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Compagnie de Jésus430. Études [de théologie, de philosophie et d'histoire]. 1998.

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Où en est-on? f p ) FIGURES j LIBRES i 775 Qu'est 68 devenu ? Le Mais. LECORRE) Un père de 68 Marcuse (J. (S) u> SOCIÉTÉ 751 751 L'obligation de soins marie-Claude IIUDON MARIE-CLAUDE hudon Traumatisée par les agressions sexuelles. J. minorité privilégiée et formation longue d'un côté. 739 Kosovo la guerre inévitable? DÉRENS JEAN-ARNAULT Les événements tragiques qui ensanglantent le Kosovo ont signé l'échec de la politique de résistance non violente menée depuis 1992. dans un rôle qu'il ne peut endosser sans vigilance.-P. De quoi raviver les questions de sens face à la croissance. majorité et courte formation professionnelle de l'autre. la société exige de la justice une prévention efficace. 763 Le baccalauréat au pluriel DANIEL BLOCH de jeunes au En 1985. MADELIN) aris-Prague (P. GRÉMION) mal court.Un moment décisif de la guerre des Balkans. Mai (H.) La non-génération (B. . Le médecin se trouve alors en première ligne.ÉTVDES__ ^m^jQQ^ ( j^> ) P ERS P ECT 1V PERSPECTIVES' j S UR LIE MONDE 725 Panorama de crise en Asie Sophie BOISSEAU ROCHER DU La crise asiatique n'est pas une simple crise monétaire.-L. £} Es s A j Plaidoyer pour une nouvelle rhétorique Philippebreton Le débat public est soumis à toutes sortes de manipulations. Sans doute la phase finale de l'éclatement de l'ex-Yougoslavie. Le P bien aussi (F.Schlecei. GuicuE). Les protagonistes eux-mêmes n'en sont pas toujours conscients. Il s'agissait de tenter de sortir d'une société duale. à laquelle parait répondre l'obligation de soins. Chevènement proposait l'objectif de 80 niveau bac pour l'an 2000. D'où l'urgence de refondre les normes de la parole dans l'espace public et de faire émergerune nouvelle rhétorique. mais les dégâts sont réels. C'est la crise d'un modèle économique et la remise en cause d'un certain schéma socio-politique. la modernité et la mondialisation.

Mais qu'est ce GRM. de CORNEILLE Régisseur de la Chrétienté. » 817 7 L'unification et le rôle de l'Europe de l'Eglise hans PETERKOLVENBACH Les Eglises n'ont pas à définir les formes politiques de l'Europe de demain. gond et pierre d'achoppement de l'histoire universelle comme de nos histoires singulières. /l AR T S E T LITTERATURE la 827 Le GRM ou l'invention du son Jean-François pioud A peine âgé de 50 ans. 852 Revue des livres DANS LEPROCHAIN NUMÉRO Pérou 98 L'Edit de Nantes La grandeur de Schubert . le Groupe de Recherches Musicales vient d'entrer dans l'histoire. 839 Expositions Delacroix Eugène Laurent Wolf 843 Cinéma LARDOUX JEAN Collet. de François Ozon Des hommes d'influence. de Sebastian BARRY. l'histoire en secret LÉNA MARGUERITE SPIRITUALITES « Ne nous hâtons pas de poser sur Edith Stein une étiquette. XAVIER Sitcom.JUIN 1998 8 iv RELIGIONS ET 803 Edith Stein. fût-elle en forme d'auréole. Laissons-nous mener en ce lieu de la Croix. inventeur et conteur de l'aventure de musique concrète. 849 Notes de lecture PHILIPPE CHEVALLIER: Kerouac en passant. au nom de l'Evangile. devenue électroacoustique puis acousmatique ? 835 Carnet de théâtre MAMBRINO JEAN Le Rodogune. de Barry Levinson. Mais elles sont conscientes que la détermination à vivre en Europe d'une façon européenne fait partie de leur responsabilité.

<*™™ ni'. GUAINO DIAGNOSTIC j I LEMAL FRANÇAIS./passages/ . Internet http:www.ifiifii-iiTin"ri-iT.JI1|JIL jMIMMMMMMtiMHM i.Prix au numéro 35 F. ALAIN TOURAINE )1 · v TOPOR INÉDIT f j TECHNOLOGIE RECHERCHE. rue Simone-Weil. contacterla revue Passages au 17.Prixde l'abonnement 350 F pour 10numéros. “. JACQUES itflk^ ANDRÉANI irw-ri--iiirii-iaii«i. Larevue Passages estvendue en kiosque. ET INNOVATION l' .i . minm.pariserve.dans certaineslibrairieset surabonnement.¡. fr.n .~89 P~CQ~T~Q avril1998 mai i ôoOCAfoCO DEBAT COMMENT VA LACOMMUNAUTÉ DE JUIVE FRANCE? J HENRI L'EMPLOI.J.tm.Tel 01 45 86 30 02.Pourtous renseignements. 7 Fax: 01 44 23 98 24. ». DIPLOMATIE L'EUROPE INEXISTANTE. 501 Paris.

de les saisir dans leurs perspectives. l'Asiebousculait les certitudes universalistes d'un Occident secoué par la propre crise de ses valeurs et de son modèle. LAsie en danger. Miracle Economies. ni infaillible.(F) PERSPECTIVES SUR LE MONDE Panorama 1 de crise en Asie SOPHIE BOISSEAU DU ROCHER 1. Le monde assistait. 1993. nous émerveillait. Ces dernières années.Washington. nous inquiétait. Les Etudes • 14. l'Asie orientale nous surprenait. Banque mondiale. Armonk. l'observateur s'interrogeait sur les ressorts de cette croissance'. The East Asia Miracle Economic Growth and Public Poliçy.Sharpe. à la transformation de tout un continent. Jean-Luc Domenach. rue d'Assas 75006 Paris Juin 1998 • N" 3886 . mais aussi dans leurs contradictions. Dans cette effervescence. en temps réel. L'Extrême-Orient deviendrait-il le nouveau centre du monde que prédisaient les plus audacieux au début du siècle? Quelles conséquences ce déplacement de puissance pourrait-il avoir sur notre positionnement? Les premiers signes de la crise entre le printemps et le début de l'été 1997 ont été perçus comme un soulagement le modèle n'était pas si parfait. 1998. En outre. du discours idéologique ou de la manipulation politique.il était difficile de distinguer ce qui relevait de la tendance lourde. Fayard. Il s'agissait de comprendre les multiples processus en cours. Asia's Jon Woronoff. à la fois admiratif et perplexe. 1992.

mais aussi pour le plus difficile. pour le meilleur certes. voire politiques et sociétaux. la crise a vraiment débuté en Thaïlande au printemps 1997. La crise asiatique n'est pas une simple crise monétaire. L'expérience qu'ont vécue les sociétés asiatiques ces trente dernières années est à la fois remarquable. de loin. peu contrôlée. L'Union européennne est. les difficultés asiatiques ont rassuré ceux qui s'étaient laissés comme si les enjeux et convaincre du déclin européen'. la (post) au même questionnement modernité et la place assignée à l'homme dans ces enjeux de pouvoir à l'échelle mondiale.2. ils aboutissent sur la croissance. Parce que. 40. Cette masse d'argent. a provoqué . même si les problèmes se posent en des termes différents. Sur le moment. Le modèle donnant la mesure des interdépendances européen avait finalement peut-être de beaux jours devant lui. approximations d'une analyse trop simpliste sur cet espace émergent sont apparues dans toutes leurs limites et les premières réactions. Au départ. des dirigeants du Sud-Est asiatique ont alimenté ce sentiment. notamment japonais. qui devient une crise de sens ou téléologique. Dans un second temps. Odon Vallet La vicroire des dragons l'Asieva-t-elle dominer l'Europe? Armand Colin. 3. mais celui-ci allait être troublé par les engagements pris en Asie. décapante et sans précédent dans l'histoire de l'humanité. avec 345 milliards de crédits bancaires (contre 250 pour le lapon et 45 pour les Etats-Unis). on peut les comparer avec celles que notre pays a connues entre la révolution de 1789 et la première guerre mondiale. la contagion géographique et dimensionnelle de la crise a alerté. la tentation est forte de faire rétrograder cette Asie il y a encore peu triomphante au rang qu'elle occupait il y a vingt ans. voire le moins supportable. équilibres économiques. 1997. donc. Ce qui signifierait que la crise actuelle. nous concerne aussi. lorsque les premières atteintes contre le baht thaïlandais affaiblissent le système financier et monétaire. maladroites. en cours et leur Pour bien mesurer les transformations amplitude. Les multiples de la crise aspects Même si certains signes avant-coureurs alertaient sur la précarité des fondements de la croissance (le FMI avait sensibilisé les autorités thaïes depuis 1995). Revue des deux Mondes. Aujourd'hui. février 1995. C'est la crise d'un modèle économique et la remise en cause brutale mais peut-être utile d'un certain schéma socio-politique. la crise est financière. étaient à somme nulle. Les leçons d'Asie ». La libéralisation de la fin des années 1980 avait entraîné un flux de capitaux étrangers. en 3. le premier créancier des pays d'Asie. p. Thierry de Montbrial.

8). même Singapour (qui ne partage pourtant pas les faiblesses de ses voisins corruption. 1994. les exportations chinoises ont été multipliées par 2. Dans le même temps. les experts sont prompts à dénoncer les abus des grands conglomérats. Les scandales qui atteignent le Japon à l'automne (le ministre des Finances est contraint à la démission) font craindre une déstabilisation du système . la spéculation ou encore l'insuffisante remontée de la gamme industrielle. masqués jusqu'ici par la collusion entre milieux d'affaires et milieux politiques. La hausse du dollar. sur lequel était indexé le baht thaïlandais. dernier membre admis à l'OCDE en 1994. a surenchéri le prix des exportations quand déjà les marchés extérieurs devenaient plus frileux (notamment pour les produits électroniques) et que les produits locaux subissaient la concurrence des voisins (entre 1990 et 1996. qui ont provoqué le phénomène de panique que l'on sait. détérioration des instances de régulation et/ou endettement) connaissent une chute de leur monnaie. une forte poussée spéculative et un creusement du déficit de la balance des paiements courants. Qu'il s'agisse du modèle coréen ou du modèle ASEAN'. Indonésie. la Corée du Sud. fort coûteuses. La roupie indonésienne perdra sur sept mois 70 de sa valeur et le dollar singapourien 20 Mais la crise prendra une autre ampleur quand elle atteindra la Corée du Sud à la fin du mois d'août. la collusion des élites. Essai sur le développement en Asie du Sud-Est. due au manque d'investissements dans la recherche et l'éducation. La contagion du modèle coréen viendra déstabiliser plus profondément nos certitudes. ANSEA la décennie prodigieuse. Philippines. Daniel Besson et Marc Lantéri.4. affiche des déséquilibres inquiétants. La Documentation Française. l'absence de visibilité financière et la manipulation des comptes. Considérée comme la onzième puissance économique mondiale. A ce stade-là. La stratégie de mondialisation des chaebols(les grands groupes coréens) a coûté très cher et conduit le pays à un surendettement abyssal qui provoque un état de banqueroute. En dépit des initiatives. le baht a été dévalué de 30 pour le seul mois de juillet 1997. du gouvernement du Premier ministre Chavalit pour soutenir la monnaie nationale. les autres pays de la région sont touchés Malaisie. Les premiers retraits massifs de capitaux ont commencé début juillet (le fameux fonds de pension de Georges Soros a effectivement réagi le premier). aussitôt suivis par d'autres. opacité des procédures. la crise est vraiment perçue comme une remise en cause des modèles asiatiques de développement.

jusque-là. Etats. les pratiques fallacieuses et les prébendes à toutes les échelles de la société. mais d'abord politiques. Après en avoir bénéficié. est dorénavant interprété comme l'obstacle majeur à la reprise. au « copinage » et au népotisme. Les potions amères préconisées par le Fonds Monétaire International la question de posent précisément l'ajustement. Certains évoquent une crise d'ajustement à la mondialisation. Ce que dit le Fonds Monétaire International. actuellement. On assiste à une véritable crise de confiance à l'égard des dirigeants. Ce qui pas signifie que les classes dirigeantes. y compris en haut lieu. sont directement mises en cause. les prêts bancaires douteux. en janvier 1998. après avoir accepté les effets induits du système. voire socio-politiques. qui ont profité de cette vague porteuse (la toujours très discrètement fortune de la famille Suharto est estimée à 100 milliards de francs). financier international. c'est que les origines des difficultés que traversent les pays d'Asie depuis près de six mois ne sont pas seulement financières. en mesurent le coût et plaident activement pour des changements plus radicaux. Le thème est débattu lors du Forum de Davos. Cahier du CEMDEV. concerne l'attitude des populations qui. novembre 1995. La contestation sociétale Le fait nouveau. Ce qui. politiques publiques et développement en Asie ». du lapon à l'Indonésie.5. La course à l'enrichissement et la perspective de profits rapides ont encouragé la spéculation. n' 23. supportent plus difficilement cette collusion. était perçu comme une force. qui n'ont pas réussi à pénétrer les marchés régionaux comme ils l'auraient souhaité. due à l'indigence des élites. qui mérite une analyse très attentive. Ce que révèle cette crise. économiques. La crise devient économique et l'on redoute une dépression généralisée. c'est que les problèmes du développement dans les pays émergents d'Asie ont été amplifiés par une mauvaise gestion. Mais de quoi parle-t-on? De l'ajustement aux normes libérales réclamé à grands cris par les Américains. les sociétés asiatiques. les initiatives du FMI pour assainir les systèmes locaux sont perçues comme des tentatives d'ingérence et la crise s'élargit progressivement au domaine politique. qui ont bercé en quelque sorte les populations d'illusions tragiques en manipulant . le « partenariat » entre les acteurs publics et privés 5. Dès lors.

. radicalisation du discours islamiste (en Malaisie et en Indonésie). on devient plus exigeant sur la qualité de l'environnement politico-économique et. Cette attente vers une refonte structurelle de ce qu'on pourrait qualifier de capitalisme d'Etat se retrouve à travers tout le continent et même dans des pays jusqu'ici à peu près épargnés. la maladresse des propos de certains qui font chuter un peu plus les cours ou l'incertitude d'autorités discréditées et incompétentes. on risque des dérapages violents dans des pays qui voient leur taux de chômage croître de manière inquiétante (déjà près de 18 de la population active en Indonésie). manifestations estudiantines pro-démocratiques (en Corée du Sud et en Thaïlande). puisque celui-ci n'est plus compatible avec la croissance et. Pour que la crise trouve un terme. moins de corruption et une autonomie des grands acteurs financiers. revendications sécessionnistes (aux Philippines et en Indonésie). la baisse des salaires et le déclassement des travailleurs qualifiés sont également préoccupants. aujourd'hui. comme les banques centrales. secondairement. que le succès et la prospérité avaient diluées et neutralisées. politiques et sociétales. en outre. on demande des comptes. Si la demande n'est pas prise en compte. Toute la difficulté va consister à gérer et régler simultanément ces trois crises cumulées. mais les vraies difficultés sont à venir sans des réformes rapides. D'où l'importance cruciale de dirigeants compétents et visionnaires. Les incidents ont été contenus pour l'instant. les sociétés détiennent un pouvoir de contestation réel. Il y a là un terreau favorable à toutes sortes d'idéologies. les protestations sont instructives des risques possibles pogromes à l'égard des communautés chinoises (en Malaisie et en Indonésie). Dès lors. avec encore plus de violence. surtout. elles insistent sur une réforme du système. Le retard à prendre les mesures nécessaires. il y a fort à parier que les scènes de mécontentement auxquelles on a assisté ces derniers mois se répéteront. D'ailleurs. Quand on a personnellement placé son épargne à la bourse. avec les exigences de la globalisation. On a donc là les indices d'une fracture entre la société et le monde politique susceptible de paralyser un peu plus la reprise économique. tels que le Viêt-nam ou la Chine populaire. il faut entreprendre une réforme significative des institutions politiques vers plus de transparence. économiques.les chiffres et les réalités. ont accentué le malaise.

Djakarta. mais particulièrement stimulant pour la consolidation du consolider le dévenationalisme. La manière dont ce questionnement sera abordé et débattu devrait nous renseigner sur les vraies réserves de la région. les sociétés ont joué le jeu (elles ont été. on s'inquiétait du dernier mot d'ordre des entreprises coréennes. qui s'intéressaient à nos marchés traditionnels a (l'affaire Daewoo-Thomson suscité suffisamment d'agitation en France). Taipei et Shanghai ne sont pas mieux placées dans la course à la dégradation du cadre de vie.boursière a joué le rôle d'un détonateur de questionnement latent qui ne concerne pas la seule Asie. plus d'un million . On s'interrogeait pour savoir comment le marché thaïlandais était devenu un des premiers marchés à l'exportation de Mercedes. en Malaisie et jusqu'au sud de la Thaïlande. La tourmente Interrogations Ces trente dernières années. à Canton ou à Shanghai. à Bornéo. Manille. à Singapour. Séoul accumulent des embouteillages et des taux de pollution urbaine alarmants. la réussite de cette ambition justifiait qu'on ferme les yeux sur les écarts les plus visibles et qu'on s'en tienne aux seuls indicateurs économiques. Entre juin et décembre 1997. le temps de la course. à ce titre. les plus hautes du monde (452 mètres). une atteinte irrémédiable à la qualité de la vie. les meilleurs partenaires des mais elle ont aussi été touchées par le gouvernements). Le pari était de taille. La déforestation a des conséquences dramatiques sur les équilibres écologiques d'Asie du Sud-Est. qui jouaient à la bourse en racontant leurs bons coups. on l'a dit. à ce titre. Elle est entrée dans l'ère du progrès et de la modernité. on regardait les Tours Petronas. voire du régionalisme loppement avant que les failles n'apparaissent comme trop paralysantes. Bangkok. on plaisantait sur ces chauffeurs de taxi. à Sumatra. des changements vertigineux. Les projets les moins raisonnables se succédaient. La dégradation de l'environnement constitue. on allumait ses phares de voiture en pleine journée et les enfants se rendaient à l'école avec un mouchoir devant la bouche. Sur le coup. c'est-à-dire ses réserves humaines. virus de la vanité. To go global. et incitaient à les imiter. grimper dans le ciel de Kuala-Lumpur. Les feux de l'été dernier en Indonésie symbolisent cet aveuglement général. l'Asie orientale a connu.

des relents trop politiques pour être tout à fait authentique. on le voit. L'ampleur des dégâts. Lee Kuan Yewet Mohamad Mahathir) avaient émis le fameux discours sur les « valeurs asiatiques »Le discours revendiquait des qualités propres aux Asiatiques (respect des autres dans un esprit de tolérance. éducation. sur lesquelles les ordres politiques pouvaient fonctionner. même s'il n'y répondait pas. sens de la famille et de la communauté. ses menaces continuelles (suspension de l'aide. Quel intérêt auraient les pays d'Asie à suivre les conseils d'Etats sur le déclin? Ce n'est pas de ce développement-là que nous voulons. font remarquer les tenants de cette doctrine. Le Seuil. les valeurs asiatiques exerçaient des effets intégrateurs sur des constructions stato-nationales fragiles. il . Les compagnies pétrolières. puisqu'il aboutirait aux mêmes maux que ceux observés dans les pays occidentaux. David Camroux et JeanLuc Domenach. L'Asie retrouvée. les industries du bois. permet enfin à tout un chacun de poser la question essentielle de quel développement voulons-nous ? A quel horizon d'attente pouvons-nous prétendre ? Une spécificité asiatique? 6. se sont consumés. 1997. quand.d'hectares de forêts. afin de leur permettre de « ne plus subir la tyrannie des valeurs de l'Occident. certains dirigeants (les Premiers ministres de Singapour et de Malaisie. ) et les humiliations qu'il inflige en s'accrochant à ses dernières illusions de grandeur ou ses oripeaux de puissance » (selon les termes de Mahathir). travail). à la suite des pressions occidentales pour la démocratisation des scènes politiques intérieures et le respect des droits de l'Homme. des dangers de promouvoir à une échelle industrielle des pratiques déjà pas toujours supportables au niveau artisanal. c'est parce que l'Occident a négligé ces valeurs de base qu'on assiste aujourd'hui à la déliquescence de son éthique et à l'individualisation des tissus sociétaux. boycottages commerciaux. liés aux difficultés économiques. D'ailleurs. parmi les plus anciennes et les plus riches de la planète. les fonctionnaires intéressés ont eu raison des arguments écologiques « au nom du développement ». Lediscours avait. Personne n'a écouté ceux qui prévenaient. encore récemment. En critiquant les impasses du tout-économique sur les sociétés. Une première ébauche de réponse avait déjà été apportée au début des années 1990. toutefois.

les électeurs n'ont pas cédé à la panique et au discours démagogique. il est aussi simpliste de parler d'une Asie que d'un Occident. A quel compromis et à quelles recompositions assistons-nous ? L'Asie a-t-elle encore des réserves pour défendre sa prétendue spécificité? Les recompositions en cours politiques L'Asie n'est pas un ensemble homogène. d'autre part. par exemple. de nos principes. la Corée du Nord. D'une part. La première. Le fait que la population. d'ailleurs. ils ont opté. le 18 décembre 1997. on distingue clairement plusieurs orientations. pour un président symbolique. Les différences dans la gestion des crises illustrent à quel point. alors que l'Asie est en position de faiblesse. des nuances. pas toujours désintéressée. on soit obligé de superposer de nouvelles lignes d'analyse qui prendraient en compte les tendances lourdes qu'on observe actuellement. entre elles. Sur le plan politique. Le débat n'est pas clos et il rebondit.3 nocrate ou un représentant de parti traditionnel. le Laos et. celle du changement vers une vraie ouverture politique. Reste deux tendances avec. mais d'un autre ordre.posait déjà les bonnes questions et nous imposait une réflexion sur l'universalité. Il est même fort possible qu'aux clivages traditionnels (religieux. est significatif du processus de maturation politique en cours. Ancien dissident qui a lutté pendant plus de vingt ans contre la dictature militaire. il réalise combien le système a besoin d'être . en dépit de son désarroi financier mais aussi moral ait choisi des suffrages) cet homme plutôt qu'un tech(avec 40. géographiques). Kim Dae Jung. Alors que le pays traversait l'épreuve la plus grave depuis la guerre de Corée (1951-1953) et subissait une humiliation nationale avec la révélation des pratiques fallacieuses des chaebols. évidemment. trois Etats dont les directions communistes auront des comptes à rendre. fleurons de l'économie sud-coréenne. On peut passer rapidement sur ceux qui n'ont pas été touchés par les récentes turbulences parce qu'ils n'étaient pas suffisamment exposés le Viêtnam. culturels. comme le rappellent les processus à l'oeuvre. Kim est devenu une figure emblématique de la scène politique nationale. est illustrée par la Corée du Sud. l'électorat est convaincu que les méthodes employées jusqu'ici ne sont plus adaptées aux nouveaux enjeux (un retour en arrière ne ferait donc qu'amplifier les difficultés).

la même constatation peut d'ailleurs être formulée à l'égard des partis politiques traditionnels. afin de « remettre la Thaïlande sur des rails ». l'opinion publique a contraint le président Ramos à ne pas briguer un second mandat. le 9 novembre 1997 (il avait déjà occupé cette fonction entre 1992 et 1995. réalise la fragilité de son pouvoir. des négociations avec l'armée pour déclarer la loi martiale. Mais la pression populaire aura raison de cette option rétrograde. qui ont assuré le développement politique et économique. l'armée a occupé une fonction prépondérante ces trente dernières années. Elu en novembre 1996. on assiste donc à une redistribution des rôles et à un apprentissage de principes nouveaux. Alors que. qui garantit que « les droits et les libertés des individus doivent être protégés par les institutions ». En Thaïlande aussi. révélateurs d'une évolution profonde. à une autonomisation du champ politique par rapport à la sphère économique. au terme d'élections particulièrement corrompues. à la suite de la tentative de coup d'Etat des militaires). Les hommes nouveaux qui accèdent au pouvoir devraient avoir plus de courage politique et de légitimité que leurs prédécesseurs pour engager les réformes. à terme. est préférée au statu quo). bien que plus risquée. Dans le cas thaïlandais comme dans le cas coréen. on peut toutefois affirmer que les choix des sociétés civiles . on assiste à des changements de fond dans les recompositions d'acteurs. On est vraiment ici au cœur d'une transition décisive. Une nouvelle constitution est votée. elle n'apparaît plus comme l'acteur politique capable de résoudre les problèmes auxquels sont confrontés ces pays et de conduire les ajustements nécessaires. si ce n'est pour la seule raison qu'ils n'ont pas d'intérêts personnels au maintien du système. passés inaperçus. Chavalit sera contraint de démissionner et Chuan Leek Pai est nommé à son poste.rénové en profondeur (la dynamique progressiste. le Premier ministre Chavalit. Il entame donc. C'est en effet au cœur de la crise que l'évolution s'est produite. Aux Philippines encore. courant octobre. S'il reste difficile d'évaluer le degré de basculement des jeux politiques (complet ou transitoire?). dans ces deux pays. basé sur une coalition hétéroclite. général de l'armée de terre. comme la constitution l'y oblige. qui devrait conduire.

puisqu'il porte sur l'ouverture à la globalisation et la gestion nationale de celle-ci. Jusqu'ici c'est-à-dire jusqu'à la crise on pourrait schématiser en rappelant que l'Asie orientale profitait largement des circuits mondiaux (elle a accueilli 40 des investissements internationaux en 1996) ainsi que des marchés extérieurs. L'enjeu des prochaines années est . A ces clivages politiques en cours de formation correspondent des clivages économiques entre ceux qui acceptent. paraît plus motivée par le goût du pouvoir que du bien commun) et peu enclines à des changements structurels. les moyens d'expression sous contrôle.4 novembre 1997. de la mondialisation Enjeux économique 7. En Birmanie. Le président Suharto. qui impose sur le devant de la scène politique des figures trop connues (le vice-président Habibie est considéré comme l'un des responsables de la mauvaise gestion gouvernementale ayant dirigé des projets faramineux. réélu en mars 1998 pour un T mandat par une Chambre qu'il avait en partie nommée. donc été possible de se développer grâce aux circuits mondiaux. voire le Cambodge. La seconde tendance à l'œuvre semble beaucoup plus préoccupante. Entre des acteurs qui s'accrochent au pouvoir et au maintien de leurs privilèges et des minorités plus structurées et vindicatives. L'opposition est muselée. Tutuk. leffrey Sachs. mais qu'elle n'a pas beaucoup fait profiter le « monde » de ses marchés par la mise en Il a place de toute une série de barrières protectionnistes. Au nom de l'unité nationale. les mesures de restructuration et ceux qui les refusent. au-delà des arguments techniques pour ou contre le FMI (débat qui se développe jusqu'aux Etats-Unis) beaucoup plus sensible. d'où la junte militaire observe attentivement l'évolution indonésienne. Entre la Birmanie et l'Indonésie. tout en se protégeant partiellement d'une pénétration extérieure massive. on assiste à un raidissement des régimes politiques « archaïques » qui n'augure pas des jours meilleurs pour les sociétés concernées. de gré ou de force. a présenté son nouveau cabinet. Herald Tribune. ces régimes privent les citoyens de libertés fondamentales. les progrès sont négligeables. « IMF isn't what a! Orthodoxy Southeast Asia needs ».évoluent de manière irréversible et marquent l'acquisition d'une nouvelle conscience politique. Le débat est. et l'on ne voit pas de quelle façon les situations vont se débloquer. la marge de manœuvre est étroite. sa fille.

Sollicitée. de taille puisque. mais plutôt à cause d'une insertion plus limitée dans les circuits internationaux. de blâmer et d'accuser ce et avec quel enthousiasmes Mais qu'on a célébré s'opposer aux remèdes préconisés comme le fait l'Indonésie. puisque les Etats-Unis. mais les divers jeux d'alliance pourraient déboucher sur des équilibres plus subtils. Accepter les mesures du FMI. Recompositions internationales Sur ce terrain. et les termes de dignité nationale. comme l'Union européenne. souhaitent renforcer les liens . c'est changer les règles du jeu (qui reposent parfois sur de fragiles équilibres ethniques pour préserver la stabilité nationale) c'est aussi se plier aux normes internationales. Il est trop facile. sont considérés par les populations locales comme des prédateurs). on en conviendra. « Crisis shaking Asia to its core values ». Cette crise entraînera donc aussi des recompositions sur la place du monde en Asie et de l'Asie dans le monde.la Chine accroît ses moyens d'influence sur la zone et agite le spectre d'une éventuelle dévaluation monétaire que ses voisins redoutent (la dévaluation de 1994 avait déjà exercéde lourdes pressions concurrentielles sur les économies régionales). d'humiliation et d'honneur reviennent plus souvent. particulièrement attentifs aux entreprises qui vont devoir être recapitalisées. pour différentes raisons qui n'ont rien à voir avec la compétence des autorités. c'est prendre le risque de s'isoler et d'accumuler du retard pour opérer ces mutations. Même dans les pays les plus réceptifs. la faiblesse de sa capitalisation boursière et l'absence de convertibilité de sa monnaie s'en sort plutôt bien. les critiques contre le FMI et les Etats-Unis se multiplient (les investisseurs et multinationales. ouvrir la porte à toutes sortes d'influences et prendre un vrai risque sur le sens des projets nationaux. au nom d'un « refus des ingérences et diktats extérieurs » ou d'un hypothétique « complot ». Force est d'abord de constater qu'un seul pays a été épargné par les turbulences actuelles la Chine. 22 décembre 19'J7. Masahiko Ishizuka. l'alternative est apparemment simple. Nikkei Weekly. Pékin est aussi en position de force sur le terrain diplomatique. la mondialisation pose des problèmes identitaires que les entreprises américaines refusent de considérer.8. affirment les populations interrogées. c'est entrer dans des rapports de force d'une tout autre ampleur. très sensibles en Extrême-Orient.

ils ont proposé que le FMA soit placé sous l'égide de l'APEC (dont ils sont membres actifs). Alors qu'elle a été conçue comme le faire-valoir des Etats d'Asie du Sud-Est et des régimes qui les incarnaient 10. certains lui reprochent de ne pas avoir entrepris les réformes qui s'imposaient. de son côté. le Japon n'a toujours pas trouvé sa place entre un allié américain de plus en plus inconfortable et la préférence régionale. En outre. Ainsi. gissement Affaiblie par ces échéances à assimiler.elle risque aussi d'être atteinte par les divergences d'orientation politique évoquées plus haut. est actuellement dans une passe difficile. Politique Etrangère. avec le nouveau Premier ministre. tant dans le domaine économique (East Asia Economic Caucus. Tokyo a proposé la création d'un Fonds Monétaire Asiatique. en juillet 1997. 1998.9. d'une zone qui fonctionneinquiets de l'autonomisation rait sur des principes qu'ils n'auraient pas édictés. Zhu Rongji. . pour soutenir la reprise et prévenir de futures perturbations. ASEAN). L'Harmattan. Enfin. et immédiatement des reproches lui sont adressés. les pistes sont déjà bien tracées. au milieu de la tourmente monétaire. Sophie Boisseau du Rocher. comme toujours. Enfin. l'ASEAN est beaucoup moins active et exposée qu'elle ne l'était ces cinq dernières années. coli. Qu'il balance vers l'une ou l'autre option. 10. « La crise monétaire en Asie les solutions proposées ». International Herald Tribune. dans ce schéma. La question qui se pose à présent est de savoir sur quelles bases va se redéployer le jeu régional et si la pression exercée actuellement par les Etats-Unis pourrait servir d'« antagonisme mobilisateur » pour resserrer les rangs d'une région éprouvée. L'ASEAN et la construction régionale en Asie du Sud-Est. l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) subit le double contrecoup de la crise et de l'élarà la Birmanie et au Laos. 11 Michael Richardson. les ambitions sécuritaires de la Chine marquent le rythme dans la région. la Chine détient le rôle central. Logiques politiques. Le Japon. hiver 1997-1998. que politique (rencontres au sommet des dirigeants après le sommet annuel de l'ASEAN) ou sécuritaire (ASEAN Regional Forum). Force est néanmoins d'admettre que. alors que ses responsabilités de « locomotive régionale » devaient l'y obliger. p. « Crisis prompts Asia's Leaders to bend ». zone de Libre-Echange. Les Américains. Fred Bergsten. au mieux peut-on tenter de dissuader les autorités chinoises de se lancer dans ce genre d'aventure. 9 janvier 1998. ont aussitôt dénoncé l'initiative. afin de ne pas « dresser une barrière au milieu du Pacifique » En revanche. 597. L'hypothèse de la carte régionale susceptible de permettre une meilleure résistance aux pressions et subordinations extérieures n'est pas à écarter".

le chemin est encore long. de retrouver le sens d'un « vivre ensemble ». A moyen terme. si elle réussit à tenir les échéances qui la placent dans l'insécurité immédiate. c'est peut-être dans ce nouveau défi. l'Asie orientale pourrait valoriser ses atouts dans l'espace mondial. national et régional. SOPHIE OISSEAU B DUROCHER . les Asiatiques vont se fondre dans la constitution du nouvel « homme mondial ».Rien n'est plus périlleux que d'entreprendre des réformes et des changements dans une atmosphère de crise et de perte de confiance. qui valorisera le jeu interactif entre les Etats et la région. surtout quand ceux-ci sont fortement insufflés de l'extérieur entre les règles du capitalisme international et les traditions asiatiques. Il n'a d'ailleurs pas débuté avec la dernière crise. de rétablir le cap entre emprunt et tradition. Pragmatiques. dentales au xix* La crise peut avoir des vertus thérapeutiques en permettant aux hommes de réagir sur les dérives d'une course à la croissance. que l'Extrême-Orient se (re)constituera. Elle pourrait donc permettre de sortir du malaise provoqué par une prospérité débridée en engageant une réflexion.de fond sur l'avenir collectif. si l'on se souvient des affrontements militaires qui ont marqué les relations entre l'Asie et les puissances occisiècle. tout en étant très attentifs à ne pas dissoudre leurs multiples identités d'Asiatiques.

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mais les événements tragiques qui ensanglantent le Kosovo soulignent aussi l'échec de cette stratégie. concrétisée notamment par la proclamation symbolique d'une « République de Kosovë » en 1992. plus largement. avaient répondu à la violence de l'Etat serbe par une stratégie de « résistance non violente ». d'un nouvel acte décisif de la guerre des Balkans est en train de se jouer. sous l'impulsion d'Ibrahim Rugova. e quotide L dien de cette province méridionale de la Serbie est pourtant marqué par une répressionininterrompue.en 1989-1990.qui a fait des centainesde mortsdepuisla suppression statut d'autonomieet la du miseen place d'un régimed'exception.rue d'Assas 75006 Paris Juin 1998 • N° 3886 . LES ALBANAIS. Le début de la phase finale de l'éclatement de l'ex-Fédération yougoslave et.(p) Kosovo 1 la guerre inévitable ? JEAN-ARNAULT Dérens S Les massacresdu début du mois de mars ont brusquement braqué lesprojecteurs l'actualitésur le Kosovo. Etudes • 14. qui n'a pas permis de déboucher sur un règlement politique de la crise.

pourparlers prenant comme présupposé le maintien de l'appartenance du Kosovoà la Serbie. depuis le Mémorandumde l'Académie des sciences et des arts de Serbie. en 1986. négocier un simple statut d'autonomie? Les positions albanaises et serbes semblent donc parfaitement inconciliables. mais les propositions faites n'étaient que des leurres. Ils sont en quelque sorte « prisonniers » de la proclamation unilatérale d'indépendance. jusqu'au discours de Slobodan Milosevicdans la plaine de Kosovo Polje. après celle-ci. Il est en effet impossible pour les Albanais d'entamer des pourparlers avec des représentants de la seule République de Serbie. L'Académie reprend les poncifs du nationalisme sur le thème du Kosovo« berceau de la nation serbe » et dénonce le « nettoyage ethnique » dont auraient été victimes les Serbes. qui s'est toujours opposée à l'option jugée « irréaliste » d'une indépendance du Kosovo. feignant d'obéir aux injonctions de la communauté internationale. qui ont refusé ces propositions. Beaucoup de Serbes ont quitté le Kosovo depuis 1945. mais de la Fédération yougoslave. comment. le 28 juin 1989. du point de vue serbe. afin de disqualifier « l'intransigeance » albanaise. que le président démocrate du Monténégro. Fatos Nano. LesAlbanais exigent des discussions avec des représentants de la Fédération yougoslave et de la communauté internationale. C'est la solution de compromis que suggèrent aussi bien le Premier ministre albanais. tandis que les Albanais bénéficient d'une très grande vitalité démogra- . car il s'agit de la région la plus déshéritée de la Fédération yougoslave. La seule porte de sortie pourrait se trouver dans la négociation d'un statut spécial pour le Kosovo. les autorités serbes et yougoslaves ont multiplié les tentatives de discussion avec les dirigeants albanais. en 1992.Des positions inconciliables Depuis les massacres du début mars 1998. en craignant les conséquences régionales qu'aurait un nouvel éclatement de ce qui reste de la Yougoslavie. non plus au sein de la Serbie. et qui pourrait avoir l'aval de la communauté internationale. position unanime de la classe politique serbe. Lamanœuvre était habile. de la « République de Kosovë ». Lenationalisme serbe contemporain a été réactivé à partir de la question du Kosovo. Milo Djukanovic.

le long des frontières avec le Kosovo et lAlbanie. lors de l'éclatement de la Fédération yougoslave. les Albanais du Kosovo pouvaient estimer à bon droit n'avoir pas été consultés sur les conditions d'éclatement de la Fédération socialiste de Yougoslavie. LesAlbanais estiment que le cadre de droit qui était le leur a été brisé sans consultation et qu'ils étaient donc en droit de proclamer l'indépendance du Kosovo. qui aboutira à la suppression de l'autonomie par un décret du Parlement de Serbie. après le Congrès de Berlin (1878) et la première guerre balkanique (1912). créée en 1992 seuls les Monténégrins se sont prononcés à ce sujet par référendum. Lire Michel Roux. anciens protégés de l'Empire turc ottoman. Dès cette période. malgré leur forte émigration vers l'Allemagne ou la Suisse. le président du Parti démocratique albanais (PDSH) de Macédoine. ils n'ont jamais été consultés sur leur appartenance à la nouvelle Fédération yougoslave. Ainsi. en février 1992. Une histoire tragique 1. 2. L'aire de peuplement albanais fut autrefois bien plus vaste qu'elle ne l'est actuellement. s'est faite en massacrant et en chassant un grand nombre d'Albanais. Comment pourrait-on donc penser qu'une indépendance du Kosovo n'entraînerait pas immédiatement des réactions en Macédoine. Dans ce contexte d'extrême tension. le 5 juillet 1990. La Macédoine est cependant bien pluss menacée par la convoitisee bulgare. qui considère les Macédoniens comme des s « Bulgares de l'Ouest ». Les Albanais représentent de 24 (chiffre officiel du recensement de 1994) à 40 de la population de la République voisine de Macédoine (FYROM).De même. et a réussi à à imposer que le pays * s'appelle Former Yugoslavia's Republicof Macedonia a (FYROM). 1992. il Minorité nationale. l'équilibre entre les deux populations n'a cessé de s'infléchir en faveur des Albanais. explique Arbër Xhaferi. Des . L'expansion serbe vers le sud. « Nous avons laissé échapper une occasion de régler la question albanaise dans son ensemble en 1989-1991. Maison des Sciences de l'Homme. la région va être en proie à une répression féroce. La Grèce s'oppose à a l'usage du nom « Macédoine » pour désigner un État slave. qui représentent aujourd'hui plus de 90 de la population totale de la province. Ce peuplement albanais est très fortement concentré à l'ouest de la République. pouvant aller jusqu'à l'éclatement et à la disparition de ce pays' ? Il faut surtout comprendre que l'on aurait dû trouver des solutions globales au problème albanais en ex-Yougoslavie'. Les « Albanais en Yougoslavie. nous devons saisir la nouvelle possibilité d'un règlement global qui se présente aujourd'hui ». C'est au Kosovo que Slobodan Milosevic va reprendre ces thèmes à son compte et réaliser sa conversion du communisme au nationalisme. territoire et développement.phique.

la Slovénie était le « foyer national » du peuple slovène. les Hongrois et les Albanais ne . l'intelligence politique de Tito fut de relier la lutte de libération antifasciste à un projet de création d'un État fédéral garantissant les droits de tous les peuples qui y vivaient. a tenté une politique de colonisation du Kosovo. Tito. Par exemple. et cette situation a été entérinée par la création du Royaume « yougoslave ». Très vite. Le « narodnost » albanais 4. l'expansion territoriale du Monténégro sous le règne du roi Nikola (1860-1921) ne s'est accompagnée d'aucun massacre ni déplacement de population. pour s'étendre à l'échelle des Balkans entiers. etc. les Italiens. le bulgare Dimitrov et l'Albanais Enver Hoxha.3. une ou plusieurs Républiques fédérées et pour être « peuple constitutif ». Par contraste. les Serbes et les Croates. ce qui explique que les Albanais puissent sans difficulté se considérer comme citoyens du Monténégro. régions du sud de la Serbie. Lire Rexhep Qosja. sur la politique du ministre serbe Ilija Garasanin. grand-serbe et centralisée. traduit de l'albanais par Christian| r Gut Fayard. La it question albanaise. 1985. et. le rendirent caduc. Ce projet débordait des frontières de l'État yougoslave d'avant-guerre. il fallait ne pas pouvoir avoir de d'État extra-yougoslave de référence indépendamment leur nombre. au sortir de la première guerre mondiale. Le peuple albanais a sûrement été la principale dupe du règlement des guerres balkaniques et des deux guerres mondiales. les rivalités entre les trois chefs communistes. n'a été reconnu un État albanais que sur une petite portion du territoire habité par des Albanais. A partir de 1912. la Bosnie-Herzégovine » était le « foyer national » des trois « peuples constitutifs » de la Fédération y f y vivant les Musulmans. étaient albanaises au XIXe siècle. Columbia University Press. et la rupture TitoStaline de 1948 offrit une légitimation de idéologique l'abandon de ce rêve balkanique. La coupure entre les Albanais de Yougoslavie et leurs frères de la « mère-patrie » étant entérinée. qui a entraîné l'exil de beaucoup d'Albanais. Cette première Yougoslavie. Le constitutionnalisme yougoslave distinguait les « peuples constitutifs » (narodi) des « nationalités » (narodnosti) et des « minorités nationales » (nacionalnosti ou nacionalne manjine) les « peuples » étaient « peuples constitutifs » de la Fédération et disposaient de « foyers nationaux ». New York. '] David MacKenzie. Durant la seconde guerre mondiale. et la concentramajoritairement tion actuelle du peuplement albanais est le résultat de ce premier « nettoyage ethnique »3. il fallait définir leur statut dans le cadre du nouvel État yougoslave. IHja Garasanin Balkan Bismarck. comme la Toplica. 1995.

pouvaient pas prétendre à ce statut de « peuple constitutif ». Lacote était mal taillée et suscitait insatisfactions de toute part les Albanais du Kosovo étaient privés du prestige symbolique d'une République. non sans quelques arguments logiques. et le Kosovoétait. mais seulement à celui de narodnost. continuait de peser sur les destinées de sa République de rattachement. présent également dans les Républiques du Monténégro et de Macédoine. les frontières internationales d'États appelés à l'indépendance. La commission Badinter. Lesnationalistes serbes pouvaient. Rien ne pouvait être envisagé. puisque les deux régions autonomes (autonomske pokrajine) de Voïvodine et du Kosovo se virent reconnaître un statut quasi républicain. par le biais de ses députés. alors que celle-ci. en faisant des frontières des Républiques fédérées. dénoncer la situation la Serbie n'avait aucune prise sur la vie politique de la province. à l'automne 1991. le troisième peuple de la Fédération. Cette contradiction constitutionnelle allait se révéler source de tragiques malentendus. les Albanais pouvaient avancer deux arguments qui n'ont pas été pris en compte le peuple albanais le narodnost albanais était. dans ce cadre. mais le Kosovo était une entité fédérale députant directement au Parlement fédéral et à la présidence collégiale de la Fédération après la mort de Josip Broz Tito en 1980. lors de l'éclatement de la Fédération. à ce titre. par l'Union européenne. numériquement parlant. depuis 1974. des députés au Parlement de Serbie. plus largement. de définir les conditions d'accès à l'indépendance des Républiques issues de la Fédération. quasiment au même titre que les Républiques fédérées. A l'inverse. avec trois millions de citoyens. après les Serbes et les Croates. une entité fédérale. ils perdaient en . et d'elles seules. pour le peuple albanais. ni pour le Kosovo ni. s'en tint à ce qui devenait la jurisprudence internationale sur la succession des États fédéraux. Le fait est que les Albanais ont été les grands oubliés de l'éclatement de la Fédération yougoslave alors qu'un terrible régime d'apartheid se mettait en place à leur encontre au Kosovo. chargée. La situation évolua considérablement avec la Constitution « confédéraliste » de 1974. tout en continuant à faire partie de la République de Serbie et en déléguant.

menée dans un contexte de répression ininterrompue.Macédoine leur statut de narodnost. puisque la nouvelle Constitution de la République indépendante définit la Macédoine comme l'État national des seuls Macédoniens. président de la Ligue démocratique (LDK) et de la « République de Kosovë ». en et volonté permanente d'internationaliser pensant qu'une solution ne pourrait venir que d'une intervention résolue de la communauté internationale en Serbie. depuis la scolarisation systématique des enfants dans les écoles « clandestines » en langue albanaise. Cette expérience. La stratégie d'Ibrahim Rugova alliait résistance non violente à l'intérieur le problème. soit l'on choisissait. en devenant une simple « minorité nationale ». Une société parallèle La réaction albanaise s'est traduite par l'expérience extraordinaire de la mise en place d'une société « parallèle ». par un effet pervers. L'expérience amorcée par Ibrahim de Kosovë Rugova. option rejetée par la communauté internationale soit l'on devait appréhender le problème albanais dans sa globalité. répondant au licenciement de tous les Albanais des emplois publics. comme Ibrahim Rugova. L'intervention internationale s'est toujours fait attendre. sans tenir compte de la situation des Albanais de Macédoine. jusqu'à la mise en place d'un système de santé et le développement d'une économie privée. bloqué tout perspective de règlement politique? de 1974 Du moment que le cadre constitutionnel éclatait. mais n'a-t-elle pas. aucun espoir de règlement politique négocié ne s'est jamais présenté. Le « réalisme » supposé d'Ibrahim Rugova consistait à réclamer une solution pour le seul Kosovo. n'a pourtant pas permis de dégager de réponses politiques à la crise du Kosovo. la guerre de Bosnie ayant l'effet pervers d'esca- . a permis la survie dans des conditions extrêmement difficiles. prenant en charge tous les aspects de la vie sociale. de considérer les frontières de la région comme pouvant se transformer en frontières d'État de la même manière que celles des Républiques fédérées. Dix ans après le début des troubles au Kosovo. six ans après la proclamation de la « République de Kosovë ».

voire officiellement condamnés pour appartenance à cette organisation terroriste. sur le thème « C'est moi ou le chaos ». La présidente du Parti social-démocrate du Kosovo. Le chantage de M. oblige à remettre en cause le statu quo. a parfaitement réussi. Prishtina. en tant que cosignataire des accords de Dayton. l'histoire vient aujourd'hui solder les comptes d'une question albanaise toujours irrésolue dans les Balkans. Milosevic. emprisonnés. était un moyen pour le régime de maintenir la pression sur les Albanais. et la question du Kosovo n'a connu qu'un long pourrissement depuis 1992. mais dans une situation politique notablement différente. où les Albanais semblent être allés à l'extrême de leur capacité de résistance. hormis. sous la présidence de l'écrivain Rexhep Qosja. La scène politique albanaise connaît de profonds bouleversements. 1996. Lire Adil Jakuzi. dénonce « la politique antinationale du président Rugova ». ont remis le Kosovo au premier plan. 6. et il semble plutôt que l'accusation d'appartenir à l'UCK. rien n'était moins sûr que son existence. et une nouvelle LDKvient de voir le jour. regroupés autour d'Hydajet Hyseni Plus largement. Cependant. et l'impasse à laquelle aboutit la stratégie non violente d'Ibrahim Rugova oblige à repenser le problème. comme celle de détenir des armes. La mise en place d'une société parallèle ne peut pas être une fin en soi. peut-être. mais la détérioration de la situation à l'intérieur même de la province. moter le problème du Kosovo. Elle regroupe les minoritaires du parti d'Ibrahim Rugova. Depuis plusieurs années déjà. Institute of Economies. L'armée de libération La donne politique a été profondément bouleversée par l'apparition récente de l'Armée de libération du Kosovo (UCK). Luljeta Pula-Beqiri. torturés.5. Les Accords de Dayton. Slobodan Milosevic a vu consacrer son rôle de garant de la stabilité balkanique. 17 avril 1998. Two Albanian States and the National Unification. des milliers d'Albanais ont été interpellés par la police. Agencia e Pavarur Informative. en ouvrant la voie à un règlement du conflit bosniaque. malgré l'apparent unanimisme des élections clandestines du 22 mars 1998. Ce n'est qu'à la fin de novembre 1997 qu'un . exclus des instances dirigeantes au début mars. L'option d'une indépendance du Kosovon'a jamais été sérieusement défendue que comme étape vers l'unification nationale albanaise6. pour une poignée de prévaricateurs accrochés aux subsides de l'impôt volontaire versé par les Albanais à la « République de Kosovë».

7. Lire Marie-Françoise Allain, « Visages multiples de l'Armée de l'ombre », Le Monde Diplomatique, avril 1998.

de l'UCK est apparu en plein jour, lors des obsèques d'un enseignant assassiné par la police'. Les 28 février et 1" mars 1998, les unités spéciales de la police, appuyées par les groupes paramilitaires serbes, lançaient des assauts meurtriers contre les villages de Prekaz, Qirez et Likoshanë, au cœur de la petite région de la Drenica. Le bilan des massacres s'élève à plus de cent morts, mais les forces serbes ont aussi essuyé des pertes, dont l'importance est tenue secrète. Depuis, la Drenica est toujours en état de siège, et si l'on compte près de 20 000 déplacés, des villages comme Llaushë continuent à résister militairement, six semaines après le début des opérations. En vérité, la Drenica était soumise à un blocage militaro-policier de plus en plus lourd depuis l'été 1997 était-elle donc un bastion de l'UCK? En juillet 1997, une dizaine d'Albanais de la Drenica ont été condamnés à de très lourdes peines de prison pour appartenance à l'UCK, dont Adem Jashari, présenté comme le chef de cette organisation. Tous appartiennent à des clans puissants et alliés entre eux. Les enquêteurs serbes semblent avoir utilisé les réseaux familiaux et claniques des Albanais pour essayer de reconstituer un possible organigramme de cette organisation. Les archives du Comité de défense des droits de l'Homme de Pristina laissent apparaître une répression centrée sur quelques familles de la Drenica les Gashi, les Geci, les Morena, les Kadriu8. 8. Ilest possible que ces familles aient effectivement participé à l'UCK, mais les Serbes n'ont pas choisi au hasard de démanteler ces réseaux « terroristes » dans cette petite région. Située au coeur du Kosovo, la Drenica est riche d'une longue tradition de résistance à l'ennemi serbe et durant la seconde guerre monyougoslave, notamment diale, et d'une forte charge symbolique, aussi bien aux yeux des Serbes qu'à ceux des Albanais. Etrangement, hormis la condamnation d'Adem, qui continuait à vivre caché près de son village de Prekaz, les Jashari semblent ne pas avoir été touchés par le harcèlement policier, qui s'intensifie à partir de l'été 1997. La famille Jashari avait pourtant de quoi se faire remarquer. A la fin de la seconde guerre mondiale, elle fut l'une des dernières familles à déposer les armes, après avoir combattu les Partisans et le régime de Tito jusqu'à la fin de 1946. Il

commando

8. Bulletin of Coundl for the Défense of Human Rights and Freedomsin Prishtina, VII/4 (juillet 1997) etVII/5 (novembre 1997).

semble que le chef du clan, Shaban Murat, n'ait jamais caché non plus le peu de bien qu'il pensait de la stratégie non violente d'Ibrahim Rugova. A simple titre d'hypothèse, on peut imaginer que la police, sachant les Jashari soudés et déterminés, n'avait aucun espoir de les faire parler ni de les « retourner ». Bien mieux, elle a laissé Adem Jashari se volatiliser dans la nature après sa condamnation, afin de monter le piège qu'elle ourdissait dans la Drenica. La Drenica, foyer de rébellion

Lesstructures sociales traditionnelles ont été particulièrement bien conservées dans le Kosovo, et plus encore en Drenica. La structure essentielle est constituée par le clan familial, que l'on désigne du mot d'origine turque, mahala, et que l'on traduit bien abusivement par « famille », alors qu'il désigne d'abord un territoire clanique. Chaque mahala est subdivisé en branches se raccrochant à un même chef; par exemple, à Prekaz, on trouvait, entre autres, des Islami Jashari ou des Murati Jashari le vieux Shaban Murat Jashari et ses fils, Adem et Hamzë, appartenaient à cette dernière branche. Une même branche vit communément dans une même « maison », plutôt une forteresse familiale, renfermant derrière ses murs plusieurs maisons d'habitation et pouvant compter au total une centaine d'habitants. De plus, le « village », qui compte plusieurs milliers d'habitants sur un territoire parfaitement et très anciennement délimité, est constitué de l'union d'un petit nombre de mahale, toujours moins d'une dizaine, à Prekaz trois seulement les lashari, les Lushtaku et les Kadriu. Les règles très strictes d'exogamie empêchent de se marier entre descendants des différentes mahaled'un même village, car toutes les mahale du village estiment descendre d'un ancêtre commun. On doit donc passer alliance avec une mahala d'un autre village. Il est, par exemple, intéressant de noter que les Jashari de Prekaz passaient fréquemment alliance avec les Geci de Llaushë voilà unies deux des familles supposées constituer le « noyau dur » de l'UCK. Une organisation clanique

« L'UCK a été créée en Allemagne », affirment des Albanais qui s'en disent membres; et de jeunes émigrés économiques de la Drenica ont participé à cette création. Il

s'agit donc probablement d'une organisation encore modeste, qui a choisi d'utiliser les structures traditionnelles de la société et l'engagement de quelques clans pour allumer un focoguévariste dans la Drenica, La police serbe a laissé faire dans un premier temps, pour mieux circonscrire l'incendie, avant de tenter d'écraser d'un coup cette rébellion par les massacres du début de mars. La police a aussi joué des structures claniques. Lorsque la répression s'abat systématiquement sur la famille Jashari de Prekaz et les clans alliés d'autres villages, mais qu'elle épargne l'autre grande famille de Prekaz, les Lushtaku, le pouvoir essaie nettement de créer un antagonisme entre ces deux clans, peut-être d'utiliser une rivalité préexistante. LesAlbanais ne sont pas dupes de cette stratégie « Les lashari ou les Ahmeti de Likoshanë étaient riches et puissants; en s'attaquant à eux, la police essaie de nous diviser », note lucidement un combattant. La société albanaise du Kosovo est toujours régie par la bessa,la parole donnée selon les règles très anciennes du kanun, dont la trahison ouvre le mécanisme de la vendetta. L'expériencede la résistance non violente des années 90 a été rendue possible par une campagne générale de pardon et de réconciliation, initiée par un intellectuel catholique albanais, Anton Ceta, mais beaucoup d'indices laissent croire que la vendetta commence à reprendre ses droits. Un piège mortel Au bout du compte, la Drenica prend de plus en plus l'aspect d'un piège aux multiples victimes. Piège mortel et tragique, bien sûr, pour la centaine d'Albanais assassinés depuis le début des opérations et pour les 20000 déplacés; piège pour l'UCK, qui a perdu quelques-uns de ses militants, tel Adem Jashari; piège encore pour les quelques centaines ou milliers d'hommes qui continuent de résister et de défendre leur village; mais piège aussi pour Slobodan Milosevic et Ibrahim Rugova. La situation en Drenica est une situation de guerre qui, en tant que telle, ne peut connaître d'issue que militaire. Si le pouvoir serbe obéissait aux timides injonctions du Groupe de contact sur l'ex-Yougoslavie de « retirer les forces spéciales », un tel retrait serait perçu par l'opinion albanaise comme une victoire sur les forces serbes, avec les conséquences que l'on peut imaginer. A titre d'hypothèse, il n'est pas certain que

Les combats du mois d'avril. que la situation de la Drenica est en train de gagner tout le Kosovo. au contraire. d'allumer un second foco de guérilla? Pour Arbër Xhaferi « Les Bosniaques n'avaient pas choisi la guerre et n'y étaient pas préparés. de région martyre. Les Jashari sont déjà devenus des héros nationaux et. et la fin héroïque des combattants de la Drenica risquerait plutôt de galvaniser l'ardeur des Albanais. hélas. l'UCK va-t-elle choisir de porter la guerre dans une autre région du Kosovo. autant s'y préparer. mais s'il n'y a pas d'autre issue. une guerre qui durera longtemps et qui ne pourra pas être circonscrite aux frontières étroites du Kosovo. montrent. Le plus probable est d'envisager un siège de longue durée de la région. Après la Drenica. mais une guerre mouvante de guérilla. L'UCKest de plus en train de reprendre des forces et de se restructurer. il devrait déployer des moyens militaires de bien plus grande ampleur encore. le pouvoir se décidait à réduire réellement la région. non pas un massacre de civils suivi d'une longue guerre de positions sur des fronts statiques. mais chaque jour qui passe est perçu par les Albanais comme un jour de résistance. Jean-Arnault DÉRENS Agrégé d'Histoire Collaborateur duMonde iplomatique D avril1998 . De jeunes Kosovars issus de la diaspora se forment déjà dans des camps d'entraînement au nord de l'Albanie. » Cette guerre sera bien différente de celle de Bosnie. près de la frontière albanaise. sur le territoire des communes de Decan et Djakouica. la Drenica est de plus en plus perçue dans l'imaginaire albanais comme une région résistante et combattante. les Albanais non plus ne l'ont pas voulue. ce qui ne serait certes pas pour effrayer Slobodan Milosevic. et le temps joue à l'encontre de toute solution négociée. Si. il devrait aussi accepter d'encaisser de lourdes pertes.l'option non violente d'Ibrahim Rugova résisterait à un tel scénario.

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C'est ainsi que le ministre de la Justice. par des psychiatres pratiquant et ne pratiquant pas auprès d'agresseurs sexuels. aoùt 1997. Ces projets instaurent tous deux un mécanisme de suivi visant à prévenir la récidive des agresseurs sexuels de mineurs'. sans être généra- Etudes • 14. sous forme d'une peine thérapeutique. Elisabeth Guigou2. Il a soulevé de vives controverses d'ordre éthique et épistémologique au sein du milieu médical. que ce soit des pouvoirs publics ou d'associations de toutes sortes. Les parents et la société dans son ensemble craignent pour leurs enfants. 29 janvier 1997. Perception éthique. 2. rue d'Assas 75006 Paris Juin 1998 • N" 3886 .97. déposé le 03. Éthique et peine de suivi médico-social.du Projet de loi renforçant la pré- LA PÉDOPHILIEst un sujet d'actuae lité dans tous les pays occidentaux. 3. repris. Ce projet de loi a été modifications. Jacques Toubon. avait déposé en janvier 1997 sur les atteintes un projet de loi portant. sexuelles commises sur mineurs'. Cet article est inspiré d'un mémoire portant sur le projet de loi de janvier 1997 et produit dans le cadre d'un diplôme d'études avancées (DEA) d'éthique médicale et bioMarie-Claude logique Hudon.09. Projet de loi relatif à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu'à la protection des mineurs.SOCIÉTÉ L'obligation de soins Quelle légitimité pour la prévention des actes de pédophilie ? MARIE-CLAUDE HUDON ET COLLABORATEURS 1. Projet de loi renforçant la prévention et la répression des atteintes sexuelles commises sur les mineurs et des infractions portant atteinte à la dignité de la personne. La France est particulièrement active dans la lutte contre ce que plusieurs considèrent comme un nouveau fléau. Cette obligation demeure. Le premier prévoyait une obligation de soins. avec quelques par le nouveau ministre de la Justice. notamment. On assiste à une forte mobilisation.

Mentionnons qu'il ne s'agit pas d'une obligation. de dix ans dans le cas d'un crime. sans que puissent lui être opposées les dispositions relatives au secret médical. Université RenéDescartes (Paris-V). la perception qu'en ont certains psychiatres exerçant auprès d'agresseurs sexuels. avant d'étudier. dès le prononcéde la peine. lisée. Op. . La peine de suivi médico-social est encourue pour l'ensemble des agressions sexuelles et entre en vigueur lors de la libération du condamné.vention et la répression des atteintes sexuellescommises sur les mineurset des infraclions portant atteinte à la dignité de la personne. Nous présenterons deux des problèmes posés. une obligation de soins applicable aux auteurs de crimes ou de délits de nature sexuelle. Cette peine vise essentiellement à prévenir la récidive'. la durée maximale du traitement est prévue. Le projet de loi de janvier 1997 4. pendant une durée fixée par la juridiction de jugement. Comme l'indique la définition.. Le médecin traitant est habilité.par la juridiction de jugements. p.En cas d'inobservationde cette injonctionde soins ainsi que des autres obligationsrésultant de la peine de suivi médico-social le condamné devra subir un emprisonnement dont la durée maximum aura également été fixée.. Ibid. 4. cit. de cinq ans pour un crime. 5.. sous le contrôledu juge de l'applicationdes peines et des comitésde probation. Il est possible pour ce dernier. 11. p. p. à des mesures de surveillanceet d'assistance comportant. Laboratoire d'éthique médicale et de santé publique. La définition la suivante de la peine de suivi médico-social est 5. Ce projet de loi prévoyait. d'après les résultats d'une enquête. [. de 6. notamment. par un mécanisme nommé « peine de suivi médico-social ». La durée maximale de l'emprisonnement sanctionnant le nonrespect des obligations est de deux ans pour un délit. dans le second projet. Elle est de cinq ans dans le cas d'un délit. 146 pages. s'il décide de briser le secret médical. Ibid. 1997. à informer sans délai le juge d'application des peines ou l'agent de probation de la cessation du traitement ou des difficultés survenues dans son exécution. mais d'une possibilité laissée à la conscience du médecin traitant6. une injonction de soins. Nous verrons en terminant que cette perception peut être représentative de celle de la société et comporte certains dangers.] l'obligation pour le condamné de se soumettre.

s'adresser au médecin coordonnateur. plutôt qu'au juge. En l'état actuel. L'idée d'une « peine thérapeutique » est-elle acceptable? Le corps médical peut-il accepter l'idée d'un traitement comme sanction ? 11 s'agit là d'un nouveau concept juridique. 11.. La deuxième critique est d'ordre épistémologique et scientifique. Il n'est pas sans conséquence sur la compréhension. Ainsi traitantd'une thé[. Le projet d'août 1997 7. 8. u coursduquell'informationura été délivrée. C'est alors ce médecin qui prévient le juge de l'application des peines. n'a pas été véritablement démontrée. Le médecin traitant peut s'adjoindre d'autres médecins psychiatres ou psychologues et solliciter les conseils ou l'intervention du médecin coordonnateur'. le débutéventuel e l'administrationu produit. dès lors. par le corps social et politique. Ibid. p. vec médecin éclaicoordonnateur. l'efficacité des traitements médicamenteux. Ibid. l'institutionnalisation de cette possibilité encore à l'état de recherche? La dernière critique. délaidevraêtre laisséau condamné a a et e premier ntretien. Elle porte sur la validation réelle de l'efficacité des traitements médicamenteux pour prévenir la récidive de la criminalité sexuelle. Ce projet de loi s'applique. En dernier lieu. 12. Trois critiques principales ont été soulevées. Que signifie. porte sur la difficulté d'une expertise permettant de s'assurer d'un usage adapté et justifié de ces traitements. du rôle de la médecine. Il prévoit . p.. rerlecondamnéurlesconséquences s dutraitement. médical et social. aux auteurs de crimes ou de délits de nature sexuelle et vise la prévention de la récidive. a a le devra.le caséchéant. antérieurement désigné.] en casde prescriptionar le médecin p l d cedernier rapieassociant'administratione produits nti-androgènes. il est indiqué dans l'exposé des motifs (ce paragraphe n'étant pas repris dans le projet de loi) que le médecin traitant peut administrer des produits anti-androgènes à certaines conditions.délaipendantlequelle d d condamné d pourraêtrereçupar lejugede l'applicationespeines'. couramment appelés « castration chimique ». A ce titre. lui aussi. enfin.en liaison. Dansla mesure du un entrele moment u d possible. l'emploi de ces médicaments relève de la recherche biomédicale.

de ceux désignés par la juridiction. Op. apparaissent néanmoins comme la solution privilégiée pour la . soumise à une évaluation (expertise) préalable. notamment des lieux accueillant habituellement des mineurs. parmi d'autres. 2. à des mesures de surveillanceet d'assistance destinées à prévenir la récidive.dès le prononcéde la peine. par la juridiction de jugement'. du suivi socio-judiciaire. le précédent projet. S'il reprend. cit. signe d'une réelle prise en compte des doutes et remarques de nombreux médecins. Plus prudent. de surveillance et donc de responsabilisation. ce nouveau texte ne s'inscrit pas d'emblée dans une logique de médicalisation. 763-2).9. tend à éviter de transformer systématiquement la criminalité sexuelle en maladie et écarte la tentation d'une médicalisation de toutes les déviances sexuelles. Il est dit. le condamné sera passible d'un emprisonnementdont la durée maximumaura égalementété fixée. à l'exception. Ces mesures. de soins par voie médicamenteuse L'injonction apparaît donc comme une possibilité. Le condamné devra « s'abstenir de paraître en tout lieu ou toute catégorie de lieux spécialement désignée.En cas d'inobservation de ses obligations. il tient compte de différentes critiques formulées à son propos. dans ses grandes lignes. le cas sonnes. La notion de « peine thérapeutique » a été supprimée et remplacée par celle de « suivi socio-judiciaire ». sans totalement y renoncer. ne pas exercer une activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact habituel avec des mineurs » (art. p. Cette différence importante.] l'obligation pour le condamné de se soumettre. mais comme un partenaire possible au sein d'un ensemble de mesures de prévention. s'abstenir de fréquenter ou d'entrer en relation avec certaines personnes ou certaines catégories de perdes mineurs. La médecine n'apparaît plus comme la solution idéale et miraculeuse. Le nouveau texte évite ainsi la systématisation et la généralisation des traitements médicamenteux. mais dans une logique de prévention sociale par des mesures d'assistance. à l'article 131-36-2.. sous le contrôledu juge de l'applicationdes peines et des comitésde probation. que « le suivi socio-judiciaire peut comprendre une injonction de soins ». [. notamment échéant. également prévues dans le précédent projet. pendant une durée fixée par la juridiction de jugement.

Leur de dignité ne saurait être déniée sur fond inconscient majeur vengeance et d'agressivité. l'obligation de soins qu'il instaurait (et qui a été partiellement maintenue dans le second projet) posant de nombreux problèmes d'ordre éthique.majorité des cas. demeurent personnes et doivent être considérées comme telles. Nous n'en avons retenu ici que quelques-uns. le premier projet de loi a spécialement retenu notre attention. y compris psychique et spirituelle. cependant des malgré les actes qu'ils ont commis. Questions d'éthique L'agression sexuelle. dans les limites du possible. Cependant. . donc de sa légitimité. Ce projet semble plus orienté vers une prise en charge par l'ensemble du corps social du problème de la criminalité sexuelle sur des mineurs. des problèmes éthiques. d'accrocs aux grandes règles éthiques. c'est un enseignement de notre culture. que vers l'idée d'une prise en charge médicale des déviances sexuelles. C'est un geste qui porte atteinte aux principales valeurs humaines et bafoue la dignité intrinsèque de l'être humain. elles aussi. Sans doute découlent-elles d'objectifs louables. nul ne saurait prétendre le contraire. Ce n'est pas simple. Le projet de loi que nous avons étudié en comporte plusieurs. donc de son application. au niveau du « comment ». La première de ces questions repose sur le fait que le « statut » de la délinquance sexuelle est loin d'être défini. Seules les questions touchant à la légitimité de l'obligation de soins seront étudiées ici. Elles s'appliquent à des êtres humains qui. attentat à l'intégrité du corps élément fort du code civil. souligné par une des « lois de est un acte qui nie la perbioéthique » de juillet 1994 sonne dans toutes ses dimensions. Les mesures proposées doivent donc être exemptes. Il apparaît cependant que les mesures mises en place afin de tenter de lutter contre de tels actes posent. Peut-on valider l'obligation de soins par l'expérience praticienne médicale et par une discussion d'ordre éthique ? Les quesau niveau du tions peuvent être posées à deux niveaux « pourquoi » d'une telle mesure.

p. Le Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé (ci-après CCNE) adopte.religieuses. dir.. tout existe »". On utilise alors la médecine comme « va-tout ». fort symptomatique. psychiatre [. une solution qui paraît facile « Pas question non plus de trancher par une affirmation simplificatrice le débat de savoir si les délinquants sexuels sont malades ou non. Au mieux.]11.Ministère du Travail et t des Affaires sociales et t Ministère de la Justice. Traitement et suivi médical des auteurs de délits et crimes sexuels. Une loi d'exception. et non pas uniquement de l'ordre médical. 11. on allègue. de l'ordre social. Le Bulletin du Syndicat national des psychologues. soit la prévention de la récidive. et Psychologues psychologies. dans Gilbert Hottois et Marie-Hélène Parizeau. groupe de travail. Bruxelles.sociales. p. 33. car. . Les mots de la bioéthique. Projet de loi de janvier 1997. c'est qu'ils sont malades. il est loin d'être établi avec certitude que les délinquants sexuels sont atteints de maladie mentale. de son côté. 18. 12.] une thérapeutique ne peut être envisagéeque lorsque le comportementpose problème à l'individu lui-même et engendre une souffrance personnelle. qu'ils souffrent de troubles psyantérieur arguchiques10. 3. p. Alain Letuve. 20 décembre 1996. ne peutjamais être en p soi considérée comme une maladie mentale et conduire à un quelconque traitement". De Boeck-Wesmaël. La délinquance sexuelle relève pour partie. n° 51. qu'il faut bien qu'ils aient un « trouble quelque part » pour rechercher ce plaisir qui se situe en dehors des normes Un psychologue opposé au projet de loi rapporte les paroles d'un psychiatre et écrit [Ce texte] réussità faire en sorte que la catégoriedes agresseurs sexuels[hétérogène s'il en est] puisse être assimiléeà des « malades » par le seulfait que la cause de leursactes est le résultat d'une contrainte échappant à leur volonté [. Or. Les psysontt en chologues exclus Dieu merci ». Un vocabulaire encyclopédique. comme dans le projet de loi. Un rapport gouvernemental mente. p. 99-100. L'idée d'appeler la médecine à la rescousse lorsqu'ilil est établi que le système judiciaire a failli à l'une de ses tâches. 1997. Nous assistons à une médicalisation grandissante 14. Comité consultatif national d'éthique pourr les sciences de la vie et de la santé recommandations sur un projet de loi « renforçant la prévention et la répression des atteintes sexuelles contre les mineurs ». Du mal à la maladie N'est-il pas contestable de ne pas trancher et d'affirmer en même temps qu'il faut soumettre les agresseurs sexuels à un traitement médical ? Comme l'écrit Isidore Pelc.10. est inquiétante. 5. de l'avis de plusieurs. Si l'on affirme que les agresseurs sexuels doivent être traités. Isidore Pelc. pour sa part. 13. 1995. il faut que les problèmess'inscrivent dans le cadre de troublespathologiquesconnus [. a' 135. olitiquesou autres.] L'inadaptationaux valeurs morales. p. en désespoir de cause. en réalité. 1993. « Contrôle comportemental ».

Médecine. Mais. On retrouve dans cette situation le vieux problème du normal et du pathologique.]. Cela 16. Le médecin auxiliaire de justice Un autre problème.] Alorsvient le qualificatif de maladie il faut que ces êtres soient malades pour faire de telles choses [. On considère que les actes des agresseurs sexuels sont si terribles que ceux qui les posent ne peuvent qu'être malades. Comme le dit Valérie Marange « Emerge un nouvel art de punir qui ne prescrira plus seulement des sensations insupportables. L'Harmattan.et lesrécidivesprévenues16. qu'on nomme « peine ». Le mal est aujourd'hui peut paraître rassurant associé à la maladie.n° 30. 12 mars 1997. il n'est pas établi que les agresseurs sexuels ressentent une quelconque souffrance de ce qui est communéou de la ment appelé leurs « troubles de comportement personnalité ». saine. elle laisse espérer que de telles aberrations puissent être vaincues avec les progrès de la science. « Pour une réflexion éthique multidisciplinaire dans les propositions médicales renforçant la prévention et la répression des atteintes sexuelles contre les mineurs ». puisqu'ellesemblelaisser intacte l'essencede l'humanité. La RevueAgora. 15. Association Pratiques de la Folie. ce qui donne au médecin un rôle d'« auxiliaire de justice ». On impose un soin. bêtes de mensonges? Punition et prévention ». Comme l'écrit un groupe d'auteurs Cet enthousiasme débordant.. Société. C. pour éviter qu'ils ne posent à nouveau des gestes semblables. Cahier n° 2.. les rendre « normaux ». Marc Grassin et al. p. La « mission » de la médecine et de celui qui la pratique est de soulager une personne souffrante et non pas d'être répressive. est intimement lié à celui-ci. Éthique.] On peut comprendre qu'une telle hypothèseait quelque chosede rassurant. 7. Pétition rejetantt l'obligation de soins parr mesure judiciaire. 17. La médecine mais s'agit-il encored'une médecine? deviendrait l'organe d'un contrôlecomportementaltotal ou partiel sur l'individu déviant". Hervé Ed. les guérir. voit dans le thérapeutiquela possibilitéde guérir une sociétémalade. Il découle du fait d'associer le traitement à une peine. 67-73.Valérie Marange.de plusieurs des aspects de la société qui dérangent. Il faut donc. printemps 1994. comme nous l'avons vu. 57. 1 997. L'Ethique en mouvement. H est insupportablede penser qu'un homme puisse en arriver là [. confus et non critique. p. souvent soulevé par les médecins. surtout. « Bêtes de promesses. Or. qui n'entrent pas dans les normes. mais un traitement pour une normalisation possible [. p. 1. La médecine a ici comme rôle de modifier le . Rendre bon le méchant est l'objectif»17.

il faudrait craindre le pire. 8. .] Pour la médecine. p. Si le médecin. [. Le CCNE va même jusqu'à dire qu'on ne saurait se contenter de l'effet éventuel de soulagement de la souffrance que les Le soupsychothérapies peuvent apporter au délinquant lagement de la souffrance du délinquant ne représente donc pas.. p. [. p. que le rôle des médecins passe du soulagement du patient au soulagement de la société21. cit. mais de protéger des tiers qui sont potentiellement en danger.l'impératif est de soigner. d'un groupeou d'un individu. sont attendus des traitements. 41.. Petitjean et Bernard Cordier. 3. alors nous nous dirigerions vers « le meilleurdes mondes».qu'ils soient l'affaire d'une nation. Il n'est question nulle part. 1. cit. 1993. Paris. forçant ainsi le médecin à contrevenir à l'une de ses « [. 37061 A-10. dans le projet de loi bien que le CCNE ait semblé lire cet objectif de soigner les agresseurs sexuels pour leur bénéfice personnel.] le médecin doit ne désirer guérir obligations le patient que pour ce patient. Si le médecindevenait ainsi exécutant d'une décisionde justice. comportement de quelqu'un non pas dans le but de l'aider.non de punir ou de maintenir l'ordre. F. Hans Jonas. « Déontologie et psychiatrie ». et pouvait le soumettre à toute mesure que la science met à sa disposition. op. Comité consultatif national d'éthique.face à une personnequi refuse les soins. Cerf. 21. On voit donc. Association Pratiques de la Folie. p.l'impoqui sition d'un soin au nom d'une peine est un pasfranchi dont la gravité estextrême. peut-on demander aux médecins de jouer ce rôle de protecteurs du citoyen ? 20. [. Psychiatrie. en résumé. pour le compte de ce patient »". Le Principe responsabilité.] On ne saurait faire argument de la monstruositédesactes pour légitimerdescontrainteshors du droit commun. un objectif suffisant. refusant de s'instruire de l'existencedes actes monstrueux. L'association Pratiques de la Folie résume plusieurs de ces aspects Quand bien mêmeil serait avéré que cesactessoientdéterminés par une maladie. était en droit de passer outre. op. aux bénéfices possibles de tiers. 19. quand bien même des thérapeutiques efficaces seraient disponibles préviendraientà coupsûr toute récidive. Encyclopédie médicale et chirurgicale.18. D'autres effets. Unesociétéqui construit ses idéaux à coup d'êtres parfaits ne peut qu'être une société menacéede devenir elle-mêmemonstrueuseen ouvrant plus ou moins insidieusement les portes du tri et de l'élimination d'une partie des siens". pour le CCNE. au nom d'un bien social. serait rabattue sur la constructionimaginaire d'une personneparfaite. Une éthique pour la civilisation technologique. Même en admettant que nous acceptions le principe de soins appliqués à un individu mais destinés à la collectivité.A l'inhumanité des actescriminelsviendraitainsi répondre une contrainte qui met l'humain en péril. Un mondeoù la questionde ce qui est humain. 1991.

Tous consacrent la majeure partie de leur temps de travail à des agresseurs sexuels. L'entretien portait sur tous les problèmes éthiques soulevés par le premier projet de loi. courtes sur ce sujet. l'opinion de psychiatres exerçant auprès d'agresseurs sexuels (en prison. chiatres sont animés par un grand désir d'agir et ils croient fortement au bien-fondé de leurs actions. Les mêmes questions ont été lues. que les délinquants sexuels ne soient pas des malades mentaux. Il apparaît que les psychiatres rencontrés approuvent ou du moins ne rejettent pas le projet de loi et la peine de suivi médico-social qu'il institue. Les entretiens ont duré en moyenne trente-quatre minutes. au fil de leurs réponses. Cette opinion a été recueillie par une enquête sur le terrain. . trois pratiquent en milieu carcéral. qu'ils perçoivent les problèmes éthiques comme « théoCes psyriques ». Les réponses des psychiatres interviewés sont cependant claires et quasi unanimes.La perception des psychiatres Nous avons voulu connaître. Certains d'entre eux ont d'ailleurs partidu projet de loi de cipé aux discussions préparatoires janvier 1997. sur ces questions concernant l'obligation de soins. Il semble. Sept ont finalement été rencontrés. La plupart laissent entrevoir. et la moyenne du nombre d'années d'expérience est de dix-sept ans. Très peu sont mentionnés spontanément. Les huit premiers ont accepté une rencontre. selon eux. à tous les praticiens. dans le même ordre. Le débat visant à établir si ce problème est d'ordre social ou médical est loin d'être clos. ou en soins ambulatoires volontaires). au sens de la loi. Ces psychiatres ont été choisis au hasard. sur une liste précédemment établie. et contactés par téléphone. Le premier problème d'ordre éthique identifié précédemment porte sur le fait que le « statut » de la délinquance sexuelle n'est pas défini. La méthode de l'entretien semi-dirigé a été retenue. les exonérant de leur responsabilité pénale. Deux sont des femmes. dans le cadre d'une libération conditionnelle.

Un des psychiatres déclare qu'il est possible d'être à la fois dans une logique de sanction sociale et de traitement. Ils acceptent et jugent légitime le rôle . il semble que les agresseurs sexuels soient atteints d'un état pathologique qui. ne préoccupent donc pas. déjà accepté cette « clientèle ». Ils indiquent qu'ils ne vivent pas. nécessite des soins. Ils tiennent pour acquis que leur rôle est de prendre soin de ceux dont personne ne veut. du moins pas la très grande majorité des psychiatres spontanément. à leur avis. dans leur pratique. La question de la médicalisation grandissante de toutes les sphères de la société n'est soulevée que par une seule personne. Le projet de loi ne leur impose rien de nouveau. L'obligation de soins leur paraît acceptable. rencontrés.Ils souffrent cependant de quelque chose de « pas normal ». On peut affirmer que ce rôle n'inquiète pas les psychiatres rencontrés. de même que ce travail et l'idéologie qui lui est associée. un traitement n'est pas une sanction. Ces psychiatres traitent déjà quotidiennement ces gens que tous rejettent et que la société regarde avec horreur. La médecine et le corps social Ils estiment. L'analyse globale des réponses et des attitudes des psychiatres rencontrés révèle qu'ils ne remettent aucunement en question la pertinence et la nécessité des soins prodigués aux agresseurs sexuels. bien que difficile à définir. En fait. De toute façon. Il apparaît que ces psychiatres sont favorables à l'injonction de soins. Tous semblent considérer que la prise en charge médicale de ces derniers est souhaitable. par ailleurs. de troubles de comportement ou de la personnalité. en ce qui a trait à la médicalisation de tous les aspects de la société et aux dangers de glissement vers la recherche d'une société composée d'êtres parfaits. que l'obligation de soins n'est pas nouvelle et qu'elle ne place pas le médecin dans une logique de sanction. la situation d'obligation de soins comme une sanction. Les craintes soulevées par l'association Pratiques de la Folie. Ils ont. qui s'inquiète de ce que le psychiatre soit appelé « au lit de la société ». La prise en charge des agresseurs sexuels par les médecins leur paraît même souhaitable. en effet.

mais pour le risque qu'elle représente »? Concluons en disant que les actions des pouvoirs publics visant la prévention des agressions sexuelles et de la récidive doivent être scrupuleusement examinées. La médecine apparaît assez facilement comme la solution rassurante. que nous n'avons aucunement l'intention de juger. Les progrès et les succès auxquels elle nous a habitués ont instauré une confiance forte. la société impuissante cherche des solutions. celui du constat amer qu'elle ne permettra jamais. au nom de sa responsabilité. la violence et la peur. cette extension de son activité à des domaines autres que la maladie proprement dite ne présente-t-elle pas des risques pour le corps social? D'une part.de gardiens de l'ordre public que leur donne la société. semble représenter celle de la population. Une telle conclusion porte à réfléchir. de rester vigilante sur les rôles que le corps social lui confère ? La médecine peut-elle accepter de prendre en charge les espérances d'une société déroutée devant l'horreur sans la tromper? Devant la souffrance. ou bien se doit-elle. Sommes-nous vraiment prêts. dans le cadre de la formation doctorale que dirige Christian Hervé de « traiter la maladie (nous pourrions dire le mal) non plus pour la souffrance qu'elle engendre. Une solution rassurante ? La médecine doit-elle répondre à l'attente du public. en tant que citoyens. la suppression de la violence. Cette dernière. est-il légitime comme le demandait Paul Ricœur lors d'une conférence. afin de contrer ces gestes inadmissibles. parce que supposée efficace. Il est ainsi nécessaire de . mais peut-être aveugle dans son pouvoir. en février 1997. semble désireuse d'appeler « la Science comme alternative à une anomie et la médecine comme garde-fou final à tous les débordements »22. soudainement consciente de l'urgence d'agir. d'objectifs impérieux. Cependant. et ce d'autant plus que la perception de ces médecins. celui de la médicalisation forcée de problèmes dont les causes ne relèvent pas directement de la maladie. au Laboratoire d'éthique médicale de Necker. Les mesures adoptées ne sauraient cependant n'être qu'une réponse à la demande angoissée du public. à donner ce nouveau rôle à la médecine? En fait. d'autre part. bien sûr. Elles découlent. en vérité.

bien utopique d'ailleurs. M. F. Hervé". n°230 et gouvernance. M. Québec.prendre garde au désir grandissant de ce dernier d'agir après les faits en exigeant la « guérison des agresseurs sexuels. de la violence et du mal. GRASSIN°. C. 156. Prospective Actualité du défi américain. Université Paris/René-Descanes. Laurent Gatignol Controverse sur le capitalisme. rue de Vaugirard 75730 Paris Cedex 15. Hudon* G. Mars 1998. Philippe Collombel. ~j~ Revue mensuelle de /> de pHKttl?. Université de Montréal. La prise en charge de ceux-ci par la médecine est susceptible d'entraîner un glissement vers la qualification de « malades des déviants de tous genres. POCHARD0 DESS de Bioéthique. DURAND*.com (33) 01 42 22 63 10 (33) 01 42 22 65 54 Prix du numéro (port inclus) France 73FF Autres pays/DOM TOM 78FF «|fc. Kimon Valaskakis Quatre scénarios sur les services financiers Éric Brat. C. ° Laboratoire d'éthique médicale et de santé publique de la Faculté Necker-EnfantsMalades. La médecine ne devrait sous aucun prétexte supporter l'entière charge de l'éradication. Paul Krugman Mondialisation 75341 Pa ri» codex O7 France'1 TF Futûriblos BSrruo do Voronno MTéli Fax • revueôf uturibles.• .Autres pays: 700FF *«s*ewiïw wBBBBW** Abonnement . 1 an (11 n°) France :650FF. prospective i^i} une crise salutaire de prospective Thaïlande. n°229 ? Sophie Boisseaudu Rocher ThérèseSpector urbaine. MichelAlbert Avril 1 998.

Etudes • 14. des parcours scolaires conduisant aux baccalauréats classique et moderne. Tous les chiffres entre parenthèses renvoient à la bibliographie. à la nécessité d'introduire des notions pratiques et un commencement de formation professionnelle. depuis trois ans. puis aux baccalauréats de philosophie. l'allongement de la durée de la scolarisation. depuis la fin du siècle dernier.rue d'Assas 75006 Paris Juin 1998 • N° 3886 . de mathématiques élémentaires et de sciences expérimentales. s'être enrayée (2). amenant la majorité des jeunes au baccalauréat. Face aux progrès des connaissances. en fin d'article. Il est vrai que l'éducation secondaire ne peut plus donner des « clartés sur tout ». en dépit des itinéraires de plus en plus diversifiés qui ont été conçus pour l'acquérir.& Le baccalauréat au pluriel 1 Daniel BLOCH H LA QUESTIONpose aujourd'hui de savoir se si. véritablement. au baccalauréat technologique et au baccalauréat professionnel. a bien conduit à une plus grande fluidité sociale (1)*. enfin. et pourquoi la montée en puissance du baccalauréat semble. aux diverses séries du baccalauréat général. à l'apparition de sciences nouvelles. plus tard. C'est ainsi qu'ont été distingués. il a fallu choisir et varier les degrés d'approfondissement (3).

trois jeunes sur dix sortent du lycée munis du baccalauréat. plutôt que par le fait de réussir ou non à un examen. et où la chance de s'élever et de prendre rang reposait sur la noblesse d'une érudition fondée sur les textes grecs et latins. L'éducation laissait peu de place aux langues et littératures « modernes » ou aux savoirs et compétences « scientifiques » ou « techniques ». de l'autre une majorité ne pouvant bénéficier que d'une courte formation professionnelle.Un jeune sur cent à peine réussit à devenir bachelier en 1900. par la diversification des matières s'est principales et une progression du nombre de bacheliers heurtée au sentiment qu'elle masquait une résignation à la baisse du « niveau » de l'examen. Puis le rythme de croissance s'accélère. L'augmentation du nombre de bacheliers a résulté. en mettant en avant l'objectif de « 80 de jeunes au niveau du baccalauréat à l'an 2000 » (4) (ce qu'a fait en 1985). Cette évolution marquée. avaient le baccalauréat (3). Il est vrai que la conception originelle de notre éducation secondaire remonte à une époque où la fortune était rare et se faisait par la cour et les salons. mais l'absence de diplôme le rend presque inaccessible. de tenter de sortir d'une Jean-Pierre Chevènement société duale comportant. un sur vingt en 1950. L'objectif affiché pour l'an 2000 de « 80 d'une . Il s'est agi aussi. En 1985. à la fois. ils sont aujourd'hui environ 470000. Actuellement. De fait. le diplôme ne garantit pas l'accès à l'emploi. Et la société accordait de considérables privilèges à ceux qui. Moins de redoublements et moins d'échecs le ministère de l'Education Nationale Traditionnellement. d'un côté une minorité privilégiée ayant accès à une formation longue. Le nombre de diplômes délivrés chaque année s'est ainsi autant accru de 1985 à 1995 que de 1900 à 1985. même si les titulaires d'un CAP ou d'un BEP sont privilégiés par rapport à ceux qui ne possèdent aucun diplôme. de ce fait. du sentiment que le baccalauréat devenait une condition nécessaire pour l'accès à la plupart des emplois (4). dont la préparation nécessite des études moins longues. soit plus de trois sur cinq. pour une part. Le nombre des élèves considérés comme atteignant le niveau du baccalauréat est. mesure les connaissances acquises par la classe atteinte dans la scolarité. celui qui possède le baccalauréat trouve plus facilement du travail que le titulaire d'un Certificat d'Aptitude Professionnelle (CAP) ou d'un Brevet d'Etudes Professionnelles (BEP). en petit nombre. supérieur à celui de ceux qui l'obtiennent effectivement.

Des évolutions importantes sont peu probables dans un proche avenir. en 1985 compte tenu des taux de réussite au baccalauréat observés à cette en « 66 de la classe d'âge avec le baccalauréat ». la proportion de jeunes considérés comme atteignant le niveau du baccalauréat est inférieure à celle qui était envisagée. l'âge théorique correspondant à une scolarité globale. en prenant en compte plus largement. en dépit de ce que le nombre de candidats n'a pas augmenté autant qu'il était imaginé. Il dépasse actuellement 75 Lorsque le taux de réussite au baccalauréat est. que de 70 et non de 80 C'est que le taux de réussite aux épreuves du baccalauréat s'est nettement accru. tant le concept de diplôme national est ancré dans notre culture. Le taux de réussite au baccalauréat général. les résultats obtenus en cours d'année. par exemple. En effet. L'importance du nombre de candidats comme le taux de réussite plaident en faveur d'une simplification des épreuves de l'examen. Elle n'est. sans redoublement. en moyenne. comme cela ne signifie pas que 25 des aujourd'hui. Ce sont finalement près de 95 des candidats qui l'obtiennent en une ou deux années. L'organisation du baccalauréat est très coûteuse en temps et en énergie. en raison de la diminution des redoublements sur toute la durée de la scolarité.Si la époque proportion de jeunes obtenant le baccalauréat est actuellement très voisine de celle qui correspondait à l'objectif désigné en 1985. et parce que le baccalauréat constitue un élément essentiel pour la régulation des contenus et du niveau des études au lycée. Ce pourcentage est passé à 65 au début des années 80. Ils sont désormais 60 dans ce cas. permettant d'avoir autant de bacheliers que prévu. proche de 75 candidats sortent du lycée sans le baccalauréat. par exemple. La différence entre le nombre de lycéens qui « atteignent le niveau » du baccalauréat et le nombre de ceux qui l'« obtiennent » est fort réduite. . en ce qui concerne le baccalauréat général. c'est-àdire se retrouvaient en terminale à 17 ans. De fait.classe d'âge au niveau du baccalauréat » se traduisait. les bacheliers sont. de plus en plus « jeunes ». la plupart de ceux qui échouent au baccalauréat redoublent la classe de terminale pour se représenter à l'examen l'année suivante. 50 des élèves étaient « à l'heure ». voire de sa transformation plus complète. Il y a dix ans. était de 20 à la fin du siècle dernier (3). en effet.

mais aussi de réhabiliter et de consolider l'enseignement professionnel. de deux à trois points sur vingt. à savoir 12 est bien inférieur à celui des lycéens des classes de terminales générales. Le nombre de lycéens professionnels « à l'heure ». en alternance. j'avais le dessein de mettre en avant un diplôme utile pour les entreprises et ceux qui le détiendraient. ont connu plus souvent des scolarités difficiles. Les collégiens qui.-P. pour les baccalauréats technologiques les jeunes qui le préparent sont souvent « en retard ».Le baccalauréat professionnel En proposant à J. parmi eux. professionnel est désormais obtenu par près de 10 En dépit de son poids encore limité. à mi-chemin. trop souvent considéré comme la voie des jeunes en échec scolaire. après la classe de troisième. s'orientent ou sont orientés vers la « filière professionnelle ». il a. avec. Si 4 seulement des enfants des familles relevant des classes sociales les plus favorisées sont en terminale prode leurs enfants sont en terminale fessionnelle (alors que 80 générale et que. Il faut dire aussi que le baccalauréat est professionnel d'abord le baccalauréat des enfants des familles socialement les moins favorisées. des périodes en entreprise et des périodes en lycée professionnel (4). en janvier 1985. avec des différences de niveaux scolaires moyens. il n'en est pas de même pour les enfants dont les parents relèvent des catégories les moins favorisées une faible proportion accède en classe de terminale des lycées et. Dans le jeu des inégalités Dès l'école élémentaire. à lui seul. Chevènement. tous arrivent en classe terminale). la création d'un baccalauréat professionnel préparé en deux années d'études au-delà du BEP. le passage du BEP. avec. Il est vrai que ce baccalauréat nécessite quatre années d'études à l'issue du collège. pratiquement. contribué pour plus de la moitié à la croissance du nombre de bacheliers au cours de cette décennie. . Amener 80 « niveau du baccalauréat » ne pouvait être envisagé qu'en prenant fermement appui sur ce nouveau baccalauréat. au cours élémentaire et à l'entrée en sixième. les jeux sont inégaux. Le baccalauréat des jeunes. une minorité seulement en terminale générale. Par ailleurs. aussi bien en de la classe d'âge au français qu'en mathématiques. alors qu'il en suffit de trois et généraux.

il en résulte (peut-être pour un temps seulement) une moindre croissance du nombre des bacheliers technologiques et surtout professionnels. par la situation du chef de famille. en ce qui concerne les catégories socio-professionnelles de leurs parents. Il n'y a d'élèves « à l'heure » en terminale. en position intermédiaire entre le baccalauréat général et le baccalauréat professionnel. équivalent à celui des titulaires d'un brevet de technicien supérieur.La préparation du BEP au sein des Centres de Formation d'Apprentis se développe rapidement. Il constitue un baccalauréat « intermédiaire » aussi en termes de réussite dans le parcours scolaire qui y conduit. depuis 1995. Dans un contexte difficile. mais 35 favorisées. avec un . voire une légère régression. du nombre total des bacheliers. La très cependant que 20 grande majorité (85 %) des bacheliers technologiques poursuivent leurs études (2) essentiellement en section de Techniciens supérieurs dans un Lycéeou en Institut Universitaire de Technologie à l'Université. et en tout cas plus satisfaisant que celui des diplômés d'un CAP ou d'un BEP. les Instituts Universitaires de Technologie (IUT) paraissent moins attractifs 10 des bacheliers technologiques entrent en IUT.Le baccalauréat professionnel autorise l'accès aux enseignements supérieurs. 60 d'entre eux souhaitent entreprendre des études en STSet 45 voient leur voeu satisfait. puisqu'il s'agit d'un baccalauréat. Il est situé. et une stagnation. voisin de 15 depuis 1990. Ce sont les sections de Techniciens supérieurs (STS) qui intéressent d'abord les bacheliers technologiques. Le taux de poursuite d'études au-delà du BEPvers le baccalauréat étant inférieur en Centre de Formation d'Apprentis à ce qu'il est en Lycée professionnel. en « concurrence » avecles Lycéesprofessionnels. Le baccalauréat technologique Le baccalauréat technologique est choisi par près de 20 des jeunes. Avec 15 de voeux. Ces études s'effectuent majoritairement au sein des sections de techniciens supérieurs de lycée (STS)dans le cadre de la préparation d'un brevet de technicien supérieur (BTS). Plus précisément. Le taux de poursuite d'études à temps plein des bacheliers professionnels est cependant limité. faute de quoi il pourrait voir tarir rapidement ses sources de recrutement. le comportement des bacheliers professionnels à l'entrée sur le marché du travail demeure honorable. C'est ainsi qu'il concerne 17 seulement des enfants relevant. des catégories socio-professionnelles les des enfants des familles les moins plus favorisées.

mais aussi. La majorité des voeux d'orientation vers l'enseignement des élèves des séries génésupérieur court est satisfaite. Mais les bacheliers des bachetechnologiques ne constituent qu'à peine plus de 10 liers entrant dans un premier cycle universitaire. si 15 des élèves des classes terminales générales aspirent à entrer en IUT. Ils sont néanmoins environ 20 à s'y retrouver. c'est simplement parce qu'ils sont deux fois plus nombreux à être candidats. 10 des bacheliers y sont admis. dans ce secteur. Le baccalauréat général C'est le baccalauréat du tiers des jeunes en âge de le passer. notamment technologiques ou paramédicales. un tiers des élèves des terminales générales souhaitent entreprendre des études supérieures courtes. des notes inférieures en moyenne à celles des bacheliers inscrits en premier cycle à l'Université (6). S'inscrire en premier cycle à l'Université constitue le premier voeu de 10 seulement des bacheliers technologiques (5). Les IUT ne préfèrent pas les bacheliers des séries générales à ceux des séries technologiques (5). enfants des catégories intermédiaires. y compris lorsque l'on exclut de ce décompte les étudiants du premier cycle scientifique . Si les bacheliers des séries générales sont deux fois plus nombreux en IUT que ceux des séries technologiques. L'écart entre le type de connaissances acquises par les bacheliers des séries technologiques et la base conceptuelle exigée pour tirer profit des enseignements des premiers cycles universitaires conduit à ce que la très grande majorité d'entre eux n'obtient pas le diplôme. majoritairement. Si 10 rales souhaitent être admis en STS. Il est d'abord le baccalauréat des enfants des familles les plus celui des favorisées. Selon les données recueillies dans la Région Rhône-Alpes. faute de suite favorable à leur demande d'inscription en STS ou en IUT. mais avec un taux de sélectivité variant considérablement selon les spécialités considérées. L'analyse des notes obtenues en contrôle continu dans les classes terminales des sur l'exemple des premiers lycées ou au baccalauréat établit cycles scientifiques et des formations en FUT du secteur industriel de Grenoble que les étudiants inscrits en IUT ont. et les deux tiers envisagent de se diriger vers des études supérieures longues (5). désormais. De même.taux de satisfaction analogue à celui observé pour les bacheliers des séries générales. Etant pour la plutertiaires. 7 des bacheliers y sont effectivement accueillis. ils part des bacheliers des séries technologiques choisissent d'abord les premiers cycles de sciences humaines ou du secteur de l'administration économique ou sociale.

Les classes préparatoires sont choisies selon une logique scolaire. plus des deux tiers des bacheliers généraux inscrits en premier cycle à l'Université le sont parce qu'il s'agit là de leur premier choix. Les expériences conduites à Grenoble montrent que les deux tiers d'entre eux sont susceptibles d'obtenir le diplôme de l'IUT (6). qu'il s'agisse des classes préparatoires aux grandes écoles ou des classes préparant aux concours d'entrée aux formations de la santé. au-delà. Nous sommes loin de l'image de l'Université qui accueillerait en gémissant dans des DEUG-fondrières les bacheliers rejetés par les IUT. avec la perspective de débouchés de qualité. La majorité des « meilleurs » bacheliers est accueillie dans les classes préparatoires. pour approfondir diverses matières. n'ont pas le niveau suffisant pour réussir en premier cycle universitaire. les jeunes filles sont gagnantes dans l'accès au lycée puis. pour acquérir dans de bonnes conditions de nouvelles connaissances. compte tenu de leur niveau scolaire. Néanmoins. Ils ne sont donc pas « malgré eux à l'Université.simultanément inscrits en classe préparatoire aux grandes écoles scientifiques. il en existe un pour les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). quant à lui. de l'apprentissage de l'autonomie. Le DEUG. Il n'en demeure pas moins que sont inscrits en premier cycleuniversitaire un petit nombre de bacheliers refusés à ['entrée dans une formation supérieure courte et qui. avec raison. La plupart des bacheliers inscrits en DEUG auraient été admis en IUT. aux enseignements supérieurs. apparaît aux bacheliers des séries générales comme la filière du développement personnel. 10 des bacheliers s'y retrouvent réellement (5). mais son image est ternie par les classes surpeuplées et des perspectives professionnelles insuffisamment claires (5). 67 des filles contre 55 des garçons de la génération . que ces études ne leur laissent pas le temps de faire autre chose (5). Le taux de sélectivité est ainsi relativement modeste et le niveau d'exigence pour l'entrée dans les classes préparatoires des lycées les moins prestigieux est désormais limité. En 1996. S'il n'y a pas de numerus clausus pour l'entrée dans les classes préparatoires à l'enseignement médical à l'Université. s'ils l'avaient souhaité. pour la plupart. Alors que 15 des élèves de terminale souhaitent s'inscrire en CPGEou en écoles à classes préparatoires intégrées. même si ces bacheliers redoutent. L'inégalité entre les filles et les garçons Depuis le début de ce siècle.

Mais elles sont minoritaires en série scientifique du baccalauréat général (45 %). on constate que si les filles sont meilleures que les garçons en français. 46 en troisième cycle. aujourd'hui comme hier. des modes et des secteurs de poursuite d'études différenciés et des perspectives professionnelles distinctes. Une démocratisation à pas comptés Ainsi. Elles ne constituent que le quart des élèves des classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques. La proportion d'enfants des catégories les plus favorisées est respectivement de 50 en classe préparatoire. les enfants d'ouvriers ou d'employés ont. 35 en premier cycle. Certes. Lahausse considérable du niveau de formation avecdes enfants davantage diplômés que leurs parents. ni qu'elles restent deux fois plus longtemps que les garçons à la recherche de leur premier emploi. Rien donc ne justifie qu'elles soient écartées des filières scientifiques ou industrielles. 32 en premier cycle. plus de chances de se retrouver ouvriers ou employés à l'issue de leur scolarité que les enfants de cadres supérieurs. elles sont à égalité en mathématiques. Si l'on examine le niveau des connaissances atteint par les élèvesen cours élémentaire et à l'entrée en sixième.en âge de passer le baccalauréat ont obtenu ce diplôme. une ouverture de l'enseignement supérieur à une plus grande proportion de jeunes issus des milieux les plus défavoriséset une forte montée en puissance des jeunes issus des catégories intermédiaires laisse donc encore place à beaucoup d'inégalités. Certes. avec. 37 en IUTet 56 en STS. les enfants des parents les . les parcours scolaires et universitaires des jeunes diffèrent selon qu'il s'agit de filles ou de garçons et selon les catégories socio-professionnelles auxquelles appartient le chef de famille. 26 en IUT 14 en Section Techniciens Supérieurs (STS). alors que la proportion d'enfants provenant des catégories les moins favorisées (les plus nombreuses) suit une progression strictement opposée. comme dans les séries industrielles des baccalauréats technologiques (12 %) et professionnels (10 %). Ellessont aussi deux fois plus nombreuses que les jeunes gens à connaître un chômage de longue durée et trouvent plus rarement des emplois correspondant à leur formation. Il serait cependant gravement inexact d'en déduire que l'élargissement de la scolarisation et l'accèsd'un plus grand nombre au baccalauréat ont laissé telles quelles les inégalités sociales. 40 de ceux des premiers cycles scientifiques. avec 24 en classe préparatoire et en troisième cycle. en conséquence.

plus diplômés ont plus de chances d'être davantage diplômés que les enfants de parents moins diplômés. Mais la croissance de la formation a permis de modifier considérablement la composition socio-professionnelle de la nation, avec une proportion d'ouvriers et d'employés en forte baisse et une proportion de cadres intermédiaires et supérieurs en forte hausse, qui traduit, là encore, les indéniables progrès induits par l'éducation. Si l'âge de fin des études supérieures n'a que très peu changé, par contre, la durée de la scolarité obligatoire s'est accrue, et même si l'âge de la scolarité obligatoire n'est que de 16 ans, de fait 85 des jeunes sont encore scolarisés à 18 ans et 60 à 20 ans, ce qui conduit à une considérable poussée du niveau de formation et de qualification. Ainsi, année après année, le niveau des conscrits est en hausse. Il n'en demeure pas moins que beaucoup d'indicateurs qui étaient au vert sont depuis deux ans à l'orange. Comme nous l'avons déjà signalé, la proportion de bacheliers n'augmente plus et affiche même une légère tendance à la baisse, cependant que le développement de l'apprentissage conduit à des sorties plus précoces de la formation professionnelle, avec des diplômes moins performants sur le marché du travail que le baccalauréat professionnel. Et l'orientation des jeunes filles vers l'enseignement scientifique ou technologique et professionnel du secteur industriel ne progresse pas. Un second souffle?

A quelles conditions le système éducatif pourrait-il trouver un second souffle? Tout se joue, ou presque, dans l'enseignement primaire dès le cours élémentaire, les différences d'origine familiale, géographique, sociale, culturelle, marquent de leur empreinte les résultats scolaires. Même si l'école ne peut effacer les différences, elle a la possibilité de les réduire, en consacrant davantage d'efforts à ceux qui sont le plus en difficulté. Il y a ensuite les collèges qui, trop souvent, prennent acte des différences de niveau des élèves, en mettant en place des choix d'options ou de langues vivantes dont la signification n'est évidente que pour les initiés. Ici aussi, il faut développer les soutiens spécifiques et mieux informer, en transformant la résignation de certaines familles en plus d'ambition pour leurs enfants. Le lycée doit également poursuivre sur la voie d'une égale dignité entre les séries générales, technologiques et profession-

nelles du baccalauréat; tout en préservant leur spécificité, il doit davantage métisser les cultures des divers ordres d'enseignement. Il faut pouvoir préparer plus souvent, au sein d'un même lycée(et pas seulement dans les banlieues), les baccalauréats général et technologique; et disposer dans un même lieu des préparations aux baccalauréats technologique et professionnel, quelquefois avec les mêmes enseignants, ce qui contribuerait à sortir l'enseignement professionnel de son isolement (4). La technologie n'est plus synonyme de cambouis et d'efforts physiques. La politique d'information et de communication, lancée avec force à la fin des années 80, afin d'orienter davantage de filles vers les filières scientifiques et technologiques, qui avait commencé à porter ses fruits, a été abandonnée. Il faut lui redonner vie. Il est profondément anormal que des bacheliers qui souhaitent entreprendre des études supérieures technologiques courtes ne puissent le faire et soient conduits à s'inscrire, contre leur souhait et avec une chance réduite de succès, dans un cycle des bacheliers entrant en plus long et plus difficile. Ainsi, 30 premier cycleen sciences humaines et 20 des étudiants entrant en premier cycle en lettres ou en sciences auraient préféré s'inscrire en STSou en IUT (5). Cependant, le taux de sélectivité des formations technologiques courtes, STS dans les lycées et IUT à l'Université, a fortement décru, en raison de la baisse d'attractivité de ces formations et de l'augmentation des capacités d'accueil. Une croissance nouvelle mais mesurée de cette capacité d'accueil en STS et en IUT, en favorisant les filières les plus ouvertes sur l'emploi, devrait permettre aux bacheliers des séries générale et technologique qui le souhaitent de s'inscrire dans une formation supérieure courte. Quant aux premiers cycles des universités, ils fonctionnent mieux qu'on ne le dit. Il n'en demeure pas moins qu'un effort significatif reste à accomplir, afin d'obtenir de plus petits groupes en première année des enseignements expérimentaux davantage développés et des conditions de travail améliorées pour les étudiants et les professeurs. Une organisation pédagogique nouvelle devrait permettre non seulement de participer à l'élaboration d'un projet professionnel pour ceux qui n'en auraient pas encore, mais, au-delà, elle devrait les rendre davantage aptes à proposer dès le premier cycle,pour ceux qui ont déjà un projet, des formations leur permettant de le réaliser plus rapidement. Tout cela

un étudiant en premier moyens financiers coûte deux fois moins à l'Etat qu'un étudiant courtes ou relevant des formations supérieures technologiques des classes préparatoires aux grandes écoles. Il nous faut aussi une implique quelques cycle à l'Université attentive aux bacheliers et plus confiante en davantage une action inscrite dans la ailleurs, elle-même; et, ici comme le temps se mesure non en durée, car, en matière de formation, mois ou en années, mais à l'échelle de générations. Université DANIELBLOCH Recteur de l'Académie de Nantes Chancelier des Universités

BIBLIOGRAPHIE

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On invoque tour à tour une crise dans une universitépeu apte à faire face à la massification de ses effectifs. Il a même salué Mai ]968 comme une « insurrection de l'Esprit ». Les historiensn'ont pas fini de débattre pour savoir quelles sont les causes qui permettent de fournir quelques explications au soudain embrasement de la France en mai ~96S. Celui-ci continuait d'être le père. Raymond Aron a vu en Mai J96~ un « psychodrame collectifqui ressembleraità celui de la révolutionde Etudes M. de la guerre d~~ene. d'un refusjuvénile de se coulerdans la médiocrité épaisse du conformisme. Celui-ci. Pierre Viansson-Ponté. mais il avait cessé d'être le héros des années de Londres. rued'Assas 75006 Paris Juin !998 ? 3886 . En écho. Les « trente glorieuses » battaient leur plein et correcl'ascenseursocial fonctionnait tement. des débuts de la V' République. n'avait-il pas porté un diagnostic sévère « La France ~~nnute x Plus sceptique. l'usure de la figure charismatique du Général de Gaulle.mais avec une grande ampleur de perception. Les enfants des nantis se rebellaient-ils contre ce que la consommation de masse qui se répandait imposed'uniformité et de conformisme Maurice Clavel a ? parlé à ce sujet du retour du refoulé. quelques semaines avant l'événement. 1 HEMR) MADEDN N Mai. il répondaitaux proposétonnants d'un journaliste du Monde.une décélérationdela croissance liée à un plan d'austérité imposé à la nation.FtCURES LIBRES ~~S ~7~ &MN~ QU'EST SOIXANTE-HUIT DEVENU? Mais.

faute de pouvoir contrôler le mouvement. se profile l'ombre de la Chine supposéerévolutionnaire.il y eut Berkeley Tokyo. La CGTdéfilant derrière une foule étudiante. David contre Goliath la « pureté révolutionnairecontreles nantis! C'est d'ailleurs pour cette raison que les campus du monde entier s'agitent. Ce qui est sûr. rituelles. numériquement encore forte.Cohn Bendit.Avantque ne s'engage la négociation sociale globale du 25 mai. se par delà les oppositions trouvent désemparés. AvantNanterre et la et Sorbonne. de son côté. c'est en effet une première depuis qu'existentune CGTet un PC. c'est que c'est la de dernière fois que la jeunesse notre pays. La jeunessene se contentepas de parler et de provoquerdans ce mouvementinédit.à récupérer un mouvementqu'elle ne réussitpas à bien saisir dans ses composantes et sesintentions.les premiers à cause de leur impérialismeéconode mique et de l'unidimensionnalité leurs visées.frappée par « la maladie infantile du communisme». desactivistes rêvent de construirepartout dans les zones fragiles de la planète des « foyers» de rébellion. syndicats.c'est que les crapulesstaliniennesétaientderrière nousdansle cortège». A sa suite.jugés tous tyranniques. a mis peu à peu le feu aux poudres dans la nation. afin de débusquer les d injusticeset lesviolences es pouvoirs coloniauxen place. en tout cas. C'est l'époquede la guerre du Viêt-nam. Les syndicats se mettent à suivre. ce fut une agitation d'abord estudiantine qui. voixde la France va peu à peu s'éteindre et cesserde parler à cause d'une grève qui commencedès le 15 mai. Bref. Le prestigede Che Guevaraest alors à sonzénith.« mille petits Viêt-nam ». Car la panne socialeet la grèvegénérale sont postérieures une effervesà cence étudiante.l'opposition ne parvientpas. en tête d'un cortègemonstre. en entraînant dans sa fusion une partie de la jeunesse. habitués jusque-là à régler les figures du ballet officiel. Car pouvaitcriersa différence.qui lutte contre les deux « superpuissances » qu'elle met à peu près dans le même sac. déclarele soir même « Ce qui m'a plu aujourd'hui. Les Etats-Unis et l'URSSsont vilipendés. .D'autant que « l'informationtélévisuelle.1848 que Tocquevilleavait vu se jouer sousses yeux.e flou est manifesteégalel ment dans les délibérations et les décisionsdu pouvoir. ellefait surtoutentrer le débat international dans le jeu national. les acteurs officielsde tous bords (partis.hauts fonctionnaires). e l 13 mai. petit pays qui montre ses capacités de résistancecontre la force brutaleet malhabiledesAméricains.la secondeparcequ'elle a trahi le socialismequ'elle prétend incarneret que l'utopiequ'elleportait a dégénéré en système bureaucra» tique un bloc« militaro-industriel installé à Washingtonet la dégénérescenceen marcheà Moscou. il n'est pas de clé unique pour expliquerle pourquoi de cette soudaineaccélération mouvement du browniendans une nation. Derrièrele décorde la scène parisienne. C'est leXX'sièclequi revendique l'envers à sousnos yeux!~usquaMX accordsde Grenelle. tel un incendiede pinède.

desforteressesragiles. elle.projette son ombre sur la France de J968. La France et la Grande-Bretagne n'ont-elles pas subi. des communistes et des gauchistes est la traduction hexagonale d'un mondeà trois dimensions Onle voit Etat~-UnM/URSS/Chtne. même si c'estau détriment du tiers monde. riches mais coupées de leurs sources d'approvisionnement.Ne plus attaquer les centres.Elle a consisté à ramenerchacunsur le terrainde la légalitépar l'annonce d'une dissolue tion de l'Assembléef convocation à des électionslégislatives.Devant le nombreet la dispersiondes masses prolétaires dans les immensescampagnes de la planète. pratique la coexistence pacifique.Il est vrai que Georges Pompidou réussit à faire croire à de bons contingents d'électeurs apeurés que les communistes sont de dangereux révolutionnaires. les pays riches sont comme des villes concentrées. dans son souci de comptabiliserses voix. la droiteva remporterune victoireécla- . ils dévoilentce qu'ils sont devenus.La Chine.Lecentrede référencedes communistesest Moscou. semblablesen tous points à ces gauchistes~ut ~èfnentla zizanie partout.légaliste finalement. le téléphonerouge sert à prévenirles menaceset à enrayer les fièvres naissantes.Quand le tiers f monde sera conscient de sa force. théâtralisée par le Généralde Gaulle. Les gaullistes~ut dominent à Pans ont partie liée avecle monde libéral qu'incarne Washington.la Chine rêved'entrer dans le groupedes trèsgrands. Mais le triangle. acceptent d'emblée le recours aux urnes. l'URSSs'est effondréeet se veut démocratique. brûlent des voitures à qui mieux mieux et sont d'incorrigiblesrouges ~ut ne pensent qu'à la subversion généralisée. mais occuperles périphéries.Biendesgauchistesqui s'agitent ont pour Pékin les yeuxde Chimène. à l'époque. gauLes chistes ne peuvent que dénoncer dans ce recours aux électeurs une « trahison ». qui signifierait la prise du pouvoirpar l'insurrection des masses.Lescommunistes. bien avec la trouvaille géniale de GeorgesPompidou. théorise une nouvellemanièrede conquérirle pouvoir. mais. sousla houlettechinoise.Viendra la saison des fruits longtemps mûrisau sein de rébellionsencadrées par une internationaleau cœur enfin rouge. Car les deux superpuissancesse sont alors alliées pour stopper net ces velléitésbelliqueuses contrel'Egypteet le mondearabe. douze ans auparavant. il a cesséde croire en ce grand soir. au nom de théories révolutionnairesqu'elle est censée avoir pratiquées chez elle. Aux élections de juin 1968. Le triangle Etats-Unis/URSS/ Chine est aujourd'hui tout autre. Les Etats-Unisconserventleurrô!e impérial. Le spectresocio-politique formé des gaullistes. ils feront les frais de l'opération. royant c tirer les marrons du feu. L'URSS. est dénoncée pour son hypocrisie elle s'oppose verbalement aux Etats-Unis. une humiliation terrible en voulant lancer l'expédition de Suez? Dans les faits.alors il permettra l'effondrement des métropoles. ce fut le dernier reflet de leur gloire d'antan. dans lesfaits. En franchissant ainsi le Rubicon. un parti soucieuxde légitimation.

clichés se bousculent en rafales. Mais cette gauche et cette droite. 1997 et 1998 ont été ensemencés à cette époque. deux moments de l'année J 965 Mai 68. ils ont ouvert. Printemps de Prague. parce qu'elles veulent réformer. qui était de pousser sur leur droite un PC qui prétendait avec succès au monopole révolutionnaire depuis 1920. Mais le Général de Gaulle abandonne le pouvoir un an plus tard. Ainsi le regard croisé jeté sur ces deux moments de l'année J968 dépend-il de la relation établie entre Histoire et commémoration. Les fruits amers de 1981. ils rentrent dans l'ombre. trente ans plus tard. Quant aux gauchistes. Associations. de nouveaux espaces pour un socialisme réformiste. comme elle n'en a jamais connue depuis le début de la V République. en réaction. une droite extrême se réveille et veut en découdre. signe d'un mal-être persistant du corps polide tique. Une agitationtropfébrilea engendré de la peur dans une Francevieillissante.Les gaullisteset leurs alliés tardent à trouver de nouvelles parades. Mais ils ont accompli une mission essentielle. Mais cela a finalement favorisé une gaucheplussocial-démocrate que socialiste. ils se sentent un peu comme« cette génération perverse dont parle l'Evangile. ils ont obligé les communistes à mettre leurs actes en conformité avec leurs pra- tiques.formules. Quant aux contemporains Mai ~6S qui ont plongé avec ardeur dans le feudela contestation. que la régénérescence du Parti socialiste et l'alternance réussie de 1981 ne vont faire qu'accélérer. Cependant. Par leur action. tandis que Mai 68 n'est toujours pas sorti du registre de la commémoration. lui aussi. le Printemps de Prague appartient à !'HMtofre. sont confrontéeschacune à la et concurrence d'une extrême-gauche d'une extrême-droite. entame une phase de déclin.A moins qu'ils n'aient le couragede s'interrogerrétrospectivement. finalement peu subversives. les réformes deviennent difficiles. Le Printemps de Prague bascule du côté de <'HMtOtre avec ce premier . comme Guy Coq « Que m'est-ildoncamt~e? » Paris-Prague PIERRE GRÉMION Deux villes. On le voit mieux quand on regarde le paysage politique d'aujourd'hui.tante. Le communisme.

ne fut ni vain ni devaitretrouverune articuoublié. la génération 68 portera le deuil de la révolution(on le sait et elle l'a fait savoir) en déve- loppant des rapports perversavecla société (on le sait moins et elle l'a moinsait savoir). Plus tard. 11 lation nationale et internationale avec la Charte 77. ces quelques mois de grâce ponctuéspar les Méditations d'été du président Havel ont le goût des C'estalors que l'on accomplissements. La Tchécoslovaquieest alors le siège d'un nouveau processus un mouvement de réforme renvoyant aux orientations révisionnistes qui travaillentle parti communistetchécoslovaque et un mouvement de renouveau qui dépasse de beaucoup le cadre d'un communismeassoupli pour exprimerla renaissance culturelle et civique de la Nation. « Il est interdit d'interdire »).mué en fanatisme anti-institutionnel nihiliste. Mais ces deux processusse déploientsous contrainte l'épée de Damoclès que représente l'Union Soviétique.ce sont toujours les bonnes cartes qui sortent et jamais les mauvaises les slogans indignes ~« Grappin = nazi = SS») ou stupides ~« CRS-SS ». Curieusement. mais même ce pluralisme imparfait était intolérable pour l'URSS. car « Mai 68 » est précisémentconstruit pour l'évacuer. les naufrages et les innombrables épaves laissées sur le carreau. peut se retournerversle passé. Du mouvementsocial de grande ampleur que la France connaît en mai-juin J968. Les jeunes révolutionnaires parisiens tiennent en piètre estime tous ces Tchèques ne sont que des technoqui crates cherchant à rejoindre au plus vite le capitalisme.Mais la vérité historique est tout autre.semestreinoubliablede l'année 1990 et la liberté retrouvéeen Tchécoslovaquie. il est truqué. lui.C'est pourquoi ils ne peuvent converger que partiellement. de cartes enfantin Chaquejoueur va au tas cherchersa carte. C'est l'arrivée des chars qui nimbe a posteriori le Printemps de Prague du halo de l'utopieassassinée et qui soude le boulevard SaintMichelà la place Winceslas. l'analyser. f En J96~ à Prague. Tout autre est le rituel décennal de la commémoration des mois de mai et juin 968 à l'enseigne de « Mai 68 à Paris. La société française l'a déçue. lesectarismepolitique forcené.le comprendreet l'intégrer. les médias) entretient avec la sociétéfrançaise. La société française ne l'a pas suivie dans la révolution. L'intervention des forcesarmées comportaitune leçon le communismeétait irréformableet le révisionnismeune impasse. la politique. Analyser en profondeur ce mécanismepermettrait sans doute d'éclairer le rapport étrange que la « génération 68 » (aux commandes aujourd'hui dans l'édition. Mais le renouveau.la révolution n'est pas à l'ordre du jour ni drapeaux rouges. les commémorations de Mai 68 ne retiennent rien. Le jeu n'est pas seulementenfantin. à travers un langage codé.Quoique loinde nous aujourd'hui. ni drapeaux noirs. Chacune de ces ? commémorations ressembleà un jeu la pioche. Le Printemps de Prague tendait versla réalisationd'un pluralisme imparfait. A l'automne .

« Vichy ». De ce qu'il fasse figure désormais d'épiphénomène dérisoire. Le mal court. Rapporté à J'HMtOtrg. devait dire. Qu'il nous soit au moins permis d'aller faire notre marché ailleurs. François Mitterrand a rencontré non pas Dubcek mais Novotny pendant un quart de siècle. un mois à peine. « Mai 68 ». Contre l'ordre établi. Michel de Certeau. plus ou moins de casse. plus ou moins d'élégance. une telle affirmation tendrait à écartertoute possibilité ne de voir dans ce printemps subversif qu'un accident oubliéou une fièvre vite guérie.« priseet r~pn~?. à chaud. Il faudra traverser cela avec plus ou moins de bonheur. Paris fantasme sur l'autogestion intégrale.Mais au centre. « Entre la violence et le chant ». mais sous celui des malentendus. A elle seule. Une brèche. Non seulement les communistes français ne veulent rien entendre du renouveau.J967. une relation à l'action collective qui s'efface. plus secrètement. En ~968. tandis que Paris ignore l'Europe et reporte ses espoirs sur les révolutions paysannes du tiers monde. C'est tout un mode d'action collectif qui s'effondre et peut-être. Prague veut réintégrer l'Europe et sa culture. C'est la vie.Mai 68 déstabilise et disqualifie les acteurs et les mécanismes institutionnels du redressement ~rancaH forgé à partir de la défaite. Le bien aussi FRANÇOISE LE CORRE De mai à juin. les rapports entre Prague et Paris sont à placer non sous le signe de la convergence. qu'il soit permis de dire ici quelque inconsolable. Paris réinvente les soviets et reproche à Prague de faire le lit de la société de consommation. les « trente glorieuses ». On retiendra encore le véritable désastre éducatif engendré par le révolutionnement culturel. il y eut la parole. Prague cherche péniblement à se réapproprier un héritage constitutionnaliste. produit de la révolution avortée. même à la qu'ils abandonnent répression. les . il ne cessera de jouer à contre-emploi face aux évolutions de l'Est européen. c'est aujourd'hui le fonds de commerce du décrochez-moi-ça ~ranc~M on peut s'y fournir en solde à pas cher. La révolution politique avortée à Paris débouche sur un « révolutionnement » culturel général. mais ils se méfient du révisionnisme et des révisionnistes.

Uneforme de soupçon radical minerait désormais et pour des lustrestout ce qui. la liberté contre l'empêchement. A cela près qu'aucun projet de substitution ne paraissait chercher à prendre corps.ses murs et le lieu de son cri. évacuant du même coup ce que le symptôme révélait. réhabilitait le plaisir et les bergeries.surgirait. le spontané contre le répressif. La légitimité de la paroie Liée au seul fait d'exister. de trouverses espaces. condamnaitles choses ~Ah Percer et la consommation. Représentations contestéesparce que non représentatives. commeon devait le dire un peu plus tard. délivrée. c'est le propre des crises. la poésie retrouverait ses sourcesdans un monde où il deviendrait enfin possiblede « faire l'amour et pas la guerre ». la vraie. qui ne pouvaitêtre que de confiscation. Et si l'on est fort de ses droits. Fini le principe d'autorité. et qu'on pouvait n'en voir que la radicalitédestructrice. qui parfoisse mit consciencieusement à l'école de l'enfant.Désencombrée. s'apparente à la culture. Une réconciliationrêvéede l'innocenceet de la vie. loutes les communautés et tous les âges. on l'est aussi assez pour savoir que. estourbi. Se trouvait ainsi ren- voyé dans l'ombre tout ce que des sièclesavaient pu ajouter à la somptueusenature.Rien d'étonnantjusque-là. malgré les avertissements prémonitoires d'un Marcuse. glacis la vie. . tout autant que les valeurs qu'il mettait en évidence. Ce grand bain de légitimitérécupérée sur les maîtres. fossilisation. des langages et images révolutionnaires qui n'y gagnaient guère en force de conviction et y perdaient beaucoupen credibilité. Une fois casséeslesstructures sédimentation. Conséquence inéluctable toute parole équivaut à toute autre. Mais les langages articulés sauraient-ilssurgir des tablesrases? Plusieursgroupespuisèrentdans le fonds de cultures d'importation. celle qui paraissait étouffée. Le culte et l'inculte. de près ou de loin. les hiérarchies et les conventions. de l'innocence? Comme devait le dire lankelévitch dans Le pur et l'impur. L'enseignementen fut durablement marqué.institutions.les pouvoirsen place. de toute parole commise. révolutioncoperniciennes'il en fût on mit quelque trente ans à réviser certains de ces excès. Ce qui se soulevait subitement jouait le mouvementcontre l'immobilité. a pareillementle droit de s'inscrire. pêle-mêle.Beaucoup s'en tinrent là. également dignes. qu'on pouvait parler de « la tyrannie du plaisir ».la plage l'image était doublement symboliquepuisqu'elle certifiaitaussicette poétiqueneuveet partagée que d'aucuns énonçaient. « Sous les pavés. Sous-jacent. et rendait à chaque groupe comme à chaque individu l'horizon large ouvert pour sa propre parole. les savoirs avérés. pouvait-il échapper aux contradictions. de la Chine à Cuba. innocence et consciencene peuvent être réparties sur la même tête. comme à s'apercevoir.de la nature. dès lors qu'il se trouvait couplé à cette idéologiede l'existentiel. !'ar<!nca)'tun vitalisme sans le nom qui. les doctes.

trouver les mots pour le dire est un acte éminemmentculturel. des imprégnations. Une étape supplémentaire. des aménagements. On se prend à rêver de ce qu'aurait pu devenir le discours politique ainsi refondé dans une société « convertie ». le prix ne fut payé. ni du côté de ceux qui prirent la parole. surle long terme.ni du côté de ceux qui la reprirent. La parole signifiante. Ce qui est à craindre. que cette réaction.très occupés à se fournir de leurs positions des figures historiques satisfaisantes. dans une élaboration possiblementdifficile. refuseraient de prendreen charge la question posée. GeorgesMorel le rappelait dans un article d'Etudes. commeleursadversaires. Lesrévolutions cet ordresont obsde cures. Mais les soixante-huitards. s'enfermèrent dans leurs justifications (parfois savamment déguisées en contritions). elles touchent à l'intime en même tempsqu'au public.et ce n'est pas un hasard si un fascisme« naturalisé » a pu faire une percéeau sein même d'instances démocratiquesqui n'ont que peut-êtreplus de représentatives le nom et la forme. Sans compter que. en effet. Là se fait le partage. c'est que la secousse de mai 1998 ne soit vite enfouie sous l'obscènebonne consciencede résistants à bon comptequi. comme une plaie refermée avant d'être saine. Une conquête sur sot-Même avant de l'être sur les autres. En quels autres temps que nos années 97-98 vit-on paraître autant d'ouvrages. Ou. Une tâche à laquelle l'autre est tneMfabtement intérieuet rement associé. quoi qu'on fasse. intitulé « Nietzsche et la crise » (octobre 1968). L'Histoire retiendra-t-elle jamais quelquechosede cescombats qu'elledésignecommedes lieux possibles.quand bien même il est personnel. au privé commeau collectif. forts de leur seule indignation. dans le processus de longue maladie que Nietzsche décelait dans la société moderne. Aurait-onretroufelà l'expérience de la véritablemaîtriseet une appréhension restaurée de l'autorité (en sonsensoriginelque lui vaut la racine auctor quifait grandir). qu'on aurait sans doute accompliune véritable et féconde révolution. Ellesfont appel à un courage décisif. de travail et de vérité sur l'ensemble de l'existence. pour les uns commepour les autres. une digestionlente et une résorption d'intuitionsqui eussentpu être salutaires. certainement moins attractif que les miroitements du plaisir ou la proximité des pouvoirs.Il y eut. pire. comprisphilosoy phiques. et parfois cher. faute d'avoirlu ce qui s'annonçait et « d'en avoirtiré les conséquences. Mais. en son .destinataire et honzon de la parole conquise. le mal court sousles colmatages.avecson syndromed'épuisement.trop rarementoccupes Il y eut une apparente sortie de crise. peut-être. se paie.sur la fatigue? Une très grande fatigue et un désintérêt général les structures politiquesde représentations'avèrent v tragiquement ides. Depuistrente ans. leurs ressassements et la peur dela différence.les maquillagesou les refondationsfictives.on peut n'être que le locuteur sans être forcémentl'auteur. C'est affaire de liberté.

et il a alorsjoué le jeu de cette séduction et de cet hommage ambigus.dansle même temps.maisc'est une espérance.la foi. quand il lui rend un « anti-hommage» pour son soixante-dixièmenniversaire. convaincue de ce droit pour tousà la parole.entre autres. il a pourtant eu ses incontestablesheuresde gloire et d'adulation. comme toujours. tandis que l'autorité des petits maîtresse réfugie dans des secteurs de plus en plus étroits comme en autant de zones Les inexpugnables.travailleurssociaux. le savoir. Dès J965.ce n'est pas une consolation. ürgen a J Habermas. on découvre que plus guère ne croient à l'enseignement dispensé.désertéessouvent. et l'espace du < désir? ' On veut le croire le mal court. Les grandes aventures humaines. continue de fasciner. La parole véritablene se tient jamais qu'entre miracleet désastre. De ces lieux à forte charge touteune sociétése retire symbolique. Les étudiants s'y bousculent à l'entrée.fond indispensable et salutaire. Pour sa part. institutionsecclésialestiennent encore. Les voix y résonnent. La question est moins désormais de savoir ce qu'on va y faire que d'« intégrer ». Une génération qui s'était fait une spécialitédu rejet violent des pèresen a fait Mnpère de sa révolution. sans plus être attaquées. Pour lesoubliés. leurs échos. mais ne portent guère. l'Université. continuateur austère et rigoureux de l'Ecole de Francfort . la politique. situation paradoxalepuisque. ne soit une excitation momentanément bienvenuedans un océan d'impuissance. A-t-il jamais été vraiment lu ? Dans les années 60. une armée des ombres se porte aux lieux que notre société ignore à moins qu'elle n'en parle trop ou mal une armée d'enseignants. Depuis trente ans. éclatée. ou si peu. Un « père » de 68 Marcuse JEAN-LoUIS SCHLEGEL On ne le lit plus guère. le bien aussi. éducateurs spécialisés. Hors publicité. Certains paientle prixfort. Face à la parolepubliquesinistrée. sur la pointe des pieds. Il arrive que les muets parlent et que les sourds entendent. trouveront-elles leurs lieux.

En « oubliant » ces questions essentielles. pour Habermas. qui frappèrent Horkheimer et précipitèrent. cette véritable charte de l'Ecole de Francfort « La Théorie doit préserver la vérité. en montrant du doigt « l'étendue suggestive de l'océan tranquille » CrOc~n Pacifique vu depuis la côte Ouest) « Comment peut-il y avoir encore des gens qui nient l'existence des td~ ? Ne se mettait-il pas à nier. va-t-il Ne pasjusqu'àjustifier la violence?Une phrasede lui fait florèsen 1967-68 « Si elles (les minoritésopprimées et écrasées]usent de violence. d'une phrase lapidaire. La pratique doit suivre la vérité. il écrivait encore. non l'inverse. comme Horkheimer et Adorno. celle du grand refus ? Dans Raison et révolution (traduit en J96N mais écrit en 1941). pour penser avec la Raison les rapports de domination et tout le passif des rapports sociaux. et moins que toute autre l'éducateur ou l'intellectuel. comme si souvent. même ~f la pratique révolutionnaire dévie de son droit chemin. et ~)ellessont décidéesà assumer ce risque. dénié et trahi son passé. finalement.mais pour briser celle qui existe. elles savent ce qu'elles risquent.Commeon veut les abattre. mais c'était aussi leur vérité. Tout est dans le mot « oppression ». on l'a vu très vite. le pire ou pire qu'avant? La vulgarité et la grossièreté des révoltés. à en croire Habermas. lui reprochent d'approuversans réserveles révoltes étudiantes. l'évidence lui prêtent les que étudiants occidentaux qui profitent des « trente glorieuses»). C'était leur faiblesse.dont Marcuse avait été membre.ce n'est pas pour inaugurer une nouvelle chaîne de violence. la gauche de la gauche l'applaudit. écrit « je nereconnais lusenelle p ~'tmage qu'il donne de lui comme idole de la jeune gauche] l'homme sincèreet courageuxdont j'admirais l'immunité à l'égard du faux succès. Quand l'injustice n'est pas manifeste (sous-entendu. » Bourdieune dit pas autre chose aujourd'hui. justement.» Habermas. qui ne s'embarrasseplus d'analysesprécises et de raisonsargumentées. la pratique et la mise en ŒUtvg de l'utopie ont précédé les analyses et les synthèses de la vérité. nulle tierce personne. dit-on. l'a-t-on lu ? At-il écrit ce qu'on lui a fait dire? En 68. l'existence des idées au profit d'un activisme révolutionnaire qui se faisait gloire d'une « négation indéterminée et dangereuse.n'a le droit de leur prêcher l'abstention. et l'ambiguïtédemeure. en tout cas. ne sont pas rassurantes à cet égard. l'effort de la Théorie Critique. Marcuse lui aurait déclaré. Marcuse aurait.en 1968 ellen'a pas.de justifier le refus pour le refusoule « grand refus».es fondateurs de l'Ecole l de Francfort. il n'y aurait jamais de rupture dans le . » Mais le lisait-on. la mort d~dorno. car sans l'impatience de ce passage à l'acte impensé et parfois insensé. pourtant remuées par lui-même depuis des années. comment justifier l'action violente? Et comment arrêter chat ne de la violence? Comment éviter que la révolteet la révolutionne se retournent et produisent. un jour. sinon toujours.

Ils veulentle bonheur-liberté en tous domaines. pour lui. mais. Mais comment éviterde sejustifier. Marx était éloignéde tout modèlede liberté ou permissivité sexuelles. Pour que la civilisation progresse. Car c'est à cette croiséedu désir individuelet du devenirsocialqu'on trouve Marcuse. Pire il en fait la théoriepour les transformeren un fait de nature. Plus critiquables et dangereusessont les idéologiesde la rupture et les théories(ou les théologies)de la révolutionéchafaudées après coup. que les individus ne supportent plus d'être bridés dans leurs pulsionssexuelles. Pour Lénine. un devoir enversla société». au fond. artistiques? N'a-t-il pas inventé l'idée. le bonheurdans une sociétédes hommesréconciliésentre eux et avec la nature serait aussi celui du désir sexuel et amoureux comblé. d'intellectualiser et de rationaliser le désir d'utopie? /'emp!o!'eà dessein cette expression. En cela. est jugésévèrement ar p les partisansde la libertésexuelleillimitée. la productivité a atteint des niveaux tels. Pourtant. d'une sublimation des instincts? N'a-t-il . efaut-il pas.mur opaque de l'espaceet du temps social. bien au contraire.intels lectuelles. le dépassementrelatif de la pénurie matérielle dans les sociétés de consommation pose la questionde la répressiond'Eros. n briderles pulsionssexuelles. ~t l'on se tourne versFreud. ociales. qui répondrait de plus en de plus aux MBux Marx? Ce dernier n'a pas posécette question. le comptene semblepas y être. Marcuse s'inscrit dans ce rêve ou cette utopie. il est /!k de Freud. et doncdes bornes au librejeu des pulsionsamoureuses.Il posait.y renoncer temporairement. une société. dériver leur énergieversdes activitéssocialement utiles économiques. cette société matriarcale paradisiaquedécriteplus tard par l'ethnologue Malinowski (une description d'ailleurs contestée).C'en serait fini de la domination et de l'exploitationsexuelles. « l'amour requiert deux personneset peut avoir pour résultat une troisièmevie. Sa faute majeure? U a partagé les préjugésde la vieilleculture de bourgeoise son temps. Pourtant. par conséquent. à l'âge de l'automation.Implicitement. très rassurante. lesrelationsentre femmes hommes et seraient devenues harmonieuses. verrouilléscommeils l'étaient et le sont toujours par l'Etat moderne et le poids de toutes les contraintes imaginables. comme de ceux prônés par certains communismesutopiquesou de celui des îles Trobriands.s'aimer est aussi facile que de boireun verre d'eau. universel. une bonne question que devient Eros le bonheur amoureux et se~ue! dans la civilisation qui avance et dans une société où les autres besoins seraient progressivement comblés.Cela entraîne un intérêt social. Les sociétésmodernesproductivistes sont certessoumisesau « principe de rendement ».Car celui qui était pourtant honni par les tenants de la vieillemorale pour son « pansexualisme». où se rejoignent inextricablementle malaise personnel et la volonté de réalisation collective. dans la sociétécommuniste. à l'en croire. par exemple. Marx aurait probablement approuvéLénine réfutant l'idée que.

les forces de la vie l'emporteraient.la surrépression du « principe de rendement dans la vie sociale et économique.ne serait-cepas vivre intensément. Mais pour Nietzsche. avec qui Marcuse a été trop souventet injustement associé. serait renforcé et.le véritable héraut du « jouir sans entraves ». à ~ut il reprochede « plonger sa sonde » dansle langage.ni a la symbolisation. . tout en critiquant Freud. une critique extrêmement nuancée. Ils avaient besoind'un maître (Lacan « Comme révolutionnaires. Reich. Mais. il dépenddoncde nousde le changer.Ils ont parfois fait de lui le chantre de la libération c sexuelle. Une telledésymbolisationde la sexualité n'a rien à voir avec les théories de Marcuse. proprement humaine. Il a privilégiéle principe de plaisir par rapportau principede réalité. mai 68. On peut encorele lire avecprofitaujourd'hui. paru en. car ce qu'il dit. y compris à sa « pulsion de mort ».pas. donne vraiment à penser sur les liens entre sexualitéet sociétéet sur l'utopied'une sociétémeilleure. loin des trivialitésde Reich. libéré de la surrépression. de « réconcilier principe de plaisir et principe de réalité ». développe précisémentcette critique du maître de Vienne. ainsi renforcé. mais. Pourtant.» Les« revendications utopiques de rtma~tnatton ~ont capables d'imprimer un nouveau cours. e que sesécrits nejustifient guère. sans broncher. Nietzsche est évoquéplus d'unefois dans ce livre. commeEros. dépenser la vie jusqu'à en mourir? Les lecteursdes années 68 n'ont pas toujours bien lu Marcuse.Il reste foncièrementfidèle à Freud. cependant. avec une écriture militante. est conditionnépar la surrépressionqui a régnéjusqu'à présent dans une civilisation moins répressive. Il assumele risque lié à la formulation directe d'une intention ». Mais d'où aussi le succèspresque équivalentde WilhelmReich. ui tend à renouq velerla vie» ? Eros et civilisation.D'où sonsuccès. conjointeet opposée à la pulsionsexuelle. contrairement à lui. contrairement ussià ses collègues a de l'Ecolede Francfort. de la nature. vous aspirezà un maître. Vousl'aurez x~ ou d'une caution intellectuellepour affirmerque touteentraveà la jouissance n'est que préjugébourgeoiset répressioncapitaliste.Marcusene récuseaucunement l'instinctde mort. « Eros.c'est elle qui a largementtriomphé. absorberaiten quelquesorte l'objectif de l'instinct de mort.Marcuseaurait x parlé de « désublimationrépressive pourdésignercettelibérationsexuelle qui ne sublime plus rien et accepte finalement. adversaire irréductible de Freud. dans les sociétés permissives postmodernes. de la sexualité. défend « l'expressiondu corpsqui n'a pas besoinde paroles». La valeur instinctuellede la mort serait modifiée. mais de l'histoire et de la culture. dit Habermasdans son langage~t particulier. en outre.ému l'idéed'une « pulsion de mort. il déploie une utopie optimiste de la civilisation. selon lui. maisestime que Thanatos. qui ne relève pas. il n'a nié ni la nécessitéd'un certainrenoncement ux pulsions.

Nous à reprochions la sociétélibéraleavancée son culte de l'individu. ils la maudissaient commeun adolescentboudeur rejette l'affection d'une mère envahissante. Nous voulions. ils faisaient éclater leur surmoi en grimpant sur les barricadesd'une révolutionimaginaire. c'était un politicien madré de la 7V Républiqueconverti au socialismeà un âge où d'autres prennent leur retraite. Ils réclamaientle droit de jouir sans entraves. En avaient-ilsseulementconscience? Nul ne le sait. faute sans doute d'en voir le caractère unique dans l'Histoire. Ils s'adonnèrent à l'ivresse métaphysique d'un Grand Soir estudiantin qui fut commeune adolescence prolongée. c'étaient des bureauxde vote. Ils faisaient l'apologie d'un individualisme érigé en art de vivre. puisqu'ellene portait à conséquence . Enfants gâtés du baby boom. Leur modèle. Nos barricades. changer la vie par la voie des urnes. qu'ils interprétaient sur le mode parodique dansles amphithéâtres de la Sorbonne. ils bénéficiaient d'une richessepour laquelle ils affectaient le plus profond mépris. Ils proclamaient l'interdiction d'interdire. ils formaient la casteinsouciantedes privilégiés de la croissance. sevrésde nos illusions avant même d'avoir atteint l'âge adulte. Notre part!. Notre emblèmeà nous.La non-génération BRUNO GUIGUE ils eurent vingt ans en 68. Nous avons fêté notre vingtième anniversaire en 81. on leur pardonnerait aisément leur effronterie. c'était la forcetranquille d'un slogan publicitaire.Dès lors qu'ils demeuraient verbaux. Nous revendiquions du travail pour tous.Nous fûmes. Issusdes nocesextravagantes de Marx et Freud. qui se serait souciéd'une telle effervescence juvénile? Après tout. la vieilleSFIO rafistolée pour les besoinsde la cause. Ces nantis de la prospérité occidentale étaient les héritiers d'une génération meurtrie. cellede la SecondeGuerremondiale. Nous réclamionsla suppressiondu laisser-fairecher aux ultra-libéraux. La société qui les accueillait en leur sein. Mais ils agissaient commesi la chance accordéeà leur génération leur conférait le droit inaliénablede vomir leurs aînés. Notre CohnBendit à nous.la sécuritédu lendemain leur permettait de donner libre courstous les excès.c'était le spontanéismerévolutionnaire. Nous espérions le transformer avec des réformes de structure. Ils voulaient incendier le monde avec des mots de poète. au même moment. Mais.Rejetons des « trente glorieuses ». nous.nous.

!de pensée. Mais nous avons. veugles mutations A en cours. d'emblée. tout en sachant qu'ils étaient impossibles. Les orateurs prolixes des Assemblées générales estudiantines ont excellé dans le domainede prédilectionqui était le leur le monde des formes. Nous n'eûmes pas l'occasion. elle dut très vite choisirson camp.il exhaleun . Non que le sort qui nous était imparti en cesannées 80 eut été impitoyable. On se souvient encore de ceux qui voulaient rompre avec le capitalisme en trois semaines et faire tomber les têtes récalcitrantes.c'est donc que notre génération a été promptement rattrapée par le réel. nous l'avonsbu jusqu'à la lie. Et notre avenirs'est inscrit.Nous aspirionségalement à des changementsradicaux.Mais la crisedesannées80 a cecide particulier qu'elle constituedepuislorsun La horizon indépassable.d'une esthétique. ne sont pas moins conformistes ue q les autres. Je dirai même grand bien leur fasse. c'est qu'ils ont tôtfait l'apprentissage du verbe. quant à nous.journalistesou politiciens. Mais l'histoire ne nous a pas autorisé bien longtempsà perpétuercette méprise. à nous soûler d'idéologie. La communication est devenue leur métier parce qu'elle était leur vocation.Notre révolte Entre le prin? cipe de plaisir et le principe de réalité. c'est en raison des vertus mobilisatricesque nous lui prêtionsgénéreusement.ni pour eu~-mêmes.Mai 68 aura été le creusetd'ambitionsindividuelles n'en sont pas illégitimes qui pour autant. nous non plus.toutecetteagitation aura du moinsaccouchéd'un style. Nous n'étions pas assez naifs pour confondre François Mitterrand et Léon T)'oM~.Mais avons-nouscru un seul instant à ces billevesées ? L'eussions-nous que la réalité se fait fût chargée de nous déniaiser.Et s'ilsont réussi. L'emphaserhétoriquene nous était pas inconnue. c'est la crise. Car le récit de la geste étudiantede nos aînés nousconvieà une nostalgiepar procurationinapte à nousfaire vibrer. elles étaient forcément plus prosaïques. ni pour les autres. nous. Mais si nos ambitions n'étaient pas moins pures. de goûter ce privilège.A défaut d'une politique. nous n'avons pas perçu immédiatement l'inadéquation de nos schéma.dans le trou noir de nos espérances défaites. Ce n'est pas la révolution estper~ut manente.Quels que soient les effortsque nous consentions pour en humer l'atmosphère. Et faute de réaliser une grande ambition collective.Le caliceenivrant des lendemains qui chantent. mais ils ne sont pas plus cyniques. Certes. Faut-il leur en faire grief? A défaut d'un mondenouveau. la France a connu des momentsplusdramatiques. vérité. le droit de ne pas nous sentir concernés. et la désillusion fut d'autant plus brutale. Ce fut au demeurant notre principaleerreur avoir transposéen ces temps de crise profonde le langage qui convenait aux prospérités aux insatisfaites. Lessoixante-huitards Ceuxque ? nousconnaissons ont devenuspublis Ils citaires. bénéficiant d'une libération de la parole qui demeure l'acquis essentielde la période. Si nousavonsfeint de croireà la fable. et nous n'avons pas répugné.

Convenonsen la célébrationde ce trentenaire ne suscite chez nom qu'une indifférence légèrement teintée d'ironie. 68 est pour ma génération un non-événement par excellence nous n'y étions pas.C'estsurtout parcequ'il nousest inappropriable. il n'est pas defiliation qui tienne. Mais ce n'est pas seulement parce que l'événement s'est déroulé sans nom et n'a aucune résonanceaffective. et parce que notre époque appelle des révoltes plus matures. et n'en éprouvonsaucun regret. ni de reconnaissance de dette possible nous sommes la non-génération. L'extravagance de cette révolutionpour rire nous laisse rétrospectivement froids. Entre lui et nous.parfum d'étrangetéquifait son charme. mais ne lui confèreaucun prestige. . Enigmatiqueet lointain.

l'instrument de prédilection de la création littéraire et de la diffusion des idées. avec: Lothar BAIER. aujourd'hui ? Lundi 15 juin 1998. Michel SuRY~ Les revues vivent. à 19 h 30 Tipi/piazza La Revue des Revues Organisé avec l'Association Ent'ra~ et la collaboration de J7MEC. une existence toujours précaire et menacée.Centre Georges-Pompidou Département du développement culturel Table ronde: A quoi servent les revues.Antonin LiEHM. les revues sont loin de bénéficier des tirages et de l'audience qui étaient les leurs au lendemain de la Libération quand les grands médias se faisaient naturellement de leurs audaces ou de leurs querelles. En France. l'écho Pourtant. le monde des revues demeure le lieu d'élection des forces vives de la culture.le Père Henri MADEUN. par exempte.Olivier CoRpET. Entrée libredans lamesure places isponibles des d Pour toutes informations au Centre Georges-Pompidou 01 44 78 42 40 à Ent'revues 01 47 03 40 03 . malgré les difficultés. nul ne l'ignore.

de telles normes. d'ordre politique.en tousdomaines.dans le champ de la parole et de la communication. en dehors de leurs structures de vie habituelles. dans la reproduction de la geste grecque. commercial. Toutes sortes de questions et de propositions y sont discutées. Il est l'occasion de rappeler que la disparition de la rhétorique comme disciplinea privé notre culture d'un creuset. un espace public permanent où se rencontrent les idées et les hommes. PRÉCISONS tout d'abord ce que l'on entend ici par débat dans l'espace public. Nos sociétés démocratiques occidentales organisent en leur centre. rue d'Assis 75006 Pari! Juin )996 ? 3886 .ESS 1 Plaidoyer pour une nouvelle rhétorique Lesnormesdu convaincre dans l'espace public PHILIPPE BRETON N Cet article pose la question de la pertinence de l'existencede normes du débat dans l'espacepublic. notamment privées et familiales. pouvaient être confrontées. c'est-à-dire d'un lieu où i'ethtque et les techniques. dans un contexteoù les manipulations de la parole sont nombreuses. On cherche à se convaincre mutuellement aussi bien de partager des valeurs que d'adopter des comporte- Etudes M. social.justement.

ou l'on est du côté de ceux qui veulent la limiter. nous pouvons revenir à notre question principale. . Pouvoir tout dire ? Un espace public démocratique serait un lieu où. Le tout s'appuie sur une valeur-clé du monde moderne la transparence. l'asservir. de la publicité et de la communication. L'obstacle à toute réflexion sur ce point concerne la pertinence même de cette question. dont la moindre exception menacerait l'ensemble du système. l'existence de groupes sociaux comme les sectes. tout doit pouvoir être su et dit. L'alternative est la suivante ou l'on est en faveur de la liberté d'expression (donc sans limite). La déontologie médiatique s'arc-boute sur cette exigence d'une liberté d'expression absolue. Ils tendent à acquérir le monopole de la circulation des énoncés visant à informer et à convaincre. la volonté toujours aux aguets des Etats de s'ingérer dans le travail des médias. C'est le monde de la politique. celle des normes. voire dominante. la liberté d'expression serait menacée à l'intérieur même des démocraties au moins dans trois domaines la régulation du langage par l'implicite du politiquementcorrect. La primauté de cette valeur s'accompagne d'une extension de la sphère publique qui gagne sur le domaine privé. Au nom de cette valeur. Les médias ont pris une place progressivement importante. plutôt. Dans l'esprit de ceux qui en sont les promoteurs les plus ardents. par définition. Les éléments de ce décor. l'autre au convaincre. elle serait l'antinorme par excellence. on pourrait et devrait pouvoir tout dire et de n'importe quelle façon. du côté des dictatures et des régimes non démocratiques. Elle est déniée par ceux qui considèrent que toute norme dans ce domaine constitue une limitation intolérable par rapport à un idéal de l'espace public où la parole circulerait sans aucun frein. dans ce vaste forum permanent. La liberté d'expression la plus absolue serait la norme ou. l'un consacré à l'information. bien connu par ailleurs.ments. Lesdébats y sont menés essentiellement sur deux registres discursifs.bref. étant posés. dont des pans entiers doivent désormais être accessibles au regard public. au nom du droit à l'information conçu comme sans limite. des débats de société.

contraignant normativement à renoncer à certains termes et à en utiliser d'autres (ainsi. Certaines facilités techniques. paradoxalement. Enfin. qu'un tel point de vue celui qui privilégie la liberté d'expression. au risque ne pas l'être du tout.Le politiquement correct. Dans ce domaine. est réglée par un jeu de normes implicites et de contraintes fortes. En résumé. Les sectes constitueraient autant de lieux publics où l'individu serait privé de liberté d'expression. Lediscours d'accompagnement et de valorisation des nouvelles technologies de communication est l'un des principaux vecteurs qui privilégient le libéralisme le plus total dans la circulation de la parole. constituerait une sorte de police du langage et surtout du lexique. comme sa circulation dans l'espace public. les gouvernements et les Etats seraient en permanence tentés d'utiliser leur pouvoir régalien pour imposer une limitation de la totale liberté d'expression que garantissent les médias. la parole. conditionné psychologiquement dans sa liberté de pensée et contraint de voir le monde autrement qu'il n'est. Aucune norme ne y compris la régulerait la parole. d'une part. il est donc interdit d'interdire. ont été utilisées pour renforcer le point de vue qui valorise une totale liberté d'expression par delà les frontières et les législations des Etats. et la situation actuelle volonté de supprimer les trois exceptions notées plus haut (le langage politiquement correct. L'ingérence constituerait ici une menace permanente. on ne parlerait plus des hommes mais des hommes et des femmes. comme dans d'autres. qui n'attend que l'occasion pour s'actualiser. comme la circulation transfrontières des informations via Internet. Le propos de cet article est de montrer. . la doxa en matière de parole dans l'espace public est que celle-ci doit être totalement libre. une menace sur la liberté de parole qui est au fondement de nos démocraties. que ce point de vue est étonnamment abstrait. et. réalité nord-américaine par ailleurs assez insaisissable. pour que le mot ne soit plus le vecteur d'un sexisme inégalitaire). car. dans la réalité. L'irruption des nouvelles technologies de communication et de réseaux a prolongé les débats sur ces questions. au détriment d'autres libertés tout aussi fondamentales porte peutêtre. les pratiques des sectes et la menace de la censure étatique) devrait être maintenue en l'état. d'autre part.

oblige à référer tout propos sur autrui à un minimum de preuves. Ces bornes de la parole ne sont pas négligeables. peut tomber sous le coup de la loi Gayssot. Elles obligent ceux qui souhaitent les franchir à des contorsions linguistiques peu pratiques. par exemple. les deux journalistes ayant soutenu que deux anciens ministres avaient commandité l'assassinat du député Yann Piat. qui frappe de plein fouet l'exercice de la parole. par extension. qui. ce qui conduit à nier qu'il s'y soit déroulé quelque chose d'important. pouvoir faire d'une simple hypothèse une affirmation. un certain nombre de débats politiques seraient de nature différente. appartenant pourtant à des personnes peu suspectes de sympathie avec de telles idées. que ce propos. que ces camps étaient. qui l'a rédigée et proposée.Les normes de la liberté d'expression Il est difficile de soutenir qu'il n'y a pas de normes dans l'espace public du point de vue de la parole. Encore peut-on considérer. maintenant ministre. étaient un « point de détail » dans l'ensemble du conflit. réprime. afin que cette liberté soit garantie d'un contexte de censure. se sont retrouvés face à la justice et leur livre fut empêché de diffusion. si elles n'existaient pas. par exemple. de diffamer autrui sans que la justice risque de s'en prendre à ceux qui se livrent à un tel exercice. l'affirmation que les camps. la loi dite loi Gayssot. ou que les chambres à gaz n'ont jamais existé. En France. également. Dire dans l'espace public que les camps d'extermination n'ont pas existé pendant la dernière guerre. entre autres. . n'en rejaillissent pas moins sur l'ensemble des débats. comme. Ainsi. tout en étant bien précis. La plupart des législations dans les pays occidentaux limitent la liberté d'expression dans un certain nombre de cas. du nom du député communiste. croyant. Certains sites sur Internet. et tout ce qui s'y passait. De même pour les propos ouvertement racistes et xénophobes. car on peut supposer que. Impossible. de simples camps de détention ou de travail. au nom de la liberté d'expression. abritent volontairement des messages révisionnistes. Cette norme juridique. est une parole qui rend son auteur passible d'une inculpation et d'une condamnation. dans ce cas. Rappelons que l'adoption de cette loi n'a pas été simple et a suscité de nombreuses résistances au nom de la liberté d'expression. tout propos dit révisionniste.

au profit de ceux qui en ont souffert (décision d'une Cour d'Appel française. Ainsi. Il rend possible (ce point est rarement souligné) un certain nombre de débats qui. dans les médias. les sociétés défenderesses ont commis une faute ouvrant droit à réparation. qui laisse la place à des associations d'idées nuisibles aux personnes dont la souffrance se révèle exploitée d'une façon provocante. la campagne publicitaire de l'Italien Benetton. Un certain nombre de normes sociales. dans un domaine sans lien aucun avec leurs activités commerciales. semble être la norme d'une partie de la classe politique. désormais lieu commun. Le recours à ces normes du discours n'est pas seulement une limitation. n'en est pas moins une valeur normative de référence. sans être une pratique constante. le 28 mai 1996). au motif suivant « En prenant le risque de lancer. L'insulte. La régulation implicite Les normes juridiques ne sont pas les seules à encadrer la liberté d'expression. on l'observe. implicites régulent les débats. dont les messages sont encadrés par l'impossibilité du mensonge flagrant ou de toute posture qui nuirait à autrui. à l'Assemblée Nationale. auraient tourné court. De même. dans le but de l'emporter à tout prix sur son adversaire. une campagne publicitaire ambiguë.De même pour la publicité. Celle-ci est d'ailleurs en décalage avec les pratiques verbales. soimême. la courtoisie. a été condamnée par la justice française. contrairement à son interlocuteur. le renoncement à l'emploi systématique et grossier de la manipulation. autrement. qui montrait (en automne 1993) des parties nues de corps humains marquées du tampon « HIV positive ». tout ce qui donne l'apparence d'une véritable discussion à un débat médiatisé est la norme. au sens où un certain nombre de paroles ne peuvent pas être dites (même si on les pense et qu'on les exprime dans l'espace privé). même lorsque celle-ciest une rhétorique superficielle visant surtout à affirmer que. Dans les affrontements verbaux auxquels se livrent régulièrement. par exemple. volontiers insultantes ou brutales. qui caractérisent les débats hors caméra ou hors micro. comme l'illustre le « Je ne vous ai pas interrompu ». D'une façon générale. les hommes politiques. par .

La manipulation de la parole Or.exemple. on le sait. dans le domaine de la parole. font référence à un double niveau. malgré l'existence de ces normes qui régulent actuellement l'usage de la liberté d'expression. qu'une parole négationniste est légalement condamnable. ce double recours est présent. y compris verbale) et celui du recours à la vérité comme référent. remarquera également que ces normes. pour la publicité de car il n'y a Benetton. les abus dans ce domaine sont nombreux et variés. Même dans le registre des normes du langage non juridiques. notamment lorsqu'elles sont juridiques. contraint à un minimum d'explication. aussi manipumême s'il latoire soit-il. pour privilégier plutôt leur contenu. De même. viole des normes implicites. ou pour un rapport trop contradictoire avec les faits (dans le cas de la publicité mensongère). celui d'une violence infligée à autrui (la Loi. Cette manipulation est à la fois une violence dissimulée comme telle et une inflexion trompeuse des faits. par exemple). les personnes séropositives. dépossède les particuliers de l'exercice de la violence. On remarquera que les normes juridiques. s'il ne peut pas être On emprunté. pour la blessure psychologique et morale qu'elle peut provoquer. On peut condamner une parole pour ce qu'elle exprime (un propos raciste. Utiliser dans un débat public un amalgame. Trop souvent. Mais jamais on ne juge sur un plan juridique les procédés manipulatoires en tant que tels. ou un énoncé désinformateur. De nom- . ou avec la vérité historique (dans le cas du négationnisme). s'intéressent généralement très peu aux méthodes du discours. qui est injustifiée dans son contenu et pas de rapport entre le message et le produit vendu qui porte atteinte à une catégorie particulière de la population. ici (bien que les deux exemples ne soient pas dans leur contenu comparable). Sont théoriquement bannis de tout débat public à la fois le mensonge et la violence verbale. est souvent un raccourci qui. ne rentre dans aucune catégorie juridique connue. la liberté d'expression est utilisée pour manipuler autrui. C'est à la fois parce que les camps d'extermination sont une réalité attestée par les témoins et les historiens et parce que la négation de leur existence porte atteinte aux victimes directes ou indirectes.

Orbon et de leur science publicitaire 1. breux textes 1 ont décrit avec précision les techniques de manipulation et leurs nombreux usages en politique. op. On y a vu refleurir un certain nombre de techniques manipulatoires. Par exemple. Durstine. directe ou indirecte. La Parole La manipulée. de véritables méthodes manipulatoires de l'opinion. La Persuasion clandestine. les normes implicites qui limitaient le recours à la manipulation dans l'espace public servent de moins en moins de référence en politique.170. 1963. s'est poursuivi bien après la fin de la guerre froide. de Freud et de ses images du père. à appliquer les règles du marketing et de la publicité classique. dans la plupart des pays occidentaux. dans la publicité et la communication. 1952. notamment l'amalgame. les conseillers en communication politique effectuèrent des changements spectaculaires dans les caractéristiques traditionnelles de la vie politique américaine. mais qui utilisent ces méthodes pour se concilier un électorat infidèle. Barton. dans le monde du travail où fleurissent depuis peu de curieuses techniques de communication interne et de gestion des ressources humaines. 2. Gallimard. ou même de la communication institutionnelle. et Vance Packard. 3. p. pour le tabac. Le recours massif et permanent aux manipulations cognitives ou affectivesdans le domaine du convaincre.1. Sous la conjonction de ces deux facteurs (hypermédiatisation du débat politique et présence active de l'extrême-droite). dès la fin des années cinquante. de Batten. Serge Tchakhotin~L~Vto~~ foules par la propagande politique. La remontée. utilise. Ils y réussirent en s'inspirant des idées de Pavlov et de ses réflexes conditionnés. Voir notre ouvrage. Comme le remarquait à l'époque Vance Packard. infléchi la nature des débats politiques. Découverte. cit. L'influence croissante des partis d'extrême-droite a entraîné dans son sillage le recours à de telles techniques par des hommes politiques n'appartenant pas à cette mouvance. 1997. la publicité. des courants d'extrême-droite a. L'hypermédiatisation des débats a infléchi la parole politique à laquelle on a commencé. de Riesman et de son idée de concevoir les électeurs américains modernes comme des spectateurs-consommateurs de la politique. Pour ne prendre que cet exemple. Une partie non négligeable des messages publicitaires. . Vance Packard. dont l'apogée fut la campagne présidentielle de 1956. utilisé pour défendre les thèses xénophobes. quand on y regarde de près. un des témoins privilégiés de cette transformation « En quelques brèves années. Calmann-Lévy. elle aussi.

Yves Winkin. Voir la revue bibliographique faite par RobertVincent et toute Jean Léon Beauvois. la PNL Programmation neuro-linguistique). à une intense liberté d'expression. depuis les années cinquante. il n'y a pas de norme qui vaille. comme l'ont remarqué tous les spécialistes de ces questions'. n° 7. même lorsque celle-ci est d'ordre médical.4. est actuelleaspects manipulatoires ment plutôt valorisée. 43 50. l'important étant. Dans ce domaine. Nous sommes donc dans un cas de figure très particulier. du fait de la crise sociale et économique. correspond une très faible « liberté de réception ». La caractéristique majeure des techniques de manipulation de l'opinion est. les pratiques n'ont pas énormément l'après-guerre. relève presque entièrement de la manipulation mise en oeuvre consciemment. ne dédaigne pas de recourir à des techniques de déformation et de recadrage qui relèvent plus de la manipulation que de l'argumentation. La liberté de réception 5. à fabriquer l'image d'une entreprise ou d'une région. ]987. où. Le vaste secteur de la fabrication des réputations. celui qui consiste. Certains sociologues y voient désormais un « pouvoir sans conséquence » (Gilles Lipovetsky). par exemple. d'autre part de stimuler la consommation la plus large possible. Le domaine des relations de travail est. d'adhérer ou non à ce qu'on lui propose. certaines normes ont été laissées de côté. Dans ces deux domaines. y compris en direction de populations de plus en plus jeunes. d'une part de contrecarrer toute incitation contraire à l'acte de fumer. En communication aussi. et de façon organisée. par exemple. Si la publicité rencontre certains freins à son influence. Lorsqu'elle n'obéit que très peu à . Petit Traité de manipulation d l'usage des honnête gens. largement irrigué par de multiples techniques inspirées de méthodes comportementales assez largement manipulatrices' (comme. MâdiAnalyses. ils sont souvent liés à la raréfaction des ressources affectées par les ménages à la consommation. Eléments pour un procès de la PNL». septembre 1990. publicité et communicavarié depuis tion. et les normes n'y ont jamais été très fortes. p. dans son ensemble. Ses techniques sont pourtant les mêmes et son impact est globalement croissant. Le changement vient de ce que la publicité. Presses Universitaires de Grenoble. assez largement critiquée et analysée dans ses pendant longtemps. par les publicitaires et certains universitaires qui leur ont prêté main forte. qu'elles limitent la liberté de l'auditoire. Elles sont conçues à l'inverse des techniques afin de priver cet auditoire du choix d'argumentation. lui aussi.

à faire l'apologie d'une liberté d'expression sans retenue. Les spécialistes de ces techniques ne sont pas les derniers. les publics étant adultes. la plus totale possible. Le paradoxe est ici que l'excroissancede la liberté d'expression sans contrepartie que constituerait la garantie d'une véritable liberté de réception vient limiter gravement la liberté de parole. D'abord. qui ne se confond pas avec la liberté d'expression. en tout cas. Cette notion est ainsi conçue comme une valeur plus vaste et plus essentielle. qui ont les moyens institutionnels ou financiers d'influencer sans limite l'opinion. les tentatives de manipulation n'aboutissent pas. n'est-il pas inquiétant de constater que. il faut y ajouter ici. on s'en doute. 799 . qui inclut l'ensemble des partenaires dans un schéma de communication où chacun est appelé à jouer un rôle actif et responsable. effectivement. tout en pouvant contribuer à la garantir. soit tacites (normes sociales) qui régulent la liberté de parole. une partie de l'opinion se protège et se détache de toutes les entreprises de conviction qui s'adressent à elle dans l'espace public? N'y a-t-il pas là les germes d'un repli sur soi particulièrement nocif au lien social. de normes soit juridiques. du recours aux techniques de manipulation de la parole. Ensuite. la liberté d'expression se réduit à être un instrument de pouvoir au servicedes puissants. la communication politique obtiennent des résultats non négligeables. on comprendrait mal que. mais aussi la liberté de réception? La fragilité des normes de la parole Après avoir constaté la présence. nous avons souligné l'importance. On soutiendra que. bien que cela n'ait pas encore été mentionné. A cela on peut répondre à deux niveaux. tant d'investissements soient faits sans espoir de retour la publicité. malgré l'existence de ces normes. de ceux. Elles seraient sans conséquence.des normes. dans un certain nombre de cas. qui aurait pour origine l'absence croissante de recours à des normes qui garantiraient non seulement la liberté d'expression. dans l'espace public. même si l'on ne sait pas avec exactitude comment cela marche. la question de la liberté de médiation.

Une autre cause de cette fragilité des normes est l'intense division du travail qui caractérise le domaine du convaincre (avec. l'émergence de multiples professions dans la communication). Il est souvent plus efficace. en effet. dans ce domaine. dans un certain nombre de cas). plutôt qu'à une volonté délibérée (qui existe pourtant. La nécessité d'une nouvelle rhétorique des normes de la parole nous renvoie. le souci d'efficacité fait préférer le recours à des techniques de raccourci. à l'idée d'un monde menteur et intentionnellement qui serait globalement manipulateur.D'où vient que les normes de la parole dans l'espace public soient finalement si fragiles et ne constituent pas. à l'absence dans notre culture d'une discipline qui articulerait entre eux le niveau des techniques de la parole et de la communication et le niveau éthique des conditions de leur emploi. notamment. qui a pour effet de déresponsabiliser les différents intervenants d'une chaine de plus en plus longue celui qui rédige le message n'est que rarement celui qui devra l'assumer. Il nous faut renoncer. au moins à court terme (mais ne sommes-nous pas dans une civilisation de la vitesse et du court terme?). Il suffit. de manipuler que d'argumenter. La faiblesse des normes tient plutôt. d'évitement du détour argumentatif. pour s'en convaincre. encore moins celui qui sera chargé de le transmettre. sans le risque que l'auditoire puisse être tenté par un choix alternatif. peut-être plus fondamentalement. Constater la présence de nombreuses techdans l'espace public renvoie le niques de manipulation plus souvent à une incompétence et à une méconnaissance. le pragmatisme. de la mobilisation de tout ce qui permet d'obtenir un résultat immédiat. un rempart suffisant face aux tentations et aux On trouvera sans doute des pratiques de la manipulation? éléments de réponse dans l'exaltation contemporaine d'une valeur devenue de plus en plus centrale tout au long du xx' siècle. Transposé dans le domaine de la parole pour convaincre. l'efficacité et son corollaire. d'observer le com- Mais l'absence d'influence . en tout cas. au manque évident d'articulation entre technique et éthique.

ce que. pas même conscience d'utiliser. pour l'essentiel. 1997. qu'appelait le développement tous azimuts. Olbrechtsiyteca. L. par exemple. qui sont associés à la disparition de la rhétorique de nos programmes d'enseignement et. sur les dégâts majeurs commis dans notre culture et nos pratiques du débat public. Perelman. . nous constatons aujourd'hui. hélas. La leçon aristotélicienne avait été en partie oubliée. articulé sur des figures de style plutôt que sur l'apprentissage de raisonnements pour convaincre. Elle n'était plus. Ch. une éthique et une pratique de la parole. PHtUPPE RETON* B 6. de L'-Ar~umcn~tttondans communtcatton. Chercheur au CNRS. Mais la rhétorique n'en constituait pas moins le cadre idéal de son propre renouvellement. de telle façon que la liberté de chacun puisse être garantie. Tout appelle donc l'émergence d'une nouvelle rhétorique. qu'un art oratoire vain. La rhétorique constituait surtout le cadre unique où peuvent s'articuler. Sans cette articulation.Ed. mettre en oeuvre parfois sans limite une culture du convaincre fortement teintée de pratiques manipulatoires. La Découverte. seul creuset possible pour refondre les normes de la parole dans l'espace public. r~tcnquc.portement des nombreux jeunes.~ttedfi'~Mla nouvelle mentation. le plus souvent. le règne de la sophistique est sans limite. dont certains auteurs ont déjà jeté les bases 6. comme Aristote et les grands professeurs de rhétorique de l'Antiquité l'avaient fait. t996. Voir. On n'insistera pas assez. de notre horizon intellectuel. la rhétorique classique. auteur. qu'ils n'ont. et L~ Parole manipulée. Bien sûr. notamment. d'une façon plus générale. dans cette perspective. fraîchement sortis d'écoles de commerce ou de communication. s'était largement dégradée. celle qui a disparu du lycée et de l'université en 1902. La Découverte.det'Université de Bruxelles. des pratiques du convaincre au xx*siècle. 1970.

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où s'est jouée la Etudes 14. Car en ce for intime « Dieu lui-même a élu domicile et « nous devons admettre que les anges gardent avec un saint respect le sanctuaire fermé ». ce qu'Edith Stein écrit ainsi de l'intériorité spirituelle où se joue l'histoire en secret de chaque homme. De quel droit. sur « le sanctuaire fermé de l'âme. « mon secret est à moi ». rue d'Assas 75006 Paris Juin !998 ? 3886 . dans La Science de la Croix.RELIGIONS ET SPtRtTUAUTÉS Edith Stein L'histoirensecret e MARCUERfTE LENA A . A son amie Iledwige Conrad-Martiu's Mein Geheimnis sur sa conversion. si l'on en croit les développements ultérieurs qu'elle fait. elle répondit l'interrogeait gehort mir.LjDrm STEtNa été une âme de silence. Pudeur? Pas seulement. Elle n'aimait pas parler d'elle-même et savait fort bien faire la différence entre ce qui relève de l'ordre du discours et ce que doit proqui téger le silence. l'ouvrir? Or. dès lors. qui « est en même temps le lieu de sa liberté » et auquel nul ne saurait avoir accès par voie de connaissance théorique.

Peut-on dire. et qui redoute à juste titre les abus d'une théologie de l'expiation ou de la substitution.sienne lorsque. et laisse « symboliser » toutes ces choses en son coeur. si directement et douloureusement affrontées au texte le plus obscur de notre siècle. « Dieu luimême a élu domicile ? Peut-on soutenir le poids de cette affirmation lorsque l'abîme s'appelle Auschwitz? A ce silence d'Auschwitz. elle y disparaissait. C'est même peut-être un des traits saillants de notre siècle que d'avoir. non en mots mais en lumière. fut différée par respect pour la conscience juive. Ce silence pose d'emblée un interdit sur toute tentative de ou de rejet de la figure d'Edith Stein. vaut également de l'histoire universelle. une unique et indivisible lumière. en deçà récupération du lieu où elle se tient et où elle nous entraîne. Cette canonisation a été finalement décidée pour octobre 1998. . « Le traducteur est comme une vitre qui laisse passer toute la lumière. rebelle aux investigations positives comme aux systématisations spéculatives. mais ne nous hâtons pas de poser sur Edith Stein une étiquette. pas plus que de celui de sa conversion. Elle aussi a un point aveugle. gond et pierre d'achoppement de l'histoire universelle comme de nos histoires singulières. de l'homme défiguré. Sa canonisation. où se décide le destin collectif de nos libertés. nous ne saurons rien. une parmi un million six-cent mille victimes. annoncée pour juin dernier. comme il en fut pour Edith Stein. De l'événement ultime de sa mort. du Verbe fait cri et silence. comme une mise à part arbitraire de cette femme par rapport aux millions de victimes anonymes. industrielle et anonyme de tout un peuple. de la division et de la dispersion. réduit au silence les philosophies triomphales de l'Histoire. la mort d'Edith Stein fut livrée. après une longue et douloureuse maturation intérieure. Sa vie et sa mort. fût-elle en forme d'auréole. ont peut-être reçu mission de le traduire. Une trace abolie sur le sable de l'Histoire. de la mort absurde. comme le fit Marie. C'est le lieu du scandale. Laissons-nous mener en ce lieu de la Croix. Le 9 août 1942. Réjouissons-nous en. qui risque de percevoir cette reconnaissance solennelle de l'Eglise. voit se lever. face à ce point aveugle. qu'en cet abîme creusé par la liberté des hommes dans la trame sensée de l'histoire. Mais quiconque est mené à l'ombre de la croix. pour autant. mais qu'on ne voit pas elle-même ». sur les deux peuples convoqués là. elle se tourna vers le Christ. écrivait Edith Stein encore adolescente. et le titre officiel de martyre conféré à Edith Stein.

apprenant sans vraiment la comprendre son entrée au Carmel. dira simplement « En elle. Evoquons donc quelques moments de son itinéraire intellectuel. là-bas. « Ma quête de la vérité était mon unique prière ». avec en poche les Ideen de Husserl et L'Odyssée d'Homère. aujourd'hui encore. Mais. tout est absolument vrai ». nous nous priverions d'un de ces rares témoins qui ont su. ont voulu réduire l'homme. en 1914. Depuis la brillante lycéenne de Breslau jusqu'à la jeune infirmière volontaire qui part au front. C'est donc à cette notion à la fois si simple et surdéterminée de vérité qu'il faut d'abord recourir pour penser l'itinéraire intellectuel d'Edith Stein et en situer la force prophétique. avec une pénétration rare. comment ne pas penser Auschwitz sans donner raison à ceux qui. le travail d'un unique désir. la question d'Adorno n'est donc peut-être pas la plus pertinente. et qui appellent. De cette vigilance. la réflexion. éteindre l'esprit? Pour célèbre et autorisée qu'elle soit. Aussi ne faudrait-il pas que la mort d'Edith Stein vienne occulter son itinéraire proprement philosophique. en 1933. s'exclame-t-elle en refermant. Car un régime totalitaire est toujours et avant tout une vio- . au terme d'une nuit de lecture ardente. Aimer la vérité On l'a souvent souligné une constante de la vie intellectuelle d'Edith Stein fut son amour de la vérité. sauf admirables exceptions. alors qu'elle avait cessé toute pratique religieuse juive. dans le seul souci d'y repérer les indices qui permettent de configurer sa mort selon la cohérence de sa propre pensée.LE TRAVAIL LAVÉRITÉETLASCIENCEDE LACROIX DE Peut-on encore penser après Auschwitz? Mais comment ne pas penser après Auschwitz. surtout. la Vie par elle-même de Thérèse d'Avila. Et Hussserl. écrit-elle de ses années d'adolescente. il y a là une trame unique. son vieux maître. au foyer même de leur pensée. « Voilà la vérité ». depuis le professeur du lycée dominicain de Spire jusqu'à la carmélite consacrant les dernières heures avant son arrestation à rédiger La Sciencede la Croix. sa mort ellemême est mutilée d'une part essentielle de son sens. Nous perdrions ainsi la cohérence intime de sa propre histoire sans ce travail de la pensée qui la précède. « prévenir l'instant de l'inhumanité ». J'y préfère l'avertissement modeste d'Emmanuel Levinas la tâche et la responsabilité les plus hautes de la pensée consistent à « prévenir l'instant de l'inhumanité ». l'intelligence cultivée de l'Europe des années trente n'a pas été capable.

D'autre part. cet humble et tenace amour de la vérité qui était en Edith une disposition native de l'âme.lence et une offense faites à la vérité une erreur et un mensonge. le discernement politique exigeait sans doute. avant toute chose. à commencer par sa thèse (1916). en un sens totalement renouvelé du mot « science ». peu de temps auparavant. sobre manifeste de la résistance spirituelle au nazisme. avant de devenir le lieu d'un intense travail intérieur. même dans les Eglises. Au contact de Husserl. Car Edith Stein appartient. dressée comme une sorte de veto anticipé à l'égard de toute soumission aux fins de la puissance. Elle expérimente alors la double libération que Husserl apportait à l'Université allemande. Dans l'Allemagne humiliée des années 20. Merleau-Ponty ou Levinas. ce sont précisément ces thèmes qu'il développe. Significativement. parallèle à celle que. Bergson avait apportée à l'Université française libération par rapport à l'interdit kantien barrant l'accès aux « choses mêmes ». à vingt-et-un ans. même dans le cercle brillant des jeunes philosophes réunis autour de Husserl. interdit de parole en Allemagne. et cette fois contre le positivisme. Husserl. est polyphonique. Edith Stein expérimente. dans la naïveté seconde de la démarche phénoménologique. La découverte de la phénoménologie. Mais cette ratio phénoménologique. au même horizon philosophique que Heidegger ou Sartre. par sa formation. lorsque. et ne saurait s'épuiser dans la seule constitution du savoir scientifique. à Saint Thomas et à Saint Jean de la Croix. libération par rapport au positivisme réduisant le vécu intentionnel de la conscience à un donné factuel justiciable du même type d'enquête que les phénomènes externes. Elle développe et aiguise en elle les exigences de la raison. à toute totalisation systématique comme à toute réification du sujet. fut sa première rencontre décisive avec l'expérience de la vérité et le terreau de tous ses travaux ultérieurs. fait à Vienne une conférence sur « La crise de l'humanité européenne et la phénoménologie ». Edith découvre « la philosophie comme science rigoureuse ». La démarche phénoménologique Travail mené au coeur de l'expérience intellectuelle de la modernité. en 1935. antidote précieux du culte de l'obscur et des dérives émotionnelles entretenus par le nazisme. cette « chasteté des . ni oublier le sujet dans l'objet. Raison rebelle à toute réduction instrumentale. jusqu'à ceux qu'elle consacra à Denys l'Aréopagite. qui fait droit à l'exigence de fondation dont les sciences positives lui paraissaient dépourvues.

Il ne s'agit de rien moins que d'un changement radical de point d'appui Le point de départ absolu. Edith lit chez son amie Hedwige Conrad Martius l'autobiographie de Thérèse d'Avila. écrit-elle. » Le « phénomène de l'expérience mystique Pendant l'été 1921. dans des champs inexplorés. sa recherche spirituelle portait sur la foi chrétienne. qu'elle thématisera la beaucoup plus tard. comme ceux de la philosophie de la religion et de la mystique. « Ce fut. Le jour même. elle achète. mais il faut respecter le caractère d'irruption soudaine et de mutation radicale de l'événement qu'elle relate « Je pris un livre au hasard dans la bibliothèque. seront désormais pour elle indissociables. Depuis longtemps. Mais il m'ouvrit un domaine de "phénomènes" près duquel je ne pouvais plus maintenant passer en aveugle. la pensée peut s'avancer. celui de l'expérience mystique singulière d'une âme. Il ne me conduisit pas encore à la foi. le jeu pluriel des visées et des horizons de la ici encore comme une sorte de défi anticipé à conscience. mon premier contact avec un monde qui jusque-là m'était profondément inconnu. c'est la foi. sans renoncer à son exigence de fondation radicale. en comparant démarche thomiste et celle de la phénoménologie.Pour Saint Thomas. » En Thérèse d'Avila. mais au nom même de cette exigence. Dès lors. de manière significative. de manière indirecte. . aussitôt je fus captivée et ne pus m'arrêter avant de l'avoir achevé. ou encore vérité connue et vérité priée. A l'école de Max Scheler. il portait ce titre Vie de Sainte Thérèse par elle-même. un catéchisme et un missel vérité théorique et vérité pratique. Le point de vue unifiant à partir duquel se déploie toute la problématiquephilosophiqueet à laquelle elle renvoie toujoursest pour Husserlla consciencetranscendantale et pour ThomasDieu et sa relation aux créatures. Mais cet accomplissement est aussi un bouleversement de fond en comble de son univers intellectuel. en bonne phénoménologue. Husserl le cherche dans l'immanence de la conscience. Quand je fermai le livre. et elle en dégage. l'« homme unidimensionnel » dont Auschwitz sera la traduction barbare. le sens « c'est la vérité ». Je commençai à le lire. Edith Stein a rencontré un « phénomène x irréductible.choses » qui libère le regard pour un accueil sans préjugé de l'être donné. je me dis C'est la vérité. elle découvre les modalités multiformes de ce don.

mais traduction en un sens plus large et plus décisif. poursuivi jusqu'à l'intérieur du Carmel. surnaturelle dans sa naturalité même. d'où l'absolue négation de l'identité juive. de l'homme réduit à son être-là naturel. qui ne fut pas. une conversion du judaïsme qu'elle avait alors abandonné au christianisme. une juive qui ne devint pas chrétienne. de textes de Saint Thomas et de Newman. Elle a compris d'emblée que le drame de la pensée européenne résidait dans la scission entre une foi chrétienne souvent restée en marge des défis et des acquis de la pensée contemporaine. d'une intériorité visitée par le Dieu vivant et appelée à devenir sa demeure. la transparence et l'oubli de soi qu'exige pareille tâche. tout le travail philosophique d'Edith Stein. dans laquelle elle met en œuvre l'intuition de ses années d'adolescence quant à la précision. Car ce qui crut triompher à Auschwitz. de la personne singulière non totalisable. Elle a entrepris ce dialogue à partir de la formation qui était la sienne et de la forme de tradition philosophique catholique qui lui était proposée. Traductions Dès lors. sont mis en cause par l'expérience. vécue comme phénoménologiquement irréductible. comme on le dit parfois trop vite. c'est seulement une pensée de l'homme plus grand que l'homme. Et ce qui peut triompher d'Auschwitz. tout comme la prétention de la conscience à constituer souverainement le sens. lorsqu'il s'agit de faire communiquer des univers intellectuels procédant de points de départ différents et mettant en oeuvre des outillages conceptuels hétérogènes. Le système de l'homme radicalement seul.Traduction au sens littéral du terme. à un moment où l'Allemagne connaissait un brillant renouveau des études thomistes. tel que la révélation biblique. et une pensée séculière privée de l'instance critique que représente cette foi. cette demeure préservée de Dieu jusque dans l'horreur des camps est le démenti le plus vigoureux apporté à leur entreprise. juive et chrétienne. nommée par Dieu. .Nous touchons ici le noyau irréductible de la conversion d'Edith Stein. Edith Stein a cru à la capacité de la pensée chrétienne la plus traditionnelle de se laisser affecter par la modernité philosophique et de l'affecter en retour. non déterminable. va consister en une tâche de traduction. l'atteste. ce fut le système de la finitude. anthropocentrés. sous l'horizon de la Geworfenheit. mais bien une conversion des horizons intellectuels de la modernité. Comme l'a bien vu Etty Hillesum. au mystère théocentrique de la personne.

C'était. née de la Passion » du Christ et victorieuse de la mort. à tel point qu'elle rayonne à traverstout et se fait reconnaître. Edith Stein a su ces choses et en a vécu. y croît. aveugle à ses propres fins dans l'ivresse de la maîtrise technique des moyens. c'était refuser la démission de la raison autant que son déni passionnel. Edith Stein allait au coeur du défi. encore étudiante. en rigueur de termes. elle s'explique sur le sens qu'elle confère ici au terme de science On ne parle pas ici de science au sens courant. pas plus qu'une synthèse philosophique.Il fallait donc traduire à nouveaux frais l'homme dans la langue de la foi et traduire le don de Dieu dans la langue de en se donnant résolument et humblement à cette l'homme. Semence qui met si bien son empreinte sur l'âme que. lorsqu'Edith entre au Carmel. d'englober Auschwitz sous ses concepts. Bien avant d'en mourir. raison garder. Car Auschwitz fut le monstrueux produit de décomposition d'une rationalité mutilée et aveugle mutilée de sa longue mémoire d'alliance avec la foi chrétienne et devenue insensible à l'altérité d'autrui comme à celle du Tout Autre. en imprègnel'agir et le faire. ma première rencontre avec la Croix. Aucune synthèse théologique n'est capable. m'apparut visiblement.féconde elle ressembleà une semencejetée dans l'âme. Elle sait depuis longtemps que l'effort . Ici cesse le chemin. Pour la première fois. y met son empreinte. Elle y prend racine. fussent-elles travaillées du dedans par la foi. s'étonne de la sérénité surnaturelle avec laquelle son amie Anna Reinach accueille la mort de son mari. La Science de la Croix. existentielle. il faut donc en reprendre tous les termes en les appliquant à cet objet la Croix a été. défaillent. on ne pense pas à une pure théorie [. Le « logos » de la Croix N'oublions pas que la « science ici décrite a pour objet la Croix. Semence jetée alors qu'Edith. tué au front « Ce fut. mais cette vérité est vivante.] On pense certes à une vérité connue. elle choisit le nom de Teresa Benedicta a Cruce bénie par la Croix. cette semence jetée dans l'âme qui a peu à peu tout envahi. Aux heures graves du nazisme. l'Eglise. double tâche et en centrant toute sa pensée philosophique sur la catégorie de la personne. « prévenir l'instant de l'inhumanité ». dans la pensée et dans la vie d'Edith Stein. avec la force divine qu'elle confère à ceux qui la portent. Dans l'introduction de son livre. écrit-elle. Mais il vient toujours une heure où la connaissance d'entendement et où la raison elle-même.

Car Auschwitz fut un affleurement du mal radical. jusqu'à ce « lieu mystique où se déploie le « logos de la Croix ». Face à ce radicalisme. dans la Il ne s'agit peut- . où se joue le radicalisme du combat spirituel dans l'histoire humaine. comme de celle du Christ. De la Croix de son peuple. Il n'est pas une réponse extérieure à Auschwitz. au milieu de son peuple. dans le cadre des procès de Nüremberg. fréquenté par les seuls mystiques. en soi-même et dans l'interlocuteur. Au camp de Westerbrok. ne d'argumentation la peut à lui seul emporter la conviction et produire la lumière participation existentielle au mystère de la Croix est un moment obligé du travail de la vérité. mais elle s'est avancée. Il est une kénose de Dieu en Auschwitz. LE TRAVAILDE L'AMOUR ET LE SCEAU DE LA CROIX Mais il faut y pénétrer à genoux. C'est que le « logos de la Croix ne se comprend ni ne se contemple du dehors. si nécessaire soit-il. Et nous question encore plus redoutable que la question ment prier à Auschwitz? Comment s'adresser louange et l'intercession. à partir d'Auschwitz? touchons ici une d'Adorno. et exige en quelque sorte que la pensée s'aventure jusqu'au lieu. au même moment. Pourtant. extérieure au peuple victime d'Auschwitz. juridiques. ne se prête à aucune sublimation. C'est ce dont témoigne La Science de la Croix.au service de la vérité. car on touche le double abîme d'une souffrance qui ne supporte aucune explication. qui déroute à la fois nos catégories politiques. Seule une raison mystique. Comà Dieu. Ces pages techniques semblent bien éloignées du drame qui. elle sait bien qu'il n'est de science que vécue. il faut mettre en oeuvre toutes les ressources de la réflexion la pensée nietzschéenne du « dernier homme et du nihilisme. éthiques. à intelligence nue. du concept inédit de « crime contre l'humanité ». elles le touchent au cœur. et d'une violence qu'aucune légitimation historique ne peut relativiser. l'élaboration. l'analyse que fit Hannah Arendt de la « banalité du mal » et du système totalitaire. déferle sur l'Europe et pénètre à l'intérieur même du Carmel. c'est-à-dire expérimentalement configurée à cette kénose. un témoin a qualifié l'attitude d'Edith Stein de « Pieta sans Christ ». autant de tentatives nécessaires et fécondes pour approcher par la pensée ce qui demeure un impensable. Edith Stein ne nous dispense pas de ce travail de la pensée. peut pénétrer en ce lieu.

pour la plupart juifs allemands exilés aux Etats-Unis. elle va tenter de déchiffrer avec sa propre vie cette solidarité éprouvée dans le pressentiment spirituel de l'horreur. entreprise insupportable. Mais cette lucidité politique prend très tôt la forme d'une intuition intérieure du destin qui attend le peuple juif. mais en face d'un constat existentiel quelque chose va se jouer. Autour de Pâques 1933. Professeur à Spire de 1922 à 1931. Walter Benjamin parle des « avertisseurs d'incendie » à propos des quelques rares intellectuels. quelques journaux américains font mention des premières mesures contre lui « Il m'apparut soudain clairement que la main du Seigneur s'abattait sur mon peuple et que la destinée de ce peuple devenait mon partage. qui touche directement sa propre vie en même temps que celle de son peuple. nous rapporter en vérité à Dieu à partir de ce mal radical. » Nous ne sommes pas là en face d'une « explication théologique de la Shoa. et comment ne pas prier après Auschwitz sans manquer à la mémoire et à la foi de ceux qui ont prié là-bas. en effet. victime de notre histoire? Comment porter en vérité notre offrande à l'autel. tant que notre frère a Auschwitz contre nous ? L'itinéraire spirituel d'Edith Stein. s'avançant à foi nue vers ce mystère d'iniquité. Entrer dans l'incendie Dès lors. Car il a été prié à Auschwitz. elle souligne la responsabilité des femmes dans la prévention et la dénonciation de ces dangers. notre mal? Comment notre prière peut-elle être authentique. conférencière dans les milieux féminins de l'enseignement.être pas tant ici du redoublement de la question classique des théodicées en face du mystère du mal. elle s'efforce déjà de rendre ses élèves conscientes des dangers qui montent. et qui les touche l'une et l'autre en ce point secret où leur identité est référée à Dieu. Edith Stein peut être comptée parmi eux. Pendant le Carême 1933. peut ici encore nous aider. comme une donnée peut-être trop rarement relevée. concerne Dieu. elle écrit au pape Pie XI pour lui . avec une acuité brûlante. Comment. qui furent tôt conscients du drame. que du démenti historique brûlant apporté à l'incorporation de la révélation judéochrétienne dans la conscience européenne. sans donner encore une fois raison à ceux qui ont voulu y supprimer le Nom de Dieu et le peuple qui en gardait le Nom? Il faut d'abord noter. ce que préparait en Allemagne la montée du nazisme. que c'est du milieu de sa prière qu'Edith Stein a perçu. tant que nous ne sommes pas réconciliés avec ce frère.

dans une totale indétermination du quand et du comment. « la main du Seigneur » de la formule antérieure est devenue « la Croix du Seigneur ?. à l'inverse. et à la conscience « La destinée de ce peuple aiguë d'une implication inévitable devenait mon partage – se substitue. et à première vue tout aussi problématique. » Et. Sa judéité de naissance fut retrouvée et éprouvée par elle à l'intérieur de son identité chrétienne. Edith avait perçu dans une même intuition spirituelle sa propre destinée et celle de son peuple à l'intérieur de ce mystère. Mais. ou plus exactement dans le mystère de la Croix. la certitude que cette offrande est reçue.lui disant queje savais que c'était sa Croix à lui qui était imposéeà notre peuple. qui s'opère devant. Elle met courageusement en oeuvre sa responsabilité ecclésiale sans et pourtant elle sent que l'essengrand succès visible.demander une encyclique contre la persécution hitlérienne. Son appartenance au peuple juif et son offrande personnelle sont l'objet d'une seule et même prise de conscience. dans le dialogue intime de la prière. d'ailleurs tiel est d'un autre ordre. les dates décisives de sa vie sont inséparablement en rapport avec le mystère d'Israël et avec le mystère de la Croix elle est .] Je reçus la certitude intime que j'étais exaucée. Tout se passe comme si. de la Croix sur la Shoa. C'est. mais n'incombait-il pas à ceux qui comprenaient de porter cette Croix? C'estce queje désiraisfaire [. précisément. écritelle peu de temps avant sa mort. paradoxalement. un raccourci saisissant. la Croix du Seigneur est vécue comme la Croix de son peuple. à nouveau. Ici. La plupart des juifs ne reconnaît pas le Sauveur. Elle ne sera pas seulement un « avertisseur d'incendie ». la libre offrande de soi. loin de projeter de l'extérieur une théologie plus ou moins indiscrète. C'est encore en avril 33. dans la participation existentielle à cette Croix qu'Edith va s'expérimenter comme juive. en elle. au Carmel de Cologne où elle est de passage. mais par le sang qui coule dans mes veines. Vient alors. elle doit entrer elle-même dans l'incendie. comme une proximité accentuée avec Jésus de Nazareth « Vous ne pouvez savoir. et en tout cas seconde. ce que signifie pour moi d'être une fille du peuple élu et d'appartenir au Christ non seulement spirituellement.Mais en quoi cela consisteraitde porter cette croix. de fait.cela. qu'elle s'offre consciemment à cette incorporation dans le drame de son peuple Je m'adressai intérieurementau Seigneur. associe la Shoa et la Croix du Christ. je ne le sus pas encore.

ni pour qualifier une libre initiative personnelle. Mais. les psaumes chantés pendant l'office synagogal. priées avec Israël. en même temps. en holocauste pour la paix du monde. elle fait ce qui dépend d'elle et le fera jusqu'au bout. dans son bréviaire latin. dans la conscience d'un lien très fort entre le rituel de l'Expiation et le geste sacerdotal du Christ en sa Passion. Lors de ses visites à Breslau. il y a là les mêmes paroles. et continuait au Carmel à célébrer son anniversaire ce jour-là. mais Jésus le veut. Nul doute qu'il n'adresse cet appel à beaucoup d'autres âmes en cesjours. elle reçut la confirmation le jour de la Présentation de Jésus au Temple. elle choisit pour son baptême le jour de la Circoncision. pour ne pas exposer ses soeurs ni s'exposer elle-même à la mort. A la religieuse qui l'accueille. nul souci d'interpréter spéculativement la situation. mais seulement à propos de sa propre offrande. Pour notre peuple Son entrée au Carmel. et qu'un ordre nouveau soit établi. même si l'appel est contemporain sa conversion. loin de la mettre à l'abri. d'aussi héroïquement irrésistible qu'une motion de l'âme sous faction de l'Esprit Saint. Je voudraism'offrir ce soir encore. la réponse à un appel singulier reçu au plus intime de l'être. terme sacrificiel au sens liturgique précis Edith ne l'emploie pas à propos de la passion de son peuple. Le dimanche de la Passion 1939. le Carmel la configure plus concrètement à l'offrande du Christ. mon désir est d'y prendre part. mais dont elle pressent que la résonance est immense il en va du destin spirituel du monde. comme une parabole de sa voie spirituelle nées de la foi d'Israël. Quelque chose d'aussi simple.car c'est la douzièmeheure. Je sais que je ne suis rien. ici encore. reçues dans le cœur de l'Eglise. en octobre 1933. Elle ne l'emploie ni pour désigner l'horreur d'un destin imposé. mais la Passion du Christ. Ici vient le terme d'holocauste. après sa conversion. L'holocauste est un acte de prière. elle déctare « Ce ne sont pas les achèvements humains qui nous viendront en aide.née le jour de Kippour. » Elle sait que. . si possiblesans une guerre mondiale. elle met un mot à sa prieure Que votre référence veuille bien me permettre de m'offrir au cœur de Jésus. elle accompagne sa mère à la synagogue et suit. Nulle théorie ou de traverser donc. c'est dans la prière que tout se joue. Que le règne de l'Antéchrist s'effondre. est directement de reliée à son acte d'offrande.

lors de leur arrestation au Carmel d'Echt où elles avaient trouvé refuge « Viens. la figure qui s'impose à Edith est une haute figure de la tradition juive. Mais. Ces deux accomplissements sont indissociés c'est comme juif. et ce corps est celui de son peuple. ces mots nous livrent une clé. /e suis une pauvre petite Esther impuissante. par exemple. consciente jusqu'à l'angoisse de son impuissance. C'est donc indissociablement comme juives et comme chrétiennes qu'elles vont être arrêtées. Le double accomplissement Il faut rappeler ici qu'Edith et Rosa furent arrêtées avec d'autres chrétiens d'origine juive. et leur mort ne fait que s'ajouter à la liste interminable des victimes. à la manière d'un Maximilien Kolbe. et en raison de sa prétention mes- . mais le Roi qui m'a choisie est infinimentgrand et miséricordieux. celle de la reine Esther. Ce « pour appartient à la seule logique de l'amour. Je dois toujourspenser à la reine Esther qui fut prise de son peuple précisémentpour cela. Le « pour » n'a pas non plus le sens d'une finalité externe. nous allons pour notre peuple.Et pour en rendre compte. C C'est à la lumière de ce cheminement qu'on peut tenter d'interpréter la parole d'Edith à sa sœur Rosa. car Edith et Rosa sont de ce peuple et c'est au nom de cette appartenance qu'elles vont être exécutées. et ceci est lourd de sens. sans que. logique d'identification dans l'altérité maintenue. de différenciation dans la communion pleinement réalisée. Encore faut-il la bien utiliser. accueillant et reproduisant en sa propre chair le mystère du Christ livré à la mort « pour nous les hommes et pour notre salut ». de sa solidarité avec son peuple. elle en épargne d'autres. et se reposant entièrement sur Dieu J'ai confiance [. Elle accomplit ainsi pleinement son identité juive. du même mouvement.] que le Seigneur a accepté ma vie pour tous. par mesure de représailles des autorités d'occupation à la suite du courageux mandement des évêques hollandais contre les déportations massives de juifs des Pays-Bas leur mort est inséparable d'une initiative de justice et d'amour des Eglises chrétiennes. 'est une grande consolation. elle accomplit son identité chrétienne. Le « pour ne saurait ici avoir un sens de substitution Edith et Rosa vont mourir avec leur peuple. Edith voit sa prière d'offrande prendre corps. jadis laissée dans l'oubli son appartenance « naturelle » au peuple de l'alliance est ici totalement assumée à l'intérieur d'une élection et d'une mission d'ordre surnaturel et de portée universelle. » Dans leur sobriété.

juive allemande. tous deux en un seul Corps » (Ep2. « Viens. l'une et l'autre. Elles dessinent un espace spirituel dans lequel nos libertés personnelles et collectives ont à se situer encore et toujours. avec la part d'Allemagne complice ou silencieuse devant le nazisme. Simplement. pensée théologiquement dans son rapport au Christ. c'est-à-dire au point où il est tout à la fois dramatisé à l'extrême et dépassé « Car c'est Lui qui est notre paix. Mais elle a vécu l'affrontement historique décisif de notre siècle entre le paganisme nazi et la vocation d'Israël à l'intérieur du mystère de la Croix du Christ. au même moment. lui qui des deux n'a fait qu'un peuple.sianique. mais dans un acte de communion consciente à la Passion du Christ. En sa propre chair la violence païenne du nazisme et la souffrance juive étaient. aucun usage spéculatif. pour éclairer les événements de notre siècle Païen et Juif sont les catégories ultimes de l'histoire humaine. c'est en celle-ci qu'Edith reçut sa propre mission.) pour les réconcilier avec Dieu. parce que c'est le lieu du combat spirituel radical. une pierre d'achoppement et même de scandale. Peut-être faut-il même se risquer plus avant. et c'est seulement dans une perspective eschatologique. que Jésus fut livré à la Croix. partie prenante. la victime. de ces catégories. et dont elle était. et l'offrande de sa vie faisait de cette solidarité avec les bourreaux une source de rédemption. cette fois avec l'occupant. exposées à la Croix. Gaston Fessard. dans la lumière pascale. Edith fut arrêtée en Hollande. la vie et la mort . c'est-à-dire par son propre peuple. pour la conscience juive comme pour la conscience chrétienne si elle n'est pas distraite. que la formule paulinienne prend sens et que la pierre d'achoppement peut devenir la pierre d'angle. dans la mort commune à des millions de membres de son peuple. entendu cette fois comme le peuple allemand dont elle s'est toujours sentie. supprimant en sa chair la haine [. Edith Stein n'a fait. détruisant la barrière qui les séparait. qu'elle remplit en tant que juive. et de son côté ouvert naquit l'Eglise. C'est pourquoi il faut quitter ici les philosophies séculières de l'Histoire. nous allons pour notre peuple ? doit sans doute être entendu en tenant compte aussi de cette autre solidarité. par les autorités d'occupation. 14-16). c'est évident nous n'avons pas d'accès empirique à ce dépassement. Qu'il y ait là. naturellement et spirituellement. pour revenir aux catégories pauliniennes mises en oeuvre dans l'Epître aux Romains et reprises par le P. la déchirure passait à l'intérieur d'elle-même.

par Dieu lui-même. On peut penser que les carmélites polonaises qui ont souhaité s'établir sur le site d'Auschwitz étaient animées par le même de l'accomplissement pressentiment pascal de l'Histoire. qui ne nous appartient pas. H faut laisser sans discours et sans conduites de substitution le silence que fait sa mort. ni ne doit. que nul ne peut. en énigme et comme à travers un miroir. dans l'Apocalypse de Jean. Elles voulaient emplir Auschwitz de la prière du Carmel. alors que cela était déjà fait. boire de son propre chef à cette coupe. et Edith Stein nous rappelle. Puis elles venaient trop tard. dans l'offrande jusqu'à l'extrême d'Edith Stein. le descellement ultime de l'Histoire. du sein de son propre peuple. du grand silence qui précède. Seul l'Agneau immolé ouvrira le Livre de Vie. s'écroule dans le non-sens. en forme la trame la la seule qui demeure quand tout le reste plus indéchirable.d'Edith Stein nous indiquent. MARGUER)TE LÉNA CommunautéSaint-François-Xavier . Mais elles faisaient une double erreur d'abord. Peut-être ce silence est-il une anticipation. que cette unité travaille notre histoire. dans le bruit de ce temps. après l'Evangile. elles venaient d'ellesmêmes en ce lieu.

l'Europe rencontre nombre de foyers de discorde le Kosovo.j. Malgré la pacification.Europe 1 le rôle de l'Eglise* PETER HANS KOLVENBACH L'EUROPE évoque bien des problèmes. La confédération des Etats russes Conférence donnée uxPays-Bas 1997. De fait. L'idéal européen se présente tout autrement si nous pouvons nous inspirer d'une histoire et d'une culture communes. L'Europe en tant que telle n'a pas pu y jouer un rôle. la Bessarabie et la moitié turque de Chypre.R. la Moldavie. ostie H s. Etudes M. La crise des Balkans n'est pas terminée. Sinon. S'agit-il de redécouvrir l'unité de ce continent ou de la créer de toutes pièces? Dans la seconde hypothèse. Certains sont primordiaux. d'invasions et d'occupations. rue d'Assas 75006 Paris Juin )998 N' 3886 . La solution provisoire a été imposée par les Etats-Unis. nous prenons comme point de départ la conviction qu'une Europe unifiée à contre-gré est capable de se défendre contre les puissances économiques qui partout dans le monde se liguent contre elle. il s'agit de découvrir ce que nous avons toujours été des Européens.raduite u néerlandais lessoinsdu a en t d par P. l'Europe n'aurait jamais existé. dans la première. chacun de nous a appris l'histoire de nos contrées comme un enchaînement ininterrompu de guerres et de conflits. les minorités hongroises.

un nouveau Yalta n'est aucunement exclu. Elle sépare l'Orthodoxie. plus ou moins ébréchée. Sinon. comme en témoignent les Balkans. n'est un appui automatique pour l'unité de l'Europe. les chrétiens ne sont plus seuls. En lisant les journaux ou en regardant la télévision. l'Europe se ruinera dans ses contradictions internes. Les autorités politiques font de même. nous abordons l'an 2000 avec plus d'unité. Des minorités refusent de faire partie la Catalogne en Espagne. Le dialogue entre les Eglises de la Réforme s'oriente vers une reconnaissance mutuelle de la diversité dans la foi plus que vers une unité dans le Christ. de la chrétienté. Mais dans la réalité quotidienne. Ce que l'Europe a toléré et organisé à Auschwitz reste une plaie douloureuse pour la Synagogue. la Padanie lombarde en Italie. Les religions peuvent être perçues comme fautrices de troubles et de guerres. les responsables religieux se rencontrent dans de nombreuses organisations ecclésiales européennes. aux effectifs réduits. pas plus que la religion. L'islam de l'Afrique du Nord et des pays du Levant ne fait pas partie de l'Europe. De plus. Le chemin vers l'unité et vers la réunification exige la réconciliation et la collaboration délibérée. Mais ce qui se passe à Jérusalem ou en Algérie affecte inévitablement l'Europe. Le rideau de fer idéologique entre l'Ouest et l'Est risque d'être remplacé par une frontière religieuse. . aussi des rapprochements se sont-ils opérés. après mille ans de séparation et de méfiance. La politique. en Europe. Pouvons-nous dire. Le Pays basque espagnol a affaire avec le terrorisme.(l'Arménie et la Bessarabie) est menacée. on constate que chaque pas vers un renforcement de l'Europe se heurte à des contre-courants. enracinée à l'Ouest. Il y a plus. pour autant. Bien sûr. Et ce ne sont que quelques exemples. Dans de nombreux pays. que. Le concile Vatican II a découvert l'oecuménisme comme un vœu du Christ. au sens fort du terme? Les désunions qui se manifestent à l'intérieur des Eglises semblent l'emporter. l'islam est devenu la seconde religion il y compte des millions de sujets. la Corse en d'un ensemble national France. Chaque décision de l'Europe concernant le Proche-Orient la ravive. Cette esquisse négative et sombre démontre que l'unité de l'Europe ne peut se construire sur la base d'une communauté naturelle. qui considère l'Europe de l'Est comme son territoire inaliénable. Par delà les divisions La non-unité de l'Europe se reflète dans les rapports entre les Eglises.

Pour le dire en termes bibliques est-il possible de bâtir la cité de l'Europe sans . ils sont acculés à la collaboration. L'homme européen se tient à distance d'une Eglise qui se veut Mater et Magistra. à la liberté et à la charité. Quoi qu'il en soit. l'Europe est tentée de cultiver les valeurs humaines indépendamment de l'Evangile et hors des Eglises. Mais il se laisse encore éduquer et inspirer par l'Evangile. elle a été portée vers toutes les parties du monde grâce à l'aventure dans le Nouveau Monde. informé par l'Eglise catholique. devient culture chrétienne. l'égalité et la fraternité comme des acquisitions personnelles. Après l'effondrement du nazisme et du matérialisme historique. l'Europe est dans l'impossibilité de se maintenir face aux pressions économiques qui se développent dans le monde entier. A quoi il convient d'ajouter les idéaux de la Révolution française. Les spécialistes sont à même d'y découvrir les paroles et les pensées des habitants de l'Europe. Peu à peu. Ce processus est désigné par le terme « sécularisation ».Nous ne nions pas ces éléments de fait ils sont négatifs. Il vit la liberté. elle est nettement délimitée par trois plans d'eau et par l'Oural. Le rôle historique des Eglises Le rôle des Eglisesdans cette évolution est indéniable. elle a été baptisée avec l'annonce de l'Evangile. Sans une économie de marché établie d'un commun accord. la Déclaration des droits de l'Homme. Mais l'image retracée jusqu'ici resterait partiale si nous omettions ce qui unifie indiscutablement l'Europe. deux systèmes totalitaires et athées. C'est l'Eglise catholique qui a enseigné aux peuples d'Europe ce que l'homme et l'humanité peuvent et doivent être dans les perspectives révélées par le Créateur et le Sauveur. en ces temps où tous les pays et tous les peuples sont interdépendants. Le résumé succinct d'une histoire millénaire met en évidence le côté positif les Européens ont plus en commun que ce qu'ils veulent bien croire. La plupart des langues appartiennent aux groupes indo-européens. déclenchées en Europe et pour elle Le mur de Berlin a fait prendre conscience qu'une Europe divisée est contre nature. l'Europe a pris conscience des valeurs qui s'articulent à la justice et à la paix. l'Europe se reconnaît comme un seul ensemble. en ne s'appuyant que sur ses propres forces. pour reprendre ces valeurs à son propre compte. Actuellement. et même les deux guerres mondiales. Le tout est devenu une communauté culturelle elle est marquée par le droit romain et par la pensée grecque. Appendice relativement restreint du continent asiatique. L'empire romain.

le judaïsme est admiré pour la patience et l'espérance de l'attente du Messie. palestinien nanti ou étranger démuni. La stèle d'Hammourabi (1750 ans avant notre ère) en témoigne. situe l'amour du prochain à un niveau tel. typiquement chrétienne. quotidiennement vécue en public. Personne ne peut contraindre l'Europe à s'unifier. Qu'il soit juif ou romain. de même que les préjugés nationaux et sociaux. Leurs initiatives sociales et leurs œuvres de charité n'ont de sens que portées par une propension au pardon. le malade ou l'immigré sont accueillis. . Elle considère l'homme et la communauté humaine à travers les yeux du Christ. L'histoire de l'humanité a toujours été marquée par le désir d'accomplir la charité. que seul un mot nouveau parvenait à le circonscrire. même si l'échec signifie sa perte. Car c'est Lui qui est servi quand le prisonnier. L'homme qui se meurt au bord de la route est avant tout un homme qui a besoin de l'aide d'un autre c'est ainsi qu'il devient son prochain. « Agapè » Une première contribution à la recherche de la motivation est t'agapè. jusqu'à l'offrande personnelle de sa vie pour que le prochain en détresse puisse vivre. il est évident que son avenir dépend de la volonté délibérée des Européens. Au Proche-Orient. Toute douleur humaine invite à l'agapè dans la personne du Christ. Le Samaritain de l'Evangile nous est bien connu. est secondaire. sans contrepartie.faire appel à Dieu? Ne risquons-nous pas de construire en vain. une recherche à faire le premier pas vers la réconciliation. Cet apport. Cette agapè. au nom de l'Evangile. comporte une responsabilité qui dépasse les considérations familiales et affairistes. si nous refusons de prendre appui sur l'inspiration évangélique pour ressourcer nos forces? La question s'impose la gestation de l'Europe n'est-elle pas la conséquence de l'affaiblissement de la chrétienté européenne? Quoi qu'il en soit des aspects négatifs et positifs de l'Europe. radicalement nouveau. Aujourd'hui encore. L'islam y est respecté pour le caractère radical de sa foi. Le rôle des Eglises n'est pas de définir les formes politiques de l'Europe de demain. Le Christ fait de la charité un précepte nouveau donnez votre vie sans discrimination. malfaiteur ou juste. Les chrétiens y sont à l'honneur à cause de leur pratique de la chanté. les trois religions qui appartiennent à « la famille du Livre » essaient de vivre ensemble. Mais les Eglises sont conscientes que la détermination à vivre en Europe d'une façon européenne fait partie de leur responsabilité. sans attendre l'initiative de l'autre. Dans le continent européen.

les occasions de pardon et de réconciliation abondent, de même que les raisons pour remédier aux besoins proprement nationaux. Cependant, tant d'éléments étrangers demandent à être intégrés Humainement parlant, l'unification ne pourra se faire qu'à partir d'une adhésion ferme à l'agapè du Christ. Ce n'est pas un hasard si des chrétiens convaincus, comme De Gasperi et Schuman, Adenauer et de Gaulle, ont été aux origines de l'Union européenne. Un problème

spirituel

Une seconde conviction, inhérente à la foi, peut promouvoir l'unité européenne. Elle est encore plus difficile à accepter, car elle comporte un regard critique sur les progrès techniques et dont notre monde moderne s'enorgueillit. Nous scientifiques vivons une période de macro- et micro-découvertes sensationnelles. Celles-ci se reflètent dans la vie quotidienne. Elles ont transformé les soins de santé, la répartition du bien-être et les Ce progrès n'a pas atteint son point moyens de communication. culminant. D'autre part, la technique en tant que telle appelle un contrôle. L'évolution technologique risque d'aliéner l'homme et de détruire son environnement. Nous connaissons tous la menace nucléaire l'homme doit maîtriser la technique. Mais l'orientation qu'il lui imprimera dépend de sa vision du monde, de sa conception de la communauté et de l'image qu'il se fait de l'homme. Tout cela s'applique aussi à l'économie. Actuellement, c'est elle qui façonne l'image de l'Europe. Deux questions mettent en évidence le problème. Les pays européens préfèrent-ils laisser la bride sur le cou au marché économique, ou acceptent-ils de l'orienter de telle sorte que le chômage ne soit plus considéré comme une fatalité économique et que la jeunesse puisse se libérer de l'angoisse de l'avenir? Par sont-ils prêts à sacrifier ailleurs, les pays de la Communauté quelques aspects du bien-être social, afin de procurer aux pays de l'Europe de l'Est les moyens économiques permettant le développement de leurs capacités économiques? Ces pays veulent-ils articuler une distribution adéquate à la Cette distribution ne visera plus seuleproduction économique? ment un petit nombre de favorisés; tous en profiteront, afin que les riches ne deviennent pas plus riches encore et que les pauvres ne s'appauvrissent pas davantage. Dorénavant, l'humanité peut intensifier sa production la faim et la pauvreté peuvent être bannies. Mais la distribution des biens indique clairement qu'on ne cherche pas un partage équitable. Il faut sans cesse souligner qu'on ne peut abandonner l'éco-

nomie à elle-même ou la laisser dériver vers le consumérisme. II non pas telle ou s'agit de l'orienter vers l'homme et l'humanité telle personne, mais tous les hommes, en particulier ceux qui sont dans la misère. Il faut donc reconnaître quelle conviction est à la ni à base des décisions économiques. Bien sûr, il n'incombe l'Evangile ni aux Eglises d'imposer des programmes techniques ou des structures de bien-être ce sont là des initiatives que les hommes ont en main. Mais les mains peuvent distribuer. Une telle option dépend de la foi et d'une orientation spirituelle. Il se pourrait donc que l'unification de l'Europe soit, en dernière instance, un problème spirituel. Le rôle des Eglises est de nous le rappeler, au nom de Celui qui vise notre bien suprême, individuel et communautaire.

La tâche

des

Eglises

Nous avons analysé deux convictions de base. Dès lors, que signifient les Eglises pour l'Europe? Par référence au mystère pascal, les Eglises et les croyants sont convaincus que le monde n'est pas voué à la dispersion. L'Europe, elle aussi, est capable de réaliser son unification. Pour le la réconciliation et croyant, l'avenir comporte le rapprochement, l'union. L'homme de foi n'est pas porté par sa certitude personnelle ou par une naïveté, encore moins par le refus de voir la réalité en face. Il est intimement convaincu que l'histoire de l'union avec le Seigneur de humaine peut être écrite en collaboration l'Histoire. L'échec de la Tour de Babel n'est pas fatal. Le monde se meut vers un nouveau phénomène pentecostal où chacun, avec ses particularités, se fait communion dans l'Esprit. H s'agit de ne pas se laisser abattre par le poids du passé et de soupeser avec lucidité les obstacles actuels. !I s'agit d'accepter les imprécisions de l'avenir. Voilà des tâches à mener à bien. Les Eglises, qui tirent leur origine du Dieu, un et trine, doivent s'y employer. Une seconde tâche est liée aux convictions. La Communauté européenne est née du charbon et de l'acier. Elle s'est étendue au fromage et au poisson, au lait et au vin. Elle s'oriente les frontières douavers une monnaie unique, en supprimant nières. Les partisans de l'Europe jugeront qu'une telle description frise la caricature. Mais ils ne peuvent nier que les aspects politiques, sociaux et culturels se heurtent à un mur d'indifférence, voire d'opposition. Les contacts sporadiques entre Bruxelles et les Eglises mettent cette lacune régulièrement en évidence. Dernièrement encore, le Vatican s'est adressé à une Conférence européenne, en répétant que la création de l'Europe ne se limite pas à

la suppression de frontières ou à l'ouverture de marchés. Il prône la création d'un espace commun de liberté et de solidarité, de jus« L'organisation de tice et de paix. La lettre dit explicitement l'Europe du troisième millénaire sera à la fois éthique et politique ». Les spécialistes de l'Europe s'opposent à de telles vues. Leur argumentation s'appuie sur l'introduction du système monétaire unique. L'euro apportera de soi une politique unifiée et provoque déjà des changements sociaux dans les pays européens. De plus, l'économie est en danger. Elle doit s'opposer aux politiques libre-échangistes des Etats-Unis, du Japon, des tigres de l'Asie du Sud-Est et de nombreux pays d'Amérique latine et de l'Asie, qui se posent en concurrents dans le marché mondial. Si l'Europe dispales conséquences en raissait de la compétition économique, seraient désastreuses au niveau social et entraîneraient une marginalisation politique. L'expérience démontre que la force économique permet de jouer un rôle substantiel dans les processus de paix dans les Balkans, au Proche-Orient ou dans les contrées africaines des Grands Lacs. Enfin, chacun tend à promouvoir les valeurs humaines. Or ces valeurs comportent la spiritualité et la religiosité, même aux yeux d'une Europe sécularisée. De fait, le spirituel suscite de l'intérêt. On croit à quelque chose qui transcende le pain quotidien et à un mystère divin, bien qu'on se détourne des formes institutionnalisées des religions. Un tel besoin du spirituel risque de se limiter au niveau d'une conscience élargie, d'un enrichissement de l'expérience globale et d'une ouverture à ce qui dépasse l'homme. Un tel enrichissement peut se limiter au plan individuel et celui-ci à une préoccupation narcissique. Dans la Comse fait jour de créer une union ouestmunauté, la tentation européenne visant son propre bonheur. L'humanité ne vit pas seulement de son pain quotidien. Elle vit de la parole du Christ qui se soucie de l'autre. En fin de compte, l'humanité ne connaîtra pas le repos tant qu'elle n'aura pas redécouvert son sens ultime donner le pain de la vie aux autres. sinon, la CommuL'appel des Eglises est indispensable; nauté européenne risque de se replier sur elle-même et de se couper des autres peuples. La pensée chrétienne ne peut se limiter à quinze pays elle englobe tous les pays, de l'Atlantique à l'Oural. Nous connaissons tous la parole d'un éminent politicien russe l'Europe est une maison commune. Elle offre plutôt l'image d'un gratte-ciel. Certains étages connaissent la prospérité, d'autres sont ravagés par l'incendie. Et les ascenseurs ne fonctionnent plus ou se bloquent, quand il s'agit de s'entraider. En s'organisant comme

Mais il y a plus. N'empêche que la la recherche de l'union est-elle suffisamment question s'impose intense et délibérée pour être un exemple de rapprochement. Les Eglises aussi se sentent démunies et. avance vers l'unité. elles souhaitent la bienvenue aux étrangers et accueillent les immigrants. l'intégration en son sein de non-Européens s'avère difficile. Les évoques catholiques se rencontrent au niveau européen. frustrées. Au nom du Seigneur. les Eglises considèrent l'oecuménisme comme un mal inévitable de notre temps. et l'Eglise catholique. même si leurs aspirations restent vivaces. offrir à tout homme l'Evangile. l'Union européenne risque l'introversion. L'aide au développement des pays du tiers monde et la contribution personnelle de volontaires sans nombre restent impressionnantes. Les Eglises disposent-elles des forces vives permettant de pousser les Européens à l'Union? En effet. de conciliation et d'unification? Si ce n'est pas le cas. Bien souvent. contribuer à l'expansion des autres continents par des initiatives charitables et économiques. Les Eglises d'Europe disposent d'un organisme de coordination la Conférence des Eglises européennes. elles font scandale et perdent tout crédit dans un monde qui.communauté. qui domine l'Europe de l'Est. en tout cas. qui aujourd'hui encore prédomine en Europe centrale et occidentale. la honte s'empare . La conviction chrétienne a été imprégnée du sens de sa responsabilité découvrir partout dans le monde l'humanité. Par contre. la pratique religieuse s'effrite dans bien des pays européens. Il ne leur appartient pas d'imposer des solutions concrètes qui tiennent compte de tous les éléments d'une situation complexe. Elles défendent les principes et talonnent la conscience de l'Europe. même en s'abstenant de faire la leçon aux autres ? Ne demandent-elles pas à l'Europe ce qu'elles ne parviennent pas à réaliser entre elles? La situation devient inconfortable quand elles prêchent l'union sans être à même d'y aboutir elles-mêmes. quand et comment l'union des Eglises se réalisera dans le Christ. l'Eglise est-elle en droit de parler? Le dialogue dépend largement des relations entre l'Orthodoxie. Unification de l'Europe Abordons et œcuménisme maintenant une dernière question. malgré tout. Les Eglises ont compris que si elles acceptent désunion et discorde. Bien sûr. Parfois. Mais l'Europe ne réussit pas à s'ouvrir aux non-Européens qui veulent avoir part à son bien-être. personne ne peut prédire où. Les Eglises sont acculées à une tâche ingrate. Les partis politiques qui s'opposent à l'immigration obtiennent des scores é]ectoraux imposants. Ces Eglises sont-elles crédibles en annonçant l'Evangile.

quel visage aura l'Europe de demain. Ses paroles ont été accueillies avec réticence. Les Eglises ne peuvent jamais se satisfaire d'une telle procédure. du pain allemand. Même si peu de membres croient fermement à l'union. A l'aérocomportements europort. Quant à la Yougoslavie. dans un pub anglais. L'Europe a connu des guerres de religion. du parfum français. En recon- . nous pouvons être bref tout méfait qui se réclame de la religion est un méfait contre la religion. Les pays d'Europe ignorent. même par certains de ses collaborateurs. une intégration ou une alliance l'emportera. Ils ne savent pas quel modèle d'unification une fédération. provisoire ou durable. Ils peuvent se permettre un relativisme poussé à l'extrême. un tel abus s'est fréquemment présenté au cours de l'Histoire.d'elles. Le Patriarche. eux aussi. Des conflitsnationalistes ne peuvent en aucun cas être légitiméspar la foi. des Européens ? Ne serait-ce pas un contresens que de s'engager dans une Europe unie qui se contente de savourer du fromage hollandais. Des sont capables de provoquer des dispositions bureaucratiques sans exiger une adhésion fondamentale. Leur itinéraire peut aboutir à des résultats communs en passant par d'innombrables arrangements et compromis. comme le Pape. on peut prendre la sortie destinée à la Communauté péenne sans être obligé de porter celle-ci dans son coeur. Le pape Jean-Paul II a proposé que les Eglises demandent pardon pour les aspects négatifs du passé. il suffit d'être conscient de son intérêt propre pour prendre des mesures communes. Nous en convenons suppose un engagement plus radical que l'unification de l'Europe. sinon l'Europe pourra-t-elle même l'enthousiasme. Elles se rappellent en même temps que ceux qui prêchent l'Evangile de la charité ne parviennent pas à se réconcilier l'oecuménisme après 2 000 ans de discorde. Hélas. dans des situations inextricables. Le patriarche oecuménique Bartolomée s'exprime Le nationalisme est la force la plus destructrice de l'Histoire. du vin italien. reconnaît que les Eglises en Europe de l'Est sont coupables de s'être laissées prendre par leurs intérêts et par des critères qui n'ont rien d'évangélique. Elles constatent comment la diplomatie mondiale parvient à réaliser une paix. aux sons de rythmes espagnols? Une Europe sans engagement est une chimère au vu de la longue tradition dont les Eglises sont les témoins et les héritières. Mais se faire sans la volonté délibérée.

naissant les aspects négatifs d'un passé parfois sombre. En fin de compte. » PETER HANSKOLVENBACH S. qui est laissée à la discrétion des quinze Etats membres. les Eglises ouvrent la voie aux témoignages positifs. Les Eglises n'offrent pas de solutions toutes faites. SupérieurGénéra)de la Compagniede Jésus . Jean-Paul II elle n'est pas croiprône sans cesse la nouvelle évangétisation sade. mais évangélisation qualitativement nouvelle. Aux yeux de l'Union européenne. le Patriarche a précisé les objectifs « L'Orthodoxie peut. qui s'est concrétisée dans l'Union européenne la réconciliation. Laissons-lui le dernier mot « Notre société pluraliste met régulièrement ceux qui croient au Christ en face de défis. il conclut que l'apport de l'Eglise à l'unification européenne ne vise aucunement le rétablissement d'une « Europe chrétienne ». Elles proposent un témoignage. à sa façon « Les motivations originelles de la recherche de l'unification. 11serait malencontreux de faire reconnaître les Eglises par l'Europe comme cela se fait pour les syndicats et les partis politiques. Lors d'une rencontre avec la Commission européenne. Les Eglises se doivent de les favoriser justice de tout coeur. doit et veut contribuer à la réalisation du but généreux et vital. Les Eglises n'ont rien à imposer. souffrance et coopération. L'oecuménisme sera signe de réconciliation en Europe. Elle nous incite à chercher résolument de nouveaux chemins pour cette évangélisation. Elle nous stimule à prendre des directions nouvelles qui répondent aux changements socio-culturels. Ensuite. même sous sa forme européenne. Mais elles tant qu'elles respectent les peuvent être mises à contribution. la paix et la restent d'actualité. caractéristiques propres de l'Europe et qu'elles considèrent le dialogue comme un facteur de croissance indispensable. Elles seront le levain pour l'élaboration progressive de l'avenir que l'Europe se donnera. Cette unification se réfère à la signification de t'Evangite et de son poids dans les problèmes de fond que l'Europe aborde. » Il exprime son souci que l'homme européen maintienne son authenticité. une vision spirituelle qui oriente l'Europe. l'unification et la réconciliation du monde. se référant à la personne du Christ et s'inspirant des choix qu'il a vécus jusque dans sa propre chair. l'Eglise se range techniquement et légalement dans la catégorie de la culture.j. sont des dons de Dieu ils demandent prière. » Le rapport du Synode général de l'Eglise Réformée des Pays-Bas formule les mêmes aspirations. en 1994.

Une centaine de compositeurs a usé ses doigts et paumes de mains sur cette table pour créer près de sept cents œuvres. et de lui avoir proposé cet intitulé. Bruits et L'auteur remercie tout particulièrement François Bayle pour les entretiens qui ont permis d'apporter à ce texte les précisions utiles. à Paris. c'est Daniel Teruggi qui anime le CRM. François Bayle. Lorsque la radio commença à mettre en scène « sonore x de grands textes. 50 ans* 1 JEAN-FRANCOS PIOUD A PEINE âgé de 50 ans. 1. Cité de la Musique. signal général qui rassemblera toutes les manifestations publiques du GRM à l'occasion de son cinquantenaire en 1998. Depuis le 18 janvier 1997. Mais qu'est ce GRM. il fallut inventer des paysages et des décors. le Groupe de Recherches Musicales (GRM) vient d'entrer dans l'histoire. la « table d'invention »(sorte de console de mixage dotée d'un ensemble d'oscillateurs modulaires). « l'invention du son ». rue d'AsMs 75006 Paris Juin 1998 ? 3886 . ainsi nommée par l'ancien animateur du GRM'. Etudes M.A~ ARTS ET HTTÉRATURE Le GRM ou l'invention du son. est installée au Musée de la Musique. inventeur et conteur de l'aventure de la musique concrète devenue électroacoustique puis acousmatique? t L'acte fondateur La musique concrète est fille de l'art radiophonique. Depuis mi-97. à la fois le plus ancien et le plus important studio de musique électroacoustique.

pathétique). j'ai commencé à collectionner les objets. « Les trouvailles de 48 me surprennent seul. je débouche sur la musique. Collectionner les ensemble objets sonores est une chose. apportera bien plus à Schaeffer. quitte à la rejeter rapidement. L'ambition musicale de Schaeffer était claire les « décors sonores » récupérés devaient être détournés. Ceux-ci se révélèrent de puissants moyens d'expression. inspiration lyrisme la musique concrète se trouvait par eux deux inventée. 1967). Quelques compositeurs « d'écriture » viennent aussi s'initier à cette nouvelle techMessiaen. Varèse. en 1951. pourraient former un art nouveau. de Schaeffer. Que sais-je?. la Suite pour 14 instruments (1949). il fallait passer du sonore concret (le bruit) au musical. J'ai en vue une Symphonie de bruits. Venu au studio pour "faire parler les bruits". la compréhension ne sont pas analogues. P. Stockhausen. Ce qui pouvait donner un bon résultat à la radio n'était pas nécessairement gage de réussite musicale. la musique concrète. note Pierre Schaeffer dans son ouvrage sur La Musique concrète (PUF.ambiances accompagnaient les dramatiques radiophoniques. «. L'Oiseau RAI (1950). 1990). mais les faire « dialoguer en est une autre. Philippot. aux tourniquets violette. Mais celui-ci a besoin . Sauguet).)). in Pierre Schaeffer. Une décennie extrêmement féconde s'ouvre alors (1948/1958) et les apportera à la musique concrète une série de chefs-d'oeuvre Cinq études de bruits (1948) (Etude aux chemins de fer. comprit très vite que ces sons. Ainsi est né. chercha alors un collaborateur-instrumentiste pour créer la matière sonore en vue de sa future Symphonie pour un homme seul. Bidule en ut (1950). coéd. Schaeffer chercha à faire progresser les « expériences sur les bruits et créa un foyer dans lequel elles pourraient se développer. et esprit créatif. Pierre Henry. il y a bien eu une Symphonie de Psaumes » (/ot(rntd. C'est Philippe Arthuys qui prendra la responsabilité du Groupe et Pierre Henry en sera en quelque sorte le « directeur artistique ». Orphée 51. coll. esprit logique. Cet ingénieur des télécommunications. De 1953 à 1957. L'ŒuM-e musicale. mais aussi nique (Boulez. en acquérant leur autonomie et en les organisant. INAGRM/Librairie Séguier. le Groupe de Musique Concrète (GMC) au sein de la Radio. qui travaillera au Studio d'Essai de la Radio Française. Schaeffer doit prendre ses distances avec le Groupe il est alors appelé à diriger le Service de Radiodiffusion de la France d'Outre-Mer. Milhaud. La narrativité. et les œuvres composées en collaboration avec Pierre 1Ienry (Symphonie pour un homme seul (1950). noire. Schaeffer.

A son invitation. Les pièces « composées » par le responsable du Service portent alors les titres d'Etudes (aux allures. Mais P. En effet. De nouveaux compositeurs intègrent le GRM Bernard Parmegiani.éd. 1958). Alain Savouret. mais le spécimen d'un chantier très large. Schaeffer pose trop de questions. Schaeffer devra prendre une retraite « volontaire x en 1975. la musique concrète du GMC a été opposée à la musique électronique inaugurée dans d'autres studios de radio (WDR à Cologne. L'ouvrage révèle une position interdisciplinaire mal accueillie par le milieu musical traditionnel. François Bayle. Schaeffer retrouvera le Groupe après sa « traversée du désert » et le restructurera autour de Luc Ferrari et François-Bernard Mâche. par exemple). Ce Servicen'est pas une institution spécialisée. la formation. Schaefferréalisera une dernière oeuvre en 1975 (électronique cette fois. f D'une technique à l'autre Très rapidement. les études. Plus proche de la technologie. la technologie. lui-même n'étant pas exclusivement musicien (même s'il pratiquait correctement le violoncelle). Le GMC deviendra le Groupe de Recherches Musicales. après avoir établi les bases de cet Institut et espéré en être le premier président. Ivo Malec. cellule au sein d'un Servicede la Recherche de la RTF. avec une musique électroacoustique de Cohen Solal). A l'éclatement de l'ORTF (31 décembre 1974). L'Institut National de l'Audiovisuel (INA) regroupera ces activités et le GRM intégrera naturellement cette nouvelle institution. la musique électronique développe une autre démarche il faut et il suffit de définir les « partiels » d'un com- . l'enseignement. un GRI (image). rançon du succès oblige. la recherche. la production télévisée (c'est l'époque des célèbres Shadoks. la rupture avec Schaeffer sera consommée en 1958. un GRT (technologie) et un GEC (Groupe d'Etudes Critiques). notamment. aux sons animés.d'autonomie et de reconnaissance. François Bayle gardera la responsabilité et l'animation du GRM qu'il avait prises en 1966. du Seuil. aux objets. Michel Chion rejoignent le Groupe. la recherche. il travaillera aussi bien sur les images. jusqu'à la parution de l'oudes vrage testamentaire de Schaeffer (Th~tte objetsmusicaux. est tendue par cette dialectique d'un solfège expérimental. matériau qu'il s'était interdit jusqu'alors) Le Trièdreertile.instaurant. Toute l'esthétique du GRM. 1966). à ses côtés. le législateur avait négligé une partie importante de l'activité de l'Office les archives. dès 1950. Après sa rencontre décisive avec Maurice Béjart. Jean Schwarz.

avec son corps et sa perception.plexe sonore pour obtenir une configuration « inouïe ». tout comme ceux qui manipulent ensuite les potentiomètres de la table de mixage. appellation désormais générique. le synthétiseur s'est l'audionumérique. a ses propres lois le compositeur l'oreille. Le compositeur « concret x se comporte comme le peintre devant sa toile et ses tubes de couleurs il travaille aussi avec le hasard. La musique est devenue électroacoustique. Le son travaille à enregistré. par exemple). C'est un acte physique qui porte sur les objets sonores. les compositeurs ont gagné en précision ce qui fut perdu en rapidité et facilité. Le trait d'union s'est réalisé avec le chef-d'Œuvre de Karlheinz Stockhausen Gesang der Jünglinge (1956). nateur (le Groupe a mis au point ses propres applications inforSYTER GRM Tools. C'est une interface extrêmement riche entre les capacités de la technologie électronique et celles de la perception naturelle. travaillaient alors sur les flux généralisé et les compositeurs sonores. cettestationa proposé ergonomie une féconde. C'est au cours de cette même décennie que le GRM commença à développer ses propres outils techniques et entama une diversification de ses activités publications écrites et sonores.Acronyme en delacélèbre X 4 pour systèmeaudionumérique)tempsréel Concurrente ( de HRCAM. supportée par leurs moyens de production. Le geste qui effectue la prise de son est déjà un geste engagé. émissions de radio. l'ordinateur a développé davantage le travail en temps réel telle action sonore déclenche telle autre action sonore immédiatement enten- 2. Cela a intéressé très vite les compositeurs sériels. l'inconscient. le CRM devait « se convertir » à l'ordiInévitablement. Plus récemment. fixé. Avec la musique électronique. Chef de projet. concerts. L'évolution technique est passée de l'électromécanique à Au cours des années 70. la solitude. La musique concrète procède d'une entreprise plus artisanale. au au de . Ellefoncexceptionnellement tionneencore GRM. pédagogie. La fusion était inéluctable. le compositeur retrouve l'attitude prédictive. il doit s'entourer d'ingénieurs et de techniciens pour trouver les solutions de mise en oeuvre. Grâce à matiques l'informatique musicale. CNSM Paris. c'est-à-dire les musiciens d'écriture qui voyaient là le moyen d'obtenir avec la précision la plus extrême les timbres et les durées qu'ils ne pouvaient obtenir d'une manière habituelle. Mais l'évolution constante des deux musiques a fini par atténuer leurs différences.

d'intuition. prennent leur autonomie et font pénétrer l'auditeur dans une nouvelle nature musicale « 19 avril (1948). . la logique et la culture auditives sont plus générales. le son de la trompette. j'ai pris le son après l'attaque. la cloche devient un son de hautbois. Actuellement. une nouvelle manière de penser. déliés (libérés) des causes qui les produisent. qui n'est pas sans rapport avec d'autres formes de culture (le cinéma).due et contrôlable. En faisant frapper sur une des cloches. Ceux-ci. de la déduction. II est possible d'installer chez soi. C'est une approche d'ensemble. une autre intelligence. les installer dans le développement de leurs énergies matérielles. En électroacoustique. le son est écouté (saisi) dans sa forme même.. Ce sont véritablement de nouvelles aventures d'écoute on n'écoute plus des causalités sonores (sauf des causalités résiduelles sciemment voulues). il n'y a plus le son du violoncelle. celle du réet te plus vaste. Il n'y a pas de différence fondamentale entre un bruit et un son a musical » (instrumental). R Bayle parle de « morphodynamique ». Privée de sa percussion. Aventures de sons Olivier Messiaen a déclaré que l'arrivée de la musique électroacoustique a constitué « la principale invention du xx' siècle. op. La responsabilité du compositeur est en amont. de capacité d'analyser et de conceptualiser. aménager la narration des sons.). Cette musique n'est plus soumise aux seules lois de l'harmonie et du contrepoint. Je dresse l'oreille » (Schaeffer. cit. pour le prix d'un instrument traditionnel. il y a seulement une différence de complexité. mais le son. La musique électroacoustique développe une nouvelle dialectique. Le monde des représentations est bouleversé. Joumal. Si le compositeur électroacoustique ne peut être démuni d'oreille. Cette musique ouvre sur une nouvelle abstraction. car il doit arranger. de bruits. une heuristique qui se construit par incrément. La musique concrète manipule des traces de sons réels. Notre musique occidentale a très peu usé de sons non musicaux (bruits). car la musique est gymnastique du souvenir et de l'entendre. la légèreté et l'intégration du matériel invite les compositeurs à travailler de plus en plus individuellement. un studio complet (home studio). la plus marquante » dansla grande aventure de la musique (Timbresil ne se considéDuréesest sa seule tentative dans ce domaine rait pas doué pour cette musique). etc. de mémoire. il doit aussi posséder le sens de la narrativité. La musique concrète raconte des histoires de sons.

calculé. en passant par les Ondes Martenot en 1928 et les Phonogènes du CRMde 1950).). Schaeffer s'était méfié du mot. Dans son Thttt~. mais des instruments électroacoustiques (guitares électriques. etc. L'acousmatique (du grec akousma. l'écrivain et poète Jérôme Peignot avait proposé dès 1953 le terme d'acousmatique. y compris électroniques l'effet Larsen en est un bon exemple. Henry l'a exploité de manière systématique dans sa Deuxième symphonie (1972). fixé. du plus fort au plus inaudible. Mais l'opérateur. spectrale. le son se nourrit de lui-même.) travaille dans ce sens. créateur et exécutant ne font qu'un. Le microphone peut se révéler un formidable instrument il peut capter tout corps qui produit du son.synthétiseurs. bien moins que d'autres. stochastique. P. en Suisse. Mais il appartient à François Bayle d'avoir donné toute son importance à ce terme. etc. Ici. réverbérations. P. Comme dans les arts plastiques. L'auditeur appréhende le son dans sa qualité et sa signification mêmes. La musique évolue conjointement aux outils et aux idées. en déplaçant plus ou moins rapidement le micro.déjà cité. par exemple). ne peut échapper à cette règle et reste étroitement liée à la technologie et à ses outils (du Tellharmonium de 1900 aux échantillonneurs. au même titre que la musique sérielle. la main qui dirige le micro « attrape » ses propres harmoniques. L'acousmatique est une catégorie esthétique. il globalise ou il détaille au plus fin. filtrages. coupes. mise en boucle (donc effet de cadence). Une « internationale de compositeurs (au Canada. L'imaginaireenvahit puis déborde le monde réel c'est la magie de cette nouvelle musique. il avait suggéré une acoulogie qui aurait « pour objet l'étude des mécanismes de l'écoute. introduit de nouveaux paramètres. Comme un objectif photographique. chaque vecteur influençant l'autre. qui déstabilisait celui de concret.Tout créateur est tributaire des lois des instruments disponibles à son époque. La musique électroacoustique. L'acousmatique Pour qualifier cette musique conçue à partir du son (capté. perception auditive) . Lexx*siècle n'a pas inventé de nouveaux instruments acoustiques. Les manipulations de bande magnétique (montage et mélange) complètent les transformations techniques du son accélération. re-recording. mais le GRM en est l'impulsion. répétitive. Lestraces ne sont plus objectivables. ralenti. ainsi qu'au concept luimême. des propriétés des objets sonores et de leurs potentialités ». en Argentine. Les premiers outils de la musique concrète furent le microphone et le magnétophone à bande. en positionnant.

ses disciples devaient ainsi se concentrer sur le sens de la parole. Cette nouvelle manière d'envisager la diffusion de la musique sous-tend une problématique. soutient-il. l'installation originale de l'orchestre favorise un son mieux mélangé. Sa cause n'est pas forcément identifiable. Il est rapporté que Pythagore avait imaginé un dispositif original pour enseigner en se plaçant derrière une tenture. L'auditeur est contraint à la plus extrême attention. qui n'en épuisent pas le sens. Bayle.au concept d'image « Le son qui sort du haut-parleur n'est pas un son comme les autres ?. Déjà Wagner. rentrer totalement dans le contenu du discours. mais n'interdit pas les lectures successives. selon F. leur disposition. net et équilibré. Si la rêverie est la base de la poésie. quelles rhétoriques ces images sonores vont-elles produire? Quels en seront les signes lisibles ? Tel est l'enjeu de l'acousmatique. le travail est la base de la science. Vingt ans de confiance avec le public Le concert objective la création musicale. au-delà d'une rupture. on reconstitue l'image du dispositif orchestral. en dissimulant l'orchestre. débarrassé de parasites. quelles variabilités. Quelles articulations. se reconfigure. la musique . Comme un tableau vit. De plus. sa perception est aiguisée. ensemble de hautparleurs disposés dans la salle de concert. son positionnement intentionné. quelles cohérences. le répertoire nouveau de la musique électroacoustique au sein d'une Musique agrandie. où l'illusion du tableau dramatique serait renforcée. qui fonde quelque chose de neuf. Voici bientôt vingt ans que le cycle des Concerts acousmatiques du GRMvalide un vaste chantier critique qui installe et construit. son espace. L'écoute d'un disque ou de la radio chez soi est déjà une attitude acousmatique on imagine les instruments. L'acousmonium. De la même façon que le texte du livre est fixe. en plongeant la salle dans le noir. fonctionne comme un « orchestre de projecteurs sonores ». deux aspects non contradictoires d'une même démarche. la musique fixée se réécoute. cherchait à faire de son théâtre du Festivalde Bayreuth un lieu où le spectateur concentrerait son attention sur les paroles et gestes des chanteurs. Le haut-parleur a son propre rayonnement physique. il projette une image sonore.propose une attitude d'écoute active. L'acousmatique renvoie. L'acousmatique revendique une part de l'héritage bachelardien. Par son angle.

Des textes importants. Vinao. nous renvoyons le lecteur « acousmophile » vers f. Métamkiné. Musique acousmatique. Redolfi. Bayle. qui se dérol'inexplicable. l'intégrale de l'œuvre musicale. Pour tous renseignements !NA-GRM. pour une première approche. 71-82. Lejeune. et Schaeffer-Henry. bent sans cesse. Schaeffer cités dans le corps du texte. Schwarz.de ses couches le travail de se lit au prisme acousmatique l'oreille appelle l'imaginaire. Chaque saison. BIBLIOGRAPHIE Outre les deux livres de P. p. Bayle (130 pages). Chion. de Michel Chion. Mais nous ne saurions trop conseiller le coffret Pierre Schaeffer. vaste ensemble documentaire où les premières œuvres sont présentées dans leur suc d'origine.positions. prendre plaisir à l'écoute du Concertimaginaire. en forme de récital collectif (INA-GRM244532).'Art des sons fixés. Cf. Reibel. EMISSIONS DE RADIO. Ascione. Ferrari. Que sont-ils ? Que montrent-ils d'autre que nous-mêmes ? PIOUD fEAN-FRANÇOtS DISCOGRAPHIE Le GRM possède un catalogue discographique d'une cinquantaine de titres. également François Bayle. « Musique pour l'an 2000 ». Radio-France 116. Bayle est peu à peu disponible (8 volumes édités à ce jour). sous l'étiquette indépendante Magison. . Etudes. magie de L'auditeur spécule sur les sons inouïs. Dhomont. les œuvres communes ». La collection de CD regroupe les noms de Amy. Risset. Enfin. Teruggi. Parmegiani. Malec. Dufour. introduit mystère et relief. et l'ouvrage de François Bayle. On pourra. CONCERTS France-Musique relaie régulièrement des émissions du GRM. l'œuvre complet de F. juillet 1971. Propositions. rassemblés par F. avenue du Président-Kennedy 0142302988. INA-GRMfBuchet-Chastel. 1992. 1990). Zanési et bien d'autres. le cycleacousmatique propose une quinzaine de rendez-vous dans le cadre de « Son-Mu ». accompagnent les 4 disques (INACRM/Librairie Séguier. les sons-miroirs. pièce 3521 Maison de 75016 Paris Té).

à tous les lieux communs débités sur Comeille depuis des siècles. qui résonne de façon différente selon l'un et l'autre princes. Il y a là. des faiblesses. alors que celle-ci combine la mort du fils qui va lui succéder sur le trône. mais une reine de Syrie). Cléopâtre. » Il y a trente-trois ans que la pièce n'a pas été jouée au Français Il n'est que temps de ressortir les trésors enfouis. qui hait Rodogune autant qu'elle idolâtre le Pouvoir. plus que du trône. et j'ai trouvé tous ceux qui me l'ont fait si prévenus en faveur de Cinna ou du Cid. des dépassements dont ni Cléopâtre ni Rodogune ne peuvent venir à bout. vengeance. laquelle s'offre celui qui supprimera la reine. un admirable poème de l'amour fraternel.Corneille s'est démasqué « On m'a souvent fait une question à la cour quel était celui de mes poèmes que j'estimais le plus. des violences. doit épouser l'un des fils jumeaux de cette dernière. Rodogune pousse les fils à tuer leur mère. jusqu'au cri final de Ctéopâtre « Sors de mon cœur. Etudes )4.Rodogune de CORNEILLE à la Comédie-Française I. et sont prêts à sacrifier celui-ci devant l'amour. à qui j'aurais volontiers donné mon suffrage. » Deux siècles plus tard. au milieu des abîmes du mal humain (haine. R~SEMAM Rodogune. prisonnière de Oeopâtre (ce n'est pas la fameuse reine d'Egypte. nature » qui ne ressemble guère aux leçons des professeurs. Mais les deux frères (invention admirable) sont vraiment jumeaux en noblesse et en amitié. chacun attaché à son double au point de lui sacrifier non seulement le pouvoir mais l'amour. avec des surprises. celui qui sera déclaré l'aîné et donc régnera. s'admirant l'un l'autre. vertige du pouvoir). rue d'Assas 75006 Paris -Juin )998 ? 3886 . montant d'acte en acte jusqu'aux passions les plus extrêmes. que je n'ai jamais osé déclarer toute la tendresse que j'ai toujours eue pour celui-ci. La pièce est complètement folle. Or les deux frères sont amoureux de Rodogune. Rodogune. promet hypocritement la couronne à celui de ses deux fils qui tuera Rodogune. Stendhal allait jusqu'à dire « Rodogune?Shakespeare n'a rien écrit de plus beau.

On comprend qu'il ait chéri cette oeuvre. » Et ici l'on voit bien qu'il ne faut pas mettre sur le même plan Rodogune et Cléopâtre. qui est le résumé de son art en ce qu'il a de plus grand et de plus original. et créent ainsi une parole infrangible. Il s'agit d'un jeune auteur irlandais. « Sa poésie de théâtre est une école de la liberté intérieure. L n'enresP d'unarchaïsme solennel rêvé. «chaque ot. dans le royaume de Syrie. hors du quotidien. « Son projet échoue à cause de la solidarité de ses deux fils. elle. basée (Péguy l'avait bien vu) sur la loyauté. Rodogune. Elle ne dit pas un mot qui ne soit orienté pour tromper sa prisonnière Rodogune ou l'un et l'autre de ses fils. dans une page profonde. étranger à toutes les modes. montre que Cléopâtre échoue parce que sa parole est totalement biaisée. un grand poète de théâtre. appartient à cette « trinité de complices.Marc Fumaroli. d'une quarantaine d'années. en programmant la mort du fils qu'elle a trompé. Et c'est le fond même de l'inspiration de Corneille. La pièce montre comment cette solidarité des deux frères étroitement liée à l'amour qu'ils portent à Rodogune comment cette trinité de l'amour et de l'amitié. et qui part de l'Histoire pour atteindre l'universel. c'est-àRodogune direde reproduire scène que j'imagine Comeille tels m instant.chaque chaque lesreprésentait C'est negageure. asplendeur la langue oméuenne et c sortquedavantage transformeresque n opéracette et e derp tragédierofondément p politique. sur laquelle tout l'édifice de la parole de mensonge vient se heurter comme sur un écueil. u bien comme ledécor de magnifique de Roberto )ate. dont voici la dernière.Jacques a la Rosner prisle partide mettre nscène e sansmoderniser pièce. s'est jurée d'échapper à l'esclavage du mensonge pour se donner un espace de liberté fondé sur la seule parole qui permette aux hommes de vivreensemble.du 1.maisgrandiose. cette petite société secrète (comme dit encore Fumaroli) qui. rièrelaquelle onentrevoita luttesansmerci ngagée arAnne l d'Autriche Mazarin et e p pour l absolu enécrasant touslescomplots. sûr. Ses personnages sont tous un peu des desperados. en créant une loyauté de la parole. enfermée dans le mensonge. qui a écrit cinq pièces d'une originalité éclatante. qui se jurent l'un et l'autre une loyauté absolue. ise en scène de Stuart Seide M On est toujours partagé entre la stupeur et l'émerveillement lorsque surgit. comme par surprise. gardereurpouvoir . la tyrannie sans frein qui s'est mise « hors de la nature ». Cette dernière représente le mal absolu. Le Régisseur de la Chrétienté de StMSTMN BARRY Traduitde l'anglais (Irlande) par Jean-PierreRichard au ThéâtredesAbbesses. peut faire échec à tout un édifice de mensonge. » Les ombres elles-mêmes n'y existent que pour dévoiler le soleil'.

Thomas Dunne a un peu plus de soixante-dix ans au moment de l'action. cent ans plus tard. a vécu enfant. je pourrais me présenter aux grilles de Saint-Pierre et affirmer clairement ma parenté avec cet homme disgracieux. Etchosehautement et e siècle d'unegrande extravaganteinattendue n cettefinduxx* f. disgracié. les confondant avec la personnalité de ce Thomas Dunne. mais en même temps marqués « par une grâce rédemptrice comme t'écrit le critique Fintan OToole dans son introduction à l'anthologie de ses œuvres qu'il convient de citer un peu longuement « Ils sont. On devine à quelle profondeur noire était enfouie sa mémoire dans la famille de son petit-fils. ce lieu de repentir et de pardon ». Admirable est la manière dont Sebastian Barry est parti sur les traces de son ancêtre maudit. les mêlant. les sacratise. fut responsable de la mort de quatre manifestants irlandais. qui les sauve de l'oubli et. un infirmier quelque peu tortionnaire. et d'abord sur celles de l'enfance du vieux policier. Smith. dotés chacun à leur manière d'une extraordinaire élégance émotionnette. Il s'est servi encore de plusieurs figures féminines qui avaient entouré ses premières années. son malheureux grand-père dans « cette chambre de terreur. traversés d'une tendresse inexplicable. au sens religieux du terme. toutes les répliques de la pièce sont venues l'une après l'autre. pour le meilleur ou pour le pire. dans cette métamorphose. Au prix d'un effort infini. lui infusant une lumière venue d'ailleurs. en dépit de tout. où Sebastian lui-même. qui. Il ayait d'ailleurs prédit que ses descendants seraient féroces avec lui. lors d'un meeting ouvrier. du coup.souligne Oroole. Sebastian Barry s'est comme identifié à celui dont il a sauvé la mémoire en prenant sur lui sa malédiction. ancien officier de police de la Couronne britannique. exprimée dans un langage à la fois baroque et méticuleux~. Et. à Dublin. « Et. Et ils sont aussi. nous laissant entendre derrière ces mots la rigoureuse syntaxe de leur vie intérieure. en 1922. recréant de façon mystérieuse la personnalité de cet ancêtre inconnu.moins des marginaux. aveugle et folle. Il l'a enfermé dans une sorte d'hospice horrible. et Mme O'Dea. « je me mettais lentement à aimer cet homme diminué ». » . dans le sens social du mot grâce. Annie qui a trente 2. Fintan beauté formelle . en quelque étrange et indéniable sorte. par l'imagination. entourent le vieux géant qui s'est enfermé dans la folie pour échapper à ses remords. à cause de tout. dans le comté de Wicklow. Mais le passé et le présent s'entremêlent ses filles viennent le visiter. dans le district reculé de Kelshea et Kiltegan. à sa grande surprise (confie-t-il). » Sebastian Barry a réinventé ici la figure enfouie de son grand-père. et. En plaçant. à l'hospice de Baltinglass. des laissés-pour-compte de l'Histoire. » La scène se passe en 1932. ils se constituent au fil des mots qu'ils disent.. infirmière presque maternelle. une dignité déchirante. où une vieille cousine du policier avait fini autrefois ses jours.

les pressentiments des souvenirs. encore. de désespoir. mort à la guerre de 14-18. mais lui leur parle autrefois avec son âme d'aujourd'hui (ou est-ce l'inverse?). et lui apportent. avec leur poids de souffrance. se réduisent à quelques mots de la part de l'enfant. ralliant la troupe en désordre. lors du terrible drame de l'émeute. évoquant à la fin de son existence le petit garçon qu'il fut « L'heure venue. » De cet hospice misérable. emportant le vieil homme au bout de lui-même. MAMBRINO )EAN 3. Les visiteuses apparaissent de loin en loin à leur père. Les dialogues entre l'enfant et son père. et comme un jeune chef ses vétérans. et qui se montre en uniforme mais à l'âge de 13 ans. dans sa mémoire illuminée. ici sonécoute intérieureespièces u'ilmeten d q et la précision rdente sa direction scène a de d'acteurs. Les souvenirs sont des pressentiments. de remords. une douceur si profondes. Maud trente-cinq. On se souvient de Bernanos. de révolte. entrera le premier dans la Maison du Père. Elle est maintenant mariée à son ancien soupirant. et l'enfant voit enfin qu'on l'aime. en pleine jeunesse. rassemblera mes pauvres années jusqu'à la dernière. de larmes. Dolly vingt-sept.Letravail eStuart eide d S manifeste. où meurt un homme écrasé par sa mémoire. transformant la faute en bénédiction. telles qu'elles étaient dix ans plus tôt. immensément. » S'il y a. quand l'amour qui gît en eux aussi profondément que la face scintillante d'un puits est trahi par l'imprévu. aussi naturelles dans le passé que dans le présent. qui fut lui-même pardonné. Michel aumannstla cariatide u B e d spectacle. avant que sa voix ait mué. Matt. « Et je parlerai de la miséricorde des pères. et qu'on a besoin de lui. une paix qui n'est plus de ce monde. un jour. hélas! une chaîne de meurtres fratricides. s'élève un murmure sacré.ans. Et le plus bouleversant survient lors des apparitions de son jeune fils Willie. Et le cœur qui se condamne est ainsi délivré par une main enfantine plus puissante que le chaos. d'une tendresse déchirante. lors du long monogue final. sur un chemin de purification qu'il ne connaît pas et pourtant reconnaît. qu'elles pénètrent l'âme de Thomas jusque dans ses abîmes. Car la simple présence de l'enfant ramène à la lumière une scène de l'enfance de Harry. . mais ces mots rayonnent une compassion. par son propre père. c'est lui qui reprendra sa place à la tête de ma vie. et qu'on ne saurait vivre sans lui. avec un amour ineffable. il y a aussi (on l'entrevoit par éclairs une chaîne secrète de pardons'.

Cependant. 12 d'un nouveau romantisme. à Tours. juillet. mais plus proches de la langue visuelle d'aujourd'hui ? L'exposition « Delacroix. N d O Eugène ehtmm lesdernières Entrée R 75008Paris. Galerie ansart M etMazariDelacroix. e 10hà 20h. La Réunion des Musées Nationaux. à Chantilly et. d de d letraitnmMnt~ue Nationalee France. Square Verdrel. ne parvient-il pas à emporter l'adhésion totale du visiteur.EXPOSITIONS r 11 1 Eugène Delacroix* LAURENT WOLF i. les œuvres. parlent à notre intelligence plutôt qu'à à notre émotion. Jusqu'au juillet. Galeries ationalesu Grand-Palais. êt. Etudes M. place Fürstenberg. et singulièrement les œuvres de la maturité. Musée des sauf mardi. t E Delacroix. rue d'A~MS 75006 Paris -Juin )99B N" 3666 . sa touche violente et allusive provoquent immédiatement l'émerveillement devant l'habileté et l'invention picturale. Beaux Ans. Ce dispositif accentue la distance qui le sépare des tableaux.47038] 10. artiste admirable et unanimement admiré. le visiteur déambule dans la pénombre. 35 71 2840. par 20 lemardi. Bibliothèque 75002 Paris. qui illumine chacune des quelque 130 peintures et dessins exécutés de 1850 à 1863.sauflelundi.et Aquarelles ~uts.Ouvertouslesjours. années(1850-1863). de 9h 30à 18h.58ruede Richelieu. Jusqu'au juillet.de10 T t ne. L'emportement du trait de Delacroix. éservations tél. OliRQDOl Eugène Delacroix. les dernières années » apporte le début d'une réponse. avec un ensemble d'oeuvres entièrement tournées vers la mort et le regard rétrospectif. él. aufmardi. la naissance 76000 Rouen. Dans un décor gris et un éclairage ponctuel. Musée et V Eugène 6 7S006 Paris. lemercredi. Delacroix. à la différence de peintres moins grands que lui.sauf t Clemenceau. à Rouen.444186 Ouvertousles T National ugène 50.Ouvertouslesjours. s 31 jours. Tél.49875454. célèbre au Grand-Palais le 200' anniversaire de la naissance de l'artiste. plus tard. e roman e l d'uneamitié. Elle est accompagnée de plusieurs autres manifestations. C'est la première grande exposition Delacroix en France depuis 1963. Ouvert tous les jours. 10à 22 h. qui a le sens du paradoxe. à la Bibliothèque Nationale et au Musée Delacroix de Paris. h à 19h. Jusqu'au 15 Delacroixt Frédéric illot. Bayonne et Versailles. Jusqu'au juillet. de 10 h à 18 h.

distante. Un autoportrait est toujours une déclaration je me vois et je désire être vu ainsi. Il meurt treize ans plus tard. après huit tentatives. mais sa propre lecture. Cette posture est présente dans les œuvres de 1850 à 1863 exposées au Grand-Palais. Les cartels explicatifs ne sont pas d'un grand secours. il lui faudra attendre 1857 pour entrer à l'Institut. Au début du x<x' siècle. de ce fait. . il s'impose une réflexion picturale.C'est que les sujets et les préoccupations du peintre sont éloignés de nous (à l'exception des paysages et des animaux). mais il n'est pas reconnu à la hauteur de ses espérances. on y retrouve le mouvement. Le parcours de l'exposition commence par l'Autoportrait au gilet vert (1847). notamment de Shakespeare et Byron). paysages orientaux. 11 aurait voulu influencer l'enseignement des beaux-arts. On découvre dans ce tableau la posture hautaine. Il peint « d'après littérature ». tant son mépris des contingences techniques a entraîné la dégradation des pigments. L'artiste y regarde plus en direction de sa propre œuvre qu'en direction du spectateur. parce qu'ils ont tous une source mythologique. C'est un artiste qui a réussi il a obtenu de nombreuses commandes publiques. voilà ce que montre l'artiste de lui-même. L'artiste revoit et repeint sa propre oeuvre. le rejettent dans le passé. chasse. nature. légèrement méprisante affichée par Delacroix. Et quand il représente des scènes réelles. religieuse ou strictement littéraire (Delacroix était un passionné de littérature anglaise. le parcours de l'exposition est organisé selon ce découpage thématique. Delacroix a une santé fragile et une maladie respiratoire chronique. scènes d'inspiration littéraire. Les peintures exécutées après 1850 rappellent ses tableaux dramatiques et spectaculaires les plus célèbres. comme Scènes des Massacres de Scio (1824). la couleur pour autant qu'il soit possible de parler des couleurs de Delacroix. qui se trouve aussi confronté à l'arrivée de nouvelles générations d'artistes. mais aussi la dureté. sujets mythologiques et religieux. On y retrouve la relation tendue entre la violence et le plaisir. Eugène Delacroix a 52 ans. pour Delacroix. la fermeture. La Mort de Sardanapale (1827-1828) ou La Ltbcrtf guidant le peuple (1830). dont beaucoup l'admirent comme un précurseur et. Delacroix revient sur les thèmes de ses œuvres antérieures animaux. ironique. A partir de 1850. En 1850. la cinquantaine est déjà le début de la vieillesse. Tard. Il semble remettre en question l'exploitation systématique qu'il faisait auparavant de la tension érotique entre la représentation de la mort et celle de la jouissance. ce n'est pas l'athlète de la vie que laissent imaginer ses tableaux. H ne suit pas la narration. comme on dit peindre « d'après nature ». car. sa vision rencontre son imagination littéraire (c'est particulièrement évident pour toutes les œuvres inspirées du voyage au Maroc). Comme c'est souvent le cas des « vieux » artistes. il va droit au but et joue moins de la séduction. la peinture n'est pas l'illustration d'un rédt. trop tard pour compenser l'amertume de cet homme insatisfait. elle est le vrai modèle du tableau. Le feu qui couve dans le regard.

pour le vieil artiste qui sentait arriver la fin. Delacroix dispose ses personnages en une spirale vertigineuse qui tournoie autour d'une grande colonne. des sous-bois. mouvement. sur les parois. des bords de mer. La peinture de Delacroix. puisque les premiers contacts précédant la commande eurent lieu en 1847. Admiration devant une pensée en mouvement. comme dans les six versions du Christ sur le lac de Génésareth. LAURENT WOLF . puisqu'il était déjà affaibli par la maladie. s'oppose à la profusion des personnages disposés dans l'architecture monumentale d'Héliodore chassé du Temple. Le grand œuvre de la vieillesse de Delacroix n'est pas exposé au Grand-Palais. pendant que passent à l'écart des bergers indifférents. Delacroix y consacra donc plus de dix ans. construction. Son inauguration n'attira pas la foule espérée. Admiration devant La Lamentation sur le Christ mort. Il s'agit d'un ensemble de peintures murales réalisé dans la Chapelle des Saints-Anges de l'Eglise Saint-Sulpice sur la voûte. est plus conceptuelle que bien des œuvres non figuratives. mais cela renforce aussi notre admiration. d'un petit personnage habillé de rouge dans le fond. pas suffisamment. Cette admiration se convertit rarement en adhésion à la vision de Delacroix. Dans cette peinture. Cet ensemble est considéré comme le testament artistique du peintre. et les critiques ne furent pas toutes louangeuses. le renvoi d'une tunique rouge au premier plan. L'accueil fait à la Chapelle des Saints-Anges fut l'une des dernières déceptions de Delacroix. valeurs.Cela renforce la distance qui nous en sépare. où la géométrie des couleurs porte la signification du tableau le corps horizontal presque blanc sur toute la largeur de la toile. La Lutte avec !~n~. où la force symbolique croît. La Lutte de Jacob avec . Saint Michel terrassant le dragon (1856-1861). La Chapelle des Saints-Anges démontre la grandeur de l'artiste bien plus que tous les tableaux spectaculaires qui l'ont rendu célèbre. malgré sa réputation physique. Il lui a d'ailleurs consacré des années. Admiration devant l'intuition de quelques paysages. parce que ses représentations sont toujours médiatisées par un récit ou par des mots. et le cercle des visages prostrés. Cet artifice de construction la spirale est une des constantes de ses peintures monumentales. pendant que le geste pictural devient plus direct. du moins. de travail et de souffrance. avec ses deux figures qui s'affrontent sous une immense frondaison. et la richesse des bouquets de fleurs.~e (1855-1861) et Héliodorechassé du Temple(1861). Il semble s'y être donné pour but de parcourir la totalité de son répertoire pictural tonalités.

dM Mo~~dteo~e. Comment du l'actemédical. d~M~etnent d'<MM~Mc Centre ~h~ ~et~?~ Les Fontaines Rt02t9 60631 B CHANTILLY cedex Tél. Simon applications pédagogiques. ~n~ Docteur/emneï.–––– LES FONTAINES Centreculturel –––– du jeudi ~0 <M~ 7~S ~fO~fMr~ «MMM~t ~M~ ~9~ ~72 &30~ LE ROMAN AU XX' SIÈCLE Comment narratift ilévolué. FrancisCOULET.. autour générâtes auteurs. cof~où~Me Gilbert orrotS. AndréDAvm CeM<~ ~t~! ~Mies. désormais lafonction médecin.~iq~cMrd'eaM~Me {~MM'rM~ d?~Ne Medtc~. luil'homme s'ilest ?. de D~~c~MrC~ttw de~c~erebe~ H fm/~eMr ~MtMoptMf. gouverné ses par gènes La par médecins. s. session animée des sera même. t'èfe déconstruction.~ro/~MM~ deM<!p<Me. parler retourcertaines après deh peut-on d'un ouencore <âge 'or uroman àun d d ? formes.0344671200 Fax 0344671291 . t~t/Mt-~ ~fo~&erMMZc~: BrunoCADORË. legenre a duw ? ibrmeUement. et une équipeduniversitaires ~MtHM~ CO~ 7j~9c~70 &CMtVJ~ ~ CMMM~~ 29 <K~t 799~ ~2 &3<~ LA PENSÉE PHILOSOPHIQUE DANS LE DEBAT BIOÉTHIQUE sont questions et Multiples les éthiquesphilosophiques parles posées innovations biomédicales. des etdes alliant philosophes personnalités cesdeux compétences.j. ès /t!r& P Véronique mmN. <<e docfeMf ~c~pMee eM der~MMtt'on. ~tCe ~Mr~. dM e~Moe~M~Me.\tfad<MM~ biologie. tedébut siècle depuis à Comment. penser lerôle philosophe lesdébats du dans concernant labiomédecine. W Problématiques etarticulations dequelques dont illiam Claude etGabriel Marquez Garcia Faulkner. /<&~ <nfen~<K~p«~M!/fe~ t/ntt~rHYe deBrMxeNe~ Patrick ~n6c<eMr VntsmaŒN. HenriArLAN. efd'~M~Me de~M&Mop~te de~a ~<9te/ZMeM.

Et puisque. Bravo. un beau noir. Hélène. Premier acte. avec Sophie et Nicolas. tout est clair. pour son second film. qui ont passé l'âge des jeux innocents. Etude: )4.OMtMA Sitcom de FtMNÇOM OZON Ne me demandez pas si j'ai aimé ce film. et se désole après coup. Comme tout le monde ici a les idées larges. Et puisque. On dit fait comme un rat. nous allons être pris. En « bon » professeur de gymnastique. qui se trouve être le professeur de gymnastique de Nicolas. on a les idées larges. donc. Toujours en vertu des idées larges. Là. il joue avec nous. leur fils. Maria appelle la mère de famille par son prénom. ce ne sera rien qu'un joli petit rat tout blanc. Cela pourrait signifier aussi que François Ozon. parce que nous n'avons pas pris part à ses jeux hermétiques. Non. monte dans la chambre parler à Nicolas. Abdu. Le tigre. décidément. leurs enfants. Aux jeux de cette famille. Nicolas profite de ce dîner pour annoncer qu'il est homosexuel. au moins ce titre lourdement ironique met cartes sur table. encore plus digne. il me semble même qu'il s'agit d'une œuvre d'art. tout seul dans son coin. Hélène et Jean (le père) invitent à dîner la femme de ménage espagnole et son petit ami. rue d'Asas 7S006 Paris 'Juin t998 N* 3886 . Là vivent le père. et pourtant je lui trouve de l'intérêt. lumineux comme le poil immaculé du rat la maman embauche une femme de ménage espagnole. it va naturellement le convaincre de passer à l'acte sur le champ. Sitcom. Dans le cadre traditionnel des séries télévisées un intérieur où parents et jeunes font des histoires François Ozon va mettre un tigre dans le moteur et faire éclater le cadre. col blanc et noeud papillon. n'a pas oublié le spectateur. Rien à voir avec ces jeunes films où quelque prétendu auteur fait son cinéma comme si nous n'étions pas là. etc. Abdu. Alors. avant de se retirer dignement dans sa chambre. Maria. la mère. et le cadre. celui d'un pavillon cossu dans quelque quartier résidentiel. comment expliquer?.

voici bien l'ultime référent. Estce par un dernier scrupule. La mère consulte le thérapeute. Pour que les membres debndM (dans tous les sens du terme déliés) de cette famille subsistent. de l'imaginaire et du réel. n'aura pas lieu. si l'on admet. que l'interdit de l'inceste fonde le passage de l'animal à l'humain. se jette par la fenêtre. un pion blanc. nous nous croyions plus malins que le rat. bien tardif. Etre tout et rien à la fois. mère. Dans ce film froid comme un théorème j'avais oublié. Mais où est le terme de cette escalade? Y a-t-il un au-delà de la violence? Où est l'ailleurs de ce cercle infemal ? Certes. dépressive. rien de rassurant dans ce Sitcom. ces tableaux de famille éclairés d'une lumière trop crue. on régresse. prône la tolérance confondue avec le « tout est égal toutes les « cultures se valent. le rat. de ce mélange indifférenciédu plaisir et de la douleur. au moins le temps d'une histoire. Insensiblement. il faut aller au bout de la violence. d'un ultime tabou. c'est quand un être humain peut permuter avec n'importe quel autre humain et pourquoi pas. Un joker. Et c'est ici que le film prend de l'intérêt. cependant. le dieu monstrueux de ce petit monde sans foi ni loi. l'absolu du blanc ou du néant. que le scénario évite cet inceste-là? Pour rassurer le spectateur. Ce qui ne l'empêchera pas. fille sont interchangeables. nous sommes perdus comme lui. de la première à la dernière image. comme le joker. Les rôles de père. d'évoquer ici la loi du père. Faits comme lui. Aucune différence. Il est là pour cela. Un jour. l'inceste du père et de la fille. de professeur ou d'ami. d'un sentiment qui traverse la fresque aveuglante. l'auteur nous réserve une première surprise (il y en aura d'autres) Sophie. avec l'animal? Le rat blanc. en trop ? Erreur. on dit qu'on s'aime. Le troisième. comme l'anthropologie l'assure. en somme? Non. Nous sommes bien aux racines de la perversion. désespérément cruelle. le seul lien entre les personnes. hors jeu. comme les rôles de domestique et de maitre. admirablement incarné par François Marthouret. Bêtes comme lui. l'ombre seulement. par quelque résurgence de la loi du père. L'homosexualité et l'hétérosexualité. logiquement attendu. et tout le monde quitte la maison pour une . la sœur de Nicolas. du sexe et de la mort. peut prendre toutes les valeurs parce qu'il n'en a aucune. la mère couche avec son fils. le père est ingénieur règne une logique infernale. c'est pareil. à mes yeux. le film en vient là. Certes. et se retrouvera paralysée dans une petite voiture. l'autre père (incamé par Jean Douchet. fils. Celui-ci. Logique du labyrinthe. pour que cela dure et tienne. de répondre aux deux questions Sophie et son frère réunissent dans leurs chambres une faune que n'aurait pas désavouée le marquis de Sade. alors. La perversion.On devine la suite qui couchera avec qui? Jusqu'où ira-t-on avant d'épuiser toutes les combinaisons possibles? Plus malin que nous. « maitre à penser « de quelques générations de cinéphiles).où la violence et la haine constituent. il y a parfois l'ombre. bien au contraire. on croit avancer. Deuxième acte. Impossible. On croit avoir compris. il y a le thérapeute. mais on recule.

mais tous les rêves d'aujourd'hui ont goût de cauchemar). les autres découvrent que le père est devenu un énorme rat! Il n'est pas blanc. plus encore que par son sujet. Il décolle. Sinistre « communion qui annonce le dénouement. On reste avec le père. ou rester dans la belle demeure. c'est la qualité de )'interprétation.thérapie familiale. un monstre offert au lynchage sacrificiel dans un consensus sans faille. Il est frappant que ce film sorte en un printemps qui commémore « mai 68 ». Voilà ce qui me trouble. Ce qui aurait dû devenir obscène est sublimé par la netteté. Car Sitcom est un film terrible. On ne dénoue pas un tel noeud de vipères. Cris. terrifiant (d'une autre terreur que Titanic. entre l'imaginaire et le réel. noyé dans la perversion. Au retour de leur thérapie. Qu'est-ce donc que la paternité pour ceux qui ont crié à vingt ans « Il est interdit d'interdire et « Jouissez sans entraves »? Qu'est-ce donc qu'être enfants de pères sans loi? Au miroir monstrueux du film. d'un discours plus ou moins provocateur et complaisant. Le scénario abstrait conduit à l'hyperréalisme . au-delà du spectacle navrant. sale. Alors. Le père mange la bestiole. le rat. ou de tous les autres par celui-ci? Pas d'issue au cycle infernal. Allons-nous suivre le groupe. c'est la porte étroite du vrai. l'amant noir. autour du nouveau « père o le professeur de gymnastique noir. Les autres sont passés à l'acte. La fable pourrait aussi bien s'intituler le rat blanc. L'espace d'une longue génération. se retrouvent tous Alors. sauf le père et. quand elle résiste. ou passer de l'un à l'autre? Choix décisif. au cimetière épilogue sur sa tombe les membres de la nouvelle tribu. Rire ambigu. parti de la perversion. dur chemin vers la vérité. Sitcom est devenu une œuvre. Tous. Ni homme. s'arrache peu à peu à sa pente naturelle. homo-hétérosexuel. Il en rêvait seulement. rencontre les lois du cinéma et s'y soumette. cela s'appelle le style ici. )e n'aime pas ce film et pourtant je l'estime. répugnant. Ce lien précieux. par l'objet qui se construit entre ses mains prisonnier donc de l'oeuvre qui impose. prend de la hauteur. la précision du jeu des acteurs. après l'avoir fait cuire dans le four à micro-ondes. certes. comme tout cela s'éclaire Cette famille scandaleuse à l'écran fait rire dans la salle. car il est vrai. Après la disparition des deux premiers. la fermeté du trait. dénuée de toute sensibilité (rien de moins érotique que cette hénaurme partouze!). et le rat. pas mignon du tout. vital. Ainsi elle est épreuve de vérité. on peut parler de création. d'oeuvre d'art. une adhésion au réel. le père gris. Etrange repas solitaire. On savait depuis longtemps que le père rêvait de tuer toute la famille. s'ouvre à une réflexion sur la perversion. C'est l'abstraction de cette fable. Le film. Pour peindre cet univers hors-la-loi. amant du fils et de la bonne espagnole. il a fallu que François Ozon. ni bête. à quand la mise à mort de ce dernier. Trente ans après. se donne un cadre. Dernier acte. lui. La « tolérance confondue avec la perte des valeurs. lorsqu'un auteur est pris par son sujet et. Le cinéma fait loi. celui-là. L'oeuvre existe donc. Chacun pourra y reconnaître le laxisme bien réel de notre environnement idéologique. avec sa logique propre. En effet.

l'enfance. sur le meurtre du père. implacable est ce film. Mieux. se dit alors. elle subvertit la perversion Pavée de bonnes ou de mauvaises intentions. ia crise des valeurs. cruel. L'art est grand lorsqu'il se hausse au-delà de l'humain. qu'il est grand temps de « feindre ». barbare. sous les pavés. la rue. l'oeuvre met au jour. suite aux refus de Saddam Hussein de voir des représentants de t'ONU pénétrer certains de !)suffit videmment. la justesse des situations et des dialogues. l'entreprise. i'œuvre dissout les impuretés du message. Par la force de sa cohérence. donnent vie à ce qui aurait pu n'être qu'une laborieuse démonstration. pourquoi je vous mâchonne cette actualité. . je ne décrivais pas. reconnaître film. la famille.de regarder ce autourdesoicequ'ilenestdes é pour de de de de de institutions. de Pasolini. le mutticutturatisme. de « colorier » autrement dit de divertir l'opinion américaine en agitant l'épouvantail de la menace extérieure pour mieux faire oublier ses folâtres pérégrinations intérieures.de la cite.des personnages. trop médiatique depuis quelques mois pour ne pas être connue. plus ou moins complice.du politique. la mort de la famille. offerte au regard. Ah que nous voici loin des petites histoires salaces et confortables du cinéma de Blier! Loin même du regard fasciné.rrr JEAN Des hommes d'influence de BARRY LEVINSON La crédibilité du Président des États-Unis bat sérieusement de l'aile depuis que le monde entier a appris qu'il s'était livré à d'inavouables roucoulades dans les très courts jupons d'une majorette pas franchement tombée du nid. à l'instar du Prince de Machiavel. Sitcommontre avec effroi comment les civilisations parfois prennent goût à se perdre et à se détruire. les déboires du Président Clinton avec Monika Lewinsky et sa « fuite » en Irak. La réponse est simple malgré les apparences. aveuglante et inhumaine. Tout ce qu'on croyait savoir. Cou. Oui. La présence physique. Vous vous demandez sans doute pourquoi je vous raconte cela. l'école. elle efface tout message. plus haut. est ici dépasse*. la plage la vérité nue. Le Président. ou en deçà aux sources du sacré sauvage. qui est du genre à se regarder le nombril chaque matin dans le miroir des instituts de sondage.

on fait franchir à la jeune fille un petit pont de bois en feu. construite sous nos yeux. dues aux traits grossiers des protagonistes (un trajet en avion. qui est le seul intérêt du film de Barry Levinson. à un téléphone portable). notre trio de choc grime une jeune Américaine en une Albanaise effarouchée il lui colle un paquet de chips dans les bras et lui demande de courir comme si elle était voûtée par la peur des balles qui lui sifflent dans les oreilles. afin de souligner que rarement une fiction aussi saugrenue aura été si proche de notre atterrante réalité de fin de siècle. On réécrit forcément une chanson en faisant croire à tous qu'on la ressort des années cinquante. Dustin Hoffman (un producteur de cinéma ridé par l'autobronzant et les ultraviolets) et une collaboratrice du Président (une pimbêche blondasse aux dents qui rayent le parquet et dont l'oreille semble collée. et une grange détruite. ne manque à cette supercherie d'abord. un discours pour le Président est rédigé avec de grosses ficelles larmoyantes. apparaît. font retomber ce film . imagine alors de toute un danger forcément pièce. autrement dit d'un passé collectif oublié. qui aurait pu se faire en fusée).ses sites présidentiels. par exemple. une petite équipe improvisée pour l'occasion est donc menée par Robert de Niro (un impassible bon-à-tout-faire. notre petite équipe se régale des prouesses de l'informatique et du virtuel par la simple pression d'une touche. toute fumante encore. du « degré zéro de l'écriture les interminables longueurs du film. à la frontière américano-canadienne. un peu Sherlock Holmes dans la démarche. depuis son enfance. Ce trio. est commandée à une espèce de vieux barbu tombé dans la musique « folk » quand il était petit. en arrière-plan.I. province à très forte majorité albanaise). sur qui l'on teste l'efficacité du discours) en viennent à sortir en sanglots. la psychologie des personnages proche. Ensuite. une chanson. sera diffusée quelques heures plus tard sur la chaine de télévision NN. de l'asile psychiatrique pour en faire un héros de guerre. donc. l'autosatisfaction et la volonté ostensiblement provocatrice et commerciale du réalisateur. après mûre réflexion. rescapé d'Albanie. Aucun détail. Ainsi. Enfin. nucléaire commandité par des terroristes albanais (ce qui est éloquent au moment où la Serbie refuse de reconnaître l'indépendance du Kossovo. mais je m'efforçais simplement de raconter le scénario de David Mamet. de sorte que les secrétaires de la Maison Blanche (qui sont aussi des ménagères de plus de cinquante ans. on remplace les chips par un chat écorché. comme par miracle. dont le but est d'atteindre le « hit-parade x du mièvre. et qui a l'air aussi intelligent qu'un troupeau de vaches texanes. Les préparatifs de cette machinerie politico-médiatique s'emboitent alors comme des légos dans un studio de télévision. et l'Amérique entière en vient à aduler ce héros imaginaire dans une furieuse hystérie collective. par moments. Chargée de détourner l'attention de l'opinion américaine afin d'assurer la réélection d'un Président (toujours hors-champ). Cette image. notre belle équipe retire un G. Derrière les manettes. notamment. Précisons juste un peu l'intrigue. très Mac Gyver dans sa manière professionnelle de transformer une boite d'allumettes en centrale nucléaire).

quelques instants plus tard. A ses côtés. au début en tout cas. On retiendra. Il en vient alors à ressembler à un serpent qui se mord la queue. et c'est tant mieux. ne prend pas de recul par rapport à son sujet. en effet. ne supporte pas que l'on taise ses mérites et veut de la reconnaissance. il s'indigne des arguments avancés. sans tomber dans l'écueil d'un commentaire moralisateur. toujours bienvenu quand le sujet est d'une actualité grinçante on songe ici à l'une des dernières séquences où le Président est réélu après te succès de la supercherie. On apprend. La seule distance qu'il s'autorise est le ton de la comédie. qui a participé à l'aventure. un film relativement osé pour Barry Levinson il a le mérite.précisément dans ce qu'il cherchait à dénoncer les sentiers battus du « politiquement correct ». son compagnon d'épopée (Robert de Niro) fait alors un signe de la tête à un molosse en uniforme. XAVIER LARDOUX . de l'enchaînement des subterfuges. néanmoins. regarde à la télévision des journalistes politiques commenter la réussite du Président sortant. de rester (du moins pendant un moment) du côté de la pure description. Le producteur. que le producteur est mort dans un accident. Barry Levinson.

Anges e h désolation. les textes n'avaient rien dissimulé brutale parfois. Kerouac confessait ne pas être un homme de courage.240pages. il est donc plus que jamais urgent de se pencher sur ses écrits encore si mal connus. 1998. critiqueeM: Kerouac.M. Le malentendu s'était installé à son corps défendant et malgré ses écrits. ange G 1 Denoèl. occasion d'une célébration bien méritée. L'intérêt majeur de Memory Baberéside finalement moins dans une démythification depuis longtemps effectuée par de précédents travaux biographiques. la prose de Kerouac était sans plis ni double fond. Verticales.Gérald f)[(X)HA.1998. Nomade et sédentaire à la fois. seulement un écrivain.78 F. 998. Memory unebiographie 1000pages.p~SB 'dMrTS HOT E DE LECTURE Xi~«ff<<« <~ .. lack Kerouac a regardé le monde comme ce qui s'en va et qu'il faut à tout prix fixer avant disparition.144pages.522 pages. d d 165F. 70F. Kerouac en passant. 1 Etude! )4. allimard. n'ont souvent été retenues que la figure matriarcale oppressante et les névroses d'un fils bien éloigné de la statue du héros érigée depuis la publication de Sur la route (1957). Gallimard. l'épuisé. plus que de révélations d'aspects méconnus de la vie ou de l'oeuvre. londe autres. que dans l'attention portée à une écriture dont la syntaxe si novatrice est brillamment étudiée.tSï~te tttfrag tout <t<. toujours franche. Tout voir. tout mémoriser. pour tromper le temps ou le perdre définitivement. rue dAssas 75006 Paris -Ju~n )998 ? 3886 . autres.Vieil deminuit Jack KEROUAC. A cette oeuvre-fleuveviennent de s'ajouter plusieurs textes inédits pour le lecteur français. Dès l'origine. Babe. tout consigner dans un unique récit qui contienne sa vie. pourtant. la pressure. De la somme exceptionnelle d'informations rassemblées par Gérald Nicosia sur l'écrivain. dont les publications différées achevèrent de brouiller les cartes. F. Vraie b et 110 et 1998. ainsi qu'une copieuse biographie.

à travers l'insignifiance même de ce qui est raconté. en particulier. « je peux les écrire mais je ne peux les ponctuer ». d'autres récits tout aussi insignifiants viennent s'imbriquer récits entendus sur la route. l'oreille de l'ange est partout et capte le bourdonnement de l'univers que la main retranscrit en images anarchiques. dans les bars ou les restaurants de routiers. Vieilange de minuit et autres. Lesaudaces littéraires de Kerouac s'inscrivent dans la filiation de Melville ou de Wolfe. redonnant au passage à ce terme si galvaudé de beat sa signification profondément spirituelle. en fin de recueil. LeVieil ange de minuit est l'écrivain ou son double qui écoute à travers sa fenêtre les bruits du monde. loin de là. Mais l'écriture spontanée chez Kerouac ne se réduit pas. et susciter des visions inédites. à cette tentative qui l'avait laissé insatisfait. Le bruit de fond vient croiser les souvenirs. présente et à venir qui se dessine. récits articulés par des voix qui ne déclinent pas leur identité. c'est toute une Amérique passée. il est question d'écriture et. la vision totale plutôt que l'éclatement. écrit Kerouac. constituent une bonne introduction aux vies multiples d'un vagabond de la littérature. dans le texte principal du second recueil. et dont le caractère expérimental rebutera plus d'un lecteur. une Amérique écrite par les gens sans nom qui la font. Peu à peu.Les deux recueils proposés. rassemblant articles et essais divers rédigés sur plus de dix ans par l'écrivain beat. les écrivains beat étaient modernes là où on ne les attendait pas.traduction neuve . L'invitation est alors évidente à retourner à la lecture d'un long récit de voyage. plus anecdotique. souvenir d'une odyssée dans la neige du petit garçon de Lowell. Cette spontanéité trouve son illustration extrême. si bien que les virgules désertent bien souvent le texte affolé. Dans les premiers textes de Vraieblonde et autres. Il faut relire à ce sujet les essais et chroniques littéraires de Vraieblondeet autres. à l'intérieur même d'une conception classique de leur art. toujours aimants. ou lus sur des visages que Kerouac croque en traits rapides. de prose spontanée. Les quatre brefs récits de voyage de Vraieblondeet autres illustrent à merveille cet art qui fait surgir du défait ta totalité. où le mystère de l'existence devient presque palpable. et les fines Esquissesde Manhattan. Trop charnels et trop spirituels à la fois pour se livrer à des exercices d'écriture formels. La publication de Anges de la désolation. Ces principes d'écriture doivent être lus en lien étroit avec l'esprit d'une génération dont Kerouac plante ici le décor. les rêves de l'écrivain. Deux autres textes admirables. dont aucune note ne vient signaler qu'il s'agit là de fragments des Visions de Cody. précis. le flux sans le reflux. reproduisent ces impressions obtenues par l'attention minutieuse aux nervures des choses et des êtres Noël à la maison. autre grande œuvre méconnue rédigée en contrepoint à Sur la route. Totalement ouvert au monde. Ni dehors ni dedans. Dans ces anecdotes d'où tout extraordinaire semble exclu. et peut-être trompeuse. Ces visions. tout en portant cette tradition vers une plus grande liberté d'écriture et une plus grande surface de contact avec le réel. l'écrivain insuffle aux mots une expérience intuitive qui les précède et qu'ils expriment par leur musique plus que par leur capacité à représenter le son avant le mot.

Anges de la désolation est un document essentiel sur une génération. se déversent dans t'énumeration rythmée de tout ce qui est. mais traversées de lueurs soudaines et mystérieuses « l'étoile filante de la miséricorde devait avoir un à visage sombre » qui le poursuivront jusqu'au Mexique. Kerouac collectionne minutieusement les messages en provenance de la nature et du vide. et la plus sereine contemplation au plus terrible de profundis intérieur. la quête de l'extase. retrouver quelques grandes figures pittoresques avec lesquelles on peuplerait bien une nouvelle fable mystique. tandis que rien ne se passe et que le vide est à chaque coin de rue. Les mots abondent. Vigie sur les flancs d'une montagne au début de son histoire. PHILIPPE CHEVALLIER . à San Francisco. Tout semble soudain aller plus vite les orchestres de jazz. puis jusqu'à Tanger et Paris. les courses de chevaux. saisissant portrait d'un groupe d'errants qui a perdu la Loi mais n'a pas oublié la compassion. où le plus mystique se mêle au plus ordinaire. Les soirées de beuverie se suivent et se répètent. Kerouac retourne.et intégrale d'un roman à l'époque trop sagement traduit en français et amputé de sa première partie. Lorsqu'il lui faut redescendre vers les hommes et leur folie. vient à point nommé.

Le rappel de ces vives clartés ne devient pas un message. Pari gagné royalement. C'est surtout celle qui l'a ébloui. Jorge Semprun arrive à Paris à quinze ans. intellectuel catholique et républicain dans la mouvance d'Esprit. et d'indiquer au passage comment il donne lui-même un sens à sa vie et quelles valeurs il lui estime supérieures. tantôt vers l'avenir. amis. Il nous ouvre son florilège. ses six frères et soeurs. Gallimard. qu'il évoque avec une tendresse émouvante. c'était pour Jorge Semprun à la fois une nécessité et une gageure de passer encore plus outre et de revenir à sa vie antérieure pour un semblable travail de mémoire et d'écriture. camarades de lycée.Littérature forge SEMPRUN Adieu. apaisée. monté habilement et harmonieusement selon une logique interne. morte quand il était enfant. à la découverte de la langue et de la littérature françaises. son père. La « vive clarté » du titre n'est cependant pas cette lumière attendrie. il est possible d'employer ce terme pour un « Espagnol rouge rêvant d'être enseveli dans les plis du drapeau de sa république. que Semprun projette sur les affections. il reconstruit les découvertes de son adolescence. Après L'Ecriture et la vie. Peu avant la fin de la guerre d'Espagne. alors que sobriété et clarté sont des qualités que Semprun aime tant dans la langue devenue sienne et que l'on retrouve dans le style de son livre. jamais amère. où l'évocation-invocation du passé lui confère une présence nouvelle. interne au lycée Henri-IV. sa mère surtout. rencontres et lectures qu'il distingue comme décisives. en particulier la révélation de la langue et de la littérature françaises. sobres et tragiques mémoires d'outre-déportation. 250 pages. Aveceux. 120 F. en des phrases lapidaires et des pages à la fois fortes et harmonieuses. tt raconte ses origines familiales. ou plutôt son « panthéon ». parfois amusée. de donner de brefs aperçus sur les fondements et les inflexions de son itinéraire politique. vive clarté. car.Autour de quelques scènes. 1998. les amitiés et les premières amours de sa jeunesse. Raudelaire y est parmi les plus aimés. fille d'un Premier ministre conservateur sous la monarchie. Semprun refuse qu'on y voie un procédé et il l'appelle « anamnèse ». puisque le monument de ce nom est devenu le « centre du monde » pour le lycéen de Henri-IV qui vit à son ombre. la littérature du siècle des Lumières en est absente. Dans cet adieu aux illuminations d'une jeunesse . Semprun se contente de constater avec simplicité son indifférence religieuse. terme liturgique avant son utilisation médicale. grâce à Juan Carlos. il convoque de nombreux personnages. brèves rencontres d'hommes et de femmes qui ont pris place dans sa vie et parfois aussi dans l'Histoire. illuminant son chagrin et son exil. Ce récit foisonnant se déploie tantôt vers le passé.

et discerne (c'est la nuit) une chenille au fond du jardin. Angoissée et paisible. soigneusement dosé. son amie. « avant que ne s'assombrissent le soleil et la lumière et la lune et les étoiles ». » Et par là il frôle. PierreSempé RtVUEDt!t. 558 pages. 170 F. Rouen. Mais son écriture montre qu'il n'a pas lui-même « touché l'automne des idées ». se déploie en lui « le vaste souffle de l'esprit ». il doit rester un pur miracle ). 114 pages. 130 F. A chaque instant elle s'arrête « à cette Fourche étrange sur la Route de l'Etre ». Et toujours. Cela dit. elle demeure tranquille dans un terrible incendie menaçant sa maison. Semprun signale que sont morts dans ses livres précédents tous ceux à qui il avait donné de sa vie par procuration sous un pseudonyme. comme le dit le baudelairien Qohéleth. tu veux proclamer leur gloire » (ici. Inexplicable et ininfluençable. )ean Mambrino Elias CAMprn Notes de Hampstead (1954-1971) Traduit de l'allemand par Walter Weideli. 95 F. Le coupable. Sinbad/Actes Sud. 1998. malgré tout. par éclairs. 1998. à l'inverse du religieusement correct? « Je suis incapable de désespoir. Heureux le poète des psaumes! » Est-cede cette ouverture que l'athée résolu. sa hauteur et son refus des modes littéraires ont quelque chose de revigorant « François Villon en censeur de poèmes modernes. Elle interroge sans cesse le silence. notre monde? « A chaque crime. Il me semble que Simone Weil t'eût compris et aimé. Mais qui ne reconnaîtrait. « La Beauté infinie dont vous parlez est si proche qu'on ne la cherche pas. divisé. » On retrouve dans ces ultimes aphorismes de Canetti sa lucidité foudroyante. dans un beau choix. » La plus infime créature est sa sceur. Albin Michel. Charles Ilouz et Mona Huerta. est relâché par principe et le plus vite possible » (notez. la dernière fois. « Quelqu'un qui puise son venin dans des livres. il atteint l'ineffable. 252 pages. 91).Traduit et présenté par Patrick Reumaux. Lteu-At-L 'Eternité. une suprême métamorphose. 1998. . lui. dans Etudes. une profonde générosité du coeur « Tu veux pouvoir dire à quelqu'un du neuf sur tous ceux que tu aimes. irrésistible. avec le goût de l'admiration. La musique atonale de ses poèmes a la couleur même de son âme aspirée par l'absolu et si tendrement attachée à toutes les choses de la terre. avec une ombre de désenchantement et d'amertume qui peut le porter jusqu'à la cruauté.!V!tt! d'où il vient. longuement mûri. à son entourage ». La concision fulgurante et mystérieuse d'Emily éclate ici partout. le même adverbe!). alors que sautent les barils de pétrote. et la manière dont il les corrige ». Librairie Elisabeth Brunet. je ne veux pas le provoquer. à cinquante pages de distance. tire sa foi dans le miracle.]. « Glorifier est chose merveilleuse. t'en ai parlé souvent (cf. dans les pires malheurs.). » Lereste est silence. de son traducteur émérite. j'attends. moi l'incroyant. on inculpe soigneusement un innocent. janv. puis l'administre. « Dieu cherche un homme qui n'ait jamais entendu prononcer son nom et s'incline avec gratitude devant un mendiant sourd-muet. le lecteur contemporain de Semprun ne peut s'empêcher de voir aussi un adieu aux lumières de la vie. Le lecteur attend encore de lui de nouvelles clartés. « Il ne connaît pas sa propre odeur et la déteste chez les autres. et il a encore beaucoup à dire. un miracle [. Et revoici la grande Emily Dickinson.] Mais je ne veux pas savoir Emily DtOQNSON Le Paradis est au choix Poèmes. sur Stendhal et Joubert). Jean Mambrino Abdul Kader El JANABI Horizon vertical Récit traduit de l'arabe (Irak) par l'auteur.qui ne fut pas qu'« un ténébreux orage » avant les froides ténèbres de la déportation..

Celan). On entend sous les mots tout ce qui n'est pas dit. les appels. les frustrations. 105 F. aux habitants d'une ironie millénaire. En quatre-vingt douze pages. Tout y passe du passé. L'auteur. Que tous ceux qui imagineraient la pensée ou la parole arabe imperméable à la subversion et asservie à tous les despotismes le lisent la surprise est de taille. les traces. couardise avilissante. ma fille cadette Grasset. 1997. déguisé. 104). tant de douleur et tant d'amour. clown au coeur lourd. suicide?). magicien du théâtre. il s'agit aussi du monde arabe. par delà la mort. si pudiques et si tendres) trouvent aujourd'hui leur réponse. deux évidences ou deux recours. Ode! et sa soeur Hamjha se font passer pour morts au milieu des cadavres en décomposition de leurs parents. quand la ville ressemblait encore à un rêve éveillé sur l'Euphrate. si pudiques et si tendres. et que l'on retrouve. 149 F. dans tous ses . des ressources de sa langue et de sa tradition. Verticales. déroutant. Jean Mambrino Arnaud CATHRfNE Les ~Mx secs Roman. » Raphaële sait qu'il est près d'elle. Va ton chemin. les larmes. si désinvoltes. Phébus. les souvenirs en miettes. Préface par André Dhôtel. Mais ici il ne s'agit pas seulement d'une confession individuelle. 510 pages. comme tant d'autres dans le monde. dans les beaux livres de Raphaële. le signale exceptionnellement cette réédition. découvre.Un titre énigmatique pour un petit livre. Une fois de plus les mots ont fait leur ravage. les notes. Une fois de plus Actes Sud trouve. car il s'agit d'un des plus grands. le temps passant l'exigence de « l'écriture inquiète et inquiétante ». Le jeu en vaut la chandelle. tout ce Mervyn PEAKE T'!t!M d'Enfer Roman traduit de l'anglais par Patrick Reumaux. né à Bagdad en 1944. vif. passionnée. et la présence de Mona. Comme des pièces de son père. Le lecteur reste saisi par cet univers qui l'a soudain happé. ce premier roman impose l'épure et la concision d'une terrible parabole. dans ce livre en forme de missive brisée. Va ton chemin. 1998. Au terme de ce texte enlevé et internationaliste. le drame terrible de la mort du père de son père (assassinat. plus suggestifs dans leur brièveté que le défilé des images de nos reportages. brûlante. des plus beaux romans de ce demi-siècle. les billets doux d'autrefois. largement. folie. 1998. qui a bondi dans ['au-delà. les émerveillements secrets. Je n'ai pas cessé de vous en parler depuis vingt ans. secrète. indifférence impuissante. 230 pages. hachée. Ce huis-dos entre les deux adolescents condense toutes les effluves de la guerre peur. Le surréalisme sur son déclin allait être le port dernier de cet itinéraire et la chance laissée par lui à la critique et à la poésie (Adomo. avec beaucoup de lucidité et très peu de sens pratique. Guy Petitdemange qui est crié silencieusement à bouche fermée. toujours vivant. chuchotant à l'instant de partir « La mort n'est pas grave. le cinéma américain. aux pieds légers. contre les scléroses et tous les grégarismes. 92 pages. le premier volume d'une trilogie (il faut espérer que les deux autres ne vont pas tarder à suivre) dont l'originalité la mettra toujours à part dans la littérature romanesque de tous les temps. Alors que des milices quadrillent avec régularité la ville et que des sections spéciales exécutent imperturbablement les noms indiqués sur leurs listes. de la trahison de ses dercs. celui-ci avait dëchainë une sorte d'insatiable ivresse politique et pratique. Je me débrouillerai. Raphaële B[LLETDOUX Chère Madame. la femme qui vous trouve et vous ramasse « dans l'errance et la dérètiction (p. Pascal Sevez Les lettres que le père déposait en secret dans la chambre de sa fille sortant de l'enfance (si désinvoltes. brûlante. de ses minorités intellectuelles. 75 F. les angoisses refoulées. les fuites. les mots d'ordre étaient l'amour et la subversion.

Lefevre. Tandis que le politique dépose servilement les armes aux pieds de l'économique. probable dès les origines. autonomie éthique. MLF. ont ouvert les . ces thèmes qui se croient neufs ont tous été conçus en Mai. Au lieu de l'ouvrier légendaire et du combattant clandestin.). L'échec apparent de l'État. Jean Mambrino REVUE RBÏUVRES Sciences sociales Jean-Pierre LECoFF Mai ï9M. L'héritage impossible La Découverte. Le livre est d'abord historique. qui. 1998. il n'est pas impossible qu'une part de l'héritage de Mai 1968 rappelle l'importance du contrat politique et du dialogue social dans l'Europe des « passions démocratiques ». Il s'est donc retiré dans la sphère privée » et. etc. l'Algérie est passée à la guerre civile après l'annulation des élections législatives de 1991. s'émerveillait. proprement fabuleux et capable de susciter en nous une rêverie sans fin (cf. Femme. a alors cédé la place à l'importance des petits commerçants qui. On a évoqué à son sujet Rabelais. différences culturelles. un conteur infini. Une expansion du FIS sembla. Rimbaud. et radicalement. Pourtant. mais rarement de valeur. 11 s'interroge sur les conditions historiques de la « divine surprise et sur ses progénitures abondantes et turbulentes (gauchismes. Après avoir été phare du tiers monde et recherche de transition démocratique. les « nouveaux philosophes ». Foucault. 160 F. Livre magistral. juin 80). 430 pages. un frémissement qui tourne à l'ébullition. Mai 1968 a enfanté une question politique qui interroge toujours. qui révèle tous nos secrets La traduction est superbe. nov. Swift. malgré des différences radicales. 74. 77. oct. enfant. et tant d'autres! Quant à « l'héritage impossible ».). alors Althusser. Derrida. Etudes. l'écologie. sans se référer à l'islam. Il inscrit Mai 1968 dans la lignée de 1936 et de la Résistance. le cinéma ou la politique (voir le parcours de Henri Weber. conclut l'auteur. a viré à l'égoïsme cynique. un monde nouveau. prend pignon sur rue par l'édition. Les modes de vie ont plus été touchés que le politique ou l'institutionnel ce que traduit bien le juridique ou la jurisprudence. nouveaux modes de vie familiaux. il consiste en ceci que l'individualisme exacerbé de 68 n'a pu trouver toute sa place dans le social. Guattari. c'est l'étudiant qui est figure de proue. 1998. Les études objectives et réfléchies sur la guerre d'Algérie sont multiples. Mai 1968 symbolise un sursaut de l'exaspération. Que de maîtres. inconnu. des sabots du trotskisme aux pantoufles du Sénat. les médias. qualité de la vie. 160 F. la légitimité de la représentation politique et qui se porte maintenant au cœur de la question européenne. Graham Greene. Mais cette violence a été vécue progressivement comme développement d'un imaginaire « social et historique de la guerre.mouvements)ycéens. En voici une où se recoupent les expressions des étapes d'une histoire tragique et la réflexion rigoureuse sur les composantes de ces étapes. temps du travail. Pierre Mayol Luis MARTINEZ La Guerre civile en Algérie CERI/Khartala. La cause en semble sans hésitation l'avènement souhaité de l'islamisme.sous-cu)tures. écologie. la « deuxième gauche ». que sont encore pour quelques-uns. à sa parution. L'étape suivante voit la transformation du gauchisme en ces médecines sociales douces qu'ont été. Deleuze. avoir favorisé une armée autour d'un petit noyau. Puis c'est l'instauration de la contreculture.détails. bientôt rejoint par les syndicats entrés par la cale. de l'underground initial. un visionnaire à l'état pur. dès le début. au lieu de rester don de soi. 476 pages. C'est tout autre chose.

Les moudjahidin humiliés tentent de réagir contre les critiques des islamistes. qui. qui s'ajoute opportunément à tant d'autres restées sans écho. 1998. c'està-dire les établissements pénitentiaires dans lesquels croupissent plus de la moitié des personnes incarcérées en France. maquisards qui évolue vers le combat du « bandit politique Cet affrontement prend différentes formes. Cette dénonciation du système carcéral français. aumônier de la maison . Les fidèles du FIS agissent par appel d'un triple registre politique. jusqu'à la formation des « gardes communales ». selon son origine. 140 pages. sont détenues « provisoirement <et « préventivement ». 98 F. « footballistique ». L'auteur. appuyée par la victoire de l'État. Le GIA tente de se renforcer face au pouvoir des Émirs. l'islam verse dans le Djihâd. c'est l'hésitation devant la guerre civile. dans l'attente (parfois pendant plusieurs années!) d'un jugement qui pourra les condamner ou les acquitter. À partir de 1993. La guerre se consolide pour le long terme. ne concerne directement que les maisons d'arrêt. Walis. Le pouvoir rappelle l'époque ottomane. toujours actifs. de plus en plus riche (apport financier international). contre les islamisants. On s'oriente vers la priorité donnée aux « noyaux durs » du négoce. bien que « présumées innocentes au regard de la loi. Les « milices réagissent contre les uns et les autres. La guerre entre ces acteurs est là pour longtemps. religieux. Lecostume du FISs'efface. Les gens venus de la Casbah à l'« Eucalyptus (quartier de boutiques en banlieue) s'orientent vers un « État minimum ».boutiques au trafic profitable au « quartier ». Les « bandes » apparaissent. Jacques Sommet Michel NiAUSSAT LesPrisonsde la honte Desdée De Brouwer. puis cèdent devant le rôle de la « grande exploitation et celui des « spéculateurs les petits satisfont aux besoins immédiats et laissent le crime (Bab El Oued) agir dans le désordre. contre un GIA en crise financière. On assiste ainsi à la lutte entre les privilégiés et les victimes force des notables.

Jean Weydert Dans son avant-propos.Ar)éa. après la publication d'une lettre ouverte dans le journal OuestFrance. !m!cttM~M et leurs immigrés: négocier l'identité Armand olin. celle de la nation et celles des immigrés. trouverait son fondement dans la dépendance-pourvoyance mutuelle sagement aménagée. en novembre 1972. livre là. le meurtre légal continue à sévir. malgré l'unicité du sujet. prétendument civilisés. Le livre d'Albert Memmi a mille facettes.254 pages. dans les deux pays.1998. Jean-Michel REY La Part de l'autre PUF. caractéristiques de l'existence humaine. des tensions. qui se lit d'une traite. L'auteur estime que la négociation des identités est la seule voie dont dispose un Etat démocratique pour faire face à la situation et établir un nouveau compromis historique. 98 F. Madame Guigou saura-t-elle faire preuve de plus d'efficacité que ses prédécesseurs? la question est poséeAndré Legouy REVUE DES HVRES Robert BADtNTER L'Exécution Fayard. à une politisation des identités qui risque de conduire à l'impasse. la velléité passionnelle d'un retour en arrière. Les Riva KASTORYANO La France.1998. Une comparaison avec les Etats-Unis aide à faire ressortir les singularités et les traits communs. resurgit périodiquement. les modèles nationaux. Cet émouvant récit. de Claude Buffet et de Roger Bontems. Tout tourne autour de la dépendance l'homme est un être dépendant.d'arrêt du Mans pendant vingt ans. à la fin du livre. L'on assiste. André Legouy Philosophie Albert MEMMI Le Buveur et l'amoureux Lepnxd~~dfpend<!ncf. Le livre se termine par le récit de la rencontre de l'aumônier avec l'actuelle ministre de la Justice. la dépendance appelle pourvoyance. 1 C . La morale. 230 pages. condamnés à mort par la Cour d'assises de Troyes. où l'avocat de la défense nous fait revivre pas à pas l'expérience déchirante qu'il a été conduit à vivre. après un double meurtre perpétré au cours d'une prise d'otages dramatique à la prison centrale de Clairvaux dans bien des Etats. un témoignage sans complaisance sur les conditions dans lesquelles vivent encore. Au-delà des mots. 1998. Bibt. 118 F. En France et en Allemagne. 120 F. en Allemagne comme en France. 50F. se trouvent mis en question par l'arrivée des immigrés. des représentations et des traditions imaginées. Duos multiples. au moment où il vient de donner sa démission d'une fonction qu'il avait d'abord assumée à titre provisoire. les êtres humains que « la patrie des droits de l'homme estime devoir emprisonner. à notre époque et dans l'indifférence générale. où il a été aboli depuis plus ou moins longtemps. 258 pages. et dans certains autres.224pages. celui à qui l'on doit l'abolition de la peine de mort en France nous fait comprendre pourquoi il a jugé utile de rééditer ce livre. du Collège International de Philosophie. 1998. notamment en France. écrit après l'exécution. dont on souligne le plus souvent les différences. Ce livre s'applique à montrer ce qu'il advient concrètement des identités. invite à une réflexion salutaire sur les inévitables faiblesses de la justice et sur la monstruosité archaïque de la peine capitale. des violences et des peurs bien réelles apparaissent.

ne pouvait venir que d'un Italien. de l'italien par Jacques Rolland. aux avant-postes de la pensée moderne. sans ressentiment. d'après quelques grands films. 1998.hommes ont besoin les uns des autres. si ce n'est pas par quelque élévation de soi-même au-delà de soi-même ? Sinon. Morale « de survie peut-on ajouter selon plus d'une allusion. dans ces trois figures dissemblables que je rapproche. édités et rédigés par Jacques Caron. les trois auteurs mettent l'accent sur les différents dérèglementsdu mécanisme qui combine ces deux verbes. Demeure donc pour Vattimo. 180 pages. assurément. au centre du livre. Comme les étagements millénaires de Rome. se souvenant de tout. morale de substitution de substituts (des « méthadones *] aux dépendances trop fortes. le passé. ne faut-il pas aimer Venise?). une sorte de mémoire ou de style. mais amis Survivance infantile? Reste d'un sentiment de dette envers la mère? Besoin de se raccrocher après des révoltes successives? L'essentiel n'est pas là chez Vattimo C'est très en deçà de pareil intellectualisme. Empire des sens de Oshima. à la fois. l'héritage se vivent tout autrement selon les cultures Par sa simplicité même et par son évidence. dit-il. je retrouve. La tradition est comme une sédimentation reconnue librement. La tradition. nostalgique de rien. Jean-YvesCalvez Cianni VAïnMO Espérer croire Trad. ce n'est pas une piété. 85 F. Odense University Press. sur un sujet sérieux et qui ne prétend pas au sérieux la griffe italienne. 1998. dit par ailleurs Valéry. autre chose en partage l'incessant dialogue du donner et du recevoir. destructives. On peut certes lui demander mais qu'est-ce qui dicte la substitution ? Qu'est-ce qui dicte la négociation « modératrice » capable faire échapper de à la destruction ? La survie. cet irréductible aux dogmes. » Mais les édifices qui se défont si facilement. Le Seuil. attaché lui aussi à une analyse de la dépendance. subtil. dit-il. bien indifférents aux désenchantements des dandys français (faut-il. ni une discipline. entre cette théorie du « crédit et celle de la dépendance et de ses excès déments. ce livre court d'un philosophe chevronné. Les travaux menés depuis ces vingt-cinq dernières années ont profondément modifié notre lecture de Kierkegaard. pas la liberté. Guy Petitdemange Kierkegaard aujourd'hui Actes du colloque de la Sorbonne. Son lieu est le corps-sentinelle. ne sommes-nous pas invités à examiner comment ils ont été construits? Il faut « reconstruire les crédits ». par delà les autoritarismes. que la démarche de l'auteur conduit loin. ce n'est ni une morale. mais laisse pourtant insatisfait. apparaît en même temps le danger d'une retombée. qui signifient. » Il y a un rapport. un certain nombre de dépendances. plein de retenue. dans l'étrange désir d'asservissement qui conforte le pouvoir tyrannique (La Boétie). Memmi a justement analysé de manière remarquable. Ou encore. dans la confiance donnée à telle forme de discours supposé faire autorité (Valéry). le temps l'éprouve sans l'abolir. Scènes de la vie conjugale de Bergman. un singulier irremplaçable dans la sécularisation même « Je ne vous appellerai plus serviteurs. Une façon d'être attentif à quelque chose qui n'existait pas avant sa marque et qui déborde toute maîtrise et toute autorité. d'un effondrement. poursuit Jean-Michel Rey. « Dans le crédit illimité accordé aveuglément au texte d'un autre pris comme modèle (Erasme). comme tout le passé intangible qui en Italie envahit la campagne et la ville. pénétrant. par delà la lutte des clans et des idéologies. le catholicisme charrierait lui aussi quelque chose. sans servilité. fart de la mémoire et de la distance. Un beau livre.Plus précisément. 112 pages. violemment destructrices. prend de la hauteur en tentant de faire autorité ou d'instaurer un pouvoir. Je me permets de rapprocher (à tort?) le livre de Memmi de celui de Jean-Michel Rey. qui enchantaient Freud. Cette morale est toute sociale. en cela il séduit. Et encore « Dès que quelque chose s'élève. Ce colloque tenu à Paris en octobre 1996 fait le .Leçons de sagesse. Pcmer de nuit de Cavani. s'enfoncer n'est-il pas plus sensé? Simples questions. non tant amoureuses que sexuelles (pourquoi « l'amoureux » dans le titre?). Mais pourquoi survivre.

Une philosophie à t'Œutre. ses méthodes et son éthique médecin et philosophe. Un entretien avec sa fille. Philippe Chevallier REVUE DES LIVRES Robert DAMIEN (sous la dir. rappelée par Régis Boyer. On retiendra qu'elle a besoin d'un regard philosophique sur les méthodes et l'envers de la thérapeutique. coll. 1998. Les Empêcheurs de penser en rond. prolixe sans être verbeux. Une philosophie écologique Synthélabo. Le « gras et les cailloux ne sont pas ce que l'on croit. l'apport de Régis Debray diagonale du sage »). du plus valorisé (les fragments) au plus rejeté (l'excrémentiel). Dagognet s'appuie. Elle nous capte. « L'abjectologie » est née. 149 F. le thème de la matérialité le retient. avec la science. coll. Une belle langue le rend aisé à lire. Dagognet va jusqu'au bout du raisonnement l'enquête sur l'abject. en particu« La lier. C'est à une « hylétique de la matière ». On se réjouit de pouvoir disposer d'un recueil de ses meilleurs articles sur le « pouvoir et le savoir en médecine ». 304 pages. sur l'esthétisation du déchet. le résidu de nos poubelles. Depuis longtemps. 1997. nous sommes amenés à une réflexion limpide sur la culture ambiante et son « catharisme » forcené. le déchet est le récit. découle un certain nombre de questions délicates sur les rapports entre la vie et l'oeuvre Ces questions sont ici redoublées par le lien singulier que Kierkegaard entretenait avec ses écrits. De la nécessité. Silence et don seraient deux belles métaphores pour évoquer le regretté P. à un bon tour. Dagognet est foisonnant sans jamais être vide. édecin. 94 F. Par une brillante « grammaire du presque rien ». mais qui est nôtre. Dagognet réfléchit sur la déontologie médicale. celui du langage et de ce qui le constitue intimement chez Kierkegaard le silence et le don. qui a poursuivi son œuvre. de l'abject. de) François Dagognet m Epistémologue. Pour le lecteur français. Un ouvrage (issu d'un colloque tenu à Besançon en 1996) rassemble des communications variées.de bien situer Kierkegaard dans son monde. On pourrait croire à une plaisanterie. afin de réhabiliter « une matière qui n'est fêtée que dans ses exploits ». Il fait découvrir les facettes d'un philosophe auquel l'humour ne manque pas (on lira. ce qui nous dégoûte et provoque notre répulsion. Les Empêcheurs de penser en rond. Les Empêcheurs de penser en rond. L'exposé détaillé de François Bousquet sur la réception du penseur danois dans la théologie française est éclairante à ce sujet. Les « moins-êtres racontent nos manques à être. que nous sommes convoqués. avec la participation d'intervenants des deux pays. Contempler la vérité dans le . et l'auteur inaugure pour elle de beaux jours. Convaincu de la vanité des dualismes. Un champ de recherche important apparaît au terme de ce colloque. La médecine et son histoire. H. Dagognet a ouvert une voie où peu se risquent. le passage d'un univers culturel à un autre n'est pas facilité par les multiples filtres à travers lesquels t'Œuvre a été progressivement reçue en France.point sur la recherche en France et au Danemark. François Dagognet a renouvelé l'épistémologie et l'histoire des sciences. des déchets. philosophe. la trace de ce que nous vivons. Dans la lignée de Bachelard et de Canguilhem. coll. 149 E François DAGOGM~r Savoir et pouvoir en médecine Synthétabo. François DACOCNET Des détritus. dont les interventions ont été judicieusement couplées pour se répondre. au point d'en dévorer d'un trait les attendus sous la plume brillante de Dagognet. Amateur d'art contemporain. une réelle métaphysique. 1998. Tisseau et son patient travail de traduction. referme avec bonheur les actes de ce colloque. Synthélabo. 288 pages. Pourquoi ne pas parler d'une intuition philoCe que nous sophique majeure? méprisons (nos rebuts et ceux qui s'en chargent) avoue la ségrégation qui habite la société. à l'image du penseur qui est leur sujet. Miroir de la culture.

à)a fois critique et positif. le marché. On suit le parcours proposé à travers la transe. médiatiquement célébrées et connues pour de plus ambitieux travaux. « toi athée chrétienne. processus impersonnel. la terre et Dieu. Julia Kristeva dit garder de ces esquisses « l'impression d'un mouvement brownien Nous aussi. minuscule. 300 pages. Le but est-il de faire croire que le sérieux affleure « tout natureHement par la grâce de deux intellectuelles d'exception. 1998. pour Eduard Bemstein et Léon Blum. c'est une réflexion anthropologique les êtres humains « font a la société et peuvent donc la transformer. observe l'auteur. l'humilité et l'indicible.Rëforme juive l'une et l'autre tenues par leur histoire ? Les voyages de l'une. l'imaginaire. déguisé. c'est la révolution qui est la forme même du changement historique. avec ses aléas calculés et des complaisances dont on est en droit de dire qu'elles agacent. C'est la mode faut-il s'y faire? d'écrire à deux voix. Françoise Le Corre Jean-YvesCALVEZ Socialismes et marxismes Inventaire pour demain. Le ton est ici celui. de Dostoïevski à ce « bon Winnicott de l'impatience agressive de l'une à la réflexion réservée de l'autre. le corps. la maternité des deux. les patientes de l'autre. 120 F. mais par une haute exigence morale et sociale. Son point de départ est une constatation importante le fondement ultime du socialisme sous toutes ses formes. Evidemment. Aux dernières pages de cette correspondance.offe toutes les nouveLLes a été di. ne peut pas se conformer à des préceptes moraux. Un grand livre. Seuil. ni de « liberté pour tous ». « il faut se méfier d'exclure le tragique et l'enthousiasme du devenir social Pour le libéralisme (Hayek). Ce qui le distingue du libéralisme. de l'apport des idées socialistes et marxistes. C'est l'objectif du socialisme de porter remède à ces situations sans justice sociale. Malgré leurs diffé- . bien que d'opinions divergentes.-Y. 1998. Luc Pareydt Catherine CLÉMENT JuliaKMSTEVA Le Féminin et le sacré Stock. maintes situations « impersonnelles sont insupportables ou contraires à la dignité de l'homme. sont l'occasion de détours qui ne manquent ni d'intérêt ni de séduction. en mesure de dialoguer. 228 pages. pas de dignité partagée. ajoute J. les différentes familles socialistes n'ont pas la même approche de ce processus de transformation sociale pour Marx. En tout cas.i. Or. voire le repoussant on aura deviné que le projet de Dagognet est à hauteur de morale. pas de vrai respect mutuel. tous Les commentaires ~n 1 .Calvez.. le sacrificiel. de la correspondance. moi athée Indifférent aux modes du «pret-àpenser Jean-YvesCalvez esquisse ici un bi)an.ff~usées.1 1M. l'ignoble ou le noble. les changements profonds peuvent être paisibles et légaux. l'interdit. Son point de vue n'est pas inspiré par l'air du temps.

1998. description des courants juifs de l'époque.rences évidentes sur les voies du changement révolution et expropriation pour ['un. selon l'essence de leur liberté. mais tout proches de l'étranger. Notes complémentaires d'Isabelle Bochet et Goulven Madec. percent la réflexion ou l'observation personnelle. On court ainsi un danger de perte de substance éthique ou d'affaiblissement. Peu porté à admettre l'existence de deux véritables procès. la croyance dans un sens de l'Histoire déjà historiquement prédéterminé l'avènement nécessaire du socialisme. Le De doctrina christiana. quelque cent-cinquante pages de « notes comptémentaires » qui permettent d'édairer des thèmes fondamentaux de la pensée d'Augustin. et de sa valorisation du social et du travail. des conditions politiques et sociales les données historiques et littéraires sont exposées avec sobriété et efficacité. sur . est. riche. la radicalité de l'appel moral du socialisme. du mouvement baptiste en particulier. dense. 626 pages. tout en notant que les grands responsables de la mort sont les prêtres et les notables du Temple. sensible à la tendance des chrétiens dans l'Empire à atténuer les responsabilités romaines. L'aspect doctrinaire de la pensée socialiste en général. Charles Perrot ne minimise pas pour autant le poids et la détermination des ennemis juifs de Jésus. finalement. d'abord destiné à de futurs prédicateurs. mais avec attention et respect. Plus d'une fois. sobre. Présentation du travail de l'exégèse. de sa critique de la propriété privée et du capitalisme. Les données évangé- La Doctnne chrétienne (De doctrina christiana) Introduction et traduction par Madeleine Moreau. en territoire juif. On trouvera ici une nouvelle traduction de cette Œuvre. mutualisme et coopératives pour l'autre Marx et Proudhon partagent la critique de la domination du capital privé sur le travail et la vision du socialisme comme un humanisme du travail. Un chapitre très important est consacré à la Passion et aux problèmes posés par les récits. Michael Lôwy REVUE DtSUVRES liques sont traitées avec un regard critique. 128 pages. en particulier. surtout. Charles Perrot. coll. Que sais-je?. Cette vision « progressiste » est inspirée par la confiance aveugle dans « un vent de l'Histoire conduisant les vaisseaux. sa pénétration et sa modestie. et de Marx en particulier. Il faudrait donc concevoir l'avenir comme demeurant ouvert. au port entrevu ». décrivant les lieux habituels de l'action de Jésus. à la fois parallèles et souvent très différents d'un évangile à l'autre. Ainsi lorsque. Conclusion de l'auteur le socialisme doit dépasser son recours excessif à l'Etat et son enfermement dans une doctrine du sens de l'Histoire. avec son expérience.Calvez. Un beau livre. fait le point de nos connaissances actuelles sur Jésus et le regard qu'on peut porter sur sa personne et son oeuvre. la note 2. selon J. dans la conscience nette de l'éclairage apporté par la foi. puisque les êtres humains ont la possibilité de se faire euxmêmes. inéluctablement. non le peuple comme tel. Jacques Guillet AUGUSTIN Questions religieuses Charles PERROT Jésus Puf. il observe qu'ils se trouvent fréquemment dans les zones frontières. sans fausse idolâtrie. Bibliothèque augustinienne 11/2. parfaitement juste. représente l'une des contributions majeures de la littérature patristique à l'herméneutique de la Bible.-Y. En 128 pages et pour le prix d'un livre de poche. La plupart de ces notes sont consacrées à l'exégèse de la Bible signalons. mais aussi une introduction substantielle et. 1997. à travers l'objectivité de l'historien et la lucidité du critique littéraire. mais il demeure riche de l'idée de justice sociale.

Un beau livre spirituel. de Montctos fait volontiers écho à certains de ces réformateurs quand ils appellent les chrétiens à ne pas se replier sur les questions d'organisation. X. une recherche critique responsable. 312 pages. Cadamer ou de P. Lovsky est l'auteur de plusieurs livres consacrés aux liens spirituels entre chrétiens et juifs.l'herméneutique augustinienne (ellemême confrontée aux approches contemporaines de H. comme mise à part de certains défunts. 1998. demeure la difficulté initiale. au détriment d'une parole missionnaire de proposition de la foi.Membre de l'Eglise Réformée de France. D'autres notes proposent d'excellentes mises au point sur le thème de la grâce. il y a pour F. sans le confondre pour autant avec la rupture entre juifs et chrétiens au 1" siècle. qui donnent une image claire des positions et questions en jeu. « canoniques ». entre juifs et chrétiens. vient consacrer ces défunts en exemples et secours pour le groupe chrétien entier (du moins dans les traditions catholiques d'Orient et d'Occident). des années 30 à Vatican Il. il a la passion de l'unité de l'Eglise. sans antisémitisme ni préjugés. celle de l'identité de tésus. 140 F. la dureté de cœur sont des facteurs de divisions. sur les étapes de l'itinéraire spirituel autant de questions soulevées par le De doctrina christiana. dans chacune de ces constellations historiques. Lovsky appartient à « la première génération de la grâce oecuménique ». 139 F. sur le statut de l'Ecriture sainte (comprise par l'évêque d'Hippone comme une < médiation nécessaire. F. de donner consistance à des responsabilités exercées collégialement pour la vitalité de l'Eglise. En même temps. sur le juste usage de la culture. même dans les rencontres vraies. selon l'auteur. selon des règles reconnues. occupent une place centrale dans l'ensemble de la pensée augustinienne. ou d'un courant de pensée homogène. Ces rites et ces décisions révèlent de façon éminente la . mais qui. les évêques qui se sont opposés. Un intérêt soutenu est entretenu par les historiens à t'égard des formes historiques de la « sainteté La « sainteté ».C. en sachant en déceler la cause. me semble-t-il. comme Yves Congar. Les analogies cependant sont réelles. Lovskyune parenté étroite entre la théologie de la substitution. Cette série d'entretiens avec Robert Masson donne la biographie spirituelle de Fadiey Lovsky. et toutes les divisions qu'a connues le christianisme. Michel Fédou FadieyLovsKY Robert MASSON La Fidélité de Dieu Ed. 1998. les théologiens. H livre ici ce qui inspire toute sa vie. mais provisoire '). entre 1848 et 1870. quand c'est possible. H invite à une démarche analogue envers le peuple juif. Il invite les chrétiens à ne pas absolutiser leurs différences. F. aux fureurs ultramontaines entretenues par Pie IX. PierreVallin YvesCHIRON Enquête sur les canonisations Perrin. dans les étroitesses d'esprit et de coeur. au-delà de ce traité. mais à les considérer avec intelligence et amour. Ricœur). Trois ensembles principaux donnent l'ossature du livre. le souci existe. 208 pages. H condamne catégoriquement l'antisémitisme. la conviction que la fidélité de Dieu envers Israël ne s'est pas démentie. en effet. 304 pages. en trois chapitres les prêtres constitutionnels gallicans modérés. le mépris. Les deux premiers chapitres seront particulièrement utiles. Saint Augustin/Cerf. qui ont animé en France. d'un point de vue institutionnel. autour de l'abbé Grégoire. Geneviève Comeau Xavierde MoNTCLOS Réformer l'Eglise Histoiredu réformismecatholiqueen France de la Révolution jusqu'à nos jours. selon les interprétations actuellement les mieux établies. Quant au rapprochement de ces trois ensembles. 1998. et la note 7. qui prétend que Dieu a rompu l'Alliance avec Israël. Cerf. i) n'est pas à comprendre selon la continuité d'un mouvement se reproduisant lui-même. L'ignorance.

vie historique des idéaux cultivés dans le groupe chrétien, les modalités de sa pratique dans le discernement du juste et du vrai, les attentes, enfin, qui sont cultivées par lui vis-à-vis du divin en ce monde et dans l'autre. L'ouvrage d'Yves Chiron est une synthèse fortement documentée et rédigée avec talent des travaux concernant cette histoire. L'exposé est coloré par l'intérêt de l'auteur pour les traditions de la droite monarchique et pour les luttes de Rome contre le libéralisme. Des bilans sont tracés clairement ainsi sur la multiplication des décisions sous Jean-Paul Il, dont les motivations sont suggérées; certes, ce phénomène récent incite à relativiser la portée attribuée autrefois à de telles décisions. Yves Chiron fait aussi le bilan des « causes » introduites dans le cas personnel des derniers papes, de Pie XII à Paul VI. )e signale que l'excellente revue italienne CrMttan~inK'nella Storia vient de consacrer un numéro spécial (octobre 1997) aux saints en Italie depuis la fin du xvm*siècle; un article traite plus amplement, sur des documents nouveaux, de la proposition qui avait été faite, après la mort de Jean XXIII, de canoniser celui-ci dans le cadre conciliaire de Vatican Il. PierreVallin

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leur animateur est Frédéric Ozanam luimême, revenu provisoirement de Paris. Il envoie à la direction parisienne des rapports détaillés fort éclairants. Bon nombre d'autres lettres ont, au contraire, pour occasion les diverses activités professionnelles exercées successivement par l'auteur, des lettres d'affaires en quelque sorte. D'autres lettres ou billets, à la famille de sa femme en particulier ou à des amis, montrent plus directement en son intimité l'universitaire que l'Eglise romaine honore désormais au rang liturgique des bienheureux. Pierre Vallin

Bertrand de MARCEfuB L'Abandon à Dieu Histoire doctrinale. Téqui, 1997, 300 pages, 133F. F. Je me suis attaché à ce que Bertrand de Margerie dit de la spiritualité ignatienne. Citant beaucoup les Constitutions de la Compagnie de lésus, il souligne la connexion de l'abandon à Dieu, chez Ignace, à l'obéissance hiérarchique. Peutêtre ne donne-t-il pas alors assez de poids à un thème comme celui de la prière des Exercices Prends et reçois, Seigneur, toute ma liberté. tout ce que j'ai et tout ce que je possède. Donne-moi de t'aimer, donne-moi cette grâce (ou donne-moi ta grâce), celle-ci me suffit *? 11est vrai que c'est une remise à Dieu du passé, du présent, de l'avenir de l'homme, totale, mystique aussi, que B. de Margerie repère et décrit dans les grandes spiritualités du monde, tant chrétienne que juive, islamique que bouddhiste. Et c'est en définitive d'une dimension fondamentale de l'existence qu'il est question, perspective fort précieuse dans la rencontre contemporaine entre les religions et même entre les expériences non religieuses et religieuses. Jean-YvesCalvez

Frédéric OzANAM Lettres Edition critique sous la direction de Didier Ozanam. Vol. 5 Supplément f( Tables.Klincksieck, 1997, 250 pages. Commencée en 1961, l'édition critique des Lettres de Frédéric Ozanam s'achève avec ce volume, qui offre, pour l'ensemble de la publication, une Table des correspondants (avec une brève notice biographique pour chacun) et un Index général (tous les noms de personnes et de lieux, plus des mots-clefs correspondant à des périodiques ou des institutions). La première partie du volume (p. 1 à 154) édite des lettres retrouvées après la publication des volumes précédents ou, dans quelques cas, une version meilleure que celle qui avait été retenue auparavant. Plusieurs de ces lettres éclairent l'histoire des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul, celles de Lyon en particulier, durant la période où

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5 et Photocomposition PAO AssasEditions Flashage Repflash Impression Imp.Saint-Paul, 5000Bar-le-Duc CPPAP à 65513 ISSN 0014-1941 Dépôtlégalà parution Lesnomset adressesde nos abonnéssont communiqués nos services à de internes,à d'autresorganismes presseet sociétésde commerceliés contractuellement AssasEditions.Encas d'opposi3886 s –––––––––––––––––– tion, la communicationera limitéeau servicede l'abonnement. ? 5-98-0947

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Quartiers, « pays », coopération intercommunale, rôle des régions, espaces nouveaux de communication. Les territoires se transforment, plus poreux, plus divers. Entre aménagement rationnel (le territoire comme marché pertinent) et capacité de mobilisation (le territoire comme lieu de solidarité et d'interdépendance), quelles cartes se dessinent ? L'organisation politique n'est-elle pas décalée face à cette diversité ? Les territoires des hommes A. Frémont, géographe La multicarte des territoires L. -A. Gérard- Varet et 7~Paul, Greqam Espaces d'autorité ou de solidarité L. Laurent, E N S A I Territoire de Phôpita) ou territoires de la santé ? B. Marrot, Agence Régionale de l'Hospitalisation du Centre Fabriquons du pays, i) en restera toujours quelque chose Giraut et R. Lajarge, géographes La genèse d'un pays P Houée, Association Centre Bretagne Développement Le politique impertinent ? 7. Worms, Centre de sociologie des organisations Produire des territoires cohérents J.-L. Guigou, Datar Hors dossier Eiiii-elieit vecEmma Bonino, coipi,~iiss(iii-C a h ciii-ol)éellile 1'tii(le ili)l(lllit(lile poiliEn ventedanslesgrandeslibrairies voscoordonnées votrerèglement et Pourrecevoir e numéro, nvoyez c à e PROJET -14,rue d'Assas 75006 PARIS Tél. bl 44 39 48 48 Minitel 36 15 SJ* PROJET http:perso.wanadoo.fr/assas-editions

388t» iiiiii 1945 98 de Naiites .JEAN-FRANÇOIS Figures Carnet Notes libres: de théâtre.2 el et 3 Pérou L'Edit Hnle. Tumt' . Qu'est 68 devenu ? Cinéma.1''»1: Panorama de crise en Asie SOPHIE BOISSEAU[ DU ROCHER Koso\o la guerre inévitable ? JEAN-ARNAULT DERENS Crimes sexuels l'obligation de soins 1 HUDON Le baccalauréat au pluriel DANIEI.~RS. 6 (. Revue des Expositions livres W eu ffl fW¥4 pcleà . de lecture.» a F IIJ 1~. BLOCH Plaidoyer pour une nouvelle rhétorique PHI LIPPE BRETON Edith Strin. l'histoire en secret MARGUERITE LENA L'unification de l'Europe et le rôle de l'Eglise PETER HANS KOLVENBACH Le GRl\I ou l'invention du son PIOUD .

LE CORRE) .de Barry LEVINSON. minorité privilégiée et formation longue d'un côté.Paris-Prague (P. RELIGIONS ET SPIRITUALITES Edith Stein. Un moment décisif de la guerre des Balkans. De quoi raviver les questions de sens face à la croissance. Les protagonistes eux-mêmes n'en sont pas toujours conscients.Le mal court.. GUIGUE).. l'histoire en secret MARGUERITE LENA "Ne nous hâtons pas de poser sur Edith Stein une étiquette. au nom de l'Evangile. majorité et courte formation professionnelle de l'autre. MADELIN) .Un père de 68: Marcuse (J. gond et pierre d'achoppement de l'histoire universelle comme de nos histoires singulières. mais les dégâts sont réels." L'unification de l'Europe et le rôle de l'Eglise HANS PETER KOLVENBACH Les Eglises n'ont pas à définir les formes politiques de l'Europe de demain. inventeur et conteur de l'aventure de la musique concrète.de Sebastian BARRY. ESSAI Plaidoyer pour une nouvelle rhétorique PHILIPPE BRETON Le débat public est soumis à toutes sortes de manipulations.. Expositions LAURENT WOLF Cinéma JEAN COLLET. la société exige de la justice une prévention efficace. ARTS ET LITTERATURE Le GRM ou l'invention du son JEAN-FRANCOIS PIOUD A peine âgé de 50 ans. le Groupe de Recherches Musicales vient d'entrer dans l'histoire. Sans doute la phase finale de l'éclatement de l'ex-Yougoslavie.PERSPECTIVES SUR LE MONDE Panorama de crise en Asie SOPHIE BOISSEAU DU ROCHER La crise asiatique n'est pas une simple crise monétaire. Mais qu'est ce GRM. Il s'agissait de tenter de sortir d'une société duale. Mais elles sont conscientes que la détermination à vivre en Europe d'une façon européenne fait partie de leur responsabilité. la modernité et la mondialisation.-L. Le médecin se trouve alors en première ligne. Où en est-on? FIGURES LIBRES Qu'est 68 devenu? Mais. Le bien aussi (F. Mai (H. Chevènement proposait l'objectif de 80 % de jeunes au niveau bac pour l'an 2000. Notes de lecture PHILIPPE CHEVALLIER: Revue des livres . C'est la crise d'un modèle économique et la remise en cause d'un certain schéma socio-politique. fût-elle en forme d'auréole. Laissons-nous mener en ce lieu de la Croix. dans un rôle qu'il ne peut endosser sans vigilance. SOCIETE L'obligation de soins MARIE-CLAUDE HUDON Traumatisée par les agressions sexuelles. SCHLEGEL) .La nongénération (B.-P. GREMION) . D'où l'urgence de refondre les normes de la parole dans l'espace public et de faire émerger une nouvelle rhétorique. XAVIER LARDOUX de François OZON . devenue électroacoustique puis acousmatique? Carnet de théâtre JEAN MAMBRINO de CORNEILLE . J. Le baccalauréat au pluriel DANIEL BLOCH En 1985. Kosovo: la guerre inévitable? JEAN-ARNAULT DERENS Les événements tragiques qui ensanglantent le Kosovo ont signé l'échec de la politique de résistance non violente menée depuis 1992.. à laquelle paraît répondre l'obligation de soins.