You are on page 1of 15

Monsieur Stanislas Breton

Dialogue : Symbole, image, prodige
In: Dialogues d'histoire ancienne. Vol. 7, 1981. pp. 309-322.

Citer ce document / Cite this document : Breton Stanislas. Dialogue : Symbole, image, prodige. In: Dialogues d'histoire ancienne. Vol. 7, 1981. pp. 309-322. doi : 10.3406/dha.1981.1437 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/dha_0755-7256_1981_num_7_1_1437

Les Grecs seraient en ce sens d'insatiables ichneutai. 1 . fort significatif. qui nous a été conservé 0). Ces deux événements ne sont probable ment sans effet sur la théorie proclusienne du symbole. J'avancerai l'hy pas pothèse. à partir de quelques vestiges. Leur commerce n'était pas seulement de marchandises. mais ils ne peuvent les accepter qu'à la condition de les élever à la dignité du concept. construire l'hypothèse interprétative. mais pour tout ce qui est de juger (krinéiri). L'intérêt de Proclus pour les religions exotiques ne constitue pas une anomalie. que Trouillard mentionne dans sa nomenclature est. ichno-skopeo (observer attentivement les traces). D'un point de vue religieux. ils ont sillonné les routes maritimes du monde qui leur était connu. Je voudrais simplement. Or. sans le contredire.. Il est clair et complet. somme toute assez banale. Le terme ichnos. à la conception du pro dige en tant qu'oeuvre d'imagination. pour tout cela les Grecs . illustre bien cet esprit à la fois libéral et exigeant : «Les Barbares sont bien capables de trouver nombre de «dogmes». où se développe le néo-platonisme. serait une réaction de «défense et illustr ation» du paganisme contre les poussées sectaires du monothéisme judéochrétien. dans les limites qu'il s'est fixées. devinent le bon filon.DHA 7 1981 309 . Les religions d'Orient les séduisent. et avec un flair quasi-canin. sur le point particulier qui nous occupe. cette recherche. IMAGE. comme le chien de chasse à la poursuite du gibier). à cet égard. Peuple de la mer. Les Grecs ont toujours été friands de ces nouveautés. et savent. de justifier et de faire servir à la vertu tout ce qui a été trouvé par les Barbares. d'autre part par la montée du christianisme qui est devenu. qui. au temps de Proclus.322 DIALOGUE : SYMBOLE. religion d'Etat. dans la première lettre aux Corinthiens 1. Il s'inscrit dans un champ sémantique où il voisine avec ichneuo (suivre à la piste. Un texte de Celse. Ces questions sont relatives au milieu historique en lequel se situe le néo platonisme. Paul. est bien connu. au statut de l'image en tant qu'imitation. les décrit comme des «zététiques» qui «cher chent la sagesse». selon laquelle cette philosophie. plus ou moins parlants. 22-23. etc. I Le milieu historique. pour eux. il se caractérise d'une part par l'irruption des rel igions orientales. est toujours à l'affût de l'étrange et de l'étranger. à l'ex amen des traces. S. PRODIGE L'exposé de Jean Trouillard sur le «symbolisme chez Proclos» peut se passer de commentaire. en élargir le contexte et répondre à certaines questions que le lecteur ne manquera pas de se poser.

Elle est la résultante. Cet aveu de dépendance ne concerne pas. et ne veut rien recevoir de l'étranger. La géométrie. Cette attitude. et la configuration. il est clair pour lui que l'instance practico-économique n'est pas la plus décisive. le seul domaine du religieux. Si l'on accepte. de la limite ou détermination définissante. préjuger raisonnablement la «réaction» du Lycien. L'Hellène est parfaitement disponible. en Autant qu'on puisse. au sens qui nous est de venu familier. cela dit. est autre chose que le reflet des conditions d'existence. en ce qui concerne le «religieux» et le «mystique». Je n'ai point à y ajouter. La création. à l'exercice d'une règle de justice. mais qui réserve à l'entendement hellène le privilège critique du jugement. Trouillard a fort bien souligné sa fonction de médiation «entre la supraconscience et la conscience». essentielle à la construction d'une architecture. que la géométrie a une origine socio-économique. il ne serait point téméraire d'énoncer les deux présupposés suivants : si diverses que soient. de surcroît. du^principe de raison et de la discipline éthique. de sa mythol ogie particulier. qui ne sont pas négligeables.310 Stanislas BRETON sont meilleurs» . si originale. aux souffles qui lui viennent d'ailleurs. Les crues du Nil effaçant les limites des champs. 3. à une autre préoccupation : celle de sauvegar der. contre l'offensive chrétienne. Dans le néo-platonisme de Proclus. distingue la Grèce d'Israël. noétique et dianoétique. apposer le sceau du Feras. est d'une importance capitale. Mais. Mais sur Yapeiron ou l'illimité de l'imaginaire ils prétend. du moins le pense -t -il. Etonnante revendication qui accorde à l'étranger le mérite de l'invention. Le rapport GrecBarbare n'est point analogue au rapport Juif-Goim. Israel combat les idoles. en religion surtout. en tant que savoir. «l'arpenteur» restitue le tracé primitif. chez les différents peuples de la terre. . d'ordre géné rique. Il précise. cette part de l'imagination. le théorème qui ouvre les Eléments de théologie : «Toute plu ralité participe de quelque manière à l'un». à ce propos. du reste. sans le nier. où l'imagination elle-même a sa part. sur le plan religieux. en apparence aberrant. et la droite au droit en général. comme loi des choses et comme règle de pensée. l'héritage du paganisme grec. Ce souci héno logique. la schématisation de l'irrépressible «folie» multiplicatrice de la vie et de l'illimité. le problème devait se poser «d'une réduction à l'un» de ce buissonnement. qui semblait être. La droite du géomètre se relie ainsi au droit de propriété privé. Je préfère insister sur deux autres points. oeu vre d'imagination. d'un dynamisme. et le philosophe tient à le dire. Dans son commentaire aux Eléments d'Euclide 0). s'associait. 2. les formes de l'imagination religieuse. n'est point son fait. L'invasion proliférante de l'Orient ne pouvait pas ne pas déconcerter un esprit soucieux de rigueur. Proclus rappelle ce que les géomètres grecs doivent aux Egyptiens. en liaison avec l'esprit et les principes d'une doct rine.

le seul fait de leur référence au dieu et au divin. n'ont point hésité à s'en servir. «produits d'une communauté humaine». Elle justifiait ensuite. De plus. Car toute écriture. tributaire de son temps. et les chrétiens. est déjà un objet plus ou moins énigmatique qui provoque l'interrogation et nourrit. analogue à l'«analy tique» kantienne de l'entendement. un air de famille qui autorise les rapprochements : la diversité des «dénominations» et des «figurations» ne réussit pas à masquer le parallélisme ou la correspondance des fonctions. sans courir le risque de s'y perdre. semble-t-il. Du reste. le brassement des peuples les plus éloignés les uns des autres dans le creuset de l'empire devait. Peut-être. On s'expliquerait ainsi qu'il se soit promené dans la forêt des symboles. un pro cessus d'assimilation et d'universalisation. par là même. L'unité poli tique. constitue une réduction du second degré et dont le postulat se qui formulerait en ces termes : il est toujours et nécessairement possible de r ésoudre la multiplicité du sensible imaginatif à l'unité relative du monde in tel igible et à l'un «ineffable» du «supra-intelligible». ils ont. de droit. Philon d'Alexandrie la pratiquait avec allégresse . qu'il s'agisse d'écriture ou de signes plus visibles et plus prégnants de la pré sence éventuelle qu'ils évoquent. l'allégorie avait un triple avantage. le goût d'une certaine pléthore herméneutique. 4. n'est pas indifférente à l'unité religieuse. sans majorer indûment . Les Grecs l'ont bien connue . Cette réduction à quelques invariants engage une méthode d'interpré tation. incontestablement. sans la recouvrir exactement. comme le note Trouillard . L'existence d'un univers aussi prestigieux devait induire. Proclus croyait -il profon dément aux universaux de l'imagination. que l'allégorie. ou à la assez théorie chomskyenne des «marqueurs sémantiques» communs à toutes les langues. par la force des choses. aiguillonne. avant même Origène. Elle permettait tout d'abord d'écarter le scandale : scandale des dieux en conflit ou en rupture de moralité . la distance reflexive qui en fait un problème indéfiniment renouvelé. Les «symboles» dont il fait état sont «oeuvre collective». par leur caractère nécessairement cryptique. Cette méthode n'est autre. Quelles que soient les modalités qui en particularisent l'usage. Enfin. comme on sait. Proclus est donc. sans en avoir formulé la théorie.DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 311 on peut. multiplier les contacts et favoriser les assimilations. ainsi que nous le disions plus haut. à l'abri d'autorités scripturaires plus ou moins reconnues (écritures inspirées ou textes oraculaires) une exégèse pluri-dimensionnelle des significations. scandale des expressions lourdes de matière trop humaine qui mettaient en péril la transcendance de la divini té. Le philosophe le sait si bien qu'il n'apoint de peine à faire coïncider pour l'essentiel sa my thologie na tive et sa mythologie d'importation. au «dieu caché» ou au «dieu inconnu». retrouver sous ces différences. de par son opacité dans l'espa ce indéfiniment réversible en lequel elle s'expose. un ensemble de constantes ou d'invariants qui permet une «typique» ou une «analytique» de l'imaginair e.

dans ce panthéon si accueillant. et ce de par la «nature des choses» qui n'a besoin d'aucune dialectique de raccord pour assurer les passages réciproques. me semble-t-il. sans réticence et sans repentir. toutefois. l'hénologie néo-platonicienne paraître dis bien : paraît. fût-elle d'action de grâces. Car. ne sauraient faire oublier la force tranquille d'une philosophie qui a su. n'avait pas encore domestiqué. de chorismos impénitent. il se peut que la rigueur du système qui compose l'audace critique avec le souci de l'ordre structural et de la genèse radicale ^'accom mode quelques artifices dans l'établissement des hiérarchies ou des généal de ogies. comme on l'a fait souvent.. serait -il abusif de parler trop vite «de religions de la nature». Pour quoi. avec l'initiative prévenante de l'Absolu. allier. les pratiques de la magie. le dieu chrétien non seulement n'a-t-il pas de place. aux dualités de l'âme et du corps. Le commentateur de Platon et d'Euclide. Le néo-platonisme de Proclus. le «symbolisme» universel qui traverse cette phi losophie n'est que l'expression du «lien substantiel» qui en joint toutes les parties. la protection ou le secours. «tout est dans tout» sans con fusion. justifier une certaine similitude des conduites religieuses. frôle parfois. l'état des forces productives et des rapports de production. Certes. l'absolu d'une liberté. que. comme du reste la «métaphore». dans les contrées sous con trôle romain. dans cette conception. dans les «mystères». de style agraire ou artisanal. etc. Il n'en reste pas moins que la tripartition de l'univers en régions célestes. «plein d'âmes et de dieux». En ce sens. Le reproche de dualisme. est -il résolument exclu ? Certains s'en étonneraient d'autant plus. qu'il convient d'aborder la théorie du symbole chez Proclus.312 Stanislas BRETON cette explication partielle. l'auteur des Eléments de théologie qui. qui assimile l'allégorie. à élucider un point relativement obscur. la prière. 5. Il y a là une méprise fondamentale qu'il impor- . pouvait. mieux que toute autre peut-être. auxquelles n'échappe aucun penseur. sans y succomber. Sans doute. 6. de la con fondre. ne nous paraît pas mieux fondé. tout communique. Il reste. en dépit de son essor. en nécessaire connivence avec le monothéisme judéo-chrétien. Mais ces faiblesses. du sensible et de l'intelligible. il ne saurait y avoir de «substances séparées». si l'on nous per met cette extension indue. annonce Spinoza. C'est dans cette perspective globale. Dans ce monde. terrestres et «infernales» dessinait en filigrane les demeures correspondantes des puis sances démoniques dont on invoquait. qu'on accuserait de «platonisme renforcé». mettait l'accent sur la générosité divine plus que sur l'initiative humaine de transformation.. avec un éclectisme «attrape-tout» que l'on identifiait de surcroît avec un vague mysticisme de «l'indétermination abso lue». mais. à certains égards. ne se contente pas d'àpeu-près. responsable de soi et du monde. D'un bout à l'autre de l'univers. se demandera-t-on. selon eux. cependant. que la science grecque. du monde d'ici:bas et d'un arrière-monde. plus souriant que celui de Plotin aux promesses du «rite». Il serait injuste. de prime abord.

Toute proposition qui «compos e». il est nécessairement en-deça de l'ineffable qu'il doit «symboliser» . n'ont rien de commun avec l'unique. comme le sauveur d'un trésor en péril. Mais nous n'avons pas à refaire l'histoire. la prétendue affinité que l'on croit déceler s'évanouit en équivoque. intransigeant et sectaire. est strictement. à la fois «psychologique» et politique. en une même expression. par leurs «dogmes» et leur nouvelle imagination. qu'une médiocre estime. devait intégrer une luxuriante mythologie. face à l'ennemi. «non-sensée». aussi. Peut-être faudrait-il risquer les mots plus sévères de «répugnance» et de «mépris» On a le droit de regretter que l'intolérance ait engendré une autre forme d'into lérance. en notre langage moderne. l'une de ces déterminations au prétendu sujet qui les reçoit. Elle n'est même pas contradictoire à sa négation.DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 313 te de dissoudre. des «termes» aussi peu reliables entre eux que le sont. et une théologie «méontologique». parce que. Son alliance avec le pouvoir renforce sa puissance destructrice. En effet. dont Platon lui-même s'était insuffisamment avisé. quitte. et. n'ait pas suggéré. La menace ne pesait pas seulement sur la philo sophie. à en proposer l'exégèse. instructive et purifiante. toute figu re.comme le rappellera Spinoza. L'Un du néo-platonisme. pas plus qu'il n'est l'une quelconque des perfections qu'épèleront les théologies. à propos de l'Absolu. le nombre trois et la couleur verte. de ce fait. il est. plus tard. de par l'iconoclasme qu'il implique eu égard aux divinités étran gères qui tombent au rang d'idoles. est à la fois détermination. Le bouleversement mettait en cause l'ordre longuement établi d'une paideia qui. L'unique chrétien. regretteraisje pour ma part que le signe de contradiction. le signe du dieu en croix. en quelques textes décisifs. Or. per sécuteur. pour le philosophe. si l'on tient à mieux comprendre les rapports qu'ont pu en tretenir par la suite les deux mouvements. L'absolu étant au-delà de toute figure. Dès lors. Ce n'est pas tout. le «dieu» est nécessairement au pluriel. le montrera. négation et l imitation. . parce qu'elle unit. Tout au plus. Proclus se dresse ainsi. malgré la «plus grande dissimilitude». une sorte d'affinité paradox ale entre une theologia crucis. L'incompatibilité doctrinale est ici surdéterminée par une contrar iétéd'un autre ordre. comme. il est aussi bien au-delà de l'unique que du plusieurs : ce sont là des catégories qui relèvent du nombre ou de l'idée de «genre». Y Un (et Y Un n'est pas un attribut) n'est ni unique ni plusieurs. elle aussi au-delà de l'être et de la pensée. Il n'est point surprenant que ces nouveaux «Barbares» ne lui aient inspiré. comme toute «figuration». dans un tout autre genre. en dépit des interdits platoniciens. l'au-delà de VUn de Damascius. n'est pas seulement «infidèle» à l'Inef fable qui l'aspire . Répétons-le. Spinoza lui-même. au-delà de la «sagesse et de la puissance». On comprend que la «tolérance» néo-platonicienne n'ait pu accepter de com promis avec l'intolérance.

je n'ai point à commenter un texte paulinien. L'idée du double a intrigué un moment les ethnologues qui pensaient y retrouver l'amorce d'une croyance en l'immortalité de l'âme. 2. à sa manière. que c'est là. pour éviter les glissements plus ou moins dangereux. En m'aidant des précieuses observations de mon collègue. 4). entre l'image et le symbole chez Proclus. Il ajoute. curieusement. pour en mieux scruter la nature. que le philosophe. Mais. fait de l'imi tation l'essence de la poésie. que l'on traduit par image. et qui touche plus d'une discipline. La dénivel lationest une inversion. est inné aux hommes dès leur enfance». en première approximation. aujourd'hui. je souhaiterais expliciter la différence. Tout d'abord. voire son origine. Dans un autre milieu. Peut-être faudrait -il. cette figure mythologique soutient son exégèse du socratique gnothi seauton. ch. est moins rigidement fixée. il convient de s'en tenir à la terminol ogie. Même en doctrine marxiste. et que. quelques-uns parmi nous préféreraient traduire par «icône». sous le régime de l'opposition et non de la ressemblance imitative. Pourquoi cette attirance irait-elle jusqu'à l'erreur mortelle de Narcisse. «L'icône du dieu invisible» est bien. On sait la fortune de la mimesis. de respecter nos conventions initiales. 1 . Mais c'est plus particulièrement en philosophie que la spéculation sur les miroirs et les images a joué un rôle décisif dans les théories dites «réalistes» de la connaissance. a délib très érément arrêtée. tout particulièr ement lorsqu'elles représentent des «êtres dont l'original fait peine à la vue» (ib. et dans quelle mesure. observe-t-il. Il semblerait donc que pour Proclus l'image est sous le signe exclusif de la «mimétique». Je me demande s'il est longuement interrogé sur le statut de l'image qui. eikôn. c'est le double. une différence «anthropologique». par rapport à l'animal. chaque point de l'original se répercutant en lui. en effet. dans sa Poétique (ch. rapprocher l'image de V eidolon. et pour un sens commun assez bien partagé. spécifiée. avec complaisance. presque analogue à une «tautologie» ? Question qui n'est point dépourvue d'intérêt. On aimerait savoir ce que Proclus pensait de Narcisse. il est possible d'approfondir cet écart. Il suffit. est quasi -synonyme d'imitation. 1 et 3. Quoi qu'il en soit des conclusions qu'on pourrait tirer de cette longue . défini par quelques traits sommaires. à supposer qu'il en parle. Aristote. tout au moins si la traduction par «reflet» peut être confirmée. et le double parfait. une fois encore. plus qu'ontologique. s'il s'agissait d'une simple «réduplication». Et il évoque.314 II Stanislas BRETON Sur ce contexte. On sait que le «stade du miroir» est une étape importante dans le développement de l'enfant. édition Budé). à un moment de sa carrière. «Car l'imiter. le plaisir qu'on prend «à la vue des images». Le reflet. on n'a pas toujours échappé à la fascination du reflet.

mais il est aussi «procé : Monè. L'image. de quasi -conscience. La similitude marque donc un écart. Elle s'inscrirait par là même dans la dialectique des opérations fondamental esProodos. en raison de la similitude . le plaisir ou. 3. deux cho ses sont dites «identiques» si toutes les propriétés qui conviennent à l'une conviennent aussi à l'autre et inversement. dant hors de soi» dans l'image qui est son «autre» et son «même». Plus généralement. en et par l'image. en pré cisant qu'elle est moins une «reproduction» qu'une inversion du niveau précédent. pas plus que celui-ci ne se répète dans le suivant. c'est l'écueil de la symétrie. l'univers proclusien. cette méfiance à l'égard de l'image n'est pas Or. immanente à l'univers lui-même et à tous ses éléments. selon la stricte logique. Or. reflexive et symétrique. puisque. L'analogie est ici remplacée par anagogie. deux choses peuvent se ressembler sans se recouvrir. on ne saurait minimiser le danger des images. dans seulement commandée par la théologie négative qui récuse les prudences et réserves de la classique analogie. dont le reflet sur les eaux en particulier serait la traduction sen sible. L'oeil ne se voit pas.DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 315 histoire. Cette synesthésie serait à sa manière une opération de retour à soi. La tradition iconoclaste l'avait fort bien perçu. deux indications sont à retenir : d'une part. A la similitude se substitue. si l'on pré fère. La divine transcendance ne tolè «Tu ne re pas d'images au sens précis que nous avons accepté. te feras pas d'images taillées». si l'on parle de «plans d'expression». parce qu'en elle s'inaugure un processus de réflexion. la «complaisance» complice qui s'attache à l'image en tant que double ou reflet. il est inévitable de réciproquer la ressemblance. Bien qu'elle comporte une certaine distance. il se voit dans le miroir. l'inférieur ne réduplique pas le supérieur. on corrigera l'infirmité de «l'expression». on peut concevoir une sorte de «synesthésie». cette distance est aussitôt rachetée par la ressemblanc e. on pourrait dire qu'elle «tend à l'identité» ou qu'elle est une «identité manquée». il serait utile de préciser aussitôt qu'elle ne saurait être redoublement de l'anté rieur dans le subséquent. l'assimilation qui est tout autre chose parce qu'elle est dépassement de soi vers ce qui n'est rien de «soi». La difficul té théologies qui ont pratiqué l'analogie. ce qui interdit à cette relation. Dans la hiérarchie. Par contre. Je ne sais si Proclus accept erait cette explication. lequel n'est rien de son dérivé. qui est un mouvement de transgression de soi vers son principe. De la similitude. Or. Je me permets de la verser au débat. C'est pourquoi. risque de nous induire aux disgrâces de l'anthropomorphisme et de l'anthropocent risme. Tout être est en soi. si la mimesis peut avoir encore un sens. c'est cela qu'on voulait éviter : Dieu ne nous res- . et suivant une indication de Proclus lui-même. des Impossible. si l'on accepte une quelconque similitude. Epistrophè. sans jeu de mots. il se convertit et revient à soi. de ne point inverser le rapport : si de Dieu à nous il y a ressemblance. D'autre part. d'être transitive. d'auto-appré hension. Et.

Or le «générateur». à David de Dinant. L'Aquinate. ne peut les «rassembler» pour les faire se ressembler. examin ée. il faudrait qu'il y eût d'abord une détermination. au sens fort du mot. Dieu et la matière première ne sauraient différer : en effet. et Dieu. Un néo-platonicien eût préféré dire : ils ne sont ni identiques ni . il «substitue à l'analogie la correspondance des oppositions». la ressemblance que le symbole devait exclure ? A cette difficulté. Or. 4. sauf erreur de ma part. que les opposés de contrar iété sont du même genre. Thomas quelque part dans la Somme de Théologie. qui est dans le cas une précieuse indication. dont hérite elle-même notre grammaire des ensembles. en filigrane. pour Proclus. et la ressemblance générique n'est plus qu'une traduction. d'une réalité d'essence intensive et dynamique. L'exemple de la matière «symbole» de l'Absolu suggère qu'il s'agit plutôt de distance infinie entre deux pôles extrêmes. en une autre langue. Con formément à son etymologie. s'il est vrai que les «contrai res du même genre». a valeur de principe . mais qu'il n'a pas. pour qu'il y ait différence. la différence entre l'image et le symbole. le genre ne s'interprète pas. la question risque de rebondir de la manière suivante. faussement sans doute. précise que les différents ne peuvent différer que dans un même genre. Dieu et la matière prime ne sont pas dans un genre : ils ne sauraient donc différer. sont audelà de toute détermination. suivant la vieille doctrine classique. ils sont par faitement identiques. on peut faire une première réponse. dans le néo-platonisme. conséquemment il n'a rien de l'engendré. selon le régime conceptuel de l'extension. qu'il est facile de dissiper. Il n'en reste pas moins que les opposés sont du même genre. Ils ne sont pas différents parce qu'ils sont «total ement divers» . le genre néo-platonicien est toujours générateur. ainsi que la matière. la démarche essent ielle : les choses qui ne diffèrent pas sont identiques. le sens habituel du terme «contraire». celle de l'extension. La distance est maintenue. Le rien de pauvreté symbolise ainsi avec le «néant par excès». l'aperception plus ou moins explicite qui justifie. Je prévois ici une objection. puisqu'aucune propriété commune.316 Stanislas BRETON semble pas ! Faudrait-il conclure que l'analogie elle-même le fait trop à notre image ? Telle serait. Tout d'abord. La différence entre image et symbole est ainsi assez aisée à discerner : le symbole «propose sa signification à travers une inversion» . dans les pas sages cités. que Trouillard n'ignore pas. On sait. Ne rétablissons-nous pas. je crois. finalement. et qu'il attribue. il sont es+ non moins vrai que. Toutefois. je repère un raisonnement dont je restitue. Mais ce n'est pas parce qu'ils ne diffèrent pas qu'ils sont identiques. Je veux «bien que le contraire ne saurait être une imitation de son contraire». le blanc et le noir s'opposant dans la couleur. vu qu'ils n'en ont aucune. Or. à ma façon. scandalisé de ce qu'il appelle trop vite une «sottise très grande». Dans une objection que se fait S. 5. Il s'ensuit que ne pouvant différer. Il serait donc erronné de trop presser. comme dans la conception traditionnelle.

n'est pas de natur e conventionnelle ou d'ordre purement sémiotique. différence se serait-elle donc évanouie au terme d'une analyse La plus profonde ? On oserait ajouter : plus les extrêmes sont distants. au maximum de proximité. D'où la possi bilité. Un théologien imprudent y verrait sans doute quelque ressem blance avec le Logos. lui conférerait. La liberté du jugement doit se reconquérir ici sur les pièges inévitables de la représentation. si je puis dire. Nous ne sommes pas pour autant au bout de nos peines. et. Une réflexion plus attentive. et que cette ressem blance dans l'indétermination constitue précisément la matière en image. je crois. se situe. on pourrait croire que le caractère. à l'«un en nous». dont il faut savoir n'être pás prisonnier. Thomas avait amorcée. à la différence de la matière. «au germe de non-être». S'il en est ainsi. ou fils de Dieu. Trouillard accepterait. 6. élève au-dessus de l'être et de la pensée et. consubstantiel au Père. dans son exemplification par excellence. L'objectivation irrésistible à laquelle nous sommes tous con damnés et qui nous joue. que l'image d'une indétermination par une autre indétermi nation. On ne peut convertir un mouvement. il est vrai. manifestement. plus ils se touchent ! Il y a dans le rien par défaut une mimesis du néant par excès. montre qu'une relation de similitude ne peut avoir lieu que sur un fondement qualitatif. que S. Par ce détour. l'image. sur le plan sémiotique. Ce caractère. On répliquera qu'ils se ressemblent tout au moins dans leur «indétermination». de l'Absolu lui-même. On en ferait volontiers le point de tangence entre l'esprit et la divinité. en serait le fondement. en la profondeur de l'âme. Or. quelque peu subtile. en distendant la signification des vocables. un double mou vement. en une image qui ne pourrait le fixer qu'en l'oubliant. On peut. nous abaisse nous au-dessous de l'être. nous relisons ce qui nous est dit du synthema ou du «caractère» dont le symbole est la manifestation sensible. dont le symbole serait la projection ou schématis ation. fina lement. de convertir le caractère en empreinteimage quasi. la valeur . n'est. parler de ressem blance dans l'indétermination. La difficulté renaît. inversement. ni la matière ni l'extrême qu'elle «symbolise» ne sont pensables sous la catégorie de qualité. Cette argumentation. Nous devons donc. tel notre brassard de confirmation jadis ou le sceau qui authentifie les actes publics. que le durcissement en image du double mouvement qui en alternan ce.DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 317 différents ni divers. Il a quelque chose d'une empreinte. un si mauvais tour. Ils sont au-delà de ces catégories. loin de s'effacer devant le symbole.ontologique. ne me convainc pas. et de la dis tance. si au lieu de considérer les extrêmes de l'indétermination. sur la même ligne de pensée. assez analogue au «ca ractère sacramentel» de nos manuels antiques de théologie. dans le cas présent. en toute rigueur de conséquence. Mais à condition de se souvenir que ce n'est là qu'un mode inévitable de penser et de parler. de 'surcroît. On aboutit ainsi à la conclusion : le symbole n'est. qu'on l'identifie «à l'un de l'âme». récuser le raisonnement qu'on nous oppose.

Proclus a eu tout au moins le mérite d'analyser la genèse du merveilleux. sans prétendre au sérieux d'une étude comparée. d'ordre opératoire. tels le Protévangile de Jacques. On leur appli querait. pour reprendre une formule de théologie sacramentaire . Pour prévenir toute liaison dangereuse avec nos rémi niscences de théologie chrétienne. une réclame de publicité : Arthur Martin vous en . Sans m'y intéresser outre mesure. nous aidera à marquer les différences. d'autant moins que l'on ne saurait invoquer. Pour reprendre les termes de l'exposé. il aurait pu se référer à une vieille tradition. la distance doit être maintenue. Les apocryphes obéissent à une loi de surabondance insurveillée qui rappelle ïapeiron de la Zoè néo-platonicienne . Avant d'y revenir. Lorsque Austin écri vait le célèbre How to do things with words. «de faire éclater l'efficacité du signe par le prodige ou le merveilleux». Quel serait. en dépit d'évidentes ressemblances. dans le «mystère» en particulier qui conjoint «les mythes initiatiques (qui sont le paysage du rite) et les rites (qui sont les mythes en acte)». Ce renversement imprévu ne modifie pas nos précédentes observations. pour «l'un en nous». liées elles-mêmes au fond commun et immém orial qui n'est pas plus chrétien que païen. à la discrétion de nos Evangiles. franchit cette distance. pour les raisons avancées plus haut. je réitérerai la remarque qui me paraît capi tale. Le symbole est. Le symbole. en effet. sans quoi le risque d'identité ne serait point conjuré. au juste. Et de toute manière. ces deux narrations ne relèvent pas du même esprit. Je III Le prodige ne fait point exception à l'ordre symbolique. Or. ajoute Trouillard. j'ai eu l'occasion de prendre con naissance du merveilleux chrétien par les apocryphes d'une part. «il opère ce qu'il signifie». ne tolère aucune relation de similitude. il serait tentant. à la différence de l'image. sur quelque ligne qu'on l'eavisage. D'une certaine manière. je voudrais ouvrir une parenthèse qui. «Si la théurgie est le symbole en action».318 Stanislas BRETON et la fonction iconique de l'image reduplicative. pour les définir. il «part de plus bas pour monter plus haut. par la Vita sane ti Martini de Sulpice Sévère d'autre part. Je ne puis engager un débat technique qui serait un hors lieu dans un dialogue d'histoire ancienne. même si nous devons reconnaître que la distance . L'historien avoue loyalement : «le néo-platonisme post-plotinien céda souvent à cette tentation » . l'indétermination par défaut de la matière. semble s'atténuer ici jusqu'à disparaître . il va de l'irrationnel au supra-intel ligible»: dirais volontiers qu'il doit traverser un «intervalle d'univers»w). 1. à savoir que l'indétermination. qui ajoutent considérablement. qu'il faudrait traduire littéral ement «Comment faire des choses avec des mots». l'écart entre «l'un en nous» et «l'Un en soi»? S'il y a écart . maximale dans le cas de la matière. il faut qu'une détermination intervienne.

on s'aperçoit que la seule excellence de la fonction. et la chose doit être soulignée. puisque le miracle doit être utile. Mais. dans les cas litigieux où l'on ne sait si l'on a à faire au bon ou au mauvais esprit. 2. de prodiges d'un style douteux. La sainteté en est la con dition normale. Sans qu'elles soient énoncées. tel est. l'empreinte dolente d'un «Je» énigmatique. Si l'on tient compte de cette référence christique. bref sous le signe de la Croix(5). j'avais faim et vous m'avez donné à manger. en faveur duquel s'effectue le miracle. qui sous-tend la fable en ses longues et mornes étendues. Martin sont. puisqu'il s'agit. sur le quasi -rien de «ce qui n'existe pas». sans être le transcendental des philosophes. comme il représente le pouvoir d'illusion par excellence. fût-elle nommée «justice vindicative». la faiblesse humaine. conforme à l'exemplaire évangélique insinué par la formule matthéenne du jugement dernier : « J'étais nu et vous m'avez vêtu. double régulation vu que le prodige se modèle sur un double impératif : impératif téléologique d'une part. comme si sa dignité. Le diable le sait bien. Les miracles de s. Il ne s'y trouve pas. «Toujours plus». ces deux règles me paraissent assez bien respectées dans le récit de Sulpice Sévère. et le souci du «prochain» la «règle d'or» que résume l'Agapè évangélique. j'avais soif et vous m'avez donné à boire. S'il se montre à ses serviteurs. j'étais en prison et vous m'avez visité» (4). le postulat tacite. ne suffit pas à «provoquer» le vrai miracle. devait. qui rappelle le «polutropos aner» de YOdyssée. s'ils servent ses desseins de «malin génie» pour tromper. La Vita sane ti Martini n'ignore pas cette tentation du merveilleux gratuit qui s'enchante de sa propre ferveur. même défiguré.. Ils prolongent l'action évangélique du Christ. le «pauvre». ou la devise. la piété l'ass imile au «malin aux mille tours». s'épandre infiniment dans un monde de l'exception nel et de l'athlétique performance. Le Christ n'est pas venu à nous «selon les grandeurs de chair».DIALOGUES D'HISTOIRL ANCIhNNti 319 donne toujours plus. porte toujours sur son visage. le reflet d'une transcendance ineffaçable. qui. qui ressortissent au ressentiment ou à la ven geance. primordialement. à ma connaissance. en la fascinant. accuse. comme dans les apocryphes. Tous les moyens lui sont bons. la faim et la soif. Le discernement des esprits s'inspire du même idéal évangélique. qui déploient sous le regard extasié du voyant les pres tiges du monde en ses ors et en ses honneurs. par une conséquence nécessaire. en effet. axiomatiquement reconnue sous le signe de l'exception. Les «visions» somptueuses. Mais le bouillonement de l'ima ginaire y est soumis le plus souvent à une régulation. de discriminer les esprits. impératif critériologique d'autre part. De plus. puisqu'une tradition faisait de lui le plus eminent des anges déchus. dénoncent d'elles-mêmes l'ill usion diabolique. serait-elle impériale ou souverainement pont ificale. des miracles utiles. L'excellen ce incontestée du personnage exige cette prolifération. ce ne peut être que dans la pauvreté. la nudité. .

«se déploie dans les différents niveaux» et atteint le «niveau périphérique» du sensible. d'un «processus centrifuge» qui part du «centre de l'âme». sans en être «l'enfant chéri». en dépit des critiques sans pitié que VEthique adresse à l'anthropomorphisme des théologies traditionnelles. ceci est essentiel à la théorie. 4. dont on nous retrace la genèse. Serait-il donc du premier genre. le pro dige au sens de Proclus. sur le sujet qui nous occupe. ni contemplation de la divinité dans la nuit obscure. ni croyance en des vérités déterminées. Si la chaîne est brisée sur un point. gourmande du «singulier» et curieuse de l'exception. «à l'un en nous». le monde disparaît en devenant contradictoire à sa propre nature. rapprocher outre mesure. Je ne voudrais point. En nous permettant d'atteindre «l'inef fablepar l'ineffable». pour «se retourner en une sorte de choc qui éveille l'âme et la renvoie à son centre originel». «l'union mystique». comme le précise encore Trouillard. la fonction d'un egertikon. classer sous une rubrique préétablie. Le dieu spinoziste paraîtrait trop prisonnier de nos attributs ou catégories. aussi lié que le merveilleux chrétien du second genre à l'impératif de bienfai sance. ni intui tion intellectuelle. «Le prodige symbolique est le maillon le plus ap parent d'un circuit qui va d'une union mystique germinale à une union mystique consommée».320 Stanislas BRETON 3. Ce qui sépare Spinoza de Proclus. les contextes sont trop différents pour que je puisse. qui invoque la générosité du Bien par delà «l'être et l'essence». je veux dire sous le signe exclusif d'une surabondance de pure gratuité ? Si l'on tient compte de l'esprit d'une philosophie. s'insère dans un parcours. deux tempéraments intellectuels qui ont eu. au fond. il serait encore «humain trop humain». Le miracle. Cet ordre ne tolère aucune coupure ou trou de contingence. il n'a rien d'une rupture avec l'enchaînement universel . chacun à sa manière. comme le craignait Spinoza. le souci de la rigueur. pour autant. telle que l'entend le néo -platonisme. 5. Le merveilleux néo-platonicien ne semble pas. on serait enclin à donner à la question ainsi posée une réponse affirmative. impuissant e. «à la racine de l'âme». à la sollicitude pour autrui. Le merveilleux. sans danger. extérieure au système. c'est justement ce que Trouillard appelle. «elle actualise ce qu'il y a d'indéterminé en nous». sauf erreur de ma part. en liaison avec la théologie négative. si l'on me permet de prolon ger textes. En ce sens. qui faisait du miracle l'oeuvre d'une imagination admirative. Mais la foi qu'est -elle dans cette philosophie ? Elle n'est. Elle est lié au «germe de non-être». Cependant. que remplirait une énergie «surnaturelle». Elle a donc. aux yeux d'un i ntrépide proclusien. est bien «l'enfant de la foi». La foi éveille cette racine de l'âme. ni appréhension de «notions communes». bref. Il s'agit donc. pour reprendre un terme familier ces . ni la pistis platonicienne de la République (simple conjecture relative aux choses sen sibles ou au devenir). commente Proclus cité par Trouillard. à s'élever à la connaissance rationnelle de l'ordre universel.

comme si. se passer de philo sophie. celles de Proclus en son analyse du merveilleux. Le Roy qui me viendrait à la mémoire. si je ne me trompe. la nécessité pour le «germe de non -être» de procéder jusqu'à l'extrême rebord du merveilleux lui-même pour le faire rebondir jusqu'à lui ? La foi des miracles. plus simplement. se prolonge en prodige. loin d'être alors victime du «sin gulier» ou de l'admirable. procédant jusqu'au bout d'elle-même pour faire retour à soi. Elle a une fonction «ontogénétique» et un rôle créateur dont se sou viendront. il avait eu quelques audaces qui me rappellent. la foi est -elle au niveau de l'agir qui ne fait rien ? Dans ce cas ne redouble-t-elle pas. La foi ne serait -elle pas. L'histoire ancienne. du soufisme. Ce «dialogue» d'histoire ancienne» ne pouvait. retrouve dans le mirac le«ses ressources profondes et inexplorées». et par une sorte de choc en retour. aujourd'hui. jadis. serait ainsi la réminiscence. en terre d'Islam.DIALOGUES D'HISTOIRE ANCIENNE 321 à Proclus. L'imagination n'a. com me. disait -il en substance. inutilement. elle avait besoin de cette paradoxale schématisation. la racine de l'âme ? A moins qu'on ne distingue la racine de l'âme de son opération. si je devais citer un nom. au début du siècle. les mystiques. en garderait le contrôle. Mais sait-on jamais exactement ce qui est d'hier et ce qui est d'aujourd'hui ? Stanislas BRETON . dans le système. Mais on le devine sans peine. Mais. à notre égard d'aujourd'hui. poètes et philosophes. Dans une séance consacrée. autre trait qui distingue Proclus de Spinoza. Le mot d'imagination n'est pas prononcé. qu'une position modeste qui la place dans le premier genre de connaissance. L'âme. quelque peu oublié. ne conviendrait -il pas de situer la foi un au niveau de Yépistrophè en tant qu'elle amorcerait. la remontée vers «le centre originel» ? Je m'excuse de ces questionnements qui risquent de morc eler l'unité d'un mouvement qui est indissolublement aller-retour. l'imagination. en même temps que l'union avec le Bien. par certains côtés. c'est celui d'E. Mais pourquoi. terme indissociable lui-même de Vanamnesis . ajouter au «germe de non-être» la nécessité de l'éveiller ? En d'autres termes. sans les égaler. d'évidence. La foi. pourrait -on se demander. en sa disposition de foi. chez celui-ci. à la discussion du miracle dans une séance de la Société française de philosophie. L'imagination. plus proche de nous et. en laquelle il se situe. en philosophie thomiste l'être se distinguait de l'agir : hypothèse qui ne me paraît guère vraisemblable. Dans l'optique proclusienne elle n'est pas primordialement d'ordre «gnoséologique». par l'imagination. à la périphérie du sen sible merveilleux. Si l'on estime qu'elle n'est pas davan tage des chaî nons de la procession. Une figure aussi complexe que celle de Proclus ne permet guère les raccourcis faciles. apparaît bien étrange. tant il s'accorde à une conception opératoire du symbole qui. tout en se servant de ce «médiateur» qu'est.

sans commentaire. je me permets de suggérer que l'op position entre «image» et «symbole». vêtus de haillons. Le texte grec. que je traduis de mon mieux. entre similitude et opposition. à sa manière. dans la Deutsche Ideologie. Une fois encore. édition Ireidlein. se vêtir. A vrai dire.322 NOTLS Stanislas BRETON 1 . 2. Sans vouloir forcer les rapprochements. les opérations les plus familières : «manger. In Euclidem. On passait d'un ordre à l'autre sans rupture. lorsqu'il précise ce qu'il entend par l'«acte historique» {geschichtliche Tat) qui donne naissance à l'histoire. . nomme. La première se situait sur le plan de la similitude ou de l'image. que Marx. habiter». la physique contemporaine est. se trouve dans une édition des fragments de VAlethès Logos de Celse. que dans la Grèce elle-même. Je n'entends point par là renouveler. On a souvent souligné le changement d'optique qui sépare la physique classique de la physique d'aujourd'hui. On s'est aperçu que cette vision des choses n'est plus possible. Grand ou petit. boire. l'objet avait le même lot de propriétés. 12 sq. Le macrophysique se répétait dans le microphysique et inversement. Simone Weil. I. parue à Bonn en 1933. une critique de la représentation et de l'objet. Je n'oublie pas. Je voudrais rappeler. le mythe du précurseur. lui aussi. que dénonçait just ement Canguilhem. 2. avait noté jadis cette affinité chrétienne du dieu grec. si je me souviens bien. Cette similitude lointaine avec le dieu en croix devait être rappelée. 4. cependant. pourrait éclairer d'autres secteurs. 23. 3. sans commentaire. les dieux descendent parfois vers les hommes. p. comme la théologie négative sur un autre plan. 5. à propos du néo-platonisme.