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UNE ANALYSE REALISTE DU GAZ DE SCHISTE EN EUROPE

:
LES TECHNOLOGIES, LEURS IMPACTS ET LES CONCLUSIONS POLITIQUES A EN TIRER
Thomas Moreau, chercheur-associé d'Etopia

Décembre 2012

www.etopia.be

 

 

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Introduction
Avoir  une  approche  interdisciplinaire  est  une  nécessité  lorsque  l’on  parle  du  bouquet  énergétique des États. Chaque État est amené à définir son mix énergétique en fonction des  avantages et inconvénients des différentes sources d’énergies dont il dispose. La question du  gaz de schiste se pose donc au sein de ce débat plus large de la sécurité énergétique. Cette  dernière  réalité  ne  doit  cependant  pas  empêcher  une  analyse  précise  des  externalités  positives  et  négatives.  Il  s’agit  donc  de  choisir  en  fonction  de  l’intérêt  national,  cadre  supérieur de réflexion et de long terme.    Je m’attacherai dans cet article à donner une vue aussi large que possible sur la question du  gaz  de  schiste.  La  première  partie  abordera  tout  d’abord  la  question  des  technologies  utilisées  et  de  leurs  spécificités.  Ensuite,  nous  ferons  l’état  des  lieux  des  réserves  estimées,  prouvées  et  de  leur  localisation.  Nous  terminerons  par  les  explorations  et  exploitations  actuellement en cours.    Le  cadre  européen  retiendra  dans  un  deuxième  temps  toute  notre  attention.  Les  États  membres ont des mix énergétiques variés et des situations – contractuelles – en matière de  gaz naturel très différentes. Néanmoins, les États européens partagent des cadres législatifs  communs  –  comme  en  matière  de  protection  des  ressources  aquifères  –  et  des  objectifs  environnementaux, notamment en matière de climat. Cette deuxième partie apportera donc,  après la réalité technologique, les réalités législatives et géopolitiques actuelles.  Dans  un  troisième  temps,  une  fois  les  conditions  technologiques  expliquées  et  le  cadre  européen  posé,  nous  analyserons  les  implications  d’une  exploitation  du  gaz  de  schiste.  Successivement  nous  balaierons  les  impacts  environnementaux,  économiques,  et  géopolitiques.    En conclusion, et après avoir mis bout à bout les différentes réalités liées au gaz de schiste,  nous verrons si oui ou non, celui‐ci doit être considéré comme une révolution énergétique et  s’il doit intégrer, à l’avenir, le bouquet énergétique des États européens.     

1. L e s t e c h n i q u e s d e f o r a g e s s p é c i f i q u e s d u g a z d e s c h i s t e , les réserves et lieux a ct u e l s d’exploration et d’exploitation
Dans  cette  partie  nous  analyserons  les  spécificités  du  gaz  de  schiste  avant  de  réaliser  un « état  des  lieux »  de  la  situation  européenne  en  terme  de  réserves  et  d’exploitations  actuellement en cours.   

 

 

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1.1. La fracturation hydraulique et le forage horizontal, deux techniques qui ont permis l’essor de l’exploitation de gaz non conventionnel

Pour  bien  comprendre  la  nature  du  gaz  de  schiste,  il  est  utile  de  revenir  sur  les  termes  anglophones et de se rappeler ce qu’on entend par gaz « conventionnel ».    Le gaz conventionnel regroupe les notions de gaz associated, de gaz non‐associated et de gas‐ cap.  Par‐là  on  entend,  respectivement,  le  gaz  qui est  enfermé  dans  un  réservoir  naturel  qui  contient  à  la  fois  du  gaz  et  du  pétrole,  les  deux  éléments  étant  mélangés ;  un  réservoir  contenant uniquement du gaz ; et, finalement, un réservoir dans lequel le gaz se trouve au‐ dessus  du  pétrole  également  présent.  Dans  ces  trois  cas,  l’exploitation  se  fait  par  le  forage  vertical d’un puits dans le réservoir.    Le gaz non conventionnel – unconventional gas – peut lui aussi être divisé en trois catégories :  tight gas, shale gas et coal bed methane (CBM). S’il s’agit toujours de butane, propane ou, le plus  souvent,  de  méthane,  c’est  le  mode  d’extraction  qui  varie.  Le  gaz  de  schiste,  shale  gas  en  anglais,  est  contenu  dans  la  roche  de  shale  –  le  schiste  ne  contient  pas  de  gaz  –  qui  a  la  particularité d’être à la fois la source du gaz et son réservoir. C’est cette roche qui « produit »  le gaz tout en le maintenant enfermé et qui se situe entre 1000 et 3500 mètres de profondeur.    C’est la combinaison de deux technologies qui permet la production de gaz de schiste à une  large  échelle :  la  fracturation  hydraulique  d’une  part,  aussi  connu  sous  le  nom  d’hydraulic  fracturing  ou  fracking,  et  le  forage  horizontal  d’autre  part.  Cette  dernière  technologie,  maitrisée seulement depuis le début des années 2000, consiste à forer un puits vertical aussi  profond  que  nécessaire  pour  atteindre  la  roche  de  shale  avant  d’opérer  un  redressement  jusqu’à l’horizontal. Cette dernière partie peut atteindre deux kilomètres mais atteint le plus  souvent 400 ou 500 mètres.    Une fois le puits foré, un liquide de fracturation composé d’eau claire, de sable et de produits  chimiques  est  injecté  sous  haute  pression  dans  la  roche  de  shale  afin  de  fracturer  celle‐ci.  L’objectif étant de permettre au gaz contenu dans la roche de remonter avec l’eau et d’ainsi  exploiter des ressources qui auraient mis des millions d’années à former une poche naturelle  de gaz conventionnel. Les grains de sable injectés s’insèrent dans les fissures ouvertes sous la  pression  et  maintiennent  celles‐ci  en  état  pour  permettre  la  remontée  du  gaz.  Les  produits  chimiques servent quant à eux principalement à fluidifier la remontée du gaz.    Cette  technique  de  fracturation  hydraulique  n’est  pas  neuve ;  c’est  la  maîtrise  de  son  association  avec  le  forage  horizontal  qui  la  rend  intéressante.  Cependant,  elle  s’apparente  plus ou moins à un « art » étant donné que la pression nécessaire varie en fonction du type  de roche en présence. La qualité de la fracturation et donc la bonne pression influencent le  rendement du puits. 

 
 

 

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1.2. Des réserves annoncées à considérer avec précaution…

Alors que les réserves de gaz conventionnel sont bien connues et localisées dans très peu de  pays  (Iran,  Russie,  Qatar…),  celles  des  gaz  de  schiste  le  sont  beaucoup  moins  mais  elles  semblent aussi être moins concentrées, dʹaucuns diraient même « mieux » situées.    Si plusieurs études apportent un éclairage sur les réserves potentielles et leurs localisations,  la  question  de  l’exploitabilité  des  ressources  non  conventionnelles  reste  entière.  En  effet,  si  toutes les études s’accordent pour dire que les réserves de gaz non conventionnels sont plus  dispersées géographiquement, l’ampleur, la qualité et le caractère exploitable de celles‐ci ne  font pas l’unanimité 1 . Les différents types de réserve évoqués apportent de l’eau au moulin  de  la  confusion.  La  qualification  d’une  réserve  varie  en  fonction  des  caractères  géologique,  technologique  et  économique.  Une  réserve  prouvée,  probable,  présumée  ou  espérée,  eu  égard à son caractère géologique, doit être combinée à son caractère exploitable (ou non) du  point de vue de la technique et au degré de rentabilité, en fonction du prix sur le marché et  du coût des technologies 2 . Ces différences doivent être gardées en mémoire au moment de  choisir son mix énergétique et ainsi assurer sa sécurité énergétique dans le long terme.    En  matière  de  réserves,  il  s’agit  donc  d’analyser  les  chiffres…  avec  réserve !  L’état  des  explorations et exploitations sur le « vieux continent » précisera les supputations des études  par les réalités de la situation du terrain.    1.3. Où se trouve les exploration et exploitations en Europe ? Actuellement  (décembre  2012),  en  dehors  de  l’Union  européenne,  l’exploitation  du  gaz  de  schiste à grande échelle se concentre essentiellement aux États‐Unis. La Chine, l’Australie et  la Russie ont pour leur part marqué un vif intérêt au développement rapide d’exploitations 

                                                            
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En 2011, l’agence américaine de l’énergie annonce 5000 milliards de mètres cube (Gm³). En 2012, le rapport 

du l’institut national de géologie polonais revoit le chiffre à la baisse en annonçant maximum 2000 Gm³. Les  experts n’en voient eux plus que 350 à 770 Gm³.   
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Les réserves prouvées sont celles qui sont constituées des ressources découvertes et récupérables avec une 

certitude raisonnable et économiquement exploitable compte tenu des prix et de la technologie disponible.  Les réserves probables sont quant à elles découvertes mais non exploitées et il sʹagit en réalité dʹune  extrapolation de ressources potentielles dont on estime à 50% les chances dʹextraction. Les réserves  présumées sont des ressources non découvertes mais quʹon suppose pouvoir trouver dans des sites connus.  Enfin, les ressources spéculatives sont elles aussi non découvertes mais dans des sites non explorés où lʹon  sait pouvoir trouver la ressource, il sʹagit donc le plus souvent dans ce cas dʹun problème de technologie. Les  ressources de la mer du Nord étant, il y a 50 ans, considérées comme ressources spéculatives. In G. Rotillon,  Économie des ressources naturelles, La Découverte, 2010, p. 12. 

 

 

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sur leur territoire national mais celles‐ci n’ont pas vraiment commencé si ce n’est quelques  explorations et incitations législative et ou fiscale 3 .    En  Europe,  plusieurs  États  ont  manifesté  un  intérêt  plus  ou  moins  appuyé  pour  le  gaz  de  schiste.  Parmi  ceux‐ci  on  retrouve  principalement  l’Allemagne,  l’Autriche,  la  Bulgarie,  la  France, la Hongrie, la Pologne, la Suède et le Royaume‐Uni. Ce dernier est le seul a possédé  des forages d’exploitations, ceux‐ci sont situés le long de la cote du Lancashire (Nord‐Ouest)  avec  la  société  Cuadrilla.  Le  British  Geological  Survey  prévoit  lui  que  d’autres  comtés  posséderaient  eux‐aussi  des  réserves  et  notamment  le  Kent,  le  Sussex,  le  Surrey,  le  Hampshire, le Dorset, l’île de Wight et l’Écosse sans oublier d’éventuels forages off‐shore. En  France, la société Total fut très active avant de se voir arrêtée en plein élan par une loi qui  interdit  la  technique  de  la  fracturation  hydraulique  comme  mode  d’exploitation.  Le  gouvernement  ayant,  en  sus,  suspendu  les  permis  précédemment  octroyés.  Comme  en  France,  la  Bulgarie  a  imposé  un  moratoire.  Du  coté  de  Varsovie,  l’ambition  est  d’atteindre  l’indépendance énergétique en matière gazière (le gaz actuellement consommé étant importé  de Russie mais ne représentant que trois pourcents de la consommation énergétique totale).  Le  gouvernement  de  D.  Tusk  a  accordé  de  nombreuses  licences  d’exploration  pour  une  surface recouvrant un bon tiers du territoire national (y compris dans des parcs nationaux) et  en espère un début d’exploitation dès 2014. Les sociétés pétrolières et gazières nationales et  internationales  se  sont  ruées  sur  ces  permis,  se  lançant  ainsi  à  la  recherche  de  l’eldorado  gazier  annoncé  par  une  série  d’études.  Fin  2012,  certaines  sociétés  comme  ExxonMobil4  quittent  la  Pologne  suite  à  une  série  de  forages  exploratoires  infructueux  ou  estimés  non  rentables dans les conditions techniques et économiques actuelles.    Les  différents  États‐membres,  faisant  face  à  des  réalités  géologiques,  géopolitiques  et  politiques  différentes,  ont  donc  adopté  des  mesures  variées  allant  du  moratoire  technique  (France)  ou  politique  (Bulgarie  et  France)  à  l’autorisation  (Royaume‐Uni)  et  même  l’incitation – notamment financière (Pologne). Fin novembre 2012, c’est dans ce contexte que  le  Parlement  européen  a  réalisé  un  premier  vote  sur  deux  rapports  distincts  et  contradictoires  concernant  le  gaz  de  schiste.  Le  premier  rapport,  issu  de  la  Commission  industrie est en faveur d’une exploitation du gaz de schiste ; le second issu de la Commission  environnement est beaucoup plus réservé sur la question et reflète davantage les inquiétudes  de  nombreux  acteurs.  Les  deux  rapports  ont  été adoptés  mais  l’existence de  deux  rapports  qui  s’opposent  est  un  fait  rare  qui  souligne  les  nombreuses  interrogations  des  parlementaires.  Pas  de  moratoire  donc  mais  un  encadrement  législatif  qui  sera  plus  que  probablement,  et  on  peut  l’espérer,  renforcé.  Il  faut  noter  que  le  débat  sur  l’inadéquation  économique et géopolitique du gaz de schiste fut nul ; les arguments avancés par les uns et 

                                                            
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Attitude par ailleurs considérées comme négative, comme pour toutes énergies fossiles, par l’Agence 

Internationale de l’Énergie (AIE) dans son rapport World Energy Outlook 2010.  car cela nuit à la sécurité  énergétique, à la diminution de la pollution atmosphérique et à l’économie. 
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les  autres  portaient  quasiment  exclusivement  sur  la  capacité  à  explorer  et  exploiter  proprement la ressource 5 .    Le  cadre européen  a donc  une  importance  particulière  sur  les matières  environnementales.  Cela étant, et comme nous le verrons dans la partie suivante, la réalité énergétique des États  membres  reste  quasiment  exclusivement  nationale  à  l’exception  de  certains  objectifs  environnementaux.   

2. Le cadre européen : règles bo u que t s é ne rgé t i ques v ariés

et

objectifs

communs,

  Il y a en Europe autant de mix énergétiques qu’il y a d’États membres. La situation n’est pas  nouvelle mais cela influence l’analyse des États en matière d’accès aux ressources gazières et  donc, potentiellement, de gaz de schiste. Nous remarquerons aussi que Bruxelles définit à la  fois  le  cadre  du  marché  du  gaz,  afin  de  compléter  le  marché  intérieur,  et  les  objectifs  environnementaux.    2.1. La situation du gaz dans le bouquet énergétique des 27 de l’Union Connaître son bouquet énergétique est essentiel pour analyser sa dépendance à une énergie  particulière  ou  à  l’énergie  en  général.  En  analysant  la  place  du  gaz  dans  les  mix‐ énergétiques,  on  constate  des  situations  profondément  différentes  et  variées  avec  des  États  membres  qui  exportent  et  d’autres,  plus  nombreux,  qui  importent  d’importantes  quantités  de  gaz.  Ce  qui  est  accepté  par  tous  les  analystes  c’est,  premièrement,  que  la  proportion  importée  depuis  une  source  extérieure  à  l’Union  augmente  régulièrement  et  que,  deuxièmement, la consommation de gaz va augmenter plus rapidement que celle des autres  sources d’énergies.   La dépendance de l’Union vis‐à‐vis de l’extérieur en matière gazière s’élevait à 40% en 1990.  Aujourd’hui celle‐ci est de 60% et elle atteindra les 80% en 2030. Seize États importent plus  de 90% de leur gaz – ce dernier étant, pour l’Union et en 2005, issu à plus de 40% de Russie, à  20% de Norvège et à 20% d’Algérie. Cette situation gênante qui voit les 27 alimentés à 80%  par  trois  fournisseurs  est  contrebalancée  par  une  situation  rare  de  monopsone  qui  lui  permet,  en  tant  que  « consommateur  unique »,  de  faire  pression  sur  les  fournisseurs  qui  auraient  des  difficultés  à  trouver  un  tel  débouché.  Cela  étant,  pour  être  un  véritable  monopsone, l’Union doit s’intégrer réellement du point de vue énergétique ce qui pose toute  la question du modèle de concurrence. Mais c’est un autre débat. Quoique…    2.2. Législations qui importent en matière de gaz de schiste La  politique  énergétique  reste  très  largement  une  compétence  des  États  membres.  Ils  sont  cependant  tenus  de  respecter  les  législations  européennes,  qu’elles  soient  économiques,  et  notamment en matière de marché du gaz, ou environnementales. 

                                                            
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Ces questions, bien que du ressort des États, auraient apporté une lumière plus complète sur le débat. 

 

 

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  Avec la libéralisation du marché du gaz et de l’électricité, des règles communes sont établies  en  matière  de  transport,  distribution,  fourniture  et  stockage  du  gaz  naturel.  Déterminant  entre autre l’accès au marché, le fonctionnement et l’organisation du secteur, ces directives  n’oublient  pas,  d’une  part,  d’intégrer  le  GNL  (Gaz  Naturel  Liquéfié,  ce  qui  permet  de  s’approvisionner par bateau plutôt que par gazoduc) et la biomasse (biogaz) et, d’autre part,  de  souligner  le  caractère  stratégique  en  insistant  sur  la  sécurité  d’approvisionnement,  la  régularité des livraisons et le prix. La prise en compte systématique du GNL est importante  car cela permets des importations issues de pays non reliés par gazoduc à l’Union. On peut  dès lors imaginer, et c’est déjà le cas, des importations issues de pays comme le Qatar ou le  Nigéria.    À côté de ces directives « marché intérieur », on retrouve les objectifs environnementaux de  l’Union.  Le  paquet  énergétique  « énergie‐climat »  élaboré  par  la  Commission  dès  janvier  2008 définit les objectifs en matière énergétique. À l’horizon 2020, l’Union devra réduire de  20% ses Gaz à Effet de Serre (GES), utiliser 20% d’énergie d’origine renouvelable et diminuer  de 20% sa consommation d’énergie. La place donnée ou laissée au gaz de schiste dans le mix  énergétique  européen  à  venir  ne  peut  faire  l’impasse  sur  une  réflexion  approfondie  au  regard de ces objectifs ambitieux mais que l’on sait néanmoins insuffisants. Bruxelles impose  également le respect d’une série de règles à propos de la qualité de l’air, du sol et de l’eau.  Nous  nous  concentrons  sur  cette  dernière  car  elle  nous  semble  les  plus  appropriées  au  regard des menaces qu’amène l’exploration ou la production de gaz de schiste.    En  matière  d’eau  c’est  la  directive‐cadre  2000/60/CE  qui  indique  le  cadre  communautaire.  Cette directive, bien qu’actuellement sur le métier pour sa révision (normalement avant fin  2012), donne les grandes lignes à respecter en matière d’eaux intérieures de surface, d’eaux  de  transition,  d’eaux  côtières  et  d’eaux  souterraines.  Elle  impose  donc  de  prévenir  toute  dégradation  supplémentaire,  de  préserver  et  améliorer  les  écosystèmes  aquatiques,  de  promouvoir  une  utilisation  durable  et  de  long  terme  des  ressources  disponibles,  d’augmenter  la  protection  par  des  mesures  spécifiques,  de  réduire  les  pollutions  et  l’aggravation  de  celles‐ci,  d’atténuer les  effets  des  inondations  et  des  sécheresses.  Les  États  assurent la mise en place de cette directive et les sanctions éventuelles.     Cette  directive,  comme  celles  sur  l’air  et  les  sols,  souligne  à  quel  point  l’exploration  ou  l’exploitation de gaz de schiste vient s’opposer aux législations en vigueur. Ce sont donc les  risques  très  élevés  de  pollutions  et  l’impossibilité  de  retourner  à  la  situation  initiale  en  dépolluant  qui  rendent  l’exploitation  de  gaz  de  schiste  –  très  –  peu  recommandable  d’un  point  de  vue  environnemental.  Ce  sera  l’objet  de  notre  troisième  partie  dans  laquelle  nous  aborderons également les impacts économiques et géopolitiques.       

 

 

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3. Les impacts du gaz de schiste, une prise en considération nécessaire
  Les impacts du gaz de schiste ne se limitent pas à l’environnement. S’il est nécessaire de bien  voir  l’ampleur  de  l’impact  environnemental,  il  faut  aussi  analyser,  bien  que  ce  soit  évidemment lié, les impacts économiques et géopolitiques d’une expansion de la production  de gaz de schiste en Europe.    3.1. Les risques environnementaux et les risques techniques Principale critique, les risques environnementaux, liés aux caractéristiques intrinsèques de la  production  de  gaz  de  schiste,  concentrent  toutes  les  oppositions.  Nous  essayerons  d’être  synthétiques.    (1)  Le  charroi  des  camions  d’eau  (20  000  litres 6 ),  des  produits  chimiques  et  du  sable  pour  chaque puits ont un l’impact sur l’air et l’état des routes. Il faut ajouter le charroi du retour à  savoir une partie de l’eau usée, et, logiquement, le gaz.     (2) La construction des sites de forage et des routes pour y parvenir a un impact majeur sur  la consommation des terres. On parle de dizaines de kilomètres2. Selon la Texas Rail Road  Commission,  le  seul  Barnett  Shale,  a  utilisé  13000  km²  de  terre  sur  lesquels  ont  été  forés  15000  puits  soit  1,15  puits  par  km².  La  photo  aérienne  suivante,  issue  du  rapport  de  l’Assemblée  nationale  française7,  montre  le  Comté  de  Salle  au  Texas  et  illustre  admirablement l’impact sur la consommation des terres.   (3)  Les  risques  de  manutentions  erronées  seront  plus  élevés  en  Europe  au  vu  du  nombre  proche de zéro d’ouvriers formés qui maitrisent la technologie.   (4) Le risque de tremblements de terre n’est pas nul. En Angleterre la société Cuadrilla a déjà  stoppé  arrêté  le  forage  de  deux  puits  suite  aux  tremblements  de  terres  apparus  pendant  le  forage de ceux‐ci 8 .   (5) Le risque sur l’eau est triple. L’utilisation de millions de litres, pour chaque puits crée ou  renforce des stress hydriques. L’eau usagée dites produced water doit être stockée mais est  souvent simplement rejetée dans sa rivière d’origine sans traitement c’est‐à‐dire salée, avec  des  produits  chimiques  et  parfois  des  métaux  lourds  lorsqu’elle  n’est  pas  réinjectée      dans 

                                                            
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Selon l’auteur du film GasLand, à raison de 4 à 28 millions de litres par fracturation, multipliés par le 

nombre de fracturation réalisées depuis l’émergence du gaz de schiste dans les quelque 450 000 puits  américains déjà réalisés, on obtient 40 000 milliards de litres d’eau claire. Ce qui fait 2 milliards de trajets de  camion. Ce chiffre est surévalué car certains puits sont alimentés par canalisation, néanmoins ces derniers ne  représentent qu’un faible pourcentage, les puits ne se trouvant généralement pas en ville. 
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http://www.assemblee‐nationale.fr/13/rap‐info/i3517.asp#P279_51645    http://www.upi.com/Business_News/Energy‐Resources/2011/06/03/Seismic‐event‐halts‐British‐

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fracking/UPI‐17641307097220/#ixzz1ZWlMQh7P  

 

 

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des nappes phréatiques salines de grande profondeur ou déversée en surface. Le troisième  risque  est  lié  à  la  pollution  potentielle  des  nappes  phréatiques  –  en  cas  d’accident  ou  de  remontée « naturelle » de gaz dans une faille existante ou créée suite à la mise sous pression  de la roche.    À tous ces menaces sur l’environnement et risques qui s’additionnent les uns aux autres, il  faut  ajouter  ceux  de  « l’après  exploitation ».  Les  entreprises  gazières  envisagent,  lorsque  la  production du puits sera trop peu importante, de simplement reboucher le tube de forage et  d’ainsi mettre fin à l’exploitation. Mais cela pose des questions sur le long terme. Que va‐t‐il  se  passer  avec  le  gaz  qui  continue  de  remonter  car  toujours  sous  pression ?  Est‐ce  que  le  « bouchon »  cédera  ou  est‐ce  qu’une  faille  de  la  roche  de  shale,  quelque  part  sous  la  terre  sautera pour amener le gaz à l’air libre ou dans une nappe phréatique ? Qui va payer pour ce  suivi ? Et qui va remettre les lieux en état, c’est‐à‐dire dans la situation qui prévalait avant  l’arrivée du forage ? Les entreprises annoncent toujours qu’après l’exploitation, on ne verra  plus la trace de leur passage. Dans les faits, il est difficile de les croire, notamment parce que  le coût de la reconversion des sites est énorme et non budgétisé.    3.2. Les conséquences économiques et géopolitiques Les  conséquences  économiques  sont  multiples  elles  aussi.  Nous  les  regrouperons  en  deux  points :  le  problème  des  réserves,  emplois  et  investissement  liés  directement  aux  gaz  de  schiste, d’une part, et les menaces sur les autres investissements, d’autre part.    Si  nous  reprenons  l’exemple  polonais  où  les  réserves  sont  passées,  avec  le  temps  et  les  études, de 5000 Gm³ à 2000 Gm³ puis entre 350 et 770 Gm³, on constate que la question de  l’exploitabilité économique de la ressource doit être posée. D’autant que seuls 10 à 20% des  ressources  annoncées  comme  présentes  peuvent,  dans  les  conditions  techniques  et  économiques  actuelles,  être  effectivement  remontées  et,  extraites.  Ce  degré  de  « récupérabilité »  est,  par  le  fait  du  nombre  de  puits  que  le  gaz  de  schiste  nécessite,  aussi  menacé  par  les  contestations  locales  qui  ne  manqueront  pas  de  naître  partout  où  il  y  a  un  tant soit peu de population comme c’est le cas dans la plupart des régions où des gisements  importants sont annoncés –. La banlieue parisienne étant certainement la plus emblématique.    D’autres  corolaires  positifs  supplémentaires  comme  la  création  de  milliers  d’emplois  ou  le  bas coût de l’énergie doivent être explicitement dénoncés. L’arrivée des exploitations de gaz  de schiste ne crée pas des milliers d’emplois comme l’annoncent les sociétés gazières. Pire, la  consommation  d’eau  et  de  terre  et  les  pollutions  potentielles  risquent  de  détruire  plus  d’emplois encore dans des secteurs comme l’agriculture ou le tourisme. En ce qui concerne la  diminution  du  prix  du  gaz,  les  sociétés  gazières  annoncent  que  la  hausse  de  la  production  permettra de diminuer le coût du m³ (plus d’offre et demande similaire). Si ce scénario paraît  correct,  il  néglige  le  lien,  en  Europe,  entre  le  cours  du  pétrole  et  prix  du  gaz.  Ce  dernier  devrait déjà diminuer si le lien était coupé. Hors c’est le prix élevé du gaz en Europe qui, à la  fois, attire les sociétés gazières et leur permettraient d’exploiter de manière rentable les puits  de gaz de schiste. En effet, aux États‐Unis, la diminution brutale du prix du m³ de gaz suite 

 

 

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aux exploitations non ‐conventionnelles a cassé la rentabilité des puits de gaz de schiste au  point que nombre d’entre eux apparaissent comme non rentables 9 .  On le voit, le schéma économique du gaz de schiste est loin d’être pérenne. Si on ajoute les  probables contraintes environnementales supplémentaires qui arriveront du cadre européen  et les oppositions locales, le gaz de schiste européen a du souci à se faire.    Cela étant, d’autres raisons encore doivent être avancées pour montrer le danger énergétique  du  gaz  de  schiste.  En  effet,  si  le  gaz  de  schiste  devait  se  développer,  il  cannibaliserait  une  part  importante  des  moyens  qui  doivent  permettre  la  sécurité  de  l’approvisionnement  énergétique  futur.  En  effet,  le  gaz  conventionnel  russe  –  notamment  –  et  les  gazoducs  « traditionnels »  ont  besoin  de  nouveaux  investissements  à  la  fois  pour  permettre  de  continuer  à  récupérer  des  milliards  de  m³  de  gaz  mais  aussi  pour  parvenir  à  les  amener  jusqu’en  Europe.  Moscou  a  besoin  des  milliards  européens  pour  investir  dans  la  sécurité  énergétique  à  venir  des  européens  du  continent.  Ce  risque  financier,  qui  pourrait  retarder  des investissements, pourrait coûter cher est potentiellement très coûteux à terme aux États  européens. En outre, il ne faut pas négliger l’actuelle relative « paix gazière » entre les États  membres de l’Union et la Russie. Moscou, en cas de production de gaz de schiste à grande  échelle  en  Europe,  pourrait  jouer  le  jeu  de  la  concurrence  et  étouffer  les  exploitants  européens  de  gaz  de  schiste  en  baissant  ses  prix  ou  en  coupant  le  robinet,  le  temps  de  ramener l’Union et ses membres à une position plus acceptable. Cette possibilité ne peut être  ignorée d’autant que l’Union ne peut envisager une indépendance énergétique basée sur son  gaz de schiste ou celui que lui exporterait Oncle Sam.    Enfin, last but not least, l’Europe ne peut se permettre un énième détour dans sa route vers  une  plus  grande  autonomie  énergétique.  Certes  le  gaz  est  vu par  de  nombreux  spécialistes  comme  le  complément  idéal  aux  énergies  renouvelables.  Mais  soyons  prudents.  Orientons  les investissements énergétiques futurs dans des sources énergétiques renouvelables. Le gaz  de  schiste,  comme  le  gaz  conventionnel,  ne  fait  pas  partie  de  celles‐ci ;  ne  le  laissons  pas  menacer les investissements de l’avenir que sont les investissements dans la réduction de la  consommation d’énergie ou les énergies propres et durables. Ces dernières demandent des  investissements considérables si l’on souhaite remplir nos objectifs environnementaux (pour  ce qu’ils sont mais aussi pour le bien‐ être de la planète). Ce sont ces investissements‐là qui  doivent être soutenus par les politiques nationales et européennes.   

4. Conc lusi on
Au  cours  de  ces  quelques  lignes  J’ai  voulu  tout  d’abord  expliquer  la  technique  de  la  fracturation  hydraulique  pour  permettre  de  sentir  les  dangers  que  celle‐ci  représente,  en  particulier  sur  le  plan  environnemental  mais  pas  uniquement.  Ensuite  nous  nous  sommes 

                                                            
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Selon des sources gouvernementales américaines, le prix de reviens moyen d’un puits de gaz de schiste 

serait, aux États‐Unis, de 6$/MBTU. Or, le prix du gaz sur le Henry Hub Exchange a varié en 2012 entre 1,85  et 3,62 $/MBTU. Sous cet angle, on comprend mieux la volonté des sociétés américaines, probablement  étranglées financièrement, d’acquérir le droit d’exporter leur gaz dans des régions où le prix est plus élevé. 

 

 

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penchés  sur  les  contextes  européens  et  les  bouquets  énergétiques  des  États.  Enfin,  nous  avons vu les impacts environnementaux, économiques et géopolitiques du gaz de schiste.    Il  nous  faut  maintenant  revenir  à  la  question  fondamentale  que  doivent  se  poser  les  États  membres,  souverains  dans  leurs  politiques  énergétiques  respectives.  Les  États  doivent  considérer  leurs  approvisionnements  sur  le  long  terme  de  manière  à  assurer  la  « sécurité  énergétique ». Mais cette analyse doit se faire selon des critères objectifs, indépendants des  intérêts  particuliers  et  des  lobbies.  L’analyse  doit  donc  porter  sur  l’ensemble  des  coûts  de  court,  moyen  et  long  termes.  Les  opportunités  éventuelles  doivent  être  considérées  à  la  lumière  de  l’intérêt  national  ou  européen  et  en  comparaison  avec  les  autre  solutions  possibles.    Le gaz de schiste est objectivement loin de satisfaire aux critères qu’un État doit prendre en  compte  pour  définir  son  mix‐énergétique.  Non  durable,  faible  économiquement  à  court  terme  et  couteux  à  milliards  à  long  terme,  il  menace  à  la  fois  l’environnement,  l’équilibre  géopolitique  gazier  entre  l’Union  et  la  Russie  et  la  réorientation,  pour  le  coup  durable,  de  l’économie  européenne  vers  les  énergies  vertes  et  renouvelables.  Dans  cette  perspective,  l’action  actuelle  du  gouvernement  polonais  ressemble  davantage  à  de  l’ « activisme  économique » – tout faire pourvu qu’on attire quelque milliards d’investissements étrangers,  peu  importe  le  coût  pour  la  population,  l’environnement,…  –  qu’à  une  politique  étatique  sensée.