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juin 1994


SOMMAIRE
Imagine
Héritiers Spirituels de la Lumière
La Prière
Ethique Rosicrucienne
Avoir confiance
Etude comparative
Ce que signifie : être rosicrucien
Echanges
L'orgueil
La révolution africaine
Il était une fois : la nature !
Rennes le Chàteau
Sources
Fama Fratemitatis (suite)
Renseignements utiles
page 2
pages 4 à 8
pages 10 à 12
pages 14 à 16
pages 18 à 25
pages 26 à 30
pages 31 à 32
pages 33 à 36
pages 38 à 39
page 40
Imagine.
• •
Le SETI est un artisan de la Tradition. En pionnier, bien
souvent, il lui permet de trouver de nouvellesformes pour se manifester et de
nouvelles perspectives à communiquer. Il poursuit en fait, à son époque, la
"Réformatio Il dont parlaient déjà sesfrères aînés du XVllème siècle.
Dans ce numéro "d'Imagine", nos pas
se dirigent au delà des apparences, vers un
monde tout pétri d'intériorité où l'homme et
son Créateur conversent librement sur le
mode de la prière, un monde dont les mani­
festations sont symboles qu'il nous appar­
tient de déchiffrer et de savoir entendre. Qui
pourrait nous en interdire l'accès?
Au fil des pages votre imagination ren­
contrera, l'espace fugace d'une lecture, mais
peut-être aussi l'éternité d'une communion,
celle d'autres chercheurs engagés comme
vous sur le Sentier.
Abandonnez-vous à ces instants, lais­
sez-vous surprendre, séduire, contredire, et ­
qui sait? - persuader. Imagine vous ouvre le
coeur du SErI.
Le SETI est une organisation d'aveni r,
où nous préparons les voies pour demain. Les
milieux ésotériques connaissent aujourd'hui
les mêmes bouleversements qu'ont pu con­
naître les Eglises au XVlème siècle. La lec­
ture de la Bible, à cette époque, était le privi­
lège des ecclésiastiques qui seuls avaient le
droit d'avoir accès aux Ecritures. n fallut
attendre les divers mouvements réformistes
pour voir des traductions des livres sacrés en
langue «vulgaire» (par opposition au latin) et
le libre accès de tous à la lumière évangéli­
que.
Aujourd'hui le SETI veut faire de
même en ce qui concerne la connaissance
traditionnelle et notamment la philosophie
rosicrucienne. «Ce qui compte, ce n'est pas
ce en quoi l'homme enferme sa conception
de Dieu, mais c'est ce que l'idée de Dieu fait
se produire au-dedans de l'homme».
Le succès du SET!. dépend donc de sa
capacité à diffuser les techniques et connais­
sances qui permettent l'expérience de la Di­
vinité,.1'émergence du Christ en l'homme. La
Prière,- dont il sera beaucoup question dans
cet Imagine, est une de ces techniques.
Pour tout cela, et plus encore, le SErI
a besoin, plus que jamais, que chacun de
vous ...
.. .IMAGINE ...
...LA FRATERNITE DE DEMAIN.
Jean-Noël WI7Z
- 2 ­
Héritiers Spirituels
de la Lumière
La Prière
Si la prière est un art, alors il est nécessaire d'en maîtriser la
technique pour bénéficier de sa bienfaitrice puissance. Mais comment prier?
Harvey Spencer Lewis rappelle les lois qui doivent nous conduire à une
parfaite communion avec Dieu.
La prière est une forme de pratique
religieuse très discutée. Les uns l'acceptent
fidèlement, les autres la rejettent totalement.
De plus, certains utilisent le fait que soixante­
quinze pour cent des prières ne sont pas exau­
cés, pour nier l'existence d'un Dieu
intelligent, et proclament que les prières ne
seraient logiques, efficaces et raisonnables
que si Dieu existait.
Je suis un croyant fervent de l'efficacité
de la prière, et vous pouvez en être un vous
aussi si vous le voulez, ou plutôt si vous
voulez bien donner à la prière l'occasion
propice de faire valoir son efficacité.
Nous rejetons souvent beaucoup de
choses, que nous accusons à tort d'être inef­
ficaces, et ceci parce que nous n'avons pas su
les utiliser ou les démontrer. C'est notre pro­
pre incapacité, notre propre ignorance qui
sont responsables de l'échec, et je me de­
mande d'ailleurs comment il se fait même
que beaucoup de prières soient exaucées.
Savoir ce qu'est la prière et comment
l'utiliser est une chose inconnue de la
moyenne des individus, et il est vraiment très
surprenant que même une personne sur mille
puisse obtenir quelques résultats. On peut de
plus constater que certaines prières typiques
sont utilisées par des gens qui semblent beau­
coup plus préoccupés d'éloquence fleurie
que de prier dans le recueillement.
Jésus enseigna à ses disciples la façon
de prier, et ses instructions, les modèles qu'Il
donna au monde, sont très di fférents des priè­
res de ceux qui se sont écartés du principe
mystique fondamental sur lequel repose la
vraie prière.
- 4 ­
La prière est basée sur la supposition
que Dieu est tout-puissant, omniprésent et
désireux d'agréer nos suppliques. Il n'est pas
besoin d'autre assurance pour prier; mais
vous serez d'accord avec moi pour reconnaî­
tre que la moyenne des gens ont àl'esprit bien
d'autres choses ; ils pensent que Dieu est
tout-puissant, qu'il est présent en toute chose,
infiniment miséricordieux, mais que bien
qu'en harmonie avec les êtres qu'il a créés, il
est cependant ignorant de leurs souhaits et de
leurs besoins, et qu'il ignorecequ'ils peuvent
désirer obtenir de la vie.
C'est là une grande faute que de com­
mencer une prière avec la pensée ou même la
certitude que Dieu ne sait pas ce dont nous
avons besoin, ce qui est le mieux pour nous ,et
que nous devons le lui dire.
D'un point de vue tout à fait raisonna­
ble et juste, n'est-il pas pour le moins surpre­
nant qu'une personne tombe à genoux et ne
pense à prier que pour demander à Dieu, par
exemple, de ne pas reprendre la vie d'un être
cher blessé dans un accident? Ne prier Dieu
qu'en pareille circonstance est presque lui
commander de ne pas permettre à la vie de
quitter le corps de cette personne, ou de ne
pas laisser certaines conditions s'accomplir,
et de plus, présumer que nous savons, nous,
avec notre compréhension objective, mieux
que Dieu si certaines choses doivent arriver
ou non .. Si la personne a été blessée et est sur
le point de mourir, et si Dieu ne l'en empêche
pas, pourquoi devrions-nous penser que Dieu
va changer sa décision, et permettre au blessé
de vivre tout simplement parce que nous
prions pour sauver sa vie?
- 5 ­
Voici un autre exemple: au cours d'une
guerre, deux personnes de bord opposé prient
chacune pour avoir la victoire dans leur
camp. Si Dieu a laissé s'engager le combat,
n'est-il pas mieux de présumer que son juge­
ment des conditions et des principes impli­
qués sera suffisant pour désigner celui qui
doit gagner? Les deux prières ne peuvent
avoir de réponse satisfaisante attendu que
tous deux ne peuvent être vainqueurs.
Le mystique sait qu'une prière, ou sup­
plique, basée sur la supposition que Dieu ou
le Cosmique ne savent pas cequi est le mieux,
qu'ils doivent être conseillés, recevoir des
avis ou des suggestions, est d'avance gas­
pillée et futile. En fait, c'est une simple ré­
flexion suri' intelligence divine, elle n'atteint
pas plus haut que le niveau moyen de nos
ambitions personnelles, et une telle prière,
même dite avec sincérité, ne peut rencontrer
l'approbation du Cosmique.
Pour le mystique, la prière est une
union des esprits, elle n'est pas une occasion
de demandes personnelles, mais de commu­
nion spirituelle. C'est le moment où l'âme, la
plus intime partie de nous-même, religieuse­
ment, sincèrement et humblement, parle à
Dieu et exprime le souhait de notre coeur et
de notre esprit.
Préciser chaque pensée de notre con­
ception humaine, de nos besoins, conseiller
ou recommander, tout ceci est tellement in­
compatible avec le recueillement vrai qu'il
ferait plutôt pencher en notre défaveur et
empêcherait la réalisation de ce que nous
souhaitons. Aussi, la prière requérante doit­
elle être la simple expression d'une demande
de bénédiction.
Ai-je quelque droit de me présenter
devant Dieu en priant, demandant - ou même
plaidant - pour qu'une longue vie me soit
accordée simplement parce que je le désire,
et ai-je le droit de conclure que cela doit
m'être octroyé? N'est-ce pas affirmer que
Dieu pourrait ne pas avoir pensé à me donner
une longue vie, qu'Il pourrait en avoir décidé
autrement, et que je désire changer ses inten­
tions et ses secrets? N'est-ce pas affirmer
l'impossibilité de l'état même que je désire
créer dans la conscience de Dieu par ma
prière?
- 6 ­
Ai-je quelque droit de venir devant le
Créateur de toutes choses et dire que je désire
ceci - de la façon que j'indique - que j'ai
décidé telle ou telle chose, et que je demande
à l'Esprit divin d'accepter mon entendement
plutôt que le sien? Je suis sûr que si nous
pouvions approcher un roi ou un président de
la République - dont les bienfaits se seraient
déjà répandus sur nous - nous commence­
rions certainement notre prière très différem­
ment. Nous trouverions tout d'abord des
paroles de reconnaissance pour tout ce que
nous avons déjà reçu, en ajoutant que s'il plaît
au roi, nous serions très heureux de continuer
à recevoir les mêmes privilèges et même à en
recevoir un peu plus.
Combien de nous prient avec cet état
d'esprit? Purifions-nous nos mains et
payons-nous nos dettes en remerciant Dieu
pour tout bienfait reçu chaque jour?
Comment approchez-vous Dieu dans
vos prières ? Le pécheur et celui dont les
mains ont fait le mal peuvent approcher Dieu
comme celui qui est sans péché; mais de tels
pécheurs doivent tout d'abord solliciter la
clémence de Dieu et son pardon, qu'ils ne
peuvent trouver dans la justice des hommes.
La première prière doit être de repentir et de
regret, elle doit rendre justice à la grâce di­
vine, afin de pouvoir paraître, devant Dieu,
purifié et digne de nouveaux bienfaits.
Nous sommes tous plus ou moins pé­
cheurs, et pour être sûrs que nous nous pré­
sentons devant Dieu dignes de ses bienfaits,
notre première prière devrait toujours être
une action de grâces, une sincère appréciation
de ce que nous avons déjà reçu.
Si nous recherchons Dieu de cette fa­
çon, il est vraisemblable que nous serons
tellement conscients de toute la magnificence
de notre lot et de la sublimité des bénédictions
divines, que nous en oublierons les petites
choses que nous avions l'intention de deman­
der, car si nous analysons notre vie pendant
les dernières vingt-quatre heures, et si nous
la jugeons loyalement, nous en arriverons à
réaliser que nous ne méritons pas d'autres
dons, que nous avons déjà reçu bien plus que
nous ne pouvions espérer, bien plus que nous
ne méritons.
Nos "péchés" peuvent consister en de
simples omissions. Ainsi, le don bénéfique de
la vie consciente et la pleine activité de toutes
nos facultés portent en eux l'obligation de
servir - au nom de Dieu - pour le bien de
l'humanité. Si nous avons reçu sans avoir
jamais rendu en échange quelque service,
nous sommes coupables, même si nous
n'avons commis aucun acte coupable, ni vio­
lé aucune loi ou commandement cosmique.
Nous devons être sûrs d'avoir triomphé
de nous-mêmes et obéi avant de pouvoir es­
pérer que nos prières puissent être considé­
rées. Il ne doit exister auçune hypocrisie dans
notre coeur ou notre esprit, aucune déception,
aucun embellissement. Il ne doit pas y avoir
non plus d'humiliation, car la grandeur et la
bonté de Dieu placent l'homme au-dessus de
l 'humiliation dans ses justes relations avec
Lui. Mais il doit y avoir humilité d'esprit,
simplicité, honnêteté du coeur.
Nos prières devraient exprimer nos dé­
sirs des bénédictions de Dieu, que "Sa volon­
té soit faite, et non la mienne", devrait être au
sommet de notre esprit. La simple expression
: "Puisse-t-il plaire au Père que la santé re­
vienne dans mon corps" est une prière plus
honnête, plus digne que de demander ou de
suggérer que Dieu change la loi en vigueur,
qu'Il annule certaines conditions spécifiques
à nous-même, et en instaure d'autres tout
simplement parce que c'est notre désir.
L'orgueilleux qui, s'estimant au-des­
sus des autres, en conclut qu'il doit être vic­
torieux en tout, ne devrait pas prier pour sa
victoire, mais demander à Dieu d'accorder la
victoire à celui qui la mérite le plus, qui en
est le plus digne, car non seulement la volonté
de Dieu est k facteur déterminant, mais aussi
tous les autres doivent recevoir ce dont ils ont
besoin, qu'ils aient prié ou non. Aussi la
prière ne doit jamais être égoïste ou person­
-7
nelle au point d'exclure les autres, surtout
ceux qui se trouvent dans la peine et le besoin
et qui sont plus malheureux que la personne
qui prie.
J'aime à penser à la prière corn me à un
rare privilège, comme à une interview per­
sonnelle du Roi des rois, du maître de tout.
J'aime à penser que c'est une grande
chance de pouvoir lui demander une bénédic­
tion que je voudrais pouvoir donner au
monde avec tout ce qu'elle apporterait de
bon.
Quand je médite sur les demandes que
je voudrais faire,je suis souvent frappé par le
fait que ce que je désire le plus est désiré par
une multitude d'autres personnes. Si une de­
mande peut être accordée, une bénédiction
donnée, je dois être assez honnête pour de­
mander que les autres soient exaucés autant
que moi-même, et même avant moi. Chaque
moment peut être l'occasion d'une interview
privilégiée, parlaquelle nous entrons en com­
munion avec le maître de l'univers. C'est là
la plus grande bénédiction, c'est le don par­
dessus la vie même. Cependant, très peu l'ap­
précient au temps où ils connaissent la santé
et le bonheur; ils n'en prennent conscience
qu'aux moments de chagrins, de tribulations
et de souffrances.
Apprenons à prier, à faire de la prière
une réelle communion, un déversement de
notre esprit en toute pureté et humilité. Elle
sera ainsi une des plus parfaites causes de
contact cosmique. Pour le mystique la prière
ainsi conçue transcende son existence terres­
tre.
Dr. H. Spencer LEWIS
- 8 ­
Ethique
Rosicrucienne
Avoir confiance !
Un des biens les plus précieux dont l'homme puisse bénéficier,
bienfait dont la perte entraîne errements, doute et affliction, la Confiance est
sans doute tout à lafois la clefde bien des bonheurs, bien des réussites, bien
des réalisations. Réflexion sur sa nature et sa valeur.
Tandis qu'ils s'entretenaient ainsi,Jé­
sus se présenta au milieu d'eux et leur dit:
"Paix à vous 1" Saisis de stupéfaction et
d'épouvante, ils s'imaginaient voir un esprit.
Mais il leur dit: "Pourquoi vous troublez­
vous ? Pourquoi ces incertitudes dans vos
coeurs? Voyez mes mains et mes pieds "c'est
bien moi "touchez-moi et constatez: un esprit
n'a ni chair ni os comme vous voyez quej'en
ai. "Ce disant, il leur montra ses mains et ses
pieds, mais comme dans leur joie ils hési­
taient encore et restaient ébahis, il leur dit :
"Avez-vous ici quelque chose à manger 1" Ils
lui servirent un morceau de poisson grillé. Il
l'accepta et mangea avec eux.
Puis il leur dit: "Voilà bien ce que je
vous disais lorsque j'étais encore avec vous,
affirmant que devait s'accomplir tout ce qui
est écrit de moi dans la loi de MoIse, les
prophètes et les psaumes. "Alors, il leur ou­
vrit l'esprit pour leur faire comprendre les
Ecritures: "Ainsi, leur dit-il, il est écrit que
le Christ devait souffrir et ressusciter des
morts le troisième jour, et qu'on devrait prê­
cher en son nom à toutes les nations, en
commençant parJérusalem, la repentance et
la rémission des péchés. Vous en êtes té­
moins. Et moi,je vais envoyer sur vous ce que
mon Père m'a promis. Vous autres, restez en
villejusqu'à ce que vous soyez revêtus d'une
force d'en haut."
LUC 24,36-49
Ce passage de l'évangile se situe après
la crucifixion et la disparition du Christ. Luc
nous présente le désarroi des apôtres, leur
grande solitude et leur crainte face aux prob­
ables persécutions qui les attendent de la part
des "légitimistes" du dogme religieux de
l' époq ue, représentés alors par les détenteurs
du "pouvoir spirituel." Ceux-là mêmes que
Jésus appelle les "sépulcres blanchis."
La crainte paralyse, elle enlève à
l'homme son libre arbitre, sa vaillance et son
goût naturel d'avancer et d'entreprendre. La
crainte est fille légitime de l'ignorance et du
doute. C'est cette crainte qui, alors, con­
damne les apôtres à la réclusion volontaire
après que le Christ les ait laissés seuls.
Pourtant, ces onze-là avaient vécu au­
près du Christ, et auprès de Lui, ils avaient
connu le bonheur, la joie, l'exaltation, l'es­
poir qui transporte et sans doute même la
paix, la vraie paix profonde qui rassérène; et
de ce bouquet harmonieux et enivrant des
sentiments humains, ils avaient sans doute
- 10­
cru, parfois, sentir monter l'odeur subtile et
tranquillisante de quelque certitude ... Mais le
bien-être n'est pas parent de la certitude et la
certitude n'accouche pas toujours de la vérité!
Malgré toutes les leçons que le Christ
leur avait enseignées, malgré le grand nom­
bre de preuves qu'Il leur avait apportées,
malgré les événements qu'Il leur avait pro­
phétisés, malgré leur apparente sérénité, leur
bonne volonté et leurs rassurantes certitudes,
ces onze-là doutent encore, et comme ils
doutent, ils craignent, et comme ils craignent,
ils s'ankylosent dans leur corps, leur esprit et
leur coeur ...
Que manquait-il donc à ces onze-là?
Que manquait-il à ces premiers vrais
mystiques chrétiens?
Que manquait-il à cette élite que le
Christ Lui-même avait choisie et enseignée ?
La Connaissance, ils l'avaient. Le zèle
et l'assurance que donne la Connaissance, ils
n'en manquaient sans doute pas. Mais assu­
rément, à ce moment précis de leur mission,
ils avaient sans doute perdu la CONFIANCE.
Cette confiance qui ouvre l'esprit, qui
éclaire, donne des forces et permet de trouver
les ressources nécessaires pour avancer, pour
aller plus loin et atteindre le but.
C'est cette confiance perdue que le
Christ leur rapporte en revenant une ultime
fois parmi eux. Il connaît bien la nature hu­
maine avec la faiblesse de ses sentiments et
l'inconstance de ses entreprises. Il ne juge ni
ne condamne ses amis déserteurs mais Il les
rassure avec des signes de ce monde: "Voyez
mon corps... Avez-vous a
'
manger....
? "P'
UlS,
Il leur fait prendre conscience de leur manque
de foi: "Je vous avais annoncé tout ce qui est
arrivé ... " Enfin, Il leur rappelle qu'Il a besoin
d'eux et que leur travail n'est pas terminé:
"Vous devez maintenant aller porter ma pa­
role ... "
Sans doute la tache paraît-elle démesu­
rée à ces onze-là. Ils sont onze ... seulement
onze pour porter témoignage du Christ au
monde tout entier. Ils sont sans appui, sans
ressource, sans armée, sans programme, sans
but précis et sans racine traditionnelle recon­
nue. Comment pourront-ils alors accomplir
leur colossale mission ? Comment trouve­
ront-ils le courage d'obéir à celui qui de­
mande mais qui s'en va ? Comment
sauront-ils faire triompher l'innovation con­
tre l'archaïsme, l'esprit contre la lettre, la
vérité contre le dogme? Comment le fragile
pot de terre de leur minorité méprisée pour­
ra-t-il triompher du robuste pot de fer des
majorités installées et arrogantes?
- 1 1 ­
f
-
Comment se détourner de r évident, ne pas
céder au rationnel, oublier le possible ... pour
espérer, vouloir et réussir l'impossible?
Le Christ sait bien tout cela, mais Il sait
plus que cela. Il sait que les apparences, si
probantes soient-elles, appartiennent aux
hommes et que la mission dont Il investit ses
amis appartient au plan Divin et qu'elle doit
être au service de ceux-là mêmes qui la nient
ou la refusent. Il va donc aider, une fois
encore, ceux qui ont en charge sa parole et
son message: "Vous recevrez la force d'en
haut..." Cette force, cet Esprit-Saint que le
Christ va donner à ces onze-là, ne leur appor­
tera pas plus de connaissance, ni les honneurs
d'une investiture, ni même quelque certitude
supplémentaire, mais simplement la CON­
FIANCE. La confiance en ce qu'ils savent
déjà, la confiance en celui qui les a guidés, la
confiance en la réussite de leur mission. Une
confiance vraie, inaltérable, inébranlable,
celle qui régénère, fortifie, transcende et
pousse en avant.
C'est peut-être cette confiance-là que
l'on devrait appeler: la Foi, et c'est peut-être
cette foi-là qui:
"Si nous en avions en nous, gros
comme un grain de sénevé, nous permettrait
de déplacer les montagnes ... "
Le Conseil de l'Ethique du SETl.
- 12 ­
Etude
comparative
û
Ce que signifie :
être rosicrucien
Quelle autre loi que la Loi d'Amour, celle que le Christ nous a
transmise, pourrait-être la pierre angulaire de toute organisation véritable­
ment traditionnelle et fraternelle ? Aussi peut-on se poser des questions sur
les intentions de certains, quand nous découvrons cette loi travestie, édulco­
rée, trahie ... un Ictus édifiant ...
Nous allons examiner aujourd 'hui des
extraits d'un textequ'H. Spencer LEWIS avait
écrit pour adresser à ses plus hauts dignitaires.
Ce texte était reproduit dans les enseignements
écrits adressés aux postulants qui s'apprêtaient
à pénétrer dans les degrés du Temple.
Nous allons voir comment, de façon ap­
paremment anodine, les successeurs ont osé
modifier les écrits d'Ho Spencer LEWIS en
continuant de se référer à lui.
"Que signifie donc ce loyalisme rosicru­
cien à toute épreuve et cette parfaite intégrité?
Cela compone tout ce qui est profondément
décourageant pour d'autres ...
Avez-vousjamais réfléchi qu'il n 'y a pas
de tâche au monde plus ingrate que celle de se
consacrer à un travail humanitaire ? Si vous
arrivez à développer votre don naturel de gué­
risseur au point de rappliquer rapidement
avec succès, en donnant des traitements per­
sonnels ou à distance qui, par moments, pa­
raissent être des miracles, vous verrez que
rarement les malades vous remercieront lors­
qu'ils seront guéris. Cenains diront même,
comme je l'ai entendu remarquer moi-même
des centaines defois: "Peut-être queje n'étais
pas aussi malade que je le pensais... " ou :
"peut-être que la nature m'aurait guéri, de
toutesfaçons... ,. Lorsque si peu de gratitude ou
d'appréciation est témoignée en ce qui con­
cerne la santé, vous pouvez imaginer le peu
d'importance qu'on attache en général à
l'aide apponée pour d'autres problèmes per­
sonnels . L'opinion générale des masses sem­
ble être que, si quelque Divin pouvoir se
manifeste en une personne, homme oufemme,
c'est un don de Dieu et il n'y a pas à lui en
savoir gré ni à la remercier de ses efforts. On
croit le plus souvent que Dieu les a octroyés
sans que rien n'ait étéfait pour les mériter, ni
aucun effort accompli pour s ypréparer.
Mais ceci n'est pas encore le plus décou­
rageant dans la pratique du Rosicrucianisme
; ce qui l'est davantage, c'est que votre vie
toute entière est composée de deux phases
d'expériences: vous êtes à tout moment ou très
heureux: ou très malheureux ,* vous pouvez
éprouver une joie que peu de gens sont capa­
bles de sentir et tirer de la vie le maximum de
bonheur, alors qu'à d'autres moments vous
êtes profondément. douloureusement triste,
comme si le poids de toute la douleur humaine
reposait sur votre âme. Jésus a été le symbole
même de cette double condition. Peu de per­
sonnes vous comprennent ou sympathisent
avec vous, et ceci est vraiment dur. ,.
-'
Après avoir affinné en préambule de sa
version de juin 1985 :
"Le premier point que nous examinerons
est celui du dévouement. Nous allons vous citer
- 14 ­
~ ~ - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
les paroles du Dr H. Spencer LEWIS, fonda­
teur de l'Ordre de la Rose Croix A.M.O.R.C.
dans son présent cycle d'activités et premier
Impérator de notre juridiction internationale
actuelle. Vous vous rendrez compte, en étu­
diant ces paroles, qu'elles renferment des véri­
tés éternelles d'une valeur et d'une inspiration
permanentes pour tous les rosicruciens de tous
les temps."
L'organisation qui avait reçu pour mis­
sion de faire partager les enseignements mis au
point par H. Spencer LEWIS se permet de
supprimer purement et simplement des expres­
sions telles que: "parfaite intégrité' et encore,
et surtout, la dernière phrase: "Jésus a été le
symbole même de cette double condition. Peu .
de personnes vous comprennent ou sympathi­
sent avec vous, et ceci est vraiment dur. Il
Cela procède toujours de la même volon­
té de déchristianisation des enseignements ro­
sicruciens.
Plus loin nous pouvons lire, dans la pre­
mière traduction française:
"Il a été dit que le travail du Rosicrucien
devient une véritable religion pour certains de
ses membres. Ceci est vrai mais ne signifie pas
que l'Ordre veut prendre la place de l'Eglise.
Il est au contraire demandé aux Rosicruciens
de suivre fidèlement les préceptes de leur
Eglise et d'aider au bon travail qu'elle accom­
plit. Mais nos enseignements peuvent en même
temps devenir une sorte de culte, que l'on
appartienne à la religion catholique, au pro­
testantisme ou à toute autre confession ; ils
n'entrent en effet en conflit avec aucun culte,
car ils contiennent toutes les VERITES, toutes
les lois et tous les principes qui tendent à
stimuler la Foi religieuse et la vénération, la
révérence envers Dieu. Les enseignements su­
périeurs de notre Ordre font plus que ceux de
toute autre organisation pour inspirer le désir
de lire et d'étudier les Ecritures Saintes, et
toute la littérature sacrée; et c'est unfait très
cunnu que les vrais Rosicruciens ont une con­
naissance intime et profonde de Dieu et de ses
lois.
Tout cela ne tend pas àfaire du Rosicru­
cien un fanatique ou un sectaire, mais plutôt
un homme, par moments, rempli de joie et, à
d'autres, triste jusqu'au fond de l'âme. If
Dans la version 85, qui est sensée rap­
porter les paroles de H. Spencer LEWIS, le
copiste a pris quelque liberté avec le texte
d'origine; les changements sont à la fois telle­
ment insidieux et nombreux qu'il est préféra­
ble de reproduire l'extrait en entier:
"Certains ont dit que le travail rosicru­
cien devient pour certains de ses membres une
sorte de religion. Cela est vrai, si l'on n'entend
pas par là que l'Ordre prend la place d'une
église. Les rosicruciens reçoivent le conseil de
suivre la religion de leur choix et d'aider au
bon travail qu'elle accomplit. Ceci n'est, bien
sûr, pas une obligation. Cependant, dans le
même temps, les enseignements de l'Ordre de
la Rose-Croix A.M.O.R.C. peuvent devenir la
"religion" de quelqu'un , qu'i! soit chrétien,
hindou, musulman,juif,parsi ou de toute autre
confession religieuse. Les enseignements n'en­
treront pas en conflit (avec les croyances reli­
gieuses personnelles) parce qu'ils contiennent
toutes les VERITES, toutes les lois et tous les
principes qui sont la base de l'adoration reli­
gieuse et de la vénération envers Dieu. Les
enseignements supérieurs de notre Ordrefont
plus que toute autre école de pensée pour
inspirer le désir de lire et d'étudier les écritu­
res et toute lütérature sacrée, et c'est unfait
bien connu que les vrais rosicruciens ont une
connaissance des plus intimes de Dieu et de la
loi cosmique, bien que l'A.M.O.R.C. ne puisse
en aucun cas être considéré comme une orga­
nisation ou une secte religieuse.
Rien de tout ceci ne tend à faire du
rosicrucien quelqu'un de pieux, mais plutôt un
être rempli de joie à certains moments, et, à
d'autres, accahlé de tristesse. "
Nous laissons nos lecteurs juger de l'in­
terprétation dl!s buts recherchés à travers ces
changements qui se sont poursuivis et accélé­
rés ces d e r n i ~ r e s années. Cependant, avec
l'oeil de l'historien, on peut aftirmer qu'une
- 15 ­
telle falsification est intolérable. En effet, nul
n'aurait idée de modifier les propos d'un au­
teur quel qu'il soit en continuant à se réclamer
de sa pensée. Soit ce qu'a écrit H. Spencer
LEWIS ne présente pas un grand intérêt sur le
plan rosicrucien, et l'on raye son oeuvre et son
nom des enseignements que l'on transmet, soit
l'on décide de modifier son message à sa con­
venance, et l'on en revendique la paternité, soit
l'on rapporte scrupuleusement ses propos, en­
tre guillemets, en précisant le nom de l'auteur.
Mais l'on n'a pas le droit, à mon sens, de
modifier à ce point la pensée d'un auteur en se
réclamant de lui.
A ce sujet, voici ce que précisait le tra­
ducteur, dans la première version française:
"Dans notre prochaine communication
aux Postulants, nous vous citerons quelques
autres pensées de notre défunt Impérator (H.
Spencer LEWIS), à l'expression desquelles no­
tre présent Impérator (R. Maxwell LEWIS)
considère qu'aucune modification ne doit être
apportée Il
Voici maintenant la fin du très beau texte
de H. Spencer LEWIS :
"Les Rosicruciens disent que tout doit
être fait au nom de l'Amour, pour l'Amour et
par l'Amour. L'Amour Divin est l'Amour Su­
prême, et l'Amour de l'Homme pour Dieu en
est le reflet .. l'Amour de l'Homme pour l'HU­
MANITE en est le principe, actifet manifesté.
Par suite l'Ordre rosicrucien est un Ordre
d'Amour. Etre Rosicrucien signifie que
l'Amour prédomine en toutes nos pensées,
même si nous perdons de vue toutes les autres
lois, même si nous oublions les lois humaines,
les principes relatifs aux affaires journalières,
nos habitudes matérielles de pensées et d'ac­
tions, maisdonnons libre cours aux impulsions
qui nous disent que l'AMOUR DU PRO­
CHAIN EST LA LOI DIVINE .. par consé­
quent, soyez donc miséricordieux, tolérants;
oubliez et pardonnez lesfautes d'autrui, même
si vous devez en cela sacrifier certains de vos
plus chers désirs, de vos plus chers intérêts".
Cette dernière partie n'a subi, en appa­
rence, que peu de modifications dans la version
85, et pourtant, ne pouvant résister à écarter
tout ce qui pouvait par trop rapprocher la pen­
sée "lewisienne" du message christique, il a
tronqué la phrase fondamentale, et : "l'Amour
du prochain est la Loi Divine" est devenu
ilL'Amour est la loi".
Non, Messieurs les censeurs, vous ne
. pourrez pas faire taire H. Spencer LEWIS, ni
transformer sa pensée dans le seul but de sou­
tenir vos théories syncrétiques, qui n'ont rien
de rosicrucien.
Certaines vérités sont éternelles et elles
n'ont nul besoin qu'on les mette au goût du
jour. Le message de Jésus Christ, deux mille
ans après, n'a pas pris une ride et ce, malgré les
tentatives de manipulation et la fausse interpré­
tation qu'en ont faite les détenteurs d'un cer­
tain pouvoir matériel, dans le but de servir leurs
intérêts immédiats et de s'arranger avec leur
conscience.
Si vous partagez comme nous les convic­
tions de H. Spencer LEWIS, alors cheminons
ensemble à la Lumière de son expérience, et
rapportez ses véritables propos ; dans le cas
contraire, vous avez parfaitement le droit
d'avoir des convictions différentes de celles de
notre frère aîné sur le sentier, mais alors cessez,
je vous en conjure, de vous réclamer de sa
pensée !
Dans son texte, notre Frère H. Spencer
LEWIS donnait un point de vue sur lice que
signifie être Rosicrucien" ; dans son exposé
d'origine, il parlait de "loyalisme rosicrucien
à toute épreuve" et de ''parfaite intégrité".
Contrairement à ce que d'aucuns peu­
vent penser, ce sont ces vertus qui ont conduit
à la création du S.E.T.I., puisse-t-il en demeu­
rerdigne!
- 16­
Echanges
\

,
-
------------­
L'orgueil
"Pierre d'achoppement ou principe de progrès
sur la voie de l'accomplissement"
Orgueil, Ego, Moi, sont souvent honnis par les mystiques qui
les désignent comme autant d'obstacles à notre progrès et à notre avancée
vers la plus grande Lumière. Mais ne peut-on pas, à l'opposé, y voir une force
capable de nous aider à poursuivre notre chemin ?
La question contenue dans le titre de cet
essai étant posée, j'imagine déjà le lecteur se
demander comment on peut oser s'interroger
sur le sujet. L'orgueil, c'est bien connu, est
une attitude que nous devons bannir à jamais
de notre comportement, et que, fort heureu­
sement, pour ce qui nous concerne, nous
parvenons à très bien maîtriser. Nous voyons
bien, ça et là autour de nous, quelques per­
sonnes que nous côtoyons faire preuve d'une
hautaine assurance, mais il est un fait que
nous sommes tous sur la voie de l'évolution,
et sans doute pour ce qui les concerne ...
Mais que sommes-nous en train de
faire, amis? Si ce n'est un constat de supé­
riorité, intérieurement bien sûr, inavoué, car
si l'on nous demandait de nous prononcer à
ce sujet, il est probable que nous garderions
une prudente réserve, voulant en cela faire
Itétalage" de notre grande "modestie".
Nous voyons là qu'il n'est pas toujours
facile de déceler dans nos propres attitudes
celles qui sont effectivement empreintes
d'orgueil.
Mais qu'est-ce que l'orgueil, en réalité?
Sur le plan purement littéral, le diction­
naire nous propose deux définitions qui pour­
raient expliquer à elles seules le titre de cet
essai. Je vous les indique donc en préambule
à notre réflexion: "Orgueil: estime excessive
de soi-même - ou encore sentiment élevé de
sa propre dignité". En fait, nous allons voir
qu'il est particulièrement délicat de regrou­
per sous un seul vocable quantité de compor­
tements très différents. C'est la raison pour
laquelle nous avons tous une conception très
personnelle de l'orgueil et qu'en consé­
quence, ce sentiment reste l'un des plus con­
troversés.
Je vous proposerai, dans le cours de
cette analyse, plusieurs termes susceptibles
de qualifier différents aspects que peut reflé­
ter l'orgueil, et qui ne sont en réalité que
diverses phases d'expression de l'ego. Mais,
dans l'immédiat, nous allons faire un petit
retour dans le passé, afin d'essayer de com­
prendre le mécanisme du développement de
l'ego, mais peut-être aussi sa raison d'être
dans le processus évolutif de l'univers.
- 18 ­
m
Dès lors que l'être humain prit con­
science de lui-même, il devenait inévitable
qu'il porte un jugement de valeur sur sa pro­
pre personnalité, que ce soit comparative­
ment à d'autres créatures, ou même en
raisonnant dans l'absolu de la création. Lors­
que, voilà plusieurs milliers d'années, nos
ancêtres, frêles créatures en regard du monde
environnant particulièrement hostile, parvin­
rent à maîtriser, conserver, puis recréer à
volonté le processus du feu, ils franchirent
alors une étape décisive dans 1 'histoire de
l'évolution de l'humanité. Le feu allait leur
permettre d'améliorer sensiblement leurs
conditions de vie, d'accroître leur capacité de
défense en libérant par là-même leurs ré­
flexions; c'est ainsi qu'ils eurent l'opportu­
nité de se consacrer à la recherche d'autres
progrès qui allaient favoriser le développe­
ment de la race. Cette découverte permit donc
à l'homme d'affInner sa supériorité intellec­
tuelle sur les autres créatures de la planète ;
et il n'est pas douteux que l'être humain,
plutôt défavorisé sur le plan physique par
rapport à nombre d'animaux mieux pourvus
que lui, en conçut dès lors une légitime fierté.
A ce point de l'histoire de l'humanité,
nous allons supposer, afin de conduire mon
raisonnement, que le feu fut découvert simul­
tanément par trois hommes en trois endroits
du globe géographiquement très éloignés.
Nous pouvons alors facilement imaginer, et
ce de façon volontairement schématique, que
trois attitudes mentales furent adoptées con­
sécutivement à cette merveilleuse décou­
verte.
- Notre premier primate s'imagina être
le seul et unique responsable de sa décou­
verte, en d'autres termes, l'initiateur de ce
principe. Il possédait de ce fait une supério­
rité réelle sur les autres créatures, et il allait
tout mettre en oeuvre pour développer ses
pouvoirs déjà grands dans le but d'asservir
son entourage.
- Le second, constatant sa découverte,
pensa que les circonstances étaient en partie
responsables de sa réussite. Il s'estima com­
blé par le merveilleux principe du feu dont il
avait la maîtrise et décida d'en rester là. Il
conserverait jalousement ce bien précieux,
conscient de la supériorité que lui procurait
cette possession, en jouissant de la vie et des
bienfaits du feu. Il ne se prenait pas au sé­
rieux, lui, mais ce faisant tournait le dos aux
responsabilités qui maintenant lui incom­
baient.
- Le troisième, enfin, comprit que sa
découverte ne pouvait être qu'une révélation
de la part d'un être supérieur, autrement dit
un don que Dieu offrait à l'une de ses créatu­
res. Confiant dans les capacités que la Nature
lui avait accordées pour cette vie, il s'en fut
résolument à la recherche de découvertes
plus grandes encore et des réalisations plus
nobles dont il retirerait des satisfactions per­
sonnelles tout en servant ses semblables.
Ce récit. parfaitement romancé et issu
de mon imagination, tend à mettre en évi­
dence, vous l'avez compris, les aspects posi­
tifs et négati fs de la prise de conscience d'une
certaine formè de supériorité .. Cette histoire
n'a d'autre but que d'orienter vos réflexions
sur le sujet que j'ai choisi de traiter dans cet
exposé: l'orgueil en tant que frein ou moteur
de l'évolution.
19 ­
"Si nous n'avions point d'orgueil, nous
ne nous plaindrions pas de celui des autres"
a écrit LA ROCHEFOUCAULT. Pourtant,
lequel d'entre nous n'a pas condamné l'atti­
tude orgueilleuse de tel ou tel personnage,
soudain placé sous les projecteurs de l'actua­
lité, le plus souvent en raison de son travail
et de ses capacités. Car il faut bien reconnaître
que ceux qui réussissent dans la vie, que ce
soit sur le plan sportif, politique, scientifiq ue,
artistique ou autre, ne sont généralement pas
très modestes, en tous cas selon les critères
les plus souvent attribués à la modestie, soit,
en tout premier lieu, une discrétion confinant
à l'effacement.
Est-ce la réussite qui fait basculer l'être
humain dans l'orgueil et l'incite à surestimer
sa propre valeur?
Ou est-ce l'orgueil, sentiment aigu de
ses capacités personnelles, qui conduit
l'homme vers la réussite en le poussant à se
surpasser?
Difficile de répondre avec certitude à
ces questions, difficile surtout de trancher
entre l'une et l'autre, dès lorsqu'elles devien­
nent affirmation, car il faut bien admettre,
après mûre réflexion que les deux contien­
nent une part de vérité.
Je vous propose donc d'appréhender
l'orgueil comme une manifestation inévita­
ble de l'ego, pouvant revêtir diverses formes
liées à l'évolution spirituelle de la personna­
lité, et capable de constituer tour à tour une
pierre d'achoppement ou un principe de pro­
grès sur la voie de l'accomplissement. En
effet, entre l'humilité véritable et la mégalo­
manie, l'orgueil nous conduit à adopter de
nombreuses attitudes pouvant aller du "sen­
timent élevé de sa propre dignité" à la fatuité,
en passant par la suffisance et la vanité. En
réalité, il faudrait même ajouter à toutes cel­
les-là la fausse modestie qui constitue sans
doute la pire des prétentions, celle qui con­
siste à laisser croire aux autres que l'on fait
preuve de véritable humilité.
La liste que je viens de dresser n'est
évidemment pas exhaustive, et compte-tenu
de la richesse de la langue française, nous
pourrions encore tenter de qualifier bien
d'autres comportements. Mais là n'est pas le
but de mon propos. Je voudrais simplement,
en faisant apparaître une échelle de valeurs,
dans ces diverses expressions de la personna­
lité, vous faire partager ma conviction selon
laquelle l'orgueil en définitive est une mani­
festation inévitable d'un "ego" plus ou moins
maîtrisé. Mais peut-être que les plus modes­
tes d'entre vous protestent intérieurement car
ils ne sont pas d'accord avec cette affinnation.
Pourtant, si l'on veut bien admettre que l'or­
gueil n'est rien d'autre qu'un jugement de
valeur porté sur sa propre personne, lequel
d'entre nous peut affirmer qu'il n'en ajamais
connu les affres, sans se désigner, par là­
même aux yeux des autres, comme un être
orgueilleux.
Le problème est donc de savoir à partir
de quel degré cette manifestation "inévitable"
de l'ego devient un danger pour notre pro­
gression. Car, si le jugement que l'on est
logiquement enclin à porter sur soi-même est
vrai, sans complaisance et sans prétention,
alors quel mal y aurait-il à peser sa propre
personnalité. Nous avons tous reçu à la nais­
sance des dons qu'il nous appartient de dé­
couvrir et de développer, nous avons aussi
des lacunes qu'il nous faut reconnaître et
tenter ôe combler; c'est là notre devoir en­
vers le processus sacré de l'évolution.
Se connaître et s'accepter tel que l'on
est, n'est-ce pas là une préparation indispen­
sable à la compréhension et à l'amour de
l'autre?
C'est lorsque notre ego envahit notre
personnalité, au point de tromper les autres et
parfois de nous tromper nous-mêmes, que
l'orgueil nous fait trébucher sur le sentier de
la réalisation.
La forme la plus désastreuse de l'or­
gueil, pour celui qui la vit, est sans doute la
- 20­
mégalomanie .. Le mégalomane a une telle­
ment haute idée de ce qu'il est, que presque
naturellement il a fait de son ego la référence
principale. Il a poussé, avec tant d'excès, la
bonne opinion qu'il a de lui-même qu'il ne
peut plus avoir une vue objective de sa per­
sonnalité. Ses pensées, ses paroles et ses actes
sont tous orientés vers lui-même, car il est en
réalité l'unique objet de ses préoccupations.
Un tel personnage en arrive parfois à être
sincèrement persuadé qu'en plus de toutes les
qualités qu'il s'attribue volontiers, il est réel­
lement modeste. Selon la voie qu'il a décidé
de prendre, le mégalomane pourra avoir des
idées de conquêtes politiques démesurées, de
possessions matérielles ahurissantes ou de
réalisations artistiques extravagantes. Sur le
plan mystique, une telle personne devient
encore plus dangereuse, pour elle et son en­
tourage, car elle peut se croire nantie de pou­
voirs supra normaux, investie d'une mission
extraordinaire et de ce fait, entraîner les au­
tres dans un cycle infernal de servitude et de
culte de la personnalité.
Le mégalomane n'est pas dénué de
qualité, il a même le plus souvent des talents
supérieurs à la moyenne, mais un certain
dérèglement mental, pas toujours apparent,
lui a fait oublier qu'il avait reçu ses dons de
son createur, en dépôt le temps d'une incar­
nation, avec comme exigence suprême le ser­
vice et l'amour d'autrui. Le mégalomane est
conduit presque inconsciemment à se croire
àl'origine des capacités qui sont les siennes.
Il corn met la très grave erreur de se considérer
comme l'initiateur", il s'engage sur la voie
des "anges déchus" dont parlent certains li­
vres sacrés.
Le vaniteux, lui, ne porte pas la même
responsabilité, car il n'a sans doute pas atteint
le même niveau de conscience. La vanité, ou
son aspect extrême la fatuité, consiste àcom­
penser par le mensonge les qualités que l'on
ne possède pas. Toute l'énergie du vaniteux
est tendue vers le "paraître". Il a absolument
besoin d'être considéré, et comme il estime
A '
peut-etre à tort, qu'on ne pourrait l'aimer
pour ce qu'il est, alors il s'invente un ou
plusieurs personnages. Il s'approprie des
dons qu'il n'a jamais eus, ou enfle démesu­
rément ceux qu'il possède. Le vaniteux laisse
vagabonder l'imagination de ceux qui l'en­
tourent et qui finissent par avoir une très
bonne opinion de lui. L'un et les autres cou­
rent ainsi le risque d'une cruelle désillusion ,
le jour où les circonstances jetteront à bas le
masque qu'ils ont ensemble composé. Ici
encore, l'ego a pris le pas sur la personnalité
profonde, il s'est paré d'une façade trom­
peuse qui, malgré toutes ces enluminures,
n'aurajamais la splendide beauté et l'éclat de
la sincérité.
La suftïsance est une autre facette de
l'orgueil, comme son nom l'indique, elle ten­
drait à prouver que celui qui en est atteint n'a
plus besoin de rien pour exister. En fait, le
suffisant a, depuis longtemps cessé de conju­
guer le verbe "être", il se satisfait pleinement
de l "'avoir". TI est convaincu que le pouvoir
réside dans la possession sous toutes ses for­
mes, matérielle, intellectuelle, voire senti­
mentale. Le suffisant accepte le contact avec
ses frères humains, il consent ainsi à faire
bénéficier les au tres de sa présence, mais lui
? "Il n'a besoin de rien, non merci!" Il peut
demain, et sans inconvénient, affirme-t-il, se
retirer de la société en emportant "ses biens".
Il pose un regard volontiers condescendant
sur son entourage, mais il n'est pas disposé
pour autant à prodiguer son aide, car suffi­
sance et générosité vont rarement de paire.
- 21 ­
Voilà décrits quelques-uns des com­
portements négatifs que provoque un ego mal
maîtrisé; sans allerjusqu'à ces attitudes cari­
caturales que je viens de dépeindre, prob­
ablement avons-nous tous à des degrés divers
éprouvé ces sentiments, et peut-être les res­
sentons-nous encore par moments. Le plus
important est sûrement d'en prendre con­
science afin de les analyser sans concession
et de les mieux maîtriser. Cependant, et mal­
gré tous ces écueils qu'il nous faut éviter,
l'expression naturelle de l'ego, que l'on qua­
lifie trop hâti vemen t d' org ueil, ne m'apparaît
pas comme purement négative.
Aussi longtemps que nous conserve­
rons cette apparence humaine, nous ne pour­
rons éviter les manifestations de notre ego.
Cette constatation est corroborée par les en­
seignements des premiers rosicruciens, qui
ne nous conduisent pas à la suppression, mais
vers la maîtrise de l'ego. Le rosicrucien doit
apprendre à évaluer et à utiliser cette énergie,
qu'il ne pourra d'aucune façon entraver, pour
la canaliser vers de nobles buts. "Etre con­
scient des qualités et des dons qui nous ont
été accordés dans cette vie" ne constitue pas
en soi une faute karmique. Nous avons même
le devoir de les découvrir pour les employer
au mieux dans le service d'autrui ; car nous
devrons unjourrendre compte de l'utilisation
que nous aurons faite des talents dont nous
disposions durant cette vie. C'est pourquoi la
légitime satisfaction que l'on éprouve à l'is­
sue d'un travail parfaitement accompli, d'une
mission menée à bien ou d'une splendide
réalisation tendant à servir le bien-être de
ceux qui nous entourent, ne doit pas, à mon
sens, être considérée comme une pensée né­
gative qu'il nous faut réfréner. Dans ces mo­
ments-là nous devrions plutôt remercier et
louer notre Créateur pour la magnificence de
ses oeuvres, car chaque fois que nos pensées,
nos paroles ou nos actes sont positifs pour
l'humanité, c'est que nous avons su mettre à
profit les exhortations du Maître Intérieur.
Notre seul mérite réside alors dans le fait
d'avoir accepté, l'espace d'un instant, de
nous mettre à l'écoute afin d'accomplir une
part de l'oeuvre pour laquelle nous avons été
créés.
La véritable humilité vers laquelle il
faut tendre ne consiste pas à nier l'évidence,
lorsque nous avons de réelles dispositions
dans tel ou tel domaine. Elle consiste encore
moins à feindre de les ignorer, alors même
qu'on en éprouve une profonde satisfaction
intérieure. La véritable humilité est toute en­
tière contenue dans la certitude que l'on doit
avoir, que ces dons nous ont été confiés le
temps d'une vie pour être mis au service
d'autrui, qu'ils peuvent tout aussi bien nous
être retirés et que nous n'avons d'autre pou­
voir que ceux que Dieu nous accorde dans le
but de nous voir un jour manifester sa gloire.
Tout ce qu'il y a de meilleur en nous, n'est
qu'un pâle reflet de la perfection divine, le
reste n'étant qu'une gangue matérielle qu'il
nous faut peu à peu épurer, transformer,
transcender pour réaliser la véritable alchimie
spirituelle qui nous conduira au but ultime de
notre existence terrestre, l'état intérieur de
perfection christique:
"Parce qu'il faut bien que la Loi Cos­
mique s'accomplisse, que l'homme implique
tous les aspects de la matière dans le proces­
sus d'évolution et que progressivement la
prise de conscience de ce qu'il lia reçu" le
conduise à la certitude de ce qu'il "est deve­
nu".
A la lumière de cette réflexion person­
nelle, peut-être admettrez-vous comme moi
que l'orgueil en tant qu'expression naturelle
de l'ego ne revêt pas, inévitablement, l'un des
aspects négatifs que nous avons décrits pré­
cédemment. Mais de là à le considérer
comme un principe de progrès, comme le
- 22­
suggérait la question posée dans le titre de cet
essai, il y a un pas que l'on ne franchit pas
spontanément.
Reportons-nous donc à l'anecdote que
je relatais au début de cet entretien, et imagi­
nons l'évolution de nos trois primates après
leur découverte de ce principe nouveau : le
feu.
Le premier ayant commis l'erreur de se
considérer comme l'instigateur de ce phéno­
mène, aura probablement progressé sur le
sentier de la connaissance, entraîné par son
désir de puissance. Mais sa mégalomanie
s'aggravant, il n'aura pu éviter la chute qui
guette tous ceux qui s'imaginent que leurs
qualités physiques, intellectuelles ou psychi­
ques sont les seules responsables de leurs
réalisations.
Le second, s'estimant comblé par sa
découverte, a choisi le confort et la sécurité
matérielle sans chercher à aller plus loin.
Selon l'interprétation que l'on peut avoir de
son attitude, on le jugera modeste ou suffi­
sant, mais quoi qu'il en soit, par cette attitude,
il va renoncer à son devoir de progrès pour
lui-même et pour l'humanité. Il n'est pas
difficile de comprendre que s'opposant ainsi
à la grand loi naturelle de l'évolution, notre
second primate encoure là une nécessaire
compensation pour l'avenir.
Le troisième, tout en éprouvant une
légitime satisfaction pour ce qu'il venait
d'accomplir, comprit dans le même temps
qu'un principe supérieur inspirait ses actes. Il
prit alors conscience des possibilités qui lui
étaient offertes et la volonté d'aller au bout
de lui-même l'incita à poursuivre sa quête
vers d'autres progrès, afin de pouvoir s'ac­
complir pleinement.
Toute observation étant relative, ce
troisième personnage peut nous apparaître
comme un être modeste, en regard du pre­
mier, ou orgueilleux, en comparaison du se­
cond. Je préfère, pour ma part, considérer
qu'il était lucide envers ses capacités, con­
scient de leur origine et désireux de les par­
faire, afin de répondre à la confiance qui lui
avait été ainsi accordée.
Si nous voulons continuer à penser que
le comportement de notre troisième primate
était en fait guidé par l'orgueil, alors nous
devons admettre ce dernier comme un prin­
cipe de progrès. Mais n'avons-nous pas trop
tendance à suspecter d'orgueil notre voisin,
sous le seul prétexte qu'il utilise au mieux les
qualités dont il a été pourvu, et qu'il réussit
ce qu'il entreprend .,
Et si ce que nous prenons pour de
l'auto-satisfaction n'était que de la confiance
en soi .,
Et si ce que nous qualifions d'ambition
n'était qu'une puissante motivation inté­
rieure mise au service du progrès .,
Et si ce que nous considérons comme
le besoin de paraître n'était que le sincère
désir d'offrir le meilleur de soi-même aux
autres .,
Et si "l'orgueil de l'autre" n'était en
réalité que le reflet de la jalousie, résultant de
nos échecs, conséquence de nos propres in­
suffisances .,
Ainsi donc, il n'est pas toujours aisé de
tracer la frontière au-delà de laquelle "l' assu­
rance", qui est une manifestation positive de
l'ego se transforme en "contemplation du moi
objectif' , attitude parfaitement néfaste sur le
sentier de l'évolution. Gardons-nous par con­
séquent de condamner l'orgueil des autres,
soyons plutôt empressés à reconnaître le nô­
tre qui n'est pas moins grand, même s'il est
moins voyant.
A l'image de notre troisième primate,
nous pouvons faire oeuvre de progrès si nous
prenons confiance en notre valeur, en évitant
les écueils de la mégalomanie, de la suffi­
sance et de la stérile vanité. Un regard lucide
et franc sur ses propres capacités, le "je suis"
affirmé avec authenticité et simplicité ne
comporte aucune connotation orgueilleuse, il
est l'expression d'une évidente vérité, d'une
conviction profonde, d'une compréhension
du "soi".
"Moi, je suis la Lumière du monde"
affirma le Maître Jésus, "celui qui me suit ne
- 23­
marchera pas dans les ténèbres, mais il aura
la Lumière de la vie".
Les pharisiens lui dirent donc: "Toi,
c'est à ton propre sujet que tu témoignes; ton
témoignage n'est pas vrai If;
Jésus répondit et leur dit: "Même si moi
je témoigne à mon propre sujet, vrai est mon
témoignage, parce que je sais d'où je suis
venu et oùje m'en vais " mais vous, vous ne
savez pas d'oùje viens, ni oùje m'en vais.
Vous, vous jugez selon la chair; moi,je ne
juge personne. Et s'ilm 'arrive de juger, moi,
mon jugement à moi est véridique, parce que
je ne suis pas seul; mais il y a moi et Celui
qui m'a envoyé. Et dans votre loi à vous il est
écrit que le témoignage de deux hommes est
vrai. C'est moi qui témoigne à mon propre
sujet, et il témoigne à mon sujet, le Père qui
m'a envoyé " (Jean 8 - 12 à 18).
Tout comme le Maître Jésus, recher­
chons dans la sincérité de notre coeur le té­
moignage du Maître Intérieur, ne cherchons
pas à séduire les autres en faisant montre de
qualités que nous ne possédons pas. Ne pre­
nons pas le risque de voir un jour le vernis de
notre masque craquer, offrant alors aux autres
un visage bien plus sombre qu'il n'est en
réalité. Nous n'avons nul besoin de paraître
et d'affirmer notre existence, sur les faux
témoignages de ceux qui ne nous ont pas
encore découverts. Soyons vrais, et mettons
tout en oeuvre pour affirmer notre réelle per­
sonnalité. Ainsi, nous pourrons éprouver une
fierté légitime à accomplir les desseins de
notre Créateur, car chacun d'entre nous n'est
qu'un élément du miroir aux multiples facet­
tes, au travers duquel Dieu prend conscience
de lui-même.Comme il est dit clairement
dans les enseignements de la Rose Croix, il
n'y a pas d'un côté le mal et de l'autre le bien,
le mal n'étant en fait qu'un degré du bien. Il
en va de même pour l'orgueil, et cette longue
réflexion sur ce sujet me conduit, en dernière
analyse, à penser que ce sentiment n'est
qu'une manifestation de cette énergie pre­
mière qui est en nous, il a pris forme dès lors
qu'est apparue la conscience de soi.
"L 'homme n'est plus seulement un être
qui sait", disait Pierre Theillard De Chardin,
"mais un être qui sait qu'il sait".
Mais si nous voulons éviter que cette
conscience de soi ne devienne envahissante
au point de nous faire oublier l'existence des
autres, nous devons la maîtriser pour qu'elle
se transforme en confiance en soi, et la cana­
liser afin qu'elle devienne une motivation
puissante pour le service de nos frères hu­
mains. Dès lors que ce sentiment élevé de
notre propre dignité vient entraver notre
amour pour les autres, nous pouvons avoir la
certitude que nous sommes engagés sur la
voie de l'erreur et que nous ne tarderons pas
à heurter les pierres d'achoppement que
constituent les formes les plus négatives de
l'expression de l'ego.
Gardons-nous aussi de porter des juge­
ments téméraires sur ceux de nos frères qui
nous paraissent les plus orgueilleux, cher­
chons plutôt à comprendre la motivation qui
les fait:agir, carl 'expression extérieure de nos
personnalités importe moins que le contenu
de nos coeurs. Est-il plus blâmable d'affirmer
sans calcul ceque l'on est ,ou de laisser croire
à dessein ce que l'on n'ajamais été?
En réalité, la seule et unique question
que nous devons nous poser dans le secret de
nos coeurs est celle de la dimension de notre
amour pour les autres; à cette seule évalua­
tion, nous pouvons être certains que le senti­
ment élevé de notre propre dignité n'a pas
dépassé la mesure, et que la prise de con­
science du soi va nous conduire tout naturel­
lement à la compréhension de l'autre. De fait,
nous considérons les actions positives de
ceux que nous aimons avec autant de fierté
- 24­
que s'il s'agissait des nôtres, parce que nous
percevons que la même source de bien inspire
nos actes. C'est sans doute ce que voulut
exprimer Victor Hugo en déclarant: "Tout
homme est un livre où Dieu lui-même écrit".
Rechercher Dieu en nous et en chacun
de nos frères humains, voilà la raison d'être
de notre existence. L'affirmation du "je suis"
faisant progressivement place à la compré­
hension du "nous sommes un ft.
Si vous admettez que là réside votre
quête, alors, peut-être penserez-vous avec
moi que le mensonge, l'égoïsme et lajalousie
sont les véritables expressions négatives de
l'ego, car elles ont pour origine une motiva­
tion beaucoup plus pernicieuse et contraire à
la Loi d'évolution, que le besoin d'affirmer
sa propre existence, c'est l'ignorance, le mé­
pris ou l'aversion pour l'autre.
En tant que rosicruciens, nous avons le
privilège de participer à une oeuvre com­
mune en poursuivant le même idéal. Nous
pouvons, nous devons, tout mettre en oeuvre
pour que les dispositions de chacun de nos
frères et de chacune de nos soeurs puissent
s'exprimer pleinement, dans le cadre des rè­
gles qui régissent notre Association. Ainsi,
par l'apport de chacune de nos lumières per­
sonnelles, la Lumière que s'efforce de répan­
dre le S .E.T.1. dans le monde pourra
s'accroître, et nous aurons la joie de décou­
vrir et d'apprécier toutes les capacités de nos
frères humains, exprimées en vérité, sans fard
et sans pudeur; c'est là la condition première
pour parvenir à l'amour véritable.
Pour conclure cette longue réflexion
sur l'orgueil, j'aimerais parvenir à traduire
l'impression qui m'habite à propos de l'ex­
pression de l'ego. Il m'apparaît maintenant
que ce qui importe n'est pas le jugement que
nous pouvons porter surautrui, ou les impres­
sions que suscitent chez les autres nos pro­
pres comportements , il Y a toujours là une
part de "faux témoignage". Ce qui importe,
ce son t nos con victions intérieures et la pureté
de nos intentions.
Oserions-nous, un seul instant, suspec­
ter le Maître des Maîtres d'orgueil alors qu'il
a fait don desa vie pour nous, pourtant n'a-t-il
pas affirmé avec force:
"Moi,je suis la Lumière du monde".
Loin de moi la pensée de laisser suppo­
ser que nous sommes proches de cet état
christique et que nos affirmations pourraient
avoir la même authenticité et donc la même
valeur spirituelle, mais j'ai maintenant la cer­
titude que l'orgueil est un mot fort mal em­
ployé pour qualifier des attitudes et des
comportements très différents. C'est prob­
ablement la raison pour laquelle j'en suis
arrivé à me poser la question contenue dans
le titre de cet essai.
Et puisqu'il faut bien apporter une ré­
ponse à la question posée,je soumets celle-ci
à vos méditations futures:
"Tant que je chercherai à tromper les
autres sur ce que je suis vraiment, parvenant
en certaines occasions à me tromper moi­
même, aussi souvent que j'emploierai mes
dons et mes capacités à mon seul profit,
chaquefois que l'expression de mon ego aura
pour but d'écraser autrui, je ne manquerai
pas de trébucher sur la pierre d'achoppe­
ment que constitue l'orgueil véritable.
Mais si l'expression de mon ego tend à
affirmer l'existence de mon être profond, il
m'incitera à rechercher et à développer l'ex­
pression divine en mon coeur, et de ce fait
constituera réellement un principe de pro­
grès sur la voie de l'accomplissement",
Suivant en cela l'exemple du Maître,
nous ne courons aucun risque de chute sur la
voie de l'accomplissement, tant que notre
amour pour l ~ s autres demeurera supérieur à
la considération que nous pouvons avoir de
notre propre dignité.
J.P.JULY
- 25­
La révolution africaine
Article, de l'aveu même de son auteur, "très personnel", le texte
qui suit nous livre les réflexions, les espoirs, les intuitions de compagnons du
SET] vivant au quotidien la réalité africaine, quand à l'avenir de leur
continent, en éclairant son histoire et son actualité à la lumière de la loi du
cycle.
Il nous est donné de vivre en notre fin
de siècle, qui plus est fin de millénaire, une
de ces périodes privilégiées de l'histoire de
l'humanité, qu'Altaïr appelle "moments al­
chimiques participant de l'histoire sacrée",
une de ces périodes où la Réalité rencontre
l'actualité, où la Tradition rencontre le
monde profane. La prise de conscience de
l'enjeu civilisationnel découlant de cette ren­
contre doit amener chacun d'entre nous à
renouveler son engagement à servir, par tous
les moyens mis à sa disposition. la cause de
l'évolution spirituelle décisive de l'humanité
toute entière.
En l'an 1989, la roue de l'histoire a
tourné et, de par un décret cosmique, des
peuples en grand nombre ont commencé à se
libérer de l'étau qui les oppressait. La fin du
karma mondial hérité de la deuxième guerre
(accords de Postdam et de Yalta qui institu­
tionnalisaient la division du monde en deux
blocs irrémédiablement antagonistes) s'est
concrétisée par la réunification des deux Al­
le magnes et des deux Europes en un même
creuset. La chute du mur de Berlin le 9 No­
vembre 1989 s'avère, dans cette perspective,
l'événement déclencheur de la nouveIle ère
qui se dessine depuis lors, celle de la Frater­
nité universelle.
Ceci étant, le renoncement de la nation
soviétique, du fait de ses contradictions inter­
nes, à réaliser son idéal social et à remplir la
mission de défense de l'humanité que le Cos­
mique lui avait assignée, a entraîné, par rico­
chet la recrudescence du pôle négatif du
monde, celui de la "réalpolitik". D'où la créa­
tion d'un nouvel ordre mondial, dont la fina­
lité est de faire régner désormais la loi du
Capital sur toute la surface de la terre, et pour
ce faire, de sacrifier en tout premier lieu le
Tiers Monde (le tiers exclu) sur l'autel de son
Veau d'or. Ainsi, la fin de la guerre froide
entre les deux blocs de l'Est et de l'Ouest
a-t-elle préludé à la constitution d'un nouvel
axe de conflits mondiaux, l'axe nord-sud qui
relie le Tiers Monde à l'Occident, et tout
particulièrement l'Afrique à l'Europe. Suite
à la tempête salutaire qui libéra les peuples de
l'est de la férule totalitaire, le vent de démo­
cratie qui souffle depuis quatre ans déjà sur
les pays africains véhicule la résistance active
des peuples noirs à ce diktat meurtrier et porte
en germe l'avènement d'une deuxième phase
d'indépendance continentale. Se dévelop­
- 26­
pant dans le creuset de l'Afrique franco­
phone, cette révolution apparaît essentielle­
ment comme le rendez-vous historique des
nations africaine et française, prémisse de
noces alchimiques à résonance planétaire.
Guerre pacifique menée à l'encontre de l'ego,
de l'ombre de la nation française, ce phéno­
mène s'avère l'aboutissement de la surhu­
maine ascèse des peuples noirs, en fait de leur
conquête définitive et radicale du patrimoine
spirituel et politique du monde blanc, que la
nation française (entre autres) a eu pour mis­
sion de formaliser et de diffuser par-delà les
mers. C'est ainsi que doit prendre fin désor­
mais l'échange inégal entre les deux nations
(etau-delà entre les deux continents) qui s'est
caractérisé, des siècles durant, par le troc de
la matière et de l'énergie africaines contre
l'or de la culture européenne et occidentale
(langues - religions - systèmes de valeurs
philosophico-politiques - patrimoine scienti­
fique et technologique ... ) : la survie maté­
rielle du continent et l'équilibre spirituel du
monde exigent que la tendance planétaire
s'inverse progressivement. Dans cette pers­
pective, le passage de l'ère de l'Idéal et des
révolutions du nord (France) et de l'est
(URSS) au sud fait dorénavant des peuples
africains - eux les damnés de la terre - eux les
boucs émissaires universels - les nouveaux
porte-flambeaux qui éclairent le monde. Il ne
fait pas de doute que ce phénomène histori­
que constitue une péripétie majeure de l'en­
trée progressive de l'humanité dans l'ère du
Verseau. En fait, l'on peut dire qu'elle en
constitue la troisième, suite à la révolution
française (1789) et à la révolution bolchevi­
que (1917). Ce triangle des révolutions cor­
respond aux trois pôles principaux du
monde: l'Occident représenté par la France,
l'Europe et les Etats-Unis d'Amérique, l'Est
par l'ex-URSS et la Chine, le Sud par le
Tiers-Monde et l'Afrique. Ce triangle corres­
pond aux trois périodes durant lesquelles cha­
que révolution a exercé ou va exercer son
influence respective: 19ème siècle (révolu­
tion française), 20ème siècle (révolution bol­
chevique), 21 ème siècle (révolution
africaine). En fait, ce triptyque des révolu­
tions correspond aux trois piliers du temple
politico-spirituel de l'humanité du Verseau,
tels que dénommés par la prophétique devise
de la République française: Liberté - Egalité
- Fraternité. Si la révolution française a com­
battu la féodalité, la monarchie absolue et
l'Eglise au nom de la liberté, instituant ainsi
une république de citoyens libérale et laïque,
si la révolution bolchevique a combattu le
capital au nom de l'égalité entre les hommes,
instituant ainsi une république populaire et
sociale, la révol u tion panafricaine combat dé­
sormais l'obscurantisme et le racisme au nom
de la solidarité universelle, préconisant à
terme l'avènement d'une république théocra­
tique et fraternelle.
Pour la réussite progressive de ce grand
oeuvre, du sein de ces divers peuples ont
émané des entités spirituelles correspondant
à leur génie propre, grands esprits canalisant
l'énergie collective créatrice et transforma­
trice. Ainsi, si l'alchimiste de la révolution
française est incontestablement l'ordre de la
Franc-Maçonnerie, éclairé qu'il fut par les
philosophes des Lumières, si celui de la ré­
volution bolchevique correspond au mouve­
ment socialiste (marxiste, libertaire ... ) tel
qu'engendré par ses prophètes visionnaires,
le creuset de la révolution africaine réside
dans l'ensemble syncrétique des religions et des
traditions initiatiques, autochtones et importées,
qui animent le continent (animisme 1 vaudou,
judéo-christianisme, islam...). Il est clair qu'au
- 27­
sein de cette mouvance extrêmement riche,
l'égrégore de la Rose-Croix joue d'ores et
déjà un rôle majeur dans la transformation de
la conscience collective africaine et dans son
activité spirituelle et politique au service du
continent et de l'humanité. Ainsi, deux cents
ans après le début de la révolution française,
72 ans après celui de la révolution bolchevi­
que, la révolution panafricaine met à l'ordre
du jour l'ère de la théocratie républicaine et
de la fraternité universelle.
L'âge d'or de l'humanité se réalisera
lorsque cette dernière, transcendant radicale­
ment ses limites spirituelles, construira son
temple républicain universel sur les trois pi­
liers de la Liberté, de l' Egalité et de la Frater­
nité.
L'identité et le destin spirituel du con­
tinent noir recèlent un mystère opaque, tant
aux yeux de l'étranger que souvent, de l' Afri­
cain lui-même. En fait, alors que l'Europe et
l'Occident ont bénéficié de la part exotérique
du patrimoine de l'Egypte ancienne et ont eu
pour mission de la transformer et de la for­
maliser au cours de l'histoire, l'Afrique en a,
elle, consexvé depuis les origines, la part éso­
térique et initiatique. Héritière à part entière
d'une Egypte pharaonique, alors maîtresse
du monde, car détentrice de la Tradition Pri­
mordiale, sa chute dans la nuit des temps en
a fait l'ombre du monde blanc. En effet, la
dégénérescence de son pouvoir spirituel (au
compte d'une théurgie décadente, voire de la
pire goétie?) a préludé à sa rencontre tragique
avec l'Europe, le monde arabo-musulman et
l'Occident: esclavage, traite négrière, colo­
nisation et néo-colonisation constituent les
diverses étapes d'une catharsis brutale et pro­
gressive. Cette épreuve inouïe est à l'origine
de la re-spiritualisation positive du continent
et du renforcement proportionnel de son gé­
nie collectif. Ainsi, si l'Europe et l'Occident
semblent régis par la loi d'Uranus, qui fon­
dent leur humanisme intrinsèque et leur mo­
dernité sociale, si Neptune semble gouverner
l'Asie et son oeuvre contemplative et récep­
tive, l'Afrique apparaît, elle, comme un uni­
vers essentiellement plutonien, caractérisé
par un rapport atavique et viscéral à l'au-delà.
Le continent noir s'avère le point de jonction
par excellence des pôles extrêmes, de la Vie
et de la Mort, du Bien et du Mal absolus, de
la nature la plus candide et de la culture la
plus raffinée. Alpha et Oméga de la civilisa­
tion, berceau et tombeau de l'humanité, il
abrite de manière privilégiée la conscience
christique du monde: sa forme géographique
n'épouse-t-elle pas celle d' un coeur, situé par
ailleurs au centre de la terre?
La toute-puissance de l'égrégore que le
continent, fort de son rapport transcendantal
à la Tradition égyptienne, s'est forgé au cours
de son histoire personnelle, procède d'un sys­
tème de valeurs, dont la devise pourrait être
la suivante:
71lEOCRATIE - COMMUNAUTARISME­
FRATERNITE
- 28­
La première de ces valeurs, la Théocra­
tie, est alimentée par une spiritualité désor­
mais syncrétique et universelle, qui conjugue
en toute tolérance le culte originel de la nature
(animisme païen) aux religions révélées ou
religions du Livre (judéo-christianisme et is­
lam). L'acquisition de ce double patrimoine
spirituel, païen et abrahamique, qui conçoit
le divin au féminin et au masculin, fait de
l'Afrique noire une héritière incontestée de la
Gnose. Ainsi, le panthéisme originel s'y tra­
duit par le maintien du culte des forces de la
nature (cosmiques et terrestres) ; du lien ata­
vique avec les ancêtres (de par la célébration
cycliq ue des naissances et des morts) et d'un
matriarcat fondé sur le pouvoir (pro )créateur
de la femme, pont vivant entre l'au-delà et
l'ici-bas. Sur cette culture du féminin, du
matériel et du vivant de la terre natale et
nourricière, se greffe la culture abrahamique,
dont l'éthique ouranienne favorise la sancti­
fication de l' égrégore collectif de par l' exor­
cisation progressive de ses démons intérieurs
(sorcellerie en tout premier lieu). Ce double
héritage fait du continent noir un centre de
gravité majeur, de diffusion universelle de
Lumière, de Vie et d'Amour.
La seconde de ces valeurs africaines,
le Communautarisme, participe elle aussi du
respect que le Noir observe à l'égard de la
Tradition. A l'opposé et en complément de la
conception franco-occidentale de l'individu­
citoyen (forgée sur la base de la vulgarisation
et de la parcellisation de la Connaissance par
le biais de l'écrit), se dégage la dimension
essentiellement communautaire de l'identité
continentale: prenant sa source dans un rap­
port initiatique et global (oral) à la Tradition,
le moi africain baigne dans l'océan de la
Conscience cosmique. Le fait d'évoluer au
contact des énergies supérieures pennet au
Noir de transcender toute réalité immédiate
d'étrangeté, voire d'inimitié, qui l'opposerait
à son prochain et de vivre en conscience les
grandes péripéties de l'existence de ce der­
nier (de renaître, d'enfanter et de mourir au
jour le jour, à chaque naissance et à chaque
mort à laquelle il lui est donné de participer).
Ce partage fraternel au plan éthique s'accom­
pagne naturellement d'une démarche simi­
laire, solidaire et égalitaire au plan
économique. Au plan politique, la naissance
de la nation africaine moderne, véritable phé­
nix renaissant de ses cendres, résulte de l'har­
monisation consensuelle des diverses
composantes de la conscience collective (les
différents peuples et leurs cultures respecti­
ves) et de cette dernière avec la Conscience
cosmique.
La troisième de ces valeurs, la Frater­
nité, découle de la seconde et se vérifie dans
la relation que la race noire entretient avec le
reste de l'humanité, etde manière privilégiée,
avec le monde blanc: au racisme névrotique
qu'a toujours sécrété l'ego universel et occi­
dental à son endroit, le Noir répond systéma­
tiquement par la force supérieure de son
pardon. Son amour indéfectible pour le
monde blanc procède de sa maturité spiri­
tuelle : en égard à sa gestion ancestrale de la
Tradition, il discerne le rôle objectif du Blanc
dans le gouvernement actuel du monde, et la
complémentarité de la destinée des deux ra­
ces soeurs.
Théocratie, Communautarisme,
Fraternité universelle, ce patrimoine de va­
leurs fait de l'Afrique une entité exemplaire
de par sa négation constante de l'ego, de par
son sens inné de l'altérité, qu'elle soit divine
ou humaine. Ombre du monde blanc dans le
royaume satanique des apparences, de la ma­
térialité et du pouvoir (car partie féminine de
l'humanité), le Noir en est dans la réalité
divine la Lumière secrète, le soleil invisible.
Une telle réalité s'enracine dans l'identité
foncièrement matriarcale et spirituelle du
continent noir. En effet, si la culture euro-oc­
cidentale se fonde sur la maîtrise de l'énergie
matérielle de la nature, l'identité africaine
repose, elle, sur la maîtrise des énergies vitale
et spirituelle. Dans cet ordre d'idées, la
femme apparaît comme l'incarnation de la
force vive du continent, de son génie créateur
et donateur, semblable dans ce rôle au peuple
ouvrier du continent blanc, détenteur lui, du
génie technicien. Ainsi, si la lutte des classes
- 29­
pour la promotion du monde ouvrier s'avère
le moteur de l'évolution de la civilisation
blanche, la force cardiaque de l'Afrique s'en­
racine elle, dans la résistance millénaire du
féminin au pouvoir patriarcal et sorcier, dont
la Loi a toujours encadré et entravé l'oeuvre
de vie et d'amour. Dans cette perspective, le
processus actuel de démocratisation doit être
interprété, à un premier niveau d'analyse,
comme une démarche résolue de la société
africaine pour se libérer de l'inconscient pa­
triarcal et sorcier dont la fonne dégénérée est
incarnée par la figure démoniaque du dicta­
teur. De cette libération et de la promotion
conséquente des valeurs féminines et spiri­
tuelles dépend en fait l'émancipation, à un
deuxième degré, de la nation africaine à
l'égard de la civilisation blanche et son
rayonnement à l'échelle du monde.
Ainsi, l'éclosion actuelle du génie
continental porte-t-elle en genne le décret
d'une réhabilitation historique: cette révéla­
tion essentielle faite à la conscience humaine
constitue le préalable à l'inversion de la ten­
dance cosmique (afro-pessimisme) et à une
élévation proportionnelle du degré de con­
science de l'humanité toute entière. En effet,
c'est à un dialogue inter-racial et inter-civili­
sationnel que nous convie la révolution afri­
caine, par-delà les frontières artificielles de
l'ego, du pouvoir et de l'avoir. Ainsi, l'enjeu
de cette fin de millénaire réside-t-il principa­
lement dans l'harmonisation des deux bran­
ches, africaine et occidentale, de la Tradition
égyptienne, dans la perspective d'une syn­
thèse supérieure. D'une manière générale,
chaque continent ou pôle du monde doit do­
rénavant bénéficier de la reconnaissance de
son rôle spécifique dans la grande symphonie
planétaire: si, dans cette perspective, l'Occi­
dent apparaît comme le pôle gestionnaire et
guerrier de l' humanité, et l'Asie comme le
pôle ouvrier, à l'Afrique revient incon­
testablement le pôle sacerdotal. La reconnais­
sance par l'humanité de la complémentarité
de ces missions passe nécessairement par le
développement d'une chevalerie mondiale,
qui aide en tout premier lieu l'Occident à
sortir de l'impasse matérialiste dans laquelle
l'a égaré son ego dominant. Dans cet ordre
d'idées, la réapparition des peuples noirs sur
le devant de la scène de l'histoire constitue le
signe avant-coureur de l'indispensable re­
spiritualisation de l'humanité. Ce réveil est
en fait à la mesure du drame humain qui se
joue sur le continent: dans le contexte apo­
calyptique qui est celui de l'entrée dans la
nouvelle ère, la poursuite de la destruction
matérielle de l'Afrique signifierait, à propre­
ment parler, la victoire de la barbarie sur la
civilisation, le triomphe des forces du mal à
l'échelle planétaire. Sacré-Coeur du monde,
deuxième Palestine, Terre élue, le continent
noir subit actuellement l'assaut de démons
coalisés qui en menacent l'intégrité, le droit
même à l'existence: le fléau du Sida n'en
est-il pas le plus impitoyable? De l'issue de
cette guerre de l'ombre dépend le sort de
l'humanité toute entière: seule, en effet, la
reconstruction de l'Afrique, prélude au
rayonnement de la culture noire à l'échelle
mondiale, pennettra l'avènement de l'Age
d'or dé la Connaissance.
Martine BOUDET
Corneille EKUE.
- 30­
Il était une fois : la nature !
La poésie nous entraîne sur les pas volatils du vent ... Aquilon,
Zéphyr, bise hivernale et brise marine ... C'est l'esprit qui souffle où il veut,
c'est Dieu qui attise ses rêves ... Sachez derrière le chant des mots percevoir
la musique de Dame Nature.
Compagnon aussi fidèle qu'invisible tu
parcours, infatigable, tous nos jours et toutes
nos nuits, colportant partout tes souvenirs
d'ailleurs.
Toujours occupé à chercher l'horizon
en poursuivant les nuages, tu fais chuchoter
la forêt muette et courir l'herbe sédentaire.
Même le lac pesant et imperturbable, entêté
à absoudre la vallée de toutes ses tortuosités,
frissonne d'aise et de satisfaction au passage
de ta caresse distante. Tu voles au torrent
impétueux les embruns qu'il jette au ciel,
pour les rendre à la berge attentive, tu donnes
à la lumière brûlante la fraîcheur qu'elle
ignore, tu épouses les fleurs lors de noces
éternelles où la fécondité doit tout à la chas­
teté.
Tu t'amuses des oiseaux en les portant
sur tes ailes comme pour les dérober à la terre
et les éparpiller dans le ciel. Tu joues d'infi­
nies mélodies avec l'aile de l'abeille et du
bourdon, pour faire danser sur des rayons de
lumière les insectes étourdis. Tu fouilles cha­
que talus pour en saisir les senteurs et les
colporter par le monde comme autant d'épî­
tres de la Vie à la Vie.
Cette Vie dont tu es à la fois, l'ainé de
bien longtemps et l'indissociable présent de
toujours. Tu as vu mûrir la planète et pourrir
des mondes, mais tu n'as rien perdu de ta
jeunesse alerte et intrépide. Les siècles et les
millénaires craignent ta permanence inso­
lente et chaque parcelle de terre redoute ta
patience de sculpteur obstiné. Tu es trop
ignorant des couleurs du monde pour donner
un visage à la terre, mais tu es le miroir
magique qui en dessine les contours.
La montagne gigantesque et préten­
tieuse qui glorifie le ciel feint de t'ignorer en
bravant le temps, mais toi, te servant du temps
comme d'un établi, tu rognes, rabotes, sculp­
tes et polis la pierre raide et hargneuse pour
en faire quelque plaine humble et soumise.
Sans toi, le désert n'aurait pas ses du­
nes, le ciel perdrait sa voix, la forêt n'aurait
plus ses frissons et l'azur ne se verrait plus
paré du velours des nuages.
Ton grand âge te confère, le plus souvent, une
sage constance, cependant, tu n'as rien oublié
des turbulences de lajeunesse ni des violents
et imprévisibles excès de l'adolescence. Tes
colères sont terribles ... L'océan, immense et
paisible se déchaîne parfois sous tes provo­
cations, il grogne, rugit, bondit et crache des
torrents d'écumes; il brandit des lames im­
- 3i ­
menses pour tenter de te vaincre mais, ne
pouvant t'atteindre il s'en prend à la terre
qu'il frappe et mutile en maints endroits. Les
nues elles-mêmes, tes plus intimes compa­
gnes, deviennent comme enragées sous tes
brutales étreintes et, fuyant tes trop rudes
assauts, elles jettent sur ton passage des tor­
rents de lannes. Elles courent, se bousculent,
tonnent et de leurs coeurs durcis et par trop
embrasés, laissent jaillir des gerbes de feu
comme si elles n'étaient plus que d'énormes
silex battus par les mains d'un géant. Les
arbres eux-mêmes semblent perdre leur ras­
surante tranquillité et se brisent les membres
à trop vouloir contenir tes élans ; certains
mêmes, comme pris de furieuse folie tentent
de s'enfuir, leurs mains énormes et invisibles
lâchent prise, quittent la terre et se plantent
dans le ciel comme pour s'agripper à ton
turbulent fantôme.
Et puis, comme un enfant terrible as­
souvi par quelque vaine colère, tu t'apaises
en de longs soupirs qui caressent le monde
ébouriffé et tu t'en vas, sans partir vraiment,
pour visiter la terre. Nul ne sait plus alors si
tes trop brutales étreintes, comme de saintes
colères, ne seraient que ta façon à toi de
vouloir étreindre le monde?
En tes moments de paix, c'est toi, tou­
jours qui nettoies le ciel, pour offrir le soleil
à la terre et, lorsque la nuit s'avance et fait
sortir du sol des ombres silencieuses qui s'al­
longent comme de longs doigts pour éteindre
la lumière dujour, peut-être est-ce toi qui t'en
vas, tout là-haut, pour attiser les étoiles et
rassurer le monde?
On t'a donné bien des noms, de la bise
qui mord à la brise qui caresse, du sirocco qui
arrête les caravanes aux alizés qui poussent
les voiliers, du mistral qui regarde le soleil au
blizzard aveuglé par la neige. Du nord au sud,
de l'est à l'ouest, tu changes d'humeur, d'ou­
vrage et de nom ... mais toujours, tu restes ...
le vent!
Tu es le vent!
Tu es le "respire" de la terre !
Tu n'es sans doute pas le Souffle de
Dieu ...
... mais, en ce monde d'apparences, de
symboles, de mystères et de promesses infi­
nies, tu es sans doute un de ses enfants, un de
ses fidèles émissaires et une page précieuse
dans ce grand livre de la Vie que, chaque jour,
Dieu feuillette pour nous!
A suivre..•
Jacques JULY
- 32­
L
Rennes le château
ou "le parfum fugace du graal "
Rennes-le-Château, rares sont les lieux qui cristallisent tant de
rêves, qui appellent tant de questions, qui répondent par tant de mystères.
Laissez-vous conduire dans le labyrinthe de ses symboles et de son histoire ...
AVANT-PROPOS
Le récit que vous allez lire et qui
occupera l'espace d'''IMAGINE'' pendant
plusieurs numéros date du mois d'avril
1983, et incontestablement il a pris
quelques rides culturelles.
Le mystère de RENNES LE CHA­
TEAU, fabriqué ou non de toutes pièces par
quelques auteurs en mal de sensationnalisme,
date de la fin des années 50 et a vu son
paroxysme en 1989 à l'occasion d'une série
télévisée, qui a plus enjolivé la fabuleuse
histoire du curé aux milliards: Bérenger Sau­
nière.
Après bien des ouvrages de mystifica­
tions et de démystifications, d'études histori­
ques, de mémoires farfelus et d'hypothèses
séduisantes, un nouveau coin du voile était levé
au début des années 80 par trois Anglais;
Michael Baigent, Richard Leigh et Henri Lin­
coln qui, dans un ouvrage passionnant
"L'énigme sacrée" démontraient que les fa­
meux parchemins découverts par l'abbé Sau­
nière n'étaient autre que l'acte de mariage de
Jésus et de Marie Madeleine.
Une nouvelle version de l'aventure
christique bouleversait outre la Grande His­
toire, qui se trouvait ainsi pulvérisée, mais
également celle de ce petit coin du Razès qui,
du même coup de baguette magique, devenait
ni plus ni moins que le nombril du monde.
La race mérovingienne s'en trouvait
sublimée, voire divisée, et les rois chevelus
devenaient ipso facto des fils. certes bâtards,
du Dieu réincarné. Rejetons d'un sang royal,
qui déformé, justifiait l'appellation San Real
et qui, par un tour de passe-passe pouvait se
transformer en Saint Graal.
Le Graal, rappelons-le brièvement, est
le vase dans lequel Joseph d'Arimathie re­
cueillit le sang du Christ, et seuls des êtres
purs et sincères peuvent le trouver et en per­
cevoir la quintessence. Cela nous renvoie
bien évidemment au "Roman de la Table
Ronde" et à tous les textes moyenâgeux qui
nous narren t la q ueste du Graal, et notam ment
le "Parzival" que Wolfram Von Eschenbach
dut écrire aux environs de 1215, et dont cer­
tains auteurs placent le "Montsalvat" à
"Montségur", l'imposant château cathare
ariégeois qui capitula dans la nuit du 1er au 2
mars 1244 sous la pression de l'inquisition
menée par le trop célèbre Simon de Montfort.
En ces jours douloureux, ce furent plusieurs
centaines de "parfaits" qui furent brûlés sur
le champ dénommé encore "Prat des cré­
mats".
De Montségur dans l'Ariège à Ren­
nes le Château dans l'Aude, il n'y a guère que
quelques dizaines de kilomètres que l 'His­
toire, par le truchement de quelques écrivains
à l'imagination féconde, a rapprochés encore
davantage.
Il est vrai que toute cette région trans­
pire le mystère à grosses gouttes. Il n'est pas
un lieu-dit, pas une vallée encaissée sur le
tertre de laquelle se dresse parfois, inquiétant
d'érosion, le chicot angoissé d'une vieille
forteresse cathare, pas une croix de fer au
- 33 ­
détour de sentiers inconnus, qui ne portent en
eux l'étrangeté de temps révolus où le monde
angélique d'En-Haut se coltinait dans une
sourde éternité avec le monde diabolique d'
En-Bas, colorant de leurs luttes incessantes la
terre en rouge.
Et c'est vrai que ce qui frappe le visiteur,
qui vient pour la première fois en Razès; ce sont
ces cicatrices terrestres encore sanguinolentes
qui évoquent de sombres combats à des di­
mensions qui nous dépassent. Ne dit-on pas
que les orages audois sont parmi les plus
terribles de France? Ce sont sans doute en­
core les derniers échos de ces échauffourées
célestes qui colorent de rouge le sol de cette
région si attachante. Le ruisseau qui coule
dans la vallée des Bals au pied de Rennes le
Château ne s'appelle-t-il pas "le ruisseau des
Couleurs" ?
Depuis ce mois d'avril 1983, où nous
avons découvert pour la première fois la Rhe­
dae wisigothique (de Reda qui signifie "la
cité du Chariot", donnant là aussi lieu à bien
des élucubrations), nous sommes revenus,
Annie et moi, deux fois dans ce Razès qui,je
l'avoue sans vergogne, m'attire comme le
sucre les fourmis.
Attirance due, non au fait de 1 'hypothé­
tique trésor découvert soit-disant par Béran­
ger Saunière et qui aurait fait sa fortune, mais
essentiellement à l'aspect légendaire qui con­
fère à toute la région la même aura que Bro­
céliande vis à vis de Merlin, de la Fée Viviane
et des chevaliers de la Table Ronde.
Nous avons passé, en 1991, quinze
jours dans un gîte rural qui se trouvait exac­
tement en face de Rennes le Château. Rien
n'avait été prémédité de notre part et seul le
"Hasard" (appelons-le comme cela) avait
bien fait les choses. Nous avions vue, de notre
gîte, sur le village et la Tour Magdala nous
servait de repère. Inutile de dire combien ces
deux semaines ont été riches d'enseigne­
ments sur la région, sur son histoire boulever­
sante et bouleversée, et sur tous ces sites qui
sortaient du littéraire pour devenir réalité.
Le hameau dans lequel nous nous
étions fixés pour nos vacances audoises se
trouvait au pied du Casteillas, une énorme
masse posée à l'occident de Rennes, que la
tradition signale comme deuxième castrum
possible de Rhedae tant il est vrai que sa
configuration est comparable à celles des op­
pidum celtiques, si nombreux en Angleterre.
A quelques centaines de mètres des
Paillières se trouve le village de Soubirous,
où récemment une pierre énigmatique a été
trouvée comportant une date, qui n'est autre
que l'année de naissance de Bernadette Sou­
birous. A Rennes le Château, on sort d'un
mystère pour se précipiter dans un autre ...
Enfin, nous sommes revenus à Rennes
très récemment au mois de mai 1994, lors
d'un périple quijustement nous a conduits de
Lourdes à Rennes le Château, où je tenais à
me procurer quelques ouvrages qui man­
quaient à ma collection Castelrennaise.
Des grappillons de touristes visitaient, qui le
musée Béranger Saunière, où Monsieur Bu­
thion, un érudit de Rennes le Château expli­
quait la longue pérégrination du sang divin
recueilli par Joseph d' Arimathie, qui l'église
Saint Madeleine au décorum plus que fantas­
que et dans laquelle le temps et le vandalisme
avaient fait inexorablement leurs oeuvres, qui
le attenant où quelques personnes
s'interrogeaient sur la possibilité que le my­
thique Prieuré de Sion soit dissimulé adroite­
ment sur de vagues inscriptions, qui peuvent
tout dire ou ne rien dire.
J'ai trouvé en ce mois de mai un Rennes
le Château saboté, abîmé, déliquescent, et
mes yeux étonnés n'ont plus su y voir l'attrait
de mystères jadis sous-jacents. La vierge qui
reposait sur le pilier wisigothique tourné à
l'envers, riche de symboles et devant lequel
nous conjecturions jusqu'à plus soif, a dispa­
ru, remplacé par un bloc de béton. Asmodée,
le diable du bénitier a pris un sérieux coup de
vieux et des malades lui ont
- 34­
Vitrail
"Mission des Apôtres"
reconstitué en 1984 après
avoir été détruit par des
loubards
....._ ~ ..
- 35 ­
écaillé sa peinture colorée. Il n'est pas jus­
qu'à l'inscription "BS" figurant sous le signe
de croix symbolisé par quatre anges, qui n'ait
pas été grattée, altérée, détruite à tout jamais.
Cette nouvelle vision du village audois
n'est-elle en fait qu'une prise de conscience
de ma part que derrière le rêve, la légende, le
souhaité, se cache toujours la réalité des cho­
ses. Notre désir de merveilleux, ce confort de
l'extraordinaire à tout prix, s'écroule souvent
à cause de notre quotidienneté, et nos yeux
s'ouvrent parfois un peu trop grands sur le
monde tel qu'il est, et non plus sur ce que
nous voudrions qu'il soit.
Et pourtant, comme il faudrait, malgré
tout, savoir n'entrouvir que légèrement nos
paupières et ne laisser passer entre nos cils
qu'une douce lumière diffuse qui ne nous
donnerait du monde que les images oniriques
de notre enfance. Et pourtant, combien nous
souhaiterions des fois, que l'on ne nous ré­
veille pas et que nous ayons toujours l'illu­
sion, que derrière les choses évidentes de
notre monde matériel, se cache tout un uni­
vers non appréhendable qui nous aide à vivre
et à fonctionner.
A suivre••.
Jacques DEVA UX
- 36­
l
Sources
\
Fallla Fraternitatis
Nous suivrons aujourd'hui les premiers pas de C.R.C. tels que nous
les rapporte la Fama Fraternitatis. Pérénigrations, recherche de la connaissance,
périple initiatique auquel vous êtes invités ...
Fama Fraternitatis Rosae Crucis
ou Fraternité
du Très Vénérable Ordre De La Rose Croix
A tous Les Chefs D'état, Notables
et Savants D'europe.
Nous, frères de la Fraternité de la R.C.
offrons à tous ceux qui liront notre Fama d'ins­
piration chrétienne notre salut, notre amour et
notre prière.
Le seul Dieu sage et miséricordieux
ayant dans les temps derniers répandu avec tant
de profusion sa grâce et sa bonté sur le genre
humain, afin que s'approfondisse encore plus
la connaissance de son Fils comme de la na­
ture, nous pouvons à bon droit parler d'un
temps heureux. Car alors il ne nous a pas
seulement révélé et fait trouver la moitié du
monde inconnu et caché, montré nombre
d'oeuvres et de créatures prodigieuses de la
nature, jamais vues auparavant, mais aussi a
fait surgir des Ingenia hautement éclairés qui
ont en partie remis à l'honneur les arts dégradés
et imparfaits afin que l 'homme comprenne en­
fin sa noblesse et sa majesté et perçoive la
raison pour laquelle il est nommé Microcos­
mus, ainsi que l'étendue de son art dans la
Nature.
Le monde inconsidéré sera toutefois peu
servi par cela et c'est pourquoi la médisance,
le rire et la raillerie iront toujours en augmen­
tant. Chez les savants aussi, la fierté et l'orgueil
sont si grands qu'ils ne peuvent s'assembler
pour, à partir de tout ce que Dieu a si abondam­
ment répandu en notre siècle, colliger et pro­
duire de concert un Librum Naturae ou règle
de tous les arts; mais chaque parti s'oppose
tant à l'autre et se tient en telle aversion que
l'on en reste encore à la même ritournelle: le
Pape Aristote, Galien, oui, tout ce qui ne res­
semble qu'à un Codex, doivent de nouveau être
pris pour la claire Lumière manifestée, alors
qu'ils auraient sans doute, s'ils vivaient en­
core, grande joie à se réorienter. Mais on est ici
trop faible pour un si grand travail. Et bien
qu'en théologie, physique et mathématique la
vérité lui soit opposée, l'adversaire classique
démontre toujours amplement sa malice et sa
fureur, freinant par des belliqueux et des vaga­
bonds une si belle évolution et la rendant dé­
testable. C'est dans une telle intention de
réforme générale que feu notre bien-aimé Père
spirituel très illuminé Fr. C.R. allemand, chef
et fondateur de notre fraternité a consacré pen­
dant longtemps beaucoup de peines et d'ef­
forts.
Dans sa cinquième année, à cause de la
pauvreté de ses parents (nobles cependant), on
le fit se retirer dans un cloître où il apprit assez
bien les deux langues, grecque et latine. Puis,
à la suite de ses pressantes prières et applica­
tions se trouvant encore dans la fleur de la
jeunesse, il fut adjoint à un frère P.A.L. qui
voulai t entreprendre un voyage au Saint Sépul­
cre.
Bien que ce frère soit mort à Chypre, et
ainsi n'ait pas pu voir Jérusalem, notre frère
c.R. ne s'en retourna pas mais fit voile dans la
direction exactement opposée et se dirigea vers
Damas, se proposant de partir de là pourvisiter
Jémsalem. Mais, par suite d'embarras corpo­
- 38 ­
rel, il dut rester sur place et, grâce aux médica­
ments (dont il n'était pas sans quelque connais­
sance), il y gagna la faveur des Turcs. Il
entendit par hasard parler des sages de Damcar
en Arabie, des miracles qu'ils accomplissaient
et du fait que la nature entière leur était dévoi­
lée.
Le haut et noble Ingenium de frère
C.R.C. fut éveillé par cela, de sorte que Jéru­
salem n'occupa plus dans ses pensées une
place aussi élevée que Damcar. Ne pouvant
plus maîtriser son désir, il offrit ses services
aux gens de mer arabes pour qu'ils le condui­
sent à Damcar moyennant une certaine somme
d'argent.
Lorsqu'il arriva là-bas, il n'avait que
seize ans, mais possédait déjà une forte cons­
titution allemande. Ainsi qu'il en témoigna
lui-même, les sages le reçurent non pas en tant
qu'étranger mais comme celui qu'ils avaient
longtemps attendu. Ils l'appelèrent aussi par
son nom et lui indiquèrent d'autres mystères
de son cloître, ce dont il ne put assez s'émer­
veiller. TI y apprit à mieux connaître la langue
arabe au point de traduire en bon latin, dans
l'année suivante déjà, le librum M. et de l'em­
porter avec lui. C'est de ce lieu qu'il a tiré sa
physique et sa mathématique, ce dont le monde
aurait pu justement se réjouir s'il avait eu plus
d'amour et moins d'envie.
Il revint au bout de trois ans et, muni du
sauf-conduit adéquat, fit voile de sinu Arcabi­
co à l'Egypte, où cependant il ne resta pas
longtemps, mais où il prêta désonnais une
meilleure attention aux plantes et aux créatu­
res. Puis il traversa toute la mer Méditerranée,
jusqu'à arriver en vue de Fez, ville que les
Arabes lui avaient indiquée. Et c'est une véri­
table honte pour nous que des sages vivant si
loin les uns des autres ne soient pas seulement
unis et opposés à toutes diatribes, mais si en­
clins et disposés à confier et à révéler leurs
secrets.
Chaque année, les Arabes et les Afri­
cains se réunissent, se consultent sur les arts
pour savoir si l'on n'aurait pas découvert quel­
que chose de mieux, ou si l'expérience n'aurait
pas affaibli leurs rationnes. De cette façon, il
se présente chaque année du nouveau pour
améliorer la mathématique, la physique et la
magie, car en cela les habitants de Fez sont au
mieux. De même, l'Allemagne ne manque pas
actuellement de savants, de magiciens, de ca­
balistes, de médecins et de philosophes, mais
ils devraient seulement être plus charitables et
la plupart ne devrait pas vouloir dévorer seule
le pâturage.
A Fez, il fit la connaissance de ceux que
l'on avait coutume d'appeler les habitants élé­
mentaux, qui lui communiquèrent beaucoup de
ce qui leur appartenait, de même que nous
autres allemands, pourrions rassembler beau­
coup de ce qui est à nous, si une pareille unité
régnait entre nous et si nous aspirions à la
recherche en toute sincérité.
Au sujet de ces habitants de Fez, il recon­
nut souvent que leur magie n'était pas absolu­
ment pure et que leur cabale était corrompue
par leur religion. Il sut néanmoins en faire
excellent usage et trouva un fondement encore
meilleur à sa foi, car celle-ci concordait main­
tenant avec l'harmonie du monde entier, incar­
née de merveilleuse façon dans toutes les
periodis seculorum.
C'est là que prit son origine la belle
association où de même qu'en tout noyau est
enfenné un arbre ou un fruit entier, de même
l'ensemble du vaste monde serait présent dans
un "petit homme" dont la religion, la politique,
la santé, les membres, la nature, les paroles et
les oeuvres suivraient à l'unisson la mélodie de
Dieu, du ciel et de la terre. Tout ce qui serait
en dissonance avec cela serait erreur, falsifica­
tion et oeuvre du diable, qui seul est le moyen
premier et la cause dernière de la dissonance
du monde, de son aveuglement et de son obs­
curantisme. Si quelqu'un cependant pouvait
examiner franchement tous les hommes du sol
terrestre, il trouverait que ce qui est bien et
certain est toujours en harmonie avec lui­
même, alors que l'autre est souillé de mille
espèces d'interprétations incorrectes.
A suivre..
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Renseignements utiles
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Dans le prochain
numéro de
"Imagine ", vous
pourrez lire:
- Amour et Reconnaissance
.
- Il était une fois: la nature!· (suite)
- Tous Frères
- Rennes le Château (suite)
- Fama Fraternitatis (suite)
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