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REINE MARGOT
PnEMIÈRE
PARTIE

PARIS.

IMPRIMÉ PAR Br,T AINE, BODLEVAÏIT MONTPAPN ISSE

.

81.

LA

REINE MARGOT
ALEXANDRE DUMAS
ÉDITION

ILLUSTRÉE

PAR

E,

LAMPSONIUS ET LANCELQT

l> il l:

WIKRE PARTI K

'£-/.

PARIS
LÉGRIVAIN ET TOUBON, LIBRAIRES
5.

nOB DC PONT-DR-IODT

.

5

1860

LA REINE MARGOT
PAr.

ALEXANDRE DUMAS
—<^g'r^<^<

LE LATIN DE M. DE GLUSE.

e lundi,

dix-huitième jour

taires

dès

que neuf heures sonnaient
étaient,

à

Saintfût

du mois d'août de l'année
1572,
il

Germain -l'Auxerrois,
nuit,

y avait grande
la

fête

au Louvre.
Les fenêtres de
vieille

demeure royale, ordinairement SI sombres, étaient ar-

miencombrées de populaire. Tout ce concours menaçant, pressé, bruyant, ressemblait, dans l'obscurité, à une mer sombre et houleuse, dont chaque flot faisait une vague grondante
quoiqu'il
:

celte

mer, épanduesurlequai, où

elle se dégorgeait et

demment

éclairées;

les

pla-

par

la

rue des Fossés-Saint-Germain

par

la

rue de

ces et les rues attenantes, habituellement

si soli-

l'.\struco,

venait battre de son flux le pied des

murs

rtriK =.

Icip. âv

OHY

atnti boulovari Hontparnaue,

Mi

LA REINE HlÀRGOT.
du Louvre
Il
,

et

de son reflux la base de l'hôtel de

dispense tardait, et ce retard inquiétait fort
reine de Navarre;
elle

la

feue
à

Bourbon, qui

s'élevait

en

face.

avait

un jour exprimé

y avait, malgré

la fête royale, et

même

peut-

Charles IX ses craintes que cette dispense n'arrivât
point, ce à quoi le roi avait

être à cause de la fête royale,

naçant dans ce peuple; car
cette solennité, à laquelle

il
il

quelque chose de mene se doutait pas que
assistait

répondu

:

«N'ayez souci,

ma

bonnetante, jevoushonoreplus

comme
,

spec-

que
sot

le

pape,

et

aime plus
monsieur

ma sœur que
le

je

ne

le

tateur, n'était

que

le

prélude d'une autre
il

remise

crains. Je ne suis pas huguenot, mais je ne suis pas

à huitaine, et à laquelle

serait convié et s'ébattrait

non plus,

et, si

pape
par

fait

trop la bête,
et je la
»

de tout son cœur.

je prendrai
les noces

moi-même Margot
fils

la

main

La cour célébrait
de Valois,
fille

de

madame Marguerite
II

mènerai épouser votre
ville,

en plein prêche.

du

roi

Henri

et

sœur du

roi

Ces paroles s'étaient répandues du Louvre dans la
et,

Charles IX, avec Henri de Bourbon, roi de Navarre.

tout en réjouissant fort les huguenots,

En

elfet,

le

malin

même,
filles

le

cardinal de Bourbon
le

avaient considérablement donné à penser aux catholiques, qui se

avait uni les

deux époux, avec

cérémonial usité

pour

les

noces des

de France, sur un théâtre

trahissait réellement,

demandaient tout bas si le roi les ou bien ne jouait pas quelque

dressé à la porte de Notre-Dame.

Ce mariage avait étonné tout
fort

le

monde,

et avait

comédie, qui aurait un beau matin ou un beau soir son dénoûment inattendu.
C'était vis-à-vis

plus clair que les autres

donné à songer à quelques-uns qui voj'aient on comprenait peu le rap:

de l'amiral Coligny surtout, qui, de Charles IX paraissait

depuis cinq ou six ans, faisait une guerre acharnée

prochement de deux partis aussi haineux que
taient
,

l'é-

au

roi,

que

la conduite

à cette

heure

,

le parti

protestant et le parti
le

inexplicable; après avoir mis sa tête à prix à cent

catholique;

on se demandait comment

jeune

cinquante mille écus d'or,

le roi

ne jurait plus que
la

prince de Condé pardonnerait au duc d'Anjou, frère

par
de

lui

,

l'appelant son père et déclarant tout haut

du

roi

,

la

Montesquieu.

mort de son père assassiné à Jarnac par On se demandait comment le jeune
à l'amiral

qu'il allait confier
la

désormais à lui seul

conduite

duc de Guise pardonnerait

de Coligny

la

au point que Catherine de Médicis elle-même, qui jusqu'alors avait réglé les
;

guerre

c'était

mort du sien, assassiné à Orléans par Poltrot de Méré. Il y avait plus: Jeanne de Navarre, la courageuse épouse du faible Antoine de Bourbon, qui
avait

actions,

les volontés et

jusqu'aux désirs du jeune
à s'inquiéter tout

prince, paraissait

commencer

de

bon, et ce n'était pas sans sujet, car, dans

un mo-

amené son

fils

Henri aux royales fiançailles
il

ment d'épanchcment, Charles
ral, à
«

IX avait dit à l'ami:

qui l'attendaient, était morte

y avait

doux mois

à

propos de
père,

la
il

guerre de Flandre

peine, et de singuliers bruits s'étaient répandus sur
cette

Mon
il

quelqueslieux tout
été

mort subite. Partout on disait tout bas, et en baiil, qu'un secret terrible avait surpris par elle, et que Catlicrine de Médicis,
la révélation

quelle

y a encore une chose en ceci à lafaut bien prendre garde c'est que la reine
:

ma mère,

qui veut mettre

le

nez partout,

comme

vous savez, ne connaisse rien de

celle entreprise,

craignant

de ce secret,

l'avait

empoiété
fort

que nous la tenions si
car, brouillonne
terait tout.
))

secrète

qu'cUen'y voiegoutte, nous gâ-

sonnée avec des gants de senteur, qui avaient
confectionnés par

comme

je la connais, elle

un nommé René, Florentin
la

habile dans ces sortes de matières. Ce bruit s'était

Or, tout sage et expérimente qu'il était, Coligny
n'avait

d'autant plus répandu et confirmé, qu'après

mort
fils,

pu tenir secrète une

si

entière confiance; et,

de

cette

grande reine, sur

la

demande de son

quoiqu'il fùtarrivéà Paris avec de grands soupçons,

deux médecins, desquels
Paré, avaient
corps, mais non
le

était le

fameux Ambroisc

été autorisés à ouvrir et étudier le

quoiqu'à son départ de Chàlillon une paysanne se fût jetée à ses pieds, en criant Oh Monsieur, mon: !

cerveau. Or,

comme

c'était

par

sieur notre bon maître, n'allez

[las à

Paris, car, si

l'odorat qu'avait été

varre, c'était le

empoisonnée Jeanne de Nacerveau, seule partie du corps exclue
devait offrir des traces

du crime. Nous disons crime, car personne ne doutait qu'un crime n'efitété commis. Ce n'était pas le tout; le roi Charles particulièrement avait mis à ce mariage, qui non-sciiteinent ré,

de l'autopsie

(|iii

vous y allez vous mourrez, _vous et tous ceux qui iront avec vous; ces soupçons s'étaient peu à peu éteints dans son ccpur, et dans celui de Téligny, son

gendre, auquel

le

roi,desoncôt('. faisait de grandes

amitiés, l'appelant son frère

comme

il

apjielait l'afai.sait

miral son père,

et le

tutoyant, ainsi qu'il

pour

ses meilleurs

amis.

tablissait la

paix dans son royaume, mais encore

Le.s

liiiguenols. à part quelques esprits chagrins

attirait à Paris les

principaux huguenots

<lc

France,

et défiants,

étaient

donc enlièremcnt rassurés

:

la

une persistance qui re!^s/mll)lait à de rcnlètcment. CommHes deux liaiici'.<^pphrtenaicnt, l'un à la religion rallidlique. l'autre
fi

reine do Navarre passait pour avoir été rausi'o par une pleurésie, et les vastes salles du

mort de

la

la

religion réforiiii'e, on

Louvre

s'étaifiil rm|ilii"s
le

de tous ces braves proles-

avait

éi(;

obligii

do

s'arlrcsser,

pour

la

disp('nso, à

Grégoire XIII, qui tenait alors

le si(*go

de Rome. Ln

mariage do b'ur jeune chef Henri promettait un retour do forluno bien inespéré. L'atnnts auxquels

LA REINE 5IARG0T.
mirai

Coligny, la Rochefoucauld,
fils,

le

prince de

Condé
et si

Téligny, enfin tous les principaux du

y avait deux mois à peine sa mère était morte, et, moins que personne, il doutait qu'elle ne fût morte
empoisonnée. Mais
raissait
lui parlaient,
le

parti triomphaient de voir tout-puissants

au Louvre
que, trois

nuage

était

passager et dispa-

bien venus à Paris ceux-là
le roi

mêmes
la

comme une ombre
ceux qui

flottante; car

ceux qui
le

mois auparavant,

Charles et
à

reine Cathe-

le félicitaient,

ceux qui

rine voulaient faire pendre

des potences plus
11

coudoyaient, étaient ceux-là

mêmes

qui avaient as-

hautes que celles des assassins.

n"y avait que le

sassiné la courageuse Jeanne d'Albret.

maréchal de Montmorency que l'on cherchait vai-

A quelques
tait

pas

du
et

roi

de Navarre

,

presque aussi

nement parmi tous ses frères car aucune promesse n'avait pu le séduire, aucun semblant n'avait pu le
,

pensif, presque aussi soucieux
d'être

que

le

premier

affec-

joyeux

ouvert,

le

jeune duc de Guise

tromper,

et

il

restait retiré

en son château de l'Uesa retraite la

causait avec Téligny. Plus heureux que le Béarnais,
à

Adam, donnant pour excuse de
leur qujB lui causait encore
la

dou.

vingt-deux ans sa renommée avait presque atteint

mort de son père le grand connétable Anne de Montmorency, tué d'un coup de pistolet par Robert Stuart à la bataille de
,

celle de son père, le
tait

grand François de Guise. C'étaille,

un élégant seigneur, de haute quand
il

au regard
lui les

fier et

orgueilleux, et doué de cette majesté naturelle
,

Saint-Denis. Mais,

comme
peu
à la

cet

événement

était arrivé

qui faisait dire

passait,

que près de

depuis plus de deux ans, et que la sensibilité était

autres princes paraissaient peuple. Tout jeune qu'il
était, les

une vertu

assez

mode

à cette époque,

n'avait cru de ce deuil prolongé outre
ce qu'on avait bien voulu en croire.

on mesure que

catholiques voyaient en lui le chef de leur
les

parti,

comme

huguenots voyaient

le

chef du leur

Au

reste, tout
le roi
,

donnait tort au maréchal de Montla

dans ce jeune Henri de Navarre dont nous venons de tracer le portrait. Il avait d'abord porté le titre de prince de Joinville,
léans, SCS premières
et avait fait,

morency;
royale

reine,

le

duc d'Anjou
les

d'Âlençon faisaient à merveille
fête.

et le duc honneurs de la

au siège d'Orpère, qui était

armes sous son

mêmes

Le duc d'Anjou recevait des huguenots euxdes compliments bien mérités sur les deux
Moncontour, qu'il avait ga-

mort dans ses gny pour son
venger
la

bras, en lui désignant l'amiral Coli-

assassin. Alors le jeune duc,
fait

comme
de
fa-

Annibal, avait

un serment solennel
ceux de
la

:

c'était

batailles de Jarnac et de

mort de son père sur l'amiral

et

sur sa

gnées avant d'avoir atteint l'âge de dix-huit ans,
plus précoce en cela que n'avaient été César et

mille, et de poursuivre

religion, sans

trêve ni relâche, ayant promis à Dieu d'être son ange

Alexandre, auxquels on

le

comparait, en donnant,

exterminateur sur
sans

la terre

jusqu'au jour où

le

der-

bien entendu, l'infériorité aux vainqueurs d'Issus et

nier hérétique serait exterminé. Ce n'était donc pas

de Pharsale. Le duc d'Alençon regardait tout cela
de son œil caressant
rayonnait de
joie,
et,

un profond ctonnement qu'on
si

voyait ce prince,

et

faux

:

la reine

Catherine

ordinairement
à

fidèle à sa parole,

tendre sa main
ses éternels

toute confite en gracieusetés,

ceux

qu'il avait juré de tenir
et

pour
à

en-

complimentaitleprincellenrideCondésurson récent

nemis,

causer familièrement avec le gendre de
il

mariage avec Marie de Clèves; enfin MM. de Guise eux-mêmes souriaient aux formidables ennemis de
leur maison, et le duc de

celui dont

avait

promis

la

mort

son père

mou-

rant. Mais,

Mayenne discourait avec
sur
la

nous l'avons

dit, cette

soirée était celle des

M. de Tavanne
qu'il était plus

et l'amiral

prochaine guerre
à

étonnements.

que jamais question de déclarer
groupes

Philippe

II.

En effet, avec cette connaissance de l'avenir qui manque heureusement aux hommes, avec cette facœurs qui n'appartient malheureusement qu'à Dieu, l'observateur privilégié auquel il eût été donné d'assister à cette fête eût joui certainement du plus curieux spectacle que fournissent les annales de la triste comédie huculté de lire dans les

Au

milieu

de' ces

allait et venait, la tête

légèrement inclinée
propos, un jeune
fin,

et l'oreille

ouverte à

toiis

les

homme

de dix-neuf ans, à Toeil
très-courts,

aux cheveux noirs coupés

aux sour-

au nez recourbé comme un bec d'aigle, au sourire narquois et à la moustache et à la barbe
cils épais,

maine.
Mais cet observateur qui manquait aux galeries
intérieures

naissantes. Ce jeune

homme

,

qui ne

s'était fait

re-

marquer encore qu'au combat d'Arnay-le-Duc, où
bravement payé de sa personne, et qui recevait compliments sur compliments, était l'élève
il

du Louvre continuait dans
et à

la

rue à re-

avait

garder de ses yeux flamboyants

gronder de sa
le

voix menaçante; cet observateur, c'était

peuple,

bien-aimé de Coligny
encore,
l'appelait

et le

héros du jour; trois mois

qui, avec son instinct merveilleusement aiguisé par
la haine, suivait

auparavant, c'est-â-dire à l'époque où sa mère vivait

de loin

les

ombres de

ses

ennemis
les

on

l'avait

appelé

le

prince de Béarn; on

implacables,

et

traduisait leurs impressions aussi
le

maintenantle roi de.Navarre.en attendant

nettement que peut faire
tres

curieux devant

fenê-

qu'on l'appelât Henri IV.

De temps en temps

,

un nuage sombre
il

et

rapide

d'une salle de baHierméliquement fermée. La musique enivre et règle le danseur, tandis que le curieuxvoit le

passait sur son front; sans doute

se rappelait qu'il

mouvement

seul, et rit de ce pantin qui

LA REINE MARGOT.
s'agite sans raison
la
;

car

le

curieux, lui, n'entend pas

Mot qui rassurait
tres,

les

uns

et faisait sourire les au:

musique.
La musique qui enivrait
les

car

il

avait réellement

huguenots,

c'était la

nel et dont, en
lait

deux sens l'un paterbonne conscience, Charles IX ne voul'autre

voix de leur orgueil.
Ces lueurs qui passaient

pas surcharger sa pensée;

injurieux

aux yeux des Parisiens
de leur

au milieu de

la nuit, c'étaient les éclairs

pour l'épousée, pour son mari et pour celui-là même qui le disait, car il rappelait quelques sourds scandales dont la chronique de la cour avait déjà trouvé

haine qui illuminaient l'avenir.
Et cependant tout continuait d'être riant à l'intérieur, et

moyen de
Valois.

souiller la robe nuptiale de Marguerite de

même un murmure plus doux
c'est

et plus flatle

teur que jamais courait en ce

moment par tout

Louvre
et

:

que

la

jeune liancée, après avoir

été

dit,

CependantM. de Guise causait, comme nous l'avons avec Téligny; mais il ne donnait pas à l'entretien

déposer sa toilette d'apparat, son manteau traînant

son long voile, venait de rentrer dans

la salle

de

bal,

accompagnée de

la belle

duchesse de Nevers,

une attention si soutenue qu'il ne se détournât parfois pour lancer un regard sur le groupe de dames au centre duquel resplendissait la reine de Navarre.
Si le

sa

meilleure amie, et menée par son frère Char-

regard de

la princesse rencontrait alors celui

les IX, qui la présentait

aux principaux de
fille

ses hôtes.
c'était la

Cette fiancée, c'était la

de Henri U,

perle de la couronne de France, c'était Marguerite

du jeune duc, un nuage semblait obscurcir ce front charmant, autour duquel des étoiles de diamants formaient une tremblante auréole, et quelque vague dessein perçait dans son attitude impatiente
agitée.
et

de Valois, que, dans sa familière tendresse pour
le roi

elle,

Charles IX n'appelait jamais que

ma

sœtir

Margot.
Certes jamais accueil,
été
si

La princesse Claude, sœur aînée de Marguerite,
flatteur qu'il fût, n'avait

qui depuis quelques années déjà avait épousé le duc

mieux mérité que celui qu'on faisait en ce moment à la nouvelle reine de Navarre. Marguerite, à
cette époque, avait vingt ans à peine, et déjà elle
était l'objet des

de Lorraine
elle

,

avait

remarqué

cette

inquiétude

,

et la

s'approchait d'elle pour lui en

demander
la

cause lorsque, chacun s'écartant devant

reine

louanges de tous

les poètes,
les

qui la

mère, qui s'avançait appuyée
prince de Condé,
la

au bras du jeune

comparaient, les uns à l'Aurore,
rée; c'était en
effet la

autres à Cythé-

princesse se trouva refoulée loin

beauté sans rivale de cette

de sa sœur.
dont le

cour où Catherine de Médicis avait réuni, pour en
faire ses sirènes, les plus belles

y eut alors un mouvement général duc de Guise profita pour se rapprocher de
Il

femmes

qu'elle avait
le teint
cils,

madame de

Nevers, sa belle-sœur, et par conséquent

pu trouver.
la

Elle

avait les

cheveux noirs,

de Marguerite.

Madame de

Lorraine, qui n'avait pas

brillant, l'œil

voluptueux

et voilé

par de longs

riche et souple,

bouche vermeille et fine, le cou élégant, la taille et, perdu dans une mule de satin,
d'enfant. Les Français, qui la possédaient,

perdu la jeune reine des yeux, vit alors, au lieu de ce nuage qu'elle avait remarqué sur son front une

un pied

étaient fiers de voir éclore sur leur sol

une

si

ma-

gnifique fleur, et les étrangers qui passaient par la

France s'en retournaient éblouis de
l'avaient

sa beauté s'ils

vue seulement, étourdis de sa science s'ils avaient causé avec elle. C'est que Marguerite était non-seulement la plus belle, mais encore la plus lettrée des

flamme ardente passer sur ses joues. Cependant le duc s'approchait toujours, et, quand il ne fut plus qu'à deux pas de Marguerite, celle-ci, qui semblait plutôt le sentir que le voir, se retourna en faisant un effort violent pour donner à son visage le calme et l'insouciance; alors le duc salua respectueusement,
à
et,

tout en s'inclinant devant elle,
:

murmura

demi-voix

femmes de son temps,

et l'on citait le

mot

— Ipse

altidi.
:

d'un savant italien qui lui avait été présenté, et qui, après avoir causé avec elle une heure en italien, en
espagnol, en latin et en grec, l'avait quittée en disant dans son enthousiasme
:

— Je

Ce qui voulait dire
l'ai

apporté, ou apporté moi-même.
et.

Marguerite rendit sa révérence au jeune duc,

«

Voir

la

cour sans
la

en se relevant,

voir Marguerite de Valois, c'eslne voir ni
ni la cour.
>

France
roi

Aussi les harangues ne manquaient pas au

— Ce qui — Cette nuit comme d'habitude.
signifiait
:

tomber NoctH pro more.
laissa

cette réponse

:

Charles IX

et à la

reino do Navarre

;

on

sait

com-

Ces douces paroles, absorbées par l'énorme colh'\

bien les huguenots étaient harangueurs. Force allusions au
[iass('.,

force

demandes pour
il
:

l'avenir furent

adroitement glissées au roi au milieu de ces harangues; mais
SCS lèvres
K

goudronné de la princesse, coniiiio par l'i-nrouh'ment d'un porte-voix, ne furent entendues que de la personneà laquelle on le,s adressait; mais, si court
c|u'efit «'lé le
(•e

à toutes ces allusions

répondait avec

dialogue, sans doute

il

embras.sait tout

p.'iles

cl

son sourire rusé

<|uc les

varre, je

En donnant ma .sirur Margot à Henri de Nadonne ma sœur k Ujus les prolcslanls du
><

après cet

deux jeunes gens avaient à .M' dire, car «Tliango de deux mots contre trois ils se

.M'parèrenl. Marguerite le front plus rêveur et le
le front

duc

royaume.

plus ra<lipux qu'avant

qii'ils.se

fussent rappro-

. ,

LA REINE MARGOT.
chés.
Cette petite
le

scène avait eu

lieu

sans

que

son absence, avait cependant respiré plus librement

l'homme

plus intéressé à la remarquer eût paru

y faire la moindre attention, car, de son côté, le roi de Navarre n'avait d'yeux que pour une seule personne qui rassemblait autour d'elle une cour presque aussi nombreuse que Marguerite de 'i^alois
;

cette

personne

était la belle

madame de

Sauve.

Charlotte de Beaune-Semblançay, petite-fille

du

malheureux Semblançay
zes,

et

baron de Sauve,

était

femme de Simon de Fiune des dames d'atour de
redoutables

Catherine de Médicis,
le philtre

et l'une des plus

vu M. de Sauve entrer seul mais, au s' attendant aucunement à cette apparition, il allait en soupirant se rapprocher de l'aimable créature qu'il était condamné, sinon à aimer, du moins à traiter en épouse, il avait vu au bout de la galerie surgir madame de Sauve alors il était demeuré cloué à sa place, les yeux fixés sur cette Circé qui l'enchaînait à elle comme par un lien magique, et, au lieu de continuer sa marche vers sa femme, par un mouvement d'hésitation qui tenait
lorsqu'il avait
;

moment

où, ne

;

auxiliaires de cette reine, qui versait à ses ennemis

bien plus à l'étonnement qu'à la crainte,
vers

il

s'avança

de l'amour quand
;

elle n'osait leur verser

madame de

Sauve.

le

poison florentin

petite,

blonde, tour à tour pé-

De leur

côté, les courtisans,

voyant que

le roi

de

tillante

de vivacité ou languissante de mélancolie,

Navarre, dont on connaissait déjà le cœur infiam-

toujours prête à l'amour et à l'intrigue, les deux

mable, se rapprochait de
ils

la

belle Charlotte, n'eu-

grandes affaires qui, depuis cinquante ans, occupaient la cour des trois rois qui s'étaient succédé
;

rent point le courage de s'opposer à leur réunion
s'éloignèrent

complaisamment

,

de sorte qu'au

femme dans
charme de
tins et

toute l'acception

du mot

et

dans tout

le

même

instant où Marguerite de Valois et M. de Guise
les

la chose,

depuis l'œil bleu languissant
petits pieds

échangeaient

quelques mots latins que

nous

ou brillant de flammes jusqu'aux

cambrés dans leurs mules de velours, s'était, depuis quelques mois déjà, emparée de toutes les facultés du roi de Navarre, qui débutait alors dans la carrière amoureuse comme dans la carrière politique, si bien que Mar-

muma-

avons rapportés, Henri, arrivé près de Sauve, entamait avec elle en français
gible,

madame de
fort intelli-

dame de Sauve

quoique saupoudré d'accent gascon, une conversation beaucoup moins mystérieuse.

guerite de Navarre, beauté magnifique et royale,
n'avait plus

Ah! ma mie! lui dit-il, vous voilà donc revenue au moment où l'on m'avait dit que vous étiez malade, et où j'avais perdu l'espérance de vous
voir?

même

trouve l'admiration au fond du
et,

cœur de son époux;
tout le

chose étrange et qui étonnait

— Votre

Majesté, répondit

madame de

Sauve, au-

monde,
et

même

de

la

part de cette
c'est

âme

pleine

rait-elle la prétention

de

me

faire croire

que

cette

de ténèbres

de mystères,

que Catherine de

espérance lui avait beaucoup coûté à perdre?

Médicis, tout en poursuivant son projet d'union entre sa fille et le roi

— Sang-diou,
;

je le crois bien

!

reprit le Béarêtes

de Navarre, n'avait pas discontiles

nais

ne savez-vous point que vous
le

mon

soleil

nué de favoriser presque ouvertement
celui-ci avec

madame

de Sauve. Mais,

amours de malgré cette
de
l'é-

pendant
vérité, je

jour et

mon

étoile

pendant

la

nuit?

En

me

croyais dans l'obscurité la plus pro-

aide puissante, et en dépit des

mœurs

faciles

fonde, lorsque vous avez paru tout à l'heure et avez

poque, la belle Charlotte avait résisté jusque-là,

et

soudain tout éclairé.
C'est

de cette résistance inconnue, incroyable, inouïe,
plus encore que de la beauté et de l'esprit de celle

qui

résistait, était

née dans

le

cœur du Béarnais une

passion, qui, ne pouvant se satisfaire, s'était repliée

sur elle-même

et .avait

dévoré dans le cœur du
jusqu'à cette in-

— un mauvais tour que — Que voulez-vous dire, ma Henri. — Je veux dire que, lorsqu'on
monseigneur.
plus belle

je vous joue alors,

mie? demanda
est

maître de

la

jeune roi
qui

la timidité, l'orgueil, et

femme de

France, la seule chose qu'on

souciance, moitié philosophique, moitié paresseuse,
faisait le

doive désirer, c'est que la lumière disparaisse pour

fond de son caractère.
d'entrer depuis quelques

Madame de Sauve venait
minutes seulement dans
soit

la salle

de bal

;

soit dépit,

douleur, elle avait résolu d'abord de ne point

assister

au triomphe de

sa rivale, et, sous le pré-

dans l'obscurité que nous attend le bonheur. Ce bonheur, mauvaise, vous savez bien qu'il est aux mains d'une seule personne, et que cette personne se rit et se joue du pauvre Henri.
faire place à l'obscurité, car c'est

texte d'une indisposition, elle avait laissé son mari, secrétaire d'État depuis cinq ans, veuir seul

— Oh! reprit
moi, que
la risée

la

baronne, j'aurais cru au contraire,

au Lou-

c'était cette

personne qui

était le jouet et

vre; mais, en apercevant le baron de Sauve sans sa

du
il

roi

de Navarre.
;

femme, Catherine de Médicis
gnée;
et,

s'était

informée des

Henri fut effrayé de cette attitude hostile

et ce-

causes qui tehaient sa bien-aimée Charlotte éloi-

pendant

réfléchit qu'elle trahissait le dépit, et

que

qu'une légère indisposition, elle lui avait écrit quelques mots d'appel, auxquels la jeune femme s'était empressée d'oapprenant que ce
n'était

le dépit n'est

— En

que

le

masque de l'amour.
chère Charlotte, vous

vérité, dit-il,

me faicruel le

tes là

un

injuste reproche, et je

ne comprends pas

béir. Henri, tout attristé qu'il avait été d'abord de

qu'une

si jolie

bouche soit en

même temps si

6
Croyez-vous donc que ce
soit

LA REINE MARGOT.
moi qui me marie? Eh moi
!

!

vorant

la

jeune femme d'un regard embrasé d'a-

non, ventre-saint-gris

!

ce n'est pas
!

mour.

C'est moi, peut-être
si

reprit aigrement la bala

Votre Majesté!
la

murmura

ronne,

jamais peut paraître aigre
et

voix de la

en baissant
pas. piez

voix et les yeux.
!

la belle Charlotte

Je ne

femme qui nous aime
l'aimer.

qui nous reproche de ne pas
n'avez-vous pas vu plus
n'est pas

— Non, non
;

il

est impossible

comprends que vous échap-

— Avec vos beaux yeux
loin, baronne'?

Non, non, ce

Henri de Na-

varre qui épouse Marguerite de Valois.

au bonheur qui vous attend. a quatre Henri dans cette salle, mon adorée reprit le roi Henri de France, Henri de Condé, Henri de Guise; mais il n'y a qu'un Henri de Na-

—Hy
!

— Et — Eh
épouse

qu'est-ce
1

donc alors?
!

varre.

sang-diou

c'est la religion

réformée qui

le

pape, voilà tout.
et je
:

— Eh bien? — Eh bien
!

si

vous avez ce Henri de Navarre près

— Nenni, nenni, monseigneur,
!

ne

me

laisse

de vous toute

cette nuit?

pas prendre à vos jeux d'esprit, moi

Votre iMajesté

aime madame Marguerite, et je ne vous en fais pas un reproche, Dieu m'en garde elle est assez belle
pour
être aimée.
et,

Henri rétléchit un instant,
chissait,

tandis qu'il réflé-

— Oui serez-vous certaine d'une autre? — Ah vous dame de Sauve. — Foi de gentilhomme,
;
!

— Toute cette nuit?
si

qu'il

ne sera pas près
son tour

faites cela, sire

!

s'écria à

la

je le ferai.

un

fin

sourire retroussa le coin de ses lè-

Madame de Sauve
cœur

leva ses grands
et sourit

vres.

— Baronne,
me semble,
et

de voluptueuses promesses
dit-il,

yeux humides au roi, dont le

vous

me cherchez

querelle, ce
le droit;

s'emplit d'une joie enivrante.
reprit Henri, en ce cas,

cependant vous n'en avez pas

— Voyons,
— Oh
!

que direz-vous?
en ce
cas, je

pour m'empêcher d'épouser madame Marguerite? Rien; au contraire, vous
qu'avez-vous
fait,

voyons

,

en ce

cas, répondit Charlotte,

dirai
jesté.

que

je suis véritablement

aimée de Votre Ma-

m'avez toujours désespéré.

— Et bien m'en madame de Sauve. — Comment cela?
sez

a pris,

monseigneur

!

répondit

Ventre-saint-gris

!

vous

le direz

donc

;

car cela

est,

— Sans doute, puisque aujourd'hui vous en épou— Ah
une autre.
!

— Mais
!

baronne.

comment
par Dieu
!

faire?

murmura madame de
il

Sauve.

— Oh

baronne,

n'est point

que vous

je l'épouse parce

que vous ne m'aimez
il

n'ayez autour de vous quelque camériére, quelque
suivante, quelque
fille

— vous eusse aimé, me faudrait donc mourir dans une heure? — Dans une heure! Que voulez-vous de quelle mort seriez-vous morte? — De dans une reine de
Si je
sire,

pas.

dont vous soyez sûre?
si

— Oh!

j'ai

Dariole, qui m'est

dévouée qu'elle

se ferait couper

en morceaux pour moi; un véritadites à cette fille

dire, et

ble trésor.

— Sang-diou, baronne!
quand
le

que

je

jalousie... Car,

lieure, la

ferai sa fortune

je serai roi

de France,

comme

Navarre renverra ses femmes
gentilshommes.
préoccupe,

et

Votre Majesté ses

me
tion

prédisent les astrologues.

— —

Charlotte sourit; car, dès celle époque, la réputa-

Est-ce là véritablement la pensée qui vous

gasconne du Béarnais

était déjà établie à l'en-

ma mie? me
!

Je ne dis pas cela.

droit de ses promesses. Je dis que,
si

je

vous ai-

mais, elle

préoccuperait horriblement.
s'écria
le

— Eh bien

Henri au comble de

la joie
si le

d'entendre cet aveu,
roi

premier

(ju'il eflt

reçu,

de Navarre ne renvoyait pas ses pentilshomnics

ce soir?
Sire, dit

— Enfin? — Votre appartement au-dessus du mien. — Oui. — Quelle attende derrière Je frapperai
est
la porte.

— bien que désirez-vous de Dariole? — Bien peu de chose pour tout pour moi.
Eii
!

dit-elle,

elle,

madame de Sauve

regardant

le roi

dourenicnl trois coups; elle ouvrira,
la

ol

vous aurez

avec un éloiinemenl

i]ui celte fois n'était

pas jnu(',

preinc que

je

vous

ai offerte.

vous dites
croyables.

des choses impossibles cl surtout in-

<liiessoconiles, puis,
(|ue

— Pour

Il

vous les croyiez, que faut-il ilone

Madame de Sauve garda le silence pendant quelcomme si elle eût regardé autour d'idle pour n'être pas entendue, elle lixa un
instant
la

faire?

vue sur
si

le

groupe où se

tenait la reine
il

faudrait m'en

donner

la

preuve, cl celle

mère; mais,
ciiacune

court que friteelinsliiiil,
ol

suflit

pnuf

preuve, vous ne pouvez

me
si

la

donner.
saint

que Catherine
Henri! jo
roi

sa

dame

d'alour échangeassent

Si
la

f.-iil,

baronne,

fait. l'nr

vous

donnerai, au ronlraire,

.s'i'cria le

en dé-

— Oh!

un regard.
si

jo voulais, dit

madame

de SauVe avec

LA REINE MRGOT;
UB
accent de sirène qui eût
fait

fondre

la cire

dans

les oreilles d'Lll3'sse, si je

voulais prendre Votre Ma-

jesté

en mensonge...
Essayez,
!

— — Ah —
mais
si

heureux que l'était le duc de Guise en s'éloignant lui-même de Marguerite de Valois. Une heure après la double scène que nous venons
de raconter,
le roi

ma
foi!

mie, essayez...
j'avoue que j'en combats l'envie.

Charles et

la

reine

mère

se reti-

ma

rèrent dans leurs appartements; presque aussitôt
les salles

Laissez- vous vaincre; les

femmes ne sont

ja-

commencèrent
le

à se dépeupler, les galeries

fortes qu'après leur défaite.

laissèrent voir la base de leurs colonnes de

marbre.


jour

L'amiral et
Sire, je reliens votre

promesse pour Dariole

prince de Condé furent reconduits par

le

quatre cents gentilshommes huguenots au milieu

oii

vous serez roi de France.
joie.

de
de
la

la

foule

qui grondait sur leur passage. Puis
les

Henri jeta un en de
C'était juste

Henri de Guise, avec
cri s'échappait

seigneurs lorrains

et les ca-

au moment où ce
la

tholiques, sortirent à leur tour, escortés des cris de
joie et des applaudissements

bouche du Béarnais que
dait

reine de Navarre répon-

du peuple.

au duc de Guise

:

— Noctu pro more,

Quant
cette nuit

à

Marguerite de-Valois, à Henri de Navarre
Sauve, on sait qu'ils demeuraient au

Alors Henri s'éloigna de

comme d'habitude. madame de Sauve aussi

et

à

madame de

Louvre même.

—^<<|^o-»—

II

LA CHAMBRE DE LA REINE DE NAVARRE.

e

duc de Guise reconduisit
duchesse

— Ah
l'as

!

ah

!

En

effet

il

me semblait bien
que du Gast
est

reconnaî-

sa belle-sœur, la

tre l'écriture. Et tu es sûr

venu, tu

de Nevers, en son hôtel,
qui était situé rue du Chau-

me, en
et,

face la rue de Brac,

— — Bon; alors
épée.

vu?

J'ai fait plus,

monseigneur, je

lui ai parlé.

je suivrai le conseil.

Ma jaquette

et

après l'avoir remise à

mon

ses

femmes, passa dans son

appartement pour changer

de costume, prendre un manteau de nuit et s'armer d'un de ces poignards courts et aigus qu'on appelait une foi de gentilhomme, lesquels se portaient
sans l'épée; mais, au
la table

Le valet de chambre, habitué à ces mutations de et l'autre. Le duc alors revêtit sa jaquette, qui était en chaînons de mailles
costumes, apporta l'une
SI

souples,

que

la

trame d'acier

n'était

guère plus

moment où
il

il

le

prenait sur
petit billet

du velours: puis il passa par-dessus son Jacques des chausses et un pourpoint gris et argent,
épaisse que

il

était déposé,

aperçut

un

qui étaient ses couleurs favorites, tira de longues
bottes qui montaient jusqu'au milieu de ses cuisses,

serré entre la lame et le fourreau.
Il

l'ouvrit et lut ce qui suit

:

se coiffa d'un toquet de velours noir sans pierreries, s'enveloppa d'un

«

J'espère bien

que M. de Guise ne retournera pas
s'il

plume ni manteau de couleur

cette nuit

au Louvre, ou,
la

dra au moins

y retourne, qu'il prenprécaution de s'armer d'une bonne

sombre, passa un poignard à sa ceinture, et, mettant son épée aux mains d'un page, seule escorte dont il
voulût se faire accompagner,
il

prit le

chemin du

cotte de mailles

et

d'une bonne épée.

»

Louvre.

valet

Ah! ah!* dit le duc en se retournant vers son de chambre, voici un singulier avertissement,

Comme

il

posait le pied sur le seuil de l'hôtel, le

veilleur de Saint-Germain-l'Auxerrois venait d'an-

maître Robin. Maintenant faites-moi le plaisir de me dire quelles sont les personnes qui ont pénétré
ici

— Une — Laquelle? — M. du

pendant

mon

absence?

noncer une heure du matin. Si avancée que fûfla nuit et si peu sûres que fussent les rues à cette époque, aucun accident n'arriva
à l'aventureux prince par le chemin, et
sain et sauf devant
la
il

seule,

monseigneur.

arriva

masse colossale du vieux Lou-

Gast.

vre, dont toutes les lumières s'étaient successivement

8

LA REINE MARGOT.
heure formidable
L'antichambre,
était

éteintes, et qui se dressait à cette

comme

les autres salles

du

bas,

de silence

et d'obscurité.

dans

la

plus profonde obscurité.

En avant du

château royal s'étendait

un

fossé pro-

Arrivée dans cette antichambre, Gillonne s'arrêta.
la

fond, sur lequel donnaient la plupart des

des princes logés au palais.

chambres L'appartement de Mars'il

manda-t-elle à voix basse.
le

guerite était situé au premier étage.

— Avez.-vous apporté ce que désire reine? de— Oui, répondit duc de Guise; mais ne
je

le

Mais ce premier étage, accessible

n'y eût point

remettrai qu'à Sa Majesté elle-même.

au retranchement, élevé de près de trente pieds, et, par conséquent, hors de l'atteinte des amants et des voleurs, ce qui n'empêcha point M. le duc de Guise de descendre
eu de
fossé, se

trouvait," grâce

— Venez
Et en

donc
car

et sans

perdre un instant", dit
fit

alors

au milieu de l'obscurité une voix qui
il

tres-

saillir le duc,

la

reconnut pour celle de Mar-

guerite.

résolument dans

le fossé.

même

Au même
tre

instant,

on entendit

le bruit

d'une fenê-

let fleurdelisé d'or se

temps une portière de velours viosoulevant, le duc distingua
elle-même, qui, impatiente,
lui.

du rez-de-chaussée qui s'ouvrait. Cette fenêtre était grillée; mais une main parut, souleva un des
et

dans l'ombre
était

la reine

barreaux descellé d'avance,
cette ouverture,

laissa pendre,

par

— Me
Et
il

venue au-devant de
voici,

madame,

dit alors le duc.
la.

— Est-ce vous, Gillonne? demanda duc voix — Oui, monseigneur, répondit une voix de femme, d'un accent plus bas encore. — Et Marguerite? — Elle vous attend.
le

un

lacet de soie.

passa rapidement de l'autre côté de

por-

ù

tière,

qui retomba derrière lui.

basse.

Alors ce fut à son tour, à Marguerite de Valois, de
servir de guide
d'ailleurs bien

au prince dans cet appartement, connu de lui, tandis que Gillonne.
en portant
le

restée à la porte, avait,

doigt à sa bou-

che, rassuré sa royale maîtresse.

— Bien.
A
ces

Comme
le

si elle

eût compris les jalouses inquiétu-

mots

duc

fit

signe à son page, qui. ou-

des du duc, Marguerite le conduisit jusque dans sa

vrant son manteau, déroula une petite échelle de
corde. Le prince attacha l'une des extrémités de l'échelle au
elle,

chambre

— Eh bien

à

coucher
!

:

là elle s'arrêta.

lui dit-elle, êtes

vous content, duc?
celui-ci, et

lacet qui pendait. Gillonne tira l'échelle à

Content, madame...

demanda
je

de

l'assujettit

solidement;

et

le

prince,

après

quoi'? je

avoir bouclé son épée à son ceinturon,

commença
referma, et

— De
nuit

vous prie.
celte

preuve que

vous donne, reprit

l'escalade, qu'il acheva sans accident. Derrière lui,
le

Marguerite avec un léger accent de dépit, que j'appartiens à
la

barreau reprit sa place,
le Ivouvre,

la fenêtre se

un homme
n'être pas

qui, le soir de son mariage,
fait assez

le page,

après avoir vu entrer paisiblement son sei-

même

de ses noces,

peu de

cas de

gneur dans

aux fenêtres duquel

il

l'avait

moi pour
sant,

même venu me

remercier de
le choisis-

accompagné vingt fois de la même façon, s'alla coucher, enveloppé dans son manteau, sur l'herbe du
fossé et à
11

l'honneur que je

lui ai fait,

non pas en
le

l'ombre de

la

muraille.
et

faisait

une nuit sombre,

quelques gouttes

vous,

d'eau tombaient tièdeset larges des nuages chargés

— Oh madame, tristement viendra, surtout vous — Et vous qui
!

mais en l'acceptant pour époux.
dit

duc, rassurez-

il

si

le désirez.

c'est

dites

cela,

Henri! s'écria
le

de soufre et d'électricité. Le duc de Guise suivit sa conductrice, qui n'était rien moins que la fille de .lacques de Matignon, maréchal de France; c'était
la

Marguerite, vous qui, entre tous, savez
!

contraire

de ce que vous dites Si j'avais le désir que vous me supposez, vous eussé-je donc prié de venir au

confidente toute parti-

Louvre

'!

culière de Marguerite, qui n'avait
elle, et l'on

prétendait qu'au

aucun secret pour nombre des mystères
fidélité
il

— Vous

m'avez prié de venir au Louvre, Mar-

guerite,

parce que vous avez le désir d'éteindre

qu'enfermait son incorruptible

y en avait

tout vestige de notre passé, et que ce pas.sé vivait

de

si

terribles,

que

c'étaient ceux-là qui la forçaient

de garder

les autres.

fre d'argent

non-seulement dans mon cœur, mais dans ce cofque je vous rapporte.

Aucune lumière

n'était

demcunio

ni

dans

les

— Henri

,

voulez-vous que je vous dise

une
le

chambres basses ni dans les corridors; de temps en temps seulement un f'clair livide iiluniin.iit les appartements sombres d'un rcOel bleuâtre qui disparnis.sait aussitôt.

chose? reprit Marguerite en regardant fixement
duc, c'est que vous ne duc, mais d'un écolier

me
!

faites

pins

l'effet

d'un

Moi, nier que je vous ai

Leduc, toujours guidé par

sîi

conductrice,

(|iii

le

aimé! moi, vouloir éteindre une flamme qui mourra peut-être, mais dont le reflet ne mourra pas! Car
les

tenait par la main,aiti>ignitonlin

un

escalier en spi-

amours des personnes de mon rang illuminent
Non' non

rale [iratiqué dans l'i-paisseiir d'nti unir cl qui s'ou-

cl

souvent dévorent toute ri'|)oque qui leiire.^tcon!

vrait par

une porte

secrète et invisible dans l'anti-

tL'inpiir.Tine.

mon

dur. Vous pouvez garet lo coffre

chambre de l'appartement de Marguerite.

der

les lettres

do votre Marguerite

qucllo

LA REINE MAllGOT.

jETiC'

^'^^/^^^i -^^o^^.

Et quelle lellre clicicliez-vous

7

madame.

elle

VOUS a donné. De ces lettres que contient le coffre, ne vous en demande qu'une seule, et encore
est aussi

au bout de l'examen,
pâlissante
:

elle

regarda

le

duc, et toute

parce que cette lettre vous que pour elle.

dangereuse pour
là-

— Monsieur,
là.

dit-elle, celle

que

je

cherche n'est
?

— Tout

..

pas
;

L'auriez-vous perdue par hasard

car,

quant

est à vous, dit le

dedans celle
vert, et

duc choisissez donc que vous voudrez anéantir.
le coffre

à l'avoir livrée...

Marguerite fouilla rapidement dans

ou-

d'une main frémissante prit l'une après

rier

l'autre

une douzaine de

lettres

dont

elle se
si,

conrapje

— Et quelle cherchez-vous? madame. — dans laquelle vous de vous masans — Pour excuser
lettre

Celle

je

disais

retard.

votre infidélité?
les épaules.

tenta de regarder les adresses,

comme

à l'inlui

Marguerite haussa

spection de ces seules adresses, sa
pelait ce

mémoire

— Non

;

mais pour vous sauver
le roi,

la vie. Celle et


les

que contenaient

ces lettres; mais, arrivée

vous disais que

voyant notre amour

par;».

lu

{>.

lie

\i\\\

..lue,

tjOiiU-Yan

.\ljliliuri.ri»3>:, St.

.

10
efforts

LA REINE MARGOT.
que
je faisais

pour rompre votre future union
fait

sur ce que
ce cabinet.

j'ai

promis une

fois.

Henri, entrez dans

avec l'infante de Portugal, avait
le

venir son frère

bâtard d'Ângoulême, et lui avait dit en lui
:

monCette

— Madame,
amour
alors,

laissez-moi partir

s'il

en

est

temps
d'aet

deux épées « De 'ce soir, ou de celle-là lettre, où est-elle?
trant

celle-ci tue
je te tuerai

Henri de Guise

encore, car songez qu'à la première
qu'il

marque

demain.

»

vous donne, je sors de ce cabinet,

— La
poitrine.

voici, dit le

due de Guise en

la tirant

de sa

malheur à lui! Vous êtes fou, entrez,

entrez, vous dis-je, je

réponds de tout.
la lui

Marguerite

arracha presque des mains,

Et
Il

elle
était

poussa le duc dans le cabinet. temps. La porte était à peine fermée der-

l'ouvrit avidement, s'assura

que

c'était

bien celle

qu'elle réclamait,
et

poussa une exclamation de joie

l'approcha de la bougie. La flamme se
la
;

commuun
in-

niqua aussitôt de
stant fut

mèche au
puis,

papier, qui en
si

consumé

comme

Marguerite eût

craint qu'on pût aller chercher l'imprudent avis

que le roi de Navarre, escorté de deux pages qui portaient huit flambeaux de cire rose sur deux candélabres, apparut souriant sur le seuil de la chambre. Marguerite cacha son trouble en faisant une prorière le prince,

jusque dans les cendres, elle les écrasa sous son
pied.

fonde révérence.

— Vous n'êtes
manda
le

Le duc de Guise, pendant toute cette fiévreuse action, avait suivi des yeux sa maîtresse.

pas encore au lit? madame, deBéarnais avec sa physionomie ouverte et

joyeuse; m'attendiez-vous, par hasard?

fini,

— Eh bien! Marguerite, quand contente maintenant? — maintenant que vous épousé
dit-il

elle eut

— Non, monsieur, répondit Marguerite,
mariage
était

car hier

êtes-vous

encore vous m'avez dit que vous savez bien que notre
la

Oui, car,

avez

une alliance politique,

et

que

princesse de Porcian,
votre
la

mon

amour, tandis

qu'il

me pardonnera ne m'eût pas pardonné
frère

vous ne

—A

me
la

contraindriez jamais.

bonne heure; mais
la

ceci n'est point

une

révélation d'un secret

comme

celui que,

dans

ma faiblesse

pour vous,

je n'ai pas

eu

la

puissance

— Gillonne, fermez

raison pour ne pas causer quelque peu ensemble.

porte et laissez-nous.
la

— duc de dans ce tempsvous m'aimiez. — Et vous aime encore, Henri, autant que jamais. — Vous
C'est vrai, dit le

de vous cacher.

Marguerite, qui était assise, se leva, et étendit
Guise,

main comme pour ordonner aux pages de

rester.


tête

Faut-il que j'appelle vos

femmes? demanda
quoique
j'ai

je

et plus

le roi. Je le ferai si tel est votre désir,

je

vous avoue que, pour
dire, j'aimerais

les

choses que

à vous

?

mieux que nous

— Oui, moi;

fussions en tête à

car jamais plus qu'aujourd'hui je

n'eus besoin d'un ami sincère et dévoué. Reine, je
n'ai pas de trône
;

Et

le roi
!

de Navarre s'avança vers
s'écria

le cabinet.

femme,

je n'ai pas

de mari.

— Non

Marguerite en s'élançant au-de-

Le jeune prince secoua tristement

la tête.

— Mais quand
Henri, que
pas,

je

vous

dis,

quand

je vous répète,

je suis prête à

vant de lui avec impétuosité; non, c'est inutile, et vous entendre. Le Bi-amais savait ce
«[u'il

mon

mari, non-seulement ne m'aime

voulait savoir;
le

il

jeta

mais

qu'il
il

me
il

hait,

mais qu'il

me

méprise;

un regard rapide
s'il (M'it

et

profond vers

cabinet,

comme
pé-

d'ailleurs,
la

me

semble que votre présence dans
devrait être fait
l)i{!n

voulu, maigri"

la [lortière ijui le voilait,

chambre où

preuve de
a fallu

nétrer dans ses plus sombres profondeurs; puis ra-

cette

haine
Il

et

de ce mépris.

menant

ses
:

regards sur sa belle épousée pâle de

n'est pas encore tard,

madame,

et

il

terreur

au roi de Navarre le temps de congédier ses gentilsliommes, et, s'il n'estpas venu, il ne tardera pas à
venir.

En ce cas, madame, dit-il d'une voix parfaitement calme, causons donc un instant.
il

Marguerite avec un dépit croissant, moi, je vous dis qu'il ne vicmlra
je dis, s'écria

— Et moi

— — Comme
que

plaira à Votre Majesté, dit la jeune plutôt qu'elle

vous

femme en retombant
le siège

ne

s'assit

sur

lui indiquait

son mari.

pas.

Lr Béarnais se plaça i)rès4|^lo.
s'écria
la

— Madame,
et

Gillonne en ouvrant
;

la

porto

— Madame, conlinua-t-il,
bien des gens, notre mariage

quoi qu'en aient dit
est,

en soulevant
.sort d(!
!

portière

madame,

le roi

de Na-

je le pense,

un

varre

s'ccrin le

— Oh moi. duc dcGnise. — Henri, Marguerite d'une
je
le savais bien,

Sun .ipp.irlcment.

bon mariage.
cju'il

.)e

suis bien à vous et vous êtes bien

viendrait!

à

moi.

— Mais...
brève
et

dit

Mnrguerile effrayée.
continua
le roi

dit

voix

en
si

— Nous devons en ronsiMiuence,
de Navarre
.-ians

saisissant

l.'i

niaiu

du duc,
de parole

llciin,

vous allez voir
|teui

iiaraître

remarquer

l'iM'siijiiion

do

io suis

une

feiiiîui'

et si l'on

cnuipliT

Marjjucrilc, a);ir l'un envers l'autre

comme

do bons

LA REINE ftURGOT.
alliés,

11

puisque nous nous sommes aujourd'hui juré

alliance devant Dieu. N'est-ce pas votre avisî

— Sans doute, monsieur. — Je madame, combien
sais,

— Moi! Marguerite. — Oui, vous, Henri de Navarre
dit

reprit

avec

uûe

bonhomie
votre pénétration

parfaite;

oui, vous êtes aimée du roi
(il

Charles, vous êtes aimée

appuya sur

le

mot) du

est

grande, je sais combien

le terrain
;

de

la

cour

est

duc d'Alençon; vous

êtes

aimée de

la reine

Cathe-

semé de dangereux abîmes
quoique
je n'aie

or, je suis jeune, et,

rine; enfin, vous êtes aimée

de mal à personne, j'ai bon nombre d'ennemis. Dans quel camp, madame, dois-je ranger celle qui porte mon nom et qui m"a jamais
fait

— Monsieur! murmura Marguerite. — Eh bien qu'y donc d'étonnant que
!

du duc de Guise.

a-t-il

tout

le

monde vous aime? ceux que

je viens

de vous

juré affection au pied de l'autel?
!

— Oh monsieur, pourriez-vous penser?... — ne pense veux madame,
Je
rien,
j'espère, et je
11

nommer sont
Dieu.

vos frères ou vos parents. Aimer ses

parents et ses frères, c'est vivre selon le

cœur de

m'assurer que
tain

mon

espérance est fondée.
n'est

est cer-

que notre mariage qu'un piège.
Marguerite
pensée
tressaillit,

qu'un prétexte ou

voulez-vous venir, monsieur?
J'en ce

— Mais Marguerite oppressée, où en — veux venir à que vous
enfin, reprit
je
ai dit
:

c'est

car peut-être aussi cette

que

si

vous vous

faites, je

ne dirai pas

mon

amie,

s'était-elle

présentée à son esprit.

mais

mon

alliée, je
si

puis tout braver; tandis qu'au
faites

Maintenant, lequel des deux? continua Ilenri

contraire,

vous vous

mon

ennemie,

je suis

de Navarre. Le roi
le

duc

haïssait

— La
de

— Oh

me hait, le duc d'Anjou me hait, d'Alençon me hait, Catherine de Médicis trop ma mère pour ne point me haïr.
!

perdu.

Marguerite.

monsieur, que dites-vous?

vérité,

madame,

reprit le roi, et je vou-

drais, afin qu'on
l'assassinat de

M. de Mouy

ma

mère,

je

ne crût pas que je suis dupe de et de l'empoisonnement voudrais qu'il y eût ici quelqu'un

— Oh! votre ennemie, jamais, monsieur! — Mais mou amie, jamais non — Peut-être. — Et mon
plus?...
alliée?

s'écria

— Certainement.
roi.

Et Marguerite se retourna et tendit la

main au
gardaut

qui pût m'entendre.

— Oh
moi.

!

monsieur, dit vivement Marguerite,

et

Henri

la prit, la baisa

galamment,

et la

de

l'air le

prendre,
et

— vous

plus calme et le plus souriant qu'elle put
savez bien qu'il n'y a
ici

dans

les

siennes bien plus dans

un

désir d'investi:

que vous
m'aban-

gation que par

un sentiment de tendresse
vous
crois,

— Et

voilà justement ce qui fait

que

— Eh bien!

je

madame,

dit-il, et

vous

je

donne, voilà ce qui

accepte pour alliée. Ainsi donc on nous a mariés

fait que j'ose vous dire que je ne suis dupe ni des caresses que me fait la maison de France ni de celles que me fait la maison de

sans que nous nous connussions, sans que nous nous
aimassions; on nous a mariés sans nous consulter, nous qu'on mariait. Nous ne nous devons donc

Lorraine.

— Eh bien qu'y ma mie? demanda Henri — y monsieur, que de discours sont bien dangereux. — Non pas quand on en à
!

— Sire!
Il

sire! s'écria Marguerite.
a-t-il,

souriant à son tour.
a,

pareils

est

tête

tête, reprit

femme. Vous voyez, madame, vœux et que je vous confirme ce soir ce que je vous disais hier. Mais nous, nous nous allions librement, sans que personne nous y force; nous, nous nous allions comme deux cœurs loyaux qui se doivent protection mutuelle et s'allient; c'est bien comme cela que vous
rien
et

comme mari

que

je vais

au-devant de vos

le roi. Je

vous disais donc...
elle

l'entendez?

Marguerite était visiblement au supplice,

eût voulu arrêter chaque parole sur les lèvres du

— Oui, monsieur,
retirer sa

dit

Marguerite en essayant de

Béarnais; mais Henri continua avec son apparente

main.
!

bonhomie.

— Eh bien

continua

le

Béarnais
cabinet,

les

yeux toula

menacé de tous les côtés menacé par le roi, menacé par le duc d'Alençon, menacé par le duc d'Anjou, menacé par la reine mère, menacé par le duc de Guise, par le duc de Mayenne, par le cardinal de Lorraine, menacé par tout le monde, enfin. On sent cela instinctivement; vous le savez, madame. Eh bien contre toutes ces menaces qui ne peuvent tarder de
Je vous disais donc que j'étais
: !

jours fixés sur la porte

du

comme

pre-

mière preuve d'une alliance franche
fiance la plus absolue, je vais,

est la

con-

madame, vous ra-

conter dans ses détails les plus secrets le plan que
j'ai

formé à

l'effet

de combattre victorieusement

toutes ces inimitiés.

— Monsieur... murmura Marguerite en tournant
à son tour et

malgré

elle les

yeux vers

le cabinet,

devenir des attaques,
tre secours, car

je

puis

me

défendre avec voles

tandis que le Béarnais, voyant sa ruse réussir, souriait

vous êtes aimée, vous, de toutes
détestent.

dans sa barbe.
Voici

personnes qui

me

donc ce que

je vais faire, continua-t-ii

i2
paraître

LA REINE MARGOT.
remarquer
s'écria
le

i-ans

trouble

de

la

jeune

amitié ne

me

fera pas défaut. Je

compte sur vous,

femme;

— Monsieur,
et

je vais...

comme
Marguerite en se levant vile roi

de votre côté vous pouvez compter sur moi.

Adieu,

madame.

vement tez que
touffe.

en saisissant

par le bras, permet-

Et Henri baisa la main de sa

femme en
il

la pres-

j'éje respire; rémotion.... la chaleur...

sant doucement; puis, d'un pas agile,

retourna
:

chez lui en se disant tout bas dans
pâle
et

En effet, Marguerite était comme si elle allait se laisser

tremblante
le tapis.

— Qui diable

le

corridor

est

chez elle? Est-ce le

roi, est-ce

choir sur

Henri marcha droit à une fenêtre située à bonne distance et l'ouvrit. Cette fenêtre donnait sur la.rivière.

duc d'Anjou, est-ce le duc d'Alençon, est-ce le duc de Guise, est-ce un frère, est-ce un amant,
le

est-ce l'un et l'autre?

En

vérité, je suis

presque

fâ-

ché d'avoir demandé maintenant ce rendez-vous à

— Silence!
Eh
seuls?
!

Marguerite le suivit.
silence! sire! par pitié

pour vous!

murmura-t-elle.

madame,

fit

le

Béarnais en souriant à sa
dit

je lui ai engagé ma paque Bariole m'attend.... n'importe; elle perdra un peu, j'en ai peur, à ce que j'aie passé par la chambre à coucher de ma femme pour aller
la

baronne; mais, puisque

role et

manière, ne m'avez-vous pas

que nous étions

chez elle, car, ventre-saint-gris! cette Margot,
l'appelle

comme

mon

beau-frère Charles IX, est une ado-

— Oui, monsieur; mais n'avez-vous pas entendu

rable créature.
Et.

dire qu'à l'aide d'une sarbacane, introduite à travers un plafond ou à travers un mur, on peut tout

d'un pas dans lequel se trahissait une légère

hésitation, Henri de

Navarre monta

l'escalier qui

entendre?

conduisait à l'appartement de
dit

madame

de Sauve.

— Bien, madame, bien, — —
veux dire que,

vivement

et tout bas

Marguerite l'avait suivi des yeux jusqu'à ce qu'il
eût disparu,
et

le

Béarnais. Vous ne m'aimez pas, c'est vrai; mais

alors elle

était rentrée

dans sa
:

vous êtes une honnête femme. Que voulez-vous dire, monsieur?
Je
si

chambre. Elle trouva le duc à la porte du cabinet cette vue lui inspira presque un remords.

vous

étiez

capable de

me

De son

côté le

duc
est

était grave,

et

son sourcil

trahir, vous m'eussiez laissé continuer, puisque je me trahissais tout seul. Vous m'avez arrêté. Je sais

froncé dénonçait une amère préoccupation.

maintenant que quelqu'un est caché ici que vous êtes une épouse infidèle, mais une fidèle alliée, et dans ce moment-ci, ajouta le Béarnais en souriant,
;

j'ai

plus besoin, je l'avoue, de iidélité en politique

qu'en amour.
bon, nous parlerons de tout cela plus tard, dit Henri quand nous nous connaîtrons mieux. Puis, haussant la voix
,

— — Bon,

Sire...

murmura

Marguerite confuse.

— Marguerite neutre aujourd'hui, — Ah! vous avez écouté? Marguerite. — Que vouliez-vous que dans cabinet? — Et vous trouvez que me conduite aureine de Navarre? conduire trement que — Non, mais autrement que devait conduire
dit-il,

Marguerite sera hostile dans huit jours.
dit

je fisse

ce

je

suis

devait se

la

se

la

maîtresse du duc de Guise.

:

— Eh bien! brement — Oui,

continua-t-il, respirez-vous plus

li-

à celte

heure,

ce cas, reprit le Béarnais, je ne veux pas vous importuner plus longtemps. Je vous devais mes respects cl quelques avances de bonne amitié;
veuillez
les

— En

sire, oui,

madame? murmura Marguerite.

Monsieur, répondit la reine, je puis ne pas aimer mon mari; mais personne n'a lo droit d'exiger de moi que je le trahisse. De bonne foi, trahiriez-vous les secrets de la princesse de Porcian, votre

femme?
Allons, allons,

madame,

dit le

couant

la tête, c'est bien. Je vois

duc en seque vous ne m'ai-

mez

plus

comme aux

jours où vous

me

racontiez

accepter

comme

je

vous
et

les offre,

de

ce que tramait le roi contre

tout

mon cœur.

Reposez-vous donc
sur son mari un

bonne

nuit.

— Le

moi

et les

miens.
les faibles.

roi était le fort et

vous étiez
les

Marguerite leva

œil brillant de

Henri

est le faible et

vous êtes

forts. Jo

joue

reconnaissance et à son tour lui tendit la

main.

toujours le

— convenu, — Alliance
C'est

dit-elle.

politique, franciie et loyale?

demanda

— Seulement, vous passez d'un camp à — acquis, monsieur, en un droit que
l'autre.
(l'est

môme

rôle,

vous

le

voyez bien.

j'ai

Henri.

vous sauvant
répondit
la reine. la porle, attirant

— Franche cl loyale,
Alors
11)

— Bien, madame;
fin

la vie.

et,

comme quand on
mon
lour.

se sé.s'est

Béarnais marcha vers

pare

se

rend cutro amants tout ce qu'on
si

du reganl Marguerite comme
la portière fui

fascinée. Puis, lorsque
et la

donne-, je vous sauverai la vie à

l'oc-

relombéc entre eux

chambre

à

casion s'en pri'sente, cl nous serons (juilles.
El sur ce le

coucher

:

duc s'inclina

et sortit

sans que Mar-

— Merci,

Marguerite, dit vivement Henri à vnix

gueriu;
Daii'^

fil

un

geste |>our le retenir.
il

basse, merci!

Vous

êtes

une vraie
di'

fille

ih France.

ranlichambri'
In

relrouva ("lilloime.

ijui

le

Je pars tranquilli'. A di'faut

votre nnioiir. votre

conduisit jusqu'à

feuèlro

du rez-de-chaussée,

ol

LA REINE MARGOT.
dans
les fossés

i5
baiser l'iulon,

son page, avec lequel

il

retourna

à

En vcux-tu

l'hôtel

de Guise.
alla se

Là-bas après que Caron
T'aura mise en sa nacelle?

Pendant ce temps, Marguerite, rêveuse,
placer à sa fenêtre.

Après ton dernier trépas,
l'cBelle, tu n'auras là-bas

Quelle nuit de noces! murmura-t-elle.
fuit et

poux me

l'amant

me
et

quitte!

Qu'une boucUette blêmie

;

En
lin

ce

moment
la

passa de l'autre côte

du

fossé, ve-

Et quand, mort,

je te verrai,

nant de

Tour de Bois

remontant vers
le

le la

mouhan-

Aux ombres
Oue

je n'avoùrai

de
et

la

Monnaie, un ccolicr
:

jadis tu fus

ma mie

I

poing sur

che

chantant

Doncques tandis que lu
Change, maîtresse,

vis.

d'avis,

Pourquoi doncqiies quand je veux

Et ne ni'épar<;ne

ta

bouche.

Ou mordre

tes

beau» cheveux,

Car au jour où tu mourras
Lors tu te repentiras

Ou baiser ta bouche aimée, Ou toucher à ton beau sein,
Contrefais-tu
la

De m'avoir

été farouche.

nonnain

Dedans un cloUre enfermée?
Pourqui gardes-tu tes-yeui

Marguerite écouta cette chanson en souriant avec
mélancolie; puis, lorsque
la

voix de l'écolier se fut

Et ton sein délicieux, Ton front, la lèvre jumelle?

perdue dans

le

lointain, elle referma la fenêtre et
lit.

appela Gillonne pour l'aider à se mettre au

•«^i3it^MsS^

m
UN nOl POKTE.

e

lendemain

et les

jours

malgré son expérience, s'y était laissé prendre comme
les autres, et
il

qui suivirent se passèrent

en avait

la tète

en

fêtes, ballets et

tournois.

qu'un soir

il

avait oublié,

tellement montée, pendant deux heures,
il

La
deux
ments

même

fusion conti-

de mâcher son cure-dent, occupation à laquelle
se livrait d'ordinaire, depuis

nuait de s'opérer entre les
partis. C'étaient des

deux heures de

l'a-

près-midi,

caresses et des attendrisseà faire

huit heures du soir,
à table

moment où son dîner finissait, jusqu'à moment auquel il se remettait
s'était laissé aller à cet in-

perdre

la tête

pour souper.

aux plus enragés iiuguenots. On avait vu le père Cotton dîner et faire débauche avec le baron de Courtaumer; le duc de Guise remonter la Seine en bateau de symphonie avec le prince de Condé.
Le
roi Charles paraissait avoir fait divorce avec

Le soir où l'amiral

croyable oubli de ses habitudes, le roi Charles IX
avait invité à goûter avec lui, en petit comité, Henri

de Navarre
terminée,
et là
il il

et le

avait passé avec

duc de Guise, puis, eux dans

la collation

sa

chambre,

sa mélancolie habituelle, et ne pouvait plus se pas-

leur expliquait l'ingénieux mécanisme d'un

ser de son beau-frère Henri. Enfin la reine
était si joyeuse et si

mère

piège à loup qu'il avait inventé lui-même, lorsque,

occupge de broderies, de joyaux

s'interrompant tout à coup

:

et

de panaches, qu'elle en perdait le sommeil. Les huguenots, quelque peu amollis par

— Monsieur
peut

l'amiral

ne
l'a

vient-il

donc pas ce
et

cette

soir? demanda-t-il; qui
"^ui

aperçu aujourd'hui,

Capoue nouvelle, commençaient à
devant certains balcons
tholiques.

revêtir les pour-

me donner
dit le roi

de ses nouvelles? de Navarre;
et,

points de soie, à arborer les devises et à parader

— Moi,
la

au cas où Voje

comme

s'ils

eussent été ca-

tre Majesté serait inquiète

de sa santé,

pourrais

De tous

veur de cour

la

une réaction en fareligion réformée, à croire que toute la
côtés c'était

rassurer, car je

l'ai

vu ce matin à
dont
les

six heures et

ce soir à sept.

allait se faire protestante.

L'amiral lui-même,

— Ah! ah!

fit

le

roi,

yeux un instant

14
distraits se reposèrent avec

LA REINE MAUGOT.
une
curiosité perçante

frère de Navarre et

mon

cousin de Guise attendent
il

sur son beau-frère, vous êtes bien matineux, Henriot,

des renforts pour votre armée. Voilà ce dont
question.

était

— Oui,

pour un jeune marié
sire,

!

répondit le roi de Béarn,
sait tout,
si

je

vou-

lais savoir

de l'amiral, qui

quelques

gentilshommes que j'attends encore ne sont point en route pour venir.

— Des gentilshommes encore! vous en aviez huit
il

— Et — Avez- vous eu manda Béarnais. — Oui, mon
le
la

ces renforts arrivent, dit l'amiral.

des nouvelles, monsieur? de-

fils,

et particulièrement
et sera

de M. de

Mole;

il

était hier à Orléans,

demain ou

cents le jour de vos noces, et tous les jours
rive de nouveaux, voulez-vous
dit Charles

en ar-

après-demain à Paris.

donc nous envahir?

— Peste!

M. l'amiral

est
fait

donc nécroman, pour
à trente

IX en riant.
le sourcil.

savoir ainsi ce qui se
lieues de distance?

ou quarante

Le duc de Guise fronça

Quant

à moi,

je voudrais bien

Sire, répliqua le Béarnais,

on parle d'une en-

savoir avec pareille certitude ce qui se passera ou
ce qui s'est passé devant Orléans
!

treprise sur les Flandres, et je réunis autour de

moi tous ceux de mon pays
Le duc,

et

des environs que je

Goligny resta impassible à ce trait sanglant du
faisait évidemment allusion à mort de François de Guise, son père, tué devant Orléans par Poltrot de Méré, non sans soupçon que

crois pouvoir être utiles à Votre Majesté.
se rappelant le projet dont le Béarnais

duc de Guise, lequel

la

avait parlé à Marguerite le jour de ses noces, écouta

plus attentivement.

— Bon!

l'amiral eût conseillé le crime.
le roi

bon! répondit
il

avec son sourire
;

— Monsieur,
ou à

répliqua-t-il froidement et avec di-

y en aura, plus nous serons contents amenez, amenez, Henri. Mais qui sont ces gentilsfauve, plus

gnité, je suis

nécroman
du

toutes les fois

que

savoir bien positivement ce qui importe à
faires celles
il

veux mes afje

hommes;

des vaillants, j'espère?
si

roi.

Mon

courrier est arrivé

J'ignore, sire,

mes gentilshommes vaudront
le

d'Orléans,
fait

jamais ceux de Votre Majesté, ceux de M.

duc

y a une heure, et, grâce à la poste, a trente-deux lieues dans la journée. M. de la
fait

d'Anjou ou ceux de M. de Guise, mais je
et sais qu'ils feront

les

connais

Mole, qui voyage sur son cheval, n'en

que dix

— En attendez-vous beaucoup — Dix ou douze encore. — Vous appelez — noms m'échappent,
?

de leur mieux.

par jour,

lui,

et arrivera

seulement

le

24. Voilà

toute la magie.

— Bravo!

mon

père, bien répondu, dit Char-

les

?

les LX.
et,

Montrez

à ces jeunes

gens que

c'est la sa-

Sire, leurs

à l'excep-

tion de l'un d'eux, qui m'est

recommandé par Téaccompli, et qui s'ap-

temps que l'âge qui ont fait blanchir votre barbe et vos cheveux; aussi allons-nous
les

gesse en

même

ligny

comme un gentilhomme
la

envoyer parler de leurs tournois
et rester

et

de leurs

pelle de la Mole, je ne saurais dire...

Mole? reprit

— Précisément, comme vous voyez, recrute jusqu'en Provence. — Et moi, duc de Guise avec un sourire
sire;
je

Mole? n'est-ce point un Lerac de la le roi fort versé dans ta science généalogique; un Provençal?

— De

amours,

ensemble

à parler

de nos guerres.
les

Ce sont

les

bons conseillers qui font
j'ai

bons

rois,

mon

père. Allez, messieurs,

à causer avec l'a-

miral.

Les deux jeunes gens sortirent, le roi de Navarre
d'abord, le duc de Guise
porte,

ensuite;

mais,

hors

la

dit le

chacun tourna de son côté après une froide
les avait suivis
il

moqueur,

je vais

plus loin encore que Sa Majesté le

révérence.

roi de Navarre, car je vais chercher jusqu'en Pié-

Coligny

des yeux avec

une cer-

mont

— Calholi(iuesou huguenots,

tous les catholiques sûrs que j'y puis trouver.
iiUcrroiupit
le roi,

taine inquiétude, car

ne voyait jamais rapproéclair.

cher ces deux haines bien enracinées sans craindre
(|u'il

peu m'importe, pourvu qu'ils .soient Le roi, pour dire ces paroles, ([ui

vaill:ints.
iiièiaiciil

n'en

jaillît

quelque nouvel
se

Charesprit,

dans

les

IX comprit ce

(jui

passait

dans son

son esprit huguenots et catholiques, avait pris une

vint à lui, et ap[Hiyant son bras au sien.

mine

si

indifférente,

que

le

duc do Guise en

fut

— Soyez

tran(iuillo, pion père, je suis là

pour
n'est

étonné lui-même.

— Votre Majesté s'occupe
accordé
la

niaint(Miir

chacun

ilans l'obéissance et le respect,

de nos Flamands?

dit

.le

suis vérilahlcmcnt roi depuis?

que ma mère

l'amiral, à qui le roi, (hqiiiis (luidqiics jours, avait

plus reine, et elle n'est plus reine depuis que Coli-

faveur d'entrer dicz

lui

sans être an-

gny

est

noncé, et qui venait d'cnlendro
les

les

dernières para-

de Sa Majesté,
Ail
1


les IX
c'est

— Oh! reine Catherine... l'amiral, — Est une brouillonne. Avec n'y pas do
sire, dit
la

mon

père.

elle

il

a

voici

mon

père l'amiral,

.s'écria

Char-

paix possible. Ces ralholiqiies italiens sont enragés et n'entendent à rien
qu'à

en ouvrant

les bras;

on parle de guerre, do
et
il

exterminer. Moi,

gentilshommes, do vaillants;

arrive;

coque

tout au contraire, non-.seulemenl je veux pacifier,

que l'aimant,

le

for s'y

tourne;

mon heau-

mais encore

je

veux donner de

la

puissance à ceux de

LA REINE MARGOT
la religion. Lesautressonttropdissolus,
ils

15

mon père, et me scandalisent par leurs amoursetpar leurs déte

Maintenant n'est plus temps Je
Il

faire

jardinage;

faut suivre ton roi, qui t'aime par sus tous,
les

règlements. Tiens, veux-tu que je

parle franche-

Pour
Et

vers qui de

toi

coulent braves et douï. trouver
à

ment? continua Charles IX en redoublant d'épanchement, je
cepté de

crois, si tu

ne viens

me

Amboise,

Qu'entre nous adviendra une bien grande noise.

me

défie de tout ce qui m'entoure, ex!

mes nouveaux amis L'ambition de Tavanle

nes m'est suspecte. Vieilleville n'aime que

— Bravo!
nais
poésie
;

sire,

bravo! dit Coligny

:

je

me

con-

bon

mieux en choses de guerre qu'en choses de
mais
il

vin, et il serait capable de trahir son roi pour une tonne de malvoisie. Montmorency ne se soucie que de la chasse, et passe son temps entre ses chiens et
ses faucons.

me

semble que ces vers valent

les

plus beaux que fassent Ronsard, Dorât, et

même
dis-

M. Michel de l'Hospital, chancelier de France.

Le comte de Retz
Il

est

Espagnol,

les

Guise

— Ah
il

!

mon

père, s'écria Charles IX,

que ne

sont Lorrains.
je crois.

n'y a de vrais Français en France,
!

Dieu

me pardonne

tu vrai? car le titre de poëte, vois-tu, est celui

que

que moi, mon beau-

j'ambitionne avant toutes choses
disais

;

et,

frère de Navarre et toi. Mais, moi, je suis enchaîné

comme

je le
:

ne puis commander les armées. C'est tout au plus si on me laisse chasser à mon aise à Saint-Germain et à Rambouillet. Mon beau-frère
et et trop peu expérimenté. semble en tout point tenir de son père Antoine, que les femmes ont toujours perdu.

au trône

y

a

quelques jours à

mon

maître en poésie

L'art de faire des vers, dût-on s'en indigner,

Doit être à plus haut prix que celui de régner;

de Navarre est trop jeune
il

Tous deux également nous portons des couronnes;
Mais
roi,

D'ailleurs

me

je les reçus, poëte, tu les donnes.

Ton
Si

esprit,

enflammé d'une

céleste ardeur,

Il

n'y a que

toi,

mon

père, qui sois à la fois brave

Eclate par soi-même et moi par

ma

grandeur.

comme Julius
ne
sais ce

César

et

sage

comme

Plato. Aussi je
;

du côté des dieux je cherche l'avantage, Ronsard est leur mignon et je suis leur image.

que

je dois faire,
ici,

comme
tu

conseiller

te garder ou t'envoyer là-bas comme

en vérité

Ta

lyre, qui ravit par
les esprits

de

si

doux accords.
n'ai

Te soumet

dont je

que

les

corps;

général. Si tu

me

conseilles, qui

commandera?

si

Elle t'en rend le maître et te fait introduire

— puis —

commandes, qui me conseillera?
Sire,
dit Coligny,
il

le

plus fier tyran n'a jamais eu d'empire.

faut vaincre d'abord,

le conseil

viendra après la victoire.

— —

Sire, dit Coligny, je savais bien

C'est ton avis,

mon

père; eh bien!

soit.

11

jesté s'entretenait avec les

que Votre MaMuses; mais j'ignorais

sera fait selon ton avis. Lundi tu partiras pour les

qu'elle en eût fait son principal conseil.

Flandres, et moi pour Amboise.

— Votre —

Majesté quitte Paris?

Oui, je suis fatigué de tout ce bruit et de touJe ne suis pas

Après toi, mon père, après toi et c'est pour ne pas être troublé dans mes relations avec elles que je veux te mettre à la tête de toutes choses.
;

tes ces fêtes.

un homme

d'action,

Ecoute donc;
à

il

faut en ce

moment que

je

réponde
et

moi, je suis un rêveur. Je n'étais pas né pour être

un nouveau madrigal que mon grand

cher

né pour être poëte. Tu feras une espèce de conseil qui gouvernera tant que tu seras à la guerre; et, pourvu que ma mère n'en soit pas,
roi; j'étais

poëte m'a envoyé... je ne puis donc te donner à cette heure tous les papiers qui sont nécessaires

pour
tre,
fait

te

mettre au courant de la grande question
II et

tout ira bien. Moi, j'ai déjà prévenu Ronsard de

qui nous divise, Philippe

moi.

Il

y

a,

en ou-

venir

me

rejoindre; et

là,

tous les deux, loin du

une espèce de plan de campagne qui
par mes ministres. Je
remettrai
te

avait été

bruit, loin

grands

du monde, loin des méchants, sous nos aux bords de la rivière, au murmure des ruisseaux, nous parlerons des choses de Dieu,
bois,

chercherai tout cela et

te le

— A quelle heure, sire?

demain matin.
si par hasard j'étais occupé enfermé dans mon cabinet de tra-

seule compensation qu'il y ait en ce
ses des

monde aux

cho-

—A
vail...

dix heures; et
si j'étais

hommes.

Tiens, écoute ces vers par lesquels

de vers,

je l'invite à

venir

me

rejoindre

;

je les ai faits ce

eh bien! tu entrerais tout de même,
les

et tu

matin.
Coligny sourit,Charles IX passa sa main sur son
front jaune et poli

prendrais tous
cette table,

papiers que tu trouverais sur
;

enfermés dans ce portefeuille rouge
t'y

la
;

comme

de

l'ivoire, et dit

avec
:

couleur est éclatante, et tu ne
moi, je vais écrire à Ronsard.

tromperas pas

une espèce de chant cadencé
Ronsard, je conniiis bien que

les vers suivants

si

tu

ne
la

me

vois,

Tu

oublies soudain de ton iirand roi

voix,

Mois, pour ton souvenir, pense que je n'oublie

— Adieu, — Adieu, mon père. — Votre main? — Que ma main
sire.

dis-tu?

;

dans mes bras, sur

mon

Continuer toujours d'apprendre en poésie,

cœur,
viens.

c'est là ta place. Viens,

mon

vieux guerrier,

Et pour ce j'ai vouhi t'envoyer cet écrit, Pour enthousiasmer ton phantastique esprit.

Et Charles IX, attirant à lui Coligny qui
Donc ne t'amuse
plus aux soins de ton

s'incli-

ménage,

nait, posa ses lèvres sur ses

cheveux blancs.

te

U

aiilNE

MARGOT.

;i[''[ii:(l|iiili':':i;;,';:;':iiî;i[;fri'!i!ii

El Charles IX, attirant à

lui

Coligny qui

s'inclinait,

posa ses lèvres sur sos cheveux blancs.

— PaOK 15.

L'amiral sortil en essuyant tine larme.

Aussi toutes les murailles

l'-taient

tapissées de haches,
jiistolets

Charles iX

le

suivit des

yeux tant

(ju'il

put

le

de boucliers, de piques, de hallebardes, de
fit

voir, tendit l'oreille tant qu'il put l'entendre; puis,

de mousquetons, et

le

jour

même un

célèbre ar-

lorsqu'il

no

vit et n'entendit

plus rien,

il

laissa,

comme
.sur

c'i'tail

son

luiiiiludo, rrioiiilier sa U'ie paie
la

sur

son ('paule, et passa lenli-ment de
il

clianibro

lui avait apporté une maj^nifique arquebuse canon de laquelle étaient incrustés en argent ces quatre vers que lo poëte royal avait romposé lui-

murier
le

se trouvait

dans son cabinet d"armes.

môme.
roi
;

Ce cabinet
tait là qu'il

était la

demeure

favorite

du

c'é-

prenait ses lerons d'escrime avec
île poé'sie

Pom-

Pour mninlcnir
Jfl

lii

foy,
;

pée, et ses leçons

avec Umisard.

Il

y avait

suis hfllo ot fidèle
rniii>mi< 'In roy,

réuni une «rande collection d armes offensives ou
défensives des plus belles qu'il
avait
(ni

Aux

trouver.

Je suis

lirllo el cruelle.

LA

REI^'E aiARGOT.

n

PKEPHOdME.

C'est bien vous, dit le roi,

que

l'on

nomme

François de Louviers-Maurcvcl ?

Page 18.

Charles IX entra donc, comme nous Favons dit. dans ce cabinet, et, après avoir fermé la porte principale par laquelle
tapisserie qui
il

C'était

une femme de trente-quatre

à trente-cinq

ans, dont la beauté vigoureuse était relevée par le

était entré,

il

alla soulever

une

costume des paysannes des environs de Caux. Elle
portait le haut bonnet qui avait été
à la
si fort

masquait un passage donnant sur une
prie-

à la

mode

chambre où une femme agenouillée devant un
Dieu disait ses prières.

cour de France pendant
le sont

le

règne d'Isabeau de
des contadi-

Bavière, et son corsage rouge était tout "brodé d'or,
s'était fait

Comme
que
les

ce

mouvement
roi,

avec lenteur, et n'avaient

comme

aujourd'hui

les corsages

pas du

assourdis par

le tapis,

nes de Netluno et de Sera. L'appartement qu'elle occupait depuis tantôt vingt ans était contigu à la

pas eu plus de retentissement que ceux d'un fan-

tôme,

la

femme

agenouillée, n'ayant rien entendu,

ne

se retourna point et continua

de prier. Charles

chambre à coucher du roi, et offrait un singulier mélange d'élégance et de rusticité. C'est qu'en proportion à peu prés égale, le palais avait déteint sur

demeura un instant debout,

pensif et la regardant.

3
fart.

ln;p.

dp rilY

:tlnè,

tioulevart Montparoasie, 8(.

18
la

LA REINE MARGOT.
et la

chaumière,
cette

chaumière sur
tenait
et le

le palais.

De

sorte

que
cité

chambre

un milieu entre
luxe de
la

la simpli-

de la villageoise

grande dame. En
sculpté,

le nouveau personnage que nous venons de mettre en scène; pendant cet examen il sifflait avec une justesse et même avec une mélodie

son œil terne

effet, le

prie-Dieu sur lequel elle était agenouillée

remarquable un de ses

airs de chasse favoris.
le
:

était

de bois de chêne merveilleusement

Après quelques secondes pendant lesquelles

recouvert de velours à crépines d'or; tandis que la Bible, car cette femme était de la religion reformée,
tandis que la Bible dans laquelle elle
prières était
rés,
lisait

visage de l'étranger se décomposa de plus en plus

— C'est bien
,

vous, dit le roi, que l'on
?

nomme

ses

François de Louviers-Maurevel
sire.

un de

ces vieux livres à moitié déchi-

comme on en

trouve dans les plus pauvres mai-

sons.

Or, tout était à l'avenant de ce prie-Dieu et de
cette Bible.

Eh Madelon dit le roi. La femme agenouillée releva
!

!

— Oui — Commandant de pétardiersî — — voulu vous Maurevel — Vous continua Charles en appuyant sur
Oui, sire.
J'ai

voir.

s'inclina.

savez,

la tète
:

en souriant

chaque mot, que j'aime également tous mes sujets.

à cette voix familière; puis se levant

— Ah mon — Oui, nourrice, viens
!

c'est toi,

fils

!

dit-elle.

ici.

est le

Charles IX laissa retomber la portière et alla
s'asseoir sur
le

— Je balbutia Maurevel, que Votre Majesté père de son peuple. — Et que huguenots catholiques sont égalesais,

et

bras d'un fauteuil. La nourrice

parut.

— Que me veux-tu, Chariot? — Viens réponds
ici et

ment mes enfants? Maurevel resta muet
çant

;

seulement, le tremblement

dit-elle.

qui agitait son corps devint visible au regard per-

tout bas.

du

roi,

quoique celui auquel

il

adressait la pa-

La nourrice s'approcha avec une familiarité qui pouvait venir de cette tendresse maternelle que la

role fût presque caché dans l'ombre.

— Cela vous
avez
fait

contrarie, continua le roi, vous qui

femme

conçoit pour l'enfant qu'elle a allaité, mais
les

à laquelle

pamphlets du temps donnent une

source infiniment moins pure.
voilà, dit-elle, parle.
j'ai fait

— Me — L'homme que demander — Depuis une demi-heure.


est-il là?

une si rude guerre aux huguenots? Maurevel tomba à genoux.

— Je
;

Sire, balbutia-t-il, croyez bien...
crois,

continua Charles IX en arrêtant de

plus en plus sur Maurevel

un regard

qui, de vi-

treux qu'il était d'abord, devenait presque llam-

Charles se leva, s'approcha de la fenêtre, regarda
si

boyant
à

je crois

que vous aviez bien envie de tuer

personne n'était aux aguets, s'approcha de

la

porte, tendit l'oreille
n'était

pour s'assurer que personne

aux écoutes, secoua la poussière de ses trophées d'armes, caressa un grand li'vrier qui le suivait pas à pas, s'arrêtant quand son maître s'arrêtait, reprenant sa marche quand son maître se remettait en
rice

Moncontour M. l'amiral qui sort d'ici; je crois que vous avez manque votre coup, et qu'alors vous notre êtes passé dans l'armée du duc d'Anjou frère; enfin, je crois qu'alors vous êtes passé une seconde fois chez les princes, et que vous y avez
,

pris

du

service dans la

compagnie de M. de Mouy

mouvement;

puis,

revenant à sa nour-

de Sainl-Phale...
!

:

C'est bon, nourrice, fais-le entrer.

— Oh — Un brave gentilhomme picard?
sire
!

lui avait

La bonne femme sortit par le même passage qui donne entrée, tandis que le roi allait s'ap-

pas!

à une table sur laquelle étaient posées des armes de toute espèce. de Il y était à peine, que la portière se souleva nouveau, et donna passage à celui qu'il attendait.

puyer

— —

Sire,

sire,

s'écria Maurevel,

ne m'accablez

C'était

et,

au fur

et à

un digne officier, continua Charles IX, mesure qu'il parlait, une expression

de cruauté presque féroce se peignait sur son visage, lequel vous accueillit

comme un

fils,

vous lo-

C'i'tait
l'ipil

un homme de quarante ans
faciès élargi

à

peu près,

à

gea, vous habilla, vous nourrit.

gris cl faux, au nez rccfiurbé en bec de rliat-

liuanl,

au

par des pommoltcs saillan-

Maurevel laissa échapper un soupir de désespoir.

tes; son vidage essaya

d'exprimer

le

respect et ne

— Vous rappoliez votre père,
liait

je crois,

continua

put fournir qu'un sourire hypocrite sur ses lèvres

impitoyablLMiient le roi, et un(! leiidre amilié vous

blèmics

[lar la

pour.

au jeune do Mouy son
à

fils?

Charles allongea

douremonl derrière
un pommeau de
et

lui

une
de

Maurevel. toujours

genoux, se courbait de plus
parole do Charles IX debout,

main qui

se porta sur
,

pislolet

on plus écrasé sous

la

nouvelle invention

qui parlait à l'aide d'une

impassible et pareil

à

une statue dont
île

les

lèvres

pierre mise, on rnnlnol avoc
lieu do partir à l'aide

une roue
inèclie, et

(raoier, au

seules eussent été doui'os

vio.

d'une

regarda de

—A

propos, continua le roi, n'ctait-co pas dix

LA REINE MARGOT.
mille écus que vous deviez toucher de M. de Guise

i9
qui revient à
la vie.

tement

au

cas où vous tueriez l'amiral

?

— Or,

et

comme un homme
extrême où vous

l'important pour vous serait donc, dans
êtes,
;

L'assassin, consterné, frappait le parquet de son
front.

la situation

de gagner

la fa-

— Quant au

veur de
sieur de Mouy, votre bon père,

mon

cousin de Guise

et,

à ce propos, je

un

me

Jour vous l'escortiez dans une reconnaissance qu'il
poussait vers Chevreux.
et
Il

rappelle une chose qu'il me contait hier. Maurevel se rapprocha d'un pas.

laissa
le

tomber son fouet
pistolet

— Figurez-vous,
main-r.\uxerrois,

sire,

me

disait-il,

que tous

les

mit pied à terre pour

ramasser. Vous étiez

matins, à dix heures, passe dans la rue Saint-Ger-

seul avec lui, alors vous prîtes

un

dans vos
le tuâ-

revenant du Louvre,
c'est la fenêtre

mon

en-

fontes, et, tandis qu'il se penchait,
tes les reins; puis, le
tes

vous lui brisâ-

nemi mortel;

je le vois
;

d'une fenêtre grillée du

voyant mort, car vous
l'histoire, je crois?

rez-de-chaussée

du

logis de

mon

du coup, vous

prîtes la fuite sur le cheval qu'il

ancien précepteur, le chanoine Pierre Piles. Je vois

vous avait donné. Voilà
Et,

donc passer tous
cette
les

les jours

mon ennemi,

et tous les

comme

Maurevel demeurait muet sous

jours je prie le diable de l'abîmer dans les entrail-

accusation, dont chaque détail était vrai, Charles IX
se remit à siffler avec la

de

la terre. Dites

donc, maître Maurevel, conti-

même

justesse et la

même

mélodie

— Or çà

le

même
!

air de chasse.
dit-il au bout d'un ingrande envie de vous faire

nua Charles, si vous étiez le diable, ou si du moins pour un instant vous preniez sa place, cela ferait
peut-être plaisir à

maître assassin,

mon

cousin de Guise?

stant, savez-vous

que

j'ai

pendre?

Maurevel retrouva son infernal sourire, et ses lèvres, pâles encore d'effroi, laissèrent tomber ces

Majesté! s'écria Maurevel.

mots

:

Le jeune de Mouy m'en suppliait encore hier,
je

— Mais,
moi.

sire, je n'ai

pas le pouvoir d'ouvrir la

et

en vérité

ne savais que
les

lui répondre, car sa

terre,

demande

est fort juste.

— Vous
que

l'avez ouverte, cependant,

s'il

m'en sou-

Maurevel joignit
siez, je suis le

— D'autant plus

mams.

vient bien, au brave de Mouy. Après cela, vous

me

juste, que,

comme

vous

le di-

direz

c'est

avec

un

pistolet...

Ne

l'avez-vous

père de

mon

peuple, et que,

je

vous répondais, maintenant que

comme me voilà raccomtout aussi bien

plus, ce pistolet?...

— Pardonnez,

sire, reprit le

brigand à peu prés

modé avec les huguenots, ils sont mes enfants que les catholiques.

rassuré, mais je tire
le pistolet.

mieux encore l'arquebuse que

Sire, dit

Maurevel complètement découragé,
faites-en ce

— Oh —

!

fit

Charles IX, pistolet ou arquebuse, peu

ma

vie est entre vos mains,

que vous

importe, et

mon

cousin de Guise, j'en suis sûr, ne

voudrez.

obole.

— Vous avez n'en donnerais pas une — donc demanda n'y pas un moyen de racheter mon crime? — n'en connais guère. Dieu merci qui — Eh bien vous ma murraison, et je

chicanera pas sur le choix du
Mais, dit Maurevel,
il

moyen

!

me

faudrait

une arme

sur

la justesse

de laquelle je pusse compter, car

Mais, sire,

l'assassin,

a-t-il

peut-être

me

faudra-t-il tirer de loin.

J'ai

dix arquebuses dans cette chambre, reprit

Je

Toutefois,

si j'étais

à

Charles IX, avec lesquelles je touche

un écu

d'or à

votre place, ce
!

n'est pas,

!..

cent cinquante pas; voulez-vous en essayer une?

sire, si

étiez à

place,

Oh!

sire!
s'

avec la plus grande joie, s'écria
était

mura Maurevel,
Charles...

]e

regard suspendu aux lèvres de

Maurevel en
à Charles IX.

avançant vers celle qui

déposée

dans un coin,

et

qu'on avait apportée

le

jour

même

Je crois

que

je

me

tirerais d'affaire,

continua

le roi.

Maurevel se releva sur un genou

et

sur une main
s'assurer qu'il

la réserve

Non, pas celle-là, dit le roi, pas celle-là, je pour moi-même. J'aurai un de ces jours
chasse,

en fixant ne

ses

yeux sur Charles pour
le jeune de

une grande

où j'espère qu'elle

me

servira.

— J'aime beaucoup
le roi
,

raillait pas.

Mais toute autre à votre choix.

Mouy

sans doute,

continua

mais j'aime beaucoup aussi mon cousin de Guise; et, si lui me demandait la vie d'un homme dont l'autre me demanderait la mort, j'avoue que
je serais fort

Maurevel détacha une arquebuse d'un trophée. Maintenant, cet ennemi, sire, quel est-il? de-

manda
les

— Est-ce
Je le

l'assassin.

que

je sais cela,
le

moi? répondit Char-

embarrassé. Cependant, en

IX en écrasant

misérable de son regard dé-

bonne politique comme en bonne religion, je devrais faire ce que me demanderait mon cousin de Guise, car de Mouy, tout vaillant capitaine qu'il est, est bien petit compagnon, comparé à un prince de Lorraine.

daigneux.


Le

demanderai donc à M. de Guise, balbu-

tia

Maurevel.

— Ne demandez

roi 'haussa les épaules.

rien, dit-il,

M. de Guise ne ré-

Pendant ces paroles, Maurevel

se redressait len-

pondrait pas. Est-ce qu'on répond à ces choses-là?

20
C'est à

LA REINE MARGOT-.
ceux qui ne veulent pas être pendus
enfin à
le roconnaîtrai-jc'î

à de-

viner.

res

— Mais quoi — vous que devant — Mais beaucoup passent
Je
ai dit
il

ment il est bon que vous une porte de derrière.

sachiez que le cloître a

Merci, sire.

— Maintenant
I

priez Dieu

pour

tous les matins à dix heu-

moi.

passait

la fenêtre

du chanoine.
devant cette fenêtre.

— Eh

!

mille

démons

priez le diable bien plutôt;

car ce n'est que par sa protection que vous pouvez
éviter la corde.

Que Votre

Majesté daigne seulement m'indiquer

un

signe quelconque.

— Oh

'.

c'est

bien facile. Demain, par exemple,

— Adieu, — Adieu. — Ah
sire.

!

à propos,
si

il

tiendra sous son bras

un portefeuille de maroquin

vel,

vous savez que

monsieur de Maured'une façon quelconque on

rouge.

— Vous avez toujours
et qui

Sire,

il suffit.

entend parler de vous demain avant dix heures du matin, ou si l'on n'en entend pas parler après, il y
ce cheval
si

que vous a donné
vites.

a

une

oubliette au Louvre.
siffier

M. de Uoay,

court

bien?

Et Charles IX se remit à

tranquillement

et

— Oh!

Sire, j'ai
je

un barbe des plus

[dus juste que jamais son air favori.

ne

suis pas efl peine de vous! seule-

IV

LA

SI-lllU;ii

Di: -ii

AdI ï

lô'

C^^i^^!^^

^i^
otre lecteur n'a pas oublié
c'était

,

une

volaille rôtissant

au milieu d'un

ciel

jo
*
,

que dans
(lent
il

le

chapitre précé-

noir, tandis qu'un

homme

à

manteau rouge tendait

a été question

d'un

vers cet astre d'une nouvelle espèce ses bras, sa

-,

çcntilbonime

nommé

delà

bourse

Mole, allondu avec quelque

— Voilà, se

et ses

vœux.
dit le

gentilhomme, une auberge qui
qui la tient doit être, sur
J'ai

impatience parlIenrideNa•^

s'annonce bien,

et l'hôte

Ce jeune gentilhomme, comme l'avait annonce
varre.

mon âme, un
quartier
(lu

ingénieux compère.
la

toujours enétait

tendu dire que

rue de l'Arbre-Sec
et,

lamiral,
la fin

Pans par la porte Saint-Marcrl vers de la journée du 2i août 1572, et, jetant un reentrait;'!

Louvre;

dans le pour peu que l'établissement

réponde

à l'enseigne, je serai à merveille ici.

gard assez dédaigneux sur

les

nombreuses hôtelleries

qui étalaient à sa droite et à sa gauche leurs pittoresf[ues enseignes, laissa pénétrer son cheval tout

Pendant que le nouveau venu se débitait à luimCmc ce monologue, un autre cavalier, entre par
l'autre bout de la rue, c'est-à-dire par la rue Saint-

fumant

jusqu'au cœur de

la ville,

où, apré.s avoir traversé la
le

Ilonon', s'arrê'tait et demeurait aussi

en

exla.se

de-

place Maubert, le Petit-Pont,
et

pont Notre-Dame, rue de l'Arfacilité

vant l'enseigne de

la Bcllc-lùollc.

longé

les

quais,

il

s'arrêta au bout de la rue de
la

Bresec, dont nous avons fait depuis
bre-Sec, et
;i

Celui des deux ([ue nous connaissons, de nom du moins, montait un cheval blanc do race espagnole, et
jais.
('tail

laiinclle,

pour

la ]p1us

grande

vêtu d'un pourpoint noir garni de
élail

de nos lecteurs, nous conserverons son
dcrnc.

iioni

ino-

Son manteau

do velours

violet fonce

:

il

portail des boites de cuir noir,
il

une cpée

à poignée

Le nom lui plut sans iloiitc, car comme à sa gaurlie une magnifique
sonnettes, appelait son attention,
halle pour lire ces

y entra, et

pla(pio d<^ tôle

grinçant sur sa Inng^e, avec acccmipngnoiiient de
il

ciselé, et un poignard pareil. Mainicnant, si nous passons de S(Ui costume à son visage, nous dir(ms que c'('tail nn liomnie de vingt-quatre à vingl-

de fer

fil

une

,s('condo

cin(| ans,

au teint

ba.sane,

aux yeux bleus,

à la fine

mois

:

A

In IklIc-ICloilc, ('rrits

moustache, aux dents
l'claircr sa

('clalanles,

qui semblaient

en b'genile

mulacre

le

une peintun' qui représentait le siplus fiatleur pour un voyageur affamé
.sous
:

figure lorsque .s'ouvrait, pour .souriro
cl

d'un sourire doux

mélanr(di(jue,

une bouche

LA REINE MARGOT.
d'une forme exquise
tion.
et

24
ne suis que votre humble serviteur,
je

de

la

plus parfaite distinc-

rien, car je

le

comte Annibal de Coconas.

Quant au second voyageur, il formait avec le premier venu un contraste complet. Sous son chapeau à bords retroussés apparaissaient, riches et crépus, des cheveux plutôt roux que blonds. Sous ses cheveux, un œil gris brillait à la moindre contrariété

— Et moi, monsieur, — En
les

ne suis que

le
la

comte

Jo-

seph-Hyacinthe-Boniface de Lerac de
à votre service.

Mole, tout

ce cas, monsieur, prenons-nous par le bras

et

entrons ensemble.

d'un feu
rosé,

si

resplendissant, qu'on eût dit

Le résultat de cette proposition conciliatrice fut

alors

un

œil noir. Le reste

du visage

se composait

que

d'une lèvre mince, surmontée d'une moustache fauve, et de dents admirables. C'était en somme, avec sa peau blanche, sa haute taille et ses

d'un teint

chevaux, en jetèrent

deux jeunes gens, qui descendirent de leurs la bride aux mains d'un pale-

frenier, se prirent par le bras et, ajustant leurs

épées, se dirigèrent vers la porte de l'hôtellerie, sur
le seuil

larges épaules,
tion

un fort beau cavalier dans l'accepordinaire du mot, et, depuis une heure qu'il
femmes l'aregardé quant aux hommes, qui avaient
;

de laquelle se tenait l'hôte. Mais, contre

l'habitude de ces sortes de gens, le digne propriétaire n'avait

levait le nez vers toutes les fenêtres, sous le pré-

paru

faire

aucune attention à eux, oc-

texte d'y chercher des enseignes, les

cupé qu'il

était

de conférer très-attentivement avec

vaient fort

un grand
plumes.

gaillard sec et jaune enfoui dans

un mansous ses

peut-être éprouvé quelque envie de rire en voyant son manteau étriqué, ses chausses collantes et ses
bottes d'une

teau couleur d'amadou,

comme un hibou

forme antique,

ils

avaient achevé ce

.Les deux gentilshommes étaient arrivés

si

près

rire

commencé par un Dieu
à'

vous, (jardc! des plus

de l'hôte
lequel
il

et

de l'homme au manteau amadou avec

gracieux,
nait en

l'examen de cette physionomie qui preune minute dix expressions différentes, sauf

causait,

que Coconas, impatienté de ce peu
et à

d'importance qu'on accordait à lui

son compa-

toutefois l'expression bienveillante qui caractérise

gnon,

tira la

manche de

l'hôte. Celui-ci
et

parut alors

toujours la figure

du provincial embarrassé.

se réveiller

en sursaut,

Ce fut lui qui s-'adressa le premier à l'autre gentilhomme, qui, ainsi que nous l'avons dit, regardait
riiôtellerie de la Belle-Étoile.

teur par

un

— au

congédia son interlocu-

revoir.

— Venez
ti

tantôt, et sur-

tout tenez-moi au courant de l'heure.

— Mordi, monsieur,
la

— Eh!
avec cet horrible acvoyais pas.

monsieur

le

drôle! dit Coconas, ne voyez-

dit-il

vous pas que l'on a affaire

vous?

montagne qui ferait au premier mot reconnaître un Piémontais entre cent étrangers, ne sommes-nous pas ici près du Louvre? En tout cas, c'est je crois que vous avez eu même goût que moi
cent de
:

— Ah! pardon,

messieurs, dit l'hôte, je ne vous

flatteur

— Monsieur, répondit
de son compagnon,

pour

ma

seigneurie.
l'autre avec

un accent
effet

pro-

Eh! mordi, il fallait nous voir; et, maintenant que vous nous avez vus, au lieu de dire monsieur tout court, dites monsieur le comte, s'il vous plaît.
La Mole se tenait derrière, laissant parler Coconas, qui paraissait avoir pris l'affaire à son compte.

vençal qui ne le cédait en rien à l'accent piémon-

que cette hôtellerie est près du Louvre. Cependant, je me demande encore si j'aurai l'honneur d'avoir été de
tais

je crois

en

Cependant

fl

était facile

de voir à ses sourcils fron-

cés qu'il était prêt à lui venir en aide

quand

le

votre avis. Je

— Vous

me

consulte.

moment
monsieur?
la

d'agir serait arrivé.

n'êtes pas décidé,

maison

est flatteuse,

pourtant. Après cela, peut-être

me

Eh bien! que désirez-vous, monsieur le comté: demanda l'hôte du ton le plus calme.

suis-je laissé tenter

par votre présence. Avouez néan-

Bien... c'est déjà mieux, n'est-ce pas? dit Cola le

moins que voilà une jolie peinture? Oh! sans doute; mais c'est justement ce qui

conas en se retournant vers la Mole, qui fit de tête un signe affirmatif. Nous désirons, M.

me

fait

douter de la réalité
dit, et l'on

:

Paris est plein de pi-

peurs, m'a-t-on

pipe avec une enseigne

que nous sommes par votre trouver à souper et à coucher dans votre enseigne,
comte
et

moi,

attirés

aussi bien qu'avec autre chose.

hôtellerie.

— Mordi, monsieur,

reprit le Piémontais, je

ne

Messieurs, dit l'hôte, je suis au désespoir,
il

m'inquiète pas de la piperie, moi, et, si l'hôte me fournit une volaille moins bien rôtie que celle de
son enseigne, je le mets
solé. Entrons,

mais

n'y a qu'une chambre, et je crains que cela
tant mieux! dit la Mole, nous

ne puisse vous convenir.
foi,

à la

broche lui-même

et je

ne le quitte pas qu'il ne soit convenablement ris-

irons loger ailleurs.

— Vous achevez de me
riant,

monsieur.

— Eh bien! ma — Ah!- mais non, mais
mon

non, dit Coconas. Je de-

décider, dit le Provençal
le

meure, moi,
la

cheval est harassé. Je prends donc

en

montrez-moi donc

chemin, monsieur,
je n'en ferai

je vous prie.

— Ah

chambre, puisque vous n'en voulez pas.
!

ceci est autre chose, répondit l'hôte,

con-

Oh! monsieur, sur mon âme,'

servant toujours le

même

flegme impertinent. Si

22
voiis n'êtes

LA REINE MARGOT.
qu'un, je ne puis pas vous loger du
s'écria Coconas, voici, sur
;

Et, ce disant, la

Mole écarta doucement l'hôtelier,
fit

tout.

— Mordi!

qui étendait déjà la main vers son arquebuse,

ma

foi,

un
!

passer Coconas et entra derrière lui dans la maison.

plaisant animal

tout à l'heure nous étions trop de

deux, maintenant nous ne

sommes pas

assez d'un

— N'importe,
à remettre

dit Coconas, j'ai

bien de la peine

Tu ne veux donc pas nous loger, drôle? Ma foi, messieurs, puisque vous le prenez sur
ce ton, je vous répondrai avec franchise.

mon

épée dans

le

fourreau avant de m'ê-

tre assuré qu'elle

pique aussi bien que les lardoicher compagnon,
dit la Mole,

res de ce gaillard-là.

— Eh bien j'aime mieux ne pas avoir l'honneur de vous — Parce que? demanda Coconas, blêmissant de
!

— Réponds alors,
loger.

mais réponds

vite.

— Patience
!

!

mon
les

patience

Toutes

auberges sont pleines de gen-

tilshommes

attirés à Paris

pour

les fêtes

du mariage
c'est

ou pour
être la

la

guerre prochaine de Flandre, nous ne
;

colère.

— Parce que vous n'avez pas do

trouverions plus d'autre logis
laquais, et que,

et puis,

peut-

coutume

à

Pans de recevoir

ainsi les étran-

pour une chambre de maître pleine, cela me ferait deux chambres de laquais vides. Or, si je vous donne la chambre de maître, je risque fort de ne pas
louer les autres.

gers qui y arrivent.

^ Mordi

!

comme

vous êtes patient

!

murmura
le

Co-

conas en tortillant de rage sa moustache rouge et en

— Monsieur de
— Mais

foudroyant l'hôte de ses regards. Mais que
la Mole,

coquin
si

dit

Coconas en se

re-

prenne garde
son
lit

à lui, si sa

cuisine est mauvaise,

tournant, ne vous semble-t-il pas,

comme

à moi,

est dur, si

son vin n'a pas trois ans de bou-

que nous allons massacrer ce gaillard-là?
c'est faisable, dit la

teille, si

Mole en se préparant,
l'iiôtelier

son valet n'est pas souple
là,

comme un
fit

jonc...

Là, là,

mon

gentilhomme,

l'hôte

en

ai-

comme
Mais,

son compagnon, à rouer

de coups
qui

guisant sur
là,

un

repassoir le couteau de sa ceinture;

de fouet.

tranquillisez-vous, vous êtes en

pays de Co-

malgré

cette

double démonstration,

cagne.

n'avait rien de bien rassurant de la part de

deux

gentilshommes qui paraissaient
telier

si

déterminés, Thô-

Puis tout bas et en secouant la tête
C'est

:

quelque huguenot, murmura-t-il

;

les

ne s'étonna point,
voit, dit-il

et se contentant
:

de reculer

traîtres sont si insolents depuis le

d'un pas, afin d'être chez lui

— On

mariage de leur Béarnais avec mademoiselle Margot! Puis, avec un
sourire qui eût vu,
il

en goguenardant, que ces mes-

fait frissonner

ses hôtes

s'ils

l'avaient

sieurs arrivent de province.

A

Paris, la

mode

est

passée de massacrer les aubergistes qui refusent de

louer leurs chambres. Ce sont les grands seigneurs

qu'on massacre

et

non

les

bourgeois

;

et,

si

vous

criez trop fort, je vais appeler

mes

voisins, de sorte

— Mais moque de nous, exaspéré mordi — mon arquebuse,
il

que ce sera vous qui serez roués de coups, traitement tout à fait indigne de deux gentilshommes.
se
s'écria

— — conas interrompant — comme
!

ajouta

:

Eh! eh! ce cerait drôle qu'il me fût justement tombé des huguenots ici... et que... Çà souperons-nous? demanda aigrement Coles aparté
il

de son hôte.
dernière

Mais,

vous plaira, monsieur, réponsans doute par
la

dit celui-ci,

radouci

Coconas

pensée qui lui était venue.

;

!

— Eh bien
Çà,

!

il

nous

plaît,

et

promptement, ré-

Grégoire,

dit l'Iiôte en s'a:

pondit Coconas.

dressant à son valet, du
siège à ces messieurs.

môme
1

ton qu'il eût dit

Un

— Trippe
— Non

Puis se retournant vers la Mole

:

monsieur

le

comte,

dit-il,

tandis que l'on
:

del

papa

hurla Coconas en tirant
la

son épéc; mais échauffez-vous donc, monsieur de
Mole.
pas,
s'il

nous prépare notre chambre, dites-moi est-ce que par hasard vous avez trouvé Paris une ville gaie,
vous?

vous

plaît,

non
le

pas, car, tandis

— Ma

foi

non, dit

la

Mole;

il

me semble

n'y

que nous nous échaufferons,
lui.

souper refroidira,

avoir vu encore que des visages effarouchés ou rébarbatifs. Peut-être aus^si les Parisiens ont-ils

peur

— Comment, vous trouvez?... — trouve que M. de
.le

s'écria Coconas. a

do l'orage. Voyez connue
l'air est

le ciel est

noir

et

comme

la

ni^lie-I'ltoiic

rai-

son, seulement

il

sait

mal prendre
.sont

ses voyageurs,

— Dites-mot,
— Et vous
!

lourd.

comte, vous

(

IhtcIm'/. le Iiiuvri',

surtout (|unn(l ces voyageurs

dos gcnliisliomJili'^si(\iirs.

n'est-ce pas?

mes. Au lieu de nous dire bnilaliMiioiU:
jo

no veux pus de vous,
politcs^so
.

il

aurait

mieux
<lr

fait

do

nous dire avec

Entrez, messieurs, quitte
;

à mettre sur .son

inr'moire

climnbrr.

mnitrr,

— Lh bien ensemble. — Hein
pour sortir?

aussi, je crois,
!

monsieur de Corunas?
lo rlierclieron.1

si

vous voulez, nous
Mole,

lit

la

n'esl-il pas

un peu tord

tant; citainbrcdc la(itiah, tant; altciidu

(|uc', si

nous

.

n'avons pas do laquais, nous comptons en prendre.

—Tard ou

non,

il

faut

que

je sorte.

— Mes ordre»

LA REINE MARGOT.
sont précis.

25

Arriver au plus vite à Paris,

et,

aussitôt arrivé,

A

ce

communiquer avec le duc de Guise. nom du duc de Guise, l'iiùte s'approcha
semble que ce maraud nous écoute,
dit

pondit brusquement la Hurière ; puis, se reprenant Ah! pardon, dit-il, ces messieurs sont peut-être de
:

la religion?

fort attentif.

— Moi,
!

de

la religion!

s'écria Coconas, allons

Il

me

donc
pape.

je suis

catholique

comme

notre Saint-Père le

Coconas, qui, en sa qualité de Piémontais, était fort

rancunier,

et

qui ne pouvait passer au maître de la

La Hurière se retourna vers
l'interroger; mais

la

Mole

comme pour

Belle-Étoile la façon

peu

civile

dont

il

recevait ses

ou

la

Mole ne comprit pas son

voyageurs.

— Oui,

messieurs, je vous écoute, dit celui-ci

regard, ou il ne jugea point à propos d'y répondre autrement que par une autre question.

en mettant
j'accours.

servir. J'entends parler

mais pour vous du grand duc de Guise, et A quoi puis-je vous être bon, mes genla

main

à son bonnet,

Si

de Navarre,

vous ne connaissez point Sa Majesté le roi maître la Hurière, dit-il,, peut-être

tilshommes?

— Ah

connaissez-vous M. l'amiral. J'ai entendu dire que M. l'amiral jouissait de quelque faveur à la cour
;

!

ah

!

ce

nom

est

raît,

car d'insolent te

magique, à ce qu'il pavoilà devenu obséquieux.

et,
si

comme
il

je lui étais

recommandé,
la

je désirerais,

son adresse ne vous écorche pas

bouche, savoir

Mordi, maître, maître...

— Maître

comment

t'appelles-tu?

la

Hurière, répondit l'hôte en s'incli-

loge.
// logeait

rue de Béthisy, monsieur,

ici

à

nant.

— Eh

droite, répondit l'hôte avec

une

satisfaction inté-

bien

!

maître la Hurière,

crois-tu
le

mon

bras soit moins lourd que celui de M.
si

que duc

rieure qui ne put s'empêcher de devenir extérieure.

de Guise, qui a le privilège de te rendre —^ Non, monsieur le comte, mais il
faut vous dire

poli?

il

donc déménagé ?
ce

est

moins
il

— Comment, — Oui, de
— Qu'est-ce

il

logeait?

demanda

la

Mole

;

est-

monde

peut-être.

long, répliqua la Hurière. D'ailleurs, ajouta-t-il,

que ce grand Henri
la

est notre idole,

ensemble les deux gentilshommes, l'amiral déménagé de ce monde
à dire'^ s'écrièrent

à nous autres Parisiens.

bergiste.

— Quel Henri? demanda Mole. — me semble n'y en qu'un, — Pardon, mon ami, en encore un autre
Il

— Quoi! monsieur de Coconas, poursuivit
!

!

l'hôte

qu'il

a

dit l'au-

avec un malin sourire, vous êtes de ceux de Guise, et vous ignorez cela

il

a

— Quoi, cela? — Qu'avant — Et — Non,
il

hier,

en passant sur
la

la

place Saint-

dont

je

vous invite à ne pas dire de mal

;

c'est

Germain-l'Auxerrois, devant
Pierre Piles, l'amiral a reçu

maism du chanoine

Henri de Navarre, sans compter Honri de Condé, qui a bien aussi son mérite.

un coup d'arquebuse.
le

— Ceux-là, ne — Oui, mais, moi,
je

est tué? s'écria la Mole.
le

les

connais pas, répondit l'hôte.

coup

lui a

seulement cassé

bras et

je les connais, dit la Mole, et,

comme
.

je suis adressé

au

roi

Henri de Navarre,

je

coupé deux doigts, mais on espère que étaient empoisonnées.

les balles

vous invite à n'en pas

médire devant moi.
et,

— Comment
père!...

!

misérable, s'écria la Mole', on es-

L'hôte, sans répondre à M. de la Mole, se con-

tenta de toucher légèrement à son bonnet,
faire les
:

con-

Je veux dire

qu'on

croit,

reprit l'hôte.
:

Ne

doux yeux à Coconas tinuant de Ainsi, monsieur va parler au grand duc de Guise? monsieur est un gentilhomme bien heu-

nous fâchons pas pour un mot
fourché.

la

langue m'a
Mole,

Et maître
tira
la

la

Hurière

,

tournant

le

dos à

la

reux;

sourire.

— Pour quoi? demanda Coconas. — Pour répondit avec un — Vous pour car
la fête,

et

sans doute qu'il vient pour?...

langue à Coconas de

la façon la

plus go-

guenarde, accompagnant ce geste d'un coup d'œil

l'hôte

singulier

devriez dire

les fêtes

;

Paris en
:

regorge, de fêtes, à ce que

j'ai

entendu dire

du

moins on ne parle que de bak, de festins, de carrousels. Ne s'amuse-t-on pas beaucoup à Paris,
hein?

— Mais modérément, monsieur jusqu'à
l'hôte
;

présent,
je

du moins, répondit
l'espère.

mais on va s'amuser,
le roi

— En Coconas rayonnant. — En murmura Mole avec une stupédouloureuse. — comme l'honneur de vous messieurs, répondit — En Mole, au Louvre sans perdre un moment. Y trouverai-je Henri? — y
vérité! dit

d'intelligence,

vérité!

la

faction

C'est

j'ai

le dire,

l'hôte.

ce cas, dit la

je vais

le roi

C'est possible, puisqu'il
je vais

loge.

— Les noces de Sa Majesté

— Et moi aussi

au Louvre,

dit Coconas.

de Navarre atcette ville,

Y
il

trouverai-je le duc de Guise?

tirent cependant
dit la Mole.

beaucoup de monde en

C'est probable, car je viens de le voir passer

— Beaucoup

n'y a qu'un instant avec deux cents gentilshom-

de huguenots, oui, monsieur, ré-

mes.

,

24

LA REINE MARGOT.
venez, monsieur deCoeonas, dit la Mole.
suis,

— Alors — vous
— Mais
!

Je

monsieur, dit Coconas.

— Et moi chez duc de Guise, — Et moi, rhôte, après avoir
le

dit

Coconas.

dit

suivi des
le

votre souper,

mes gentilshommes, depeut-être chez
le

les

deux gentilshommes qui prenaient
je vais fourbir
et affiler

yeux chemin

manda maître la liurière. Ah dit la Mole, je souperai

du Louvre, moi,
cher

mon

arquebuse

ma ma

salade,

emméOn

pertuisane.

roi de Navarre.

ne

sait

pas ce qui peut arriver.

nu LOUVRF, KN PARTICI'LIEU ET DE LA VERTU EN GENERAL.

es

deux

gentilshommes
la

dinaire; cependant
vait point le

renseignes par

première

il demanda mot d'ordre.

à Coconas

s'il

n'a-

personne qu'ils rencontrèrent, prirent la rue d'Averon, la rue Sainl-Germainl'Auxerrois, et se trouvè-

Coconas fut force d'avouer qu'il ne

l'avait point.
dit
le

Alors, au large,

mon gentilhomme!

soldat.

En
ficier

ce

moment, un homme qui causait avec

l'of-

rent bientôt devant le Louvre, dont
les

tours

com-

mençaient

à

se confondre dans

les

premières ombres

du

— Qu'avez-vous

soir.

du poste, et qui tout en causant avait entendu Coconas réclamer son admission au Louvre, interrompit son entretien, et venant à lui Goi fouloir, fous, à monsir di G mise? dit-il.
souriant.

donc'.'

Mole, qui, arrête à la ces fedait avec un certain respect ces ponts-levis,
sentaient tout à coup à ses yeux.

demanda Coconas à la vue du vieux château, regar-

pri'nêtres étroites et ces clochetons aigus qui se

— — Moi vouloir — Imbossible! — Cependant
— Ah
!

:

lui

parler, répondit Coconas

en

le

j'ai

dugue il être chez le roi. une lettre d'avis pour me ren-

dre à Paris.

n'en sais rien, dit la Mole, le cœur me bat. Je ne suis cependant pas timide outre mesure; mais je ne sais pourquoi ce palais me paraît
foi, je

— Ma

sombre,

bien! moi, dit Coconas, je ne sais ce qui m'arrive, mais je suis d'une allégresse rare. La teconlinua-t-il est pourtant (luelque peu négligée, parcourant des yeux son costume de voyage. en Mais, bah! l'on a l'air cavalier. Puis mes ordres me

— Eh

et.

dirai-je, terrible.

nue

recommandaient

la

promptitude. Je serai donc

le

— Oui, de loin. — Ah! de — du Piémont. — Pien pien autre chose. Et abbellez? — Le comte Annibal de Coconas. — Pon! pon! Tonnez monsir Annipal, tonnez. — sur ma un bien galant homme,
et j'arrive

fou afre eine lettre d'afis?
fort

fous arrife

fort loin?

J'arrive
!

!

C'est

fous fous

la lettre,

Voici,
la

parole,

bienvenu, puisque j'aurai ponetu('ll(îment ohi'i.
Et les deux jeunes gens continuèrent leur chemin, agités chacun des sentiments qu'ils avaient exjiriinés.

dit

de

Mole

siî

parlant à lui-même; ne pourrai-jo
pareil

point trouver
roi

le

pour

me

conduire chez
continua

le

— Mais tonnez donc
liésitait.

de Navarref

la

lettre,

le

gen-

au Louvre; tous les postes Il v avait bonne garde Nos deux voyageurs furent semblaient doubb's.

tilhomme allemand en étendant
nas qui

la

main vers Coco-

donc d'abord assez embarrassés. Mais Coconas, qui avait remarqué que le nom du duc de Guise était

— Mordi!
— Je
SUIS

rejirit le

Piëniontais défiant
si

comme un
n'ai

demi-Italien, je ne

.sais

je

dois... Jo

pas

une espèce de talisman
cha d'une sentinelle,
tout-puis.sanl,
rait point pénétrer

près des j'arisiens, s'approse réclamant de
grftcc à lui,
il

riioniioiir de vous connaître, moi, mnn.sieur.

et,

r(^

nom

Pcsmc, j'abbarliens

à

M.

le

duc de

demanda
dans

si,

ne pour-

Gouise.

le I,nuvrc.

— Pesme.

murmura

Coconas;

je

ne connais pas

Ce

nom

paraissait faire sur le soldai son effet or-

ce nom-là.

I.A

SEiNE MARGOT,

25

'Âi

mm-

M

iï!>'iit-iT";;ï^,V.-'|.

— Mais tonnez donc

la

leUrc. continua le gentilhomme allemand en étendant
hésitait.

la

niam vers Coconas qui

Page 24.

C'est

dit la sentinelle.

voilà tout.

monsieur de Besme, mon gentilhomme, La prononciation vous trompe, Donnez votre lettre à monsieur, allez,
s'écria Coconas, je

à

Sun tour, puisque vous êtes

si

obligeant, voudriez-

vous vous charger de de faire de celle de

ma lettre comme mon compagnon?
la

vous venez

j'en réponds.

— Ah

!

monsieur de Besme,

le crois bien, si je

vous connais!., comment donc!

avec le plus grand plaisir. Voici

mon

hésitation. Mais

ma lettre. Excusez on doit hésiter quand on veut
il

— Le comte Lerac de — Le gonte Lerag de — Oui.
Il

— Gomment vous abbellez-vous?
Mole.
la

Mole?

être fidèle.

soin

— Pien, de Besme, n'y avre bas ped'exgusc. — Ma monsieur, di^la Mole en s'approchant
pien, dit
foi,
FarU.

— Che ne gonnais — tout simple que
bas.
est

je n'aie

pas l'honneur

d'être
et,

connu de vous, monsieur,
le

je suis étranger,

comme

comte de Coconas, j'arrive ce soir de

bien loin.

Imc, de

BRY

aîné, toulevarl Uuuiparnaise,

U.

,

26

LA REINE MARGOT.
t'où arrifez-fous?

— Et — De Provence. — Avec eine — Oui, avec une — Pour monsir de — Non, pour Sa Majesté — Che ne bas au
lettre?
lettre.

— merci — Venez, monsieur,
Mille fois
1

dit de

Mouy.

De Mouy descendit de cheval, jeta la bride aux mains de son laquais, s'achemina vers le guichet,
se
fit

Gouize'!
le roi

reconnaître de la sentinelle, introduisit la
le château, et,

souis

roi

de Navarre. Je Navarre, monsir,

Mole dans

ouvrant

la porte

de l'ap-

partement du

répondit de Besme avec

un

froid subit, che
lettre.

ne puis

roi

:

Entrez, monsieur, dit-il, et informez-vous.

donc pas
dans
le

me

charger de votre

Et,

saluant la Mole,

il

se retira.
lui.

Et Besme, tournant les talons à la Mole, entra

La Mole, demeuré seul, regarda autour de
L'antichambre
était vide,
11 fit

Louvre en faisant signe à Coconas de

le

une des portes intérieuet se

suivre.

res était ouverte.

quelques pas,

trouva

La Mole demeura seul. Au même moment, par la porte du Louvre parallèle à celle qui avait donné passage à Besme et à Coconas sortit une troupe de cavaliers d'une centaine d'hommes. Ah ah dit la sentinelle à son camarade

dans un couloir.
Il

frappa et appela sans que personne répondît.
cette partie

Le plus profond silence régnait dans Louvre.

du

— Qui donc me
si

parlait,

penaa-t-il,

de cette

éti-

!

!

quette

sévère ?

On

va et on vient dans ce palais

c'est

de Mouy

et

ses

huguenots;
la

ils

sont rayonl'assas-

comme
Et
il

sur une place publique.
appela encore, mais sans obtenir
fois.

nants. Le roi leur aura promis
sin de l'amiral
le
;

mort de

un

meil-

et,

comme
fils

c'est déjà

lui qui a tué

leur résultat que la première

père de Mouy, le

fera d'une pierre

deux


Et

Allons,

marchons devant nous,

pensa-t-il

;

il

coups.

— Pardon,
— Oui-da,

faudra bien que je finisse par rencontrer quelfit

la

Mole s'adressent au soldat, mais

qu'un.
il

n'avez-vous pas dit,
était

mon

brave, que cet officier

s'engagea dans le couloir, qui allait tou-

M. de Mouy?

jours s'assomhrissant.

— Et que ceux
le

mon gentilhomme.
qui l'accompagnaient étaient...
il

Tout

à

coup

la

porte opposée à celle par laquelle

— Étaient des parpaillots. Je — Merci, Mole, sans paraître
dit la

était entré s'ouvrit, et

l'ai dit.

remarquer

tant des flambeaux et éclairant
taille

deux pages parurent, porune femme d'une
et sur-

terme de mépris employé par

imposante, d'un maintien majestueux,

la sentinelle. Voilà

tout ce

que

tout d'une admirable beauté.

je voulais savoir.

Et se dirigeant aussitôt vers
liers
:

La lumière porta en plein sur
le

la

Mole, qui de-

chef des cava-

— Monsieur, en vous M. de Mouy. — Oui, monsieur, répondit
dit-il

l'abordant, j'apprends

que

meura immobile.* La femme s'arrêta, de son s'était arrêté du sien.

côté,

comme

la

Mole

êtes

l'officier

avec poli-

— Que
au jeune

voulez-vous, monsieur?

demanda-t-ellc

tesse.

homme d'une voix
!

qui bruit à ses oreilles

— Votre nom,

bien connu parmi ceux de la reà

comme une musique

délicieuse.
dit la
je

ligion,

m'enhardit

m'adresser à vous, monsieur,

— Oh

madame,
,

Mole en baissant

les

pour vous demander un service. Lequel, monsieur? Mais, d'abord,
I^erac
la

yeux, excusez-moi
à
ai-je

vous prie. Je quitte M. de

— qui l'honneur de parler? — Au comte de Mole. Les deux jeunes gens — Je vous écoute, monsieur, de Mouy. — Monsieur, d'Aix, porteur d'une
se .saluèrent.
dit
j'arrive,
la

Mouy

qui a eu l'obligeance de

me

conduire jus-

qu'ici, et je chcrciiais le roi

de Navarre.

— Sa Majesté

n'est point ici,

monsieur;

elle est,

je crois, chez son beau-frère. Mais,

en son absence,

ne ponrriez-vous dire
lettre

à la reine?...

— Oui, sans doute,

madame,

reprit la Mole,
elle.

si

de monsieur d'Auriac, gouverneur de
Cette lettre est adressée au roi

Provence.
et

de Navarre

con-

quoiqu'un daignait me conduire devant Vous y êtes, monsieur.

tient dos nouvelles importantes et pressées.

Com-

ment

puis-je lui roinetlro

cette lettre?

Comment

— — Comment! Mole. — Je reine de Navarre,
s"('cria la

suis la
fit

dit

Marguerite.
briisi]ue

puis-je entrer au Louvre?

La Mole

un mouvement tellement
que
la

de

— nien
le roi

di'

plus facile

que d'entrer au Louvre,
je crains

stupeur

et d'offioi, vite,

reine sourit.

monsieur, n'pliijun de Mouy; sciilruKint,

— Parlez
tend chez

monsieur, dit-elle, car on m'at-

que

de Navarre ne
.suivre, je

soil trop orcu(ic> à
si

celte

heure pour vous recevoir. Mais n'importe,
voulez

vous

— Oh
,

la

rcinc mère.
si

!

madame,

vous êtes

si

instamment
il

al-

me

vous conduirai

ju.sfiu'à

son ap-

lendiie

permettez-moi de m'élnigner. car

me
Je

partement. Le reste vous regarde.

serait impossible de vnu^ parler en ro

moment.

LA REINE MARGOT.
suis incapable de rassembler

27
hasard, soit que
elle,

deux idées

;

votre vue

perçut à l'étage inférieur;
le bruit
rite

et, soit

m'a ébloui. Je ne pense
vers ce jeune

plus, j'admire.

de ses pas fût arrivé jusqu'à
il

Marguefois.

Marguerite s'avança pleine de grâce et de beauté

ayant relevé la tète,
!

put

la

voir encore une

homme,

qui,

sans le savoir, venait

— Oh
Maro...

dit-il

en suivant

le page, ce n'est pas
et,

une

d'agir en courtisan raffiné.

drai et l'on
!

— Remettez-vous, monsieur, m'attendra. — Oh pardonnez-moi, madame,

mortelle, c'est
J'atten-

une déesse;

comme

dit Virgilius

dit-elle.

si je

n'ai point

Et vera inccssu patuit dea.

salué d'abord Votre Majesté

avec tout le respect

qu'elle a le droit d'attendre d'un de ses plus

humprise

— Eh bien? demanda
'

le

jeune page.

bles serviteurs, mais...
Mais,

— continua Marguerite, vous m'avez pour une de mes femmes. — Non, madame, mais pour l'ombre de
Diane de Poitiers. On m'a
Louvre.

— Me

voici, dit la
la

Mole; pardon,

me

voici.

Le page précéda
vrit

Mole, descendit

un

étage, ouet s'ar-

une première

porte, puis
:

une seconde,

la belle

rêtant sur le seuil

dit qu'elle revenait

au

Voici l'endroit

où vous devez attendre,
la galerie,

dit-il.

— Allons, monsieur,
lettre

La Mole entra dans
dit Marguerite, je

dont

la

porte se

ne m'inla

referma derrière

lui.

quiète plus de vous, et vous ferez fortune à

cour.

La galerie

était vide, à

l'exception d'un gentil-

Vous aviez une
tait fort inutile.

pour

le roi,

dites-vous? C'é-

homme

qui se promenait, et qui, de son côté, pa-

Mais n'importe, où est-elle? Je la

raissait attendre.

lui remettrai.

Seulement, hâtez-vous, je vous prie.

— Déjà

le

soir

En un

clin d'oeil la

Mole écarta

les aiguillettes

larges ombres

commençait à faire tomber de du haut des voûtes„et, quoique les

de son pourpoint,
Marguerite prit

et tira

de sa poitrine une lettre
soie.

deux hommes fussent
l'autre, ils

enfermée dans une enveloppe de
la lettre et

à peine à vingt pas l'un de ne pouvaient distinguer leurs visages.

— N'êtes-vous pas M. de Mole? — madame. — Oh, mon Dieu!
la

regarda l'écriture.
dit-elle.

La Mole s'approcha. Dieu me pardonne

1

murmura-t-il quand

il

Oui,

aurais-je le

ne

fut plus

qu'à quelques pas

bonheur que mon nom

— Je

fût

connu de Votre Majesté?
le

homme,
trouve

c'est

M.

le

du second gentilcomte de Goconas que je re-

l'ai

entendu prononcer par

roi

mon
sais

ici.

mari, et par

mon

frère le

duc d'Alençon.

— le

Au
qu'il

bruit de ses pas, le Piémontais s'était déjà

que vous

êtes attendu.

retourné, et le regardait avec le

même

étonnement
ou
le

Et elle glissa dans son corsage tout roide de broderies et de diamants cette lettre qui sortait

du

— Mordi!
Eh

en

était

regardé.
s'écria-t-il
;

c'est

M. de

la Mole,

pourpoint du jeune homme,

et

qui était encore

diable m'emporte! Ouf! que fais-je donc là! je jure

tiède de la chaleur de sa poitrine.

chez le roi; mais, bah!

il

paraît que le roi jure

La Mole suivait avidement des yeux chaque mou-

bien autrement encore que moi, et jusque dans les
églises.

vement de Marguerite.

Maintenant,
la galerie

monsieur,
et
la

dit-elle,

descendez

dans
qu'il

au-dessous

attendez jusqu'à ce
part du roi de Na-

vienne quelqu'un de

varre ou du duc d'Alençon.

Un de mes pages

va

vous conduire.

— Comme vous voyez. M. de Besme vous troduit? 9 — Oui. un charmant Allemand que M. de Besme... Et qui vous de guide? — M. de Mouy... vous bien que huC'est

!

mais, nous voici donc au Louvre?...

a in-

ce

vous,
Je

a servi

disais

les

A

ces mots, Marguerite continua son
la

Mole se rangea contre
sage était

muraille.

— Mais
la

chemin. La
le

guenots n'étaient pas trop mal en cour non plus...

pas-

Et avez-vous rencontré

si étroit, et le

vertugadin de

reine de

Navarre
bit

si large, que sa robe de soie effleura l'hadu jeune homme, tandis qu'un parfum péné-

Non, pas encore... Et vous, avez-vous obtenu votre audience du roi de Navarre? Non mais cela ne peut tarder. On m'a conduit

51.

de Guise?

trant s'épandait là

oii elle

avait passé.

La Mole frissonna par tout son corps, et, sentant qu'il allait tomber, chercha un appui contre le mur.

— m'a — Vous verrez
;

ici, et

l'on

dit d'attendre.

per, et

quelque grand souque nous serons côte à côte au festin. Quel
qu'il s'agit de

— Venez-vous, monsieur? conduire Mole dans — Oh oui
la
!

Marguerite disparut

comme une
dit le

vision.

singulier hasard, en vérité! Depuis
sort

page chargé de
car,

deux heures le nous marie... Mais qu'avez-vous? vous semblez
dit

la galerie inférieure.

préoccupé....
,

oui

,

,

s'écria la

Mole enivré

— Moi

!

vivement

la

Mole en tressaillant, car,

comme

le

jeune

homme

lui indiquait le

chemin par
il

en

effet, il

demeurait toujours

comme
;

ébloui par
le lieu

lequel venait de s'éloigner Marguerite,

espérait,

la vision qui lui était

apparue

non, mais

en se hâtant,

la

revoir encore.
l'escalier,
il

En

effet,

en arrivant au haut de

l'a-

où nous nous trouvons fait naître dans mon une foule de réflexions.

esprit

-

28

LA REINE MARGOT.

Philosophiques, n'est-ce pas? c'est comme à moi. Quand vous êtes entré, justement, toutes les recommandations de mon précepteur me revenaient
à l'esprit. Monsieur le comte, connaissez-vous Plu

bre-sec.

— A l'auberge — Pon pon
! !

de la Belle-Etoile, rue de l'Arêtre à teux bas t'izi.

.

.

— Rentez-

fous vite à votre hôdel, et ste nuit...
Il

tarque?

— Comment donc
un de mes auteurs

regarda de nouveau tout autour de lui.
!

!

dit la

Mole en souriant,

c'est

favoris.

— Eh bien — Eh pien!
à

cette

nuit? demanda Coconas.
refenez
izi

ste nuit,

afec

un groix
il

Eh

bien! continua Coconas gravement,

ce

planche à fotre jabeau. Li mot di basse,
Gouise. Chut! pouche glose.

sera

grand homme ne me paraît pas s'être abusé quand il compare les dons de la nature à des fleurs brillantes, mais éphémères, tandis qu'il regarde la vertu comme une plante balsamique d'un impérissable parfum et d'une efficacité souveraine pour
la

guérison des blessures.

— Est-ce
Coconas? dit
terlocuteur.

que vous savez le grec, monsieur de la Mole en regardant fixement son inmais

— Mais quelle heure venir? — — Foui, doguesin pum! pum! — Ah? tocsin? — Oui, que che — bieni on y Coconas.
dois-je
le
:

-^ Gand fous ententrez le doguesin. Comment, le doguesin? demanda Coconas.
le

c'être cela

lisais.

C'est

sera, dit
il

Et, saluant de

Besme,

s'éloigna en se

deman-

— Non
m'a
fort

pas,

mon

précepteur le savait,
je serais à
a la

et

il

dant tout bas

:

recommandé, lorsque
la vertu.

cour,

— Que
mon

diable veut-il donc dire, et à propos de
le tocsin?
:

de discourir sur
avertis.

Cela, dit-il,

fort

bon

quoi sonnera-t-on

N'importe

!

je persiste

air. Aussi, je suis cuirassé sur ce sujet. Je

vous en

dans

opinion

c'est

un charmant Tédesco que
le

— Non. — me semble cependant que
Il

A

propos, avez-vous faim?

M. de Besme. Si j'attendais

comte de

la

Mole?...

Ah
vous teniez à Ja

!

ma

foi

non

;

il

est

probable qu'il soupera avec

le roi

de Navarre.
se dirigea vers la

volaille

embrochée de
bien

la

Belle-Etoile? moi, je

meurs
oii

Et Coconas
l'attirait

rue de l'Arbre-Sec,
l'enseigne de la

d'inanition.

comme un aimant

monsieur de Coconas, voici une belle occasion d'utiliser vos arguments sur la vertu, et de prouver votre admiration pour Plutarque,
!

— Eh

Belle-Etoile.

Pendant ce temps, une porte de
s'ouvrit, et

la galerie, cor-

respondante aux appartements -du roi de Navarre,

car ce grand écrivain dit quelque part

:

« Il est la

bon

un page

s'avança vers M. de la Mole.
êtes le

— Prepon

d'exercer l'âme à la douleur et l'estomac à
esti tên
»

faim.

men psuchên odunê

ton dé gas-

dit-il.

téra semo askeïn.

— Ah çà — Ma me — Mordi
l'a

!

vous

le savez

donc, le grec? s'écria Co-

— bien vous qui — moi-même. — Où demeurez-vous?
C'est

comte de

la

Mole?

C'est

conas stupéfait.
foi

oui

!

répondit la Mole,

mon

précepteur

— Rue de l'Arbre-see, à Belle-Etoile. — Bon! porte du Louvre. Ecoutez à
la

c'est

la

appris, à moi.
!

Sa Majesté vous
voir en ce

fait

dire qu'elle ne peut vous rece-

comte, votre fortune est assurée en ce
le roi

moment; mais

peut-être cette nuit vous

cas

;

vous ferez des vers avec
la

Charles IX,

et

cnverra-t-ellc chercher.

En

tous cas,

si

demain

vous parlerez grec avec

— Sans compter,
En
ce

reine Marguerite.

matin vous n'aviez pas reçu de
nez au Louvre.

ses nouvelles, ve-

ajouta la Mole en riant, que je
le roi

pourrai encore parler gascon avec

do Navarre.
qui aboutis-

— Mais
— Ah!

si la

sentinelle

me

refuse

la

porte?
est

moment

l'issue

do

la galerie,

c'est juste...

le

mot de passe
les portes

Na-

sait

chez le

roi, s'ouvrit;

un pas

retentit,

on

vit

varre; dites ce mot, et toutes

s'ouvriront

dans l'obscurité une ombre s'approcher. Cette ombre devint un corps. Ce eorps était celui de M. de

devant vous.

— Merci.

Besmo.
11

— Attendez,

mon gentilhomme;
le

j'ai

ordre de

regarda

les

deux jeunes gens sous
fit

le

nez alin
lo

vous reconduire jus(]u'au guichet, de crainte que

de reconnaître
suivre.

le sien, et

signe à Coconas de

vous ne vous perdiez dans

—A

Louvre.
la

propos, et Coconas, se dit
il

Mole à lui-

Coconas salua de

la

main

la

Mole.
à l'cxlrémité

même quand
do
la
resl('' à

se trouva hors
le

du

palais.

Oh

!

il

sera

De Besme conduisit Coconas
la

s)ii|)cr

avec

duc de

fiuisc.

galerie, ouvrit uik; porte et se trouva avec lui sur

première marche de
Arriv() là,
il

l'escalier.

s'arn'l.i. cl,

regardant tout .nilour
:

Mais, en rentrant chez maitn^ la lluriêre, la première figure qu'aperçut noire gentilhomme fut celle de Coconas, atlahlc (levant une gigantesque omelelte
'

ilo lui,

— Monsir do Gogonas,

puis en haut, [mis

l'n lias

au lard.

dit-il,

où temeurcz-fous?

Oh

!

oh

!

s'écria

Coconas eu riant aux

éclats,


LA REINE MARGOT.
il

29
d'être écouté et

paraît que vous n'avez pas plus dîné chez le roi

on

est

au Louvre, qu'on craint

de Navarre que
foi

— Ma non. — Et faim vous — que — Malgré Plutarque? — Monsieur comte,
la

je n"ai

soupe chez M. de Guise.

qu'on a l'estomac vide. Mettez-vous là et soupons.Allons, je vois que décidément le sort nous
fait

est-elle

venue?

Je crois

oui.

le

dit

en riant
:

la Mole, Plu-

tarque dit dans
lez-vous,
tre

un

autre endroit

«

Qu'il faut
»

que

nuit,

celui qui a partage avec celui qui n'a pas.

Vou-

— inséparables. Couchez-vous — Je n'en rien. ^ Ni moi non plus. — En tous bien moi. — Où cela?
sais

ici?

cas,

je sais

je passerai la

pour l'amour de Plutarque, partager voomelette avec moi, nous causerons de la vertu
foi

— Où vous
quable.

la passerez

vous-même,

c'est

imman-

en mangeant?

— Oh! ma

non, diliCoconas, c'est bon quand

Et tous deux se mirent à rire, en faisant de leur mieux honneur à l'omelette de maître la Hurière.

VI

LA DETTE PAYEE.

aintenant,

si le

lecteur est

La veuve de Henri
C'était,

II était

vêtue de ce deuil qu'elle

curieux de savoir pourquoi M. de
la

n'avait point quitté depuis la à cette époque,

Mole n'avait

mort de son mari. une femme de cinquante-

pas été reçu par le roi de

Navarre, pourquoi M. de

Coconas

n'avait

pu voir
pour-

deux à cinquante-trois ans à peu près, qui consergrâce à son embonpoint \Àem de fraîcheur, des traits de sa première beauté. Son appartement,
vait,

M. de Guise,

et enfin

comme
Tout y
railles,

son costume, était celui d'une veuve.
était


de

quoi tous deux, au lieu de

d'un caractère sombre

:

étoffes,

mumo-

souper au Louvre avec des faisans, des perdrix

et

meubles. Seulement, au-dessus d'une espèce
le la petite levrette favorite

du chevreuil, soupaient à l'hôtel de la Belle-Étoile avec une omelette au lard, il faut qu'il ait la complaisance de rentrer avec nous au vieux palais des
rois, et

de dais couvrant un fauteuil royal, où pour

ment dormait couchée
la

reine mère, laquelle lui avait été donnée par son
et avait

de suivre

la reine

Marguerite de Navarre,

gendre Henri de Navarre

reçu

le

nom my-

que la Mole avait perdue de vue à l'entrée de la grande galerie. Tandis que Marguerite descendait cet escalier, le duc Henri de Guise, qu'elle n'avait pas revu depuis la nuit de ses noces, était dans le cabinet du roi. A cet escalier que descendait Marguerite, il y avait une issue. A ce cabinet où était M. de Guise, il y avait une porte. Or, celte porte et cette issue conduisaient toutes deux à un corridor, lequel corridor conduisait lui-même aux appartements de la reine mère Catherine de Médicis.
Catherine de Médicis était seule, assise prés d'une
table,

thologique de Phébé, on voyait peint au naturel

un

arc-en-ciel entouré de cette devise grecque
I"'

roi François

lui
et

avait

donnée

:

que le Phôs pherei ê

de kai aïthsein,
français
:

qui peut se traduire par ce vers

Il

porte

la

lumière et

la

sérénité.

Tout à coup,
raissait
faisait éclore

et

au moment où

la

reine

mère pa-

plongée au plus profond d'une pensée qui
sur ses lèvres peintes avec du carmin
lent et plein d'hésitation,

un sourire

— un homme
montra son
duc de Guise.

coude appuyé sur un livre d'heures entr' ouvert, et la tête posée sur sa main encore rele

ouvrit la porte, souleva la tapisserie et visage pâle en disant
! :

marquablement

belle, grâce

au cosmétique que

lui

fournissait le Florentin René, qui réunissait la dou-

ble charge de parfumeur et d'empoisonneur de la

— Tout va mal Catherine leva — Comment, tout

la tête et

reconnut
!

le

va mal
?

répondit-elle.

Quo

reine mère.

voulez-vous dire, Henri

30

LA REINE MARGOT.
Je

coiffé de ses

veux dire que le roi est plus que jamais huguenots maudits et que, si nous attendons son congé pour exécuter la grande entrenous attendrons encore longtemps,
Qu'est-il
et

demande
soit

la

permission de
!

me

retirer dans

un de
qu'il

vos châteaux

peu m'importe lequel, pourvu
cela,

prise,

peutles

— Et

bien éloigné de Paris.

pourquoi

madame? demanda Char,

être toujours.

IX en fixant sur sa mère son œil vitreux, qui,
devenait
si

donc arrivé? demanda Catherine en
était habituel,

dans certaines occasions

pénétrant.

conservant ce visage calme qui lui
et

— Parce que chaque jour

je reçois

de nouveaux

auquel

elle savait
les

cependant

si

bien, selon loc-

outrages de ceux de la religion; parce qu'aujourd'hui je vous ai entendu menacer par les protestants jusque dans votre Louvre, et

casion,

donner

expressions les plus opposées.

Il

fois, ]'ai

y entamé avec Sa Majesté
l'on continuerait
la

a que, tout à l'heure,

pour

la

vingtième
de

que

je

ne veux

cette question
les

plus assister à de pareils spectacles.

savoir

si

de supporter

brava-

— Mais

enfin,

ma

mère, dit Charles IX avec une
leur avait

des que se permettent, depuis

blessure de leur

expression pleine de co^'iction, on leur a voulu
tuer leur amiral.

amiral, messieurs de la religion.

Un infâme meurtrier
vie,

— Et

que vous a répondu mon

fils?

demanda

déjà assassiné le brave M. de Mouy, à ces pauvres

Catherine.

Monsieur le duc, vous dem'a répondu vez être soupçonné du peuple comme auteur de l'assassinat commis sur mon second père, monsieur l'amiral, défendez-vous comme il vous plaira. Quant
Il
:

gens. Mort de

ma

ma mère
mon

!

il

faut pourtant

une

justice
!

dans un royaume.
fils,

— Oh

soyez tranquille,

dit Catherine,

à

moi, je

me

défendrai bien
il

moi-même
le

si

l'on

no leur manquera point, car, si vous la leur refusez, ils se la feront à leur manière sur M. de Guise aujourd'hui, sur moi demain, sur vous
la justice
:

m'insulte... Et sur ce
ler

m'a tourné

dos pour al-

plus tard.

— Et vous n'avez point — Mais m'a
Si fait.
il
:

donner à souper

à ses chiens.


cette voix

Oh! madame,

dit Charles IX bissant percer
;

tenté de le retenir?

dans sa voix un premier accent de doute
croyez?

vous

répondu avec
en

que vous

lui connaissez, et

me

regardant de ce

— Eh

!

mon fils, reprit Catherine,
s'agit plus

s'abandonnant

regard qui n'est qu'à lui

et ce Monsieur le duc, mes chiens ont faim, ne sont pas des hommes pour que je les fasse at-

tout entière à la violence de ses pensées, ne voyez-

vous pas qu'il ne
çois de Guise

de

la
1

mort de M. Franreli-

ou de

celle de

M.

amiral, de la

tendre...

— Sur quoi, venu vous prévenir. — Et vous avez tien reine mère. — Mais que résoudre? — Tenter un dernier — Et qui — Moi. Le seul? — Non. — avec M. de Tavannes. — Attendez-moi — Ou plutôt suivez-moi de
je suis
fait, dit la

gion protestante ou de de Bourbon au

la religion catholique,

mais

tout simplement de la substitution
fils

du

fils

d'Antoine

de Henri

II?

effort.

Alloué, allons, ma mère, voici que vous retombez encore dans vos exagérations habituelles!
dit le roi.

l'essayera

?

roi est-il
Il

— Quel
le

est

— D'attendre,
sagesse

est

donc votre
est

avis,

mon

fils?

ma mère!

d'attendre.

Toute

la

ici.

humaine

dans C6 seul mot. Le plus
est

loin.

grand,
le

plus fort, et le plus adroit surtout,

Catherine se leva aussitôt et prit

chemin de
du

la

celui qui sait attendre.

chambre où

se tenaient, sur des tapis de

Turquie
roi.

— Attendez done, mais,
Et,

moi, je n'attendrai pas.

et des coussins

de velours,
scellés

les lévriers favoris

sur

ce,

Catherine
la porte,

fit

une révérence,

et,

se

Sur des perchoirs

dans

la

muraille étaient

rapprochant de

s'apprêta à reprendre le

deux ou

trois faucons

de choix

et

une

[ictilc

pie-

chemin de son
Cli.irles

n]q)artenient.

grièdie avec laquelle Charles IX .s'amusait

à voler

les petits oiseaux dans le jardin du Louvre et dans ceux des Tuileries, qu'on commençait de bfitir. Pendant le chemin, la reine mère s'était arrangi;

— Enfin, que
il,

IX l'arrèla.
faut-il

donc

faire,

ma mère
et je

î

dit-

car je suis juste avant toute chose,

vou-

drais

que chacun

fût content

de moi.

un visage pMe et lait une dernière

— ou

plein d'angoisse, sur lequel rouplutùi

C.aliif'rine se

rapprocha.
le

une preuiière larme.

— Venez, inonsicmr
roi ce
qn'.'t

comte, dit-elle

ù

Tavan-

Elle s'approcha sans bruit de Charles IX, qui donnait à SCS cliiens des fragments de gâteau coupés en

nes, qui caressait la pie-grièclie

du

roi, et dites

au
le

voire avis

il

faut faire.

— Mon Catherine avec un treinhlemcnt bien joué de voix — Qu'avez-vous, madame? (m tournant vivement. — mon répondit Catherine, que vous
(ils,

portions [lareilles.
dit

— Votre
comte.
Dis,

Majesté

me
dis.

perm<'t-elle?

demanda

si

(|u'il lit tressaillir le roi.

dit Cli.lrles

.se

re-

J'ai,

lils,

je

— Tavannes, — Que Votre Majesté A revient sur elle? sanglier —M monsieur
fait
l)les.s('

la

chasse

quand

le

jrdieu,

!

je l'attends

de pied fenne,

LA REINE MARGOT.
dit Charles IX, et je lui perce la

31

gorge avec

mon

reine de Navarre, pour que tout le
resse.

monde

la ca-

épieu.

— Uniquement pour l'empêcher de

vous nuire,

Tavannes remit

la pie

sur son bâton, et s'amusa

ajouta Catherine.

à rouler et à dérouler les oreilles d'un lévrier.
dit le roi avec

— Et pour m'amuser,
je

un

sourire
;

Mais, sire, reprit le

duc de Guise,

si

l'on di-

qui indiquait le courage poussé jusqu'à la férocité

sait à

Votre Majesté

:

Sire, Votre Majesté sera déli-

mais

ne m'amuserais pas à tuer mes

sujets, car,

vrée demain de tous ses ennemis?
l'intercession

enfin, les

huguenots sont mes sujets aussi bien que
vos sujets les hu-

les catholiques.

Alors, sire, dit Catherine,

guenots feront
pas

comme
la

le

sanglier à qui on ne met
:

gérait

un épieu dans
!

gorge

ils

découdront

le

trône.

— Bah — Mais

vous croyez, madame, dit

le roi
foi

d'un

— Et par de quel — nous sommes aujourd'hui de donc par — Un beau qui cher tout — Tant mieux plus a
ce miracle''
Sire,

saint ferait-on

le

24

août, ce

l'intercession

saint Barthélémy.
s'est laissé écor-

saint, dit le roi,

vif

!

I

il

souffert, plus

il

doit

air qui indiquait qu'il n'ajoutait pas

grande

aux

avoir gardé rancune à ses bourreaux.

prédictions de sa mère.

— Et
I

c'est vous,

mon

cousin,

dit le roi,

c'est

n'avez-vous pas vu aujourd'hui M. de

vous qui, avec votre
tuerez d'ici à

jolie petite

épée à poignée d'or,
!
!

Mouy
que

et les siens?

— Oui,
demandé
l'assassin

je les ai vus,

puisque je

les quitte,

mais

ah

ah

!

mort de

demain dix mille huguenots Ah ma vie que vous êtes plaisant,
!

m'a-t-il
la

demandé qui ne soit pas juste? il m'a mort du me'urtrier de son père et de
!

monsieur de Guise
Et
le roi éclata

*

!

de rire, mais d'un rire

si

faux,

de l'amiral

Est-ce

que nous n'avons pas

que

l'écho de la

chambre

le

répéta d'un ton lu-

puni M. de Montgommery de la mort de mon père et de votre époux, quoique cette mort fût un simple accident?

gubre.

Sire,

un mot, un

seul, poursuivit le
lui

duc tout

en frissonnant malgré
sire,

au bruit de ce rire qui
signe, et tout est prêt.
j'ai


fiance

C'est bien,

dit

Catherine piquée, n'en
la

n'avait rien d'humain.
J'ai les Suisses, j'ai

Un

parlons plus. Votre Majesté est sous

onze cents gentilshommes,
;

protection

du Dieu qui
;

lui

donna

la force, la

sagesse et la con-

les.chevau-légers, j'ai les bourgeois

de son. côté.

mais moi, pauvre femme, que Dieu abanà cause de

Votre Majesté a ses gardes, ses amis, sa noblesse
catholique...

donne sans doute
et je cède.

mes

péchés, je crains

Nous sommes vingt contre un.
!


sin,

-

Eh bien

puisque vous êtes

si fort,

mon

cou-

pourquoi diable venez-vous
le roi se

me

rebattre les

Et,

sur

ce,

Catherine salua une seconde

fois, et

oreilles de tout cela !... Faites sans moi, faites!...

sortit, faisant

signe au duc de Guise, qui, sur ces

entrefaites, était entré,

de demeurer à sa place pour
effort.

Et

retourna vers ses chiens.
bien, dit-elle au duc, insistez,

tenter encore

un dernier

— Tout va
dera.

Alors la portière se souleva et Catherine reparut..
il

cé-

Charles IX suivit des yeux sa mère, mais sans la
rappeler cette fois; puis
il

se

mit à caresser ses

Et la portière retomba sur Catherine, sans que

chiens en sifflant un air de chasse.

Charles IX la
voir.
;

vît,

ou du moins

fit

semblant de
faut-il

la

Tout à coup

il

s'interrompit.

— Ma mère
vérité, elle

est

bien

un

esprit royal, dit-il

en

JWais encore, dit le

duc de Guise,

que

ne doUte de

rien. Allez donc, d'un pro-

je sache si

en agissant comme

je le désire je serai

pos délibéré, tuer quelques douzaines de huguenots,

agréable à Votre Majesté.

parce qu'ils sont venus demander justice

!

— En
!

vérité,

mon

cousin Henri, vous
;'

me

plan-

N'est-ce pas leur droit," après tout?

tez le
le

couteau sur la gorge

mais je
mais,
si

résisterai,

mor-

— Quelques
Guise.

douzaines

!

murmura
!

duc de

dieu

— Non, pas encore,
le serez
!

ne suis-je donc pas
sire

le roi ?
;

vous

le voulez,

monsieur dit le roi faisant semblant de l'apercevoir pour la première fois oui, quelques douzaines le beau déchet Ah si quel!

— Ah

vous êtes

là,

vous

:

— Ah çà
Puis,
il

demain.
continua Charles IX, on tuerait donc

;

!

I

aussi le roi de Navarre, le prince de Coudé... dans

qu'un venait me dire de tous vos ennemis à
:

Sire,
la

vous serez débarrassé
et

mon

Louvre... Ah!
ajouta d'une voix à peine intelligible
je
:

demain il n'en restera pas un pour vous reprocher la mort des aualors, je ne dis pas tres, ah Eh bien sire ?
fois,
!
!

— — Tavannes,
!

faire

interrompit le

roi,

vous fatiguez

— Dehors, ne — débauche avec — Tavannes,
Sire,

dis pas.
ils

s'écria le duc,
le

sortent ce soir pour
frère.

duc d'Alençon votre

dit le roi avec

Margot, remettez-la au perchoir. Ce n'est pas une
raison, parce qu'elle porte le

mirablement bien jouée,
vous taquinez

une impatience adne voyez-vous pas que
Viens, Actéon, viens.
^

nom

de

ma

sœur,

la

mon

chien

!

?2

LA REINE MARGOT,

BRII&Ndt

Et Charles IX

sortit sans

en vouloir vcoulcr davantage.

Et Charles IX sortit sans en vouloir écouter davantage, et rentra chez lui laissant Tavannos et lo

peu, elle congédia de son air le plus agréable ses

femmes
d'elle

et ses

courtisans

;

il

ne resta bientôt près
(]ui, assise

duc de Guise
vant.

pr('S([Ufi

aussi incorlains «[iraupara-

que madame Marguerite,
de
la

sur un

coffr(> jirès

fenêtre ouverte, regardait le ciel

Cependant une scrnc d'un autre genre
Guise
le ronsoil

se passait

absorbi'C

dans ses pensées.
trois fois,

chez Catherine, qui, après avoir donne au duc de

Deux ou
fille,

en se retrouvant seule avec sa

de tenir Imn.

était

rentrée dans
les

la

reine

son appartcmi-nt, où elle avait trduvé n'unies

mais
de
.sa

cliaiiue

mère ouvrit la bouche pour parler, fois une sombre pen.sée refoula au fond

personnes qui d'ordinaire
cher.

assislaii'nl

à

son cou-

poitrine les mots prêts h s'échapper de ses lè-

vres.

A

son

retour, Catherino

avait

la

figure

aussi

Sur ces entrefaites,
Henri de Navarre parut.

la

portière

se souleva,

et

riante qu'elle était décomposée à son départ. Peu à

LA REINE MARGOT.

33

— Madame,

dit-elle, c'est

René,

le

pariumeur.

Page 34.

La

petite levrette, qui

dormait sur

le trôn?,

bon-

C'est vrai,

répondit Marguerite, c'est une
la liberté!

si

dit et courut à lui.
ICI,

lant, est-ce

— Vous mon Catherine en que vous soupez au Louvre? — Non, madame, répondit Henri, nous battons
fils! dit

belle et

une

si

douce chose que

tressail-

— Cela
dame?
plains,
dit

veut-il dire

que j'enchaîne

la vôtre,

maje

Henri en s'inclinant devant sa femme.
aussi n'est-ce pas

— Non, monsieur;
mais

la ville ce soir

avec

MM. d'Alençon
ici

et

de Coudé. Je

la condition des

moi que femmes en général.

croyais presque les trouver

occupés à vous faire

leur cour.

— Vous
fils? dit

allez peut-être voir

M. l'amiral, mon

Catherine sourit.
Allez, messieurs,
dit-elle,

Catherine.

allez...

Les homainsi...

mes sont bien heureux de pouvoir courir
N'est-ce pas,

— Oui, peut-être. — ce sera d'un bon exemple,
Allez-y;

et

demain

ma

fille î

vous

me

donnerez de

ses nouvelles.

&
Parll.

Imp. de

CRT

alnf, bonleiart Honiparnasie, St.

z^

LA REINE MARGOT.
J'irai

donc,

madame, puisque vous approun'approuve rien... Mais

vez cette démarche.

— Que
êtes
!

Claude obéit. Catherine
lui

lui saisit la

main.
poignet de sa

avez-vous dit? indiscrète que vous
le

— Moi,

dit Catherine, je

murmura-t-elle en serrant
crier.
dit à sa

qui va là?... Renvoyez, renvoyez.

fille à la faire

Henri

fit

un pas

vers

la

porte

pour exécuter

l'or-

— Madame,

femme

Henri, qui, sans en-

dre de Catherine; mais, au
sière se souleva, et
tête blonde.

même

instant, la tapis-

tendre, n'avait ribn perdu de la

madame

de Sauve montra sa

Madame, dit-elle, c'est René, que Votre Majesté a fait demander.
clair sur Henri de Navarre.

pantomime de la madame, me ferez-vous l'honneur de me donner votre main à
reine, de Claude et de Marguerite;

le

parfumeur,

baiser?

Marguerite lui tendit une main tremblante.
l'é-

Catherine lança un regard aussi prompt que
légèrement, puis presque aussitôt pâlit d'une
nière effrayante.
le

Le jeune prince rougit

baissant pour rapprocher ses lèvres de cette main.
sortir.

mavila
si

— Que vous — De ne pas

a-t-elle dit?

murmura Henri en
ciel,

se

Au nom du
la

ne sortez

En

effet,

ou venait de prononcer
11

pas non plus!

nom

de l'assassin de sa mère.
fenêtre.

sentit

que son

Ce ne fut qu'un éclair; mais à
rapide qu'elle
n'est
fût,
le tout, dit

lueur de (^et éclair,
voici

sage trahissait son émotion, et alla s'appuyer sur

barre de

la

La petite levrette poussa un gémissement. Au même instant deux personnes entraient, l'une
annoncée,
et l'autre

lettre

qui n'avait pas besoin de

l'être.

La première
civilités

était

René,

le

parfumeur, qui s'aples
il

— Ce pas Marguerite une qu'un gentilhomme provençal apportée. — M. de Mole? — Oui. — Merci, en seren prenant
;

Henri devina tout un complot.
a

la

dit-il

la lettre et

la

procha de Catherine avec toutes
boîte, qu'il ouvrit, et

obséquieuses
tenait

rant dans son pourpoint.

Et,

passant devant sa

des serviteurs llorentins;

une

femme éperdue,
du Florentin. Eh bien
les affaires
!

il

alla

appuyer sa main sur l'épaule
dit-il,

dont on
et

vil tous 'les

compar-

timents remplis de poudres

de llacons.

La seconde

était

madame
le

de Lorraine, sœur aînée
petite porte dé-

de Marguerite. Elle entra par une
robée qui donnait dans

cabinet du roi, et toute

pâle et toute tremblante, espérant n'être point aper-

— maître René, commerciales? — Mais monseigneur, pondit l'empoisonneur avec son — Henri,
assez bien,

comment vont
assez bien, ré-

perfide sourire.

Je le crois bien,

dit

quand on

est

çue de Catherine, qui examinait avec

madame

de

comme vous le
nées de France

fournisseur de toutes les têtes couronet

Sauve

le

contenu de

la boîte

apporté? par René, elle

alla s'asseoir à côté

de Marguerite, près de laquelle
la

le roi de
front,

Navarre se tenait debout,

main sur

le

comme un homme
ce

qui cherche à se remettre

— Excepté de du de Navarre, Florentin. effrontément — Ventre-saint-gris, maître René!
celle

de l'étranger.
roi

répondit

le

dit

Henri,

d'un cblouissenient.

vous avez raison

;

et

cependant

ma

pauvre mère,

En

— Ma

moment
fille,

Catherine se retourna.

qui achetait aussi chez vous, vous a

recommandé

à

dit-elle à Marguerite,
fils,

vous pouvez
vous pouà moitié.

moi, en mourant, maître René. Venez
porlpz-moi vos meilleures parfumeries.
sera
dit

me

voir deet

vous retirer chez vous. Mon
vez aller vous amuser par

dit-elle,

main ou après-demain en mon appartement,

ap-

la ville.

Marguerite se leva,

et

Henri se retourna
saisit la

Madame de Lorraine
rite.

main de Margue-

— Ma sœur,
au

lui dit-elle tout bas et avec volubi-

lité,

nom

de M. de Guise, qui vous sauve coniino

— Ce ne point mal vu, en souriant Ca— Que Henri en riant; gousset Margot? ma mère? qui vous — Non, mon ditCalhcrine, madame de
therine, car on dit...
j'ai le

fin, reprit

a dit cela,

est-ce

fils,

c'est

vous

l'avez sauvé,

ne sortez pas

d'ici,

n'allez pas

Sauve.

chez vous!

— Hein! que

En
dites-vous, Claude?

ce

moment, madame
('clala

la

duchesse de Lorraine,
.se

demanda Ca-

qui, malgré les efforts qu'elle faisait, ne pouvait

therine en se retournant.

— Vous avez bas Marguonlc. — Pour souhailorle bonsoir seulement,
parlé tout
à
lui

— Rien, ma mère.
et

contenir,

en sanglots.

Henri ne se retourna même pas. Ma sœur, s'écria Marguerite en s'élançant vers


mala

Claude, qu'avcz-vous?

dame,

pour

lui dire

mille choses de

la

part de

Rien, dit Calhcrine en passant entre les deux
:

duchesse de Nnvcrs.

— Et où — Près de son
— Venez
et

ieun(s femmes, rien

elle a

celte

fii'vre

nerveu.so

est-elle, celte belle

duchesse?

(pie Mazille lui

recommande de

irailer aver de»; .irn-

beau-frère, M. de Guiso.
les

mates
El elle serra do nouveau ol avec plus de vi^n(>ur

Calhcrine regarda

deux femmes de son œil
:

soupçonneux,

froneanllo sourcil
1

encore que

la

première

fois le
la

bras de sa
:

lille

aînée

;

çà,

Claude

dit la reine

môre.

puis se retournant vers

cadette

LA REINE MARGOT.

35

— Çà,
Si cela

Margot, dit-elle, n'avez-vous pas entendu
pas je vous l'ordonne.
dit

bles

déjà que je vous ai invitée à vous retirer chez vous?

perdre

ne

suffit

— Au

parfums qui m'enivrent, et, je crois, la mémoire. Au revoir, madame.
revoir
!

me

font

Demain, vous m'apprendrez des
Pliébé,

— Pardonnez-moi, madame,
blante et pâle, je souhaite
Majesté.

Marguerite tremà Votre

nouvelles de l'amiral, n'est-ce pas?

une bonne nuit

— Je n'aurai garde d'y manquer. Eh bien
— Phébé?
dit la reine

!

qu'y a-t-il?
j'espère

— Et

que votre souhait sera exaucé.

Bonsoir, bonsoir.

Piappelez-la,

mère avec impatience. madame, dit le Béarnais, car elle
chienne par
n'eût pas

Marguerite se retira toute chancelante en cherchant vainement à rencontre^ un regard de son mari, qui ne se retourna pas même de son côté.

ne veut pas
son collier

me

laisser sortir. se leva, prit la petite

La reine mère
le visage aussi

et la retint, tandis

que Henri s'éloignait que
s'il

un instant de silence pendant lequel Catherine demeura les yeux fixés sur la duchesse de
Il

calme

et aussi riant

se

fit

senti

au fond de son cœur

qu'il courait

danger de

mort.
Derrière
lui, la petite

Lorraine, qui, de son côté, sans parler, regardait sa

chienne lâchée par Cathela

mère

les

mains

jointes.
le dos,

rine de Médicis s'élança pour le rejoindre; mais

Henri tournait

mais voyait

la

scène dans

porte était refermée, et elle ne put que glisser son

une glace
avec une

tout en ayant l'air de friser sa

moustache

museau allongé sous
hurlement lugubre

la tapisserie

en poussant un

pommade que

venait de lui donner René.

— Et
jours?

vous, Henri, dit Catherine, sortez-vous tou-

— Maintenant,
mon

et

prolongé.

Charlotte, ditCatherine à

madame
te-

Ah! oui, Ah par ma foi
!

de Sauve, va chercher M. deGuiscetTavannes, qui
c'est vrai, s'écria le roi
!

de Navarre.
et le

sont dans

oratoire, et reviens avec
la

eux pour

j'oubliais

que
!

le

duc d'Alençon

nir Compagnie à

duchesse de Lorraine qui a ses

prince de Condé m'attendent

Ce sont ces admira-

vapeurs.

<>0-©€

Vil

LA NUIT DU 24 AOUT

1572.

orsquo

la

Mole

et

Coconas

jouer. Cela
parés.

fait

que

l'on

nous trouverait tout pré-

eurent achevé leur maigre
souper, car les volailles de
riiôtellerie

J'accepterais volontiers la proposition,

mon-

de

la

Belle-

sieur; mais,

Étoile

ne flambaient que
fit

pour jouer, je possède bien peu d'argent; à peine si j'ai centécus d'or dans ma valise;
et

sur l'enseigne, Coconas
pivoter sa cliaise sur
ses
les

encore, c'est tout
faire fortune

mon
!

trésor. Maintenant, c'est à

un de

moi de

avec cela.
s'écria Coconas, et vous

quatre pieds, étendit
la table, et

— Cent écus d'or
SIX.
!

vous

jambes, ajipuya son coude sur

dégus-

plaignez! Mordi! mais moi, monsieur, je n'en ai

tant

un dernier verre de vin

:

que

que vous allez vous coucher incontinent, monsieur de la Mole? demanda-t-il. Ma foi, j'en aurais grande envie, monsieur, car il est possible qu'on vienne me réveiller dans

— Est-ce

— Allons donc
fort

reprit la Mole, je vous ai

vu

ti-

rer de votre poche

seulement

une bourse qui m'a paru nonronde, mais on pourrait même dire
pour éteindre une
de payer

quelque peu boursoufiée.

la nuit.

— Ah!

ceci, dit Coconas, c'est
je suis obligé

— Et moi
cas,

aussi, dit

Coconas; mais

il

me semble,
de faire atde

ancienne dette que

en ce

qu'au lieu

de nous coucher

et

tendre ceux qui doivent nous envoyer chercher,

à un vieil ami de inon père que je soupçonne d'être comme vous tant soit peu huguenot. Oui, il y a là cent no-

nous ferions mieux de demander des cartes

et

bles à la rose, continua Coconas

en frappant sur sa

LA REINE MARGOT.
les cartes

poche, mais ces cent nobles à la rose appartiennent
à

que venait de
?

lui apporter le garçon,

vous

maître Mercandon
il

;

quant

à

mon

patrimoine perl'ai dit,

en

sonnel,
écus.

se borne,

comme

je

vous

à six

— Comment — Et justement cause de que vouvenu une jouer. — Laquelle? — Nous venons tous deux Paris dans un même but? — Oui. — Nous avons chacun un protecteur puissant — Oui. — Vous comptez sur vôtre comme compte
jouer, alors?
à
c'est

cela

je

lais

D'ailleurs,

il

m'était

idée.

— De religion. — Moi — Oui, vous. — Eh bien mettez que
la
?
!

— De quoi

êtes donc?...

j'en sois

!

dit la

Mole en
égal. Je

souriant. Avez-vous quelque chose contre nous?

à

— Oh! Dieu merci, non. Cela m'est bien — Oui,
huguenots,
et puis c'est la

hais profondément la huguenoterie, mais je ne déteste pas les

mode.

!

répliqua la Mole en riant, témoin l'ar!

quebusade de M. l'amiral
arquebusades?
je joue,

Jouerons-nous aussi des

le

je

sur le mien?

— Eh bien!
tresse...

— Oui.

il

m'était venu dans la pensée de

— Comme vous voudrez, Coconas pourvu que peu m'importe quoi. — Jouons donc, Mole en ramassant
dit
;

dit la

ses car-

jouer d'abord notre argent, puis la première faveur

tes et

qui nous arrivera,

soit

de

la cour, soit

de notre maî-

— Oui,

en

les

rangeant dans sa main.

jouez, et jouez de confiance; car dussé-je

perdre cent écus d'or
effet, c'est fort

comme

les vôtres, j'aurai de-

— En

ingénieux

!

dit la

Mole en

main matin de quoi
c'est

les payer.

souriant; mais j'avoue que je ne suis pas assez

joueur pour risquer

ma

vie tout entière sur

un coup

de cartes ou un coup de dés, car de la première faveur qui vous arrivera à vous et à moi découlera probablement notre vie tout entière. Eh bien laissons donc là la première faveur


la

!

— Vous y retournez nuit? — Oui, nuit une audience
cette
j'ai cette

— Non, moi qui — Où cela? dites-moi; — Au Louvre.

— La fortune vous viendra donc en dormant?
irai la trouver.
j'irai

avec vous

!

particulière

de

cour, et jouons la première faveur de notre

du grand duc de Guise.
Depuis que Coconas avait parlé d'aller clicrchcr
fortune au Louvre, la Huriére s'était interrompu do
fourbir sa salade et s'était venu placer derrière
la

maîtresse.

— que point de — Ni moi non plus; mais
C'est
je n'ai

— Je n'y — Lequel?

vois

qu'un inconvénient,

dit la

Mole?

maîtresse, moi.

chaise de la Mole,

de manière que Coconas seul
il

le

tarder à en avoir une
taillé

!

compte bien ne pas Dieu meixi on n'est point
je
!

pût voir,

et

de

lui fais^i^t des signes
et à

que

le

Piére-

montais tout à son jeu

sa conversation

ne

de façon à manquer de femmes. Aussi, comme vous dites, n'en manquerez-

marquait pas.

— Eh

bien!

voilà qui

est

miraculeux!
j'ai

dit la

vous point, monsieur de Coconas; mais,
n'ai point la

comme

je

Mole, et vous aviez raison de dire que nous étions

môme conCance
que ce
le

reuse, je crois
tre

serait vous voler

mon

enjeu contre

amoi^ que de metvôtre. Jouons donc jusqu'à
étoile
et si

dans

mon

nés sous une

même

étoile.

Moi aussi
le roi

rendezle

vous au Louvre cette nuit, mais ce n'est pas avec

duc de Guise, moi,

c'est

avec

de Navarre.

concurrence de vos six écus,

vous

les perdiez
le

par malheur,
jeu, eh bien
!

et

que vous voulussiez continuer
et votre

vous êtes gentilhomme,

parole

vaut de

—A

l'or.

la

bonne heure!

s'écria Coconas, et voilà
la parole

— Oui. — Un signe de ralliement? — Non. — Eh bien! un, moi,
j'en ai
est...

— Avez-vous un mot d'ordre,

vous?

mon mol
la

d'ordre

qui est parlé; vous avez raison, monsieur,

d'un gentilhomme vaut do l'or, surtout quand ce gentilhomme a du (n'ciit à la cour. Aussi, croyez que je ne iiic hasarderais pas trop en jouant contre vous la première faveur que je devrais recevoir. Oui, sans doute, vous pouvez la perdre, mais moi je ne pourrais pas la gagner; car, étant au roi de Navarre, je nn puis rien tenir de M. le duc de

A
geste

ces paroles
si

du Piémontais,
juste

Hurière

fit

un

expressif,

au moment où

l'indiscret

geniilhomme
par lequel
il

relevait la tête,

que Coconas

s'arrêta

péirilié bien plus

de ce geste encore que du coup

venait de perdre trois écus.
(]ui

En voyant
ne
,

ri'lonnement
partenaire,

se i)eignail sur le visage do son
;

la

Mole se retourna

mais

il

vit

pas

Guise.

— Ah! parpaillot! murmura
El

autre chose <]ue son
l'hôte tout en fourcroisi's et coiffé

hôte derrière lui

les

bras

do

la .salade qu'il lui avait

vu four-

bissant son vieux ca.squo, je t'avais donc bien flairé.

bir l'instant d'auparavant.

— Ah

il

.s'intnrroni|iit piMir faire le
ç;'i!

signe de

la

croix.

— Un'avez-vous donc?
Coconas regardait rbôlc

dit la
et

Mole

à

Coconas.

di'ridi'ineril,

reprit Coconas en ballant

son ronipagnon sans

.

LA REINE MAUGOT.

57

Coconas s'anèta

pétrilié.

PageSG.

répondre, car

il

ne comprenait rien aux gestes

re-

d'épaules plein

du sentmient de son

infériorité,

doublés de maître la Hurière.

La Hurière

vit qu'il devait

venir à son secours.

nous ne sommes pas des vaillants, nous autres, et nous n'avons pas la tournure raffinée. C'est bon

C'est que, dit-il

rapidement, j'aime beaucoup

pour de braves gentilshommes comme vous de
reluire les casques dorés et les

faire
et
.

moi; et, comme je m'étais approche pour voir le coup sur lequel vous venez de gagner, monsieur m'aura vu coiffé en guerre et cela l'aura
le jeu aussi,

fines rapières,

surpris de la part d'un pauvre bourgeois.

tant de rire.
!

— Bonne en — Eh monsieur, répliqua
figure,
effet
!

s'écria la

Mole en écla-

pourvu que nous montions exactement notre garde. Ah ah dit la Mole en battant les cartes à son tour, vous montez votre garde? Eh mon Dieu oui, monsieur le comte, je suis

— —

!

!

!

sergent d'une compagnie de milice bourgeoise.
la

Uuriére avec une
et

Et, cela dit, tandis

que

la

Mole

était

occupé à don-

bonhomie admirablement jouée

un mouvement

ner

les cartes,

la

Hurière se retira en posant un

.

38
doigt sur ses lèvres pour

LA REINE MRGOT.
recommander
la discrétion

yeux vers
pas,
il

la cuisine.

Mais non,

il

ne nous écoute
qui de sa

à Coconas plus interdit que jamais.
Cette précaution fut cause sans doute qu'il perdit
le

est trop

occupé en ce moment.

— Que

fait-il

donc? demanda

la Mole,

second coup presque aussi rapidement qu'il venait

place ne pouvait l'apercevoir.

de perdre
six écus

— Eh bien!
!

le

premier.
dit la Mole, voilà qui fait juste vos


lui!

11

cause avec... Le diable m'emporte!

c'est

Voulez-vous votre revanche sur votre for-

tune future?

— —

— Qui, —

lui?
il

Cette espèce d'oiseau de nuit avec lequel

Volontiers, dit Coconas, volontiers.

causait déjà

Mais, avant de vous engager plus avant,

ne

me

disiez-vous pas

que vous aviez rendez-vous avec
la cuisine et vit
le

M. de Guise?
Coconas tourna ses regards vers
les gros

quand nous sommes arrivés, l'homme au pourpoint jaune et au manteau amadou. Mordi quel feu il y met! Eh! dites donc, maître la Ilurière est-ce que vous faites de la politique, par ha! !

sard?

yeux de
dit-il;

la Ilurière

qui répétaient

même

Mais cette

fois la

réponse de maître la Hurière fut
et si

avertissement.

— Oui,

un
mais
il

geste

si

énergique
le

impérieux, que, malgré

n'est pas encore l'heure.

son

amour pour

carton peint, Coconas se leva et

D'ailleurs, parlons

un peu de

vous, monsieur de la

alla à lui.

Mole.

— Nous

ferions mieux, je crois, de parler

du

jeu,

— Qu'avez-vous donc? demanda Mole. — Vous demandez du mon gentilhomme,
la

vin,

dit

mon

cher monsieur de Coconas; car, ou je
fort,

me

la Ilurière

trompe

ou

me

voilà encore

en train de vous

nas,

main de Cocoon va vous en donner. Grégoire, du vin à ces
saisissant

vivement

la

gagner six écus?

— Mordi
que
!

messieurs!

!

dit, J'ai

les

on me l'avait toujours huguenots avaient du bonheur au jeu.
c'est la vérité...

Puis à l'oreille


bre,

:

Silence, lui glissa-t-il, silence, sur votre vie!

envie de

me

faire

huguenot,

le diable

m'em-

et congédiez votre

porte

La Ilurière

était si pâle,

compagnon. l'homme jaune

si

lugu-

Les yeux de la Ilurière étincelèrent

comme deux
les aper-

que Coconas
la

ressentit

comme un
la

frisson, et se

charbons
çut pas.

;

mais Coconas, tout à son jeu, ne
Mole;
et,

retournant vers

Mole

:

— Mon cher monsieur
quoique
singu-

de

Mole, lui dit-il, je
je

Faites, comte, faites, dit la

vous prie de m'excuser. Voilà cinquante écus que
soir, et je craindrais

la façon
lière,

dont

la vocation
le

vous

est

venue

soit

perds en un tour de main. Je suis en malheur ce

vous serez

bien reçu parmi nous.
l'oreille.
là,


pas

Coconas se gratta
Si j'étais

— Fort bien,
ne tiens
le roi

de m'embarrasser.
fort bien, dit la

monsieur,

Mole; à

sûr que votre bonheur vient de
je

votre aise. D'ailleurs, je ne suis point fâché de
jeter

me

dit-il, je

vous réponds bien... car, enlin,
à la messe, moi, et dès

énormément
puis,

que

— Monsieur
— Si

un

instant sur
le

mon

lit.

Maître

la

Hurière?...

comte?

n'y tient pas non plus...

— Et
si

l'on venait

c'est
si

une
1

si

belle religion,

dit

la

de Navarre, vous
billé, et

me chercher de la part du me réveilleriez. Je serai tout

roi

ha-

Mole,

simple,

pure

Et puis elle est à la mode,

dit

Coconas

;

et

par conséquent vite prêt.

C'est

comme

moi, dit Coconas; pour ne pas
instant, je vais

puis elle porte bonheur au jeu, car, le diable
porte!
il

m'emaux
Il
.

faire attendre

Scm Altesse un seul

n'y a d'as que pour vous, et cependant je
les cartes

préparer

le

signe. Maître la Ilurière, donnez-moi des

vous examine depuis que nous avons
faut

ciseaux

et

du papier blanc.
cria
la

mains. Vous jouez franc jeu, vous ne trichez pas.

— Grégoire,
pour écrire une
l'enveloppe.

Ilurière,

du papier blanc

que ce soit la religion... Vous me devez six écus de
la
!

lettre,

des ciseaux pour en tailler

plus, dit tranquil-

lement

Mole.

— Ali
vous

çà! décidément, se dit à
il

lui-même

le

Pié-

— Ah

comme

me

tentez! dit Coconas, cl

si

monlais,
naire.

se passe

ici

([uelque chose d'extraordi-

cette nuit je

— Eh bien?
— Eh bien
fois je
!

ne suis pas content de M. de Guise...


demain
je

Bonsoir, monsieur de Coconas! dit la Mole. El

vous demande de
;

me

prési

vous,
le

mon

hùie, faites-moi l'amitié do

me montrer

senter au nii do Navarre

et,

soyez iriimpiilli',

une que

mu

fais

huguenot,

je serai plus

huguenot

chemin de ma chambre. Donne chance, noire ami
!

Eutiier,

que Calvin,
de

cpie Mélancliton ut

que tous
de

El la

Mole disparut dans l'p^alier tournant suivi
son {our
bras

les riTormisles

la icrro.

la Ilurière.

avec notre hôte.
c'est vrai!

— — Oh!

Cliull

dit la Moli', vous allez vous brouiller

Alors riiommo mystérieux

saisitfi
il

le

de Coconas;
dit

et, l'attirant à

lui,

lui dit

nvôc volu-

Coconas on tmirnant

les

bilité

:

,

LA REINE JUUGOT,

m
j'ai

— Monsieur, vous avez
secret duquel

failli

révéler cent fois

un

— Mais

un signe de reconnaissonce.
tira

dépend

le sort

voulu que votre bouche fût
de plus,
écoutez.
et j'allais

du royaume. Dieu a fermée à temps. Un mot

Maurevel

sourit,

de dessous son pourpoint

vous abattre d'un coup d'arque-

buse. Maintenant nous

sommes seuls heureusement,
pour

— Mais qui

une poignée de croix en étoffe blanche, en donna une à la Hurière, une à Coconas, et en prit une pour lui. La Hurière attacha la sienne à son casque, Maurevel en fit autant de la sienne à son chapeau.

êtes-vous,

me

parler avec ce ton

de commandement? demanda Coconas.

— Avez-vous, par hasard, entendu parler du
l'amiral? capitaine

— Oh
mot

çà! dit Coconas stupéfait, le rendez-vous,

sire

le

d'ordre, le signe de ralliement, c'était donc
le

deMaurevel?

— Le meurtrier de — Et du de Mouy. — sans — Eh bien de Maurevel, — Oh! oh! Coconas. — Écoutez-moi donc.
Oui,

pour tout

— Oui, monsieur; c'est-à-dire pour tous

monde?

les

bons

catholiques.

doute.
le sire

11

y a

fête

au Louvre

alors,

banquet royal
à merveille!

!

c'est

moi.

n'est-ce pas? s'écria Coconas, et l'on en veut exclure ces chiens de huguenots...
Il

Ct

Bon bien
!

!

— Mordi! — Chut! Ct
On

je le crois bien,
le

que

je

vous écoute.
a

y a assez longtemps qu'ils y paradent. Oui, il y a fête au Louvre, dit Maurevel,

sire

de Maurevel en portant son
tendue.
l'hôte refermer la

banquet royal,
Il

et les

doigt à sa bouche.

viés...
l'oreille

Coconas demeura
entendit en

payeront

y a plus, ils le banquet,

il y huguenots y seront conseront les héros de la fête, ils

et,

si

vous voulez bien être
aller inviter

ce

moment
la

des nôtres, nous allons

commencer par

porte d'une chambre, puis

porte du corridor, y mettre les verrous, et revenir précipitamment du
côté des

leur principal champion, leur Gédéon,
disent.

comme

ils

deux interlocuteurs.

U'offrit alors

un

siège

à Coconas,

un
est

siège à Maureyel, et
:

en prenant un

— M. —
— Et

l'amiral? s'écria Coconas.
j'ai

Oui, le vieux Gaspard, que

manqué comme

troisième pour lui

— Tout

un
dit-il,

imbécile, quoique j'aie tiré sur lui avec l'arque-

bien clos,

monsieur de Maure-

buse

même du ma

roi.

vel,

vous pouvez parler.
à

voilà pourquoi,

Onze heures sonnaient
rois.

Saint-Germain l'Auxeret lu-

bissais

salade, j'affilais
dit

mon gentilhomme, je fourmon épée et repassais
la

Maurevel compta l'un après l'autre chaque

mes couteaux,

d'une voix stridente maître

battement de marteau qui retentissait vibrant

gubre dans la nuit, éteint dans l'espace

et

quand

le

dernier se fut

Hurière travesti en guerrier. A ces mots, Coconas frissonna
car
il

et devint fort pâle,

— Monsieur,

:

dit-il

en se retournant vers Coco-

nas tout hérissé à l'aspect des précautions que prenaient les deux hommes, monsieur, êtes-vous bon

quet... c'est...

— Quoi, vraiment! on — Vous avez bien long
va...
été

commençait

à

comprendre.
s'écria-t-il, cette fête, ce

ban-

à deviner, monsieur,

catholique?

— Mais

dit Maurevel, et l'on voit bien

que vous

n'êtes pas

voué au

que vous m'offensez, monsieur, en m' adressant une pareille
et

— Monsieur, — De cœur
roi ?

je le crois, répondit Coconas.

fatigué

comme nous

des insolences de ces héréti-

continua Maurevel, êtes-vous dé-

ques.

— Et vous

prenez sur vous,

dit-il,

d'aller chez

d'âme. Je crois

môme

l'amiral, et de...?

Maurevel sourit,
nêtre

et attirant

Coconas contre

la fe-

question.

*
;

— Nous n'aurons pas de querelle là-dessus seunous suivre. lement, vous — Où cela? — Peu vous importe. Laissez-vous conduire. peut-être de votre y va de votre fortune — Je vous préviens, monsieur, qu'à minuit, au Louvre. — que nous justement — M. de Guise m'y attend. — Nous — Mais un mot de passe
allez
Il

:

Regardez,

dit-il;

vcycz-vous sur

la

petite

au bout de la rue, derrière l'église, cette troupe qui se range silencieusement dans l'ombre?
place,

et

vie.

— Oui. — Les hommes

qui composent cette troupe ont,
et

j'ai

comme

maître la Hurière, vous

moi, une croix

affaire

C'est

allons.

au chapeau. Eh bien?

— Eh

bien

!

ces

hommes,

c'est

aussi.

des Suisses des petits cantons
sont les compères
Dt

une compagnie commandés par To-

j'ai

particulier, conti-

quenot; vous savez que messieurs des petits cantons

nua Coconas un peu
la Uurière.

mortifié de partager l'honneur
le sire

de son audience avec

de Maurevel

et

maître

— Oh! oh! Coconas. — Maintenant, voyez
;

du

roi.

cette

troupe de cavaliers

— Nous

aussi.

qui passe sur le quai

reconnaissez-vous son chef?

40

LA REINE MARGOT.

^.^jCMA^cyfQyK

-

Mnurevci.

ComrtiPTit voulez-vous

que

je le reconnaisse,

dit Coconas tout frémissant, je suis à Paris de co

sur

soir seulement!

— Eh
tendre.

— heurte chaque porte. Mais qu'y portes au::quellcs heurte? — Une croix blanche, jeune homme
Il

à

a-t-il

donc

les

il

;

une croix

bien

!

c'est celui

avec qui vous avez renil

pareille à celle
trefois

que nous avons
Dieu
le

à

nos chapeaux. Au-

dez-vous à minuit au Louvre. Voyez,

va vous y at-

on

laissait à

soin de distinguer les
civilisés,

siens.

— Leduc de Guise? — Lui-m(lmo. Ceux qui
marchands,

Aujourd'imi nous sommes plus
lui

et

nous
l'escortent sont Marcel,
et
.1.

— Mais chaque maison

Il

épargnons

cette besogne.
ft

laquelle

il

frappe s'ou-

cT-pr^'vôt des
tuel. Les

Choron, prévôt ac-

vre, et de
ni('S.

chaque maison sortent des bourgeois arla

deux derniers vont
la

nu'llrc sur |iied leurs

compagnies de bourgnois;
qu'il va faire.

et tenez, voici le capitaine

frappera

.1

niMro

comme aux

autres, et

du quartier qui entre dans

rue

:

roKardoz hien ce

nous sortirons

à notre tour.

— Mais, ditCoconas, tout ce monde sur pied pour

LA REINE MARGOT.

41

<si-5»-*c^^.-

z-/;

— Jeune homme,

dit

Maurcvel,

si les

Tieux vous répugnent, vous pourrez en choisir de jeunet.

aller tuer

un vieux huguenot! Mordi!
une
affaire
dit

c'est

hon-

teux! c'est

— Jeune homme,

d'égorgeurs et non de

soldats.

— Par ordre du roi? — Par ordre du

roi et

Maurevel,

si les

vieux vous
11

répugnent, vous pourrez en choisir de jeunes.

y

— Quand
— Ah
!

— Et quand cela?
c'est

de M. de Guise.
cloche de

vous entendrez sonner

la

en aura pour tous
les

les

goûts. Si vous méprisez les
;

Saint-Germain l'Auxerrois.

poignards, vous pourrez vous servir de Tépée

car

huguenots ne sont pas gens à se laisser égorger sans se défendre, et, vous le savez, les huguenots
la vie

lemand, qui
vous donc?

est à

donc pour cela que cet aimable AlM. de Guise, comment l'appelez-

jeunes ou vieux ont

dure.

— Maison

les

tuera donc tous, alors? s'écria Co-

— M. de Besme. — Justement. C'est
Besme me
sin?

donc pour cela que M. de
au premier coup de
toc-

conas.

disait d'accourir

— Tous.
fu%,

Imp. de

BKY

aloi, Coulevwi lloniparuuwi ni.

43

LA REINE MARGOT.

— Vous avez donc vu M. de Besme? — vu — Où — Au Louvre. qui m'a m'a donné mot qui — Regardez.
Je
l'ai

— Chut
revel.

!

et je lui ai parlé.

— Quoi? répétèrent — Le
et

dit la Hurière.

ensemble Coconas

et

Mau-

cela

?

C'est lui

fait entrer,

qui

le

d'ordre,

m'a...

On entendit vibrer le premier coup de beffroi à Saint-Germain l'Auxerrois.
signal! s'écria Maurevel. L'heure est

donc
de

— Mordi

!

— Voulez-vous
effet,

c'est

lui-même.
lui

avancée? Ce n'était que pour minuit, m'avail-on
dit...

parler?

Tant mieux' Quand

il

s'agit

de

la gloire

— Sur mon âme! je

n'en serais pas fâché?
la fenêtre.

Dieu

Maurevel ouvrit doucement

Besme, en

du roi, mieux vaut les horloges qui avancent que les horloges qui retardent.

— Guise
Besme

passait avec

une vingtaine d'hommes.
Maurevel.
c'était à

En

effet,

op entendait tinter lugubrement
Bientôt

la clo-

et Lorraine, dit

che de

l'église.

un premier coup de
la

feu re-

se retourna, et,
affaire,
il

comprenant que
s'approcha.

tentit, et

presque aussitôt

lueur de plusieurs flaméclair la

lui

— Ah

qu'on avait
!

beaux illumina comme un
Sec.

rue de l'Arbre-

ah

!

c'être fous, sire de Maurefel.

— cherche l'auperge de pour brévenir un monsir Gogonas. — Me jeune monsieur de Besme homme. — Ah pon, ah Fous brêt? — Oui. Que — Ce que un monsir de Maurefel. bon gatholique. — Vous l'entendez? Maurevel. — Oui, répondit Coconas. monsieur de Besme, où allez-vous? — Moi de Besme en — Oui, vous? — Moi, che un mot — deux, Maurevel,
J'y
la Pelle-Étoile,

— Oui,

c'est

moi; que cherchez- vous?

Coconas passa sur son frout
sueur.

sa

main humide de

certain

voici,

!

dit le

!

!

pien...

êtes

faut-il faire?

fous tira

C'être

commencé, s'écria Maurevel, en route! un moment' dit l'hôte; avant de nous mettre en campagne, assurons-nous du logis, comme on dit à la guerre. Je ne veux pas qu'on égorge ma femme et mes enfants pendant que je serai dehors. Il y a un huguenot ici. M. de la Mole? s'écria Coconas avec un sou-

— Un moment,

C'est

'

dit

bresaut.

Jlais vous,

!

dit

riant...

fa tire

betit

à l'amiral.
dit

Dites-lui-en
cette fois,

s'il

le faut,

et

que

s'il

se relève

du premier,

il

ne se

— Oui! — Comment à votre hôte? — son ma — Oh oh
loup.
!

le parpaillot s'est jeté

dans

la

gueule du

dit Coconas,

vous vous attaqueriez

C'est à

intention surtout que j'ai repassé

rapière..
I

!

fit

le

Piémontais en fronçant

le

sour-

relève pas

dranguille, et tressez-moi bien ce cheune homme-là.
oui, n'ayez pas

— Soyez — Oui,

du second.
dranguille, monsir de Maurefel, soyez

cil.

— Je
bergiste

n'ai jamais tué
et

personne que mes lapins,

mes canards
;

mes
sais

poulets, répliqua le digne

au-

de crainte,

les

Coconas

je

ne

donc trop comment m'y pren!

sont de fins limiers, et bons chiens chassent de
race.

dre pour tuer un

homme. Eh bien

je vais

m'exer-

— Atieu — — Et — Commencez
!

Allez.

fous?

toujours la chasse, nous arrive-

rons pour

la

curée.
et

De Bcsmo s'éloigna,

Maurevel forma
dit

— Vous rentcndez, jeune homme!
si

la fenêtre.

cersur celui-là. Si je fais quelque gaucherie, au moins personne ne sera là pour se moquer de moi. Mordi, c'est dur! objecta Coconas; M. delà Mole est mon compagnon, M. de la Mole a soupe avec moi, M. de la Mole a joué avec moi... Oui, mais M. de la Mole est un hérétique, dit Maurevel, M. dn la Mole est condamné; et, si nous no

Maurevel;
il

le

vous avez quelque ennemi particulier, quand
serait pas tout à fait
il

ne

huguenot, meltcz-le sur

la

liste, et

passera avec les autres.

Coconas, plus ('lourdi que jamais do tout ce qu'il
voyait et de tout ce
((u'il

suis

entendait, regardait tour

— Sans compter, vous a gagne rin(|uanlo écus. — Coconas, mais loyalement, sûr. — Loyalement ou non, vous faudra toujours
dit l'hôte, qu'il
C'est vrai, dit

tuons pas, d'autres

le

tueront.

j'en

il

le

à tour l'hôte, qui prenait des poses formidables, et

payer; tandis que,

si

Maurevel, qui
poche.

tirait

tranquillement un papier do sa

— Allons,
:

je le tue,

vous êtes quitte.
messieurs,
cria

allons!

dépêchons,

cents.

— Quant moi, — Que chaque
à
il

voilà

ma

liste, dil-il.

— Trois
rello

bon catholique
.seul

fa.'^se,

une arquohusado, un rou|i de rapière, un coup de marteau, un coup de clionel, un coup do tout ce que vous voudrez; mjis linis-sons-cn, si
Maurevel

nuit, la dixième partie dn In besogne (pic je ferai,
et
le

nous voulons arriver
Coconus
.soupira.

à lemjis,

comme nous

l'avons

n'y aura plus

demain un

héréli(|uc dans

promis, pour aider M. de Guise chez l'amiral,

royaume.

LA REINE MARGOT.

43
s'il

— cours! — Mordi!
J'y

s'écria la Hurière, attendez-moi.
il

Sans doute,

eût été seul, la Mole l'eût attendu;
lui

s'écria Coconas,

va faire souffrir ce
Je veux être

mais Coconas avait derrière
revel, qui,
giste,

maître

la Hurière",

pauvre garçon,

et le voler peut-être.
s'il est

qui rechargeait son arquebuse, sans compter Jlau-

pour.rachever,

besoin, et

empêcher qu'on

pour se rendre
les escaliers

à l'invitation

de l'auber-

ne touche
Et,

à son argent.

montait

quatre à quatre. La Mole
et verrouilla la porte

par cette heureuse idée, Coconas monta
maître
la

se jeta

donc dans un cabinet,
schelme
s'écriait

l'escalier derrière
tôt rejoint; car, à
fet

Hurière, qu'il eut bien-

derrière lui.

mesure

qu'il montait, par

un

ef-

— Ah

!

I

Coconas furieux, heur-

de

la

réQexion sans doute, la Hurière ralentisarrivait à la porte, toujours

sait le pas.

Au moment où
dans
son

il

suivi de Coconas, plusieurs coups de feu retentirent
la rue. Aussitôt

on entendit
la

la

Mole sauter de
troublé,

il

rière, s'il allait

— Diable murmura Hurière un peu — Ça m'en Coconas. — Et va défendre? — n en capable. donc, maître vous ça — Hum! hum!
!

lit et le

plancher crier sous ses pas.

du pommeau de sa rapière, attends, attends. Je veux te trouer le corps d'autant de coups d'épée que tu m'as gagné d'écus ce soir! Ah! je viens pour t'empècher de souffrir! ah! je viens pour qu'on ne te vole pas et tu me récompenses en m'envoyant une balle dans l'épaule! attends,
tant la porte
!

birbone! attends!

est réveillé, je crois

!

Sur
et

ces entrefaites, maître la Hurière s'approcha,

a l'air, dit

il

se

est

Dites

la

Hu-

tuer,

serait drôle.

la crosse de son arquebuse fit voler en éclats. Coconas s'élança dans le cabinet, mais il alla donner du nez contre la muraille le cabinet était vide la porte
:

d'un coup de

fit

l'hôte.

et la fenêtre ouverte.
il

Mais, se sentant

armé d'une bonne arquebuse,

se rassura et enfonça la porte d'un vigoureux coup

de pied.

sommes au quatrième, il est mort. Ou il se sera sauvé par le toit de
voisine, dit Coconas en

— —

Il

se sera précipité, dit l'hôte

;

et,

comme nous
la

maison

On
dents

vit alors la

Mole,

sans chapeau, mais tout
lit,

enjambant

la

barre de la

vêtu, retranché derrière son

son épée entre ses

fenêtre et en s'apprêtant à le suivre sur ce terrain
glissant et escarpé.

— Oh! oh!
— Ah
!

et ses pistolets à la

main.
les

dit

Coconas en ouvrant

narines
qui

Mais Maurevel et
lui, et le

la

Hurière se précipitèrent sur
la

en véritable bête fauve qui devient intéressant, maître
lons

flaire le sang, voilà la

Hurière. Allons, al-

— Êtes-vous
— Bah!
Vous
allez

ramenant dans

chambre

:

fou? s'écrièrent-ils tous

deux à

la

en avant
!

!

fois.

vous tuer.
je suis
les

l'on veut m'assassiner, à ce qu'il paraît!
,

dit Coconas,

montagnard, moi,
fois,

cria la Mole
toi,

dont

les

yeux flamboyaient,

et c'est

et

habitué à courir dans

glaciers. D'ailleurs,

misérable!
la

quand un homme m'a
et

insulté

une
je

je

montepour

Maître

Hurière ne répondit à cette apostrophe
qu'en mettant
le

rais avec lui jusqu'au ciel, lui jusqu'en enfer,

ou

descendrais avec
prît

qu'en abaissant son arquebuse

quelque chemin qu'il

jeune

homme en
et,

joue. Mais la Mole avait vu la dé-

monstration,
jeta à

au moment où

le

coup

partit,

il

se

y arriver. Laissez-moi faire. Allons donc! dit Maurevel, ou

il

est

mort, ou

— A moi, — Ma

genoux,

et la balle passa

par-dessus sa

tête.

il

est loin

maintenant. Venez avec nous;

et, si celui-

cria la Mole, à moi,

monsieur de Cocria la

vous échappe, vous en trouverez mille autres à

conas!

sa place.
!

---A moi! monsieur de Maurevel, à moi
Hurière.
foi,

— Vous
!

avez raison, hurla Coconas. Mort
J'ai

aux

huguenots

besoin de

me

venger, et le plus tôt

monsieur de

la

Mole

!

dit

Coconas, tout

sera le mieux.

ce que je puis faire dans cette affaire est de ne point

Et tous trois descendirent l'escalier
avalanche.

comme une

me

mettre contre vous.

Il

paraît qu'on tue cette
roi. Tirez-vous

nuit les huguenots au

nom du

de

comme

— Ah!
!

vous pourrez.
traîtres! ah! assassins! c'est

— Chez l'amiral! cria Maurevel. — Chez l'amiral répéta Hurière.
!

la

comme

cela,

— Chez
Étoile,

l'amiral, doue, puisque vous le voulez!

eh bien
Et

attendez

dit à son tour Coconas.

la Mole, visant à

son tour, lâcha la délente d'un
le perdait pas
;

Et tous trois s'élancèrent de l'hôtel de la Bellelaissé

de ses pistolets. La Hurière, qui ne de vue, eut
la place
le

en garde à Grégoire

et

aux autres
et le

temps de

se jeter de côté

mais Co-

garçons, se dirigeant vers l'hôtel de l'amiral, situé

conas, qui ne s'attendait pas à cette riposte, resta à

rue de Béthisy; une flamme brillante

bruit

en grinçant des dents, j'en tiens; à nous deux donc! puisque tu le veux.
cria-t-il

— Mordi!

il

était, et la balle lui effleura l'épaule.

des arquebusades les guidaient de ce côté.

sans pourpoint et sans écharpe.
est

Et, tirant sa rapière,

il

s'élança vers la Mole.

— Eh qu: vient — C'en un qui
!

là? s'écria Coconas.

Un homme

se sauve, dit

Maurevel.

44
à à vous,

LA REINE MARGOT.

tant.

— A vous, vous, qui avez des arqueCoconas — Ma non, Maurevel garde ma poudre pour meilleur —A Huriérel — en — Ah Coconas en
buses
!

Prenez garde,

mon gentilhomme,

prenez

s'écria
foi

garde, cria la Hurière.

dit

;

je

Coconas
relevé sur
il

gibier.

fit un bond en arrière. Le blessé s'était un genou et, tout entier à la veageance,
;

vous, la

allait

percer Coconas de son poignard au

moment

Attendez, attendez! dit l'aubergiste

ajus-

même
le

où l'avertissement de son hôte avait prévenu
vipère, s'écria Coconas.

!

OUI, attendez, s'écria

;

et

at-

— Ah —

Piémontais.
!

tendant

il

va se sauver.

Et, se jetant

sur le blessé,

il

lui

enfonça trois

fois

Et

il

s'élança à la poursuite
il

du malheureux

qu'il

son épée jusqu'à la garde dans

la poitrine.

eut bientôt rejoint, car

était déjà blessé.

Mais au
il

moment
lui criait

où, pour ne pas le frapper par derrière,
:

Et maintenant, s'écria Coconas, laissant le huguenot se débattre dans les convulsions de l'a-

«

Tourne, mais tourne donc!
retentit,

»

un coup

gonie

aux oreilles de Coconas, et le fugitif roula comme un lièvre atteint dans sa course la plus rapide par le plomb du chasd'arquebuse

une

balle siffla

— Ah! ah! mon gentilhomme,
— Ma
que vous y mordez.
foi oui, dit

:

chez l'amiral

!

chez l'amiral

!

dit

Maurevel,

il

paraît

Coconas. Je ne sais pas

si c'est

seur.

Un

cri

de triomphe se

fit

entendre derrière Co-

conas; le Piémontais se retourna, et vit la Hurière

ou la vue du sang qui m'excite, mais, mordi je prends goût à la tuerie. C'est comme qui dirait une battue à l'homme.
l'udeur de la poudre qui
grise
!

me

— Ah! étrenné au moins. — Oui, mais vous avez manqué me percer d'oucette fois, s'écria-l-il,
j'ai

agitant son arme.

Je n'ai encore fait

loup,

et,

sur

mon

que des battues à l'ours ou au honneur, la battue à l'homme

me

paraît plus divertissante.

Et tous trois reprirent leur course.

tre en outre, moi.

LA REINE MARGOT.

43

£C
Oii vil alors la Mole,

son épée entre ses dents et ses pistolets à

la

main.

— Page 43.

VIII
LES MASSACIŒS.

'hôtel qu'habitait l'amiral
était,
dit,

cour. Lorsque nos trois guisards atteignirent l'extré-

comme nous

l'avons

mité de

la

rue Béthisy qui

fait suite
ils

à la rue des

situé

rue de Béthisy.

Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois,

virent l'hôtel

C'était

une grande maison
au
fond

entouré de Suisses, de soldats et de bourgeois en

s'élevant

d'une

cour avec deux ailes eu retour sur la rue. Un
vert par
et

armes ; tous tenaient à la main droite ou des épées, ou des piques, ou des arquebuses, et quelques-uns,
à la

mur ou-

main gauche, des flambeaux, qui répandaient
et vacillant, lequel,

une grande porte

sur cette scène un jour funèbre
suivant le

par deux

petites grilles

donnait entrée dans cette

mouvement imprimé,

s'épandait sur le

46

LA REINE aiARGOT.
Le duc
la
fit

pavé, montait le long des murailles ou flamboj'ait

un mouvement pour

se précipiter

dans

sur cette
éclair.

mer

vivante où chaque
l'iiôtel et

arme
les

jetait

son

maison.

Tout autour de

dans

rues Tire-

— Monseigneur,
gnité vous

monseigneur,
lui et

lui dit

du Gast
di-

chape, Etienne et Bertin-Poirée.
s'accomplissait.
la

l'œuvre terrible

en se rapprochant de

en l'arrêtant, votre

De longs

cris se faisaient entendre,

mousqueterie pétillait, et de temps en temps quelque malheureux, à moitié nu, pâle, ensanglanté, passait, bondissant comme un daim poursuivi,

commande de demeurer
as

et d'attendre.

Tu

raison,

Mais, en vérité, je

du Gast; merci! j'attendrai. meurs d'impatience et d'inquiépas se rapprocha... les

tude. Ah!

s'il

m'échappait!
le bruit des

dans un cercle de lumière funèbre où sem-

Tout à coup
vitres

blait s'agiter

un monde de démons.
Maurevel
et la Hurière,

En un
lis

instant, Coconas,

signalés de loin par leurs croix blanches et accueil-

par

les cris

de bienvenue, furent au plus épais
et pressée

de cette foule haletante
Sans doute
ils

comme une
;

meute.

du premier étage s'illuminèrent de reflets pareils à ceux d'un incendie. La fenêtre sur laquelle le duc avait tant de fois levé les yeux s'ouet un homme au vivrit, ou plutôt vola en éclats sage pâle et au col blanc tout souillé de sang ap;

n'eussent pas pu passer

mais qnel-

parut sur le balcon.

ques-uns reconnurent Maurevel

et lui firent faire

— Besme

!

cria le duc. Enfin, c'est toi!

Eh bien?

place. Coconas et la Hurière se glissèrent à sa suite;

eh bien?

tous trois parvinrent donc à se glisser dans la cour.

Foilà! foilà! répondit froidement l'Allemand,

Au

centre de cette cour, dont les trois portes

qui, se baissant, se releva presque aussitôt

en paraisle

étaient enfoncées,
sassins lai^ipent

un homme autour duquel les un vide respectueux se tenait
une rapière nue,

as-

sant soulever

de-

bout, appuyé sur

et les j'eux fixés

duc, les autres, où sont-ils?
autres,
ils

sur

un balcon

élevé de quinze pieds à peu près et

s'étendant devant la fenêtre principale de l'hôtel.
Cet

homme

frappait

temps en temps

se retournait

du pied avec impatience, et de pour interroger ceux
lui.
Il

— Mais — Les — Et — Moi,
ce

un poids
,

considérable.

les autres

demanda impatiemment

achèfent les autres.

toi, toi!

qu'as-tu fait?

fous allez foir, regulez-vous

un beu.
l'objet

Le duc

fit

qui se trouvaient les plus proches de

En
Besme
le

un pas en arrière. moment on put distinguer
d'un
si
11

que

— Rien
du Gast?

encore, murmura-t-il.
il

Personne...

attirait à lui

puissant effort. C'était
le

aura été prévenu,

aura

fui.

Qu'en pensez-vous,

cadavre d'un vieillard.

souleva au-dessus du

balcon, le balança

un

instant dans le vide, et le

— Impossible,
sans chapeau
,

monseigneur.
m'avez-vous pas dit qu'un

jeta

aux pieds de son maître.
la chute, les flots

— Pourquoi pas? Ne
l'épée

Le bruit sourd de
jaillirent

de sang qui
le

instant avant que nous n'arrivassions

un homme
,

du corps

et

diaprèrent au loin

pavé,

nue

à la
était

comme

s'il

était poursuivi,

main et courant venu frapper à la

frappèrent d'épouvante jusqu'au duc lui-même;

porte et qu'on lui avait ouvert?

mais ce sentiment dura peu, chacun s'avança do quelques

et la curiosité

fit

que

pas,

et

que

la

lueur


sûr
il

Oui

,

monseigneur

;

mais presque aussitôt
ont été enfoncées,

d'un flambeau vint trembler sur

la victime.

M. de Besme
l'hôtol cerné.

On

distingua alors une barbe blanche,

un

visage

est arrivé, les portes

L'homme
sortir.

est bien entré,

mais à coup

n'a
!

pu

— Eh
que
je

mains roidies par la mort. L'amiral! s'écrièrent ensemble vingt voix qui ensemble se turent aussitôt.
véni'rahle, et des


mais, dit Coconas à

la

Hurière, est-ce

— Oui,

l'amiral. C'est bien lui, dit le
le

dug en

se

me

trompe, ou n'est-ce pas M. de Guise que

rapprochant du cadavre pour

contempler avec

je vois là ?


que

une

Lui-même,

mon gentilhomme.

Oui, c'est le

— L'amiral
uns contre

joie silencieuse.
!

l'amiral

!

répétèrent à demi-voix

grand llpnri de Guiso en personne, qui attend sans d()Ul(! cpio rainiral sorte pour lui en faire autant
i'aiiiirai

tous les témoins de celte horrible scène, se .serrant
les les autres, et se rajiiirochant

timide-

im

a fait

fi

son père. Chacun ron tour,

mon gentilhomme,
d'hui le nôtre.

et,

Dieu merci!

c'est

aujour-

ment de ce grand vieillard abattu. Ah! te voilà donc, Gaspard!

dit lo

duc de
père, je

— Holà!
Et de
lui,
il

Guise triomphant; tu as
cria le

fait

assassiner

mon

Besme! holà!

duc do

sa voix

le

venge!
l'^t

puissante, n'est-ce doni; point encore (ini?
la

il

posa le pied sur

pointe de son cpée. impatiente des étincollos du pavé.

comme

testant. Mais aussitôt

faisait jaillir

rent avec effort,
crispa

.sa

poitrine du Iutos proyeux du mourant s'ouvrimain sanglant» ol mutilée se
la
le,"»

En

ce niouicnt on entendit cotnine des cris dans

une dornièro

fois, et

l'amiral, sans sortir do

riiôinl, puis

des coups do
et

fi'U,

puis un grand

mou-

son immobilité, dit nu sacrilège d'une voix sépulcrale
;

voineiit

de pieds

un hniit d'armes heurtées, au-

quel sucii'da un nouvc;tu silence.

— Henri do Guise, un jour

aussi tu sentiras sur

.

LA REINE IIARGOT.
ta poitrine le pied

47
en fouettant
pointe.
c'est

d'un assassin. Je n'ai pas tué ton
!

— Lâche! répondit
!

le fugitif

le vi-

père. Sois

maudit
et

sage de son ennemi avec la lame de son épée faute

Le duc, pâle

tremblant malgré

lui, sentit
il

un

d'espace pour lui donner
!

frisson de glace courir par tout son corps,
la

passa
la

main sur son
il

front

comme pour en
quand
il

chasser la vi-

sion lugubre;

puis,

la laissa

retomber,

— Oh mille démons Coconas, Mole! — M. de Mole! répétèrent Hurière
s'écria
la
la

un coup de

M. de

et

Mau-

quand
et

osa reporter la vue sur l'amiral, ses j^eux

revel.

s'étaient refermés, sa

redevenue inerte, un sang noir épanché de sa bouche sur sa barbe
était

main

plusieurs soldats.
!

blanche avait succédé aux terribles paroles que cette

— celui — Tue, tue
C'est

qui a prévenu l'amiral, crièrent
hurla-t-on de tous côtés

. . .

bouche venait de prononcer.
Le duc releva son épée avec un geste de résolution désespérée.
la

Coconas, la Hurière et dix soldats s'élancèrent à

poursuite de la Mole, qui, couvert de sang et ar-

rivé à ce degré d'exaltation qui est la dernière ré-

— Eh pien montsir, gontant? — Oui, mon brave, répliqua Henri, car vengé... — Le dugue François, bas? — La Henri d'une voix sourde.
!

serve de la

vigueur humaine, bondissait par

les

lui dit Besrae,

êtes-fous

rues, sans autre guide
lui, les

que

l'instinct.

— Derrière
une
balle

pas et les cris de ses ennemis l'ép^ronnaient
ailes. Parfois

oui,

tu
et

semblaient lui donner des

as

sifflait

à son oreille et imprimait tout à coup à sa

n'est-ce

course, près de se ralentir,

une nouvelle

rapidité.

religion, reprit

Et maintenant, continua-t-il en se retournant vers
les Suisses, les soldats et les

Ce

n'était plus

une

respiration, ce n'était plus

une
râle
et le

bourgeois qui encom!

haleine qui sortait de sa poitrine, mais
sourd, mais

un

braient la cour et la rue,

à l'œuvre

mes amis,

un rauque hurlement. La sueur
et coulaient

à

l'œuvre

sang dégouttaient de ses cheveux
fondus sur son visage.

con-

!

— Eh! bonjour, monsieur

de Besme! dit alors

Coconas s'approchant avec une sorte d'admiration

Bientôt son pourpoint devint trop serré pour les

battements de son cœur,

et

il

l'arracha. Bientôt son
il

de l'Allemand, qui, toujours sur
tranquillement son épée.

le balcon, essuyait

épée devint trop lourde pour sa main, et
loin de lui. Parfois
il

la jeta

lui semblait

que

les

pas s'é-

C'est

donc vous qui l'avez expédié? cna
;

la

Hu-

rière en extase

comment avez-vous

fait cela,

mon
Il

loignaient et qu'il était près d'échapper à ses bour-

digne gentilhomme?

— Oh!

pien zimblement, pien zimblement.
il

reaux; mais, aux cris de ceux-ci, d'autres massacreurs, qui se trouvaient sur son chemin et plus
rapprochés, quittaient leur besogne sanglante et
accouraient. Tout à coup
il

avre entendu tu pruit,

avre oufert son borte, et
le corps à lui
.

moi

ly avre passé

mon rapir tans

aperçut la rivière couil

Mais

ce n'est bas le dout, che grois que le Teligny en
dient, che l'endents grier.

lant silencieusement à sa gauche;
qu'il éprouverait,

lui

sembla

comme

le cerf

aux

abois,

un

in-

dicible plaisir à s'y précipiter, et la force

suprême

En

ce

moment, en

effet,

quelques cris de dé-

tresse qui semblaient poussés

par une voix de femme

se firent entendre

;

des reflets rougeâtres illuminè-

la raison put seule le retenir. A sa droite était Louvre, sombre, immob'ile, mais plein de bruits sourds et sinistres. Sur le pont-levis entraient et

de
le

rent une des deux ailes formant galerie:
çut deux

On

aper-

sortaient des casques, des cuirasses qui renvoyaient

hommes

qui fuyaient poursuivis par une

longue
l'un
;

file

de massacreurs. Une arquebusade tua

l'autre trouva sur son
et,

chemin une fenêtre
bas,
il

en froids éclairs les rayons de la lune. La Mole songea au roi de Navarre, comme il avait songé à Coligny.. C'étaient ses

deux
s'il

seuls protecteurs.

Il

réu-

ouverte,
ter des

sans mesurer la hauteur, sans s'inquiésauta

nit toutes ses forces, regarda le ciel en

faisant tout
fit

ennemis qui l'attendaient en
tuez!

bas le

vœu

d'abjurer

échappait au massacre,

intrépidement dans la cour.

— Tuez,
L'homme

perdre,

par un

détour,

une trentaine de pas
piqua droit vers
le

à la

crièrent les assassins en voyant

meute qui
reçut

le poursuivait,

Lou-

leur victime prête à leur échapper.
se releva

vre, s'élança sur le pont pêle-mêle avec les soldats,

dans sa chute lui

était

en ramassant son épée, qui échappée des mains, prit sa

long des côtes,

un nouveau coup de poignard, qui glissa le Tue! tuet et, malgré les cris de
: ,

course tête baissée à travers les assistants, en culbuta trois ou quatre, en perça

un de son

épée,

et,

au
il

qui retentissaient derrière lui et autour de lui malgré l'attitude offensive que prenaient les sentinelles,
il

milieu du feu des pistolades, au milieu des imprécations des soldats furieux de l'avoir

se précipita

comme une

flèche dans la
l'escalier,
et s'y

manqué,

passa

comme

l'éclair

devant Coconas, qui l'atten-

cour, bondit jusqu'au vestibule, franchit monta deux étages, reconnut une porte

ap-

dait à la porte le poignard à la

main.

— Touché,
le br.as

cria le Piémontais en lui traversant

puya en frappant des pieds et des mains. Qui est là? murmura une voix de femme.

de

la

lame

fine et aiguë.

— — Oh

!

mon

Dieu

!

mon

Dieu

!

murmura

la

Mole,

48

LA REINE MARGOT.

k

leur tête était Coconas.

— Page 40.

ils

viennent...

jo,

les cnlends... les voilà '....-je

les

appuyée sur snn hra<. ouvrait des yeux
pnuvantiv

fixes d'é-

vois... C'est

— Qui vous? reprit

moi!

moi'....
la

voix.

La Mole

La Mole se rappela le mol d'onlrc. Navarre! Navarre! cria-t-il.

— Madame!
frères;
Ali
!

se pricipila vers elle.
s'i'eria-t-il.

on

tue,

on dgorge mes

on veut
la

nie tuer,

Aussitnt

la

porte s'ouvrit
fit

:

la

Mole, sans voir, sans

vous êtes
il

on veut m'égorger aussi. reine... sauvez-moi
!

remercier (lillonne,
traversa
et

irruption dans
trois

un

vestibule,

Kt

se précipita à ses pieds, laissant .sur le tapis

un nirridor, deux nu
a<i

appartements,

une large
V.n

trace de sang.

parvint enfin dans une rhandire éolain'e par une
plafond.
fleurdelisc' d'nr,

lampe suspendue

voyant cet liomnie pâle, défait, agenouillé devant elle, la reine de Navarre se dressa ('pouvantée,
cachant son visage entre ses nlains
cours.
et criant

Sous des rideaux do velours

dans

au se-

un

lit

do chfino sculpte, une femme à moitié nue,

.

LA

i{\:}M :i]AniiOT.

49

'rje:^/fj< <yyoyK

Il

se précipita vers elle et l'enveloppa dans ses bras,

— Page 50.

— Madame,
se relever,

dit la

Mole en faisant un
ciel,

effort
si

pour
l'on

d'Iiuiiimes haletants,

furieux,

le

visage taché de
et

au

nom du

n'appelez pas, car,
!

sang

et

de poudre, arquebuses, hallebardes
la

épées

vous entend, je suis perdu
suivent,
ils

Des assassins

me

pour-

en arrêt, se précipita dans

chambre.
joue

montaient
!

les

degrés derrière moi. Je

A
sés,

leur tète était Coconas, ses cheveux roux héris-

les entends... les voilà

les voilà !...

d'elle

— Au secours! répéta reine de au secours — Ah vous qui m'avez tué
la
;
! . .

son œil bleu pâle démesurément dilaté,

la

Navarre hors
dit la

toute meurtrie par l'épée de la Mole, qui avait tracé

sur

les

chairs son sillon sanglant
était terrible à voir.
cria-t-il,

:

ainsi défiguré, le

!

c'est

!

Mule au

Piémontais

désespoir. Mourir par

une

si

douce voix, mourir
cela

— Mordi!
nous
la
le

le voilà,

le voilà!

Ah!

cette

par une
possible

si
!

belle

main. Ah! j'aurais cru

im-

fois,

tenons, enfin!
lui une arme yeux sur la reine

De
instant la porte s'ouvrit, et

Mole chercha autour de
Il

et et

Au même

une meute

n'en trouva point.

jeta les

P3r;B.

luip. de

CBY

aîné,

ticulêViTI

Uùm^auajst-,

8».

50
vil
la

LA REINE MARGOT.
plus profonde pitié peinte sur son visage.
il

— Sauvez-moi, mon
Une flamme

frère! dit Marguerite épui-

Alors

comprit qu'elle seule pouvait

le

sauver, se

sée. Ils veulent m'assassiner.

précipita vers elle et l'enveloppa dans ses bras.

passa sur le visage pâle

du duc.

Coconas

fit

trois pas

en avant,

et

de

la

pointe de

Quoiqu'il fûtsans armes, soutenu sans doute par la

sa longue rapière troua encore

une

fois l'épaule

de

conscience de son nom,
pés, contre

il

s'avança, les poings cris-

son ennemi,

et

quel([ues gouttes de sang tiède et

Coconas

et ses

compagnons, qui reculè-

vermeil diaprèrentcomme une roséeles draps blancs
et

rent épouvantés devant les éclairs qui jaillissaient

parfumés de Marguerite.
Marguerite
vit

de ses yeux. sang
Marguerite sentit
Mole,

couler

le

— Assassinerez-vous
dit-il.

aussi

un

fils

de France?

frissonner ce corps enlacé au sien, elle se jeta avec
lui

voyons!
Puis,
lui
:

dans

la ruelle,

il

était

temps. De

la

au

comme

ils

continuaient de reculer devant

bout de

sa force, était incapable

de faire un
Il

mouet ses

vement

ni

pour

fuir, ni

pour se défendre.
de
la

appuya


qu'on

Çà,

sa tète livide sur l'épaule

jeune femme,

mon capitaine me pende tous ces
à la

des gardes, venez

ici,

et

brigands

!

doigts crispés se cramponnèrent, en la déchirant, à
la fine batiste le corps

Plus effrayé

vue de ce jeune

homme

sans ar-

brodée qui couvrait d'un

flot

de gaze

mes

qu'il

ne

l'eât été à l'aspect

d'une compagnie de
dt'jà

— Ah

de Marguerite.
!

retires

ou de lansquenets, Coconas avait
La llurière redescendait
les

gagné

madame murmura-t-il
!

d'une voix mou-

la porte.

degrés avec

rante, sauvez-moi!

Ce fut tout ce qu'il put dire.

des jambes de cerf, les soldats s'entrechoquaient et
se culbutaient
tôt,

Son

œil, voilé par

un nuage
tète

pareil à la nuit de la

dans

le vestibule

pour

fuir

au plus

mort, s'obscurcit; sa

alourdie retomba en ar-

trouvant

la

porte trop étroite comparée au grand

rière, ses bras se détendirent, ses reins plièrent, et
il

désir qu'ils avaient d'être dehors.

glissa sur le

plancher dans son propre sang, en-

Pendant ee temps, Marguerite avait instinctive-

traînant la reine avec lui.

ment
les cris, enila

jeté

sur le jeune

homme

évanoui sa couver-

moment, Coconas, exalté par vré par l'odeur du sang, exaspéré par
ce

En

ture de damas, et

.s'était

éloignée de lui.
le

course ar-

Uiiand

le

dernier meurtrier eut disparu,

duc

dente qu'il venait de
l'alcôve royale.
çait le

faire,

allongea le bras vers

d'Alençon se retourna.

Un
la

instant encore, et son épée per-

— Ma
Et
il

sœur,

s'écria-t-il

en voyant Marguerite

cœur de

Mole, et peut-être en

même

temps

toute marbrée de sang, serais-tu blessée'!
s'c'lança vers sa
fait

celui de Marguerite.

sœur avec une inquiétude
si

A

l'aspect

de ce fer nu,

et

peut-être plutôt encore
la fille

qui eût

honneur
à

à sa tendresse,

cette ten-

à la vue de cette insolence brutale,

des rois

dresse n'eût pas été accusée d'être plus grande qu'il

un cri tellement empreint d'épouvante, d'indignation et de rage, que le Piéraontais demeura pétrifié par un
se releva de toute sa taille et poussa

ne convenait

un

frère

— Non,
suis, c'est

dit-elle, je

ne

le crois

pas, ou,

si

je le

sentiment inconnu
fût prolongée,

:

il

est vrai que, si cette
les

scène se
acteurs;

renfermée entre

mêmes

— Mais

légèrement.
ce sang,
ilit

le

duc en parcourant de

ses

ce sentiment allait se fondre

comme une

neige mati-

mains tremblantes tout
sang, d'où vient-il?

le

corps de Marguerite; ce

nale au

soleil d'avril.
à

Mais tout

coup, par une porte cachée dans

la

— Je ne

sais, dit la

muraille, s'élança un jeune

homme

sept ans, vèlu'de noir, pâle et les

de seize à dixcheveux en dés-

sérables a porté la
blessé.

jeune femme. Un de main sur moi, peul-êlrc

ces

mi-

était-il

ordre.

— Porté
!

la

main sur ma
l'avais

sieur! s'écria le duc.
si


me

Attends,

ma

sœur, attends,

cria-l-il,

me voilà!

Oh
lu

si

lu

me

seulement montré du doigt,

le

voilà!

François! François! à

mon

secours! dit Mar-

guerite.

— Leduc

— Chut! Marguerile. François. — Parce que vous voyait
dit

m'avais dil

k'ijucl, si je savais

retrouver!...

-

lit

poiir(]uoi cela
si

.'

dit

l'on

à celte heure

d'Alençon!

murmura

la

lluiièrc en

dans

baissant son ar(piebu.s('.

— Mordi! un
Il


lui.
si

ma chambre...
Un
frère

no peul-il pas visiter sa suMir, Mar-

fils

do Franco! grommela Coconas

guerite?

en reculant d'un pas.
Le duc d'Al('n:;nn jeta un regard autour de
vil Margucrilc! ('chevclée, plus
In
liellc.

La n>ine arrêta sur
fixe et

lo
si

cependant

duc d'Alençon un leg.ird nienaçanl, que le jciino

<|ue

jamais,
lu

liomuie recula.

appuyi'e à

muraille, entoun'c d'honiUKN
la

fureur
la

— Oui,

(Uii,

Marguerite,

dil-il, tu as

rais(ui,

dans

les

ycux,

sueur au front,

cl

l'écume ù

nui, je ri'iilre chiz moi.

Mais lu ne peux

resli^r

bouche.

seule pendant
s'écriii-lil.

cclli'

nuit Icrrilile. \eu\-lM que j'ap-

— Misérables!

pelle (iilhiniieï

LA REINE MARGOT.

51
là ? cria-t-elle.

— Non, non, personne;
par où tu es venu.

va-t'en, François, va-t'en

Qui va

Le jeune prince obéit
derrière son
secret,
la

;

et à

peine eut-il disparu,

que Marguerite, entendant un soupir qui venait de
lit,

s'élança vers la porte

du passage

Madame, madame, c'est moi, moi cria une Moi, la duchesse de Nevcrs. voix de femme. Henriette s'écria Marguerite. Oh il n'y a pas de danger, c'est une amie, entendez-vous, mon•

!

!

!

porte, qu'elle ferma de

ferma au verrou, puis courut à l'autre même, juste au moment où
et

sieur?

La Mole

un gros

d'archers

de soldats qui poursuivaient

— Tâchez de vous soutenir tandis que
vrir la porte, dit la reine.

fit

un

effort et se souleva sur

un genou.
je vais ou-

d'autres huguenots logés dans le Louvre passaient

comme un ouragan
d'elle

à l'extrémité

du corridor.

La Mole appuya sa main à
der l'équilibre. Marguerite
fit

terre, et parvint à

gar-

Alors, après avoir regardé avec attention autour

pour voir

si

elle était
lit,

bien seule, elle revint
la

un pas vers

la

porte

;

mais

elle

vers la ruelle de son

souleva

couverture de

damas qui avait dérobé le corps de gards du duc d'Âlençon, tira avec
inerte dans la chambre,
et,

la

Mole aux re-

effort la
le

masse
sa

voyant que

malheutète

reux respirait encore,
sur ses genoux,
le faire revenir.

elle s'assit,

appuya

et lui jeta

de l'eau au visage pour

Ce

fut alors

seulement que, l'eau écartant le voile
et

— Ah! pas seule? en en— Non, accompagnée de douze gardes que m'a mon beau M. de Guise. — M. de Guise! murmura Mole. Ohl sin! — Silence! Marguerite, pas un mot.
tu n'es
s'écria-t-elle

s'arrêta tout à coup, frémissant d'effroi.

tendant un bruit d'armes.
je suis

laissés

-frère

la

l'assas-

l'assassin!

dit

de poussière, de poudre
figure

de sang qui couvrait

la

Et elle regarda tout autour d'elle pour voir où
elle pourrait

du blessé, Marguerite reconnut en lui ce beau gentilhomme qui, plein d'existence et d'espoir, était trois ou quatre heures auparavant venu lui

demander
l'avait,

sa protection
la

près du roi de Navarre, et

en

laissant

rêveuse elle-même, quittée

— Une un poignard? murmurait Mole. — Pour vous défendre? n'avez-vous pas entendu douze vous — Non pas pour me défendre, mais pour ne pas
épée,
la

cacher

le blessé.

inutile;

? ils

sont

et

êtes seul.

ébloui de sa beauté.

tomber vivant entre leurs mains.
cri d'effroi, car,

Marguerite

jeta

un

maintenant,

— Non,
verai.

ce qu'elle ressentait pour le blessé, c'était plus

de

la pitié, c'était

de l'intérêt

;

en

effet, le hlessé

que pour

— Ah

non, dit Marguerite, non, je vous sau!

ce cabinet! venez, venez.

La Mole
il

fit

un

effort, et,

soutenu par Marguerite,

un simple étranger, c'était presque une connaissance. Sous sa main le beau visage de
elle n'était plus

se traîna jusqu'au

cabinet. Marguerite referma
la clef

ia

porte derrière lui, et serrant
:

dans son au-

Mole reparut bientôt tout entier, mais pMe, alangui par la douleur; elle mit avec un frisson morla
tel et

monière

— Pas un

cri,

pas une plainte, pas un soupir,
et

presque aussi pâle que lui

la

main sur son

lui glissa-t-elle à travers le lambris,

vous êtes

cœur, son cœur battait encore. Alors elle étendit cette main vers un tlacou de sels qui se trouvait
.sur

sauvé.
Puis, jetant

un manteau de

nuit sur ses épaules,

une

table voisine et le lui
les

fit

respirer.

elle alla ouvrir à

son amie, qui se précipita dans

— mon Dieu! murraura-t-il, où — Sauvé! Rassurez-vous. Sauvé!
La Mole tourna avec
reine, la dévora
effort

La Mole ouvrit

yeux.

ses bras.

suis-je?

dit .Marguerite.
la
:

pas,

son regard vers

— Ah madame? — Non,
!

dit-elle,

il

ne vous

est

rien arrivé, n'est-

rien, dit Marguerite, croisant son

man-

%

— Oh
Et,

un

instant des
êtes belle
il
!

yeux

et

balbutia

teau pour qu'on ne vit point les taches de sang qui

!

que vous

maculaient son peignoir.
la

comme

ébloui,

referma aussitôt

paupière

en poussant un soupir.
Marguerite jeta un léger
avait pâli encore,
si c'était

cri.

Le jeune

homme
un

Tant mieux; mais en tout cas, comme M. le duc de Guise m'a donné douze gardes pour me reconduire à son hôtel, et que je n'ai pas besoin d'un
si

possible, et elle crut

grand cortège, j'en

laisse six à Votre Majesté.

Six

instant que ce soupir était le dernier.

gardes du duc de Guise valent mieux

cette nuit

mon
!

Dieu,

mon

Dieu! dit-elle, ayez pitié

qu'un régiment entier des gardes du
Marguerite n'osa
refuser;
et elle

roi.

de

lui

installa
la

ses six

En

ce

moment on heurta violemment à

la

porte

gardes dans

le corridor,

embrassa

duclsesse,

du corridor.
Marguerite se leva à moitié, soutenant
par-dessous l'épaule.
la

qui, avec les six autres, regagna, l'hôtel

du duc de

Mole

Guise, qu'elle habitait en l'absence de son mari.

-o—^j3»eo(=^f<^—o-

52

LA

REIiNE

MARGOT.

IX

LES MASSACRKm'^,

oennas n'avait pas
rièren"avait pas fui.
tait précipité.

fui.

il

avait fait rptraite. La
il

Hus'é-

— Ob —
voix qui

Et vous,
!

aliez-voiis?

moi!

je vais à

une

affaire particulière.

Dites donc, n'y allez
lit

pas sans moi, dit une

disparu
11»!'!',

à

la

L'un avait manière du
à
celle flu

tressaillir
et je

Maurevel, vo'us connaissez les
être.

bons endroits

veux en

l'autre

2^-i &.^£-^

_

Inup.
jj

PU résulta que
faisait

la

Hu-

C'est M. de Coconas, que vous me suiviez.


— Ab

!

c'est

notre Piémontais! dit Maurevel.
dit la Ilurière.
,Ie

erovais

riére se trouvait déjà sur la place

Saint-Germainencore que sorje

Peste! vous détalez trop vite pourcela
suis

;

et puis,

l'Auxerrois, que Coconas ne
tir

me

du Louvre. La Ilurière, se voyant seul avec son arquebuse

aller jeter

— A bas
ment,

un peu détourné de la ligue droite pour à la rivière un affreux enfant qui criait
:
!

les papistes! vive l'amiral

Malheureusefaudrait

au milieu des passants qui couraient, des balles qui sifllaient et des cadavres qui tombaient des fenêtres,
les

je crois

que

le
si

drôle savait nager. Ces misé-

rables parpaillots,
les jeter à l'eau

on veut

les

noyer,

il

uns entiers,
peur

les autres

par morceaux, commença

comme

les chats.

a\anl qu'ils ne

à avoir

et

à chercher

prudemment
il

à

rega-

voient clair.

gner son hôtellerie; mais, la rue de TArbre-Sec par
tait celle ([ue

comme
la et

débouchait dans
il

— Ah

çà

!

vous dites que vous venez du Louvre.

rue d'Averon,

tomba
:

Votre huguenot s'y était donc ré'fugié'?

demanda

dans une troupe de Suisses

de cbcvau-légers

c'é-

Maurevel.

commandait Maur('vel. ^- Eh bien! s'écria celui qui s'ét.iit baptisé luimême du nom de Tueur de roi. vous avez déjà fini?
Vous rentrez, mon hûte'î et ([lie diable avez-vous fait de notre gentilhomme piémunlais? il ne lui est
pas arrivé malheur? Ce serait
lait

— Ob — Je

!

mon

Dieu, oui!

lui ai
il

envoyé un coup de
ne
sais

pistolet
la

au mol'afait, je

ment où
l'ai

ramassait son épée dans
je

cour de
s'est

miral; mais

comuient cela

manqué.
(ili
!

dommage,

car

il

al-

moi. dit Coconas, je ne

l'ai

pas

man-

— Non

bien.

pas,

que

je pense,

reprit la Ihirière, et

j'espère qu'il va nous rejoindre.

donné de mon épée dans le dos, que la lame en ('tait humide à cinq pouces de la pointe. D'ailleurs, je l'ai vu tomber dans les bras de maqué
:

je lui ai

assez

— M. duc d'Alençon. Est-ce lui? — Monseigneur duc d'Alençon
le le

— Du Louvre, où rudement. — Et qui
cela?
le

— D'où venez-vous?

dame
qu'on nous a reçus
je

.Marguerite; jolie

femme, mordi

!

Cependant,

je dois dire

ne serais pas fâché d'être tout à fait sur qu'il est mort ce gaillard-là m'avait l'air d'être d'un caractère fort rancunier, et il serait capable de m'en
vous
alliez

qu'il n'en est pas,

vouloir toute sa vie. Mais ne disiez-vous pas que

n'est de rien

que de ce qui
sez-lui

louche personnellement; propo-

— Vous tenez donc — ne pas
,1e

quelque part?
à venir avec

moi

?

liens à

rester en jdaciv

mordi

!

.le

do traiter
il

nots, et
se fasse

en sera sans le compromettre.
:

aims en hugueses deux pourvu toutefois que la besogne
frères

n'en

ai

encore lué((ue trois ou quatre,

et.

quand

je

— Mais n'aliez-vnus
la

me

refroidis,

mon

cpaub" uh'

fait

mal.

l!ii

rouie!

en route!

point avec ces braves gens, maître

Ilurière?

— Capitaine,

dit

Maurevel au

i

hef de la troupe,

— Oh

Et où vont-ils?
!

donnez-moi
il

trois

hommes,

et allez

expédier

voiri'

mon

Dieu! rue Monlorgueil,

y
il

a là

ministre huguenot de
feiiimc et six enfants.

ma
Ces

connaissance;
liér(''tiques

a

un une

ministre avec

le reste.
ei

Trois Suisses se détachèrent
à Maiiri'vel.

vinrent se joindre

engendrent

Les deux

Iroiipc';

ce|ieudanl marchèrent
la

énormément. Ce

sera curieux.

rôle à côte jusiju'à la hauteur de

rue Tirechappe;

LA

r.lilNE

JIABGOT.

iiiiimi

m

Mais où

itiable

nous conduirez vous?

Jil

Cnconas.

là les
la

chevau-légers

et les Suisses prirent la

rue

rie

Tonnellerie, tandis que Maurevel,
et ses trois

Cnconas, la

Hurière
gnaient

hommes
la

suivaient la rue de la
et

Ferronnerie, prenaient

rue Trousse-Vaeiie

ga-

— Mais où

la

rue Sainte-Avoie.
diable nous conduisez-vous? dit Co-

Chaume où nous avons affaire, et dans un instant nous allons y être. Dites- moi, demanda Coconas, la rue du Chaume n'est-elle pas proche du Temple Oui, pourquoi?

— —

.'

— Ah

1

c'est qu'il

y

a

conas, que cette longue

marche sans

résultat

com-

notre famille,

un
que
!

certain

un vieux créancier de Lambert Mercandon, aulà

mençait à ennuyer.

quel

— Je vous conduis à
utile à la fois.
les frir

mon

père m'a

recommandé de rendre cent nodans

une expédition

brillante et

Après l'amiral, après Téligny, après

princes huguenots, je ne pouvais rien vous of-

de mieux. Prenez donc patience.

C'est

rue du

— Eh bien Maurevel, sion de vous acquitter envers — Comment cela?
dit

bles à la rose

j'ai là à cet effet

ma

poche.

voilà
lui.

une

belle occa-

54

LA
C'est

REI>'E

MP.GOT.
Ces tètes rentrèrent presque aussitôt, devinant sans doute de quoi



l'être.

aujourd'hui le jour où l'on règle ses
est-il

vieux comptes. Votre Mercandon
Oli
!

huguenot?
il

oh

!

fit

Coconas

,

je

comprends,

doit

il

était question.

11

loge donc là, votre M. de
la

Mouy?

dit Coco-'

— Chut — Quel
rue?

nas montrant la maison où
!

liurière continuait

nous sommes arrivés.

de frapper.

est ce

grand hôtel avec son pavillon sur

la

— Mordi
sa belle
!

— Non

;

c'est le logis
I

de sa maîtresse.

quelle galanterie vous lui faites! lui

— L'hôtel de Guise. — En Coconas,
vérité, dit
ici,

fournir l'occasion de tirer l'épée sous les yeux de
je

ne pouvais pas manle

Alors,

nous serons
brûle.

les

juges du camp. Cebattre

quer de venir

puisque j'arrive à Paris sous
!

pendant, j'aimerais assez à

me

moi-même.
est

patronage du grand Henri. Mais, mordi
bien tranquille dans ce quartier-ci.
tout au plus
si

tout est

Mon épaule me
aussi fort

mon

ciier. c'est

on y entend le bruit des arquebusades, on se croirait en province; tout le monde dort,

ou que

le

diable m'emportel

— Mordi
l'achever.

demanda Maurevel, elle endommagée. Coconas poussa une espèce de rugissement.1

— Et votre figure?

dit-il, j'espère qu'il est

mort; ou, sans

En

effet, l'hôtel

de Guise lui-même semblait aussi

cela, je crois

que

je retournerais

au Louvre pour

tranquille que dans les temps ordinaires. Toutes les
fenêtres en étaient fermées,
brillait derrièie la jalousie
et

une seule lumière
principale

La liurière frappait toujours.
Bientôt une fenêtre du premier étage s'ouvrit, et

de

la fenêtre

du pavillon qui

avait, lorsqu'il était entré

dans

la

un homme parut sur
en caleçon

le

balcon en bonnet de nuit,

rue, attiré l'attention de Coconas.

Un peu au
au coin de
la

delà de l'hôtel de Guise, c'est-à-dire

et

sans armes.

Qui va là? cria cet
fit

homme.

rue du Petit-Chantier

et

de celle des

Quatre-Fils, Maurevel s'arrêta.

dit-il.

— — De

Voici le

logis

de celui que nous cherchons,

celui

que vous cherchez,

c'esl-à-dire? Ot la

Iluricre.

— Puisque vous m'accompagnez,
chons.

nous

le

cher-

d'un

— Comment maison bon sommeil... — Vous,
I

cette

qui semble dormir

— — Oui, moi; après? — murmura Maurevel en frémisbien sant de — monsieur, continua ne
1

un signe à ses Suisses, qui se rangèrent sous une encoignure, tandis que Coconas s'aplatissait de lui-même contre la muraille. Ah monsieur de Mouy, dit l'aubergiste de sa
Maurevel
c'ejt
-

voix câline, est-ce vous?

C'est

lui,

joie.
!

Eii

la liurière,

savez-

si

vous point ce qui
vous allez utili-

se passe!

On égorge M.

l'amiral,

.lusteinenll

la Ilurièn;,

on tue

les religionnaires

nos frères. Venez vite à

ser l'honnête figure que le ciel vous a donni-e par

leur aide, venez.

erreur, en frappant à cette maison. Passez voire ar-

— Ah

!

s'écria de

Mouy,

je

me

doutais bien qu'il
nuit. Alil je

quebuse

à

M. de Coconas,
la

il

y

a

une heure que

je

se tramait

quelque chose pour
ami,

cette

vois qu'il

lorgne. Si vous êtes introduit, vous deparler au seigneur de Mouy.
!

n'aurais pas dû quitter
voici,

mes braves camarades. Me
attendez-moi!

manderez

— Ah

à

mon

me

voici,

!

ail

lit

Coconas, je comprends
le quartier

:

vous avez
à ce

Et, sans refermer la fenêtre, parlaipiello sorliii-iit

aussi

un créancier dans

du Temple,

quelques cris de femme effrayie, quelques supplications tendres. M. de

qu'il paraît.

Mouy chercha

.>ion

pourpoint,

— Justement, continua Maurevel. Vous monterez
le

son manteau

et ses

armes.
il

donc en jouant

huguenot, vous avertirez de .Mouy
il

Il

descend,

descend!

murmura

Maurevel

de tout ce qui se passe;

est brave,

il

descendra...

pâle de joie. Attention, vous autres! giissa-t-il dans
l'oreille des Suisses; puis, retirant l'arquebu.se des

— Et une — Une
la

fois

descendu? demanda
je le prierai

la liurière.

fois

descendu,

d'aligner son

mains de Coconas
s'assurer quelle

et

.soufflant

sur

la

mèche

|iour

épée avec

mienne.
c'est

('tait

toujours bien allumée; Tiens,
l'aubergiste, qui avait fait

— Sur mon âme,
dit Coconas, et je

d'un brave gentilhomme,
faire

la liurière. ajoiita-l-il à

compte

exactement
et,
s'il

la

même
trop

retraite vers le gros

de

la

troupe, reprends ton ar-

chose avec Lambert Mercandon;

est

quebu.se.

vieux pour acrepior, ce sera avuc quelqu'un de ses
fils

ou de

ses

neveux.
alla sans n-pliquer frapper à la porte;

La liurière
ses coups,

Mordi s'i'cria Coconas, voici la lune (pu sort d'un nuage pour être l('moin de cell<' belle rencontre. Je donnerais beaucoup pour que Laniherl Mer!

reli'iili.-isant

dans
de

le

silence de la nuit,

candon

firent ouvrir les portes

riiùlel

de Guise,
:

el sortir

— Attendez, attendez!
hommes
Avancez,

fut ici el servit

de second à M. de Mouy.
dit

Maurevel. M. de Mouy

quelques

têtes

par ses ouvertures
la

on

vit alors «(ue

vaut dix

à lui tout seul, et

nous en aurons

riiôiel ('lait
i'i-dire

(alinéa

manière des

citadelles, cest-

peut-être assez à nous six à
lui.

nous débarrasser do

parce qu'il était plein de soldats.

vous autres, continua Maurevel en

LA REINE 5IARG0T
faisant signe

55
la

aux Suisses de
dit

se glisser contre
il

la

personne ne soutenait
la

conversation entamée par
il

«porte, afin de le frapper

quand

sortira.

Hurière

et

continuée par de Mouy,

quitta son

Oli
il

!

oh

1

Goconas en regardant ces prépase passera noint tout à

posta, s'avança jusqu'au milieu de la rue, et

met-

ratifs,

parait
je

que cela ne
le

tant le chapeau à la

fait

comme

m'y attendais
bruit de la tiarre que tirait

D('ià

on entendait

de Mouy. Les Suisses étaient sortis de leur cachette pour prendre leur place prés de la porte. Maurevel et la Hurière s'avançaient sur la pointe du pied,
tandis que. par

Monsieur, dit-il, nous ne sommes point ici pour un assassinat, comme vous pourriez le croire, mais pour un duel... J'accompagne un de vos ennemis qui voudrait avoir affaire à vous pour ter-

main

:

miner galamment une

vieille discussion.

Eh mordi
!

!

un

reste de

gentilhommerie. Gocojeune femme, à
la-

nas

restait à sa place, lorsque la

avancez donc, monsieur de Maurevel. au lieu de tourner le dos, monsieur accepte.

quelle on ne pensait plus, parut à son tour au bal-

— Maurevel!
mon

s'écria

de Mouy
le

Maurevel, l'assas-

con

et

poussa

un

cri

terrible

en apercevant

les

sin de

père!

Maurevel,

tueur du roi

!

Ah!

Suisses. Maurevel et la Iluriére.

pardieu oui, j'accepte!
la porte, s'arEt. ajustant

De Mouy, qui avait déjà enlr'ouvert
rêta.

Maurevel, qui

allait

frapper
il

à.

l'hôtel

— Remonte,
1

remonte, cria

la

jeune femme;

je

de Guise pour y ciiercher du renfort, chapeau d'une balle.

perça son

vois reluire des épées, je vois briller la

mèche d'une
les

Au

bruit de l'explosion,,

aux

cris
la

de Maurevel,

arquebuse. C'est un guct-apens.

— Oh
il

gardes qui avaient ramené

duchesse de Ne-

oh

I

reprit en

grondant
ce

homme; voyons un peu
Et
le

la voix du jeune que veut dire tout ceci.

vers sortirent accompagnés de trois ou quatre gentilshommes suivis de leurs pages, et s'avancèrent vers la maison de
la

referma
et

la

porte, remit la barre, repoussa

maîtresse du jeune de Mouy.
pistolet tiré
le

verrou

remonta.
sortirait point. Les Suis-

Un second coup de
troupe
fit

au milieu de

la

L'ordre de bataille de Maurevel fut changé dès
qu'il vit

tomber mort

soldat qui se trouvait le

que de Mouy ne

ses allèrent se poster de l'autre côté de la rué, et la

plus proche de Maurevel, après quoi de Mouy, se trouvant sans armes, ou du moins avec des armes
inutiles,

Hurière, son arquebuse au poing, attendit que l'en-

puisque ses

pistolets étaient

déchargés, et

nemi reparût à la fenêtre. Il n'attendit pas longtemps. De Mouy s'avança précédé de deux pistolets d'une longueur si respectable, que la Hurière, qui
le couchait déjà

que

ses adversaires étaient hors de la portée

de

l'é-

pée, s'abrita derrière la galerie

du balcon.

Cependant, çà
s'ouvrir

et là les fenêtres
et,

commençaient de

en joue, rédéchit soudain que

les

aux environs,

selon l'humeur pacifique

balles
faire

pour arriver dans

du huguenot n'avaient pas plus de chemin à la rue que sa balle à lui

n'en avait pour arriver au balcon.
il,

ou belliqueu.se de leurs habitants, se refermaient ou se hérissaient de mousquets ou d'arquebuses.
'

Certes, se dit-

— A moi, mon brave Mercandon
homme

!

s'écria

de Mouy

je puis tuer ce

gentilhomme, mais aussi ce genla

en faisant signe à un

déjà vieux, qui. d'une

tilhomme peut me tuer du même coup. Or. comme, au bout du compte, maître
rière. aubergiste

fenêtre qui venait de s'ouvrir en face de l'hôte! de

Hufaire

de son

état, n'était soldat
le

que par
à

Guise, cherchait à voir quelque chose dans cette confusion.

circonstance, cette rédexion
retraite et à chercher

détermina
de
la

— Vous

En

appelez, sire de

Mouy

!

cria le vieillard

;

un abri

à l'angle
eîit

rue de
dif-

est-ce à vous qu'on en veut?
C'est à moi, c'est à vous, c'est à tous les pro-

Braque, assez éloignée pour qu'il
ficulté à trouver

quelque

de
la

avec une certaine certitude,

testants; et, tenez,
effet,

surtout la nuit,

ligne que devait suivre sa balle

en voilà la preuve. en ce moment, de Mouy avait vu se
le

di-

pour arriver

jusi]u'à de

Mouy.
d'œil autour de lui et s'a-

riger contre lui l'arquebuse de la Hurière. Le coup
partit;

De Mouy

jeta

un coup

mais

jeune

homme

eut

le

temps de se

vança en s'effaçant
pare à un duel

comme un homme

qui se pré:

baisser, et la balle alla briser

une

vitre au-dessus

monsieur le donneur d'avis, que vous avez oublié votre arquebuse à ma porte. Me voilà, que me voulez-vous?
Çà,
dit-il, il paraît,

;

mais voyant que rien ne venait

de sa

— Mercandon
le

tête.

!

s'écria Goconas, qui, à la

vue de

cette bagarre, tressaillait de plaisir et avait oublié

— Ah! ah! brave. — Eh bien
j'attends?

son créancier, mais à qui cette apostrophe de de

se dit Goconas,

voici

en

effet

un

Mouy
c'est

rappelait; Mercandon,

rue- du Chaume,
là.

bien cela!

Ah

!

il

demeure

c'est

bon; nous

!

continua de Mouy, amis ou enne-

allons avoir affaire chacun à notre
Et. tandis

homme.
était

mis, qui que vous soyez, ne vo)'ez-vous pas que

que

les

gens de l'hôtel de Guise enfon-

çaient les portes de la maison où
le silence.

de Mouy;

La Hurière garda

Maurevel ne réponcois.

tandis que Maurevel,
sayait d'incendier la

dit point, et les trois Suisses

demeurèrent

Goconas attendit un instant; puis, voyant que

une

fois brisées,

main, esmaison; tandis que, les portes un combat terrible s'engageait codà la

un flambeau

56

LA REINE 5IÂRG0T.

Cocoua^

essiiyaii,

ii

l'aido

cl

un

p:iu', d'ciiloncci' la

porte ds Murcciidoir

Ire lin seul

homme

ijui à

cIkuiiic

coup de

pistolet

nus

p.ir le feu

des fenêtres, à faire reculer

le^s

gens
lini-

ou

il

elia(|ue

coup de mpiére abattait son onnenii,

de .Maurevcl et ceux de l'hntel de Guise, qu'ils
rent par acculer à
l'iiotel

Cocouas essayait, à l'aide d'un pavé, d'enfoncer la porte de Mcrcandon, (jui. sans s'infiuii'ter de cet
effort
.si)lil;iire,

d'où

ils

étaient

.sortis.

Coi'onns. (jui n'avait point encore achev(" d'enfon-

anpiehiisait de son

mieux

à sa fe-

cer

la

porte de Mercandoii. qiioiipi'il s'escrimât
fut pris

di'

nêtre.

tout son cœur,

dans ce hru.sque refoulemuraille et mettant
l'é-

Alors tout ce quartier désert et obscur se trouva
illiiininé

ment. S'adossant alors
pi'C à la
fi'iiilre,

à la

comme
si,\

en

pliiin jfnir,

peu[d('
(\i:

comme

l'in-

main,

il

commença non-seulement
à

à .sedesi

lérieur d'une foiirmiliiTiu car.

l'Iiùlcl d(^

Mont-

mais encore

attaquer avec des cris
crtir mêlée.
Il

ter-

morency,
faire

ou huit gentilshommes huj;uenols,
furieuse, et

ribles, qu'il

dominait toute

ferrailla

avec leurs serviteurs et leurs amis, vcuaicnl de

ainsi

une charge

commençaient, soute-

jusiiu'à ce

de droito à gauche, frappant amis cl ennemis qu'un larpe vide se fût opéré autour de

LA REINE MARGOT.

57

/'/('/MOAmf

Q

apparut enfin dans

la

rue, soutenant d'un bras sa maîtresse.

lui.

A mesure que sa rapière trouait une
le

poitrine et
et

nue

et

presque évanouie,

et

tenant

que

sang tiède éclaboussait ses mains
lui,

son

viles

tre ses dents.

Son épée, flamboyante par

un poignard enle mouvela

sage,

l'œil

dilaté,

les

narines ouvertes,

ment de

rotation qu'il lui imprimait, traçait des

dents serrées, regagnait le terrain perdu et se rapprochait de la maison assiégée.

cercles blancs

ou rouges selon que

lune en ar-

gentait la lame ou qu'un flambeau en faisait reluire

De Mouy, après un combat terrible livré dans
l'escalier et le vestibule, avait fini

l'humidité sanglante. Maurevel avait fui. La Hurière, repoussé par

par sortir en vé-

de Mouy jusqu'à Coconas, qui

ritable héros de sa

maison brûlante. Au milieu de
:

ne

le

reconnaissait pas et le recevait à la pointe de

toute cette lutte,

il

n'avait pas cessé de crier

A moi,
les

son épée, demandait grâce des deux côtés.

En

ce

Maurevel! Maurevel, où es-tu? l'insultant par
épithètes les plus injurieuses.
la rue,
Il

moment, Mercandon
tit.

l'aperçut, le

reconnut à son

apparut enfin dans

écharpe blanche pour un massacreur. Le coup par-

soutenant d'un bras sa maîtresse, à moitié

La Hurière

jeta

un

cri,

étendit les bras, laissa

8
f^rji.

lmp.de BRY

aln^, bODletart

Hontpanuase, U.

58
échapper son arquebuse,
et,

LA REINE MARGOT.
après avoir essayé de

nas avait cherché un abri s'ouvrit en grinçant. Coconas Ct un soubresaut, craignant une attaque de
ce côté;

gagner

la

muraille pour se retenir à quelque chose,
terre.
cette circonstance, se jeta

tomba la face contre De Mouy profita de
la

mais, au lieu d'un ennemi, ce fut une

dans

femme

qu'il aperçut;

au lieu de l'arme meurtrière

rue de Paradis

et disparut.

qu'il s'apprêtait à combattre, ce fut

un bouquet qui

La résistance des huguenots avait
les

été telle,

que

tomba à

trés et avaient fermé les portes de rhûtel

gens de rhotel de Guise, repoussés, étaient rendans la

— Tiens, une femme!
salua la

ses pieds.

dit-il.

Il

dame de son épée et se

baissa pour ra-

crainte d'être assiégés et pris chez eux.

masser
cette

Coconas, ivre de sang

et

de bruit, arrivé à

— Prenez garde, brave catholique, prenez garde,
dame.
si

L

bouquet.

exaltation où, pour les gens

du Midi surtout,

le

s'éeria la

courage
tintaient

se
Il

change en

folie,

n'avait rien vu, rien

Coconas se releva, mais pas

rapidement que

le

entendu.
séchaient
épée,
il

remarqua seulement que ses oreilles moins fort, que ses mains et son visage se

poignard du second neveu ne fendit son manteau
et

n'entamât l'autre épaule.

un peu,
vit

et,

abaissant la pointe de son

La dame
Coconas
geste,

jeta
la

un

cri

perçant.
et
la

ne

plus près de lui qu'un

homme
et

cou-

remercia

rassura d'un

même

ché, la face noyée dans

un ruisseau rouge,

autour

s'élança sur le second neveu,

qui rompit;

de lui que maisons qui brûlaient.

mais, au second appel, son pied de derrière glissa

Ce fut une bien courte trêve, car, au moment où il allait s'approcher de cet homme, qu'il croyait reconnaître pour la Ilurière, la porte de la maison,
qu'il avait

dans
dité

le

sang. Coconas s'élança sur lui avec la rapiet lui traversa la poitrine

d'un chat-tigre,

de

son épée.

vainement essayé de briser
le

à

coups de

—-Bien,

bien, brave cavalier! cria la
!

dame de

pavés, s'ouvrit, et le \ieux Mercandon, suivi de son
fils et de ses deux neveux, fondit sur occupé à reprendre haleine.

l'hôtel

Piémonlais

— Ce

de Guise, bien

je vous envoie

du secours.

n'est point la peine de vous déranger
dit Coconas.

— Le

cela,

madame!

pour Regardez plutôt jus-

voilà, le voilà

!

s'écrièrent-ils tout d'une

qu'au bout,
voir

si la

chose vous intéresse, et vous allez

voix.

Coconas se trouvait au milieu de la rue, et, craignant d'être entouré par ces quatre hommes qui l'attaquaient à la fois, il fit, avec la vigueur d'un

comment le comte Annibal de Coconas accommode les huguenots. En ce moment, le fils du vieux Mercandon tira
presque à bout portant un coup de pistolet à Coconas, qui tomba sur un genou. La dame de la fenêtre poussa
s'était

dans

de ces chamois les montagnes, un bond en arrière
qu'il

avait

si

souvent poursuivis
et se

trouva
fois

un

cri,

mais Coconas

se releva;
la balle,

il

ne

adossé à

la

muraille de l'hôtel de Guise. Une
il

agenouillé que pour éviter

qui alla

tranquillisé sur les surprises,

se remit

en garde

trouer le

mur

à

deux pieds de
temps, do
cri

la belle spectatrice. la

— Ah ah! père Mercandon reconnaissez pas? — Oh misérable!
!
!

et redevint railleur.

Presque en
!

même

fenêtre
,

dit-il,

vous ne

mo

de Mercandon partit un

de rage

et

du logis une vieille

vieux huguenot, je te reconnais bien au contraire; tu m'en veux! à moi, l'ami, le compagnon de ton père!
s'écria le

— Et son
,

créancier, n'est-ce pas?
c'est toi

femme, qui à sa croix et à son écharpe blanche reconnut Coconas pour un catholique, lui lança un pot de fleurs qui l'atteignit au-dessus du genou. Bon! dit Coconas; l'une me jette les fleurs, l'autre les pots. Si cela continue, on va démolir les

dis.

— Oui son créancier, puisque — Eh bien! justement, répondit
Saisissons-le,
lions-le,

qui

le

maisons.

Coconas,

je

viens régler nos comptes.


dit le vieillard

aux

— Merci, ma mère, merci jeune homme. — Va, femme, va vieux Mercandon, mais nous! prends garde — Attendez, monsieur de Coconas, attendez,
!

cria le

!

dit le

à

dit

jeunes gens qui l'accompagnaient, cl qui à sa voix s'élancèrent contre la muraille.

la

jeune dame do

l'hôtel

do Guise;

jo vais faire ti-

rer aux fenêtres.

Un

instant,
les

un instant!
il

dit

en riant Coconas.
les

— Ah

çà! c'est

Pour arrêter
et

gens

vous faut une prise decorps,

unes sont pour moi
!

donc un enfer de femmes, dont et les autres contre moi dit
I

vous avez négligé do la demander au prévôt. Et, à ces paroles, il engagea l'iqiée avec celui des
le

Coconas. Monli
La scène, en

linissons-en.
était

effet,

Lion changée, ct lirait
face de Coconas,

jeunes gens qui se trouvait
et

plus proche do

lui,

évidemment
blessé
il

à son

dénoùmont. En

au premier dégagement

lui

abattit le poignet

avec sa rapière.

mais dans toute la vigueur do ses vingt-quatro ans, mais hahiluo aux armes, mais irest vrai,
rité plutôt qu'affaibli

Le malheureux se recula en hurlant. Et d'un dit Cnconas.

par

les trois
il

ou (|uatro egrali-

!

gnurcs

qu'il et

avait reçues,

Au mCme

instant, la fcnôtro sous laquelle Coco-

Mercandon

son

fiU

:

restait |ilus que Mercandon, vieillard de

ne

LA REINE MARGOT.
soixante à soixante-dix ans;
seize à dix-huit ans
:

59

son

fils,

enfant de

trine de son adversaire la miséricorde acérée et

ce dernier, pâle, blond et frùle,
et,

tranchante.

avait jeté son pistolet déchargé,

par conséquent,

— Mourir
Et un
cri

!

s'écria le vieillard,

mon

pauvre en-

devenu
père,

inutile, et agitait

en tremblant uneépée de

fant!

mourir!
de mère retentit
si

moitié moins longue que celle du Piémoutais; le

armé seulement d'un poignard et d'une arquebuse vide, appelait au secours. Une vieille femme, à la fenôtre en faœ, la mère du jeune homme, tenait à la main un morceau de marbre et s'apprêtait
à le lancer. Enfin Coconas, excité d'un côté par les

profond, qu'il ébranla pour
résolution

un moment

douloureux et si la sauvage

— Oh

du Piémontais.

!

madame
la

la

duchesse! s'écria le père se
l'hôtel

tournant vers
votre

femme de

de Guise, inter-

cédez pour nous, et tous les matins et tous les soirs

menaces, de l'autre par
sa double victoire,

les

encouragements,

fier

de

nom

sera dans nos prières.
qu'il

enivré de poudre et de sang,

— Alors,
l'hôtel

se convertisse! dit la

dame de

éclairé par la réverbération d'une

maison en fiamles

mes, exalté par l'idée qu'il combattait sous

yeux
si

d'une femme dont
Coconas,

la

beauté lui avait semblé

su-

— — Meurs donc,
bouche

de Cuise.

Je suis protestant, dit l'enfant.
dit

Coconas en levant' sa dague,
tu

périeure que son rang lui paraissait incontestable;

meurs donc, puisque
cette belle

ne veux pas de

la vie

que

comme

le

dernier des Iloraces, avait senti
et,

t'offrait.

doubler ses forces,
siter,
il

voyant

le

jeune

homme

hé-

Mercandon
luire
fils.

et sa

femme

virent la lame terrible

courut à lui

et croisa

sur sa petite épée sa

comme un
fils,

éclair au-dessus de la tête de leur

terrible et sanglante rapière.

Deux coups
pour que

suffirent

pour

la lui

faire sauter des

mains. Alors Mercanles pro-

don chercha

à repousser Coconas,

abjure.

jectiles lancés

de

la

fenêtre l'atteignissent plus sû-

— Mon mon — Abjure, cher
la terre.

Olivier, hurla la

mère, abjure...

rement. Mais Coconas, au contraire, pour paralyser
la

lant

enfant, cria Mercandon se rouaux pieds de Coconas, ne nous laisse pas seuls

double attaque du vieux Mercandon, qui essayait
le

sur

de

percer de son poignard, et de
qui tentait de lui briser

la

mère du jeune
avec
la

homme,
à

la tête

pierre

qu'elle s'apprêtait à lui lancer, saisit son adversaire

— Abjurez tous ensemble, Coconas pour un Credo, âmes une — veux bien, jeune homme.
cria
;

trois

et

vie!

bras-le-corps,

le

présentant à tous les coups
sa

comme un

bouclier, et l'étouffant dans son étreinte

herculéenne.

— A moi

— Nous voulons femme. — A genoux,
le

Je le

dit le

bien, crièrent

Mercandon
que ton

et

alors! dit Coconas, et
la

fils

!

à

moi
!

!

s'écria le

jeune homme,
!

il

me

récite

mot

à

mot

prière que je vais te dire.

brise la poitrine

à moi, à moi

Le père obéit
dans un râle
supplia.

Et sa voix

commença de

se perdre

le

premier.
il

Je suis prêt, dit l'enfant; et

s'agenouilla à

sourd

et étranglé.
il

son tour.

— Grâce, monsieur grâce mon unique enfant — mon mon
grâce,
dit-il,
'.

Alors Mercandon cessa de menacer,

Coconas commença alors à lui dicter en latin
jeune Olivier
s'était

les

de Coconas!
cria la

paroles du Credo. Mais, soit hasard, soit calcul, le

c'est

!

agenouillé près de l'endroit où

C'est

fils,

c'est

fils,

mère,

avait volé son épée.

A peine
il

vit-il

cette

arme

à la

l'espoir

de notre
le tuez

vieillesse

!

ne

le

tuez pas,

mon-

portée de sa main, que, sans cesser de répéter les

sieur

!

vraiment! cria Coconas en éclatant de rire, que je ne le tue pas et que voulait-il donc me faire avec son épée et son pistolet'
!

— Ah!

ne

pas

!

paroles de Coconas,
sir.

étendit le bras pour la sai-

— Monsieur
mains,
j'ai

mouvement tout en faisant semblant de ne pas le voir. Mais, au moment où le jeune homme touchait du bout de ses doigts crisCoconas aperçut
le

,

continua Mercandon en joignant
dix mille écus

pés la poignée de l'arme,

il

s'élança sur lui, et le

les

chez moi l'obligation souscrite par
j'ai

renversant

:

votre père, je vous la rendrai;
d'or, je vous les

— Ah!
Et
il

traître! dit-il.

donnerai

;

j'ai les
;

pierreries de no-

lui

plongea

sa

dague dans

la

gorge.

tre famille, et elles seront à vous

mais ne

le tuez

.

Le jeune

homme

jeta
et

un

cri, se

releva convulsi-

pas,

— Et moi,
femme de

ne

le tuez

pas

!

vement sur un genou
dit à

j'ai

mon amour,

demi-voix

la

— Ah — Ma
En
tu

retomba mort.

!

bourreau
dois...

,

hurla
les

Mercandon

,

tu

nous

rhôtel de Guise, et je vous le promets.
:

égorges pour nous voler

cent nobles à la rose

— Ètes-vous huguenot? demanda-t-il au jeune homme. — murmura — En ce mourir répondit Coconas
Je le suis,
l'enfant.
!

Coconas réfléchit une seconde, et soudain

que

nous
foi

non, dit Coconas,

et la

preuve...

disant ces mots, Coconas jeta

aux pieds du

vieillard la bourse qu'avant son départ son père lui

cas,

il

faut

avait remise
cier.

pour acquittersa dette envers son créan-

en fronçant

les sourcils et

en approchant de

la

poi-

60

LA REINE MARGOT.

— Et
nêtre.

la

preuve, continua- t-il. c'est que voilà vo-

tre argent.

— Et — Prenez
toi,

Mercandon s'élança aussitôt, le poignard à main, sur Coconas évanoui; mais en ce moment
voyant luire
les

la la

voici ta

mort

!

cria la

mère de

la fe-

porte de l'hôtel de Guise s'ouvrit, et le vieillard,

pertuisanes et les épées, s'enfuit,

garde, monsieur de Coconas, prenez

tandis que celle qu'il avait appelée
chesse,

madame

la

dudia-

garde, dit la

dame de

l'hôtel

de Guise.

belle d'une beauté terrible à la lueur de

pu tourner la tète pour se rendre à ce dernier avis ou pour se soustraire à la première menace, une masse pesante
Mais, avant que Coconas eût

l'incendie,

éblouissante de pierreries et de

mants, se penchait à moitié hors de la fenêtre pour crier aux nouveaux venus, le bras tendu vers Coconas

fendit l'air en sifflant,

s'abattit à plat

sur le cha-

peau du Piémonlais. lui brisa son épée dans la main et le coucha sur le pave surpris, étourdi, assommé, sans qu'il eût pu entendre le double cri de joie et
de détresse qui
se répondit

un gentilhomme vêtu là en face de moi d'un pourpoint rouge. Celui-là, oui, oui, celui! !

— Là

:

;

là!...

de droite à gauche.

-<««-<®>**s~

xuivr. MKssi;

on

bastim.I';.

ari,'uerile.

conime nous

l'a-

Marguerite, votre sang coule encore.
Gillonne,
blessé?

..

Oh regarde.
!

vons

dit,

avait refermé sa

comme

il

est pâle...

Voyons, où êtes-vous

porte et étaitrentrée dans sa

chambre. Mais,

comme elle

— Madame,

dit la

Mole en essayant de fixer sur
la

y entrai.! toute palpitante, elle aperçut Gillonne, qui,

dos points principaux
.son

douleur errante par tout

corps, je crois avoir reçu
à l'épaule et

penchée avec terreur vers
la porte

dague

un premier coup de un second dans la poitrine, les

du cabinet, conlit,

autres blessures ne valent point la peine qu'on s'en

templait des traces de san;; éparses sur le
les

sur

occupe.

meubles
.\ll^

et

sur

le tapis.
la

— Nous

allons voir cela,

dit

Marguerite; Gil-

reine.

— Silence! Gillonne,
Gillonne se
tut.

madame, s'écria-t-eile en api^rc(n;int Oh madame, est-il donc mort?
1

lonne, apporte

ma

cassette de

baumes.
ui.iin la

Gillonne obéit, et rentra tenant d'une
casseltc et

dit

Marguerite do ce ion de
la re-

de l'autre une aiguière de vermeil

et

du

voix qui indique l'importance suprême de

linge de fine toile de Hollande.

commandation.
Marguerite
tite clef

— Aide-moi
de son aumônière une pe-

à le soulever, Gillonne, dit la reine
le

Marguerite, car, en se .soulevant Uii-mênie.

mal-

tira alors

heureux a achevé do perdre

ses forces.

dorée, ouvrit la porte

du cabinet,

et

mon-

tra

du doigt le jeune homme à sa suivante. La Mole avait réussi à se soulever et à s'appr<fla fenêtre.


fus
;

Mais,
je

madame,

dit la Mole, je suis tout convérité...

ne puis souffrir en

cher de
les

Un
et

petit poignard,

de ceux que
l'avait


que

Mais, monsieur, vous allez vous laisser faire,

femmes

portaient à ctto ('poquo, s'était rencon-

je pense, dit

Marguerite; quand nous pouvons
rriiiie

tré .sous sa
saisi

main,

le joiinc

gentilhommi'

vous sauver, ce serait un

de vous

lai.sser

— Ne craignez
La Mole se

en entendant ouvrir
rien,

la porte.

mourir.

monsieur, dit Marguerite,
ses

— Oh!
jamais!
El
il

s'écria la Mole, j'aime
la

mieux mourir que

car, sur

mon àmel
laissa
!

vous êtes en sûreté.

de vous voir, vous,
d'un sang indigne

reine, souiller vos mains
le

nMoniber sur
s'iTria-t-il,

genoux.

comme

mien...

Oh

!

jamais!

— Oh

madame.
agitez

vous èies juiur moi

plus qu'une reine, vous êtes une divinité.

se recula respcctueuscincnl.

— Ne vous

pus ainsi, monsieur, s'i'rna

— Vdire sang, mon genlilliommp,

reprit

en sou-

LA REINE MARGOT.

6i

,1111

.

,..

1
.1111;,

j.-, .;

iji

iil

I!

lilii

iiiiiii'

'^ :^^

62

LA REINE JIARGOT.
Il

La Mole voulait essayer de résister encore; il rénouveau qu'il aimait mieux mourir que d'occasionner à la reine ce labeur, qui pouvait compéta de

Marguerite répondit par
doigt sur sa bouche.

murmura quelques mots sans suite, auxquels un sourire en posant le
ce

mencer par
lutte
Il

la

pitié et

finir

par

le

dégoût. Cette

En

moment,

le bruit

de plusieurs coups frapsecret, dit

ne servit qu'à épuiser complètement ses forces. chancela, ferma les yeux, et laissa retomber sa en arrière, évanoui pour
la

pés à une porte retentit.

tête

seconde

fois.

Alors Marguerite,

saisissant le

poignard qu'il
le lacet

avait laissé échapper, coupa

rapidement

qui

— On heurte au passage Marguerite. — Qui donc peut venir, madame? demanda Gillonne — Je auprès Marguerite.
effrayée.

vais voir, dit

Toi, reste

fermait son pourpoint, tandis que Gillonne, avec

de lui

et

ne

le quitte

pas d'un seul instant.
et,

une autre lame, décousait ou plutôt tranchait les manches de la Mole. Gillonne, avec un linge imbibé d'eau fraîche,
étancha
poitrine
le

Marguerite rentra dans sa chambre,
la porte

fermant

du cabinet,

alla

ouvrir celle du passage

qui donnait chez

sang qui s'échappait de l'épaule
la

et

de

la

— Madame de Sauvel
et
la terreur,

le roi et

chez la reine mère.
s"écria-t-elle

en reculant
est

du jeune homme, tandis que Marguerite,
pointe arrondie, sondait les

vivement
sinon à

avec une expression qui ressemblait,

d'une aiguille d'or à
tre

du moins

à la haine, tant

il

plaies avec toute la délicatesse et l'habileté

que maî-

Ambroise Paré

eiit

pu déployer en

pareille cir-

constance.
Celle de l'épaule était profonde, celle de la poitrine avait glissé sur les côtes et traversait seule-

femme ne pardonne jamais à une autre femme de lui enlever même un homme qu'elle n'aime pas. Madame de Sauve
vrai qu'une
!

les

ment
le

les chairs

;

aucune des deux ne pénétrait dans
qui protège

— Oui, Votre Majesté mains. — vous, madame
Ici
!

!

dit celle-ci

en joignant

!

continua Marguerite de

les cavités

de

cette forteresse naturelle

plus en plus étonnée, mais aussi d'une voix plus impéralive.

non mortelle, acerrimtim humcri vulints non uulcm Iclhalc murmura la belle et savante chirurgienne passe-moi du baume
Plaie douloureuse et
,
,

cœur

et les

poumons.

Charlotte tomba à genoux.

— Madame,
vous saviez
I

dit-elle,

pardonnez-moi,

je reconnais
si

;

à quel point je suis coupable envers vous; mais,
la faute n'est la

et

prépare de la charpie, Gillonne.

pas tout entière à moi, et

Cependant Gillonne,

ft

qui la reine venait de donet

un ordre exprés de

ner ce nouvel ordre, avait déjà essuyé Ja poitrine du jeune homme et en avait

parfumé
autant

— Relevez-vous,

reine mère...

dit Marguerite, et,

comme je ne

fait

pense pas que vous soyez venue dans l'espérance de

de ses bras modelés sur un dessin antique, de ses
épaules gracieusement rejotées en arrière, de son

vous

justifier vis-à-vis

de moi, dites-moi pourquoi

vous êtes venue

cou ombragé de boucles
corps mutilé d'un

«[laisses et

qui appartenait
à

Je suis venue,

madame,

dit Charlotte toujours

bien plutôt à une statue de marbre de Paros qu'au

— Pauvre jeune
N'est-ce

homme expirant. homme murmura
!

Gillonne en

regardant non pas tant son ouvrage que celui qui
venait d'en être l'objet.

avec une franchise toute royale.
il

— pas — Oui, madame. Mais

qu'il est

beau?

dit

Marguerite

me semble

qu'au lieu de
le

genoux et avec un regard presque égaré, je suis venue pour vous demander s'il n'était pas ici. Ici, qui? de qui parlez-vous, madame?... car, en vérité, je ne comprends pas? Du roil Du roi Vous le poursuivez jusque chez moi Vous savez bien qu'il n'y vient pas, cependant! Ah madame, continua la baronne de Sauve

— — — —

!

:

!

le laisser ainsi couclié à terre

nous devrions

sou-

sans répondre à toutes ces attaques et sans
paraître les sentir, ah
I

même

lever et l'étendre sur ce
il

lit

de repos contre lequel

est

— Oui,
loties

seulement appuyé.
dit Marguerite, tu as raison. fciimies, s'inclinanlct réunissant leurs

— pourquoi cela? — Eh mon Dieu madame, parce qu'on
Et
!
!

plût à Dieu qu'il y fûll

égorge
chef

deux

les

huguenots, et que

le

roi

de Navarre

est le

forces, soulevèrent la

Mole

et le

déposèrent sur une

des huguenots.

espèce de grand sofa à dossier sculpté qui s'étendait

— Oh

!

s'écria
la

Marguerite en saisissant
et

madame

devant

la fonèiro, l'air.

qu'elles cnlr'ouvrirent

pour

lui

do Sauve par

main

en

la

forçant

tic

se relever,

donner de
soupir,
et,

ohl jo l'avais oublié! D'ailleurs, je n'avais pas cru
la

Le mouvement réveilla
rouvrant
les

Mole, qui

pou.ssa

un

qu'un
tres

roi

pût courir

les

mâincs dangers que

les

au-

yrux,

commença d'éprouri'lourà la

ver cet incroyable bien-fitro qui accompagne toutes
les sensations du blesse, alors qu'à son

hommes. Plus, madame, mille
effet,

fois

plus! s'écria Char-

lotte.

vie

il

relrouvo

la fraiclioiir

au lieu des flaiinncs dd-

— En
sorti?

madame

do Lorraine m'avait prove-

voranles, et les parfums du
et

Imumeau

lieu

do

In tiède

nue. Je lui avais dit do no pas sortir. Scrail-il

nauséabonde odeur du sang.

LA REIKE MARGOT.

63
toutes ces allées et venues faisaient
et

— Non,

non,

il

est

dans

le

Louvre.

Il

ne se re-

tres sortant

:

un

trouve pas. Et

s'il

— n'y — Oh!
11

nest pas

ici...

fourmillement terrible
ries.

immense dans

les gale-

est pas.

s'écria

madame

de Sauve avec une explofait

Marguerite n'en continua pas moins d'aller en
avant, et parvint jusqu'à l'antichambre de la reine

sion de douleur; c'en est

de

lui,

car

la

reine

mère

vantez.

— Sa mort! Ah! Impossible! — Madame,
sait

a juré sa

mort.
dit Marguerite,

mère. Mais
vous m'épou-

cette

antichambre

était

gardée par deux

haies de soldats,

qui ne laissaient pénétrer que

reprit

madame
la

de Sauve avec cette
passion, je vous dis

ceux qui étaient porteurs d'un certain mot d'ordre. Marguerite essaya vainement de franchir celte
barrière vivante. Elle vit plusieurs fois s'ouvrir et
se

énergie que

donne seule

qu'on ne

— La
toire,

— Et

pas où est le roi de Navarre.

fermer

la

porte, et, à
elle

chaque

fois,

par l'entrepar

la

reine mère, où est-elle?

bâillement,

aperçut Caliierine rajeunie
elle n'avait

reine

mère m'a envoyée chercher M. de

l'action, active

comme si

que vingt ans,

Guise et M. de Tavannes, qui étaient dans son orapuis elle m'a congédiée. Alors, pardonnez!

écrivant, recevant des lettres, les décachetant, don-

nant des ordres, adressant à ceux-ci un mot, a
ceux-là
le

moi,

madame

je suis

remontée chez moi,

et,

comme

un

sourire, et

ceux auxquels

elle souriait

d'habitude,

— Mon mari, pas? — pas venu, madame.
n'est-ce
11

j'ai

attendu.

plus amicalement étaient ceux qui étaient plus

dit Marguerite.

couverts de poussière et de sang.
cher-

n'est

Alors, je

l'ai

Au milieu de
dans
le

ce

grand tumulte qui bruissait
emplissait d'effrayantes rules

ché de tous côtés

;

je l'ai

demandé

à tout le

monde.

Louvre,

rju'il

Un

seul soldat

m'a répondu

qu'il

croyait l'avoir

meurs, on entendait éclater
rue de plus en plus répétées.

arquebusades de

la

aperçu au milieu de gardes qui l'accompagnaient

nue quelque temps avant que le massacre commençât, et le massacre est commencé depuis une heure. Merci, madame! dit Marguerite, et quoique
l'cpée

— Jamais
ici,

je n'arriverai jusqu'à elle, se dit
fait

Mar-

guerite après avoir

prés des hal'.-ibardiers trois

tentatives inutiles. Plutôt

que de perdre
frère.
il

mon

temps

allons donc trouver
ce

mon

peut-être le sentiment qui vous

fait
!

agir soit

une

En

moment

passa M. de Guise;

venait d'anet

nouvelle offense pour moi, merci

— Oh

noncer
!

à la reine la

mort de l'amiral,

retournait

!

alors,

pardonnez-moi,

madame

dit-elle,
;

à la boucherie.

et je rentrerai

chez moi plus forte de votre pardon

car je n'ose vous suivre,

même

— Oh

!

Henri

!

s'écria Marguerite,

est le roi

de loin.

de Navarre?

Marguerite

lui lendit la

main.
Le duc
dit-elle
;

Je vais trouver la reine Catherine,

la

regarda avec un sourire étonné,

s'in-

rentrez chez vous. Le roi de Navarre est sous

ma

clina, et, sans répondre, sortit avec ses gardes.

sauvegarde, je lui ai promis alliance, et je serai
fidèle à

Marguerite courut à un capitaine qui
tir

allait sor-

reine mère?

— Mais — Alors
il

ma

promesse.
si

du Louvre,
roi

et qui,

avant de partir,

faisait

char-

vous ne pouvez pénétrer jusqu'à

ger les arquebuses de ses soldats.
la

madame.
je

me

tournerai du côté de

mon
en

frère,

et

faudra bien que je lui parle.
Allez,
allez,

madame,
!

dit Charlotte

lais-

suis

sant le passage libre à Marguerite, et que Dieu con-

— Le de Navarre, demanda-t-elle, monsieur, de Navarre? — ne madame, répondit ne point des gardes de Sa Majesté. — Ah! mon cher René! Marguerite en
est le roi

Je

sais,

celui-ci, je

s'écria

duise Votre Majesté

reconnaissant

le

parfumeur de Catherine

c'est

Marguerite s'élança par le couloir. Mais, arrivée

vous... vous sortez de chez

ma

mère... Savez-vous

pour s'assurer que madame de Sauve ne demeurait pas en arrière. Madame de Sauve la suivait. La reine de Navarre lui vit prendre l'escalier
à l'extrémité, elle se retourna

ce qu'est devenu

— Sa Majesté

mon mari?
le

roi

de Navarre n'est point

mon

ami, madame... vous devez vous en souvenir. On dit même, ajouta-t-il avec une contraction qui ressemblait plus à
dit

qui conduisait à son appartement, et poursuivit son

un grincement qu'à un

sourire,

on

chemin vers
Tout
devant
était

la

chambre de
;

la reine.

changé

au lieu de

cette foule

de cour-

même qu'il ose m'accuser d'avoir, de complicité avec madame Catherine, empoisonné sa mère.

tisans empressés, qui d'ordinaire ouvrait ses rangs
la

— Non

!

non

!

s'écria Marguerite,
!

ne croyez pas
le

reine en la saluant respectueusement,

cela,

Marguerite ne rencontrait que des gardes avec des pertuisanes rougies et des vêtements souillés de
sang, ou des gentilshommes aux manteaux déchirés,

— Oh! peu
il

mon bon René
le roi

m'importe, madame, dit
de Navarre ni
les siens

parfu-

meur, ni
Et

ne sont plus

guère à craindre en ce moment.
tourna
!

à la figure

noircie par la poudre,

porteurs

le

dos à Marguerite.
!

d'ordres et de dépêches, les uns entrant et les au-

— Oh

monsieur de Tavannes

monsieur de Ta-

04

LA REINE MARGOT.

On

n'enlie point chez

le roi! dit l'officier.

vannes!
prie!

s'écria Marguerite,

un mot, un

seul, je vous

que lui avait dit Tavannes, n'avait entendu que l'indication principale merci j'y vais.
tout ce
;
!

Tavannes qui passait

s'arn^ta.

— Où

Et elle reprit sa course tout on niurniurant

est

Henri do Navarre? demanda Marguedit-il tout
liant, je

— Oh!

:

aprôs ce que je lui
il

ai

promis, apr^s

la

rite.

— Ma
Puis,

farnn dont
foi
!

s'est

conduit envers moi quand cet
le

crois qu'il court

ingrat Henri était caché dans
le laisser périr
!

cabinet, je

ne puis

la ville

avec

MM. d'Alcnçon

et

de Condc.
[uit

si l)as(|ii(î

Marguerite seule

l'cnlondre

:

— Belle
pour rire
à

Etoile vint heurter à
;

la

porto des appartements

Maji'slr, dit-il, si
la
jilacii diniui'l

vous vtmli'z voir
je

ci'liii

donnerais uia
roi.

vie,

du roi mais ils (<taient ceints intérioureiuenl par deux l'onqiagnies des gardes.

allez frapper

— Oh

au cabinet dos armes du

— On

n'entre point chez le roi

1

dit l'oflicier

en

!

merci, Tavannes, dit Marguerite, qui, de

s'avançaiit vivement.

.

LA

Rl^l.NC

MARGOT.

— Cette

nuit, monsieur, dit Chailes IX,

on

me

débarrasse de tous les liusueuols.

Page

ti6.

— Mais Marguerite — L'ordre général. — Moi, reine de Navarre; moi, sœuri — Ma consigne n'admet point d'exception, mamoi'? dit
est

Et Marguerite courait

comme une

folle

par les

corridors et par les galeries lorsque tout à coup,

la

sa

en passant devant une petite porte, elle entendit un chant doux, presque lugubre, tant il était monotone. C'était

dame
Et
par

;

recevez donc

mes excuses
!

un psaume

calviniste

que chantait une

— Oh
la

l'officier
!

referma la porte.

voix tremblante dans la chambre voisine.

s'écria Marguerite alarmée il est perdu vue de toutes ces figures sinistres, qui, lors-

— La nourrice du
delon... elle est là
!

roi

mon

frère, la

bonne Maelle

s'écria

Marguerite en se frap;

qu'elles

ne respiraient pas
l'inflexibilité.

la

vengeance, exprioui,
je

pant

le front, éclairée

maient
tout...

— Oui,
de moi

par une pensée subite
!

comprends

est là !...

Dieu des chrétiens, aide-moi

on

s'est

servi

comme
et

d'un appât...

Et Marguerite, pleine d'espérance, heurta douce-

je suis le piège
nots...

où l'on prend

égorge les huguefaire tuer.

Oh

!

j'entrerai, dussé-je

me

ment En

à la petite porte.
effet,

après l'avis qui lui avait été donné par

Paru.

iD^r.

<ie

BRY

aîné, boulevart llojitparDu«e,9\

66

LA REINE MARGOT.
taine introduisit Henri près de Charles IX, alors

Marguerite, après son entretien avec René, après sa
sortie de chez la reine mère, à

laquelle,

comme

dans 'on cabinet des Armes.
Lorsqu'ils entrèrent,
le

un bon
Tliisbé,

génie, avait voulu s'opposer la pauvre petite

roi

était

assis

dans un
les

Henri de Navarre avait rencontré quelques

grand fauteuil,

ses

deux mains posées sur

deux

gentilshommes catholiques qui, sous prétexte de lui faire honneur, Tavaient reconduit chez lui où
l'attendaient
s'étaient

bras de son siégb et sa tête retombant sur sa poitrine.

Au
la

bruit que firent les

nouveaux venus,

une vingtaine de huguenots, lesquels réunis chez le jeune prince, et, une fois
le

Charles IX releva son front, sur lequel Henri vit
couler

réunis, ne voulaient plus le quitter, tant, depuis

sueur par grosses gouttes.
Ilenriot
!

Bonsoir,

dit

brutalement

le

jeune

quelques heures,
tés ainsi sans
fin,

pressentiment de cette nuit fa-

roi; vous, la Ghastre, laissez-nous.

tale avait plané sur le

Louvre.

Ils

étaient donc resles troubler.

Le capitaine obéit.
se fit un moment de sombre silence. Pendant ce moment, Henri regarda autour de
Il

qu'on eût tenté de
la cloche

En-

au premier coup de
glas funèbre,

de Saint-Germain

l'Auxerrois, qui retentit dans tous ces cœurs

comme
le roi

lui avec inquiétude et vit
roi.

qu'il était

seul avec le

un

Tavannes entra,

et,

au milieu

d'un silence de mort, annonça à Henri que
Charles IX voulait lui parler.
Il

Charles IX se leva tout à coup.

—-Parla

mordieu
temps,

!

dit-il

en retroussant d'un

n'y avait point de résistance à tenter, personne

geste rapide ses cheveux blonds et en essuyant son front en

n'en eût eu
sous

même

la

pensée.

On

entendait les pla-

même

vous êtes content de vous

fonds, les galeries et les corridors
les

du Louvre craquer

voir près de moi, n'est-ce pas, Ilenriot?

pieds des soldats réunis, tant dans les cours

— Mais

sans doute, sire, répondit le roi de Na-

que dans les appartements, au nombre de près de deux mille. Henri, après avoir pris congé de ses amis, qu'il ne devait plus revoir, suivit donc Tavannes, qui le conduisit dans une petite galerie contiguë au logis du roi, où il le laissa seul, sans armes et le cœur gonllé de toutes les défiances. Le roi de Navarre compta ainsi, minute par minute, deux mortelles heures, écoutant avec une
terreur croissante
le

varre, et c'est toujours avec

bonheur que

je

me

re-

trouve près de Votre Majesté.

— Plus content

que d'être là-bas, hein? reprit

Charles IX continuant à suivre sa propre pensée
plutôt qu'il ne répondait au

compliment de Henri.
pas, dit Henri.

— Regardez

Sire, je

ne comprends

et vous comprendrez. D'un mouvement rapide, Charles IX marcha ou

bruit
;

du

tocsin et le retentis-

plutôt bondit vers la fenêtre. Et, attirant à lui son

sement des arquebusades

voyant par un guichet

beau-frère de plus en plus épouvanté,
tra l'horrible silhouette des assassins,

il

lui

monles

vitré passer, à la lueur de l'incendie,

au flamboie,

qui, sur le

ment des

torches, les fuyards et les assassins
à
ces

ne

plancher d'un bateau, égorgeaient ou noyaient
victimes qu'on leur amenait à chaque instant.
ciel, s'écria
?

comprenant rien
malgré
de
la la

clameurs de meurtre

et h

ces cris de détresse;

ne pouvant soupçonner enfin,

connaissance qu'il avait de Charles IX,

que

reine

mère

drame qui
mieux que

s'accomplissait en ce

Henri n'avait
cela,

du duc de Guise, l'horrible moment. pasque lecourage physique; il avait
et
il

— Mais, au nom du Henri tout donc nuit — monsieur, Charles on me
pâle,

se passe-t-il

cette

Cette nuit,

dit

IX,

débarrasse de tous
bas, au-dessus
et celte

les

huguenots. Voyez-vous là-

de l'hùtel de Bourbon, celte fumée

avait la puissance morale

:

crai-

gnant le danger, il l'affrontait en souriant mais le danger du champ de bataille, le danger en plein air et en plein jour, le danger aux yeux do tous, qu'accompagnent la stridente harmonie des trom:

c'est la fumée et la fiamnie de la maison de l'amiral, qui brûle. Voyez-vous ce corps

flamme;

que de bons catholiques traînent sur une paillasse déchirée, c'est le corps du gendre de l'amiral, le
cadavre de votre ami Téliguy.

pettes et la voix sourde et vilirante des tambour.^;...

— Oh

!

que veut dire cela?
dague
il

s'écria le roi de
la

Napoiet
le

Mais

là,

il

était

sans armes, seul, enfermé, perdu
à peine

varre en cherchant inutilement à son côté
gu('e de sa
et

dans une dciiii-obscurité, suffisante
voir rcnncuii
le fer
(pii

pour
lui et

tremblant

à la fois

de honte
fois,

pouvait se glisser jusqu'à

de colère, car
raillait et

sentait que,

tout à la

on

qui

le

voulait percer. Ces
les

deux heures fules

rent donc pour lui

deux heures peut-.Mre
et

on

le

menaçait.

Cela veut dire, s'écria Charles IX furieux, sans

plus cruclb^s de sa vie.

transition et blêmissant d'une

manière effrayante,
Henri?
suis-je le

Au plus
mençait
il

fort

du tumulte,

comme

Henri comprobabilité,

cela veut dire

que

je

no veux plus de huguenots

à

comprendre que, selon toute

autour de moi, entendez-vous,
roi?snis-je
le

s'agissait

d'nn massacre organisé, un capitaine

maître?

vint cberrlier le prince et le conduisit |)ar

un cor-

Mais, Votre Majesté...
-

ridor à rap|iarlcmi'nl du roi.

.\

leur approche la

porte s'ouvrit, derrière eux la porte se referma

Ma Majesté

tue oi massacre à cette heure tout

ce qui n'c^l pas c^alholiquo. c'est son plaisir. Etes-

letoutcommu par

enciianicment.

-

iMiis

hi

capi-

vous catholique?

s'i'cria

Charles, dont

la

colùre

LA REINE MRGOT.
montait incessamment

67
immédiatement
le

comme une marée
de quiconque

terrible.
:

rage, se trouve

commencement
la

Sire,

dit

Henri, rappelez-vous vos paroles

de

la réaction,

Charles IX ne réitéra pas

question

Qu'importe

— Ah

la religion
!

me

sert bien

!

!

ah

ah

!

s'écria Charles je

en éclatant d'un

au prince de Navarre, et, après un moment d'hésitation, pendant lequel il fit
qu'il venait d'adresser

rire sinistre;
tu, Henri!

que

me

rappelle

mes
dit

paroles, dis-

entendre un rugissement sourd,
la fenêtre ouverte, et

il

se retourna vers

Verba volant,

comme

got. Et tous ceux-là,

regarde,

ma sœur Marajouta-t-il en monau combat,
et je

coucha en joue un

homme

qui

courait sur le quai opposé.

trant

du doigt

la ville,
?

ceux-là ne m'avaient-ils pas

Il

faut cependant bien

que

je tue

quelqu'un!
cadavre, et

bien servi aussi

n'étaient-ils pas braves

s'écria

Charles IX, livide

comme un

sages au conseil, dévoués toujours?

Tous étaient

dont
coup,

les
il

yeux
abattit

s'injectaient de sang; et,

lâchant le

des sujets utiles; mais

ils

étaient huguenots,

ne veux que des catholiques.

Henri resta muet.
Çà,

l'homme qui courait. Henri poussa un gémissement. Alors, animé par une effrayante ardeur, Charles
et tira

comprenez-moi donc, Henriot!
sire.

s'écria

chargea

sans relâche son arquebuse, pous-

Charles IX.
J'ai

— Eh bien
de Navarre

— compris, — Eh bien
?
!

sant des cris de joie chaque fois que le coup avait
porté.

C'est fait de
il

sire, je

ne vois pas pourquoi

le roi

quand
tuera.

moi, se dit le roi de Navarre; ne trouvera plus personne à tuer, il me
dit tout à

ferait ce que tant de genlilshonimes ou de pauvres gens n'ont pas fait. Car enfin s'ils
,

— Eh bien

!

coup une voix derrière

les

meurent

tous,
a

ces

malheureux,

c'est aussi

parce

princes, est-ce fait?
C'était Catherine

qu'on leur

propose ce que Votre Majesté

me

pro-

de Médicis, qui, pendant

la der-

pose, et qu'ils ont refusé

comme

je refuse.
et,

nière détonation de l'arme,
fixant
être entendue.

venait d'entrer sans

Charles saisit

le

bras du jeune prince,

sur lui un regard dont l'atonie se changeait peu à

— Non,

mille tonnerres d'enfer! hurla Charles
la

peu en un fauve ra)'onnement. Ah! tu crois, dit-il, que

en jetant son arquebuse par
j'ai

chambre... Non,

pris la peine

l'entiHé...

Il

ne veut pas!...
vers
la partie de la chambre où se immobile qu'une des figures de
il

d'offrir la

messe à ceux qu'on égorge là-bas!
dit

Catherine ne répondit point. Elle tourna lente-

Sire,

Henri

en

dégageant son bras, ne
la
!

ment son regard
la tapisserie

mourrez-vous point dans

— Eh bien!
une

— Oui, par

religion de vos pères?
et toi
?

tenait Henri, aussi

la

mordieu moi aussi,

contre laquelle

était

appuyé. Alors
:

sire! répondit Henri.
et saisit

elle

Charles poussa

un rugissement de rage,

d'une main tremblante son arquebuse placée sur table. Henri, collé contre la ta()isserie, la
front,

— —

ramena sur Charles un
Alors, pourquoi vit-il?
Il

œil qui voulait dire

vit...

il

vit...

murmura

Charles IX,
et qui
;

qui

comprenait parfaitement ce regard
dait,

y réponvit,

sueur de l'angoisse au

mais, grâce à cette

puissance qu'il conservait sur lui-même, calm.e en

qu'il... est

comme on le voit, sans mon parent.
vit ce

hésitation

il

parce

apparence, suivait tous les mouvements du terrible

Catherine sourit.

monarque avec
par
le serpent.

l'avide stupeur de l'oiseau fasciné

Henri

sourire et reconnut que c'était Cafallait

therine surtout qu'il lui

Charles arma son arquebuse, et frappant du pied
avec une fureur aveugle
:

— Madame,

combattre.

lui

dit-il,

tout vient de vous, je le

vois bien, et rien de

mon

beau-frère Charles

;

c'est

— Veux-tu

la

messe?

s'écria-t-il

en éblouissant

Henri du miroitement de l'arme
Henri resta muet.

fatale.

vous qui avez eu l'idée de m'attirer dans un piège; c'est vous qui avez pensé à faire de votre fille l'appât qui
devait nous perdre tous;
c'est

vous qui

Charles IX ébranla les voûtes du Louvre du plus
terrible juron qui soit jamais sorti des lèvres d'un

m'avez séparé de
l'ennui de

ma femme, pour
ne sera pas
!

qu'elle n'eût pas

homme,
le roi

et,

— Mort, messe ou de Navarre en joue. — Henri,
sire!
s'écria

de pâle qu'il

était,
!

il

devint livide.

— Oui, mais

me

voir tuer sous ses yeux.
cela
s'écria

une autre

Bastille

s'écria-t-il

en mettant

voix haletaule et passionnée que Henri reconnut à
l'instant et qui
fit

tressaillir

Charles IX de surprise

me

tuerez-vous,

moi

et

votre beau-frère?

Henri venait d'éluder, avec cet esprit incomparable qui était

une des plus puissantes
si

facultés

de son

organisation, la réponse que lui demandait Charles

— Marguerite Henri. Charles — Ma murmura Catherine. — Monsieur, Marguerite Henri, vos derniè-

Catherine de fureur.
!

— Margot

s'écria

!

dit

IX.

fille!

dit

à

IX; car, sans aucun daute,

celte réponse eût

res paroles m'accusaient, et vous aviez à la fois tort
et raison. Raison, car, en effet, je suis bien l'instru-

été négative,

Henri

était

mort.

Aussi,

comme

après les derniers paroxysmes delà

ment dont on

s'est

servi

pour vous perdre tous;


68
tort,

LA REINE MARGOT.
car j'i.^norais que vous marchiez à votre perte.
telle

vous-même, ne demandez pas une lâcheté à un
prince de votre maison.

Moi-même, monsieur,
je dois la vie

que vous

au hasard, à l'oubli
j"ai

me de ma

voyez,

mère,

Catherine lança un regard significatif à Charles.

peut-être; mais, sitôt que
je

appris votre danger,
devoir. Or. le devoir

— Mon frère, s'écria Marguerite,
que Charles
lui

qui, aussi bien

me

suis

souvenue de
est

mon

IX,

comprenait

la terrible

pantomime
fait

d'une femme

de partager

la fortune

de son mari.
;

de Catherine,

mon

frère, songez-y,

vous avez

de

Vous exile-t-on, monsieur, je vous suis dans l'exil vous emprisonne-t-on, je me fais captive vous tue;

mon

époux.

Charles IX, pris entre le regard impératif de Catherine et le regard suppliant de Marguerite,

t-on, je

meurs.

comme

Et elle tendit à son mari une
saisit,

main que Henri

entre deux principes opposés, resta
cis; enfin,

un

instant indé-

sinon avec amour, du moins avec reconnais-

sance.

— Ah!
ferais bien

— Au

fait,

Oromase l'emporta. madame, dit-il en

se

penchant
et

à l'o-

ma

pauvre Margot,
lui

dit Charles IX,

tu

reille

de Catherine, Margot a raison,

Henriot est

mieux de

dire de se faire catho-

mon

beau-frère.
à

lique!

— Oui, répondit Catherine en s'approcha ni
fils,

son
l'é-

Sire, répondit Marguerite avec cette
si

haute

di-

tour de l'oreille de son
tait

oui...

mais

s'il

ne

gnité qui lui était

naturelle, sire, croyez-moi,

pour

pas

!

—«eaggag^
XI
L'AUBÉPINE DU CIMETIÈRE DES INNOGENTS.

entruc riiez
rite

elle,

Margue-

racle, faisaient

Dieu leur complice,

allai'^nt

en pro-

chercha vainement à

cession, croix et bannière en tête, au cimetière des

(li'vincr le

mot que Catheet

Innocents, où cette aubépine fleurissait. Cette espécc

rine de Médicis avait dit
tout bas à Charles IX
.

d'assentiment donné par le ciel au massacre qui
s'exécutait avait redoublé l'ardeur des assassins. Ft.

qui

avait

arrêté court le

tandis (juc la ville continuait à offrir dans chaque
rue, dans chaque carrefour, sur chaque place,

iirrible conseil
lort

qui se

de vie etde tenait en ce
elle à

une

scène de désolation, le Louvre avait servi de tom-

ihuiiient.

beau

commun
le

à tous les protestants qui s'y étaient
roi

Une

partie de la inatuiée fut
la

employée par

truuv('S

enfermés au moment du signal. Le

de

soigner

Mole, l'autre à cly;rcher l't'nigme que son

Navarre,
seuls

prince de Condé et la Mole y étaient sur
Mole, dont les plaies,
l'iaient

esprit se refusait à comprendre.

demeurés vivants.
la

Le

roi

de Navarre

('lait

resté prisonnier

au Lou-

Rr.ssuri'e

comme

elle

vre. Les huguenots élaieiil [ilus (pie jamais poursuivis.

l'avait dit la veille,

dangereuses, mais non
vie de son mari, qui

A

la

nuit terrible avait .succédé
n'('lait
<l('s

un jour de masplus le tocsin que

mortelles,

Marguerite n'était donc plus préoccu:

sacre plus hideux encore. Ce
les cloches

pée que d'une chose

sauver

la

sonnaient, c'étaient

Te Dnnii
,iu

;

et les

cnniinuait d'être menacée. Sans doute le premier

accents de ce broii/.e joyeux, retentissant

milieu
plus

sentiment qui

s'i'tait

einparii
pitici

de

l'épou.^e était

un

du meurtre
tristes à la

et

des incendies,
soleil

('laieiit iieul-êtrc

senlinicnt de loyale
elle venait,

pour un

homme

auquel

lumière du

l'obscurité le glas de la nuit

pas

le tout

;

que ne l'avait ét(' pendant pnrédcnte. Ce n'était une chose étrange l'iait arriv('c; une
avait fleuri au

comme

l'avait dit

lui-même
aiiln'

le liéarnais.

de jurer, sinon amour, du moins alliance. Mais, à
la

suite de ce sentiment,

un
la

moins pur avait

aubépine,

ipii

printemps, et qui.

péni'lré

dans

le rn'iir

de

reine.

comme d'habitude, avait

perdu .son odorante parure mois de juin, venait de refleurir pendant lanuil, au
ri les cntlioliqiif;, (pii vovnieni d.ins
cr'i

Marguerite était ambitieuse. Marguerite a\ail vu

presque une certitude de royauté dans
aveii-ùle

.son

mariage

(vcneiiienl
<ie

Henri de Itiinrlmn. La Na\;irie. tiraillée d'un

un

miracle, cl qui, par

la

popularisation

ce

mi

par

les rois

de l'rauce, de l'autre pur

les rois

LA REINE MARGOT.
d'Espagne, qui, lambeau à lambeau,
avaient fini
si

69
sanglants de cette nuit aven

complut sur
cet
frères.

les détails

par emporter

la

moitié de sou territoire, pouvait,
les

amour du sang
Marguerite

particulier à lui et à ses

deux

Henri de Bourbon réalisait

espérances de coules rares occasions

le laissa dire.
dit, il se tut.

Tage
réel,

qu'il avait

données dans

qu'il avait eues de tirer l'épée, devenir

un royaume

— Ce
mon

Enfin, ayant tout
n'est pas
êtes

pour

me

faire ce récit
visite,

seulement

ave« les huguenots de France pour sujets.
si fin et si

que vous

venu

me

rendre

n'est-ce pas,

Grâce à son esprit
entrevu
n'était
c'était
et calculé

élevé, Marguerite avait

frère?

demanda Marguerite.
à

tout cela.

En perdant

Henri, ce

Le duc d'Alençon sourit.

donc pas seulement un mari qu'elle perdait,

un

trône.

Elle en était au plus intime de ses réflexions,

lorsqu'elle entendit frapper à la porte

du corridor
mère du ca-

— Vous avez encore autre chose me — Non, répondit duc, — Qu'attendez-vous — Ne m'avez-vous pas chère
le

dire

?

j'attends.

?

dit

,

Marguerite

secret;

elle tressaillit,

car trois personnes seule:

bien-aimée, reprit
teuil

le

ment venaient par
et le

cette porte

le roi, la reine
la

de celui de sa

duc en rapprochant son fausœur, que ce mariage avec le
contre votre
gré'.'

duc d'Alençon. Elle entr'ouvrit

porte

roi

binet,

recommanda du

doigt le silence à Gillonne et

— Oui,

Et,

de Navarre se

faisait

sans doute. Je ne connaissais point

le

à la Mole, et alla ouvrir

au visiteur.

prince

de Béarn lorsqu'on

me

l'a

proposé pour

Ce visiteur était le duc d'Alençon. Le jeune homme avait disparu depuis la veille. Un instant Marguerite avait eu l'idée de réclamer son intercession en faveur du roi de Navarre, mais une idée terrible l'avait arrêtée. Le mariage s'était
fait

époux.
depuis que vous le connaissez, ne m'ave«-

vous pas affirmé que vous n'éprouviez aucun amour

pour lui?

contre son gré, François détestait Henri

et

n'a-

— Je vous — Votre opinion

l'ai dit, il est

vrai.

n'était-elle pas

que ce mariage

vait conservé la neutralité en

faveur du Béarnais
et sa

devait faire votre malheur?

que parce

qu'il était

convaincu que Henri

— Mon cher
bien!

François, dit Marguerite, i]uan(l

un

femme étaient restés étrangers l'un à l'autre. Une marque d'intérêt donnée par Marguerite à son
époux pouvait en conséquence, au lieu de l'écarter, rapprocher de sa poitrine un des trois poignards
qui
le

mariage

n'est pas la

suprême

félicité,

c'est

presque

toujours la suprême douleur.

— Eh

ma

chère Marguerite,

comme

je

vous

le disais, j'attends.

menaçaient.
le

Marguerite frissonna donc en apercevant

jeune
le

prince plus qu'elle n'eût frissonné en apercevant
roi

Charles IX ou la reine mère elle-même.

On

n'eût point dit d'ailleurs, en le voyant, qu'il se passât

quelque chose d'insolite par
:

la ville, ni

au Lou-

— Mais qu'attendez-vous? — Que vous témoigniez votre — De quoi donc me réjouir? — Mais de occasion inattendue qui présente de reprendre votre — Ma Marguerite, qui voulait
dites.
joie.

ai-je a

cette

se

liberté.

liberté

!

reprit

for

-

vre

il

était vêtu avec

son élégance ordinaire. Ses

cer le prince à aller jusqu'au bout de sa pensée.

habits et son linge exhalaient ces parfums que
prisait Charles IX,

mé-

faisaient

un

si

duc d'Anjou et lui continuel usage. Seulement un œil
le

mais dont

parée

— Sans doute, votre du de Navarre. — Séparée! Marguerite
roi
dit

liberté

!

vous allez être sé-

en fixant ses veux
le

exercé

comme

l'était celui

de Marguerite pouvait re-

sur le jeune prince.

marquer que, malgré
tait

sa pâleur plus

grande que
sa

Le duc d'Alençon essaya de soutenir

regard de
d'elle

d'habitude, et malgré le léger tremblement qui agi-

sœur

;

mais bientôt

ses

yeux s'écartèrent
voyons
cela,

mains aussi belles et aussi soignées que des mains de femme, il renfermait au
l'extrémité de ses

avec embarras.

— Séparée
Mais,

!

répéta Marguerite

;

mon

fond de son cœur quelque sentiment joyeux.

frère! car je suis bien aise

que vous
;

me
et

mettiez à

Son entrée
Il

fut ce

qu

elle avait l'habitude d'être.

même

d'approfondir

la

question

comment

s'approcha de sa sœur pour l'embrasser. Mais, au

compte-t-on nous séparer?

lieu

de

lui

tendre ses joues,

roi Charles

comme elle eût fait au ou au duc d'Anjou, Marguerite s'inclina,

et lui offrit le front.

lèvres blêmissantes sur ce front

Le duc d'Alençon poussa un soupir, et posa ses que lui présentait
Alors, s'asseyant,
il

n'avait pas fait mystère de sa religion, et l'on savait cela quand on nous a mariés.
il

— Sans doute;

murmura

le

duc, Henri est huguenot.

mais

— Oui, mais depuis votre mariage,
le

ma

sœur, dit

Marguerite.
se mit à raconter à sa soeur

duc laissant malgré

lui

un rayon de joie illumi-

ner son visage, qu'a

les nouvelles sanglantes
et terrible

de
la

la

nuit

:

la

mort lente

— Mais vous

fait

Henri?

le savez

mieux que personne, Fran-

de l'amiral

:

mort instantanée de Térendit à l'instant
s'arrêta, s'appesantit, se

çois!

puisqu'il a passé ses journées presque tou-

ligny,

qui,
le

percé d'une balle,
Il

jours en votre compagnie, tantôt à la chasse, tantôt

même

dernier soupir.

au mail, tantôt à

la

paume.

70

LA REINE MARGOT.
Oui, ses journées, sans cloute,
reprit le


les

duc

;

ans;

j'ai

à dire

que ces accès se renouvellent, par
fait

ses journées,

mais ses

nuits'.'

malheur, bien souvent maintenant, ce qui
longtemps
à vivre: j'ai à dire

que,

îlarguerite se lut, et ce fut à son tour de baisser

selon toute probabilité, notre frère Charles n'a pas enfin que le roi de

— Ses nuits, continua duc d'Alençon, nuits? — Eh bien? demanda Marguerite sentant bien répondre quelque chose. — Eh bien chez madame de Sauve — Comment savez-vous? Marguerite. — parce que
le

yeux.

ses

Pologne vient de mourir,
d'élireen sa place
j'ai à

et qu'il est fort
la

question

un prince de

maison de France ;

qu'il

dire enfin que, lorsque les circonstances se

fallait

présentent ainsi, ce n'est point le

moment d'aban-

!

il

les a

passées

!

donner des alliés qui, au moment du combat, peuvent nous soutenir avec le concours d'un peuple et
l'appui d'un

le

s'écria

Je le sais
le
la

j'avais intérêt à le savoir,

royaume.

Et vous, s'écria le duc, ne

me

faites-vous pas

répondit

jeune prince en pâlissant et en déchi-

une trahison bien plus grande de préférer un étranger à votre frère?

quetant

broderie de ses manches.
à

Marguerite commençait

comprendre ce que Camais
elle

— Expliquez-vous,
ment vous
ai-je trahi?

François!

en quoi

et

comroi

therine avait dit tout bas à Charles IX;
fit

— Pourquoi me
et

semblant de demeurer dans son ignorance.
dites-vous cela,

mon

frère? ré-

de Navarre.

pondit-elle avec

un

air de mélancolie parfaitement

— Vous avez demandé hier au du — Eh bien? demanda Marguerite avec une
roi la vie

feinte

joué; est-ce pour

me

rappeler que personne
;

ici

ne

na'iveté.

m'aime
l'Église

ne

lient à

moi

pas plus ceux que la na-

Le duc se leva précipitamment,
fois le

ture m'a donnés pour protecteurs, que celui que

tour de

la

— Vous

m'a donné pour époux?
êtes injuste, dit

vint prendre la
le

fit deux ou trois chambre d'un air égaré, puis remain de Marguerite.

vivement

duc d'Alen-

Celte

çon en rapprochant encore son fauteuil de celui de sa sœur, je vous aime et je vous protège, moi Mon frère, dit Marguerite en le regardant fixement, vous avez quelque chose à me dire de la
!

— Adieu, ma sœur
me

main

était roide et glacée.
!

dit-il

;

vous n'avez pas voulu

comprendre, ne vous en prenez donc qu'à vous des malheurs qui pourront vous arriver.
Marguerite pâlit, mais demeura immobile à sa
place. Elle vil sortir le

part de

— Moi
— Ce —

la
I

reine mère.

duc d'Alençon sans

faire

un

vous vous trompez,

ma

sœur, je vous

signe pour le rappeler; mais à

peine l'avait-elle

jure! qui peut vous faire croire cela?

perdu de vue dans
pas.

le

corridor qu'il revint sur ses

qui peut

me

le faire croire, c'est

rompez l'amitié qui vous attachait à que vous ahandonnez la cause du roi de iNavarre. La cause du roi de Navarre reprit le duc d'A; !

que vous mon mari c'est

— Écoulez, Marguerite,
dire

dit-il. j'ai

oublié de vous

une chose;

c'est

que demain,

à pareille heure,

le roi

de Navarre sera mort.
,

lençon tout interdit.

Marguerite poussa un cri
parlons
était

car cette idée qu'elle

Oui,

sans doute. Tenez, François!
êtes
et

franc. Vous on

convenu vingt

fois,

vous ne

rinslrumcnt d'un assassinai lui causait une épouvante qu'elle ne pouvait surmonter.

pouvez vous élever
par
Est

même

vous soutenir que l'un

— El vous n'empêcherez pas celte mort?
vous ne sauverez pas votre meilleur
fidèle allié?

dit-elle;

pit le

— devenue duc d'Alençon. — El — Parce que
!

l'autre... Celte alliance...

et votre plus

impossible,

ma

sœur, interrom-

— Depuis
C'est

hier,

mon

allié n'est plus le roi

de Na-

pour(|uoi cela?
le roi a

varre.

des desseins sur votre mari.
je

Pardon

en disant voire mari;

me

Iroinpe

:

c'est

— Et qui — M. de
on
a fait
c'est le

est-ce donc, alors?

Guise.

En

dc'truisant les

hugue-

sur Henri de

Navarre que
tout. Je
les

je devais dire.

iWiire

nots,

mère
voilà

a deviné

parce que je criyais

qu'on tue
il

les

m'alliais aux huguenots huguenots en faveur. Mais huguenots, et que dans huit

son roi un duc de Lorraine!...
êles

jours

n'en restera

pas cinquante dans loul
l.i

le

et

royaume. Je tendais
parce qu'il

main au

roi

de Navarre,

— El de Henri qui reconnaît pour — Vous dans un mauvais jour, vous ne comprenez — J'avoue que cherche en vain dans
lils
11

M. de Cuise

roi

des calhnliquos.

Margucritfl,

rien.

je

à

lire

mari. Mais voilà qu'il n'est plus votre mari. Qu'avez-vous à dire à cela, vous
riait... votre

voire pensée.

— Ma
madame

siBur, vous Aies d'aussi
la

bonne maison que
eh bien MarIToi.s

qui êtes non-seiilomenl

la

[iliis

belle

fcinmi-

de

princesse de Porcian. et Guise n'e^t pas
le roi

France, mais encore

la

plus furie tète du

royaume?

plus immortel que

de Navarre

;

!

J'ai

à dire. re|)ril
C.liarhîs. Je

Marguerite, que je rnnnais
l'ai

guerite, supposozmainlcnantlroischosas. toutes
possibles
roi
:

notre frère

vu hier dans un de ces

In

première,
;

c'est

que Mon^ieur
c.'esl

soil élu

accès de frcm'sie dont chacun abré($e su vie de dix

d« Pologne

la

seconde,

que vous m'ai-

LA REINE
miez comme
France,
je vous

BIAllGOT.

71
Marguerite comprit que

aime
tète

;

eh bien

!

je suis roi

de

un regard avec
dire.

elle,

et

la

et vous... et vous...

reine des catholiques.

maîtresse de son mari avait quelque chose à lui

Marguerite caclia sa

dans ses mains, éblouie

de

la

profondeur des vues de cet adolescent, que
la

On

se

mit en route en gagnant
la

la

rue Saint-IIoroi,

personne à

cour n'osait appeler une intelligence.

noré par
peuple
flot

rue de Lastruce. A
amassé, suivant

la

vue du
cortège

de la

Mais,

lence,

demanda-t-cUe après un moment de sivous n'êtes donc pas jaloux de M. le duc de
vous
l'êtes

reine Catherine et des principaux catholiques, le
s'était

le

conme un
la

Guise

— Ce qui
Il

comme

du

roi

de Navarre?

qui monte, criant: Vive le roi! vive
!

messe!

est fait est fait,
;

dit le

duc d'Alençon

d'un voix sourde
de Guise, eh

et, si j'ai

eu à être jaloux du duc

mort aux huguenots Ces cris étaient accompagnés de brandissements
d'épées rougies et d'arquebuses fumantes, qui indi

bien', je l'ai été.

n'y a qu'une seule chose qui puisse empê-

cher ce beau plan de réussir,
guerite en se levant.

mon

frère

!

dit

Mar-

quaient la part que chacun avait prise au événement qui venait de s'accomplir.

sinistre

— Laquelle? — n'aime plus duc de Guise. que — Et qui donc aimez-vous, alors? — Personne.
C'est

En
les,

arrivant à la hauteur de la rue des Prouvelca-

on rencontra des hommes qui traînaient un
tête. C'était celui

je

le

davre sans

de l'amiral. Ces hom-

mes
par

allaient le

pendre par

les pieds à

Montfaucon.

On

entra dans le cimetière des Saints-Innocents porte qui s'ouvrait en
face

nement d'un homme

Le duc d'Alençon regarda Marguerite avec Tétonqui, à son tour, ne comprend

la

de

la

rue des

Cliaps, aujourd'hui celle des Déchargeurs.

plus, et sortit de l'appartement en poussant

un sou-

prévenu de
guer.

la

visite

du

roi et

de celle

Le clergé, de la reine
les

pir et en pressant de sa

main glacée son
et

front prêt

mère, attendaient Leurs Majestés pour

haran-

à se fendre.

Marguerite demeura seule

pensive. La situa-

Madame de Sauve
procher de
bras vers
la reine

profita

du moment où Catheet lui

commençait à yeux; le roi avait
tion
la reine

se dessiner claire et précise à ses
laissé faire la
et le

rine écoutait le discours qu'on lui faisait pour s'ap-

Saint-Barthélémy,

de Navarre,

demander

la
le

Catherine

Le duc de Guise et le unir pour en tirer le meilleur parti possible. La mort du roi de Navarre était une conséquence naturelle

duc de Guise l'avaient faite. duc d'Alençon allaient se ré-

permission de baiser sa main. Marguerite étendit
elle,

madame
la

do Sauve approcha ses lèreine, et, en la baisant, lui
la

vres de la
glissa

main de
si

un

petit

papier roulé dans

manche.
la retraite

de cette grande catastrophe. Le

roi

de Nade

Si rapide et

dissimulée qu'eût été

varre mort, on s'emparerait de son royaume. Marguerite restait donc veuve, sans trône,

madame

de Sauve, Catherine s'en

était

aperçue,

sans puis-

elle se

retourna au

moment où

sa

dame d'honneur

sance, et n'ayant d'autre perspective qu'un cloître,

baisait la

main de

la reine.


rer

elle n'aurait pas

même

la triste

douleur de pleu-

Les deux femmes virent ce regard qui pénétrait jusqu'à elles

un époux qui
si

n'avait jamais été son mari.
fit

comme un

Elle en était là lorsque la reine Catherine lui

restèrent impassihies.

éclair, mais toutes deux Seulement madame de Sauve

demander
toute
la

elle

ne voulait pas venir

faire avec

s'éloigna de Marguerite, et alla reprendre sa place

cour un pèlerinage à l'aubépine du cimede rela

près de Catherine.
Lorsqu'elle eut répondu au discours qui venait

tière des Innocents.

Le premier mouvement de Marguerite

fut

de lui être adressé. Catherine

fit

du doigt

et

an

fuser de faire partie de cette cavalcade.

Mais

souriant signe à la reine de Navarre de s'approcher
d'elle.

pensée que cette sortie lui fou-rnirait peut-être

l'oc-

casion d'apprendre quelque chose de nouveau sur
le sort

Marguerite obéit.

du

roi

de Navarre

la

décida. Elle

fit

donc
prêt,

réponse que,
elle

si

on voulait

lui tenir

un cheval
lui

— Eh
madame

!

ma

fille,

dit la reine

mère dans son pa-

tois Italien,

accompagnerait très-volontiers Leurs Majestés.

vous avez donc de grandes amitiés avec de Sauve?

Cinq minutes après, un pa^e vint
que,
si elle

annoncer
Marguerite sourit, en donnant à son beau visage
l'expression la plus
à Gil-

voulait descendre, le cortège allait se
fit

mettre en marche. Marguerite

de

la

main

amére

qu'elle put trouver.
le

lonne un signe pour lui recommander
descendit.

le blessé, et

— Oui,
venu

ma
ah
!

mère, répondit-elle,
à
la

serpent est

me mordre
!

main. en souriant, vous êtes

Le

roi, la reine

mère, Tavannes

et les
;

principaux

— Ah

dit Catherine

catholiques étaient déjà à cheval

Marguerite jeta

jalouse, je crois!

un coup
sait

d'œil rapide sur ce groupe, qui se

compo:

d'une vingtaine de personnes à peu près de Navarre n'y
était point.

le

roi

Mais

madame de Sauve y

était; elle

échangea

madame répondit Marne suis pas plus jalouse du roi de Navarre que le roi de Navarre n'est amoureux de moi. Seulement je sais distinguer mes amis de mes en!

— Vous vous trompez,

guerite. Je

72
neniis. J'aime

LA REINE 3IARG0T.
qui m'aime et déteste qui
serais-je votre fille
"(

me

hait.

Sans

cela,

madame,
si

Catherine sourit de manière à faire comprendre
à Marguerite que,
elle avait

— Qui cherchez-vous, qui ne voyez- vous plus? — La Sauve, Marguerite. retourdit

— Je cherche... Je ne vois

plus, dit-elle.

Serait-elle

eu quelque soupçon,

née au Louvre?

ce soupçon était évanoui.
D'ailleurs, en ce

— Quand

je te disais

que tu
fille.

étais jalouse

?

dit

moment, de nouveaux pèlerins
duc

Catherine à l'oreille de sa
allons,

bestia !... Allons,

attirèrent l'attention de l'auguste assemblée. Le

Henriette

!

continua-t-elle en haussant les
la reine

de Guise arrivait escorté d'une troupe de gentils-

épaules,

emmenez

de Navarre.
regarder autour
à l'oreille

hommes
Ils

tout échauffés encore d'un carnage récent.

Marguerite feignit encore de
d'elle,

escortaient

s'arrêta

— La duchesse de Nevers
voyons
!

une en face du

litière

richement

tapissée,

qui

puis, se
:

penchant à son tour

de

roi.

son amie
!

s'écria Charles IX. Çà,

— Emmène-moi
de
la

vite, lui dit-elle. J'ai des

choses

qu'elle vienne recevoir nos compliments,

plus haute importance à te dire.
fit

cette belle et

rude catholique. Que m'a-t-on

dit,

ma

La duchesse
varre

une révérence

à Charles IX et à

cousine

I

Que, de votre fenêtre, vous avez gi?
et

boyé aux huguenots
d'un coup de pierre?

que vous en avez tué un

Catherine, puis, s'inclinant devant la reine de Na:

La duchesse de Nevers rougit extrêmement.

Sire,

dit-elle à voix basse
c'est,

en venant s'age-

nouiller devant le roi,

au contraire, un catho-

bonheur de recueillir. il y a deux façons de me servir l'une en exterminant mes ennemis, l'autre en secourant mes amis. On fait ce qu'on peut, et je suis sûr que. si vous eussiez pu davanlique blessé que j'ai eu le

— Bien,

— Votre Majesté daignera-t-elle monter dans ma — Seulement vous obligée de me reconduire au Louvre. — Ma comme mes gens, comme moilitière? dit-elle.

Volontiers.

serez

faire

litière,

bien,

ma

cousine,

même, répondit
tre Majesté.

la

duchesse, sont aux ordres de Vo-

:

La reine Marguerite monta dans

la litière, et,

sur

tage, vous l'eussiez fait.

un signe qu'elle lui monta à son tour, et
sur
le

fit,

la

duchesse de Nevers
placi'

prit

respectueusement

Pendant ce temps, le peuple, qui voyait la bonne harmonie qui régnait entre la maison de Lorraine
et
le

devant.
et ses

Catherine

gentilshommes retournèrent au
le

Charles IX, criait à lue-tête

:

Vive

le roi

!

Vive

Louvre en suivant
pris

même chemin

qu'ils avaient
la

duc de Guise

!

Vive la messe

!

— Revenez-vous au Louvre avec nous. Henriette
mère
à la belle duchesse.
:

pour venir. Seulement, pendant toute
reine
lui

roule

.'

on

vit la
roi,

mère parler sans relâche
désignant plusieurs
fois

à l'oreille

dit la reine

du

en

madame de
naît Char-

Marguerite toucha du coude son amie, qui comprit aussitôt ce signe, et qui répondit

Sauve.
Et, à les

chaque

fois, le roi riait,

romme

— Non pas,
ne

madame,

à

me

l'ordonne, car

j'ai

moins que Votre Majesté affairé en ville avec Sa
ensemble? demanda Catrès-rares et très-curieux

IX

;

c'est-à-dire

d'un rire plus sinistre qu'une

menace.

Majesté la reine de Navarre.

tiierine.

— Et qu'allez-vous — Voir des grecs
livres

Quant
litière se

à Marguerite,

une

fois qu'elle

eut senti

la

faire

mettre en mouvement, et qu'elle n'eut

plus à craindre la perçante investigation de Catherine, elle lira

vivement de sa manche

le

billet
:

de

qu'on a trouvés chez un vieux pasteur protestant,
et qu'on a transportés à la tour Saint-.lacques-la-

madame de
((

Sauve, et lut les mots suivants

Boucherie, répondit Marguerite.

mieux d'allez voir jeter les derniers huguenots du haut du Pont-aux-Meunicrs
feriez bien

— Vous
— Nous

J'ai

reçu l'ordre de faire remettre ce soir au roi
clefs
:

de Navarre deux

l'une est celle de la
;

chambre
il

dans laquelle

il

est

enfermé

l'autre est celle de la

dans

la Seine,

dit Charles IX.

C'est la place des

mienne. Une
enjoint de
l'y
«

fois qu'il sera

entré chez moi,

m'est

bons Français.
irons,
.s'il

garder jusqu'à six heures du matin.
Majesté n-lléciiisse, que Voire Maque Votre Majesté ne compte ma vie

plaît à

Votre Majesté, répon-

Que Votre
»

dit la

duchesse do Nevers.

jesté décide,

Catherine jeta un regard do défiance sur les deux

pour rien.

jeunes femmes. Marguerite,
cepta.
Pi, se

aux

aguets,

l'inter-

tournant

et se

retournant aussitôt d'un


et la

Il

n'y a plus de doute,

murmura

Marguerite,
.se

air fort préoccupé, elle regarda avec inquit'lude au-

pauvre femme
reine Margot,

est l'inslrunienl

dont on veut

tour d'elle.
Celle inquiétude feinle

servir pour nous perdre tous. Mais nous verrous

si

ou

réelle n'échappa point

de

la

comme

dit

mon

frère Charles,

à Catherine.

on

fait si

facilement une religieuse.
est cette lettre?

— Que

cliercliez-vous?

— De qui donc

demanda

la

du-

LA REINE MAllGOT.

75

On rencontra

dis liornnies nni Iraiu.ilenl nn c.nlivr.^

?.iii«

Irlo. r.'.'ini

,

.lui di, rnmir.il.

— Pace 71.

ohesse de Nnvers en montrant
puerite venait de lire et
attentiun.
île

le

papier que Mar-


et

Ali

I

duchesse!

j'ai

bien dos choses à
le billet

te dire,

relire avec

une

?i

pronrle

ri'iinndit

Marguerite en déchirant

en mille

mille morceaux.

10
Hr.i.

1h.|'. "le

tnv

aîné,

LouWvjrl M-iniparasise,

31.

74

LA REINE MRGOT.

XII

LES CONFIDENCES.

t.

il'abonl,

où allons-nous?
Marguerite.

(iemamla
n'est pas

Ce

Donc il y a du nouveau ? demanda la duchesse en fixant sur Marguerite un regard avide et curieux.


niers, j'imagine?.. J'ai

au pont des Meuvu
tueries

— Tout
!

n'est-il

pas nouveau depuis deux jours?

assez

(le

cela depuis liier,

comme ma paude

Oh je parle d'amour et non de politique, moi. Quand nous aurons l'âge de dame Catherine
ta

vre Henriette

!

mère, nous en ferons, de

la

politique. Mais nous

J'ai pris la liberté

avons vingt ans,
? dit

ma

belle reine, parlons d'autre
?

conduire Votre Majesté..

— D'abord,
l'hôtel

et

avant toute cbose, Sa Majesté
Guise, à moins

Ma

Majesté

te prie d'oublier

Tu me conduisais que vous n'en déallons chez toi

donc...

cidiez

le

—A de autrement. — Non non duc de Guise n'y — Oh non
pas,
!

pas, Henriette
est

!

;

pas; ton mari n'y est pas?

s'écria la

duchesse avec une joie qui
ni mon mari, ni percomme l'air, comme FoiLibre, ma reine, entenqu'il y a

cessaire?

fit

étinceler ses
!

beaux yeux couleur d'émcraude;

non

ni

mon

beau-frère,
libre, libre
le nuojge...

sonne! Je suis
seau,

comme
;

dez-vous? Comprenez-vous ce

de bonheur

dans ce mot

Libre?... Je vais, je viens, je com-

mando
vous
!

!

Ah

!

pauvre reine

!

vous n'ûtes pas libre,
Est-co donc
!

— Tu

aussi vous soupirez...
vas, tu viens, tu
ta liberté,

commandes

!

tout? Et

ne te sert-elle (ju'à cela Voyons, tu es bien joyeuse pour n'être que libre? Votre Majesté m'a promis d'entamer les confidences.

— A qui Marguerite en — Ah me en — Eh bien qui rassure m'époumariée. que vante. Duchesse, — Quand — Demain. — Ah bah vraiment Pauvre amie! Et né— Absolument. — Mordi comme quelqu'un de ma connaisqui — Tu connais quelqu'un qui Mordi? deMarguerite. manda en — Oui. — quel quoiqu'un? — Tu m'interroges toujours quand de commencerai. Achève, — En de Navarre mots,
riant.
!

chose. Voyons, serais-tu mariée pour tout de bon

tu

rassures,

vérité.
te

!

Henriette, ce
il

faut

je sois

cela?

!

!

c'est

!

dit

sance, voilà

est fort triste.

dit:

riant

El

est ce

c'est à toi

parler.

et je

lieux
et

voici

:

le roi

e.st

rons,

— — Encore Ma Majesté voyons, nous nous donc oublié nos conventions? Henriette — Non, respectueuse servante devant
; ;

fâche-

no veut pas de moi. Je ne suis pas amoureuse; mais je neveux pas de lui. Cependant (pie nous changeassions d'idée l'un et il faudrait l'autre ou que nous eussions l'air d'en changer d'ici

amoureux

as-tu

à

demain.

votre

le

monde,

ta folle

confidente dans

le lûte-à-tôtc. N'est-

qu'il

ce pas cela, inadaine.' n'est-ce pas cela, Marguerite?

— Eh bien change, tu peux être sûre changera, — Justement, l'impossible; car jesuismoins
!

toi

!

et

lui.

voilà

— Oui, — Ni

oui, dit la reine

en sonnant.
[lerfidies

disposée

rivalités

de maisons, ni
;

tout bien, tout bon, tout franc
offensive et

d'amour; une alliance enfin
seul
le

— Henriette,
|1e

changer que jamais. A l'égard de ton mari seulement, j'espère?
à j'ai tin

scrupule.

défensive, dans
si

le

but de renrencontrons,

contrer et de saisir an vol.
cet épliémére qu'on

nous

— En scrupule de quoi? — religion. Kais-tu une
huguenots

différence între les

— Bien
Et
les

nomme

le

bonheur.
;

!

ma

duchesse, c'est cola

et,

pour reet voilée

nouveler

le pacte, embrasse-moi.

deux ebaniiantes

tètes,

l'une

p.'ile

de UK'lancfdie.
vres

l'autre, rosi'e,

blomlo

et rieuse, so

rnpprociièreiil gracieusement et unirent leurs lè-

— Oui. — Sans doute. — Mais en amour? — Ma chère amie,
sommes tellomcnt

— En politique?

et les eatholiciues?

nous autres femmes, nous
fait

comme

clins avaient

uni leurs pcnséea

poionncs, que, en

de

socles,

LA REINE MARGOT.
nous
les

75

admettons toutes; que, en
pas?

fait

de dieux,

nous en reconnaissons plusieurs.

— En un — Oui, de paganisme pide — Amor
bandeau
et

seul, n'est-ce

n est beau, il est jeune, il est blessé. Tu le caches dans ton cabinet, tu veux le sauver ce huguenot-là sera bien ingrat s'il n'est pas trop recon;

dit la
;

duchesse avec un regard étincelant

naissant!

dui, celui qui s'appelle Éros
oui,

— Cu!

Il

l'est déjà, j'en ai

bien peur... plus que je

;

— Cependant,
;

des ailes.
tu

— Mordi
as

celui qui a
!

un carquois, un

ne

le désirerais.

vive la dévotion

une manière de prier qui
des

est exclusive

tu jettes des pierres sur la tête

— Par humanité... seulement. — Ah!' l'humanité, ma pauvre reine
jours cette vertu-là qui nous perd
,

— Et

il

t'intéresse... ce

pàdvre jeuns

homme?
!

c'est tou-

huguenots.
gueritR

nous autres

— Faisons bi^n
!

et laissons dire...

— Ah

!

Marles
la

femmes
à

!

tiomme

les

meilleures idées,

comme

j<lus belles actions se travestissent

en passant par

bouche du vulgaire.

— Le qui — Ton

,

comprends comme d'un moment duc d'Alençon, ma mère, mon mari même... peuvent entrer dans mon appaiteet tu
:

— Oui,

l'autre, le roi, la

vulgaire... Mais c'est nion frère Charles

ment...
.

te félicitait, ce

me

semble?

— Tu

veux

me

prier de te garder ton petit

hu

frère Charles, Marguerite, est
la

un grand

guenot, n'est-ce pas, tant qu'il sera malade, à la
condition de te le rendre quand

chasseur qui sonne du cor toute

journée, ce qui

le rend fort maigre... Je récuse donc jusqu'à ses

— Rieuse!
;

il

sera guéri ?
je te jure

dit Marguerite. les choses

Non,
si

que

je
si

compliments. D'ailleurs, je
frère Charles... N'?s-tu pas

lui

ai

répondu, h ton

ne prépare pas
garçon

de

loin.

Seulement,
le

— Non, — Tant mieux, Cn de prendre. Çà — — Eh bien — que,
tu parlais
!

entendu

ma

réponse?

tu pouvais trouver
si
;

un moyen de cacher
je t'avoue

pauvre
je lui

si

bas!

tu pouvais lui conserver la vie
!

que

j'aurai plus de

nouveau

à t'ap'(

ai

sauvée eh bien

que

je t'en serais véril'hôtel

la

ta confidence,

Marguerite

tablement reconnaissante! Tu es libre à

de

C'est que... c'est que...
?

Guise, tu n'as ni beau-frère, ni mari qui t'e'spionne

ou qui
en riant,
si

te

contraigne,

et,

de plus, derrière

ta

cham-

C'est

dit la reine

la pierre

dont parlait

mon

frère Charles était historique, je

m'abstiendrais.

— Bon

où personne, dière Henriette, n'a heureusement pour toi le droit d'entrer, un grand cabinet pareil au mien. Eh bien prête-moi ce cabinet pour
bre,
!

!

s'écria Henriette, tu as choisi
!

un hugueta

mon huguenot quand
;

il

sera guéri tu lui ouvriras

not.

Eh bien

sois tranquille

!

pour rassurer

con-

la cage, et l'oiseau s'envolera.

science, je te promets d'en choisir

un

à la

première

occasion.

— Ah

que
!

il

paraît

que

cette fois tu as pris

un ca-

— n'y qu'une occupée. cage — Comment! donc
Il

a

difficulté,

chère reine,

c'est

la

est

tu as

aussi sauvé quelqu'un,

tholique?

toi?
!

— Bien, bien comprends. — Et comment notre huguenot? — ne pas jeune homme ne probablement jamais ne me m'est — Mais ne t'empê.comment
!

— Mordi
Je

reprit la duchesse.
je

— C'est
frère.
!

justement ce que

j'ai

répondu

à

ton

est-il,

l'ai

choisi

;

ce

si

rien, et

sera

rien.

— Ah comprends; pourquoi bas que ne pas entendue. — Écoute, Marguerite, une
je

voilà

tu parlais

je

t'ai

c'est

histoire

admi-

enfin,

est-il? cela

rable,

non moins

belle,

che pas de
rieuse.

me

le dire,

tu sais

combien

je suis

cuNi-

tienne. Après l'avoir

non moins poétique que la laissé six de mes gardes, j'étais
de Guise,
et je

— Un pauvre jeune homme beau

montée avec

les six autres à l'hôtel

comme

le

regardais piller et brûler

une maison qui

n'est sé-

sus de Benvenuto Cellini... et qui s'est venu réfugier dans

— Oh oh ne — Pauvre garçon Ne
! !

mon

appartement.
l'avais pas
ris
il

et tu

!

donc pas
est

un peu convoqué? ainsi, Henla vie

mon frère que par la rue des quand tout à coup j'entends crier des femmes et jurer des hommes. Je m'avance sur le balcon et je vois d'abord une épée dont le feu semparée de l'hôtel de
Quatre-Fils,
blait éclairer toute la scène à elle seule. J'admire
cette

riette,

car en ce

moment

encore entre

et la

— — — Mais
Il Il

mort.
est est

lame furieuse j'aime
:

les belles choses,

moi!...

donc malade? grièvement blessé.
c'est

puis je cherche naturellement à distinguer le bras

qui la

faisait

mouvoir

et le

corps auquel ce bras
cris, je dis-

très-gênant,

un huguenot

blessé

!

appartenait.

Au

milieu des coups, des
et je vois...

surtout dans des jours

comme ceux où nous nous
de ce huguenot blessé
?

trouvons; et qu'en
qui ne
t'est

fais-tu,

rien et ne te sera jamais rien

un héros, un Ajax Télamon. J'entends une voix, une voix ue Stentor. Je m'enthousiasme, je demeure toute paltingue enfin l'homme,
pitante,
tressaillant à

11

est

dans

mon

cabinet; je le cache, je veux

chaque coup dont

il

était

le sauver.

menacé, à chaque hiHîe

qu'il portait; ça été

une

70
émotion d'un quart d'heure, vois-tu.

LA REINE 51ARG0T.
ma comme
reine,
j'avais
i

cendre à son tour; puis,
buse
qui

lui

comme

je n'en avais

jamais éprouvé,
Aussi

porte de l'hùtel gardée par
à la

montrant de la main la deux sentinelles, arquequelques pas
la reine,

cru qu'il n'en existait pas.
letante, suspendue, muette,

j'étais

là,

ha-

main,

elle suivit à

quand

tout à coup

mon

héros a disparu.

— Comment — Sous une
alors,
:

marcha majestueusement précédant la duchesse, qui garda son humble attitude tant qu'elle
put être vue. Arrivée à sa chambre,
la

cela?

duchesse

pierre

que

lui a
j'ai
!

jetée

une

vieille

ferma sa porte

;

et,

appelant sa camérière, Sici:

femme;
j'ai crié

comme

Cyrus,

retrouvé la voix,

lienne des plus alertes

A

l'aide,

au secours
tu

Nos gardes sont veton

— Mica,

lui dit-elle

en

italien,

comment

va M. le

nus, l'ont pris, l'ont relevé, et enfin l'ont transporté

comte?

dans

la

chambre que

me demandes pour

protégé.


toire,

Helas! je

comprends d'autant mieux
mienne.

celte his-

chère Henriette, dit Marguerite,

que

cette

histoire est presque la

— Avec
roi et
Il

cette différence,

ma

reine, que, servant

mon

ma

religion, je n'ai point besoin de ren-

voyer M. Annibal de Coconas.


s'appelle

Annibal de Coconas

1

reprit

Mar-

guerite en éclatant de rire.
C'est

— Mais de mieux en mieux, répondit — Et que — En ce moment, madïime, quelque chose. — Bien! Marguerite, bon — Ah que Mica. d'Ambroise Paré. — Tu renvoies? — Oui, pour sur nous.
fait-il?

celle-ci.

je crois,

qu'il

prend

dit

si

l'appétit

revient,

c'est

signe.

!

c'est vrai

!

j

oubliais

tu es

une élève

Allez,

la

qu'elle veille

un

terrible

nom,
!

n'est-ce pas'? dit

Hen-

riette.

Eh
1

bien! celui qui le porte en est digne.
et

— Maintenant,
chez
lui,

Mica

sortit.

dit la duchesse,
je le fasse

veux-tu entrer

Quel champion, mordi
couler
l'hôtek

que de sang il a fait Mets ton masque, nia reine nous voici à
1

— Pourquoi donc mellre mon masque? — Parce que veux montrer mon — beau?
je
te
11

être vue.

— Ni voir >ans ni voudrais — Que t'importe, puisque ton masque?
l'un,

veux-tu que

venir?

l'autre; je

le

tu as

héros.

Il

peut

me

reconnaître à mes cheveux,

à

mes

est

— H m'a semblé magnifique jiendant
11

mains, à un bijou.

ses batailest

— Oh

!

comme

elle est

prudente depuis
1

(|u'elle

les.

est

\r;ii

qug

c'était la
la

nuit à la lueur des
il

mariée,

ma
!

belle reine

llammes. Ce matin, à

lumière du jour,

m'a

Marguerite sourit.
tinua la duchesse.

paru perdre un peu,

je l'avoue.

Cependant je crois

que

tu

en seras contente.

Alors,

mon

protégé est refusé à l'hùtel de
le

Guise; j'en suis fâchée, car c'est

dernier endroit

— Eh bien — Lequel? — de
C'est
I.a

mais

je

ne vois qu'un moyen, con-

le

regarder par

le

trou

de

la ser-

où l'on viendrait chercher un huguenot. Pas le moins du monde je le ferai apporter

rure.

:

— Soit! conduis-moi.
ducli(>sse prit

ici

ce soir;

l'un couchera dans le coin à droite.
le

MargiKMile par

la

main,

la

con-

l'autre

tant, l'autre
1

— — Oh

dans

coin à gauche.
se reconnaissent,
ils

Mais,

s'ils

run»pour protesvont se dévorer.

pour catholique,

une porte sur laquelle retombait une tapisserie, s'inclina sur un genou, et approcha son oeil de l'ouverture que laissait la clef absente.
duisit à

il

n'y a pas de danger, M. de Coconas a

— .lustement,

dit-elle,

il

esta

la table et a le vi-

rei;u

dans

la figure

un coup

ijui

fait qu'il

n'y voit
la

.•;age

tourné de notre cùté. Viens.

presque pas
trine

clair, ton

huguenot
tu

a reçu

dans

poire-

un coup qui
et

fait qu'il

no peut presque pas
lui

La reine Marguerite prit la place de son amie et approcha à sim tour son œil du trou de la serrure.
(^ofiMias, rniiime l'avait dit
la

muer,

puis,
le

d'ailleurs,

recoiniiiand'eras

duchesse, était assis

de garder
liiul ira

silence à l'endroit de la religion, et

à

une table admirableiuenl

servie, et à laquelle ses

— Allons, — Entrons,
-

à merveille.
soit!
c'est conclu.
la

blessures ne l'empêchaient pas de faire honneur.

.Ml

!

mon

IMcii

!

s'érria

Marguerite en se recu-

lant.

Merci, dit Marguerite en seir;iiil

main
dit

(h'

son umie.

— donc? — Impossible! Non! Si!
(Juoi

(b'inaiida la du(lii>se l'ionnéi".

Oh! sur mon àine!

c'est

Ici,

niadaine, vous redevenez Majesté,
:

la

Ini-mêine!

durhcssc de Ncvers
fiiiri-

perniellrz-moi donc de vous
riiôtel

les

honneurs

île

de

(lui.-^e

coinine

ils

— Qui, —
la
iiiiui

lui-même?
Marguerite eu se relevant et en snila

Chut', dit

dr>i\enl être faits à la reine de Navarre.
i:t 1.1

Ni,-<,sinl

main de
qui

duchesse, celui qui voulait

durhcssc, di'scendanl de sa

litière,

mil presà des-

tuer

huguenot, qui la poursuivi jusque dans
l'a

que un genou en terre pour aider Marguerite

ma chambre,

frappé jusipie dans

mes bras!

LA HEINE MARGOT.
Oli
;i
!

77
ne
lui doit rien, et

Henriello. quel bonheur qu'il

ne vu

m";iit

pas

que

mon huguenot
il

que

la b.ila-

perçue!

fre avec laquelle

— Eh bien!
— Je ne

alors,

puisque tu

l'as

à

lu u\re,

lui a

souligné Tteil...

Ils

sont quittes alors, et nous pouvons les racblessé.

n'est-ce pas

qu'il était beau'!
sais, dit

commoder. Envoie-moi ton

Marguerite, car je regardais ce-

lui qu'il poursuivait.

— Et

celui qu'il poursuivait s'appelle'.'
lui
'.

— Non, — Lerac de
la

— Tu ne prononceras pas son nom devant
je te le la

J)re.

promets.

— Ouand — Quand tu auras prêté au — Laquelle
cela'.'

— Non,

pas encore; plus tard.

tien

une autre chani-

Jonc'.'

Marguerite regarda son amie, qui, après un moMole.
le

— M. de Mole — Non, M. de
— Ma
trouve...
foi,

— Etconimenl
dit

trouves-tu maintenant.'

ment de silence, la regarda aussi et se mit à rire. Eh bien soit, dit la duchesse. Ainsi donc, al!

liance plus que jamais

Coconas'.'

Marguerite, j'avoue que je

lui
si

Elle s'arrêta.

— — Amitié sincère toujours, répondit reine. — Et mot d'ordre, signe de reconnaissance, nous avons besoin l'une de — Le nom de ton dieu Eros-Cu!

la

le

le

l'autre'?

triple

triple

:

— Allons,

allons, dit la duchesse, je vois
la

que tu

lui

en veux de

blessure qu'il a faite

à

ton hu-

guenot.

pido-Amor. Et les deux femmes so quittèrent après s'être embrassées pour la seconde fois et s'être serré lu main
pour
la

— Mais

il

me

semble, reprit Marguerite en riant,

vingtième

fois.

—»^>4sK6=eî.^<—

XIII

COMMV:

IL Y A HliS

CLEFS OUI OUVRLNT LES TOUTES

Ar.\Ql'i;i,Li:S

KM. ES

.NE SO.N'T

PAS DESTINÉES.

a

reine de Navarre, en ren-

Puis elle roula
trou de la
clef,

au Louvre, trouva Gillonne dans une grande
trant

et

le papier, l'introduisit dans ordonna à Gillonne, dès que

le la
la

émotion.
était

Madame de Sauve
une
clef

nuit serait venue, d'aller glisser cette clef sous [loite du prisonnier.

venue en son absence.

Elle avait apporté

pauvre blessé dans
le

Ce premier soin accompli, Marguerite pensa au elle ferma toutes les portes, entra
;

que
celle de la

lui avait fait passer la

cabinet,

et,

à

son grand étonnement,

elle

reine mère. Cette clef était

chambre ou
la

était

renfermé Henri.
avait besoin,

Il

était

trouva la Mole revêtu de ses habits encore tout déchirés et tout tachés de sang.

évident que
dessein

reine

mère

pour un

En
sur

la voyant,
il

il

essaya de se lever; mais, chanceet

quelconque, que

le

Béarnais passât celte

lant encore,
le

nuit chez

madame

de Sauve.
la clef, la
fit

ne put se tenir debout canapé dont on avait fait un lit.

retomba

Marguerite prit
dres paroles de
lettre
jet

tourna

et la

retourna

— Mais qu'arrive-t-il donc, monsieur,
Marguerite, et pourquoi suivez-vous
si

demanda
les or-

entre ses mains. Elle se

rendre ranipte des moinSauve, les pesa lettre par

mal

madame de

dans son

esprit, et crut avoir

compris

le

pro-

donnances de votre médecin'! Je vous avais recommandé le repos, et voilà qu'au lieu de m'obéir vous
faites tout le

de Catherine.
Elle prit

une plume, de

l'encre, et écrivit sur

un

— Oh

contraire de ce que

j'ai

ordonné

!

!

madame,

dit Gillonne, ce n'est point
le

ma

papier
(

:

Au

lieu d'aller ce soir
la

chez

madame de
v

Sauve,

venez chez

reine de Navarre.
«

comte de ne point faire cette folie; mais il m'a déclaré que rien ne le retiendrait plus longtemps au Louvre. Quitter le Louvre! dit Marguerite en regarfaute. J'ai prié,

supplié M.

Marguerite,

dant avec étonnement

le

jeune homme, qui hais-

78
sait les

LA REINE MARGOT.
yeux mais
;

c'est

impossible Vous ue pouvez
!

pas marcher; vous êtes pâle

et

sans force, on voit

plus que de me conserver la envoyé un de ses anges pour

vie,

madame;
la faire
;

il

m'a

trembler vos genoux. Ce matin votre blessure de
l'épaule a saigné encore.

Madame, répondit le jeune homme, autant j'ai rendu grâce à Votre Majesté de ra'avoir donné asile
hier soir, autant je la supplie de vouloir bien permettre de partir aujourd'hui.

fait

— Mais vous ne pourrez marcher avant d'avoir cent pas vous tomberez évanoui. — Madame, me essayé aujourd'hui dans
je

me

aimer.

suis

me


marche lentement et avec souffrance, c'est vrai; mais que j'aille seulement jusqu'à la place du Louvre; une fois dehors, il arrivera ce
le cabinet; je

Mais, dit Marguerite étonnée, je
qualifier

ne
;

saiâ
c'est

compire

qu'il pourra.

ment

une

si

folle résolution

Marguerite appuya sa tète sur sa main et réfléchit

que de l'ingratitude!

profondément.

Oh madame! s'écria la Mole en joignant les mains, croyez que, loin d'être ingrat, il y a dans
!

— Et
vice?

le roi

de Navarre, dit-elle avec intention,
le désir

mon cœur un
rera toute

vous ne m'en parlez plus. En changeant de religion,
avez-vous donc perdu
d'entrer à son ser-

sentimeat de reconnaissance qui duvie.

ma

Il

ne durera pas longtemps, alors!
à cet accent, qui

dit

Marguede doute

— Madame,
comme

répondit la Mole en pâlissant, vous

rite

émue

ne

laissait pas

venez de toucher à la véritable cause de
part... Je sais

mon
les

déplus

sur

la sincérité

des paroles; car, ou vos blessures se
la

que
et

le roi

de Navarre court
le crédit

rouvriront, et vous mourrez de
l'on vous reconnaîtra
ferez pas cent

perte

du sang, ou
et

grands dangers,
jesté
fille

que tout

de Votre Ma-

comme huguenot,

vous ne

de France

suffira à

peine à sauver

pas dans la rue sans qu'on vous

sa tête.

achève.


— Comment,
faut pourtant

monsieur! demanda Marguerite;
dire, et de quels

Il

que

je quitte le Louvre,

mur-

que voulez-vous
lez-vous?

dangers

mura

me

par-

la
Il

Mole.
faut' dit Marguerite en le regardant de son
et

— Madame, répondit

C'est vrai,

la

Mole en hésitant, on enMarguerite pour
déjà dit.

regard limpide

ment: Oh oui, je comprends! dit-elle, pardon, monsieur! Il y a sans doute, hors du Louvre, une personne à qui votre absence donne de cruelles inquiétudes. C'est juste, monsieur de la Mole, c'est naturel, et je comprends cela. Que ne l'avez-vous
!

profond

;

puis,

pâlissant légère-

tend tout du cabinet où je suis placé.

murmura

elle

seule, M. de Guise

me l'avait

Puis tout haut:

— Eh
tendu?
jesté a

bien

!

ajouta-t-elle,

qu'avez-vous donc en-

dit tout

de suite, ou, plutôt,
!

comment

n'y ai-je pas

songé

moi-même

C'est

un

devoir,

quand on exerce
de son hôte

l'hospitalité,

de protéger

les affections

comme on comme on

panse ses blessures,
soigne
le corps.

et

de soigner l'âme
Mole, vous vous

— Mais d'abord conversation que Votre Maeue ce matin avec son — Avec François Marguerite en rougisla

frère.

? s'écria

sant.

— Hélas! madame,
connaît.

n-pondit
Je
suis

— Avec

le

la

trompez étrangement.

suite,

après votre

presque seul

au

duc d'Alençon, oui, madame, puis endépart, celle de mademoiselle

monde

et tout à fait seul à

Gillonne avec

Paris, où personne ne

me
la

Mon

assassin est le premier

homme

à

qui j'aie parlé dans cette ville, et Votre Majesté est

— El ce sont deux conversations?... — Oui, madame. Mariée depuis huit jours
ros

madame

de Sauve.

à

Marguerite surpri.se, pourquoi voulez-vous donc vous en aller'
dit

— Alors,
— Parce

première femme qui m'y

ait adre,ss(i la parole.

peine, vous aimez votre époux. Votre
à

époux viendra
.«es .se-

son imir

comme
!

sont venus M. le dur d'Alençon et
Il

madame
crets.

de Sauve.
je

vous enlrcliendra de
les

que, dit

la

Mole, la nuit passée Votre

Eh bien

ne dois pas

entendre; je serais

Majesté n'a pris aucun repos, et que cette nuit...

indiscret... et je

ne puis

pas... je
!

ne dois

pas... sur-

Marguerite rougit.

tout je ne veux pas l'être

— Gillonne,
Mais,
Paris,

dit-elle, voici la nuit

venue, je crois

Au

ton que

la

Mole mit

à

prononcer ces derniers

qu'il est tem[)s

que

lu ailles porter la clef.

mots, au trouble de sa voix, à l'embarras do sa contenance, Marguerite fut illuminée d'une révélation

Gillonne sourit

— continua Marguerite, sans amis, comment — Madame, aurai bientôt;
j'en
pcn.sé à
il

ot se relira.

si

vous êtes seul à
car, tandis
ijui

subite.

fercz-voiis?


tout

Ail

!

dit-elle,

vous avez entendu de ce cabinet
cette

que
l'iail

ce qui a été dit dans

chambre jusqu'A

j'étais poursuivi, j'ai
ralluiliiiiie;

ma mère,

pri'MMil.

m'a semhlé que

je la voyais glisser

Oui,

madame.

devant moi
la ni.nin,

.«ur le

chemin du Louvre, une croix
vii-ii.

à
la

Ces mots furent soupires à peine.

et j'ai

fait

si

Dieu

me

cunservait

Et vous voulez parlir

relli' niiil.

ce

.soir,

pour

vie,

d'emhrasscr

la

religion do

ma

mère.

Hii'u a fait

n'en pas enlondie davunlaun?

LA REINE mRGOT.

79
une proposition
qu'il refusera sans

A

l'instant

même, madame
permettre.
dit

!

s'il

plaît à Votre

site à lui faire

Majesté de

me

le

doute.

— Pauvre enfant!
lier accent

Marguerite avec un singu-

La Mole se leva

,

fit

un pas

vers Marguerite et

de douce

pitié.

Étonné d'une réponse si douce lorsqu'il s'attenquelque brusque riposte, la Mole leva timidement la tète son regard rencontra celui de Mardait à
;

voulut s'incliner devant elle en signe qu'il était à ses ordres mais une douleur profonde, aiguë, brû;

lante, vint tirer des
qu'il allait

larmes de ses yeux,
il

et,

sentant

Jomber,

saisit

une

tapisserie, à la-

demeura rivé comme par une puissance magnétique sur le limpide et profond regard de la
guerite et
reine.

quelle

il

se soutint.
s'écria

— Voyez-vous,
lui et

Marguerite en courant à

en

le

retenant dans ses bras, voyez-vous,
!

— Vous vous
secret,

mon-

sentez donc incapable ds garder

un

sieur,

que vous avez encore besoin de moi
Mole.

guerite, qui,

monsieur de la Mole? dit doucement Marpenchée sur le dossier de son siège, à

Un mouvetnent
de
la

à peine sensible agita les lèvres

moitié cachée par l'ombre d'une tapisserie épaisse,
jouissait

— Oh!
En
ce
la porte

du bonheur de

lire

couramment dans

cette

je respire,

âme en

restant impénétrable elle-même.
dit la Mole, je suis

— Madame,

comme de comme du jour que je vois moment trois coups retentirent,
oui! murmura-t-il,
!

l'air

que

frappés à

d'une misérable
et le

de Marguerite.
dit

nature, je

d'autrui

— Le
riant; ah

me défie de moi-même, me fait mal.
!

bonheur

frayée.

bonheur de qui? dit Marguerite en sououi, le bonheur du roi de Navarre! Pau!

vre Henri

— Vous voyez bien
vivement
la

qu'il est

heureux, madame!

s'écria

— Heureux?...
— Oui,
en
effilait les

Mole.

— Entendez-vous, madame? Gillonne — murmura Marguerite. — Faut-il ouvrir? — Attends. de Navarre peut-être. — Oh! madame! Mole rendu par
ef-

'Déjà,

C'est le roi

s'écria la
la

fort

ces quelques mots,

que

reine avait cependant

prononcés à voix
lonne seule
les

si

puisque Votre Majesté le plaint.
la soie

basse qu'elle espérait que Gil-

aurait entendus;

madame,

Marguerite chiffonnait
et

de son aumônière

en supplie à genoux, faites-moi sortir,

torsades d'or.
refusez

— de de Navarre, vous décidé dans — Je crains d'importuner Sa Majesté en ce moment. — Mais duc d'Alençon, mon — Oh! madame! duc d'AMole, M.
Ainsi,

mort ou
vous ne
et,

vif,

madame!

— Ayez

pitié

— oui, — de moi — Oh
! !

je

vous

voir le roi

me

répondez pas. Eh bien!

je vais parler!

dit-elle, c'est arrêté, c'est

votre esprit?

quand

j'aurai parlé, vous

me
!

chasserez, je l'es-

père.

— Taisez-vous, malheureux
un charme

dit Marguerite,

qui

le

frère''

ressentait

infini à écouter les

reproches

s'écria la

le

lençon, non, non, moins encore M.

le

duc d'Alen-

du jeune homme; taisez-vous donc! Madame, reprit la Mole, qui ne trouvait pas

çon que

point de trembler en parlant.

— Parce que?... demanda Marguerite émue au — Parce que, quoique déjà trop mauvais huguede Navarre,
je-

le roi

de Navarre.

sans doute dans l'accent de Marguerite cette rigueur
à laquelle
il

s'attendait;

madame,
!

je

vous

le répète,

on entend tout de ce cabinet. Oh ne me faites pas mourir d'une mort que les bourreaux les plus cruels
n'oseraient inventer.

not pour être serviteur bien dévoué de Sa Majesté

ne suis pas encore assez bon catholique pour être des amis de M. d'Alençon et
le roi

— Oh!

— Silence

!

silence

!

dit Marguerite.

madame, vous

êtes sans pitié;

vous ne

de M. de Guise.
Cette fois ce fut Marguerite qui baissa
et qui sentit le
Ifes yeux coup vibrer au plus profond de son

voulez rien écouter, vous ne voulez rien entendre.

Mais comprenez donc que je vous aime...

— Silence

donc, puisque

je

vous

le dis! inter-

cœur, elle n'eût pas su dire si le mot de était pour elle caressant ou douloureux.

la

Mole

rompit Marguerite en appuyant sa main tiède et parfumée sur la bouche du jeune homme, qui la
saisit

En

ce

moment

Gillonne rentra, Marguerite

l'in-

entre ses deux mains et l'appuya contre ses

terrogea d'un coup d'oeil. La réponse de Gillonne,

lèvres.

renfermée aussi dans un regard, fut
Navarre.

affirniative.

— Mais... murmura

Elle était parvenue à faire passer la clef au roi de

— Mais

la

Mole.

taisez-vous donc, enfant! Qu'est-ce donc
à sa reine?
elle

que ce rebelle qui ne veut pas obéir
la Mole,

*
la

Marguerite ramena ses yeux sur

qui de-

Puis, s'élançant hors

du cabinet,
les

referma

meurait devant
poitrine, et pâle

elle indécis, la tête

penchée sur sa
souffre

porte, et, s'adcssantà la muraille en

comprimant

comme
et la

l'est

un homme qui

avec sa

main tremblante

battements de son

à la

fois

du corps

de l'âme

— Monsieur de

cœur

Mole

est fier, dit-elle, et j'hé-

— Ouvre, Gillonne!

;

dit-elle.

80

LA REINE 3IARG0T.

'•^-%|'^'!!IH'!

Gillonna.

Gillonne sortit
après,
roi

île

la

clinnibrfi,

la tôln fino, spiritiiollo ot

et, un instant un peu inquiète du


plus

.le

vous ravnner;ii, madame. Cepend.int. tout
et

entouré que je suis d'ennemis acharnés

d'amis

— Vous m'avez

Oiii,

de Navarre souleva
à MarRiierite.

la tapisserie.

manHè, madame?

dit

If

mi de
let-

dangereux eneore, peut-être, que mes ennemis, je me suis rappeh- qu'un soir j'av.iis vu rayonner dans vos yeu\
'•''tait le

Navarre

le

sentiment de

la

};c'néro<ilé.

monsieur. Votre Majesté a reeu nin

soir de nos noces;
l'i-toite

qu'un autre jour

j'y

tre?

— Et non sans i|uclquc (•tonnenienl.
dit

je l'avoue!

Henri en

ref.',irdant

autour de

lui

avee une dè-

du courape. et. cet autre jour, c'i'tail hier, jour fixé pour ma mort. - F;Ii bien! monsieur? dit Mar^zueiite en .souavais

vu briller

tianre bientôt ('vanniiie.

— Et

ri.inl.

tandis que Henri semblait vouloir lire jus-

non sans

quel(|iie inqiiii'tiidi', n'est-ee pas.

qu'au fond de son co^ir.

monsieur'! ajouta Marguerite.

— Eh

bien

!

madame

en songeant

à tout cela, je

LA REINE MARGOT.

8i

Mais, cependant,

madame,

dit

Henri, c'est vous qui m'avez

fait

tenir cette clef.

me
qui

suis dit à l'instant

même
:

me

disait

de venir

— Sans amis, comme
éclat,

en lisant votre

billet
il

— Oh
riant
;

!

rassurez-vous, sire, dit la reine en sou-

est,

cette personne, je n'si pas la prétention

de

prisonnier, désarmé, le roi de Navarre n'a qu'un

croire que ce soit

moyen de mourir avec
gistre
l'histoire,
et je suis

c'est

de mourir trahi

d'une mort qu'enrepar sa

— Mais,

moi

!

cependant, madnme, dit Henri,
fait

c'est

vous qui m'avez
c'est la vôtre.

tenir cetla clef; cette écriture,

femme,

venu.

Sire, répondit Marguerite, vous

changerez de

Cette écriture est la mienne, je

l'avoue; ce

langage quand vous saurez que tout ce qui se fait en ce moment est l'ouvrage d'une personne qui
vous aime... et que vous aimez.

billet vient
clef, c'est

nie pas. Quant à cette autre chose. Qu'il vous suffise de savoir
le

de moi, je ne

qu'elle a passé entre les
et

mains de quatre femmes
s'écria

Henri recula presque à ces paroles,
et

son œil gris

avant d'arriver jusqu'à vous.

perçant interrogea sous son sourcil noir la reine

— De quatre femmes!

Henri avec étonnc-

avec curiosité.

ment.

11
l'arie.

lm|i. de

BRY

aini,

loulevit! MorUparnuis,

Ut

82

LA REINE MARGOT.
Oui, entre les mains de quatre femmes, dit
:

rite.

Elle pensa que peut-être cette rupture
était

de

Marguerite
tre les

entre les mains de la reine mère, enles

mariage
la

convenue entre Charles

IX,

Cathe-

mains de madame de Sauve, entre
et entre les

mains

rine et le roi de Navarre. Pourquoi, elle aussi, ne

de Gillonne,

miennes.
cette

Henri se mit à méditer

— Parlons
c'est

énigme.
monsieur, dit
Est-il vrai,

raison,

maintenant,

Marguerite,

et,

surtout, parlons franc.
le

comme

aujcmrd'hui

bruit public, que Votre"

Majesté consente à abjurer?

pas encore consenti.

— Ce public — Mais vous
bruit

pou» dupe ou pour victime? sœur de l'un et fille de l'autre? L'expérience lui avait appris que ce n'était point là une raison sur laquelle elle pût fonder sa sécurité. L'ambition donc mordit au cœur la jeune femme, ou plutôt la jeune reine, trop au-dessus des
prendrait-on pas
était

Parce qu'elle

se trompe,

madame,

je n"ai

faiblesses vulgaires

pour
:

se laisser entraîner à

un

dépit d'amour-propre

chez toute femme,

même méune ambiune
sorte

êtes décidé,

cependant?

diocre, lorsqu'elle aime,

l'amour n'a point de ces

C'est-à-dire, je

me

consulte.

Que voulez-vous?

misères, car l'amour véritable est aussi
tion.

quand on a vingt
ventre-saint-gris
!

ans, et qu'on est à peu .près roi,
il

y a des choses qui valent bien

— Votre
— Ah

Majesté, dit Marguerite avec

une messe.
Et,

dit

— entre Henri ne put réprimer un léger — Vous ne me pas Marguerite. — Je des pour mes
dites
fais

de dédain railleur, n'a pas grande confiance, ce
semble,
front de

me

autres choses, la vie, n'est-ce pas?
sourire.

dans

l'étoile

qui rayonne

au-dessus du

chaque roi?
!

toute votre pensée, sire!

dit Henri, c'est

mienne en ce moment,
alliés,

je

que j'ai beau chercher la ne puis la voir, cachée

réserves

madame;

qu'elle est dans l'orage qui gronde sur

moi

à cette

car,
liés
:

vous
si

le savez,

nous ne sommes encore qu'al-

heure.

— Et votre femme, — Ma ma femme. — Alors? — peut-être
foi oui... et

vous

étiez à la fois et

mon

alliée... et...

n'est-ce pas, sire?

Alors,

serait-ce différent; et peut-

être tiendrais-je à rester roi des huguenots,
ils

disent... Maintenant...

il

faut

que

je

comme me contente

de vivre.
Marguerite regarda Henri d'un air si étrange, qu'il
eût éveillé les soupçons d'un esprit moins délié que

— femme orage que jamais? — bien Henri. — Niez-vous de femme, monsieur? — Non, seulement nie son pouvoir. — Vous voulez dire volonté? — répète mot. La son pouvoir,
Et, si le souffie d'|ine

écartait cet

et faisait cette étoile aussi brillante

C'est

difficile, dit

l'existence

cette

je

sa

J'ai dit

et je

le

femme n'est puissante réellement que mour et l'intérêt sont réunis chez elle
égal
seul,
;

lorsque
a

l'a-

un degré
préoccupe
Or, cette

ne

— Et au moins, — Mais peu Henri vous qu'en jamais sûr de ce monde, madame, on — Marguerite, que Votre Maètes-vous sûr,
sultat? dit-elle.

l'était celui

du

roi

de Navarre.

si

l'un de ces
.\chille,

deux sentiments
je

la

d'arriver à ce ré-

comme

elle est vulnérable.

à

près, dit

;

savez

femme, si je ne m'abuse, son amour.

ne puis pas compter sur

»

n'est

rien.

1\

est vrai, reprit

— Écoutez,
ment de
la

Marguerite se tut. continua Henri; au dernier tintecloche de Saint-Germain l'Auxerrois

jesté

annonce tant de modération

et professe tant

de

désintéressement, qu'après avoir renoncé à sa cou-

vous avez dû songer à reconquérir votre liberté,

ronne, après avoir renoncé à sa religion, elle re-

noncera probablement, on en a l'espoir du moins,
à son alliance avec

qu'on avait mise en gage pour détruire ceux de mon parti. Moi, j'ai dû songer à sauver ma vie. C'était
le plus pressé...

une

fiilc

de France.
si

Ces mots portaient avec eux une
gnification, quelienricn frissonna

profonde

si-

sais bien. Mais c'est

Nous y perdons la Navarre, je le peu de chose que la Navarre en
liberté qui vous est

malgré
de

lui. Mais,

comparaison de

la

rendue de

domptant

— Daignez
je
si

cette

émotion avec

la rapidité

l'éclair

:

pouvoir parler haut dans votre chambre, co que vous n'osiez pas faire quand vous aviez quelqu'un
qui vous écoutait de ce cabinet.
(jnoiqu'au plus fort de sa préoccupation, Marguorile

vous souvenir, madame,

qu'en ce
.le

moment
moi.

n'ai point

mon
le

libre arbitre,

ferai

do Franco. Quant à moins du monda dans relie question où il ne va de rien moins que do mon trône, de mon honneur et do mn vie. plutôt que
lu roi

donc ce que m'ordonnera
l'on

me

consultait

iicpuls'cmpêchorde sourire. Quant au
il

roi

de Naheures

varre,

s'était

déjà levé pour regagner son appar-

Iciuent;

car

depuis quelque temps
cl toul
le

onze

d'asseoir

mon

avenir sur

les droits <jue

nie

donne

(laient sonnées
lilait

donnait, ou du moins seiu-

notre mariage forcé, j'aimernis mieux m'ensevelir

iloruiir
fit

dans

Louvre.

chasseur dans quchiue

chfile.ui, pi-nitent

dans quelrcnnnrin-

Henri
tout
î'r

trois pas vers la porlO; puis,

s'anêlanl
à

que
tion

cloître.
à sa sihialion.

coup

comme
la

s'il

se rappelait

sculemcnl

Ce çnlrne résigné

relie

celle
la

heure
:

circonstance qui l'avait aiucno clici

aux "hoses do ce mnudi'. elfrayèrcnt Margue-

reine

LA REINE MARGOT.

'85

— A propos, madame,
me communiquer
répit

dit-il,

n'avez-vous point à
:

de velours noir,

et,

sur sa poitrine,

fit

voir à Mar-

certaines choses

ou ne vouliez-

guerite une fine tunique de mailles d'acier et

un

vous que m'offrir l'occasion de vous remercier du

long poignard de Milan, qui brilla aussitôt à sa

que votre brave présence dans le cabinet des armes du roi m'a donné hier? En vérité, madame,
il

main comme une vipère au


:

soleil.
!

Il

s'agit

bien

ici

de fer et de cuirasse
sire, allons,

s'écria

était

temps, je ne puis
le

le nier,

et

vous êtes desla divinité

Marguerite; allons,

cachez cette da;

cendue sur

lieu

de

la

scène

comme

gue

c'est la

reine mère, c'est vrai

mais

c'est la

antique, juste à point pour

me

sauver la vie.

reine mère toute seule.

Malheureux!

s'écria

Marguerite d'une voix

sourde, et saisissant le bras de son mari.

Comment

— Cependant... — l'entends, silence!
C'est elle, je
Et, se

donc ne vo3'ez-vous pas que rien n'est sauvé au contraire, ni votre liberté, ni votre

penchant

à l'oreille

de Henri,
le

elle lui dit

couronne, ni votre

à voix basse quelques mots

que
les

jeune roi écouta

viel... Aveugle! fou!

pauvre fou! Vous n'avez pas

avec une attention mêlée d'étonnement.
tôt

— Aussilit.

vu dans

ma

lettre autre chose, n'est-ce pas,

qu'un

Henri se déroba derrière
côté,

rideaux du

rendez-vous; vous avez cru que Marguerite, outrée

De son

Marguerite bondit avec
le

l'agilité

d'une

de vos froideurs, désirait une réparation?

— Mais, madame,
Au même
instant

panthère vers

cabinet où la

Mole attendait en

dit
les

Henri étonné, j'avoue...
épaules avec une expres-

frissonnant, l'ouvrit, chercha le jeune
lui prônant, lui serrant la

homme,
si

et,
:

Marguerite haussa

sion impossible à rendre.

main dans
et

l'obscurité

Silence! lui dit-elle en s'approchant

près

un bruit étrange comme un

de

lui qu'il sentit

son souffle tiède

embaumé
!

cou-

grattement aigu
dérobée.

et pressé retentit à la petite porte

vrit son visage

d'une moite vapeur, silence

Puis, rentrant dans sa
le roi

chambre

et

refermant la

Marguerite entraîna
porte.

du

côté de cette petite

porte, elle détacha sa coiffure,

— Écoutez, — La reine mère
à l'instant

gnard tous
lit.

les

lacets

coupa avec son poide sa robe et se jeta dans le

dit-elle.

sort
la

de chez

elle,

murmura
de

11

était

temps, la clef tournait dans la serrure.

une voix saccadée par
connut
Sauve.

terreur et que H^nri re-

Catherine avait des passe-partout pour toutes les
portes

môme

pour

celle

de

madame

— Et où demanda Marguerite. — vient chez Votre
va-t-elle?

— Qui
Et,

du Louvre.
est là
?

s'écria Marguerite tandis

que Ca-

therine consignait à la porte une garde de quatre

Elle

Majesté.

gentilshommes qui

l'avait

accompagnée.

Et aussitôt

le

frôlement d'une robe de soie prouva,

comme

si

elle eût été effrayée

en s'éloignant, que madame de Sauve s'enfuyait.

— Oh! oh — — Et moi

que irruption dans

sa

de cette bruschambre, Marguerite, sor-

!

s'écria Henri.

tant de dessous les rideaux en peignoir blanc, sauta
à bas du lit, et, reconnaissant Catherine, vint, avec une surprise trop bien imitée pour que la Florentine elle-même n'en fût pas dupe, baiser la main

J'en étais sîire, dit Marguerite.
je le craignais, dit Henri, et la preuve,

voyez.
Alors, d'un geste rapide,
il

ouvrit son pourpoint

de sa mère.

84

LA lŒINE -.MARGOT.

XIV
SECONDE NUIT DES NOCES.

a reine

mère promena son

rait le

moindre gentilhomme de notre royaume eu

regard autour d'elle avec

appelant son gendre ou en le faisant appeler par

une merveilleuse rapidité. Des mules de velours au pied du lit, les habits de
Marguerite épars sur
chaises,
frottait
les

son

fils.

— Depuis
je vois,

Marguerite baissa la

tète.

assez longtemps, continua Catherine,
fille,

ma

à vos

yeux rougis, à vos amères
que
la

yeux qu'elle pour en chasser le
ses

sorties contre la Sauve,

plaie de votre

cœur

ne peut, malgré vos
dans.

efforts,

toujours saigner en de-

sommeil, conxiiinquirent Catherine qu'elle avait
réellement réveillé sa
Alors elle sourit
fille.

Marguerite
qui a réussi
:

tressaillit

:

un

léger

mouvement

avait

comme une femme
un
fauteuil

agité

les

rideaux; mais heureusement Catherine
aperçue.
dit-elle

dans

sons.

— Asseyons-nous, Marguerite, — Madame, vous — Catherine temps,
je

ses projets, et, tirant

ne s'en
cau-

dit-elle, et

était pas

Cette plaie,

en redoublant

d'affec-

tueuse douceur, cette plaie,

mon

enfant, c'est à la

écoute.

Il

est

dit

en fermant

les

main d'une mère qu'il appartient de la guérir. Ceux qui. en croyant faire votre bonheur, ont décidé votre mariage, et qui,
daiic leur

yeux avec

aux gens qui réfléchissent ou qui dissimulent profondément; il est temps, ma fille, que vous compreniez combien
cette lenteur particulière

sollicitude

pour vous, remarquent que chaque nuit Henri de Navarre se trompe d'appartement ceux qui ne peu;

votre frère et moi aspirons à vous rendre heureuse.

vent permettre qu'un roitelet
tout instant une

comme
le

lui

offense à

L'exorde était effrayant pour qui connaissait Catherine.

femme de

votre beauté, de votre

rang
va-t-elle

et

de votre mérite, par
et la

dédain do votre

— Que —

me

dire? pensa Marguerite.
la

personne

négligence de sa postérité; ceux qui

Certes,

en vous mariant, continua

Floren-

voient enfin qu'au premier vent qu'il croira favorable cette folle et insolente tète tournera contre

nous avons accompli un de ces actes de politique commandés souvent par de graves intérêts à
tine,

notre famille et vous expulsera de sa maison
là n'ont-ils

;

ceux-

ceux qui gouvernent. Mais, il le faut avouer, ma pauvre enfant, nous ne pensions pas que la répugnance du roi de Navarre, pour vous si jeune, si
belle et
si

pas

le

droit d'assurer, en le séparant
la fois

du sien, votre avenir d'une façon à gne de vous cl de votre condition'?

plus di-

séduisante, demeurerait opiniâtre à ce

Cependant,

madame, répondit Marguerite,

point.

Marguerite se leva,
nuit,

et

fit,

en croisant sa robe de
à sa mère.
dit

malgré ces observations tout empreintes d'amour maternel, et qui me comblent de joie et d'honneur,
j'aurai la hardiesse de représenter à Votre Majesté

— J'apprends

une cérémonieuse révérence

de ce soir seulement,

Cathe-

que

le roi

de Navarre est
fit

mon

époux.
colère, et, se rap-

rine, car sans cela je vous eusse visitée plus tôt,

Catherine

un mouvement de
:

j'apprends que votre mari est loin d'avoir pour

prochant de Marguerite

vous
lie

les égards qu'on doit non-seulement à une jofemme, mais encore à um^ lille de l'rance. Marguerite poussa un soupir, et Catherine, en:

I,ui. dit-elle,

votre époux! Suffit-il donc, pour
(]ue l'église

être

mari

et

femme,

vous

ait lu-nis, et la

consécration du mariage est-elle souloinenl dans
h's [laroles
fille,
si

couragée par cette muette adhc'sion, continua

du prêtre? Lui, votre époux! Kh

!

ma

— En

effet,

que

le roi
d(!

iU'

Navarre entretienne
(luil

vous étiez

madame

de Sauve, vous pourriez

publiqiieiiii'iit

une

mes

lilles,

l'adore juscol ainoTir

me
(|ue

faire celle réponse. Mais, tout

au contraire de ce

(|u'au scandale, <iu'il fasse

mépris pour

de

la femme qu'on a bien voulu lui accorder, c'est un mallirur auquel nous ne pouvons remédier,

nous attendions de lui, depuis que vous avei accorde à Henri do Navarre l'honneur de vous nommer sa femme, c'est à une autre qu'il en a donné les
droits,
et,

nous autres pauvres tout-puissauts, mais que |)uni-

en ce

moment même,

dit

Catherine eu

LA REINE MARGOT.

85

Catherine poussa, non pas

un

cri,

mais un rugisscmenl sourd.

haussant

la voix,

venez, venez avec moi, cette clef

tablement royale,
rosée

elle

approcha un flambeau de cire

ouvre

la

porte

de Tappartement de

madame
je

de

du

lit, et,

relevant le rideau, elle montra, en
à sa

Sauve, et vous verrez.

— Oh!

souriant,

du doigt
et la

mère

le profil fier, les

che-

plus bas, plus bas,

madame!

vous

prie, dit Marguerite, car

non-seulement vous vous

trompez, mais encore...

bouche entr'ouverto du roi de Navarre, qui semblait, sur la couche en désordre, reposer du plus calme et du plus profond sommeil. veux noirs

— Eh bien
A

— Eh bien?
!

vous allez réveiller

mon mari.
une grâce

ces mots, Marguerite se leva avec
et,

yeux hagards, le corps cambré en arsi un abîme se fût ouvert sous ses pas, Catherine poussa, non pas un cri, mais un rugissePâle,
les

rière

comme

toute voluptueuse,

laissant flotter entr'ouverto

sa robe de nuit dont les

manches courtes laissaient à nu son bras d'un modelé si pur, et sa main véri-

ment sourd. Vous voyez, madame, vous étiez mal informée.

dit

Marguerite, que

86

LA REINE SIÂRGOT.

Catherine jeta un regard sur Marguerite, puis un autre sur Henri. Elle unit dans sa pensée active
l'image de ce front pâle et moite, de ces yeux entourés d"uu léger cercle de bistre, au sourire de
Marguerite, et elle

— Entrons-y,
du danger

sire, dit

Marguerite, car je veux

avoir l'honneur de présenter à Votre Majesté

un

brave gentilhomme blessé pendant

le

massacre en

venant avertir jusque dans
qu'elle courait.

le

Louvre Votre Majesté

mordit ses lèvres minces avec

une fureur

silencieuse.

Marguerite permit à sa mère de contempler un instant ce tableau qui faisait sur elle l'effet de la
tète de
et,

La reine s'avança vers femme. La porte s'ouvrit,
fait

la porte,
et

Henri suivit sa

Henri demeura stupé-

en voyant un Mole

homme

dans ce cabinet prédestiné
encore en se trou-

Méduse; puis
la

elle laissa

retomber

le rideau,

aux surprises.
Mais
la

marchant sur

pointe du pied, elle revint près
:

fut plus surpris

de Catherine

— Vous
si

;

et,

reprenant sa place sur sa chaise

vant inopinément en face du roi de Navarre.
résulta

H en

disiez donc,

madame?
femme
;

que Henri

jeta

un coup

d'oeil

ironique à

La Florentine chercha pendant quelques secondes à sonder cette naïveté de la jeune
puis,

Marguerite, qui le soutint à merveille.


et

Sire, dit Marguerite, j'en suis réduite à crain-

comme
sur

ses regards acérés se fussent
:

émousscs

dre qu'on ne tue dans

mon

logis

môme

ce gentil-

— Rien,

le

calme de Marguerite
dit-elle.

homme, qui
que
je

est

dévoué au service de Votre Majesté,

mets sous sa protection.
jeune

Et

elle sortit à

grands pas de l'appartement.
rideau du
s'ouet

Sire, reprit alors le'
la

homme,

je suis le

Aussitôt que le bruit des pas se fut assourdi dans
la

comte Lérac de

profondeur du corridor,
de nouveau,
et

le

lit

Mole que Votre Majesté attendait qui vous avait été recommandé par ce- pauvre

vrit

Henri, l'œil brillant, la respi-

M. de Téligny, qui a été tué à mes côtés.

ration oppressée, la

main tremblante,
Il

vint s'age-

nouiller, devant Marguerite.

était

seulement vêtu

— Ah! ah!
aussi

fit

Henri, en

effet,

monsieur,

et la

de ses trousses
qu'en
le

et

de sa cotte de mailles, de sorte

reine m'a remis sa lettre;

mais n'aviez-vous pas

voyant ainsi affublé, Marguerite, tout en

une

lettre

de M.

le

gouverneur du Languela

lui serrant la

main de bon cœur, ne put s'empê!

doc?

cher d'éclater de rire.

Ah comment
Et
il

!

madame, ah

Marguerite,

à Votre Majesté aussitôt
s'écria-t-il,
?

m'acquitterai-je jamais envers vous

couvrait sa

main do

baisers,

qui, de la
la

— Oui, remettre recommandation de mon — Pourquoi ne pas — rendu au Louvre dans me
sire,

et

arrivée.

l'avez-vous

fait ?

Sire, je

suis

la soi-

main,

montaient insensiblement aux bras de

rée d'hier; mais Votre Majesté était tellement occo-

jeune femme.

pée qu'elle n'a pu

me

recevoir.

en se reculant tout doucement, oubliez-vous qu'à cette heure une pauvre femme, à laquelle vous devez la vie, souffre et gémit pour
Sire, dit-elle


me
la

C'est vrai, dit le roi,

mais vous eussiez pu, ce

semble,

me

faire passer cette lettre?

J'avais ordre de la part de M. d'Auriac de

ne

vous? Madame de Sauve,

ajouta-t-elle

tout bas,

remettre qu'à Votre Majesté elle-même; car elle
m'a-t-il assuré,

vous a

fait

le sacrifice

de sa jalousie en vous enaprès vous avoir
fait-elle celui

contenait,

voyant près de moi,
fait le sacrifice

et peut-être,

qu'il n'osait le confiera

un avis si important, un messager ordinaire.
en prenant
la et

de sa jalousie, vous
la savez

de
la

— En

effet, dit le roi

en lisant

la

sa vie, car,

vous

mieux que personne,
fit

lettre, c'était l'avis

de quitter
et

cour et de

me

reti-

colère de

ma mère

est terrible.
et,

rer en Béarn. M. d'Auriac était de

mes bons amis

Henri frissonna,

se relevant,

un mouve-

quoique catholique,

il

est
il

probable que,

comme

ment pour .sortir. Oh mais, dit Marguerite avec une admirable

gouverneur de province,
passé.

avait vent de ce qui s'est

!

Ventre-saint-gris,

coquetterie, je réfléchis et
a été

me

rassure. La clef vous
et

m'avoir pas remis cette lettre
lieu de

monsieur! pourquoi ne il y a trois jours au
j'ai

donnée sans indication,
la

vous serez censé

m'avoir accordé ce soir

— Et seulement — Plus
parodiant

préférence.
;

— Parce

ne

me

la

remettre {]u';uijoiird'bui?

que, ainsi que

ou riuuineur de

le

je

vous l'accorde, Marguerite
bas,

consentez

dire à Votre Majesté, quelque diligence que j'oie
faite, je n'ai

à oublier...
sire,

pu arriver qu'hier.

plus bas,

répli(|ua

la

reine

C'est fâcheux, c'est fâcheux!
cette

murmura
si'lreti',

le roi;

les

paroles que dix minutes auparavant

larà

heure nous serions en

soit à la

elle venait d'adresser à sa
caliinct, et,

mère on vous
;

eiilciid

du

l'idchello, soit

dans quelque bonne plaine avec deux

comme je ne
oh!
dit
!

suis pas cncon; tout à fait

à tniis

libre, siro, je

— Oh!

vous prierai de parler moins haut.
Henri moitié riant,
j'oubliais
iiioilié

mille chevaux autour de nous.

Sire, ce (|ni est fait est fait, dit Margiieiile à

as-

demi-voix, et au lieu de perdre votre temps à récrt-

sombri,

c'est vrai

quo ce
à

n'est probable-

miner sur
A

le passé,

\\

s'agit

do

tirer le meilleur

ment

[las

moi qui suis destiné

jouer

la fin

do

parti possible

do l'avenir.

celle scène intéressante!

Co cabinet..

ma

place, dil Henri avec son regard inler-

LA REINE MARGOT.
rogateur, vous auriez donc encore quelque espoir,

87
qu'est-ce que ce

Eh bien
roi.

!

vœu ? demanda

le

madame?

Oui, certes,

et je regarderais le jeu

comme une
que

partie en trois points, dont je u'ai

engagé perdu

Sire, dit la Mole, poursuivi

par des assassins,

sans armes, presque mourant de mes deux blessures, il

— Ah que vous —
saires,

la

première manche.
!

m'a semblé voir l'ombre de
le
si

ma mère me guimain. Alors
j'ai

madame,
fussiez

dit tout bas Henri, si j'étais sûr

dant vers
fait

Louvre une croix à
j'avais la vie sauve,

la

de moitié dans

mon

jeu

!

vœu,

d'adopter la reli-

Si j"avais

voulu passer du côté de vos adveril

gion de

ma

répondit Marguerite,
si

me

semble que

je

de son tombeau pour
cette horrible nuit.

mère, à qui Dieu avait permis de sortir me servir de guide pendant

n'eusse point attendu

tard.

C'est juste, dit Henri, je suis
dites, tout

un

ingrat,

et,

m'y

vois sous la double pititection
et

Dieu m'a conduit ici, d'une

sire. Je
fille

de

comme vous
jourd'hui.

peut encore se réparer au-

France

du

roi

de Navarre.
je n'ai

Ma

vie a été sauvée

— Hélas!

miraculeusement;
sire,

donc qu'à accomplir

mon
était
il

répliqua la Mole, je souhaite à
;

vœu,

sire. Je suis prêt à

me

faire catholique.

Votre Majesté toutes sortes de bonheurs
jourd'hui nous n'avons plus M. l'amiral.

mais au-

Henri fronça le sourcil. Le sceptique qu'il

comprenait bien l'abjuration par

intérêt,

mais

Henri se mit à sourire de ce sourire de paysan
matois que l'on ne comprit à la cour que le jour où
il

doutait fort de l'abjuration par la foi.

— Le

roi

ne veut pas se charger de

mon

protégé,

fut roi

de France.
reprit-il

pensa Marguerite.

— Mais, madame,

en regardant

la

Mole

avec attention, ce gentilhomme ne peut demeurer chez vous sans vous gêner infiniment et sans être

tre les

exposé à de fâcheuses surprises.


— —

Qu en

ferez-vous?

La Mole cependant demeurait timide et gêné endeux volontés contraires. 11 sentait, sans bien se l'expliquer, le ridicule de sa position. Ce fut encore Marguerite, qui, avec sa délicatesse de femme,
le tira

Mais, sire, dit Marguerite, ne pourrions-nous

le faire sortir

du Louvre? Car en tous points

je suis

de ce mauvais pas.
Sire,
dit-elle,

nous oublions que

le

pauvre

de votre

avis.

blessé a besoin

de repos.
il

Moi-même
mais

je

tombe de

Q|est difficile.
Sire,

sommeil. Eh
Mole ne peut-il trouver un peu

!

tenez,

pâlit.
effet,

M. de
la

la

La Mole

pâlissait

en

c'étaient les der-

de place dans

maison de Votre Majesté?
traitez

nières paroles de Marguerite qu'il avait entendues

— Hélas!

madame, vous me

toujours

et interprétées qui le faisaient pâlir.

comme si j'étais encore roi des huguenots, et, surtout, comme si j'avais encore un peuple. Vous savez bien que je suis à moitié converti et que je n'ai plus de peuple du tout.

— Eh bien
Mole?

!

madame,

dit

Henri, rien de plus

simple; ne pouvons-nous laisser reposer M. de la

Le jeune
se fût empressée

homme adressa
malgré
la

à Marguerite

un regard
et

Une autre que Marguerite
pondre sur-le-champ
reine voulait se faire
désirait
:

de

ré-

suppliant,
tés,

et,

présence des deux Majessiège, brisé

Il est catholique.

Mais la

se laissa aller sur

un

de douleur

demander par Henri ce qu'elle obtenir de lui. Quant à la Mole, voyant
ne sachant encore

de fatigue. dans ce regard
Marguerite comprit tout ce qu'il y avait d'amour et de désespoir dans cette faiblesse.

cette réserve de sa protectrice et

où poser le pied sur le terrain glissant d'une cour aussi dangereuse que .l'était celle de France, il se
tut également.


son
la

Sire, dit-elle,

il

convient à Votre Majesté de

faire à ce

jeune gentilhomme, qui a risqué sa vie pour

roi, puisqu'il accourait ici

pour vous annoncer

Mais, reprit Henri, relisant la lettre apportée

mort de l'amiral
il

et

de Téligny, lorsqu'il a été
sera reconnaissant toute

donc M. le gouverneur de Provence, que votre mère était catholique, et que de là vient l'amitié qu'il vous porte?
dit
.

par la Mole, que

me

blessé;
faire

convient, dis-je, à Votre Majesté, de lui
il

un honneur dont
lequel,

sa vie.

— Et

à moi, dit Marguerite,

que

me

parlicz-vous

monsieur le comte, d'un changement de religion? Mes idées se brouilaidez-moi donc, monsieur de la lent à cet égard Mole? Ne s'agissait-il pas de quelque chose de semd'un
avez
fait,
;

vœu que vous

je suis prêt.
la

— Et — M. de

madame?

dit Henri.

Commandez,

Mole couchera cette nuit aux pieds de
elle,

Votre Majesté, qui couchera,
pos.

sur ce

lit

de reau-

Quant à moi, avec

la

permission de

mon

blable à ce

— Hélas

C'est

que paraît désirer
!

le

roi?
si

guste époux, ajouta Marguerite en souriant, je vais

oui. Mais Votre Majesté a

froidement
reprit la

appeler Gillonne, et

me

remettre au Ht;

car, je

accueilli

mes

explications à cet égard,

vous
qui

le jure, sire, je

ne suis pas celle de nous trois

Mole, que je n'ai point osé...

ait le

moins besoin de repos.
l'esprit, peut-être

que tout

cela

ne

me

regardait aucune-

Henri avait de

un peu

trop

ment, monsieur. Expliquez au

roi,

expliquez.

même

:

ses

amis

et ses

ennemis

le lui

reprochèrent

8!î

LA I\EINE BIÂRGOT.

TA-.MEyEfL

— rouisuiM par des

assassins.

— Page 87.

plus Inrd. Mnis
la

il

rompril quo oollo qui

l'exilait
ilrnit

do

ni l'autre, et la

prudence veut que Votre Majesté
la

coucho

cfinjiigalo

on avait
vrnait

acqtiis lo

par

ilomouro
Ht,

101

jusqu'à demain.

l'iniliffc'roni'o nii''nio f|u'il

avait manifosiro pourollo:
ilo

sans attendre
(il

réponse du

roi, elle

appela
et

(l'aillonrs, MarRiirrito
iiiiliffiironce

se vcni,'or
Il

do cotlc

Ciillnnno,
;iM\ pieds
si

pré|iaror les
roi

roussins pour
la

lo rii,

on

lui

sauvant

la

vio.

no mit dune
on

du

un

lit

pour

Mole, qui semblait

pas d'amour-propre dans sa ri'pnnsc.

— Madamo, — Oui,
proiiro

lieureux et

si satisfait

de cet honneur, qu'on eût au roi une eérd-

dit-il, si

M. do

la

Mnlo
jf"

('tait

l'tnt

juré qu'il no sentait plus ses hlossuros.

di^

passor dans
lit.

mon

ajiparlomonl,

lui

nffriiais

Ouant
iiidiiiousc
liioii

à Marf,Miorite. elle tira

mon

rrvoronce;

et,

rentrée dans sa cliaiubro

reprit Marpuorile;

mais voiro apparlo-

vcrrouillco do tous côtés, elle s'étendit dans
lit.

.ment, ù cotlc lionrc, ne vous peut protéger ni

lim

son

LA

I\EINE MARGOT.'

m

La Mole causa un instant politique avec

le roi.

— Maintenant,
faut

se dit Marguerite à elle-même,
la

il

que demain M. de
se repentira.
fit

Mole

ait

un

protecteur au

Louvre,

et tel fait ce soir la

sourde oreille qui de-

Deux heures sonnaient au Louvre. La Mole causa un instant politique avec le roi. qui peu à peu s'endormit, et bientôt ronfla aux
éclats,

main

comme

s'il

eût été couché dans son

lit

de

Puis elle

signe à Gillonne, qui attendait ses

cuir de Béarn.

derniers ordres, de venir les recevoir.

La Mole eût peut-être dormi comme
Marguerite ne dormait pas, elle
:

le roi

;

mai.s

Gillonne s'approcha.

elle se tournait

Gillonne, lui dit-elle tout bas,

il

faut

que defrère, le

et se

retournait dans son

lit,

et ce bruit troublait

main, sous un prétexte quelconque,

mon
ici

les idées et le

duc d'Alençon, ait envie de venir heures du matin

avant huit

Il

est

sommeil du jeune homme. bien jeune, murmurait Marguerite au
il

milieu de son insomnie,

est

bien timid«

;

peut-

12
par.f.

Imp. de

LRY

atD«,

boultviri Moutparause, $1,

00
être

LA REINE JIARGOT.
même,
il

faudra voir cela, peut-être

même,
s'il

serataille

aller les

choses, et rapportons-nous-en
folle Henriette.

au

triple

l-il riJicule;

de beaux yeux cependant... une

Dieu de cette

lien prise, beaucoup de cliarmes; mais
pas être brave!...
Il

allait

ne

Et, vers le jour,

Marguerite
:

finit enfin

par s'en-

fuyait...

il

abjure... c'est fâallons... Laissons

dormir en murmurant

Eros, Cupido, Amor.

cheux,

le rêve

commençait bien;

-^|ao^aej«^

ÏY
CE QUE FEMJIE VEUT DIEU LE
\'EUT.

arguerite

ne

s était

pas

— Oui. madame... répondit Charlotte d'une voix
qu'elle tentait inutilement de rendre aussi assurée

trompée
sée

:

la colère

amas-

au fond du cœur de
dont
elle voyait l'in-

que

Catherine par cette comédie,

trigue sans avoir la puis-

sance de rien changer au

— Et vous vu? — Qui demanda madame de Sauve. — Le de Navarre? — Non, madame; mais
l'avez
?

l'était celle

de Catherine.

roi

je

l'attends,

et

j'avais

dénoùnient,

avait

besoin

même

cru, en entendant tourner

une

clef

dans

la

de déborder sur tjue.qu'un. Au lieu de rentrer chez elle, la reine mère monta directement ciiez sa dame
d'atour.

serrure, que c'était lui venait.

A cette réponse qui annonçait dans madame de Sauve ou une parfaite confiance, ou une suprême
dissimulation, Catherine no put retenir

Madame de Sauve
reine mère.
riole veillait

s'attendait à

deux

visites: elle

un léger
et courte.

espérait celle de Henri, elle craignait celle de la

frémissement. Elle crispa sa main grasse

Au

lit,

à moitié vêtue, tandis

que Da-

Et cependant tu savais bien, dit-elle avec son
sourire, tu savais bien, Carlotla,

dans rantichambre,
dans
la

elle entendit tour-

méchant

que

le roi

ner une
pas lents
point

clef

serrure, puis s'approciier des
s'ils

de Navarre ne viendrait point cette nuit.

et qui

eussent paru lourds

n'eussent

— Moi
lotte

,

madame

,

je

savais cela

!

s'écria

Char-

pas clé assourdis par d'épais

tapis. Elle

ne reconnut

avec

un accent de surprise parfaitement bien
tu le savais.

la

marche légère

et

empressée do Henri,

joué.

elle se douta qu'on empêchait Dariole de la venir avertir; et, appuyée sur sa main, l'oreille et l'œil

— Oui, — Pour

ne point venir, reprit

la

jeune femme,
il

tendus, elle attendit.

frissonnante à cette seule supposition,
qu'il soit

faut

donc

La portière se leva, et la jeune femme frissonnante vit paraître Catherine deMédicis.
Catherine
semblait calme;

mort!
le

Ce qui donnait à Charlotte
ble vengeance dans le cas
rait découverte.

courage de mentir
d'une terripetite trahison se-

mais

madame

de

ainsi, c'était la certitude qu'elle avait

Sauve, habituée;! l'étudier depuis deux ans, comprit tout ce que ce calme apparent cachait de sombres
préoccupations et peut-être de cruelles vengeances.

où sa
écrit

— Mais

tu n'as

donc pas

au

roi

de Navarre,

Madame

de Sauve, en apercevant Catherine, voulit;

Carlotla

mia? demanda Catherine avec ce
Charlotte avec

môme
un ad-

lut sauter en bas de son

mais Catherine leva
la

le

rire silencieux et cruel.

doigt pour lui faire signe do rester, et
Charlotte

pauvre

— Non, madame, répondit

demeura clouée

à sa place,

amassant infaire

mirable accent de naïveté. Votre Majesté no
vait pas dit, ce

me

l'a-

térieurement toutes

les forces

de son

àme pour

face à l'orage qui se préparait silencieusement.

— Avcz-vous

fait

tenir la clef au roi do Navarre?

me semble. H se lit un moment de silence, pendant lequel Catherine regarda madame de Sauve comme le serpent regarde l'oiseau qu'il veut fasciner.

demanda

Calherin(! sans

que

l'acccnl ik'sa voix in-

diquât aucune altération,

seulement ces

paroliîs

— Tu

le crois

belle, dit alors

Catherine; tu

te

étaient prononcées avec des lèvres de plus en plus

crois adroite, n'csl-ce pas?

bl£mis&anlcs.

— Non, madame, répondit

Chariollc, josaisseu-

LA REINE MARGOT.
lement que Votre Majesté a été parfois d'une bien
sans

91

même
la

laisser à

son souffie

la liberté

de se faire

grande indulgence pour moi quand

il

s'agissait

de

entendre, et elle ne respira que lorsqu'elle eut en-

mon

adresse

— Eh — Oh!
ma

et

de

ma

beauté.

tendu

porte se refermer derrière elle et que Ba-

bien! dit Catherine en s'animant, tu te
si

riole fut
était

venue

lui dire

que

la terrible apparition

trompais,

tu as cru cela, et

moi

je

mentais

si

je

bien évanouie.
lui dit-elle alors, traîne

te l'ai dit, tu n'es

qu'une

sotte et

qu'une laide prés
dit Charlotte,

— Dariole,
près

un

fauteuil

de

fille

Margot.

démon

lit et

passe

la

nuit dans ce fauteuil. Je

ceci,

madame,

c'est vrai!

t'en prie, car je n'oserais pas rester seule.

et je

n'essayerai pas

même

de

le

nier,

surtout à

Dariole obéit; mais, malgré

la

compagnie de sa
laisser

vous.

femme de chambre
Aussi, continua Catherine, le roi de Navarre
la

qui restait près d'elle, malgré

lumière de

la

lampe qu'elle ordonna de

te prcfére-t-il

de beaucoup

ma

fille,

et ce n'était

allumée pour plus grande tranquillité,
son oreille

madame

de

pas ce que tu voulais, je crois, ni ce dont nous
étions convenues.

Sauve aussi ne s'endormit qu'au jour, tant bruissait à le

— Hélas! — Cela

métallique accent de la voix de

madame,
si

dit Charlotte

éclatant cette
se faire

Catherine.

fois

en sanglots sans qu'elle eût besoin de
;

Cependant, quoique endormie au
jour commençait
à paraître,

moment où

le

aucune violence
heureuse.

cela est ainsi, je suis bien

mal-

Marguerite se réveilla

est, dit

Catherine en enfonçant

comme
yeux

au premier son des trompettes, aux premiers aboiements des chiens. Elle se leva aussitôt et commença
de revêtir un costume
tentieux. Alors
elle
si

un double poignard le double rayon de dans le cœur de madame de Sauve.
le faire

ses

négligé, qu'il en était préfit

Charlotte.

— Mais qui peut vous croire? demanda — Descends chez reine de Navarre, pazzal
la

appela ses femmes,

intro-

duire dans son antichambre les gentilshommes
service ordinaire
la porte

du

du

roi

de Navarre; puis, ouvrant
la

et

qui enfermait sous

même

clef

Henri et
affec-

tu y trouveras ton amant.

— Oh!

de

la

Mole, elle

donna du regard un bonjour
et,

fit

madame

de Sauve.

tueux à ce dernier,

toute sa force prûte à
loi
!

lousie

— Es-tu par hasard? demanda reine mère. — Moi madame de Sauve rappelant l'abandonner. — Oui, une curieuse de de Française. — madame de Sauve, comment Votre
jalouse,
la
?

Catherine haussa les épaules.

— Allons,
il

appelant son mari

:

sire, dit-elle, ce n'est pas

le tout

que

d'avoir fait croire à
pas,

madame ma mère

ce qui n'est

convient encore que vous persuadiez toute

dit

à elle

votre cour de la parfaite intelligence qui règne entre nous. Mais tranquillisez-vous,
riant, et retenez bien

ajoula-t-clle

en

je serais

voir

ja-

mes

paroles,
:

que

la

circon-

stance
la

fait

presque solennelles
fois

Aujourd'hui sera

Mais, dit

dernière

que

je mettrai Votre Majesté à cette

Majesté veut-elle que je sois jalouse autrement que

cruelle épreuve.

d'amour-propre;

je

n'aime

le roi

de Navarre qu'au-

Le

roi

de Navarre sourit et ordonna qu'on intro-

tant qu'il le faut pour le service de Votre Majesté!

duisît ses

gentilshommes.
ils le

Catherine
rêveurs.

la

regarda un

moment

avec des yeux

Au moment où
sur
le lit

saluaient,

il

fit

semblant de
était resté

s'apercevoir seulement que son
tu
dis là peut, à

manteau

vrai,

— Ce que me tout prendre, murmura-t-elle. — Votre Majesté dans mon cœur. — Et ce cœur m'est tout dévoue? — Ordonnez, madame, vous en jugerez. — Eh bien! puisque mon serlit

être

de

la

reine;

il

leur

fit

ses excuses de les

recevoir ainsi, prit son manteau des mains de Mar-

guerite rougissante,

et

l'agrafa
il

sur son
leur

épaule. des

Puis, se retournant vers eux,

demanda

et

nouvelles de

la ville et

de

la

cour.

tu te sacrifies à

Marguerite remarquait du coin de l'œil l'imperceptible

vice, Carlotta,

il

faut,

pour du

mon

service toujours,
et très-

étonnement que produisit sur

le

visage des

que

tu sois très-éprise

roi

de Navarre,

gentilshommes

cette intimité qui venait

de se révé-

jalouse surtout, jalouse
Mais,

— madame, demanda jalouse? une Italienne façon Catherine —
est-elle

comme une

Italienne.

ler entre le roi et la reine

de Navarre, lorsqu'un

Charlotte, de quelle

huissier entra suivi de trois ou quatre gentilshom-

mes,
;

et

annonçant

le

duc d Alençon.

Je te le dirai, reprit
trois

et,

après avoir

fait

deux ou

mouvements de

tète

de hfut en

Pour le faire venir, Gillonne avait eu besoin de lui apprendre seulement que le roi avait passé la
nuit chez sa

bas, elle sortit silencieusement et
elle était entrée.

lentement

comme
yeux

femme.
si

François entra

rapidement, qu'il
le
.

faillit,

en

les

Charlotte, troublée par le clair regard de ces
dilatés

écartant, renverser ceux qui

précédaient. Son

comme ceux du

chat et de la panthère, sans
fit

premier coup d'œil

fut

pour Henri Marguerite n'eut

que

cette dilatation lui

rien perdre de sa profon-

que

le second.

deur, la laissa partir sans prononcer

un

seul mot,

Henri lui répondit par un salut courtois. Mar-

92

LA REINE MARGOT.

guérite composa son visage, qui exprima la plus
parfaite sérénité. à

Allons, allons, se dit Marguerite en elle-même,
ni l'autre

D'un autre regard vague, mais scrutateur, le duc embrassa alors toute la chambre il vit le lit aux
;

eux deux ils vont faire ce que ni l'un des deux n'eût fait tout seul.
Et elle ouvrit
le la

porte

du cabinet

et
:

en

lit

sortir

tapisseries dérangées, le double oreiller affaissé

au

jeune blessé après avoir dit à Henri

chevet, le chapeau
Il

du

roi jeté

sur une chaise.
:

C'est à vous,

matin à
choisi,

— Mon — Le

pâlit;

mais, se remettant sur-le-champ

frère à quel titre

monsieur, d'expliquer à mon nous nous intéressons à M. de la

frère Henri, dit-il, venez-vous jouer ce

Mole.

la

paume avec

le roi"?

roi

me

fait-il

cet

honneur de m' avoir
n'est-ce

demanda Henri, ou

qu'une atten-

En deux mots, Henri, pris au trébuchet, raconta M. d'Alençon, moitié protestant par opposition, comme Henri moitié catholique par prudence, l'arà

tion de votre part,

mon

beau-frére?
point parlé de cela, dit

rivée de

la

Mole

à Paris, et

— Mais,
le

comment

le

jeune

homme
de

non.

le roi n'a

avait été blessé

en venant

lui apporter

une

lettre

duc un peu embarrassé; mais ^j'êtes-vous point
Henri sourit; car
s'était passé tant et

M. d'Auriac.

de sa partie ordinaire?
il

Quand
de
si

le

duc

se retourna, la Mole, sorti
lui.

du

cabi-

gra-

net, se tenait

debout devant

ves choses depuis la dernière partie qu'il avait faite

avec

le roi, qu'il

n'y aurait rien eu d'étonnant à ce
ses joueurs habituels.

François, en l'apercevant si beau, si pâle, et par conséquent doublement séduisant par sa beauté et

que Charles IX eût changé
J'y vais,

— mon Henri en souriant. — Venez, duc. — Vous vous en demanda Marguerite. — Oui, ma sœur. — Vous donc pressé? — Très-pressé.
frère
1

par sa pâleur, sentit naître une nouvelle terreur au
fond de son âme.

dit

reprit le

Marguerite

le

prenait à la fois par

la

jalousie et

allez?

par l'amour-propre.

— Mon

frère, lui dit-elle, ce

jeune gentilhomme,

êtes

j'en réponds, sera utile à qui saura l'employer. Si vous
l'acceptez

pour vôtre,

il

trouvera en vous un maître

Si

cependant
.'

je

réclamais de vous quelques

puissant, et vous, en lui,
ces temps,
il

un

serviteur dévoué.

En

minutes

faut bien s'entourer,

mon

frère! sur-

Une pareille demande était si rare dans la bouche de Marguerite, que son frère la regarda en rougissant et en pâlissant tour à tour.

— Que

en baissant la voix de manière duc d'Alençon l'entendît seul, quand on est ambitieux et que l'on a le malheur de n'être que
tout, ajouta-t-elle

que

le

va-t-elle lui dire? pensa Henri
le

non moins

troisième

fils

de France.

étonné que

duc d'Alençon.

Marguerite,

comme

si

elle

eût deviné la pensée

doigt sur sa bouche pour indiquer à François que, malgré cette ouverture, elle gardait

Elle mit

un

de son époux, se retourna de son côté.

— Monsieur,

encore à part en elle-même une portion importante

dit-elle

avec un charmant sourire,
si

de sa pensée.

vous pouvez rejoindre Sa Majesté,
ble, carie secret quej'ai à révéler à

bon vous semje

Puis, ajouta-t-elle,

peut-être trouvercz-vous,

mon frère est déjà
vous ai

tout au contraire de Henri, qu'il n'est pas séant

que

connu de vous, puisque

la

demande que

ce jeune

homme demeure

si

près de

mon

apparte-

adressée hier à propos de ce secret a été à peu près
refusée par Votre Majesté.
.le

ment.
Mole,

ne voudrais donc pas,

— Ma
si

sœur, dit vivement François,
cela lui convient toutefois, sera
instalh'

continua Marguerite, fatiguer une seconde fois Votre
Majesté par l'expression émise en face d'elle d'un
désir qui a paru lui être désagréable.

M. de la dans une
je crois
et je l'ai-

demi-heure
merai.

dans

mon

logis,

Qu'est-ce donc? demanda François en gardant tous deux avec étonnement.

qu'il n'a rien à craindre. Qu'il
les re-

m'aime

Henri en rougissant de dépit, je sais ce que vous voulez dire, madame. En vérité, je
:
!

— Ah

François mentait, car au fond de son
testait déjà la

cœur

il

dé-

ah

dit

Mole.

— Bien,
murmura
l'autre,

bien... je

ne m'étais donc pas trompée! pour vous conduire l'un
et

regrette de ne pas être plus libre. Mais,

si

je

ne puis

Marguerite, qui vit les sourcils du roi de
Ali!

donner
offrirait

à

M. de la Mole une hosiiitalité t]ui ne lui aucune assurance, je n'en peux pas moins
à

Navarre se froncer.
l'autre.

je vois iju'il

faut vous conduire l'un par

recommander après vous

mon

frère

d'Alenrou

la

persônni' à laiiurUe 7)ons vous tnlrrcssrz. Peut-être

Puis, roiiipletanl sa

[len.'si'O

:

même,
être

ajouta-t-il

core aux mots (|ue

pour donner plus de force ennous venons de souligner, peuttrouvera-t-il
la
uiic^
idi't-

Allons, allons, continua-t-olle,

bien, Mar-

guerite! dirait Henriette.
Mil effet,

même mon

frère

qui
.

une deini heure après,
par Marguerite,
assez leslement

la

Mole, grave-

vous permettra de garder M. de
près de vous... ce qui serait
ce pas, madame''

Mole...

ici.

ment

cati'chisé

baissait le

bas de sa
blessé,

mieux que

tout, n'est-

robe, et montait,

pour un

rosr^lier qui conduisait chez M. d'Alençon.

LA REINE MARGOT.

95

III

1

iMl'iilli;»

vWl?

"£1.

'^'^CiA.'K^UkO^.

'

Et

il

montait assez lestement pour un blessé.

— Pace 92

Deux ou trois jours s'écoulèrent pendant lesquels bonne harmonie parut se consolider de plus en plus entre Henri et sa femme. Henri avait obtenu
la

testable qui le menaçait. Henri, renseigné des
cotés, redoublait

deux donc de défiance à l'endroit de la
avec d'autant plus de raison,

reine

mère

,

et cela

de ne pas

iaire abjuration publique,
les

mais

il

avait

qu'insensiblement la figure de Catherine
çait

commenà

renoncé entre

tendait tous les

mains du confesseur du matins la messe qu'on

roi et endisait

de se dérider. Henri en arriva

même
un

voir

au

éclore

un matin sur

ses lèvres pâles
il

sourire de

Louvre. Le soir

il

prenait ostensiblement le chemin
la

bienveillance. Ce jour-là

eut toutes les peines du

de l'appartement de sa femme, entrait par par
la petite porte secrète et

grande

monde

à se décider à
fait

manger autre chose que des
vu puiser à
la

porte, causait quelques instants avec elle, puis sortait

œufs qu'il avait
tre chose

cuire lui-même, et à boire au-

montait chez

mapré-

que de

l'eau qu'il avait

dame de

Sauve, qui n'avait pas

manqué de

le

Seine devant lui.
Les massacres continuaient, mais néanmoins al-

venir de la visite de Catherine et du danger incon-

94
laiem s'éteignant; on avait
huguenots, que
le
fait si

LA REINE MARGOT.
grande tuerie des
diminué.

main

la chose, cela

vaut mieux! Ainsi,

faites

vos in-

nombre en

était fort

vitations, je ferai les

miennes, ou plutôt nous n'in-

La plus grande partie étaient morts; beaucoup quelques-uns étaient restés cachés. De temps en temps une grande clameur s'élevait dans
avaient
fui,

viterons personne.
;

Nous dirons seulement que nous y allons cela fait, tout le monde sera libre. Adieu, ma mère! je vais sonner du cor.

un quartier ou dans un autre
avait découvert
était privée
était acculé

c'était quand on un de ceux-là. L'exécution alors ou publique, selon que le malheureux
:

— Vous vous épuiserez,
le dit

Charles

!

Ambroise Paré

vous

sans cesse, et

il

a raison; c'est

un

trop

rude exercice pour vous.

dans quelque endroit sans issue ou poule

— Bah

!

bah

!

bah

!

dit Charles, je

voudrais bien

vait fuir.

Dans
le

dernier cas, c'était une grande
:

être sûr de

ne mourir que de
ici et

cela. J'enterrerais

joie

pour

quartier où l'événement avait eu lieu

tout le

monde

même

Henriot, qui doit

un jour

car, au lieu de se

calmer par l'extinction de leurs
en
restait, plus ils paraissaient

nous succéder

à tous, à ce

que prétend Nostradamus.

ennemis,
féroces
;

les et

catholiques devenaient de plus en plus
il

Catherine fronça

moins

— Mon
mes

le sourcil.

fils,

dit-elle,

défiez-vous surtout des cho-

acharnés après ces malheureux restes.
Charles IX avait pris grand plaisif à la chasse

ses qui paraissent impossibles, et,

en attendant, mé-

uagez-vous.

aux huguenots

;

puis,

quand

il

n'avait pas
il

pu conau

— Deux ou

trois fanfares

seulement pour réjouir
huguenot, cela
au-

tinuer de chasser lui-même,
bruit des chasses des autres.

s'était délecté

chiens, qui s'ennuient à crever, pauvres bêtes!
les lâcher

J'aurais

sur

le

les

Un
avec

jour, en revenant de jouer au mail, qui était

rait réjouis.

la

paume

et la chasse

son plaisir favori,

il

en-

tra chez sa

mère

le visage tout joyeux, suivi

de ses

courtisans habituels.

— Ma

mère,

dit-il

en embrassant

la Florentine,

qui,

remarquant
la

cette joie,

avait déjà essayé d'en

deviner
de tous

cause;

ma

mère, bonne nouvelle! Mort
c'est

chambre de sa mère, un cor, en sonna avec une vigueur qui eût fait honneur à Roland lui-même. On ne pouvait pas comprendre comment de ce corps faible et maladif et de ces lèvres pâles pouvait sortir un souffle si puissant.
Et Charles IX
sortit

de

la

entra dans son cabinet d'armes, détacha

les diables!

savez-vous une chose?

que

Catherine attendait en
elle l'avait dit à
sorti,

effet

quelqu'un,

comme

l'illustre carcasse

de M. l'amiral, que l'on croyait

son

fils.

Un

instant après qu'il fut
lui

perdue, est retrouvée!

— Ah — Oh

une de

ses

femmes vint

parler tout bas.

!

ah

!

dit Catherine.

La reine
les
il

sourit, se leva, salua les personnes qui lui

!

mon

Dieu oui
pas,

!

Vous avez eu comme moi
mère, que
chiens en

faisaient la cour, et suivit la messagère.

l'idée,

n'est-ce
fait

ma

Le Florentin René, celui auquel
varre, le soir
fait

le roi

de Na-

avaient
rien.
ple, a

leur repas de noce? mais

n'en était

même
si

de

la

Saint-Barthclemy. avait

Mon

peuple,
:

mon
il

cher peuple,

eu une idée

a

mon bon peupendu l'amiral au croc de

un

accueil

diplomatique, venait d'entrer dans

son oratoire.

Monlfaucon-

— Ah

!

c'est vous,

René

I

lui dit Catherine,

je

vous attendais avec impatience. Du
haut en bas Gaspard on a jeté.
l'a

Et puis de bas en haut on

monté.

— Eh bien? Catherine. — Eh bien! ma bonne mère,
dit
j'ai

ai écrit?

reprit Charles IX,

— — eu — Avez-vous
J'ai

René s'inclina. Vous avez reçu hier
cet

le petit

mot que

je vous

honneur.
renouvelé,

comme

je

vous

le di-

toujours eu l'envie de
est

le

revoir depuis que je
11

sais, et

l'épreuve do cet horoscope tiré par Ruggieri,
si

sais qu'il

mort, le cher

homme.

fait

beau.
est

qui s'accorde

bien avec cette prophétie de Nosfils

Tout

me

semble en (leurs aujourd'hui. L'air

tradamus qui

dit

que mes

régneront tous trois?...

plein de vie et de parfums, ]e

me

porte

ne me suis jamais porté. nous monterons à cheval
con.

Si

vous voulez,

comme je ma mère,

Depuis (luclques jours, les choses sont bien modifiées, René, et j'ai pensé qu'il était possible que les
destinées fussent devenues

et

nous irons à Montfau-

— Ce
si

— Madame,
serait bien volontiers,
je n'avais

moins menaçantes.
la tête,

répondit René en secouant

mon
une

fils,

dit

Cathe-

Votre Majesté sait bien que les choses no modifient pas la destinée; c'est la destinée, au contraire, qui

rine,

pas donné un rendez-vous (|ucjo
ù

ne veux pas manquer; puis,

visite faite à

un

gouverne

les choses.

homme
il

t\(\

l'itriportance de

M. l'amiral, ajouta-t-ellc,

— Vous n'en
lice, n'est-ce

avez pas moins renouvelé le sacri-

faut convier tiiutc la cour. Co sera
les

une occasion
qui demeu-

pour
rera.

observateurs de faire des observations cu-

— Oui, madame, répondit René, car
est

pas?

vous obéir

rieuses.

Nous verrons qui viendra
avez,

et

mon

pnMiiior devoir.
!

— Vous

ma

foi!

raison,

ma morel

à de-

Eh bien

le

résultat?

^

(^t domeurii le

même, miidmne.

LA REINE MARGOT.

95
aucune que
le travail

trois cris

— Signe de morts murmura Catherine. — Hélas! René. — Mais ensuite? — Ensuite, madame,
trois

— Quoi l'agneau noir — Toujours, madame.
!

a toujours poussé ses
I

à René, et sans transition

muet

?

cruelles dans

ma famille

!

dit

il

y avait dans

ses entrail-

les cet

étrange déplacement du foie que nous avons
les

déjà

remarqué dans

deux premiers,

et

qui pen-

chait en sens inverse.

— Changement de
René secoua
l'ai dit

dynastie. Toujours, toujours,
il

— arrivé des parfums — Oui, madame. — Vous m'en enverrez un garni. — Desquels? — Des derniers, de ceux... Catherine — De ceux qu'aimait particulièrement de Navarre? René. — Précisément. — point besoin de préparer,
Est-il
d'Italie?
coffret

de sa pensée

:

s'arrêta.

la

reme

reprit

11

n'est

les

n'est-ce

toujours,

grommela Catherine;
la tête.

faudra cependant

pas,

madame?

car Votre Majesté y

est,

à cette heure,

combattre cela, René! continua-t-elle.

aussi savante

— Je gouverne. —
Oui,

à Votre Majesté, reprit-il, le destin

réussissent.

— Tu trouves? — Votre Majesté
le

que moi.
dit Catherine;
le fait est qu'ils

n'a plus rien à

me

dire? de-

— madame. — Te souviens-tu de
— Oui, madame.
Redis-le

C'est ton avis? dit Catherine.

manda

parfumeur.
non, reprit Catherine pensive
;

— Non,
l'horoscope de Jeanne d'Alcrois pas,

je

ne

du moins.
les

Si toutefois

il

y avait du nousavoir.

bret?

veau dans
poules.

sacrifices,
les

faites-le-moi
et

A

— un peu, voyons; moi. — Vives René, reformidata, reghia awplificabere. — Ce qui veut répliqua Catherine;
je l'ai oublié,

propos, laissons

agneaux,
j'ai

essayons des

lionorata, dit

niorieris

Ilélas!
la

madame,

bien peur qu'en chan-

geant
sages.

victime nous ne changions rien aux pré-

dire, je crois,

tu vivras honorée, et elle manquait
la

du

nécessaire,

Fais ce que je dis.
et sortit.

pauvre femme

!

Tu

ntoiirras redoutée, et

nous

René salua
elle se leva à

nous sommes moqués
morte
et

d'elle.

Tu

seras plus grande
qu'elle est

Catherine resta un instant assise et pensive; puis
son tour et rentra dans sa chambre à
,

que lu n'as élé comme reine,

et voilà

que

sa

grandeur repose dans un tombeau

coucher, où l'attendaient ses femmes

et

elle

où nous avons oublié de mettre même son nom. Madame, Votre Majesté traduit mal le vives honorata. La reine de Navarre a vécu honorée, en

annonça pour
faucon.

le

lendemain

le

pèlerinage à Mont-

La nouvelle de cette partie de plaisir fut pendant
toute la soirée le bruit du palais et
ville.
la

effet;

car elle a joui, tant qu'elle a vécu, de l'amour

rumeur de

la

de

ses enfants et

du respect de

ses partisans,

amour

Les dames firent préparer leurs toilettes les

et respect d'autant

plus sincères qu'elle était plus

plus élégantes, les gentilshommes leurs armes et
leurs chevaux d'apparat. Les

pauvre.

marchands fermèrent
la

Oui, dit Catherine, je vous passe le tu vivras

boutiques et ateliers, et

les

flâneurs de

populace

honorée; maisnioriem rcformidata, voyons, com-

tuèrent par-ci, par-là, quelques huguenots épargnés

ment

— Comment rien de plus Tu mourras redoutée. — Eh bien morte redoutée? — bien redoutée, madame, ne
je l'expliquerai
! !

l'expliquerez-vous?

facile.

pour la bonne occasion, afin d'avoir un accompagnement convenable à donner au cadavre de l'amiral.

est-elle

Ce
fût pas
et

fut

un grand vacarme pendant

toute la soirée

Si

qu'elle

morte
fin,

si

Votre Majesté n'en avait pas eu peur. Enreine tu grandiras,
élé

comme

ou tu seras plus
la

et

pendant une bonne partie de la nuit. La Mole avait passé la plus triste journée du monde, cette journée avait succédé à trois ou quatre au-

grande que tu nas
core vrai,

comme
a

reine; ce qui est en-

tres qui n'étaient pas

moins
lui,

tristes.

madame;

car,

en échange de
peut-être

cou-

M. d'Alençon, pour obéir aux désirs de Marguerite, l'avait installé

ronne périssable,

elle

maintenant,
et,

chez

mais ne

l'avait point

comme

reine et martyre, la couronne du ciel,

revu depuis.

11

se sentait

tout à coup

comme un

outre cela, qui sait encore l'avenir réservé à sa race sur la terre?

pauvre enfant abandonné, privé des soins tendres, délicats et charmants de deux femmes dont le souvenir seul de l'une dévorait incessamment sa pensée.
Il

Catherine était superstitieuse à l'excès

;

elle s'é-

pouvanta plus encore peut-être du sang-froid de René que de cette persistance des augures; et, comme

avait bien eu de ses nouvelles par le chirur;

gien Âmbroise Paré, qu'elle lui avait envoyé
ces nouvelles, transmises par

mais
l'in-

pour elle un mauvais pas était une occasion de franchir hardiment la situation, elle dit brusquement

un homme de cin-

quante ans, qui ignorait ou feignait d'ignorer

96

LA REINE MARGOT.

— A merveille!

qu'on

lui

donne un de mes chevaux.

iérh que

la

Mole portait aux moindres choses ipn
Mar(,'ueriln,
11

pour
la

le

lendemain, ne
se

fit-il

demander

à

M. d'Alençnn
Mole était

se rapportaient à

(Haicnt bien
est vrai
(\\u'.

iiieniii-

faveur de rarroni|ia;,'ner.
l.e

plèles et bien insnflisanti's.
était

riilionm^

(lue

demanda pas même
il

si

la

venue une fois, en son propre nom, bien entendu, pour savoir des nouvelles du blcssfi. Celte visite avait fait Teffel d'un rayon de soleil dans un
eaehot,
f't

en état de supporter cette fatigue,

répondit seule-

ment

:

— A merveille! qu'on
tout ce

lui

donne un de mes cheMole. Maitre Anile

la M(d('

eu était

resti^

coniini! ('liloui,

at-

vaux.
(;'('tait

tendant toujours une seconde apparition,
«luoiqu'il se fût écoulé,
micri'.

laiiuclle,

que

d('Sirail la

deux jours depuis

la

pre-

broise Pan? vint
la

comme

d'habitude pour

panser;

m- venait poini.
la nn\nrili' fut ap|i(irl«'<'
.lu

Mide

lui

exposa

la néressit('

il ('tait

de monter
à la

Aussi, ijuand

ciinva-

à cheval, et h^ |iria de iiieltre

un double soin

lescenl de cette réunion splendido de toute la cour

pose dos appareils. Les deux hle^ure*. au reste.

LA REINE MARGOT.

07

mw
Un
^raiid gculiiii .'Uiiue j
|>ail

roux

eijiniliisU dcva^il

une

ghtce.

V>

1.

1*8

-jtaieiil rcft'rnict's.

celle de la fjoitrinc cciinnie telle
île

il

se sciiiait aussi bien qu'il puuvait être. D'ailleurs,
il

de

l'épiule. et celle

l'cpaule seule

le

faisailsoufil

Marguerite serait sans doute do cette cavalcade;
reverrait .Marguerite;
et,

frir.

Toutes doux clnient vermeilles, coiiime

con-

lorsqu'il songeait
il

au bien

vient à des liuiirsen voie de giKTisnn. Maître Ainbroise Paré les recouvrit d'un taffetas

que
de

lui avait fait la

vue de Gillonne,
iiien

ne mettait

gommé,

fort
et

point en doute l'efficacité
sa maîtresse.

plus grande de celle

en vogue
promit
à

à cette
la

époque pour ces sortes de pourvu
qu'il

cas.

.Mole que,

ne se donnât

La Mole employa donc une partie de l'argent qu'il
avait reçu en partant de sa famille à acheter le plus

point trop de
lait faire, les

mouvement dans
au comble de
la

l'excursinn qu'il al-

choses iraient convenablement.
la joie;

beau justaucorp!, de satin blanc

et la plus riche

bro-

La Mole

était

à part

une

derie de
à la

certaine faiblesse causée par

perte de sang et

un

manteau que lui pût procurer le tailleur mode. Le môme lui fournit encore des bottes
cette

léger étuurdisîoment qui se rattachait à cette cause,

de cuir parfumé qu'on portail à

époque;

le

Par

ft

IiLi['

4r Bitl t'Ot

m
lement après
l'Iieure

LA REITŒ

BIATIGOT.

tout lui fut apporte le mnlin, une dcmi-licurc seu-

resser

un grand cheval noir dont
de son mailre.

la

beauté eût été
à l'instarde

pour

lariucllc la

Mole Tavait
Il

sans égale, sans une petite coupureque,
celle
lui avait faite,

demandé, ce qui
se trouva assez

fait qu'il

n'eut trop rien à dire.

dans une des

s'habilla rapidement, se regarda

dans son miroir,
vrtu,
coilfé,

dernières balailles civiles, un sabre de relire.

convenaMemcnt
satisfait

paril

Néanmoins, enchanté de son cheval
tail

comme

il

l'é-

fume, |iour être

de lui-même; enfin,

de lui-même, ce gentilhomme, que nos lecteurs
le

s'assura par plusieurs tours faits

rapidement dans incommodités

ont sans doute reconnu sans peine, fut en selle un

sa cliamlire que, à part plusieurs douleurs assez vives, le

quart d'heure avant tout

monde,

el Ht retentir la

bonheur moral
'

ferait laire les

cour de

riiôtcl

de Guise des hennissements de son

physiques.

coursier, auxquels répondaient, à

mesure

qu'il s'en

Un manteau

cerise de son invention, et taillé
les portail alors,

un

rendait mailre,
tons.

des mordi prononcés sur tous les
instant, le cheval,

peu plus long qu'on ne
parliculièremenl bien.

lui allait

Au bout d'un
la

complètement
el

dompté, reconnaissait, par sa souplesse
sance,
la victoire

son obéis-

Tandis que celle scène se passait au Louvre, une autre du même genre avait lieu à rhôlel de Guise.

légitime domination de son cavalier; mais
n'avait pas été remportée sans bruit, et

Un grand genlilliomme
sait

à poil

roux examinait delui

ce bruit (c'était peut-être là-dessus

que comptait

vant une glace une raie rougcàtre qui

travercl

notre gentilhomme), cl ce bruit avait attiré aux vitres

désagréablement

le

visage

;

il

peignait
la

paril

une dame que notre dompteur de chevaux sa-

fumait sa mouslaclie,

et,'

tout en

parfumant,
qui,

lua profondi'ment, et qui lui sourit de la façon la

étendait sur celte malheureuse raie,

malgré

plus agréable.

tous les cosmétiques en usage à celte époque, s'obstinail à reparaître,
il

Cinq minutes après,
appeler son intendant.

madame de

Nevers

faisait

étendait, dis-je,

une

triple cou-

che de blanc

et

de rouge; mais,

comme
:

l'applica-

— Monsieur, demandal-elle,
nablcmonl déjeuner M.
nas?
le

a-t-on

fait

conve-

tion était insuflisante,
soleil,

une idée

lui vint

un ardent
la

comte Annibal de Cocoa

un
il

soleil d'août,

dardait ses raj'ons dans

cour;
à la se

descendit dans celle cour, mil son clia[ieau
cl, le

main,

nez en

l'air et les

yeux fermés,

— Oui, madame, répondit rmtcndanl
ce matin

;

il

miîme

il

promena pendant dix minutes, sexposant volontairement à cette flamme dévorante qui tombait par
torrents du ciel.

mangé de meilleur

appétit encore

que

d'habitude.

— Bien, monsieur,
Puis,
se
:

dit la duchesse.

un coup de soleil de premier ordre, le gentilhomme éiail arrivé à avoir un visage si cclalanl, que c'était la raie
à

Au bjul de dix minutes, grâce

retournant vers son premier gentil-

homme
Louvre,

— Monsieur d'Arguzon,
Annibal de Coconas. car
tout au
rait
il

dit elle, parlons

pour

le

rouge qui maintenant

n'était plus en

harmonie avec

et tenez l'œil, je v(uis prie,

sur M.

le

comte
pour

le reste, el qui, par comparaison, para'^sail jaune. Noire gentilhomme ne (larni pas moins fort satisfait de celarc-en-cicl, qu'il rassortit de son mieux avec le reste du visage, grâce à une couche de vermillon

est blessé, et,

par consé-

quent, encore faible, et je ne voudrais pas.

monde,

rire les

qu'il étendit dessus;

après quoi

il

endossa un

masa

depuis celle
lliélomy.

malheur. Cela fehuguenots, qui lui gardeui rancune bienheureuse soirée de la .^aiut-Barqu'il lui arrivât

gnifique

habit

qu'un tailleur avait mis dans

chambre avant qu'il n'eût demandé le tailleur. Ainsi paré, musqué, armé de pied en cap, il descendit une seconde fuis dans la cour, el se mil à ca-

Va
tour,

madame do
partit toute

Nevers,

montant

à

cheval à son
le

rayonnante pour

Louvre, où

était le

reudez-vous général.

LA lŒlAE 51AHG0T.

99

XVI

LE CORI'S LUN

EN.SElll MOriT SK.NT

TOUJOCRS

EO.N.

'

I

était
,

deux

lieiircs tic l'a(ile

Je suis catholique et je

me

dois à

ma nouvelle

reli-

rés-niidi lorsrju'unc

gion.
Puis, s'adrcssaiit à Charles IX
:

ii;cavalicisrcluisantsd"or,

du joyaux eld'lialiilssplondidc's, apparut dans la rue
,Saint-llenis, débouclianl à

— Que Votre Majesté compte sur moi,
je serai toujours

lui dit-il,

heureux de l'accompagner partout
lui

où elle
Et
il

ira.

"angle

du cimetière des

jeta

autour de

un coup

d'œil rapide

innocents, et se déroulant

pour compter
avec
le

les sourcils qui se fronçaient.
le

au

soleil

pntre les deux rangées de maisons somreptile

Aussi, celui de tout

cortège que l'on regardait
fils

bres

comme un immense

aux

clialoyanls an-

plus de curiosité peut-être, était ce
roi

sans

neaux.
Nulle troupe, si riclie qu elle soit, ne peut donner une idde de ce spectacle. Les habits soyeux, riches et éclatants, légués comme une mode splendide par François 1" à ses successeurs, ne s'étaient

mère, ce

sans royaume, ce huguenot

fait

catho-

lique. Sa figure longue et caractérisée, sa tournure

un peu vulgaire,
venant pour un

sa familiarité

avec ses inférieurs,
presijue incon-

familiarité qu'il portail à

un degré

roi, familiarité

qui tenait aux ha-

pas transformés encore dans ces vêtements étriqués

bitudes montagnardes de sa jeunesse et qu'il conserva jusqu'à sa mort, le signalaientauxspectateurs,

sombres qui furent de mise sous Henri lil; de sorte que le costume de Cliarles l.\, moins riche,
et

dont quebiues-uns

mais peut-être plus élégant que ceux des époques
précédentes, ëclaiail dans toute sa parfaite
nie.

—A
Ce

lui criaient
la
.

;

la

messe, llenriol, à

messe

!

De nos jours,

il

n'y a

harmoplus de point de compacort('ge
,

à quoi

Henri fépondail

J'y ai été hier, j'en viens aujourd'hui, et j'y
il

raison possible avec

un semblable
et à

car nous

retournerai demain. Venire-saint-gris!
ble cependant

me semsi

en sommes réduits, pour nos magnificences de parade, à
la

que

c'est assez

comme
à

cela.
belle,

symétrie

luniforme.
SI

Quant
on ar-

à

Marguerite, elle était

cheval,

Pages,
cliiens et
riére,

ccuyers, gentilshommes de bas étage,

fraîche, si élégante,

que l'admiration

faisait
il

aufaut
la

chevaux marciiant sur

les lianes et

tour d'elle un concert dont quelques notes,
l'avouer, s'adressaient à sa

faisaient

du cortège royal une véritable arle

compagne, madame
s'il

mée.. Derrière cettç armée venait

peuple, ou,

duchesse de iNevers, qu'elle venait de rejoindre, et

pour mieux

dire, le peuple était partout.
et

dont
il

le

cheval blanc,

comme

était fier

du poids

Le peuple suivait, escortait
à la fois iNoël et Haro
!

précédait;
le

criail

qu'il portait, secouait furieusement la tête.

car dans

cortège on disle

tinguait plusieurs calvinistes ralliés, et

peuple a

quoi de nouveau?
Mais,

de

la

rancune.
matin, en face de Catherine
et

— —

lih bien',

duciicsse, dit la reine

de Navarre,

madame, répondit
:

tout haut Henriette,

C'était le

du duc

rien que je sache.

de Cuise, que Charles IX avait,

comme

d'une chose

Puis tout bas

toute naturelle, parlé devant Henri de i\a\arre d'aller visiter le gibet de Montfaucon, ou plulùt
le

Et le huguenot, domanda-t-elle, qu'cst-il de-

corps

venu?

mutilé de l'amiral, qui

pendu. Le premier mouvement de Henri avait été de se dispenser de
était

Je lui ai trouvé

une

retraite à
le

répondit Marguerite. Et
gens, qu'en as-tu fait?

peu près sûre, grand massacreur de

prendre part à cette
Catherine.
sa répugnance, elle

visite. C'était

où l'attendait

Aux premiers mots

qu'il dit

exprimant
et

— Ha

voulu être de

la fête; il

monte

le

cheval

échangea un coup d'œil
reprenant tout

un

de bataille de M. de Nevers, un cheval grand

comme
j'ai

sourire avec le duc de Guise. Henri surprit l'un et
l'autre, les comprit, puis, se

un éh'phant.

C'est

un
la

cavalier effrayant. Je lui ai

à

coup

:

permis d'assister à

cérémonie,

parce que

Mais,

au

fait,

dit-il,

pourouoi

n"irais-je pas?

censé que prudemment ton huguenot garderait

la

100
chambre,

LA REINE MARGOT.
et

que de
foi,

cette façnn

il

n'y aurait pas de

De son

côté,

la

Mole reconnut Coconas

et sentit

un

rencontre à craindre.

feu qui lui montait au visage. Pendant quelques se-

— Oh

!

ma

répondit Marguerite en souriant,

condes qui suffisaient à l'expression de tous
timents que couvaient ces deux
treignirent d'un regard qui
fit

les senils

fiit-il ici, et il

n'y est pas, je crois qu'il n'y aurait

hommes,

s'é-

pas de rencontre pour cela. C'est un beau garçon que mon huguenot, mais pas autre chose une co:

frissonner les

deux

femmes. Après quoi
tour de
était
lui, et

la

Mole, ayant regardé tout aule lieu

lombe
et

et

non un milan;
fit

il

roucoule, mais ne

mord

ayant compris sans doute que

pas. Après tout,

elle avec

un accent
les

intraduisible

mal choisi pour une explication, piqua son
le

en haussant légèrement

épaules; après tout,

peut-être l'avons-nous cru huguenot, tandis qu'il était brahme, et sa religion lui défend-elle de n''-

pandre

— Mais où donc Henriette, ne — rejoindre,
est

le

sang.

duc d'Alençon. Coconas resta même place, tordant sa moustaciie et en faisant remonter la pointe jusqu'à se crever l'œil après quoi, voyant que la Mole s'éloicheval et rejoignit

un moment ferme

à la

;

le

duc d'Alençon? demanda
avait

gnait sans lui rien dire de plus,

il

se remit lui-

je

l'aperçois point.
il

même

11

doit

tin et désirait

ne pas venir; mais,

mal aux yeux ce macomme on sait
avis

— Ah!

en route. ah! dit avec une dédaigneuse douleur

Marguerite, je ne m'étais donc pas trompée... Ohl

que, pour ne pas être du

même
il

que son
le
il

frère

pour

cette fois, c'est trop fort.

Charles et son frère Henri,
guenots, on lui a
interpréter à

penche pour
s'est

les

hu-

Et elle se mordit les lèvres jusqu'au sang.

fait observer que mal son absence, et

roi pourrait

Il

est bien joli, répondit la

duchesse avec com-

décidé.

misération.
Juste en#ce

Mais, justement, tiens, on regarde, on crie là-bas,
c'est lui

moment

— En

qui sera venu par
effet,

la

Porie-Montmarire.
je le reconnais, dit

reprendre sa place derrière
de sorte que ses

c'est

lui-même,

duc d'Alençon venait de le roi et la reine mère, gentilshommes, en le rejoignant,
le
la

Henriette.

En
:

vérité,

mais

il
il

a

bon

air

aujour-

étaient forcés de passer devant Marguerite et

du-

d'hui. Depuis quoique temps,

se soigne particu-

chesse de Nevers. La Mole, en passant à son tour de-

lièrement

il

comme

c'est
le

faulqu'il scit amoureux. Voyez donc, il galope bon d'être prince du sang
:

vant

les

reine en s'inclinanl jusque sur
val, el

deux princesses, leva son chapeau, salua la le cou de son chetête

sur tout

— En
ne

monde,

et

tout le

monde
faites

se range.
il

demeura

nue en attendant

qui' Sa

Ma-

effet, dit

en riant Marguerite,
!

va nous

jesté l'honorât

d'un n'gard.
la tête.

écraser, Dieu

me

pardonne

Mais

donc ranger

Mais Marguerite détourna fièrement
I.a

vos gentilshommes, duchesse! car en voici
h'il

un qui,

Mole lut sans doute l'expression de d('dain
et.

se
I

range pas, va se faire tuer.
c'est

enqireinte sur le visage de la reine,
('tait,

de

— Eh

pMe

qu'il

mon

intrépide! s'écria la dnrliessc,

devint livide. De plus,
il
!

pour ne pas choir de
regarde donc,

regarde donc, regarde!

son cheval,
quitté

Coconas avait en
rapprocher de

effet

son rang pour se

— Oh

fut forcé de se retenir à la crinière.
dit Henriette à la reine,
il

!

oh

madame de

Nevers; mais, au mo-

«ruelle que tu es! Mais

va se trouver mal...

ment mc"me où son cheval
levard extérieur qui

traversait l'espèce de bou-

Pion! dit la reine avec

un sourire écrasant,

il

séparait la

rue du faubourg

ne noiK nian(|uerait pins que cela.
sels?...

— As-tu

des

Saint-Denis,

un

cavalier de la suite

du duc d'Alen-

çon, essayant en vain de retenir son cheval emporté, alla en plein corp-^ heurter Coconas. Coconas. ('hranh',
vacilla sur sa colossale

Madame de Nevers
lant,

se trompait.
el,

La Mole, chancla suite

retrouva des forces,

se raffermissant sur son

monture, son chapeau
retourna furieux.
se

faillit

cheval, alla reprendre son rang à

de M.

le

tomber,

reille

— Dieu Marguerite en Mole! amie, M. do de — Ce beau jeune homme
!

il

le retint el se

dit

penchant h

l'o-

.son

la

duc d'Alençon. Cependant on continuait d'avancer, un voyait dessiner la silhouette lugubre du gibet dressé
étrenné par Engiierrand de Marigny. .Iamai<
vait été
si
il

se
et

pâle! s'écria

la

du-

n'a-

chesse incapable de moitriser sa première impres.sion.

bien garni qu'à celte heure.
cl les

— Oui, OUI

Les huissiers
!

gardes marchèrent

imi

a\ant et

celui-là

miîmo qui
il

a failli

rein i>rser

ton Piémonlais.

— Oh! mais,
En
effet,
la

formèrent un large cercle nutour de l'enceinte. A leur a|iprochc, les corbeaux perchés sur le gibet
s'envolèrent avec des croassements de désespoir.

dit la duclicssi',
ils

va se pas.scr des
ils

choses affreuses!
scnt!

se regardi'Ul

se rnconnais-

le gibet qui s'élevait
dinaire, ilerrière
!;es

à

Montfaiicon offrait d'or-

celonnes, un abri aux chiens

Coconas,
la

en se retournant,

avait
il

rc-

altiri's

par une proie fii'(|nenle et aux bandiLs phile>.

roniiu

figure de

Mole;

et,

de surfirisc,
il

avait

losophes qui venaient mcditiT sur
liides

triste- vieissi-

laissé écliapptT In bride

do son cheval, car de

croyait

de

la

fortune.
il

bien avoir
l'avoir

liii'>

son ancien compagnon, ou du moins
certiiin li'm|is
juirs
t.'oiobat.

Ce jour-là,
à Moiilfaiieon.

n'y

av.iit.

on .ipparenre du moins,
I

mis pour un

ni chiens, ni bandits.

e« liuisuiers el

LA REINE MARGOT.

101

C't'lail

un sporMcle

h

U

lois lti;iilirp et hiznrre.

gardes avaient chassé les premiers en même temps que les corbeaux, et les autres sVtaicnt confondus dans la foule pour y opérer quelques-uns de ces bons coups qui sont les riantes vicissitudes du
les

Au

gibet principal pendait

cadavre noir, souillé de sang coagulé
biancliio par de nouvelles couches
caiiavre,
il

une masse informe, un et de boue
de poussière. Au
Aussi
l'avaitiin
tète.
la

manquait une
pieds.

métier.

pendu par
le roi et
le

les

Au

reste,

populace, ingé-

Le cortège s'avançait;
le

vaient les premiers, puis venaient

Catbenne arriduc d'.Anjou,
et
la

nieuse

comme

elle l'est toujours, avait

remplacé

la

tète par

duc d'Alençon,

le roi

de Nav;irre. M. de Guise

leurs gentilshommes; puis

madame

Marguerite,

duchesse de Nevers

et toutes les

femmes composant
;

ce qu'on appelait l'escadron volant de la reine
les pages, les écuyers,
les valets

puis

un houclion de paille sur lequel elle avait mis un masque, et dans la houclie de ce masque, quelque railleur, qui connaissait les habitudes de M. l'amiral, avait introduit un curs-iJent. C'était un spectacle à la fois lugubre et bizarre,
que tous
ces élégants seigneurs et toutes ces belles

et

le

peuple, en

tout dix mille personnes.

dames

défilant,

comme une

procession peinte par

102

LA REIKE MARGOT.
rent la foule
part
;

Goya, au milieu de ces squelettes noircis et de ces gibets aux longs bras decliarnus. Plus la joie des visiteurs
('tait

du

roi

il

de sorte que dix minutes après le dén'y avait plus personne autour du
«É-

avec

le

morne

bruyante, plus elle faisait contraste silence et la froide insensibilité de ces

cadavre mutilé de l'amiral, que commençaient à
fleurer les premières brises

du

soir.

cadavres, objets de railleries qui faisaient frissonner
ceux-là

mêmes

qui

les faisaient.

pons.
et

Beaucoup supportaient à grand'peine cet horrible spectacle; et, à sa pâleur, on pouvait distinguer dans le groupe des huguenjts ralliés Henri, qui,
quelle que fût sa puissance sur lui

Quand nous disons personne, nous nous tromDu gentilhomme monté sur un cheval noir, qui n'avait pu sans doute, au moment où il était
la

honoré de

présence des princes, conteniDler à son
noirci, était

aise ce tronc informe et

demeuré

le

même

et si

étendu

que

fût le

degré de dissimulation dont
11

le ciel l'avait

dernier et s'amusait à examiner dans tous leurs détails, chaînes, crampons, piliers de pierre, le gibet
enfin, qui lui paraissait sans doute, à lui arrivé de-

doté, n'y put tenir.

prétexta l'odeur infecte que
et,

répamlaicnl tous ces débris humains;
cliant de Charles
i.\,

s'appro-

puis quelques jours à Paris et ignorant des perfec-

qui, côte à côte avec Cathedfi

tionnements qu'apporte en toute chose
le

la capitale,

rine, était arrêté devant les restes



l'amiral

:

parangon de tout ce que l'homme peut inventer
n'est pas besoin
était

Sire, dit-il. Votre Majesté ne trouve-t-elle pas

de plus terriblement laid.
11

que, pour

rester plus

longtemps

ici,

ce pauvre ca-

de dire

à

nos lecteurs que cet

davre sent bien mauvais'.'

homme
IX.

notre ami Coconas.

Un

œil exercé de

Tu trouves, jlenriotl dit Charles yeux étincelaient d'une joie féroce.

dont

les

femme

l'avait

en vain cherché dans la cavalcade et

avait sondé les rangs sans pouvoir le retrouver.

ne suis pas de ton avis, moi... lo corps d'un. ennemi sent toujours bon. Ma fui, sirel dit Tavannes, puisque Votre Mabien
1

— Eh

Oui. sire.
je

M. de Coconas, comme nous l'avons dit, était donc en extase devant l'œuvre d'Enguerrand de Marigny. Hais celte femme n'était pas seule à chercher

M. de Coconas.

L'n autre

gcniilhomme, remarqua-

jesté savait
visite à

que nous devions venir
elle eût
:

M. l'amiral,

faire une petite dû inviter Pierre llonil

ble par son pourpoint de satin blanc et sa galante

sard. son maître en poésie

eût

fait,

séance

te-

nante, l'épitaphe du vieux Gaspard.

plume, après avoir regardé en avant et sur les côtés, s'avisa de regarder en arrière et vit la haute taille de Coconas cl la gigantesque silhouette de son
cheval se profiler en vigueur sur le ciel rougi des

Il

n'y a pas besoin de lui pour cela, dit Char-

les IX, et

nous

le

ferons bien n&us-raêmc... Par
dit

derniers
Alors

itillels

exemple, écoutez, messieurs,
avoir réiléchi

Charles

l.\

après

le

du soleil couchant. gentilhomme au pourpoint de

satin blanc

un

instant

:

quitta le
prit

chemin
le

suivi par l'ensemble de la troupe,

un

petit sentier, et,

décrivant une courbe, re-

Ci-i;îl.

— mais

c'est

mal cnlondu,

tourna vers

gibet.
la

Tour
Par

lui le

njot est trop lionnète,

Presque aussitôt

dame que nous avons recon-

Ici i'aniirjl est

pendu
de
tète.

nue pour
reconnu

la

duchesse de Ncvcrs,

comme nous avions
lui dit
:

les jileds, à (uulc

le

grand gcniilhomme au cheval noir pour

Coconas, s'approcha de Marguerite et

— Bravo!
lence.

bravo! s'écrièrent

les

gcntilsiiommes

callioliques tout d'une voix, tandis

que

les

huguele si-

Nous nous sommes trompées toutes deux, Marguerite, car le Pièmontais est demeuré en arrière cl M. de la Mole
l'a

nots ralliés fronçaient les sourcils en gardant

suivi.
il

— Mordi

!

reprit Marguerite en riant,

va donc

Quant
et

à

Henri,

comme
il

il

causait avec Marguerite

se passer qiieh|ue chose.

Ma

foi,

j'avoue «lue je ne

madame de

iXevers,

lit

semblant de n'avoir pas
dit Catherine, (|uc,

serais jias fâchée d'avoir à revenir sur son compte.

entendu.

Marguerite alors se retourna
a'ions,

et vit s'exi-cuter cf-

— Allons,

monsieur!

fjctivemenlde

la

part de la Mole la

manœuvre que
à quitter
loiir-

malgré les (larfiiiiis dont elle était couverte, cette odeur commençait ù indisposer; allons, il n'y a si

nous avons

dite.

Ce
iiail

fut alors
;

au tour des deux princesses
("lait

bonne

coiiiiiagnie qii'cm

ne quitte. Disons adieu ù

la file

l'occasion
lin

des plus favorables; on

M. l'amiral,
Lllc'lilde

et revi-iions à i'aris.
la

devant

sentier borde de larges haies qui re-

lêle

un ge>le irtuiique
et,

comme

lors-

montait, et en remouiant passait à trente pas du giliel.

que

l'on

prend congé d'un ami,
devant
1

reprenant

la tête

Madame do Nevers
personnes s'en

dit

de colonne,

elle revint (gagner
h;

le

chemin, tandis

capitaine, Marguerite
i|uatie

lit

que

le corié'go d.lilait

cadavre de Coligiiy.

uu mol à l'oreille de son un signe ù Gilionne, cl les allèrent par ce chemin de
le

Le

soleil se

couchait à

hori/oii.
les pas

traverse s'embusquer derrière

bui.'^son

lo

plus
ils

ba foule s'écoula sur

de Leurs Majestés
licences

proche du lieu
p.irais.<aienl
treille

ui'i

allait se passer la

scène dont
Il

pour jouir jusqu'au bout
tège et des détails

de..

iiKi,.;;ii

du cor-

désirer être

spectateurs.

y svnil
de cwt

du

i.peelaclo

;

les

voleurs suivi-

pa> environ,

comme nous

l'uvon.<i dit.

LA RED'E MARGOT.
endroit
lait

103
reprit la
n'êtes
à ce clou...

à celui

où Coconas, ravi en extase, gesticu-

devant M. l'amiral.
[lied à

Marguerite mit
et

terre,
le

madame
les

de Nevers
brides des

petit

Ciilonne en firent autant;

capitaine descendit

— Oui, Mole, — Vous pas grand monsieur! Coconas. — monterai sur
assez
ilil

pour

cela,

mon

Alors je

votre cheval,

mon grand
qu'on

à son tour, et réunit

dans

ses

mains

tueur de gens! répondit

la

Mole.

Ah

!

vous croyez,

quatre elievaux. Un gazon
trois

frais et touffu offrait

aux
sou-

mon
et

cher monsieur

Annibal de Coconas,
les

femmes un

sii'ge,

comme en demandent

peut impunément assassiner

gens sous

le lovai

vent inutilement les princesses.

honorable prétexte qu'on
!

Une

éclaircie leur permettait de
détail.

ne pas perdre

le

nenni

Un

jour vient où

est cent contre un; l'homme retrouve, son
est

moindre

homme,
Il

et je crois

que ce jour
île

venu aujourd'hui.

La Mole avait décrit son cercle.
placer derrière Coconas,
lui frappa
et,

vint au passe
la

J'aurais bien envie

casser votre vilaine tête d'un

allongeant

main,

il

sur l'épaule.
se retourna.

— donc pas un rêve! vous encore — Oui, monsieur, répondit Mole, encore. Ce pas voire mais — Mordi vous reconnais Coconas,
Olil
dit-il,

Le Piémontais
vivez

coup de pistolet; mais, bah! j'ajusterais mal, car la main encore tremblante des blessures que vous m'avez faites en traître.
j'ai

ce

n'était

et

— Ma
ht
il

vilaine tête! hurla Coconas en sautant de
le

!

son cheval. A terre! sus! sus! monsieur
dégainons.

comte,

la

oui, je vis

n'est
I

faute,

enfin je vis.

je

bien, reprit
étiez plus


mit l'épée

à la

Je crois que ion
la

main. huguenot
le

a dit vilaine

tête,

malgré votre mine pâle. Vous
cela la dernière fois

rouge que

murmura
Il

duchesse de Nevers à

l'oreille
?

de Maret je

— Et moi,

que nous nous sommes vus.
vous reconnais aussi
le

guerite; est-ce que tu
est

trouves laid

dit la Mole, je

charmant!

dit
la

en riant Marguerite,
fureur rend
AI.

malgré
vous

cette ligne

jaune qui vous coupe

visage;
la lis.

suis forcée de dire que

de

la

Mole

étiez plus prile

que ça lorsque
les lèvres;
la

je

vous

injuste; mais, chut! regardons.

Coconas se mordit
qu'il paraît, à

mais, décidé, à ce

En

effet,

la

Mule

était

descendu de son cheval
lui,

continuer
continua
:

conversation sur le ton

avec autant de mesure que Coconas avait mis,

de l'ironie,

il

de rapidité';
pas,

il

avait
terre,

détache son manteau cerise,
avait lire son

C'est curieux, n'est-ce

monsieur de
fer;

la

l'avait posé

à

cpéc,

et était

Mole, surtout pour un huguenot, de pouvoir regar-

der M. l'amiral pendu à ce crocliel de

et

dire

cependant qu'il y a des gens assez exagérés pour nous accuser d'avoir tué jusqu'aux hugucnolins à la

— Aïel en allongeant — Ouf! murmura Coconas en — car deux, on
fit-il

tombé en garde.

le bras.

ib'ployant le sien;

tous

se le rappelle, étaient blessés à
vif.

mamelle!

— Comte, plus huguenot, — Bah
!

l'épaule et soiiffraient d'un niouvemenl trop

dit la

Mole en s'inclinant,

je

ne suis
vous

Un

éclat de rire,

mal retenu,

sortit

du buisson.
fait

j'ai le

bonheur

d'être catholique.
rire,

Les princesses n'avaient pu se contraindre tout à

s'écria

Coconas en éclatant de
!

en voyant

les

deux champions

se frotter l'omoplate

êtes converti,

— Monsieur, continua
la
si

monsieur! oh
la

que

c'est adroiti
le

en grimaçant. Cet éclat de rire parvint jusqu'aux
sé-

Mole avec
j'avais fait

même

deux gentilshommes, qui ignoraient
leurs dames.

qu'ils eussent

rieux et

même

politesse,

vœu de me vœu

des témoins, et qui, en se retournant, reconnurent

convertir


point

j'échappais au massacre.
le

Comte, reprit
et je

Piémontais, c'est un
félicite;

La Mole

se remit

en garde, ferme
le fer

comme un

au-

très-prudent,
fait

vous en
.'

n'en auriez-vous

tomate, et Coconas engagea
des plus accentués.

avec un viordi!

d'autre encore
bien,

— Oui,
répondit
la

monsieur, j'en

ai

Mole en caressant sa

un second, monture avec une
fait

— Ah
si

ront

çà mais ils y vont tout de bon et s'égorgenous n'y mettons bon ordre. Assez de plai!

tranquillité parfaite.
.'

— Lequel demanda Coconas. — Celui de vous accrocher là-haut, voyez-vous!
I

santeries.
rite.

Holà! messieurs! holà!

cria

Margue-

— Laisse!
avait eu des

laisse! dit Henriette, qui,

ayant vu Co-

à ce petit clou qui semble vous attendre au-dessous

conas à l'œuvre, es[iéraitau fond du cœur que Coconas aurait aussi

de M. deColigny.

— Comment,

dit

Coconas.

comme je suis

là,

tout
j

bon marcbi' de la Mole qu'il deux neveux et du fils de Mercandon.
sont vraiment très-beaux ainsi,
soiifllent

grouillant?

— Non,

— Oh!

ils

dit

monsieur,

après vous avoir passé

mon
1
I

Marguerite; regarde, on dirait qu'ils
feu.

du

épée au travers du corps.

Coconas devint pourpre, ses yeux verts lancèrent
des flammes.
et
dit-il

En

effet, le

combat, commencé par des railleries

des provocations, était devenu silencieux

depub

Voyez-vous,

en

goguenardant,

à

ce

clou

!

que les deux champions avaient croisé le fer. Tous deux se défiaient de leurs forceps, et l'un et l'autre.

uy,

LA

UEl.NE

MARGOT.

liiic

ttlaiidc leur iiunuetUiil

di:

m> pas perdre

lu nioiiKlrr il6l.iil.

—i:.PAot

10"

il

chaque

iiiuUvoiiK'iil

Unp

vif, litaiuiil forces

do rrles

Mtde, fournil avec
droit, el à

la

rapidii^i

de IVclair un i-oup pourpoinl dc salinalla

jiriinur

un
la

frissim de

douleur

tirraclié

|i!ir

nn-

l'inslanl

nièuic le

cieniies blessures. Cepenihinl, U-a

yeux

lixcs cl ar-

Mane dc

la

Moles'imhiha d'une tache rouj^c qui
cria la diiches.-e de. Nc\crs.
la

dents,

lioudie eniroiivcrte. les dénis serrées, la

s'élargissant.

Mole

avaiir.'iil à jK^its |i,is

fermes

cl sers

sur son ad-

versaire, qui, reronnnissanlen lui
d"arines, rouqiail aussi pas à pus,
p.iil.

un

inailre en fail

— Courage! — pauvre
Ali
!

Mole!

lit

Marguerite avec un ni

mais enlin ronttiord

de douleur.

Tous diifx ;irrivércnl ainsi jusqu'au
duquel
si;

du

La Molu entendit ce
ro'ur quo

cri.

lança à

la

ri iiie

un dr
dans
le

U)»i'\ dc! l'aulrc cùlé

Iroiiviiieiil Icsspi'C-

ces rp;;ards qui peilrlivill
la

plii-^ iiliiriHidi-liienl
l'pi e.

lalcurs. Là, eouinie

si

sa reirailc eùl ilc

un siuqdo
la

pointe d'une

et

sur un ceri

le

calcul
réla.

(loiir se
cl,

rapprocher dosa danio, Coconnss'ar-

>iir

un dégageincnl uu p"U largo do

irompcso fcndilà fond. r.clto fois les deux fcniiiies

jcteieni

deux rn> qoi

LA RELNE MAllGOT.

105

;t^S^.f^^,<i

La pointe de

la

rapière

de

la

Mole a^ait apparu sanglaote dernère

le

dos de Cocimai

n'en firent qu'un. La pointe de

la

rapière de

la

Mole

ber

le

pommeau de
il

son épée au milieu du front de

avait apparu sanglante derrière le dos de Coconas.

Coconas, qui, étourdi du coup,

tomba; mais en
le fossé.

ne tomba; tous deux restèrent debout, se regardant la bouche ouverte, sentant chacun de son côté qu'au moindre mouveCependant ni l'un ni
l'autre

tombant,
si

entraîna son adversaire dans sa chute,

bien que tous deux roulèrent dans
Aussitôt Marguerite et
la

duchesse de Nevers,

ment

qu'il

ferait l'équilibre allait

lui

manquer.

Enfin, le Piémonlais, plus dangereusement blessé

voyant que, tout mourants qu'ils étaient, ils cherchaient encore à s'achever, se précipitèrent, aidées

que son adversaire,

et

sentant que ses forces allaient

du

fuir avec son sang, se laissa

tomber sur

la

Mole,
il

l'é-

capitaine des gardes. Mais, avant quelles ne fussent arrivées à eux, les mains se détendirent, les

treignant d'un bras, tandis que de l'autre

cher-

yeux

se refermèrent, et

chacun des combattants,
dans

chait à dégaîuer son poignard. De son coté, la Mole

laissant échapper le fer qu'il tenait, se roidit

réunit toutes ses forces, leva la

main

et laissa

retom-

une convulsion suprême.
14

Farii.

ln;p. Ce

BKY

aïoe, boulevart UuatpBrcafie,8|,

.

m

Un
large
Oli
!

LA REINE aURGOT.
flot

de sang écumait autour d'eux.
la

Or,

vis, gentil

aubespin.
;

brave, brave

Mole

!

s'écria Marguerite,

Vis sans
Vis, sans

fin

incapable de renfermer plus longtemps en elle son

que jamais tonnerre,
temps,

Ou

la

cognée, ou les vents,
le

admiration. Ah! pardon, mille
voir soupçonné!

fois

pardon de

l'a-

Ou

Te puissent ruer par.


El

Et ses yeux se remplirent de larmes.
Ik'las! liclas!

murmura

la

duchesse, valeuja-

reux Annibal...
elle éclata

Dites, dites,

madame, avez-vous

Jlolà

hé! répéta le capitaine, venez donc quand

mais vu deux plus intrépides lions?

on vous appelle! ne voyez-vous pas que ces gentils-

— Tudieu!
Delà
!

en sanglots. rudes coups, dit
le

hommes
le capitaine

ont besoin de secours?
chariot, dont l'extérieur repoussant

les

en

L'homme au
et le visage

cherchant à étancher

sang qui coulait à

(lots...

vous qui venez, venez plus vite.
effet,

avec la

rude formaient un contraste étrange douce et bucolique chanson que nous veciter, arrêta alors

En
la

un homme,
soir,

assis

sur le devant d'une es-

nons de

son cheval, descenoit, et
:

pèce de tombereau peint en rouge, apparaissait dans

se baissant

sur

les

deux corps

brume du

chantant celle vieille chanson que

— Voilà de

belles plaies, dit-il;

mais j'en

fais

en-

lui avait sans

doute rappelée le miracle du cime:

core de metlleures.

tière des Innocents

— Qui donc êtes-vous? demanda Marguerite
n'avait pas la force de vaincre.
rivage,

res-

sentant malgré elle une certaine terreur qu'elle
Del aubc.'pin llcurissant;
Verdissant,

Le Ion; de ce beau

— Madame,
la

répondit cet

homme

en s'inclinant

Tu

es »ôlu jusqu'au bas,

jusqu'à terre, je suis maître Caboche, bourreau de
prévôté de Paris, et je venais accrocher a ce gibet

Des longs bras

D'un lambruscbc sauvage.

des compagnons pour M. l'amiral.


Le chantre rossignoict,
IS'ouvcIct,

Eli

bien

!

moi, je suis

la

reine de Navarre, ré-

pondit Marguerite; jetez

vos cadavres,

étendez
et

Courtisant sa bien-aimée,

dans votre chariot

les

housses de nos chevaux,
ces

Pour

tes aitioui's alléger,

ramenez doucement derrière nous

deux

gentils-

Vient

lot;cr

hommes au Louvre.
ta

Tous

Ici

ans sous

ram£«.

LA REINE MARGOT.

107

XVII
tE CONFRÈRE DE MAITRE AMCROISE PARÉ.

e

tombereau dans lequel on
place

Quoique enfermé dans

la

même chambre que

Co-

avait

Coconas
la

et la

conas, la Mole, en reprenant connaissance, n'avait

Mole reprit
ris,

route de Pa-

pas vu son compagnon, ou n'avait, par aucun gne, indiqué qu'il
traire,
et cela
le
le

si-

suivant dans l'ombre
lui

vît.

Coconas, tout au conles fixa

le

groupe qui
Il

servait

en rouvrant
le

les

yeux,

sur

la

Mole,

de guidé.

s'arrêta

au
fit

avec une expression qui eût pu prouver que

Louvre;
çut

le

conducteur reet

sang que

Piémontais venait de perdre n'avait
les passions

un riche salaire. On transporter les blessés chez .AI. le duc d'Alençon, l'on envoya chercher maître Ambroise Paré.
repris connaissance.

en rien diminué
feu.

de ce tempérament de

Coconas pensa qu'il rêvait,
il

et

que dans son rêve
il

Lorsqu'il arriva, ni l'un ni l'autre n'avait encore

retrouvait l'ennemi que deux fois
le

croyait avoir

tué; seulement

rêve se prolongeait outre

melui,

La Mole

était le

moins maltraité des deux

:

le

sure. Après avoir

vu
par
lit,

la

Mole couché
chirurgien,
il

comme
vit la

coup d'épée l'avait frappé au-dessous de l'aisselle droite, mais n'avait offensé aucun organe essentiel
;

pansé

comme

lui

le

Mole
en-

se soulever sur ce

où lui-même

était cloué

quant

à Coconas,

il

avait le

poumon

traversé, et le

core par la fièvre,

la faiblesse et

la

douleur, puis

souflle qui sortait par la blessure faisait vaciller la

en descendre, puis marcher au bras du chirurgien,

flamme d'une bougie. Maître Ambroise Paré ne répondait pas de Coconas.

puis marcher avec une canne, puis enfin marcher tout seul. Coconas, toujours en délire,
la

regardait toutes ces différentes périodes de
e'tait

contantôt

Madame de Ncvers

désespérée

;

c'était elle

valescence de son

compagnon d'un regard

qui, confiante dans la force,

dans l'adresse et le courage du Piémontais, avait empêché Marguerite
fait

atone, tantôt furieux, mais toujours menaçant.

Tout cela

offrait 5 l'esprit

brûlant du Piémontais

de s'opposer au combat. Elle eût bien

porter

un mélange
lui la

effrayant de fantastique et de réel. Pour

Coconas

à l'hôtel de

Guise pour lui renouveler dans

Mole
fois

était

mort, bien mort,
et

et

même

plutôt

cette seconde occasion les soins de la première;

mais

deux
puis

qu'une,
la

cependant

il

reconnaissait l'omlit

d'un moment

à l'autre son

mari pouvait arriver de

bre de ce
il

Mole couchée dans un

pareil au sien

;

Rome,
dans
le

et

trouver étrange l'installation d'un intrus

vit,

comme nous
lit.

l'avons dit, l'ombre se leet,

domicile conjugal.
la

ver, puis l'ombre

marcher,
Celle

chose effrayante,

Pour cacher où l'un d'eux,

cause des blessures, Marguerite

marcher vers son
voulu
fuir, fût-ce

ombre, que Coconas eût

avait fait porter les deux, jeunes gens chez son frère,
d'ailleurs, était déjà installé, en di-

lui et s'arrêta à son chevet,
il

au fond des enfers, vint droit à debout et le regardant;

sant que c'étaient deiix gentilshonimes qui s'étaient

y

avait
et

même

promenade; mais la vérité fut divulguée par l'admiration du capitaine témoin du combat, et l'on sut bientôt à la cour que deux nouveaux raffinés venaient de naître au grand jour de la renommée.
laissés choir de cheval

pendant

la

douceur

dans ses traits un sentiment de de compassion que Coconas prit pour

l'expression d'une dérision infernale.

Alors s'alluma dans cet esprit, plus malade peut-

Soignes par

le

même

chirurgien qui partageait

que le corps, une aveugle passion de vengeance. Coconas n'eut plus qu'une préoccupation, celle de se procurer une arme quelconque, et, avec cette
être

ses soins entre eux, les
les différentes

deux

blessés parcoururent

arme, de frapper ce corps ou
qui
le

celte

ombre de

la

Mole

phases de convalescence qui ressor-

tourmentait

si

cruellement. Ses habits avaient
chaise, puis emportés, car, tout
à pro-

taient

du plus ou du moins de gravité de leurs blesMole, le moins grièvement atteint des deux, reprit le premier connaissance. Quant à Coconas, une fièvre terrible s'était emparée de lui, et
sures. La

été déposés sur

une

souillés

de sang qu'ils étaient, on avait jugé

pos de les éloigner du blessé, mais on avait laissé

sur

la

même

chaise son poignard, dont on ne supil

son retour à

la vie fut

signalé par tous les signes

posait pas qu'avant longtemps
servir. Coconas vit le poignard
;

eût l'envie de se
trois nuits^

du plus
<1

affreux délire.

pendant

108
profitant

LA HEINE MARGOT.
du moment où
la

ia

Mole dormait,
:

il

essaya

m'ccouter. Si Ton avait suivi mes ordonnances au
lieu

détendre

main jusqu'à
il

lui

trois fois ia force lui
la

de s'en rapporter à celle de cet âne bâté que

manqua,
il

et

s'évanouit. Enfin

quatrième nuit,

l'on

nomme Ambroise Paré,

vous seriez depuis long-

atteignit l'arme, la saisit

crispés, et,

du bout de ses doigts en poussant un gémissement arraché
il

temps en état ou de courir les aventures ensemble, ou de vous redonner un autre coup d'épée si c'était
votre bon plaisir; enfin on verra. Enlend-il raison, votre

par

la

douleur,

ia
il

cacha sous son oreiller.
vit la

Le lendemain,
que-là
:

quelque chose d'inouï jusMole,

l'ombre de

qui semblait chaque
lui,

jour reprendre de nouvelles forces, tandis que

— Pas — Tirez
Coconas

ami?

trop.
la

langue,

mon gentilhomme.

sans cesse occupé de

la

vision terrible,

usait

les

tira la

siennes dans rélernelle trame du complot qui devait l'en débarrasser; l'ombre de la Mole,

affreuse grimace,

à la Mole en faisant une si que l'examinateur secoua une se-

langue

devenue

conde

de plus en plus

alerte,

fit,

d'un air pensif, deux ou
enfin, après avoir

trois tours de la

chambre; puis

cles.

— Oh! oh murmura-t-il, contraction des mus— n'y pas de temps perdre. Ce
!

fois la tête.

Il

a

à

soir

ajusté son manteau, ceint son épèe, coiffé sa tête

même
qu'on

je

vous enverrai une potion toute préparée

d'un large feutre à larges bords, ouvrit
sortit.

la porte et

lui fera

prendre en trois
fois à

fois

d'heure en heure

.

Coconas respira

;

il

se crut débarrassé

de son fan-

une fois à minuit, une deux heures.
P)ien.

une heure, une

fois à

tôme. Pendant deux ou

trois heures, son

sang cir-

cula dans ses veines plus calme et plus rafraîchi
qu'il n'avait jamais encore clé depuis le

moment du

duel;

un jour d'absence
la

eiit

rendu

la

connaissance

à Coconas, huit jours l'eussent guéri peut-être; mal-

heureusement,
heures.

Mole rentra au bout de deux

pour le Piémontais un véritable coup de poignard, et, quoique la Mole ne rentrât
Cette rentrée fut

— — Mais qui prendre, potion — Moi. — Vous-même? — Oui. — Vous m'en donnez votre parole? — Foi de gentilhomme — quelque médecin voulait en soustraire
la lui fera

cette

'

!

Et, SI

la

moindre

partie

pour

la

décomposer
la

et voir

de quels

point seul, Coconas n'eut pas un regard pour son compagnon. Son compagnon méritait cependant bien qu'on le
regardât.
C'était

ingrédients elle est formée?...
Je la

un homme d'une quarantaine d'années,

court, trapu, vigoureux, avec des cheveux noirs qui

descendaient jusqu'aux sourcils, et une barbe noire
qui, contre
la

mode du

temps, couvrait tout

le

bas

de son visage; mais-

le
Il

nouveau venu
avait

paraissait

— renverserais jusqu'à dernière — Foi de gentilhomme aussi? — vous — Par qui vous potion? — Par qui vous voudrez. — Mais mon envoyé... — bien? — Comment jusqu'à vous?
.le

goutte.

le

jure.

enverrai-je cette

Eli

pénétrera-t-il
11

s'occuper peu de mode.

une espèce de jus-

C'est prévu.
le

dira qu'il vient de la part de

taucorps de cuir tout maculé de taches brunes. Des
chausses sang-de-bœuf, un maillot rouge, de gros
souliers de cuir

M. René
Michel

parfumeur.
le

un bonnet de

la

montant au-dessus de la cheville, même couleur que ses chausses, et

— Ce Florentin qui demeure sur pont — Justement. a entrées au Louvre
?
11

Saint-

ses

à toute

la taille serrée par

une

large ceinture à laquelle

heure du jour

et

de

la nuit.

pendait un couteau caché dans sa gaine.
Cet étrange personnage, dont
blait
la

L'homme

sourit.
dit-il,

présence sem-

— En
la

effet,

c'est

bien le moins que lui
la

une anomalie dans le Louvre, jeta sur une «haise le manteau brun qui l'enveloppait, et s'approcha brutalement du lit de Coconas, dont les yeux, comme par une fascination singulière, demeuraient constamment
nait à distance.
tôle
:

doive

reine mère. C'est dit, on viendra do
le
:

part

de maître René
son

parfumeur. Je puis bien prendre
il

nom une

fois

a assez

souvent, sans être pa-

tenté, exercé

fixés
le

sur

la

Mole, qui se

te-

Il

regarda

malade, et secouant

la

vous?

— Eh bien — Comptez-y.
!

ma

profession.
la

dit

Mole, je compte donc sur

— Vous avez attendu homme — ne pouvais pas
1

bien tard,

mon

gentil-

dil-il.

— Quant au payement... — cela avec Icgenlilhommo nous
Oli
!

r('glerons
il

.le

sortir plus tôt, dit la Mole.

lui-même quand

sera sur pied.
je crois qu'il sera

Kh! par Dieu

1

il

fallait

m'envoycr chercher.

— Et soyez tranquille,
au.ssi, je

en ctat
avec

— Par qui?
Ali',

do vous récompenser généreusement.
.l'oubliais ou nous sommes. >lc damos; mais cUos n'onl point voulu
!

c'est vrai

— Moi

le crois.

Mais, ajouta-t-il

l'avais dit à ces

un

singulier sourire,

comme

ce n'est pas l'habitudo

LA REINE MARGOT.

109

Coconas

tira la

langue à

la

Mole,

— Page 108.

des gens qui ont affaire à moi d'être reconnaissants,
rela
il

ne m'étonnerait point qu'une fois sur ses pieds oubliât ou plutôt ne se souciât point de se souve-

— Moi,
en heure.

L'homme

sourit.

repnt-il, j'ai rhabitude
la

de dire toujours

nir de moi.

— Bon

Mole; dans deux heures vous aurez votre potion. Vous entendez, elle
doit être prise à minuit,

adieu. Adieu donc, monsieur de

!

bon

!

dit la

Mole en souriant
lui

à

son tour;
la

— en

trois doses

— d'heure

en ce cas
moire.

je serai là

pour

en rafraîchir

mé-

Sur quoi
!

il

sortit, et la

Mole resta seul avec Co-

Allons, soit

dans deux heures vous aurez

la

conas.

potion.

— Au — Vous — Au

revoir.
dites?

Coconas avait entendu toute cette conversation, mais n'y avait rien compris un vain bruit de pa:

roles,

un vain

cliquetis de

mots étaient arrivés jus-

revoir.

qu'à

lui.

110
De tout
cet entretien,

LA RED'E MARGOT.
il

— minuit,
11

n'avait retenu

que

le

mot

trine,
stinct
:

Coconas reprit sa raison ou plutôt son inil

sentit se

répandre en lui-même un bienil

continua donc de suivre de son regard ardent
qui continua,
lui,

être

comme

jamais

n'en avait éprouvé;

il

ouvrit

la Mole,

de demeurer dans

la

un

œil intelligent sur la Mole, qui le tenait entre

chambre rêvant et se promenant. Le docteur inconnu tint parole, et, à l'heure dite, envoya la potion, que la Mole mit sur un petit réchaud d'argent. Puis, cette précaution prise, il se
coucha.

ses bras et lui souriait, et, de cet œil contracté na-

guère par une fureur sombre, une
avidement.

petite

larme im-

perceptible roula sur sa joue ardente, qui la but

— Mordi! murmura Coconas en
si

se laissant aller

donna un peu de repos à Coconas, il essaya de fermer les yeux à son tour; mais son assoupissement fiévreux n'était qu'une
Celte action de la Mole
suite de sa veille délirante.

sur son traversin,
Mole, vous serez

j'en réchappe,

monsieur de

la

^ El vous en réchapperez, mon camarade,
si

mon

ami.

dit la celle

Le
il

même

fantôme qui

Mole,

vous voulez boire

trois lasses

comme

le poursuivait le jour venait le relancer la nuit, à

que

je viens

de vous donner, et ne plus faire de viaprès, la Mole, constitué en

travers ses paupières arides,

continuait de voir la

lains rêves.

Mole toujours railleur, toujours menaçant, puis une
voix répétait à son oreille
nuit!
:

— Minuit! minuit! mifois.

Une heure
malade,
ces

garde-

et obéissant

ponctuellement aux ordonnan-

Tout à coup
veilla

le

timbre vibrant de l'horloge

s'é-

versa

du docteur inconnu, se leva une seconde fois, une seconde portion de la liqueur dans une
Coconas. Mais cette
le

dans

la

nuit et frappa douze

Coconas rou-

tasse, et porta celle tasse à

fois le

vrit SCS

yeux enflammes;

le souflle

ardent de sa poi-

Piémontais, au lieu de rallcndrc

poignard à

la

trine dévorait ses lèvres arides;

une soif inextinguible consumait son gosier embrasé; la petite lampe de nuit brûlait comme d'habitude, et, à sa terne lueur, faisait danser mille fantômes aux regards vacillants de Coconas.
11

main,

le

reçut les bras ouverts et avala son breula

vage avec délices; puis pour

première

fois s'en-

dormit avec quelque tranquillité.

La troisième
ser passer
core. Ses

lasse eut

veilleux. La poitrine
la

un effet non moins merdu malade commença de lais-

vit alors,
lit;

chose effrayante!

Mole descendre

de son

puis, après avoir fait

un tour ou deux

un souflle régulier, quoique haletant enmembres roidis se détendirent, une douce
à la surface de la [icau brûlante;
le

dans sa chambre,

comme

fait

l'cpervier devant l'oi-

moiteur s'épandil
et,

seau qu'il fascine, s'avancer jusqu'à lui en lui
trant le poing.' Coconas étendit
la

monévcn-

lorsque

lendemain maître Ambroise Paré vint
il

main vers son

visiter le blessé,

sourit avec satisfaction en di-

poignard,
trer son

le saisit

par

le

manche,

et s'apprêta à

sant

:

ennemi.

—A
Il

partir de ce

moment

je

réponds de M. Cobelles cures

La Mole approchait toujours.
Coconas murmurait
:

conas, cl ce ne sera pas

une des moins

que j'aurai
encore, toi toujours! Viens,

faites.

— Ah!
tu

c'est toi, toi

résulta de cette scène moitié dramatique, moi-

Ah!

me

menaces, tu

me montres
! ;

le

[loing,

tu

tié burlGS(]uc,

mais qui ne manquait pas au fond

souris, viens, viens.

Ah

tu continues d'approcher
viens, viens,

d'une certaine poésie allendrissante, eu égard aux

tout doucement, pas à pas

que

jn

te

mœurs

farouches de Coconas, que l'amitié des deux
à

massacre.
Et,

gentilshommes, commencée
effet,

l'auberge de

la

Belle-

en

joignant le geste à cette sourde
la

melui,

Eloilo, cl

violemment inlernimpue par
la

les

événe-

nace, au

moment où
fil

Mole se penchait vers
Piémontais

ments de
lors avec

nuit de

la

Sainl-Barihélemy, reprit dés
et dépassa

Coconas

jaillir

de dessous ses draps l'éclair d'une

une nouvelle vigueur,
et

bientôt

lame; mais

l'effort

que

le le

fil

en se sou-

celle d'Oreste
et

de Pylade de cinq coups d'épée
ré|iarlis

levant brisa ses forces,
s'arrêta à moitié

bras étendu vers la Mole
le

d'un coup de pistolet

sur leurs deux

chemin,

poignard échappa à

corps.

sa

main

débile, et le

moribond retomba sur son
en soulevant

Quoi

qu'il

en

soit,

blessures vieilles et nouvelles,

oreiller.

profondes et légères, se trouvèrent enfin en voie de
allons, murriuira la Mole
giiérison. La Mole, fidèle à sa mission de lade,

— Allons,

doucement
lèvres,

la lOle et

en approchant une tasse de ses

no voulut point quitter

la
Il

garde-machambre que ("ocolo

buvez cela,
en

mon

pauvre camarade, car vous

nas no fût entièrement guéri.
lit

souleva dans son

brûlez.

tant

que

sa faiblesse l'y enchaîna, l'aida à
il

mar-

Ci

tait

effet

une

tasso

que

la

Mole présentait à

cher quand

commença de
les

se .souli'nir, enfin, eut

Coconas, et que celui-ci avait prise pour ce poing menaçant dont s'était cffarouchii lo cerveau vide du
blessé.

pour

lui tous

soins qui re.s.sorlaienl de sa na-

ture douce et aimante, et qui, secondés par la vi-

gueur du Piémontais. amenèrent une convalescence
la

Mais, nu rontart velouté de

liqueur bienfai-

plus rapide qu'on n'avait

le

droit de l'espérer.

sante humectant ses lèvres cl rafrairbi.'vsanl sa poi-

Cependant une

.seule et inênic

pensée tourniontail

LA RECΠMARGOT.
les

il!
Coconas. Mais cette absence, qui tenait

deux jeunes gens

:

chacun dans

le délire

de sa
la

la

Mole

et

fièvre

avait bien cru

voir s'approcher

de lui

peut-être à loureuse.
Il

un

oubli total, n'en était pas moins dou-

femme
rite ni

qui remplissait tout son cœur; mais, depuis
avait repris connaissance, ni

que chacun

Margue-

est vrai

madame
l'une,

de Nevers n'étaient certainement

au combat

était

que le gentilhomme qui avait assisté venu de temps en temps et comme

entrées dans la chambre.
nait
:

Au
roi

reste, cela se

comprel'autre,

femme du

de Navarre,

de son propre mouvement demander des nouvelles des deux blessés. Il est vrai que GiUonne, pour son propre compte, en avait
fait

belle-sœur du duc de Guise, pouvaient-elles don-

autant. Mais la Mole

ner aux yeux de tous une marque
térêt à

si

publique d'inC'était

n'avait point osé parler à l'une de Marguerite, et

deux simples gentilshommes? Non.

Coconas n'avait
de Nevers.

poiilt osé

parlera l'autre de

madame

bien certainement la réponse que devaient se faire

XVIII
LES nEVENAKTS.

endant quelque temps les doux jeunes gens gardèrent chacun de §pn côté le
secret

balafre qui lui avait jadis

donne tant de

tracas par
avait

ses rapports prismatiques avec l'arc-en-ciel,

disparu, annonçant probablement,

comme

le

phé-

enfermé dans

sa poi-

nomène
purs
et

postdiluvien, une longue suite

de jours

trine. Enfin,

dans un jour

de nuits sereines.
plus délicats continuaient

d'expansion, la pensée qui
les

Au
avait

reste, les soins les
les

préoccupait seule déet

d'entourer

deux
il

blessés; le jour

borda de leurs lèvres,
nière preuve, sans laquelle
c'est-à-dire par
Ils

pu

se lever,

avait trouvé

où chacun d'eux une robe de chamlit
;

tous deux corroborèrent leur amitié par cette deril

bre sur

le fauteuil le

plus proche de son

le

jour

n'y a

pas d'amitié,

étaient

une confiance entière. éperdument amoureux, l'un d'une

princesse, l'autre d'une reine.
Il y avait pour les deux pauvres soupirants quelque chose d'effrayant dans cette distance presque

pu se vêtir, un habillement complet. II a plus, dans la poche de chaque pourpoint, il y y avait une bourse largement fournie, que chacun des deux ne garda, bien entendu, que pour la rendre en temps et lieu au prolecteur inconnu qui veiloù
il

avait

lait

sur lui.
le

infranchissable qui
désirs.
si

-les

séparait de l'objet de leurs

Ce protecteur inconnu ne pouvait être
chez lequel logeaient
les

prince

Et cependant l'espérance est

un sentiment
espéraient.

profondément enraciné au cœur de l'homme, que,
la folie

malgré

de leur espérance,
reste,

ils

Tous deux, au

à

mesure

qu'ils revenaient

à eux, soignaient fort leur visage.

même
a,

le plus indifférent

Chaque honime, aux avantages physiques,
d'intelligence,

deux jeunes gens, car ce prince non-seulement n'était pas monté une seule fois chez eux pour les voir, mais encore n'avait pas fait demander de leurs nouvelles. Un vague espoir disait tout bas à chaque cœur que ce protecteur inconnu était la femme qu'il aimait.
Aussi les deux blessés attendaient-ils avec

dans certaines circonstances, avec son miroir, des
s'éloigne presque toujours de son

conversations muettes, des signes
après lesquels
il

une imLji

patience sans égale le
Mole, plus fort et

moment de

leur sortie.

confident fort satisfait de l'entretien. Or, nos deux

jeunes gens n'étaient point de ceux à qui leurs miroirs devaient

pu opérer

la

mieux guéri que Coconas, aurait sienne depuis longtemps mais une es;

donner de trop rudes

avis.

La Mole,
la distinc-

pèce de convention tacite

le liait

mince, pâle

et élégant, avait la

beauté de

au sort de son ami,
sortie serait

Il

était

convenu que leur première

tion. Coconas, vigoureux, bien découplé,

haut en

consacrée à trois visites.

couleur, avait la beauté de

plus
tage,

:

pour ce dernier,
il

la

la force. Il y avait même maladie avait été un avan;

La première, au docteur inconnu dont vage velouté avait opéré sur
la poitrine

le

breu-

enflamççi^

avait maigri,

il

avait pâli

enûii, la

fameuse

de Coconas une

si

notable amélioratioa.

,

112

LA REINE

WAr.r.OT

iri:A^/<">.'---

Les deux amis, appuyés au hras l'un de

l'autre,

mirent

le

pied hors du Louvre.

La seconde, à l'hôtel de défunt maître la Ilunôre, où chacun d'eux avait l.Tissé valise et clioval.
La troisième, au Florentin
à son titre de
Pioni',

placée à la porte leur avait
[lassagc,
et ils avaient

constamment barré

le

ajqiris qu'ils

ne sortiraient

lequel, joignant

parfumeur

celui de magicien, ven-

dait non-seulement des cosmétiques et des poisons,

mais encore composait des
oracles.

piiiltres et

rendait des

Enfin, après deux mois passes de convalescence et

que sur un cxcat de maître Aniliroi.se Paré. Or. un jour, l'habile chirurgien, ayant reconnu que les deux malades étaient, .sinon complètement guéris, du moins en voie de complète gut-rison avait donné cet r.rcnJ, cl, vits lo-s deux heures de l'iiprè.s-midi, par une de ces belles journées d'automne,

de réclusion, en jnur tant attendu arriva.

comme

Paris en offre parfois à ses habitants
fait provision do résignation deux amis, appuyés au bras l'un le

Nous avons

dit

de ri-clusion. c'est
foi';,

In

mot qui conils

rt inni's.

qui ont déjà
les

vient, car plusieurs

dans leur impatience,

pour
do

l'hiver,

«wieot voulu hâter ce jour; mais une sentinelle

l'autre,

mirent

pied hors du Louvre

LA REINE MARGOT.

tlô

Un liomme

était

exposé

et Imiit la

langue aux passants.

Paoe lli

La Mole, qui avait retrouvé, avec grand plaisir,
sur un fauteuil le fameux manteau cerise qu'il avait
plié avec tant de soin avant le combat, s'était constitué le

nyme auquel

il

devait sa convalescence
la

:

Coconas
était
le

ne craignait pas
voit,

mort, mais Coconas n'en

pas moins fort aise de vivre. Aussi,
s'apprêtait-il à

comme on

guide de Coconas

,

et

Coconas se

laissait
Il

récompenser généreusement
de r.\struce,
la

guider sans résistance et
savait

même

sans réflexion.

son sauveur.

que son ami

le

conduisait chez le docteur in-

La Mole
tôt

prit la rue
la

grande rue
trouva bien-

connu dont la potion, non patentée, l'avait guéri en une seule nuit, quand toutes les drogues de maître Ambroise Paré le tuaient lentement. Il avait fait deux parts de l'argent renfermé dans sa bourse, c'est-à-dire de deux cents nobles à la rose, et il en
avait destiné cent à

Saint-Honoré,

rue des Prouvelles,

et se

^ur

la

place des Halles. Prèsdcranciennefontaine

et à l'endroit

que

l'on désigne aujourd'hui par le

nom

de Carreau des Halles, s'élevait une construc-

tion octogone en maçonnerie,

surmontée d'une vaste

récompenser l'Esculape ano-

lanterne de bois, surmontée elle-même par

un
l^'

toit

lâr.t.

tt

loi;

.

lie

l:BV

ii]nf,

t'6u'.ev;trt !llunuiar:i3»ie,

M.

114
pointu, au
Cette

LA HEINE MUGÛT.
sommet
durpjîsl

grinçnlt uner girouette.

qui

t'a

appoçfé au Louvre cette boisson rafraîchist'a fait
!

lanterne de bois oiïrait huit ouvertures que

sante qui

traversait,

comme

cette pièce licraldique (ju'on ap-

— Oh
Et
il

tant de bien.

oh

!

fit

Coconas, en ce cas.

mon

ami...

pelle la fasce traverse le

champ du

blason,

une
le

es-

lui tendit la

main.
en se rela

pèce de roue en bois,
lieu, afin

la<iMelle se divisait

par

mi-

Mais l'homme, au lieu de correspondre à cette

de prendre, dans des éehancrures

taillées

avance par un geste pareil, se redressa,
dressant, s'éloigna des

et,

mains du condamné ou des condamnes que Ton exposait à Tune ou l'autre,
à cet effet, la tête et les

deux amis de toute
à

dis-

tance qu'occupait

la

courbe de son corps.
Coconas,

ou

à

plusieurs de ces huit ouvertures.

— Monsieur,
bable que
riez pas.
si

dit-il

merci de l'hon-

Cette construction étrange, qui n'avait son ana-

neur que vous voulez bien
vous

me

faire,

mais

il

est prole fe-

logue dans aucune des constructions environnantes,
s'appelait le pilori.

me

connaissiez vous ne

me

Une maison informe,
d'un lépreux, avait,

bossue, éraillc'e, borgne et

Ma

foi,

dit

Coconas, je déclare que, quand

boiteuse, au toit taché de

mousse comme la peau pareille à un champignon, du bourreau.

vous seriez

le diable, je

me

tiens

pour votre obligé,
diable, répondit

car sans vous je serais mort à celle heure.

poussé au pied de cette espèce de tour.
Cette

Je

ne suis pas tout à

fait le

maison

était celle

Un homme
passants
:

était

c'était

exposé et tirait la langue aux un des voleurs qui avaient exercé
et

autour du gibet de Montfaucon,

qui avait par ha-

sard été arrêté dans rexerciîe de ses fonctions.

rieux spectacle,

Coconas crut que son ami l'araemit voir ce cuet il se mêla à la foule des ama-

teurs qui répondait aux grimaces

du patient par
était

des vociférations et des huées. Coconas

natu-

rellement cruel,

et ce spectacle

l'amusa fort; seule-

— — Monsieur, répondit l'homme, maître Caboche, bourreau de prévôté de — Ahl... Coconas en main. — Vous voyez bien maître Caboche. — Non pas toucherai votre main, ou ble m'emporte! Étendez-la... — En vérité?
je suis
la

l'homme au bonnet roiige; mais souvent beaucoup aimeraient mieux voir le diable que de me voir. Qui êtes-vousdonc? demanda Coconas.
Paris!...

fit

retirant sn

!

dit

'....je

le dia-

ment

il

eût voulu qu'au lieu des huées et des voci-

'— Toute grande.

férations ce fussent des pierres

que

l'on

jetât

au

condamné
visiter.

assez insolent [lour tirer la langue

aux
le

— Plus grande...
dans
la

— Voici

!

encore... bien

!...

nobles seigneurs qui lui faisaient l'honneur de
Aussi, lorsque la lanterne
sa base

Et Coconas prit dans sa poche
préparée pour son médecin

la

poignée d'or
et la

mouvant^ tourna sur
partie de la place

anonyme
votre

déposa

pour

faire jouir

une autre

main du bourreau.-

de la vue du patient, et que la foule suivit le mouvement de la lanterne, Coconas voulut-il suivre le mouvement de la foule mais la Mole l'arrêta en lui disant à demi-voix
:
:


dit

J'aurais

mieux aimé

main

toute seule,

maître Caboche en secouant

la tête,

car je ne
la

manque

pas d'or, mais de mains qui touchent
fort.

mienne, tout au contraire, j'en chêmie
porte! Dieu vous bénisse,

N'im-

— Ce
nus
ici.

n'est point

pour cela que nous sommes ve-

mon gentilhomme!
c'est

Ainsi donc,
le

mon

ami, dit Coconas regardant

Et pourquoi donc sommes-nous venus alors?

avec curiosité

bourreau,

vous qui donnez

la

demanda Coconcs.

gêne, qui rouez, qui écartelez, qui coupez

les têtes,

— Tu vas
trcr
la

qui brisez
le voir,

les os.

Ah

!

ah

!

je suis bien aise d'avoir

répondit

la

Mole.
le

fait

votre connaissance.
.Monsieur,
dit
;

Les deux amis se tutoyaient depuis

lendemain


tout

maître Caboche, je ne

fais

pas

de celte fameuse nuit où Coconas avait voulu évcnMole.

El

la

Mole conduisit Coconns droit à

la petite fe-

que vous avez vos laquais, vous autres seigneurs, pour faire ce que vous no voulez pas faire, moi j'ai mes aides, qui font
car, ainsi
la

moi-même

nêtre de celle maison adosséu à

la tour, et

sur l'ap-

pui de la()uellc se tenait un

homme

grosse besogne et qui expédient les mananis.
j'ai

acenudii.
!

— Ah
vrant sn
jusqu'à

Seulement, quand, par hasard,

affaire à

des

!

ah

!

c'est vous, nies.seigneurs

dit riionime

gentilshommes,
par exemple, nh
fais

comme
!

vous

et voll-e

compagnon
de tous

en soulevant son bonnet sangdcbieiif et on découtète aux cheveux noirs et épais descendant
.ses

alors, c'est autre chose, cl je nie

un honneur de

m'acquiiiei-

moi-même
le
la

sourcils, .soyez les hii'nvenus!
csl cet lioMiuiu
.'

— OmuI
chant
à

les détails

de l'cxérulion, depuis

premier jusqucstinn jus-

ilcmanda (^.omnns cheril

qu'au dernier, e'esl-A-dlre depuis qu'au déc(dlement.

rappeler ses souvenirs, car

lui sornida

avoir vu relie lête-là pemlnnl

un

r|is

ninmenls de

Coconas
ses veines,

sentil maigri" lui loiirir

un

frisson

m

dans

(lèvre.

— Ton sauveur, num cher ami,

dit la Mole, celui

bes cl

comme si le coin brutal pressait sPi jamcomme si le fil do l'acier efllourait son coil.

LA REINE MARGOT.
La Mole, sans
éprouva
la

H5
:

se

rendre compte de

la

cause,

Puis s'adressant à la nouvelle Artémise

même

sensation.
il

— Madame,
avait

lui dit-il.
la

nous sommes deux genla

Mais Coronas surmonta cette émotion dont

tilshommes de
Iluriére.
valises

connaissance de ce pauvre M.
laissé ici

honte, et voulant prendre congé de maître Caboche

Nous avons

djux chevaux
la

et

deux

par une dernière plaisanterie

:

Eh bien! maître, lui dit-il. je retiens votre parole quand ce sera mon tour de monter à la potence d'Enguerrand de Marigny ou sur Téchafaud

— Messieurs, répondit
je n'ai pas
si

que nous venons réclamer.
la

maîtresse d«

maison

après avoir essaj'é de rappeler ses souvenirs,

comme

l'honneur de vous reconnaître, je vais,

de M. de Kemours,
toucherez.

il

n'y aura que vous qui

me

vous

le

voulez bien, appeler

mon

mari.

— Gréétait

— Je vous

goire, faites venir votre maître.
le


que

promets.

Grégoire passa de

la

première cuisine, qui
la

Cette fois, dit Coconas, voici

ma main

en gage

le

pandémonium général, dans

seconde,

qui

j'accepte votre promesse.

était le laboiatoire

se confectionnaient les plats

Et il étendit vers le bourreau une main que le bourreau toucha timidement de la sienne, quoiqu'il
fût visible qu'il eût

que maître

la Hurière, de son vivant, jugeait dignes d être préparés par ses .savantes mains.

eu grande envie de

la

toucher

— Le

diable m'emporte,
fait

murmura

Coconas,

si

franchement.

cela no
si

me

pas de

la

peine de voir cette maison

A

ce simple attouchement, Coconas pâlit légèrele

gaie

quand
!

elle devrait être si triste.

Pauvre

la

ment, mais
vres, tandis

même
la

sourire

demeura sur

ses lè-

Hurière, va

que

Mole, mal à l'aise, et voyant la
la

— lia

voulu

me
à

tuer, dit la Mole, mais je lui

foule tourner

avec

lanterne et se rapprocher

pardonne de grand cœur.
La Mole avait
peine prononcé ces paroles, qu'un
la

d'eux, le tirait par son manteau.

Coconas, qui, au fond, avait aussi grande envie

homme

apparut tenant à
il

main une

casserole

au

que

la

Mole de mettre

fin à

celte

scène dans lail

fond do lni|ucllc

fni.siit

roussir des oignons qu'il

quelle, par la pente naturelle de son caractère,
s'était

tournait avec une cuiller de bois.

trouvé enfoncé plus qu'il n'eût voulu,

fit

un

La Mole

et

Coconas jetèrent un
la

cri

de surprise.
et,

signe de tête et s'éloigna.

— Ma

A
lui et

ce cri,
cri

riiomme releva
pareil,
à la

tête,

répondant

foi! dit la

Mole quand

son compa-

par un

laissa

échapper
sa cuiller

sa casserole,

ne

gnon furent arrivés à la croix du Trahoir, conviens que l'on respire mieux ici que sur la place des
Halles?

conservant

— Jn noiu'mc
comme
la

main que
eût
fait

de bois.

Pcilns, dit

l'homme en agitant sa
et Filii,

cuiller
dit Coconas,
fait

il

d'un goupillon,

J'en conviens,

mais

je

n'en suis

et

pas moins fort aise d'avoir maître Caboche.

connaissance avec

— Même

11

est

bon d'avoir des amis partout.

gens.

à l'enseigne de la Belle-Étoile, dit la

Mole en riant.

— Oh

rière.
le

!

pour

pauvre maître

la lîurièro, dit

Co-

conas, celui-là est mort, et bien mort. J'ai vu la

flamme de l'arquebuse,
balle qui a résonné

j'ai

entendu
s'il

le

coup de

la

— Mais vous — Je vous
j'ai

— Maître Hurière! deux jeunes — Messieurs de Coconas do Mole! Hu— Mais vous donc pas mort? Coconas.
s'écrièrent les
et
la

Spinltts sancli...

dit la

n'êtes

fit

êtes

donc vivants? demanda

l'hôte.
;

ai vtj

tomber, cependant, dit Coconas

comme

eût frappé sur le

entendu

le

bruit de la balle qui vous cassait
je

bourdon de Notre-Dame,
le

et je l'ai laissé

étendu dans
par
le

quelque chose,
couché dans
par
le

ne

sais pas quoi. Je
le

vous

ai laissé

ruisseau avec

le

sang qui

lui sortait

nez

ruisseau rendant
et

sang par

le nez,

et

par

la

bouche.

En supposant que

ce soit

c'est

Tout en causant

un ami que nous avons dans l'autre ainsi, les deux jeunes gens enla

un ami, monde.

— Tout
le

la

bouche

même

par

les \'eux.

cela est vrai

comme

l'Évangile,

mon-

sieur de Coconas. Mais, ce bruit que vous avez en-

trèrent dans la rue de l'Arbre-Sec, et s'acheminè-

tendu, c'était celui de

la

balle frappant sur

ma

sa-

rent vers l'enseigne de

Belle-Étoile, qui

conti-

lade, sur laquelle, heureusement, elle s'est aplatie;

nuait de grincera

la

même

place, offrant toujours

mais

coup n'en
la

a

pas été moins rude, et
et

la

preuve,

eu voyageur son àtre gastronomique et son appétis-

ajouta

Hurière en levant son bonnet

montrant

sante légende.

sa tête pelée

comme un
il

genou,
est

c'est

que,

comme

Coconas

et la

Mole s'attendaient
à leur

à trouver la

son désespérée, la veuve en deuil, et les

maimarmitons

vous

le

voyez,

ne m'en

pas resté un cheveu.

Les deux jeunes gens éclatèrent de rire en voyant
cette figure grotesque.

un crêpe au bras; mais,
ils

grand étonnement,
activité,

trouvèrent

la

maison en pleine

madame

— Ali!
suré, vous

ah! vous ri:z! dit

la Iluriére fort resplendissante, et les

garçons plus

la Uurièrc un peu rasné venez donc pas avec de mauvaises in-

joyeux que jamais.

— Oh

tentions?
!

!

l'infidèle

dit la Mole, elle se sera

rema-

Et vous, maiire la Hurière, vous êtes donc

riée!

guéri de vos goûts belliaueux?

116

LA REINE MARGOT.
Oui,
foi oui,

tre feu

— ma messieurs; — maintenant?... — Maintenant, vœu de ne que de ma — Bravo! Coconas,
Eii bien!
j'ai fait

et maintenant...

Hurière en ramassant sa casserole d'un air innocent,
je suis trop votre serviteur

plus voir d'au-

— Eh
Si

pour vous démentir.

bien! dit

la

Mole, pour

ma

part, je

ne

te

celui

cuisine.

réclame rien.
est

dit

voilà qui

prudent.

Maintenant, ajouta
bres deux valises.
!

le

Piémontais, nous avons laissé
et

dans vos écuries deux chevaux,

dans vos cham-

— Ah — Eh — Deux chevaux, vous
diable
!


en se grattant
l'oreille.
tier.

— ce — Aïe, aïe!

Comment, mon gentilhomme!...
n'est...
fit

^
\

la llurière...

Si ce n'est

un diner pour moi
je

et

mes amis,

fit

l'hôte

toutes les fois

que

me

trouverai dans ton quar-

bien?

— Oui, dans — Et deux — Oui, dans — que,
C'est

dites?

— CominentaJonc!
ordres,

s'écria la

Hurière ravi, à vos

l'écurie.

mon gentilhomme,
c'est

à vos ordres!

valises?
la

— Ainsi,
vous m'avitz
cru
nas.
;

chambre.
voyez-vous...

mort, n'est-ce pas?

— Vous
trompé,

— Certainement.
avouez
que,

tite

puisque vous vous êtes

— De grand cœur... Et monsieur de Cococontinua souscrivez-vous au marché? — Oui mais, comme mon ami, mets une condition. — Laquelle?
vous,
l'hôte,
j'y

chose convenue?

pe-

— En nous croyant morts
!

je

pouvais bien

me tromper
aussi!

de

mon

côté.

— C'est
fiés.

que vous rendiez

à

M. de

la

Mole
ai

les

Vous

étiez par-

'Cinquante écus

que je

lui dois et

que je vous

con-

faitement libre.
voilà

testat...

fait

— Ah que, comme vous mouriez incontinua maître — Après? — eu bien maintenant... — Qu'avez-vous cru voyons — cru que pouvais hériter de vuus. — Ah ah deux jeunes gens. — Je n'en pas moins on ne peut plus que vous soyez messieurs. — De que vous avez vendu nos chevaux? Coconas. — — Et nos continua Mole.
!

c'est

la llurière...

— A moi, monsieur! El quand cela? — Un quart d'heure avant que vous
siez

ne vendis-

mon

cheval et
fit

ma

valise.

J'ai cru, j'ai

tort, je le

vois

La Hurière

— Ah
Et
il

un signe

d'intelligence.

!

je

comprends,

dit-il.

?

!

s'avança vers une armoire,

eu

tira,

l'un
la

J'ai

je

après l'autre, cinquante écus, qu'il apporta à
Mole.

!

!

tirent les

suis

satis-

— Bien,
— Oh
!

monsieur, dit

le

gentilhomme, bien!

vivants,

servez-nous une omelette. Les cinquante écus seront pour M. Grégoire.
s'écria la Hurière,

sorte

dit

en

vérité,

mes

gentilset

llcias! dit la llurière.

hommes, vous

êtes des

cœurs de princes,
la

vous

valises?

la

— Oli!

pouvez compter sur moi à

les valises!

non... s'écria

la llurière,

mais

— En

vie et à la mort.

ce cas, dit Coconas, faites-nous l'oiiieletle
et n'y

seulement ce qu'il y avait dedans.

— Dis donc,
Cette

demandée,

épargnez ni

le

beurre ni
:

le lard.

la

Mole, reprit Coconas, voilà, ce

me

Puis, se retournant vers la pendule

semble, un hardi coquin... Si nous l'élripions?

— Ma
les

foi.

tu as raison,

la

Mole,

dit-il.

.Nous

menace parut

faire

un grand

effet
:

sur maî-

avons encore trois heures à attendre, autant donc
passer
ici

tre la llurière. qui hasarda ces paroles

— Mais,
semble.

qu'ailleurs. D'autant plus que,
ici

si je

ne

messieurs, on peut s'arranger,

ce

me

me

trompe, nous sommes

presque à moitié che-

— Écoute,

min du pont Saint-Michel.
dit la Mole, c'est
toi.

moi qui
le

ai le

plus à

Et les deux jeunes gens allèrent reprendre à table et dans la petite pièce

me

— Certainement, monsieur


Oui,

plaindre de

du fond

la

même

place

comte, c^r je
foru;. j'ai

me

qu'ils occupaient

rappelle que, dans

un moment de

ou l'au-

24 août
posé à
la

157'2,

pendant celte fameuse soirée du pendant la(]uelle Coconas avait prola

dace de vous menacer.

Mole de jouer l'un contre l'autre
qu'ils auraient.
la

pre-

dune

balle qui m'est passée à

deux pou-

mière mailresse

ces au-dessus de la tète.

— Vous croyez?

Si

A\ouons, en l'honneur do
faire à son
la

moralité des deux

jeunes gens, que ni l'un ni l'autre n'eul l'idée de

J'en suis sûr.

compagnon

ce soir-là pareille proposi-

vous en êtes sûr, monsieur de

Mole, dit

la

tion.

— î^^ssS>R£^3«%5e3=T. -

LA REINE MARGOT.

117

-TH.tiTÇYEB-

~

Ia.* 'Icux

appieulis tleRfn-).

"

I'aue |18.

XIX
LK LOGIS DE MAITUE RENÉ, LE PARFUMEUR DE LA REIKE MÈRE,

l'cpoque où se passe l'histoire

niers, le pont

au Change,
la

le

pont Notre-Dame, le

que nous racontons à
il

Petit-Pont et le pont Saint-Michel.

f^;

nos lecteurs,

n'existait,

Aux

autres endroits où

circulation était néces-

^'fvll|

pour passer d'une partie de
la

saire, des bacs étaient établis, et tant bien

que mal

^i'^^

ville à l'autre,

que
de

remplaçaient

les ponis.

cinq

ponts

,

les

uns

Ces cinq ponts étaient garnis de maisons,
l'est

comme

pierre, les autres de bois;

encore aujourd'hui

le

Ponte-Yecchio à Flo-

encore ces cinq ponts aboutissaient-ils à
la

rence.

Cité.

C'étaient le pont

aux Meu-

Parmi ces cinq ponts, qui chacun ont leur his-

116
toire,

LA REINE MARGOT,
nous nous occuperons parliculièrement, pour
été bâti
11

en résultait que

les locataires

des deux maisons

le

moment, du pont SaintTMichel.
Le pont Saint-Michel avait
en pierres en
solidité,

attenantes aux deux maisons désertes se

demanprudent

daient de temps en temps
à

s'il

ne

serait pas

1575; maigre son apparente

un déborde^
le

eux de

faire à leur tour

comme

leurs voisins

ment de

la

Seine

le
il

renversa en partie
avait été

51 janvier

avaient

fait.

1408; en 1416
mais pendant
été
la

reconstruit en bois,
il

nuit du 16 décembre 1547

avait

emporté de nouveau; vers 1550. c'est-à-dire

doute à ce privilège de terreur, qui publiquement acquis, que maîtie René avait dû de conserver seul du feu après l'iieure conC'ciail sans
était
lui

vingt-deux ans avant Tépoque qù np!}§ sommes arrivés, on le reconstruisit en bois, et, quoiqu'on eût
déjà eu besoin de le réparer,
solide.
il

sacrée. .Ni ronde ni guet n'eût osé

d'ailleurs inà

quiéter

un homme doublement cher
de compatriote
et

Sa

.Majesté,

passait

pour assez
ligne

en

sa qualité

de parfumeur.
le lecteur,

Comme
la

nous supposons que

cuirassé

Au

milieu des maisons qui bordaient

du
le

par

le philosophispie

pont, faisant face au patif îloî sur lequel avaient
été brilles les templiers
et

croit plus ni à la

du dix-huitième siècle, ne magie, ni aux magiciens, nous l'inré-

où pose aujourd'hui

viterons à entrer avec nous dans cette habitation,
qui, à cette

terre-plein

du pont Neuf, op remarquait une maitoit

époque de superstitieuses croyances,
si

son à panneaux de bois sur laquelle un large
s'abaissait

pandait autour d'elle un

profond

effroi.

comme

la

paupière d'unœij immense.

A

La boutique du rez-de-chaussée
serte à partir de huit heures

est

la seule fenêtre qui

s'ouvrît au premier étage auet

du

soir,

sombre et dénioment au-

dessus d'une fenêtre
sée

d'une porte du rez-de-chaustransparaissait

quel elle se ferme pour ne plus se rouvrir qu'assez

hermétiquement formée,

une

avant (]uelquefois dans
c'est là

la

journée du lendemain;

lueur rougeâtre qui

attirait les

regards des pas-

sants sur la façade basse, large, peinte en bleu avec

de riches moulures dorées. Une espèce de
séparait le rez-de-chaussée

frise,

qui
re-

que se fait la vente quotidienne des parfums, des onguents et des cosmétiques de tout genre que débite l'habile chimiste. Deux apprentis l'aident dans celte vente de détail, mais chent pas dans
la
ils

du premier

étage,

ne coula

présentait

uns

foule de diables dans des altitudes

maison
ils

;

ils

couchent rue de

plus grotesques les unes que les autres, et

un large
s'étendait
cette in-

ruban, peint en bleu,
entre
la frise et la
:

comme

la

façade,

fenêtre

du premier avec

un instant avant que la boutique soit fermée. Le matin, ils se promènent devant la porte jusqu'à ce que la boutique soit ouCalandre. Le soir,
sortent
verte.

scription

Cette boutique

du

rez-de-ehaussée

est

donc,

Bcné, florentin, parfumeur de Sa Majesté
la reine

comme nous
Dans
il

l'avons dit,

sombre

et

déserte.

mère.

celte boutique, assez large et assez profonde,

La porte de
dit, était

cette boutique,

comme nops

l'avons
ses

y a deux portes, chacune donnant sur un escalier. Un des escaliers rampe dans la muraille même,
il

bien verrouillée, mais,

mieux que par

et

est latéral; l'autre est

extérieur et est visible
le

verrous, elle était défendue des allnques nocturnes

du quai qu'on appelle aujourd'hui
quai des Orfèvres.

quai des Au-

par

la

réputation

si

effrayante de son locataire, ((uc
le

gustins, et de ja berge qu'on appelle aujourd'hui le

les passants

qui traversaient

pont à cet endroit

le traversaient

presque toujours en décrivant une
vers l'autre rang de maisons;

Tous deux conduisent à
Cette
celle

la

chambre du premier.

courbe qui

les rejetait

chambre

est

de

la

même

grandeur

ijue

comme
Il

s'ils

eussent redouté que l'odeur des parla

fums ne suât jusqu'à eux par

muraille.

y avait plus. les voisins de droite et de gauche, craignant sans doute d'être compromis par h;
voisinage, avaient. d('|)uis linslailation

du rez-de-chaussée, seulement une lapi.sserio tendue dans le sens du pont la *^pare en deux compartiments. Au fond du premier compartiment s'ouvre la porte donnant sur l'escalier extérieur. Sur la
face latérale

de niailre

du seccmd s'ouvre

la |)orle

de l'escalier

René sur

le

pont Sainl-Micbcl, déguerpi l'un après

secret; seulement cette porte est invisible, car elle
est

l'autre de leur logis, de sorte

que

les

deux maisons

cachée par une haute armoire sculptée, scellée à
par des crampons de
fer. et

attenantes à

la

mai.son de llené étaient di'ineniv'cs

elle

(ju'elle

pousse en
le

désertes et fermi'cs. t>["'ndant, malgré cette soli-

s'ouvrant. Catherine seule connaît avec René
cret de cette porte,
(pi'clle

seet

tude

et cet

abandon, des passants attardés avaient
à travers les contrevents ferm('s

c'est

par

qu'elle
l'uiil

monlu

vu

jaillir,

de ces

descend

;

c'est l'oreille

ou

pose contre

maisons vides, certains rayons de lumière,
plaintes, qui

et assu-

celle armoire,
gés,

dans laquelle des trous sont ménacl qu'elle voit ce

raient avoir entendu ccrlains bruits pareils à des

(|u'ello ociiute
la

qui so passe

prouvaient que des êlres quelconques
ces

dans
frent

chambre.
portes parfaitement oslensiblos s'ofles

fn'(|ucntaient

deux maisons; seulement, on

Deux autres

ignorait
l'autre

si

ces Cires npparlenaicnl à ce uiunde ou à

encore sur

côtés laliraux de ce second

comparliinenl. L'une s'ouvre sur une petite

rham-

LA REINE MARGOT.
bre éclairée par
des creusets
le toit et qui n'a pour tout meuble qu'un vaste fourneau, des cornues, des alambics,
:

119
dit-il,

— Non,
des pas
ils

ce n'est ni
ils

clic,

ni elles.

Ce sont
porte;

d'hommes;
ici.

s'arrêtent devant

ma

c'est

le

laboratoire de l'alchimiste.
le

viennent

L'autre s'ouvre sur une cellule plus bizarre (]ue

En même

temps, trois coups secs retentirent.
il

reste de l'appartement, car elle n'est point éclairée

René descendit rapidement. Cependant,
ouvrir encore.
Les

se con-

du

tout, car elle n'a ni tapis ni

meubles, mais seu-

tenta d'appuyer son oreille contre la porte, sans

lement une sorte d'autel de pierre.
Le parquet
extrémités,
est

et,

une dalle inclinée du centre aux aux extrémités, court au pied du
duquel on voit

mêmes
Est-il

trois

coups secs se renouvelèrent.

mur une
noir par

espèce de rigole aboutissant à
l'orifice

un entoncouler l'eau somla

bre de

la

Seine.

A des clous enfoncés dans
ou tranchants
la

mubi-

— Qui va demanda maître René. — bien nécessaire de nos noms? demanda une — indispensable, répond René.
là?

dire

voix.

C'est

raille sont

suspendus des instruments de forme
;

zarre, tous aigus
fine

pointe on est

comme celle d'une aiguille, le fil en est trancomme celui d'un rasoir; les uns brillent comme des miroirs, tes autres, au contraire, sntit
chant d'un gris mat ou d'un bleu sombre. Dans un coiu,

— En ce Coconas, — Et moi
tendre.

cas, je

dit la

me nomme même voix qui

le

comte Annibal do
la

avait déjà parlé.

le

comte Lérac de

Uo\e,

dit

une

autre voix, qui pour la première fois se faisait en-

— Attendez,
Et,

attendez, messieurs, je suis à vous.

deux poules noires
l'autre

se débattent, attachées l'une à
:

en

même

temps, Rend, tirant

les verrous,

en-

par

la patte

c'est

le

sanctuaire de l'au-

levant les barres, ouvrit aux deux jeuftes gens la
porte, qu'il se contenta de refermer à la clef; puis,

gure.

Revenons à la ciiambre du milieu, à aux deuA compartiments.
tants; c'est

la

chambre

les

conduisant par l'escalicr extérieur,
signe de
et sa

il

les intro-

duisit dans le second compartiment.
les

C'est là qu'est introduit le vulgaire des

que

les ibis égyptiens,

consuU momies

La Mole, en entrant,
son manteau;
il

fit

le

la

croix sous

était pâle,

main tremblait
après l'aula

aux bandelettes dorées, le crocodile bâillant au plafond, les têtes de mort aux yeux vides et aux dents branlantes, enfin les bouquins poudreux vénérable-

sans qu'il pût réprimer celte faiblesse.

Coconas regarda chaque chose
tre; et, trouvant

l'utie

au milieu de son examen

porte

ment rongés par
le pêle-mf'le

les rats, ofi'rent

fi

d'où résultent les
la le

du visiteur émotions diverses
l'œil
fioles,

de

la cellule,

il

voulut l'ouvrir.
dit

qui empêchent

pensée de suivre son droit chedes boîtes

— Permettez, mott gentilhomme,
voix grave et en posant sa
nas, les visiteurs qui

René de

sa

min. Derrière

main sur

celle de Coco-

rideau sont des

amphores à l'aspect sinistre; tout cela est éclairé par deux petites lampes d'argent exactement pareilles, qui semblent enlevées à quelque autel de Santa-Maria-Novella ou de l'église Dei-Servi de Florence, et qui, brûlant une huile parfumée, jettent leur clarté jaunâtre du haut de la voûte sombre où chacune est suspendue par trois
particulières, des

me

font l'honneur d'entrer ici
la

n'ont la jouissance que de cette partie de
bre.

cham-

=

Ah
il

'

c'est différent, repartit

Godonas,

et, d'ail-

leurs, je sens

que

j'ai

besoin de m'asseoif.

Et
Il

se laissa aller sur
fit

une chaise.
:

se

un

instant de profond sileùce

maître

chaînettes noircies.

René, seul

et
le

les

bras croisés, se

grands pas dans

second compartiment de
la tète.
il

bre du milieu, en secouant

promène à la cham.4près une médevant

René attendait que l'un ou l'autre des deux jeunes gens s'expliquât. Pendant ce temps, on entendait la
respiration sifflante de Coconas encore

mal guéri.

—-Maître René,
homme,
de

dit-il enfin,
si

vous êtes un habile

ditation longue et douloureuse,

s'arrête

dites-moi donc

je
si

demeurerai estropié
j'aurai toujours cette

un

— Ah! ah!

sablier.

ma

blessure, c'esl-â-dire

dit-il, j'ai

oublié de

le

retourner, et
le

courte respiration qui m'empêche de monter à cheval,

voilà

que depuis longtemps peut-être tout

sable

est passé.

de faire des armes au lardl

et

de manger des omelettes

Alors, regardant la lune qui se dégage à grand'-

René approcha son

oreille dé la poitrine de Co-

peine d'un nuage noir qui semble peser sur la pointe

conas, et écouta attentivement le jeu des poumons.

du clocher de Notre-Dame

:

— Neuf heures,
il


viendra
rirez.

Non, monsieur
vérité.'

le

comte,

dit-il,

vous gué-

dit-il. Si elle vient, elle

comme
demie;

d'habitude, dans une heure ou une heure et

En

y aura donc temps pour tout. ce moment, on^ntendit quelque bruit sur
allait s'ouvrir


~
Il

—-En
se
fit

Je vous l'affirme.

le

Vous

me

faites plaisir.

pont. René appliqua son oreille à l'orifice d'un long

un nouveau
le

silence.

tuyau dont l'autre extrémité

sur

la

Ne

désirez-vous pas savoir encore autre chose,

rue, sous la forme d'une tête de Guivre.

monsieur

comte?

.

120

LA REINE MARGOT.

Ucné uuvrit aux

ileiix

jcuiies |;on8.

Vâhk

HO.

Si fait, dit
»

Coconas
dit

;

je désire savoir

si

je suis

Eli!

que diable!

dit Coconas. parle ilum-!

vt'ritablement

i|ui?

— Parce que vous — Mordi — De qui
I

— Comment

— Vous Tùlos,

mou roux.
Rcno.
la le demiinde/,.
le

— Moi,
.-ivez,

Parlez, dit le Florentin.

monsieur Hené, balbutia
je suis

la

Mole, dunt

savcz-vous?

voix se rassura peu à peu, je ne veux pas vous
si

demander
raison. Mais do
suis et
serai
;"i

amoureux, car je

sais

que

je le
si

je erois (|iie

vmis

ne

mVn

cacbe poinl:

mais dites-moi

je

celle

dit in.iintcnanl

tnui jiropos le

aime, car, en vérité, tout ce qui m'était d'abord un .sujet d'espoir Inurne maintenant contre

juron que vous

vi'iiez

— En

de dire.
ni.iiire liené,
la .Mule.

moi
ton tour,

vérité,

ilil ('.(leniias slM[i(''faii,

V;ius n'avez peul-î'lre pas fait tout re qu'il faut
f.iire

voustîtesun

lial/ile lioiimic.

A

pour
tju'y

cela.

La Mole rougit

et

demeura

cmbarra.'si*.

al

il

à

faire,

monsieur, qu'à proH>ir

LA HEINE 3IARG0T.

121

C^.£>fi^-î/? y.

— l'ouvez-vuus

me

faire voir le diable?

par son respect et son dévouement à

la

dame de

ses

— Sans
mais

doute, sans doute,

murmura

la

Mole

;

pensées qu'elle est véritablement et profondément

aimée?

— Vous

— Ah

je

répugne
1

à toutes ces conjurations.
il

si

vous répugnez, dit René, alors

ne

savez, dit René,

que

ces démonstrations

fallait

pas venir!
allons donc, dit Coconas, vas-tu

sont parfois bien insignifiantes.

— Alors — Non, alors
il

— Allons donc,
Il

faut désespérer?
il

faire l'enfant à présent!

Monsieur René, pouvez-

faut recourir à la science.

y a

vous

dans

la

nature humaine des antipathies qu'on peut

vaincre, des sympathies qu'on peut forcer. Lo fer
n'est pas l'aimant; mais,
1

— Non, monsieur — J'en suis fâché,

me

faire voir le diable?
le

comte.

j'avais

deux mots
la

à lui dire,

en l'aimantant, à son tour

et cela eût pcut-ûtre

encouragé
dit la Mole,

Mole.

attire le fer.

Eh bien

!

soit

!

abordons franche-

16
rir.r

loiî

de

DIl'V

iloi,

boulvtut U^rt'ptratuc, M.

122
ment
la

LA REINE MRGOT.
question.
la

On m'a

parlé de figures en cire
l'objet

dans une aiguille d'acier,

et,

avec cette aiguille, pi-

modeiées à

ressemblance de

aimé. Est-ce

qua

la statuette

au cœur.
l'orifice

un moyen?

Chose étrange! à

de
il

la

blessure apparut
le feu

Infaillible.

— Et rien,

une
pier.
la santé

gouttelette de sang, puis

mit

au pa-

dans cette expérience, ne peut porde
la

ter atteinte

à la vie ni à

personne

La

clialeur de l'aiguille

fit

fondre

la

cire autour

qu'on aime?

— Rien. — Essayons donc. — Veux-tu que commence? Coconas. — Non, engagé, puisque me Mole,

d'elle et sécha la gouttelette de sang.

— Ainsi,
votre

dit

René, par

la force

de

la sympatiiie,
la

amour percera

et brûlera le

cœur de

femme
dans sa

je

dit

que vous aimez.
Coconas, en sa qualité d'esprit
fort, riait

dit la

et,

voilà

j'irai

ardemment, impérieusement savoir à quoi vous en tenir, monsieur de la Mole? demanda le Florentin. Oh! s'écria la Mole, j'en meurs, maître René! Au même instant, on heurta doucement à la
beaucoup,

— Désirez-vous

jusqu'au bout.

moustache
la

et raillait tout bas;

et superstitieux, sentait

aimant une sueur glacée perler à
mais
la Mole,

— Et maintenant, René, appuyez vos sur de en disant — Marguerite, t'aime; Marguerite!
dit
les lèvres
la statuette
:

racine de ses cheveux.

lèvres

je

viens,

porte de la rue,

si

doucement, que maître René en-

La Mole

obéit.
la

tendit seul ce bruit, et encore parce qu'il s'y attendait sans doute.
Il

En

ce

moment, on entendit ouvrir
et

porte de la

seconde chambre,
et

des pas légers s'approclièrent.

approcha, sans affectation

tout en faisant

Coconas, curieux et incrédule, tira son poignard,
et,

quelques questions oiseuses à

la Mole,

son oreille

craignant,

s'il
fit

tentait de soulever la tapisserie,
la

du tuyau,
rurent

et

perçut quelques éclats de voix qui pa-

que René ne

même

observation que

lors-

— Résumez donc maintenant
La Mole s'agenouilla

le fixer.

qu'il voulut lui ouvrir la porte, fendit avec son poi-

votre désir, dit-il,

gnard

l'épaisse tapisserie, et,

ayant appliqué son

et appelez la

personne que vous aimez.

œil à l'ouverture, poussa

un

cri

d'étonnement au-

comme

s'il

eût parlé à

une

quel deux

divinité

;

et

René, passant dans

le

premier compar:

— Ou'y
la
Il

cris,

de femmes répondirent.

a-t-il?

demanda

la

Mole prêt

à laisser

timent, glissa sans bruit par l'escalier extérieur

tomber
mains.

figurine de cire, que

René
'

lui reprit des

un

instant après, des pas légers effleuraient le planla

cher de

boutique.
vit
la

La Mole, en se relevant,

devant lui maitre
petite figu-

René;
tait

le

Florentin tenait à

main une

— y Coconas, que duchesse de Nevers madame Marguerite sont — Eh bien! René avec un soua,

reprit

la

et

là.

incrédules, dit

rine de cire d'un travail assez médiocre, elle por-

rire austère, doutez-vous encore de la force de la

une couronne et un manteau. Vous voulez toujours être aimé de votre royale maîtresse? demanda le parfumeur. Oui, dût-il m'en coûter la vie, dussé-je y per-

sympathie?
La Mole était resté
reconnaissant
pétrifié

en apercevant sa reine,

dre

— mon âme, répondit — bien,
C'est
dit
les

Coconas avait eu un

moment d'èblouissement en madame de Nevers. L'un se figura
de maître; René avaient évoqué
l'autre,

la

Mole.

que
le

les sorcelleries

le

Florentin en prenant du
ai-

fantôme de Marguerite,

en voyant en-

bout des doigts quelques gouttes d'eau dans une
guière et en

tr'ouverte encore la porte par laquelle les charmants

secouant sur la tète de la figurine
latins.

fantômes étaient entrés, eut bientôt trouvé rex|ilication de ce prodige dans le
tériel.

en prononçant quel(]ues mots
La Mole frissonna,
complissait.
il

monde

vulgaire et

ma-

comprit qu'un sacrilège s'ac-

— Que — Je

Pendant que

la

Mole se signait

et soupirait à fen-

faites-vous là? dcmanda-t-il,

dre des quartiers de roc, Coconas, qui avait eu tout
le

baptise cette petite figure

du nom de Mar-

temps de

se faire dos questions philosophi(]ues et
l'esprit

guerite.

— Mais dans(iucl but? — l'our sympathie.
établir la

de chasser
qu'on
l'ouverture

malin

à

l'aide de ce gmipilldn

apiiclle l'incrédulité,

Coconas, voyant
i'ébalii.ssenient

|iar

du rideau fermé
le

de ma-

La Mole ouvrait
ler plus avant,

la bouche pour i'empôcher d'almais un regard railleur do Coconas

dame do Nevers

cl le sourire

un pou

causliciuc

de

Marguerite, jugea que

moment

l'iait

décisif, et,

l'aiTùla.

conipi'tMiant (pie l'on peut dire

pour un ami ce que
lieu d'aller à

— —

lîené, qui
Il

avaifvu
répondit

le

mouvement,
Mole.
petite

attendit.

l'on n'ose dire

pour soi-même, au
il

mamet-

fout la [ileine et entière volont', dit-il.
la

dame de
tant
.seiilé,

Nevers,

alla droit à Marguerite, et.

Faiti'S,

un genou en
dans
les
il .>>"<Mria

terre à la façon dont
la

('tait

repré-

René

traça sur

une

baiulende de papier
les

parades de

fuire,

le

grand Ar-

rouge quelque;; caruclùrcs cabalistiques,

passa

taxerce,

d'une voix

à laquelle le sifllcmcnl

LA REINE MARGOT.
de
sa blessure

123

donnait un certain accent qui ne
:

et,

tout en gardant le silence qui convenait en pa-

manquait pas de puissance

reille occasion à

une ombre royale,

elle tendit la

— Madame,
mon ami
ombre

à l'instant

de

le

comte de

la

demande Mole, maître René évo-

même, sur

la

main

à Coconas.

Celui-ci la reçut délicatement dans la sienne en

quait votre ombre; or, à
votre
est

mon grand

étonnément,

appelant

apparue accompagnée d'un corps

qui m'est bien cher et que je

recommande

à

mon

Ombre de mon ami, l'instant même.
La Mole, tout stupéfait

la

Mole

:

s'écria-t-il,

venez

ici

à

ami. Ombre de Sa Majesté la reine de Navarre, voulez-vous bien dire au corps de votre compagne de
passer de l'autre côté

et tout palpitant, obéit.
le

C'est bien, dit
;

Coconas en

prenant par derla et

du

rideau'!
et
fit

rière la tête

maintenant, approchez

vapeur de
vaporeuse

Marguerite se mit à rire
qui passa de l'autre cô(é,

signe à Henriette,

votre beau visage

brun de

la

blanche

— La Mole, mon ami
Démostbènes,

main que
dit Coconas, sois éloquent

voici.
le geste
la

!

Et Coconas, joignant
cette fine

aux

paroles, unit

comme M. le chancelier de l'Hospital; et songe qu'il y va de ma vie si tu ne persuades pas au corps de madame la comme

comme

Cicéron,

main

à la

bouche de

Mole, et les retint
l'une sur

un
la

instant respectueusement appuyées

l'autre, sans

que

la

main

essayât de se dégager de

duchesse de Nevers que je suis son plus dévoué, son
plus obéissant et son plus fidèle serviteur.

douce étreinte.
Marguerite n'avait pas cessé de sourire, mais masouriait pas, elle, encore trem-

— Fais ce que
veillez à ce

Mais... balbutia

la

Mole.
;

dame de Nevers ne
maître René,

je te dis

et vous,

blante de l'appar'tion inattendue des deux gentils-

René

— Mordi
vous à

fit

ce
!

que personne ne nous dérange. que lui demandait Coconas.
monsieur,
dit Marguerite,
;

hommes.

Elle

sentait

augmenter son malaise de
il

toute la fièvre d'une jalousie naissante, car

lui

vous êtes

semblait que Coconas n'eût pas dû oublier ainsi ses
affaires

homme d'esprit. me dire?

Je vous écoute

voyons, qu'avez-

pour

celles des autres.

La Mole

vit la contraction

de son sourcil, surprit

ami,

J'ai à

vous dire, madame, que l'ombre de car c'est une ombre; et, la preuve,

mon
c'e^t

l'éclair

menaçant de
il

ses yeux, et,

malgré

le

trou-

j'ai qu'elle ne prononce pas le plus petit mot; donc à vous dire que cette ombre me supplie d'user de la faculté qu'ont les corps de parler intelligibleBelle ombre, le gentilment pour vous dire
;

ble enivrant où la volupté lui conseillait de s'en-

gourdir,
et

comprit

le

danger que courait son ami,
l'y soustraire.

devina ce qu'il devait tenter pour
Se levant donc et laissant
la

.^•


a

main de Marguerite

dans

celle

de Coconas,
et,

il

alla saisir celle de la du:

homme

ainsi excorporé

perdu tout son corps

et

chesse de Nevers,

tout son souffle par la rigueur de vos yeux. Si vous
étiez vous-même, je demanderais à maître René de m'abîmer dans quelque trou sulfureux plutôt que de tenir un pareil langage à la fille du roi Henri II, à la sœur du roi Charles IX, et à l'épouse du roi de Navarre. Mais les ombres sont dégagées de tout orgueil terrestre, et elles ne se fâchent pas quand on

mettaut un genou en terre
la

la

plus belle, ô

plus adorable des fem-

mes!

dit-il, je

parle des
il

des ombres, et

adressa

Marguerite, permettez à

femmes vivantes, et non un regard et un sourire à une âme dégagée de son
les

enveloppe grossière de réparer

absences d'un

corps tout absorbé par une amitié matérielle. M. de

Coconas, que vous voyez, n'est qu'un

homme, un
une

les

un
s'il

aime. Or, priez votre corps, madame, d'aimer peu l'âme de ce pauvre la Mole, âme en peine

homme

d'une structure ferme

et hardie, c'est

chair belle à voir peut-être, mais périssable
toute chair
;

comme

en

fut

jamais

;

ârhe persécutée d'abord par l'a-

mitié, qui lui a à trois reprises enfoncé plusieurs pou-

ces de fer dans le ventre;

âme brûlée

par

le feu

de vos

yeux, feu mille fois plus dévorant que tous les feux de l'enfer. Ayez donc pitié de cette pauvre âme, ai-

Oninis caro fcnum. Bien que ce gentilhomme m'adresse du matin au soir les litanies les plus suppliantes à votre sujet, bien que vous l'ayez vu distribuer les plus rudes coups que l'on
ait

jamais fournis en France, ce ciiampion,

si

fort

mez un peu
rire. C'est

ce qui fut le beau la Mole,

et,

si

vous

en éloquence près d'une ombre, n'ose parler

à

une

n'avez plus la parole, usez du geste, usez du sou-

femme.
bre de

C'est

pour cela
en

qu'il s'est adressé

à

l'om-

une âme fort intelligente que celle de mon ami, et elle comprendra tout. Usez-en, mordi ou je passe mon épée au travers du corps de René, pour qu'en vertu du pouvoir qu'il a sur les ombres
I

la

reine,

me

chargeant, moi, de parler à

votre beau corps,

de vous dire qu'il dépose à vos

pieds son

cœur

et

son

âme

;

qu'il

demande

à

vos

yeux divins de
ses et brûlants

le

regarder en

pitié, à vos doigts ro;

il

force la vôtre, qu'il a déjà
faire des

évoquée

si

à propos,

de l'appeler d'un signe

à votre voix

de

choses peu séantes pour

une ombre
l'être.

vibrante et harmonieuse de lui dire de ces mots

honnête

comme
la

vous

me

faites l'effet

de

A

cette péroraison

de Coconas, qui

s'était

campé
rire,

ou sinon, qu'on n'oublie pas d'une chose, c'est, dans le cas où
;

il il

m'a encore prié ne pourrait vous
fois,

devant

reine en

Énée descendant aux enfers,

attendrir, de lui passer,

pour

la

secoude

mon

Marguerite ne put retenir un énorme éclat de

épée, qui est

une lame

véritable, les épées n'ont

124
d'ombre qu'au
seconde
fois,

LA REINE MARGOT.
soleil,

de lui passer, dis-je, pour
;

la
il

Coconas jeta en

l'air

son toquet de velours,
la

et,

mon
si

épée au travers du corps

car

d'un bond, fut près de
la

jeune femme, tandis que

ne saurait vivre

vous ne l'autorisez à vivre exclude panta-

Mole, rappelé de son coté par
faisait

sivement pour vous.

guerUe,
et

avec son ami

un geste de Mar un chassez-croisez
la porte

Autant Coconas avait mis de verve

amoureux.

lonnade dans son discours, autant
et

la

Mole venait

En
fond.

ce

moment, René apparut sur
s"écria-t-il

du

de déployer de sensibilité, de puissance enivrante de câline humilité dans sa supplique. Les yeux de Henriette se détournèrent alors de
la

Silence!

avec

un accent qui

étei-

gnit toute cette flamme... silence! Et l'on entendit dans l'épaisseur de la muraille
le

Mole, qu'elle avait écouté tout le temps qu'il venait

de parler,

et se

portèrent sur Coconas pour voir

si

frôlement du fer grinçant dans une serrure

et le

du visage du gentilhomme était en harmonie avec l'oraison amoureuse de son ami. Il pal'expression
raît qu'elle

en d'une


porte roulant sur ses gonds.
il

Mais, dit Marguerite fièrement,
le droit

me semble
quand nous
à

en fut

satisfaite, car,

rouge, haletante,
sourire qui dé-

que personne n'a
y sommes
!

d'entrer

ici

vaincue, elle dit à Coconas avec

un

couvrait une double rangée de perles enchâssées

dans du corail

:

— Pas

même

la

reine mère?

murmura René

— Mordi
!

Est-ce vrai?

son oreille.

!

s'écria

Coconas fasciné par ce regard,

Marguerite sélança aussitôt par l'escalier extérieur,
attirant la Mole après elle;

et

brûlant des feux du
oui,

même

fluide; c'est vrail...

Henriette et Co-

Oh

madame,
!

c'est vrai, vrai

sur votre vie,

conas, à

demi

enlaci'S, s'enfuirent

sur leurs traces.

vrai sur

ma mort

Tous quatre s'envolant comme s'envolent, au
Henriette en lui tentrahissait la lan-

Alors, venez donci dit

premier bruit indiscret,
a

les

oiseaux gracieux qu'un

dain la

main avec un abandon que
ses yeux.

vus se becqueter sur une branche en fleur.

gueur de

J2LV;

l

LA REINE MARGOT.

125

Tous quatre s'cnvobnt..

Page 12i.

XX
LES POULES NOIRKS.

1

était

temps que

les

deux
dans

les

pas des fugitifs. Elle jeta autour d'elle
et arrêtant enfin son

un

re-

couples disparussent. Catherine mettait
la
la clef

gard inquisiteur, devant

œil soup-

çonneux sur René, qui

se trouvait

debouVet incliné

serrure de

la

seconde

porte au

nas

et

moment où Cocomadame de Nevers
par
l'issue

— Qui

elle

:

était là?

demanda-t-elle.
se sont contentés

— Des aniants qui

de

ma

parole

sortaient

du

quand

fond, et Catherine, en en-

— Laissons

je les ai assurés qu'ils s'aimaient.
cela, dit

Catherine en haussant

les

ontendre

le

craquement de

l'escalier sous

épaules; n'y a-t-il plus personne ici?

126
et

LA REINE MAP.GOT.
Catherine lui ouvrit
la

— Personne que Votre Majesté moi. — Avez-vous ce que vous — A propos des poules noires? — Oui. — madame. sont — Ah! vous murmura Catherine. — Moi, madame, pourquoi?
fait

poitrine d'un seul coup

je

ai

dit?

de couteau. La poule
s'être assez

jeta trois cris, et expira après

— Toujours

longtemps débattue.
trois cris,

murmura

Catherine, trois

Elles

prêtes,

signes de mort.

si

étiez juif!

juif,

— Et —
Il

Puis elle ouvrit le corps.
le foie

penchant

à

gauche, continua-t-elle,

que vous pourriez lire les livres précieux qu'ont écrit les Hébreux sur les sacrifices. Je me suis fait traduire l'un d'eux, et j'ai vu que ce

— Parce

toujours à

gauche;

triple

mort
si les

suivie d'une

dé-

chéance. Sais-tu, René, que
faut voir,

c'est effrayant?

madame,

présages de la sela

cœur ni dans le foie, comme les Romains, que les Hébreux cherchaient les présac'était dans la disposition du cerveau et dans ges
n'était ni

dans

le

conde victime coïncidefont avec ceux de
mière.

pre-

:

René détacha

le

cadavre de
il

la

poule

et le jeta

la figuration des lettres qui

y sont tracées par

la

dans un coin. Puis

main toute-puissante de la destinée. Oui, madame, je l'ai aussi entendu un vieux rabbin de mes amis.

jugeant de son sort par celui de sa compagne, essaya de s'y
qui, enfin, se voyant prise

alla vers l'autre, qui,

dire par

soustraire en courant tout autour de la cellule, et

dans un coin, s'envola
alla

Il

y

a, dit Catherine, des caractères ainsi des;

par-dessus la tête de René, et s'en
vol éteindre la bougie

dans son

sinés qui ouvrent toute

— continuer. reine que — Recommandent que l'expérience
. .

une voie prophétique seulement, les savants chaldéens recommandent... Recommandent. quoi ? demanda René, voyant
la

magique que

tenait à la

main

Catherine.

hésitait à

Vous le voyez, René, dit la reine. C'est ainsi que s'éteindra notre race. La mort soufflera dessus,
et elle disparaîtra
fils,

se fasse sur

de

la surface
fils!...

de

la

terre. Trois
triste-

des cerveaux humains,

comme

étant plus dévelop-

cependant, trois

murmura-t-elle

pés et plus sympathiques à la volonté
tant.

du consulsait

ment.

René
!

lui prit

des mains la bougie éteinte, et alla
la pièce à côté.
il

— Hélas
bien que
'

madame,

dit

René, Votre Majesté
Catherine

la

rallumer dans

c'est

impossible!

Quand
;

il

revint,

vit la

poule qui

s'était

fourre

Difficile

du moins,
la

dit

car,

si

nous

la tête

avions su cela à

Saint-Barthélémy... hein, René!

dans l'entonnoir. d'un seul coup.
la

Cette fois, dit Catherine, j'éviterai les cris, car

quelle riche récolte! Le premier condamné... j'y
son^jcrai.

je lui trancherai la tête Et,

En

attendant,

demeurons dans

le cercle

en

effet,

lorsque
elle

poule fut attachée, Cathe-

du

possible.

La chambre des

sacrifices est-elle pré-

rine,

comme

l'avait dit,

d'un seul coup
se

lui

parée?

trancha

la tête.

— —

Mais, dans la convulsion suprême,
fois et

Oui,

madame.
faite

te

bec s'ouvrit trois

rejoignit

pour ne

Passons-y.

plus se rouvrir.

René alluma une bougie
ges, et

d'éléments ('iran-

Vois-tu, dit Catherine épouvantée.
trois soupirs. Trois,

A défaut do
Ils

dont l'odeur, tantôt subtile et pénétrante,
plusieurs matières; puis, éclairant Cathepassa le premier dans la cellule.

trois cris,

toujours trois.

tantôt nauséabonde et fumeuse, révélait l'introduc-

tmn de
rine,
il

mourront tous trois. Toutes ces âmes, avant de partir, comptent et ap[)ellent jusqu'à trois. Voyons maintenant les signes de la tête.
Alors Catherine abattit
ouvrit avec précaution
le
la

Catherine choisit elle-même parmi tous les in-

crête pâlie de l'animal,
et,

struments de sacrifice un couteau d'acier bleuissant,
tandis que Wrw' allait chercher une des deux
]kui1i's

crâne;

le

séparant de

manière

à laisser à

découvert les lobes du cerveau,
la

qui roulaient dans un coin leur œil

il'or

inquiet.

elle essaya

— Comment procéderons-nous? — Nous interrogerons de
le foie

de trouver

forme d'une

lettre queila di-

con(]ue sur les sinuosités sanglantes que trace
l'une et le cervision de la pulpe cérébrale.

veau do l'autre.

Si les

deux exp('riences nous donil

— Toujours,

s'écria-t-ellc en

frappant dans ses

nent

les

mêmes

résultats,

faudra bien croin^,
jiré-

deux mains, toujours!
[ilus clair

et cette fois le pronostic est et

surtout

si ces résultats se

combinent avec ceux

cédeminent obtenus.
i'ar

— où commencerons-nous? — Par rcxpénence du
foie.


dos,

en

C'est l>icn. dit

lo petit autel h
tri'uiili'.s, (le

René; et il attacha la poulo sur doux anneaux placés aux deux cxmanière i\uc l'animal, renversii sur le

— Quelle un — Un — Combien do
lui di'sigiianl
11,

que jamais. Viens René s'approcha.
est celte lettre
.'

regarde.

lui

demanda Catherine*

signe.

ri'pondit
fois

René.
répété?

RiMK' compta.

nu pouvait que su déballre sans bougiT do

place.

— Eh

— Quatre,

dit-il.
oli

bien!

bicnl est-ce cela? Je

lo vois,

LA REINE MARGOT.
c'est-à-dire

427

Henri IV. Oh! gronda-t-elle en jetant

le

reté

;

mais, n'en ayant pas besoin, je vous le rends.
la

couteau, je suis maudite dans
C'était

ma

postérité.

Et elle tendit

main

droite vers

une effrayante figure que celle de cette femme pâle comme un cadavre, éclairée par la lugubre lumière, et crispant ses mains sanglantes. -^11 régnera, dit-elle avec un soupir de désespoir,

cevoir l'autre, tandis que de la

René pour remain gauche elle

lui rendit celui qu'elle avait reçu.

Celte fois

René ne

s'était

point trompé, c'était

bien

le livre

qu'elle désirait.

René descendit,

le

il

régnera

!

feuilleta

un

instant, et le lui rendit tout ouvert.
alla s'asseoir à

Il

régnera, répéta René enseveli dans une rê-

Catherine

une
et,

table,

René posa
de cctlc

verie profonde,

près d'elle la bougie magique,
s'ef-

à la lueur

Cependant, bientôt cette expression sombre
sée qui semblait éclore

llamme bleuâtre,
voix.

elle lut

quelques lignes à demi-

faça des traits de Catherine à la lumière d'une pen-

— René,

au fond de son cerveau.
la

— Bien,

dit-elle

dit-elle

en étendant

main

en refermant

le livre. Voilà tout

vers le

ce que je voulais savoir.
Elle se leva, laissant le livre sur la table et

Florentin, sans détourner sa tète inclinée sur sa
poitrine, René, n'y a-t-il pas

une

terrible histoire

em-

d'un médecin de Pérouse, qui, du
l'aide

même

coup, à

portant seulement au fond de son esprit la pensée

d'une pommade, a empoisonné sa
sa fille?

fille et l'a-

qui y avait germé et qui devait y mûrir.

— Oui, madame. — Et amant, continua Catherine toujours pensive. — madame. — Ah! murmura-t-elle. Avez-vous quelques sur — possède un vieux qui en réponRené. — Eh bien passons dans chambre, vous
cet
c'était?...

mant de

René
lui

attendit respectueusement, la bougie à la
la reine,

main, que

qui paraissait prête à se retirer,
lui adressât

donnât de nouveaux ordres ou

de

nouvelles questions.

Catherine
doi'gt

lit

plusieurs pas la tête inclinée,
et

le

C'était le roi Ladislas,

sur

la

bouche

en gardant

le silence.

oui, c'est vrai,

Puis, s'arrêtant tout à coup devant

René

et rele-

détails

cette histoire?

vant sur lui son œil rond et fixe
oiseau de proie
:

comme

celui d'un

'

Je

livre

traite,

dit

!

l'autre

— Avoue-moi que
philtre, dit-elle.

tu as fait pour elle quelque

me

le prêterez.

Tous deux quittèrent alors ferma la porte derrière lui.

la

cellule, dont

René

— Votre Majesté me donne-t-elle d'autres ordres
sacrifices?

pour de nouveaux

demanda
pour
le

le

Florentin.
suf-

Non, René, non!

je suis

moment

fisamment convaincue. Nous attendrons que nous
puissions

— Moi, madame, René, jamais! — Jamais? — Sur mon âme, vous jure. — y cependant de magie, car
dit

— Pour qui demanda René en — Pour Sauve.
?

tressaillant.

la

je

le

Il

a

la

il

l'aime
sa

nous procurer

la tête

de quelque con-

comme un
constance.

fou, lui

qui n'est pas

renommé par

damné,
avec
le

et, le

jour de l'exécution, tu en traiteras

bourreau.
s'inclina

en signe d'assentiment, puis il s'approcha, sa bougie à la main, des rayons où
étaient rangés les livres,
prit un, et le

René

— Qui — Lui,

lui,

madame?
le

Henri

maudit. Celui qui succédera à

nos trois
et

fils,

cehii qu'on appellera
le fils

un jour Henri

IV,

monta sur une

chaise,

en

qui cependant est

de Jeanne d'Albret.

donna à

la reine.

Et Catherine accompagna ces derniers mots d'un
soupir qui
les
fit

Catherine l'ouvrit.

frissonner René, car

il

lui rappelait
il


«

Qu'est-ce que cela? dit-elle.
la

fameux gants que, par ordre de Catherine,
pour
la

De

manière d'élever

et

de nourrir

les tierce-

avait préparés

reine de Navarre.

lets, les

faucons

et les gerfauts,

pour

qu'ils soient
»


était

Il

braves, vaillants et toujours prêts au vol.

— Toujours,

y va donc toujours? demanda René.
dit Catherine.

^- Ah

!

pardon, madame, je

me

trompe. Ceci

est

— J'avais cru cependant
revenu tout entier
à sa

un

traité
le

de vénerie

fait

par un savant Lucquois
Il

que le femme.

roi

de Navarre

pour

fameux Castruccio Castracani.
la

était placé

à côté de l'autre, relié do
suis trompé. C'est d'ailleurs
il

même

façon. Je

me
:

un

livre très-précieux;

comédie. Je ne sais dans quel mais tout se réunit pour me tromper. ]\Ia fille elle-même, Marguerite, se déclare contre moi; peutbut,
être, elle aussi, espère-t-elle la

— Comédie, René,

n'en existe que trois exemplaires au
la

monde
et

un
qui

mort de

ses frères,

qui appartient à

bibliothèque de Venise, l'autre

peut-être espère-t-elle être reine de France.

qui avait été acheté par votre aïeul Laurent,
a été offert par Pierre de Médicis

— Oui,

peut-être

!

dit

René, rejeté daris sa rêveterrible de Cathe-

au

roi Charles VIII

rie et se faisant l'écho

du doute

lors de son passage à Florence, et le troisième
voici.

que

rine.

— Enfin,

dit Catherine,

nous verrons.

— Je

le vénère, dit Catherine, à

cause de sa ra-

Et elle s'achemina vers la porte du fond, jugeant

128

LA

REIIS'E

3IARG0T.

«(||i||,|i|,|fl]|liiiiiir,iij

;i,iii|ii,[|||i||

René la

précéda.

sans doute inutile de descendre par rescalicr secret, puisqu'clln était

:

ou dix heures. Pi^ndant
votions.

In

inurncc je

fais

mes déà

sure drlro seule.
instants aprt's. Iiius

,

René deux

la

précéda,

et, f|iicli|tios

Bien,

madamo,

je

.serai

au Louvre

neuf

— Tu m'avais

se trouvèrent

dans

la l)ouli(]uo

du parfumeur,
|

heures.

promis do nouveaux cosmétiques
et

— Madame de Sauve
les lèvres, dit

a

de bolies mains

et

do bei;

pour mes mains
au froid.

pour mes

lèvres, lîené, dit-elle

;

d'un ton indifféioni Citlicrine

cl

do

voici riiiver, et tu sais

que

j"ai la \icm\ fort

sensible

quelle

— Je m'en suis
— Demain soir

déj;"i

occupé, inailame, cl je vou.s

les porterai

demain.
tu

— Pour mains? — Oui, pour mains — Po riidinlnqu'.
ses
ses
p.'itej'i

pMe

se sert -elle V

d'iiburd.

n^

mu

trouveras pas avant neuf

l'.t

[tour SCS lèvres?

LA REINE MARGOT.

129

— Tu

lui as fait

quelque philtre, Renéi

— Pour
opiatiiue

ses lèvres, elle va se servir

du nouvel
temps

est

jamais dévouée

à

un autre qu'à son amant! Tu

j'ai

inventé,

et

dont je comptais porter

lui as fait

demain une
qu'à elle.

boîte à Votre Majesté en

même

— Je vous jure que non, madame. — bien n'en parlons
C'est
1

quelque philtre, René!

plus.

Montre-moi

Catherine resta un instant pensive.

— Au
que

donc
et

cet opiat

nouveau dont

tu

me

parlais, et qui

reste,

elle

est belle,

cette créature, ditil

doit lui faire les lèvres plus fraîches et plus roses

elle,

répondant toujours à sa secrète pensée,
à

encore.

«
et

n'y a rien d'étonnant à cette passion du Béarnais.

— Et surtout dévouée
je crois,

René s'approcha d'un rayon
c'est-à-dire rondes, rangées les

montra à Cathe-

Votre Majesté, dit René;

rine six petites boîtes d'argent de la

même
à

forme,

à ce

du moins.
les

unes

côté des au-

— Lorsqu'unefemme aime,
raiis,

Catherine sourit et haussa

épaules.

tres.

dit-elle, est-ce qu'elle

— Voilà

le seul

philtre qu'elle m'ait

demandé,
17

la'r-

^^'

CHY

a'.nç,

toulevari Mantparnasscj ai.

430
René; il est vrai, comme le que je l'ai composé exprés pour lèvres si fines et si tendres, que
dit
les

LA REINE MRGOT.
dit Votre Majesté,
elle,

car elle a les

— —
en

Voici,

madame,

dit-il.

Merci, René! reprit Catherine.

le soleil et le

vent

Puis, après

gercent également.

— Ne

un moment de
je

silence

:

porte cet opiat à

madame de Sauve que
veux être
la

Catherine ouvrit une de ces boîtes, elle contenait

dans huit ou dix jours,
faire l'essai.

première à

une pâte du carmin

— René,
René

le

plus séduisant.

dit-elle,

mes miins

;

j'en

donne-moi de la pâte pour manque, j'en emporterai avec moi.

Et elle s'apprêta à sortir.

— Votre Majesté veut-elle que
dit

je la

reconduise?

s'éloigna avec la bougie et s'en alla cher-

cher dans un compartiment particulier ce que lui demandait la reine. Cependant il ne se retourna pas
qu'il ne crût voir que Catherine, par un brusque mouvement, venait de prendre une boîte et de la cacher sous sa mante. Il était trop familiasi vile

— Jusqu'au bout
litière.
la Barillerie, oîi

René.

Catherine,

du pont seulement, répondit mes gentilshommes m'attendent là avec
le

ma
de
et

Tous deux sortirent et gagnèrent

coin de la rue

quatre gentilshommes à cheval

risé avec ces soustractions de la reine

mère pour

une

litière

sans armoiries attendaient Catherine.

avoir la maladresse de paraître s'en apercevoir.
Aussi, prenant la pâte

En
il

rentrant chez lui. le premier soin de René fut

demandée enfermée dans un
:

de compter ses boîtes d'opiat.

sac de papier fleurdelisé

en manquait une.

LA REINE BURGOT.

131

XXI
L'APPARTEMENT DE MADAME DE SAUVE.

alherine ne s'était pas trompée dans ses soupçons.

En cherchant
toilette

bien,

on eût encore, en

face

d'une

garnie de tous ses accessoires, trouvé, dans

Henri avait repris ses
tudes,
et,

iiabiil

un

coin sombre de cette chambre, une petite porte

chaque

soir,

ouvrant sur une espèce d'oratoire, où, exhaussé
sur deux gradins, s'élevait un prie-Dieu. Dans cet
oratoire, étaient

se rendait chez

madame
,

de

Sauve.
exécuté
avec
puis,
le

D'abord
cette

il

avait

pendues à

la

muraille, et

comme
quatre

excursion

pour servir de

correctif

aux deux tableaux mytho-

plus grand secret,

logiques dont nous avons parlé, trois ou

peu

à peu,

il

s'était

relâché de sa défiance,

peintures du spiritualisme le plus exalté. Entre ces

avait négligé les précautions, de sorte

que Catherine

peintures étaient suspendues, à des clous dorés, des

n'avait pas eu de peine à s'assurer que la reine de

armes de femme
ses

;

car, à celte

époque de mystérieus'en servaient aussi

Navarre continuait d'être de
fait

nom

Marguerite, de

intrigues
les

,

les

femmes portaient des armes
et, parfois,

madame

de Sauve.
dit

comme
madame
lui,

hommes,

Nous avons
cette

deux mots, au commencement de
de

habilement qu'eux.
Ce
soir-là, qui était le

histoire,
la

de l'appartement de

Sauve; mais

porte ouverte par Dariole au roi de

taient passées chez maître

lendemain du jour où s'éRené les scènes que nous
de Sauve, assise dans sa lit de repos, racontait à
lui

Navarre
sorte
ses

s'est

hermétiquement refermée sur
est

de

avons racontées,

madame
et

que

cet appartement, théâtre des mystérieu-

chambre

à

coucher sur un

amours du Béarnais, nous

complètement in-

Henri ses craintes

son amour, et

donnait
le

connu.

comme preuve de
dévouement

ces craintes et de cet

amour,

Ce logement, du genre de ceux que les princes fournissent à leurs commensaux dans les palais

qu'elle avait
la

montré

la

fameuse nuit

qui avait suivi celle de

Saint-Barthélémy, nuit

qu'ils habitent,

tée, était

plus petit

afm de les avoir à leur poret moins commode que n'eût
la ville.
Il

que Henri, on

se le rappelle, avait passée chez sa

femme.
Henri, de son côté, lui exprimait sa reconnaissance.

certainement été un logement situé par
était,

comme on

le sait déjà, placé

au second,
la

à

peu

Madame de Sauve

était

charmante ce
et

soir-là

près au-dessus de celui de Henri, et

porte s'en

dans son simple peignoir de
très-reconnaissant.

batiste,

Henri était

ouvrait sur
rée par
châssés

un corridor dont une fenêtre ogivale
de plomh, kquelle,

l'extrémité était éclaià petits carreaux en-

Au milieu de

tout cela,
il

comme Henri

était réelle-

même

dans

les plus

beaux jours de l'année, ne laissait pénétrer qu'une lumière douteuse. Pendant l'hiver, dès trois heures de l'après-midi, on était obligé d'y allumer une
lampe, qui, ne contenant, été

côté, madame de Sauve, qui avait fini par adopter de tout son cœur cet amour commandé par Catherine, regarétait rêveur.

ment amoureux,

De son

dait

beaucoup Henri, pour voir
Voyons,
:

si les

yeux

étaient

comme

hiver,

que

la

d'accord avec les paroles.

même

quantité d'huile, s'éteignait alors vers les
soir, et

Henri,

disait

madame de Sauve;
dans
le

dix heures du

donnait ainsi, depuis que

les

so3-ez franc

pendant

cette nuit passée

cabi-

jours d'hiver étaient arrivés, une plus grande sécurité

net de Sa Majesté la reine de Navarre, avec M. de
la

aux deux amants.
petite

Mole à vos pieds, n'avez-vous pas regretté que ce
la

antichambre tapissée de damas de soie à larges (leurs jaunes, une chambre de réception

Une

digne gentilhomme se trouvât entre vous et chambre à coucher de la reine?

tendue de velours bleu, une chambre
dont
le lit à

à coucher,

— Oui, en

vérité,

ma

mie, dit Henri, car
cette
si

il

me

colonnes torses «t à rideaux de satin

fallait

absolument passer par

chambre pour

cerise enchâssait

une

ruelle ornée d'un miroir garni

aller à celle
si

d'argent et de deux tableaux tirés des amours de

Vénus et d'Adonis,
l'on dirait le nid,

tel était le

logement, aujourd'hui
fille

où je me trouve heureux en ce moment. Madame de Sauve sourit.

bien, et où je suis

delà charmante

d'atour de

la reine Catherine de Médicis.

— Et vous n'y — Que que
les fois

êtes pas rentré je

depuis?

vous

ai dites.

m-

LA REINE MARGOT.
rentrerez jamais sans

— Vous n'y
— Jamais.
not,

me

le

dire?

— Oui, certainement, mais... — — Mais religion catholique,
si

— Enjureriez-vous?
Mais,
quoi'.'

Le mari de madame Marguerite! dit Charlotle en rougissant de jalousie.
dit

— — Parlez bas à votre tour,
je suis le

Henri. Maintenant

j'étais

encore hugue-

que

mari de

sa

fille,

nous sommes

les

meilleurs amis du monde. Que voulait-on'? que je

me
dont j'apprends
doit

fisse

catholique, à ce qu'il paraît.
et,

Eh

bien! la

la

grâce m'a touché;

par l'intercession

de saint

les

dogmes en ce moment, m"a appris qu'on ne
dit

jamais jurer.

tête.

— Gascon! — Mais
?

Barthélémy, je le suis devenu. Nous vivons maintenant en famille comme de bons frères, comme de

madame

de Sauve en secouant

la

bons chrétiens.
la

à votre tour, Charlotte,

dit

Henri,

si

je

vous interrogeais,
tions

répondriez-vous à

mes quesje

est le lien

n'ai

— Sans doute, répondit rien vous cacher. — Voyons,
à
fois

— Et reine Marguerite? — La reine Marguerite, Henri, eh bien qui nous unit — Mais vous m'avez Henri, que reine de
dit
!

elle

tous.

dit,

la

la

jeune femme. Moi

Navarre, en récompense de c« que j'avais été dé-

vouée pour
expliquez-moi
se fait qu'après cette ré-

elle, avait été
si

généreuse pour moi
cette
si

.

Si

Charlotte, dit le roi,

vous m'avez dit vrai,

générosité, pour la-

une bonne
sistance

comment

il

quelle je lui ai voué une
est réelle, elle n'est

grande reconnaissance,

désespérée qui a précédé

mon

mariage,

vous soyez devenue moinscruelle pour moi. qui suis un gauche Béarnais, un provincial ridicule, un
prince trop pauvre, enfin, pour entretenir brillants
les

qu'un lien de convenlion facile à briser. Vous ne pouvez donc vous reposer sur cet
appui, car vous n'en avez imposé à personne avec
cette

— Henri,
les

joyaux de sa couronne'.'
dit Charlotte,

vous

me demandez

le

mot de l'énigme que cherchent depuis
ans
philosophes de tous
à
les

trois mille

— Je m'y repose cependant, depuis mois sur lequel — Henri, madame de Sauve,
et c'est

prétendue intimité.

trois

l'oreiller
-Ailors,

je dors.

s'écria

c'est

pays! Henri, ne deelle
:

que vous m'avez trompée,

c'est

que véritablement

mandez jamais
aime
;

une femme pourquoi

vous

madame

Marguerite

est votre

femme.
Sauve, voilà de

contentez-vous de lui demander

M'aimez-

Henri sourit.

vous'.'

— M'aimez-vous, Charlotte? demanda Henri. — Je vous aime, répondit madame de Sauve
avec un charmant sourire et en laissant tomber sa
belle

— Tenez, Henri,
roi

dit

madame de

ces sourires qui m'exaspèrent, et qui font que, tout

que vous

êtes,

il

me prend

parfois de cruelles

envies de vous arracher les yeux.

main dans

celle

de son amant.

Alors, dit Henri, j'arrive

donc à en imposer

Henri retint

cette

main.
si

Mais, reprit-il poursuivant sa pensée,

je l'a-

sur cette prétendue intimité, puisqu'il y a des moments où, tout roi que je suis, vous voulez in'arra-

vais deviné, ce mot,

que

les philosopiios

cherchent
relative-

cher

en vain depuis

trois mille ans,
!

du moins

ment à vous, Charlotte Madame de Sauve rougit.

— Vous
tiens

— Henri, Henri, madame de Sauve, que Dieu lui-même ne pas ce que vous pensez. — pense, ma mie, Henri, que Catherine
dit

les

yeux, parce que vous croyez qu'elle existe!

je crois

sait

Je

dit

m'aimez, continua Henri
plus iieurcux

;

par consécl

quent, je n'ai pas autre chose à vous demander,

me

pour

le

homme du monde.
il

Mais,

vous

le savez,

au bonheur

manque
«a

tou-

jours quelque chose.

Adam, au milieu du

paradis,
il

(juc votre cœur vous quand ces deux voix vous parlent, vous n'entendez que celle de votre cœur. Maintenant, moi aussi, je vous aime, et do toute mon âme, et mêmec'est pour cela que, lorsque j'au-

vous a dit d'abord de m'aimer,
l'a dit

ensuite, et que,

ne

s'est

pas trouvi; com[(létement heureux,
à cette misérable

a

rais des secrets, je

ne vous

les

confierais pas,

de

mordu

pomme

(|ui

nous a donné

à tous ce besoin de curiosili;

((ui

fait

que chacun
à

peur de vous compromellre, bien entendu... car l'amitié de la reine est changeante, c'est celle d'une
belle-mère.
('e n'était

passe sa vie à

la

recherche il'nn inconnu quelcontrouver
le

que. Dites-moi, inu mie, pour m'aidcr

point

le

compte do Charlotte;

il

lui

mien, n'est-ce point
dit

la

reine (lalli(M'iniM|ui vous a

si'iiiblait

que ce

voile qui s'épaississait entre elle el

dit d'abord de m'aiiner.'

siiu

amant

toutes les fois qu'elle voulait sonder les
la

— Henri, madame de Sauve, reine mérc. quand vous parlez du — Oh! Henri avec un ahaiulnn
la

parlez bas

abîmes de ce co;ur sans fond, prenait
d'un

consistance

mur

et lcss('parail l'un île l'autre. Elle sentil
se,s

dit

et

une conelic-

iloiic les

larmes envahir
co

jeux

à cette

réponse, el
:

lianco à laquelle

madame

do Sauve fut trompée

comme en
.scr.

moment

dix heures sonnèrent

mÊnie,

c'était Iran autrefois

de

me

di-lic-r

d'elle, celte
;

~ Sire, dit
mon
main chez
la

Charlotte, voici l'heure de nie ropo-

bonne mère, quand nous
mais uiaintenaiitquo

('lions

mal ensemble
sa lillc...

service m'appelle do très-bon nialiu de-

je sui-< le

mari de

reine mère.

LA REL>E MARGOT.

iôô

Vous

me

chassez itonc ce

soir,

ma

iiucV dit licnri.

Henri.

— Vous me — Henri,

cliassez

donc ce

soir, iiiu inie? dit

— Charlotte,
de

répliqua llcnn sérieux,

il

avait été

convenu entre nous que nous ne parlerions jamais
suis triste. Étant triste,
et,

je

vous

me

trouveriez maussade,

me

trouvant maussade,

la reine de Navarre, et ce nous n'avons parlé que d'elle.

soir, ce

me

semble,

vous ne m'aimeriez plus. Vous voyez bien qu'il vaut

Madame de Sauve
devant sa
toilette.

soupira, et elle alla s'asseoir
la traîna

mieux que vous vous

retiriez.

Henri prit une chaise,

Soit! dit Henri, jo

me

retirerai

si

vous l'exi-

jusqu'à celle qui servait do siège à sa maîtresse,
et,

gez, Charlotte; seulement, ventre-saint-gris! vous

mettant un genou dessus en s'appuyant au dos:

m'accorderez bien la faveur d'assister à votre toilette!

sier

— Mais

— Allons,
la

dit-il,

ma bonne

reine Marguerite,

sire,

ne

la

ferez-

je

vous voie vous faire belle,
diriez.

vous pas attendre en y assistant ?

que vous en

que pour moi, quoi Mon Dieu! que de choses, que
petite Charlotte,
et belle

134

LA REINE MARGOT.
Un
instant après,
la

de pots de parfums, que de sacs de poudre, que de
fioles,

René parut
chambre.
était

et jeta

un regard

— Cela

que de

cassolettes

!

qui embrassa toute

paraît beaucoup, dit Charlotte en soupi-

Madame de Sauve
lette.

toujours devant sa toi-

rant, et cependant c'est trop peu,

puisque

je n"ai

pas encore avec tout cela trouvé
seule sur le

le

moyen de régner

Henri avait repris sa place sur
l'ombre.

le lit

de repos.

ne retombons pas dans la que ce petit pinceau si fin, si délicat? Ne serait-ce pas pour peindre les sourcils de mon Jupiter Olympien? Oui, sire, répondit madame de Sauve en sou•riant, et vous avez deviné du premier coup.
dit Henri,

— Allons!

cœur de Votre

Majesté.

Charlotte était dans la lumière et Henri dans

politique. Qu'est-ce

miliarité, je viens vous faire

— Et ce râteau d'ivoire? pour tracer ligne des cheveux. — Et d'argent charmante couvercle — Oh un envoi de René,

René avec une respectueuse fames excuses. Et de quoi donc, René? demanda madame de Sauve avec cette condescendance que les jolies femmes ont toujours pour ce monde de fournisseurs

— Madame, —

dit

joli petit

qui les entoure et qui tend à les rendre plus jolies.

C'est

la

— De ce que depuis
ce

si

longtemps

j'avais

promis

cette

petite

boîte

au

de travailler pour ces

ciselé?

!

cela, c'est

sire, c'est le

qu'aujourd'hui, n'est-ce pas? dit Charlotte.
répéta

fameux
la

opiat qu'il me promet depuis si longtemps pour adoucir encore ces lèvres que Votre Majesté a

— De que vous n'avez tenu votre — Qu'aujourd'hui! René. — Oui, aujourd'hui seulement,
c'est

jolies lèvres, et

de ce que... promesse

et

même

ce

bonté de trouver quelquefois assez douces.
Et Henri,
la

soir

que

j'ai

reçu cette boîte que vous m'avez en-

comme pour approuver ce que venait charmante femme dont le front s'éclaircissait h mesure qu'on la remettait sur le terrain de la coquetterie, appuya ses lèvres sur celles que la
de dire

voyée.

— Ah

!

en

effet, dit

René en regardant avec une
se

expression étrange la petite boîte d'opiat qui
trouvait sur la table de
était

madame

de Sauve,

et

qui

baronne regardait avec attention dans son miroir.
Charlotte porta la

do tout point pareille à celles qu'il avait dans
J'avais deviné

main

à

la

boîte qui venait

son magasin.

d'être l'objet de l'explication ci-dessus, sans doute

!

murmura-t-i!

:

et

vous en

pour montrer
la

à

Henri de quelle façon s'employait
la

étes-vous servie ?

pâte vermeille, lorsqu'un coup sec frappé à
fit

— Non,

pas encore, et j'allais l'essayer quand

porte de l'antichambre

tressaillir les

deux amants.
en passant
la

— On frappe, madame,
de

vous êtes entré.
La figure de René prit une expression n'nouse
qui n'échappa
point à Henri, auquel, d ailleurs,

dit Dariole

tête par l'ouverture

la portière.

— Va
dans

t'informer qui frappe et reviens, dit
et Charlotte

ma-

bien peu de choses échappaient.

dame de Sauve. Henri
l'oratoire,

se

regardè-

— Eh bien
le roi.

!

René, qu'avez-vous donc? demanda

rent avec inquiétude, et Henri songeait à se retirer

où déjà plus d'une
dit-elle, c'est

fois

il

avait

— Moi!

rien, sire,

dit le

parfumeur, j'attends
la

trouvé un refuge, lorsque Dariole reparut.

— Madame,

humblement que Votre Majesté m'adresse
parfu-

parole

maître René

le

avant de prendre congé de

meur.

— Allons donc,

madame

la

baronne.

dit

Henri en souriant. Avez-voiis

A ce nom, Henri fronça
volontairement
les lèvres.

le sourcil et se

pinça in-

besoin de mes paroles pour savoir que je vous vois avec plaisir?

— Voulez-vous
Charlotte.

que

je lui refuse In

porte? dit

René regarda autour de
bre

lui, fit le

tour de

la

chamles

— Non pas! —

dit

Henri, maître Reiwi ne

comme pour

sonder de

l'œil et

do roreillc

fait

rien
s'il

portes et les tapisseries, et s'arrètant de nouveau et
se plaçant de

sans avoir auparavant song(' à ce qu'il fait;
vient chez vous,
c'est qu'il a

manière
do Sauve

à et

embrasser du
Henri
:

même

re-

des raisons d'y venir.

— Voulez-vous vous cacher alors?
Je m'en garderai bien, dit Henri, car maître
sait tout, et

gard

madame

— Je ne
])areil à

le sais pas, dit-il.

René

maître

llen(i sait

que

je suis ici.

Henri, averti, grâce

cet instinct

admirable qui,
la

— Mais V(Ure Majesté
dit

n'a-t-uile pas (pielquo rai-

un

si,\ième sens, le guida pendant touti'

son pour que sa présence lui soit douloureuse?

preniièro partie de sa

vu au

milieu des dangers qui

— Moi!
;

Henri en faisant un effort que, malliii-niC-rne,
il

l'entouraient, qu'il se passait en ce

moment
une
le
:

qucllutte

gré sa pui-ssanco sur
dissimuler, moi!
c'est vrai

ne put tmil

à fait

((uo chose d'étrange et qui rcssembluil à ilans l'esprit

aucune! nous étions en
le

froid,

du

parfiiineur,

.m-

tourna

vei-s

lui, et

mais, depuis

soir

de

la

Saint-Barthd-

lemy. nous nous

— Faites

sommes

raccomniodi's.

(lu Flnrciilin se

Ionien re>lanl dans l'ombre, tandis que trouvait dans la lumière

vi.sage

entrer! dit inadamo do .Sauvo à Da-

riole.

— Vous — Aurais-jo

à colle lieino ici,
le

Renc'? lui dil-il.

niulhour do yènor Votre Majosloî

LA REINE MARGOT.
répondit le
rière.

IZS

panumeur tu

faisant

un pas en ar-

chose.

— Non désire savoir une Seulement, — Laquelle, — Pensiez-vous me trouver — — Vous me cherchiez donc? — heureux de vous rencontrer, du moins. — Vous avez quelque chose à me
pas.
je

— Quand cela? — Aussitôt que

je vais avoir

terminé ce que

j'ai

à dire à Sa Majesté le roi de Navarre.
Charlotte ouvrit de grands yeux, ne comprenant
rien à cette espèce de langue mystérieuse qui se
parlait auprès d'elle, et elle resta, tenant le pot d'opiat d'une

sire?

ici?

J'en étais sûr.

moin,

et

regardant l'extrémité de son

doigt rougie par la pâte carminée.

Je suis

Henri se leva,
toutes celles

et,

mii par une pensée, qui,
roi,

comme

dire,

insista

du jeune
prendre
la

avait

deux

côtés, l'un

Henri.

— Peut-être,

qui paraissait superficiel et l'autre qui était prosire,

répondit Henri.

fond,

il

alla

Charlotte rougit, car elle tremblait que cette révélation,

toute rougie qu'elle était,

main de Charlotte, et fit, un mouvement pour la

que semblait vouloir

faire le

parfumeur,
;

porter à ses lèvres.

ne

fût relative à sa conduite passée
fit

envers Henri

— Un

instant,

dit

vivement René, un instant!

elle

donc

comme

si,

toute
et

aux

soins de sa toilette,
la

veuillez,

madame,

laver vos belles

mains avec ce
j'ai

elle n'eût rien

entendu,

interrompant
s"écria-t-elle

conver-

savon de Naples que j'avais oublié de vous envoyer

sation

— Ah

:

!

en

vérité,

René,

en ouvrant
;

en même temps que l'opiat, et que neur de vous apporter moi-même.
Et, tirant

eu l'hon-

la boîte d'opiat,

vous êtes un

homme charmant
et,

de son enveloppe d'argent une tablette
il

cette pâte est

d'une couleur merveilleuse,

puis-

de savon de couleur verdâtre,
terre, présenta le tout à

la
et,

mit dans un

que vous
tion.

voilà, je vais,

pour vous

faire

honneur,

bassin de vermeil, y versa de l'eau,

un genou en

expérimenter devant vous votre nouvelle producEt elle prit
la boîte

madame de
;

Sauve.

Mais,

en

vérité,

maître René, je ne vous re-

d'une main, tandis que de
la pâte

connais plus, dit Henri

vous êtes d'une galanterie

l'autre elle effleurait

du bout du doigt

rosée

à laisser loin de vous tous les muguets de la cour.

qui devait passer du doigt à ses lèvres.

—-Oh! quel

délicieux arôme! s'écria Charlotte

René tressaillit. La baronne approcha en souriant
bouche.

en frottant
l'opiat

ses belles

mains avec de

la

mousse na-

de sa

crée qui se dégageait de la tablette

embaumée.
de fine

René accomplit
pilit.

ses fonctions de cavalier servant

René

jusqu'au bout
toile

;

il

présenta une serviette

Henri, toujours dans l'ombre, mais les yeux fixes
et ardents,

de Frise

à

madame de

Sauve, qui essuya ses

ne perdait ni un mouvement de l'une,

mains.

ni

un

frisson de l'autre.

— Et maintenant,

dit le Florentin à Henri, faites

La main de Charlotte n'avait plus que quelques lignes à parcourir pour toucher ses lèvres lorsque

à votre plaisir,

monseigneur.

Charlotte présenta sa
et,

main

à Henri, qui la baisa,

René

lui saisit le bras,

au moment

même
lit

où Henri

tandis que Charlotte se tournait à demi sur son

se levait

pour en faire autant.
de repos.
dit

siège pour écouter ce

que René

allait dire, le roi

de

Henri retomba sans bruit sur son

— Un moment, madame,
rire contraint. Mais
il

Navarre

alla

reprendre" sa place, plus convaincu

René avec un soucet

que jamais

qu'il se passait dans l'esprit

du parfu-

ne faudrait pas employer

opiat sans quelques recommandations particulières.

— Et qui me — Moi.

meur quelque chose d'extraordinaire. Eh bien? demanda Charlotte.

,

les

donnera, ces recommandations?

Le Florentin parut rassembler toute sa résolution
et se

tourna vers Henri.

136

LA REINE MARGOT.

F.l,

un genou en

tcrriî,

piésenli

lo (oui à

madame de

Sauve.

— Pa;e

135.

XXII
SmEl vous SEREZ
ire,
Roni'ï

ROI.

(lit

à

Henri, je

Parle?., je

vous écoute,

c'est

un

sujet qui de

viens

vous

jtnrlcr

d'une

tout temps m'a fort inléressi'.

chose dont je m'occupe depuis longtemps.

René regarda Henri pour essayer de
ses paroles,

lire,

malgré
;

dans

cette

impénétrable pensée

mais,
il

De

parfums?

dit

voyant que
continua
:

c'était

chose parfaitement inutile,

Henri en souriant.

Un de mes

amis, siii\ arriv(> de Flo-

Eli liion
!

!

oui, sire...

rence; cet ami s'occupe beaucoup d'astrologie.

de [Mirfums

répondit Ucné

— Oui, interrompit
passion florentine.

Henri, je sais quq c'est une

pvecun singulier signe d'iiequiescement.

IK

mim

MARCOT.

137

^0*'^

parlez, je vous écoule.

— Page

136.

Il

a,

en œmpagnie des premiers savants du
horoscopes des principaux gentils-

roi

de Navarre avec un sourire qu'il essaya de renOli

monde,

tiré les

dre indifférent.
!

hommes

— Ah

de l'Europe.
!


blié.

ah

!

lit

Henri.
la

roscope n'est pas de ceux qu'on oublie.
est

Et,

comme

maison de îîourbon
fils

en

tête

des plus hautes

descendant rrimme

elle le fait

du

— René en secouant votre ho— En vérité! Henri avec un geste ironique. — Oui, Votre Majesté, selon termes de
reprit
la tête,

dit

sire.

les

comte de Clermont, cinquiènie
Votre Majesté doit penser que
le

de saint Louis,

cet horoscope, est appelée

aux plus

brillantes desti-

sien n'a pas été ou-

nées.

L'œil du jeune prince lança
taire qui s'éteignit
dit le

un

éclair involon-

Henri écouta plus attentivement encore.

presque aussitôt dans un nuage

— Et vous vous souvenez de cet iioroscope?
Pofi».

d'indifférence.

Imp, de

DnY

alDi,

boulmrl

lUomiiirgaHs,

S{,

138

LA
ces oracles italiens

r.EI>'E

MAUGOT.

— Tous
mées, moi
!

sont flalteurs,

dit

Ilenri; or, qui Jit llalleurdit

menteur. N'y en

a-l-il

— Oui, — Comment me
sire.

confiez-vous

un

secret qui n'est
est sL

pas qui m'ont prédit que je commanderais des ar-

pas

le vùtre.

René, surtout quand ce secret
le

Et

il

éclata

de rire. Mais un observateur moins
l'était

important? dit Henri du ton put prendre.

plus naturel qu'il

occupé de lui-même que ne

René eût vu

et

je gaf;nerai

— conquérant. — vous

Sire,

— froidement nonce mieux que — Annonco-t-il qu'à des — Mieux que
Sire,
dit

reconnu

l'effort

de ce rire.

jesté.

René, l'horoscope an-

cela.

— Cet ami — A moi? — Qu'y
le

a

un

conseil à

demander

à Votre

Ma-

a-t-il

d'étonnant à cela, sire? rappelez-

la tête

d'une de ces armées

vous
cès,

vieux soldat d'Actium, qui, ayant un proà

batailles?

cela, sire.

— Auguste
pas.

demandait un conseil

Auguste.

était avocat,

René, et je ne
confia

le suis

Allons, dit Henri, vous verrez que je serai

Sire,

quand mon ami me
le

ce secret,

serez roi.

Votre Majesté appartenait encore au parti calviniste,

Eli!

venlre-saint-gris! dit Henri en répri-

dont vous étiez
second.

premier chef,

et

M. de Condé

le

mant un

violent battement de cœur, ne le suis-je

point déjà?
Sire,

— mon ami promet; non-seulement vous mais vous régnerez. — Henri avec son même ton
sait ce qu'il

— Après? — ami
Cet
le

dit

Henri.

espérait

que vous useriez de votre
le

in-

serez roi,

fluence toute-puissante sur M.

prince de Condé

Alors, dit

railleur,

pour
je le

votre ami a besoin de dix écus d'or, n'est-ce pas,

— Ex[iliquez-nioi
comprenne,
dit

prier de ne pas lui ôlre lioslile.
cela.

René,

si

vous voulez que
la

René? car une
tieuse, parle

pareille prophétie est bien
;

ambià votre
la pro-

Henri sans manifester

moin-

temps qui court surtout
de
suite, cl cinq autres

allons, René,

dre altération dans ses traits ni dans sa voix.

comme
ami

je

ne suis pas riche, j'en donnerai


Sire, Votre Majesté com|irendra

au premier
de
la ten-

cini| tout

quand

mol
le

:

cet

ami

sait toutes les particularités

phétie sera réalisée.

tative

Sire, dit

madame de

Sauve, n'oubliez pas que
et

d'empoisonnement essayée sur monseigneur prince de Condé.

vous êtes déjà engagé avec Dariolc,
chargez pas de promesses.

ne vous surj'espère

— Madame,
l'on

dit Henri, ce

moment venu,
et

que
mis.

me

traitera
si

en

roi,

fort satisfait

je tiens la

que chacun sera moitié de ce que j'ai pro-

On a cssayéd'empoisonner le prince de Condé? demanda Henri avec un étonncraenl parfaitement joué; ah vraiment, et quand cela? René regarda fixement le roi et répondit ces
!

seuls mots
Il

:

si

je suis

— René, continue... — Oh! doue pas Henri, empereur, donne double. — mon ami revint donc de Florence avec
Sire, reprit je

ce n'est

tout.'
le

dit

soit

:

je

jesté

Sire,

— y huit Majesté. — Quelque ennemi? di-manda — Oui. répondit René, un ennemi que Votre Maconnaît, qui connaît Votre Majesté. — En Henri, avoir entendu
a

jours,

le roi.

et

effet,

dit

je crois

cet horoscope, qu'il renouvela à Paris, et (|ui

donna

parler de cela

;

mais j'ignore

les détails

que votre
fut offerte

toujours le
cret.

même

résultat, et

il

me

confia

un

se-

ami veut me révéler, dites-vous. Eh bien une pomme de senteur

I

— Un secret qui intéresse Sa
Il

Majesté? demanda

vivement Charlotte.

— —

Je le crois, dit le Florentin.

au prince de Condé; mais, par bonheur, son médecin se trouva chez lui quand on l'apporta. Il la prit des mains du messager et la fiaira pour en es.saycr
l'odeur et
la

cherche ses mots, pensa
il

Henri sans aider
difficile à

vertu.

Deux jours

après,

une enfiure
le

en rien René;
dire.

paraît

que

la

chose est

gangreneuse du visage, une exlravasation du sang,

une
Alors, parlez, reprit la

plaie vive qui lui dévora
le

la face,

furent

prix

baronne de Sauve, de

de son dévouement ou
dence.

résultat de son

impru-

quoi s'agil-il(

—H

s'agit, dit le
il

Florentin en pesant une à une
s'agit

— Malheureusement, répond!! Henri,
catholique,
j'ai

étant déjà

toutes ses paroles,

de tous ces bruits d'eni-

à moitié'

perdu

loiile

iniluenro sur

poisonnenunl qui ont couru depuis quchiiie Icuips
à la cour.

M.
ser

(le
!i

Condo; votre ami aurait donc
moi.

tort

de s'adres-

Un

léger gonflement de narines
le seul

du

roi

de Na-

varre fui

indice do son alionlion croissante

ce détour suhil

que
le

faisiiii la

conversation.

Ce n'était pas seulement près du prince de Condé que Votre Majesté pouvait, parson infiucncc, être utile à mon ami, mais encore prés du prince
de l'oiciau, frère de celui qui
a ele eiiipoisonné.

El voire ami

Florentin, di* Henri, snil des

nouvelles de ces cmpoisonncr.Qcnls?

— Ah çà

!

dit Ciiarlotlo,

savcz-vous, Rend,

que

LA
vos histoires sentent
le

P.EIM3 IIAP.GOT.

139
fit

trembleur! Vous

sollicitez

Ces mot furent prononcés avec un accent qui
frissonner Charlotte elle-même
:

mal

à propos.

Il

est tard, votre

conversation est

mortuaire.

En

vérité, vos

parfums valent mieux.

Et Charlotte étendit de nouveau la
boite d'opiat.

main sur

la

— Madame,

une allusion tellement directe, tellement sensible, que la jeune femme se détourna pour cacher sa rougeur et pour éviter de rencontrer le regard de Henri.
c'était

dit

René, avant de l'essayer

comme

Henri

fit

vous allez

le faire,

écoutez ce que les méchants en
effets.

arma son

front,

un suprême effort sur lui-même; il désqui, pendant les paroles du Flofiliale
:

peuvent tirer de cruels
funèbre ce soir.
"

— Décidément, Uené,
Henri fronça

rentin, s'était chargé de menaces, et changeant la

dit la

baronne, vous êtes

noble douleur

qui lui étrcignait

le

cœur en

vague méditation
le sourcil,

mais

il

comprit que René

— Dans ma
la folie et

vie, dit-il,

un événement sombre...
rappelle de

voulait en venir à

un but

qu'il n'entrevoyait pas

non, René, non;

je

ne

me

ma

jeunesse

encore, et

il

résjlut de pousser jusqu'au bout celle
si

que

l'insouciance mêlées

aux nécessilci

conversation, qui éveillait en lui de

douloureux
les détails

plus ou moins cruelles qu'imposent à tous les bosoins de la nature et les épreuves de Dieu.

souvenirs.

de l'empoisonnement du prince de Porcian?
dit-il.

— — Oui,

Et, reprit-il,

vous connaissez aussi

René

se contraignit à son tour

en promenant son
exciter
effet,

attention de Henri à Charlotte,

comme pour
la

On

savait qu'il laissait brûler chalit;

l'un et retenir l'autre; car Charlotte, en

se
lui

que nuit une lampe près de son
l'huile, et
il

on empoisonna

remettant tendre

à sa toilette

pour cacher

gêne que

fut

asphyxié par l'odeur.

inspirait celte conversation, venait de

nouveau
le

d'é-

Henri crispa l'un sur l'autre ses doigts humides
de sueur.

— Mais

la

main

vers la boîte d'opiat.
sire,
si
fils

enfin,

vous étiez

frère

du

Ainsi donc,
votre

murmura-t-il, celui que vous
sait

nommez
teur?

ami

non-seulement
il

les détails

du prince de Condé, et qu'on eût empoisonné votre frère ou assassiné votre
prince de Porcian, ou le
père...

de cet empoisonnement, mais

en connaît l'aueût voulu savoir

— Oui,
si

Charlotte poussa
et c'est

un
ne

léger cri et approcha de nouvit le

pour cela
le

qu'il

veau

l'opiat

de ses lèvres. René
fois,
il
il

mouvement;
parole ni du

de vous
reste

vous auriez sur

prince de Porcian qui

mais, cette
geste,

l'arrêta ni
:

de

la

cette
la

influence de lui faire

pardonner au

meurtrier

— Malheureusement,
le

mort de son

frère.

— Au nom du
Henri se

seulement

s'écria

ciel,

répondez, sire

:

sire, si

vous

répondit Henri, étant en-

étiez à leur place,

que fcriez-vous?
de sa main tremblante

core à moitié huguenot, je n'ai aucune influence

recueillit, essuya

sur M.
tort

prince de Porcian; votre ami aurait donc
à

son front où perlaient quelques gouttes de sueur
froide, et, se levant de toute sa hauteur,
dit,
il

— Mais que pensez-vous des de M. de Porcian? prince de Condé — Comment
et

de s'adresser

moi.

réponla

dispositions de M. le

au milieu du silence qui suspendait jusqu'à

respiration de
dispositions,
le

connaîtrais-je leurs

René

et

de Charlotte

:

Si j'étais à leur place et

que je

fusse sûr d'être
la terre, je

René

!

Dieu, que je sache,

ne m'a point donné

roi, c'est-à-dire

de représenter Dieu sur

privilège de lire dans les cœurs.

— Votre Majesté peut s'interroger elle-même,
si

ferais dit


s'est

comme

Dieu, je pardonnerais.
s'écria

Madame,
cette

René en arrachant
Sauve,
garçon,
:

le

Florentin avec caliue. N'y a-t-il pas dans

la vie

des mains de

madame de
boîte;

de Votre Majesté quelque événement
puisse servir d'épreuve à la
qu'il soit

sombre qu'il clémence, si douloureux
la générosité?

dez-moi

— mon

— madame,
je
le

l'opiat

renvois,

une pierre de touche pour

trompé en vous l'apportant en euvcriai une autre.

demain

je vous

140

LA REINE aiARGOT.

XXIII

i;n

NOCVF.Ai; cn\vKHTi.

e

lendemain,

il

devait y

— Le
sans

.Mouy, lui dit-il, ce n'est pas certainement

avoir chasse à courre dans
la forêt

un motif bien
dans
j'ai

puissant que vous êtes venu
la

de Saint-Germain.
avait

ainsi vous jeter

Henri qu'on

ordonné
pour
matin,
sellé
et

— Non,

gueule du loup'î

sire.

Aussi voilà huit que je vous guette.
appris que Votre Majesté devait
j'ai

lui tînt prêt,

Hier seulement,

f'^^^f^
?i&«S:-.-:-..

liuit

heures

du
tout

essayer ce cheval ce matin, et

pris poste à la

-'.v

^

c'esî-ù-dire

porte du Louvre.

ià'-î^^

tout bridé,

un

petit cheval

du Déarn,

qu'il

comptait donner à
il

madame

de

Sauve, mais qu'auparavant
huit heures moins
reillé.

désirait essayer.
le

A

un quart,

cheval était appa-

— Le capitaine de compagnie protestant de mes amis. — votre mousquet, remettez-vous votre
la
est
et

— Mais comment sous ce costume?
Voici

à

A

huit heures sonnant, Henri descendait.
fier et ardent, malr;ré sa

faction.
rai

Le cheval,
fait froid, et

petite taille,

On nous examine. En repassant, je tâchede vous dire un mot; mais, si je ne vous parle
et

dressait les crins et piaffait dans la cour.

H

avait

point,

un léger verglas couvrait
la

la terre.

ne m'arrêtez point. Adieu. De Mouy reprit sa marche mesurée,
le

Henri

s'a-

Henri s'apprêta à traverser
le côté des écuries

cour pour gagner
le cheval et le

vança vers

cheval.

où l'attendaient
à la
:

— Qu'est-ce

que

c'est

que ce

joli

petit

animal?
ré-

palefrenier,
^uisse,

lorsqu'on

passant devant

un

soldat

en sentinelle

porte, ce soldat

lui

pré-

demanda le duc d'Alençon de sa fenêtre. Un cheval que je vais essayer ce matin,

senta les

— Dieu garde Sa Majesté
A
Il

armes en disant

pondit Henri.
le roi

de Navarre

'.

ce souhait, et surtout à l'accent de la voix qui

— Aussi
et, si je

— Mais ce

n'est point

était-il destiné à

un cheval d'homme, une belle dame.

cela.

venait de l'émettre, le l'.éarnais tressaillit.

— Prenez garde, Henri, vous

allez être indiscret,

— De Mouy! murmura-t-il. — Oui, de Mouy. — Que venez-vous — Je vous cherche. — Que me voulez-vous? — parle Votre Majesté. que — Malheureux, en rapprochant
sire,

se retourna et

fit

un pas en

arriére.

car nous allons voir cette belle

dame

à la chasse;

faire iciï

ne sais pas de qui vous êtes le chevalier, je saurai au moins de qui vous êtes l'écuyer. Eh mon Dieu non. vous ne le saurez pas, dit


Et

!

Henri a\ecsa feinte lionhomie, car cette belle

dame

ne pourra
il

.sortir,

étant fort indisposée ce malin.
selle.

Il

faut

je

à

se mit
!

en
dit
!

dit le roi

se

de

— Ah bah
cret.

d'Alençon en riant, pauvre

ma-

lui.

— Je — Eh bien?
— Eh
Lien
!

ne

sais-tu pas (jue tu risques ta têteï
le sais.

dame de Sauve

— François
me
voilà.
prit le

!

François

!

c'est

vous qui êtes indis-

Henri pâlit h'gérenicnt, car ce danger que courail l'ardent

— Et qu'a-t-elle

au
de
petit

donc, cette belle Charlotte? re-

lageait.

jeune homme, il comprit (|u'il le [larH regarda donc avec inquiétude autniir de
recula une seconde
la
fois,

duc d'Alcnçmi.
Mais, conliniia Henri en

lançant son cheval

lui. et se

non moins viveune
fe-

galop et en lui faisant décrire un cercle de
je

ment que
11

première.
le

manège, mais
duc
(rAluiicoii a
tête, à

ne

sais trop,

venait d'apercevoir

ce i]ue m'a dit Dariole.
le

une grande lourdeur une espèce d'enfa ildes-sc

gourdissement par tout
nêtre.

corps, unt^

gé-

(|uct des

Changeant aussitêtt d'allure, Henri prit le mousmains de de Mouy, placé, comme nous l'avons dit, en sentinelle, et tout en ayant l'air de
l'examiDer
:

nérale, enfin.

— Et

cela vous empêcliera-i-il d'être des noires?
le

demanda

duc.

— Moi!

et

pourquoi

?

reprit Henri, vous savei <juu

LA RELNE MARGOT.

441

«lliSli,

— Qu'est-ce que

c'est

que ce

joli petit

aninal?

— Page 140.

je suis fou

de

la

chasse à courre, et que rien n'au-

à ce qu'il paraît.

Il

y

a conseil entre le roi, la reine

rait cette influence

— Vous manquerez pourtant

de m'en faire manquer une.
celle-ci,

mère

Henri, dit

— Ah! ah! — En ce
!

et

mon

frère le
fit

duc d'Anjou. en lui-même Henri;

serait-il ar-

duc après s'être retourné stant avec une personne qui
le

et avoir

causé un in-

rivé des nouvelles de Pologne?

était demeurée invisiaux yeux de Henri, attendu qu'elle causait avec son interlocuteur du fond de la chambre, car voici Sa Majesté qui me fait dire que la chasse ne peut

Puis tout haut

:

ble

cas, continua-t-il,

il

est inutile

que

je

me risque mon frère

plus longtemps sur ce verglas.

Au
:

revoir,

avoir lieu.

— Bah Henri de plus désappointé du monde. Pourquoi — Des importantes de M. de Nevers,
!

Et arrêtant le cheval en face de de

dit

l'air le

— Mon

Mouy
tes

ami,

dit-il,

appelle

un de

camarades
dessan-

cela?

pour

finir ta faction.

Aide

le palefrenier à

lettres fort

gler ce cheval,

mets

la selle sur ta tête et porte-la

U2
chez l'orfcvre de la sellerie;
il

LA

REI>'E

MARGOT.

y faire qu'il n'avait pas eu aujourd'hui. Tu reviendras

le

y a une broiJorie à temps d'achever pour rendre réponse chez

Est-il vrai

que Votre Majesté

ait

abjuré la re-

ligion protestante?

me

moi.

— — Oui,
— On

C'est vrai, dit Henri.

mais

est-ce des lèvres, est-ce

du cœur?
il

De Mouy

se hâta d'obéir, car le
il

duc d'Alençon

est toujours
la vie,
il

reconnaissant

à

Dieu quand
la

avait disparu de sa fenêtre, et
avait conçu quelque soupçon.

était évident qu'il

nous sauve
tion,
cas, et

répondit Henri tournant

ques-

comme

avait l'habitude de le faire en pareil

En
le
la

effet, a

peine avait-il tourné

le

guichet, que
était à

Dieu m'a visiblement épargné dans ce cruel

duc d'Alençon parut. Un véritable Suisse
place de de Mouy.

danger.

D'Alençon regarda avec une grande attention

le

nouveau factionnaire
Henri
:

;

puis se retournant du côté de

— de Mouy, avouons une chose. — Laquelle? — point une que votre abjuration
Sire, reprit

C'est

n'est

af-

— Ce

que

faire de conviction,

mais de calcul. Vous avez abjuré
laissât vivre, et
la vie.

n'est point uvcc cet

siez tout à l'heure, n'est-ce pas,

L'autre est un garçon
j'ai

homme que vous caumon frère? qui est de ma maison
les

pour que

le roi

vous

non parce que

Dieu vous avait conservé

et

fait

entrer dans

Suisses

:

je lui ai

Quelle que soit la cause de ma conversion, de Mouy, répondit Henri, je n'en suis pas moins catholique.

do?né une commission, et il est allé l'exécuter. 4h fit le duc, comme si cette réponse lui suf-

I

— Oui, mais
1

le resterez-vous

toujours?

à la

pre-

fisait. Jit

— — Ne — Non,

Marguerite,

comment

va-t-elle?
frère.

mière occasion de reprendre votre liberté d'existence et de conscience, ne
la

Je vais le lui

demander, mon

reprend rez-vous pas?
présente
:

l'avez-vous donc point vue depuis hier?
je

Eh bien

celte occasion,

elle se

la

Ro-

me

suis présenté chez elle cette nuit,

chelle est insurgée, le Roussillon et le Béarn n'at-

vers onze heures,

mais Gillonne m'a
dormait.

dit

qu'elle

tendent qu'un mot pour agir
crie à la guerre. Dites-moi

:

dans

la

Guicnne, tout
êtes

était fatiguée et qu'elle
la

seulement que vous

— Vous ne trouverez point dans son appartement, — Oui, Henri, devait
elle est sortie.
dit
c'est possible, elle

un catholique

— On ne
mon

forcé, et je

vous réponds de l'avenir.

force pas

un gentilhomme de ma naisj'ai
fait,

aller

sance,
fait

cher de Mouy. Ce que

je l'ai

au couvent de l'Annanciade.

H n'y
pondre.

avait pas

moyen de pousser

la

conversation

librement.
Mais, sire, dit le jeune

homme,

le
il

cœur op-

plus loin, Henri paraissant décidé seulement à ré-

pressé de celte résistance à laquelle
dait pas,

ne s'atten-

vous ne songez donc pas qu'en agissant

Les deux beaux-frères se quittèrent donc,

le

duc

ainsi

vous nous abandonnez... vous nous trahis-

d'Alençon pour aller aux nouvelles,

disait-il, le roi

sez?...

de Navarre pour rentrer chez
qu'il entendit frapper.

lui.
lors-

Henri y était 5 peine depuis cinq minutes

— Oui,
sire,
ril

Henri resta impassible.
reprit de

Mouy, oui, vous nous

trahissez,

— Qui —

car plusieurs d'entre nous sont venus, au pévie, pour sauver votre honneur et votre Nous avons tout préparé pour vous donner

est

là'.'

demanda-t-il.

de leur

Sire, répondit

pour
de

celle

une voix que Henri reconnut de de Mouy, c'est la réponse de l'orfévro
lit

liberté.

un

trône, sire, entendez-vous bien?

la sellerie.

la liberté,

mais

la

puissance

— un

Non-seulement
trône à
votre

Henri, visiblement ému,

entrer

le

jeune

choix, car dans

deux mois vous pourrez opter entre
Henri en voilant son regard, qui,

homme,

— vous —

et

referma

la

porte derrière lui.
dit-il.

Navarre

C'est vous,

de Mouy!
!

J'espérais

que

— Do Mouy,
j

et

France.
dit

réfléchiriez
Sire,

répondit de Mouy,

je réfléchis, c'est

y a trois mois que assez; maintenant, il est temps
il

— de Mouy,
je suis

maigri' lui.

cette proposition, avait jeté
je suis sauf, je suis

un

éclair;

catholique, je suis

l'époux de Marguerite, je suis frère du roi Charlo.s,

d'agir.

Henri

fit

— Ne craignez
le

un mouvement d'inquiétude.
rien, sire.

me

liàtc,

ïlajesté

Nous sommes seuls et moments sont précieux. Votre peut nous rendre, par un seul mol, tout ce
car les

gendre de ma bonne mère Catliorinr;. De Mouy. en prenant ces diverses positions, j'en ai calculé les chances, mais aussi les obligations.


Mais,

sire,

reprit

de Mouy, à quoi faut-il
iiiariago n'est [)oint

croire? on

mo

dit

que votre
dit

que

les

événements de l'année ont
la

fait

perdre

à la

consommé, on me

que vous

êtes

libre

au fond

cause de

religion.

Soyons

clairs,

soyons brefs,
répondit Henri

soyons francs.

— J'écoule, mon bravo de Mouyl

du cœur, on me dit (|ue la haine de ("alhcrine... Mensonge, mensonge, inlcrrompit vivement le Béarnais. Oui, l'on vous a trompé impudemment,

voyant
tioQ.

qu'il lui était impossible d'éluder l'cxplica-

mon

ami.

Celte

chère
est

Marguerite

est
:

bien

ma

femme; Calhcrino

bien

ma mère

le roi

Char-

LA REINE MARGOT.
les IX enfin est bien le

143
du

seigneur et le maître de

ma

dissant; mais, peu à peu, le regard froid et fixe

vie et de

mon cœur. .DeMouy frissonna, un

jeune duc François
sourire presque mépril'effet

fit

sur

le

capitaine iiuguenot

sant passa sur ses ièvrrs.

en laissant retomber ses bras avec découragement et en essayant de sonsire,
dit-il

— Ainsi donc,
réponse que

tre Altesse

— Monseigneur, veut mo parler? — Oui, monsieur de
dit-il,
et,

de cette glace enchantée qui dissipe l'ivresse.
si j'ai

bien compris. Vo-

.Mouy, répondit François.

der du regard cette
la je

àme

pleine de ténèbres, voilà

Malgré votre déguisement, j'avais cru vous reconnaître;

rapporterai à

mes

frères. Je leur
et

quand vous avez présenté

les

armes à
à fait.

dirai

que

le roi

de Navarre tend sa main

donne

mon
bien

frère llenri, je vous ai
!

reconnu tout

Eh

son

cœur

à

ceux qui nous ont égorgés,
le flatteur

je leur dirai

de Mouy, vous n'êtes donc pas content du

qu'il est

devenu

de

la reine

mère etTami

roi de

de Maurevel...

— Mon cher de Mouy,
conseil, et
il

dit llenri, le roi va sortir
j'aille

du

faut

que

m'informer près de

hardiment. Sans que vous vous en doutiez, peut-être suis-je de vos
amis.

— Monseigneur! — Allons, voyonsl parlez-moi

Navarre?

lui des raisons qui ont fait remettre une cbosc aussi importante qu'une partie de chasse. Adieu, imitez-

moi,
et

mon

ami, quittez
la

la

politique, revenez au

roi

prenez

messe.

— Vous, monseigneur? — Oui, moi. Parlez donc. — ne que Votre
Je
sais

dire à

Altesse,

monseile roi

Et llenri reconduisit ou plutôt repoussa jusqu'à
l'anticlianibre le jeune

gneur. Les choses dont j'avais à entretenir

de

homme, dont
la

la

stupéfaction

Navarre touchent

à

des intérêts que Votre Altesse

commençait

à faire place à la fureur.

A peine

eut-il

refermé

porte, que,

ne pouvant
à

ne saurait comprendre. D'ailleurs, ajouta de Mouy d'un air qu'il tâcha de rendre indifférent, il s'agissait

résister à l'envie de se

venger sur quelque chose
à terre,
et le foulant

défaut de quelqu'un, de

Mouy broya son chapeau
aux

entre ses mains,
pieds

le jeta

— De bagatelles? — Oui, monseigneur.
fil

de bagatelles.

le

duc.

comme
:

fait

un taureau du manteau du mas'écria-t-il,

— De

bagatelles pour lesquelles vous avez cru de-

tador

— Par

voir exposer votre vie en revenant au Louvre, où,
la

mort!

voilà

un misérable
pour
se

prince, et

j'ai

bien envie de

me

faire tuer ici

le souiller à

— Chut, monsieur de Mouy!

jamais de

mon

sang.
dit

vous le savez, voire tcle vaut son pesant d'or! Car on n'ignore point, croyez-moi, que vous êtes, avec le roi de Navarre cl le prince de Condé, un des prin-

une voix qui

cipaux chefs des huguenots.

glissait

par l'ouverture d'une porte entre-bàillée;

Si

vous croyez cela, monseigneur, agissez endoit le faire le frère

chut! car un autre
tendre.

que moi pourrait vous envivement
et

vers

moi comme
de
la

du

roi Charles

et le fils

reine Catherine.

De Mouy
tête pâle

se retourna

aperçut
et

le

duc
je

— Pourquoi voulez-vous
vous
ai

quej'agisse ainsi quand

d'Âlençon enveloppé d'un manteau

avançant sa
si

dit

que

j'étais

de vos amis? Dites-moi

dans

le

corridor pour s'assurer

de Mouy

donc

— M. perdu. — Au
môme

et lui étaient bien seuls.
le

duc d'Alençon!

s'écria

de Mouy, je suis

— Monseigneur, de Mouy — Ne jurez monsieur;
dit

la vcrilc.

^e

vous jure...
surtout de faux

pas,

la

religion réformée

défend de faire des serments,
contraire,

et

murmura

le prince,

peut-être

serments.

avez-vous trouvé ce que vous

ciiercliez, et la
fas-

De Mouy fronça

le sourcil. je sais tout, reprit le

preuve, c'est que je ne veux pas que vous vous
siez tuer ici

Je vous dis

que

duc.

comme
du
roi

vous en avez

le

dessein. Croyez-

De Mouy continua de

se taire.

moi, votre sang peut être mieux employé qu'à rougir
le seuil

— Vous en douiez,
il

reprit le prince avec
!

de Navarre.
le

une

af-

fectueuse insistance. Eh bien
la
si

Et,

à ces

mots,

duc ouvrit toute grande

porte qu'il tenait entre-bàillée.

cher de Mouy, faut vous convaincre! Voyons, vous allez ]u"er

mon

Celte

chambre
le

je

est celle

de deux de mes gen-

me trompe.
main dans

Avez-vous ou non proposé à
là,

beau-frère llenri,
dit la

tout à l'heure

mon

le

tilshommes, dit
cer
ici
;

duc, nul ne viendra nous relanli-

duc éten-

la

direction

de

la

nous pourrons donc y causer en toute berté. Venez, monsieur.

Béarnais

chambre du

votre secours et celui des vôtres pour


Et

le réinstaller

dans

sa

royauté de Navarre?

Me
il

voici,

mouseigneurl

dit le conspirateur

stupéfait.

De Mouy regarda
le duc d'Alennon moins vive-

le

duc d'un air

effaré.

entra dans
la

la

chambre, dont
roi

— Propositions qu'il
De Mouy demeura

a refusées avec terreur.

çon referma

porte derrière lui

stupéfait.

ment que n'avait fait le De' Mouy était entré

de Navarre.

— Avez-vous
tié,

alors invoqué votre ancienne
la

ami-

furieux, exaspéré,

mau-

le

souvenir de

religion

commune? Avez-

144

LA REîNE MÀUGOT.

lliiiiilliilîiliillijli

iliiil
r;|!l'.'Hi;iiiii!;iKiiiii

..;,l

i'iiiiiiiiii

va.

•^"«Nîc^x-^Vi«

— Est-ce

ce que vous êlcs venu oroposcr au Béarnais?

vous

iiirnir alors Icuffl' le roi

do Navarre d'un espoir

liicn brillynl
(le

si

brillant qu'il en a été ébloui
la

dit le

duc d'Alençon sans changer de visage, sans

faire le

moindre mouvement à
si

celte terrible
si

menous

l'espoir d'allcinrlre à
?

couronne

fie

Franro?

nace; le secret s'éteindra mieux entre nous,
vivons tous deux, que
lez-moi et cessez de tourmenter ainsi

Ilein

dites, suis-jc

bien infurmé! Esl-rc

ce

que
bien
si

l'un de nous meurt. Kcoula

vous êlcs venu proposer au RiMmais?

poipni'e de

— Monseif^ncur!
que
je

s'écria

de Mouy,

c'est

si

Votre épéc. Pour

la

troisième

fois, je

vous dis que

cela,
ni'

me demande
à

en ce

moment même

je
a

vous ôtos avec un ami. Répondez donc
ami. Voyons,
tout ce
le roi

comme à un
il

dois pas dire
!

Votre Mlesse Roynle (pi'elle en
celte

de Navarre n"a-t
offert?

pas refusé

menti

provoquer dans

sans merci, et assurer ainsi
nou':

chambn- un combat par la mort de l'un de
!

— Oui,

que vous avez

monseiizniïur, et je l'avoue, puisque cet

deux

l'extinctinn de ce terrible secret

aveu ne peut compromettre que moi.

Doucement,

mon

bra^c de Mouy, doucement!

— N'avcz-vous pas

crié,

on sortant de

sa

diam-

LA REINE MARGOT.

145

— Qui va là?

s'écria le duc.

— Page 147.

bre, et en feulant
était

un

prince lâche

aux pieds votre chapeau, qu'il et indigne de demeurer votre
j'ai dit cela.
f

loyal

pour que vous puissiez compter sur
le

ma

pa-

role?

chef?

— monseigneur, — Ah Vous — Oui. — Et toujours — Plus que monseigneur
C'est vrai,
!

nots

c'est vrai

!

l'avouez enfin

— Vous, monseigneur! vous, chef des hugue— Pourquoi pas? l'époque des conversions,
!

C'est

vous

le savez.

Henri

s'est

bien

l'ait

catholique; je

c'est

votre avis?

puis bien
!

— Eh bien! moi, moi,
fils

jamais,

— Oui, sans doute, monseigneur, aussi j'attends

et je vais
le

me

faire protestant,

moi.

monsieur de Mouy; moi,
moi,
fils

troisième
je assez

de Henri

II

;

de France, suisà vos

que vous m'expliquiez... Rien de plus simple,

vous dire en

bon gentilhomme pour commander soldats? voyons! et jugez-vous que je suis

deux mots

la politique

de tout

monde.

— Mon

assez

frère Charles tue les huguenots

pour régner plus
19

l'en».

Imp.

lit

BRÏ Uni,

tooletart

Muntparnuie.H

146
largement.

LA REIKE MARGOT.
Mon
frère d'Anjou les laisse tuer parce
à

qu'il doit succéder

comme

vous

le savez,

mon mon frère Charles est

frère Charles, et que,

Le duc non-seulement tendit la main vers de Mouy, mais il saisit la sienne et la serra.

souvent

— Maintenant, monseigneur,
dit le
rais

je suis tranquille,

moi qui ne régnerai jamais, en France du moins, attendu que ]'ai deux aînés devant moi moi que la haine de ma mère et de mes frères, plus encore que la loi de la nature, éloigne du trône moi qui ne dois prétendre à aucune affection de famille, à aucune gloire à aucun royaume; moi qui cependant port^ un
malade. Mais moi...
et c'est tout différent,
;

jeune huguenot.
êtes
si

que vous n'y

nous étions trahis, je dipour rien. Sans quoi, monSi

seigneur, et pour

peu que vous

fussiez

dans cette

trahison, vous seriez déshonoré.

;

— Pourquoi me dites-vous
de

cela, de

Mouy, avant
la

me

dire

quand vous me rapporterez

réponse

de vos chefs ?

cœur

aussi noble

que mes aînés eh bien de Mouy
, !

moi, je veux chercher à

me

tailler

avec

mon

— Parce que, monseigneur, en me demandant à
quand
soir,
la

épée

réponse, vous

me demandez
que
si je

en

même
:

un royaume dans
sang!

cette

France qu'ils couvrent de

temps où sont
chent.
Et,

les chefs, et

vous dis

A

ce

vous saurez que

les chefs sont à Paris et s'y ca-

Or, voilà ce que je veux, moi, de

Mouy, écoutez/
par
la

Je veux être roi de Navarre, non
sance, mais par l'élection. Et

nais-

remarquez bien que
à faire à cela, car je

en disant ces mots, par un geste de défiance,
attachait son œil

de

Mouy

perçant sur

le

regard

vous n'avez aucune objection
fuse vos offres,

ne suis pas un usurpateur, puisque mou frère reet, s'envelissant dans sa torpeur, qu'une

faux

et vacillant

du jeune homme.
il

Allons, allons, reprit le duc,

vous reste en-

reconnaît hautement que ce royaume de Navarre
n'est
fiction.

core des doutes, monsieur de Mouy. Mais je ne puis

Avec Henri de Béarn, vous n'a-

vez rien; avec moi, vous avez une épée et

un nom.
il

du premier coup exiger de vous une entière confiance. Vous me connaîtrez mieux plus lard. Nous

François d'Alençon,
ses

fils

de France, sauvegarde tous
ses complices,
1

compagnons ou tous
les

comme

une communauté d'intérêts qui vous délivrera de tout soupçon. Vous dites donc à
allons être liés par

vous plaira de

de

cette offre,

Eh bien monsieur de Mouy ?
appeler.

que dites-vous

ce soir, monsieur de

— Je qu'elle m'éblouit, monseigneur. — De Mouy, ic Mouy, nous aurons bien des obdis
stacles à vaincre.

soir.

convient-il?
Cette

bord
et

si

exigeant et

Ne vous montrez donc pas dès si difficile envers un fils de
la

l'a-

— Oui, monseigneur, car temps A vous Mais où — Au Louvre, dans chambre, vous — habitée? chambre de Mouy en
le

Mouy?

presse.

ce

cela, s'il
ici,

plaît?

cette

cela

est

dit

roi

montrant du regard
on face l'un de

les

deux

lits

qui s'y trouvaient

— Monseigneur,
et,
si

un

frère de roi qui vient à vous.

l'autre.

chose serait déjà faite
idées
;

si j'é-

tais seul à soutenir

mes

mais nous avons un
soit l'offre, peut-èlrc

conseil,

brillante

que

— Par deux de mes gentilshommes, oui. — Monseigneur, me semble imprudent, à moi,
il
'

même

à

cause de cela,

les chefs

de parti n'y adhé-

de revenir au Louvre.

reront-ils pas sans condition.

— Ceci
naître

— Parce que,
réponse est d'un
la

— Pourquoi cela?
si

vous m'avez reconnu, d'autres

est autre chose,
et

et la

peuvent avoir d'aussi bons yeux que Voire Altesse
et

cœur honkîte

d'un

es[]rit

prudent. A

façon

dont je viens d'agir, de Mouy, tous avez dû recon-

me

reconnaître à leur tour. Je reviendrai cepensi

en

ma probité. Traitez-moi donc homme qu'on estime et non en
De Mouy,
ai-je

dant au Louvre
vous demander.

vous m'accordez ce que

je vais

de votre côté
printe qu'on

fiatte.

des chances?

— Sur ma
tre

parole, monseigneur, et puisque Vo-

— Un sauf-conduit. — De Mouy, répondit
moi
Je
saisi

— Quoi?

le

duc,

un sauf-conduit de

Altesse veut

que

je lui

donne mon

avis.

Votre

sur vous

me

perd, et ne vous sauve pas.

Altesse les a toutes depuis (|ue le roi do Navarre a

refusé l'offre (|ue j'étais
le

venu

lui faire. Mais, je

vous
nos

tion qu'à tous les

no puis pour vous quelque chose qu'à la condiyeux nous sommes complétomenl
part avec vous, prouvée à

répèle, monseigneur,

me

concerter avec

étrangers l'un à l'autre. La moindre relation de

chefs est chose indispensable.

ma

ma

nièro ou à

mes

Faites donc,

monsieur! répondit d'Alençon.
la

frères,

me

coulerait la vie.

Vous

Seulement, à (juand

réponse?
prince en silence. Puis, pa;

gardé par
serai

mon

propre intérêt

donc sauvedu moment où jo me
êtes

De Mouy regarda
raissant prendre

le

compromis avec

les autres,

comme je me

coin-

— Monseigneur,
la

une

ri''si)liitii)ii

promcls avec vous on ce momenl. Libre dans
sphère d'action, fort
reste
si

ma

dit

il,

donnez-moi votre main,
(ils

je suis

inconnu, tant que je
je

j'ai

besoin que cette

main d'un

do Franco lou-

moi-même

impcnclrablo,
Faites

vous

garantis

che

uiienno pour être sûr que jo ne serai point

tous; ne l'oubliez pas.

donc un nouvel ap-

trahi.

pel à votre courage, tentez sur

ma

[larole ce

que

LA REINE MARGOT.
vous tentiez sans
soir
la parole

147
le

de

mon

frère.

Venez ce
Je

— Monseigneur
lant de surprise.

— Mais comment voulez-vous que
bon pour

au Louvre.

duc s'écria la Mole en recuOh! pardon, pardon, monsei!

j'y

vienne

!

gneur

!

ne puis risquer ce costume dans
II

les appartements'.

était

les vestibules et les cours.

Le mien

tre

est

encore plus dangereux, puisque tout le
connaît
ici et qu'il

monde
je

— Ce monsieur. eu besoin de voquelqu'un. chambre pour — monseigneur! Mais permettez,
n'est rien,
J'ai

recevoir

Faites,

faites.

me

ne

me

déguise aucunement.

vous en supplie, que je prenne

mon manteau
car
j'ai

et

Aussi, je cherche, attendez... Je crois que...

mon

chapeau,

qui sont sur

le lit;

perdu

oui, le voici.

l'un et l'autre cette nuit sur le quai de la Grève,

En

effet, le

duc avait

jeté les

yeux autour de

lui,

j'ai été

attaqué de nuit par des voleurs.

et ses 3'eux s'étaient arrêtés

sur la garde-robe d'apsur le
et

— En
dés,

effet,

monsieur, dit
la

le

prince en souriant
les objets

parat de la Mole, pour le
lit,

moment étendue

en passant lui-même à

Mole

deman-

c'est-à-dire, sur ce

magnifique manteau cerise
lo-

brodé d'or dont nous avons déjà parlé, sur un

vous voici assez mal accommodé; vous avez eu affaire à des gaillards fort entêtés, à ce qu'il paraît?

quet orné d'une plume blanche, entouré d'un cor-

don de marguerites d'or et d'argent entremêlées, enfin sur un pourpoint de satin gris-perle et or. Voyez-vous ce manteau, cette plume et ce pourpoint, dit le duc, ils appartiennent à M. de la Mole, un de mes gentilshommes; un muguet du

Et

le

duc passa lui-même à
Le jeune

la

Mole

le

manteau

et le toquet.

homme

salua et sortit pour

^

changer de vêtement dans l'antichambre, ne s'inquiétant aucunement de ce que le duc faisait dans
sa

meilleur ton. Cet habit a
reconnaît M. de
la

chambre; car

c'était assez l'usage

au Louvre que
les

fait

rage à

la

cour, et on
les
le porte.

Mole à cent pas lorsqu'il

logements des gentilshommes fussent, pour
ils

Je vais vous donner l'adresse
a fourni
;

du

princes auxquels
tailleur qui le lui
ries qu'ils

étaient attachés, des

hôtelle-

en

le lui

payant

le

double de ce qu'il

employaient à toutes sortes de récepse rapprocha alors

vaut, vous en aurez

un

pareil ce soir.
la

Vous retien-

tions.

drez bien le

nom

de M. de

Mole, n'est-ce pas?
à peine la

De Mouy

du duc,
la

et tous

deux

Le duc d'Alençon achevait
dation, que l'on entendit

recommanla ser-

écoutèrent pour savoir le
fini et sortirait;

moment où

Mole aurait

un pas qui
clef

mais, lorsqu'il eut changé de cosles tira
:

s'approchait

dans
rure.

le corridor, et

qu'une

tourna dans

tume, lui-môme
chant de
la porte

d'embarras, car, s'appro-

— Eh!

qui va là? s'écria le duc en s'élançant

— Pardon, monseigneur!
tesse n'a pas rencontré

dit-il

;

mais Votre Alle

vers la porte et en poussant le verrou.

en son chemin
comte,

comte de
était

— Pardieu,

répondit

trouve la question singulière. Qui va
Voilà qui est plaisant,

une voix du dehors, je là vous-même? quand je veux rentrer chez

!

Coconas?

de service ce matin.
Alors,
se parlant à

moi on me demande qui va
vous,
!

— Non, monsieur — on me

le

et

cependant

il

l'aura assassiné, dit la Mole en s'éloignant.

— Est-ce monsieur de Mole? — Eh sans doute que moi. Mais vous,
la

lui-même tout en
le bruit des

c'est

qui

Le duc écouta
après lui

pas qui

allait s'affai-

êtes-vous?

blissant; puis, ouvrant la porte et tirant de
la

Mouy

Pendant que

Mole exprimait son étonnement

;

de trouver sa chamb;'e habitée et essayait de découvrir quel en était le nouveau commensal, le duc d'Alençon se retournait vivement une main sur le
le verrou, l'autre sur la serrure.

ter cette

— Regardez-le tournure inimitable. — Je de mon mieux,
ferai je

s'éloigner, dit-il, et tâchez d'imi-

à

de Mouy.

— Connaissez-vous M. de — Non, monseigneur. — Et vous — ne — va bien
lui,

la

Mole? demanda-t-il

Malheureusement mais un soldat.

répondit de Mouy. ne suis point un damoiseau,

— En tout

cas, je

vous attends avant minuit dans
elle

ce corridor. Si la
est libre, je

chambre de mes gentilshommes
ne
l'est pas,

connaît-il?
pas.

Je

le crois

vous y recevrai; si nous en trouverons une autre.
faites

Alors,

tout

;

d'ailleurs,

sem-

blant de regarder par la fenêtre.

De Mouy
mençait
à

obéit sans répondre, car la Mole

com-

s'impatienter et frappait à tour de bras.
jeta

— Oui, monseigneur. — donc, avant minuit. — A ce avant minuit. — Ah propos, de Mouy, balancez
Ainsi
à ce soir,
soir,
!

à

fort le

bras

Le duc d'Alençon

un dernier regard
le

vers de
ouvrit.

droit en marchant, c'est

l'allure particulière

de

Mouy,

et,

voyant qu'il avait

dos tourné,

il

M. de

la

Mole.

148

LA REINE MRGOT.

XXIV
LA RUE
ET

TIZO.N"

L.V

UUE CLOCHE-PERCEE.

a Mole sortit

ilu

Louvre

blaiieiie et

douce

comme

le

satin

écartait les ri-

tout courant, et se mit à

deaux.

fureter dans Paris pour dé-

couvrir le pauvre Coconas.

en s'inclinant.
la

Son premier soin
se

fut de
l'Ar-

— Oui. madame, moi-même, — M. de Mole une plume
la

répondit

la

Mole

à la main... conti-

rendre à

la

rue de

nua

dame

à la litière
et

:

êtes-vous donc amoureux,

bre-Sec,

et d'entrer
;

chez
la

mon

cher monsieur,

retrouvez-vous

ici

des tra-

maître

la Ilurière cité

car

ces perdues?

Mole se rappelait avoir souvent
l'Amour, Bacchus
et

certaine devise latine qui tendait

au Piémontais à prouver que

— Oui, madame, répondit
mes propres
Majesté
traces
elles

la

Mole, je suis amou-

reux, et très-fort; mais, pour le

moment, ce sont

Cérès sont des dieux de pre-

mière nécessité, et il avait l'espoir que Coconas, pour suivre Taphorismc romain, se serait installé à la Belle-Étoile après une nuit qui devait avoir été

ne soient pas

que je retrouve que je cherche

— quoique

;

— mais Votre
demander des

ce

me

permettra-t-elle de lui

nouvelles de sa santé?
Excellente, monsieur-, je ne me suis jamais mieux portée, ce me semble cela vient proliahlcment de ce que j'ai passé la nuit en retraite.
;
!

pour son ami non moins occupée qu'elle pour
lui. la

l'avait été

La Mole no trouva rien chez
souvenir de l'ohligation prise
et

Hurière, que

le

un déjeuner

offert

d'assez bonne grâce que notre gentilhorume accepta avec grand appétit malgré son inquiétude.

L'estomac tranquillisé à défaut de
ce mari qui cherchait sa

l'esprit,

la

Mole se remit en course, remontant la Seine, comme femme noyée. En arrivant
le

— Ah en Mole en regardant Mar— Eh bien! oui; qu'y d'étonnant — Peut-on, sans vous demander dans quel couvent? — Certainement, monsieur, n'en pas mysretraite! dit la

guerite d'un façon l'irange.

a-t-il

à cela?

indiscrétion,

je

fais

sur

quai de

la

Grève,

il

reconnut

l'emlroii où.
il

tère.

Au couvent
ici

des Annonciades. Mais vous, que

ainsi qu'il l'avait dit à

M. d'Alençon,

avait pen-

faites-vous

avec cet air tout effarouché?

dant

sa course

nocturne

été arrêté trois

ou quatre

— Madame,
traite et

moi
les

aussi, j'ai passé la nuit

en re-

heures auparavant, ce qui n'était pas rare dans un Paris moins vieux de cent ans que celui où Boileau se réveillait au bruit d'une balle perçant son volet.

dans

environs du

même

couvent; ce
et,

malin

je ciierche
j'ai

mon

ami.

(|ui a

disparu,

en

le

dierchant,

Ln

petit

morceau de

la

plume de son chapeau

était

— Qui vient de

je l'ai

retrouvé cette plume.
lui? Mais,

en

vérité,

vous m'ef-

resté sur le

champ de

iialaille.

Le sentiment delà

frayez sur S(m compte, la place est mauvaise.
Qu(! Votre Majesté se

possession est inné chez riiomiue. La Mole ;iv,iit di\ plumes plus belles les unes que les autres: il ne
s'arrêta pas

rassure,

la

plume vient

de moi;
sur cette

moins

à

ramasser

celle-là.

ou plutôt

le

perdue vers cinq heures et demie place, en me sauvant des mains de quatre

seul fragment qui en eût survécu, et le considérait d'un air pileux lorsque des pas alourdis retentirent, s'approchant
lui

bandits qui
<!•

me

voulaient;! toute force assassiner, à

(pie je puis croire

du moins.
vif
!

de

lui,

et

que des voix brutaie>
la

Marguerite n-prinia un

mouvement
Il

d'effroi.

ordonnèrent do se ranger. La Mole releva

— Oh

!

contez-moi cela

dit-elle.
élail

têle et aperçut

une

litièn! préc('dée d(!

deux

[lage^;

Uien de plus simple, mailame.
à

donc,

et acnimpagni'e d'un (MMiyer. La Mole crut reronnailre la

ciiuime j'avais riionneiir de le direà Votre Maji'^lé,
litière, et se

rangea

cinq lu'ures du matin

peu prés...

vivement.

El, à cin(| heures

du malin, inlerroinpit Marla

Le jeune gentilhomme ne Monsieur de la Mole'.'

.s'é'iait

pas trompé.

guerite, vous étiez déjà sorti?

dit

doueciir qui sortait

de

la litière,

une voix pleine di' tandis qu'une main

Votre Maje<t(' m'excusera, dit
tais

Mole, je n'é-

pas encore rentré.

LA

T,V.iyE

MAIIGOT.

H9

— Lorsque quatre tire-lainc ont

dtbouclic de

la

rue de

la

Mortellerie.

monsieur dû la Mole rentrer à cinq heudu malin dit Marguerite avec un sourire qui pour tous était malicieux et que la Mole eut la fa!

— Ah

!

ont débouché de la rue de
poursuivi

la

Mortetlerie et m'ont

res

!

avec des

coupe-choux

démesurément

longs. C'est grotesque, n'est-ce pas,
enfin, c'est vais oublié

madame

I

mais,

tuité

de trouver adorable, rentrer
Aussi, je

si

tard!

vous

aviez mérité cette punition.

ne

me

plains pas,
et,

madame,

dit la

— Oh!
tre épée?

comme cela mon épée.
et

;

il

m'a

fallu fuir, car j'a-

je

comprends!

dit

Marguerite avec

un

air

Mole en s'inclinant avec respect,
tré, fois

j'eusse été éven-

d'admirable naïveté,

vous retournez chercher vo-

que
que

trais

m'estimerais encore plus heureux cent ne mérite de l'être. Mais, enfin, je rentard ou de bonne heure, comme Votre Majesté
je
je

La Mole regarda Marguerite
se glissait

comme

si

un doute
et

voudra,

de cette bienheureuse maison où j'avais

— Madame,

dans son
j'y

esprit.

retournerais

effectivement,

passé la nuit en retraite, lorsque quatre tire-laine

même trés-volontiers,

attendu que

mon

épée est une

150
excellente lame, mais je ne sais pas

LA REINE MARGOT.

est celte

difficulté.

Nous tendîmes bravement
fit

le cou.

Mon

maison.

— Coniment, monsieur
est la
et

guide
!

me

tourner à gauche,

le

guide de

mon ami

reprit Marguerite, vous
la

le

ne savez pas où
nuit?

maison où vous avez passé

— Non, madame,
cloute!
!

sait

que Satan m'extermine

si je

— Et décidée — ne
Je

fit

tourner à droite, et nous nous séparâmes.
alors?... continua Marguerite,

qui parais-

à pousser l'investigation jusqu'au bout.
sais, reprit la

Mole, où

mon

guide con-

m'en

duisit
!

mon

ami. En enfer, peut-être. Mais, quant à
sais,

— Contez-la-moi. un peu long. — — Qu'importe! temps. — Et incroyable — ne on ne peut plus dule. — Votre Majesté l'ordonne? — Mais — — Hier deux après avoir
C'est
j'ai le

Oh voilà qui est singulier C'est donc tout un roman que votre histoire? Un véritable roman, vous l'avez dit, madame.

moi, ce que je

c'est

que
le

le

mien me mena en
votre trop

un

grande curiosité?

— d'où vous sans doute chasser — Justement, madame, vous avez
Et
fit

lieu

que

je tiens

pour

paradis.

et

le

don de

la

divination. J'attendais le jour avec impatience pour

fort

surtout.
suis

voir où j'étais, quand, à quatre heures et demie, la

Allez toujours, je

cré-

même
les

duègne

est rentrée,
fait

m'a bandé de nouveau

yeux, m'a

promettre de ne point chercher à

oui,

s'il le

faut.

J'obéis.

soir,

quitté

adorables femmes avec lesquelles nous avions passé
la soirée

mon bandeau, m'a conduit dehors, m'a accompagné cent pas, m'a fait encore jurer de n'ûter mon bandeau que lorsque j'aurais compté jusqu'à cinquante. J'ai compté jusqu'à cinquante, et
soulever
je

sur le pont Saint-Michel, nous soupions
la Ilurière?

me

suis trouvé rue Saint-Antoine,

en face de

la

chez maître

parfait, qu'est-ce
la

— D'abord, demanda Marguerite avec un naturel Hurière? que maître — Maître Hurière, madame, Mole en rela

rue de Jouy.

— Et — Alors,

alors...

madame,
je

je

suis

revenu tellement

dit la

joyeux, que

n'ai point fait attention
j'ai

gardant une seconde

fois

Marguerite avec cet air

misérables des mains desquels

aux quatre eu tant de mal à

de doute qu'on avait déjà pu remarquer une pre-

me tirer.
vant
ici

mière

fois

chez lui, maître la Hurière est

le

maî-

Or, madame, continua la Mole, en retrouun morceau de ma plume, mon cœur a

tre d'hôtellerie de la Belle-Étoile située rue de l'Ar-

tressailli

de

joie, et je l'ai
le

ramassé en

bre-Sec.

tant à
Je vois cela d'ici...

— Bien.

moi-même de

garder

Vous soupiez donc
.sans

de cette heureuse nuit Mais,
heur, une chose
être

me prometcomme un souvenir au milieu de mon bonc'est ce

chez maître la Hurière avec votre ami Coconas

doute?

— Oui, madame, avec mon ami Coconas, quand
entra et nous remit à chacun

un homme

— Pareil? demanda Marguerite. — Exactement — Et qui contenait? — ligne spulenient
pareil.

un

billet.

— n'est donc pas rentré au Louvre? — Hélas! non, madame! Je cherché partout
Il

devenu

me tourmente, mon compagnon.

que peut

l'ai


et

il

pouvait être, à l'Etoile-d'Or, au jeu de paume,

en quantité d'autres lieux iionorables;

mais

d'Annibal point, et de Coconas pas davantage...

Cette

:

En

disant ces paroles, et en les accompagnant
la

(t

Voutètes attendu rue Saint-Antoine, en face de
»

d'un geste lamentable,

Mole ouvrit

les

bras cl

la

— Et pas de signature

rue de Jouy.

écarta .son manteau, sous lequel

on

vit bâiller à di-

au bas de ce billot? detrois

vers endroits son pourpoint qui montrait,

comme
les ac-

manda Marguerite.

autant d'élégants crevés,

la

doublure par

— Non;
un

mais

trois

mots,
la

mots charmants
chose, c'est-à-

crocs.

qui promettaient trois fois
dire

même

— Et quels
— Eros, — En
— Oh! —
effet,

triple

bonheur.
étaient ces trois mots?

— Mais vous avez — Criblé,
avait

été criblé, dit Marguerite.

c'est le

mot!

dit la Mole,

qui n'était

pas fàdui de se faire

(Aip'ulo,

Amor.
doux noms;
fois

ce sont trois

et ont-ils

un mérite du danger qu'il couru. Voyez, madame! voyez! Comment n'avcz-vous pas changé de pourla

tenu co qu'ils promettaient?
plus

point au Louvre, puisque vous y êtes retourné? deplus! s'écria la

madame, cent

manda
dans

reine.
dit la Mole, c'est qu'il

Mole avec enthnusinsme. Continuez; je suis curieuse de savoir ce qui vous attendait rue Snint-Antoino, en faco
Jouy.
la

— Ah!

y avait quelqu'un

rue do

— Comment
— Son

ma chambre?
1

quelqu'un dans votre rhamhre!
dont
les

dit Marguerite,

yeux exprimèrent
était

le

plus

— Deux duègnes avec rhnciinc un
main.
11

s'agissait

de nous laisser

mouchoir à la bander les yeux.

vif ('toiincment

;

et (|ui

donc

dans votre cham-

bn^?
Altesse.

Votre Majcstii devine (|ue nous n'y finies point de

LA REINE MRGOT.

151

— Chut! interrompit Marguerite. Le jeune homme — Qui ad leclkam ineam stant? demanda-t-elle Mole. à — Duo pucri Moles, quem — Optime, cubiculo luo? inveneris — Franciscùm duccm — Ageniem? — Nescio quid. — Quo cum? — Cumignoto vous — Marguerite.
obéit.
la
et nuits equcs.

cile, passait

au moment où

je mettais le pied

sur

le

premier. Voyons.

La Mole alla à la porte et frappa. La porte s'ouvrit, et une espèce de concierge à moustache vint ouvrir.

fcar^ari.' dit-elle. Die,

in

— —

Was
.\h!

ist

dus? demanda
fit

le conci'îrge.

ah!

la Mole,

il

me

parait que nous

sommes
son air
épée,

Suisse.
le

Mon ami,
laissée

continua-t-il en prenant

plus charmant, je voudrais avoir
j'ai

mon
j"ai

que
Icli

dans cette maison, où
répondit le concierge.

passé la nuit.

(1).

C'est bizarre, dit

Ainsi,

n'a-

vez pu retrouver Coconas ? continua-t-elle sans son-

ger évidemment

à ce qu'elle disait.
j'avais

— versteke — Mon — verstehe — Que
Icli
...

niclit,

épée... reprit la Mole.
niclit,

répéta le concierge.

j'ai

laissée...

Mon

épéé,

que

j'ai lais-

Aussi,

madame, comme

l'honneur de

sée...

le dire à

Votre Majesté, j'en meurs véritablement

d'inquiétude.

— —

Icli
...

versteke niclil.

bien! dit Marguerite en souriant, je ne veux pas vous distraire plus longtemps de sa re-

— Eh

cherche, mais je ne sais pourquoi

j'ai l'idée qu'il

se

— Gelizum Et referma — Mordieu
il

Dans

cette

maison où
la

j'ai

passé la nuit.

Teufel...

lui

porte au nez.

!

dit la Mole, si j'avais cette épée

que

retrouvera tout seul
Et
la

!

N'Importe, allez toujours.

je réclame, je la passerais bien volontiers à travers
le

reine appuya

un

doigt sur sa bouche. Or,

corps de ce drôle-là... Mais je ne

l'ai

point, et

comme
cret,

la belle Marguerite n'avait confié

aucun

se-

ce sera

pour un autre jour.
la

n'avait fait

homme

aucun aveu à la Mole, le jeune comprit que ce geste charmant, ne pouvant

Sur quoi,

Mole continua son chemin jusqu'à
Sicile, prit à droite,
fit

la

rue du Roi de

cinquante

avoir pour but de lui

recommander
en marche,

le

silence, de-

pas à peu près, prit à droite encore et se trouva rue
Tizon, petite rue parallèle à la rue Cloche-Percée,

vait avoir une autre signification.

Le cortège
le

se remit

et la Mole,

dans

et

en tous points semblable.

Il

y eut plus

:

à

peine

but de poursuivre son investigation, continua de remonter le quai jusqu'à la rue du Long-Pont, qui
le

eut-il fait trente pas, qu'il retrouva la petite porte

à clous larges, à auvent et à meurtrières, les deux

conduisit dans

la

rue Saint-Antoine.
il

degrés

et le

mur. On eût

dit
le

que

la

rue Cloche-Per-

En

face de la rue de Jouy,

s'arrêta.

cée s'était retournée pour

voir passer.

C'était là

que,

la veille,

les

deux duègnes leur
11

La Mole
cette porte

réiléchit alors qu'il avait bien
il

pu prenfrapper à

avaient bandé les yeux, à lui et à Coconas.

avait

dre sa droite pour sa gauche, et

alla

tourné à gauche, puis

il

avait

recommença

le

même manège
;

compté vingt pas; il et se trouva en face

pour y

faire la

même
pas.

réclamation qu'il
,

avait faite à l'autre. Mais cette fois

il

eut beau

d'une maison, ou plutôt d'un mur, derrière lequel s'élevait une maison au milieu de ce mur était une
porte à auvent garnie de clous larges et de
trières.

frapper,

on n'ouvrit
fit

même

La Mole

et refit

deux ou

meur-

qu'il venait de

faire, ce

trois fois le même tour qui l'amena à s'arrêter à

cette idée toute naturelle,
était située

que

la

maison avait deux
et

La maison

rue Cloche-Percée, petite
et

entrées, l'une sur la

rue Cloche-Percée
logique qu'il

l'autre

rue étroite qui commence à la rue Saint-Antoine qui aboutit à la rue du Roi de Sicile.

sur la rue Tizon.
Mais ce raisonnement,
si

fût,

— Par

ne lui

la

sambleu!
les clous

dit la Mole,
la

c'est

bien

là...

rendait pas son épée, et ne lui apprenait pas où était

j'en jurerais...
tais, j'ai senti

En étendant

main,

comme

je sor-

son ami.
Il

de la porte, puis

j'ai

des-

eut

un

instant l'idée d'acheter

cendu deux degrés. Cet
criant
:

homme

qui courait en

et d'éventrer le

une autre épée misérable portier qui s'obstinait à
;

A

l'aide! et

qu'on a tué rue du Roi de Si-

ne parler qu'allemand
tier était à

mais

il

pensa que
si

si

ce porl'avait

Marguerite, et que

Marguerite

(1)

— Bon ce sont des barbares. Dites-moi, La Mole, qui avezvous trouvé dans votre chambre? — Le duc François. — Faisant? — Je ne quoi. — Avec. — Avec un inconnu.
!

— Deux

— Qui est à ma portière?
pages et un écuycr.

choisi ainsi, c'est qu'elle avait ses raisons
et qu'il lui serait peut-être

pour

cela,

désagréable d'en être

privée.

Or,
faire

la

Mole, pour rien au monde, n'eût voulu
à Marguerite.
il

une chose désagréable

sais

De peur de céder à la tentation, vers les deux heures de l'après-midi
Louvre.

reprit

donc

le

chemin du

152

LA lŒINE MRGOT.

\)nc

femme enveloppée dans un long manteau

sortit

par celte porte.

Comme
cette fois,

son appartemimt
il

n'était

point

ociMipi-

put rentrer chez lui. La chose était asrchitivciiieiit
oiisi

sez

urgente

au pourpoint,
la

(pii,

comme

Ail! ah! lit-il, est-ce qu'il y aurait quelque magie là-dessous? Puis avec un soupir Ah! si le pauvre Coconas se pouvait retrouver comme mon
:

le lui avait fait

ivcr

reine,

('tait

considi'ra-

ép('e

!

blement
Il

(li'Klriori'.
lit

lieux ou trois heures après

que

la

Mole avait cessé

s'a\ança donc, incoiiliiunl vers son

pour

miIi

sa

ronde

circulair(> tout

autour de

la petite

maison
il

stituer le beau ]iourpoint gris-perle à celui-là. Mais.
à

double,

la

porte de

la

rue Tiznn s'ouvrit,

était

son grand

('toniieiiient.

la

ijremière chose qu'il

cinq heures du soir à peu prés, et par conséquent
nuit fermée.

aperçut prés du

p(jMrpoint gris-perle fut celle faavait pissée rue Cloche-Percée.

meuse épée
I,a

([u'il

Une femme, enveloppée dans un long manteau
garni de fourrures, accompagnée d'une suivante,
'•orlit

Mole
elle.

la pril. la

tourna et

la

retourna

:

celait

Lien

par celle porte, que

lui

tenait ouverte

une

LA REINE MARGOT.

153

lin

jeune

lionuiie, les

yeu«

Ij.iiiciés,

sorlait par la iiièiiie

porte do

la

iiicme polile

i

duègne d'une quarantaine d'années, se glissa lapidement^usqu'à la rue du Roi de Sicile, frappa à

lene. La. elle l'invita à compter jusqu'à cinquante
et à

ôter son

bandeau

une
lel,

petite porte

de l'hùtel d'Argenson qui s"ou\rit
par
la

Le jeune

homme
lui

accomplit scrupuleusement

la le

devant

elle, sortit

qui donnait Vieille
petite

grande porte du même liùrue du Temple, alla gagner
et disparut.
les

recommandation,

et,

au

chiffre

convenu,

ôta

mouchoir qui

une UDe

poterne de Thûtel de Guise, l'ouvrit avec

— Mordi

couvrait les yeux.

!

s'écria-t-il

clef qu'elle avait

dans sa poche,

de

lui, si je sais

je suis, je

en regardant tout autour veux être pendu! Six
la

Une demi-heure
tite

après,

un jeune homme,
porte de
la le

yeux
pe-

heures! s'écria-l-il en entendant sonner l'horloge

l-andés, sortait par la

même

même
la

de Notre-Dame. Et ce pau\*e
être

Mole, que peut-il

maison, guidé par une femme qui
la

conduisit
Mortel-

devenu? Courons au Louvre, peut-être

en

&u coin de

rue Geoffrov-Lasnier

et

de

saura-t-on des nouvelles.

20
rar'8. •- loip. de

DRV

allié,

boulovar'. M^iHi-aVoiSse, 81»

154
Et, ce disant,

LA REINE MARGOT.
Coconas descendit tout courant
la

Mais, par bonheur, j'ai

aussi

bonnes jambes que
la

rue de

la Mortellerie, et arriva

aux portes du Lou-

bonne

voix, et je vais le rejoindre.
cette espérance,

vre en moins de temps qu'il n'en eût fallu à

un

Dans

Coconas s'élança de toute
qu'il eût faite,

cheval ordinaire;

il

bouscula

et

démolit sur son

vigueur de ses jarrets, arriva en un instant au

passage cette haie mobile des braves bourgeois qui
se

Louvre; mais, quelque diligence

au

promenaient paisiblement autour des boutiques de la place Baudoyer, et entra dans le palais.
Là,
il

moment où

il

mettait le pied dans la cour, le

man-

teau rouge, qui paraissait fort pressé aussi, disparaissait sous le vestibule.

interrogea suisse et sentinelle. Le suisse

croyait bien avoir vu entrer M. de la Mole le matin,

— Ohé

!

mais

il

ne

l'avait pas

vu

sortir.

La sentinelle

n'était

sa course

la

Mole

!

s'écria

Coconas en reprenant

attends-moi donc;

c'est

moi, Coco-

que depuis une heure
11

et

demie

et n'avait rien

nas! Que diable as-tu donc à courir ainsi? Est-ce

vu.

que tu

te sauves,

par hasard?
s'il eût eu des second étage plutôt qu'il ne le

monta tout courant
le

à la

chambre
il

et

en ouvrit
la

En

effet, le

manteau rouge, comme

la porte

précipitamment; mais
pourpoint de
la

ne trouva dans

ailes, escaladait le

chambre que
Alors

Mole tout lacéré, ce

montait.

qui redoubla encore ses inquiétudes.
il

songea à

la

Iluriére et courut chez le di-

— Ah — Ah
!

!

tu ne veux pas m'attendre! cria Coconas.

tu

m'en veux

!

ah

!

tu es fâché

!

— Eh bien

!

gne hôtelier de la Belle-Étoile. La Iluriére avait vu la Mole la Mole avait déjeuné chez la Iluriére. Co;

au diable, mordi! quanta moi,
C'était

je n'en puis plus.

du bas de
au
de

l'escalier

que Coconas lançait
renonçait à suivre

conas fut donc entièrement rassuré,
avait grand' faim,
il

et,

comme

il

cette apostrophe

fugitif, qu'il

demanda
les

à souper à son tour.

des jambes, mais qu'il continuait à suivre de l'œil
à travers la vis l'escalier et qui était arrivé à la

Coconas

était

dans

deux dispositions nécessai-

res pour bien souper, il avait l'esprit rassuré et l'estomac vide il soupa donc si bien, que son repas le
;

hauteur de l'appartement de Marguerite. Tout à coup une femme sortit de cet appartement et prit
celui

conduisit jusqu'à huit heures. Alors, réconforté par

deux

bouteilles d'un petit vin d'Anjou qu'il aimait

— Oh! oh
Et

que poursuivait Coconas par le bras. fit Coconas, cela m'a tout l'air
!

d'être
c'est

fort et qu'il venait

de sabler avec une sensualité qui

la

reine Marguerite.

Il

était attendu. Alors,

se trahissait par des clignements

d'yeux

et des cla-

autre chose, je comprends qu'il ne m'ait pas ré-

pcments de langue réitérés, il se remit à la recherche de la Mole, accompagnant cette nouvelle exploration à travers la foule de coups de pied et de

pondu.
il

se

coucha sur

la

rampe, plongeant son rel'escalier.
il

gard par l'ouverture de

coups de poing proportionnés à l'accroissement d'amitié que lui avait inspiré jours
le

Alors, après quelques paroles à voix basse,
le

vit

bien-être qui suit tou-

manteau

un bon

repas.

— Bon, bon
cher de
la

cerise suivre la reine chez elle.
!

dit Coconas,
Il

c'est cela

!

Je

ne

me
ce

trompais point.
Cela dura

une heure; pendant une heure, Cocoles

y

a

des

moments où
est

la

présence
et

de notre meilleur ami nous

importune,

nas parcourut toutes
la

rues avoisinaut

le

quai de

Mole

est

Grève,

le

port au charbon, la rue Saint-Antoine
il

Et Coconas,
s'assit

dans un de ces moments-là. montant doucement les escaliers,
le

et les

rues Tizon et Cloche-Percée, où
il

pensait que
lier

sur un banc de velours qui garnissait
se disant
:

pa-

son ami pouvait être revenu. Enfin,

comprit qu'il

y

avait

c'était le

un endroit par lct[ucl il guichet du Louvre, et

fallait qu'il [inssàt,
il


;

même, en
Soit,

au lieu de

le rejoindre,
il

j'attendrai,

résolut de l'aller

oui

mais, ajouta-t-il, j'y pense,

est

chez

la

reine

attendre sous ce guichet jusqu'à sa rentrée.
11

de Navarre, de sorte que
remetlongleiiips...
Il

je pourrais bien attendre

n'était plus qu'à cent pas

du Louvre,
il

et

fait

froid,

mordi! Allons, allons!

tait

sur ses jambes une
le

femme dont

avait déjà

j'attendrai aussi

bien dans

ma chambre.

Il

fau-

renversé

mari, place Saint-Germain-l'Auxcrrois,
il

dra toujours bien qu'il y rentre, quand
serait.
Il

le

lorsqu'à l'horizon

aperçut devant

diable y

lui, à la clarté

douteuse d'un grand fanal dresse près du pont-le-

achevait à peine ces paroles et commençait à
à

du Louvre, le manteau de velours cerise et la plume blanche do son ami, qui, dt'jà pareil à une ombre, disparaissait sous le yuichel en rendant le
vis

mettre
sultat,

exécution

la

résolution qui en

(-lait lo

ré-

lorsqu'un pas allègre et léger retcntil au-

dessus de sa tête, accompagné d'une petite chanson
si

salut à la sentinelle.

familière à son ami, que (loconas lendil aussitôt
le

Le fameux manteau cerise avait fait tant d'effet de par le monde, qu'il n'y avait pas ù s'y tromper.

lorou vers
la

côté d'où venait
la

le

bruit

ilii

pas

et

de

chanson. C'était

Mole qui descendait de l'étage
sitU('e sa chainlire. et qui.

--Eh! mordit
celle fois

s'écria
IJ[\\

Coconas;

c'est

bien lui

supérieur, celui où élait

et le voilà

rentre. Ehl oli! la Mole,

apercevant Coronns, se mit
les escaliers

à

sauter quatre à quatre

ch! notre ami. Peste!

j'ai p{)nrlaiit

une bonne voix.
entendu?

qui

lo

.<;éparaicni

encore de

lui,

cl,

Corumcnlbe

fait-il

donc

qu'il ne m'ait pas

celle opération terminée, se jeta

dans ses bras.

LA REINE MARGOT.

455

— Oh! mordi!
!

c'est toi! dit

Coconas. Et par où

diable es-tu donc sorti?
la

— Eh par rue Cloche-Percée, pardieu — Non, ne pas de maison — Et d"où? — De chez — De chez — De chez reine de Navarre. — n'y pas entré. — Allons donc! — Mon cher Annibal. déraisonMole,
!

jusqu'au bas de cet escalier, et que ton manteau, ton plumeau, tout, jusqu'à ton bras qui fait le balancier, était attendu
ici

par une dame que je soupde Navarre, laquelle a enqui,
si

je

dis

la

là-has..

.

çonne

fort d'être (a reine

traîné le tout par cette porte,

je

ne

me

la

reine.

trompe,

est

bien celle de
dit la

la

belle Marguerite.

la reine'?...
la

— Mordieu!
déjà trahison?

Mole en pâlissant, y aurait-il
Coconas. Jure tant que

Je

suis

—A
ses

la

bonne heure!

dit

tu voudras, mais ne

me

dis plus

que

je

me

trompe.
entre

dit la

tu

nes. Je sors de

ma chambre,
ta

La Mole hésita un instant, serrant

sa

tête

je t'attends depuis

deux heures. Tu sors de

— — Oui.
— Ce

mains et retenu entre son respect et sa jalousie; mais sa jalousie l'emporta, et il s'élança vers la
porte, à laquelle
ses forces,
il

chambre?
que j'ai poursuivi sur
la

ce qui produisit
la

commença à heurter de toutes un vacarme assez peu
majesté du lieu où l'on se

n'est pas toi

place

convenable eu égard à
trouvait.

— —A même. — Non. — Ce pas qui disparu sous ily a dix minutes? — Non. — Ce pas qui viens de monter
l'instant

du Louvre? Quand cela?

— Nous
est-ce qu'il

allons nous faire arrêter, dit Coconas,
c'est

mais n'importe,
guichet

bien drôle. Dis donc, la Mole,

n'est

toi

as

le

y aurait des revenants au Louvre?
le

le

n'en sais rien, dit
la

jeune homme, aussi
front; mais
l'occasion

pâle que
cet escaj'ai

plume qui ombrageait son
et,

n'est

toi

toujours désiré en voir,

comme

lier

comme

si

tu étais poursuivi par toute

une

lé-

s'en présente, je ferai de

mon mieux pour me

trou-

gion de diables?

ver face à face avec celui-là.

— Non. — Mordi


Coconas,
le

Je ne

!

s'écria

vin de

la

Belle-

frappe

m'y oppose pas, dit Coconas, seulement, un peu moins fort si tu ne veux pas l'effaexaspéré qu'il
et

méchant pour m'avoir tourné à ce point la tête. Je te dis que je viens d'apercevoir ton manteau cerise et ta plume blanche sous le guichet du Louvre, que j'ai poursuivi l'uK et l'autre
Étoile n'est point assez

roucher.

La Mole,

si

fût,

comprit

la justesse

de l'observation,

continua de frapper, mais plus

doucement.

i'jQ

LA REINE MARGOT.

XXV
I.n

MANTEAU CKBISE.

oronas

ne
le

sV'tait

point

— Savez-vou5
manda-t-elle.

le

latin,

monsieur de Mouy? de-

trompé. La daipe qui avait
arivté
eavalier au

manla

— Je

l'ai

su autrefois, répondit le jeune

homme,

teau cerise était bien

mais

je l'ai oublié.

reine de Navarre; quant

Marguerite sourit.

au cavalier au manteau cerise,

— Monsieur
Sûr de
savoir

de Mouy,

dit-elle,

vous pouvez être

notre lecteur

a

déjà

deviné, je présume, qu'il
n'était autre

ma discrétion. Cependant, comme je croia le nom de la personne que vous cherchez au
.«ervices

que

le

bravo de Mouy.
le

Louvre, je vous offrirai mes

pour vous guije crois

En
mais

reconnaissant la reine de Navarre,
qu'il

jeune

der siirement vers

huguenot comprit
il

y
Il

avait

quelque méprise,

— Excusez-moi,

elle.

madame,
et

dit

de Mouy,

n'osa rien dire, dans la crainte qu'un cri de
le

que vous vous trompez,
ignorez complètement...
s'écria

qu'au contraire vous
ne cherchez-

Marguerite ne

trahit.
les

préféra donc se laisser

amener jusque dans

appartements, quitte, une
conductrice
:

fois arrivé là, à dire à sa belle

— Silence pour
En
effet,

vous pas
le

silence,

madame.
serré

— Comment! Marguerite, de Navarre? — Hélas! madame, de Mouy,
le roi

dit

j'ai le

regret de

Marguerite avait
la

doucement

vous prier d'avoir surtout à cacher

ma
dit

présence au

bras de celui que, -dans
pris

demi-obscurité, elle avait
oreille, elle

Louvre

à

pour

la

Mole,

et,

se
:

penchant à son

— Écoutez,

Sa Majesté

le rui

votre époux.

monsieur de Mouy,

Marguerite

lui avait dit

— Sola

en latin

surprise, je vous ai tenu jusqu'ici
se laissa guider; mais,

snni; hitroitc, cnrissime (1).

De Mouy, sans répondre,
se trouva-t-il

pour un des plus fermes chefs du parti huguenot, pour un des plus fidèles partisans du roi mon mari me suis-je donc
;

à peine la porte se fut-elle refermée derrière lui. et

trompée?
ce

que
tait

l'escalier,

dans ranticliambro mieux éclairée que Marguerite reconnut que ce n'éredouté le prudent huguenot
;

point la Mole.
petit cri qu'avait

— Non, madame, car matin encore que vous — Et pour quelle cause avez-vous changé depuis
co
j'étais tout

dites.

Ce

ce matin

?

échappa en ce moment à lïarguerite
il

heureusement

— Madame,
Et

dit

de Mouy en s'indinant, veuillez
la

n'i'tait l'Ius à

craindre.
!

me
dit-elle

dispenser de répondre, et faites-moi

grâce

Monsieur de Mouy
pas.

en reculant dHin
Ma-

d'agréer

mes hommages.
une
attitude
la

— Moi-même, madame, — Oh

de Mouy, dans
fil

respectueuse,
porte par la-

et je supplie Votre

de me laisser libre de continuer mon cliomin sans rien dire à personne de ma pn'sence an Loujesté

mais ferme,
quelle
il

quelques pas vers

était entré.

.Marguerite l'arrêta.

vre.

!

monsieur de Mouy! répéta Marguerite,

- Cependant, monsieur,
jo

dit-elle, si j'osais
;

vous

demander un mot
bonne, ce

et
il
-

d'explication

ma

parole esl

m'étais donc troinpi'c!

Oui, dit de Mouy, je comprends, Votre Majesté m'aura pris pour le roi de Navarre c'est la même
;

me

semble?

taille,

la

voulaient

même plume blanche, et beaucoup, qui me flatter sans doute, m'ont dit la nv'me

Madame, répondit de Mouy, je dois me taire, faut que ce dernier devoir soit bien réel pour
point encore répondu à Votre Majesté.

que

je n'aie

tournure.

Marguerite regarda fixement de Mouy.

— Cependant, monsieur.,. — Votre Mnjeslo peut mo perdre,
elle

madame mais
;

ne peut exiger que

je

lrahis,se

mes nouveaux

(1)

Je suis «culc; enlrci,

mon

très-cher.

amis.

LA REINE MARGOT.

457

Votre Majesté peut

me

perdre,

madame.

— Page 156.

— Mais anciens, monsieur, n'nnt-ils pas quelques droits sur vous? — Ceux qui sont oui — ceux
les

aussi

restés fidèles,

;

qui

— Impossible, madame. — Entendez-vous? — On frappe. — Oui — porte par laquelle vous voulez que
à la
je fasse sortir

non-seulement nous ont abandonnes, mais encore se sont abandonnés eux-mêmes, non.
Marguerite, pensive et inquiète, allait sans doute

monsieur.

répondre par une nouvelle interrogation quand soudain Gillonne s"élani;a dans Tappartement.

— Et qui frappe? — Je ne
sais.

— Le do Navarre — Par où — Par corridor — monsieur par
roi
'.

cria-t-elle.
à

— — Madame,
lotte

Allez voir, et
dit

me

le

revenez dire.

de Mouy, oserai-je faire observer
si le

vient-il

?

Votre Majesté que,

roi de

Navarre

me

voit à

le

secret.

heure

et

sous ce costume au Louvre, je suis
^

Faites sortir

l'autre porte.

[lêldu?

158
Marguerite
saisit
:

LA REINE MARGOT.
de Mouy,
et l'cnlraînant vers le

.


soit

Je dirais

que

je suis prête à lutter avec vous,

fameux cabinet

dans l'ombre,

soit fût.

ouvertement, contre ce quelvous

vous y êtes aussi bien caché et surtout aussi garanti que dans
Entrez
ici,

monsieur,

dit-elle;

qu'un, quel qu'il

— Madame,

continua Henri,

il

est possible

votre maison

même,

car vous y êtes sur

la

foi

de

d'entrer à toute heure, n'est-ce pas, chez M. d'A-

ma
la

parole.
s'y

lençon votre frère
élança précipitamment
,

;

vous avez sa confiance,

et

il

De Mouy
parut.

et à

peine

vous porte une vive amitié. Oserai-je vous prier de

porte était-elle refermée derrière lui, que Henri

vous informer
Marguerite

si,

dans ce

moment même,
;

il

n'est

pas en conférence secrète avec quelqu'un

Cette fois, Marguerite n'avait

aucun trouble

à ca-

cher; elle n'était que sombre, et l'amour était à cent
lieues de sa pensée.

— Avec monsieur? demanda-t-elle. — Avec de Mouy.
qui,

tressaillit.

Quant

à

Henri,

il

entra avec cette minutieuse dé-

— Pourquoi cela? demanda Marguerite en répri— Parce que,
s'il

fiance qui, dans les
lui faisait

moments

les

moins dangereux,

mant son émotion.
en
est ainsi,

à

remarquer jusqu'aux plus petits détails; plus forte raison, Henri était-il profondément obil

madame, adieu
la

tous nos projets, tous les miens du moins.

servateur dans les circonstances où
Aussi
vit-il à l'instant

se trouvait.

Sire, parlez bas, dit

Marguerite en faisant à

même

le

nuage qui obscurdit-il.

fois

un signe des yeux
le cabinet.
!

et des lèvres et

en désignant

cissait le front

— Vous occupée, madame? — Moi, mais — Et vous madame;
étiez

de Marguerite.

du doigt
rité, ce

— Oh

oh

!

dit

Henri
si

;

encore quelqu'un? En vé-

oui, sire, je rêvais.

cabinet est

souvent habité, qu'il rend vo-

sied.

aviez raison, la rêverie vous Moi aussi, je rêvais; mais, tout au contraire de

tre

chambre inhabitable.
est-ce toujours M. de la Mole? de-

Marguerite sourit.

vous, qui recherchez la solitude, je suis descendu

exprès pour vous faire part de mes rêves.

Au moins, manda Henri.

lui

Margu^ite fit au roi un signe de bienvenue, et, montrant un fauteuil, elle s'assit elle-même sur
fine et forte

— — Non,

;

sire, c'est

M. de Mouy.

Lui? s'écria Henri avec une surprise mêlée de
il

une chaise d'ébène sculptée
l'acier.
11

comme

de

joie

n'est

donc pas chez

le

duc d'Alençon, alors?
et,

Oh
fit

1

faites-le venir

que

je lui parle...

se
:

entre les deux époux

un

instant de
:

si-

Marguerite courut au cabinet, l'ouvrit,

pre-

lence

puis,

rompant ce silence
suis rappelé,

le

premier

nant de Mouy par

la

main, l'amena sans préambule
dit le

Je

me

madame,

dit Henri,

que
avec

devant

le roi
!

mes rêves sur
les vôtres,

l'avenir avaient cela de

commun

— Ah

de Navarre.

madame,

jeune huguenot avec un
triste

que, séparés

comme

époux, nous dési-

rions cependant l'un et l'autre unir notre fortune.

— — Je

C'est vrai, sire.

crois avoir compris aussi que, dans tous

qu'amer, vous me malgré votre promesse, c'est mal Que diriez-vous si je me vengeais en disant... Vous ne vous vengerez pas, de Mouy, interaccent de reproche plus
trahissez,
.

les

plans que je pourrai faire d'élévation

commune,
alliée.

vous m'avez dit que je trouverais en vous non-seu-

lement une

— Oui,

fidèle,
et

mais encore une active
je
le

sire,

no demande qu'une chose,
plus vite possible à l'œu-

la main du jeune homme, ou du moins vous m'écouterez auparavant. Madame, continua Henri en s'adressant à la reine, veillez, je vous prie, à ce que personne ne nous écoute.

rompit Henri eu serrant

c'est

qu'en vous mettant

Henri achevait à peine ces mots que Gillonne arriva tout effarée et
dit
la

vre vous

me

donniez bientôt l'occasion

de m'y

à

l'oreille

de Marguerite

mettre aussi.

— Je suis heureux de vous trouver dans ces dismadame,
et je crois
je perdisse

quelques mots qui

firent

bondir de son siège.

Pendant qu'elle courait vers l'antirhambre avec
Gillonne, Henri, sans .s'inquiéter de la cause qui
l'appelait hors de l'appartement, visitait lo
lit,

positions,

que vous n'avez pas
de vue
le

douté un instant que
j'ai

plan dont

la

résolu l'exécution le jour

même
j'ai

où, grâce à

ruelle, les tapisseries, et sondait
railles.

du doigt

les

mu-

votre courageuse intervention,

été à

peu

prè.s

Quant

à
il

RÛr d'avoir

— Monsieur,

la

vie .sauve.
je crois

préambules,
qu'en vous l'insouciance

M. de Mouy, effarouché de tous ces s'assurait préalablement que son

épée ne tenait pas au fourreau.
Marguerite, en sortant de
.sa

n'est

qu'un masque,

et j'ai foi

non-seulement dans

chambre

à coucher,

les prédictions des astrologues, mais encore dans

s'était élancée dans ranlicbaiiibre et

s'i'lait

trouvée

votre génie.
(Jue diriez-vous donc,

en face de

la

Mole, lequel, nialgn' toutes les prières
à

madame,
et

si

quelqu'un

do Gillonne, voulait
guerite.

toute fnrro entrer chez Mar-

venait se jeter à la traverse de nos plans et nous

menaçait de nous réduire, vous

moi, à un ctnt

Coconas se tenait derrière

lui,

prêt à le pousser

médiocre?

en avant ou

îi

soutenir

la retraite.

LA REINE MARGOT.

159
bien utilisé son temps. Gillonne, en vesecret, les

— Ahl
la reine,

c'e<t vous,

monsieur de

la

Mole, s'écria

et elle avait

mais qu'avez-N ous donc, vous aussi pâle et tremblant?

et

pourquoi êtes-

dette

du passage

deux gentilshommes en

faction à l'entrée principale, lui donnaient toute séla

— Madame,
à la porte

dit Gillonne,

M. de

Mole a frappé

curité.

de

telle sorte,
j'ai été

que, malgré les ordres de
et

— Madame,,
sible,

dit Henri, croyez-vous qu'il soit pos-

Votre Majesté,

forcée de lui ouvrir.

par

un moyen

queleon([ue, de nous écouter

— Oh! oh!
ment

qu'est-ce donc que cela? dit sévère-

la reine; est-ce vrai ce

qu'on

me

dit là,

mon-

— Monsieur,

de nous entendre?
dit Marguerite, celte chambre est un double lambris me répond de son

sieur de la Mole?

matelassée, et

— Madame, — Vous
me
et

c'est

que

je voulais

prévenir Votre

assourdissement.

Majesté qu'un étranger,
peut-être, s'était introduit

un inconnu, un voleur chez elle avec mon mandit Marguerite, car
et je crois,

— Je m'en rapporte à vous, répondit en souriant
Henri.
Puis, se retournant vers de

teau

mon chapeau.
êtes fou,

monsieur,

— Voyons,

Mouy

:

dit le roi à voix basse et

comme

si,

je vois votre

manteau sur vos épaules,

malgré l'assurance de Marguerite, ses craintes ne
s'étaient pas entièrement dissipées,
faire ici?

Dieu

pardonne, que

je vois aussi votre

chapeau

que venez-vous

sur votre tête lorsque vous parlez à une reine.

pardon, madame, pardon! s'écria la Mole découvrant vivement, ce n'est cependant pas. en se Dieu m'en est témoin, le respect qui me manque.

— Oh!

— Non, — Que voulez-vous?
est

c'est la foi, n'est-ce pas? dit la reine.

s'écria la

Mole

;

quand un
il

homme
nom,

chez Votre Majesté,

quand
et

s'y in-

— de Mouy. — Oui, dans chambre, répéta Henri. — n'y venait rien Marguerite; moi qui — Vous donc?... — deviné
Ici? dit
ici,

cette

l\

faire,

dit

c'est

l'y ai attiré.

saviez

J'ai

tout.

troduit en prenant

mon
dit

costume,

peut-être

mon

— Vous voyez bien,
ner.
ce matin avec le

de Mouy, qu'on peut devi-

— Un homme

qui sait?...
!

Marguerite en serrant douce;
! . .

— Monsieur de Mouy, continua Marguerite,
duc François dans
la

cinit

ment la Vous êtes modeste, monsieur de
rez

main du pauvre amoureux un homme
la

chambre de

Mole. Approchez

votre tête de l'ouverture de la tapisserie et vous ver-

deux de ses gentilshftnmes. Vous voyez bien, de Mouy, répéta Henri, qu'on

deux hommes.
effet, la

sait tout.

Et Marguerite entr'ouvrit, en

portière de

velours brodé d'or, et

la

Mole reconnut Henri causant
:

avec l'homme au manteau rouge

Coconas, curieux

s'était

comme
et vit et

s'il

lui-même, regarda aussi, reconnut de Mouy tous deux demeurèrent
se fût agi de
;

stupéfaits.

— Maintenant que vous
j'espère

voilà rassuré, à ce

que

du moins,

dit Marguerite, placez-vous à la
et,

— de Mouy. — Henri, que M. d'Alencon emparé de vous. — votre Pourquoi avez-vous obstinément ce que venais vous fusé — Vous avez Marguerite. Ce pressentais donc que — Madame, Henri secouant
C'est vrai, dit

J'en étais sûr, dit

C'est

faute, sire.

re-

si

je

offrir?

refusé

!

s'écria

refus

je

était

réel

?

dit

la

tête,

et toi,

porte de

mon

appartement,

sur votre vie,

mon

mon
moi,

brave de Mouy, en vérité, vous

avec vos exclamations. Quoi!

me un homme

faites

rire

entre chez

cher

la Mole, ne laissez entrer personne. S'il approche quelqu'un du palier même, avertissez.

me

parle de trône, de révolte,

de bouleverse-

sortit

La Mole, faible et obéissant comme un enfant, en regardant Coconas, qui le regardait aussi,

ment, à moi, à moi Henri, prince toléré pourvu que je porte le front humble, huguenot épargné à la
condition que je jouerai
le

catholique, et j'irais ac-

et tous

deux

se trouvèrent dehors sans être bien

Wl^

cepter quand ces propositions

me
et

sont faites dans

venus de leur ébahissement.

— De Mouy! Coconas. — Henri! murmura Mole.
s'écria
la

une chambre non matelassée
bris
!

sans double lam-

Ventre-saint-gris

!

vous êtes des enfants ou des

— De Mouy,
et ton

fous!

avec ton manteau cerise, ta plume bras en balancier.

— Mais,
laisser

sire,

Votre Majesté ne pouvait-elle

me

blanche

— Ah
ne

çà! mais... reprit la Mole,
s'agit pas

du moment
certainement

quelque espérance, sinon par ses paroles, du moins par un geste, par un signe?

qu'il

d'amour,

il

s'agit

de complot.

Ah! mordi nous voilà dans la politique, dit Coconas en grommelant. Heureusement que je ne vois point dans tout cela madame de Nevers.
!

manda Henri. Oh sire, — Eh mon
! !

— Que vous —
si

a dit

mon

beau-frère, de

Mouy? de-

ceci n'est point

mon

secret.

Dieu, reprit Henri avec une certaine

impatience d'avoir affaire à un
nait

Marguerite revint s'asseoir près des deux interlocuteurs
;

mal

ses paroles, je

sa disparition n'avait duré qu'une minute,

quelles sont les

homme qui comprene vous demande pas propositions qu'il vous a faites, je

IGÛ

LA

iii:im:

^îargot.

Henri

soiulaii, liu

Joigl le» murailles.

1'*i;e

158,

VOUS Hniuindii
tcndii.

sfiiili'iiicnt

s'il

écoulail.

s'il

a

cii-

lons, allons, de
lion sens

Mouy. vous
Navarre,
jilus

faites
et
j(^

du

roi di\

peu d'honneur au m'étonne que. no
esprit,

Il

éooiilnit, sire. iH

il

a iMili'nilu.

le le dilis vuiis-

mettant pas

haut dans votre

vous

Il

écoutait, et
(le

il

a crilcnilu!

vous

soyez venu lui offrir une couronne.

niriTHS

Ctes!
je

si

j'avais dit

Mouy. l'ainrc un mot,
poitit,
ji^

coiispiraliMir

([ue

vous
si

— Mais,
.le

sire, reiirit

encore de Mouy, ne pouvie?.-

\(ius l'ticz [lerdu. Car,

vous, tout en refusant celle couronne,

me

faire

un

ne savais

nie doutais,

était là, et,

sinon

lui, (iue|r|ue
la

du moins, qu'il autre, le duc d'Anc'est

signe? perdu,

n'aurais

pas cru

lonl

désespéré,

tout

jou, (iliarles IN,

n^ine inèrc; vous no connaissez
;

tait,

Kli

'

\enirosainl-gris' s'écria Henri,
pas aussi luen \oir,
i>l

s'il

éc(Ui-

pas les

murs du Louvre, de Mnn\
fait le jirovi^rbe (|ue les

pour eux

ne

|iouviiit-il

n'est-on

qu'a été

nuirs ont des oreil-

pas perdu par un signe
nez, do

comme
lo roi

jiar

une

iiarole? Te-

les, cl, connaissanl ces niurs-là, j'oussc parlé! Al-

Mouy, coulinua

en regardant autour

LA

mm:

iMaugot.

K>!

£::zj^.

£jitei!éâ£i.

lit,

venlre-ijiiil-ïris! s'écrui Henri,

s'il

éfjulait?

P*c.t 100.

de

lui, à cettL'

heure,

si

près de vous ijue

mes paje dis

roles

ne

francliissent pas le

cerde de nos

trois chai:

ses, je

crains encure d'être entendu

quand

notre salut à tous. Crois-tu donc (juo le rui de Na\arre garantirait vus têtes? au contraire, malheureux Je vous fais tuer tous jusqu'au dernier,
c'est
!

Do Mouy, répète-moi

tes propositions.

et cela

sur

le

moindre soupçon. Mais un
autre chose.

fils

de de

— Mais,
dépit, ses

sire, s'écria

de Mouy au désespoir, main-

France,

c'est

Aie des preuves,

tenant je suis engagé avec M. d'Alencon.

Marguerite fi'appu Tune contre l'aiUre.

et

avec

Mouy, demande des garanties; mais, niais que lu es, tu le seras engagé de cœur, et une parole t'aura
suffi.
*

— Alors, donc trop tard? — Au contraire, murmura Henri,
il

deux

belles mains.
dit-elle.

est

— Oh!
les

sire,

s'écria

de Mouy,

c'est le désespoir
([ui

coinprcixz

du votre abandon, croyez-le bien,

m'a

jeté

dans

donc qu'en cela
sible.

même

la

protection de Dieu est vi-

Reste engagé, de Mouy, car, ce duc François,

bras du duc; c'est aussi la crainte d'être trahi, car il teuait notre secret.

21
Pirii.

.

inip. lie

DRÏ

iXxik,

bouisstri Slsnifaioasse, Si.

162

LA REINE MARGOT.
le sien à ton tour,

— Tiens donc
dépend de
toi. la

de Mouy, cela

seulement, je

me

réserve de choisir la meilleure,

Quedésire-t-il? Être roi de Navarre!

c'est-à-dire celle qui sera le plus à
et à la vôtre.

ma convenance
était

couronne. Que veut-il? Quitter la cour? Fournis-lui les moyens de fuir, travaille pour lui, de Mouy, comme si tu travaillais pour moi, diPromets-lui
rige le bouclier pour qu'il pare tous les coups qu'on

— Et

si,

en attendant. Votre Majesté où l'on
je le
sire.

arrê-

tée,

Votre Majesté promet-elle de ne rien révéler,

au cas

même

violerait par la torture la

ma-

nous portera. Quand
deux; quand
gnerai seul.
il

il

faudra fuir, nous fuirons à
et

jesté royale?

faudra combattre

régner, je ré-

— De Mouy, — Un mot,
— Vous
;

jure sur Dieu.
reverrai-je?

Comment vous
dès

Déficz-vous du duc, dit Marguerite, c'est

un

esprit

sombre

et pénétrant,

sans haine

comme

sans

amitié, toujours prêt à traiter ses amis en ennemis.
et ses

une clef de ma chambre vous y entrerez, de Mouy, autant de fois qu'il sera nécessaire et aux heures que vous vouaurez,

demain,

ennemis en amis.
Et, dit Henri,
sire.
il

drez.

Ce sera au duc d'Âlençon de répondre de voau Louvre. En attendant, remontez
vous servirai de guide. Penentrer
ici le

vous attend, de Mouy?

tre présence

— Dans chambre de deux gentilshommes. — A quelle heure? — Jusqu'à minuit. — Pas encore onze heures, Henri n'y de Mouy. point de temps perdu, — Nous avons votre parole, monsieur, Marla

— Où

— Oui,

par

le petit escalier; je

cela?

dant ce temps-là,
ses

la reine fera

manteau

rouge, pareil au vôtre, qui était tout à l'heure dans

l'antichambre.

11

rence entre
ilouble,

les

deux

ne faut pas qu'on fasse une difféet qu'on sache que vous êtes
de Mouy, n'est-ce pas, maet

dit

;

il

a

n'est-ce pas,

allez,

dame?
Henri prononça ces derniers mots en riant regardant Marguerite.

dit

en
ce

guerite.

— Allons donc,
et

madame,
si

dit

Henri avec cette

— Oui,

dit-elle sans s'émouvoir; car
la

enfin,

confiance qu'il savait

bien montrer avec certaines

monsieur de

Mole est au duc

mon
le

frère.

personnes

dans certaines occasions, avec M. de ne se demandent
sire,
j'ai

Eli

bien! lâchez de nous

gagner, madame,

Mouy

ces choses-là

même
le

point.

dit

Henri avec un sérieux parlait. N'épargnez ni
promesses. Je mets tous

— Vous
que
je dise

avez raison,

répondit

jeune
il

l'or ni les

mes

trésors à sa

homme; mais moi
aux

besoin de la vôtre, car

faut

disposition.

chefs

que

je l'ai reçue.

Vous n'èles

— Alors,
tel

dit

Marguerite avec

un de
de

ces sourires
lioccace;

point catlioli(iue, n'est-ce pas?

qui

n'appartiennent qu'aux

femmes de

Henri haussa

— Vous

les épaules.

puisque
à
la

est votre désir, je ferai

mon mieux

ne renoncez pas

royauté de Na-

pour

le

varre?

— Bien,

seconder.
bien,
le

madame;

et vous,

de Mouy, re-

Je ne renonce à

aucune royauté, de Mouy;

tournez vers

duc

et enferrez-le.

^

LA REINE BIARGOT.

163

XXVI
MARGARITA.

ondam
'Jf

la conversation

que

Et sur ce, Coconas tendit la
partit après avoir

main

à la Mole, et

nous venons de rapporter, la Mole et Coconas montaient leur faction; la Mole

échangé avec son compagnon un

dernier regard
11

et

un dernier

sourire.

y avait dix minutes à

peu prés qu'il avait

un peu chagrin, Coconas un peu inquiet.
C'est

quitté son poste, lorsque la porte s'ouvrit, et

que

Marguerite, paraissant avec précaution, vint pren-

que

la

Mole avait

dre

la

Mole par

eu

le

temps de

réllccliir, et

parole, l'attira

la main, et, sans dire une seule du corridor au plus profond de son

que Coconas l'y avait merveilleusement aidé. Que penses-tu de tout cela, notre ami?

appartement, fermant elle-même
avait

les portes

avec un

soin qui indiquait l'importance

de

la

conférence

demandé

la

Mole

à Coconas.
le

Piémontais, qu'il y a dans tout cela quelque intrigue de cour.

— Je pense, avait répondu
Et,
le

qui allait avoir lieu.

Arrivée dans la chambre, elle s'arrêta,
sa chaise d'ébène, et attirant la

s'assit

sur

Mole à
siennes

elle
:

en en-

cas échéant, es-tu

disposé à jouer

un

fermant

ses

deux mains dans

les

rôle

— Mon

dans

cette intrigue?

— Maintenant que nous
elle,

sommes

seuls,

lui

dit-

cher, répomlit Coconas, écoute hien ce
et

causons sérieusement,

que

je te vais dire,

tâche d'en faire ton profil.
princlères, dans toutes ces
et,

Dans toutes

ces nipnées

machinations royales, nous ne pouvons,

— Sérieusement, — Ou amoureusement...
t-il

mon grand ami. madame? dit la Mole.
voyons
!

cela vous va-

surtout,
:

nous ne devons passer que comme des ombres où le roi de Navarre laissera un morceau de sa plume
et le

peut y avoir des choses sérieuses dans l'amour et surtout dans l'amour d'une reine.
il

mieux?

duc d'AIençon un pan de son manteau, nous laisserons notre vie, nous. La reine a un caprice
toi

— Causons
à la condition

alors...

de ces choses sérieuses, mais que Votre Majesté ne se fâchera pas

pour

et

toi

une

fantaisie

pour

elle,

rien de

des choses folles que je vais lui dire.

mieux. Perds la tète en amour, la perds pas en politique.
C'était

mon

cher, mais ne

— Je ne

me

fâcherai

que d'une,

la Mole, c'est si

vous m'appelez

madame ou

Majesté.

Pour vous,

un sage
la

conseil. Aussi fut-il écouté par la

très-cher, je suis seulement Marguerite.

Mole avec
va suivre.

tristesse

d'un

homme

qui sent que,
la folie qu'il

— Oui,
perle
!

Marguerite! oui,

Margarita!
la

oui,

ma

placé entre la raison et la folie, c'est

dit le

jeune

homme

en dévorant

reine de

son regard.

Je n'ai point

une

nibal, je l'aime; et,

pour la reine, Anmalheureusement ou heureufantaisie

— Bien comme
êtes jaloux,
!

cela, dit

Marguerite; ainsi vous

sement, je l'aime de toute
lie,

mon àme.

C'est de la fp-

me

diras-tu.

Je l'admets, je suis fou. Mais toi

qui es un sage, Coconas, tu ne dois pas souffrir de

— Oh en perdre — Encore!.. — A en devenir
à
le

mon beau gentilhomme?
la

raison.

mes

sottises et

de

mon
te

infortune. Va-t'en retrouver
pas.
la

notre maître et ne

compromets

Coconas réfléchit un instant, puis, relevant
tête

— Mon

:

cher, répondit-il, tout ce que tu dis

— Mais enfin? d'abord. — croyais que, après
— Pu
Je
roi

— Et jaloux de qui voyons — De tout monde.
?

fou, Marguerite.
!

ce

que vous avez vu

et

est

parfaitement juste, ta es amoureux, agis en

amoureux.
en

— Moi,

entendu, vous pouviez être tranquille de ce côté-là.

je suis
la

ambitieux, et je pense


la

cette qualité

que

vie vaut

mieux qu'un

baiser

première

De ce M. de Mouy que j'ai vu ce matin pour fois, et que je trouve ce soir si avant

de femme. Quand

je risquerai

ma

vie, je ferai

mes

dans votre intimité.

conditions. Toi, de ton côté, pauvre Médor, tâehe de
faire les tiennes.

— Oui.

— De M. de Mouy?

464
-"Et
Mouy?

LA REINE MARGOT.
qui vous donne ces soupçons sur M. do

M.

le

duc d'Alençon? pourquoi ce manteau
ce n'est pas vous

cerise,

cette

reconnu à sa taille, à la couleur de ses cheveux, à un sentiment naturel de haine, c'est lui qui ce matin était chez M. d'AtenJ8 l'ai

— Écoutez...

plume blanche, cette tournure?... Ah! madame,
soupçonne,

affectation d'imiter

ma
je

que

— Malheureux!
que
le

c'est votre frère.

dit Marguerite,

malheureux qui
la

çon

croit

moi? M. d'Alençon est votre frère on dit que vous l'aimez beaucoup; vous lui aurez conté une vague
cela a-t-il avec
;

— Eh bien! quel rapport

duc François pousse

complaisance
sa

jusqu'à introduire

un soupirant chez
que
le

sœur! In-

sensé qui se dit jaloux et qui n'a pas deviné! Savez-vous,
la

Mole,

duc d'.\lençon demain
s'il

pensée de votre cœur; et
cour,
il

lui,

selon l'habitude de la

vous tuerait de sa propre épée
êtes là, ce soir, à

savait

que vous

aura favorisé votre désir en introduisant près de vous M. de Mouy. Maintenant, comment
ai-je été assez

mes genoux,

et
:

qu'au lieu devons
Restez
là, comme mon beau

chasser de cette place je vous dis

en

même
;

heureux pour que le roi temps que lui c'est ce que
;

se trouvât
je

vous êtes,

la

Mole;
:

car je vous aime,

ne puis

gentilhomme

entendez-vous, je vous aime!
il

— Eh

savoir; mais, en tout cas,

madame, soyez franche autre sentiment, un amour avec moi à défaut d'un comme le mien a bien le droit d'exiger la franchise
en retour. Voyez, je me prosterne à vos pieds. Si ce que vous avez éprouvé pour moi n'est que le caprice d'un moment, je vous rends votre foi, votre promesse, votre amour, je rends à M. d'Alençon ses bonnes grâces et ma charge de gentilhomme, et je
vais
fois

bien! oui, je vous le répète,

— Grand Dieu
et

vous tuerait!

!

s'écria la

Mole en se renversant
effroi,

en arrière

en regardant Marguerite avec
ami, en notre temps

serait-il possible?

— Tout
le

est possible,

et

dans

cette cour. Maintenant,

un

seul

mot

:

ce n'était pas

pour moi que M. de Mouy, revêtu de votre manteau,

visage cach(' sous votre feutre, venait au

au siège de la Rochelle, si toutel'amour ne m'a pas tué avant que je puisse arfaire tuer

me

Louvre. C'était pour M. d'Alençon. Mais,
n'étais pas prévenue, je l'ai pris

moi,

je

pour vous,
Il

je lai

river jusque-là.

amené
yeux
cette action pleine de

ici,

croyant que
il

c'était vous.

tient

notre

.Marguerite écouta en souriant ces paroles pleines

secret, la Mole,

de charme,

et suivit des

grâces; puis, penchant sa belle tête rêveuse sur sa

court et c'est plus sûr.

main brûlante

:

— Mole, mieux — Et moi, mon brave gentilhomme,
.l'aime
le

faut

donc

le

ménager.

tuer, dit la

c'est

plus

dit la reine,

— Uh! madame,
salut, plus

— Vous

m'aimez'.' dit-elle.

j'aimemieux

qu'il vive,

etque vous sachiez
utile,

tout, car

plus que
;

ma

vie,

plus que

mon

sa vie

nous

est

non-seulement

mais nécessaire.

que tout

mais vous. vous... vous ne

Ecoulez et pesez bien vos paroles avant de

me

réré-

m'aimez pas!

pondre
jouir
si

:

m'aimez-vous
je devenais

assez, la .Mole,

pour vous

.ses

— Pauvre fou! murmura-t-elle. — Eh! madame, Mole vous — La première de votre vie
oui,
.s'écria la

véritablement reine,

c'est-à-

toujours â

dire maîtresse d'un véritable roj'aume?-

pieds, je

ai dit (jue je l'étais.

— Hélas! madame,
que vous

je

vous aime assez pour déce désir dùt-iU'aire le

affaire

est

donc vo-

sirer ce

désirez,

tre

— — Eh
— Ma

amour, cher

la Mole'.'

malheur de toute
c'est l'unique.

ma

vie!
réaliser ce

C'est la seule,

madame,
ne
cet


reste
:

Eh bien
je

!

voulez-vous m'aider à

bien! soit; je

ferai

do tout

le

(b'sir,

qu'un accessoire de

amour. Vous m'aimez

vous

— Oh!

qui vous rendra .plus heureux encore?

vous perdrai,
tête

madame!
mains.

s'écria In

Mole

voulez demeurer près de moi'!
seule prière à Dieu est qu'il ne m'éloigne

en cachant sa

dans

ses

jamais de vous.
soin de vous,

-^ Non pas, au comraire; au lieu d'èin» le premier de mes serviteurs, vous deviendrez le premier
de mes sujets. Voilà tout.

— Eh bien! vous ne me Mole. — Vous avez besoin de moi,
la
!

(luitleroz pas;

j'ri

be-

— Oh! pas
souillez

d'intérêt... pasd'ambition,

madame...
j'ai

le soleil a

besdiu

ilu

ni'

pas

vous-même

le

senlinient ()ue

ver luisant

pour vous... du dévouement, rien que du di'voue(lis

Si je

vous

que
!

je

vous aime,

me

serez-voiis

uumt!

entièrement

di'voui'

— Noble nature!
El elle
lui

dit Marguerite.

Eh bien!

oui,

— Eh! ne entier? — Oui — mais
pardonne
I

le suis-je pfiinl di'jà.

madami'l

d

tout

je laccepie. Ion

dévouement,

et je saurai le

recon-

naître.

vous Jo'.Ucz encore.

iHcu

me

lendit ses

deux mains, que

la

Molo

couvrit de baisers.
j'ai

— Oh

1

tort,
l'ai

je

siisi

ingi at

ou

plutôt,
ri<péi(',

— Kh
— Kh
je

bien? dit-elle.
bien! oui, répondit
la

comme
je suis

je

vous
fou.

dit cl

comme

ovus l'avez

Mole. Oui, Marguece vague projet

un

Mais pourquoi M. de Mouy
l'ai-jo

l'iait-il

rite;
ilont

commence

à

comprendre

chez vous ce soir? pourquoi

vu ce malin chez

on parlait déjà chez nous autres huguenotsnvunt

LA REINE

3I.AUG0T.

135

El pUe

lui tiT.ilil

ji»'!

ileiiv

nioius.

(|iif la

Molci couvrit di- l)ai<;ef;.

("iOE

1G4.

la

Sainl-Barthélemy,

ce projet,

pour rexécution

sons-le s'égarer

:

sa vie

duquel,

comme

tant d'autres plus dignes

que moi,
vous
la

j'avais été

mandé à
:

Paris. Cette royauté réelle de Nafictive,

varre quidevait remplacerune royauté
convoitez
le roi

— Mais moi, hir? — Le trahir!
vous
a-t-il

nous répond de
suis à lui,

la

nôtre.

moi qui
et

pnii-je le tra-

en quoi

le trahirez

vous? Que
chamoi.
a-t-il

spire avec vous, n'est-ce pas? Mais le

Henri vous y pousse. De Mouy conduc d'Alençon,

confié? N'est-ce pas lui qui vous a trahi,
et votre

en donnant à de Mouy votre manteau

que

dans toute cette affaire? Où y a-t-il un trône pour lui dans tout cela ? Je n'en vois point. Or, le duc d'Alençon est-il assez votre... ami pour vous
fait-il

peau

comme un moyen

de pénétrer jusqu'à lui?

Vous

êtes à lui, dites-vous. N'étiez-vous pas à

mon gentilhomme,

avant d'être à lui? Vous

aider dans tout cela, et sans rien exifjer en échange

du danger

— Le duc,

qu'il court?

donné une plus grande preuve d'amitié que preuve d'amour que vous tenez de moi?
La Mole
se releva pâle et

ia

ami, conspire pour

.son

com[ile. Lais-

comme

foudroyé.

166

LA REINE
le disait bien.

JIAI\GOT.

— Oh! murmura-t-il' Coconas me
touffera

— Eh bien!

dit Marguerite,

si,

ce qu'à Dieu ne

L'intrigue m'enveloppe dans ses replis. Elle m'é-

plaise! tes sombrespressentiments se réalisaient,

mon

— Eh bien? demanda Marguerite.
— Eh bien
la
1

beau gentilhomme, sur
réponse

cette croix, je te le jure, tu

seras près de moi, vivant ou mort, tant
:

que

je vi-

dit la Mole,

voici

ma

On

vrai

moi-même

;

et, si je

ne puis
ta

te

sauver dans le
seule, je le
la
si

prétend, et je

l'ai

entendu dire

à l'autre extrémité

péril oij tu te jettes
sais, je

pour moi, pour moi
et

de

France, où votre

nom

si illustre,

votre répu-

donnerai du moins à

pauvre âme

conbien

tation

de beauté

si

universelle,

m'étaient venus
le

solation

que tu demandes

que tu auras

comme un vague
et

désir

de l'inconnu effleurer

méritée.

cœur, on prétend que vous avez aimé quelquefois,

— Un mot encore,
me

Marguerite. Je puis mourir

que votre amour
si

a toujours été fatal
la

aux

objets

maintenant,

voilà rassuré sur

ma

mort; mais
:

de votre amour,

bien que

mort, jalouse sans

aussi je puis vivre,

nous pouvons réussir

le roi

de

doute, vous a presque toujours enlevé vos amants.

— La Mole!... — Ne m'interrompez

Navarre peut être roi, vous pouvez être reine, alors le roi vous emmènera ce vœu de séparation fait
;

pas, ô

ma

Margarita ché-

entre vous se rompra

un jour

et

amènera

la

nôtre.

on ajoute aussi que vous conservez dans des boîtes d'or les cœurs de ces fidèles amis (1), et que parfois vous donnez à ces tristes restes un souvenir mélancolique, un regard pieux. Vous soupirez, ma reine, vos yeux se voilent, c'est vrai. Eh bien! faites de moi le plus aimé et le plus heureux de vos favoris. Des autres vous avez percé le cœur,
rie! car
et

Allons, Marguerite, chère Marguerite bien-aimée,

d'un mot vous m'avez rassuré sur

ma

mort, d'un

mot maintenant rassurez- moi sur ma vie. Oh ne crains rien, je suis à toi corps et âme, s'écria Marguerite en étendant de nouveau la main si je pars, tu me suisur la croix du petit coffre vras; et, si le roi refuse de t'emmener, c'est moi

!

:

vous gardez ce cœur; de moi, vous

faites

plus,

alors qui

vous exposez

ma

tête...

Eh

bien! Marguerite, jula

rez-moi devant l'image de ce Dieu qui m'a sauvé
vie ici-même; jurez-moi que,
si

— Mais vous n'oserez — Mon Hyacinthe bien-aimé,
;

ne

partirai pas.
résister!
dit Marguerite, tu

je

meurs pour vous,

comme un sombre

pressentiment

me

l'annonce, ju-

ne connais pas Henri Henri ne songe en ce moment qu'à une chose, c'est à être roi et, h ce désir,
;

rez-moi que vous garderez, pour y appuyer quelquefois vos lèvres, cette tète que le bourreau aura
séparée de

il

sacrifierait
à

et,

en ce moment tout ce qu'il possède, plus forte raison, ce qu'il ne possède pas.
dit

mon

corps; jurez, Marguerite, et

la

pro-

Adieu.

messe d'une

telle

récompense,
et

faite

par

ma
,

reine,
c'est-

— Madame,

11

en souriant
Marguerite.

la

Mole, vous

me

me

rendra muet, traître

lâche au besoin
doit l'être votre

renvoyez?

à-dire tout dévoué,
et votre

comme

amant

complice.

— Sans doute; mais où voulez-vous que
M. de Mouy
d'Alençon.
est

est tard, dit

j'aille?
le

lugubre

folie,

rite; ô fatale pensée,

— Jurez...

ma chère âme! dit Marguemon doux amour!

dans

ma chambre

avec M.

duc

— Oui, sur
croix. Jurez.

— Que

Ali

!

c'est juste, dit

Marguerite avec un adora-

je

jureî
ce coffret d'argent

ble sourire.

D'ailleurs, j'ai encore

beaucoup de

que surmonte une

choses à vous dire à propos de cette conspiration.

A dater de

celte nuit, la
cl
il

Mole ne fut

]ilus

un

fa-

vori vulgaire,
(1) Elle portait

put

porter liaul la tête à laélait réserve

un

cr.ind vertu!;.i(lin qui avait dos pochettes

quelle, vivante

ou morte,

un

si

doux

tout autour, eu cliacunc dcsnuclles elle mettait une boite où
était le

avenir.

cœur d'un de

ses

amants trépassés, car
d'en faire
les

elle était soi-

Cependant, parfois son front pesant s'inclinait
vers la terre; sa joue pâlissait, et l'austère uiéditation creusait son sillon entre les sourcils

gneuse, à mesure qu'ils

rT>ouraii:nt,

embaumer
lit.

le

cœur. Ce vertugadin se pendait tous
qui t'crmail â cadenas derrière
le

soirs à

un crochet

dossier de son

Tallluant des Uéaux,

llialoire de Slarguerite de V'oIom.

homme,

si

gai autrefois,

si

du jeune heureux maintenant
!

LA

REnS'E

MARGOT.

167

XXVII

LA MAIN DE DIEU

'

enri avait dit à

madame
:

de

Sauve en

la

quittant

cœurs
lit,

lonne toujours, quoique invisiblement, au fond des les plus endurcis au crime
:

Mettez-vous

au

— Ne
Il

semblerait-il

pas,

demanda-t-elle à son
fiis

Charlotte.

Feignez d'être

capitaine des gardes,
pâle ce matin

gravement malade, et sous aucun prétexte, demain, de toute la journée, ne recevez personne.
Charlotte obéit sans se rendre compte
qu'avait le roi de lui faire celte

que mon que dliabitude?
;

Henri

est

plus

n'en était rien

Henri

était fort

inquiet d'es-

prit,

mais

fort sain

de corps.
reine

Peu

à peu, les

personnes qui assistaient d'habila

du motif recommandation.

tude au lever de

mérc

se retirèrent

;

trois

Mais elle commençait à s'habituer

à ses excentricités,

comme on comme on

ou quatre restaient plus familières que les autres, Catherine, impatiente, les congédia en disant
qu'elle voulait rester seule.

dirait de nos jours, et à ses fantaisies,
disait alors.

Lorsijue le dernier courtisan fut sorti, Catlienne

D'ailleurs elle savait

que Henri renfermait dans
qu'il craignait

ferma

la

porte derrière lui,

son cœur des secrets qu'il ne disait à personne;

secrète cachée dans l'un des

dans sa pensée des projets

de révéler,
se faisait

bre, elle en
la

fit

glisser la

même

allant à une armoire panneaux de sa champorte dans une rainure de
et,

dans ses rêves

:

de sorte qu'elle

boiserie et en tira

un

livre

dont

les feuillets frois-

obéissante à

toutes ses volontés,

certaine que ses

sés

annonçaient

les

fréquents services.

idées les plus étranges avaient

un but.

Elle posa le livre sur

une

Le

soir

même

table, l'ouvrit à l'aide
la

elle

se

plaignit donc à Dariole
tête

d'un signet, appuya son coude sur
tête

table et sa

d'une grande lourdeur de
blouissemeuts. C'étaient les
lui avait

accompagnée d'ésymptômes que Henri

sur sa main.
bien cela,
tête,

recommandé
elle

— C'est
sant
:

murmura-t-elle tout en
faiblesse

li-

d'accuser.
feignit de se vouloir lever,

mal de

générale,

douleurs

Le lendemain,

d'yeux, enflure du palais.
des

mais, à peine eut-elle posé

un pied sur

On
la

n'a encore parlé que
les

le parquet,

maux

de tête

et

de

faiblesse...

autres

qu'elle se plaignit d'une faiblesse générale et qu'elle se recoucha.

symptômes ne

se feront pas attendre.
:

Cette indisposition,

que Henri avait déjà annon-

Elle continua

cée au duc d'Alençon, fut la première nouvelle que
l'on apprit à Catherine lorsqu'elle

Puis l'inflammation gagne la gorge, s'étend à
l'estomac, enveloppe le feu et fait éclater
le

demanda, d'un

air tranquille, pourquoi la

Sauve ne paraissait pas
se

cerveau

cœur comme d'un cercle de comme un coup de

comme

— Malade répondit madame de Lorraine qui trouvait — Malade' répéta Catherine sans qu'un muscle
!

d'habitude à son lever.

foudre.
Elle relut tout bas; puis elle continua encore,

là.

mais

à

demi-voix

:

— Pour
heures.

la fièvre

six heures,

pour l'inflammala

de son visage dénonçât
réponse.

l'intérêt qu'elle prenait à sa

tion générale douze heures,

pour

— Non

— Quelque fatigue de paresseuse.
pas,

gangrène douze

heures, pour l'agonie six heures; en tout trente-six

madame,

reprit la princesse. Elle se
tête et

plaint d'un violent

mal de

d'une faiblesse

Maintenant supposons que l'absorption
lente

soit

plus

qui l'empêche de marcher.

Catherine ne répondit rien; mais, pour cacher sa
joie,

que linglutition, et, au lieu de trente-six heures, nous en aurons quarante, quarante-huit

sans doute, elle se retourna vers
la

la fenêtre, et,

même;
Mais

oui, quarante-huit heures doivent suffire.

voyant Henri qui traversait
regarder,

cour à

la suite

de son

lui, lui

Henri,

entretien avec de Mouy, elle se leva pour le
et,

mieux

Parce qu'il est

comment homme, parce

est-il

encore debout?

qu'il est

d'un tempéil

poussée par cette conscience qui bouil-

rament robuste, parce que peut-être

aura bu

168

LA

REIiNE

MARGOT.

PtnHOH.

V,\U: ii:lut lotil liiis...

Vu-r.

I07

;i|in'-:i|)r<''S

l'fivoir

l'iuhrysMC

ci m'

sera e.-^uyi'

li'>

hvii»

Navarre a\ail

pri> li'iliciniii

ilc la

iliainluc dr

ma-

avoir

liu.

dame de Sau\e.
l'In'ino

(jiitlicrino atlemlil

du

ilincr avci;
î'i

iiiipa-

-- Henri,
suir l'irinri'

si>

(lii-idie.

\a

ailievcr jurs d'elle co

lienco. Henri dînait tous les jours
Il

la

table

du

roi.

d'une mort qu'un hasard malheureux
en

vint,

.«(•

iilaif;nit à

snn inur (ri'lnnccnii'nts nu cerri fc rolira aiissilnl apn'-s le

a ]ieul-("'tre laissiM- ineonqdi'li".
I.c roi

M'au, ne inani,'cn
refias

|i(iinl,

de Navarre

oiail

effet aile eliez
lui

madame

en disant que.
il

ay.iril veijli'

une parlie de
liesnin

la

de

.'sauve,

mais

c'étnil

pour

dire

di'

eonlinuer à

nuit
inir.

[lassL'C,

i'[irnuvait

un pressant

de dur-

jnuer son rôle.
1,1'

lendemain, Henri ne

sortit

point de sa cliamil

(iailierinc rcoutn s'éloigner le pas clianeelaiil

de

liie peiiilanl

toute la ni.itinée. et
rui.

ne parut point
al-

Henri

cl lo (il suivre.

On

lui r.i|ipurla ([uc le

r

i

de

uu dinur du

Madame de Sauve, di^ailun,

LA REINE 5IARG0T.

im

Dariole, étendue sur

un grand

fauteuil,

dormait près du

lit

de

sa maîtresse.

— Page

170.

lait

de plus mat en plus mal,

ladie de Henri,

et le bruit de la marépandu par Catherine elle-même,

dît. Si

contre toute attente quelque autre docteur

se trouvait

mêlé là-dedans,

et si

quelque déclara-

courait

comme un

de ces pressentiments dont perla cause,

sonne n'explique
l'air.

mais qui passent dans
dés la veille au matin

de poison venait épouvanter cette cour oit avaient déjà retenti tant de déclarations pareilles,
tion
elle

comptait fort sur

le

bruit

que

faisait la jalousie

Catherine s'applaudissait
elle avait

:

éloigné Ambroise Paré pour aller porter

de Marguerite à l'endroit des amours de son mari. On se rappelle qu'à tout hasard elle avait fort parlé de celte jalousie qui avait éclaté en plusieurs circonstances, et, entre autres, à la promenade de
l'aubépine, où elle avait dit à sa
fille

des secours à

un de

ses valets de

chambre

favoris

malade,
Il

à

Saint-Germain.

fallait alors

que ce
dirait

fût

un homme
et

à elle

que
;

en présence

l'on appelât chez
et cet

madame
que

do Sauve

chez Henri

de plusieurs personnes

:

homme ne

ce qu'elle voudrait qu'il

— Vous

êtes

donc bien jalouse, Marguerite?

22
ïuU,

— imp, de

BhY

aîné,

boultvan Uontpacuaue, H,

170
attendait donc avec
la

LA REINE 51ARG0T,
un
visage composé le

Elle

manda

des nouvelles, on lui répondit qu'elle était
la soirée elle fut

moment où

porte s'ouvrirait, et où quelque ser:

de plus en plus souffrante. Toute
inquiète, et l'on se

viteur tout pâle et tout effaré entrerait en criant

— Majesté,

demandait avec anxiété quelles

le roi

de Navarre se meurt

et

ma-

étaient les pensées qui pouvaient agiter ce visage

dame de Sauve
vait son goûter

est

morte!
la volière

d'ordinaire

si

immobile.
se retira.

Quatre heures du soir sonnèrent. Catherine ache-

Tout
et

le

monde

Catherine se
;

fit

coucher
le

dans

elle émiettait des

déshabiller par ses
fut

femmes
le

puis,

quand tout
prit

biscuits à quelques oiseaux rares qu'elle nourrissait

monde

couché dans

Louvre,

elle se releva,

de sa propre main. Quoique son visage

comme

passa une longue robe de

chambre

noire,

une

toujours fût calme et
tait

même

morne, son cœur bat-

lampe, choisit parmi toutes ses
vrait la porte de
sa

clefs celle

qui ou-

violemment au moindre bruit.
dit le
le roi

madame
prévu

de Sauve,

et

monta chez

— Madame, capitaine des gardes, Navarre — Malade? interrompit vivement Catherine.
est...

La porte s'ouvrit tout à coup.

dame d'honneur.
Henri
avait-il

de

cette

visite,

était-il occupi;
est-il

chez

lui, était-il

caché quelque part, toujours
était seule.
la

que

la

jeune femme

— Non,

madame, Dieu merci

!

et

Sa Majesté

Catherine ouvrit

porte avec précaution, tra-

semble se porter à merveille.
le roi

versa l'antichambre, entra dans le salon, déposa sa

— Que dites-vous donc alors? — Que de Navarre — Que me — apporte Votre Majesté
veut-il?
Il

est là.

à

un

petit singe de

lampe sur un meuble, car une veilleuse brûlait près de la malade, et, comme une ombre, elle se glissa dans la chambre à coucher. Dariole, étendue dans un grand fauteuil, dormait
près

l'espèce la plus rare.

du

lit

de sa maîtresse. entièrement fermé par
la les

à

En ce moment, Henri entra tenant une corbeille la main et caressant un ouistiti couché dans cette
Henri souriait en entrant
et paraissait tout en-

Ce

lit était

rideaux.
légère,

La respiration de
plus.

jeune femme

était si

corbeille.

qu'un instant Catherine pensa qu'elle ne
Enfin, elle entendit
joie

respirait

tier

au charmant petit animal qu'il apportait; mais, qu'il parût, il n'en perdit point ce si préoccupé premier coup d'œil qui lui suffisait dans les circonstances difficiles. Quant à Catherine, elle était

un

léger souffle,

et,

avec une

maligne,

elle vint lever le
l'effet

rideau afin de conterrible poison, tres-

stater par

elle-même

du

saillant d'avance à l'aspect de cette livide pâleur

ou

d'une pâleur qui croissait au fur et à mesure qu'elle voyait sur les joues du jeune homme qui s'approchait d'elle circuler le vermillon de la
fort pâle,

de cette dévorante pourpre d'une fièvre mortelle
qu'elle espérait
les
;

mais, au lieu de tout cela, calme,

santé.

La reine mère fut étourdie à ce coup. Elle accepta machinalement le présent de Henri, se troubla, lui fit cninpliment sur sa bonne mine, et ajouta
:

yeux doucement clos par leurs blanches paupières, la bouche rose et entr'ouverte. sa joue moite doucement appuyée sur un de ses bras gracieuse-

ment arrondi,
di>

tandis que l'autre, frais et nacré,

s'allongeait sur le

damas cramoisi qui
belle jeune

lui servait

Je suis d'autant plus aise de vous voir si bien portant, mon fils, que j'avais entendu dire (|ue

couverture,

la

femme dormait

pres-

(jue rieu.se encore.

Car sans doute quelque songe
sur ses lèvres
le sourire, et.

vous étiez malade, et que, si je me le rappelle bien, vous vous êtes plaint en ma présence d'une indisposition; mais je comprends mainlenanl. ajoutât-elle en essayant de sourire
;

charmant
trouble.

faisait éclore

sur sa joue, ce coloris d'un bien-être que rien ne

i^'i-tait

quelque pré-

Catherine ne put s'empêcher de pousser un

cri

texte pour vous rendre libre. .l'ai été; fort malade en effet, madaiiic, n'[MMi-

de surprise, qui réveilla pour un instant Dariole. La reine mère se jeta derrière les rideaux

dit Henri,

mais un

spi'cifiqu(^ usil('

dans nos mona

du

lit.

tagnes, et qui
indisposition.

me

vient de

ma

mrio,

guéri celle

Dariole imvrit les yeux: mais, accablée de sommeil, sans

même chercher
la

dans son esprit engourdi
(ille laissa

^Ah!

vous m'a]ipn'nilre7,

la

rccciie,

n'cslcc
vi'-

la

cause de son réveil,

jeune

retomber

pas, Henri? dit Callicrii

n snuriaiil celte fois

sa lourde iiaupière et se

rendurmit.
el.

rilablemenl, mais avec une ironie i]u'elle ne put déguiser. Quelque contre-poison, inurmma-l-elle;niuis
aviserons à cela, ou
]ihUi'il,

Catherine, alors, sorlil de des,<ous son rideau,

tournant son regard vers
partement, elle
vil

les autres points

de

l'ap-

mm.
csl

Voyant madame

sur une petite table un flacon de

de Sauve
i;roire

niiibide,
la

il

se sera

di'lii'.

En

vi-rilc',

c'est à

vin d'EspagiKî, des fruits, des paies siicrc'es el verres. Henri avait

(|ue

main de Dieu

dendue sur
la

cet

homme.
Callicrini'

altendil

iin|i.ilii'iiuiicnt

nuit.

Ma-

deux dû venir souper chez la baronne, qui visiblement se portait aussi bien que lui. Aussitôt Callienne, marchant à sa toilelle, y prit
la petite boite

riame de Sauve no parut point. Au jeu, cllo en de-

d'argent au tiers vide. C'était exacto-

LA REINE MARGOT.
ment
leva
la

17i
régner,
a-t-il
il ne peut pas mourir. que le poison qui soit

m^me, ou

tout au

moins la

pareUli'

ili'

celle

clair, puisqu'il doit

qu'elle avait fait remettre à Charlotte. Elle en en-

Mais peut-être n'y

une parcelle de

la

grosseur d'une perle sur
elle, la

le

impuissant, nous verrons bien en essayant du fer.
Et Catherine se coucha en tordant dans son esprit
se trouva sans
le

bout d'une aiguille d'or, rentra chez
senta au petit singe que lui
soir
avait

pré-

même.

L'animal, all'riandé

donné Henri h par l'odeur aroma-

une nouvelle pensée qui plète le lendemain car,
;

doute comelle

lendemain,

appela

tique, la dévora avidement, et, s'arrondissant dans sa corbeille,
se

rendormit. Catherine attendit un
de ce qu'il vient de manger

son capitaine des gardes, lui remit une lettre, lui ordonna de la porter à son adresse, et de ne la remettre qu'aux propres mains de celui à qui elle

quart d'heure.

— .\vec
dit

la moitié

là,

était adressée.

Catherine,

mon

chien Brunot est mort
jouée. Est-ce
"?

enllf'
!

en

Elle était adressée au sire de Louviers de
vel, capitaine des pétardiers
saie, près

Maurela

unemmute. On m'a

René René
;

C'est

du

roi,

rue de

Ceri-

impossible. Alors c'est donc Henri

û fatalité! c'est

de l'Arsenal.

XXVIII

l,A

LETTUr DE

lîOME.

uelques

jours

s'étaient

déjà remise

une

fois,

demanda Marguerite,

et

qui
est

écoulés depuis les événe-

doit avoir lieu définitivement

demain. Le temps

ments que nous venons de raconter, lorsqu'un matin

doux pour un temps

d'hiver. Le soleil a rendu la

terre plus molle, et tous nos

chasseurs prétendent

une

litière escortée

de plu-

que ce sera un jour des plus favorables.
serai assez bien remise.

sieurs gentilshommes

aux

couleurs de M. de Guise
entra au Louvre, et que
l'on vint

annoncer à

la

reine de Navarre que
sollicitait

ma-

dame

la

duchesse de Nevers

l'honneur de
de Sauve.
sortait
la

lui faire sa cour.

un effort; une guerrière, moi, j'ai autorisé le roi à disposer d'un petit cheval deBéarn que je devais monter et qui vous portera à merveille.
!

— — Bah

Mais,

madame,

dit la

baronne, je ne sais

si

je

reprit Marguerite, vous ferez
je suis

puis,

comme

Marguerite recevait
C'était la

la visitede

madame

N'en avez-vous point encore entendu

[larler.'

première

fois

que

la belle

baronne

Si fait,

madame, mais

j'ignorais

que

ce petit

depuis sa prétendue maladie. Elle avait su que

cheval eût été destiné à l'honneur d'être offert à

reine avait manifesté à son mari une grande in-

Votre Majesté
cept('.

:

sans cela, je ne l'eusse point ac-

quiétude de cette indisposition, qui avait été pen-

dant près d'une semaine
venait la remercier.

le bruit

de

la cour, et elle

— Par

orgueil, baronne'.'

— Non,

madame,

tout

au contraire, par humi.'

Marguerite la
sur
le

félicitait

sur sa convalescence

et

lit.'.

subit de ce

bonheur qu'elle avait eu d'échapper à l'accès mal étrange dont, en sa qualité de fille
elle

— Donc, vous viendrez — Vutre Majesté me comble d'honneur.
drai, puisqu'elle l'ordonne.

Je vien-

de France,

ne pouvait manquer d'apprécier
j'espère, à cette

toute la gravité.

— Vous viendrez,

Ce

fut

en ce moment qu'on annonça

madame

la

grande

chas.se

duche.sse de Nevers.

A

ce

nom, Marguerite

lais*«

172
échapper un
comprit que
semble,
tel

LA REINE MARGOT.
mouvement de joie, que la baronne deux femmes avaient à causer enpour
se retirer.
dit
le délire, le sourire.

Ah! Marguerite,

j'ai le

pres-

les

sentiment que nous allons passer une bonne année.

— A demain donc, Marguerite. — A demain, madame. — A propos! vous baronne, continua Marsavez,

et elle se leva

— Crois-tu?
sais pas

dit la reine;

moi, tout au contraire,

jene

comment

cela se fait, je vois les choses
cette politique

à travers

un crêpe. Toute

me
si

préoc-

cupe affreusement. A propos, sache donc
nibal est aussi dévoué à
tre.

ton

An-

guerite en la congédiant de la main, qu'en public
je vous déteste, attendu

mon

frère qu'il paraît l'ê-

que

je suis

horriblement

— Mais en particulier? demanda madame de Sauve. — Oh! en non-seulement vous vous remercie. pardonne, mais encore — Votre Majesté permettra...
particulier,
je

jalouse.

— Lui,
On
S'il se

Informe-toi de cela, c'est important.

dévoué

à

quelqu'un ou
le

à

quelque chose!

voit bien

que tu ne

connais pas

comme

moi.

je

dévoue jamais à quelque chose, ce sera à son ambition et voilà tout. Ton frère est-il homme à lui
faire

de grandes promesses, oh! alors, très-bien,

il

Alors,

sera dévoué à ton frère; mais que ton frère, tout
fils

Marguerite- lui tendit la main:
baisa
sortit.

avec respect,

fit

la baronne une révérence profonde

la
et

de France qu'il

est,

aux promesses

qu'il lui
!

prenne garde de manquer aura faites, ou, sans cela,

ma

madame de Sauve remontait son escalier, bondissant comme un chevreau dont on a rompu l'attache, madame de Nevers échangeait avec
Tandis que
la reine

— Vraiment? — comme
C'est
il

foi,

gare à ton frère

je te le dis.

En

vérité,

Margueappri-

rite,

y a des moments où ce tigre que
fait

j'ai

quelques saluts cérémonieux qui donnèse retirer.
'Be

voisé

me

peur

à

moi-même. L'autre

jour, je lui

rent le temps aux gentilshommes qui l'avaient ac-

disais:

Annibal, prenez-y garde, ne

me

trompez

compagnée jusque-là de

— Gillonne,

pas, car si vous

me
:

trompiez!... Je lui disais ce-

cria

Marguerite lorsque la porte

pendant cela avec mes yeux d'émeraude qui ont
fait

fut refermée sur le dernier, Gillonne, fais

que per-

dire à Ronsard

sonne ne nous interrompe.

Oui, dit la duchesse, car nous avons à parler

La duchesse de

Never.'î

d'affaires tout à fait groves.

Aux yeux

verls,

Et, prenant

un

siège, elle s'assit sans façon, cer-

Qui, sous leur paupière blonde.

taine que personne ne viendrait déranger cette intimité

Lancent sur nous plus

d'éclair»

convenue

entre elle et la

reine de Navarre,

Oue ne
Lorsque

font vin;;t .Tupilcrs
les airs

prenant sa meilleure place du feu et du soleil. Eh bien dit Marguerite avec un sourire, notre

Dans

— fameux massacreur, qu'en — Ma chère duchesse,
!

la

tempête gronde.

faisons-nous'.'
c'est

reine, dit la

sur

mon

âme

un être mythologique.
ne
tarit

Il
Il

est

incomparable en

— Eh bien? — Eh bien
ce qu'il

!

je crus qu'il allait

me

répondre

:

esprit et

jamais.

a des saillies qui fe-

Moi, vous tromper! moi, jamais! etc., etc. Sais-tu

raient

pâmer de

rire

un

saint dans sa châsse.

Au

demeurant, c'est le plus furieux païen qui ait jamais été cousu dans la peau d'un catholique, .l'en et toi, que fais-tu de ton ApoUo? raffole
;

— Non. — Eh bien!
si
il

m'a répondu?
juge l'homme
El vous, a-l-il ré;

:

pondu,
car,

vous

me

trompiez, prenez garde aussi

est-il

oh que cet hélas! m'effraye, cher» reine donc trop respectueux et trop sentimental, ce gentil la Mole! Co .serait, je suis forcée de l'avouer, tout le contraire de son ami Coconas.
! ! I

— Oh

Hélas!

fit

Marguerite avec un soupir.

toute princesse

ces mots,

me

que vous êtes... Et, en disant menaçait, non-seulemcnl des yeuï,
et

mais du doigt, de son doigt soc
d'un ongle
taillé

pointu,

muni

en

fer

de lance,
ce

et qu'il rao init

presque sous

le nez.
il

En
avait

Mais non,
et cet hélas!

il

a ses

moments,

dit

Marguerite,

reine, je te l'avoue,

moment, ma pauvre une physionomie si peu
tu le sais

— Que
11

ne se rapporte qu'à moi.

rassurante, que j'en

tre.ss:iille. et,

cepen-

veut-il dire alors?

dant, jo no suis pas trembieuso.

veut dire, chère duchesse,

que

j'ai

une

— Te menacer,
— Eh mnrdi — Alors,
!

toi,

Henrielle,

il

a oséî
!

peur

— — Foi de Marguerite
VraiiiKMit
!

affreuse de l'aimer tout

do bon.

je le

menaçais bien, moi
ju.<qu'à

Au bout
dévoué

1

du compte, il a ou raison. Ainsi, jusqu'à un certain point, ou plutôt
al-

lu vois,

un point

Oli

!

tant

mieux

!

La joyeuse vie que nous
:

très-incertain.

lons

mener

alors! s'i'cria Henriette

aimer un peu.
c'c'tait

nous verrons,
la

dit

Marguerite rêveuse,

c'était
t}'esl si

mon
par

rèvc; aimer heaucoiqi.

le tien.

je parlerai à

Mole.

Tu

n'avais pas autre chose à

l'espril

doux, chrtre et docte reine, de se reposer le cœur, n'est-copas? cl d'avoir, après

nie dire?

Si fait

:

une chose des plus

intéressantes et

LA REINE MARGOT.
pour laquelle je suis venye. Mais que veux-tu
as été
!

173
Tu
avais raison, et voilà de bien inté-

tu

Marguerite.

me

parler de choses plus intéressantes en-

ressantes nouvelles.

Pour qui

cet autre courrier? Je

— Do Rome? — Oui, un courrier de mon mari. — Eh bien de Pologne? — Va merveille, vas probablement sous d'Anjou. débarrassée de ton peu de jours — Le pape donc son — Oui, ma chère. — Et ne me Marguerite. pas des Eh! — Oh ma pas d'autres que ceux n'en
!

core. J'ai reçu des nouvelles.

le saurai. Mais laisse-moi.

A

ce soir, rueTizon, n'est-

ce pas? et à

demain

la chasse, et

surtout prends

un

cheval bien méchant pour qu'il s'emporte et que

l'affaire

à

et tu

nous soyons seules. Je le dirai ce soir ce que tu tâches de savoir de ton Coconas.
chesse de Nevers en riant.
sois

qu'il faut

être

frère

a

ratifie

élection?

— Tu n'oublieras donc pas ma — Non, non, tranquille,
il

lettre? dit la

du-

l'aura, età temps.

tu

disais

cela

!

s'écria

Madame de Nevers
remit
la lettre

sortit,

et aussitôt et

Marguerite

vile, vite,
!

détails

!

envoya chercher Henri, qui accourut

auquel

elle

foi, je

ai

du duc de Nevers.
fit-il.

queje te transmets. D'ailleurs, attends,
ner
la lettre

je vais te
la voilà.

don-

— Oh! oh!
courrier.

de M. de Nevers. Tiens,
n'en

Eh

!

Puis Marguerite lui raconta l'histoire du double

non, non, co sont des vers d'Annibal, des vers atroces,

ma
un

pauvre Marguerite, de moi que

il

fait

pas d'auceci
:

tres. Tiens, cette fois, voici.
c'est

Non, pas encore
Mole. Ah! enfin,

billet

j'ai

apporté pour que tu
cette

le lui fasses

passer par

— Non
hasard
faut

— Au — Peut-être
me

fait, dit

Henri, je

l'ai

était-il

pour

la reine

vu entrer au Louvre. mère ?

pas, j'en

la

suis sûr; car, j'ai été à tout

fois, c'est la lettre

en question.
la lettre à la

Et

madame

de Nevers remit

placer dans le corridor et je n'ai vu passer personne.
reine.
il

Marguerite l'ouvrit vivement et

la

parcourut;

— Alors,

dit

Marguerite en regardant son mari,

mais effectivement

elle

ne

disait rien autre chose

que ce
amie.

qu'elle avait déjà appris de la

bouche de son

— Pour

que ce

soit...

votre frère d'Alençon, n'est-ce pas? dit

Henri.
as-tu reçu cette lettre? continua

— Et comment
me

la reine.

— Nepourrail-on, demanda Henri négligemment,
envoyer chercher un de ces deu^ gentilshommes,
savoir par lui...
et

— Oui, mais comment

le savoir?

— Par un courrier de mon mari qui avait ordre
de toucher à l'hôtel de Guise avant d'aller au Lou-.
vre,
et

de

remettre cette lettre avant celle du
l'importance que

— Vous avez
La jeune

raison, sire! dit Marguerite mise à

roi. Je savais

ma

reine attachait

son aise par

la

proposition de son mari, je vais
la

à cette nouvelle, et j'avais écrit à M. de Nevers

d'en agir ainsi.

Tu

vois,

il

a obéi,

lui;

ce n'est

envoyer chercher M. de lonne!
fille

Mole.

— Gillonne

!

Gil-

monstre de Coconas. Maintenant il n'y a donc dans tout Paris que le roi, toi et moi qui sachions cette nouvelle; à moins que
pas
ce

comme

parut.
je parle

11

faut

que

à l'instant

la Mole, lui dit la reine.

Tâchez de

même à M. de me le trouver et

l'homme qui

— Quel homme? — Oh!
un
instant.
cet

suivait notre courrier...

amenez-le.
Gillonne partit. Henri
s'assit

devant une table

l'horrible

métier! Imagine-toi que ce
las,

sur laquelle était un livre allemand avec des gravures d'Albert Durer, qu'il se mit à regarder avec
si

malheureux messager est arrivé dreux; il a couru sept jours, jour
rêter

défait,

pou-

une
il

et nuit,

sans s'ar-

grande attention, que, lorsque

la

Mole vint,

ne

parut pas l'entendre et ne leva pas
tu parlais tout à l'heure?

môme

la tète.

— Mais homme dont — Attends donc. Constamment
de
lui,

De son
bre,

côté, le

jeune homme, voyant

le roi
la

chez

suivi

par

un

Marguerite, demeura debout sur le seuil de

cham-

homme comme

mine

farouciie

qui

avait

des
lui

relais

muet de surprise
la

et pâlissant d'inquiétude.

et courait aussi vite

que

pendant

Jlarguerile alla à lui.

ces quatre cents lieues, ce pauvre courrier a tou-

— Monsieur de
riez-vous

Mole, demanda-l-elle, pour-

jours attendu quelque balle de pistolet dans les
reins.

me

dire qui est aujourd'hui de garde chez

Marcel en

Tous deux sont arrivés à la barrière Saintmême temps, tous deux ont descendu la
;

M. d'Alençon?

rue Mouffetard au grand galop tous deux ont traversé la Cité. Mais au bout du pont Notre-Dame notre courrier a pris à droite, tandis

— Coconas, madame... — Tâchez de me savoir de
homme
fait

dit la Mole.
lui s'il a introduit

chez

son maître un
sant avoir

couvert de boue,

et parais-

que

l'autre tour-

une longue roule

nait à gauche par la place
les

du

Chàtelet, et filait par

— Ah! madame!
dise pas
;

à franc étpier.

je crains bien qu'il
il

ne

me

le

quais du côté du Louvre,

comme un

trait d'ar-

depuis quelques jours

devient très-taci-

balète.

turne.

Merci,

ma bonne

Henriette,

merci! s'écria

— Vraiment!

Mais en lui donnant ce

billet,

il

174

LA REINE MAliGOT.

P8FJHW.

Le jeune

homme demeura

debout sur

le seuil

de

la

clmiubrc.

— Pahe 173.

me

sembla qu'il

vous devra

qiiel(]U(!

choso

en

— Donnez,
r.t
il

madame, donnez,

dit

la

Mole tout

ëcliange.

palpitant d'amour, je vous réponds de tout.
la

De
I

duchesse!...

oli

!

avec

ci;

billet,

j'i's-

sayerai

— Nous saurons domain
instruit do l'affaire

[lartil.

si

le

duc d'Alençon
ilit

est

Ajoutez,

dit

Margucrilo en baissant

la voix,

de Pologne,
est

tranquillement

que en

billet lui .servira

trer ce soir

— Et

dans

la

de sauf-corultiit pour enmaison que vons savez.
linil
ii.i'^ l;i

Marguerite on se retournant vers son mari.

— Ce M.

lie

la

Mole

véritablement un gentil

moi, madaliic, dit

Mole.

i|ili'l

serviteur, dit b^ Béarnais avee ce .sourire qui n'app.irlenait qu'à

liera le

— Vous vous nommerez,

mien?

lui: et... i)ar

la

uu-sse! je ferais;)

ol cela suffira.

fortune.

LA lŒINE MARGOT,

175

Lorsqu'il parut, les chasseurs le saluèrent par leurs vivats.

— Tase 177.

XXIX
LE
DÉPAl'.T

orsque
lieau

le

soleil

lendemain un mais rouge
,

Ln
saient

magnif]t[ue barbe, nerveux quoique élancé,
cerf sur lesquelles les veines se croi-

aux jambes de

sans rayons,

comme
les

c'est

comme un

réseau, frappant

du

pied, dres-

l'habitude dans
privilégiés de

jours
se

sant l'oreille et soufflant le feu par ses narines, attendait Charles IX dans
la

l'hiver,

cour; mais

il

était

moins

leva

derrière les collines
Paris,
tout,

impatient encore que son maître, retenu par Catherine, qui l'avait arrêté
disait-elle,

de

depuis

au passage pour

lui parler,

deux heures, était déjà en

d'une

affaire d'importance.
la galerie vitrée,

mouvement dans

la

cour du Louvre

Tous deux étaient dans

Cathe-

176
rine froide
pâle et impassible

LA REINE MARGOT.
,

comme

toujours

tout

le

temps

de chasser lorsque votre besogne
allons,

Charles IX frémissant, rongeant ses ongles et fouettant ses

de roi sera

deux chiens
le

favoris revôtus de cuirasses de

—-Allons,

faite.

ma mère!
il

dit Charles pâle

mailles pour que

boutoir du sanglier n'eût pas

d'impatience, expliquons-nous vite, car vous
faites bouillir
;

me
ne

de prise sur eux

et qu'ils

pussent impunément af-

en

vérité,

y a des jours où

je

fronter le terrible animal.

Un

petit

écusson aux

vous comprends pas.
Et
fouet.
il

armes de France
près

était

cousu sur leur poitrine à peu

s'arrêta, battant sa botte

du manche de son
était

comme
fois

sur la poitrine des pages, qui plus

d'une

avaient envié les privilèges de ces bien-

Catherine jugea que
et qu'il

le

bon moment
la

venu,

Iieureux favoris.

ne

fallait
fils,

pas

le laisser passer.

— Faites-y bien
rine,
agit,

attention, Charles, disait Catheet
;

— -Mon

dit-elle,

nous avons

preuve que

nul que vous

moi ne

sait

encore l'arrivée

de Mouy

est

revenu

à Paris.

M. de Maurevel, que

prochaine des Polonais

cependant

le roi

de Navarre

Dieu

gré son
il

me pardonne! comme s'il le savait. Malabjuration, dont je me suis toujours défiée,
comme
il

vous connaissez bien, l'y a vu. Ce ne peut être que pour le roi de Navarre. Cela nous suffit, je l'espère,

pour

a

des intelligences avec les huguenots. Avezsort souvent depuis quel-

qu'il

nous
,

soit

plus suspect que jamais.

Allons

vous voilà encore après

mon

pauvre
pas?

vous remarqué
ques jours!
11

Heflriot! vous voulez
!

a

de l'argent, lui qui n'en a jamais
et, les

eu

;

il

achète des chevaux, des armes,
soir,
il

jours

— Oh non. — Exiler? Mais comment ne comprenez-vous pas
il

me

le faire tuer, n'est-ce

de pluie, du matin au

s'exerce à l'escririie.
fit

qu'exilé

devient beaucoup plus à craindre qu'il

— Eh
tienté,

!

mon

Dieu,

ma mère!

Charles IX impa-

ne

le sera

jamais

ici,

sous nos yeux, dans
faire

le

Lou-

croyez-vous

point qu'il ait l'intention
frère d'Anjou.
;

de
il

me
lui

vre,

il

ne peut rien

que nous ne

le

sachions

tuer,

moi ou mon

En

ce cas,

à l'instant

faudra encore quelques leçons

car hier je lui ai

compté avec

mon

(leuret

onze boutonnières sur son

pourpoint, qui n'en a cependant que six. Et, quant à mon frère d'Anjou, vous savez qu'il tire encore


les

— Aussi ne veux-je pas — Mais que voulez-vous donc
Polonais seront
ici
;

même.

l'exiler.
!

dites vite

!

Je veux qu'on le tienne en sûreté, tandis que
à la Bastille,

par exemple.

mieux que moi ou du moins.
traitez pas

tout aussi bien, à ce qu'il dit,

— Ah
me

!

ma
le

foi

non, s'écria Charles IX. Nous

chassons
reprit Catherine, et

sanglier ce matin. Henriot est
suivants. Sans lui la chasse est

un de

— Écoutez donc, Charles,
verrez!

ne

mes meilleurs
qu'à

man-

légèrement les choses que vous dit votre mère. Les ambassadeurs vont arriver, eh bien! vous

quée. Mordieu,

ma mère
cher
fils,

!

vous ne songez vraiment

une

fois qu'ils

seront à Paris, Henri fera tout
Il

— Eh

contrarier.
!

mon

je

ne

dis pas ce matin...

ce qu'il pourra pour captiver leur attention.

est

Les envoyés n'arrivent que demain ou après-de-

insinuant,

il

est

sournois,

sans compter que sa

maiu. Arrêtons-le après
soir... cette nuit...

la

chasse seulement,

ce

femme, qui
que que
sais-je?
je

le

seconde, je ne sais pourquoi, va caCharles, et vous savez
je

queter avec eux, leur parler latin, grec, hongrois,

— C'est différent,
dis pas.

alors.

Eh

bien

!

nous reparlene

Oh

!

je

vous

dis,

rons de cela. Nous verrons après

la chasse, je

ne

me trompe

jamais,

vous

dis,

moi,

Adieu! Allons!
?

ici,

Risque-Tout! ne vas-tu

qu'il y a

quelque chose sous jeu.
l'heure sonna, et Charles IX cessa
licouter l'heure.

pas bouder, à ton tour

En

ce

moment

— Charles,
tout en

dit

Catherine en l'arrêtant par

lo

d'écouter sa

mère pour

bras au risque de l'explosion qui pouvait résulter

une heure pour aller, cela fera huit; une heure pour arriver au rendez-vous et lancer, nous ne pourrons nous mettre en chasse qu'à neuf heures; en vous me faites perdre bien du vérité, ma mère temps A bas, Uisque-Tout !... mort de ma vie! à bas
vie! sept heures! s'écria-t-il
;
,
1

— Mort de ma

de ce nouveau retard,

rait,

je crois que ne l'exécutant que ce

le

mieux
ou

se-

soir

cette

nuit, de signer l'acte d'arrestation tout de suite.

— Signer,
moi

écrire

scel

des parchemins,
i]ui

un ordre, quand on

aller chercher

lo la

m'alleiid

pour

chasse,

ne
!

me

fais

jamais attendre!

Au

diable, par

donc, brigand
Et

!

— Mais
!

exemple

non, je vous aime trop pour vous retout prévu,

un vigoureux coup «le fouet sanglé sur hs reins du molosse arracha au pauvre animal, tout étonné de recevoir un clifilinicnt en échange d'une c;ircsse, un cri de vive douleur.

tarder;

j'ai

entrez

là,

chez moi,

te-

nez

El (latlicrine, agile

cunune
roi

si

elle n'eût

eu que


au

vingt ans, poussai une porte

(|ui

conimiini(|uail à

Charles, reprit Catherine, écoutez-moi donc,

son cabinet, montra au

un

encrier,

une plume,

nom

de \Hmi'.

et

ne

jetez pas ainsi
la

au hasard
la

un parchemin,
1.0 roi

le

sceau et une bougie allumée.
le

votre fortune et celle de
cliasso,
la

France. La chasse,
l.Ul

prit le parclieinin et

parcourut fapido-

chasso,

dilcs-vous...

vous aurez.
|

iiuiii

:

LA
«

P.EINK 5IAUG0T.

177
je n'y suis pas,

Ordre,

etc., etc.,

de faire arrêter et conduire à
»

bre, et,

si

qu'il
lit

m'attende;

si

je

la Bastille nutre frère Henri de Navarre.

tarde, qu'il se jette sur
trait.
Il

— Bon,
ma
il

c'est fait!

dit-il

en signant d'un

Adieu, Et

mère.

s'élança hors

du cabinet,
si

suivi de ses chiens,

clef est

tout allègre de s'être

facilement débarrassé de

— n'y pas de réponse, — Aucune, que de me dire tu Pas trouvé. La tu comprends? pour — Attends donc, ne me quitte pas peste!
a

mon

en attendant.

sire?
si

lui seul,

et

ici,

Catherine. Charles IX était attendu avec

avant de sortir de Paris, je t'appellerai

comme pour
et

impatience,

et,

ressangler

mon

cheval, tu demeureras en arrière,

comme on
chasse,

connaissait son exactitude en matière de

ainsi tout naturellement tu feras ta

commission

chacun s'étonnait de ce retard. Aussi, lorspar leurs piqueurs par leurs fanfares,
les
les

tu

nous rejoindras à Bondy.

qu'il parut, les chasseurs le saluèrent-ils vivats, les

Le valet
^

fit

chevaux
cris.

On

se mit en
la

un signe d'obéissance et s'éloigna. marche par la rue Sainl-Honoré,
le

par leurs hennissements,

chiens par leurs
fit

on gagna

rue Saint-Denis, puis

faubourg; ar-

Tout ce bruit, tout ce
jeune
et

fracas,

monter une rougeur
fut

rivé à la rue Saint-Laurent, le cheval

du

roi

de Na-

à SCS joues pâles, son

cœur se gonfla, Charles heureux pendant une seconde.
temps de saluer
;

varre se dessangla, Orthon accourut, et tout se passa

comme

il

avait été

convenu entre

lui et

son maître,
la

.A peine le roi prit-il le

la bril-

qui continuait de suivre avec le cortège royal

lante société réunie dans la cour
tète

il

au duc d'Alençon, un signe de

la

un signe de main à sa sœur
fit

rue des Récollets, tandis que son
gagnait
la

fidèle serviteur

rue du Temple.
le roi,

Marguerite, passa devant Ilmiri sans faire semblant

Lorsque Henri rejoignit
gagé avec
si

Charles était en-

de

le voir, et s'élança

sur ce cheval barbe qui, im-

le

duc d'Alençon dans une conversation

patient, bondit sous lui. Mais, après trois

ou quatre

intéressante sur le temps, sur l'âge
et
il

du sanglier
-

courbettes,
et se

il

comprit à quel écuyer

il

avait affaire

détourné
droit où

qui était un solitaire, enfin sur l'en-

calma.

avait établi son bouge, qu'il ne s'aperçut

Aussitôt les fanfares retentirent de nouveau, et le
roi sortit

pas ou feignit de ne pas s'apercevoir que Henri était
resté

du Louvre

suivi

du duc d'Alençon, du

roi

un

instant en arrière.

de Navarre, de Marguerite, de

madame

de Nevers,
la

de madame de Sauve, de Tavannes et des principaux seigneurs de la cour. Il va sans dire que la Mole et Coconas étaient de
la partie.

Pendant ce temps, Marguerite observait de loin contenance de chacun, et croyait reconnaître
les

dans

toutes les fois

yeux de son frère un -certain embarras que ses yeux se reposaient sur Henri.

Madame
folle,

de Nevers se laissait aller à une gaieté

Quant au duc d'Anjou, il était depuis trois mois au siège de La Rochelle. Pendant qu'on attendait le roi, Henri était venu saluer sa femme, qui, tout en répondant à son
compliment,

car Coconas,

éminemment joyeux
lazzis

ce jour-là,

faisait

autour d'elle cent

pour

faire rire les

dames.

Quant

à la Mole,

il

avait déjà trouvé

deux
avec

fois

— Le courrier venu de Rome

lui avait glissé à l'oreille

:

l'occasion de baiser l'écharpe blanche à franges d'or

a été introduit par
le
,

de Marguerite sans que cette action, de

faite

l'a-

duc d'Alençon un quart d'heure avant que l'envoyé du duc de Nevers ne fût introduit chez le roi.
M. de Coconas lui-même chez

dresse ordinaire aux amants, eût été vue de plus
trois

ou quatre personnes.

— —

On
si le

arriva vers huit heures et

un quart

à

Bondy.

Alors,
Il

il

sait tout, dit

Henri.

Le premier soin de Charles IX fut de s'informer
sanglier avait tenu. Le sanglier était à sa bauge,

doit tout savoir, répondit Marguerite; d'ail-

leurs, jetez les

yeux sur

lui, et

voyez comme, mal-

et le
lui.

piqueur qui

l'avait

détourné répondait de

gré sa dissimulation habituelle, son œil rayonne:

— Ventrc-saint-gris! murmura
bien!
il
;

le

Béarnais, je le

Une

collation était prête. Le roi but

crois

chasse aujourd'hui trois

proies:

vin de Hongrie.

Charles IX invita

les

un verre de dames à se

France, Pologne et Navarre
glier.
Il

sans compter le san-

mettre à table,

et,

tout à son impatience, s'en alla,
visiter les chenils et les
dcsscllfit

pour occuper son temps,

salua sa

femme, revintà son rang,

et,

appelant
les

perchoirs,

recommandant qu'on ne
et

pas son

un de
et qu'il

ses gens,

Béarnais d'origine, dont

aïeux

cheval, attendu, dit-il, qu'il n'en avait jamais

monté

étaient serviteurs des siens depuis plus d'un siècle

de meilleur

de plus

fort.

employait

comme messager ordinaire
:

de ses

Pendant que
Guise arriva.
Il

le roi faisait sa

tournée,

le

duc de
plutôt

affaires de galanterie

était

armé en guerre bien
Il

Ortlion, lui dit-il,

prends cette

clef et va la tu
la

qu'en chasse,
équipés
aussitôt

et

vingt ou trente gentilshommes,

porter chez ce cousin de
sais,

madame

de Sauve, que

comme
du
lieu

lui,

l'accompagnaient.

s'informa

qui demeure chez sa maîtresse, au coin de
;

était le roi, l'alla rejoindre et

rue des Quotre-Fils

tu lui diras que sa cousine dé-

revint on causant avec lui.

sire lui parler ce soir; qu'il entre

dans

ma

ciuim-

A neuf heures

précises, le roi

donna lui-nijme

le

23

rar

t

In-i

de tF.V alDt,

tculeMn M^n'prBaise,

S),

178
signal en sonnant le lancer, et cliacun,

LA REINE MARGOT.
montant
à


mon
affilé et

cheval, s'acliemina vers

le

rendez-vous.

Pendant

la

route, Henri trouva
fois

moyen de

se rap-

— Avez-vous — sur
J'ai

Je

m'en

suis aperçu, répondit Henri. pris vos précautions?

la poitrine

ma

cotte de

mailles et à

procher encore une
!

chose de nouveau

— Eh bien demanda-t-il, savez-vous quelque — Non, répondit Marguerite, que
lui
?
si

de sa femme.

côté

un

excellent couteau de chasse espagnol,
rasoir, pointu

comme un

comme une

aiguille,

ce n'est

avec lequel je perce des doublons.
Alors, dit Marguerite, à la garde de Dieu
le
!

mon
çon.

frère Charles vou

regarde d'une étrange fa-

Le piqueur qui dirigeait on
était arrivé à la

cortège

fit

un signe

:

bauge.

FI>'

DE LA PREMIERE PARTIE,

TABLE DES MATIÈRES
DE

U

fREHURK

PARTIE.

I.

II.

— Le — La —

Pigea
latin

de M. de Guise
la

1

XVI.

Le corps d'un ennemi mort sent toujours
bon

chambre de
roi poëte

reine de Navarre.

...

7

99
.

III.

— Un IV. — La
V.
VI.

13

XVII.
XVIII.

soirée

du 24 août 1572
la

20
vertu en

Du Louvre en particulier et de
général

XIX.

— Le confrère de maître Ambroi.se Paré. — Les revenants — Le de maître René, parfumeur
logis
le
la

.

107
111

de

,.,....

24
29
XX.
XXI.
XXII.

reine

mère

117
125

— La dette payée
La nuit du 24 août 1572


Les poules noires

VU.
VIII.

35
45
52

L'appartement de

madame de
roi

Sauve.

.

,

.

131
13li

— Les massacrés — Les massacreurs IX. X. — Mort, messe ou XI. — L'aubépine du cimetière des Innocents. XII. — Les confidenees XIII. — Comme des qui porBastille
. .

XXIII.

60 C8
74

— Sire! vous serez — Un nouveau converti XXIV. — La rue Tizon rue Cloche-Percée. XXV. — Le manteau
et
la

140
.

.

14S

cerise

lôU
I(i3

XXVI.

il

y a

clefs

ouvrctit les
p.is

XXVU.
77
XXVIII.

tes auxquelles elles

ne sont

destinées.

— — —

Margarita

La mnin de Dieu

1G7
171

La lettre de

Rome

XIV.

XV.

— —

Seconde nuit des noces

84
le

XXIX.

Le départ

175

Ce que femme veut, Dieu

veut

90

LA

REINE MARGOT
DEUXIÈME PARTIE

PARIS.

IMPRIMÉ PAR BRT AÎNÉ, BODLEVART MONTPARNASSE, 81.

LA

REINE MARGOT
ALEXANDRE DUMAS
ÉDITION

ILLUSTRÉE PAR

E.

LAMPSONIUS ET LANCELOT

OEIJXIKIHE

PARTIB

PARIS
LÉGRIVAIN ET TOUBON, LIBRAIRES
5,

BUE DU PONT-DE-LODI, 5

1860

LA REINE MARGOT
DEUXIEME PARTIE.

I

MAURKVEI,.
.iHiant ([ne toute oettc jeu-

duire dans son cabinet l'homme

nesse
liante
I

joyeuse
,

et

insou-

à qui son capitaine des gardes avait porté, quelques jours auparavant,

en apparence du

une

lettre

rue de

la

Cerisaie,

quartier de

l'Ar-

moins, se répandait

comme

senal.

un tourbillon doré sur la route de Bondy, Catherine, roulant le parchemin
précieux sur lequel
le roi

Une large bande de

taffetas,

pareil à

mortuaire, cachetait un des yeux de cet

un sceau homme,

découvrant seulement l'autre œil,
entre deux pommettes saillantes

et

laissant voir

.la

courbure d'uu

Charles venait d jpposer sa signature, faisait intro-

nez de vautour, tandis qu'une barbe grisonnante

24
Fml».

lœp. do

DRY

atné, boolsvirl Uontparniitse, 8<i

LA REINE MARGOT.
lui couvrait \c lias

du

visage.

Il

était vêtu

d'un man-

— Dans un
garantit,
s'il

lieu qui,

par sa majesté

même, me

teau long et épais, sous lequel on devinait tout
arsenal.
fijt

un

En

outre,

il

portait

au

côté,

quoique ce ne

point l'habitude des gens appelés à la cour,
et

une

que diriez-vous du Louvre, par exemple?
!

épée de campagne longue, large
quille.

double co-

Une de

ses

mains

était

cachée

et

ne

quittait

rait

point sous son manteau le

manche d'un long
la

poi-

gnard.

— Ah

— Oui, comprends, dans quelque — Oh Votre Majesté me permettait, une grande — Vous Louvre. donc dans — Et dans quelle du Louvre?
je
si

était possible.

palais royal

;

le

ce se-

faveur.

l'arrêterez

le

!

vous voici, monsieur, dit

reine en s'as-

partie

Dans

sa

chambre même.
cela,

seyant, vous savez que je vous ai promis après la

Maurevel s'inclina.

Saint-Barthélémy, où vous nous avez rendu de

si

signalés services, de ne pas vous laisser dans Finaction. L'occasion se présente,
l'ai fait

— Et quand madame? — Ce ou plutôt
soir,

celte nuit.
Majesté-

ou plutôt, non,

je

Bien,

madame. Maintenant que Votre
renseigner sur une seule chose.

— Madame,
— Une

naître. Remerciez-moi donc.

daigne

jesté,

je remercie humblement Votre Marépondit l'homme au bandeau noir, avec une
fois.

réserve basse et insolente à la
belle occasion,

— Sur — Égards
à la sienne?

— Sur laquelle*
les
I...

me

égards dus à sa qualité.
qualité!... ditCatherine.
le

Maisvous

monsieur,

comme

vous

ignorez donc, monsieur, que
doit des égards à qui

roi

de France ne

n'en trouverez pas deux dans votre donc.

vie, profitez-en

que ce

soit

dans son roj-auine.
la qualité soit égale

ne reconnaissant personne dont
J'attends,

près le préambule...

commission ne soit violente? N'est-ce pas de ces commissions-là que sont friands ceux qui
la

— — Que
— Ah!

madame; seulement

je crains, d'a-

Maurevel

dit-il, si toutefois

veulent s'avancer

? Celle

dont
par

je
les

vous parle serait
Guise

enviée par les Tavanne

et

même.

— — Je —

-

fit

une seconde révérence.
sur ce point cependant, madame,
Votre Majesté
le

J'insisterai

permet.

le

permets, monsieur.

Si le roi contestait l'authenticité

de l'ordre,

madame,
soit,

reprit

l'homme, croyez bien,

ce n'est pas probable, mais enfin...

quelle qu'elle
Majesté.

que

je suis

aux ordres de Votre

— En

ce cas, lisez, dit Catherine.
le

— contestera? — Sans aucun doute.
Il

Au

contraire, monsieur, c'est sûr.

Et elle lui présenta

parchemin.
et pâlit.

L'homme
Navarre
I

— Quoi! — Eh bien
— Mais un

le

parcourut

s'écria-t-il, l'ordre d'arrêter le roi

de

— — Je — Et —

Et,

par conséquent,
le crains.
il

il

refusera d'y obéir?

résistera

!

!

qu'y

a-t-il

d'extraordinaire à cela?
vérité, je doute, je

roi,

madame! En
fait

— Ah Maurevel: dans — Dans quel cas? Catherine avec son regard
!

C'£St probable.

diable! dit

et

ce cas?...

dit

crains de n'être pas assez bon gentilhomme.

fixe.

— Ma

confiance vous

le

premier gentil-

— Mais
— Que

dans

le cas

il

résisterait,

que

faui-il

homme
tiierine.

de

ma

cour, monsieur de Maurevel, dit Ca-

faire?

faites-vous

Grâces soient rendues à Votre Majesté, dit

ordre du
roi, et

roi, c'est-à-dire

quand vous êtes chargé d'un quand vous représentez le
monsieur de Maurevel? quand je suis ho-

l'assassin si

— Vous obéirez donc?

ému

qu'il paraissait hésiter.

— Mais,

qu'on vous

résiste,

madame,

dit le shire,

Si

Votre Majesté le»commande. n'est-ce pas

mon

— Oui,

devoir?
je le

noré d'un pareil ordre, et i]u"iin ordre concerne un simple gentilhomme, je le tue.

commande.
je

— Je vous

ai dit,

monsieur, reprit Catherine,

cl

— Mais
.le

— Gomment vous y
je

Alors j'obi'irai.

ne croyais pas

(]u'il

y eût assez longtemps pour

prendrez- vous?

ne

sais pas trop,

madame,

et je tlési-

que vous l'eussiez di'jà oublié, qu(> le roi de France ne reconnaissait aucune qualité dans son royaume;
c'est

rernis fort être guidé par Votre Majesté.

vous dire

(|ue le roi

de France seul
,<iinl

est roi, et

— Vous redoutez hruit' — l'avoue. — Prenez douze hommes
le

(]u'auprès de lui les plus grands

do simples

;;ontilshommes.
plus
s'il

sfirs.

le faut.

— Sans
mo
varre?

Maurevel

doute, je le comprends. Votre Majosti-

|ieriuel

do prendre mes avantages,
in.iis

et jo IhI (;n
le roi

— Ohl oh! — Mais qui

pâlit, car
dit-il,

il

comnieniaii
le roi

à

comprendre.

tuer

do Navarre!...

suis reconnaissant;

où saisirai-jo
inicux de

de Na-

l'ordre de le tuer?
llaslille, et

le tuer? où est Le mi veut qu'on le mène à la l'ordre ne porte (]ue cela. Qu'il se laisse

vous parle donc de

— Où vous

|ilnir,iil"il

le saisir?

arrêter, irés-bion; mais,

comme

il

ne se laissera pas

LA RELNE MARGOT.
arrêter,

S
dit

comme

il

résistera,

comme

il

essayera de

vous tuer...

qui
pâlit.

Maurevel

— Madame, Maurevel, naissance. — Eh bien! donc,
fait le roi, c'est la

ce n'est pas le

royaume

dit Catlierine, faites

comme

il

— Vous vous

défendrez, continua Catherine.
à

On

vous plaira. Seulement je dois vous prévenir que je
désire

ne peut pas demander

un

vaillant

comme

vous de

que vous ne
Mais,

quittiez point le Louvre.

se laisser tuer sans se défendre; et,

eu vous défen-

r—

madame, pour réunir mes hommes?...

dant, que voulez-vous?

arrive qu'arrive. Vous

me

— Vous avez bien une espèce de sergent que vous
puissiez charger de ce soin?

comprenez, n'est-ce pas?

— Oui, madame, mais cependant... — Allons, vous voulez qu'après mots
d'arrêter, j'écrive de

— —

J'ai

mon

laquais, qui non-seulement est
([ui

un

garçon
:

fidèle,

mais

même m'a
et

quelquefois aidé

ma main

:

ces Ordre mort ou vif?

dans ces sortes d'entreprises.
Envoyez-le chercher
concertez-vous avec

pules.

— J'avoue, — Voyons,
la

madame, que
il

cela lèverait

mes scrune croyez

le

faut bien, puisque vous
cela.

pas

commission exécutable sans

armes du roi, on va vous servir là à déjeuner; là vous donnerez vos ordres. Le lieu raffermira vos sens s'ils étaient ébranlés. Puis, quand mon (ils
lui.

Vous connaissez

le cabinet des

n'est-ce pas? eh bien!

Et Catherine, en haussant les épaules, déroula le

reviendra de
oratoire,

la

chasse,

vous passerez dans

mon

parchemin dune ma^n, ou vif.

et

de l'autre écrivit

:

mort

— Tenez,
ment en

— Mais comment entrerons-nous
roi

où vous attendrez l'heure.

dans

la

chamil

dit-elle,

trouvez-vous l'ordre suffisam-

bre? Le

a sans doute quelque soupçon, et

règle,

maintenant?
;

s'enfermera en dedans.

Oui,

madame, répondit Maurevel

mais je prie
de

J'ai

une double

clef

de toutes les portes, dit

Votre Majesté de
l'entreprise.

me

laisser l'entière disposition

Catherine, et on a enlevé les verrous de celle de

— En quoi que dune son exécution? — Votre Majesté m'a de prendre douze hom• mes» — Oui pour plus — Eh bien demanderai permission de n'en prendre que — Pourquoi — Parce que, madame, malheur au
ce
j'ai

Henri. Adieu, monsieur de Maurevel; à tantôt. Je
vais vous faire conduire dans le cabinet des

dit nuit-il

à

du
roi

roi.

dit

Ah! ordonne

à propos! rappelez-vous
doit,

armes que ce qu'un
défaite,

avant toute chose, être exécuté;
;

qu'aucune excuse n'est admise

qu'une

;

être
je

sûr.

.

même un
roi. C'est

insuccès,

compromettrait l'honneur du

!

la

grave.

six.

Et Catherine, sans laisser à Maurevel le temps de
lui répondre, appela

cela?

M. de Nancey, capitaine des

s'il

arrivait

gardes, et lui ordonna de conduire Maurevel dans
le

prince,

facilement six

comme la chose est probable, on excuserait hommes d'avoir eu peur de manquer
que personne n'excuserait
laissé tuer la

cabinet des armes du roi.

Mordieu!

disait

Maurevel

en suivant

son
:

un

prisonnier, tandis

guide, je m'élève dans la hiérarchie de l'assassinat

douze gardes de n'avoir pas
Majesté.

moitié de

d'un simple gentilhomme
capitaine à

leurs camarades a\ant de porter la

main sur une

un amiral

;

— d'un
si

à

un capitaine;
amiral à

— d'un
un
roi

sans couronne. Et qui sait

je n'arriverai pas

un

Belle Majesté,

ma

foi

!

qui n'a pas de royaume.

jour à un roi couronné!...

LA

UE1^'E

MARGOT.

Il

LA CHASSE A COURRK.

c

piqiieur
le

qui

avait dé-

liaient,

pour s'élancer de

vers le point où la

tourné

sanglier et qui

chasse perdue reparaissait.

avait affirmé

au

roi

que
nas

Au bout d'un quart d'heure,
rivait toujours en pareil cas
:

il

arriva ce qui ar-

l'animal n'avait pas quitté

c'est

que des obstacles
la

T;fc^^ ayKAwfe'fl

l'enceinte

ne

s'était
le

presque insurmontables s'étant opposés à

course

trompe. A peine
fut-il

limier
trace,

des chasseurs, les voix des clTiens s'étaient éteintes

mis sur

la

dans

le loitain, et le

roi

lui-même

était

revenu au
son ha-

«^^^'y^^^^i^^ssi^
lis

qu'il s'enfonça clans le tail-

carrefour, jurant et sacrant,

comme

c'était

que d'un massif d'épines il Ht sortir le sanglier, qui. ainsi que le piqueur l'avait reconnu à ses voies, était un solitaire, c'est-à-dire une liète de
et

bitude.

— Eh bien! d'Alençon,

eh bien! Henriol,
et tranquilles

dit-il,

vous voilà, mordieu, calmes

comme
Voyezvous

la

plus forte

taille.

des religieuses qui suivent leur abbcsse.
lui
et

L'animal piqua droit devant
route à cinquante pas du
limier qui
roi,

tra\ersa

la

vous, ça ne s'appelle point chasser, cela. Vous, d'A-

suivi

seulement du
aussitôt
s'en-

lençon, vous avez l'air de sortir d'une
êtes tellemoÉit

boite-, et

l'avait délourni'. relais, et

On découpla

parfumé, que

si

vous passez entre la

un premier
La

une vingtaine de chiens
passion de Charles.

bête et

mes chiens vous
la voie.

êtes capable de leur faire

foncèrent à sa poursuite.
cliasse était
la

perdre

Et vous, llenriot, où est votre épicu,

A peine

est votre

arquebuse'? voyons.

l'animal eut-il traversé la route qu'il s'élança derrière lui,
cl


il

Sire, dit Henri, à quoi

bon une arquebuse?
tirer l'animal

sonnant

la vue, suivi

du duc d'Alcnçoii
Charles.

Je sais
tient

que Votre Majesté aime

de Henri, à qui
([u'il

un

signe de Marguerite avait
ijuitler

aux chiens. Quant
cette

à

un

épieu. je

quand manie as-

indiqué

ne devait point

sez

maladroitement

arme, qui n'est point d'u-

Tous

les

autres chasseurs suivirent le roi.
,

sage dans nos montagnes, où nous chassons l'ours

Les forêts royales étaient loin
se

à l'époque
,

avec

le

simple poignard.

passe

l'histoire
le

que nous rai^ontons

d'être

— Par
être
à

mordieu, Henri, (piand vous serez reil

comme

elles

sont aujourd'hui, de grands parcs

tourné dans \os Pyrénées,

faudra que vous m'en-

roupés par des allées carro.ssables. Alors, l'exploitalion était à peu prés nulle. Les rois n'avaient
pas encore eu l'idée de se fair(^ commerçants et de diviser leurs bois en coupes, en taillis et en
futaies.

voyiez une pleine charretée d'ours,

— car ce
les

doit

une belle chasse (jue celle qui se fait ainsi corps corps avec un animal qui peut nous étouffer.

Écoutez donc, je crois que j'entends

chiens.

vants forestiers
jetait la

Les arhres, semés, non point par de samais par la main de Dieu qui
, ,

Non,
Le

je

me

trompais.
son cor
et

roi prit

graine au caprice du vent, n'étaient pas disposés en quinconces, mais poussaient à leur loisir, et comme ils font encore aujouril'hui dans

sonna une fanfare. Plusieurs

f:infares lui

n'pcmdirent. Tout à coup

un

pi(iueur

parut qui

fit

entendre un autre
la

air.

do l'Amériiiue. llref, une forêt, à cette époque, (Hait un repaire où il y avait à foi-

une

forûl vierge

— La vue!
Et
il

vue

I

cria le roi.
i

s'élança au gahqi, sni\
lui.

de tous les chasseurs

son du sanglier,
et

ilu

cerf, du loup et des voleurs;

ijui s'étaient ralliés à

une douzaine de

.sentiers seuh'uienl,

parlant d'un
le

Le piqueur ne
roi

s'était

point, éloilaicnt celle

culaire envelo|q)ait
(;liv(dopiie les j:inU's.

de Ilondy, qu'une route circomme le cercle de la roue
i)lus loin, le

s'avançait,
la

pas tromp('. A mesuro que on commençait d'eulendre les
dt>

aboiemenis de

meute, conqiosée alors de plus

soixante chiens, car on avait successivement lâché

En poussant

la

comiiaraisun

moyeu

liuis les relais

placés dans les endroits que le san-

ne repri'SiMiterail pas mal l'unique carrefour situé au ccnlre du hois, et où les chasseurs égarés se ral-

glier avait déjà parcdiirus.
la

Le

roi le vit passer

pour
il

seconde

fois,

et,

prolilant

dune

haute futaie,

LA REINE MARGOT.
se jeta sous bois après lui,
ses forces.

donnant du cor de toutes
quelque temps. Mais
le

que

je

me

sauvasse,

mais

je

ne

me

sauverai pas

seul.
le suivirent
si
11

Les princes
roi avait

achevait à peine celte réflexion

un

cheval

vigoureux, emporté par son

nouveaux convertis, revenus
ou
trois

à la cour depuis

quand plusieurs deux
galop
et

ardeur
pés,

il

passait par des

par des
le

taillis si épais,

chemins tellement escarque d'abord les femmes,
gentilshommes, puis
les

mois

,

arrivèrent

au

petit

sa-

luèrent les deux princes avec

un

sourire dos plus

puis

duc de Guise

et ses

engageants.

deux

princes, furent forcés de l'abandonner. Tail

Le duc d'Alençon
faire, et

,

provoqué par

les

ouvertures

vannestint encore quelque temps; mais enfin

y

de Henri, n'avait qu'un mot à dire, qu'un geste à
il

renonça

à son tour.

était évident

que trente ou quarante catroupe de M. de Guise fail
,

monde, excepté Charles et quelques piqueurs qui, excités par une récompense promise, ne voulaient pas quitter le roi, se retrouva donc
Tout
le

valiers

réunis en ce

moment autour d'eux comme
détourna
il

pour

faire opposition à la

voriseraient sa fuite; mais

la tète, et, le rallie-

dans

les

environs du carrefour.

portant son cor à sa bouche

sonna

Les deux princes étaient l'un prés de l'autre

ment.

dans une longue

allée,

k

cent pas d'eux, le duc de
fait halte.

Cependant

les

Guise et ses gentilshommes avaient
carrefour se tenaient les femmes.

Au

sent cru que l'hésitation

nouveaux venus, comme s'ils eusdu duc d'Alençon venait du
présence des Guisards, s'étaient

voisinage et de

la

Ne

semblerait-il pas,
à

d'Alençon
le

Henri en lui
cet

en vérité, dit le duc montrant du coin de l'œil

peu à peu

glissés entre

taient échelonnés avec

eux et les deuxprinces, ets'éune habileté stratégique qui

duc de Guise, que

homme
1

avec son escorte

annonçait l'habitude des dispositions militaires.
effet,

En
de

bardée de ter est le véritable roi

Pauvres princes

pour arriver au duc d'Alençon
il

et

au

roi

que nous sommes,
regard.

il

ne nous honore pas
traiterait-il

même

d'un

Navarre,

eût fallu leur passer sur le corps, tandis

mieux que ne nous traitent nos propres parents? répondit Henri. Eh! mon frère ne sommes-nous pas, vous et moi, des
!

— Pourquoi nous

qu'à perte de vue s'étendait devant les

deux

frères

une route parfaitement
Tout à coup entre

libre.

les arbres, à

dix pas du roi de
les

Navarre

,

apparut un autre gentilhomme que

prisonniers à la cour de France
tre parti?

,

des otages de no-

deux princes n'avaient pas encore vu. Henri cherchait à deviner qui il était, quand ce gentilhomme,
soulevant son chapeau
,

Le duc François
Henri

tressaillit à

ces

mots

et

regarda

se

fit

reconnaître à Henri

comme pour provoquer une

plus large expli-

pour

le

vicomte de Turenne, un des chefs du parti

cation; mais Henri s'était plus avancé qu'il n'avait

protestant que l'on croyait en Poitou.

coutume de le faire, et il garda le silence. Que voulez-vous dire, Henri? demanda le duc François, visiblement contrarié que son beau-frére, en ne continuant pas, le laissât entamer ces éclair-

Le vicomte hasarda
clairement dire Mais Henri
impassible
:

même un

signe qui voulait

— Venez-vous
,

?

après avoir bien consulté le visage terne du duc d'Alençon, tourna
tête

cissements.

et l'œil

Je dis,

mon

frère, reprit Henri,

que

ces

hom-

deux ou
point.

trois fois la
le

sur son épaule
le col

comme

si

mes

si

bien armés, qui semblent avoir reçu pour tâ-

quelque chose

gênait dans

do son pour-

che de ne point nous perdre de vue, ont tout l'aspect de gardes qui prétendraient empêcher deux personnes de s'échapper.

C'était
prit,

une réponse négative. Le vicomte
le

la

com-

piqua des deux et disparut dans
instant on entendit la
à

fourré.
se rap-

S'échapper, pourquoi,

comment! demand*
la

Au même
trouvait,

meute
puis au

d'Alençon en jouant admirablement
naïveté.

surprise et

la

procher, puis,

l'extrémité

de l'allée où l'on se

— Vous avez

on

vit passer le sanglier,

mémo

un magnilique

genêt, François,
l'air

instant les chiens, puis, pareil au chasseur infernal,

dit

Henri poursuivant sa pensée tout en ayant

Charles IX sans chapeau,

le

cor à
;

la

bouche, son-

de changer de conversation; je suis sûr qu'il ferait sept lieues en une heure, et vingt lieues d'ici à midi.

nant à se briser
queurs
sur

les

poumons

trois

ou quatre piil

H

fait

beau

;

cela invite

,

sur

ma

parole

,

à baisser la

— Le
fit

le suivaient.

Tavannes avait disparu. duc d'Alençon. Et
s'élança

roi

!

s'écria le

main. Voyez doue le joli chemin de traverse. Est-ce qu'il ne vous tente pas, François? Quant à moi, l'éperon

la trace.
la

Henri, rassuré par
leur

présence de ses bons amis,

me

brijle.
il

signe de ne pas s'éloigner et s'avança vers

François ne répondit rien. Seulement
pâlit successivement; puis
s'il
il

rougit et

les

tendit l'oreille

comme
Henri,

— Eh

dames.
bien
1

dit

Marguerite en faisant quelques

écoutait la chasse.
effet, dit
il

— La nouvelledePolognefait son
mon
cher beau-frère a son plan,

pas au-devant de lui.

— Eh bien! madame,

dit Henri,

nous chassons

le

et

voudrait bien

6
Voilà

LA REINE MARGOT.
çon armé d'une arquebuse,
;

— tout? — Oui, vent tourné depuis hier matin mais vous avoir que — Ces changements de vent sont mauvais pour
le

et

Henri qui n'avait que

a

son simple couteau de chasse.

je crois

prédit

cela serait ainsi.
la

Le duc d'Alençon détacha son arquebuse du crochet et en alluma la mèche. -Henri,
teau de chasse dans le fourreau.
fit

jouer son cou-

chasse
rite.

,

n'est-ce pas

,

monsieur? demanda Margue-

— Oui,
En
ce

Quant au duc de Guise,
dit

assez

dédaigneux de tous

Henri; cela bouleverse quelquefois

ces exercices de vénerie,

il

se tenait

un peu

à l'é-

toutes les dispositions arrêtées, et c'est
refaire.

uu plan

à

cart avec tous ses gentilshommes.

Les femmes réunies en groupe formaient une pe-

moment
et

les

aboiements de

la

meute com-

tite

troupe qui

faisait le

pendant

à celle'

du duc de

mencèrent
dement,
les

à se faire

entendre, se rapprochant rapi-

Guise.

une

sorte de vapeur tumultueuse avertit

Tout ce qui
fixés

était

chasseur demeurait les yeux

chasseurs de se tenir sur leurs gardes. Chacun

sur l'animal, dans une attente pleine d'anxiété.
l'écart se tenait

leva la tête et tendit l'oreille.

A
déboucha,
et,

un piqueur

se roidissant

pour

Presque

aussitôt, le sanglier
le bois,
il

au lieu
venant dames,

résister

aux deux molosses du

roi, qui,

couverts de

de se rejeter dans

suivit la roule

leurs jaques de mailles, attendaient, en hurlant et

droit sur le carrefour
les

se trouvaient les

en s'élançant de manière

à faire croire à

chaque

gentilshommes qui leur chasseurs qui avaient perdu

faisaient la cour, et les
la chasse.

instant qu'ils allaient briser leurs chaînes, le

mopar

ment de
venaient

coiffer le sanglier.
faisait

Derrière lui et lui soufflant au

poil,

L'animal

merveille; attaqué à

la fois

trente ou quarante chiens des plus robustes, puis

derrière les chiens, à vingt pas à peine, le roi Charles sans toquet, sans

une quarantaine de chiens qui l'enveloppaient comme une marée hurlante, qui le recouvraient de
leur tapis bigarré, qui, de tous côtés, essayaient

manteau, avec ses habits tout

déchirés par les épines, le visage et les mains en

sang.

d'entamer sa peau rugueuse aux poils hérissés chaque coup de boutoir il lançait à dix pieds de
,

Un ou deux
Le
roi

piqueurs restaient seuls avec

lui.

haut un chien, qui retombait éventré,
ses

et qui,

les
la

ne

quittait son cor

que pour exciter

entrailles

traînantes,

se

rejetait
les

aussitôt

dans

chiens, ne

cessait d'exciter ses chiens

que pour re-

mêlée, tandis que Charles,

prendre son cor. Le monde tout entier avait disparu à ses yeux. Si son cheval eût manqué, il eût Ma couronne pour un checrié comme Richard III
:

yeux enflammés,
le

les

cheveux roidis, les narines ouvertes, courbé sur
hallali

cou de son cheval ruisselant, sonnait un

furieux.

val

!

En moins de
hors de combat.

dix minutes

,

vingt chiens furent

Mais le cheval paraissait aussi ardent que le maître, ses pieds ne touchaient pas la terre et ses na-

— Les dogues!
A

cria Charles, les dogues!...

seaux soufllaicnt

le feu.

ce cri le piqueur ouvrit les porte -mousquetons

Le sanglier,

les chiens, le roi,

passèrent

comme
et
il'

des laisses, et les deux molosses se ruèrent au milieu

une

vision.
Hallali, hallali! cria le roi

en passant;

ra-

se frayant avec leurs cottes

du carnage, renversant de
l'animal
,

tout,
fer

écartant tout,
jus-

uu chemin

mena A (luelques
et

son cor à ses lèvres sanglantes.
pas de lui venaient
le

qu'à

qu'ils

saisirent

chacun par une
claquer ses

duc d'Alençon
d6S autres

oreille.

deux piqueurs; seulement
ils

les ciievaux

Le sanglier, se sentant
dents à
la fois
,

coiffé

.

lit

avaient renonce, ou

s'étaient perdus.
il

Tout

le

monde
le

partit sur la trace, car

était évi-

*

dent que

sanglier ne tarderait pas à tenir.

En

effet,

au bout de dix minutes

à peine, le san-

glier quitta le sentier qu'il suivait et se jeta

dans

le

bois; mais, arrivé à

une

clairière,

il

s'accula à

une
le

— Bravo Duredent! bravo Risquetout! un épieu un — Vous ne voulez pas mon dur ^'Alençon. — Non. pas enlrer non. un ne
,

de rage cl de douleur.

cria
;

Charles. Courage, les chiens!

!

épieu

ari|uebii^e

!

dit le

cria le roi,

sent

roche

et

lit

tète

aux chiens.

la balle,

il

n'y a pas de plaisir; taudis qu'on seni

Aux cris de Charles, qui l'avait suivi, tout monde accourut. On était arrivé au uioment intéressant do
chasse.
I/aninial paraissait résolu
à

entrer l'épicu.

Un

épieu! un épieu

!