MIRBEAU, Octave • La grève des électeurs [suivi de] Prélude. Paris, Bureau des "Temps Nouveaux", 1902. édition diplomatique : alma / Gérard REYNE / Lyon, JAN 2013

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. . . par Elie Reclus . 2 75 Mais quelqu'un troubla la fête. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Grave . . . EN VENTE AUX TEMPS NOUVEAUX Bibliographie anarchiste. . . . 1 » Evolution et Révolution. . . . . par Franklin . . . . . . . . . 2 75 Ceux de Podlipnaïa. 2 75 La Poigne. . . . . par Kropotkine . . . . . . . 2 75 Autour d'une vie. 2 75 De chez Hachette : Petite Histoire da peuple français (pour les enfants). . . . . . . . . . par P. illustrations de Luce. . . . . . . . . . . . . . . Grave . . . . . . . 2 75 En marche vers la société nouvelle. . 3 » Ces Messieurs. . . . . . . . . . par Franklin . pièce. . . 2 75 La Commune. . . . . . . Grave . . . . 3 » De chez Collin : Le Conflit. . 10 » Librairie dramatique : La Vie publique. . . . Mabel . . . . par Ch. . . . 2 75 Sous la Casaque. . . . . . . . . par P. Brulat . . . par Pelloutier . . . . . . . . . . . par A. . . . . . . . . par Nettlau . . . . roman militaire. Lucien Pissarro. . par Th. . . 1 » La Société future. . . . . . . 2 75 L'Anarchie. . . . . par J. . . Hermann-Paul. . . . 3 » Les Jugements du Président Magnaud. . . Grave . . . . . . . Juhellé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . par P. . à la Revue Blanche . . . . pièce. . . . . . 3 » De chez Schleicher : La Vie ouvrière en France. . par Marsolleau . 2 75 L'Individu et la Société. . . Chèze . . 3 » . . . . Lacombe . Rysselberghe Charpentier. . Albert . . . . . . . Cornellisen . par Le Dantec. . 3 » De chez Villerelle : La Faiseuse de gloire. . . . . . . . . . par J. . . . . 5 » Les Enigmes de l'univers. . . . . . son but. . . . . . . . . . . . . . pièce. . . . . .Ancey . . par C. . . . par Elisée Reclus . Lefèvre. par Kropotkine . . . . . . . . . . . . . . . . 2 75 La Grande Famille. . annotés par Leyret . . . . . . . . . . par G. 1 75 De chez Bellais : La Guerre et l'Homme. . . . . . . . . . par J. . . . . . Heidbrinck. . . par Retchnikoff . . . . . . . . . . . . . . par d’Axa . . . . . . 2 75 L’instituteur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 75 L'Amour libre. . . 2 » De chez Dentu : Le Primitif d'Australie. . . ses moyens. . Jullien . . . . . . . . . par Fabre . . . . par Louise Michel . 2 75 De chez Plon : La Vie privée d'autrefois : L'Hygiène. . . . . . . C. . 2 » L’Ecolière. . . . . 3 » La Vie privée d'autrefois : Les Soins de toilette. . — — . 2 75 La Colonne. . . son idéal. Grave. . . . . . . . . . . . . . . 2 65 Volumes de chez Stock : La Conquête du pain. . . . . . Lacombe . . roman. . . . . . . . . . . par Descaves . . . . . . . par J. . . . . par Kropotkine . . 2 75 Les Aventures de Nono. . . . . . . . . par J. . par Dubois-Desaulle . . par J. 2 75 De chez Charpentier : Sous la toque. . . . . . 2 75 L'Anarchie. . 3 » Les Feuilles. . . . . . . . . . . par Haeckel . . . . . . .

140 _ 1902 .000 exemplaires __________ PRIX : 10 CENTIMES __________ PARIS Au Bureau des « TEMPS NOUVEAUX » 140. Publications des « TEMPS NOUVEAUX » — N° 22 ==================================================== OCTAVE MIRBEAU ________ Première édition : 10. RUE MOUFFETARD.

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des coups de trique sur la nuque. Il est dans le vrai. si orgueilleux. Chantavoine s'obstinant à chercher des rimes. après les scandales journaliers. convaincu. de ses rêves ou de ses plaisirs. cela dépasse les notions déjà pas mal pessimistes que je m'étais faites jusqu’ici de la sottise humaine. quand ce n'est pas des coups de fusil dans la poitrine. pour voter en faveur de quelqu'un ou de quelque chose. Floquet fait des lois auxquelles sont astreints trente-six millions d'hommes. et il n’a cure du reste. étaler sa souveraineté. parmi tous les étranges farceurs qui réclament une fonction élective. vous enrichit de soQ argent. M. qui consente à se déranger de ses affaires. vous engraisse de sa chair. je comprends tout. hallucinant. trouve un électeur. imposer — ô folie admirable et déconcertante — des programmes politiques et des revendications sociales. notre chère et immortelle sottise. avec la seule perspective de recevoir. Carnot des peintres qui célèbrent sa triomphale et rigide entrée dans une cité languedocienne. c'est de se pocharder. l'Opéra-Comique des dilettanti. les peuple souve- rain. ou un sénateur. et de la sottise française en particulier. si . qui vous nourrit de son pain. la Censure des défenseurs. ou n'importe lequel. Mais les autres ? Ah ! oui. le pauvre diable. en échange de ces prodigalités. ceux-là qui sentent une ivresse les gagner lorsqu’ils se regar- dent et se disent : « je suis électeur ! Rien ne se fait que par moi. ou une ribote au vin républicain. cet animal irrationnel. je comprends M. vous vêt de sa laine. et Baudry d'Asson aussi et Pierre Àlype également. » Comment y en a-t-il encore de cet acabit ? Comment. inorganique. en général. le Consti- tutionnel des abonnés. il puisse exister encore dans notre chère France (comme ils disent à la Commission du budget) un électeur. aux frais du suffrage universel. de celui qui s'imagine. quelle qu'elle soit. Il sait ce qu'il fait. le martyr improbable. en vérité. car cela seul lui importe. de l'électeur théoricien. Par ma volonté. c'est-à-dire l'être irrêvé. et non point de l électeur « qui la connaîtª et qui s'en moque. ô chauvin ! Il est bien entendu que je parle ici de l'électeur averti. ou un président de République. faire acte de citoyen libre. exprimer ses opinions. un seul électeur. Quand on réfléchit un seul instant. Sa souveraineté à celui-là. Mais qu'un député. ce surprenant phénomène n'est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ? Où est-il le Balzac qui nous donnera la physiologie de l'électeur moderne ? Et le Charcot qui nous expliquera l'anatomie et les mentalités de cet incurable dément ? Nous l'attendons. des coups de pied au derrière. les autres ! Les sérieux. de celui qui ne voit dans « les résultats de sa toute- puissance » qu'une rigolade à la charcuterie monarchiste. Je suis la base de la société moderne. si entêtés. Je comprends qu'un escroc trouve toujours des actionnaires. les austères. LA GRÈVE DES ÉLECTEURS __________ Une chose m'étonne prodigieusement — j'oserai dire qu'elle me stupéfie — c’est qu'à l'heure scientifique où j’écris. après les innombrables expériences.

et qui sont payés pour avoir ta peau . pour consentir à se donner des maîtres avides qui le grugent et qui l'assomment. qui justifie ou seulement explique cet acte extravagant ? Qu’est- ce qu’il espère ? Car enfin. chaque matin. assez déraisonnable. depuis longtemps. Les moutons vont à l’abattoir. assuré qu'il accomplit un devoir. qu'un fait unique domine toutes les histoires : la protection aux grands. n'ont-ils pas été. Que lui importe que ce soit Pierre ou Jean qui lui demande son argent et qui lui prenne la vie. si. Et c'est cela qui est véritablement effrayant. Il a voté hier. et pour le bourgeois qui les mangera. plus moutonnier que les moutons. Entre ses voleurs et ses bourreaux. fier de son droit. bleus ou noirs. ni les plus sinistres tragédies. * ** Ô bon électeur. même dans les inaccessibles cavernes des Cévennes et des Pyrénées. il votera toujours. Rien ne lui sert de leçon. pour un sou. Il ne peut arriver à comprendre qu'il n'a qu'une raison d'être historique. l'électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. assez sourd à ce qui se dit. Il faut que. de travail et de probité. un bonhomme assez stupide. les journaux grands ou petits. pauvre hère. et de donner l’autre ? Eh bien ! non. il votera demain. et qui s'en va. il faut que dans les noms seuls de Barbe et de Baïhaut. sans qu'on le paye ou sans qu'on le soûle ? À quel sentiment baroque . au lieu de t'arrêter. les idées de député correspondent en lui à des idées de science. de dévouement. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit. au lieu de te laisser prendre aux rengaines absurdes que te débitent. sans que rien l'y oblige. pareilles les unes aux autres. et de mourir pour des combinaisons politiques qui ne le regardent point. au travers d'un mirage. doué d'une volonté. c'est de payer pour un tas de choses dont il ne jouira jamais. Ils ne se disent rien. de justice. et il vote pour les plus rapaces et les plus féroces. à quelle mystérieuse suggestion peut bien obéir ce bipède pensant. découragés et honteux de leur œuvre? Comment peut-il arriver qu'il se rencontre quelque part. l'écrasement aux petits. ni les comédies les plus burlesques. que les sociétés se déroulent et se succèdent. blanc ou rouge. et ils n'espèrent rien ? Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera. au lieu de croire aux chimériques flatteries dont on caresse ta vanité. dont on entoure ta lamentable souveraineté en guenilles. il faut qu'il se dise et qu'il espère quelque chose d'extraordinaire que nous ne soupçonnons pas. éternel badaud. par de puissantes déviations cérébrales. il a des préférences. eux. inexprimable imbécile. si. Plus bête que les bêtes. blancs ou rouges. même dans le fond des landes perdues de la Bretagne. assez aveugle à ce qui se voit. à ce qu'on prétend. puisqu'il est obligé de se dépouiller de l'un. il découvre une magie spéciale et qu'il voie. non moins que dans ceux de Bouvier et de Wilson. si. déposer dans une boîte électorale quelconque un quelconque bulletin. pour voter bleu. devant les lourdes duperies des . —4— paradoxaux qu'ils soient. en dedans de soi. fleurir et s'é- panouir dans Vergoin et dans Hubbard des promesses de bonheur futur et de soulagement immédiat. peu importe le nom qu’il ait écrit dessus ? Qu’est-ce qu’il doit bien se dire. Voilà pourtant de longs siècles que le monde dure.

tu mets d'avance le nom de ton plus mortel ennemi. toi dont le compte est réglé au grand livre des destinées humaines. rentre chez toi. un malhonnête homme. là est la douleur. c'est-à-dire qu'ils ne valent rien. Sur le seuil de ta porte. que la politique est un abominable mensonge. Je te l'ai dit. à courir ensuite vers les urnes homicides où. Ils te diraient. souviens-toi que l’homme qui sollicite tes suffrages est. en un endroit ignoré. au coin de ton feu. serais-tu moins empressé à revêtir ton air grave et ta belle redingote. 1a haine et le meurtre. et qu'étant donnés nos mœurs parlementaires et nos goûts politiques. Schopenhauer et Max Jordan. lesquels sont contraires aux tiens. ni tes aspirations. de la justice et du droit. parce qu'en échange de la situation et de la fortune où tu le pousses. trop fier pour tenir de toi un mandat que tu n'accordes jamais qu'à l’audace cynique. un honnête homme capable de te gouverner et de t'aimer. rentre chez toi et fais la grève. il ne représente que ses propres passion et ses propres intérêts. tu regarderas défiler la bagarre. à l’insulte et au mensonge. des paradis de lumières et de parfums. Donc. Mais ne mêle jamais l’homme à ton rêve. Il serait trop jaloux de sa dignité pour se mêler à la lutte fangeuse des partis. Pour te réconforter et ranimer des espérances qui seraient vite déçues. ni rien de toi. et cela calme la souffrance. qui sont de nous mépriser les uns les autres. car là où est l’homme. Peut-être aussi. si tu lisais parfois. quelque nom que tu mettes. dans quelques jours. ne va pas t'imaginer que le spectacle navrant auquel tu assistes aujourd’hui est particulier à une époque ou à un régime. que.) =========================================================== PRÉLUDE __________ Et je songe. deux philosophes qui en savent long sur tes maîtres et sur toi. cela ne changera rien . en fumant silencieusement ta pipe. ne le regrette pas. de ce fait. des bonheurs irréels. sera ouverte la période électorale. (1898. il te promet un tas de choses merveilleuses qu'il ne te donnera pas et qu'il n'est pas. que tout y est à l'envers du bon sens. qu'elle l’a toujours été. Et s’il existe. C'est bon de rêver. Surtout. je t’en réponds. et aussi tous les régimes. Toutes les époques se valent. fermée aux quémandeurs d'aumônes politiques. bonhomme. On peut même affirmer qu'elle l’est déjà. d'ailleurs. —5— programmes. et fais la grève du suffrage universel. en connaisseurs d'humanité. bonhomme. Rêve après cela. après les avoir lus. et que cela passera. L’homme que tu élèves ne représente ni ta misère. et cela pourra t'amuser quelque temps. avec une joie sadique et une très nationale fierté. Tu n'as rien à y perdre. et que tu n'as rien à y voir. si tu veux. OCTAVE MIRBEAU. en son pouvoir de te donner. peut- être apprendrais-tu des choses étonnantes et utiles. des fraternités impossibles.

l'espionnage. On va marcher dans l'ordure. nous promettront le bonheur. ils croient à l'âme immortelle. l'infinie malpropreté de la politique. publiquement. que rien n'accélère la vie comme de mourir. c'est sa fin. De Brest à Menton. Mais ce qu'il est impossible de prévoir. La France tout entière va devenir une immense latrine où les ventres ignominieux. sans voir étalées sur les murs. de bizarres personnages. Dieu veuille que non ! Par quelle suprême farce. Rochefort. déverseront le flot empesté de leurs déjections. et surtout dans le fier parti boulangiste qui ne compte que des héros. à l'heure de la viande. Et que veulent-ils ? Ce que voulait Vincent de Paul et ce que voulait . par les autres aussi. gesticuleront. l'adultère de leurs femmes. par quelle ultime mystification se dénouera — si elle se dénoue un jour — cette période admirable et féconde. enthousiasmés par des distractions puissantes et variées. en attendant de savoir lequel prévaudra de ces deux bienfaits sociaux. grisés de notre propre honte. Il faut convenir également. de Saint-Jean-de-Luz à Valenciennes. où le plaisir des yeux se mêlera aux joies de l’esprit. d'on ne sait quelles casernes journalistiques. Chaque maison sera transformée en club. ce qui est charmant. même au théâtre annamite et dans les ménageries foraines. on hésite entre la guerre et la Révolution. et si jamais elle aura une fin. d'extraordinaires bienfaiteurs. ils agiteront des draps de lit. on est ravi de cette alternative. Oui! le merveilleux peuple que nous sommes! Et combien nous avons raison. Et nous nous réjouissons de celle posture. d'assassinat. Malgré la diversité des dieux qu'ils servent. l'infinie sottise. de résister aux dégoû- tants principes du pessimisme ! Car tous ces gens-là sont d’iné- branlables optimistes. les yeux injectés de sang. accaparés. que l'existence va être délectable au milieu des musiques rugies par MM. la trahison. qui débute officiellement par l'annonce discrète et consolante de la candidature de M. l'infamie des greffes. tous pour nous rendre heureux. de viol. par tous les autres. de Cassagnac. l'argent de leurs maitresses. Pourtant. sur les troncs d'arbres. Nous avons en perspective une série ininterrompue de concerts comme on n'en entendit jamais. des bonnets de forçat. Il parait d'ailleurs que rien ne redonne du sang à un peuple appauvri comme d'être saigné à blanc. et s'ils ne prévaudront pas tous les deux ensemble. sur les barrières des champs et les poteaux indicateurs des traverses. et. aboieront. le somnambulisme et le spiritisme perdent de leur efficacité divinatoire et demeurent impuissants à conclure quoi que ce soit. vomis d'on ne sait quels fonds secrets. il y aura sur chaque place publique des meetings hurleurs. Et quels passionnants spectacles ! On ne pourra faire un pas dans la vie sans être sollicités. il faut bien en convenir. Arthur Meyer et Canivet. Mermeix dans le quartier de Montmartre ? Voilà. l'induction philosophique elle-même. en haut de chaque borne. ce que nul ne saurait prophétiser ouvertement. enlisés jusqu'au cou. s'accuseront de vol. —6— à nos habitudes et à nos plaisirs. des bureaux de police. Généralement. des cellules et des préaux. la gueule écumante et tordue. arrachés à l'obscurité gluante. d'on ne sait quels mystérieux coffres-forts. des registres d'écrou. ils se jetteront à la tête l'inceste. Avec un pareil point de départ. Car c'est évidemment une chose réconfortante de penser que cinq cent mille de nous peuvent être massacrés. brailleront.

. l'électeur. où donc en serais-je ? Je n'aurais peut-être pas Boulanger ! Pour me donner une idée approximative de ce que vont être ces élections je n'ai qu'à me souvenir de certaines fêtes religieuses de .... une chère exquise. je puis le faire pour vous. Es-tu content ? Et il ira. Ça ne coûte rien . dont il ne sait que faire... il en a plein la main.. riche et honnête. de l'or plein mes coffres.. en votant pour l'homme magique qui devait le rendre heureux. par Boulanger. Il a fait la Révolution française et.. et de l'être quadruplement. Par Boulanger surtout qui non seulement nous promet le bonheur. la richesse et l'honnêteté... le voilà . de la richesse et de l'honnêteté. Du bonheur. et le Code moderne qui lui met des menottes aux poignets.. Oh ! celui-là ne plaisante pas avec le bonheur. Regardez ... la figure joyeuse et claquant de la langue. on bon sac qui te rompra le dos. pareil. Est-ce que je ne suis pas riche? Pas honnête ? . en dépit de cent années d'expériences douloureuses et vaines. Des chevaux. se passe à changer de menottes.. Il en est fier.. cette révolution qui a créé l'inexorable société capitaliste où il étouffe aujourd'hui.. J'aimerais mieux être malheureux. prends tout . Et je ne les vends pas . par excès de magnificence. il la célèbre ! Il la célèbre. plus tard. pour tout le monde.. Approchez . huit chevaux dans mes écuries. Qui veut du bonheur ? . des hôtels ? . J'ai un hôtel superbe.. Prends-le. un boulet aux chevilles. il n'y a pas si longtemps. chimérique opération qui lui arrache ce cri d'orgueil : — Ah ! si je n'avais pas fait Quatre-vingt-neuf. Qui veut du bonheur ? Qui veut de la richesse ? Qui veut de l'honnêteté ? .. ô suprême ironie! . réclamer son dû.. c'est lui seul qui l'a fait.. Eh bien ! ce que j'ai fait pour moi. il ira. mais un déplacement des privilèges.. Et encore lui en reste-t-il. pour vous tous .. Et toutes les femmes sont folles de ma barbe. un bon fusil . des femmes.... mais qui nous l'impose.. une saute de l'oppression sociale des mains des nobles aux mains bourgeoises et. c'est lui qui se l'est taillée. — Est-ce que je ne suis pas heureux ? nous dit-il. Or. partant. II se dira seulement : — Jamais je n'aurais cru que le bonheur fût tel . c’est lui qui l'a signée. phénomène inexplicable. ce fusil. Une bonne capote qui te coupera les aisselles. pour ma gloire.. toujours. le bonheur dont il se plaint. et toute sa vie. Et je dîne avec des lords milliardaires. Vous n'avez qu'à parler .. Et va te faire crever là-bas .. un bâillon dans la gorge. Orléans et Napoléon. Il y ajoute même. cette mort. plus féroces des banquiers.... et.. un affranchissement.. —7— Marat : nous apporter le bonheur. pour la gloire de Mermeix .. cette Révolution qui n'a même pas été une révolution. Et je vois le désappointement du pauvre diable d'électeur qui. à travers les monarchies et les républiques. c'est lui qui se l'est forgé. sans se dire que cette capote. je n'avais rien de tout cela . et que tous les gouvernements lui apportent. je les donne .. Voilà! .. viendra.. — Le bonheur! .. Tiens. D'ailleurs. de bâillons et de boulets. — Que viens-tu faire ici ? — Je viens chercher le bonheur que vous m'aviez promis.. Ferry.

leurs chairs rongées. au bout de leurs moignons dartreux. les monstres électoraux viendront sur ton passage coutumier étaler leurs plaies et tendre leurs sébiles. dans une sente lointaine. des difformités paradoxales. vois-tu. tu t'en irais tranquillement pêcher à la ligne. sans sceptre. tu pourrais te vanter d'avoir accompli le seul acte politique et la première bonne action de ta vie. une vanité à ne plus conserver rien d’intact. dont les chairs accusent. Par un étrange oubli — et peut-être par une haine consciente — de l'Humanité qui les a vomis. Souvenirs délicieux ! Chères évocations de la beauté humaine qu'il me suffira de transposer du physique au moral. les uns rampant sur le sol. que tu as toujours été. et tu les laisserais. sur les routes qui traversent le saint village et les sentes qui y aboutissent. une éléphantiasis de grosseur insolite : jalousies qui vont parfois jusqu'à l'assassinat. les mendiants. Eh bien ! mon brave électeur. ou trouver les filles derrière les meules. ou dormir sous les saules. si tu avais une lueur de raison dans ta cervelle. sans couronne. normand ou gascon. Ce jour-là. éternel constructeur. des parties inattaquées ! Quelles jalousies. pressurant de leurs moignons. ils mettent une sorte d'amour-propre. de façon ostentatoire. avec un bel orgueil. avec des grouillements vermiculaires. sans couronne. des plaie qui n'ont pas de nom. brandissant entre leurs guenilles poissées de sanie. les estropiés. basque ou breton. mutilés. ils montrent. les jours de grand pardon. les estropiés. ils étalent. les monstres font aux pèlerins une double haie d'épouvante et d'horreur. —8— Bretagne. se tuer. ce jour-là. un point d'honneur. de-ci. des membres tronqués. par où se reconnaît en eux qu'ils ont été des hommes. non sans coquetterie. troués de gangrènes immondes. la face convulsée. entre eux. toujours battu. exhalera la plus insupportable puanteur. putréfiées. se dévorer. Et c'est à qui de ces misérables — vivantes pourritures — sera le plus repoussant. Et quels foudroyants mépris pour les camarades dont les membres gardent encore. picard ou cévenol. le jour où les mendiants. pleines d'hallucination et de cauchemar.  [1892])   . si tu n'étais pas l'éternel abruti que tu es. des vestiges de formes humaines. même dans les léproseries de l'Orient. un cancer plus beau que les leurs. les autres. des tumeur hideuses. parmi les coupures et les boursouflements. tous. (14  Juillet. de-là. ou jouer aux boules. Hurlant et tordus. D'où viennent-ils ? De quelle morgue ? de quel enfer ? de quels germes atroces sont-ils donc sortis ? Je n'en sais rien. se battre entre eux. d'où le pus jaillit. tes hideux sujets. ô triple électeur que tu es ! Autour de Sainte-Anne-D’Auray. pour un polype rare. si tu n'étais pas l'indécrottable Souverain. On les voit avivant. de la fortune des autres. impartiale et glorieuse de tous les partis qui vont mendier tes suffrages. avec une fierté visible. pour avoir la représentation nette.

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