CARTOGRAPHIES AUTOCHTONES.

ÉLÉMENTS POUR UNE ANALYSE CRITIQUE
Irène Hirt Belin | L'Espace géographique
2009/2 - Vol. 38 pages 171 à 186

ISSN 0046-2497

Article disponible en ligne à l'adresse:

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------http://www.cairn.info/revue-espace-geographique-2009-2-page-171.htm
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Hirt Irène, « Cartographies autochtones. Éléments pour une analyse critique », L'Espace géographique, 2009/2 Vol. 38, p. 171-186.

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Distribution électronique Cairn.info pour Belin. © Belin. Tous droits réservés pour tous pays.

La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit.

EG 2009-2
p. 171-186

Cartes et luttes

Car tographies autochtones. Éléments pour une analyse critique

Irène Hirt
Université de Genève Département de géographie irene.hirt@unige.ch

autochtones constituent un champ encore peu exploré par la géographie francophone. Cet article propose un examen de la littérature anglophone sur le sujet, en rendant compte de ses principaux débats théoriques. Ceux-ci sont relatifs à l’usage de la cartographie occidentale par les peuples autochtones, en le considérant tantôt comme un instrument d’« empowerment », tantôt comme un outil d’assimilation culturelle. Ces aspects sont examinés à la lumière d’une expérience de cartographie réalisée par les Mapuches au Chili. CARTOGRAPHIE AUTOCHTONE, DÉCOLONISATION, MAPUCHE, TERRITOIRE

Elements for a critical analysis.— Studies of indigenous mapping represent an under-developed academic field in French-language geography. This article reviews recent developments on the subject in English-language literature. It gives also an account of the main theoretical debates, which consider the use of Western mapping by indigenous peoples either as an instrument of empowerment and decolonisation or as a source of cultural assimilation. These aspects are examined in the light of an experiment in indigenous mapping performed by the Mapuche people in Chile. DECOLONISATION, INDIGENOUS MAPPING, TERRITORY, MAPUCHE

Pendant des siècles, les peuples autochtones ont été les victimes de la conquête et de la colonisation. Or depuis quelques décennies, ils ont engagé «une sorte de conquête à l’envers1 » afin de récupérer leurs terres et revendiquer des formes d’autonomie politique et territoriale. Aussi se sont-ils approprié les outils du colonisateur pour les mettre au service de leur programme politique : dans ce contexte, la cartographie est devenue un langage de contestation politique et un moyen de résister à l’ordre territorial imposé par les États-nations et aux forces déstructurantes de la mondialisation économique et culturelle.

1. La traduction des citations en langue étrangère relève de la responsabilité de l’auteure. « Una suerte de conquista al revés » est une expression de l’anthropologue et historien chilien José Bengoa (2000, p. 11).

@ EG 2009-2 171

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

RÉSUMÉ.— Les cartographies

ABSTRACT.— Indigenous Mapping.

Introduction

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Cet article propose une analyse critique des usages sociaux et politiques de la cartographie par les peuples autochtones, un sujet encore peu exploré dans la géographie francophone. En insistant sur le cas de l’Amérique latine, il inscrit d’abord ces pratiques dans une perspective historique, pour ensuite restituer les principaux débats portant sur le sujet dans la littérature académique. Ces derniers ont trait aux impacts de la cartographie « occidentale »2 moderne et des systèmes d’information géographique (SIG) sur les sociétés autochtones, analysés tantôt comme instrument d’« empowerment »3 et de décolonisation, tantôt comme outil d’assimilation culturelle. Enfin, ces éléments de discussion sont mis en perspective par une expérience concrète de cartographie autochtone, réalisée par les Mapuches du Chili. Les cartographies autochtones Les « cartographies autochtones » – dites aussi « ethnocartographies » – renvoient aux cartographies produites par et pour les peuples autochtones, aussi bien celles qui mobilisent des techniques, des savoirs, des formes de représentation et des usages propres que celles recourant aux traditions cartographiques occidentales dites modernes. Bien que variant en fonction des contextes géographiques, culturels et politiques, elles se caractérisent par des dénominateurs communs. Quant au terme de « peuple autochtone » (ou « indigène » selon les auteurs), sa définition a été donnée par les Nations unies. Ces dernières considèrent que sont autochtones les communautés, populations ou nations non dominantes d’un pays dont la présence historique est antérieure sur un territoire déterminé (Ecosoc, 1986, paragraphe 379) : Indiens des Amériques, Maoris de Nouvelle-Zélande, Aborigènes d’Australie, Inuits du Groenland et de la Sibérie, Saamis de Scandinavie, Kanaks de Nouvelle-Calédonie et Ainus du Japon. Selon une démarche sujette à controverse, le qualificatif « autochtone » s’applique également aux peuples dits tribaux reconnus par l’Organisation internationale du travail (Adivasis de l’Inde, Penangs de Malaisie, Aetas des Philippines, Sans de Namibie, etc.), autant de groupes se caractérisant par leur mode de vie et de subsistance (chasse, cueillette, agriculture sur brûlis) (SchulteTenckhoff, Horner, 1995, p. 23-24). Il est admis que les peuples autochtones se distinguent des autres minorités culturelles ou politiques par leur relation privilégiée à la terre et au territoire.
2. Les catégories « autochtone » versus « occidentale » sont utilisées par commodité de langage, tout en ayant conscience que de tels découpages sont problématiques. 3. Le concept d’« empowerment » n’a pas d’équivalent en français. Il renvoie à un processus d’émancipation, de renforcement de la capacité d’action et de prise en charge d’un groupe par lui-même.

D’hier…

Bien que nous ignorions presque tout des cartographies autochtones du passé, on sait qu’elles existent depuis des millénaires (Fox, 1998, p. 1 ; Rundstrom, 1991, p. 2). Par exemple, les Inuits, certaines sociétés micronésiennes du Pacifique ou encore les sociétés autochtones nord ou méso-américaines produisaient leur propre cartographie (Aberley, 1993 ; Lewis, Woodward, 1998 ; Mundy, 1996 ; Musset, 1988 ; Rice-Collins, 2004 ; Rundstrom, 1991). Au Mexique et en Amérique centrale précolombienne, un berceau cartographique florissant a existé. Ces cartes se distinguaient des documents européens par leur support physique, leurs conventions pictographiques ou encore leur compréhension et leur représentation de l’espace (Harley, 1992, p. 524-525 ; Mundy, 1996, p. XVI ; Musset, 1988). Au XVIe siècle, dans la même région, les cartes ont fait partie de l’appareil intellectuel avec lequel les aristocraties autochtones ont tenté de résister à l’ordre colonial (Musset, 1988, p. 23). Elles se sont même approprié les usages

© L’Espace géographique 172

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

européens de la carte, pour revendiquer les terres dont elles avaient été dépossédées (Harley, 1992, p. 527). Par ailleurs, les savoirs géographiques autochtones ont servi les objectifs de connaissance des Européens (Mundy, 1996). Mais hormis ces vestiges matériels et le témoignage des explorateurs européens qui interrogeaient les populations autochtones sur les régions qu’ils souhaitaient pénétrer, l’histoire n’a gardé que peu de traces des cartes autochtones du passé : soit parce qu’elles ont été détruites, soit parce qu’elles étaient éphémères, dessinées sur le sable ou dans les cendres d’un feu de camp, au mieux sur des écorces ou des peaux d’animal. Par ailleurs, une partie de ces cartographies n’était pas inscrite sur un support matériel, mais fondée sur des processus cognitifs (images, représentations mentales) ou des performances (le rituel, le récit poétique, le chant, la danse) (Johnson et al., 2005, p. 91 ; Lewis, Woodward, 1998 ; Louis, 2004, p. 10-11 ; Rundstrom, 1995, p. 51). Ne répondant pas aux critères hégémoniques de la science occidentale, ces cartes ont été jugées «non conformes», subjectives et imprécises (Lewis, 2004, p. 7a). Les historiens de la cartographie ont laissé ce domaine de recherche aux archéologues, ethnohistoriens ou anthropologues. Ce n’est que dans les années 1980 et 1990 qu’un changement de regard s’est opéré, coïncidant avec la relecture des cartes européennes de la conquête. Jusqu’alors analysées comme des outils pour la navigation et l’orientation terrestre ou pour la confection des plans pour les nouvelles villes coloniales, ces dernières ont fait l’objet d’une tentative de «décolonisation géographique», c’est-à-dire d’une réinterprétation en termes de «rencontre» entre colonisés et colonisateurs (Harley, 1992; Lewis, 1998).
… à aujourd’hui
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Depuis plusieurs décennies, les organisations ou communautés autochtones se sont massivement approprié les techniques et usages de la cartographie occidentale moderne. Les chercheurs décrivant ces initiatives les identifient au courant plus vaste de la «contre-cartographie»4 qui s’est développé depuis les années 1980. Celui-ci renvoie aux formes de cartographie alternatives à celle de l’État, appropriées par les mouvements sociaux comme outil de contestation politique, de renforcement de la citoyenneté et de transformation des politiques publiques d’un pays. Les contre-cartographies autochtones ne possèdent pas moins leur problématique propre, les distinguant d’autres groupes sociaux marginalisés recourant à la cartographie. De par leur position de peuples colonisés cherchant à s’émanciper et à obtenir des formes d’autonomie territoriale, les autochtones mettent en avant la dimension culturelle et politique, voire géopolitique, de leurs revendications. L’enjeu est de prouver la continuité historique de leur occupation du territoire et de l’usage de leurs ressources, en démontrant les dimensions spirituelles, économiques et résidentielles de leur relation au territoire. Les cartes autochtones sont souvent mobilisées pour appuyer des revendications relatives aux droits de propriété et négocier des mesures de protection de leurs terres – par exemple dans des zones de développement industriel – et comme instruments d’aide à la décision dans des projets d’aménagement du territoire. C’est pourquoi ces cartes portent invariablement sur la délimitation des terres et des territoires ancestraux. Ceux-ci s’étendent jusqu’à plusieurs millions de kilomètres carrés – comme dans le cas du territoire inuit du Nunavut – ou se réduisent à quelques dizaines de kilomètres carrés, comme le montre l’exemple mapuche. Ces cartes visent en outre à l’identification d’éléments constitutifs du territoire, tels que les sites sacrés ou d’habitation, la restauration de toponymes transformés ou remplacés

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

4. Le terme utilisé dans la littérature anglophone est celui de CounterMapping (Crampton, Krygier, 2006).

173 Irène Hirt

5. Si l’on se limite à la définition donnée précédemment des cartographies autochtones, les travaux des géographes francophones sont rares. Cf. ceux de Béatrice Collignon (1996) chez les Inuits du Canada, Pascale de Robert et Anne-Élisabeth Laques (2003) chez les Kayapós au Brésil, de Bruce Albert et François-Michel Le Tourneau chez les Yanomamis, également au Brésil (2007), ainsi que mes recherches réalisées chez les Mapuches au Chili (Hirt, 2007 et 2008). Au moment de la parution de cet article, un dossier spécial intitulé « Indigenous Cartographies » est publié par Cultural Geographies (2009), ce qui montre bien l’actualité du sujet dans la littérature anglophone.

La carte autochtone en débat
Un instrument au service de l’empowerment autochtone ?…

La littérature relative à ces cartographies autochtones contemporaines est foisonnante, dominée par les anglophones5. Comment les chercheurs ont-t-il analysé ces expériences ? Au cours des années 1980, des historiens de la cartographie ont élargi la définition communément admise de la carte comme représentation graphique d’une portion de la surface terrestre. Ils ont montré l’existence de modes de représentation spatiale alternatifs à la tradition occidentale, lesquels, comme évoqué, s’inscrivent sur des supports matériels « non conventionnels » (céramiques, textiles, etc.) ou se manifestent par des processus cognitifs et par la performance (Lewis, Woodward, 1998 ; Harley, Woodward, 1987).

© L’Espace géographique 174

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

par les occupants, l’inventaire des ressources végétales, animales et minérales, la délimitation de zones écologiquement fragiles. Les cartes autochtones sont aussi destinées à revitaliser les savoirs, l’identité, la culture ou l’organisation politique propre, à déterminer les aires d’usage partagées entre communautés et à résoudre les conflits de limites. Les Map Biographies se sont généralisés suite aux travaux pionniers de Hugh Brody à la fin des années 1970 dans le Nord-Ouest du Canada. Ils rendent compte de l’extension des territoires de chasse, de pêche ou de cueillette, à travers les lieux parcourus par les autochtones durant leur vie active (Brody, 2002). Déjà dans les années 1960 et 1970, les peuples du Canada (Inuit, Gitxsan et Wet’suwet’en de Colombie britannique notamment) ont eu recours à la cartographie pour appuyer leurs revendications (Brody, 2002 ; Sparke, 1998). Aujourd’hui encore, ils font partie des peuples autochtones qui recourent le plus à la cartographie, y compris en milieu urbain (Tobias, 2000, p. xi). Ailleurs dans le monde, l’essor de la cartographie autochtone n’a eu lieu qu’à la fin des années 1980 et 1990, simultanément à la généralisation de technologies de cartographie numériques. L’Amérique latine – pour donner cet exemple – a constitué un véritable laboratoire de projets, réalisés par des organisations autochtones avec le soutien de chercheurs – géographes et anthropologues – issus pour la plupart d’universités américaines (Peter Herlihy, Mac Chapin, Bernard Nietschmann, Anthony Stock). Ces projets ont souvent été financés par des Organisations non gouvernementales concernées par les droits des peuples autochtones et la protection de l’environnement, telles que Cultural Survival, Native Lands, World Wildlife Fund. Les premiers projets ont été développés au début des années 1990 au Honduras et au Panama chez les Emberás, Wounaans et Kunas. D’autres expériences ont ensuite été réalisées, notamment au Nicaragua, parmi les Misquitos, les Garifunas, les Peschs, au Bélize chez les Mayas, puis en Amérique du Sud, chez les Guaranís de l’Izozog bolivien et chez les Yanomamis du Brésil (Albert, Le Tourneau, 2007 ; Chapin, 1995, 1998 ; Chapin, Threlkeld, 2001 ; Herlihy, 2003 ; Stocks, 2003). Au Chili, le développement de la cartographie mapuche ne date que du début des années 2000 (Hirt, 2007, 2008). De manière générale, les initiatives cartographiques se multiplient, suite à une meilleure prise en compte légale et constitutionnelle des territorialités autochtones par un nombre croissant d’États latino-américains. Ainsi en Bolivie, par exemple, la reconnaissance de terres autochtones par l’État depuis les années 1990 a donné lieu à des processus massifs de délimitation cartographique.

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

175 Irène Hirt

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Les chercheurs de la génération suivante – géographes et anthropologues nordaméricains essentiellement – se sont impliqués dans la recherche-action. Non seulement ils se révèlent être eux-mêmes producteurs de cartes autochtones mais encore certains sont d’origine autochtone. Ils ont produit des manuels de méthode de cartographie participative ad hoc (Chapin, Threlkheld, 2001 ; Herlihy, 2003 ; Tobias, 2000), tout en élaborant une réflexion marquée par deux discours : d’une part, la valorisation de la cartographie et des SIG comme facteur d’empowerment pour les autochtones ; d’autre part, la critique du potentiel d’assimilation culturelle de ces mêmes outils. Ces controverses, loin de cristalliser des positions tranchées, sont énoncées par les mêmes chercheurs, aux prises avec les aspects contradictoires de la cartographie occidentale moderne pour les peuples autochtones. Aux yeux de ces auteurs, la production et l’usage de cartes et de SIG constituent en effet un facteur de renforcement politique et social pour les autochtones (Bond, 2002 ; Chapin, Threlkheld, 2001 ; Fox, 1998 ; Herlihy, 2003 ; Majid Cooke, 2003 ; Nietschmann, 1994 ; Poole, 1994 ; Rundstrom, 1991 ; Sparke, 1998 ; Tobias, 2000). Ils reprennent ainsi le postulat du « pouvoir des cartes » de Brian Harley (1988, 1989) en l’adaptant à la problématique autochtone. Ils n’hésitent pas à parler d’« insurrection cartographique » (Rundstrom, 1991), d’évoquer les effets « contre-hégémoniques » des cartes autochtones (Majid Cook, 2003 ; Sparke, 1998) ou encore le caractère en « contrepoint » de ces dernières, suggérant que, si par le passé elles ont opéré pour le colonialisme, aujourd’hui elles peuvent agir comme un outil de décolonisation (Sparke, 1998). Bernard Nietschmann affirme à ce propos que si « davantage de territoires autochtones ont été appropriés par des cartes que par des armes» alors «cette affirmation a son corollaire : davantage de territoires autochtones peuvent être réappropriés et défendus par des cartes plutôt que par des armes» (Nietschmann, 1994). Ces discours a priori radicaux se fondent sur des antécédents: au cours des dernières décennies, la cartographie a permis aux autochtones d’obtenir des compensations auprès des entreprises ou des États et de délimiter des terres et résoudre des conflits fonciers ou relatifs au contrôle des ressources naturelles. Le recours à la cartographie a aussi contribué à la formation de territoires autonomes, comme le Nunavut. Mac Chapin et Terry Tobias soulignent que la cartographie a participé à consolider l’organisation politique autochtone, les valeurs culturelles et identitaires et le sentiment d’appartenance à une collectivité. Elle a donné l’occasion à différentes générations de partager savoirs et expériences. Mieux informés sur leurs droits, les participants d’un projet cartographique ont aussi souvent exprimé une plus grande volonté de s’impliquer dans des stratégies politiques afin d’obtenir des réparations pour les injustices historiques subies (Chapin, 1998, p. 6 ; Tobias, 2000, p. 1-2). Quant aux aptitudes techniques acquises par les communautés autochtones au cours d’un processus de cartographie participative, d’après Jefferson Fox, elles ont souvent augmenté les capacités d’administration et de gestion du territoire et de ses ressources naturelles (Fox, 1998, p. 2; Tobias, 2000, p. 1-2). Quant à Matthew Sparke, se fondant sur le cas des Gitxsan et Wet’suwet’en de Colombie britannique, il montre que les cartes autochtones participent à la remise en cause du récit dominant sur l’origine et le développement de la nation et véhiculent des significations différentes de l’espace, du territoire et de la souveraineté de l’État (Sparke, 1998). Tout semble donc indiquer que le pouvoir des cartes autochtones ne relève pas d’une chimère. À tel point qu’en 2001, le gouvernement malaisien a statué sur le caractère illégal de la cartographie participative autochtone (Majid Cooke, 2003, p. 283 ;

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Thomson, 2001). C’est pourquoi, pour de nombreux auteurs, les peuples autochtones doivent recourir aux cartes pour ne pas disparaître et perdre leurs territoires : ils ont besoin de ce genre d’informations pour argumenter en leur faveur et lutter à l’intérieur du système politique de leur pays (Chapin, 1998 ; Rundstrom, 1998, p. 9). Même les chercheurs insistant sur les impacts négatifs de la cartographie occidentale pour les peuples autochtones admettent que ces derniers n’ont sans doute guère le choix : la cartographie contribue à leur capacité de se réapproprier le pouvoir de se définir et de se représenter eux-mêmes. Selon Jefferson Fox, elle permet de « donner des voix aux peuples situés dans la périphérie du monde» (Fox, 1998, p. 3), tandis que pour Robert A. Rundstrom, elle encourage les autochtones à « quitter les marges » (Rundstrom, 1991, p. 8). Jay T. Johnson, Renée P. Louis et Albertus H. Pramono estiment en outre que la cartographie constitue un « espace partagé » avec la société dominante (Johnson et al., 2005, p. 85), tandis que Herlihy la considère comme un « médium pour la communication interculturelle » (Herlihy, 2003, p. 327). Enfin, comme le résume Jefferson Fox, l’idée sous-jacente à ces propos est que la cartographie rend compte de la relation des peuples autochtones à leur territoire tout en assurant l’objectivité scientifique et la standardisation reconnues par la société dominante (Fox, 1998, p. 3).
… ou plutôt un outil d’assimilation culturelle ?

© L’Espace géographique 176

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Si le pouvoir des cartes autochtones a été reconnu par les chercheurs et les autochtones eux-mêmes, leurs impacts culturels ont été critiqués. Jefferson Fox, Suryanata Krishnawati, Peter Hershock, Jay T. Johnson, Renée P. Louis et Albertus H. Pramono reprochent aux expériences de cartographie participative de se concentrer sur le contexte nord-américain, des thématiques urbaines ainsi que des méthodologies centrées sur des communautés déjà familiarisées avec la cartographie moderne et ayant aisément accès aux technologies. Selon eux, les expériences de SIG participatifs n’ont pas été suffisamment attentives aux « rencontres cartographiques » ayant lieu en contexte autochtone et aux conditions interculturelles de leur réalisation. Elles ont négligé le potentiel d’assimilation culturelle des SIG et de la cartographie occidentale moderne pour les peuples autochtones (Johnson et al., 2005 ; Fox et al., 2005). Renée P. Louis, par exemple, bien que convaincue que la cartographie occidentale constitue un outil d’empowerment pour les autochtones, se sent exclue par cette technologie qu’elle juge étrangère à sa culture (Louis, 2004, p. 8): «En tant que cartographe hawaiienne, je suis réduite au silence par les limites que m’imposent les outils cartographiques occidentaux, outils développés pour favoriser l’objectivité empirique et qui de ce fait, marginalisent les expressions cartographiques hawaiiennes » (Louis, 2004, p. 11). Robert A. Rundstrom, chercheur nord-américain ayant travaillé avec les Inuits et d’autres peuples autochtones d’Amérique du Nord, incarne l’opinion la plus radicale de ce courant critique. À ses yeux, les SIG sont «potentiellement toxiques pour la diversité humaine» (Rundstrom, 1995, p. 45): au mieux, les SIG ne produisent que des simulacres des géographies autochtones; au pire, ils obligent les peuples autochtones à s’assimiler à «l’épistémologie cartésienne-newtonienne». En outre, bien que le cartographe soit généralement investi des meilleures intentions et agisse à la demande des autochtones euxmêmes, il participe de l’agression extérieure dont il souhaite précisément les protéger (Rundstrom, 1995, p. 9). Un tel discours ne manque pas de surprendre, Robert A. Rundstrom ayant par ailleurs activement promu les expériences de cartographie autochtone et reconnu leur efficacité politique pour les populations concernées.

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

177 Irène Hirt

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

De fait, les cartographes travaillant en contexte autochtone s’appuient sur l’idée de la sociologie des sciences et des techniques selon laquelle les outils cartographiques occidentaux constituent une « techno-science » transformant la société qu’ils révèlent. D’après eux, cela est particulièrement vrai lorsque ces outils servent à traduire les visions du monde autochtones dans des systèmes de représentation différents (Rundstrom, 1995, p. 46 ; Johnson et al., 2005). Les arguments avancés en faveur de cette hypothèse sont les suivants : d’abord, la pensée autochtone conçoit l’environnement comme une entité holistique, dépourvue de la notion de dualité propre aux cultures occidentales (Louis, 2004, p. 10-11 ; Rundstrom, 1995, p. 46-7 ; Shaw et al., 2006, p. 268). Ces dernières tendent à séparer ce que les cultures autochtones réunissent, établissant « des divisions absolues entre l’humanité et l’animalité, les sujets et les objets, les personnes et les choses, la moralité et la physicalité, la raison et l’instinct (ou la sensibilité) et, par-dessus tout, la culture et la nature » (Poirier, 2000, p. 149). Ensuite, les visions du monde autochtones se caractérisent par des modes de construction du savoir plus synthétiques qu’analytiques, l’absence de séparation entre faits et actions, le subjectif et l’objectif, etc. (Rundstrom, 1995 et 1998). Par exemple, le rêve, les visions, les prophéties sont des informations valorisées tandis qu’elles sont exclues par la science occidentale (Louis, 2004, p. 10-11; Rundstrom, 1995, p. 47). De même, la cartographie occidentale moderne objective le monde, en assumant un point de vue distancié sur ce dernier. C’est pourquoi la carte n’aurait pas seulement servi à dominer le territoire des peuples autochtones mais à contrôler leur manière de se le représenter (Johnson et al., 2005, p. 87 et 89; Rundstrom, 1991, p. 3 et 1998, p. 7-8). Cette chosification affecte également les éléments non humains du territoire: alors que dans un SIG ils sont réduits à des objets manipulables et inertes, pour les autochtones ils constituent des acteurs participant pleinement à la construction du savoir géographique (Rundstrom, 1995, p. 46-47). Comme le dit Sylvie Poirier : « Les animaux, les plantes et les roches, les entités animées et inanimées, les lieux, les êtres non humains ou encore les entités ancestrales sont considérés comme des êtres sensibles, dotés d’intentionnalité, qui participent, avec les humains, au savoir, au déploiement et au devenir du monde » (Poirier, 2000, p. 149-150). Enfin, les peuples autochtones font face à la difficulté de traduire des connaissances orales vers des formes de savoir écrit. Ce processus induit une perte d’information, celle-ci étant socialement décontextualisée et désinvestie de ses dimensions spirituelles, cérémonielles (Rundstrom, 1995, p. 52-53). Le savoir toponymique par exemple, une fois cartographié, est figé et altéré (Rundstrom, 1998, p. 7-8 ; Sparke, 1998). Quant aux limites, généralement négociables et flexibles dans les sociétés autochtones traditionnelles, une fois inscrites dans une représentation cartographique, elles deviennent rigides et constituent une source potentielle de conflit entre communautés rivalisant pour l’accès aux ressources locales (Chapin, 1995; 1998; Fox, 1998; Fox et al., 2005; Rundstrom, 1998 ; Tobias, 2000). Le passage de l’oral à l’écrit soulève également le problème du contrôle de l’information. Stocker les savoirs dans un SIG les rend plus tangibles et accessibles, engendrant le risque de leur appropriation par des tiers et de leur utilisation hors de l’intention ou du contexte originels (Chapin, 1995, p. 201-202 ; Chapin, 1998 ; Johnson et al., 2005 ; Sparke, 1998 ; Rundstrom, 1991 ; 1995, p. 52-53). Les informations relatives aux sites sacrés, aux zones de chasse ou de cueillette, à l’emplacement de ressources naturelles et minérales, etc., sont particulièrement sensibles. Selon Matthew Sparke, la prise en compte de ce danger est néanmoins subordonnée à

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

la recherche de reconnaissance de la part de la société dominante (Sparke, 1998, p. 474). Mac Chapin, se référant aux autochtones d’Amérique centrale, renchérit en estimant que ceux-ci sont davantage préoccupés de formuler des revendications intelligibles que de révéler des informations susceptibles d’être appropriées par des tiers (Chapin, 1995, p. 202). Un compromis : décoloniser la carte Afin de limiter ces impacts négatifs, des cartographes d’origine autochtone (Renée P. Louis de Hawaii, Margaret Pearce, Julie Rice-Rollins et Jay T. Johnson des États-Unis, Albertus H. Pramono d’Indonésie) ont entrepris de décoloniser les savoirs et les méthodologies portant sur leurs sociétés, emboîtant le pas à Linda Tuhiwai Smith, chercheuse maori qui a convié les peuples autochtones à faire de la « contrerecherche » (Smith, 2002). Comme le souligne G. Malcolm Lewis, ils ont ainsi commencé un nouveau cycle dans l’histoire de la cartographie autochtone (Lewis, 2004, p. 7b), suscitant simultanément l’intérêt d’autres chercheurs conceptualisant des pratiques alternatives de cartographie (Kitchin, Dodge, 2007). « Facing the future: encouraging critical cartographic literacies in indigenous communities » constitue un texte majeur de ces récents développements. Ses auteurs, Jay T. Johnson, Renée P. Louis et Albertus H. Pramono, militent en faveur d’« une approche anticoloniale, anti-universaliste, promouvant la reconnaissance des épistémologies uniques des communautés autochtones » (Johnson et al., 2005, p. 84). Ils reconnaissent pleinement l’utilité de la cartographie occidentale pour les luttes de leurs communautés : « On ne peut pas nier la valeur de travaux tels que ceux de l’Atlas du Nunavut ou les efforts des Wet’suwet’sen et des Gitxsan […] » (ibid., p. 82) ; si les autochtones veulent être entendus, ils doivent maîtriser le « langage du colonisateur » (Louis, 2004, p. 11). Cependant, celui-ci ne doit pas être adopté aveuglément : les communautés autochtones doivent développer leur conscience critique et débattre des décisions relatives à la numérisation, à l’enregistrement ou à la représentation des informations sensibles, tout en acquérant des compétences techniques (Johnson et al., 2005, p. 83). Il s’agit également de les encourager à revaloriser leurs propres traditions cartographiques, contenues dans des chants, des danses et des rituels. Car non seulement celles-ci sont ignorées par les cartographes universitaires niant leur validité scientifique, mais elles sont rejetées par les communautés autochtones elles-mêmes, qui ont intériorisé l’idée selon laquelle les savoirs occidentaux seraient supérieurs aux leurs. C’est pourquoi les communautés doivent apprendre à faire des cartes véhiculant des concepts autochtones, tout en recourant à des principes cartographiques occidentaux. Les SIG peuvent ainsi devenir un outil de revalorisation et de réappropriation de la langue et de la culture propres et de la relation avec le territoire (Johnson et al., 2005, p. 91 et p. 94). Enfin, selon les mêmes auteurs, il est indispensable de repenser le rôle de l’expert. Celui-ci est abondamment discuté dans les projets de SIG participatifs cherchant à modifier les relations entre expert et population, par des mesures d’accompagnement et de transfert des responsabilités et des choix liés à la production cartographique. En contexte autochtone, ce thème est d’autant plus sensible que l’expert est généralement un allochtone qui traduit les géographies autochtones dans les formes de représentations occidentales (Johnson et al., 2005, p. 82 et p. 87-88). Ce faisant, affirment ces auteurs, une part significative de l’information culturelle et des caractéristiques de la

© L’Espace géographique 178

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

pensée autochtone est altérée. Mais l’expert extérieur ne doit pas pour autant être exclu. Allochtones et autochtones peuvent apprendre à problématiser ensemble les réalités spatiales. Jusqu’alors, ce dialogue s’est révélé difficile, les chercheurs ayant souvent considéré la cartographie occidentale comme la solution idéale aux problèmes des communautés. Ils sont donc invités à s’interroger sur leur propre « mentalité colonisée » et à mieux comprendre les traditions cartographiques autochtones, par l’apprentissage de la langue, des valeurs culturelles et des systèmes de connaissance autochtones ainsi que par le développement de méthodes de recherche davantage orientées vers les besoins des communautés (Johnson et al., 2005, p. 90 et p. 93-94). Reconstruction cartographique des lof chez les Mapuches au Chili

n
Concepción

Biobio

Santiago

Temuco Toltén

ces Cru
Océan Pacifique Valdivia Bueno Osorno

Chodoy Lof Mapu

Argentine

Puerto Montt

Villes principales Terrain d’étude
Ancud

179 Irène Hirt

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Ces éléments de discussion relatifs aux impacts des outils et 0 100 km usages cartographiques occidentaux pour les peuples autochtones D’après les données de l’Universidad de la Frontera. Réalisée par I. Hirt, janvier 2009. gagnent à être mis en perspective par une expérience concrète de cartographie participative à laquelle j’ai participé dans le cadre de Fig. 1/ Localisation du projet de ma thèse de doctorat. Elle a été réalisée chez les Mapuches au cartographie participative de Chodoy Lof Mapu Chili, entre octobre 2004 et février 20066, à Chodoy Lof Mapu, un territoire de 83 km2 situé au cœur de la région de résidence 6. Ce séjour a été réalisé grâce au soutien traditionnelle mapuche, à mi-chemin entre les villes de Temuco et Valdivia (fig. 1). national suisse Cette expérience trouve son origine dans une carte antérieure (fig. 2), produite du Fondsla recherche (FNS) de en 2003, dans le cadre d’un projet gouvernemental7, par des chercheurs d’une organi- scientifique et sation régionale mapuche, le Gvbam Logko Pikunwijimapu*8 (ci-après GLP9) et d’une de la fondation Boninchi. organisation de défense des droits de l’homme, le Codepu10 (Codepu, Gvbam Logko 7. Il s’agit d’un projet de recherche réalisé par Pikunwijimapu, 2003). Son objectif était l’identification des lof* (ou Lof Mapu*) la Comisión Autónoma de encore existants dans la région de Los Lagos. Les lof, en grande partie désarticulés par Trabajo Mapuche – Commission autonome la colonisation chilienne, correspondent à l’espace d’appartenance de la famille élargie de travail mapuche et à l’entité de base du système socio-politique mapuche. Cette carte macro-régionale (COTAM), pour a permis de constater que les Mapuches de cette région ont été exclus des terres la Comisión Verdad Histórica y Nuevo Trato productives de la plaine centrale – accaparées par les colons au XIXe siècle –, tandis (CVHNT) – Commission qu’ils ont pu maintenir les lof au sein de zones de refuge (franges côtières, piémont vérité historique et nouveau traitement, mise de la cordillère des Andes et cordillère). Au terme de cette première expérience, le GLP en œuvre entre 2001 et a souhaité approfondir le travail cartographique à l’échelle de chaque lof, choisissant 2003 sous le gouvernement de Ricardo Chodoy Lof Mapu comme expérience-pilote (fig. 3 et 4). Lagos afin de produire un Contrairement au projet précédent, l’élaboration de la carte de Chodoy Lof rapport sur l’histoire des Mapu se voulait autonome, exempte de l’ingérence étatique, des partis politiques ou relations entre peuples autochtones, société autres institutions chiliennes. Le projet avait pour objet l’identification des limites du et État chiliens. lof, de ses principaux sites sacrés ou de dimension culturelle et historique ainsi que la 8. Les mots en langue cartographie des terres encore possédées par les Mapuches à l’intérieur de l’espace mapuche (mapudungun) figurent en italique, suivis ancestral. Les participants, initialement centrés sur des objectifs culturels (récupération d’un astérisque lorsqu’ils de l’identité et de l’histoire locale ainsi que de la relation spirituelle au territoire, apparaissent pour la fois. Les autres renforcement du pouvoir des autorités traditionnelles), se sont progressivement premièreitalique sont mots en engagés dans la revendication des terres enlevées à leurs ancêtres au début du en espagnol.

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

15
Corporación Codepu-Valdivia Gvbam Logko Pikunwijimapu

16 83 76 75 74 72 78 26 77 81 80

1 5

2 3 4

17

Linwe
12

18 20 19 21 22 23 24 25 71 70

Territoires Lof Communautés mapuches selon la loi 19.253 Cimetières mapuches Sites de cérémonie religieuse

73

1 Cheuque 2 Nauelpan 3 Piutril 4 Yeco 5 Maiquillahue 6 Alepue 7 Mehuin Bajo 8 Tringlo Mehuin 9 Chanchan 10 Quillalhue 11 Llenehue 12 Puringue 13 La Punta 14 Tralkao 15 Pureo 16 Tripayante 17 Lanuan 18 Calquinco 19 Ticalhue 20 Ponpon 21 Dollinco 22 Puile 23 Rukako 24 Huifco 25 Meliquina 26 Puduco 27 Chaura 28 Witag 29 Kare Kui Kui 30 Ancacomoe 31 Liucura 32 Panguipulli 33 Widapitren 34 Kultrunkawe 35 Malchewe 36 Wapi

37 Huicolla 6 7 8 38 Mashue 9 39 Huenue-Kudico 40 Naipallan 10 41 Ancapan 11 42 Antiñir 13 43 Quirislahuen Kuriñanku 44 Moyano 14 45 Pichilafquen 46 Pinol 47 Condor Mirehue Huellelhue u 48 Kaxiwala leuf 49 Manquemapu Aini 50 Comunidad Bahia San Pedro 51 Futrono

85 61 69 105 27 59 60 62 64 82 28 30 29 79 65 31 32 86 68 33 58 34 66 67 107 35 84 36

Kalafken

Xailafken

Riñiwe Pireweiko

Pikunwijimapu
51 37 39 38 91 90 40 52 53 54 92 102 103 100 99 98 68 Rayentulelfu 69 Tralcapull 70 Marilaf 71 Catrico 72 Hueima 73 Lilcoco 74 Quilche 75 Centinela 76 Lefiyanca 77 Nihual 78 Huenuye 79 Malalhue 80 Antilhue 81 Chanlelfu 82 Huillomallin 83 Rancahue 84 Chauquen 85 Tralawapi 86 Llongahue 87 Purretrun Pacatrihue 88 Choroi Traipue 89 Huitrapulli 90 Watralafken 91 Huatralafken 92 maiwe 93 Rupumeika 94 Pitriuco 95 Ignao 96 Chamul 97 Tringlo 98 Lliwe 99 Riñinahue 100 Illawapi 101 Kixasco 102 Kalkurrupe 103 Mayay 104 Maicolpi 105 Chodoy 106 Mochuya Millape 107 Kayumapu 101 93

Pil m
106

l nte We
aik en

u euf

Raukolafken
94 95 96 97

89 88 87 45 41 42 43 44

47

Well elwe
48

55 57

49 56

Caurakawin
ip Ma ue

Sigma (Sistemas de infomacion geografica y medio ambiente), 2003. Luxciardo Monsalve Treskow, gigma21@gmx.net Corporacion Codepu, Juan Pimentel, codepuval@surnet.cl

50

Alwe
52 Guapi 53 Wekekura 54 Chollinco 55 Epuyao 56 Hueyusca 57 Pulelfu 58 Coz Coz 59 Calafken 60 Trailafken 61 Pitren 62 Kawinkul 63 Kudiwe 64 Pujinke 65 Pilingue 66 Koiweko 67 Puñadi

Llankiwe

in ull Ma

0 Kalfuko

10 km

Fig 2/ Pikunwijimapu-Caurakawin : distribution spatiale des lof, communautés, centres de cérémonie et cimetières mapuches
Les t oponym es ne cor espondentpas aux nom s de leu des car es ofi eles de lI iut geogr i m iiar Is ontØt soi r pl r i t fci l nstt o Æfco lt . l Ø t em acØs pardes nom s de leux m apuches soi «m apuchi i t sØs» dans l tanscrpton.Les t rt r m apuches du Pi eur r i i er ioies kunwii apu etCaur jm akawi cor espondent n r dØcoupage poltco- i statfchii en vi ii adm ni r i len gueuren 2003) . aux pr nces de Val vi Osor etLl ovi di a, no anqui de l Xe r on de Los Lagos ( hue a Øgi

© L’Espace géographique 180

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

104

46

Ra we

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Puyewe

181 Irène Hirt

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

siècle. La reconstitution cartographique a fonctionné comme un catalyseur, donnant aux participants la confiance pour lutter pour la reconnaissance de leurs droits et s’affirmer dans leurs relations avec les agents de l’État chargés de mettre en œuvre les politiques publiques de restitution de terres. De processus social de construction des connaissances, la carte est alors devenue un outil d’expertise et de négociation. Les autorités traditionnelles du GLP et de Chodoy Lof Mapu ont défini les orientations du travail, soutenus par une équipe d’universitaires volontaires : Fig. 3/ Localisation de Chodoy Lof Mapu deux journalistes, un professeur d’éducation interNuméro 105, extrait de la figure 2. culturelle bilingue (mapudungun-espagnol), un ingénieur forestier et une cartographe (moi-même). En tant que seule personne non mapuche, j’ai négocié ma présence sous la forme d’un partenariat : en l’échange de l’accès à un terrain de recherche pour ma thèse, je mettais mes compétences au service du projet. Outre les ateliers de cartographie participative (photos 1 et 2) et les sorties sur le terrain avec un géopositionnement par satellite (GPS) (photo 3), des recherches en archives et le recueil de récits auprès des anciens ont permis de reconstituer l’histoire du lof (mythes fondateurs, lignages, usurpations des terres, formation de la propriété mapuche et non mapuche). Si la production de la carte de Chodoy Lof Mapu a mobilisé les formes de repré- 9. Gvbam Logko Pikunwijimapu : Conseil sentation « conventionnelles » de la cartographie occidentale, la méthodologie était des chefs du nord du interculturelle, privilégiant les sources de connaissance mapuche. En raison du rôle-clé territoire williche* ; joué par le ngenpin*11 de Chodoy Lof Mapu dans le processus cartographique, une Williche : sous-groupe mapuche, résidant entre place particulière a été accordée aux rêves. Ces derniers, mis en perspective avec le fleuve Toltén et l’île de d’autres sources d’information, ont permis de localiser des sites sacrés et de tracer des Chiloé. limites territoriales. Chez les Mapuches, l’acte de rêver constitue une forme de com- 10. Corporación de Promoción y Defensa de munication favorisant entre autres l’acquisition de connaissances sur le territoire. Seuls los Derechos del Pueblo : des élus, comme par exemple les ngenpin, ont le don de faire des rêves significatifs pour Corporation de promotion la collectivité. Les ngenpin ont en outre un pouvoir télékinésique leur permettant de se et de défense des droits du peuple. déplacer en rêve, de communiquer avec d’autres êtres et de se forger une connaissance 11. Ngenpin : littéralement de certains lieux, situés aussi bien à la surface de la terre où vivent les humains que sur « maître de la parole » – les autres plates-formes cosmiques de l’univers mapuche. Cette capacité les autorise à officiant religieux mapuche ayant aussi fonder des lieux constitutifs du territoire, tels que les sites de cérémonie religieuse12. Bien des pouvoirs de que les Mapuches de Chodoy Lof Mapu n’aient pas revendiqué leurs savoirs en ces divination. termes, il est aisé d’associer cette pratique du rêve aux cartographies cognitives ou 12. Hugh Brody a observé des pratiques semblables fondées sur la performance, décrites antérieurement. chez les Indiens Dunne-za L’inclusion des rêves comme source de savoir a également impliqué la prise en des montagnes Rocheuses compte des éléments non humains du territoire : les esprits protecteurs de la nature et au Canada. Pour eux, le rêve a un rôle prédictif des ancêtres. Le ngenpin affirmait que la reconstruction cartographique du lof lui a été pour la chasse exigée par ces derniers. Il s’adressait systématiquement à eux pour leur demander la (localisation des proies, façon dont elles doivent permission de pénétrer dans un lieu spécifique et de le géoréférencer avec un GPS. être tuées), cartographier Par l’intermédiaire du rêve, ces acteurs non humains envoyaient régulièrement des les sentiers vus en rêve signaux positifs ou négatifs, relatifs à l’avancement du travail. C’est pourquoi, aux et installer le groupe dans un lieu donné (Brody, yeux de certains participants, la délimitation du territoire constituait un thème délicat, 2002, p. 44-48).

XXe

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Chanlewfu Lof Mapu
Cerro Piedra Blanca
Est ero Gua

antilwe Lof Mapu
nqu
nomb re

ihu

e

Rucapangui 2616 2590 2600

Estero Wiliwaka

rada sin

d nte Pue ero Est

eT

a ierr

Witag Lof Mapu
Commun e de Commun e de Lanc o o iuec h o Co r Este Loncoch e

Queb

n

Estero Pitren

2599 Zomoko

Estero Zomoko

Titres de propriété collective
1929 Gregorio Reuque 1930 Toribio Reuque 1932 Pedro Reuque 1935 Pedro Catrifilo 1936 Juan Huenun 1938 Antonio Reuque 1944 Manuel Guaiquifilo 1948 Pascual Amulef Felipe Cayunahuel 1955 Reuque 1956 Adriano Catrifilo 2133 Casimira Antifilo 2590 Pedro Cheuquefilo 2592 Juan Cheuquefilo 2597 Mariano Cheuquefilo 2599 Pedro Limpaillante Maria Tripaillante v. de 2600 Manqueñir 2601 Domingo Cheuquefilo 2616 Felipe Treuque Chodoy Quemchue

1929 1932 1938

Lof Mapu

Commune de Lanco Commune de Panguipulli
Curaco Estero
hue Mañeze Estero

Pelewe Lof Mapu

Site de cérémonie religieuse Cimetière Xeg Xeg Colline sacrée Kai Kai Colline sacrée

Site historique Lagune sacrée Terrain de palin* (sport mapuche) Infrastructures chiliennes

Rivières et fleuves Terrain inondable Courbes de niveau Limites communales chiliennes

Titres de propriété collective

0

1 km

Réalisation : I. Hirt et Conseil de Logko du Pikunwijimapu, 2006-2008. IGM et réalisation propre, projection UTM, PSAD 56.

2601 Kamarikuwe Zeumenpülli 2597 Kamarikuwe Siège de la communauté et cimetière Es Estero Weichawe ter Es 2133 indigène (loi 19.253) Chodoy o C 1935 ter Es 2592 he oG 1956 Pichiponhui Quemchue te fai ua 1948 ro ca iqu École hu École Co ila in nt 1936 Kamarikuwe Wilkipülli ra ila Kawemayin uqu ro P ste E chue 1955 1930 uem Malalwe ro Q Este 1944
H Estero uenun

ro Este e Mañ ue zeh

ro te Es co lli Cu

Autres titres de propriété mapuche

Weyawe Lof Mapu

Fig. 4/ Limites ancestrales du territoire de Chodoy lof mapu, sites sacrés et propriété foncière en mains mapuches

non seulement par rapport aux enjeux fonciers mais vis-à-vis des non humains : pour réussir le processus cartographique, l’ensemble des lieux où ceux-ci exercent leur présence tutélaire devait être inclus. La production de la carte du lof s’est accompagnée d’un processus de réappropriation territoriale, observable par les faits suivants : • la restauration d’une unité territoriale entre les deux groupes de famille – Chodoy et Quemchue – séparés physiquement depuis le début du XXe siècle par la formation des fundos (propriétés non mapuches) ; • la prise de conscience de l’importance de la spoliation territoriale : les títulos de merced (titres collectifs, aujourd’hui divisés en parcelles individuelles) octroyés aux Mapuches au début du XXe siècle par l’État chilien, ne représentent que 16 % du territoire ancestral, 84 % des terres étant constitué par des fundos ; • la reprise de contrôle symbolique du territoire à travers la cartographie des sites sacrés situés à l’intérieur des fundos : eltuwe* (cimetières), kamarikuwe* (pampa de cérémonies religieuses), Xeg Xeg* et Kai Kai* (collines faisant partie de l’histoire des origines des Mapuches sur terre) ; • la décolonisation des représentations dominantes du territoire, structurées par les découpages fonciers et politico-administratifs chiliens: la reconstruction du lof a montré

© L’Espace géographique 182

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Photo 1 et 2/ Identification des limites et des sites sacrés sur des cartes topographiques

Conclusion L’usage de la cartographie par les peuples autochtones constitue à la fois un objet d’étude et un outil politique. L’état de l’art montre que cet usage est tantôt idéalisé dans ses fonctions « libératrices », tantôt considéré Photo 3/ Géoréférencement d’une colline sacrée Kai Kai à l’aide d’un GPS comme une perpétuation de la domination coloniale, en raison de l’assimilation des techniques et des concepts cartographiques occidentaux modernes par les sociétés autochtones. Il ressort toutefois que ces perceptions positives et négatives sont fréquemment exprimées par les mêmes auteurs, aux prises avec les contradictions de l’outil cartographique.

183 Irène Hirt

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

que les limites de ce dernier, non seulement s’étendent bien au-delà des terres encore possédées aujourd’hui par les habitants mapuches mais aussi sur le territoire de trois communes (Lanco, Panguipulli et Loncoche). • la (re-)constitution et la (re-)socialisation d’un récit collectif sur l’histoire du territoire, dont la permanence est menacée par la rupture de transmission des connaissances entre générations. La cartographie du territoire a donc bel et bien constitué un facteur d’empowerment pour les familles de Chodoy Lof Mapu. Elle s’est cependant également heurtée à des limites. D’une part, le fait que la cartographe (moimême) était une personne étrangère, ne résidant que temporairement au Chili, a menacé la continuité du projet : n’ayant pas eu l’occasion de former une relève, la poursuite de la cartographie d’autres lof a été suspendue après mon départ. D’autre part, le processus de délimitation de Chodoy Lof Mapu est inachevé : certaines limites territoriales restent arbitraires, n’ayant pas été validées socialement par la consultation des communautés voisines. Les autorités de Chodoy Lof Mapu et du GLP n’ont pas envisagé une telle procédure. Or l’absence de consensus sur un tel aspect peut devenir problématique, le jour où les communautés voisines décideront, elles aussi, de reconstruire leurs lof par la cartographie et de revendiquer des terres. Julie Taylor le dit très justement, la nature de la contre-cartographie est à double tranchant, pouvant être instrumentalisée pour le meilleur et pour le pire. Si elle renforce le pouvoir d’interlocution du groupe qui la produit et l’utilise dans ses relations avec l’État, elle peut aussi créer de nouvelles formes d’exclusion à l’égard d’autres groupes, dès lors qu’elle s’inspire d’une conception essentialisante du territoire et de l’identité (Taylor, 2008). La cartographie mapuche n’est pas exempte d’une telle dérive.

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Remerciements.
Mes remerciements s’adressent à Louca Lerch pour sa lecture critique ainsi qu’à toutes les personnes en Suisse, en France, au Chili et en Bolivie qui ont contribué à enrichir ma réflexion sur les cartographies autochtones.

Deux conclusions s’imposent. Premièrement, en raison du contexte de marginalisation sociale et politique des peuples autochtones, le chercheur s’avère souvent être simultanément un militant, soucieux de promouvoir l’usage politique de la cartographie auprès des communautés avec lesquelles il travaille. Dès lors, il court le risque que son implication se fasse au détriment d’une observation distanciée et rigoureuse des effets sociaux de la cartographie qu’il contribue à produire. Sur la base de la littérature et de mon expérience chez les Mapuches, il me semble donc pertinent, d’une part, d’encourager des recherches comparatives, tenant compte des contextes culturels et politiques et évaluant le degré réel de transformation des relations de pouvoir entre peuples autochtones et société dominante et, d’autre part, d’être attentifs aux dynamiques d’inclusion et d’exclusion entre communautés ou peuples autochtones, engendrées par l’usage de la cartographie. Deuxièmement, ces discussions relatives à l’usage de la cartographie par les peuples autochtones renvoient au vieux débat de l’intégration par les cultures autochtones d’éléments techniques nouveaux. Or, de même que l’adoption de l’écriture par les sociétés autochtones ou du cheval par les Mapuches au XVIe siècle – par exemple –, la carte et les technologies de l’information géographiques font assurément l’objet d’une appropriation et d’une resémantisation. Reste aux géographes à ne pas manquer les innovations sociales, méthodologiques et techniques qui en résultent. Mais pour cela, peut-être s’agit-il également, à l’instar de nos collègues anglophones (Johnson et al., 2007 ; Louis 2007 ; Shaw et al., 2006), de décoloniser notre discipline, en approfondissant ses liens avec les géographies autochtones et en sortant ces dernières de leur marginalité académique.

ABERLEY D. (1993). « Eye memory: the inspiration of aboriginal mapping ». Boundaries of Home. Mapping for Local Empowerment. Gabriola Island, British Columbia, Philadelphia, Pennsylvania : New Society Publishers, p. 8-16. ALBERT B., LE TOURNEAU F.-M. (2007). Projet Cartographie Yanomami : rapport final, 30 mai, IRDCNRS, 19 p. http://halshs.archives-ouvertes.fr/view_by_stamp.php?&halsid=nest35e8s27nm0&label= SHS&langue=fr&action_todo=view&id=halshs-00150531&version=1 BENGOA J. (2000). La Emergencia indígena en América latina. Santiago : Fondo de cultura económica, coll. « Sociología », 341 p. BOND C. (2002). « The Cherokee Nation and tribal uses of GIS ». In CRAIG W., HARRIS T.M., WEINER D. (eds), Community Participation and Geographic Information Systems. London, New York : Taylor & Francis, p. 283-293. BRODY H. (2002, 1re édition en 1981). Maps and Dreams. Indians and the British Columbia Frontier. Londres : Faber and Faber, 294 p. CHAPIN M. (1995). « Indigenous Land Use Mapping in Central America ». Yale School of Forestry & Environment Studies Bulletin, no 98, p. 195-209. http://environment.yale.edu/publication-series/natural_resource_management/811 CHAPIN M. (1998). « Mapping and the ownership of information ». The Common Property Resource Digest, no 45, p. 6-7. http://www.indiana.edu/~iascp/E-CPR/cpr45.pdf

© L’Espace géographique 184

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Références

185 Irène Hirt

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

CHAPIN M., THRELKELD B. (2001). Indigenous Landscapes. A Study in Ethnocartography. Arlington Virginie: Center for the Support of Native Lands, 152 p. COLLIGNON B. (1996). Les Inuit : ce qu’ils savent du territoire. Paris : L’Harmattan, 254 p. CORPORACIÓN DE PROMOCIÓN Y DEFENSA DE LOS DERECHOS DEL PUEBLO (CODEPU)– GVBAM LOGKO PIKUNWIJIMAPU (2003). Informe Final. Proyecto de Investigación Pueblo Mapuche Wijice, del Chaurakawin al Pikunwijimapu. Valdivia : recherche non publiée, 134 p. CRAMPTON J.W., KRYGIER J. (2006). « An introduction to critical cartography ». ACME: An International E-Journal for Critical Geographies, vol. 4, no 1, p. 11-33. Cultural Geographies, 2009, vol. 16, no 2, http://cgj.sagepub.com/content/vol16/issue2/ ECONOMIC AND SOCIAL COUNCIL (ECOSOC )(1986). Étude du problème de la discrimination à l’encontre des populations autochtones. Vol. V : Conclusions, propositions et recommandations par José R. Martínez Cobo. New York : Nations unies, E/CN.4/Sub.2/1986/7/Add.4. http://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N87/121/00/pdf/N8712100.pdf?OpenElement FOX J. (1998). « Mapping the commons: the social context of spatial information technologies ». The Common Property Resource Digest, no 45, p. 1-4. F OX J., K RISHNAWATI S., H ERSHOCK P. (2005). Mapping Communities. Ethics, Values, Practice. Honolulu : East-West Center, 118 p. HARLEY J.B. (1988). « Maps, Knowledge, and Power ». In COSGROVE D., DANIELS S. (eds), The Iconography of Landscape. Essays on the Symbolic Representation, Design and Use of Past Environments. Cambridge : Cambridge University Press, p. 277-312. HARLEY J.B. (1989). « Deconstructing the map ». Cartographica, vol. 26, no 2, p. 1-20. HARLEY J.B. (1992). « Rereading the maps of the Columbian encounter ». Annals of the Association of American Geographers, vol. 82, no 3, p. 522-536. HARLEY J.B., WOODWARD D. (eds)(1987). The History of cartography. Vol. 1: Cartography in prehistoric, ancient and medieval Europe and the Mediterranean. Chicago, London : The University of Chicago Press, 599 p. HERLIHY P. (2003). « Participatory Research Mapping of Indigenous Lands in Darien, Panama ». Human Organization, vol. 62, no 4, p. 315-331. HIRT I. (2007). « Géographies de la Résistance et de la Décolonisation. Une approche de la reconstruction des territoires mapuches au Chili ». Géographie et Cultures, no 63, p. 67-86. HIRT I. (2008). Redistribuer les cartes : approche postcoloniale d’un processus de cartographie participative en territoire mapuche (Chili). Genève : Université de Genève, thèse de doctorat en géographie, 477 p. JOHNSON J.T., CANT G., HOWITT R., PETERS E. (2007). « Creating anti-colonial geographies : embracing indigenous peoples’ knowledge and rights ». Geographical Research, vol. 45, no 2, p. 117-120. JOHNSON J.T., LOUIS R.P., PRAMONO A.H. (2005). « Facing the future: encouraging critical cartographic literacies in indigenous communities ». ACME: An International E-Journal for Critical Geographies, vol. 4, no 1, p. 80-98. KITCHIN R., DODGE M. (2007). « Rethinking maps ». Progress in Human Geography, vol. 31, no 3, p. 331-344. LEWIS G.M. (2004). « The study of maps made by first nations peoples: retrospect and prospect ». Cartographic perspectives, no 48, p. 7a-7c. LEWIS G.M., WOODWARD D. (eds)(1998). The History of Cartography. Vol. 2, book 3: Cartography in the Traditional African, American, Arctic, Australian, and Pacific Societies. Chicago, Londres : University of Chicago Press, 639 p. LEWIS G.M. (ed.)(1998). Cartographic Encounters. Perspectives on Native American Mapmaking and Map Use. Chicago : The University of Chicago Press, 338 p.

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

© L’Espace géographique 186

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

LOUIS R.P. (2004). « Indigenous Hawaiian cartographer: in search of common ground ». Cartographic perspectives, no 48, p. 7-23. LOUIS R.P. (2007). « Can you hear us now ? Voices from the margin: using indigenous methodologies in geographic research ». Geographical Research, vol. 45, no 2, p. 130-139. MAJID COOKE F. (2003). « Maps and counter-maps: globalised imaginings and local realities of Sarawak’s plantation agriculture ». Journal of Southeast Asian Studies, vol. 34, no 2, p. 265-284. MUNDY B.E. (1996). The Mapping of New Spain. Indigenous Cartography and the Maps of the Relaciones Geográficas. Chicago : The University of Chicago Press, 281 p. MUSSET A. (1988). «La cartographie préhispanique au Mexique». Mappemonde, vol. 88, no 4, p. 22-27. NIETSCHMANN B. (1994). « Defending the Miskito reefs with maps and GPS: Mapping with sail, scuba, and satellite ». Cultural Survival Quarterly, vol. 18, no 4. http://www.culturalsurvival.org/ourpublications/csq/article/defending-miskito-reefs-withmaps-and-gps-mapping-with-sail-scuba-and-sa POIRIER S. (2000). « Contemporanéités autochtones, territoires et (post)colonialisme. Réflexions sur des exemples canadiens et australiens ». Anthropologie et Sociétés, vol. 24, no 1, p. 137-153. POOLE P. (1994). « Geomatics: Who needs it ? ». Cultural Survival Quarterly, vol. 18, no 4. RICE-ROLLINS J.A. (2004). « The Cartographic Heritage of the Lakota Sioux ». Cartographic perspectives, no 48, p. 39-56. ROBERT P. DE, LAQUES A.-É. (2 003). « ‘‘La carte de notre terre’’. Enjeux cartographiques vus par les Indiens Kayapó (Amazonie brésilienne) ». Mappemonde, vol. 69, no 1, p. 6. RUNDSTROM R.A. (1991). « Mapping, postmodernism, indigenous people and the changing direction of North American cartography ». Cartographica: The International Journal for Geographic Information and Geovisualization, vol. 28, no 2, p. 1-12. RUNDSTROM R.A. (1995). « GIS, indigenous peoples, and epistemological diversity ». Cartography and Geographic Information Systems, vol. 22, no 1, p. 45-57. RUNDSTROM R.A. (1998). « Mapping, the white man’s burden ». The Common Property Resource Digest, no 45, p. 7-9. SCHULTE-TENCKHOFF I., HORNER S. (1995). « Le Bon Sauvage, nouvelle donne ». In SABELLI F., Écologie contre nature. Paris, Genève : Presses universitaires de France, Nouveaux cahiers de l’Institut universitaire d’études du développement, p. 21-39. SHAW W., HERMAN R.D.K., DOBBS R. (2006). « Encoutering indigeneity: re-imagining and decolonizing geography ». Geografiska Annaler, Series B : Human Geography, vol. 88B, no 3, p. 267-276. SMITH L.T. (2002). Decolonizing Methodologies. Research and Indigenous People. London, New York, Dunedin, New Zealand : Zed Books, University of Otago Press, 208 p. SPARKE M. (1998). « A map that roared and an original atlas : Canada, cartography, and the narration of nation ». Annals of the Association of American Geographers, vol. 88, no 3, p. 463-495. STOCKS A. (2003). « Mapping Dreams in Nicaragua’s Bosawas Reserve ». Human Organization, vol. 62, no 4, p. 344-356. TAYLOR J. (2008). « Naming the land : San countermapping in Namibia’s West Caprivi ». Geoforum, no 39, p. 1766-1775. THOMPSON H. (2001). « New threats, opportunities to mapping program. Government criminalizes community mapping in aftermath of legal victories ». Borneo Wire Back Issues, http://borneoproject.org/article.php?id=547. TOBIAS T. (2000). Chief Kerry’s Moose. A guidebook to land use and occupancy mapping. Vancouver : Union of BC Indian Chiefs-Ecotrust Canada, Research design and data collection, 64 p.

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Lille 3 - - 194.57.219.151 - 04/12/2012 19h18. © Belin

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful