Comptabilité

JUSTE VALEUR OU VALEUR INJUSTE : LE DÉBAT SUR L’ÉVALUATION DES INSTRUMENTS DE MARCHÉ
Stéphane LEFRANCQ
IAE de Paris – Université Paris 1 Panthéon Sorbonne lefrancq.iae@univ-paris1.fr

L

es normes comptables internationales, élaborées par l’IASB, ont essuyé un feu roulant de critiques à l’occasion des récents troubles boursiers. On leur a reproché d’amplifier les mouvements du marché, d’être “pro-cycliques” selon la terminologie consacrée. La juste valeur a été plus particulièrement clouée au pilori, en raison peut-être de son caractère emblématique pour ce dispositif normatif. Au demeurant, la modification de la norme IAS 39 votée par l’IASB en octobre 2008, permettant d’assouplir dans des circonstances exceptionnelles cette règle de la fair value, tend à accréditer l’idée de sa contribution à la crise actuelle, ne serait-elle qu’indirecte.

plus complexe que l’image habituellement véhiculée. Sa mise en œuvre s’appuie sur un ensemble de dispositions élaborées permettant d’en encadrer – sinon d’en éliminer – les difficultés. De surcroît, les reproches formulés peuvent surprendre s’agissant des banques d’investissement, soumises dans le cadre des normes françaises à des dispositions qui ne s’écartent pas nécessairement très sensiblement d’une telle solution, ce que l’examen du traitement comptable des produits dérivés permettra de mettre en évidence. Les critiques formulées ne concernent peutêtre au final pas tant la juste valeur elle-même que le modèle social et de gouvernance véhiculé par les normes internationales et que symbolise cette disposition particulière. Replacer le discours dans ce cadre plus général permettra de mieux apprécier l’importance de l’enjeu.

1. COMPTABILITÉ DES INSTRUMENTS FINANCIERS ET JUSTE VALEUR

31
Sur quel objet porte le débat et de quoi parle-t-on quand il est question de juste valeur ? Au-delà d’un traitement comptable, cela recouvre également une qualification des opérations dès leur négociation. 1.1. LA COMPTABILITÉ D’INTENTION L’enjeu de la juste valeur est le traitement en période d’inventaire des instruments financiers, les modalités de constatation du résultat les concernant. Ce processus repose sur l’intention affichée par l’entreprise lors de la mise en place de l’opération, que ce soit à l’actif ou au passif. A cet effet, elle doit classer l’instrument en fonction d’une part de sa nature financière, d’autre part de ses perspectives de détention. Ce classement aboutit à inscrire la transaction dans un des quatre portefeuilles possibles (cf. tableau ci-dessous) et d’en déduire le traitement à appliquer en inventaire.
Intitulé Intention • Résultat à court terme • Seul choix pour les dérivés • Détention sans horizon particulier Traitement à l’inventaire Valorisation en contrepartie du compte de résultats Valorisation en contrepartie des capitaux propres

Un rapide retour sur la nature exacte de ce que l’on appelle la “juste valeur” et la manière dont elle s’insère dans le cadre plus général des règles applicables aux instruments financiers (1) permettra de mettre en évidence que cette notion est notablement

Résumé de l’article
La crise financière a accentué les critiques formulées à l’encontre des normes comptables internationales en général et de la juste valeur en particulier. L’examen du dispositif normatif permet de mettre en évidence que ce mécanisme est notablement plus élaboré que l’image renvoyée dans le discours commun. Les contraintes de mise en œuvre permettent ainsi de répondre, au moins en partie, aux reproches exprimés. De surcroît, sa nouveauté par rapport aux textes encadrant le traitement des instruments dérivés par les établissements de crédit n’apparaît pas nécessairement radicale, en particulier s’agissant des banques d’investissement – au cœur de la tourmente. Cela ne signifie évidemment pas que les normes internationales s’imposent comme le terme de l’évolution de la comptabilité. Mais la juste valeur apparaît davantage comme la déclinaison locale d’un modèle social et de gouvernance. La question devrait porter sur la validité de celui-ci plutôt que de se focaliser sur une de ses conséquences – aussi emblématique soit-elle.

Juste valeur par le résultat

Disponible à la vente Prêts et créances Détention

• Terme de l’opération Lissage actuariel • Terme de l’opération Lissage actuariel

1.

Les termes en italique sont repris dans le glossaire figurant à la fin de l’article.

R.F.C. 418 Février 2009

l’objectif d’une généralisation du modèle de la juste valeur reste d’actualité pour les instruments financiers. l’un ayant sa contrepartie en capitaux propres. Le traitement comptable de cette opération sera le suivant : 1. seule change sa répartition dans le temps. This is particularly true for investment banks that lie at the heart of the storm. mais le marché n’est pas actif et liquide . ne serait-ce que pour simplifier les normes les concernant en supprimant les options ouvertes et leur encadrement.2. constituant le premier point d’attention des investisseurs – destinataires privilégiés des états élaborés en normes IFRS. Par ailleurs. la juste valeur s’intègre à un modèle comptable dont les objectifs et les destinataires sont clairement définis par le cadre conceptuel. L’IASB distingue deux types de fair value. LA JUSTE VALEUR Figurant dans le corpus de l’IASB sous son nom anglais de fair value. Au-delà de ces remarques. fair value would now appear to be the local translation of social and governance models. ce qui impose alors. L’examiner rend nécessaire de définir ce que cette notion recouvre pour l’IASB et la manière d’y parvenir. puisque des transactions se sont effectivement dénouées à ce niveau. Au moment de sa cession. Notion essentielle. Abstract The financial crisis has increased criticism of international accounting standards in general and more particularly. Analysis of whether this is acceptable is more important than focusing debate on the consequences – however significant they may be. l’option vaut 12 (soit une variation de valeur de + 3 par rapport au 30 avril). 418 Février 2009 . En réalité. l’utilisation d’une valeur de modèle dont la détermination doit se faire selon des approches également hiérarchisées (3) : • Des prix sont disponibles. • Aucun prix n’est disponible. 3. Soulignons au passage que cette différence de traitement des variations de juste valeur ne présente pas nécessairement un caractère aussi central qu’on pourrait le penser de prime abord.Réflexion Ce tableau appelle plusieurs remarques. et la hiérarchie est explicite. la juste valeur est entourée de modalités de mise en œuvre très élaborées.F. On voit que sa force. Le portefeuille objet de toutes les critiques semble être le premier de la liste – pour lequel la contrepartie des variations de juste valeur figure en résultat. davantage que la valeur de marché en France. les capitaux propres. Bien évidemment. Clearly this does not mean that international accounting standards are the end of accounting development. un des points soulevés est que la juste valeur ne concerne pas seulement des instruments faisant l’objet d’une cotation active. indépendamment de toute variation de juste valeur intervenant entre la date d’entrée dans le bilan et l’échéance (2). • Des prix sont disponibles. Exemple de comptabilisation en Fair Value Through Profit & Loss Soit une option achetée moyennant le règlement d’une prime de 10 le 2 mars 2008. Furthermore. la juste valeur a été définie comme le prix qu’une contrepartie indépendante serait prête à payer dans des conditions de concurrence normale pour obtenir un actif financier ou exigerait pour supporter un passif financier. Ce traitement en Trading est le seul possible pour les instruments dérivés. en rupture avec le principe de prudence habituellement associé à la comptabilité. on procède alors à une valorisation par modèle. However. de telles observations ne sont pas toujours disponibles. La première découle de l’observation sur un marché actif et liquide de transactions portant sur un instrument identique à celui détenu par l’entreprise. la juste valeur n’est pas le seul mode de comptabilisation possible.C. R. en s’appuyant en particulier sur l’actualisation des flux futurs ou les modèles de valorisation des options. et l’IASB l’a réaffirmé récemment. restriction qui nous semble majeure du point de vue de l’IASB. le résultat cumulé n’a évidemment pas changé . la valeur de marché et la valeur de modèle (IAS 39 §AG71 à AG82 . vient de l’équilibre des relations entre les parties à la transaction envisagée. deux modes de traitement à la juste valeur existent.6 par rapport au 31 mars). new standards offer little radical change. elle n’est plus que de 9 (soit une variation de valeur de . l’autre en résultat. sa justesse. Cet organisme tient en effet avec détermination à ce que les modes de comptabilisation de ces produits particulièrement volatils soient strictement encadrés afin d’éviter le “pilotage” du résultat. Le 30 avril. des ajustements peuvent s’avérer nécessaires. when compared to former doctrine providing the control framework for instruments used by credit organizations. A closer look at the existing standards system shows that it is far more sophisticated than the image given to the general public. 2. Il s’agit en effet de permettre à l’investisseur de 32 Bilan – actif Acquisition Valorisation mars Valorisation avril Cession 10 5 6 9 12 Trésorerie 10 Compte de résultat 5 6 3 Le traitement aboutit donc à traiter symétriquement les charges et les produits latents. en particulier en cas de dégradation du risque de crédit. puisque pour les produits non liquides (prêts et créances) ou les instruments que l’entreprise souhaite conserver jusqu’à leur terme le résultat doit être étalé sur la période de détention. Au 31 mars. Soulignons cependant qu’au final. Tout d’abord. Définie avec précision. the notion of fair value. Il est plus communément connu sous le nom de “Trading” et son fonctionnement est détaillé dans l’exemple ci-dessous. on utilise ces prix en les corrigeant pour tenir compte des différences entre les instruments . la valeur de cette option s’établit à 15 (soit une variation de valeur de + 5). On ne passe donc à l’approche suivante que si la précédente ne peut être utilisée pour l’instrument que l’on cherche à valoriser : l’entreprise ne fait pas son choix dans les approches. cette démarche a été explicitée par l’IASB Expert Advisory Panel en octobre 2008). Au demeurant. on utilise ces prix en tenant compte de l’illiquidité du marché . mais pour un instrument similaire . Implementation restrictions are often the answer to criticism. dont la traduction française ne peut être qu’approximative. au sein desquels le résultat figure. Le prix de marché constitue à cet égard la meilleure estimation possible de la juste valeur.

la capacité à observer un prix de transaction n’est pas exigée pour afficher une juste valeur. Les dérivés apparaissent à cet égard emblématiques . Ce n’est pas pour cela que la démarche perd toute pertinence. 2007) pour le lecteur privilégié des états en normes internationales que reste l’investisseur. avec cette dimension particulière il est vrai qu’elle amène également à constater des plus-values latentes. La situation ne serait ainsi pas fondamentalement différente pour l’appréciation de l’adéquation d’un niveau de provisionnement ou l’activation de frais de développement. 2008) reflétant l’aversion des investisseurs pour certains instruments. si certaines options font l’objet d’une cotation (Nyse Euronext par exemple). la plupart des instruments financiers ne font pas l’objet d’une cotation active. JUSTE VALEUR ET MANIPULATION Tant l’utilisation d’un modèle que le jugement à mettre en œuvre pour identifier les transactions forcées ou intervenant sur des marchés déséquilibrés soulignent l’irréductible recours à des paramètres internes à l’entité et donc suspects d’être manipulés pour les besoins de communication financière de celle-ci. La valeur ne sera de ce fait pas unique et un même instrument peut se trouver valorisé de différentes manières par plusieurs entités . R. 2. à la mesure de l’importance de l’information pour leurs lecteurs. reconnu d’ailleurs comme exceptionnel par l’IASB lors de l’amendement de la norme IAS 39. certainement particulièrement visible. Ces produits sont dits “OTC”. LA JUSTE VALEUR FACE AUX CRITIQUES Le débat autour de la juste valeur nous semble pouvoir être regroupé autour de trois critiques essentielles. de cette impossible univocité de la comptabilité. Elle n’est pas consubstantielle à la comptabilité. Au demeurant. Il faut. il est même fréquent que faute de pouvoir satisfaire aux exigences d’une juste valeur de marché en raison de l’importance des instruments négociés de gré à gré. avec par exemple davantage de vendeurs que d’acheteurs. mais également sous le nom de « déport de crise » (Bordenave et al. l’unicité de la juste valeur n’est pas un objectif en soi à condition que celle affichée représente bien la meilleure estimation par l’entité pour la publication de ses états financiers.2. 5. Dans la pratique. mais elle une évaluation de ce que ce prix serait. ou la “true and fair view”. une juste valeur porte davantage d’informations qu’un maintien au coût (Raffournier.C. impactant de ce fait la valeur des instruments similaires détenus par d’autres intervenants. Par ailleurs. JUSTE VALEUR ET TRANSACTIONS FORCÉES Le contexte particulier de la crise financière. L’hypothèse sousjacente est que même approximative et non observée. sans rapporter les opérations à un marché centralisé. JUSTE VALEUR ET OBSERVABILITÉ Contrairement à ce que l’on pourrait penser. Au-delà des critiques dont elle fait l’objet. ce qui ouvre la porte à la troisième critique formulée à l’encontre de la juste valeur. communiquer sur les modèles de valorisation utili- 2. Il fait l’objet d’une révision . intrinsèque mais bien davantage le besoin de trouver des liquidités ou des conditions de marché particulièrement défavorables. La première souligne qu’un marché n’existe pas nécessairement et donc qu’on ne peut pas toujours observer une valeur pour l’instrument. en ce qu’ils sont négociés de gré à gré. les conditions consenties par une entreprise en détresse pour obtenir de la liquidité vont par exemple aboutir à la réalisation d’opérations à des prix peu favorables pour celle-ci. l’entité se trouve dans l’obligation de procéder à une valorisation par l’application d’un modèle. mais elle demeure une qualité essentielle à son utilisation. La normalisation française ne présente pas il est vrai cette caractéristique car plus marquée par la recherche d’un consensus. La proposition était alors de corriger la juste valeur de ce “déport de crise” pour neutraliser l’excessive volatilité provenant du comportement ponctuellement erratique des marchés. les possibilités de manipulation qu’offrirait la notion de juste valeur constituent en général l’estocade portée à cette notion. En dehors du fait que l’introduction d’une telle notion risque de conforter l’objection de non-observabilité de la juste valeur. la porte des modèles n’est pas ouverte sans contrepartie par les normes internationales et une communication précise est exigée sur les modalités d’obtention de la juste valeur.1. 2. de nombreuses opérations restent négociées bilatéralement afin d’adapter leurs caractéristiques aux besoins. 2.3. il nous semble important de souligner la cohérence de cette méthode avec les objectifs affichés d’un modèle comptable orienté vers un seul lecteur et une utilisation et qui a pu en ce sens être qualifié d’”extrémiste” (4). L’idée d’une parfaite transparence de la comptabilité nous semble cependant illusoire et l’image renvoyée comporte inéluctablement des interprétations. ce qui n’est évidemment pas possible pour les instruments négociés sur un marché organisé. alors les prix affichés lors des transactions réalisées ne sont pas nécessairement à utiliser en l’état pour l’évaluation des produits détenus.Comptabilité prendre des décisions économiques en s’appuyant sur la lecture des états financiers. 418 Février 2009 . Ainsi que nous avons pu le voir. l’histoire l’a suffisamment montré. La sincérité. peut amener une entité à consentir à céder un instrument financier à des conditions reflétant non sa valeur 33 4. Ce point a été évoqué dans le cas d’établissements bancaires en difficulté. Ces questions relèvent plus particulièrement de la norme IFRS 7. il nous semble important de souligner que l’IASB a bien souligné que le prix d’une transaction forcée ou n’intervenant pas sur un marché liquide ne saurait refléter la juste valeur d’un instrument. La deuxième vient de la possible absence d’équilibre dans une transaction observée . Il faut faire usage de ce que l’IASB appelle le jugement.F. parmi d’autres exigences (5). ne serait-ce qu’en raison de son processus d’élaboration. puisqu’elle doit agir en se comportant ainsi que le ferait un intervenant susceptible d’acquérir l’instrument : la valeur obtenue n’est certes pas un prix. Richard et Colette (2008). “Over The Counter”. Enfin. cet objectif général ne repose pas sur la seule bonne foi du préparateur des états financiers. les diligences des cabinets d’audit sur les modalités de valorisation des instruments financiers sont significatives et constituent une part notable du contenu des missions réalisées au sein des établissements de crédit. Si une entité partie à la négociation est dans une situation de détresse ou que le marché est déséquilibré. des choix et des évaluations propres à l’entreprise sur lesquels la communication exhaustive est impossible. constitue dans cette perspective un principe fondamental puisqu’elle guide la préparation de comptes exploitables par les lecteurs. La juste valeur est une facette. et sur lesquelles nous allons revenir.

il convient d’en préciser la source. Là gît probablement un danger très réel des normes IFRS et du modèle de la juste valeur : peser sur les processus de gestion et de décision en raison de l’incapacité (ou du refus) de ces normes de les appréhender comptablement. les informations doivent permettre d’apprécier la fiabilité de la juste valeur et de l’exploiter. point critique pour la fiabilité de la juste valeur. 8. Infra).2. Au total. Cela reflète l’intention de l’établissement de détenir ces positions à court terme pour en dégager un résultat grâce à leur gestion active. en normes internationales. accueille les opérations isolées ou peu fréquentes mises en place par l’établissement. R. tableau ci-dessous). 3. son équivalent français ne peut être utilisé que sous réserve de respecter des critères d’activité et de suivi rigoureux . 9. Discussion Paper émis par l’IASB en mars 2008 sur la réduction de la complexité du traitement des instruments financiers. s’il n’a pas son équivalent en l’état dans la normalisation française à destination des sociétés commerciales. Plus significatives sont les différences dans le traitement des opérations de couverture. De fait. le traitement par défaut est celui des positions ouvertes isolées. est le principal utilisé par les banques d’investissement puisqu’y figurent les opérations sur lesquelles la banque intervient régulièrement. aboutissant à ne constater comptablement que les pertes latentes (6).F. permettant de couvrir un risque net global. Ainsi alors que le portefeuille de Trading est un portefeuille de référence. En dehors des relations de couverture (cf. conduit à comptabiliser les variations de valeur de marché en résultat. deux portefeuilles sont prévus. L’impossibilité selon les textes de l’IASB de couvrir un risque net global (issu d’un ensemble de créances et de dettes) et plus généralement les exigences en matière de documentation et de suivi de la couverture ont pu 34 6. Cet écart nous semble néanmoins à relativiser pour les banques d’investissement. le traitement de telles opérations peut permettre de déroger à la règle de la juste valeur pour les dérivés. on retrouve des démarches comparables dans les dispositions applicables aux titres ou aux dérivés pour les banques. Gruson (2008). dont il ne se distingue pas (les établissements les considèrent d’ailleurs généralement comme convergents d’après nos observations personnelles). 418 Février 2009 . Le risque existe en effet. de manière significative et dont elle suit globalement le risque et le résultat. ainsi que l’a souligné récemment (entre autres) P. et même si la notion de valeur de marché fait l’objet de développement plus réduit. qui remplissent pour l’essentiel de leurs activités les exigences réglementaires posées. il est à rapprocher du trai- Juste valeur par le résultat Portefeuille par défaut et des petits volumes Principal portefeuille pour les banques d’investissement 3. Comparaison des dispositifs comptables français et IFRS applicables au dérivés (hors relation de couverture) Normes IFRS Normes françaises Position ouverte isolée : • Comptabilisation des plus ou moins-values latentes sur les marchés organisés • Principe de prudence pour les opérations OTC Gestion spécialisée d’un portefeuille de transaction : comptabilisation des plus ou moins-values latentes Commentaire 3.Réflexion sés et sur les paramètres de valorisation. connu sous le nom quelque peu barbare de “gestion spécialisée d’un portefeuille de transaction”. 7. Supra) la valeur de ce principe dans le cadre du projet d’évolution de la norme IAS 39 (8). pour lesquelles une comptabilisation symétrique des charges et des produits est possible. UNE COMPTABILITÉ D’INTENTION POUR LES OPÉRATIONS HORS COUVERTURE Les dispositions comptables françaises applicables aux instruments dérivés négociés par les banques (Règlement 90-15 du CRBF en particulier) prévoient également une comptabilité d’intention. que “la forme tue le contenu” et que les établissements abandonnent des pratiques opportunes en termes de gestion du risque (la couverture. Le premier. permettant de réduire leur exposition) en raison de l’incapacité ou de la difficulté à les restituer comptablement. Il n’y a ainsi pas de traitement comparable à la macro-couverture française. A l’exception des opérations négociées sur un marché règlementé ou assimilé.1. Dans la mesure où il s’agit d’un portefeuille central pour enregistrer les dérivés au sein des banques d’investissement. Le lieu n’est pas ici de revenir sur le détail de ces écarts de traitement très substantiels de la couverture entre dispositifs français et IFRS (9). Une présentation peut être trouvée dans Foulquier et Touron. dit de “micro-spéculation” ou de “position ouverte isolée”. avant de nous interroger sur la portée des différences incontestables entre les deux systèmes normatifs. également appelé « trading » au demeurant. le deuxième. en particulier s’ils ne sont pas observables. cette similitude permet de relativiser la nouveauté du dispositif de l’IASB. DES DIFFÉRENCES RÉELLES EN PARTICULIER POUR LE TRAITEMENT DE LA COUVERTURE Cela ne signifie évidemment pas que les traitements des instruments financiers sont toujours identiques entre les dispositifs normatifs. Nous allons l’illustrer pour ces derniers instruments. En cela. LES PRINCIPES DE COMPTABILISATION EN NORMES BANCAIRES FRANÇAISES Le processus de valorisation des instruments financiers que recouvre l’appellation de juste valeur n’est pas aussi innovant qu’on le laisse penser. mais il paraît en revanche opportun de souligner les conséquences potentielles de ces divergences de prise en charge comptable. particulièrement complexe dans le corpus élaboré par l’IASB qui ne reconnaît de surcroît pas toutes les relations existant en France (7). en particulier pour les établissements de crédit actifs sur les marchés – entités les plus concernées par ces problématiques. De fait. Concernant ces derniers. Si le portefeuille de position ouverte isolée est régi par le principe de prudence. Le deuxième. sans évidemment aller jusqu’à permettre un calcul contradictoire. et sans prétendre à l’exhaustivité.C. ce qui fait prévaloir la prudence dans l’enregistrement des valeurs de marché. ce que l’IASB juge d’autant moins opportun qu’elle a réaffirmé (cf. au moins pour ces entités (cf. d’indiquer leur degré de certitude (par exemple un précisant un intervalle de confiance) et de communiquer sur l’effet qu’aurait une variation de ces paramètres sur la juste valeur obtenue. 2008. qu’il s’agisse de profits ou de pertes. tement des mêmes opérations selon les normes internationales.

pp.F. ce qui paraît en jeu dans les débats est bien la pertinence de cette orientation générale. Swap : contrat d’échange de flux pendant une période et à des dates fixées par les parties. “Dérivés et comptabilité de couverture en IFRS : vers une (mé)connaissance des risques ?” Comptabilité – Contrôle – Audit. EMTN…). B. particulièrement son cadre conceptuel. On distingue la micro-couverture. “Reclassification of Financial Assets (Amendments to IAS 39 Financial Instruments: Recognition and Measurement and IFRS 7 Financial Instruments Disclosures”). Colasse (2004). IASB (2008). Le prix payé en échange de l’acquisition de ce droit est appelée la prime. de la situation des marchés et de la transparence de la communication. Dérivé : instrument financier écrit sur un sous-jacent (taux. Lepetit et D. octobre. Les titres émis ou acquis (obligations. “Crise du crédit… ou de la représentation comptable”. une des entités s’engageant à payer un flux variable (par exemple un taux révisable) en échange d’un flux fixe (par exemple un taux fixe). actions…). qui peut n’être que probable. recherchant un équilibre entre les parties prenantes. “Measuring and disclosing the fair value of financial instruments in markets that are no longer active”. 18 décembre. le modèle social et de gouvernance véhiculé par les normes comptables sous leur apparence outrageusement technique. Ainsi le risque de baisse d’une action détenue peut-il être couvert par l’achat d’une option de vente. Gérer et Comprendre. J. Plaçant l’actionnaire et son processus de décision au cœur des préoccupations de la comptabilité. actions. aboutissant à une constatation plus rapide des profits potentiels. les prêts et emprunts. 648 p. TCN. Stéphane LEFRANCQ 4. Le dispositif n’est certainement pas techniquement parfait et présente des faiblesses reconnues dont la moindre n’est pas sa complexité (10). Gruson (2008). privilégiant une approche symétrique du résultat supposée plus en adéquation avec le besoin d’information de l’actionnaire. ou de recevoir et payer des flux (swaps). 29 septembre. P. IASB Expert Advisory Panel (2008). Marteau. Richard. R. “Règlement 90-15 relatif à la comptabilisation des contrats d’échange de taux d’intérêt ou de devises” . mis en place pour une somme nulle ou faible à l’origine. loin d’être aussi simple ou univoque que la présentation qui en est habituellement faite. “De la résistible ascension de l’IASC/IASB”. concernant une ou plusieurs opérations identifiées. Comptabilité – Contrôle – Audit. C. Instrument financier : actif financier pour une entité. Touron (2008). Pourquoi toutes ces critiques alors ? B. CRBF (1990). Option : droit d’acheter (option d’achat ou call) ou de vendre (option de vente ou put) un sous-jacent à un prix fixé à l’avance. Un projet de simplification des normes relatives aux instruments financiers est d’ailleurs en cours. L’enjeu n’est pas tant cet effet que sa source. même dans un cadre de présentation aussi étroit que cet article. mais pas uniquement) vient juste de s’achever ? Les normes comptables IFRS sont peut-être déjà obsolètes (Richard. Numéro thématique. mars. P. Il comporte fréquemment deux “jambes”. Au-delà des discussions sur la juste valeur. un bouc émissaire facile”. 2008). 35 10. pp. IASB (2008). 30-40. 21-41. 20 octobre. octobre. 418 Février 2009 . de la macro-couverture visant en particulier à réduire le risque de taux né de la position de transformation de l’établissement. s’avère donc soucieuse de tenir compte du contexte de valorisation. P. Foulquier.F. n° 75. premiers acteurs au cœur de la tourmente financière actuelle. B. Il est vrai qu’elle amène à refléter en comptabilité les gains et pertes sans attendre le débouclement de l’opération. il est de fait qu’il s’écarte en cela d’un modèle “continental” et français. pp.Comptabilité dissuader certains établissements de mettre en œuvre de telles qualifications. 7-38. décembre.C. Dunod. Au total. “Discussion Paper Reducing Complexity in Reporting Financial Instruments”. “La juste valeur. Les normes IFRS n’autorisent pas la couverture de ce risque net. Cette évolution correspondrait à celle du modèle capitaliste vers une approche financière. Les vues semblent encore passablement divergentes entre l’Europe et l’IASB. Mais en dépit des difficultés de son utilisation. AU-DELÀ DE LA COMPTABILITÉ… La mise en œuvre du modèle de la juste valeur. Bordenave. J. Colasse (2004) a bien montré qu’au-delà de choix comptables. Comptabilité générale – Système français et normes IFRS (8e édition). les dérivés sont les plus connus des instruments financiers. il est possible de constater. Raffournier (2007). Bibliographie P. Richard (2008) souligne l’importance de l’impact de ces normes dans les comptes des entreprises. La lettre adressée par Jacques Chirac à la Commission Européenne en juillet 2003 soulevait déjà la question du poids de la vision financière que véhiculait le dispositif de l’IASB et plus Glossaire Couverture : une opération de couverture vise à réduire ou à neutraliser un risque pesant sur l’entité du fait d’une opération. Les Echos. qu’il n’est pas sans présenter des similitudes avec les dispositions régissant le traitement en normes françaises des opérations des banques de marché. alors que les normes sont mises en œuvre pour la troisième clôture annuelle et que l’évolution des dispositifs matériels (systèmes d’information évidemment. dont les normes IFRS sont le reflet mais qu’elles peuvent contribuer également à alimenter. passif financier ou instrument de capitaux propres pour une autre. décembre. Le débat est à replacer à ce niveau mais est-il encore temps de l’engager. le problème provenait du modèle de gouvernance et de société véhiculé par les normes. ce qui paraît probablement peu opportun s’agissant de restituer comptablement des pratiques de gestion courantes. “Les oppositions françaises à l’adoption des IFRS : examen critique et tentative d’explication”. mais leur remplacement sera certainement une opération de longue haleine. Le terme peut être déterminé (option européenne) ou couvrir toute une période (option américaine). 19 mars. Il donne le droit (option) ou l’obligation (contrats fermes) d’acheter ou de vendre à un prix et/ou à un terme déterminé l’actif sous-jacent. Colette (2008). La Tribune. la juste valeur n’est pas en soi un mal ou un bien.

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