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Centre de Recherches d'Histoire Ancienne

Volume 43

Pierre BRIANT

ROIS, TRIBUTS ET PAYSANS
Etudes sur les formations tributaires du Moyen-Orient ancien

Annales littéraires de l'Université de Besançon, 269

Les Belles Lettres, 95 Boulevard Raspail - Paris Vie
1982

LE MOYEN-ORIENT ACHÉMÉNIDE ET LA CONQUÊTE D'ALEXANDRE

SACES

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AleXandrie ESchai•

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_ _ _ Limite extrême de l'empire

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Voie royale (d'après Hérodote)

Itinéraire d'Alexandre
500

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SOMMAIRE
Introduction .

7
13

D'Alexandre le Grand aux diadoques: le cas d'Eumène de Kardia [1972-73] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Remarques sur 180i et esclaves ruraux en Asie Mineure hellénistique [1973]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Villages et communautés villageoises d'Asie achéménide et hellénistique 09751. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La campagne d'Alexandre contre les Ouxiens (976). . . . . . . . . . . . . . . . . Contrainte militaire, dépendance rurale et exploitation des territoires en Asie achéménide (978/1979). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Colonisation hellénistique et populations indigènes : 1. La phase d'installation (978). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . II. Renforts grecs dans les cités hellénistiques d'Orient II 982) . . . . . Impérialismes antiques et idéologie coloniale dans la France contemporaine : Alexandre le Grand modèle colonial 09791. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Des Achéménides aux rois hellénistiques: continuités et ruptures (Bilan et propositions) (979). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'élevage ovin dans l'Empire achéménide (979)... Conquête territoriale et conquête idéologique : Alexandre le Grand et l'idéologie monarchique achéménide (980). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Communautés rurales, forces productives et mode de production tributaire en Asie achéménide (980). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Forces productives, dépendance rurale et idéologies religieuses dans l'Empire achéménide (980). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Appareils d'Etat et développement des forces productives' au MoyenOrient ancien : le cas de l'Empire achéménide (1981). . . . . . . . . . . . . . . . Sources grecques et histoire achéménide (1982). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Index (index général, index des sources) Table des matières . .

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137 161

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277 263

281 291 331

357 405 431

475 491 505 531

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"Ce sont les hommes qui produisent ce qui existe: on vit de ce qui est dans leurs bras, quand on en manque, la misère règne"
(Texte du Moyen-Empire égyptien 1

"Riche je suis, par ma grande lance, mon épée et le beau bouclier qui protège la peau. Avec lui, je laboure, avec lui je moissonne, avec lui je foule le doux raisin de la vigne, avec lui je suis salué comme maître de la gent servile. Ceux qui n'ont pas l'audace d'avoir lance et épée et le beau boudier qui protège la peau, ceux-là s'inclinent, ils tombent à mes genoux, ils m'appellent leur maître, ils m'appellent Grand Roi". (Scho/ion d'Hybréas le Crétois: Athénée 15. 6951-69601

INTRODUCTION
Les textes présentés ici couvrent une dizaine d'années de recherches (1971-19811 consacrées aux Etats et sociétés du Proche et du Moyen-Orient sous les dominations achéménide et hellénistique [c, VIe-Ile siècle av.n.è.}, La plupart des études qui constituent le corps de l'ouvrage sont des communications présentées à des Colloques. Beaucoup d'entre elles ont été publiées dans des recueils ou des revues peu accessibles. L'unité thématique de ces textes et leur état d'extrême dispersion m'ont paru constituer deux bonnes et simples raisons pour les rassembler dans un recueil, En est absent l'article le plus long paru dans DHA 2, 1976 III car je l'ai très largement repris dans un autre livre 121. Faut-il préciser que la republication de ces études n'implique pas qu'elles soient exemptes d'erreurs ou de défauts '! Du moins, leur publication dans une collection désormais bien connue des historiens de l'Antiquité suscitera, je l'espère, de nombreuses discussions critiques. Les premières études (Actes 71, REA 1972 ct 1973) portent exclusivement (ou presque) sur la période hellénistique. Y sont déjà abordés de front les problèmes majeurs qui allaient être scrutés par la suite. Tout d'abord, bien sûr, l'analyse dl' l'exploitation économique qui pèse sur les masses paysannes d'Asie (id l'Asil' Mineure Occidentale séleucide et attalide] ; une telle analyse, bien entendu, va bien au-delà de la nécessaire étude juridique des statuts des paysans; elle ne peut êtnmenée sans référence permanente aux structures globales des Etats hellénistiques (qu'en même temps elle permet de mieux comprendre 1 : d'où dans Actes 71 (p. 118119) la première occurrence du "Mode de Production Asiatique" (avec beaucoup d., prudence et de réserve il est vrai]. Par ailleurs, les études 1972 et 1973 posaient directement ce qui allait devenir un axe privilégié des études à venir: celui des continuités et ruptures. Le problème précis qui y est abordé est celui du passage d'un Etat unitaire fondé sur la conquête (l'Empire d'Alexandre 1à des Etats monarchiques nés d.. cet empire 131. Le premier de ces articles traite également du problème des continuités administratives entre l'Empire achéménide, l'Empire d'Alexandre et les royaumes des diadoques (REA 1972 : 44-49). Très vite est apparue la nécessité de remonter très haut dans le temps ..t donr d'inclure les données achéménides dans l'analyse et la réflexion (voir quelques mots

(1) Sauf les pages 214-221 qui traitent d'un problème ponctuel et qui sont reprisl'''' id dans h' recueil.

(2) Etat et Pasteurs au Moyen-Orient ancien, Editions de la Maison li!'!'! Sdenef'K del'Homnu- (Puri,,1 t't Cambridge University Press [sous-presse ; parution prévue pour janvier 19H21.
(3) Voir également ma thèse: Antigone le Borgne. l..es débuts dt· lfll rurrlëro (J' /.'s proIJ/i'nIf'N tI" l'Assemblée macédonienne (Centre de Recherches d'Histoire Ancienne dl' Besançon, vol. 101. lA'''' Belles Lettres, Paris, 1973. Voir aussi Alexandre le Grend fColl. "Que suis-je 'l,. nO h221. 210 Nlilion.

PUF, Paris, 1977.

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(maladroits) là-dessus dans Actes 71 : 99). D'où l'étude de 1975 (JESHO) qui s'étend chronologiquement aux époques achéménide et hellénistique, sur un thème, il est vrai, particulièrement propice au repérage des continuités : les communautés villageoises (thème déjà abordé largement dans Actes 71: 100-106, 114-1151. L'insertion sans réserve ni faux-semblants de la période achéménide procède d'une nécessité absolue sur le plan scientifique. Très tôt en effet, dès l'Antiquité, Alexandre a été présenté comme un conquérant venu offrir et diffuser la civilisation (via la vie en cité) à des peuples sauvages et barbares. Pour plusieurs raisons (analysées en partie dans DHA 2 (976) : 201·209), le thème de la rupture (positive) apportée par la conquête macédonienne a été repris globalement par l'historiographie européenne contemporaine (DHA 5, 1979 et ASNP 1979: 1375-1385). Or, ces préjugés européocentriques ont nécessairement conduit à des contre-sens qu'il importe encore maintenant de démasquer: que l'on songe par exemple à ce postulat des influences grecques déterminantes sur l'art achéménide (41, ou à la thèse préconçue de la "stagnation achéménide" (La Pensée 1981 : 11-13). Ce travail de remise en ordre n'est possible que si, sur chaque thème traité, on inclut les données achéménides et si l'on ne les réduit pas à l'interpretatio graeca. Les résultats les plus spectaculaires de cette méthode sont peut-être les pages des DHA 1976089-194) consacrées au décryptage des textes classiques traitant des "brigands" du Zagros et de leurs rapports avec le Grand Roi puis avec Alexandre (p. 195·209). La prise en compte des données achéménides (y compris évidemment des données offertes oui et cachées par les sources grecques) permet de restituer ces peuples dans leur complexité historique que tend à leur arracher une tradition tout entière mobilisée pour chanter les exploits du héroscivilisateur venu d'Europe 15). Bien entendu (s'il faut vraiment le préciser! l, mon propos n'est pas de nier l'importance historique d'Alexandre, mais bien plutôt de le replacer dans une perspective globale qui permette de dégager la signification historique de la conquête macédonienne au regard de l'histoire du Moyen-Orient du 1er millénaire (ASNP 19791. Or, comment apprécier dans toutes ses manifestations, implications et conséquences, la conquête et la prise de pouvoir des GrécoMacédoniens au Proche et au Moyen-Orient sans connaître de l'intérieur l'Empire achéménide ? Comment traiter sérieusement des continuités et ruptures entre deux phases historiques A et B, si A n'est a priori que le faire-valoir de B et si l'on construit tout le raisonnement sur le postulat d'une rupture décisive entre A et B ? Il est bien clair qu'à son tour un tel postulat "justifie" le manque d'intérêt pour A (DHA 5 (1979) : 2901. Pour que des progrès significatifs puissent être enregistrés dans la

(41 Voir déjà là-dessus mes réflexions dans ANSP 1979 : 1387, n.45. D'une manière plus argumentée: C. Nylander, ..Achaemenid imperial Art". dans M. T. Larsen Ied. J, Power and propaganda. A symposium on Ancient Empires, Akademisk Forlag, Copenhagen 119791 : 345-359 ; M.C. Root, The King and Kingship in Achsemenid Art. Essays on the creation of an lconography of Empire (Coll. Acta Iraniea, Ille série; Textes et Mémoires), diff. Brill 1979.
(5) Sur l'interprétation du don et contre-don, voir l'appui apporté par l'ethnologue J.P.Digard dans DRA 2 (976) : 268 et son article: "Les Nomades et l'Etat central en Iran: quelques enseignements d'un long passé d"'hostilité réglemeutée", Peuples Méditerranéens 7 11979) : 37·53. L'ensemble du problème des rapports entre l'Etat achéménide et les peuples pasteurs du Zagros, d'Arabie et d'Asie Centrale est repris en détail dans mon livre Etat et Pasteurs au Moyen-Orient ancien, ParisCambridge.

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recherche, il convient donc que le "classiciste " utilise avec prudence, mais avec audace (autre version: avec audace, mais avec prudence! Iles sources orientales et les travaux s'y rapportant (voir mon essai de JESHO 19791, de manière à dépasser et (à terme) à briser une spécialisation qui naît uniquement de l'expression gréco-latine du véhicule textuel et non pas de l'objet proche-oriental des observateurs antiques. II me paraît en effet que l'intervention croissante des c1assieistes dans le champ de l'histoire achéménide (ASNP 1979 : 1390-13911 ne peut être réduite à un phénomène de mode passagère (61. Elle est 'amplement justifiée par l'importance que l'on doit reconnaître -contre l'avis de certains iranistes et c1assicistes mal informés ou ignorants- aux sources grecques depuis Hérodote jusqu'aux historiens d'Alexandre. La démonstration peut être menée parfois à partir de l'examen de problèmes ponctuels : par exemple la reconstitution de la marche d'Alexandre vers les Portes Persiques et vers Persépolis en passant par le territoire des Ouxiens dl' la montagne (DHA 2, 1976 : 214-221), qui permet de souligner l'importance du bassin dl' Fahliyun dans la Perside achéménide (Index 1978179 : 79-801, importance confirmée d'une manière éclatante par une récente étude sur la répartrtion des sceaux achéménides qui figurent sur les tablettes des fortifications de Persépolis (71. Mais les données offertes par les sources grecques sont parfois d'une ampleur bien supérieure : qui pourrait, par exemple, négliger ou dévaluer l'apport d'Hérodote pour reconstituer les circonstances de l'avènement de Darius ou les structures satrapico-tributaires généralisées par le même Darius 181 ? II est bien clair également que la lecture critique des historiens d'Alexandre est absolument indispensable à qui tente de reconstituer les institutions et les structures idéologiques de la monarchie achéménide (voir Colloque de Cracovie [1980] ; 37-83). Faut-il rappeler également qu'Hérodote (1.189 et surtout 111.107) et Polybe (X.281 nous offrent des informations irremplaçables sur la politique de l'eau menée par les Grands Rois dans les territoires dl' leur Empire (Zamân 1980 ; La Pensée 1981) ? Pour citer un exemple particulièrement démonstratif, on soulignera le prodigieux intérêt des chapitres des Economiques du Pseudo-Aristote consacrés aux différentes sortes d'économie et en particulier à l'économie royale "achéménido-hellénistique" (REA 1972: 46; Zamân 1980: 79-83) 18bis). C'est une singulière méthode que d'affirmer sans examen préalable dénué d'a priori que les auteurs grecs parlant de l'Empire achéménide parlent uniquement en réalité des sociétés grecques (Cf. Index 1978-79 : 58-(1). Une telle affirmation ne peut avoir le statut de conclusion que si elle vient à l'issue d'un décryptage
16) Dans noe élude récente Idéjà citée. 1979 : 3511 C.Nylander parle m'me de "the invasion of Iran by increasing numbers 01 classical seholars" dans les années récentes, La Ioree o(franKivt> de l'f'Xprf'KKion joue surtout contre la tendance des classicistes à "helléniser" l'art irnpérlal aehémènlde. C.Nylamlf'f ajoute d'ailleurs à propos de cette "invasion": "in other respects ft welcome and creative development
in Iranian schclarship". J'ajoute que les classicistes (au sena étroit du terme! nf' sont pas avoir transmis une vision européocentrique : cf. ASNP; 1979: 1403·1407.
(7)
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!'4f'ul!'{ à

Voir R.T.Hallock. "The use of seals on the Persepolis Fortification Tablets". dans Ma"Guire-H.Il, Biggs Iedd.! : Seels and sealings in the Ancient Near-East [Bibliothece Mesopotamlca hl. Und-ne Publications 119771 : 127-133. CF. infra. p.491 sq. (Annale. ESC, 19821.
nO

(8) Sur des études récentes. voir mes remorques dans Abetrects lrenice, 3 f 19HOI.

167. 169, 189. I l):1.

197.220.
[Sbis] Voir également l'article récent de M.Corsaro. "Oikonomia dei rf"
P

oikonomi« del san-epo ". A.*;NP

X/4 119801. p.1l63-1219.

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interne des sources classiques et dl' leur confrontation systémutique aver la totalité des sources d 'origine aohéménide [inserlptions, monnaies, papyri .. .], Lorsque Cl' travail est mené, on s'aperçoit bien souvent en réalité que les informations offl'rtl'~ par les auteurs classiques sont d'un intérêt considérable. Sans nier bien entendu la part du "mirage perse" 191 et de la réinterprétation, il apparaît que certains textes grecs ne peuvent être véritablement compris que par comparaison avec des textes achéménides (Col/oque de Cracovie [1980] : 51-(4), J'affirme également qu,- l" fameux passage de l'Economique de Xénophon sur l'agriculture chez Il'~ Pl'r~l'~ n 'est pas seulement utilisable pour connaître l'idéologie aristocratique d'un grand propriétaire attique du IVl' siècle ; si on prend II' soin de le rapprocher dl'~ textes avestiques, des inscriptions royales et dl'~ monuments dl' Persépolis, on doit en eonclure au contraire qu'il nous restitue très exactement II'~ ressorts fondamentaux dl' l'idéologie aehèménide du roi protecteur des terres pt des paysans tributaires (/)HA 2

(19761: 187-189; Index 11178.79: ;'3-57; Table Ronde [198(lj : 24-27; L« Pensée 1981 : 16-17).
Au terme dl' Cl'~ {>tudl'~ préliminaires, l'Empire achéménide apparaît comme un Etal densément structuré, dans lequel la centralisation des pouvoirs pst fortement marquée (Index 1978-79: 80-841. Contrairement à une idée reçue dl' l'Antiquité et reprise par un courant dominant dl' l'historiographie contemporaine, la phase ar-hérnénide dl' l'histoire du Proche et Moyen-Orient n 'l'st pas une phase dl' stagnation, mais bien au contraire une phase dl' développement très notable dl's forcl's produetiVl'S qui ne s'explique pas par un progrès des techniques dl' production, mais bien plutôt par la coordination sans précédent des énergies physiques pt intellectuelles dl's peuples dl' l'Empire, une mise en valeur systématique dl's territoires utiles (Zamlin 2:1, 1980; JESHO 1979), et par une exploitation rationnelle des Iorees productive« humaines tL» Pensée 1981 ; Table Ronde 1980: 19-241. Cette interprétation d., eette période diu- souvent "pré-hell{>nistique" (,4SNP 1979 : 1042-1(47) dl' l'histoire du Moyen-Grient conduit à relativiser l'impact immédiat dl' la conquête d'All'xandre, y compris même les conséquences de sa politique d'urbani.•ation et dl' colonisation (Actes 1971: 106-107, 118; KUo 1978; Index 1978-79: 85-86) : la p"'riod., dAlexandre apparaît comme une période de restauratlon, voire d'I'xten~ion du pouvoir impérial achéménide, dont le Macédonien entend se réclamer (Col/oque d« Cracovie [19801; ASNP 1979). Cependant, eette relativisation de la conquête macédonienne ne doit pas mener à un nouvel excès qui consisterait à substituer une Ih"sl' monolithique du "miracle aehérnénide " à une thèse monolithique du "rniracle gree" 1101 : el' que l'on peut admettre en revanche c'est que la constitution d'un Etat impérial unitaire a ouvert une phase nouvelle de l'histoire des Etats et soei{>t"'s du Proche et du Moyen-Orient de l'Antiquité (ASNP 1979 : 1409-1412).

19) J'ai mené

(~(.

travail dt' décryptage dan» If' Chapitre ler de mon livre EtHt

pt I)Hstf~urftl.

(10) Voir A,t.;NP 1979 : 1:WH-l:199 à propos de!"! prospections archéologiques en Huetrlane urientule et , sur eelles-ei, en dernier lieu J.-C. Gardin pt B. Lyonnet, "La pro!'\pt'elÎon archéologique dt' la Hm-triuno orientale (1974-19781: premiers rèauluue", M"NfJfJOtHmill XIII-XIV f197H-7C)J : ( 1)-1;)4. ct nWH remarques dans 'JH Pensée 19H 1 : 21-22.

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Le choix d'un titre "tripartite" ne renvoie pas à une analyse de type trifonctionnel des sociétés proches-orientales à l'époque achéménide (cf. Index 1978/79 : 5461). Ce titre veut exprimer ce qui, du point de vue de l'auteur lui-même, constitue la ligne directrice de ses recherches: à savoir, l'analyse des processus d'exploitation tributaire des masses paysannes par une ethno-classe détentrice du "monopole des armes" (Index 1978-79), en même temps que le démontage des idéologies qui soustendent et masquent tout à la fois ces processus d'exploitation : d'où la place accordée au décryptage du système idéologique qui fait du Roi le protecteur-exploiteur des masses rurales paysannes et à son articulation avec les structures idéologiques propres à chaque grand ensemble régional et culturel de l'Empire (Table Ronde [1980)). Il s'agit là d'une recherche dont les premiers résultats (Actes 71) n'ont cessé d'être questionnés, précisés, rectifiés et amplifiés par la suite. C'est dans le cadre d'une analyse globale du fonctionnement des sociétés de l'Empire que l'on saisit le mieux le pourquoi et le comment des extraordinaires continuités entre les Achéménides et Alexandre (ASNP 1979: 1407·1414). Cette continuité est manifestement le résultat d'une décision mûrement réfléchie d'Alexandre, comme le montre en particulier la stratégie idéologique qu'il met en oeuvre face à Darius (Colloque de Cracovie [1980)). On soulignera en passant que le choix d'une telle stratégie implique nécessairement qu'Alexandre disposait d'informations précises et étendues sur le Grand Roi, l'Empire et son fonctionnement global 1II1. Fondamentalement, le Macédonien entend mettre la main sur les profits tirés par le Grand Roi de l'exploitation des producteurs directs: c'est là l'un des aspects très importants de sa politique d'urbanisation et de colonisation (Klio 1978). Dans l'Empire d'Alexandre comme dans l'Empire achéménide, le maître mot est le tribut, comme l'avaient parfaitement compris les Grecs. La dépendance rurale fonctionne avec le maximum d'efficacité au sein de la communauté villageoise (Actes 71 : 105-106, 114116 ; JESHO 1975 ; ZamAn 1980 ; Table Ronde Besançon [1980) : 45·46 ; Index 1978-79 : 60-61). C'est dire aussi que cette récupération des structures achéménides n'est pas seulement la conséquence d'une décision personnelle d'Alexandre. Ce n'est pas le génie d'un homme ni l'ampleur des conquêtes qui décident brutalement de modifications apportées à un mode de production dominant dans une formation économique et sociale donnée. Je veux dire par là que si l'historien ne doit pas nier le rôle des grandes personnalités (en particulier dans le cadre des Etats monarchiques l, il ne doit pas non plus réduire l'explication à l'intervention des personnages exceptionnels. Leur action en effet s'inscrit dans des cadres sociaux, économiques, politiques, idéologiques qui les suscitent et les dépassent très largement, même s'ils en comprennent (pragmatiquement au moins) le fonctionnement et la finalité globale (qui se confond d'ailleurs avec leur destinée personnelle}. C'est en cela, à mon avis, que la thèse de la rupture macédonienne offre le plus le flanc à la critique: à supposer même qu'il en ait conçu le projet, Alexandre ne pouvait pas modüier de fond en comble le système achéménide ; quelles que soient les transformations apportées à

(11) Voir Plutarque Alex. 5, 1-3. Il est certain que la lecture d'Hérodote a été plus importante en cela que la lecture cl 'Homère: voir les pages intéressantes de O. Murray, "Herodotus et Hellenistic Culture"CQ 22/2 (1972) : 200-213.

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terme par la prise de pouvoir de conquérants venus d'Europe, il n'en reste pas moins que, globalement, la dynamique sociale est restée la même avant et après Alexandre. C'est en qualité de "dernier des Achéménides" (ASNP 1979 : 1414) qu'Alexandre a remporté ses plus grands succès. C'est assez dire enfin que des progrès substantiels ne peuvent être réalisés -en ce domaine comme en d'autres- que par un dialogue dynamique permanent entre l'érudition et la réflexion théorique. Pour contester que la discussion sur le Mode de Production "Asiatique" puisse être réduite à des débats d'exégètes et de marxologues, J. Chesneaux écrivait fort justement : "Le marxisme est une méthode qui permet de tirer un meilleur parti de ces connaissances techniques : mais il ne nous dispense nullement des efforts d'érudition; bien au contraire, il les rend indispensables". En même temps, ces "efforts d'érudition" -eux-mêrnes suscités pour une part au moins par la réflexion conceptuelle (il' choix d'une piste de recherches n'est pas da au hasard]- ne présentent de justification sociale et d'intérêt scientifique que s'ils sont intégrés organiquement dans une interprétation historique qui dépasse la phase descriptive et empirique. C'est pourquoi le concept de Mode de Production Tributaire (ou asiatique) me paraît très opératoire pour tenter de comprendre la spécificité et la complexité des sociétés du Proche et du Moyen-Orient du Premier Millénaire tZamân 1980 ; La Pensée 1981). En même temps, les exemples achéménide et hellénistique amènent à souligner le rôle des appareils d'Etat {celui en particulier des appareils idéologiques d'Etat 1 dans la structuration interne des sociétés et dans le fonctionnement du MPT en tant que mode de production dominant (et non pas uniquel (ASNP 1979: 1409-14141. Aucune analyse d'une société ne peut être menée de manière convaincante si on la réduit à ce qu'on appelle encore parfois les "bases infrastruoturelles' : il est évident par exemple que dans la stratégie d'Alexandre le Grand, la main-mise sur la terre et sur les producteurs directs est liée organiquement à la récupération de l'idéologie achéménide (Colloque de Cracovie [1980] ; cf. Table Ronde de Besançon [1980)). Choisir la voie d'une histoire interprétative, ce n'est pas céder à la facilité ni au laxisme, contrairement à ce que certains voudraient faire accroire. C'est au contraire prendre le risque de se tromper, c'est-à-dire aussi de nuancer et de rectifier au fur et à mesure des découvertes de données nouvelles ou/et des progrès de la réflexion. C'est pourquoi le lecteur attentif ne manquera pas de relever dans ce recueil des interprétations différentes voire contradictoires, tant il est vrai que toute recherche historique est nécessairement évolutive. Rien n'est plus dangereux ni plus stérilisant que le dogmatisme et l'immobilisme, d'où qu'ils viennent.
Toulouse, avril 1981 Pierre BRIANT

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s de r.·I1 voj"e!· . en réaction contre elle. je Tn. Il convient d'ailleurs de noter que cr problème des continuités ne se pose pas sculernnnt au niveau des chefs. 3. dans un tout autre domaine."1 ilia thCSI~ sur . Si dans ocr-tains domaines (extension de la conquête. l'épanouissement des monarchies hcllénist. voire meme cn dehors d'elle. )f. entre autres exemples. On peut en efTet légitimement se demander dans quelle mesure les créations des diadoques se sont faites dans le droit Ji! de la politique d'Alexandre. cr. la question devient beaucoup plus complexe di's 'I"e l'on aborde d'nu tres aspects : ainsi les pratiques ndminist rn tives dans Ics territoires conquis ou les rapports entre les conquérants macédoniens et les Orientaux.i. Happelons. il apparaît rapidement que la période des diadoques a revêtu une importance exceptionnelle mais mal connue. Les créateurs des grandes colonies rnacèdouiennc.l"ti~fJf.tl' uûuirc.'· Ir /lflr. Launay.sont Ah-xandre e t sce SUI'I:cll~t'Hr8 immèdiats. Il. Par sa position de « relai ') entre la conquête <l'Alexandre et. Patis (tIJ'lfI). mais aussi à celui des simples soldats macédouiens l'estés en L SI1I' Cl~l.~ hdlhli8tiques. :152 :. 2. _ - 13- . I. que c'est en 306 qu'Antigone le Borgne s'empara d'une royauté dont les caractères la rapprochent "troitement de la monarchie hellénistique 1./lC (it paraître lm 1973). fondations de cités) la continuité ne peut être mise en doute. l'. II. B. Recherclwe sur les armù. elle fut évidemment une incomparable période de créations. on peut noter que la plupart des colonies militaires connues à l'époque hellénistique ont ét.> pt-rmut.iques.D'ALEXANDIŒ LE GRAND AUX DIADOQUES LE CAS D'EU~IÈNE DE KARDIA INTRODlJCfJON A qui tente de comprendre la genèse du « monde hellénistique ».é fondées en fait avant 280 2 • Par là même se pose un problème fondamental: celui de la continuité entre Alexandre et ses successeurs. Aopcndicc à id deuaiémc partir.

2. Leipzig. E. accueillirent-ils les règlements édictés à la mort du roi I? Quels furent les rapports établis avec les diadoques. Nictzold. l. Kuerst (Il. D. EUIJlCIl('S [n? li).. Paris (1967). É. . on le sait. 2. voir mon Antigone Ibid. Vezin. . 1. 247-335. Diodore.). Fontana) pour donner de l'importance à. XVIII. 1. Aymard en traitant des institutions macèdcuicnnos 1" Sur l'assemblée macédonienne ». 162). II. Rel'. chal" IV (Antigone) ct chal'. 74. - 14- . n? 154 {I~ titre est incertain: cf. l'exposé le plus minutieux est celui d'A. VllI (Eumène)) ct de Trogue-Pompée (Prol. Eumenes of Cardia. Die Quellen Zli Geschidüe der Diadochcn:eit. aer. de Cornélius Nel'os (Eumène). -. Malheureusement. 4. bien avant 323.. 37-1 (195. mon Antigone.. 50. d'Arrien (Histoire des successeurs). de Polyen (Stra!. Hiéronymos fut non seulement un témoin. Fontana. Dresde. Eumène de Kardia est certainement celui dont la carrière est la mieux connue 4. ' . de Plutarque (Eumène). Eumenes von Kordia. 1. par exemple. la courte notice qu'y a consncr-éo J. de tous les successeurs d'Alexandre. LeU. v. II. elles s'intéressent essentiellement au déroulement des opérations militaires. col: 2501). Art. 6. p.. alors que la plupart des Macédoniens avaient marqué. Schubert. Diodore. p. 3 (voir infra. A. J. Ein Beitrag ZtU Geschidüe der Diadochenzeit. anc. 'V" 1f107 i cf. C. XIII-XIV) 6. Cr. p. If. p. Tardives. R. pa. Lib. II.. Cette place privilégiée dans l'historiographie ancienne tient.Malgré les efforts de Schubert (suivi en partie par M. R. 544).. livre IV. 5. Citons : 'V. dise. à l'admiration que lui porta son compatriote (ct peut-être parent) Hiéronymos de Kardia. IV. 1914 (dépassé) i :M. XIII-XIV. Die Ueberliejerung der Diadochengesehicltte bis zu Selüaclü von Ipsos. Cf.nées en partie de la grande armée impériale . 309-327. XIX. sa teneur en est cependant connue. 7. qui écrivit une Histoire des successeurs d'Alexandre 5 • Si cette œuvre est perdue. Ri.posent de passionnants problèmes de psychologie collective 3. F. Cc n'est qu'à travers certains épisodes saillants de ces guerres et les carrières des protagonistes que l'on peut tenter certaines analyses partielles. 2 e partie. C. aussi Il. 3. 1957-1958 [19601 : étude des sources.. Sc. livres XVIII-XIX).. Paiermo. Justin. Wcat- lake. La Quellenforschung de l'histoire de diadoques a donné lieu à un grand nom ure de travaux. Or. p.J)'ALEXANUHE LE GHAND AUX DIAUOQL1ES 33 Asie : comment ceux-ci. A. XVII. Münster i. 135 Études d'histoire ancienne. A i II. leur désir de rentrer en Macédoine 27 La genèse ct les réactions de ces armées . XVIII.. mais aussi un participant de la « geste ') d'Eumène 7. 11 Le Lotte l'er la eucceseione di Alessandro l\fagno dal 323 al 31$ " Alti Ace. Or. 3. disa. la nature des sources anciennes ne permet pas de répondre globalement à ces questions. vol. qu'il suivit 1. L. LII (1950). Jacoby F. B. la part déterminante de la tradition hicronymicnnc dans l'histoire d'Eumène ne peut Iuirc de doute (cf. 55-57). s. lacunaires. p. phil. Gr. Si l'on met à part. 1905 i R.ssim). Sur la stosie de la phalange à Babylone. Hist. J. Dourie de Samos. Pour reprendre ici une expression qu'avait employée A. Gr. car elle fut à l'origine des récits de Diodore (Bibliothèque.

Paris (1893). nO 154 (T) et commentaires de F. 16. Eum. Ienn. 3. 2. et 53. n? 156. dise.. F8 (3). A Doter que la Pieidie fut peut-être jointe également à la satrapie d'Eumène (cf. voir F. Ibiâ. Plutarque. Il. Pour le combattre. Sur l'appartenance de la Paphlagonie à la Phrygie helJespontique avant 323. le problème de l'attitude des soldats macédoniens face aux successeurs du roi. R. Ibid.000 fantassins et 15. Petersen. pculim. Malgré le parti pris favorable à ce diadoque dont il fait preuve trop souvent 8. ~. Kleinaeien unter Alexander dem Grossen. Aspect justement mis en lumière par H.. Gr. Ariarathe. 53 (19~ 7). C. Eum. t"t" et 55. westlako. qui constitue (indirectement) notre meilleure source sur l'histoire de cette période.. il écrivit un récit extrêmement précis. p. Gr. A l'été 323.000 cavaliers s. p. qu'Alexandre n'avait pas conquis . wc. 7). tt. Eumène reçut la direction d'une nouvelle et immense satrapie qui englobait non seulement la Cappadoce. plusieurs épisodes de la carrière d'Eumène permettent d'aborder l'étude de quelques-uns des problèmes généraux que j'ai mentionnés tout à l'heure: le problème de l'administration satrapique après la mort d'Alexandre. 4. 3. Mais cette satrapie restait à conquérir 7. II. Cf. En tout cas. article citA.. 2. de la Cilicie à Trapézonte 4. « I/ieronymwof Cardia. A. II..34 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES fidèlement jusqu'à la disparition du diadoque en 316 1 • II eut ainsi accès aux archives d'Eumène 2.. SATRAPE DE CAPPADOCE (322) : LA MISE EN PLACE D'UNE ADMINISTRATION MACÉDONIENNE (Plutarque. 544-545 j T.Jacoby. Sur la carrière d'Hiéronymoa. . D. Ia Cappadoce et tOU9 )C8 territoires limitrophe. y avait effectué depuis plusieurs années des préparatifs d'une grande ampleur puisqu'au printemps 322 il put mettre en ligne 30. cu. Diodore. y compris la Paplùagonie enlevée à la Petite-Phrygie 6. 2 j Nepos. et même le problème de la survie ou des survivances des coutumes ou institutions macédoniennes. S. Lanckoronski-E. Brown. Gr. 8. 17). Les villu de la Pamphylie et da la Pi. Diodore. 2. 3.. Justin. p. F. Plutarque et Nepos. Arrien Suecesscurs.EUMÈNE. le problème de la place des Orientaux dans les armées des diadoques. mais aussi toutes les régions insoumises 8. tu«. Dexippe. a 6. nO 100. 1911. 7. p. : « la Paphlagonie. Eumène. . lors de la répartition des satrapies à Babylone. ll. Baumbach. 5. F1 (5). -"ts . F. Eum.idie. 2. I. XVIII. XIII. lt. voir Al. 16. 2. 6~·696. Diodore. 3.. 1 i Plutarque.1 i voir Ch. Diodore Ibid. 16. Un vieux noble perse. Perdiccas avait mis à la disposition d'Eumène une armée im1.

16. 6 Ich. reçurent l'ordre d'aider le Kardien à prendre possession de son gouvernement 2. . de son côté. 2. op. Julien.paY(lovoGv<oç.p8!)()(ou (l'l8èv I:v . 2 8 partie. Plutarque. la Cappadoce. 1. Plutarque. 3.. C'est là que se place un passage important.. Diodore. avant d'en venir à l'examen de la (' politique iranienne» d'Eumène s. Ft (9). au regard de la puissance et 1. Mith. cf. Ibiâ. 154.000 talents 1.Otç ". 7 : "al.tç . 3. Gr. Berve. Perdiccas résolut alors de mener lui-même les opérations contre Ariarathe. Suce. tu«. Celui-ci fut rapidement vaincu 5 et Eumène installé dans sa sa trapie 6. Perdiccas n'intervenant en aucune manière dans ces affaires D. p.u". n. Münchcn. Ibid...o. infra. 1926. 3. mais négligé. Ibid. Le premier fit la sourde oreille 3 .plimjç).. Il est donc particulièrement tentant de tirer de ce texte des renseignements sur les modalités habituelles du passage de l'administration perse à l'administration macédomenne. Plutarque donne des précisions utiles sur les mesures administratives d'Eumène et sur l'attitude que le nouveau satrape adopta vis-à-vis des Macédoniens et vis-à-vis des populations locales.. 54~91 i P. Alexander LM Great and an e:tperiment in government. lena. chargé de la Phrygie hellespontique. cr.a.. au printemps 322..~ouÀt'o. . tu«.etç Ii"'t). 1964.D ALEXANDRE · LE GRAND AUX DIADOQUES 35 portante et un trésor de 5. 8. 1 (avec une conîuaion avec la campagne ultérieure d'Isaurie) . Ibid. Cil. 1-3 i Arrien. 3-4. tu«. 4-5. Der Alexands"eich au! prolOpographischer Grundlage. Zur Verwaltung der Satrapien unter ALuander dem Crossent dies.o). "a. 1914. - 16- . il est important de souligner la valeur du témoignage de Plutarque sur l'organisation de la Cappadoce : (' Il [Eumène] remit les cités à ses propres amis.apt8w". » Ce texte prend toute sa valeur lorsqu'on se souvient de la pauvreté de notre documentation sur l'administration satrapique sous Alexandre 10. p. En effet. "al <ppouplipJ(ouç . l. 5. S.6).. 10. 6.. Cr. 6. Al.Justin XIII."'l". Dans ce sens justement. également mon Antigone. tu«. Léonnatos. 2. 9. 6: Appien.'(><a•• "al 8t"a"..t"'" "al 8to''''l. au surplus. 1. Nepos. ~. Antigone.oG <p!). Plutarque. en 322. 14. 28. T. Baumbaeh.etç ollç . u. C. passim.. certainement inspiré d'Hiérony· mos de Kardia 7. F9 (11) . laissa derrière lui les juges et les dioicètes qu'il voulait. satrape de Grande-Phrygie. Arrien. 3. uu. de la Vie d'Eumène de Plutarque. p. <QG rr. Diodore. XII. et Léonnatos.. préféra passer en Europe 4. Ibid.orç tttu. Mais. 49-73. 7.. 3. 3. Griffith. cù. p. P. F.etç (lèv ". 3-5.. 3.0u. 8. Appendice au chapitre Il et chapitre IV. P. voir G.08el"vu. il installa des phrourarques. wc. pa8sim i H. 253·290.ç ".

4. F3 (fn)).j/. A propos de la première mesure prise par Eumène envoi de philoi dans les cités -_. j QUillk-Curt'f'. 2. Baumbach.' les mesures prises juste après la conquête. ohnpitr..~. n'avait pratiquement pas été touché 2. était dans une situation proche de celle des satrapies d'Asie Mineure en 334/333. d. Cf. Ij 3· /j / j . 7.yc/if'f1 Slaatcn in Kleinasien.\'Ct' Iii l'aphlag'flllil~ (AI. "13. 1:1. que Plutarque fait état dl' fonctions administratives dont deux (dikastai ct diuicète.' H"/!(llôr.. Quinte-Curee.I.' III. :~/t-:l. roi du /)/111/. ~r. . ct la nature de leurs relations ave" le satrape.lllli'IlI\l'j. jiO). Alexandre avait simplement reçu soumission de plusieurs tribus des deux rives de l' Ilalys 3 ct avait nommé Sahiktas satrape de Cappadoce ". Le satrape Sabiktus nommé par AII'xall. Arrien. ni. Arrien..36 REVUE DES ÉTUDES ANr. n. d'autre part. 5. Il est d'autant plus intéressant d'étudie. l. deux questions SI' posent iunnédiatcment: quelles sont ces cités? 'Iucllps SOIlt. IV. l. Il convient donc d'analyser avec précision les fonctions dc ecs administrateurs.). qui. Zürj. - Lc satrape et les cités. Erreur d'Appien. ou est t. choisis tous parmi tes amis (philui) d'Eumèuc. iu«. Mithridal. 5. Ibid.:-) l't 5. p. 'I~)~. l'.n fut de même de la Paphlagonie.s) sont par ailleurs fort peu et mal connues en Asie Mineure hellénistique. l'autorité de Kalas sur cette région resta toujours théorique 7.di..tJp Knrdin (F. Jl"~HI.tr-ihutions des amis du satrape? A première vue. (ir. . III. of'.. Irt! partie. dès cette date. Quinte-Curee. XVII. Mais cette région fut réoccupée quelques mois plus tard (hiver 333/332) par les armées perses rescapées d'Issos.. Il.· a dil'l'arll dpl'uj!( l'twlll'l' dt' la contreattaque perse (AI. B:llllld. 15'1. H. Sans doute lcs efforts conjugués d'Antigonc le Borgne et de Kalas (satrape de Phrygie hellespontique) permirent-ils de reprendre en main la Lykaonie et la Paphlagonie 6. - 17- . il .. 2. II. Pal"i~. 1. la Cappadoce. fait une confusion . ut. l.'·Îl'zig-.. Heinaeh. 'I~. autour de Gazinra 1..lll. /I:l-VI). 3. J'if' t irenzen tin 1/1'llnu". r-I. p. ft.l-li -dcs-iue. Baumbach 01" cil. 8. l)i"dorl'. le petit royaume d'Ariarathe.. Il lUIl Antigone. résumuut mn l l ln-rouytuu. 1 IAhi. Anahase.:H'!I.~NES de la domination macédoniennes. Et!.cnté de penser 'lU" Plutarque fait 1. d'une part. 30-:11. Th. 6. mais. l'. ne pouvait plus être considérée comme une satrapie macédonienne 8.IF. p. AI.Yt'I'. . Au nord-est.\[. TI!J.·h-1. iu«. qui tentèrent de reconquérir toute l'Asie Mineure 5.

il semble bien que les plus importantes de ces cités étaient restées indépendantes: Sin ope n'avait pas été châtiée par Alexandre 3 et conserva son tyran jusqu'en 290 4 . Je ferai simplement remarquer quP. 31 n. Ibid. sans constituer des poleis. Ibid. III. Rohert. ut«. Ainsi E. La discussion d'Une telle affirmation demanderait de 1011gB développements qui ne seraient pas à leur place ici. 3 sq. L'auteur veut assimiler cette mesure d'Eumène (p.. acquit le statut de Cité (voir L. F 12). Cf. op.. p. V. dès le début de I'occupntion macédonienne. 2. Contrairement à ce que semble supposer F. op. Baumbach. Rien enfin n'interdit de supposer que le texte de Plutarque fait référence à des villes de l'intérieur qui. /. 01'1 l'hellénisme. Xénophon. s'est développé sans appel à l'immigration grecque ni à la colonisation macédonienne (sur ce point. sœur d'Alexandre. Les bannis avaient déjà été demander justice près d'Alexandre. Les bannie fin-ut de nouvelles démarvbes près de Perdiccas (Memnon. 2. p. cit. p. V. l'expression 'r.ou bien à Gaziuro. 6. comme Cotyôra par exemple 7. son tyran Denys sut y préserver un pouvoir sans partage malgré les intrigues de Perdiccas 6.ie Mineure gréC()-romaiM. Milh. Gr.limite orientale du gouvernement d'Eumène .. le roi avait restauré le régime démocratique à Amisos 6.. telle qu'elle apparaît à travers le commentaire exemplaire de L. Trapéeonte. ainsi que d'autres mesures des diadoques (dons de territoires. entre Trapézonte . qui peu à peu. cit. c'est-à-dire la vie en cité. 14. 3. Arrien. 1970. eù. . 457-523) i . Appien. Arrien. Robert. IV. On ne sait rien en revanche de l'histoire des plus petites cités du littoral. Suce. Il est également difficile de préciser quelles devaient être les attributions des « amis & du satrape dans ces villes. Alexander in Babylon und die Heichsordnung naeh: eeinem Tode. 24. Robert. montre Ica limites de nos connaissances actuelles sur l'implantation urbaine de ces régions telle la Cappadoce. ne pouvaient pas non plus être considérées par un auteur grec comme des villages s. F. op.. Anabase. Heinach. 5. à ce qu'il appt-Ile le «régime féodal macédonien J.allusion aux cités grecques du littoral du Pont-Euxin 1 situées. m'p<SwxE n'implique nul1. Ibid.. p. n'est pas isolé et que la Cappadoce. limite orientale: Plutarque. Paris (1963). 8. 84 (Th... Sehachermeyer dans un ouvrage récent 9.. Ft (6). (cf. p. {WS rapprochements sont beaucoup trop marqués par les thèses de Hampl (Der [<ünig der - 18- . 7. Le « hasard 1 qui a présidé à la découverte d'Huniea (à partir d'une inscription de provenance incertaine) suggère que ce CRS. Tacite. rt.Toute l'histoire de la « découverte _ d'Haniea.et Héraklée . Noms indigènes dans l'A.xç 7t6ÀELÇ . 5GI. J'ancienne capitale du vaincu Ariarathe. Meyer. sur un ancien sile lùttite. d'est en ouest. lJ. sous la dynastie des Mlthrldate. Cependant.. 'Vien. 434. 200 ct 201. Anab. On pense immédiatement à un centre comme Hanisa. S. 4). mais Denys bénéficiait de l'appui de Kléopatru.1901. 192). quant à Héraklée du Pont. sur une autre petite cité : Cèrnsante). voir L. 3. 5. n. 2. Hèraklée ost SitUl1C à la limite de la Bithynie restée indépendante (AI.sise à la frontière de la Paphlagonie et de la Bithynie 2. 3. possédait un réseau urbain très ancien. 4. H. de satrapies par Antigone le Borgne).

- 19- . ligne. G.. Remarques 8U1' « laoi • et esclave8 ruraux en ABle Mineure heLUnistiqlle. cité. 4. le. voir l'inscription d'Hanisa.. .comme son pendant paralambanô 8 indique au contraire que ces philoi prirent possession de ces cités au nom du satrape. Le texte de Plutarque distingue assez clairement les deux catégories. Études. p.. p. le texte de Plutarque ne permette pas d'aller plus avant. Le terme didômi se rencontre assez fréquemment dans les textes traitant de don.pas plus que Perdiccas d'ailleurs . a. Holleaux. Un dossier d'inscriptions d'Ephèae.tischen Zeit. [IIEpab()(l'Lç] =péaOl)(E orl)v al'LTpl'Lm:!o<V EUIU"E' Tij> Kl'Lpal. 22 sqq. voir :M. Mail. il propos de Cyzique en 319 {Diodore. 1913. cité grecque.I.8. II (1944). " = 1. 5. Makedonien. Hérodote. XII. V. Nomtl .n'était prêt à se laisser se constituer de petites tyrannies locales. Aymard. 144 et n. Briant. 2. cf. München. 245. ni donc d'apporter des précisions sur les rapports noués entre les diadoques et les cités grecques immédiatement après la mort d'Alexandre 9. Voir Je passage très caractérique de Diodore. 213~248). à l'index. publié par J. n? 10. Plutarque. p. Robert. en parlant de la Macédoine (cf. lignes 13-14 (L. lIe CoUoque de Besançon sur l'esclavage (mai 1971). 88-92. 16.. BengtBon.• ). 9. Sur paralamband et parakpaÎ. S. H.pod des garnisons dans les cités]. Il est évidemment regrettable que.. 8 j O. ligne 4. Die Ve. 1. 91. le nouveau maître de la Cappadoce . Die Stralesie in der heUeni. XVIII. gr. 52. G. 2. p. dès 323-321. etc .toire grecques.ndig~nu. H. Dans ce dernier cas. XVI-1. 10 15. 1. conventions de reddition de places forte. p.) : paralepsis) . 4581. en effet. p. Alexandre. dias. &pxjjç ~v tL"tL"p<a(l1voç. dans sa sécheresse. [ur. 240 dans le royaumo de Cappadoce. F 10. 1934. de villes (cf. 94) ou de terres [en Macédoine: l neer. n'est pas synonyme de didômi 1 . New-Haven. alliée . Le verbe paradidômi (remettre) 2 . en particulier lei exemples cités p. 2) j il est en outre abusit et même inacceptable d'employer l'expression de « régime féodal.) qui ne sont plus admises aujourd'hui (cf. 3. Mûnchen. à 4244. voir aussi Arrien. Keil (J. rien à voir avec celles des phrourarques cités aussitôt après. A. 12.38 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES lement qu'Eumène fit don de ces poleis à ses plus proches amis paradidômi. grecque. 15. ligne 2 i 11. ~tw:k. ai l'on met à pnrt I'exomple très par-ticulier (11' Ptolémée n Cyrène. en Asie Mineure: Welles. 1934. Mais leurs attributions n'ont. d'autre part. le tenne paradiddmi est trés Ieèquemment employé dans le. ~. )(l'L6lim:p eF.tic period. d'Apisraphie et d'/li. en particulier p.Par ailleurs... 1973). H. leur mission devait être proche de celle dont étaient revêtus les fonctionnaires hellénistiques connus sous le nom de : oi épi tès poleôs 4.. Royal correepondence in the heUeni. 3-4 : Antigone reproche au latrape de Phrygie heUespontique d'avoir attaqué Cyzique. montre par ailleurs que. P. Œ. soit à titre permanent. nO XXV. B. 8. 9-16 : levée d'une contribution sur les cités grecques par Antipator à l'automoe 321). On doit donc supposer que ces philoi ont joué dans les cités le rôle de délégués satrapiques : soit à titre temporaire «1 prise de possession . d'Asie ont joué un rôle non négligeable dans les luttes des diadoques [eur ce point. trâge der griechisch-romi8chen Weil ~on 338 bis 200~. et d'avoir di. semble-t-il. L'exemple le plus fameux est la contestation qui s'éleva entre Antigone et Arrlùdaio. 431-432). Sur ces fonctionnaires dans le royaume attalide. Schmitt. 18. il n'ost pAS possible. 3. ChF. XVIII. ligne. Leipzig.lXvij>. 1[ (1938). Suce. (cf. 3 : (aprèa la victoire lur Ariarathe]. 1969.

259-260. 4 [Pisidie]. 4 (Petite-Phrygie). VI. oontrniremcnt à cc qu'on dit souvent. Ces forteresses (phrouria). 4. et perchées sur des rochers isolés. etc . p. (dans ces 75 phrcuria était entreposée la plus grande partie du trésor royal) j cf. - Les phrourarques.. 10. 773·781.D'ALEXANDRE LE GUAND AUX DIADOQUES 39 2. à l'occasion. op. E. Institutions des Séleucides. 1. l'égard des cités grecques. 38 {Pompée fait boucher les puits}. p.8.itudos différentes selon les circonstances (O. Polyen. ils ne paraissent pas être des commandants de garnisons installées dans les cités grecques. Il serait donc abusif d'utiliser le texte de Justin (XIV. p. H. XII. II. Ce sont plutôt les gouverncurs de places fortes disséminées sur le territoire de la satrapie. 2 (Galatie) . 5. lII. Mithridate. VIII. Un certain nombre de phrouria faisaient également office de gazophylacies 11. 37. Ibid. grâce aux descriptions de Strabon 3. Arist. 29. 1938. 1 passim. commandées par des phrourarques. Econ. 2. Kortenbeutel. nu. étaient abondamment pourvues de réserves d'eau 4 et de bois. aussi XIII. En fait. 1. 6) sur les brutalités d'Eumène dans les cités éoliennes en 321. - 20- . pour conclure que le Kurdicn mit toujours en œuvre une politique de coercition à. de manière à pouvoir soutenir un long siège 5. IV. Ccs dizaines et dizaines de places fortes 6 « formaient une sorte de ceinture continue autour du royaume 7 ».. Un tel dispositif est bien connu dans la Cappadoce de Mithridate le Grand 2. E. T. Paris. Econ. Cf. 4. Phroururchos. wc. 6. 5. Quant aux phrourarques cités par Plutarque. 2. 31. cl. 1. Reinach. lignes 12~14. cit. 11. G. 2. 261. Cf.10. Id. 3. G. montre que. C'est ce qu'implique la ruse de Datame : Polycn. 4. G. VII. Bikermann. Datama. Xénophon. Strabon. 9. aussi Nepos. 4. 3. 8. cù. col. 24 a j cf. VII. Cyr.). Cf. 266. 28. XlI. 38-40. T. chaque diadoque Il cu de!' uu. = Ps. tels qu'on les connaît à l'époque hellénistique J.. Antipater a su faire preuve. G. S. R. Certains de ces phrourarques dépendaient directement du roi 10. La majeure partie de ces phrouria remontaient certainement à l'époque de la domination perse. 5. v. 7. n est donc très compréhensible que les diadoques aient repris à leur compte une méthode d'occupation particulièrement inpartir de ces textes épars. 1 [Lykannic] : XIV. Ill. Lors de la conquête de l'Asie. de Il libéralisme 1). cil. 7. 2. Ibid. 3. (19411. XII.. 1.. de distinguer la cohérence de la politique de tel ou tel diadoque à l'égard des cités grecques. 1 (eppoupux I3cxaV1Ol~). Ibid. 53~55. 6. Un certain nombre d'entre elles constituaient des dépôts du trésor royal (gazophylacies) 8. XIV.. Heinacb. Cyrus en avait fait installer systématiquement dans toutes les satrapies pour contrôler les populations et pour faciliter la perception régulière du tribut 9. Il Y en avait soixante-quinze dans la seule Cappadoce pou tique aux dires de Strabon (Ioc. 3.

3·4. Il. Stenochôria : Plutarque. mais prit soin d'installer comme phrourarques des hommes dont il était sûr. Eum. . clic était située dans une région particulièrement riche en phrouria puisque. cù. J. XVIII. Eumène. sc rapportant à l'année 320/319. 4.16. 8. 3. 2. place fortc rcmarquablcmcnt fortifiée s. 5. cinq chefs perdiccaniens . 5. 53. 5. 2.dont Attalos. l'f. l biâ. 3. Ramsay. art. 'V. Les chefs pcrdirr-aniena evnient été raits prisonniers en Pisidie : la forteresse ost située non loin de Kclninai (d. cit. 41. 10. Polémos et 00cimos . munitum castellum (Justin.Iuatin. XIX. loc. II'. Ces descriptions correspondent tout à fait à celles que fait Strabon des forteresses de Mithridate. 9. 1967. : ex -rwv cruveyyuç If>poup{c. Historia.Àwv [Fischer]. XIV. Chôrion (Diodore. Eum. 5. 9. p.furent enfermés dans une place forte (phrourion) extraordinairement escarpée 3. 1. 45. 2. 1. commandée par le phrourarque Xénopeithès. 'Il: clic doit sn trouver en Lyknonic. R. Eum.. Eum.3.l i phrourion [Diodore. 2. passim. En Cappadoce même l. Nepos. 6. 40.40 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES diquéc pour un conquérant dont les effectifs militaires étaient très réduits. A note on Gyinda. 58. 16. Ibid. disposaient d'abondantcs réserves de blé. 503·50'. 3 (caslellum Phrygiae) ct Strabon XII. eau et sel (Plutarque. Mais cette correction n'est nullement nécessaire : ces phrouria ètnicnt bien - 21 - . en 3202. 1G. des renforts arrivèrent dc toutes les places voisines 6. Nepos. transforme ~uÀ(&)V cn UO&:TOOV. p. Diodore. En dehors dl' la Cappadoce. n. Cette citadelle possédait d'abondantes réserves de blé ct d'autres produits de première nécessité 4. Cr. Hamsny. Eum. 2. 2). 3). et lm MYllie colle de Pcrgnme [Strabon. W. 6. XIV. 7. XIX. l\filitary operations on lite North front oll\folmt Taurus. Ibid. Diodore. iu«. XIV. ahou 7toÀÀoü xœ] ~UÀ6)V )(cxt a.. Eum. 41. qui pcrmirent aux chefs pcrdiccanicns révoltés de tenir un an et quatre mois 6 . d'eau et même de bois !".. en 322. 4. 5. Plutarque. i). où se réfugia Eumène après sa défaitc des Champs-Orcyniens devant Antigone au printemps 320 9 • Ce fort. 1) i cf. voir Plutarque.. C'cst dans cette même région qu'était situéc Nora 7. deux passages de Diodorc. 11. 1 (!v "t"LV' 'l'poupl<p acû' U7tEpi30À~V 6xupij». 42 (1929). où les quelques centaines de soldats qui avaient accompagné leur chef se trouvaient à l'étroit 10. 2. 7-8). 2 et 42. Blé. 11. Ibid. ou à cc qu'on connaît des forteresses et gazophylacics perses. J . XIV.. a donc repris ce système d'occupation. 1. Ibid. M. voir en Cilicie la gnzophylaeic rlc Kyindn [Strnbon. p. 10. Diodore. 8.>v.1) i castetlum (Nepos. -r. 3 et Diodore XIX. 2-3 i Plutarque. XIII. 16. 3: . 1 : è:v tu:Oop(C1> AUXlXOV(CXÇ xcd Kct1t'7tIXÔOXtctÇ. 5. M... S. Nepos. 11. 7. Sur la situation de Nora. IL'Bimpson. à l'annonce de la rebellion. 16. 48. Eum. Ibid. Après leur défaite devant Antigone le Borgne. li (cf. sont l'illustration de cettc politique. 6.. 10.). 2). Dntame 4. région parficulièrcment r-it-he «n l'1Irourit1 [Strabon. Diodore XVHI.

l/ypothek und Exekution am Euphrotuler im J. La révolte d'Arieunücoe. Il regno di Pergame. 'V. Les deux autres références à des juges en Asie Mineure hellénistique ne permettent pas de dissiper l'incertitude : on connaît un archidikaste royal en Carie 7 et un basilikon dikasteriori à Doura 8. 3. eaùuoeam rcgionem cnstcüisque munitnm. 106-107. all. Bikermann. e:üu8p6ç 'TE OUO'iX XiXt uÀ(~81jç. p. B. Il. trad.. 2. '2~ : . en ce cas. 207 (avec des réserves).. 'Velles. Institutions des Séleucides. 7. '1. Ainsi Tarn et Vavrinek. 697 D. Mais l'interprétation du texte fait problème : on peut comprendre tôn basililcôn comme le génitif du neutre ta basililca et. Ainsi Bikermann. R. Jhdt n. avec E.i tv Kcxp((xt &pXt8txexO'-r1)ç {cité par Blkcrmann. il y a lieu de distinguer entre les juges installés par le roi dans des cités et le juge d'Éolide qui paraît bien au pourvus ct J'cau ct Je bois (d. p. Dura PergnmPnt 21. 1). G33. par Plutarque.. 2. Cardinali. il. 258·259 j G. cit. dt G. ç 6JV 'toü ~cxC'tÀéwç. Tarn. loc. II. H.2. IV (193~). 1. dont la fonction serait proche de celle des laocrites égyptiens 5. p. voir aussi Nepos. Hostoweew. 207 n. 10. G. on sous-entend laôn après tôn. Plutarque. p.... o 8tXiXO''T1)p(OU 'Toi. Strategie. 99-1:15 (ligne 5 : . è - 22- . 3.1 3. Z. 1957. p. - Les juges. 9. 190G. de la nomination de juges (diIrastai) par Eumène en Cappadoce revêt un caractère beaucoup plus exceptionnel. lignes 12 sqq. 52. 56 (1936). Der Hellenismue und seine geselliclttiche Rolle. ct par IL Bcngtson.. II. que la justice est « le chapitre le moins connu des institutions de la monarchie 1 ».. Mais. Halluwistch. Brough ton. Ber-liu 1H5H. S. Eum. SB Wien Akad. dans An economie . 5. La mention. 8. XV. on traduit par « le juge des affaires royales en Éolide 3 » . M.. comme la majorité des modernes. A.. on se rend compte. Roma. 26 èd. Cambridge. p. Apuâ Athénée.. ou bien. et on considère alors cet officier comme le juge des laoi basilikoi d'Éolide 4. 33 j T. p. op. 11 Ill' fait guère de doute que le bois etait lui aussi un produit (le première néccssit (d. 2 à rapprocher de Thucydide. Roman Asia Minor. Si l'on se réfère en effet au royaume séleucido. p.. Cf. Vavrinek. ill/·lill'TIS). lee. indiquant qu'Attale de Pergame institua un juge dénommé : SL""aT~ç ~""LÀL"W" TW' "Epl ~" A!oÀ!S.çurvey of ancien! Home. 132-2 (189 /1). 1~J!t1. Studien zur Geechiclüe des râmischen Kotonatee. basililsôn. rapproche cet exemple du texte de Démétrios de Sccpcia ct des laocritcs égyptiens). Hostowzew. p. Chr. p. Prague. n. Leipzig-Borlin. Dafame. 'V. 1910. : [Apollophancs] ~{). 1).. p. C. 207. Tite Greeks in Bactria arul l ndia. p. 1':. 4.. R. V. cit. 2 : .D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DtADOQl'ES 1. XII. cu. Beaucoup voient même dans cette décision d'Attale la preuve de la volonté royale d'améliorer le sort des populations soumises 6.!7 . Strabon. 8tœ TOÜ iXù'To6t ~iXC'tÀLXOÜ ô~xiXO''t1jplou i Welles. op. Le document le plus célèbre est un court passage de Démétrius de Scepsis. 18G n.

3. 7. Xerxès par. les juges. L'Iran 80U8 le8 AchAmAnides. RostovtzelT. Ainsi A. 1429. le gouverneur. p. cf. 291. p. il ne paraît pas non plus fondé de voir dans la mesure d'Attale la preuve de l'amélioration des masses paysannes indigènes 6. n. 129 i welles. . p. l'lnstallntion d'un juge (ou d'un dioicète] royal a également pour but de limiter l'autonomie [cf. 11 : la mission de protection de la campagne s'intègro dans la nécessité de lever et d'augmenter le dosmos. au début du règne de Xerxès 8. Cf. Conctionnaires perses l... nommés par le satrape. L. juges royaux 1) nommés par le roi lorsqu'un satrape ou haut dignitaire elt mis cn accusation: cr. A Euscbeiu. De même que les phrourarques et les dioicètes. III (1941). La nécessité de cette distinction entre cité et ehôra a été justement soulignée par J. 7 sqq : une lettre est envoyée il. Eeon. I. exemples qu'il cite. thèse droit. 4. li. Il est même raisonnable d'admettre qu'elle ne remonte pas aux Macédoniens. L'immensité du territoire administré par Eumène avait peut-être rendu nécessaire leur multiplication 4? Dans ces conditions. '*. - Les dioicètes. les légats. -.Dans les cités grecques. Il s'agit bien là d'un texte faisant allusion à l'organisation judiciaire dans une satrapie (A l'échelon central. M. p. avec références aux textes greee]. Touloumakos. laoi •.efT. 1476. li. mes Remarques sur. on doit en conclure que l'institution de tels juges par Attale n'est pas une nouveauté. juges dans les cités et juges dana la cIJôral. Il.42 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES contraire officier dans la chôra (quelle que soit la traduction que l'on admette) 1. Cf. Paris. aussi :M. Social and economie hislory of the ketlenietic n'orU. 8. Robert. n. p. R. op. d'une manière ou d'une autre. Bikcrmann. Dernier type d'administrateurs nommés par Eumène : les dioicètes. 1954. Noms indigènes.al Historia 18 (1969). ils étaient la marque de la dépendance de ces masses vis-à-vis de l'administration macédonienne: tous. cù. le aecrétnire ct leurs autres collègues. La Carie. 81-8'*. p. Esdras 1. article cité. mais que ceux-ci l'ont empruntée à l'empire achéménide. cf. Il est tentant de rapprocher le texte de Plutarque du texte de Démétrius de Scepsis 2 : il semble indiquer en effet que ces juges. paeeim. 2. 10-13. E. 4. parmi le. 5. p. 2't1 {mais sans distinguer. Roùert. à côté d'autres officiers. 127. Rostovt:r. Seleueos [er envoya Aphro1. Xénophon. p. 299-300. p. Hanowistch. l'nn-hidioicète et le gouverneur jugent en appel pour un litige entre un particulier ct la cité d'Hanisn (cl. rcndent la justice dans la chôra. t. et Ill. 1.70 eqq. J. - 23- . W. Contribution " l'~tude de l'organisation sociale et politique du premier empire des Per8eJ1. Fribourg (Suisse). C. est attestée en Samarie.lKA~TAI = Judie. Si ce rapprochement est justifié.].. on connaît les. avaient pour charge d'améliorer ou de faciliter la perception régulière du tribut 6. 1946. p. et L. Cette courte information est d'autant plus intéressante que les mentions de ce titre sont fort peu nombreuses dans le royaume séleueide '.. 56). IV. puisque la présence de juges. 410 et n. cù. 328. S. il. 664. op. En 281. Ehtcchum. 6.

Loc. 1.0. aussi Diodore XVIII. li3. Bcugtson. Il faut donc prcndre le terme dioicète dans le sens très général d'officier de finances 12. T(.OUGt TWV Xa. sur la terminologie grreque appliquée IH fi~I'alité uehèurènide. Beon. 'A<ppoôtmov nÉ:pT. l lohcr t.ç 8~ôoùç Xa. atteste l'intervention d'un dioicète 3. p. Sur les impôts dans la Cappudoce d'Eumène. 142-1GG). Strategie. Econ. Eum: 4. cil.4 . 2: lXVEtcrCPOp(a. 13. l'nri«.- Il' modèle .If' laquelle r-st. 1 5. à Eusebeia.Liv &PX. Murray" '0 'APKAIO~ t>A~MO~ " Historia 15 (I%G).D'AI. les satrapies avaient des officiers généraux chargés en particulier de la perception du tribut 7.TOLXOUVTWV TE xa. Hebert. 1. Memnon F 11 : LtÀEUXOC. Aristotc. III. nO 3). TE Td:Ç èv 1t6ÀELç xœl T<XÇ (l1tEpXEL[Lé'IXÇ TOÜ Hév-ro» 2. 11. 1 . mais aussi « des trésoriers-payeurs. par Mithridatc le Grand. Econ.. on retrouve l'époque sèleucidc les termes J'oikoTWmos et d'epi Mn prosodûn (Ibid. VIlI. la présence d'un phrourarque et d'un dioicète qui sont intervenus pour que la cité récupère des terres dont elle avait été spoliée par des amis du roi 2. Ibid. Arricn. des inspecteurs de travaux. sous l't'lJIpil'" l'I'I'St! ù ù TG".<wi royaux étaient ccr-tuiucment dirigés aussi pal" 1111 uml'icr (d.l. ChEÀdlXÇ: terminologie très vague (d. 16. Cependant. 1~ti-121J).. G. Cr. 4. 'Vcllcs. l. It . tt. d'autres de la gestion des domaines royaux 14 .. II.. dans la deuxième moitié du ne s. 9. XIXI 81X0'[Loùç éx TOOT"" éxÀtyo\)O'wi . des gardiens des domaines ct des intendants 8 ». Il. p. p. 2.. d.U' ol (.EXANDHE LE GHAND AUX DIADOQUES disias comme dioicète dans les cités du Pont et les territoires avoisinants l . Eum. lignes 16~17 (pouilloux. C. 12. cl. La rareté des mentions de ces fonctionnaires dans <!JP\)yl'l' 1. Bikermann « les fonctions de ce dioicète séleucide et son rang dans la hiérarchie financière restent inconnus « ». au début du ne siècle. It:. p.'Et OtoLXl')T1}V dc. 3: à l'été/aulomne 321. 7. 1. 10.4. li5B (inscription d'Hnnisn]. sont connus à Sardes 9 et à Babylone 10 : on peut supposer qu'il en était de même dans chaque satrapie 11. à Nysa. OII doit y ajouter la présence d'un archidioicète en Cappadoce. Pour E. lbiü. 14. pt ses upproxiruntiona IpilOros!dasmo'i. Cr.1. Noms indigènes. ct en donne décharge aux préposés (épinullètes). Strabon. d'un ami commc « hyparque et dioicète du pays 5 ».. 11. Les paradei.YIJ èpya. 13 sqq. Pluturquo. Xénophon. dans l'échange de lettres entre Antiochos Hiérax et Samos. Xl. 7. 111.. 10. sc rapportant peut-être à tous les impôts sut.Ps. p.. li~lIl' 13. 17.ab. 1 75). une lettre d'Antiochos.. 53 ut u. dans l'empire perse. S. S. l'onl'il' de Strabon). Cr. An. 366.lignc 3. une inscription de 243/242 indique. Id. Ibid. dont certains s'occupaient de la levée des impôts?". 19(. 6.l. n. 9 (&. S. Aristote. L. 18 (il s'agit de Mouphcmo. 2 et 53. Cyrop. E. C'est la seule mention connue d'un archidioicètc (L. à l'époque d'Alexandre. 10. Dcs leveurs d'impôts. copiée I'udministrutiou provinciale). [adminiatru t ion l'('ntrall' sur - 24- . d. Ps. Eumène réquisitionne des chevaux tians les haras royaux de l'Ida. Il. Choix d'Inscri ptions grecques. Plutarque.rupiquvs cunnus pnr. et l'envoi en Colchide. 3. O.

2.. n. voir IlUNNi O. P. p.). Musli. p.. IV (1938). Üsservazinni in margine a documerüi delle cancellerie rllrnisliclte . Ce texte semble donc révéler tout d'abord une assez remarquable continuité dans l'administration satrapique. C. R. 1962. 99 {a Alexandre. les Grecs et les Macédoniens y prirent la place des Perses 4. Mais l'insistance apportée par Plutarque à mentionner la grande latitude laissée par Perdiccas à Eumène dans le libre choix de ses subordonnés peut laisser planer un doute sur le caractère exemplaire de ce texte. dans Histoire génüale Glotz. Cohen. mais que chaque satrapie comprenait un ou plusieurs dioicètes 2. suivi pur Ehtccham. 1. 1 ct 4) . 190 Il. cr.. Rohert Bull. sel'. Cependant. « - 25- . p. cf. voir CI. p. J. et Id. n. 47. somblo-t-il [cru-ore qu'il sem hie compter certains Perses parmi ses philoi : Diodore XIX. Dùlyma. 232. 257-267.44 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES le royaume séleueide tient probablement à l'ineertitude de la terminologie des sourees littéraires et à l'insuffisanee de la documentation épigraphique 1. juge). op. sur cet article. Ainsi. C.). Klio. à considérer les (rares) textes donnant dcs indications sur les pouvoirs des satrapes après 323. duns d'nutrea aatrupica. 82 (1961l. Préaux Sur les origines des monopoles lagides. 1. satrape de Bahylonie depuis le partage Néhémie 2. 18 (édition plus récente. vol. L.J. 151. p. Lockhardt. inspecteur du parc royal " voir M. Ehtoelmm op. le mention d'un nrchidioicètc il Eusebciu (inscription d' I-Ianisa) semble indiquer qu'il avait plusieurs dioicètes 80UII SCli ordres? 3. IC8 Macédoniens ne refusèrent pas de faire appel à des Perses. Seleucos. l. :! u.S. P.. 2. soit comme administrateurs financiers (sur cc dernier point. 26 (1957). Ph. Sul" Piea. 3.. 5. l'lit un dicic ètc opérant Cil Ionie. ot J. entre la période achéménide et la période des diadoques 3. l nstitutione. 324-327). I3erve 6 et Schachermeyr 6 pensent que Perdiccas a concédé à Eumène une autonomie dont ne jouissaient pas les autres satrapes. XX (1965). p.. cit. Seul le personnel fut renouvelé. Ann. 6. p. 128 eqq4. Aepetti tirll'nrg(lTlizzazione seleucidica in ABia Minore «-u nr secolo. 1958.. A. Au moins dans Ia Cappadoce d'Eumène. Zu Geechichte und Staatsrecht der [rûhen Diadochenzeit. On peut supposer que le cas de la Cappadoce d'Eumène n'est pas isolé. 1954. 100-101).. on se rend rapidement compte que le Kardien ne fut pas Ic seul à contrôler les finances de sa satrapie. Voir aussi Bikermanu. Alexanderreich. Hchm. Il. qui pense que le destinataire de la lettre welles. Deux autres cas peuvent être cités : a) en 316. Dans le royaume de Cappadoce. Die lnschriften. 1l) (1~2. dioicète. particulièrement dans le domaine financier. 8 : Il: Asaph. Aucun des officiers installés dans la satrapie d'Eumène en 322 n'est inconnu dans l'empire achéménide (phrourarque. E.. Ph. déjà G. Berlin. (.\I"is. The Laodice inscription [rom Didyma. ne changea rien aux principes Iondameutnux ètablia par les Achéménides . 288.. suit pomme sntenpca (dans 1('8 satrapies orientales). Sc. Cf. V. p. A. 281. p. HO 492). cit. p.

ruais plutôt qu'il les avait outrepassées... F 10 (A. 4. GriŒth qui. il apparaît très nettement qu'Archon était chargé de la perception des revenus 3. 2. 3 (Dexippe. 3-5). qui avait pour mission de chasser Archon et de gouverner à sa place la Babylonie. G. Est-ce à dire que le texte de Plutarque peut s'appliquer également à l'administration satrapique sous Alexandre? Contre cette hypothèse s'est élevé G. Il.68wv. en effet. b) cette même satrapie de 13abylonie avait été attribuée en 323 à Archon 2.. XlX. mais il s'agit certainement d'une confusion avec le pur-tage de 'I'riparadoieos]. dans les satrapies orientales au contraire. par exemple. éerit Séleucos. 448. Article cité. 1964. Mais la destitution d'Archon par Perdiccas ne prouve pas. Gr. 3. Suce. passim. envoya contre Archon une force d'élite commandée par Dokimos.. - 26- . 23-39. T. Pour lui. fut prié par Antigone le Borgne de lui présenter les comptes de sa satrapie. poursuit Griflith. 81: "ov 7tp6crO"" [8uv. F (8). 3. tout en reconnaissant aussi le caractère exemplaire de ce texte.]"""IV t7tl Tii[" d. Arrien. Il n'y a donc pas de raison de supposer que les pouvoirs d'Eumène en matière de finances revêtaient un caractère exceptionnel. p.7tp"~] EWÇ "wv 7tpo. Le satrape répondit qu'il n'était pas tenu de sc plier à une enquête sur l'administration d'une région « que les Macédoniens lui avaient donnée en reconnaissance des services qu'il avait rendus du temps d'Alexandre 1 ». Or. en par-ticulier 3 (. à mon SChS. qui tire de cc texte la conclusion que les {onctions de gouvernement gônèrnl ct les {onctions financières Re sont pas réunies dans la même main. Contra F. XVIII. la réorganisation administrative effectuée par le roi à son retour d'Égypte en 331 a enlevé aux satrapes le contrôle des finances. 100. C. Diodore. 6. Or. ). Cette réponse montre clairement que Seleucos avait la charge de l'administration financière de sa satrapie. ces mesures.. Ces quelques lignes sur le texte de Plutarque que nous étudions sont donc intégrées dans 1. p. Perdiccas. P. Alexandre. que le satrape n'avait pas de fonctions financières. F. Schachermcyr. P. celles-ci furent désormais confiées à un dioicète satrapique directement responsable devant un contrôleur régional des finances.. dans le compte rendu d'Arrien. tu«. Diodore. 55. 3.E LE GnAND AUX DIADOQUES 45 de Triparadeisos en 321. "Apxww1. furent appliquées seulement dans les satrapies occidentales. article cité. n. le produit des impôts. laissa aux satrapes (iraniens) le soin de lever les impôts 6. alors en Cilicie.n'ALEXANDIl. Nous avons donc là le deuxième cas d'un satrape contrôlant l'activité financière de sa satrapie 4. 28-29. au printemps 321. 3. pour des raisons politiques. y voit au contraire la preuve d'une modification des pouvoirs des satrapes après la mort d'Alexandre 5.. Cil gardant pour lui. 5. p. S.

les remarques critiques d'E. Ibid. Aril'lolc constituent lu pierre angulaire du raisonnement de l'auteur (cf. Léonnatos avait manifesté autant d'indépendance 1. a mal compris. Mais cette datation paraît terriblement arbitraire. admet que le premier livre de l'Économique date du dernier quart du IV· siècle 3. Griffith. Rostovtzeff. II. p. ù propos des pouvoirs de Philoxénos ct de Koiranos. W. B. cf. p. 26-28. Griffith. Écon. il me paraît plus raisonnable d'admettre que l'imprécision de la chronologie de l'Économique est l'expression d'un fait. Je voudrais indiquer simplement . rheu any notion lhat Alexander look away the flnnncial functions of the western satrape is retutcd 'l. 28 : c If the king' und the eutrupa reîcrrcd tu in the Il. Badinu « Alexander the Greai and the Greeks 01 Asia t. satrape de Grande-Phrygie. Antigone. En outre. 3. Van Groningco. S. Voir. p. Sur cette date. la nature des relations nouées entre Perdiccas et Eumène après la conquête de la Cappadoce en 322. 1933. 54 sqq. aussi M. 4. lui-même. Il est bien vrai que cette période d'après 323 est une période de désagrégation de l'unité impériale: ainsi. I. tiu. Il en vient cependant à supposer. 28. II. tout comme Herve et Schachermeyr. Il est hors de question de reprendre ici tous les points du raisonnement si subtil de Griffith 1.46 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES le cadre plus général d'une démonstration sur les pratiques administratives d'Alexandre et sur leur disparition après la mort du roi.. p. Leyde.. dès 323. Le second livre da l'Écorwmique. Oxford (19661. E. Aristote. 441..combien les hypothèses du savant anglais sur l'Économique du Ps. et qu'il révèle donc un changement avec la situation existant sous Alexandre qui. II. Aristote. p. Ps. d'une part. Studiee Ehrenberg. me semble-t-il. que l'Économique s'applique tout aussi bien à la période d'Alexandre qu'à celle de ses successeurs immédiats. ~. c'est-à-dire qu'il est l'indice d'une continuité dans les structures administratives. Griffith. 4. en s'appuyant apparemment sur le passage de Plutarque 5. Aristote me paraissent sujettes à caution 2. i cf. éditd aoec une introduction et un commentaire e:cplicatil. 5. Il est clair que ces pages sur le Ps. p.avant d'en revenir à Plutarque . que ce livre s'applique exclusivement et très précisément à la période des diadoques. - 27- . avait rompu avec les pratiques achéménides. 37 Ilqq. et qu'il semble donc confirmer la permanence des structures administratives achéménides dans l'empire d'Alexandre. 1. avait refusé de souscrire aux ordres de Perdiccas. introduction II wcrc Alexander himseIr and his govcrnor!l. puisque les satrapes y sont désignés sans ambiguïté comme les responsables de la levée des impôts 4.

dans l'été 322. 1969. 3. Pour la première fois. l'insistance de Plutarque. Dien au eontraire. 4. Sur Ptolémée. En outre. 1G. supra. G : o:.n'ALEXANOHE J. - 28- . et F. le Grand Vizir tenta de restaurer à son profit la cohésion de l'empire. Ce faisant. tu«. A. en particulier p. Ibid. 6. i voir Diodore. Uru.p6v't'oc:. p. 23. Replacé dans sa chronologie. cr. On doit donc comprendre autrement qu'on ne le fait habituellement la phrase de Plutarque selon laquelle Eumène eut le libre choix de ses subordonnés et que « Perdiccas ne sc mêla en rien de ces affaires ». 35. p. le roi Philippe l'accompagne 6. mon Antigone. 20). les mesures prises par Perdiccas en 322 contre Antigone (Diodore XVIII. Cr. Tous les satrapes possédaient leur « staff . . il vient de conduire personnellement l'armée royale 4. 1 (basililrè dunamis). il est patent que. en châtiant en particulier les satrapes coupables de désobéissance 3. Ibid. en Cappadoce. I.. Supra.d'une région au surplus que le roi avait renoncé à soumettre lui-même 6. II faut souligner le fait: il s'agit là de la première conquête d'un territoire barbare après la mort d'Alexandre. le texte de Plutarque ne peut donc en aucune manière être considéré comme révélateur de la faiblesse ct des abandons du pouvoir central après la mort d'Alexandre.ù't'oü I1Ep8txxou 1to:. Arrien Suce. II est d'ailleurs tout à fait symptomatique que Diodore mette clairement dans une relation de cause à effet. Ibid.rsuchungrn zur Geechiclue Ptoiemaios'L (Münch. 45 n. 8. par Perdiccas. en Cyrénaïque et à Chypre 2. Suce. 1).2 8 partie. d'une part cette campagne contre Ariarathe à la tête de l'armée royale.. Appendice à la deuxième partie. mais il ne concédait pas non plus à Eumène une autonomie exceptionnelle. 2. Diodore. Perdiccas pouvait en quelque sorte considérer la Cappadoce comme sa chôra doriktétos 7. 56). 3. Ibid. inutile d'insister enfin sur le caractère purement personnel de la politique appliquée par Ptolémée en Égypte.E GHANH AUX DIADOQUES à l'égard du Grand Vizir 1. 154. 5. 4. voir J'nlra. F 3 Il . 4) ct contre Ptolémée (cr. 3-5. 1. Arrien. Sur ce terme. à partir de ce simple constat. Seiber-t. jusqu'à sa mort en Égypte en 321. 27-128. Boit. Mais rien ne permet. 66 n. Diodore.> et confiaient à leurs philoi des missions 1.3-4. le Grand Vizir ne modifiait pas l'organisation d'Alexandre. 28 et mon Antigonc. F 10. 2 (cf. n. Eum. des mesures prises par Alexandre. 23. C). d'autre part l'affirmation des ambitions royales et macédoniennes de Perdiccas 6. 7. voir maintenant J. p. Perdiccas est dans une exceptionnelle position de force. Il.J. Gr. xat (J"t'pa"nrfoüv't'oc:. app. et en 321 contre Archon (Arrien. de conclure à une transformation des structures administratives ni à l'abandon volontaire.

XVIII. Ces «( amabilités 1) faites par le Grand Vizir à Eumène.1G. D'ailleurs Diodore. non de créer les fondions clics-mêmes. 7-8.. E. Xénophon. ('es régie. XVIII. VIII.. pour CI. 1 : ordre de Polypcrchon uutorisaut Eumène de Knrdiu il s'approvisionner à Kyinda]. Avant la conquête. C. p. t 1954. (Diodore. loin de donner au Kardien une impression d'indépendance. Diodore. note précôdente).. 1954. S'emparer de ces trésors était faire la preuve de ses ambitiuns sécessionnistes (cf.(lXv). 80US Alexandre. 3. et remontaient au temps de l'empire pel"8l'l : d. y nommer les administrateurs de son choix. 4) et il Babylone (Ibid. 1 et 29. 1 (rebellion de Datame).) ètuiont distincts. Préaux (artick: citA. (Arrien. aussi Polyen VII. 16. de la perception du tribut et de la surveillance des cités. - 29- . Préaux.. indique clairement que Perdiccas ne sc désintéressa pas de ln remise en ordre des affaires dans cette satrapie qu'il venait de conquérir. aurait pu. p. R. avaient plutôt pour but de lui faire sentir que le Grand Vizir était la seule source de l'autorité 2. C. 312-326) la pratique du monopole a été empruntée par Antigone le Borgne aux Adléménide8. Rappelons que. 58. les royaumes hellénistiques doivent encore beaucoup à l'organisation achéménide '. précautions étaient prises: dans la gazophylacie. Cc qui ne veut pas dire que le satrape est un roi dans sa province (cf. prêcieémcnt. "')1 . sur IC!J plulai d'Antigone après douze années d'administration aateapique (cf. les plus importantes des gnzophyhn-ice restent en delil/fK de lia juridiction. 58. 3 (xlXl [II&p8(lOOX~1 XIXTIX"rIj"lX~ Ta XIXTa Tl)v KIXTCTCIX3m<. 17.. G.. Ibid. s'il l'avait voulu. 324-327). de la période achéménide à la période hellénistique. La dissolution du pouvoir central après 323 et surtout après 321 ne tient pas à une transformation des structures administratives de l'empire : c'est bien plutôt l'inverse qui est vrai! Il Y a lieu au contraire d'insister à cet égard sur la remarquable continuité des pratiques administratives. Dans 1. ct Polyen. comme après la mort du roi. En définitive. depuis que le refus d'Antigone et le départ de Léonnatos l'avaient empêché de conquérir lui-même sa satrapie. article citA.wphylaqucB ou thésaurophylaquos] et les pouvoirs militaire [phrournrquea ou IIégémdn. Eumène-n'aurait pas pu s'y opposer: il était à celle date entièrement dépendant du Grand Vizir. les pouvoirs financiers Ign. 23. IV. Il ('st d'ailleurs dommage que nOU8 n'ayons paB de détails sur ces' cours eatrapiquea . Toutes lm. compte tenu de sa puissance en Cappadoce à l'été 322. tl : Antigone). Seul un ordre royal peut permettre il un satrape ou il tout autre oûb-ice d'y puiser (cC. cf. mcntations n'étaient pas originales. Cyrop. Anab. Le seul droit laissé à Eumène rut de choisir les titulaires des fonctions. 173 ct 18. de la justice. il Sarde". 1. 52. XVIII. malgré le caractère dispersé et disparate de notre documentation. CI. III. 4. Cf. Diodore. il me semble plus justifié de voir dans celle nomination d'Eumène une répétition de ce qui s'était passé du temps d'Alexandre. En particulier. 6 (Il Cette organisation de Cyrus dure cm-ore aujourd'hui: les gnrnisons des citadelles relèvent du l'oit les chiliarquee des gardiens sont nommés par lui et imlcritfl sur ses états ») . La phrase de Plutarque indique donc plutôt que Perdiccas.. par exemple Diodore. 6. 1 et XIX. le satrape est à la fois responsable de l'administration générale. 21. 2. c'est-à-dire qu'il doit contrôler l'activité des juges et des dioicètes 3.48 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES de confiance '.Mais. 4. cr. Ce passage de Plutarque suggère même que. lbid.

2-3. la politique d'Eumène à l'égard des Iraniens revêt une grande originalité dans le monde des diadoques. 1-3.19'1-1lJ7. Eum. En fail.lt)fl. « Il n'eut eu qu'un homme» . 4·6 et 61. il constitua facc à elle une cavalerie comme un antitagma 2 (C>cr1t<p <xvThlXYfllX XlXT<<TX<UlX~<V lXUTÏi 3UvlXfltv !1tmx~v). le courant de propngnndo de l'époque des diucloques [cî.dlXç).. tr. f.ç) tout en endurcissant leur corps par des exercices et des manœuvres. Ale. Ile pnetie. Le trône vide d'Alexandre dans 1(1 cérémonie de Gyinda et le wlte du trdne vide à trueere Le monde gréco-romain.. La signiflcation de ce terme eat précisée. voir Ch. il avait rassemblé autour de lui des cavaliers dont le nombre n'était pas inférieur à six mille trois cents . parmi les Macédoniens.2-3) : SEUL HÉRITIER D'ALEXANDHE. Rf'l'. p. 1-17). Il suscita l'enthousiasme de ces nouveaux cavaliers par des honneurs et des présents (<p'ÀoTW[lX. et les autres remis en confiance. - EUMÈNE ET LA LEVÉE n'UNE CAVALEHIE IHANIENNE EN CAPPA nOCE EN 322 (Plutarque. 1~. Ise. qui écrit: « Pal' ailleurs. p. doit être considéré comme un maillon non négligeable. trouvant l'infanterie macédonicnne (T~V <pcD. II.J)'ALEXANnRE LE (.80uç XlXt <XTû. 194. chapitre t. a. en ordonnant ectte levée de CappadoPolyen. P. XVIII. 2. 60.écrit-il « pour défendre jusqu'au dernier moment l'unité de l'empire. Cf.. 1.HAND Al-X DIAUO()t:ES "'il cette optique. OU UN DIADOQUE PAUl\II LES AUTRES? Il est temps d'en venir maintenant à la deuxième partie du texte de Plutarque 1. Aussi. ce témoignage de Plutarque. 4.ç !1t1t<U<LV 8UVlXfltvo. ct n. Arch. Sirat. pour ce faire. 1. Aj. G. 3. p. anc. malgré sa brièveté et son caractère allusif. Polycn.ç <XV<L<T<pop(lXç 8. 4.. Pour ce savant.xandre et l'Asie. 5'. tu«. Altheim un portrait très favorable d'Eumène de Kardia 3. pour tenir ses conseils de guerre dans la tente et devant le trône d'Alexandre 4.'t. s'intègre parfaitement dam.ç T< xlXl 8CilP<lX. Histoire d'un legs epirituri. Picard. en voyant qu'en peu de temps. des chevaux achetés cxprès.lXYrlX T(OV MlXX<86vwv) exaltée ct arrogante. et même dans l'époque hellénistique en général. - 30- . V. il accorda aux gens du pays capables de monter à cheval des exemptions de tribut et de taxes (TWV flÈv tyxWp(CilV To. pour penser qu'il fallait appeler des Asiatiques au service militaire 6 .). mon Antigone. 2 (sur cet épisode. VII (1964). et distribua à ceux de son entourage auxquels il se fiait le plus. les uns furent-ils frappés de stupeur.. Diodore. 4. 8.)1 est évident qu'cu l'da Eurnèm•. infra. Pnrls.•) Ce passage de Plutarque a inspiré à F.

après la mort d'Alexandre. 29. Sur le moment toutefois.. maie dans un sens bien différent des interprétations soviétiques. isu.à l'e. Éd. 197-199) que Pcukestas suivit une politique analogue en Pereide. tout en reconnaissant (p. p. Roma 11-14 aprile 1965. G.tout en exprimant les plus vives réserves sur l'interprétation anti-iranienne de la politique des Séleucides 6 .x avait repris l'idée du grand Macédonien et l'avait développée 1 ')0 F. Sur la position administrative de Néoptolème SOU8 Alexandre. A. lbiâ.' . Bikcrmann. XVIII... The Seleucide and Achaemenids.. p. p. 6. 313. 'a99 (1971). aussi Id. l'Arménie avait été confiée à Mithrènèa (Arrien. 96) que la désintégration de la monarchie eéleucide ne s'explique pas par dei révoltes indigènes. n. préféra s'appuyer uniquement sur des Macédoniens 3 En outre.. 205.. S. lui aussi. G. - 31- . Alexandre et l'Asie. contrairement aux « maîtres de la Bactriane» qui « continuaient l'œuvre d'Alexandre 5 ». IV. S. p. 7. 5. 1893. S. 64. p. ces quelques pages sur Eumène entraient dans le cadre plus large d'Un raisonnement tendant à démontrer que les Séleucides « avaient abandonné le plan d'Alexandre consistant à souder les Macédoniens et les Iraniens pour en faire un seul peuple 4 ». Dans son récent traité. 1. Altheim soulignait en particulier le fossé qui séparait les conceptions d'Eumène de celles de Néoptolème 2 qui. 8. Kühler. 3)..la cavalerie iranienne. Quinte-Curee. « à cette sorte de condominion macédono-iranien sur l'Asie. 5. II. XIX. 2. CCCLXIII (1966).00) à poursuivre 0 0 o 1. Perdiccas lui avait peut-être ordonné de soumettre 10 region aprêt lui avoir conflè mission de poursuivre Ariarathe (Beloeh. 23. 8. p. 243 sqq. Alti del conYesno sul tema : la Pereia e il mondo greco-romano. Diodore. XVII. 4. 44). Ibid. R. Das asiausche Reich des Antigonos. Souligné }l'Ir l'uutour. p.. Nancy (1966). IV. dei Lincei. une fois installé dans SOn gouvernement (. n. lui donne le titre de 8tratège. 24 (tout en indiquant qu'Eumène 'y Cut contrniut]. mais par l'insubordination des généraux grecs). En 331-330. 548.. Diodore. l. p. p. 148-149.. 16. puisque l'auteur conclut (p. En revanche.a. cr. dans un pays (l'Arménie) dont les conditions sociales étaient identiques à celles de la Cappadoce. en des termes plus prudents que ceux d'Altheim il est vrai 7 Pour lui.50 REVUE DES I~TUDES ANCIENNES ciens. 203.. D. Polycn. et E. l'Arménie restait indépendante et dirigée par Orontès.. A". se substitua aussitôt le pouvoir des seuls conquérants . Anab. UI. p. IV 1.. n. c'est par les nèccasitès de la lutte contre les nomades que s'explique ln politique des rois gréco-bac tri en s. III. 249) qu'ils n'aient pas utilillo. 195.. 87-117 (utilisation abondante des Couilles d'U. 197.xanderreicù.. Berve. Histoire politique du monde hellénistique. [I'nuteur souligne qu'il n'y eut pas de volonté délibérée des Séleucides de rompre avec les Orientaux. l'ancien satrape d'Arménie 80US Darius III [Diodore. sans qu'on doive en conclure qu'i1s ont lItil plus proches J'Alexandre que ne Je furent les Séleucides). Sur cee problèmes. 2. V. 3. 1). iiu. Eumène semble 6 avoir été le seul. G. Eumène donc. Ace. 3. Will . cf. relevé le caractère original de la politique d'Eumène de Kardia. Il. mais on sait aussi qu'en 317. muis que les Séleucides ne surent pas choisir entre l'Orient et Je « mirugo occidental 1 i rien ne prouve en outre (Ibid. 832. p.

1.160161. Eumène et l'appel aux Iraniens. p. en effet.. p.Soulignons cependant que ces études étudient la naissance d'une cavalerie mixte.lXv8poç 81: &vlX7tÀl)p.par les comparaisons explicites ou implicites qu'il a pu suggérer . qui avaient opposé une très vive résistance au projet asiatique d'Alexandre? Dans cette hypothèse. III. et p. S. par exemple. favorable aux Iraniens. Il pose en réalité tout le problème de l'orientation qu'ont donnée les diadoques à ce qu'il est convenu d'appeler le monde hellénistique. A. Alexander'8 Macedonian cavalry. tout en admettant quc pour l'infanterie les réformes fondamentales se placèrent seulement au retour de l'Inde (Ibid. J. 29 n. comment expliquer historiquement les mesures prises par Eumène en Cappadoce? C'est à l'examen de ces différents problèmes que sont consacrées les pages qui suivent. W.. les diadoques ont pu réellement compter sur les seuls Macédoniens. n. W. A Tlote on the hipparchies 01 Alexander. - 32- . 68~74.. les étapes et les buts des mesures prises par l'Argéade pour intégrer les Iraniens dans la cavalerie et dans la phalange macédoniennes. 6 : 'AÀt!. p. on le voit. . 3. Griffith. p. Tarn pensait que l'intégration de la cavalerie iranienne 1. W. et par E. A. l. A cet égard. De son côté. En particulier: P. mais ne disent pratiquement rien des problèmes de la phalange. L'intérêt du texte de Plutarque . S. 85 (1965). datait de 329 les premières mesures d'intégration des cavaliers iraniens'. Il (1950). 107 sqq. suivi (sur ce point seul) par G. Remarques sur la politique iranienne d'Alexandre. P. Brunt. - Alexandre. J. Badiun. A. 441.dépasse donc largement le cadre de la seule personnalité du Kardien. 4.h66EV !1tit'(a)v (après la disparition de Bessos] ..n'ALEXANDRE LE GHAND AUX DIADOQUES 51 cette politique. 27-46. dans ce domaine capital des rapports entre Macédoniens et Orientaux. Partout ailleurs.. Brunt. 2. p. Anab. ûrietuals in Alexander's army. mais. 119). d'Alexandre. p. p. Tarn. 11. 83 (1963). Pour pouvoir juger sainement de la valeur de la comparaison établie entre Eumène et Alexandre. T. iu«."alXç "b hrmx6v b< "wv lX.. et que. W. Il. les travaux récents 1 ont considérablement rabaissé la date de naissance d'une cavalerie mixte d'Iraniens et de Macédoniens. 30. Arricn parle seulement d'une réquisition de chevaux et non d'une levée de cavaliers (cf. Berve. Il. il convient tout d'abord de préciser les modalités. Alexanderreich. mais il se fondait pour cela sur un texte mal interprété d'Arrien 3. article cité. Peut-on admettre que les nécessités qui avaient conduit Alexandre à lever des Iraniens se sont brutalement évanouies. 163. Alexander.. les Macédoniens paraissent manifester leur volonté de s'instituer en « Herrenvolk » '>.

Alexandre a donc limité qualitativement et quantitativement les levées de cavaliers iraniens.ljv (". l (1883). XVII. 2 i V. Oxford. 152). Brunt. par la constitution d'iiai d'Orientaux à côté des ilai macédoniennes j mais. tOUR de même Age. P.52 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES était réalisée en 326.<tçl.:dpc. A. Schachermeyr. article cité. Pendant toutes les campagnes d'Iran ct d'Inde. soulignant que le récit de Plutarque. 3. Mais c'est simplement en 323. p. 8. 128129. article cil~. Hamilton.). 11. 1-4 (cf. F. 1 (arrivée à Suse de 30. 160-161. 8.000 Orientaux le nom d'~pigolWi. le compte rendu de Quinte-Curee 7. 12. p. p. l ngenium und Machl. entrainés à la macédonienne) . en 327. Badian. que l'on n'a pas de raison de suspecter 8.. 23. article citd. et d'autre part. . 1G1. 2 (civcil-'. en Inde. article cité. 6. 44-45 j E.. p. 2. Ibid. Ce n'est donc qu'au retour de l'Inde que doit être placée cette naissance d'une nouvelle cavalerie mixte décrite par Arrien 4. A. après que Peukestas eut amené vingt mille nouvelles recrues 9. 1..rav -.Justin. voir les remarques critiques d'E. Alex. la repousse à Babylone. Histoire de l'hellénîsme. p. juge au contraire que. VI. Or. 2 et VII. p. Arrien. A commenlary. montre que c'est dès 327 que le roi avait ordonné la levée et l'entraînement de cette nouvelle troupe. les contingents hactriens et sogdiens combattent encore en unités séparées 3. 294. 4 (cr. Voir le récit de la bataille de l'Hydaspe : Arrien. op. 11. 72-73. VII. dès la campagne de l'Inde. qui conclut qu'Arrien. 6. déjà Droyscn. mêlant intimement Macédoniens et Iraniens. nppel!o - 33- . W. plus précisément en 324.ç. W. 163·167. Griffith. 1949. 16. VII. VIII. Al"". Altheim. l'intégration de ces cavaliers orientaux dans la cavalerie macédonienne. 6. une première intégration avait peut-être eut lieu. cn S6 Iondent sur Arrien VII. 114 i Beevc.. 3... T. Arrien. f•• VII.ç TWV ciUa<poÀc. 2. que fut créée une phalange nouvelle. 108.elvTeç tç -. 7. cù. 8. il convient de distinguer deux étapes : d'une part. de lever 30. à Babylone. 645 (Cl corps auxiliaires de second ordre .>v "'&/. J. suggère la même date que celle de Quinte-Curee.>v 17f7ttc. 77. Ale. 4. 9.ljv h<x'p. Il (1950).ander. Bien qu'ils apparaissent pour la première fois à Suse (324) dans les récits de Diodore et d'Arrien 6. VII. peu avant la mutinerie d'Opis 5. sont des doublets de Ptolémée) . W. 1969. p.. p. lUI' ce point. 1 : Alexandre donne l'ordre. PIulaJ'ch c Alexander _. XIJ. 3 (x<XT<XÀaX. I. P.>v tç TcXÇ TWV h. Badian. p. Drunt. En fait. cf. Badian. 000 jeunes gens et de les en trainer. 000 Perses. au moment de la campagne en Inde 1. qui a commencé en effet avant la campagne en Inde ê. 6. Arrien ne donne pas à cee 20..xanderreicl. p.x~v). Diodore. 8. II fit preuve de la même prudence avant de décider l'intégration des jeunes Iraniens (epigonoi) destinés à combattre dans la phalange. 1. Alexander der Grosse. p. Cf. les epigonoi. 6. 44-45 j G. . peut-être parce quo leur Il'vé-c correspond n une initiative peraonnelle de Poukeetna. 2. 160-161. p. Graz-Salzburg-Wien. Tarn. V. 5. 5. tsu. la levée de cavaliers iraniens comme auxiliaires.

il note qu'Alexandre.n'ALEXANI>HE LE GHAN]) AUX DIAJ)O<)t'ES 53 Dès lors se pose toute une série de questions. la composition de la phalange.'ii 'l'''ÀIXYYt. XVII. 71. 1-4). 110. 5u""l-'evo" 5è &.. Eum. Q 4. agréablement surpris par l'habileté manœuvrière de cette troupe ct irrité au plus haut point par la mauvaise volonté des Macédoniens 6. celui d'avoir constitué un corps de pezhetairoi perses."ThIXYI-'IX' yev. p. 23. Pourquoi Alexandre n' a-t-il pas procédé à l'intégration des epigonoi dans la phalange dès leur arrivée à Suse en 324.!X x!X't'e:axe. 1. entre les deux pratiques. 2. Est-cc à dire qu'on doit voir dans ce témoignage la première mesure d'intégration dans l'infanterie 3? Pour répondre à ces questions. VIL 11. à apis. prit la décision suivante : Ta aoan')!J. comme Arrien. et capables de servir comme un antitagma à la phalange macédonienne ». Précisément. Il.o(rxç auve:crTI1x6ç. les soldats macédoniens. il rropo~ de la constitution d'une phalange mixte à Babylone (Arrir". firent à Alexandre. ct Diodore. 3).\.. 2. Arrien. tournons-nous vers Diodore qui. c'est-à-dire : (' il constitua cette unité de Perses pris dans la même classe d'âge.. VIL 12. distingue l'arrivée des epigonoi à Suse 4 de leur incorporation dans la nouvelle phalange mixte à Babylone 5. ou plus sûrement une analogie. G.LCiç tJ. Voir ainsi G. XVIL 110.ooa€V èx (.)v Xctt bp. une fois cTicorr (je souligne). 181. qui. Or. Alexandre modifie.SIXL T'ii MIX'<l)80"LY.J. le rapprochement entre les deux textes amène à par erreur epigorwi les enfants laissés en Asie f1"r les vétérans macédoniens (d. 3. 51-52. à propos de ce premier contingent de 30. 2-3 (cité in extenso. écrit: Il pour incorporer tant de conscrîta. 2. Glotz-R. bien au contraire. Cohen.1tEP &'"T(TIXYI-'IX )(IXTE""EUOC~ev aùtij [= T'ii 'l'''ÀIXYYL TW" MIX)(E36"". VU. 1) décrit de façon identique les sentiments d'Alexandre. c-. 3. Plutarque (Alex. Mais. p.èv ~ÀLX(OCÇ 't'wv ITe:pa{. Supra. 49).."] 36"IXI-'L" t1t1tL)(~". - 34- . L'expression dont use Diodore pour définir cette décision du roi est étonnamment proche de celle qu'emploie Plutarque 7 pour décrire ct expliquer la levée d'une cavalerie iranienne par Eumène en 322 : {.. 4. supra p. IV-l. 1-3.000 epigonoi de Suse. Ibid. c'est-à-dire à la même <la te qu'étaient prises les premières mesures qui devaient mener à la formation d'une cavalerie maeédono-iranienne l? Quelle fut l'organisation ct la fonction de ces epigonoi entre les premiers mois de 324 et mai 323? Selon Arrien 2. 7. cette identité de formulation semble révéler à première vue une continuité. 5. Diodore ne parle nullement de fusion. entre autres reproches.. d'un autre côté. 108.

11. ilè 'ltpo""". Ainsi s'explique le texte d'Arrien qui parle de la constitution des Persai pezhetairoi 2. 670. Cléomène III.ç M"'"eilOVL"Wç &vTh". Cléom.. Historia. 108. Daubics. 5 : Hiéron de Syracuse. devant Alexandre. il ne s'agit plus de discuter sur les rapports entre la « politique iranienne . 1-3. en rupture avec les Syracusains. 6.54 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES préciser.. Arrien. XII.. 3-5. 687). les hilot88 el SeUasie. Cr. conatitue contre eux un arüùagma de mercenaires (ciYTtT<XYlLl% [(. Plutarque. 3 j Plutarque. Au contraire. qui les rendent aptes à s'opposer aux leucaapidea agriancs et galatcs d'Antigone DOlon (cC. 3. 1 : ÔtCJXtÀ(Olk. Alez. décide de les tenir complètement à l'écart de sa personne 7. S. en réduisant Ba portée. 3. Le roi. 109. 30. IV. XI. 7. Justin. Ibid. p. Quinte-Curee. En organisant cet antitagma. A Opis. 4. 9.xa"LaLv. Elle est complètement séparée de l'armée macédonienne: elle campe en dehors de la ville 4. l'un des termes de la comparaison. Loc. précisément. En effet. uu. quels objectifs s'étaient alors fixés l'Argéade? Le texte de Diodore indique bien qu'à cette date il n'était pas question de constituer une phalange macédono-iranienne. 7.. 7-14 (discours d'Alexandre). 23.yf"" TO'Ç 'It"'p' 'AVT. et Plutarque.. Plutarque.eo'ltÀ!a". pouvait justifier les craintes des Macédoniens de se voir totalement remplacés par des Iraniens 9. et exécute seule. VII. 67. VII. VII. Mais. X. 7-S . tsu. Diodore. Alexandre a donc créé une nouvelle armée. 3. aussi Polyen. 71. 2 j Justin.. il convoque une assemblée de soldats orientaux. M.) d'Eumène de I<ardia et la (. - 35- . 2-5. 3. Ibid. 12. Ibiâ.. mieux. une démonstration de ses capacités manœuvrières 5. Ces 2000 hommes ont suivi un entraînement spécial el ont reçu un armement macédonien. 11. si Alexandre avait voulu le perpétuer. 71. 675. parallèlement à la phalange macédonienne. XVII.. 71.EaLv). il fait convoquer l'assemblée des soldats pérégrinsl tout en maintenant les Macédoniens à l'intérieur du camp 1 j Id. constituée uniquement d'Ira1. 5. Cette contre-armée est organisée sur le modèle de l'armée macédonienne : mais les chefs en sont Perses 3. Quinte-Curee. 2. de par la volonté d'Alexandre. uu... une « contre-armée ~. politique iranienne ') d'Alexandre au sens large. Ibid. exaspéré en effet par l'opposition des Macédoniens assemblés B.Lta't'oç>6pw\l] K<XTiXcrxeu&:~{t)v Ttit. 2. 1-3 j Diodore. 1. les textes autorisent seulement un rapprochement avec les mesures prises par Alexandre à Suse en 324. le terme même d'antitagma 1 révèle bien qu'Alexandre entend former. Autres exemples: Diodore. tu«.« . 8. 1: cf. à laquelle les Macédoniens n'ont pas le droit de participer B. 2.. 6. XX 11971). Plutarque. la coupure devient encore plus évidente. Ibid. Arrien.. cù. Extraordinaire renversement de situation qui. 7tOÀLTLXatç ôuv&:tJ.y6vou Àtu". Quinte-Curee.

. XVII. sinon plus. en ordonnant la levée des epigonoi avant la campagne de l'Inde. aux yeux du roi..Macédoniens et leur roi. dt.'It"1)l. lltpaat. il les considérait au contraire à la fois comme des Cl otegea ct des soldats. ou le récit a-t-il été forgé par un auteur ancien? Il est difficile d'en juger et. . il prend lui-même le commandement des Perses. pour ce qui nous concerne ici. dans un contexte purement macédonien que l'on doit interpréter l'attitude d'Alexandre à Suse comme à Opis.).. A cette date en effet. c'est. Tarn.et cela depuis longtemps. outre une force d'appoint appréciable.<alXlltvouç lat". qu'entre les .n'a pas cherché à constituer dès 324 une phalange mixte. anjvlX' TOÙÇ MIX"<86vat. 11). ils auront fait la preuve de leur incapacité ft agir et. s'il constitue une interprétation imagée. les Macédoniens ct les Perses. des rapports existant en 321i entre Alexandre. me sem ble-t-il. p. Alexandre n'avait pas l'intention d'en faire des phalangites à part entière. par un contemporain ou même par un témoin. et que la sédition de l'Hyphase lui avait clairement démontré qu'il ne pourrait mener à bien son (. Le comhat n'eut évidemment pas lieu. Voir l'épisode particulièrcment suggestif rapporté par Polyen (IV . -ri)v ~auxtlXv &Y<T< . en revanche. 1). fLlX06VT<Ç 5n ll1)a/:v 8VvlXaO<. projet asiatique » avec le seul appui des Macédoniens? En outre. puisqu'ils avaient pensé que la mort de Darius allait signifier la fin de la campagne macédonienne et le retour dans leur patrie 3. 8t 't'oùvav'dov 't'oùt. de la fidélité des cités grecques? (cf. Alexander. 19 i Schachermeyr.l. p.. face à une phalange macédonienne et contre elle 1. Alexandre dispose les deux armées. Or. Alexander. 5. . chap.3. en ordre de bataille (6 al: 'ltpoahlXl. les Macédoniens comprenant rapidement que le roi les avait. que leur désire seront des ordres (Cl '7totl)aoo 1tctV't'IX. Les soldats désiraient de toutes leurs forces rentrer en Macédoine . 74. s'ils gagnent. à mon sens.L'épisode est-il réel. piégé•• (TO aTplXnlY1J1l1X oll. 2. MIX· <86vlXç). on doit aussi supposer qu'en 324 il avait d'ores et déjà décidé l'intégration des Orientaux dans la phalange.au lieu de constituer une armée orientale parallèle . p. s'ils perdent. On ne doit pas repousser cette interprétation de Quinte-Curee lou mieux de sa source] : les Alliés grecs. alors que l'ordre de recruter et d'entraîner les epigonoi remontait à plusieurs années. les plus. levés en 335 ne conatituaient-ila pas eux aussi. W. Selon Quinte-Curce (VIII.< TOÙ. 3. la question importe peu: le texte est tout aussi significatif. en cc cas. laissant aux Macédoniens le choix de leurs chefs et leur promettant. même si l'on doit raisonnablement admettre une évolution dans la politique iranienne d'Alexandre depuis 327 2 . 6cra OCV xe4ullTe tl . pour éviter sur ses arrièrcs tout soulèvement capable d'entraver ses projets 1. G. qu'il ne rendit effective que l'année suivante. - 36- . 53 j W. entre les Macédoniens et les Orientaux.ev 6'1t.. comment comprendre le retard de la fusion au sein de la phalange par rapport à celle qui a été réalisée dans la cavalerie? Précisément. Cohen. Glotz-IV~1. Diodore. 1re partie. l'opposition se manifestait non pas tant. sûrs garants. On est alors tout naturellement conduit à se demander pourquoi le roi .n'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES 55 mens. 3. Mais cette volonté exacerbée de 1.l.. 7) : pour vider la querelle avec les Macédoniens. 117 i cf: mon Antigone. macédonienne et perse. ils n'auront plus qu'à rester tranquilles (.

2. 3. 8. X. 3 (cn confondant Hyphaee ct Gange). Alexandre. 2-3. ils entendaient. tu«. 6. 28) . malgré son dépit. et revenir avec leur roi 6. dans son esprit. Arrien. à mon avis. XVII. Ibid. 13-14. 9. La création d'une « contre-armée • orientale lui permit de renverser le rapport des forces en sa faveur. VII. Ibid. il annonçait en effet le retour définitif dans leur patrie. Mutinerie de I'Hyphaae : Arrien. V. X. alors que le roi n'entendait nullement quitter l'Asie. Diodoro. 2. S. Alexandre. : pour les Macédoniens. Alexandre avait été obligé de céder l. 28. les différentes étapes de la « sédition d'Opis •. C'est ce que démontrent clairement. tu«. ce recul n'était que temporaire. Mais. XII. C'est donc sur un malentendu fondamental que s'était effectué ce voyage de « retour. Justin. XII. Il est tout à fait frappent de constater en effet que la crise éclata lorsqu'Alexandre annonça le retour des invalides et des blessés en Macédoine s. 72. 8. ne manque pas d'ailleurs de souligner l'incohérence des désirs de ses compatriotes 4. cf. la position des Macédoniens était très claire : ils voulaient revenir en Macédoine. 12. 10). Quinte-Curce. Cf. X. 2. Arrien.56 nEVUE DES ÉTUDES ANCIENNES revoir les rives de l'Égée s'était surtout manifestée en Inde: là. nu. dans son discours (Quinte-Curce. mais à deux conditions : revenir tous ensemble 6. 5. 2. En réalité. X. la création de 1. t 71.. promot de revenir plue tard avec le reste des soldats. 108. Alez. 25-28: Justin. 7. 8. entre l' Hyphase et Opis. 1 . Mais précisément. J uetin. Dans une position qu'ils estimaient aussi forte que la leur sur l'Hyphase 9. 12. Quinte-Curee. 109. 11. forcer Alexandre à quitter l'Asie. V. 8. 11. Le renvoi des vétérans fut donc interprété par les Macédoniens comme la preuve que le roi « établirait pour toujours en Asie le centre du royaume 6 ». - 37- . 2. 5. dans son discours. C'est pourquoi cette crise de l' Hyphase avait clairement révélé à l'Argéade sa trop grande dépendance à l'égard de son armée macédonienne. 4·8 i Diodore. 4. ce dont ils ne voulaient à aucun prix. 2-12. mesure qui aurait dû logiquement être interprétée comme une concession par les Macédoniens. 8 i Quinte-Curce. XII. Ils ne veulent pas être considérés comme d'indignes dèserteura (QtÙnto-Curce. dans les promesses duquel ils n'ont manifestement plus confiance 7. IX. ils veulent revenir avec leur roi (cf. 5. 2. par leur attitude résolue. car il ne disposait d'aucune argumentation propre à modifier l'état d'esprit des Macédoniens 2. 9·17 i Plutarque. 2. Cf. 4.

. 7. il voulait amener les Macédoniens à résipiscence complète. Appendice à la Ile partie. les phalangites macédoniens vinrent se présenter sans armes devant lui. X. 6. 10. 3-4). n" 72. 10S. Il put même se permettre d'être violent 8 et intransigeant 9.en. Gr. Plutarque.comme aux Perses! . Plutarque. jusqu'alors réservé aux cavaliers nobles 4. VII. S-9. 7 (supra. XII. VII. XV II. 109. 11. il donne l'ordre d'nmener des recrues Imtches de Macédoine (Arrien. 91 i il est symptomatique d'autre part que. Arrien. VII. cc qu'Il n'a pas osé faire à J'Hyphusc. en le priant humblemcnt de leur permettre . 1). Il rait mettre à mort les meneurs (Arrien. Il A. mon Antigone. Supra. voir aussi Pol yen IV. 10.. Arrien. 3-4. p. n. Cet épisode est tout à fait révélateur d'une méthode de « gouver1. tu«. ft. 2). Cf. 71. 6. 30 i Justin. alors que telle n'était certainement pas l'intention du roi: en libérant les vétérans. 8. 53-54. 11. 71). Il refuse. machiavéliquement préparées par leur roi. mutatis mutandis. IL C. 12. 3. Ibid. Alex. 2. 13. XII. Anaximène. le roi pouvait tout se permettre. Les mesures d'intégration prises à Babylone ne soulevèrent apparemment aucune opposition 13. 8 Id. Diodore (XVIi. G. F 4. En s'appuyant uniquement sur cette armée parallèle 5. 2. 11. VIi. Diodore. 23. 6. Arrien. Arrien. pendant plusieurs jours après l'asscrublée. Au milieu de son antitagma couvert d'honneurs 7. 12.. les Macédoniens craignent qu ' 1 à l'avenir Alexandre se passe de leurs services J. XII. 2). - 38- . le départ des vétérans s'est finalement opéré dans le calme (Id. Arrien.n'ALEXANl>IIE LE GUAND AUX DL\UOQl:ES 57 l'antitagma constitua pour le roi une arme nouvelle et décisive 1.. 11. 9. 11. 5.de lui donner le baiser rituel 10. XVII. 1. Arrien. cf. Justin. i Diodore. Quinte-Curee. X. Elle lui permit de faire croire aux Macédoniens que désormais il pouvait se passer d'eux ". de recevoir les Macédoniens (Quinte-Curee. Enfermés dans leurs contradictions. VIL 11. les rangs d'Orientaux soient encadres par des rangs de Macédoniens IA. Ainsi. Justin. 12. VII. le but d'Alexandre était clairement défini : il entendait susciter « le dépit et la crainte » chez les Macédoniens 6. 3. VII. VII. XIII (1935). 3. F. 4. 8. VII. cr. Athenaeum. aussi lourde de signification que celle qu'Alexandre [er avait prise de donner aux phalangites macédoniens le titre d'hetairoi. Momigliano. p. Alex. 55. 109. 3. 3. VII. 23. 2 : en voyant les épigones. XI. Plutarque. il est tout à fait significatif de constater qu'Alexandre concéda à ses phalangites iraniens le titre de pezhetairoi 3 : c'était par là même les mettre sur un pied d'égalité totale avec les Macédoniens. p. i Justin. 7-8). 1-4 A Opis même. 7. Il. dans la phalange mixte. j'adopte là la dutution défendue par A. tout en considérant comme une victoire 11 ce qui était en fait une totalc soumission 12. 5. 11... Désormais. 3) indique bien la relation de cause il effet entre l'attitude séditieuse des Macédoniens ct l'institution d'un antitagma . 5-7. 12.. 3. Une telle mesure était. 12.

au contraire. Sur cet épisode. C. 3. 4 : les Macédoniens retrouvent leur courage en voyant I'Importnnoc des contingents amenés par les satrapes des Hautes-Satrapies). - 39- . L'année suivante. déjà utilisée lors du procès monté contre Philotas ! : dresser l'une contre l'autre deux parties de l'armée pour recréer la concorde (homonoia) autour de sa personne 2. 5. p. Au contraire. ce qui peut permettre peut-être de comprendre le retard mis à réaliser l'intégration des Orientaux dans la phalange. à titre de compnruison. .. Ibid. les mesures d'intégration décidées à Babylone apparaissaient aux Macédoniens. En constituant cet « épouvantail » de l'antitagma. De ce point de vue. que des pions sur un échiquier où se jouait une partie autrement importante entre les Macédoniens et leur roi. le Kardien avait lui aussi des problèmes avec ses phalangites macédoniens. 4. Dans ces conditions. l'opposition viril! des phalangites. IV. au cours de son combat contre Néoptolème. D'Alexandre à Eumène. dont les modalités de levée accentuaient le caractère d'armée personnelle du recruteur 3. App. réside l'analogie avec la situation d'Alexandre en 324 : la mise sur pied d'un antitagma iranien. En Cappadoce en 322. CI. 1L 3. mais comme le résultat heureux d'une opposition déclarée à. pour venir à bout de l'opposition de ces derniers. voir mon Antigone.58 REVUE DES ÉTUDES AN<':IENNES nement » chère à Alexandre. qui n'étaient guère disposés à se ranger à son autorité. 2 e partir. 4. II. Polyen. Là. d'une partie d'entre eux (fi veut en faire restaurer une autorité sans partage). Aloxandre utilise l'opposition traditionnelle entre les payaana-phalangitcs ct los noblee-cuvullcrs.. à Suse. Eumène n'eut aucune trahison à regrettera. 3 : è:X7t'ÀcxYliVlXt (cr.. mieux. ou. 5). une armée purement iranienne. fit une profonde impression sur les fantassins macédoniens littéralement stupéfaits '. Eum. D. la création d'une phalange iranienne parallèle était seulement une étape sur la voie qui menait à la mise sur pied d'une nouvelle armée irano-macédonienne. Eumène concède des exemptions de taxes ct d'impôts.que. 3. il n'est pas interdit de 1. d'autre part. 7 (supra. Il est temps d'en revenir maintenant à Eumène. non plus comme une aggravation de la situation. les epigonoi de l'antitagma n'ont constitué. Plutarque. dans l'esprit d'Alexandre. A Opis. il intégra dans son armée la phalange de Néoptolème. On voit donc qu'en l'occurrence. 2. le roi voulait forcer les Macédoniens à accepter l'idée de rester en Asie et de collaborer avec les Orientaux dans une phalange nouvelle. 55. Id. 29. 13. 2.. A celte date. après la Iuitc de cc dernier (Diodore. XVIII..

Plutarque. 32-33. D'après Plutarque. étaient les seules qu'il eût sous son contrôle. 4. nO 1284). 61. Eumène est présent à Babylone (cC. Cf. aussi bien contre Néoptolème 7 que contre Cratère et Antipater en 321 8 • S'il organisa ces levées parmi les Cappadociens et les Thraces 9. 2. p. 1. cite seulement Arrien). dans sa revue des contingents paphlagoniens et cappadociens des armées hellénistiques (Launey. XVIII. en 322. Alexanderreich. A. col. Plutarque. 29. Kappadokia. où références à des faits Anterieurs). l'étude critique de H. XII (19511. 3 i Plutarque. chap. XVIII. il savait aussi qu'il ne pouvait pas s'opposer à Néoptolème dans un combat d'infanterie. C'est pourquoi il choisit dès cettè date de lutter contre les armées macédoniennes ennemies en leur opposant une cavalerie supérieure 6 : cette force iranienne lui permit de surmonter l'infériorité de sa phalange macédonienne. A . selon Arrien (Ibid. Mais la réserve des Macédoniens à l'égard d'Eumène ne tenait pas à une opposition irréductible entre des Macédoniens et un Grec 2.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES 59 penser qu'Eumène avait su tirer les leçons de l'attitude d'Alexandre à Suse et à Opis 1. il enrôla dans son armée les Mac&daniens de son ennemi vaincu (Diodore. Ariarathe. 316-319). 5 j 32. Breslau. Au contraire. 483-485.. 7.. v. 000 fantassins et 15. voir Huge.. E. la levée d'une cavalerie iranienne. tsu.) par quelques Paphlagoniene. IV. Plutarque.. Untersuchungen %um Heerweeen cler Diadochen. 16. S. 8. Spendel. 34. traditionnelles pourvoyeuses de cavaliers 10. Il serait donc tout à fait abusif de voir dans ces mesures prises par Eumène en 322 une continuation pure et simple de la poli1. 5. Selon Quinte-Curce {III.000 fantassins et 7. p. 5. I.. R. B. c'est que toutes ces populations. 3 : 6"'PP'ii<J"". l. D. leur redonna courage avant le combat contre le gouverneur de l'Arménie 4. chaque fois qu'il en eut l'occasion.. put mettre en ligne 30. 000 cavaliers.. 2. Mais. 8. Diodore. 3. 6. 1913. 5. avec références aux sources anciennes). Diodore. 7. la Cappadoce pouvait fournir au Grand Roi 40. A cet égard.. 000 cavaliers (Diodore. II. mon AnligoTUl. n. article cité. X-2 (1919). XVIII. L. n? 317. P. 3.Ce passage de Plutarque est omis par M. dias. 29. p. Les Macédoniens d'Eumène. 32. De son côté. Launey. étaient surtout effrayés de la supériorité numérique de la phalange de Néoptolème 3. 3 j P. 2-4. 6. en 333. XVII. uu. 3. - 40- . 3. 30. prusim i Diodore. Suce. le satrape de Cappadoce n'entendait nullement se passer de Macédoniens 6. 1915. passim. lbiâ. 48. 483. les généraux perses rescapés d'Issos avaient etabli la conscription en Cappadoce et en Paphlagonie (Quinte-Curce. cr. 4. 4. .. Rech6rches.. 10. en vérité. XVIII. Ibiâ. Ibid. p. loin de les irriter. Bcrve. Cratère fut tué par un Thrace. Contrairement à la thèse défendue complaisamment par Iliéronymos de Kardia IcI. 1 re partie. É. Ce problème sera étudié dans un article à paraître dans le prochain fascicule de la R. Eum.. 2). 2. Westlake. S. III. 7. Sur l'élevage des chevaux en Cappadoce dès la plus haute antiquité. Ill. Arrien. 9. 37-1 119541. 5. 27. 1. Ibid. R.

Plutarque. Cf..• XIX.t -ro.çl. 1 ("". pour Séleucos en Babylonie dès 321 5. Ibid. Dès son arrivée dans sa satrapie.xÀ'I)Ç cX1to8ox'iiç TUU. les contingents locaux servirent toujours à part 1. 5 (1t"'P&. 1 i cr. 8. Eum..xvov-r". 5 (xœ] fLEYclÀ'I)ç cX1to8ox'iiç hoU"''' 1t"'p&.).ilvo. 3 (i"""'ÀOUfLEVOÇ ". de fantassins iraniens. aussi Ibiâ. levée de troupes dans la population de la satrapie. - Eumène et les autres diadoques Dès lors on ne peut qu'être pris de doute sur l' « originalité .. 8.) de la conduite d'Eumène. de contingents de cavalerie orientale qui. 46.u-rwv (soldats) -ri)v . Altheim s'est fié à une simple analogie extérieure. dès leur arrivée dans leur satrapie ou gouvernement. jamais il ne tenta d'opérer une fusion entre éléments macédoniens et éléments iraniens. est indiquée par Diodore.v .xE. 4 [Pigrès. ont cherché à s'appuyer sur les forces locales traditionnelles..v hotfL<ÙÇ ". accompagnée de cadeaux (dôreai). Dans ces conditions. -rOLÇ irxcop!o. 14. 6. -ri)v 1tpoUmxpxoua". avait 1.• X1X.ç iU<ùpto.ç oovo(""ç XIXTeaxe:oIXaEv)... p. il apparaît rapidement que tous les diadoques.. 90. Au contraire... 8~ -r'fLWV 1to). -ro. pour Alketas dans une situation un peu spéciale . p. (Peukestas) . 49). 6. supra. 1. il me paraît donc (lue F. 4. Pcukcstas adopta les usages. 2 (l-r. autant qu'on le sache. En définitive..o'~ç 8<ùp'''''ç ..ç rHpa""ç fLoy. philanthrôpia). 14. 7. Cette levée d'une cavalerie iranienne se rapproche seulement de l'enrôlement par Alexandre. il. qui ne résiste pas à l'analyse. 1 ( .. 5. dôreai . 4. pour Peukestas en Perside dès 325/324 6 .. XVIII...:poa''l'~pno). on doit bien admettre qu'il y a un énorme fossé entre la politique d'Eumène et la politique d'Alexandre (même celle' de 324).v).. 51-52.WÀ6YOLÇ t8(ouç -r"'. XVIII. be Kardien ne leva jamais. en effet. En premier lieu. 2.. le costume clin langue - 41- . pour Ptolémée en Égypte dès 323 4 . 7. Ibid. 91. Le roi. Cf. Eum. servirent uniquement comme auxiliaires 2. 1·2 [ol 1tÀ<!ouç -rwv irx<ùp!<ùv cX1t'/jv-r<ùv.en Pisidie dès 321 7• Tous imitaient en cela Alexandre qui avait précisément montré avec force combien il approuvait la « politique iranienne 1) de Peukestas 8.60 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES tique d'Alexandre. dans les années 330-325.&. 2-3 (cité supra. jusques et y compris la campagne de l'Inde. peut-être transfuge de I'nrmée d'Eumène?). 48. Cette bienveillance (eunoia.0-r"'1.ç 'l"À"'V6P6>7t<ÙÇ . telle que la rapporte Plutarque a sous ses deux aspects: bienveillance à l'égard des (c indigènes 1) (exemption de tribut. 21. ).). 3.ilvo.

Krrkeosiris. XVII. Voir en dernier lieu l'étude de D. 110. il n'y a pas rupture entre Alexandre et les diadoques: Eumène ne peut pas être considéré comme un cas particulier 6. C. p. Il est donc assez probable qu'cil l'occurrence les dénonciations venaient de la caste des prêtres. VII. 1. 7. '13/1. Anab. P. Ed. 2. p. les Perses protestent par la voix de Thoapios décrit comme : [EtÇ] 8è TWV &1tLq:><XVEO'l'I. 58. 46. 4. Tl. M. p. VI. Crawford. Arrien. les anciennes aristocraties". li. article cité. et G. c'est lui qui conduisit à Babylone Un contingent de vingt mille jeunes Pei-ses. 87-117. p. l. Altheirn. car il craignait les désertions (Plutarque. Ibid. On sait en revanche que ce n'est que tardivement. 2. Althcim (Ibid. dans le même SCllS. 6. p. preuve que ce Pigrès. Témoin Ptolémée: dès son arrivée en Égypte. p. En eflc t.. Xénophon. rappelons-le. voir. 235.. Pulybn. 'ViII. 35-38. 1~5) voit le type même du Macédonien dédaigneux des populations locales.'t'WV. Voir. 5. 27. 23. il fut récompensé d'une couronne d'or (Ibid.Sur l'appui trouvé par Pcukestns dans I'nriatocrat!e de Persidc. 3. p.. 103-110. 4).oes (Arrien. P. 5). V. Le jugement d'Alexandre révèle qu'il veut éviter que les gouvernés (archômcrwi) soient injustement écrasés par les gouvernants (archôntes) (Arrien. est une sirupliflcnticn fnllncicusc.5. p. op cù. 1971. après le dôlmrquomcnt des armées « européennes Il. 1). Eum. article cité. voir en particulier Diodore. J. p. 5. qui fut le seul chef macédonien à conserver sa femme iranienne 4. 1\1. il utilisa les 8000 talents amassée par Cléomène. JI. Alexander. et J. 24ft-2/t?. sont accusés près d'Alexandre. 2'15 j cC. 4 : Clèandrc et Sitalkès. 5). Eumène voulut cacher il ses troupes l'arrivée de Cratère. ou de Ptolémée qui couvrit de bienfaits le clergé égyptien 6.n'ALEXANURE LE GHAN]) AUX DL\nOQl:gS 61 parfaitement compris la nécessité de s'appuyer . VII. qu'il avait levé de sa propre initiative (Diodore. 5. Accademia dei Lincei. Arrien. d'avoir pillé les temples. autre chose est de lever une armée dans les populations de la satrapie. et fit recru ter des mercenaires 7. 7 i 82. Bikermunn. 14.. - 42- . en particulier p. 4). Ibid. Histoire des Lagides. Mais une chose est de favoriser les classes dominantes. XIX. 3 i VII. 90~92. 6. XIX. 11. 1. en 217. 1 (1903). 4 . qui souligne justement que l'expression Il popu~ la tions indigènes ".3) . r. aussi G. passim. G. (. Recherches. On peut même avoir des doutes pour Néoptolème dans lequel. T. Ibid.X. 4-8.. Diodore. 1. Succ. Il en fut de même de Séleucos cn Dabylonie. p. 9. par exemple. 10). CCCLXlIt (19ü6).. Anab. 12). 1967. Will. mais sur les anciens maîtres.. Griffith. 17. 7. S. c'est-ù-diro un u chef de la noblesse perse 1 (F. E. (1964). Ce {ait est souligné par Ed. i. p. fi9-75. Scibcrt... n Suse. Cf. 199). 27) j c'est pourquoi Il il répandit le bruit que Néoptolème revenait avec Pigeès à la tête de envuliors pris parmi les Cappadociens et les Paphlagoniena 1 [Plut-u-que. 27. manifestement un Iranien (d. per!. fi i cf. avui t abundonnè Eumène pour Nôop tolème. Lnuncy. pur les egkôrioi ct par leur propre armée. aussi Tarn. P. et plus tardivement encore qu'ils furent admis aux bénéfice de la clérouquie 9. laissés en commandement des troupes de Médie. au moins.non pas sur les « indigènes »1. II. 5 : lors de la destitution de Peukeatus par Antigone en 316. 2 i Arrien. au printemps 321. p. 8. 7. . (Hl Egyptian village in the tvolemaic [1('rioo. 14. qu'elles fussent civiles ou religieuses 3. Vuir Bouchè-Lcclercq. 7'lw mercenariee of lite lielicnietic worid (1933). 30. p. 109 sqq. 1. CamhritI~('. VI. En cela. que les Égyptiens furent intégrés dans l'armée lagide B. T. XVIII.. 8. ll ietorische Beitrage zu dm Vc/'birulfmgeu in heilenistiechen Zeit (Historia Einzclschr. Alexandre voyait dans cette pulitique le seul moyen de \[ garder la nation (etJmQs) soumise en toutes choses D (Diodore. 6. cf. Grinith.. A-r. P.. violé les tombes et d'avoir perpétré toutes sortes d'injustices contre les populations soumises.

3. qui avait d'énormes ressources humaines lI.. tiu. Diodore. de trois mille hommes « de toutes provenances » équipés pour servir à la macédonienne 9.. Ainsi. dont il s'était acquis le soutien par la bienveillance qu'il avait manifestée à leur égard entre 321 et 316 3 . 3. il se montra si affable et si bienveillant envers tout le monde.. I u«. tu«. XIX. 2. acheta des chevaux.62 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES Mais.. 56. Il conserva Ba eatrnpie en 323 (Diodore. Hoefer]. F. des deux diadoques. d. 91. 3. Enfin. et la population était prête à défendre sa cause à tout événement 6 ». passim. 55. celui d'Alketas en Pi sidie en 320/319 : a) le premier exemple est celui du retour de Séleucos en BabyIonie en 312 1 • Pour pallier son infériorité numérique 2. Ibid. 2-9. J.. 5. Arrien. 6. reclo ligne 5). Le cas de Peukestas même n'est pas isolé. 30. 10. b) dans sa satrapie qu'il contrôlait depuis 325/324 6 . Eumène et Ptolémée. ta. qu'il fit naître de bonnes espérances. 4). 1..). à la fois dans les buts et les modalités. 17. R. à la même date. XVIII. Séleucos se réfugia auprès de Ptolémée (Diodore. 5. Une simple comparaison avec le texte de Plutarque relatif à Eumène montre combien étroites sont les analogies. de cavaliers thraces. 1932. 5 (trad. on est rapidement amené à constater que le geste d'Eumène n'est pas isolé. 53. lorsqu'on étudie les luttes entre diadoques dans les dix années qui suivent la mort d'Alexandre. XVII. 21. de six cents grecs. lever dix mille archers supplémentaires dans sa satrapie?". •. 9. il leva des troupes.. 27. avec les décisions du Kardien en Cappadoce en 322. 39. 90. Cf. - 43- . 22.. Diodore. Appien et Pausanias. Id. 3. VI. 2. 14. 6. XIX. Ibid. Chronique babylonienne des diadoques. Appien. XIX. Anab. ses forces se composaient de dix mille archers et frondeurs 8. 90. Ibid. Peukestas s'appuya de même sur une armée essentiellement iranienne. 2-3. et de quatre cents cavaliers perses. 6. C. 3-•. lee. 91. Cf. précisément. Syr. 8. n'est-ce pas plutôt le second qui constitue un cas à part? En effet. celui de Peukestas en Perside. et les distribua à ceux qui savaient les monter. il revint en Babylonie en 312 (Diodore.6). 1. 1. en 317 7 . il put. 7. 110. 2. cU. Après sa rupture en 315 avec Antigone (Diodore. tous les satrapes orientaux se 1. Ibid. l bid. II s'empara tout d'abord de la citadelle de Babylone 4 : « Cela fait. F. 6. 3) et en 321 (Ibid. 91.. il se tourna lui aussi vers les populations de la satrapie. 11.... Trois cas sont particulièrement significatifs: celui de Séleucos en BabyIonie en 312. Pausanias.

14. 6. il devait se constituer une armée dans cette population belliqueuse. ~tude SUT le principe de l'ancienneté dans le monde helUniqu6 du va siècle 4 l'époque romaine. s. Y. •. XIII. Alketas (nO 5). 3. 3. R.. cr.. 3-7 et 47. i G. voir la description clans Lanr-koronski-Potersen.. Ibiâ. sans doute avec l'accord tacite de son frère. VI·A (1934). Diodore.. 16. p. Ibid. 3) i 46. Kaerst. 6-8. 13. Acad. 1 (euergetein j même terme en 4. 13. (no 2). 2. Roussel. Cr. Diodore. cf. 6. Lanckoronski-E.. l nscr. 5-6. Eum. 3·5). Heberdey. 4 i Arrien. Y. il réussit à se constituer une armée d'une loyauté indéfectible 10. il résolut à nouveau de ne pas collaborer avec le Kardien (Plutarque. 46. 69 sqq. IV. 43~2 (1951). Petersen. 8. à la fin de 321. Mais Ù trouva des partisans particulièrement actifs et fanatiques parmi les « jeunes (ne6teroi). A. Radet. 69-72. 3' aéeie. passim). 4 (voir aussi Diodore. Suce. 2. 1) avec la campagne précédente en Cappadoce) (322). n. op. E. et infra. p. De cette manière. Mém. Alezanderreich. réussit à se réfugier dans la cité de Termessos 6. la Pisidie était hérissée de places fortes faciles à défendre 7. XVIII. p. entouré de son agéma et de ses six mille alliés pisidiens 4. et déposèrent ses restes dans une splendide tombe rupestre 18. perdit sa phalange macédonienne et ses principaux lieutenants 8 et. Ibiâ. il subit une déroute complète. 6. 46. Attaqué par Antigone. Sur cet épisode. II. cit.. avec une confusion (Ibid. R. c) c'est à un procédé analogue que recourut Alketas en Pisidie. XVIII. Ibid. Sur cette tombe. il les avait levés dès au moins la mort de son frère Perdiccas..D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES 63 présentèrent à cette date à la tête d'armées levées dans les populations de leurs satrapies 1 . Ir. 5. Après sa mort. Diodore. 29. 4. Ibid. col. en 320 1319~. 1. 22. 44.. Diodore. Ibid.7. dont la supériorité numérique était écrasante. 45. les jeunes de Termessoa lui firent de magnifiques funérailles 12. 15. Ibid. eù. Diodore. XIX. 1-3 (sur le destin des chers. car il avait compris qu'isolé comme il l'était. en mai 321 6 . R. Inst.. Justin. cr.. Alketas était en Pisidie depuis 322. passim. 12. 7. 207-208. XXI (1893). 24. Arrien. p. 8. en revanche. col. 10. Diodore. 1. au surplus. 7. 2 (d6rean. - 44- . 2-3. Ibid.. 9. . où les sources littéraires sont rassemblées. après que celui-ci eut conduit une expédition victorieusc contre les villes rebelles d'Isaura et de Laranda (Diodore. F 11. p. Sur la carrière d'Alketas pendant l'expédition d'Alexandre. XIII.. en leur permettant en particulier de garder pour eux la moitié du butin 9. Diodore. 11.. Ibid. sur sa carrière après 323. 5. Ces Pisidiens. 732-775 i Ch. 6. voir P. 1 (1894). 3. 47. op. 64. * 1. 1-3. Lu viUu de la Pieiâie. 2). nO 54. G.. tu«. voir R. au début de 321 il avait reîusè de se soumettre à Eumène malgré les ordres de Perdiccas (Plutarque.. XVIII. E. Eum.. 7. voir Polyen. en Égypte. 3. passim i Justin. 15141515.. 45.Sur TermeBSOS (l'ancienne). 41). 3. 2-3. Il apparatt donc qu'Alketns s'était réservé en Pisidie une sorte de principauté personnelle. C'est pourquoi il combla de cadeaux 6 ses auxiliaires.. Ibid. Plutarque. 189-191. voir Berve. sur la bataille.. 28. les Anciens (presbuteroi) préférèrent traiter avec Antigone et précipitèrent ainsi la défaite du diadoque U. Anab.

mais d'une population très largement hellénisée 1. 208). 5. Heberdey. 215-228 (à propos de G. La distribution de chevaux par Séleucos (Diodore.. Eum. de l'édition allemande) ont mis en relation cette geroueia et les preebiueroi qui s'opposent à Alketas . n. tout en affirmant qu'on ne sait rien sur lee institution.Soulignons qu'il s'agit là du premier exemple de l'inhumation q'UD diadoque en terre asiatique. 763) s'cst fermement élevé contre l'hypothèse.. 4).. Anah. p. A. R. et se crée ainsi une sorte de garde personnelle. G.IM. d'une différence purement circonstancielle. 13. J. Au fond des choses. p. 13. Frank/urt/Main. cù. M. 1964. . Comme il elt raisonnable de supposer qu'Alketas n'avait pas ignoré le projet des Termcseiene. Roussel (article cité.erOlhippiko. de la Société J. 3 A. Les Macédoniens ne font que reprendre à leur profit des institutions militaires préexistant à la conquête : levées satrapiques en Iran.ngrliber. XIX. On peut supposer la même chose pour Séleucos. à mon sens. 7 et 14. 67-87).. Le fiel dam la Bahylonie achAmAnide. de Termessos hellénistique. ce qui n'est manifeetoment pas le cas (cf. p. P. Housael (lh. on peut (peut-être) voir dans cette politique l'affirmation de la destinée asiatique du diadoque et une volonté de s'enraciner dans Bon territoire [les restes d'Eumène furent également convoyés en Cappadoce: Plutarque.. : traduction d'un contrat cunéiforme de 422 avant J. Archon de Pella) furent 1 rapatriés' en Macédoine. Mais il s'agit . col. 2.. GeseU. hellénistique). 3. organisation de ne6teroi à Termessos 3. » On sait qu'il existait une glfrousia à l'époque 'romaine (T. Johnnn Go. 590) ..Ià.'d. Bodin. XIX. Heberdey (loc. fonds de cheval». pour se les attacher. n'est pas sans offrir certaines analogies avec le kl..64 nEVUE DES ÉTUDES ANCIENNES On pourra juger que cet exemple diffère profondément des précédents puisque l'armée d'Alketas n'était. Diadoch.. ct l'article de Ch. Il prouve précisément qu'aux yeux des diadoques. d'autres en revanche (Cratère. mail entre Ica parents (lion mobilisa bles] ct les enîants [aoldnts]. (Dans l'empire achéménide. Eum. 5. Uni•. en Ialaent valoir que Diodore donne également à ces Anciens l'appellation de gami. l'essentiel n'était pas d'être étroitement fidèle à la politique iranienne d'Alexandre. II : Les liem de va88alith el lu immunith.. ce dont il déduit que la lutte ne s'est pas engagée entre ". en outre. certaines satrapies devaient fournir des chevaux. Cardascia.. ReclUil.-C.mC6IBeur' macédonitlll d'Ale=ndr. Sépuftwu du wmpagMns de guerre ou . en guise de tribut (Xénophon. Voir R. IV. cù. La comparaison avec la conduite d'Eumène en Cappadoce [Plutarque. puisqu'elle semhlerait indiquer que la Bahylonie n'avait pas d'organisation de cavalerie... t 958. 1. b) ces régions sont de traditionnelles pourvoyeuses d'hommes. S. p. n. 3). 737-738. 46. Voir en particulier Diodore. la solidarité des groupements militaires ou . Site. p. Kleiner. mais les donne simplement il ceux en qui il a toute confiance.. Wi4.. loc. 1 (1962). 19. (Ibid. 4 et 15. cù. qui. 208. Bruxelles. peut-on dire. 29. soit à titre personnel (Alketas) . soit à titre officiel (satrapes). 91. Lanckoronski-Peteeeen (up. Picard. 3) peut permettre de comprendre celle de Séleucos: lee Cappadociens qui eont appelés possèdent déjà leur cheval (Eumène. 4. Nepos. en Cappadoce et en Babylonie'. Eum. p. note justement: « De son côté.ne organisation d'anciens et une organisation de jeunes. montrant l'existence d'un . paramilitaires» leur permet une nction unanime d'une terrible efficacité. 56 Iqq... les moyens et les buts de ces conscriptions sont identiques chez tous les chefs macédoniens : a) ces levées sont organisées par les diadoques dans le territoire qu'ils contrôlent. 1) - 4S- . 33. 1. 24)). il achète des chevaux. 5) peut paraître plus curieuse. pas composée d'Orientaux. 1. P. la jcuneaee a ICB cadres tout prêts. leur concède dee exemptions de tribut) .

Diodore. 45. place l'akmè vers la cinquantième année. Vidal-Naquet. O. Eumène est. 105). Plutarque. 92.1335 b.D'ALEXANDRE LE GnAND AUX DIADOQUES 65 c) en instituant ces recrutements. P. il ne fait donc guère de doute.).. considérés à cette date comme les combattants d'élite 4. 49-64. Alketas entend bien participer à la lutte pour le pouvoir 5 et après sa défaite. Hérodote. 5 (lX"'v ~8'1j (3«a'À"'ov <xv&aT'ljf'IX -/jYEfLOV(IXÇ) .. Eddy. 6-9 i 55. p. que ces nedteroi de Termessos constituent bien un groupement militaire civique. 4. 91. 14. puisque dana la cité sont restés également Il les citoyens dans la force de l'âge (. ct. 1. à. p.Jcanmaire. d) ces chefs macédoniens comptent ainsi faire progresser leurs ambitions personnelles: juste après la mort de son frère. !IXUTOV <j\ETO 8. 14. XIX.. L. après sa déroute devant Antigone. The King ie dead. 18. 1 (. 15... 59. Oourot et cents cavaliers [Dio- 54). son but est évidemment de se faire reconnaître une autorité sans partage sur la Babylonie 8.1v lX"'v -r/jv TWV 7t<XVT"'V -/j- YEfLovtlXV) . Pélékidis Histoire de l'éphébie attique.•ne. Il paraît donc bien que presbuteroi et neôteroi forment des groupes institutionnellemont distincts. IV. qui peuvent donc aussi être des e parents s (Aristote. Re<'. Diodore. j'ajoute qu'elle me paraît erronée. S. toises. Lo Stata dei Seleucidi. Peukestas. E. 22-23. 4. Plutarque. 3ft. 1950.Cf. XVIII. 7. Séleucos.. p. XIX.. 5 - 46- . Robert... 5 i cf. p. Ibiâ. Muati. 1939.. H. 54. II avait reçu de Ptolémée huit cents fantassins et environ trois dore. et J. 194 1196B).. l'expédition d'Ürthagcrae contre Termesaoa au Ile siècle: S. H. P. Ibid. Paris. )(~l 86~IXV <x~l"v . 7. K. Lille. 1. Pol. B. 3. 2 1 <XfLCP'a~'ljTE'V -/jYEfLOV!<xÇ) .. 112 Bqq. de son côté. p. Ils y sont contraints par les nécessités de la guerre : Alketas. H. [cf. et D. G.• p. Houasel. 1937. Bum. <XfLCP"'~'ljtiialX' 7tPIXYfL<XT"'V). 1962.183). chiffres légèrement différents dans Appien.. à des influences cré. lB. p. 1 (. 208-209.. ligne 39 j L. 6). 3. G.. Gortyne: Polybe. par l'intermédiaire de la Lycie (cf. 107. quant à Séleucos. p. Syr.. propos de la etaeie entre neôteroi ct preebuteroi il. dans Termessos hellénistique. en a fort peu l. qui accompagne normalement d'autres institutions comme les peripoloi. La constitution de toutes ces armées locales est tout à fait jugeait déjà cette rèfutation e trop sommaire s . G. S. Studies in the Near Eastern resistance to HeUenism (334-31 b. et les garnisons macédoniennes de la satrapie montrent peu d'enthousiasme à le suivre 2. qu'on est tenté de rapprocher d'institutions crétoises (rapprochement fait allusivement par P. il espère conserver intacte sa puissance en Pisidie 6 . Supra. dans cette hypothèse. Ibid. p.K(J. 1 . Roussel. Et. utilise la force de son armée pour disputer la première place à Eumène 7.• XV 11966). 465-466). à mes yeux. 5.11. A cet égard il est important de constater qu'on connait. Rien n'interdit de penser. p. Bâ eqq. 39-49) i on connaît également en Lycie-Pisidie des corps de neaniskoi (cf. les éphèbe. P. de ce point de vue. 't'wv &. l'institution de l'irénarque (L. Paris. Diodore. 90. 2.IX~6v't'{l)V Tt'oÀt't'wv)J. 200). Ces levées devaient donc compenser le manque de soldats macédoniens.... Ch. VII. 3. 173 i cf.. 570. G. Ibid.. les grands chefs macédoniens n'ont pas pour objectif de réaliser une fusion des races. Démétrios.. est privé de troupes macédoniennes. . en état d'infériorité par rapport à Néoptolème 3. Ibid. Ibid. Robert. en revenant en Babylonie. ~-5. ua.. Courèiee. 6. Études anatoliennes. Robert BuU. S. 91. I.. P.

accuser Arrhidaios de gérer sa satrapie (la Phrygie de l' Hellespont) eomme son bien propre 4. aussi Arrien. estime que le Borgne pouvait lui nusai considérer Ma eutrupin comme chôra doriktetoe i mais c'est oublier que ces succès avaient été reruport. . en 319). p. 10. Gr. F. ne tenait guère qu'à la personnalité d' Alexandre 1~ Le proeessus de la sécession a déjà été décrit pour l'Est séleucide au Ille siècle : pour faire pièce à la ruée nomade. La manière dont le roi avait imposé à ses phalnugitcs de rester l'Il Asicl ct de (Driller une phalange mixte avec les Iraniens (supra. 5 : Ptolémée considère sa satrapie connue tÙJrikteto8. Plolemaio8. Pour fonder cette nouvelle légitimité. Saeculum. C'est ainsi qu'après 323 et surtout 1. d'autres à la proteetion privilégiée d'Alexandre 6.. A. II. Schachcrmeyr (Alexamler in Babylon. 14. Ibid. F 9. M. 20 partie. III). les sécessions ne sont pas dues à l'incapacité de l' « armée royale 'l à défendre le territoire. Suce. Seibert.. 3. Ibid. avec une erreur). chacun d'entre eux comprit qu'il fallait disposer d'une base territoriale et d'une armée qui lui Iüt tout acqurse x a) il est frappant de constater que beaucoup de satrapes ne considèrent pas leur pouvoir comme un pouvoir délégué. 152-156 i R. 185200). p. (Il est vrai qu'après juin 323 cet aspect dcs choses a pu rendre Anli~ono plus rétif à l'autorité de Perdiccas. Ic terme n'est Ilssur6 que pour Ptolémée i mais d'autres satrapes ont conquis leur gouvernement les armes il la main: ainsi Lysimaque contre Scuthès (Diodore. - 47- .) di. Ii. F1. III. Dans les provinces occidentales. Gr. mais comme un pouvoir personnel. XVIII. 243 sqq. 51-58) laissait llIal augurer de l'évolution des sentiments profonds des soldats après 323 (Cc point sera repr-is tians UII deuxième article à paraître dans le prochain fascicule de la R. 32-38. F. On constate partout cet éclatement des structures unitaires.. J.prirent le titre de roi et s'appuyèrent sur des armées iraniennes 2. 50. mon Antigone. n? . p. p. en revanche. 2. on peut faire la même reflexion pour Eumène en Cappadoce après la mort du Grand Vizir en 321). 19 (1968). 3.. É. Diodore. 1 re partie. 5. p. Ibid. 4 (Pithon en 323 cn Iran) j Ibid. eutrupc de Petite-Phrygie. Pour ce faire. cc qui empêche Antipater (s'il l'avait voulu) de la lui enlever lors du partage de Tripnrndcisoa à l'été 321 (cr. certains font appel au « droit de la lance 'l5. dès cette date. en particulier p... Antigone put-il. de fonder une dynasteia 3. 52.. J. 6).. (8upra. Arrien.155. 52..66 nEVUE DES ÉTUDES ANCIENNES caractéristique de la désagrégation rapide de l' « unité impériale ». mais aux luttes pour le pouvoir. Will. L'ambition de nombre de chefs macédoniens est. A. 4. A cette date.également soucieux de leur ambition personnelle.. des chefs macédoniens (des satrapes). 2-4. 32-46. 01'. cit. Epitome. en 319. Ueber cine Formoerdnderung der Monarchie seit Alexander d. chap. 3 (Arrhidaio8. Deified kingship and propaganda coinage in the early beilenietic age (323-280 B. Ft. p. il est vrai. 34). partant des succès d'Antigone en Grande-Phrygie en 333·332 (d. XVIII. . Ibiâ. 39. 4). n. mon Antigone. 7.ée au nom dIt roi.).notion qui. . Cr. Hadley. P. dès la mort d'Alexandre.. Cet appel au souvenir d'Alexandre est un fait bien connu à l'époque des diadoques (cf. Ed. Ainsi. 1. A. tt. 6. Sur ce terme de ctôm doriktet08 t voir en dernier lieu W. et à Triparadeisos il est considéré par Antipater comme lndèlcgnublc llleid. Sehmitthenner. chap. C.

1. Robert. peut-être citoyen de Théangéla ct probablement officier macédonien. H. nv 429 j M. S. Berve. V. 7-21. L. A. p. 37). p. de cc point de vue. Grande-Phrygie. A.. la conquête macédonienne-ne constitua pas une rupture dans les pratiques administratives et politiques de J'Asie Mineure. Part I. XIII... 1. dont le pouvoir est déjà bien établi cn 314 (Diodore.Pour Séleucos. III. XIX. 3) (hormis une interruption d'un an. cf. Thrace. Suce. après 321. après la mort d'Alexandre. voire même des « techniciens 1 Il. Arrieo. 17 t L. XVIII. 2. Eupolémos. 1967.. p. vers la Koilè-Syrie (Diodore. Rostovtzert. par exemple. 29. La bibliographie la plus récente sur les dynastes se trouve dans J. 3 i Polybe. 1893. p. Diodore. 33-35) et Séleucos en 317 (Id. XIX. Or. XIII. Kôhler. 2. 43. ). Anab. 1. Diodore. E. 94).. XVIII. 23. Arrien. mais qui est connue dès là période achéménide (Nepos.. (Diodore. BuU. Roussel. l'essentiel des troupes macédoniennes était sous le commandement de Perdiccas (et d'Antipater en Europe).1-2). 362). cf. Inscriptions grecques. dans lesquels les satrapes avaient su s'attirer l'appui des dirigeants. ce territoire n'était qu'une base d'opérations propre à faciliter la conquête d'une empire beaucoup plus vaste 2. p. 6. qu'il gouvernait depuis le printemps 333 (Arrien. XIX. 195~.. il s'agissait seulement de se transformer en dynastes locaux 8 ou en tyrans 4. 28).1964. Le meilleur exemple en est Eupolémoa de ThéangeJa. d'où peut-être l'opposition des Anriens (autre exemple de tyran s'appuyant sur les Jeunes: Hérodote. Préaux C.Même si la plupart des dynastes connus en Asie Mineure datent du Ile siècle. 18). 57. 86-96 i voir aussi G. Die Tyranni4 bei den Griedxen. après 321.. R. lignes 64~65. Vertriige. Il est intéressant de constater qu'en 321 Antigone conserva sa satrapie de Grande-Phrygie (Ibid. 12-13) purent utiliser les systèmes de canaux pour protéger respectivement I'Êgypte et la Babylonie. 1. date de fondation d'Antigoneia (Diodore. la Cyrénarque (cf.ilik. Il dirige la b. p. Robert. voir Diodore. comment "Ptolèmée en 321 (Diodore. Cette continuité est clairement démontrée par l'emploi de la formule « dynastes. en 323. 12 i cf. 1931. sinon comme ceux d'une tyrannie. 68. 1[ 1[ 1[ - 48- .. Arrien. à Mylasa comme tyran ou dynaste de la ville. p. rois.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES 67 après 321 se constituèrent des territoires pratiquement autonomes ou indépendants (Égypte. beaucoup de dynasties. . 7. D. 71 .des spécialistes de l'hydraulique en particulier . ~7. Babylonie. Seule la collaboration des techniciens locaux . en particulier p. La naissance de ces dynastes s'intègre parfaitement dans le processus de désintégration de l'empire que nOU8 essayons d'expliquer: nul doute qu'un certain nombre de « diadoques mineurs» (tel Eupolèmoe} ont trouvé là matière à assouvir leur modeste» ambition. cf. nO 192. puis. Études. 19 sqq. à mon avis. 22. Collection Froehner. Milh.. Sur l'enrôlement des techniciens des finances. pour d'autres. XIX. p. cités. III. IV.••). The greek inscriptions. 16-19 j Justin. 312-326.. P. Vertriige. 5 : à mon avis. et J. entre l'automne 322 et l'été 321) . 16. 3). Ptolémée ne tarda pas à s'étendre vere.. p. 4. Or. CI. 3-5. Die Karer und ihre Dynasten. XVIII. 211)7 On sait que ces régions de Pisidie et de Lycie ont toujours constitué des terres d'éjection des tyrannies (Strabon. 3. 5. 39. M. Pour certains. 1. Agesila8.. remontent certainement à une époque bien antérieure (cf. 1. à une époque plus tardive Appien.l. 8351. 6. 117-175. W. ë microf. b) il leur fallait aussi une armée puissante et sûre. 3 et 90. s'était établi. Univ. DI. Crampa. ligne 11 i n? 551. 51 (19G9). 1950. Klio.permet de comprendre. Suco. Suce. ~27-430). 5 i Schmitt. 29. Lund 1969. 183. Bockisch. S. articu citA.. 3-~. Kelainai resta sa capitale jusqu'en 306-305. p. tout permet de supposer que ce cas n'est pas isolé et que. Penns. n. contre les attaques de Perdiccas [Êgypte] et d'Eumène (Babylonie). 55. Hollcnux. dunami. Ibid. 19-21. 69 sqq. XIX. 48. peuples " qui fleurit à l'époque eéleucide (Schmitt. 1. 72. Comment caractériser le pouvoir et les méthodes d'Alketas en Pieidie. Labraunda.

32). .uchungen über die Politik Ptolemaeoa l' in Griechenland. parce qu'il disposait d'un trésor considérable (huit mille talents) 2. p. 4). IV. mais ce n'était pas un diadoque à proprement parler. 6 j cr. Une partie du tréaor d'Alexandre (cinq mille talents) avait été emportée par Harpale (Diodore. 19. Avant sa carupagne contre l'Égypte en 322. dans les années qui suivent immédiatement la mort d'Alexandre. XVII. 45. 4) i il est tout aussi désargenté à son retour en Europe (Arrien. Polycn.). tel un pirate. en 316. je le répète. dès son installation en Êgypte. 10) . Harpalus. il ne restait plus aux ambitieux que deux solutions: soit l'appel' à des mercenaires. F24. Seul Ptolémée le put. - 49- . Suce. S. la plupart des satrapes n'avaient pas les moyens financiers de recourir au premier procédé. 3. cf. S" 1961. pendant au moins quatre ans après la mort d'Alexandre. 13. 3. 1-2). rendu maître des trésors (cf. XVIII. satrape de Babylonie. à tel peint qu'il ne peut pas verser aux Macédoniens les dons promis par Alexandre (Arrien. 16 sqq. 3. son exemple fut suivi l'année suivante par Antigone. p. XVI. XIX. les satrapes n'curent donc d'autre ressource que de détourner (éventuellement) à leur profit le tribut dea provinces. la solution d'une armée « indigène 0. 44) à l'automne 321. en 321. 9). cette masse considérable de métal précieux fut stockée à Kyinda (Strabon. 39. 23-24) i à Triparadeisoa. Ce fut Antigènès. l biâ. 1·3. Breslau. p. 6 j Arrien. qui s'était emparé de l'argent et des mercenaires d'Harpale (Diodore. Ptolémée. captura un convoi à destination de la Macédoine (Diodore. Polyen. 35 et 38) . le condottiere Thibron..• 52. 9). IV.. cr. il accomplit en partie seulement cette mission (en 317 Eumène puisa encore dans les trésors de Suse: Diodore. III A.-M. tu«. qui Il'ctait. 1. Diodore. Edmonde. 14. XVIII. Or.. 6. qu'en Grèce (cf. reçut la pennission d'utiliser les ressources de Kyinda (Plutarque. Altie. soit l'enrôlement de la population de la satrapie. G. 14. pour les autres. Mais ce n'était pas là une solution absolument désespérée. Il convient de souligner en effet que la richesse du sat.Seul pourrait être comparé à Ptolémée. Perdiccas n'était sans doute pas mieux loti: ainli l'explique peut-être les mesures drastiques qu'il prit contre ArchOn.On ne saurait donc trop insister. XVIII. puisque le Borgne. De 323 à 319 au mieux. 2) ct qui put procéder ainsi à de nouveaux enrôlements au cap Ténare (Ibid.. 39. 3). 1 . Ibid. 2. J. De tout cela il apparaît que. Ménandre Les p~CheU1'8.68 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES l'ancienne armée royale passa sous le commandement d'Antigone le Borgne 1. 5. Moser. symmachiques avec plusieurs rois de Chypre lcf. Diodore. . 555) -et d'où des convois de c galions li le transportaient vers la Macédojpe (Diodore. sur le poids dei contraintes financières dans les luttes des diadoques juste après la mort d'Alexandre. 5. car l'inventaire des trésors royaux n'a pas encore été fait (Ibid. 1-5). E.upra.dont l'opulence était renommée jus. 52. 55. pour voir S8 trésorerie déflnivement « assainie 1 [Diodore. se procura une floue et noua dei relation. dès lors qu'on lui 1. 1-2) . . malgré les contributions levées sur les cités asiatiques 10.. 15. Antigone dut même attendre la conquête de Suse.. Diodore. constituée autour d'un noyau plus ou moins important de Macédoniens. en 319. mais d'une manière illégale.. 4). Ibid. semble-t-il. Ibid. Polyen IV. E. en 321.. 7 j cr. Unler. Dès lors. H. 32 . qui fut chargé par Antipater.• 58.. XIX. Ibid. les eatrapee ne purent bénéficier de sa c moisson de l'Asie. Com. n. et qu'il communiquait facilement par mer avec les cités grecques 3. 60. 108. Désormais.I. Diodore. 17. 12. 1914. et dans le choix dei stratégies..rape d'Égypte est tout 4 fait exceptionnelle dans ces années. de convoyer vers la mer les trésors de Suse (Diodore. Arrien. 7. dies. chef des Argyraspides et nouveau satrape de Susiane. Restait. Le premier a utiliser une partie de ces richesse pour recruter dea mercenaires fut Eumène qui. Ibid. dans J. La supériorité avérée des phalangites macédoniens 4 pouvait être sérieusement mise en défaut.. 4. 58-59. p. 7. 6. 21. Suce. Antipater eat démuni d'argent. Eum.. 6. Badian.

47.. II est bien vrai qu'Hiéronymos de Kardia met constamment en exergue le loyalisme dynastique de son compatriote : mais ces 1. D'autre part. ce qui n'était le cas ni avec les mercenaires ni avec les Macédoniens '. Ainsi. protecteur ». 60·61. Seleukoa et Nikanôr Be livrent bataille à la tête d'armées presque entièrement composées d'Orientaux. XIX. 3. 2). puisque de toute façon les populations seraient engagées de gré ou de force dans ces combats 4. Cf. Il ne me paraît donc pas déraisonnable de conclure que la constitution de telles armées révèle l'existence d'un certain consensus entre les successeurs d'Alexandre et les aristocraties locales. Enfin. Le problème est posé avec une remarquable netteté dans les discussions qui ont lieu entre les Mdteroi et les preebuteroi de Termcasos sur J'attitude à adopter face à Antigone. 47. - 50- . p. La distribution de cadeaux (dôreai) 3 de toutes sortes faisait des soldats. ?-. et principalement de leurs chefs. 5.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES 69 opposait une force de cavalerie: ce qu'avait parfaitement compris Eumène de Kardia '. 8upra. 92. en cas de victoire du <. toutes les cités grecques (et autres communautés) d'Asie hellénistique sc sont trouvées confrontées à cos problèmes. Après la mort d'Alketus les neôteroi se muèrent en bandes de pillards qui ravagèrent le territoire d'Antigone ilbiâ. au fond. 1-4. mais au moins. 91. Ce problème scru traité dans le deuxième article à puruttrc dans le prochain fascicule de la Revue des Éludes anciennes. supra. ln neutralité étant un luxe Je citée riches [ex. à tout le moins. II est certainement apparu indispensable aux chefs locaux de prendre parti pour l'un ou pour l'autre compétiteur macédonien. conserver une autonomie interne plus ou moins grande ou.). sauvegarder le patrimoine matériel de leur communauté". rien dans son action politique ou militaire ne prouve clairement que ses objectifs à long terme aient différé de ceux de ses adversaires. Rhodes). 59. 5. (Diodore. 1). en choisissant de leur propre volonté de combattre sous un diadoque plutôt que sous un autre. Cf. ils préfèrent traiter avec Antigone (Ibid. la levée de telles armées coûtait beaucoup moins cher que l'enrôlement de milliers de mercenaires grecs. p. 4) . Mais. Les seconds jugent que cc serait prendre un risque disproportionné que de transformer le territoire civique et la cité en objets de pillage pour défendre le sort d'Alketas (Diodore. • • Si nous en revenons maintenant à Eumène de Kardia. 46. les dirigeants locaux pouvaient espérer en retour. XVIII... en 312. les obligés personnels du diadoque. 4. 4G. cette collaboration entre le satrape et les populations locales lui permettait de disposer d'une armée d'un dévouement à toute épreuve. 4-7) pour éviter la guerre et les destructions (Ibid.

Comp. 6. Diodore. 50. 2 i Justin. Arrien. 8. Plutarque. 1. tu«. de garder avec lui des otages cappadociens. . p. 2G i Plutarque. Or un trait commun avec les autres diadoques sc dégage d'une analyse de ses choix politiques et stratégiques: c'est son souci constant de faire de la Cappadoce sa base d'opérations et de recrutements personnelle. 1..). une occasion (échec des premières négociations avec Antigone en 320). 11.Plutarque dénonce avec force l'ambition du Kardien 2. 3. en utilisant son prestige sur les populations. victoire qu'à. 12. des bêtes de somme et des tentes 9. La réaction d'Eumène facc Cratère s'explique surtout pur l'antipathie profonde que le Kardien vouait à Antipater. 41. XVIII. cr. xocl qU. s'était contenté de la première place aprèl lui J. tu«.. 37-1 (1951.. 53. 5. Appien. Eum. Plutueque. Succ. Diodore. Arrien. G-7 i cr..là même donc où il exprime son sentiment personnel . Eum. 7. de réunir une nouvelle armée « indigène 1). 2. Rappelons qu'Eumène Il étè condamné par une ASlI.). tu«. Eum. Les refus qu'Eumène opposa successivement aux propositions d'entente de Cratère en 321 3 ct à celles d'Antigone en 320/319 4 sont présentés par Hiéronymos comme des preuves de la pistis d'Eumène envers Perdiccas ct envers les rois. - 51- . 5. semble-t-il (cl. Ainsi. Sa satrapie. Eumenee of Cardia. 8. (trad.. 5. T&V ô1t'èp TOi) 1t'PWTEUEI. 3. cette date chacun prévoyait. 4.. 1.. avec ré- férences aux textes anciens. Même si elle emprunta parfois des voies originales.. B. Syr. D. Eum. 1 (cptÀ01t'6ÀE(. au lieu d'entrer en lice pour lui disputer la souveraineté (. II. 8). Hiéronymos lui-même pst bien obligé de constater les trop grandes exigences d'Eumène (Diodore. Diodore. Westlake. 1). l'ambition personnelle d'Eumène Ile peut guère être mise en doute. qui la lui rendait bien [Plutarque. R... il est tout à fait caractéristique que.. en quelques jours. 3. . 319-32G. en se réfugiant à Nora.. 8. Plutarque. Diodore. 9. il réussit à 1. XVIII. 1. il Il pris ses quartiers d'hiver à Kelninai. 2. En vérité. dans le parallèle qu'il établit entre Eumène et Sertorius . 8. G-7 (320). 39. Ibiâ. En outre. 37. L.70 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES louanges excessives sont pour le moins sujettes à caution 1.emblOe des Mueèduniena après la mort dc Perdiccas [Diodore. 1. 5). 2. il prit soin. 3 : pleonexia. 3. XIII. tu«. 5.1. Ibid.À6VELXOC:. 2. 12.\1 <iyoov<ùv).).3. après sa « libération ».. ct 53. 5. Succ. il sc fit livrer des chevaux. B. en échange desquels. Arrien. 2. à. 40. Plutarque. 4).lOC:. il paraît plus réaliste de les interpréter comme l'expression d'un calcul politique habile 5. 5 (319).. avait été confiée à Nicanôr 7. et ù pnr la certitude d'obtenir une place de premier choix dana le 1 nouvel empire 1 après la victoire de Perdiccas sur Ptolémée. 2 (1 car Antigone sc ecrnit volontiers servi d'Eumène. ct ftlith. '. Latzurus] . XVIII.. 10 i Nepos. 30. Suce. 2. 37. 1. lors du partage de Triparadeisos 6. XVlll. il s'empressa. 6. si celui-ci. XVIII. capitale de la GrandePhrygie (Plutarque. Cela n'empêcha pas le Kardien de s'y réinstaller à la fin de l'hiver 321/320 8• Après sa défaite aux Champs Orcyniens. Rentré en Cappadoce..

119-123. 1. tu«. 3... 59. des instructions écrites de Polyperchon l'avaient remis à la tête de la Cappadoce 4. GO. 1-3. Plutarque. correspond aux deux aspects des pouvoirs d'Eumène: la stratégie d'Asie d'une part. mettait à part une somme (cinq cents talents) qui était donnée à Eumène à Litre personnel (plutarque. Diodore. p. Les hésitations d'Eumène sont clairement indiquées par Diodore.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DfADOQUES 71 rassembler autour de lui entre mille et deux mille cavaliers 1. XVIII. tout en soulignant son handicap d'être Grec 7.. Ce qui implique que. 53. 2). : dç -r1]V 't'wv t8(w\I tn"/X\l6p6wCH\I. A cette occasion. Hiéronymos fait une extraordinaire apologie du loyalisme et du désintéressement d'Eumène. au titre de strtüégos autocratôr 5. 1).. 59. En fait. cil. Ibid. c'est-à-dire à la levée de mercenaires (Diodore.. si bien que le Kardien dut quitter en hâte sa satrapie pour gagner la Cilicie 8. 60. soit chercher à reconquérir sa position privilégiée en Cappadoce: ce n'est pas sans hésitations ni sans arrière pensées qu'il choisit la première voie 10. p. Eumène refusa parce-qu'Il n'aspirait à' aucun poste de commandement.1. la satrapie de Cappadoce d'autre part.une partie devait.À"t)~L\I xœ] xoc't'/Xaxe:ul)\I). lbiâ. il l'nccepta. Il voyait en effet les difficultés de la tâche et en était quelque peu effrayé s. Ibid. Diodore. 58. avec un réalisme qu'il convient de souligner. 13. 1). et 60. 6. loc. Eum. 18 p.. il se trouvait devant une redoutable alternative: soit poursuivre la lutte contre Antigone pour la première place 9. Ibid. 1-2 et 60. 60. 4. Beugtson. Diodore. 1) i dans un premier temps. Pour la première fois. Plutarque. 3) qu'Eumène abandonna ces cinq cents talents. et bien d'autres lui promirent de se joindre à lui rapidement 2. supra. R... M. 1. comme Antigone après 321. Mais Diodore no présente que très indirectement les termes de l'alternative sur lesquels devait ee décider Eumène. d. à cc propos. 59. il - 52- . Eum. Ibid. 67. 7. être consacrée Il: à la guerre.. C'est donc que tout en 'commençant la guerre contre Antigone. 58. il fut autorisé à retirer des fonds dans la gazophylacie de Kyinda 6. passim. 121) que. 60. 13. 3 (avec une interprétation très tendancieuse d'Hièronymos]. dans un deuxième temps. Engel. 1 i Diodoro. Ibid. 1. Eumène cumula son poste satrapiquc. Diodore montre bien qu'Eumène hésita beaucoup (Ibid. 6-'. 1-3. On lui ordonnait également de mener la guerre contre Antigone. n. 2. Plutarque. Ibid. me semble-t-il.. et Diodore. 227-231. 2 : elç rb&.. Ibid. Polyperchon. "10.. 8. Cette répartition. sur les contradictions entre les chiffres dc Diodore et ceux de Plutarque. [Plutarque. Diodore.. Anmerkungen zur Schlacht von Orkynia. Pour ce faire. 1-3. 5. 58. Eum. écrit-il. souligne (p. 4-G (avec les inévitables réflexions sur les caprices de la Tychè) et 60. t3. Ibid.. II. Strategie. Plutarque affirme sans autre précision (Ibid. Cf. Antigone sentit parfaitement le danger et chargea son ami Mé· nandre d'empêcher Eumène de parfaire sa réinstallation en Cappadoce. 58. base de sa • Hausmucht " et un commandement général (d. d'autre part. 28-4 (1971). Ibid. 9. Cependant. 13.. 1. l'analyse des lettres de Polyperchcn montre que le stratège d'Europe Caisait une claire distinction dans les Ionda con fiés au Kardien .. Il semble bien en fait qu'Eumène a hésité à obéir aux ordres de Polyperchon. Entre temps.

1. Diodore. 1. après l'expédition de Ménandre 4..« il se demanda s'il laisserait la victoire aux ennemis ou s'il s'enfuirait à travers la Médie et l'Arménie pour rentrer en Cappadoce . cf. 5. après avoir repassé dans son esprit tous les aspects divers de la situation. Nous n'entendons jamais parler de ce NikanOr en Cappadoce. cil. Au contraire. Plutarque.72 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES Le même problème. 92 i 100. XIX. et ne négligeait pas de ee préparer une position de repli (cr. preuve. 1-3) . 1·2.. 3. semble-t-il. 13 . il en est de même d'Eumène. Il ne semble pas en effet que le Nicanôr nommé à Triparadeisos ait jamais pris position dans la satrapie 3. Diodore.. car ses ambitions ne sont pas celles d'une simple chef de merconnires errants. il finit par ranger son armée en bataille 'l. 6. - - 53- . En fait.voTO!'-(IXVj. p. est-cc le même personnage? (ainsi Bouchè-Leclercq. Plutarque. Ce texte montre clairement qu'Eumène ne perdit jamais de vue l'intérêt que pouvait présenter pour lui sa base cappadocienne..6. Diodore. mais ils échouèrent 7• • Malgré son handicap d'avoir été nommé en 323 à la tête d'une n'abandonnait pas pour autant ses ambitions personnelles. : 1tPOOpwllevo~ "tijc. Un Nikanôe C8t connu pour avoir combattu contre Seleukos en 312 [Diodore. c'est-à-dire regagner la Cappadoce. se posa de nouveau à lui avant la bataille de Gabiène en 316. "ril" 1. Éludes. 1. la femme et les enfants d'Eumène se trouvaient encore' en Cappadoce 6. (d. en traversant la Médie et l'Arménie. D'ailleurs. par exemple. III (1942).c. 22). 2. Mais. M. XIX. 1-2) . Quant à Antigone. qu'il comptait bien y revenir 6. Le deuxième Nikanôr en 312 est stratège d'Arménie et atratêge des Hautes satrapies [Bengtson. 1-4. Diodore. les soldats emmènent leur famille avec eux da ni lei campagne.écrit Plutarque 2 . Histoire des Séleucides. 183-186). Holleaux. 19. Ayant appris que les Argyraspides méditaient de le trahir en faveur d'Antigone 1. En règle générale. 3. Slra· tegie. wc. Ibid. 4. 4).en raison probablement de la trop forte position personnelle d'Eumène dans sa satrapie. 47. Ibid. Après la défaite. Antigone. 4. XVIII. TÛX"'lt. Diodore. en 316. 16. Eum. tu«. a laissé aa famille à Kelainai (cf. p. plusieurs de ses lieutenants cherchèrent à réaliser le plan qu'il avait songé un moment à choisir. Nepos. il fit son testament et détruisit ses papiers. mais en des termes beaucoup plus aigus cette fois. 59. lors de l'expédition contre Eumène en Babylonie et en Médie. Eum. p. xa. 60. 7. 13. « Après avoir pris ces dispositions ~ . 15-26). l'envoi de Ménandre contre Eumène en Cappadoce en 319 montre que le commandement de Nikanôr en Cappadoce en 321 eat resté fictif Icf.• 16. 1 (1913). il ne voulait probablement pas y distraire une partie de ses forces au moment de la lutte décisive contre le Kardien..

Plu turque. dès cette date. se retrouva dans une position comparable à celle des autres compagnons d'Alexandre. Dans ces conditions. Après 321. (A suiore. Au total.. était de se rendre en Macédoine (d. 59. 1-2. Ibiâ.. les réflexions de Diodore sur la Tyché. 3. il fit en sorte de se constituer.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES 73 satrapie insoumise. il y perdit tout. mon Antigone.6-7.um.). 12. tu«. rien ne permet non plus de faire du Kardien le dépositaire privilégié des idéaux d'Alexandre. ~e partie. en Cappadoce. plutôt que d'accepter une position de brillant second 2. Mais il ne fait guère de doute que s'il avait réussi en 319 à mener à bien son objectif de lever en Cappadoce une nouvelle armée 3. XVIII. Pas plus que les autres il n'était à l'abri des tentations de la pleonexia : il prit constamment tous les risques pour s'imposer. une principauté personnelle et une armée locale toute dévouée. il se trouva confronté à l'alternative que connurent tous les diadoques: s'ériger en (e dynaste . je ne vois donc aucune raison de conférer à l'action et à la pensée d'Eumène de Kardia un caractère d'exception dans le monde des diadoques. Eumène était tout désigné pour diriger l'Asie cu son absence.• 3. très rapidement. une attitude « réaliste . 1. C'est dire que cette évolution dans laquelle Eumène. à côté des autres. chup. Sa « politique iranienne» sc rapproche de celle de ses compétiteurs qui ont tous adopté. - 54- .tinée d'Eumène de Kardia s'insère donc parfaitement dans l'histoire tourmentée des successeurs d'Alexandre. Cf.) ou participer à la lutte pour l'hégémônia. Cr. il aurait disposé d'un atout considérable pour lutter contre Antigone. 2. Rappelons que I'umhi tion de Perdiccas.. allait radicalement contre la volonté d'Alexandre de rassembler les terres au sein d'un empire unifié et de rapprocher les peuples au sein d'une armée mixte. Cette armée iranienne lui aurait à tout le moins permis de s'ériger en dynaste indépendant de Cappadoce. le soutien privilégié de Perdiccas lui permit d'espérer le premier rôle dans l'empire après celui qui méditait de se conduire en roi 1. 53. 42. 4-6 [on 318). l.} PIERIIE BRIANT. III ct IV). elc. a sa part de responsabilités. après la défait!' (escomptée) de Ptolémée. Eumène. Diodore. Jusqu'en 321. 59. à l'égard des populations locales. 1 (à Nora en 320). comme dans d'autres. comme beaucoup. la des. le double objectif de dominer sans partage une principauté personnelle et de constituer une armée locale devait nécessairement conduire à la naissance et à la multiplication des états territoriaux. En effet. En outre.. En ce domaine.

p. c'est-à-dire la première période des diadoques (323-316). leur attachement à leur patrie et à leur(s) roi(s) est toujours aussi fort. au sens strict du mot s. 1/. 3. cf. p. 1935. En 317. Voir R. Brunt. après la mort de Perdiccas. 2. par la lutte entre Antigone et Eumène. Dans l'article précédent l. ou si au contraire ils sont définitivement «( mercenarisés 1). Griffith. En 323. p. il y avait en effet en Asie plusieurs dizaines de milliers de Macédoniens. il convient enfin de se demander comment et jusqu'où s'est effectuée cette évolution. Briant. Alexanâcr'e Maceâonicn c(walry. A. précisément dominée en Asie. dont Eumène de Kardia '. appendice il la Ile partie: (( Armée et phalange.de savoir donc s'ils adoptèrent à l'égard de leurs chefs une position originale . après plus de dix ans (334-323) passés hors de leur pays.. en 323. Recherches sur lee armées helléniBtiqlUs.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES LE CAS D'EUMÈNE DE KARDIA III. ils repré1. S. Sur les staseis de la phalange entre 323 et 321. à Babylone en particulier. 39. A. de Babylone à Triparadeieoa : contribution il l'étude de I'aeaemblèe macédonienne ». Launey. 1 (1949). P. 240-279. Le problème qui se pose est précisément celui de savoir dans quelle mesure et selon quelles modalités les soldats macédoniens ont continué (ou non) à infléchir réellement l'histoire des diadoques . É. évalue à 50000 Je nombre des Macédoniens. LXXXIII (1963). Antigone le Borgne (1973). selon P. 39·41. 32·73. chiffre ramené en deçà par M. Antigone disposait de 5000 Iantaeains - 55- . Jusqu'en 321. et l'Assemblée de l'armée a siégé une fois en Égypte pour condamner à mort les chefs perdiccaniens. les modalités du passage de l'Empire d'Alcxandre aux États (ou embryons d'États) des diadoques ont été envisagées uniquement du point de vue des diadoques eux-mêmes.de savoir. la bataille des Champs Orcyniens (320). p. dans cette dernière hypothèse. 295·296. Au contraire. les phalangites macédoniens ont pris une part déterminante dans la mise au point du règlement final. Mais ce serait faire un grave contresens que d'admettre implicitement que les troupes macédoniennes n'ont joué aucun rôle après 323. p. T. 1972. les Macédoniens d'Asie ont manifesté à plusieurs reprises une hostilité très nette ù certaines initiatives ou entreprises de Perdiccas. Cambridge. Alexandre a reçu un fort contingent de recrues fraîches en 324. The mercenaries of the hellenistic woriâ. et quelle idéologie du chef s'est dégagée· dans ces armées issues de la grande armée d'Alexandre.. - LES SOLDATS MACÉDONIENS EN ASIE APRÈS LA MORT n'ALEXANDRE. G. L'enquête est parfaitement légitime pour la période qui nous intéresse ici. J. _ Lora de la première bataille qui a'est livrée en Asie après 321. en fin de compte si.

Pendant cette période 323-316.. et prit ses quartiers d'hiver dans la région de Kelainai. 28. et ceci pour la même raison que précédemment : l'abondance et la qualité documentaire de la tradition hiéronymienne 5.3-5.44 REVUE DES ÉTt7DES ANCIEN:NES sentent encore 20 % des effectifs d'Eumène et près de 25 % de l'armée d'Antigone'. car. Appien.3-6 i 4 j Justin. n. sous la conduite d'Attale. Plutarque. macédoniens (Diodore.] 7. XVIII. on peut considérer que les soldats macédoniens restent les soldats d'élite'. 2. En mai 321. au contraire. Athènes. 37.. 293. Les anciene Macédoniene. Hiéronymos propose une interprétation spécifique des rapports noués entre Eumène et ses soldats. West. sans oublier les 3 000 Argyraspides (Diodore. à ma connaissance. XVIII.. 5.). Engel. 316-319. là-dessus H. 8. Sur l'attitude d'Hièronymcs face à Eumène et face à Antigone. Défaite et mort de Cratère: Arrien. après la mort de Perdiccas. 5. 4.. pour l'historien de Kardia. L. Le texte et les interprétations modernes. pa. 1. r.sim). Ibiâ. c'est à nouveau Eumène de Kardia et ses troupes qui seront au centre de cette étude. celui d'être d'origine grecque. XVIII. de son côté. B. Succ. x. 8.. 5. et donc que le terme « Macédonien» conserve alors son sens ethnique). Eumène fit retraite vers l'intérieur. Suce.Macédoniens (cf. XIX.les forces rescapées de l'expédition de Perdiccas en ~gypte qui.. Après avoir tenté. Diodore. 3.. 7 j la nationalité des 3000 cavaliers n'est pas précisée). 29. après 316 surtout. 59. Plutarque. Justin.". XVIII. F 11. mon Antigone. voir en dernier lieu R. 3. XIII. 5. Cf. 1). {Diodore. Succ.. 40. '.. M. Syr. Kallérie annonçait pour le tome II un chapitre sur la situation d'Eumène en Macédoine et face aux Macédoniens.10. sont revenues en Asie Mineure après une attaque manquée sur Cnide.de linguistique et historique.. Plutarque. il convient de préciser encore « armé à la macédonienne II teie tén l'v1akedonikén taz'in) . 14. cf. 8. 27 j Diodore. ne 1284. 29.. 3. se trouvait en Asie Mineure 8. p. dont chaque diadoque juge nécessaire la présence au cœur de son armée '. 3 et XIX. 14. p. Eum. Eum. Nepos. - Eumène et ses troupes en Grande-Phrygie en 321 (Plutarque. où les textes anciens sont rassemblés. 4 j Arrien. D'autre part. 6... F 9. l'ancien secrétaire d'Alexandre souffrit d'un lourd handicap. F 11. sans succès. 1. ibid.. l.. 120-125. S. pour livrer combat à Antipater dans la plaine de Sardes (automne 321)·. p. 45. S. et Milh. D.. 3. 5).lake. N. 1954. Le Kardien. en avait certainement plusieurs milliers sur les 20000 fantassins qu'il mit en ligne (ibid. 2 j Justin. XVIII. de rallier à sa cause Kléopatra. 8. R.. Eum. ihid. 1) . 8 j Arrien. 44. Cf. Launey. J. malheureusement. au printemps 32'1. Caunos et Rhodes (Arrien. Eum. Cf. et considéré COmme « ennemi 1) (polemio8) des Macédoniens 7. il avait enrôlé dam son armée la phalange macédonienne de Néoptolème vaincu (ibid. ibid . ce volume. Suce. (Dans son ouvrage. XIII. J. Êtl. qui devient en fait un terme technique : soldat armé « à la macédonienne. 53. la demi-sœur d'Alexandre. p. 8. 96. Eumène fut condamné à mort par une assemblée de l'armée. L 7-8. Recherches. donc étrangère. XIV.4. par exemple ibid. Au surplus.. Athenaeum. Ce qui n'exclut pas une volonté constante d'avantager Eumène (cf.. 273. 8. p. XII-1. C'est un aspect du problème qu'il ne faut pas perdre de vue lorsqu'on essaie d'analyser des textes de Diodore ou de Plutarque en particulier.. Diodore. 39 et 42). p. semble indiquer que pendant la période 321-316. depuis la défaite et la mort de Cratère (début du printemps 321). 2 et 59. A. n'est jamais paru. 9.5 : J1akedonôn agathôn andrôn pléthos) j il faut y ajouter l'armée d'Alketas en Pisidie qui comptait également des . infra. 39 i Nepos. passim. F 11. 30·32. en effet. 40. il devient de plus en plus difficile d'assigner un sens ethnique à l'appellation de (c Macédonien ». 6-7 (avec une confusion de noms entre Polyperchon et Cratère) i P. 2. Eumenee 0/ Cardia. Eumène. En revanche. Diodore. 1. - - 56- . 1972. 37-1 (1954). Zum Geschichtshild des Hieronyrrws von Kurdia.

D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES:

LE CAS D'EUMÈNE DE KARDIA

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capitale de la Grande-Phrygie d'Antigone 1. C'est là que se place un texte particulièrement important de Plutarque 2 :
Comme il [Eumène] avait promis aux soldats de leur payer la solde (misthol) sous les trois

jours, il leur «vendit» (btbtpœ<r<ev) les fermes (epaulei.) et les tetrapyrgia de la terre-plaine (cMra) qui étaient pleins de .ômata et de boskemata, Le chef de détachement (h.gemôn tagmato.) ou le chef de mercenaires (xenagos) qui en avait «fait l'achat .. (0 priamenoss allait en faire le siège grAce

« butin

aux engins et machines de siège que leur fournissait Eumène; et les soldats se partageaient le l) (8LrvS(l.OV't'O Tellv Œ).LtT,(o(l.ivW·J) en proportion de la solde qui était due à chacun.

Ce passage a suscité un nombre considérable de commentaires. Plusieurs savants, en particulier M. Rostowzew 3 et W. M. Ramsay', ont voulu en tirer des conclusions sur la structure de la société phrygienne, considérée (à la fois!) comme féodale (cf. tetrapyrgia compris comme « châteaux forts l}) et comme esclavagiste (cf. • ômata). Je ne m'étendrai pas longtemps sur ces hypothèses que j'ai déjà eu l'occasion d'étudier en détail ailleurs S : à mon sens, les termes sômata et tetrapyrgia ont été mal compris; le premier ne s'oppose pas ici brutalement à {( hommes libres )) 6; le second, dans le contexte de l'Asie Mineure et de la Grande-Phrygie en particulier, peut fort bien faire référence à des villages fortifiés 7. Mais, ce qu'il reste à analyser, ce sont les conséquences de la politique d'Eumène, à court ou à long terme. Beaucoup de modernes considèrent en effet que cette {C vente. a abouti à l'installation permanente d'officiers macédoniens sur la terre asiatique, en remplacement des {( anciens maîtres », les « barons iraniens l) 8. Ce qui revient à dire qu'on aurait là le premier exemple de « cession ) de terre royale u. Plusieurs savants, en particulier les premiers commentateurs W. H. Buckler et D. M. Robinson 10, ont fait le rapprochement avec la fameuse inscription de Mnésimachos; d'autres avec les dons de terre par les rois macédoniens P. Pour tous ces auteurs, Eumène a agi là en représentant des rois: ainsi s'explique qu'il ait pu distribuer la terre royale". Cette « vente» aurait donc abouti à la constitution de grands domaines aux mains des « acheteurs », en l'occurrence les hégémônes de l'armée du Kardien.
1. Plutarque, ibiâ., 8. 5 : i:~i)À«O'EV d,; T1jv &VW I1lpuyta,v Ka,l8Lcxe((l.lll:cv èv Kù.cuvœ!c;; cf. Justin, ibid., 1. 9 : cum reeersue in castra esset... 2. Plutarque, loc. cii, - Je laisse volontairement dans cette traduction plusieurs termes grecs, et plusieurs mots entre guillemets, dont le développement qui suit permettra de cerner la signification. 3. Studien Iiur Geschichte des romischen Koloruues, Leipzig und Bei-lin, 1910, p. 253·256. 4. Cilies and bieboprics 01 Phrygia, l, Oxford, 1897, p. 419-420. 5. Remarques sur « laai » et esclaves rurau;z: en A"ie Mineure hellénistique, 116 Colloque d'histoire socÎ.4Je (Besançon, 10-11 mai 1971), Paris, 1972, et Antigone le Borgne, p. 80-89. (où bibliographie antérieure). 6. Sur ce point, voir aussi infra, p. 49, n. 3. 7. Voir en particulier mon Antigone, p. 86 et n. 5. 8. Cf. P. .Iouguet, L'impérialisme macédonien et l'hellénisation de l'Orient, éd. revue, Paris, 1961, p. 421 ; E. Bikermann, The Seieucids and the Achaemenids. Atti dei convegno sul tema c La Persia e il mondo greco· romano », Ace. Lincei, CCCLXIII (1968), p. 96 et n. 46. 9. Sur les « dons» et « ventes» de terre royale, voir mes Remarquee sur li laoi.s, " art. cù., passim. 10. Greek inscriptions of Sardis, A. J. A., 1912, p. 53 ; voir aussi H. Bengteon, Die Slrategie in der !&ellenistischen zeu, Ill, München, 1964, p. 174, n. 1. 11. H. Bengtson, ibid. et n. ~; voir aussi F. Schachermeyr, Alexander in Babylon und die Reich80rdnunB nach eeinem Tod, Wien, "1970, p. 20"1-202. 12. H. Bengtson, ibid.; T. R. S. Broughton, dans An economicsurveyof Ancient Rome, IV (1938), p. 630; M. Hostowzew, Kolonat, p. 255.

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REVUE DES

ÉTUDES ANCIEXNES

Avant de reprendre le commentaire du texte lui-même, il convient d'opposer à ces interprétations quelques objections qui viennent s immèdiatement à l'esprit: a) il paraît tout d'abord hasardeux d'assigner d'aussi vastes objectifs à Eumène, à cette date et dans ces circonstances. l'ombreux sont les cas, à l'époque hellénistique, de chefs qui ont dû recourir à des expédients pour payer leurs troupes l, A première vue, il semble bien s'agir ici d'un geste d'aussi faible portée 2, Il est vrai qu'un acte isolé peut avoir des conséquences inattendues; cependant, après le pillage, Eumène quitta assez rapidement la Grande-Phrygie pour la Cappadoce, chargé d'un énorme butin 3, et rien n'indique qu'il ait laissé derrière lui de « nouveaux grands propriétaires » j

b) le Kardien est bien loin d'avoir agi au mieux des intérêts des rois. Il s'agit là du
pillage d'une « terre ennemie Il, non de l'administration du domaine royal', qu'Alexandre avait cherché à agrandir au contraire 5; c) les rapprochements avec les ({ dons de terre )l en Macédoine sont, à mon avis, sans valeur. Cette interprétation est manifestement héritée en droite ligne de la thèse de F. Hampl qui considérait que, dans les régions qu'il avait conquises (l personnellement 1), le roi macédonien distribuait les terres à ses amis « personnels 11 6, les hetairoi, et qu'Alexandre a agi de la même manière en Asie 7. Mais cette thèse est pour le moins contestable, et très généralement et justement contestée 8.
1. Voir M. Launcy, Recherches, II, p. 734-735. et P. Ducre y, Le traitement des prisonniers dl' guerre ... Paris. 1968. p. '136. 2. Cf. D. VV. S. Hunt. Feudal survivais in Ionie, J. H. S., 67 (1947,\, p. 72, n. 29, en s'opposant explicitoment sur ce point à 1\1. Hostowzew et à W. M. Ramsav. 3. Cf. Arrien. Suce., F 11. 41 : xcd ),etctv 1toÀÀ~v y.ct[ ZP~!l';(,,:"'l O"J),ÀIX~WV "àv OlX.EtoV O'1:'pct'TOV X.IXTZ1tÀOVTEL. 4. Autres exemples de pillages dam Il'S villages dAsie .'Iinf'lIrf', cf. Diodore, XYIII. 3~. 3 (Eumène permet aux soldats ennemis ralliés de « se cantonner dans les villages voisins el de s'y procurer des vivres », trad. Hoefer), Plutarque, Euni.. 9. 2 (Eumène fait briser toutes les portes dans les villages environnants pour élever des bûchers) (.'320): voir aussi en Hahylonic Diodore, XIX. i2. t , el Polyen , IY, 8. 4. (hivernage) ; Diodore, XIX. :!1. 3 (pillage de troupeaux par Peukestas en Pcrside]. - Voir également. quelques semaines avant l'épisode de Kelainai, dans les villes éoliennes: « il [Eumène] réquisitionna dr l'urgent dam les cités (pl'eltnt:as cifJitatilms imperat) et pilla en ennemi (hoN/ai/l'r) celles qui refusèrent d'r-n donner 1) (Justin, XIV. 1. 6) j pour H. Hengtson, op. cù., p. 175, Je Kardien a levé ces contributions conformément aux ordres de Perdiccas. ce qui ne me semble nullement evident (Perdiccas est mort r-ntro temps) : même l'Ii la délimitation entre le pillage et la levée de « contributions n n'est pas facile à tracer (pas plus que celle entre pillage et etaüunoe par exemple}, il n't'Il reste pas moins que le texte de Justin suggère plutôt le pifloge. A cet égard. le terme ho.<;tilili'r me paraît important. car il R une valeur quasi diplomatique (cf. à l'opposé philia) : déclarer une terre « ennemie )1, c'est par là même lui appliquer le droit de la guerre grec (cf. Ju~. tin, Xl. 5. 10 : Alexandre débarque en Asie, ~. plante l'a lance, el la déclare ennemie (hm.tl,lis terra) ; vurr aussi Ps. Aristote. Econ., II. 2. 24 a : rebelle, Dat amès pi]]l' les aun-es sau-apies 'l'l'il traite comme une terre ennemie (poll'm/:a[ehôral) j Diodore, XVI JI. 47. 2 : pillage des .Ieunes de Pisidie contre la Grande-Phl';ygi~ d'Antigone, potemia ehôm; telle est J'attitude d'Eumène en Grande-Phrvgie}. H. Bengt son amène à l'appui de sa thèse Plutarque, Eum., 8. 3 (EUmène prend des chevaux dans 'cs haras royaux du mont Ida, ('1 en donne décharge aux épimélètes] ; mais ce texte, à mon sens. ne prouve nullement qu'Eumène tenait de P~r­ diccas le droit de prendre ces chevaux j cet épisode (1 ubuesque )) montre sui-t out la force dt' la hureaucrut.ie , et la méfiance des bureaucrates qui entendent prendre les précautions habituelles dans les circonstances les plus exceptionnelles, en l'occurrence pour ne pas être tenus par Antipater comme complices du Kardie~ (cf. la réaction de même nature de Kléopatra: Plutarque, ibiâ., 8. 4, et Arrien, Suce. F 11. 40). - Cf. aussi infra. 5. Ce que 1\1, Rostowzew, Kolonat, p. 2!tG. souligne lui-même. . 6. F. Hampl , Der Kc'int'g der Makedonen ; diss. Leipzig, 1034, p. 56-6i; sur cet ouvrage, voir aussi infra. p. 59 et n . 4. 7. Ibid., p. 46 sqq. (Plutarque, Eum., 8, est cité p. li6, n. 2). F. Schachermeyr-, qui se réfère constamment à l'ouvrage de F. Hampl , conclut même que, dans le domaine asiatique, les forrnes macédonienne et iranienne du fief se sont confondues (Alexander in Babylon. p. 201). 8. Voir P. de Francisci, Arcana imperii, II (1948), p. 372-373, et A. Aymard, Études d'histoire ancienne,

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D'ALEXANDRE LE GRAND

AUX DIADOQUES: LE CAS

D'EUMÈNE DE

KARDIA

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Aucune de ces interprétations n'a donc éclairé de manière satisfaisante le texte de Plutarque. C'est à lui qu'il faut revenir, pour tenter de comprendre le mécanisme de la « vente ,) à laquelle il fait allusion,

2. -

(l

Vente

»

et {( achat ».

a) L'objet de la vente, Si l'on considère le texte dans son ensemble, on saisit facilement les objectifs du Kardien : le pillage de la chôra va lui permettre de payer aux troupes la solde en retard. On peut rapprocher ce texte d'autres textes parallèles : 1) ainsi, lorsque Seuthès eut engagé les mercenaires rescapés de l' « Anabase ), il se réserva le butin pour payer la solde!; c'est à cette fin que devait servir le bénéfice de la razzia sur les villages 2; 2) de même, en 371, son coup de main sur les côtes de l'Attique permit à Sphodrias d'avancer un mois de solde à ses soldats". Dans les deux cas précédents donc, ce sont les chefs eux-mêmes qui mettent en vente le butin, car le misthos se paie en espèces, non en nature 4.. Souvent même, le butin est convoyé jusqu'à une cité côtière pour y être monnayé 5. Dans tous les cas, c'est le chef qui prend cette opération sous sa responsabilité. Dès lors, se posent plusieurs questions: pourquoi Eumène n'en fit-il pas autant? Cela paraît d'autant plus curieux que Kelainai était une ville commerçante 6 et que, de toute façon, l'armée du Kardien était certainement accompagnée de marchands 7; pourquoi d'autre part Eumène ne conduisit-il pas lui-même ses troupes à l'assaut des fortifications, alors qu'il disposait de machines de siège? La fin de l'épisode n'est pas sans soulever également quelques problèmes d'interprétation. On peut supposer que le « butin » a été mis dans une caisse commune 8, et que la répartition a été organisée sous J'autorité des hégémônes. Mais les soldats, après la prise des villages et des fermes, pouvaient légitimement réclamer leur salaire et le butin (ou du
Paris, 1968, p. 144. - Rien ne montre qu'en :\lacédoine, il y eut abandon total des terres i les textes que l'on cite habituellement ne sont pas très probants, ainsi Plutarque, Alexandre, 15 (cité par llengtaon, op. cù., p. 174, n. 2) : il s'agit précisément de la concession des revenus et non des villages eux-mêmes, et encore moins des villageois {sur les exagérations de Plutarque et de Justin, XI. 5. 5, cf. J. R. Hamilton, Plutarch « Alexander». A commeruartj, Oxford, 1969, ad loc., p. 37). Il en est de même des Il dons de cites l): cf. par exemple Plutarque, Phocion, 18 (cité également par Bengston, ibid.) : Alexandre n'offre certainement pas à Phocion les cités en pleine propriété, mais simplement leurs revenus; de même sous l'Empire achéménide (cf. Nepos, Thémistocle. 10. 3 : les revenus de ){agnésie, li donnée li à Thémistocle, doivent lui assurer c le pain 1) (cf. apanage), ceux de Lampsaque: le vin. et ceux de )lyous : Il le reste des vivres l); id., Alcibiade, 9. 3 : Pharnabaze «( donne» à Alcibiade la place de Gr-ynium, qui fournit 50 talents de revenus par an (vtcfigal = p/wros) ; voir aussi Xénophon, Anab., II. 4. 27: les li viJlages de Parysatis» (... c~ 1'cXt; nœpootX't't8ol; X6>tJ.CtC;) n'appartiennent pas à la mère de Cyrus: les revenus seuls lui sont versés] ; - de même à l'époque des diadoques: Diodore, XVIII. 52. 3 {Antigone ordonne à Arrhidaios de quitter sa latrapie, et tUI onre une cité etc; xcx"t'œ(3LwO't\l [« pour son entretien lI), expression dans laquelle F. Schachenneyr, op. eii., p. 201, n. HJ2, voit à tort la preuve de l'existence de ce qu'il appelle le _ régime féodal 1). 1. Xénophon, Anab., VII. 3. 10 : (\lCX ~IXÜ't'CX 8tcx't't6é/lSVoC; Û!.t!v 't'(1\I j.ttC16o\l 1tOp(~w. 2. Ibiâ., 4. 2 : 51twç l_I.tC16àc; yb/Ot't'o 't'ote; O''t'plX't'tW'TŒtC;. 3. Id., Helléniques, V. 1. 24 : xiXt &:.1toa6[.WJOC; 't'à. :>.a.<pupcx j.tYj\lOI; j.ttaOov 1tpoé3oo)(c "t'otc; C11'p(t1'LWTCtLI;. 4. Voir M. Launoy, Recherches, II, p. 726-736. 5. Cf. P. Ducrey, Prisonnier.'), p. 235-238. 6. Cf. W. M. Ramsay, Cities and bienoprice, p. 416-417. J. Voir M. HoUeaux, Etudes d'épigraphie et d'histoire grecques, III (1942), p. 15-26. 8. Procédé habituel dans l'Anabase (par exemple IV. 7. 27).

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moins une partie de celui-ci). Si la vente du butin sert uniquement à Eumène pour payer le misthos, on ne voit plus très bien ce que les soldats ont gagné à un tel arrangement. Mais précisément, si on reprend le texte de Plutarque, on se rend compte que le misthos provient des seuls aliskomenoi ([stratidtai] 8t~éi-Lov't'o ,.6)\1 ciÀ~xo!Û'Jwv). Or, ce terme, comme P. Ducrey l'a clairement démontré l, désigne exclusivement les personnes. C'est dire que dans l'expression s8mata kai boskemata, le premier terme s'applique à la part qu'Eumène s'est réservée, à la part du chef, le second au butin dont pouvaient jouir les soldats san. aucune restriction. Plusieurs exemples confirment, me semble-t-il, que cette interprétation correspond à la pratique et à la théorie des partages des profits de la guerre 2 entre le chef (ou l'employeur) et ses soldats: a) lorsqu'un chef d'armée s'empare d'une ville (ou d'un camp), la vente de la population destinée à être réduite en esclavage lui est réservée; il laisse en revanche à ses soldat. le droit de piller la ville (ou le camp)'; h) cette distinction apparaît clairement dans l'accord passé entre Tissapherne et les mercenaires grecs après la mort de Cyrus, au sujet des villages de Parysatis :« [Tissapherne] donna ces villages à piller aux Grecs, avec défense toutefois de prendre les habitants comme esclaves. II y avait là beaucoup de blé, de bétail et d'autre butin« .; c) on retrouve très probablement cette division entre le butin proprement dit (8pheleia) et les prisonniers (aichmalatoi) dans un règlement militaire macédonien". Elle est donc bien générale, d'où certainement la fréquence de l'expression s8mata kai hoskemata (thremmata, chremata), que ce soit dans les textes littéraires ou dans les textes épigraphiques s. Concluons : 1) dans le passage considéré, la vente portait uniquement sur les personnes, les prisonniers, considérés comme constituant la part exclusive d'Eumène de Kardia, le chef, et non pas sur le butin au sens large', qui revenait normalement aux soldats après la chute des villages et des fermes; 2) après le siège, les prisonniers furent répartis
1. Prùonniere, p. 36~39. 2. Ici plus que jamais l'expression li' profits de la guerre» est préférable au terme 0: butin _ (cf. A. Aymard, Études, p. 500-501). 3. Les chefs « homériques» se réservent toujours les captives (P. Ducrey, ibid., p. 113-114) i de même Alexandre après Issos (A,rrien, Anab., Il. 12. 3-8; Diodore, XVII. 35. 5-38; Quinte-Curee, III. 11. 24; 12. 17; Plutarque, Alex., 24. 1). Prise d'une IJiUe : Diodore, XIX. 57. 6 (Eumachos, stratège d'Agathoklès, donne la cité à piller à ses hommes, après avoir réduit la population en esclavage) i id., XIX. 79. 6 [Ptelèmèe en Syrie en 313, vend les prisonniers i le butin proprement dit (ôpheleia) va aux soldats) ; Plutarque, Aratos, 31-32 : les chefs étoliens S6 réservent les captives, les soldats s'emparent du reste; Tite-Live, XLIII. 19. 12 : Persée, à Oineum, fait massacrer les hommes en état de porter les armes; les femmes et les enfants sont emmenés en captivité i le reste est abandonné aux soldats. - Un dépouillement systématique des textes produits par H. Volkmann, Die MassenslJerslr:ùwungen der Einwolmer eroberter Sttidte in der heUenistisch-riJmischen Zeit, Wiesbaden, 1961, pp.128, permettrait sans aucun doute d'allonger la1istedes exemples. 4. Xénophon, Anab., II. 4. 27 (trad. H. Masqueray) : TCXUTŒC; [xwJL«C;] TtO'O'cxcpépV'l'lc;... 8LCXPUO'ŒL "roie;
·EÀÀ~""

5. Cf. M. Feyel, R. A., 6e eérie, V (1935), p. 58. 6. Voir les nombreux exemples cités P. Ducrey, Prisonniers, p. 26-28. - A noter que l'on retrouve cette même distinction dans la Genèse, X V. 21 : « Donne-moi les personnes et prends les biens pour toi », dit le roi de Sodome à Abraham (cf. A. Aymard, Études, p. 507~508). 7. Le texte de Plutarque ne cite que les troupeaux; mais on peut supposer que les villages et les fermes avaient également des réserves de blé et d'autres vivres (cf. Xénophon, wc. eu., et Arrien, Suce., F.11. 4'1).

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n'ALEXANDRE LE

GRAND AUX DIADOQUES: LE

CAS D'EUMÈNE DE KARDIA

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entre les soldats, au prorata du misthos qui leur était dü-, sous la surveillance des IuIgémônes; 3) tout cela n'a donc rien à voir avec une ~ vente de terre royale t.

b) Forme et type de pente. On doit se demander dès lors pourquoi Eumène et ses troupes en sont venus à une telle procédure. Il est donc important de comprendre la forme qu'a revètue la vente. Ce qui est clair, tout d'abord, c'est que le Kardien et ses soldats considèrent comme leur propriété les villageois et leurs troupeaux. Cela n'a rien d'extraordinaire si on Be BOUvient du principe fondamental du droit de la guerre, tel qu'il est formulé par le Cyrus de Xénophon : « C'est une loi éternelle chez tous les hommes que, quand on prend une ville, tout ce qui s'y trouve, corps et biens (8Ômata kai chrémata), appartient au vainqueur 2. t Le texte de Plutarque va mème encore plus loin et indique que, dès lors qu'une ville (ou un village) est investie, ses assiégeants peuvent se considérer comme propriétaires des personnes a et des biens 4. Eumène met donc en vente les villageois, ceux qui vont devenir les aliskomenoi, avant même d'en avoir pris possession. De leur côté, les Mgémânes ne versent évidemment pas de prix d'achat, bien qu'ils soient considérés comme les acheteurs (oi priamsRoi). Il ne faut pourtant pas s'empresser de conclure à une vente et à un achat purement fictifs - . terme qui d'ailleurs ne pourrait constituer à lui seul une explication. En fait, les soldats ont déjà versé à Eumène le « prix d'achat •. En effet, la part de profits qu'ils ont achetée (i. e. les prisonniers) va servir à payer le salaire dû (0 opheilomenos mis/hos) : c'est donc le temps de travail (déjà fourni) qui constitue, à mon sens, le véritable ~ prix d'achat •.
1. Ce qui implique une estimation de la valeur marchande des captifs (sur ces estimatioI1l, cf. M..Feyel, R. A., 1935, p. 5"1-53; voir aussi M. Launey, Recherches, II, p. 739-740). 2. Xénophon, Cyropédi., VII. 5. 73 (trad. E. Bikermann, R.~. G., 47 (1934), p. 356; P. Duerey, Prisonniers, p. 108, traduit: « et les personnes ... et les biens J; A. Aymard, Studel, p. 512 : « le. oorp' de. habitants, et leurs biens .). Autres textes anciens cités par Y. Garlan, La gU6"8 ilana l'AntiquitA, Pari.,

1972, p. 45.
3. Je vois là le moyen de me rapprocher de l'opinion de M. I. Finley, lequel considère que le-terme sôma(ta), à l'époque hellénistique, doit être traduit systématiquement par (( esclave. (HilrorÛJ, VII (1956), p. 146 = Slavery in classical antiquity (réimpr. 1968), p. 54 j contra P. Ducrey, Prilonniel's, p. 27, n. 4, et P. Briant, Remarques sur li: laoi .... , en partant de l'expression sdmata haï. bo,kematlJ). Je maintien. qu'en l'occurrence le terme sôma ne peut être considéré comme une preuve de t'existence des eaclavea dan. 181 tetrapyrgia de Grande-Phrygle en 321 i les sômata, ici, désignent les laoi, les paysans, qui ne lont pu esclaves (cf. P. Briant, ibiâ., passim). En effet, le texte les considère uniquement du point de vue des a'laillants qui, pal' avance, voient dans ces paysans une population destiMe à être réduite en eeclevage, dès la prise des villages et des fermes, ce qui permettra aux soldats de toucher leur miatlw. j cf., pour comparaison,

Xénophon, II. 4. 27 (er. supra, p. 48, n.4), (Tissapherne) 8"'pnMu' -roi, "IDJ.~aLV t"trpcoj>c "À~v <iv8p",,68o>v, ces deux derniers termes étant justement rendus par H. àlàequeray par l'expression: 1 avec défense toutefois de prendre les habitants comme esclaves »; cf. aussi Hérodote, VI. 107, avec le commentaire de P. Ducrey, Prisonniers, p. 24 : « ••• la troupe victorieuse regarde d'emblée ses prisonniers comme un butin humain, comme des eéolevee »: voir aussi S. E. G., XI (1954), 1084, 19 sqq.: .ômatlJt6nPallantiôn, c'est-à-dire. les gens de Pal1antion (faits prisonniers) » (trad. Nouveau cho~ d'inscriptions grecques, Paria, 1971, nO 9); lur ce texte, cf. également les justes remarques de H. Volkmann, MtJBsensversklavungen, p. 81, n. 3. C'elt en ce sens qu'Il convient de comprendre sômata dans l'expression sômala kaï boskemata, c'eat-à-dire que le terme s'applique à une population d'origine libre réduite en esclavage par le droit du vainqueur. 4. Telle est déjà l'opinion d'Alexandro lorsque, juste après son débarquement, il fiche une lance sur le sol de l'Asie (Diodore, XVII. 17. 2; Justin, XI. 510; voir E. Bikermann, art. cit., R. É. G.,1934, p. 354) i par ce geste, il signifie que l'Asie est« terre ennemie. (Justin, loc. cil. : hastai. terra; cf. supra, p. 46, n. 4) et qu'elle lui est donnée par les dieux comme doriktetos (droit de la lance; cf. H. U. Inatineky Aleza1Ukr der Gros86 am Hellespont, 19409, p. 29 sqq.). - Il est d'ailleurs tentant de rapprocher ce geste du rite dei féciaux à Rome (sur ce rite, cf. Y. Garlan, Guerre, p. 30-31).
1

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C'est dire que nous avons là l'exemple d'une vente au mécanisme assez complexe, qui se rapproche par bien des points de la catégorie que E. Pringsheim a appelée les ventes de « choses futures. (future goods) sans « paiement immédiat. (c,,",h payment) " d'un type de vente qu'on ne rencontre guère qu'en Égypte, à une époque plus tardive 2. Il est d'autant plus intéressant de relever cet exemple que le texte - qui n'est pourtant qu'un pâle reflet de l'original d'Hiéronymos de Kardia - ne laisse nullement supposer que l'exemple est exceptionnel. Il suggère plutôt d'une part que ce droit commercial était pratiqué sans difficulté par les chefs de troupes; d'autre part, que des ventes de ce type étaient pratiquées en Asie Mineure avant leur apparition en Égypte a. Cette familiarité des hégémônes et du diadoque avec ces formes juridiques peut se comprendre, si l'on veut bien considérer qu'au fond des choses, un contrat de vente de ce type n'est pas d'une nature différente de celle d'un contrat d'embauche ". En tout cas, la conclusion d'un tel contrat indique que les soldats d'Eumène, et surtout les hégémônes, n'avaient qu'une confiance très limitée dans le Kardien. En prenant eux-mêmes d'assaut les villages et les fermes, ils étaient sûrs qu'Eumène ne pourrait violer l'accord qui stipulait l'abandon de sa part pour payer le misthos,
3. -

Les relations entre Eumène et ses troupes à travers cet épisode. a) L'interprétation d'Hiéronymos de Kardia.

L'épisode suggère donc tout d'abord une interprétation fort différente de celle d'Hiéronymos de Kardia sur les relations établies entre Eumène et Ses troupes depuis la condamnation du Kardien par l'Assemblée de l'armée après la mort de Perdiccas 6. Selon Justin', dès l'arrivée des nouvelles d'Égypte, Eumène tint une harangue à aes soldats qui, toujours selon l'abréviateur, «( l'engagèrent eux-mêmes à faire la guerre, et affirmèrent qu'ils déchireraient par le fer les décrets des Macédoniens 7 •• Une telle réaction spontanée s'explique difficilement, car la condamnation portée contre Eumène l'excluait de la communauté
1. E. Pringaheim, The Greek law of sale, Weimar, 1950, p. 269 sqq.; sur cet ouvrage, cf. 1... Gernet, Le droit €le la vente et la notion de contrat en Grèce (1951) = Droit et société en Grèce ancienne, Paris, 1964, p. 201-224, en particulier p. 207 sqq. 2. Voir en particulier, P. Hibeh, 84 a, commenté par E. Pringsheim, ibid.: vente d'une récolte Bur pied (plusieurs textes anciens (Arrien, Anab., VII. 9. 7 i Plutarque, Apopht. Am., 1) assimilent le pillage à une «moisson li). - Cf. aussi le système de la ferme en Égypte, qui est assimilée à une vente et à un achat, vente de « choses futures D, mais avec « paiement immédiat (dans les Revenue LaW8, les fermiers sont plusieurs fois dénommée les « acheteurs D (oi priamenoi : cf. 50. 18 j 54. 15; 56. 14) ; voir aussi Josèphe, Ant. Jud., XII. 169 : (= -re dÀ~)" .•"("pœ""",, 6 ~œa'MU,). 3. Cette constatation débouche sur le problème plus large des continuités entre la Grèce classique et le monde hellénistique (cr. CL Préaux, De la Grèce classique à l'Égypte hellénistique. Note 8ur les contrats à valeur exécutoire, C. E., 33 (1958), p. 102-112). 4. A cet égard, il faut rappeler que Il la rétribution des soldats ne se distingue en rien de celle des autres corps de métiers Il (M. Launay, Recherches, II, p. 728-729) j cf. Platon, Lois, 921 a, qui met sur le même plan les contrats de vente de marchandises et les contrats d'entreprise, et qui, par ailleurs (ibid. 921 d), range, parmi les hommes de métiers, les généraux et les soldats (n!pt 't'W\I XlX't'tX nÔMfJ,oV 311lLtouPYoov). _. F. Pringsheim, op. eii., p. 57, 374-375, n'étudie pas les contrats de travail des mercenaires, qui, il est vrai, étaient le plus souvent des contrats oraux. -. 5. Voir supra, p. 44, n. 7, les références aux textes anciens. 6. XIV. 1. 1·5. 7. tu«, 1. 5.
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macédonienne 1 et visait tous ceux qui continueraient à le servir. Or, une bonne partie de son armée, à cette date, était composée de Macédoniens 2. A Kelainai même, Eumène se trouva à nouveau en danger. Des lettres d'Antigone circulèrent dans le camp, qui promettaient une forte récompense à qui tuerait Eumène'. Pour parer à ce danger, le Kardien convoqua ses soldats en assemblée'" et réussit, par un discours habile, à leur insuffier un enthousiasme irrépressible pour sa cause a. Selon Plutarque 6, les Macédoniens, exaspérés par les tentatives d'Antigone, prirent une décision ferme (36Yf'Œ ",''où,,,,,,.), aux termes de laquelle une garde permanente de mille soldats d'élite devait veiller sur la vie d'Eumène 7. On ne peut manquer, là encore, de marquer quelque étonnement devant la réaction des soldats, si on la compare au type de relations que révèle l'accord passé entre Eumène et les hégémônes à Kelainai même, et si, au surplus, on veut bien considérer qu'à cette date la situation du Kardien était très peu encourageante. Il allait devoir combattre en effet contre une armée très supérieure en nombre à la sienne 8; d'autre part, lors de son séjour dans la capitale de la Grande-Phrygie, les autres chefs perdiccaniens (Alkétas, Polémon, et Dokimos) refusèrent de se ranger à son autorité 0. Eumène était donc à la fois proscrit, diminué (militairement), désargenté, isolé: rien vraiment qui pût susciter l'enthousiasme de ses soldats! En vérité, on reconnaît bien dans tous ces comptes rendus le portrait d'Eumène tel que voudrait l'imposer Hiéronymos 10 : Eumène est beaucoup plus habile que ses compétiteurs (Antigone en particulier) 11; malheureusement, il a contre lui le lourd handicap de ses origines grecques, ce qui le place dans une situation de faiblesse à l'égard de ses troupes macédoniennes 12 j SOD action ne s'explique que par sa loyauté indéfectible envers
1. Sur le terme polemioe-hoetie, cf. K. Hosen. Die Reich80rdnung pon Bahylon (323 P. Cbr.}, A Cuue., X (1967), p. 10~, n. 65, et mon Antigone, p. 273 n. ~. 2. Après sa victoire sur Néoptolème, au début du printemps 321, il a enrôlé la phalange du vaincu (Plutarque, Eum., 5. 3; Diodore, XVIII. 29. 5) qui comprenait un grand nombre de Macédoniens (Diodore, iëiâ., 4-5). Si, par ailleurs, après Triparadeisos, Eumène vint à Sardes, près de Kléopatra , f( pour qu'elle affermît par ses paroles les centurions et les officiers supérieurs, car ils croiraient voir la majesté royale du côté où se tenait la sœur d'Alexandre» (Justin, XIV. 1. 7), c'est évidemment que lee lieutenants d'Eumène sont macédoniens (sur l'expression eenturionee principesque, cf. infra, p. 56, n. 11). 3. Plutarque, Eum., 8. 6; Justin, XIV. 1. 9. 4. Justin, ibid .. 1.10 (voeatis ad eontionem militibua). 5. Ibid., 1. 10-13. 6. Ibid.• 8. 6. 7. Cf. aussi Justin, ibid., 1. 14 : (l Tous offrirent donc à l'envi de veiller sur sa pel'flonne. " 8. Antigone a été mis à la tête de l'armée qu'avait commandée Perdiccas de 323 à 321 (Diodore, XVIII. 38. 7; Arrien, Suce., F 9. 38). Avant de partir en Europe, Antipater confia en outre au Borgne huit mille cinq cents Macédoniens et autant de cavaliers des hetairoi, ainsi que soixante-dix éléphants (Arrien, Suce .• F 11. ~3). 9. Plutarque, Eum., 8. 4; Arrien, Suce., ibid., 41. Au printemps 321, AJketal avait déjà refusé de S6 soumettre à Eumène, malgré les ordres de Perdiccas (Plutarque, ibid., 5. 2; cf. Diodore, XVIII. 29. 2). Les chefs perdiccaniena, condamnés par l'Assemblée de l'armée sur Je Nil. combattirent donc en ordre dispersé (Arrien, ibid., 39 et 42; Diodore, ibid., 37. 3-4.; 4.3~47, passim; cf. id., XIX. 16, passim). 10. Cf. H. D. Westlake, Eumenee, passim. 11. Cf. le discours à ses soldats après 'I'riparadeisos : Justin, XIV. 1. 11 sqq. (Eumène rail croire à se9 soldats CI qu'il a lui-même supposé ces lettres pour éprouver leurs sentiments 1). 12. Cf. Plutarque, Eum., 8. 1 : CI un immigré. un étranger, avait employé les armes et les mains des Macédoniens pour tuer le premier et le plus illustre d'entre eux [= Cratère} JI; mais voir le passage contradictoire, ibid., 10. 4.

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la famille royale 1; il se considère comme le représentant naturel des intérêts des rois. Or, ce portrait est rien moins que probant. Eumène avait été appelé dès le règne de Philippe II à la cour de Pella 2 ; dès le règne d'Alexandre le Grand il faisait partie des hetairoi royaux.", et on peut supposer que, comme Néarque, il avait été «( naturalisé ))". Il avait d'autre part rempli auprès d'Alexandre des fonctions très importantes à la tête de la chancellerie 5 j il avait même succédé à Perdiccas à un commandement dans la cavalerie 6 et, en 323, il était doué d'un grand prestige militaire auprès des troupes maeédoniennes '. Les règlements de Babylone ne l'avaient pas désavantagé: il avait été mis à la tête d'une satrapie, sans doute encore insoumise, mais immense et particulièrement importante également 8; en tout cas, il n'était pas à cette date dans une situation inférieure à celle d'Antigone le Borgne 9. On peut donc conclure qu'après la mort d'Alexandre le souvenir de ces origines grecques était en grande partie eflacé !", et que ces origines ne l'empêchèrent pas de nourrir de grandes ambitions personnelles 11. Il faut souligner également qu'Eumène ne fut pas le seul à devoir déplorer des défections de troupes macédoniennes; en 321, la position de Perdiccas, lors de son attaque contre l'Égypte, avait été amoindrie par les nombreuses trahisons en faveur de Ptolémée 12 ; à plusieurs reprises, Antigone lui-même en fut victime 18, une fois au moins au hénéfice d'Eumène ". On voit mal enfin comment, proscrit, Eumène aurait pu être considéré comme le représentant des intérêts royaux 10. Ce n'est certainement pas sur ces seuls critères que les troupes macédoniennes décidaient de suivre ou de ne pas suivre leur chef 16.
1. Cf. H. D. Westlake, Eumenee, p. 319·326. 2. Plutarque, ibid., 1. 1. 3. Cf. Berve, Alea:andcrreich, I, p. 31, et F. Carrata Thomes , Il problema degli eteri nella nwnarchia di Ale..andro MagM (Pub!. Fac. T'orino, VII), 195'<, p. 44. 4. Pour Néarque, cl. Berve, II, ne 544. 5. uu., ne 317. 6. Plutarque, ibid., 1. 2. 7. Ibiâ., 1. 3 : « Aussi, lorsque Néoptolème, le premier écuyer, dit, après la mort d'Alexandre, que lui-même avait suivi le roi avec un bouclier et un javelot, et Eumène avec un stylet et des tablettes, les Macédoniens se moquèrent de lui»; présentation différente et déformée chez Arrien, Suce., F 9. 27. - Cf. aussi Diodore, XVIII. 42. 2. 8. Cf. R. É. A., 1972, p. 34 .qq. 9. Sur la situation d'Antigone par rapport à celle des autres diadoques après Babylone, cf. mon An· tigone, p. 126·1Ii3. 10. Cf. Plutarque, Loc. cit. (sauf lorsque le Kardien lui-même veut en tirer avantage: cf. Plutarque, tu«, 3. 1). 11. Cf. H, D. Weetlake, Eumenes, p. 320-326, et M. J. Fontana, Le Loue (op. cit.), p. 196; cf. l'article précédent dans R. lt. A., 1972, passim. 12. Diodore, XVIII. 33. 2, et 5 i cf. Arrien, Succ., F 9. 28. 13. Cf. Polyen, IV. 6. 6 (.ur ce texte, cl. infra, p. 64). 14. Diodore. XIX. 26. 115. Contra H. Bengtson, Strategie, Il, p. 174-175, qui juge que c'est en se fondant sur le pouvoir que lui a conféré Perdiccas, qu'Eumène a « assigné des terres à ses troupes », a levé des contributions sur les villes éoliennes (Justin, XIV. 1. 6; cr. supra, p. 46, n. 4), a distribué des « honneurs» (timai) « comme les philoi en reçoivent des rois 1) et a distribué « des chapeaux macédoniens et des chlamydes, ce qui était le don royal par excellence (dôrea basilikôtaté) chez les Macédoniens li (Plutarque, ibid., 8. 7). Mais, là comme ailleurs (supra, ibid.), H, Bengtson fait à mon avis un contresens: la pratique d'Eumène ne prouve nullement que Perdiccas lui avait donné de tels pouvoirs; elle prouve plus simplement qu'Eumène entendait agir de luimême comme un chef indépendant, en se créant une armée, une garde, et une cour personnelles, comme les autres diadoques {sur cette évolution, cf. F. Schacbermeyr, op. eit., p. 200-202). 16. A deux reprises déjà, au début 321, à une date où il était donc investi réellement de pouvoirs apé-

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b) Eumène et la prétendue « Assemblée de l'armée ».

L'interprétation moderne de F. Granier' est tout aussi peu satisfaisante. Selon l'érudit allemand, en effet, les relations entre les diadoques (Eumène tout particulièrement) et leurs armées s'expliquent par référence à l'institution macédonienne de l'Assemblée de l'armée, qui aurait survécu en Asie après 321. Je ne reprendrai pas ici l'examen détaillé de la thèse générale de l'auteur, car j'ai essayé de prouver longuement ailleurs qu'elle était erronée 2. Mais, en ce qui concerne la période postérieure à 323, on a là l'illustration d'une interprétation encore largement répandue selon laquelle chacune des armées des diadoques aurait recueilli les pouvoirs de l'Assemblée de l'armée; comme A. Aymard l'a déjà souligné avec force 3, cette interprétation est insoutenable. En outre, dans cette partie comme dans .tout le reste de son ouvrage, F. Granier fait un contresens permanent entre ce qu'il appelle l' {( Assemblée de l'armée ) et les réunions de troupes; or ces convocations de troupes par leur chef sont fréquentes dans n'importe quel type d'armée: le chef tient une harangue soit pour expliquer la situation, soit pour remonter le moral de ses soldats". Contrairement donc à ce que prétend F. Granier 5, les relations entre Eumène ct ses soldats, à Kelainai, ne sont plus régies par les anciennes institutions macédoniennes 6.

c) Eumène et ses troupes: un chef et ses mercenaires. En revanche, les analogies sont frappantes avec certains traités passés, à l'époque hellénistique, entre un roi (ou un dynaste, ou une cité) et des mercenaires révoltés. Trois exemples en particulier offrent des points de comparaison fructueux 7 : le traité passé entre 309 et 305 entre Iasos et les mercenaires envoyés par Ptolémée 8; la convention conclue, vers 310, entre le dynaste Eupolémos et ses mercenaires 9; l'accord juré par Eumène 1er de Pergame et ses troupes entre 263 et 241'0. Les conditions et les termes dans lesquels
ciaux par Perdiccas en Asie Mineure, Eumène avait connu des défections. Les troupes qui gardaient l'Heileepont passèrent du côté de Cratère et d'Antipater (Arrien, Suce .. F 9. 26) i quelques semaines plus tord, après la défaite et la mort de Cratère, la phalange macédonienne, qui venait de s'engager par serment aeevir eoua les ordres du Kardien, rejoignit Antipater (Diodore, XVIII. 32. 2-3). 1. F. Granier, Die Makedonisehe Heereeversammiung. Ein Beitrag zum antiken Staatsrecht (Mümh. Beù., XIII), 1931, en particulier p. 75-85 : « Eumenes von Kardia und die Heeresvenammlung.• 2. Cf. mon Antigone, Appendice, Ile partie, passim, en particulier p. 286-297. 3. Études, p. 15:J.~153. Sur le cas spécial de l'Assemblée de Tyr en 315 (Diodore, XIX. 61), voir P. Briant, uu., p. 299-302. 4. C'est le cas de la presque totalité des assemblées tenues pendant la campagne d'Alexandre (voir par exemple sur J'Hyphase ou à Opis) i à l'époque des diadoques, cc. (entre autres exemples] Diodore, XVIII. 31. 2 (Cratère en 321), XIX. 81. 2-6 (Démétrios en 312). - Dans un tout autre contexte, cf. Thucydide, VII. 75 sqq. (là-dessus, cf. Cl. Mosaé, R. É. A., LXV (1963), p. 290-297) i voir aussi les nombreuses allemblées chez les Dix Mille (cf. G. B. Nussbaum, The Ten Tboueanâ. A study in social organisation and adion in Xenophon:e Anabasis, Leiden, 1967, en particulier p. 48-68). 5. Ibid., p. 76-77 (cf. aussi p. 79-81 à propos de Diodore, XVIII. 62-63; infra. p. 58, Q. 11). 6. Cf. déjà les réserves de H. Bengtson, op. cit., p. J23-124 (qui pourtant adopte en général la thèse de Granier). 7. Autres exemples de révoltes de troupes, cf. surtout O. G. l., 229 = Schmitt, Vertrdg8, 492 (cf. surtout M. Launay, Recherches, II, p. 669·674). 8. A. Pugliese CarratteIli, Supplernento epigrafico di l ceoe, A. S. A. A., 45~46 (1967-1968), p. 439 aqq., ne 1 (cf. L. et J. Robert, BuU., 1971,621). 9. Schmitt, Vertrage, nO 429; cf. M. Rostovtzeff, R. É. A., 33 (1931), p. 5-25, et L. Robert, CoU~ction Froehner, I : Inscriptions grecques, Paris, 1936, p. 75-9110. Schmitt, Vertriige, nO It 81 ; sur ce texte, voir en particulier A. J. Reinach, Les mercenaires et le, cotonies militaires de Pergame, R. A., 4 e série (1908), p. 174-248 i 1909, p. 55-70 et p. 102-1'19 (article inachevé), M. Launey, Recherches, II, p. 738-746 i cf. aussi Y. Garlan, Guerre, p. 69-70.
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sont conclus ces accords ont de nombreux points communs avec ce que l'on sait maintenant des relations d'Eumène et de son armée à Kelainai en 321 : IX) dans tous les cas, les mercenaires se sont révoltés sur des problèmes de salaire qui ne leur a pas été versé par leur employeur 1 ;
~) la conclusion de tous ces traités s'explique par un rapport de forces qui est en faveur des soldats; il s'agit toujours de concessions du chef, obligé de céder s'il ne veut pas

voir ses mercenaires l'abandonner 2. Dans deux cas, les soldats ont pris des gages qui renforcent considérablement leur position 3. Ces conventions sont d'une nature comparable à celle des traités passés entre des puissances internationales 4, Le choix d'une telle pro·

cédure suppose qu'une très grande méfiance régit les rapports du chef et de ses troupes'; y) ces conventions (homologiai) ne sont pas conclues directement entre le dynaste (ou le roi) et les simples soldats (stratiôtai); les intérêts de ces derniers sont représentés par les hégémônes, les chefs de détachement 6. De même à Kelainai, où la convention de vente est passée entre Eumène et les hégémônes 7.
Il ne fait donc aucun doute, à mon sens, que c'est sur ce plan qu'il convient de placer

les rapports du Kardien et de ses troupes. Il est évidemment dommage que le texte de Plutarque élague les informations d'Hiéronymos. Cependant, la formule introductive :
't'ote; 8è a't'F-Ot't'LWTCtL~ u1toax6ILt.loc; ev 't'ptO'lV ~lLép(XLC; 't'OV lLur6o'J lÎ1t08t:>oE:LV suggère non pas

seulement une (1 promesse », mais un engagement formel à verser le misthos dans le délai fixé 8. Manque dans ce passage de Plutarque une mention des serments qui s'échangent toujours à la fin d'une convention de ce type 9, Cependant, plusieurs textes antérieurs 10 ou postérieurs 11 à cet épisode montrent que des serments furent échangés à de nombreuses reprises entre Eumène de Kardia et ses soldats 12, serments qui étaient prêtés au nom des divinités qui apparaissent dans les autres conventions 18.

On est donc loin de l'image qui se dégage des récits de Plutarque et de Justin. Même
1. A. S. A. A., 1967-1968, ligne 12 : cX.1to8watt\l, ligne 14 : Joue; ocptLÀO!J.É:\Iou,; (je propose !J.(a61ouç pour le mot incomplet) i Schmitt, no 429, ligne 8 : cX.1to8067jvœt 't'à: boIOcptLÀ6IJ.t"[œ œÙToic; ôr,JJW\lta. ... J; ibid., ne 481, lignes 12-14 (opsônion). 2. Cf. M. Launey, Recherches, II, p. 738-739. 3. A. S. A. A., 1967~1968, ligne 17, et Schmitt, Vertrage, ne 429, ligne 20: les soldats se sont emparé de la cité et des citadelles (pour le deuxième texte, cf. L. Robert, op. ca., p. 81-86).

4. CI. H. H. Sohmitt, ibid., p. 147. 5. Cf. A. J. Heinach, art. cit., R. A., 1908, p. 217. 6. A. S. A. A., 1967~1968 : Machaon, Hiéron et Sopôlis (cf. ligne 19) i Schmitt, Vertrage, uc 429 : Philippe, Damagathos et Arlstcdémos i ibid., ne 481, lignes 19-20 : Paramoncs, et les hégémônes et les soldats

sous leurs ordres. 7. Cf. Plutarque, Eum., 8. 5. 8. La formule à.1to8wattv 't'O\l !J.La6èl'J est fréquente dans ces traités (Schmitt, Vertriige, nv 429, ligne 8; A. S. A. A., 1967-1968, lignes 15-16) i le terme umaX\ltLa6œL est lui aussi très fréquent dans les accords entre un chef et des soldats (cf. l'accord entre Antigone et les ArgYl'aspides, Plutarque, Eum., 17. 1, cf. aussi Polyen, IV. 6. 6); il est vrai que ce terme a perdu en grande partie sa valeur d'obligation (cf. L. Gernet, Droit et société, p. 212) ; enfin, notons qu'une clause temporelle est également souvent incluse dans les traités (Quinte-Curee, III. l. 8; F. Gr. H., ne 532 D; Diodore, XXI. 18. 3 = Schmitt, Vertriige, ne 464). 9. A. S. A. A. l 1967-1968, lignes 3l.t-55; Schmitt, Vertriige, ne l.t29, lignes 22-30, et ne 481, lignes 19-63. 10. Justin, XIV. 1. 10; cf. Diodore, XVIII. 32. 2·4, et Plutarque, Eum., 5. 5. 11. Nepos, Eum., 10. 2: Justin, XIV. 4. 3 et 7. 12. Voir infra, p. 58·61. 13. Cf. Plutarque, Eum., 17. 4 : « par Zeus St.ratios et les dieux garants des serments Il, Justin, XIV. 4.10: dii perjuriorum vindicee i sur ces divinités, voir surtout L. Heber-t, op. cù., p. 81.

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41-42. index s. 10. 10. voir Justin. en outre. 63. également Diodore. XIV. nO 481. ibid.[6vwL] x't'À). lignes 40-44 (trad. le terme devovere est évidemment à rapprocher du terme grec eunoesein. Eumène remercie les soldats d'avoir été fidèles à leur serment). après un nouvel essai d'Antigone de fomenter un complot dans son cam.. Ceux-ci jurent en effet de combattre pour leur chef jusqu'à la mort 1 et de ne pas ourdir de complot contre lui'. Vertrdge. Vertrage. J. Sur ce complot.f (&:>J. 1o. 8·9. ligne. '1ttlpeO't"l]O'lXTo) . IV.. v. F.44-45. cf. ibid.qui est au fond un contrat de travail . Eum. nO 481. 13.. fils de Philetairos ' . Plutarque. 3. Nepos.6-12. 5 : Eumène de Kardia fait un discours à ses troupes. 25-28...32-33. 2. 17. S. Schmitt. tu«. lignes 27-28: CÙ\lo. 43. ne 155. Eum..œ xa. et sur la nature de son pouvoir. 4. Il est tout d'abord remarquable que dans le contrat de vente de Kelainai . Ibid.. Schmitt. 53-54. Eum. A. celui-ci à verser leur misthos aux soldats selon des modalités définies auparavant avec les hégémônes. de même dans le serment d'Eumène de Pergame aux soldats (ibid. XIX. T. ligne 53 : wvo-ljO'w IIlXpo:fJ. ne 481. Les agissements d'Antigone lors du séjour d'Eumène à Kelainai incitèrent Eumène à requérir un nouveau serment. 8. F 3 (4). A. tùvoéw {'t'LVO et CUVOLlX (p.19. 2. je les livrerai toutes scellées et j'en trainerai le porteur le plus vite que je pourrai devant Eumène. Eum. si l'on se souvient qu'après la bataille de Gabiène (316). » Un texte du même genre a-t-il été juré par les soldats d'Eumène à Kelainai? Cela semble probable. - 67- . et Justin. XIV. 12. . lignes 7-8. 3. il traita les Argyraspides de II parjures . Reinach). aux cas des autres diadoques. Diodore. 1..Sur ce terme. Si l'on vient m'apporter des lettres..l Tb 1tÀ'ij60ç cL. Cet exemple particulièrement fécond de Kelainai n'est pas sans susciter quelques réflexions sur l'organisation de l'armée d'Eumène. Nepos. 4. 9. l'accord soit conclu entre le chef (ou le dynaste. tÔV014V jLC{~ovcx 't"ijç 1rpoiklpXooO'l)e. . le serment porte: li Je n'accueillerai de ses adversaires aucune lettre ni ne recevrai aucun envoyé et je n'en députerai jamais vers eux.. 3·5. sur plusieurs points.. 10. s]xe. 2 : cum eaercitue ei [Eumène] ter ante separatia temporibus jura8set se eum th· fcnsurum neque umquam deserturum j Justin. lignes 6· 7..comme dans les autres traités de cette nature. d) Les diadoque. ou la cité) et les hégémône. ne 481. H.Ici.10. A. Schmitt.ow lXUTW' xcd ['t'ore. nO 429. Gr. 10. 6. Eum. 427).. La réunion de ['armée que cite Justin Sfut probablement ['occasion solennelle de la prestation de ces serments: les troupes s'engageaient à servir et à défendre Eumène 9. 10.Vertrage. XVIII. Justin.1-2 i Plutarque. Epitome. précisément parce qu'ils avaient échangé des ambassades avec Antigone et monté un complot contre leur chef s.. Nepos. 14-15. voir aussi Plutarque. Vertrage... 4. 5. 3 : « ••• qui ter ante hune annum in men verbe jure [urondo obetrieti eetie ». et leurs soldats. Une telle procédure 1. œ] Diadoques et « hëgémônes . 4. Mais c'est dès après l'annonce de la mort de Perdiccas que les soldats ont prêté pour la première fois un tel serment 7.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES: LE CAS D'EUMÈNE DE KARDIA 55 l'épisode des lettres envoyées dans le camp d'Eumène trouve son pendant dans le traité passé entre Eumène 1er de Pergame et ses mercenaires révoltés. Justin. XIV.. L'enquête présente d'autant plus d'intérêt que les conclusions que l'on peut en tirer peuvent être étendues. lignes 28-30.. 2 j cf. cf. et 6 : «( ••• quotiens vos sacramento mihi devovistie J. 6. A. Schmitt. cf. 3. 10 (après que les lettres d'Antigone eurent circulé dans le camp.. 1·3. Eum.(vou. 1967-1968. Heid.. ligne 30 : e:ùv6wc. Schmitt.)'. Nepos. lignes 19-23. deux clauses que l'on retrouve dans les serments échangés entre le Kardien et ses troupes au cours de la période 321-316 3 . 17. Eum. Cf. Polyen.) : le problème du commandement.

Eum. 1. sous le contrôle d'Eumène (cf.*~9. le recruteur garde le commandement du corps qu'il a levé (cf. Hiéron. cf.). une base de 1. est une unité pratiquement autonome. 57. 9.. 7. p. Voir la manière dont Cyrus a levé ses mercenaires. 6. 4. A. ne 1.. p. Études. 51. Greck mercenary eoldiers. il s'est mis en contact avec des condottieri. ibid. p . Ce qui est frappant justement. 19. 5. p. Ocranèe le Mède (Diodore. 54 et n. 883-884... ne . 1. 2. chez Polybe (VI. l. des contingents de mercenaires 5. R.24-27. p. É. Launoy. A . 6. p. lt). p. A. 33-34: Il Machaon. A. A. les seconds étant subordonnés aux premiers: cf. ibid. 7 (ces officiers siègent dans le synedrion du diadoque) (321). côte à côte. Les Iraniens ont été levés par des chefs locaux. III. 197~. XIX. The mercenoriee of Cyrus.. . lignes 14. 48-50 (sur les hegemônes). Le texte de Diodore s'applique à l'armée d'Eumène au moment où il a été rejoint par l'armée de Peukeataa et celles des satrapes orientaux. Feyel. car sa troupe compte également plusieurs begemônee (320) (ct. Briant. Oxford. 1. 201-208. dans les papyri. le détachement. n« 481. '1-3. 24. R. 1. R. 8. Le texte de Plutarque (loc.56 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES implique en effet que le tagma l. R. yéveaLv. 362-365. avaient pour chefs leurs propres recruteurs 9. porte certainement aussi le titre de stratège: cf. c'est que les divers contingents ont une autonomie aussi grande. 11. n. H. 8. cr.. Ce terme cependant appartient au vocabulaire militaire macédonien (M. 169-171. 1031. cit. Holleaux. 1935. Sur la persistance des traditions militaires macédoniennes chez les diadoques et chez les Séleucides. P. Recherches. Bengtson. Eum. wc. 1).) distingue bien d'ailleurs les hegemônes tagmatos des xenagci. Diodore. Cette armée du Kardien est composée en efTet de corps de différentes nationalités 4 : il y R. voir aussi M. Les stratèges et les hegemônes restent les officiers de plus haut rang. Feyel. ne . 1972. p. cf. et. c'est-à-dire qu'il n'est pas soumis institutionnellement au diadoque: l'obéissance est fonction de l'application d'un contrat. autres exemples d'emploi du mot tagma dans un sens aussi vague. R... Aristodémos et les soldats placés sous leurs ordres». ibid" p. 2-4 : Perdiccas. Launey. Parke. cl. sur les stratèges (ou hipparques) et les hegemônes. que les mercenaires et les Iraniens qui. la hiérarchie macédonienne 10 s'est extérieurement maintenue. ce qui prouve que les premiers sont des Macédoniens. p. aussi bien les Macédoniens qui proviennent de l'ancienne armée royale. Feyel.. de H. I. Chaque contingent. Cf. Recherches. Sur la présence de Macédoniens. 1972. 3. ibid. p. eux. les officiers (hegemônes) et leurs soldats de Philetaireia. p.124-125 et 219). P. A. en partie au moins. 2. Launay. et Sopôlie et leurs soldats D. A. Diodore. . ligne 'i6 : oi grammateis t6n tagmatôn. 833. en particulier p. 672). 1.. Mais. Iranien ou Macédonien 8. n«v't'o8rt7t'oùC. 4. Il'll. Vert/'agc. Schmitt. qui traduit l'expression grecque par centurionee principesque! Cf. en leur fournissant les fonds nécessaires (Xénophon. 1935. aussi Plutarque. cf. 1'1) qui.. cf. W. et que l'hégémôn est l'employeur des stratiôtai qui sont sous ses ordres 2. voir Plutarque. 7). fils d'Artabaze (ibid. Schmitt. Roy. É. prend le sens de Il manipule». nommé devant les /wgemônes el les stratiôtai. ce qui n'est pas sans faire penser à la constitution de l'armée des Dix Mille·. aussi infra. où Paramonos . Vertràge. en particulier Diodore. qui a fait sécession. 1967-1968. voir M. Les Iraniens sont les plus facilement reconnaissables. XIV. 7. hien sou- - 68- . R. p. M. 't'o!C. Mais. É. C'est un « corps de troupe» (cf.. I. 1025. ibid. Berve. cf. III. doit être un stratège. 1933. Strategie. et M.. Plutarque. Anabase. Cf. On "oit donc que l'armée d'Eumène est une mosaïque de contingents de toute provenance. Launey. p. Eum. et surtout J. de nombreux chefs macédoniens ont voulu faire du détachement qui leur avait été confié. et de M. A. p. 22. Cf. est dirigé par un chef de même nationalité: Grec. ne 481. ~f. S. 7. Damagathos. 5 : . Pharnabeze. p. 48-49). Cependant. SUI' cette hiérarchie dans l'armée d'Alexandre. ligne 19.. 287-323. 1061-106~. appliqué à l'armée romaine. Historia. 30. après la mort d'Alexandre. pour comparaison Schmitt. 9-11: 2. Expressions typiques. 363). supra. 7. Xénophon. 1 : Pharnabaze et Phoinix de Ténédos ont le commandement d'une hipparchie d'Orientaux (321) . les commentaires de M. 40. n.. Polylaosç ses officiers et soldats d'Attaleia»: A. l'l. 47. 1935. M. 6.Sur le terme ontùagma. cit.. p. XVIII. Briant. Launey.. sur ce texte.. c'est-à-dire en 317. à une date plus haute.287-296).. 5).. d'Iraniens 6 (cavalerie) et de Macédoniens 7. Mém. 9-14. 41·42. 10. lignes 19·22 : « Paramonoa. 49 sqq. 33-34). dans l'armée aéleucide. ibid. Vertrage. dans l'armée des diadoques 11.. ainsi Pi grès (Plutarque. à rapprocher de Justin. XVIII. 9). XVI (1967). 5 : œenagos (SUl' ce terme. Ce terme n'est d'ailleurs pas d'une extrême précision (cf. cf. I. c'eat-è-dire « les secrétaires des unités» PL Launey.*92. ligne 7 : CI: Philippes. apparemment. sont chargés de la tenue des registres militaires. XIX.

3·9. il faut rappeler que. si elles apportèrent à Eumène un renfort considérable 7. F 9. 148 i oontra Ch. ce dernier passage étant également intéreeaant aur le senl de la hiérarchie: après la bataille des Champs Orcyniens. 39. » (cf. 62. 4. 13. c d'Amphipolis». sur ce texte. L'année suivante. 109)). proches d'Eumène. Tondriau. mais dans des circonstances exceptionnelles '. H y a une trèl importante difJé· rence : les soldats ne sont pas dénommés « les soldats sous les ordres de . l'autre les cadavres des simples soldats (oi pol/ai)). Pour intégrer des éléments de l'armée adverse vaincue (Diodore. introduisirent aussi dans son armée de nouveaux éléments de divisions 8. XIX. Eum. 6. 1. 2. 34-35 . en effet. 7. XVIII.. l\ opposer à Diodore. Welles. Les facteurs d'unité étaient donc rares: certains stratèges.D'ALBXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES: LE CAS D'EUMÈNB DE KARDIA 57 leur puissance personnelle'. lignes 7-8. conservent une mainmise totale sur Jeun armées satrapiquea (Diodore. et celle de Peukestas en particulier. Schmitt. nO 1. il lui adjoint trente autres "lacédoniens chargés de persuader ceux des Macé· doniena qu'ils connaissaient le mieux (gnârizomenoi) et ceux qui étaient leu" u concitoyens a (paUla. p. p. 29. p.. 3. 62. et dont les chefs. cr. da. la disparition de toute structure étatique dans ces armées 4. 3).identes confient généralement le titre de stratège au chef qu'elles élisent (Polyen. mais. 7. Eumène fait élever deux bûchera. I. après la mort d'Alexandre. 1957. VI. Cette situation exprime assez bien. 5) ou pour disperser de. C. qui avaient derrière eux une longue tradition d'insubordination 6. cadavres des hegem6nea. simples soldats D (cr. VII (1964). 3-4. ce d'autant que Peukestas vent. I. 1.. 4. A.)) . A cet égard. 15. hegemônee de fantassins. 5. XVIII. Paris-Tournai. 17-18). Diodore.. XVIII. 4). comme tout au long de l'expédition narrée par Xénophon (cf. sont dénommés par leur lieu d'origine ou de recrutement: c de Pydna a. 63. 16. porteur d'une Jettre adressée aux Argyras· pides et autres Macédoniens. Arch. 24. Le trône vide d'AlP:&andre CÜJM la c~r~­ manie de Gyinda et le culte du trône vide à travers le monde gréco-romain. Voir les justes remarques sceptiques de L. stratèges. - 69- . Plutarque.. 7. en particulier Anabase.ve. le monde gréco-romain.. 38. 2 ~qq. me semble-t-il. 1) : c'est là un eigne. C.ouverai. XIX. lignes 1-4) . n. infra. n. XVIII. les contingents aont levés régionalement et que certains commandements sont réservés à de grandes familles (cf. 4.. l'un pour brûler le. Notons enfin que les troupes di. tenne qui est peut-être une référence à ces liens régionaux (un certain nombre de chef. 6. 40. 3. A. lignes 20-24. 4. Cerfaux et J. 1967-1968. A cette date. de leur côté. 14. ·15. n'entendaient certes pas se soumettre à Eumène : d'où l'essai quelque peu désespéré du Kardien de se faire apparaitre comme le porte-parole d'Alexandre mort et divinisé &. il reçut le commandement des vétérans macédoniens. p. ibid. aussi ibid. Diodore. 15. a Je leol trM général d' c officiers XI et peut donc comprendre également les stratèges (cf.. me semble-t-il. Déjà les Argyraspides. il faut souligner que le Kardien. en 318.. nO 429. R. 4-5 i XIX. n'étaient pas attachés à une troupe particulière 2. hBgerrlÔne. si on retrouve bien là les mêmes catégories que dans les traités roi {dynaste)-mercenaires. que. 202. 1 : I'aaaemblée générale est convoquée par Eumène et par les autres satrapes) . Eum. hipparques. 2) (à comparer avec l'assemblée de ses propres troupes que réunit Cléarque au début de l'expédition des Dix Mille (Xénophon. Antigone y envoie Philotas.. on le voit. Antigènes et Teutamos. 1. les chefs SODt exécutés). les satrapes orientaux. p. C'est peu. H. XVIII. 1. A cet égard. il apparaît que chez Hiéronymos de Kardia (ou ses utilisateurs). 62-631. IV. Cf. Berve.. tu«. 5. On conçoit donc la difficulté de commander à de telles armées. 2. 59. et Diodore. 8. et Arrien. 4: .4). l'autorité suprême (royale ici) s'exerce sur tous. et à Plutarque. 47. Berve. cf. Vertrdge. li: leurs soldat.'). 2-8.. Lorsqu'un roi hellénistique écrit à une armée ou à une garnison. Plutarque. en 318. Il n'est pas impossible que l'attachement d'une troupe à son chef immédiat. Ainsi Phoinix de Ténédos (Plutarque. 7. tinrent une assemblée séparée. en 320.. Diodore. 104-116. 40. Boit encore fondé sur ces attaches régionales (cf. cf. S. 13. dans une organisation étatique. ne 481.. Diodore. A. 2. Eum' J 9. Anaba. Plutarque. dans l'armée macédonienne originelle. p.2). Justin. les Argyraspides. et de contingents. le problème du commandement se pose 10US l'alternative suivante: commandement unique ou commandement col!ectif (cr. en 318.. il s'adresse aux.4: désirant nouer un complot à l'intérieur du camp d'Eumène.. fut placé dans des conditions particulièrement difficiles. 5. Picard. 1. chefs et soldats. 3. Voir dès 323 l'exemple de Pithon (Diodore.. XIV. 4 . dana l'armée d'Alexandre. Eumène réussit à mélanger les contingents. les armées des satrapes orientaux. à deux reprises.. indistinctement et immédiatemen~.lignes 14-15. XVIII.. Eum. Le culte des . hora de la présence d'Eumène (Diodore. soldats qui s'étaient rebellés (ibid. XIX. 1.

4.. Voir par exemple Justin. Cette réflexion désabusée de Plutarque est incomparablement plus proche de la réalité que la peinture qu'il fait ailleurs de l'enthousiasme« spontané» et «( désintéressé ) des soldats à défendre Eumène jusqu'au bout l l . 7. M.3).. il eut le bien d'autrui pour garde du corps. là comme à Kelainai. . M. quitta le camp d'Eumène avec trois mille fantassins et cinq cents cavaliers li. 2-•. XIX. Arrien. supra. et. dans l'intérêt des soldats et dans le sien propre). Cf. le Kardien fut abandonné à nouveau par de nombreux soldats qui passèrent à Antigone '.58 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES entendait bien prouver lui aussi ses liens privilégiés avec le Conquérant défunt ". un des chefs les plus fameux. 5-8. 10. 13. Eumène imagina d'emprunter de l'argent aux chefs dont il se méfiait le plus. 2. n. D. cf. Ce qui conditionne la bonne marche de l'armée. qui présente ces départs comme suscités volontairement par Eumène. Même présentation déformée des faits en Diodore. le butin amassé pendant plus de dix ans de campagne fut assurément considérable 13 : en 316. Eum. même si cette hantise les amène à passer dans l'autre camp. après cette défaite des Champs Orcyniens. 8. 62·63: en 318. Recherches. 9. ~) L'échange de serments. Plutarque. génératrice de butin et garante du misthos. 1 (plus réaliste que Plutarque. Plutarque. Pi grès l'avait abandonné avec ses cavaliers iraniens 4. Le pouvoir d'Eumène était donc d'une extrême fragilité et d'une extrême précarité. 9. cf. 8-42. cf. III. il n'est que voir le souci des soldats et des Argyraspides en particulier de sauver à tout prix leur aposkeuè 9. &tudes.41. Diodore. Ibid. 68. Diodore. 11. à la tête de la cavalerie 6.rgyraspides dont il venait de prendre le commandement (SUl' eunoia. 16-22. 5. Diodore. c'est la victoire. et en particulier aux A. ln/ra. 3). Holleaux. Plutarque. quelque temps plus tard. 6. Cf. Le cas des Argyraspides est le mieux connu a. 52. devient de plus en plus insaisissable. XI. p. XVIII. 67 'qq.. quand les autres donnent d'ordinaire de l'argent pour prix de leur sécurité. Pour s'en convaincre. 6 (cf. 6-9. là aussi Eumène vient parler devant les soldats (ibid. par des lettres et des ambassades. 12. 1. Eum. Des espoirs de cette sorte agitaient aussi les Macédoniens lors du débarquement d'Alexandre en Asie 1 2 . 3. Eumène eut souvent à subir de telles trahisons 2. 16. 4. mais il n'est pas isolé. XIX. Hoefer) . de persuader les Argyraspides de mettre Eumène à mort. en 320. XVIII. 63. Cf. 5). Anabase. 55. mais encore à se concilier plus que jamais l'affection (euooia) des soldats II (trad. n. quitta le camp d'Eumène pendant la bataille des Champs Orcyniens. 6. Dès le début de 321. - 70- . cit. « de la sorte. et M. p.. Ptolémée et Antigone essaient. de ce point de vue 8. 9. il entraînait tous ses hommes avec lui. Macédoniens ou mercenaires? La différence. Ibiâ. 297-300. infra. 2•. lui seul en reçut pour garantie de la sienne 10 ». loc. Apollonidès.. p.0. 10. Cf. p. Perdiccas.. 22. passim (sur ce texte. Holleaux. Il est vrai que l'attrait des profits financiers ne constitue pas à proprement parler une nouveauté. Launoy. Lorsqu'un chef de détachement voulait déserter. p. 2 (prodosia). supra. 4). Eum. Ses essais pour gouverner au nom d'Alexandre n'ayant pas eu les résultats escomptés. VII. 9. Diodore concluant (ibid) : « il parvint non seulement à se délivrer des dangers qui le menaçaient. Eum. 6. soudoyé par Antigone. on suspecte que.. 13. p. les Argyraspides reprochèrent à Eumène de leur 1. Eumène fit prêter un serment à ses troupes. 1-.

ibid. VII. et surtout après 321 5. Der r amische Koieereid.. cf. « le mercenaire» . 195-196. Herrmann. Alexandre. -71- . 9 (cf. 7. s. Sur cette réserve. choisi et acclamé par les Macédoniens réunis en assemblée primaire à Aigai 6. Cf. p.suivant l'excellente définition qu'en a donnée Y. lui. p. eit. 5. Justin. Briant. n. 13. II. 1. Extérieurement. 240-255. C'est là oublier en effet que le soldatcitoyen touchait lui aussi une solde et une part du butin et donc que « la solde n'était pas l'apanage des mercenaires» (cf. 7. Cf. XII. l'échange de serments.. pour la durée de la campagne 11. p. les Macédoniens réclament bruyamment à Antipater les don. 2. Vertriige. Gôttingen. p. 323-325). 193~194. les relations nouées par les Macédoniens avec leurs chefs après 323. Voir déjà là-dessus P. C'est ce que prouvent en particulier les circonatancea de la condamnation de Pbtlotee. p. ius. sont d'une nature différente des liens qui les unissaient à Alexandre. promis par Alexandre (Arrien. Garlan. 12. L'attachement des Macédoniens à leur roi dépassait la seule personnalité de leur souverain 9.. 10. p. VII. Momigliano. 3. I. 54-55 (cC. la meilleure garantie de victoire '.. Là-dessus P. ibiâ. en partant comme F. 5. ibiâ. F. de spécialiste. en pleine Asie. 326. est de moins en moins respecté 12. 9·12). non pas fondés sur des prestations financières.. P. 5. 11. XXIV. Y. id. de même que l'armée macédonienne est restée une armée nationale 8. 67 . Voir par exemple à Babylone. 14 (cf. en 323. P. n. Hampl de ces constatations. 8.. où renalt. Garlan. en pleine Asie. aussi P. p. 8. JI. qui fait l'originalité de ce type humain II. 338-345). d'apatride et de stipendié. de leur côté. . Briant. 6. M. Il est vrai enfin que les soldats macédoniens touchaient une solde s. P. sur les rapprochements que l'on peut établir avec le! serments prêtés par les soldats du Kardien. qui juge que les :Macédoniens sont des mercenaires parce qu'Ha touchent une solde et reçoivent des dons {cf. comme tel. IV. L'Argéade. était leur roi. 279-286. a conservé son caractère de roi national. 9-12. X. les nobles choisissent un nourrisson (à rapprocher de Justin. En 321. F 11. 48-49. les remarques critiques de A. P. p.]. Recherches. p. mais sur le respect mutuel du nomos ' O Au surplus. sanctionnait officiellement ces liens. n. 4). 25 sqq. à rapprocher de Justin. 3. En outre. op. ils ont imposé Philippe Arrhidée.. où les phalangites imposent l'élection d'un roi (Arrhidée) diminué mentalement. mais par l'appât du gain: c'est la conjonction de ces trois aspects. ses fonctions religieuses étaient. 748. 20). Briant. Ber-ce. Antigone. 11. 6. Briant. ibid. XIII (19351. XIV. 311-322. En fait. en effet. Herrmann. p. p. P.. lignes 19-63. n serait néanmoins tout à fait erroné. entre le roi et l'Assemblée du peuple. 330-331 : de 323 à 321 en effet. l'union indissoluble entre la dynastie et le "ulgua macédonien représenté par la phalange macédonienne (cf. 69) . les soldats ont prêté à Alexandre. en début d'expédition. Textes partic':llièrement caractéristiques: Quinte-Curce. voir supra. 331 sqq. Pol yen. Ce caractère personnel est très nettement marqué dans un traité tel que celui qu'ont passé Eumène 1er de Pergame et ses mercenaires 13. Berve. 2. 2). Briant. 44-45.Cl est un soldat professionnel dont la conduite est avant tout dictée. 2. p. Hampl. 4. 9. Justin. ibiâ. le.. Il prend au contraire un caractère de plus en plus personnel et. au début du règne. Malgré le caractère de plus en plus personnel donné à son pouvoir. Schmitt. Launey. p.29. une forme de ce deuxième serment subsiste après la mort du roi et après le départ des rois en Europe. Mais. Mais il n'a plus rien de spécifiquement macédonien. Alexandre combla de cadeaux ses soldats'. Athenaeum. Guerre. 2 j Justin. 1.. Cf. 5. en tant que strcaégos.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES: LE CAS D'EUMÈNE DE KARDIA 59 avoir fait perdre tous ces profits '. précisément. XXIV. p. 9 aqq. non pas par son appartenance à une communauté politique. lie e popolo in Macedonia prima di Alessandro Magna. ibid. Briant. aux yeux des Macédoniens. un autre serment qui valait. 1968. Untersuchungen zu eeiner Herkunit und Entwicklung (Zetemata. 32 al. Suce. de conclure que l'armée d'Alexandre n'était rien de plus qu'une armée de mercenaires 4. p.. les critères de définition du mercenaeiat sont beaucoup plua nombreux.. n« 481. phalangites macédoniens continuent d'adhérer pleinement aux ta patria.

XIV. ne pouvait être que fragile.60 REVUE DES ÉTt. Diodore. à cet égard. Le terme même de « désertion» n'a plus exactement le même sens avant et après la mort d'Alexandre. 28. 5. 2). cf. il avait pu profiter d'une rentrée extraordinaire. dans le cas contraire. Eum. XIX. 19. Pour ces soldats. Cf. au contraire. 2 [Ies soldats de Lysimaque passent à Antigone. s'étaient engagés par serment à lui être fidèles". ils seraient considérés. dès l'époque des premiers diadoques en Asie. 732 (= Schmitt. Même s'il ne s'agit peut-être pas là d'une règle générale. Dès lors. 1. aussi ibid. comme d'indignes déserteurs et. Il n'était pas question de partir sans qu'il y ait eu auparavant un accord entre les deux parties contractantes. III. p. 108. aucune ne pouvait s'en dégager de sa propre autorité j les Macédoniens savaient que. 7. XIX. Cf. Diodore.. 8. p. 6. les soldats macédoniens demandèrent d'être libérés tous ensemble 8. 2. XI . 4.. 11. 4. Holleaux. n'est pas dans une situation originale: cf. 10. 2. dans des armées où pourtant l'élément macédonien constituait une part non négligeable de l'effectif. p. VII. Eumène de Kardia exprima son amertume d'avoir été trahi par des soldats qui. Le premier échange avéré de serments a eu lieu dans l'été 321 1 . textes cités par M. Justin. est tombée aux mains d'Antigone (ibid. plusieurs textes semblent indiquer que Ja périodicité la plus courante du miethoe était en effet de trois ou quatre mois (cf. p. 3. Il me parait assez raisonnable de supposer que ces serments ont été prêtés à chaque versement de solde. 3-4. 2. et donc que la perte de leur aposkeuè amène les Argyraspides à trahir leur chef en faveur d'Antigone. Plus significatif encore : en 316. Launey. Dans les luttes constantes de. la désertion devint au contraire un moyen de promotion et (J'enrichissement pour les chefs qui entendaient profiter de ces guerres : les diadoques achetèrent la trahison de corps de troupes entiers. qui non seulement leur promettait de leur rendre leurs « bagages >. Ce qui frappe tout d'abord. 10. 10. 73~ (= Diodore. 11. c'est-à-dire à chaque prolongation du contrat d'embauche'. X. 726-727. après la défection des Argyraspides. et Arrien. mais les textes cités sur les serments se rapportent à l'année 316. rejetés par les hommes et par les dieux". ~3. M.'DES ANCIENNES il est intéressant de constater que l'évolution s'est faite extrêmement rapidement. 8. Quinte-Curee. 8·9. les soldats prêtaient un nouveau serment à leur nouveau chef 10.. pourtant juré au nom des divinités traditionnelles 7. 113. 9. 18~22. XX. en effet. qui leur paie le miethoe en retard). 15. 7. XIV. n' ~2~. f' -72- . Il. 9·10). supra. grAce aux trésors de Suse (Diodore. 54 et n. ligne. Voir Diodore. en 317. 5. XX. lors de leur retour en Macédoine.. diadoques pour affaiblir l'adversaire. Justin. il fut très probablement renouvelé à Kelainai quelques mois plus tard'. comme tels. XVIII. Eumène. Recherches. 32. c'est que ce serment entre Eumène de Kardia et ses troupes a été renouvelé très fréquemment. au roi qui venait de délier les vétérans de leur serment prêté au début de la campagne. Cf. Vertrage. ce serment. en échange. supra. Justin. On comprend dès lors que l'attachement des soldats à Eumène (et à d'autres diadoques) soit d'ordre financier'. 13. entre temps. 5) qui. 10. CI. Anab. 3: Nepos. II est vrai qu'Eumène avait versé six mois d'avance aux Macédoniens en 317. trois fois au cours de l'année. 55. il n'est plus question d'attendre que 1. serment tout aussi peu solide d'ailleurs ll. 7. En 324. ~tudes. mais également leur faisait miroiter le versement de nombreux cadeaux 6. 1).

qu'en fut-il des rapports entre les Macédoniens et l'Europe. la coupure devient de plus en plus accentuée entre l'Europe et l'Asie. Kaieereiâ. Mais. En vérité. F. depuis le départ des rois pour l'Europe surtout. 1968. Hoefee}. Au temps de la monarchie macédonienne. Diodore. Le rôle politique des armées dans le monde grec à l'époque classique. cit. conduite en principe par les rois (cf. aussi infra. et leur volonté de revoir leur patrie. car beaucoup d'entre eux « considéraient la mort de Darius comme la fin de l'expédition. P. à l'époque des diadoques comme à la fin de la République romaine. les serments prêtés au basileus et au stratégos l'étaient à la fonction plus qu'à la personne qui en était revêtue '. p. Le serment. 62. 320·325. Cf.. Heermann . La comparaison et la formule sont de P. 5. En dernier lieu. fUttwpouç ~VfŒÇ "p/)ç -rljo s!ç -rljv "'''pl&< l1t"00800) 7 >. 3. n'est plus qu'un pâle reflet du pouvoir royal. dana Problèmes de la guerre en Grèce ancienne [publ. Justin. que déjà pendant l'expédition d'Alexandre.. quelques - 73- . 7. XIX. B. 4. le titre de stratégos autocralôr qui se transmet d'Antigone à Eumène au gré des décisions prises en Europe et même au gré des ambitions personnelles. On voit donc bien ce qui a changé.. mutatis mutandis. on est passé à une forme de serment purement personnel. toc. 222-229. En 326 sur l'Hyphase 1. P. et de la naissance corrélative des armées personnelles. p. selon un pro· cessus qui n'est pas sans rappeler. Cf. La seule véritable armée royale. Briant. Briant. loc. entre la «( nation J) et l' « armée ».Voir également la réaction des Macédoniens. . p. 2. cit. Cf. C'est un des symptômes de la désintégration de la notion d'armée royale (et donc nationale) en Asie'. A partir de 321. XIV. et n'a plus qu'une audience très relative. 80-81. les soldats avaient manifesté à plusieurs reprises leur lassitude. <' devient alors un élément essentiel de l'union de la « HeeresgefolgschaCt • et du chef de guerre S ». 23. tout d'abord. D'une forme de serment national. ~. le roi avait dû convaincre ses soldats de le suivre. il revêt au contraire un caractère de plus en plus personnel. de loyauté envers une cause et un chef nationaux disparaissent au profit d'une idéologie du chef caractéristique de l'époque hellénistique '. cf. Restent cependant plusieurs problèmes à envisager avant de pouvoir porter un jugement global sur l'attitude et sur les réactions des Macédoniens d'Asie après la mort d'Alexandre. Paria-La Haye. celui qu'a décrit Cl. p. passim. et ils s'étaient mis en tête de retourner dans leur patrie (. Mossé pour la cité grecque du IVe siècle 6. Dès 330. sur cette comparaison. date à laquelle les rois ont regagné l'Europe.-P. s'ils jugent que la « trahison> peut leur être profitable '. C'est aussi le signe que. 348. Les pages précédentes ont permis en effet d'analyser l'évolution des rapports entre les soldats et les diadoques. sous la direction de J. 74. 6. p. c'est-à-dire entre les Macédoniens et leurs rois? Peut-on par exemple parler d'une double « allégeanee > : à l'égard de leurs chefs immédiats. Vernant). 7. 2). - Les Macédoniens d'Asie face à la Macédoine d'Europe.D' ALEXANDRE L~i GRAND AUX DIADOQUES: LE CAS D'EUMÈNE DE KARDIA 61 leur chef les délie de leur serment. est l'armée macédonienne d'Europe. 3 (trad. Diodore. et à l'égard du gouvernement royal? On sait. le pouvoir de ces diadoques n'est plus fondé sur d'aussi pauvres continuités. à partir de 321. où les notions de fidélité. XVII..

et les succès de Cassandre en Grèce 4 interdirent la jonction projetée entre l'armée royale menée par Polyperchon et l'armée d'Eumène 6. 7..ù\llX. Il ne fait guère de doute que.. non pas par Perdiccas. 2. p. p. la coupure s'accentua. et Polyen. On peut donc légitimement se demander comment les Macédoniens firent connaître cette volonté après la mort d'Alexandre.. Perdiccas confia à Pithon 10 un corps d'élite macédonien de trois mille fantassins et semaines plus tôt. otKm npoaqovt'6e.. Il Y a là une deuxième question qu'il convient de se poser: les soldats macédoniens d'Asie continuèrent-ils à tenir compte des ordres royaux? Si oui. ibiâ. 1. 6. i)). 94-106 (et p. c'est-à-dire des rois '. 4. au printemps 322. Bengtson. les Grecs installés par Alexandre dans les SatrapiesSupérieures se révoltèrent. . 6. n-po1jytv !1tt MlX:Kt8ovtlX\I )(a.. - action déterminée pour imposer un roi né de Philippe s'explique en partie. 9. P. 10. IV. Juste après la mort d'Alexandre. Cf. En modifiant tÀolJ. Alex. 5-9. 6. supra.é\lo~ en èxeIJ.. R. 73. 59~61. 39. Perdiccas n'était pas assez fou pour susciter une nouvelle - 74- . 68~71.po. 8. 35. p. 7.. car ils voulaient rentrer en Grèce. 63. 8-9. 1972. op. XVIII. Antigone puis Eumène tinrent leur pouvoir de strategos d'Antipater et de Polyperchon. 7 (323). É... dans quelle mesure et pourquoi? Les Macédoniens d'Asie et le retour en Macédoine. p. 38 . celui-ci étant désormais obligé de se replier vers l'intérieur de l'Asie 6. mais au contraire guidés par un roi investi de ses fonctions religieuses 8. Voir P.que Pithon a été choisi. Bengtson (ibid.. Diodore. tu«.-58.3 : t'où 8~ n). les autres Macédoniens qui apprenaient la nouvelle accouraient tout joyeux avec des torches: ils pensaient qu'Alexandre trahissait son regret du pays natal et sa volonté de ne pas se fixer chez les Barbares . la défection de l'armée chargée d'amener Eumène dans sa satrapie.1n~O\l yetI' ot'~ t'ote. Sur les pouvoirs conférés à Antigone à 'I'riparadeiaos . mais par l'Assemblée de l'armée. . otXeL\I. Pour faire face à cette rebellion. at'pctt'ljyo\l IH6. à partir de 321. le fait de rester en Asie après le choix de Philippe Arrhidée constitua une lourde déception. 106-117 sur ses usurpations après 319) . XVIII. en effet. Briant. à partir de 321. date à laquelle les victoires navales d'Antigone s. surtout à partir de 318. Diodore.62 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES puis en 324 à Opis.. Mais cette interprétation me paraît insoutenable: après les difficultés considérables qu'il venait de rencontrer avec les phalangites. 178.. R. D'autre part. 1972. Dès lors. n. 51. p. l:1t't T"1jv 7ttx't'ptS'lX) 2. à côté de leur volonté déjà reconnue de s'enrichir. et dans quelle mesure cette nostalgie put déterminer certaines de leurs attitudes ou de leurs réactions face aux diadoques. cette volonté s'était exprimée avec une force encore accrue 1.. lors de l'incendie de Persépolis: « . révèle à la fois le désir des soldats de revoir la Macédoine et leur répugnance à recommencer l'entreprise de conquête en Cappadoce 9. A. Leur 1.. Briant. p. Plusieurs autres textes sont l'illustration de cet état d'esprit après 323 et après 321 : a) Diodore.tvOU.'t'â:~wv TOÛÇ fjctO'LÀe:iç. cit. 2. B. li (Plutarque. 5.. Ibid. 3. 7.1)60u<. nu. Diodore. pour nombre de phalangites macédoniens. par leur désir de revenir en Macédoine. 72. trad.. sur les pouvoirs de stratégos autocratôr tés Asias donnés à Eumène par Polyperchon. bJ ~lXp~apoL<. Donc. 2) juge . les rois ont regagné la terre des ancêtres ('A"""". H. i:at'~ t'èw VOÜ\I K«t W~ t'éÀÀo\lt'oe. ~M!ie\loe.. voir surtout H. A. non pas en déserteurs. É.. XVIII. voir ibiâ. Cf. Déjà. 119-124. Lataarus].

ibid. t8Lonpœyer". vit tians cette expédition le moyen de se constituer une dynasteia dans les Satrapies-Supérieures 1. cù. Cette interprétation prend une certaine réalité si on souligne que les membres de ce corps d'élite confié à Pithon furent désignés au sort (I1.. Après la défaite des troupes grecques. les passèrent tous au fil de l'épée et se partagèrent leurs biens. Déçu dans ses espérances. 5..Pithon reprit après Tripuradeieoe see tentatives personnelles (cf... ibid..ce sur quoi Perdiccas avait précisément compté 4 . Eum. homme ambitieux. dont Pithon voulait prendre le contrôle. se considéraient déjà sur Je chemin du retour en Macédoine. 3. p. 3. pour cela. en utilisant les Grecs à son propre service. Pithon. les colons grecs s'étaient en effet révoltés parce qu' (1 ils regrettaient les mœurs et la manière de vivre de leur patrie 6 ». ~ . En l'occurrence. En appuyant les ambitions de Pithon. Mais Perdiccas. pour comparaison. .. Mais on ne peut pas refuser une autre interprétation. 7.. 4 : . du moins. nu printemps 322. 5. après avoir forcé Alexandre à en revenir en 326. op. 3. 8 (trad. Briant. en outre. que l'idée d'une expédition aussi lointaine ne soulevait aucun enthousiasme parmi les soldats macédoniens qui. 4. Plutarque.. opposition. n'en doutons pas. 7. 3-6). ils auraient pu. espérer un enrichissement et une puissance encore plus grands. en particulier Plutarque. F.. Ibid. par plusieurs considérations. violèrent la foi du serment i ils attaquèrent à l'improviste les Grecs qui étaient sans armes. 8uva:auUet"" . L Diodore. P. se rappelant les ordres de Perdiccas.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES: LE CAS D'RUMÈNE DE KAnDIA 63 de huit cents cavaliers.p8lxxa~.. à Babylone en 323. p. Voir l'attitude des soldats de l'armée d'Eumène qui. 2~3).. Bengtson. 99. 3. lui donna des ordres formels de massacrer les rebelles et de partager le butin entre les soldats macédoniens vainqueurs. 7. ld. Eum. ) 5. qui suspectait sa loyauté. emportait avec lui des lettres de Perdiccas qui requéraient l'aide des satrapes orientaux. Pithon revint avec les Macédoniens auprès de Perdiccas 2 1). 179).. ibid. malgré les ordres de Perdiccas (cf.. mais il leur aurait Iallu. les objectifs de Perdiccas et ceux des soldats de Pithon se rejoignaient: rien de plus.'" 'EÀÀ~"'L)(~') ay(J. les soldats y voyaient-ils seulement . passent en Europe avec Léonnatos. en effet. 1 (trad.}~'" Kœl 8(Œ~Tœ'" [c]. Pithon échangea des serments avec elles et leur ordonna de retourner dans leurs colonies respectives. Pithon. Diodore.(ù". 2. -riJv el. Mais les rèves de Pithon ne devaient pas se réaliser car. uu.8~v). L'obéissance aux ordres de Perdiccas. me semble-t-il. Ils étaient mus en cela par des sentiments analogues à ceux qui agitaient les Grecs 'de Bactriane.. Cf. me semble-t-il. (1 les Macédoniens. - 75- . qui n'est d'ailleurs pas en contradiction avec la précédente: c'est la grande répugnance manifestée par les Macédoniens après 323 à retourner dans les satrapies orientales.l'occasion de faire du butin conformément aux ordres du Grand Vizir. 7. ibid. 6 . Hoefer).. olxcv &""KOf. H.. Roefer) : Tt'o6oüvuC. le recours à un tel procédé confirme bien. 6.". bù.. accepter l'idée de s'établir presque définitivement dans les Hautes-Satrapies. ne pesa pas d'un poids déterminant 3 i ou. II appartenait hien au Grand Vizir de choisir les troupes el leur cher (cl. Diodore.. 7. 255-256). P.1)p(ù(JEV he 't"WoJ M(Xxe86". c'est d'autre part donner une importance qu'elle n'a pas eu à l'Assemblée de l'armée (cf. La réaction des soldats s'explique. XVII. écrit Diodore...

- 76- . 1972. Certains li: stratagèmes» s'appliquent en fait à Gonatae {ibid. ibid. Cf.xbr«<. par exemple Polyen. w~ 1. noÀe:f. 37 = Nepos. Cl. IV. cela se pabse juste avant la bataille des Champs Orcyniena. s'il s'agissait en effet d'un problème de misthos. iu«. celui-ci fut élu stratège par les mutins. 1. IV. à cette date. Cf. 44-46. 4 : après la défection d'un de ses lieutenants. par philanlhrôpia selon Hiéronymos (Diodore. d~ MlXXe:8o'oltlXV èTt'lX'oItÀOOe:t'ol.~ npoa80t'olTO l'Ote. 'Ent TOUTOL~ iom:{Oct'olTO xlXl a'olexwPl1actv. 7. [b<tÀe:uae:v]. cet abréviateur 4. pour laquelle Eumène sait qu'il aura besoin de tous ses soldats (cf. 6. cil. YjouXtlX<. Léonidas. en 320-319'. 40. Ce sont les termes de cet accord qui sont intéressants: «( Il promit de les laisser partir.. dore. Ae:W'oI(8lX'oI T(. oJjPXtv. 63-65.. comme dans tout le chapitre consacré à Antigone 8. Cet accord. Eum.64 REVUE DES ÉTUDES ANCIEN'NES b) Polyen IV. p. IV. Eum. il est bien évident qu'il aurait châtié les rebelles avec la dernière énergie 9.. 44. 3-7. 40.• 44. Antigone envoya vers les déserteurs l'un de ses hégémânes. tXO'lpocÀwç lXÙTOÙ<. Il apparaît donc que ce sont les soldats eux-mêmes qui ont réclamé cette clause. Dio- 6. Antigone voulait donc éviter à tout prix de voir Alketas se renforcer 8. F:. 'O aè: à'il1ïatLV TOUTOUÇ UTt'tO'XtTO. Perdiccas. ainsi le châtiment qu'il infligea aux Argyraspides après la li défaite» d'Eumène (Polyen.. Antigone fut abandonné par un corps de troupe de trois mille hoplites. XVIII. XVIII.6..4 = Diodore. 6. 3. pour les conduire en sûreté dans leurs foyers'.l. 6. et<. R. 5 eqq. était donc l'expression d'un troc: les rebelles s'engageaient à ne pas se ranger sous les ordres d'Alketas. ibid. XIX. 6.. jusqu'à la Macédoine. Ils s'entendirent sur ces conditions et s'éloignèrent. 8. 6 : ['A'oIT(YO\lOÇ] !8e8of. 11 et IV. el 1JE't'cX. peut-être aussi 2). et s'assurer ainsi qu'ils ne passeraient pas du côté de ses ennemis. IV.(otC. avec des récits de Diodore. Il paraît plausible de supposer que le désir de regagncr la Macédoine fut à l'origine de cette désertion. Polyen. 15. pour la plupart des épisodes. Diodore. mais répartît les simples soldats dans son armée.15 i Plutarque.xe:L Bè: f.. et (sans leur dévoiler ses objectifs) de les emmener dans un endroit où la cavalerie était susceptible de manœuvrer. 'AVTtyO'olO. Sur les Il qualités morales» d'Antigone. en leur fournissant même un chef de valeur pour faciliter leur retour. 5. ). XVIII. Ce poste de commandement lui permit de convaincre les soldats de ne pas passer dans le camp d'Alketas. il présente donc l'accord comme un cadeau désintéressé du Borgne. si l'on n'oublie pas le caractère de J'œuvre de Polyen . Briant. qui disposait en Pisidie de forces tout à fait considérables 7. 9. comme tous les accords. 45. Alors qu'il hivernait en Cappadoce. celui-ci préparait l'expédition contre Alketas s. 2. Ce stratagème permit à Antigone de bloquer la troupe rebelle. entend illustrer et l'habileté et la grandeur d'âme d'Antigone '. Craignant que Cette défection ne profitât à ses ennemis. Les correspondances étroites que l'on peut établir. 2).). cr. Antigone ordonna à Léonidas de prendre le commandement de ces soldats. loc.) : en fait. Après avoir conféré avec les instigateurs de cette trahison. A. Polyen.. Autrement. 5. cf. 6 . 1. s'ils retournaient dans le calme en Macédoine. 1. cl. IV. 8. 8 (2-7)-9 = Plutarque. Antigone s'engageait à les laisser regagner leur patrie. etc.l. Diodore. En fait.. 4. voir aussi ibid. le Borgne accepta de laisser la vie sauve à l'armée dissidente et à ses chefs. 3. Autre déformation analogue. l'accord ne serait pas tel que nous le rapporte Polyen. Feignant d'adhérer à leur rebellion. Eum. -. IV.. ici. 6. » Cet épisode est riche d'enseignement. T1l'ol OlXt(lX'oI 7tOCpOC7té!L~O'olTOC.W àv8pw'ol ~rIlolXa8lXL !L~:XPL MlXXe:8o'ol(lX<. Il préférait voir partir ces trois mille hoplites. Eumène mit à mort les hegemânes. 6W 'A). 7 = Diodore. 1ï·18. de Nepos et de Plutarque montrent clairement que Pol yen a utilisé la tradition héronymienne (cf. 6. 20. 19. 6. P. 6 (320-319)..

Cela est particulièrement vrai pour les Argyraspides qui ont atteint. cf.. XIX. il est vrai. Ce châtiment que leur souhaitait Eumène dans sa réponse fut d'ailleurs infligé aux Argyraspides par Antigone. xGt't't't~(\let\l) 4). 2. les Argyraspides s'étaient opposés violemment à ces satrapes. 3. parce qu'après tant d'années de service.)c. les mit entre les mains de Sibyrtios. l'année précédente. confirmé par celui de Plutarque'. Ibid.. 6. celui-ci <1 regardant les Boucliers d'argent comme des impies et des brutes. Diodore. Cette volonté de revoir l'Europe s'exprime enfin avec une particulière netteté dans les reproches amers que firent les Argyraspides à Eumène. 19. 4. Eumène « se rangea à l'avis des satrapes qui venaient de l'intérieur (<JU'YCX~­ p"t)O'z 't"oi:ç xGt't'IX[3e[3"1)x6ct O'IX't'plÎ1tlXt<. Justin 1 décrit ainsi la scène: « Ils vont même jusqu'à le [Eumène] huer. XIV. Eum. avec ordre de les écraser et de les faire disparaître n'importe comment. lorsque le Kardien fit sa jonction avec les armées des satrapes orientaux. 5. les Argyraspides au contraire. IXÙ't'WV clc.. 8-10. ils les a rappelés pour de nouveaux combats et des guerres sans fin. XIV.) ».. il ne leur permet même pas de se reposer dans une vieillesse misérable et dénuée de resacurces. 7. leurs objectifs deviennent contradictoires.. elle avait failli faire échouer ses plans. sans patrie iinopes extorresques. 4). après que les troupes d'Antigone eurent capturé leur aposkeuè. A présent même qu'il les voit dépouillés de tous les profits d'une heureuse carrière et qu'ils sont vaincus. est assez clair pour ne pas demander de longs commentaires.. IV. En 317 en effet. désirs parfaitement incompatibles. Mais les exemples étudiés précédemment prouvent que leur 1. à l'instant même de leur libération. qui entendaient combattre dans leurs territoires. Ces textes confirment tout d'abord qu'en débarquant en Asie avec Alexandre les Macédoniens entendaient retirer tous les profits possibles de la conquête. « et tous ceux qui venaient de remonter de la mer (ol T'i}v «7tà 6œÀ&a"'J~ &v&{lœaw ='~fdvo') jugeaient qu'il fallait redescendre vers la mer (t"l ~". sans biens. 2. passer toute votre existence exilés dans un camp (in hoc castrensi exilio) 8. Mais ils indiquent aussi qu'après 323. 5 -77- .15. 3. des âges respectables 7. Selon Plutarque (Eum. Polyen. ibiâ. "16. ) Cette malédiction montre qu'Eumène avait parfaitement compris quelle hantise était celle des Argyraspides.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES LE CAS n'EUMÈNE DE KARDIA 65 c) Justin. désespérant de retourner l'armée en sa faveur. Eum. Plutarque. s'écrie à l'adresse des Argyraspides : ce Je vous maudis et vous exècre: puissiez-vous. 3. 2. pour éviter à tout prix une division des forces 6. ft. en 3'16. '18. en les trompant par de vaines promesses. » Ce texte.. 8·10. en 316. 21.. 13-14. iL"t)3r:t<. Mwu:8o\lttL\I «1tCLO' !-L'I)8i 6~c'TlXt 't"'1j\l <Elll']\ltx"t)\I 6eUGt't"TIXV) 6 ». 1. et les a emmenés loin de leurs foyers (a laribus suis) et du seuil même de leur patrie (ab ipso limine patriae). de façon que nul d'entre eux ne rentrât en Macédoine et ne revît la mer de Grèce (61t(. Inutile d'insister là-dessus. ils veulent à la fois accumuler des richesses et rentrer en Macédoine. 4. n'avait moins de eoixeute ana. Il est complété cependant par le texte de la réponse d'Eumène qui. au moment même où ils retournaient chez eux (redeuntes domum) avec le butin de tant de guerres. 14 (316). aucun des Argyraspides. Justio. chargé de l'Arachosie. 1. 6. Il est vrai que.

dans certaines circonstances au moins. 9. Berve. tous y ont encore des parents. quasi physiquement. le retour vers la patrie. XI. j -78 - . VI. 116-118 et 151-152 (pense que le terme même d'Argyraspides a été forgé par Hiéronymos de Kardia). Les Macédoniens sont apparemment tout aussi affolés par l'espace asiatique. 13) cette patrie est aussi et en même temps perçue comme une réalité sociale. 7. cr. XI. 2. 5. 7. tenir compte de la volonté des Macédoniens de quitter l'Asie. 20) (sur ces Cl unions libres _.. 7. Beaucoup d'entre eux ont probablement laissé en Macédoine leurs femmes et leurs enfants 9. XIV. 5. 1) j mais il peut s'agir de leurs concubines (cf. IV. VI. 6. Breslau. Polyen. 6. L'exemple des Argyraspides en particulier montre assez clairement que ce n'est qu'avec les plus grandes réserves qu'ils suivirent Eumène dans les satrapies orientales. 6.. 23-25.66 REVUE DES ÉTL1DES ANCIENNES cas n'était pas isolé. Il est d'autre part un terme qui revient comme un leitmotiv dans tous ces textes j c'est celui de patrie. p. d'où la volonté des Argyraspides de ne pas s'éloigner des rivages de l'Égée. à cet égard Comme à bien d'autres.. surtout après 321. 2. voir A. 6.Sur les Argyraspides pendant la conquête d'Alexandre. Spendel. La situation des Macédoniens. 4. fi leur faut le concours d'un chef pour rentrer dans leur patrie. 12. la fonction de grand-prêtre dont était revêtu le basileus était pour eux une garantie de la protection des dieux 4. 3. X. 110. comme une réalité spatiale. 1. d'où peut-être aussi le fait qu'Antigone prêta l'un de ses lieutenants aux trois mille hoplites révoltés pour leur permettre de rentrer en toute sécurité en Macédoine '. II. p. IV. IV. rappelle brutalement Alexandre à ses soldats à Opis 5. Bum. 8). Les Macédoniens entendent retrouver leurs foyers 8. 18. cf. lares (ibid. Études III. M. voir auasr Arrien. On doit souligner enfin que les textes b) et c) révèlent que les diadoques ont dû. 2. 8. Voir la fréquence des sacrifices il Zeus Sauveur (Anab.. p. 16. Une armée sans roi n'est rien. qui les compare à la « vieille garde » de Napoléon j cf.. 9 j IV. il est vrai. cf. XVII.). et Diodore. il rapprocher de Diodore. 3. dias. 5.) 9. passim.. p. aussi Tarn. Il convient de se demander quel était le contenu de ce terme pour les Macédoniens d'Asie séparés depuis si longtemps de la Macédoine: 0:) les textes précédemment cités indiquent tout d'abord que la patrie est conçue. Holleaux. 5. n. se révoltent à l'idée que leurs femmes et leurs enfants ont été capturés (Justin. supra. 3). 85 sqq. 18. Cf. Alexander.. Untersuchungcn zum Heerwesen der Diadochen. Justin. . sur les fonctions religieuses du roi. 1915. 3. après leur marche harassante et désespérante à travers l' Anatolie 8. p. ibid. XII. 3. 42-45.25. C'est un élément d'explication qu'il ne faut pas oublier lorsqu'on essaie de comprendre les difficultés insurmontables que rencontra Eumène à se faire obéir. I. Au temps d'Alexandre en effet et de Philippe Arrhidée. 6. Pclyen . par exemple le texte très clair de Justin. 7. Quinte-Curee. 9. cf. III. domus (Justin. 25) et à Heeaklèe Conducteur (ibid. 8. 1.1. 15. n'est pas sans rappeler celle des Dix Mille. 2. XVIII. D'où probablement la facilité qu'eut Léonnatos à emmener en Europe l'armée qui devait marcher contre la Cappadoce 6.Les Argyraepides . 3. 13 j Plutarque. 8. XIV. . Sur les sacrifices offerts par Alexandre au cours de la campagne {dont plusieurs il Zeu8 Sauveur et il Heraklès]. 59. 1. littéralement perdus 2 et saluant des cris d'enthousiasme que l'on sait la vue de la mer. 2. 8. cf. 24 sqq. Telle est donc la situation des Macédoniens en Asie après le départ des rois. c'est le retour vers la «( mer hellénique )1. Plutarque. supra.). IV. . VI. Eum. Ce sencertains même avaient dépassé soixante-dix ans. p. 62. 4. nu. Cette référence permanente à la patrie illustre bien en tout cas le désir quasi physique des Macédoniens de retrouver la terre des ancêtres.4-7. aussi Justin. 25. 29. 7. VII. Oikeia (Polyen.

79-80. l'armée est le substitut du peuple macédonien'.à rapprocher de l'expression theoi patrioi (références aux textes anciens dans Berve. l'évolution des rapports entre l'Europe et l'Asie depuis 334. 280 sqq. dons le cadre macédonien. L'accentuation de la coupure entre l'Europe et l'Asie ne pouvait au contraire que favoriser les amhitions des grands chefs macédoniens..• 1963. en rendant l'armée « indépendante de tout régime organisé 10)) et en la transfor1. de même que les propositions d'Isocrate devaient aboutir inéluctablement à rétablissement d'un pouvoir personnel D. loc. cf. H. l. 3 (Alexandre permet à ses soldats d'épouser Jeun concubines) : c il espérait qu'ils auraient moins envie de retourner dans leur patrie (in patriam reditus) s'ils trouvaient dans le camp (in castris) une image de leurs lares et de leurs dieux domestiques (imaBinem . 9 tpotrios nomos) j Quinte-Curee. 2. ibid. 23 (Macedonum mores) j . Briant. 2.. A. 10. Le départ des rois pour l'Europe. III. dans le discours d'Eumène aux Argyraspides. p. CI. 16. cit. Mossé.. en 321. 77. )fossé. XII. 4. Briant. Il y a. Le rapprochement peut surprendre. p. en 326 puis en 324.. 71 sqq. 33-34). M08sé. A défaut d'organisation civique. Hampl. p. Cf. et Eum' l 6.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES: LE CAS D'EUMÈNE DE KARDIA 67 timent révèle qu'un certain nombre de soldats macédoniens n'entendaient pas faire carrière en Asie. les Macédoniens ont clairement manifesté leur volonté de mettre fin à cette situation. en effet. 4. Cf. VII. Voir aussi Justin. Dans ce contexte tout à fait exceptionnel. É. art. et normal de l'Assemblée du peuple. Sur le caractère exceptionnel de l'Assemblée de l'armée. qui se déplaçait donc au gré de la progression de la marche d'Alexandre et de l'armée 3.. il me semble que ce terme de patrie recèle également une dimension politique. Archidamos. ce qu'ils ont refusé à Opis. 240-252. X... cf. Alex.:ilio) 2. à savoir la séparation totale entre la cité (la nation ici) et I'armée s. S. 328. et l'armée civique (nationale). 1953. P. a abouti à créer ce que l'Archidamos d'Isocrate considérait comme un idéal. Briant.. Pour saisir les implications de cette opposition. VI. avec l'analyse de Cl. R. p. p.. Antigone. 327-330. 7. 87. il faut tout d'abord comprendre que la conquête d'Alexandre en Asie a transformé de fait l'État macédonien (c'est-à-dire le roi et les Macédoniens) en un « royaume itinérant 'J. 2. 4-5. Anab. Il serait nécessaire là de faire des distinctions : peut-être entre les jeunes et les vétérans j certainement entre les soldats et les chefs 1 j y) enfin. 5. C'est dire que. où comparaison avec la notion de K cité ambulante 1 dégagée par CI. 6. Là-dessus cf. É. Cf. une opposition qu'il convient de souligner entre la patrie et le camp iextorres . P. 2-6 (Alexandre veut enraciner les Macédoniens en Asie). Isocrate. - 79- . 4. Plutarque. XII. 34.. [amm /1C domesticae sediA). Mais. 29-35. Isocrate. P. l'espace civique (national). in hoc castren8i e. c'està-dire des nobles 8. p. p.. au plan de la nature des rapports qu'il établit entre la cité (la nation).. 47. 12 : (après le renvoi des vétérans) • les soldats estimèrent qu'Alexandre établirait pour toujours en Asie le siège de son royaume» (trad. op. institutions traditionnelles (ta patria) " qui régissent en Macédoine leurs rapports avec le roi et auxquels ils sont passionnément attachés: les phalangites l'avaient prouvé avec éclat à Babylone en imposant Philippe Arrhidée contre la volonté de la cavalerie. cit. 76 (Cl. les Macédoniens ont de. p. p. p. et surtout depuis 321. Quinte-Curee. 9. a aggravé le mal pour ces soldats qui se sentent toujours des Macédoniens : la coupure s'est accentuée entre la patrie et le camp (l'armée). Bardon) i cf. A . Mossé. à propos de Thucydide.. Arch. Arrien. infra. n.. ibiâ.• 3.. aussi Justin. mais je le crois justifié et éclairant. et F. 1). 10. R. 17.. Sur cette expression dans Je contexte macédonien. eit. Sur un pa88age de l' • Archidamos 1 d'Isocrate. c'est que ce « royaume itinérant a se fixât pour toujours en Asie 5.

pour les diadoques. il dénonce les agissements de ces satrapes qui font Il de l'armée un foyer de manœuvres électorales pour ou contre les généraux. p. aux objectifs personnels des diadoques. Eum. 9-24. le type de guerres dans lesquelles ils se trouvent engagés de gré ou de force les transforme de plus en plus en mercenaires. ne 383). p. ibid. p. A. cf.. l'objectif officiellement avoué reste la défense des rois. tels au moins que les entendait le démoB (cf.. était loin d'être aussi claire qu'à Babylone: les camps n'étaient pas aussi nettement définis. la plaoe de chacun dans l'espace ainsi défini exprime surtout un rapport hiérarchique (of. Hieronymus 0/ Cardia. 690~691). en 321-316. aient un statut social inférieur aux gens qui composent le premier cercle). 2-3. Mais il ne s'agit plus que d'une fiction commode.). Études. 14 : inopes eatorreeque. mais par rapport aux honneurs (Diodore. loc.68 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES mant de fait en une armée de meroenaires '.sur les honneurs (timai. est plus ambiguë. le cercle le plus large contenant les meroenairea et les auxiliaires. c'est «la restauration de la cité et le retour des êtres chers )2. 2). de même. 85 (Cl. 6 (à de hauts officiers). La position des phalangites. il n'est plus question pour eux de manifester une opposition unanime et résolue. 5. outre l'Archidamos.. 4. Hiéronymos n'a manifestement que mépris pour lea « bavardages démocratiques » (cf. 8. cit. les deuteroi hegemônes ou les hipparques. Quinte-Curee. Bengteon. voir aussi le texte particulièrement signifioatif. Cf. tout comme Isocrate (par exemple. 203. comme dans les démocraties (ldO"Tt'tp !v TlX!Ç al'}flO)(pŒT(I. p. le but théorique. 15. 5.. XIV. 10. l'indice du maintien d'une opposition de classes entre la noblesse et l'infanterie. Les premiers désirent rentrer en Macédoine. ils espèrent que la fin de la guerre décidée à Triparadeisos leur permettra de rentrer en Macédoine. pour y profiter de leur butin asiatique'. voir aussi P. 9. la coupure subsiste après 321 entre les phalangites et les nobles 4. ibid. en 317. Inde. ils entendent tirer le maximum de profits de la rivalité des grands. Schachermeyr ne me paraît pas décisive. la véritable hiérarchie ne se situe pas par rapport aux grades. des principes définis :par Isocrate aurait abouti inéluctablement à la fin des ta patria. 42.1). CI. c'est-à-dire qu'elle se définit par rapport à Alexandre: la volonté de Peukestas de se relier à Alexandre en reproduisant les dispositions du banquet d'Opta (cf. R. Eum. II. Il est vrai que. VII. en monnayant leur appui et en faisant sentir son caractère précaire. 9.. 330-345) : à Persépolis. supra. voit dans Diodore. En outre et surtout. - 80- . XIX. Mossé. Justin. 2. 1947. Eum... qui composent le deuxième cercle (en partant des autels). Au surplus. Dans cette mesure. p. VII.X~Ç) » (Plutarque. 8) me paraît évidente i . 7. 169·171 . 3 (à de simples soldats).. il est vrai que la situation. XIX. pour Isocrate. 150 sqq. S. le véritable objectif. p. mais dans cette mesure seulement. se situe dans le même courant de pensée qu'un Isocrate (Hiéronymos est né vers 364 : Berve. 34-35). telle qu'elle s'est manifestée à Babylone en 323 (sur cette opposition. Arrien. Brown.. Anab. 52. sur ce texte M. 13-15) ou Démosthène {Amb. dans leurs foyers. 22. à rapprocher de Plutarque.. des hipparques et des Perses les plus . cù. En vérité même. En même temps. Les seconds au contraire entendent pousser jusqu'au bout cette évolution qui aboutira tout naturellement à la naissance d'un nouveau type de monarchie sur le sol asiatique. Ill. il est clair qu'ici o'est le deuxième terme qui est mis en évidence (rien ne prouve par exemple que les hegem6nes exô ta:&eôn. 3). 76. qu'il juge beaucoup :plus efficace. Strategie. Sohachermeyr. Hiéronymos de Kardia. S'ils se sentent toujours Macédoniens. op. 4. Plutarque. H. Eum.. III. L'opposition est d'ailleurs plus apparente que réelle: l'application. le cercle le plus étroit étant formé des « stratèges... par exemple Arrien. 13. 1. ibid. T. L'interprétation de F. 5). p. comme à Babylone.honorée li. S'ils conservent toujours le souvenir aigu de leur patrie. 1. c'est évidemment l'établissement d'un pouvoir personne] 8. c'est-à-dire le maintien des ta patria. Holleaux. H. Mossé. 5. F. 11. mais. Briant. il ne cache pas qu'il préfère de beaucoup le pouvoir d'un seul (of. en revanche. 32). Arrien. uu. Peukestas dispose l'armée en quatre cercles ooncentriques autour des autels des dieux et de Philippe et d'Alexandre. IX. il eat bon de souligner que c'est Hiéronymos de Kardia lui-même qui a établi le premier des comparaisons entre l'armée d'Eumène et une cité démocratique i décrivant l'armée après la jonction avec les armées des satrapes orientaux. p. 3. qui écrit à la cour de Gonatas (cr. VII. 16. n. 2) i même si les deux hiérarohies sociale et militaire sont le plus souvent confondues. Isocrate. Plutarque. 15) décernés par Alexandre. à Athènes. aussi Diodore. voir Philippos.

qui continuèrent. En 320. sentimental qu'il désire. 2) (319). l'État macédonien est devenu rapidement une fiction..UMÈNE DE KARDIA 69 d) Conclusion. peut laisser planer un doute: la force et la permanence de cette propagande « légaliste « signifient-elles que les Macédoniens y sont encore sensibles ou même qu'ils sont prêts à tout sacrifier pour la défense des rois? Il peut paraître oiseux de poser une telle question après les analyses qui pré' cèdent. 28-4 (1971). . 6. 1-3.. Launey. 10-13. le politique de l'ancêtre hellénique se conserve en principe »: . en accord avec les Macédoniens assiégeants. Engei. M..\1akedIJfl. le fait qu'il est Athénien. Nepos. Eum. 23.Perdiccas : Diodore. etc . 5' - 81- .. eux aussi. qu'à une volonté farouche de ne pas vivre en dehors des institutions traditionnelles et de défendre l'existence de l'État macédonien en Asie. . 290) . l'espoir de revoir leur pays. H. outre S8 signification géographique. qu'ont développée et utilisée les diadoques. il est important de souligner que leurs contradictions ne sont pas de leur fait.. C'est dire que les Macédoniens d'Asie. en ce domaine. ). 5. tout le contenu religieux. pour asseoir leur pouvoir personnel sans rompre ouvertement (jusqu'en 306) avec la continuité macédonienne 2. mais qu'elles révèlent plutôt la contradiction fondamentale du système dans lequel ils vivent et se battent: je veux dire par là qu'en Asie. 2. en particulier p. certains diadoques n'ont pas abandonné. dans la mentalité des Macédoniens d'Asie. 2. 29. 4. - Les Macédoniens d'Asie et les ordres royaux: la « libération « d'Eumène du siège de Nora (Plutarque.. 2. telles que les rapporte Hiéronymos de Kardia du moins.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES LR CAS D'F. C'est cette contradiction même. p. Diodore. a priori. après sa défaite des Champs Orcyniens 3. en 316. 5.. p. en principe. 3. 1 . 3. la multitude des références aux rois dans les paroles et les décisions d'Eumène. Anmerkungen zur Schlacht"on Orkynia. la notion de patrie est beaucoup plus liée à leur désir de revoir la terre natale et leur famille.. A cet égard. a) Les textes et interprétations antiques. XIV. qui avait échoué à rassem1. même s'il y a eu des C ulurpationa . 40. . que les Macédoniens. Justin. mais dans un rapport beaucoup plus sentimental que jur-idique ê. L'importance du problème invite à une analyse serrée des sources anciennes. p. 9. 227-231. voir M. 2. 679 : « il [le mercenaire] peut conserver à son politique. l'espoir de s'emparer de la royauté traditionnelle en Macédoine (cf. Recherches. Corinthien ou Milésien est dépourvu de signification •. H.c'est d'autre part qu'un épisode de la vie d'Eumène semble contredire les conclusions que j'ai cru pouvoir tirer tout à l'heure. Eum. en effet. à se rattacher fictivement à leur patrie d'origine. mais. Il s'agit de sa « libération « du siège de Nora. restent attachés sentimentalement à leurs rois. Eum. 1-2. Plutarque. 6. Léonnatos : Nepos. XVIII.voir aussi ibid. 3. 12. 5-8 i Plutarque. . p.. Jusqu'à cette date. XIII. sont sur la voie rapide de devenir des apatrides. Eumène.(il en est de même de l'ethnique j. précisément. Mais. 25.. leur réaction n'est pas fondamentalement différente de celle des mercenaires hellénistiques. XVIII. 676 : Il une chose elt aeeurée : en dépit du temps écoulé et de tous les croisements faciaux possibles. Eum. voir en dernier lieu R. Là-dessus. c'est d'une part qu'il n'est pas interdit de supposer. 2 j Justin. tout en conservant (pour certains d'entre eux au moins). H. Il semble donc apparaître que. Si je reviens sur le problème. juridiquement. dont la tradition hiéronymienne présente la décision comme résultant directement de leur attachement indéfectible à la cause royale. l.. Cependant. tout en perdant la notion d'État. Eum . incarnée évidemment dans Eumène. ibiâ. 675-682.Sur cette bataille et la tradition ancienne.

n. ibid. Les choses restèrent en l'état jusqu'au printemps suivant 7. Plutarque. Plutarque. ibid. 42. ibid. Ibid. ibid.. et plaça une garde puissante autour de la forteresse 6. et Plutarque. 44~46. lui proposa tout d'abord une réconciliation et une entente d'action commune (koinopragia)·. . 6. Engel. Petite-Phrygie. 1.. supra. » Furieux. avec une confusion entre Lydie et Lycie. Ces stipulations étant manifestement plus justes (dikaioteros). pour savoir quelle était la plus juste (dikaioteros). Diodore. il jurait de ne pas être dévoué (eù\lCJ~atw) seulement à Antigone. Sur la bataille. 12.. Diodore. 47. 41. par convenance. Dès lors. sûr de lui. Diodore. ibid. 1 (philos kai synergos). 5. B. après quoi le reste de serment ne s'appliquait qu'à lui. 10. Carie) dont Perdiccas lui avait donné le commandement après le débarquement de Cratère et d'Antipater au début du printemps 321 (Justin. Antigone défit Alketas dans son réduit pisidien 8. puis. p. p. 4. 2 (trad.. Antigone décida d'en référer à Antipater. 12.• 1972. aussi ieiâ. Strat.. Vertriige. Briant. 4. Latzarus). Mais Eumène la corrigea et proposa de soumettre sa formule et celle d'Antigone aux Macédoniens. Antigone vint l'y assiéger et. 3.. par l'entremise d'Hiéronymos de Kardia 10 j il offrit à Eumène « d'oublier la guerre qu'il lui avait faite en Cappadoce. d'accepter des présents . Plutarque. car Eumène exigeait beaucoup plus : il voulait retrouver les satrapies qui lui avaient été confiées 4. faisait au début mention des Rois. 6. de devenir son ami et son allié (philos kai symmachos). Polyen. Lydie. s'enferma dans la place forte de Nora. 13. Historia. IV. Plutarque. Eum. 1 (très imprécis sur le plan chronologique). et d'avoir pour amis non seulement ceux d'Antigone. Antigone ordonna aux Macédoniens de resserrer le blocus. n. 7 (sur la chronologie. 11.. mais il était trop tard: Eumène commençait déjà de lever une nouvelle armée en Cappadoce 1•. Mais les négociations échouèrent. 3. ibid. Die Uberlieferung der Schlacht bei Kretopotis. 5. 192-202). Eum. L'accord devait être sanctionné par un serment. 2. cf. mais toutes les satrapies (Grande-Phrygie. Cf. Ibid. XXI-3 (1972). Eum. 3·5. p.. ibiâ. voir en dernier lieu R. voir Vezin. pour s'emparer de l'autorité souveraine 11 .. 3~ {tous ces comptes rendus proviennent évidemment d'Hiéronymos de Kardial. Cf. 6. 73.>. ibid. 3. 7. Nepos. Eum. 7 (cf. J!:. comme le premier de ses amis.. 50. Eumène. 7. P. Diodore. 12. Cf.. p. Arménie.. 2) Î sur la vie à l'intérieur de la forteresse. 501·507. 14.. Citons Plutarque 12 : « Antigone proposait une formule de serment à prêter par Eumène.. Ibid. située aux confins de la Lykaonie et de la Cappadoce 2. Car Antigone. 2-4. 418. 12. cause commune. 1·3. XVIII. après la mort de Perdiccas (cf. cf. 6. 10. 9. 40. 4. 10. Briant. 41. les Macédoniens firent prêter ce serment à Eumène et levèrent le siège.. Plutarque... 41.. Le pluriel (Il les satrapies D) indique qu'Eumène n'entend pas récupérer seulement la satrapie de Cappadoce qui lui avait été confiée à Babylone. 47. 4) . Puis.. le Borgne fit de nouvelles propositions à Eumène. 4-6 i Frontin.70 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES hler une armée. mais ceux d'Olympias et des Rois.. - 82- . Au début de 319. Diodore.. A . ibid. IV. Diodore. écrivit en premier lieu dans le serment le nom d'Olympias et des Rois. Antigone le Borgne. R. de recevoir une satrapie plus grande et enfin de faire. Schmitt. au cours d'une conversation privée. et être lavé de toutes les accusations qui pesaient sur lui". Diodore. Diodore. 5. ibid.Il s'agit évidemment de la condamnation prononcée par l'Assemblée de l'armée en ~gypte.41. 8. pour lui demander d'échanger le même serment avec Eumène. 7). Nepos. 3~5 Î Nepos. Eum. 1. Voir P. Bumenee. 12. 41. Eum. cf. 7. XIII. 7. 6.'. ils envoyèrent une députation à Antigone. 11. 44.. p. au contraire. 11. C'est à son retour vers la Phrygie qu'il apprit d'Aristodémos de Milet la nouvelle de la mort d'Antipater D.

il [Eumène] fit semblant de se rendre et. Cf. p. d'autre part. . met en relation la fin du siège et les nouvelles venues d'Europe. ni Nepos s ni Diodore. jusqu'à l'époque de cette « libération a. 5. ibid. 5. 1. loc. lui et les siens. Diodore résume si mal la source hiéronymienne.. 2.. ibid. sans perdre un soldat. l'épisode implique également que les soldats considéraient le Kardien comme le défenseur naturel de la maison royale. - 83- . 7.. pendant qu'on débattait des conditions. De son côté. contrairement à Diodore. Cr. supra. Reste Justin qui. le récit de Plutarque reste le plus détaillé. S. Mais une telle présentation n'est pas convaincante. la proposition ayant été garantie par des serments réciproques. Mais il vise aussi à faire l'apologie du Kardien. enfin. mais aucun ne confirme complètement celui de Plutarque. si l'on veut se représenter les choses d'une manière réaliste. Nepos a écrit: . mais. 44. ce n'est qu'au hasard d'un retour en arrière. que le Kardien a sciemment trompé les soldats de Nora . Pour le premier. On comprend donc fort mal les raisons de ce brusque changement d'attitude. changea ses plans. d'autre part. lui. on peut se demander pourquoi Eumène n'en a pas profité plus tôt? Les récits de Diodore et de Nepos sont beaucoup moins circonstanciés. et.. il trompa les lieutenants d'Antigone et se tira de leurs mains. ion d'Eumène est évidemment très insuffisante. loc. Eum. 5. Au total. cit. il faut admettre qu'avant le printemps-été 319 7 Eumène n'avait pas d'argument propre à agir de façon décisive sur les soldats assiégeants et. elle s'est substituée au diadoque pour apporter une modification capitale au texte du traité. Ainsi F. Plutarque. la loyauté des soldats macédoniens d'Antigone envers les rois était suffisamment puissante pour que la seule mention des Rois les ait amenés à laisser partir Eumène. 4.ce qui n'apparaît nullement dans le récit de Plutarque. 6. cr. que le changement d'attitude de ces derniers ne peut s'expliquer que par référence à un fait extérieur que ne mentionnent ni Plutarque. en outre. Granier. que son compte rendu en devient presque inutilisable. cLt. en même temps.. 10. et a refusé d'être un moyen d'action des plan. Nepos. il le libéra du siège 5 ». dont il est coutumier. A cette date. Eumène restait marqué par la condamnation à mort qui le frappait depuis l'été 321'. Eumène a joué sur deux arguments: 1) il était le défenseur le plus loyal des rois.. 3. les soldats lui avaient manifesté bruyamment leur hostilité a. en effet. 4.. tout indique qu'ils ne relâchèrent jamais leur surveillance '. 5. p. montrée là d'une fidélité inconditionnelle aux rois. Selon Plutarque.. Nepos. l'auteur juge en effet que l'armée assiégeante e'eet. ibid. 7.. Bum. Diodore. 53. en l'occurrence. ï7·7S. 53. qu'Eumène s'est enfui avant la réponse d'Antigone j il ajoute. 2) le texte du serment qu'il proposait était plus juste.. Or. Antigone . au début du siège de Nora. sans attendre le serment d'Antigone'. et Nepos. invita Eumène à conclure une koinopragia avec lui. insiste surtout sur j'arrivée du printemps j mais cette explication de la déci.Ce compte rendu confirme. Nepos. Diodore. qu'il en vient à dire quelques mots sur la fin du siège de Nora: (. Heereeoersammlung. ambitieux d'Antigone j que.D'ALEXANDRE LB GRAND AUX DIADOQUES: LE CAS D'EUMÈNE DE KARDIA 71 A suivre donc Plutarque. Mais si vraiment il suffisait d'avancer une argumentation d'une telle nature pour berner les soldats macédoniens.

72 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES b) Antigone. cë.Cet épisode se place entre l'ouverture des négociations engagées entre Antigone et Eumène (après la mort d'Antipater) et la fuite d'Eumène (Diodore. 52. pa. (op. 9. Ph. n. il leva le siège (ab obsidione recessit). il [Eumène] envoya des ambassadeurs à Antipater. 5). 179. par le récit de Diodore 8 : Ces rapprochements contredisent formellement la thèse des sources différentes •. XIV. 2. Antipatros als Feldherr und Stoaum uuv nach dem Tode Ale:canders des Grossen. que ce passage de Justin est erroné: soit qu'il provienne d'une source autre qu'Hiéronymos de Kardia 01. eit. Kallenberg. p. 151·152 (Antipater fournit à Eumène une assistance plus que morale). a suscité un nombre considérable de commentaires et d'analyses. . Schur et K.. 4. 3. 1 (pense que le a quo se rapporte à Polypercho. 105. Le début (envoi d'une ambassade) et la fin de l'épisode (levée du siège. Kallenberg. Rh. Diodore. 75. 6. 4. X (1968). n. qui semblait seul être égal en forces à Antigone. XIV. H. Cr. eit. 8. 199. 4 : Arrhidaioa. impossibilité pour Eumène de lever une armée en Cappadoce après sa « libération ») sont confirmés. Makedontka. ab obeidione recessit). révolté contre Antigone. p. Eumenes. voit aussi Vezin. et. Cf. 4).. J. 1 (envoi d'une ambassade conduite par Hiéronymos de Kardia). n. - 84- . avec des nuances. p. Die Quellen far die Nachrichten der aUen nistoriker aber die Diadochenkiimpf bis zum TOM des Eumenes und des Olympias. M. J. 2.. Eumenee. A. loc. à ma connaissance. et Vezin. 59. il faut évidemment prendre le terme auxilia dans un sens très large. n arrive à Justin. H. envoie une armée. p. W. Antipater lui envoya effectivement des secours (supplices mittit). 8. Bengtson. II. juge que l'ambassade envoyée par Eumène réussît apparemment. par exemple. pas avant. Justin' écrit. 10. qui. Rosen 8. Kallenberg. en effet: « Puis. 178. mais sans rompre avec Antigone) . Strategie. 3 (tout en admettant cependant que devant l'ambition croissante d'Antigone. 36 ("1877). 5 : Polyperchon à la place de Cratère. avec mission de joindre Eumène. A. Das Ale:eanderreich nach Alwander. il est vrai. Mais cette critique externe ne suffit pas à enlever toute créance au passage considéré. Ainsi 1\1.. par voie de conséquence. Le texte fait donc une référence explicite à un rapprochement entre Eumène et Antipater à la fin de la vie de ce dernier. 2. 2. D. Histoire de l'hellénisme. 80 (1959). 83 (1934). 8. Quand Antigone apprit que des seeours avaient été envoyés à Eumène (auxilia Eumeni missa). IL Simpson. Ce texte. Les autres commentateurs jugent. 4 et 53. voire même entre Antipater et Arrhidaios de Phrygie hellespontique ". n est vrai aussi que cet auteur résume trop souvent avec une coupable négligence l'œuvre de Trogue-Pompée j ici. 1 let Plutarque. . Cr. Philologus. en des termes très proches. 53. 5 (levée du siège: tijç 1TOÀ~Op)((œç œmÀuat i cf. p. 372. suivi par R. Antipater en vint à une bonne intelligence avec Eumène. p. II. Eumène et Antipater (Justin. Die Bandnisformen cler Diadochen und der Zerfall de8 Alwanderreiches. ê 1. et que l'appui aeeordé à Eumène lui permettait de créer un contrepoids au Borgne.. 642.. Mais ces argumentations ne me paraissent pas décisives. Le lotte. 293-294. Kanatsulis. p. 3). p.. admettent qu'Antipater avait toute raison de se méfier d'Antigone. n.. p. 8 (1968). Deux auteurs seulement. on le conçoit. p. 5. sans Be référer à Justin (!J. 50.. soit que Justin ait fait une confusion entre Polyperchon et Antipater'. n . Voir XIII. Fontana. 75. 2. ibid. voir en ce sens H. Abbreyiation of Hieronymus in Diodorus..n) .}. 12. à une rupture entre Antigone et le stratège d'Europe. 7. 42. 2. car Anti· pater désirait certainement un contrepoids à Antigone en Asie. Ibid. Droysen. qu'il soutint moralement. Class. n. de lever le siège de la place de Nora et de conclure une alliance avec Eumène (symmachos) . de faire des erreurs de noms 10. ibiâ. lac. soit plus simplement que le passage soit à rejeter purement et simplement sans examen approfondi '. Eum.

tu«. de voir si la thèse de la rupture entre Antipater et Antigone est logique ou si elle est inexplicable. - 85- . op. XIX. en donnant le pouvoir à Polyperchon ". qui est d'une rare discrétion sur son rôle. pensait-il. fut nommé épimélète des rois et BtratAgoB autokratdr (cf. redresser la situation en Asie. on l'a vu.. Ibid. F 9. J. Diodore. en particulier p. Eum. 5. pour l'inciter à quitter Je camp de Perdiccu... l'existence de la première n'empêchant pas la détérioration de la seconde (cf.. p. Plutarque. dès cette date. Hiéronymos de Kardia.0Y'(. apporte une précision sur les buts réels de l'ambassade du Kardien : demander des secours à Antipater. 5. 50. 10. 12. Eumène avait envoyé son compatriote à la tête d'une ambassade en Europe s.)V 6fLO). et donc de le pousser contre Antigone. On a pu remarquer". 4. 21). 3. c'est que le Kardien n'ait pas tenté cette manœuvre. 1 : mpt T(. avoir repoussé en effet les premières offres d'Antigone au début du siège.. ibid. 82-87). Simpson. 9 (1877-1878). p. Il ne faut pas non plus accorder trop d'importance à la confiance manifestée par le stratège d'Europe à Antigone lors des conférences de Triparadeisos : en vérité. 42. 9. 42.. qui est à la fois une union personnelle et une relation diplomatique. Ainsi R. XVIII. 813-819. Or c'est lui qui a joué le rôle d'intermédiaire entre Eumène et Antipater. presque le plus vieux des anciens combattants de la campagne d'Alexandre. Diodore. Plutarque. Arrien. Je ne vois aucune raison de suspecter ce témoignage: au contraire. 39. D'ailleurs Diodore IS. 6. Schubert ne cite nulle part le texte de Justin). cit. 4. sa réputation après Ba mort (Diodore. cf. KI. XVIII. sauf pour s'octroyer des brevets de vertu et de loyauté '. Bengtson. Diodore. il fait des offres mirifiques à Eumène. Il ne faut pas se faire trop d'illusion sur le mot philia. 26. Après . Anti· pater avait parfaitement conscience du danger que pouvait représenter l'ambition personnelled'Antigone Il ne me parait donc pas incroyable qu'Antipater ait voulu. 3 (non cité par Simpson). Sur la valeur d'Antipater. 8. 1. XVIII. 59. 5).)v. 5. C'est là précisément que nous retrouvons l'un des protagonistes.. lbiâ. gone tentait de cacher encore à Antipater ses véritables buts 12. Mais c'est oublier qu'un homme d'État de la valeur d'Antipater savait passer par-dessus ses préférences personnelles". Diodore. aussitôt après avoir mentionné le départ de l'ambassade conduite par Hiéronymos. und Pyrrhos. ce qui veut dire qu'Eumène avait chargé Hiéronymos de retourner Antipater en sa faveur. H. Diodore. 11. précise qu'Euê. 23. 2. Justin.. Eum. . 41. cf. 2. 7 (Antipater place son fils Cassandre près d'Antigone pour surveiller les manifestations d'idiopragia du second).de la même façon qu'en Europe il prit les mesures propres. De11UJuio. 5. à réfréner l'ardeur juvénile et l'ambition personnelle de son ms Cassandre. 7. au moment même où Anti.1 (mentionne que l'ambassade d'Eumène est partie plus tardivement que celle d'Antigone). Contra R.Sur son sent politique. nu. 4. 41.. 4 : Polyperchon. Quelle était la mission confiée à Hiéronymos? Selon Diodore 10. à cet égard. Supp. Hiéronymos était donc arrivé près d'Antipater à peu près en même temps que l'ambassade qu'Antigone avait envoyée de son côté. 7. 814 (mai. 3. s'il a été informé de ce qu'y tramait Antigone . 42. 10. 41. XIV. qu'Antipater haïssait Eumène'. 48. Eum.. 13. au début du printemps 321. 4 : conjointement avec Cratère.. Justin. Ph. pour demander l'avis du stratège d'Europe sur les exigences d'Eumène ê. à la fin .. Schubert. 7. Zoe. Plutarque.. Suce.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES: LE CAS D'EUMÈNE DE KARDIA ï3 en tout cas. ibid. Die QueUen Plutarchs in dem Lebenschreibungen du EU11UJMI. ce qui serait étonnant. cit. 3. ibid. alors qu'il était lié d'une vieille amitié avec le Borgne t. il était chargé de discuter les termes de la reddition ". l'exomple d'Antigone et d'Eumène: Diodore.de sa vie.

ibid. et qu'elles rendaient dès lors crédibles les dénonciations relatives à son objectif à long terme de rompre avec Antipater. mon Antigone. à cause de son intelligence et de son expérience militaire. que la mort du stratège d'Europe ne changerait rien à l'attitude du gouvernement royal à l'égard d'Antigone 3. et à refuser à nouveau ses offres de coopération. 1-2 (19!!9). et Plutarque. sa nomination par Antipater.. p. les arguments qui se présentaient à l'esprit du diadoque: (.. lI. IV. 41. f!4-47) . A.connue par Antigone au retour de sa campagne de Pisidie au printemps 319 (Diodoj-e . révélait la volonté d'Antiputer de voir sa politique se poursuivre (ibid" 4·5). Selon Plutarque. et même. 4) . XVIII. 5. 70-78. p. Cela se place immédiatement après la campagne de Pisidie qui a été très courte (Diodore. Les dénonciations contre Antigone prenaient un relief d'autant plus grand que les offres de koinopragia que le Borgne avait faites à Eumène au début du siège dépassaient assez largement la mission qu'Antipater lui avait confiée à Triparadeisos 1. quelques semaines seulement donc après la mort d'Antipater. 5. Il voyait d'une part que les rois macédoniens ne constituaient qu'une apparence vide de la royauté. en :l:H.". On conçoit dès lors qu'avant même de recevoir la lettre de Polvperchon et des Rois (voir ci-dessous). Aucun autre texte que celui de Justin ne donne de précisions sur la fin de l'ambassade d'Hiéronymos : cela n'est pas une raison pour affirmer qu'elle demeura sans effet! On sait qu'Hiéronymos est rentré en Asie au moins dans le courant du printemps 319. p.01'3. en particulier p. surtout Nepos. J. le changement brutal de l'attitude des soldats macédoniens d'Antigone.. el Dcmen io Poliorcele (1952).. fondée sur les reconatructions de E. en style indirect..et la fllilp d'Eumène dn . p. - 86- . 2.. Ibid. 12. sel'. Au surplus. Tout en faisant mine de prendre l'avis d'Antipater (ibid. L. 187) date la mort d'Antipater de la fin de l'été 31H. suivi récemment sur ce point par R?lL Errington . J. et il rapporte. 1. 3. et qui a commencé juste après la levée Ùf'S qum-tiers d'hiver. vol. qui était malade depuis quelque temps déjà (ibid" 48. 50. faso.après la mention du départ de l'ambassade d'IIiéronymos -. et que chacun d'eux entendait agir dans son propre intérêt {idiopragein}. et même à cause de son extraordinaire fidélité à la parole donnée. à travers Diodore. ce qui en fait arriva. Mais cette chronologie est. dont le siège se termine à la belle saison 319 [cf. que beaucoup auraient besoin de lui.74 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES mène espérait bien que le sort lui sourirait à nouveau.1}. Hiéronymos a ramené à Eumène d'excellentes nouvelles d'Europe : à savoir qu'il avait gagné l'appui d'Antipater. 1) Or. alors qu'à mon avis la date de mai 321 doit être conservée (cf. P: 216-228. il ne s'est certainement pas écoulé un an entre la mort d'Antipater . il avait gouverné la Macédoine et l'Europe en l'absence d'Antipater (Diodore. ft 7 . puisqu'à cette date Antigone l'utilisa comme intermédiaire avec Eumène 2. Fontana (LQUe. en effet. :!16-~::!O). . 6). Olympias et l'Europe.. Mais si le contenu des nouvelles venues d'Europe permet de comprendre la hâte mise par Eumène à quitter Nora. c) Les soldats de Nora. Eumène n'a pas hésité à parler haut à Antigone. Polyperchon était considéré depuis longtemps COmme un homme de confiance. 'Ianni qui a de té de mai 320 la mort de Perdiccas (R. sans doute. '19ïO. 7).M. Étant donné la place de ces phrases dans le récit de Diodore .}8. Il espérait donc. ce sont les modifications apportées par le Kardien au texte du serment qui amenèrent les 1.il me paraît probable que ces arguments sont précisément ceux-là mêmes qu'Eumène avait demandés à son compatriote de développer devant Antipater. 4. et d'autre part que de nombreux hommes ambitieux se succédaient à l'hëgémonia. Il est donc justifié de penser qu'avant cette date. Eum.. à lui seul. 5:l-jï. c'est Hiéronymos qui écrit ici. 7). Eum. ~OO) fa fln du siège de Nora de l'été 318. et (ibid" p. ibid" . il ne me paraît pas susceptible d'expliquer. VIll. ï:l-ïï).

Diodore. X (1967). Trad. le contenu de la lettre 57. Eum. 1 : relie le texte de la lettre II (reçue par Eumène en Asie) à celui de la lettre 1 (envoyée par Polyperchon d'Europe). à un moment où le Kardien avait précisément montré qu'il n'entendait nullement faire la paix avec le Borgne? . à savoir que le Régent et les rois lui ordonnaient de faire la guerre contre Antigone et. Political documents in Hieronymus 0/ Cardia.. 3-4 et en XVIII. soit qu'il préférât rester en Asie. Ce deuxième passage confirme le texte de Plutarque 3. Le Kardien a ajouté en effet le nom d'Olympias. ibid. La solution de ce problème passe par l'examen des rapports établis entre le Kardien et Polyperchon d'une part. A. p. s'il y 1. 1. il n'en est rien. Ibid. et non pas Olympias qui. à embrasser tout à fait le parti des rois. c'est le contenu de la lettre tel qu'il apparaît dans le premier passage de Diodore (XVIII. 3-4 est incompréhensible: comment admettre que Polyperchon ait offert à Eumène le choix de la décision et lui ait permis de rentrer en Macédoine. relatifs aux Argyraspides et à Kyinda.. il terminait sa lettre en disant que si Eumène avait besoin d'une plus grande armée. dans cette lettre écrite au nom des rois. Ibid. Rosen. Plutarque. l'une de Pol yperchon (et des Rois). En effet. 4. à cette date. Or.. par ailleurs. 57. 3-4). 1. )} Si quelques mots de ce texte «< troupes et argent nécessaires pour combattre Antigone . Tout cela est parfaitement crédible.'. contenir une allusion à la nouvelle situation.. Diodore parle à deux reprises d'une lettre envoyée par Polyperchon à Eumène : en XVIII. or. 49. soit qu'il voulût revenir en Macédoine.D'autre part. où il recevrait des troupes et l'argent nécessaire pour combattre Antigone qui s'était ouvertement révolté . reçut deux lettres. successeur d'Antipater dans les fonctions de Régent. où il partagerait avec lui. telle qu'elle apparaît à la suite dans Diodore XVIII.1. 69-70. lui. )) constituent une claire allusion aux ordres royaux officiels donnés à Eumène. et Olympias de l'autre. 4. ibiâ. Diodore. c'était Polyperchon. F.. Diodore. 58. Gf. 2. Voir K.. 1. l'autre d'Olympias précisément. était toujours en exil en Épire. 13.. Mais ces correspondances ne sont pas sans poser de nombreux points d'interrogation 0:) Lettre(s) Poiqperchon-Eumène. - 87- . Selon les auteurs qui suivent la tradition hiéronymienne. Polyperchon. ibid. il n'en est pas de même du reste du passage qui est en contradiction formelle avec la lettre de Polyperchon. la tutelle des rois. 7. quitterait la Macédoine avec les rois et viendrait le rejoindre à la tête de toutes les troupes royales 5.. 3. 6. Enfin. l'existence de deux lettres différentes 7.. que cela ne résoudrait pas le problème j d'une part en effet. étaient prévenus de ces mesures par des lettres spéciales 4. 57. Polyperchon engageait Eumène «( à ne point cesser les hostilités contre Antigone. Plutarque. 2. pour cela. 58.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES: LE CAS D'EUMÈNE DE KARDIA 75 soldats à prendre leur nouvelle position. 58. contrairement à la présentation de Diodoee s. Le texte modifié du serment devrait donc. Admettrait-on. si quelqu'un devait figurer auprès des rois. Eum. Ce qui l'est moins. pour le moins. 13. dès après sa fuite de Nora 2. 5. qui plus est pour y partager la tutelle? Pourquoi Polyperchon presse-t-il Eumène de ne pas cesser l'hostilité avec Antigone. 1 j cf. CltU8.. 58. Eumène. lui permettaient de puiser dans le trésor de Kyinda et de prendre le commandement des Argyraspides qui. Hoefer. Polyperchon..

6. 481.affirmation déjà complaisamment étalée dans la fausse lettre de Polyperchon ê. selon Plutarque'. 1. tout d'abord. tu«. en effet. 8. 3. Eum . tu«. ibid. Fontana. H. Loc.. 3-4) serait parvenue au Kardien apant son départ de Nora: mais aucun auteur ancien n'en parle. 57. et qui n'était donc menacé en rien par Polyperchon? A ces réflexions de l'érudite italienne.. que.. Selon Plutarque '8 et Diodore ". 3-4 n'est pas authentique. Plutarque s et Nepos'. Les multiples retours en arrière de Diodore. Ibid. en leur faisant espérer en particulier la proximité du retour en Macédoine. 205. cit. Telle était déjà la conclusion qu'avait développée R. la lettre de Polyperchon transmise par Diodore XVIII. 9. Eum. 6. dont parlent Diodore'. une telle hypothèse est inacceptable sur le plan chronologique. 6. 4. cù. 1. 2-4 (et 5 pour la réponse d'Eumène). Ajoutons. Ibiâ. A relier sans doute à Nepos. 7. 11. '•. le Kardien « devait le plus tôt possible mettre sur pied les armées qu'il amènerait à son aide ». de plus. 58. passim (y compris la réponse d'Eumène). Schubert il y a près d'un siècle' : partant de certains das arguments que je viens de présenter. Sur le plan chronologique tout d'abord. fabriqué par Eumène et Hiéronymos. selon un passage ultérieur de Diodore'. n. elle parait encore plus incompréhensible. 57. Quant à la lettre d'Olympias à Eumène. Pourquoi. Fontana" a déjà noté que cette lettre d'Olympias était difficilement explicable. 2. - 88- .. ses doublets. Olympias posait au Kardien la question de savoir s'il était préférable pour elle de rentrer en Macédoine ou de rester en Épire 6. ~) Lettre Olympias-Eumène. les justes remarques de M. l'affaire est rien moins que claire". Bien que cette hypothèse n'ait rencontré aucun écho. 62. Eum. la première (XVIII. 10. Ibiâ... 4. D'autre part. p. p. La vieille reine. ibiâ. 6. demander conseil sur son retour en Macédoine? La mère d'Alexandre avait déjà montré qu'elle savait faire preuve d'esprit de décision. 1. Nepos s. j'en ajouterai d'autres. 817-819 (mon accord avec J'article de Schubert porte uniquement sur ce point). M. 13. Pourquoi poser une telle question à Eumène? Pourquoi lui demander de venir défendre le jeune Alexandre. 1.). 1. car la vie de ce pauvre petit était menacée . 13. enfin. comme Polyperchon. Olympias. 2-3: Nepos.. ne sont pas faits pour faciliter l'établissement de la chronologie (cf. p. 197. pour peser sur la décision des Macédoniens assiégeants.. car elle avait envoyé à tous les gouverneurs (praefecti) restés fidèles une lettre leur ordonnant de lui [Eumène] obéir et de suivre ses directions Il. Diodore. elle me parait fondée. 58. selon C. 5B.. 12. « Olympias l'engageait à venir prendre le jeune enfant d'Alexandre et de l'élever. pour être complet. Eumène a reçu les lettres d'Olym- Art. On doit conclure qu'autour de quelques indications véridiques. en effet. 6.. y affirmait qu'Eumène était le seul chef sur la loyauté duquel la maison royale pouvait compter . 57. Lotte. qui d'ailleurs ne conteste pas la réalité de la lettre.• 13. Eum. J. 2. 5. Eum. J. qui était sous la garde de sa mère Roxane.76 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES avait deux lettres. avait par ailleurs écrit aux Argyraspides pour leur donner l'ordre de se ranger à l'autorité d'Eumène 10. 4-: Il •• . il jugeait en effet que cette lettre était un faux.

. p.. p. ce qui est impossible. fabriqué par Hiéronymos et Eumène pour faire basculer l'armée assiégeante de leur côté. Cette conclusion.. D'autre part.Eumène est le défenseur privilégié de la famille royale. 3-4). Q. ainsi H. en dernier lieu A. d'ailleurs Plutarque. car la requête du nouveau régent est postérieure à la fuite de Cassandre s. 3. On ne peut donc manquer de constater combien cette lettre d'Olympias et la lettre (XVIII. en écrivant ses Histoires plusieurs décennies après ces événements.. Historia. F. Heiâ. XXI·1 (1971).. Polyperchon lui en laisse la possibilité. 1) et les ordres d'Olympias (Nepos. W. leur commun inspirateur'. F. cette lettre d'Olympias est inexplicable à la date et dans les termes que nous présente la tradition. 3-4. les ordres donnés par Olympias à Eumène s'expliquent mal. il y a des rapprochements frappants et troublants avec la lettre (ausse de Polyperchon.. Eumène reçut également une lettre de Roxane). » 2. me semble-t-il. S. Schubert sur la lettre de Polyperchon.. y compris lee Iaueaee. CIM8. cf.. loc. 4 : anticipation). 3 (2). art. Rosen.. The diary and the teuere of Alexander the Great. H.". PhilologU8. ou entre les ordres donnés par Polyperchcn à Eumène (Diodore. Si Eumène a reçu une lettre d'Olympias.. cù.. a inclus « maladroitement» toutes ces lettree.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES: LE CAS D'EUMÈNE DB KARDIA 77 pias et de Polyperchon en même temps. Départ de Cassandre: ibiâ. 3-4.kath Dt Alezarnkr the Great: rumour and propaganda. Sur les lettres incluses dans l'Alexandre de Plutarque. 1877. Alexander. . AIe3lander the Great (1966). de l'époque hellénistique en particulier. 57. 112·136. Cf. aussi 48.Olympias lui demande de rentrer aoec l'armée en Ivlacédoine . ce ne peut être qu'à une date beaucoup plus tardive que le départ de Nora.. Polyperchon et lei Rois lui ordonnaient . cette lettre A Eumène serait une réplique A l'alliance entre Cassandre et Antigone. Gr. 5. n. X (1967).doitelle ou non rentrer en Macédoine? . 2) et celui de la lettre d'Olympias à Eumène (Plutarque. 1. 444 (~ G. C. A. p. 58.. 155. Les deux « documents ~ concordent parfaitement sur deux points: . iblâ. où les fausses lettres ont fleuri après la mort d'Alexandre 5.. Bosworth. c'est-A-dire Hiéronymos.. 6. Comme l'a écrit fort justement L. il me parait plus justifié de conclure que la lettre d'Olympias. 54. - 89- . ibiâ. SUl'la propagande après la mort d'Alexandre. 300 sqq. Cf. comme la lettre de Polyperchon XVIII. T. Bpu. 16). dans le cours de son récit(selon un autre texte hiéronymien. D'autre part. Tarn. Kallenberg.. 4. 3-4) de Polyperchon répondaient étroitement aux objectifs du Kardien ovan: son départ de Nora. : « on lui envoya des lettres de la part des gens de Macédoine qui craignaient l'avènement d'Antigone. 6. Comme celui-ci était sur place lors de cette affaire.. Or les termes de la question qu'Olympias pose à Eumène . Elle est en accord avec une pratique courante de l'Antiquité. comme j'ai essayé de le montrer. II. 49. The . sana admettre préalablement une erreur chronologique ou une déformation pure et simple d'Hiéronymos de Kardia. ne constitue pas une échappatoire commode. Olympias l'engageait . selon K. cr.. cù. qui relève plusieurs 1 confusions » des auteurs anciens: entre le contenu de la lettre de Polyperchon à Olympias [Diodore. Les contradictions entre les sources secondaires révèlent. ce qui implique qu'elles sont parties d'Europe en même temps également. p. Ils sont en contradiction avec les ordres de Polyperchon : celui-ci lui ordonnait de reprendre la guerre en Asie. Eum. 1). 2 (cf. les contradictions internes de la source primaire.). 57. il est difficile de recourir à l'hypothèse d'une commune erreur de Plutarque. 13. W. 69. III (1954). B. celle-là de rentrer en Europe. ibid. Or. qui rejoint celle de R. Diodore et de Nepos. 57. 4 et 57. Griffith (ed. est un (aux. Eum.supposent qu'elle a déjà reçu les propositions de retour que lui adressa Polyperchon ê. 646-648. p. eë. art. Pearson. En revanche. p. Il semble plutôt que ces contradictions proviennent d'Hiéronymos de Kardia qui.. (( c'est une routine normale que d'être sceptique au sujet de lettres attribuées à des personnages historiques . Diodore..

c'est-à-dire la fin de la guerre décidée à Triparadeisos contre Eumène et les autres chefs perdiccaniens.U't'e't'é6l') 't'a. pour lutter contre l'influence croissante de Peukestas sur la troupe. 23. elle représentait. On comprend dès lors le sens des modifications proposées par Eumène au texte du serment. la présence du nom de la reine sur la formule de serment proposé par Eumène. Lotte.• eut recours à des lettres supposées. Ibiâ. d'une part. si le cas se renouvelait. 3. Nepos. s'était saisi du fils d'Alexandre et régnait en maîtresse absolue sur la Macédoine .. preuve du caractère courant de ces falsifications. 7 : «il fit semblant de se rendre (simulata deditione) et. pour le présent. 11 . car il signifiait une réconciliation générale entre Olympias. après avoir fait périr Cassandre. 1~3 (trad.. Justin.. 5. Ibid. 13 : « il sut ainsi. 206. Eumène «( .en outre. M. p. . d'apaiser l'orgueil de Peukestas et d'élever Eumène au-dessus de ses rivaux. H6 f= Griffith. 1. il les ramènerait dans leur patrie. pour que. d) Conclusion.. la continuité de la dynastie argéade 6 : la teneur de la fausse lettre de 317 montre à l'évidence qu'Eumène avait parfaitement compris que la protection d'Olympias était pour lui un argument de poids auprès des soldats macédoniens. cf. 5. 1. mais que leur général les mettait à l'épreuve ». signifiait autre chose. Plus significatif encore : en 317.ç)· . 2. l'argument qui convainquit les Macédoniens. à Nora même en 319. 7. Le prestige de la vieille reine. et leur acceptation par les soldats macédoniens d'Antigone. et montrer aux chefs.. prendre ses précautions.78 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES En général. On sait par ailleurs qu'Eumène a recouru sans scrupule à ce procédé. 3·5. pendant qu'on discutait des conditions. Ce fut là. le Kardien affirma à ses soldats réunis qu' « il avait lui-même supposé ces lettres pour éprouver leurs sentiments 2 ». Cf. ibid. - 90- . d'une façon analogue.. Toute l'armée changea de sentiments ('t'o 8è O'TPOCT67tc8ov &7tIXV (. 51. non pas que l'ennemi voulait les corrompre. 2·3. dans les désirs de retour des soldats macédoniens d'Asie. Cf. 8upra. retenir dans le devoir les espr-its chancelants et.. p. 11. C'est donc en utilisant cette ruse assez cynique qu'Eumène a réussi à endormir la vigilance de ceux qui devaient le garder 6. En s'effaçant habilement derrière Olympias. 6. Le sens de ces lettres était qu'Olympias. Fontana. 4. XIV. » Le changement d'état d'esprit des soldats de Nora s'explique. le Kardien laissait croire aux soldats qu'après l'échange des serments. à mon avis.tç 8L(1vota. était certainement considérable auprès des Macédoniens 4. Hoefer). Eumène et Antigone. si l'on admet que la lettre d'Olympias est un faux. F. p. XIX.. 18] (souligné par l'auteur). je crois. ainsi qu'à un très grand nombre de soldats. Lorsqu'en 321 des lettres d'Antigone circulèrent dans son camp à Kelainai. Ces lettres avaient pour objet de rendre les soldats' plus disposés au combat. Le nouveau texte leur garantissait en effet de rentrer en Macédoine à brève échéance. ses soldats crussent. J. Cf.• p. beaucoup mieux que Roxane. Diodore. 69. il trompa les lieutenants d'Antigone tproeieais Aruigoni imperuit) ». puisqu'elle demandait à Eumène de revenir en Macédoine avec l'armée. pour l'avenir. Tel est le cas ici. c'est un principe plus sûr de supposer qu'une lettre qui est en contradiction avec les historiens n'est probablement pas authentique? 1). Cet épisode confirme donc la conclusion que l'analyse précédente avait dégagée 7 : il n'est pas possible de séparer. Eum. Eumène fit circuler la lettre dans tout le camp.

Picard. G. Reinach. . 303-310. voir P. Son tort fut de surévaluer l'audience des Rois en Asie. le départ pour l'Europe de l'armée qui devait (. Eumenee. ce qui fait l'intérêt essentiel de cette première période des diadoques. et d'échouer là où réussirent ses principaux compétiteurs. 5. S'il échoua. R. le força à revenir demander aide et protection à Perdiccas 2. 5·6. E. le Kardien. iu«. selon laquelle Eumène. 2. 372.soit. Seuls les moyens ont différé: la plupart choisirent. passim. brutalement ou peu à peu. Or l'enquête précédente sur la naissance et la vie des armées des diadoques L Cette conclusion ne fait que confirmer et parfois préciser sur certains pointa celle de H. pacifier .) la Cappadoce. en tant que Grec.. en 320-319. il ne pouvait l'être que dans la mesure où il allait de pair avec la certitude de retourner en Europe. enfermé dans Nora. A. et leur souhait de revoir la terre de leurs ancêtres et leurs foyers. les diadoques cherchèrent tous à faire progresser leurs ambitions personnelles. comme à Nora. L'analyse de la période 323-316 montre donc assez clairement qu'Hiéronymos de Kardia n'a pas hésité. L'appel à leur loyauté dynastique n'était pas déterminant à lui seul. Briant. Paris (1957). D. de la royauté macédonienne « classique ') à la royauté hellénistique. Voir supra. H5ï). F. 2. En vérité. lors de la rédaction. 65. p. ni sa loyauté envers les rois ne constituent une explication satisfaisante de la carrière du Kardien 1. 66~68. c'est aussi qu'à partir de 319-318. de s'affirmer en dehors ou contre les cadres unitaires. et qu'il dut combattre. 4. Dans les années qui suivirent la mort d'Alexandre. . n. c'est l'étude du passage d'une institution d'État à une autre. d'autres. ce fut bien avant tout par intérêt personnel. 3. É. aurait été le seul des diadoques à élever des trophées. p. Trophées macédoniens. Sur les modalités de la proclamation royale d'Antigone. p. - 91 - . Antigone. loin de ses bases. 57. Mais. p.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES: LE CAS n'EUMÈNE DE KARorA 79 leur volonté de défendre les Rois et la dynastie. De même Eumène: en 322. Eum. Weatloke. - CONCLUSIONS GÉNÉRALES 1.. on l'a vu. p. il eut sous ses ordres les Macédoniens les plus rétifs (les Argyraspides)·. ils prouvent enfin. 3. à l'élaboration de faux documents. en interprétant la carrière d'Eumène de manière à en faire une victime de la fatalité. Les trophées romaine (B. voir Ch. Perdiccas le premier.. R. qui démontre le caractère erronné de la thèse avancée par A. qui naît en 306 lors de la proclamation royale d'Antigone le Borgne 0. avec des satrapes dont le seul objectif était de conserver intacte leur principauté personnelle 4. Ces événements de Nora montrent également que les initiatives des soldats macédoniens d'Asie ont pesé parfois d'un poids non négligeable dans l'histoire des diadoques. 26 (1913). ni ses origines grecques.Sur un aspect particulier. de la mauvaise foi des autres diadoques (Antigone en particulier). s'il choisit d'obéir à Pol yperchon. 3. qu'Eumène de Kardia ne fut pas le seul à souffrir des «( trahisons l) des soldats. IV. et de la trahison des soldats macédoniens (surtout les Argyraspides). à plusieurs reprises. Plutarque. s'il en était besoin. se trouva placé devant la même alternative. à déformer volontairement certains faits pour rendre plus crédible la peinture qu'il voulait faire de son ami Eumène: soit en participant lui-même. ont cherché au contraire à prendre la tête du mouvement de «( restauration impériale )).

• npdijycv bd Maxc8ov!«v xtX1'ci~C/. dominée par le fait de la guerre.)" 't'où. ml 'tirJ '7t«. p. Comme j'ai essayé de le montrer. à des Macédoniens et à des mercenaires.) pour désigner J'armée conduite par Antipater à l'automne 321 lœvoÀO<~':'v Kott <~v tatov a""ol'w). ce qu'il n'était pas auparavant 2. Briant. etc . ces affrontements facilitèrent la survie et même le développement des structures militaires nées de la conquête. pour lutter en principe contre Eumène et les autres chefs perdiccaniens. Cette période est. 151. Or. le pouvoir des diadoques sur leurs troupes est d'une nature différente de celui du roi macédonien (Alexandre) : il ne s'agit plus d'une armée nationale. Cf. Sur ce point contesté. M. En changeant de chef . Diodore. mais d'armées de mercenaires.. qui voulurent en faire les instruments de leur puissance personnelle. C'est autour de S8 seule personne que naissent peu à peu de nouvelles structures étatiques (armée. que ce chef fasse sécession ou qu'il soit revêtu de la charge de stratège par le gouvernement royal.. 8upra.. of. c'est tout l'~tat macédonien qui est passé en Asie'. Parallèlement se crée une idéologie du chef. le principe d'unité n'en est plus l'attachement aux ta patria et à la dynastie. bien différente de l'idéologie monarchique macédonienne. Rh. Cf. en Asie. Granier tout au long de son ouvrage sur «( l'Assemblée de l'armée macédonienne 6». ibid. les rois regagnèrent l'Europe avec Antipater. hiérarchie. était à la fois tardive et incomplète. des milliers de Macédoniens restèrent en Asie. renouant ainsi avec le cours d'une histoire que la conquête d'Alexandre avait fait dévier hors de l' « espace national» a. contrairement à l'idée développée par F. Mais cette « restauration nationale )'. l'expression dont use Diodore (wc.d'Alexandre aux diadoques . En fait. C'est en ce sens que l'on peut considérer que la prise du titre de roi par Antigone le Borgne constitue une date charnière: elle est bien évidemment * 1. 67.. Voir déjà supra. Cf. Schur. En outre. furent récupérées et utilisées par les anciens lieutenants d'Alexandre. cette évolution. Cette situation paradoxale ne devait pas se perpétuer en principe: en 321. p. Cf.. Le chef devient avant tout un chef d'armée. diplomatie. 50.. aussi W. de facto. En 334. 4. 5. Dae Alezanderreich nach Alezander.ptao ). voulue et entreprise par Antipater 4. 2. 3. cit. un roi et un peuple en armes (au sens strict du terme). à la compréhension de ce phénomène. Be caractérise par un double mouvement de désintégration du nomos macédonien et de surgissement parallèle d'une nouvelle idéologie monarchique. P. Elle. C'est dire que. p. le serment qui lie les soldats à ce chef est prêté à un individu. 323-331. en faisant appel indistinctement à des Orientaux. 83 (1934). mais la " dévotion à un chef personnel. et non pas à une fonction. 6. et dont la puissance et le prestige dépendent de la Victoire. ). l'État macédonien est devenu un État militaire. 7 (" AV"t'tmt't'po~ . [3aO'LÀl:ic. des armées personnelles s'étaient déjà créées'. XVIII. qui est lié personnellement aux soldats qu'il a levés lui-même. en effet. et la mort de Perdiccas ne pouvait que favoriser l'idiopragia des chefs macédoniens. 39. p.80 REVUE DES ÉTUDES ANCIENNES peut aider. avec Alexandre et l'armée macédonienne. c'est au sein de cet univers militaire qu'il convient de chercher les étapes de l'évolution des institutions. cour. je crois. De 323 à 321.ces armées ne sont pas restées des armées ({ macédoniennes» (au sens juridique du terme). - 92- . qui relaient puis remplacent l'ancien État macédonien moribond en Asie.

. A. mais elle clôt aussi une longue période d'incertitudes et d'hésita lions sur les destinées de l'~tat macédonien. l'ancienne aristocratie indigène a continué d'occuper de hauts postes dans la vie publique de la chôra. voire dans I'armée •. Sur la politique religieuse de Ptolémée 1er (Lea syncrétiames dam les rBligiona grecque et romaine. bien au contraire. R.] 3.. XXII-2 (1973). A [urther note on Cyinda/Kundi. cf. puisque cette forteresse est devenue gazophylacie sous le règne du roi assyrien Esarhaddon en 679/678. 39-40 (et n. une nouvelle conception du chef s'était imposée dans les armées des diadoques. je renvoie évidemment aux études d'A.liche G••chichie. p.. p. 8. en particulier p. 1).. n. si bien que la cérémonie d'Antigoneia en 306 marque aussi et surtout la séparation entre deux conceptions monarchiques: la royauté nationale (Macédoine) et la royauté personnelle (Asie)'. Bing. en particulier Études d'histoire ancienne. p.Sur les relations entre Ptolémée et le clergé égyptien.ce qui n'enlève rien à ID nou- veauté qui consista avant Raphia à lee intégrer dans la phalange. Paris. 31). . Swinnen. la première consolida sous une forme définitive les institutions nées de la conquête. Novembre 1973. . Dandamayev. éminent spécialiste des problèmes achéménides. Aymard (cf. 1972. Diodore XIX. et p. entre temps. s'assurant ainsi par leur intermédiaire la loyauté de ses sujets égyptiens 0. 1973. l'historien eovié\ tique M. la décision d'Antigone en 306 répond au rel our des rois en Europe en 321.Dans une étude récente (Politische und wirt8chafl.D'ALEXANDRE LE GRAND AUX DIADOQUES: LE CAS D'EUMÈl'E DE KARDIA 81 le point de départ d'une époque nouvelle.. quelle que soit la validité des documents babyloniens et araméens amenés à l'appui . 29-31). PIEaaE BRIANT. A. le pouvoir du clergé était resté intact et. voir J. 1972. en éehange de son titre de satrape. p. 61. également p. 131 : ~ . Ibid.(je ne me permettrai pas d'en dis- cuter) . 346-350 j l'auteur montre que la fonction de trésorerie que jouait Kyinda au temps d'Alexandre et des diadoques lui était déjà assignée à l'époque assyrienne et très probablement aussi sous la domination achéménide. 409-473). p. que les luttes des diadoques avaient contribué tout à la fois à faire dépérir et à maintenir artificieJ1cment en vie tm Asie. G - 93- . 130: « . 4 (312) . voir maintenant W. 73-135. P.. ADDENDA 1. 46. 1973. Mais. dans Beitrâge zur Achâmenidengeschichse (ed G. Comme le second avait marqué la fin de la période d'errance pour la Macédoine d'Europe. D.Sur la permanence de l'implantation des forteresse. E. Ptolémée a consacré une large part de son budget au service des dieux et du clergé égyptiens. mais. ne me parait pas susceptible de renforcer l'argumentation. . R.. E. Sur cette distinction maintenant classique. 80. A. Dans une certaine mesure. Walser). 115-123).. qu'il cite également (p.l'exemple du « don» de ville à Thémistocle. p. F.. 2. [Sur ce dernier point. p.qui montre que Ptolémée a également levé des troupes (auxiliaires) dans la population de sa satrapie . et gazophylacies. Historia. affirme que les dons de terre faits par le Grand Roi l'étaient sans restriction aucune. 1. U..que j'ai omis de citer .

è.av. Rostowzew (9).révèle assez la difficulté que l'on ressent à classer ceslaoi dans les catégories sociales connues. La question a été reprise et partiellement renouvelée par les chercheurs soviétiques(14). L'ouvrage monumental de M. -et surtout A. d'ailleurs plus clairvoyant sur certains points que M. Goloubtsova et son étude sur «Lesformes d'asservissement du peuplement rural de l'Asie mineure du Ille au 1er s.B. La diversité de ces rapprochements . ou encore comme des «demi-libres» (3). -qui a consacré des pages importantes au régime de la terre et des personnes en Asie mineure séleucide-. ici. tout montre en vérité qu'on ne sait si on doit définir leur statut par rapport à des degrés de liberté ou à des degrés de servitude (8).établis souvent par le même auteur .av. Depuis la publication de l'étude capitale d'E.» (16) . Les réponses les plus diverses ont été données: tantôt on les considère comme des hommes libres (1). par là-même. mais on les a comparés parfois aux pelatai du royaume du Bosphore (S). Rostowzew. - 95- . Rostowzew (12). parmi lesquels il faut surtout signaler I. n'a été aussi discuté que celui du statut des laoi et laoi basilikoi qui travaillent sur les terres royales. a longtemps fait autorité sur la question et continue bien souvent de le faire. ou bien encore aux oikees crétois (7). -E. Bikermann (11).de relancer la discussion sur un aspect essentiel des structures socio-économiques du monde hellénistique. S. aucun. plus rien d'important n'est paru sur ce problème dans les pays occidentaux (13). n'est évidemment pas de présenter une synthèse sur la condition des terres et des personnes en Asie mineure hellénistique (19). également aux coloni romains (6).n. Ranowitsch (18) qui a mené la contre-attaque la plus vigoureuse contre la position dominante de M. Weber (10). tantôt commedes populations dépendantes proches de l'esclavage (2). fondé en partie sur les recherches de M. proposer donc lUI état de la question susceptible -du moins l'espérons nous. sans doute.S.REMARQUES SUR « LAO!» ET ESCLAVES RURAUX EN ASIE MINEURE HELLENISTIQUE INTRODUCTION Parmi les problèmes relatifs à l'organisation de l'Asie Mineure hellénistique. .è. Svenciskaja avec ses études sur « Esclaves et affranchis dans les localités rurales de l'Asie mineure» (1 S) et «La condition de la population asservie aux Ve et IVe s. Nous voudrions plutôt rendre compte de l'orientation des recherches soviétiques récentes (20) et. On les a très souvent assimilés aux serfs médiévaux (4) .n. ré-examiner les problèmesen suspens.» (17) . Notre but.

Mnésimachos est amené à détailler les différents éléments de ses revenus. on doit joindre UR passage de Plutarque (28). et précisent le lieu et les conditions de la concession . gouverneur de la satrapie de Phrygie hellespontique (24). b) La deuxième inscription rend compte d'une vente de terre faite par Antiochos II à sa femme Laodikë (23).gouverneur de Phrygie hellespontique. où les conditions de la vente sont précisées. et d'un texte littéraire (où le terme laoi n'est pas employé). . le quatrième a été découvert plus récemment. qui lui ont été concédées par le roi. intendant de Laodikè. Dans ce texte. sous forme de prasis epi lysei (26).ou à des privilèges concédés aux concessionnaires. 2) Nous mettrons à part la célèbre convention passée. Nous ne faisons que les présenter succinctement et. Le dossier comprend trois lettres: la première est envoyée parle roi à Métrophanès. Ces lettres et ordres royaux ont trait à des privilèges (exemption de stathmos en particulier) concédés par le roi aux villages relevant de Ptolémée. Ce passage décrit la conduite d'Eumène de Kardia à Kelainai dans l'hiver 321 10: «Comme il (Eumène) avait promis de leur payer leur solde dans les trois jours. la troisième lettre est adressée par Méléagre à Ilion. souvent abusifs. et fait savoir qu'Aristodicide a décidé de rattacher la terre concédée à la cité.1) - 96- . dont le caractère officiel n'exclut pas une grande obscurité. l'hyparque confirme qu'il a fait remise de la concession à Arrhidaios. à la suite. qui étaient pleins de sômata et de bestiaux (boskemata) . BRIANT 1. Nous disposons seulement de quatre documents épigraphiques qui donnent des renseignements brefs. c) Plus récemment (1960) a été découverte. Trois de ces documents épigraphiques sont bien connus et accessibles. a) Le premier dossier donne les modalités d'un don de terre fait par Antiochos 1er à un certain Aristodicide d'Assos (22) . non pas tant pour des renseignements précis (qu'il ne donne pas). près de Skythopolis (Beth Shean).94 P. les deux premières lettres sont adressées à Méléagre. stratège et archihiereus de Koilê-Syrie (25). que l'on a établis avec les textes précédents. entre un certain Mnésimachos et le temple d'Artémis à Sardes. 3) A ces textes épigraphiques. et précise les modalités selon lesquelles a été établi le bornage de la terre. il leur vendait les fermes (epauleis) et les tetrapygia de la chôra. que pour les rapprochements. une inscription regroupant huit documents émanant d'Antiochos III ou adressés à lui. selon des rubriques dont le choix sera justifié par la suite du développement. dans la troisième. On peut distinguer trois groupes de documents: 1) Le premier groupe comprend trois dossiers qui ont trait à des ventes ou dons de terre faits par les premiers Séleucides. la seconde est un compte-rendu de mission établi par Métrophanès . et dont la date n'est pas fixée avec certitude (27). tirés de différentes terres.LES DOCUMENTS ET LES PROBLEMES POSES Les termes de laoi et de laoi basilikoi apparaissent crès rarement dans la documentation relative à l'Asie mineure séleucide (21). . regrouper les principaux renseignements dans un tableau.

maisIa c:o.ni.------------------.bibliopllyla. .. et lIaod petre cie lCoilè-Syrie) DiIliDdîon eatn YiJIIca talUS . Il.2 18.. et or' m. satr"POr"yporqoe. VlI..21-24).6. plO le lOi . 18-20 Sardes. 3' Déoipalion des terres ..on oÏl est mnoéüe la ter-: Kelainai : te : tetnpyqia 30Wentl 4000 plOthres 15000 beciala o ) l'l'ès'. .. 22·25) Stythopolil : 7 .I.Plutarque -~----------------- Welles.5..160 d'une 2 • Forllle de la concession vente sente ? (1. 6 ..2:..pIIut. ·oltopeda -pondei. 10-13 . Il. _ pIttie (18. ..10..12..10 Il. dIoilit Ilion (17) h o t _ o ...nioe. . 4 ..15 .. c:oacédés (! 1 (IU3-.275 ? don 200-195 Conf"Irmationd'une concession . 254/3 le siècle? Welles..18.7....3. ....l.14.._LI conœssionsélcudde .3.-e (SUat.. '. -chO'o oui ...t YÏDaFI .Cniqoe hlra? (Il. 1966 (Ptolémée) A.22 13..4) .ta 11..25 20. .Prâalce ciefortUlCatiom borir ? f. ---------~--------- -------------------------------------.16.Pri...1a citéqu'jJ _ (11.Rq. 321/0 v. h lI. I·Dat.11. --~---------------- ..ch6rion -kkro.. _lit dE..15) dIoilit . .roi iDtlll'Yaltioll du Atnpe inlervention . pré.... _ _ titi<· tir) la citi de ' 0 1 _ 1 S ' _ pour Jo ... (11.5.6 -oikodema Il.2.15 Il.20-22 .12 1.10 1.5upeJficie . la . ptok!lIIllÜj.l lEJ... cie . d o.131 _tI lIaod diFitai. 5 ....~ .nsaotio. Peut 'Oltldlc:r.16· 12.nllll1l)1XÔII: (1Ir 23).3 18...8.mme répudiée : 8· hrlOnncs r6c:om~ 9 ·1I_6od.5 1... baDJfert pldt.Droits d.6.9 12.. macesaio..11.......

Dénomination Sômtl/II wi btlllliJ. 29) : 3 .B-.. 22..Présence éventuelle d'esclaves Sômatll ? néant néant . 12. 26) oiKtôr&orm/I!S (18. (1.15) Uoi O.oi (11. put (l8...5) lIoi prnoikioi.11-12) lIoi (1.Habitat Petra (village? forteresse?) K6mt1i K6mt1i MiIUons ("1.15) oihttli (1...t 4 .22) JiJoip8lJOikioi am /011 uptITka. oilet4iJ : KômtJi 0·11.. 8-9 .Précisions sur leur statut Ftuvent venil" habiter à Petra pour leur sécurité. Ptivüèp d'lInI!pistllt1urwil (œnddé CIl fait à Ptolémée) . 26) : 2 . Les penennes 1 .

relatives en particulier au mode de concession de la terre: s'agit-il d'un droit de propriété entier et sans discussion? les laoi sont-ils vendus ou donnés avec la terre.Weber. La solution du problème passe donc en bonne part par l'examen des rapports établis entre le roi et le concessionnaire. en quelque sorte.LES LAOI : «LIBRES» OU « SERFS» ? A . dans son Kolonat. peut-être des troupeaux (29). Ils sont en effet dépendants à la fois ou successivement du roi et des concessionnaires. fondée sur les études de M.on ne peut manquer d'être frappé par la rareté des renseignements sur la condition des laoi. et dans les limites de la concession. laoi basilikoi et laoi. en égard surtout aux nombreuses clauses qui ont trait à la terre et aux revenus. La mise sur un même plan de ces deux catégories peut conduire à insister sur l'opposition entre les deux termes. 8. C'est surtout le Kolonat qu'A. La - 99- .Plutarque. et. leur statut personnel est différemment évalué. et que le statut des paysans indigènes évolue. les esclaves. Ils paient également un phoros. et les soi-disant structures féodales de l'Asie mineure séleucide. révèle-t-elle une différence de statut? Cette question est liée à d'autres. A l'égard du problème du statut deslaoi envisagé par rapport à la société hellénistique en général.B. Selon qu'on insiste sur le lien de dépendance à l'égard du concessionnaire. Rostowzew qui luimême. l'inscription de Mnésimachos incite à comparer leur situation avec celui des oiketai. topoi). du roi ou du village. Au surplus.1eur maison. Tous ces auteurs ont apporté leur contribution à l'édification et à la diffusion de la notion de féodalité hellénistique (31). II . On ne sait pas non plus sûrement si leur statut se modifie lorsque le roi concède la terre à un particulier. de cela on ne peut voir immédiatement s'ils sont libres ou non. La différence de terminologie. vers un esclavage généralisé. dans les ressorts de l'administration (satrapie. sur le commentaire de l'inscription de Mnésimachos donné par Buckler et Robinson. hyparchie. ils sont à la fois inclus dans les kômai traditionnels. Les seuls renseignements concordants se rapportent à leur situation économique: ils possèdent un bien personnel. Eum. en toute propriété. ou restent-ils dépendants de l'administration royale? Ces questions amènent à envisager les différents réseaux de dépendances dans lesquels se trouvent les laoi. ou bien à conclure que les laoi sont dans une situation finalement proche de l'esclavage. du servage à la liberté. probablement aussi les instruments de labour. s'est appuyé sur les recherches de M. Ranowitsch prend pour cible. on peut considérer qu'il s'est formé une opinio communis.LAO! ET ESCLAVES RURAUX 97 A considérer le tableau. Mais est-ce le cas de tous les laoi d'Asie Mineure? En outre. surtout en Occident. dans ses publications postérieures (30).

Quant à la terre plaine elle était cultivée par un certain nombre d'esclaves et surtout par des serfs (47). (51). le coeur de l'argumentation était constitué par un long commentaire apporté (37) au passage de Plutarque que nous avons déjà sommairement analysé (38). le terme serf leur est appliqué. dans toute l'Asie mineure. A plusieurs reprises. Au total.. Sa diffusion ne fit que s'accentuer à l'époque romaine. il Yaffirme en particulier que les don (ou ventes) faits par le roi à Aristodicide et à Laodikè le sont en pleine propriété (<<das voile Eigenturn») (32). Rostowzew soulignait par ailleurs la grande permanence des structures sociales en Asie Mineure et en Egypte depuis les Achéménides jusqu'aux Séleucides (36). déclarent (50) que celle-ci «offre un commentaire absolument saisissant du passage de Plutarque Eumenes 8 ». qui se distinguait en tant que telle aussi dans la législation» (34). qui étaient naturellement aux mains des «grandes maisons aristocratiques de Phrygie ou des magnats perses» qui « menaient dans leur «Burg» une vie de chevalier ( « Ritterleben»] » (46). parce qu'il sert de refuge aux populations des alentours (53).14). tetrapyrgia et l'aulè de l'inscription de Mnésimachos (1. Welles tire argument pour conclure à l'existence d'un «manoir féodal» (52). Le corn- - 100- . selon lui. Dans l'esprit de Rostowzew il ne faisait pas de doute que la seule présence de ce type de construction permettait de déduire le caractère féodal du système social et politique ~9). Même utilisation de Petra de l'inscription d'Aristodicide. C'est ce type de raisonnement qu'ont fait depuis lors la très grande majorité des commentateurs des inscriptions déjà analysées. où il essaima dans tout le bassin méditerranéen (44). Suivant en cela W. Ainsi Buckler et Robinson.. Rostowzew y donnait un relief considérable au terme d'epauleis et surtout de tetrapyrgia. A l'époque hellénistique.98 P. ce qui les amène à décrire l'organisation de la concession de Mnésimachos de façon analogue à celle d'un domaine féodal. ainsi qu'en Syrie (43). travaillée par les serfs astreints à des corvées. mais les conclusions en sont néanmoins très nettement exprimées (33). partant de l'analogie qu'ils affirment entre epauleis. Or. De la présence du terme baris dans l'inscription de Laodikè. tous les documents montrent que «ces laoi basilikoi formaient une classe particulière de population en Asie mineure. BRIANT majeure partie du raisonnement de Rostowzew porte en effet sur la condition de la terre. M. écrit-il. dirigée par des baillis etc. et était déjà largement répandu à l'époque archaïque (42). puisque les lieutenants d'Eumène durent mettre en oeuvre toutes les ressources de la poliorcétique pour en venir à bout (41). Ce dernier mot définit en effet une construction carrée munie de quatre tours d'angles (40) : résidences puissamment fortifiées donc. Ramsay (39). en particulier en Arménie où cette structure féodale se perpétua jusqu'au Moyen-Age (48). on en rencontre dans toutes les régions de l'Asie mineure. Rostowzew concluait que la région de K elainai était divisée en « grands domaines» (45). L'étude du statut des laoi est en revanche menée avec beaucoup moins de minutie. Ce type de construction est ancien. De ces premières observations. «ces laoibasilikoi étaient traités absolument comme des serfs» (35). Cette situation se retrouvait.

à son avis. d'un tetrapyrgion près d'Antioche (65).la prudence qu'il manifestait dans son Kolonat à l'égard des généralisations dans le temps et dans l'espace (56) a complètement disparu: la féodalité est devenue une réalité permanente de toute l'Asie mineure aussi bien que du Bosphore (57).LAO! ET ESCLAVES RURAi. c'est possible. la seule possibilité de transformer les structures féodales et créer un Etat moderne. cette thèse de la continuité féodale en Asie mineure n'est pas fondée. sans donc que la structure des relations entre «seigneurs» et «serfs» ait été modifiée (59). selon l'auteur. •aoi sont caractérisés sans nuances de «villeins ». il est bien vrai qu'il peutêtre lié à un système social et politique.S. il présentait l'acte d'Eumène comme annonçant la vaste politique séleucide tendant à casser la féodalité. contradictoire est l'argumentation qui veut prouver à la fois l'existence de la féodalité en Asie mineure hellénistique et les efforts des rois séleucides pour venir à bout de la féodalité achéménide. définis comme les fiefs d'une aristocratie terrienne. Or. Dans son Kolonat d'autre part. ni sur l'emploi d'esclaves dans l'agriculture (64). C'est à dire qu'on a rendu complémentaires des documents qui ne l'étaient pas. à preuve. caractéristiques d'un régime féodal qui. Désormais If. en conséquence. le domaine de Mnésirnachos (54) ! La publication du commentaire de Buckler et Robinson a amené Rostowzew à durcir sa position dans ses plus récentes études. Mais. on a l'exemple du pyrgos perse d'Asidatès décrit par Xénophon (62). W. par Démétrios I. Hunt sur les pyrgoi de Téos..i. ne permet aucune conclusion sur la situation des laoi. le passage de Plutarque n'apporte pas beaucoup de renseignements. Mais en fait. surtout dans le contexte où il est employé. Ce n'est plus du tout ce qui apparaît dans les autres ouvrages où il semble bien plutôt qu'une féodalité à succédé à une autre. Le terme de sômata. les tetrapyrgia de K elainai a égaIement fourni le point de départ de l'étude de D. munis d'un «fief» par le roi (55). signifiait plus !'affennissement du contrôle royal que l'abandon du pouvoir aux mains d'une féodalité. les concessionnaires sont des «feudal proprietors». mais un type d'architecture peut fort bien se conserver par-delà un changement de régime: ainsi la construction. Quant au terme tetrapyrgia. où une nouvelle féodalité s'est créée. à la vérité. lui-même «éclairé» par les inscriptions de Mnésimachos et de Laodikè (63). Mais rien ne permet de déclarer ce - 101- . Cette politique constituait. dit-il. par la transformation des serfs en laoi basilikoi. Que les tetrapyrgia de K elainai aient donc constitué le moyen de protection d'une classe sociale aux revenus fondés sur une terre exploitée par des populations dépendantes (66). On sait bien que le roi perse pouvait concéder des terres à des amis (61) . 99 mentaire de Rostowzew et de Ramsay si . Plus grave. et par l'urbanisation du territoire (58). pris seul. la structure féodale achéménide est déduite encore et toujours du passage de Putarque. La documentation sur les structures sociales de l'Anatolie achéménide est d'une rare indigence (60). s'est poursuivi en Asie mineure depuis la plus haute époque jusqu'à l'époque hellénistique.'. de «bondsmen » attachés à la terre (adscripti glebae ) .

on voit que ces laoi possèdent une maison. soit sous une forme ou une autre à Ptolémée et à Mnésimachos. peut-on dire. cette terminologie qui ne peut même pas se suffire à elle-même si on veut l'appliquer au Moyen-âge européen.B. de même C. sans qu'à aucun moment les auteurs ne prennent la peine de justifier cette terminologie. Welles. Cette théorie féodale a en effet fixé le statut des laoi. Mieux vaut donc ne pas donner une importance démesurée à ce document. Boutruche a mené avec suffisamment de force un juste combat contre l'abus de l'emploi de ce terme dans n'importe quelle société pour que nous jugions inutile d'y revenir en détail (68). que «les feudataires et barons en Asie mineure hellénistique existent seulement dans l'imagination de M.à la féodalité européenne. ni de parler sans nuance de continuité féodale. Comme l'a montré la discussion précédente. Or.S. -qu'ils vivent. elle est à nouveau défendue par I. Or. Ranowitsch n'a pas tort d'affirmer. qui a crée de toutes pièces pour l'Asie mineure. qu'il - 102- . Il est manifeste en tout cas que pour la société séleucide. et de leurs épigones» (70). fausse résolument la perspective des recherches sur les paysans indigènes hellénistiques.. T{. le seigneur. ainsi probablement que les instruments de culture. en villages qui paient eux-mêmes un phoros. aux laoi Rostowzew applique à plusieurs reprises la dénomination romaine d'adscriptiglebae (72) . leur statut est lié en bonne part au statut de la terre. 1:J . les corvées etc. considérés naturellement dans ce contexte comme des «serfs attachés à la glèbe». la réserve domaniale. Haussoulier s'appuie sur les lignes 7-9 de l'inscription de Laodikè.100 P. Si nous résumons brièvement ces informations. on se rend compte que tout cela provient du premier commentaire de Plutarque par Rostowzew. . On s'est fié trop rapidement à de simples analogies. Il est clair en vérité que les tenants de cette théorie font une référence permanente -quoique le plus souvent implicite (67). les conclusions des tenants de la féodalité ne reposent pas sur une comparaison raisonnée avec le Moyen-âge européen. et dont les principales informations ont été rassemblées dans des tableaux (71). Rostowzew . la notion de «château-fort féodal» : la suite est venue. tout naturellement..Les taot. Svenciskaja (75) et E. Haussoulier (74) . BRIANT texte comme complémentaire d'inscriptions de pleine époque hellénistique. Ces paysans travaillent sur des terres qui ont été concédées. soit sous forme de don à Aristodicide. les baillis. Weber. Or. de M. C'était déjà l'opinion de B. qui écrit que «les paysans royaux étaient liés à la terre un peu plus que des serfs» (73). Il ne s'agit pas d'une simple querelle de mots (69). Le commentaire de Buckler-Robinson est à ce titre « exemplaire» . semblet-il.Goloubtsova (76). on y retrouve tous les tenues médiévaux: le fief. soit sous forme de vente à Laodikë. le rOI et les concessionruures 1) Attache à la terre et attache au village Il est temps d'en revenir aux quatre inscriptions déjà présentées.B. les villains. si l'on suit bien la filiation du raisonnement. en partant du seul cornmentaire de Plutarque. Finalement A.S.

Pour Rostowzew également.. Cette conclusion est en accord avec l'interprétation que beaucoup d'auteurs donnent de la concession de terres faite par le roi à ses proches. E. comme allant de soi. s'il y en a. c'està-dire que «le changement de domicile ne rompt pas le lien d'origine» (95). sollicite considérablement le texte pour conclure que le roi a ordonné le retour des «manants fugitifs». De même pour Bikermann. c'est que si attache il ya. il s'agit d'un droit de propriété sans restriction (80). Rostowzew avait en effet tiré. c'est que les laoi continuent de dépendre du village de Pannos. «la vente est faite purement et simplement.. en vérité. Selon cette interprétation. Ranowitsch a. mais au village. rien ne prouve qu'ils soient fugitifs (90).. A cette position. «nous avons vendu» le village de Pannos . Goloubtsova aboutit logiquement à la conclusion que les laoi n'ont aucune liberté personnelle. et qu'ils sont finalement dans une situation proche de l'esclavage (85 l. Ce que prouvent donc ces quelques lignes de l'inscription de Laodikè. Des lignes 7-9 de l'inscription de Laodikè. mais par - 103- . à apporter de sérieux correctifs.S. Elle devient propriétaire de toutes les localités . sans aucune réserve. Pour Haussoulier (79). Bikermann a été le premier. Ce sur quoi ont justement insisté en revanche Bikermann et Ranowitsch. et que le roi a donc donné à Laodikè le droit souverain (82) de disposer des laoi (83). Comme l'avait déjà bien marqué Rostowzew (93). . porté vigoureusement la contradiction (87). pourront venir se réfugier à Petra (91).LAO! ET ESCLAVES RURAUX 101 traduit ainsi (77): «(Elle a acheté) pareillement tous ceux des manants du-dit village. De même pour E.S. ils peuvent quitter librement leur kômë: (89). A son avis.. L'affirmation par l'administration royale de cette permanence du village. une tout autre conclusion que celle d'Haussoulier. à notre connaissance. constitue plutôt une restriction qu'un élargissement des droits du concessionnaire sur la terre et les personnes (96). on a là. Il en est de même pour Aristodicide. Goloubtsova. L'inscription de Laodikè porte en effet: peprakamen.B. Tous les deux utilisent quelques remarques de Rostowzew dans son Kolonat. dont la concession a été définie non par rapport au territoire du village. et de tous les manantsy établis». Cela est d'ailleurs conlirmé par l'inscription d'Aristodicide où le roi prévoit que les laoi.lui aussi. E. la présence de laoi hors du territoire du village prouve au contraire que «la liberté de mouvement ne leur est nullement enlevée. ce n'est pas à la glèbe. Pour lui ces «manants» se sont probablement enfuis par crainte du nouveau maitre . «s'ils le veulent». «il n'y a aucun doute que les paysans sont vendus avec la terre» (81). A. et les laoi qui en dépendent». qui se sont transportés ailleurs». Les laoi dépendent des villages (92). en remarquant combien ce terme d'adscripti glebae était peu adapté à la réalité des laoi (86). en Asie mineure. les taoi ne peuvent pas être considérés comme libres (84). Haussoulier. l'illustration du principe de Yidia. que l'on connait en Egypte (94). par ailleurs si succint sur la situation des laoi (88).. c'est pourquoi une clause spéciale prévoit que les manants fugitifs ne cessent pas de faire partie du lot: «ils sont ressaisis et ramenés à la kômë qu'ils ont quittée» (78).

il demande en particulier que les soldats n'aient pas le droit d'expulser les laoi (ligne 26). et c'est à l'administration que les contrevenants auront à payer l'amende du décuple (lignes 27-33). comme on en rencontre beaucoup en Asie mineure. mais que leroi continue d'en disposer pour la défense des laoi. c'està-dire qu'il existe une organisation domaniale et qu'en quelque sorte ce domaine constitue une immunité. financier. le principe de l'idia n'a pas disparu (98).e (97) . dans les archives. ne devient pas ipso facto une forteresse personnelle d'Aristodicide. mais fondée sur une documentation insuffisante. les laoi basilikoi continuent d'avoir le droit de résider à Petra. cependant. même dans ce cas. et qu'on - 104- . ce sont les interventions multiples de l'administration royale (101). Ce qui frappe au contraire dans nos documents. Le bornage de la concession de Laodikè est en effet enregistré à Sardes. il s'agit certainement d'une règle habituelle (103). Ce que prouve en revanche cette clause.Vente. il faut en particulier prouver que le concessionnaire est investi de toute ou une partie de l'autorité publique et cela dans différents secteurs: militaire. On retrouve ces mêmes préoccupations royales dans la correspondance échangée entre Ptolémée et Antiochos III d'une part. Antiochos III et ses fonctionnaires de l'autre. Ptolémée a en effet demandé au roi l'exemption dustathmos et autres privilèges pour les villages et les villageois (lignes 20-26) . Marsyas. ce qui est bien différent. de par l'acte de donation. n'est pas assez significative. par le bibliophylax (102) . judiciaire. lorsque les villages avec la terre qui leur appartient a été concédée à un proche ou à un ami du roi. La différence de terminologie tlaoi basilikoi et laoi) que l'on relève parfois comme révélatrice (100).102 P. Plus qu'adscripti glebrre. Conclusion juste. Cette intervention n'est pas négligeable. Th. Ce sont les fonctionnaires qui président à la délimitation des terres concédées à Laodikè et à Aristodicide. les laoi doivent être considérés comme adscripti vici (99). c'est que Petra. BRIANT rapport à la qualité de la terr. Or. Rien ne permet ici de parler de château féodal (106) : il s'agit plus probablement d'un village fortifié. De même le roi continue de se préoccuper du sort des laoi en leur permettant de venir se réfugier à Petra. don et transfert de revenus Ces premières conclusions ne règlent cependant pas toute la question de l'éventuelle transformation du statut des laoi.On voit donc que même sa position de stratège n'autorise pas Ptolémée à intervenir personnellement sur les villages concédés. car aucun texte n'emploie les deux expressions . Pour pouvoir parler d'une marche vers le servage. ce qui revient à dire que le satrape devra intervenir si le concessionnaire tente d'agrandir sa concession aux dépens des villages limitrophes. il ne semble pas que ce soit le cas en Asie mineure hellénistique. c'est-à-dire ceux des paysans qui travaillent sur des terres situées à la périphérie de la concession d'Aristodicide (105). Zawadski y voit la meilleure preuve que les paysans continuent de dépendre du roi (104). 2) . Le roi envoie des instructions en ce sens à un fonctionnaire. car il s'agit ici des laoi basiiikoi.

peut-être itinérants. très probablement sous la surveillance de l'oikonomos de la satrapie. et qu'à l'avenir on lui concédait une atélie générale (III) . Quels impôts paient les paysans? et à qui.S. au chiliarque en l'occurrence. ce qui revientà dire que Mnésimachos n'intervient pas dans l'opération et que les !aoi des villages continuent de dépendre directement du roi (116). On lui avait concédé d'autre part une immunité financière: nous y reviendrons. est aussi le plus difficile à interpréter. Les inscriptions d'Aristodicide sont en effet muettes sur le sujet.LAO! ET ESCLAVES RURAUX 103 ne peut en aucune manière prétendre que cette concession jouit d'un privilège d'exterritorialité (107). elle n'aurait rien à verser au trésor royal (112). de tous ces villages. et de ces kleroi et des oikopeda (117) y attenant. dans un passage peu utilisé de Plutarque (109). . dont on ne connaît pas exactement le statut: en particulier les kleroi (lots militaires ? ) (113).lignes JO-13 Les lignes suivantes sont plus obscures: «Ur. semble-t-il. preuve. L'inscription de Laodikè n'est pas très détaillée non plus.lignes 3-10 Y figurent le nom et l'emplacement des villages. Pythéas et Adrastos ont reçu . Cependant quelques conclusions fermes peuvent être proposées. et des laot panoikioi avec leurs biens et des vases de vin et du phoros en argent et en travail (phoros leitourgikosï et de tout ce qui provient (ta ginomena) des villages. il en est de même des deux kleroi. Rien sans doute n'apparaît là-dessus dans la plupart des documents: on vient de voir cependant que. E. Voici le détail des revenus de l'oikos (115) établi par Mnésimachos : . inconnus par ailleurs (114). Donc le village continue d'être lunité fiscale de base. et donc que les laoi continuent d'être justiciables du roi (108). et ce qu'il peut y avoir en sus de cela. De ce passage. et l'aulè qui a été concédée d'une manière séparée à Pythéas et à Adratos. mais on a. En outre. dont chacun paie un phroros . qu'il en était tout autrement dans les autres cas. Fait capital: le phoros continue d'être versé directement à l'administration royale.. un texte littéraire tardif semble montrer que le roi dispose dans la campagne. Reste le problème essentiel du statut fiscal de la concession. La concession de Mnésirnachos est composée de terres différentes. Le territoire concédé ne jouit non plus d'aucune immunité judiciaire. On sait cependant que dans la vente étaient compris «les revenus de la cinquante neuvième année» (110). et non du concessionnaire. la preuve de l'existence de ces juges dès les débuts de l'occupation macédonienne. au roi ou au concessionnaire? Les charges publiques sont-elles grevées de charges privées'! Le concessionnaire paie-t-il lui-même des impôts? L'état de la documentation rend difficiles les réponses à ces questions. sur la concession de Ptolémée. Le seul document qui donne des précisions.. ». les contrevenants sont directement justiciables des fonctionnaires royaux. Goloubtsova - 10S- . de juges. semble-t-il. Sans doute ce renseignement s'applique-t-il à la royauté attalide .

ou autres travaux publics (122). ou de «charges seigneuriales» (121). mais à l'avènement du nouveau souverain il lui faudra demander un renouvellement. Ce bénéfice est concédé sous forme de don ou de vente.104 P. il s'agit là d'un récapitulatif. vases de vin) . comme il est d'usage (130). on possède d'autre preuves d'un tel pharos dans plusieurs textes hellénistiques (119). Le don est révocable à tout moment (127). BRIANT (118) veut conclure que les laoi paient un pharos différent de celui des villages. sans qu'il y ait démembrement de la puissance publique (126). comme voulaient - 106- . ce sont les revenus : (125) encore ne permet-il pas au concessionnaire de lever ni de fixer lui-même les impôts. Ces ventes et dons constituent donc. il est tout à fait possible en effet qu'il s'agisse de travaux que devaient effectuer les laoi pour l'entretien des routes par exemple. A propos du pharos leitourgikos plusieurs auteurs parlent de « corvées» (120). On peut même dire qu'il n'y a pas constitution de domaines avec une organisation domaniale régentant la vie des laoi . c'est qu'une partie du pharos était' payé en nature (cf. Cette méthode présente de gros avantages pour le roi : le concessionnaire verse d'un coup une grosse somme (131). Rien n'est moins sûr. nous semble-t-il. il ne faut pas oublier en effet que. Ranowitsch a raison d'y voir une partie du pharos payé directement au roi. Il est probable que lors du renouvellement. terminologie féodale qui introduit une notion de dépendance personnelle des laoi à l'égard du concessionnaire ( « seigneur»). Le seul droit souverain (kurios) que le roi accorde à Laodikè. ce qui a été déjà exposé. la différence avec le don c'est peut-être que dans ce dernier cas. Ce que donne ou vend le roi. En fait. c'est celui d'adjoindre la terre à la cité de son choix (123) . Mnésimachos a tout intérêt à grossir ses revenus. Il ne parait donc pas qu'on puisse parler de «pleine propriété» sur la terre ni les personnes. que l'on peut considérer en quelque sorte comme une avance sur les revenus à venir (132). qui n'entraînent de prise de contrôle directe ni de la terre ni des personnes. la reprise peut se faire à n'importe quel moment. parce-qu'elle est gravée sur des stèles qui sont déposées dans des temples fameux (129). ce ne sont ni les terres ni les personnes. Encore faut-il ajouter qu'elle ne donne aucun droit supplémentaire sur la terre ou les personnes. cela n'a rien d'extraordinaire. On affirme souvent qu'elle donne des garanties à la personne récompensée (128). il s'agit là d'une obligation qui limite les droits du concessionnaire (124). La concession sous forme de vente parait plus curieuse. en quelque sorte de simples opérations comptables. on peut plutôt l'assimiler à un bénéfice. il nous semble plutôt qu'A. le concessionnaire a l'assurance de jouir de son revenu pendant tout le règne. et que le roi y trouve également son compte. le roi conserve le droit de reprendre la terre concédée. sous une autre forme. Cette concession de terre n'a donc rien à voir avec un fief. L'administration royale reste souveraine. le roi demandait un nouvel effort financier (133). Même dans ce cas. Ce qu'on voit en revanche. mais que dans le cas de vente. ni l'établissement de biens vassaliques entre le roi et le concessionnaire. dans la situation de débiteur où il-est. Il s'agit d'une rente. quitte à répéter.B.

Cette permanence de l'institution villageoise représente donc à la fois une garantie et un avantage pour l'administration royale.C. Ce qui parait certain. même pour le cadastre» (149). Quel que soit le concessionnaire. Ce qui est frappant en effet dans les inscriptions étudiées. que les revenus des concessionnaires dépendent directement de la richesse de la terre (136). il s'agit du décret pris par l'assemblée (ecclesia) de tous les comètes convoqués par les Anciens (gerousia). c'est. « plus riche en villages qu'en villes» (143). on aimerait évidemment savoir quelle était l'organisation interne de leurs communautés. C'est d'ailleurs. Or la terre appartient au village. il existait des villages fortifiés. comme le note Bickermann (152). La majeure partie de l'Asie mineure est précisément caractérisée par son habitat en kômai (141). l'essentiel des impôts séleucides provient de la terre (151). aussi bien sur la terre des cités (139) que sur la terre royale (140). Dans cette optique. est encore plus significatif. mais aussi et surtout du nombre et du travail des laoi (137). a'YPoll). relatif à la répartition des terres du village (roll lnrapX01l7l1 alnui.J . c'est en tout cas que les laoi ne sont ni donnés ni vendus. datant du 1er ou 2e siècle de notre ère (146).J . en Arménie. le village reste «une unité constante et indépendante. D'autre part le village paie collectivement le phoros (150). Pour mieux comprendre le statut des villageois. ces concessionnaires sont le plus souvent absents (135). ainsi la Grande-Phrygie. nous semble-t-il. dirigés par un kômarque.. bien d'autres textes nous montrent la présence de villages. Le village possède un territoire qui en dépend (148).LAOI ET ESCLA VES RURAUX lOS le voir Buckler et Robinson (134). donne à penser qu'elle était également en vigueur à l'époque séleucide.C. Outre les trois inscriptions que nous avons ptises comme références. 4) . c'est la cohérence du village en tant qu'unité de production et unité de prestations fiscales. était. entre tous les cultivateurs appartenant à la communauté: preuve manifeste de l'autonomie interne du village et de la liberté de décision des villageois (147). Les documents qui donnent quelques détails ne datent malheureusement pas de l'époque séleucide.La force de l'organisation villageoise Ces transferts de revenus n'entament donc pas obligatoirement la réalité du village (138). Cela se conçoit aisément. Un passage de Xénophon (144) montre qu'au Ve siècle. et payant collectivement tribut au roi. Un autre document (145). Ce que vend ou donne le roi. La continuité de l'institution du Ve siècle aV. ce n'est ni la terre ni les paysans: c'est le produit de la première que permet le travail des seconds. S'ils sont cités dans l'inscription de Laodikè ou dans l'inventaire de Mnésirnachos. <de sens de l'institution de l'idia que d'assurer la responsabilité commune quant à l'impôt». nous proposerons une interprétation des lignes - 107- . lorsqu'Alexandre la traversa au printemps 333. au IIès ap. C'est par rapport aux villages que sont découpées les concessions des terres. c'est celui-ci qui est taxé. région essentiellement agricole (142).

Le problème de l'évolution de la situation des laoi Cela étant. fils d'Azarétos et Medeios. Mais tout cela suppose un gouvernement interne.ai El TWEÇ EX TÏ")Ç XWfJ1)ç lllV1T/e: 'Oll'ree: Àaot' fJE'reÀEÀ iiJaaw E iç 'aÀÀ1)Àollç T07TOlle:. C'est par rapport au roi et à son administration que l'on doit juger la position des /aoi. Peut-être la répartition entre les différentes familles se faisait-elle périodiquement à l'intérieur du village (154). Le monde hellénistique est un monde en mouvement: la guerre et la destruction y font rage. elle n'avait pas' à intervenir directement. à notre sens.. m~ de Metrodoros. Il est possible que ce soit des Anciens qui sont seuls capables de rappeler les limites ancestrales fixées entre les deux villages (57). mais dépendants d'une royauté née de la conquête (159). On ne peut guère refuser une telle interprétation. les sécessions politiques - 108- . ignore les limites exactes du village. Ce que concède le roi ce sont les revenus que produit le travail des villageois. fils de Bacclùos. Dans l'inscription de Laodikè (56). Mais tout Indique que les kômètes avaient la disposition des terres communes. Ce qu'indique donc cette clause. Le droit éminent du roi étant marqué par l'impôt.. du village de Pythès . CONCLUSION 11 se confirme donc que le terme « serf» traduit fort malle statut réel des laoi et laoi basilikoi. Si cela est précisé. chargé du bornage de la concession. » (153). ne serait-ce que lors du paiement du pharos (55). les renseignements tirés des inscriptions permettent de dresser un tableau statique. L'administration royale avait également tout avantage à cette responsabilité villageoise: en temps normal. Ajoutons cependant: libres. Il est venu s'informer auprès de trois kômètes : Ménécratès. C'est pourquoi Ranowitsch ajoute qu'à son avis les /aoi sont «personnellement libres». on voit que l'hyparque. qu'Haussoulier traduit ainsi: «(Elle a acheté) pareillement tous ceux des manants du-dit village. On ne sait qui sont ces gens. tous deux du village de Pannos. leurs rapports s'établissant cependant à travers l'institution villageoise.106 P. bien incomplet d'ailleurs. c'est à dire quand le pharos était versé régulièrement. écrit Ranowitsch (158). les frontières se modifient.LAO! ET ESCLAVES: LIBRES ET NON-LIBRES OU ESCLAVAGE GENERALISE? A . c'est pour garantir à Laodikè une rente fixe. Nous avons déjà vu qu'il ne s'agit ni d'une obligation de retour pour les « manants fugitifs». s'iJ y en a. qui se sont transportés ailleurs. ni d'une vente de population. après analyse des textes épigraphiques. III. c'est que la kômè doit payer le pharos prévu « même si certains de ceux qui appartiennent au village se sont installés dans d'autres topai». auquel on ne peut se tenir pour évaluer lùstoriquement la place des laoi dans la société hellénistique. BRIANT 11·13 de l'inscription de Laodikè:· OfJOiWç 0 € w. Daos. Ce ne sont ni des serfs ni des esclaves.

sans pour autant donner de détails précis sur ce point. ou par la promotion des indigènes habitant sur les terres des nouvelles cités. Les deux interprétations paraissent donc résolument contradictoires au regard de la transformation du statut des laoi. A ce titre. il insiste SUI le rôle de la cité grecque: c'est par elle que s'est diffusé le type de « la propriété foncière antique» c'est à dire la propriété privée (164) . Ranowitsch souligne l'extension considérable (165). Ainsi. pour Tarn (160). Une partie importante de la population indigène s'est trouvée assignée sur les nouvelles terres civiques.B. Dans ce cadre.LAO! ET ESCLAVES RURAUX 107 s'y multiplient. aient traversé sans transformation tous ces bouleversements. une bonne part de la population indigène fut réduite en esclavage sur les terres privées des cités. On ne peut guère admettre que les lao. a mené à la désagrégation de la communauté villageoise. Hais. mais il semble que. qui désigne un stade de l'évolution des sociétés qui se place entre l'esclavagisme antique et le capitalisme (162). comme le suggère Ranowitsch. contribuèrent puissamment à transformer la condition des laoi : «sous la domination grecque» . comme tous les auteurs l'affirment à propos de Pergame ? - 109- . . Ce que veut précisément démontrer Ranowitsch. La condamnation qu'il porte de la thèse féodale procède en effet en bonne part de la signification que les marxistes attachent àce terme. L'extension de l'économie esclavagiste. dans quel sens s'est faite cette évolution? On soutient encore fréquemment que l'urbanisation a apporté des améliorations sensibles au statut des paysans indigènes. en appliquant à la société hellénistique les catégories du matérialisme historique. L'historien soviétique à placé le débat sur le plan théorique. Face à cette interprétation du rôle historique de la diffusion de la cité grecque. Il est pourtant curieusement un point sur lequel elles se rejoignent: c'est celui de l'extension de l'esclavage Doit-on pour autant en conclure qu'une bonne part des paysans indigènes tombèrent dans l'esclavage.<de niveau de l'Asie tendait lentement mais constamment à s'élever». Ranowitsch défend une position résolument contraire. ainsi s'est développé l'esclavage dont A. par la transformation des communautés villageoises en cités. écrit Ranowitsch.B. A. pour lui. sans supprimer totalement le « servage». et que se développa alors sur une grande échelle l'esclavage rural. par la croissance des terres cités fondées dans ce but par les rois. et surtout l'urbanisation y fait des progrès considérables.écrit-il (161) . la situation des paysans indigènes s'est naturellement modifiée (166). c'est que la conquête macédonienne a imposé à l'Asie le mode de production esclavagiste (163). il s'agit d'une politique systématique des Séleucides qui. Malheureusement Ranowitsch ne dit pas exactement quelle fut la situation nouvelle des lao.

2. on ne peut manquer de penser que l'essentiel des revenus de Mnésimachos provenait du travail des laoi.' problèmes quantitatifs On conçoit que la réponse à la question suppose un ré-examen des documents anciens mentionnant ces esclaves. signifier esclave (182). on doit bien remarquer que face à plusieurs villages de laoi. même en supposant que le cas de Mnésimachos n'est pas isolé (173). ce document. on précise ordinairement eleutheron sôma (181).Oiketai Un seul document. pour lui. On traduit généralement ce terme par esclaves (174).Sômata a) Plutarque. ici. Rostowzew (175) pensait que le terrne s'appliquait à la fois aux esclaves et aux paysans indigènes qui. apparemment démuni de fonds. c'est-à-dire les paysans indigènes et la plebs de Kelainai . pour Rostowzew (172): «dans toute l'Asie à l'époque hellénistique. quoi qu'on en ait dit parfois (177). Pour les tenants de l'importance de l'esclavage rural en Asie mineure séleucide. ce qui semble justifié par le large emploi du terme en ce sens (170). mais rendue très délicate par le caractère équivoque de la terminologie grecque. M. celui de Mnésimachos donne un renseignementchi!fré . avec deux inscriptions de Priène (171). 1) . Or. Cela est attesté. les simples soldats tstra- - 110- . le terme apparaîtdans une situation particulière.on cite auprès de laoi la présence de six oiketai. Or. par l'inscription de Sardes bien connue. A s'en tenir à ce document au contraire. C'est pourquoi. XII. W . Eumène 8 et Strabon.9. Dans un passage -par ailleurs assez obscur (168).108 P. Ainsi. le geste d'Eumène doit être considéré comme une ébauche de la politique des Attalides hostiles àl'aristocratie. ne sont mentionnés que six oikétai. il y avait certainement de grandes quantités d'esclaves (à côté des serfs) qui étaient employés pour cultiver les champs et les jardins des «Iandlords» (le plus souvent absents). Eumène. ensemble cultivaient les grands domaines. nous semble-t-il de beaucoup d'imprudence. Plutarque dit que les tetrapyrgia et epauleis de Kelainai étaient pleins de sômata et de bestiaux. On admet d'une façon générale qu'i! s'agit bien d'esclaves (169). I! est donc nécessaire de faire une sévère critique du contexte pour déterminer le sens de sôma qui peut parfois. et par quelques inscriptions de Priène». En fait le terme sôma. par l'extrême minceur de la documentation (167). pour distinguer l'homme libre. BRIANT 1J . La recherche est facilitée.L'esclavage rural. Il est bien souvent employé dans le sens général de «personnes». C'est là faire preuve. aussi bierr dans les textes épigraphiques (179) que papyrologiques (180). ce qui est manifestement insuffisant pour conclure à l'importance de l'esclavage rural. pour la période séleucide. 2) . Ramsay (176) a cru distinguer dans les sômata ce qu'il appelle «les basses classes». vend les fermes aux chefs. ne s'applique pas obligatoirement à des esclaves (178). employé seul. dont on donne le nom. constitue un appui essentiel. Tout en traduisant par «esclaves». peuton dire.

On ne doit tirer aucune conclusion de ce texte sur l'emploi d'esclaves sur les terres de Grande-Phrygie.).LAOI ET ESCLAVES RURAUX 109 tiôtai) se paient en vendant les sâmata et boskemata. d'une convention de partage du butin. Il s'agit là. et de la fragilité des conclusions qu'on veut en tirer (195). Cet exemple nous parait particulièrement révélateur des lacunes de la documentation. fréquemment citées comme témoins de l'importance de l'esclavage rural en Asie mineure (187). Hicks se tonde sur Polybe (193). C'est à la même conclusion que nous amène l'examen d'un passage de Strabon (XlI. 3) . Si l'on accepte cette restauration. des débuts de l'époque séleucide (188). malheureusement le texte est très abîmé. . est bien différente: sômata kai thremmata. sia. Si l'on choisit la restauration: sômata idiôtica te kai demosia il s'agit certainement des esclaves privés et publics (192). en précisant en effet que beaucoup de sômata et de thremmata avaient été enlevés. Il s'agit là certainement de toute la population de la terre plaine.et que beaucoup d'ailleurs ne travaillaient même pas la terre civique (196). Celui-ci écrit qu'en cas de danger. Ainsi. L'autre inscription (190). comme le montrent bien d'autres exemples. Il n'y a donc aucune raison de traduire ici sôma par esclave. exemple. les esclaves y constituent «la source prin- - 111- . 2. 18 et 19 Le terme apparait également dans deux inscriptions de Priène. En tout état de cause. Un ne peut en effet douter qu'il s'agisse ici d'esclaves (189). L'une. ou l'auteur parle de la dévastation de la chôra priénienne.9. plus tardive (191).pris fréquemment pour montrer l'importance de l'esclavage rural. Suit une précision. En revanche. C'est le cas ici : les soldats vont gagner leur misthos en vendant les «hommes et bêtes» (186) capturés après le siège des fermes. b) Inschr. s'il s'agit là d'esclaves. en premier lieu celui de Petra dans l'inscription d'Aristodicide.Les esclaves de Pergame Reste la situation de l'Asie Mineure vers 133. relate le siège de la cité et la capture de beaucoup de richesses iktemataï. comme nous essaierons de le montrer ailleurs (183). lors de la révolte d'Artstonikos. SÔmata ici ne s'oppose donc pas à «libres». . on retrouve la formule «hommes et bêtes» qui s'applique au butin (194). où figure une clause d'atélie concédée au récipiendaire : atélie sur les troupeaux et sur les sômata qui sont en sa possession sur ses propriétés personnelles (ta ktemata ta idia) et dans la cité. Or les exemples sont nombreux où on rencontre la même expression pour parler du butin: «hommes et bêtes». aussi bien dans les textes épigraphiques (184) que littéraires (185). pour Rostowzew (197). il faut souligner le fait qu'ils vivent dans une cité grecque (Priène en l'occurrence) . ces fortifications servaient de refuge aux paysans. les maisons tortifiées des rois cappadociens servaient de refuge à leurs propriétaires ainsi qu'aux sômata. On ne peut donc absolument pas en tirer la preuve de la présence de troupes d'esclaves sur toute la chôra basilikè asiatique. Priene. est un décret honorifique pour Larichos. la restauration de Hicks adoptée par Dittenberger.

telles les colonies militaires de l'intérieur (205). lui-même affirmé avec force (200). On peut tout aussi bien supposer que. En vérité le terme doulos peut s'appliquer à n'importe quel type d'asservissement (206). eu égard à l'extrême pauvreté de la documentation. on aurait là la preuve de l'évolution telle que la voit Ranowitsch. joint à "pauvres hommes». Il n'est évidemment pas de notre propos de reprendre la question des rapports sociaux dans le royaume de Pergame. La conclusion la plus logique n'est-elle pas que l'essentiel de la production agricole de l'Asie attalide continue de provenir du travail des laoi et non de celui des esclaves? d) Conclusions Ces sondages.110 P. si l'on met à part quelques inscriptions de Priène sans intérêt (199). La vie êconomique de l'Asie mineure ne put être ranimée que par les méthodes employées en Grèce et qui supposaient l'exploitation intensive des esclaves. Strabon écrit qu'Aristonicos. le célèbre décret de la cité donne le droit de paroikoi à certains des esclaves royaux et aux esclaves publics (202). il révèle l'appauvrissement des laoi basilikoi (207). Qu'il y ait eu des esclaves à Pergame. est encore plus affirmatif (198) : « L'état créé par les Attalides êtait un état de type antique. pour aussi rapides et décevants qu'ils soient. A suivre en vérité les raisonnements que l'on tient fréquemment. mêlant les conclusions de Rostowzew et celles de Ranowitsch. fit retraite vers l'intérieur où il réussit à grouper autour de lui une foule «d'hommes pauvres et de douloi» (204). on s'entend maintenant pour affirmer qu'Aristonicos n'était pas soutenu seulement par des esclaves -ce que montre à l'évidence le décret. L'affirmation de la présence de troupes rurales sur les terres royales nous paraît d'autant plus paradoxale qu'on a l'habitude d'affirmer ou de supposer que la condition des laoi ne s'est pas modifiée de la domination séleucide à l'époque attalide (208). » Si cette interprétation dégage la réalité des faits. c'est-à-dire il s'appuyait sur le système esclavagiste. On sait d'autre part que les rois attalides ont pris des mesures relatives aux laoi (210).. Pour la période antérieure à Aristonicos nous n'avons aucun document précis sur l'esclavage. on a bien l'impression que la thèse de l'esclavage rural est en bonne part fondée sur le recours au développement de l'esclavage industriel. V. Nous voudrions simplement noter combien fragiles nous paraissent ces affirmations péremptoires. ou même de dépendance. comme si l'un ne pouvait pas aller sans l'autre (201). Mais le texte ne traite pas -ou peudu travail sur les immenses territoires royaux (203). c'est ce que personne ne songera à nier. et que les Attalides ont cherché à agrandir le domaine royal (209).. après ses défaites sur la côte. Or.mais que son royaume tirait sa force d'autres appuis. L' extension de l'esclavagisme dans l'agriculture et surtout dans l'industrie désagrégea complètement la vie patriarcale . nous semblent prouver qu'il est illusoire d'affirmer la prééminence du travail servile sur les terres royales (211) : les laoi continuent d'être les producteurs essen- - 112- . BRIANT cipale du travail rural» . Vavrinek.

en-dehors de l'aulè à Tobalrnoura . Il reste un problème concret à envisager: comment éventuellement les laoi peuvent-ils tomber dans l'esclavage.à Tobalmoura : . deux oikopeda requérant 3 artabes de semence et des paradeisoi requérant 3 artabes de semence. en-dehors de Yaulè sont les maisons des laoi et des oiketai et deux paradeisoi requérant 15 artabes de semence . . Mais - 113- . . nous voyons que ces esclaves sont des indigènes. Or nous devons bien remarquer que les sondages que nous avons effectués ne nous incitent guère à croire à une généralisation de l'esclavage de type classique dans les campagnes de l'Asie mineure. la minceur de la documentation ne peut suffire pour clore la discussion. et des oiketai qui sont installés dans cet endroit (oixéTat oi xaTOlXOÜI'7eC. . Mais de quelle manière? Si l'on veut dire par là que. à côté de certains laoi. par suite des guerres et des invasions.Herakleides Beletrou . ce sontles cas où. c'est hors de doute (encore conviendrait-il là de faire des études régionales (213». et dans quel esclavage? C'est malheureusement une question que Ranowitsch ne traite pas. des paysans ont été vendus comme esclaves (214) sur des marchés extérieurs (215). et. Voici ce passage (Mnésirnachos a énuméré ses revenus. à Tobalmoura ou à Periosastra.qu'ils habitent dans des maisons.à Tobalmoura : une aulè.Kadoas Armandrou . où sont cités côte à côte des laoi et des oiketai. la transformation du statut des laoi d'autre part.à Periosastra : oi katoikountes : . C . Que des laoi aient été transformés en esclaves. puis a tout récapitulé (216»: «Pythéas et Adraostos ont reçu en propriété séparée (? ) (217) : . El' TOUTWt TWt T61rWt) : . même s'ils sont parfois aidés par des esclaves ( mais quels esclaves? ). des laoi deviennent esclaves sur place. éventuellement . sans preuve décisive. Ce qui seul nous intéresse ici.sans jouer sur les mots . .LAO! ET ESCLA VES RURA UX 111 o tiels. comme le fait abusivement Diodore (212).enfin qu'ils sont enregistrés dans un lieu de résidence précis. Mais c'est aussi affirmer.de «transformation du statut». Le seul document qui permette d'apporter des éléments de réponse est l'inscription de Mnésirnachos. on ne peut parler .Adrastos Maneou Si nous résumons les informations.qu'ils semblent être occupés surtout à cultiver les jardins. une liaison directe entre deux faits: l'augmentation globale du nombre des esclaves à l'époque hellénistique d'une part. c'est assimiler l'Asie à la Sicile. c'est probable.L'esclavage rural: laoi et oiketai Cependant. Qu'il y ait eu augmentation du nombre d'esclaves.Ephesos Adrastou -Kadoas Adrastou . pas plus que les «standard-books» d'histoire hellénistique. Parler de troupes d'esclaves sur les terres asiatiques. c'est-à-dire les phoroi des villages et des kleroi.et à Périosastra. comme l'indique l'onomastique (218) .Tuios Maneou K aikou .

Buckler et Robinson. en règle générale. de distinguer un libre d'un esclave dans des - 114- . Pour eux les oiketai sont des esclaves « of high class». était en fait l'égal d'un laoi» (223). Pour eux donc les laoi sont dans une situation sociale inférieure à celle des oiketai . au contraire. b) Elle adopte d'autre part l'interprétation donnée par Buckler et Robinson de la présence du patronyme après le nom de l'esclave. c) dans la description de l'aulè on mentionne seulement les maisons des esclaves. ne se sont guère posé de problèmes. placés côte à côte. E. BRIANT qui sont-ils '? d'où viennent-ils ? quel est leur statut par rapport aux laoi ? Ces laoi eux-mêmes ont-ils un statut différent de celui des laoi cités aux lignes 11-12 qui habitent des villages (219) ? Les premiers commentateurs de l'inscription. comme « baillis» et chargés de diriger le travail des laoi (220). que les laoi de l'inscription de Mnésimachos n'habitent pas en villages. il s'agit du nom du père de l'esclave. pour qu'on puisse l'accepter. En fait l'interprétation de Goloubtsova est liée à deux affirmations contestables: a) tout d'abord. De cette première observation elle tire d'importantes conclusions: « De génération en génération ils habitaient et travaillaient les mêmes parcelles. insiste sur le fait que. agissant sur le « domaine». A cette interprétation on ne peut manquer d'opposer plusieurs remarques: a) s'il s'agissait d'esclaves élevés dans la maison du maitre. Entre la situation sociale et juridique des laoi et celle des oiketai on ne peut observer de différences véritables. b) en outre. constater une égalité économique ne peut permettre de conclure à une égalité juridique (225). le nom des esclaves est donné sans patronyme (228). Il est possible que ces esclaves étaient des esclaves domestiques élevés et éduqués dans la maison du maitre et qui avaient reçu ensuite quelques lots et maisons dans lesquelles ils vivaient de génération en génération. Or. à notre connaissance. un oiketes ayant sa maison et son bien. les pragmateutai. Mais cette interprétation est par trop liée au caractère féodal que les auteurs ont assigné au « domaine » de Mnésimachos. dans une localité rurale. ils les considèrent d'ailleurs comme « une paysannerie non-libre comme les coloni et les villains médiévaux» (221). il faut probablement distinguer deux types de laoi : nous y reviendrons (226). tout semble indiquer au contraire que les oiketai ne travaillent pas sur des lots qui leur appartiennent.112 P. les laoi et les oiketai sont dans une situation économique semblable. Ces oiketai n'ont certainement rien à voir avec les intendants.S. dans certains cas. Visiblement. En fait. que l'on connait en revanche dans les grands domaines de l'Asie mineure et de la Macédoine romaines (~~~). pour l'un est même précisé le nom du grandpère (227). on attendrait plutôt le terme de threptoi (224). La présence ou l'absence d'un patronyme peut même permettre. Pour eux. Goloubtsova.

14) . à notre connaissance à avoir présenté une solution. Svenciskaja est la seule. n'en posséderait-il pas'! On ne peut pas tirer parti non plus du caractère asianque des noms des « propriétaires» pour penser que les oiketai sont des esclaves des laoi.S. un à Beletros : à Periosastra. Dans ces conditions. mais celui du père du propriétaire. il ne peut y avoir que deux solutions à ce problème: a) Très souvent. l'un à Adrastos. Pourquoi avoir pris la peine de dresser une liste nominative des esclaves. mais le maître: ainsi dans la liste des esclaves athéniens enrôlés dans la marine en 406 (233). mais en marquant très nettement qu'il s'agit là d'une exception. exception qu'ils n'ont pas expliquée. Pythéas. A ce problème. cultivés de génération en génération». pour quelques raisons que ce soit ont été réduits en esclavage par le possesseur de la terre. Pour elle. lorsque le nom de l'esclave est suivi d'un nom au génitif. en précisant pour chacun le nom du père? Telle est la question essentielle. et puis pourquoi l'autre concessionnaire de ïaulè . car comment imaginer que dans une communauté villageoise solidaire. Comment expliquer la possibilité d'esclaves privés dans un inventaire où. Envisager l'hypothèse. des iaoi puissent devenir les esclaves d'autres laoi? Il ne semble donc pas que cette hypothèse d'esclaves privés puisse être retenue. 365 sqq. (230). parce que la plus conforme à une règle générale: il y aurait ainsi à Tobalmoura deux esclaves appartenant à Adrastos. Nous reproduisons in-extenso son raisonnement: « Dans la mesure où les esclaves vivent dans la campagne au voisinage des paysans. et où leurs parents sont connus du seigneur. deux esclaves. XV (1891). car rien n'y apparaît sur le sujet (231). les laoi qui sont mis sur le méme plan ne sont pas propriété privée mais font partie des revenus de l'oikos ? On pourrait penser évidemment que l'Adrastos qui possède deux esclaves à Tobalmoura est l'un des concessionnaires de Yaulè (1. -si nous excluons la possibilité que ces oiketai soient des hommes libres (232)-. on peut penser que ce sont les paysans eux-mêmes qui. Manès qu'on voudrait distinguer du Manès qui possède également un esclave à Periosastra. c'est la refuser aussitôt. Il est facile d'imaginer ces raisons: les paysans étaient obligés de payer à Mnésirnachos une taille en espèce et d'effec- - 115- . Ce serait évidemment la solution la plus simple. En revanche celle-ci en a déduit manifestement l'hypothèse de « lots héréditaires. pas plus que Goloubtsova. b) On en revient donc à l'interprétation de Buckler-Robinson. Buckler et Robinson renvoient seulement à BCH. La référence est malheureusement erronée. les oiketai sont d'anciens laoi réduits en esclavage pour dettes. mais ce nom est tellement répandu que rien n'est moins sûr. Pour fonder leurs affirmations. p. l'autre à Manès. à nos yeux: nous en revenons directement ainsi au problème de l'origine de ces esclaves. Mais cette hypothèse d'esclaves privés suscite des difficultés considérables.LAO! ET ESCLAVES RURA UX 113 listes de noms (229). ou dans certaines inscriptions tardives relatives aux gladiateurs (234). 1. celui-ci ne désigne pas le père. le Kaikos cité en deuxième rang après Tuios ne serait donc pas le nom du grand-père de l'esclave. par exemple.

que. il faut pouvoir prouver la désagréga• tion de la communauté villageoise. qui fait au fond des oiketai une sorte d'hektémores. antérieurement à la concession. Nous avons vu. Même si le principe de l'idia se maintient (24û). à leur tour. n'apporte pas beaucoup de preuves (237). ce qui tendrait à confirmer que la frontière entre les deux statuts est extrêmement ténue: cette présision est rendue nécessaire par la cohabitation des laoi et des oiketai.114 P. Enfin. en tout cas une paupérisation d'où la recherche de terres nouvelles. est affinnée par Ranowitsch. b) Si le nom du père -et du grand-père pour Tuios. cela indique peut-être et même probablement dans le cadre de l'hypothèse. qui. Celle-ci. nous remarquerons que l'hypothèse permet sans doute d'expliquer quelques obscurités du texte: a) les oiketai doivent être domiciliés (katoikountes) dans un lieu déterminé. BRIANT tuer des travaux obligatoïres. les villages paient directement leur phoros à l'administration royale. En revanche. c'est d'abord nous semble-t-il. On voit bien où se situe la difficulté: pour pouvoir penser à une généralisation de l'esclavage pour « dettes». on peut cependant considérer que nous avons là un indice de rupture volontaire de la communauté (241). sans doute prouvent surtout la force de cette communauté (238). servitude. certains paysans de Pannos ont été s'établir ailleurs (239). Cette hypothèse séduisante. malheureusement. c'est à l'égard du roi. que le tils est responsable des dettes de son père. Pour quelles raisons? On peut penser à une surpopulation qui entrainerait une réduction des lots alloués à chaque famille. terre qui ne fait pas partie de l'ager publicus villageois. on le sait. peut-être même que le père avait mis son lïls en gage (236).Les laoi et le roi: dépendance. Dans ce cas de quel esclavage s'agit-il ? D . mais dont certains passages peuvent peut-être être considérés comme des ébauches de désagrégation: a) Inscription de Laodikè . pour les distinguer des laoi auprès desquels ils habitent. esclavage. nous ne croyons pas à une mise en esclavage de la part de Mnésimachos : celui-ci n'est pas le « seigneur ». La forme pécuniaire de la taille conduisait inévitablement à des arrérages et ces derniers. Le problème se trouve alors déplacé: peut-on penser à une généralisation du processus qu'on entrevoit dans l'inscription de Mnésimachos. aurait mérité d'être développée plus longuement par son auteur. 1) Désagrégation de la communauté villageoise et esclavage. Le fait que l'expression soit répétée avant chaque liste semble indiquer qu'elle définit en partie le statut des oiketai : ils continuent d'habiter près des laoi mais ne font plus partie de la communauté villageoise.est indiqué. Si « dettes» il y a. conduisaient à une transformation des paysans en esclaves léonins» (235). Partons donc des inscriptions déjà étudiées qui. ils sont probablement liés à la terre qu'on les contraint à cultiver. Avant que d'insister sur un point de désaccord. - 116- .

Goloubtsova (243) pense que les!aoi n'habitent pas dans le village. Les terres du village ne deviennent pas obligatoirement terres civiques (251) et ne tombent donc pas obligatoirement dans le régime de la propriété privée. on peut se demander dans quelle mesure on peut parler véritablement de désagrégation de la communauté. comme les rois. Il ne faut pas non plus se faire d'illusion sur les conséquences immédiates de l'urbanisation: les laoi ne deviennent pas brutalement esclaves (247) : ils restent laoi (248).. « endettés». d'apporter une réponse assurée à ces questions. Précisons en outre que le village reste l'unité de base lorsque les revenus sont concédés à un temple: lorsqu'Annochos (1 ou II) fait une telle concession à un temple de Zeus. Et cependant. on voit que la communauté du village est encore bien vivante. puisque les laoi basilikoi conservent la possibilité de venir habiter à Petra. où le terroir communautaire est encore administré par la communauté. Les villes. les autres cultivent la terre concédée. J. le découpage n'a pas suivi la limite des villages. Il faudrait pouvoir dire qui sont ces laoi cités près des oiketai. E. mais les premières lignes de l'inscription ne laissent aucun doute sur la responsabilité solidaire du village devant l'impôt. au moins dans la plupart des cas (250). s'il se généralisait. Il ne fàit aucun doute qu'ici les oiketai sont esclaves à titre personnel. Pour E. avec' ses terres et ses propriétés. Il n'en reste pas moins qu'à partir de ces documents on ne peut songer à généraliser. nous semble-t-il. le principe de Yidia ne disparaît pas.45) le décret du village de Philadelphia qui date du 1er ou 2e s. Mais puisque le village ne disparaît pas. mais parce que dans certains cas ( contrairement à celui de la concession de Laodikè et de celle de Ptolémée ). Certains laoi continuent de cultiver la terre royale. conduisait inévitablement les laoi restant à ne pas pouvoir payer le pharos. pulation qui a été retirée de la communauté? A-t·on ici un statut intermédiaire entre laoi communautaires libres et esclaves? Une gradation donc telle que: libres. . le fait que les villages et les laoi soient cités séparément dans le récapitulatif ne prouve rien (244). c) Inscription de Mnésimachos Le commentaire de la troisième inscription est encore plus difficile. Les exernpies ne manquent pas : nous avons déjà analysé (2. et que rien ne permet de parler à cet égard d'anachorésis comme en Egypte. et conservent leurs structures communautaires (249).S. dont les limites sont connues (246). ont avantage à conserver la structure communautaire : c'est le village tout entier - 117- . Est-ce une partie de la po. c'est hi village de Baitokaikè qui la définit.c .. « esclaves pour dettes» ? L'obscurité du texte rend pratiquement impossible. ap. Bikermann en tout èas (242). b) Inscription d'Aristodicide La concession de lots a probablement cassé parfois les villages. C'est ce qui s'est passé pour la concession d'Aristodicide qui a divisé le village de Petra. non par la diffusion de la propriété privée.LAO! ET ESCLAVES RURAUX 115 Un tel exode. Soulignons bien cependant qu'il s'agit d'un exemple isolé. si au contraire l'inscription de Mnésimachos date bien du 2e s.

Des mesures de rétorsion furent prises à son encontre: le roi confisqua « les domaines sacrés qui dépendaient (259) de la cité». comme les Ptolémées (260). pharos ne peut être assimilé en effet à une dette. Or les rois sont devenus de plus eh plus exigeants (255) . ont très certainement amené une diminution de la production. Il ne s'agit pas d'une hypothèse d'école. c'est ce qui ne saurait étonner. on ne voit pas quel intérêt il aurait eu à en enlever la jouissance aux laoi.dont les habitants connurent la triste situation. C'est le phoros lui-même qui est une « dette». sans que cela entraîne automatiquement un esclavage personnel. en cas de non-paiement. cherchèrent à conserver une main-d'oeuvre « libre ». Une confiscation de la terre? Mais cela ne correspond à aucune réalité. ou les souverains orientaux. puisque le roi en était déjà propriétaire.116 P. Si asservissement il y a eu. c'est le signe de la soumission (262). les /aoi se soient trouvés dans l'impossibilité de payer l'impôt. il l'est d'autant plus qu'il est fixé une fois pour toutes: il n'y avait pas d'abattement. la permanence de l'état de guerre. Le phoros est en effet extrêmement lourd. 2) Asservissement et paupérisation Revenons-en donc à l'hypothèse de Svenciskaja. plusieurs citoyens connurent le risque d'être dépouillés de leurs bienfonds. Qu'au contraire. de ne pouvoir acquitter leurs obligations à l'égard du trésor royal. si bien que le phoros est devenu de plus en plus lourd pour les laoi (257). Mieux vaut donc avouer notre perplexité sur les 6 oiketai de l'inscription de Mnésimachos et abandonner par le méme coup une liaison devenue inutile entre l'asservissement et la désagrégation du village (253). BRIANT qui devient « sujet» de la cité (252). mais pour une cité (258) -Apollonia du Rhyndakos peut-être. sous l'administration attalide (Eumène II ou Attale II). Nous disposons d'un exemple très précis. les dévastations dues aux armées (256). leurs prédécesseurs lointains (261). ce qui semble indiquer qu'ils étaient endettés à l'égard des trésoriers royaux. c'est dans le cadre communautaire qu'il faut l'envisager. c'est une dette contractée par le vaincu par rapport au vainqueur. « Esclavage pour dettes » alors? Dans une certaine mesure seulement. Le retard du. Quel intérêt aurait eu le roi à transformer les /aoi en esclaves de type classique? Au contraire. même après une mauvaise récolte (254). supprima les subventions pour les fêtes et les jeux. Or. Mais le processus ne peut s'appliquer brutalement à un village. l'administration royale prenait forcément des mesures. à un moment ou à un autre. sous peine de déformer la réalité de royaumes nés de la conquête. En quelque sorte la conquête a imposé aux laoi une - 118- . une telle mesure aurait fait baisser immédiatement la productivité et donc le phoros : on peut supposer plutôt que les rois séleucides. dont nous nousétonnons qu'elle n'ait pas pensé à poser cette simple question: que se passe-t-il si le village ne peut pas payer le phoros qu'il doit verser au roi? Qui dit phoros payé collectivement dit par là-même responsabilité collective face au non-paiement de l'impôt. c'est-à-dire étroitement dépendante du roi. en outre.

LAOI ET ESCLAVES RURAUX

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dette perpétuelle.: ils ne peuvent pas s'en acquitter, ce qui revient à dire que la « liberté» des laoi ( à l'intérieur de la communauté villageoise) avait été frappée dès le départ d'une « dépendance perpétuelle» à l'égard du gouvernement royal, dépendance d'ordre essentiellement fiscal (263). Dans ces conditions, les mesures prises par l'administration royale contre un village incapable de payer le phoros ne pouvaient pas modifier la nature de la dépendance: les «libres» ne devenaient pas brutalement «esclaves». En revanche, l'administration se devait de veiller à rendre régulière la perception du phoros et donc à transformer le travail des laoi en une masse accrue d'imposition. Par quels moyens? On en est réduit là aux hypothèses, dont certaines cependant apparaissent logiques. 11 n'est pas interdit de penser tout d'abord que l'administration royale « prêtait» des semences aux villageois (264) ; il est probable qu'on chercha également à fixer le paysan à sa terre, c'est-à-dire que le statut des laoi évolua sans doute vers le colonat (265) ; enfin, on ne peut douter qu'en certains cas (qui durent se multiplier au fur et à mesure de l'appauvrissement), on augmenta globalement l'imposition du village jusqu'à un taux qui devint certainement insoutenable pour les villageois (266). Pour tout dire, l'exploitation du travail des laoi fut poussée à un stade jamais égalé encore en Asie. Au total, des deux notions, liberté-dépendance, qui définissaient le statut des laoi, la première a fini par perdre toute réalité. Hypothèse sans doute, mais hypothèse qui permet dans une certaine mesure d'expliquer un passage de Varron (267) qui compte, parmi les catégories de travailleurs libres, « ceux qu'on nommait chez nous obaerati [obaerarii) et crui existent encore en grand nombre en Asie, en Egypte et en Illyrie». Qui sont ces gens? 11 est nécessaire d'interpréter le terme, car Varron appelle ici «esclaves pour dettes» à la manière de l'ancienne Rome tous les paysans dépendants dont il connaissait l'existence (268). Pour l'Asie mineure en tout cas (269) ,il pourrait justement s'agir de ces laoi pressurés et asservis par le gouvernement royal, au nom d'une « dette» dont nous avons tenté de dégager la signification. L'existence d'un tel asservissement collectif pourrait également permettre de comprendre l'état explosif de l'Asie mineure que révèlent les succès de la propagande d'Aristonicos. Sous les « pauvres et douloi » de Strabon, il ne faut pas forcément voir deux catégories différentes de population. Même si le terme doulos n'est pas dénué d'ambiguité, il exprime au moins que les laoi étaient tenus en sujétion. Le premier terme précise l'origine et la nature de cette sujétion: l'appauvrissement continuel sans aucun espoir de sortir de cette condition. La lutte d'Aristonicos, ce n'est pas seulement la révolte des esclaves (au sens classique du terme) contre les maitres (270), c'est aussi et surtout -nous semble-t-il-Ia révolte des pauvres contre les riches, à l'occasion de la disparition du pouvoir royal (attalide) qui, précisément, était le principal oppresseur des laoi.

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CONCLUSIONS Comme nous l'indiquions dès le départ (271), une définition du statut des paysans indigènes sur les terres royales asiatiques, ne peut être tentée qu'à travers une analyse globale des structures sociales et économiques des royaumes. A cet égard, on a eu trop tendance à privilégier un élément d'explication et d'interprétation, à savoir l'urbanisation, phénomène sans doute important, mais non pas déterminant. Cette diffusion de la cité grecque, en effet. n'a pas « libéré» les /aoi comme le voulait (ainsi) Tarn (272). Mais elle n'a pas non plus, contrairement à la démonstration de Ranowitsch (273), introduit brutalement en Asie l'esclavage de type classique. Il y a lieu au contraire de distinguer (274) : a) les cités, dont la survie et le développement sont fondés en effet sur le recours à l'esclavage b) la terre royale (ou tributaire (275», peuplée essentiellement de paysans indigènes, les laoi, en principe libres à l'intérieur de leur communauté villageoise, mais dont la force de travail est exploitée jusqu'à l'asservissement par un roi puissant et son administration. Nous pensons que la notion marxiste de mode de production asiatique définit exactement les rapports sociaux et économiques qui existent dans ces royaumes autocratiques (276). On peut dès lors se demander si, au fond des choses, l'Asie séleucidë et attalide n'est pas très proche de l'Egypte lagide. L'originalité de celle-ci a été maintes fois affirmée (277). Dans une étude récente ainsi, Cl. Préaux (278) énumère un certain nombre d'éléments de diversité: l'Egypte avait des traditions d'unité, contrairement à l'Asie multiforme; celle-ci a été urbanisée, contrairement à l'Egypte; le nomadisme n'a pas disparu complètement dans l'empire séleucide, et la « féodalité» s'y est conservée ( en Iran au moins). Mais plusieurs de ces caractères de diversité nous paraissent contestables; pour l'essentiel au moins, la terre royale séleucide et attalide reste « hors-cité» ; la notion de féodalité asiatique ne nous paraît pas soutenable ; l'opposition entre les paysans asiatiques, qualifiés de « serfs», et les paysans égyptiens « libres) (279) est plus apparente que réel1e. Les éléments de rapprochement nous paraissent en revanche plus nombreux et plus fondamentaux: l'organisation économique est dominée par un roi tout puissant, elle obéit à des préoccupations d'exploitation fiscale. Le fondement de l'une et l'autre organisation, c'est la politique royale (280). Nous avons à faire dans les deux cas, au même mode de production, le mode de production asiatique. Nous avons d'ailleurs noté au passage un certain nombre de rapprochements : la force de la communauté villageoise, la responsabilité solidaire devant l'impôt, peut-être le prêt de semences aux villageois... Ces rapprochements ne peuvent pas être interprétés comme des coincidences si l'on admet l'identité des structures sociales et économiques (281). L'impression de diversité provient surtout de l'inégale répartition de la documentation.

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Une comparaison systématique permettrait sans doute de préciser et de nuancer notre connaissance de l'Asie et de l'Egypte hellénistiques, et en particulier de mieux définir -en les rapprochant- le statut de leurs populations rurales indigènes, pour lesquelles la conquête macédonienne s'est certainement soldée par une dégradation de leur situation sociale et économique.

Pierre BRIANT

1. Voir en particulier A.B. Ranowitsch, Der Hellenismus und seine geschichtliche Rolle, Berlin,l958 (traduction allemande d'un livre paru à Moscou en 1950), en part. p. 130 sqq., suivi par V. Vavrinek,la rëvolre â'Anstonicos, Prague,! 957, p. 9-10 (beaucoup plus flou cependant). 2. Ainsi E.S. Goloubtsova « Formes d'asservissement du peuplement rural de l'Asie Mineure du l1Ie au 1er s. av. n. è,», VDl, 1967 - 3, p. 25 - 44 (en russe). 3. Ainsi Komemann, RE, Supp. IV (1924),s.v.« Dornànen », col. 229; V. Vavnnek, Aristonicos, p. 5 ( « laboureurs dépendants et seml-libres »). 4. Là-dessus, cf. la discussion infra, p. 14· 5. Cf. M. Rostowzew,SEHHW, III, p. 1515. 6. Voir en particulier B. Haussoulier,Etudes sur l'histoiTe de Milet et du Didymeion, Paris,1902, p. 106 n. 2 , 7. Ibid ., p. 106. 8. Voir par ex. Cl. Mossé La tyrannie dans la Grèce antique, Paris, 1969, p. 200 ( « paysans théoriquement libres... en fait réduits à une condition proche du servages). 9. Studien zur Geschichte der romischen Kolonates. Leipzig und Berlin, 1910 . 10. Agrarvemàltnisse im A ltertum, dans Gesammelte A ufsiitze zur Soziltl und WiTtschaftsgeschichte, réirnp. Tübingen, 1924, p. 1 sqq. 11.1nstitutions des Séleucides, Paris,1938 (en part. P. 176 - 185). 12. Mérite que lui reconnaft Ranowltsch p. 139 n. 3· 13. Nous n'ignorons pas l'ouvrage récent de F. Carrata-Thomes,La rivolta di Aristonico e le origini della provincia romana d'Ana, Torino,1968 ; mais il est bien évident que l'auteur n'a pu consacrer au problème que quelques courtes pages (p. 18-23) - Dans son intervention à la l1Ie Conférence d'histoire économique (Munich, 1965), Mouton, Paris-La Haye,1969, t. 1 : The ancient empires and the economy, CI: Préaux (Epoque hellénistique, p. 41-74), n'aborde pratiquement pas le problème des laoi (ce terme n'est pas utilisé une seule fois), sauf pour opposer (p. 45) ce qu'elle appelle les « serfs» des grands domaines d'Asie mineure (dont celui de Mnésimachos) aux paysans libres de la dôrea d'Apollonios-opposition qui ne nous semble pas fondée (voir infra, passim). Il n'y a pratiquement rien non plus dans D. Musti « La Stato dei Seleucidi : dinastia, po po li, citta, da Seleuco 1 ad Antiocho III», seo XV (1966), p. 61-197, -si ce n'est une fugitive comparaison entre le statut des colons militaires et celui des Iaoi (p. 184-185).

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mais sans que le statut de ces derniers ait été préalablement défini 14. Nous n'avons pas pu consulter Th. Zawadski"Some problems connecred with social and agrarian structures of countries in Asta minor in the period of early heuenism, Poznan, 1952 (en polonais, avec résumé anglais p. 67·77). 15. VDI, 1963-4, p. 127·139· 16. VDI, 1967-4, p. 80·86. 17. VDI, 1967·3, p. 25-44. 18. Ouvrage cité supra p. 2 n. 1. 19. Nous n'aborderons pas le problème de la condition des personnes SJ1t la terre des temples, • qui est traité par P. Debord. 20. Nous tenons ici à remercier Mlle Th. Deroo qui a bien voulu se charger de la traduction des articles soviétiques pour le compte de l'Institut d'Histoire ancienne de Tours. 21. Outre les inscriptions citées, cf. Polybe/IV, 52, 7, où il s'agit de laoi installés sur les terres de Byzance; peut-être Polybe a-t-il désigné sous ce terme les. Byzantins» que Phylarque (PGrH, 81 F8) oompare aux hilotes lacédémoniens (cf. D. Lotze,Metaxu eleutherôn kai doulôn. Studien zur Rechtsstellung unfreier LandbevOlkerungen in Grie· chenland bis zum 4. Jahrhundert v. Chr.,Berlin,1959, p. 57-58). Le terme laoi se renoontre très fréquemment dans l'Iliade et l'Odyssée, y signifiant. les gens », parfois civils, parfois soldats (Od.,ll, 13 ; XVI, 375·6 ;ll, 17,145; 24, 37 ; etc ... ; cf. Hérodote, l, 22; 8, 136 ; Thuc, l, 6, 3) ; il prend le sens de 'paysans» si on y joint un qualificatif (Od.,XI, 676, laoi agriâtai .. Aristoph., Paix 920 :ge6rgikos leôs) ; ce n'est plus le cas à l'époque hellénistique, où le terme s'applique sans équivoque aux paysans indigènes.

22.0GIS, 221 ; Haussoulier, Milet, p.101-103 ;Welles,RC, n? 10-13. 23. OGIS, 225 (incomplet); B. Haussoulier, Milet, p. 76 sqq. (texte, traduction et commentaire) ; C.B. Welles,RC, nO 18-20 et p. 89·104. 24. Le titre exact n'est pas donné mais se déduit du contexte (Welles, p. 92). 25. Y. H. Landau. A greek inscription foundneat Heafzibah »,lEJ,16 (1966), p. 54·70 (texte, traduction, commentaire), analysé et corrigé par L et L. Robert, Bull, 1970 -(1971), 627 (p. 469-473). Ce Ptolémée était déjà connu par Polybe.V, 65, 3 et OGI, 230. li est passé à Antiochos III au début de la cinquième guerre de Syrie (cf. Landau, p. 66). 26. Sur cet aspect, cf. LV.A. Fine «Horoi. Studies in mortage, real security and land tenure in ancient Athens», Hesperia, Supp. IX, 1951, p. 163-164 ; R. Bogaett,Banques et banquiers dans les cités grecques, Leyde,1968, p. 163, n. 184. 27. Dans leur première publication (AJA, 1912, p. 22-26) ,Buckler et Robinson
tenant compte que la concession avait été attribuée à Mnésimachos par un Antigonos (1,2), appelé roi (11,13), concluaient que l'inscription remontait à Antigonos 1er; ils en voyaient confirmation dans le style qu'ils dataient de la fm du IVe s. Très vite plusieurs savants prirent position contre cette datation, l'examen de l'écriture les amenant au contraire à conclure à la fin du Ille s.(P. Roussel, REG,1914, p. 463 ; G. Klaffenbach, Gnomon, 1936, p. 212). Dans leur deuxième édition (Sardis, VII, l , n°l) Buckler et Robinson ont tenu compte de ces critiques, mais ont maintenu qu'on disposait là d'un exemplaire tardivement regravé vers 200 d'une inscription bien antérieure. Aujourd'hui la datation basse est couramment acceptée: Ch. Picarq,Ephèse et Claros, Paris 1922, p. 81 n. 3 ; Swoboda

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«Kômé»,RE.Supp.IV,I924, col. 963 (2e sicle) , Rostowzew,C4HVlI, p. 171 suivi par E. Bikerrnann, Institutions, p. 177 n. 3 ; Th. Zawadski"La date de l'inscription de Mné·
simachos, dans Charisteria Th. Sinko ob Iota, Varsovie,195 1, p. 395·401 (cf. J. et L. Robert, Bull. 1952,143) ; E. Cavaignac,Populotion et capital dans le monde antique, Strasbourg 1923, p. 122·128 ; P.R. Franke « Inschriftliche und numismatik Zeugnisse für die Chrono-

logie des Artemistemples», A M.76 (1961) (1962) p. 197·198 ; R. BogaertlOp. cit., p. 263 n. 186 • Pour Antigonos Ier, voir surtout H. BengtsoryJie Strategie in der hellenistischen Zeit, 13, München, 1964, p. 174 n. 1 ; également, mai, sans discussion, ESoGoloubtsova, p. 36; A.B. Ranowistch, p. 135 ; V. Vavrinek, Aristonicos, p. 10 ; Welles,RC, p. 96 n, 16. 28. Eumène 8. 29. Sur ce sens de l'expression: ta uparchonta autois, voir Haussoulier, p. 105 ; Welles, p. 94 ; Buckler-Robinson, p. 58 ; E.S. Goloubstova p. 37·38. 30. Voir en part. SEHHW l, p. 507·512; III, p. 1515, et C4H. VII (1954), p. 180·183 (utilisation abondante de l'inscription de Mnésimachos)· 31. La liste des auteurs serait trop longue. Mentionnons: Kornemann « Dornanen», loc. cit ... Swoboda «Kôrne» RE, Supp.IV, 960 sqq. ; W. W. Tarn)The Greeks in Bactria and India, .le éd., Cambridge, 1966, p. 31-33 ; Tarn-Griffith,Hellenistic Civilisation, 3e éd. 1952, p. 134 sqq. ; P. Jougue;L 'impérialisme macédonien et l'hellénisation de l'Orient, 2e éd., Paris,1961, p. 410 sqq ; en dernier lieu Cl. Préaux, loc, cit. 32. p. 249· 33. Ces conclusions sont pour la plus grande part empruntées à M. Weber (cf. Kolonat , p. 259 n. 1), 34. p. 259 «... diese lao! basilikoi eine Bevôlkerungklass Kleinasiens waren, welche ais solche auch irï der Gesetzgebung hervortrat » (pour ce dernier point, il se fonde sur Athénée, XV, 696 B : cf. infra. p. 19). 35. P. 258:« diese laoi basilikoi werden durchaus ais Leibeigene behandelt » (Il ne peut y avoir ambiguité - comme dans la traduction française « serf» . car Rostowzew emploie aussi bien les termes «Hôrig» que «Leibeigene»)· 36. P. 259. 37. P. 253·256.

38. Supra, p. 6. 39. The cities and bishoprics of Phrygia, I, Oxford,1897, p. 419-420. 40. Voir en part. Procop<;.Aed., I, p. 266· 41.Plutarquejloc. cit. 42. Y. Garlan « Fortifications et histoire grecque» dans Problèmes de 10 guerre en Grèce ancienne, publié sous la dir. de J.P. Vernant, Mouton, Paris-La Haye. 1968, p. 257. 43. Cappadoce: Bevan,The house of Seleucus, Londres 1 (1902), p. 78·79 ; Pont-Euxin : Rostowzew,CAlI; IX, p. 214 sqq. ; Troade: Xénophon, Anab., VII, 8,7 ; Lydie: T.R.S. Broughton, dans Economie survey of an cient Rome, IV, (1938), p. 871·872 ; Ionie: D. W. S. Hunt «Feudal survivais in 10ni3» , JHS,67 (1947), p. 68·75. -Sur ce développement, cf. aussi L. Robert0EPHE. IVe section, 1968/69 p. 180-181. Ce passage de Plutarque a donné lieu, on le voit, à un très grand nombre de commentaires: nous nous permettons de renvoyer également à notre Antigone le Borgne (à paraitre l.Tère Partie, chap. Ill.

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122 44. Rostowzew, Kolonat, p. 253. 45. P. 253'S4 ; • Grosse Güter», 46. P. 253. 47.P.254. 48. Jbid.

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49. Ibid. où il explique le renouveau de ce type d'architecture en Syrie au IVe ap. J.-c. par cc qu'il appelle. die neue Feudalisierung des Lebens im Osten in der spàteren Kaiserzeit». 50. P 53 . 51. P. 58. 52. RC, p. 91 ; cf. p. 320-321 . 53. Ibid ., p. 65, avec une comparaison avec baris 54. Art. cit., p. 70-75 . 55. Dans les études citées supra p. 10 n. 1 . 56. Kolonat, p. 250, 260 etc... 57. Voir en part.SEHHW, Ill , p. 1515 et CAH, VIl, p. 176-177. 58. P. 255-6 . 59. SEHHW, p. 507-508 . 60. Rostowzew, SEHHW, l, p. 507 le constate lui-même . 61. On cite toujours l'exemple du don fait par Pharnabaze à Alcibiade (Nepos,

Ale 79,

n.
62. Loc. cit,

63. Exemple d'utilisation abusive des sources: voir en particulier W.W. Tarn-G.T. Griffith,HellenisticCivilisation, p. 134-5. 64. Voir infra, p. 27-28 . 65. Jos .. Ant. Jud., XIll, 36. 66. Y. Garlan, ibid, p. 258. 67. Voir cependant Tarn-Griffith Ibid. p. 134 ; Buckler-Robinson, page 58.

68. Seigneurie et féodalité .J- Le premier âgedes liensd 'homme il homme, AubierMontaigne, Paris 1968, p. 18 sqq ( «Eblouis par les rivages méditerranéens, des historiens ont cherché en Egypte et en Asie mineure les antécédents du régime que nous venons de
décrire»), p. 256 ; « L' «organisation de la Grèce homérique, puis celle de l'empire séleucide

ont fait surgir dans les cervelles érudites l'oiseau magique» ; (cf. déjà J. et L. Robert, Bull. 1958,173 à propos de l'article de Hunt; « et la notion de féodalité européenne que l'on compare peut difficilement éclairer la chose. l. D'autre part, notons que le recours à l'histoue de l'Orient ancien est tout aussi peu satisfaisant, car ià encore on a abusé du terme
«féodalité» qui ne correspond pas aux structures de ces Etats (cf. P. Garelli, Le ProcheOrient asiatique, PUF, Paris,I969, p. 339-345, qui propose le terme de régime. palatial »),

69. Cf. les réflexions de R. Boutruche, ibid. p. 25 ( ... « c'est s'abandonner à la routine et encombrer la science de scories») . 70. P. 133 (sur la finalité du raisonnement de Ranowitsch, cf. infra, p. 25-26. 71. Supra, p. 7-8.

72. SEHHW, i, p. 507 ; CAH, VIl, p. 183.
73.RC,p.96.

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LAO! ET ESa..AVES R VRAUX
74. Milet, p. 105-106.

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75o(La population sur les terres des villes de l'Asie mineure occidentale à l'époque de l'Hellénisme», VD/ 1957-3. 76. P 38·

77. P. 78 (cf. également CI. Préaux, foc. cit.).
78. Ibid., p. 105.

79. Ibid., p. 101.

80. Kokmat, p. 249 ( « das voile Eigentum ») ; cf. aussi Welles,RC, p. 64 ( « the
gift is of full title») (à propos d'Aristodicide).
1

8l.Art. cit., p. 38.
82. Goloubtsova, de même qu'Haussoulier (foc. cit.) et Rostowzew (Ioc. cit.), utilise en ce sens le terme Kunos (inscr.Laodikè ligne 12 et 9) en le rapprochant d'OG/S, 335 ligne 139 (vente de terre à la cité de Pitanè). 83. Goloubtsova, p. 26. 84. La position d'Haussoulier (p. 104-105) n'est pas très claire; il appelle successivement les laoi, «manants», «colons», les compare aux oikees crétois, tout en affirmant qu'ils n'ont rien

à voir avec les esclaves.

85. P. 39-42. 86. P. 176 sqq. 87. P. 137 sqq.
88.Supra, p.lO.

89. P. 258. 90. P. 178. 9l.

sc: 11 lignes 21-25·

92. Cf. inscription de Laodikè.
93. Kolonat, p. 258.

94. Voir CI. Préaux,L 'économie royale des Lagides, Bruxelles, 1939,p. 509 ; plus récemment H. Braunert Die Binnenwanderug, Studien zur SozÛllgeschichte Aegyptens in der

Ptolemâer- und Kaiserzeit (Bonn Hist. Forsch., 28), 1964, p. 22-23 et index, s.v.
95. Bikermann, p. 178. 96. Ainsi Ranowitsch, p. 138-139. 97. Welles,RC, nO 10,4-6 ;n o 11-12,passim. 98. Bikermann,loc. cit. ; Ranowitsch, p. 137-138. 99. Bikermann, ibid. 100. Ainsi Goloubtsova, p. 39-41 ; F. Carrata-Thomes, Aristonico, p. 18 n, 34. 101. C'est particulièrement net dans les inscriptions de Ptolémée, où interviennent,

à un moment ou à un autre: 1 stratège, 1 économe, 2 diocètes, les phrourarques, les préposés aux topoi.
102.RC, 18, lignes. 27-28, et nO 19, lignes 14-15.

103. Cf. Welles, RC, comm. ad foc.
104. Structures agraires. . . Poznan,1952, p. 73 sqq, (cité par Goloubtsova, p. 34)..

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105. Comme le remarque justement 1. S. Svenciskaja dans une étude citée par E. S. Goloubtsova, p. 34. 106. Voir supra, p. 12.

107. Contra Landau, ibid., p. 66 n. 14, reprenant une suggestion d'A.G. Woodhead qui, pourtant, (ibid. p. 67 n. 18) a bien compris que pour d'autres affaires (civiles. cf. Robert, ibid.. p. 472), Ptolémée n'a aucun pouvoir de décision pour quelque viUage que

ce soit.
108. Athénée/XV, 697 B ; cf. Rostowzew, Kokmat, p. 248 qui compare avec les
laocrites égyptiens.

109. Eum.4 (Eumène obtient de Perdiccas, après la conquête de la Cappadoce
(printemps-été 322) le droit d'y nommer des phrourarques, des diocètes et des jU\les (dikastal) ; cf. Bengtson, Strategie, 1,J, p. 187 n. 1 ; Ranowitsch, p. 127, est le seul auteur, à notre connaissance, à noter l'intérêt de ce passage, sur lequel nous reviendrons dans une étude à parame dans REA. 1972.
110. RC, 18, lignes 9-11.

111. Ibid., ligne 13·

1I2.lbid., : to basillkon .
113. On ne sait pas très bien ici ce que désignent ces kleroi. Le terme est souvent employé dans le sens de lots concédés à des militaires (cf. Oertel « Katoikoi »RE, XI·I (1921), 1 sqq.). C'est peut-être le cas ici (Buckler -Robinson, p. 25 : « soldiers' allotments»,
Bikerrnann, p. 83-84.).

114. Les hypothèses de

Buckler-Robinson, p. 29-30 sur l'identification d'Adras-

tos sont trop liées à la datation heute de l'inscription pour pouvoir être acceptées. 115. Sur ce terme, cf. inscr. l, ligne 4. 116. cf. Haussoulier, p. 99·100. 117. E. Cavaignac,op. dt. , p. 123 traduit ce terme par « maison avec jardins» ; pour W.K. Pritchett (e The Attic stelai», Hesperia, 25 (1956) p. 264), le mot, ici, se réfère clairement à un lot de terre, bien que peut-être on le destine à une construction.

na. P. 37.

ns. Welles,RC,

3,lignes 90 sqq ; Polybe,v, 89, 9; Diodore,XXXI, 36 ; cf.

également Welles,RC, 70 et M. Holleaux, Etudes II, p. 102 sqq. 120. Buckler-Robinson, p. 57 ; Cavaignac, loc. cit. 121. Bikermann,lnstltutwns, p. 179. 122. Ranowitsch, p. 138-139.

123. Ligne 13.
124. Ranowitsch, p. 138. 125. Bikermann, p. 178 ; Ranowitsch, p. 137-8. Cf. d'ailleurs Welles, Re; 70. 126. Comme le remarquait déjà Droysen, Histoire de l'Hellénisme, I, p. 782, suivi par Haussoulier, p. 104-105, le roi n'avait ainsi aucunement l'intention de faire d'Artstodicide une sorte de dynaste. 127. Sur la mobilité des concessions, cf. Welles/RC : II, lignes 4-5 et 70, lignes 6-7

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LAOI ET ESCLAVES RURAUX 128. Ainsi Haussoulier, p. 106 ; Welles, RC, p. 96-97.

125

129.lnscr. Laodikê, lignes 28-31 ; voir aussi OG/S,335,1ignes 138-139 (vente de terre à la cité de Pitanè) . 130. Rostowzew, Kolonat, p. 252 qui, en revanche, pense qu'Il en était ainsi chez les Lagides et en Macédoine. Il s'appuie pour cela sur Syll. 2, 178' !JG I, 2e série (1898), nO XXV: renouvellement, par Cassandre, d'un don d'un kleros, don qui remontait à Philippe Il, qui montre en effet que le caractère héréditaire de la concession ne supprime pas la propriété éminente du roi. Mais l'opposition avec les Séleucides ne nous paraft plus devoir être soutenue depuis la découverte de l'inscription de Mnésimachos : celui-ci s'engage pour ses descendants, mais prévoit en même temps la possibilité de reprise par le roi. 131. Pitanè dut ainsi payer 380 talents. 132. Dans la vente à Laodikè sont compris les revenus de la 5ge année ()?C, 18,
lignes 9-11) .

133. Dans l'inscription de Ptolémée, on semble distinguer deux catégories de villages: -ceux que Ptolémée tient

E')'

XTT7U€t .et elc

riJ 1ra7p()(Qv (ligne 23)· et d'autres

qui lui ont été attribués, probablement lors de son passage dans le camp séleucide (cf. Landau ibid. p. 67n. 14). Nous ne pensons pas cependant qu'à propos de la première catégorie on puisse parler de «pleine propriété sans restriction» (contra, Landau, p. 67 ; Robert,
ibid. p. 472). La concession eis to patrikon ne supprime pas la propriété éminente du roi

(cf. supra, p. 21 n. 8), comme le montre la puissance de l'administration royale dans ces villages ~mme dans les autres. (L. et J. Robert,loc. cit. renvoient à une inscription séleucide de Failaka (Bull., 1967, 571) où il semble que certaines personnes tiendront eis petrikon des terres, si elles les ont plantées et cultivées). Il nous semble d'autre part que l'ex-

pression E')' XTT7U€t ne peut prendre véritablement le sens de propriété pleine et entière que si elle s'applique à une portion de chôra polittkè et que si le propriétaire est citoyen. Probablement avons-nous là un exemple de la difficulté (pour nous) à saisir le sens d'un vocabulaire civique employé dans une économie et des institutions royales. 134. P. 57-58. 135. a. justement Rostowzew, III, p. 1521. 136. Voir l'insistance d'Aristodicide à se voir concéder de la terre mise déjà en culture. 137. Sur l'absence de détails sur les laoi dans l'inscription d'Aristodicide, cf. Goloubtsova, p. 34-36. 138. Sur l'évolution, cf. infra p. 25. 139. Pour Cyzique, voir
Kolonat, p. 247 ,SEHHW,
Hasluc~JHS/1904,

p. 22 sqq. et Goloubtsova, p. 39. IV, p. 628J,

140. Voir en part./nsch. Priene 1 ( 'Tod, 185), lignes 11-13 (cf. Rostowzew,

r, p. 503; Broughton, ESAR,

141. Rostowzew, Kokmat, p. 247 ; SEHHW, l, p. 503 ; Broughton, ESAR, IV, p.628. 142. Voir par ex. Dion Chrysostome, Or. ,XXV (in Celaenis), passim. 143. Quinte-Curce.Jll.Lf .

-

127-

126

P. BRIANT

144.Altab., IV, 5, 9-10, 24. 145.0GIS,488 (village de Philadelphia).
146. Cf. L. Robert,Etudesanatoliennes, Paris, 1937, p.157-158. 147. Rostowzew, Kokmat, p. 262; Ranowitsch, p. 139. 148. Insc. Laodlkè, lignes 2-3. 149. Bikermann, p. 177 . 150. Cf. supra, p. 20. 151. Bikermann, p. 106 sqq, 152.P.179· 153. Haussoulier, p. 78; cf. supra, p. 15· 154. Cf. OGIS, 488. 155. Voir Bikermann, p. 109 ; « le tribut était payé au nom de la communauté par ses chefs» (le terme «communauté» désigne ici une ville, un peuple autonome aussi bien que le village) . 156. Welles, RC, 19, lignes 11-14 .

157. Contra, Welles,p. 105: «men who seem in no way distinguishedbeyond
their fellows», qui par ailleurs voit dans l'onomastique la preuve de l'hellénisation croissante des indigènes. 158. P. 139· 159. Voir infra, p. 39-42.

160. The Greeks in Bactria and India, 2,1951, p. 32-33. 161. Ibid., p. 33; cf. Hell. Civ., p. 135. 162. Cf., par exemple Ch. Parain, Caractères généraux du féodalisme, dans le
recueil du CERM intitulé Sur le féodalisme, Paris, Editions sociales (1970), p. 13 sqq. Ch Parain critique fort, sans le nommer, la position de R. Boutruche qu'il considère comme un « formalisme dangereux» (p. 14). Le féodalisme est donc... «tout.système où le travailleur des champs, ayant cessé d'être esclave, est cependant soumis à toutes sortes de contraintes extra-économiques, limitant sa liberté et sa propriété personnelle, de telle sorte que ni sa force de travail ni le produit de SOn travail ne sont encore devenus de simples objets d'échanges libres, de vraies «marchandises». 163. P. 141. 164. P. 141 et 146. 165. P. 141-144 . 166. P. 145-146. 167. Soulignée justement par Goloubtsova, p. 42 ; I. S. Svenciskaja, lI.'DI, 1963-4, p. 127 fait preuve de trop d'optimisme en parlant de «toute une série de témoignages sur l'esclavage », Il s'agit en fait d'une bien courte série. 168. Cf. supra, p. 20 et Infra, p. 33-37. 169. Buckjer-Robinson, p. 58 ; Westerman,Slave systems, p. 31 ; Broughton,

ESAR, IV, p. 631-2 ; Bickermann, p. 178 ; Cavaignac/Capital, p. 123 ;Ranowitsch,. p. 135 ;
Goloubtsova, p. 41-42 ; I.S. Svenciskaja,VDI,1963-4, p. 127.

-

128-

52. 7 .l. 670). 176. p. 35.XVII. 6. Van Effenterre . p.C. où 01 allol olutal dMI· gnent le reste de la population par rapport aux lcatolkol. Ainsi Rostowzew.LAOI ET ESCLAVES RURAUX 127 170. Westermann. P. Kokmat. /oc.5 citant en part. 180. Ducrey Le traitement des prisonniers de guerre dan. 39 : OGIS 351. Thuc1 vm. 254. p. . 736 . p. clt.l(rne. 6 sqq.) . 76 . 250 n.Was greek clvilization bued on slave labour? " Hlnor/iz. p.VII. S. 5l. 6 (IIÔmata 1cIlIlcatlllkeuè.. 188.78 179. 54 (utlll another general word came into use in the hellenistlc period. 175. 174. Ainsi Svenclskaja. p. Pollux 3. XXIII. P.VII. I. 146: Slavery ln classlcalAntiqulty. en part. Il. 194. m. 3 . Slave systems. Dans une étude sur Eumène de /Cardia . Voir en revanche Strabon. Priene. VlIl. 195. 1963. 1 . 192. 187. Cf.hopr/cs. 190. Pr6aux Economie royale. when s3ma (ebody» carne to mean ulave> if not otherwise qualified by an adjectives}. p. p. Cf. VIII (l959). REA. J. p. Ainsi les inscriptions de manumission de Delphes (Ducrey. Arist. précise : dhese referenees will - 129- .29. Ainsi Ducrey.ligrte 56 : IlÔmata kal thremmat« (cité par Ducrey. p. c'est à dire aux militaires (M. Paris. 73. Launey Il. Paul&Jllas. 172.ln. 177.K%nat. P.Jahreshefte de. Il. p.Recherches sur les armées hellénistiques. 29. VDI. SEHHW. supra p. cités aux notes 5-6.i:h. Launey. 326. 191.) où l'auteur. 28. 182.Querelles crétoises». 2. Citlesand bl. 2 (IIÔmata lcal thremmata) .Ranowitsch. Polybe/IV. . Bouché-Leclercq Hlltolre de. ibid. 1905. 40 . XXXl1l. 419-420.lnsch. 136 .p. On en a un exemple épigraphique: OGIS.. lIl. 48-49 (sômata eleuthera . Inst. Svenclskaja. 127.I) . arch. cf. Ranowitsch. en part. 75. 28 n. 1972 • 184. p. SEHHW (/oc.(sans besoin de justification) . p. 178. Laglde" IV. p. Paris 1968. 4. 1950. p. p. 193. Cf. 11 (sômata. Wilhelm. p. 2 et XVIIl. 27 n. 304 n. Infra. H. 27 avec les exemple. Diodore.Ad. 1) • 183. p. 76). 26-29. Westermann. CI. Finley . 304 . 280.Econ. 121 n. SEHHW. Priene. Cf. oest. 185. VDI. 133-134 . M. 1521 (n.). Vers 155 av. 1521 n.Slave systems. p. clt. etc•. la Griœ antique.umata). Cf. 173. . p.ligrte 35. les inscriptions de PrIène et OCI$. 142 . Ducrey p. olutaO. 186. Rostowzew. Rostowzew. 4 à côté des taxes sur les troupeaux (oo. citant lesolketal de l'inscription de MnMlmachos. 189.5 note que le terme ne sianiflo pu forcément esclave. p. 126. I.à paranre dans REA. 18: OGIS. p. 171. On peut difficilement supposer qu'il s'agit de la capitation citée par Ps. thremmataï . XLIV (1941). 15. 181. 215. Il.1963-4.

Dumont cA propos d'Aristonioon. ~O.. p. 846). On ~it très . 3S. p. 1228) qu'il y avait surtout des femmes . ainsi Vavrinek. 10 . sur la nécessaire distinction entre terre civique et terre royale. à cet élard.1%8 P. p. dans les ateliers royaux et dans lesdomaines. lorsque l'on parledes Attalides. L'appellation même de Pergame est donc ambigüe. «Kôme». 86·88 avecréférences aux auteurs cités). p. Tyrannie.. L 197. 'IIIOut 1er femmes . une attention particulière.29. p.. lll. 2011. cie préciler très nettement si l'on entend. pourvueIlestraditionnelles institutions civiques. Vlll (1954). ciel esclaves et d'un premier pas vers la révolte (cf.. Cf. M.. 207. Foucart. 264 sqq. Cl. 6. Type de raisonnement: Foucart. DG/S. cr. 2). 3119) dont Rostowzew (SEHHW. '. 8 : «toute la production industrielle du royaume de Pergame était fondée sur le travail des esclaves.Vil/esd:Asie mlneure. L.on a tenté fréquemment d'utiliser une inscription de Delphes (Sy/L2. 603 . Cf. Rostowzew SEHHW. 168..ique . p. Il y a donc lieu. 206. car elle s'applique aussibien à la cité qu'auroyaume.S. SupM.suivi pu Cl. 338. Le cas de Pergame requiert.i on ne s'aperœvait.. aussi E. Il. . ateliers royaux et ont conclu que les rois de Pe"ame avaient employéen srand nombre des esclaves.1962. Robert (Elud. 203.. p.". l. C. Elrene. dont la capitale et le centre soit une cité. v.. lifte preuve du malai. 39-42.. 199. La docu- mentation est là encore ind. infra p. surtout L. Aril/onicos. A"al. p. p. - 130- . 806· 198. Il renvoie à Rostowzew qui donne le titre exact de Daméas (Ill. 1947. alors qu'il s'aaissait d'un cpréposé à la construction des monuments royaux» (cf.ente. par exemple. 306 . 201. 1965.l. lô" bariUkô". 76) a voulu tir. De très nombreux auteurs (Haussoulier.Et."M•• p. 202. p. p. 198n.V.190 a.. Corradi.. Voir ùtfra. 200 (prudemment) . p.. p. 562 et CAH. p.. p. dans le cours de cette communication. et où son représentant Dam6as est appelé: 0 epl lô" . à lire lesouvrages récents. p. 197 : most/y women. n. Nousrevenons à plusieurs reprises. On ne peut pas non plus utiliser l'insaiption d'Amyzon publiée par L. XIV. Mossf. SUl'tout 1er femmes. La remuque serait d'ordre archéolo. 565) maiscontinue d'affirmer (Ill. Swoboda. Mossé. 20S. clt. Finley «La servitude pour dettes •• RHD. lianes 21·26. Robert.. Robert. 197.. Paris.que l'erreur. cf. Rostowzew et Vavrinek /oc.. 2. les julles remuques critiques de J. s. C'est en effet le seul exemple de royaume. BRlANT sufnee» : il n'en est rien! 196. Tun) y ont vu un surintendant cie. Hansen. (même si celles·ci sont contrôlées par des stratèges). 204. Ji en continuant de voir en Daméas un surveillant des esclaves. Hansen/The AI/a/Idsof Pe'lamD". en tout ou en partie. 32 n. continue de se transmettre: cf. ". p. Ainsi. V (1966). p. p. où Attale 1eraffranchit une esclave royale.énéralement lue la production industrielle de Pergame 6tait concentr6e dans des atellers royaux où travaillaient des peuples d'esclaves.oU.TyNllnle. SEHHW. 1521. Vavrinek. Cf. Arl"on/llCl'. châra politllcè ou chôra bllSilikè. i.

211. 20. p. suivis par Goloubtsova. Masson «Un nom pseudo-lydien à Sardes: Beletras» . p.1904. 214. Robert. col. et que les esclaves aient été assez peu nombreux dans les exploitations agricoles (au moins dans les cités dont la puissance était fondée sur le commerce et l'artisanat). 43.. 2-26. p. sur le commerce d'esclaves entre la Palestine et l'Egypte. Pour BucklerRobinson (p. Anat. p. Ce seul exemple ne permet sans doute pas de généraliser. p. Supra. 196 sqq. vint y mettre le siège.LAO! ET ESCLAVES RURAUX REJSupp. 219. Attalids. 193-196. 19.IV. cf. p. qui a été mercenaire en Asie. une partie de la terre qui dépend de Cyzique est cultivée par des Phrygiens «libres» (cf. qui révéleraient peut-être une différence entre les cités peu évoluées et les cités ouvertes au commerce et à l'artisanat. roy. après avoir appartenu à Pythéas et à Adrastos. JHS. la majorité (sinon la totalité) des esclaves se trouvent dans la cité qui les arme contre le satrape. 11 faudrait faire des sondages cité par cité (là au moins où les documents existent). Voir par ex. son attaque brusquée lui permit de surprendre toute une foule tochlos) d'hommes qui se trouvaient alors dans la chéra. 217. aurait été transmise à Mnesimachos.1969. à un moment où à un autre.Ranowitach (p. Mais il ne serait pas extraordinaire que le travail de la terre ait conservé son prestige auprès des citoyens de l'époque hellénistique. p. ces intendants - 131- . 220. Voir en dernier lieu O. Sur ces esclaves. s. a réussi à amasser une grande quantité d'esclaves et de richesses. P.. et infra. col. 58. Hansen. Cl. Cf. ibid. ainsi le «Bouclier» de Ménandre. Plutarque. Kornemann. 8.Athénée. 51) . 141-142) ainsi amène à l'appui de l'affirmation des documents de natures très diverses: les comptes-rendus de la procession de Daphnè (Polybe/XXX. 209. Sur ces laoi panoikioi. L. 212. 30.en est la vivante illustration. 218.). 123 traduit «préciput».Econ. 216. 241. 22 sqq. p.p. sans préciser que ce document prouve aussi la volonté royale de limiter l'extension de l'esclavage résultant de l'exécution personnelle (cf. preuve qu'ils ne travaillaient pas la terre (Diodore. Mnesimachos a un plein droit de propriété sur /'auli qui. or ce sont des citoyens (Cyziceni) . Hasluck. Les esclaves étaient-ils d'ailleurs employés en grand nombre même sur les terres civiques? Le cas de Cyzique permet d'en douter: en 319. en notant simplement (p. 29-41.Et. une inscription de Priène (OG/S. en outre. p. 40).). Cavaignac. 58-59· 221.194 sqq. 215. P.Athenaeum. ce qui reste obscur. 222. mais surtout les sources papyrologiques égyptiennes.Eum. 129 210. 142) que la fluidité des frontières des possessions ptolémaiques en Asie mineure permettent pleinement d'étendre les renseignements à l'empire sé· leucide ! 11 donne d'autre part un relief important à la célèbre ordonnance de Ptolémée Il. p. Préaux. 215) . 962. XXXIV . 236.. satrape de Phrygie hellespontique. Voir supra. 310-311. Buckler-Robinson. 18-20. Capital. cf. Arrhidaios.V. 213. Cf. «Dornânen». p. 20). 540. On ne sait pas bien comment interpréter ce terme d'exairema.v.16 .XXXV. supra. où le héros (défunt).XVlll.

Cf. par ex. p.) publiée par Ch. von der altorientalischen zur antiken Form der Sklavenhaltergesellselaît.Les gladiateurs dans l'Orient grec. REG. P. 242. la liste d'esclaves de Chias (fin Ve s. est relative à la bataille d'Algos-Potamos. 240. p. p. 231. 286. inscription d'époque romaine provenant de Lycie. Voir en part.qui. Paris. 1940. dans Ier Colloque de Besançon sur l'esclavage(mai 1970). Picard et A. A moins d'adopter un type de raisonnement proche de celui du Ps. p. 227. et honore ceux des combattants athéniens -dont des esclaves. cf. P. 11 cite simplement p. p. Robert. 27. Supra. p. 241. Voir supra. Robert. p. 19·20. Supra. 244. Voir ainsi L. mentionnons qu'une étude américaine récente semble montrer que cette liste. P.1951 (cf. comme particulièrement révélatrice. 139 n./G. Ibid. 229. Y. P.l. L.RHD. Garlan «Le rôle militaire des esclaves dans les cités grecques». 118-126. 1963-4. p. Svenciskaja. M.130 sont désignés par leur titre suivi du nom de leur maftre. p. p. 10·12 ! 226. 176-177. Ainsi Ranowitsch. Buckler. 230. 27-62. cf. refusant de se rendre aux Spartiates. 238. 234. Robert. 232. Robert. aussi l. Manchester 1939. 36-37. dans l'empire néo-babylonien. P. de la petite cité de Pola. 15-16. 38. BRIANT 224. - 132- . 228.p. 124 n. St. auraient trouvé refuge à Chypre pour y poursuivre la résistance (là-dessus. Zebelev «L'abdication de Pairisades et la révolution scythe dans le royaume du Bosphore». 30 et P. Supra.Paris/1938. 11 2.Etudes épigraphiques et philologiques. 52. Paris. ist der Grundlinie. S. 1). 225. auf der sich die Agraverhaltnisse im hellenistischen Osten entwickelt habens. p.VD41963-4. 126.. 107-108. Anat. aussi A. Etudes épigraph. Il s'agit d'une·publication de décrets athéniens par Homolle. p. 16. 1 (sans insister). 141. Plassart (BCH. Cf.. 235. 128/ n.. où apparaissent les deux mots kotnônia et politeia. 233. 403. VDI. 178. p. 23·25. p. rédigée en fait au début du IVe s. 239.lGRR. Xénophon.) complétée et commentée par L. 221 sqq.S. 1913. Ath. 1965. FinleY. Les Belles Lettres. cf..Et. 223. Rep. P. 111. 43. l. Cameron» ePErITO~ and related terms in the inscriptions of Asia miner» Anatol. 237. p.XLlX (1936).. l . Infra. 30-32 (à propos de Saumachos) . Il en conclut: «Der Ubergang von der koinônitl zur politeia. 236. 59. p. 243. 59.1971). A propos de la date et des circonstances de la gravure de cette inscription.

266). Plutarque. Welles datait cette inscription d'un des derniers Séleucides. 3 sqq. p. 31 sqq. toute l'Asie mineure n'a pas été urbanisée.29 : un paysan de Phrygie (liner qrolko. Voir par ex. p. d'ailleurs les remarques en ce sens de Ranowitsch.1970. Ranowistch lui-même p. - 133- . Kokmat. De plus. 14 qui. loin de là ! Des régionsentières sont restées très retirées. 251. 247. Qu'on songe ainsi à la lourdeur du stllthmos : Welles. p. 70. 23·24. 258. les Iaoi changeaient de statut (cf. Cf. 250. «k6mé. nO 70 . expulsion des villageois. Supp. J.). 25 sqq. Dion Chrys.. telles par exemple la Mysie (cf. En premier lleu. IV. 471). ou la Grande-Phrylie (cf. domm. 256. Mais le style de l'inscription d'Hefzibah confirme une hypothèse de Seyrig. 260. 248. 138. Holleaux (ptude. 107.. Cf. 964-965) .et L. 144 à propos de Welles. cit.RC. Comme semble le prouver le très Brand nombre de documents tardifs qui mentionnent l'existence de villages (cf. qui dépendent d'un village. XXV. p. d'ailleurs les remarques en ce sens de Ranowistch. 7.RC..). A notre avis. IV. s'adressant aux habitants de Kelainai· Apamée. Ranowitsch -tout comme Tarn. 259.LAOI ET ESCLAVES RURAUX 131 245. RC. Rostowzew. 2. mais dans l'autre sens· a eu tort de mettre au centre du débat les conséquences de l'urbanisation. 254. Or. 255. p.es de toutes sortes. RC. Re. 52. Polybe. lES. même terme que pour les terres. Ainsi justement Ranowitsch p.Goloubtsova.. 72-125). A noter: uparkein. p. Cf. 70 à Antiochos 1er ou aux débuts du règne d'Antiochos II (cf. 249.loc. rien ne prouve qu'en pusant sous la sujétion d'une cité.. Rostowzew. p..lbld.p. à propos de Welles. p.) soupire devant l'accroissement des impôts depuis la disparition d'Antigonos. Swoboda. 260. p. 132) : il nous paraft plus probable que dans de telles contrées la communauté villageoise est restée vivante. cf. Ainsi les Phrygiens de Zélée (SyIL 2. 252.Phocion. édité et magistralement commenté par M. Ranc· witsch. 257. L. Robert. v. dont nous reprenons les principales conclusions. Cette dernière inscription révèle clairement les excès auxquels pouvaient se livrer les troupes en temps de guerre : logement par force. dit qu'ils ont beaucoup de k6T1'11li prospères qui sont «sujets» (upekoof) et qui paient un pboro« important. Cf. On doit bien remarquer enfin que les mentions de villages se font de plus en plus nombreuses au fur et à mesure des armées: elles le sont surtout à l'époque romaine (cf. 146-147.qui proposait de rementer la datation de Welles.. II. 70. 253. Robert. 1966/lgne.. Bikermann. p. 240.70). RE.BuIL. VU. Swoboda s. Landau. 1938. 138 . . Les détails de l'affaire sont exposés dll!'s un décret trouvé à Brousse.

17. Roy. 103 pour la seconde inscription). 537 sqq. là-dessus le remarquable article de CI. Haussoulier. 108-109. supra. Finley (ibid. fousnit du blé «pous les semailles (eis sperltUl) et pour l'alimentation» (lignes 16-18). p. Mais ce que nous voulons dire. De re rustica. III. Voir ainsi le taux imposé aux Juifs par Démétrios 1 en 152 : «le tiers de la récolte des grains et la moitié des fruits des arbres» (cf. 269. 267. 263. d'ailleurs Buckler-Robinson. p. Supra. ibiâ. 272.j\ s'agit de paysans incapables de payer le phoros(pay- sans-citoyens à Apollonia. 103. 122·125). Etudes Il. 51) ne pense pas que le terme puisse s'appliquer aux laoi égyptiens. 1912.. BRIANT 260. voir également HoUeaux.4. lignes 15·16) les jardins sont évaluésen artabes de semence. Bikermann. et M.1954. p. 270.d'autre part. Préaux . 266. Holleaux. p. d'ailleurs l'expression d'«esclaves léonins» employée par ILS. On ne peut manquer de faire des rapprochements avec l'Egypte (cf. 2 • 268. 273. p. Cl. p. Insistons en outre sus le fait que ce système est tout à fait compréhensible si l'on admet comme beaucoup de documents nous y invitent que le roi avait la disposition (en monopole) de la production des céséales (entre autres productions) : cf. 264.11l Verr. Si cette hypothèse peut se vérifier. (in fine). (Holleaux. 179-180)· cf. aussi note suivante. Remarquons que. p. Svenciskaja. P.AJA. Finley.. p. 38 . M. p. Cf. p. HoUeaux.. Cf.I. 1342-1343. p. 271. p. 181-182. n. ibld.. p. Debord et P.132 P. 102). 126.. SEHHW. étant donné le tarissement rapide de l'immigration grecque. 6. I. par l'intermédiaire du stratège Korragos. avec le commentaire de Bikermann. Vidal-Naquet nous font remarquer que la population de certaines cités nouvellement fondées n'a pu être formée qu'à partir d'éléments indigènes. c'est que l'immense majorité des laoi n'a certainement recueilli aucun bénéfice de la domination gréco-macédonienne. Comme l'affirme ainsi Ranowitsch. ibid. Différents indices nous y convient: dans l'inscription de Mnésimachos (l. Nour retrouvons l'hypothèse déjà proposée par de Sanctis (ap. 265. 55 pour l'inscription de Mnésimachos. 312-326 . et qu'au contraire sa situation n'a fait qu'empirer. mais dans une cité contrôlée de très près financièrement et économiquement par l'administration royale: cf. Rostowzew. CE. Ec.Sur les origines des monopoles lagideu.2). 261. Voir le commentaire de Finley. p. 148. ibid. Il est nécessaire de préciser que le livre de Ranowistch est paru dans une période où la notion de mode de production asiatique avait été bannie des discussions so- - 134- . Cicéron. p. dans le cas d'AppoUonla du Rhyndakos -et peut-être aussi pous les olkétai (et certains /Dai? ) de l'inscription de Mnésimachos : cf. et non en mesusesde susperficie (comme dans l'inscription d'Aristodicide par exemple: plèthres). Préaux. 174. 106 n. C'est en effet probable. p. p. on voit que l'administration royale. Dans l'inscription trouvée à Brousse. 262. on aurait là VIl autre aspect de la «dette» contractée par 'les lao! à l'égard du roi.

281.aires> (civiques et royale) vivent côte à côte sans interpénétration. RC. J. p. Préaux eLes raisons de l'originalité de l'Egypte> MH. Préaux (CE.LAOI ET ESCLAVES RURAUX 133 viétiques (cf. Welles.ons : cf. 3). p. Vldal-Naquet) 275. (entre autres auteurs) Cl. par ex. 46 sqq) met elle aussi en valeur cet élément d'unité./bid. duction asiatique~(Recueildu CERM. Les Séleucides ont très certainement suivi cet exemple (cf. Cf. p. On pense en particulier à la pratique du monopole. 45. p. Annales. 278. voir par ex. ESC.) 277. 1966). p. dans Sur le modede pro. 280. bien connue pour l'Egypte. p. qui est également à la base de l'exploitation de l'Asie par Antigonos 1er comme CI..3 (Chôra phorologouménè) 276. Pecirka. Dans l'étude citée (supra. - 135- . 5) p. Préaux (ibid. Sans pour autant affirmer que ces deux . Sur cette notion. 312-326) l'a lumineusement démontré. comme nous l'avions dit trop schématiquement dans notre exposé oral (remarque de P. Ed. EiTene. supra. 3 n. 1954. 203-221. 41-46. p. 279. Vidal-Naquet aux millesau point duquel nous renvoy. Godelier «La notion de emode de production asiatique» et les schémas marxistes d'évolution des sociétés>.. p. M. 47 sqq. 147-169) et où au contraire r. 1969. Sociales. CI. (Remarque de P. par ex. 1953. 274.nalt en maftre le dogmatisme des «cinq staden. 41 n.1II (1964).

"Orientalische" Produktionsformen in der klassischen Agais". p. 1969.~riecbiscbell Polis (hrgg. Deux remarques préliminaires: 1) l'article qui suit traite autant des villages (étude régionale. malgré des études récentes consacrées au régime des terres dans l'Orient hellénistique 1). p. le [l'l'te d'une communication présentée au VIè ('oll. .VILLAGES ET COMMUNAUTÉS VILLAGEOISES D'ASIE ACHÉMÉNIDE ET HELLÉNISTIQUE L'étude des structures rurales de l'empire achéménide et des royaumes hellénistiques orientaux continue de poser de grands problèmes. dans le cadre du Thème B. groupements .'JÀt-. . - 137- .dont nous reprenons ici l'examen. z) Cet article reprend. lb. 1 consacré il "Lu conuuuunuré villageoise dans l'Autiquité". 119-1 z8.(au moins dans la terminologie) -: c'est le village. 4z-41. 57-6z.. Berlin. p. Die Krise der . Toutes les sources.~rèJ internationat d' Histoire écollollliqlle (Copellba. (Une version allemande puraitra dans le }lIhriJfltb //Ïr If'/irtHhaJisJ!. Berlin). dans la mesure olt hl nature des sources permet trop rarement de voir fonctionner Je l'intérieur la 1) Je pense en particulier aux études de ]-1. von O. Acta COIIIJelltllS XI (Eirene). Krcissig aux Colloques de Besançon 1973 ct 1974. avec quelques modifications et compléments.montrent qu'il existe une "structure permanente" .tx-/j und ihren Bewohncrn". également les deux communications de H.~lIe. "Anrike" Produktionsformen im hellenistischen Asien. [. ) que des communautés villageoises proprement dites.(Wpo: T. IFirtscbalt. "Fragon der Sozialokonomischcn Basis irn Hellcnisrnus des Ostcns". densité.mbicbte. Il m'a donc semblé intéressant de proposer ici quelques réflexions sur le problème des villages et communautés villageoises dans l'Orient achérnénidc Ct hellénistique 2). 197'.~rJcbicbt< 1971jII. Kreissig: "Das Vcrhâltnis der hcllcnistischcn Stadt zur . Kuch). Jurewiez und H. 19-2}ao:Ît 1974)..

A. Tornsin. "Recherches sur les institutions de village en Egyprc ptolémaïque". 95-130 ct . E. . 13.13I1II. XXXVIII (1912). 2) c'est pour la même raison (narure des sources) que la période hellénistique est relativement privilégiée. l'arclJéologie est encore d'un faible secours et les trouvailles ne concernent pas directement l'époque hellénistique. il ma connaissance. . p. car nombre de textes s'appliquent à des campagnes militaires grecques dans l'empire perse: plusieurs documents se réfèrent donc en réalité à des villages "achéménides". à partir de laquelle ont pu être menées des études sur les villages ct les institutions de villagc icf. XXVI). "Etude sur les "p~()'­ ~'h~po. 1. '<)14. A. On peut y ajouter les résultats des fouilles des archéologues soviéti3) Voir par exemple l'utilisation des archi vcs cunéiformes par N.. On doit souligner l'intérêt des fouilles menées par R. Tout d'abord. - 138- . des villages de la Ztopo< égyptienne". Lertrcs el Sc. selon l'illustre . d'unc fouille exceptionnelle.233-282. Paris. les renseignements que l'on peut tirer de cette fouille sur la structure sociale du village sont très importants: existence d'une maison-bloc olt vivent tous les éléments d'une grande famille. Pour l'époque hellénistique. un village perseachérnénide fondé. t. Mor. Sonrces et doCtlJJlents Cela dit. émigrant de la province de Parsuah. Ghirshman 4). qui a mis au jour. par les Perses qui. en ce domaine. CI.\'llIdi" Helleniflic(/. BRIA:-:T société villageoise.t"7-5 z R. van 't Dack. f'ïll". près de Suse. \-3 8.savant. p.~e pel'Jl"(/c!J<'III':lIide (l\IDFl. mais. jEJFIO I ! (19"9). s'établirent en Susiane à partir du VIIè s. lé série. 1. ] anko wska.mais il s'agit là. et il v a tout lieu de penser qu'en ce domaine les continuités sont fortes. Pol. 7 (1951). dans le même temps. t. l'analyse des sources littéraires en particulier invite à ne pas distinguer l'époque achérnénide de l'époque hellénistique. 4) R. "Communal sclf-governmcnt and the king of the Sratc of Arrapba".166 l'.. Ghirshman. les spécialistes de l'Asie achérnénide et hellénistique ne disposent pas d'une masse de documents comparable en nombre et en homogénéité à celle que peuvent mettre en œuvre les historiens de' l'Orient le plus ancien 3). seule l'Egypre présente une documentation (papyrologiquc ) importante.

93. '934. Kilo 52 (1970). AI/ econooria SUrtlf} of Auom: ROII/e. Princeton. celle des communautés paysannes qui descendaient sans doute des laoi séleucides" 7). A l'autre bout de la chaîne chronologique se situent les travaux de G. à des temples 9) ou à des colons militaires gréco-macédoniens 10). E. Re.a Persia e il »rondo greco-romano. 641 sqq. où se réfugiaient hommes et bêtes du plat-pays lors d'un danger 5). 7) Ibid. Actes d« Colloque 197' sur l'. Colloque de Besancon 1974). 8) Présentées par P. Bikerrnan. S. "Beob. 3 vol. °31-233. Les plus longues et les plus importantes traitent de dons ou de "ventes" de terre royale à des particuliers. 6) G. à des cités grecques. p. Dans l'ensemble des sources écrites. avec de nombreuses tours. p. Actes dll Colloqlle cie BeSdIl(OIi 1971. Môme si certains vestiges "témoignent de la plus ancienne organisation ru raie. 1. 1. 1973. "Remarques sur !aoi et esclaves ruraux en Asie Xlincurc hellénistique".ichtungcn an hcllcnistischcn Inschriften zur Frage des Tcmpelcigentums an Land".sc/avage (BeS"I/(M. "The Seleucids and the Achacrncnids". les résultats des fouilles s'appliquent surtout à l'époque romaine impériale. n" 70 (don de village à Baitokaikë). 1966. 9) C. 10-11 II/tli 1971). New-Haven. 1959. Dans la vente ou le don sont compris les villages (kôlJlai) et ceux qui y habitent et en travaillent la terre: 5) Cf. Broughton. en particulier 94-97. Roma. Debord. également H. [obnson. B. Briant. les inscriptions sont d'une importance particulière. On doit souligner tout d'abord l'intérêt d'une série d'inscriptions grecques d'époque hellénistique 8). Id. Welles. - 139- . Jtl/dir. nos. Krcissig. n'offrent qu'un intérêt très limité pour notre étude. 1953-58. qui montrent l'existence de villages fortifiés.• 675 sq<l'.(avec publication de nombreuses inscriptions) -. B. dans I. B. 1. Tchalcnko. voir aussi P. Paris. "Les esclaves sacrés: état de la question"./lsia Miuor.. voir T.. R. Le Mtluif dl/ Bi/us fi Npoql/' romaine.. Paris. Sur le problème des terres des temples.379-381.VILLAGES n'ASIE ACHÉ~[ÉNIDE ET HELLÉNISTIQUE 167 ques dans l'ancienne Bactriane. il n'en reste pas moins que ces recherches archéologiques . 104-105 (où références à des études soviétiques). 10) \X'c1les. 1. XLVI (1952-53). IV: . K reissig. H. T. "New evidence on temple estatcs in Asia Minor". Villages antiques de la Syrie du Nord. Tchalenko sur les villages syriens 6). n' 16 (cf. Mais. Zawadsky. Roya! correspondeuce in tbe bellmistie period (RC). "Quelques remarques sur l'étendue et l'accroissement des domaines des temples en Asie Mineure".133.

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P.

BRJA~'JT

les faoi. De nombreux autres documents épigraphiques, en général plus courts ct plus mutilés, ont trait à l'existence de villages sur les terres des cités grecques de la côte anatolienne 11). Il convient de noter enfin que les mentions de villages ne cessent de se multiplier à l'époque de la domination romaine en Asie 12). L'intérêt essentiel de cette documentation est qu'elle permet parfois d'aller plus loin dans une recherche sur les communautés villageoises. Le village, en effet, n'est pas seulement mentionné; plusieurs caractéristiques internes en sont données ou suggérées. Elles ont permis également de définir avec assez de précision le statut juridique et social des populations rurales dépendantes en Asie, les taoi et laoi basi/ikoi ("paysans royaux") 13). Mais ces sources ont également leurs limites. En particulier, elles se réfèrent à un seul domaine géographique: l'Asie Mineure, et même à la frange la plus occidentale, c'est à dire la plus anciennement hellénisée. Si la découverte la plus récente à Skythopolis (Beth Shean) autorise à étendre l'analyse à la Palestine séleucide (et lagide) 14), le problème reste posé d'une généralisation à d'autres satrapies achéménides et hellénistiques, par ailleurs si différentes l'une de l'autre, selon que l'on prend par exemple la Bactriane ou la Babylonie. 1. B. 2. Là encore, on peut penser qu'il serait utile de mener une étude comparée avec le statut des villageois asiatiques, tel qu'il peut être établi à l'aide de sources antérieures, des inscriptions néo-babyloII) Cf. I. S. Svenciskaja "Esclaves et affranchis dans les localités rurales de J'Asie Mineure" (en russe), V DI 1')63(..), 127-138; "Conditions de hl population asservie en Asic Mincurc aux Vvl Vès", VDI, 1967(4),80-8\. 12) Swoboda, Sot'. "kôrnè", Real-EIIC)'c/opùdie. 13) Outre les travaux de H. Kreissig ct de P. Briant (cités snpr«, n. 1 ct 8), voir lé. S. Goloubtsova "l'ormes d'asservissement du peuplement rural de l'Asie Mineure du Illè au Icr s.av.n.è." (en russe), VDI 1967(3), et 1. S. Svcnciskaja, "La condition des laoi dans Ic royaume sélcucidc" (ell rllssc), VDI '97', ;-16; T. Zawadsky, SOllle problellls connected !l'ilhsocial antl a,~rtlriall structures of countries ill As/" JIillor (en polonais). Poznan, 1952 (résumé anglais, p. 67-77). Plus anciennement M. Rostowzew, J/lldmi ,-lIr Geschichle der rdllliJchen Kolouates, Leipzig-Berlin, 1910; sur cet ouvrage. cf. I.i contre-attaque de A. B. Runowistch, Der HeilfII"'''JIIJ' /llId seine ,geschichllitü Rolle. Berlin, 1958 (--= Moscou, 1')50), ct de P. Briant, RClllarqllcJ'.97-100. 14) Israelhxploralion/ollrl/lli. 1(, (Il)G6). 1.1'70.

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niennes en particulier. Je pense là évidemment aux remarquables travaux que mène M. A. Dandamayev sur le statut des paysans babyloniens 15).
1. C. Il reste un dernier type de sources, - les textes littéraires, grecs en particulier, - qui n'ont jamais été traitées de manière systématique, sauf pour l'Asie Mineure 16). 1. C. 1. Pour l'essentiel, les œuvres grecques sont des récits de campagnes menées par des armées helléniques dans l'empire achéménide: l'expédition de Cyrus le Jeune puis des mercenaires grecs contée par Xénophon (Al1abase); la campagne d' Alexandre le Grand (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, livre XVII; Arrien, .Anabase et Inde; Quinte-Curee, Histoires d'Alexandre; Plutarque, .Alexandre; Justin, Epitomè, livres XI-XII); les guerres menées dans les régions mésopotamiennes entre 321 et 316 par Antigone le Borgne contre Eumène de Kardia (Diodore de Sicile, livres XVIII-XIX; Plutarque, Eumène ; Justin, livres XIII-XIV; C. Nepos, El/mène; Polyen, Stratagemata, IV, 6); les différentes expéditions menées par des rois hellénistiques (séleucides surtout) ou par des consuls romains, telles que Polybe les rapporte. A priori, ces sources présentent un double avantage. - 1) S'agissant pour beaucoup de récits de campagnes contre les Perses, elles permettent de tirer des renseignements sur les terres et les campagnes d'Asie sous la domination achéménide, et donc dc compléter harmonieuse~ ment les inscriptions hellénistiques; - 2) mais elles sont également suffisamment étalées dans le temps pour mener à des recherches ou
15) M. A. Dandamayev, "The legal status of cultivators in nco-babylonian documents of the VII-IVth centuries B.C.". XXVII Iutern. COI{~. Orieut., Papers presented by Ibe [J.S.S.R. Deleeatio», Moscou, '967; Id., L' t1Sclal'(~~e lIéo-/Ja/'}'!oIlÎeIl (en russe), Moscou, 1974, chap. IV "GJebae adscripri", l'. Ht s'Iq. (Je remercie Mr Dandamaycv de m'avoir aimablement envoyé plusieurs de ses études, et en particulier l'ouvrage cité ici). 16) Pour cette région, voir T. R. S. Broughton, Liconomic slIrp~)', IV, 599,607 (conditions naturelles), 607-620 (productions agricoles), 6Z7-(qS (villages sur les grands domaines, villages concédés à des soldats, villages sur les terres des cités, villages sur les territoires des temples, villages des elbllè ...).
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à des observations sur les continuités ou discontinuités entre le Vè et le IIè s av. n. Il convient de noter cependant que ces sources ont également leurs limites et leurs caractéristiques d'exploitation: a) le vocabulaire n'est pas toujours d'une grande clarté. En principe le terme grec pour désigner le village est kômè; mais on peut rencontrer aussi, surtout à la basse époque hellénistique, le terme katoikia qui, dans un autre contexte, peur se rapporter il une colonie militaire D). En outre, le contenu social du terme kômè reste vague; en principe, selon Aristote 18), la kÔlllè est la première communauté, formée par plusieurs familles pour les besoins qui débordent la vie quotidienne, et où les habitants sont liés par des rapports de parenté, la charge royale étant confiée au plus âgé, - alors que la cité (polis) est née de la fusion de plusieurs villages dans le but d'atteindre il l'autarcie; d'autre part, contrairement à la polis, le village est en principe dépourvu de fortifications 19). Mais ces définitions théoriques valent surtout pour la Grèce propre 20); on doit donc souligner qu'en décrivant l'Asie achérnénide, les auteurs grecs et latins ont eu du mal à rendre compte, dans leur vocabulaire, des réalités socio-politiques des satrapies asiatiques: c'est ainsi qu'ils emploient fréquemment kÔlllè et polis l'un pour l'autre 21), ne serait-ce que parce-qu'on y rencontre des villages forè.

17) Cf. par exemple Polybe, V, 77-78: katoikia tôn Ml/sÔIl, en fait "les villages des Mysiens" (L. Robert, Iltndes anatoiiennes, Paris. 1937, 191-194). 18) Aristote, Politique, l, II, 1-8. Cf. aussi Diodore de Sicile, II, 38 (la naissance de l'agriculture mène à la fondation de villes; dans une étape précédente, les hommes vivaient épars dans les villages: kÔllledoll). 19) Cf. Thucydide, l, 5, 1; II, 8G-8; III, 94,4; IV, 43, 1, zo) Ou pour les régions de l'Anatolie littorale très hellénisée; sur les rapports ville-village, cf. les différentes étapes de j'histoire d'Ilion chez Strabon, XIII, 1, '5sqq; voir là-dessus les réflexions de L. Robert, Etudes de Illllllis/llatique grecque, Paris (1951), p. I2sqq., sur les "disparitions" de villes ct leur transformation en villages, ce qui veut dire en fait que l'agglomération "n'est plus qu'un village dépendant d'une polir; .•. certains de ces villages peuvent être vivants, on peut y élever beaucoup de constructions, comme dans une "ville", gravcr beaucoup d'inscriptions; on a parfois besoin d'un document très précis pour distinguer d'une "ville" un rd village" (ibid., p. 45). '1) Cf. E. Bikerrnan, art, cit. (slIpra, n. s): voir aussi P. Briant, AIIII~~olle le Borgne, Paris, 1973, p. HG, n. 1,

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tifiés 22): selon les critères qu'ils choisissent, les auteurs anciens, décrivant la même région, peuvent parler de villes ou de villages 23). Il serait donc hasardeux, à partir de la seule terminologie, de tirer des conclusions sur l'organisation interne de ces communautés asiatiques. A cet égard, il est bon de noter également que les spécialistes de l'histoire de l'Orient hésitent parfois à traduire certains termes par villes ou par villages 24). Il convient donc de se demander aussi si l'imprécision de la terminologie des auteurs gréco-latins ne résulte pas de l'ambiguïté, en Orient même, du rapport ville-village 25). J'ajoute enfin que les textes littéraires sont tout aussi imprécis en se référant (trop rarement) aux populations paysannes. A une exception près 26), aucun texte n'emploie le terme Iaoi, connu par les sources épigraphiques. Il est bon de rappeler en particulier que les textes littéraires qualifient souvent d'''esclaves'' des populations dont le statut est fort éloigné de celui des esclaves des cités grecques. b) Deuxième remarque d'ordre général: ces textes ne visent pas à la description géographique des régions que traversent les armées.
22) Voir par exemple en Arménie: Xénophon, .Anabase, IV, 4, 2; IV, 5,9; chez les Chalybes: ibid., IV, 7, 17: en Drangiane: Arrien, .Anabase, Ill, 27, 3 (Amyntas. acquirté à l'issue du procès monté contre Philotas, est tué lors du siège (poliorkôn) d'un village (kômè)). 23) Ainsi, à propos des Ouxiens du Zagros, Arrien (Anab., III, 17, 3) parle de kônJal, Diodore (XVII, 67) de poleis (cf. Quinte-Curee, V, 3: IIrbs). - Dans les Paraparnisades, Strabon (XV, 2, 10) et Diodore (XVII, 82) citent des kÔIJJai. :i la différence de Quinte-Curee (VII, 3, 6sqq.) frappé par le caractère archaïque et "barbare" des habitations enfouies dans le sol. 24) Cf. par exemple M. Rowton, "The physical environ ment and the problem of the Nomads", XVe Rencontre assyriologiqne internationale (Lit~~e, 4-8 juillet I966), Paris, 1967, p. 109: "1 will folJow Akkadian usage in not distinguishing bcrween town and villagc, the terrn "town" is intended to cover both". 25) Sur ce point, cf. l'étude de B. Brcntjcs, citée ill/ra, n, 96. 26) Polybe, IV, 52,7: laoi travaillant une partie dela terre de la cité de Byzance. (Cf. P. Briant, Remarques, n. 21). Sur les laoi dans les documents papyrologiqucs, voir en dernier lieu CI. Vandcrsleyen "Le mot 1.00aç dans la langue des papyrus grecs", Cliron. hg. 48 (1973), p. 339-349: l'auteur a relevé 26 exemples, dont 16 du jè siècle av. J. c.; l'auteur conclut que ces laoi forment "la couche supérieure de la population égyptienne, existant aussi bien ,i l'époque pharaonique 'lu',', l'époque ptolémaïque" (p. 347). Cette interprétation me parait devoir èrrc remise en question: en tout état de cause, en Asie Mineure hcllénisriquc, le terme laoi s'applique sans ambiguïté .i toute la population rurale dépendante.

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Les soldats grecs, - et donc les textes -, considèrent les territoires avec les yeux de conquérants, de prédateurs. Pour eux, les régions de l'Asie se divisent en deux grandes catégories: les pays riches et habités qui peuvent nourrir une armée, et les régions pauvres que les armées doivent éviter 27). On sait en effet que les armées grecques et hellénistiques sont dépourvues de service d'intendance: elles vivent sur le pays 28). Cetre nécessité de trouver des vivres conduit bien souvent des chefs militaires à choisir une route plus longue mais bien pourvue en vivres, de préférence à une route plus courte traversant une région désolée 29). Pour les auteurs grecs, un pays "civilisé" s'oppose par sa richesse à une région "barbare" ao): le premier est habité (oikotlméllè) , la seconde ne l'est pas 31). C'est donc dans ce contexte qu'apparaissent les nombreuses références aux villages d'Asie. Les armées recherchent en effet deux choses essentielles: du ravitaillement et des abris (temporaires), ce que pouvaient leur "offrir" les villages. La description des villages est donc bien souvent très sommaire: ils sont "pleins de vivres" ou pauvres: aux yeux de Xénophon et des mercenaires grecs, les villages sont synonymes de ravitaillement 32). Plus intéressants sont en général les textes
27) Cf. Diodore, XIX, )7, r (territoire de Gamarga en Médie qui peut nourrir une grande armée) à opposer à Diodore, XIX, 93, r (le désert des Arabes est dépourvu de points d'eau, si bien que les armées ennemies ne peuvent pas y subsister). Cf. aussi Strabon, XI, 9, r : la Parthie est évitée par les rois, car elle est incapable de nourrir des soldats. 28) Cf. M. Launey, Recherches sur les armées hellénistiques, II, '949, et E. Bikerman, Institutionsdes 5i/ellcides, Paris, '9,8. 29) Exemples très nombreux: ainsi Diodore XIV, 25 (les mercenaires grecs, après la mort de Cyrus le Jeune, ne peuvent pas revenir en arrière parce-qu'ils ont déj à dévasté les régions traverséesl): Diodore, XIX, '9: diilicultés de traverser le pays des Cossécns. Le choix d'une route empruntant une région désolée ne peut se concevoir que par le désir de surprendre un ennemi (Diodore. XIX, 37, 1). - Lors de la campagne d'Alexandre, cf. Arrien,/llltlb., III, 7,3-4; III, 16,2; III, 21,7 etc ... 30) Cf. par exemple Quinte-Curee, IV, 6, 12Sqq. (Perse). 3') Pour Hiéronyrnos de Kardia, fidèle témoin des guerres entre Antigone et Eumène en Asie entre 321 et 316, un pays civilisé se caractérise par des constructions. des rivières, des sources abondantes susceptibles de ravitailler une armée (Diodore. XIX, 94). 32) Cf. .Anabase, 1,4, '9; II,4, z7;III,4, 18; III, 5,1-,;1\',1.8; IV,4,7; IV, 6, z etc ..•

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traitant des haltes courtes ou longues (quartiers d'hiver) des armées: ils permettent parfois de se faire une idée assez précise sur le nombre, la densité, les groupements de villages (voir infra), car les troupes se dispersent dans de nombreux villages. D'autre part, dans un cas au moins, l'auteur décrit de l'intérieur le village et donne quelques informations sur son organisation.
1. C. 2. A ces récits militaires, il faut ajouter les comptes-rendus de voyageurs, dont le plus intéressant est Strabon, auteur grec de l'époque romaine (contemporain d'Auguste), qui décrit l'Asie dans plusieurs livres (XII-XVI). Les remarques d'ordre général qui précèdent valent aussi pour Strabon, qui, fréquemment, décrit ou rappelle les expéditions grecques qui ont traversé la région ou la satrapie décrite. Strabon donne surtout beaucoup de détails sur les ressources agricoles des différentes régions, et se réfère souvent au temps de la domination achéménide. A Strabon, on peut ajouter un curieux roman grec de Philostrate, La vie d'Apollonios de 7)al18, d'une date tardive; le voyage d'Apollonios en Babylonie contient quelques indications utilisables sur les villages de cette région 33).

II.

L'habitat vtllageois en Asie

II. 1. La première conclusion, - déjà exprimée 34)_, que l'on retire d'un examen des sources littéraires en particulier, c'est que les populations paysannes d'Asie vivent en villages. Parfois, les auteurs grecs eux-mêmes soulignent la diffusion extrême de l'habitat villageois et l'inexistence de structures urbaines 35). La conquête macédonienne n'a pas modifié brutalement la situation; certaines régions, situées à l'écart des grandes routes, sont restées habitées en villages (J..~rJllledoll): l'urbani33) Sur cet ouvrage, cf. F. Grosso, "La Vitn di Apollonio di Tiana come fonte storica", ACII/e, VII-3 (1954); voir aussi Id., RIFC R6 (19IR), p. 351-375. 34) Pour J'Anatolie, T. R. S. Broughton, ROll/ail /lsin .slinor, p. 628. 35) Ainsi Quinte-Curee, III, 1, 1: au moment où Alexandre la traverse de Kclainai à Gordion au printemps 333, la Grande-Phrygie était "plus riche en villages qu'en villes"; V APolI., l, 19 (Mésopotamie); I, 24, 1 (Babylonie),

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sation n'y a véritablement débuté qu'avec la conquête romaine 36). Les inscriptions hellénistiques confirment le fait: le village est le cadre naturel des populations rurales asiatiques 37). Cela est vrai non seulement pour les cultivateurs, mais aussi pour des tribus qui vivent surtout des produits de l'élevage, certaines tribus des Xlts Zagros par exemple 38). D'autre part, la lecture des œuvres grecques prouve que ce fait est valable pour tout le territoire de l'empire achéménide. Il suffit, pour s'en convaincre, de rassembler dans un tableau les textes particulièrement évocateurs:
Habitat villageois en Asie achéménide et hellénistique Région, satrapie ou peuple Textes principaux Arménie Babylonie Xénophon, Anab., IV, 4, 2Sqq. Hérodote, l, '92, '96; Xénophon, .Anab., II, 2-4; Quinte-Curee, X, 8, 11-14; Philostrate, V Apoll., 1,21-24. Quinte-Curee, VII, 4, 21; VII, 6, la. Diodore XVIII, 32, 3; Plutarque, J~'I11)/., 9, 2; Appien, Mu»; IX, 65. Xénophon, .Anab., IV, 1-8. Strabon, XIV, 2, '3-'5. (Cf. J. et L. Robert, La Carie, Il, n" 167). Cf. jalabcrt-Mouterdc, JCLS, l, I. Arrien, Anab., VII, '5, 1-3. Arrien, AIIl/b.,IU, '7, 3. Diodore, XIX, 37, l - l ct 39, I. Diodore, XVII, 75,3; Arrien, /111<1b .• Ill, z r, 6. Cf. "1Iller.Jollnl. Arcb., 19". (Sardes) Strabon, XI, 9, 1; Hérodote, I, 96-98; ['4-11 j ; Diodore, XIX, 44, 4; 46, 1; 46, 3; Plutarque,
EUIJI., 15, 12. Hellenica Oxyrrynchia, XXI, z, (cd. ll:Irtolctti).

Bactriane Cappadoce Cardouques Carie Commagène Cosséens Dmngiane Gabiène Hyrcanie Lydie Médie

Mysie Ouxicns

Arrien, Auab., III, 17, 3.

36) Grandc-Phrygie: Quinte-Curee, ibid.; Mysie: L. Robert, L/IIi!,..r anatolienne», p. 194 ct Ville.r ,l'Arie Mineure, zè éd., Paris, 1962, p. 264scrq.; Carie: D. Magic, Roman Rnie in .Asia l1Ii.'/or, l, p. IH-q6, ct J. ct L. Robert, LI Carie, Il, '954, p. 334. 37) Cf. P. Briant, RI'III(lrqIleJ. p. 95-96,105-106.114-1 [(J. 38) Ainsi les Cossécns (Arrien, /llla/J., VII, [5, [-,) ou les Ouxicns (lNd.. Ill. 17, [-3)· - (Je prépare "cruellement une étude sur Cl'S peuples pasteurs, il p.iraltrc dans DÙt!ogllC.rd'llis/oir,e'lIIciellnc, Il, 1975.)

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Paraparnisades Perside

Phrygie (Grande-) Phrygie (petite-) Sogdiane Syrie Syrie (Koile-)

Strabon, XV, Z, 10. Quinte-Curee, V, a, 14; V, 6,17; Polyen, Stral., VII, 39-40; Arrien, Inde, 38, j-6; Strabon, XV, 3, 5 (Sur les mentions de villages sur les tablettes de Persepolis, cf. M. A. Dandamayev, V DI, 1973, p. 3-z6, tableau p. 6-8). Quinte-Curee, III, r, 1; Dion Chrys., Oratio XXV, 14; Strabon, XII, 5, 3. Cf. C. B. Welles, Royal Correspondena, nO 10-13 (Troade) et nO i S-ao (près de Cyzique). Quinte-Curee, VIII, z, q. Xénophon, Anab., I, ..h 9. Cf. Landau, Israel Exploration }ollrna/, 16 (1966), p. 54-70. (environs de Skythopolis).

II. 2. L'étude des déplacements des armées grecques en Asie donne également l'impression de la très grande densité des établissements villageois. Les précisions chiffrées sont rares mais impressionnantes: selon Poseidonios, cité par Strabon (XI, 9, 1), il Y avait 2000 villages dans la seule éparchie de Rhagai en Médie; - on sait également qu'en un seul raid, en 82, Murena mit au pillage 400 villages dans une région de Cappadoce 39). Les allers et venues des armées grecques dans la vallée du Tigre témoignent également d'une extraordinaire concentration de villages 40). On peut relever, en outre, que les études, par M. A. Dandamayev, des tablettes de Persépolis (PFT) ont montré que les kllrtas (artisans et paysans royaux) étaient répartis dans 108 villages ou villes de Perside et d'Elam 41). II. 3. En revanche, nous n'avons que des indications indirectes et incertaines sur le nombre d'habitants de tel ou tel village. On connaît parfois le nombre de soldats cantonnés dans un groupe de villages: 3000 dans les villages des Cariens en Babylonie en 31712), 3000 également dans un groupe de villages en Persidc 13). Selon les recherches de Dandamayev, le nombre de kt/rias placés dans les villages et villes de
39) Appien, su»; 9, 65. 40) Cf. Xénophon, .Anab., III, 4-5, passim. 41) VDI, 1973(3), 3-z6. 4Z) Diodore, XIX, ra, 1 (il s'agit des Argyraspidcs), 43) Pol yen, Strat., VII, 40.

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Perse et d'Elam varie de rations 44).

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à 4363, selon l'importance des agglomé-

II. 4. Enfin, les villages asiatiques ne sont pas isolés dans la campagne, mais groupés en hameaux. On peut en trouver un premier indice dans le fait que les textes littéraires n'individualisent presque jamais un village. Plus probants sont les textes portant sur le stationnement des troupes: a) en Gabiène, pendant l'hiver 317/6, l'armée d'Eumène de Kardia se dispersa en plusieurs "quartiers" (mérè); chaque méros était séparé d'un autre par 6 jours de marche, ce dont essaya de profiter Antigone, l'ennemi d'Eumène. Là, dans chaque méras, les soldats étaient répartis dans les villages (kata kômas): il semble donc que là, méros peut se traduire par "groupe de villages" 45); b) en Médie, en 317/6 (après la mort d'Eumène), Antigone prit ses quartiers d'hiver dans l'éparchie de Rhagai, - dont on sait par ailleurs qu'elle était fort riche en villages (2000). Là également, les chefs de détachements se dispersent dans les différents mérè comprenant chacun plusieurs villages .16); c) la répartition des quartiers d'hiver par régiment apparaît également dans un récit de Xénophon s'appliquant à l'Arménie: chaque taxis, commandé par un stratège, occupe un ou plusieurs villages (kata kômas) 47); d) dernier exemple: Polyen (VII, 40) rapporte que des Macédoniens cantonnèrent dans un endroit de Perside nommé Kômastos qui comprenait des villages nombreux et rapprochés, habités par une population abondante, et pourvus de nombreux quartiers (stathmoi) 48) pour les soldats. Ce terme Kômastos, - formé sur le radical kômè -,
44) VDI, 1973, p. 6-8. 45) Diodore, XIX, 37, I-Z et 39, I. (Cf. Plutarque, EIII/I., 15, 1: précise que les villages étaient éloignés de 1000 stades). 46) Diodore, XIX, 44, 4-6. 47) Xénophon, Anab., IV, 4, 7-14 (les villages sont tirés au sort entre les stratèges: IV, 4, zz). 48) Sur le terme stathmos, cf. J. Lesquier, Institutions militaires de l'E,g)'Ple p. Z 10Z 11, ct L. Robert, Hel/mica, III (1946), p. 8z-85, qui citc plusieurs inscriptions ct textes (dont Pol yen).

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peut être rapproché d'autres termes indiquant une unité de plusieurs villages: ainsi Pentachôra, Trikômia, Tetrakômia, Pentachôria, Pentaké . etc. ... 49) . omla Les origines des groupements sont sans doute différentes selon le~ conditions géographiques: il est possible que la répartition des points d'eaux et l'organisation du réseau de canaux ait joué un rôle en BabyIonie 50); on peut également supposer que l'insécurité des campagnes a joué en faveur du regroupement des villages en méros 51).

III.

Villages, commllnall/és villageoises et administration royale

Il convient évidemment de ne pas se limiter à la description extérieure de ces villages d'Asie. Les habitants de ces villages sont des paysans dépendants dont l'exploitation est organisée au bénéfice d'une "communauté supérieure": à l'époque achéménide comme à l'époque hellénistique, c'est le roi qui est en théorie' le maître de la terre et donc des productions sur lesquelles il prélève le tribut (phoros); il peut concéder la terre à titre précaire à des particuliers, à un temple ou à une ville 52). Plusieurs textes mentionnent des dons de villages: il s'agit en réalité du don des reoenas du village, et non du village lui49) Cf. T. R. S. Broughton, op. cit., p. 6,8-6'9; M. Rosrovtzeff, REA 33 (1931), p. 19. Sur tetrapyrgia, voir P. Briant, Antigone le Borgne, p. 81-87. - Sur les groupements de villages, voir également les Ligues de villages connues en Carie (O. Magie, Roman Rille, r, 1'.144-145, et II, p. 10,8-1°3°; L. et J. Robert, l_a Carie, p. 9'95; en dernier lieu, G. Bockisch, "Die Karer und ihre Dynasten", Klio 51 (1959), 1,8-13Z: la Ligue des Cariens, d'origine très ancienne, était formée de communautés villageoises autonomes, regroupées autour du sanctuaire de Zeus, le sanctuaire constituant à la fois un lieu de réunion et un centre religieux). 50) Sur le problème de l'eau dans les villages babyloniens, voir par ex. Philostrate V Apoll., l, '3. - Par ailleurs, il est frappant de constater que, dans la description qu'il fait des villages arméniens, Xénophon (AI/ab., IV, 5, 9) précise que la fontaine à laquelle viennent puiser les jeunes filles est située il l'extérieur du retranchement: cette fontaine était-elle commune à plusieurs villages? 51) Il semble bien même que l'unité de ce groupement soit aussi une réalité administrative (cf. Diodore, XX, 109, 4: kata mcros) il rapprocher peut-être des ha/ru babyloniens (Cf. G. Cardascia, Les arcbires des Murash», Paris, '9ll). Sur les dangers de l'habitat dispersé, cf. Diodore, 67, 4 (Etolie); cf. aussi Diodore, XIX, 37-39· 52) Cf. P. Briant, Remarques, 1'.1°5.

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98. '°4-'°5. p. p. Le tribut tiré de certains villages est parfois affecté à des besoins spéciaux 57). Xénophon. IV. n) Selon Hérodote (1. 53) Id. Platon. un passage d'une inscription hellénistique suggère que.1. l23bc): le procédé n'est pas fondamentalement différent de ceux 'lui sont indiqués dans la note 13: dons de revenus. 4G.P. - 150- . chaque village verse sa part au satrape (IV. Je me sépare sur cc point de l'opinion de M. le reste de la comnunauté doit verser intégralement le tribut prévu 55). Dans le royaume séleueide.Anab. BRIANT même et de ses habitants 53). Il en était très probablement de même sous l'administration achéménide 56). p. lOG.). Remarques. 9. 55) Ibid. Cf. Le village forme-t-il aussi une Imité économique? C'est ce que semble suggérer un texte épigraphique tardif (rer ou z siècle de n. Lorsque des villages étaient concédés à des particuliers. (Cf. II.. II. n. V Apoll. 3'-jZ sur les rapports entre le satrape et les villages de la haute vallée du Tigre. Cf. Briant. p. 103-loG. le tribut est payé collectivement par chaque village à l'administration royale 54): il semble même qu'y existait le principe de la responsabilité collective des villageois. moyennant quoi ils étaient exempts des autres taxcsj-à rapprocher de Philostratc. P. 4. (\'V'elles. 24). 81). soit en partie au concessionnaire 56). '92) 4 villages de Babvlonie devaient fournir la nourriture aux élevages de chiens indiens. Briant. 3'-jZ. ils continuaient de verser collectivement le phoros. lignes 1r-IJ). cil. 4. 8). Il apparaît tout d'abord d'une manière très claire que le village est une Imité fiscale. aussi Strabon. 5. 54) P. 1. . ne IS. 24 et 34). Xénophon. 2. Hérodote. pour reprendre la terminologie des Economiques du Pseudo-Aristote? III.27. RE·] 1973. 5. p. p. '973. A"'. là-dessus.. et non des villages eux-memes. P. IV.. LXXV. '972. voir RÉA 1973. 3: les revenus du village de Gaugarnèles avaient été affectés par Darius 1 il la nourriture du chameau 'lui l'avait aidé dans son voyage si diilicilc il travers les déserts de Scythie. 58) Cf. soit à l'administration royale directement 58). 46. 1. XVI. lac. ): les villages d'Arménie élèvent des poulains en guise de dasmos royal (ibid. Beilr({ge zur Achamellidellgeschichtc. Que représentent les villages au sein de cette "économie royale". en effet. 38: villages de Babylonie chargés de nourrir les bètes sauvages capturées par les rois parthes. è III. Re. Briant. n. IV. Dandamavcv qui juge que les dons par les rois achéménides étaient faits sans restriction aucune (Cf. aussi III. A. si un groupe de villageois quittent le village. 59) La reine perse recevait des villages pour ses dépenses (cf. 5G) Cf. et RÉA. 8 (textes s'appliquant aussi il l'époque achéménide).è. t . l.

p. par exemple. que le village forme une unité de production 66). p. recouverts par des couches postérieures (romaine. 143. Briant. trouvé en Lydie Katekauménè. Les /. 29' ct n. il est évident.. Colloqlle Je Besanio» 1 974. byzantine ou turque). le problème débattu est celui de la répartition (dia/estai) du territoire qui dépend du village. P. 115. Sur la date. o GIS. qR: "le changement de domicile ne rompt pas le lien d'origi ne"). Il ne fait donc guère de doute. 102-101). Dittenberger. village. voir également Philostrate. 24. n" 10-'3. remontent il une période antérieure: voir. mais. La Carie. Re. terre ct habitants (/'lOi) sont "donnés" en même temps (cf. il paraît logique de supposer qu'il constitue aussi une unité économique. 159-160. 62) Ainsi D. les mentions de villages se multiplient. l'essentiel des impôts pèsent sur la terre à l'époque achéménide et hellénistique 63). p. Etudes anatoliennes. Cc n'est pas le seul cas où. Krcissig. p. En effet. VApoll. peut-être parce-tlue les villages reçoivent des institutions de type grec ct. qoc pour un historien. une civilisation de l'écrit est plus facile à étudier qu'une civilisation de l'oral. 12. 65) Dans les inscriptions hellénistiques. J.VILLAGES D'ASIE ACHÉMÉNIDE ET HELLÉNISTIQUE 179 Il s'agit d'un décret de la kôtnè de Kastolos. Magie.lOi sour adseripti uici (cf. à coup sûr. 2) il l'époque romaine. 1°5. cf. on ne peut pas conclure ipsofacto il l'absence d'institutions délibératives.. de Philadelphia 60). les réflexions de L. Orientis graeci inscriptiones se/eetae (OGIs). 64) Sur les frontières des villages. à une trentaine de km. n" 488. p. Il faut tenir compte en effet de deux choses: 1) beaucoup de sites hellénistiques ont disparu. transcrivent sur pierre leurs décisions. 66) Contra H. 60) Dittenberger. à propos des "villages sacrés". avec les progrès de l'alphabétisation. villageois forme un tout indissociable 65). Robert. 18-20. villages. L. 488 n. Roman Rule. Il Yest fait mention de la réunion de tous les villageois (kôtnetai) sur l'invitation des Anciens (gerousia). 61) Cf. sirus inrra territorium l'agis". Il semble donc faire une référence directe à un terroir communal 61): je suis tenté d'y voir une répartition périodique des soles entre les différentes familles qui composent le village. Le témoignage est tardif. à mon avis. Remarques. Inst. 4: "Ager paganorum cornmunis. n. p. - 151- . Remarqnes. Bikcrrnann. Sél. J. mais cela n'incite-t-il pas justement à étendre le cas aux villages hellénistiques 62)? D'autres indices nous y invitent: . 63) P. Welles. cf. Or chaque village possède un territoire et des frontières qu'il défend contre les empiètements de ses voisins 64): l'ensemble terre. de l'absence d'écrits.le village formant une unité fiscale. Robert. 36-39 (disputes entre villages). Briant. pendant longtemps on n'a disposé que de documents d'époque romaine pour étudier des institutions qui.

p. p. le kômarque semble être chargé de réunir le tribut et de le verser au satrape. On peut également penser que ce gouvernement 67) Xénophon. Anab. 68) Relevé par D. ROll/an Asia Minor.180 P. d'après un décret d'un village d'Asie Mineure romaine. Peut-être s'agit-il de plus ancien des chefs de famille? Il est vrai que la réponse à cette question suppose connue la stratification sociale à l'intérieur de la société villageoise. Sel. Rien n'est dit sur la manière dont est choisi le kômarque. ou les affaires cultuelles par exemple 70). On a vu également que. Le texte donne le titre (dioieète) d'une fonctionnaire communal qui a restauré la stèle à ses frais. 22 (cité par I3roughton. en revanche. SllIdien. avec l'autorisation duquel les troupes grecques peuvent prendre leurs quartiers 67).. et par les rapports qu'établit le village avec l'autorité supérieure (monarchique. Aucune mention de kômarque n'est connue pour l'époque hellénistique. 263.24. ROH/an Rille.Sur les problèmes posés par ces textes. Magie. Tout conduit à supposer que l'absence de textes hellénistiques est dûe au hasard 69). le village payant collectivement le tribut..IV. urbaine). 6. p.7): consécration d'une stèle par les villageois d'un village thrace (Thrakiokôrnetai) pour se procurer une bonne récolte. elles se multiplient à l'époque romaine 68). On en est loin! L'une des fonctions de ce gouvernement interne est de dialoguer avec l'administration royale. Hasluck. Bikerman. p. l. 70) Cf. Rostowzew. cf. Dans chaque village est attestée la présence d'un chef de village (kômarqtle). E.10 et 24. Chez Xénophon 71). jHS.. BRIANT III. 5. Inst. . 109: "le tribut était payé au nom de la communauté par ses chefs". celle-ci prenant des décisions sur les affaires intéressant le village: les problèmes de terre. 1026-1027. L'un des textes de base date de l'époque achéménide: il s'agit des villages arméniens décrits par Xénophon. 3. ce village de Kastolos comprenait un Conseil des Anciens (Gerot/sia) et une assemblée générale des villageois. il fallait bien que les administrateurs financiers (dioicètes ou économes ou eclogistes) royaux trouvent devant eux des interlocuteurs reconnus et par les villageois et par les autorités satrapiques 72).5. Il. 72) Cf. 1'1. 69) nu. L'existence de la communauté se marque aussi dans les textes par un got/vernement interne. 7 1 ) Allab. - 152- . p. XXIV (1904). '43. p.

Sur les interventions du roi parthe dans les conflits de frontières entre deux villages voisins. La Carie. Welles. n. RC. 307. Tiurin 77). 4. Ghirshman dans un village susien des VIIè. les kt/rtal des tablettes de Persépolis formaient la couche la plus basse de la population perse libre. 19jI(3). L. Un décret hellénistique de 188 av. 39. COI/grès des Orlrntalistes. fait même une allusion très claire à l'ambassade envoyée par des villages cariens auprès des légats romains. Moscou. 106) qu'il s'agissait d'Anciens des villages. Il. 307. n. p. j'ai déjà supposé ailleurs (Remarq/les. liées entre elles. 3: appel des autorités (romaines) à la connaissance que les "indigènes (egkorioi)" ont du tracé des frontières. 2. cf. 74) L. c'est là une hypothèse qui n'est pas corroborée par une étude sur l'origine ethnique des kt/rtal. O. ù - 153- . 4.è. lignes 11-14: l'hyparque royal vient s'informer auprès de 3 villageois de deux villages sur les frontières reconnues entre les deux villages. p. Philostratc. 3°3-312. 147.. dont 73) Cf. 196o. p. n" '9. les ambassadeurs viennent défendre les intérêts des villages contre les prétentions de la cité d'Apollonia H). . 21. Il est beaucoup plus difficile de connaître de manière précise l' organisatio» sociale de ces communautés villageoises. 77) VDI. n. Mais.Vlè s 76). 76) Cité supra. . La conquête perse puis la conquête macédonienne ont-elles modifié la cohérence interne des communautés villageoises? Selon V. VApoll. Peut-être ces ambassadeurs avaient-ils été désignés par l'assemblée des kômètes? III. comme M. n. cf. 75) Ibid. Robert. 4. Pour comparaison. Dandamayev l'a montré 78).. le village était formé par la juxtaposition de plusieurs unités familiales.Actes du XXV. I. seuls capables de rappeler les limites ancestrales fixées entre les deux villages. Robert. il est probable que les villages avaient déjà envoyé une ambassade auprès du roi Antiochos III quelques années plus tôt pour une raison analogue 75). ct la remarque p. 78) "Esclaves et étrangers sur les domaines des rois achéménides et de leurs nobles" (en anglais).154. c'est à dire les membres des communautés rurales qui avaient perdu leur lot de terre et qui travaillaient sur les domaines des rois et des nobles en grand nombre. et gouvernées par un patriarche: c'est ce que semblent démontrer les résultats des fouilles menées par R. La Carie. n 167 et commentaire p. Il est probable que. n° 166. A.VILLAGES D'ASIE ACHÉMÉNIDE ET HELLÉNISTIQUE 181 interne intervenait lorsqu'il s'agissait d'affaires de bornage 73). dans les premiers temps.

Le kômarque est accompagné d'un fils ct de nombreux parents qui vivent avec lui.beaucoup de villages ne som pas à l'écart des grandes voies de communications: hommes et marchandises circulent à travers l'Orient achéménide et hellénistique. Vll. mais des prisonniers de guerre venant de plusieurs régions de l'empire achéménide. Briant. 1-8. . Pour l'époque hellénistique.. . les villages voisins comprennent des hommes qui SOnt liés à lui par des rapports de parenté (synggeneis). 114-115. Remarques. des éléments de confort domestique 83). 81) Plusieurs villages sont devenus des étapes (statlJmoi) des grandes routes royales (Elien. on doit aussi admettre que la structure ancienne de la communauté villageoise n'a pas disparu complètement: mais s'agit-il d'une véritable survie ou d'une simple survivance? En tout cas. P. la question des rapports sociaux à l'intérieur de la communauté reste posée. 8') Cf. Pnpyrnsaraméens d' J1. Diodore. et cela pour raison: . l'expression "ta uparchonra autois" dans les inscriptions hellénistiques. IV.-inab. p. 1\'.6. 4. ni réduction en esclavage de type classique des paysans dépendants (laoi) 80).. il n'y a pas eu transformation générale et brutale des terres communales en terres privées. 10j -106. Cependant. XX. parfois aussi des 79) Anab. 1. 80) Sur ce point. on peut donc supposer qu'une classe de marchands est née 81).182. P. cf. il est vrai. n 67). Grelot.~)'Ptc. Voir aussi Xénophon. L'égalité théorique entre les familles n'a pas dû être complète. '4sqq. il convient de ne pas exagérer les conséquences de la conquête macédonienne: pour l'essentiel. - 154- . )2. Nat. est trop allusif pour être considéré comme véritablement probant. La description que fait Xénophon 79) des villages arméniens à la fin du Vè siècle indique l'existence de liens familiaux entre membres de villages voisins: le témoignage.. 9'. Paris (1972). si l'on admet notre hypothèse sur la résponsabilité collective des villageois et sur la rotation périodiques des soles familiales. . cf. 83) Ils possèdent leur maison.il existait aussi très certainement des artisans dans les villages. j. IV. la communauté villageoise y a survécu. on sait en effet que les laoi séleucides possèdent leurs instruments de culture 82). '7. BRIANT le plus grand nombre (et de loin) ne sont pas des Perses. XIX. voir l'exemple d'Arbèles cité dans un papyrus araméen d'Egypte comme une étape sur la route vers la Babylonic.3. voir P.

Svenciskaja. Mossé au Colloque de Besançon '974. en opérant. en particulier dans les communautés villageoises les plus ouvertes.qui continuent à vivre en villages 85). . 85) Par exemple les Pèdes sur le territoire de Priène (l/lSch. '7. VDI. Cf. n" 1: lettre d'Alexandre où il est question de "ceux qui habitent dans les villagcs'") 86) Cf. .à celui des hilotes lacédémoniens ou des pénesres thessaliens 80): les anciennes communautés villageoises de "libres" sont devenues sujettes de la cité. . rien ne permet.VILLAGES D'ASIE ACHÉMÉNIDE ET HELLÉNISTIQUE 183 armes ou des matériaux bruts 84). Un grand nombre de villages sont implantés sur les terres des temples ou des villes. Cette sujétion se marque essentiellement par le versement d'un tribut 84) Ibid. l'Asie n'est pas peuplée uniquement de paysans royaux travaillant la terre royale ou la terre concédée. D'autres types de communautés autres que la communauté villageoise existent. IV. - 155- . Ill. 1. aussi la communication de Cl.au problème des antiques communautés villageoises.. Ho-RI.on peut même se demander dans quelle mesure le gouvernement royal n'avait pas intérêt à jouer des antagonismes naissant à l'intérieur des communautés. . Dès la première vague de colonisation grecque sur le littoral anatolien (début du Ier millénaire). Tout cela suggère que des différenciations sociales se sont fait jour assez rapidement. .. à ma connaissance. et à s'appuyer sur une micro-classe dominante. Ce processus de récupération des institutions villageoises par les conquérants est discernable assez nettement à l'époque romaine: malheureusement. en particulier les villes. de mener l'enquête pour les périodes achéménide et hellénistique. IV. 4. dans un premier temps. Prient. C'est sur cette dernière catégorie que je voudrais faire maintenant quelques remarques. une distinction entre cités grecques et villes orientales (babyloniennes en particulier). '967 (4).souvent brutalement. Les textes épars que l'on possède assimilent le statut de ces populations. les conquérants ont été confrontés. (La situation était différente dans les régions reculées). Villages et villes Mais.

Remarques. BRIANT à la cité: c'est à dire que. je voudrais donc seulement ici faire quelques remarques: a) un grand nombre de documents déjà étudiés montrent que la communauté villageoise est restée vivante. 9. P. Il est probable que cet état de dépendance ne s'est pas modifié avec la conquête macédonienne 87).p. citée s/lpr". les dons de terre aux cités d'Asie Mineure ou les fondations de villes nouvelles auraient conduit à l'insertion progressive des anciens laoi dans les cadres civiques ou para-civiques. pour d'autres. les populations' soumises participent à l'accomplissement de l'idéal d'autarcie de toute cité grecque.P. la conséquence de la conquête aurait été la diffusion de la propriété privée et du mode de production esclavagiste en Orient. li plus qu'ailleurs la conquête macédonienne n'a pas été profondément 87) Principaux textes sur les villages sur les territoires des cités. c'est à dire des paysans dépendants 89). au lieu de payer leur pioros directement au roi. b) le don de terre et de villages par le roi ne modifie pas la nature de la dépendance des paysans. ou parfois peut-être aux colons militaires. L'organisation interne de la communauté n'en est pas affectée: les laoi restent des laoi.vlinor. l'une et l'autre interprétations sont insoutenables 88). En vérité. voir J'étude de P. La discussion des principes et des conséquences de l'urbanisation hellénistique mériterait une étude à part. ROIJ/rln Asia - 156- . par leur travail. 88) Là-dessus. la territoire de la cité et les populations qui le travaillent (en dehors des citoyens eux-mêmes) sont indispensables pour la survie même des citoyens. Gn'('40. n. 107S'1'1' 89) Sur les bierodouloi. Dcbord. dans Broughron. c) bon nombre de régions d'Asie Mineure et d'autres parties de l'Asie sont restées sans cité pendant tout l'époque hellénistique. Le problème est ailleurs: la cohérence interne de la communauté villageoise fut-elle brisée et le statut des paysans changé par une politique systématique d'urbanisation menée par les rois hellénistiques? C'est là une thèse couramment professée: pour certains savants en effet. y compris sur les terres des cités. les villages le versent aux cités. . Briant. cf. ou aux temples.

et p. en principe dépendant de la cité. protégés par les (fonctionnaires royaux] contre la ville" 91). cf.è. p. On a l'exemple vivant de la politique inverse dans une inscription grecque du début du IIès av. Sur ce point. et que les laoi continuent de fournir l'essentiel de la force de travail sur cette terre 93). 36. qui transcrit un décret de la cité carienne d'Apollonia de la Salbakè: ce décret prouve que. Briant. elle n'a pas abouti à la disparition brutale des anciennes communautés villageoises ni à un démembrement des états sacerdotaux d'Asie Mineure 92)... " - 157- . Remarques.è. n. On a l'impression qu'ici les indigènes sont. elle n'a apporté aucun changement de fond dans l'organisation traditionnelle des populations paysannes 90). la mise au point et la bibliographie de L. n. par ailleurs si soucieu. Cette politique est restée d'une ampleur relativement restreinte à l'échelle des territoires royaux. L. "Ainsi. Robert. de marquer nettement les limites quantitatives et qualitatives de la politique d'urbanisation hellénistique. Si l'on en juge à la situation que révèle la révolte d'Aristonikos en 133 av. \°9. on se rend compte que dans le royaume attalide l'essentiel de la terre est royale. dans un litige opposant la cité aux villages sacrés des Saléens (populations indigènes). ibid.1 I l . à tous points de vue. La Carie..dépens des villages. l'administration royale intervient dans le sens des représentants des villageois. Il convient donc. ainsi le principe de la responsabilité financière collective du village constituait un gros avantage et une garantie sérieuse pour le roi. n'a pas supprimé les villages sacrés indigènes en les intégrant dans une cité grecque. On comprendrait d'ailleurs assez mal que les rois. La conquête macédonienne n'a pas apporté de modifications fondamentales dans le mode de production 90) 91) 92) 93) Voir supra. 297. le roi . p.. n.. se soient évertués à s'appauvrir au profit des cités. 296. de s'appuyer sur les villages. Robert. d'une certaine façon. au total. Voir P.VILLAGES D'ASIE ACHÉMÉNIDE ET HELLÉNISTIQUE 185 ressentie. d) c'est une erreur d'affirmer que la politique des rois hellénistiques a été systématiquement de favoriser l'extension des villes aux . Il était bien préférable pour eux. nO 166."{ de leurs intérêts matériels.

Ils occupèrent les champs de blé autour de la ville. Noms ÎlldZ~illles dans l'Asie Mineure grëco-romaiue.186 P. En conséquence. Brentjes. IV. RAu. 247). dans une étude ambitieuse et suggestive 96). L. p. Cesellsch. BRIANT dominant (que l'on peut qualifier du terme marxiste de MPA). 20. Briant. 98) Quinte-Curee. telles la Cappadoce 94) ou la Mésopotamie. P. 5. Brentjes. on peut bien dire que. p. En outre. Les cavaliers quittèrent la ville (tlrbs) et s'établirent dans la campagne (in cmnpis) 98). 1965) sur la "primitive dcrnocracy". X. "Zum Verhâltnis van Dorf und Stadt in Altvordernsicn". 2. A cet égard.. Wiss. XIlI. p. Ces villes ne constituaient pas seulement une unité architecturale. 3. Justin. je voudrais citer un texte de Quinte-Curee qui décrit de manière très explicite Babylone et son territoire en 323. possédaient un réseau urbain très ancien. dans leurs rapports avec l'autorité royale. ibid. Cf. à insister avec autant de force sur la politique d'urbanisation des rois hellénistiques. une stasis (sécession) se produisit entre la phalange et la cavalerie macédoniennes 97). Zeitscbr. REA 1972. 8. on oublie que le problème des rapports entre le village et la ville se posait en Asie avant la conquête macédonienne. Univ. JI-I 3. par 94) Cf. A la mort d'Alexandre le Grand. 7. 24°-252. voir aussi P. le problème des rapports entre la ville et le village se posait en termes de dépendance du second par rapport à la première: c'est un point sur lequel a tout particulièrement insisté B. ru dans la stratification sociale. 457-523. ce qui amena les citadins babyloniens et les phalangires macédoniens au bord de la famine 99). mais leurs habitants réunis disposaient aussi d'un certain droit de décision dans la gestion de leurs propres affaires 95): sans nier la spécificité historique de la Polis grecque. 17 (1968). De nombreuses régions. Robert. Briant. p. Paris. 96) 13. 37. (P. R. Ha!!e. [96" p. - 158- .. AlItZ~o11e!e Borgne. 9-41: campagne exploitée par une classe dominante urbaine. 97) Cf. X. villes orientales et cités hellénistiques se trouvaient dans une situation comparable de dépendance. 99) Quinte-Curee. Il ne fait aucun doute qu'en Babylonie comme en Asie Mineure. 95) Voir les différentes études parues depuis plusieurs années (cf. "ceux de la campagne.13riant.

de l'expression "tous ses biens en ville et à la campagne". à Marakanda. tels certains propriétaires de l'Athènes classique: l'existence de cette classe de propriétaires citadins est confirmée par des inscriptions néo-babyloniennes 103). qui versent une partie de la récolte aux citadins. 44sqq.VILLAGES D'ASIE ACHÉMÉNIDE ET HELLÉNISTIQUE I87 crainte de voir leurs fermes (villac) et leurs villages (vici) ravagés. Diodore.les villages: sans doute s'agit-il de paysans dépendants. VIII. 190. 13. où l'on peut souligner la fréquenee. Quinte-Curee. aussi Hérodote. p. IV. 3 (Gordion). RIDA. 1967. à Xenippa (Sogdiane). ou aux temples 102). Anab. Celui-ci est. I.. organisé selon deux types d'exploitation différents: . à Ecbatane de Médie. aussi Hérodote. XIX (1972). et les citadins. Le récit de Quinte-Curee donne de Babylone l'image d'une ville vivant en autarcie sur son territoire 1b1). Szlechter. - 159- . VDI. devant l'insuffisance du ravitaillement. 2. La présence de villages sur le territoire des grandes villes de l'époque achéménide est attestée à plusieurs reprises: dans la capitale de l'Arménie. dans les campagnes. Le cas de Babylone n'est probablement pas isolé. 46. une volonté de gommer les différenciations régionales. Briant. 7 (Arménie). XII. Cette observation n'implique pas.les grands domaines privés (villac) aux mains de riches Babyloniens. 103) Voir E. 6. XIX. menées conjointement par des 100) Ibid. dans les dons matrimoniaux. A. qui possèdent également une résidence en ville. M. 102) Cf. Dandamayev. 10 (Marakanda). ne se pose pas différemment à l'époque hellénistique et à l'époque achéménide. "Temple et Etat en Babylonie". je plaide pour des études comparées. X. 80s'1q. l'Asie ne constitue pas une entité sociale homogène: il est hautement probable. 3ès. P. à Gordion en Phrygie 101) ••• Tous ces rapprochements incitent à conclure que le problème des rapports ville-village. 4. . semble-t-il. par exemp le. 17-39. VII. ville-roi.. (Kclainai): Strabon. 8. Quinte-Curee. p. 14 (Xenippa). que le régime des terres en Babylonie présente des caractéristiques spécifiques. j. p. de ma part. se réfugièrent dans la ville. à Kelainai de GrandePhrygie. I. Anf~~one. 104) Xénophon. "Les lois néo-babyloniennes". chaque catégorie jugeant la résidence de l'autre plus sûre que la sienne" 100). 101) Cf. village-roi.. 4 (Ecbatane) (cf. 96-98). Cependant.

C. XVII (1958). sans doute. Alrheim. sociales) sont très grandes entre l'empire achéménide et les états hellénistiques 107). et G. - 160- . y ajouter "Propriété foncière et formes de dépendance dans l'hellénisme oriental".188 P. politiques. n. 105) Voir aussi G. 9. voir en particulier H. Cardascia. 297-300: u . et bien au contraire que les continuités (administratives. cf. "L'esclavage dans les villes d'Orient pendant la période hellénistique".. REA. pour dire bref. l'Assyriologie est devenue une discipline 'classique' en ce sens qu'elle peut alimenter des synthèses effectuées par des non orientalistes". . et pourraient mener. Gnon/on zJ.è. voir aussi P. on doit admettre que la conquète d'Alexandre n'a pas apporté de moclifications fondamentales dans les modes et les rapports de production de l'Asie achéménide 10'). RHD. ou bien encore.lNES. 1967. Briant. . Krcissig . Kreissig. éventuellement en les opposant. ibid. p. à l'ébauche d'une vision globale de l'histoire rurale de l'Asie ancienne du Ier millénaire av. 107) Sur les rapports entre les Economiques du Pseudo-Aristote (fin IVès) et les renseignements tirés des tablettes élamites de Persépolis. mai 1974)). BRIANT spécialistes des sources "orientales" et spécialistes des sources "classiques" 10'). En effet. "D'Alexandre le Grand aux diadoques: le cas d'Euméne de Katdia". J'ajouterai que la démarche inverse est tour aussi féconde.. n. De telles études permettraient de comparer. '95 r 19zsqq. Cameron. IVè Colloque de Besançon (l1Ial 197. 34-49. déjà F. Vè Colloque de Besançon (2-. que l'histoire des états hellénistiques d'Orient fait partie intégrante de l'Histoire de l'Orient. références aux travaux antérieurs de H. 168sqLl'Sur les continuités administratives. 106) Sur ce point. le statut des populations rurales dans différentes régions et à différentes époques.): "les prétendus états hellénistiques d'Asie constituent une phase particulière dans le développement de la formation orientale ancienne et non dans la formation antique" (cf. LXXIV (197Z).

dont Alexandre doit faire le siège (.Description du Pasitigre.cf.suivant une fâcheuse habitude (3) . la région est rattachée à la satrapie de Suse (.18.Parménion prend la route vers la Perse. 16-17) .. Le récit d'Arrien se présente de la façon suivante: 1 . 5 . 1-6) : Alexandre fait mine d'accepter le principe du versement d'un «droit de passage» . Médatès. Si les récits des deux derniers se rejoignent sur l'essentiel. de son côté. Entre la Susiane et la Perside uniquement une «étroite entrée» [artum aditum) (.II. 3) .1).1-l7) et Diodore (XVlI. voir maintenant P. 3 . Au bout de cinq jours. 4 . .L'intervention de Sisygarnbis permet aux défenseurs d'éviter le massacre . mène une expédition dans les montagnes. . 17). Alexandre quitte Suse. Un mouvement tournant permet de surprendre Médatès par les hauteurs (. Les Ouxiens conservent leur territoire.. 4 . 1981. obsidio). Le récit de Diodore est bâti sur le même modèle que celui de QuinteCuree. il dévaste toute la région (. un Perse. 15) . 8 : castellum exiguum et ignobile). 5. 10) . 5 . C'est en janvier 330 que le roi. 2 . Quinte-Curee (V. font aussitôt leur reddition à Alexandre (. Etat et pasteurs au Moyen-Orient ancien. et arrive à la «terre des Ouxiens» (eis tèn Ouxiôn gèn) (. 6) .214 P. Les historiens d'Alexandre constituent notre source la plus documentée sur les Ouxiens du Khuzistan (1)*. L'essentiel du récit est alors consacré à la lutte menée par les Macédoniens contre les «Ouxiens de la montagne» (.4 : - 161- . soumis au satrape. mais il est moins développé et surtout moins précis: (. 16).I 7). mais doivent verser un lourd tribut en nature (. il a une année avec lui.Alexandre. Cratère massacre ceux qui réussissent à s'échapper vers les montagnes . l) . Alexandre surprend les habitants dans leurs villages .3. 3) . se heuna à ce peuple.. 2 . ils divergent profondément du compte-rendu présenté par Arrien. Il faut donc en revenir aux textes. Alexandre le franchit et parvient dans le «pays des Ouxiens» (in regionem Uxiorum) (. Briant. Il semble que l'origine en soit l'emploi de sources différentes (2). et d'ignorer purement et simplement les informations transmises par Quinte-Curee et Diodore (4). 4 sq. tandis qu'Alexandre se dirige vers les Pyles Persiques (11I. D'une façon générale.BRIANT LA CAMPAGNE D'ALEXANDRE CONTRE LES OUXIENS (DÉBUT 330) (*) A)· Deux traditions.67). venant de Susiane. Quinte-Curce présente ainsi la succession des opérations : 1 . il arrive aux Portes Persiques (. traverse le Pasitigre. les auteurs modemes. Parménion est mis à la tête du gros de l'armée et des bagages et doit rejoindre la Perse par la «route de plaine» (campestre iter} . est chargé de sa défense ( regionis praefectus) .) Sur "ensemble du problème posé par les rapports établis entre les peuples pasteurs du Zagros • et le grand Roi puis avec Alexandre. la population du nays obtient l'exemption de tribut (. et s'enferme dans la «ville» (. ont choisi de paraphraser Arrien. munie d'une citadelle (.Cambridge. Paris . 11 : arx . Les faits nous sont connus par Arrien (J. 3 .Les «Ouxiens de la plaine». 1) . rendezvous est pris avec les Ouxiens . 5 : urbs).

Deux campagnes. mais ce ne fut certainement pas le cas du «satrape». en 5 jours. soumis au satrape. C'est possible (5) . La division en deux expéditions distinctes n'a d'ailleurs pas échappé à Quinte-Curee qui écrit qu'après la soumission de Médatès et les ordres donnés à Parménion. 2 . moyennant le versement de phoroi annuels à Alexandre. ni terre arable ( y fi 0 Lex É p y &. le roi parvient aux Pyles Persiques (XVII. La seule solution. Description du cours du Pasitigre et de la riche chôra des Ouxiens. elles commandent le passage qui mène dans le «pays des Ouxiens» . V. qui dispose d'une armée importante et d'une place forte (j 4).Puis. Quinte-Curee. pour chaque année.15-16. (](jJlocrlo TnV xwpexv O~)(e:t:v). Au surplus. ç e: cr \)ex lo ).1). qui s'étendent jusqu'en Perse : «II dévasta toute la contrée» (omni hac regione vastata]. à 500 animaux de transport. Le tribut fut fixé.Alexandre trouve les passages [parodous} gardés par Médatès (ef ~ 5). 4 .. Alexandre octroya la liberté et l'immunité à tous ceux qui s'étaient rendus et - 162- . terme sous lequel on doit reconnaître le praefectus regionis.DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 215 1 . là où se trouvent les sources du Pasitigre (9). Deux «traités». qui s'était engagé personnellement auprès de Darius à défendre les défilés (6). la mère de Darius implora le roi en leur faveur.III. Arrien affirme en effet que les Ouxiens de la plaine (oi ta pedia oikountes). 3 . c'est d'admettre que la campagne s'est déroulée en deux phases successives et distinctes.Après cette victoire Alexandre «se rend maître de toutes les citées (poleis) de l'Ouxiane» (j 5) .l7. Non content de pardonner à Médatès. Alexandre se lança dans les montagnes. les Ouxiens n'avaient ni argent (ehrémata). C). Alexandre passe le fleuve (j 1·3) . C'est ce que rend (fort mal) Diodore en écrivant qu' Alexandre s'empare de «toutes les villes de l'Ouxiane». en venant de Suse et du Pasitigre . mais ils étaient pour la plupart [oi polloi) des pasteurs (nomeis)». à 100 chevaux. allusion probable aux menées des Macédoniens contre les villages [kômai} des Ouxiens de la montagne (11). Il me paraît donc certain que Quinte-Curee et Diodore décrivent la campagne du roi contre la «plaine». Quinte-Curee (Diodore) et Arrien ne peuvent donc pas faire référence aux mêmes affrontements. et Arrien l'assaut mené contre les «montagnes des Ouxiens».5) .3. écrit : « . 68. située dans la plaine (chôra pediada}. pour qu'il leur donnât leur territoire pour y habiter ( ôoüvot.. et à 30 000 moutons. c'est-à-dire dans la plaine (8). expression dans laquelle on peut reconnaître les massacres et pillages perpétrés chez les Ouxiens de la montagne (10). En effet. fils de Lagos. seule cette interprétation permet de comprendre les divergences irréductibles existant entre les renseignements d'Arrien et ceux de Quinte-Curee sur les conditions imposées par Alexandre aux Ouxiens : Arrien.5 : «Ce fut seulement avec difficulté que [les Ouxiens1 obtinrent d'Alexandre le droit de conserver leur territoire [chôra}. Selon Ptolémée. qui rapporte lui aussi l'intervention de Sisygambis (voir ci-dessous). B) . La «ville» (7) et la citadelle sont situées à l'entrée de l'Ouxiane. n'ont pas résisté. Mouvement tournant qui surprend la garnison (j 4.. c'est à dire Médatès.

il semblerait que. l'immunité de tribut.Deux routes. retranché dans sa citadelle. La solution de ce problème vient de Quinte-Curee qui. à le lire. En même temps. semble-t-il. dans un premier temps. Il est donc clair que les deux traditions sont rigoureusement incompatibles. pouvaient profiter d'une exemption de tribut pesant sur les productions du sol (agros sine tributo colere permisit j. la résistance) (16). aux trente parlementaires. Quinte-Curee précise en effet que l'intervention de Sisygambis . mais sous conditions. Alexandre décide de rattacher à la satrapie de Suse cette région des Ouxiens qui jusqu'alors. Alexandre «laissa la ville intacte» (urbem reliquit intactam}. de plus. les derniers résistants et les prisonniers reçurent la «liberté et l'immunité» (libertate et immunitate donavit) . qui. il semble même que certains d'entre eux se sont rangés du côté des Macëdoniens contre les Perses (18). il laissa la ville intacte. le roi impose tout naturellement un tribut en bétail. «préfet de la région» (des Ouxiens de la plaine). Alexandre réunit la nation des Ouxiens à la satrapie de Susiane». dans un premier temps. de ne pas appliquer à Médatès et aux Perses le «droit grec de la guerre». Médatès avait proposé à Alexandre de se rendre. tuer les résistants. Le sens de ces dispositions est évident: le roi a accepté.d'une part. . Le texte de Ouinte-Curce fait référence aux Ouxiens de la plaine.piller ou même détruire la ville ou la forteresse (17) . formait un gouvernement particulier. C'est pourquoi. On a vu qu'Arrien fait allusion à une information qui . présente une explication beaucoup plus cohérente et beaucoup plus acceptable. Le sens de la requête qu'il fait secrètement à Sisygambis est clair. Seule l'intervention de I~ reine fit revenir Alexandre sur son premier mouvement.216 P. qui. Cependant. étant donné la résistance qu'il a rencontrée. . non par les montagnards ouxiens. Alexandre avait répondu qu'il n'était pas question de «pardonner» (sc. C'est la raison pour laquelle le roi leur concède. Alexandre aurait songé à les expulser de leur territoire. BRIANT à tous les prisonniers .fut requise. D) . qui l'autorisait à :.. avait opposé une résistance farouche aux assauts macédoniens. seuls. mais par Médatès.dit-il. il reste une question capitale - 163- . à titre tout à fait exceptionnel.vendre les prisonniers en esclavage. il est donc proche parent du Grand Roi (15) . à un peuple de pasteurs. • d'autre part. et autorisa les gens à cultiver le pays sans payer de tribut . le «traité» imposé par le Macédonien comprend deux parties distinctes. mais non clairement distinguées par Quinte-Curce : a) des clauses en faveur de Médatès et des survivants de la garnison perse: Médatès obtint la vie sauve. il avait épousé une nièce de la reine (14).. Mais on ne comprend pas très bien pourquoi une princesse achéménide serait intervenue en ce sens. dont tout laisse supposer qu'ils n'ont pas pris part directement à la lutte contre Alexandre. b) des clauses en faveur des Ouxiens de la plaine. non moins exceptionnellement. La solution tombe sous le sens : le texte d'Arrien est applicable aux Ouxiens de la montagne qui avaient opposé une résistance désespérée à Alexandre . Après l'avoir soumise.provient de Ptolémée : l'intervention de la mère de Darius en faveur des Ouxiens de la montagne . La confrontation des deux traditions permet donc de proposer une reconstitution logique et plausible. alors en «résidence surveillée» à Suse (13) . en particulier sur la question essentielle du tribut (12). . une nouvelle fois.

puisque la route royale Suse-Persépolis la traverse. les Arachosiens.et donc celui de la prétendue route royale -.Alexandre doit faire beaucoup d'efforts pour emporter la position tenue par Mëdatès . le but de la campagne dans les montagnes des Ouxiens était d'ouvrir la grande route. la campagne contre les montagnards est en effet capitale. les Perses et Darius sont en déroute complète (20). les Mèdes. ils ont vaincu les Perses.puis gagne les montagnes contre les Ouxiens «d'en - 164- . sont soumis au satrape perse. et réduit les Ouxiens. que des soupçons graves pèsent sur la tradition rapportée par Arrien. Dans cette hypothèse. Alexandre doit donc faire un détour pour attaquer ce peuple. il envoie Parménion en Perse par «la route de plaine» (iter campestre) (27) .Après sa victoire sur Médatès. 3 . La conséquence. tous ensemble. et au bout de trois jours entre en Perse.lui-même gagne les montagnes : il dévaste toute la contrée. 11 me semble que la tradition rapportée par Quinte-Curee doit être préférée. contre la plaine et contre la montagne? On est bien obligé de souligner. Au contraire. que cette campagne contre l'Ouxiane ait revêtu une grande importance.il s'empare sans coup férir de la plaine. En revanche. si Quinte-Curee ne donne pas beaucoup de détails sur l'assaut donné par Alexandre dans les montagnes. il ne le passe pas complètement sous silence (19). On peut considérer que cette interprétation n'a jamais été contestée (26). En effet. que contrôlaient les montagnards grâce à des défilés (23). doit-on suivre pour apprécier l'importance relative des deux campagnes. Dans son récit. Or la séquence chronologique présentée par Quinte-Curee est bien différente : 1 . d'Arrien ou de Quinte-Curee.sc.DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 217 à envisager : qui. Ces Portes franchies. : . les Ouxiens de la montagne ne la contrôlent pas . . Arrien repousse tout naturellement après la soumission des montagnards l'envoi de Parménion par la route directe. ce qu'on peut appeler les «Portes Ouxiennes» se situent à l'entrée de la plaine en venant de Suse. Niant au contraire la réalité des combats dans la plaine. dès l'abord. le récit de Quinte-Curee montre que le Grand Roi avait demandé aux «gardiens des portes» d'opposer la plus vive résistance à l'avancée d'Alexandre. puis au bout de cinq jours dans les gorges dites «Portes de Suse» (28).d'une telle présentation. sa séquence chronologique est tout d'abord plus acceptable. dans son discours d'Opis. D'ailleurs. Selon Arrien. à lire Arrien. le pays des Ouxiens de la montagne. d'un passage ultérieur d'Arrien (22) . les Chorasmiens et les Hyrcaniens de la Caspienne. paraît tout à fait curieux. certains habitent la plaine. et se rendirent à Alexandre à son arrivée». . . Arrien nie purement et simplement l'existence d'un pôle de résistance menée par les Perses de Médatès dans la plaine. en Ouxiane comme aux Portes Persiques (21). 2 .sinon même l'objectif. me semble-t-il. c'est de laisser entendre que. Etant le seul à distinguer deux campagnes militaires. on peut suivre sans difficulté la grande route qui mène à Persépolis. Dans ces conditions. Mais le trajet d'Alexandre. ce n'est qu'après cette campagne qu'Alexandre envoie Parménion par la «route carrossable» (amaxitos] qui mène vers Persépolis tandis que lui-même prend la route des Pyles Persiques par les montagnes (24). . Alexandre rappelle à ses soldats que. puisque successivement. C'est également ce que laisse entendre Strabon (25). c'est ce qui ressort. puisqu'il écrit (je le rappelle) : «Parmi les Ouxiens. les Bactriens et les Saces. depuis Gaugamêles.

il n'y a évidemment plus de garnison perse. c'est-à-dire de la plaine (chôra pediada} (40). la route est encaissée. Stein (48) . en 317. à partir du Pasitigre.d'un grand nombre de petits postes de transmission. Sous ce terme. de la même «région des Ouxiens». et les ordres sont ainsi transmis d'un poste à l'autre jusqu'à ce qu'ils arrivent aux limites de la satrapie» (46). Le pays est riche en tous les fruits de la terre (42). que traversait la Grand-Route avant d'obliquer vers le Sud. me semble-t-il. qui avait pour lui une armée considérable . En témoigne· outre la présence de la forteresse du Klimax . la position tenue par le Perse Médatês en 330. La route traverse une région plus élevée. fit parvenir cet ordre en une journée à des endroits éloignés par une marche de 30 jours (45). le roi examina avec soin v la force de la position ( dl v ô Xu p (h a r a r W r cl 11 W v) . Peukestas. Cette Route royale· comme il est logique d'ailleurs· était donc tenue d'une main ferme par les Perses. La grande route de Suse à Persépolis était donc bordée sur toute sa longueur (47)· et en partie en Ouxiane . en 317. Cette interprétation est corroborée par le récit que fait Diodore du voyage qui. • enfin regagne les montagnes pour rejoindre les Portes Persiques (31). choisies parmi les indigènes (egk6rioi) qui ont la voix la plus forte. c'est une ») - 165- . sur ces collines on a établi des sentinelles très rapprochées. Or. parent de Darius. Essayons de rassembler les résultats acquis et d'en donner une traduction toponymique : 1) dans sa première partie. le trajet de la Route Royale achéménide est relativement bien connu depuis les recherches d'A. la route traverse une riche région (39) : c'est une description analogue que fait Diodore (XVII) du «pays des Ouxiens». on est encore dans le climat étouffant de la Susiane (35) . le climat y est plus frais et plus sain (41). elle traverse la plaine de l'Ouxiane. La route se divise en plusieurs sections: 1 . elle évite la haute montagne où vivent les Ouxiens de la montagne. Les distances sont calculées à portée de voix. est arrosé par des sources abondantes (43). La Perse est un pays garni de nombreux vallons et de collines élevées . Sommé par Eumène et Antigène de convoquer 10 000 archers perses (44)..BRlANT haut» (29) redescend dans la plaine pour donner des ordres à Parrnénion (30). alors sur les bords du Pasitigre. en partie. 3 . A l'époque d'Eumène. torride et nue . c'est la route de plaine (le campestre iter de Quinte-Curee) . les Ouxiens de la montagne ne s'opposèrent en rien à sa progression. jusqu'à Persépolis. les défilés étaient impraticables (& 11 0 p 0 ô e: Û'( W v ô' ë v r W v Xp n IJ v Wv (38). vers Persépolis. 2 . l'existence d'un système de signalisation que l'on voit fonctionner en 317. fi paraît tout à fait illogique d'admettre qu'Alexandre se soit embarrassé des bagages pour mener l'assaut contre les Ouxiens de la montagne.218 P. conduisit Eumène de Kardia du Pasitigre à Persépolis (32) Le diadoque emprunta la même route suivie par Alexandre (33) puis par Parrnénion en 330. En vérité. décrite ainsi par Diodore (37) : «Alexandre trouva les passages (tous parodous) gardés par Médatês. tout s'éclaire si l'on adopte la présentation de Quinte-Curce : la «route carrossable» (Arrien) prise par Parménion. dès lors. l'aspect change à partir de «ce qu'on appelle l'Echelle [Klimax]» (36). fi s'agit donc bien. mais qui remontait certainement au temps de la domination achéménide. à une date où pourtant Diodore souligne qu'ils restent indépendants (34).. il convient de voir.«grâce à la disposition ingénieuse des postes [phylakai} .

.cit.1·3 .cf.6.l7. très riche.[cf.V. A.. D.3. où est construite une «ville». par opposition aux «montagnes des Ouxiensi où naît le Pasitigre. 67. C.4-5. .V. dirigée par Médatès..16. Références A. Ce pays désigne la «plaine».III. 3) C.xlX. D.C. A.V.1.1 :satrape1 C.D. Exemption de tribut concédée à la population . Difficultés d'Alexandre pour emporter le position . D.V. par d'étroits défilés.IlI.l7.67.xVII.C.V.67. A. . .16.1-2.2).17.1 A..3. .V.4. C. et où vivent les Ouxiens «de la montagne» B L'entrée de Ia plaine ouxienne est barrée .D.21.Cf· A.3.4.. praefectus regionis .4.D.67. ..V.67.67.3.V.67.. A.3.D.XIX. passe le Pasitigre et arrive au «pays des Ouxiensi . redescend dans la plaine et arrive à Persépolis .67.1-3.68.l7.etCloc.5sq.D.17. C. . 5(cf.3.1.2.1.l7. C. .21 2-3). C. Ravage et pillage dans les villages .1 .III. «Honneurs de la guerre» accordés à Médatès et à la garnison grâce à Sisygambis . Après la déroute des Perses.1 O.XVII.3.5sq . Plaine ouxienne rattachée à la Susiane .3.5 . . - 166- .2{XIX.D.15·16.1.V. D.V.C.l8.15 C.LA CAMPAGNE D'ALEXANDRE CONTRE LES OUXIENS (Début 330) Phases A Déplacementset trajets d'Alexandre Alexandre quitte Suse. C.5.3.l7..3.l8.1.V.V.2·3(D. C Alexandre se lance contre les montagnards ouxiens ..cf·D.A.3.69.18.3. D.3.V. [A..2.l7.] C.67 .67 .D. Parménion envoyé par la Route royale vers Persépolis . munie d'une forteresse et d'une garnison perse importante.3 .XVII.3.V.. C.15. Tribut imposé aux montagnards . Alexandre poursuit immédiatement vers Pyles Persiques .cf·A.3 .l7.

c'est sur lui autant et plus que sur Ariobarzanès (chargé des Portes Persiques) que reposaient les espoirs de Darius en une immohilisation d'Alexandre en seuil de la Perside (63). le territoire des Ouxiens de la montagne voit naître le Pasitigre (Karun) (60) .les défilés des Ouxiens se situent sur le trajet d'Alexandre venant de la plaine de l'Ouxiane et allant vers les Portes Persiques.que l'on reconnaît aujourd'hui dans l'impressionnant défilé du Tang-i-khas situé quelques kilomètres à l'Ouest de Maliyun (56) : de là. b) la route parcourue par Alexandre est plus courte . Quinte-Curee (65) ne s'y est d'ailleurs pas trompé. franchit le Copratas (Abd-é-Diz). il ne distingue pas une campagne parti- - 167- . c'était donc dans les «Portes Ouxiennes» défendues par Médatès et non aux Portes Persiques que s'ouvrait toute grande la grande route carrossable qui menait sans difficulté majeure à Persépolis (62). L'expédition contre les Ouxiens de la montagne ne revêtit en revanche qu'une importance secondaire. A la vérité. Il se confirme ainsi que la source de Quinte-Curee a eu parfaitement raison d'insister sur la résistance de Médatès . on peut proposer des localisations relativement précises pour les Ouxiens : a) les défilés tenus par les Ouxiens de la montagne se situent au Nord-nord-est de Fahliyun en allant vers le Tang-i-khas (Portes Persiques) (58) . Herzfeld qui (59). lui-même.me semble-t-il.que la plaine de l'Ouxiane (cultivée par les Ouxiens «de la plaine») se confond avec l'actuel bassin de Fahliyun. de Suse. 2) comme l'a confirmé récemment une étude de S. Conclusion.i -Khas. à partir de Fahliyun. se dirige vers l'Est. puissante «Porte» située à 12 km au Nord-Ouest de FaJùiyun (61). C'est le trajet emprunté par Parménion après la soumission de Médatès . stricto sensu. le roi redescendit dans la plaine vers Persépolis (57) . on ne peut même pas parler. reconnu par E. Kazerun et Shiraz (54). a parcouru l'itinéraire de Telespid au Tang. La plaine de l'Ouxiane était bien une position stratégique de première grandeur. on ne peut manquer de conclure . b) dans ces conditions. puis le Pasitigre (Karun) (probablement à Shustar) (49). d' «expédition» : le detour d'Alexandre s'explique uniquement par l'objectif qu'il s'était fixé. je propose de les identifier avec le défilé de Gerden-a-Nigel (1227 m) aux abrupts impressionnants. la route divergeait en deux branches au Sud du bassin de Fahliyun (Telespid) (53) : a) la grande route carrossable (c'est-à-dire Yamaxitos d'Arrien et l'iter campestre de Quinte-Curee) gagnait Persépolis via Nurabad. Cette localisation en entraîne une autre. puis oblique vers le Sud-sud-est (50) par Ram-Hormuz et Behbéhan. disperser les forces perses concentrées dans les Pyles Persiques. ville à partir de laquelle elle remonte vers les montagnes par la vallée de l'Hindiyan : c'est sans doute la partie de l'itinéraire décrit par Hiéronymos (51) comme brûlant et dépourvu de ravitaillement. En 330. . 3) dès lors. celle de la ville et la citadelle tenues par Médatès en 330 au débouché de la route royale venant de Bast : les défilés surveillés ainsi par Médatès sont probablement reconnaissables dans le Kotal-i-Sangar. c'est-à-dire : . BRIANT route de plaine et de piémont qui.220 P. Hansman (52). et évitait donc les Portes Persiques. Cette localisation s'accorde parfaitement avec la tradition ancienne. puisque la Route Royale évitait leur territoire (64). elle suivait une piste de montagne qui permettait d'atteindre les Portes Persiques (55) .

t tU Pd. Pt!vm. ( "..trd.rnwrion.r-SAIZJAr/ ----.. ~ .jd d 'A'~Xi1ndlY: ----- lr~jt. . ." .TRAJET f)'AL[XANfJ/{f EN 330 /)[ BIlST Al/X PORTES p PEIlJI()UEJ o u x / [ N PORTeS OVX/fNNES .urs l1iJtulunpeJI.':(Jl~l.!!Ol) .fJ/Irù [JlEIlZrELO .

180-18l.19. Arrien place la capture de Bucéphale lors des affrontements contre les Ouxiens. Alexandre _prit la crête des montagnes dont la chaîne Ininterrompue s'avance jusqu'en Perse. .. PLU· - 169- . entre en Perse...5. il n'en reste pas moins que Quinte-Curce constitue notre source la plus complète et la plus cohérente qu'il convenait de réhabiliter. l'existence de deux traditions divergentes sur les Ouxiens apparaît également dans Anab .17. Avec des troupes légères.18·21 . P. VI. Cf. V. Lui seul et Diodore (issu manifestement de la même source) font part de l'existence d'une forte armée perse à l'entrée de la plaine ouxienne en janvier 330. dans le discours d'Alexandre à Opis (66). au bout de cinq. au bout de trois jours. li dévaste toute la région [des Ouxiens) et.DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 221 culière contre les Ouxiens puisqu'il écrit : «. En tout état de cause.6 : Ptolemaios de a Lagou lege. • expression sous IaqueUe on sent une certaine réserve d'Arrien.6 . p. si Arrien apporte des renseignements précieux sur les Ouxiens de la montagne. dans les gorges dites «Pertes de Suse». C'est là et non dans la montagne qu'Alexandre rencontra la résistance la plus forte et la mieux organisée : d'où peut-être l'importance que revêt cette victoire sur les Ouxiens • en fait sur les Perses d'Ouxiane .76. QUINTE-CURCE. XVU. m. supra. En définitive. alors que les autres auteurs (DIODORE..BRlANT * * * * (1) (2) Cf..7-8 ..

1938. BERVE. 1 et 2. 339. 4042 . 200 n. aussi ibid. p. DIODORE. STEIN. . mon Antigone le Borgne. 111. cf.4.67. p. 1940. n. Ibid. Par exemple UI.67. Remarquons que lors de sa marche contre les montagnards. 1 résout la difficulté selon la méthode habituelle: «Cette contradiction directe de [de Quinte-Curee 1 peut absolument ne pas faire le poids face aux informations précises d'Arrien ••.2. ARRIEN. la manœuvre d'enveloppement de la ville défendue par Mèdatès est rendue possible gnlce aux indications des «indigènes» qui connaissent particulièrement bien les lieux (periti locorum) . Cf. (Sur leur localisation possible. Glotz IV·I. Anab. DIODORE.29.67 . 1974. Haute-Mësopotamie orientale (1962). V. QUINTE-CURCE.73. 354. qui essaie (à tort) de combiner ces passages avec ARRIEN.. n. Sir A. H. 39 sq.12. empeiros tôn topôn)qui conduit la troupe du stratège Tauron (QUINTE-CURCE.6 et 10) au-dessus de la citadelle.11-19. par un chemin secret.11. 1.1. Cyrop.17. en particulier p. VII. n. V. DIODORE. 711). p.B.2. V.4 .1 . p. pour comparaison XllNOPHON. p. p. il note (p. BERVE. V. 44) rapportent l'épisode lors de l'invasion du territoire des Mardes de la Caspienne.5.1. Il. C. DIODORE.1-3.1.14 . 372. Quinte-Curce a probablement voulu rendre tout à fait évidente l'efficacité des prières de Sisy· gambis» ! QUINTE-CURCE.3. JOUGUET. p.3.1. V. XVII. 1970. 42.3. supra. 4).17.67. Zur Verwaltung .3. - 170- . p. Alexander ofMacedon.5 et DIODORE.241-243. V. 216. QUINTE-CURCE. p..4 : Alexandre envoie Cratère se saisir des hauteurs. Dareum propinqua cognatione contingens . n. DlLLEMANN.6 : pro fide morituros (défenseurs de Kelainai . il ne repousse pas le récit du premier. ci-dessous). infra.4 : syg· geneis Dareiou. WELLES. n. Old Routes of Ancient Iran. p. mon Antigone.. mais ne propose pas de solution au problème (cf. il faut sans doute entendre la résidence du satrape. COHEN. QUINTE-CURCE. Cf. VII. WILCIŒN. 101-118. 35 . 243. et n'a donc rien à voir avec la lutte contre Médatès.. à rapprocher de QUINTE-CURCE. cf. (Cf. BERVE. Alexandre utilise des guides susiens (ARRIEN. 149 . cf.67. n.22 . 169-170 et 244-245). Cf. 741 (Tauron) note l'opposition entre QuinteCurce et Arrien . 311. 111. Cf. Alexander and the hellenistic worlâ. Déformation du même type en 1. • Sur cet épisode. 106 . XVII.• Cf. DIODORE. 102-103. cf. (Cf. 1Il.3. 110-112).3. Alexandre le Grand.. p. R. 1. p.I7. P. Sous ce terme.2. V.4.9. 1Il.2). 71. XllNOPHON. Alex. BERVE. n. 86 ). peut-être aussi un paraâeiso« (cf.DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 255 (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) (11) (12) (13) (14) (15) (16) (17) (18) (19) (20) TARQUE. GREEN.5. et non des guides ouxiens comme dans la plaine. le texte d'Arrien s'applique à l'expédition contre les Ouxiens des montagnes. p. Ibid. (Sur le personnage.3. p.. XVII. 1932.17-22 . QUINTE-CURCE. c'est un guide ouxien [Ouxios to génos.•. JULIEN. VIII. que l'on peut démasquer (là-aussi) grâce à QUINTE-CURCE. P. aussi L. Cf.10. 104). V 2. DIODORE emploie fréquemment polis et kômè l'un pour l'autre (cf. suit pour l'essentielle récit d'Arrien. XlX.4 : pro fide. QUINTE-CURCE. mon Antigone le Borgne. P. 111. Paris (1973). 11. c'est-à-dire un château et des villages attenants. Il.3. etc •. L'impérialisme macédonien et l'helléniration de t'Orientl-. XVII.483 : Madatès).17. p. 1961 .. XVII.3. Il. 3) que Quinte-Curee a peut-être réuni deux opérations distinctes d'Alexandre. en fait. Alexanâerreich Il. QUINTE-CURCE.6-8.16-17. cf.

vint lui rendre hommage: cf. Alex•• 37.2l.2. 118-119). XV. 270.67. m.3. cit). c'est ce que suggère en tout cas la description de Shustar (37) (38) (39) (40) (41) (42) (43) (44) (45) (46) (47) (48) (49) (50) - 171- . est très convaincante. LE RIDER. c'est le trajet suivi par Assurbanipal lors de la 7è campagne : à partir de Suse. Cf. G. Cf.17.21. XVII. PLUTARQUE.21.l. p. Le passage par Masj-i-8ouleiman n'est qu'hypothétique (G.3. XVII. 73-90.67. BRIANT Sur la résistance perse aux Portes Persiques.. plus récemment voir aussi l'étude de S. (22) (23) (24) (25) (26) (27) (28) (29) (30) (31) (32) (33) (34) (35) (36) m. venant lui-même de Masj-i-8ouieiman située à une quarantaine de km. p. STEIN.. cf. XVII.3.6 (Voir supra.7. Arabistan und Fars. 1972). XIX.3.6 . HANSMANN CIran. avec plusieurs cartes hors-textes en couleurs.2l.1-3. LE RIDER. il est vrai que tel n'était pas l'objet essentiel de la démonstration qui.2l. S. l'auteur suivant Arrien en plaçant la division des forces entre Alexandre et Parrnénion après l'expédition contre les Ouxiens (p. STRABON. V.4. 270.18. GIDRSHMAN. XI.17·23 .68 passim. Old Routes.256 (21) P.3 (artum angustum} et 7 (angustias). Sur la première étape.1: ek de toutou .68.21. (Terme classique pour décrire un déÏ11é . cf. LE RIDER. 53 (1907). V.. XVII. XIX.67. XIX.3. 3 et XVII.17.4. n. m. NB.18. Suivi par G. Eine Reise durch Luristan. DIODORE. loc. passim. p. V. Cf.is. Sur cette route Bagdad-Shiraz. Petermanns Mitteilungen. QUINTE· CURCE. Ibid.2-3. DIODORE.3. l'Assyrien traverse la plaine sur 32 km jusqu'au Copratas (Ab-é-Diz) qu'il franchit à Dur-Untashi puis. VI. par exemple PUNE. m.2 :dia tôn orôn. au bout d'une cinquantaine de km.18.16. Ibid•• et DIODORE. 217-220. sur la route de Bushir à Shiraz selon Stein. ARRIEN. (NB : Arabistan : autre nom pour Khuzistan).17.13. aussi QUINTE-CURCE. p.67. 17.C.2-3. sans confronter Arrien à Quinte-Curce . Suse. Old Routes. 49-03. XIX. m.1O.6. 27-28 (19501951). R.3 et XVII. XIX. voir aussi le compte-rendu de voyage de E. X.1). XIX. DIODORE XIX. Ainsi A. On peut aussi bien supposer en effet que la route obliquait vers le Sud dès après le passage du Pasitigre . m. qu'il vient d'occuper. parvient SUI le Pasitïgre (Karun) à Shushtar (Sostrate) où Cyrus Ier.i. avec la Planche VIII (pont sur le Karun à Shustar construit par des prisonniers romains sous le roi Chapour 1er).17. p. Syria. STRABON. IiERZFELD.26 : Climax Megale. V.2-3. IV. XIX.s~. pour le reste.2·3. Suse.4. XV. p.10.2. Ibid•• 17.2-5.3. Diodore décrit tout le parcours du Pasitïgre à Persépolis.2·9 .3. 2). très certainement inspiré d'Hiéronymos de Kardia. VII. 3943 .

Sur l'étape de Fahliyun.4. GeographiclllMemoirs on the Persian Empire. étant située sur le Karun qui.67. et qu'Alexandre a marché vers Persépolis à partir du Nord-Est. p. 175-193 et Mèdes·Perses . East and West. London 1813 . Alexandre mit 5 jours pour gagner les Portes Persiques à partir du pays des Ouxiens (de la plaine). cit. KlNNEIR. Cossaei.17-17) correspond parfaitement à l'itinéraire entre Fahliyun et le Tang-i-Khas (Jran. dans - 172- .1. DIODORE. GHIRSHMAN.3 . ctt. avec des troupes légères. par Naqsh-i-Rustarn et Ishtahr. ») . VANDEN BERGHE. l'auteur renvoie à OLMSTEAD.T. 118) note que deux pistes permettent de relier Maliyun à la grande route Shiraz-Persépolis avant le pont sur le Kur. 279) la division opérée entre Alexandre et Parménion (dont il est longuement question ici) avec celle qui eut lieu alors que l'armée (commandée par Alexandre) était déjà entrée dans les Portes Persiques (cf.B. 85-86. Sur l'étape de Shiraz. dont le texte est en réalité d'une rare négligence (<<Hillmen. p. 519.16 : après avoir confié le gros des troupes à Parménion. ). lac. Mais. lac.1. en particulier p. 84 : «La vallée se rétrécit finalement jusqu'à une Porte dans le roc large d'environ 120 m.7. Parrnénion a rejoint Alexandre à Persépolis même. sorti des gorges dans une plaine très fertile. l'accès à Persépolis se faisant par Marv Dasht à partir du Sud-Ouest. Apud DIODORE.17 et DIODORE XVII. il s'agit de l'Araxe.. et. Archéologie de l'Iran ancien (1959). parmi lesquelles on distingue les restes d'un pavillon royal (sur les contreforts du Zagros) sur la route qui menait de Suse à Persépolis. (Cf. Uran. Dans cette hypothèse. QUINTE-CURCE. HANSMAN.. HERZFELD. 119).g. HALLOCK. p. Syria. Peman Empire. p. XVII.3.21. Avant de donner l'assaut contre Ariobarzanès. S.. prit la crête des montagnes dont la chaine ininterrompue s'avanoe jusqu'en Perse».6). p.. Philotas et Koinos vers la plaine (eis ta pedion) en leur donnant mission «d'y construire un pont sur 1& rivière qu'il devait franchir pour entrer en Perse». c'est-à-dire pour atteindre Persépolis (ARRIEN. p.17. depuis. 118-120. V. Excellente description (la meilleure) du site dans E. HERZFELD. Hansman remarque que la description de la piste de montagne donnée par QUINTE-cURCE (V. 245-285. voir R. 280-281) propose l'identification avec la passe d'Ishtahr située à 8 km environ au Nord-est de Persépolis. Selon toute probabilité. lac. cf. p. «Alexandre. Reise.1·2 . Cf. p. p.DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 257 (51) (52) (53) (54) (55) (56) (57) (58) (59) (60) (61) par R. Reùe. ARRIEN. 162 etS. Iran. E. 24 (1944-1945). Je précise qu'une récente publication de l'archéologue M. 1972. voir aussi R. ruled by Medates . m. 219-220 : la ville occupait «Une situation géographique de premier plan. Reise. (cf.5). Reconnue et décrite brièvement par HERZFELD. V. Voir déjà Mr D. PFT.2). p. HANSMAN. QUINTE-CURCE. 85. NICOL (Reoent excavations near Dorudzan. l'auteur confond en particulier (p. STEIN.3. XIX. p. m. il est plus probable que le passage du Kur s'est fait plus au nord. 224 : découvertes d'importantes ruines achéménides.. p. O/d RQutes.3.18. aussi QUINTE-CURCE. et DIODORE. X (1972). GHIRSHMAN.68. 119. 1972.3. mais la démonstration est fort peu convaincante . devient navigable depuis cette ville ( . comme les sources anciennes ne disent rien d'une jonction avec l'armée de Parménion qui arrivait de Shîraz.B. aussi L. cit. Alexandre avait détaché Amyntas. p. là où précisément M. Selon QUINTE-CURCE V. p. 20 (1970).18.69. Celle-ci est un nœud de routes partant dans plusieurs directions». dans l'article cité à la note précédente) a retrouvé les traces archéologiques d'un pont et d'une chaussée achéménides.. HANSMAN. 57). XIX.. p. 18-27. XVII. et plus récemment S.. NICOL (p. 269 sq. avec la planche VII.3. A.V.

.. Cf. or. 3) Quinte-Curee a mêlé deux expéditions distinctes d'Alexandre.•dont le fleuve principal est le Falhliyun qui vient du Sud .E..(. Travaillant uniquement sur des textes (anciens et modernes) j'ai quelque scrupule à m'opposer sur ce point à Stein. O/d Routes. manifestement synonymes.16-17. Diodore faisant de Médatès le défenseur de défilés. SteIn identifie le Kotal-i-Sangar avec la position tenue par les Ouxiens de la montagne en 330.3.. 111.). lac. selon Hansman. Cependant. n. 1972. V.. Et donc. Alexander o[Macedon.qui se situe à peu près à égale distance de Behbehan et de Shiraz . et éviter de fonder sa reconslruction sur un seul document. p. . Quinte-Curee le mettant à la tête d'une ville et d'une garnison : selon STEIN (p. ou bien (ainsi P. car ce que risquait Alexandre c'était précisément d'y être immobilisé. Iran. il est clair que Stein s'est appuyé essentiellement sur Arrien. qui donne la traduction du nom persan sous l'appellation «Passe du mur de pierre» . V.(appelé ici «Portes Ouxiennes») -. et qui considère donc que les deux expressions s'appliquent au Tang-i-Khas dénommé Portes Persiques par Arrien et Portes de Suse par Quinte-Curee (Roches Susiennes par Diodore). . . L'ampleur des chiffres montre qu'il ne s'agissait pas d'une simple garnison permanente. L'orientation générale de la documentation ancienne ne nous permet pas d'élucider complètement la stratégie perse.On est tenté de qualifier d'absurde un dispositif qui consistait à masser toutes les forces de Perside en un seul endroit situé sur un itinéraire détourné (cf. p. p. 1974. Persian Empire. quippe ultimo pro [ide experiri decreverat. il était plus prudent d'anéantir les très fortes concentrations de troupes perses: 40 000 fantassins et 700 cavaliers selon ARRIEN. homo. comme il en existait certainement en temps normal : HANSMAN. De là la route de Kazerun par Nurabad est ouverte». 176-177 a d'ailleurs proposé de voir dans le Kotal-i-Sangar. HANSMAN.4 : (Médatès) . en tout état de cause. IV. ARRIEN. . STEIN (Routes. HERZFELD.. ne nous donnent aucune information sur le voyage de l'armée conduite par Parménion ni même sur son arrivée à Persépolis: de ce silence des sources. 119-120. à la double appellation des tablettes d'Ur.10. Sangar-iNadiri. GREEN. pour leur verser des phroroi et des «cadeaux.mais bien d'une véritable armée de réserve qui risquait de prendre l'offensive sur les arrières d'Alexandre et (éventuellement) de couper ses communications avec la Susiane.) . lac. - 173- . En fait. BRIANT laquelle subsistant les décombres d'un mur qui en barrait l'entrée. qui. le défilé qui dans deux tablettes d'Ur du 2è millénaire reçoit les deux appellations. .258 P.3. il faut prendre garde que les auteurs anciens. cit•• p. en jugeant en outre que le récit de Diodore conforte celui d'Arrien et s'oppose à celui de Quinte-Curee. le Grand Roi devait faire un détour qui l'éloignait de la grande route (supra. Mais. 42.2. même un voyageur doit se préoccuper des contradictions existant entre les textes. par ailleurs et surtout. soucieux avant tout d'exalter les exploits personnels du roi.5-{j. ce qui correspond très exactement.l). cit. de «Clef du pays d'Anshan» et «Clef de l'EIaJ1l». On peut évidemment se demander pourquoi Alexandre a jugé bon d'attaquer par les Portes Persiques.Le site a également été visité et décrit par STEIN. VlI. ne pouvait pas compter sur une résis- (62) (63) (64) (65) (66) tance indéfinie de Médatès aux Portes Ouxiennes. 310) d'arriver avant l'armée macédonienne à Persépolis. QUINTE-CURCE. on pénètre dans la vallée de Telespid . HANSMAN. Toute cette reconstruction et l'argumentation qui la soutient sont ruineuses pour toutes les raisons que j'ai déjà indiquées ci-dessus. 18-19) pensait qu'A1exandre était pressé de s'emparer des trésors perses: mais cette réponse est quelque peu paradoxale. .C. 118-120 qui localise Anshan dans le bassin de Maliyun. 39-43 (avec photographie 10-1l).18.. A travers la Porte de Sangar. contra S. p. A. p. on ne peut pas conclure évidemment qu'il n'existait pas de garnisons perses sur la route royale Fahliyun-Kazerun-5hiraz-Persépolis.

ils m'appellent leur maître. C'est bien plutôt que les nombreuses études de M. Godelier a réaffirmé très clairement le primat du consensus idéologique: « L'exemple des Baruyas fait apparaître que la force la plus forte du pouvoir.Contrainte militaire. c'est le consentement.f-696al. Godelier.elle être purement théorique?). capitalistes. le consentement des dominés à leur domination» 2. Comment donc interpréter la naissance des classes et de l'Etat? » 3. J'y exprimais quelques réserves. Amin relatives au rôle de la « violence organisée» et du «consensus idéologique» dans le processus de domination. (Scholion d'Hybréas le Crétois: Athénée x. l'auteur est revenu à plusieurs reprises sur ces problèmes. et le paradoxe semble bien résider en ceci que de ces deux forces qui composent le pouvoir de domination d'une caste ou d'une classe sur une autre.. dépendance rurale et idéologies religieuses en Asie achéménide » 1. dépendance rurale et exploitation des territoires en Asie achéménide Pierre Briant « Riche je suis.de M. le consentement est une force plus forte que la violence. Godelier ont eu et ont l'immense mérite de réintroduire l'instance idéologique dans l'étude des sociétés pré. Nous voyons comment intervient dans les sociétés sans classes la violence physique à côté de la domination idéologique» la. L'étude présentée ici doit être mise en étroite relation avec une cornmunication discutée lors de la Table Ronde de Besançon de 1977 et consacrée à « Forces productives.. 69. en l'articulant avec l'analyse de l'Etat et des structures socio- - 175- .largement convergentes sur ce point . même au sens le plus positif du terme. ils tombent à mes genoux. avec lui je suis salué comme maltre de la gent servile. mon épée et le beau bouclier qui protège la peau. violences physiques. L'une et l'autre s'insèrent dans un débat théorique autour des positions . avec lui je foule le doux raisin de la vigne. Avec lui. Godelier avait tendance à sousestimer le rôle de la contrainte militaire. Godelier et de S.. par ma grande lance. ils m'appellent Grand Roi JO. ce n'est pas la violence. Depuis lors. ce n'est évidemment pas pour introduire une étude purement théorique (comment d'ailleurs une étude historique pourrait . Ceux qui n'ont pas l'audace d'avoir lance et épée et le beau bouclier qui protège la peau. En même temps M. répressions psychologiques. avec lui je moissonne. Si je cite longuement M. ou bien: «Ces composantes [de tout pouvoir de domination et d'oppression] sont la violence et le consentement. considérant que M. je laboure. ceux-là s'inclinent. encore moins pour engager une polémique. Il s'est d'abord vigoureusement défendu « d'ignorer ou de nier l'existence de la ' violence organisée' au service de la reproduction des rapports de domination: violence dans le discours.

le tribut représente le symbole et la réalité première de la domination politique et de l'exploitation économique des populations de l'Empire. Il ne s'agit donc pas non plus de mener un raisonnement alternatif: consensus idéologique ou contrainte militaire. Cette réflexion s'organisera à partir de l'étude d'un empire tettitorial. Reste à montrer comment elle s'exerce concrètement. On ne peut manquer non plus de souligner la composante militaire de l'idéologie monarchique achéménide 7 etc. il - 176- . Gnoli écrit par exemple: «La monarchie de Cyrus était essentiellement une monarchie militaire soutenue par la force guerrière d'un peuple surgi depuis peu dans l'histoire. G. proclarne-t-il ". Le Cyrus de la Cyropédie exprime à plusieurs reprises cette réalité: les Perses devront s'enrôler dans l'armée « s'ils veulent devenir les maîtres de l'Asie et jouir de ses richesses ». celle-ci étant manifestement le support essentiel de la domination achéménide. Il ne fait d'abord aucun doute que le but de la conquête. au sommet l'administration satrapique collectant le tribut 8. 550-330). Dans quelle mesure. l'Empire achéménide qui a dominé l'Asie pendant un peu plus de deux siècles (v. lequel tenta de l'imposer aux différents peuples de l'empire sous le vêtement des diverses monarchies traditionnelles »6. je crois. c'est la sujétion politicomilitaire des peuples d'Asie et la levée du tribut: comme l'indiquent inscriptions et représentations figurées achéménides. Une telle étude se confond pour une part avec celle de l'organisation des territoires royaux: à la base. Le problème précis posé et étudié ici sera celui du rapport entre la contrainte militaire et la dépendance rurale. constitué de régions extrêmement diverses et spécifiques. [Profits économiques de la conquête de l'Asie]. il reste que les termes dans lesquels il pose le débat font problème: une étude historique concrète peut permettre. Empire immense. Il ne s'agit donc pas de prouver l'existence de la contrainte militaire dans l'Asie achéménide: elle relève de l'évidence. les villages tributaires. mais bien plutôt de tenter de saisir l'articulation dialectique des instances. de vérifier la valeur et les limites éventuelles de la théorie. Si je suis globalement d'accord avec lui sur la fonction de l'idéologie comme élément fondamental de structuration et de reproduction d'une société 5. voir de l'enrichir. I CONQUÊTE MILITAIRE ET MAIN-MISE SUR LES FORCES PRODUCTIVES HUMAINES 1. et dont on doit dire d'entrée qu'il a été construit par la conquête militaire. A ses satrapes. selon quelles modalités les troupes d'occupation et les garnisons (ou colonies militaires) jouent-elles un rôle (et quel rôle?) dans le maintien et le fonctionnement de cette dépendance rurale? Tel est le problème.PIERRE BRIANT 49 économiques 4. et en premier lieu des populations rurales 9.

En réalité. Avant l'attaque. la regardant comme commune aux deux peuples. È'II "TI xwpq. Ce panégyrique royal fait donc de Cyrus le restaurateur de la sécurité et de la paix.. et à y porter tout ce qui était nécessaire» 20. et si nous avions un fort (phrourion) à nous sur leur sommet. Dès que le Chaldéens furent mis en déroute.O'''Tl xaÀ.1a"a (. L'occupation des hauteurs contraignit les Chaldéens à faire la paix avec Cyrus.xat Èpù(.tel qu'il nous est fait par Xénophon . fabriquait de beau /fv (ë "L xa). Cyrus « fit construire immédiatement un fort. Il donna ordre à Tigrane d'envoyer quelqu'un auprès de son père [roi d'Arménie] pour lui demander de venir avec tout ce qu'il y avait de charpentiers et de tailleurs de pierre» 17.. les uns et les autres. 2. le roi lui-même partit en expédition de reconnaissance « pour voir où il construirait un fort» 15. si elle ne lui envoyait ce que le pays produisait. ces montagnes que nous voyons sont aux Chaldéens. [Conquête de la Chaldée et soumission de l'Arménie]. « munit la forteresse d'une garnison suffisante et de tout le nécessaire. afin que même en restant ici [en Perse].50 PIERRE BRIANT fixe comme tâche de lui envoyer « ce que chaque sol produit de beau et de bon. qui présida lui-même à la . réconciliation' entre Arméniens et Chaldéens: l'un des articles essentiels du pacte prévoyait que les Chaldéens pourraient travailler les terres du roi d'Arménie. Pour permettre aux uns et aux autres de travailler dans la sécurité (asphalôs) 19.11] ~!. 1\CPÙOL"O 1\ "pÉCPOL"O 1\ "EX'IIiji"o)>> 12: paysans. et y laissa comme chef le Mède dont il jugeait que le choix serait le plus agréable à Cyaxare» 21. avant son départ. de se montrer raisonnables avec nous» 16. Tout le récit de l'expédition en Chaldée montre qu'aux yeux de Cyrus le contrôle des points hauts est la condition première du maintien de la domination perse. des deux côtés on se mit avec ardeur à construire une forteresse. Le récit de la conquête de la Chaldée et de la soumission de l'Arménie . Le roi d'Arménie avait contrevenu aux obligations que lui avait imposées Astyage: payer tribut. et le bienfaiteur (évergète) des peuples vaincus par la force - 177- .. Si nous nous en emparions. « Et ses y a de bon partout (ë "L sujets lui étaient si dévoués que chaque nation croyait se faire tort. Dès son entrée dans le pays. nourrissait. ne pas posséder de forteresses (. et que les Arméniens pourraient faire paître leurs troupeaux sur les pâturages des Chaldéens 18.è'll1] o. le pouvoir appartient au seul Cyrus qui.ELV) 14. les Arméniens et les Chaldéens seraient obligés. envoyer des contingents.1'a60'll) » Il.o'll aù"oi:c. les Perses aient part à ce qu'il "U YU èxo.est très révélateur d'une politique consciente qui vise à enrôler tous les paysans d'Asie dans le système de la dépendance généralisée 13. éleveurs et artisans de l'Empire doivent donc travailler pour le profit et le luxe du Grand Roi et de son peuple de soldats conquérants. car il avait constaté que les postes d'observation des Chaldéens se trouvaient dans une position solide et bien pourvus de points d'eau. Cyrus décida de conserver les hauteurs: «Dès que le traité eût été conclu. il tint cette harangue à ses troupes: «Mes amis.

. "t7]V yTjV) . En effet. l'intensification de la production agricole et pastorale allait profiter en bonne part au conquérant lui-même. intégration etc. [Conquête. dont chacun tenait des forteresses 31..CjJo"tÈpOt<. Arméniens et Chaldéens purent contribuer à l'augmentation de la production agricole et pastorale. les Perses contrôlent désormais tous les points hauts. Cette notice doit évidemment être mise en relation avec le versement du - 178- . . nous constatons qu'elle" est organisée autour de deux principes complémentaires: monopole militaire des Perses (et des Mèdes). Grâce à sa rouerie diplomatique. Je veux donc que dès aujourd'hui vous viviez entre vous comme des amis. d'une part.PIERRE BRIANT des armes 22. grâce à la paix et à la sécurité offertes par les citadelles et garnisons perses 26. Si nous analysons la réalité de la conquête. Mais. Cyrus a doublé le montant du tribut dû par l'Arménie 30. je croirai être venu ici pour votre bien. renforcement de la dépendance tributaire des peuples conquis et/ou soumis: en effet.. Le premier résultat de ce pacte fut la réactivation des travaux agricoles: «Les champs se couvrirent de travailleurs . Cyrus avait constaté « qu'une grande partie du territoire arménien était déserte et inculte à cause de la guerre » 27. Cette extension des surfaces cultivées allait grossir les revenus du roi d'Arménie 29.) et que vous unissiez vos familles par des alliances » 33. En d'autres termes. et d'utiliser les pâturages des montagnes chaldéennes 28. niens devait permettre de cultiver les terres arméniennes dépeuplées et en friche. comme en fait foi le discours qu'il tient aux Cariens: «Si je rétablis la paix entre vous. entretemps. le roi d'Arménie envoie lui-même un contingent plus important que précédemment: au total. à son entrée dans le pays. 3. Comme Cyrus en Chaldée. Adousios est présenté comme le restaurateur de la paix.On retrouve un schéma identique dans le récit de la conquête de la Carie opérée par Adousios. toutes les forces militaires sont mises au service de la Perse: un grand nombre de Chaldéens sont levés comme mercenaires 24. si j'assure aux uns et aux autres la sécurité dans le travail des champs (l'at aO'CjJriÀEtaV Èpyri~EO'eat ri[J.. La joie régna partout »34.quel que soit par ailleurs le statut politique des peuples conquis (royaume' vassal'. que vous cultiviez vos champs sans crainte (Èpyri~EO'eat "tE "t7]V yTjv àÔEW<. Adousios réussit à berner les deux partis et à prendre possession de leurs fortifications 32.). fortifications et travail en Carie]. Cyrus quitte le pays avec 4000 hommes supplémentaires (Arméniens et Chaldéens) 25. Celui-ci se trouva face à deux partis cariens. Cet enrôlement massif avait pour conséquence et pour objectif d'enlever aux uns et aux autres les moyens d'un soulèvement contre la domination perse. L'ensemble du récit rend bien compte que la présence de garnisons perses constitue une condition première du maintien de la domination politique perse et de la dépendance tributaire des peuples soumis . Le pacte entre Chaldéens et Armé. et défense est faite au roi d'Arménie de posséder des fortifications: il a même dû fournir les artisans qui ont élevé le fort! ~1 Par ailleurs.

Cette déclaration s'inscrit parfaitement dans la politique menée par les Achéménides pour augmenter la population de travailleurs dans leur Empire 39. vide d'habitants.52 PIERRE BRIANT tribut. . le nombre de nos prison. Il agit de la même manière en Phrygie 36. En conséquence. Le maintien des structures sociales antérieures représente donc à la fois un objectif et un moyen de la domination politique et économique. ni non plus à les nourrir (car assurément. l'accent est mis par Cyrus sur les forces productives humaines: «En effet. A leur retour.dit-il . blé. si vous faites de même à l'avenir. ni à les garder. dépendance rurale et paix en Babylonie]. l)~rV ot tv ~ù"fl otXOÜV"E<. ensuite. niers augmentera: si en effet nous nous rendons maîtres du pays. Il faut souligner enfin qu'avant son départ. pour m'avoir obéi.un pays peuplé (oikouménè chôra) est une richesse d'un grand prix. sinon que vous n'aurez pas le même maître qu'auparavant: vous habiterez les mêmes maisons. nous n'aurions pas maintenant à nous garder d'eux. Si nous les relâchions. en les voyant vivants et libres. vous les avez faits prisonniers et arnenés ici. de blé et de toutes sortes de denrées» 37. [Conquête. aujourd'hui. C'est cette politique que Cyrus vient exposer devant les prisonniers assyriens: «Assyriens. il convient de ne pas massacrer les prisonniers « sauf ceux qui résistent les armes à la main »40. les autres seront plus disposés à rester où ils sont et préféreront se soumettre plutôt que de se battre » 42. Adousios «laissa des garnisons dans les citadelles » 35. de chèvres. Il apprit avec joie que « tout le pays était peuplé et plein de brebis. Il faut en effet « se rendre maître de ceux qui possèdent ces biens [troupeaux. de chevaux. La per- - 179- . Ce discours de Cyrus représente une illustration exceptionnellement concrète de la formule « dépendance généralisée » (« tous seront nos prisonniers »): celle-ci est bien l'objectif de la conquête. Il convient donc que la conquête militaire permette aux habitants de « rester chez eux» 43. Cyrus définit donc la politique à suivre à l'égard des populations conquises: «Ceux qui se rendaient. Cyrus envoie en éclaireurs des cavaliers hyrcaniens. de boeufs. vous vivrez avec les mêmes femmes et vous aurez sur vos enfants la même autorité qu'aujourd'hui. . il n'y aura rien de changé pour vous. le Roi leur posa des questions très précises sur les richesses du pays. car un pays peuplé est une richesse d'un grand prix »41. Parmi toutes les forces productives. 4. il est aussi vide de biens » 38.w"o~ MO'o'll"~~). je prétends que nous y trouverions notre intérêt: d'abord. et faire en sorte qu'ils restent chez eux.]. ~txIUiÀ. vous avez la vie sauve. nous n'allons pas les faire mourir de faim). car elle est la condition de la levée du tribut sur les productions agricoles.Cette liaison organique entre conquête militaire et exploitation de la dépendance rurale se manifeste d'une manière particulièrement claire dans le récit de la conquête de la Babylonie (appellée Assyrie par Xénophon). Seulement vous ne nous ferez pas la guerre ni à personne d'autre» 44.. vous cultiverez le même sol. c'est tous ceux qui l'habitent qui seront nos prisonniers (7tcbl'rE<. en les renvoyant. En premier lieu..

Ces fonctionnaires civils doivent « présenter un territoire bien peuplé. remplie des arbres et des récoltes qui lui sont propres » (§ 8). Mais si. La tâche des chefs militaires est double: «Maintenir ·Ies sujets dans l'obéissance et défendre le pays contre toute agression de l'ennemi» (§ 5).au travail. dépendants et tribut]. le gouverneur chargé des civils et qui veille aux travaux agricoles accuse le phrourarque parce-que. les autres (gouverneurs: archontes) « commandent aux habitants et prélèvent sur eux des tributs» (§ 10). II GUERRIERS ET PAYSANS: IDÉOLOGIE ET RÉALITÉ DE L'ÉCHANGE 1.[6] PIERRE BRIANT 53 manence de la domination est fondée sur le monopole militaire des conquérants: les Assyriens devront en effet « livrer leurs armes de guerre» 45 et pourvoir à l'entretien des troupes d'occupation et des garnisons 46.qui dépasse largement la notion de « maintien de l'ordre » . En réalité. c'est au tour du phrourarque de l'accuser» (§ 10). Les paysans tributaires doivent également nourrir les garnisons (§ II). il convient de maintenir ou de remettre les populations rurales . le travail aux champs est impossible. Un célèbre passage de Xénophon 47 nous apporte là-dessus des informations et une interprétation idéologique sur lesquelles il nous faut revenir: a) une distinction y est opérée entre le travail de la terre (ge6rgia) et l'art de la guerre (polemikè technè): au premier sont voués les habitants qui rendent le territoire productif (§ 9) et qui fournissent le tribut (§ 5 et 9). Les uns (phrourarques.ainsi que les artisans 46 .les garnisons et les troupes d'occupation remplissent une fonction très importante. les uns et les autres participent à (et de) la même tâche: maintenir au travail et exploiter les dépendants ruraux. « si le phrourarque ne défend pas le pays comme il faut. le gouverneur laisse le pays mal peuplé (oliganthr6pos) et improductif. faute de protection (dia tèn aphulaxian). b) la distinction guerre/paix apparaît également dans les fonctions des représentants du Roi dans la satrapie. chiliarques) « commandent aux troupes et aux garnisons » (§ 9). Dans cette vaste stratégie . malgré la paix (eirenè) assurée par le phrourarque. Il s'agit bien au contraire d'étendre la « terre amie» ou « terre tributaire» ou « terre royale»: dès la prise en main d'un pays. nous trou- - 180- . De ce rapport étroit entre contrainte militaire et dépendance. Si le pillage de la «terre ennemie» permet de ravitailler l'armée de conquête 45. une terre en pleine production. Les travaux de la guerre sont le fait des troupes d'occupation et des garnisons perses. En effet. [Citadelles. l'objectif premier n'est manifestement pas d'instituer un pillage général et permanent.

En quelque sorte. IJ. leurs gens (laoi) et leurs prisonniers de guerre » 52. 't'OLe. leurs forteresses (phrouria). Le premier fit dire à son adversaire « qu'il était disposé à laisser en paix. «s'il y a guerre. Ce traité un peu surprenant n'est pas sans faire songer aux institutions de l'Inde maurya telles que les rapportent les auteurs grecs à la suite de Mégasthène: « La seconde classe est celle des agriculteurs.6cpo- pOLe. aux rentrées fiscales (tributs) et aux moyens militaires (places-fortes et garnisons) nécessaires à l'établissement et au maintien de la dépendance rurale. tous ces textes supposent ou affirment que la mise en culture des territoires royaux implique une spécialisation des tâches entre populations conquises et peuples conquérants: aux premiers «les travaux de la terre ». non moins clair est le texte du traité passé entre Prousias de Bithynie et Byzance: le premier « rendra aux Byzantins sans rançons leurs terres (chôra).. Le roi d'Assyrie se laissa convaincre: «On fit donc une convention. aux seconds « les travaux de le guerre ». c) les tributs (phôroi).1. c'est le vainqueur qui profite des récoltes» 55. le satrape mène son offensive contre: a) les forteresses royales (phrouria basileôsï. h) les villages (kômai). Les termes employés par Nepos 50. On retrouve un groupement très proche dans un passage de Tite-Live 51 relatif aux territoires donnés à Rhodes en 188: oppida. s'il consentait lui-même à laisser travailler les cultivateurs qui étaient passés dans son camp» 54.OV) » 56 Cette convention édicte donc une sorte d'asylie générale dans les campagnes disputées entre les deux adversaires. mais détenir un droit à lever le tribut sans disposer de moyens militaires représente un pouvoir largement fictif. Cette image d'un empire composé exclusivement et complémentairement de guerriers et de paysans apparaît avec un relief saisissant dans le pacte conclu entre Cyrus et le roi d'Assyrie [Babylonie ]. uici.EIJ.ÈVOLe. castella. 2. En effet . aux terres.54 PIERRE BRIANT vons une confirmation a contrario dans un texte de Pol yen 48 traitant de la rebellion de Datames contre le Grand Roi: devenu ennemi (polemios) 49. qui sont les plus nombreux des In- - 181- . /i'Ô7tÀ. 2.Èv ÈPY(l~OIJ. les termes qui le définissent renvoient tout naturellement aux forces de travail agricoles (villages et paysans dépendants). [Monopole militaire et dépendance rurale]. selon laquelle ce serait la paix pour les travailleurs des champs et la guerre pour les hommes en armes ('t'OLe. En définitive. Tout territoire étant destiné à être exploité fiscalement. 7tOÀ. sont quasiment identiques: castella (= phrouria) et regis provinciae (= cbôra basilikè). Enfin.poursuit Cyrus . dans un texte issu manifestement de la même source. agri qui ad Pisidiam vergunt. [Paix dans les campagnes et dépendance rurale]. Posséder une terre sans travailleurs ne présente aucun intérêt 53'. Etp'l')V1]V Elv(lL. sans leur faire de mal [sans les piller] ceux qui travaillaient la terre. la dépendance rurale est liée au monopole militaire de l'ethno-classe dominante.

comme l'indique Kautilya avec son cynisme habituel: «C'est de la détresse des villages et de l'obligation où sont les paysans de se consacrer entièrement à leurs champs que naît l'accroissement du revenu pour le trésor royal: c'est ainsi que les paysans fournissent plus de corvées. me semble-t-il. plus d'huile.2. mais ce sont eux qui travaillent la terre.. De même en Asie achéménide. au gré des événements. Doit-on pour autant conclure au rôle décisif voir exclusif de la contrainte militaire? Je ne le pense pas. tandis que les agriculteurs. les soldats n'ont pas le droit de toucher à ceux qui travaillent la terre. ils paient des tributs aux rois ou aux cités indépendantes. Avec lui je laboure. Ces ennemis. En d'autres termes. idéologie qui intervient comme partie constitutive du processus de domination. les forces vives du pays sont enrôlées dans l'armée du Grand Roi et les points hauts sont contrôlés par les forteresses royales. il y a une idéologie de la contrainte militaire. avec lui je moissonne. Les paysans versent un tribut et. cueillent les fruits. mais ils font la guerre et s'entretuent. Si par hasard survient une guerre entre les Indiens. ils m'appellent Grand Roi »61. dès lors. font la moisson» 57. 2. mon épée et le beau bouclier qui protège la peau. elles sont désarmées 00. Il est donc à la fois remarquable et significatif qu' Hybréas. compare sa position à celle du Grand Roi: pour l'un comme pour l'autre les armes de guerre sont les moyens de domination sur les populations dépendantes: «Riche je suis. avec lui je foule le doux raisin de la vigne. ils n'ont pas d'armes de guerre et ne s'exercent pas au combat. il s'agit là d'un intérêt bien compris. que si elle est acceptée par les paysans asiatiques qui. ne la perçoivent plus uniquement comme une contrainte. prospérité et tribut]. Ce type de contrainte ne peut avoir de réelle efficacité à long terme. »58.. taillent les arbres. [Sécurité. avec lui je suis salué comme maître de la gent servile. ceux-là s'inclinent. En effet. aristecrate crétois du IV' siècle (?). plus de grains. par ma grande lance. à côté d'eux. Ceux qui n'ont pas l'audace d'avoir lance et épée et le beau bouclier qui protège la peau. labourent tranquillement. De la part du roi maurya. ni de ravager les campagnes. où le travail de la terre représente la source la plus importante des revenus royaux 59: le souci prioritaire du Grand Roi est donc de s'emparer par la force de régions riches et bien peuplées qui pourront verser une partie de leurs productions dans les greniers royaux. on constate que les forces d'occupation doivent remplir une double mission auprès des paysans dépendants: «Maintenir les sujets dans l'obéissance et défendre le pays contre toute agression de l'ennemi» 62. ce sont éventuellement des envahisseurs venus de l'extérieur de l'Empire. si nous reprenons le texte de l'Economique de Xénophon. Ce sont surtout les 'brigands de l'intérieur' qui vivent dans les montagnes - 182- .[8] PIERRE BRIANT 55 diens. Le maintien de cette sujétion politique et de cette dépendance tributaire est réalisé grâce au monopole militaire des conquérants: les populations rurales doivent se consacrer exclusivement au travail de la terre. ils tombent à mes genoux.

Celles-ci sont donc les mainteneurs de la paix. Représentant du Roi dans sa province. comme le montre avec éclat la Fête du Nouvel An à Persépolis. il est celui qui assure la prospérité aux campagnes. les autres commandent aux troupes et aux garnisons» 66. ' en retour " lui doivent tribut et obéissance. celle-ci enfin permettant aux paysans « de verser le tribut et d'entretenir les garnisons ». Seul le Grand Roi se voue également aux travaux de la guerre et aux travaux de la terre. condition première du travail des champs.cette mission militaire Xénophon (guerre est subordonnée à la mission de défense de la terre et des paysans: avec l'aide d'Ahurah-Mazdah et des autres dieux. tels «les Mysiens et les Pisidiens qui. L'ensemble de la documentation . il est châtié et déposé par le Grand Roi 72. Cette séparation des pouvoirs répond au souci royal de conserver la haute-main sur les citadelles. celui-ci montre aux yeux de tous qu' «il veille avec autant de soin à voir la terre rendue productive par le travail de ses habitants qu'à la voir bien gardée par les garnisons » 73. De cette manière. Le premier offre aux seconds la médiation divine et la sécurité des biens et des personnes. tout comme à défendre les cultures» 68. Le tribut trouve donc sa justification idéologique dans la fonction militaire des conquérants. par leurs incursions. et celle-ci est justifiée à son tour par la prospérité qui naît de la sécurité. Mais . armés à la légère. Au niveau de la satrapie. Les inscriptions royales insistent en effet sur les qualités de guerrier du Roi 68a. Tout ce développement de Xénophon correspond admirablement à la double nature de l'idéologie monarchique achéménide. les paysans ne peuvent pas travailler ni donc s'acquitter du tribut ni nourrir les garnisons 65. Ainsi. Par sa relation privilégiée avec la divinité. bases de sa domination territoriale 67.comme l'indique également «défendre les cultures ») .tend donc à représenter sous la forme d'un échange égalitaire les rapports d'exploitation réels entre le Roi et les paysans dépendants. « le Grand Cyrus s'entendait très bien à cultiver la terre. le Grand Roi doit « protéger cette terre de l'armée ennemie. occupent des places très fortes et qui. les mots de sécurité et de paix reviennent à plusieurs reprises: si le phrourarque ne fait pas régner la sécurité. de faire beaucoup de mal à ce territoire et de préserver leur propre liberté» 63. il y a répartition des tâches entre les administrateurs civils et les chefs militaires: «Les uns commandent aux habitants et prélèvent sur eux des tributs. sur la terre royale (en tè basileôs chôra). le satrape doit lui aussi protéger des ravages (a populationibus vindicare) le territoire qui lui a été confié 71: dans le cas contraire. et comme en font foi les paradis dans chaque satrapie 70. de la mauvaise récolte et du mensonge» 69. En cas d'invasion ou de raids. Cet échange pourrait être représenté schématiquement de la façon qui suit: = - 183- . sont en mesure. Dans tout le passage de Xénophon.PIERRE BRIANT et qui pillent la terre royale.grecque et achéménide . les seconds. la réalité du danger contribue à donner des garnisons perses l'image de défenseurs des paysans 64.

accablés par la loi de la jungle. Ceux qui ne paient point leurs impôts sont responsables des fautes du roi. Tel est l'office d'Inda et de Yama. l'aisance et la sécurité restent tranquillement à leur foyer avec leur femme et leurs enfants» 74. tribut ----. et ils ont décidé de lui attribuer le sixième des récoltes. mais en fait il écrase d'impôts et de taxes les gens des villes et des campagnes'. ainsi qu'un dixième des produits de l'argent. C'est pourquoi même les habitants des forêts versent le sixième de leur cueillette. dont se manifestent le colère ou la faveur. On ne peut manquer non plus de citer à nouveau Kautilya. assemblée de village ou autre. chacune des deux parties devant en retirer des avantages - 184- . L'un dira: 'On prétend que nous avons un bon roi.[10] PIERRE BRIANT '7 Entretien de l'armée d'occupation et des garnisons 1 sécurité des champs dépendance ~ll~~~~=='::::'~-.J Travail dépendant reproduction interne des communautés de base. et le roi qui n'assure pas à ses sujets prospérité et sécurité devient respo-isable de leurs fautes. comme ils sacrifiaient sans cesse leur vie. Tous ces textes concordent et se recoupent: le pouvoir du Roi et la dépendance des masses rurales sont justifiés par un contrat qui lie dominants et dominés. Il retiendra ainsi le peuple. Il ne faut pas tuer les rois '. et ils rendront compte des rumeurs qui circulent parmi les sujets» 76. lorsqu'il parle du rôle des agents secrets dans la ville et la campagne.. Leur châtiment divin frappe ceux qui tuent les rois. les hommes. ont fait roi Manu. dans le repos. L'autre le contredira en rappellant cette doctrine: 'Autrefois. comme part du roi 75 en échange de leur protection. « Ils se mettront par exemple à discuter entre eux dans un endroit de grande affluence: lieu de culte. prospérité . leurs biens et leurs familles à la classe populaire et à son bien-être et qu'ils étaient à combattre les ennemis du pays pendant que les gens du peuple. le roi ainsi rémunéré assure la prospérité et la sécurité des sujets.qui se donne pour contemporain du fondateur de la dynastie des Arsacides présente les rapports entre guerriers et paysans dans le royaume arsacide: Ardaslr avait confére « un rang honoré aux gens de guerre. Voici par exemple comment Tansar . fils de Vivasvant. ROI médiation divine Cette justification idéologique de la dépendance n'est d'ailleurs pas propre à l'Etat achéménide.

~er't(X 'toùe. On connaît par exemple la phrase fameuse de Théopompe (contemporain de Philippe II de Macédoine): «Lacédémoniens et Thessaliens ont. Ainsi.tout en donnant une impulsion décisive aux forces productives agricoles 78. il y avait « une classe de guerriers . Aristote 79 invoque I'Egypte (et la Crète) pour justifier que «la classe des guerriers doit être séparée de la classe des laboureurs. les Scythes. l'éducation des élites était axée sur l'entraînement à la guerre 83: toutes les traditions iraniennes donnent la première place aux guerriers 84.O'll a'llE~(J. comme on le - 185- .. En Égypte.. principalement ceux qui se sont consacrés à l'art de la guerre (.. le. Il écrit en effet: « Est-ce des Egyptiens que les Grecs ont appris entre autres choses. Il est indubitable en particulier que chez les Pero ses. La relation entre domination militaire et dépendance (ou esclavage) n'est donc pas spécifiquement asiatique. de son côté. représentations figurées) montrent que les informations de l'Athénien ne sont pas à écarter. et considèrent comme nobles ceux qui sont affranchis des professions manuelles. quelle que soit la part du ' mirage perse' et de la sophistique dans l'inspiration et la cornposition de la Cyropédie et de l'Economique. et à celle de Minos pour la Crète . à qui il n'est permis d'exercer aucun rnétier. cet état de choses existe même en· core aujourd'hui. Il ne peut être question ici de mener une analyse exhaustive de la vision (ou des visions) qu'ont eue(s) et véhiculéeïs) les auteurs classiques des sociétés asiatiques. les Lydiens.PIERRE BRIANT [ II] dans son domaine propre. ainsi qu'en Crète on en fait remonter l'origine à la législation de Sésôstris pour l'Egypte. Les références à des exemples asiatiques ne sont d'ailleurs par rares dans la littérature politique grecque. sinon le métier de la guerre. Hérodote 80. ou inversement.É'IIOVe. Platon 81..E(J. ». . [Contrainte militaire et idéologie de la dépendance-contrat]. au précédent de l'esclavage hilotique. précisait que. 3. Les auteurs grecs pouvaient se référer. en Grèce même. parmi les' sept classes' d'Egyptiens. cette coutume.(XL (J. déjà.La diversité des textes étudiés ou cités indique que le témoignage de Xénophon ne peut être écarté brutalement sous prétexte qu'il présente une interprétation grecque d'une réalité asiatique: les nombreuses concordances que l'on peut relever entre des passages de Xénophon et une documentation d'origine achéménide (inscriptions.ciÀ. et autant dire tous les peuples barbares tiennent pour moins honorables que les autres ceux de leurs concitoyens qui apprennent le métier d'artisans. les Perses. reprenait la même tradition et invoquait le témoignage de Solon et de son voyage en Égypte. On comprend que tant de textes présentent les grands conquérants comme des hommes luttant contre le pillage et la vendetta TI.) ». Hérodote 82 avait déjà posé le problème et jugeait fort opportunément que convergences ou ressemblances ne présupposent pas obligatoirement une influence des sociétés asiatiques sur les sociétés européennes. quand je vois que les Thraces. et rétablissant la sécurité et la justice . je ne puis le décider avec certitude. où ils se succèdent de père en fils ».. eux-mêmes et leur descendance. -rèv 7tOÀ.

Les Mariandyniens se soulevèrent à plusieurs reprises contre les Héracléotes 92 etc. qui avaient enrôlé ses dépendants comme rameurs 88. de son côté. les conditions étaient variables. En échange. » 85. Dans sa longue discussion sur la Cité idéale. ni être chassés de leur territoire 101. par exemple. constitué leur catégorie servile (douleia) à partir des Grecs qui habitaient avant eux le pays qu'ils occupent maintenant. Et. les clauses du contrat sont à peu près semblables: les Mariandyniens obtiennent le droit de ne pas' être vendus en dehors de leur territoire: ils pourront rester sur place 100. D'une cité à l'autre. à une époque plus haute.. à la théorie de la conquête est liée la théorie du contrat: la dépendance de certains peuples conquis est présentée comme le résultat d'un accord passé avec leurs vainqueurs 99. Plutarque 91. Cette dépendance se marquait par le versement d'un tribut à la cité 96. Athénée cite également le cas des Gergithes massacrés. par les habitants de Milet 90. Ils ne pourront être tués. L'historien de Chios explique donc l'origine des hilotes et des pénestes par « une théorie de la conquête » 86. VidalNaquet. que «le mode rural de dépendance dont les Grecs constateront la présence en Asie. Que ce soit pour les pénestes ou pour les Mariandyniens. exigeant de la part de leurs maîtres une tutelle constante» \03: la dépendance est un bienfait pour les populations conquises 104! Cette théorie est « fondée sur le postulat à valeur universelle selon lequel ceux qui sont incapables de se gouverner se dévouent eux-mêmes au service des plus intelligents qu'eux en échange de leur protee- - 186- . Les très nombreux phrouria installés sur le territoire des cités d'Asie 93 jouaient certainement un rôle dans la surveillance des populations dépendantes 94: ils leur offraient « des places de sûreté en cas d'invasion » et « ils tenaient en obéissance les populations soumises » 95.. proclame Isocrate 98. On peut donc dire. On voit donc que « les partisans de la théorie du contrat représentaient la population asservie comme des gens sans valeur. incapables de vivre dans l'indépendance. Les Grecs avaient également présent à l'esprit l'exemple des cités grecques d'Asie. avec P. D'autre part. n'est pas fondamentalement différent de ce que les Grecs ont connu directement avec les hilotes et les pénestes » 97. Aristote. le dépendance rurale est une des conditions et un des objectif de la conquête et de la colonisation en Asie: ' « Les barbares doivent devenir les hilotes des Grecs '>. et dont leurs cités et leurs royaumes vont largement bénéficier. conte la guerre menée par les habitants de Tralles contre les Lélèges et les Minyens révoltés. qui avaient réduit en dépendance nombre de peuples anatoliens 87.[12] PIERRE BRIANT 59 verra. les dépendants cultiveront le sol et verseront un tribut à leurs maîtres 102. les Béotiens (pénestes) deviennent «esclaves contractuels (douleuein kat'homologias ». On connaît par exemple plusieurs révoltes des Pèdes de Priène à l'époque hellénistique 89. Il ne peut cependant faire de doute que la contrainte militaire a joué un rôle important. ne manque pas de citer le cas d'Héraclée du Pont. pour les théoriciens du Ive siècle.

on se rend compte qu'il est conduit sur une trame discursive analogue. II y a accord et échange entre les conquérants et les paysans: Cyrus désarme les paysans et leur interdit de faire la guerre à quiconque. Le choix d'Arsitès en 334 .ne serait-ce que par la fonction de refuge que remplissent les citadelles. vous cultiverez le même sol. si quelqu'un leur cause du tort. contrat '. en échange: Cyrus s'engage à ne pas massacrer les prisonniers 109 . Par ailleurs. par les populations dépendantes. D'une façon générale. il faut considérer que les avantages que consent Cyrus aux paysans babyloniens étaient certainement tenus comme non négligea. Théories et postulats sont donc traversés par une idéologie de la force et de la contrainte: la défaite et la faiblesse justifient la dépendance des peuples vaincus 106. - 187- . si l'on reprend le texte de Xénophon relatant le discours de Cyrus aux paysans babyloniens. 11 semble bien au contraire que cette idéologie de la protection était solidement ancrée dans la conscience collective des paysans asiatiques. cette théorie apparaît extrêmement suspecte par son caractère d'auto-justification. Cyrus est reconnu comme leur chef 108.sauf les rebeIles .refus de la terre brûlée .et à laisser vivre les paysans comme auparavanr: « Vous habiterez les mêmes maisons. Inutile de revenir ici sur les termes d'un débat que j'ai essayé de mener en détail ailleurs 112. c'est l'armée perse qui viendra les défendre. que les Perses appliquaient loyalement les clauses du .représente aux yeux de l'historien une illustration remarquable du souci des satrapes d'utiliser ce potentiel idéologique contre Alexandre 113. Je ne crois cependant pas qu'on doive exclure qu'eIle était partagée. Cette clause est identique à ceIle qui est consentie aux pénestes et aux Mariandyniens: ni massacres. Pour en rester à la théorie de la dépendance / contrat. ni déportation ou vente à l'extérieur. . et vous aurez sur vos enfants la même autorité qu'aujourd'hui» 110. en partie au moins. vous vivrez avec les mêmes femmes. nul doute qu'il constitua pour les populations soumises une nouvelle preuve que les Perses faisaient tout pour assurer la sécurité des terres et des personnes: en d'autres termes. il faut souligner tout d'abord que le Roi (ou le satrape) et l'armée perses peuvent apparaître réellement et concrètement comme les défenseurs des paysans . C'est même là l'une des conditions de l'efficace d'une idéologie qui ne peut être conscientisée uniquement par la classe dominante: « L'exploitation ne peut se maintenir que si la société dans son ensemble (classes dirigeantes et classes exploitées) partage une même philosophie idéologique qui justifie aux yeux des unes et des autres leur inégalité de statut» Ill. Le fait que la théorie de la dépendance/contrat se rencontre également dans des textes asiatiques interdit de conclure que Xénophon a tout simplement plaqué une interprétation grecque sur des réalités asiatiques. Tel est exactement le sens de l'orgueilleuse déclaration d'Hybréas le Crétois qui se compare au Grand Roi: les forts dominent et exploitent les pleutres 107! Or.60 PIERRE BRIANT tion » 105.

au sein de leurs formes d'organisation (sociale. J'ai essayé de montrer ailleurs 116 que le ' statut ' de paysans royaux hellénistiques se définissait autour de deux notions en réalité complémentaires: dépendance tributaire et liberté d'organisation au sein de la communauté villageoise. elle ne peut jouer tout son rôle que si elle n'est pas perçue comme une oppression par les populations soumises. politique .) traditionnelles. Il faut y joindre indissolublement la dimension idéologique. Mais. qu'ils - 188- . cette conduite lui assure l'appui .. Ils ne seront pas déportés .que quelques uns des développements qui précèdent restent un peu généraux. Tels sont exactement les termes de l'accord' passé' entre Cyrus et les paysans babyloniens. c'est de continuer à vivre dans leurs communautés villageoises. ou. Ce qu'il leur permet en effet.PIERRE BRIANT 61 bles par les intéressés. Ceux-ci reconnaissent la souveraineté du Grand Roi et donc le bien-fondé du prélèvement tributaire. à mon sens.limitée mais réelle . En quelque sorte. Que le Roi retire un avantage de cette stratégie est suffisamment clair: la stabilité des anciens rapports de production au sein de l'Empire lui offre la disposition d'une immense force de travail (« tous seront nos prisonniers »)114. elle est une des conditions de son fonctionnement 117.à bon droit . la liberté représente une condition objective et subjective de la dépendance. elle lui assure également l'adhésion des membres des communautés de village. qui en constitue certainement un maillon essentiel.qui n'hésite pas à recourir aux déportations de peuples si le besoin s'en fait sentir . Et l'on comprend par ailleurs qu'aux yeux d'un souverain asiatique .de même que les pénestes et les Mariandyniens reçoivent des Thessaliens et des Héracléotes l'assurance de ne pas être vendus comme esclaves sur un marché étranger. L'idéologie de la dépendance/contrat n'est donc pas extérieure à la structure de la dépendance. familiale. tout au moins. Un exemple comme celui-ci montre donc.certainement très important 115 . avec Cyrus nous voyons se développer une stratégie du consensus. car elle crée et suppose tout à la fois un consensus indispensable au fonctionnement du système de la dépendance généralisée. III QUADRILLAGE MILITAIRE ET ORGANISATION DES TERRITOIRES On pourra juger . leurs us et coutumes etc.le maintien du système de la communauté villageoise constitue un élément central de la domination: en quelque sorte. En d'autres termes. la dépendance rurale ne peut s'analyser uniquement en termes économiques ou sous forme d'un rapport de forces (militaires).. En même temps. en conservant leurs structures familiales. parce-que probablement le plus durable. économique. les limites d'une notion comme « contrainte militaire» prise isolément: il ne s'agit évidemment pas de la sous-estimer et les développements qui suivent le prouveront. en retour Cyrus leur concède une liberté .des dirigeants des communautés dont l'autorité interne est officiellement reconnue.

il reste évidemment que le recours à des sources hellénistiques devra être justifié à chaque fois. Si le schéma général et la logique du système se distinguent assez nettement. [Nombre et densité des forteresses royales]. Les forteresses et postes militaires organisent-ils d'une manière ou d'une autre la terre tributaire 119? Telle est la question à laquelle tentent de répondre les pages qui suivent. et le maintien de structures institutionnelles ne préjuge pas d'éventuelles transformations apportées à un système général d'administration et d'exploitation impériales. Elle sera fondée en premier lieu et prioritairement sur des textes traitant spécifiquement de l'Asie achéménide. L'efficacité d'une contrainte militaire n'est pas liée seulement au nombre de postes militaires de tous types . ce qui.encore que cet aspect des choses ne soit pas négligeable. selon Strabon 121.. 1. on peut se demander en effet selon quelles modalités pratiques il a fonctionné. j'espère que des analyses contradictoires permettront de faire progresser la recherche dans un domaine encore peu exploré. L'enquête sera menée à partir de l'étude de trois cas régionaux bien individualisés: l'Asie Mineure. Bien que les permanences achéménides en Asie hellénistique aient été soulignées déjà à plusieurs reprises 120.Le réseau de postes fortifiés en Asie Mineure achéménide était certainement très dense. dans telle ou telle région. et qui trouve sa finalité dans la perception du tribut sur le travail des paysans dépendants. mais elle prendra également en compte une documentation d'époque hellénistique. Elle est également fonction de la nature des rapports organiques qui lient l'ensemble des garnisons au système général de la contrainte politico-administrative qui pèse sur les régions et les populations soumises. ne permet guère de mener une enquête de géographie historique: les historiens de l'Empire achéménide manquent en particulier de fouilles systématiques qui aideraient considérablement à la compréhension des informations écrites actuellement disponibles 118. Dernière remarque préliminaire: malgré le respect de ces précautions méthodologiques . bien entendu. car permanence ne suppose pas obligatoirement immutabilité. l'Iran oriental et le Fars. . Le problème peut s'énoncer de la manière suivante. La documentation existante. le royaume de Mithridate Eupatôr ne comprenait pas moins de soixante-quinze phrouria. il est vrai.62 PIERRE BRIANT ne permettent pas de rendre compte de tous les aspects de la question posée au départ. à telle ou telle époque. Quelques faits et quelques chiffres peuvent être rassemblés à titre d'exemples: le cas de la Cappadoce est particulièrement net puisque. n'excluera pas des rapprochements ponctuels. il demeure que plusieurs interprétations proposées ici revêtent nécessairement une part d'hypothèse que je ne cherche pas à nier. [Places-fortes et terre royale en Asie Mineure].parfois difficile à observer . comme il le fut l'époque de la domination hellénistique.1. 1. La richesse en forts des régions cappado- - 189- .

allumaient des signaux. des prisonniers se révoltèrent contre la garnison d'un fort cappadocien.. puis des gens de Parthénion. [Circonscriptions militaires]. il en était de même de la Phrygie 124. ce Thoas « est à la tête d'une phylakè. 1. C'est bien ce que paraît signifier un texte de Polyen 132. Donc. mais une consignation topographique. un certain Alexandros portait le titre de: Cj}poupapxoiO 'tWV 7tEpL 'tT]V AtoÀ. et de le consacrer dans le plus illustre des sanctuaires de la phylakè ». qui reçoit ordre « de faire transcrire l'édit royal sur une stèle de pierre. n. dans une région très différente. le terme « phrourarque » doit donc être compris comme ' commandant d'un groupe de postes fortifiés'. à travers une inset trouvée dans les environs cription hellénistique datée de 193 av. au début du IV· siècle. de Kermanchah dans le Zagros. L'inscription reproduit une lettre du satrape Ménédémos à un certain Thoas. des cavaliers hyrcaniens. C'est une grande nouveauté» .(Iia xwpLwv.. selon lequel. une hiérarchie . près de huit cents. - 190- . Robert qui poursuit: « Ce n'est pas un toponyme. Ici. il les établit « sur des collines élevées. la mention d'une organisation administrative soumise au gouverè. Ce système de collaboration entre garnisons voisines étaient certainement général: lorsqu 'Alexandre fonda six oppida en Margiane. Une faible distance les séparait. eux aussi à la solde du Roi. d'autres d'Apollonia et des places voisines (ek tôn plesiôn chôriôn) » U1. Les postes voisins les uns des autres sont reliés par des signaux optiques ou/et sonores: c'est ainsi que les défenseurs de la tursis d'Asidatès alertent les garnisons des alentours 129. Una telle organisation suppose. Itaménès accourut à la rescousse avec sa troupe. quatre-vingt environ.. Il y avait donc plusieurs phrourarques dans chaque satrapie 133. de Comania arrivèrent des hoplites assyriens.tel commandant ayant une autorité sur ses collègues pour coordonner les opérations 131. afin qu'ils pussent s'entraider sans chercher au loin du secours» 130. semble-t-il.commente L.[16] PIERRE BRIANT ciennes est amplement confirmée par des textes classiques se référant au début de l'époque des diadoques 122. Ce titre même et le récit transmis par Polyen indiquent avec une quasi certitude que ce personnage avait la haute main sur un groupe de fortins disséminés sur une certain portion du territoire. « les assiégés poussaient des cris. lorsque. castellis munita) 123.2. I'Eolide 125 et la Mysie 126 étaient protégées par un réseau serré de places-fortes etc.. en 319. Certains textes indiquent par ailleurs l'existence d'une organisation hiérarchisée: lorsque les soldats de Xénophon attaquèrent la tursis d'Asidatès en Mysie. puis des peltastes. L'existence de 'circonscriptions militaires' trouve confirmation à une date plus basse. ils furent rapidement contrés par « des soldats venus des forts du voisinage (ek tôn sunnegus phrouriôn) » 128. la Cataonie était également fort bien pourvue (regio.

Dans son sens le plus fréquent de ' place-forte.employés d'ailleurs l'un pour l'autre dans plusieurs cas 136. phrourion et du territoire» 141.EL"taL KâpLO\l xa[ t "t]à. il mesura leur territoire en parasanges . et il demande à Métrophanès de donner des ordres pour qu'il « soit procédé à la délimitation et au bornage - 191- . poste '. "tà. Plusieurs indices conduisent à conclure que les territoires royaux étaient rigoureusement organisés sur un schéma très proche: l'usage du cadastre par l'administration achéménide est attesté par un célèbre passage d'Hérodote. dont on a un témoignage dans l'empire séleucide. on parle du « pbrourion appelé Karion et du territoire qui l'entoure ([ "to CPpOUpLO\l 8 xa]À.détaille le nom des localités vendues et les limites de la concession (un territoire civique et une ancienne route royale mise en culture 147).<.. [Forteresses et cadastre].<.c'est à dire la chancellerie royale . Il s'agit du célèbre texte relatant la • vente' d'un territoire et des dépendants (taoi) à la reine séleucide Laodikè 145: la la lettre d'Antiochos au satrape Metrophanès précise en effet que la vente doit être inscrite sur des stèles disposées dans des sanctuaires célèbres mais également enregistrée dans les archives royales de Sardes (xat -.\IaypâljJaL Et<. Une forteresse de ce type «ne vit pas strictement isolée sur elle-même. puisque dans l'arbitrage rendu par Rhodes entre Milet et Priène.<. fixa les tributs que devait payer chaque cité. une petite population est nécessaire à sa subsistance et des habitants de la région viennent facilement mettre leurs demeures sous sa protection» 143..3. le cbôrion domine une partie du territoire qui s'organise autour de lui.les Perses appellent ainsi une longueur de trente stades . [1tEpt aù"to xw] pa\l 140»). t\l :ta. Mais.Lxà. Le sens est du domaine militaire.<. ces gendarmes bien connus dans l'Egypte. de même que chôrion et cbarax 137. à Eriza [Carie ] » 134. forteresse' 138. "tà. car elle comporte un territoire qui a plusieurs sanctuaires. d'après cette mesure.rend compte expressément de cette réalité. » 144. ou «du. le roi . ypacpà.1)\1 W\l1)\1 à.. Le chef de la phylakè devait avoir sous ses ordres des phylakitai. I.et. relatant les mesures • pacifiques' prises par Artaphernès dans les cités d'Ionie après l'écrasement de la révolte: « Ces accords imposés. ~a(nÀ.PIERRE BRIANT neur. .pSeow) 146. L'exemple des nombreux postes disséminés sur les territoires des cités d'Asie Mineure offre un parallèle suggestif 139: le poste de Karion . Elles jouent également un rôle (implicite) à l'intérieur du territoire civique vis à vis des paysans dépendants à qui elles offrent « des places de sûreté en cas d'invasion» 142. J.. Robert établissent un rapprochement avec un phylakarque connu en Carie 135. ( garde. ce n'est point une forteresse. Ces places-fortes défendent les frontières.Les termes les plus fréquemment utilisées par les auteurs classiques sont chôrion et phrourion .1J..rendu célèbre par plusieurs inscriptions de Priène . comme l'hyparchie. une inscription hellénistique montre qu'un tel cadastre existait sur les territoires royaux. C'est apparemment un • district militaire. et L. Ailleurs.. confins militaires'...

Suit enfin la copie de la délimitation et du bornage effectués par les bons soins de l'hyparque [---]cratès 150. voire certain. Suit une lettre de Métrophanès à l'économe satrapique Nicomachos.lui-même emprunté à l'akkadien 168 .O. et que le nom de chaque village et les limites de son territoire étaient enregistrés dans la cadastre royal 158• Après ce détour nécessaire. Cependant. sans qu'il y soit explicitement question du bibliopbyla» ni des archives royales. au cours de laquelle les dons de terre furent également fréquents. et qu'il y avait peut-être aussi un point fort au lieu dit Perlasôstra de la concession de Mnesimachos 164: le terme petra de la concession d'Aristodicide n'est pas ambigü: il renvoie à un point fortifié (naturellement pour un part) [65. D'une façon générale.directement ou non . dans laquelle le satrape précise qu'il a « écrit à Timoxenos le bibliopbvla» d'enregistrer la vente et la délimitation (periorismos) dans les archives royales de Sardes» [49. J'ajoute qu'on voit les phrourarques royaux intervenir dans les villages concédés par Antiochos III à un Ptolémée dans les environs de Scythopolis (Galilée) 163.[r8] PIERRE BRIANT de la terre.encore que l'existence de cadastres satrapiques ne soit pas absolument sxclue. On ne peut nier que ce cadastre remontait au temps de la domination achéménide. la composition même de ces chartes de donation ou de ces actes de vente implique un periorismos mené à bien par les autorités satrapiques de différents échelons [51. c'est le Fisc royal (to basilikon) .au sens large . en outre. En effet. On sait enfin avec certitude que chaque village et son territoire constituaient ensemble une circonscription territoriale et fiscale de base [57.qui s'ap- - 192- . un bibliopbylax est également connu en Babylonie séleucide où eurent lieu plusieurs donations de terre royale 153: il parait donc extrêmement probable. D'autres donations ou ventes de terres royales sont connues.de terres royales concédées à des particuliers 159. baris [6[ et neoteichos 162. il y a un lien évident entre l'établissement d'un tel cadastre et la détermination de l'assiette du tribut 154: on peut donc supposer avec vraisemblance que ce cadastre fut organisé par Darius et mis à jour par Alexandre 155 puis au début de la domination séleucide en Asie Mineure 156. et que l'acte de délimitation soit gravé sur les stèles sus-dites» 148. dans au moins trois des cinq textes hellénistiques traitant . ou peut revenir au problème des placesfortes royales et à celui de leur répartition et donc de leur fonction dans le plat-pays royal. est mentionnée la présence d'une place-forte désignée sous des noms différents: petra l(.qui gère les terres royales et qui enregistre toute concession de terres royales à des particuliers ou à des communautés 152: cette gestion implique l'existence d'archives où sont tenues à jour les limites des terres royales et des terres concédées: autrement dit. un cadastre. le terme baris est connu par de nombreux textes 166: il est fort intéressant de remarquer que Flavius Josèphe l'emploie pour traduire (ou rendre) le terme araméen byrt' 167 . Par ailleurs. que le bibliopbylax de Sardes était chargé du cadastre où étaient enregistrés tous les éléments de la terre royale d'Asie Mineure .

que cette clause doit être mise en rapport avec les incursions celtes dans les campagnes d'Asie Mineure 174.66 PIERRE BRIANT plique sans discussion à une forteresse 1(9. c'est l'inscription d'Aristodicide qui fournit les indicstions les plus explicites. La petra de la concession d' Aristodicide est donc une forteresse royale dans laquelle.) »179. nous voyons qu'elle porte sur « Pannoukômè et la baris et la terre qui appartient au village »181. seuls les paysans de la région de Petra pourront venir s'y réfugier en cas de danger. "fic. la baris jouait le rôle de la petra dont il vient d'être question: protection et surveillance des dépendants. ils habitent dans les localités du plat-pays 178.le terme (neo) teicbos enfin est lui aussi très fréquent: il est traduit fréquemment en latin par le terme très vague de castellum 170. D'autres passages de l'inscription sont également très clairs: Petra a un territoire qui l'entoure et qu'elle contrôle.comme le suppose C.. I. Il est probable . venir se réfugier 177: la petra ne constitue donc pas leur résidence permanente. s'ils le veulent. La baris a donc sous sa juridiction un territoire qui en dépend. B. Nous lisons en effet dans le lettre d'Antiochos à Méléagre la clause suivante: « Si des paysans royaux (laoi basilikoi) de la région où est située Petra veulent habiter à Petra pour leur sécurité (asphaleias eneke). ces forteresses entretiennent des liens fonctionnels avec le platpays et ses habitants : elles jouent d'abord le rôle de place-refuge pour les paysans. Aristodicide reçoit la 'permission' de rattacher sa terre à Ilion ou à Scepsis 185: il choisit finalement la première cité 186. contrôle une autre partie du territoire et des villageois dépendants. A cette époque. nous avons la preuve dès l'époque de la domination hittite 176. Les concessions de terre à Aristodicide et à Laodikè sont toutes les deux situées en Phrygie hellespontique: le lot de Laodikè s'étend entre le territoire de Zélée et celui de Cyzique 184. La: charte de concession porte en effet sur « Petra . il s'agit de terres déjà mises en culture. xwpac. en temps de sécurité et de paix. Cela suppose qu'à une certaine distance de Petra se trouve une autre forteresse royale qui. Welles 173 . d'une superficie de 1500 plèthres.. Or. si nombreux dans les régions OÛ la pénétration grecque se heurtait aux barbares et marquait un temps d'implantation» 171. Il ne fait guère de doute qu'originellement 175 baris et teicbos remplissaient également le double rôle de défense et de surveillance des territoires et des populations tributaires: de cette fonction de défense des forteresses royales. et la cbôra de Petra (xat "fic. les paysans du plat-pays peuvent. . et qui comprend village(s) et paysans 183. elle.à encore. Si nous examinons la vente de terre à Laodikè. ce plat-pays est clairement défini dans la topographie administrative. La concession correspond à un lot du cadastre qui avait' déjà été enregistré à l'époque achéménide 182. nous avons donné ordre à Aristodicide de leur permettre d'y résider» 172. et il s'applique à « des établissements d'origine militaire. D'autre témoignages rendent compte de l'importance de la cbôra basilikè dans cette région d'Asie Mineure: ainsi la vente de - 193- . IIE"pL[ô]oc. à l'occasion.

Le système du hatru présentait pour le Roi un double avantage. en effet. intimement liées: il désigne un groupe et le territoire dont il a l'usufruit» 195. à l'époque achéménide. «chargé des territoires de l'Hellespont ». subdivisée elle-même en plusieurs 'modules cadastraux' autour d'un chôrion: de ces chôria nous avons des témoignages hellénistiques dans les petra. Les inscriptions hellénistiques permettent donc. Ces garnisons sont [presque] toutes formées de mercenaires provenant de tous les horizons de l'Empire» 197. La terre royale de cette région remontait certainement aux Achéménides [88. semble-t-il... On comprend dès lors que ces phrouria fussent si nombreux dans chaque satrapie. ils sont en effet appelés le plus souvent «fonds d'arc» et «fonds de cheval ». Ces hatru « correspondent selon toute vraisemblance à des contingents militaires. d'interpréter le titre porté par Alexandros en Eolide au début du Ive siècle: phrourarchos tôn epi tèn Aiolida cbôriôn 190. Alexandros est à la tête d'une subdivision territoriale satrapique. Plusieurs études de G.terme « qui possède deux valeurs. Il y a donc tout lieu de supposer que c'est au hasard des chartes de concession (ou de vente) que nous devons quelques connaissances sur l'organisation des terres royales: la petra d'Aristodicide. baris et (neoïteicbos [92. 1. celui-ci pouvant comprendre un ou plusieurs villages. les deux tiers ont [un] caractère militaire et le doute subsiste pour un tiers seulement »196. par des garnisons royales chargées «de maintenir les sujets dans l'obéissance et de défendre le pays contre toute agression de l'ennemi» 189. «Sur une soixantaine de batru. fiscalité et dépendance rurale (Babylonie. chacun d'entre eux possédant lui-même son territoire dont les frontières sont officiellement reconnues. au siècle. - - 194- . concessions aux nobles conquérants) 198. Le ' module cadastral' se définit par un cbôrion et un territoire. L'examen de l'institution en Asie Mineure requiert un détour par la Babylonie et par l'Égypte.. le baris de Laodikè et le (neoiteichos d'Achaios devaint être tenus. [Colonies militaires.4. militaire et fiscal. Asie Mineure)]. les ne Egypte. Le groupement de villages que révèle certains textes littéraires correspond donc à une réalité administrative 191. Tout d'abord. Cardascia permettent de bien comprendre la fonction et le fonctionnement du batru babylonien 194 . à la suite de laquelle de grosses modifications furent introduites dans le régime des terres (extension de la terre royale.PIERRE BRIANT terres par Antiochos 1er à la cité de Pitane 187. Un autre aspect de la liaison occupation militaire/dépendance rurale/exploitation des territoires peut être analysé dans un type de ' settlement' qui n'est pas à proprement parler la garnisonforteresse: ce sont les colonies militaires 193. Korragos. Ce système fut très probablement introduit en Babylonie dès la conquête de Cyrus. Les termes qui désignent les lots attribués aux bénéficiaires renvoient manifestement à une réalité militaire. est mandaté par le roi (attalide?) pour donner des terres du domaine royal à des citoyens d'une ville qui est peut-être Apollonia du Rhyndakos 187.

et ils jouaient le rôle de garnisons dans un pays nouvellement conquis: la diversité ethnique des contingents. la présence de colonies militaires achéménides est largement attestée 212. Ces garnison étaient chargées de surveiller les frontières du Sud et de garantir l'ordre à l'intérieur du pays 1!J9. le soldat du Roi. juifs) « tout en ayant des centres de regroupement distincts. Dans quelle mesure peut-on considérer le sytème comme exclusivement babylonien? A cette question fort importante. mais il n'est pas exclu que l'expérience du hatru .211. En Asie Mineure. Il me semble en effet que l'examen des lots rnilitaires en Egypte et en Asie Mineure achéménides ne peut que renforcer l'idée de l'extension d'un système proche de celui du hatru à de nombreuses provinces de l'Empire. on sait que les rois saïes ont fait venir des mercenaires grecs qu'ils ont allotis 206: ces mercenaires sont donc « à moitié colons. la clérouchie lagide. constituent un ensemble militaire unique.ne lui ait pas apporté quelques éléments ». bien que les mercenaires et leurs familles reçoivent également des salaires en argent et des allocations en nature» . Il est impossible de dire s'il a eu d'autres applications dans l'Empire. Les impôts de chaque hatru sont rassemblés par un prévôt (saknu) et reversés par celui-ci à l'administratione royale sous forme d'argent 203: le hatru constitue donc aussi une circonscription fiscale» 204. Par ailleurs. L'hypothèse qui attribue à l'institution une plus large diffusion conduit à une autre recherche.d'empêcher toute connivence entre les troupes d'occupation et les populations soumises :ail. Les archives d'Eléphantine permettent de préciser pour la période perse. La hatru babylonien évoque. à moitié soldats» 2i1l. mais une réponse affirmative est hautement probable: on conçoit mal qu'il ait été imaginé seulement pour une région aussi limitée que la banlieue de Nippur. Celle-ci a probablement des origines grecques ou hellénistiques. Cardascia 2115 apporte une réponse prudente mais ferme: «Le régime décrit a une implantation locale d'après les seules sources disponibles. que l'on constate également en Égypte 199 et en Asie Mineure 200. Les garnisaires ont reçu des tenures (mnt = kleros) 210: il y a donc « une certaine anticipation sur les clérouquies grecques. En Egypte.68 PIERRE BRIANT concessionnaires devaient le service militaire. les concessionnaires sont soumis au versement des impôts d'Etat. par certains traits. G. le bârra et toutes sortes de redevances pour la maison du Roi» 2ll!.parmi d'autres . désignés le plus souvent sous l'énumération « impôts complets. On sait en particulier que les Perses avaient transplanté des colons hyrcaniens dans une plaine lydienne qui prit le nom de - 195- . sous la direction d'un commandant de garnison (rab haylô) qui réside à Syène et qui porte un titre analogue au phrourarque ou à I'acrophylax des troupes grecques» 208. la farine du Roi. ces rapprochements permettent également de mieux mesurer l'importance de l'héritage achéménide en Asie hellénistique.surtout si elle n'a pas été confinée à la Babylonie centrale . L'ensemble des contingents (araméens. avait certainement pour but .

Sans exclure que ces contingents perses aient pu être installés par un Séleucide..ne peut pas ne pas faire songer immédiatement au « fonds de cheval» (bît-sisî ou bit-aspatu) connu dans certains hatru babyloniens 217. Dans le texte bien connu d'un traité de sympolitie passé entre Smyrne et Magnésie du Sipyle (peu après 243?). Que des communautés perses se soient reproduites sur place n'a rien qui puisse étonner: la persistance de l'onomastique iranienne en Asie Mineure constitue un autre témoignage de cette vitalité 220.que l'on connaît par ce seul texte en Asie Mineure . on doit souligner les analogies de fonctionnement entre les Heroi hellénistiques et les lots des hatru babyloniens: nombre de kleroi sont des lots communautaires: c'est le cas par exemple des deux lots que ' possède' la ' communauté militaire' de Palaimagnésie: «c'est ainsi la colonie qui reçoit la dotation» 224. Or. L'exemple des Macedones Hyrcanii prouve que des colonies macédoniennes ont repris à leur compte d'anciens' settlements' achéménides 219. Un récit bien connu de Xénophon 215 fait référence à des hoplites assyriens [babyloniens] et à des cavaliers hyrcaniens tenant garnison en Mysie. Il est tentant de voir dans le Heros hippikos d'épeque séleucide l'héritage d'une pratique diffusée par les Perses dans leurs établissements d'Asie Mineure m.de même - 196- .ce qui manifestement constitue un privilège. et que dans la calIée du Caïque s'établirent des Hyrcaniens et des Bactriens 214. on peut supposer avec une égale vraisemblance que leur présence dans la région de Magnésie re. et que le traité Smyrne-Magnésie du Sipyle précise que la citoyenneté et l'exemption fiscale sont conférées à « Omanès et aux Perses qui sont sous ses ordres ainsi qu'à ceux [des Perses] qui ont été envoyés de Smyrne pour la défense du fort» 218. Cette hypothèse parait d'autant plus plausible que les fondations perses furent particulièrement nombreuses en Lydie. les tenanciers des kleroi paient des impôts au roi: le texte du traité Magnésie-Smyrne prouve en effet que les tenures sont exemptées de la dîme ma . par ailleurs. Les établissements achéménides étaient particulièrement nombreux dans les vallées proches du Mont Tmôlos. sur lequel les Perses avaient établi un observatoire 215•• Nous ne disposons pas d'une documentation directe nous permettant de connaître dans le détail le fonctionnement de ces colonies. Enfin. l'exemple du hatru babylonien 221 et des soldats lotis de Syène-Éléphantine 222 prouve que garnisaires et colons s'installaient avec leurs familles. . d'une façon générale. monte à l'époque de là domination achéménide.dans cette acception au moins . Le kleros . attestent d'une grande continuité de l'héritage perse. le cas babylonien indique que le lot est transmissible héréditairement ID. Il nous faudra recourir à des textes d'époque hellénistique qui.recouvre donc la double signification du hatru: «groupe et territoire dont il a l'usufruit» 225. figurent des clauses relatives aux soldats en garnison dans le cbôrion de Palaimagnésie: il y est précisé en particulier que les soldats non lotis (aklerouchetoi) recevront un « tenure du cavalier» (kleros hippikos) 216..PIERRE BRIANT plaine hyrcanienne 213. Ce terme .

il y a de nombreux' dynastes' qui dominent une portion de territoire tout en restant en principe politiquement dépendant du pouvoir central (versement d'un tribut). le terroir concédé était forcément cultivé par des • civils'. Tous les territoires de l'Empire ne sont pas contrôlés immédiatement par l'administration royale. à l'instar des concessionnaires babyloniens. Comme dans le cas des Perses de Palaimagnésie. Garnisons et colonies ne constituent donc pas des • ilôts militaires' dans le plat-pays: c'est bien au contraire par rapport à elles et autour d'elles que sont organisés les territoires et les populations dépendantes. mais plutôt qu'ils remontent à l'époque achéménide 228. fiscalité. 2. c'est que. tels les colons hyrcaniens en Lydie 234. En définitive. les kleroi (proches de Sardes) paient un impôt (phoros) en argent à l'administration royale. soit que la terre soit concédée à un groupe de garnisaires en récompense de leurs services 230. C'est dire que nous avons là encore une situation assez proche de celle du batru. des etbnè et des royaumes vassaux (Arménie par exemple). - Les - 197- . En-dehors des cités. des dépendants ou (dans une moindre mesure) des esclaves 233. le roi retire de l'institution d'appréciables avantages militaires: soit qu'il s'agisse de paysans qui doivent le service militaire en échange du lot 229.mais en plaine. exploitation du territoire et dépendance rurale. mais leur étude peut être complétée et enrichie par des rapprochements avec des dynasties d'un modèle dessez proche. et très certainement pour une part par des paysans dépendants (laoi) concédés avec la terre qu'ils cultivaient de génération en génération 231. La différence. parfois. Parmi ces dynasties. on soulignera que. les colonies ne sont pas implantées dans des sites de défense naturelle . Si cela est. Dans ce dernier cas. dont les concessionnaires « entendent tirer des revenus sans avoir à se soucier de leur exploitation »: d'où l'importance des Murashû qui «servent d'intermédiaires entre les maîtres des terres et les cultivateurs »232 . comme dans le cas des garnisons-forteresses. on retrouve là une liaison étroite entre contrainte militaire. La création de colonies militaires participe donc elle aussi de la stratégie d'exploitation économique des populations rurales. L'inscription de Mnésimachos apporte une précision supplémentaire: parmi les revenus du personnage figurent non seulement des villages mais également deux kleroi m: il semble bien s'agir là de terroirs collectifs concédés à des groupes installés par l'administration royale 227a.70 PIERRE BRIANT dans une lettre d'un roi attalide à des clérouques P. outre les avantages financiers. il paraît assez probable que ces kleroi n'ont pas été créés de toutes pièces par un roi hellénistique. [Modèle «dynastique» d'organisation militaire de l'espace]. [Les territoires des hyparques de Sogdiane-Bactriane). celles d'Iran Oriental sont les plus fameuses.ceux-ci pouvant être des libres.r . z .(pas plus que les hatru de Nippur d'ailleurs) .

enfin. Toutes ces formulations confèrent une position de centre à la petra.x~t 'tTlV xwp~v 'tTlv 1tpèç 'tfi~ 1tÉ'tpq: 2490. On retrouve les mêmes termes pour qualifier une ville et son territoire. ce sont surtout des paysans qui. est lui aussi à la tête d'un territoire (. Oxyarthès. pour un temps. en temps de paix. trente mille personnes s'étaient mises à l'abri sur la Roche d'Ariamazès 236. Forteresse et villages environnants forment donc une unité politico-militaire. ils constituent également une unité d'exploitation. Arbataze . le terme d'hyparque utilisé par Arrien s'applique « à tout responsable terrritoriai qui n'est pas le roi »243. centre' ne doit pas être entendu seulement dans son sens topographique 250. Alexandre « fit attribuer les villes - 198- . viande séchée) qui permettaient d'envisager avec confiance un très long siège 240.. comme Sidon (. Ces réfugiés. ou .. Le pouvoir de ces princes est matérialisé dans le paysage par une Roche (petra). Alexandre promet à l'ancien 'satrape' une provincia encore plus vaste 255. des magasins ont été en effet aménagés dans le roc.nommé entre-temps satrape de Bactriane 245 . place-forte naturellement fortifiée.. L'existence de ces magasins suppose la levée d'un tribut en nature sur les villages dépendants: Quinte-Curee 241 qualifie très symptomatiquement de clientes les paysans levés en milice par les hyparques qui se sont mis. Vis à vis du plat-pays.regionem cui Oxyarthes satrapes nobilis praeerat) 253. y sont stockées d'énormes quantités de produits alimentaires (blé. Quinte-Curee emploie une expression analogue pour qualifier l'Aornos qui fut munie d'une garnison macédonienne et confiée à Sisicottos: petrae regionisque ei adjunctae Sisicotto tuteZa permissa 247. ces Roches jouent plusieurs fonctions: ce sont d'abord des places de refuge: lors de l'arrivée d'Alexandre.regionem quoque urbi adpositam) 248. vivent et travaillent dans leurs villages 137. et le terme . tutela relictus'ï » 246.reçut «la tutelle de la Roche et de la région attenante (petrae regionisque. Ces princes sont donc à la tête d'un territoire dominé par une forteresse-magasin. vin. Quinte-Curee décerne également le titre de satrape à Sisimithrès qui est à la tête d'une regio autour de Nautaca 254. x~t 'tàp. Plusieurs textes de Quinte-Curee confirment très nettement que Roche et plat-pays ne peuvent être disjoints: après le défaite et l'exécution d'Ariamazès et de sa cour 244... sous le commandement de Bessos 242.. quae adpositae esset ei. qualifié de ' satrape' par Quinte-Curee 251 et d'hyparque par Arrien 252. au nobles qui se rallient. Dans les Roches. 1tEpt ~ù'tè XWP~V 249. S'y sont réfugiés également le prince et toute sa cour 138. Les paysans doivent à l'hyparque le service militaire 239.. Cette expression correspond très exactement au grec 'tè q>pOUP~OV .. D'une manière générale.PIERRE BRIANT 71 petites principautés d'Iran Oriental sont surtout connues par les récits que les auteurs classiques ont consacrés aux difficiles combats menés par Alexandre pour mettre à la raison ceux qu'Arrien appelle les hyparques 235.

Des chambres y étaient creusées à même le roc: «Le unes. il convient de voir la forme hellénisée du terme araméen byrt' qui signifie forteresse 270: le terme est transcrit birtha dans un papyrus ptolémaïque du milieu de Ille siècle 271.3. Sous le terme baris. [Le territoire des Tobiades en Transjordanie]. disposées avec soin.. sont des écuries. Le mariage entre la fille de Gobryas et un ami de Cyrus 267 accroit encore la similitude avec la politique menée par Alexandre en Iran oriental pour récupérer à son service les hyparques.. [L'exemple de Gobryas]. Cette description d'un archéologue fait irrésistiblement penser à ce que les textes nous apprennent des petrai d'Iran Oriental. capable de contenir une nombreuse maison avec une suite de cinquante chevaux au moins et des provisions pour un long siège» 272. 2. et il est à la tête d'une armée de plusieurs milliers d'hommes 260. avec leurs mangeoires et leurs anneaux taillés dans la pierre. les autres.PIERRE BRIANT et les terntoires (urbes agrosque) de ceux qui avaient persévéré dans la défection» 256.. « il y avait à l'intérieur aSSe2 de provisions pour suffire à la garnison pendant une génération e P'. la forteresse comprend également des magasins où sont stockées d'imposantes quantités de vivres: en effet. Le centre de leur pouvoir territorial se situait à Arâq el-Emir. Dans l'un et l'autre cas . n. sont des salles d'habitation. Cette forteresse est tellement imposante que Cyrus lui-même la juge imprenable 261. Elle sert également de place de refuge aux paysans du plat-pays 262 et à leurs troupeaux puisque « l'on voyait aussi un grand nombre de boeufs et une quantité énorme de petit bétail amenés au pied des remparts» 263.le terme 'forteresse' est inapte à rendre - 199- . plus grossières.à charge pour celui-ci d'en reverser une part sous forme de tribut au roi de Babylonie 265. la même ou Flavius Josèphe décrit la puissante baris érigée (selon lui) par Hyrcan vers 175 av. leurs places-fortes et la paysannerie dépendante. ont servi de magasins. qui commande à un vaste territoire (chôra). le terme urbs doit être compris dans un sens large: il renvoie à une résidence fortifiée servant de centre politique. on peut ajouter celui de la fameuse famille juive des Tobiades 268 installée en Transjordanie au moins depuis l'époque de Darius 269. d'autres. On doit en conclure qu'à l'instar des clients des hyparques sogdiens. 2. éclairées par de larges fenêtres. les paysans du plat-pays versent des taxes en nature à Gobryas . La conquête du pays et la soumission volontaire de Gobryas conférèrent à ce château fort une fonction royale 266. ce point fort n'est pas seulement la résidence de Gobryas. A ces exemples. militaire et économique à un plat-pays dépendant 258• . Dans ce texte comme dans bien d'autres 257.. è. Tout cet établissement a donc les caractères d'un lieu de refuge. On retrouve une organisation du même type dans la principauté tenue par Gobryas en Elam vers 546259: il possède une forteresse (teichos).2.ainsi que dans celui de Gobryas .

qu'à l'instar de Gobryas 282. semble-t-il. En temps' normal " le pouvoir central est représenté par un satrape . Le problème. ni un camp retranché au sens moderne du terme ». Darius a disparu et l'autorité impériale dont vient de se parer Bessos-Artaxerxès n'est acceptée que du bout des lèvres par ses pairs. On trouve également en Sogdiane-Bactriane des régions de cbôra basilikè administrée immédiatement par le Roi et son administration.écrit justement L.De ces trois exemples semble donc se dégager un ' modèle dynastique' d'organisation militaire de l'espace.«n'est ni une forteresse. les hyparques reversaient au Roi une part de leurs prélèvements. .de très haut rang . où les travaux permirent de mettre environ 7500 hectares en culture à l'époque de la domination achéménide 285. l'analyse ne vaut au mieux que pour la période 330-327: or. par ailleurs. et donc que le 'modèle dynastique' apparaît comme contraire aux intérêts et au pouvoir du gouvernement central m. Vincent 273 . Ils doivent en outre mettre leurs contingents à la disposition du Grand Roi.4. et cette région est très vaste et très riche 276. à mon sens. La dépendance des masses paysannes joue à leur profit. Il convient pourtant d'apporter des nuances à ce tableau un peu schématique: tout d'abord. on doit souligner un fait qui. il semble bien apparaître à première vue qu'ils exercent dans leurs territoires une autorité sans limite qualifiée d'imperium par Quinte-Curee 278.et Bactriane et Sogdiane versent un tribut 281: ce qui implique. pour le Roi. organisée sur le même plan que l'oikos royal et son concurrent efficace dans l'est lointain» 279 etc. réside dans le fait que ces petits princes peuvent utiliser leur puissance contre lui. dont chacun conserve une autorité pleine et entière sur le contingent qu'il a levé chez ses propres clients 280. lorque celui-ci convoque l'armée royale 2113.PIERRE BRIANT 73 compte des fonctions de ces puissantes résidences: la birtba des Tobiades . on retrouve une unité territoriale composée d'une forteresse. comparable au ' module cadastral' qui a été étudié ci-dessus: dans l'un et l'autre cas. - 200- . La présence d'une «ville ronde» « plutôt le siège d'une garnison qu'une capitale régionale» 286 .fondaient leur puissance sur le travail des paysans: un papyrus cite la « cbôra de Tobiah »275. à cette date. [« Modèle dynastique» et pouvoir royal]. Il ne fait guère de doute que les premiers Tobiades . Si l'on prend en effet le cas des hyparques. d'un territoire et des paysans dépendants.qui l'avaient aménagée sous les premiers Achéménides 274 . car les prestations en nature «présupposent l'existence d'un oikos seigneurial.constitue peut-être un indice de l'emprise royale sur ce territoire nouvellement mis en valeur 287. la forteresse jouant le rôle de contrainte militaire et de protection-refuge. H. est très important: la totalité du territoire satrapique n'est pas divisée en territoires dont chacun serait dirigé par un hyparque 284. C'est très probablement le cas de certains territoires irrigués: ainsi celui d'Aï-Khanoum. 2.

c'est lui qui lève et qui commande l'armée de conscrits paysans. et la vénération pour sa fortune passée suit le roi dans l'adversité» . à tel point qu'il est difficile de distinguer où commence et où se termine le marge d'indépendance de ces princes. De ce point de vue.écrit Quinte-Curee 289. En dernière analyse. et de résister à l'offensive idéologique qu'Alexandre développait sur des thèmes dynastiques depuis la mort de Darius 2890. C'est peut. qu'il jouissait également de pouvoirs judiciaires etc. le prestige du Roi est extraordinaire: le nom suffit à rassembler les Barbares.ce qui à la fois crée et suppose des liens de dépendance directe entre les masses rurales du territoires et les maîtres des Roches: dans ces conditions. En d'autres termes. la « communauté iranienne» n'est pas un vain mot: «Chez ces peuples. les petra. on peut supposer. dynastiques jouaient le rôle organisationnel que jouaient directement ailleurs les forteresses royales: défendre le territoire et les populations con- - 201- .être au niveau idéologique que la souveraineté du Grand Roi se faisait sentir avec une efficacité particulière.mis à part le satrape et son entourage . Par exemple. Il est tout à fait caractéristique que Bessos ait revêtu le vêtement royal et ait pris le nom "d'Artaxerxès 289a: c'était le meilleur moyen pour lui de faire accepter une vaste conscription en Bactriane et en Sogdiane 289b. le problème reste posé du reversement éventuel d'une partie du tribut dans les caisses royales: ce devait être la règle théorique. visible. les paysans sont-ils dépendants du Roi ou des hyparques? La dépendance directe. c'est lui qui défend et protège les paysans contre les incursions des nomades et contre l'invasion d'une armée ennemie. ou mieux: qu'elle transparaît le plus clairement à travers les textes classiques. appliquée avec fermeté pendant les périodes où le pouvoir central était suffisamment fort pour la faire respecter. « il n'est pas exclu que l'autorité perse en Asie centrale ait trouvé profit à favoriser un 'développement propre' en s'appuyant sur les maîtres locaux de manière à mieux contenir avec eux les populations nomades qui continuaient à menacer les intérêts des uns et des autres» 289<1. à cet égard. le ' territoire dynastique' apparaît comme un véritable état dans l'Etat. Bickerman 2890. Cependant. si l'on admet avec E. quotidienne et vécue comme telle par les intéressés est incontestablement celle qui s'exerce au profit du prince local: c'est lui qui lève et qui stocke les prestations en nature. A cet égard comme à bien d'autres 288.il n'existait probablement pas d'administrateurs perses en Sogdiane-Bactriane. on ne peut nier que ces liens sont ambigüs voire contradictoires. Le problème est de saisir la nature du rapport entre ces petites unités territoriales et l'autorité centrale. les expressions « contrainte militaire» et «monopole militaire» ne peuvent pas recouvrir les mêmes réalités que dans d'autres régions de l'Empire. que . Et.74 PIERRE BRIANT Il ne s'agit évidemment pas de nier la spécificité des sociétés est-iraniennes: un trait distinctif est la possibilité dont disposent les hyparques de lever en milices leurs paysans dépendants . sans grand risque d'erreur.

la situation paraît encore plus claire mais également très comparable. [Trésoreries et garnisons]. soucieux de consolider le loyalisme de Tobiah m. la position des Tobiades vis à vis du pouvoir central ne s'est pas modifiée en substance 291. car il savait bien . La conquête macédonienne ne modifia pas fondamentalement cet état de choses. 3. . Tous les efforts du Macédonien tendaient à dominer et à exploiter directement les masses rurales dépendantes: soit en supprimant purement et simplement l'hyparque et sa cour et en concédant son territoire et les populations paysannes à des villes nouvellement fondées 289'. et il n'est pas exclu qu'une colonie militaire ait été installée dès l'époque achéménide. 3. On peut considérer que cette installation représente un renforcement du pouvoir central. Si l'on prend maintenant l'exemple des Tobiades. La conquête d'Alexandre ouvrit incontestablement une phase de reprise en main et de renforcement de l'autorité royale et de la contrainte militaire 21l9f. Comme dans le cas précédent.PIERRE BRIANT 75 tre les dévastations et assurer le fonctionnement et la survie du système de la dépendance rurale. en temps de crise. celle de gouverneur d'Ammonitide à l'époque d'Artaxerxès I'" 2893. [Trésoreries. l'un des témoins est un Cnidien «clérouque d'entre les cavaliers de Tobiah ».1. En fin de compte. Ainsi. risquaient de jouer contre les intérêts du pouvoir central. moyennant quoi les hyparques jouissaient d'avantages politiques et économiques appréciables qui. soit en récupérant à son profit les territoires et l'organisation para-étatique d'autres hyparques. par certains côtés. Tobiah et Ptolémée tiraient donc également profit de la fondation d'une clérouquie. forteresses et exploitation du terrttotre dans le Fars]. la politique suivie ici par les Ptolémées se rapproche. et les villes elles-mêmes exercèrent une fonction de surveillance et d'exploitation des territoires . Il est une notabilité locale choisie par Philadelphe comme gouverneur responsable de la nouvelle province [ptolémaïque] »200.et des populations pour le plus grand profit du conquérant et des colons. Un papyrus ptolémaique de 259-8 transcrit une vente d'esclave réalisée à Birtha de l'Ammonitide. de celle que mena Alexandre en Iran oriental.. Des garnisons macédoniennes furent installées sur les petrai 2891. d'Artaxerxès 1er à Ptolémée II. il paraît évident que le pouvoir central perpétuait une situation qui était avantageuse pour lui.tout comme les Achéménides .La Pers ide proprement dite (Fars) était hérissée de nombreux postes militaires: c'était en effet - 202- . il faut tenir compte également du souci royal de protéger le pays contre les incursions des bédouins 293.que le ralliement des chefs lui assurerait la tranquillité de l'ensemble de la population 289'. Les Ptolémées ont installé des clérouques militaires dans la birtha des Tobiades. Ce papyrus et d'autres montrent que Tobiah a «une situation de haut fonctionnaire dans sa province . Ils ne sont manifestement pas indépendants du pouvoir central achéménide: il est probable au contraire que Tobiah combinait sa position de dynaste local avec une fonction officielle.. Mais.

Hunan. Alexandre se soucia prioritairement de mettre la main sur les points fortifiés. qui remplissait (peut-être) conjointement les fonctions de gouverneur et celles de trésorier 302. les tablettes nous livrent les noms de sept Trésors dont les emplacements ne sont pas tous connus avec précision: Gaufriya. crins. bâtiments destinés à recevoir les tributs levés pendant son règne. et Taokè sur la côte du Golfe Persique 299.2. que relate Polyclète. En-dehors de ces postes de surveillance et de transmissions. chaque roi se fait construire un bâtiment séparé.PIERRE BRIANT «un pays vallonné. et cette liste n'est probablement pas complète lOl. avec trésors itbesauroi) et magasins de dépôt i paratbeiseiss.. on peut citer Gabai en Haute-Perside (Paraitacène). et protégées par des gar· nisons: d'après les listes de rations. voire en têtes de bétail ». IO à Schiraz en 494) 305. . substances tinctoriales. par exemple. et qui doit doit rester comme un monument de son administration. A Suse. l'une et l'autre faisant fonction de résidences et trésoreries royales. Matezzis (vp. Rahân. ces Trésoreries ne sont pas simplement des lieux de stockage des tributs JffI. mais également des produits en nature. et c'est - 203- . et sur celles-ci les tablettes des fortifications de Persépolis [PFT. dans la citadelle.] nous apprennent beaucoup. telle Hidalu 306. Elles entretiennent des rapports organiques avec le plat-pays qui les entoure. Dès son arrivée dans le coeur de la puissance perse. Hiran. Ces trésoreries sont installées sur des sites fortifiés. en particulier sur les Trésors « où étaient venus s'accumuler pendant tant d'années les tributs levés par les Perses sur l'Asie entière» 300. [Trésoreries et organisation du travail dépendant]. on y comptait plusieurs résidences royales ibasileia) et gazopbylacies 295. C'est en argent (argurion). dans l'intérieur. laine etc. on connait Pasargades 298. que se perçoivent les tri~uts levés sur les territoires de la côte. il convient d'ajouter les' villes-étapes' sur la grande route carrossable SusePersépolis. Citons Polyclète de Larissa via Strabon 297: «Mais il est d'autres particularités. L'une et l'autre étaient sous les ordres d'un représentant personnel du Roi. drogues.Contrairement à ce que laissent entendre les textes classiques. Vrantus. et qui mériteraient peut-être qu'on les rangeât également au nombre des coutumes nationales de la Perse. on connaît parfois le nombre de gardes du Trésor (en grec: thesaurophylaques) de tel ou tel site (20 en 495 à Vrantus. Les sources classiques donnent les noms de quelques unes des résidences et gazophylacies: outre Persépolis. Les tablettes de Persépolis permettent d'apporter des précisions extrêmement utiles sur le nombre et la densité de ces trésoreries-forteresses. l'impôt se paie en nature avec les produits même de chaque province. Hvâdaicaya) et Schiraz. Dans ces trésors venaient s'accumuler l'or et l'argent provenant de toutes les satrapies 296. En-dehors du Trésor de Persépolis. Persépolis et Pasargades étaient protégées par une garnison qui veillait sur les trésors 301. 3. avec des postes de garde (phylakai) haut-perchés a peu de distance les uns des autres» 294. Parmi les autres palais royaux. Aux trésoreries proprement dites. mais.

Hieronymos souligne également l'exceptionnelle densité humaine de la Perside par rapport à celle d'autres satrapies 313. soit (par ordre d'importance décroissant): les céréales. leur fonction ne doit pas être réduite à celle de forteresse au sens restreint du terme: comme le note Polyclète repris par Strabon. le vin et la bière. La gestion de l'ensemble des produits en nature de la couronne était dirigée par un 'majordome' qui avait sous ses ordres cinq hauts fonctionnaires dont chacun avait la haute main sur un département. Mais. en 317 av. La Perse intérieure « passe pour l'endroit le plus sain de toute l'Asie» 311. Elles peuvent être fournies également à titre de rations de voyage.PIERRE BRIANT 77 sur ce point capital que les tablettes permettent d'apporter des éclairages extrêmement neufs. Les travailleurs dépendants (kurtas) étaient déplacés au gré des besoins d'un district à l'autre. les fruits. Or. et plus encore peut-être pour l'élevage 314. La majeure partie du territoire utile était directement administrée et exploitée par l'administration centrale au sein d'une gigantesque « économie royale ». les volailles 316. les productions agricoles et pastorales livrées et délivrées sur ordre écrit des administrateurs royaux de tout rang lIS. les tablettes citent 48 lieux où on a délivré divers produits: la plupart de ces toponymes ne sont pas identifiés 317. La richesse des forêts a beaucoup impressionné les conquérants macédoniens. Ainsi. soit à des hauts fonctionnaires. Nous avons déjà indiqué que ces ' capitales' étaient fortifiées et munies de garnisons. En bref.pour les activités agricoles. témoin oculaire. il s'agit d'un pays remarquablement doué. Les produits stockés sont délivrés comme' rations' soit à des kurtai. pour s'en tenir à l'année 500. de sol fertile. ainsi que des taillis naturels d'arbres de toutes espèces et des eaux vives» 310.. le secrétaire. car plusieurs de ces Trésoreries sont également des étapes sur les grandes routes (ainsi' Matezzis sur la route de Persépolis à - 204- . Elle comporte des parcs aux plantations variées. qui distingue les trésors (thesauroi) des magasins (paratheiseis) lIS.. è. « aux pieds des monts. ces Trésoreries comportent des aires de stockage de produits venus des alentours 319. Parmi les toponymes figurent des Trésoreries. n. le petit et le gros bétail. et l'air y est tout à fait sain et les fruits de saison y abondent 309 . affirme Hieronymos de Kardia 308. Rappelons tout d'abord que la Perside comprend des districts très riches. il parait extrêmement probable que l'exploitation du territoire et la surveillance des kurtas étaient décentralisées par ' districts' dont chacun était organisé autour d'un centre fortifié. La région située entre l'Ouxiane (bassin de Fahliyun) et Persépolis «est en altitude. l'administrateur des magasins 320. L'administration de la Trésorerie de Rahân est dirigée par trois hauts fonctionnaires: le gardien du trésor. « La Perse regorge de tout ce qui touche au luxe et au plaisir ». et c'est qui nous importe ici. peuplée de bourgs et de villes nombreux (vicis atque urbibus Irequens) »312. s'étend la pente d'une vaste plaine.

dans le second groupe. Cependant. et ceux qui sont employés dans la production: parmi le premier groupe: les garde-meubles. En d'autres termes. ont meilleure grâce. ou 20 Egyptiens sont envoyés de Suse 327. Rahân.et l'on ne manquera pas de rapprocher Strabon 329 qui écrit à propos des gazophylacies perses: «En général. à Matezzis. et dans la fabrication du parchemin 332.PIERRE BRIANT l'Inde 321. des tailleurs (?) de vêtements. Mais. en 494. ou Schiraz sur la grande route Suse-Behbehan (Hidalu? )-Nurabad-Persépolis). Parmi les métiers les plus représentés. une partie de ces produits est également consommée sur place. on dénombre r Sr kurtas 324. Cette fonction donne une image extrêmement concrète des rapports entre la trésorerie-forteresse et le platpays. soit pour figurer dans les trésors et les dépôts royaux ». on peut supposer avec une grande probabilité qu'il s'agit de tailleurs de pierre 328. 3II kurtas sont répertoriés 325. à Vrantus. en 494. vingt tablettes enregistrent la livraison de peaux (moutons.quelles que soient encore les difficultés de traduction de l'élamite persépolitain. Matezzis) 332a• Il ne fait pas de doute que les peaux y étaient travaillées. Batrakatas. l'entretien et l'exploitation des richesses naturelles s'organise à partir de la Trésorerie. Les tablettes montrent en effet qu'un nombre très important de kurtas est employé dans ces centres: à Matezzis. la trésorerie-forteresse compor- - 205- . chèvres. auxquels ont doit évidemment ajouter les gardiens du trésor qui ne sont pas des kurtas mais des soldats perses. à Rahân. Parmi les travailleurs. bovins. Le plus souvent. artistement travaillés. et l'on n'en monnaye que la moindre partie. ces gens sont désignés sous le terme général de kurtas (' travailleurs royaux ') sans précision sur leur spécialité: seuls le sexe et la classe d'âge sont indiqués. 702 et 677 kurtas 322. un certain nombre étaient certainement spécialisées dans le travail du cuir. et surtout des «travailleurs d'art» 330 et des «travailleurs de précision » 331. enfin. et on y rencontre une écrasante proportion de femmes et de filles. On juge que ces métaux précieux. chameaux) à cinq Trésoreries (Hiran. l'or et l'argent sont convertis en pièces d'orfèvrerie. On notera également à Vrantu la présence de gardes-forestiers 326. on peut opérer une première distinction entre ceux qui s'occupent de la surveillance et de la maintenance. en 495. l'essentiel des kurtas de ce groupe est constitué d'artisans qui transforment les produits du plat-pays. le personnel comptait 90 travailleurs 323. Schiraz. quelques tablettes permettent d'atteindre à une plus grande précision . parmi les femmes artisans. des rations sont données à 694. dans trois années successives. on note: les orfèvres . soit pour être ·offerts en cadeau. à Schiraz. En effet. les gardiens des dépôts. il y avait certainement des travailleurs du bâtiment: ainsi.

C'est pourquoi. ce territoire ne fait pas partie de la Perside proprement dite 335. qui a pu servir de forteresse et de trésor. qui versent aux Perses un tribut prélevé sur leurs productions 334.3. i! devait donc y avoir une résidence royale. carrossable» 332b qui va de Suse à Persépolis 3321 Ce bassin constitue ce que les textes appellent «le territoire des Ouxiens de la plaine» iregio Uxiorum-Ouxiôn cbôra-Ouxiôn gè) 332J. peutindiquer une activité agricole ». [Le cas de la ville-forte de Madatès en Ouxiane]. c'est le bassin de Fahliyun 332'. voir ci-dessus). et elle produit à foison des fruits de toutes sortes». proche parent du Roi 338. . caractérisé de la manière suivante par S. Ce terroir est mis en culture par les paysans ouxiens. Prenons l'exemple de Matezzis. En effet. ni le terme ' forteresse' ni même le terme ' trésorerie • ne peuvent rendre compte de la complexité des fonctions de ces véritables capitales de districts territoriaux. Marezzis doit sans doutre être recherchée sur une route vers l'Inde. «C'était un très important centre administratif. le pays des Ouxiens est gouverné par Madatès. En 330. auquel Quinte-Curee - 206- . Ajoutons y les ateliers de transformation des produits du plat-pays (Matezeiè fait partie des cinq trésoreries qui reçoivent des livraisons de peaux. Toutes ces conditions . Il y avait aussi une trésorerie à Matezzis: elle devait être situées dans un bâtiment sûr et isolé. ce site . administrative. Il y a une base de colonne achérnénide qui suggère l'emplacement d'une importante construction royale ». à travers lequel court la « route royale» on «route . me semble-t-il. Le Roi y séjournait de temps en temps. Il s'agit de e l'ethnos des Ouxiens de la plaine 332 • Cette plaine (pedias) 332'. En définitive. Cela pourrait expliquer l'arrivée d'Egyptiens. sur le plan administratif. Comme l'a noté Hallock. je suggère que le terme « ville» employé à plusieurs reprises par les auteurs anciens 332' est finalement plus apte à rendre compte des fonctions de ces centres habités dont chacun domine et organise un plat-pays peuplé et mis en culture.fouillé par les archéologues « avait une puissante citadelle. militaire: cette région est particulièrement bien douée pour les activités agricoles: «Tout pousse dans cette contrée généreusement arrosée par les eaux. supposés être des travailleurs du bâtiment: c'était pour construire.justifient l'identification qu'il propose entre Matezzië et Pasa.explique l'auteur . écrit Diodore 3321 corroboré par d'autres textes 333.Les renseignements tirés de l'examen des tablettes éclairent. un cas uniquement connu par des sources littéraires classiques. ou aménager les quartiers royaux. 3. Hansmann 332e . Le mot ' territoire' renvoie à une triple réalité: économique. L'entretien d'un très important groupe de travailleurs (700 environ). ni de la Susiane 336: elle est en dehors du ressort du satrape de Suse et de celui de Perse 337.PIERRE BRIANT 79 tait également des manufactures royales. dont d'administration et la gestion étaient supervisées par le trésorier de Persépolis 332b.

muni de fortifications. 3. liée à une aide militaire contre les Perses. telle Hidalu (Behbehan?): ces magasins étaient très probablement approvisionnés. le bassin de Fahliyun est exactement situé dans. Cette puissante place-forte joue un double rôle: elle constitue l'un des maillons de cette chaîne de fortifications et de postes qui jalonnent la route royale et qui protègent l'accès à la Perside 345. peut-être aussi un paradis . En effet.80 PIERRE BRIANT donne le titre de praejectus regionis 339. Plus significatif: il est très remarquable qu'Alexandre ait consenti aux Ouxiens de la plaine une exemption de tribut 348. le guide est Susien 347. et il semble bien qu'il relève directement du Roi 340. lors de l'offensive du Macédonien contre les Ouxiens de la montagne. La reddition de la garnison perse et de Madatès entraîne pour les Ouxiens la suppression de la dépendance tributaire. car les descriptions de pillage constituent généralement l'un des témoignages les plus éclairants sur les ressources d'une ville ou d'une région! Il ne paraît cependant pas douteux que la capitale de l'Ouxiane doit être rapprochée des capitales de districts de Perside.4. munie d'une citadelle (arx) 343 et de tours (turres) 344. la 'ville' de Madatès faisait donc certainement partie de cette série de villes étapes munies d'abondants magasins de vivres. Il ne s'agit d'ailleurs pas d'une forteresse au sens restreint du terme: Quinte-Curee la qualifie même du terme urbs 342.les informations (ou certaines d'en- - 207- . Sous ce terme urbs. qui semblent bien prouver que l'obéissance des Ouxiens était étroitement liée à la contrainte militaire. elle remplit certainement aussi une fonction vis à vis des populations ouxiennes soumises. A cet égard. [L'exemplarité de l'organisation de la Perside'ï. comprenant: un palais (basileion) . une acropole. En revanche. Madatès réside dans une puissante place-forte.la zone à laquelle se réfèrent les tablettes des fortifications (l'axe Suse-Persépolis). située dans d'étroits défilés qui commandent l'entrée en Ouxiane pour qui vient de Suse 341. Tout d'abord. Traversée par la grande route carrossable.malgré la très réelle spécificité de la Perside dans l'Empire achéménide . pour une part au moins. la « ville» continue de jouer son rôle de défense des communications 350. Il s'agit là en effet d'une décision tout à fait exceptionnelle au cours de la campagne d'Asie 349.On doit se poser la question de savoir si . c'est un Ouxien qui indique à Alexandre un chemin détourné par lequel la garnison commandée pat Madatès est surprise 346: en revanche. par les prélèvements tributaires effectués sur les productions des paysans ouxiens dépendants. il faut très probablement voir un puissant complexe. deux faits doivent être relevés.bref une résidence satrapique au plein sens du terme. . la place-forte faisait-elle également office de Trésorerie? Il est fâcheux pour l'historien qu'Alexandre ait « laissé la ville intacte ».

1400. Ces stocks sont gérés d'une manière extrêmement précise voire tâtillonne. 200. 35. Inde etc. elles ont trait à des opérations comptables qui ont pour cadre Persépolis et ses environs immédiats. Chaque place d'étape comprend des stocks considérables de produits alimentaires. elles sont datées entre la 30" année de Darius et la 7" année d'Artaxerxès 1"r (492-458). Arachosie. Il convient pourtant de se méfier de cet argument a silentio: un très grand nombre de tablettes PPT. 1271. C'est manifestement au hasard des circonstances que nous devons la conservation de tablettes datées entre 509 et 458: je suis personnellement convaincu qu'une telle organisation . Quant aux tablettes du Trésor de Persépolis (PTT. 14 07. l'extension d'un tel système d'enregistrement à tout l'Empire peut être admise avec certitude pour un secteur des PPT. 1276.des garnisons étaient réparties. Ainsi. Les tablettes impliquent en effet un système élaboré de transfert de crédits. Elles datent en effet entre la 13" année et la 28" année de Darius (509-494). peuvent être utilisées pour compléter les analyses menées ci-dessus pour d'autres régions de l'Empile. 1542). 1994). Les PPT permettent de se faire une idée assez précise du mode de fonctionnement de cette administration. mais un double restait évidemment à la place où les marchandises avaient été délivrées.) sont concernées par ce type d'archives.PIERRE BRIANT 81 tre elles) tirées des PPT. il a donné à un certain - 208- . Il faut tenir compte également du fait que nombre d'enregistrements étaient faits sur des matériaux (parchemins) qui n'ont pas résisté au temps 354. bien connu par Hérodote pout être ~Q. 84 2. à Hidalu on trouve: sésame (PPT. 749. grains (PPT. 1259. Sur cette artère qui allait de Sardes à Suse . deux tablettes citent Artaphernès. 14 02-1403. d'autre part. elles ont été rédigées dans une série de sites qui bordent l'axe Suse-Persépolis. moutons (PPT. farine (PPT. 738. des régions fort éloignées de l'Elam et de la Perse (Asie Mineure.trape de Sardes 360: en 19?. 1848). 1398. 352 • Il paraît tout à fait impossible que cette organisation minutieuse ait disparu brutalement après 458. 1597) bière (PPT. les produits (sous forme de rations de route) étaient crédités sur le compte du livreur et débités sur le compte de l'officier qui avait muni les voyageurs d'un « document scellé» ou d'une « autorisation» 358. Une objection méthodologique vient immédiatament à l'esprit: le champ d'application de ces archives est limité dans le temps et dans l'espace 351. 2057). Les textes étaient inscrits à la station de ravitaillement et envoyés à Persépolis 357.existait encore en Perside à l'arrivée d'Alexandre 353.et qui se poursuivait jusqu'a Persépolis et même au-delà . 1251. restent inédites: un millier au moins peuvent fournir des renseignements utiles et complémentaires.dont on connaît la célèbre description qu'en a fait Hérodote 355.). 1399. Comme il est normal. Ainsi. 738. Égypte 359. II84. et des gîtes d'étape à des intervalles réguliers permettaient aux hommes et aux bêtes de trouver repos et restauration 356. 1851.en tout ou en partie . Là. à savoir l'administration des étapes et caravansérails de la Route Royale . 874.

moins précise. Enfin. Dès que les marchandises sont arrivées .PIERRE BRIANT Dauma un 'document scellé '. comme en fait foi le reste d'un livre de comptes du Magasin d'Eléphantine (ou de Syène) 366. Une autre tablette. on peut revenir au problème de la liaison entre fonctions fiscales (tributaires) et fonctions militaires dans les circonscriptions militaires d'Asie Mineure. Dauma put obtenir des rations de voyage à Hidalu (PFT. fait état de la fourniture de rations à une ' caravane' en voyée par le même satrape «vers le roi» (Suse ou Persépolis donc) (PFT. Après la mort de Perdiccas en 321. Dès lors. Il en était de même également dans chaque capitale satrapique 361. papyrus) et d'origine différente amènent à poser la question suivante: par qui et où étaient stockés et archivés les pro23 - 209- . dont il a été question plus haut (III 1. mais également des enregistrements de tous les actes officiels et en particulier de toutes les réceptions et livraisons de produits (et métaux précieux). Au coeur des garnisons militaires. les papyrus araméens montrent de façon éclatante que la couverture administrative de l'Egypte n'avait rien à envier à celle de la Perse. 1455). un rapport mensuel doit être adressé au satrape pour justifier la répartition des vivres dans le Magasin du roi 31>7. Un texte .1]'11 ypacp1]'11 ~'ltE~IjJE) aux épimélètes. par exemple.. tablettes élamites.3). On dit qu'à ce propos Antipatros se mit à rire et dit qu'il admirait la prévoyance d'Eumène. Un papyrus. grâce au document scellé fourni par Artaphernès. cet exemple prouve de façon indubitable qu'il y avait à Sardes un ou des dépôts d'archives qui comprenaient non seulement le relevé du cadastre. ce Dauma dirige un convoi qui compte hommes et 12 garçons. 1404). et qui est parti de Sardes (manifestement pour Persépolis).montre ou plus exactement confirme que les archives ' pullulaient' dans les satrapies perses. Enfin..l65 .] délivrent chaque mois des rations en nature sans compter les traitements en argent» 364. où étaient conservés les doubles des expéditions de produits en nature envoyés au Roi ou reçus de l'administration centrale 362. Les multiples rapprochements entre sources de différents types (textes classiques..datant de 321 .toutes les distributions sont minutieusement comptabilisées par les scribes. le Magasin du Roi est un entrepôt où des fonctionnaires [scribes du Magasin. Il en était ainsi dans toutes les 'villesétapes' sur la route royale. a trait à une livraison de produits alimentaires à des militaires cantonnés à Eléphantine: «Les marchandises ne sont délivrées que contre remboursement. Eumène de Kardia prit des chevaux dans les haras royaux près de l'Ida « et en envoya décharge par écrit (. et que les intérêts du Roi étaient gérés d'une manière « paperassière» par l'innombrables fonctionnaires agissant non seulement au niveau de la capitale satrapique mais également au niveau de subdivisions territoriales inférieures. En d'autres termes. à tous le stades de leurs manipulations.manifestement ici d'un autre dépôt royal (de la province de Thèbes). Il est évident que de telles pratiques bureaucratiques sont un héritage achéménide. qui s'attendait donc à leur rendre ou à leur demander compte des biens royaux» 363.

Il y est précisé que les villages et les kleroi . Buckler et Robinson concluent qu'il y avait dans chaque circonscription un collecteur civil chargé de rassembler et de gérer tributs et taxes de toutes sortes. nous l'avons vu. Kyinda comptait aussi un Magasin royal. le tribut d'une circonscription militaire de la satrapie 380. Mithridate le Grand avait déposé ses trésors dans 75 phrouria cappadociens. Les cas des petrai sogdio-bactriennes. semble-t-il. les Trésoreries comprenaient également des magasins où étaient rassemblés les produits agricoles et pastoraux dont une partie est fournie par le tribut (bazis) 368. la haute-main sur le Trésor 370: on peut supposer qu'il s'agissait là du plus important dépôt d'Asie Mineure 371. N'est-il pas logique de supposer que les produits en nature stockés dans les phrouria représentaient. sur lesquels occasionnellement on pouvait prélever Yopsônion (rétribution en nature) des sol. on peut donc supposer qu'à côté du Trésor. La présence d'un Magasin royal dans les garnisons est également attestée en Égypte achéménide.telles les petrai sogdiennes ou le teicbos de Gobryas. le sens de 'chîliarchîe' est celui de « districts organisés par les Perses originellement pour des motifs militaires ». L'existence d'une administration civile et militaire décentralisée au - 210- . En 3I9. dats et mercenaires 378. Selon Strabon 374. pour une part au moins 379.dont il a été question plus haut 383 doivent livrer leur tribut à la chiliarchie 384. Les tributs (en argent) étant versés à la chiliarchie et non au chîliarque. dépôts de produits en nature (paratheiseis) et personnels militaires (phroura). La présence de gazopbylacies est abondamment attestée en Asie Mineure également 369: à Sardes. nonobstant la centralisation de la gestion au niveau de la satrapie voire de l'Asie Mineure? C'est ce que semble indiquer une inscription hellénistique 381. Plusieurs textes montrent en effet que des phrouria disposaient de reserves de blé et d'autres produits de première nécessité qui permettaient aux défenseurs de résister à un siège de longs mois:r15 . Selon l'interprétation des premiers commentateurs de l'inscription. du teicbos de Gobryas en Elam et du baris des Tobiades en Transjordanie ne sont pas structurellement différents. il n'est pas le seul: on connaît la gazophylacie de Kyinda 372 ou celle de Pergame 373. et l'on sait que l'administration fiscale du roi (to basilikon) J77 devait gérer d'énormes stocks de blé l'na. le terme gazophylacie doit être compris comme l'ensemble: Trésor igaza-tbesauross. En Asie Mineure. comme en Perse ou en Egypte. dont l'original remonte probablement à la fin du IV· siècle 3!l2. Eumène reçut de Polyperchon un document écrit lui permettant de prélever de l'argent dans la gazophylacie de Kyinda pour payer ses soldats 376: or une partie de la solde était très généralement versée en nature (grains par exemple). la phrourarque Mithrénès a. une partie du tribut était levée en nature. Il apparaît que. Pour autant. et que ce collecteur était responsable devant le Trésorier de Sardes JaS.PIERRE BRIANT duits en nature ou l'argent provenant de la levée du tribut et d'autres taxes sur les paysans? En Perse.

Une texte épigraphique d'époque hellénistique prouve également qu'un gouverneur satrapique doit exciper d'un ordre royal pour retirer du blé des greniers royaux 394. Cette centralisation suppose elle-même un échange très fourni de lettres et d'ordres écrits de toutes sortes entre l'administration centrale. le commandement des garnisons échappait aux satrapes et relevait directement du Roi. Ce statut des gazophylacies confirme donc la très grande centralisation des pouvuirs dans l'Empire. et le thésaurophylaque à fournir les fonds 393: nul doute que le bénéficiaire doit donner décharge aux gardiens du Trésor ou aux administrateurs du Magasin royal (comme en Égypte). chaque' sous-satrapie' 390 a été définie au départ selon des critères et des nécessités militaires: chaque phroul'arque d'Eumène en Cappadoce commande à plusieurs chefs de postes et il correspond donc à l'Alexandros de Polyen. qui désignent sans doute exclusivement les gazophylacies 392.il y a plusieurs phrourarques et plusieurs fonctionnaires financiers chargés de la levée du tribut sur les paysans. ai upo basilei phylakai). C'est une situation administrative que l'on retrouve au début de l'époque des diadoques: seul un ordre écrit (grammata) autorise un satrape/stratège à retirer des fonds (ou des produits en nature) d'une gazophylacie. - 211- . plusieurs juges et plusieurs dioicètes (administrateurs financiers). me semble-t-il.encore en vigueur au IV· siècle d'après Xénophon . D'après Xénophon 391. Tous ces textes sont eux-mêmes éclairés par un passage de Plutarque 389 indiquant que chaque satrapie comprenait . Cette réglementation .terminologie administrative qui fait aussitôt songer à Alexandros.peut difficilement s'appliquer.PIERRE BRIANT niveau des circonscriptions de chaque satrapie est quasiment explicite dans le texte déjà souvent cité de l'Economique de Xénophon: à côté d'un satrape . la satrapie et les principaux centres de la domination militaire et tributaire des Perses 395.sous l'autorité d'un satrape plusieurs phrourarques. En d'autres termes. Il y a donc aussi une hiérarchie de phrouria dans chaque subdivision satrapique. c'est à dire d'une administration centrale. aux centaines de fortins disséminés dans tout l'Empire: elle prend tout son sens si l'on admet qu'elle vaut uniquement pour une catégorie dénommée phrouria basiléôs (cf. à son tour. le poste principal faisant également office de gazophylacie et de capitale de district. Cette constatation. phrourarchos tôn peri tèn Aiolida cbôriôn 388. où est rassemblé le produit du tribut de la ' sous-satrapie' 390&. confirme que les dépôts d'archives devaient être extrêmement nombreux dans l'Empire. L'homologie entre circonscriptions militaires et circonscriptions « civiles» est également fortement suggérée par un passage bien connu de Démétrios de Scepsis écrivant qu'Attale de Pergame installa un juge dénommé: dikastes basilikôn tôn peri tèn Aiolida 387 .qui réunit dans ses mains pouvoirs civils et pouvoirs militaires 386 . y compris même au niveau des capitales de districts où étaient confondues fonctions militaires et fonctions fiscales: contrainte militaire et dépendance rurale sont donc bien deux aspects indissolublement liés du pouvoir impérial.

sous la dorninance de la fonction militaire . En effet. Alexandre apparaît en quelque sorte comme « le dernier des Achéménides ». on peut donc dire que l'organisation et l'administration de l'Empire achéménide sont restées profondément marquées par les origines d'un Etat construit par la conquête et perpétuée par la domination militaire. la stratégie achéménide préfigure la politique de colonisation d'Alexandre. En fin de compte. Et.même si l'obéissance de celles-ci n'est pas exclusivement liée au monopole militaire des conquérants. ces places-fortes ne sont pas seulement des 'forteresses' au sens étroit du terme: les plus importantes d'entre elles remplissent aussi les fonctions de Trésorerie et de Magasin. Nul doute en effet qu'à bien des points de vue cette urbanisation introduisit en Asie des' facteurs d'évolution à long terme.rend compte de l'objectif fondamental du système qui est d'organiser et d'exploiter les populations rurales: la domination militaire permet la levée du tribut sur les communautés villageoises . à tel point que . Le réseau de villes et de garnisons lui donnait en même temps la possibilité de réactiver à son profit le système de la dépendance rurale. Cette pluri-fonctionnalité . la notion de 'ville' mériterait une étude spéci- - 212- . l'on pourrait reporter sur l'Empire achéménide nombre des analyses et conclusions proposées par H. A cet égard comme à bien d'autres. 2. Colonisation et dépendance sont deux pratiques et deux réalités qu'on ne saurait disjoindre sans appauvrir l'analyse historique 398. La disposition hiérarchisée de multiples places-fortes vise à assurer au Roi le maintien de sa domination territoriale.et sans vouloir cultiver systématiquement le paradoxe .c'est à partir de critères et de fonctions militaires que sont définies les circonscriptions territoriales. Mais.quelles que soient les particularités régionales . Bengtson dans son grand ouvrage sur la stratégie dans les royaumes hellénistiques 396. Un quadrillage militaire très serré permet de structurer les territoires. dont l'Empire est lui aussi fondé sur et par la conquête: celle-ci. redonne vigueur à des structures impériales achéménides dans lesquelles elle se moule. L'enrôlement et le contrôle de l'immense force de travail rendue disponible par le 'droit de la lance' sont au centre des préoccupations du Macédonien: objectifs militaires et objectifs économiques sont indissolublement liés dans ses fondations. dans sa triple activité de rassembleur des terres du Grand Roi. Il reste cependant un aspect de la politique d'Alexandre qui apparaît comme résolument novateur et transformateur: c'est la fondation de villes grecques. Une « faible armée» devait d'abord lui « assurer la tranquillité de l'Asie» 3!17. Pourtant . Quelles que soient les incertitudes et discussions actuelles sur le découpage des satrapies. en quelque sorte. de restaurateur de la 'terre royale' et de dominateur des populations rurales dépendantes.PIERRE BRIANT CONCLUSIONS 1.je crois qu'en ce domaine également Alexandre a ré-utilisé des structures préexistantes.

Godelier. qui leur permettent d'organiser le plat-pays indissolublement liés à ces ' villes'. militaire et économique des Achéménides. elles font partie de la 'terre conquise à la pointe de la lance' directement administrée par le conquérant et ses agents 401 etc. c'est l'introduction d'institutions politiques grecques en Asie.. Cette politique vise avant tout autre chose à assurer au ' despote' le contrôle des territoires et l'exploitation du travail de la «dépendance généralisée». PIERRE BRIANT I.) 3988. La plus grande spécificité que l'on pourrait mettre en exergue. la politique d'urbanisation et de colonisation n'entre pas en contradiction avec la politique royale: elle en est contraire partie constitutive. la spécificité des villes gréco-macédoniennes perd beaucoup de réalité par rapport aux villes orientales: elles sont dans un égal état de dépendance par rapport au maltre des terres et des personnes 402. Par ailleurs. De ce point de vue.sur laquelle je reviendrai ailleurs. Certaines capitales de districts présentent en effet presque toutes les caractéristiques de la vie urbaine.). on ne manquera pas de souligner à nouveau que certains des centres de la domination militaire et tributaire des Achéménides constituaient en 334 un réseau pré-urbain déjà très dense et bien élaboré.être considérées comme des cités au plein sens du terme: elles sont sous la surveillance et l'autorité d'un représentant du roi 400. Mais. acropole. (ra) M. Les villes gréco-macédoniennes ne peuvent pas . Pouvoir et langage. ville' dans l'acception qu'il revêt à leur époque. pour s'en tenir à un point dégagé par l'analyse qui précède. Réflexion sur les paradigmes et les paradoxes de la • légitimité' des rapport de do- - 213- . il convient de joindre les fonctions politiques et idéologiques (résidences du Roi et/ou des satrapes. Or. Encore convient-il de souligner avec force l'apparent paradoxe qui veut que la diffusion du modèle politique grec s'est faite au moment même où il était vidé de l'essentiel de son contenu. A ces fonctions. sanctuaires. avec ses fonctions militaires (fortifications. [Ci-après: .. car ces centres ne sont pas des forteresses au sens étroit du terme: il est logique que ces auteurs utilisent le terme . il ne fait pas de doute qu'Alexandre a disposé ses garnisons et fondé ses villes sur des sites déjà occupés à l'époque achéménide. En Asie achéménide et dans l'Empire d'Alexandre.à quelque type qu'elles appartiennent remplissent prioritairement une fonction militaire articulée avec une mission de surveillance du territoire et d'encadrement des dépendants qui les nourissent 399. ateliers de production artisanale et de transformation des produits du plat-pays. garnisons) et économiques (zone résidentielle.sous peine de jouer sur les mots . sous presse. toutes ses fondations . Toulouse. On comprend mieux dès lors que des auteurs de l'époque hellénistique ou romaine aient qualifié de 'ville' (urbs-polis) les centres de la domination politique. Table Ronde sur les idéologies religieuses. activités d'échange etc.Forces productives].86 PIERRE BRIANT fique .

14. Polyb.35. 187. 3.2. DPe..2. Ibid. DataAristote Econ.40.r-j. cité par D. 41. Diodore 2.6. 2 (r976) r79-r80. 44. 2.25-26.5.3. plus récemment M. lyse dans P. voir également Plutarque Apopht. 4.1.24. Kent). 4. Xénophon Cyr. 25. Voir textes et anar83..rI. 5. Culture et civilisation de l'Inde ancienne (Paris r970) r87. 7-4+ 39· Voir P. 54.2. Voir G. Id.4. Du caractère fantasmatique des rapports sociaux. Briant. Idéologie et appareils idéologiques d'Etat. Briant. Colloque de Cracovie 1977: L'idéologie monarchique dans l'Antiquité (sous presse). Cyr. 3. r4.I. II 2.20-22. 37· 7·4·4 38.33. 21.4. 3. 9 ss. 26.1. Cf. Forces productives VL3). Cf. Horizon IF (r977) 225 ss. 27· 3.4. 24.2.I. et Forces productives IILr-2. 5r. 3. 28. 57. 7. 43· 4·4·5. 3.ç-r o. Ps. 3. 50. 37.2. ro. Walser. 7·4·1. P. Die Volkerschaften auf den Reliefs von Perse polis (Berlin r966).c. REA.1. 73-r59. Gnoli.2. Actes du Colloque 1971 (Besançon r973) r06. 49. 4 (r974) r r . 2 (1976) 48. 5. r8.r6.2.2. 2. 20. r7.6. J. 3.2.27. Econ.4. Briant. repris 6. r r. 35· 7+7· 36. Id. et mon analyse dans Communautés de base et Economie royale en Asie acbéménide et hellénistique. Conquête territoriale et stratégie idéologique: Alexandre le Grand et l'idéologie monarchique acbéménide.2. à Babylone même. Cahiers de la D. Arrien Inde phon Cyr.52. Communication 28 (r978) 2r-28 (p. 40. Cf. 8.36. r6. 3. 3·1.r çz. Royal correspondence in the bellenistic period (r934) n" r8. lignes r r-r j ): P. Arthasastra 2. mes ro. (Cf. Acta Iranica II (r974) 7. 5. L'Arc 72 (r978) 49-56 (p.2.24. 9. Forces productives 11.PIERRE BRIANT mination et d'oppression.rr et Cyr.7.I. Ibid. Faut-il rappeller tout ce que chacun doit à L.r8-24.24a. 7. 3. Briant.3. Xénoph. 22. Cf. 56. ]ESHO r8 (r975) r65-r88 (r77-r83). 4. r z. 3.1. r j .4.56. Kosambi. 3. 4-4·5· 42.4-25. Aristote Econ. et Hérodote r. et le problème des fondements de la dominance des structures non-économiques. 2. 2. Xéno55.6. Bodin XLI/r: Communautés rurales.6. 3·2. Politique religieuse dans Positions (Paris r976) 67-r25? et conception de la royauté sous les Achéménides.29. 2.2. 5. Xerxès 2: après la soumission des Babyloniens - 214- . 25). Cf. 4+rr: les paysans assyriens doivent livrer leurs armes de guerre iapopbérein ta opla ta polemika).: Cyrus fait proclamer l'ordre aux Babyloniens de livrer leurs armes. 7+5· et IILI.. 6-8. 23. Villages et communautés villageoises d'Asie acbéménide et hellénistique. 3. Althusser.4. Cf.1. Voir Ps. 47.6-7 igeôrgoi bieroi kai asyloi) et 40-4-5. 4. 4. Briant.5. P. 4. 60. Xénophon Cyr. Econ. également Strab. DHA.4. Reg.A. Cyropédle 4. 3.1. Briant. Soc.34· 31. dans DHA. 58. 7. Cf. Rec. Voir déjà P. cf. Le part' idéelle' du réel. 52.ro. 3.6. 59. 53. r5. 45. (r973) 46 nt. cf. Antiquité [sous presse]. 46. 8. 23.20-21. les précisions données sur ce point dans la vente de terre à Laodikè (Welles.rr et r4. 7·4· r o.r7-23· 29· 3·2.1. 8. ibid. 56). 3. r5. P. G. Strat.2. cf. 33· 7+5· 34· 7+ 6. Ibid.25. 3·3-15-r6. O. I r9.4.F. (ed. 4. Cf. 32. The subject peoples on the base of the statue of Darius. Briant. qui sont déposées dans le forteresses royales par le vainqueur.5. Roaf. r9. 7. DB.r9· 30.

Caste e classi sociali net!'antico diritto iranico. 47). Le traité politique de l'Inde ancienne (Paris 1971) 87-88. Condition de la population asservie en Asie Mineure aux ve et Ne siècles av.1. Apollinaris 45 (1972) 741-760 (où l'on trouvera la bibliographie antérieure). et L. Briant. née 12. 4. 84. 13-24. 80. Stratégie idéologique II. Aucience nationale! stin. ].2 et 4. Athénée 6. on retrouve la même notion de' répartition' dans le grec dasmos (sur ce rapprochement voir O. (cf. Platon Lois 776. 75· Bbaga. 2.2. Voir I. en dernier lieu O.c. 94. Xénophon Econ. II.97. (1976) 153-235. 4.3. Politique 7. Cf. VDI (1967)4 80-85 [en russe].88 PIERRE BRIANT révoltés. 7.10-11. là-dessus les études de G.2. van Gaertringen. Forces productives IV. voir infra § III.. Cf. Dumézil et celles de E. Adontz.5. 89. 73.5. Athénée 15. L'union de Teos et de Kyrbissos. Atti Ce.16. Voir Xénophon Econ. 66. 64. 79. d. P. Debord. 47-51. R. Timée 24 a-b. Une inscription grecque de Teos en Ionie.4. 74· Cité par N. 85.2. ad loc. Cf. 9. c'est à dire la « part du roi» (G. 92. s. en particulier Deiokes: Polyen 7. 65. 2 (1976) 201 ss.36.8. 46. Xénophon Econ. Sao.2. Vidal-Naquet. Altheim . DHA. p. Stratégie idéologique 1. Briant. l'association des mots - 215- .24. Robert. Platon Mém. 81. Historia 15 [1966] 154). n' 17: révolte des Pèdes à l'occasion d'une incursion des Galates sur le territoire de la cité (H. 76. P. Cardascia. 5. Bucci.A. Briant. Murray.1328 a-b.8.R. 88. 26). Benveniste. P.695f-696a: traduction dans M. Priene n' 14 et 15 (Welles.96. Dambuyant. Cf. Voir 82. en particulier p. également F.26: 197 2) 285-286. 9.6: P. Réflexions sur l'historiographie née 6. Briant. Inschr. Persepolis Fortification Tablets [Chicago 1969] 677. P. T.140). Populations rurales de l'Anatolie gréco-romaine. Journ. P. Svenciskaja. DPd. 4.u. Gr. 67· Sur ce point. Arrien Anab. 83. 90. Xénophon Econ.265 b-e. n' 6).P. Quaest. On retrouve une expression comparable dans certains textes babyloniens d'époque achéménide: ziti larri.R.164 et 166. Athé91. Ibid. Arthasastra 1. Bodin: Le servage (r937) 15 2.264 d-e: tout en précisant que les révoltes furent moins nombreuses que chez les hilotes.3.12. 78. On trouvera l'ensemble de la documentation relative à cette question dans J.4. RC. Hallock.C. 2 (1976). Actes du Colloque 1971 (Besançon-Paris r973) 25-44. trad. et Stratégie idéologique 1. Economies et sociétés en Grèce archaïque (Paris 63. Pol. 62. DHA. 77. se divertir et porter de longues robes» ou: comment le luxe et l'oisiveté inhibent la cons61. 87. 69.167. 70. Vidal-Naquet. boire. Forces productives IV. Stichl.523 a-b. L'Arthasastra. P. 1. 68. M. Briant. Quinte-Curee 3. grecque de l'esclavage. 72.1327b. Ibid. 93. 4. Voir P.1 et Hérodote 1. le Roi leur interdit de porter des armes (opla mè pherein) et « il les obligea à jouer des instruments de musique.3. 71. S. Les archives des Murashû [Paris 195r] 99: « taxe en nature consistant en une quote-part de la récolte»). è. Athé86. n. a. dans Recueil Soc.D. « bazil ». 68a. comm. VIII (1976-77) 43-69. Die aramdiscbe Spracbe unter der Acbaimeniden 1 [1963] 20-21. Debord. Cf. à rapprocher du perse baii-rencontré dans les inscriptions achéménides et dans les tablettes de Persépolis (cf. Cf.

E. 60. 12. Athénée 264d (Pénestes). Quinte-Curee 7. 95.52.2. Robert. Athénée 15.c. Svenciskaja. REA. Sur ce terme.12. 48. Lotze. Etude de géographie historique (Paris 1969). 105. Plutarque Apopht. Problèmes de la guerre en Iran et en Asie centrale dans l'Empire perse et à l'époque hellénistique.16. II4· Xénophon Cyr. où des méthodes mathématiques (e polygone de Theissen ') sont utilisées pour reconstituer les territoires potentiels des forts (cf. Diodore dans REA. Ibid. § III. Xénophon Cyr.3. 132. Leurs relations à la lumière des documents archéologiques (Paris 1978) 297-312. Diodore 19. 164b (douleuein IOO. 122.108. 109. carte p. Cf. 39. 131. Cf. Briant.4. Sur ces textes. Welles.16.696 a.à titre d'exemple méthodologique . Sur ce terme de chôra pborologouméne.263d. également Xénophon Anab.. 128. particulier V.8. P. II5. P. 4. égale134· L.2. Klio (1978) p. Wheeler) . Le développement inégal.). 10.3. (1972) 40. Voir les justes 185. Arrien 1. 136. 40 nt.4. S. 98. A. 7. 125. phrouria) dans Polybe 4. n? 3 ligne 83. CRA!. ]ESHO 18 (1975) 183II6. 53-69). 12. IIO Ibid.17. voir L.7.15.5. Svenciskaja. 102. Strabon 1330a. CE. Ibid.10. aussi p. Cf. 97. Briant.PIERRE BRIANT icbôra. sources et analyses 123. Robert. 126. Panég. la discussion est reprise infra. Diodore 19. P. le qualificatif de dôrophoroi appliqué aux Mariandyniens d'Héraclée (Athénée 6.6 et Aristote Pol. Cf. 108.263 d: cf. 78-79. Stratégie idéologique 1. Alors que mon manuscrit était achevé. Xerxès.695 f . II2. Xénophon l. Les spécialistes réflexions de J. 117. passim. 101. kat'homologias) (Pénestes). 130. 6. II7. III. Préaux. to Sir M. 96 Cf.M. de l'Occident sont plus heureux (mais ne disposent que de sources écrites insuffisantes): cf. 84-85 et D. 263 cod.28. a.].I5. REA. Strabon l.c. 1329a et 99. On verra également . Bikerman. (1968) 563. Voir en particulier Posidonios cité par Athénée 6. 18 (1975) 165-188. (1972) ment Villes d'Asie Mineure z (1962) II2 nt.6. 20. a. 2 cité supra nt. II8. Metaxu eleutberôn kai doulôn [I959] 56ss. [ed. 3. 1).7 (Perside).IO. 135. Voir Cl.3: les troupes venues des place voisines à la défense d'un fort proche de Kelainai se choisissent un chef (strategos): le phrourarque Xénopeithès a en effet été tué par les prisonniers révoltés (ibid. laoi. Re. Barruol. Diodore 19. dans Le Plateau iranien et l'Asie centrale des origines à la conquête islamique. P. Forces productives. en II3.5-7. a. 107.10: cf. 40. I06. (I972) 34-49 et ]ESHO.4. cf. Debord. Nepos Datames 4. P. Bull. Polyen 6.c. Reg. Institutions des Séleucides (1938) 160 (époque hellénistique). (1967) 292.c. Jessen .c. Collection Froebner (1936) - 216- . V. 104. 120. Cf. Les peuples préromains de la Gaule du Sud-est. Leriche. par exemple G.5. j'ai reçu l'étude de P. Actes du Colloque 1971 106.3+ (sumbenai) et Athénée 6. 2 (I976) 269. II9. cf. Cf. I31 et Lettre à Philippe 3. 137. DHA. The Iron Age and its hill-forts (Papers pres. 4. et Athénée 6. 121.8.IO (voir ci-après). Sur ce point. 133. Essai sur les formations sociales du capitalisme périphérique (Paris 1973) 19. 127. cf.IO-II.2. cf. Ibid.c. 263 d-e. 124. Briant. 81. Amin. Xénophon Anab. 129.D: Hill. 4. 263d (Mariandyniens). Digard. 103. 7. (1954) 312-326.

Re. ligne 2: petra to cbôrion. R. n' 10-12: cf. E. H. Ibid. JNES (1978) 132 et nt. 164. 391-392. IS. Gnomon (1970) 589.. L. Welles. lignes 27-28. Studien zur Geschichte des romischen Kolonats (1910) 247-248 (sur le cadastre en général). 159. 141. Teixidor. Cf. Re. d. Rev. 156. IV. Welles. 16 (1921) 12-19 avec l'importante 152. par exemple Welles. Bull (1976) 667. 167. o. 29 (1920) 189-190. oriental. n' 18 lignes 1-8.90 PIERRE BRIANT Il7-Il8. cf. Actes (1971) 100-105. Etudes épigraphiques et philologiques (1938) 210. Bikerman. Hérodote 6. Westermann. RC. Josèphe. Voir la vente de terre à la cité de Pitanè par Antiochos 1 vers 280: le roi procède à une dianomè. WorrIe. Chiron (1975) les. 16 (1912) 47. Sur la récupération de terre royale en Asie Mineure par Alexandre dès 334. Textes présentés dans Actes 71 95-97. Lnscbr. 170. 59-60. en particudiscussion de D. Devambez. Sur cette vente. En Babylonie achéménide. Bas-relief de Teos (1962) 5 et nt. y ajouter depuis lors l'impor160. aussi M. Musti. D. Priene n" 37 lignes 26-27. 163. Sav. L'enquête menée par I'hyparque auprès des villageois prouve cependant que cette mise à jour du cadastre achéménide n'a pas été menée de façon systématique ni exhaustive (Welles. lE]. Musti. Gnomon (1970) 601.. Voir M. n' 12. Weltante publication de M. lignes 33-36. n' 20): il est vrai que 1'« ancienne route royale» a été mise en culture! 157. lignes 2-4. Ibid. P. Sur ce point. Robert. [ud. Rostowzew. Kolonat 243-248). Ant.. Bianchi Bandinelli (Milan 1977) 238-239. Id. 162. Robert. L. Id. c'est à dire à la « délimitation du domaine royal» (B. 146. ligne 15. royal (nakkandu iarriï » (cf. (1976) 200 nt. Welles. ment dans la version araméenne de la stèle trilingue de Xanthos. E. 84. on verra la 151. et Bikerman. to basilikon. Re. voir infra. Welles. V. Etudes sur l'histoire de Milet et du Didymeion [Paris 1902] 98).c. n' 19 lignes 13-16. 16 (1966) 59. 147. Welles. Re. 142. voir J.4. 320. 185. Hérodote 6. Rostovtzeff. 145. 150. cf. Sur cette acception du terme correction de l'auteur ibid. lignes 22-25. 144. 140. J. Cardascia. Re. Briant. Robert. Holleaux. Cf. WorrIe. 173. CPh. et s'applique à Xanthos qualifiée de polis dans la version grecque: cf. Buck165. lier Welles. Cf. 161.42. 143. n' Il-12. Priene n' 1 (cf. P. IS. Bib. Nepos Alc. Robert. n'II. cf. La società ellenistica. § III. 3 (1932) 70-71. L. Archives 51). 174. PP. Sur le terme petra en Iran let-Robinson. 154 Cf. n' 18 et n' 20. lignes 82-83. 166. 168. (1978) 181. 158. Ibid. 160.. Insces fortins. Haussoulier. 153. - 217- . 101 (1965) 153-160. Actes (71) 105-108 et JESHO. voir M. 7. 155. n' 20.1. W. 1975 177-181. G. 2. cf. [oum. JS. 6. 177. 139. YClS. L. et L. H. 67. interprétation divergente de D. cf.C. 12. tous les problèmes liés aux identifications d'administrateurs. JNES. dans Chiron 5 (1975) 59-87. Vincent. Re. Re. Landau. J. J. on connaît les « terres du Trésor. Sur les 172:Welles.42. R. Le terme apparaît égaleWhitehead. Sur 138. 171. cbr. ed. Id. Chiron (1975) 84. n" 18 148. (1976) 153-235. Re. Ibid.Il: cf. dans P. Etudes d'épigraphie et d'histoire grecques II 109.4. AJA. Briant. Cf. Sur 149. L. 169. cf. Land registers of Western Asia under the Seleucids. dans Storia e civiltà dei Grecs.

Re. Von Schuler. Ann. Akad. et C. n° 10. cf. Re. sante discussion de P. voir: A. sur ce texte. Re. voir aussi J. Keil . ligne 18: "W\I 7tEpt "i]\I 7tÉ"PCX\l. ligne 5. Haussoulier. Robert Hyrcanis. Le Neoteichos de la dôrea d'Achaios renvoie probablement à un établissement gréco-macédonien (cfr. 9 (1949) 608-615. Là-dessus. Kais. Etudes II 72-125. 186. Ibid. ligne 2: "è xwpio\l xcxt "i]\I XWPCX\l "i]\I crvyxupovcrcx\l. Phil. Haussoulier. Re.cxo[L. Worrle. Zur Verwaltung der Satrapien unter Alexander der Grosse (1914) 94-117. Vollgraff. une inscription de Thrace nous apprend l'exis- - 218- . 175. 178. Bericht über eine Reise in Lydien und der südlicben Aiolis [Denkschr. ligne 2-3. Bruxelles. voir aussi Bickerman. cf. Goetze. Actes 71 r02 (où j'ai compris le terme comme «village fortifié ». Sur le statut de Petra après la donation. Julien.3-94. Parmi les textes hellénistiques.4: dieilë kata mérè tèn dunamin. lCS. del Monte. "ijL 7tÉ"PCXL. Sur le terme méros dans des sources littéraires classiques. L'exemple des Makedones Hyrcani! (près de Magnésie) montre clairement comment une colonie macédonienne a succédé à une colonie militaire perse.5. 182..A. n" 13. alors que « forteresse royale» convient mieux. Phil. ligne 16. Beibeit 10. Priene n° 17. 1. B. 4. 189. 191. n° II. 101-104 [que je ne connaissais 180.PIERRE BRIANT 91 ravages des Celtes dans les campagnes (de Priène). À. p. Sur Neoteichos. Inscbr. C'est à dire à l'époque achéménide . n" 12. Welles. 185. B. 183. Kt. aGIS. 20. et n" 20: cf. Milet 106-IIO. r87.[r957]41 S5. F. 1 xcxt'li 7tpocrovcrcx Xwpcx xcxt ot IJ7ta. mais il est assez logique de supposer que cet établissement s'est fait sur un site militaire déjà occupé (cf. 14/2 (1960) 69-73. 179. Re. IS. Xénophon Econ. 190. les «instructions pour le commandant des forteresses des frontières (bel Madgalti) » (éd. 176. trad. ce qui est probable.109. 667 [1976] 554). n" 395. von Premerstein. n" 20. 184. D'autre part. Milet III. même si. 18 (1975) 176-177 lyen VI. le préfixe néo) à l'époque achéménide (voir réflexions en ce sens de J. Hist. Re. Holleaux. Hist. pas]. Chiron [1975] 84). ligne 10: xcxt 'dIV XWPCX\l "i]\I 7tpè<. p. Hellenica 6 (1948) 16-26. 181. 187a.c. Cf. RRA. Po188. Cf. 16). Chaque soir. J. LIlI] (1908) 9. 80-83). n" 18. 93. Welles. Da177. et L. Hetbiscbe Dienstanuieisungen für hôbere Hot-und Staatsbeamte. n" 12. voir également l'intéresrnanville. on verra par exemple Diodore. ligne 2-3: Ilœvvoj v XW~T] xcxt 'li~iiPL<. cf. SCO. voir P. Orient.II0-4: dunamin dielomenos kata poleisi. Re. 10 (voir supra. (ou le terme « hameau» est un regrettable lapsus). Julien. où méros renvoie certainement à une réalité de la géographie administrative (comparer avec 20. lignes 6 et II. Bull. o. on verra également W. Inst. Univ. ligne 3-4. M. n" 18. AfO. 24 (1975) 127-139).Pxo\ln]<.un certain nombre de forteresses ayant pu se transformer en villages (voire en cités) à une époque plus tardive. Voir IESHO. une petite agglomération a pu s'ajouter (ou préexister) à la forteresse achéménide}. et comment d'autre part un tel établissement a acquis le statut de cité à l'époque romaine (cf. les travailleurs des champs et les animaux regagnent l'enceinte que l'on verrouille soigneusement (cf. et un terme technique comme petra ayant pu se transformer en toponyme (Petra). n" II. [1973] 9). Robert. E. Wien.

Chiron (1975) 72-77. 215 a.. Ibid. Sur le terme topos. Robert. (r972) 64 n. Ibid. CE.109. cf. Cardascia. 2. 220. Grelot. DAE. CRAI. Voir 1. n' 51. (1975) 322-323. Rec. Le fief dans la Babylonte acbéménide.29. Welles.. Infra. Sur ce problème: Les archives des Mursabû (Paris 1951).c. Ibid. 200. The Seleucid Army (Cambridge 1976) 213 nt. 206. voir infra. Debord. pensent que ces lots on été créés par Antigone. 15. 229.15. 328-329. des Bactriens etc. Rev. 227 a. 195. Die Vertriige des griechiscbe-rômiscben Welt von 338 bis 200 v.3+ 192. cf. et les commentaires de - 219- . p. 196. AJA. 45-46. 23. 12. Fief 60-63. 9. 193. 539. 21. Die Lebensbeziebungen in Babylonien anter den ersten Achiimeniden. Villes d'Asie Mineure 57. 202. § III. on verra la discussion de M. H. Die Strategie in der bellenistiscben Zeit II (1944) 26-29. Bengtson. 23. Voir L. Armée et fiscalité dans la Babylonie acbéménide. Hellenica 6. Cardascia. Supp. 226. Num. Armée et fiscalité 10. 204. Hellenica 10 [1955] 26 et nt. 225. Schmitt. Hellenica 6 (1948) n. 210. 217. (1976) 37-38. 16-26. Wërrle. 218. Dandamayev. Cardascia. (1912) 25: «soldiers' allottments ». Robert.8. sans méconnaître la valeur des réserves justifiées exprimées par E. sur la date. Soc. 4-5. Re. Cf. 84. RC. P. Armée et fiscalité 3. Id. Bikerman. Rev. 7. des Hyrcaniens. l.30 et 152 ss. ligne 101 (adekateutous) et 102 (ateleia). 211. dans Armée et fiscalité dans le monde antique. Cf. 209. nt.4). ibid. 15-22). 227. Cf. (1970) 34. Noms indigènes 349. J'avais déjà établi allusivement le rapprochement dans REA. Festscbrijt W. 219. (paris 1978). 15. P. 197. p. 81-83. 34. les satrapies orientales (et la Palestine) séleucides étaient subdivisées en merides ou meridarcbies (terme inconnu selon lui au contraire en Asie Mineure: mais voir Diodore 20. 4. 1. 84. Buckler-Robinson. Strabon 13. (1912): I lignes 7-9. Strabon 13+5. 1. 231. Buckler-Robinson. 215. 15. Archives 98. DAE. 217 a. J'emploie cette expression par pure commodité. 7 (restitutions). 230. in the archaïc Age [PCPS. 44-45. Selon H. Sur les chiliarchies. Gnomon [1963J 79). Voir la démonstration de Dandamayev. Fief 72-74. 225 a. Surtout si l'on admet avec les premiers commentateurs que l'original remonte à Antigone le Borgne. Num. 216. E. P. Ibid.: infra p. Id. 519. (1970) 52 212. 90. A compléter par les importantes analyses de M. Ibid. 224. (1976) 31. 103. Greece and Egypt 208. B. Cf.. Carda scia. Bikerman. Bikerman.c. Armée et fisca/jté 4.PIERRE BRIANT tence d'un mérarque (cf. 223· G. 15. Id. Ch. 98-106. Actes 71 258-259 qui donne des arguments très forts pour la datation haute. mais rien n'assure qu'ils n'ont pas été repris par le roi. Hérodote 2. CE. 455-508. H. Ibid. n' 16 C. l. Robert.6. Bodin J2 (1958) 55-88. n' 105106. Cardascia. 203. 214. Opera Minora Selecta III 15321533 etc. Grelot. Fief 68-71. Eilers (Wiesbaden 1967) 37-42. Voir Xénophon Anab. (1969) n' 492 lignes 103-104. Schmitt. 199. Armée et fiscalité 3. 2] (1970) 18 (cf. 38-39. 228. 221. Bar-Kochva. 222. Bikerman. Grelot. cf. p. 84. n' 492. 4. 198. 175. On trouve des Perses. ]. Austin. 194. P. M. 207. 205. Cardascia. Robert. Supra. 201. Schmitt. AJA. Welles.

282. Smith. L'édifice dit Qasr el-Adid à Arâq el-Emir (Jordanie). YClS. l'inscription araméenne « Tobiah ».I. 246.12.2I.6.7-13.I. 240. Atti dei Convegno sul tema: la Persia e il mondo greco-romano. V. 32. Cf. Cyr. voir infra.2I. 268. 4. à rapprocher de Quinte-Curee 7.I. 2 (1931) 55 est trop peu - 220- . 182183). 247. 250. 5.PIERRE BRIANT 93 H.6. (1977) 69-85. Ibid.19. 5.1 sqq. Ibid. et Arrien 4. Sur ee terme' eentre " cf. 7 (1957) 137-145 et 229-238. Dandamayev. 29 (1920) 182-202 (texte et traduction. 238.32 et 4. Ern. 260. Babylonien Historical Tests [1924] chap. P. Selon B.2. cf. 269. Actes du Colloque 1974 [sous presse] et L'esclavage en Babylonie aux 7'-4' s. 5. 279. lignes 26-27 (je n'ai pas fait figurer les crochets de restitution): cf.c. Cardascia. Ibid. 256. et 4. 265. Zen. S.22. Le rapprochement est déjà proposé allusivement par E. Ibid. Cyr. Quinte-Curee 4.I.I. 142. 274.2I.2. 12. I ! (1914) 165 ss. et 5.4. Quinte-Curee 7. à ce sujet. 258.2. 275. 249.22. F.3 27I. Mazar. 263.9. 59003. remonte à la fin du VI" ou au début du V" siècle. 255. les réflexions de Bikerman. 5. Berve. 266. 8.5. Joséphe. 25I. Voir Xénophon Cyr. 278. 262. on verra l'intéressant article de J. Ibid. 4. 245. Altheim. I. Sur le statut des travailleurs ruraux en Babylonie achéménide.I. repris dans Eirenè 15 (1977) 23. Ibid.I. La formulation de M.1.2.II.20-21. 267. Lincei 368 (1966) 89 nt.c. Will.9. supra § III. Klio (1978) 81-82. Vincent 199. voir Arrien Anab. 235. Cf. M. Weinberg. 24I. 273. Kreissig. Bib. 254.26. 4. Quinte-Curee 7. 248. 4. § IIL3. Ant.2. Bikerman. Les byparques dans l'Empire d'Alexandre.2. 4. Quinte-Curee 7-4.9 283. Quinte-Curee 7.2. 237.2I.6. l. 234. Zentral-und Partikulargewalt im acbâmenidiscben Reich. Quinte-Curee 7. 259. C'est le Gubaru qui entre à Babylone avec Cyrus triomphant en 538 (cf.I. 257. 5. Voir. 141-142. Seston (Paris 1974) 27. 252.21. Fief 72. Priene n° 37. n' II ligne 10.2I. The Tobiads. gravée sur le roc près de la birtha. Ibid.28 (Arrien 4.2. Berve. M. 264. 26I. Mélanges W.4. 236.II. Rostovrzefl.25. E. Vineent.29. En dernier lieu.2I. Klio 59/1 (1977) 25-43 (à partir du cas du «templecommunauté [Tempel-Gemeinde l » de Jérusalem). H. Xénophon. P. Welles. Rev. Sur ee problème en général dans l'Empire achéménide.8. Là-dessus. III). Ace. 243. 239. a. Ibid. Cf. voir supra § IILI. Arrien 4.2-4. Le Gobryas de la Cyropédie. 277. 12+II. Bikerman.II.28. 4. Voir en particulier Justin 4I. Quinte-Curee 7.8. 233. II.3.5. 8. 232. Re. 8.21: cf. 81. 5. 4. Klio (1978) 7I.2-4.1 et Arrien 3. Alexanderreicb l 267. Quinte-Curee 7. 242. Seleucids and Achaemenids 89 nt. F.2.IO. cf. 5. résumé anglais: 477-486.8.4. 284. sourees et référenees dans mon étude de Klio (1978) 71-84. Cf. 276.21. Xénophon.8. lE]. EAZ. [en russe] (Moscou 1974). 192 (citant de Vogüe).2. Alexandre et l'Asie (Paris 1954) 74280. Mazar. Scheil. J.II.12.II.19-20 ne souille mot de tout eela). Jud. Inschr.5: la Bactriane « aux mille villes ». (1975) II II2-113. RAss. 12. 8. 244.IO (Sisimithrès). Ibid.6.29. Bertrand.c. p. 281. 272. The Seleucids and the Achaemenids. Voir B. sur le terme byrt'. IS. 253. 249a. (Ariamazès). Cf. 270. L. CRAI. Quinte-Curee l. 140. Cf.

Briant. [. (1957) 144-145.10. Voir P..3.6. G. 288. 17. comme les rois hellénistiques (cf. C.. Briant. Ibid. Atti dei Convegno sul tema . 295. Mazar. 287. voire antérieur à l'ascension des Achéménides.3. 289 h. où à une entité géo-politique plus vaste . Voir B. g. 290. Quinte-Curee 7.13. 41/1: Communautés rurales.10. 289 f.) qui mettent en doute « l'hypothèse d'une contribution du génie ou du pouvoir perses à la mise en valeur des terres dans la plaine d'Aï-Khanoum avant la phase grecque de son développement ». Mazar. 292. Colloque ' Le plateau iranien et l'Asie centrale' (Paris 1978). L'exploitation du sol en Bactriane antique.P. 289 g. 293. B. qui a très certainement su.P. Soc. P. En effet.7. Cattenat .7. V. Colloque E. la paternité d'un essor économique et technique parallèle. Gentelle. (avril I976). sous presse. Berve 1 268. Gardin .. Vincent. 291. 3. autrement dit. Les relations entre l'Asie centrale et l'Iran sous les Achéménides. 289 c. 296. Strabon 15.. Diffusion comparée de quelques genres de potterie caractéristiques de l'époque achéménide sur le Plateau iranien et en Asie centrale.3.personne ne pourra le mettre en doute.94 PIERRE BRIANT nuancée: «The Iranian satrapies of the Persian empire (e. Rec. C.4. Pour Pasargades. Briant. 289 a. fondé sur une longue tradition de l'irrigation artificielle en Asie centrale» .11.10 et Arrien - 221- . Bodin. par exemple ibid.10..9.2. 285. voir Strabon 15.25. 289i. (1920) 187. que l'antiquité et l'ampleur des travaux révèlent « un savoir-faire proprement bactrien.F. [1972] 67.E. Voir A.3. voir J. Gardin. Dans un sens contraire.2-3 et dans Diodore 74.17. celui-ci est intégré à celui-là et contribue à son affermissement.2-3. Rev. Cf. Antiquité. il me parait évident que l'initiative appartient au pouvoir politique (central) et non au savoir technique (local). mais auquel ni les Perses ni les Mèdes ne semblent guère avoir été mêlés ». Hellenistic Civilization and the [etos (1959) Paperbacks (New York 1975) 64. 289 d.J. dans ce cas. Communautés de base et Economie royale en Asie achéménide et hellénistique. Quinte-Curee 6.6. l. Gentelle (ibid. 298. 294. Bernard. 289 e. La relation de cause à effet est très nettement marquée dans Quinte-Curee 5. P. P. Diodore Ace.21. 1).c. làdessus P. Seleucids and Achaemenids 89 .1. Klio (1978) 77. REA. 289 j. t. Vincent 189. attirer à lui la collaboration des techniciens locaux sous la maîtrise d'oeuvre de l'administration du Grand Roi. [sous presse].286. Et.sauf sur les portions de cbôra basilikè (voir ci-dessus). Cf. Gafurov. 5. Arrien 3.2.28-29.74. . Quinte-Curee 5. Voir J. Tscherikower. H. lE]. 289.O. Cette appréciation me parait ambiguë. 289 b. Lincei 363 (1966) 199-212. Gardin . Voir Klio (1978) 70-77. CRAI (1975) 196. 7. nt. Ce ne serait pas le seul cas où le pouvoir central a su utiliser à son profit et développer les traditions et techniques hydrauliques d'origines diverses qui préexistaient à la conquête: cf. Stratégie idéologique III. Bib. Les auteurs poursuivent: « Les raisons ne manquent pas au contraire d'écarter cette hypothèse pour laisser à la Bactriane seule. Diodore 19. Sogdiana) were subdivided into Iorrified casties with hyparchoi as commanders ». Mais cette juste remarque n'exclut nullement l'intervention du pouvoir achéménide.

ZAss.PIERRE BRIANT 95 300. 321. 3-26 [en russe]. PFT. AJA. Sur ee problème. 3. Welles. aussi F.1 (campagne d'Alexandre en Haute-Perside avant l'ineendie de Persépolis: erreur chronologique de Diodore): «Alexandre parcourut les villes de Perside (kata tèn Persida poleis). Acbâmenidiscbe Hoiueruialtung. 3II.I etc.10.6.c. 317. Ibid. Ap. cf. A Persépolis.1 et·I9. La guerre dans l'Antiquité [Paris 1972] 166): on y peut voir les mesures techniques prises pour la conservation de produits périssables (blé.73. PFT. A propos des ovins. Ainsi Hansman. Cf. 302.18. B. Diodore 17.3. en particulier Quinte-Curee 5-4.10). 21. là où des fortifications imposantes ont été découvertes. Diodore 19. Hinz. (Toutes les tablettes ne mentionnent pas le lieu de livraison). 3 p. 3. Ap. W. 318. Hansman. 306. 306. 1406 etc. 327. on avait accumulé jusqu'à ee jour les revenus de 301. dans Y. fr. 326. Hinz 266-267. PFT. W. 304. Cf. 303. 14°2-4. 332. 332 a. 42 (1938) 252 (trad. Sur le transport de métaux précieux à la TrésoHallock. Griecbiscbe Mauerbauinschriften I (1959) n" 25. 331. Diodore 19. 324. ZDMG. 5. 330. - 222- . 61 (1972) 260-3II.71. sur 316. ». Gobares qui rend la ville à Alexandre. 56-57' 322. 308.6. cf. Hinz. 315. les hurtai.22.) Nepos Datames 5. 313. 329. rerie de Matezzis en 500. Hinz 320. 1398. An Acbaemenian Strongbold.34 (custodes). 269. ganza-bara (W. 267. 299· Strabon 15. depuis Cyrus. Quinte-Curee l'Etat etc. ZAss. 137 1-73. Zu den Persepolis Tâielcben. 352-353.21. 1342 (Hinz. Dandamayev.5. 312. 14. le premier roi des Perses. Voir également 307. 24. a. à Pasargades. Briant. Dandamayev dans VDI. Maier. P. (1973) f. Briant. VDI.1 etc. Hallock. Su ses fonctions d'étape entre Suse et Persépolis. voir PFT. PFT. 306-307 [Italiques: P.c.5. voir Id. 320.2). 6.3-3le Trésor de Pasargades « regorgeait d'or et d'argent car. l'étude de M. IIO/2 (1961) 250251 l'identifie à la moderne Behbehan. Hinz 267. a. également Diodore 17.8. 5. 332 d. 1400. Ibid.I8. lignes 3-6. Ibid. PFT.10 (urbs: Pasagardes). 323. Persépolis: Arrien 3. Ibid.p.3. 6. également Quinte-Curee 5. 959-961. Hinz 268. p. Hinz 279-280. Voir 332 b. [1972] 269).]. Diodore 18. [1972] 261 ss.6: multisque vicis atque urbibus [requens.6. (1972) f.2. porte le titre (vague) de praejectus (Quinte-Curee 5. et la très importante inscription émanant de la chaneellerie de Philippe V de Macédoine et publiée par C. 1394. Quinte-Curee 5+9.6. PFT. 1547.5. Ibid. 15. Voir J. 325.10 (phylakè).. cf. 58-77. Ibid. (Persépolis) etc.3. vin). 309. dans Etbnozootecbnie 21 (1978) 53-64. voir Welles. Tiridatès est kurios tès poleôs (Diodore 69. Hinz 267 nt. qui identifie la Trésorerie de Hvadaiéaya (élamite: Matezziâ) à un site de la plaine de Fasa à 130 km au Sud-est de Schiraz. ee titre correspond en grec à thesaurophylaque ou gazophylaque (cf. Hinz. ZAss. en particulier 265.1: 3.21. cf. cf.) et au v. 332 c. Ibid. Hinz 266 nt. Garlan. 3°5. A. PFT. 319. Voir 314. 3-24.2. 4. Re.58. (1972) 8.3. Sur ee terme. 310. Acta Iranica 2 (1973) 289-312.1) ou custos pecuniae regiae (Quinte-Curee 5.4. 328. (début IV· s. P.: Pandantes. 30. gazae custos regiae.c.). r p. VDI.B. Cf. soumettant les unes de vive foree et ralliant les autres par la mansuétude ».

4 et Quinte-Curee 5.3. A travers certains textes classiques. 5. cf.3.5-24. ]RS.17. Diodore 19. Etbnozootecbnie 63 nt. à rapprocher de 3. On peut signaler enfin le cas des Grecs employés dans les' ergastules' de Persépolis.3. Arrien '332 g.21. Cyr. 1 et Orientalia 42 (1973) 320 et nt. Quinte-Curee 5. The eoidence of the Persepolis Tablets [pré-publication de la Cambridge History of Iran II] (Cambridge 1972) 10-II. 8. 59): sous le terme' ergastule' il convient de voir. 351.15. Cf. malheureusement.6. Hallock. 17. 333. 6. 10 nt. me semble-t-il.1.13. 22. En effet.5. Ibid. Diodore 67·4 et Quinte-Curee 5·5· 347. 66 (1976) 121-122.2. 358. 332 j.3. Ibid.PIERRE BRIANT 332 e.16: Uxiorum dein gentem subaetam Susianorum satrapae contribuit [Alexander} .3: finitissima Susis est [regio Uxiorum]. 2 (1976) 180-181 et 214-221 3. DHA. Justin II. Diodore 67. 354.16. 332 h. Si cette interprétation est exacte. cf. Cf. Quinte-Curee 5. Diodore 19. Berve n' 483. DHA. 348.3. 335.2. 2 [1976] 218). II. et qui indique un sentier à Alexandre (cf. cf.II-I2).1. 5. 2 [1976] 215-216) prouve qu'ils versaient tribut aux Perses. 337. Hallock. 7.3. une question reste posée: que devint toute cette organisation après 330? La destruction des palais entraîna-t-elle la ruine de tout le système? Il y a là tout un problème passionnant. Kardia apud Diodore 19. 3·4 3'46. 343.15. Voir également l'exemption concédée aux Evergètes (Ariaspes).5.21. 355. 357.5.1.17-18. voir également les Grecs déportés par le Grand Roi et qui travaillent dans les' ergastules' (Quinte-Curee 5. Quinte-Curee 5. pour la discussion duquel les sources directes manquent complètement. T.52. Voir R. qui leur donne des lots de terre et leur concède une exemption totale de tribut (Diodore 69. 353.7 et infra § III. 332 f. - 223- .e. on peut en effet deviner l'existence de kurtas d'origine grecque à Persépolis en 331: voir d'abord le berger issu d'un père lycien et d'une mère perse (? ou indigène au sens large).1.2 (DHA. Cf. Hieronymos de 33+ Quinte-Curee. Quinte-Curee 5.81.16 (gens). 341.8. Diodore 17.68. Diodore 17.1. Ibid. 344.67.6 (pro fide): parole donnée à Darius lui-même de résister 342. Grelot.67. Mitchell. 17. Voir le cas de la Paphlagonie. ibid. Cf. Voir aussi P. Cf. Plusieurs jours de marche le séparent de la Perside: Quinte-Curee 3·3 et 3. Arrien 3.6. Quinte-Curee 5.15: urbem reliquit intactam: cf. Hallock. Ibid. Diodore 19. DAB. 345. 3. 336. Quinte-Curee 7.3.3. qui lui ont fourni des vivres (Diodore 17.5. jusqu'au bout.23 et 4.1-2.18. Cf.7 et 16. également Xénophon.: pro fide. 350.2).15) de Persépolis. 349.16 (tributum). 339. l. Arrien 3.5. 332 i. mais cette région ne le versait déjà pas aux Perses: Quinte-Curee 3.3.1-2).21. Cf. § 111. des ateliers où travaillent ceux que les tablettes appellent des kurtas (pour d'autres ateliers dans d'autres sites de Perside.3. (où carte). textes rassemblés dans mon étude de Etbnozootecbnie 21 [1978] 57). 352. Cf. DHA. Quinte-Curee 3+ 340. 338. Ürientalia 42 (1973) 321322.54.!. l'exemption accordée par Alexandre aux Ouxiens de la plaine (cf. 359. Hallock. PFT. 2 (1976) 220-221.14.ce qui indique qu'il n'en était pas ainsi avant Alexandre. voir supra. libérés par Alexandre. Quinte-Curee 5. également S.2-3. 356.

8. 20. Debord.7 lui P. 267-273 et 2025 (Hal1ock p.1. Plutarque Eum. 1. 364. avec le commen378. Aramiiische Spracbe 120-121). nt.4·1. 259: « Il n'y a donc rien d'invraisemblable à penser qu'Antigone avait donné à son royaume une administration plus ou moins calquée sur celle de son armée et en ce sens. les sources anciennes pour l'Asie Mineure (Cf. Debord. 382. 8. Damas. 365. 31. une ' gabelle' est connue en Babylonie et en Palestine séleucides (Bikerman. Plutarque. Aristote Econ. on doit conclure que dans les régions bien pourvues de bois. Schmitt. Ibid. Diodore 18. 1713 [1958] 161-172).c.3. blé on notera la présence de réserves de sel (Plutarque Eum. 258-259. 123. p. voir par exemple Xénophon Eeon. n" 3/4.l. une administration royale veillait à leur mise en valeur. 17. 80-84. Historia 22/2 (1973) 346-35°. Sur les archives satrapiques à l'époque d'Alexandre. F. p. Sur ce terme.21. les tablettes de Persépolis montrent l'existence de gardes-forestiers dans la Trésorerie de Vranrus (cf. 384.3. mais il peut s'agir aussi de salines royales. 96.108. Actes 71 p. Hinz. 367.37 (p. 310: ce document « n'est pas seulement le sauf-conduit de voyage. 4). 371. or. Sur les chiliarques dans l'empire perse.1 et 9. Diodore. § III. 2.48. 7 et p. Par exemple: Diodore 19.dont les tablettes de Persépolis permettent de mieux saisir le sens (cf. Holleaux.6-7. P. REA. n" 492. Gnomon [195I] 192 et surtout G.5-7. REA. (Sur la fourniture de bois par certaines 380. Supra. Il faut également penser aux domaines royaux. Sur la datation haute. 3°. 369. Klio 34 [1942] 42 nt. 385. cf..II et Cyr. également Diodore 18. aussi P. 13.PIERRE BRIANT 97 n" 67 (cf. supra § III. Ps. II). 363. cf.2.). AJA (1912) 67-69. Outre le satrapies.2. Briant. qui apporte la preuve de l'existence de deux jeux d'archives conservés l'un dans 362. 368.1. lignes 106-108. 271-273. 6. 73. 374· 12. (1972) 267. 321. Re. dans les garnisons en - 224- . 366. Voir J. 360.42. 373· Strabon 13. 375. II. on aurait la preuve de l'existence d'un impôt sur le sel en Asie Mineure aché381.58. Voir par exemple les stocks de bois connus dans plusieurs placesfortes (REA. . cf. Il existe donc dans l'empire achéménide une intendance générale qui gère des Magasins d'Etat échelonnés au long des grandes routes »: ici: d'Elam en Égypte. 372. Cf.4.5. Cf. Préaux. ménide. 47).. n" 55 col.3. c'est un bon de vivres. 55).3. C. Arrien 1. Ibid. Briant. [1972] 40. Vertriige taire de Cl.1. 377. clusions duquel je me rallie.6. junge. 379. Cameron. (1954) 312-327. lignes 72-76. Re.17. DAE.4. 280-283. l lignes 3-10.21. nt. JNES. [1973] 46. Voir la capitale satrapique. aux con383. Plutarque Eum. D.25-3°. via Arbèles. 376. 377 a. Altheim-Stiehl. 4. C'est le seul Trésor que citent donne le titre de satrape (à tort).3. Sardes 7. II. Grelot. 100.. Voir en particulier Welles. 16). 5. voir P. les chiliarchies dont dépendaient les kômai pouvaient être non seulement des unités de perception de l'impôt mais aussi des unités de recrutement ». Etudes II 106-107 et Welles. 2. CE. II2-II4). Buckler-Robinson.. Plutarque Eum. Bing. Eum. ZAss.l): or. Ibid. Altheim. P. Si la relation entre les deux faits est fondée.16.): si le rapprochement est fondé.1. cf. 15.l. l'autre par l'administration centrale. 361. 266-27°. (1972) 38. M. PFT. 370.1-2. III.

4r-42. Forces productives V. Po3 86.4 (Asie Mineure). Cyr. Rev.r à rapprocher de Ps.2. 390 a. Eeon. 398 a.I. 392. 4. par tous les centres habités. then.not more than five or six in aIl. M. Stratégie idéologique.déjà les remarques de P.r4: ai upo tresses under the command of a chiliarch ». (r972) 48. Diodore r8. M. P. les entrepôts impériaux fournissaient des produits (vin. Aristote 393.) pour alimenter non seulement le culte d'Ahurah-Mazda et d'autres dieux iraniens. mon étude dans Klio (r978) 57-92. 398. REA. la garnison de Syène-Eléphantine est « divisée en compagnies (degel). Cf.6. while others chiliarchs commanded other groups of phrourarchs with their garnisons.6. 3. 2.5I. r8 (r975) ticulier Arrien 7.. Eum. 397.22. 402.. semble-t-il. La présence de sanctuaires dans les Forteresses-magasins est certainement générale: cf. plus tard. Eeon.II. 395. Cf. ]ESHO. [1972] 39 et nt. en particulier 78-82. Klio 34 (194 2) 49-54.I.2. Cf. Klio (1978) 7r-82. Cf.2. La compagnie porte le nom de son commandant (analogue au chiliarque grec) ». Voir en parexemple Arrien 4. 394. 396. nt. Thus the satrapy of Lydia was probably subdivided into several districts .c.Robinson. voir P. 45: au Vè S. S.24 a (cf. Dandamayev. correspondant aux . DAE. Sur Pasargades. Inutile de revenir ici sur la fonction poIitico-reIigieuse de Persépolis. . III.r: Klio (r978) 73. Etudes II r03-r04. [P. (1953) = Etudes d'Histoire ancienne (Paris r967) 46r:473. who was himself its phrourarch. Cf. que des sanctuaires (sous forme de temple ou non) existaient dans 400. probably controlled the phrourarchs of several neighbouring fortresses. Voir le long compte-rendu que lui a consacré A. (Birtha des Tobiades). que j'ai longuement discuté 390. junge. Vincent..] r86-r88. REA. Cf. Les tablettes de Persépolis attestent qu'à Persépolis et dans d'autres villes de Perse et d'Élam. cf. Aymard.29. 387. REA. Briant. Grelot. oeufs.I.4-5 (Alexandrie du Caucase). milliers' des anciennes armées israëlites et.8. l. Holleaux. (r920) r89 ss. or else had a phrourarch as is second in command. Iyen 6. REA. Milet 93 dans REA. (r972) 34-49. grain etc. 8. basilei phylakai. Expression de Haussoulier.697 D. Esprit militaire et administration hellénistique. 40I. 389. the chiliarch of Sardes. 3. Briant. 388. Cf.PIERRE BRIANT Égypte achéménide.each known as a chiliarchy because containing a group of for39I.2. des armées grecques. Athénée 15.ro: supra § III. mais aussi des dieux élamites Humban et Simut et du dieu akkadien Adad (cf. C'est également le cas dans l'inscription de Mésimachos. Voir déjà Buckler . à propos de l'hyparchie.r4. - 225- . P. 399. IIr). cf. B. if we may judge from the size of our three . Quinte-Curee ro.: «In Persian times. Bib. Nyberg I [1975] 196): on doit en conclure. Polyen 7. dans Monumentum H.

Conséquences de l'implantation européenne 1. Abondance des populations rurales indigènes B. Les fondations d'Alexandre 2.Colonisation hellénistique et populations indigènes La phase d'installation Sommaire Introduction I. Terminologie . La colonisation gréco-mecédonienne en Iran oriental a) Les paysans dépendants sur les terres des hyparques b) Déportation en masse et dépendance: l'exemple d'A1exandrie·sur·Iaxs. Les villes neuves de Syrie du Nord a) Délimitation et organisation des ch6rai b) Citoyens et dépendants 2. Conquête. Données numériques 2. Peuplement/dépeuplement 4. Répartition spatiale et ségrégation sociale 5. hilotisation a) Crise sociale grecque et dépendance asiatique b) Conquête et dépendance rurale en Orient c) Colonisation hellénistique et dépendance ll. habitées et parcourues par des populations urbaines et rurales préexistant à la conquête. Organisation des rapports sociaux de production 6. Il n'est évidemment pas question ici de traiter de façon exhaustive de cet immense problème. Les fondations des successeurs B. Les rapports eocio-ethniquee 1. colonisation.rtee c) Le cas d'Ai-Khanoum Conclusion 3. Gréco-Macédoniens et indigènes dans les fondations hellénistiques A. Fondations hellénistiques et activités agricoles 1. L'introduction d'une population mixte 1. Colons gréco-macédoniens et populations rurales asiatiques A. Il me semble en effet. Richesse des territoires 2. que le réexamen d'une telle question peut contribuer à - 227- . d'une part. L'étude qui suit s'attache à analyser les conséquences sociales et économiques de l'implantation de communautés étrangères conquérantes dans des régions cultivées. 3. on se trouve immédiatement confronté au problème de la colonisation et de l'immigration européenne en Asie à partir d'Alexandre. Neissence d'une ethno-clesse Introduetwn Lorsqu'on envisage dans son ensemble le thème qui nous est proposé au cours de ce Colloque.

XIX.• 7 i V.et il réitère ses vues concernant l'évolution des villages indigènes vers la forme civique. L'historien britannique insiste en particulier sur la promotion sociale apportée aux indigènes par l'urbanisation: «Lorsqu'une cité grecque avait acquis la terre et avec elle la paysannerie [composée de serfs]. les paysana pou vaient parfois être encore serfs . traite là. savoir que la conquête macédonienne a permis aux « Orientaux. une forme supérieure de culture. grâce aux fondations de cités par Alexandre et ses successeurs. en Asie Mineure et en Syrie du Nord. Griffith. puis conclut: « Si le temps n'avait pas manqué.se calquée sur un topos antique du passage de la Barbarie il. ils étaient alors dans une catégorie différente de celle des cultivateurs d'Etat (comme ceux de Laconie par exemple). mais il est tout aussi catégorique pour les fondations nouvelles: «La même chose eut lieu certainement dans les territoires des nouvelles cités grecques. Tscherikower r. dans Mélanges G..sans . '1'. e Brigendege ».th. Voir là-dessus P. il est vrai. Br-iant. Glotz l. dans: HeUenische Poleis III. 135. Hellenistic Civilisation. Bd. Die hellenistischen Stiidtegründungen von Alexander dem Groûen bis au! die Rômerzeit. . Leipzig 1927 (Philologue Suppl. by the euthor and G. . Chapot. on ne sait. 5 W. KreiBig. rev. l'œuvre de W. Pour Tarn en effet. Die Polis in Griechenland und im Orient in der hellenistischen Epoche. 154. aurait été un royaume composée entièrement de cités avec des territoires contigus et jouissant chacune de l'autonomie interne. le résultat final. il apparaît d'autre part qu'aucune étude d'ensemble n'a été proposée depuis l'ouvrage de V. 173-181.. 1074-1084. soit par évolution naturelle. qu'il n'aborde pas de front les problèmes qui sont au centre de nos discuesions. 3 Meyer Blüte: "Der Trliger des Hellenismus und des Hauptmittel seiner Verbreitung iet die griechisohe Stadt. Tarn. Je m'en tiendrai à. (Désormais cité ici BOUS le seul nom de l'auteur): voir surtout le chapitre III de la Hfè partie consacré au peuplement des nouvelles cités (190-209). Alexandre ont été adoptées pour l'essentiel par V. Tarn.nier ses réels mérites -. de l'accroissement du territoire des anciennes cités grecques d'Asie Mineure. Il serait fastidieux et inutile de dresser une liste de références aux ouvrages modernes défendant ou véhiculant cette vision de l'histoire. la cité.. dans: Dialogues d'Histoire Ancienne [DHA] II (1976) (=Briant DRA II). et leurs villages parfois acquirent une espèce de vie communautaire. W. 156.. 2 Voir H. 1).58 PIERRE BRIANT reprendre sur des bases plus objectives Je problème de la conquête et de l'occupation gréco-macédoniennes de l'ancien empire achérnénide . ârd. . Les conclusions de l'auteur relatives il. Alexandre fondateur de villes (Simples réflexiona). Univ. la conquête macédonienne a ouvert en Asie une ère de progrès (matériels et culturels). cd. U . - 228- . W.p Tarn. 6 . mais généralement ils devinrent ktuoikoi héréditaires libres. 7 Ibid.la Civilisation par le biais de l'urbanisation '. dont on peut dire. il. payant des taxes il. Tscherikower. Londres 1952. La cité grecque fut donc une faveur faite au paysan asiatique et tendait à. dissidence et conquête en Asie achéménide et hellénistique. soit par un affranchissement délibéré des serfs. d'accéder à.ê • Le véhicule de l'Hellénisme et le moyen essentiel de sa diffusion est la Cité grecque. élever son statut (The Greek city then was a boon to the Asiatic peasant and tended to raise his statua). les conditions ont souvent été modifiées._. 6 Ibid. Peperbecka (1966) p. dont l'influence avouée ou occulte reste importante de nos jours. Paris 1932.• Cette phrase d'Edo Meyer ' résume assez bien une thèse qui dourine dans l'historiographie occidentale depuis Plutarque et Droysen.

des rois hellénistiques.là et ailleurs _s. mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras. Je renvoie à l'ensemble des travaux de H. 361-368. Atti V-Ce.).Indie. 183. . Besançon-Parie 1976.I.tt Il reste cependant à tenter d'apporter une réponse positive à une question réelle et essentielle: les fondations hellénistiques ont-elles constitué ou non un cadre d'intégration? La documentation. 11 Sur Ïe problème des paro1koi. M. Cambridge 21951. CAR VII. dans: EAZ 10 [1969]. L'étude sera menée selon les préoccupations méthodologiques suivantes.D.ce que C..S. et je n'y reviendrai pas.en grande partie littéraire -. 7-28 (et 28-39 pour les discussions). B. (Histoire de l'Hellénisme r. . " Voir déjà les propositions éclairantes de Monique Clevel-Lévêque. qui revêtent à mes yeux un caractère impératif: 1. 775). Un certain nombre d'aspects du problème ont déjà été traités ailleurs-en particulier la permanence du mode de production oriental (asiatique) en Asie hellénistique 10 -. KreiBig depuis "Zwei Produktionsweisen . et faute de documents. - 229- ..Colonisation hellénistique et populations indigènes 59 Se trouve donc là exprimée. Welles appelait naguère la • politique humanitaire. T. jusqu'à L'esclavage dans les villes d'Orient pendant la période hellénietique e. est celle de la fonction des villes dans la formation économique et sociale de l'Orient hellénistique. une sorte de liaison mécanique entre colonisation européenne et transformation (positive) de la situation des populations locales. Atkinson. 'I'aoherikower 113-129: distingue six cas de figure dans les fondations hellénistiques. . Malgré son caractère plus que séculaire. . 13 TI sera moins question ici d'ailleurs de présenter une synthèse générale que d'essayer de dégager une problématique 14. je préfère la position de Droysen qui.." ainsi que sa tendance à surinterpréter les textes pour les faire entrer dans une thèse construite en réalité sur un postulat idéologique.au-delà de la terminologie tarnienne -. à reconnaître dans des indications fortuites le réseau de connexités et de présuppositions auquel elles appartiennent. Briant DRA II (1976). Cf. dans: Antichton 2 [1968]. ajoute: (. 10 (1 Voir également The Greeks in Bactria and . il. dans Le monde grec et l'Orient II. c'est à dire à la fondation de 'villes neuves. l'histoire reste muette. •. dans.32-57 (en particulier 37 eqq. J3 J'exprime un désaccord total avec le point de vue négatif et stérilisant de P. 1976. s'avouant incapable de prouver l'hypothèse (qu'il propose) de l'arrivée de contingents de Sicile en Asie à l'époque de Pyrrhos.? La question qui reste posée. Structurss urbaiIles et groupes hétérogènes.. aussi M. Goukowsky (Alexandre le Grand et la conquête de l'Orient. écrit: 41 Ces fondations ont-elles fa· vorisé le commerce. Cf. La faiblesse de la thèse générale de Tarn a également été soulignée. Pour quiconque ne parvient pas à retrouver dans un fait isolé la pyramide de condit iona dont il est le point culminant. De teUes déclarations ne risquent pas de susciter les vocations ni d'ouvrir la voie à un renouvellement de la problématique. dans: Actes du Colloque 1973 sur l'esclavage. ne pas restreindre l'installation des communautés européennes au seul aspect de l'urbanisation proprement dite. est lacunaire et dispersée. et parce-que l'expérience fut trop brève. 237-250. Rostovtzeff. The Seleucids and the Greek Cities of Western Asia Minor. propos des fondations d'Alexandre.die der kapitalistischen vorhergehen' (Thesen)". On peut distinguer bien d'autres types de settlements l5 : introduction de Gréco-MacédoS u Welles ne 96. . pour celui qui ne voit autre chose dans l'histoire qu'une mceerque de passages tirés de leurs auteurs respectifs. pour celui-là.R. inféconde: ce »'est plus qu'un squelette. voir les remarques critiques très fermes de K. 321) qui. 33. 15 Cf. 1973-74. et quel commerce? Quelle influence ont-elles exercée sur les indigènes t Questions auxquelles il est impossible de répondre.

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PIERRE BRIANT

niens dans une ville orientale, colonies militaires, garnisons etc ... C'est pourquoi, malgré ses imperfecbionstê, le terme «colonisation, m'apparaît plus adéquat que celui d' 'urbanisation' .17 Toute fondation s'intègre dans une stratégie globale de la conquête et de ·Ia colonisation dont il importera précisément de rechercher les tenants et les aboutissants; lS 2. ne pas traiter l'Asie comme un bloc socio-économiquement homogène, mais au contraire régionaliser les analyses, là où la documentation le permet. Cette démarche est indispensable, car, pour être crédible, une réponse au problème posé doit tenir compte des niveaux différents de développement des populations indigènes 19; 3. renoncer aux généralisations ou extrapolations chronologiques. Mais distinguer au contraire les grandes phases de l'histoire des établissements gréco-macédoniens. La phase d'installation des colonies est à cet égard exceptionnellement importante: c'est à ce moment historique, et à lui seul, qu'est consacrée l'étude qui suit. Le problème de l'évolution ne peut être abordé 20 sur des bases saines qu'une fois bien établies les caractéristiques fondamentales de la fondation; 4. enfin, éviter systématiquement de mettre ce qu'on nomme habituellement «hellénisation. au centre du débat. Non pas que ce processus soit négligeable; mais, comme le terme «acculturation " le terme « hellénisation, forgé par Droysen tend à déformer, à obscurcir et à réduire la réalité sociale. 21 Les rapports Grecs-indigènes ne se limitent pas à la diffusion de la langue des conquérants ni à l'adoption, par ceux-ci, de motifs architecturaux ou de cultes orientaux, même si les échanges de cette nature peuvent (et doivent) être analysés par référence à. des rapports socio-économiques qui les sous-tendent. En d'autres termes, il convient de replacer constamment la recherche dans une perspective globale.

1. Colons gréco-macédoniens et populations rurales asiatiques
A. Fondations hellénistiques et activités agricoles
1. Richesse des territoires

Un point doit être souligné d'entrée: c'est la place que continue à tenir J'activité agricole dans les cités et établissements grecs de l'Asie hellénistique. A cet égard, une anecdote transmise par Vitruve peut servir de point de départ. A l'architecte Deino16
17

Cf. quelques remarques sur le sujet dans J. Bérard, L'expansion et la colonisation Voir également M. Rostovtzeff, Social and Economie History of the Hellenistic

grecques jusqu'aux guerres médiques, Paris 1960, 12-14. World (SEHHW) III p. 14-35-1436 (n. 262), en notant que l'Asie était déjà urbanisée
avant Alexandre, ce qui est tout à fait juste. En revanche, je n'adhère pa.s à la deuxième raison (apparemment la plus importante pour lui) donnée par M. Rostovtzeff, qui veut distinguer nettement la colonisation menée par les Gréco-Macédoniens et l'urbanisation poursuivie par Rome dans son empire: selon lui, la première aurait des buts uniquement politiques et milite.ires, et la seconde des objectifs socio-éeonorniques. Distinction factice comme j'essaie de la montrer tout au long de cette étude. 18 Voir infra, 1. B.3. c. en particulier. Hl Voir ainsi justement Olevel-Lévêque 9. 20 J'y reviendrai dans une autre étude. 21 Cf. KreiJlig, dans: Hellenieohe Poleis 1074-1075.

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230-

Colonisation hellénist.ique et populations indigènes

61

cratès, qui venait de lui proposer un aménagement colossal du Mont Athos, Alexandre, alors en Egypte, demanda si la ville projetée était entourée de champs capables de suffire à ses besoins alimentaires. 22 Comme il apparaissait que ce ravitaillement ne pouvait se faire qu'en recourant aux importations par mer,23le roi déclara à l'illustre architecte que ce serait une erreur d'implanter une colonie sur un tel site,2 /, et il poursuivit: «Je retiens la remarquable conception du plan et j'en suis charmé ... Mais, de même qu'un enfant sans le lait de sa nourrice ne peut se nourrir ni franchir les étapes de la vie croissante, ainsi une ville sans champs et sans leurs produits affluant dans ses murs ne peut se développer, ni sans avoir une nourriture abondante une population nombreuse, ni protéger ses habitants sans ressources.• 25 Comme le souligne R. Martin 26, ce dialogue rend bien compte des soucis pratiques, très actuels à la fin du IVè siècle, très débattus par les historiens et les géographes qui complétèrent « les spéculations théoriques par les données techniques des architectes •. La signification générale de l'anecdote peut donc être retenue. Quel qu'ait pu être le développement ultérieur, commercial en particulier, des fondations hellénistiques, il n'en demeure pas moins que leurs assises sont essentiellement agricoles et que les rois fondateurs ont eu profondément conscience de cette nécessité. Ce souci est parfois exprimé directement dans les textes. Ainsi, en Egypte, Alexandre, au dire de Plutarque 27, fut frappé par les possibilités agricoles du site de la future Alexandrie, car les devins avaient estimé « que la cité fondée par lui abonderait en ressourcea, et nourrirait les hommes de tous pays. ("al nayrobanwy &YiJewnow At70/AWqy reoq>6lo); tradition reprise par Arrien 28, qui rapporte ainsi le compte-rendu des devins: • La cité serait prospère dans tous les domaines, mais en particulier sur le plan de la pro. duction agricole (ra rs /lUa "al rwv i" yijç "aenwy eZys"a) . • Il en est de même des fondations babyloniennes, appelées elles aussi à devenir de grands centres commerciaux. « Les Macédoniens y créèrent des villes à cause de la fertilité du sol (propter uberlalem soli) », affirme Pline 29, qui note par ailleurs, comme caractéristique de Séleucie du Tigre, que « son territoire est le plus fertile de tout l'Orient .•. L'analyse du site des fondations et de la disposition de leur chôra confirment ces appréciations. Cela est particulièrement vrai de la • Nouvelle Macédoine. syrienne. Strabon insiste tout particulièrement sur l'excellence des territoires des cités.•Laodlcée ... est une ville maritime magnifiquement bâtie, et qui, à l'avantage de posséder un excellent port, joint celui d'avoir un territoire d'une extrême fertilité, mais particulièrement riche en vin (xweay Te ëxoVt7a ",oÀVOtyOV neàç rfi /lÀÀlI eV"aen{~) .•30 • Apamée
22 Vitruve, De Arch. II, Préface § 3: ... ai uaent agri oirca, qui p08aint frumentario ratione eam ci'Ditatem tueri. 23 Ibid.: ... ni8i transmarinis aubveotionibU8. 2' Ibid.: Sed animadverto, ai qui deduxerit eo loco coloniam, forte ut judioium eiU4 vituperetur, 25 Ibid.: ... sic civitaa aine agria et eorum IructibU8 in moenibua allluentibU8 non po",' crescere nec sine abundentia oibi frequentiam habere populumque aine copia tueri. 26 R. Martin, L'urbanisme dans la Grèce antique, Paris 1956, 25. Sur tous ces problèmes voir le chapitre l dé cet ouvrage, consacré à .. Naissance et developpement des théories., p. 13-29.
27

Plutarque, Alex. 26. 10.

2. Arrien, Aneb. III. 2. 2. Cf. aussi Vitruve loc. cit. qui, parmi les avantages du site d'Alexandrie (port, Nil ... ) note: ... campoa circa totam Aegyptum frumentario8.

"Pline, N. H. VI. 117. Strabon XVI. 2. 9.

2.

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231 -

62

PIEltRE BRIANT

possède un territoire à la fois très étendu et très fertile ("ai ;cweaç 'V1tOeEÏ 1tap.1toU1]ç eV6aip.ovoç). »31 Les études plus récentes corroborent ces descriptions enthousiastes et montrent qu'il en est de même des autres cités. Laodicée (Lattaquieh) est située dans une des plaines les plus riches de la Syrie maritime, écrit J. Weurlesse 32 qui, ailleurs, a vanté le territoire d'Antioche 33 ; la basse vallée de l'Oronte «est un des territoires les plus riches de Syrie. Le sol profond et fertile en lui-même y a été encore enrichi par les alluvions de l'Oronte. Le climat, pluvieux et qui reste humide même au cœur de l'été y favorise la végétation. L'irrigation enfin est facile grâce il. l'Oronte, aux torrents descendus du Kizil-Dagh, et aux sources puissantes qui jaillissent au pied du Kosséir ... Dans l'ensemble, un pays d'eaux courantes et de verdures, d'un charme unique en Syrie. ,34 Le territoire de Séleucie-de-Pîérie est également très fertile.35 Polybe 36 vante IlL richesse des cll6rai de Scythopolis et de Philoteria de Galilée. On peut en dire autant du plat-pays de la cité fondée sur le sité actuel d'Aï-Khanoum (Afghanistan). La mission archéologique française a commencé d'explorer le territoire de la ville antique, c'est il. dire la riche plaine de lœss qui s'étend au nord du site sur 40 km de long et 15 km de largeP Les différentes campagnes de fouilles ont permis de montrer que ce territoire était déjà mis en valeur et irrigué à. l'époque achéménide,38 et qu'on assiste à. un nouvel essor de l'activité agricole il. l'époque helléniatique.w Comment nier que ces choix de sites agricoles résultent d'une politique délibérée des rois fondateurs 1 Si j'insiste sur des considérations somme toute banales, c'est pour réagir contre une fâcheuse tendance il. négliger l'aspect agraire des fondations hellénistiques. Or, comment traiter objectivement des relations entre colons gréco-macédoniens et paysans indigènes, si l'on oublie cette réalité fondamentale rappellée en ces termes par L. Robert 4o: «Une »cité« antique doit toujours être considérée avec le territoire, champs
31
32
33

Id. XVI. 2. 10. Le pays des Alaouites, Tours 1940, 267 sqq,
Parmi les descriptions antiques, voir surtout celle de Libenius dana l'Ant'iochicho8

(Oratio XI); cf. A.:r. Festugière, Antioche perenne et chrétienne, Paris 1959 (BEFAR 194),
où l'mi trouvera. une traduction et un commentaire archéologique (dû à R. Martin) d'une partie du discours de Libeniue. 3' J. Weurlesse, Antioche, ESBBi de géographie urbaine, dans: Bull. Et. Orient. {Inat., fI'.

Damas) 4 [1934], 27-79 (la citation est de la p. 31). Sur les conditions naturelles, cf. aussi G. Downey, A History of Antiooh from Seleucua to the Arab Conquest, Princeton 1961 (=Downey Antioch), 15-23 (et 20 n, 23 pour les permanences olimatiques de l'Antiquité il.
nOB jours).
35
JO

Voir A. :riihne, Klio 56 [1974], 509-510. Polybe (V. 59. 5) fait allusion

il.

la Seleukeôw

chôra.

V. 70. 5. P. Bernard, CRAI, avril-juin 1975 p. 195. Sur Aï-Khanonm, voir maintenant J. C. Gerdin-P. Gentelle, Irrigation et peuplement dans la plaine d'Aï-Khnnoum de l'époque echéruénide à l'époque musulmane, dans: Bulletin de l'Ecole Irsnçaise d'Extrême-Orient
3;

[Paris] (=BEFEO) 63 [1976], 59-99 et Planches XVIII-XXXIII; des mêmes auteurs,
voir la mise au point plus récente: L'explcitet.ion du sol en Bactriane antique, dans: Colloque de l'Ecole française d'Extrêrne-Orçenc, Paris [sous presse]. 38 Résultats des fouilles 1975 (encore inédit; je remercie P. Bernard de m'en avoir communiqué la teneur). .
J9

P. Bernard, CRAI 1974, p. 281-286, et CRAI 1975, p. 195-197.

L. Robert, Villes d'Asie Mineure, Paris 21962, 371. Voir aussi J. et L. Robert, Bull. Epig. 1958 p. 275: il convient ~ de se poser comme première question sur un site antique ou devant une carte: où étaient leurs champs? que mangeaient-ils? quo cultivaient.ils? _.. »
40

C'est la même réalité qu'exprime

:r. Weurlesae (art. cit., Bull. Et. Or., 4 [1934], 30)

il.

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Colonisation hellénistique pt populations indigènes

63

et forêts, qui la nourrit et sur lequel vit une partie de sa population; le territoire (xwga) est inséparable de la >, cité «. » Dans sa célèbre description par exemple, Strabon ne manque pas de donner les limites du territoirc d'Antioche de Syrie. U 2. Abondance des populations rurales indigènes Mais, par ailleurs, les chôrai des nouvelles cités ont été découpées dans des régions déjè. habitées et cultivées. Si l'on met à. part le cas des communautés grecques introduites dans des villes déjà. existantes, on se rend compte que toutes les fondations hellénistiques sont implantées à. proximité immédiate d'habitats indigènes. C'est le cas tout d'abord des villes de Syrie du Nord, région «où l'existence d'aucune cité plus ancienne ne faisait obstacle à. la distribution de lots de terre à. des colons ... Il est probable que toutes ces étendues dénuées de cités constituaient une terre royale • .'.2 Antioche, Laodicée et Apamée furent fondées sur le site d'établissements villageois syriens;43 une tradition, transmise par Strabon, Libanius et Malalas, rend même compte d'une colonisation grecque pré-macédonienne sur le territoire d'Antioche.w Les environs de Doura-Europos étaient déjà peuplés de paysans avant Séleukos. 45 L'urbanisation en Mésopotamie et Babylonie se fit dans des régions abondamment pourvues d'établissements villageois.w Ptolémaïs de Thébaïde fut fondée sur un village égyptien. 47 La bourgade de Rhakhôtis constitua le noyau topographique d'Alexandrie d'Egypte. 48 Le territoire d'Ai-Khanoum comprenait de nombreux établissements agricoles avant l'arrivée d'Alexandre 4" ••• On pourrait multiplier les exemples et les citations puisque les régions agricoles de l'empire achérnénide, choisies par les rois fondateurs, étaient toutes couvertes par un réseau très dense de villages. 5O
propos de l'Antioche moderne: fi Si l'on veut comprendre la ville actuelle, il faut tout d'ebord renoncer à. toutes les généralisa.tions faciles sur.Ie site prédestiné de la cité et BUr la prééminence dans l'ordre international aux divers points de vue poJitique, commercial et stratégique: modeste capitale régionale, Antioche ne peut être étudiée et comprise qu'en fonction de la petite région par laquelle et pour laquelle eUe vit. C'est danal'analyse préalable de la vie rurale qui l'entoure que nous trouverons les raisons d'être de la vie urbaine et la substance même dont elle est faite .• Pour qui est tenté de surévaluer la. fonction commerciale des fondations cl'Alexandre à leurs débuts, jo rappeUe enfin cette juste remarque de Cl. Préaux, Les villes ct'A lexandre suscitent et attirent le commerce: elles ne naissent pas de lui (Les villes hellénistiques, dans: Recueils de la. Soc. J. Bodin, VI Bruxelles 1954, 93). " Strabon XVI. 2. 6-8. 42 H. Seyrig, Seleucue 1 et la fondation de la monarchie syrienne, dans: Syria 47 [1970], 290-311 (citation 300-301). "'.T. Malalus, Chronog. (Bonn) VIII p. 200(14-15),203(1-2),203 (12-13); cf. Tscherikower 60-62. Cf. aussi Ammien Marcellin XIV. 8. 5 ... [SeleucU8] ex açreetibu» habitaculis 'Urbe8 conetruxit muuis opibns jirmas et viribue, 44 Voir Downey Antioch 49-53 (juge que ces histoires out un fond de vérité). <5 Cf. F. Cumont, Fouilles de Doura-Europos (1922-1923), Paris 1926 (=Cumont, Fouilles Doura), p. XV-XVI. 40 Pline, N. H. VI. 117 (vicatim dispersa). "P. J'ouguee, BCR 1897, p. 184 n. 1. 1,8 Voir P. M. Fraser, Ptolemuïo Alexendriu I, Oxford 1972,5-6. '9 P. Bernard, CHAI 1975, p.196 (à nuancer et à compléter evec les résultats des fouilles de 1975). co Cf. P. Briant, Villages et communautés villageoises on Asie echéméuidc et hellénistique, dans: .TESRO 18/2 [1975], 165-188.

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B. Conséquences de l'implantation européenne

PIERRE BRIANT

Dès lors, les questions que l'on doit se poser sont fort simples dans leurs intitulés: comment furent organisées les chôrai des nouvelles cités! Qu'advint-il des populations rurales indigènes incluses désormais sur ces territoires! En réalité, on le sait, la réponse à ces questions suppose que soit résolu un redoutable problème préalable: quel était le statut des terres et des personnes en Asie «pré-hellénistique .!51 Disons mieux: les statuts. L'empire achéménide présente en effet des caractéristiques régionales extrêmement spécifiques: qu'y-a-t-il de commun par exemple entre les sociétés pastorales du Zagros 52 et les communautés villageoises dépendantes en Sogdiane-Bactriane !53 Au niveau politique, ces différenciations dans les modes de production s'expriment dans la formule «dynastes, rois, cités, peuplea », dont l'emploi est fréquent encore à l'époque séleucide. 54 Le pôle d'unité politique est le pouvoir du Grand Roi, qui représente donc la « communauté supérieure s, qui « fédère _ (ou tente de le faire) ces différents modes de production sous un mode de production dominant et conquérant (le MPA), au sein de ce qu'on pourrait appeler la «formation économique et sociale achéménide •. Ces considérations préliminaires, - pour gépérales qu'elles sont -, imposent une démarche: l'étude du fonctionnement de la dépendance sur les terres allouées aux fondations doit nécessairement se faire suivant un plan régional. La répartition de la documentation m'a donc amené à choisir deux grands ensembles, dont la cohérence interne ne peut guère être mise en doute et dont le contraste l'un par rapport à l'autre apparaît fortement marqué: le groupe des villes neuves séleucides de Syrie du nord d'une part, et les fondations (de tous types) implantées par Alexandre en SogdianeBactriane d'autre part.
1. Les villes neuves de Syrie du Nord

La situation des terres et des personnes avant les Séleucides n'est pas connue avec précision. Mais, on peut supposer, avec H. Seyrig 55 , que cette région constituait une terre royale achéménide 56 et qu'elle conserva ce statut après la conquête macédonienne, «si bien que Séleukos put en disposer librement pour en faire des lots ». a) Délimitation et organisation des chôrai Nous manquons presque totalement de documentation pour savoir comment s'effectua concrètement la délimitation des territoires civiques. On peut simplement supposer à bon droit qu'elle fut opérée par les rois fondateurs,57 et que les nouveaux
51 Sur cette expression et son contenu, voir J. P. Weinberg, Bemerkungen zum Problem "Der Yorhelleniemus im Vorderen Orient", dans: Klio 58 [1976], 5-20. 52 Sur celles-ci, voir Briant DRA II (1976). 53 Cf. infra, 1. B. 2. a. "Cf. P. Briant, REA 1972, p. 67 n. 3. 55 Syria 47 (1970), 301. 56 Cf. Xénophon, Anab. 1. 4. 9 (cité par Seyrig, ibid., n. 1). Y ajouter Ammien Marcellin (originaire d'Antioche), XIV. 8. 5: ... ex agreatibu8 habitaculis urbes construxit (Seleucus). 57 A Doura-Europos, à défaut d'un héritier légal, le kléros revient au domaine royal (P. Du-

'1', 5: .. .fJaa').'~~

~

oëola .an,,); on peut donc supposer que le fondateur (Seleukos NiJmtor:

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Colonisation hellénistique et populations indigènes

65

citoyens furent gratifiés d'un certain nombre d'avantages matériels (atélie de plusieurs années sur les récoltes, distribution d'animaux et d'instruments de culture par exemple) propres à. favoriser leur instaliation. 5S Une partie du territoire, située à. proximité immédiate de la ville,59 était divisée en lots (kléroi), répartis aux premiers habitants gréco-macédoniens. Ainsi, un passage de l'empereur Julien nous apprend l'existence de 10000 de ces lots à. Antioohe de Syrie;60 - un parchemin daté de 195 avant n.è, prouve que le territoire de DoursEuropos avait été divisé en ekades (signification précise inconnue) subdivisées ellesmêmes en kléroi, ces lots continuant un siècle après la fondation de porter le nom du premier clérouque macédonien (lot de Conon, dans l'ekade d'Arybbas, vendu par Aristonax, fils d'Ariston):61 - enfin, une inscription tardive de Suse indique que des kléroi avaient été distribués aux premiers occupants macédoniens lors de la s refondation, de la ville sous le nom de Séleucie-de-I'Eulaioe.ët Bien que les témoignages directs soint réduits au nombre de trois, on peut considérer qu'il s'agit là. d'un processus général. Un certain nombre d'indices invitent à. adopter ce point de vue: <X) un indice négatif d'abord, si l'on peut dire: on ne voit pas pourquoi les CaS d'Antioche, de Doura-Europos et de Suse/Séleucie seraient particuliers. Comme les émigrants grecs de l'époque archaïque, les Grecs de l'époque hellénistique ont c faim de terre »; il est donc logique de supposer que toute fondation a entrainé une distri'butlon de lots de terre aux premiers colons: comme l'écrit Cl. Préaux à. propos des villes hellénistiques, «la vie politique grecque s'adresse en son origine et en son principe à. des propriétaires terriens •.63 Il est même possible que lors des fondations urbaines, attribution d'un kléros et inscription sur les listes civiques allaient de pair. 64 On remarquera en outre que des établissements militaires en Asie ont également reçu des lots;65 M. Rostovtzeff, Le Gad de Doura et Seleueua Nicator, dans, Mélanges R. Dussaud, 1939, . p. 281-295) avait concédé à sa ville une sorte de «charte royale, (cf. Cumont, Fouilles
Dours. 312), dont la. concession du territoire fa.isait partie intégrante. 5' Cf. Appien, Syr., 1; Diodore XVII. 69. 8; Quinte-Curee V. 5. 21-24; Justin XI. 14.

11-12; voir au ssi Welles RC, ne 3-4; Josèphe, AJ XII. 149; Schmitt Vertrage nO 492 lignes 101-102 etc. "Cf. déjà E. Bikerman, Institutions des Séleucides, Paris 1938 (=Bikerman IS), 161-162. 60 Julien, Misopogon 362c. Cf. Bikerman IS 87 (où la traduction de kUro. par. fief, est
particulièrement malheureuse) et p. 161; P. Petit, Liberuus et la vie munioipale & An-

tioche au IVè s. ap. J. C., Paris 1955, 87 et 97-99. Surprenante lacune de Downey Antioch
79-82, qui fait seulement une fugitive allusion (73) à. la concession de lots urbains, et une référence extrêmement confuse au passage de .Julieu (389 fi. 56). 61 Cumont, Fouilles Douce 286-296.

6' F. Cumont, CRAI 1931 (SEG VII, 13). Sur les discussions relatives à l'origine et à
la nature des lots, cf. mise au point dans G. Le Rider, Suse sous les Séleucides et les Parthes,

Paris 1965 (MDAI XXXVIII), 281.
63 Préaux, Les villes hellénistiques (voir n. 40) 92. Elle souligne égo.lement 10. filia.tion possible entre les théories platoniciennes et la pratique des fondations hellénistiques; là· dessus, cf. également Downey Antioch 82, et il. propos de lu.distribution de lots, C. B. Welles, The Greek City, dans, Studi in onore di A. Calderint e R. Paribeni, Milan 1956, 81-99.

"Hypothèse de F. Cumont, JRS 1934, p. 188 (cité par Bikorman IS 162 n. 1), ce
qui expliquerait, à mon avis, pourquoi on ne trouve que 0000 eletUheroi (citoyens) & Sé-

leucie de Piérie en 220 (Polybe V. 61. 1).
65 5

Voir discussion dans Bikerrnan IS 79 sqq,

Klio 60/1

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66

Pœnns BRIAXT

(J) par ailleurs, les recherches de J. Sauvaget à Damas, Laodicée, Beroia (Alep) ont montré l'adoption d'un plan en damier dans toutes les villes séleucides.w L'adoption d'un tel plan relevait pour l'essentiel de dispositions pratiques: «seul importait un système équitable de répartition des terres et des maisons, le plan en damier favorisait les opérations de lotissement •.67 Or, celles-ci étaient menées conjointement intra muros et extra ",,,r08: dès lors, le caractère général des kléroi ne semble pas devoir Iltre mis en doute. 68 On peut môme supposer que cette distribution revêtait un caractère égalitaire:' ce qui ne veut pas dire évidemment que la micro-société européenne était une société sans classe: certains colons venaient avec un pécule, d'autres avaient une qualification artisanale, d'autres enfin (la plupart sans donte) n'avaient que leurs mains de paysans ruinés; et pour ces derniers le kléros représentait une sorte de «minimum vital •. La véritable unité de la nouvelle communauté se faisait en opposition aux indigènes, comme nous le verrons tout à. l'heure. Le statut de ces kléroi pouvait sans doute différer selon le type de la fondation. Dans le cas des villes nouvelles créées ex nihilo, il semble que le roi conservait une sorte de propriété éminente, puisqu'à. Dours-Europos, si l'on vend ou si l'on achète librement les lots, ces kléroi reviennent au roi s'il n'y a pas d'héritier l'égal. Le clérouque n'a donc qu'un droit de «quasi-propriété .;69 .. l'Etat se réservait la nue propriété des lots distribuées aux colons .,70 Le roi gardait probablement en réserve une partie de la ehôr« pour la distribuer sous forme de lots à. de nouveaux colons installés à. son initiative. 7! On peut supposer enfin que la cité possédait des terres publiques pour assurer les ressources financières de la collectivité. 72 A l'extérieur de cette première zone, - la châra politikè au sens strict -, s'étendait
•• J. Sauvaget, Le plan de Laodicée sur mer, dans: Bull. Et. Or. 4 [1934], 81-114; id., Le plan antique de Damas, dans: Syria 26 [1949], 314-358; id., Alep, Paris 1940,
30 sqq, Voir aussi L. Robert, CRA! 1951, p. 255-256. Des villes orientales anciennes ont également été remodelées selon ce plan, ainsi Edesse (J. B. Segal, Edeasa, the "Bleeaed City", Oxford 1970, 7), Karka de Bet Selok (Chronique syriaque, tr. dans N. Pigulewakaja, Les villes de l'Etat iranien aux époques parthe et seaeanide, Paris (tr. fr.) 1963,47: Seleukoe «élargit la ville et la couvrit de rues ... Il Ie divisa en soixante-douze rues ... Douze rues furent appelées d'après les noms des métiers »). Il semble qu'il en fut de même à. Séleucie du Tigre: G. Gullini, New Excavations at Séleucie on the Tigris, dana: Proceedings of the XXVII'h Congo of Orientaliste Ann Arbor 1967, Wiesbaden 1971, 77. 67 Martin Urbanisme (voir fi. 26) 175. 68 Cf. Ammien Marcellin XIV. 8. 6.: (Seleucus) urbes construxit, multis opibus lirmas e'

viribua .

•• Bikerman lS 87.
70 Ibid. 162. Dans la. cité cappadocienne de Hanisa, les biens d'un citoyen mort sans héritier (akleronômos) reviennent à l'Etat (L. Robert, Noms indigènes dans l'Asie Mineure gréco-romaine, Paris 1963, 473). il Cf. par exemple Libanius, Oratio XI, 111, 120. Contru.iremen t il. ce qu'écrit Bikerman 18161, je ne crois pas que les 10000kléroi dont parle Julien, Misopogon, 3620 soient «primitifs» (cf. déjà les doutes de P. Petit, Libanius 97), car Antioche a reçu à plusieurs reprises des renforts de colons aux llIè et llè 8. i2 C'est là une habitude dans les cités antiques. Voir par exemple la situation il. Cberaonc80S qui possédni t une terre à blé, le Pedion, « apparemment partagée en lots concédés 0. des pertdculicrs qui, pour prix de leur exploite.rion, fournissaient à ln. cité des quantités de céréales sans doute appréciables ... Les kléroi de la. Plaine ont dû constituer une réserve de terres publiques périodiquement affermées ... t) (D. M. Pippidi, Main-d'œvro agricole dans les colonies grecques de la. Mer Noire, dans: Problèmes Je la terre en Grèce ancienne, Perie 1973,74-75). - C'est une situation qui se transmet, mutatis mutandis, dens l'Antiocbc du Bas-Empire romain (cf. P. Petit, Libanius 96 aqq.).

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une zone plus vaste peuplée de paysans indigènes, vivant et travaillant dans leurs villages et sur leurs territoires traditionels. Aucun témoignage ne nous renseigne avec précision sur cette zone; mais les inscriptions hellénistiques traitant du rattachement de terres royales à des cités d'Asie Mineure constituent un parallèle fort acceptable.73 b) Citoyens et dépendants C'est la raison pour laquelle il convient d'être prudent sur Je sort des populations rurales. On peut rappeler la phrase d'E. Bikerman:« Les paysans indigènes labourèrent maintenant la terre pour les nouveaux maîtres. à des conditions qui nous restent inconnues et qui, probablement, n'étaient pas les mêmes partout.• 74 En d'autres termes, autrefois dépendants du Roi, ils le sont maintenant de la cité, Essayons de préciser. Une distinction s'impose entre les deux zones grossièrement définies oi-dessus. Dans la zone« externe. on peut considérer en effet que ni Je statut ni la condition économique des paysans indigènes n'ont subi de réelles modifications. Ils ont conservé leurs maisons, leurs villages, leurs familles; ils continuent de cultiver les terres qui dépendent de leurs villages; le régime de la communauté vilJagoise n'a pas été briéé. 75 Dono, une très grande permanence, tout comme dans le cas des laoi rattaohés à une cité grecque: ni marche vers la libération, ni aggravation du statut,76 Du moins peut-on proposer cette interprétation pour des populations qui, tels les paysans de Syrie du Nord, faisait partie des laoi basilikoi sous la domination achéménide, Il faudrait évidemment pouvoir nuancer: on peut supposer que dans certains caa, des villages indigènes dépendaient (financièrement) d'une ville hellénistique, sans faire partie intégrante de la oité et de son territoire.t? La dépendance restait en tout état de cause collective. Elle se marquait essentiellement par le versement d'un tribut (phOros) à la cité, tribut très probablement versé pour l'essentiel en nature 7. : c'est dire que pa.r leur travailles paysans indigènes contribuaient puissamment à la reproduction physique de la population urbaine dominante, la production des citoyens sur leurs klérm restant oertainement insuffiï3 Cf. P. Briant, Remarques sur laoi et esclaves ruraux en Asie Mineure hellénistique, dans: Aotes du Colloque 1971, Besançon-Paris 1973,93-133; H. Kreillig Boden und Abhângigkert im Orient in der hellenistischen Epoche, dans: JWG 2/1976, 101-116. - Autre parallèle possible, les cités de la Mer Noire: en effet le royaume du Bosphore est un 1 exemple d'un royaume hellénistique avant la lettre t, où « une masse bigarrée d'indigènes ... est gouvernée et exploitée par une minorité du Grecs habitant pour la plupart les villes l, et où le régime des terres (gè basilikè, gè politikè, d6rea) semble analogue à ce qu'on eonnaît dans les royaumes hellénistiqnea d'Orient (Pippidi Main·d'œuvre 69-71). 'il, Bikerrnan IS 161. Rostovtzeff SEHHl,,,, I, 481 est encore plus pessimiste: "What huppened to the native population of the city terri tory, to t hoir viUages and harnlete, and to their temples, we cannot say." -s Cf. Briant JESHü 18/2 [1975], 165-188, en p ..rticulier 183-186. 76 Cf. Atkinson Antichton 2 [1968], 37-40. tt Cf. les relations entre Apollonia de la Salbakè et les hierai k6mai indigènes qui 1 dépendent de la ville d'Apollonia, 1) mais (t ne font point cependant partie intégrante de la cité et de 'son territoire. L'administration séleucide peut les enlever à la cité ou modifier leur statut 1); la ville lève sur eux des taxes. (cf. J. et L. Robort, La Carie II, Paris '19154, 294 sqq., en particulier 296). 78 Cf. Ines il Remarques sur Ieoi ... 1) 115-116.

5'

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sante. Il semble d'ailleurs que le territoire des cités (de certaines d'entre elles au moins) était parsemé de postes de garde (phrooria),79 qui dépendaient soit, de la ville elle-même soit de I'administrabion militaire royale. 80 Ces postes étaient chargés d'abord de donner aux paysans indigènes e des places de sûreté en cas d'invasion ,Sl: en d'autres termes, d'assurer la conservation des forces de travail; d'autre part, de tenir «en obéissance la population soumise »,S2 car l'éventualité d'une révolte (active ou passive) pouvait difficilement êore éludée par les Gréco-Macédoniens. 83 On peut supposer que ces garnisons étaient installées dans des Iocalités indigènes. B4 La nature des rapports entre ces villages et la ville ne me paraît pas devoir autoriser l'hypothèse présentée par plusieurs auteurs de la participation des dépendants à l'effort de guerre des cités grecques 85: si l'hypothèse peut être vérifiée éventuellement dans quelques cas,B6 il me semble difficile de la généraliser. Les diffioultéa se multiplient et paraissent insurmontables sur le problème de la zone «interne ». Nous ne disposons pas de documentation directe, et il faut recourir soit à des fragments d'inscriptions d'Asie Mineure, - dont I'interprétation est fort contestée -, soit à des comparaisons et rapprochements, toujours dangereux, avec la situation du territoire d'Antioche au IVè siècle de n. Soulignons cependant tout de suite la différence fondamentale entre les deux zones: dans la zone «externe" le droit de contrôle sur le travail (ou plus exactement le surtravail) des paysans est exercé collectivement (par les magistrats de la cité) sur des terres qui ellemêmes sont gérées collectivement (par les communautés villageoises); dans la zone «interne» au contraire, la colonisation a entraîné la création de lots privés (ou quasi-privés dans certains cas). Comme cette zone interne était certainement cultivée avant l'arrivée des colons, on doit admettre que la situation des indigènes y vivant a
è,

7' Tite-Live XXXIII. 18.4 (Stratonicée de Carie); Strabon XVI. 2. 10 (Apamée de Syrie. 80 Bikerman IS 79. 81 Ibid. 160. 82 Ibid.
83 Cf. le document publié et commenté par Robert La Carie II n" 167 (§ 2: n{?oç TOVÇ dVTlxel· Ilévov, nov, èyXCJ){?(cuv): opposition des indigènes des «villages sacrés. oontre la domination

de la ville d'Apollonia de la Salbakè (fondation séleucide de Carie remontant à Seleucos 1 ou Antiocbos 1 (p. 312), à une date où la ville a échappé à la domination séleucide et où donc la garnison royale (cf. texte n" 166) a disparu. «Ce n'est presque pas faire une hypothèse que
les indigènes voyaient une oocasion de faire sécession, d'être affranchis, grâce aux bouleversements politiques de 190-188, de la domination ou de la tutelle de la ville - proche.

présente et détestée - et qu'ils espéraient être rattachée directement aux Rhodiens, lointains et encore inconnus par expérience directe> (Robert 307). Cf. également les révoltes des Pèdee contre Priène (OGIS 11). 8. Cf. Strabon XVI. 2. 10: Tryphon est né à Casiana (.,. Kasianois), «forteresse du pays d'Apamée ('l'eooe(cp TLvi rijç •Ana,deuv yijç). et l'une des « bourgades dépendantes (... ~ai
TWV neelO"xt,swv) •.
85 .Iëhne Klio 56 [1974], 511 (à Séleucie de Pierie: sans justification), et surtout Atkinson Antichton 2 [1968], 50-51 (villes d'Asie Mineure).
86 Cf. à Istras au IIè siècle: cf. Pippidi Main-d'œuvre 81-82, qui commente: « •.• autochtones établis à. demeure dans la. cbôra et dans eee environs et, en dépitde leurs infériorité politique, prête il. défendre un état de chose qui ne leur offrait pas que des désava.ntages 1),

L'alliance des Pèdes avec Magnésie contre Priène (OGIS Il) au début du Illès suggère
qu'ils étaient armés et entraînés. Mais, on remarquera. que ces deux exemples se réfèrent à une phase relativement tardive des rapports entre la cité et les paysans dépendants, et qu'ils ne sont pas transposables à la période des débuts.

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été profondément modifiée, à la différence de leurs voisins de la zone externe. C'est à cette seule zone interne que peut s'appliquer le grand débat (cf. Ranowitsch/Rostowzew) sur l'évolution des paysans indigènes, vers la liberté (Rostowzew, Tarn ...) ou vers l'esclavage (Ranowitsch), débat qu'il ne saurait être question de rouvrir globalement ici,s7 si ce n'est pour remarquer qu'au moment môme de la fondation, l'évolution n'a pu se faire que dans le sens d'une aggravation de leur situation économique: la distribution de lots aux colons en effet s'est faite à leurs dépens; elle a signifié pratiquement la confiscation de terres qu'ils cultivaient de génération en génération: activité qui se faisait pour une part au bénéfice du Roi par le versement du phôros, mais qui également permettait la reproduction de la société villageoise. On peut donc difficilement écarter l'hypothèse de la mise en dépendance personnelle (et non plus collective) d'un certain nombre d'ex-paysans royaux contraints désormais de travailler sur les kléroi des colons européens. Mais, il faut le préciser, ce processus n'a joué (ou n'a pu jouer) que dans une zone limitée, et ne pouvait modifier profondément la. nature du mode de production, même si l'évolution a pu aller jusqu'à la. création d'esclaves privés: il ne peut s'agir en effet que d'un phénomène marginal, qui ne met pas en . cause l'ensemble des rapports sociaux. Ce qu'il m'apparaît important de souligner, c'est qu'il ya entre la. ville et la. zone interne une homogénéité SS qui n'existe paa avec la zone externe. En effet, cette homogénéité procède des modalités mêmes de la fondation, où ont été découpés simultanément lots urbains et lots ruraux. 59 D'autre part, je suis tenté d'appliquer aux fondations séleucides ce que D. M. Pippidi 90 a. écrit des cités grecques du Pont « ••• il ne faut pas s'imaginer non plus les Grecs détenteurs de "J.iieo, comme des 'landlords' fainéants, bons tout au plus à veiller à la rentrée des récoltes que d'autres faisaient pour eux. Ma conviction est qu'une partie importante de la popula.tion des diverses ànooda« non seulement» vivait de la terre < en ce sens qu'elle en percevait le produit, mais contribuait effectivement à le faire fructifier .• Pour les fondations syriennes, cela. est vrai surtout, peut-on penser, des plus pauvres des c1érouques, pour lesquels la productivité du kléro« était vitale. DI Il y a môme tout lieu de supposer que ces citoyenspaysans, ou du moins une partie d'entre eux, habitaient à demeure à la. campagne dans la zone suburbaine. La présence de fermes est attestée sur le territoire de nombreuses villes de l'époque classique, en Grèce et en Asie Mineure. D2 Ce type d'exploitation se multiplie également sur le territoire d'Ai-Khanoum, ville neuve elle aussi, au cours du IIIè siècle. D3 Pour Antioche, les preuves archéologiques manquent; quant aux té. moignages littéraires ils sont tardifs: on peut noter cependant que Liba.nius!l4 va.nte 1 ..
87 88

Pour la simple raison que ni une thèse ni l'autre ne sont acceptables (cf. H. Krei.oig. Sur cette notion, cf. E. Sereni, Villes et campagnes dans l'Italie préromaine, dans:

Klio 56 [1974], 521-527)! Annales ESC 1967, 23-49, en particulier 27-30. • 9 Cf. Martin Urbanisme 175 (supra, I. B. 1. a.).
Main-d'œuvre 66. Cf. supra, p. 66. 92 Voir J. Peëirka, Homestead Farms in Classical und Hel1enistic Relias, dans: Problêmes de la terre (voir n. 72) 112-147. 93 Bernard, CRAI 1975, p. 196: « ••. la plaine se couvre de fermes et de hameaux dont nous avons retrouvé les traces par dizaines, non seulement aux abords d'At-Khenoum, mais aussi au pied des collines qui s'élèvent à. 10 ou 20 km de lo.,loi.l\ de tout point d'eau ...• "' Oratio XI, 230.
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les récits des cempagnes d'Alexandre le Gra.d'une masse de terres cultivables ".. Paris 1976 (Recherches internationales à la. est simplement partielle au plan ethnique. Bernard. 2. Loc. Po· ly be X. part le cas d'A1exandrie/laxartes. enfin. cf. 10.c trequentibus vici8) car la fertilité du sol.d'autre part.102 d'autres populations dépendaient directement de I'adminiatration royale a.. sans grand risque.lol Ce qu'il faut souligner. 'qui fixe les indigènes (non indigenas modo detinet). Ainsi. of.06 Le problème reste posé évidemment de la date iL laquelle s'est opéré le peuplement de la zone suburbaine: on peut tout aussi bien supposer qu'au moment de la fondation.. . fr. les clérouques travaillaient leur terre tout en habitant en ville.mais ces textes sont extrêmement vagues. 1. 6. Libaniua 307. B. et que la situation décrite par Libanius correspond il.ë? Si l'hétérogénéité est totale avec la zone externe. ausai id. Strabon XVI. cit. Zelin.195-197. Principes des cla.tion du travail et rapports sociaux dans l'Antiquité classique. TI est nécessaire pourtant d'envisager le problème car. qui les assujettissait n'était pas partout la.tion aux étrsngers •.chéménide. constitue en outre une invita. . cf. JESHO 18/2 [1975]. CRA! 1975. 14: cf. • 8 Infra. l'homogénéité avec la zone interne. b. Petit.95 c'est iL leur propos que Libanius conseille de ne pas trop étendre les constructions urbaines.illaient des populations villageoises actives et denses. La colonisation gréco-macédonienne en Iran oriental Si l'on met il.. indéniable au plan socio-éconornique. tOI Voir K. 4. VII. 20-21: VII. 99 Sur ce contraste. affirmer en première approximation que ces pa. Sur la richesse du territoire d'AI-Khanourn. dans: Formes d'exploita. 10.. Bernn 1970. 26. les satrapies d'Iran oriental présentent des structures socio-économiques spécifiques dans l'Empire a. et Polybe V. 104. 3. 103 Le Roi contrôlait une grande partie du réseau d'irrigation: Hérodote III. 4. Quinte·Curce VII.pat pey. «communauté supérieure. A côté de régions désertiques.70 PIERRE BnrANT richesse des "". Geschichte Mittelasiens im. 28. Arrien. 1. d'une part. mais l'on sait qu'un tel qualificatif reste trop vague en luimême. inscrire au compte de la période séleucide. F. tr. 100 On peut. Altertum. cf.ne et la Sogdiane possédaient des districts très riches. lunuère du marxisme ne 84. c'est que la. 100 Quinte-Curce VIII. 103 d'autres enfin étaient dominées par de petits princes locaux. une évolution des rapports sociaux qui n'est pas il. la Bactria. 9i Sur les faubourgs des villes syriennes. 1975). C'est iL cette dernière catégorie que je voudrais m'arrêter en premier lieu.heim-R. 10' Cr.tion sur le sort des populations rurales. p. 2.ysans étaient dépendants. VIII.ssification morphologique des formes de dépendance (VDI 2/1967.Hat qui constituent « comme la ceinture dorée de la métropole» . le pays proche de Xenippa en Sogdiane «est occupé par quantité de gros bourgs (pluribu8 a.nd posent directement le problème des rapports avec les indigènes.dont il sera question ci-après 9S . un texte négligé de Quinte-Curce permet de présenter une interpréta. dans le cas de la Sogdiane-Bactriane. même: les grandes villes possédaient des villages sur leur territoire .09 dans lesquels trava. 2. peu d'informations nous sont données sur le peuplement des villes nouvelles ou des colonies de Sogdiane-Bactriane. 60! .7 . 117. 187 n. 2.25..chéménide.7-30). Briant. ilS 00 - 240- . 111. sous peine « de priver nombre de gens . Stiehl. Alt. Anab. 229. 45-77.

Quinte·ClIrce (VIII. Alexandre et l'Asie (trad. Quinte-Curee VI. Par la suite. 113 Quinte·Curce VII. 21. oum propinquis nobilissimis que gentis suae). Altheim-Stiehl 166-167. Diodoro XVII.. U5 Il faut en conclure que la dépendance des paysans se marquait essentiellement par le versement de prestations en nature. p. cf. Arrien III. à Oxyarthès: on ne doit évidemment en tirer aucune conclusion d'ordre juridicoadministratif.IOV le nombre d'hommes sur la petru de Sisimithrès était également très élevé. rassembla trente mille hommes dans son réduit. 107 Ces Roches dominaient topographiquement et économiquement un plat. 181-190. Seston. Ariamazès. et distribua par tente une ration de viande séchée . 1I1 Ces paysans cultivaient le plat-pays au profit des princes. Sisimithrès ravitailla l'armée macédonienne: «TI donna du blé et du vin tirés de ses réserves creusées dans le roc. rnazès avait accumulé des vivres pour deux ans et pour 30000 hommes.• 117 Voir Quinte·Curce VII. 32 (Sieimiehrèsj : VIII. cf. 354 n. VIII. III Quinte.uo Ariamazès. auquel ils fournissaient un contingent lors de la levée de l'armée royale. Oxyarthès) qui. 10. l'armée macédonienne il ajouta s qu'il n'avait pas dépensé le dixième de ce qu'il avait préparé pour le siège •. IV.28 1 3 di Polibio. sans que l'on puisse expliquer cette divergence (H. . m On sait en effet qu'Aria. HJi Sur ces Roches. Paris 1974. 105 A deux reprises. 11. 8 ("ai nov olxekov Ttvèç xai é"ra{Qwll athov) . 11. j'utiliserai (arbitrairement) le nom Sieimichrèe. 115 Ibid. organisé sur le même plan que l'oiko8 royal et son concur-rent. 4.. 2). 21. Donatuti l. Arrien IV. Berve. 1. cf. 18. 28 (. 2.pays plus ou moins vaste: petra et plat-pays (petTa et Tegio) constituaient les bases du pouvoir de ces princes. fr. 2. 21. lOS Leurs territoires comprenaient une population abondante: en Arie. 29 (AriamazèB). .I1~ non content de fournir deux mois de vivres à. se réfugiaient dans des nids d'aigle (PetTai) considérés par eux comme imprenables.Curee VII.IO~ étaient elix-mêmes dans un état de très lointaine dépendance par rapport au Grand Roi. après sa reddition. Altheim-Suiehl 167. pour échapper à l'envahisseur. Milan 1973. . 21 (Oxyurthès}. Bertrand. Il:! Ainsi Altheim-Stiehl 168-169. 12. Altheim. VIII. 23-24. appelés hyparques par Arrien. iu G. également Arrien. 7. 1. Ce terme ne revêt pas une signification technique chez Arrien: voir en dernier lieu J. présuppose l'existence d'un oikoe seigneurial. 101i.propositodel passo. une foule de paysans qui avaient soutenu la rebellionde Satibarzanès se réfugièrent sur une Roche. 10. 6. M. lOS Alexandre se heurta à plusieurs d'entre eux (Sisimithrès/Choriènes lO6. qui entretenait autour de lui une véritable cour. cf.tü De même. quant à lui. 116 cr. Quinte·Curee VII. efficace dans l'est lointain. 74: Il • • • ceols.4 (polloi tan Sogdianan).U? Les paysans dépendants 169.Colonisation hellénistique et populations indigènes 71 a) Les paysans dépendants sur les terres des hyparques Ces princes. 4. 11. dans: Mélanges 'N. Sur les hyparques de l'empire d'Alexandre. 25. on peut dire qu'à l'arrivée d'Alexandre leur pouvoir ne connaissait pratiquement aucune limite dans le territoire qu'ils contrôlaient. 110 Arrien IV. 78. dans: Studi in memorie. 21) donne le titra de t satrape. 10.. Das Alexeuderreich auf prosopographiecher Grundlage II (1926). Quinte-Curee emploie le terme imperium pour qualifier ce pouvoir: VIII. 21. ne 708. 25-34 (en particulier 27-29). Paris 1954. 11. le second par Arrien. 106 Le premier nom lui est donné par Quinte-CurctI. aussi F. 10.241 - .UG la Petra jouant également le rôle de grenier du prince. 1 (polloi baTbaTan). Bucci. et surtout maineenene O.25.). tH Arrien IV. Note di poliuce ugrerie echemenidet a. 4.

on qualifiera de e féodal. 24) qualifie oette foule d'. On laissa sous la tutelle d'Artabaze la Roche et le plat-pays (Artabazus in petrae regionisque. l'intérieur) du Mode de production asiatique (e économie royale s) s'était développé un mode de production que. il descendit au camp [d'Alexandre 1 avec ses proches et les plus nobles de ses compatriotes. (..qui se présente comme le successeur des Achéménides (Quinte-Curee VI. quae adposita esset. Je crois cependant que. la reddition d'Ariamazès: e Ariemazès désespéra avant d'avoir tout perdu.rzë Il est à. 11.• Ce texte. dont les liens de dépendance politique vis à.!. 23). IlSles Ariens qui ont soutenu Satibarzanès contre les Macédoniens proviennent des villages. dont on peut penser qu'elle pouvait peser d'un grand poids face au Roi (cf.'08 qUisqU6 viooe dilapsi) t. 5).122 En tout cas.vait levé de sa propre autorité dans son propre territoire (cf.. ma connaissance -. 12'Chiffre donné par Quinte-Curee VII. c'est à. 12). globalement au moins. 10. Hephestion: :tÔM:1Ç t1VlI01~lCet. 6. incapable de laire la. propre troupe de clients (VII.20) et laissent le nouvel Artaxerxès continuer avec sa. la mission donnée à. 123 VII. l'imbrication de plusieurs modes de production apparaît certaine. QuinteaCurce leur donne le nom de clientu. chaque chef a donc gardé le commandement du contingent qu'il a. terme dont on a tendance à abuser. 25. mais c'est par opposition à l'armée constituée autour de Satibarzanès (ibid. Acced. peu prés certain en effet que Ces 11S 119 Quinte-Curce VII. 1125 Cf. 13. guerre. Un texte négligé de Quinte-Curce 123 permet de présenter une hypothèse sur ce qu'il advint de ces populations rurales lors de la conquête et de la colonisation macédoniennes.3: avant la red- dition de la Roche des Sogdiens). 6. équivalent du grec pelâtai. l'hyparque. dire paysans dépendants. 28-29.unique dans son genre à. l 20 On peut donc considérer au total que. faute de mieux. 74.. puisque. ainsi que l'argent saisi constituèrent un présent d'Alexandre aux habitants des villes nouvelles. 121 Il existe une Assemblée (sYllogo. p. Il est tout à.1l9 de même que les contingents levés par les petits princes bactriens qui ont répondu (pour un temps) li l'appel de Bessos. Diodore XVII. tutela relictus) . (Multitudo deditorum incolis novarum urbium oum peeumia capta donc data est). On peut donc admettre qu'à.Quinte-Curee (VII.vis du Roi n'avaient cessé de se relâcher.) des nobles.72 PIERRE BRIANT devaient également le service militaire: les 30000 hommes qui sont rassemblés sur la Roche d'Ariamazès sont armès. 2) -. masse de ceux qui avaient capitulé. 89 n. se situait un intermédiaire ou mieux 121: un écran. . Arrien III." (Arrien IV. 21: les soldats. Linoei CCCLXIII [1966]. . les populations d'Iran oriental travaillant sur les terres des princes sont dans une situation différente de celle des paysans royaux. 21: cum clientium manu). 11. 122 Ce n'est pas le lieu de reprendre le problème du féodalisme dans l'ancien Iran. ei. fait caractéristique que Bessos. rendre compte des rapports socle-économiques tels qu'on peut les dégager des textes anciens. apporte donc des renseignements précieux et relativement précis sur les modalités de la mise en dépendance collective et massive (30000 paysans) l:M au profit des cités et colonies militaires nouvellement créées en Sogdiane-Bactriane. Le passage se rapporte à. Alexandre les fit tous battre de verges et crucifier au pied même de la Roche. 4. 11. Arrien III. 7. E: Bikerman. . 25. soit abandonné par les princes qui renvoient leur propre armée (Quinte·Curce VII. - 242- . . derrière les analogies indéniables (versement du surproduit). ce terme est le seul il. s'éparpillèrent dans leurs différents villages (in 81.4. côté (ou à. Le. entre le village et le Grand Roi (ou le satrape). 129 Quinte-Curee VII. 4. 1 (oum XXX militibus armatorum). Arrien IV. 3. multitudinem imbellem).

130). "&À''''" puis par Nikanôr (Arrien IV. celles-ci (cités proprement dites ou colonies militaires) étaient sous le contrôle direct des administrateurs royaux. infra. et Arrien IV. en l'espèce. dans un nouveau cadre.&À.133 il en fut de même pour Sisimithrès à. dire sous la dépendance quasi-directe de l'administration royale: en effet. 13t Cf. 1 (il. 133 Quinte-Curee VIII. les dépendants faits prisonniers par les Macédoniens. qui le roi laissa sa place126 127 Cf. 129 La Roche nôÀewv Tt TCÜV veo"T{aTo. Si cette interprétation est fondée.même si l'on ne peut exclure J'hypothèse qu'une partie fut introduite à. d'une part. 132 Voir mon étude dans DHA II (1976) (et la discussion qui suit avec Monique Lévêque et J. C'est donc en définitive la nature profonde du ~lOde de production qui est affectée.. eux-mêmes. p. Siaicottoe (Quinte-Curee loe. 12. toute sa cour et tous ses proches furent exécutés: les anciens maîtres des terres et des personnes ont donc été supprimés. Ce transfert met en cause en effet la fonction de la dépendance à. Au contraire. - 243- . Quinte-Curee VII. p. de déportation en masse. Digard). Suse en 324): •H. 1. et l'ensemble (Roche et territoire) est mis sous le commandement d'un noble bactrien rallié. 1. on peut admettre que toutes les terres des anciens hyparques n'ont pas été concédées aux nouvelles fondations. les paysans entrèrent dans la dépendance des nouvelles populations européennes installées sur les terres conquises. 29.)V" "ai "t'ijç aÀÀ7J. yijç Tijç oOevaÂ. l'intérieur môme des cités. d'Aornos (Pir-Bar) et son territoire (Quinte-Curee VIII. cette date.2..oal'<Ïu . Deux indices directs incitent il. d'autre part. était satrape de Bactriane 12S: en d'autres termes Roche et territoire furent réunis àla chôro.. <X) Ariamazès. Je suis plutôt tenté de croire que les trente mille prisonniers regagnèrent leurs villages d'origine qui.l'ancien territoire (regio) et la Petra d'Ariamazès furent mis sous l'autorité d'Artabaze qui. le texte de Quinte-Curee nous offre l'occasion exceptionnelle de saisir le déclenchement d'un processus qui mène à.. TWV t2.l29 d'autre part. ici 127. choisir cette solution. 01 d. H. 132 Il est vrai que tous les hyparques ne subirent pas le sort d'Ariamazès. 4). fut aussi fictive qu'éphémère puisque. Infra. 6. surtout Arrien VII. 4.. cit. «Alexandre lui rendit son gouvernement (imperio ei reddito) .siliké.WTOV •. Die Strategie in der hellenistischen Zeit III.: cf. d'une dépendance déjà. la déstructuration de l'ancien mode de production (<< féodal s) au profit du MPA dont la progression va de pair avec celle de la conquête. 130 Voir en particulier l'exemple d'Alexandrie du Caucase.5: Petrae regioni8que ei adjunctae . (3) mais cette « libération. 5. Munich '1967. .!26 Je ne crois pas non plus qu'on puisse parler.l30 comme l'ensemble des territoires conquis.v aÙ'l»v .. existante. l'intérieur des rapports sociaux et de l'appareil d'Etat imposés par la conquête. .ov 6i aÙ'l<i> . ai 01 aaT2d"a.. 83..Colonisation hellénistique et populations indigènes 73 populations furent astreintes à. 30.."Àeua. ba. à. dirigée (d~'Y<ÏaDa') d'abord par un ehyparque e bri Tii. . On pourrait dire paradoxalement que cette disparition « libéra. Le transfert de dépendance modifie la qualité même de cette dépendance. 4-5: T»V . arrivé dans le territoire d'Oxyarthès. 22. mais ce que l'on peut supposer). P.. ) est munie d'une garnison.quand bien même le niveau quantitatif du prélèvement (tribut) reste le même (ce que j'ignore. du maintien pur et simple. 21. 13I Il ne me semble donc pas que l'on puisse parler. Arrien III. o'est à..cultiver les terres des établissements gréco-macédoniens. Bengtson. furent assignés aux territoires des cités fondées dans la région naguère contrôlée par Ariamazès. puisque. 87.

55-65. La présence de Roxane près d'Alexandre était pour le beau-père une raison supplémentaire de se tenir tran- quille! 13. et il. dans le même temps.2 Oxyarthès fut nommé satrape des Paropamisades à la fin de 326 (Arrien VI.l'immense force de travail a gricole rendue disponible par-Ie «droit de la lance l•• H3 b) Déportation en messe et dépendance: l'exemple d' Alexandrie-sur-l'Iaxartes Les satrapies de l'est-lranien possédaient également un réseau urbain pré-hellénistique. les écrans entre les populations rurales dépendantes et l'administration royale.. en effet. dire: supprimer. (Quinte-Curee VII. . 1) il. 32. 1 promotion d'un ex-hyparque dans l'ad. désormais. I'obélsaance de leurs compatriotes.d'abord au roi -. t38 Voir la levée de 30000 jeunes iraniens assimilés judicieusement par Quinte-Curce (VIII. Cyrus avait fondé plusieurs villes. 140 A terme. et lui laissa espérer une province plus vaste s'il cultivait loyalement son amitié •. 2. - 244- . 5.Curce VIII. 134 Quinte·Curce 1"" précise même qu'Alexandre« rendit à Sisimithrès son autorité (i1nperium). 21: 9. 3). peu près analogue il. leur domination sur les populations rurales dépendantes. Cf. on peut considérer que l'appel fait aux anciens princes d'entrer au service (même déguisé) du roi signifiait leur effacement en tant que potentats 10caux.utilisation et exacerbation des rivalités internes il. l'un et l'autre tenaient leur pouvoir du conquérant. 15. 14. 1. . 4.9): autrement dit. de plusieurs années. . il prenait toutes les précautions nécessaires pour limiter l'indépendance (d'ailleurs fictive) de ses «protégés " il. petra: cf.. . ou même transférer il. parmi lesquelles la célèbre Cyropolis 13< 136 Arrien IV. il en fut de même de Sieimithrês (VIII. Mais. Alexandre le Grand. 10. Quinte. . Id.dans la réalité des choses au moins -. sont deux aspects d'une même stra tégie: réserver aux conquérants.. un résultat il. 14. Briant.prise d'otages 138. 2. c'est il. Oxyartbès dut donner deux de ses fils qui accompagnèrent Alexandre en Inde (VIII. 136 Cf. des otages.mise en place d'un réseau serré de villes et de garnisons. (le terme urbB renvoie en réalité il. 8. Paris 1974. 137 Mais. et les remplacer par des intermédiaires en voie d'intégration rapide dans la nouvelle classe dominante impériale mscédono-iranîenne. Les concessions du roi s'expliquent évidemment par son souci de ne pas s'éterniser dans une «pacification. Au cours de son expédition contre les nomades.74 PIERRE BRIANT forte et sa fonction d'hyparque. par leur loyalisme. savoir: . l36 Il préférait laisser une part des terres conquisee en dépôt il.. au moins sur le moment et extérieurement. 1 mince couche sociale ralliée 1 disposition de . 2. la noblesse 139. des nobles ralliés les territoires de ceux qui refusaient de se soumettre. 137 Voir Quinte·Curce VIII. . 1. andre: «Ceux qui furent renvoyés chez eux assurèrent. ils firent régner l'ordre macédonien. X. 14'1 Voir par exemple le ralliement de 30 nobles eogdiene et le pardon accordé par Alex.celui qu'avait obtenu Alexandre en exécutant Ariamazès et sa suite. dont une partie remontait aux Achéménides. 141 D'une certaine manière. Alëbeim-Stiehl 165-167). . leurs anciens maîtres. Ariamazès et Oxyarthès virent donc confirmée. 2. 21). 1113 On peut supposer en effet qu'Alexandre exigea des nobles ralliés on soumis (Sieimithrès par exemple) le versement à la caisse royale d'une partie du tribut qu'ils avaient l'habitude de lever sur e leura e paysans dépendants: c'est à dire qu'ils fonctionnaient ni plus ni moins comme percepteurs impériaux. P. VIII.pique 142 aboutissait il. ministration satr. 2 i reddition de plusieurs nobles sogdiene: « A ceux-ci il fit attribuer les villes et les terres (urbes agr08q'U6 j'U88it attribui) de ceux qui avaient persévéré dena la défection s. Colonisation et «iranisation . 23).

4. û. tra1l8latis in eam trium civilatum populis. au moment où il choisissait le site de la future Alexandrie. 4: oa'ov T'Ï' IIEaawv daX'Ï. rsr Arrien IV. 9.. Paris 1974.[aew.. aussi ibid. des Macédoniens de l'armée qui étaient déj à licenciés •. 2.· .. 27: l ncolae novae urbi dati captiv-i.l58 Alexandre avait ramené des dizaines de milliers de prison. 1. '50 Justin XII.I4g la preuve de l'application d'une politique de sédentarisation des nomades. cf. 1. A côté d'erreurs de perspective. 5)..Curce VII.. Quinte·Curee YII.. avrov ToV. xaraJlûf. cf. le roi avait été rappelé en arrière par une révolte en Sogdiane. quo. 2. 17: .. 6. . 244 n.. 1. C. 4.. 1. Cf. auasi id.d'où probablement ce curieux rachat par Alexandre."ai TWV Eoydmvwv 01 "o. 1. û. 1. 1 En effet.. Tarn 147 et CI. 5. (J'avais adopté la position de Tarn et Préaux dans mon Alexandre le Grand. Le premier écrit en effet: "Alexandre y fit passer la population de trois villes fondées par Cyrus ». 74.. C'est àla même stratégie que répondit la fondation d'Alexandrie/laxartes. '44 1<5 1<. deficienlem magna ez parle Aeiam (après la campagne contre les Scythes). Arrien IV. 15: ad arma concitaverunt). s'il le fallait.). Ibid. 1. 3. rsdd-ito pretio dominu liberavit. 1) 177. 3. venaient des campagnes sogdiennes. Voir mon étude dans DRA II (1976).. CI. IV.~IJ7J T'Ï. 3. 16. suivi par Chapot (voir n . 6..de son retour sur le site précédemment choisi. iœ Arrien IV.evlJeQla. Préaux 14S yontvu. La révolte en effet avait été générale l59 : les populations rurales s'étaient réfugiées dans sept villes fortifiées. a'llVo. IV. i. W.. Arrien IV. des barbares du voisinage qui se montraient désireux de participer à la fondation ("al RUT'. - 245- .). comme Besses l'avait fait précédemment Diodore XVII.. 6. Quinte-Curee VII.." dvOeam01Jç' Tfi uTeanq (Cr. nQV :tQoao. Il. 91-92. 159 VII. H6W.ISO et le seoond: «On peupla la ville nouvelle avec des prisonniers qu'Alexandre libéra en les rachetant à leurs maîtres »..).l55 et des milliers de fuyards avaient été massacrés. '" Alexander the Great II. .ndre] Ibid. 1: l.réaxe rfi. Quinte. 13. 2. 3. ii.). 151 Quinte~Curce VII. 3 (Tr. 5. 1Io1. ôeOe/ûvovr. Préaux). 1~" 155 158 Chiffre donné par Arrien IV. Les villes hellénistiques (voir n..Colonisation hellénistique et populations indigènes 75 appeJlée à devenir" la frontière de l'empire perse> face aux nomades. Arrien IV.6). 158 . 4. tort selon moi. IV..Wt .oWrwv flaaflaawv lIJeÀovn}ç fI. 12: .151 Cette seconde explication doit être évidemment préférée à la thèse du volontariat indigène complaisamment avsncée par S2 Arrien. 153 La guerre de siège contre les sept 154 grandes villes achéménides avait été menée a veo une extrême brutalité. qui constituent les débris des c trois villes fondées par Cyrus. Des Baetriens se joignent à la révolte (Quinte·Curee VII. dVTixe"lJa. Arrien IV. 2. cf: A1theim·Stiehl 125-126. 5.Uoi). pdepaeo. et pour la défense de la région contre les incursions des Barbares qui habitaient au 'delà du fleuve . Arrien IV. Les nobles sogdiens ont lancé un véritable appel à l'insurrection (Quinte.5: [Alexa.5 (. Tous ces prisonniers n'étaient cependant pas d'origine urbaine: beaucoup.145 Arrien affirme que la ville nouvelle fut peuplée par « des mercenaires. g~ OIlt"U4 condidertU. On peut supposer que ces prisonniers avaient été distribués aux soldats comme butin.Curee 13: Sogdianorum defectio . 4. 157 Ce sont certainement les prisonniers dont parle Quinte-Curee. iUyoVTo 01 i" Til.l60 qui à Strabon XI. 79-81).. 40). (Justin). 1: "aae. û. rsa Voir 1'3 déjà Tseherikower 192 sqq. alors que Justin et Quinte-Curee présentent une autre version. 3. 2. oVI'''E'I'wyb·a. VII.. implantée dans un lieu (1 favorable pour une poursuite des Scythes.. niers lors. ". yda bTà .. 13. 6. Tous les hommes de Gaza avaient été passés par les armes. sinon même la plupart. les deux auteurs ont eu le tort de s'appuyer exolusivement sur Arrien. cf. . x"'ea.. Arrien IV.")''' rd . en particulier V. ". .

6. 2. 171 Il est possible qu'il y eut déjà une population paysanne vivant et travaillant autour du site d'Alexandrie. lGl C'est Cyropolis qui avait accueilli dans ses murs le plus grand nombre de paysans. 3. 3 (sauf pour le volontariat): la richesse agricole de la région est implicite chez Arrien (IV. 2. l'une et l'autre • libérèrent » une grande masse de population. 2.IG9 soit de potentats locaux. 4. 1. 27: Inoolae nova. 6. Cette explication ne doit évidemment pas être niée totalement: il est probable en effet qu'Alexandre aurait préféré aboutir au même résultat Bans perte" de temps et cl'hommes (à Cyropolis. - 246- . 1.-r{. dans les deux cas. 170 C'est à l'appel de la nobleas a que les paysans Be soulèvent en masse (Quinte·Curce VII.76 PIERRE BRIANT jouaient donc dans cette région le rôle que les Peirai remplissaient chez les hyparques.1f. 1.tŒ TOi1l"O. 27 (Ariamezèa). . 6. 15. 11. les indigènes (ruraux et non-ruraux) sont donnés aux villes nouvelles. le roi préférait la récupération à la.171 arrachés à leurs habitations urbaines. 25-27. Strabon XI. dono data est (Ariamazès).Bit. Arrien IV. •62 Arrien IV. Entre deux solutions. VII. 163 Quinte-Curee VII. IV. enfin de la raser [ibid. JESHO 18/2 [1975). «afin de ne laisser derrière lui aucun de ceux qui avaient pris part à la révolte . iœ Je ne crois pas forcer le sens des textes ou des événements en établissant un rapprochement. 164 Le roi ordonna en outre une véritable déportation en masse. on peut supposer qu'une partie d'entre eux furent installés sur les territoires d'autres colonies macédoniennes fondées dans cette région. 4: ~aTaa~dtpa' dB 't'o . 11. Arrien IV. 11. puis de la mettre iL aec [ibid. 6. .. 1-4. destruction.29: Multitudo deditorum incolis novarum urbittm . La destruction de Cyropolis correspond à l'élimination physique "d'Ariamazès et de Sa cour. il savait prendre des mesures drastiques pour imposer son pouvoir politique et sa domination économique directement et non pas à travers des intermédiaires. mais. lorsqu'une forte opposition l'exigeait. 22).isfaisante 167: les décisions d'Alexandre répondent en réalité à une analyse rationnelle de la situation.ce qui justifierait en partie Arrien IV. VII. ••• Quinte-Curce VII... 5). 6. 168 Quinte-Curce VII. c'était la ville la plus grande et la mieux fortifiée (id. 10 (Merskanda). 1). avec la conduite et la politique d'Alexandre il. 1. 1. VIII. 187. les habitants de l'ex-Cyropolis furent introduits dans Alexandrie selon des 161 Les ouvrages de défense des villes avaient été renforcés au début de la révolte (Arrien IV. 4). urbi dati oaptivi (de Cyropoiis iL Alexandrie/ Eaxartes) . L'explication psychologique (colère d'Alexandre) présentée à deux reprises par QuinteCuree n'est pas sat. 3.61 VII. 164 IV.. 6. •68 Quinte-Curce VII. 23]).163ce que tait Arrien.170 les paysans sogdiens durent cultiver désormais le territoire alloué aux colons européens. 14 (Xenippa): cf. IV. 12: trois villes). 2. "5 Ibid.5 . 4). 23: <lietorque urbem dirui iu. il avait décidé dans un premier de temps de faire grâce [id. 162 Le châtiment d'Alexandre fut terrible: Cyropolis fut rasée jusqu'au sol.3). l'égard des maîtres des Roches.165 C'est toute cette masse de population qui constitua l'essentiel de la force de travail rurale et urbaine d'A1exandrie/Iaxartes édifiée au retour de cette meurtrière (et rentable) campagne. VII. ws Les anciens rapports sociaux ont été détruits au profit des Gréco-macédoniens: arrachés à leurs anciens villages (ou y renvoyés pour les paysans d'Ariamazès) qui dépendaient soit des villes. 20). c'est à dire la rendirent disponible pour le roi. elle est prouvée par la fréquence des raids lancés par les Scythes d'Outrc-Iaxartcs (ibid. Etant donné le grand nombre de Sogdiens faits prisonniers.21 (Cyropolis). 3. 5. 6. en ajoutent que Cyropolis ne fut pas la seule à subir le châtiment suprême (ce que sous-entend clairement Justin XII.

17S «Les analogies du plan avec celui de la maison du quartier sud de la ville. p. Paris 1973. pl. 12. la présence des salles d'eau caractéristiques de l'habitat grec. 103. p. p.nalyse tentée ici. Plutôt le siège d'une ga. 70 Il.» 179 Cette hypothèse extrêmement séduisante sera peut-être infirmée. 175 En d'autres termes. 176 L'attribution de la. è. Alexandre repose pour le moment sur une hypothèse très séduisante de P. documentation écrite existante ne nous donne pss de renseignements susceptibles d'éclairer le sujet.173 de même que l'existence d'une forteresse de cette période 174 permettent de supposer.gement pourrait bien être le manoir d'un riche colon grec. Bernard. cf. supra. 281-287. 196: t:•• • fonction essentiellement militaire . 114 Bernard.• 175 Sur le rôle du Roi dans J'irriga. grand propriétaire terrien. me semble-t-Il. Malheureusement 1.tion hellénistique ct populations indigènes 77 modalités et à des conditions qui seront étudiées ultérieurement mais dont on peut dire qu'elles ne furent pas plus favorables que celles qui furent imposées aux populations ruralcs. 4) d'identifier la ville à l'Alexandrie Oxiane de Ptolémée (VI. la chôra de la cité fondée par Alexandre 176 sur le site actuel d'AJ-Khanoum fut découpée sur la terre royale: c'est dire aussi que les conditions de départ étaie)]t beaucoup plus proches de celles des villes séleucides de Syrie que de celles des villes fondées sur les territoires des ex-hyparques et des princes ralliés de Sogdiane. Rapport préliminaire publié sous la.t de la. Pourtant. 172 Infra.. à un remarquable essor de l'agriculture qui est «l'effet d'un plan de développement régional s. 178 CRAI 1974. non loin de l'Oxus. 8). Fouilles d'At-Kbanoum 1 (Campagnes 1965. avait contribué à mettre en valeur1 Dans ces conditions. 1966.. 177 Lors des campagnes de fouilles 1972 et 1973 a été dégagé ce que P.les derniers résultats desfouilles d'Aï-Khanoum (au confluent de l'Oxus/ Amou Daria et de la Kokcha) et les interprétations qu'ils ont suscitées méritent d'être relevés et intégrés dans l' .. 83-92... 1967. qui vivait sur son domaine et l'exploitait à J'aide d'une main-d'œuvre locale. - 247- . les riches terres de 1. direction de P. p.Colonisa.• L'interprétation historique de P. campagne de fouilles 1975. du rempart sud. (Encore inéditj je remeroie bien vivement P.. qui propose (p. p. 1ï 2 c) Le cas d'Aï-Khanoum Il paraît d'autant plus intéressant d'aborder le cas des populations rurales qui dépendaient directement de l'administration royale achéménide. ORAl 1975..tion. -écrit P. 177 CRAI 1975. on assiste au IIIè siècle av. tout concourt à montrer que le propriétaire était un colon . 195-197. dont le statut devait être analogue à celui des ?aot dans les monarchies hellénistiques du Proche-Orient ...rnison qu'une capitale régionale. 1968). Bernard. 173 Résulta. 107 et n. Or..ine de loess que contrôlait leur ville et qu'un vaste réseau d'irrigation . à 150 m.. Bernard. La découverte d'un réseau d'irrigation achéménide. en se les appropriant. XXI) 105-107 -. (Mémoires DAFA. Bernard appelle un « manoir hors-Ies-murs ». p. fondation il.. 286. l'absence de toute particularité propre à l'habitat oriental . Bernard est la suivante: «Comment imaginer que les Grecs n'aient pas exploité eux-même. Bernard de m'en avoir communiqué la teneur). que la mise en valeur de la plaine avait été entreprise et réalisée sous l'égide de l'administration achéménide. 179 Ibid. n. la monumentale demeure en cours de dég .

ce point. elle est extrêmement cohérente et éclairante. la perpétuation d'une minorité conquérante. Trois remarques préliminaires cependant: 1.78 PIERRE BRIANT plus probablement confirmée par les fouilles présentes et il. Or. 3. fait il. Paris 1970. il reste bien entendu que ces premières conclusions ne concernent que la période d'installation des Gréco-Macédoniens. Soc.. 17-44.. colonisation. . III (1972).IS1 Dès 380.. Massé. mais que nous puissions offrir une En d'autres termes. 2. élimination physique de nobles sogdiens.180 tâche que les Achéménides avaient été incapables de mener à.que les analyses qui précèdent ne couvrent pas tout le champ thématique. 84-85. Les populations rurales indigènes n'apparaissent que pour autant qu'elles constituent la force de travail nécessaire il. c'est à. et elle pourra nuancer et compléter mais non pas remettre en cause le sens général de ce premier bilan. il proclamait que le but d'une expédition dans les riches territoires du Roi. On sait en effet que pour Isocrate la conquête de l'Empire achéménide apparaissait comme la seule issue il. destruction totale de villes achéménides rebelles et récupération de la chôra basiliké participent de la môme politique globale définie et appliquée par Alexandre: uniformiser en Sogdiane-Bactriane les statuts des terres et des personnes pour mieux les contrôler et les exploiter. et La colonisation dans l'Antiquité. 180 181 182 Panégyrique 166. - 248- . il. Conclusion En définitive. 3. voir aussi A. hilotisation Bien . 255-256. dire étendre partout ce que le Pseudo-Aristote appelle • l'économie royale . bien. chronologique ou régional du problème posé au départ. de dresser un premier bilan. la fin de la démocratie athénienne. Tout cela rend parfaitement compte du caractère européen des nouvelles cités.182 En 356. venir dans la chôra de la ville: mais.Sur le sujet. Isokrates and the Social-economie Situation in Greee. des institutions nouvelles etc . le MPA. c'était d'exploiter sans risque toute l'Asie (âu<polwç ânouoJ' n}v ' Autov "oenwu6I'st?a). la survie et à. Paris 1962. a) Crise sociale grecque et dépendance asiatique Les conditions de répartition des terres et l'organisation du travail sur le territoire des fondations correspondent tout à. la grave crise socio-politique qui secoue les cités greques vers le milieu du IVè S. Conquête. enfin et surtout il s'agit moins pour moi de résumer les principales conclusions intermédiaires que de les insérer dans une analyse globale de la stratégie de la conquête: car c'est bien cela qui est au centre des discussions. l'étude des rapports socio-ethniques intra murQ8 est liée indissolublement aux développements ci-dessus. Voir déjà Cl. il me parait indispensable. ce que l'on sait des rites de fondation. il décrit ainsi les avantages d'une colonisation de la Thrace: • Et de plus nous pourron8 découper en Thrace assez de territoires pour que non seulement nous vivions dans l'abondance. dans: Ano. Fuks. ces conditions et ces modalités répondent de façon précise et frappante aux besoins des classes dominantes grecques et aux aspirations des paysans ruinés en Europe. en l'état actuel de nos connaissances.

Il s'agit d'une chronique syriaque qui retrace l'histoire de 1& ville nommée Karka-de-Bet Selok (Kirkourk!) depuis sa fondation par le roi d'Assyrie en passant par sa refondation par Seleukos (Selok). "EJ. . Ce projet est réaffirmé avec une vigueur nouvelle en 346.UV. '122.ISS de son côté. dans: Annalecta Bollandiana 82 (1964).).. 100 Lettre Il. Garmayl92 ne pouvait verser la taille à l'Assyrie. vagabondage et brigandage (Paix 24 et surtout Philippos 120-123).Sur l'intérêt historique de ce document. Aristote. Dans son Panégyrique. 188 Politique 1329a.epueov. - 249- . dire en Asie achéménide.191 Je cite le passage relatif à la fondation de 1. Pour une part au moins. 4. ceux des Grecs qui sont dans le besoin et que l'indigence fait vagabonder ». 18. Tij. cf. le terrain était préparé à une telle stratégie. îr. Panégyrique 131.190 Pour les Grecs. il conseille «de faire de tous les barbares les périèques de toute la Grèce (lÏ:7lavm..son illustre correspondant « de forcer les barbares être les hilotes des Grecs (. 46-47. ce plan ce fut un échec. Vers la réhabilitation de l'Histoire de Karka d'Bé~ Slôh.IS? il était bien clair que les nombreux villages inclus sur le territoire de la future cité travailleraient pour les Grecs. 189-222. La solution proposée par Isocrate est parfaitement cohérente avec ses projets de conquête. 'E)•. 192 C'est à.. Les villes de l'état iranien aux époques parthe et sasaanide.J. 185 186 183 Paix 24. Philippoe 120. la conquête doit aboutir !J. propose que les terres de sa Cité soient cultivées par «des esclaves ou par des périèques de race barbare •. Quant au sort des populations rurales asiatiques. il conviendra de fonder des villes (olkiBai poleis). les populations rurales indigènes doivent être à. lss Le caractère de classe des propositions d'Isocrate est donc d'une extrême netteté. 187 Anabase VI..M6oç"aTaC1Tijua. c'est à. (trad. la conquête et la colonisation sont donc le produit des contradictions internes des cités grecques: sur.leur disposition. il est très facilement réglé.1]uw) . Un curieux document peu connu en offre un témoignage saisissant. »185 C'est pour Isocrate le moyen d'utiliser les« forces de l'ordre» macédoniennes pour expulser de Grèce les «classes dangereuses» qui menacent l'ordre établi et qui risquent un jour de se révolter contre les privilèges de la classe dominante.Colonisation hellénistique ct populations indigènes 79 vie suffisante !J. dire ~ le roi des Garaméena s. Pigulewekeje. voir J.ol"ovÇ ôJ. Paris 1963).56. 1330a. chez Xénophon.1]. «fonder des villes dans ce pays et !J. Philippe III. tous ceux qu'ils rencontrent. l'association significative entre pauvreté.) •. à b) Conquête et dépendance rurale en Orient Mais on doit considérer également que sur place. La liaison conqUête/urbanisation/dépendance n'y apparaît pas comme une nouveauté. TOU. 6. cf. selon Fiey 191. y établir (katolkisai) ceux qui errent maintenant faute de moyen de vivre et qui font du mal à. 'JtEe. Po. des administrateurs pour ses biens et un aide de camp pour être à la tête de son armée. aussi lui a-t-il envoyé de ce royaume un gouverneur pour diriger le royaume. Après quoi Sargon ordonna qu'il fût construit dans cette terre 1'" Ibid. I~ Dans Une Lettre à Philippe qui lui est attribuée. . Déjà. 1\1. l'Sv PaeP&eovç dvay"uf111ç ElJ. Cf. Fley. ville:« Opprimée par le royaume d'Arbak.ôTavTOU. car l'émigration ne pouvait résoudre le problème de fond.183 pour réaliser ces objectifs.WTEVE<V Tol. 191 On trouvera une traduction. il demande à. 5. française dans N. Moscou-Leningrad 19.

les garnisons. dans l'empire aohéménide. ISS 193 Colonies militaires achéménides en Asie Mineure: L. conquête. p. fonction commerciale. civitates jirmat..un point essentiel qui guide les choix d'Alexandre. 7.assurer l'autarcie alimentaire. comme Alexandrie d'Egypte: R. 19. 5. 196 Point déjà souligné par Tscherikower 148-150.. et qui en outre possède assez de bonne terre pour qu'un millier d'hommes s'y livrent aux travaux agricoles ("ai . elle en qualité d'.acte royal par excellence . ÉeydCe"iklt). cette fonction de maintien de l'ordre macédonien. 1-5. c'est pourquoi aussi le site idéal d'une ville ou d'une garnison est celui qui allie les avantages naturels de défense et les capacités agricoles propres à. Hellenice VI (1948). * Cf. et bien pourvue en sources.80 PIERRE BRIANT du royaume de Garmay une ville portant son nom. la libéra (webar khêrê 'abdeh) et lui donna toute la région en qualité d'esclaves •. à propos des Parthes: Arsaces . avdeaç T(létpel. 3: Aornos est une citadelle naturelle formidable. 4: le sommet de la Petra de Sisimithrès est plan et peut nourrir 500 honunes (. amplifiée et systématisée. La ville fut édifiée pour être la résidence principale du gouvernement du dit royaume. Econ. militem legit.. Il est bien clair que la fondation de la ville . et Noms indigènes 359.al.. 191 Supra. C'est là. 195 Cf. assigner plusieurs.• Nous avons donc sous les yeux le récit extrêmement schématique de la mise sous administration directe assyrienne d'un royaume incapable de payer le tribut. . on l'a VU. Oavenetle. 194 Voir en particulier Xénophon. En effet. milliers de paysans sogdiens aux habitants des villes nouvelles. de l'administration (résidence du gouverneur). cet objectif militaire est lié directement aux possibilités de rassembler et de dominer une force de travail agricole tirée des populations vaincues..'93 qui ont pour mission de permettre aux administrateurs civils et financiers de lever le tribut sur les populations paysannes dépendantes. caBtella munit.f10v 6<17]v "ai XtÀ'OL~ àvi1(lwnot.v dtJvap. Il s'agissait pour lui d'eesurer la sécurité de Bas sujets et de leur procurer de quoi subvenir largement à leurs besoins.'9S Alexandre a repris cette stratégie à. Robert. esclaves " c'est à. 11-16. aussi Justin XLI.~v àya8'~v èflya. 0aol1 nivTaxocnovr. colonies et cités ne peuvent l'assumer victorieusement que si les populations rurales indigènes les font vivre. IV. Il annexait.197 il n'hésite pas à. C'est une stratégie que l'on retrouve. Polybe VI. C'est pourquoi. . 198 Arrien IV. en qualité de ville principale en cette terre de gouverneur auquel était soumise toute la région comme au chef représentant le roi en personne.Év1]v). 28. Résidence du représentant du roi. un souci militaire évident. de l'occupation (envoi d'un aide de camp) et de l'exploitation économique du royaume (eadminiatrateurs pour ses biens s}. son compte. Il édifia un palais dans la ville qu'il avait élevée . ISO Mais. 5. de nouveaux territoires. Cf. place d'armes. la ville reçoit un territoire (sa chôra) qui la fera vivre grâce au travail des populations indigènes données à. La quasi-totalité de ses fondations répondent à. aussi Strabon XI. 71-77. à propos du «roi ancien l>: «Il fortifiait et enveloppait d'une enceinte tel endroit bien choisi. 11. et mon étude dans DHAII (1976). dont la survie est fondée en grande partie sur de multiples places fortes et colonies militaires. dire d'hilotes au sens où l'entend Isocrate. regnum parthicum format. (Y compris pour de.est la pierre angulaire de la. 102-111). ' 94 c) Colonisation hellénistique et dépendance Comme tous les conquérants. ùnoxewO'GV âv elva. Antiquité classique 41 [1972]. Egalement - 250- . villes dont on privilégie la. La ville fut construite par Sargon qui appella la ville qu'il construisit de son nom.

München 1958. 7. Une garnison y fut certa. tion économique des hommes et des terres: il est donc tout Il. 146-153. p.199 Le souci royal de disposer de main-d'œuvre apparaitavecunreliefsaisissant dans le cas de la ville de Pattala dans le delta de l'Indus: Il. 188.w. Les nécessités de ravitaillement des troupes étaient tellement pressantes qu'Alexandre. 18.naQzoç) avait fait évscuer la ville et déserter le territoire (dno.Colonisation hellénistique et populations indigènes 81 S'il dispose une garnison dans le capitale du roi indien Muslkanos.). docks. 199 Arrien VI. L. 7. elle permet l'exploita. UJU1J!. . 5. 200 Son premier soin fut d'envoyer des messagers vers les fugitifs et des les inviter de façon pressante de revenir habiter leur ville et cultiver leurs terres comme auparavant (el. Syria 50 [1973]. IV. T~' ZWQa.inement laissée (cf.a. l'exploitation éoonomique des populations rurales indigènes constitue l'une des conditions de la poursuite de la conquête et de l'établissement ferme de la domination des Gréco·Macédoniens. 17. Chaumont. Dans la très rare documentation dont nous disposons. 6 Kilo 60/I - 251 - . le gouverneur de la ville (0 TW' IlaTTâJ. 20< Arrien II. mais on ignore s'il s'agit d'une colonie militaire à proprement parler (Tscherikower 105). ikoi pour désigner les populations habitant et travaillant dans la région où s'installe la nouvelle communauté européenne. ée'l!'o. 3.eat'ia. eeyâl. 18. 29. 1. voire d'opposer. 1). CRAI 1974. 5). l'annonce de l'arrivée des Macédoniens. ) furent entrepris et réalisés (Arrien VI. Gschnitzer..!. non content de remettre les paysans indigènes au travail.. entourée de tous côtés des rocs escarpés. traduit le mot lycien par« leurs voisina t e). si la conquête se nourrit des forces vives du pays. 206 Arrien IV. buts militaires et buts économiques dans les fondations d'Alexandre.'.!". 5: c Alexandre débarque sur la rive quelques soldats chargés de découvrir les paysans disséminés (qui agrutu vagos 82:ciperent).. 27. w2 Dans ce cas comme dans les autres donc. si bien qu'Alexandre trouva la région vide de sa population urbaine et de ses agriculteurs.aat:V ' AÂéça'~eoç "al T~' zwea. c'est à dire autour de la ville. 18.206 le terme perioikoi ne revêt ici aucune signification technique: on peut le traduire par «ceux qui habitent a u t o u r ». 88.). où d'énormes travaux (fortifications.. A rapprocher sans doute de Quinte-Curee IX. VI. Laroche. 200 Ibid. En dernier lieu. si bien que la place n'a pas besoin de défenseurs et le sol qui l'entoure est assez fécond pour suffire seul à ses besoins . yàe aVToiç T~' Te no. fit creuser des puits par ses soldats pour mettre en culture des terres jusque là en friche. 199-201) est . on remarque d'abord l'emploi du terme perio. 201 Ibid. 205 Voir F. (E..). IV.). 203 Alexandre et son armée demeurèrent pendant 6 mois à Patëele. ibid. 6.• 202 Arrien VI. 5. la fois vain et réducteur de distinguer. 24. 9. 1.WI Nul doute que les besoins de maind'œuvre dans la ville (constructions de toutes sortes) et dans la campagne expliquent sa conduite exceptionnellement bienveillante à l'égard de populations qui s'étaient dérobées à sa domination. 7. Abbângige Orte im griechischen Altertum. En inspectant les cabanes (omnia teguria).ëx Comme dans de nombreux textes grees. il espéraient qu'ils le renseigneraient avec plus de précision. Le vocabulaire employé par certains auteurs est très révélateur de la représentation que les conquérants eux-mêmes se faisaient des rapports ville/campagne. Metzger. wç neOf11Jev "al T~' ZWea. VI. ol"ei.3: la fondation d'Arsace (cf. à propos du mot perioikoi dans le texte grec de la stèle trilingue de Xanthos.. 20. 5. cf. H. C'est la même idée qu'expriment des termes et expressions comme PT08k6Toi 2OlJ ou prosoikôunte« bârJustin XLI. 15. 1 et 20. M.. 22. 17. ports .'. on finit par en découvrir qui se cachaient.:m Mais en retour. c'est qu'il avait beaucoup admiré la ville et son territoire ("al ni' no). id.

3-4. 1.82 F1ERRE BRIANT baroi207 : «ceux qui habitent auprès [de la ville] ». la conquête et à. me semble-t-il. c'est à. 21 C'était donc un léger sacrifice que consentait le roi en concédant aux immigrants et aux soldats la jouissance d'une portion.. Tout aussi caractéristiques sont les termes employés pour définir la mission de surveillance des nouvelles cités et garnisons: ainsi la capitale de Musikanos parut à. « Puis Alexandre ordonna de choisir treize mille fantassins et deux mille cavaliers pour les maintenir en Asie: il estimait que cette faible armée lui assurait la tranquilité de l'Asie. quia pl1l.l'assujetissement des terres et de ceux qui les travaillent.. pour reprendre l'expression d'Isocrate. du problème..ribus loeis prœsidia disposuÏ8set nuperque conditas urbes colonie replesset. d'ailleurs concomitant. Econ. majorité de la population (les indigènes) est rejetée dans le discours vers la «périphérie " la minorité (européenne) s'arroge la position de « centre. Dans une construction étatique où la puissance se mesure à. SOmme toute réduite. 209 Cf. Arrien VI. l'importance du tribut levé sur les masses paysannes. Aristote. 2. 210 Je renvoie encore et toujours au texte capital du Ps. 212 Voir Quinte-Curce X. 211 Isocrate. il est clair que colonisation et hilotisation sont deux pratiques dialectiquement liées. Cette subordination dans le vocabulaire topographique représente la domination politique militaire et économicc-sociale due à. Alexandre très bien placée pour surveiller les populations des alentours (éç rà "aTtXEa. constituaient un réseau de postes de surveillance destinés à. Gréco·macédoniens et indigènes dans les fondations hellénistiques Pour que les analyses et interprétations présentées ici puissent éventuellement être considérées comme globales. dominer le 2 plat pays et ses populations. en quel nombre. 134: représentation concentrique que se font les P~rscs de l'espace impérial. rea novare eupientibus) . les garnisons . parce-qu'il avait installé ses garnisons.2O!I En définitive.208 Ce vocabulaire rend bien compte. son compte une domination déjà. Les questions que l'on se pose au début de l'enquête sont identiques à celles qui ont été abordées ci-desaus: dans quelles circonstances.. intérêts du roi et intérêts des immigrants grecs se rejoignent. Il. 1. 15. (ou récupère à.. comme le sont conquête et exploitation économique. 5: elÂClJTeVBLV. 7. et finalement comment se sont établis les rapports socio-ethniques entre Gréco-Macédoniena et indigènes? Arrien IV.210 il est vital pour le pouvoir royal de disposer des moyens militaires (et autres) nécessaires au maintien. Pour dire bref.]. aussi Hérodote 1. 3-4. Lettre à Philippe III. au transfert oulet à l'affermissement de la dépendance rurale: processus que je caractériserais volontiers sous le terme h i l otisation. de la conscience qu'ont les Gréco-Macédoniens de la relation que la conquête établit entre domination polttico-adminiatrative et exploitation économique: la. établie en ce sens).. II. de la chôra ÉJasiliké. et qu'il avait rempli les villes de fondation récente avec des colons qui ne songeaient QU'àS6 rétablir (. à quel titre les populations indigènes ont-elles été introduites. Babylone etc.. 211 Les cités proprement dites.• 207 108 - 252- .Jat Tà ". 8 (en 324) .)"À'I' lD-v'1). il convient évidemment de traiter l'autre aspect. dire l'introduction d'indigènes dans les villes nouvelles ou de Gréco-Macédoniens dans des villes déjà existantes (Suse.

. 1..221 . 3. Justin XII. TI est clair tout d'abord que l'essentiel de la population est d'origine grecque ou macédonienne: soldats de Séleucos. p. 2H 225 Voir Downey Antioch 78-79. Quinte-Curee IV. m 2.217 le peuplement européen y fut constitué des ap6machoi macédoniens et de mercenaires. 215 Arrien IV. H.Gaza de Phénicie. N. 27. où l'on trouvera les références aux textes antiques. 5. fut repeuplée avec des indigènes 'des environs'. 117. 22. Chypriotes. L'introduction d'une population mixte 1. 83. II. Ainsi. 3-6. 2.2111 Alexandrie de ]' Acésine fut peuplée par des mercenaires hors-service et par des indl. 102. 222 Pline.213 on s'aperçoit qu'il introduit en proportions variables: des vétérans macédoniens.Alexandrie d'Egypte fit largement appel également aux populations vivant sur place à. gènes 'volontaires' . 8. 3. 4. 24. Aristote. 216 XVII. 7.222 . . précisent la composition originelle de la population d'Antioche. 23. Alexandrie-des· bouches-de-I'Acésine .En Inde: Arrigaion reçut une garnison d'ap6m<ichoi et un peuplement indigène. 221 Diodore XVII.214 et d'autres catégories de soldata.où fut implantée une garnison macédonienne -. 1-2. le roi introduisit également une masse importante de populations sogdiennes déportées . 215 Diodore 2 6 précise qu'Alexandre Installa d'autres établissements et détaille ainsi leur population: 7000 Barbares.Alexandrie-Charax. 223 Arrien II. 7. 2ls . 8' - 253- . 220 Arrien V.) et une partie de la population de l'ancienne Antigoneia réduite désormais au rang de simple bourgade.qu'il convient d'ailleurs d'utiliser avec précaution -. '" PB. l'arrivée d'Alexandre. a) Plusieurs textes. en Basse-Babylonie. dans l'Hindou-Kouch. Voir supra. celui d'Antioche de Syrie et celui de Séleucie du Tigre. 27. Econ. reçut une population d'indigènes (tirés de la ville royale de Durine) et de vétérans macédoniens. 217 Quinte-Curee VII. VII. 3000 hommes « du bagage 9 et des mercenaires volontaires.Colonisation hellénistique et populations indigènes 83 A. 218 Arrien IV. . de vétérans (7000 selon Quinte· 1 Curce). .. des mercenaires grecs et des indigènes. 4. Les cas de deux villes séleucides peuvent être évoqués. 75.A Alexandrie/Iaxartes. Argiens . Les fondations d'Alexandre Lorsqu'on rassemble les maigres informations données par les auteurs anciens sur le peuplement des villes fondées par Alexandre. . 29. 6. la nouvelle Alexandrie recut en 327 un renfort (7<I}O<1"aTo'''{Qaç) d'indigènes des environs (perioilco~l. etc. Les fondations des successeurs Nos renseignement sont encore plus misérables sur les fondations des succeaaeurs et des premiers rois.220 des milliers d'indigènes furent introduits à. 5. 12.223 .225 213 Voir Tscherikower 190 sqq. divers contigents grecs (Crétois. 33c. 219 Arrien IV.

Sarkisian. Anciens Mesopotamia. malgré le silence des textes. - 254- . Pausanias 1. à mon sens.). S. Séleukos y établit une colonie de Macédoniens. le roi «fondait une ville grecque. interpréter cette situation. Downey ne me paraît pas constituer une preuve déterminante. 156-157). En réalité. Robert. 58. S. (Mais je n'ai pas pu consulter G. dans: 1. 16. et à. et fonnèrent un second quartier (Td dt deVTeeov TO. Diakonoff (ed.3. ces différents contingents! Pour quelles raisons les rois fondateurs ont-ils fait appel aux indigènes. Moscou 1969.. 4: les premiers habitants.84 PIERRE BRIANT G. 2. 3) fait erreur en at. Lincoln. Apion II. Ibid. ang.! Autant de questions qu'il faut maintenant aborder. trad.226 on peut évidemment le supposer non sans quelque vraisemblance. la plupart des autres villes. 1) juge que Pausanias (1.. un nouveau transfert de population babylonienne vers Séleucie. Séleukos une dé}tOrtation que le dooument cunéiforme attribue à Antiochos. devenus trop nombreux à leur tour. Le commentaire de Downey Antioch 115 est le suivant: "The way in which Strabo describes the second quarter suggests that this wee the dwelling place of the native Syrians whoro the king had brought to the new city": j'avoue ne rien voir de tout cela. C. Smith. 232 L.7j~ov\. 16. mais le seul texte de Strabon 227 cité par G.dans: Laodicée du Lykos. 230 Un document cunéiforme nous apprend également qu'Antiochos Ier procéda en 275 à.. Londres 1924.) 228 Ls-deseua Downey Antioch 79-80. M... 9. En effet. K. TCÔV ol"'T'"oeœv laT! "Tla/la). 221 XVI. 114-115. et y déporta en outre des indigènes de la proche Babylone 229 malgré l'opposition des prêtres chaldéens. 78. Smith (p. 150-159 (texte transcrit et commenté p.tribuunt . Socio-oconomic History. 231 S.quels indigènes etc. Strabo on Antioch: Notes on His Method. "JO Appien. 153 et n. nous ne savons rien de leur population originelle. dans: TAPA 72 [1941]. Cf. 319. accorde une trop grande confiance . et non un rassemblement de villagois indigènes . Downey affirme à..• 232 B. Babylonien Historieal Texts Relating ta the Capture and Downfall of Babylon. qui affirme que les Judéens d'Antioche ont reçu le droit de cité du fondateur Séleukos (cf. N. 329 n. Québec-Paria 1969.). Nebraska 1961.. En effet. justement ainsi G. Studies in the Near·Eastern Resistance ta Helleniem. car les' deux documents (littéraire et cunéiforme) Be réfèrent à deux mesures identiques mais chronologiquement distinctes: cf. On ne sait pas non plus si la colonie juive fut . il n'y a pas contradiction. Sur quelles bases furent introduits c côte à. 228 b) Le peuplement de SéJeude/Tigre par Séleukos n'est pas sans faire songer au peuplement d'Alexandrie/laxartes par Alexandre.. 85-95. c'est de toute façon que chaque fondation reçut obligatoirement un contingent macédonien ou/et grec. 1. VI. Eddy. 231 Quant à. Syr. ". FI. qui. Les rapports socio-ethniques Reste bien sûr à. Diodore II. côte. Kh. se divisèrent . 117. 80.. City Land in Seleucid Babylonia (VDI 1953). plusieurs reprises que la ville reçut également un contingent de Syriens . 9. 39). . Joseph. 229 Pline. 115. Downey. dans le texte de Strabon. H. Tout ce que nous pouvons dire.introduite dès le règne du fondateur. The King is Dead.

thèse couramment soutenue (sans preuve) selon laquelle l'immigration grecque n'aurait concerné que les hommes ne me parait pas réaliste (cf. OGIS 233. Selon Malalas Chrono 201.1. 10000 à.2~O En tout état de cause. dans ces conditions. 1. Bernard. Cf. Paris 1970.). c'est qu'en règle générale le rapport numérique fut défavorable aux Gréco-Macédoniens. en particulier en Syrie du Nord r-iveraine de l'Egée. sur de maigres indices. . 83. 233 Les informations sur les Gréco-macédoniens ne sont pas beaucoup plus fournies 234: le chiffre donné par Diodore de 23000 colons gréco-macédoniens révoltés en Bactriane doit être conservé. 2U La. contrairement à ce qu'écrit E..136 sqq. Julien. pour Antioche. en ce sens. C. 102. 233 7000 à Alexandrie du Caucase et autres établissements proches selon Diodore XVII. 23). mais dominantes grâce à la force des armes. 176).. Bikerman. semble-t-iJ. l'époque hellénistique. B. Les fondations représentèrent dès le départ des communautés minoritaires. Recherches sur le mariage et la condition de la femme mariée à. rien ne prouve en effet. 61.Colonisation hellénistique et populations indigènes 85 1. il me parait évident que ce contingent n'est pas seulement masculin: il en fut certainement de même lors dvs fondations. The Population of Roman Dur-a. 111. le nombre primitif des habitants d'Antioche de Syrie était de 6300 (Grecs et Macédoniens): chiffre acceptable si l'on admet qu'il s'agit des adultea mâles (cf. 120. Welles. Libanius. C. 2). ces chiffres ne concernent que les hommes: il faut y ajouter les femmes 2~1 et les enfants pour a voir une idée de la population européenne originelle. Princeton 1967. Oratio XI. 12-16. Données numériques Il est impossible de donner le rapport numérique Européens/indigènes. population totale: le texte n'est pas très clair.235 V. 230 Le chiffre de 10000 kléroi à Antioche 237 M signifie pas pour autant que 10000 colons y furent introduits par le fondateur. rapprocher des 6000 eieu/hero' que compte Séleucie de Piérie en 220 (Polybe V. et qu'il le resta malgré l'arrivée de renforts. puisque la ville a reçu à plusieurs reprises des renforts grecs au cours de l'époque hellénistique et que ces nouveaux colons bénéficiaient eux aussi de kléroi 239 . on peut estimer celle-ci entre 17000 et 25000 âmes selon G. Downey Antioch 82). 235 Cf. Antioch 82. Oratio XI. Tscherikower conclut.3S - 255- .238 qu'il s'agisse des lots «primitifs $. que la population européenne par cité était en moyenne de 2500 à 3000. Downey Antioch 81 [et n. Vatin. Alexandrie de l'Acésine selon le même Diodore XVII. 3. 124] et 82). 23< 7000 soldats macédoniens 1t. 263-264. Fouilles d'Ai-Khanoum 1 (voir n. ". 1. lorsqu'un roi prend l'initiative de demander à une cité grecque d'envoyer un contingent de colons dena une de ses villes (cf. Misopogon 362 c. '36 Tscherikower 198. 1t. 3000 Grecs et Macédoniens dans les colonies prochea (Diodore XVII.4. On connait très rarement le nombre de ceux-ci dans le peuplement primitif. le chiffre de 5300 donné par Malalas doit peut-être être préféré: il est proche en tout cas du nombre de 6000 ele'Ûlheroi (citoyens de plein droit) que compte Séleucie/Piérie en 220.2~2 Ce que l'on peut supposer. Polybe V. Alexandrie du Caucaee (Quinte-Curce VII. 237 '3' . 61. Johnson. 1 bis. [BEFAR 216]. Je reviendrai ailleurs sur ces problèmes démographiques: je voudrais simplcment faire observer ici que. voir aussi Cl. 83. Libanius. dans: Studies in Honor of A.). Downey. Contra Bikerman 18 161. 106 n. 111 sqq. par exemple. mais il s'agit peut-être de la.

il ne fait aucun doute que l'emploi du terme implique une a.recherche.. Diodore XIX. Arrien V. l'accusatif sans précision sur la composition de la population. une attribution collective de terres. 7 (Arrigaion). 5). "s Isocrate. Arrien IV. 23 (Alexa. Il est souvent employé avec le nom de la. 1 (colons macédoniens de Carrhes. Il se réfère en principe il.. L. 250 Arrien IV.86 2. '" Rephestion en Sogdiane (Arrien IV. Liddel-Scott s.ccusatif). Terminologie PIERRE BRIANT L'étude de la.git fréquemment d'une mission confiée à. 98-99 où l'on trouvera exemples et références. une réalité déjà.2(3 Mais. l'accusatif) et du nom de la.4). p. 5 (pro8katoiki8a8: renforts introduits à Alexandrie du Caucase). I'établisaement (considere) 2(7 de populations. préférence des auteurs a. Arrien VII. katoikiBai). 3 (Alexandrie de l'Acésine). Le terme katoikizein (katoiki8a~) est plus rare. 251 Par ailleurs.tion: LIe rassemblement de populations: 2. il serait hasardeux d'en conclure que des indigènes ont reçu des lots de terre. Epig. coup sûr que les indigènes ont été introduits in/ra mur08: il peut se référer au peuplement de la. TI s'a.. 22. le terme peut renvoyer à.ndrie du Caucase). le terme aynoiklzein renvoie à. Ce serait en effet accorder il. Léonnatos . . 496 (Samarie). :!(6 Le cas d'AlexandriefIaxartes est Buffisamment net (supra. à. . Cassius XXXVII. Or. En règle générale. 29. soulignée. Robert.s avoirle rassemblement de populations venues d'horizons divers (au sens géographique ou/et ethnique).ë? tuais aussi pour une population mixte.Dans le seul passage (Arrien V. affirmer il. les deux éléments formant une unité indissociable. ". ktiBai . Sur les diverses significations. 29. 3).rd au contexte des fondations (et non reconstructions). et n'exclut donc pas que les Gréco-Macédoniens jouissent des revenus agricoles que permet le travail des paysane indigènes. Alexandrie des Orites (Arrien VI. Pithon dans les cités de l'Inde moyenne (Arrien VI.ttribution de terres 2(s. Paris 1936. 3 (Alexandrie de l'Acésiue). 1 (Alexandrie! Iaxertea). population (à.tégories: On trouve plus rarement le même terme suivi d'une courte information sur la. 1958. . 29. un lieutenant d'Alexandre: peupler les cités fondées par le roP": donc une mission purement technique qui ne préjuge pas du mode d'introduction des diverses ca. la terminologie grecque une valeur technique universelle qu'elle n'a. Dindorf J. ville (ea+a. 24. 21. of.nciens: synoikizein (aynoikism6a) et katoikizein (katoikiaai).mbakia (Arrien VI. 2(6 On peut même ajouter que la. - 256- .:M5 Mais une teUe construction ne permet en rien de conclure que les divers contingents ont été installés sur un pied d'égalité. jamais eue. dénommés Jlakedon6n apoikoi par Dion..le peuplement proprement dit. 3.Curee VII. Robert. même au sens d'Isocrate.présence d'un tel terme n'autorise pas à. Deux termes ont la.. 7 (Alexandrie du Pallacopas). 2<3 J. Syncelle.251. V. 91.. 21. aynoikizein-aynoikism6a-aynoikizeatai «sont des termes techniques pour le repeuplement et la reconstruction d'une ville construite ou abandonnée •. eu éga. 22. 74--77). '" Quinte. 4. 251 . chaque terme s'epplique à une phase de l'opéra. . 16. 3) ou à Rha. on se rend compte que les auteurs anciens l'utilisent non seulement pour une population gréco-macédonienne. v.terminologie du peuplement ne fa. Philippos 120 (.. et L. IV. ville à. 5). Bull. 17. ka. Pour Isocrate. Collection Froehner.it pas beaucoup progresser la. 3) où synoikiz6 et katoikizBstai sont employés concurremment. cf. ville et de son territoire. 250 Cependant.

savoir les conditions concrètes dans lesquelles est intervenu l'appel à. 2. 8. sans être détruites comme Cyropolis. 117 affirme que le choix des sites de Séleucie du Tigre (et d'autres villes de la. Un certain nombre de ces paysans sont certainement restés sur place. dire qu'ils ont été arrachés à leur «Iabora. 257 de très nombreux babyloniens peuplèrent Séleucie du Tigre. 8. blé et de troupeaux que le roi avait - 257- .26-27. JHS 1936. cf.c (met6ki.8 Cf.5-6. tous à la suite d'une déportation en masse.toire naturel. II. Fort. Aristote. 255 Ce «peut-être . 3 (rien ne prouve qu'il s'agisse d'Antiochos IV). 232) a supposé que la population de l'emporium avait été transférée dans la capitale de Seleukos.253 b) dans un cas au moins (Alexandrie/Iaxartes). 3. p.. Séleucie (Smith [voir n. Diodore XVII. 200 25' '" Supra. les indigènes sont tirés de villes anciennes voisines qui. VI. subirent les conséquences néfastes de cette brutale dépopulation: ainsi. Paris 1964.. aussi Quinte·Curce. H. Cf. 27. 203 n. cf. à. peu près certain que le transfert toucha également. B. ou le peuplement des cités (Arrien VI. supra. H. 6 (Ez fin-itimia urbibu8 commigrare Alexandriam jU88i8. A. 258 Le cas de Babylone est le plus surprenant puisque qu'un mouvement inverse (introduction de Grecs dans la vieille ville) y conduisit à.254 c) enfin. les textes parlent seulement des« indigènes des environs •. 17. nOt!am urbem ma!7na mtdtitudine implevit). d'Histoire ancienne. Suse 37 n. Il n'est pas exclu que l'on retrouve W1 processus assez proche en Inde moyenne. 259 par ailleurs. en lorte reprise depuis la conquête macédonienne. 7~77. 138 (affirme que la ville de Durine disparaît: ce qui peut vouloir dire pu'elle est réduite au rang d'une simple bourgade). une nouvelle déportation de Babyloniens il. on l'a vu. région) a été fait par les rois fondateurs en raison de la fertilité du sol. 9-16. 1. la naissance d'une organisation civique. le retour iL la couronne de terres Il.les habitants de la ville royale de Durine furent transférés à. 25G Cléomène transféra à Alexandrie les prêtres et habitants de Canope. id. N. Arrien II. p. vaut pour Al-Mina. Aymard. . Il est remarquable qu'en 275. IV. 260 Pline. Un royaume oublié.à quelques jours d'intervalle -: 1. continuant de travailler pour la cité les terres qu'ils travaillaient de tout temps. les indigènes viennent d'une ville achéménide détruite ainsi que des vi1lages environnants. 33.comme à Cyropolis -.problème permet de dresser une typologie ternaire: a) dans un très grand nombre de cas. II. 231) 156. Alexandrie/Charax. D'autres ont été introduits dans la. Haussoulier.252 ne préjuge en rien de leur statut juridique préhellénistique non plus que du statut imposé par la conquête. 353-363. 256 Pline. Cette approche du .. N. supra. Wooley (AI·Mina. 257 Ps. VI. 84. ville c'est à. s'arrête brusquement au moment même de la londation de Séleucie de Piérie: ce pourquoi L.en). dans trois et peut-être même quatre cas. Peuplement/dépeuplement Il est temps de prendre en compte un élément d'analyse plus objectif. Tscherikower 92. Klio 9 [1909]. il est à. . Paris 1967. 81-82. §.ai) intervient après la destruction totale de plusieurs villes indiennes et la réduction des habi- tants en esclavage (Arrien VI. 254 Pour Alexandrie. . Quinte·Curce IX.Coloniaation hellénistique et populations indigènes 87 3. Ce terme. 16-17). les ordres donnés par Antiochos concernent.4: oynoiki. p.. 2:.n:. 7 (Gaza de Phénicie). 344F): je suis tenté de considérer les deux évéaéments comme deux phases successives d'un processus unique (et cohérent). Sur la date voir Le Rider. esu Cf. Econ. Plutarque De Alex. Etude. dont l'activité commerciale. l'élément indigène. 2. 102. des populations paysannes travaillant la terre autour de Babylone. 17.

. Il s'agit là d'une méthode largement répandue dans l'Antiquité. 14).. Arachosie et Paropamisades n'a nullement abouti à la création de nouvelles communautés intégrées. c'est. 4-18. sociaux qui cimentaient les communautés villageoises ou urbaines d'Asie. ce cas est difficilement classable et utilisable. 92. Clevel-Levêque. '64 Tscherikower 194-195. 8 (fondation d'Alexandrie des Oriles): .:choridn cindre. 439. Il paraît donc clair que la thèse du volontariat indigène est à rejeter globalement 264: tout au plus pourraitelle être acceptée.262 qui a pu toucher également des populations grecques: ainsi le transfert de la population grecque d'Antigoneia de Syrie à Antioche et à Séleucie. ma connaissance. Les deux mesures sont presque nécessairement liées (cf. - 258- . à. en revanche Strabon III. D. 2t16 The King is deed 116 (à propos de Séleucie. p. 265 Mais aucun texte.2 05 Le moins que l'on puisse conclure. 231] 317-319. Zarangai et Arachôtoi. qui présente une explication différente de celle qui est proposée ici) i il me semble que la population déportée en 275 devait être surtout composée de paysans: ce qui expliquerait que les terres qu'ils cultivaient furent enlevées à Babylone. J. Tscherikower 193. tout en soulignant que ce cas n'est pas isolé). '61 J'y ajoute Quinte-Curee IX. avec. R.. tant la mention s Arechoeii • reste vague: d'ou venaient-ils exactement? dans quelles conditions ont-ils été déportés? Cf. 262 Cf. les Gréco-Macédoniens y trouvèrent des avantages qu'il faudra analyser. 1: /<ln 6p.. 47. 9-17. celle de Drangiane (surnommée Prophtasia) et celle d'Araehosie surveillaient respectivement les capitales de ces trois provinces. familiaux. 10. de même dans les Paropanisades Alexandrie-sous-Caucase parait à toute tentative de soulèvement donnés à Babylone cinq ans auperavant (§ 17-19). que "this process of town-building was something that must have created inconvenience for the established population" t En revanche. Oratio XI. l'Alexandrie d'Arie. Sarkiaien [voir n. Répartition spatiale et ségrégation sociale L'analyse de la répartition des différentes communautés dans l'espace urbain confirme que l'introduction de populations d'origines diverses s'est faite sur le principe de la ségrégation. Atti V-Co E. 4. 1973-74. accompagné du démantèlement des murs de l'ex-capitale d'Antigone le Borgne. • . 1. 263 Malalas 201. M. Foucher 261 a bien montré que la fondation de quatre Alexandries en Arie. Eddy266. sous forme hypothétique. S. 2. des cas analysés iej261 présentent un élément commun: les populations indigènes ont été introduites à la suite d'une déportation (sur une courte ou sur une longue distance: le résultat est le même). Diodore XX. Artakoana. dans: Mekedonike9 [1969]. p. Drangiane. Libanius. H. 6. '61 CRAI 1939. Population-transplants by Philipp II. Ellis. et même la quasi-totalité. ne permet d'assurer que des indigènes de 1'« élite l) sont venus de leur plein gré s'installer dans les villes nouvelles (cf. en Macédoine. a) A.' De même qu'aux trois autres coins du massif afghan . epiltlkloi (Cordoue en Espagne) justement utilisé par. et ont permis aux conquérants de remodeler le « tissu social» à leurs convenances et selon leurs propres besoins. Bien au contraire.. S K. 263 Ces déportations ont casaé les liens spatiaux. <••• les places fortes créées par Alexandre étaient nettement séparées des villes indigènes qu'elles prenaient en tutelle. pour une frange.88 PIERRE BRIAXT On remarque immédiatement que la majorité. deduclique s'Unt in eam Arachosii i si la déportebion est explicitement indiquée.

p. et qu'il avait destiné exclusivement aux Macédoniens (pagumque Pellaeum. Je n'insiste pas sur ce cas de figure. 269 On ne saurait être plus clair: les conquérants étaient logés dans un « dème. Laodicée du Liban. Alexandrie-Charax. 438.241-257. A Prehrninary History of Cha. 50 n. Sauvaget. VI. 273 Alep (voir n. «ce sont les nouveaux venus qui commandent. . Y'episcopo« macédonien résidait à Alexandrie. Epiphanie de l'Oronte (Hama) 276 etc . Zur Geschichte der Stadt im Reich der Seleukiden (à paraltre en 1978). 2il Cf. et qui gèrent la cité créée pour eux et par eux. il n'apparalt pas que chacun de ces quartiers ait été peuplé par un groupe ethniquement défini: bien au contraire. supra. dans: Berytus 13/2 (1960). dont l'auteur a bien voulu me faire parvenir un résumé: je l'en remercie très chaleureusement). B.272 c) les plans des villes séleucides confirment cette politique systématique de ségrégation et d'exclusion.274 L'ancienne agglomération fait «ainsi figure d'un simple quartier indigène à côté des quartiers neufs peuplés de Macédoniens •. Ainsi. Cette division par quartiers selon' des critères ethniques est également connue dans Alexandrie hellénistique. tel qu'il a été étudié par J. 2.271 le cas d'Antioche de Syrie est moins net . 272 La présence de quatre quartiers (TetrapoIe) 8~paré8 les uns des autres par des murs est attestée très clairement par Strabon XVI. Prenons le cas de Beroia (Alep). 138. Bernaud. 50. Alexandrie la Grande.66) 48 sqq.dans une ville orientale ancienne eut également pour conséquence d'isoler un quartier peuplé d'Européens. Le sens de cet « apartheid. Aréthuse. à. 1 - 259- . (Sur le cas d'Orchoi/Uruk.douées ou non du statut civique . N. Elle ne fut pas pour autant intégrée réellement à la ville gréco-macédonienne édifiée à l'est du tell. 274 Ibid. 227).. 4. Sauvaget 273. 26. Das Uruk der Seleukidenzeit. qui reste très spécifique par rapport aux problèmes traités ici. Nodelmen. H. 270 réservé et ne se mêlaient pas aux populations de Durine introduites de force dans la fondation.268 b) cette séparation existe aussi à l'intérieur même des villes nouvelles. l'ensemble du paasage donné l'impression que ces quartiers se sont ajoutés les uns aux autres au fur et à mesure de l'accroissement du peuplement grec. c'est une disposition que l'on retrouve à Damas. a patria sua. le quartier Delta réservé aux Judéens: A.racene.Colonisation hellénistique ct populations indigènes 89 et d'obstruction de la part de Kâpiçi. le satrape perse dans la vieille ville de Kâpiçi. cf. ~70 Terme employé par S. 275 Ibid.277 d) l'introduction de communautés gréco-macédoniennes . au pied de la citadelle: les deux agglomérations restèrent juxtaposées. » Selon le même auteur.275 Or. Celle-ci fut môme incluse dans Je périmètre des remparts hellénistiques. 84-85. 128. est évident: comme l'écrit justement J. 84 n. Paria 1966. Tscherikower 127. lIartin Urbanisme 174-175. quem proprie llfacedonum jecerat) •. « Alexandre avait même fondé un • bourg« appellé Pella. Pline. 51. 276 Ibid. 277 278 Alep 51. Cf. La fondation de cette ville neuve n'entraina pas la disparition immédiate de la vieille agglomération agricole syrienne.. Funck. l\Iais contrairement à ce qu'écrit Downey (Antioch 115.278 268 Ibid. du nom de son lieu de naissance. cf.

supra. les tra. tâche de constructeur soit laissée à un lieutenant (Arrien IV. et donc aussi une 279 Meilleurs exemples: construction d'Alexandrie/Iaxartes en quelques jours par les soldats d'Alex. Assyriens «à.7. 1. Smith [voir n.. l'abondance de 1& lusin-d'œuvre locale laisse supposer qu'on y recrut.. 281 Les Macédoniens n'avaient pas seulement besoin de manœuvres: le développement des secteurs artisanal 282 et commercial dans les villes hellénistiques suppose l'appel relativement massif à. 283 Cf. dore XVII. 2. fondation de Ctésiphon par les Parthes. 21. 29. peine inférieure à. 1. L.. également Séleucie du Tigre dont les remparts sont élevés par les eold . 280 Arrien IV. il est prob. dans Pigulewskaja [voir n.. « pour la dépeupler à son tour ». une main-d'œuvre spécialisée. puis. et Nicée (en Inde) (Arrien IV. 27. 4. 6: TaX" M. ont eu besoin de main-d'œuvre. sur le site de Vologocerte! - 260- .280 de même en Babylonie. les fondateurs prirent soin si souvent de transférer dans les villes gréco-macédoniennes une partie (ou toute) de la population de grandes villes anciennes où l'artisanat existait déjà.ble qu'il . Paris 1976. p.va. (Chronique syriaque. où les paysans royaux étaient astreints à. TWV le)'wv . Lorsque Cratère reçut l'ordre d'élever et de fortifier Bucephali. VI. Lorsqu'Alexandre fit édifier un port. aussi les déplacements successifs de capitale en Bebylorue. 81. 284 L'esolavage à l'époque hellénistique. 25-27).ndre (20 jours selon Arrien IV. ce travail en partie Infructueux (dragage des oana. En 275. 11-20. En réalité. 3). Il . L'esclavage dans les villes d'Orient pendant la përiode hellénistique [voir n. . des manœuvres pour hâter 1. 10] 245). «douze furent appellées d'après les noms des métiers. fait appel à la mein-d'œuvre indigène (cf.1.. 24. dans: Formes d'exploitation du travail et l'apports sociaux duns l'Antiquité classique. nouveau déplacement. 18. Organisation des rapports sociaux de production Si Alexandre et ses successeurs ont fait appel aux populations locales. 9-114 (polyoheiria).. 15. Dio. à. KreiBig 284. 283 Or.ux de reconstruction de l'Esagila requirent certainement la levée de nombreux briquetiers (Cf. le texte très clair de Diodore XVII. Mais. peu nombreux..).(quels que fussent les contacts établis par la suite). mon avis. 285 Il y a aussi évidemment une raison politique: la destruction (ou la réduction il. Sur les énormes besoins en main-d'œuvre d'Alexandre en Babylonie. 1.. les conquérants.2. pour élever le bûcher d'Hephestion). «les villes orientales . KreiJ3ig. 191]47. des docks et des fortifications à. 157 ligne 19). intra mur08 comme extra muros. 115. 6.. 89. 231] p. 20.7 etc. 117: de Babylone à Séleucie (Seleukos).. 282 Il est tout il. cf. 105. Le premier travail était d'élever des murailles et des bâtiments: les rois firent appel à. trad. N.279 mais cela ne pouvait suffire aux besoins sans cesse croissants de communautés en expansion. 20. ce n'~st donc évidemment pas par souci de promouvoir une «fusion des races. d'architectes et d'une foule d'habiles artisans. 1 (réquisition.ux) • (cf.à T~V :roÀvx«eiav).tion. 17 jours au dire de Quinte·Curce VII. H. comme l'a justement noté H. celle des Grecs •• C'est une des raisons 285 pour laquelle. 58). voir aussi Strabon XVI. fait caraotéristique que le réaménagement séleuoide de la ville de Karku de Bet-Selok aboutisse à la création d'un quartier d'artisans: sur les 72 rues. dernier paragraphe). cf.aTao"evao/livrwv ~. 5: • le' satrape employait pendant trois mois plus de 10000. 281 Cf. rapportés par Pline.. offraient une main-d'œvre indigène relativemenf bon marché et dont la qualification artisanale était à. la troupe lorsqu'elle les accompagnait. Diodore XVII. Pattala.ts (Appien. il réunit toute la main-d'œuvre locale disponible... fr.st fréquent également que 1. 115. fournir des journées de travail à l'administration royale. réali. Syr. l'état de bourgade) de la capitale du ooncurrent vaincu est un acte politique: ainsi la décadence d'Antigoneia au profit de Séleucie et d'Antioche. Arrien VII.90 PIERRE BRIANT 5.

Robert. Syr. 43 sqq): contra. Les populations paysannes. «la dépendance et l'assujettissement envers l'entreprise étaient répandus depuis des siècles.. 19~-254 (p. fournirent la main-d'œuvre la plus grossière 28G • On he doit pas pour autant en conclure au développement de l'esclavage dans les villes hellénistiques d'Orient. si bien qu'il n'était pas nécessaire de les imposer •.au plein sens du terme -. . la délimitation d'un territoire etc . C. pense cependant que le droit de s'Inscrire sur les listes civiques fut concédé individuellement à des Juifs (les ex-soldat. En effet. Downey. Cumont. Sur ce dernier point. L. 291 Je ne veux pas exclure a priori l'hypothèse de l'introduction de quelques indigènes «de l'élite. les indigènes devinrent en quelque sorte des dépendants urbains qui travaillaient au profit de la couche de Gréco-Macédoniens tout comme leurs congénères assignés aux territoires des cités. à savoir le degré de qualification dans des métiers particulièrement utiles au développement des villes nouvelles. 66) 17 (Edesse). dans Laodicée du Lykos 328 (Laodicée du Lykos}. 48). sur les listes civiques dès la fondation: mais aucun texte ne le montre ni même le suggère. avec des doutes). 247-252) (Séleucie/Piérie}. suppose non seulement la construction de murailles. Décret des Péliganes de Laodicée-eur-mer. voir P.. et même que probablement la jouissance des privilèges civiques était liée à la "6 Cf. Bell.287 d'autant plus que parmi la population transférée figuraient également des dépendants paysans. tout en jugeant exagérée I'effirmebion de Josèphe. sans pouvoir le prouver. les villes neuves séleucides reçurent des institutions de type grec ou/et macédonien 200: on connait en particulier de fréquentes mentions de tribus et de dèmes. The King is dead 115. travaillaient déjà sous l'autorité des prêtres des grands temples: d'où sans doute l'opposition des prêtres chaldéens à la fondation de Séleucie/Tigre. voir discussion dans Fraser I (voir n. Etudes III. supra. 2" M. à propos des Judéens d'Antioche: « Le droit de cité leur {ut donné par Bon fondateur Seleukos e (cf.Colonisation hellénistique et populations indigènes 91 main-d'œuvre déjà formée: je suppose. que le choix de ces populations n'a pas été le fait du hasard mais que. 39. 2" Cf. La fondation d'une cité. 317 (Doura-Europos.: Bikerman IS 246 (Antioche du Méandre). 119. 292 Je ne crois pes qu'on doive accorder beaucoup dt' confiance à FI.. oit. XXII n. Holleaux. loc. IL propos du peuplement de Séleucie du Tigre. qui entraîna "the moving of Babylon's lower classes to form the menial and working population of the new city". 58. Josèphe. aussi Aut . Fouilles Doura p. bien au contraire. p. Naissance d'une ethno-classe Un ultime élément d'analyse doit être pris en considération. 105.a par exemple). Segal Edessa (voir n. introduites parfois intra mur08. voir Appien. Roussel. 260. dans: Syria 23 (1942/43]. DowneyAnnoch 115 (Antioche de Syrie). - 261- .reiBig. 292Se crois plus raisonnable et plus fondé d'admettre que les privilèges civiques furent réservés aux Gréco-Macédoniens. 288 D'une façon générale. Eddy. pour Alexandrie d'Egypte. Apion II. 6. p.Tuc!. 12. . d'édifices. en Orient. Antioch 80 qui. 21-32 (cf. sans aucune qualification.à Babylone par exemple -.. 87 n. Certains artisans. 8 et p. 281 Sur cette opposition. mais aussi et en même temps l'établissement d'un corps ci viq u e. il a été opéré en tenant compte de critères bien précis. 289 290 K. 28-30). :189 Enrôlés de gré ou de force dans des ateliers contrôlés par des Grecs. 7. 38 sqq.

les villes et les fondations en général représentent un élément fondamental des nouveaux rapports de classes qu'imposent la conquête et la colonisation gréco-macédonienne: c'est la naissance d'une ethno-classe dominante. p. En d'autres termes. C'est dire qu'à. - 262- . rapport Grecs/indigènes et même. 188.92 PIERRE BRIANT possession d'un kléro8. 293 29-' Hypothèse de F. pour une très large part. Le rapport dominants/dominés s'y confond avec le.J" fonctionne dans l'espace et dans la société comme un noyau de ségrégation et de domination socio-ethnique. ses débuts ']. était le couronnement de tout un processus qui tendait à fermer la communauté sur ses privilèges et à exclure les indigènes.J3 L'établissement d'un corps de citoyens. sera envisagé dans une seconde étude. à. JRS 1934. fait justifié de conclure que. la fondation hellénistique. Cumont. avec le rapport ville/campagne. une ségrégation spatiale correspondaient une domination socio-économique et un monopole politique. Le problème de l'évolution.']. Dès lors. depuis la fondation. il me paraît tout à. loin d'être un cadre d'intégration. clos sur lui-même (sauf aux renforts grecs).

n'implique pas que les fondateurs n'ont pas fait appel aux populations proche-orientales: bien au contraire. la reproduction du système.57-921. The Seleucid colonies.Cohen dans une étude publiée indépendamment en 1978 (Il. les Séleucides ont tenu à installer et à (}) G. Wieshaden 1978. les fondateurs avaient été conduits par le double souci d'utiliser des sites et des populations rendus disponibles par le "droit de la lance". Dans mon étude de 1976 [1978].ethno-c1asse dominante". mais elles furent introduites (ou laissées en place le plus souvent) dans les chôrei des cités ou dans les cités elles-mêmes dans une position de dépendants.M.nellement colonie et cité). L'auteur oppose l'exemple des colonies à celui des cités (tout en reconnaissant. C'est donc à douhle titre que les pages qui suivent représentent. j'avais présenté une communication sur "Colonisation hellénistique et populations indigènes. qui ft tant apporté et qu continue à tant apporter à tous ceux qui s'intéressent de près à l'Hellenismus asiatique et.·1. - 263- . un témoignage d'estime scientifique et d'amitié personnelle pour H. Ce qui.4.COLONISATION HELLÉNISTIQUE ET POPULATIONS INDIGÈNES II.Sûl.3. 1976-Actes dans Klio 60/1 : 1978). je concluais que.at. pAO. La phase d'installation" (p. J'y insistais également (p. administration and orKsnil.Kreissig à Hartenstein/RDA 130.on (Hi!'!· toria Eineelechr. Dans les colonies. bien entendu. sous forme de main-d'oeuvre rurale et urbaine dont les colons avaient le plus urgent besoin pour. RENFORTS GRECS DANS LES CITÉS HELLÉNISTIQUES D'ORIENT Lors d'un Colloque organisé par H.. et de réserver les privilèges liés à l'urbanisation à une petite couche ethniquement homogène de colons grécomacédoniens: ce que j'appelais une . Studies in founding. 60 et 92) sur le fait que ces conclusions ne valaient (éventuellement) que pour la phase d'installation proprement dite.Cohen. mais que le problème de l'évolution dans une phase ultérieure restait ouvert. à mes yeux. plus largement. d'une manière très générale. Ces problèmes ont été également abordés par G. aux historiens des sociétés antiques.Kreissig. qu'il n'est pas facile de distinguer institution.M.

l'auteur insiste sur l'effort constant des Séleucides pour conserver aux Gréco-Macédoniens les privilèges de la citoyenneté. cf.I. les indigènes n'étant admis dans le cadre urbain qu'en tant que citoyens de seconde zone (p. Pour des raisons méthodologiques aisément compréhensibles. p. la mise au point-bilan de H.283-292.37-4l). politique). they did not mix with the local population" (p. (21 Sur ces problèmes.c'est de rassembler tous les noms propres (et aussi les toponymes) et de traiter ces listes. je crois. Le Monde hellénlstique [Coll.41l . La question centrale pourrait. DOURA-EUROPOS.Bô]. En revanche. Mainz 1978. se trouve aussi posé le problème de la démographie des cités hellénistiques. 541-554 . car c'est l'évolution globale des Etats et sociétés hellénistiques qui se trouve être mise en cause (21.Préaux. Mach1er und V. Paris 09781. sociale. "It is likely that the founding colonists functionned as an exclusive group. seuls trois sites hellénistiques ont permis une telle enquête. le cas de l'Égypte ptolémaïque est exclu du champ df' l'enquête: sur les éludes onomastiques en Egypte. on lira avec profit la dernière mise au point de C1. Il s'agit de trois villes dont seule la seconde est une ville neuve: Suse. même pour une part.Hauben dans Onoma XIX/3 (975) [1976]. dans la mesure où l'on peut admettre que. la population des cités est "inclusive". Le. ces rapports continuent-ils de recouper une division ethnique (Gréco-Macédoniensl"indigènes") ou bien l'accession d'indigènes (en nombre et qualité significatifs) conduit-elle Ala naissance et Al'affermissement d'une nouvelle classe dominante mixte et intégrée ? Bien entendu. IVe Partie: La culture. Doura-Europos et Uruk. Les divergences des conclusions que nous allons rappeler montrent bien les incertitudes et les ambiguïtés de la méthode. "Nouvelle Clio".30). le maintien de la domination grécomacédonienne dépend.préserver une "exclusive population" : "Both for security and reasons of social stability.37). - 264- . Critique de l'idée d. selon l'auteur (p. 6bis/2]. Stocka Ihg. a uniforme population was preferred when founding a colony" (p. Des ptoiemeïeehe AegYl'ten.M. 1. si ethno-classe dominante il y a.· civilisation mixte cf. une réponse A la fois détaillée et globale exigerait pratiquement un nouveau livre. en même temps. également mon étude dans DHA 5 09791. de ses capacités de reproduction (biologique. voir également plusieurs études sur le sujet dans H. c'est-A-dire : "At the very least it is clear that heterogeneity of population was one of the distinguishing characteristics of the great Seleucid cities" (p. ANTHROPONYMIE ET SOCIÉTÉ: SUSE.33). Je me limiterai ici Aaborder l'un des aspects du problème : celui de la survie ou de l'anéantissement progressif et relatif de l'élément européen dans les villes hellénistiques du Proche-Orient. URUK L'une des méthodes d'enquête -là où l'abondance relative de la documentation écrite la rend possible et scientifiquement justifiable. être formulée en termes simples: étant bien entendu que les rapports de domination ne disparaissent pas. p. Tel est le thème d'étude et de recherche qui sera au centre de l'article qu'on va lire. En d'autres termes. A ma connaissance.le terme de l'évolution étant "l'apparition de beaucoup de cités neuves qui étaient grecques de caractère mais distinctement cosmopolites par leur population" (p.

et prèeerver If' caractère grec Of' leurs institutions".'nl. 1.1/. Paris....1. "refondée " par Sélelleos 1er: "La métonomasie [Suse/Séleucie] indique évidemment l'installation à Suse cl 'une population grecque à qui revient l'administration de la cité" (p.. lous I.IU.ur r-ivilisut ion jU1'i({Il'à lu ('onqn.'tf' II. La constitution demeure profondément I{rf'('qUf'.. Le Rider 131 a dressé une liste de 61 noms relevés sur des inscriptions de la ville datées entre le Ille siècle av.. (5) Voir en dernier lieu Lfiobert dans Laodicée du l~..285-2861 : "On constate la part déterminante. •• Qu{>hf'f'-Pari!ol 11f)()9t. 1965.s /{rf'('S or-r-upent officiellement à Suse une place à peu près exclusive. ""ril G. Ce qui ne veut pas dire que tous contacts entre immigrés 1'1 habitants am-iens d. inversement. et ihid p. Robert dans Opera Minora Selerta II 119691. à l'écurt df' lu r-nltun.. "sauf une exception sous Antioehos IV.l·t df'lol moeurs des Grecs et des Macédoniens. pt environ jusqu 'au milieu du Ier siècle de notre ère..ko. Cnmont Ihl a dégagée (le l'examen «I«.n.è.' : " . d'autre part l'image d 'Artémis se modifie SOU" Finf'lucnr-e d" Nanaia " fp. et le début du 1er siècle de n.. son droit. demeurer II' ~roul)l1 dlrigeam delu c'ill'. En riMinitive. 00111'4 montre dom. domaine de la religion . Or.'l de la eit"..4'''' anthroponymes autres que GrpcR. sont d'une extrême rureté . 11" de la cité" (p.1.s dieux représentés sur les monnaies font partie du panthéon grpe" (p. n. les cult.~ r"rrf'".({tu' Ic'~ descendants des premiers colons macédoniens et g'rf'('"'' dl> Sm. - 265- . lu dti> l'f'.nque et I'introdurtion (3) Suse sous les Séleucides et les Parthe. Grl'l'CJuf'. p.2(4).~1 l''~ul('nwnl pur ses institutions. 1. On remarquera d'entrée que le cas de Suse est cl 'autant plus intéressant que c'est une ville orientale très ancienne. d'autres plus précisément de Ma/{nésie 151.n..'1IMi'moirp de le Mi1'ishm llr('hi>ol()~iCJlIf' en Iran XX XVIIII. C.' lu viII" pur I.977-9H7. IR Rider fp..è. Le diadoque y introduisit en effet une population de Macédoniens et de Grecs. "si l'on s'en tient au seul témoignage des monnaies.·~ rois cl 'Elymaïde.285.2..282-21l5) sont particulièrement nettes fp. Ceux-ci.288).s quelques parchemins et des nombreuses inscriptions trouvés à Doura-Europos.. (4) Voir L. Des dieux locaux orientaux font désormais partie du panthéon offid. C'est simplement à l'époque parthe qu'une évolution SI' dessin. Le cas de Dours-Europos C'est une tout autre image que F.:l:lU. son calendrier 1.293). rest.ion.· Suse aient été inexistants (comment d'ailleurs l'imaginer 'n "C'est dans 1.. Le cas de Suse/Séleucie de l'Eulsios Dans son monumental ouvrage. <:1' qui luilolSl' f'nt"mlrl' qu'à l'époque hellénistique le reste de la population demeure 8i'l!'lf'l.. Encore faut-il remarquer que I'influenee oriental. comme 1«' montrent anthroponymes et toponymes Œulaios en particulier est typiquement macédonien )141 : certains grecs sont venus d'Ionie (p. (6) Fouilles de Doure-Europos (1922-2.que ces contacts apparaissent avec Il' plus dl' netteté".' dirigeant mais aussi avoir maintenu l'originalité df' I. Paris 1926.6I..287).~ sur l'intérêt des études onomastiques pour l'histoire de la colonisatlon macédonienne l'n Ori.. p. diserNp puisqu'aussi bien jusqu'en 141l17. On ne connaît qu'un 8Pl11 cas où un personnage portant lin nom ~rf'C' n 'nit pu~ lin prrf' ~rl·l· ••• 1. sinon exclusive. tout IIU I()o~ de lu pi>rioclf' hellènistique.. L 'étude df' t01l1'4 ('f'!oO dor-ument-. paraissent non seulement avoir t'onl'lt'rvl> h-ur rôl. L'ur examen révèle à la fois la permanence de I'usag» de la langue gr .9H()-H7 If'. ont pu. les conclusions de Le Rider sur la liste danthroponymos fp.. que tient J'('I{>ml'nt &Cff'C' dana Ijl \if' munk-ipule d" la cité .... le seul type 'llll' nous rent-ontrions étant dû selon toute probabilité autant à l'initiative dAntioehos IV qu'à 1'. en-dehors de Geras.21l0).

un seul (n? II date de la période séleucide (195 av .d'un nombre croissant de Syriens dans la population: "Un afflux constant de sang indigène métissait de plus en plus les vieilles familles macédoniennes".chap. à côté des émissions où figure la déesse nicéphore assise. Mais le type des personnages qui se sont faits peindre au premier siècle dans le temple des dieux palmyréniens est nettement sémitique" (p. on peut citer une autre série montrant une déesse (probablement la même 1debout.è. Cumont se rapportent à la période entre 6 av.XXV sq. L'une des erreurs de Cumont a été de généraliser cet exemple. 1.présente de fortes spécificités: il convient de rappeler en particulier que "rien n'atteste la qualité de colonie ou de polis grecque trop aisément attribuée à Orchoi". "Une ville de la Babylonie aèleuoide d'après les contrats cunéiformes" dans Etudes d'Histoire Ancienne. L'on en conclura que les cultes orientaux ont fait à Séleucie du Tigre beaucoup plus tôt qu'à Suse partie du culte officiel" (p.3.è. les conclusions de F.3391 . Au surplus. araméenne ou même perse plutôt qu'hellénique". Ce qui est sûr. on voit "se multiplier les appellations sémitiques.n.. p... sur les 9 papyri présentés. à partir du règne d'Antiochos IV. (cf.343). c'est que "des Grecs sont venus se fixer" et qu'ils s'y sont peut-être constitués en politeuma l71• G. et l'histoire de cette ville de l'Euphrate nous fait mieux comprendre quelle fut la destinée des colonies grecques semées en pays sémitique ou iranien".ï. Il convient donc de ne pas accorder une importance hors de proportion au grand nombre d'anthroponymes grecs ou macédoniens. p. Cumont -sur lesquelles on reviendra en détail plus tard.2921. Sarkhisian (8) a (7) Voir A. se reproduisit certainement dans beaucoup d'autres cités. et l'époque des Sévères (cf. Le sang barbare dominait dans la noblesse plus encore que l'onomastique n'en témoigne.. ) les fils de Syriens tendent à les imiter. Par ailleurs. Cumont n'hésitait pas à préciser que cette évolution fut rapide (p. tenaient à marquer leur supériorité en rappelant par leurs noms leur origine hellénique et (. écrit Cumont (p.p.] et aucun des autres n'est antérieur au 1er siècle av.ne s'appliquent qu'à Doura parthe puis romaine (cf.V}.è.n. Il n'est pas question d'opposer brutalement les conclusions et observations de G.XLV et XLVI).XLIVI. Cumont. puisqu'il écrivait : "Cette décomposition intérieure. AAH 22 (1974). Le Rider oppose Suse et son "indifférence officielle à l'égard du panthéon oriental" à Séleucie du Tigre "où. même si leur mère était de la race autochtone.p. car les descendants des premiers colons. Rien n'indique avec certitude a priori que l'évolution a été identique dans toutes les fondations gréco-macédoniennes: par exemple. coiffée d'un polos. Qui plus est. Le cas d'UruklOrchoi L'exemple d'Uruk -quant à lui. concernant les dieux orientaux. En toute rigueur.è.495-503. et tenant une corne d'abondance. (81 "Greek personnel names inUrnk and the Greeco-Bebyloniece prohlem ".XLVI. Le Rider et celles de F.Kh..n. Dans le même temps "les inscriptions nous montrent la noblesse de la colonie fort entichée de sa qualité et très férue de sa généalogie et de ses alliances" (p. On voit ainsi combien l'élément indigène avait pénétré jusque dans l'aristocratie de la colonie macédonienne. - 266- . Paris 119671.Aymard.. la documentation de Doura est bien postérieure à celle de Suse/Séleucie : les 134 textes épigraphiques analysés par F. G. car "même les indigènes traduisirent souvent leurs noms dans une langue qui était celle de l'aristocratie" (p. XLIV 1qui poursuit: "Des alliances répétées avec les héritières du pays avaient produit une lignée qui était arabe. 178-21J.. voire au 1er siècle de n.

Lipinski dans Ribliotheca Orientalis XXXVII/l-2 09801." 1121 (9) Sur les problèmes méthodologiques posés par l'étude de l'onomastique en Babylonic 8()U~ domination achéménide. p. précise A. ce qui d'ailleurs confirme leM vues exprimées ailleurs {voir note précédente} selon lesquelles la diffusion d'une onomastique grèco-macèdonlenne est liée à la diffusion d'un peuplement gréoo-macédonien.91 Ivoir également C. Selon L. no) Sur cette restriction. pour les Orientaux par l'adoption d'un nom grec (parfois accolé à leur nom origineIl ? Par exemple.dépouillé plus d'une centaine de documents d'affaires d'Uruk séleucide . à Uruk on voit même un roi séleucide intervenir pour conférer un nom grec à un haut fonctionnaire babylonien (1). Nomll indiKènell danlJ l'Asie Mineure gréco-romaine I. affirme que son second nom (Nikarchos] lui a été personnellement conféré par Antloehos III. 2°) Règne d'Antiochos III : rapprochement avec la classe dominante locale et intégration dans l'organisation urukite. p. p.. Dans ces conditions. II. selon F.3·121. Dans quelle mesure les noms grecs de Suse (et d'ailleurs) désignent-ils réellement des émigrants grecs (ou des descendants directs d'èmigrantal puisqu'aussi bien l'hellénisation se marquait (9) -ou pouvait se marquer 1101. OMS II.485 sq : l'onomastique d'Hanisn révèlf~ un milieu "ethniquement homogène "l'anthroponymie exclut une colonie grecque à Hanlsa" fr. p. p. p. puis disparition quasi totale à partir des années 130. ces noms grecs.89. Sigrist dans Rev. p. Mariages mixtes. au nombre de quarante-huit. DÉMOGRAPHIE. voir en particulier R.Cardascia. Adoption de noms grecs par des Urukites . {Ll] Aymard. ONOMASTIQUE..ô. 4° Epoque arsacide : amenuisement du nombre de noms grecs.Rohert. - 267- . qui. les noms grecs sont présents dans quinze contrats et dans deux inscriptions de construction . Les Archives des Murashu !Paris 1951).206 et Sarkhisian. Ils commencent à apparaître dans la période 224-191. Cumont. 1977. p.459 et E.528.505) alors même que l'hellénisation y est très marquée.Rib. "ils ont essaimé à mon avis toujours par des descendants des Macédoniens". voir le cas d'Hanisa en Cappadoce étudié par L. dena une inscription. Ayrnard. "des enfants d'indigènes prennent des noms grecs que n'avait certainement portés aucun de leurs ancêtres". le grand nombre de noms macédoniens n'est pas l'effet "d'une simple mode" .Robert.49B : il s'agit d'Annuballit. Zadok dans Israël Oriental SlUdies VII 119771. 3°) Milieu Ile s. : arrivée de colons grecs à Uruk. Paris (963). "aucune hésitation n'est permise lorsque le porteur d'un nom grec a des ascendants babyloniens et se rattache à l'un des grands ancêtres communs à la plupart des habitants d'Uruk nommés par les tablettes. Abondance de noms grecs chez les Urukites .ûis d'Annisu. ÉMIGRATION Il est connu depuis longtemps que l'utilisation des listes danthroponymes pose problème. Sarkisian a distingué quatre êtapes : 1 0) Début: les Grecs vivent probablement en colonie séparée sous ses propres lois. Tous les autres critères sont plus ou moins suspects. M. désignent soixante-neuf personnes. De même à Doura-Europos où. 1121 Aymard 201.

p.497-8.298) en reprenant un stéréotype polybien.5. "les Grecs qui s'étaient installés à Uruk antérieurement furent rejoints par un renfort considérable".1°) Tout d'abord... commente Launey (I. les friches s'expliquent moins par une dénatalité que par la concentration des terres (9). D'ailleurs. Launey recourt explicitement ou implicitement à l'argument a silentio : affirmer que l'immigration grecque se tarit vers 200. ce n'est pas en raison d'un manque de bras .. C'est pourquoi il convient de prendre avec beaucoup de précautions le passage si souvent cité de Polybe (XXXVI. - 270- .n. Si l'on suit au contraire maintenant les analyses de Sarkhisian (17). la Crète a possédé une puissance démographique considérable.200 est loin d'être générale.. p. Besançon-Paris (1978). la Crète: "Il paraît hors de doute que .2751. Dans un monde qu'épuise la dépopulation. 2°1 D'autre part. et il note ce qu'il appelle arbitrairement une exception. puisque vers le milieu du Ile siècle av . par exemple 1. c'est en raison d'une très grave crise des rapports sociaux qui a touché de nombreux paysans et qui les a rendus disponibles pour l'émigration.. Le rapport direct entre crise socio-politique et émigration avait déjà été clairement exposé par Isocrate à Philippe (20). nombre des explications couramment avancées procèdent d'une vision mécaniste des déplacements de populations: le 'sous-peuplement' ou le 'surpeuplement' de l'Europe ne doivent pas être analysés du seul point de vue de la démographie quantitative (ce d'autant que personne n'ignore les lacunes de la documentation).par les vastes étendues d'Asie (considérées comme l'espace vital de l'Europe 1). Launey doit bien admettre que cette date c. Klio 60/1 (19781.17. le moins que l'on (17) Art. 501-2. la Crète échappe à cette maladie. c'est extrapoler à partir d'une documentation qui devient muette. elle n'aurait pas fourni tant de soldats sans un fort excès de population" (l. p. (20) Cf. on observera que l'exemple d'Uruk conduit à des conclusions radicalement opposées. Sans doute.cit. p. p. (9) Voir justes remarques en ce sens d'Edo Will. Or. op. mais bien plutôt du point de vue de la démographie sociale.162-3.Brulé.pendant la période qui nous occupe. (l8) Voir là-dessus les justes remarques critiques de P. ou avant et après Alexandre. p.-8) parlant de l'oliganthropie générale en Grèce: si tant de terres sont laissées incultes.275). mais cette 'exception' crétoise n'est-elle pas due pour une part également à une abondance exceptionnelle de la documentation 1 Il est de même insuffisant de faire référence à la nostalgie des Crétois pour "la vie rude et libre" qu'ils menaient dans leur île pour conclure que leur émigration était presque toujours temporaire (18) ! Cette même règle générale posée au départ amène Launey à considérer comme inexplicable ce qu'il croit être une dépopulation très brutale de l'Etolie : "brutalité étolienne". ce n'est évidemment pas en raison d'un surpeuplement absolu. bien qu'il en connaisse parfaitement les dangers (cf.78-79. Je veux dire par là qu'il est absurde de raisonner comme si un 'trop-plein' de population en Europe était attiré -comme par gravité. en d'autres termes.514-5.è. La piraterie crétoise hellénistique.cit. Si la Grèce a fourni tant d'émigrants à l'époque archaïque.

(22) Id. p. loc.1. voir les remarques d'Edo Will. HeUenistic Athen». Ed.I.112. (24) Le meilleur exemple est le décret analysé ci-dessous..ë. etc .Orth.. Deux éléments.322 : .65 et n. London (1911). à mon sens. . d'une façon générale. Colonies 63-64. Chapter IV ("Tbe distribution of the kleroe"]. Des isolés n'auraient jamais pu s'établir en squatters sur des terres royales ou sur des terres civiques: c'est le roi qui concède des lots de terres (26).puisse dire. Will parle "cl 'un ramassis de prolétaires. 1251 Voir aussi le texte cité par Ferguson. 1 prête (résignée. lorsqu'un roi (ou une cité) avait besoin d'un contingent de colons. cf.. Klio 60/1 (1978). Mllnchen 1977. - 271- .235·255. Cohen. p.. A propos des relations entre Antiochos et Magnésie. En bref. ponr ne citer que deux cas parmi d'autres. sur les interprétations proposées par W.n. Koniglicher Machtsanspruch und stëdischer Freiheù. les remarques d'Edo Will. ne lui firent pas accueillir avec faveur cette ponction opérée Mur son corps civique". Seleucid colonies. dans les cités d'Europe et d'Asie Mineure 1231. n..66. aussi Klio 60/1 (978). ) à tenter l'aventure de l'émigration définitive outremer.. il s'adressait à une cité 1241 ou à un chef. cf. exilée. c'est la conjonction des deux réalités (population grecque prête à l'exil. Cohen.cit. M. la présence d'une masse de population (appauvrie.71. p.KAHPOI A1JOPOI llIFAO 77 (977). (23) A propos de l'origine sociale des colons venus de Magnésie à Antioche de Pereide [voir el-dessous].d'une part.6. proscrite. sont déterminants en réalité pour comprendre la dynamique de l'émigration grecque en Orient : -à . cr. Cf. appel royal) qui crée la dynamique des flux d'émigration en Orient. A propos du texte de Julien (Misopognon 362cl. L'enrôlement d'un contingent de colons ne devait pas être très différent du rassemblement d'une troupe de mercenaires effectué par un xénologue royal (251. beaucoup plus que les taux de natalité et de mortalité en Europe et dans les cités micrasiatiques. contrainte. dont témoigne par exemple la fréquence du slogan du "partage des terres" : que l'on songe à la crise sociale qui secoue l'Etolie en 206/4 1211 0u à celle que connaît la Béotie entre 213 et 188 (22). (26) Sur le kleroe. la volonté politique des rois de continuer à faire appel à l'immigration grecque. c'est lui aussi qui concède des exemptions d'impôts aux nouveaux colons (27).Feyel. c'est que les cités de la Grèce hellénistique continuent d'être traversées par les luttes de classes. Mais. RPh LIlI (1979).. Qu'il y ait eu des émigrations "sauvages" ne saurait faire de doute.d'autre part. Polybe et l'histoire de la Béotie au Ile s.eu. pour lequel la déportation en Perside représentait en fait une promotion économique et sociale".. n. L'un des textes les plus remarquables est le décret bien connu d'Antioche de Perside (Bushir?) qui nous apprend l'arrivée dans la cité d'un contingent de (21) Polybe XIII.On peut se demander si des conditions sociales particulières. Paris 1942.. p. (27) Cf. en Orient.l·2.Gascou·. p. on verra en dernier lieu la discussion de J.58 .. la chute du taux de reproduction supposer qu'elle pat être prouvéene pourrait pas être considérée à elle seule comme une preuve. déchue des droits politiques. XX.. Bref. que nous ignorons.3 .

ov Cf. Il est également probable que la colonie grecque de Suse installée par Seleucos 1 est venue d'Ephèse (3]) .328-330.Robert (34)_ sont caractéristiques de la volonté des Séleucides de créer des villes grecques. Strabon (29) nous apprend par exemple qu'Antioche de Pisidie a été peuplée par des colons venus de Magnésie du Méandre. En effet. p. (29) XII. : "Je crois pouvoir montrer un jour qu'Athènes envoya des colons dans ces lointains parages".6" rëv .les émigrants ne viennent pas seulement de Grèce d'Europe: les cités d'Asie (pour ne pas parler des îles) ont fourni également un courant d'émigration important.. "Ces textes -commente L. . comme lors de la fondation. Il est même probable qu'un contingent athénien s 'est établi dans cette cité des bords du Golfe Persique (321 . l'initiative du peuplement/repeuplement est venue du roi. mais aussi d'un contingent envoyé par les villes d'Ionie (30). Cet exemple présente un intérêt d'autant plus grand qu'il se réfère non pas à une première installation. tremblement de terre ou volonté stratégique du roi).L . P.0 OU"UUE€a8UL "CO" 51'I\!O'" (34) Laodicée. ils ont envoyé des hommes en nombre suffisant et distingués par leur valeur.8.14: ""<LOU.) - 272- . p. les plus "excentriques" (par rapport à la Mer Hellénique] ont pu maintenir voire renforcer leur population d'origine grecque. traduction L. (3]) tu«.Magnètes du Méandre. Antiochos Sôter ayant eu à coeur d'accroître notre ville qui porte son nom. (33) Le décret emploie l'expression: O'UvaUE"oa. Mdy"n"CE\. le stratège Korragoe fi '8 cessé "cl 'appliquer ~f'~ soins et sa bonne volonté à accroître la prospérité du peuple e t c .lorsque. Ici.330 (Italiques L. une cité a besoin de renforts. Le texte porte en effet: "Auparavant. mais à un renfort envoyé dans une cité neuve pleinement constituée. Laodicée. (30) LcRobert. et d'installer des citoyens de vieilles villes grecques en Phrygie. n. pour comparaison le décret trouvé à Brousse (M. lignes 14·20.R. dans le dénuement". Ce texte suscite quelques réflexions dans le cadre du thème qui nous occupe ici : . Lors de la fondation de Laodikè du Lykos -par Antiochos 1 ou Antiochos II . p.même les cités les plus éloignées. Etudes Il. et en Pisidie et jusque dans la région du Golfe Persique ". il est logique que (28) OGIS 233. pour une raison ou une autre (33) (épidémie. on voit qu'il n'est pas question de faire appel à la population indigène.7J~i25) : "Les citoyens se trouvant par l'effet de la guerre.IO (32) Ibid. les cités grecques constituant l'un des supports essentiels de la domination du roi. Laodicée.wV 6f'1u. ils ont voté des résolutions belles et glorieuses.on connaît la présence non seulement de Macédoniens.Holleaux.Robert. Av"t LOXt.330.. dans leur zèle pour contribuer à augmenter le peuple d'Antioche" (281. . et ayant envoyé une ambassade chez eux au sujet de l'envoi de colons (peri apoikiasl. et après avoir fait des voeux et des sacrifices.

1089) Une exception cependant. discussion dans le Chapitre 1 de mon livre Etat et Pasteurs au Moyell. à savoir que le caractère minoritaire des communautés européennes était un fait structurel dès le début de la conquête et de l'occupation armée. de la M5H (Paris) et Cambridge V. par l'existence d'un flux constant (quoique d'importance quantitative valable] de nouveaux émigrants. sans parler d'un recul général de l'activité et d'un alanguissement de l'individu et de la race. 3°) Ces mêmes raisonnements mécanistes sont produits tant par F. p. peut-être un siècle de plus que les Grecs une résistance physiologique capable de maintenir tant bien que mal leur importance numérique. elle n'est donc pas explicable par les lois de la physique newtonienne! M. aucune preuve déterminante n'est avancée. (sous-presse).l'intérêt des rois et celui des minorités européennes se rejoignent dans leur commun souci de maintenir leur commune domination et celle-ci passait. Qui plus est. ou parce que ces Européens ne sont pas doués pour proliférer sous des climats trop chauds. ou parce que les unions inévitables avec les Orientales diluent el effacent peu à peu les qualités propres de la race et de la culture. il n'était sans doute donc possible d'apporter nul remède" (II. d'où l'attirance pour les comparaisons entre les mouvements des populations orientales et l'inlassable mouvement des mers: 'L'Océan asiatique". Launey pour expliquer l'affaiblissement relatif de la population grécomacédonienne face aux Orientaux.. d'après Launey : les Macédoniens purent résiter plus longtemps que d'autres aux "altérations raciales". cl 'un type à demi colonial déjà [ital.P.]. Si 'reconquête indigène' il y eut.10881 ! De telles interprétations suscitent bien des critiques. pour une part. - 273- . l'auteur se réfugie derrière des affirmations parsemées de poncifs coloniaux et racistes hérités de l'Antiquité: "Dans les colonies militaires fondées en Egyple et en Orient par Alexandre et ses successeurs. mais les colonies macédoniennes ne résistèrent pas à la "submersion". ils semblent avoir gardé. fût-ce au prix de multiples métissages" (JI. 1088).Launey souligne par ailleurs l'impossibilité des communautés grécomacédoniennes d'Orient et d'Egypte d'assurer leur reproduction biologique.e. Mais. les Grecs disparaissent graduellement des documents. ils sont souvent sous-tendus par des considérations européocentriques d'où un certain racisme n'est pas exclu. Je n'insisterai pas ici sur l'évidente assimilation entre la situation des Gréco-Macédoniens dans le ProcheOrient hellénistique et celle des Européens dans les colonies afro-asiatiques des XIXe (35) Cf. Cumont que par M.B. Inutile de multiplier les citations aquatiques (35) : ce type de raisonnement est irrecevable : non seulement parce qu'il est conduit sur des présupposés idéologiques présentés comme des preuves' mais ausi parce qu'il fait l'impasse sur une réalité fondamentale.p. face à la "marée indigène".P. ont fini par "submerger les i1ôts européens" . plus proches de l'état de barbarie: P. "le flux des allogènes". les rois doivent élever des "digues". Ed. On retrouve d'abord une représentation chère aux auteurs de l'Antiquité: les barbares constituent "une masse innombrable". Au mal physiologique qui atteint les Européens fixés SOU8 un ciel plus chaud. et jusqu'à la conscience ethnique" fil.]. La raison? Parce que "plus vulnérables sans doute sous le rapport de la culture [i.B. qui se traduit à la fois par une diminution de fécondité et par un accroissement de la mortalité.Orient ancien.

P.Bernard dans Fouilles d'AI'Khanoum 1 (MD AFA XXII. voir en dernier lieu L. la vigueur du mouvement de colonisation en Asie Centrale pendant la première moitié du Ille siècle (40) témoigne elle aussi que les villes les plus éloignées restèrent irriguées par un flux d'immigrants.XLIII appelle "l'altération de la race dominante") est développée 'par L. p. (421 Là-dessus.283·292. que les colons amènent leurs dieux dans la cité qu'ils viennent renforcer. D'ailleurs. (38) L. Paris 1972. Cléarque a donc traversé tout l'Orient séleucide. p.l08. visitant certainement d'autres communautés grecques. (40) P. puisqu'il est écrit que le peuple d'Antioche "vénère les dieux communs de lui-même et des Magnètes". Ceux-ci sont qualifiés de "parents et amis du peuple d'Antioche".Robert (39).Robert Laodicée. Beaucoup de cités d'Asie se sont rattachées à des cités-soeurs d'Europe grâce à des "légendes de fondations" bien agencées (42) .on notera également.les liens entre la Grèce d'Europe et d'Asie Mineure et les communautés grecques de l'Asie profonde se manifestent d'autres façons. A l'époque hellénistique comme à l'époque achéménide. et qui s'est intéressé en particulier aux cultures des peuples d'Asie. L'idée coloniale en France 1871-1914. p. la volonté de conserver les traditions culturelles grecques (361 Cf.et XXe siècles (36). On voit par exemple. p. après un débarquement probable à Séleucie.330. le fameux philosophe de Soles. qui a vécu fin IVe-début Ille. (41) L. R. . Robert.416·457. des maximes delphiques copiées à Delphes.Briant DHA V(979). - 274- .Robert. BCH 101 (977). p. Quelques remarques supplémentaires cependant ne sont pas inutiles : al l'isolement des communautés européennes "insulaires" dans l'''océan asiatique" est une image fantasmatique qui ne correspond pas à la réalité (ou du moins pas à une réalité universelle : la situation des Grecs de la chôre égyptienne n'est pas celle d'un Grec d'Alexandrie).Le Bon (La psychologie politique et la défense sociale. Paris 1890) et par le Dr G. p.330·33I. les déplacements et les voyages mettent en contact l'Egée et l'Orient profond : ne trouvet-on pas une communauté athénienne à Antioche de Perside (38) ? De cette circulation des Grecs jusqu'aux régions les plus reculées rend compte une inscription trouvée à Aï-Khanoum et commentée par L. (391 "De Delphes à l'Oxus. On y trouve. de même nature que ceux qui ont existé à l'époque archaïque entre colonie et métropole. si ce n'est pour remarquer que la dégénérescence d'un Civilisé plongé dans un milieu barbare est un topos antique récupéré par une certaine littérature coloniale contemporaine (37). Y est nommé Cléarque. CRA11968. C'est mieux qu'une simple formule (41). dans le décret d'Antioche de Perside. Paris (973). parmi les manifestations d'attachement des émigrés à la mère-patrie. Inscriptions grecques nouvelles de la Bactriane". gravées. au moins pendant les périodes où les rois eux-mêmes contrôlent les territoires en question . Laodicée. Paris 1910) : cl. (37) La thèse de la dégénérescence des sociétés européennes en contact avec les "indigènes" (ce que Cumont.de Saussure (Psychologie de la colonisation française dans ses rapports aeec les sociétés indigènes. L'envoi de contingents fait naître des rapports très étroits.Girardet. .

qui vivent avec des captives indigènes. C'est même une telIe situation qui serait curieuse: nous l'avons vu. à mon sens. Noms indigènes.80 s'opposant explicitement à Cumont: "There is no evidence of progressive vernacularisation or iIletaracy even in the third century". p. p.455. Par exemple dans des régions très éloignées de la Grèce :à Aï-Khanoum. CRAI 1968. (47) Même si. isolé. Colonies. Corpus des ordonnances des Ptolémées.12. Bien entendu. bien entendu. nous avons au moins un texte qui lève toute (43) L. écriture et institutions grecques ont pu prospérer sans qu'il y ait eu apport de population grecque par colonisation (461 .(langue et écriture par exemple). Rien ne permet d 'affirmer ni de laisser entendre que les colons grecs viennent s'installer en Orient sans femmes. dansStudie.Ch. "The population of Roman Dura". (451 C. Bruxelles 1962. cette thèse doit être pour le moins nuancée (471.25J-274. qui s'étiole ou s'asphyxie. WeIles dans Studies Johnson (951) p. (44) ta. En tout cas. nO 22. Le cas d'Hanisa en Cappadoce montre que langue. il n'est pas question de nier la réalité des unions entre soldats grécomacédoniens et femmes prises dans les populations proche-orientales conquises: le texte le plus clair est incontestablement le prostagma de Ptolémée II sur J'ordre de recensement des indigènes asservis (M. p. Il n'en reste pas moins qu'il paraît excessif de parler de l'isolement des communautés européennes du Proche-Orient. Il est largement. en particulier p.455 sq.Lenger. n'auront pas à les déclarer". nombre de documents cités se rapportent à la haute époque hellénistique.B. librement irrigué" (43) .B.136-140 : cf. surtout pour des villes proches ou relativement proches des rivages méditerranéens. JA 1958. in Roman economic and social History in honor of A.34-37. Vatin. d'autres membres de cette même famille ont pu s'embarquer et venir grossir le contingent européen. le grec reste exceUent (45). une proposition qui a à peine besoin d'être prouvée.Welles. toutes ces observations n'ont pas la même valeur. l'hellénisme de l'Arachosie'' participe à la vie générale de l'Hellénisme . où il se ratatine et se sclérose" (44) . aussi Cohen. (481 Voir sur ce sujet C.263 : Cl. p.262. même si les femmes sont le plus souvent absentes des documents de colonisation (mais sont-elles plus présentes ailleurs?) (481.Johnson Princeton (1951). Launey et d'autres est que le "dépérissement" des communautés européennes était inéluctable en raison de la nécessité des mariages mixtes. b) L'un des arguments de Cumont. il ne s 'est pas confiné sans relations dans un coin perdu. ils sont rassemblés selon des critères définis par des recruteurs royaux: peut-on imaginer que les rois et leurs recruteurs n 'étaient pas intimement persuadés que des femmes et des filles grecques devaient venir elles aussi pour permettre la survie de la nouvelle cité? C'est même là. "ce n'est pas un hellénisme des confins. (46) Voir L. lignes 16·20) : "Les soldats et autres catoeques établis en Syrie et en Phénicie. n. beaucoup de contingents viennent à l'appel des rois. même à Doura-Europos.Robert. d'autre part. p. Recherches sur le mariage et la condition de la femme mariée à l'époque helléni. D'autant que les rares documents dont nous disposons n 'ont trait qu 'aux opérations de colonisation officielle (à l'initiative du roi ou d'une ville) : on peut supposer aussi qu'à l'appel de membres d'une famille qui s'est installée dans une cité orientale. Mais.Robert. Paris (1970). T. ceux-ci étant rendus nécessaires par l'absence de femmes lors de la colonisation. p.tique. - 275- .

cl. p.. 162-1631 les faiblesse de la thèse de Launey sur le caractère temporaire de l'émigration crétoise. ni celle de Sarkhisian pour la communauté grecque d'Uruk: le premier a montré que les Grecs de Suse étaient restés une communauté homogène. Dès lors.Le Rider pour Suse.rapporte au peuplement chypriote pré-macédonien. p. les modalités du transfert (49) Excellente analyse du texte par P. voir L. soeurs et fils accompagnaient partout les mercenaires dans les "bagages" (SOl. Les rois.. ûbersetzt und kommentiert). Freihurg 1919.Brulé. p. filles et soeurs. bien qu'implantés fermement dans l'île. IlI. les dieux de Chypre. Il me semble que l'exemple d'Antioche de Syrie conduit également à penser que l'immigration européenne (ou micro-asiatique) ne s'est pas tarie brutalement au cours du Ille siècle. (Eingleitet. Der Antiochikos Libsnios. sans nul doute. ce sont au total peut-être 3 à 4000 personnes qui ont quitté la Crète sans espoir de retour (49). avaient été pris du désir violent d'aller s'installer à Antioche ( "0 ""Ilo ue rot anocv 1. Antiochos décide d'installer une colonie judéenne en Asie Mineure. Selon Libanios (XI. - 276- . soit bien après la date limite fixée par les études de Launey. disa. fils. Hugi. à la fin du décret. Colonies. p. Nouvelle politographie de Crétois à Milet en 223/2 : là encore les hommes sont accompagnés de leurs familles.168. Sur leur demande pressante. (52) Downey.1.165-170 qui souligne (p.88-89 (sans envisager l'interprétation proposée ici) juge que l'histoire se. L'installation de cultes chypriotes à Antioche sous Antiochos Il (261-247/6) correspond très probablement à l'arrivée d'un contingent venu de la grande île voisine (52). figure une liste d'une quarantaine de noms de colons: leur famille est présente: femmes. c'est celui des Crétois de Milet: aux mercenaires crétois venus en 228/7. III. il précise bien dans sa lettre à Zeuxis que ce sont deux mille familles (oikial qui seront déportées en Asie Mineure (511. par exemple. Antioche envoya consulter l'oracle de Delphes. et le second a montré que la survie de la communauté grecque d'Uruk s'explique pour une part par l'introduction d'importants renforts grecs vers le milieu du Ile s.34. n'avaient pas une politique différente: lorsque.ambiguïté. L'EXEMPLE D'ANTIOCHE DE SYRIE Il me semble donc que ni les résultats ni les interprétations de Launey et de Cumont ne peuvent être utilisés pour infirmer d'entrée les résultats de l'enquête onomastique de G. Plusieurs indices conduisent à cette interprétation. p. Il est probable que ces femmes. filles. (50) Ibid.5-9 .lll) (531. Antioch. Milet accorde la citoyenneté et le droit de propriété foncière. (53) Sur ce texte. dont la réponse fut apparemment favorable. Piraterie. mais qu'elle s'est maintenue jusqu'en plein Ile siècle grâce à une politique constante des rois séleucides. (SI) Texte et commentaire dans Cohen.

3.Bresson. p. III. Fouilles d'Aï-Khenoum 0973). III. et leur concéda des terres (60).... p.. Lihanios f§ 119J écrit en effet: npOOKQTQOKEOOC.91. résolvant ainsi la contradiction existant entre Strabon XVI. Bernard. même à l'époque hellénistique (57).2. fondations de ville. (57) Id. femmes. Antioch p. Pour un Séleucide.L'extension de la ville et l'édification d'un nouveau quartier dans une île de l'Oronte sous Seleucos II (246-226) (58) rend compte certainement de l'accroissement de la population d 'Antioche (59). La phrase est claire. - 277- . L. (55) Voir l'excellente analyse d'A. p. Analyse de la Vile Olympique de Pindare. les Mégariens. (59) Downey. p.331 : "Les colons. p. Brulé.5.tout comme le faisaient à l'époque de la colonisation archaïque. Il convient d'ajouter qu'Apollon est également le dieu de la dynastie séleucide et qu 'Antioche elle-même a été fondée il la suite d'un oracle de j'Apollon de Delphes: "Ce recours il Delpbes entre bien dans la politique de.9I..Downey.295-296 et tout le développement des p. Laodicée.Robert. mais on ne doit pas en conclure qu'il n 'y ft pas un fait réel à l'arrière-plan.. (56) Cf.19. sans que l'on puisse dire avec certitude d'où venait ce nouveau peuplement. p.2. Ce nouveau quartier fut probablement terminé par Antiochos III qui y poursuivit l'accueil des immigrants.E:TaL v évoc uèv 'EÀÀnVLKOV dodywv. par les Séleucides .(particulièrement difficile et délicat) furent prises en charge par le roi lui-même 1541.17-2I. Mythe et contradiction. - (223-187) (61) (54) Ibid. les Milésiens. n. et je n'arrive pas à bien comprendre I'hypercriticisme de Downey jugeant que Libanios a simplement voulu assigner à ses compatriotes l'origine la plus noble (62). p.165-168.5 [Seieukos Il) et Libanios 119 (Antiochos III). . au Ille siècle.293-309). (60) Voir P. 112-113. Apollon était il la fois l'ancêtre divin de la famille et le dieu archégète traditionnel de la colonisation par son oracle de Delphes" IL. Piraterie. (61) G. les Pariens et les autres". Laodicée. la consultation de l'oracle de Delphes est habituelle. où l'installation des dieux à Rhodes est décrite sous forme d'une répartition de lots coloniaux 1551.Robert. Au surplus.92 : même s'il est vrai que Lihanios cherche à rehausser le prestige de ses compatriotes. Besançon-Paris 0979). Milet accueillit plusieurs milliers de Crétois (hommes. .225. (58) Strabon XVI. Que Lihanios l'ait déguisé sous forme d'une légende aitiologique religieuse n'a rien qui puisse étonner: l'histoire est insérée dans un long développement (§ IlO-1l7J de cette nature: on pourra rappeler à cet égard le précédent de la VIle Olympique de Pindare. Tout le récit fait irrésistiblement penser aux modalités de l'envoi d'une apoikia. enfants) sur son sol. puisque à peu près à la même date (entre 22817 et 223/2). il est normal que les nouveaux colons amènent leurs dieux avec eux (56). dans P. (62) Downey. Enfin. c'est là l'une des règles du genre de l'Eloge. On peut simplement noter que les candidats-colons ne devaient pas manquer. apportaient leurs dieux dans la nouvelle ville et s'assuraient de leur protection par la continuation du culte. 2.

. . des îles et des villes d'Asie Mineure a continué d'irriguer les cités du royaume séleucide tout au long du Ille siècle et pendant une grande partie du Ile siècle. il faut admettre que l'immigration venue d'Europe.4. à l'exclusion de l'Europe car. le texte de la "procession de Daphné" en 167 (Downey p.684 n. Silpios 1641. Epiphaneia. Raisonnement spécieux. et d'autre part que l'initiative est venue du roi qui.93 anciens).Enfin. Crète. BREF BILAN DE LA DISCUSSION Faut-il le redire. p. paradoxalement. un nouveau quartier.Il n'y a pas de raison contraignante pour repousser les informations de Libanios (quel que soit l'usage que voulut en faire l'orateur l.91 (66) tue. Il ne fait pas de doute non plus que la permanence de ce courant d'émigration est dû pour une large part à une politique appliquée consciemment par les rois séleucides avec pour objectif de conserver aux (63) G.521 aux textes - 278- . (67) Cf.2. fut édifié par Antiochos IV (175-163) sur les pentes du Mt. p.2) juge qu'il s'agit de vétérans des campagnes d'Antiochos III contre Rome j mais le texte de Libanios n'impose pas cette datation. On notera au contraire l'accentuation des crises sociales en Grèce à cette époque. ce qui correspondait très prohablement à un nouvel accroissement de population (65). la tâche des Séleucides fut facilitée par le rétrécissement spatial (à partir de 188) de leur royaume qui devint exclusivement sis sur les rivages méditerranéens. a introduit lui-même des nouveaux contingents européens 1631. à savoir que d'une part les immigrants proviennent de pays et cités grecs (Etolie. probablement soucieux de conserver et d'affermir le caractère grec de sa capitale. p. On a surtout voulu montrer que les documents actuellement disponibles ne permettent pas de considérer que les villes hellénistiques d'Orient sont passées progressivement (et encore moins rapidement] sous la domination d'une couche sociale ethniquement mixte.5 (65) Downey. Ce qui n'exclut pas évidemment également une origine micro-asiatique partielle des dits colons. Downey juge que ces nouveaux colons ont dû venir d'Asie Mineure. G.93-94 Ide même Launey l. Downey. Eubée). En réalité. p. écrit-il "l'Empire séleucide était coupé de l'Egée. et aucun colon ne semble être venu en Syrie" (66). l'étude présentée ici n'avait pas pour objectif de proposer des réponses fermes et complètes aux questions posées au départ et dont beaucoup restent ouvertes. On pourrait même suggérer que. 111.97 avec références (n. (641 Strabon XVI. car aucune clause du traité d'Apamée n'interdit l'arrivée de colons dans les villes séleucides de Syrie. en particulier en Béotie entre 213 et 188 ou la reprise de la guerre civile en Etolie en 174/3 : il ne fait pas de doute qu'il y avait en Grèce une masse de déracinés prêts à s'embarquer pour un royaume dont la renommée de richesse et de fertilité devait être toujours aussi vivace (67). IV.

Il est possible qu'en même temps Séleukos IV ait concédé des terres à la cité (70). la documentation actuellement disponible laisse supposer qu'elles ont tout au plus tenu un rôle d'appoint (711.Holleaux. Etudes III. Sur les Iraniens à Ar-Khanoum voir mes remarques dans ASNP IX/4 (1979). - 279- . Atkinson "The Seleucids and the Greek cilies 01 Western Asia Minor".1401-1402.55. traduction française et commentaire par M. Aristolochos. obtienne la politeia. (691 montre qu'à cette date l'accès à la citoyenneté n'est pas chose aisée.T. (70) Hypothèse présentée par Atkinson. Pierre BRIANT Université de Toulouse-le Mirail (68) Voir l'article très suggestif deK.que les "élites indigènes" ont été complètement laissées à l'écart de l'exercice du pouvoir: mais.n. car il a rendu de grands services au roi et à la cité et qu "'il a pris la résolution de venir y [Séleucie] habiter tkatoikeseinï". p. (71) Il est bien clair également qu'il faudrait pouvoir mener des études régionales. Antichton 2 (1968). et que les autorités civiques restent très vigilantes. on voit encore se manifester clairement cette communauté d'intérêt entre les rois séleucides et les élites grecques de leurs villes syriennes. p. Il faut que le roi lui-même intervienne directement pour que l'un de ses "amis". On peut rueut-être rapprocher cette politique de la pratique de concession de terres aux cités 681. Toujours est-il qu'à cette date.M. p. Cette constatation n'implique pas -évidemment. Un décret de Séleucie de Piérie de 186 av.Gréco-Macédoniens la domination sur les cités du royaume.è. car les propositions que l'on peul faire pour les cités de la "Macédolne syrienne" ne peuvent être étendues mécaniquement à tous les cas. (69) Publication. p.32-57.I99·254.

publicistes et historiens œuvrent à exalter le précédent romain. M.IMPÉRIALISMES ANTIQUES ET IDÉOLOGIE COLONIALE DANS LAFRANCE CONTEMPORAINE: ALEXANDRE LE GRAND MODÈLE COLONIAL Nous présentons cet article sous une forme inhabituelle dans notre revue. En 1931. Droysen. fait une rapide allusion à la colonisation menée par Alexandre en Iran oriental : il est vrai que l'auteur était un remarquable connaisseur des textes anciens. et un historien de l'Antiquité romaine comme Gaston Boissier se fait le héraut d'une France rendant à l'Algérie et à la Tunisie la paix et la prospérité romaines. Violette ressort le même argument face à ses opposants : la colonisation «est un phénomène aussi ancien que l'humanité». - 281 - . En France. pour des raisons et selon des modalités que l'on n'étudiera pas ici. La Rédaction I. celui de M. les défenseurs des indigènes au contraire soulignent Ia richesse et la diversité de la civilisation celtique. les tenants de l'expansion coloniale exaltent l'œuvre de Rome en Gaule. comme le souligne le célèbre Leroy-Beaulieu dans un article de la Revuedes-Deux-Mondes en 1912. en 1877. De son côté. avec un apparat critique très réduit. LA MISE EN PLACE D'UN NOUVEAU MODÈLE Tous les manuels de colonisation qui fleurissent en France aux XIxe et XXe siècles consacrent quelques pages aux précédents antiques. proclame 1. De même. Face à l'omniprésente référence romaine. au Congrès de la Ligue des Droits de l'homme. voire les Egyptiens et les Assyriens. parmi lesquels surtout: les Phéniciens. 291. véritable ·Voir no-tes p. qui finalement n'a pas cru devoir le publier. travaille à montrer «l'influence des colonies sur la grandeur et la prospérité des empires d'après l'expérience». «Les origines de la colonisation remontent au berceau même du genre humain». Les enseignements de l'Histoire prouvent que la France doit se lancer dans une hardie politique d'expansion coloniale. et l'Abbé Raboisson. Il avait été commandé et accepté par la rédaction de L'Histoire. Parmi tous les manuels de colonisation. les Grecs et les Romains. Dubois (professeur de géographie coloniale à la Sorbonne). Duval en 1864. Disons que la place que tient l'Algérie dans la politique française y est pour beaucoup. un seul à ma connaissance. les rappels de l'œuvre colonisatrice d'Alexandre le Grand en Asie sont fort rares.

si le vice ne l'avait pas corrompu. commerce et colonisation. Droysen y insistait sur les immenses répercussions économiques de la conquête. D'une manière générale..les jugements restrictifs sur la moralité d'Alexandre disparaissent. plus difficile que la victoire des armes. on insiste sur sa politique de mise en valeur des territoires conquis. qui conclut sur le grand mouvement des affaires - 282- . économique. cette évolution de la thématique ne s'explique pas par un bouleversement des connaissances.. Jusque vers 1890 en effet. à ses yeux. Les références positives à Alexandre restent également très minoritaires dans les manuels scolaires des débuts de la me République (1). «il y a dans les événements de l'époque hellénistique plus qu'un aliment pour les loisirs laborieux de l'érudition» . Parallèlement. à partir des années 20 en particulier . géographique. sur «le travail pacifique qui.la fondation de villes qui «restent aujourd'hui les métropoles de l'Asie». était de vouloir conserver la liberté qu'ils avaient reçue de leurs aïeux». Puis. On exalte au contraire son œuvre de transformation positive de l'Asie. 1883). écrit-il vers 1880. «il n'est pas un conquérant vulgaire». vers 1890-1000 environ. car.où l'histoire de la Grèce et de l'Orient est enseignée en Sixième . Cette œuvre est présentée sous trois rubriques: politique. et dont une édition postérieure fut traduite en français en 1883 sous le titre Histoire de l'Hellenisme. La conquête macédonienne «marque une étape dans l'histoire de la géographie». dont l'œuvre est traduite en France en 1867. Ce sont là des mérites reconnus non seulement par un admirateur de la Macédoine comme l'était Droysen. En effet.. les manuels associent constamment géographie. ce qui y domine. U mérite plus de blâme que d'éloge». ce sont les jugements sur la personnalité d'Alexandre. grâce à : -l'extension de l'irrigation. mais aussi par un partisan de la démocratie athénienne. comme le montre le petit livre sur Alexandre écrit par un certain Van den Berg dans la Bibliothèque des Ecoles et des Familles (<<Biographie des Hommes Illustres») (2e éd.284 P. -l'essor du commerce. il n'en mérite pas moins une place très élevée parmi les civilisateurs». qui parut en allemand en 1833. lié très étroitement aux précédents : c'est l'œuvre d'explorateur et de géographe. D'une manière très significative. BRIANT créateur de l'hellénisme. Or. champion) de la civilisation». à la suite de Droysen. comme l'était l'historien britannique Grote. ne dédaigne pas le dialogue entre le présent et le passé. et il loue au contraire la grandeur et la générosité de la politique d'Alexandre en la matière. ces jugements sur l'homme prennent moins d'importance au profit de l'exaltation de son œuvre constructive : en effet. Hachette.. . Un manuel de 1883 condamne même les guerres menées par le Macédonien contre certains peuples «dont le crime. il porte un regard sans complaisance sur «les désolantes monstruosités dues aux systèmes de colonisation où se sont essayées depuis trois sièclesles nations chrétiennes de l'Europe». louent la volonté du conquérant de promouvoir une politique de fusion entre vainqueurs et vaincus. les manuels portent un regard critique au nom d'une certaine morale bourgeoise: «Alexandre magnanime et généreux aurait servi d'exemple. si «on peut lui reprocher plus d'un acte de violence et de cruauté. Les interprétations de ces auteurs sont largement diffusées dans le public. Enfin. La plupart des thèmes avaient déjà été mis en place par Droysen dans son Histoire d'Alexandre le Grand. Tous les auteurs. Il est le «soldat (pionnier.. Dernier volet. devait les justifier en en consolidant les résultats et assurer leur avenir»..

l'élévation du niveau matériel et moral des peuples soumis. C'est à travers ce prisme idéologique qu'Alexandre est réinterprété et inséré dans l'enseignement. le développement des relations commerciales. Ces programmes établissent. et que se fait «la conquête de l'opinion» autour de quelques thèmes simples (2). Alexandre est considéré comme le promoteur d'une généreuse politique d'assimilation. aujourd'hui surtout. il représente le «progrès». car les Perses «laissaient dormir leurs trésors» . La colonisation favorise l'expansion économique et commerciale (entendue selon les normes de l'économie libérale) : avant Alexandre. pour être vieille de plus de deux mille ans. fondation de villes. à tel point qu' «il pourrait encore aujourd'hui servir de modèle à nos coloniaux» écrit Marcel Griaule en 1946. puis en Sixième (Programmes 1937). Alexandre est intégré dans une histoire continue de la civilisation. etc. mais un moyen d'étendre la civilisation .. expression particulièrement suggestive : la guerre et la conquête ne sont pas un but en soi. l'Asie était «immobile». Le Macédonien est donc présenté comme un précurseur de «la solution la plus sage et la plus durable dans ses effets : le protectorat. que l'«idée coloniale» prend corps en France. l'extension de la civilisation grecque et les progrès de la science. si des thèmes déjà connus sont repris et ressassés à partir du début du xxe siècle surtout. dont une part est consacrée à «La découverte du Monde» : cn classe de Seconde (Programmes 1902).DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 285 en Asie. nous trouvons une confirmation éclatante dans un article consacré à «Alexandre le Grand colonisateur». non sans opposition. L'objet de l'article est ainsi défini par son auteur: «Nous demanderons au héros macédonien une leçon de colonisation qui. - 283- . voyages d'exploration. En définitive. «par l'intermédiaire de Rome. LE RENFORT DE LA GEOGRAPHIE COLONIALE Dans ce processus de récupération idéologique. dans la pratique au moins. nous allons la mettre en pra tique au Maroc». 195-212). vers 1890-1900.renforce la cohérence du discours colonial. seul de tous les peuples européens. En même temps.deviennent opératoires pour prouver que la France. à en faire des collaborateurs». L'argumentation s'appuie sur une thématique déjà traditionnelle : fusion des races. La conquête macédonienne de l'Asie est en effet présente également dans l'enseignement de la géographie. Au fond. est néanmoins. et. en même temps qu'ils la structurent. construction de routes. extension du commerce. Tous les précédents . la géographie et les géographes ont joué un rôle spécifique qu'il convient de définir et de préciser. l'histoire de l'Antiquité . par la colonisation. il est clair qu'Alexandre a choisi «la méthode la plus humaine consistant à associer les habitants de l'exploitation à leur propre territoire. Ainsi.. c'est-à-dire de l'Occident. et qu'elle veut favoriser. L'œuvre d'Alexandre a été reprise et poursuivie par Rome.prise comme référence et exemple qui s'imposent à tous sans discussion . c'est qu'ils s'intègrent heureusement dans l'idéologie coloniale en voie de constitution. C'est assez tardivement en effet. De cette attention nouvelle accordée au précédent d'Alexandre. pour nous. nous en avons nous-mêmes recueilli l'héritage». elle aussi. le Macêdonien «réveille» l'Asie. La Revue Hebdomadaire. paru sous la plume du Commandant Reynaud dans une publication de grande diffusion. En réalité.et non plus seulement celui de César et de Rome . Et. en date du Il avril 1914 (p. est désintéressée. d'une brûlante actualité». II. d'où la volonté d'en faire un «soldat de la civilisation».de même que l'épée de Bugeaud permet le travail de la charrue.

. sans qu'ils fassent de lointains détours et sans qu'ils soient à la merci de princes mahométans ou barbares qui entravent les communications». puisqu'ils se trouvent sur le trajet des explorateurs-conquérants. . BRIANT une coupure à la fois factice et efficace. étendant les limites du monde connu.. Il s'agit avant tout d'étudier le contact de deux types de peuples appelés à s'associer dans une colonie: l'un avancé. creusant des canaux d'Irrigation. Demangeon ne fait guère que rassembler dans un "corps de doctrine" des idées et des interprétations qui. D'où la place focale accordée à l'expansion commerciale. Le programme de géographie de Sixième (1937) comporte un chapitre sur l'histoire des communications. «route naturelle» et la «route construite. Demangeon étudie successivement: .286 P. .»). Mais. . Le thème de la route.. en particulier. ce qui est la tâche de l'Histoire. ce qui est la tâche de la géographie régionale.la recherche et l'enquête scientifique. la codification de thèses et d'opinions éparses et diverses constitue à elle seule un signe qu'il convient de ne pas négliger.les moyens de transport (<<C'est l'Ingénieur plutôt que le soldat qui fraie la voie au colon» ). seurs d'Empires. les Romains». au cours de laquelle «les peuples civilisés se sont préoccupés de remplacer les pistes par des routes». que c'est à travers les rubriques de la géographie colontale que le précédent d'Alexandre s'impose dans les mass-media. . Un autre manuel de géographie distingue la. L'opposition piste/route y est une réalité dès l'Antiquité. en bref par tous les bâtis.en bref: le premier conquérant venu d'Occident à éveiller l'Asie au progrès économique. On a là l'expression traditionnelle de l'argumentation impérialiste qui transforme les agressés en agresseurs. Puis. n'ont rien d'original ni de nouveau. «il faut des routes qui conduisent nos voyageurs jusque dans le centre de l'Afrique. en tout cas. L'opposition entre la piste-sentier (peuplades arriérées) et la route (peuples développés et colonisateurs) est en effet un des thèmes privilégiés de tous les manuels d'histoire-géographie. selon Albert Demangeon. prises isolément. Comme l'écrit un certain Berlioux dans la Revue de Géographie de 1879. nt de décrire les pays. la chaussée empierrée. déversant une masse énorme de numéraire en Orient.. . Le Macédonien apparaît de plus en plus comme le prototype du grand héros colontal ouvrant des routes. déjà employée par les Chinois. Cette séparation des tâches entre historiens et géographes répond parfaitement aux objectifs que. Il suppose que l'on prenne possession du domaine colonial par l'esprit.. A. Ce faisant.. D'où la place centrale accordée par les manuels et les ouvrages de - 284- . ».les travaux d'Irrigation (qui «créent de nouveaux foyers humanité»).les capitaux britanntques. Les géographes ont beaucoup fait. analysant les «armes de la colonisation britannique». car «la vocation coloniale est fille de l'esprit commercial» et «le marchand est le pionnier de la colonisation». (<<L'art de coloniser ne consiste pas seulement en une brutale appropriation des richesses. (3) doit se fixer la discipline qu'il définit sous l'expression de géographie coloniale : «Il ne s'agit ni de raconter la conquête. entre la guerre-conquëte (histoire) et l'exploration-mise en valeur (géographie).. les Incas. pour populariser le thème du constructeur de routes. l'autre isolé. Il est clair.

cette antithèse pistes/routes est présente égaiement tout au long de l'enseignement de l'histoire dans les classes primaires. Si l'enfant passe en Sixième. Au sommeil (piste-isolement) succéda le progrès (routes-étapes) . D'une manière très générale. et ils soulignent l'intérêt des routes pour le commerce et la pacification.Ia géographie fut au service des impérialismes. Une série de termes parlants . Dubois.soulignés ici ... et donc que la construction d'un réseau routier protégé par l'armée permit d'anéantir le brigandage. les auteurs insistent sur l'aspect novateur de ce réseau de communications. auteur de nombreux ouvrages sur la colonisation et professeur de géographie coloniale à la Sorbonne.. suppose encore qu'on prenne possession du domaine colonial par l'esprit». avant Alexandre.. sous Darius. fait écho celle de René Grousset: «Alexandre se rend maître du monde en le découvrant». ancien disciple de Fustel de Coulanges. quitte à nier l'existence de routes dans l'empire perse : «Pour éviter que les provinces continuassent à vivre dans l'isolement. pavées de dalles». Le renouveau des études géographiques s'inscrit en effet dans une perspective de redressement militaire et d'expansion coloniale. on se rend compte mieux encore qu'Alexandre est de plus en plus accaparé par les géographes coloniaux. Des ponts de pierre remplacèrent le passage à gué des rivières capricieuses» (4). passé à la géographie sous l'Influence de Ritter. Le thème de l'exploration géographique Si l'on considère maintenant le thème de l'exploration géographique. qui écrivait sous Auguste : «La géographie tout entière est orientée vers la pratique du gouvernement. il n'y a donc pas de solution de continuité.DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 287 vulgarisation à l'ouverture de routes par Alexandre en Asie. chez les nations. surtout si l'Instituteur prend soin d'établir le rapprochement. Conception politico-rrulitaire de la géographie directement héritée de Strabon. de postes de garde pour écarter les nomades pillards.rythment et orientent la lecture: tous visent à enraciner l'Idée selon laquelle. On ne saurait être plus clair: dès l'Antiquité . Les routes de caravanes furent coupées de relais d'étapes. sa situation relative. ait publié en 1891 une étude remarquée sur Strabon. l'Asie était à la fois désunie et en léthargie économique. dépend le plus souvent de l'importance de leurs relations extérieures». aux «voles romaines. de caravansérails. De César à Gallieni. A la déclaration de Demangeon : «L'art de coloniser. Le même type de présentation est adopté dans le chapitre traitant de l'œuvre de Gallieni au Tonkin. au désordre (nomades pillards-rivières capricieuses) succéda l'ordre (postes de garde-ponts de pierre). écrit Emile Levasseur dans un mémoire - 285- . la présentation que les manuels donnent d'Alexandre s'intègre donc tout naturellement dans un schéma d'explication d'autant plus acceptable qu'il est présenté comme universel par l'histoire et par la géographie : les conquêtes coloniales sont tout à la fois inéluctables (puisque de tous les temps et de tous les pays) et bienfaisantes pour les peuples conquis (puisqu'elles leurs procurent la paix et le progrès). Il n'est pas étonnant que M. Il serait plus facile de prendre en main un pays si l'on connaissait ses dimensions. se limitait à quelques pistes essentielles . larges.. les particularités originales de son climat et de sa nature». Or. Les manuels opposent systématiquement les sentiers gaulois «étroits et raboteux». .. il développe largement le réseau routier qui. «Le goût des études géographiques.

Les expéditions d'Alexandre marquent une de ces grandes époques.. Tous les grands conquérants doivent donc être de bons «géographes» au sens où l'entendait Strabon. En effet. et ils le comparent volontiers à Christophe Colomb. ce qu'indique d'ailleurs l'exemple de Gallieni. qui se flattait lui-même d'être «un fervent de la géographie». on comprend cette déclaration de l'illustre Vivien de Saint-Martin en 1873 : «Les expéditions d'Alexandre . Picard salue «les maîtres de cette science qui s'impose avec une égale autorité aux chefs de nos armées.F. Dans une adresse à L. aux directeurs de notre commerce. Les auteurs de ces ouvrages présentent la conquête macédonienne comme une «exploratton« ou «un voyage de découvertes». rénovateur de l'Asie». li est clair que le thème «Alexandre. etc. Grousset dans une phrase digne de figurer dans une anthologie de la littérature coloniale : «C'est comme fondé de pouvoir de la science grecque qu'Alexandre s'avance toujours plus loin». La guerre a d'ailleurs des exigences qui profitent tout particulièrement à la géographie» ! L'ouvrage de Vivien de Saint-Martln n'est que le premier d'une longue série d'Histoires des grandes découvertes (ou -des explorations. Ils louent «la curiosité scientifique» d'Alexandre ou «ses préoccupations géographiques». puisque «déjà il se faisait suivre en Asie par un corps d'ingénieurs chargés de dresser la carte des pays conquis» . le sénateur E. Gautier dans une monographie sur Alexandre en 1939. au sens pratique du terme. «et ce n'est pas la moins importante» (Vivien de Saint-Martin). qui. un colonisateur». Drapeyron proclame en 1877 : «La topographie est le roc et l'argile sur lesquels doit être élevée une géographie sérieuse».. En effet. BRIANT sur «L'étude et l'enseignement de la géographie» rédigé en janvier 187l. soulignent avec insistance le rôle joué par les bérnatistes. «il est une grande différence entre les objets des explorateurs - 286- . L'essor de la géographie après 1871 s'explique en bonne part en effet par des considérations militaires. ou -des colonisations). historiens et géographes confondus. ou bien (en 1879) : «Nul n'est explorateur. mais au contraire. «il y a dans l'histoire des découvertes géographiques cinq ou six époques capitales qui ont particulièrement contribué au progrès de la connaissance du globe chez les peuples civilisés. Alexandre peut être considéré comme un précurseur. leur fonction militaire est passée sous silence : on les baptise des noms de «géographes». C'est donc surtout grâce à la géographie qu'Alexandre devint partie intégrante. le service topographique de l'armée prussienne ayant démontré sa supériorité. C'est pourquoi L. ne servirent pas moins la science que la civilisatlon . D'une façon quasi générale. (1. de l'histoire de la colonisation européenne. toutes. consacrent quelques pages voire un chapitre à Alexandre. Dans ces conditions. au même titre que Rome. homme de science» rejoint le thème «Alexandre. fondateur de la Revue de Géographie (Explorations-Colonisation-Géographie scientifique et économique). à ce titre également. Ces officiers relevaient les distances..288 P. La conquête coloniale est justifiée par les «retombées bienfaisantes» sur les peuples soumis. aux ministres de notre diplomatie». «li n'a jamais été un destructeur. 1877). proclame le géographe E.. ce que rend admirablement R. L'insertion du Macédonien dans la thématique de la géographie coloniale permet encore de surévaluer son exemplarité et d'en revendiquer l'héritage. Or. On insiste sur «l'admirable état-major de savants» ou sur «la pléiade d'érudits» qui l'accompagnent Il est tout à fait caractéristique que les auteurs modernes. s'il n'est pas géographe». de «géomètres» ou de «topographes». Drapeyron. étaient chargés des études préliminaires avant les batailles et les expéditions.

nourris d'Antiquité. c'est aussi que ceux-ci paraissent procéder d'une lecture attentive des textes anciens. HISTOIRE-GIlOGRAPHIE/IDIlOLOGIE 1. De leur côté.». 2 . Sur la Fortune d'Alexandre. répondant aux impératifs idéologiques de la France coloniale. civiliser dans une course l'univers entier.Ainsi s'est élaborée une image d'Alexandre d'une remarquable cohérence et d'une grande efficacité. Il vient surtout «civiliser les rois barbares. Pour l'essentiel. L'efficace de leur discours repose essentiellement sur une structure binaire qui oppose un avant et un après de la conquête : la conquête et la colonisation permettent aux peuples soumis de passer de la barbarie à la civilisation. dans les thèmes privilégiés. l'histoire militaire et politique des peuples. li est d'ailleurs probable que le renfort de la géographie a permis aux historiens d'acquérir une «caution scientifique». tandis que leurs prédécesseurs recherchaient des résultats presque exclusivement matériels.Mais. et historiens et géographes se sont donné la main pour contribuer. - 28'7 - . li est remarquable par exemple que Droysen cite si souvent le petit opuscule de Plutarque. constituer des colonies grecques. si l'on en juge aux propos triomphalistes d'un L. et il triomphe de ces mœurs grossières et sauvages». à l'élaboration et à la diffusion de ce nouveau modèle colonial. D'autre part. au milieu des nations sauvages..DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 289 anciens et ceux des explorateurs modernes. puisque pour les Romains <d'amour de la science ne comptait que peu» ! m. On comprend mieux dès lors pourquoi et comment Alexandre est élevé au rang de modèle pour les coloniaux. dans une large mesure. les géographes. donc sur des documents historiques qui leur conféraient une autorité. ces matériaux ont été utilisés pour illustrer une cause à laquelle Droysen était loin de s'identifier. les formes variées de la civilisation et de la religion.. Dans l'opuscule déjà cité. si des générations d'historiens ont repris globalement les thèmes droyséniens. Ceux-ci ont été. établir la paix au milieu d'elles . les matériaux ont été puisés chez Droysen qui déjà mettait l'accent sur les conséquences heureuses des conquêtes d'Alexandre. Mais. Les manuels manifestent eux aussi une grande prédilection pour les citations de Plutarque. li veut «étendre sur les Barbares l'influence du commerce des Grecs. il constitue même un modèle plus efficace que Rome.. Telle était du moins l'opinion de nombreux géographes sur les rapports entre la géographie et les «autres sciences». Alexandre au contraire «comptait parmi les fruits de sa victoire la connaissance des faunes et des flores nouvelles» (5). a remporté d'éclatants succès sur des peuples sauvages. Il sème l'Asie d'institutions grecques.. dans l'unité et la différence... des idéalistes. On ne doit donc pas s'étonner de la permanence des thèmes depuis l'Antiquité. deux ont été imposés par les géographes coloniaux : celui de la route. chez les Grecs «le voyageur scientifique est une exception. les modifications des races et des langues. malgré de lourds handicaps matériels. leurs institutions politiques et sociales. Or. sont les héritiers directs des conceptions de Strabon. Strabon dans sa Géographie comme Plutarque dans la Fortune d'Alexandre comptent parmi les plus actifs diffuseurs de l'idéologie impérialiste macédonienne puis romaine. Tel est bien le schéma général sur lequel fonctionne la géohistoriographie d'Alexandre. sont presque inintelligibles». Drapeyron qui écrivait en 1877 : «Sans la géographie. L'amour de la science ne comptait que peu pour les Romains et aucunement pour les Phéniciens» . et plus encore celui de la découverte géographique pratiquement absent chez Droysen. Plutarque veut présenter l'image d'un roi-philosophe qui. Par certains aspects. d'une part.

en Allemagne particulièrement. 1950) . 1850 . répandant sur les nations des germes de justice et de paix». les seconds ont été forcés par leur vainqueur à devenir heureux» ! 3 . dont chacun a donné lieu à une recension dithyrambique - 288- . C'est dire que les préoccupations idéologiques rendent compte fondamentalement des contre-sens historiques sur Alexandre. Il est évident par exemple que l'étude de l'empire d'Alexandre et des royaumes hellénistiques ne peut être menée à bien sans une analyse parallèle des structures politiques. et que pour la plupart des historiens «classiques».On ne peut pas ne pas être frappé par l'extraordinaire stérilisation qu'impose à la recherche et à l'enseignement le recours à des modèles officiels. J'en veux pour preuve l'orientation «héroïque» de deux livres réccnunent parus sous les plumes notoires de Jacques Benoist-Méchin ct de Roger Peyrefitte. bien au contraire. 4 . Aujourd'hui. et l'idée fait son chemin selon laquelle la conquête de l'Asie n'a pas modifié fondamentalement les structures antérieures. économiques et sociales de l'Empire achéménide.reste un impératif du renouvellement de l'histoire d'Alexandre et de l'Asie hellénistique. alors même que par exemple l'expansion de l'agriculture irriguée sur le plateau iranien ou l'ouverture de voies terrestres et maritimes (liaison Méditerranée . le renversement des perspectives commence à s'opérer. «L'Égypte et une partie de l'Asie entrèrent dans l'histoire grecque». des historiens et des géographes ont joué un rôle non négligeable dans une vaste entreprise visant à nourrir et à cautionner l'idéologie coloniale contemporaine par la récupëration d'une idéologie antique fonctionnant sur des procédés discursifs analogues.Golfe Persique) remontent à Darius le Grand (522486). v.Dernière remarque : malgré les progrès réels enregistrés par la recherche.fort peu prisée en France . écrivait Seignobos en 1911. Elles ont en effet enraciné l'idée selon laquelle le «conquérant-géographe» a tout apporté à l'Asie. pour des raisons tenant fondamentalement à des préoccupations politico-idéologiques contemporaines. Renversement des perspectives qui doit beaucoup aux luttes anticolonialistes et à l'affermissement du Tiers-Monde. Il n'est donc pas excessif d'affirmer que la décolonisation de l'histoire de l'Empire perse . adoptant en cela l'opinion conunune de son temps: les pays colonisés n'entrent dans l'Histoire que par l'intermédiaire de la conquête européenne. au plan de l'interprétation globale. la conquête constitue un bien et un progrès pour les populations indigènes : «Ceux qui ont fui devant ses conquêtes ont été moins heureux que ceux qui se sont laissés soumettre par lui: car les premiers n'ont eu personne pour les arracher à leur déplorable existence. il est caractéristique que chez beaucoup d'orientalistes l'Empire perse est encore classé dans les mondes «périphériques». et donc qu'en quelque sorte l'histoire des Etats hellénistiques fait partie intégrante de l'Histoirede l'Orient. Or. Mals. Finalement.l'histoire perse n'existe que par les rapports qu'elle a entretenus avec l'histoire grecque. on en est resté à Droysen et on est donc revenu à Strabon et à Plutarque. Le changement de perspective procéde essentiellement de l'élaboration d'une problématique nouvelle. Non pas que rien n'ait été écrit sur Alexandre pendant un siècle (v.290 P. on doit constater que l'Alexandre des mass media reste fondamentalcment celui du héros colonial et celui d'une histoire faite par les «grands hommes». semer la Grèce en tous lieux. C'est assez dire que le préalable absolu d'un renouvellement en cours est dans un décryptage idéologique minutieux des textes anciens et de l'historiographie contemporaine.BRlANT découvrir les limites des mers et des terres pour appuyer la Macédoine contre l'Océan. En défuùtive. des travaux spécialisés ont fleuri en grand nombre.

Une biographie dionysiaque et passionnée.XII. 23.L'idéecolonlDleenFrtlnce {J87J·J962j. Enfin. p. WARMINGTON. Peyrefitte lui a consacré». phie a été dépouillée.XII. Ginette GuitardAuviste (22. Les explOrtlteun de l'Antiquité. 29. J'espère pour conclure que les pages qui précèdent contribueront. Le compte rendu publié par Gabriel Matzneff sur l'ouvrage de Peyrefitte est encore plus élogieux . - 289- . PERCHERON. Le Monde. l'auteur y est présenté «la tête ceinte de laurier» (comme son héros). CARY . p. Alexandre ressuscité par R. p. P. p. Puis 1972. Peyreffitte. ou bien: «Cette nature balsamique d'Alexandre adolescent est aussi celui du livre que R. ttude de géofIrtlphie coloni4ie.xU.DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 291 dans Le Monde. Lesconquénlnts de l'Asie. Les autres mass -media continuent également de véhiculer une vision proche. d'une histoire manipulée comme une arme et un soporifique idéologiques. un «livre admirable introduisant à l'Histoire par la grande porte.et ce n'est pas le moins important . L'historien doit bien remarquer cependant que le compte rendu de G. et on peut y lire des phrases surprenantes telles que : «C'est le livre des rêves et des passions adolescentes».l'orientation des nouveaux programmes de Sixième (1977) redonne vie à des conceptions périmées en privilégiant outrageusement les périodes d' «apogée» et les «grandshommes». 9-11. A. DEMANGEON. Vu par Benoist·Méchin. M. 22. Puis 1923. Pierre BRIANT • • NOTES (1) • • (2) (3) (4) (5) (6) Une collection de vingt-quatre manuels d'Histoire et de cinq manuels de géopa. Le météore Alexandre. le premier ayant même droit à la une. Puis (1932).22. Deux émissions de télévision sur Alexandre le Grand ont littéralement escamoté le débat de fond et ont offert à l'opinion publique une image caricaturale de l'Histoire en général. GUITARD-AUVISTE. celle des poètes». au travail en cours de démythification d'une Histoire polarisée sur les problèmes psychologiques et les ambitions des «héros». G. Matzneff est paru sous la rubrique «Histoire» dans un quotidien "culturel" par ailleurs fort discret sur des livres publiés par des historiens de l'Antiquité. MATZNEFF. 14) voit dans le premier une «interprétation fulgurante» . si bien qu'à feuilleter les «nouveaux» manuels scolaires on retire l'impression que l'Histoire de l'Antiquité se réduit à une série de cartes postales représentant les Pyramides ou le Parthénon.l976. 1 et 14 . Paris (1951).E. .1977.1976. G. de l'Histoire de l'Antiquité en particulier. Voir R. Le Monde.GIRAULT. César ou Alexandre. dans leur modeste mesure. L'Empire britœuJique. libre à chacun bien sûr d'écrire ce qu'Il veut sur le sujet qu'il a choisi de traiter. p.

1976. Paris 1977. XVI. De l'Empire à la décolonisation à travers les manuels scolaires français. 163-279. Alexandre le Grand (= Que sais-je 7) nO 622). Pol. La géographie ça sert. Re•. LACOSTE. à [aire !Il gue"e. Dialogues d'Histoire Ancienne. SEMIDEI. p. - 290- .. 1966. p. Besançon. et Il. d'abord. BRIANT. Y. fr. Paris 1976. 1974. 75-83. 2e éd. 56-87.. l. BRIANT M. p. Sc. P.292 Pour en savoir plus: P.

J. CONTINUITES ET RUPTURES. Paris). Sur le plan politique et culturel. véritable' père-fondateur' de l'Hellénisme en tant que période historique. 3. 1. tout au long de son oeuvre monumentale. Droysen.écrit-il 1 . 3.1.I. 334 marque en effet pour lui la naissance d'un Etat fort et puissant et d'une civilisation unique née de la fusion des peuples: Tandis que l'empire des Achéménides n'était qu'un agrégat de pays dont les populations n'avaient de commun entre elles que Communication présentée au VIIè Congrès de la F.79).DES ACHEMENIDES AUX ROIS HELLENISTIQUES. Les • Propositions' seront reprises sous une forme plus élaborée (et éventuellement réélaborée) dans le cadre plus large d'un livre en préparation sur l'Asie de Cyrus à Alexandre (à paraître chez A.9.marque dans l'Histoire du monde la fin d'une période et le début d'une ère nouvelle ». il opposa systématiquement l'état de l'Asie sous la domination du • despotisme achéménide ' à la situation nouvelle née de la conquête macédonienne. On peut considérer que la thèse de la rupture historique née de la conquête d'Alexandre en Asie remonte à J. Michel.E. 1883. Bouché-Leclercq) Paris (Histoire d'Alexandre le Grand). également. Le terme' Bilan' doit s'entendre en un double sens: un essai de prise en compte globale (mais non point exhaustive) des publications récentes touchant au thème en discussion (d'où la densité des notes infrapaginales). (Budapest. 1 Histoire de l'Hellénisme (traduction française sous la direction de A. « Le nom d'Alexandre . - 291- .G. Et. bilan de plusieurs années de recherches personnelles (d'où le grand nombre de références à celles-ci) dont les résultats partiels sont exposés dans des articles parus (ou à paraître) dans des revues et recueils dispersés.C. (Bilan et propositions) 1 Il ne sera peut-être pas inutile de commencer par un bref rappel historiographique du thème' continuités et ruptures " pour mieux en situer l'enjeu historique et théorique.

n'a-t-on jamais vu depuis l'influence d'un homme produire une transformation si soudaine. en renvoyant (n. de la mode 2. dut se relever et prospérer s. dont la domination perse avait sucé les forces comme un vampire. si profonde. 687-688. dont il songeât à se saisir et à emporter les lambeaux .. sur une étendue aussi immense »4. par une circulation de plus en plus rapide. Le schéma du discours plutarchéen est très simple: . 690. « Peut-être.. 1976. Fort. c'est que tous ces thèmes sont repris presque littéralement au petit opuscule de Plutarque «De Fortuna Alexandri ». sous ce rapport. 6 On verra en particulier p. 696. 1. en particulier 201-203.Or. . 163-258. Non. (Voir tout le développement des p. l'unité supérieure de la civilisation. la vie économique des peuples. il est facile de comprendre que le travail et le commerce les répandirent. par ce moyen. lorsqu'elle les laissa déborder de SOR sein. ce n'était pas en brigand qu'il avait parcouru l'Asie. où Droysen écrit. que cite fréquemment Droysen dans les pages auxquelles je viens de faire référence 6. Ibidem. De Alex. comme le coeur projette le sang. et le chapitre 1er de mon livre Etat et Pasteurs au MoyenOrient ancien (à paraître en 1980).. 5 Ibidem. II. D'autre part.8 que je cite: «En effet. à la suite d'un développement sur les échanges et les dépenses royales: «En voilà assez pour faire remarquer quelle importance eurent les succès d'Alexandre du point de vue économique"... à une seule forme de gouvernement l'univers entier. Ce qu'il m'apparaît utile de signaler. du goût. ce passage constitue une accumulation assez exceptionnelle de stéréotypes impérialistes gréco-romains: cf. car le conquérant était dans une situation d'infériorité tragique en hommes et en argent. 2 3 - 292- . 689-692. 4 Ibidem.. c'est Ibidem. à travers les membres longtemps ligaturés de l'empire. Quand [celui-ci] donna la volée à ces richesses jusqu'alors ensevelies. S'il a triomphé. mon étude dans DHA. Droysen soulignait tout particulièrement l'ampleur des « succès économiques d'Alexandre» 3. 4) simplement à PLUTARQUE. 692·700). les grandes réalisations du Macédonien ne dolvent pas s'analyser en termes militaires. Il ne voyait pas là une capture. et Droysen précisait: Un des ferments les plus énergiques qui travaillaient ce monde en voie de formation dut être la masse immense de métaux précieux que la conquête de l'Asie mit aux mains d'Alexandre . selon lui. il resta dans les contrées assimilées par l'Hellénisme. BRIANT la même servitude.mais.les victoires militaires d'Alexandre ne doivent pas être sous-estimées. une dépouille d'un bonheur inespéré. On pourrait multiplier les citations . il voulait assujettir à un seul mot d'ordre.. on voit comment. 690. dus surtout..1376 P.. à la mise en circulation des trésors perses. alors même qu'elles se furent séparées en plusieurs royaumes.

2. Si l'on étudie en effet de près les manuels d'enseignement en France sous la IIIè République. Ces ruptures sont particulièrement marquées sur le plan économique: le Macédonien apparaît de plus en plus comme le prototype du grand héros colonial. voir déjà Bouché-Leclercq. étendant les limites du monde connu. V. ouvrant des routes.DES ACHJlMÉNlDES AUX ROIS HELLÉNISTIQUES 1377 qu'il était un roi-philosophe. 8 Impérialismes antiques et idéologie coloniale dans la France contemporaine: Alexandre. déversant une masse énorme de numéraire en Orient. comme j'ai essayé de le montrer ailleurs 8. Et cette historiographie a encore accentué les ruptures qu'impose à l'Asie la conquête macédonienne assimilée par Plutarque à la conquête romaine et par l'historiographie européenne aux conquêtes coloniales et à l'expansion dévorante du capitalisme libéral. Son objectif était de civiliser les peuples barbares et sauvages. - 293- . III-XXXVI. Histoire. XL. AvantPropos à la traduction française de l'Histoire de l'Hellénisme. Il voulait l'unification du monde: le moyen en était l'urbanisation.contre les intentions de leur auteur . en particulier le chapitre V. les ouvrages de vulgarisation et les manuels de géographie coloniale de la même époque. Il n'est pas venu rapiner. en particulier X-XIII et. d'une manière plus argumentée. fondant des 7 Réflexions sur l'entité hellénistique. le Grand 'modèle colonial'. La regrettée Cl. En bref. mais pour lutter contre des peuples injustes. Sur j'influence hégélienne chez Droysen. BRAVO. la conquête d'Alexandre est analysée par Plutarque comme une oeuvre immense de dressage et d'acclimatation de populations barbares. Philologie. Philosophie de l'Histoire. I. Wroelaw-Varsovie-Cracovie (1968). Alexandre devient un précédent au service de l'idéologie coloniale européenne. Mais. on se rend compte que s'est diffusée pendant des décennies une thématique d'Alexandre fondée sur des stéréotypes coloniaux. CdE. si les thèses de Droysen ont eu l'immense écho que l'on sait.par l'historiographie impérialiste de l'Europe conquérante. DHA.G.8) devait déboucher sur une rupture brutale avec le passé achéménide. B. 129-139 (citation 136). 1965. «mêler les choses barbares aux choses de la Grèce. 1979. semer et répandre dans chaque nation la justice et la paix grecques ». creusant des canaux d'irrigation. Droysen historien de l'Antiquité. grâce aux bienfaits répandus par l'Aufkliirung hellénique. c'est aussi qu'elles furent récupérées . Cette conquête « des corps et des esprits» (1. Etude sur J. Préaux écrivait donc avec raison de la thèse de Droysen: «C'est du Plutarque coulé dans un moule hégélien » 7: 1.

LX. 12 CI. M. Je relèverai simplement . allem. considérée comme l'élément moteur de 1'« acculturation ».(dont certains ont été mis à mal depuis lors: celui de 1'« unité de l'humanité» en particulier) . JONES. Parmi d'autres thèmes plutarchéens . 1. H.). Il suffit également de lire les ouvrages de vulgarisation pour se rendre compte que cette présentation garde une très grande audience 11. un mélange de Cecil Rhodes et du Général Gordon ».1378 P. The Greeks and the Persians. 45. sur cet ouvrage. Oxford 1940. Tarn.comme singulièrement éminent . 1976. Ces rappels historiographiques ne s'inscrivent pas seulement dans un passé révolu. là-dessus P. BRIANT. 32. il écrivait par exemple: «Les cités grecques furent une faveur faite au paysan asiatique et tendirent à élever son statut» 13. 14 H. BRIANT villes nouvelles. Tarn a insisté sur la rupture apportée au statut et à la situation des paysans asiatiques par le biais de l'urbanisation. New York 1968. de supplanter les civilisations orientales qualifiées de 'réactionnaires' et 'archaïques' 10. 11 avril 1914. Alexandre le Grand colonisateur. Revue Hebdomadaire. 1978..pour reprendre l'heureuse expression d'E.« est le conquérant pénétré d'une mission civilisatrice . G. De cette actualité des thèmes plutarchéens dans la recherche récente. je trouve une manifestation dans les pages que H. éd. 58-59.. LXV.. Sa politique de collaboration avec les élites indigènes est également citée en exemple: un publiciste français de 1914 y voit même une justification du protectorat français sur le Maroc 9! Il serait fastidieux et inutile de citer tous les spécialistes de l'Histoire hellénistique qui ont contribué à la diffusion de l'idée selon laquelle la conquête de 334 a permis à la civilisation grecque. World.. II. sédentarisant des populations nomades belliqueuses . BENGTSON (éd. Giscard d'Estaing devant un cercle d'intellectuels à Mexico.le rôle joué en cela parW. dont l'Alexandre .W.3. voir aussi infra. Bengtson a naguère consacrées à Alexandre 14. REYNAUD.. 1965. 10 Les expressions sont de A. 13 Cf. considérée comme moderne et • up-to-date '. 195-212. 205·208 et Klio. Celui-ci y est non seulement présenté comme 9 Cf. The Greek cities [rorn Alexander to Iustinian. 1387. 11 Voir également l'image d'Alexandre dans la récente intervention du Président V. DRA. - 294- .. Badian 12 . en bref: le premier conquérant venu d'Occident à éveiller l'Asie (somnolente et léthargique) au progrès économique. 1971.

Sa vie et ses réalisations sont à la base de beaucoup de choses qui existent encore aujourd'hui. mais aussi comme le héros d'une Europe chrétienne. le travail décisif de l'Antiquité en train d'accomplir sa destinée. car dans la civilisation de l'Empire romain les contributions hellénistiques furent d'une importance considérable. La carrière 15 P. il n'y aurait probablement pas eu de culture mondiale grecque. c'est dans cette lutte même que se produit l'élément nouveau.DES ACHÉMÉNIDES AUX ROIS HELLÉNISTIQUES 1379 le rénovateur d'une économie asiatique stagnante 15. Or. 1965. Puis Droysen insiste sur la rencontre de l'hellénisme et du judaïsme: C'est maintenant que commence le dernier travail. Je cite d'abord un passage de l'introduction du livre (2): Sans Alexandre. Alexandre est considéré comme le point de départ d'une phase nouvelle de l'histoire de l'humanité centrée sur l'Europe. pas d'Imperium Romanum. Dans cette optique.à mon sens . 16 Les passages de Droysen cités ici sont empruntés à CL PRÉAUX. - 295- . qui aura la prépondérance définitive. and an extraordinary degree of prosperity followed '. il s'agit de savoir. celui qui s'affirme même dans les régions où ne peuvent se réaliser les formes de civilisation élaborées par la race grecque. sans l'Hellénisme. CdE. repris dans Les catégories en Histoire. s. Elles ne le furent pas moins en préparant la voie à la victoire finale du Christianisme en des communautés s'étendant de l'Irlande il l'Inde. XL.. à ce qu'il semble. Bruxelles. 17-27. Cette présentation fait donc d'Alexandre le deus ex machina et tout à la fois l'objet d'une histoire quasi-eschatologique. La parenté est évidente . Bengtson revient sur cette idée centrale dans la conclusion du chapitre consacré à « Alexandre et la conquête de l'Empire perse» (329): La montée du Christianisme et la diffusion de la civilisation islamique présupposent l'existence des efforts d'Alexandre.avec la téléologie hégélo-droysénienne 16: L'hellénisme est en fin de compte le mélange de l'élément hellénico-macédonien avec la vie locale et ethnique des autres pays. lequel des deux facteurs l'emportera. Réfle· xions sur l'entité hellénistique. 329: «Economie stagnation now was at end. 129-139.d. mars.

. C. Gesch. JHI. Bien entendu. 19601961. lung der Proâuktivkrâite und die gesetzmassige Abfolge der Gesellschaitjormationen (Berlin. GROSRICHARD. VENTURI. 19 J'ai essayé de faire le point là-dessus dans Forces productives. Le premier cours occidental sur la royauté achéménide. Orient et Perversion dans: En Marge. Class. c. il convient de joindre Platon (cf. il serait naïf et simplificateur d'affirmer ou de laisser entendre que le problème des continuités n'a été posé que dans une période très récente. Aristote ouvrait la porte à la malheureuse confusion entre gouvernement despotique et monarchies orientales qui passera dans I:habitus mental de l'Européen. BomWs. A propos d'Aristote. Paris 1979. CRISTOFINI. pour souligner combien cette vision de la conquête macédonienne d'une Asie despotique et somnolente s'intègre parfaitement dans l'histoire des mentalités collectives occidentales depuis au moins la Renaissance: mentalités traumatisées par la peur du Barbare qui vient de l'Est. il s'agit là d'une analyse tendancielle de la production historique. par exemple J. Voir également R. Journal of the Warburg and Courtauld Institute.. La fiction du despotisme asiatique dans l'Occident classique. z. Sur le mythe du 'despotisme asiatique'. 137-150 (peu d'information solide sur les recherches récentes). Structure du sérail. CARRIÈRE.". Rostovtzeff de la situation achémé17 Sur le sujet. 14-16 nov. 693 sgg. - 296- . XLII. 328-346. Stelling-Michaud (art. Beitr. Koebner dans les études citées à la note précédente. Pour être sûr (ou presque sûr!) d'être bien compris. Le mythe du despotisme oriental. 71-89. Ant. 1973. et de S. STELLING-MICHAUD. 18 Ce point est bien souligné par A.. et dominées par deux représentations fantasmatiques de l'Orient: la fiction du despotisme asiatique 17 (qui remonte au moins à Aristote) 18 et le mythe de la stagnation orientale 19.. Droysen lui-même n'a pas été insensible à quelques continuités. également F. 197. de caractère déterminant. surtout d'ordre administratif. Il âispotismo occidentale. l. 1978). Despot and âespotism: vicissitudes of a political term. depuis les Croisades contre l'Infidèle •. On relèvera comme plus important le souci exprimé par M. autres'. l'Empire Perse est choisi et présenté comme l'exemple-type du despotisme: cf.1380 P. 329) écrit: « . :li) Voir par exemple Hist. L'Occident et ses . 275-302. 239 et n.. 1963. Etat et mode de production tributaire dans l'Empire achéméniâe. 1977. /. Elle aurait donc besoin d'être complétée et nuancée.. Grosrichard et R. sur les deux «espèces mères. mais elles n'ont jamais revêtu. P. des institutions politiques) et Isocrate (dont la responsabilité est écrasante). 3. Hell. voir le livre incisif et stimulant d'A. 133-142.4. BRIANT s'achève quand le temps fut accompli dans l'apparition du dieu fait homme. à ses yeux. OrientaI Despotism. dans Die Entwick.. 1951. 458-472. XXIV. A Aristote. DELACAMPAGNE. je voudrais faire deux observations complémentaires: 1) D'abord.. Paris 1979. 16. III. Dès l'Antiquité. KOBBNER. Allg. en particulier Lois. XVIII. on verra les articles de R. Critica Marxista. 2) D'autre part. Schweiz. 1978. 686-7. DHA. XIV. CH. sous presse.

Kings. LeipzigBerlin 1910.cette thèse procédait surtout de la vision que Rostovtzeff avait de l'évolution du monde contemporain Zl: d'où sa fragilité. 5-20: voir infra. Wittfogel: cf. cette thèse est fortement mise en cause. 44-50. 1973. XLI. aujourd'hui. Rostovtzeff posait là avec lucidité le problème de ce que J. Paris 1973. On sait également que. SEHHW. et pour conclure à la continuité depuis la période achéménide jusqu'à la période attalide: cf. PRÉAux. 97-100. 231-252 (251). Rostovtzeff a soutenu la thèse des continuité féodales en Asie Mineure 26 mais en tenant un raisonnement dont le caractère fragile et contradictoire n'est plus à démontrer 11. 1976. Dans tous ces ouvrages l'auteur accordait une importance considérable (et erronnée) à PLUTARQUE. - 297- . P.2..".. VII. LXXV. Colomb de l'Antiquité. on le sait. ROSTOVTZEFF. Stud. CAB. Vidal-Naquet à la traduction française (Paris 1964). Eum. KREISSIG dans Terre et paysans dépendants dans les sociétés antiques (Colloque de Besançon 1971/). Dans une autre étude (Notes on the Economie policy of the Pergamene. 23 Voir H. 176-177. ROSTOVTZEFF. 1393. 2S Voir en particulier CL. dans plusieurs de ses ouvrages. 1515. Le Monde hellénistique. REA. Il n'est en aucune manière le C. 8: cf. 1. Paris 1979. LVIII. En d'autres termes. 21 M. 7.P. 97-100.DES ACHÉMÉNIDES AUX ROIS HELLÉNISTIQUES 1381 nide. :14 Ce sont des préoccupations du même ordre qui sont à la base de l'Oriental Despotism (1957) de K. 26 M. AHR. BRIANT. A cet égard. Actes 1971.on le sait .. La création de l'Empire perse rendit régulier et actif l'échange de marchandises entre les mondes» 21. Anab. 1. 1938. Paris 1973. 373-375. En réalité . Buckler " Manchester 1923. Rostovtzeff a été conduit à interpréter l'économie royale des Lagides comme une économie d'Etat planifiée. Weinberg appelle le Vorhellenismus 1. 80-89. c'est plutôt XilNOPHON. mes remarques dans Actes 1971. le très intéressant Avant-propos qu'avait donné P. dans «Anato!. il est fort regrettable que ses pages aient disparu du nouveau tirage (1977) au profit d'une' Introduction' de K. malgré l'ampleur impressionnante de la documentation (toujours fondamentale) mise en oeuvre.7 ss que Rostovtzelf prend comme référence de base pour reconstruire une société de nobles perses vivant dans des châteaux-forts et dirigeant de vastes exploitations. Wittfoge!. ROSTOWZEW. je relèverai d'abord une phrase de son article fameux de 1938: «Ce n'est pas Alexandre qui découvrit l'Orient . Les relations commerciales entre l'Orient et la Grèce avaient existé pendant des siècles. y compris par des savants qui l'avaient un temps reprise à leur compte 2:5. Rostovtzeff était également convaincu que l'époque hellénistique était caractérisée par l'expansion du capitalisme commercial en Orient et par le rôle économique moteur de la bourgeoisie grecque.8. 202. 359-390). Paris 1978. Antigone le Borgne. Studien zur Geschichte des rômischen Kolonates. M. 376 et n. The Hellenistic world and ifs economie development. III. Dans ce cadre. D'ailleurs.2 Klio. T! Cf.

1969. Moscou 1971. 31 Voir Kolonat. en France en particulier. 1973.M.que 28 Voir la remarquable mise au point de G. que. XVI. (Ces deux ouvrages ont donné naissance à deux importantes recensions dans EAZ. KRADER. 1975. EAZ. zum altorientalische Despotismus. Int. Ranoviè concluait . JO Dans l'étude citée supra.N. 1970). V. Actes 71. Sur le mode de production asiatiques. dans H.partiellement mais non moins paradoxalement en accord avec Tarn 32 . R. Torino 1974. dans lequel l'auteur prenait fermement position contre la thèse du panféodalisme (achéménide et hellénistique) développée en particulier par Rostowzew à la suite de M. et dans JfW. KACANOVSKIJ. MASSARAT. XIV. XXXIX. du recueil du CERM (1ère éd. en 1950. ABRAHAMIAN.. 185-205). 171·189. 1 (1979) de la revue Zamân (Paris). pour ma part. mondo antico e terza monâo (Inchiesta a cura di E. On peut dire que la prerrnere mise en cause globale de l'interprétation dominante est venue des historiens marxistes. Le premier historien à analyser les royaumes hellénistiques à l'aide des concepts de rapports sociaux de production et de mode de production fut le soviétique Ranovié qui. EAZ. Ein Kritik des Grunâsiormationen. Science and Society. 1975. Napoli 1979. 1975. contrairement à ce que pourrait laisser croire son titre. FUNCK. Montazami. Rabovladenie. X. 19. SOFRI. n. je caractérise sous le terme Mode de production tributaire (MPT). Middle East Studies. En revanche. 29 Voir en particulier Zwei Proâuktionsweisen 'die der kapitalischen vorgehen ' (These). MASSARAT. Einige Bernerkungen. Rarntin. 361-368. cf. P. K. Il semble d'ailleurs que depuis la publication. Joum. 1. 258. Hochschulmanuskript.1382 P. Gôttingen 1977. 129-156: égaiement M. Enfin. Je mentionne également que des sociologues et historiens iraniens s'intéressent de près au problème: E. Nikiforov. Weber 31 et popularisée par ses épigones.5. pour des raisons que j'ai exposées ailleurs JO. BRIANT. European [euâalism and Middle Eastern Despotism. Oriental despotism: the case of Qajar Iran. n. über der Dritte WeU (Geog. JI modo di proâuzione asiaticoi. il est fort peu question du MPA dans Marxisme. la question a fait l'objet d'importants travaux en URSS: voir J. Assen 1975). Hâmèd dans le nr. 3-31. le problème est beaucoup moins à l'ordre du jour (voir cependant L. publiait à Moscou un livre traduit à Berlin en 1958 sous le titre Der Hellenismus und seine geschitliche Rolle. ID. 1380. dénommé par Kreissig «Mode de production de l'Orient Ancien (Altorientalische Produktionsweise) » 29.). - 298- . Paris 1974. 5-125. Studien. Il faut d'ailleurs préciser que leur intervention dans le champ de l'histoire hellénistique s'insère dans le cadre théorique beaucoup plus vaste d'une discussion qui s'est développée dans les années 50 et 60 sur le concept de Mode de Production Asiatique (MPA) 28. Heft 4). 1974. (Recueil du CERM). 289·298. Flores). Moscou 1971 et Problemy âokapitalistëeskicn ob'c estv v stranacn Vostoka (V. 107. Vafadari et F. ASCHE . ed. Voir également les contributions de B. Voir également B. Gesellschaftliche Stagnation und die Asiatische Produktionsweise dargestellet am beispiel der iranischen Geschichte. The Asiatic mode of production. 32 Là-dessus. BRIANT 1. [eoâalizm ili aziatskii sposob proizvodstvaê.

p. C'est même un renversement complet des perspectives historiques qui est proposé. Pour Kreissig donc. J'ai moi-même essayé de montrer dans plusieurs études depuis 1971 la permanence du régime de la communauté villageoise en Asie achéménide et hellénistique 34. et l'époque hellénistique une phase particulière de l'Histoire de l'Orient (et non de l'Histoire de la Grèce). Bodin (sous presse depuis 1976! L'étude de Zamân constitue une version modifiée et mise à jour).und die Abhangigkeitesverhdltnisseï. (Die Eigentums. Je n'ai pas à résumer ici les travaux de H. Kreissig vient de faire heureusement le point làdessus dans un livre qui constitue la synthèse la plus achevée sur tous ces problèmes 33.DES ACHÉMÉNIDES AUX ROIS HELLÉNISTIQUES 1383 la conquête macédonienne marquait le début d'une rupture profonde avec la situation précédente. dans l'Asie hellénistique continue de dominer le Mode de Production de l'Orient ancien (Le. MPA ou MPT). 1980. s. on doit reconnaître que toute sa démarche restait profondément marquée par la fort peu dialectique théorie des « Cinq Stades» substituant le panesclavagisme au panféodalisme. - 299- . On voit donc le chemin parcouru depuis Droysen. ce sont les continuités qui sont déterminantes. H. en raison du développement en Asie de la propriété privée (liée à l'urbanisation) et des rapports de production esclavagistes. forces productives et mode de production tributaire en Asie. Précisons cependant qu'à une thèse rnonolithique des ruptures ne s'est pas substituée brutalement une thèse monolitique des continuités. Je rappellerai simplement sa conclusion (avec laquelle je suis en accord global): la conquête macédonienne n'a pas entraîné une' grécisation ' des infrastructures mais. Communautés ru· raies. En revanche. Soc. Villages et communautés villageoises d'Asie achéménide et hellénistique. 105-107. Zamân. 34 Actes 1971. Berlin 1978. l'Etat séleucide est un Etat de type' Orient ancien' et non de type grec. (Voir mon compte-rendu dans Klio.6. Rec. J. Communautés de base et 'Economie royale' en Asie achéménide et hellénistique. au plan du fonctionnement de la société globale. JESHO. LXII. II. 1975. XVIII. et au plan quan33 Wirtschaft und Gesellschaft im Seleukidenreich. 114-119. Je veux dire qu'il ne s'agit pas de nier les conséquences de la conquête d'Alexandre sur l'Histoire de l'Orient ni de rejeter toute idée de rupture. Kreissig que connaissent bien tous ceux qui s'intéressent à l'Asie hellénistique. Malgré le progrès incontestable que constituait le livre de Ranovië.). 1979 (sous presse). bien au contraire. achéménide. 165·188. /.

Origins and Background. on risque d'aboutir. d'une part. Dans le cas contraire. en particulier le don de vêtements. on notera également des similitudes avec le rite des fétiaux à Rome .ce qui ne veut pas dire pour autant qu'il faille assimiler rigoureusement tous ces rites. à une histoire de l' idée monarchique' dans l'Antiquité de Sumer à Rome. 1. Papers and Monographs of the American Academy in Rome. en effet . 189. ou à F. complexe et contradictoire. Early Christian and Byzantine political Philosophy. Voir également les saines réflexions de P. certaines formes de détention et d'exploitation qui apparaissent 3S Voir. On voit donc les précautions qu'il convient d'observer avant de parler d'. voir l'étude de B.comme je l'ai écrit ailleurs . il reste beaucoup de travail à faire: reste en particulier à mesurer le rythme et le poids des ruptures selon les temps et selon les lieux. Sur le problème de la terre royale. Menu écrivait fort lucidement 37: Je crois qu'il faut faire une distinction entre. D'autre part.. par exemple. un élément emprunté par une société A à une société B peut avoir une fonction différente en A et en B (les célèbres' bricolages '). ibiâ.. Bref il ne s'agit pas d'opposer d'une manière simpliste et mécaniste continuités à ruptures tant le réel historique est multiple. et un système n'est pas une addition de structures »: cf. Colloque de Cracovie 1977: L'idéologie monarchique dans l'Antiquité (sous presse).. également à rechercher si la conquête macédonienne n'a pas introduit de facteurs de dissolution qui agissent sur le long terme. LX.• on ne peut pas historiquement isoler une structure d'un système global de représentations idéologiques. pour ne prendre que l'exemple du lancement du javelot. Dunand. XXVI. 37 Dans Terre et paysans dépendants . 45·56. emprunt »: et.. Rome 1977. FEARS. FUNCK. R. Traitant des problèmes des continuités en Egypte Iagide. par exemple. dans laquelle chaque étape est définie tautologiquement comme empruntant à celle qui la précède et léguant à celle qui la suit 36. 36 Je pense en particulier à l'étude récente de J. Il ne suffit donc pas de décrire isolément des 'structures élémentaires' communes à A et à B: il faut les replacer dans une globalité historique qui a sa cohérence. les convergences idéologiques entre la monarchie macédonienne et la monarchie perse: le rite de lancement du javelot (ou de la lance) comme prise de possession d'un territoire. les dons royaux. B. une fois posées ces premières conclusions . Princeps a diis electus: The divine election of the Emperor as a politicaJ concept at Rome. (1979). Washington 1966. Mais.1384 P. DVORNIK.qui elles-même sont constamment en procès de révision . Lévêque et de F. 1978. BRIANT titatif et au plan qualitatif. Klio. Il convient donc d'abord de distinguer emprunt et convergence 35. 194-196. - 300- .

- 301- .il faut bien le constater . au contraire. les institutions qui. il s'agit d'une sorte d'alibi méthodologique plus que d'une véritable analyse li Voir par exemple P.au plan de la recherche . II Mais. de tracer quelques perspectives de recherche. avec H. XXXIII.toutes écoles de pensée confondues . Ce qui impose. respectées par les souverains lagides. M. que la période hellénistique en Asie est une phase particulière de l'Histoire de l'Orient. 77-90). de bien connaitre l'Asie dans laquelle s'est effectuée la conquête macédonienne. 1. la lacune la plus évidente et la plus paradoxale dans l'historiographie contemporaine .entre les études achéménides et les études hellénistiques. Kreissig. 1940. On retrouve un tableau. Il. Cette coupure devient encore plus préjudiciable aux progrès de la recherche dès lors que l'on admet. Le paradoxe est d'autant plus apparent qu'il est reconnu depuis longtemps li qu'une bonne connaissance des structures achéménides est indispensable à une bonne compréhension des réalités hellénistiques (et vice-versa d'ailleurs). procèdent les unes des autres ou bien ont continué à exister après la conquête macédonienne. JUNGE. simplement parce que certaines conditions favorables se trouvent réunies ou parce qu'elles correspondent à la configuration de l'Egypte et. U convient aussi de mettre en lumière leurs lacunes et leurs insuffisances: ou. d'autre part. si l'on veut. Klio.d'une manière générale.I. Rostovtzeff n'a pas manqué de dresser un tableau de l'Empire perse en 334. par exemple.réside sans aucun doute dans la coupure qui continue d'exister .DES ACII&ŒNIDES AUX ROIS IIIllUNISTIQUES 1385 à des intervalles parfois très éloignés. au début de toutes les monographies consacrées à Alexandre.les apports très novateurs des discussions récentes (et moins récentes). à l'évidence. plus ou moins sommaire. si l'on doit analyser . Mais . à partir de ce bilan très largement positif. A mes yeux. Au début de sa SEHHW (I.comme je viens de le faire trop rapidement .

Le Monde grec et l'Orient. et il ajoutait . 1'JlI'I'CIURD. 1976) sur lequel on reviendra . London 1962.incontestablement le mieux informé et le plus soucieux de l'héritage achéménide . n. On peut ajouter que . Ancient Near Eastern Texts relating to the O/d Testament2. Le Vê siècle (5J(). 1321. Je note éplement que la synthèse récente de G. J. 41 Voir par exe