Métropole, j’écris ton nom…

Philippe Langevin Maître de conférences Aix-Marseille-Université 11-12-2012

L’objet de cette note n’est pas de défendre un modèle de gouvernance d’un territoire encore mal défini mais de montrer que l’aire urbaine de Marseille-Aix rencontre de graves difficultés dans son développement qui la positionne parmi les dernières au niveau national. Certes, il peut y avoir de nombreuses explications qui seront évoquées pour expliquer cette situation préoccupante. L’une d’entre elles mérite qu’on s’y attarde. Elle est dans l’extrême difficulté des acteurs locaux non seulement à travailler ensemble mais, plus simplement, à savoir se parler. Une grande défiance caractérise les acteurs publics qui peut aller jusqu’à la caricature. Le même constat peut être fait pour les acteurs privés. En fait c’est le refus, à peine voilé, de la prise en compte de l’intérêt général qui spécifie l’aire urbaine de Marseille-Aix.

1 : La problématique métropolitaine
1-Une histoire ancienne La DATAR parlait autrefois, dans une optique hexagonale, de métropole d’équilibre. Il s’agissait alors de permettre à une dizaine de grandes villes françaises d’équilibrer l’aménagement du territoire pour résister à la polarisation Parisienne. Aujourd’hui, la métropolisation est fréquemment présentée comme la traduction urbaine de la globalisation. Elle évoque une grande ville qui concentre habitants et emplois, exerce des fonctions de tertiaire supérieur, dispose d’un fort potentiel de recherche et d’innovation, entraîne dans son développement un large territoire et participe de la mondialisation. Le mot n’est pas nouveau. Il vient du grec meter « mère » et polis « ville ». La métropole est la cité mère de l’antiquité, la capitale administrative des Romains, la ville pourvue d’un archevêché au Moyen-Age, où résidait le « métropolitain » désigné par le pape. De nombreux travaux étudient depuis plus de trente ans le processus de métropolisation des grandes villes dans le monde pour généralement conclure au retard des agglomérations Françaises en la matière. Le rapport avec la mondialisation est analysé dans le cadre de l’économie de notre temps : ouverture des marchés, nouveaux modes de production et de consommation, généralisation des technologies de l’information et de la communication, société de la connaissance, rôle de l’innovation dans le développement, concentration des emplois et des services, qualification de la main d’œuvre, attractivité renforcée seraient les caractéristiques des grandes villes du monde. En Europe, seules Paris et Londres pourraient y prétendre. Toutes les études soulignent aussi le problème de la gouvernance pour des territoires définis sur des critères techniques qui dépassent les limites des communes, voire des départements et dont aucun pouvoir politique ne peut légitimement se prévaloir. 2-Une ambition inachevée C’est pour éviter à l’économie nationale de prendre ainsi du retard par rapport aux autres grandes puissances qu’en 2003, la D.A.T.A.R1. a reconnu le caractère moteur des économies métropolitaines et la nécessité de les accompagner dans leur développement. Une analyse approfondie des 354 aires urbaines conclut au caractère moteur des 14 aires urbaines de plus de 100 000 habitants. Le développement de services spécialisés, le poids des emplois métropolitains supérieurs, les effets d’entraînement sur les villes moyennes caractérisent ces territoires qui ne sont plus des grandes villes mais des « espaces métropolitains ». La comparaison avec les 180 agglomérations de l’Europe des 15 d’alors ne tourne pas à l’avantage de la France. Les axes d’une politique nationale sont alors posés : une politique de rayonnement économique, de développement de l’enseignement supérieur
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Pour un rayonnement européen des métropoles françaises- Eléments de diagnostic et orientations- DATAR- CIADT du 18 décembre 2003

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et de la recherche, des mesures pour faciliter l’implantation territoriale des emplois publics et l’amélioration de leur accessibilité. Mais la DATAR n’est plus ce qu’elle fût. Cette réflexion non dénuée d’intérêt ne s’est pas traduite par une nouvelle politique mais simplement par un appel à projet sans lendemain. Il faut dire que le monde a changé. Les ruptures des années 75 marquent le passage d’un Etat fort à un Etat modeste, d’une société Keynésienne à une société libérale, d’une Europe commerciale à 6 à une Europe économique maintenant à 27. La montée simultanée des politiques supranationales et des politiques infranationales initiées par les traités Européens d’une part et la décentralisation d’autre part expliquent ce constat. Dans sa capacité à réguler le développement économique, l’Etat est remis en cause à la fois par le haut et par le bas. Economiquement, les approches en termes de filières de production, d’industries motrices, de pôles de croissance ont cédé la place à des analyses plus qualitatives qui ont mis en évidence le rôle de l’innovation, de la formation, de la recherche, dans le développement, ce qu’il est convenu d’appeler l’économie de la connaissance. L’économie de réseaux a peu à peu remplacé l’économie des grandes concentrations aux effets induits discutables, l’économie du lien s’est substituée à l’économie du bien. Territorialement, le modèle d’une armature urbaine hiérarchisée avec des villes ordonnées en pyramide suivant leur taille, identifiées par des « vocations spécifiques », classées par les services offerts a été abandonné au profit d’une approche en termes de milieu, de réseau, de système urbain où la dynamique locale n’est plus proportionnelle à la masse des habitants ou des postes de travail mais dépend de la qualité des emplois, de l’accessibilité, de l’environnement, de l’image, des politiques conduites. Qualitativement, de nouvelles préoccupations se sont exprimées sur « le prix des choses sans prix » : la beauté, le cadre de la vie quotidienne, les paysages, la nature sont devenus des facteurs de développement comme la réduction des inégalités, l’attention portée aux plus démunis, la qualité de l’habitat ou la densité des relations sociales. Politiquement enfin, le retrait de l’Etat s’est accompagné de la montée en puissance des collectivités territoriales dans le cadre des lois de 1982 et de 2004 qui leur a reconnu des compétences spécifiques dans de vastes domaines de l’intervention publique : politique économique et sociale, gestion des équipements collectifs, amélioration du cadre de vie, formation professionnelle relèvent maintenant des 38 000 communes, 90 départements métropolitains et 22 régions, laborieusement intégrées à l’administration territoriale du pays en 1986. 3-Le processus de métropolisation Le processus de métropolisation est à l’œuvre dans toutes les grandes agglomérations dans le monde. Il traduit un double mouvement de concentration des fonctions urbaines supérieures générateur d’économies externes et d’étalement géographique autour de la ville centre de certaines fonctions autrefois typiquement urbaines : habitat, commerces, équipements publics… La métropolisation est un processus de recomposition spatiale qui se traduit par la concentration des équipements, des services et des emplois au sein des grandes aires urbaines et de leurs couronnes qui recouvrent aujourd’hui la moitié du territoire et plus de 80% de la population et des emplois. Elle se manifeste dés lors comme une dynamique contradictoire de concentration dans les pôles et de dispersion dans leurs couronnes. Ce mouvement, qui concerne toutes les grandes villes, peut s’exprimer de façon spécifique : densification du pôle et de la couronne, de la couronne au détriment du pôle, ou, plus rarement du pôle par rapport à la couronne. La métropolisation est un mouvement. La métropole est un territoire qui évolue, s’étend avec l’aménagement de pôles d’activité, l’installation de grandes surfaces commerciales et l’appétence des français pour l’habitat individuel. Ses aspects positifs sont ceux de la concentration des grands équipements de la connaissance (universités, recherche, structures de transfert de l’innovation, pôles technologiques…), des infrastructures de transport (gares TGV, aéroport, gares routières, pôles d’échanges, réseaux de transports en commun..), des centres d’affaires, des services publics indispensables aux emplois des fonctions métropolitaines supérieures dans les pôles. Les métropoles innovantes sont intégrées aux dynamiques nationales et internationales. Les grandes villes génèrent des « externalités positives » dont bénéficient les acteurs économiques. La concentration appelle la concentration. La métropolisation est la territorialisation de la mondialisation.

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D’un autre coté, la métropolisation est indissociable de la péri- urbanisation qui occupe une place croissante dans les anciennes ceintures vertes et, par les zones d’activité, les centres commerciaux et les lotissements individuels « sort » en quelque sorte la ville de la ville et génèrent d’importants déplacements domicile- travail avec les conséquences que l’on sait en termes de dés-économies externes et de bétonnage de terres agricoles. Rendue possible par l’usage généralisé des modes de transport individuels et des aménagements routiers indispensables, la péri- urbanisation génère aussi des comportements sociaux spécifiques. La question posée par la métropolisation est celle des rapports entre habitat, emploi, services et lieux de consommation dans une société de mobilité généralisée. Elle traduit un double mouvement de densification de la population et d’extension du territoire. Ce mouvement résulte de l’accroissement des mobilités rendu possible par l’accès généralisé aux modes de transport individuels, l’amélioration de l’offre de transport collectif, les équipements routiers, autoroutiers et ferroviaires, rocades et autres pénétrantes. Il répond à un désir général d’habitat individuel, aux nouvelles modalités commerciales induites par les grandes surfaces, aux besoins fonciers des entreprises et aux risques industriels qu’elles génèrent. Il se traduit par l’urbanisation progressive des territoires environnants, ceintures vertes, banlieues et autres communes voisines devenues dépendantes de la ville centre. « Une métropole peut être entendue comme un territoire urbain bénéficiant d’économies d’agglomération en raison de sa taille notamment, concentrant les fonctions lui permettant de participer aux circulations de longue portée (européenne et au delà) et développant des relais multiplicateurs de ces réseaux entre différentes échelles » 4-Des lectures diverses2 La métropolisation des économistes exprime le processus contemporain de création de valeur induite par la densité des interactions de toutes sortes permises au sein de l’espace public. Elle génère des effets d’agglomération, des externalités positives qui profitent aux agents économiques. Elle constitue la forme territoriale de la mondialisation. Elle construit un milieu favorable aux échanges et à la mutualisation des services et des équipements. La métropolisation des sociologues met en évidence la capacité des grands territoires à attirer et à concentrer les fonctions économiques d’excellence et les élites sociales. Ce sont des foyers de créativité, d’innovation et d’encadrement. Elles créent de l’économie de la connaissance et exercent des fonctions métropolitaines supérieures La métropolisation des géographes s’analyse comme un processus de recomposition des rapports entre les espaces urbains et les dynamiques fonctionnelles traduit par un double mouvement : la dilation continue des aires urbaines par la périurbanisation et la concentration des fonctions supérieures dans les grandes villes. Elle passe aussi par des liens d’interdépendances discontinus entre grandes villes et villes moyennes. La métropole des politiques est une forme de gouvernance assumée par un EPCI aux compétences propres élargies et obligatoires. En tout état de cause, l’espace vécu d’une aire métropolitaine est un archipel de territoires spécialisés, de forte mobilité et, fréquemment, de faibles interconnexions entre ces espaces qui génèrent une forte interdépendance réticulaire. Dés lors, l’approche métropolitaine ne considère plus les territoires en termes de zonages et de répartition mais en termes d’articulation et de dépendances, « une approche où les constructions territoriales en sont plus pensées en termes d’étendues et de limites, fondées sur des liens de proximité tissés dans un espace continu, mai conçues en termes de relations qui se dessinent en connexité entre des lieux distants3 ». Selon cet auteur « l’espace relationnel est la clé de voûte des territoires durables ». On peut s’entendre sur la définition proposée par G. Pinson4 qui présente le processus de métropolisation comme « un phénomène protéiforme et contradictoire qui travaille aujourd’hui les
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M.Vanier « La France, une géographie urbaine »- A.Colin-2010 C.Voiron- Conseil scientifique du SRADT- 2012 4 DATAR- Territoires 2040

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espaces urbains et les armatures urbaines nationales et internationales. La métropolisation soumet les grandes villes à des phénomènes de dilatation, d’augmentation et de diversification des mobilités. L’avènement dans le monde occidental d’un capitalisme qualifié tantôt de post fordiste, tantôt de cognitif a réévalué le rôle des villes dans les processus productifs mais aussi dans les modes de vie. Contre toute attente, ce type de capitalisme exige, malgré la facilité croissante de communiquer à distance, le maintien des logiques de coprésence et de face à face dans les relations économiques. Par ailleurs, les organisations d’entreprises qui caractérisent cette phase de développement du capitalisme et qui sont fondées sur la désintégration verticale et horizontale, rendent les entreprises dépendantes d’externalités (services aux entreprises, présence de milieux professionnels denses, marché du travail qualifié…) que seuls les environnements très urbains leur offrent »

2 –Les métropoles en repérage
Il y a évidemment peu de points communs entre Tokyo et, par exemple, Limoges qui se qualifient toutes les deux de métropole. Le même mot ne porte pas les mêmes réalités. Métropole est un mot valise qui peut avoir de nombreuses significations : - au niveau mondial, les grandes mégalopoles qui concentrent plusieurs millions d’habitants constituent la forme urbaine de la mondialisation. - au niveau Européen, les métropoles sont principalement les capitales des Etats mais aussi quelques grandes villes à fort potentiel économique et financier comme Düsseldorf, Francfort, Munich et Hambourg en Allemagne, Anvers en Belgique, Barcelone en Espagne, Cambridge au Royaume Uni, Milan en Italie, Rotterdam aux Pays-Bas - au niveau national, les métropoles sont les grandes aires urbaines de plus de 500 000 habitants qui structurent le territoire national. 1-Au niveau mondial L’accélération des processus de métropolisation dans les plus grandes villes du monde à partir des années 80 peut être considérée comme la forme urbaine de la mondialisation. Le nombre de métropoles millionnaires est passé de 192 en 1975 à 431 en 2007. Les grandes villes sont des acteurs de plus en plus puissants de la réorganisation du système productif et de l’extension des échanges, compte tenu de l’affaiblissement des contrôles des Etats Nations, d’une implantation préférentielle des sièges sociaux des grandes firmes multinationales et de leur position de carrefour favorisant les mises en réseaux d’acteurs internationaux5. 24 mégalopoles dans le monde dépassent actuellement les 10 millions d’habitants. Paris est en 21° position.

Mégalopoles 2007
Aires urbaines Tokyo Mexico New York Séoul Karachi Sao Paulo Bombay Los Angeles Le Caire Delhi Jakarta Pays Japon Mexique USA Corée du Sud Pakistan Brésil Inde USA Egypte Inde Indonésie Population 43 200 000 27 584 000 25 000 000 23 000 000 21 100 000 19 500 000 18 200 000 17 600 000 17 600 000 17 580 000 17 000 000 Aires urbaines Osaka Istanbul Moscou Shanghai Manille Calcutta Londres Buenos-Aires Paris Téhéran Rio de Janeiro Dacca Pays Japon Turquie Russie Chine Philippines Inde Royaume Uni Argentine France Iran Brésil Bangladesh Population 16 500 000 16 500 000 14 800 000 14 500 000 14 500 000 14 300 000 13 940 000 13 200 000 13 160 000 12 150 000 11 900 000 11 400 000

2-Au niveau européen Les métropoles analysées comme des agglomérations de plus de 200 000 habitants en 1990
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Métropoles et mondialisation- Documentation photographique- N° 8082 La documentation française

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Une première étude de 20036 sur les 180 agglomérations d’Europe de plus de 200 000 habitants en 1990, à partir de 15 indicateurs, a abouti au classement en 7 classes, donnant une vision générale du rayonnement des villes. En ce qui concerne la France, on trouve : - en classe 1 : Paris (81 points) - en classe 2 : aucune ville - en classe 3 : aucune ville - en classe 4 : Lyon (47 points) Marseille (44 points) et Toulouse (42 points) - en classe 5 : Strasbourg (37 points), Bordeaux, Lille, Nice (36 points), Montpellier (35), Nantes (33) Marseille est en 23° position. La démarche TOP 20 de la CCIMPM est de la conduire à la 20° place. C’est l’objectif du club Ambition TOP 20 qui se définit comme « un atout pour le rayonnement de la métropole ». « Les trois plus grandes villes françaises après Paris se distinguent notamment par l’accueil nombreuses foires, Marseille par son port et Toulouse par sa dynamique démographique et spécialisation universitaire. Ces trois villes sont mal classées pour l’accueil de sièges sociaux grandes multinationales, mais aussi pour l’organisation de congrès internationaux et l’édition revues scientifiques ». de sa de de

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Indicateurs retenus Evolution de la population 1950-1990 Population en 2000 Trafic portuaire de marchandises en 1999 Trafic aérien de passagers Accessibilité Les grands groupes européens Les places financières Les nuitées touristiques Les foires et salons internationaux Les congrès internationaux Les musées Les sites culturels Les étudiants L’édition de revus scientifiques Les organismes de recherche

Les métropoles analysées comme des aires urbaines fonctionnelles de plus de 200 000 habitants en 2001 Une deuxième étude de la DATAR7 a distingué 357 aires urbaines fonctionnelles en Europe de plus de 200 000 habitants au sein de 29 pays européens. 47 sont en France. Cette classification a été faite à partir d’une grille de 25 indicateurs statistiques organisés en 6 grandes entrées : données structurelles, mobilité, rayonnement et fonctionnement économique, société de la connaissance, rayonnement culturel et touristique, rayonnement politique. D’après cette étude, 26 de ces AUF ont un profil métropolitain dont 2 de rang mondial, Paris et Londres.

llemagne Allemagne
6 7

Métropole diversifiée Métropole diversifiée

Berlin Düsseldorf

Les villes Européennes, analyse comparative- DATAR-2003 Quelles métropoles en Europe ? Des villes en réseau- DATAR-2012

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Allemagne Allemagne Allemagne Autriche Belgique Belgique Belgique Danemark Espagne Espagne Finlande France Grande-Bretagne Grande-Bretagne Grèce Hongrie Irlande Italie Italie Norvège Pays- Bas Pays- Bas Portugal Suède Suisse Tchéquie

Métropole diversifiée Métropole diversifiée Métropole portuaire Métropole diversifiée Métropole portuaire Capitale européenne Métropole scientifique Métropole diversifiée Métropole diversifiée Métropole diversifiée Métropole diversifiée Métropole majeure Métropole majeure Métropole scientifique Métropole diversifiée Métropole diversifiée Métropole diversifiée Métropole diversifiée Métropole diversifiée Métropole diversifiée Métropole diversifiée Métropole portuaire Métropole diversifiée Métropole diversifiée Métropole diversifiée Métropole diversifiée

Francfort Munich Hambourg Vienne Anvers Bruxelles Louvain Copenhague Barcelone Madrid Helsinki Paris Londres Cambridge Athènes Budapest Dublin Milan Rome Oslo Amsterdam Rotterdam Lisbonne Stockholm Zurich Prague

Si la plupart des métropoles européennes sont des capitales, on peut noter : - 5 métropoles en Allemagne - 3 en Belgique - 2 en Espagne, Grande Bretagne, Italie et Pays-Bas - une seule en France Toutes les autres AUF sont relativement peu dotées en fonctions métropolitaines. Pourtant, la plupart des villes françaises se qualifient volontiers de métropole. Ce geste incantatoire s’inscrit dans une démarche de marketing territorial. Les élus s’emparent du discours métropolitain8. On parle de « le Mans métropole », de « Rouen métropole », d’Amiens d’Angers, de Chambéry ou de Valenciennes, métropoles autoproclamées. Le « dire métropole » l’emporte sur le « faire métropole ». Avantages de la métropolisation La concentration des ressources et les « économies d’agglomération » Les rendements croissants La dynamique des réseaux L’organisation des échanges à tous les niveaux La concentration et la diversité des fonctions supérieures Les spécialisations dans des niches compétitives L’assurance flexibilité La capacité d’anticipation et à soutenir les projets innovants L’intégration dans des réseaux La dimension internationale D’après cette étude, les aires urbaines françaises ont un profil qualifié de moyen mais aux fonctions diversifiées. Les 5 à dominante « affaires » sont Lyon, Marseille, Nice, Strasbourg, Toulouse. Bordeaux, Montpellier, Nantes sont à dominante services, Grenoble est à dominante « université ». Ces aires urbaines sont en retrait par rapport aux métropoles européennes à cause de leur taille réduite. Néanmoins, la seule taille ne suffit pas pour traduire des fonctions métropolitaines.

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Pauline Sylvestre « Dire pour agir : les mots de la métropole »-2011

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3-Au niveau français Le mot est à toutes les sauces. Il est fréquemment utilisé en France dans le nom d’une communauté urbaine (de Lille Métropole, de Marseille-Provence Métropole, de Nantes Métropole, de Brest Métropole Océane, de le Mans Métropole) ou d’une communauté d’agglomération (Grenoble Alpes Métropole, Rennes Métropole, Saint-Etienne Métropole, Nîmes Métropole, Metz Métropole, Limoges Métropole, Valenciennes Métropole, Amiens Métropole, Chambéry Métropole, Chartres Métropole…). Au-delà du poids des mots, la question posée est celle du contenu. Le territoire le plus simple qui vient à l’esprit est celui de l’aire urbaine. L’aire urbaine est un ensemble de communes d’un seul tenant et sans enclave, constitué par un pôle urbain offrant au moins 1 500 emplois, et par des communes rurales ou unités urbaines (couronne péri- urbaine) dont au moins 40% de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci. Le zonage de 2010 montre qu’il y a 792 aires sur le territoire français qui concentrent 85% de la population. Parmi les 354 aires urbaines de plus de 10 000 emplois, 41 aires urbaines structurent le territoire. 29 sont qualifiées de « grandes aires » et 12 de « métropolitaines »9.

Les grandes aires urbaines métropolitaines 2010 Données 2008
Population Superficie Km² Taux annuel moyen de variation de la Population 1999-2008. Total Solde Solde naturel migratoire

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INSEE Première « Un maillage du territoire français » N° 1333- Janvier 2011

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Paris Lyon Marseille-Aix Lille Toulouse Bordeaux Nice Nantes Strasbourg Rennes Grenoble Montpellier

12 089 098 2 188 132 1 715 096 1 150 530 1 202 889 1 105 257 1 005 230 854 807 757 609 654 478 664 832 536 592

17 174 6 018 3 173 1 243 5 381 5 613 2 584 3 302 2 198 3 747 2 621 1 673

0,7 0,9 0,8 0,2 1,8 1,1 0,8 1,1 0,6 1,4 0,6 1,4

0,9 0,7 0,4 0,8 0,6 0,4 0,1 0,7 0,6 0,7 0,6 0,6

-0,2 0,2 0,3 -0,6 1,2 0,7 0,7 0,4 0,1 0,7 -0,1 0,8
Source : INSEE

Types de croissance des aires métropolitaines 1999-2008
Aires métropolitaines Lyon Toulouse Bordeaux Nantes Strasbourg Rennes Grenoble Montpellier Aires métropolitaines Marseille-Aix Nice Paris en forte croissance Densification marquée avec extension Densification marquée avec recomposition Densification marquée avec extension Densification marquée avec extension Extension forte de la couronne Densification marquée avec extension Extension forte de la couronne Forte densification en croissance moyenne Densification modérée Densification modérée Densification modérée

Aires métropolitaines en faible croissance Lille Faible densification et extension Les communautés urbaines et d’agglomération ne sont pas le support territorial des aires urbaines. Il serait logique qu’elles s’en rapprochent. A part la communauté urbaine de Lille- Métropole, la part de la population des communautés des grandes agglomérations tourne autour de 65 % de celle de l’aire urbaine. Chacune d’entre elles regroupe plusieurs communautés.

Part des EPCI dans l'aire urbaine 2011
Aire urbaine EPCI Communes Population Rapport Paris 12 089 098 Lyon 2 188 132 CU du Grand Lyon 58 1 289 216 58,9% Marseille-Aix 1 715 096 CU MPM 18 1 050 155 61,2% Lille 1 150 530 CU de Lille Métropole 85 1 121 748 97,5% Toulouse 1 202 889 CU du Grand Toulouse 37 767 295 63,7% Bordeaux 1 105 257 CU de Bordeaux 27 719 223 65,0% Nice 1 005 230 Métropole 45 530 016 52,7% Nantes 854 807 CU de Nantes Métropole 24 596 640 69,8% Strasbourg 757 609 CU de Strasbourg 28 475 358 62,7% Rennes 654 478 CA de Rennes Métropole 37 400 756 61,2% Grenoble 664 832 CA Grenoble Alpes Métropole 27 404 196 60,8% Montpellier 536 592 CA Montpellier Agglomération 31 415 173 77,4% 4-Au niveau de la Méditerranée et de la région Provence- Alpes Côte d’Azur Les travaux de l’observatoire des territoires et de la métropolisation dans l’espace méditerranéen montrent que le processus de métropolisation concerne toutes les grandes villes du bassin Méditerranéen et tout particulièrement la région Provence- Alpes Côte d’Azur dans sa partie littorale autour de Marseille-Aix, Toulon et Nice. Ces mouvements de métropolisation s’étendent dans la région d’une part vers l’Italie de Nice à Gênes et d’autre part de Montpellier et Marseille vers Lyon avec l’émergence d’une métropole rhôdano-méditeranéenne.

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On peut constater le paradoxe d’une intensification des liens entre les territoires et, dans le même temps, de la destruction de liens dans les territoires. Si l’articulation des centralités, articulées au sein du réseau urbain polycentrique centré sur Aix- Marseille, est facilitée, elle est freinée au sein des réseaux linéaires du type de la conurbation azuréenne ou du réseau Durancien10.

3 - L’aire urbaine de Marseille-Aix
La grande aire urbaine Marseille-Aix (2010) regroupe une population de 1 750 036 habitants, la situant en 3° position nationale après celle de Paris (12 089 098 h) et Lyon (2 188 132 h.). Elle regroupe 89 communes dont 73 dans les Bouches du Rhône et 16 dans le Var. Ses principales villes sont Marseille (850 000 habitants), Aix-en-Provence (142 000 habitants), Aubagne ; Istres et Martigues. 49 communes de l’aire urbaine sont des grands pôles urbains et 40 des couronnes des grands pôles. L’aire urbaine s’étend sur une superficie de 3 173 km², soit 50 % de celle des Bouches-du-Rhône et 11 % de celle du Var. L’aire urbaine de Marseille-Aix-en-Provence11 s’étend, dans le nouveau zonage de 2010, par une expansion significative de son périmètre à l’ouest. Son pôle urbain englobe les anciennes aires d’Istres, Fos/ Mer et Miramas. Son territoire s’élargit maintenant à l’étang de Berre. Il est borné à l’est par l’aire urbaine de Toulon (39 communes et 607 000 h), au nord par celle de Pertuis (une commune et 19 000 h) et à l’ouest par celle de Salon (5 communes et 55 000 h).

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L.Casanova- La métropolisation, un facteur de recomposition des territoires. Conseil scientifique du SRADT- 2012 INSEE Analyse N° 12- Octobre 2011 Nouveau zonage en aires urbaines 2010

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Ses caractéristiques économiques, appréciées au niveau de ses zones d’emploi12, concernées sont les suivantes.

Zones d'emploi 2010
Zones d'emploi Aix-en-Provence Marseille-Aubagne Istres-Martigues Salon Population 2009 99-09 390 773 1,0% 1 298 686 0,7% 135 812 0,7% 118 561 1,4% Revenu fiscal Taux médian € d'activité 20 477 17 716 17 947 18 518 68,9 67,6 69,7 71,1 Emplois 2009 99-09 175 411 541 895 55 831 34 547 Taux de chômage 3,6% 1,4% 0,6% 1,9% 9,4% 13,1% 11,7% 12,1%

La zone d’emploi d’Aix-en-Provence13 a un profil métropolitain marqué, résultat du pôle universitaire et de la concentration d’emplois de conception- recherche à Cadarache et Rousset notamment. L’emploi est en forte croissance malgré la crise. Pour la plupart de ses actifs, le marché du travail s’inscrit dans l’ensemble de l’aire urbaine. C’est une des plus dynamiques de la région. La zone d’emploi de Marseille-Aubagne, dont la population est relativement jeune, est une métropole administrative. Prés du quart des emplois relèvent de l’administration publique, de la santé, de l’action sociale, de l’éducation ou de la formation. Grâce à un secteur de la construction dynamique et un tertiaire marchand créateur d’emplois, la composante présentielle de la zone d’emploi a contribué à amortir la crise. La zone d’emploi d'Istres-Martigues présente un profil atypique avec une forte part d’emplois liés à la fabrication et à la réparation ; mais aussi une proportion importante d’emplois relevant de la conception- recherche et de l’administration publique. La présence du port et de grandes entreprises industrielles explique ce profil dont la dynamique est handicapée par un fort taux de dépendance.

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INSEE PACA- Analyse N° 9- Juin 2011 « Zones d’emploi : des économies de plus en plus dépendantes des populations présentes ». 13 INSEE PACA- Les zones d’emploi- Dossier N° 10- Décembre 2012

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La zone d’emploi de Salon, dont la dynamique démographique est à souligner, est dominée par les transports et la logistique, à la suite de l’implantation de la plate-forme logistique Clésud à Miramas. Elle a subi les conséquences de la crise avec une forte chute des emplois salariés entre 2007 et 2009.

Contexte des zones d'emploi 2009
Zone d'emploi Aix-en-Provence Marseille-Aubagne Istres-Martigues Salon-de-Provence Part des salariés Part de la sphère Part des diplômés travaillant hors ZE présentielle du supérieur 28% 64% 34% 10% 71% 26% 24% 59% 20% 43% 70% 23%

1-Faiblesses des bases productives Les travaux récents de Laurent Davezies14 soulignent que la base exportatrice Rhône, celle qui permet de capter des revenus, ne représente rarement plus de leurs apports extérieurs de revenus, les 80% restant sont le fait des « bases « bases médico- sociales » et de la base résidentielle La part de la base particulièrement faible. des Bouches du 20% du total de publiques », des exportatrice est

L’analyse en termes de zones d’emploi montre la faiblesse des bases productives, inférieure à la moyenne des zones d’emplois de province (2 194 €/h). Ce chiffre n’est supérieur que pour la zone d’emploi d’Aix-en-Provence (2 947 €). Il est de 2 022 € pour la zone d’emploi de Marseille-Aubagne En ce qui concerne la base résidentielle, les retraites sont dans la moyenne nationale sauf dans les zones d’emploi de l’étang de Berre et de Fos/mer où elles sont nettement plus faibles. Les dépenses touristiques sont moins présentes qu’ailleurs. Sauf pour la zone d’emploi de Marseille- Aubagne, une des composantes majeures des revenus basiques est constituée des navetteurs qui travaillent hors de leur commune de résidence.
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Les moteurs économiques des territoires de l’espace métropolitain des Bouches du Rhône- AGAM- 2011

11

Les revenus de la base publique (salaires des fonctionnaires) sont supérieurs à la moyenne nationale sauf dans la zone d’emploi de l’étang de Berre. La caractéristique principale de la zone d’emploi de Marseille- Aubagne n’est pas tant le niveau élevé de sa base publique que le faible revenu de sa base productive. Les revenus issus des bases médico-sociales (prestations sanitaires et sociales hors retraite) atteignent un niveau record dans toutes les zones d’emploi de l’aire urbaine.

Bases économiques des zones d'emploi de l'aire urbaine Marseille- Aix 2005-2006
Marseille Aubagne Base productive 2 022 Base résidentielle 4 990 Salaire des migrants 790 alternants Retraites Dépenses touristiques totales Base Publique Base Médico-sociale Base totale 3 296 904 1 460 4 076 12 548 Aix en Provence Etang de Berre Fos/Mer 2 947 6 735 2 351 3 251 1 132 1 225 3 676 14 583 2 576 6 725 3 268 2 714 743 465 3 471 13 238 2 405 5 711 1 807 2 927 976 997 3 463 12 575 Moyenne Nationale 2 194 7 207 1 527 3 297 2 383 1 066 2 877 13 343

L’espace métropolitain se caractérise par : - des revenus d’origine productive comparativement plus faibles malgré une croissance favorable ces dernières années et celle des emplois stratégiques - une base publique d’importance moyenne, plus territoriale et hospitalière que dans les autres grandes aires urbaines françaises - un volume de dépenses touristiques assez modeste à cause de la faiblesse du nombre de résidences secondaires et du tourisme non marchand - une source de revenus de pensions de retraite légèrement inférieure à la moyenne des territoires français. Ce moteur économique n’est pas très puissant dans l’espace métropolitain des Bouches du Rhône - un flux important d’allocations et de remboursements liés à l’activité médico- sociale proportionnellement les plus élevés de France. Ces revenus sont essentiels pour le développement local. Ils traduisent aussi l’intensité de la pauvreté. Les contributions relatives aux activités productives montrent le caractère multipolaire de l’espace métropolitain. Ce schéma est atypique à l’échelle des grandes agglomérations françaises. Mais les transferts de revenus entre EPCI liés aux déplacements domicile-travail indiquent une intégration forte des territoires de cet espace. 2-Importance de l’économie résidentielle Une autre étude15, plus ancienne conduite par la communauté urbaine Marseille- ProvenceMétropole distingue les cinq moteurs de l’économie : - l’économie de la connaissance, économie d’entraînement qui regroupe les activités immatérielles et de prestations intellectuelles publiques et privées : éducation au sen large, recherche et développement des entreprises, recherche publique, services à haute valeur ajoutée (conseil, activités juridiques et comptables, services informatiques…) - l’économie productive qui comprend notamment les industries agroalimentaires, l’industrie manufacturière, la production- distribution de combustibles, l’agriculture.. - l’économie des transports et la logistique qui regroupe les activités de transit de biens (des matières premières aux produits finis) et leur mise en place avant ou après la relation client : entreposage, commerce de gros, transports terrestres, maritimes, aériens…

15

Marseille- Provence, métropole euro-méditerranéenne des échanges et de la connaissance- Une stratégie de développement économique 2008- 2014.

12

-

-

l’économie du tourisme, des loisirs et de la culture dont les bénéficiaires sont les résidents temporaires et les personnes de passage : hébergement et restauration, activités récréatives, artistiques, culturelles, du spectacle, sportives et de loisir l’économie résidentielle qui regroupe les activités de services, à faible valeur ajoutée dont les principaux bénéficiaires sont les résidents du territoire et qui comprend les administrations et services publics, de la santé et l’action sociale, du commerce et des service à la personne

Le tableau suivant montre que la part des emplois salariés privés dans l’économie de la connaissance est nettement plus faible que dans d’autres aires urbaines et que celle de l’économie productive est beaucoup plus forte. La part des économies d’entraînement qui tirent le système économie global (économie de la connaissance, du transport- logistique, économie productive) est de 45% contre 57,7% à Paris, 61% à Lyon, 56,4% à Toulouse et 60,4% à Grenoble. La part de l’économie d’accompagnement (économie résidentielle, du tourisme et des loisirs) d 55% dans l’aire urbaine, 10 points de plus que dans les autres grandes aires urbaines. Au sein de l’aire urbaine de Marseille-Aix, MPM et le pays d’Aubagne présentent un profil plus présentiel que métropolitain tandis que le pays d’Aix-en-Provence se révèle plus métropolitain que présentiel.

Structure économique - Part dans l'emploi salarié privé 2007 Aires urbaines
Economie de la connaissance Econome productive Economie transport logistique Economie résidentielle Economie du tourisme et des loisirs 3-Importance du sous emploi Marseille-Aix 16,4% 17,2% 14,9% 46,3% 8,7% Paris 26,2% 16,6% 14,9% 30,5% 12,0% Lyon 18,8% 25,9% 16,3% 32,0% 7,0% Toulouse 22,7% 21,5% 12,2% 36,0% 7,5% Grenoble 18,1% 33,1% 9,2% 32,5% 7,0%

Taux de chômage annuel moyen par zones d'emploi
Aix-en-Provence Arles Marseille-Aubagne Istres-Martigues Salon-de-Provence France 2003 9,7 11,7 12,1 10,9 11,1 8,5 2004 9,6 11,7 12 10,8 10,9 8,9 2005 9,5 11,8 12,1 10,6 10,6 8,9 2006 9,3 12,4 12,3 10,6 10,5 8,8 2007 8,5 11,7 11,7 9,8 10,2 8 2008 7,5 10,9 10,5 9,1 9,5 7,4 2009 8,9 12,9 12 11,3 11,3 9,1 2010 9,1 13,5 12,5 11,6 11,7 9,4 2011 9,1 14,1 12,6 11,5 12 9,2

Cette situation préoccupante est le résultat de nombreuses explications. Un faible niveau de formation professionnelle des actifs, des entrepreneurs fréquemment portés sur la rente, des activités de service à faible valeur ajoutée… Parmi ces explications, mais ce n’est pas la seule, l’absence d’une gouvernance à la hauteur du territoire métropolitain. 4-Faiblesses de la part des cadres des fonctions métropolitaines Les emplois de cadres et chefs d’entreprise de plus de 10 salariés qui travaillent dans l’une des cinq fonctions métropolitaines qualifient un territoire métropolitain. Ces emplois à forte valeur décisionnelle, intellectuelle et technique constituent un indicateur de rayonnement des grandes villes. Avec 60 000 emplois de ce type, qui représentent 9,5% du total des emplois16, l’aire urbaine de Marseille-Aix arrive en 11° position parmi les 14 aires métropolitaines de plus de 200 000 emplois. En 1982, ces emplois représentaient 5,7% du total. L’aire urbaine a perdu 2 places, dépassée en 2006 par celle de Nantes et de Lille.

16

Répartition géographique des emplois- INSEE première- 1278- Février 2010

13

Loi rang taille pour la part de CFM dans l’emploi total
15

lo 14 ou T

use

le n nob nio Gre Lan

13

12

on Ly r ellie ntp ) Mo a e ç is fran tes n ) artie Na (p es aise en anç Lille Rn ce ie fr t ven Nice Nior(part x -Pro rg eau -en bou ord ix ras B ille - A t rt s S y e e o e li s B lf S n Annec Mar n as Orlé rnon e e èz V u -C -s r e nols ag lenc B a V nd Pau a cy e N n t-F rran on D o ij e ... béry st le m ass C r ms hm C a Bre Anneim s I) - Re AngerTours U S ve ( eè Gn

11

10

9

8

7

6 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30

Source : Insee, recensement de la population 2008

4–La moins performantes des grandes aires métropolitaines françaises
1-Une position relative difficile Malgré des initiatives porteuses et ces résultats souvent encourageants, le développement économique n’est pas au rendez vous dans l’aire urbaine de Marseille-Aix. Il suffit pour s’en convaincre de comparer quelques indicateurs des 12 premières aires urbaines métropolitaines du pays. Celle de Marseille-Aix, la troisième en population après celles de Paris et Lyon n’occupe pas la place que l’on pourrait légitimement attendre.

Les grandes aires urbaines métropolitaines 2010-Données 2008
Population Superficie Km² Total Paris Lyon Marseille-Aix Lille Toulouse Bordeaux Nice Nantes Strasbourg Rennes Grenoble Montpellier 12 089 098 2 188 132 1 715 096 1 150 530 1 202 889 1 105 257 1 005 230 854 807 757 609 654 478 664 832 536 592 17 174 6 018 3 173 1 243 5 381 5 613 2 584 3 302 2 198 3 747 2 621 1 673 0,7 0,9 0,8 0,2 1,8 1,1 0,8 1,1 0,6 1,4 0,6 1,4 Taux annuel moyen de variation de la Population 1999-2008. Solde naturel Solde migratoire 0,9 0,7 0,4 0,8 0,6 0,4 0,1 0,7 0,6 0,7 0,6 0,6 -0,2 0,2 0,3 -0,6 1,2 0,7 0,7 0,4 0,1 0,7 -0,1 0,8

Source : INSEE

1) L’aire urbaine est la première pour la part relative de la population de 15 ans et plus sans aucun diplôme

14

Part relative des 15 ans et plus non scolarisés et sans diplôme
22

20

% des plus de 15 ans sans diplôme

18

16

Série1

14

12

10 Marseille Lille Strasbourg Paris Nice Lyon Grenoble Montpellier Bordeaux Toulouse Rennes Nantes Aires urbaines

2) C’est une des moins industrielles de toutes, en 8° position sur 12
Part de l'emploi dans l'industrie 2008
20 18 16 14 12 10 8 6 4 2 0 Grenoble Lyon Strasbourg Rennes Toulouse Nantes Bordeaux Marseille Lille Paris Nice Montpellier Aires urbaines Série1

3) Elle est en 3° position pour la part des établissements industriels de 0 à 9 salariés

% de l'emploi dans l'industrie

15

Part des établissements de 0 à 9 salariés dans l'industrie 2008
95

90 % des établissement 0-9 salariés

85 Série1 80

75

70 Nice Montpellier Marseille Paris Toulouse Bordeaux Rennes Nantes Grenoble Strasbourg Lyon Lille Aires urbaines

4) Elle est avant dernière pour le taux d’activité des 15-64 ans
Taux d'activité 15-64 ans en 2008
76

74

72

Taux d'activité

70 Série1 68

66

64

62 Paris Nantes Toulouse Lyon Rennes Strasbourg Nice Bordeaux Grenoble Lille Marseille- Montpellier Aix

Aires urbaines

5) Elle est la première pour le taux de chômage

16

Taux de chômage 2008
16

14

12

Taux de chômage

10

8

Série1

6

4

2

0 MarseilleAix Lille Montpellier Nice Nantes Paris Bordeaux Toulouse Strasbourg Lyon Grenoble Rennes

Aires urbaines

6) Elle est septième pour le taux annuel moyen de création d’emplois entre 1999 et 2008
Variation emploi T.A.M. 1999-2008 3,50 Taux annuel moyen de croissance de l'emploi 1999-2008

3,00

2,50

2,00 Variation emploi T.A.M. 1999-2008 1,50

1,00

0,50

0,00
us e M on tp el l ie r Ly on Li lle St ra sb ou rg s s au x ei lle -A ix N ic e N an te R en ne bl e Bo rd e G re no To ul o Pa r is

Aires urbaines

7) Elle est dixième pour la part des emplois métropolitains supérieurs

M ar s

17

Part de l'emploi dans les fonctions métropolitaines supérieures
39 part de l'emploi dans les fonctions métropolitaines supérieures

37

35

33 Série1 31

29

27

25 Paris Grenoble Lyon Toulouse Nantes Montpellier Aires urbaines Lille Strasbourg Marseille Bordeaux Nice

8) Elle est avant dernière pour la part des cadres des fonctions métropolitaines supérieures
Part des cadres des fonctions métropolitaines supérieures
20

18

16 Part des cadres

14

Série1

12

10

8 Paris Grenoble Toulouse Lyon Montpellier Nantes Strasbourg Lille Nice Marseille Bordeaux Aires urbaines

9) Elle est avant-dernière pour le revenu médian et dernière pour le rapport interdécile : c’est celle où les inégalités de revenus sont les plus élevées

18

Revenu médian 2008
22 000

21 000

20 000

Revenu médian

19 000 Série1 18 000

17 000

16 000

15 000
ne s au x N an te s Ly on g e r lle Pa ris ou se M on tp el lie N ic ou r G re no R en St ra sb Bo rd e ar se i Li lle bl e

To ul

Aires urbaines

Rapport interdécile Revenu 2008
9

8

7 Rapport interdécile

6

M

Série1

5

4

3 Rennes Nantes Bordeaux Grenoble Toulouse Lyon Strasbourg Nice Montpellier Paris Lille Marseille Aires urbaines

10) L’académie d’Aix-Marseille est dixième pour la part des élèves ingénieurs dans l’enseignement supérieur

19

Part des élèves ingénieurs dans l'enseignement supérieur 2010-2011
9% 8% 7% Part en % des élèves ingénieurs 6% 5% Série1 4% 3% 2% 1% 0%
Ly on Li ll e on tp el lie r us e g e N an te s en ne s ux Pa ris lle St ra sb ou r N ic Bo rd ea se i G re no To ul o bl e

-M ar Ai x

R

Académies

11) L’académie d’Aix-Marseille est la cinquième (sans compter Paris) pour la part des étudiants dans la population des 16-25 ans
Etudiants/ Population 16-25 ans- 2008
23,0%

21,0%

19,0%

17,0% Part relative

15,0% Série1 13,0%

11,0%

9,0%

7,0%

5,0% Lyon Montpellier Strasbourg Toulouse AixMarseille Bordeaux Académies Rennes Lille Nice Nantes Grenoble

12) Le département des Bouches-du-Rhône est le cinquième pour les brevets déposés en 2010

M

20

Brevets déposés en 2010
900

800

700

600 Brevets déposés

500 Série1 400

300

200

100

0 Isère Rhône Haute Garonne Ille et Vilaine Bouches du AlpesRhône Maritimes Départements Gironde Nord Loire Atlantique Bas-Rhin Hérault

13) Entre 2008 et 2010, c’est dans les Bouches-du-Rhône que le nombre de brevets déposés a le plus diminué
Variation des brevets déposés 2008-2010
20

15

10 Taux de variation 2008-2010

5 Série1 0 Isère Ille et Vilaine Nord Hérault Gironde Bas-Rhin Haute Garonne Loire Atlantique Rhône AlpesBouches du Maritimes Rhône

-5

-10

-15 Départements

Voilà qui montre que nous ne sommes pas bons. Il existe une situation paradoxale sur ce territoire qui fait que les talents individuels ne se traduisent pas par une intelligence collective à même de transformer les recherches en innovations et les innovations en développement économique. 2- Comprendre l’invraisemblable Il y a certes de multiples explications qui peuvent être évoquées pour comprendre cette situation. Certaines sont géographiques : les contraintes du relief, la grande superficie des communes ; d’autres sont historiques et remontent à fort longtemps entre l’ancienne capitale du Comté de Provence et le grand port de la Méditerranée. L’une d’entre elle n’est pas nouvelle. C’est l’extrême difficulté à savoir, peut-être même à vouloir travailler ensemble. 1) Le territoire du verbe où on ne se parle pas

21

Cette funeste banalité concerne tous les secteurs. On la note souvent pour les élus locaux, peu enclins à partager et renfermés sur leur territoire de légitimité. Mais elle est aussi au cœur du monde universitaire, de la recherche, de l’innovation, de la culture, de la formation, des entreprises elles mêmes. Les structures de transfert de technologies ont du mal à se fédérer. La fusion des universités a mis 40 ans à se concrétiser. Les laboratoires scientifiques sont fréquemment en concurrence. Les initiatives portées par l’économie sociale et solidaire sont souvent brocardées. Les communautés d’agglomération ont du mal à se faire confiance. D’une façon générale, les relations des collectivités territoriales avec les services de l’Etat ne sont pas bonnes, celles avec l’Union Européennes illisibles. L’aire métropolitaine marseillaise est un territoire bloqué. Marseille regarde vers le sud et la Méditerranée, Aix-en-Provence regarde le nord et les Alpes, Arles regarde vers Nîmes et Aubagne vers Toulon. L’intérêt général commanderait que ces villes se regardent entre elles. 2) Une culture du négoce et de l’approximation Sur un territoire de tradition négociante, les acteurs locaux ne portent pas une forte culture économique, et encore moins scientifique. Les réussites individuelles ne traduisent pas des réussites territoriales. L’individualisme des entrepreneurs ne les pousse pas à mutualiser leurs ressources malgré les politiques conduites au niveau national (pôles de compétitivité) ou régional (PRIDES). La presse quotidienne ne connaît de l’économie que ses difficultés. Les organismes consulaires, malgré leur détermination, ne rassemblent qu’une faible part des entreprises du territoire et plus souvent des commerçants que des industriels. Ils dialoguent difficilement avec le pouvoir politique. Au-delà de quelques réussites notoires, la volonté de hausser collectivement le niveau du potentiel productif de l’espace métropolitain n’est pas partagée par tous ses acteurs. Chacun joue solo, persuadé de ses qualités et peu enclin à reconnaître celles des autres. La préférence collective pour la rente et le patrimoine l’emporte sur le goût du risque et la volonté d’entreprendre. Ce territoire ouvert au monde cultive une culture du repli et de l’entre soi et se perd dans des débats incertains sur la comptabilité entre les « cultures » aubagnaise, marseillaise, aixoise ou arlésienne. 3) Une préférence marquée pour l’économie résidentielle Par rapport à d’autres espaces métropolitains, et sans remettre en cause leur légitimité ou leur bonne volonté, beaucoup d’élus locaux se mobilisent davantage sur la construction d’une économie résidentielle attractive que sur une économie productive performante. Ils attachent une grande importance à la qualité de l’environnement, à la mise en valeur des sites touristiques, aux services de la vie quotidienne, à la qualité de vie de leurs administrés mais sont souvent réservés par rapport au monde de l’entreprise qui, généralement, n’est pas le leur. Ils ne portent pas un discours industriel ou scientifique à la hauteur des enjeux. On peut observer par exemple que malgré l’intensité des besoins, les grandes concentrations scientifiques et économiques du territoire ne sont toujours pas connectées par un réseau de transport collectif performant. On peut noter que toute dépense publique pour accroître la compétitivité des entreprises est considérée comme lourde et non prioritaire par rapport à d’autres dépenses. On peut regretter que les décisions publiques se prennent toujours dans le temps court alors que la dynamique économique est dans le temps long. 4) L’absence d’un projet de développement lisible Le territoire de l’aire urbaine est très segmenté et ne facilite pas les fluidités nécessaires entre le public et le privé, les entreprises et la recherche, la technologie et l’innovation. Contrairement à ce que l’on peut observer à Toulouse, Nantes ou Bordeaux, le patronat ne porte pas un projet lisible de développement. Entre les zones économiques, les parcs scientifiques, les centres de recherche, les pôles technologiques les relations sont faibles et ne sont pas au niveau des potentialités. Le potentiel de recherche du territoire se dégrade. Aucune croissance significative n’a pu être observée depuis une vingtaine d’années. Marseille n’est plus la deuxième ville scientifique du pays. Ni le CNRS, ni les pôles de compétitivité ni ITER, ni l’université unique ne portent une stratégie territoriale de développement. Les systèmes d’appui à l’innovation se croisent sans se rencontrer. Les compétences ne sont pas fédérées. L’espace métropolitain ne porte pas un projet de développement susceptible de donner de la lisibilité à ses partenaires intérieurs ou extérieurs. Les communautés qui le composent, quand elles interviennent, le font tous azimuts sans véritable choix. Au delà des déclarations d’intention en faveur de hautes technologies, de l’innovation, des T.I.C., des médias, elles refusent de choisir. Les entreprises innovantes ne sont pas rares. Mais, créées par des

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ingénieurs qui ne sont pas des managers, elles ne grandissent pas et changent fréquemment de propriétaires. Elles sont extrêmement volatiles. Les innovations sont nomades. 5) Un milieu culturel refermé sur lui-même La culture n’est pas considérée comme un facteur d’innovation et les milieux culturels évoluent en toute autonomie vis-à-vis des milieux économiques. Nos villes ne sont pas créatives. Les ressources du design et de l’art ne sont pas mobilisées au service de la compétitivité de l’économie. Les lieux culturels ne sont pas rares mais ne sont pas connectés. Aucun n’entre eux n’est emblématique de niveau international. Aucun musée, aucun espace culturel, aucun pôle touristique n’est parmi les 30 premiers du pays. Et plutôt que de mettre en valeur leur extraordinaire complémentarité, les acteurs du développement opposent sans cesse Marseille la populaire à Aix-en-Provence l’intellectuelle, Aubagne l’authentique à Fos l’industrielle. Les politiques culturelles sont cloisonnées. Il n’existe ni programmation commune, ni harmonisation des billetteries, ni abonnements collectifs, ni communication harmonisées. Le tissu créatif n’est pas structuré. 3-Un espace d’intenses mobilités L’éloignement des zones d’habitat et des lieux de travail traduit par l’accroissement du nombre de navetteurs procède d’un zonage très poussé des fonctions urbaines. Dans les années 60, la multiplication des zones industrielles et artisanales, des pôles d’activité, des parcs d’activité (Aubagne, Vitrolles, Aix-en-Provence, Marseille…),et des grands sites technologiques, portuaires, logistiques ou énergétiques (Fos/mer, Grans-Miramas, Cadarache…) a entraîné une mobilité croissante entre les lieux de travail et les lieux d’habitat. Dans les années 70-80, le développement des lotissements d’habitat, des grands centres commerciaux, des campus universitaire a amplifié ce mouvement. Plus tard, le développement des technopôles (Luminy, Château-Gombert, l’Arbois) et des concentrations technologiques (Rousset, Marignane, ITER, CEA) a amplifié encore ces mobilités sans que ces aménagements n’aient été planifiés. La politique de l’habitat n’a pas suivi. Plus significatif encore, la disjonction de ces espaces a conduit à l’altération de sociétés locales des villes- usines et des quartiers usines de Gardanne, la Ciotat, Vallée d’ Huveaune à Marseille, à une « altération de ce qui faisait société17 ». Comme le souligne J.Garnier « à l’ancien territoire habité et chargé d’histoire se superpose un archipel réticulé de zones sans histoire mais porteur d’une culture encore peu identifiable ». Dans ces séparations territoriales, les figures du projet commun se perdent dans les déplacements incessants. 4-Un territoire inachevé Une étude de l’AGAM de 200918 , établie sur la plus grande partie du département des Bouches du Rhône, souligne les principales problématiques de ce territoire et les conséquences d’une gouvernance émiettée qui handicape son développement économique. Elle met en évidence tout l’intérêt, si ce n’est la nécessité, de changer de regard en changeant d’échelle. Sans se prononcer encore sur les limites territoriales précises d’une gouvernance à venir, il est certain qu’une analyse globale des composantes du développement aurait un fort impact sur la création d’activités et d’emplois. En ce qui concerne l’environnement : - organiser un réseau écologique fonctionnel des trames vertes et bleus en s’appuyant sur les espaces naturels protégés dans la mesure où le territoire métropolitain constitue une mosaïques de continuités écologiques séparées par des ruptures majeures. - définir et mettre en place une politique foncière volontariste et renforcer les villes intermédiaires - concevoir une politique de réduction de la pollution de l’aire et d’amélioration de la qualité des eaux de baignade En ce qui concerne les transports - en termes de grande accessibilité, mettre en œuvre le tracé LGV PACA des métropoles du sud et impliquer le territoire métropolitain dans les projets de grande accessibilité fret en Europe
17 18

J.Garnier- Disjonction et réarticulation du rapport Emploi/Habitat- Conseil scientifique du SRADT- 2012 Regards métropolitains- Eléments de connaissance et identification des enjeux- Octobre 2009

23

-

en termes de navettes domicile- travail, favoriser la mise en place d’une politique métropolitaine de transports en commun dans le cadre d’un syndicat mixte efficace

En ce qui concerne l’habitat - mettre en cohérence les politiques locales de l’habitat et de cohésion sociale sur le territoire métropolitain - développer une offre de logements répondant aux besoins diversifiés des habitants au niveau métropolitain En matière d’emploi et de développement économique - valoriser la complémentarité des espaces pour augmenter la part des cadres des fonctions métropolitaines supérieur - définir et mettre en place un schéma métropolitain de développement économique - définir et mettre en place un schéma métropolitain de zones d’activité et de pôles technologiques et un schéma métropolitain des espaces commerciaux - réaliser un schéma métropolitain de la logistique En matière d’innovation, de recherche et d’enseignement supérieur - développer une dynamique de l’innovation pour le développement métropolitain - mettre en réseau les concentrations scientifiques et les pôles technologiques - réussir Aix-Marseille Université en améliorant les conditions de la vie étudiante et en valorisant ses domaines d’excellence En matière de tourisme et de culture - définir et mettre en place un schéma métropolitain du tourisme pour renforcer l’offre sur les marchés des territoires - s’appuyer sur Marseille- Provence 2013, capitale Européenne de la culture, pour valoriser et amplifier l’offre culturelle de la métropole - créer un climat favorable aux créatifs Regards métropolitains de l’AGAM Problématiques Occupation du sol Points forts Importance des espaces naturels Poids de l’agriculture (maraîchage, céréales, vignes) Grande diversité des paysages Patrimoine écologique remarquable Bonne progression de l’aéroport Positionnement géostratégique privilégié GPMM Principal motif de déplacements Points faibles Forte part de l’habitat diffus Artificialisation des terres Pression foncière élevée Pression anthropique exacerbée Accessibilité voyageurs moyenne Mauvais accessibilité Est-Ouest Marginalisation dans les grands réseaux Européens Infrastructures saturées Absence de coordination entre AOT Coût social élevé Infrastructures saturées Trafic ferroviaire Enjeux Combattre le mitage Capacité de résistance des espaces agricoles Sanctuariser les espaces remarquables Organiser un réseau écologique fonctionnel (trame verte et bleue) Réhabiliter les étangs de Berre et de Bolmon Améliorer l’accessibilité EstOuest avec la LGV PACA Améliorer l’accessibilité ferroviaire de l’aéroport Dorsale ferroviaire Favoriser les transports en commun Mettre en cohérence transport- habitat-activité Coordonner les politiques de transport Structurer l’offre

Biodiversité

Accessibilité à longue distance

Navettes domiciletravail

Mobilité métropolitaine

Forte densité autoroutière

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Environnement et santé publique

Qualité du cadre de vie

limité Capacité en investissements limitéé Forte pollution de l’air Dégradation des eaux de baignade Offre de logements insuffisante, notamment sociaux Forte augmentation des prix Poursuite de la périurbanisation Manque de lisibilité et de cohérence Vieillissement de certains espaces

multimodale dans les corridors structurants Diminuer la part des déplacements individuels motorisés Protéger les ressources en eaux Accompagner le parcours résidentiel Mettre en cohérence les politiques locales de l’habitat Développer l’offre de logements Requalifier les zones obsolètes Prendre en compte le développement durable Définir un schéma métropolitain d’implantation d’entreprises Implanter des parcs tertiaires dans les espaces centraux Renforcer la fonction commerciale des centres ville Moderniser le commerce de proximité Améliorer la desserte des grands pôles commerciaux Reconfigurer l’offre logistique métropolitaine Renforcer les bassins est Repenser l’offre de transport combinée Favoriser les partenariats entre les structures Rapprocher les mondes universitaires de ceux de l’économie Favoriser le financement d’une culture de l’innovation Améliorer les conditions de vie étudiante Accompagner le potentiel de jeunes vers l’enseignement supérieur

Habitat

Attractivité du territoire

Espaces économiques

Grand nombre d’espaces attractifs et de zones d’activité Diversité de l’offre

Espaces commerciaux

Développement rapide des très grandes surfaces Renforcement de l’offre commerciale de proximité GPMM, outil économique d’exception Fort impact économique du GPMM sur le territoire Position forte en termes de structures ITER

Risque de saturation en grands centres commerciaux

Economie portuaire et logistique

Activités innovantes

Enseignement supérieur et recherche

Aix-Marseille Université Label Campus Label AMIDEX

Retard dans le domaine des conteneurs Concurrence des ports hubs (Tanger, Giao Tauro, Algérisas, Malte..) Difficile passage de la recherche à l’innovation Faible part de l’emploi dans les hautes technologies Faiblesse en brevets Financement de l’innovation difficile Faible croissance des effectifs étudiants Faible part des étudiants étrangers Visibilité internationale

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Tourisme

Forte attractivité Fréquentation élevée Explosion des croisières

Culture

Offre riche et diversifiée Qualité du patrimoine culturel et architectural Forte densité des équipements Marseille 2013

limitée Facteurs de fragilisation (risques, concentration littorale…) Forte saisonnalité Image d’une destination vieillissante Fréquentation globale stationnaire Manque d’actions coordonnées

Définir des thèmes fédérateurs à l’échelle métropolitaine Mettre les acteurs en synergie Lier les villes portes d’entrée Valoriser l’offre culturelle autour de projets collectifs Favoriser le travail en réseau des acteurs de la culture

Source : AGAM Ces travaux techniques n’ont pas abouti à la construction d’un projet métropolitain partagé. Ce projet n’existe toujours pas, même si, à travers les SCOT, et notamment celui de la communauté urbaine de Marseille-Aix qui a été approuvé, des pistes existent pour le bâtir. Si la situation économique difficile du territoire métropolitain n’est pas la conséquence unique d’un système de gouvernance éclaté, l’absence de toute politique d’aménagement ou de développement contribue largement à son retard par rapport aux autres grandes aires urbaines du pays.

Chapitre 4 -Des intercommunalités à la carte
Plusieurs phases caractérisent la longue marche vers la métropolisation de ce territoire19. Dans les années 60, le grand Marseille est l’héritier de l’ancienne puissance coloniale qui entend élargir son influence et sa gouvernance sur ses territoires voisins, alors peu dynamiques et isolés. Elle refuse le statut de communauté de 1966, s’estimant au dessus de ses environnements. Mais la ville n’aura pas la force d’aller au delà de l’étang de Berre et va engager un processus marqué de déclin par rapport aux villes voisines, bénéficiaires de grands travaux de l’Etat. Dans les années 70, on parlera d’aire métropolitaine marseillaise dans le cadre du schéma d’aménagement de 1969 arrêté par l’Etat, révisé en 1975, et largement défini autour de l’industrialisation de Fos/mer dans une hypothétique communauté de destin. Des prévisions démographiques et économiques trop optimistes pour être réalistes annonçaient 3,2 millions d’habitants et 1,28 millions d’emplois à l’horizon 2000. Mais le refus de toute ville nouvelle autour de l’étang de Berre va refermer la ville centre sur elle-même au seuil d’une lente dégradation économique et sociale. Dans les années 80, la décentralisation va changer la donne au bénéfice premier d’Aix-en-Provence, d’Aubagne, et des villes qui bordent l’étang de Berre alors que Marseille perd population et emplois au bénéfice d’une périphérie dynamique sans qu’une réflexion commune soit engagée sur des destins partagés. Dans les années 90, le club d’échanges et de réflexion sur l’aire métropolitaine marseillaise 20, composé de fonctionnaires et d’experts parlant en leur nom propre va accumuler une réflexion partagée sur les nombreuses dimensions d’une métropolisation qui ne dit pas son nom. La loi Joxe de 1995 sur l’administration territoriale de la république va se traduire par de timides regroupements souvent surprenants de communes dont toutes n’étaient pas limitrophes21 !
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Intervention de R.Borruey- AGAM- Décembre 2012 Aire métropolitaine marseillaise, encore un effort. Editions de l’aube- 2000 21 Aubagne avait choisi le statut de communauté de villes (5 communes), Marseille-Provence Métropole celui de communauté de communes (19 communes dont Saint Mitre, Cornillon- Confoux et Eyguières non limitrophes) comme le pays d’Aix-enProvence (14 communes) avec, enclavée en son sein, la communauté de communes des Côteaux d’Aix (2 communes)

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Dans les années 2000, les lois Voynet et Chevènement initient la constitution de communautés sans que les villes importantes du territoire ne souhaitent se regrouper ave Marseille qui construit une communauté urbaine limitée, alors que les communautés du pays d’Aix, du pays de Martigues et du SAN s’élargissent progressivement en périmètre et en compétences. L’atlas des métropolitains de la région urbaine de Marseille-Aix-en-Provence propose une analyse d’une région urbaine de 82 communes et 1,5 million d’habitants en 199922. Les années 2010 sont celles de la métropole partagée entre des E.P.C.I. qui marchent à reculons vers un pôle métropolitain incertain. Les conseils de développement néanmoins contribuent amplement à faire avancer le débat au niveau de la société civile alors que les élus locaux apprennent à travailler ensemble sur leur territoire intercommunal sans ouvrir leurs réflexions aux communautés voisines. Un front commun se construit contre Marseille, malgré un incontestable redressement économique. 1-De la commune aux communautés Les lois de 1999 ont initié un nouveau découpage en accompagnant le regroupement de communes engagé en 1995 par la loi administration territoriale de la république (loi Chévènement sur la simplification de l’intercommunalité) et en invitant les agglomérations en zone urbaine et les pays en zone rurale à construire des projets de développement (loi Voynet sur l’aménagement durable du territoire) ; les moyens attribués par l’Etat n’exigeant pas de construire un projet dans le premier cas, le projet ne garantissant pas de financements supplémentaires dans le second. Ces textes ont connu un grand succès. La France d’aujourd’hui compte 2 387 communautés de communes, 191 communautés d’agglomération et 16 communautés urbaines aux compétences élargies. 85 % de la population française et 89 % des communes sont concernées. C’est dans ce nouveau cadre que s’exprime la métropolisation. Non plus comme la capacité des grandes villes à pouvoir, par leur dynamique propre, entraîner leur territoire de voisinage mais comme nouvelle façon d’appréhender une aire urbaine définie par l’intensité des relations domiciletravail, la localisation des entreprises et des centres commerciaux, le développement de la péri -urbanisation. A ce titre, la métropole n’est plus une ville, c’est un territoire de villes dont chacune contribue, par ses spécificités, ses talents et ses acteurs, au développement de l’ensemble du territoire. En effet le mouvement premier qui bouleverse toute approche du développement endogène est bien l’extraordinaire mobilité de la population ; et souvent aussi des entreprises elles mêmes. Les défiscalisations accordées par l’Etat (zones d’entreprise, zones franches) y ont contribué. La qualité du réseau routier et l’équipement des ménages en véhicules particuliers sont devenues des banalités qui ont considérablement ouvert les territoires : dissociation entre habitat et emploi, périurbanisation généralisée, développement de l’économie résidentielle, zones d’activité, centres commerciaux et pôles technologiques en pleine campagne relativisent toute approche « fermée » du développement et de l’environnement. De ce fait, les territoires économiques ne correspondent plus aux territoires administratifs. Les premiers évoluent avec la démographie, les implantations d’entreprises et d’équipements, l’arrivée du T.G.V., la construction de logements, la qualité du réseau routier. Ils s’étendent. Ils deviennent variables. Les seconds restent enfermés dans les limites de la légitimité de leurs élus, que ce soit au niveau communal, cantonal ou régional. Or, ces découpages sont ceux de la révolution française. Ils ont plus de deux siècles. Ils sont fixes. Ils n’ont plus de sens économique aujourd’hui. En facilitant le regroupement de communes, la loi Chevènement est allée certainement dans le bon sens. Mais l’expérience a montré que ces nouveaux territoires n’étaient généralement pas plus pertinents que les anciens, même si par leur étendue, leur gestion, leurs investissements, ils ont pu obtenir de bons résultats. La volonté des élus locaux de se rapprocher pour travailler ensemble n’obéit pas à une logique économique. Les dotations accordées par l’Etat ont joué leur rôle. La carte des intercommunalités en France ne recoupe ni celle des bassins de vie, ni celles des aires urbaines. La cohérence des communautés n’existe que sur le papier. De ce fait, la métropole est restée un lieu de débat. On aurait pu attendre des communautés urbaines, la forme la plus intégrée de l’intercommunalité, nécessitant au moins 500 000 habitants, les prémices d’un nouveau pouvoir métropolitain cohérent avec un espace de vie, d’habitat, de
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Atlas des métropolitains de la région urbaine de Marseille-Aix-en-Provence- Janvier 2002

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travail. Ce ne fut pas le cas ici. Les communautés urbaines ne rassemblent généralement que quelques communes voisines autour de la grande ville. Les villes moyennes de proximité ont la plupart du temps construit leur propre communauté pour se protéger de la ville-centre dans une optique davantage défensive que partenariale. Cette situation est générale, mais particulièrement dommageable pour l’aire métropolitaine Marseillaise qui n’a pas su construire un territoire à la hauteur de ses enjeux. 2-Des communautés à la métropole La loi du 10 décembre 2010 de réforme des collectivités territoriales propose un nouveau statut, celui de métropole aux territoires de plus de 500 000 habitants. Ce nouvel établissement public, aux termes de la loi « regroupe des communes qui s’associent pour conduire ensemble un projet d’aménagement et de développement économique, écologique, éducatif, culturel et social de leur territoire afin d’en améliorer la compétitivité et la cohésion ». Ces métropoles exercent à la fois des compétences déléguées par les communes membres et des compétences ordinairement dévolues aux Départements et aux Régions. Compétences issues des communes De plein droit Zones d’activité Actions de développement économiques Equipements d’intérêt métropolitain SCOT, PLU, ZAC, réserves foncières Programme d’aménagement d’ensemble Programme local de l’habitat Politique du logement Réhabilitation de l’habitat insalubre Politique de la ville Prévention de la délinquance Assainissement et eau Cimetières Abattoirs et M.I.N. Services d’incendie et de secours Collecte et valorisation des déchets ménagers Lutte contre la pollution de l’air et les nuisances sonores Soutien à la maîtrise de l’énergie Compétences issues des départements De plein droit Transports scolaires Gestion des routes départementales Zones d’activité Promotion internationale Par convention Action sociale Collèges Développement économique Schéma d’aménagement touristique Musées départementaux Equipements sportifs départementaux Compétences régions De plein droit issues des

Promotion à l’étranger du territoire et de ses activités économiques Par convention Lycées Développement économique

Cette forme très intégrée d’intercommunalité n’a pas rencontré beaucoup d’échos favorables. La seule métropole constituée est celle de Nice Côte d’Azur créée le 1 janvier 2012 qui regroupe 45 communes et 550 000 habitants sur un territoire surprenant entre quelques communes littorales et beaucoup dans le haut pays. Ni Cannes, ni Sophia-Antipolis, ni Menton n’en relèvent. 3-Les pôles métropolitains La loi du 10 décembre 2010 a également mis en place le statut de pôle métropolitain sous la forme d’un syndicat mixte destiné « à favoriser la coopération entre grandes agglomérations proches,

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situées au sein de grandes régions urbaines complexes ou de corridors de développement pour conduire des actions de développement économique, de promotion de l’innovation, de la recherche, de l’enseignement supérieur et de la culture, d’aménagement de l’espace par la coordination des SCOT, de développement des infrastructures et des services de transport afin de promouvoir un modèle de développement durable » L’ensemble doit avoir plus de 300 000 habitants. Cette forme de collaboration plus souple que celle de d’intégration de la métropole a été retenu par une dizaine de territoires dont : - Alès-Nîmes : 315 000 habitants - Sillon Lorrain (Metz, Nancy, Thionville, Epinal) : 1 200 000 habitants - Strasbourg- Mulhouse : 727 000 habitants - G 4 : Lyon, Saint Etienne métropole, Nord Isère et pays Viennois : 2 000 000 habitants - Pays de Brest : 400 000 habitants - Nantes- Saint Nazaire : 800 000 habitants - Rouen- Seine Eure : 500 000 habitants En février 2012, les présidents des 9 intercommunalités des Bouches du Rhône se sont prononcés pour construire un pôle métropolitain. Mais il ne s’est rien passé jusqu’en septembre 2012.

4-Les propositions des préfets pour de nouvelles cartes de l’intercommunalité La loi du 10 décembre 2010 demande aux préfets d’établir une nouvelle carte de l’intercommunalité et de la faire approuver par les commissions départementales de la coopération intercommunales avant le 31-12-2011, Le département des Bouches du Rhône fait partie du tiers des départements où aucun accord n’a pu être trouvé. Ses propositions étaient pourtant limitées. : - intégration des communes isolées (Gardanne et Gréasque dans la CAPA, Les Saines Maries de la mer dans ma CA d’Arles, …) - fusion du SAN avec la CA du pays de Martigues - intégration de la commune de Cuges les Pins à la CU MPM - fusion des communautés de communes des Alpilles Mais surtout aucune proposition n’était susceptible de construire un territoire métropolitain. Les limites de la CU MPM ; de la CAPA et de la CA du pays d’Aubagne restaient à peu prés les mêmes.

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Ce n’est d’ailleurs pas pour cette raison que la commission a refusé le schéma mais par l’opposition de certains maires ou EPCI à rejoindre une communauté qu’ils ne voulaient pas. 4-Les futures communautés métropolitaines Le projet de loi de nouvelles réformes de l’intercommunalité est en préparation. Il est acquis qu’un nouveau statut sera défini pour les métropoles qui ne seront plus identifiées par leur seule population et dont les compétences seront définies par la loi. Au-delà de leur poids démographique qui ne sera plus encadré, les communautés métropolitaines devront offrir des emplois stratégiques, des activités économiques de haut niveau, de grandes infrastructures de transport, un potentiel élevé en recherche, innovation et enseignement supérieur, une implication internationale, des pôles de compétitivité, des filières porteuses. Elles devront participer au rayonnement du territoire et à son attractivité. Un statut particulier sera retenu pour Lille, Lyon et Marseille qualifiées d’euro-métropole. On n’en connaît pas, au moment de l’écriture de ce rapport, le contenu exact. Leurs compétences s’exerceront probablement dans les domaines suivants : - développement économique et aménagement économique, social et culturel - aménagement de l’espace métropolitain - politique de la ville - gestion de services d’intérêt collectif - protection et mise en valeur de l’environnement et de politique de cadre de vie Les relations avec l’Etat, les conseils généraux et régionaux seront arrêtées par des conventions. Il n’est pas exclu que les futurs conseillers communautaires soient élus au suffrage universel direct. Cette hypothèse pourrait être retenue ici à titre expérimental. Si les EPCI des territoires des communautés métropolitaines sont peut être appelés à disparaître ; les compétences des communes en matière de proximité seront reconnues et probablement élargies : droits des sols, fiscalité propre, pouvoir de police, école et petite enfance, équipements culturels et sportifs, récolte des déchets ménagers notamment. 5-La déclaration commune Etat-Grandes villes et agglomérations du 30 octobre 2012 Cette déclaration précise que « le nouvel acte de la décentralisation confortera la place des grandes villes et des agglomérations : en donnant leur pleine mesure aux métropoles qui doivent exercer des compétences étendues ; en conférant aux agglomérations une compétence reconnue en matière d’organisation de la mobilité durable ; en confirmant leur rôle de maître d’œuvre des politiques d’urbanisme et de logement, en cohérence avec les priorités nationales de mixité sociale et de solidarité envers les territoires les plus défavorisés ». Les engagements se déclinent autour de trois axes : développer la vitalité économique et l’emploi dans les territoires urbains, améliorer le cadre de vie des habitants et préserver la capacité d’investissement des territoires urbains et garantir leur accès aux financements.

Chapitre 5 : Marseille-Aix, une métropolisation sans métropole
1-Des origines anciennes Géographiquement, le relief très compartimenté de l’aire métropolitaine marseillaise entre chaînes de collines Ouest-Est, étang de Berre, littoral très découpé a disjoint les différentes composantes territoriales qui font pourtant partie de la même région urbaine. Historiquement, Marseille, grande ville portuaire, a toujours été davantage tournée vers la mer que vers son arrière- pays, la décolonisation remettant en cause une économie à faible valeur ajoutée aux débouchés assurés. Du temps des trente glorieuses, la politique nationale d’aménagement du territoire s’est concentrée sur des opérations importantes autour de Marseille sans que pour autant la ville-centre, toute entière mobilisée pour améliorer les conditions de vie de ses habitants et en

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accueillir de nouveaux, accroître son parc de logements, offrir des services de qualité, ne se sente vraiment impliquée, et encore moins partenaire de la construction d’un nouveau territoire. C’est ainsi que, sur la période 1960-1970 la création de la zone industrialo- portuaire de Fos, le soutien à l’industrie aéronautique de Marignane et d’Istres, la création du Centre d’Etudes Nucléaires de Cadarache, l’installation sur la zone industrielle des Milles du Centre d’Etudes Techniques de l’Equipement ont permis à des communes de taille modeste de se développer rapidement tandis que Marseille perdait régulièrement des entreprises et des emplois dans les branches traditionnelles de son économie : métallurgie, réparation navale, industries agro-alimentaires, travail des métaux… D’autres initiatives, locales celles-ci, sont allées dans la même direction : création des zones industrielles des Estroublans à Vitrolles et des Milles à Aix-en-Provence, succès étonnant du centre commercial de Plan-de-Campagne, dynamique industrielle de l’étang de Berre, attractivité non démentie d’Aix-en-Provence… Dés lors, la rupture était consommée. Dans une métropolisation sans métropole, l’arrière-pays Marseillais spécialisait ses territoires (pétrochimie autour de l’étang de Berre, sidérurgie à Fos, services à Aix-en-Provence, constructions aéronautiques à Marignane et à Istres, industries agro- alimentaires dans le pays Salonais) avec l’appui des pouvoirs publics. Marseille ne s’en est pas inquiétée, persuadée alors que toutes ces opérations n’étaient que l’extension de la ville vers un incontournable « Grand Marseille ». Le Schéma Directeur de l’Aire Métropolitaine Marseillaise23 de 1969, tout entier centré sur l’industrie, l’encourageait dans cette voie. La fin des trente glorieuses et la décentralisation vont conduire les grandes communes de l’aire métropolitaine marseillaise à situer leur économie et leurs entreprises dans un contexte davantage national et international que local, sans pour autant construire avec la ville centre un véritable projet métropolitain. De façon comparable d’ailleurs, lorsque Marseille va se relever dans les années 1995, avec notamment l’amélioration de son potentiel scientifique (Luminy, Saint-Jérome) médical (nouveaux hôpitaux), universitaire (technopôle de Château- Gombert), urbain (rénovation du centre-ville), de grands travaux d’aménagement puis, plus tard, l’opération d’intérêt national EuroMéditerranée, la cité Phocéenne n’associera pas les autres centres économiques de son aire urbaine à sa dynamique retrouvée. 2-Un territoire émietté Les années 1980 annoncent pour l’aire métropolitaine marseillaise un « état de crise » : menaces sur la pétrochimie et la sidérurgie, incertitudes sur la réparation navale industrielle, fermeture des chantiers navals de la Ciotat et des mines de Gardanne, crise des quartiers, nouvelles précarités élargissent les difficultés de Marseille à toute l’aire urbaine sans que pour autant se dessinent des réponses construites au niveau métropolitain. Chaque territoire a réagi dans le plus grand désordre, en se cherchant une vocation propre. Cinq zones peuvent être distinguées : Marseille en déclin économique et démographique mais grand port de la Méditerranée, Aix-en-Provence, appuyée sur les hautes technologies de la vallée de l’Arc et un potentiel universitaire et juridique incontesté, l’ensemble Fos-Martigues–Istres associant une dynamique industrielle à la peine mais à fort potentiel avec une dynamique démographique à caractère résidentiel, l’est de l’étang de Berre autour de Vitrolles jouant la carte de P.M.I. et de P.M.E. sous-traitants des grands groupes, Aubagne-Gémenos enfin tirant le bénéfice de leur statut de zone de reconversion et de leur accessibilité autoroutière entre le littoral et la vallée du Rhône. Toutes ces ambitions n’ont pas abouti mais ont largement contribué à déconnecter Marseille de sa grande périphérie. L’idée la plus fréquemment exprimée était que Marseille tirait son agglomération vers le bas. Le renouveau de Marseille, perceptible à partir des années 1995, incontestable et important, n’a pas changé la donne. L’opération d’intérêt national Euro-Méditerranée en marque le début. La rénovation du centre-ville, la réhabilitation des quartiers paupérisés, la modernisation des transports en commun, les réalisations culturelles, le développement touristique traduisent une incontestable vitalité marquée par le retour de la progression de la population, passée de 800 000 habitants en 1999 à 840 000 aujourd’hui .On relève aussi, sur la période 1995-2007 une forte réduction du chômage, des créations d’emplois qualifiés, une dynamique retrouvée même si Marseille va mieux que les marseillais, et si de nombreux habitants sont restés à l’écart de ce mouvement. Les premiers résultats du recensement de 2006 confirment que la CU Marseille-Provence-Métropole a réintégré le
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Construit sur les effets attendus de Fos/ mer, le schéma était bâti sur l’hypothèse de 2 300 000 habitants en 1985 et 3 200 000 habitants en 2000 sur un territoire plus restreint que celui des Bouches-du-Rhône.

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peloton des métropoles régionales. Entre 1999 et 2006, le territoire a gagné chaque année 3 500 logements, 6 200 habitants et 6 300 emplois24. Les crises de 2007 et 2011 ont néanmoins fortement entamé ce renouveau. L’emploi privé salarié n’augmente plus que de 600 par an en moyenne et le taux de chômage a recommencé sa progression. Les autres villes de l’aire urbaine ont aussi connu des évolutions favorables, même si elles ont été aussi fortement impactées par la crise. Aix-en-Provence a mis l’accent sur la rénovation urbaine (opération Sextius-Mirabeau) et l’environnement (Europole de l’Arbois) tandis qu’un pôle microélectronique de haut niveau, impulsé par l’Etat, s’organisait à Rousset, dans la haute vallée de l’Arc. La Ciotat réussit sa reconversion industrielle en se spécialisant dans la réparation de yachts de grande plaisance, Gardanne entame sa reconversion plus tard en passant des « gueules noires aux blouses blanches ».Martigues sauve sa pétrochimie, Fos bénéficie d’investissements importants du Port Autonome de Marseille (Fos X 2 L), Salon se positionne comme centre de services, Aubagne tire tout le bénéfice de sa position géographique. Mais ces relances vont se faire en toute ignorance du fait métropolitain. Le chacun pour soi prévaut sur l’échange et la mutualisation. Il est vrai qu’il a toujours été difficile aux acteurs politiques ou économiques de l’aire métropolitaine Marseillaise, tout simplement, de se parler. La D.T.A. des Bouches-du-Rhône note avec diplomatie que « la conscience des acteurs d’appartenir à une même région urbaine et de ce fait de partager un certain nombre d’enjeux communs est plutôt récente, comparativement à ce qu’elle est dans d’autres régions urbaines polycentriques en France ». La mise en œuvre de l’intercommunalité à partir des années 2000 consacre ces ruptures. Le moment semblait venu pour donner une réalité politique à la métropolisation en appliquant la forme la plus intégrée de l’intercommunalité, la communauté urbaine, au territoire métropolitain. Ce fût un échec. Le regroupement de 17 petites communes autour de Marseille ne construit pas une métropole. Audelà du poids des mots, les 9 structures intercommunales de l’aire métropolitaine marseillaise sont en concurrence pour accueillir de nouvelles entreprises, bénéficier de crédits de l’Etat, loger leur population ou former leurs actifs. En 1999, le club d’échanges et de réflexion sur l’aire métropolitaine marseillaise avait alerté les pouvoirs publics sur les conséquences prévisibles d’une métropole inachevée25.

Chapitre 6 : Les intercommunalités de l’aire métropolitaine Marseillaise
En l’absence d’un consensus de la commission départementale de la coopération intercommunale en 2011 et dans l’attente d’un nouvel acte de la décentralisation pour 2013, la situation est la même depuis les années 2000. 1- Neuf intercommunalité à fiscalité propre en toute autonomie Après bien des débats, la quasi-totalité des communes des Bouches-du-Rhône appartiennent maintenant à une communauté urbaine, d’agglomération et de communes ou au S.A.N. Ouest Provence. Le territoire est donc actuellement partagé entre : - une communauté urbaine : Marseille-Provence-Métropole - un syndicat d’agglomération nouvelle : Ouest-Provence - cinq communautés d’agglomération : Pays d’Aix, Pays d’Aubagne et de l’Etoile, Pays de Martigues, Agglopole de Salon, Arles-Crau-Camargue-Montagnette - deux communautés de communes au nord du territoire : vallée des Baux et des Alpilles, Rhône –Alpilles-Durance Seules sont restées à l’écart de l’intercommunalité Orgon, Plan d’Orgon et Mollèges au nord des Bouches-du-Rhône, les Saintes Maries de la Mer au sud, Gardanne au centre qui souhaitait rejoindre la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Etoile mais n’a pu le faire pour cause de rupture dans la continuité territoriale, Gréasque qui a quitté la communauté de communes du pays de l’Etoile lorsque celle-ci a décidé de rejoindre la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne , ce qui ne représente que 1,84 % de la population du département.

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Carnet du recensement- Données 2006 « Aire Métropolitaine Marseillaise, encore un effort »- Ouvrage collectif- Editions de l’aube- 2000

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Intercommunalité dans les Bouches-du-Rhône 2009
CU Marseille-Provence-Métropole CA Pays d'Aix CA Pays d'Aubagne et de l'Etoile CA Agglopole Provence CA Pays de Martigues SAN Ouest-Provence CA Arles-Crau-Camargue-Montagnette CC Vallée des Baux-Alpilles CC Rhône-Alpilles-Durance Création 2000 2001 2000 2002 2001 1971 2003 1995 1996 Nombre de Communes 18 34 12 17 3 6 5 10 10 115 Population 991 953 340 298 93 219 124 349 66 696 92 843 77 644 26 210 42 130 1 855 342

Source : Ministère de l’intérieur Notons que deux communes relèvent d’autres départements : Pertuis, de la CA du pays d’Aix est dans le Vaucluse et Saint-Zacharie, de la CA du pays d’Aubagne et de l’Etoile est dans le Var. 2-Des périmètres impertinents Toutes les communautés ont de bonnes raisons pour qualifier de cohérent leur territoire d’intervention. La référence à la géographie, à l’histoire, à la culture ne tiennent pourtant pas devant un éclatement territorial que ne commande aucune logique économique. Il faut avoir le courage de la reconnaître : ces périmètres ne sont pas, à l’évidence, pertinents. La présentation sous forme de cartes, de tableaux ou de graphiques des économies de ces communautés ne leur donne pas une réalité tangible. Elle peut donner l’illusion d’un territoire homogène, mais il n’en est rien. Comment comprendre en effet que la CU Marseille-Provence-Métropole n’intègre ni le pays d’Aubagne et de l’Etoile, ni la CA du pays d’Aix, ni celles de l’étang de Berre alors que ces territoires relèvent à l’évidence du même espace de développement ? Assimiler la CU Marseille-ProvenceMétropole à « la » métropole et son projet d’agglomération au projet métropolitain est un abus de langage. Comment peut-on analyser les limites invraisemblables de la CA Arles-Crau-Camargue-Montagnette qui écarte Saintes-Maries-de-la-Mer et les deux communautés de communes Rhône-Alpilles-Durance et de la Vallée des Baux-Alpilles ? ou comprendre que, sur un territoire voisin, le pays d’Arles, au sens de la loi Voynet, se cherche désespérément une utilité ? Comment interpréter que l’ouest de l’étang de Berre soit partagé en deux structures (la CA du Pays de Martigues et le SAN Ouest-Provence), que Vitrolles, riveraine de l’étang de Berre ou les PennesMirabeau, devenues quartier de Marseille, relèvent de la CA du pays d’Aix ? Comment ne pas voir dans la CA Agglopole Provence un autre territoire qu’un solde entre la CA du Pays d’Aix et la CC de la vallée des Baux ? Sur quels critères objectifs Mollège, Plan d’Orgon, Orgon mais aussi Gardanne et Gréasque restent à l’écart de l’intercommunalité ? Les raisons sont connues. Elles ne sont pas négligeables et il faut en tenir compte. Les oppositions politiques, la crainte de devenir un territoire annexe de Marseille, les histoires locales ont joué leur rôle dans un découpage qui a aussi initié des ouvertures et de nouvelles habitudes de travail. Le moment est venu de savoir les dépasser. En ce qui concerne les compétences transférées, est-il opportun d’avoir autant de bureaux d’accueil des entreprises et des porteurs de projets que d’intercommunalités ?

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Est-il raisonnable, mais la question a déjà été posé par la création toute récente du syndicat mixte des transports des Bouches-du-Rhône, qu’il y ait dans le département 11 autorités organisatrices de transport desservant 85 communes et centrées sur le seul territoire de proximité ? Est-il souhaitable qu’aucune autorité n’assure la cohérence de zones d’activité souvent très proches ? Que veulent dire des mesures environnementales sur d’aussi petits territoires ? En matière d’aménagement du territoire, comment justifier la multiplication des SCOT, même si celui de la CA du pays d’Aubagne et de l’Estelle intègre la commune de Gréasque, celui de l’ouest de l’étang de Berre regroupe la CA du pays d Martigues et le SAN Ouest Provence, celui du pays d’Arles regroupe la CA Arles-Crau-Camargue-Montagnette et les CC de la vallée des Baux et Rhône-AlpillesDurance? Quel sens peut avoir un Schéma de cohérence territoriale sur le seul territoire de la CU Marseille- Provence- Métropole, de la CA du pays d’Aix, de l’agglopole Provence ? Comment expliquer que la commune de Gardanne soit la seule, dans le département, à ne relever d’aucun SCOT ? A l’évidence, aucun. Les démarches inter-SCOT, régulièrement évoquées, ne font que cacher l’incohérence des limites retenues. 3-Le fonctionnement territorial Le fonctionnement territorial est caractérisé par : - des périmètres de SCOT la plupart du temps concordants avec ceux des EPCI à fiscalité propre. Seul celui « Ouest Etang de Berre » comprend les territoires du SAN Ouest- Provence et Ouest étang de Berre. Bien que non limitrophe, Cuges les Pins relève du SCOT du pays d’Aubagne et de l’Etoile - une grande partie du territoire couverte par une aire urbaine. Seules les communes des Alpilles n’appartiennent à aucune aire urbaine - des bassins de vie souvent plus petits que des EPCI. Seul le bassin de vie d’Aix-Marseille regroupe tout ou partie de 5 EPCI à fiscalité propre dont l’intégralité des CA du pays d’Aubagne, du pays de Martigues et la plus grande partie de la CU MPM. - des unités urbaines qui couvrent l’intégralité du département sauf trois communes isolées, Orgon, Mollèges et les Saintes-Maries de la Mer - une forte mobilité des actifs au sein des EPCI. 45% des actifs qui résident dans un EPCI travaillent dans un autre. Ce taux est même supérieur dans la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Etoile et dans celle de l’agglopole Salon- Berre. Il y a bien deux types de territoires dans les Bouches-du-Rhône. L’ouest n’a pas un fonctionnement métropolitain. Espace à forte dimension agricole et environnementale, appuyé sur un bassin versant naturel, il vit sur lui-même, couvert par 3 EPCI dont les communautés de communes Rhône- Alpilles-Durance et Vallée des Baux et des Alpilles dont les compétences sont limitées. Totalement couvert par des zonages Natura2000, il bénéficie de deux PNR, ceux de Camargue et des Alpilles. Il est caractérisé par deux grandes plaines naturelles, la Camargue et la Crau. L’est est un territoire métropolitain. Il regroupe 80% de la population du territoire sur 60% de l’espace, Il présente une forte unité autour d’une aire de continuité urbaine qui regroupe 6 EPCI. Il présente une densité importante d’infrastructures de transport, un nombre élevé d’emplois et de logements, un potentiel élevé en recherche et innovation, une part significative de la part des cadres dans les fonctions métropolitaines supérieures. Les agglomérations d’Aix-en-Provence, Marseille, Aubagne, Martigues, Istres, Salon, Vitrolles et Marignane lui donnent un caractère urbain très marqué. 4-L’apprentissage de l’intercommunalité Ces communautés sont des constructions politiques. Les territoires concernés n’ont pas de réalité économique. Même si, progressivement, elles ont construit des projets de territoire, ces ambitions ignorent le plus souvent les territoires voisins. Leurs actions économiques ne convergent pas, leurs équipements ne sont pas conçu au niveau métropolitain, leurs politiques sont davantage concurrentielles que complémentaires. Les territoires des SCOT ne sont pas cohérents. Mais les communes de ces EPCI ont fait l’apprentissage de l’intercommunalité.

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Source : C.C.I.M.P. Ces territoires, initiés par les élus locaux, souvent même avant la loi Chevènement dans le cadre de la loi ATR de 1995 ou plus tôt encore pour le S.A.N. Ouest-Provence, qui répondent à une volonté locale, aux limites reconnues par l’Etat, ont su construire de nouveaux espaces de développement. Certaines communautés se sont élargies, (S.A.N. Ouest-Provence, Communauté de communes Rhône-Durance-Alpilles, Communauté d’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Etoile), la communauté de communes du pays de l’Etoile a rejoint la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne, d’autres ont changé de nom (la CA Garlaban-Huveaune-Sainte Baume est devenue CA du pays d’Aubagne et de l’Etoile, la CA Ouest de l’étang de Berre, est devenue CA du pays de Martigues) ; toutes ont mis en œuvre des politiques spécifiques adaptées à leur milieu économique, social et environnemental. Le bilan de leurs actions est aujourd’hui incontestablement positif. En peu de temps, ces communautés ont su dépasser le cadre communal pour inscrire leurs interventions sur un espace plus large, mutualiser les compétences de leurs communes membres, améliorer leur équipement, engager de nouvelles opérations. Elles ont construit de nouveaux territoires.. Sans prétendre présenter l’ensemble de ces réalisations, largement facilitées par la DGF intercommunale et la taxe professionnelle unique, leurs principaux domaines de compétence révèlent l’étendue de leurs missions. Au titre des compétences obligatoires, toutes ces communautés se sont impliquées à des titres divers dans la création et l’aménagement des zones d’activité, la mise en place d’un service d’accueil pour les créateurs d’entreprise, les mesures pour l’emploi, le développement touristique, des plans locaux pour l’énergie, la réalisation de schémas de cohérence territoriale, l’organisation des transports urbains, le plan de déplacement urbain, un programme local de l’habitat, la promotion touristique, la politique de la ville. Au titre des compétences optionnelles, beaucoup ont retenu l’assainissement, la politique de l’eau, la construction et la gestion d’équipements collectifs (école de musique, théâtre, ), la protection et la mise en valeur de l’environnement, le traitement des déchets. Enfin, au titre des compétences facultatives d’autres champs ont été retenus (patrimoine, démoustication, débroussaillement…) En définitive, elles exercent toutes à peu prés les mêmes compétences. Mais il ne s’agit pas simplement de l’exercice de compétences nouvelles. Les communautés ont placé leurs priorités et leurs orientations dans le cadre de « projet de territoire », contractualisés avec l’Etat et la Région, à partir d’une analyse précise de leur situation initiale, retenant des priorités, définissant leurs axes d’intervention, en se plaçant dans une démarche prospective. A cette

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occasion, des conseils de développement, composés des acteurs de la société civile, ont été mis en place, ébauchant une nouvelle forme de démocratie participative. La CU Marseille-ProvenceMétropole et les communautés d’agglomération au sens de la loi Chevénement sont aussi des agglomérations au sens de la loi Voynet. Pour exercer ces compétences, les communautés se sont organisées en groupes de travail thématiques qui ont permis aux élus locaux et aux techniciens de se connaître, de travailler ensemble, et d’élargir leur champ d’intervention sur un nouveau territoire. Elles se sont dotées de nombreux outils de communication (sites Internet, publications, magazines..) et ont pris de nombreuses initiatives pour se faire reconnaître, en ignorant totalement le reste du territoire métropolitain. Comme s’il n’y avait rien autour ! L’apprentissage de l’intercommunalité n’a pas été celui de la métropolisation. 5- Des destins non partagés Par rapport aux moyennes nationales, on peut constater : le faible niveau d’intégration fiscale des deux communautés de communes ainsi que de la CA Arles-Crau-Camargue-Montagnette qui signifie que les communes membres ont transféré à leur communauté moins de compétences qu’au niveau moyen national le niveau élevé d’intégration fiscale des autres communautés qui signifie que les communes membres ont transféré à leur communauté davantage de compétences qu’au niveau moyen national des écarts importants de potentiel fiscal au détriment de la CU Marseille-Provence-Métropole et de la CA du Pays d’Aubagne et de l’Etoile mais au bénéfice de toutes les autres des taux de taxe professionnelle élevés par rapport à la moyenne nationale qui est de 16,71 %. Intercommunalités dans les Bouches-du-Rhône- 2008 Potentiel fiscal C.I.F. 4 taxes Local Moyen Local 350 546 618 369 35,50% 339 369 34,60% 566 369 21,80% 1 139 369 19,40% 1 282 805 400 369 5,30% 160 214 9,70% 207 214 6,12% Taux T.P. DGF / habitant Moyen 23,22% 19% 27,18% 16,36% 24,71% 26,36% 29,60% 22,54% 29,10% 16,5% 29,10% 16,80% 29,60% 29,60% 29,60% 29,60% 187,4 193,5 103,8 162,7 252,6 139,3 60,7 69,3

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CU Marseille-Provence-Métropole CA Pays d'Aix CA Pays d'Aubagne et de l'Etoile CA Agglopole Provence CA Pays de Martigues SAN Ouest-Provence CA Arles-Crau-Camargue-Montagnette CC Vallée des Baux-Alpilles CC Rhône-Alpilles-Durance

PF : Potentiel fiscal en € par population DGF CIF: Coefficient d'intégration fiscale TP: Taxe Professionnelle DGF : Dotation globale de fonctionnement totale (intercommunale et de compensation) Source : Ministère de l’intérieur Si l’intercommunalité a donné de bons résultats dans toutes les communautés des Bouches-duRhône, elle n’a pas facilité la construction d’une métropole à la hauteur du potentiel démographique et économique de l’aire urbaine. Bien au contraire, au-delà des déclarations d’intention, elle a reproduit au niveau intercommunal des conceptions « fermées » du développement, ignorant les mobilités quotidienne domicile-travail d’une communauté à une autre, les logiques d’implantation des entreprises et les relations de proximité d’une communauté à une autre. Elle a ainsi contribué à opposer la ville centre à ses périphéries. Elle a abouti à opposer des communautés « riches » à une ville centre « pauvre » comme le montrent les écarts en termes de potentiel fiscal. Par l’importance de leurs bases, la CA du pays d’Aix et l’Agglopole Provence sont presque deux fois plus « riches »

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que la CU Marseille-Provence-Métropole ou la CA Arles-Crau-Camargue-Montagnette, le SAN Ouest Provence et la CA du pays de Martigues trois fois mieux dotées.

Source : Préfecture de Région

6-De fortes inégalités fiscales Les communes qui ont le potentiel financier par habitant le plus élevé sont pour la plupart d’entre elles à base productive et industrielle. Communes dont le potentiel financier /h est supérieur à 1000 € 2009 Commune P. Financier : h E.P.C.I. Rousset 4 407 C.A. du pays d'Aix St Paul les Durance 3 254 C.A. du pays d'Aix Berre l'étang 3 112 C.A. Agglopole Salon-Berre Les Baux de Provence 2 899 C.C. Vallée des Baux Martigues 1 987 C.A. du pays de Martigues Meyreuil 1 900 C.A. du pays d'Aix Fos / Mer 1 891 S.A.N. Ouest Provence Gémenos 1 845 C.U. Marseille-Provence-Métropole Source : Schéma départemental de coopération intercommunale présenté CDCI 22-4-11

Les communes de plus de 30 000 habitants présentent des situations contrastées, aussi bien en termes de potentiel financier par habitant que pour la dette par habitant. Communes de plus de 30 000 habitants 2009

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Marseille Aix-en-Provence Arles Martigues Aubagne Istres Salon de Provence Vitrolles Marignane La Ciotat

Population Potentiel Dette/ E.P.C.I. 2009 financier/h habitant 860 363 827 2 132 CU Marseille-Provence-Métropole 146 690 1 154 804 CA Pays d'Aix 53 293 920 1 952 CA Arles-Montagnette-Alpilles 46 911 1 987 1 363 CA Pays de Martigues 45 234 1 084 2 678 CA Pays d'Aubagne 43 680 1 378 101 SAN Ouest-Provence 41 616 875 464 CA Agglopole Salon-Berre 37 867 1 549 669 CA Pays d'Aix 33 499 987 1 155 CU Marseille-Provence-Métropole 33 321 797 2 215 CU Marseille-Provence-Métropole

Source : Schéma départemental de coopération intercommunale présenté CDCI 22-4-11 Aix-en-Provence, Martigues, Istres et Vitrolles ont un potentiel financier par habitant élevé Aubagne, La Ciotat, Marseille et Arles ont une dette par habitant élevée. Entre les communes des communautés ensuite, les écarts sont :

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de 2,9 dans la C.U. Marseille-Provence Métropole entre Gémenos (1 845 €) et Sausset les Pins (635 €) de 1,8 dans la CA du pays d’Aubagne et de l’Etoile entre Aubagne (1 084 €) et St Savournin (549 €) de 5,4 dans la CA du Pays d’Aix entre Rousset (4 407 €) et Vauvenargues (814 € ) de 2 dans la CA du Pays de Martigues entre Martigues (1 987) et St Mitre les remparts (970) de 1,7 dans le SAN Ouest Provence entre Fos/mer (1 891 €) et Cornillon- Confoux (1 068 €) de 5,3 dans la CA Agglopole Salon-Berre entre Berre l’étang (3 112 €) et Alleins (590 €) de 1,4 dans la CA Arles-Crau-Camargue-Montagnette entre Tarascon (1 199 €) et Boulbon (867 €) de 5,4 dans la CC de la vallée des Baux et des Alpilles entre Les Baux de Provence (2 899 €) et Aureille (532 €) de 1,3 dans la CC Rhône-Alpilles-Durance entre Chateaurenard (810 €) et Graveson (630 €)

Les conséquences des découpages actuels sont redoutables. A l’échelle de la mondialisation, dans une société de mobilité continue, où les entreprises se localisent sur d’autres critères que l’appartenance communautaire, où les ménages choisissent de s’installer dans le péri–urbain, où les grands équipements structurants intercommunaux sont fréquentés par toute la population du département et même au-delà, où les déplacements se font dans tous les sens (domicile- travail, domicile- études, domicile- grandes surfaces, domicile- loisirs..), le seul territoire cohérent ne peut être que métropolitain.

Quelques grands équipements métropolitains
MUCEM Euro-Méditerranée ITER GPMM MP 2013 Plan Campus Aix-Marseille-Université LGV PACA Parc National des Calanques Cité des énergies Aéroport Marseille-Provence Luminy, Arbois, Château-Gombert 9 Pôles de compétitivité Marseille Marseille Cadarache Marseille-Fos Bouches du Rhône Marseille-Aix Marseille-Aix Bouches du Rhône Bouches du Rhône Aix-en-Provence Bouches du Rhône Marseille-Aix Bouches du Rhône Culture Aménagement Energie Transport Culture Enseignement supérieur Enseignement supérieur Transport Environnement Energie Transport Technopoles Industrie

Le moment est venu de dépasser ces découpages d’opportunité et de construire collectivement une nouvelle collectivité. Celle-ci sera polycentrique, c'est-à-dire qu’elle n’aura pas qu’un seul centre et

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que toutes les villes centre des E.P.C.I. participeront du même mouvement Le débat en cours offre cette opportunité.

7- Les grandes ambitions métropolitaines
Les acteurs de l’économie voient dans une démarche métropolitaine la bonne échelle pour la mise en œuvre d'une stratégie « accélérateur de développement », porteuse de cohérence et d'attractivité. Plusieurs dossiers lourds ne pourront être traités qu’au niveau métropolitain La liste suivante n’est pas exhaustive. D’autres transferts de compétence sont à étudier. 1-Doter le territoire d’un réseau performant de transports collectifs Les déplacements de toute nature progressent fortement sur le territoire et cette tendance va se poursuivre, soutenue par une pression démographique importante et conséquence des mobilités entre territoires d’habitat, de travail, de consommation, de loisirs. Un million d’échanges quotidiens traversent l’espace métropolitain. Les grands axes de déplacement sont proches de la saturation. Les encombrements quotidiens, notamment le matin et le soir, entre Marseille, Aix, Aubagne et l’étang de Berre contribuent activement aux difficultés économiques de ce territoire très largement dominé par les transports individuels. Les grandes concentrations économiques, scientifiques et culturelles du territoire ne sont reliées par aucun système de transport en commun facile et efficace. Aujourd’hui, 8 autorités organisatrices des transports urbains ne travaillent pas ensemble. Si le réseau est structuré autour de quelques grands axes, l’insuffisance des liens de rabattement et du nombre de pôles d’échanges handicape durablement le développement du territoire. Les infrastructures ferroviaire et autoroutière ne sont pas à la hauteur de la demande. Les conseils de développement des communautés concernées estiment que la communauté métropolitaine doit s’engager sur les priorités suivantes. la création d’une ATO interurbaine métropolitaine l’élaboration et l’adoption d’un schéma des métro/corridors l’identification des pôles d’échanges prioritaires l’engagement collectif pour améliorer les infrastructures et l’offre de service de transport de voyageurs

2- Affirmer une stratégie de développement économique

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L’affichage de cette ambition économique permettrait de : - Proposer une stratégie lisible pour les acteurs scientifiques et culturels - Concevoir des espaces dédiés et adaptés aux différents moteurs l’agglomération. - Eviter des concurrences absurdes entre espaces de proximité

économiques

de

Cette ambition incontournable doit s’appuyer sur une stratégie de développement économique, scientifique et culturelle de niveau métropolitain, articulée avec celles d’autres territoires plus larges dont relève cet espace : département des Bouches-du-Rhône et région Provence -Alpes Côte d’Azur. Cette stratégie doit définir, au niveau métropolitain et non plus au niveau de chaque EPCI concerné : - une politique commune dans l’organisation et la gestion des zones d’activité, pôles technologiques, parcs immobiliers tertiaires…mis en réseau en valorisant leurs avantages comparatifs - des outils communs, actuellement très dispersés, pour l’aide à la création et au développement des entreprises, les appuis financiers, les fonds d’amorçage, les accompagnements à l’innovation et à l’exportation - des approches en termes de filières qui valorisent les avantages comparatifs du territoire dans ses secteurs industriels traditionnels (constructions électroniques, aéronautique, chimie et pétrochimie, sidérurgie...) mais aussi dans les nouvelles filières à forte valeur ajoutée ( T.I.C., Biotechnologies, services aux entreprises…) -une valorisation à l’échelle de la métropole de l’économie de la connaissance, des transferts de technologies, des pôles de compétitivité et des stratégies d’innovation - une harmonisation des actions conduites au niveau communal et intercommunal en faveur de l’emploi et du combat contre le chômage en considérant la problématique de l’emploi comme économique et non pas sociale Cette stratégie permettrait au pôle métropolitain et à ses composantes de ne plus opposer un territoire à un autre en valorisant ses avantages comparatifs et en dévalorisant ceux de ses voisins. Elle doit afficher clairement l’importance de l’industrie et de l’économie de la production car l’avenir de ce territoire ne peut être construit uniquement sur l’économie résidentielle ou touristique. La constitution d’une métropole permettrait de promouvoir l’ensemble des atouts du territoire (technopôles, zones industrielles, équipements portuaires, potentiel de recherche et de développement…) dans le cadre d’une stratégie commune de développement 3- Devenir lisible à l’international La concurrence économique ne s’exerce plus aujourd’hui à l’échelle des pays mais à celle des grands territoires et des grandes métropoles. Dès lors, il est impératif pour un territoire donné de pouvoir se présenter sur la scène internationale comme un ensemble complet et cohérent, lisible et facilement identifiable. La fragmentation des forces vives imposée par les découpages administratifs de chaque EPCI empêche de révéler tout le potentiel et la véritable valeur ajoutée du territoire par rapport à d’autres territoires concurrents au niveau national (Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nantes…), européens (Milan, Londres, Madrid…) et mondial (pays émergents). Le développement de son attractivité doit être considéré comme le premier objectif du pôle métropolitain. Une agences unique de développement aurait plus de poids et d’efficacité que les structures communales et intercommunales actuelles. L’échelle métropolitaine est un outil de marketing territorial. Des conventions conclues avec des collectivités territoriale étrangères de même niveau permettraient des échanges de compétences au service du bien commun. La communauté métropolitaine peut devenir la Métropole des deux mondes ? Entre le Nord et le Sud.26 4- Conforter le Grand Port Maritime de Marseille et son hinterland Dans un contexte mondial de trafic maritime en croissance et alors que l’économie du transport/logistique est de plus en plus innovante, disposer d’un port moderne et sûr est un atout
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G.Ravoux- COMET- Axes stratégiques- 2012

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indispensable au rayonnement économique et à l’ouverture internationale. Installé à Marseille et à Fos, le port est un outil métropolitain. Conscientes de l’enjeu, la plupart des grandes villes portuaires européennes ont engagé d’importants travaux pour moderniser leur port (Gênes, Barcelone …) et plus généralement rendre plus performante la filière logistique qui, dans le modèle économique actuel d'échanges, tire le développement et l'emploi local. Les acteurs économiques estiment que l'outil portuaire est un outil métropolitain qui participe activement au développement de l’ensemble des aires urbaines concernées. Un grand nombre d’entreprises sont utilisatrices du grand port maritime de Marseille aussi bien pour leurs importations que pour leurs exportations. Toutes rencontrent de graves difficultés en cas de dysfonctionnement. L’industrie portuaire est au cœur de développement métropolitain. Tout en reconnaissant une certaine reprise dans les trafics et les premiers résultats de la réforme portuaire, les acteurs locaux regrettent le grand retard pris dans le trafic de conteneurs alors que les nouvelles installations de Fos ne sont pas encore opérationnelles. Ils s’inquiètent également de l’avenir des bassins ouest qui doivent conserver une vocation économique. Ils estiment qu’un partenariat est à construire entre le GPMM et les EPCI du pôle métropolitain. La plus-value de la présence de l’équipement portuaire pour l’ensemble du territoire métropolitain prédispose le port à jouer un rôle majeur dans les stratégies de marketing territorial de chaque EPCI et du futur pôle métropolitain. L’espace métropolitain ne porte pas une culture économique qui conduirait l’ensemble de ses élus à accorder toute l’importance nécessaire au développement de ses entreprises, à la création d’emplois, à l’innovation, à la culture et à l’attractivité de son territoire. Une stratégie commune aussi bien vis-à-vis de ses entreprises que du GPMM permettrait, en dépassant des oppositions historiques qui n’ont pas de fondement économique, de construire et de développer l’esprit d’entreprendre au bénéfice de tous les acteurs. 5-Engager une démarche de SCOT à l’échelle métropolitaine On peut regretter que les périmètres des SCOT, arrêtés par le représentant de l’Etat, soient généralement ceux des inter-communautés, sauf pour l’ouest de l’étang de Berre. Si ces périmètres peuvent faciliter l’intégration spatiale des politiques communautaires, ils s’expriment sur des espaces économiquement, socialement, scientifiques et culturels peu cohérents. Un schéma de cohérence territoriale s’impose à l’échelle métropolitaine. On ne part pas de rien. Des démarches SCOT sont déjà engagées par les intercommunalités concernées. De nombreux travaux ont été faits. Le SCOT de la communauté urbaine MarseilleProvence- Métropole a été approuvé. Il convient maintenant de définir la cohérence d’ensemble qui fait défaut à la proximité de SCOT conduits de façon indépendantes et sans concertation. La question est difficile car ces documents en sont à des niveaux de préparation très différents. Celui de la communauté urbaine de Marseille-Provence est voté, celui de la communauté d’agglomération du pays d’Aix moins avancé. Dans la mesure où le SCOT détermine un projet de territoire qui vise à mettre en cohérence l’ensemble des politiques sectorielles notamment en matière d’urbanisme, d’habitat, de déplacements et d’équipements commerciaux, dans un environnement préservé et valorisé il est bien évident qu’un SCOT métropolitain doit porter les mêmes ambitions au niveau de tout le territoire. Le diagnostic territorial doit être établi sur les mêmes bases de prévision économique et démographique établies au niveau de tout l’espace métropolitain. L’évaluation des besoins en matière de développement économique, d’aménagement de l’espace, d’environnement, de transports et d’innovation sera d’autant plus pertinente qu’elle aura été conduite sur un territoire plus large que celui des EPCI concernés. L’analyse de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers ne peut se concevoir efficacement qu’au niveau d’un espace métropolitain, devenu lui même territoire de projet. Une seule agence d’urbanisme au niveau métropolitain apporterait son appui à cette démarche.

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Les projets d’aménagement et de développement durable doivent impérativement être compatibles à l’échelle métropolitaine. La façon de définir le développement durable ne peut être contradictoire entre les EPCI. Les objectifs arrêtés par ce document en matière de politiques publiques d’urbanisme, de logement de transport, de déplacements, d’implantations commerciales et d’équipements structurants, de mise en valeur des espaces naturels et de préservation des paysages doivent jeter les bases du projet métropolitain lui-même. Ce projet doit exprimer comment le territoire métropolitain voit son avenir dans le respect du développement durable. Cet avenir est nécessairement commun. 6-Valoriser l’économie de la connaissance au niveau métropolitain Toutes les composantes de l’économie de la connaissance sont présentes sur l’espace métropolitain. L’université unique d’Aix-Marseille, avec 70 000 étudiants, est la plus importante de France. De grands laboratoires de niveau mondial dans tous les domaines (santé, économie, sciences sociales, informatique…), quatre grandes écoles d’ingénieurs, un grand nombre de structures de transferts de technologies, la fondation Internet Nouvelle génération, trois pôles technologiques thématiques (Arbois dans l’économie verte, Luminy dans les sciences de la vie, Château-Gombert dans les sciences de l’ingénieur) structurent le territoire. Trois concentrations technologiques spécialisées (Pôle énergétique du CEA, pôle micro- électronique de Rousset, pôle aéronautique H. Fabre de Marignane) représentent un potentiel considérable comme une dizaine de pépinières d’entreprises et quatorze pôles régionaux d’innovation économique solidaire. Neuf pôles de compétitivité traduisent l’excellence dans des secteurs porteurs de valeur ajoutée et d’emplois. Une centaine de petites entreprises innovantes sont régulièrement primées. Pourtant, suivant le paradoxe de Solow, l’innovation est partout sauf dans les résultats économiques. Ce formidable potentiel est mal valorisé. Ces structures travaillent en toute autonomie. Concevoir leur développement à l’échelle métropolitaine serait une valeur ajoutée incontestable pour les mettre en réseaux, les coordonner, mutualiser un certain nombre de fonctions et faciliter le passage de la recherche à l’innovation. 7-Faciliter l’émergence d’une classe créative Alors que de nombreuses métropoles ont appuyé leur développement sur la culture et les industries créatives (Bilbao, Barcelone, Liverpool, Glasgow…), ce n’est pas encore le cas sur l’espace métropolitain. Les industries créatives sont bien présentes. Leur potentiel va être valorisé par une opération internationale, « Marseille-Provence 2013, capitale euro méditerranéenne de la culture ». Mais elles ne constituent pas un milieu favorable à la créativité. Il ne manque ni les disciplines, ni les lieux, ni les artistes mais une culture commune. Chaque ville du territoire veut montrer ses spécificités sans prendre en compte celles des autres : Marseille dans les arts de la rue, Aubagne dans la tradition provençale, Aix-en-Provence dans la culture académique, Fos dans la culture ouvrière. Une prise de conscience tardive de l’atout culturel, un potentiel modeste d’attractivité des musées, l’éclatement des petites structures culturelles, mais aussi une faible diffusion des activités créatives et un cloisonnement consommé dans une logique de repli contribuent à ce constat : les créatifs et les artistes n’ont pas les moyens de s’exprimer pleinement. Seule une approche métropolitaine de la culture et de la créativité, autour de lieux emblématiques (Grand Théâtre de Provence, Friche de la Belle de Mai, MUCEM…) permettra l’émergence d’une classe créative, support de développement économique et image de marque à l’international. 8-Renouveller l’industrie par l’innovation Compte tenu de son histoire, le renouveau industriel du territoire métropolitain est un impératif incontournable. Le niveau actuel des EPCI est totalement inadapté à une politique industrielle qui passera par l’innovation, l’usage des TIC et l’ouverture sur l’économie mondiale. Les filières porteuses sont connues : la micro- électronique, la mécanique industrielle, l’énergie, le multimédia, la chimie, les sciences de la lumière mais aussi des branches qui ne relèvent pas du secteur secondaire mais sont indispensables à son développement : transports, logistique, environnement, économie verte…Cette ambition métropolitaine est une œuvre de longue haleine qui passera par l’organisation d’une réseau des outils d’aide à l’innovation, par la transformation en outils métropolitains des pépinières et hôtels d’entreprises innovantes, par la mise en place de fonds de

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capital d’amorçage. Une amélioration sensible de l’offre de formation professionnelle est absolument nécessaire. Une maison des sciences, des technologies, de l’innovation et de la créativité, quelque part sur l’espace métropolitain et la mise en place d’un club des talents pour favoriser l’innovation ouverte donneront sens au renouvellement industriel de ce territoire. 9-Devenir autorité administrative de l’habitat La crise du logement est aussi un marqueur de précarité. La métropole doit devenir autorité administrative de l’habitat, en partenariat avec les autres collectivités locales et les services de l’Etat. Elle a alors la maîtrise du PLH devenu métropolitain. Elle bénéficie de la décentralisation exclusive de la compétence « logement social » et conduit à ce titre des actions pour accroître le volume des constructions, conduire les programmes de rénovation urbaine et préparer une nouvelle génération d’opérations de renouvellement urbain. Le logement étudiant, gravement déficient, relève de ses priorités. Compte tenu des difficultés que rencontre un nombre croissant de personnes en grande difficulté pour se loger, la métropole développe l’hébergement d’urgence et procède à la réquisition des logements vacants. 10-Préserver l’environnement Par définition, l’environnement ne connaît pas les limites communales on intercommunales. La forte urbanisation du territoire métropolitain dans une géographie marquée par des massifs, des couloirs de circulation, un littoral urbanisé, un étang de Berre dégradé, des morceaux d’agriculture et soumis plus que tout autre à un intense mouvement de péri –urbanisation, des espaces naturels protégés et beaucoup qui ne le sont pas, l’échelle métropolitaine est la bonne pour concevoir et mettre en œuvre une politique environnementale capable de préserver l’intégrité des massifs, de définir les trames vertes et bleues, de garantir la qualité des eaux et de préserver la biodiversité. Au sein du territoire métropolitain, un ensemble d’espaces naturels dessinent une quasi continuité écologique au sein même d’un pôle urbain. Une stratégie métropolitaine pour la mer, le littoral et les rivières comprendrait le parc national des calanques, des contrats de baie, la gestion intégrée des zones côtières, le soutien à l’écologie marine. L’échelle métropolitaine d’orientation prévus par pollution de l’air et la renouvelables aurait tout est la plus appropriée pour définir et mettre en place les documents la loi Grenelle tels que le plan climat, le plan énergie, la lutte contre la dégradation de la qualité des eaux. Le développement des énergies son sens à ce niveau.

11-Gouverner différemment La question de la gouvernance de la métropole fait l’objet de vastes débats. Quelle qu’en soit l’issue, deux modalités de fonctionnement sanctionneront son efficacité. La première est dans la légitimité démocratique que doit lui donner une élection directe au suffrage universel des conseillers communautaires. Toute autre forme de désignation (par les communes, les EPCI ou sur un scrutin de place sur les listes municipales) lui enlèverait sa nécessaire autorité. La seconde est dans l’obligation qui doit lui être faite de mettre en place un conseil de développement composé d’acteurs de la société civile, saisi par les conseillers communautaires et pouvant s’autosaisir sur toute problématique de développement. Le travail accompli par les conseils de développement de la communauté urbaine Marseille- Provence- Métropole, du pays d’Aix, du pays d’Aubagne et de l’ouest étang de Berre témoigne de la nécessité de cette forme de démocratie participative pour définir et conduire des politiques efficaces et partagées. Il serait souhaitable enfin que la métropole propose à la télévision et à la presse quotidienne les moyens d’associer la population à la vie de cette communauté.

8-La question du périmètre de la communauté métropolitaine
Plusieurs hypothèses sont à explorer. 1-Le territoire proposé par l’AGAM

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Dans une étude de 200927, l’AGAM retient comme territoire de la métropole l’ensemble des Bouchesdu-Rhône sauf les Alpilles, c'est-à-dire les communautés de communes Rhône Alpilles Durance (10 communes et 42 130 habitants), Vallée des Baux-Alpilles (10 communes et 26 210 habitants), ainsi que trois communes isolées (Plan d’Orgon 2816 habitants), Orgon (3 055 habitants) et Mollegés (2 493 habitants). Ce périmètre exclut du territoire métropolitain un espace agricole largement polarisé par Avignon et le Comtat Venaissin. Il a été arrêté après des discussions et des échanges entre élus des EPCI engagés dans la démarche de coopération métropolitaine. Ce qui ramène la métropole à un territoire de 96 communes et 1 890 595 habitants.

2-Le territoire proposé par l’Etat Le territoire proposé par le premier ministre le 6 septembre 2012 regroupe les communautés de Marseille- Provence-Métropole, du pays d’Aubagne, du pays d’Aix, de Salon-Berre, du SAN Ouest Provence et de la communauté du pays de Martigues., plus Gardanne et Gréasque, soit 92 communes et 1,7M d’habitants.

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Regards métropolitains- AGAM- Octobre 2009

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Le relevé de conclusion de la réunion des ministres du 6-9-12 précise que la métropole doit régler la question institutionnelle au bénéfice de 1,8 million d’habitants, tout en tenant compte de la diversité et de la complexité de ce territoire, en préservant les services et les lieux de proximité et en respectant les identités locales. Cette communauté métropolitaine se substituerait aux communautés existantes.

Communauté métropolitaine Marseille-Aix Proposition de l'Etat 2012
CU Marseille-Provence-Métropole CA du Pays d'Aix CA du Pays d'Aubagne et de l'Etoile CA Agglopole Provence CA du Pays de Martigues SAN Ouest-Provence Gardanne Gréasque Bouches du Rhône Part de la communauté métropolitaine Communes 18 34 12 17 3 6 1 1 92 119 77% Population 2009 991 953 340 298 93 219 124 349 66 696 92 843 20 785 4 019 1 734 162 1 967 299 88%

3-Le territoire proposé par des urbanistes du territoire Ce projet propose d’inclure dans le territoire de la communauté métropolitaine (COMET) ceux de : la communauté urbaine Marseille-Provence Métropole la communauté d’agglomération du pays d’Aix sauf Pertuis le secteur sud de l’agglopole Salon – Berre le SAN les communes de Gardanne, Gréasque et Saint-Martin de Crau

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soit 84 communes regroupées en 4 pays métropolitains, regroupement de communes présentant une cohérence géographique, culturelle, économique ou sociale. Chaque pays construit une charte de développement et met en place un conseil de développement. Berre /Fos : 14 communes, 22 707 habitants, 785 Km² Provence : 38 communes, 374 258 habitants, 1381 Km² Marseille : 15 communes, 1 035 474 habitants, 559 Km² Garlaban : 17 communes, 160 000 habitants, 366 Km²

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Un contrat de projet 2014-2020 est co-produit, mis en œuvre et évalué par l’Etat, la Région et la Communauté Métropolitaine. 6 mois après les élections régionales de 2015, un « Pacte de cohérence territorial » est co-signé par la métropole, le Conseil Régional et le Conseil Général des Bouches-duRhône qui explicite la stratégie commune à ces institutions.

4-Le territoire proposé par la DIRECCTE PACA Pour prendre en compte les flux domicile-travail et les marchés du travail locaux, la proposition consiste à intégrer dans le périmètre métropolitain les communes des zones d’emploi de MarseilleAubagne, d’Aix-en-Provence, de Salon de Provence et de Istres-Martigues. Cet espace regroupe 145 communes, 1 945 000 habitants et 807 000 emplois en 2010. L’aire urbaine est élargie à des communes du Vaucluse du Luberon et du Haut Var.

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Cartographie SESE-Direccte. Virginie D'Angelo
Périmètre théorique en hachuré

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Sa lon-de-Prove nce

Aix -en-Provenc e

Ar les

13
Istres-Martigue s

Ma rse ille-Auba gne

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Départements Zones d'emploi

Aire urbaine Aix-Marseille Espace métropolitain

5-L’aire urbaine Marseille-Aix Retour à l’approche initiale : l’aire urbaine de Marseille-Aix constitue un territoire d’emplois et de déplacements significatifs. On pourrait ne retenir que le pôle urbain, mais on écarterait des communes directement concernées par la métropolisation comme Saint-Paul des Durance , les communes littorales de la côte Bleue ou La Ciotat qui relève de l’aire urbaine de Toulon. On pourrait retenir aussi les communes polarisées mais cet ensemble ne prendrait pas en compte l’ouest de l’étang de Berre et ses spécialisations industrielles.

Comme le club d’échanges et de réflexion sur l’aire métropolitaine le demandait dans la séance de clôture de ses travaux en avril 1999, « métropolitains, encore un effort… »

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