Luc Brisson

Les théogonies orphiques et le papyrus de Derveni (Notes critiques*)
In: Revue de l'histoire des religions, tome 202 n°4, 1985. pp. 389-420.

Abstract The orphic theogonies and the Derveni papyrus In "The orphic poems", M. L. West aims to establish a "stemma" of the orphic theogonies, taking as his starting-point the recently discovered Derveni papyrus. This study concludes that, despite the subtlety and cleverness of West's argumentation, his conclusions are built upon sand. After a brief review of the state of play prior to West's work, there is an individual study of each of the theogonies which form the basis for West's work. My conclusions on the character and dating of the three versions distinguished by O. Kern prove to be very different from those advanced by West. Résumé Dans son livre "The orphic poems", M. L. West, prenant pour point de départ le papyrus de Derveni, prétend dresser un "stemma" de l'ensemble des théogonies orphiques. Très intéressante dans son intention et très brillante dans sa réalisation, cette entreprise se fonde toutefois essentiellement sur des hypothèses. Voilà ce que veut montrer cet article qui, après un bref exposé sur l'état antérieur des études dans ce domaine, procède à l'examen de chacune des théogonies orphiques que prétend distinguer et classer M. L. West, pour terminer en faisant un certain nombre d'observations sur la nature et la date de composition de ce que O. Kern considérait comme les trois versions de la théogonie orphique.

Citer ce document / Cite this document : Brisson Luc. Les théogonies orphiques et le papyrus de Derveni (Notes critiques*). In: Revue de l'histoire des religions, tome 202 n°4, 1985. pp. 389-420. doi : 10.3406/rhr.1985.2687 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1985_num_202_4_2687

LUC BRISSON Centre national de la Recherche scientifique LES THÉOGONIES ORPHIQUES PAPYRUS DE DERVENI Notes critiques*

ET LE

Dans son livre The orphie poems, M. L. West, prenant pour point de départ le papyrus de Derveni, prétend dresser un stemma de l 'ensemble des théogonies orphiques. Très intéressante dans son intention et très brillante dans sa réalisation, cette entreprise se fonde toutefois essentiell ement des hypothèses. Voilà ce que veut montrer cet article qui, après sur un bref exposé sur Vétat antérieur des études dans ce domaine, procède à V examen de chacune des théogonies orphiques que prétend distinguer et classer M. L. West, pour terminer en faisant un certain nombre d'observations sur la nature et la date de composition de ce que O. Kern considérait comme les trois versions de la théogonie orphique. The orphie théogonies and the Derveni papyrus In The orphie poems, M. L. West aims to establish a stemma of the orphie théogonies, taking as his starting-point the recently discovered Derveni papyrus. This study concludes that, despite the subtlety and cleverness of Wesfs argumentation, his conclusions are built upon sand. After a brief review of the state of play prior to WesVs work, there is an individual study of each of the théogonies which form the basis for WesVs work. My conclusions on the character and dating of the three versions distinguished by 0. Kern prove to be very different from those advanced by West.

* M. L. West, The orphie poems, Oxford, Clarendon Press, 1983. Revue de l'Histoire des Religions, сси-4/1985, р. 389 à 120

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Luc Brisson

Dans le domaine de la religion grecque et plus encore dans celui de la philosophie grecque, il est rarissime qu'un problème majeur se trouve résolu, comme par enchantement, à la suite d'une découv erte. Suivant M. L. West1 cependant, ce serait le cas pour l'Orphisme. Jusqu'ici en effet, nous disposions de trois versions de « la théogonie orphique », dont les fragments avaient été réunis en 1922 par O. Kern2. Or, se réclamant du papyrus de Derveni découvert en 1962, mais dont il n'existe pas encore d'édition officielle, M. L. West prétend dresser un stemma où viennent s'inscrire suivant un ordre chrono logique précis, non plus trois, mais bien six versions de la théogonie orphique. Pour que le lecteur puisse se faire une idée claire du véritable enjeu de cette entreprise, je commencerai par décrire quelle était la situation avant le livre de M. L. West. 1. Avant le livre (The orphie poems) de M. L. West La théogonie orphique tient une place importante dans toute histoire de la religion et de la philosophie grecque, en dépit du fait qu'il n'existe sur le sujet aucun témoignage de quelqu'un se réclamant explicitement de l'Orphisme. Notre connaissance de la théogonie orphique est donc entièrement de seconde main, et repose sur des témoignages, très orientés (pro et contra), d'auteurs, dont les œuvres s'échelonnent, dans l'Antiquité gréco-latine, sur plus d'un millénaire et qui relèvent de styles et de genres très différents. Voilà pourquoi jusqu'ici l'essentiel du travail en ce domaine s'est orienté en priorité vers une critique des sources. 1.1. La version ancienne Le témoignage le plus ancien sur la théogonie orphique reste celui d'Aristophane qui, dans les Oiseaux, comédie créée en 414 av. J.-C, décrit cette généalogie divine qu'on s'accorde en général pour consi dérer comme une parodie de l'Orphisme : « Au commencement était le Chaos et la Nuit et le noir Erèbe et le vaste Tartare, mais ni la terre, ni l'air, ni le ciel n'existaientDans le sein infini de l'Erèbe tout d'abord, la Nuit aux ailes noires 1. Ouvrage cité. Peu avant, paraissait le livre de Larry J. Alderink, Creation and salvation in ancient Orphism, American Classical Studies 8, Chico (Scholars Press), 1981. Ce livre n'apporte rien de nouveau (cf. le compte rendu de D. R. Jor dan (Phœnix 38, 1984, p. 105-106). 2. Orphicorum fragmenta [1922], coll. O. Kern, Dublin/Zurich (Weidman), 1972 (reprint).

1959. dans le cours des saisons. qui. Eros semblable aux rapides tourbillons du Vent. Van Daele sur un texte de V. Coulon). de même que les deux suivants. naquirent Ouranos. dans La Nuit et les enfants de la Nuit de dans la tradition grecque. mettez un terme à votre chant » (OF 14). d'où. En outre. naquit Eros le désiré au dos étincelant d'ailes d'or. Car c'est parodiquement qu'Aristophane fait apparaître la race des oiseaux —• qui constituent les personnages centraux de sa comédie — . qui était connue à cette époque. dit Orphée. Voici comment. Okéanos. IV. trad. . la Nuit tenait 3. avant qu'Eros eût uni tous les éléments : à mesure qu'ils se mêlaient les uns aux autres. C'est lui. il faut faire preuve de la plus grande prudence. sont des adaptat ions ceux de Clémence Ramnoux. Pour ce qui est de la suite. Quoi qu'il en soit. H. qui ne s'intéresse pas à la suite de cette théogonie. on peut se représenter3 la suite des générations divines : Chaos ÉRÈBE NUIT 1 ŒUF 1 ÉROS tous les oiseaux I mélange de toutes les choses ouranos (Ciel) okéanos (Océan) gaia (Terre) TARTARE Or. se hâte d'en clore la description avec Ouranos. devait comporter six générations. Gaia et tous les autres dieux. avant les dieux.Les théogonies orphiques 391 produit un œuf sans germe. fit éclore notre race (celle des oiseaux) et la fit paraître la première au jour. I. Aristophane. III. pi. Jusqu'alors n'existait point la race des immortels. si on s'en tient à la lettre de ce texte. s'étant uni la nuit au Chaos ailé dans le vaste Tartare. De l'œuf produit par la Nuit. Gaia et toute la race impérissable des dieux bienheureux » (OF 1 = Oiseaux 693-703. si l'on en croit une allusion de Platon dans le Philèbe (66 с 8-9) : « A la sixième génération. dans cette version ancienne. Ce tableau "rénéalopique. Okéanos. la théogonie orphique. Paris (Flammarion). sort Eros de qui viennent toutes choses.

821 . parce qu'il est complètement ineffable et inconnaissable par <le> procédé discursif et narratif .18-317. le commentaire d'Alexandre d'Aphrodise. on trouve Protogonos ( = le Premier-Né). naissent Ether et Chasma (Chaos) (OF 66). Met. Parfois uni à Phanès en tant qu'épithète. Hayduck). On l'appelle aussi Eros. qui.2.. constituaient la théologie orphique courante (OF 60 = Damascius. le taureau et le serpent (OF 81). Eudème de Rhodes. 98) placés en haut des fesses (OF 80). il a fait de la Nuit le commencement » (OF 28 = Damasc ius. il reste un nombre important de fragments (OF 60-235).. In Arist. 1071 b Ib-Il . La chose est d'ailleurs confirmée par un des disciples d'Aristote. le principe primordial est Chronos. I. Bref. Il s'agit d'un être double qui s'apparente à ceux qu'Aristophane décrit dans le mythe qu'il raconte dans le Banquet de Platon. Combes sur un texte de De L. Puis. CAG. dont sort un être extraordinaire aux multiples noms. On l'appelle encore Métis (= l'Intelligence pratique). par suite. de J.8-11. parfois indépendant. Et. De ces rhapsodies. cet être est pourvu des deux sexes (OF 81. 1. comme autre nom de Phanès. Phanès doit être Providence et.-C. son nom est multiple. radieux. principiis.392 Luc Brisson le premier rang. N 4. J. De Chronos.14). Westerink. Doté de deux paires d'yeux (OF 76). comme Aristophane. G. il fait apparaître toutes choses en apparais sant lui-même.. le bélier.. Л 6. 319. nom dérivé du verbe çaivw (apparaître. I. dans l'Ether. . Discours sacrés en 24 rhapsodies Ce n'est plus le cas dans les Discours sacrés en 24 rhapsodies. (OF 24 = Met. à paraître à Paris (Les Belles-Lettres)).. qualifié de [iéyaç (grand) {OF 70). circulait en Grèce ancienne et notamment à Athènes une version de la théogonie orphique. où la Nuit jouait le rôle de principe primordial. On l'appelle tout d'abord Phanès. parce que.7]Tiç (à la métis impérissable) (OF 66). en plus d'avoir des ailes au dos (OF 78). Dans cette version. d'ay/jpaoc (qui ne vieillit pas) (OF 66) et d'dcç0iTOpt. sur ce point précis. Damascius nous a conservé le témoignage : « La théologie décrite chez le péripatéticien Eudème comme étant d'Orphée a passé sous silence tout l'intelligible. qui font naître toutes choses de la Nuit. En tant que géné rateur de toutes choses. Comme son apparence. dont. cf. aux ve et ive siècles av. Chronos fabrique un œuf argenté (OF 70). soit qu'on suive l'opinion des Théologiens (= les Orphiques). La plupart ont été transmis par des philosophes néo-platoniciens — Proclus et Damascius surtout — et par des apologistes chrétiens. 1091 b b. trad. selon Damascius. De principiis. il est affublé des têtes de plusieurs animaux (OF 79). I. comme en témoigne Aristote : « Cependant.5 sq. 316. faire appar aître). et notamment des quatre suivants : le lion.

est à la fois la mère (OF 106). avec des jouets. Mais. et non la Nuit comme dans la version ancienne. Le troisième règne appartient à Ouranos couplé avec Gaia. Eriképaios. qu'enfante la Nuit (OF 109). en se débarrassant de la part de Titans qui est en eux. Comme mère de Zeus. Eros et Phanès. couplé avec Rhéa. attirent Dionysos dans un guet-apens. permettant ainsi l'engendrement et la nais sance ď Athéna. les Titans. le mangent. Déméter s'appelle Rhéa. Dans cette perspective. avec Zeus. Une part de leur être vient de Dionysos. En effet.Les théogonies orphiques 393 faire preuve. sa fille-épouse. on l'appelle Eriképaios. puisqu'il sera avalé par Zeus. Et. il transmet la souveraineté (OF 207. dans la Théogonie d'Hésiode. que Phanès transmet le sceptre de la souveraineté (OF 101). Avec cet être à l'apparence et au nom multiples. de la suie que dépose la fumée dégagée par cette combustion. la Nuit entretient des rapports complexes. Zeus les frappe de sa foudre qui les brûle. et comme son épouse-fille. cet être bisexué (OF 168) entretient avec Déméter les mêmes rapports que Phanès avec la Nuit. Or. la théogonie orphique s'écarte de celle d'Hésiode et prend un nouveau départ. c'est à la Nuit. Puis vient l'histoire de Kronos. 394).). le découpent en morceaux et. c'est Chronos qui joue le rôle de premier principe. tout peut recommencer (OF 170). après avoir mis en œuvre une cuisine qui inverse celle du sacrifice traditionnel en Grèce ancienne. c'est avec la partie féminine de lui-même que Phanès se trouve en relation de toutes les façons possibles. Zeus avale Phanès. Dans cette version. jaloux. dans le gouvernement de l'univers. Voici comment schématiquement on peut se représenter le mou vement général des générations dans cette version (infra. et qui châtre son père. puisque maintenant. . pour le second règne. Mais. il s'identifie à Phanès. l'épouse et la fille de Phanès (OF 98). il reconstitue les dieux et constitue le monde (OF 167. 168). et une autre des Titans qui ont ingurgité l'enfant (OF 210 sq. Enfin. elle s'appelle Korè. nom dont il est impossible de déterminer l'étymologie. Et. Et. Etant toutes choses et possédant les deux sexes. 208). comme Dionysos est aussi appelé Zeus. Ce triplement de la figure féminine primordiale peut s'expliquer ainsi. Ils le tuent. alors qu'il n'est encore qu'un enfant. Zeus avale. Pour les punir. qui est aussi sa mère. C'est en effet à Korè que s'unit Zeus pour engendrer Dionysos. les hommes doivent avoir pour but de s'identifier le plus possible à Dionysos. naissent les hommes dont la constitution est double. p. pour les mêmes raisons et de la même façon que dans la. Phanès s'apparente à cette Métis que. Ouranos. Théogonie d'Hésiode (OF 127). à qui. Protogonos. et. en effet. Métis. de cette intelligence pratique désignée par le terme (atjtiç . Ainsi devenu principe primordial. La Nuit. la seule dont la reconstitution présente une certaine exhaustivité.

p. 29. Et en interprétant le Chaos . pourrait n'être qu'une adaptation de l'exégèse allégorique de Zenon de Cition : « Zenon aussi dit que chez Hésiode le Chaos. attestée par un certain nombre de témoi gnages (OF 54-59). Toutefois. un apologiste chrétien. qui est de la même nature qu'Adrastée. Met. Pan et Protogonos. Il est à noter que le premier stade de cette théogonie. n° 104. est attribuée par Damascius dans une formule très énigmatique à Hiéronymos et à Hellanicos : « Mais la théologie rapportée d'après Hiéronymos et Hellanicos. et notamment des trois suivantes : celles d'un homme. Et il engendre l'Ether. cette théogonie met d'accord « Orphée » avec Homère (cf. d'un taureau et d'un lion. Voici comment on peut schématiquement se représenter cette théogonie. on trouve deux principes primordiaux. est la suivante » (OF 54 = Damascius. attribue à Orphée une théogonie similaire (OF 57. l'eau et la matière dont vient la terre. Puis il dépose en eux l'œuf dont sort ce dieu qu'on appelle Zeus. Cet être extraordinaire s'appelle aussi Héraclès. c'est l'eau. le Chaos et l'Erèbe. N 4. se forme la terre ferme » (SVF. I. 1091 b 4 sq. 317. par condensation. La suite semble être similaire au récit fait dans la seconde version. la Nécessité.15-16. 58. En plaçant l'eau à l'origine. où inte rviennent l'eau et la matière dont vient la terre.3. Athénagore. p. Bisexué. il est couplé avec une entité féminine Anankè. s'il ne s'agit pas toutef oisdu même personnage.-C. un serpent ailé pourvu de plusieurs têtes. de la seconde moitié du ne siècle apr.17-19 von Arnim). naît la boue.). 395). dont. J. où Chronos joue un rôle si important (infra. à partir de laquelle. La théologie de Hiéronymos et ď Hellanicos Cette autre version. D'eux naît Chronos. Combès-Westerink). 59).394 CHRONOS CHAOS NUIT 1Théogonie NUIT 3" GAIA rhéa Cosmogonie Anthropogonie KORÈ Luc Brisson nuit 2 Règne 1 Règne 2 Règne 3 Règne 4 déméter Règne 5 Règne 6 1. De principiis. I. Aristote. Selon cette version. par solidification.

ou un œuf fécondé non par une entité masculine mais par les vents considérés.Les théogonies orphiques EAU Héraclès ETHER CHRONOS CHAOS t ŒUF Zeus OURANOS i PROTOGONOS Pan GAIA TERRE 395 Adrastée (= Nécessité) ÉRÈBE comme eau. en qui il dépose l'œuf dont sort Phanès. * * * Que conclure à la suite de cette présentation des trois versions principales de la théogonie orphique. en effet. comme vecteurs de fécondité. laquelle cependant ne nous est connue que par des témoignages plus récents. Mais comme il est dit par ailleurs que la Nuit est mère de Phanès {OF 106). c'est une entité féminine. c'est Chronos qui produit l'œuf dont sort Phanès. en Grèce ancienne. Ou bien on distingue entre un Chaos primordial dépourvu de tout attribut et un Chaos postérieur au Temps. c'est-à-dire un œuf sans germe. qui produit un œuf « né du vent ». On pourrait essayer de résoudre ce problème de plusieurs façons. où le Chaos n'intervient pas après Chronos. spatialement qualifié — même sous un mode négatif — ď « illimité (a:reipov) ». elle réconcilie « Orphée » et Homère avec Hésiode. Damascius. Dans la seconde version. Un tel rapprochement ne va cependant pas sans poser de problèmes. on peut constater que chacune de ces trois versions apporte une réponse à une question qui reste toujours la même : Qui produit l'œuf dont sort la divinité qui deviendra le premier roi ? Dans la première version. qui s'interdit de prendre en considération des éléments extérieurs au corpus réuni par O. entité masculine. Dans cette perspective. . Ainsi interprétée. raconte que Chronos engendre Ether. Kern ? Du point de vue de l'organisation du récit qui révèle par ailleurs цп effort pour établir une logique des principes. la théogonie de Hiéronymos et d'Hellanicos doit donc avoir été composée après celle des Rhapsodies. on peut supposer qu'à Chronos. Chaos et Erèbe. Ou bien on rectifie le témoignage de Damascius en le comparant à ceux d'Athénagore et du pseudo-Clément. le Chaos se trouverait à la fois avant Chronos et après lui.

Il faut donc s'arrêter là : l'œuf dont vient Phanès-Eros est produit par un être qui vient lui-même d'une espèce d'œuf primordial. mais l'eau et la matière dont vient la terre. Il est difficile de remonter plus haut sous peine d'une régression à l'infini. Supp. Or. J. s. et dont la plupart des fragments nous viennent d'auteurs plus récents que ceux qui nous permettent de connaître la précédente. Cette première constatation fait apparaître la nécessité de distin guer entre une tradition orphique qui pourrait bien remonter au moins jusqu'au ve siècle av. vient lui-même d'une espèce d'œuf primordial formé à partir de deux principes. et les théogonies auxquelles cette tradition a donné lieu à différentes époques.60-62). dont le principe primordial était la Nuit. on cite une autre version de la théogonie orphique qui met à l'origine non plus la Nuit. M. circulait dans le monde grec et à Athènes notamment une version de la théogonie orphique. Chronos. mais adaptées au contexte. cette théogonie semble bien n'être qu'une variante de celle des Rhapsodies. Dans cette perspective. 1481. dans cette seconde version. De ce fait. « Es ist wohl uberhaupt verkehrt. RE. versions élaborées à partir d'un fonds commun. Weltschôpfung. L. 2. West Passant outre à l'avertissement de H. l'œuf dont sort Phanès vient d'un être primordial sinon double. on peut dire qu'au ve et au ive siècle av. la plus vive curiosité. du moins dédoublé du point de vue sexuel. cependant.-C. celle de Hiéronymos et d'Hellanicos. L. Voilà pourquoi une entreprise comme celle de M. Dans la seconde moitié du 11e siècle apr. J. L'entreprise de M. West propose un slemma (Annexe 1). et qui produit l'œuf dont sort Phanès. considéré comme un être véritablement bisexué. Dans la troisième version. et la matière dont vient la terre.-C. assimilée à un principe mâle. auquel est couplée la Nuit sous les noms d'Anankè et d'Adrastée.396 Luc Brisson correspond une entité féminine. qui commence avec Chronos. assimilée à un principe femelle. On est donc réduit à les classer en fonction de la date des témoignages les concernant. Schwabl : « II est tout à fait insensé de vouloir dresser un slemma de toutes les théogonies orphiques »*. L. Tout cela fait peu de chose. West suscite d'emblée chez celui qui s'intéresse à l'orphisme le plus grand intérêt. ein Stemma aller orphischen Theoyonien aufstellen zu wollen » (Hans Schwabl. IX (1962). J. dont les 4. l'eau.-C. . c'est-à-dire tenant compte des croyances et du climat intellectuel de l'époqueEn ce qui concerne ces versions. la difficulté majeure réside dans le fait qu'on ne peut leur assigner avec certitude une date de compos ition.v.

En janvier 1962. qui se trouve dans un défilé au kilomètre 10 de la route menant de Salonique à Langoza. Turner. la plus grande diff iculté. L'élément qui a déterminé cette entreprise reste la découverte. Pour une description et une transcription partielle du papyrus. Le contexte archéo logique suggère donc la seconde partie du ive siècle et. Le rouleau de papyrus en question fut trouvé non pas dans la tombe A. à Derveni. 17-25. p. de Larisa »8. p. Par ailleurs. Early greek philosophy and the Orient. Kirk (Classical review 24. 51. de cette découverte. L. incomplète de ce document dans Zeitsrhrift fur Papyrologie und Epigraphik 47. Seider. Bulletin de correspon dance hellénique 90. M. p. p. p. Ce livre a été reçu avec beaucoup de scepticisme : cf. 1964. la plus riche du groupe. Pierre Boyancé. 3-12. et qui prend en considération six (6) versions de la théogonie orphique. pour cette sépulture. On y a retrouvé. Pour une bonne présentation. 807-810 . 1964. Rousseau {Etudes philosophiques. la tombe B. 1982. On trouve une édition officieuse et. après la pape 300. 103-110). en français. cf. West. L'inscription du cratère de Derveni. 193-196. Bulletin of the American Society of Papyrologists 2. I. à partir des quels il put reconstituer 23 colonnes de texte. G. . des restes d'armes. E. R. J. I . 6. Gnomon 35. II. en effet. Stuttgart (Hiersemann). où on trouve un commentaire à une théogonie orphique. pi. 1963. S. 281-282. une date qui ne peut être plus récente que 300. Solignac [Archives de philosophie 38. on découvrit un rouleau de papyrus près d'une tombe appartenant à un groupe de six7. Revue des Eludes grecques 87. cf. 1966. p. p. semble-t-il. 'ApxouoXoyixèv ÀsXtîov 18 B. 35-36.Les théogonies orphiques 397 racines plongent dans la matière d'un livre antérieur5. S. ibid. les comptes rendus de G. G. en raison de son état. de A. L'opération fut confiée aux soins de Anton Fackelmann. G. Tout comme les tombes В et C. 82-86). Bulletin de correspondance hellénique 86. 1963. et quelques fragments 5. la tombe A devait être la sépulture d'un soldat.très beau cratère de bronze portant « en lettres d'argent incrustées sur les oves de la bordure » une inscription en dialecte thessalien : « [objet appar tenant] à Astion. p. en tout cas. conservateur à la Bibliothèque nationale de Vienne. Remarques sur le papyrus de Derveni. De toute évidence. p. mais à l'extérieur dans les restes du bûcher funéraire. une petite monnaie d'or de Philippe II de Macédoine et un. Makaronas. 8. p. le déchiffrement et même l'édition « officieuse » du papyrus de Derveni6. entre autres choses. p. Bousquet. Palàographie der griechischen Papyri. contenait. il était destiné à être brûlé. 92. p. Daux. qui cependant fut carbonisée. 1970. Ch. fils d'Anaxagoras. 1975. Le déroulement des restes de ce papyrus présentait. pi. lequel réussit à détacher par électricité statique 150 bouts de papyrus. ce qui lui évita de pourrir et de se décomposer. 1965. cf. Oxford (Clarendon Press). 1971. Greek manuscripts of the ancient world. 1971. au cours de fouilles faites au nord-ouest de Salonique. 'ApxaioXoywèv AeXriov 19 A. . Mais une extrémité du rouleau échappa aux flammes. 7. 1974. Oxford (Clarendon Press). 12 p. 1974. 1962. 89. 91-110. 792-795. 222-223. 132-133 et de P. Kapsomenos. 1975.

West. 5-6. ZPE). L'auteur. le nombre de fautes indique que ce texte n'est probablement pas un autographe. p.) le date de 350-300 av. en raison de l'incertitude qui subsiste sur la façon de dater les types d'écriture à cette époque : les uns optent pour le milieu du ive siècle av. XXI. 93-114. R. Mais. Walter Burkert. c'est-à-dire entre 11 et 16 lignes comprenant entre 30 et 45 lettres.398 Luc Brisson appartenant à quatre autres colonnes les précédant. L. Mais quand a pu être copié ce texte ? Les spécialistes varient sur le sujet. 22)) du ive av. Etudes philosophiques. Comme on l'a vu plus haut. ne peut donc remonter plus haut que 400 av. Der orphische Papyrus von Derveni. L. Par ailleurs. soutient que le poème qu'il commente est allégorique (PD. 91) de 325-275 av. Puisqu'il s'agit là d'un commentaire. J.-C. connue au ive ou même au ve siècle. ce qui concorde avec un certain nombre de témoignages. le contexte archéologique permet de donner comme limite à la combustion de ce rouleau de papyrus une date qui ne peut être plus récente que 300. . West. estime M. pour le texte et la 9. 1983. cette particularité pouvant toutefois s'expliquer soit par l'ignorance. Orpheus und die Vorsokratiker. Turner d'abord (Greek manuscripts. Les citations qu'il fait de la théogonie orphique sont introduites par des formules préliminaires. West (cf. 11). S. p. J. The orphie poems. et les autres pour la fin du ive et le début du ше9. Leucippe. IX. voici d'abord la reconstruction de la théogonie « de Derveni » proposée par M. J. il faut supposer la préexistence d'une théogonie orphique. 1967. p. C'est la partie supérieure de chaque colonne qui subsiste.-C. En outre. 11. Merkelbach10. Burket" et M. éd. G. p. la largeur du rouleau reste inconnue. Zeilschrifl fur Papyrologie und Epigraphik 1. tout le problème étant de savoir quels pouvaient être la nature et le contenu effectifs de cette théogonie. 1971. J. comme il est imposs iblede savoir combien de lignes sont perdues. Cela dit. West12 notamment décèlent des allusions à Diogène d'Apollonie. p.-C. Anaxagore. 1968.-C. p. cf. où l'on rencontre cependant un certain nombre d'atticismes dus peut-être à la trans mission. Le rouleau devait avoir une longueur totale avoisinant les 3 m. En fonction de son contenu et en raison de son style et de son vocabulaire. 12. soit par une opposition doctrinale. 77-82. il n'en expose pas servilement la teneur. p. La genèse des choses et des mots. Merkelbach. 21-32. 443-455. 1964. Démocrite et Heraclite dans le commentaire où ne se manifeste aucune influence platonicienne. Le papyrus de Derveni entre Anaxagore et Cratyle. 1970. W. Il présente son travail comme un discours continu (Xoyoç. Mais le texte orphique ne lui sert qu'à illustrer des idées qui sont siennes . 26 (cf. E. qui s'exprime en un dialecte ionien. 10. 1980. PD. 7-9 et 15 sq. R. .-C. L. G. L. puis (Scrittura e Civiltà 4. Kapsonienos {Bulletin of the American Society of Papyrologists 2. J. p. M. Anlike undAbendland 14. Annexe 2. Bermerkun^en zum Derveni-Papyrus und zur pythagoreischen Zahlenlehre. ce commentaire.

et les dieux nés de lui. si nous avions en entier la Théogonie de Protogonos (But I have no doubt that if we had the full Protogonos Theogony) que le poète de Derveni a abrégée. Orphée annonce qu'il va chanter pour les initiés ce qu'a fait Zeus. Mais le récit s'arrête sur la mention du désir de Zeus pour sa mère. avant la Nuit et Protogonos. et qu'il engendrait les autres dieux en s'unissant à lui-même » (M. tout laisse penser qu'y intervenaient d'autres figures que celles mentionnées dans les quelques dizaines de lignes reconstituées par M. L. Protogonos. L. L. Je pense notamment qu'il est à peu près certain (In particular I think il virtually certain) que le dieu Premier-né jaillissait d'un œuf fabriqué par le Temps "Qui ne vieillit pas" à partir de l'Ether. de son assassinat par les Titans et de sa résurrection. West. Aucune mention n'est faite de Dionysos. Or. est évoquée la lignée divine dont vient Zeus : Nuit. Après avoir avalé Protogonos. le « Premier-né ». p. 2. En un flash-back. Son récit commence au moment où Zeus va s'emparer du pouvoir royal et prend l'avis de la Nuit. Tout le problème étant de savoir . West abandonne rapidement l'analyse de texte. pour se lancer dans une série de spéculations. West. Cette théogonie a pour principe primordial la Nuit. même frag mentaire. le milieu et la fin de tout. Zeus avale Protogonos. Il n'en reste pas moins que. plus ancienne et plus complète. Zeus devient le début. que c'était un personnage radieux avec des ailes d'or. La théogonie « de Protogonos » La version du papyrus de Derveni a pour principe primordial la Nuit. L. The orphie poems. jusqu'à Zeus à tout le moins. que décrivent les vers suivants. puis procède à une nouvelle création. Dans un bref proème. même douteux. M. Il faut bien admettre que cette théogonie « de Derveni » est frag mentaire et que. West prend pour acquis qu'il s'agit là d'une version abrégée d'une théogonie à laquelle il donne le nom de théogonie « de Protogonos ». par voie de conséquence.Les théogonies orphiques 399 traduction). Or. A partir de la Nuit. dès lors qu'on ne s'appuie plus sur un texte. Voilà exprimé le double postulat sur lequel se fonde l'hypothèse d'une théogonie « de Protogonos ». nous y trouverions beaucoup plus de choses correspondant aux Rhapsodies. La théogonie « de Derveni » démarque une autre théogonie. la suite des événements correspond en gros à ce qu'on trouve dans les Rhapsodies. on entre dans le domaine de l'hypothèse. Quelles conclusions tirer de tout cela ? 1. 1.1. 87). sans la moindre prudence. et qui correspondrait à celle des Rhapsodies. d'où vont surgir quatre (4) versions de la théogonie orphique. où. Kronos (qui castre Ouranos). M. Ouranos (Gaia). intervient Chronos : « Mais je n'ai aucun doute sur le fait que. 2. dans la mesure où rien ne laisse supposer que Chronos la précède.

éd. et une race d'argent sous Kronos. Même s'il est vrai que le début mal conservé du papyrus de Derveni (frag. 2. dont la figure primordiale est celle de Chronos. col. Le Tartare. et s'incarne dans diffé rents corps d'êtres humains et d'animaux. absolument rien. 100-101). donner naissance aux Euménides (et. Korè de sa mère. celle qui vit sous la loi de Zeus. Il y avait une race d'or sous Protogonos. reçoit aussi les dieux qui ont fait un faux serment sur l'eau du Styx. p. on ne trouve rien nulle part sur Korè et Dionysos. West estime que l'épisode de l'assassinat de Dionysos par les Titans et de la naissance du genre humain à partir de la suie dégagée par la combustion des Titans frappés par la foudre de Zeus a été emprunté par la théogonie « des rhapsodies » à la théogonie « d'Eudème » et qu'il ne se trouvait pas dans la théogonie « de Protogonos ». Zeus se prit de désir pour sa mère Rhéa. où va l'âme mauvaise. Ils s'unirent sous la forme de serpents. Pour ce qui est de Dionysos. L. et Rhéa donna naissance à Korè. M. Korè devait. West qualifie « de Protogonos ». surveillant le trait ement administré aux âmes). que M. I et II. L. elle subit un jugement et celle qui est bonne et celle qui est mauvaise prennent des voies distinctes. les choses sont plus compliquées.400 Luc Brisson quelle est cette fameuse théogonie. Son existence étant prise pour acquise. L. L'âme est immortelle. Mais. L. Dionysos de la Nuit. que la nourrice Hipta emporta dans un van autour duquel était enroulé un serpent. dans le papyrus de Derveni. accueillant les sacrifices des initiés et assurant leur salut en récompense. il doit s'appuyer sur un certain nombre d'hypothèses concernant la composition des Rhapsodies. Encore (ou de nouveau) sous la forme d'un serpent. Dionysos devait régner dans le monde d'en haut. et qui se termine sur la figure de Dionysos. régner dans le monde d'en bas. Aussi reconstruit-il ainsi la suite de la théogonie « de Protogonos » : « Une fois le monde reconstitué. « II s'agit là de la troisième race d'hommes. sans doute. D'où une espèce de cercle vicieux. West cherche à déterminer les sources de la théogonie « de Protogonos » et la date . Cette théogonie « de Protogonos » peut être reconstruite en prenant pour modèle la théogonie « des rhapsodies ». pour ce faire. A-B. Trois cents ans après. par suite de son union avec Apollon. Après une incarnation en être humain. qui était aussi Déméter. L. Tout ce qu'en dit M. Zeus féconda Korè. M. « Korè et Dionysos reçurent peut-être des instructions sur leurs destinées futures. The orphie poems. Or. les âmes se réincarnent » (M. West vient de la théogonie des « rhapsodies ». sur Chronos. En effet. ZPE) semble en grande partie consacré aux Erinyes (ou aux Euménides). et elle donna nais sance à Dionysos. on ne trouve rien. West.

J. Il relève d'abord que la succession : Ouranos. L. on se contente de parler d'une proximité. Sur l'ensemble. 36. RHR 15 . Le poème de Parménide date. Kronos (qui castre Ouranos) et Zeus correspond à celle qu'on trouve chez Hésiode.Les théogonies orphiques 401 de sa composition.-C. II. La castration d'Ouranos par Kronos. von Wilamowitz-Moellendorff (Kleine Schriften. Mais les quelques lignes de la seconde Olympique consacrées au temps restent très difficiles à interpréter. 1971. Mme Simondon. J. ooXov [iovoysvéç те (DK 28 В 8. il faut que la théogonie « de Protogonos » ait été composée aux alentours de 500 av. 35. en effet. Mais il faut abaisser la date de la théogonie « de Protogonos » pour tenir compte des parallèles entre ce poème et celui de Parménide14.-C. thème pourtant repris de la Théogonie d'Hésiode. si on refuse de poser la question de l'antériorité d'un poème sur l'autre et si. Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest (Anjou. Or. par conséquent.)13. 38 (л^оато). 103. J. M. 165). Nestle). 17-19) et les premiers mots du livre de Phérécyde de Syros (vi« siècle av. V 2. s'étonnent qu'un Grec du vie siècle av. West établit un certain nombre de parallèles entre des mots et des groupes de mots se trouvant dans les vers de la section de la théogonie « de Derveni » (ThD) qu'il a reconstruite (cf. viendrait en fait de VEnûma Elis. euxúxXou açodp-rçç IvaXíyxiov оухан. à celle de Zurvan dans la cosmologie iranienne et à celle de Prajâpati dans VAtharvaveda.4) .1). 13. 223-232 et un papillon d'errata. comme un personnage important.-C. « père de toutes choses ». Par ailleurs. n° 2 (ce numéro reproduit les Actes du Colloque : Le temps et Vhistoire tenu à l'Université François-Rabelais à Tours. les 4 et 5 juin 1975). des alentours de 490 av. En outre. J. J. d'un courant commun d'où viendraient l'un et l'autre. I. 1976. fxscaóOev £(то[хеХ^с (ThD 41). leçon qui renforce la position de ceux qui comme Zeller (Die Philosophie der Griechen in ihrer geschichtlichen Enlwicklung . ait pu mettre un principe aussi abstrait à l'origine du monde. J. Maine. Le temps.-C. Berlin (Akademie Verlag)/Amsterdam (Hakkert). J. la figure de Chronos correspondrait à celle du dieu Ûlôm dans la cosmogonie phénicienne. et une partie des passages qui servent de source au fragment 1 de Phérécyde ont Kpovoç au lieu de Xpovoç. revue par W. n.-C.-C. Annexe 2) d'une part et dans le poème de Parménide (DK 28 B) d'autre part : fxoûvoç gyevTO (ThD 24). J. alors que la place et la fonction de la Nuit tout comme ravalement du premier par Zeus sont tout à fait étrangers à la Théo gonie. l'expression de Pindare (518-438 av. le Temps était bien considéré en Grèce ancienne. Touraine) 83.) : « Zas (= Zeus) et Chronos existaient depuis toujours et aussi Chthoniè (= Gè) (Zàç (jièv xai Xpovoç ^aav âsl xai XGovb)) » (DK 7 В 1) laisseraient supposer que dès le vie siècle av. i. | (лестаобеу 1а<отаХес (DK 28 В 8.43-44). cf. 1919 (6e éd. se fondant sur les conclusions de son précédent livre : Early greek philosophy and the Orient.-C. Chronos Kronos.) sur « le temps père de toutes choses (xpovoç ó tocvtcův тостер) » (Olympiques. cf irpcimoTov [jtiv "Ерсота 0ečov (Л7]тЕоато 7rávTtov (DK 28 В 13. cf. Leipzig (Reisland). poème babylonien du xie siècle av. 14. Certes. cf. {лт)тСстато (ThD 33. 4) et U. il indique les sources orientales de cette théogonie « de Protogonos ». Cette figure aurait été évoquée pour la première fois en Grèce ancienne par Phérécyde de Syros (aux alentours de 540 av. ne fût-ce que dans des milieux restreints. cf.-C.

mais que lui-même devait .3. West doit reconnaître que. spéculer sur le contenu de cette théogonie à partir d'une troisième (la théogonie « des rhapsodies ») qui. en Macédoine.402 • Luc Brisson Voici. d'un caractère très différent. Si on la date de 500 av. West poursuit. l'a intégrée plusieurs siècles plus tard par l'inte rmédiaire d'une seconde (la théogonie « cyclique ». dans un ouvrage dont on ne connaît pas le titre. 2. Plus tard dans le même siècle. une copie de la théogonie « de Protogonos » aurait atteint la Sicile et l'Italie du Sud. La théogonie « de Protogonos » fut transmise à l'intérieur de cercles religieux. venu récemment du Proche-Orient » (M. Le rédacteur du papyrus de Derveni connut une de ces variantes qu'il abrégea en fonction de ses exigences (pour ce qui en subsiste. Ce devait être un initié. peut-être sous différentes variantes. p. les points de contact entre cette théogonie et les doctrines de Parménide et d'EmpédocIe. sur le sujet. 110). celle du rouleau de papyrus découvert dans les restes du bûcher funéraire de la tombe A. suppose-t-on.-C. dans cette perspective. J.2 La théogonie « de Derveni » Et M. La théogonie « ďEudeme » Comme on l'a vu plus haut. Supposer qu'il existait une théogonie orphique dès le début du ve siècle av. The orphie poems. Damascius nous apprend que. J. les conclusions de M. on ne trouve aucune mention de Chronos. West. et cela même si M. vivant en Ionie et écrivant dans la première moitié du ive av. au tout début du ve siècle. on trouve. le stemma de l'Annexe 1) en est une autre. J. West sur la théogonie « de Protogonos » : « Pour résumer : la théogonie de Protogonos fut composée pour ce qui peut assez bien être appelé (for what may fairly be called) une société de Bacchantes. Par ailleurs. où les cultes dionysiaques étaient florissants. 2. Un évangile du salut par Dionysos était associé à la doctrine de la métempsychose. L. L. Annexe 2). cf. cf.) y feraient allusion. expliquant. Par ailleurs. L. Platon {OF 21 = Lois 715 e 7-716 a 1) et Aristote {OF 27 = De anima 410 b 27 sq. et un récit de la naissance de Dionysos — version hellénisée d'un mythe cultuel de Sabazios — était intégré dans la structure d'une cosmogonie complète. une copie de la théogonie « de Derveni ».-C. constituant un compromis entre la tradition hésiodique et un impressionnant mythe cosmogonique. on peut raisonnablement avoir le sentiment de ne pas se tromper de génération (we may feel a certain amount of confidence that we are not in the wrong generation). A Athènes. est une chose. dans ce texte — qui existe lui — . probablement en Ionie. la connaissance de cette théogonie serait prouvée par la parodie d'Aristophane dans les Oiseaux. L.-C.

On remarquera toutefois que dans le premier cas il s'agit d'hommes du temps jadis. toç <paai de Répub lique. Dans le IIspl pjvuv (= De mensibus). M. que 9 siècles séparent de Platon. . profitant ainsi de l'occa sion pour faire une synthèse de plusieurs théogonies. reconnaître que tout ce passage est ironique et que. Miinchen (Lindl). A cet effet. West. Phorkys. A son avis. Kronos et Rhéa et tous leurs puînés.Les théogonies orphiques 403 avoir entre les mains puisqu'il en tire beaucoup de renseignements concernant d'autres théologies. il faut s'en rapporter à ceux qui l'ont exposée avant nous . II. West invoque le témoignage de Jean Lydus (490-après 552 apr. Il est impossible dans ces conditions de n'avoir pas confiance en des enfants des Dieux. la genèse de ces Dieux. Timée 40 d 6-41 a 6. dans le Timée. à ce qu'ils disaient. à laquelle fait allusion Platon dans le Timée. En revanche.. Le fait que la Nuit ne soit pas le premier principe de cette théogonie ne constitue pas pour M. parce que. Il a donc recours à cette nouvelle hypothèse : la théogonie. Moreau. 1071 b 26-27). toujours selon M. Л 6. 1899. nous nous y tenons et nous la répétons : Terre et Ciel eurent pour enfants Océan et Téthys . Comme on l'a aussi vu plus haut. il serait inconcevable qu'une théogonie commençât par le couple Ouranos-Gaia. West un obstacle à cette identification. nous le savons sont appelés leurs frères . Platon pourrait bien y prendre beaucoup de liberté avec la réalité historique. Platon ne mentionne pas la Nuit. Aussi faut-il suppléer la Nuit avant eux. trad. et tous ceux qui. L. L. 1942)16. On attribue généralement à Orphée la théogonie à laquelle fait ici allusion Platon. <bç è'çauav de Timée 40 d 8. West veut aller plus loin. est la théogonie « d'Eudème » : « En ce qui concerne les autres Divinités.-C). Voici donc. J. Weber (Platonische Nolizen iiber Orpheus. dont le commencement était la Nuit. ils ont beau parler sans démonstrations ni vraisemblables ni contraignantes. alors que dans le second il s'agit de contemporains de Platon. L. et de ceux-là encore. du moment qu'ils déclarent qu'ils nous rapportent des affaires de famille. on trouve 15. en se fondant notamment sur le parallélisme entre d'une part le èxyovoiç \&* 6eô>v oijaiv. ceux-ci. Paris (Gall imard). ils étaient descendants des Dieux. 364 e 3-4. Mais M. 2eXY)V7]ç те xal Mouawv èxyovcov. Par ailleurs il faut. et devaient en savoir autant qu'il faut sur leurs ascendants. p.). Tous ne nous apprennent donc qu'une seule chose sur cette théogonie orphique : son premier principe est la Nuit. il faut suivre l'usage et les croire. exposer et connaître leur genèse est une tâche au-dessus de nous.. d'après eux et pour nous. les dieux viennent du démiurge et que la nuit n'y est considérée que comme un phénomène qui s'explique en dernière analyse par l'ombre de la terre. par voie de conséquence. d'autres descendants » {OF 16 = Platon. 9 sq. à leur tour. Eudème décrivait une « théologie » d'Orphée. de Kronos et de Rhéa sont nés Zeus et Héra. L. ce témoignage semble correspondre à celui d'Aristote (Met. J. et d'autre part le Mouoaiou xai 'Optpétoç. tout comme le faisait déjà F.

deux autres passages platoniciens feraient référence à cette généalogie divine. trad. on obtient ce tableau généalogique : Nuit (ou Nous) Ouranos Okéanos Phorkys i Kronos A/ i Rhéa Gaia Téthys Autres dieux Autres dieux Zeus />-/ Héra Autres dieux Suivant M. L. Or.404 Luc Brisson ce passage où. xxxix sq. . la Terre et le Ciel. on lit dans le Philèbe : « A la sixième génération. on lit vú£] voûç S. En fait. vient s'intercaler entre celle d'Ouranos (~ Gaia) et de Kronos (~ Rhéa). OF 112). p. mettez un terme à l'ordre de vos chants » (OF 14 = Philèbe 66 с 8-9. suivant Orphée. West. dans le Cratyle. cf. lui qui épousa Téthys. dans la théogonie « d'Eudème » — laquelle se distingue de celle « de Protogonos » notamment sur ce point — . si on relie ce passage du De mensibus à celui du Timée. Sur la nature et la valeur de S. M. sa sœur de mère » {OF 15 = Cratyle 402 b 1-е 1. le (genre) terrestre et celui qui est entre les deux » {OF 310 = De mensibus. trois premiers principes générateurs : la Nuit (ou le Nous). Robin. la Terre et le Ciel : « Suivant Orphée. 1942). L. dit Orphée. 26. L. La paraphrase qui suit xal то toútcov ne permet pas de trancher. Paris (Gall imard). West n'y arrive pas mieux que Proclus d'ailleurs (cf. Il n'en reste pas moins qu'il est très difficile d'expliquer l'expression « le premier à contracter mariage ». il s'agirait là de la troisième génération divine qui. Et. Paris (Gallimard). p. Dans l'apparat critique de Wuensch. trad. les premiers principes seraient la Nuit (ou le Nous). L. En effet. Platon attribue à Orphée ces deux autres vers : « Océan au beau cours fut le premier à contracter mariage. Praef.. 1940). 1-4 Wuensch)16. 16. Robin. II. 8. font éclore trois genres de dieux engendrés : le (genre) céleste.

La théogonie « cyclique » Au début de la Bibliothèque du pseudo-Apollodore (ier ou ne siècle après J. par voie de conséquence. on trouve un récit sur l'origine des dieux à partir du règne d'Ouranos jusqu'à la naissance et à l'enfance de Zeus en Crète. 174175). 148) pour illustrer l'influence du chamanisme à l'est. The orphie poems. p.Les théogonies orphiques 405 A la suite de cette première série d'hypothèses. fut mis en rapport avec le Dionysos dont le tombeau se trouvait à Delphes.. . qui.-C. J. à un moment donné. de la Scythie à Tlonie. la référence la plus ancienne qui y est faite dans le Cratyle de Platon nous fait remonter à 380 av. (.4 infra) et. West a donc besoin de près de 60 pages. L. Pour reconstituer cette théogonie d'Eudème.-C). les Rhapsodies auraient emprunté directement à la théogonie « d'Eudème ». 140-175) à cet épisode qui aurait été omis dans la théogonie « cyclique » et que. mais surtout en termes de rites d'initiation et plus précisément en termes de rites d'initiation chamanique. au cours desquelles prolifèrent les hypo thèses les plus diverses. on sait par ailleurs que l'une des sources d'Apollodore était le Cycle épique qui. relie le mythe relatif à Dionysos aux rites d'une société bachique d'origine ionienne et à d'autres éléments mythiques dont certains ont rapport avec la Crète et dont d'autres sont associés au tombeau de Dionysos à Delphes. Or. Ses rites. pour la fin. Avec ces rites vint un mythe sur Bacchus et les Titans. West.-G. n'étaient probablement pas originaires de l'Attique : ils venaient d'Ionie. West. en s'aidant pour le début d'une prétendue théogonie « cyclique » (cf. L. du récit de l'assassinat de Dionysos par les Titans et de la naissance du genre humain à partir de la suie dégagée par la combustion des Titans foudroyés par Zeus.. qui remontaient très loin dans le passé. comme beaucoup d'autres en usage dans l'Athènes de cette époque . et à Athènes ils furent amalgamés à d'autres qui avaient rapport avec la Crète. et à l'ouest. The orphie poems. La « passion » de Dionysos est interprétée en termes de sacrifice animal. 2. M. M. L. West essaie de reconstituer le scénario de cette théogonie « d'Eudème ». D'où cette conclusion : « La Théogonie d'Eudème était bien connue à Athènes au cours du ive siècle av. de la Thrace au Péloponnèse. p.). à mon avis (I suggest). dont on ne sait qu'une chose : son premier principe était la Nuit. L'Orphée de la société réussit ainsi à donner au mythe une forme poétique et à constituer une théogonie complète où il put trouver sa place » (M. En gros. athénienne. si on en croit un certain . ou d'on ne sait où. qui s'aide d'une carte (p. 71-72). L. « La société pour laquelle fut composée la Théogonie d'Eudème était. 2. Il consacre un chapitre entier (p. ce récit correspond à une section des Rhapsodies (section C. J. M.4.

Sur le sujet. se termine au débarquement d'Ulysse en Ithaque. union dont on fait naître à Ouranos trois enfants "centimanes" et trois Cyclopes.) et « d'Eudème » (ive siècle av. fut-elle composée ? M. Il examine en détail un certain nombre de points sur les dieux de la mythologie grecque. L. Malgré certains points de divergence.-C. 125). 165-167.406 Luc B ris s on Proclus (?) cité par Photius17. utilisé par le compilateur des Rhapsodies » (M. Le cycle épique dans VEcole ďArislarque. fasc. ou une partie de l'un de ces poèmes.) — toutes deux n'étant comme nous venons de le voir que des reconstitutions — . en par ticulier. cf. L. West. Paris (Les Belles-Lettres). Il n'en faut pas plus à M. qui croit y reconnaître des éléments inte rvenant dans les théogonies « de Protogonos » (ve siècle av. Severyns. qu'intègre l'édition hellénistique du Cycle épique. « II (Proclus) donne ensuite des explications détaillées sur ce qu'on appelle le Cycle épique. texte et traduction de R.-C. Paris (Les Belles-Lettres). commençait par l'union d'Ouranos et de Gaia : « Lecture partielle fut faite de l'ouvrage intitulé : Proclus. Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de Liège. cf. On s'accorde généralement18 pour penser que le Cycle épique commençait bien par une théogonie.-C. t. dont il faut noter le caractère hautement hypothétique. ce que ces données peuvent avoir de vrai par rapport à l'his toire. Bibliothèque 318 b-319 a. J. J. traduction. 40. la situe entre ces deux théogonies dont elle dériverait et la théogonie « des rhapsodies » (compilée aux alentours de 100 av. Et le Cycle épique. dont par ailleurs on ne connaît pas la date de compilation. p. où son propre fils Télégonos le tue par méprise » (Photius. à la composition duquel ont contribué différents poètes. 18. se heurte par ailleurs à deux difficultés majeures. Ce Cycle commence à l'union fabuleuse d'Ouranos et de Gè. soit un peu avant 200 av. West. fasc. J. d'après les rares fragments 17. Henry. Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de Liège. qui fut. 1928. p. L. Severyns. West pour déclarer : « La conclusion est évidente (The inference is plain) : cette théogonie cyclique en vint à être attribuée à Orphée. Or. Mais quand cette théogonie. L'ensemble de ce développement. Mais il y a plus grave. (sur tout cela. The orphie poems. Première partie : Le codex 239 de Photius. II : texte. 1967). 1938. Manuel abrégé de littérature (ПрохХои xp^OTOfxaosiac урсццшлищс èxXoyai). et. Recherches sur la Chrestomathie de Proclos. Mais l'œuvre à laquelle ferait ici allusion Proclus serait la Tilanomachie attribuée à Eumélos de Corinthe. J. 239. A. Paris (Les Belles-Lettres). le stemma de l'Annexe 1).-C. 87-88. 79. cod. p. . A. la plupart des él éments qui interviennent dans le récit d'Apollodore se trouvent chez Hésiode. commentaire. et ce fut l'un de ces poèmes.) qui l'utiliserait.

5. 323. un philosophe. et non comme un fils de la Nuit. Par ailleurs. possibilité d'établir sur ces deux points un parallèle D'où la 19. F. IV.?.. ce péripatéticien du ше siècle av.20-21 Adler). 254. qu'il a écrit des Antiquités phéniciennes (FGrHist 787). dont Flavius Josèphe nous apprend. 317. Ainsi Laitos prétendait-il avoir traduit Môch de Sidon. dans ses Antiquités judaïques. West. ainsi que semble le supposer M. Pour déter miner la date de sa composition. T. J. ce Hiéronymos ne peut être le Hiéronymos de Rhodes. Hiéronymos l'Egyptien aurait pu présenter la théogonie orphique comme dérivant de la théogonie des Phéniciens. » {De principiis.14-16 Adler). Il faut plutôt l'identifier à cet Egyptien. 1. mais aussi sur la « théologie phénicienne » (Damascius.Les théogonies orphiques 407 conservés19. 19692.v.1-16 Combès-Wester ink). West propose deux hypothèses pour expliquer pourquoi Damascius cite Hellanikos et non son père. Пто^аТо. Homeri Opera. Allen. (Souda. il faut noter qu'Eudème est pour Damascius un info rmateur non seulement sur l'Orphisme. Par ailleurs. Auflage). 320. Heft 10. qui soutinrent que les Grecs s'étaient en ce domaine inspirés d'eux. I. I. p. Wehrli. Die Schule des Aristoteles. Oxford (Clarendon Press). Mais d'autres auteurs s'intéressèrent à la théogonie et à la cosmogonie des Phéniciens. 2. pour qui la théogonie « cyclique » est orphique et s'inspire et de la théogonie « d'Eudème » et de la théogonie « de Protogonos ». A son avis. 5-44). 1912. West essaie d'identifier ceux que. L. écrivit un livre ď Hypothèses concer nant Orphée (Souda. qu'on disait avoir vécu avant la guerre de Troie (FGrHist 784 F 2. (FGrHist 4.v. . puisqu'elle présentait Ouranos comme un fils d'Ether (frag. M. on lit dans la Souda qu'un certain Sandon. s'il ne s'agit pas toutefois du même per sonnage.-C. fils ď Hellanikos. J.15-16 Combès-Westerink). De principiis. L. le Hellanikos mentionné par Damascius ne peut être ni l'historien de Lesbos qui vécut au ve siècle av. IV. on ne sait presque rien sur lui. V. in der 2. ост. W.-C. mais sans trop se faire d'illusion sur le sujet. 4-6). la Titanomachie remontait encore plus haut. J. A son avis. La théogonie « de Hiéronymos » Avec cette théogonie. Dans un tel contexte. 110-111.. nous revenons en pays connu. Allen). Malheureusement. p. L. о 'Етибе-л. qui écrivit un livre Sur les poètes (cf. s. M. Add. ni l'érudit alexandrin qui vécut aux alentours de 200 av.-C. ZávScov. Et Hérennius Philon de Byblos soutenait avoir pour source un certain Sanchuniathon (FGrHist 794 F 6 c). Damascius présente comme ses auteurs. dans une phrase énigmatique : « Mais celle rapportée d'après Hiéronymos et Hellanicos. s. Il fonde plus d'espoir sur l'autre nom : Hiéronymos.

Selon toute vraisemblance. West de cette théogonie « de Hiéronymos ».29-565. L. ed. Ce que viendraient confirmer et le fait que cette théogonie de Hiér onymos ne serait qu'une adaptation stoïcienne — où se reconnaîtraient les doctrines de Cléanthe et de Chrysippe — de la théogonie « de Protogonos ». L'attribution à 20. III. Leiden (Brill)..1 Adler). 1981.6. Cléanthe et Chrysippe ne peuvent être considérés que comme des termini post quos. West fonde toutes ses hypothèses sur la date et le lieu de composition de ces Rhapsodies. Une fois de plus. L.v. West sur le (ou les) auteur(s) et sur la date et le lieu de composition de cette théogonie. The orphie poems p. dont par ailleurs on sait si peu de chose. L. M. comme nous l'avons vu. 1. il vaut mieux s'en tenir aux témoignages la concernant20. 3. Van den Broek and M. Cela dit. et lui assigne comme lieu de composition. L. 13-30. 'Opcpsuç. qui ajoute : « on dit qu'ils sont de Théognète le Thessalien. 2. La théogonie « des rhapsodies » Pour Damascius. Traces of an Alexandrian orphie theogony in the pseudo-Clementines. Ces trois remarques font apparaître l'extrême fragilité des hypo thèses faites par M. L. Or. les rhapsodies mentionnées par Damascius peuvent être identifiées aux Discours sacrés en 24 rhapsodies mentionnées parmi les ouvrages attribués à Orphée par la Souda. Studies in Gnosticism and hellenistic religions presented to Gilles Quispel on the occasion of his 65th birthday. West commence par éliminer Cercops. 226). Van Amersfoort. ou.-G. . Vermaseren. c'est sur ce passage de la Souda que M. West. selon d'autres. J. l'article intéressant mais discutable de J. West. L. Après avoir ainsi identifié Hiéronymos. J. Trois remarques s'imposent sur l'interprétation que propose M. Par choc en retour.408 Luc Brisson entre Eudème et cet Hiéronymos. EPRO 91. Les exemples que donne M. L'influence stoïcienne se fait beaucoup sentir dans cette théo gonie. Alexandrie. La chose est indéniable et constitue l'élément le plus intéressant de l'analyse de M. by R. et Г « apparente familiarité de l'auteur avec la poésie alexandrine de la meilleure période » (M. West date la théogonie qu'il lui attribue des alentours de 200 av. les théologies d'Eudème et de Hiéronymos. M. aucun élément interne ne vient justifier l'identification de ce Hiéronymos avec Hiéronymos l'Egyptien. 564. 2. de Cercops le Pythagoricien » (Souda. Sur les relations entre ces témoignages. West de la familiarité de l'auteur avec la poésie alexandrine de la meilleure époque sont en fait consti tués fragments qui se trouvent dans les Rhapsodies et qui ne sont de intégrés dans la théogonie « de Hiéronymos » qu'à la suite d'hypothèses sur son contenu. c'était la version courante de la théologie orphique. p. qui mentionne aussi. s. L. cf. L.

et on rapporte que son poème orphique est l'œuvre d'un Pythagoricien. Or. — Embrasse toutes choses dans le cercle de l'Ether indicible. 131. un certain Cercops » {lest. les deux derniers vers cités en OF 165 (= Proclus. la Souda aurait identifié le Discours sacré aux Discours sacrés en 24 rhapsodies.4-10 Diehl. Mazon. 1967) : « Zeus. cette phrase de Cicéron impliquerait : 1) qu'au Ier siècle av. L. M. estime Aristote (De philosophia. par voie de conséquence. sans que l'on puisse déduire de là quelle pouvait être la longueur effective de ce poème. Ce Théognète aurait donc réuni tous les poèmes orphiques qui avaient cours à son époque en un seul. par souci de commodité (for the sake of convenience). renouvela l'exégète homér ique. 222 = Clém.. Une fois éliminé Cercops le Pythagoricien.-C. L. II. Par ailleurs.-C. I. West. I. la Terre sans bornes. Alex. West en effet. Cette confusion remonterait au moins jusqu'à Cicéron qui déclare : « Le poète Orphée. la Mer et toutes les constellations qui font au ciel une couronne » imitent en fait trois vers de la description du bouclier d'Achille dans VIliade (XVIII. Clément d'Alexandrie nous apprend que cet Epigène. frag. à Pergame au cours du ne siècle av. mais « rhapsodies ». Paris (Vrin). reste Théognète le Thessalien.5. 13 Kern = Cicéron. De nátura deorum. Suivant M. 314.-C. — Et comment aboutirais-je à faire que tout l'univers soit un et chaque chose en même temps séparée ? « Nuit.. Paris (Les BellesLettres). sur le modèle de Г Iliade et de VOdyssée. qu'au-dedans de ce cercle tout soit placé. 483-485. Slromates.Les théogonies orphiques 409 Cercops de ces rhapsodies reposerait sur une confusion remontant à Epigène. 1937) : . trad. 107). l'ensemble de l'entreprise devrait être reliée à celle du cercle stoïcien qui. Festugière. n'a jamais existé. personnage par ailleurs inconnu qui aurait vécu dans la première moitié du ive siècle av. I. avait cours un seul poème attribué à Orphée . divisé en 24 sections appelées non pas « livres ». que la Descente chez Hadès et le Discours sacré étaient en fait de Cercops le Pythagoricien (test. personnage totalement inconnu par ailleurs. voit en lui le compilateur des Discours sacrés en 24 rhaps odies. In Tim. aurait soutenu. 81.11-13 Stâhlin). J. qu'il aurait. Suivant M. dans un traité sur la poésie d'Orphée.-J. le Ciel. J. L. West. 2) que ce poème était connu sous le titre de Discours sacré — ce qui expliquerait son attribution par Cicéron à Cercops le Pythag oricien . Estimant n'avoir aucune raison de mettre en doute le témoignage de la Soudan sur ce point. J. trad. P. 21. la date de composition de ces rhapsodies était antérieure à celle du De nátura deorum. 7 Ross). 3) que ce Discours sacré ne pouvait être rien d'autre que les Discours sacrés en 24 rhapsodies et que 4). A.

Festugière. Pour plus de précisions sur Cratès de Mallos et Posidonius comme « allégoristes ». le soleil infa tigable et la lune en son plein. West franchit allègrement. un lien qui a suspendu à l'Ether une chaîne d'or » fait allusion à « la chaîne d'or » que mentionne Y Iliade (VIII. From the beginnings to the end of the hellenistic age. L. cf. Mythe et allégorie.-C. p. 152-155 et 303-305. être toutes ramenées à une même version connue dans le monde grec au ve et au ive siècle av. West raffine. 234-251. où le philosophe stoïcien Athénodore Cordylion (qui vint à Rome en 70 av. 1968. trad. Dans cette version. J.-C).-C).. le témoignage de Cicéron ne se laisse pas facilement interpréter comme le voudrait M. . Une étude sur l'allégorie grecque. 1967) : « Nuit. 17-18. 26-27). la figure la plus connue du cercle stoïcien de Pergame. ainsi que tous les astres dont le ciel se couronne. Paris (Les Belles-Lettres). 1959. R. mais l'essentiel de sa démonstration repose bien sur ces hypothèses. 27. L. 24. il n'y a qu'un pas que M. De plus. l'argumentation se heurte à cet obstacle : Cratès de Mallos et Posidonius ne peuvent être consi dérés que comme des termini post quos. le dernier vers cité en OF 166 (= Proclus. M. Par voie de conséquence. J. Aurea catena Homeri. 19762. A. remont erait à Posidonius (135 ?-51/50 ? av.-C. Oxford (Clarendon Press). Pierre Lévêque. West peuvent. Allégories ď Homère. L. 19) et dont l'interprétation allégorique. Paris (Vrin). Paris (Etudes augustiniennes).) était alors bibliothécaire en chef21. J. Que conclure à la suite de cette présentation critique du stemma des différentes versions de la théogonie orphique. justifie et commente M. Les origines grecques et les contestations judéo-chrétiennes [1958]. p. p.-C. qui connut un vif succès. II. Sur l'école de Pergame. vol. cf. — Quand tu auras étendu sur tous les êtres un lien puissant. In Tim. West dans son livre : The orphie poems ? Les quatre premières théogonies distinguées par M. J. Par ailleurs. Annales littéraires de l'Université de Besançon. les Discours sacrés en 24 rhapsodies auraient été composés aux alentours de 100 av. à Pergame. Quoi qu'il en soit. J. 7-30 (sur Posidonius. Jean Pépin. cf. History of the classical scholarship. Heraclite. 48-51) dont la source serait Cratès de Mallos (venu à Rome aux alentours de 168 av. p.-C. ce passage de Г Iliade fit l'objet d'une interprétation all égorique (cf. Et sur l'interprétation allégorique de « la chaîne d'or ». la Nuit jouait le rôle de premier principe comme l'indiquent explicite21. » Or. West.-J. L. et plus probablement dans le premier quart du ier siècle av.410 Luc Brisson « II (Héphaistos) y figure la terre. L. que présente. De là à voir en Théognète un érudit formé à l'exégèse allégorique de Cratès de Mallos et de Posi donius.25-26 Diehl. J. Pfeiffer. le ciel et la mer.

S. l'hypothèse suivant laquelle il aurait pour source le Пер! 0et5v d'Apollodore d'Athènes ne peut être retenue (cf. Aristote et même Aristophane. The orphie poems. et Zeus qui avale Protogonos.. L. Or. 24. il faut supposer une antériorité des Rhapsodies sur la théogonie de Hiéronymos et d'Hellanicos. M. cette version semble n'être qu'une adaptation de celle des Rhapsodies entreprise dans le but d'établir. les dates de composition. Mais on ne peut en tirer qu'une seule conclusion définitive : le nom propre « Dio[nysos] » y est cité dans un contexte orphique. résumé en allemand par F. . West. sur la question des premiers principes. 1941. Linforth22. I. The arts of Orpheus.Les théogonies orphiques 411 ment Eudème. Veslnik Drevney Islorii 1978 (1). 45. Suivant les Rhapsodies. A. on ne sait rien que par allusion. M. 87-104. 1982. qui s'en distinguent essentiellement par le fait que la Nuit n'y est plus le principe primordial. p. souvent considérées comme hypercritiques. The Orphies at Olbia. Orfîzm i Kul't Dionisa v Ol'vii. C'est la figure de Chronos qui distingue radicalement de la plus ancienne les deux versions les plus récentes de la théogonie orphique24 : 1) Or. Or. de ces deux dernières versions pourraient se situer au début de l'ère chrétienne. ibid. Puis viennent Ouranos couplé avec Gaia. Ce dernier document nous permet en outre. 67-71 . Kronos couplé avec Rhéa et qui castre Ouranos. Homère et Hésiode. De plus. avant d'éprouver le désir de s'unir à sa mère. la théogonie de Hiéronymos et d'Hellanicos. Il est donc difficile de déterminer si oui ou non le récit de la mort et de la résurrection de Dionysos y intervenait. probablement pour engendrer Korè. of California Press). à laquelle ensuite il s'unira pour engendrer cette fois Dionysos. L. on ne sait s'il faut y lire Xpovoç ou Kpovoç. Linforth. M. de reconstituer cette généalogie divine. 1. 23. cf. assez rapprochées l'une de l'autre. et comme le laisse entendre le papyrus de Derveni. J. la Nuit produit un œuf d'où sort Eros-Protogonos à qui succède la Nuit. D'une part. cf. Les inscriptions découvertes sur trois plaques d'os au cours de fouilles soviétiques à Olbia23. colonie de Milet près de l'estuaire du Borysthène (maintenant Dnieper) et qui remonteraient au ve siècle av. Sur le sujet. Cette version « ancienne » va faire place à deux nouvelles. Sur la figure et le rôle de ce dieu dans Г « ancienne » version de la théogonie orphique. Cette position se fonde sur les deux observations suivantes. p. présentent la plus grande importance. c'est Chronos qui produit l'œuf dont sort Phanès. un accord entre Orphée. 78). Chronos lui-même sort d'une espèce d'œuf formé à partir de l'eau et de la matière dont vient la terre.-C. si on le complète avec ce que raconte Aristophane dans les Oiseaux. 1980. 200. Les conclusions de Y. Berkeley/Los Angeles (Univ. Rusyaeva. West. n. 17-29 et fïg. Dans l'Erèbe. Si c'est bien le cas. puis procède à une nouvelle création. n'ont jamais été définit ivement réfutées. Et suivant. OF 37 ne peut en aucun cas être invoqué contre cette position. p. dans le Zeitschrift fur Papyrologie und Epigraphik 38. et si oui sous quelle forme et dans quel but. Tinnefeld. 22.

L. I.412 Luc Brisson les témoignages concernant le Chronos des Rhapsodies sont tous plus récents que le témoignage le plus ancien concernant la théogonie de Hiéronymos et d'Hellanikos (celui d'Athénagore. M. sur lequel se faisait fortement sentir l'influence d'un mithriacisme alors en pleine expansion25. du cnrs).) . J. Paris. que. M.-G.. de ce principe. 2) Par ailleurs. West. pour les Perses. OF 60. J. OF 66 et 68 viennent de Proclus (412485 apr. M. Etant donné ses hypothèses. Ce qui incline à situer à la fin du ier ou au début du ne siècle apr. Eisler. soit. Combes. ces derniers eux-mêmes. emprunte beaucoup de ses traits au Zurvan iranien. 322. dans ses deux livres : Early greek philosophy and the Orient et The orphie poems. comme le disent quelques-uns. semble-t-il.-C. dont l'une est conduite par Oromasdès. les autres Chronos (Temps) tout l'intelligible et tout l'unifié . un Grec comme Eudème connaissait et. 37-55. la théogonie orphique et celle(s) attribuée(s) aux Perses. mon article La figure de Chronos dans la théogonie orphique et ses antécédents iraniens. p. si on la met en parallèle avec Г « Aiôn-Saeculum » mithriaque. Or.-C. Munchen (Beck).). Cf. En fait. le mithriacisme fut introduit dans l'Empire romain au début de l'ère chrétienne. J. se sont distingués soit le dieu bon et le mauvais démon. et cela en dépit du fait qu'Eudème soutient. 64 et 70 viennent de Damascius (458après 485 apr. l'autre par Areimanios » (Damascius. posent en train de se distinguer la double rangée du meilleur <et du pire). La chose ne fait aucun doute. pour les Orphiques. alors que. la figure de Chronos (et par suite celle de Zeus et même celle de Phanès) dans ces deux dernières versions se comprend beaucoup mieux. 1985. Eisler dans Weltenmantel und Himmelszelt26. comme Eudème l'écrit aussi. le renouveau d'un orphisme. aussi cherche.8-13. dans Mythes et représentations du temps.) . 1910.) et OF 65 vient de Jean Malalas (= le Rhéteur en syriaque.t-il à discerner une influence directe du Zurvan iranien sur la figure de Chronos dès le ve siècle av.-G. après la nature indifférenciée. 2 t. Quoi qu'il en soit. qui.-G. 491-578 apr.-C. Au ive siècle av. tout en se gardant bien de confondre le principe primordial de l'une avec celui (ou ceux) de Г (ou des) autre(s). (éd. L.West ne pouvait tenir que peu compte du dossier archéologique concernant le mithriacisme . J. West a voulu reprendre l'entreprise de R. la Lumière et les Ténèbres. bénéficie des découvertes qui ont été faites depuis lors et des méthodes qui ont été développées et affinées entre25. le principe primordial est la Nuit.Westerink). les uns appellent Topos (Espace). Weltenmantel und Himmelszelt. dans le même ouvrage. J. . c'est ou bien l'Espace ou bien le Temps : « Quant aux Mages et à toute la race aryenne. Religions-geschichtliche Untersuchungen zur Urgeschichte des antiken Weltbildes.-G. J. toujours bien informé. seconde moitié du ne siècle apr. 26. De principiis. avant eux. Certes. J. L. R.

et tout redevient aussi incertain. Une fois tirées toutes les fusées. une seule solution : choisir quelques points de repère sûrs. me semble-t-il. notamment l'isopséphisme . Eisler. la nuit impose sa loi. aussi indistinct qu'avant. permet de distinguer de façon pertinente l'ancienne version de la théogonie orphique des deux nouv elles. du moins très brillante. Pour progresser quand même. il évite un certain nombre d'extravagances dans lesquelles était tombé R. On pourrait comparer les deux livres de M. Voilà ce à quoi je m'emploie en insistant notamment sur la figure de Chronos qui. dans le domaine de l'orphisme à tout le moins. et d'établir un rapport entre l'orphisme et le mithriacisme. Mais les résultats est auxquels il parvient ne sont guère plus encourageants que ceux obtenus par son prédécesseur. . West à un somptueux feu d'artifice. dont par ailleurs on sait vers quel moment il se diffusa dans l'Empire romain. plus éblouissantes et plus étonnantes les unes que les autres. dont les fusées seraient les hypothèses. et son argument ation sinon convaincante.Les théogonies orphiques 413 temps . L.

Chrestomathy Epitome Photius. Bibliotheca Proclus. West {The orphie poems. Bibliotheca Rhapsodies Derveni Theogony Eudemian Theogony Egyptian/ Phoenician myth\ Hesiod^"" / /A чч \ Homeric Theogony Stemma reproduit avec la permission de Clarendon Press (Oxford). 264) Babylonian myth 700 600 500 400 300 200 100 Hieronyman Theogony Prose summary of cycle Apollodorus.414 Luc Brisson ANNEXES 1 : Stemma des théogonies orphiques proposé par M. L. p. .

lettres qui manquent et qui n'ont pas été suppléés ] vers. Signes critiques intervenant dans le texte grec : [ [ L < ] vers. je commencerai par donner. Puis je proposerai une traduction française.Les théogonies orphiques 415 2 : Reconstitution de la théogonie orphique commentée dans le papyrus de Derveni La reconstitution par M. OF Orphicorum Fragmenta. West j supplétion réalisée à partir de témoignages existants. 78. Pour se faire une idée exacte de ce que doit cette reconstitution au texte du papyrus d'une part et à l'industrie de M. West de la théogonie orphique com mentée dans le papyrus de Derveni présente beaucoup d'intérêt. les sources des 47 vers. même si. mots. L'ordre des colonnes est celui du ZPE. reprint 1972. à plus d'un titre. mots. semble-t-il > vers dont l'ordre a été changé lettre(s) dont la lecture fait problème. West d'autre part. L. L. coll. et non celui adopté par M. West : « My column-numbering is higher by one than that used in existing publications » (The Orphic poems. dans une espèce d'apparat critique. . L. L. Sigles intervenant dans l'apparat critique : PD Papyrus de Derveni. [1922]. elle est contestable. Kern. lettres qui manquent et qui ont été suppléés par M. n. O. dont on trouvera le texte ci-dessous. 13).

eXr]s [Travrrji.wai Kal TTorayLol Kal Kpřjvai ivýparoi aXXá re rrávra \o\aaa тот* тр> уеуашт*. ^àfx^poolrij NvÇ' [rj ot] ěxpT]oev âiravra та ol 6é[ixis rjív àvvaa]ài. <ú? ITpwTOyóvov jSaatAew? alSoíov tojí 8' а/за тга^те? adávaroi ттрооефм fiaKapes 9eol rjSe 6éa. woAAà /xe'Aai?/)a. oj TTpdjTiOTOS paoíXevoev ек rov Srj Kpóvos [ajuTtî.] [/xijcaro S' ai Paîav те ка1 Ovpavov evpvv vnepdev^ /XTjaaro S' 'Qxeavoîo péya aOévos evpv péovros' Tvas 8* еука[теХа. Zevs ii. Kal Baifiova KvSpóv) albolov Karenwuv Sç alOépa екворе irpwros. . /cat т* еаает* етг\е1та.Texte grec proposé par M. AajSfet^ èpiKvSès те [ефраоат* т* eV xeípeaai та oi веа] i£ dSvroio [etTTe] -navo^evovaa ^OeâJUj трофо.. p.j lt] тгоАА' oô/эе' é'^et. [xeivos /J-èv Fatáv те /cal] Ovpavov cvpvv [ěrtvrei'*] [rtuî Se ттеХшрт) Fota теке Kpóvov^\ os fJ-éy' ěpe£ív Ovpavov E^povlbrjV. [. Zei>s S' àpxos âiravrcjv àpyiKepavvos. avros S' ара /jlovvos ěyevro. церрера p'eÇiov. ] ■^ 7Г0АЛ0Г? <j4aiVei р..eXaívr}s Nvktos vit* iweoírjioi \rj8è ка1 ônXorépœv ракарши yévos aîèv ióv o]* A los è^eyévovro [vTrepp. à>s <ž[p£ai ка]та KaÁov êSo? хчфоеуто. 114-115) [Aelaco ÇvveToîoi—]Qvpas 8' етгивеаве fïéfi-qXoi — [Ztjvos 7гащАе8еорто$ âvaKros веокеХа è/>ya.. [vvv S* èarï\v )3acrtAeù[?] wavrfaiv.lv ě7T€i[r' афраата Beds] ттара веафат' axovoas (аА/с^ т iv ^ei'peaa' ěAajSev.]^?Т^р[ ]^а[.. ijv те EeX-qvrjVj làdâvaroi кХ-qiÇovaiv. Zevs vararos àpyiKepavvos' Zevs кефаХу. \jir)oaro S* «ŽAA-íji» yatai/ à-nelpnov. èirix^ôvioi Se те M-Jvt]v.j [rjroi jxèv ттрштюта Oeôjv xpvcrrjvj Яфро81т^ Ovpavlrjv [èpaeooav О7Г цутшато] OopvrjZ\rrjl S' ap* â/x'J Apiiovlrj t' [e/5aTi7] TleiOuj т* [eyeVoiro. ' OXv/mttov.].еро-леаа' eV àveipova yaîav [/XTjCTaTO S' ije'Aioy те [léyav.]м«[. L. цтт-а^та? yàp крафас av9is фао$ es TroXvyqdésj Le^ leprjs Kpa&î-qs àvevéyKaro..] [остста /j. iâs fj-ix^f Texte reproduit avec la permission de Clarendon Press (Oxford).. West (The orphie poems.] [. Zevs TTpâiTos yévero.j fieaaódev laop. тгоАА* âarea. та т' ovpavós еотеф&штси.]о<т* Л^еАал'ои àpyti[/>]oSiVo[u. \j£evs fiéooja.evjéos fšacnXijos. eneira Se /njTi'era MiJTiv ка[1 fiaKapcov [каь тоге Щ Karévrive веоО fiévos. Zevs pèv eVel 8rj ттатрос éov ттара веафатоу [oKTJnTpóv]ev fxáXa ттарта."] ■íjdeXe fiTjTpo. 6v7]Toîaiv ôveiap^\ [âarpd те Хацттеташута. Zeùs] Moîpa [к-рата^*] Zevs jSacrtAeuf. Aies S* c/î L7TjávTa T€TLUKTafj [2Teù? TrávTwv réXos avros exet.. [аОта/э eVei TcíSe návr' еттефраааато цг)т1ета Zevs. 5 io «5 20 25 30 35 40 45 .].

8 v. 8 Reconstitution à partir de PD VII. 14 PD IX. 14 v. 9 v. 1 етс£1. 29 PD XV. 17 PD X.l v.8-/)тахтростЕО1жара. 16 Reconstitution à partir de PD X. 5 v.6 v. 34 Reconstitution à partir de PD XVII v. cf. 10 PD VII. 1 v. 4 v. v. 35 Reconstitution à partir de OF 109 v. 20 Reconstitution à partir de OF 167 а.3 топ : tou pap. 11 PD VIII. 7 Hoc loco traditur 13 (= PD IV. 12 PD IX. 1-6 et de OF 21 аЛ v. 13 v. 41 Reconstitution à partir de PD XX. 27 PD XIII. 4 v. 43. 21 PD XI 1. 39. 9 Reconstitution à partir de PD VI. 42 PD XX. le début de OF 167 6. 28 Reconstitution à partir de PD XIV v. 44 Reconstitution à partir de PD XXI v. 19 Reconstitution à partir de PD XI. 1-2 v. 6. 5) v.6 oup<xvoaeu<ppovt. 10 et OF 21 a. 40 Reconstitution à partir de OF 91 v. L. 2. 33. 4 Reconstitution à partir de ce qu'on trouve dans les vers qui suivent et de OF 164 à 167 v. 14. 22 PD XII. 1-7 v. 11 v. 38. 13 PD IV. 31 OF 21 а. 4 v. 45 PD XXI. 15 Reconstitution à partir de PD VIII. 37 PD XIX. cf. 23 PD XII. 3 v.Les théogonies orphiques Apparat critique 417 v. 3. aussi PD IV. 36 Reconstitution à partir de PD XIX. Les lacunes empêchent toute traduction v. 2 v. 6 PD IV. 5 v. 9 et de OF 104 à 106 v. 26 Reconstitution à partir de PD XIII. 24 PD XII. 1 v.5 v. 6 v.87]ar v. 10 v.8 et de OF 13 et 334 vv. West pour résumer ce qui précède v. . 2 v. 4 v. 12 et OF 21 а. 1 Reconstitution à partir de PD II 1. 18 PD XI. 25 Reconstitution à partir de PD XII. 8 v. 32. 30 OF 21 а. 46 Vers reconstitué par M. 5 PD IV. 47 Reconstitution à partir de PD XXII. 2 v.

A lui donc succéda Kronos. tout ce qui était alors venu à l'être. toutes celles que. après avoir entendu les secrets proférés par la déesse sous forme d'oracle. suivant ce qu'il (lui) était permis (de faire). la Terre énorme donna pour enfant Kronos. puis à lui (= Zeus). dans ses mains. Zeus est le milieu. Zeus ensuite. les prodigieuses œuvres. Zeus à la foudre éclatante est le dernier. 25 Maintenant il est le roi de tous les êtres. se mit dans l'esprit absolument tout ce que. Protogonos ( = le Premier-né). le maître qui gouverne tout. Zeus est la tête. il exécuta. prit et le glorieux daimôn ( = Protogonos). il (= Zeus) avala. et il le sera dans l'avenir. (des mains) de son père. le roi vénérable . lui dit celle dont émanent tous les oracles. dieux bienheureux aussi bien que déesses et les fleuves et les sources aimables et tout le reste. et alors lui (= Zeus). la nourrice des dieux. de Zeus. sur les conseils de la noire Nuit. Zeus tient lui-même dans ses mains la fin de tous les êtres. qui détenait la Métis et la dignité royale sur les immortels. il était sur le point de prendre. 20 Et un beau jour. il devint le seul (être).418 Traduction française par Luc Brisson Luc Brisson Je vais chanter pour les initiés. c'est à partir de Zeus que tout fut fabriqué. le roi tout-puissant. et la race des bienheureux plus jeunes qui sont immortels. qui fît grand (mal) à Ouranos. le principe de vie du dieu. celui qui le tout premier régna. la force. puis Zeus à la métis. il l'avala. la Nuit immortelle : 10 celle-ci lui révéla absolument tout ce qu'il lui était permis de faire de façon à régner sur le beau séjour (des dieux) qu'est l'Olympe enneigé. puis à lui (= Ouranos). Zeus fut le premier à venir à l'être. Zeus est la Destinée (= Moira) puissante : 1 . celui qui le premier s'élança • hors de (ou dans) l'Ether. la Terre (= Gaia) et le vaste Ciel ( = Ouranos) il engendra . 15 Celui-ci (= Protogonos). du fond de son sanctuaire. tous les immortels adhérèrent. le fils d'Euphronê (la Bienveillante = la Nuit). dans ses mains. 5 eux qui naquirent de Zeus. — mettez des portes (devant vos oreilles) profanes — . alors donc que. Zeus. le pouvoir prédit par l'oracle et le sceptre très glorieux. le vénérable (daimôn).

1974. il la conçut . il déploya aussi les fibres de l'Achéloos qui roule des flots d'argent. 33 . très pro bablement pour en faire le complément de 7rpoaé<puv. — Sélênê l'appellent les immortels. mais ceux qui habitent sur la terre (l'appellent) Mené — . Je n'ai pas traduit Gopv/jï. quand il eut conçu tout cela. Mais je reste sceptique. beaucoup de villes. l'Ouranienne séduisante.-P. p. 104-124. Il conçut aussi le grand soleil. qui est utile aux mortels et les astres brillants dont le ciel se couronne Ensuite. p. Sur cette épithète de Zeus. en tout premier lieu parmi les divinités. (Х7)<тато (35. II conçut encore la Terre (= Gaia) et le Ciel (= Ouranos) qui s'étend en largeur là-haut. puis. 18 J'ai traduit {х^тЕета par « à la métis ». il les ramena. v. La métis des Grecs. de respecter l'ordre des mots dans chaque vers. On note le masculin pluriel toxvtoîç. de nouveau à la lumière qui cause une grande joie. dans Les ruses de V intelligence.grâce à sa thornë . 91-92) propose « from his seed » ou « by an ejaculation » en s'appuyant sur OF 183. elle brille pour de nombreux mortels sur la terre sans bornes. Voilà pourquoi j'ai préféré translittérer. West [The orphie poems. En effet. Zeus à la foudre éclatante est le principe de tous les êtres. accomplissant de terribles exploits. Harmonie et l'aimable Peithô (= Persuasion) naissaient. Il conçut une autre terre immense ( = la lune). puis il conçut la grande force d'Okéanos qui se répand au loin . beau coup de demeures . Le papyrus porte тоу. d'où un certain manque d'élégance. voici quelques remarques sur des points précis : v. hors de son cœur saint. après les avoir tous cachés. qui contient beaucoup de montagnes. West imprime un тан. M. L. J. La chose est vraisemblable. Zeus à la métis éprouva le désir de s'unir dans l'amour à sa mère. 38. cf. Vernant. En vérité. c'est grâce à elle (= thornë) que. l'Aphrodite d'or. L. 30 v. 43) et етсефраааато (46). West . et la ponctuation proposée par M. 21 v. Paris (Flammarion). à partir de son centre égale en ses membres de tous côtés ( = sphérique). J'ai traduit par « il conçut » ces trois verbes : [пг)тСстато (33). L'union avec métis et la royauté du ciel [1971]. Remarques sur la traduction française J'ai essayé. dans la mesure du possible.Les théogonies orphiques 419 30 35 40 45 Zeus est le roi. en même temps. 36. M. Cela dit. L.1-3. 33 v.

40 v. West. j'ai mis un point en bas. The orphie poems. 92 et n. A la fin du vers. 45 . v. L. еуха[теХ<х]а<75 doit venir de Еу-хат-sXaúvco. p. L. 39). Par ailleurs. Ce vers est si lacunaire que j'ai décidé de ne pas le traduire. West. M. 37 Luc Brisson J'ai traduit Ïvtj ( = ïç suivant LSJ) par « fibre » (sur le sujet cf. et non un point en haut comme M.420 v. un hapax que j'ai traduit par « déployer ».

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