Le Marché du Travail: Une Analyse

Microéconomique de la Détermination du
Taux de Salaire d’Equilibre et du Niveau
d’Emploi
Delali Accolley MSc (Econ)
2
Table des matières
1
L’offre de travail des individus
3
1.1
Préférences de l’individu et contrainte budgétaire
3
1.2
Maximisation de la fonction d’utilité
6
1.3
La fonction d’offre de travail
7
2
La demande de travail des entreprises
8
2.1
Les facteurs de production et leurs productivités
8
2.2
La maximisation du profit et la fonction de demande de travail
de l’entreprise
9
3
Le taux de salaire d’équilibre et le niveau d’emploi
10
Résumé
11
Bibliographies 11
3
Le marché du travail: une analyse microéconomique de la
détermination du salaire d’équilibre et du niveau d’emploi
Le taux de salaire (prix du travail) sur le marché d’une catégorie de travail est déterminé
par la rencontre de l’offre de travail des individus et la demande de travail des
entreprises. L’objet de cet article est d’expliquer les mécanismes permettant d’une part la
dérivation des courbes d’offres et de demande de travail et d’autre part la détermination
du taux de salaire et du niveau d’emploi.
1. L’offre du travail des individus
On traitera tout d’abord de la dérivation de l’offre de travail des individus et ensuite de la
détermination de la courbe d’offre de travail agrégée.
1.1 Préférences de l’individu et contrainte budgétaire
En analyse microéconomique, on suppose généralement qu’un individu a le choix entre
travailler beaucoup pour pouvoir consommer plus grâce à un revenu du travail plus élevé
et consacrer plus de temps au loisir et par conséquent se retrouver avec un salaire plus
faible. Le revenu du travail, R, et les temps de loisir, l, procure tous les deux une certaine
satisfaction à l’individu. Le revenu du travail est utile à l’individu en ce sens qu’il lui
permet de se procurer des aliments pour sa survie, de payer son loyer, de changer ses
vêtements usés, d’offrir des cadeaux à sa/son partenaire, &c. Les temps de loisirs lui
procurent aussi bien une utilité. En décidant de ne pas travailler pour un certain temps, il
peut enfin se recréer, aller nager pour diminuer ses risques de souffrir d’une maladie
cardio-vasculaire, lire le best-seller de l’année dont tout le monde parle, &c. La relation
de dépendance entre la satisfaction de l’individu et les deux variables explicatives, le
revenu du travail et le temps de loisirs, sera notée comme suit :
) , ( l R U U = (1.1)
Le niveau d’utilité, U, est une fonction croissante de ces deux variables explicatives.
0
) , (
>
R
l R U


(1.2)
0
) , (
>
l
l R U


(1.3)
Pour un niveau d’utilité donné, c'est-à-dire U l R U = ) , ( , on pourra représenter l’ensemble
des combinaisons de revenus du travail, R, et temps de loisir, l, permettant à l’individu
d’atteindre ce niveau d’utilité : c’est la courbe d’indifférence. La courbe d’indifférence
est une courbe décroissante et convexe suggérant que si l’individu veut augmenter le
nombre d’heures qu’il voue à ses loisirs et au même moment garder son niveau de
satisfaction inchangé, il lui doit travailler moins et par conséquent gagner moins. La
figure 1.1 est une représentation d’une courbe d’indifférence.
4
Figure 1.1 : Courbe d’indifférence d’un individu en fonction du revenu du travail et
du nombre d’heures de loisirs.
Un individu n’a pas qu’une seule courbe d’indifférence. Il y a différents niveaux de
satisfaction que l’homo œconomicus peut atteindre. Il y a, par conséquent, autant de
courbes d’indifférence. L’ensemble des courbes d’indifférence est connu sous le nom de
carte d’indifférence. La figure 1.2 est un exemple de la carte de carte d’indifférence de
l’individu.
Figure 1.2 : Carte d’indifférence du consommateur avec
2 1 0
U U U < <
l
R
) , ( l R U U =
) , (
1
l R U U =
l
R
) , (
0
l R U U =
) , (
2
l R U U =
5
Il est à noter que deux courbes d’indifférences ne peuvent se couper en raison du principe
de transitivité qui caractérise les préférences de l’individu. L’objectif ou le souhait de
l’individu sera de se retrouver sur la courbe d’indifférence la plus élevée possible.
La courbe d’indifférence sur laquelle se retrouve l’individu sera déterminée par ses
possibilités.
Il est vrai qu’un individu ne peut travailler plus d’une certaine heure au cours d’une
période. Un jour étant constitué de 24 heures, nul ne peut prétendre battre un record en
travaillant 26 heures en un jour. De plus, il existe des dispositions légales dans presque
tous les pays du monde limitant le nombre d’heures de travail à accomplir au cours d’une
période de temps. En France, un employeur ne peut contraindre un ouvrier d’être à la
tâche pendant plus de 8 heures par jour ou forcer sa secrétaire à passer plus de 40 heures
par semaine devant son ordinateur.
Le temps total disponible au cours d’une période que l’individu va repartir entre le travail
et le loisir sera représenté parT , w désignera son taux de salaire. Le revenu dont elle/il
disposera pour subvenir à ses besoins sera :
T w wl w l T R + ÷ = ÷ = ) ( . (1.4)
La Figure 1.3 ci-dessous est une représentation de la contrainte budgétaire de l’individu
dans l’espace R, l.

Figure 1.3 : Contrainte budgétaire d’un individu dans l’espace du nombre d’heures
de loisirs et de revenus.
En cas de hausse ou de baisse du salaire par heure perçu par l’individu, sa droite de
budget pivotera autour de l’axe des abscisses. La raison en est que si le taux de salaire
augmente ou baisse, cela n’affecte en rien le nombre d’heures que l’individu pourra
consacrer au loisir s’il renonçait totalement au travail. Mais la hausse ou la baisse du taux
de salaire influera sur ce que gagnera l’individu s’il renonçait totalement au loisir.
T
l
T w
R
6

Figure 1.4 : Effet d’une augmentation du taux de salaire nominal sur la droite de
budget, le taux de salaire nominal à l’époque 0,
0
w , plus petit que le celui à l’époque
1,
1
w .
1.2 Maximisation de la fonction d’utilité
Le point de tangence entre la contrainte budgétaire et sa courbe d’indifférence (Figure
1.5) représente le nombre d’heures que l’individu peut et veut consacrer au travail, h, par
période de temps et ce qu’il gagnerait. Pour ce nombre d’heure de travail h* (qui est égal
à * l T ÷ et ce revenu R*=wh*, l’individu se retrouve sur la courbe d’indifférence la plus
élevée possible.
Figure 1.5 : Maximisation de la fonction d’utilité sous contrainte du budget
T
l
T w
1
T w
0
R
T
0
l*
R*
T
l
T w
R
h
7
On peut aussi résoudre le programme de l’individu algébriquement en se servant du
Lagrangien. La fonction objectif de l’individu est sa fonction d’utilité ) , ( l R U qu’elle/il
cherche à maximiser sous la contrainte de son budget T w wl R + ÷ = .
T w wl R c s
l R
] T w wl ([R l) U(R, L l R MaxU
+ ÷ =
÷ + ÷ = ¬
. .
,
) , ( 
La résolution du lagrangien permet de démontrer que l’individu maximise son utilité
lorsque :
T w wl R
l
U
R
U
w
+ ÷ =
=




(1.5).
Ce point correspond au point de tangence entre la courbe d’utilité et la droite de budget.
w
R
U
l
U
÷ = ÷




(1.6)
1.3 La fonction d’offre de travail
Pour déterminer la fonction d’offre de travail d’un individu, on a besoin d’analyser l’effet
d’une variation du taux de salaire sur le nombre d’heures de loisirs (et par conséquent de
travail) nécessaire à l’individu pour maximiser son utilité, toutes choses égales par
ailleurs.
Reprenant la figure 1.5, on suppose une hausse du taux de salaire de l’individu. Cela va-t-
il l’inciter à travailler plus ou à travailler moins, son offre de travail va-t-elle augmenter
ou baisser? L’effet d’une augmentation du taux de salaire sur l’offre de travail peut être
décomposé en deux : effet de substitution et effet de revenu (Varian, 2003, p. 187-190).
m
R
R) - R ( on substituti de effet
A
A
+ =
A
A
w
R
(1.6)
Dans la relation précédente, connue sous le nom d’équation de Slustky, l’effet de
substitution est de signe négatif parce que quand le taux de salaire augmente, le loisir
devient plus cher et les individus vont substituer au loisir l’accomplissement d’heures
additionnelles de travail. Quant à l’effet revenu, son signe est positif parce que le loisir
est considéré comme étant un bien normal. Le signe de l’effet de substition étant négatif
et celui de l’effet revenu étant positif, le signe de l’effet total qui est la somme des deux
est alors indéterminé. Il faudra alors observer le comportement d’offre de travail de
chaque individu afin de savoir lequel des deux effets a été dominant dans son choix.
De façon général, on associe en analyse économique une allure croissante à la courbe
d’offre de travail, c'est-à-dire qu’on suppose l’effet revenu plus important que l’effet
substitution.
L’offre de travail sur le marché d’une catégorie de travail déterminée est la somme
horizontale des offres individuelles de travail pour tous les taux de salaire nominaux
possibles. Dire que l’offre de travail dépend du taux de salaire nominal laisse croire que
8
les individus sont victimes de l’illusion monétaire. Le taux de salaire nominal peut
augmenter de 5% et le taux d’inflation de 10%. Bien que salaire nominal de l’individu
aurait augmenté, on ne peut dire dans cette circonstance que son pouvoir d’achat a
augmenté. Au contraire, il a considérablement baissé. Faisant entrer le prix dans l’offre
du travail, on fait dépendre celle-ci non plus du taux de salaire nominal mais du taux de
salaire réel.
La figure 1.6 est une représentation d’une fonction d’offre globale sur le marché d’une
catégorie donnée de travail.
Figure 1.6 : Une fonction d’offre globale de travail des individus
Dans la réalité, l’offre de travail des individus ne dépend pas uniquement du taux de
salaire réel. La politique fiscale et la politique de redistribution de revenus en vigueur
peuvent influencer significativement la décision d’une personne de travailler ou de ne pas
travailler. Une mère de famille, par exemple, qui, étant donné son degré de scolarisation,
sait qu’elle gagnerait mieux sa vie en ne vivant que des transferts reçus du gouvernement
choisirait de ne pas du tout travailler que de travailler. En effet, si celle travaillait, elle
pourrait gagner moins que si elle ne travaillait pas et recevait uniquement des transferts
du gouvernement. De plus, si elle travaillait elle se verrait peut-être obligée de louer les
services d’une domestique qui lui couteraient tout son revenu du travail.
2 La demande de travail des entreprises
La demande de travail d’une entreprise pour une catégorie de travail bien déterminée sera
étudiée dans un cadre très simple. On supposera une entreprise qui ne produit ses biens et
services que grâce à la combinaison de deux facteurs : le capital et le travail.
2.1 Les facteurs de production et leurs productivités
La fonction de produit d’un bien par une entreprise dépend de deux facteurs de
production : les biens de capital, K, utilisés et la quantité de main d’œuvre employée, L.
Les biens de capital qui ne sont pas à confondre avec le capital au sens d’argent (c'est-à-
) (
0
w L
p
w
9
dire capital financier) sont des biens produits permettant à leur tour de produire d’autres
biens. C’st le cas des machines, des ordinateurs, des bâtiments, &c. On les appelle aussi
capitaux physiques. Dans le court terme, le stock de capital physique est supposé constant
parce qu’une entreprise ne peut étudier et prendre une décision d’acquisition d’un capital
physique du jour au lendemain. Pour accroitre sa production dans le court terme,
l’entreprise fera plutôt varier sa quantité employée de main d’œuvre.
La fonction de production de l’entreprise en fonction de la seule variable L est une courbe
ayant la forme d’un S. Cela signifie que lorsqu’on se trouve au début du processus de
production et que l’on augment la quantité employée du facteur L tout en gardant
constant le stock de capital physique, la production augmente plus que
proportionnellement. Si l’on continue d’augmenter la quantité utilisée du facteur travail,
la variation de la production va devenir de plus en plus petite, puis nulle et puis après
négative.
2.2 La maximisation du profit et la fonction de demande de travail de l’entreprise
L’objectif de toute entreprise est de maximiser son profit étant le budget dont il dispose
pour la production.
] [ ) , ( rK wL K L pF ÷ ÷ =  (2.1)
La relation (2.1) veut tout simplement dire que le profit de l’entreprise est égal à sa
recette totale diminuée de ses couts totaux. La recette totale correspond au produit du prix
de vente (p) du bien commercialisé par l’entreprise et de la quantité manufacturée et
vendue de ce bien. Les coûts totaux sont composés de la rémunération des travailleurs
(taux de salaire nominal multiplié par la quantité de main d’œuvre employée) et de coût
du stock de capital utilisé. Sachant que dans le court terme le stock de capital ne varie
pas, le programme du producteur peut s’écrire ainsi :
rK wL B c s
L
K r wL K L pF Max
+ =
+ ÷
. .
] [ ) , (
(2.2)
Pour le profit de l’entreprise dans le court terme soit maximum, il faut que :
w
dL
K L dF
p =
) , (
(2.3)
dL
K L dF ) , (
est la productivité marginale du travail, PmL . La relation (2.3) implique que la
pour que le profit de l’entreprise dans le court terme soit maximum, il faut que le facteur
travail soit rémunéré à la valeur de sa productivité marginale. La relation (2.3) peut être
réarrangée.
p
w
dL
K L dF
=
) , (
(2.4)
La relation (2.4) veut dire que pour que le profit de l’entreprise dans le court terme soit
maximum, le produit marginal doit être égal au salaire réel. La relation (2.4) est la
formulation générale de la fonction de demande de travail de l’entreprise.
10
La fonction de demande de travail de l’entreprise est supposée décroissante traduisant le
fait qu’un employeur recrute plus lorsque le taux de salaire est moins élevé.
La courbe de demande de travail à court terme sur le marché d’une catégorie de travail
donnée est la somme horizontale des demandes individuelles de travail des entreprises. L
figure 2.1 représente une courbe de demande de travail.
Figure 2.1 : Une courbe de demande de travail sur marché donné de travail.
3. Le taux de salaire d’équilibre et le niveau d’emploi
Le taux de salaire payé par les entreprises et accepté par les travailleurs résulte de la
rencontre de l’offre et de la demande de travail sur le marché.
|
|
.
|

\
|
=
|
|
.
|

\
|
p
w
L
p
w
L
d s
(3.1)
La figure 3.1 représente la rencontre de l’offre et de la demande sur un marché de travail
donné.
Figure 3.1 Equilibre de l’offre et de la demande de travail
d
L
p
w
*
|
|
.
|

\
|
p
w
L L*
|
|
.
|

\
|
p
w
L
s
|
|
.
|

\
|
p
w
L
d
p
w
11
Lorsque le taux de salaire réel sur le marché est plus petit que le taux de salaire réel
d’équilibre, la demande de travail est plus élevée que l’offre de travail. Les entreprises,
pour pouvoir recruter plus vont offrir des salaires de plus en plus élevés jusqu'à ce qu’on
se retrouve au point d’équilibre où la demande sera égale à l’offre.
Résumé
1. L’individu rationnel choisit son nombre d’heures de travail et son revenu de telle
sorte que l’utilité marginale que lui procure sa dernière unité de temps disponible
affectée au loisir soit la même que celle que lui rapporte sa dernière unité de
temps affecté au travail.
2. L’offre sur le marché d’un travail est en général supposée dépendre positivement
du taux de salaire réel.
3. Dans le court terme, les stocks de capital physique des entreprises sont supposés
constants et leur demande de travail correspond à leurs courbes de productivité
marginale.
4. Le taux de salaire réel d’équilibre résulte de la rencontre de la courbe d’offre et de
demande de travail.
Bibliographie
De la Granville, O (1994) Principes d’Economie Politique, Economica.
Kreps, D (1990) A Course in Microeconomic Theory, Prentice hall.
Mansfield, E & Yohe, G (2000) Microeconomics, 10
th
Edition, W W Norton &
Company Inc.
Varian, H R (2003) Introduction à la Microéconomie, 5
ème
édition