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1. Le contexte : le « monde » et la sphère des productions humaines en tant qu'elle se distingue de la nature.

Hannah Arendt oppose la «nature» au «monde fabriqué par l'homme». Cette notion de monde est importante car H. Arendt dira plus loin que les œuvres d'art lui sont destinées. Elles seraient créées «pour le monde». Qu'est-ce que ce monde? En quoi est-il différent de la nature et de la société? Cette notion de monde devient alors très importante. Quest-ce qi peut faire monde dans les choses que nous faisons ?Il ne suffit pas d’avoir un monde pour devenir humain. La nature renvoie les hommes à leur animalité, leur appartenance à une espèce naturelle. Le monde, au contraire, comme la société, les renvoie à leur humanité. Le monde habité par l’homme est artificiel, c'est-à-dire un produit de l'art humain. Autrement dit, l'homme est «homo faber» fait référence à l'Homme en tant qu'être susceptible de fabriquer des outils. avant d'être «homo sapiens» (Cf. aussi le mythe de Prométhée). Par ailleurs, Le monde est un environnement matériel stable, incarné dans des objets durables qui sont les produits de l’intelligence et l'ingéniosité humaine, sa capacité a faire des rapports entre les choses, entre les besoins entre les matières et c'est cet environnement qui est, selon Arendt, la destination des œuvres d’art. Ainsi, le monde n’est pas la société. Il ne suffit pas de construire des maisons pour appartenir à la culture. Il ne s’agit pas de fabriquer des objets de plus en plus complexes pour construire une société, un monde. Le monde est un environnement culturel caractérisé non seulement par des symboles et des règles mais par des productions matérielles durables : des objets. L'être humain produit des choses «qu'on ne rencontre pas dans la nature». Mais le concept de monde n'est pas synonyme de culture au sens courant du terme, car une culture est liée à une société particulière alors que le monde dont parle Arendt est commun à tous les hommes. Il n’est pas relatif à une société particulière. Il a l’universalité de la nature. En opposant le monde humain à la nature et en associant l'art exclusivement au monde humain, Hannah Arendt rend au moins justice à la vocation de l'art qui est de « faire » .Cela exclut-il la possibilité qu'une chose naturelle puisse être esthétiquement évaluable ? Non. Mais le bois flotté, la pierre, le coquillage, la dune de sable promus au rang d'œuvres d'art supposent au moins cette intervention humaine minimale par laquelle l'objet sélectionné est en quelque sorte arraché à la nature et introduit dans le monde humain où il est présenté à l'évaluation esthétique. Parmi les productions humaines qui contribuent à former ce monde durable proprement humain, Hannah Arendt va distinguer les productions selon leur durée de vie d'une part puis selon leur fonctionnalité d'autre part. Tourner vers les nécessites vitales, il ne semble pas avoir de vie pour les société s’il on ne produit pas tous ces artifices qui nous facilite la vie. Mais NON dit Aristote ! non à l’envahissement, à la destruction ! Certes l’homme possède des maisons, des meubles.. mais il y a aussi et surtout des espaces vides qu’on ne peut pas remplir ! Ils sont là pour se rencontrer, se parler, aller à la rencontre de l’autre. 2. La spécificité de l'œuvre d'art Examinons les productions humaines dans l'ordre croissant de leur durabilité, mais sans dissocier les deux critères de durée et de fonctionnalité car ils sont indissociables. Les produits de l'action Domaine de l’action, de l’agir d’ailleurs pour l’anecdote, elle voulait appeler son livre « vie active » Ce sont «les événements, les actes et les mots». Ils sont éphémères en ce sens qu'ils ne durent que le temps de leur accomplissement, ils appartiennent au présent. Un produit de l’action peut durer de quelques secondes à quelques heurs ou même quelques jours. Par «produits de l'action», Hannah Arendt désigne l’acte lui-même, le simple fait d'agir, et non ce que l'acte. Peut-on alors soumettre ce shéma :L'action produit l'acte qui produit un objet: Les objets fabriqués sont aussi des signes des actions, soit parce qu’ils les symbolisent (monuments aux morts, plaques commémoratives, arcs de triomphe...), soit parce qu’ils en sont les vestiges (les trous d’obus et les blockhaus sur les plages du débarquement), soit encore parce qu’ils en sont les produits Les produits de l'action sont utiles, on le sait par déduction, puisque H. Arendt dit que les œuvres d'art «sont les seules choses à n'avoir aucune fonction dans le processus vital de la société». Quelle est alors la fonction des produits de l’action? Le texte ne le dit pas. Mais on peut voir que sans action, aucune production n'est possible. Les actions ont donc une utilité indirecte, via l'utilité du produit de leur produit. Les produits de consommation Moins éphémères que les produits de l'action, les produits de consommation courante sont les denrées périssables comme la boisson, la nourriture, mais aussi les produits d’entretien, l’essence, ... Ils sont avant tout liés aux fonctions primaires de l'organisme et au cycle quotidien de la satisfaction des besoins nécessaires à l’entretien du corps et au maintien de la vie. Mais, qu’ils satisfassent des besoins nécessaires ou des désirs superflus, tous les produits de consommation ont en commun le fait que leur durée «excède à peine le temps nécessaire à les préparer». Ces produits sont destinés à être consommés plus ou moins rapidement. Ils ne sont pas faits pour être conservés. Même stockés grâce à des moyens de conservation appropriés (congélation, salaison, ils sont toujours assortis de leur date de péremption, signe de leur caractère passager L’utilité des produits de consommation est évidente : ils ont, pour la plupart, une fonction vitale. Ils font partie de «la sphère des nécessités de la vie humaine». Si le nécessaire vient à manquer, c'est la vie elle-même qui est mise en péril.Peuton alors soumettre que si les produits de consommation ne sont pas conservés, c'est pour pouvoir conserver la vie ? Les objets d'usage Hannah Arendt distingue les objets d'usage des produits de consommation. Les objets d'usage, contrairement aux produits consommables, sont faits pour durer un certain temps. Ce sont les ustensiles, les vêtements, les meubles, mais aussi les bâtiments, les routes... Ils ont «une durée ordinaire » Entendons par là une durée de l'ordre d'une vie humaine, ce que Arendt appelle « la vie limitée des mortels». L'unité temporelle de référence est ici une génération. Comme les produits de consommation, les objets d’usage ont un rôle à jouer dans la survie ou le bien-être matériel des êtres humains. De plus, ces objets confèrent à notre environnement une certaine stabilité. «C'est cette durabilité qui donne aux objets du monde une relative indépendance par rapport aux hommes qui les ont produits et qui s'en servent, une «objectivité» qui les fait «s'opposer», résister, au moins quelque temps, à la voracité de leurs auteurs et usagers vivants. À ce point de vue, les objets ont pour fonction de stabiliser la vie humaine» dit Hannah Arendt dans La Condition de l'homme moderne. Un objet d'usage a donc une utilité. Il est utilisé et c'est pourquoi il s'use. Il y a donc un lien entre la durée de vie limité d'un objet d'usage et le fait qu'il ait une fonction «dans le processus vital de la société». Notons que le propre d'une société dite «de consommation» est de tendre à transformer tout

objet d'usage en produit de consommation en diminuant sa résistance à l'usure ou en le rendant obsolète, donc en accélérant son cycle de renouvellement. Les œuvres d'art Elles ont «une immortalité potentielle». Non seulement l'œuvre survit à l'artiste, mais elle survit à la société qui l'a produite. L'œuvre d'art a, en ce sens, un caractère intemporel. Elle est «destinée à survivre au va-et-vient des générations». Pourtant, l’œuvre d’art aussi, en tant qu'objet matériel, peut se détériorer et se détruire. C'est pourquoi Arendt précise qu’elle est «potentiellement» immortelle.. Si elle échappe au temps, c'est qu'elle n'est liée ni à une personne, ni à une époque, ni à une culture particulière. ? On serait tenté de rapprocher cette idée de celle, plus classique, de l'universalité de l'œuvre d'art. Mais Arendt se situe sur un plan plus pratique: les œuvres d’art durent parce qu'elles ne servent à rien. «Elles sont délibérément écartées des procès de consommation et d'utilisation». Les ready-made de Duchamp, justement parce que ce sont initialement des objets d’usage, illustrent parfaitement ce processus de mise à l'écart délibérée de la fonction. L'urinoir, la pelle à neige, le porte-bouteille de Duchamp, en tant que tels, sont des objets techniques qui ont un usage. Mais c'est précisément la mise en abime de cet usage potentiel qui permet à ces objets d'être considérés pour leur valeur esthétique et non pour leur utilité pratique. Si durable soit-il, l'objet d'usage est condamné à tomber en désuétude. Il ne résiste pas indéfiniment aux assauts du temps parce qu'il perd sa valeur s'il n'est plus utilisé et il cesse inévitablement d’être utilisé s’il est usé ou obsolète. Au contraire, l'œuvre d'art, n'ayant aucune fonction en tant qu'oeuvre d'art , ne perd jamais sa valeur. Si elle dure, c'est en partie parce qu'elle est inutile, ou du moins parce que sa valeur ne lui vient pas de son éventuelle utilité. «Elle n'est pas fabriquée pour les hommes mais pour le monde», dit Hannah Arendt. Mais que faut-il entendre par monde? L'œuvre d'art est «mondaine» parce qu'elle est faite pour le «monde» au sens défini plus haut: l'environnement culturel et matériel durable, façonné de main d'homme et qui crée le lien humain de génération en génération. Si elle est faite «pour le monde», l’oeuvre a bien une finalité, celle d'être au monde. Mais elle n'a pas de fonctionnalité. L'œuvre d'art n'a strictement aucune fonction : ni celle de décorer, ni celle d'enseigner l'histoire, ni celle d'éduquer, ni celle de témoigner, ni même celle d'exprimer les sentiments ou la vision du monde de l'artiste. La seule finalité de l'art est d'être là, d'exister dans le monde.