FEVRIER 2013 / n°182 / 1,70 €

2013, ANNEE DE LA TRANSITION ENERGETIQUE L’année 2013 sera marquée, au niveau national et dans les régions, par les débats sur la transition énergétique, qui devront tenter de répondre à cinq questions : Comment aller vers l’efficacité énergétique et la sobriété ? L’évolution des modes de vie, de production, de consommation, de transport ainsi que des services énergétiques nécessaires doit constituer le point de départ. Quelle trajectoire pour atteindre le mix énergétique en 2025 ? Quels types de scénarios possibles à horizon 2030 et 2050, dans le respect des engagements climatiques de la France ? Quels choix en matière d’énergies renouvelables et de nouvelles technologies de l’énergie, et quelle stratégie de développement industriel et territorial ? Quels coûts et quel financement de la transition énergétique ? Quelle gouvernance ? Quel rôle notamment pour l'État et les collectivités ? Il va de soi que nous devons être prêts pour ces débats, essentiels pour notre avenir et celui de notre planète. C’est pourquoi le CPR a décidé la mise en place d’une Convention Énergie le samedi 16 mars 2013, à Besançon ou dans ses environs, convention très ouverte aux associations et à la société civile. Avoir une meilleure connaissance de ce qui se fait concrètement déjà, dans notre région, dans les domaines des énergies renouvelables, du logement, des transports, etc., échanger avec différents experts, formuler des propositions, voilà ce que nous vous proposons. De même, depuis le 1er janvier 2013, nous avons adhéré à Enercoop pour notre local EÉLV de Besançon. Ainsi, nous traduisons en actes les valeurs que nous portons. Cette année sera aussi marquée par la préparation des élections municipales. Dans cet objectif mais aussi dans un souci d’échanges et de formation permanente, nous avons mis en place une liste des élus ruraux et nous envisageons une formation au niveau régional. Nous sommes preneurs d’idées, mais aussi d’aide pour la mise en place de toutes ces actions.
Brigitte Monnet et Bernard Lachambre Cosecrétaires régionaux

Mise en pages(s)

HUBERT, CORINNE, LUCAS, SUZY... ET LES AUTRES ?
Comme la révolution, paraît-il, dévore ses enfants, La Feuille Verte dévorerait-elle ses metteurs en page (1) ? Si vous avez suivi les (més)aventures de notre canard, vous avez noté, entre autres, les changements successifs de responsables de la mise en page. Après Hubert Guyet, à la peine (2) depuis les tout débuts, ce fut Corinne Salvi qui s'y colla, en février 2011, et en profita pour donner à notre maquette un sacré coup de jeune et une inédite lisibilité. Las ! manquant de disponibilité, Corinne passa le relais (non sans que le Comité de lecture ait eu des sueurs froides devant le peu de candidats à la reprise) à un jeune cador de l'informatique, Lucas Wicky, en novembre dernier (n° 179). « Cette fois, c'est la bonne ? » nous demandions-nous dans ce numéro. Et patatras ! Voilà que Lucas, en pleine année du bac (sans compter qu'il se démène, ce petit, du côté des Jeunes Écolos comtois), tire aussi sa révérence (3). Et pourtant vous avez en mains une Feuille Verte en pleine (?) santé (??). Ce petit miracle (4), on le doit à Suzy Antoine, qui s'est proposée pour prendre à son tour la suite. Pour ceux qui ne la connaissent pas, rappelons qu'elle s'est elle-même présentée dans le n° 175 (février 2012) ; depuis de nombreux mois, elle assurait déjà l'impression, le pliage et l'envoi : désormais, elle s'occupera aussi de la mise en page. Et cette fois, alors, on dit que c'est la bonne ?... Gérard Roy
(1) Au fait, n'y aurait-il pas un terme précis pour désigner celui ou celle qui, justement, met en page - en pages ? - un journal, une revue, etc. (2) Mais non… (3) Profitons-en, même si c'est immodeste, pour rappeler que la « fabrication » de La Feuille Verte, toutes opérations confondues, ça prend un temps fou… (4) Ben oui, j'y crois, moi. Pas vous ?...

2

Hubert Guyet

Corinne Salvi

Lucas Vicky

Suzy Antoine

Exprimez-vous !

IL EST OÙ, LE COURRIER DES LECTEURS ?
Dans toute publication qui se respecte, il y a un « courrier des lecteurs », qui offre auxdits lecteurs (et certains en sont des spécialistes forcenés, quasiment installés à demeure dans les bureaux de la rédaction) la possibilité de réagir, de faire valoir un point de vue, de commenter un article, d'apporter des précisions ou des compléments, de s'indigner, Et dans La Feuille Verte, il est où, le courrier des lecteurs ? Poser la question, c'est y répondre... Alors, une nouvelle rubrique régulière dès le prochain numéro ?... On compte sur vous ! Le Comité de lecture

Besançon

ILS ONT BOSSÉ, NOS ÉLUS !
Les élus EÉLV de la Ville de Besançon vous proposent un bilan de leur action durant les cinq années écoulées ; il est à votre disposition sur le site internet régional d'Europe Écologie Les Verts, à l'onglet Besançon, ou – pour ceux que la frappe au clavier n'effraie pas ! - à l’adresse suivante : http://franchecomte.eelv.fr/2013/01/03/besancon-2008-2012-le -bilan-des-elus-eelv/ Satisfactions, déceptions : les élus y passent en revue les divers domaines dans lesquels ils ont été acteurs, moteurs de l'action municipale, mais aussi ceux où ils n'ont pas pu suffiDans un souci d'efficacité et d'économie, il a été décidé de privilégier le format électronique ; mais si vous souhaitez recevoir ce bilan sur papier par courrier postal, il vous suffit de le demander. N’hésitez pas non plus à nous contacter pour tous renseignements et propositions. Groupe des élus Europe Écologie Les Verts
Mairie de Besançon 2, rue Mégevand 25034 Besançon cedex Tél. : 03 81 61 52 30

3 Maîtrise de l’énergie

CIT'ERGIE GOLD POUR LES BISONTINS
Un certain GR (ou GRRR, ça dépend des jours), nous a fait part de son étonnement d'apprendre par la presse nationale (Le Monde) une nouvelle en provenance de Besançon et, qui plus est, concernant EÉLV-FC ! Le bougre a raison : il eût été préférable que La Feuille Verte en ait la primeur. Aussi, c'est vêtu de la toile de bure, la peau meurtrie par le cilice et la tête couverte de cendre que nous commettons cet article pénitentiel. Le label Cit'ergie, mieux que Rennes et Grenoble Depuis 2001, les élus EÉLV de Besançon ont eu en délégation la politique de maîtrise de l'énergie et l'ont sortie d'un long sommeil. En 2007, Éric Alauzet a obtenu le label Cit'ergie, qui commençait à se déployer en France après s'être imposé dans le reste de l'Europe, à partir de 2003, à l'initiative de collectivités suisses et autrichiennes. À ce jour, 14 collectivités en France détiennent ce label, dont Rennes, Nantes et les communautés urbaines de Bordeaux et de Grenoble. Cette année, Besançon a franchi un degré supplémentaire en décrochant le label Gold. Première et pour le moment seule ville en France à l'obtenir, elle partage ce label avec 39 autres villes européennes, parmi lesquelles Lausanne, Zürich, Genève, Berne, Bonn, Brême... Et c’est ainsi que le 26 novembre dernier, l'un des cosignataires de cet article s’est rendu à Bruxelles pour recevoir le label européen Cit’ergie Gold (1). Ce label, porté en France par l'Ademe, s’obtient lorsque la collectivité engage sa politique énergétique dans un processus d'amélioration continue. Comment ça marche ? L'Ademe a mis au point un catalogue répertoriant toutes les activités d'une ville. À chaque ligne est attribuée une valeur. Le travail de l'auditeur externe, habilité par l'Ademe, est de déterminer

comment la ville visitée se positionne par rapport à chacune de ces rubriques, et donc de lui attribuer une note inférieure ou égale à la valeur maximum. Il s'agit donc de mesurer l'activité de la ville par rapport à un référentiel commun, au besoin en traduisant du qualitatif en quantitatif. Besançon en or Pour obtenir le label Gold, la ville doit avoir mis en œuvre au moins 75 % des actions dont le référentiel l'estime capable. L'évaluation se fait sur six domaines dans lesquels la collectivité est compétente ou influente : l'urbanisme, le patrimoine de la collectivité, l'approvisionnement énergétique, l'eau et l'assainissement, la mobilité, l'organisation interne et la communication. Voici quelques actions qui ont été appréciées par les évaluateurs : - Le remplacement, depuis 2010, de l'éclairage public par des lampadaires plus économes en énergie : la consommation d’énergie de l’éclairage public en sera réduite de 20 %. Ce chantier est financé par un emprunt qui sera remboursé par les économies engendrées. Ce financement original était une idée d'Éric Alauzet. - Le plan « bois » et le plan « solaire », qui aboutissent à ce que la part de l'énergie renouvelable dans le chauffage du patrimoine de la collectivité atteigne les 23 %, c'est-à-dire l'objectif national à l'horizon 2020. - Dans le domaine de la mobilité, la mise en place du réseau Autocité, la diminution du nombre de places de stationnement en centre ville, la création d’une zone de rencontre dans l'hypercentre où les vélos peuvent circuler partout, même à contresens… - Des actions de sensibilisation : « Familles actives pour le climat » (citoyens volontaires pour modifier ensemble certaines de leurs habitudes, ou leur logement) ; appartement témoin « Fontaine-Éco », montrant tous les gestes que l'on peut faire à la maison pour économiser de l'argent tout en étant plus attentif à son environnement. Ce label Cit'ergie Gold est obtenu pour quatre ans. En 2016, Besançon remettra son titre en jeu par un nouvel audit. Ce sera difficile, sachant, d'une part, que ce qui a été fait est, par définition, le plus facile ; d'autre part, que les normes énergétiques et environnementales deviennent plus exigeantes alors que le label ne reconnaît que les actions qui vont au-delà de la réglementation. Ce qui reste à faire nécessite donc plus d'audace, qualité rare dans les exécutifs…

Un exemple : les contrats de concession. La définition de l'action préconisée est la suivante : Dans le cadre des contrats de concession, la collectivité veille à ce que les distributeurs et les fournisseurs d'énergie aux tarifs réglementés proposent les services suivants : - énergie d'origine renouvelable - conseils de maîtrise de la demande en énergie - promotion d'appareils performants - contrats de performance énergétique - autres services dans le secteur de l'énergie. Les actions de la ville sont décrites ainsi : Pour l'électricité, le pouvoir concédant a été transféré au Syndicat départemental, le SYDED (avec 2 élus représentant la Ville sur 50, soit un « pouvoir » de 4 %) ; pour le gaz, c'est la Ville qui effectue le contrôle de la concession de distribution à GDF et le chauffage urbain est en affermage, avec contrôle par la Ville ; une convention est signée avec EDF sur les certificats d'économie d'énergie et avec ErDF sur l'optimisation des extensions de réseaux, une autre avec GDF pour l'expérimentation d'un écogénérateur. Dans le cas du chauffage urbain, les accords stipulent l'utilisation d'énergies renouvelables, des conseils sur la maîtrise de l'énergie ; le rapport annuel relatif au chauffage urbain explicite les améliorations et extensions du réseau, l'évolution de son rendement. Le nombre de points maximum est de 8 ; étant donné que nous ne sommes pas en position décisionnelle sur l'électricité, le nombre de points potentiels est réduit à 3,2. La note attribuée est de 2,6, soit 80 % de notre potentiel.

4

Benoit Cypriani adjoint à la Maîtrise de l'énergie et au Développement durable

(1) Au niveau européen, ce label s'appelle plus exactement « European Energy Award Gold ». L'appellation Cit'ergie ne s'applique qu'en France.

Cécile Prudhomme attachée du groupe des élus EÉLV à Besançon

Foussemagne

QUAND UN ÉLU ÉCOLO S’ENGAGE POUR LA PLANÈTE
Alors qu’on peut douter parfois de la conviction et de la sincérité de certains élus - de gauche comme de droite -, d’autres, heureusement, nous donnent des raisons d’espérer. Louis Massias est de ceux-là. Sensible depuis toujours à l’écologie et au développement durable et en tant que maire de Foussemagne, puis président d’une communauté de communes, Louis a décidé de passer à l’expérimentation écologique et aux réalisations concrètes. Cela se passe dans le nord de la Franche-Comté, aux portes de l’Alsace et à quelques pas de la vieille, très vieille centrale de Fessenheim. Avec ses différentes équipes municipales d’abord, il a mené à bien des projets qui ont transformé progressivement sa petite commune du Territoire-de-Belfort en véritable champ de démonstration. Tout en pensant globalement la transition énergétique, il a mis en œuvre des expérimentations avec une logique : agir localement en misant sur les économies d’énergie et en développant des unités de production d’énergie citoyennes, proches des utilisateurs et respectueuses de l’environnement. De ce fait, en 2010, il a également lancé avec des amis la coopérative solidaire ERCISOL (Énergie Renouvelable Citoyenne et Solidaire), une société de production de chaleur et d'électricité d’origine renouvelable. Il en est devenu le président. Aujourd’hui, Louis a décidé de laisser la place de maire de Foussemagne à un de ses collègues, souhaitant simplement rester adjoint jusqu'à la fin du mandat municipal. Mais il restera président de la Communauté de Communes du Bassin de la Bourbeuse (CCBB) jusqu’en 2014. Il donne désormais priorité à ERCISOL. Massias a toujours été très simple : « Les ressources fossiles (pétrole, gaz, uranium) ne sont pas inépuisables, leurs coûts sont largement tributaires d’un contexte politique et financier mondial incontrôlable, le prix de l’électricité est appelé à augmenter et les dégradations écologiques et climatiques dues à l’effet de serre sont déjà constatées par les experts. » Il précise également que, « depuis 2004, le Conseil municipal a toujours pris en considération les économies d’énergie et les énergies renouvelables dans ses projets ». Foussemagne a ainsi été, dès cette date, la première commune de FrancheComté à octroyer des aides aux habitants lorsqu’ils s’équipent en énergie renouvelable (chauffage au bois, eau chaude solaire, chauffage solaire, photovoltaïque, géothermie). Les économies d’énergie passent également par une meilleure isolation, une sensibilisation aux économies et l'apprentissage d'une consommation autre. C'est aussi pourquoi, de 2005 à 2011, la commune a procédé à toute une série d’opérations relatives à la maîtrise de l’énergie et aux énergies renouvelables. En 2005, l’équipe municipale commence par remplacer la vieille chaudière au fioul de la Mairie par une chaufferie aux granulés de bois de 60 kW. Cette dernière chauffe le secrétariat de Mairie, la salle du Conseil, les archives, la salle des associations et trois logements. En 2006, elle souscrit auprès d'EDF un contrat de fourniture d’électricité à 100 % d’origine renouvelable (contrat Équilibre) pour la Maison des Arches (salle commune) et la médiathèque. En 2007, profitant de l’extension de l’école, la commune installe une chaudière à plaquettes de bois de 80 kW avec réseau de chaleur. Cette chaudière chauffe le groupe scolaire de 1000 m² (maternelle et élémentaire) et l’atelier municipal. Elle renforce l’isolation de l’école maternelle construite en 1992 et remplace les convecteurs électriques de cette école par un chauffage central alimenté par la chaudière au bois. Elle récupère également l’eau de pluie pour les sanitaires de l’école dans une citerne de 20 m3 et installe un chauffe-eau solaire. En 2009, la commune installe sur le toit du groupe scolaire une centrale photovoltaïque d’une puissance de 32 kWc, qui fournira annuellement 30 000 kWh d’électricité revendus à EDF. Cette installation permet d’éviter le rejet de 4 700 kg de CO² par an. En 2010, c'est le tour d'une centrale photovoltaïque d’une

5

Louis Massias devant la mairie de Foussemagne L’action municipale à Foussemagne

Au Conseil municipal de Foussemagne, le discours de Louis

puissance de 18 kWc sur le toit de la Maison des Arches : elle pourra fournir 14 000 kWh d’électricité par an, revendus à EDF. L’installation permet d’éviter le rejet annuel de 2 200 kg de CO². Autre initiative cette année là : en février, la commune met en place 7 horloges astronomiques contrôlant l’éclairage public et permettant de le couper entre 23 h 30 et 5 h 30 dans tout le village. Cette décision va faire économiser environ 40 000 kWh (50 %) d’électricité par an (3 000 €) et 6 450 kg de CO² par an, pour un investissement de l’ordre de 4 000 € amorti au bout d’un an et demi. En 2011, pour tenir compte des nouvelles contraintes environnementales, le Conseil municipal a décidé d’exonérer de taxe foncière, à 100 % pendant 5 ans, sur les propriétés bâties, tous les propriétaires de logements achevés avant 1989 ayant réalisé des travaux pour les économies d’énergie (isolation, installation d’équipements éligibles au crédit d’impôt). Grace aux bénéfices des deux centrales photovoltaïques (23 135 € en 2011), la commune a remplacé 27 luminaires de rue énergivores par des luminaires économes en énergie (lampes de 70 W en lieu et place de lampes de 150 W). L’économie prévue sur la facture électrique est de 53 %. En partenariat avec un bailleur social, on note également la mise en place de l’isolation de 18 logements sociaux pour obtenir le label BBC. Le chauffage au gaz propane sera remplacé par une chaufferie au bois avec réseau de chaleur. Puissance installée: 180 kW. Louis Massias a laissé son mandat de maire, mais le travail continue pour l’équipe municipale. Parmi les prochains projets : le futur musée dans l’ancienne synagogue sera chauffé par géothermie verticale, une petite éolienne sera installée à proximité du groupe scolaire et avec les bénéfices des centrales photovoltaïques, il sera procédé au remplacement de tous les lampadaires de rue restants par des luminaires économes en énergie. Ainsi, pour cette petite commune du Territoire-de-Belfort (moins de 1000 habitants), on constate qu’alors que l’objectif du Grenelle de l’Environnement est d’atteindre 23 % d’énergies de source renouvelable en 2020, Foussemagne les a déjà atteints. Elle n’utilise plus d’énergie fossile pour le chauffage de locaux communaux. Autre fierté des élus, la commune compte plus de 30 % de logements sociaux. Dans la Communauté de Communes Pour le traitement et la déshydratation des boues de la station d’épuration de Montreux-Château, la CCBB décide de construire une serre solaire de 50 x 12 mètres. Elle produit ainsi 60 tonnes de matière sèche par an, en

divisant par 5,6 le volume de ces boues sans odeur. Les coûts de transport sont ainsi diminués et les boues sont destinées à l’épandage agricole. La CCBB a également remplacé le chauffage au fioul de son siège par un chauffage géothermique vertical. Deux forages ont été exécutés à une profondeur de 11 et 17 m (nappe phréatique). C’est donc désormais une pompe à chaleur eau/ eau, d’une puissance de plus de 5 kW (27 kW restitués), qui chauffe les locaux. Elle sert aussi pour l’eau chaude sanitaire et la chaudière fioul est conservée comme chauffage d’appoint.

ERCISOL, la coopérative citoyenne

Mais pour Louis Massias, l’avenir et l’engagement sont surtout au sein de la coopérative solidaire ERCISOL. Pour ERCISOL, chaque projet important fait l’objet de la création d’une filiale, à laquelle doit pouvoir participer la population locale. Aujourd’hui, ERCISOL exploite déjà une centrale photovoltaïque de 95 kWc à Ebersheim (Bas-Rhin). La production potentielle est de 100 000 kWh par an, soit l’alimentation annuelle en électricité de 33 foyers (hors chauffage) ; elle permet également d’économiser 15,6 tonnes de CO2 par an. Depuis quelques semaines, ERCISOL a fait l’acquisition d’une autre centrale hydraulique de 200 kW à Moyenmoutier ( Vosges). Production potentielle : un million de kWh par an, soit 335 foyers pouvant être alimentés et 156 tonnes annuelles de CO2 économisées. D’autres projets sont dans les tuyaux de la coopérative. À ce jour, tous ses actionnaires étudient : • la construction d’une centrale hydraulique de 250 kW près de Besançon ; • la participation au projet de ferme éolienne à Chamole ( Jura) ; • des études participations dans un projet de centrale hydraulique de 250 kW à Râon-l'Étape ( Vosges) et une ferme éolienne à Sâales (Haut-Rhin) ; • des études dont l’une sur l'entrée dans le capital de la SARL Les Eaux Vives de Courteron pour la construction d’une centrale hydraulique de 220 kW et un projet de centrale hydraulique de 100 kW dans un ancien moulin, propriété de la Commune de Nérac (Lot-et-Garonne). Louis Massias a toujours souhaité mettre dans le champ du concret les théories et stratégies écologiques. Toutes les actions impulsées par Louis et par ses collègues et amis prouvent au quotidien que les enjeux énergétiques sont

6

d’abord des enjeux économiques, même pour une commune de moins de 1 000 habitants et pour une coopérative citoyenne de 35 membres. À l'occasion, avant d’aller faire un tour à Fessenheim ou dans les caves viticoles d’Alsace, arrêtez vous donc à Foussemagne (bar et restaurant soutenus par la commune) et regardez donc ce que c’est qu’une école primaire qui fonctionne aux énergies renouvelables.
(1) kWc = kilowatt crête, i.e la puissance maximale.

Alain Fousseret Vice-Président de la Région de Franche-Comté

Louis Massias et le Développement durable • Né en 1949 • Ingénieur INSA Lyon • 10 ans à l’étranger : Maroc et Cameroun • Chargé d’affaires et ancien dirigeant d’entreprises (montage d’usines, maintenance industrielle, automatisation) • Ancien directeur et actuel trésorier de l’association d’insertion Chamois-Environnement • Fonctions électives: – Maire de Foussemagne (T-de-B) de 1988 à juin 2012 – Président de la CCBB - Communauté de Communes du Bassin de la Bourbeuse (T-de-B) depuis 2001 • Président d’ERCISOL, société de production d’énergies d’origine renouvelable, depuis novembre 2010.

ERCISOL et le développement durable •Création d’ERCISOL fin 2010 : société de production d’énergies d ’ o r i g i n e r e n o u v e l a b l e ( c h a l e u r, é l e c t r i c i t é ) • Siège : 3, rue des Sources - 90150 Foussemagne •téléphone : 06 08 28 86 59 •Adresse courriel: contact@ercisol.com • Fonctionnement coopératif: 1 homme = 1 voix ; le président est élu • Société agréée « Entreprise solidaire » par arrêté préfectoral • Capital ouvert à toute personne physique ou morale qui adhère à ses valeurs. Fin août 2012, le capital était composé de 75 actionnaires. • Site internet: www.ercisol.com

7

Municipales 2014

Quels enjeux ?
Les élections régionales, sénatoriales et législatives récentes ont paru chaque fois des enjeux majeurs, et chacun des militants a collé, tracté, parlé pour que soient investis dans notre région six conseillers régionaux et un député EÉLV (mais aucun sénateur) : sans bouder ce plaisir et sous-estimer ces résultats, avouons que, sur l’ensemble du territoire de la Franche-Comté, c’est une faible représentation en personnel politique des valeurs que nous portons et qui nous paraissent, aujourd’hui plus que jamais, vitales pour tous. 1 785 communes. Imaginez que nous ayons un élu dans chacune d’elles : quelle force de présence concrète, de compréhension fine des problèmes de terrain, de mobilisation disponible au moment des luttes ! Il nous appartient aujourd’hui de faire en sorte que ce rêve s’incarne. Nous connaissons dans nos communes et les communes avoisinantes des gens sensibles à l’écologie, capables d’en porter les enjeux dans une équipe municipale. C’est maintenant qu’il faut les contacter, les inviter aux réunions de groupe (quand elles ont un intérêt thématique auquel ils sont sensibilisés : ne leur infligeons pas nos problèmes d’intendance ou la dissection de nos divergences internes…). C’est maintenant qu’il faut nous préparer à agir dans notre commune, à nous informer des projets de listes, à rencontrer ceux avec qui nous pourrons travailler sans nous renier, tout en sachant qu’il va falloir composer et que, s’il ne faut rien lâcher d’essentiel, il faut aussi savoir faire preuve d’empathie. Le mandat municipal est un mandat fondamental, parce qu’il permet d’aller au-delà du discours dans la transcription

concrète des choix écologistes : la démocratie participative, la gestion de l’eau, la préservation des espaces naturels sensibles, la sensibilisation des paysans à des pratiques compatibles avec la défense du vivant, les choix énergétiques, la politique des déchets, tout cela devient concret, utile, et sort du champ idéologique pour se confronter aux nuances parfois contradictoires des applications de terrain. On se forge ainsi un bagage de compétences qui seront pertinentes quel que soit l’échelon où on devra s’impliquer. Et il ne faut pas craindre d’être « incompétent » : en travaillant dès aujourd’hui, on acquiert la compétence (et les copains sont là pour aider). Un nouvel enjeu de ces élections 2014 vient de se révéler avec la (petite) modification des élections des intercommunalités : le texte présenté par le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, prévoit la mise en place d'un scrutin par « fléchage ». En clair, lors des élections municipales, les listes devraient indiquer les candidats susceptibles de siéger au conseil communautaire en cas d'élection. Même si cette mesure est une faible avancée démocratique, il importe de s’en emparer et, dans les listes qui se constituent, de se positionner d’emblée comme candidat à ce « fléchage » : la responsabilité des E.P.C.I. (1) s’élargit de plus en plus, ne laissant souvent aux communes que la portion congrue. Il faut y être, et s’informer en amont des compétences dont s’est dotée la communauté de communes à laquelle on appartient et des choix possibles.

Autre enjeu d’une équipe municipale : les délégations extérieures - syndicats des eaux, des ordures ménagères, etc. Il faut là aussi savoir de quoi il s’agit, ce pour quoi on se sent capable, et être très réactif au moment du premier conseil, où ces désignations tombent en cascade. Pour tout cela, il faut travailler très en amont, s’informer auprès des élus EÉLV, qui sont déjà nombreux au travail et connaissent le sujet. D’ici à juin, je propose de rencontrer les groupes locaux pour un échange sur le sujet. Je contacterai les présidents de groupe pour fixer une date. Ce serait bien aussi que se constitue une liste de débat « prémunicipale », où se retrouvent les élus actuels, les militants intéressés et les sympathisants de cette aventure électorale. Je suis dès maintenant disponible, en lien avec la commission électorale et le secrétariat régional. Les élections municipales, c’est l’occasion rêvée de dynamiser nos groupes locaux, de reposer les bases d’une démocratie écologique. Avanti popolo !

Antoinette Gillet

8

(1) E.P.C.I. = Etablissement Public de Coopération Intercommunale

Membre du BER d’EÉLV-FC

La parole au député

2013 : PRIORITÉ À L'EMPLOI !
Le Gouvernement et le Parlement ont une priorité, qui dépasse toutes les autres. Elle apparaît comme une véritable obsession : créer de l’emploi, résorber le chômage. Deux dispositifs visent à créer directement de l’emploi. Le premier est celui des Emplois d’avenir. Il s’adresse à ceux de nos jeunes qui sont le plus éloignés de l’emploi. Pour diverses raisons, ils n’ont pu bénéficier de notre système éducatif. Il s’agit de leur permettre d’accéder à un emploi à temps plein, rémunéré au SMIC, pour trouver à la fois une dignité et les moyens de se loger et de vivre normalement. Ils pourront ainsi acquérir des compétences qui leur seront utiles au moment de leur sortie du dispositif, au bout de trois ans. Ce dispositif est en place au bénéfice des collectivités, des administrations, des associations et, dans de rares cas, de l’entreprise privée. Le second – les Contrats de génération - a été voté dans la première quinzaine de janvier : un jeune est au contact d’un ancien dans l’entreprise, pour bénéficier des compétences, du savoir-faire, de l’expérience acquise.

Là aussi, c’est une mesure qui vise à faciliter l’emploi des jeunes, à leur mettre le pied à l’étrier et à résorber le chômage qui touche en particulier leur tranche d’âge. Ce deuxième type de contrat s’adresse à des jeunes plus formés que ceux concernés par les emplois d’avenir. Ces deux dispositifs permettront de créer 200 000 emplois en 2013 et 150 000 en 2014 : de quoi donner de l’espoir à nos jeunes, que tous, nous souhaitons voir s’intégrer dans la société par l’activité. Mais cela ne suffira pas si l’économie ne redémarre pas. Paralysie d’un État surendetté, paralysie des banques depuis la crise de 2008, paralysie des entreprises en manque de fonds propres... Face à cette paralysie généralisée, nous faisons feu de tout bois pour dynamiser notre économie et lui redonner du souffle. Aussi notre pays s’est-il engagé dans une réduction sans précédent de la dette nationale. À celles et ceux qui mesurent mal ce que représentent les 1 800 milliards d’euros qui constituent la dette - dont la moitié date des deux mandats UMP (2002 2012), il suffit d’indiquer qu’un enfant qui naît dans notre pays en 2013 vient au monde en portant une dette de 30 000 euros. Si la cure d’amaigrissement ne doit pas être trop brutale pour ne pas engendrer l’austérité, minimiser le problème serait de la folie.

Le mois de février verra la mise en place d’un cantonnement des activités spéculatives des banques, dont l’objectif est bien de permettre à l’épargne - en plus d’être protégée - de bénéficier réellement aux entreprises et à l’activité économique.

Séparation ou filialisation ? Il faut sans doute se garder de tomber dans le fétichisme des mots et aller aussi loin que possible dans cette réforme, pour que l’étanchéité entre les activités de commerce (dépôt et prêt) et les activités spéculatives soit réellement réalisée, et que les premières ne restent pas sous la menace des secondes. Des amendements seront déposés en ce sens par le PS et les écologistes pour atteindre ce but essentiel. Nous devons « électrifier les barbelés » entre les activités utiles à l’économie et celles dont l’objectif est de transformer le risque en jackpot : il s’agit donc de cantonner les activités à risque (hedge funds, produits bancaires dérivés et souvent « toxiques »), d’engager la lutte contre les paradis fiscaux, de maîtriser les bonus des traders, de contrôler strictement l’activité des banques en France et à l’étranger, etc.

Enfin, le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) doit redonner de l’air aux entreprises. Les vingt milliards que l’État va consacrer à terme à ce dispositif doivent permettre de réduire de 6 % les dépenses des entreprises, afin de les aider à prendre le chemin de l’innovation et de l’investissement, dans l’objectif de créer de l’emploi. Les débats ont été vifs sur cette question, tant pour ce qui concerne les conditions et les contreparties apportées par les entreprises que pour son financement. Sur ce point, le débat s’est rouvert en fin de session parlementaire, en laissant apparaître une possibilité de faire entrer en jeu des mesures de fiscalité écologique pour venir en appui aux secteurs du logement, de la construction, des services écologiques (eau, énergie, déchets) ou encore de la culture, secteurs qui seraient pénalisés par le passage de la TVA de 7 à 10 %. Quoi qu’il en soit, la nécessité de mesurer l’efficacité réelle de ce dispositif sur la création d’emploi devra s’imposer à nous. Ainsi, même si 2013 s’annonce d’ores et déjà difficile sur le plan de l’emploi, l’ensemble de ces dispositifs est néanmoins de nature à rallumer quelques lueurs d’espoir à moyen terme. Nous mettons toutes nos énergies au service de l’emploi.

9

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

Le jour où la gauche sera majoritaire en Europe, c’est bien du côté des créanciers et des détenteurs de la dette qu’il faudra aller exiger la restitution des dividendes colossaux accumulés depuis les années 80, et une juste contribution du patrimoine au pot commun. Les libéraux semblent aujourd’hui comprendre l’impasse dans laquelle ils ont plongé les pays du sud de l’Europe. Parallèlement, nous devons mieux contrôler l’activité bancaire. La banque publique d’investissement (BPI), votée lors de la session d’automne et à fort ancrage régional, sera très prochainement opérationnelle et pourra créer un effet de levier auprès des banques privées, aujourd’hui devenues tellement craintives et inertes.

Éric Alauzet Député EÉLV du Doubs

Point de vue

POLITIQUE ÉCONOMIQUE DE FRANCOIS HOLLANDE : DÉFICIT DE COMM' OU ERREUR STRATÉGIQUE ?
En décembre dernier, une réunion des membres du comité de campagne d'Éric Alauzet a eu lieu à Besançon, salle Jean Zay, pour échanger avec notre député sur le début de législature. Éric venait d'être confirmé dans son élection après le rejet, par le Conseil constitutionnel, du recours déposé par le député UMP sortant, Jacques Grosperrin. Il y avait donc là aussi bien des militants du PS que des militants d'EÉLV et les discussions, qui ont surtout porté sur un premier bilan de la politique du gouvernement de gauche, ont été passionnantes. Devant l'impopularité croissante de ce gouvernement, les débats ont tourné autour d'une question centrale : y a-t-il défaut ou déficit de communication de la part du gouvernement, ou bien la politique choisie par François Hollande n'est-elle pas la bonne ? Les réponses des militants ont été contrastées, sans recouvrir forcément un clivage PS-EÉLV. En partie indépendamment des débats qui ont eu lieu ce soir-là, voici quelques éléments de réponse à cette question, qui n'engagent que leur auteur. Déficit de communication, certainement ! Il y au moins trois domaines où la gauche ne communique pas assez : les impôts, les revenus et l'emploi. La fiscalité doit permettre à chacun d'apporter sa contribution aux dépenses communes d'intérêt général : enseignement, santé, infrastructures publiques, sécurité, justice, etc. Il est normal que l'effort de chacun soit en rapport avec ses revenus. Or, actuellement, les plus riches trouvent toutes sortes de combines pour échapper largement à l'impôt par des moyens légaux (niches fiscales, cadeaux de Sarkozy, exonérations, etc.), mais aussi souvent illégaux (dissimulation de revenus, évasion fiscale). Mais la fiscalité permet aussi une certaine redistribution des richesses par les politiques sociales. Comment accepter les écarts de revenus gigantesques d'aujourd'hui ? Est-il normal que des patrons, des sportifs, des artistes émargent à 10 millions d'euros par an ou plus ? C'est parce que les écarts de revenus avant impôt sont extravagants qu'il faut des tranches d'imposition élevées pour corriger ces aberrations. Après la crise de 1929, le président américain Roosevelt avait même mis en place une tranche d'impôt à 90 %… Ne faudrait-il pas décider d'un revenu maximum acceptable, comme le propose le programme d'EÉLV ? Enfin, concernant l'emploi, après l'abandon justifié de la défiscalisation des heures supplémentaires et la création des Emplois d'avenir et des Emplois de génération, la gauche n'est pas assez offensive sur la réduction du temps de travail. Elle a même du mal à revendiquer la paternité des 35 heures, qui, malgré quelques couacs, allaient dans le bon sens. Les pertes d'emplois et le chômage sont essentiellement dus aux énormes gains de productivité. « Roosevelt 2012 » rappelle qu'entre 1820 et 1960, la productivité a doublé. Mais depuis, elle a été multipliée par 5, soit seulement en une cinquantaine d'années ! Pour que tout le monde ait du boulot, il faut réduire la durée du travail. Et c'est d'ailleurs ce qui se passe, mais de façon « sauvage » et dans l'hypocrisie totale. Avec la précarité et le temps partiel non choisi, la durée moyenne du travail de ceux qui ont un emploi en Allemagne (souvent citée en exemple) n'est que de 30 heures (donnée « Roosevelt 2012 »).

Une fiscalité plus juste ? Oui, mais...

10

Dans le numéro de janvier de La Feuille Verte, Éric Alauzet a exposé les mesures envisagées en matière de fiscalité pour la Loi de Finance 2013. Ces propositions vont dans le sens d'une plus grande justice fiscale : - augmentation de la décote du barème des impôts pour permettre aux 7,4 millions de ménages les plus modestes de ne pas être concernés par la hausse de la fiscalité ; - création d'une tranche supérieure d'impôt à 45 % pour la fraction de l'impôt supérieure à 150 000 € / an ; - création d'une contribution exceptionnelle de solidarité pour les très hauts revenus ; - fin du prélèvement libératoire pour les revenus du capital ; - plafonnement des niches fiscales à 10 000 €, etc. Ces mesures vont dans le bon sens et nos députés EÉLV les soutiennent sans réserve. Mais il y deux problèmes. D'abord, les effets positifs de ces dispositionss vont être largement amputés par l'augmentation de la TVA et les 20 milliards de cadeaux faits aux entreprises, sans conditionnalité, dans le cadre du Pacte de compétitivité. Ensuite, on est encore loin du compte. D'après « Roosevelt 2012 » et d'autres économistes, les cadeaux fiscaux accordés depuis 25 ans aux contribuables les plus riches atteignent 100 milliards d'euros par an. On en est seulement, pour l'instant, à une « correction » de quelques milliards. Or le ministre du budget, Jérôme Cahuzac, vient d'annoncer, dans un débat avec Mélanchon, que la réforme fiscale était bouclée...

Quand la dette devient obsessionnelle…

Le cercle vicieux de l'austérité

Depuis des mois, les medias nous serinent la question de la dette, ce qui n'a pas empêché la quasi-unanimité des journalistes en vue de saluer sans réserve le Pacte de compétitivité, qui coûte 20 milliards d'euros et dont l'efficacité reste encore à démontrer. Il n'est pas inutile de commencer par relativiser la dette. La dette publique française est de 90 % du PIB. Mais celle des États-Unis est de 107,2 % du PIB, celle du Japon de 236,6 % (chiffres 2012 donnés par Alternatives Economiques). En face de cette dette publique, on oublie de dire que l'État français a aussi des actifs (bâtiments, terrains, actions...), qui fin 2010 représentaient 2 542 milliards d'euros, soit 132 % du PIB. Tout ce baratin sur la dette est donc destiné à mettre en condition l'opinion pour lui faire accepter l'idée que l'austérité est inévitable. Dire cela, ce n'est pas nier le problème de la dette, mais c'est dire qu'il n'est pas pertinent et pas juste de le résoudre par une austérité qui, dans l'histoire, n'a jamais réglé aucune dette. Un État n'est pas un ménage et la comparaison qu'on nous sert parfois est abusive. Les « Économistes atterrés » se moquent avec une bonne pointe d'humour de la vision trop fréquente des éditorialistes : « L'État s'endettant comme un père de famille alcoolique qui boit audessus de ses moyens ». Or il faut rappeler que, contrairement à ce qu'on nous dit, l'augmentation des déficits budgétaires ces dernières années et la dette supplémentaire qui en résulte ne sont pas dus à des dépenses inconsidérées de l'État, mais à d'autres raisons qui concernent les recettes : les cadeaux fiscaux de Sarkozy aux contribuables les plus riches, le sauvetage de la finance et la récession provoquée par la crise, qui a entraîné une diminution des recettes fiscales. (Sur les 500 milliards de déficit supplémentaire du quinquennat Sarkozy, un tiers seulement serait dû à la crise.) Les « Économistes atterrés » dénoncent aussi une fausse évidence : la dette publique reporterait le prix de nos excès sur nos petits-enfants. Or, pour ces économistes critiques, si la dette publique « est bien un mécanisme de transfert de richesses, c'est surtout des contribuables ordinaires vers les rentiers ». Et pour Pascal Canfin, qui s'exprimait dans Alternatives économiques début 2012 avant de devenir ministre EÉLV délégué au Développement, on oublie une dette qui va bien, elle, être à la charge des générations futures : la dette écologique. Cette dette n'est comptabilisée nulle part. Ce sont les conséquences pour nos descendants, mesurables en économie, par exemple, du réchauffement climatique, de la pollution des nappes phréatiques ou de l'épuisement des matières premières. Historiquement, la dette a toujours été réglée par un effacement partiel, de la croissance et de l'inflation. Et sur ce dernier point, certains économistes se demandent s'il ne faut pas mener une politique de l'euro qui laisse filer l'inflation de quelques points.

Dans la préparation du budget 2013, les responsables de la politique gouvernementale ne parlent pas d'austérité, mais de « rigueur ». Mais c'est la même chose, même si c'est un peu corrigé par des mesures fiscales plus justes. Jean-Marc Ayrault dit que trois secteurs seront préservés dans la réduction des dépenses : l'éducation, la justice et la police. Il est même prévu des créations de postes dans l'Éducation nationale. Mais la volonté réaffirmée de limiter le déficit à 3 % va néanmoins mener à une réduction drastique des dépenses et avoir des conséquences très négatives : - nouvelle réduction d'effectifs et de moyens dans les services publics (autres que les trois préservés) et les programmes sociaux, aggravant encore la situation résultant de la politique de Sarkozy (par exemple, en Franche-Comté, conséquences déjà observables à l'ONF ou dans des organismes de formation) ; - diminution de la dotation des régions et des départements, qui subissent déjà les conséquences des transferts de compétences; - effets négatifs aussi sur le secteur de l'ÉSS (Économie sociale et solidaire), qui reçoit des financements publics et représente déjà 10 % des emplois; - ponctions sur les investissements d'avenir : isolation des appartements, développement des transports en commun, des énergies renouvelables, de la recherche, etc.

11

Pour Pierre Larrouturou, entendu sur France Inter le 15 janvier 2013, on peut réduire les déficits sans austérité, par exemple en s'attaquant réellement aux paradis fiscaux, qui abritent 45 milliards d'euros d'évasion fiscale par an. Ce choix de l'austérité est d'autant plus difficile à comprendre qu'on entend de plus en plus de critiques qui viennent d'horizons divers. Olivier Blanchard et Daniel Leigh, économistes en chef au FMI, viennent de reconnaître qu'ils se sont trompés dans leurs calculs : 1 point de dépenses publiques en moins n'entraîne pas une baisse d'activité de 0,5 %, mais de 0,9 à 1,7 % (site de Libération, 8 janvier 2013). Ils avaient juste sous-estimé l'impact négatif des politiques d'austérité sur l'activité économique avant de recommander l'austérité ! C'est totalement invraisemblable que des économistes de ce niveau aient pu oublier des vérités élémentaires que rappelle le Nobel d'économie Paul Krugman dans le New York Times : « En économie, mes dépenses sont tes revenus, et mes revenus sont tes dépenses. » Même la Commission européenne assouplit ses positions en disant maintenant qu'il ne faut plus se focaliser sur les 3 % de déficit.

Paul Krugman est très clair : il ne faut pas trop chercher à réduire les déficits en période de récession. En définitive, l'austérité ne peut qu'aggraver la situation, puisque la diminution de l'activité qu'elle entraîne provoque du chômage supplémentaire mais aussi, par rétroaction, une nouvelle diminution des recettes fiscales dans une spirale infernale et, en fin de compte... une nouvelle aggravation de la dette.

Changer l'économie Pour mieux comprendre les enjeux économiques d'aujourd'hui, il faut lire le livre du prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, Le Prix de l'inégalité. Une phrase de l'introduction du livre résume bien la situation : « Pendant des années, les plus riches avaient conclu un marché avec tous les autres : nous vous donnons les emplois et la prospérité et vous nous laissez emporter nos bonus. Vous aurez tous une part, même si la nôtre est plus grande. Mais aujourd'hui, cet accord tacite entre les riches et les autres, qui a toujours été fragile, est rompu. Le 1 % emporte toujours la richesse mais ne donne rien aux 99 %, sauf l'angoisse et l'insécurité. » Et les chiffres sont éloquents. Aux États-Unis, en 2007, le 1% supérieur (parmi la population) reçoit, en revenu moyen après impôt, 1,3 millions de $ par an alors que les 20 % inférieurs ne reçoivent que 17 800 $.

Le miroir aux alouettes de la croissance La droite et malheureusement une partie de la gauche nous tiennent depuis des années le même discours : il faut « réformer », il faut rétablir les comptes publics, réduire la dette et faire des sacrifices aujourd'hui pour permettre, demain, le retour de la croissance et du plein emploi. Or il est illusoire de croire qu'en Amérique du nord et en Europe, on va revenir à des taux de croissance de 3 ou 4 % par an. Il n'est pas souhaitable d' envisager aujourd'hui une politique de relance « tous azimuts », avec de nouvelles autoroutes par-ci et de nouveaux aéroports et de nouvelles lignes à grande vitesse par-là : suivez mon regard... La raréfaction de l'espace et des matières premières, le réchauffement climatique et les pollutions nous obligent à remettre en question le mythe d'une croissance infinie dans un monde fini. Mais pour les économistes d'Alternatives économiques, on peut mener en Europe une certaine politique de relance keynésienne ciblée en ayant une politique plus ambitieuse de soutien à l'activité dans des domaines qui préparent l'avenir : les énergies renouvelables, la rénovation et l'isolation de l'habitat, les transports en commun pour faire face à la raréfaction des énergies fossiles, l'enseignement universitaire et la recherche, l'innovation, etc. Ce serait une façon de ne pas remettre aux calendes grecques la transition écologique..

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

L'explosion des inégalités est la conséquence : - en haut, de la dérèglementation financière, de l'explosion des dividendes et des hauts revenus, de la réduction des taux d'imposition maximum ; - en bas, de la précarisation, de la stagnation ou de la baisse des revenus, de la dégradation des services publics, de la diminution de la protection sociale. Mais les inégalités deviennent à leur tour la cause de l’instabilité du système et des crises qui en résultent. On peut en déduire assez facilement les grandes lignes des solutions: - renoncer aux politiques d'austérité qui ne règlent ni la question de l'emploi, ni le problème de la dette ; - revenir à une plus juste répartition capital-travail en augmentant les bas revenus et permettre ainsi aux plus modestes de mieux se loger, se nourrir, se soigner ; - abandonner l'augmentation de la TVA et entreprendre une vraie réforme de l'impôt sur le revenu, avec une progressivité beaucoup plus grande ; - limiter les risques de spéculation du système financier par un encadrement beaucoup plus strict et une taxation significative des transactions financières ; - mener une politique de relance ciblée sur la conversion écologique de l'économie : énergies renouvelables, bâtiment, transports en commun, etc. et sur le développement des services de proximité.

12

Et dans certains domaines, on pourrait aller vite. Pierre Larrouturou propose, par exemple, d'affecter les 34 milliards du fond de réserve des retraites au secteur du bâtiment (constructions neuves et rénovation), plutôt que de les laisser aller sur les marchés financiers. Cela permettrait de créer rapide-

Il est évident que la bataille doit se mener aussi au niveau européen, notamment pour une réglementation stricte du système financier afin qu'il soit au service de l'économie réelle et de l'emploi, pour une autre politique monétaire et un plan d'investissement pour la conversion écologique. Et la gauche n'a pas droit à l'erreur. Le risque, c'est tout simplement le retour en force de la droite et/ou de l'extrême droite aux prochaines élections parce que la gauche n'aura pas fait son boulot : promouvoir l'emploi, faire reculer les inégalités et préparer l'avenir par la transition écologique. (1)
1) Pour approfondir la réflexion en matière économique : - Alternatives économiques, Hors-série n° 91, 1er trimestre 2012, La dette et ses crises. - Alternatives économiques, Hors-série poche n° 58, décembre 2012, Comprendre la crise. - Le prix de l'inégalité, Joseph Stiglitz, Nobel d'économie, Éditions Les Liens qui libèrent, septembre 2012.

- Sortez-nous de cette crise… maintenant, Paul Krugman, Nobel d'économie, Flammarion, septembre 2012. - C'est plus grave qu'on vous le dit... mais on peut s'en sortir, Pierre Larrouturou, Nova éditions, août 2012. - Manifeste d'économistes atterrés, Édtitions Les Liens qui libèrent. Aussi téléchargeable sur internet : http://www.atterres.org/sites/ default/files/Manifeste%20sous%20PDF.pdf

Gérard Mamet

Comme un doute...

CE QUI NOUS SÉPARE
Faire vivre un accord programmatique apparaît comme un combat assez rude. S'il existe des points de rapprochement, les points de divergence, sinon de friction, avec le PS demeurent nombreux. Un constat que partagent sans nul doute les élus EÉLV des différents exécutifs de la région. « La crise que nous traversons est d'abord économique et sociale », écrit le premier ministre, ce qui le conduit à en appeler à « une politique de croissance à l'échelle du continent ». Après nous avoir invités à être « clairvoyants pour identifier les causes de nos difficultés et de nos succès » et avoir indiqué qu'il fallait se montrer « audacieux pour procéder aux réformes nécessaires », que propose-t-il ? De travailler à l'efficacité de la dépense publique. Même s'il affirme ne pas vouloir tomber dans les travers et les dérives de la RGPP (1), on ne perçoit guère comment il imagine prendre en considération les nombreux rapports de la Cour des Comptes, qui n'ont cessé d'interroger la mise en œuvre contestable de certaines politiques (logement, ville, baisses de charges...) et donc de pointer justement le peu d'efficacité des dépenses. Ensuite il se contente d'espérer la réussite de la négociation sur la sécurisation de l'emploi (2) et d'affirmer : « Nous ne saurions nous dispenser d'une politique industrielle ambitieuse. » Nous voilà bien avancés ! Et puis soudain, le Premier ministre semble se rappeler que son gouvernement comprend des ministres écologistes et se force un peu pour affirmer : « Notre nouveau modèle de développement doit apporter une réponse raisonnée aux défis écologiques. » On pourrait y croire mais, pour lui, la transition écologique est d'abord « accélératrice de croissance » : on ne se refait pas. L'écologie, réduite aux questions énergétiques, apparaît ainsi comme une pincée de sel dans un plat qui s'avère non pas fade, mais profondément indigeste.

13

La tribune publiée par le Premier ministre dans Le Monde du 3 janvier fait une éclatante démonstration de ce qui nous sépare - ce qui sépare l'écologie politique de la social-démocratie. Jean-Marc Ayrault s'y montre le digne représentant d'une gauche qui peine à comprendre les enjeux majeurs d'un monde finissant, à saisir la nécessité de penser l'avenir autrement qu'en invoquant la déesse Croissance, déesse d'une religion qui apparaît comme l'opium des politiques. On ne compte plus les cierges allumés, les prières adressées pour un miracle qui ne s'accomplit toujours pas - mais demain peut-être…

De la part d'un des principaux promoteurs de l'aéroport NDDL, on ne saurait être étonné par de tels propos. Mais il n'est pas seulement le représentant d'un courant du Parti socialiste, il est le chef du gouvernement ; et dès lors, on ne peut que déplorer la pauvreté de la vision, l'enfermement dans les certitudes d'un autre temps, l'aveuglement qui le conduit à ne pas comprendre que la transition écologique demeure un levier majeur pour la création d'emplois, qu'elle implique une politique industrielle (énergies renouvelables, matériaux d'isolation...), agricole (circuits courts...), fiscale. Si 2013, comme l'affirme le Président de la République, doit être une année de bataille pour l'emploi, le premier ministre semble croire que le CICE (3) accordé sans contrepartie fera des miracles (4). On comprend pourquoi Pascal Durand a haussé le ton sur la fiscalité écologique, estimant qu'elle pouvait être un sujet de rupture, autrement dit un motif pour quitter le gouvernement.

Et si on ne peut brandir à tout instant une menace au risque qu'elle perde tout sens, qu'elle ne soit qu'une figure d'un discours sans lendemain, il faut entendre la sourde interrogation des militants : ce n'est plus simplement un trouble qui nous affecte mais un doute profond, ce qui n’empêche nullement de saluer comme il se doit le travail essentiel des parlementaires EÉLV.

Michel Boutanquoi

(1) Révision générale des Politiques publiques (2) L'accord intervenu le 11 janvier en tant que compromis recèle quelques avancées (complémentaire santé, taxation des CDD courts), mais il inquiète en matière de licenciement. (3) Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi. (4) Comme nous le signalait Éric Alauzet, le CICE représente 20 milliards d'euros pour un gain espéré de 300 000 emplois. C'est également ce chiffre qui est espéré entre les Emplois d'avenir et les Contrats de génération pour un coût de 4,5 milliards. Il y a comme un hic dans les comptes et dans l'efficacité de la dépense...

14

Histoires de gros sous

LA FRAUDE FISCALE, UN SPORT INTERNATIONAL
Ce que j’ai retenu d’un débat sur Médiapart, à la midécembre, avec Antoine Peillon, journaliste, auteur de Ces 600 milliards qui manquent à la France, Xavier Harel, journaliste, auteur de La Grande Évasion, Thomas Coutrot, économiste, membre des Économistes atterrés et d'ATTAC, et Catherine Gaudard, du CCFD-Terre solidaire. Depuis 2008, malgré ce qu’on appelle la crise, rien n’a changé dans la lutte contre l’évasion fiscale. Pour les policiers et fonctionnaires spécialisés, on est dans le « faire-semblant », mais rien de réellement volontaire n’a été mis en place pour lutter contre cette évasion. 10% de l’argent des ménages s’évade dans les paradis fiscaux ; 600 milliards d’€ d’avoirs, c’est le capital « évadé » ; 40 à 50 milliards d’€ échappent au fisc chaque année. UBS (1) opère un vingtième de la fraude fiscale organisée en France ; elle n’est pas la seule, mais c'est la championne ! 120 « commerciaux » suisses viennent en France démarcher les entrepreneurs, mais aussi les particuliers qui disposent d’au moins 10 millions d’€, pour proposer leurs « services ». Cela se pratique dans les milieux riches, entre individus qui se cooptent, fréquentent les mêmes lieux et se donnent les « bons » renseignements. Les paradis fiscaux vivent de nos impôts. Le seul moyen de lutter est d’engager un rapport de forces ; c’est ce qu’a fait l’administration Obama, qui a obtenu des banquiers suisses qu’ils violent eux-mêmes le secret bancaire : ils ont fourni 4 500 noms de contribuables américains, ce qui constitue une brèche. Les USA ont fait en sorte que la Suisse publie le nom des Américains qui ont fraudé ou aidé à frauder leur fisc. Cette démarche de répression est encore insuffisante, mais pourtant réelle. En France, en Europe, on ne constate pas de réelle volonté politique dans ce domaine. La réforme banques d’affaires / banques de dépôt a été vidée de son contenu par le lobbying bancaire et restera virtuelle.

Quand on localise le Fonds européen de stabilité au Luxembourg, c’est qu’on reconnaît que l’Europe a intérêt à placer son argent là-bas ! Tant qu’un rapport de force n’a pas été installé face à la Suisse, au Luxembourg, au Lichtenstein, etc., on n’arrivera à rien, d’où l’impérieuse nécessité de faire pression sur les gouvernements pour que les choses bougent et pour obtenir de réformer le système fiscal international, devenu complètement obsolète par rapport au fonctionnement des multinationales. Plus de la moitié du commerce international passe par des paradis fiscaux. Or, la liste de ces paradis fiscaux est vide actuellement car, pour ne plus y figurer, il suffit à un territoire de passer douze accords avec d’autres territoires dont la France ; mais signer n'est pas s’engager à donner des informations et, de plus, les accords peuvent être signés entre paradis fiscaux ! Où est la volonté politique de remédier à cela actuellement ? Manifestement, une lutte contre ces paradis fiscaux aurait des effets massifs sur les profits, d’où l’importante réticence des grands groupes. On est dans une économie d’hyper-richesse des dirigeants de ces grands groupes et l’argent ne sert plus à l’investissement, mais accentue la pauvreté et la politique libérale qui consiste à limiter, voire à supprimer les effectifs. En outre, c’est la même catégorie de personnes qu’on voit dans les banques, au Conseil d’État, comme hauts fonctionnaires, à des postes de responsabilité… Ces personnes sont soit corrompues, soit dans le conflit d’intérêts et des affaires sont enterrées, des enquêtes jamais conduites. Ce sont les fondements mêmes de la République et de la démocratie qui sont atteints, au point d’entraîner la démission de fonctionnaires garants de la justice.

L’impact de la fraude est très important pour les pays du Sud, qui sont privés de rentrées fiscales et perdent 125 milliards d’€ par an. Un exemple : un exploitant de mines au Chili, Exxon, n’a pas payé d’impôts pendant 23 ans car il se déclarait déficitaire ; et pourtant cette affaire a été revendue avec une forte plusvalue, 16 fois le prix. La nécessité de s’attaquer directement aux utilisateurs en les obligeant à la transparence de ce qu’ils font dans chaque pays est impérieuse. La mafia française a ses racines dans la Françafrique. UBS est encore présente dans le blanchiment des certifications écologiques pour l’exploitation des forêts tropicales. Dans les biens mal acquis par des dirigeants africains, asiatiques et autres, la corruption s’opère avec l’accord de dirigeants occidentaux. Il faut donc que la justice et la police aient les moyens de travailler en profondeur sur UBS, HSBC, BNP Paribas et les autres. En France, un fonctionnaire du contrôle fiscal « rapporte » 2,3 millions d’€ par an : pourquoi n’en a-t-on que 5 000 ? Le Président de la République, alors candidat, n’avait-il pas déclaré que son adversaire était la finance ? En politique, on a souvent la mémoire courte !
(1)Société de services financiers dont les sièges sont en Suisse. C'est la plus grande banque de gestion de fortune en Europe. (2) Hong Kong & Shanghai Banking Corporation : l'une des plus grandes banques du monde. Son siège social est à Londres mais l'essentiel de ses effectifs est désormais dirigé par son siège de Hong-Kong.

15

Marie-Colette Regnaud

Histoire de gros sous, toujours ...

Couple en détresse en route pour la Sibérie...

« Un-papa-et-une-maman »

LA SAINTE FAMILLE
Ah ! qu'ils étaient beaux, tout de rose vêtus, à arpenter le gazon parisien du Champ de Mars ! Qu'ils étaient beaux dans leurs couleurs printanières, à tenter plus ou moins finement de noyer ainsi le noir de quelques corbeaux et de couvrir par des chants à la sainte famille quelques slogans pétris de bon goût et de charité chrétienne ! C'est qu'ils ne sont pas homophobes ! Ils sont même tolérants, mais quand même, faut pas pousser : la famille, c'est sacré, la famille, c'est un papa et une maman, et toute remise en cause de ce dogme ne peut qu'être annonciatrice de la fin d'une civilisation. Rien de moins : après les « prophéties » maya, ces Nostradamus du dimanche nous promettent l'agonie du monde. Nombre de chroniqueurs n'ont pas manqué de le souligner : l’Église catholique et ses ouailles ont toujours prédit la catastrophe ultime dès qu'il était question d'ouvrir un tant soit peu une société engoncée dans la rigidité de certitudes dépassées, que ce soit pour la contraception, l'avortement, le divorce. Et aujourd'hui comme hier, les chants de requiem pour la famille ont résonné sous les voûtes des cathédrales à l'adresse d'un au-delà qui tarde à répondre. Un problème de connexion ?.. Derrière les masques hypocrites des manifestants, combien de vie d'enfants ravagées par la maltraitance, saccagées par l'inceste (1) ? Combien de femmes, de mères dévastées par la violence ou minées dans leurs espérances, réduites à un usage ancillaire ? Combien de souffrances, de mal-être, de peurs, d'angoisses qui résonnent toute une vie durant ? Combien de blessures qui ne guérissent jamais ? À qui fera-t-on croire que le mariage d'un homme et d'une femme, présenté comme une institution indépassable, comme le fondement de la famille, est en soi une protection essentielle et indispensable à l'enfant ? À qui fera-t-on croire qu'« un papa et une maman » sont la garantie absolue pour le devenir d'un enfant ? À qui fera-t-on croire - pour autant que le modèle magnifié soit majoritaire, ce qui est loin d'être attesté - qu'une minorité (2) sera à même d'en pervertir le sens ? Faut-il que ses zélotes soient si peu assurés de leurs convictions profondes pour craindre les lézardes et l'effondrement ! Parmi les donneurs de leçons de morale et de civilisation, combien d’ensoutanés ont trahi leurs vœux et abjuré leur foi derrière le confessionnal, dans le silence assourdissant de la hiérarchie catholique au nom de la protection de l'enfance ? Combien de parjures, de pères indignes, de mères misérables. Et dans ce défilé bien-pensant, combien de Céline Raphaël, à laquelle Libération du 17 janvier consacre sa page portrait ? «Dans La Démesure, paru cette semaine, elle raconte ce père cadre sup puis PDG, notable respecté qui, rentrant le soir à la maison, lui demandait de baisser son pantalon et sa culotte, de lui tourner le dos, de se pencher en avant, de ne pas crier sous les coups. Il avait choisi pour elle le destin de pianiste prodige. Premières gammes à 2 ans, quatre heures de répétition par jour à 4 ans. Jours, soirs, nuits et week-ends attachée au piano dès 6 ans. A chaque fausse note, les coups. Elle a oublié les morceaux, se souvient des tortures. Se revoit marchant à quatre pattes, implorant son pardon, pleurant tandis qu’il la traîne de pièce en pièce par les cheveux, avalant sous ses ordres des détritus à même le sol. Elle se rappelle sa mère qui se lève et qui dit : «Je ne veux pas voir ça.» Alors si la famille, dans ses multiples définitions, peut être un chemin au milieu des étoiles, elle peut être aussi un désert brûlant d'infamie et de souillure. Et ce qui fonde le parent ne relève pas du mariage, ni même des différentes manières d'accueillir un enfant, et encore moins d'une orientation sexuelle, mais probablement d'une capacité d'émerveillement pour laisser intact le mystère, du souci de garder une main rassurante et ferme jusqu'au matin du départ :

16

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

Ah ! la sainte famille, celle qu'on sort de la naphtaline pour la célébrer comme on sort grand-mère de son placard pour Noël, cette famille imaginaire, support de toutes les bontés, cette famille bien traditionnelle fondement-de-la-société, cette famille éternelle indispensable à l’épanouissement de nos z'enfants ! Mais cette famille si propre, si convenable, si honnête, si honorable qu'ils ont cherché à glorifier, à mythifier, combien de fois exhale-t-elle le rance et le parfum de la honte ? « Familles, je vous hais ! Foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur », écrivait André Gide.

Enfants, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine Qui des plus douces fleurs embaume son haleine Quand vous la respirez : Mon âme est la forêt dont les sombres ramures S’emplissent pour vous seuls de suaves murmures Et de rayons dorés. Victor Hugo Les « anti-mariage pour tous » peuvent bien défiler un dimanche d'hiver pour affirmer leurs croyances et leurs peurs irréfléchies, les « pour » un autre dimanche pour exprimer leurs légitimes aspirations à une certaine normalité, à quelques facilités d'accès au statut de parent ; mais les uns et les autres seraient assez inspirés de réfléchir au fait qu'au-delà de la manière de concevoir des enfants, au-delà des manières de « faire couple », d'élever, d'éduquer, une famille , c'est avant tout un espace où l'enfant peut construire son histoire en tant que sujet en ayant accès à l’histoire de ses origines (3), en ayant accès aux différentes formes d'altérité, dans le respect de sa singularité. Les « anti » et les « pour » tendent plus ou moins fortement à réduire l'enfant à un objet de discours idéologique, de désir à satisfaire, et à faire ainsi de la famille non pas un espace qui rend libre, mais un espace qui enferme et conduit à toutes les dérives, que les parents soit homos ou hétéros. L'enjeu est là et nulle part ailleurs.

(1) 80 % des abus sexuels commis sur des enfants le sont dans le cadre familial, en incluant les proches. (2) Selon quelques études, 3 à 7 % de la population française serait homosexuelle. Mais fondées sur du déclaratif, ces études manquent de fiabilité. En appliquant un coefficient de redressement scientifiquement élaboré et en tenant compte des variations saisonnières, admettons un chiffre de 10 % ; admettons aussi que l'ensemble de ces 10 % souhaitent se marier : on peine à voir le danger d'un changement radical. Il est probable que les mêmes dénoncent par ailleurs, au mépris de toutes les données, l'invasion étrangère et en particulier musulmane. (3) Ce qui renvoie à l'enjeu de l'inscription de la filiation (Cf. « Famille, familles », in La Feuille Verte de septembre 2012, parue en version numérique seulement). En ce sens, que des points comme l'accès à la PMA soient renvoyés à une loi sur la famille me paraît une bonne chose : il sera question alors d'examiner comment le droit peut garantir les différentes manières de « faire famille », garantir à l'enfant une protection de ses liens indépendamment de l'orientation sexuelle des parents.

Michel Boutanquoi

17
Conseil fédéral, 19 et 20 janvier

LE SENS DES PRIORITÉS ?
Les amis parisiens ont su accueillir dignement les nombreux Francs-Comtois présents au Conseil fédéral : trois jours de neige sur la capitale. Le programme était hélas trop chargé, à la hauteur de l'actualité interne comme externe, pour autoriser la pratique du ski sur les Boulevards. La grande constante de ce week-end, c'est que nous avons globalement su passer beaucoup plus de temps sur l'accessoire. Vous avez pensé à réadhérer ? Nous avons également été capables de passer près d'une heure (ne riez pas !) pour savoir si les adhérents perdaient leur ancienneté en ne renouvelant pas leur adhésion avant le 31 mars ou avant le 31 décembre (voire le 31 décembre suivant). Nous avons enfin achevé d'adopter le nouveau règlement intérieur, avec la nouvelle grille de limitation des mandats. Le vote ayant été plusieurs fois repoussé, nous étions, il faut bien le dire, assez ridicules. Le CF, dans sa grande sagesse, a accepté le « tuilage » pour les nouveaux parlementaires : ceux-ci peuvent, à certaines conditions, conserver leur mandat local si leur démission entraîne leur remplacement par un élu non-EÉLV. En ce qui concerne les indemnités, pas de « tuilage » : celles-ci sont plafonnées au montant des indemnités parlementaires, le surplus étant reversé au parti. La possibilité que ce surplus soit reversé directement à la collectivité dont le parlementaire est également élu a été trop vite écartée.

Ce CF nous a donc vus voter, après de grands débats unanimistes, la création d'une commission « Quartiers populaires » ; nous avons dénoncé la politique d'immigration du nouveau gouvernement, dit que nous n'aimions pas les paradis fiscaux, rappelé notre attachement à la réduction du temps de travail, adopté le calendrier des prochains Conseils fédéraux…Ces motions sont d'ailleurs loin d'être inutiles : elles montrent aussi qu'on sait être efficace, chez EÉLV.

Elle correspondait pourtant bien plus à nos valeurs, mais même chez nous, parfois, l'éventualité de renflouer les caisses du parti fait mettre sous le tapis grandes déclarations et grands principes. Quoi qu'il en soit, nous avons enfin dépassé cette étape où les considérations personnelles sont toujours délicates, où chacun est accusé de défendre ou de vouloir la tête d'une personne en particulier. Il est vrai que certaines situations ne concernent actuellement qu'une seule personne. Raison de plus pour régler le problème tout de suite avant que cela ne devienne une généralité.

Le texte a finalement été voté à 20 h 30, après deux prolongations de séance. Le CF est composé de 150 membres, mais il n'y a eu que 56 votes exprimés. Au moins, le parti a une position officielle, qui tente de ménager la chèvre et le chou, qui approuve l'intervention (et non pas « prend acte ») sans être naïf sur les motivations.

Du mariage pour tous au racolage passif. Le BE avait aussi prévu un autre texte, sur le « mariage pour tous ». Il faut dire que les échanges sur les listes de discussion se sont récemment enflammés. Pourtant, notre position avait été adoptée de façon claire lors du vote sur le programme. Le sujet ayant peut-être été considéré comme secondaire, la question de la PMA n'avait soulevé aucune opposition, la GPA quant à elle étant de toute façon refusée par EÉLV. Sauf que les débats actuels ont fait ressortir une position globale du parti bien plus nuancée sur la question spécifique de la PMA (pas spécialement pour les couples homosexuels) ; et les interventions d'écologistes hors-EÉLV (Kempf, Nicolino, pour ne citer qu'eux) ont semblé justifier un nouveau débat. Hélas, une heure lors d'un CF, c'est quand même un peu léger pour un tel sujet. Le texte du BE n'était donc qu'une redite de nos positions, avec une précision sur la GPA, pas forcément opportune. Quoi qu'il en soit, faute de temps, le texte n'aura été ni débattu, ni voté. Il nous a semblé plus urgent - actualité parlementaire oblige - de rappeler le soutien du parti aux parlementaires dans le combat pour l'abolition du délit de racolage passif instauré par Sarkozy, ce qui fut fait à l'unanimité.

Je diverge, tu diverges, nous divergeons. Le CF a également reçu, le samedi après-midi, les représentants des principales organisations représentatives des Maliens de France. Les trois interventions ont été particulièrement intéressantes, mais ce n'est pas sans difficulté que les conseillers fédéraux ont entendu les déclarations d'amour presque enflammées et inconditionnelles au gouvernement pour l'intervention au Mali. Signe à nouveau que le Conseil fédéral n'est pas qu'une chambre de résonance de discours unanimes et que nous savons écouter des avis divergents. Il faut dire que des divergences internes sur les opérations au Mali, il y en a eu. Entre le discours assez belliciste de De Rugy et les interventions de Mamère, il y a un gouffre, mais globalement, les parlementaires avaient tous été plutôt prudents depuis l'entrée en guerre. Pascal Canfin est venu tenter d'expliquer la position gouvernementale vue par un écologiste. Finalement, comme nous tous, il fut bien en peine. Cette peine à définir une position claire, sans manichéisme, s'est concrétisée par un moment comme seuls les CF peuvent nous en réserver : le débat sur la motion « Mali », devant définir la position officielle du mouvement sur la guerre. Un texte avait été préparé par le Bureau exécutif, mais il ne convenait à personne. Il a été amendé, sur-amendé, chacun voulant y apporter son bout de phrase pour prouver sa propre existence. Ce fut l'occasion d'une belle joute oratoire entre têtes d'affiche se devant de justifier leur statut. Il était tard. À force de modifications, certains paragraphes ne sont pas loin de se contredire entre eux.

18

Le Languedoc : une (très) vieille histoire…

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

Le CF a également dû une nouvelle fois s'écharper sur la question d'EÉLV Languedoc, avec un certain sentiment de prise en otage par une situation régionale aux impacts nationaux. On voudrait nous faire accepter une distribution des rôles simple, avec les bons et les méchants. C'est évidemment un peu plus compliqué. Ce week-end, il fallait que le Conseil fédéral, instance politique, désapprouve le Conseil statutaire, qui avait émis des avis qui n'avaient pas l'heur de plaire. Quoi qu'on puisse penser du fond de l'affaire, on ne peut qu'être réticent devant cette façon nouvelle de concevoir le rapport au Conseil statutaire. Autant le supprimer directement. Si vous ignorez tout de l'affaire (des affaires, plutôt), estimez-vous heureux.

Vous remarquerez que je n'ai pas évoqué le discours de politique générale de Pascal Durand. C'est normal, on l'a connu plus inspiré. La France est en guerre, Notre-Dame-des-Landes s'enlise, le chômage augmente, les changements climatiques s'emballent, mais notre Secrétaire national nous a rassurés sur le nombre d'adhérents et a évoqué la formation des militants.

Quand on vous dit qu'on a le sens des priorités !... Globalement, on sent un Bureau exécutif qui navigue un peu à vue, en attente du Congrès, fragilisé. Si vous ne vous en étiez pas encore rendu compte, ledit Congrès a commencé. François Mandil

Science et écologie

LE SUCRE, LA VOITURE ET LA MER MORTE FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE … ET A LA CUPIDITÉ
Cette rubrique a pour ambition de proposer un regard critique sur l’actualité scientifique, en montrant tantôt les dangers, tantôt les espoirs suscités par les recherches et les découvertes. Cette information peut parfois inspirer les propositions des écologistes. Les références sont données pour ceux qui voudraient approfondir les questions traitées. L'équilibre subtile entre l'approvisionnement en eau par le Jourdain et l'évaporation a été rompu dans le contexte du réchauffement climatique. La baisse du niveau est due au captage pour l'irrigation et aux extractions de minéraux. La Syrie, le Liban, Israël et la Jordanie détournent massivement les eaux du Jourdain pour l'arrosage des terres agricoles. L'approvisionnement en eau par le Jourdain est passé de 1,3 milliard à 30 millions de mètres cubes par an. De plus, Israël et la Jordanie détournent une partie de l'eau de la mer Morte pour l'acheminer dans des bassins d'évaporation et ainsi récupérer de la potasse, du magnésium et du brome. (Pour la Science n° 423, janvier 2013, pp.22 à 27).

1. Une description plus précise du changement climatique Le GIEC, Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, va publier son cinquième rapport cet automne. Le précédent date de 2007. Des progrès importants ont été réalisés dans les observations de la Terre (bouées océaniques, satellites...) et dans les modèles de prévision. Les premiers résultats rendus publics confirment malheureusement les précédents. En fonction des actions mises en place par les États pour limiter ou non les émissions de gaz à effet de serre, les climatologues prévoient une hausse de 2 à 5°C de la température d'ici à 2100. (La Recherche n°471, janvier 2013, pp.106-107). Commentaire : Les scientifiques du GIEC sont plutôt pessimistes quant aux réactions des responsables de la planète. D'autant plus que le recours grandissant aux gaz et huiles de schiste va à l'encontre de la baisse des émissions de gaz à effet de serre.

19

Commentaire : Un projet de canalisation de 180 km pour acheminer de l'eau de la mer Rouge existe. La moitié de cette eau serait dessalinisée. Mais les biologistes pointent les dangers d'une telle solution pour les organismes vivant dans la mer Rouge. L'assèchement du Jourdain met les Palestiniens de Cisjordanie dans une situation critique pour l'accès à l'eau.

3. Peut-on parler d'addiction au sucre ? 2. La Mer Morte vivra-t-elle ? Le niveau de la mer Morte est aujourd'hui de 426 mètres audessous du niveau des océans. Il baisse d'environ un mètre par an. C'est le point le plus bas du globe. La consommation régulière de boissons sucrées inquiète les professionnels de santé car elle augmente le risque d'obésité, avec les affections associées, comme le diabète. Cette consommation est encouragée par les producteurs, via des publicités efficaces. Les psychiatres ont défini 11 critères, biologiques et comportementaux, de l'addiction. D'après ces critères,

on ne peut pas diagnostiquer une addiction au sucre comme pour la consommation d'alcool, de tabac ou de drogues. Mais l'addiction au tabac n'a pas toujours été reconnue non plus. La question reste donc ouverte. Elle se révèle complexe parce qu'elle touche à la liberté individuelle, y compris, pour un adulte, celle de se nuire à lui-même. (Pour la Science n° 423, janvier 2013, pp.22 à 27).

Pour les véhicules électriques, le caractère « écolo » dépend de l'énergie primaire, celle qui sert à fabriquer l'électricité. Quand l'électricité est produite à partir du charbon, comme en Chine, le véhicule dégage globalement plus de CO2 qu'une voiture à essence. Et en France, les voitures électriques marchent… à l'énergie nucléaire. Idem pour l'hydrogène : 95 % de l'hydrogène sont produits, en France, par reformatage d'un hydrocarbure fossile. (La Recherche n°471, janvier 2013, pp.98 à 100).

Commentaire : Il est nécessaire de développer des campagnes de prévention contre l'excès de consommation de sucre. On peut aussi mieux réglementer la quantité présente dans les aliments et les boissons. Et limiter fortement la publicité.

Commentaire : La voiture électrique ou hybride ne résout pas la question de l'espace (routes, autoroutes, parkings, garages…). Son intérêt dépend beaucoup de l'énergie primaire qui sert à produire l'électricité. Elle ne peut être qu'une petite partie de la solution pour une mobilité durable.

4. Automobile : quelles solutions pour demain ? Dans le domaine de l'industrie automobile, les recherches se poursuivent pour réduire la consommation des moteurs thermiques, rendre les batteries plus performantes pour les voitures électriques, développer les véhicules hybrides ou fonctionnant avec de l'hydrogène grâce à une pile à combustible.

20

Gérard Mamet

Des poissons exotiques dans le Rhône ?

CONSÉQUENCES ALARMANTES DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE
Martin Guespéreau, directeur de l'Agence de l'eau RhôneMéditerrannée-Corse, s'est exprimé en ce début d'année, dans Libération (1), sur les conséquences du réchauffement climatique. La région concernée représente 25 % du territoire national et compte 14 millions d'habitants. La situation y est très préoccupante. Le climat de Lyon est celui d'Avignon il y a trois décennies. Les prévisions annoncent une importante diminution de la pluviométrie, avec pour conséquences une baisse des débits et une augmentation de la température. Dans les Alpes du sud, on prévoit une diminution de moitié de la durée de l'enneigement et c'est la moyenne montagne qui sera la plus affectée. L'économie du ski en moyenne montagne sera très touchée, mais aussi les industries le long du Rhône et l'agriculture du fait des besoins en irrigation qui augmenteront en même temps que les périodes de sécheresse.

Le Rhône en danger En trente ans, la température de l'eau du Rhône à son embouchure s'est élevée de 2°C en été.

Le réchauffement va aussi toucher la Méditerrannée. Combinée à l'acidification, elle affectera fortement la biodiversité : la survie de certaines espèces de poissons et de mollusques est menacée.

Les mesures à prendre Martin Guespéreau propose d'agir dans deux directions : - La lutte contre le gaspillage. Les villes perdent jusqu'à 50 % de leur ressource en eau du fait des fuites le long des réseaux. Il faut un vaste plan de remplacement des conduites les plus abîmées. En agriculture, dans les vergers, le passage des canaux d'irrigation au système du goutte à goutte permettrait de diviser les consommations par 10.

- La protection des captages d'eau contre les nitrates et les phosphates. 40 % des captages ont besoin d'un traitement de dépollution. En 2010, la Cour des Comptes a calculé que verser une compensation aux agriculteurs pour qu'ils ne polluent pas coûterait 2,5 fois moins cher que la dépollution actuellement nécessaire à la production d'eau potable. Le coût de la dépollution représente actuellement 11 à 17 % de la facture d'eau. L'objectif de l'Agence est de protéger 214 captages d'ici à la fin de 2015.

On voit bien tout l'intérêt que représente la transition écologique, à la fois pour limiter le réchauffement climatique et se préparer à certaines de ses conséquences, qui semblent malheureusement inéluctables. Et dans la perspective de la pénurie d'eau, le projet de grand canal Saône-Moselle est encore plus aberrant… Gérard Mamet
(1) Libération, 3 janvier 2013.

Vous n’êtes pas adhérent d’Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté ? Et du même coup, vous ne recevez pas systématiquement la Feuille Verte, le mensuel des écolos comtois ?

21

Abonnez-vous ! Et faites abonner les gens autour de vous ! Ainsi, vous serez sûr de ne rater aucun numéro, et cela pour la modique somme de 16,00 euros seulement (11 numéros par an).

Chèque à l’ordre d’EELV-FC, à adresser à : EELV-FC — 14, rue de la République — 25000 Besançon

UN MOIS, EMOIS ET MOI
Bâbord. Pierre Moscovici, le 6 janvier : « Je le dis tranquillement, ce gouvernement [auquel j'appartiens] est un gouvernement de gauche, c'est […] le plus à gauche d'Europe. » Il est rigolo, Pierrot. Vroum. Contrairement à ce que beaucoup croient, le rallye Dakar « à l'ancienne » n'est pas mort : il sévit toujours en janvier, rebaptisé Africa Eco Raid. Je signale ça aux éventuels lecteurs membres d'AQMI, à toutes fins utiles... Négatifs. Les Verts suisses sont contre le percement d'un second tunnel autoroutier au Gothard et contre l'organisation des J.O. de 2022 dans les Grisons. On se demande ce qui leur plaît, à ces gens-là. Souple. Flexibilité au travail : la droite en rêvait, la gauche l'a fait. Putain, le changement !... Cool. Le Conseil fédéral d'EÉLV a demandé au gouvernement d' « éviter tout discours belliciste » sur le Mali. Et il a été entendu : Vladimir Hollande n'a pas promis d'aller « buter les terroristes jusque dans les chiottes ». Inefficace. Après le viol et le meurtre d'une étudiante dans un bus de Delhi, les traditionnalistes hindous expliquent que « si elle avait récité des mantras et invoqué Dieu », ses agresseurs l'auraient épargnée. C'est bien ça le problème avec Dieu : si tu ne l'appelles pas, il ne se dérange pas tout seul.

Dessin publié avec l’aimable autorisation Fœticide. Les mêmes expliquent que, si on se débarrasse en Inde si facilement des fœtus féminins, de Charlie Hebdo

c'est parce que les familles ont peur qu'une future fille se fasse violer. Et si on trucidait les fœtus masculins, m'est avis qu'il se dirait moins de conneries en Inde (1).

22

Contre-révolution. L'ineffable député UMP Lionel Luca et la fascistounette Marion Maréchal-Le Pen, entre autres, ont signé une proposition de loi visant à la reconnaissance de ce qu'ils nomment le « génocide vendéen » de 1793-1794. Glandeurs qui n'ont vraiment rien d'autre à foutre, falsificateurs de l'histoire (2), crétins sans une once de culture, ou bien un peu de tout ça ?... Logique. Lu dans Le Monde du 18 janvier : « Depuis [la tuerie de] Newton, en un seul mois, plus de 900 Américains ont été tués par arme à feu. » Dans le même temps, la National Rifle Association, le tout-puissant lobby des armes, revendique 100 000 nouveaux adhérents. Cherchez la faille. Lexique. Selon les laudateurs des gaz de schiste, c'est le terme « fracturation » qui fait peur ; ils réfléchissent donc à un autre mot pour nous rassurer. En course pour le moment: injection à haute pression, fissuration, brumisation, stimulation, massage. Et masturbation, ils vont y penser ? Mâle. Au Sénat, jeudi 17 janvier, Bruno Sido (UMP, Haute-Marne) lâche à l'adresse de Laurence Rossignol (PS), qui défend la parité imposée : « C'est qui, cette nana ? » Bruno Sido ? C'est qui, ce connard ? Flemmarde. La « justice » poutinienne a refusé à l'une des deux Pussy Riot incarcérées le bénéfice, auquel elle a pourtant droit, d'un report de peine. Motif : elle a manqué l'heure du réveil. Tu paries qu'elle n'avait même pas un mot de ses parents ? Mercaptan. Un match de foot Rouen-Marseille annulé pour cause d'odeur d'œuf pourri sur l'agglomération rouennaise. Footeux et supporteurs ont peut-être des cerveaux rustiques, mais leurs nez, eux, sont délicats.

Gérard Roy
(1) Et ailleurs... (2) Cela dit, ça n'a pas été joli-joli, ce qui s'est passé en Vendée dans ces années-là.

Antinucléaire

CHAINE HUMAINE LE 9 MARS
Nous sommes maintenant à moins de deux mois de la grande chaîne humaine organisée à Paris le 9 mars alors que l'accident de Fukushima entrera dans sa troisième année. C'est LE grand événement antinucléaire de l'année, c'est LE moment de se mobiliser ! Faites passer le mot ! Cette manifestation nationale se doit d'être une réussite si nous voulons peser sur le gouvernement et le Parlement. Vous n'êtes pas sans savoir qu'un ''débat'' national doit se tenir sur la question énergétique mais comme d'habitude les décisions sont d'ores et déjà prises et il n'est pas prévu de remettre en question le dogme nucléaire. Pouvons-nous nous contenter de la seule probable fermeture de la centrale de Fessenheim ? De l'hypothétique abandon du projet d'un second EPR à Penly ? Alors que les habitants de Fukushima souffrent dans leur chair, il est temps que la France suive la dynamique de la plupart de ses voisins européens : sortir du nucléaire. Pour pallier les manquements de nos gouvernements successifs et lancer un message fort à la classe dirigeante, nous devons nous retrouver plusieurs dizaines de milliers à Paris pour encercler les lieux de pouvoir politique et économique. D'EDF à Areva en passant par les ministères et les banques d'investissement, dénonçons au monde entier les responsables d'un futur Fukushima français. Pour mobiliser en masse, les sympathisants et les groupes locaux antinucléaires dont vous représentez un des chaînons jouent un rôle essentiel. Aujourd'hui nous vous appelons donc à agir avec nous : Organisez des départs groupés en car, train, vélo, etc. Ce n'est pas très compliqué, cela encourage à venir et permet de réduire les coûts de déplacement pour tous : - http://chainehumaine.org/spip.php?page=departs-groupes Commandez gratuitement et diffusez tracts, affiches et autocollants, même en petites quantités : chaque affiche posée et chaque tract distribué amplifieront la mobilisation. Demandez à vos commerçants, bibliothèques, MJC, etc. d'apposer une affiche : - http://chainehumaine.org/Faites-connaitre-la-chaine Organisez des événements locaux pour inciter les médias à annoncer la chaîne humaine : une chaîne humaine locale, une conférence ou tout autre manifestation permet d'amplifier la diffusion de l'information : http://chainehumaine.org/Organisez-une-chaine-humaine-locale Pour l'animation de ces événements, nous vous invitons à contacter l'un-e des artistes de votre région motivé-e-s pour contribuer à la mobilisation autour de la chaîne humaine. Pour accéder à la liste des artistes : http://groupes.sortirdunucleaire.org/Contacts-d-artistes login : groupes mot de passe : 9dTE8fm3 Relayez dans vos réseaux sociaux notre page Facebook https://www.facebook.com/ChaineHumaine.org. Diffusez autour de vous l'appel et les textes rédigés par des écrivains pour nous soutenir : http://chainehumaine.org/ Pourquoi-cette-chaine. Faites savoir que des personnalités appellent à la chaîne : http://chainehumaine.org/Personnalites-et-artistes Diffusez la vidéo d'appel à la chaîne humaine : http://chainehumaine.org/Diffusez-la-video-d-appel Réseau "Sortir du nucléaire" 04.78.28.29.22 - 06.20.36.57.17 http://www.sortirdunucleaire.org Contact local: stopnuke25@gmail.com

23