modèle d'organisation de la production qui se répand sur la planète, par l'intermédiaire des firmes transnationales, est celui qui a été conçu dans les pays développés : système capitaliste, recherche du gain individuel maximum, intensification de la production par la division du travail, développement de plus en plus capitalistique, salarisation croissante, etc Les relations de travail, fondamentales dans une société, sont de plus en plus souvent les mêmes, en particulier sous l'influence des firmes transnationales. Ces relations véhiculent certaines valeurs, les mêmes sur tout le globe. On comprend que les façons de penser, de sentir ou d'agir puissent s'en trouver modifiées. Certains biens et services sont consommés dans tous les pays du monde, comme le coca-cola, les jeans ou les séries télévisées américaines. On se rappelle d'ailleurs que c'est un des intérêts de la mondialisation que d'étendre les marchés, ce qui permet entre autres la réalisation d'économies d'échelle. Le nombre de ces produits diffusés dans le monde entier ne cesse de s'accroître. Il est clair que cela transforme la consommation dans tous les pays et, au fur et à mesure que le pouvoir d'achat augmente, les populations consomment les mêmes biens issus du progrès technologique né dans les pays occidentaux (on peut penser par exemple au plastique qui a très profondément bouleversé la façon de vivre des populations des pays en développement). Les médias ont également joué un rôle majeur. La télévision est aujourd'hui visible à peu près partout dans le monde grâce aux satellites. Les informations sont donc connues dans le monde entier en même temps et très rapidement. Mais il faut bien dire que les images retransmises proviennent pour l'essentiel des pays développés, en particulier des Etats-Unis, en partie pour des raisons techniques. Or on sait bien que les images ne sont jamais " neutres ", elles véhiculent une façon de voir et des valeurs propres à ceux qui font le reportage. On peut aussi dire la même chose des séries télévisées ou des films. Ainsi, certains pensent que si la famille conjugale avec un nombre restreint d'enfants devient de plus en plus la norme universelle, c'est au moins en partie du fait des modèles transmis par les films et les séries télévisées. Les médias jouent aussi un grand rôle dans l'uniformisation des musiques. Enfin, le développement d'internet renforce la dépendance technologique vis-à -vis de l'occident, en même temps qu'il contribue à généraliser l'usage d'une langue, l'anglais, comme moyen de communication universel. On peut donc penser qu'une culture mondiale se développe, très fortement marquée par la culture occidentale, nord-américaine surtout. Cependant les spécificités, les particularités, socio-culturelles n'ont pas disparu, on va le voir, même s'il est probable qu'elles sont transformées par le processus de mondialisation.

3.2.2 - Mais la mondialisation provoque plus une acculturation qu'une uniformisation de la culture et, parfois même, la revendication d'une identité culturelle spécifique.
En effet, les cultures sont encore loin d'être partout les mêmes et le mouvement de transformation d'une culture, du fait de la rencontre avec une autre culture, a toujours existé. On peut également observer que se développe aujourd'hui un mouvement de revendication de la différence, qui montre que la mondialisation ne débouchera pas obligatoirement sur l'uniformisation culturelle. Une culture n'existe pas en tant que telle, isolée des autres cultures. Même dans les temps plus anciens où les transports, et donc les échanges, demandaient plus de temps, il y a toujours eu des contacts entre cultures. Et ce sont ces contacts qui contribuaient à transformer, et donc à construire, la culture. C'est bien ainsi que se sont construites les langues, par exemple, et l'on sait l'importance de la langue pour la culture. Il y a donc d'abord des emprunts réciproques, même quand une culture est dominante et impose certains de ses éléments. Les échanges ne sont jamais à sens unique. Ainsi les Italiens ont-ils réussi à imposer aux Etats-Unis la pizza (alors qu'ils étaient loin d'y être dominants) Mais, et l'exemple de la pizza peut très bien le montrer, ces emprunts à une autre culture sont réinterprétés en fonction des habitudes, des normes et des Page 23/27
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valeurs caractéristiques de la culture qui importe l'élément (la pizza américaine n'a plus grand chose à voir avec la vraie pizza italienne). Ces réinterprétations finissent par intégrer la nouveauté à la culture, de manière à ce qu'elle ne soit plus une nouveauté, c'est à dire qu'elle fasse partie intégrante de la culture commune. Si la mondialisation contribue bien à la diffusion de la culture occidentale, on peut donc penser que les autres cultures vont petit à petit " acclimater " ces nouvelles caractéristiques culturelles en les transformant, de manière à ce qu'elles fassent système avec leur propre culture sans que celle-ci disparaisse réellement. Il faut donc se méfier d'une analyse trop rapide de l'évolution de la consommation comme uniformisation. Parfois, l'emprunt à une autre société peut avoir un sens revendicatif ou alors la consommation peut avoir une signification sociale différente d'une société à une autre. Ainsi, le port du jean pour une femme n'a sans doute pas le même sens en France qu'en Iran aujourd'hui, de même, d'ailleurs, que le voile islamique. Malgré tout, la mondialisation économique et culturelle est une réalité qui a pu déboucher sur un rejet des valeurs qui se diffusent, par exemple les valeurs occidentales. Cela peut être une interprétation de la révolution iranienne de 1979 qui a vu triompher l'imam Khomeini et ses partisans face à l'occidentalisation forcée du régime précédent. En conclusion, si l'on voit bien qu'il y aujourd'hui une tendance à la mondialisation culturelle, on peut dire que celle-ci n'est pas forcément synonyme d'uniformisation. Le poids des pays occidentaux, et des EtatsUnis en particulier, peut laisser craindre un affaiblissement des autres cultures. Mais il ne faut pas négliger le fait que les cultures ont toujours su intégrer des éléments d'autres cultures et que, parce qu'elles sont le ciment de la société, elles ont une force qui leur permet de résister à certains changements. Cependant, la montée de la contestation de la mondialisation et des conflits à son propos montre bien la nécessité d'une régulation qui ne va pas sans poser de nombreux problèmes. C'est ce que nous allons voir maintenant.

3.3 - Peut-on réguler la mondialisation ?
Vous avez vu dans ce chapitre que la mondialisation des échanges transformait les sociétés, tant sur le plan économique que sur le plan social et culturel. Cette transformation se fait pour le meilleur comme pour le pire : on peut parler de croissance ou de chômage, de développement du tiers-monde ou d'accroissement des inégalités, de diversification des biens et services ou d'uniformisation culturelle, etc. C'est pourquoi certains parlent souvent de " réguler la mondialisation ". Réguler, qu'est-ce que cela veut dire ? Tout simplement créer et imposer des règles, par exemple un droit du travail dans les entreprises, ou des normes environnementales dans la production des biens. Traditionnellement, c'est l'Etat qui, par les lois et les règlements, se charge de la régulation des activités économiques et sociales. Mais comment réguler les échanges quand ils sont mondialisés et que n'existe pas de gouvernement international ? Nous allons voir dans ce paragraphe comment la mondialisation met en difficulté l'activité régulatrice des Etats-nations, puis nous montrerons que le besoin de régulation mondiale fait apparaître de nouvelles instances de régulation ainsi que des institutions supranationales.

3.3.1 - Les politiques nationales de régulation trouvent leurs limites face à la mondialisation...
Face à la mondialisation, les Etats nationaux sont confrontés à trois types de problèmes qui révèlent les limites des politiques nationales.

Les limites juridiques : elles découlent de la définition même des Etats modernes, qui exercent pleinement leur souveraineté sur la nation dont ils émanent, mais qui n'ont aucune capacité d'action légale en dehors de cette nation. Autant la capacité d'action de l'Etat est grande à l'intérieur de ses frontières, autant elle est faible au-delà . Les limites économiques : on l'a vu dans la section précédente, le chantage à la délocalisation limite la capacité des Etats à imposer des règles aux entreprises. La libéralisation du commerce des biens et des services intensifie la compétition entre les systèmes économiques nationaux et les politiques des Etats se retrouvent mises en concurrence les unes avec les autres. Parallèlement, la libre circulation des capitaux donne aux entreprises la possibilité de transférer leur production dans les Page 24/27

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pays leur offrant les conditions les plus avantageuses en termes fiscaux et réglementaires. Enfin, la taille croissante des entreprises transnationales leur donne plus de puissance dans leurs relations avec les Etats. Les Etats peuvent donc se trouver dans une position de relative faiblesse face aux entreprises transnationales. L'absence de solidarité politique : les Etats pourraient surmonter les problèmes posés par la libre circulation des biens, des services et des capitaux s'ils s'entendaient entre eux sur les normes à imposer aux acteurs économiques. Malheureusement, il n'existe pas de structure efficace de coordination des politiques des Etats, où ils puissent élaborer des politiques communes et prendre des décisions en commun. Au contraire, la mise en concurrence des Etats par les firmes transnationales pousse chacun à essayer de gagner au détriment des autres, en attirant à soi les investissements internationaux, ou en favorisant ses exportations par une fiscalité et une réglementation sociale accommodantes.

3.3.2 - ... Mais de nouveaux acteurs émergent qui tentent d'imposer des normes environnementales ou sociales aux entreprises transnationales...
La relative impuissance des Etats à imposer des règles au commerce mondial ou aux entreprises transnationales conduit d'autres acteurs, non gouvernementaux, à tenter de prendre le relais de la régulation. Avec, bien sûr, d'autres méthodes et pas toujours les mêmes objectifs.

Les ONG : les Organisations non gouvernementales sont des personnes morales, c'est-à -dire des associations, indépendantes juridiquement et financièrement des gouvernements. Elles interviennent au niveau international généralement pour y défendre des causes morales, comme la santé et l'action caritative (Médecins Sans Frontières, par exemple), le développement (Action Contre la Faim), ou encore la protection de la nature (Greenpeace, WWF, Les Amis de la Terre, etc.). Elles peuvent aussi promouvoir une vision politique (Amnesty International ou les mouvements altermondialistes comme ATTAC par exemple). Les ONG vont se comporter en groupes de pression auprès des gouvernements et des entreprises pour faire avancer leur cause, parfois par des actions très médiatiques. Elles peuvent à cette fin informer et mobiliser les citoyens à travers le monde, pour qu'ils fassent pression sur leurs gouvernements ou sur les entreprises, par exemple en boycottant certains produits. Mais elles peuvent aussi être consultées par des gouvernements et des entreprises soucieux de mieux tenir compte de l'environnement international ou d'obtenir une caution morale pour leurs actions. Quoi qu'il en soit, ces ONG sont, au moins potentiellement, un moyen de faire valoir des normes dans les relations économiques internationales. On peut citer comme exemple l'association Max Havelaar, qui labellise certains produits respectant les règles du " commerce équitable ", c'est-à -dire qui accorde une part plus substantielle du prix du produit aux producteurs de matières premières des pays en développement. Cependant, l'origine privée de ces organisations et le fait qu'elles se donnent des objectifs très spécifiques font douter certains qu'elles puissent réellement toujours défendre l'intérêt général. Les syndicats : les syndicats de travailleurs avaient traditionnellement un cadre d'action national, ils négociaient avec le patronat et l'Etat de leur pays pour faire avancer, par des lois ou des accords d'entreprise et de branche, les intérêts des salariés. La mondialisation bouleverse ce schéma : les Etats ne sont plus forcément des interlocuteurs pertinents compte tenu de la limitation de leur capacité d'action, quant aux grandes entreprises, elles sont souvent transnationales et peuvent faire peser sur les salariés, exactement comme face aux Etats, la menace de la délocalisation.

La réaction progressive des syndicats a été de se regrouper au niveau international pour pouvoir coordonner leurs actions et peser plus fortement dans les négociations avec leurs interlocuteurs. C'est dans cette optique qu'ont vu le jour la Confédération Européenne des Syndicats (CES) ou encore la Confédération Syndicale Internationale (CSI). Les difficultés restent encore nombreuses sur la voie de l'internationalisation des syndicats : les traditions et les cultures syndicales varient beaucoup d'un pays à l'autre, ce qui entraîne des désaccords sur les modes d'action et la définition des objectifs prioritaires.

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3.3.3 - ...Et les Etats essaient de se regrouper pour peser sur la mondialisation.
Puisque les Etats nationaux sont, du fait de leur taille et de leurs caractéristiques, impuissants à réguler la mondialisation, l'idée vient tout naturellement de coordonner, voire de regrouper, les Etats pour définir ensemble les normes juridiques, sociales, environnementales, et les moyens de les faire respecter. Deux voies différentes ont été suivies pour mettre en oeuvre cette stratégie, mais avec des difficultés certaines, pour l'heure encore non surmontées.

Les institutions internationales : la première voie a été de créer des institutions internationales, dont sont membres les Etats, et qui se chargent de définir des règles applicables en matière économique et sociale dans le monde entier. L'ONU a été le cadre naturel de création de ces institutions avec, par exemple, le BIT (Bureau international du travail, qui rassemble Etats, employeurs et salariés " pour promouvoir le travail décent à travers le monde ") ou le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement, qui essaie de promouvoir les politiques de développement humain et de lutte contre la pauvreté). Plus importante, peut-être, l'OMC (Organisation mondiale du commerce) est cette fois une organisation indépendante de l'ONU, chargée de la régulation du commerce international. Elle est d'abord un cadre où les Etats membres négocient pour se fixer des règles relatives aux échanges commerciaux internationaux, c'est-à -dire qu'ils définissent les règles de la concurrence au niveau mondial. Elle est aussi un organisme de règlement des différends commerciaux (c'est-à -dire des conflits commerciaux) entre les Etats, une instance qui est censée arbitrer entre deux Etats membres quand l'un accuse l'autre de pratiques protectionnistes ou de concurrence déloyale. En pratique, les accords de l'OMC sont essentiellement des accords de libre-échange, visant à bannir ou encadrer les pratiques protectionnistes des Etats, ce qui conduit certains à n'y voir qu'une institution favorisant l'approfondissement de la mondialisation plutôt que sa régulation. En réaction, l'OMC essaie d'intégrer dans ses négociations des préoccupations environnementales ou sociales, mais les progrès en la matière sont minces, pour ne pas dire inexistants. La difficulté de ces institutions internationales est d'abord qu'elles rassemblent des pays trop divers, aux intérêts parfois divergents, pour s'entendre sur autre chose qu'un minimum de règles sans grande portée réelle. De plus, elles rassemblent en leur sein des pays qui sont par ailleurs en rivalité, voire en conflit, et qui ne sont donc pas enclins à se faire confiance ou à être solidaires, même sur les questions sociales ou environnementales. Enfin, ces institutions prennent généralement leurs décisions à l'unanimité, ce qui, compte tenu du nombre d'Etats membres, les condamne pratiquement à l'immobilisme. Les unions régionales : pour contourner les difficultés rencontrées par les institutions internationales, certains Etats ont décidé de se regrouper en unions régionales, comme, par exemple, l'Union Européenne, le Mercosur (Mercado Comùn del Sur) qui regroupe l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay, le Paraguay et le Venezuela, ou encore l'APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation) qui regroupe les Etats-Unis, la Russie, l'Australie, la Chine, le Japon, mais aussi les pays d'Extrême-Orient, le Mexique et le Canada. L'idée de ces unions régionales est qu'il sera plus facile d'harmoniser les politiques et les objectifs de pays qui sont proches géographiquement, historiquement ou politiquement. Derrière ces unions régionales, il peut aussi y avoir l'esquisse d'un véritable Etat supranational, comme dans le cas de l'Union Européenne, l'union économique pouvant déboucher sur une union politique (nous étudierons le cas de l'Union européenne de façon plus approfondie dans le chapitre suivant). La logique est aussi de faire émerger, par le regroupement des Etats, des acteurs très puissants qui pourront peser dans les négociations avec les entreprises transnationales ou avec les autres Etats (l'Union européenne, par exemple, n'envoie aux négociations de l'OMC qu'un seul représentant pour ses 27 pays membres). Les unions régionales ont débouché effectivement sur une coopération sensiblement plus poussée que les institutions internationales, mais on est encore très loin, dans un cas comme dans l'autre, d'une véritable régulation de la mondialisation. Pourquoi ? Là encore, même si les pays membres de ces unions sont a priori plus homogènes, les différences de tradition politique et les divergences

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d'intérêts subsistent et freinent l'harmonisation des politiques. Par ailleurs, la perspective d'une perte de souveraineté des Etats nationaux n'est pas forcément acceptée par les Etats membres et leurs citoyens, d'autant que ces unions régionales ne sont pas porteuses de projets suffisamment consensuels et que leur procédure de décision ne sont pas toujours perçues comme démocratiques et transparentes. Même si une régulation mondiale des échanges économiques semble nécessaire et est souvent réclamée, on voit qu'elle est encore loin d'être effectivement mise en place.

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Cours : CHAPITRE 7 : Intégration européenne et politiques économiques et sociales Introduction
Nous avons vu, dans le chapitre précédent, comment la mondialisation s'est développée. En particulier, la création d'Unions régionales a favorisé le développement des échanges au sein d'une zone. Vous vous souvenez sans doute aussi que ce libre échange est censé apporter un surcroît de croissance économique. C'est pour cela que des Unions régionales ont vu le jour, comme la CEE devenue Union Européenne mais aussi comme d'autres Unions régionales comme l'ALENA qui regroupe le Canada, les Etats-Unis et le Mexique), le MERCOSUR en Amérique Latine ou l'ASEAN en Asie.. Vous n'avez pas oublié aussi que le libre échange s'est épanoui dans le cadre du GATT puis de l'OMC dans lesquelles les négociations se déroulent entre Etats. Et, si un principe bien connu veut que l'union fait la force, cela peut être vrai aussi dans les négociations économiques internationales. On peut en effet penser que lorsque des pays se regroupent pour négocier, ils auront plus d'influence si ensembles ils représentent une part plus importante du commerce internationale, des IDE, etc. C'est aussi un des aspects qui peut expliquer l'intégration poussée de l'Union européenne. Cependant, l'Union européenne n'a pas été construite uniquement pour des raisons économiques et les raisons économiques ne se résument pas aux bienfaits supposés du libre échange et de la spécialisation internationale. S'il est vrai comme le dit Montesquieu que « partout où il y a du commerce, il y a des moeurs douces », l'objectif de paix entre les Nations européennes, car c'était cela l'objectif fondamental des « pères de l'Europe », pouvaient passer par des échanges plus libres pour rapprocher les peuples. Mais il faut préciser que la construction européenne s'est faite aussi par une coopération entre Etats dans des domaines d'activité clés à l'époque (énergie : charbon ; agriculture ; etc.) montrant la volonté des Etats européens de nouer des liens forts susceptibles de rendre nécessaires leur bonne entente. Les politiques communes, vous l'approfondirez dans ce chapitre, ont donc accompagné dès le début le développement de l'Union européenne. Aujourd'hui, les questions essentielles que posent ces politiques communes concernent plus particulièrement les contraintes liées à cette coopération économique, les difficultés et les moyens de cette coopération mais aussi les bénéfices possibles d'une coopération réussie. La paix étant une réalité au sein des pays de l'Union européenne, l'économique de simple moyen est devenu l'enjeu principal des discussions européennes : quelles politiques budgétaires, quelle politique monétaire, quelle politique de concurrence, etc. Avec bien sûrs tous les enjeux sociaux et politiques qui en découlent !

1 - L'Union européenne et la dynamique de l'intégration régionale.
L’idée d’Union Européenne est ancienne, et avait souvent été invoquée comme remède aux sempiternelles guerres qui ravageaient le continent. Elle s’est imposée avec plus d’évidence après 1945, quand l’Europe dévastée s’est retrouvée sous la domination des deux super-puissances issues de la seconde guerre mondiale. Mais la construction ex nihilo d’une fédération européenne s’est vite révélée trop difficile dans une Europe encore politiquement divisée et travaillée par les méfiances entre nations, surtout après l’échec de la Communauté Européenne de Défense (1954). Les partisans de l’unification européenne ont donc pris le parti d’une construction progressive et originale : initier des coopérations entre les Etats, tout particulièrement au niveau économique où elles sont mutuellement profitables, pour développer la solidarité et rendre nécessaire la création d’institutions européennes, lesquelles constitueraient la base d’une future fédération européenne.

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C’est ce processus que nous allons étudier maintenant, en examinant d’abord les différentes étapes de l’intégration économique européenne, avec ses justifications économiques, pour ensuite étudier comment cette intégration suscite la création d’institutions communautaires. Pour finir, nous essaierons de comprendre pourquoi l’étape finale de ce processus – la création d’une Europe politique – est à la fois plus nécessaire que jamais et toujours aussi difficile à concrétiser.

1.1 - L'intégration économique en Europe : le choix de la libéralisation des échanges.
La coopération entre états européens a parfois pris la forme de projets industriels (on pense notamment à Airbus ou Arianespace), mais l’intégration économique s’est surtout faite par la libéralisation des échanges économiques entre les nations d’Europe – c’est-à-dire par l’instauration progressive d’un libre échange presque total. Voyons d’abord les étapes de cette libéralisation et les avantages que l’on en attendait.

1.1.1 - Les pays européens ont progressivement libéralisé leurs échanges économiques …
Le premier pas de l’intégration économique fut la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) : La RFA, la France, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg supprimaient toutes barrières douanières et toutes formes de protections dans les secteurs du charbon et de l’acier – secteurs symboliques s’il en était puisqu’à l’époque ces deux matériaux constituaient le « nerf de la guerre ». Mais très vite, l’intégration européenne a gagné en profondeur et en envergure.

La Communauté Economique Européenne. Le traité de Rome de 1957 instaure une union douanière : suppression des barrières tarifaires entre les pays signataires et instauration d’un tarif extérieur commun. Une entité internationale – la Communauté Economique Européenne (CEE) – est créée avec des institutions (Commission, Conseil et Parlement européens) afin de piloter cette union. Elle reçoit en plus une compétence exclusive sur les politiques agricoles, des transports et sur la politique commerciale extérieure, qui seront donc désormais des politiques européennes et non plus nationales. La CEE passe de 6 membres en 1957 à 12 en 1986, en intégrant le Royaume-Uni, le Danemark et l’Irlande (1973), la Grèce (1981, l’Espagne et le Portugal (1986). L’Acte Unique et le Grand Marché. Adopté en 1986 par les pays membres de la CEE, l’Acte Unique est en fait l’ensemble des règlements qui permettent la réalisation du Grand Marché, c’est-à-dire l’abolition définitive de toutes formes de barrières entre les pays membres permettant une libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des hommes (les « 4 libertés »). C’est en quelque sorte la base du droit européen qui va désormais s’imposer aux droits nationaux. Ce traité élargit aussi les compétences de la CEE à trois autres domaines : Recherche et développement, Environnement et Politique étrangère commune. L’Union économique et Monétaire. Signé en février 1992, ce traité fonde l’Union Européenne et lance l’ambitieux projet d’Union Economique et Monétaire : en 1999, les pays signataires adoptent une seule et même monnaie, l’euro, qui entre en circulation en 2002. Les banques centrales des pays sont fusionnées en une seule banque centrale indépendante : la Banque centrale Européenne. Après 1992, l’Union Européenne s’élargit encore à la Suède, l’Autriche et la Finlande (1995), à l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie, la Hongrie, Malte et Chypre (2004), à la Roumanie et à la Bulgarie enfin (2007). Cependant, tous les pays membres de l’UE n’adoptent pas l’euro : Royaume-Uni et Suède choisissent de rester en dehors, tandis que parmi les pays ayant adhéré en 2004 et 2007, seuls Chypre, Malte et la Slovénie ont intégré l’UEM.

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1.1.2 - …dans l’espoir que le libre échange dynamisera leur croissance économique
La principale justification de cette libéralisation complète des échanges est, comme vous l’avez vu au chapitre 6, la stimulation de l’efficacité économique et de la croissance. Nous allons rappeler brièvement ces arguments.

La libéralisation des échanges améliore la productivité des facteurs de production. C’est la thèse de D.Ricardo qui vous avez découverte au chapitre précédent : le libre échange incite les économies nationales à se spécialiser en fonction de leur avantage comparatif, ce qui permet une hausse globale de la productivité des facteurs de production, donc un accroissement de la richesse produite. L’accroissement de la taille des marchés et les économies d’échelle. C’est la deuxième grande justification du libre échange : la constitution d’un vaste marché par l’ouverture des frontières commerciales accroît les débouchés des entreprises, et l’accroissement de la production qui en résulte permet de réaliser des économies d’échelle. Le libre échange permet donc la baisse des coûts de production et donc des prix, ce qui stimule le pouvoir d’achat des agents économiques. Les effets de la concurrence sur les prix et la compétitivité. Enfin, l’intensification de la compétition entre les entreprises liée à la libéralisation des échanges favorise encore la baisse des prix des biens et services. C’est pourquoi la Commission Européenne mène une politique particulièrement active pour tenter de faire respecter la concurrence sur le Grand Marché européen.

1.2 - L'intégration économique rend nécessaire des politiques communes.
Puisqu’un choix de libéralisation des échanges a été privilégié pour favoriser la croissance dans le cadre de l’intégration économique européenne, il faut évidemment fixer un cadre commun de politiques économiques. En son absence, Il y aurait des risques importants d'observer une concurrence « faussée » entre les différents pays membres. Les politiques communes de l'Union Européenne portent alors principalement sur l’établissement de règles de commerce collectives et des politiques d’entraide, ce à quoi il faut ajouter la gestion de la monnaie unique.

1.2.1 - Une politique commerciale commune est nécessaire puisqu’il n’y a plus de frontières économiques à l’intérieur de l’Europe
Les frontières entre les pays membres de l'UE sont totalement ouvertes au commerce: cela signifie donc une liberté de circulation de tous les biens et services en Europe. Dans ces conditions, une politique commerciale commune devient absolument indispensable pour éviter les distorsions de concurrence entre pays.

En ouvrant totalement les frontières à la circulation des biens et services, des capitaux et des hommes, l’Europe ne peut plus accepter l’existence de politiques commerciales indépendantes des Etats. En effet, comment pourrait-on avoir des droits de douane moins élevés en France qu’en Allemagne pour un même produit, comme des écrans plasma venant de Corée, alors qu’une fois importée en France, ces produits peuvent librement être expédiés en Allemagne? Il y aurait à l’évidence une distorsion de concurrence entre le distributeur français et le distributeur allemand. La politique commerciale extérieure commune consiste donc nécessairement à appliquer un seul tarif extérieur (ce qui revient à fixer des droits de douane identiques) et une seule politique en matière de quotas. Les 27 pays de l’Union Européenne, en appliquant cette règle, parlent donc d'une seule voix sur la scène internationale: ils ont effectivement un tarif extérieur commun, et les mêmes barrières non tarifaires quand cela est nécessaire. C’est par ailleurs désormais la Commission Européenne Page 3/17

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qui négocie directement avec l’O.M.C (Organisation Mondiale du Commerce) l’application des règles du commerce international: les pays membres ne siègent plus à l'O.M.C. en tant que tels, ils sont juste chargés de donner un mandat de négociation à la Commission et surveillent sa mise en œuvre. Cela donne évidemment à l’Union Européenne plus de poids qu'à n'importe lequel des pays membres s'il siégeait individuellement.

Parallèlement, l'Union Européenne peut aussi décider d’accorder des préférences tarifaires donnant un accès privilégié au marché européen à certains PED. L’objectif est ici un peu différent que de s’accorder sur un tarif commun. Il s’agit en fait de participer au développement de ces pays en proposant une coopération économique, par l’intermédiaire d’une politique commerciale commune. C’est notamment le cas des accords de Cotonou signés entre les 27 membres de l’UE et 79 pays d’Afrique, des Caraïbes, et du Pacifique, connus sous le sigle ACP. Cet accord tarifaire permet de garantir une certaine stabilité des prix à l’achat pour les produits agricoles ou miniers venant des pays ACP.

1.2.2 - Une politique commune de concurrence est nécessaire pour réguler les échanges marchands au sein de l’Europe
La Commission européenne a toujours affirmé que l'organisation d'une concurrence libre et non faussée était une prérogative exclusivement européenne et que les Etats ne pouvaient fixer leurs propres règles de concurrence. Trois séries d'arguments le justifient.

Une politique commune de concurrence est tout d'abord nécessaire afin d'éviter que les pays membres ne se fassent la guerre économique via des subventions, officielles ou déguisées, qui avantageraient certains producteurs nationaux. Ce serait très coûteux pour le budget des Etats, et au final inefficace, puisque tous les Etats seraient dans l’obligation d’apporter au minimum le même montant de subvention que le pays voisin pour permettre à ses producteurs nationaux de survivre. Pour éviter cela, la Commission Européenne dispose de pouvoir de police particulier: elle sanctionne le versement d'aides gouvernementales indues. Elle précise aussi les conditions exceptionnelles auxquelles un soutien à des entreprises en difficultés peut être acceptable. Ainsi, la commission européenne a accepté que l'Etat français verse une aide de près de 4 milliard de francs à la banque Crédit Lyonnais en 1997, à la condition express que la banque réduise de 20% le nombre de ses agences et vende toutes ses filiales européennes. L'aide devait uniquement servir à sauver cette banque très endettée et le Crédit Lyonnais ne pouvait donc pas utiliser la subvention pour se développer, bien au contraire. De la même manière, il faut éviter que ne se constituent des entreprises géantes qui disposeraient de pouvoirs exorbitants sur les marchés. En effet, la constitution de tels monopoles remet en cause l’existence même d’une concurrence favorable aux consommateurs. Une firme en monopole dispose d’un «pouvoir de marché» qui lui permet de proposer des biens et services de qualité moindre, ou de pratiquer des prix plus élevés que la normale. Pour éviter cela, l'Union Européenne, par la Commission, contrôle les fusions-acquisitions entre entreprises, et interdit les ententes ou les cartels de producteurs. Cette pratique s’apparente à la politique «antitrust» menée aux Etats-Unis. Les abus de position dominante sont elles aussi combattues. C’est ainsi que la Commission a condamné lourdement la société Microsoft qui utilisait sa position de leader sur les systèmes d’exploitation (avec XP ou Vista) pour imposer des logiciels associés comme Mediaplayer ou Windows Messenger. De même, les normes (de toutes sortes) sont de plus en plus souvent décidées au niveau européen: ces règles ou ces appellations sont un moyen d'uniformiser relativement les standards de production des biens et services fabriqués en Europe. Ainsi, on ne peut plus persuader les consommateurs que 2 produits équivalents sont en réalité de qualité très différente car fabriqués selon des normes différentes. L'objectif est de limiter la concurrence monopolistique : les producteurs ne sont plus en mesure de jouer sur la différenciation des produits pour justifier de prix plus élevés. Ainsi, dans le domaine alimentaire, il n'y a pratiquement plus de normes nationales (par exemple, l'appellation «chocolat», jusqu'alors strictement réglementée en France, dépend Page 4/17

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maintenant du droit européen qui autorise cette appellation pour des produits contenant autre chose que du beurre de cacao). Toute une réglementation européenne s'est donc développée qui encadre les réglementations nationales et qui s'impose à elles.

1.2.3 - Une politique d’aides structurelles est nécessaire pour aider les régions les plus pauvres à se développer et rattraper le niveau de vie européen
La construction de l'Union Européenne, si elle est avantageuse économiquement parlant globalement, ne profite pas également à toutes les régions. Certaines régions, en particulier parce qu'elles sont excentrées ou à tradition agricole, peuvent accumuler des retards de développement. Il faut trouver les moyens de les réduire.

L'Union Européenne a donc tenté de lutter contre ces écarts par des aides financières importantes versées aux régions en difficultés. La politique commune relève dans ces cas de l’équité entre les territoires : il n'est guère acceptable d'avoir un marché commun unifié avec des zones délaissées où le niveau de vie est plus faible. C'est à ce titre que des régions françaises comme la Lorraine ont reçu des fonds européen leurs permettant un développement économique. Après avoir bénéficié principalement au Portugal, à l'Espagne et à la Grèce, cette politique d'aide sert désormais à promouvoir le rattrapage des nouveaux Etats membres de l'est européen, en particulier en finançant le développement des infrastructures de transport ou de télécommunications. L'Europe dispose pour cela de fonds structurels dédiés au développement économique des régions. Ces fonds sont désormais au nombre de deux : le fonds européen de développement régional (FEDER) et le fonds social européen (FSE). Le FEDER finance des infrastructures, des investissements productifs pour créer de l'emploi, des projets de développement local et des aides aux PME; alors que le FSE favorise l'adaptation de la population active aux mutations du marché de l'emploi ainsi que l'insertion professionnelle des chômeurs et des groupes désavantagés, notamment en finançant des actions de formation et des systèmes d'aide à l'embauche. Pour la période 2007/2013, le budget total de ces fonds est estimé à plus de 300 Milliards d'euros. Ces fonds financent jusqu'à 50% des travaux d'infrastructure et représentent 40% du budget européen. Ils permettent d'assurer la nécessaire convergence des économies, l'attractivité des régions et les coopérations transfrontalières. Il y a donc une vraie volonté européenne d'aider les régions les plus pauvres à rattraper le revenu moyen de l'UE.

1.2.4 - Une politique monétaire commune est nécessaire puisqu’il n’y a plus qu’une seule monnaie européenne dans l'UEM
La gestion de la monnaie unique est naturellement une prérogative européenne. La monnaie unique européenne, l'euro, a consolidé les avantages de l’intégration économique (voir l’activité «les effets de la création de l’euro»), mais la conduite de la politique monétaire demeure un exercice très difficile.

Il est en effet indispensable d’avoir une politique monétaire commune pour asseoir la «crédibilité» de la monnaie - c’est à dire la capacité à convaincre les agents économiques que les objectifs monétaires annoncés seront effectivement atteint -, et ce alors que les situations économiques des Etats membres sont parfois très diverses. A titre d’exemple, l’inflation en Irlande est en moyenne deux fois plus forte que dans la zone Euro sur la période 2002-2008, du fait d’une croissance plus forte. La politique monétaire commune doit donc permettre de développer à la fois la croissance de la zone Euro dans son ensemble, et ne pas altérer les conditions économiques d’un Etat en particulier. La Banque Centrale Européenne est chargée de conduire cette politique monétaire commune, de manière totalement indépendante des pouvoirs politiques. Cette indépendance est la garantie que la politique menée ne sera pas influencée par un ou des Etats membres à leur seul avantage. Ainsi le président de la BCE, une fois désigné, est totalement libre des décisions qu’il prend dans le cadre des missions de la banque centrale. Il allait de soi lors de la constitution de l'euro que les décisions monétaires seraient du ressort d'une banque centrale indépendante, mais qu'un organe de concertation serait maintenu: c'est l'Eurogroupe qui rassemble Page 5/17

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les ministres de l’économie et des Finances des pays de la zone euro, auxquels s’ajoutent le président de la BCE et un représentant de la Commission.

La mission principale de la BCE est de défendre la stabilité des prix, et donc d’éviter la propagation de l’inflation dans la zone euro. Elle a notamment pour mandat de réagir à l’évolution de l’indice des prix de l’ensemble de la zone euro (indice des prix à la consommation harmonisé construit par EUROSTAT). En fonction de l’évolution de ces prix, la BCE agit avec deux instruments principaux : le contrôle de la masse monétaire et les taux d’intérêt. En particulier, en maintenant des taux d’intérêt relativement plus élevés qu’ailleurs, la BCE peut limiter l’accès au crédit et la création monétaire (souvenez vous de vos cours de Première sur la monnaie). La création monétaire est en effet une des sources importantes de l’inflation. Certains estiment cependant que la politique monétaire commune privilégie davantage la lutte contre l’inflation que la croissance économique de la zone (voir la question du pacte de stabilité et regardez bien la partie 212). Le niveau de taux de change n’est pas un objectif particulier de la BCE. Cependant le niveau de l'euro face au dollar a notamment des effets sur l’inflation, via la variation des prix des produits importés. L'Europe a donc implicitement intérêt à s'accorder sur un taux de change qui serait «acceptable» pour l'économie européenne. Ainsi, si l'euro s’apprécie face au dollar, les produits étrangers achetés en dollar paraissent après conversion en euro relativement moins chers : l’inflation importée diminue. C'est en particulier intéressant pour les prix pétroliers.

Certaines politiques communes sont donc la contrepartie directe de l’intégration économique, quand d’autres sont le résultat mécanique de la mise en place de la monnaie unique. Ces politiques communes montrent par ailleurs clairement, par leur existence même, que l'Union Européenne est bien plus qu'une simple zone de libre-échange. Peut-on pour autant parler d'union politique?

1.3 - L'intégration économique appelle-t-elle l'Union politique ?
Nous avons déjà souligné quand nous avons présenté les étapes de la construction européenne que l'intégration européenne n'était pas seulement économique. Il faut maintenant revenir sur cet aspect en montrant comment, peu à peu, l'Union européenne a construit des institutions qui emmènent sans doute les Etat membres de plus en plus vers la construction d'une Europe politique.

1.3.1 - Des institutions européennes supranationales sont nécessaires pour mener les politiques communes.
Pour que des politiques communes puissent être décidées, financées puis appliquées, il est nécessaire qu'existent des institutions à la légitimité reconnue par les Etats membres et dotées de compétences précises. Nous allons présenter d'abord ces institutions communes. Aujourd'hui, l'Union européenne dispose d'institutions politiques qui proposent et votent les décisions applicables dans l'ensemble des pays membres. Elle dispose aussi d'institutions plus spécialisées dont les compétences sont clairement délimitées.

Les institutions politiques générales: on peut dire, qu'à l'image d'un pays, l'Union européenne dispose d'un exécutif et d'un législatif : La Commission européenne est l'exécutif de l'Union européenne. Elle siège à Bruxelles. Au lendemain des élections européennes de juin 2004, elle ne comprend qu’un seul commissaire par pays. Depuis l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie en 2007, elle est composée de 27 membres. C’est le maximum prévu par le traité de Nice qui prévoit que désormais le nombre de commissaires sera inférieur au nombre d’Etats membres, un système de rotation devant être mis en place dès 2009. Elle est actuellement dirigée par le commissaire Portugais José Manuel Barroso. Ses membres sont désignés par les gouvernements des Etats membres pour cinq ans (au lendemain de chaque élection européenne) et leur nomination doit être approuvée par le Parlement européen. Organe exécutif de l’UE, elle est politiquement responsable devant le Parlement qui peut la démettre en votant une motion de censure. Elle remplit 4 fonctions : elle soumet des propositions au Parlement et au Conseil de l’Union (organes législatifs) ; gère le budget de l’UE et applique les Page 6/17

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politiques décidées ; fait appliquer le droit européen ; représente l’Union sur la scène internationale. Le Conseil européen, à ne pas confondre avec le Conseil de l’Union européenne, est l’héritier des conférences des chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’UE qui composent ce Conseil. Il fixe les grandes orientations, les priorités et donne l’impulsion politique aux projets de l’Union. Il est donc le centre de décision politique de l’UE, il est présidé par le chef d’Etat ou de gouvernement dont le pays exerce pour six mois la présidence du Conseil de l’Union européenne. Le Parlement européen et le Conseil de l'Union européenne exercent le pouvoir législatif. Le Parlement européen représente les peuples, il est élu directement tous les 5 ans par les citoyens des différents pays. Le Conseil de l'Union européenne, que l'on appelait autrefois Conseil des Ministres, représente les Etats membres, c'est-à-dire les gouvernements de chaque pays. Sa présidence change tous les six mois et chaque pays de l’UE l’occupe à tour de rôle. Ces deux institutions, en collaboration, examinent et adoptent toute la législation s'appliquant dans l'Union et approuvent le Budget européen. Le Conseil s'occupe aussi de toutes les questions relatives à la coopération dans les domaines de la politique étrangère, de la sécurité et de la justice.

Les institutions spécialisées: elles ont un domaine de compétences particulier. On peut citer, de manière très limitative:La Cour de Justice : elle règle les différends (c'est-à-dire les conflits) entre Etats membres quant à l'interprétation des traités et de la législation européenne. Elle peut imposer des sanctions, par exemple des amendes. La Banque centrale européenne (B.C.E.): elle a pour mission de gérer la monnaie unique, c'est-à-dire l'euro, par exemple en fixant les taux d'intérêt, dans un objectif de stabilité des prix. Elle conduit donc la politique monétaire commune désormais des 15 pays membres de la zone euro depuis le 1er janvier 2008. Le Comité des Régions composé de représentants des autorités locales et régionales, permet de consulter ces autorités sur des questions relatives à l'éducation, aux transports, par exemple, domaines qui sont souvent de compétence régionale plutôt que nationale. La Cour des comptes vérifie les recettes et les dépenses du budget de l’UE gérée par la Commission et s’assure de la légalité des mouvements financiers. Cependant si elle donne un avis, elle ne possède aucun pouvoir juridique.Le Comité économique et social est aussi un organe consultatif qui représente les syndicats de salariés, les employeurs, des représentants de groupes d’intérêt. Il représente la société civile.

On voit que l'Europe a construit des organes qui lui permettent de prendre des décisions politiques, bien audelà des aspects économiques. Munie de ces institutions, l'Union européenne a pu mettre en place des politiques mais cela pose alors le problème de la supranationalité : dans quelle mesure les Etats membres conservent-ils leur pouvoir national ? se soumettent-ils à un pouvoir supranational ? Quel partage des tâches s’est mis en place entre l’UE et ses Etats membres ?

1.3.2 - Le partage des tâches entre l’Union et les Etats membres est normalement déterminé par le principe de subsidiarité …

Le principe de subsidiarité, affirmé lors du Traité de Maastricht en 1992, permet de décider ce qui relève de compétences communautaires quand il y a doute ou désaccord. En quoi consiste-t-il ? C'est l'affirmation que ne relèvent de la compétence communautaire, que les domaines dans lesquels l'action de la Communauté sera plus efficace que l'action des Etats. Ce principe évite ainsi que les Etats ne soient dessaisis de leur initiative et de leur responsabilité dans tous les domaines où la décision ne s’impose pas au niveau communautaire. On peut penser, par exemple, que dans le domaine de la pollution, qui ne connaît pas les frontières nationales, très souvent, l'efficacité sera plus grande si la lutte est menée au niveau européen plutôt qu'au niveau national. Il existe également de nombreuses infrastructures, dont tout le monde bénéficiera mais dont le coût est tel que, s'il devait être supporté par des Etats, elles ne seraient pas financées. C’est l’exemple du projet en cours de la liaison ferroviaire Lyon – Turin passant par les Alpes pour développer le ferroutage. Il est donc logique, par l'application du principe de subsidiarité, que ce soit l'Union européenne qui le finance en partie.

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1.3.3 - … Mais il est difficile de concilier les intérêts nationaux et l’intérêt général.

Le problème de la décision politique : pondération des voix et droit de veto. Les modalités de prise de décision concernent le Conseil de l’Union. Elles varient selon le domaine concerné : La majorité simple s’applique pour les décisions de procédure, tel le règlement intérieur, l’organisation du Secrétariat général du Conseil … La majorité qualifiée s’applique pour les décisions les plus nombreuses concernant le marché intérieur, les politiques de visas, la coordination des politiques économiques, monétaires … Dans ce cas, chaque Etat dispose d’un nombre de voix en rapport avec son poids démographique, c’est ce que l’on appelle une pondération de voix. Par exemple, la France dispose de 29 voix (comme l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni) alors que Malte ne dispose que de 3 voix. Dans l’UE à 27, le total de voix s’élève à 345 : il faut 255 voix pour atteindre la majorité qualifiée (presque trois quart des voix). Pour qu’il soit adopté, un texte doit recueillir au moins 62% de la population totale de l’UE. Le vote à l’unanimité s’applique aux décisions concernant la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), la coopération policière et judiciaire en matière pénale, pour amender une proposition de la Commission et pour toute décision d’ordre constitutionnel (révision des traités, adhésion de nouveaux membres …). En fait, le Conseil affiche une tendance à rechercher l’unanimité même quand elle n’est pas obligatoire comme sur la fiscalité pour l’harmoniser, ou la politique sociale. Chaque pays membre détient de fait un droit de veto quand le Conseil doit se prononcer à l’unanimité. Ce droit est ainsi revendiqué par exemple par des pays sur la demande d’adhésion très controversée à ce jour de la Turquie à l’Union européenne. Pondération des voix et droit de veto sont l’objet de négociations intenses dans le cadre des traités et de leur évolution nécessaire pour tenir compte de la réalité de l’élargissement de l’Union européenne : cette dernière à 27 ne peut fonctionner sur les mêmes principes qu’à l’époque des six membres fondateurs. Cette question centrale a été prise en compte en particulier dans le traité de Nice (2001), ainsi que le projet de traité constitutionnel européen en 2004, texte rejeté en 2005 par référendum en France et aux Pays Bas. Aujourd’hui le traité modificatif européen de Lisbonne en cours de ratification, reprend cette question des modalités de décision. L’intégration économique peut-elle se traduire alors par une plus grande intégration politique ? L’évolution des traités démontre une volonté de dépasser la simple coopération inter-étatique pour conduire à une véritable intégration. Cela se remarque par l’extension de la codécision et du vote à la majorité qualifiée. Le rôle démocratique du Parlement européen est élargi dès 1992 par la procédure de la codécision qui en fait un co-législateur à égalité avec le Conseil de l’UE. La capacité de décision est renforcée par la limitation des domaines où l’unanimité est requise, extension qui conduit un Etat qui n’a pas voté une décision, d’être tenu de l’appliquer. Enfin l’Union européenne se dote de véritables représentants : un premier Président du Conseil européen, véritable Président de l’Europe, est censé prendre ses fonctions le 1er janvier 2009. Mais quelle définition donner de l’intérêt général dans l’Union européenne : intérêt commun ou intérêt supranational ? En termes plus politiques, l'Union européenne devrait-elle tendre vers plus de fédéralisme ? Le fédéralisme supposerait que de nouvelles compétences soient transférées des Etats nationaux à l'Union européenne, à l'image de ce qui a été fait pour l'Europe monétaire. Mais il est difficile de l'envisager : on sait déjà que 3 pays dont le Royaume Uni ont refusé de participer à la monnaie unique dès 1999, ce qui traduit leur refus du fédéralisme; on sait d'autre part que cela supposerait que le budget européen soit plus important que ce qu'il est aujourd'hui (il est actuellement d'un montant relativement très faible : les dépenses de l’UE représentent à peine plus de 1% du PIB européen) ; enfin, l'entrée de nouveaux membres rend encore plus difficile d'envisager le passage à une étape supérieure de coordination politique. Page 8/17

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C’est tout l’enjeu du traité de Lisbonne : il faut que tous les Etats membres se mettent d'accord sur les noms du président de l'Union et du haut représentant pour la politique étrangère, qui incarneront, avec le président de la Commission, l'Europe de demain et son rôle international. De leur action dépendra, pour une large part, l'influence de l'Union. Vingt ans après le principe de l'Union monétaire, les architectes de l’Europe sont toujours divisés en trois camps : les partisans d'une Union minimale, qui s'en tiennent à l'indépendance de la Banque centrale, à la discipline budgétaire et au bon fonctionnement de la concurrence ; ceux qui veulent plus de coordination entre les gouvernements des pays membres ; et ceux qui plaident toujours pour une union politique fédérale.

2 - Les nouveaux cadres de l'action publique.
Vous venez de voir en quoi l’intégration économique européenne pouvait appeler un renforcement de l’union politique. Cette union politique doit évidemment élaborer des politiques ! Mais quelles formes peuvent-elles prendre ? Politiques communes ? Coordinations des politiques menées ? Concurrence entre les politiques nationales pour que seules les plus efficaces se diffusent à l’ensemble de l’Europe ? Rappelons tout d’abord rapidement, avant de répondre à ces questions, ce qu’est une politique en s’en tenant, pour l’instant, aux politiques économiques. Les politiques économiques, vous le savez, peuvent être définies comme l'ensemble des mesures prises par les pouvoirs publics pour agir sur l'activité économique et modifier éventuellement son déroulement « spontané » de manière à atteindre certains objectifs. Remarquons que ne pas prendre de mesures (le « laissez-faire ») peut être une politique économique. Rappelons ensuite les deux grands types de politique que l’on distingue souvent. Si ces politiques sont « ponctuelles » quand elles cherchent à agir à court terme, pour remédier à un dysfonctionnement, résoudre un problème, on parle alors de politiques conjoncturelles. Lorsqu’elles tentent de transformer les conditions de la production, d'agir sur les structures économiques et/ou sociales. On parle alors de politiques structurelles. Dans les deux cas, ces politiques se font en utilisant des outils, comme le budget ou la monnaie. Commençons par étudier les mutations des politiques conjoncturelles engendrées par l’intégration européenne.

2.1 - Comment l’intégration économique européenne modifie-t-elle les politiques conjoncturelles ?
Il s'agit de se demander ici dans quelle mesure l'intégration économique réalisée dans le cadre de l'U.E. remet en cause, ou transforme, l'autonomie des nations dans la conduite de leurs politiques conjoncturelles (c'est-à-dire " l'ensemble des actions des pouvoirs publics destinées à régulariser l'évolution globale de l'économie", M. Cabannes, Les politiques conjoncturelles, A. Colin, p. 6) : un Etat peutil aujourd'hui prendre des décisions économiques, comme baisser les taux d'intérêt ou augmenter les impôts par exemple, librement, sans en référer à aucun autre Etat ou aucune institution européenne ? Spontanément, on a tendance à penser que l'Etat devrait pouvoir décider ce qu'il veut, mais nous allons voir que c'est loin d'être le cas : l'intégration dans l'Union européenne limite la liberté d'action des Etats membres qui, d'ailleurs, l'ont eux-mêmes décidé ! Est-ce à dire pour autant que ces Etats n'ont plus aucune capacité d'action autonome ? Ce n'est pas sûr … D’ailleurs, serait-ce une bonne chose ? Ne vaudrait-il pas mieux une coordination étroite de ces politiques conjoncturelles ? Vous le voyez liberté ou contrainte dans les actions menées, contraintes ou coordination, liberté ou coordination : ce sont les questions qui se posent aujourd’hui autour des politiques conjoncturelles menées ou à mener au sein de l’Union européenne. Rappelons tout d’abord en quoi consistent les politiques conjoncturelles.

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2.1.1 - La politique conjoncturelle est la régulation de la croissance au moyen du budget de l’Etat et de la création monétaire.

Les objectifs de la politique conjoncturelle La politique conjoncturelle est l’ensemble des mesures de politique économique qui visent à agir à court terme sur l’économie. Les moyens utilisés sont essentiellement la politique budgétaire et la politique monétaire (voir votre cours de 1ère) mais aussi dépendent des facteurs qui semblent être à la base du problème économique à traiter. Quels peuvent être les problèmes économiques et donc les objectifs que l’Etat peut se donner de résoudre ? Le premier problème est celui d’une faible croissance économique puisque vous le savez l’augmentation du PIB, seule, permet une augmentation globale des revenus distribués. L’objectif peut donc être une forte croissance économique. Le deuxième problème peut être l’importance du chômage. L’objectif sera donc de le réduire notamment en augmentant le nombre d’emplois. Un troisième problème peut être l’importance de l’inflation qui réduit le pouvoir d’achat des revenus, qui peut être une cause de la faible compétitivité-prix des entreprises du pays où, dans les cas extrêmes, peut nuire au bon fonctionnement du marché (fuite devant la monnaie qui interrompt les échanges). Il peut être aussi la déflation (baisse des prix) qui peut empêcher les entreprises de produire de manière rentable, leurs prix de vente n’étant pas assez rémunérateurs, ce qui bloque l’activité productive d’où une faible croissance etc. Enfin, un dernier problème peut être le déséquilibre de la balance des paiements : c’est plus un déficit qui pose problème puisqu’il faut emprunter de la monnaie étrangère pour régler l’ensemble des importations. (Revoir les notions du chapitre 6 « balance des paiements », « taux de change »). Dans ce cas, l’objectif est de rétablir l’équilibre de la balance des paiements (augmentation de la valeur des exportations, baisse de celle des importations etc.) L’action par le budget de l’Etat : la politique budgétaire La politique budgétaire est l’ensemble des mesures ayant des conséquences sur les ressources ou les dépenses inscrites au budget de l'Etat et visant directement à agir sur la conjoncture (voir la notion « politique budgétaire). Quels mécanismes sont à l’œuvre ? Supposez que l’Etat réduise les impôts et augmente ses dépenses. Quels peuvent être les effets de ses mesures ? Tout d’abord, les autres agents économiques (ménages, sociétés) verront leurs revenus augmenter et sans doute les dépenseront au moins une partie. La demande globale de produits (biens et services de consommation et de production) augmentera ce qui se traduira soit par une hausse de la production de ces biens et services soit par une hausse du prix de ces produits. Cette politique sera particulièrement adaptée à une situation économique de faible croissance ou de déflation. Mais il faut aussi que la balance des paiements soit positive ou autour de l’équilibre pour que l’accroissement probable des importations n’entraîne pas un déficit extérieur trop important. De même, et c’était peut-être votre première réaction !, faut-il que l’Etat ne soit pas trop endetté car les dépenses doivent être financées d’une manière ou d’une autre, et si ce n’est par des impôts ce sera par l’emprunt (rappelez vous de votre cours de première pour la discussion sur cet aspect). L’art d’une politique budgétaire est donc de juger des besoins de l’économie, des opportunités et des risques … L’action par la monnaie : la politique monétaire La politique monétaire est l’ensemble des mesures qui sont destinées à agir sur les conditions du financement de l'économie. Elle passe par la « modification » par la Banque centrale des d’intérêt sur le marché interbancaire (voir la notion « politique monétaire). La baisse de ces taux d’intérêt vise à faciliter le refinancement des banques qui pourront accorder plus de crédits avec comme conséquence : l’augmentation des achats, sous forme de consommation ou investissement, des agents économiques. Cette augmentation est donc une hausse de la demande à laquelle les entreprises peuvent répondre par une augmentation de leur production ou par une hausse des prix. Cela est bien si l’objectif est de lutter contre une croissance économique trop faible ou contre la déflation. De plus, cette politique permettrait d’augmenter le nombre d’emplois. Elle serait adaptée particulièrement dans le cas où l’équilibre de la balance Page 10/17

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extérieure ne poserait pas problème, la hausse de la demande pouvant en effet se traduire par une hausse des importations. Disons, en quelques mots, qu’une politique de hausse des taux d’intérêt peut se traduire, à l’inverse, par une réduction des crédits distribués et donc de la demande globale ce qui pourra favoriser la désinflation et la compétitivité extérieure. Cette politique sera particulièrement adaptée à des situations économiques où les problèmes sont ceux de l’inflation et d’un déficit de la balance des paiements, la croissance économique et l’emploi ne posant, elle, pas de problème. Pour ce qui concerne l’emploi, cette politique serait aussi adaptée aux cas où son évolution n’est pas liée à la faible demande globale des produits mais à la faible demande de travailleurs parce que leur coût est trop élevé, par exemple.

2.1.2 - Une politique monétaire unique est plus efficace mais n’est pas toujours adaptée aux besoins de chaque Etat membre.

Une monnaie unique empêche les crise de change, les dévaluations compétitives, attire les capitaux et favorise une faible inflation. Prenons un exemple précis pour montrer ce premier aspect. En 1992-93, une phase de récession importante se développait en Europe et notamment en France. En toute logique, il aurait fallu une baisse des taux d’intérêt pour relancer l’activité économique. Mais, en même temps, la réunification allemande se traduisait par une forte augmentation de la demande intérieure qui risquait de dégénérer en forte inflation. Les autorités monétaires allemandes ont donc décidé une hausse des taux d’intérêt qui a attiré des capitaux (rémunération plus forte des placements en Allemagne). Ces derniers ont fuit de nombreux pays européens d’où une baisse des taux de change de diverses monnaies comme la lire, la peseta et la livre (dévaluation de ces monnaies ou sortie du SME, système de change qui limitait les fluctuations de change entre des marges officielles ± 2,25 % entre les monnaies jusqu’en 1993 : voir la notion « taux de change »), d’où aussi la nécessité d’augmenter les taux d’intérêt dans les autres pays pour éviter cette fuite de capitaux. Une politique monétaire unique, qui tienne compte de la situation de l’ensemble des pays européens aurait pu être plus efficace : les taux d’intérêt aurait sans doute moins augmenté et la France n’aurait peut-être pas connu la plus forte récession d’après guerre. Le deuxième aspect est évident car avec une monnaie unique il n’existe pas de taux de change entre les monnaies et les politiques de dévaluation compétitive ne sont plus possibles. Or, par nature, ce genre de politique se fait au détriment des pays ayant des relations commerciales avec le pays qui dévalue (voir là aussi la notion « taux de change »). Enfin, la monnaie unique a été créée dans un cadre qui impose à la BCE de lutter contre l’inflation ce qu’elle s’efforce de faire. Il semble que cette politique ait été efficace puisque l’inflation est restée relativement faible malgré la forte hausse du prix des matières premières et du pétrole depuis le début des années 2000 même si d’autres facteurs peuvent expliquer comme la forte concurrence internationale qui freine la hausse des prix. Mais si les conjonctures nationales divergent, alors une politique monétaire unique n’est pas adaptée. En effet, avec une monnaie unique et une politique monétaire commune, chacun des pays abandonne son autonomie dans la conduite de sa politique monétaire. L’inconvénient, vous le comprenez bien, est grand quand un pays connaît une situation économique différente de celle des autres pays européens. Quelques mots quand même pour préciser cela. Supposons que dans l’Union européenne il existe un risque d’accélération de l’inflation. Supposons en même temps que dans un des pays, à l’inverse, ce risque d’inflation soit moins ressenti alors que la croissance est faible et le chômage élevé. Cette situation pousse la BCE a augmenté les taux d’intérêt ce qui est néfaste au pays qui connaît déjà une faible croissance : la hausse des taux d’intérêt réduit la demande et donc la croissance économique.

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2.1.3 - L’union monétaire est une contrainte pour les politiques budgétaires nationales tandis qu’il n’est pas encore possible d’avoir une politique budgétaire européenne.
Maintenant que l'union monétaire est réalisée et l'euro créé (1er janvier 1999 : voir le détail dans la notion « UEM »), on pourrait penser que la politique budgétaire reste du ressort des seuls Etats (principe de subsidiarité), et donc que, dans ce domaine au moins, ils sont autonomes. Qu'en est-il ?

La nécessité d’un pacte de stabilité en UEM. En réalité, il existe un pacte de stabilité et de croissance (PSC) depuis 1999 (réformé en 2005 pour plus de souplesse) qui encadre les politiques budgétaires des Etats membres de l’UEM. Il faut notamment que le déficit des administrations publiques reste inférieur à 3 % du PIB, que la dette publique reste inférieure à 60 % du PIB (voir notion « UEM »). Mais en cas de récession ou de mise en œuvre d’une politique structurelle favorable à plus long terme aux finances publiques ces limites peuvent être franchies. Pourquoi les pays de l’UEM se sont-ils créés ces limites ? Deux raisons essentielles peuvent être mises en avant. Tout d’abord, il est possible que certains Etats membres profitent des efforts faits par d’autres sans en subir les conséquences négatives. En effet, les faibles déficits se traduisent par un moindre besoin d’emprunts sur les marchés financiers : la demande de fonds (en euros bien sûr) étant moindre les taux d’intérêt sont plus faibles et cela pour tous les pays. A l’inverse, les pays qui ne joueraient pas le jeu pourraient très bien avoir des déficits importants (impôts faibles, prestations sociales importantes, subventions à la recherche/développement, etc.) qu’ils financeraient en bénéficiant de ces faibles taux d’intérêt. La surveillance des Etats membres est donc nécessaire. Ensuite, il est fort possible que, sachant les politiques budgétaires encadrées, la BCE ait moins à craindre l’inflation et fixe des taux d’intérêt moins élevés. En effet, pour elle, un déficit des administrations publiques risque de se traduire par une inflation plus forte : la hausse de la demande pouvant se traduire par une hausse des prix avant que l’effet sur la production ne soit effectif. Le pacte de stabilité contraint les politiques budgétaires nationales. Malgré ces avantages, il reste que le PSC est plus un moyen de surveillance des politiques budgétaires nationales que de véritable coordination. Et cela, aussi bien entre pays de l’UEM pour ce qui concerne leur seule politique budgétaire qu’entre la politique monétaire de la BCE et les politiques budgétaires des pays membres. De plus, il se peut que les limites imposées par le PSC soient considérées comme trop fortes. Aux Etats-Unis ou au Japon par exemple et dans le but de relancer leur croissance, le déficit budgétaire en % du PIB peut être parfois bien plus important que les 3 % du PIB que les pays de l’UEM s’imposent. Comme une politique monétaire autonome n’est plus possible, le pacte de stabilité empêcherait de répondre efficacement à une forte récession, d’autant que le seuil de 3 % n’a pas vraiment de justification économique. Toutefois, jusqu’à présent, ces limites n’ont pas vraiment été appliquées lorsque deux grands pays ne les ont pas respectées en 2002-2003 : l’Allemagne et la France. De plus, les contraintes ont été adoucies depuis lors … L’impossibilité d’une politique budgétaire européenne : interdiction du déficit et faiblesse du budget européen. On pourrait aussi penser que la politique budgétaire commune de l’Union européenne (vous l’avez vu l’année dernière, l’Union européenne a un budget) puisse faire face des difficultés économiques conjoncturelles touchant l’ensemble des pays. La réalité actuelle montre son impossibilité puisque le budget de l’Union européenne représente environ 130 milliards d’euros ce qui correspond à environ 1 % du revenu national brut de l’Union européenne. Les montants sont donc insuffisants pour une politique de relance efficace d’autant que ces montants sont affectés pour presque la moitié à l’agriculture même si cette part est en baisse et qu’un déficit est interdit. On voit aussi par là que le vote du budget demeure un des attributs fondamentaux que veulent sans doute garder les Parlements de chaque pays parce qu’il est un des fondements des démocraties européennes. Les contraintes de l’UEM ont été un des facteurs de la faible croissance.

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Si l’on compare la croissance économique des Etats-Unis et des pays européens depuis le début des années 90 (début de l’UEM), il est évident qu’elle a été nettement plus faible en Europe et notamment dans les pays de l’UEM. Une des raisons souvent avancées est que la politique économique a été moins efficace en Europe qu’aux Etats-Unis pour relancer la croissance dans des périodes de ralentissement voire de récession comme en 1993. En effet, les politiques monétaires ont privilégié la lutte contre l’inflation sans abaisser suffisamment vite les taux d’intérêt quand la conjoncture se dégradait ; de même, les politiques budgétaires étaient trop encadrées et pas coordonnées pour relancer l’activité économique. Ces phénomènes sont sans doute amplifiés par les effets de la politique monétaire sur l’euro dont le cours s’est apprécié assez fortement depuis son lancement. Or, un cours élevé défavorise les exportations (revoir la notion « taux de change » dans le chapitre 6). Toutefois, vous le savez, toute évolution d’un agrégat et particulièrement le PIB dépend de nombreux facteurs. Peut-être que pour ce qui nous concerne ici, d’autres facteurs tout aussi déterminants pourraient être mis en avant : l’effort d’investissement, l’effort de recherche/développement etc. Aussi peut-il être intéressant de nous tourner vers les politiques structurelles menées pouvant ou non favoriser ce genre de dépenses. Disons tout de suite, pour ce qui concerne leurs effets sur la croissance, que les tendances à limiter l’ensemble des dépenses publiques ne favorisent pas le développement d’infrastructures communes, l’accroissement des dépenses de recherche/développement des entreprises etc. qui pourraient avoir à terme des effets favorables sur la croissance.

2.2 - L’intégration européenne rend nécessaires les politiques structurelles communes, mais celles-ci restent difficiles à construire.
Nous avons vu que l’unification européenne bouleverse les conditions d’exercice des politiques conjoncturelles. Il en va de même pour les politiques structurelles. Là encore, on peut montrer que la constitution de politiques communes serait profitable en raison de l’abolition des frontières intérieures de l’Union, mais que celle-ci butte encore sur la difficulté de s’entendre sur une définition de l’intérêt général en Europe. Nous allons d’abord revoir rapidement ce que sont les politiques structurelles, en distinguant leurs enjeux et les débats qu’elles suscitent. Puis, nous nous interrogerons sur l’intérêt et la faisabilité de politiques structurelles européennes en prenant un exemple, celui de la protection sociale.

2.2.1 - Les outils des politiques structurelles.
A la différence des politiques conjoncturelles qui agissent sur l’état à court terme de l’économie et sur des indicateurs bien précis, les politiques structurelles visent à influer sur le fonctionnement régulier et de long terme de l’économie. En quelque sorte, politique conjoncturelle et structurelle sont à l’économie ce que le pilotage et le réglage mécanique sont à la course automobile ! Nous allons ici évoquer les principaux instruments des politiques structurelles – sans être exhaustif, parce qu’il n’y a pas de limite véritable aux moyens d’agir sur le fonctionnement de l’économie – en éclairant à chaque fois les enjeux et les questions inhérents à ces outils.

La réglementation et la déréglementation : l’exemple du transport ferroviaire. La réglementation est l’ensemble des contraintes légales que l’Etat impose au fonctionnement de l’économie, c’est donc potentiellement très vaste ! Mais ce qui fait débat en économie, c’est essentiellement la constitution de monopoles légaux, c’est-à-dire quand l’Etat accorde, généralement à une entreprise publique, le monopole d’une production. C’est par exemple le cas en France où la SNCF est la seule entreprise à pouvoir proposer des services de transports ferroviaires aux passagers. Quel est l’avantage d’un tel monopole public ? L’existence d’un monopole peut être intéressante quand il existe de fortes économies d’échelle, la concentration des entreprises permettant alors de faire baisser les coûts de production et les prix. Par exemple, on ne gagne rien à ce que deux trains de deux compagnies différentes circulent sur deux voies ferrées desservant les deux mêmes villes : mieux vaut un seul train et une seule voie, cela coûte moins cher. Mais pour éviter que la position de monopole entraîne la réalisation de super-profits au détriment des Page 13/17

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consommateurs ou que ces profits soient accaparés par les actionnaires privés, il est souvent justifié de nationaliser ce type d’entreprise, c’est-à-dire que l’Etat en devienne propriétaire, l'Etat imposant la fixation de prix bas ou les profits revenant alors à la collectivité. Mais d’un autre côté, une entreprise en situation de monopole n’est pas incitée à améliorer la qualité de ses produits, ni à rechercher à baisser ses coûts de production, ni même à innover : il n’y a pas d’entreprise concurrente pour lui ravir ses clients – à fortiori si le monopole est institué par la loi ! Vous avez sans doute déjà entendu ce type de débat en France autour de la SNCF. La situation de monopole public permet-elle à l’entreprise de produire moins cher ou de bien payer cher ses salariés ? Permet-elle de garantir la qualité et la sécurité parce qu’on ne regarde pas à la dépense ou permet-elle de négliger l’accueil et le service dus aux clients ? Enfin, si l’on prend cette grande innovation qu’a été le TGV, on peut estimer qu’elle n’aurait pas été possible sans les profits du monopole, ou penser que cette innovation a été conduite sans tenir compte des besoins des usagers qui réclamaient surtout des trains de banlieue plus nombreux et plus confortables.

Secteur public, service public et service universel : l’exemple de l’électricité et de l’eau potable. Les services publics sont les activités dont la fourniture à la population est considérée comme d’intérêt général. C’est le cas de l’électricité dans les sociétés modernes : en cas de coupure de courant prolongée, comme après la tempête de décembre 1999, on s’aperçoit vite que le mode de vie habituel n’est plus possible. Et le mécontentement des populations soumises à de telles privations montre bien que l’on considère comme un devoir de l’Etat de garantir l’approvisionnement en électricité. Cependant, que l’Etat doive garantir la fourniture d’un service ou d’un bien n’implique pas nécessairement qu’il ait à la produire lui-même. Certes l’électricité est en France depuis longtemps fournie par une entreprise publique (EDF), mais ce n’est pas le cas de l’eau potable, cet autre bien indispensable à la vie moderne, qui est souvent produit en France par des entreprises privées (comme Veolia). Pour ne pas confondre le service public, fourniture de biens et services essentiels à l’ensemble de la population, et le secteur public, ensemble des administrations publiques et des entreprises contrôlées par l’Etat, on parle parfois de services universels, ou de service d’intérêt général (terme utilisé par les institutions européennes). Un service public, ou service universel, ou service d’intérêt général, doit-il nécessairement être assuré par le secteur public ? Si un bien est indispensable comme l’électricité, la production par une entreprise publique peut garantir d’abord que l’électricité sera distribuée partout sur le territoire, même dans les zones reculées où l’acheminement du courant coûtera cher. Ensuite, que l’accès à l’électricité sera égal, c’est-à-dire qu’il se fera au même prix sur tous les points du territoire – ce qui implique que les consommateurs paient un peu plus cher là où l’acheminement coûte peu, comme en ville, pour permettre aux consommateurs plus isolés de payer moins cher que ce que coûte réellement chez eux la distribution d’électricité; Les partisans d’une privatisation des services publics objecteront à cela que ces contraintes peuvent fort bien être imposées à des entreprises privées à qui l’Etat (ou les collectivités locales) confie la production de ces services. Lorsque l’approvisionnement en eau d’une commune est confié à une entreprise privée, celle-ci peut-être obligée par contrat de produire pour l’ensemble de la commune, et à un tarif identique. Par ailleurs, une gestion privée et surtout une mise en concurrence peuvent aussi favoriser l’innovation, les gains de productivité et la baisse des prix, qui rendent le service encore plus accessible. En revanche, l’existence des profits peut poser problème : est-il « moral » qu’une entreprise privée fasse des profits sur la distribution d’un bien aussi essentiel à la vie que l’eau potable ou l’électricité ? Ne va-t-elle pas cacher ses véritables coûts et faire des bénéfices excessifs ? La fiscalité et la redistribution fiscale : l’exemple de la TVA. Du point de vue des recettes publiques, la TVA peut être pris comme exemple. Cette taxe semble particulièrement bien adaptée à une économie de marché puisqu'elle est supportée par les consommateurs et n'avantage ni les entreprises de main d'oeuvre ni les entreprises fortement capitalistiques. Toutefois au sein d'économies dont les acheteurs circulent sans trop d'entraves, elle peut être à l'origine de distorsion de concurrence comme le montre les achats de véhicules dans les pays de l'Union européenne où le taux de TVA est le plus faible. Vous connaissez sans doute d'autres exemples entre des pays comme la France et l'Espagne! La conséquence de cette Page 14/17

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distorsion est la tendance à la concurrence fiscale, la baisse des taux d'imposition et à la difficulté de trouver des ressources suffisantes pour l'Etat d'où l'importance de l' harmonisation de la politique fiscale (qui reste, historiquement, il faut le rappeler un attribut de la souveraineté nationale).

2.2.2 - Une politique structurelle européenne favoriserait la cohésion sociale et la solidarité à l’intérieur de l’Europe : l’exemple de la protection sociale.
Pour comprendre et illustrer l’intérêt d’une politique structurelle européenne, nous allons donc maintenant prendre l’exemple de la protection sociale – que vous avez pu étudier de façon plus approfondie dans le chapitre 5 de ce cours. La politique de protection sociale est une politique structurelle majeure. Elle affecte le fonctionnement de l’économie tout entière en raison de l’importance des sommes en jeu (près du quart du PIB) et du service produit (la couverture des risques sociaux). Que gagnerait-on en Europe à ce que la protection sociale soit unifiée au lieu d’être du ressort exclusif des pays membres comme aujourd’hui ?

ŸEmpêcher le dumping social entre les états membres. Dans une Europe économiquement intégrée, où les biens et services circulent librement, le financement de la protection sociale pèse sur la compétitivité des entreprises nationales. Par exemple, en France, les cotisations sociales se rajoutent au coût salarial et augmentent les coûts de production. La tentation est grande de diminuer la protection sociale pour réduire les coûts de production et accroître la compétitivité des produits nationaux par rapport à leurs concurrents européens. C’est ce qu’on appelle le "dumping social". Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité que les derniers élargissements ont fait rentrer dans l’Union Européenne des pays où le niveau de protection sociale est bien plus faible que dans les autres, ce qui donne a priori, si l’on ne tient pas compte des différences de productivité, à ces pays un avantage de compétitivité. Instituer une protection sociale européenne aurait l’avantage de couper court à toute forme de dumping social. Si les prélèvements sont harmonisés, ils n’affectent plus la compétitivité puisqu’ils sont les mêmes partout. On éviterait ainsi que la libre concurrence en Europe ne pousse les pays membres à sacrifier leur protection sociale à la compétitivité de leurs productions. ŸFavoriser l’accès à des biens et services essentiels. La protection contre les risques sociaux (Vieillesse, maladie, chômage, …) est considérée aujourd’hui comme un bien essentiel dans la vie moderne, tout particulièrement dans les sociétés européennes. Les aléas de la vie et de la conjoncture économique rendent nécessaires des systèmes de sécurité qui ne sont plus assurés aujourd’hui par les solidarités familiales (voir le chapitre 5). Eviter le dumping social assurerait le maintien de la protection sociale dans les pays européens les plus riches où elle est bien développée, tandis que dans les pays les plus pauvres où elle est faible cela rendrait possible son amélioration. C’est pour cela qu’on peut dire que, dans ce domaine, une politique européenne améliorerait l’accès de tous à ce service essentiel qu’est la protection sociale. Il peut être conforme au " modèle social européen " d’assurer que dans les pays membres, on dispose d’un haut niveau de protection sociale, particulièrement dans les pays et les régions les plus pauvres d’Europe. Cela impliquerait bien sûr une redistribution des ressources entre riches et pauvres à l’intérieur de l’Europe, mais c’est précisément l’intérêt d’une protection sociale européenne : permettre que l’argent des plus riches européens serve, en partie, à fournir aux plus pauvres les services essentiels que sont la prise en charge des dépenses de santé, le financement des régimes de retraites, l’indemnisation du chômage, etc. ŸAssurer une certaine solidarité et une certaine cohésion sociale entre les citoyens à travers l’Europe. La redistribution des revenus opérée par une protection sociale européenne aurait enfin l’avantage de créer une solidarité entre les citoyens européens. Exactement comme au niveau national, le fait de donner une partie de son revenu à la collectivité européenne et d’en recevoir en retour (en cas de maladie, vieillesse, chômage, …) est la base d’un sentiment de solidarité. De plus, le dumping social est un facteur de ressentiment des travailleurs des pays riches envers ceux des pays plus pauvres : personne n’accepte de gaîté de cœur de devoir sacrifier sa couverture maladie Page 15/17

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ou chômage parce que les salariés de l’entreprise concurrente n’en disposent pas. Une politique sociale européenne peut ainsi garantir la cohésion sociale. Enfin, dans la mesure où un haut niveau de protection sociale est constitutif de ce qu’on appelle le "modèle social européen", c’est-à-dire de l’idéal de société que les européens se donnent, l’institution d’une politique sociale européenne serait l’occasion de réaffirmer ce modèle social et de cultiver une "identité" européenne qui serait là encore facteur de cohésion. D’une manière générale, une politique sociale européenne aurait les mêmes avantages qu’au niveau national – les arguments qu’on a avancés ici auraient pu être utilisés lors de la création de la sécurité sociale en France. Ces avantages prennent une importance toute particulière dans Europe à 27 où les écarts de richesse entre les pays membres sont très forts.

2.2.3 - L’harmonisation reste très difficile en raison des profondes différences entre les nations : l’exemple de la protection sociale.
Au vu du paragraphe précédent, une politique sociale européenne aurait tellement d’avantages qu’on se demande bien pourquoi elle n’a pas déjà été instaurée ! En fait, une telle entreprise est extrêmement compliquée, d’abord parce qu’elle suppose une solidarité européenne qui ne va pas de soi, ensuite parce que le « modèle social européen » recouvre en fait des modèles nationaux très différents.

ŸLa solidarité européenne ne va pas de soi. Une politique sociale commune implique toujours une certaine redistribution des revenus entre les travailleurs européens. On a dit plus haut qu’une telle redistribution pourrait diffuser un sentiment de solidarité, ce qui est vrai, mais il faut aussi dire qu’elle suppose aussi au préalable, un certain sentiment de solidarité. Vous avez vu dans le chapitre 5 que la redistribution liée à la protection sociale, parce qu’elle fait toujours des « gagnants » et des « perdants », crée des tensions à l’intérieur des communautés nationales. On imagine volontiers que ces tensions seraient encore plus vives s’il s’agissait de redistribution à l’échelle de l’Europe : si un riche salarié français supporte avec réticence de financer la protection sociale des chômeurs français, que dira-t-il si on lui impose de financer la lutte contre la pauvreté dans un autre pays européen ? ŸLa différence entre les niveaux de protection et les risques couverts. Les systèmes de protection sociale diffèrent considérablement à travers l’Europe, et ils diffèrent notamment sur l’objet de la protection sociale : quels risques couvre-t-on et quel niveau de protection accorde-t-on ? Dire que les risques couverts ne sont pas les mêmes, cela veut dire aussi que les prestations sociales ne sont pas versées pour les mêmes raisons d’un pays à l’autre. Par exemple, les prestations familiales françaises (allocations familiales et quotient familial qui ont un objectif nataliste) n’ont pas leur équivalent partout en Europe. A l'inverse, en Suède un des objectifs de la politqiue familiale est d'assurer la participation des femmes au marché du travail et l’égalité homme/femme : d'où l'importance des les congés parentaux accordés à l'homme ou à la femme lors d'une naissance. Le niveau de protection sociale peut aussi varier, c’est-à-dire que la prestation peut être plus ou moins généreuse. L’indemnisation du chômage en France est par exemple plus élevée qu’au Royaume Uni , tant en durée que par rapport au salaire d’origine.Toutefois, en Belgique, la durée d’indemnisation est illimitée ce qui n’est pas le cas en France. Il est donc difficile d’harmoniser des systèmes de protection sociale qui n’ont pas les mêmes objectifs et qui n’accordent pas toujours la même valeur à la protection sociale. Quel modèle national servira de référence au modèle européen ? Chaque pays voudrait que ce soit le sien, ce qui est évidemment impossible. ŸLes différences entre les modes de financement et les types de redistribution. On a vu que le financement de la protection sociale influait sur la compétitivité des entreprises, mais il constitue aussi un système de redistribution, des biens portants vers les malades, des actifs vers les retraités, des riches vers les pauvres, … (voir le chapitre 5). Des différences entre les modes de financement impliquent donc souvent des différences dans la redistribution opérée. Par exemple, les retraites britanniques sont, pour un grande part, dispensées par des régimes d’entreprises ou individuels : le salarié cotise à un fonds de pension choisi par son entreprise ou par lui-même. La redistribution effectuée par le financement des retraites s’exercent alors principalement entre les clients du fonds Page 16/17

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de pension, pas au-delà. Si le régime de retraite est unique, comme en Suède, alors la redistribution se fait entre tous les actifs et retraités affiliés à ce régime de retraite, soit l’essentiel de la population. La redistribution est alors de bien plus grande ampleur, la solidarité bien plus large. Choisir un système de protection sociale, un mode financement, c’est donc aussi choisir de qui est-on solidaire : de ses collègues d’entreprises ? Des autres clients du fonds de pensions ? Des personnes d’un même secteur professionnel ? De tous les salariés ? De tous les actifs ? Il est évident que la réponse à cette question varie selon les pays européens, qu’elle varie même dans un pays selon l’époque ou selon la branche de la protection sociale (vieillesse, maladie, Chômage, pauvreté, …), ce qui rend là encore très difficile la définition d’un « modèle social européen » et la construction d’une politique commune. Quels que soient les avantages structurels qu’elle procure, une politique sociale européenne suppose donc un gros effort d’harmonisation dans des domaines fondamentaux pour la vie des individus. La tâche est donc ardue et c’est pour cela que les avancées en la matière sont nulles, et que les constructeurs de l’Europe n’en ont pas fait jusqu’à présent une priorité. Pour conclure ce paragraphe, on peut souligner le paradoxe de la politique sociale, et au-delà des politiques structurelles européennes. Dans une Europe économiquement intégrée, elles sont d’autant plus nécessaires et efficaces que les pays sont différents, mais ce sont précisément ces différences qui les rendent si difficiles à construire.

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