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France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement

Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004

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France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement

TABLE DES MATIÈRES
ENFIN, LA NATURE Composition du Conseil Scientifique Préambule : I. ASPECT FRANÇAIS DE LA GESTION DES DECHETS I.1- La base de la gestion des déchets : I.2 – La notion du déchet ultime : I.3 – Les différents centres de stockage : I.3.1 – Stockage classe 2 : I.3.2 – Stockage classe 1 : II. FONCTIONNEMENT D’UN SITE DE STOCKAGE II.1 – Le rôle de l’eau dans les CET de classe 2 : II.2 – L’aspect mécanique et géotechnique de classe 2 : II.3 – La production de lixiviats : II.4 – La production de biogaz : II.5 – Les nuisances : II.5.1 – Les odeurs : II.5.2 – Les bruits : II.5.3 – Les envols : II.5.4 – La prolifération d’animaux : II.6 – Maîtrise des flux et des nuisances II.6.1 – Déchets entrants : II.6.3 – Les lixiviats : 6 7 8 9 9 9 9 9 9 10 10 10 11 11 11 11 11 12 12 12 12 12

II.6.4 – Les barrières de sécurité des centres d’enfouissement (CET) de classe 2 :12 II.6.5 – Le biogaz : Extraction active avec ventilateur ou compresseur, III. HISTORIQUE DE LA LÉGISLATION ET DE LA RÉGLEMENTATION III.1 – Avant la révolution industrielle : III.2 – L’hygiène de la fin du XVIII ème au début du XX ème siècle 14 III.3 – Les premiers textes spécifiques aux décharges des déchets ménagers : IV. VERS UNE POLITIQUE GLOBALE DE LA GÉSTION DES DÉCHETS Conclusions : V- INVENTAIRE DE NOS CONNAISSANCES ACTUELLES V.1 – Le biogaz : V.2 – Les lixiviats : V.2.1 – Composition globale : 15 16 17 18 18 18 19 13 13 14 14

VI. EXPOSITION DES POPULATIONS RIVERAINES AUX POLLUANTS ÉMIS LORS DU STOCKAGE 20 VI – 1 Caractérisation de la contamination de l’environnement :
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France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement VI – 2 Les études françaises au droit des sites de déchets ménagers 20 VII. IMPACTS SANITAIRES VII – 1 Des effluents chimiques : VII-1.1 Population professionnelle VII- 1.2 Risques accidentels et aigus VII-1.3 Troubles divers en rapport avec l’exposition aux polluants VII-1.4 Risque pour la population VII-1.5 Epidémiologie en population générale VII-1.6 Effets sur la reproduction VII-1.7 Etudes des cancers VII-1.8 Effets non cancérigènes VII-1.9 Des microorganismes VII- 2 Des nuisances physiques VII- 2.1 Le bruit VII-2.2 Nuisances olfactives liées au stockage des déchets VII-2.3 Métrologie des odeurs 23 23 23 23 23 23 23 23 24 24 24 25 25 25 25

VIII. DES BIO INDICATEURS POUR LA SURVEILLANCE DES ÉMISSIONS ET DES RISQUES 26 VIII-1 Définitions VIII-2 Différents groupes d’être vivants connus dans la bio surveillance 26 VIII-2.1 Animaux VIII-2.2 Végétaux VIII-2.2.1 Végétaux supérieurs 26 26 26 26

VIII-2.2.2 Surveillance environnementale et bio-indicateurs en périphérie d’installations de stockage des déchets 27 IX-1 L’utilisation des lapins IX-2 L’utilisation des rats IX-3 Conclusion X-1 Les natures de risques et les enjeux X-2 Représentations des risques légitimes X-3 Représentations des risques sanitaires X-4 Représentations des risques pour l’environnement et le cadre de vie 31 X-5 Représentations des risques indirects X-6 Entre risques et enjeux : le désir d’oubli et le besoin de transparence 31 X-7 La transparence de la communication X-8 Des bilans critiques sur l’efficacité des institutions démocratiques existantes XII. MATÉRIELS ET MÉTHODES XII-1 sites de stockage de déchets ménagers et assimilés XII-2 Identification des effets indésirables XIII-1 La population d’étude et les voies d’exposition XIII-2 Caractérisation des milieux XIII-3 Concentration de polluants dans l’eau au niveau des captages37 XIII-4 Dose d’exposition par ingestion
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1 Commissions locales d’information et de surveillance Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 62 4 .2 A partir des retombées atmosphériques XV-1 Ingestion XV-2 L’inhalation XVI-1 voie orale XVI-2 voie respiratoire XVI-3 Les odeurs XVI-4 Les risques reprotoxiques Définition des effets reprotoxiques 38 40 41 41 41 41 41 42 43 45 46 47 48 49 XVI-5 Connaissances toxicologiques sur les substances émises par les centres de stockage 49 XVI-6 Conclusion XVII-1 Emissions gazeuses XVII-2 Production de lixiviats XVII-3 Indicateurs de concentration XVII-4 Caractérisation du risque XVII-5 Conclusions XVIII.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XIII-5 Caractérisation des risques XIII-6 Les ratios de danger XIV. AMÉLIORATION DE L’INFORMATION ET DU DIALOGUE AVEC LES RIVERAINS 62 XXI. CARACTÉRISATION DES DANGERS XIV-1 choix des VTR XIV-2 Concentration dans la chaîne alimentaire XIV-2.1 A partir des lixiviats XIV-2. RECOMMANDATIONS POUR L’ÉVALUATION DES RISQUES XVIII-1 Mise en œuvre et amélioration de la réglementation XVIII-2 Conformité législative et réglementaire des centres de stockage 54 XVIII-3 Connaissance de la source 54 49 51 51 51 52 52 53 53 XVIII-4 Amélioration de la démarche d’évaluation quantitative des risques sanitaires 54 XVIII-5 Améliorer la connaissance des rejets XVIII-6 Analyse toxicologique XVIII-7 Effets sanitaires XVIII-8 Elaboration des Valeurs Toxiques de Référence (VTR) XVIII-9 Estimation des expositions XVIII-10 Populations et comportements XVIII-11 Caractérisation des milieux environnementaux XIX-1 Surveillance environnementale XIX-2 Surveillance métrologique des centres de stockage XX. SURVEILLANCE DES IMPACTS SANITAIRES XX-1 Surveillance sanitaire des personnels XX-2 Surveillance sanitaire des populations riveraines 54 55 55 55 56 56 56 58 59 61 61 61 XXI.

C’est aussi lui qui a participé au titre de FNE en tant que membre du Conseil Scientifique directement à cette production de l’Institut de Veille Sanitaire. SYNTHÈSE ET CONCLUSIONS XXII-1 Démarche méthodologique XXII-2 Résultats XXIV.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XXII. Mme José Cambou Pilote du Réseau santé-environnement de FNE Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 5 . CONCLUSIONS 63 63 63 67 68 Remerciements Nous devons ce travail de synthèse à Jean Germain Poujouly. ÉVOLUTIONS ET PERSPECTIVES XXV. de l’UDV 13 qui est membre du Directoire du Réseau santé-environnement de France Nature Environnement.

LA NATURE Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 6 .France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement ENFIN.

AFSSE. In VS. Réseau Santé Déchets. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 7 . EHESS/CERMES. Président UDVN Institut Européen des Génomutations.N. Sous direction des produits et des déchets. ONYX. EUROPOLL. laboratoire de Métrologie des Aérosols. POLDEN. VNC Consultant. F. Réseau Santé Environnement. Direction de la Protection des Pollutions et des Risques. ADEME. Direction Générale de la Santé. SITA Direction Industrielle. MATE. In VS. FNADE. INERIS. Réseau Santé Déchets. INRS. Département Santé Environnement. Département Santé Environnement. Département Santé Environnement.Laboratoire écologie alpine. ENPS. École vétérinaire de Lyon. Université Catholique de Louvain. AGHTM. BRGM. InVS. Unité Déchets et Stockage. représentant de la SFSP.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement Composition du Conseil Scientifique ASTA Juliette BAJEAT Philippe BALMES Laurence BELIN Christian BERNARD Alfred BERNY Philippe BOUDET Céline BERNARD Bruno CARRÉ Jean DESACHY Christian DOR Frédéric FABRIES Jean-François GUYONNET Dominique KECK Gérard LAMBOLEZ-MICHEL Lucie NICOULET Isabelle MIRALVES James NAQUIN Pascale NEDELLEC Vincent PONTET Sabrina POUJOULY Jean Germain ROBERT Elisabeth STEFFEN Christoph THOUMELIN Philippe VAN STAEVEL Elvire ZMIROU Denis Réseau Santé Déchets et Université Joseph Fournier .E. Direction des risques chroniques.

France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement Préambule : L’InVS a assurée la coordination de ce projet. scientifique. la nature et l’ampleur d’un éventuel impact sanitaire des procédés de stockage des déchets depuis les déchets bruts jusqu’aux déchets « ultimes ». et assuré la cohérence scientifique de l’ensemble de ce travail Un comité de pilotage comportant un représentant de chaque partenaire a assuré la coordination de l’ensemble de la mission. l’incinération conduit elle même à la production de résidus (REFIOM = Résidus des Fumées des Incinérateurs d’Ordures Ménagères et mâchefers) qui représente une fraction importante ~ 25-30 % de la masse des déchets bruts destinés au stockage.1994]. Zmirou. réparti les tâches à accomplir. les autres effets incriminés n’ont pas de spécifications particulières ce sont des manifestations courantes telles que irritations. Nous essayons de porter à votre connaissance. administrative. céphalées. Jean Germain POUJOULY La loi du 13 juillet 1992. notamment d’ordre sanitaire. c’est à dire c’est à dire « qui ne sont plus susceptibles d’être traités dans les conditions techniques et économiques du moment. constitué de personnalités ayant compétence connue dans le champ couvert. notamment par extraction de la part valorisable ou par réduction de leur caractère polluant ou dangereux. tant les conclusions avec les pathologies cancéreuses et les reprotoxiques sont limitées et fragiles . troubles psychologiques [Dolk. troubles digestifs. Nous souhaitons vivement que ce travail retienne votre attention. 1998 . validé le protocole. Il est donc difficile d’attribuer la survenue de ces effets à la présence de la décharge. 1998 . Une retombée importante de ce projet sera de donner des éléments de comparaison pour apprécier le gain sanitaire croissant des conditions techniques du stockage des déchets. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 8 . Un Conseil Scientifique. a défini le plan détaillé du programme d’étude.juillet 2002 ne sera autorisé que le stockage des déchets « ultimes ». auquel ont été associés des partenaires institutionnels ayant compétence dans ce domaine. technique. relative à l’élimination des déchets. Il n’en demeure pas moins que ces installations génèrent des odeurs à l’origine de nombreuses plaintes. Dans ce contexte. dans le meilleur esprit d’information qui est dû à nos concitoyens et Associations la synthèse d’un travail de l’ordre de 500 pages qui a nécessité environ deux années de travail. prescrit qu’à l’échéance du 1er. Deloraine. ce rapport a pour objet d’établir un état des connaissances sur la réalité. Le fait de vivre à proximité d’un site de stockage de déchets constitue-t-il une menace pour la santé ? En dehors des sites de love canal aux (USA) de Montchanin en (France) dans le courant des années 80 qui d’ailleurs n’ont pas apporté un éclairage concluant. La mise en décharge dans des installations de stockage reste d’autant plus une étape incontournable dans notre système de gestion et d’élimination des déchets que. 1995 . Dor.

.106 3.1 – Stockage classe 2 : Exemple de stockage de classe 2 des DMA autorisées année 2000 soit 44% des ordures ménagères (ADEME.452 7. ASPECT FRANÇAIS DE LA GESTION DES DECHETS I.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement I.218 1. Ce type de stockage dangereux est exploité sur 13 sites de surface.Les sites de classe 1 : stockage des déchets dangereux. en précisant que peut être considéré comme tel la fraction non récupérable des déchets.2 – Stockage classe 1 : En 1998.2 – La notion du déchet ultime : Au sens de la loi.299 1.3. (limitation de la production de déchets et leur toxicité). puisque la perméabilité est un minimum à 5 m du sol de 10¯ 9 m/s. Il convient de rappelez que la circulaire d’avril 1998. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 9 . les classes 1 ont reçu 803.3 – Les différents centres de stockage : On distingue trois types de stockage. .prévention.valorisation qui permet le réemploi.3. . notamment par extraction de la part valorisable ou par réduction de son caractère polluant ou dangereux.traitement et stockage qui doivent être respectueux de l’environnement. redéfinit le déchet ultime. tout autre action permettant d’obtenir à partir des déchets.1 QUANTITÉ EN MILLIERS DE TONNES 10.920 1 vitesse de pénétration dans le sol de l’eau exprimée en mètre par seconde. I. des matériaux réutilisables ou de l’énergie.1.480 24.Les sites de classe 2 : stockage des déchets ménagers et assimilés non dangereux.138 tonnes de déchets dangereux dont 416. I. Comme pour les classes 2 ces installations de classe 1 doivent comporter une étanchéité en fond de site beaucoup plus strict. . le recyclage.410 tonnes ont fait l’objet d’une stabilisation.Les sites de classe 3 : stockage des déchets inertes. selon la nature des déchets concernés qui sont : .La base de la gestion des déchets : Les politiques nationales et communautaires prévoient la hiérarchie de priorités suivantes : .275 1. ITOM 2000) NATURE DES DÉCHETS Ordures ménagères Déchets industriels banals Encombrants Résidus de traitement Déblais et gravats Autres TOTAL I. un résidu ultime est un déchet qui n’est plus susceptible d’être traité dans les conditions techniques et économiques du moment. I.

adsorption.des matériaux stables et inertes (verre. oxydoréduction. complexion. II. produits alimentaires.) dont le comportement correspond à un sol dense.Les différentes réactions conduisent à la destruction partielle de la matière et à la solubilisation de certaines espèces ou à leur transformation en gaz.Les déchets stockés et les sols qui les entourent. . Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 10 . .1 – Le rôle de l’eau dans les CET de classe 2 : Les eaux météoriques s’écoulent à travers la masse des déchets. physique et biologique des déchets.L’eau qui s’écoule à travers la masse des déchets produit des lixiviats en se chargeant de substances chimiques ou biologiques.des matériaux décomposables (bois. La formation des lixiviats met en jeu une grande diversité de phénomènes qui peuvent être répartis en deux catégories [Amokrane. textiles…. . céramique……. les casiers subissent alors des tassements qui modifient sensiblement les caractéristiques mécaniques et géotechniques. le biogaz et à l’entraînement par l’eau de molécules très diverses qui donnent lieu à des lixiviats. .2 – L’aspect mécanique et géotechnique de classe 2 : Les déchets admissibles en CET (K2)1 sont constitués de matériaux hétérogènes et anisotropes2 on y trouve principalement : .des matériaux compactables dits « encombrants » (meubles électroménager…. . L’ensemble de ces phénomènes conduit à la génération de métabolites gazeux. métaux. neutralisation et transfert de matière. Relatif aux corps et aux milieux dont les propriétés diffèrent selon la direction considérée..Les processus aérobies et anaérobies vont dégrader la fraction fermentescible des déchets.). . . . avec une vitesse et un débit qui dépendent de la perméabilité et de l’épaisseur du milieu et favorisent la biodégradation des matières organiques fermentescibles qui produisent la formation des lixiviats.L’évolution du pH met en œuvre des mécanismes chimiques de solubilisation. II.des matériaux déformables (matières plastiques. Casiers et alvéoles subissent durant cette période plus ou moins longue des tassements intervenant au cours des deux phases successives : 1 2 Centre d’enfouissement technique de classe 2.). FONCTIONNEMENT D’UN SITE DE STOCKAGE Le fonctionnement d’un centre d’enfouissement technique (C E T) peut être assimilé à un réacteur bio physico-chimique donnant lieu à des réactions qui aboutissent à la transformation chimique. tous deux vecteurs essentiels de la charge polluante des CET classe 2 [ADEME 1995].Les matières biodégradables mises en CET font l’objet d’une évolution biologique sous l’action des bactéries aérobies puis anaérobies. sont constitués de matériaux hétérogènes.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement II. 1994] : . papier……).

. avril 2000]. en fonction de la nature.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement . dû à la décomposition biochimique et biophysique des déchets.compression secondaire au cours de laquelle deux phénomènes interviennent : 1. le brûlage volontaire ou par imprudence. les matériaux se réarrangent par distorsion pour combler les espaces vides.5. tassement provoqué par l’écoulement des eau et la vibration des engins 2.3ème phase : Au delà de 10 ans. II.2 % de la pluviométrie. durée ~ 1 à 2 ans. France Déchets.5 – Les nuisances : II.2 % Production de lixiviats (en % de la pluviométrie) Une étude de l’Agence de l’eau montre que sur 8 sites de (K2) étanchés en fond de casier la quantité mensuelle de lixiviats collectée est de : .177 m3/ha avec un écart type de 122 m3/ha [Agence de l’eau. le biogaz non capté. L’observation des CET (K2) montre que globalement les tassements sont de l’ordre de 10 à 20 % de la hauteur totale des déchets.5 ans Début exploitation (sans couverture) 20 % (jusqu’à 30 %) 10 ans En cours d’exploitation (couverture intermédiaire) 7% > 10 ans Fin d’exploitation (couverture finale) 0. en particulier. II. la couverture réduit considérablement les infiltrations d’eau et la production de lixiviats n’est plus que de 0. Âge de la décharge Gestion de l’alvéole 1. l’ADEME et l’EPA a permis d’établir cette production en trois phases : .5.1 – Les odeurs : Sont des sources d’odeurs : le déversement des fermentescibles (molécules organiques volatiles anthropique). production de l’ordre de 6 à 7 %. On estime généralement la production de biogaz de 120 à 150 m3 par tonne d’ordures ménagères [Christensen. sous leur propre poids.2 – Les bruits : Sont engendrés par les matériels en exploitation sur le site.3 – La production de lixiviats : Les contraintes réglementaires (arrêté du 09/09/1997) ont fait évoluer la production des lixiviats. un second tassement. les alvéoles en exploitation. . le bassin de collecte des lixiviats. 1997] qui correspondrait à une infiltration efficace de 212 mm/an. de l’humidité. 1996 . du taux de compactage et de la température.1ère phase : ~ 20 % de la pluviométrie et pouvant aller jusqu’à 30 %.compression primaire pendant laquelle. Stegmann.2ème phase : dont la durée moyenne serait ~ 10 ans. . II. La majeure partie de la production du biogaz est produite durant les 10 premières années.4 – La production de biogaz : Elle varie en fonction. ADEME. plus lent. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 11 . II. Cossu. Une étude menée par CGEA Onyx.

Elle est au minimum constituée de bas en haut par 5 mètres de matériaux présentant une perméabilité < 10-6 m/s2. II.6 – Maîtrise des flux et des nuisances II.) qui doivent faire l’objet d’un traitement supplémentaire. Zn. II.4 – La prolifération d’animaux : Rongeurs. une réaction de dégradation du déchet . Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 12 . Les lixiviats ne peuvent être rejetés dans le milieu naturel qu’après traitement (ce traitement est souvent assuré par une station d’épuration collective ou une station mise en place par l’exploitant).D’une barrière de sécurité active. les sites de K3 (déchets inertes) ne sont pas concernés. . Pour répondre à cet objectif un fossé extérieur de collecte est construit pour capter les ruissellements consécutifs aux pluies. < plus petit que.….6. se développement actuellement la mise en place de bio réacteur qui vise à mieux maîtriser la dégradation du déchet dans l’alvéole de stockage.La barrière de sécurité passive est destinée à garantir l’étanchéité des casiers de stockage en cas de défaillance de la sécurité active sous laquelle elle se trouve.5. Cd. Les recherches au niveau des (K2) en vue d’améliorer les modes de traitement ont permis de concevoir de nouvelles techniques de traitement des déchets avant stockage. .respect des seuils limites (stabilisation pour les déchets dangereux déchets présentant une fraction soluble >1 à 10 % en masse de matière sèche ou des teneurs en polluants dont la fraction lixiviable est > aux seuils réglementaires (Cr. puis à collecter. attirés par la nourriture qui se trouve dans les déchets peuvent constituer une gène susceptible de propager des maladies.respect de la catégorie de stockage (K1 ou K2). . II.4 – Les barrières de sécurité des centres d’enfouissement (CET) de classe 2 : La qualité du confinement des déchets et des lixiviats est assurée par la meilleure étanchéité du site de stockage réalisée par une structure multicouche constituée : .. radioactif).Les eaux de ruissellement : Tous les sites sont concernés. II.6. stocker et traiter les lixiviats. La maîtrise de cette opération consiste à confiner les déchets pour éviter la pollution des eaux souterraines. II.3 – Les lixiviats : Seuls les sites de K1 et K2 sont concernés.6.6.D’une barrière de sécurité passive. La maîtrise du flux des eaux de ruissellement consiste à éviter qu’elles viennent augmenter la quantité de lixiviats. .contrôle que ce déchet n’est pas interdit (infectieux.5. par exemple un prétraitement biologique qui consiste à mettre en œuvre avant le stockage. oiseaux. et 1 mètre de matériaux d’une perméabilité 1 2 > plus grand que. insectes.sur le tonnage admis ainsi que sa nature.2 . .France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement II.1 – Déchets entrants : La maîtrise du déchet intervient : . Pb.3 – Les envols : Ils son dus pour la plupart à l’absence régulière de couverture (qui doit se faire chaque jour en fin de poste).

2003].France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement < 10-9m/s. ce qui permet la destruction complète des hydrocarbures halogénés. pour éviter la stagnation des eaux. . Concernant son captage le biogaz bénéficie de techniques de plus en plus efficaces et conformes à l’arrêté ministériel de 1997 : Extraction active avec ventilateur ou compresseur. Le temps de rétention du gaz est > à 0. Les origines des défauts dans les géomembrane ont été recensées [Nosko et al.la torchère à combustion externe où la flamme dépasse le fût de mise à l’air libre dans laquelle le gaz est incinéré à une température de 800 à 850 °C. Des dispositifs d’assurance qualité sont mis en place afin de garantir la bonne exécution et une meilleure pérennité des ouvrages. elle assure également le drainage et la collecte des lixiviats en vue de leur traitement. Parts en % 73 % 24 % 2% 1% 1 > plus grand que. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 13 . A noter : pour les installations de classe 1 (K1). . 1996 et Touze Foltz. Origine des défauts Mise en place de la couche drainant granulaire Pose de la géomembrane Exploitation Contrôle d’étanchéité II.5 – Le biogaz : La maîtrise des flux de biogaz passe par la récupération de l’énergie .6. Les maillages des réseaux sont plus serrés permettant de récupérer un maximum de biogaz. la barrière passive doit comporter au minimum 5 mètres de matériaux présentant une perméabilité < 10-9 m/s.La barrière de sécurité active est constituée d’une géomembrane. ou tout autre dispositif équivalent et d’une couche de drainage qui assure l’étanchéité du casier et son indépendance hydraulique . A noter : La réglementation impose une combustion à une température minimale de 900 °C pendant une durée > à 0. Aussi. elle permet de protéger l’environnement avec une réduction des substances olfactives et/ou toxiques limitant ainsi l’effet de serre lié à la présence du méthane et du dioxyde de carbone. et pourra être traités sur site par les traitements biologiques ou physico-chimiques qui s’inspirent des méthodes utilisées dans les stations d’épurations urbaines.3 secondes.la torchère à combustion interne où la flamme se situe dans un fût de 6 à 8 mètres de hauteur et dans laquelle le gaz est incinéré à environ 1000 °C. un ensemble drainant de 50 cm d’épaisseur et d’une perméabilité de 10-4m/s est constitué de granulats siliceux à l’intérieur desquels est disposé un réseau de drains mis en place sur la géomembrane. Pour les CET les plus récents le taux de récupération sur une exploitation correctement installée est >1 80 %. Le stockage des lixiviats peut alors se faire dans des bassins ou dans des cuves. Le traitement du biogaz est fait par l’intermédiaire d’une torchère dont il existe actuellement deux types : .3 secondes.

La découverte des microorganismes par Pasteur au début du 20ème siècle. par décret impérial du 15 octobre 1810 naît la première organisation relative aux manufactures et ateliers qui répandent une odeur insalubre et incommode. ils prennent toutes les mesures pour lutter contre les nuisances en général et.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement III. il était d’usage de jeter les ordures dans la rue entraînant des nuisances sérieuses. les voies seront nettoyées. capitale de l’empire minoen (2è millénaire avant JC). Sous Napoléon 1er. • Louis IX. Dans les villes médiévales. III.2 – L’hygiène de la fin du XVIII ème au début du XX ème siècle : A la fin du 18ème siècle. Dans la troisième classe : sont placés les établissements qui peuvent rester auprès des habitations mais sont soumis à la surveillance de la police. HISTORIQUE DE LA LÉGISLATION ET DE LA RÉGLEMENTATION III. correspondant aux établissements devant être éloignés des habitations. leur tri et l’interdiction de les entasser sur la voie publique. Les premières velléités de remède à cette situation date du 12ème siècle. • Charles VI obtient en 1404 la création de décharges à la périphérie des villes. apportera une légitimité à l’hygiénisme. insalubres ou incommodes. Si le XVI ème et le XVII ème siècle voient la privatisation du déchet et la mise en place de la collecte et de l’élimination des ordures.1 – Avant la révolution industrielle : Une organisation de la collecte des ordures ménagères est connue pour quelques cités de l’Antiquité telle que Cnossos. puis Rome (101 avant JC). Pour la seconde classe : l’éloignement des maisons n’est pas obligatoire. • François I. La création de cet établissement fait désormais l’objet de l’autorité administrative accordée pour les établissements de 1ère classe. contre les odeurs qu’il occasionne. par arrêté en conseil d’état. en particulier. l’éclosion de l’hygiénisme développe une nouvelle sensibilité par rapport à la santé et à la mort. • Louis XII (1506) met en place le premier service public d’enlèvement des ordures financé par un impôt spécial. La première nomenclature des établissements relative à la classification des établissements dangereux. prend de nouvelles initiatives dont l’utilisation de paniers pour les ordures. • Philippe VI de Valois par un écrit de 1348 tentera d’obliger les habitants à regrouper les ordures « aux lieux accoutumés ». paraîtra dans l’ordonnance du 9 février 1825. Les établissements sont répartis en 3 classes qui sont : • • • La première : dépôts de boues et immondices. les opérations doivent être exécutées de manière à ne pas incommoder les propriétaires du voisinage. Cette nomenclature sera renforcée jusqu’à la loi aux établissements dangereux du 19 décembre 1917. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 14 . • En 1184 Philippe Auguste demande le pavage des rues et des voies de la cité.

3 – Les premiers textes spécifiques aux décharges des déchets ménagers : La spécificité de la décharge apparaît pour la première fois dans le décret 52-967 du 13 août 1952 portant règlement d’administration publique. l’imperméabilisation de la base de la décharge. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 15 . Le décret du 24/08/1965 modifie la rubrique n° 169 en distinguant les dépôts des déchets ménagers la décharge brute et la décharge contrôlée. le contrôle de la qualité de l’eau de la nappe etc. La circulaire interministérielle du 22 février 1973 indique que seule la décharge contrôlée est désormais admise. La décharge contrôlée considérée comme un établissement dangereux insalubre ou incommode de classe 2 (rubrique 169). La circulaire du ministère de la santé du 16 octobre 1984. Les dépôts de déchets ménagers sont désormais classés en classe 2 et exploités par fermentation en décharge contrôlée et soumis à autorisation préfectorale . est subordonnée à une autorisation préfectorale après enquête et avis du géologue.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement Le décret du 25 décembre 1901 modifiant la nomenclature des établissements dangereux ou insalubres introduit dans cette dernière l’incinération des ordures ménagères. La circulaire du 9 mars 1973 relative aux décharges contrôlées de résidus urbains s’accompagne d’une instruction technique qui réunit l’ensemble des prescriptions techniques applicables aux décharges contrôlées (le périmètre de protection. son drainage. introduit dans le règlement sanitaire départemental l’interdiction de toute décharge brute de déchets ménagers. 1 Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France. sont classé en classe 1 tous les autres cas. qui modifie celle du 9 août 1978. III. précise et complète le texte du CSHPF1.). La circulaire interministérielle du 14 avril 1962 relative à l’évacuation et au traitement des ordures ménagères reprend. insalubres ou incommodes. Le décret du 26 avril 1976 introduit la rubrique 322 (à la place de la 169) qui précise que les décharges d’ordures ménagères relèvent du régime de l’autorisation (322 B2) au titre des établissements dangereux.

La demande d’autorisation établie conformément au décret du 21 septembre 1977 donne lieu à une procédure comportant notamment une enquête publique et réunissant les avis des différentes instances. Les installations de traitement des déchets ménagers sont classées sous la rubrique 322 et celles de traitement des déchets industriels sous la rubrique 167. La loi du 19 juillet 1976 précise qu’en plus du voisinage. K≤ 10-6m/s) qui assure une migration lente du lixiviat à travers une zone non saturée d’épaisseur suffisante. 3. Ces installations relèvent dorénavant de la nomenclature des installations classées établie par décret en conseil d’état. L’arrêté du 9 septembre 1997 relatif aux installations de stockage de déchets ménagers et assimilés introduit de nouvelles contraintes pour les pétitionnaires et exploitants. Elle précise les types de déchets devant être refusés sur les sites K1 et K2. …. 2. 1 2 Déchets Industriels Banals.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement IV. elle vise la protection du milieu naturel. Ce texte stipule que les déchets industriels spéciaux ne peuvent pas être stockés dans des installations recevant d’autres catégories de déchets et qu’à partir du 1er juillet 2002 les installations de stockage ne seront autorisés à accueillir que des déchets ultimes2. L’instruction technique du 22 janvier 1980 sur les mises en décharge fait apparaître une classification en 3 catégories : 1. Les classes 2 (K2) qui reçoivent des déchets ménagers et les DIB1 qui peuvent être implantées sur des sites semi-perméables (5 m. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 16 . Les classes 3 (K3) implantées sur des sites perméables (K > 10-6m/s.VERS UNE POLITIQUE GLOBALE DE LA GÉSTION DES DÉCHETS La directive du 15 juillet 1975 du Conseil des Communautés Européennes encourage la réduction à la source et la valorisation des déchets. Les classes 1 (K1) qui reçoivent les déchets industriels spéciaux sont créées sur des sites imperméables (5 m. La barrière de sécurité passive doit comporter désormais de haut en bas une perméabilité <10-9m/s sur au moins 1m et <10-6m/s sur au moins 5 m. susceptibles d’être traités dans les conditions techniques et économiques du moment. Déchets résultant ou non du traitement des déchets. 1. K ≤ 10-9m/s) qui assure un confinement convenable des lixiviats. La loi du 13 juillet 1992 renforce tous les dispositifs mis en place depuis 1975. A compter de l’arrêté du 18 décembre 1992 l’élimination conjointe des déchets ménagers et industriels spéciaux est interdite. Un contrôle d’admission des déchets doit être réalisé. Elle impose aux états membres de s’assurer que les déchets seront éliminés sans mettre en danger la santé de l’homme et sans porter préjudice à l’environnement.) qui ne peuvent recevoir que des déchets inertes. 2.

le renforcement du contenu sanitaire de l’étude d’impact conduit à s’intéresser directement aux effets des décharges sur la santé de l’homme. les polluants les plus dangereux pour la santé ou l’environnement. Une bande de 200 mètres autour de la zone d’exploitation doit être garantie par l’exploitant de façon à éviter l’implantation d’activités ou occupation du sol dans cette zone incompatibles avec ce type d’exploitation. Une distinction est faite alors entre les K1 et les K2. et notamment des installations classées. 4. fait l’objet de traitements destinés à minimiser les nuisances. Le traitement et le drainage des lixiviats deviennent obligatoires et le biogaz. une meilleure connaissance des cas de pollution par des composés chimiques s’accompagnent d’un renforcement des contraintes pour les décharges. désormais capté.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement 3. grâce aux tris et aux procédés de stabilisation. la sensibilité grandissante de la société. les risques et les pollutions. Les dossiers comportent une analyse de l’impact éventuel du site sur la qualité des eaux. L’article 19 de la loi n° 96-1236 du 30 décembre 1996 sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie renforce la prise en compte de l’impact sur la santé publique des activités économiques. Toutefois depuis 1996. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 17 . La barrière de sécurité active est assurée par une géomembrane surmontée d’un dispositif de drainage des lixiviats. Contraintes et réglementations organisent l’admission de déchets pour écarter. La transcription en droit français de la directive 1999/31/CE du 26 avril 1999 s’est traduite par la parution de l’arrêté du 30 décembre 2002 relatif au stockage des déchets dangereux industriels spéciaux ultimes stabilisés pour les installations nouvelles ou existantes. Conclusions : A partir des années soixante-dix.

parallèlement le taux de CO2 diminue et les autres gaz ou produits volatils majeurs disparaissent. De ce fait le pH est voisin de la neutralité et la charge en métaux devient négligeable. les lixiviats intermédiaires. V. phase 1. les lixiviats âgés ou stabilisés. dont le pouvoir calorifique est fonction de sa teneur . le gaz carbonique (CO2). phase 3 – la méthanogénèse démarre. En effet.5). Avec ce processus les eaux se chargent mécaniquement et surtout chimiquement en substances minérales et organiques.dans cette dernière phase la production de biogaz chute pour finalement cesser au profit d’un retour des conditions aérobie. l’oxygène et l’azote de l’air y compris le principal produite de dégradation de la matière organique fermentescible.elle est le départ du cycle . l’oxygène entre 15 et 20 % avec un taux de dioxyde de carbone ne dépassant pas 25 % .2 % en 2001. Les lixiviats intermédiaires présentent une charge organique un peu moindre avec une biodégradabilité assez faible. d’alcools. phase 4 – elle est appelée phase méthanogène stable et dure plusieurs années au cours de laquelle la production de méthane atteint son maximum. On constate que cette participation diminue progressivement avec la réglementation qui oblige au captage du biogaz. 4.INVENTAIRE DE NOS CONNAISSANCES ACTUELLES V. phase 5. Les lixiviats jeunes se caractérisent par une charge organique élevée. 1986] : 1. les lixiviats jeunes. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 18 . • Corrosif : les composés soufrés additionnés à l’humidité rendent le biogaz corrosif . le cycle complet s’articule en 5 phases : 1. les acides carboxyliques ne représentent que 20 à 30 % de cette charge. Les caractéristiques du biogaz sont les suivantes : • Combustible : le méthane est le principal combustible contenu dans le biogaz. Ils peuvent être chargés en métaux (jusqu’à 2g/l) du fait de leur pH relativement bas (< 6. il y a production d’acides gras volatils.1 – Le biogaz : Le biogaz est un sous-produit de dégradation de la matière organique fermentescible. l’acidogénèse et l’acétogénèse. • Explosif : lorsque la teneur en méthane est comprise entre 5 et 15 %. Le bilan national édité annuellement par CITEPA (Centre Interprofessionnel Technique d’Etudes de la Pollution Atmosphérique) fait apparaître une contribution de 25 % du biogaz des décharges pour 2000 et 17 % pour 2001. comme le mercaptans ou le sulfure d’hydrogène . 2. Trois types de lixiviats ont été distingués [Millot. 3. • Odorant : le biogaz est composé d’éléments malodorants présents sous forme de traces.2 – Les lixiviats : Les lixiviats sont le résultat de la percolation des eaux météoriques aux travers des déchets. sont les composants essentiels. d’ammoniac. D’après ces données si l’on considère les seules émissions de méthane par rapport au PRG (Pouvoir de Réchauffement Global exprimé en équivalent CO2).France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement V. • Participant à l’effet de serre : le méthane et le dioxyde de carbone sont les deux principaux gaz à effet de serre additionnel. la contribution des décharges aux émissions nationales de gaz à effet de serre représenterait à elle seule environ 3% en 2000 et 2. phase 2 – durant cette phase à lieu l’hydrolyse. 3. 5. de CO2 et d’H2. 2. lors de la courte phase aérobie.

présenter une composition standard de lixiviat de décharge de déchets ménagers semble illusoire. 1 2 Calcium. K. Centre d’Enfouissement Technique. 4.2 10 0.002 6 µg/l 170 µg/l 9 µg/l 270 µg/l 188 µg/l 1. Chlore. En conséquence. composés aromatiques…). NH4.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement Les lixiviats âgés son caractérisés par une faible charge organique. de la nature et de la composition des déchets et de la gestion du site. Magnesium. ces lixiviats stabilisés correspondent à la phase de maturation de la décharge.……. les teneurs en métaux des lixiviats diminuent rapidement en fonction de l’ancienneté de la décharge.2.6 µg/l Il convient de noter que les niveaux de concentrations mesurées sont liés à la mobilisation possible des métaux lourds présents au sein des déchets ainsi qu’à la présence de matière organique. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 19 .003 2 <5 0. Les cations de métaux lourds à l’état de traces. En résumé. Na.)1 ainsi que d’autres composés. 3. Les micropolluants organiques (hydrocarbures. Fer. Mg. Matejka. La matière organique dissoute ou en suspension. Métaux Cd Ni Zn Cu Pb Cr Teneur des Métaux mini maxi 0. Sodium. . NB : La composition particulière des lixiviats de décharges française n’est pas publiée dans la littérature et seuls les professionnels gérant ce type de stockage ainsi que les préfectures (DRIRE) sont en possession d’analyses. V. Cl. Compte tenu que la composition des lixiviats est fonction des déchets enfouis. exprimée généralement en DCO (demande Chimique en Oxygène).La composition des lixiviats des CET2 des déchets ménagers dépend de l’âge de la décharge.1 – Composition globale : Les auteurs relèvent classiquement quatre types de polluants [Pronost. les teneurs des différents polluants varient énormément d’un lixiviat à l’autre. Les lixiviats peuvent également contenir certains micro-organismes pathogènes [Sillet et al. issue de la biomasse. 2001]. sous forme majoritairement complexée par des ligands minéraux ou organiques. Ammonium.La composition des lixiviats des CET français de déchets dangereux relève de certaines conditions particulières d’exploitation ne correspondant en rien à la composition des CET de déchets industriels de la littérature internationale. de la météorologie et des techniques utilisées. Potassium. Fe. 2. Les composés minéraux majeurs (Ca. de l’âge de la décharge. 2000] : 1. Il paraît nécessaire de retenir : .

en France comme dans le reste des pays développés. 6 Toluène : hydrocarbure de la série benzénique. VI – 2 Les études françaises au droit des sites de déchets ménagers : Dans l’étude menée sur deux sites d’OM 7 coordonnée par le RDS des prélèvements ont été effectués par l’équipe de Médecine et Santé au Travail de Grenoble et par POLDEN en aval des sites à une distance < à 1000 m.). VI – 1 Caractérisation de la contamination de l’environnement : Les seules mesures de l’exposition des populations au voisinage des sites des CET2 de K2 3 proviennent de l’étude menée par plusieurs équipes coordonnées par le RSD 4 sur 5 prélèvements effectués dans 4 zones (N. le Xylène 5 de 40 à 380 µg/m3. S. 5 Xylène : hydrocarbure liquide extrait du benzol utilisé comme solvant et comme matière première pour des synthèses (colorants. par une gestion de plus en plus sophistiquée de nos déchets responsable d’effectifs de travailleurs en augmentation dans ce secteur industriel. 7 OM : Ordures Ménagères. Les expositions et les impacts sanitaires présentés dans ces études concernent de nombreux composés toxiques caractéristiques des déchets chimiques reçus dans les sites. très peu issues de travaux menés en France sur l’exposition et les impacts sanitaires générés par les sites de traitement des déchets pour les populations1. le Toluène s’échelonne de 60 µg/m3 à 2400 µg/m3. En ce qui concerne le Toluène6 les concentrations sont similaires ou supérieures à celle mesurées en zone urbaine (150µg/m3). 1 base donnée bibliographiques du Réseau Santé Déchets (RSD) en 1993. NE.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement VI. Les résultats font apparaître que les concentrations : • pour le benzène à l’extérieur du site se situent en dessous des valeurs en zone urbaine. SW) de la périphérie d’un site de stockage de déchets dangereux. Et pourtant. EXPOSITION DES POPULATIONS RIVERAINES AUX POLLUANTS ÉMIS LORS DU STOCKAGE De nombreuses études ont été publiées. La connaissance de l’exposition des populations aux polluants présents dans les rejets des stockages des déchets apparaît très réduite si l’on considère les études recensées sur le sujet. Les populations prises comme objets d’étude sont le plus souvent les populations riveraines ainsi que les travailleurs sur les sites. 2 CET : centre d’enfouissement technique. Cette exposition est estimée à travers la caractérisation de la contamination des différents milieux de l’environnement. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 20 . ne font pas référence à des sites de stockage de déchets ménagers au sens de la réglementation française. les contraintes environnementales de plus en plus fortes se traduisent. explosifs etc. employé comme solvant. 3 K2 : CET de classe 2. 4 RDS : Réseau Santé Déchets. Les articles sélectionnés ont fait l’objet de commentaires avisés par les experts du RSD. Les études menées à l’étranger où la gestion des déchets ne se fait pas suivant les modalités semblables à celles de la France.

les concentrations sont < à 0.1% de la VME française fixée à1 mg/m3. • L’arsenic n’est pas trouvé dans les prélèvements sur site. Pour les conducteurs d’engins de l’alvéole. • Pour le cadmium. dissolution des corps gras.inférieures à ces niveaux pour l’arsenic et le cadmium.7 % de la VME fixée à 1mg/m3 pour les fumées de manganèse. les concentrations les plus élevées représentent 1‰ de la VME indicative française fixée à 0. • Pour le manganèse. Combinaison de chlore avec un corps gazeux. VI – 2. les valeurs mesurées en aval des sites. Elles sont de 2 à 8 fois supérieures aux valeurs en zone urbaine (0.005 à 0.dans le bas de la fourchette pour le plomb. < 14 % de la VME pour les conducteurs d’engins. pour les HAP 3 les concentrations mesurées sont comparables aux niveaux relevés en zone urbaine. les concentrations en plomb sont < à 0. pour les autres métaux.05 mg/m3 pour le chrome (conducteurs BTP). les concentrations les plus élevées sont de l’ordre de 1 ‰ de la VME indicative française fixée à 0.4 ng/m3) que la CNAM recommande de ne pas dépasser au poste de travail.05 mg/m3. en revanche le plomb et le manganèse sont des éléments majoritaires. Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques. l’étude conduite sur 2 sites de stockage de déchets ménagers. Chez les conducteurs BTP. 1 2 3 4 Produit de substitution de l’éthylène. Elles son inférieures à la valeur communément retrouvée en milieu urbain (0. . sur les postes de travail relève des mesures significatives : • Les particules totales : atteignent 53% de la VME4 française fixée réglementairement à 10 mg/m3 au poste de vérificateur . les concentrations sont inférieures à 0. • A tous les postes. • Pour le chrome.5 à 3 µg/m3). Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 21 .6 % de la valeur de 150 ng/m3 soit (8. les concentrations mesurées sont de une fois et demie à deux fois et demie plus élevées que les concentrations en zone urbaines. En ambiance de travail elles atteignent 7. Elles sont supérieures (jusqu’à 60 fois pour les conducteurs d’engins du BTP du second site) aux concentrations mesurées en zone urbaine.2 µg/m3). à la zone urbaine sont : . Valeur Moyenne d’exposition.5 mg/m3. Ces valeurs sont comparables aux valeurs recommandées en zone urbaine par l’OMS (0. en revanche. par rapport. les valeurs basses des concentrations en poussières alvéolaires mesurées dans l’environnement des sites sont proches des niveaux observés en zone urbaine.du même ordre pour le chrome et le nickel.1 Mesures des polluants sur site dans l’étude coordonnée par le RSD : Coordonnée par le RSD. • Pour le nickel. pour les métaux les concentrations en manganèse mesurées peuvent dépasser les niveaux observés en zone urbaine. .France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement • • • • • pour le trichloréthylène 1 et le tétrachloroéthylène2 les concentrations en périphérie du site sont faibles par rapport à ce qui est relevé en zone urbaine.06 µg/m3).1 % de la VME française fixée réglementairement à 150 µg/m3. • Les concentrations en benzo (a) pyrène atteignent 5. les concentrations en particules alvéolaires atteignent 6% de la VME française fixée à 5 mg/m3. les valeurs hautes sont nettement supérieures à ceuxci.

Pour le tétrachloroéthylène.2 % de la VME indicative française fixée à 335 mg/m³ ou 550 ppm (conducteur d’engins de l’alvéole).6 ng/m³) ou chez des agents municipaux à Grenoble (2. elle est inférieure à 0. Aldéhyde : abréviation d’alcool déshydrogène . Synonyme d’aldéhyde méthylique ou formique. la concentration la plus élevée est inférieure à 1 % de la VME française fixée à 16 mg/m³ (5ppm). Elle est du niveau des concentrations mesurée en zone urbaine. En conclusion : Les concentrations mesurées aux postes de travail de sites de stockage de classe 2 des déchets ménagers sont inférieures ou très inférieures pour tous les polluants mesurés (particules. Composés Organiques Volatiles.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement • • • • • • • • Pour les HAP totaux.3 % de la VME indicative française fixée à 405 mg/m³ ou 75 ppm (conducteurs d’engins de l’alvéole). métaux. 1 2 3 4 Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 22 . L’estimation de l’exposition globale des salariés aux COV2 indique une exposition de l’ordre de 5% de la VME pour les agents les plus exposés (conducteurs d’engins) alors que les valeurs sont inférieures à 1 % aux autres postes de travail.1 à 74 ng/ m³).5% soit 0. La concentration en acétaldéhyde4 atteint 0.Aldéhyde acétique. Pour le méthanol. COV. la concentration maximale mesurée est de l’ordre de 4 % de la VME indicative française fixée à 260 mg/m³ (conducteurs d’engins de l’alvéole).1 les concentrations mesurées (entre 10 et 67 ng/m3) son du même ordre que celles retrouvées dans la rue au Danemark (46. la concentration maximale mesurée est < à 0. Pour le trichloréthylène. La concentration en formaldéhyde3 atteint 5% de la VME indicative française fixée à 0. Pour le benzène.1% de la VME indicative française fixée à 180 mg/m³ ou 100ppm.61 mg/m³. HAP et aldéhydes) aux valeurs de moyenne d’exposition (VME) retenues en France comme valeurs limites en milieu professionnel.

4 Risque pour la population Les risques de cancers encourus par une population riveraine de sites pollués. VII. sol). ouvert en 1979 et fermé en 1988. De leçons techniques ont été tirées de cette expérience. 1998]. 2 Société Française de Santé Publique. VII-1. ces troubles seraient plutôt en rapport avec l’exposition des travailleurs aux poussières minérales ou microbiologiques qu’à des polluants chimiques. des autres pathologies. Les populations vivant près de ces sites peuvent alors se contaminer par l’air qu’elle respirent. ces personnel risque également une intoxication aigue par un gaz inconnu à odeur d’ammoniac (hydrazine suspectée mais non prouvée). Le site de Monchanin. l’eau quelles boivent ou les végétaux qui poussent sur ces sols pollués. il est possible que des produits chimiques migrent hors du site et polluent les milieux environnementaux (eau. le calcul permet d’obtenir le chiffre moyen de 1.2 Risques accidentels et aigus Le risque d’accident mortel a été estimé très élevé chez les travailleurs occupés aux travaux de réhabilitation des sites de déchets dangereux par rapport à l’ensemble des autres secteurs. VII-1. IMPACTS SANITAIRES VII – 1 Des effluents chimiques : VII-1. les risques accidentels. constituait le premier exemple de décharge de classe 1 en France. En effet. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 23 .5 Epidémiologie en population générale Les sites d’enfouissement de déchets représentent un risque potentiel pour la santé. VII-1. Il à été relevé le plus fort taux de brûlures chimiques.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement VII.1 Population professionnelle Les études publiées concernant les troubles de la santé chez les travailleurs des sites de stockage de déchets sont particulièrement rares. par ailleurs.314 années de vie perdues pour chaque habitant de ce site hypothétique [étude de Hoskin]. On distingue. 1999]2.3 Troubles divers en rapport avec l’exposition aux polluants Les ouvriers des sites d’enfouissement souffrent principalement de troubles pulmonaires et gastro-intestinaux. VII-1. Une forte exposition aérienne aux bactéries d’origine fécales et aux spores fongique1 est retrouvée [SFSP.6 Effets sur la reproduction Depuis les années 80. air.1. plusieurs études épidémiologiques se sont efforcées de rechercher l’influence possible de la population de l’environnement – entre autres 1 Spore : corpuscule reproducteur de certaines espèces végétales formé d’une seule cellule fongique=champignon. A ce jour peu d’études épidémiologiques ont été réalisées pour évaluer ce risque [Dolk.

styrène. Goldberg 1999]. retrouvés dans les ambiances de centres de stockage. Les agents microbiologiques. un certain nombre d’études ont été réalisées. VII-1. VII-1. les auteurs estiment qu’il est difficile d’affirmer l’impact sur la santé.8 Effets non cancérigènes Les effets rapportés sont nombreux et touchent quasiment tous les organes et systèmes de l’organisme. Lewis-Michl 1998 .7 Etudes des cancers En matière de cancers. Les études de type écologique. En conclusion. des médecins locaux et les données de la littérature dans des situations comparables. pour la plus grande partie en Amérique du Nord où des contaminations importantes du milieu ont été trouvées [Tarkowski.) [Tarkovski. leurs résultats sont concordants et vont tous dans la direction d’une augmentation modérée du risque de malformations. leucémie) au voisinage des sites de stockage de déchets dangereux [Griffith 1989 .soit en entraînant une infection (pathologies respiratoires de type inflammatoire). Mallin 1990 . 2001]. aucune de ces études. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 24 . 2002]. Williams 1998 .9 Des microorganismes Il existe pour ce type d’activité extrêmement peu de données. cerveau. 1998]. 2001]. c’est la mise en perspective de trois études épidémiologiques.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement celle liée à la proximité des décharges . il n’est pas possible de dire si les troubles rapportés par les sujets sont un effet direct de l’exposition aux toxiques présents dans les décharges dangereuses. Dans la cas de la trop célèbre décharge de classe 1 de Montchanin.soit en induisant des réactions allergiques et/ou inflammatoires (pathologies respiratoires d’origine allergique. Quelques études ont indiqué un possible excès de certains cancers (vessie. éclairées par des déclarations de la population. d’une diminution de la fertilité [Johnson. . Goldberg 1995 . permettent de réunir de larges effectifs de population. peuvent agir sur l’homme selon deux modes. Aucun excès de risque n’a été mis en évidence dans la plus large étude de ce type qui a porté sur l’association possible entre résidence au voisinage d’une décharge et le risque de cancer en Grande–Bretagne [Jarup.sur la reproduction humaine. Bien qu’aucune étude épidémiologique n’ait jusqu’ici pu reposer sur des réels niveaux d’exposition. qui a conduit les auteurs à retenir le caractère vraisemblablement causal des modestes associations statistiques constatées. VII-1. . tant de métrologie microbiologique que d’études cliniques ou épidémiologiques chez les salariés ou dans les populations riveraines. cadmium. atteintes respiratoires…. 1999]. Parmi les composés identifiés dans les décharges de déchets dangereux certains sont reconnus comme cancérogènes (benzène. n’était concluante [Zmirou. La plupart des études ont porté sur des décharges de produits toxiques en général. Sur la base de critères purement statistiques. risque de petit poids de naissance. hormis dans quelques cas (petit poids de naissance. prises isolément. Selon les auteurs. plomb).

2 Nuisances olfactives liées au stockage des déchets Les nuisances olfactives représentent un motif majeur de plainte des riverains de centre de stockage des déchets.l’approche « olfactive ».1 Le bruit VII-2. Il convient de retenir : que les risques sanitaires les plus importants sont associés à des niveaux de bio aérosols dans l’air de 2 à 4 fois supérieurs dans une ambiance de décharge d’OM par rapport à une ambiance générale. D’autres composés odorants proviennent surtout des solvants organiques présents dans les déchets municipaux (peinture. la perception de mauvaises odeurs concrétise souvent l’agression occasionnée par une installation. . aux nuisances olfactives. Deux types d’approches peuvent être utilisées pour les mesurer : . basée sur la perception des odeurs par des individus (humains ou animaux). lié notamment à un manque d’hygiène. Enfin la perception d’une mauvaise odeur induit la recherche de son mécanisme de production.déchets agro-alimentaires. . dans les pays tempérés que sont la France ou les pays méditerranéens.. Bien qu’il n’existe pas toujours de liens direct entre le caractère odorant d’une émission et son potentiel toxique. Les nuisances olfactives méritent donc d’être considérées tout à la foi comme un marqueur d’impact atmosphérique et un effet indésirable pour la santé des populations.2 Des nuisances physiques VII. à une putréfaction. chlorure de vinyle…. notamment en été. pesticides….l’approche analytique. Ces composés appartiennent à plusieurs familles chimiques : . Des composés odorants peuvent être issus des fermentations des matières organiques présentent dans les ordures ménagères : . mercaptans . aldéhydes et cétones.déchets verts…….dérivés soufrés : hydrogène sulfuré. .France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement VII.) ou industriels : benzène.3 Métrologie des odeurs La perception des odeurs est très variable selon les individus ce qui confère parfois de façon incorrecte. trichloréthylène. basée sur des capteurs avec analyse des composés volatils. bricolage. toluène. ammoniac . Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 25 . des acides organiques. des acides gras.2. sans parler des pays chauds ? VII-2. le terme de « subjectif ». Ces derniers peuvent également se former lors de réactions chimiques au sein de la décharge.Les risques pour la santé ne seraient-ils pas plus importants. Des insuffisances des connaissances ont été mises en évidence et pointent les domaines pour lesquelles une information complémentaire est à acquérir : .La caractérisation et la métrologie microbiologique concernant la surveillance sanitaire des salariés ou de la population riveraine.).

ainsi la contamination en Cadmium et Mercure a été recherchée chez les Flamants roses et les aigrettes de Camargue. éthologiques – permet. C’est surtout la bio-surveillance de la pollution atmosphérique à l’aide des végétaux qui a été très développée durant ces dernières années en France (Garrec et Van Haluwyn 2002).France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement VIII. les dents. dont les fausses pattes abdominales sont transformées en pattes brachiales. de façon pratiquement sûre. sont généralement d’excellentes espèces bio-accumulatrices des métaux lourds des sols contaminés. VIII-2. les Mollusques Lamellibranches constituent d’excellents indicateurs de contamination des eaux marines et continentales. le foie. Les oiseaux accumulent dans leurs plumages divers métaux lourds .2 Végétaux Carottes. 3 orifices épidermiques situés au niveau des feuilles de certains végétaux qui servent à régler l’équilibre nutritif da la plante en eau. ainsi que les Gastéropodes Pulmonés sont aussi des bio accumulateurs performants de la pollution des sols par les métaux lourds. VIII-2 Différents groupes d’être vivants connus dans la bio surveillance VIII-2. de caractériser l’état d’un écosystème ou d’un écocomplexe et de mettre en évidence aussi précocement que possible leurs modifications. physiologiques. en particulier sont utilisés comme bio indicateur de pollution en milieu limnique1 ou océanique. Garrec et Van Haluwyn (2002) donnent un sens plus restrictif au terme de bio indicateur dans la mesure où ils le considèrent comme ‘’ un simple relais ne faisant référence qu’à des effets observables au niveau de l’individu se traduisant par des altérations morphologiques. DES BIO INDICATEURS POUR LA SURVEILLANCE DES ÉMISSIONS ET DES RISQUES VIII-1 Définitions Blandin (1986) donnait du bio indicateur la définition suivante : ‘’Un indicateur biologique (ou bio indicateur) est un organisme ou un ensemble d’organismes qui – par référence à des variables biochimiques. Les poissons. tissulaires ou physiologiques (croissance et reproduction)’’. ou le rein.2.1 Animaux En milieu aquatique.1 Végétaux supérieurs Les polluants atmosphériques gazeux pénètrent généralement chez les végétaux supérieurs dans les feuilles par les stomates 3 les polluants particulaires étant le biologie relative aux lacs. VIII-2. En milieu terrestre. les Crustacés isopodes2 comme les Cloportes. 2 1 Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 26 . On a utilisé de façon analogue chez les Mammifères la capacité d’accumulation des métaux lourds dans les bois (Cervidés) ainsi que les os. arachides…. cytologiques. naturelles ou provoquées’’. Parmi les acariens on a pu mettre en évidence une sensibilité différentielle en fonction de la qualité de l’air.

Plomb et Zinc). Il convient de rappeler que les animaux domestiques de production sont aussi concernés : la vache laitière concentre et élimine dans le lait les polluants liposolubles4. tortues au voisinage par exemple des sites de stockage réhabilités pouvant relarguer des organochlorés3 dans la chaîne alimentaire. Les résultats obtenus sur les lichens ont bien montré qu’il existait effectivement une pollution atmosphérique spécifique des décharges qui venait s’ajouter au bruit de fond de la pollution ambiante locale. VIII-2. On peut distinguer : • des études in situ. reptiles. ainsi que par des modifications morphologiques. 1 2 3 4 pellicule extrêmement mince. Chez les végétaux bio-indicateurs particulièrement sensibles. Nickel. • des modèles expérimentaux ou bio-essais. Cette démarche fait partie de l’évaluation des risques écologiques qui apprécie les impacts d’une installation sur la « santé de l’environnement » . Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 27 . 2002). les lichens transplantés sur site se sont avérés dotés d’un potentiel de bioaccumulation pour gagner en sensibilité et en précision dans la détection des polluants. traduit un équilibre satisfaisant de l’écosystème assurant sa survie et son développement. notamment liposolubles ou métalliques : moules marines ou d’eau douce. notamment les dioxines. On peut les transplanter facilement dans un milieu pollué pour évaluer les niveaux de contaminants (Berny et al. à un moindre degré. qui appartient au feuilles. Ils ont bien mis en évidence la présence de manganèse et.2. les perturbations dues aux pollutions atmosphériques vont se traduire rapidement par des nécroses foliaires2. mousse et surtout lichens.2 Surveillance environnementale et bio-indicateurs en périphérie d’installations de stockage des déchets La surveillance environnementale ou écotoxicologique de sites de stockage de déchets (ou de sol pollués) est fondée sur les bio-indicateurs. soluble dans les corps gras.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement plus souvent stoppés et localisés à la surface des feuilles au niveau de la cuticule1 et des cires. De nombreuses études concernent les incinérateurs. Différentes approches sont possibles pour évaluer l’exposition et/ou les effets biologiques des polluants émis par une installation. Une observation simple permet d’estimer aisément les niveaux de pollution dans l’air. Les polluants analysés sont surtout des métaux lourds ou des dérivés halogénés polycycliques. Cuivre. un peu controversé. Leur performance a été parfaitement établie dans le cas des métaux. composé de chlore. On sait depuis fort longtemps que l’ensemble des espèces végétales dans une station donnée apporte des renseignements sur l’écologie du milieu et ses caractères environnementaux. ainsi que sur les modifications. Les animaux choisis peuvent être de deux types différents : • Les animaux filtreurs fixent les polluants. Chrome total. • des indicateurs biologiques (bio-intégrateurs). ce terme. La pollution atmosphérique peut-être détectée grâce aux différents végétaux supérieurs. d’autres éléments (Arsenic. En effet. • Les animaux prédateurs bio-amplifient les polluants bio-cumulatif par la chaîne alimentaire : rapaces.

d’où une bio-accumulation (rongeurs dans les décharges. Les animaux fouisseurs ingèrent le sol pollué ou sont en contact direct avec lui . ils se traduisent par une non éclosion des œufs ou un amincissement de la coquille et sont assez facile à observer.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement Des suivis devraient être effectués autour des sites de stockage. • La bio-accumulation de polluants peut se révéler au niveau de certains organes.) . dioxines…. Ainsi les teneurs en métaux (plomb. lombrics). cadmium) dans les abats (foie. épandages de boues d’épuration non conformes. Les oiseaux sont particulièrement sensibles aux effets des perturbateurs endocriniens (PCB. • • Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 28 . voisinage de décharges polluantes). rein) des herbivores peuvent également être révélatrices d’une pollution d’un pâturage (sols pollués. de tels polluants pouvant également y être émis dans l’atmosphère.

Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 29 . IX-2 L’utilisation des rats Une étude expérimentale au laboratoire a été réalisée sur des rats vivants sur des sols qualitativement et quantitativement identiques au site de stockage. elle peut fournir une vision globale des perturbations fonctionnelles des écosystèmes. Par comparaison avec les analyses physico-chimiques. 1 composés organiques volatiles. rapides. les principales caractéristiques de la bio-indication végétale comme de la bio-indication animale sont de disposer d’espèces : • ayant des sensibilités spécifiques très fortes vis-à-vis de certains polluants. • Elle donne la possibilité de détecter des polluants nouveaux ou accidentels non dosés par des capteurs traditionnels. ont été retenus comme animaux sentinelles d’une éventuelle pollution à partir des déchets stockés dans un centre de traitement.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement IX. EXEMPLE DE STRATÉGIE DE SURVEILLANCE DES DÉCHARGES MISE EN ŒUVRE PAR BIO INDICATION Différentes approches peuvent être combinées pour évaluer la pollution liée à un site. • Enfin. comme le montre deux exemples d’études effectuées par le Réseau Santé Déchets sur des centres de stockage de déchets. Par exemple. et dont on peut multiplier le nombre de stations d’observation. Les rats autopsiés. le cadmium montre des teneurs plus élevées dans les reins de lapin que dans les lichens. montrent l’existence de foyers inflammatoires pouvant être une réaction à une agression microbiologique et/ou chimique (COV)1. IX-1 L’utilisation des lapins Les lapins de garenne. de coût plus limités que celui d’une approche purement basée sur l’analyse chimique. • ayant au contraire une forte résistance et une capacité d’accumulation élevée. IX-3 Conclusion En résumé. qui sont souvent nombreux sur les sites d’enfouissement. les principaux intérêts de la bio-indication sont les suivants : • C’est l’ensemble de méthodes relativement faciles à mettre en œuvre.

accompagné d’une plus grande sensibilité aux risques. Il est nécessaire de préciser que les populations concernées et mobilisées par la question du traitement des déchets ne le sont pas seulement par les risques qu’elles craignent. sous toutes ses formes….partie de la pathologie qui recherche et étudie les causes des maladies. 1998]. organisé d’une part autour de la revendication « démocratie technique »2. et de la disqualification des acteurs « profanes » à la reconnaissance de leurs qualités citoyennes dans les débats. des signes cliniques des maladies. mais aussi pour certaines. X-2 Représentations des risques légitimes De nombreux sociologues observent un attachement croissant aux valeurs de santé et de bien-être. Udger. mais aussi sur l’expertise épidémiologique [Zmirou. Enfin il apparaît important de noter que si de nombreuses études. Ainsi. les point de vue d’une autre population pourtant tout aussi concernée. 1 2 3 4 5 bibliographie recensée à partir de la base de données réalisée par le Réseau Santé Déchets. d’une anxiété diffuse face aux développements scientifiques et technologiques. depuis plusieurs décennies maintenant. et d’une crise de confiance vis-à-vis de l’autorité publique. par les enjeux liés aux décisions d’aménagement de ces sites. d’autre part souvent en référence au principe de précaution [Lascoume. 1992 .France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement X. X-3 Représentations des risques sanitaires Les risques sanitaires craints sont ceux qui seraient véhiculés principalement par les eaux et les sols . partie de la médecine qui traite des symptômes. 1994 . les représentations de leur symptomatologie3 et étiologie4 sont peu précisées par les études. parce que le plus légitime politiquement. hormis les risques de cancers et de « malformations » des enfants à naître. et sociologique dont elle attend moins des résultats scientifiques « brut » que des prises de position. c’est à dire une démocratisation des choix des politiques publiques relative aux techniques. relative aux représentations des risques et des enjeux associés aux sites de stockage des déchets par les populations concernées. on peut observer que si la préoccupation sanitaire apparaît souvent érigée en argument premier. L’enjeu est ici celui du passage de la simple protestation à une véritable contestation [Dunn et al. 1991]. Cette protestation qui se généralise exerce une contrainte certaine sur la gestion politique des crises relatives aux problèmes de cohabitation avec les déchets. Foulks. REPRÉSENTATIONS ET ATTITUDES DES POPULATIONS CONCERNÉES PAR LES SITES DE STOCKAGE DES DÉCHETS X-1 Les natures de risques et les enjeux Cette partie est consacrée à un état des lieux bibliographique de la littérature sociologique internationale1. ce qui ne laisse pas apparaître de craintes très spécifiques. [Brown. cet argument semble cependant aujourd’hui laisser place à un discours émergent. et notamment les ouvriers qui sont les plus directement exposés non jamais été explorés5. 1992]. celle des professionnelles du secteur. ont porté sur les représentations des risques sanitaires par les riverains de centres de stockage. 1995]. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 30 . recherche les causes . hormis la thèse de Bernardet-Van Staëvel Elvire.

Les dommages économiques sont perçus comme directement liés à l’installation d’un nouvel équipement. X-5 Représentations des risques indirects Certains risques sont plus indirects. associatifs ou simples citoyens. l’attention étant particulièrement portée sur le traitement des lixiviats qui protège la qualité de l’eau. En ce qui concerne la menace pour l’eau et les sols. et donc moins légitimes. dans la crainte d’un surcoût du traitement des déchets. plus représentés que les locataires au sein des manifestations d’action collective. car inquiets des conséquences d’un équipement de traitement de déchets sur leur cadre de vie particulièrement investi. dans les représentations. parfois plus ou moins différés dans le temps. La dégradation environnementale et les coûts économiques associés à l’équipement – qu’il s’agisse d’un site de stockage ou d’un incinérateur – sont souvent considérés comme plus importants que ne peuvent l’être les avantages. Les « décharges » sont encore très souvent réceptacles à la campagne des déchets urbains. ou de coûts liés au traitement des risques et des nuisances associés. et des risques spécifiques liés à leur configuration technique mais aussi symboliques. On peut encore distinguer les symboliques associés à la décharge et à l’incinération par le fait que la première pose des problèmes en termes d’ingestion par la chaîne alimentaire. le mode de traitement Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 31 . et par conséquent d’une augmentation de la taxe d’ordures ménagères. c’est à dire la nature des déchets qui y arrivent. mais aussi plus généralement la valeur environnementale. est incorporée beaucoup plus par ingestion que par inhalation. concerne plutôt l’inhalation . les centres de stockage des déchets représentent à la fois des caractéristiques communes à toutes les installations de traitement de déchets. les riverains veulent aussi veiller à limiter l’opacité de ce qui se passe sur le site. d’après de nombreuses enquêtes. tandis que la seconde. et sur la gestion des nuisances possibles pour les riverains. perçues comme des X-6 Entre risques et enjeux : le désir d’oubli et le besoin de transparence On observe de la part des riverains à l’égard du site de stockage qui encore souvent dénommé comme « décharges » et qui revoie à une grande ambivalence entre désir d’oubli et nécessité de mémoire. mais aussi pour certains moins bien identifiés et reconnus socialement. et sur leur capital immobilier. Les propriétaires sont. Mais les dommages économiques sont encore plus souvent représentés comme étant indirectement liés à l’équipement de traitement des déchets de par la dévaluation locale imputée au voisinage de ce type d’industrie. Le niveau technologique des équipements sera évidemment déterminant pour leur acceptabilité sociale. Mais ce désir d’oubli du site de stockage est cependant bridé par le souci de la transparence du fonctionnement de la structure technique . même si la dioxine produite par l’incinération par exemple.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement X-4 Représentations des risques pour l’environnement et le cadre de vie Les risques pour l’environnement et le cadre de vie sont une source d’inquiétude pour les riverains. mais plus encore pour les écologistes politiques. On craint en effet fréquemment que ces équipements ne fassent dévaluer non seulement la valeur immobilière.

le mot « ultime » conférant symboliquement une plus grande dangerosité au déchet. 1995]. de dialogue et de surveillance des installations de traitement des déchets. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 32 . Le budget. symbolique et politique. par les citoyens à qui ils devraient bénéficier. Du point de vue symbolique. Les riverains semblent donc partagés par l’aspiration à occulter la « décharge » et la conscience qu’il ne faut précisément pas qu’elle soit oubliée [Bernadet-Van Staëvel. Le terme « stockage » des déchets présente le risque de n’être compris que comme le regroupement. Du point de vue politique. X-7 La transparence de la communication Cette transparence paraît essentielle à tous les stades de la mise en œuvre d’un projet d’un site de traitement de déchets [Gray. 1997]. 1995]. ou s’il s’agit au contraire d’une délégation de problème des limites technologiques actuelles. la nature de ce qui sort de la décharge. et par différents chercheurs en sciences sociales et politiques [Blatrix. sans que soient bien perçues les opérations techniques visant notamment à stabiliser le déchet et à bien l’isoler de l’environnement[Bernadet-Van Staëvel. Le choix du vocabulaire utilisé par les promoteurs du projet peut être validé ou dénoncé. le dernier tiers se montre plus critiques pour différentes raisons : la création d’une CLIS ne peut–être faite que sur demande du préfet ou du maire de la commune concernée par l’installation et non par une association . Piechaczyk. 1995]. devrait être assuré par un représentant de l’Etat et non par l’exploitant. Ces dispositifs de démocratie consultative se révèlent peu accessibles. pratiquement inexistant. Par ailleurs une étude a été menée en 1999 par l’association France Nature Environnement (FNE) sur la mise en place des Commissions Locales d’Information et de Surveillance qui sont des instances de concertation. 1998 . la mise en stock de déchets. pour être plus crédible. Cette étude laissait apparaître un bilan mitigé du fonctionnement des CLIS. le budget tripartite (Etat/collectivités locales/exploitant) n’est ni opérationnel ni suffisant pour assurer un secrétariat efficace qui. la question est de déterminer si le stockage des déchets est à appréhender en tant que délégation d’une problématique scientifique et technique aux compétences de générations futures. car si deux associations sur trois considèrent que la concertation est constructive. mal perçus par les élus qui se sentent concurrencés. alors que l’expression « déchets ultimes » sera souvent mal reçue. Ainsi le néologisme de « déchetterie » sera repris et souvent étendu par le grand public à tout équipement de traitement de déchets. La communication sur les déchets doit être vigilante à sa transparence technique mais aussi symbolique dans son vocabulaire comme dans les images utilisées. X-8 Des bilans critiques sur l’efficacité des institutions démocratiques existantes Les dispositifs d’enquêtes et de débats publics ont été l’un et l’autre dénoncés. comme étant des outils d’adhésion plus que de consultation. l’enfouissement des déchets semble susciter la crainte et la culpabilité d’un refoulement au sens psychologique : celui de l’évitement d’une question douloureuse et dérangeante.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement qui leur est réservé. ne parvient pas non plus à rembourser les frai de déplacement des associatifs. et contrôlés par des commissaires enquêteurs culturellement proches de l’administration. Cette question de la tentation de l’oubli et la nécessité de mémoire renvoie à une double problématique.

Elles témoignent également que le soin apporté à la qualité démocratique des débats techniques – dans l’expérience des « conférences de consensus » et des « forums citoyens » . mais qu’ils peuvent servir de « lanceurs d’alertes » efficaces dans la dénonciation de risques de santé publique [Chateauraynaud. Des études sociologiques novatrices montrent que non seulement les citoyens ne privilégient pas seulement et systématiquement leurs intérêts privés aux dépends de l’intérêt général. Enfin l’étude recommande la formation des élus et des associatifs membres des CLIS. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 33 . 1999].France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement encore moins à financer des expertises indépendantes pour réaliser une surveillance effective. 2001].ne paralysent pas ces derniers mais élève leur teneur et leur ampleur en prenant compte des positions et donc des points de vue plus variés pour étendre le débat démocratique aux choix technologiques [Callon. ainsi que des opérations de communication vers le grand public.

à protéger la santé publique des facteurs environnementaux. Cette démarche à fait l’objet en 2000.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XI. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 34 . EVALUATION DES RISQUES SANITAIRES CHRONIQUES L’évaluation quantifiée des risques sanitaires est une démarche structurée dont l’objectif est de fonder les décisions visant. La démarche d’évaluation quantitative des risques sanitaires a été définie et structurée au début des années 80. en contexte d’incertitude. sur des bases scientifiques. d’une suite d’évolutions par la commission des communautés européennes.

la démarche a été principalement menée sur ceux accueillant des déchets ménagers et assimilés. Pour encadrer l’amplitude éventuelle des risques les sites retenus ont été ceux de classe 2. MATÉRIELS ET MÉTHODES XII-1 sites de stockage de déchets ménagers et assimilés Si les conditions de stockage des déchets ménagers et assimilés ont largement progressé depuis une vingtaine d’années avec l’adoption de diverses réglementations. Santé Canada. United States – Environnemental Protection Agency. XII-2 Identification des effets indésirables La valeur toxicologique de référence (VTR) est une appellation générique regroupant tous les types d’indices toxicologiques établissant une relation quantitative entre une dose et un effet (toxique à seuil de dose) ou entre une dose et une probabilité d’effet (toxique sans seuil de dose).France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XII. ce sont les sites appelés communément « classe 1 ». ils constituent des abcès dans le paysage et contribuent à une pollution diffuse des milieux. On notera que les dépôts sauvages existants. Santé Canada. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 35 . Ministère chargé de l’environnement aux Pays-bas. par exemple : l’OMS. 2002]. En grand nombre mais de très petite taille. l’ATDSR. United States – Agency for Toxic Substances an Disease Registry. unanimement reconnues par la communauté scientifique [In VS. En règle générale. 1 2 3 4 Organisation Mondiale de la Santé.voie » d’exposition . RIVM4 aux Pays-Bas. Parmi les centres de stockage identifiés. épidémiologique et clinique. sont le fait de particuliers et n’ont pas été pris en compte dans ce travail. Les VTR sont établies pour un triptyque « effet sanitaire.durée d’exposition » à partir d’une analyse critique et systématique de l’ensemble des connaissances disponibles aux plans toxicologique. US EPA2 et ATSDR3 aux Etats-Unis. l’US – EPA. illégaux par définition. les organismes élaborant ces indices toxicologiques les rassemblent dans des bases de données consultables sur Internet. Elles sont élaborées et actualisées par de nombreuses instances nationales et internationales telles que : • OMS1. leur impact est progressif car les nouveaux équipements et contraintes d’exploitation concernent essentiellement les déchets reçus en stockage après la mise en conformité des sites. Les sites accueillants des déchets dits « dangereux » sont en nombre très réduit (13 au total en activité).

• l’inhalation. de valeurs minima et maxima. Les voies d’exposition. soit par une modélisation de la dispersion et des transferts de rejets. Les milieux d’exposition sont l’air (extérieur et intérieur). à partir des concentrations de polluants à l’émission. Le nombre et la diversité des sites de stockage an France a conduit à en définir plusieurs types regroupant chacun en leur sein des situations d’exploitation et d’exposition contrastées. Aussi. Les données demandées étaient des données d’émissions brutes dans les divers médias. Cette approche permet de traiter la problématique « stockage » dans sa globalité. et la chaîne alimentaire terrestre. • les concentrations ambiantes sur site ou à proximité. qui sont définies comme les points de contact entre le milieu contaminé et la cible considérée. • et le contact cutané. L’analyse du potentiel d’exposition conduit à retenir les voies d’exposition suivantes : • l’inhalation de polluants sous forme gazeuse.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XIII. les données dont ils disposaient dans les différents milieux d’émission (air. Compte tenu du caractère générique (non site spécifique) de l’approche souhaitée. les données ont été collectées sous anonyme. La collecte des données d’émission s’est faite auprès des industriels (SITA. • les concentrations et débits d’émission au niveau des torchères après combustion. eau de ruissellement. France Déchet). sont de 3 types : • l’ingestion. • l’inhalation de polluant adsorbé sur les poussières. des organismes de l’Etat (ADEME. l’eau de boisson. • l’inhalation de vapeur d’eau polluée. lixiviats. par type de site. sous forme de valeur moyennes (précisant le nombre de sites données). • les concentrations dans le biogaz collecté avant combustion. de ces polluants a été conduite dans les différents milieux. Les données recueillies concernent : • les flux gazeux. INRIS…) et de certains bureaux d’étude (EUROPOLL). • l’ingestion d’eau polluée. Les effluents liquides : • les concentrations dans les lixiviats bruts. QUANTIFICATION DE L’EXPOSITION DES POPULATIONS L’exposition des personnes ou des populations s’apprécie et se quantifie soit par des mesures effectives dans les compartiments environnementaux ou d’exposition. ONYX. • l’ingestion d’aliments d’origine animale contaminés. XIII-2 Caractérisation des milieux De bien trop rares mesures environnementales à proximité des sites de stockage ont été réalisées empêchant toute possibilité d’appréciation de l’exposition des personnes. une modélisation de la dispersion ou de la diffusion. XIII-1 La population d’étude et les voies d’exposition La population « cible » de l’évaluation du risque est une population d’adultes riveraine d’un site de stockage de déchets. • l’ingestion d’aliments d’origine végétale contaminés. etc. Ils étaient invités à fournir.). Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 36 .

Ceci n’est pas possible si on considère un vieillissement des géomembranes. 1990 . ou d’une nappe « moyenne ». En trente ans (30). phasage de l’exploitation). En conséquence. les fuites sont supposées constantes. le flux de polluants est retracé par l’équation suivante : F torchère = Q torchère x C torchère avec : Q torchère = Qg x c’ x 10 F torchère flux polluant (mg/h) Q torchère débit de gaz issu de la combustion du biogaz en torchère (Nm³/h) C torchère concentration du polluant considéré à la sortie de la torchère (mg/Nm³) XIII-3 Concentration de polluants dans l’eau au niveau des captages Une nappe d’eau souterraine exploitée pour l’eau potable se situe. une tonne (1) de déchets ménagers fortement évolutifs conduit en cas de dégradation totale à la production de cent (100) m³ de méthane. Ainsi pour des volumes de production de lixiviats tels que ceux cités plus haut. Elle varie en fonction de la quantité et de l’âge des déchets. Pour déterminer les caractéristiques du sol et de la nappe. Son flux d’écoulement se fait vers le point de captage en aval du site. Débit surfacique de lixiviats bruts : Le débit volumique de lixiviats bruts par unité de surface Q(m³/ha/jour) dépend de l’aménagement du site (présence d’une couverture. il ne semble pas licite de parler d’un sol « moyen ». dont on considère qu’ils représentent la moitié de la production total du biogaz. Cette nappe est de perméabilité parfaitement homogène et de vitesse constante en tout point. sous le site. par hypothèse. on arrive à des taux moyens de fuite de l’ordre de 2 à 8 %. La production de biogaz a été estimée à l’aide de l’outil de calcul utilisé dans le cadre du registre européen des émissions de polluants (EPER).France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement • • les concentrations dans les lixiviats traités. Une étude des Agences de l’eau conclut à un potentiel de production moyen de lixiviats (pour un site à fond perméable) à 177 m³/ha/mois (écart type : 122 m³/ha/mois) en France [Agence de l’eau. de perméabilité « moyenne ». les concentrations dans les piézomètres. relie le volume de gaz en sortie au volume de biogaz à l’entrée. 1997]. Compte tenu des caractéristiques des biogaz. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 37 . Il convient alors de distinguer les deux types de sites. un calcul théorique indique qu’un facteur moyen égal à 10. 1998]. En fonction du tonnage effectivement reçu par le centre de stockage. ce potentiel peut atteindre 266 m³/ha/mois. l’évolution du débit d’émission est calculée année par année. Bien que la production de lixiviats diminue fortement lors de la phase de postexploitation. soit deux cents (200) m³. Rollin et Jacquelin. Pour des sites non couverts. Ces valeurs peuvent en effet être très différentes d’un site à l’autre et même à l’intérieur d’un même site. varie en fonction de la typologie et de la période (exploitation ou post exploitation). Une revue de la littérature dans le but de quantifier les fuites de lixiviats à travers la barrière active (géomembrane) indique une fourchette allant de 50 à 500 l/ha/jour avec des moyennes autour de 50 à 200 l/ha/jour [Bonaparte et Grass. qui dégrade leurs performances.

De même que le débit d’émission de biogaz. et/ou dans l’eau d’arrosage. Cet excès représente l’apparition d’un cas de cancer supplémentaire dans une population de 100. ou encore l’ingestion de volailles et d’œufs sont autant de vecteurs qui contribuent à augmenter le dose de polluants ingérée quotidiennement. hydronynamique . de volailles et d’œufs produits localement et d’eau contaminées. densité etc. Une fuite de 200 l/ha/jour correspond à une vitesse d’infiltration verticale de Darcy2 de 2 x 10¯¹º m/s.000 (10-5) lors d’une exposition prolongée sur la vie entière. table de Darcy : pour les écoulements exprime les diverses variables . Pour toute valeur du RDg3 inférieur à 1. 3 Ratio de danger. on ne s’attend pas à observer l’apparition d’effets sanitaires.7. Il est important d’apporter des précisions sur les VTR recensées pour les dioxines. Risque non cancérogène Un ratio de danger égal à 1 indique que la concentration atmosphérique ou la dose d’exposition à laquelle est exposée une personne et la valeur toxicologique de référence (VTR) sont égales. XIII-4 Dose d’exposition par ingestion La dose d’exposition par ingestion résulte de l’ingestion de végétaux cultivés localement. XIII-5 Caractérisation des risques La caractérisation du risque combine les informations issues des étapes précédentes. Les substances toxiques. certaines VTR ont été construites en prenant pour référence la 2. vitesse du fluide. l’ingestion de végétaux cultivés dans leur jardin et contaminés par les polluants de l’air (sous forme gazeuse ou de retombés sur le sol) ou de l’eau d’arrosage. la production de lixiviats est supposée constante sur la durée d’une phase avec une valeur propre à chacune d’elle. Les végétaux sont contaminés à partir des polluants présents dans l’air et/ou dans les sols.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement Ainsi des débits de fuite (Q/fuite)1 de 200 et 400 l/ha/jour pour les scénarios « moyens » et « distribution haute » ont été respectivement retenus. le choix s’est porté sur un excès de risque individuel de 1 pour 100. Les valeurs toxicologiques de référence Elles ont été recherchées respectivement pour les voies orales et respiratoires en distinguant les effets cancérigènes et les effets non cancérigènes.000 personnes exposées dans les conditions des scénarios définis. 8 1 2 Q débit. 3. Risque cancérogène Des instances nationales et internationales ont retenu divers niveaux pour gérer les risques notamment cancérigènes. Ce risque s’exprime différemment selon que les effets surviennent au delà d’un seuil de dose ou que les effets se manifestent quelle que soit la dose. Elle établit le risque encouru pour les substances pour lesquelles un danger et une VTR associée existent et une exposition a été déterminée. Ainsi l’ingestion d’eau de boisson polluée. par le vecteur sol à partir des végétaux contaminés précédemment. dispersées dans les milieux de l’environnement. De même les volailles sont contaminées. peuvent se trouver dans la portion alimentaire des riverains des centres de stockage. en plus de tous ceux que l’on observerait en l’absence d’exposition aux polluants. car c’est celui qui est le plus couramment employé pour fixer des seuils réglementaires de qualité des milieux. En effet. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 38 . Dans cette étude.

le milieu retenu pour le captage de l’eau potable est la nappe située sous le site. deux concentrations dans l’air inhalée sont calculées : l’une correspondant uniquement à la première phase (exploitation) et l’autre moyennée sur la vie entière qui tient compte des deux phases. Elle est probablement surestimée car il n’a pas été pris en compte de mécanismes de dégradation. l’incertitude ne pouvant être levée. dans sa base de données IRIS. NB : On notera que la concentration en ammoniaque dans l’eau est très élevée. Les autres congénères. dans l’eau. résultent de l’addition de la dispersion des émissions diffuses et des émissions de la torchère. • Pour l’ingestion. 2 TEF coefficient de pondération. • Pour l’inhalation. Il convient de retenir que l’hydrogène sulfuré et le toluène sont les composés en plus grande quantité dans l’atmosphère. Ce constat permet de ranger les substances dans différentes catégories : • celle regroupant les substances pour lesquelles la quantification du risque est possible. 7. Ces précisions sont importantes pour faire comprendre les discussions concernant l’interprétation des résultats obtenus à l’issue de la démarche.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement TCDD1. l’US EPA5. 4 Agence d’Enregistrement des substances toxiques concernant les affections et les maladies. de la consommation d’aliments contaminés. En effet. compte tenu des niveaux bien distincts entre la phase d’exploitation et de post-exploitation. car on dispose de toute l’information toxicologique nécessaire. propose des VTR pour les seules hexachlorodioxine. Concentrations atmosphériques aux alentours des sites Les concentrations dans l’air ambiant à distance des sites. il est important de dresser un premier constat sur les données disponibles pour les substances identifiées. L’exposition peut à priori avoir lieu par 2 voies : l’ingestion et l’inhalation. pour les substances organiques. les concentrations en polluants dans la nappe sont calculées au point de captage à l’aide du logiciel MISP Quelque soit le polluant. A partir des concentration dans les lixiviats bruts ou dans des piézomètres lorsqu’il s‘agit des métaux. 3. 3 Organisation Mondiale de la Santé. 5 United States Environnement protection Agency. les concentrations dans la nappe de différents sites sont toutes multipliées par le même facteur (< à 3) dû aux variations des débits de lixiviats et des surfaces des sites. les plus petits. 1 Tétrachlorodibenzodioxine qui est la toxicité de référence des congénères 2. 8 dite dioxine de Seveso. Or. Elle résulte de la consommation d’eau et. ces différences d’analyse concernant le mécanisme d’action toxique des dioxines ne peuvent être tranchées. l’ammoniaque est présent sous deux formes chimiques l’une ionisée (NH4+) et l’autre non ionisée (NH3) qui peuvent être oxydées rapidement en nitrates et nitrites. étant seulement considérés. En revanche. en appliquant les Toxic Equivalent Factors2. dont la toxicité est reconnue comme étant moindre. alors qu’elles ne proviennent que des émissions diffuses pour les sites d’environ 10 ha. Dans le cadre de la caractérisation quantitative du risque. C’est le cas de l’OMS3 et de l’ATDSR4 pour la voie orale. la dose quotidienne est exprimé en mg/kg/j et est calculée pondérée sur la vie entière. Concentrations dans la nappe au point de captage Compte tenu de la dilution plus importante dans l’eau de surface que dans l’eau de la nappe. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 39 .

ce qui surestime sensiblement le risque. • Chrome VI (Cr VI). 1. Pour le 1. voie orale et cutanée). • Cadmium (Cd). au niveau repère. Le benzo (a) pyrène présente des excès de risque individuel. Néanmoins.2 dichloroéthane. la dose apportée par les végétaux est 45 fois supérieure à la dose apportée directement par l’eau de boisson. il faut rappeler que la VTR2 utilisée concerne le chrome hexa valent alors que la mesure représente le chrome total. dans certains cas (scénario haut). Arsenic. Pour cette substance. pour le chrome. Ces choix et hypothèses sont en grande partie liés aux incertitudes sur les différents paramètres. l’excès de risque individuel est supérieur. les valeurs sont faibles quel que soit le scénario. dont la nature diffère selon les effets (voie respiratoire. 3. soit l’exposition n’a pu être estimée.2 dichloroéthane. les excès de risque individuels sont égaux au niveau repère. 1 Risque de Danger. BaP (benzo (a) pyrène. par ingestion ce L’excès de risque individuel est non négligeable pour l’arsenic alors que la concentration dans l’eau du robinet est en dessous de la norme de l’au potable. Les ratios de danger pour l’inhalation sont calculés par rapport à la concentration équivalente dans l’air inhalé dans la période de 0-30 ans tandis que les excès de risque sont calculés par rapport à la concentration équivalente sur 70 ans. Trois polluants conduisent à des risques individuels > à 10-5 sont : 1. Pour les excès de risque. Toutefois. XIII-6 Les ratios de danger Trois substances représentent un RDg1 supérieur à 1 : • Arsenic (As). 2 Valeur Toxicologique de Référence. 2.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement • Celle regroupant les substances pour lesquelles la quantification du risque n’est pas envisageable car soit les informations toxicologiques font défaut. soit parce que l’ensemble des ces informations n’était pas accessible. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 40 . Au cours du déroulement des différentes étapes des démarches développées cidessus. nombre de choix et hypothèses ont été effectués.

une voie d’exposition. la contamination de la chaîne alimentaire ne peut avoir lieu que par l’arrosage des produits végétaux par de l’eau chargée en polluants. en revanche. L’incertitude sur ces concentrations est due à plusieurs facteurs : • le calcul du flux de déposition.1 A partir des lixiviats Pour les métaux.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XIV. XIV-1 choix des VTR Sur l’ensemble des substances retenues. 12 sont classées cancérigènes par voie orale et 13 par voie respiratoire. XIV-2 Concentration dans la chaîne alimentaire XIV-2. les VTR recensées ne se dispersent pas de plus d’un facteur 10. S’il ne fait pas de doute qu’ils sont cancérogènes. l’hypothèse de concentration dans l’eau des pores égale à l’eau d’arrosage est majorante. XIV-2. CARACTÉRISATION DES DANGERS La solution des substances a été faite en s’appuyant sur les connaissances scientifiques issues de la littérature et sur des préoccupations sociales. dans sa base donnée pose une VTR pour les seules hexachlorodibenzodioxines qui ne représente qu’une partie des congénères classiquement mesurés. Pour les substances organiques. • le choix des différentes équations. Cependant. la plupart des choix effectués vont dans le sens de la précaution : • Le flux de déposition est estimé à partir de la concentration dans l’air dans les conditions les plus défavorable. dès lors que la littérature en proposait plusieurs. de plus en plus d’experts penchent pour un mécanisme d’action nécessitant une dose seuil pour qu’il se déclenche. • le coefficient de transfert. une durée d’exposition et un effet donné. Les résultats conduits par cette agence américaine sont à l’opposé de ceux de l’OMS. Pour une substance. l’US EPA. • Les valeurs numériques des coefficients de transfert retenus sont chaque fois les plus élevées.2 A partir des retombées atmosphériques Le calcul de la concentration dans la chaîne alimentaire à partir de retombées atmosphériques a été effectué uniquement pour les dioxines qui sont les seules substances considérées dans l’étude comme pouvant être émises sous forme particulaire. montrant ainsi tout l’enjeu de la compréhension du mécanisme d’action toxique de ces dioxines. Concernant les dioxines. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 41 .

Les populations éloignées de 1. 2003]. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 42 . La quantité d’eau ingérée La valeur utilisée est le percentile 95 de la consommation totale d’eau du robinet en litres/jour divisée par le poids moyen d’un individu [Beaudeau et al. il semblait important de pouvoir estimer la quantité de polluants provenant des végétaux afin de ne pas sous-estimer le risque. La provenance et la qualité de l’eau du robinet Compte tenu de la dilution moins importante dans la nappe que dans l’eau de surface. Cette valeur a une importance non négligeable pour l’interprétation des résultats. Cette hypothèse est forte. Cette analyse montre que l’influence de la distance séparant le site et le lieu du captage est importante. le décret relatif aux eaux destinées à la consommation humaine [décret n° 2001-1220] fixe des fréquences d’analyse selon le débit journalier et la population desservie. la dose apportée par les végétaux n’est pas aussi importante que celle apportée par l’eau.000 mètres des sites ne sont plus exposées à des concentrations supérieures à la valeur toxicologique de référence.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XV. c’est-àdire qu’elle ne subit ni traitement ni contrôle avant consommation. Cette décharge est restée le modèle de la pollution maximum. Les facteurs de croissances des ratios de danger en fonction de la distance diffèrent en fonction des types de sites. elle ne peut être considérée comme négligeable. Cependant. Les analyses. pour les unités de distributions importantes peuvent atteindre 12 analyses par an. En effet. Accumulation des métaux dans les végétaux La formule utilisée pour calculer la concentration des polluants dans les végétaux n’est pas applicable pour les métaux. On pourra noter que pour la décharge de Montchanin1 la distance admise n’était que de 100 mètres. Cela indique que les pratiques antérieures n’avaient pas les mêmes exigences. évidemment à ne pas suivre. En outre. Nous devons retenir que l’utilisation d’eau prélevée pour son usage personnel n’est pas soumise à une procédure d’autorisation [décret n°2001-1220]. compte tenu de la tendance à l’accumulation des métaux dans les couches superficielles du sol. dans le cas d’un captage collectif. la concentration dans l’eau du robinet est supposée identique à celle dans la nappe au point de captage. Cependant. Quelle que soit le métal. 1 Montchanin la décharge française la plus polluée qui à fait l’objet de plusieurs procès. QUANTIFICATION DE L’EXPOSITION XV-1 Ingestion La distance site point de captage La distance légale minimale qui doit séparer les premières habitations de la limite de site est de ≥ à 200 mètres. car la dose d’exposition provient essentiellement de ce vecteur. les quantités de polluants provenant des végétaux contribuant très peu à la dose totale d’exposition ingérée par les composés organiques. on a considéré pour tous les scénarios que les eaux de boisson et d’irrigation provenait de cette source.

lorsque que les conditions météo retenues sont les plus favorables à la dispersion. compte tenu d’une consommation d’eau plus importante. la physiologie. Le cas des enfants Il mérite une attention particulière dans la démarche d’évaluation quantitative des risques. Pour les substances étudiées. à savoir la concentration dans l’air intérieur est égale à celle de l’extérieur. D’autre part une étude publiée (ECETOC 2001) estime à 17. Le calcul du rapport entre les concentrations estimées à 500 et 1. 75 % des français changeant de logement dans une période de 15 ans [Nedellec. Cette hypothèse est importante car une personne passe plus de 80 % de son temps dans des environnements intérieurs [Coppalle. Toutefois. la considération enfant ne met pas en évidence de risque particulier pour cette population. la dose d’exposition est donc augmentée. 1998]. d’une part la durée de résidence médiane entre deux déménagements est de 4. En effet. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 43 . Durée et fréquence d’exposition La durée et la fréquence d’exposition ont été choisies volontairement pénalisantes.2 ans. Distance site habitation La modélisation de mise en œuvre a consisté à déterminer des concentrations atmosphériques à différentes distances du site permettant ainsi de tenir compte des localisations espacées de la population concernée. L’utilisation de conditions météo plus favorables à la dispersion peut conduire à des ratios atteignant un facteur 100 entre les distances de 100 et 1. 2002]. ce qui entraîne une quantité de sol ingérée importante.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XV-2 L’inhalation Les conditions météorologiques La vitesse du vent et la stabilité atmosphérique sont des éléments jouant un rôle déterminant dans la dispersion des polluants dans l’atmosphère et donc la concentration ambiante résultante dans les zones où la population est présente. La concentration à laquelle elle est principalement exposée est donc la concentration intérieure. 2. De ce fait. les enfants consomment plus de fruits et de légumes (par kg de poids corporel) que les adultes. 1997] : 1. Par exemple. La concentration à l’intérieur des bâtiments Le taux de pénétration dans les bâtiments est pris égal à 100 %..000 mètres par rapport à la distance de 100 mètres sont respectivement 3 et 6 fois plus faibles. les ratios de danger sont plus élevés pour les enfants que pour les adultes et se rapproche pour certains du seuil de 1. Par ailleurs. 3.000 mètres. le développement. considérer une exposition de 70 ans pendant toute la journée entraîne un facteur de surestimation. Le comportement des enfants est tel qu’ils sont soumis à des niveaux d’exposition différents des adultes.6 h par jour le temps passé au domicile. les différences avec les adultes se situent principalement à 3 niveaux [Gagnon et al. le comportement. une de leurs caractéristiques est un contact main bouche fréquent.

• dioxine émis sous forme atmosphérique (biogaz et fumées de combustion).France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement Conclusions Les risques encourus autour des décharges récentes de classe 2 avec une bonne gestion des biogaz et lixiviats ne semble pas majeurs même si quelques polluantes mérite une attention particulière : • hydrogène sulfuré. la comparaison des concentrations prédites par modélisation avec les valeurs de qualité des milieux indique une faible contribution des centres de stockage à la pollution environnementale. Enfin. le respect de ces règle devrait être vérifié. • cadmium. Les centres de stockage également de classe 2 non conformes (pas de captage de biogaz. • arsenic. pas de traitement de lixiviats. • benzo(a)pyrène. • chrome VI (émis dans les lixiviats). Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 44 . une couverture sommaire et pas quotidienne) posent beaucoup plus de problèmes et l’évolution réglementaire qui a forcé leur fermeture ou fixé des conditions d’exploitation plus sévères a été bénéfique au plan sanitaire .

L’apparition d’effets aigus liés à l’ingestion d’arsenic ou de cuivre provenant d’une contamination des eaux souterraines par les effluents d’un centre de stockage de déchets semble peu probable. il convient de vérifier. une attention particulière doit être portée vis à vis de l’arsenic et du cuivre. 1998] Quantification de l’exposition La durée de l’exposition : dans le cadre d’une exposition aiguë. 1997] [ATSDR. Dans les effets sanitaires on distingue successivement les expositions aiguës par voie orale et par voie respiratoire. En effet le vecteur de pollution principal est l’eau contaminée. 2000] [ATSDR. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 45 . 1. toutefois dans certains contextes locaux. 1997] [ATSDR. 2000] [ATSDR.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XVI. ils sont traités dans ce même chapitre. caractérisant des expositions aiguës. RISQUES AIGUS. Il faut voir ce chapitre comme traitant des concentrations élevées résultant de variations quotidiennes liées aux conditions météorologiques et à l’intensité de l’activité. XVI-1 voie orale Le tableau ci-dessous donne les substances prioritaires pour lesquelles existent une VTR pour une exposition aiguë par voie orale. en s’appuyant sur la même démarche quelle pourrait être les conséquences sanitaires lorsque les concentrations de polluants sont plus élevées sur une période de temps brève. La contamination du point de captage a pu s’opérer après infiltration des lixiviats dans le sol suivie du transport des polluants dans la nappe jusqu’au captage. le pas de temps est de 1 à 14 jours. Substance Arsenic DDT Chloroforme 1. REPROTOXIQUES ET PERCEPTION DES ODEURS Si les chapitres précédents traitaient de l’évaluation quantitative des risques sanitaires pour les riverains des centres de stockage exposés sur des périodes longues. Ces deux axes ayant une réflexion similaire. 1989] [ATSDR. Concrètement. des données de concentrations de polluants dans les lixiviats sont uniquement disponible pour l’arsenic et le cuivre. 1997] [ATSDR. 2000] [ATSDR. Les résultats ne peuvent être interprétés pour répondre à des situations accidentelles.2 trichloroéthane Cu Toluène Trichloroéthylène Tétrachloroéthylène Dioxines Effets Gastro-intestinal Développement Hépatite Neurologique Gastro-intestinal Système nerveux central Développement post-natal Neurologique Immunologique Source et année [ATSDR. 2002] [ATSDR. Rien n’a pu être rassemblés pour les autres composés chimiques et notamment les substances organiques.

1.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement L’absence d’information concernant les émissions pour les autres substances ne permet pas de se prononcer quant aux potentiels d’effets sanitaires indésirables des expositions aiguës par voie orale. 1987] [ATSDR. 1997] [ATSDR. dont les concentrations sont de l’ordre de quelques centaines de microgrammes par m³. Substance Benzène Toluène Trichloroéthylène Tétrachloroéthylène Chlorure de vinyle Ammoniac Sulfure d’hydrogène Chloroforme 1. la construction des scénarios reste identique à celle qui a prévalu pour les risques chroniques. 1997] [ATSDR. on peut exclure l’apparition d’effets sur la santé liés à une exposition aiguë à ces polluants émis dans l’atmosphère par les centres de stockage des déchets. Pour l’hydrogène sulfuré par contre. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 46 . 2000] [ATSDR. Pour l’ensemble des substances à l’exception de l’hydrogène sulfuré. La caractérisation des risques est obtenue à partir de la dose ingérée et de sa concentration dans l’eau. Ainsi. Ensuite elle est divisée par la valeur toxicologique de référence afin d’obtenir un ratio de danger lié à une exposition aiguë à chacune des deux substances : arsenic et cuivre. • l’indicateur de concentration : il s’agit de la concentration maxi dans l’air ambiant de chacun des polluants concernés. les rations de danger sont très inférieures à 1. Ce sont les valeurs numériques affectées aux différents termes de calcul qui vont différer. les calculs effectués montrent la possibilité de concentration susceptibles d’engendrer des irritations respiratoires et oculaires pour les populations résidant dans les habitations situées dans une bande de 100 à 200m au delà du périmètre d’exclusion. XVI-2 voie respiratoire Le tableau ci-dessous donne les substances prioritaires pour lesquelles existe une VTR pour une exposition aiguë par voie respiratoire. ici le pas de temps concerne un maximum horaire. 1998] Dans ce cas aussi. Les concentrations maxi horaires sont de l’ordre de quelques microgrammes par m³ pour les substances autres que l’hydrogène sulfuré. 1997] [ATSDR. La concentration maxi horaire est prédite à partir des hypothèses de conditions météorologiques les plus défavorables.1 Trichloroéthane Chloroéthane Effets Immunologique Neurologique Neurologique Neurologique Développement Respiratoire Respiratoire Oculaire Hépatique Neurologique Développement Sources et année [ATSDR. 1999] [0MS. 1997] [ATSDR. 1997] [ATSDR. 1995] [ATSDR. 1990] [ATSDR. Ces différences vont porter sur : • la durée d’une exposition aiguë (le pas de temps ne peut excéder 14 jours).

• l’éthylmercaptan. • le limonène. Une autre substance est très proche de son seuil de perception : le butanol. • le xylène. Toutefois ces composés étant reconnus comme très odorants. Les données françaises disponibles ne montrent ni d’identification ni de quantification du méthylmercaptan et de l’éthylmercaptan dans le biogaz. XVI-3 Les odeurs Les odeurs émises par les centres de stockage de déchets sont une préoccupation majeure pour les riverains. pour les composés autres que l’hydrogène sulfuré. les concentrations de ce polluant à proximité des habitations peuvent atteindre un niveau susceptible d’engendrer des effets aigus de type respiratoire. lors de conditions météorologiques défavorables à la dispersion. • l’hydrogène sulfuré. la valeur supérieure du seuil de perception olfactif est aussi dépassée. 1994]. le seuil de détection olfactif d’une substance correspond à la concentration pour laquelle 50 % des individus composant le jury d’experts perçoivent l’odeur de cette substance [Rousselin. six substances présentent des concentrations atmosphériques ambiantes supérieures à la valeur inférieure de la fourchette du seuil de perception : • le diméthylsulfure. Le pas de temps sur lequel sont moyennées les concentrations est donc crucial [Pope. Une comparaison des seuils de perception Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 47 . 1992]. De nombreux documents proposent des seuils de perception olfactifs. En effet. ils sont retenus dans l’étude et des données bibliographiques de concertation seront utilisées. Pour ces trois derniers. En effet. Cette variabilité est principalement liée à la plus ou moins grande sensibilité des individus.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement En conclusion. Par définition selon l’INRS. Pour l’hydrogène sulfuré. • le méthylmercaptan. Dans cette approche. les résultats sont plus préoccupants. Lien toxicité/perception des odeurs Une grande interrogation de la population concerne les risques d’effets sanitaires survenant après des épisodes odorants car les seuils de perception olfactifs ne sont pas garants d’une innocuité sanitaire. Les écarts entre les valeurs seuils sont parfois très grands. de troubles psychosomatiques difficiles à objectiver et par la survenue de pathologies plus communes [Shusterman. La modélisation de la dispersion des odeurs nécessite une approche différente de celle classiquement utilisée. Cela se traduit par des manifestations de gêne. la perception des odeurs est un phénomène instantané. Les turbulences à plus ou moins grande échelle entraînant d’une part la fluctuation du panache autour de son axe moyen et d’autre part la dilution de celuici dans la masse d’air environnant. les conditions les plus défavorables sont très inférieures à celles pouvant donner lieu à l ‘apparition d’effets aigus par voie respiratoire on peut en conclure à l’absence de ce type d’effets chez les riverains des centres de stockage. 2000].

qui est la seule substance émise par les centres de stockage susceptible de dépasser le seuil de toxicité aiguë. alors. Comparaison des seuils de perception olfactive avec les seuils de toxicité aiguë Substances Benzène Toluène Trichloroéthylène Tétrachloroéthylène Chlorure de vinyle Ammoniac Hydrogène sulfuré VTR respiratoire aiguë en µ/m³ 160 3. ciblé sur les émissions atmosphériques. avant l’implantation de la décharge qu’après son implantation. d’autant que certaines études épidémiologiques solides sur le plan méthodologique ont montré.000 (à vérifier) 340/50. nécessite une attention particulière puisque les nuisances olfactives peuvent avoir un retentissement sur la santé. que. que le risque encouru était du même ordre de grandeur. à travers ce tableau. si les effets sur la reproduction ou le développement ne sont pas retenus comme effet critique car survenant pour des doses les plus élevées.000 80/160. et notamment pour les riverains. Toutefois. XVI-4 Les risques reprotoxiques De nombreuses publications rapportent une augmentation de l’incidence des pathologies ayant trait à la reproduction et le développement dans les populations résidant autour des décharges. pour la plupart des substances qui possèdent une VTR respiratoire aiguë.900 1. sur un centre de stockage de déchets ménagers.600/187.400 1. la VTR est considérée comme de nature à protéger contre leur manifestation. Le problème de la perception des odeurs aux alentours des sites de stockage des déchets.000 780.66/250 On remarque. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 48 .800 10.300 350 100 Seuil de perception en µ/m³ 2. n’indiquent pas de conséquences particulières pour les populations exposées de manières quotidiennes pendant plusieurs décennies [Dor 2000].500/150. 2001. Ainsi. 2002].000 0. la détection olfactive n’est pas un élément de sécurité. suggérant une interférence avec des facteurs socioéconomiques et culturels [Elliot. sur certains sites. en France. La controverse scientifique est cependant importante. le seuil de perception olfactive est très faible et permet de détecter la substance à des concentrations inférieures au seuil de toxicité aiguë. le raisonnement actuel est que les valeurs toxicologiques de référence (VTR) sont construites sur l’effet critique.000 42. Cette étude ne se prononce cependant pas explicitement sur la survenue de pathologies liées à la reproduction et au développement. Les conclusions d’un travail mené. c’est à dire l’effet sanitaire indésirable apparaissant le premier aux doses les plus faibles administrées ou estimées.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement olfactive avec les seuils de toxicité aiguë a été menée afin de pouvoir apporter des éléments de réponse à cette question (voir tableau). voire plus important. Au plan toxicologique. pour l’hydrogène sulfuré.000 42/550.

On note. et inversement. Valeur Toxicologique de Référence. la spermatogenèse. Elles comprennent les effets sur la libido. • l’existence d’une VTR sur des effets reprotoxiques. La consultation des bases de données (ATSDR3 et US EPA4) rassemblant des VTR n’indique pas de focalisation particulière sur les effets reprotoxiques. par l’ATDSR. 2002]. de VTR pour des expositions de courtes durées. se révèle une sorte de paradoxe : ce n’est pas parce qu’une substance est classée reprotoxique qu’une VTR5 a été construite pour cet effet en particulier. propose de structurer des effets reprotoxiques de la manière suivante [INRS. Concernant les VTR.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement Définition des effets reprotoxiques L’INRS1. XVI-6 Conclusion Cette réflexion spécifique sur les effets reprotoxiques met en lumière les limites actuelles de la démarche d’évaluation quantitative des risques sanitaires dès lors que l’on veut apporter des éclairages sur des risques de survenues de pathologies clairement identifiées. la fécondation elle-même. Cela comprend notamment les avortements spontanés et les altérations du développement mental et physique. on ne trouve pas trace de procédures exceptionnelles mises en place. une substance non classée reprotoxique peut disposer d’une VTR fondée sur cet effet. XVI-5 Connaissances toxicologiques sur les substances émises par les centres de stockage Pour chacune des substances détectées voire quantifiées sur les centres de stockage et les informations recherchées ont trait : • à leur éventuelle classification par un organisme. Ces VTR ont été construites conformément aux pratiques classiques des instances qui les ont élaborées . synonyme de ovogenèse. en reprenant les textes européens. Agence de Protection de l’Environnement des Etats-Unis. Cependant un gros écueil reste présent. avec intérêt l’élaboration. une réflexion autour de la mise en place de procédures spécifiques aux effets reprotoxiques doit être menée. Agence d’Enregistrement des Substances Toxiques concernant les affections et les maladies. La construction des VTR et l’élaboration des scénarios d’exposition doivent être pensées spécifiquement pour les effets reprotoxiques. • Les atteintes de la fertilité. Il distingue : • Les atteintes portées au développement de l’enfant au cours de la gestation et après la naissance. respectant ainsi les modalités d’exposition spécifiques. l’oogenèse2. notamment en période de gestation. Les scénarios d’exposition doivent se fonder sur les modalités d’exposition et les circonstances de survenue telles qu’elles sont observées en population humaine ou lors des expérimentations animales. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 49 . A la lecture des tableaux des effets reprotoxiques des substances selon l’origine des données. tant pour les VTR que pour les modalités d’exposition : il s’agit de la transposition à l’espèce humaine des données acquises 1 2 3 4 5 Institut National de la recherche et de la sécurité. • la nature sommaire des effets reprotoxiques. jusqu’à et y compris l’implantation. jusqu’à et y compris le développement pubertaire normal.

la prudence et la mesure de précaution conduisent à considérer que tout effet observé chez l’animal doit être considéré comme pouvant se produire chez l’homme même si la manifestation de la toxicité n’est pas forcément la même.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement au cours d’expérimentations animales. L’émoi important manifesté par les populations en matière de risques pour la reproduction en lien avec des nuisances environnementales nécessite de se pencher sur le renforcement des connaissances et des méthodes sans tarder. A l’heure actuelle. en l’absence d’éléments tangibles. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 50 .

combiné avec des paramètres d’exposition variable (distance par rapport au site et ingestion d’eau). XVII-2 Production de lixiviats En ce qui concerne les effluents liquides. XVII-1 Emissions gazeuses Les déchets reçus dans les sites de type K1 ne sont pas. 1 2 classe 1 : déchets industriels spéciaux. XVII-3 Indicateurs de concentration Les données disponibles permettent de déterminer uniquement la moyenne des concentrations dans les piézomètres. par ailleurs. Aussi. Cette étape s’est avérée plus complexe pour les sites de K11 que pour les sites de K22 du fait de la rareté des données disponibles en France. Les émissions liées à ces sites peuvent cependant être constituées de poussières bien que les alvéoles soient arrosées. biodégradables . des données sur des substances présentes dans l’air ambiant n’étaient pas disponibles. classe 2 : déchets ménagers et assimilés. Cependant. Les paragraphes suivants montrent les difficultés rencontrées par type d’émissions. L’évaluation quantitative des risques liés à l’émission de substances dans l’atmosphère par les centres de stockage de K1 n’a donc pu être menée. Le tableau suivant résume les concentrations retenues pour chaque substance. les sites K1 sont équipés de géomembranes en fond de casier pour récupérer les lixiviats. Parce que la réglementation actuelle ne prescrit pas leur surveillance. EVALUATION DES RISQUES POUR LES CENTRES DE STOCKAGE DE DÉCHETS DANGEREUX La première étape de l’évaluation des risques pour la santé consiste à estimer les rejets de polluants dans les milieux susceptibles d’être en contact avec l’homme.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XVII. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 51 . il n’y a pas de production de biogaz comme pour les centres de stockage de K2. de même que les sites K2. ou peu. pour limiter les envols. c’est donc cet indicateur qui sera utilisé dans les deux scénarios haut et moyen. l’approche par l’utilisation des mesures piézométriques est retenue pour une évaluation quantitative des risques. le nombre de mesures et le nombre de sites. par conséquent. surtout en été. la perméabilité du sol sur lequel repose la géomembrane des sites de K1 est sensiblement plus faible (en épaisseur et non en étanchéité) que pour les site de K2. l’estimation du débit de fuite à travers les géomembranes des K2 n’était pas transposable étant donné la trop grande disparité des déchets qui sont disposés dans chaque type de centre .

3 5. L’interprétation des résultats pour l’ensemble des substances doit se faire tout en gardant à l’esprit les nombreuses hypothèses et incertitudes : • La concentration dans les piézomètres n’est pas représentative exclusivement de la source décharges mais intègre toutes les autres source de pollution éventuelles ou la présence naturelle de la substance. pour deux substances les excès de risque individuels sont non négligeables : il s’agit de l’arsenic et du benzo(a)pyrène. benzo(a)pyrène. En ce qui concerne les rejets de polluants vers l’eau souterraine. l’arrivée des polluants peut être retardée. pour les autres substances prioritaires. Compte tenu du temps de passage des polluants.4 125.4 14. XVII-5 Conclusions Les centres de stockage de déchets dangereux sont peu nombreux en France . Les ratios de danger sont très inférieurs à 1 . Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 52 . Par contre. • Le nombre de mesures est parfois limité (benzène. le toluène et le benzo(a)pyrène uniquement.1 73. Ces deux substances étaient déjà mises en évidence par l’évaluation des risques pour les déchets ménagers. les données actuelles sont très insuffisantes pour conclure.7 3.8 3. les données disponibles sont plus nombreuses mais limitées à une seule famille de polluants : les métaux. et l’hypothèse d’une concentration constante au cours du temps a été effectuée. • La concentration est représentative d’une époque donnée (très récente).6 19.016 Nombre de mesures 262 241 233 246 279 68 44 100 244 2 2 1 Nombre de sites 6 4 3 5 5 3 2 6 3 1 1 1 Concentrations moyennes relevées dans les piézomètres XVII-4 Caractérisation du risque Les voies d’exposition retenues sont l’ingestion d’eau contaminée pour toute les substances et l’ingestion de végétaux contaminée par de l’eau polluée pour le benzène.4 0.3 2. or ils sont très peu mobiles dans le sol. • Les seules substances mesurées régulièrement sont les métaux. les données sont en nombre limité.4 32. Les données disponibles et le contexte géologique réglementaire laissent supposer qu’une contamination de la nappe par les métaux est peu probable.7 21. de ce fait.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement Substance Arsenic Cadmium Chrome VI Mercure Plomb Magnésium Nickel Zinc Cuivre Benzène Toluène Benzo(a)pyrène Concentration dans les piézo en µg/L 8. cependant. toluène.

les aspects techniques et économiques. dans le secteur des déchets. RECOMMANDATIONS POUR L’ÉVALUATION DES RISQUES A l’issue de ce travail. fixée notamment dans le cadre législatif réglementaire. au niveau national ou local. les politiques industrielles et publiques que ce travail peut (et espère) influencer. sauf indirectement. portant notamment sur des aspects de surveillance et d’information du public. ont à prendre en compte : l’aménagement du territoire. il n’appartient pas aux experts à qui à été confiée la mission d’évaluer les risques associés à une activité pouvant avoir un impact sur l’environnement et la santé.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XVIII. aujourd’hui en France. • celles qui sont des prolongements à l’analyse des résultats. les recommandations proposées sont de deux ordres : • celles qui émanent directement des résultats obtenus et analysés. sont toujours des paramètres importants des décisions politiques. les recommandations formulées ne peuvent concerner. a permis de réduire les rejets de polluants et par enchaînement l’exposition des populations et les risques encourus. il est essentiel que chacun soit convaincu que seules des considérations sanitaires l’ont inspiré. Une amélioration de l’accessibilité de ces données passe à la fois par une centralisation au niveau du département et leur transfert au niveau national. qui ont porté sur la maîtrise des émissions des installations de stockage des déchets. la protection de l’environnement parmi d’autres critères d’appréciation. Pour que ce rapport soit vraiment utile. réduisant de fait les nivaux d’exposition et donc des risques encourus. Ces améliorations relèvent en partie du domaine réglementaire et de son application réelle sur le terrain mais aussi de l’avancée des connaissances par le soutien de la recherche en santé environnementale dont la dynamique et les moyens mobilisés. Le travail conduit a en revanche révélé les résultats positifs des importants efforts des années passées. dans l’état actuel des connaissances et au vu des données disponibles. de conclure sur les « meilleures » décisions à prendre pour réduire les risques éventuellement mis en évidence et a fortiori pour gérer les déchets. la démarche d’évaluation du risque apporte un éclairage intéressant non seulement en terme de niveau de risque mais également sur le bilan des connaissances disponibles. à l’image de ce qui est devenu la règle pour les émissions des installations d’incinération. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 53 . En effet. Est également mise en lumière la difficulté rencontrée pour accéder aux données de surveillance qui sont collectées dans chaque site et transmise à l’administration dans le cadre de la réglementation. Cette étude ne fait ainsi que présenter des résultats qu’il faut apprécier dans leur ordre de grandeur. restent modestes. Dans ce contexte. La dimension sanitaire n’est pas la seule que les parties concernées. XVIII-1 Mise en œuvre et amélioration de la réglementation Les résultats issus de ce travail tendent à montrer que l’évolution des pratiques dans la gestion des centres de stockage. la politique de l’emploi. Ainsi.

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XVIII-2 Conformité législative et réglementaire des centres de stockage L’analyse du paysage français révèle une situation d’ensemble satisfaisante vis-àvis de la réglementation pour les centres de stockage de déchets dangereux et les principaux centres de stockage de déchets non dangereux. Ainsi, l’enquête réalisée fin 2002 sur les installations de stockage de déchets ménagers et assimilés de capacité supérieure à 20.000 t/an a montré que la grande majorité était conforme : sur 210 sites, 9 ne disposaient pas, à cette de surveillance des eaux souterraines et moins de 30 ne captaient pas le biogaz. Une analyse similaire reste à engager sur les installations de capacité inférieure à 20.000 t/an. Une partie des sites de faible capacité qui n’étaient pas conformes aux obligations récentes a fermé en 2002. On notera cependant que si ces sites n’accueillent plus déchets, ils peuvent être la source de diffusion de polluants dans les milieux, surtout si les systèmes de protection qui ont été mis en place dans ce cadre n’assurent pas une parfaite étanchéité. Les décharges illégales, dans leur majorité, n’étant pas équipées de tels dispositifs, on pourrait craindre que ces sites ne génèrent des pollutions diffuses. Cela renforce également la nécessité d’accélérer la fermeture de ces décharges illégales encore exploitées et, par leur surveillance, d’assurer une plus grande maîtrise des flux des déchets qui sont encore éliminés dans ces sites. XVIII-3 Connaissance de la source La réglementation relative au stockage des déchets, notamment la directive 1999/31/CE et les textes pris pour son application prévoient des mesures propres pour limiter les différentes émissions et fixent des critères permettant d’apprécier les catégories de déchets admissibles dans les différents sites de stockage. Si des progrès sont bien sûr toujours possibles, l’accent doit être mis sur la mise en œuvre et le respect de ces prescriptions réglementaires. XVIII-4 Amélioration de la démarche d’évaluation quantitative des risques sanitaires Le déroulement de la démarche d’évaluation quantitative des risques sanitaires dans le cadre des centres de stockage a permis de pointer sur un certain nombre de lacunes, qui sont autant de pistes de recherche à proposer pour réduire les incertitudes et mieux fonder les hypothèses. Elles ont trait notamment à la connaissance du terme source, à l’analyse des informations toxicologiques des substances, des différents mécanismes de transfert, et de ce fait, de la quantification des expositions des populations. XVIII-5 Améliorer la connaissance des rejets L’acquisition des connaissances caractérisant les rejets est d’autant plus nécessaire qu’il est un préalable incontournable à un quelconque calage des dispositifs de surveillance des milieux et/ou des expositions. Le dispositif EPER (European Polluant Emission Register) a été mis en place au niveau communautaire par la décision de la commission de juillet 2000 conformément à l’article 15 de la directive 96/61/EC relative à la prévention et à la réduction intégrée de la pollution (IPPC Integrated Pollution Preventio and control)1.
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Ce dispositif est traduit en droit français par l’arrêté du 24/12/2002 relatif à la déclaration annuelle des émissions polluantes des installations classées soumises à autorisation (JO du 7/03/2003). Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004

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Il soumet à déclaration les responsables d’activités à l’origine de l’émission de polluants dans l’air et/ou dans l’eau, auprès des autorités administratives compétentes dans les états membres (les Préfet en France). Un ensemble de 50 polluants (37 dans l’air, 26 dans les eaux) est visé par les textes, dès lors que leurs émissions dépassent un certain seuil propre à chaque polluant et milieu du document d’orientation pour la mise en œuvre du registre EPER ; DG Environnement novembre 2000. Ces données sont destinées à être rendues accessibles aux particuliers de l’Union, par internet et sous forme de rapports publics. Il convient cependant de noter qu’il sera difficile d’avoir connaissance des fuites par les lixiviats au travers du dispositif EPR, au contraire des rejets liquides « canalisés ». Or les lixiviats semblent apparaître, compte tenu des hypothèses prises dans l’évaluation, comme pouvant constituer l’origine de la majeure partie des risques identifiés. La mesure des polluants dans les nappes phréatiques est une alternative intéressante car au final, c’est à partir de cette connaissance que l’estimation des expositions des populations sera le plus appropriée. Par ailleurs, les données françaises sur les émissions des torchères sont rares ; il serait nécessaire d’engager une campagne de mesurages des niveaux de dioxines, famille de polluants pour laquelle l’évaluation du risque des valeurs d’émission retenues suggère un impact non négligeable. XVIII-6 Analyse toxicologique Les recommandations formulées dans le cadre de l’amélioration de l’analyse toxicologique des rejets émis par les centres de stockage dépassent le cadre de cette seule activité. La conduite de ce travail à son terme permet simplement de justifier avec plus d’à propos les points sur lesquels des efforts doivent être entrepris pour apporter des réponses plus complètes à la population : la connaissance des effets néfaste, les valeurs toxicologiques de référence et la prise en compte des interactions. XVIII-7 Effets sanitaires Les risques sanitaires que ce travail met en lumière concernent essentiellement deux domaines d’effets : 1. des manifestations à court terme, à caractère irritatif (H2S)1 ou liées aux nuisances odorantes, 2. des conséquences différées d’expositions sur de longues durées (risque de cancer ou, de manière plus hypothétique à ce jour, possibles atteintes de la reproduction). C’est sur cette dernière catégorie d’effets possibles que les données sont les plus incertaines. Les études épidémiologiques apportent une réponse globale sur la contamination de l’environnement et ses répercussions sanitaires dans la population. XVIII-8 Elaboration des Valeurs Toxiques de Référence (VTR) Principalement, même s’il manque des VTR pour nombre de polluants, l’enjeu important pour les centres de stockage porte sur les effets sur la reproduction tant la controverse est importante, la littérature ayant du mal à dégager une position scientifique claire ; ils demeurent du registre de l’hypothèse. A une exposition épidémiologique, à partir des données de surveillance sanitaire, il faut aussi améliorer les connaissances pour la réalisation de travaux d’évaluation du
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hydrogène sulfuré. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004

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risque. Eu égard à leur faible nombre à l’heure actuelle, une priorité consiste en l’élaboration de VTR spécifiques pour les effets reprotoxiques. Une réflexion sur la nécessité de mettre en place une procédure spécialement dédiée à ces effets mériterait d’être engagée. Ceci est d’autant plus important que ce travail a révélé une discordance majeure entre le nombre de substances faisant l’objet d’une classification, le nombre de substances disposant d’une VTR fondée sur des effets reprotoxiques et le nombre de substances pour lesquelles on dispose d’informations –essentiellement issues de l’expérimentation animale– sur leurs conséquences sur les fonctions de reproduction et le développement embryo-fœtal. Ce constant sur les substances à potentiel reprotoxique n’affranchit pas de la poursuite des efforts pour l’actualisation et l’extension des données toxicologique concernant d’autres effets critiques. XVIII-9 Estimation des expositions La connaissance de l’exposition des personnes est une des étapes importantes de la quantification du risque. Cette synthèse montre toute la difficulté de cette estimation du fait de l’absence ou du caractère parcellaire et parfois inapproprié des données actuelles issues de la connaissance des émissions. Dès lors que les données plus pertinentes et nombreuses auront été recueillies puis collectées dans le cadre d’études particulières, puis éventuellement de manière systématique dans le cadre d’une surveillance améliorée, l’exposition des populations concernées pourra être mieux caractérisée. Cela s’applique aussi bien pour les travailleurs occupés sur les sites que pour les populations riveraines. XVIII-10 Populations et comportements Quelle soit l’échelle à laquelle une étude est menée, l’évaluateur de risque est conduit à effectuer des choix sur les populations concernées et notamment ses habitudes alimentaires et ses comportements. A chaque fois, en raison de la faible valorisation de données française (INSEE, AFSSA…)1, l’évaluateur se rabat sur des données caractérisant la population américaine. En conséquence, il devient urgent de mobiliser des équipes scientifiques pour réaliser l’équivalent français du « exposure factors handbook » de l’US EPA en rassemblant les données disponibles et jugées pertinentes dans le contexte français et européen. XVIII-11 Caractérisation des milieux environnementaux Les travaux d’étude et de recherche nécessaires à engager portent d’une part sur les modalités du mesurage et d’autre part sur la modélisation des transferts des polluants entre les milieux. Il est également nécessaire d’améliorer les connaissances des expositions des travailleurs à des polluants particulaires spécifiques d’origine microbiologique et aux métaux (singulièrement manganèse, cadmium et chrome), notamment dans les zones de déchargement de quelques sites. Dans la majeure partie des évaluations quantitative des risques sanitaires, les résultats sont fournis sous forme déterministe, c’est à dire qu’un seul chiffre décrit l’ampleur du risque prédit dans la population concernée. Or, les nombreuses
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Au delà de cette hypothèse scientifique. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 57 . il est important pour renforcer l’appréciation de la portée santé publique de connaître la taille de la population concernée. Le travail mené ici a tenté d’apporter un éclairage sur le niveau du risque même si celui-ci est partiel.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement hypothèses retenues tout au long de la démarche révèlent toute l’incertitude et le variabilité des valeurs numériques affectées aux différents termes de calcul.

riveraines ou plus éloignées . tout en donnant une image générale utile de l’impact des rejets dans les milieux.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XIX. Le choix des polluants à surveiller Seuls quelques polluants sont soumis à une réglementation qui est applicable aux rejets des effluents liquides dans le milieu naturel et aux installations de valorisation ou de destruction du biogaz. • évaluer l’impact des actions et des dispositifs mis en œuvre . • s’assurer du respect des règles et valeurs limites d’exposition des travailleurs. afin d’y porter remède . Un premier travail de retour d’expérience pourrait être mené sur les sites qui ne sont équipés de dispositif d’étanchéité ou de captage de biogaz. XIX-1 Surveillance environnementale La surveillance environnementale a de nombreux intérêts : • vérifier les émissions dans les milieux demeure. Cette surveillance doit être adaptée au potentiel d’émission de polluants dans les milieux. Ainsi. • donner lieu à la production de données servant à l’information des parties intéressées . on peut retenir les trois suivants : • détecter des situations anormales et apprécier leur importance . Dans cette optique. la surveillance devient un outil d’alerte et de diagnostic à l’échelle collective et non individuelle. Il s’agit principalement de métaux (milieu de l’eau) et de paramètres physico-chimiques globaux qui. • identifier au plus vite le problème. ne renseignent que partiellement sur d’éventuelles conséquences sanitaires. pourraient être inventoriés et les résultats des mesurages qui ont été faits dans ce cas rassemblés. à la sensibilité du milieu. en résultera une amélioration effective de la connaissance des rejets et de la contamination des milieux qui permettra d’enrichir la réflexion sur deux points clés qui sont : 1. de financements publics destinés à leur réhabilitation (notamment de l’ADEME). les sites ayant bénéficié. au cours des 5 à 10 ans passés. On ne peut oublier non plus que les populations qui résident autour des sites ont été et peuvent être encore exposées aux différents rejets. • participer à l’information régulière des populations. dans le cadre de l’hygiène du travail. la mise en place d’un tel dispositif passe par une analyse des objectifs poursuivis et de la faisabilité de la démarche. Parmi ceux-ci. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 58 . en cas de récidive ou d’accident. En effet. 2. DÉVELOPPEMENT DES DISPOSITIFS DE SURVEILLANCE La demande est récurrente de conduire des investigations ou bien de mettre en place un dispositif de surveillance. sur les plans qualitatifs et quantitatifs. Deux entrées d’application de la surveillance sont envisageables : environnemental et sanitaire. la fréquence des mesurages. Quelque soit le domaine. le choix des polluants pertinents à surveiller. Les objectifs sont très variés. dans un cadre qui n’est pas susceptible de porter préjudice à l’environnement et aux populations.

Elles combinent des réflexions de surveillance avec des réflexions en amont de cette surveillance. 4 Hydrogène Sulfuré. COVNM3. c’est à dire de mettre en place des campagnes de mesurage destinées à acquérir des connaissances qui serviront de base à l’évaluation de la pertinence d’intégrer tel ou tel polluant dans un dispositif de surveillance environnementale. en direction des zones habitées. Dans la nappe phréatique en aval hydraulique du site : tri et tétrachloroéthylène. arsenic. les risques associés. La fréquence des mesurages doit répondre à ce souci. les composés qui ressortent sont : les particules PM 102. et. Les objectifs de la surveillance environnementale des sites de stockage des déchets sont différents. Dans les lixiviats (avant et après traitement des effluents) : chlore de vinyle (qui n’est pas retenu parmi les polluants à surveiller dans le cadre de l’EPER). 3 Composés Organiques Volatiles Non Méthaniques. o De disposer de plus d’éléments d’appréciation concernant les nuisances odorantes. en zone de déchargement dans les alvéoles actives et en pourtour de site. et H2S4. Pour apprécier l’impact sur les milieux. il peut être utile de connaître les variations temporelles. La surveillance de ces composés permettra : o De vérifier les prévisions o D’observer l’évolution des pratiques d’exploitation des centres de stockage. XIX-2 Surveillance métrologique des centres de stockage Les propositions faites ci-dessous sont restreintes aux connaissances actuelles. notamment lorsqu’elles sont influencés par les variations météorologiques saisonnières (pluies plus abondantes en automne pu au printemps) ou journalières (déchargement des déchets). • Dans l’environnement : L’air extérieur (sur le site. 1 Registre Européen des Emissions Polluantes. méthane. chrome (si possible sous la forme de Cr6) et cadmium. le cas échéant. chlorure de vinyle. Surveillance des sites K2 (classe 2) • Dans les rejets : A l’émission des torchères et pour l’ensemble des dispositifs de combustion du biogaz : les dioxines et les métaux. tout en étant conditionnée par le potentiel d’émission des différentes catégories de sites. 2 particule ø 10µ.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement Fréquence des mesurages Le programme EPER1 a pour objet de disposer d’estimation de rejets annuels de polluants dans l’air et dans les eaux. s’il en est). Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 59 .

• Dans les rejets : Dans les lixiviats (en amont du traitement des effluents) : du fait de la rareté des données disponibles actuellement permettant d’apprécier des niveaux de concentration des polluants organiques et minéraux. Cette surveillance aura surtout pour objet d’attester auprès des populations riveraines du respect des règles de fonctionnement des installations et de la préservation de la qualité des milieux.…). Surveillance par bio-indication végétale et animale A coté de la mesure directe des polluants dans les milieux de l’environnement. Etudes in situ : certaines espèces animales ou végétales peuvent être choisies comme « sentinelles ». il est opportun de conduire des campagnes de mesurage portant sur : inorganiques (métaux : arsenic. • Dans l’environnement : Dans l’air extérieur (sur le site au-dessus des alvéoles refermées. dans le réseau de piézomètres de surveillance situés en aval hydraulique du site (et en un point de repère situé clairement en amont et hors de la zone d’influence du site). chrome et cadmium) organiques halogénés. il est parfois possible de s’appuyer sur des indicateurs de nature animale ou végétale. en zone de déchargement dans les alvéoles actives) : particules PM 10. dans l’unité de stabilisation des déchets admis. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 60 . mousses. organes d’animaux herbivores peut être mis à profit dans la détection de divers polluants (métaux lourds. étant indicatrices d’un état de dégradation du site ou au contraire de son bon état de santé.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement Surveillance des sites K1 (classe 1) Il s’agit de sites à faible niveau d’émission . dérivés halogénés polycycliques. méthane et COVNM. leur nombre est petit (14 actuellement). Dans les eaux souterraines sous-jacentes. La capacité de bio-accumulation de lichens. et en vue de caractériser le potentiel de diffusion par perte dans les circuits de collecte des lixiviats qui sont mis en France.

XX-2 Surveillance sanitaire des populations riveraines L’amélioration de la surveillance nationale générale.insomnie. apporterait des informations permettant de conduire des travaux épidémiologiques ciblés. bromométhane. chrome. Ceci montre tout l’enjeu de correctement gérer ces effluents. manutention) et malgré le peu de données disponibles. benzène. XX-1 Surveillance sanitaire des personnels Depuis fin 2001. Les troubles associés s’expriment à la fois sur le plan organique (maux de tête. La situation des personnels employés sur les sites et des populations riveraines est à distinguer.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XX. Pour les problèmes de santé/ou de mal être pouvant survenir à brève échéance. En effet. les études montrent que ce sont les sites sans gestion des effluents (principalement les sites anciens) qui sont le plus susceptibles de poser des problèmes de santé publique. plomb métallique et ses composés.…). chlorure de vinyle. cyanure d’hydrogène. l’évolution des réglementations ayant réduit les expositions et les risques en réduisant les rejets dans l’environnement. SURVEILLANCE DES IMPACTS SANITAIRES Cette dimension de surveillance doit aussi tenir compte des différents types de sites. silice. les employeurs doivent mettre en place dans leurs entreprises une évaluation des risques élargis. comme il a été vue précédemment. un accès public aux mesures faites dans les entreprises pour se conformer à leurs obligations réglementaires serait sans doute de nature à réduire les libéralités que les entreprises françaises prennent avec la respect de la réglementation. poussière). professionnelles et/ou « citoyennes » (les riverains). ils doivent envisager l’évaluation du risque chimique (HAP. amiante. c’est qu’il y a quelque chose de dangereux » . En effet. La métrologie de expositions peut. associer des techniques analytiques et des approches olfactométriques. Cela souligne combien la faculté de conduire des travaux épidémiologiques sur des question de sécurité sanitaire environnementale est souvent titulaire d’un « investissement » consenti en amont. outre un réel contrôle des niveaux d’exposition des travailleurs par l’inspection du travail. nausées etc…) et psychosomatique (anxiété-« si cela sent mauvais. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 61 . bien avant que des questions particulières se posent. dont c’est une des missions. bruit. benzène. une attention particulière devrait être portée aux effets de nuisances odorantes. malaise général…). Outre l’évaluation des risques physiques (accidents. et hydrogène phosphoré lors des opérations de fumigation. notamment lorsque des limites existent (bruit.

il conviendrait que des moyens financiers propres leur soient alloués par l’autorité publique. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 62 . qui pourrait être assis sur un prélèvement de la TGAP. des études de surveillance environnementale. sous leur responsabilité. pour qu’elles puissent pleinement jouer leur rôle entre les opérateurs des centres de stockage.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XXI. Outre une fréquence annuelle de réunion supérieure à l’unité. en vue de permettre de prendre en charge les frais occasionnés par les membres non institutionnels des CLIS et à ces commissions de faire effectuer. les élus locaux et la population. AMÉLIORATION DE L’INFORMATION ET DU DIALOGUE AVEC LES RIVERAINS XXI.1 Commissions locales d’information et de surveillance La mise en place des commissions locales d’information et de surveillance (CLIS) autour des installations actuelles et futures devrait être systématique conformément au décret du 29 septembre 1993 sur les modalités d’exercice du droit à l’information.

que les résultats chiffrés sont d’une manière générale très liés à certaines hypothèses ou choix méthodologiques qui ont dû être pris. on exprime le risque non en probabilité mais par un ratio ou quotient de danger. Inhalation. Quel que soit le type de site. Pour les sites accueillant des déchets ménagers et assimilés. SYNTHÈSE ET CONCLUSIONS XXII-1 Démarche méthodologique Si cette étude a pour objectif de chercher à quantifier les risques encourus par les populations concernées. ni du biogaz. tels l’irritation nasale de l’hydrogène sulfuré. d’emblée. elle a aussi l’avantage d’organiser l’ensemble des connaissances nécessaires à chacune des étapes structurantes. L’encadrement des doses et concentrations d’exposition auxquelles sont soumises les populations a été effectué en construisant d’une part un scénario moyen et d’autre part un scénario haut. Ingestion (la pénétration cutanée étant jugée marginale). le chrome VI. 2. Il convient cependant de rappeler. notamment réglementaires. L’une correspond à un site sur lequel ne sont pas pratiqués le captage et le traitement ni des lixiviats. Le calcul du risque résulte de cette exposition à des contaminants dangereux : pour les effets cancérogènes. il a été choisi de s’appuyer sur deux situations : 1. l’exposition chronique des populations riveraines peut avoir lieu principalement par deux voies : 1. une quantification du risque a ainsi pu être proposée.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XXII. Compte tenu du potentiel de toxicité et d’exposition.2 dichloroéthane . XXII-2 Résultats Sur la base des divers éléments présentés ci-dessus. Il résulte de la comparaison de la dose ou concentration d’exposition estimée avec une valeur toxicologique de référence est appelée « Dose Journalière Admissible » [DJA]. Concernant les risques d’ingestion : Pour les centres de stockage des déchets ménagers et assimilés les excès de risques sont supérieurs au repère classiquement admis pour l’arsenic. L’autre correspond à des centres de stockage respectant les modalités actuelles d’exploitation. et l’arsenic. les ratios de danger sont supérieurs au repère classiquement retenu pour le cadmium. et survenant au-delà d’un certain seuil d’exposition. Pour certains polluants qui engendrent des effets autres que cancérogènes. 2. le BaP et le 1. cet excès de risque est la probabilité qu’une personne ou une population souffre de troubles induits par cette exposition au cours de sa vie conventionnellement fixée à 70 ans. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 63 . la démarche a été menée sur les sites accueillant des déchets ménagers et assimilés et ceux recevant des déchets dangereux.

Deux substances présentent un excès de risque > à 10-5. Toutefois. une évaluation des risques a été réalisée à partir de données bibliographiques internationales de concentrations. et par conséquent d’un fort potentiel de transfert vers la nappe. L’évaluation quantitative des risques s’est principalement axée sur les centres de stockage de déchets ménagers de classe 2 (K2) pour lesquelles les données d’émission et de concentrations dans les milieux sont les plus nombreuses. Les données disponibles ne permettent pas en revanche de faire valoir une incidence favorable sur les niveaux de risques liée à la mise en œuvre de dispositif de gestion du biogaz. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 64 . la mise en place de barrières active et passive sur les CET réduit considérablement les concentration dans la nappe (d’un facteur 50 pour les substances organiques). Afin d’éclairer plus largement le débat autour des conséquences sanitaires pour les populations riveraines des centres de stockage. essentiellement des métaux. Il s’avère nécessaire de préciser que la perception des odeurs n’est pas synonyme de toxicité. il s’agit du cadmium.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement Compte tenu de la grande mobilité des polluants dans le sol. selon les résultats de cette analyse. de la perception des odeurs et de la survenue d’effets reprotoxiques ont complété les travaux précédents. de nombreuses publications rapportent que des effets sanitaires sont déclarés par la population même pour des concentrations infra toxiques. qui génèrent les concentrations les plus élevées.2 trichloroéthane conduisent. pour l’ingestion d’un petit nombre de substance. Parmi les polluants étudiés dans le cadre des effets survenant après des expositions de courte durée. en particulier relatives à la gestion des lixiviats sur les niveaux de risque. surtout lorsque les polluants sont pris séparément . arsenic et benzo(a)pyrène dans le cas du scénario haut. La comparaison des résultats obtenus sur les sites de Centre d’Enfouissement Techniques (CET) met en évidence l’influence des évolutions technologiques. le chlorure de vinyle et le 1. le risque a pu être estimé également pour les sites récents accueillant des déchets dangereux classe 1 (K1). en revanche. Certains métaux présents dans les émissions gazeuses et dans les fumées de combustion du biogaz semblent pouvoir aussi se retrouver à des niveaux de concentration dans l’air ambiant proches ou égaux des niveaux de repères. seul l’hydrogène sulfuré peut entraîner des effets aigus. les analyse des risques sanitaires après des expositions de courtes durées. bien que ce soit principalement les fuites. Concernant les risques par inhalation : Les ratios de danger montre que l’hydrogène sulfuré est le polluant le plus préoccupant sur tous les sites quel que soit le scénario. du manganèse et du chrome VI. Ainsi. 3 substances dépassent systématiquement le seuil olfactif le plus élevé rapporté par la littérature : l’hydrogène sulfuré et les mercaptans. 1. quelque soit le type de site. par ingestion. Celle-ci montre que des substances comme le benzène. Concernant la perception des odeurs. à des excès de risque supérieurs au repère de 10-5. à partir de mesures dans les piézomètres. en fonction des hypothèses retenues de taux de captage et composition des déchets.

aucune des expositions à ces molécules ne laissent envisager la survenue d’effets reprotoxiques. Seules quelques unes d’entre elles disposent d’une VTR qu’aucune de ces substances ne présente un ratio de danger supérieur à 1 et donc que prise séparément. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 65 .France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement Les résultats du travail conduit ici indiquent que rare sont les substances de liste établie qui n’entraînent pas d’effets sur la reproduction et/ou le développement embryo-fœtal.

les nouveaux sites sont plus conformes aux tendances de la réglementation actuelle européenne. dont le pouvoir irritant peut se manifester aux niveaux élevés. une amélioration des connaissances relatives notamment aux émissions atmosphériques associées aux ‘process’ de la stabilisation paraît indispensable pour ces sites. tandis que. menée ici à partir de données relativement récentes. voire 1. La voie de transfert conduisant aux niveaux d’exposition chronique les plus significatifs sur le plan sanitaire est la voie hydrique. DES ORDRES DE GRANDEUR POUR ÉCLAIRER LE DÉBAT PUBLIC L’évaluation du risque. même s’il existe encore des sites non conformes aujourd’hui (sans doute de moindre ampleur). On constate donc une situation qui s’est améliorée. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 66 . stockage des déchets dangereux.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XXIII. c’est le site de type « ancien » correspondant aux décharges sans équipements de gestion des lixiviats et biogaz qui génère potentiellement des expositions de longue durée les plus significatives. donne une indication sur l’évolution des pollutions et des risques en fonction de l’évolution des pratiques en terme de stockage de déchets. Dans la majorité des cas. pour ces mêmes déchets ménagers et assimilés. ni leurs conditions de transferts dans les milieux. Peu nombreux. on peut considérer que les anciens CET témoignent plutôt d’une situation passée. Concernant les sites. En résumé. liée au fait que ne sont pas connues avec précision ni les émissions des sites. par la contamination de ressources aquifères utilisées pour l’alimentation en eau potable. qui peut occasionner des nuisances jusqu’à des distances de 500 m. 2° par l’exposition aux polluants odorants du biogaz (dont le même H2S). ces sites sont conçus pour maîtriser fortement la diffusion d’effluents vers les milieux. sur le plan sanitaire. L’émission de polluants dans l’air peut également constituer un problème sanitaire de deux manières : 1° par l’exposition continue à l’hydrogène sulfuré (H2S). ne serait-ce que pour produire les informations permettant d’informer la population et les autorités locales.000 m pour les sites les plus importants. En effet. les principaux enseignements qui se dégagent de ce travail sont les suivants : Une difficulté importante existe dans la quantification des risques associés au stockage des déchets. surtout (mais pas seulement) dans le scénario maximisant les pollutions . en particulier sur les moyens et longs termes.

Les autres principales recommandations portent sur l’amélioration des connaissances scientifiques tant au niveau de la caractéristique des rejets. Ces dispositifs ont l’avantage de favoriser le dialogue avec les populations riveraines qui attendent de l’information et du débat. et dans la prévention du transfert de polluants issues des déchets vers les milieux. Un préalable serait de diligenter des campanes de mesures autour des centres de stockage. Ce travail indique pourtant que certaines carences existent encore. mais les polluants organiques ne sont pas suivis. Pour les émanations gazeuses. Elles sont fondées sur l’état actuel des connaissances. Ainsi pour ce qui concerne les rejets et émissions sous forme liquide. Tout particulièrement en matière de connaissance et de surveillance des émissions spécifiquement adaptées à l’évaluation des risques sanitaires. des transferts entre les milieux de l’environnement que des connaissances toxicologiques et d’exposition des populations. La vulgarisation de l’information devient alors un enjeu important. La surveillance sanitaire tant des personnels que des populations riveraines est un point majeur. un premier accent est mis sur le respect de la conformité réglementaires des centres de stockage que sur la vérification de l’admissibilité des types de déchets en fonction des décharges. La mutualisation des données ainsi recueillies pourrait être faite à travers la construction d’une base sur les données environnementales voire sanitaire de centres de stockage. il importe que les acteurs industriels et les administrations compétentes conviennent d’emblée de tirer les enseignements de la première vague de résultats. Des recommandations ont été proposées. Les sites de classe 1 (déchets dangereux) n’ont pas d’obligation de surveillance des émissions atmosphériques. les sites de décharges acceptant des déchets dangereux ou non dangereux doivent non seulement être implantés dans un contexte géologiquement favorable mais aussi être équipés de dispositifs actifs permettant de drainer et traiter de façon satisfaisante les rejets. à l’instar de celle sur l’incinération.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XXIV. Aussi. puisque l’évolution des pratiques conduit à réduire les excès de risque pour la population riveraine. L’équipement des casiers en dispositif de captage n’est cependant obligatoire qu’à partir de la fin de leur exploitation. destinées à améliorer cette situation. ÉVOLUTIONS ET PERSPECTIVES Des progrès importants ont été faits depuis une quinzaine d’années dans le domaine des conditions d’admission des déchets dans les différentes catégories de centres de stockage. au moyen de protections passives et actives. serait un plus. des dispositifs de captages et de destruction de biogaz doivent être installés sur tous les sites acceptant des déchets susceptibles de se dégrader. pour adapter. Il est bien évident que toute une réflexion sur les objectifs et la faisabilité de tels dispositifs est un préalable nécessaire avant toute mise en œuvre. qui faute de déchets biodégradables ne peuvent avoir pour origine une décomposition biologique des déchets. Les lixiviats sont bien caractérisés pour les métaux. Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 67 . et pourront être affinées selon les résultats des campagnes de mesures et/ou de modélisation conduites dans le cadre de dispositif européen (EPER). De manière pratique. à court terme (~ 2 ans) le dispositif de surveillance environnemental. issu de travaux français ou internationaux.

Il est donc nécessaire de garder en mémoire que les estimations l’ont été à partir des émissions strictement liées aux déchets mais qui n’ont pas été prises en compte les rejets d’activités autres telles que les transports. Il s’avère cependant nécessaire d’accélérer le renforcement de la politique visant à la fermeture des décharges brutes et à la maîtrise des flux de ces déchets. Jean Germain POUJOULY Président de l’UDVN 13 Synthèse des travaux du Conseil scientifique de l’InVS sur « Le Stockage des déchets et la santé publique » période 2001/2004 68 . Cependant. avec des paramètres plus pertinents d’un point de vue sanitaire. CONCLUSIONS La situation générale du risque lié au stockage des déchets. présentent un potentiel plus important de transfert de polluants dans les milieux. n’apparaît pas particulièrement préoccupante. par la nature des déchets et la faible efficacité des systèmes passifs et actifs de protection. les résultats suggèrent aussi que les riverains de certains sites pourraient souffrir des effets irritatifs de certains gaz (singulièrement l’hydrogène sulfuré) émis. et/ou des nuisances odorantes associées au biogaz. mais également aux sites de déchets industriels (classe 1). La mise en place plus systématique et l’animation véritable de Commissions Locales d’Information et de Surveillance (CLIS) est également une condition de la matérialisation de ce droit à l’information. Cela permettra de mieux caractériser les impacts environnementaux. Globalement. le moment de leur présence dans les rejets (notamment pour les lixiviats). Cela vaut aussi bien pour les sites qui. de leur transfert dans l’environnement. La prédiction des risques qu’encourront éventuellement les populations est toujours source de débat. sous réserve de la validité et de la représentativité des scénarios retenus. s’agissant des conditions d’expositions au long cours aux différents effluents des sites de stockage des déchets ménagers et assimilés conformes à la réglementation actuelle. pour cette catégorie de déchets. d’une manière qui soit adaptée aux différents types de déchets et de sites. mais aussi de répondre mieux à l’obligation d’information des parties locales intéressées. les envols…. aujourd’hui en France. d’autant plus lorsque des incertitudes restent sur les connaissances des polluants émis. lors de bouffées de pollution. Une amélioration des conditions de la surveillance environnementale est également nécessaire.France Nature Environnement – Réseau Santé Environnement XXV. on peut donc considérer que ces estimations du risque sont de nature à rassurer les parties concernées.