Devoir de 4 heures Terminale ESA /ESB

Cette épreuve comprend trois parties. 1 – Pour la partie 1 (Mobilisation des connaissances), il est demandé au candidat de répondre aux questions en faisant appel à ses connaissances personnelles dans le cadre de l’enseignement obligatoire. 2 – Pour la partie 2 (Étude d’un document), il est demandé au candidat de répondre à la question en adoptant une démarche méthodologique rigoureuse de présentation du document, de collecte et de traitement l’information. 3 – Pour la partie 3 (Raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire), il est demandé au candidat de traiter le sujet : • en développant un raisonnement ; • en exploitant les documents du dossier ; • en faisant appel à ses connaissances personnelles ; • en composant une introduction, un développement, une conclusion. II sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation.

Première partie : Mobilisation des connaissances
1. L’offre est une fonction croissante du prix. En effet, à court terme la technologie et les capacités de production sont considérées comme constantes, ainsi, plus la production augmente plus les entreprises vont accroitre le nombre d’heures travaillées (heures supplémentaires) et quand cela ne suffit plus elles vont embaucher. Dès lors les coûts unitaires de production augmentent avec les heures travaillées et l’emploi. Pour conserver le même profit unitaire, les entreprises augmentent leurs prix avec la quantité produite Un choc d’offre est une variation des conditions de la production. Cela entraîne le déplacement de la courbe d’offre à court terme. On distingue un choc négatif sur l’offre qui déplace la courbe d’offre globale vers le haut et la gauche d’un choc positif qui déplace la courbe d’offre globale vars le bas et la droite. Les chocs d’offre négatifs sont causés généralement par une hausse du coût des matières premières (chocs pétroliers de 1973 et 1979 par exemple), par des augmentations de salaires supérieures aux gains de productivité (comme au cours des années 1970) ou par un alourdissement de la fiscalité sur les entreprises. On peut prendre l’exemple de l’augmentation du prix du pétrole. Celui-ci est une consommation intermédiaire importante dans la production globale des biens et des services. La hausse du coût du pétrole détermine une hausse significative du coût. Les entreprises vont répercuter cette hausse du coût dans leurs prix . L’offre globale se déplace vers le haut et vers la gauche. En cas de choc d’offre négatif, l’activité économique devient plus coûteuse et les entreprises les moins productives et compétitives risquent d’être acculées à la faillite. Le PIB réel diminue et les prix augmentent. 1. Dans l’analyse néo-classique, l’offre et la demande de travail dépendent de la même variable : le salaire réel. • Pour déterminer l’offre de travail, les économistes néo-classiques partent du postulat que l’individu est rationnel et égoïste. Il cherche à maximiser sa satisfaction en tenant compte des contraintes qui s’imposent à lui : o l’individu dispose d’un temps limité (une journée de 24 heures) o il doit donc réaliser un arbitrage entre le temps qu’il désire consacrer au travail et celui qu’il destinera aux loisirs (c’est-à-dire au non-travail : temps physiologique : Repo s, repas)

Cet arbitrage dépend de deux facteurs : o postulat de la paresse naturelle : il est bien évident que l’individu répugne à travailler, qu’il préfère consacrer du temps aux loisirs. La désutilité du travail (c’est-à-dire l’insatisfaction que l’individu éprouve) est d’autant plus forte que le nombre d’heures de travail déjà réalisées est élevé. On pourrait alors penser que l’individu ne va pas travailler, va consacrer tout son temps au loisir. o postulat matérialiste : mais cela n’est pas le cas, car l’individu reçoit en contrepartie de son travail une rémunération qui lui permet de compenser la désutilité du travail, en acquérant des biens de consommation qui augmentent la satisfaction.

L’utilité du salaire a donc pour objet de compenser la désutilité du travail. Le temps de travail est donc , selon l’analyse néo-classique , uniquement fonction du salaire . comme les individus sont matérialistes et recherchent le gain matériel le plus élevé, plus le salaire réel est haut, plus le temps de travail augmente . Conclusion : l’offre de travail est une fonction croissante du taux de salaire réel . • Selon les néo-classiques, la demande de travail des entreprises est uniquement fonction du taux de salaire réel . Ce postulat est justifié par la loi de Say . Conformément à la loi des débouchés de J.B.Say qui indique que l’offre crée sa propre demande et l’amène à son niveau , on peut poser comme hypothèse que les entreprises n’éprouvent jamais de difficultés à écouler la totalité de leur production , pourvu qu’elles la vendent au prix d’équilibre , qui leur est imposé par le marché . Donc elles ne se soucient pas de l’écoulement de leur production.

L’objectif de l’entreprise est de réaliser un profit ; elle va donc : o essayer d’optimiser son profit en égalisant sa recette marginale, c’est-à-dire le prix au coût marginal dont l’élément qui nous occupe ici est le salaire. o L’entreprise aura donc intérêt à embaucher un salarié tant que ce qu’il apporte à l’entreprise (la productivité marginale, c’est-à-dire le supplément de production engendré par l’embauche d’un salarié supplémentaire) est supérieur à ce qu’il lui coûte le taux de salaire réel ) . o Or, conformément à la loi des rendements décroissants (cf cours de première), la productivité marginale du travail diminue quand les quantités de travail augmentent. o L’entreprise ne sera donc incitée à embaucher des salariés supplémentaires que si le taux de salaire réel (qui est imposé à l’entreprise par le marché) connaît la même évolution que la productivité marginale. La demande de travail des entreprises est donc une fonction décroissante du taux de salaire réel , puisque la productivité marginale du travail est décroissante .

Deuxième partie : Étude d’un document (4 points)
Ce document est issu d’une enquête de l’INSEE : l’enquête Emploi en 1983et 2003. Il indique la destinée sociale des enfants d’ouvriers et d’employés non qualifiés entre 35 et 39 ans selon leur génération de naissance et leur sexe. On peut donc savoir quelle est la probabilité d’un enfant d’ouvrier ou d’un enfant d’employé non qualifié de devenir cadre ou professions intermédiaires entre 35 et 39 ans. • On peut d’abord étudier la destinée sociale des enfants d’ouvriers et d’employés non qualifiés nés entre 44 et 48 :  L’immobilité sociale apparaît forte : près de 70 % des filles et des fils d’employés et d’ouvriers non qualifiés nés entre 1944 et 1948 deviennent ouvriers ou employés entre 35 et 39 ans. L’immobilité touche ainsi davantage les filles que les garçons  La mobilité sociale ascendante est donc faible. L’intensité est d’abord limitée : 34% des enfants d’ouvriers et d’employés non qualifiés nés entre 1944 et 1948 ne deviennent pas ouvriers ou employés, 24% des filles. L’amplitude est aussi limitée : les trajets sociaux sont courts ; plus la CSP est éloignée de la catégorie d’origine, plus la probabilité d’y accéder est faible : un quart des garçons et 16% des filles nés entre 44 et 48 deviennent cadres ou professions intermédiaires, 6.5% des garçons deviennent cadres, 1.7% des filles. La probabilité de connaître une mobilité sociale ascendante est donc plus forte pour les garçons que pour les filles.  La fluidité sociale est donc faible : pour la génération née entre 44 et 48, un fils d’ouvriers avait 10 fois plus de chance d’être ouvrier ou employé que cadre, une fille d’ouvriers et d’employés non qualifiés 45 fois . Il y a peu de changements pour les générations suivantes :  Cette immobilité forte s’accentue au cours du temps pour la génération 64-68, c’est 77% des garçons et 80% des filles qui restent dans la même catégorie que leur père.  Les possibilités de promotion sociale ne s’améliorent pas. L’intensité et l’amplitude de la mobilité évoluent donc peu . La probabilité de devenir cadres ou professions intermédiaires diminue avec le temps : de 7 points pour les garçons, d’un point pour les filles. Paradoxalement, alors que la probabilité de mobilité ascendante diminue fortement chez les garçons, celle des filles diminue peu, voire augmente en ce qui concerne l’accès à une position de cadre : 1.7% des filles d’ouvriers et d’employés non qualifiés nés entre 44 et 48 sont devenus cadres, 3.8% de celles nés entre 64 et 68.

 L’évolution de la fluidité sociale dépend donc du sexe : pour la génération née entre 64 et 48, un fils d’ouvriers avait 12 fois plus de chance d’être ouvrier ou employé que cadre, une fille d’ouvriers et d’employés non qualifiés 21 fois . Les inégalités d’accès à la position de cadre ont donc augmenté pour les fils d’ouvriers et d’employés non qualifiés, mais ont fortement baissé pour les filles.

Troisième partie : Raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire (10 points) En quoi la croissance économique est-il le résultat d’un processus de destruction créatrice ?
Au XIX° siècle en Grande-Bretagne apparaît le luddisme qui vient du nom de Ned Ludd, ouvrier légendaire qui aurait détruit deux métiers à tisser en 1780. En 1811, des ouvriers de la bonneterie brisent les machines accusées de leur voler travail et salaire. Ce mouvement, en pleine révolution industrielle, est basé sur la crainte que la mécanisation ne génère du chômage. En effet, le progrès technique bouleverse les conditions de production : d’un côté il permet d’avoir de la croissance en créant de nouveaux biens et de nouveaux procédés. Mais il détruit aussi les anciennes activités. La croissance n’’est donc pas régulière : elle est basée sur le progrès technique qui ne peut apparaître qu’à certaines conditions économiques. Selon F.Perroux, la croissance est « l’augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues (chacune de ces périodes comprenant plusieurs cycles quasi décennaux) d’un indicateur de dimension : pour une nation le produit global net en termes réels. Ce n’est pas l’augmentation du produit réel par habitant. » . Il ajoute « qu’elle s’accompagne de progrès économiques variables et réalisés dans des changements de structure. » Cette définition comprend 4 éléments essentiels : la croissance se déroule dans le long terme : plusieurs années voire dizaine d’années (ex. les 30 glorieuses) ; elle est auto-entretenue,a croissance se réfère à un indicateur quantitatif (principalement le PIB), la croissance n’est pas homothétique, c’est-à-dire qu’elle engendre des transformations structurelles ( l’évolution des structures de consommation , des secteurs de production, etc.). La croissance n’est donc un pas un phénomène régulier, mais suit les fluctuations mises en évidence par Kondratiev, économiste russe dans les années 20. C’est en étudiant les quatre économies les plus développés de son temps (EtatsUnis, Angleterre, France, Allemagne) qu’il a mis en évidence l’alternance de longues phases d’expansion (dites phases A) et de ralentissement, voire de déclin (dites phases B) de l’activité économique d’une durée moyenne de 25 ans chacune. Ainsi depuis le milieu du XIX° siècle, 3 cycles ont pu être mis en évidence : 1848-1896, 1896-1950, depuis 1950 avec 1973 qui serait le début de la phase B (doc 1). Schumpeter va expliquer ces cycles par le rôle du progrès technique, qui peut être défini comme l’ensemble des modifications qui affectent les procédés de production et la nature des biens réalisés. Le progrès technique permet alors de desserrer des goulets d’étranglement limitant la production, de produire des marchandises nouvelles ou de meilleure qualité et d’augmenter les gains de productivité des facteurs de production grâce à l’introduction de nouveaux procédés, des machines plus performantes. En effet, chaque cycle est basé sur une innovation majeure qui provoquent une rupture, un saut qualitatif dans les techniques en permettant de lancer de nouveaux produits ou techniques, donc de nouveaux marchés . Le cycle de 1848-1896 serait basé sur les chemins de fer, l’industrie textile et la métallurgie, celui de 1896-1950 sur la chimie et l’électricité et le cycle commencé en 1950 sur l’automobile et le nucléaire (doc 1). Les innovations permettre la croissance tout en modifiant les structures de l’économie (doc 1). C’est le mécanisme de la destruction créatrice : l’innovation va conduire à l’obsolescence des anciens procédés ou des anciennes productions , ce qui va entraîner la disparition d’entreprises ou de pans entiers de l’économie , donc une augmentation du chômage ( aspect destruction ) . Mais, dans le même temps, de nouvelles entreprises, de nouveaux marchés apparaissent qui vont faire preuve de dynamisme, créer des emplois ( aspect créateur ) . On note ainsi une corrélation forte entre évolution des dépenses de RD et évolution du PIB pour les pays de l’OCDE (doc 2) : entre 82 et 84, les dépenses de RD augmentent de plus en plus rapidement, le taux de croissance passe de 6 à 11%, parallèlement, la croissance du PIB s’accélère : alors que la croissance était nulle en 82, le PIB augmente de 5% en 84.

Les conditions de la phase A ou phase d’expansion sont à trouver dans la fin de la phase B ou récession. Comme l’économie va mal, les taux d’intérêt sont bas, ce qui favorise l’investissement et permet de transformer une invention, qui est la découverte d’un principe nouveau ou d’un produit nouveau qui ne sont pas toujours susceptibles d’applications pratiques en innovations, qui est la mise en application d’un principe théorique ou d’une idée nouvelle). L’innovation va donc permettre de rendre économiquement viable l’invention, ce qui nécessite de développer c’est-àdire de perfectionner les prototypes initiaux, puis de les commercialiser dans le modèle définitif. Cela sera donc d’autant plus facile que les taux d’intérêt sont bas, ce qui rend l’innovation moins risquée et plus facilement rentable. Deux grands types d’innovations assurent la croissance. Les première sont les innovations de produits qui correspondent à l’introduction de nouveaux biens ou services sur le marché ,et ont pour objectif de trouver de nouveaux débouchés pour l’entreprise , en créant un nouveau marché , sur lequel elle dispose d’une position de monopole ( par la détention d’un brevet ) , ce qui lui permet d’augmenter ses marges et donc sa rentabilité . Cette innovation assure de la croissance grâce à l’augmentation de la demande. Les secondes sont les innovations de procédés qui visent à introduire de nouvelles méthodes de production et recherchent la réduction des coûts de production par un accroissement des gains de productivité que l’on peut définir comme l’augmentation de l’efficacité des facteurs de production. L’augmentation de la productivité peut se répercuter de plusieurs manières. L’entreprise peut diminuer les prix de vente, ce qui accroît sa compétitivité-prix et augmenter ses parts de marché. Elle peut augmenter les salaires, ce qui génère une hausse de la demande. Elle peut aussi accroître ses profits et donc financer ses investissements. Cette hausse des profits incite alors les autres entreprises à innover. Des grappes d’innovation apparaissent : Schumpeter a constaté que les innovations ne se produisent pas de manière continue dans le processus économique, mais de manière cyclique . Quand une entreprise introduit une innovation radicale ou majeure, celle-ci va être à l’origine de nouvelles innovations qui viennent en complément Ce sont des innovations incrémentales, mineures ou progressives visant à apporter des améliorations techniques ou économiques dans la production de biens ou de techniques déjà existantes Ce phénomène autoentretenu dure alors à peu près 25 ans. Peu à peu les éléments de retournement apparaissent : il y a une saturation de la demande, la population dispose déjà des biens et n’opère que des achats de renouvellement. La demande augmente de moins en moins vite. Mais comme la croissance est forte, les taux d’intérêt sont élevés, ce qui rend difficile l’investissement et le financement de l’innovation. Les dépenses de RD augmentent donc de plus en plus lentement. Or, quand le taux de croissance des dépenses de RD diminue, celui du PIB diminue également : en 90, les dépenses de RD augmentent de 5%, le PIB de 2%, en 92, les dépenses de RD augmentent de 3%, le PIB de 0.5% .Les dépenses peuvent même baisser : en 93, quand les dépenses de RD diminuent de 2% le PIB diminue de 0.5%. On entre alors dans la phase B : durant cette phase, il ne se produit plus que des innovations mineures ou incrémentales, le progrès technique se généralisant peu à peu, le dynamisme économique diminue , la croissance économique chute ,on rentre alors dans une phase de récession . Ce sont alors les conditions même de la récession qui vont permettre la reprise. La croissance n’est donc pas un phénomène régulier, car elle est basée sur le progrès technique : l’invention est certes indépendante du contexte économique, mais pas l’innovation : il faut que les taux d’intérêt soient assez bas pour financer les recherches et compenser les risques. Cette croissance dépend d’innovations radicales capables de bouleverser les structures de l’économie. Ainsi la dernière révolution industrielle serait celle de l’informatique.

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