HISTOIRE
DE

L'HISTORIOGRAPHIE MODERNE

HISTOIRE
DE

L'HISTORIOGRAPHIE

MODERNE
PAR

ED.

FUETER

Traduit de l'allemand par Emile

JEANMAIRE

(avec notes et additions de l'auteur.)

9\

r

PARIS
LIBRAIRIE FÉLIX ALGAN
108,

BOULEVARD SAINT-GERMAIN,
1914
Tous droits de reproduction et d'adaptation réservés pour tous pays.

10!

V

AVERTISSEMENT

Il

n'est peut-être pas inutile de

remarquer expressément que

le

présent ouvrage ne veut pas donner plus que ne promet son
Il

titre.

essaie de décrire Thistoire de Thistoriographie européenne depuis
il

l'humanisme jusqu'à nos jours;
l'histoire

ne veut

traiter

comme

telles ni

de

la philosophie
Il

de

l'histoire, ni celle

des recherches et
des théories histo-

de

la critique érudites.

ne touche à

l'histoire

riques et de la méthode historique qu'autant qu'elles paraissent
avoir influencé le développement de l'historiographie.

Des changela

ments

qui,

aux temps modernes, se sont produits dans
de
l'histoire

concep-

tion qu'a eue

l'humanité européenne,
les

il

ne signale que

ceux qui ont trouvé expression dans
Il

ouvrages des historiens.

ne parle que d'un
11

très petit

nombre d'auteurs de programmes
un penseur aussi
origi-

historiques.

a
:

même dû
la

laisser de côté

nal que Bodin
est

Methodus ad facilem historiarum cognitionem
il

un

livre très

remarquable, mais

n'a pas porté de fruits pour

l'historiographie.

Une

histoire

de l'historiographie est aussi peu une histoire de

la didactique « historique »

qu'une histoire des théories dramatiques
et la

n'est

une

histoire

du drame. Dans plusieurs périodes, la.théorie

pratique ont suivi des voies très différentes. Avant le temps du Ra-

tionahsme

la situation était telle

que

les historiens reconnaissaient

en principe les règles de l'école, mais les méconnaissaient dans leurs
ouvrages. Us procédaient

comme beaucoup
les

d'anciens dramaturges

:

pour leurs créations

ils

se réglaient avec pleine conscience

(comme

Lope de Vega) non sur
FUETER.

préceptes de la théorie académique,

11

HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE
les désirs

mais sur

du public,

c'est-à-dire en ce cas, des Autorités.

On ne comprend

bien l'ancienne historiographie qu'en examinant

en elles-mêmes les œuvres des historiens.

L'espace restreint dont nous disposions nous a forcé de n'admettre

qu'un modique choix d'historiens. De

la période qui a suivi le

Rationalisme, notamment, nous avons dû exclure beaucoup d'excellents travailleurs. Voici les principes qui

nous ont guidé.
et les

Nous n'avons

traité
;

d'une façon détaillée que les initiateurs

penseurs originaux

nous n'avons mentionné que brièvement ou
fait

pas du tout les épigones qui n'ont

qu'obéir consciencieusement

aux

instigations d'un esprit supérieur et appliquer à

un nouveau

sujet la

méthode

qu'il leur avait transmise.

Parmi

les auteurs qui

n'appartiennent pas à l'historiographie proprement
historiens

du droit, de

la littérature,

de

l'église, etc.

— — notre choix a
dite

les

été plus sévère encore.

Une

histoire

de l'historiographie doit être

autre chose qu'un lexique des historiens. J'ai visé à traiter toutes
les directions principales plutôt
J'ai

que tous

les

principaux historiens.
façon que l'on pût

cherché à organiser

mon
noms

exposé de

telle

facilement

y

insérer les

qui ne figurent pas dans le texte.

Les chapitres d'introduction

intitulés

Remarques générales ne
il

se

rapportent pas uniquement aux quelques auteurs dont

est parlé

immédiatement après

;

ils

en visent beaucoup d'autres, non nom-

més, qui ont poursuivi
J'ai fait

les

mêmes

buts.
les divers
j'ai

de

même

une différence entre

ouvrages d'un

seul et

même

historien.

La plupart du temps

dû renoncer à
Il

suivre les fluctuations qu'ont traversées tels ou tels historiens.

y

en a d'éminents qui n'appartiennent à notre histoire que par un très
petit

nombre de

leurs ouvrages, un ou

deux souvent. Je me

suis

permis alors de ne les considérer que

nombre d'ouvrages. Un

travail

comme auteurs d'un petit d'ensemble comme celui-ci doit, ce
intellectuel de leur

me

semble, laisser de côté tous les ouvrages qui ont pu introduire
le

une nouvelle période dans

développement
11

auteur, mais non dans l'historiographie.

faut

abandonner

le reste

aux biogr^hes

et

aux

spécialistes.

AVERTISSEMENT

III

Ajoutons quelques
phiques.

observations

sur

les

données bibliogra-

Je

me

suis laissé guider en cette matière plutôt par des considé-

rations pratiques
articles

que par

le

désir d'une symétrie théorique.

Des

de Revues,

surtout

anciens, ont été cités ou non selon

qu'il existait

ou non une

littérature spéciale plus récente.

Quand
dû me

je pouvais indiquer

un exposé d'ensemble nouveau,

je m'abstenais
j'ai

d'inscrire des travaux antérieurs.

Vu

l'espace restreint,

contenter de l'indispensable. Voici les règles que j'ai suivies.

r

Dans tous les cas où

il

existait

des livres à consulter modernes

facilement accessibles, avec des Index détaillés, tels que VAllge-

meine Deutsche Biographie,
phy,
etc., j'ai

le

Dictionary of National Biograles

renoncé à répéter tous

travaux qui y sont

cités,

en particulier ceux de peu d'étendue et ceux qui sont purement
biographiques.

Dans d'autres cas encore, je
les trente dernières années.

n'ai

prétendu à être complet que

pour

La

littérature d'avant

1800

est si

complètement signalée chez Wachler
n'avait pas besoin d'être reproduite
et
;

(voir

ci-dessous)

qu'elle

et la littérature d'entre

1800

1880

est en

grande partie dépassée,

et d'ailleurs facile à trou-

ver par les indications d'écrits postérieurs. Des mélanges biographiques, des publications de lettres, etc., qui ne se rapportent qu'à
la vie privée d'un historien n'ont pas été
ils

mentionnés,

même quand

ont paru dans les temps les plus récents.
3° C'est

particulièrement

le

cas pour les historiens qui n'ont écrit

que

comme

occupation secondaire.

D'auteurs
les

comme

Schiller,

Machiavel
l'historien.

et autres,

on n'a

cité

que

ouvrages qui concernent
tout occus'est

Quant à des écrivains qui ne se sont pas du

pés d'écrire l'histoire

(comme Montesquieu

et

Rousseau), on

dispensé de notices littéraires.

Des œuvres des

historiens

que nous avons examinés nous

IV

HISTOIRE DE L HISïOUIOGRAriIIE MODERNE
et par-

n'avons signalr que celles qui sont proprement historiques,

mi

elles

seulement les plus importantes.

A

moins de circonstances
la

spéciales,
et

nous n'avons donné que l'année de

première édition,
les

pour

les

ouvrages parus avant 1800 naturellement toutes

rééditions critiques. Les

nombreuses éditions

et

réimpressions
xviii'^

d'anciens livres d'histoire pendant les xvi% xvii" et
étaient d'autant

siècles,

moins

utiles à noter qu'elles sont cataloguées très
et

complètement chez Wachler

que

le

présent travail ne peut

songer à rivaliser d'exactitude détaillée avec cet ouvrage volu-

mineux.
5*

Le

lieu d'impression n'a été indiqué
la

que pour les publications
fut

antérieures à 1800. Tant que

production littéraire

soumise

à

la

censure des Autorités, les histoires nationales ne furent généelles portaient

ralement livrées à l'impression que quand

un carac-

tère officieux. Aussi peut-on souvent, d'après le lieu d'impression,

juger de la nature et de
appartenant à
l'histoire
le

la

tendance d'un livre

d'histoire.
a-t-il

Un

exposé
la

médiévale ou moderne

paru entre

contre-réformation et

rationalisme, sur le continent en dehors de la

Hollande,

soit

dans
?

la patrie

de l'auteur,

soit

dans
il

le

pays dont

il

traite l'histoire

Jusqu'à preuve du contraire

faut le tenir

pour

officieux,

ou tout au moins agréable au gouvernement.

Au

XIX* siècle, les conditions étaient autres,
le

du moins dans

les

pays considérés par

présent ouvrage. La connaissance du lieu
et anglais,
ils

perd dès lors toute importance. Pour les livres français

on n'a pas besoin de l'indiquer, car à partir de 1800

parais-

sent presque sans exception à Paris ou à Londres. Mais pour les

ouvrages d'histoire allemands la résidence de l'éditeur est également
indifférente.

Nous renvoyons une
:

fois

pour toutes aux recueils à consulter

suivants

Ludwig Wachler, Geschichte der
Kunst
seit

historischen Forschung

und

der Wiederherstellung der litteràrischen Kullur in

Europa

(dans la Geschichte der Kûnste

und Wissenschaften de

Goettingen) 1812 à 1820 (pour toute la littérature ancienne ainsi

.

AVERTISSEMENT

V
xvii'' et

que pour tous
xvni^
siècles.

les petits historiens

non nommés des xvi%

L'ouvrage

de Wachler s'interrompt juste avant

Ranke)

Allgemeine Deutsche Biographie, 1875 à 1910. Caractéristiques
et

index de litttérature détaillés.

On

trouve en certains cas des

compléments à ces derniers chez Franz Xavier v. Wegele. Geschichte der deutschen Historiographie seit

dem Auftreten

des

Hu-

manismiis 1885 (dans
chland publiée par
services,
le

la

Geschichte der Wissenschaften in Deuts-

Comité historique de Munich). Les mêmes
de
la

surtout

quant à l'indication
par
et S.
le

littérature,

sont

rendus pour

les historiens anglais

Dictionary of National
à 1903. Cf. en
in der

Biography
outre

édité par L.

Stephen

Lee 1885

Georg de Wyss, Geschichte der Historiographie
la littérature

Schweiz 1895 (pour toute
Suisses).

ancienne sur

les historiens

Ce ne sont pas seulement des
Sources de
l'histoire

historiens français que traitent les

de Finance éditées par Auguste Molinier et
ss.).

Henri Hauser (1901

Sont à considérer pour notre but

le

cinquième volume de
l'introduction

la

première partie rédigée par Molinier avec
et
le

générale

chapitre

sur

les

historiens

des

années 1461 à 1494 (1904)
la

et les trois

volumes parus jusqu'ici de

deuxième partie

écrite par
les

Hauser qui vont jusqu'à 1589

(publ.

1906 à 1912). Sur

ouvrages (mais ceux-là seulement) des
écrits

historiens français
latin)

modernes (y compris ceux qui sont

en

on

est bien orienté par

Gustave Lanson, Manuel bibliogra1

phique de la littérature française moderne,
(xvif siècle) 1910, III
(xviii''

(xvi°

siècle)

1909,

II

siècle)

1911, IV (xix^ siècle) 1912.

On
delà

trouve aussi des notices bibliographiques sur les historiens

français

du

xix^ siècle chez H. P. Thieme,

Guide bibliographique

littérature française de
la littérature sur

1800a 1907.
qu'il

Pour

l'humanisme ancien, ce

y

a de

mieux

est

Georg Voigt, Die Wiederbelebimg des klassischen
erste

Altertums oder das

Jahrhundert des Humanismus,

S" édition

procurée par M. Lehnert, 1893.

VI

HISTOIRK DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE

Pour riiisloire de

la

Philosophie de l'histoire nous renverrons sur-

tout à Robert Flint, Historical

Philosophy in France and French

Belgium and Sxvitzerland, 1893, elàPaul Barth, Die Philosophie
der Geschichfe als Soziologie, 1897. Pour l'Histoire de la civilisation à Friedrich Jodl Die Kulturgeschichtschreibiing iind ihr Pro-

blem 1878

:

Ernsl Schaumkell, Geschichte der deutschen Kulturziir

geschichtschreibiing von der Mitte des 48. Jahrhiinderts bis

Romantik (exclusivement) 1905 (dans
société Jablonowski raires; l'exposé,
;

les livres

couronnés par

la

citée ici
l'a

à cause de quelques notices littéles

comme

démontré Nohl dans

Forschiingen

zur brandenburgischen und preiissischen Geschichte 19 [1906]
288, est en grande partie une compilation d'écolier de
Dilthey dans la Deutsche Rundschau, 1901,
III et

l'article

de

de

J.

Goldstein,

Hume^
Par
L.
v.

1903). Pour V Histoire ecclésiastique, F.-Ch. Baur, Die
,

Epochen der kirchlischen Geschichtschreibung 1852.
la citation

Ranke zur

Kritik, nous entendons Touvrage de
,

Ranke, Zur Kritik neuerer Geschichtschreiber
1874
(Appendice
à

2^ édi-

tion,

Geschichten

der romanischen

und
la

germanischen Vôlker)

Nous renvoyons
littérature, qui

aussi

une

fois

pour toutes aux Histoires de

souvent contiennent des données

très utiles préci-

sément pour
çaise

la bibliographie.

Les historiens de

la littérature fran-

notamment ont coutume de parler en
historiens.

détail

d'une partie au
ici

moins de leurs

Nommons

seulement

G. Lanson,

Histoire de la littérature française (1894 et nombreuses éditions
depuis) et l'Histoire de la langue et de la littérature française (1896

à 1899) publiée par Petit de Julleville.
anglais l'analogue dans
qui parait depuis 1907.

On

a pour les historiens

Cambridge History of English Literature,

De même on

n'a pas cité en particulier

Max Lenz,

Geschichte
;

der Universitàt Berlin,
attend un demi-volume

1910

(actuellement jusqu'à 1840

on

final).

Notre exposé se trouve très heureusement complété par l'ou-

vrage (paru en 1913) de G. -P. Gooch, History and Historians in

AVERTISSEMENT the VII Nineteenth Century^ qui non seulement parle de beaucoup de pas leur place ici. le titre de Intorno alla Storia la numéro de mai de l'année 1913 de . particulièrement au point de vue de la philosophie de l'histoire. celle de l'historio- Indiquons enfin l'esquisse extraordinairement spirituelle et sug- gestive d'une histoire de l'historiographie ancienne et moderne. que Benedetto Croce a publiée sous délia Storiografia^ dans le Critica. petits historiens qui n'ont mais traite l'histoire des recherches avec autant d'ampleur que graphie.

.

né en 1304 à Are/. et qui portèrent aussi leur activité sur l'histoire. humanistes florentins qui. comme d'autres branches de la lit- térature. sont FUETER. vers la fin du xiv'' introduisirent le style nouveau dans les relations diplomatiques et dans les publications politiques. Mais les des hommes siècle. —^ Pétrarque. Elle n'a pris vie une véritable école qu'après que la production lettrés à celle humaniste eut passé des mains des d'Etat. Ni Pétrarque. — — L HISTORIOGRAPHIE HUMANISTE JUSQU'A LA CONTRE-RÉFORMATION Les précurseurs de l'historiographie humaniste : L PÉTRAQUE ET BOCCACE. en partie à Pétrarque et à Boccace il même un cas (la Vita di Dante de Boccace) où leurs productions ont pu se rattacher directement à une création des vieux maîtres. Les deux premiers maîtres de la nouvelle culture : voilà ses fondateurs. 1 .HISTOIRE DE L'HISTORIOGRAPHIE MODERNE LIVRE PREMIER L HISTORIOGRAPHIE HUMANISTE EN ITALIE A. 1. part de l'humanisme. (Petracco). ont beau s'écarter de la tendance de leurs prédé- cesseurs cieuses.zo. ni lui Boccace sans doute n'ont pu et n'a constitué donner sa forme définitive. L'historiographie moderne. niorl en 1374 près d'Arquà : Les œuvres historiques du célèbre humaniste Francesco Petrarca non loin de Padoue. : ils leur doivent comme y a historiens des instigations pré- Leurs principes critiques sont empruntés .

Francisçi Petrarchae de viris illustribus vitae 1874 et 1879 dans la Collezione di opère inédite a rare. ce qui a occasionné de fréquentes confusions avec l'ouvrage principal. Uorez en préparent une édition critique. 495 à 501 sous le titre de Vita: . 66). p. On doit aussi à Schneider l'attribution positive de l'ouvrage à Pétrarque on l'attribuait auparavant à ce Julius Celsus qui passait au moyen âge pour l'auteur des Commentarii sur la guerre des Gaules (Cf. Vie de César. Le second volume. de Nolhac. reproCaesaris a été publié depuis par L. Sémiramis. neuf héros de l'histoire biblique. Ninus. Giulio Celso e Boccaccio 1828). Notices et Extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale. les quatre dernières seulement (Auguste. secundum codicem Hamburgensem correxit. qui contient la biographie de César n'est qu'une réimpression de l'édition donnée par C.2 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE 1° Une hisloire de rancicnne Rome en biographies. ibid. recueil d'anecdotes historiques composé sur le type de Valère Maxime. Le travail de de Nolhac dans les Notices et Extraits 34. dont il composa lui-même encore les quatorze premières biographies. Dorez duction phototypique du manuscrit autographe 1906. rum virorum illustrium epitome. cum interpretatione ilalica contulit Schn. p. Avant Razzolini il n'avait été publié qu'une partie des autres Vies par Schneider 1829-1834 dans les programmes de l'Université de Breslau. A l'édition Razzolini est ajoutée la traduction italienne. Petrarca. H. Le titre d'Epitome indique le caractère de compilation et de résumé des Viri et ne doit pas se traduire par extrait (Nolhac. qui sera publiée comme 8® et 9*^ volumes de la Bibliothèque littéraire de la Renaissance. de Donati degli Albanzani. 68 ss). Les biographies composées par Lombarde sont rangées avec les authentiques. Première édition complète par L. Titus et Trajan) sont omises. (11 ne figure que dans les anciennes impressions des Opéra. avant les Romains.) 2° Rerum memorandarum libri IV. P. Vespasien. de Pyrrhus et d'Annibal. Schneider en 1827 [Fr. qui y ajouta douze biographies et poussa chronologiquement la série jusqu'à Trajan (P. cit. 392 à 495). Ce compendium porte dans beaucoup d'éditions le titre d'Epitorne. La matière n'est pas exclusivement empruntée à l'histoire ancienne aux divisions prises dans Valère de Romani et Externi s'en ajoute une sur les Recentiores. 61 à 148 est le complément indispensable de cette édition..-Chr. Rossetti. achevée en 1397. le Quoriundam clarissimorum virormn epitome (qu'on appelle ordinairement d'après les premiersmols de la dédicaccLiber de viris illustribus). Editions comme pour le Compendium (éd. auctori vindicavit.) Un fac-similé de la Vita Pétrarque. L'ouvrage fut continué après sa mort et complété par son élève Lombarde délia Seta. I. . c'est Lombardo délia Seta qui fît l'extrait des autres (à partir d'Alexandre le Grand). Une rédaction antérieure commençait par Adam et comprenait. 34. Razzolini . Cochin et L. Il y traite de vingtet un héros de l'histoire romaine de Romulus à César. Historia Julii Caesaris. L'ouvrage est resté : inachevé. 99 ss).-E. et deux figures de la légende hellénique (de Nolhac. Pétrarque na romaine. dans l'édition de Bâle de 1581. Pétrarque chercha à donner dans le Compendium un extrait de l'Épitome. et en plus d'Alexandre le Grand. p. restreint qu'après coup son sujet à l'histoire I. D.

1889 dans : — . Korting est attaqué aussi par A. Autant il montre de pénétration dans l'analyse de soi-même. L'oubli des maux du présent (iniqui temporis oblimo). De ce . puisque son pays avait tenu le monde l'Ita1 sous sa domination. avecj une finesse admirable encore il les figures des Trionfi sont des abstractions. antique Il est toujours assez fâcheux pour la raison qu'il un historien de se tourner vers le passé par ne peut s'intéresser au présent. lie Au milieu des déchirements politiques de contemporaine. G. avait peint des hommes de l'histoire romaine d un esprit apparenté au sien ! Il s'y refusa par des motifs patriotiques et la s'attacha avec un exclusivisme voulu à des héros de guerre et de . Pétrarque et l'humanisme. 3 Ce que nous avons de meilleur sur les Viri illustres est de Nolhac. son exposé ainsi que celui de L. P. surtout des hommes Si d'action. il se réfugia dans la glorieuse histoire de la Rome . 1900. memor. fique qui — Ce n'est pas : un intérêt scienti- amena Pétrarque à l'histoire ce sont les aspirations de son patriotisme utopique vers l'unité iti^ienne. mais par ceux de Il il psychologie individuelle. autant est incapable de comprendre des caractères étrangers. s'il Com- ment comprendrait-il sur les tâches du jour les luttes ? n'a pas les yeux ouverts Une : autre circonstance encore était désavanétait tageuse pour Pétrarque il déconcerté non seulement par la : les problèmes historiques.) sont dépassés en grande partie par de Nolhac. Viertel. Pétrarque et l'histoire romaine. de jadis. 2*^ édit. G. ne pouvait le trouver que dans la contemplation de l'âge d'or. c'était ne comprenait bien qu'un seul homme lui-même. De V. pressé par ses malheurs dait au passé de le consoler tin. Kirner Sulle opère storiche di F. Kôrting Petrarcas Leben und Werke [Geschichte der Literatur Italiens im Zeitalter der Renaissance I. Et ne composa d'abord ses écrits : historiques que pour lui-même. Les sonnets à Laure dessinent l'amoureux . de cet idéal qui avait été réalisé. toutefois. 78 ss. fils d'un exilé floren- avait fait un cosmopolite italien le solide appui d'une cité lui manquait. vers le rétablisseil ment de l'ancien empire romain. On peut comparer encore sur les fier. la vie il deman- du présent. Comment la situation politique de son temps eût-elle pu donner satisfaction à son tempérament circonspect et méditatif? Un il patriote italien comme lui ne pouvait s'accommoder de l'empire des Barbares. ill.PETRARQUE Littérature. P. p. 1907 (le chapitre Pétrarque et les historiens romains). 1878) 592 à 614. P. Geiger {Petrarca 1874.

ne taie aliquid. Même procédé dans ses œuvres historiques. Censeur par exemple. 4:2. — Le mépris du présent et On sait l'en- thousiasme pour l'ancienne Rome ont influé à un autre point de vue (-encore sur les productions de Pétrarque. s.4 la politique. 708. s'étend le plus. : I. même des anecdotes insignifiantes. théâtral ce style tant admiré ne le choque pas davantage. HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE Rien d'étonnant à ce vie. il pas une idée juste il l'appelle 704). il heureux dans une qu'il caractéristique indirecte rassemble sans choix tout ce trouve sur son héros. en grand comme dans les Son culte pour le premier Scipion l'Africain (son il héros favori. numperveniret cive unquam ad nolitiam hominon dicam a Romano duce sed a Romano Ce qu'a de Il commissum détails. . que son désir de vivre au moins en esprit dans l'antiquité le poussa à écrire is'il comme for- y vivait réellement encore. il s'exprime comme si les courses de chars elles luttes antiques étaient de son temps encore une coutume générale. s. comme sens n'en avait pas changé depuis et que ses contemporains aient su ce qu'est un consul ou un tribun du peuple.. le prend pour guide. Il quelque part orator elegantissin'est pas plus mus (Viri éd. regardait la période des guerres puniques comme Tàge d'or de la République romaine. avec d'autres Romains de son temps. C'est ainsi qu'il passe sous silence l'anecdote racontée (Ïite-Live XXXIX. Il n'aurait pu autrement garder sa pose d'ancien Romain. Le style historique de Pétrarque. ques de l'administration et Il emploie les termes techni- de la guerre chez les Romains si le comme des expressions courantes.) sur^Quinctius Flaminius. qu'il y échoue. Une interprétation exacte de ces termes eût d'ailleurs exigé de longues et savantes études de droit public que Pétrarque n'avait ni les moyens ni l'envie d'entreprendre. Non content de il s'en tenir au point de vue partial de Tile-Live.). Razzolini. Ses personnages il manquent de tré Quand il essaye de : les caractériser. après César) repose sur une qui. va plus loin que son maître : il supprime sciemment (sciens sileo) des faits rapportés par celui-ci. Dans I. le De remediis utriusque îunae 29. (I. sur lequel théorie de Tile-Live. reste empêne se dans une pi)raséologie vague d'une personnalité aussi fortele ment fait marquée que celle d'un Caton . quand ils risquaient de défigurer son tableau idéal.

p. à moins qu il il n'y eût des invraisem^^ blances trop grossières. il cherchait à mettre en œuvre tout ce qu'il trouvait de documents^antiques. était antique. y a une étroite affinité entre l'habitude de Pétrarque de désigner des objets antiques par des termes auxquels ses contemporains attachaient de tout autres idées ou n'en attachaient s'efforçaient aucune. Pétrarque n'avait pas de dispositions pour la Mais ses efforts pour préserver de toute souillure moderne son État romain idéal l'amena à distinguer suffisamment les sources pour s'appuyer exclusivement sur des auteurs anciens et bannir résolument de l'histoire ancienne les inventions fabuleuses du_i il moyen âge. il connaissait déjà tous les historiens qu'il traitait romains qui nous ont été conservés pour la période (quant aux auteurs postérieurs. Dans sa biographie de César. il comment sans exa' procédait. et pour sa vie de César fit quelques emprunts aux lettres de Cicéron. il ne le connaissait pas encore. En revanche. décisif. avant tout Quinte-Curce. et il qu'il prenait tout à fait au sérieux 'Voici dont le style lui inspirait une grande admiration. Mais quels témoins! A côté de Justin. D'un autre côté. Pour la biographie d Alexandre le Grand. pas complète- ment inoffensif cependant. qui de désigner des choses modernes par des équivalents antiques. la ne fit aucune concession à légende d'Alexandre et n'accueillit que les relations de témoins anciens (latins). lius est tout à fait indépendant Il dans la com- ' position de ses biographies. Il ne s'attache pour cela à aucun modèle j estimait Suétone. mais ne le suivait pas quant à Corné. Pétrarque antique. Pétrarque et les sources. Il rangeait surtout les pro- ne faisait pas de différence entre les auteurs d'époques différentes et ne s'informait pas de leur tendance. parmi lesquelles diges anciens (Kirner. même les rares sources il non littéraires dont on disposait alors. Nepos. et la manie des puristes postérieurs. miner digne de fui . . il lui manquait avant tout Tacite). si elle Dès qu'une source était l'utilisait. 74). taires et ne se il suivait sans hésiter les le Commenla demandait pas si César (ou Celsus supposé dépen- dant de lui) n'avait peut-être pas mis quelque partiahté dans couleur du récit. A l'exception de Cornélius Nepos et deVelleius Paterculus.PETRARQUE 5 Ce n'était en fin de compte qu'un détail extérieur Il . — Avec lui. la critique des sources ' fit un progrès critique.

La fiction de l'ancienne Rome est maintenue ici encore : tout comme Externi. toutes. que Boccace n'a pas admis dans son recueil de Saintes hébraïques et chrétiennes: seule l'histoire d'Athalie provient de la Bible. de femmes de l'antiquité.Ie célèbre poète et humaniste (né en 1313 à Paris. et presque exclusivement de la légende grecque et de l'histoire romaine. Publié probablement vers 1362. fait preuve d'indépendance. a : tici pubblicati in onore di G. Les fondations étaient posées : l'historiographie humaniste de l'Italie n'avait qu'à bâtir. Le fait que la personnalité qui l'entre- prenait était peu qualifiée pour l'histoire ne diminue en rien la valeur de cette innovation. à l'exception des 7 dernières. Dans déjà il s'écartait volontiers des sources romaines en ce qui touchait la philosophie de la vie. Mais nous n'avons pas à nous occuper ici des principes éthiques soutenus par Pétrarque dans son recueil de cas intéressants pour la morale et la philosophie. c'est le moraliste qui parle. les anciens Grecs figurent reste. même originalité que les Pétrarque novateur. la vie de Brunehilde empruntée aux Casibus). B. ni d'après les vues d'une ^classe ou avec l'appui d'un système théologique. » diG. ni le plan ni l'exécution comme Au Viri ne montrent vis-à-vis de la la littérature de l'antiquité ou du moyen âge illustres. — Malgré ses faiblesses. délia Torre e P. Ram- . per cura di A. le l'activité histol'his- marque début d'une nouvelle ère dans fois Pour la première depuis longtemps l'histoire n'était plus écrite sur commande l'était d'une autorité. C'est à dessein. 104 biographies (105 avec l'avant-dernière. Remar- quons seulement que l'histoire la plupart des anecdotes sont empruntées à ancienne. L. n'appartient guère à l'histoIci riographie.6 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE Les le Res memorandse — L'autre ouvrage historique de Pétrarque. écrit en fait d'œuvres historiques i° De Claris mulieribus. ce n'est plus il le patriote. G. Rerum memorandarum libri IV. dans les Miscellanea di studi cri- mort en 1375 à Certaldo). Un laïque indé- pendant (Pétrarque comme écrivain) traitait l'histoire d'après sa conception personnelle. chez Valère Maxime. rique de Pétrarque •Toriographie.Traversari. Giovanni BoccAccio. les Viri illus- En tres cette qualité. 2. Mazzoni. Sur le? différentes versions cf.Appunti suUe redazioni del « De clar. — Boccace. mut. d'après la préface. un petit nombre sont des Recentiores.

Philologie und Padagogik. Giulio Celso e Boccaccio. 1882. — Les encouragements donfruit.. Ecrit vraisemblablement entre 1348 et 1349. L'appréciation la plus juste et la plus scrupuleuse de la Vita di Dante est celle de P. n'était "^ Comment pas le en eût-il été autrement! Le poète du Decamerone penseur solitaire qui se détourne avec dégoût du spectacle . La dernière édition et la plus accessible.Kôrting. une plus ancienne. intorno Tito Livio : commentati. dite le Compendio (publiée parE. Ses se rattachent étroitement à celles de il œuvres historiques latines Pétrarque.BOCCACE 7 baldi.) Cf. 1907. Werke (1880). Quelques documents sur les sources des œuvres historiques latines (1 et 2) sont donnés par Schûck dans — Neue Jahrbûcherf. chichte Dantes. Publié d'abord par D.. et rechercha les historiens comme lui anciens perdus. B. dans en outre Th. 1877. 1238 ss. op. A. Sur les éditions antérieures et les nombreuses traductions comp. 1906. 1877 et Cenni di G. 2° De Casibus virorum illustrium libri IX. (vers 1904). 3° La vitadi Dante. Quant à il l'esprit qui avait inspiré l'activité historique de son maître. 467 ss. se trouve aussi chez Solerti (voir 3°). descritte da G. Il emprunta à son modèle quelques habitudes spéciales. mais gâtée par les interventions. Plusieurs fois remanié. 4° De vita et moribus domini Francisa Petrarchse. Les deux éditions imprimées conjointement dans A.. G. Hortis. Cf. nés par Pétrarque ne restèrent pas sans pas. Boccaccios Leben und Littérature. Boccace ne démentit ^ comme historien non plus. est vrai. Ecrit entre 1356 et 1364. B. Studi sul B. et con- servé en deux rédactions différentes (H. sa dépendance du maître. personnelles de l'éditeur. Berne 1539. Recherches sur le De Casibus. La dernière et relativement la meilleure édition 1544 à Augsbourg. Rossettidans le livre Petrarca. Ueber die Quellen zur Lebensgesle trente-neuvième volume du Neues Lausitzisches Magazin (1862). Landau. Paur. étudia les sources sur lesquelles celui-ci avait attiré l'attention. p. Hortis. la plupart sous forme de biographies. Stuclj sulle opère latine del B. Petrarca e Boccaccio scritte fino al secolo XVII. Solerti Le vite di Dante. une centaine de chapitres. 110 (1874). B. 1879. Milan. Hauvette. — C. s. Boccace continuateur de Pétrarque. iS28. 1877. Ajoutons Le Hortis dans l'ouvrage cité (n° 1) et dans deux études spéciales donne famose. d. Trabalza. II-III de la Biblioteca storico-critica délia Letteratura dantesca) et la Vulgate plus détaillée (édition critique de Macri-Leone 1888 dans Raccolta di opère inédite o rare). Conservée en deux rédactions. 1900). Scheffer-Boichorst [Aus Dantes Verbannung. n'en a guère senti le souffle. La matière des huit premiers livres est empruntée à l'antiquité classique et biblique. celle du neuvième au moyen âge et au temps présent. 191 ss. D'une manière tout extérieure. Index des œuvres chez G. M. cit. Rostagno 1899 comme vol. sur l'inconstance du bonheur humain.

de Nolhac. Cela est bien caractéristique tout est rabaissé au niveau de la qu'il nouvelle. ne sadonne à l'humanisme que pour y cher- icher l'ornement de ses créations poétiques. garité même les légendes grecques. Avec ses Femmes compléter les l'égard illustres . Boccace. dans les connaissances dans les recherches. . et en plus Tacite (F. romanesques des femmes célèbres rédigés avec du nouvelliste exercé — tout cela montre clairement le but de l'opus: cule. L'étude de Il l'antiquité à un besoin intérieur. Hommes illustres de Pétrarque. le terrain en se mettant à recueillir des anecdotes sur titres les [des femmes célèbres aux plus différents. ou la galanterie exige un pendant féminin Par ses biographies de capitaines ^et • d'hommes d'Etat romains. quitta chez lui déjà était restée au-dessous de l'intention. à ce que dit sa préface. Isa pensée conservait de de l'histoire. Boccace XII. raconte avec la vul- du rationalisme populaire de il lantiquité. la valeur pour l'histoire. Il prend résolument pied dans ne répond pas pour lui temps présent.8 HISTOIRE DK L HISTORIOGRAPHIE MODERNE le de son temps et laisse errer mélancoliquement son rea^ard dans monde le glorieux de l'antiquité romaine. la variété des personnages. connaissait toutes les œuvres historiques de l'antiquité que Pétrarque avait lues. ses ni écrits historiques ni ne marquent aucun progrès. lieux Il est vrai que le sujet permettait d'accumuler les communs moraux qu'on il aimait dans les cercles de Cour. et ne visait qu'à ^'amusement. Une prévenance à de ses nobles protectrices affamées de divertissements expliquer cette peut seule singulière idée : sous prétexte que la justice Pétrarque n a traité que les hommes. Pétrarque avait essayé de tracer un tableau de la grandeur militaire et politique de l'ancienne et si l'exécution Rome. prétendre que . bien que les citations 11 moins précises trahissent une lecture plus superficielle. Boccace voulait. ' ne saurait s'agir en l'occurrence de critique des fait sources. Naturellement. L'histoire pour elle- même latins l'intéresse moins encore que Pétrarque. Boccace ne le cédait d'ailleurs pas à Pétrarque en dition et d'éru- de lecture. 1892) et Tacite dans les Mélanges de V Ecole de Rome. Le choix du thème qui pouvait et autorisait les récits attirer tout le monde l'art des intermèdes scandaleux. lui. Connaissant son public. ne lui supposait aucun intérêt pour la matière traitée.

). A cet égard. sinon réellement éprouvé par Pétrarque. B. Une traduction de la 'i" Décade livre I et 11 donnée comme provenant de Boccace a été publiée par Carlo Baudi di Vesme dans le Scelta di Curiosità lett. que Pétrarque n'avait ? donné son livre que comme un recueil d'exemples. Cet ouvrage est plus qu'une protestation indirecte contre l'exclusivisme classique affiché. ne forment pas un ensemble. Vis-à-vis de la littérature ancienne. D'un autre côté Boccace. C'est de sa vénération pour le maître de la poésie italienne qu'est sortie l'œuvre historique la plus importante de Boccace. où les Scriptores historiie aiigustae étaient les derniers auteurs utilisés. De casibus visorum illustritim. à des transi- tions de romans ou de Par là son œuvre reste vraiment étrangère à l'historiographie. Tite-Live : Boccace créateur de la biographie d artistes. sa Vie de Dante. artificielles. ne touchent pas seulement. très — Si Boccace resta inférieur à Pétrarque tant qu'il le prit pour modèle.L. a considérablement étendu le cercle des écrivains compulsés en dépassant la chute de l'empire romain et en annexant par exemple Grégoire de Tours sont en progrès sur les et Paul Diacre. volgarizzata daG. mais à peu près tous communes de l'éthique populaire.BOCGAOE 9 Le second ouvrage historique de Boccace. était forcé de recourir à des additions feuilletons. comme le titre pourrait le faire croire. il se dresse en pleine indépen- . tandis que Boccace affectait l'allure d'une histoire universelle ou tout au moins d'un histoires isolées j extrait systématique de cette histoire.. Avec cette différence. Son contact plus intime avec présent empêcha ses la études humanistes d'affaiblir en rien sa haute estime pour Divina — I Commedia. Et comme des depuis il Adam et Eve jusqu'à nos jours. V des « Deche di T. les Casus Femmes célèbres.i. Boccace gagna aussi l'enthousiasme de Pétrarque pour l'histoire de il a traduit lui-même la 4" Décade en italien {La quarta Deçà di T. sur la sensibilité duquel l'antiquité avait une moins forte prise que sur celle du maître. volgarizzate d. Car les considérations morales auxquelles les exquisses biogra- phiques réunies par Boccace servent de point de départ. son il activité historique fut d'une grande portée quand le ouvrit une nou- velle voie. 143 et 153 (1875 s. est inspiré par le Rei^m memorandaruni liber Aq Pétrarque. l'inconstance les loci de la fortune humaine.. L. buon secolo » publiées par Pizzorno.

d'une apologie de l'effort Mais partout se montre également pour tracer le caractère du poète et de l'homme. tandis que le poli- tique est presque totalement ignoré. s'y mêle sans doute de la rhétorique. le lecteur s'en fait taire la communs sur les troubles console aisément. qui manquait de sens politique. plus la ne conviendrait dans une biographie. ' Atec la Vita di Dante (et une esquisse antérieure. Aucun genre n'a produit dans l'humanisme de plus nombreux rejetons. Il l'excusera moins d'avoir critique en présence de la rapide floraison de la légende dantesque. elle ne pouvait lui offrir de modèle. surtout qu'il de la morale raisonnante. — La fondation de V historiographie humaniste et Vancienne école florentine. Leurs œuvres historiques ne formaient qu'une partie. n'ait pas enrichi sa narration de deux ou trois lieux civils. la poésie. en latin. Le fait que le poète seul obtient satisfaction. la biographie d'artistes. — Pétrarque et Boccace avaient écrit l'histoire en moralistes et en lettrés. — Les Annalistes humanistes A. desquels se place la Vie de Dante. 1. et non la plus importante de leur carrière . Boccace reproduit tout bonnement la tradition qui voulait voir dans sa vie le poète tel qu'elle l'imaginait d'après son œuvre. Tendances de publicistes. tendance dune Oratio pro domo. Que Boccace. II. et Boccace sait donner à son style relevé autant de précision que pouvait en comporter la rhétorique d'un éloge. n'a guère été désavantageux à l'ouvrage. — Les principes de l'historiographie humaniste — Le retour aux formes de la rhétorique des anciens. Les tendances artistiques de l'humanisme et de la Renaissance n'ont pas trouvé dans l'histo- riographie d'expression plus directe que dans les ouvrages à la tête . on y sent parfois. sur Pétrarque) Boccace a inauguré dans la httérature historique un nou- veau genre. a. La Vita Il di Dante est la première véritable biographie d'un poète. même dans la mesure où elle lavait fait pour les Hommes illustres de Pétrarque.40 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE (lance.

qui définissaient (Cicéron. On ne pouvait apprendre d'eux la manière de traiter. Le plus brillant représentant le romain de l'historiographie rhétori. qui visaient à l'anti- une reproduction méthodique des modes d'expression de quité. Bruni et ses disciples ne pouvaient se rattacher à Pétrarque et à Boccace. comme munus oratoris 1. déjà célébré le par Pétrarque comme plus grand des historiens. l'exacte discifît ^ modèles classiques romains aux yeux des ples de l'humanisme l'unique moyen d'atteindre un style qui la disposition impression. on ne reconnaissait que Tite-Live. par exemple. De Legibus. | o"! fut . L'historien avait à la fois des devoirs d'artiste et de publiciste. Des tendances esthétiques et des tendances politiques imprimaient à cette nouvelle création une allure contradictoire. La docl'histoire des anciennes écoles de rhéteurs. était — Or. tant pour que pour la narration. . ii. C'est la quand Coluccio Salutati eut fait place à affaires étranla nouvelle culture dans le département florentin des gères. L'amour de la gloire s'unissait à des buts j politiques pratiques. L'historiographie latine des publicistes qui l'entre- prirent ne pouvait puiser chez eux qu'une inspiration générale. Ils étaient en dehors de la vie politique de leur temps. les historiens Comme . c'est- à-dire à captiver par une exposition brillante le lecteur même que le sujet n'intéressait pas. . l'histoire d'un pays ou celle d'un siècle. 2 (I 5) : opus oratorium maxime) de nouveau mise en valeur. De Oratore. L'historiographie humaniste proprement dite n'apparut qu'après que le style humaniste eut commencé à s'employer dans les rela- tions diplomatiques. poli- i humanistes désiraient mettre le gouvernement de leur pays en bonne posture vis-à-vis de l'étranger listes. cf. que son élève Leonardo Bruni put songer à mettre main à une historiographie officieuse. ceuxci ne suflisant plus aux nouvelles exigences de style. ils comme sty- cherchaient à rendre célèbres leur État et ses héros.L HISTORIOGRAPHIE HUMANISTE ET l'anTIQUITÉ H d'écrivains. Ils ne traitaient que des événements particuliers et ne se mesurèrent jamais avec un grand sujet historique./ ' cienne devint ainsi Irine maître de l'historiographie humaniste.^ Rattachement à Ihistoriographie de imitation des 1 Antiquité. tiques. destinée avant tout à l'étranger. Comme type de l'annaliste.

Au heu de relater les faits importants pour l'existence de groupes entiers. Cette liberté fut enlevée aux historiens humanistes par le purisme vieux-latin. il avait tantôt forgé des mots tout nouveaux. qui voulaient frapper l'imagination. A un certain égard les humanistes avaient une position plus désavantageuse que leursmodèles. La chronique du moyen âge . s'en tenaient plutôt à l'histoire de certains person- nages . tantôt donné aux anciens un nouveau sens. dont beau- coup ne pouvaient se traduire par un mot classique. comme une tragédie de Sénèque ou un chant de l'Enéide. Ce n'est pas tout. autant que possible ils disposaient leurs plans comme s'il s'agissait de préparer un grand opéra. Ceux-ci. Leurs récits durent émouvoir. A quoi servait-il que plusieurs. fussent bien autrement préparés à écrire l'histoire. que les déclamateurs de l'Antiquité dont ils copiaient la manière? L'autorité des Anciens était trop puissante pour qu'ils eussent pu suivre une voie nouvelle et meilleure. On retrouva les artifices par lesquels 'les historiens alexandrins avaient charmé un public généralement étranger à la vie politique. La narration était déjà phraseuse par surcroît.12 HISTOIRE DK L'niSTlt(UOGaAPlllE MUDEUNK la Les historiens s'efforcèrent de nouveau de rivaliser avec poésie 1 (celle des rhéteurs). on prit l'habitude de désigner des : objets modernes par des équivalents antiques. les historiens. ébranler. c'est-à-dire par des raisons esthétiques^ j Le moyen âge n'avait pas avait naturellement créé des expressions tech- niques pour des institutions politiques et militaires que l'antiquité connues . C'était plus qu'un . par leur expérience pratique. Le récit dramatique eut de nouveau la première place. auquel eux aussi devaient obéir à cause de sa belle et uniforme sonorité. qui n'attirent l'attention que sur les événements se prêtant à un développement esthétique. était le sans art elle l'his- avait cependant permis d'embrasser aisément dans toire tous les cadre de domaines de la vie publique : elle fut systématiquement ' bannie par les Annales à la Tite-Live. remontant à l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe. On ne s'inquiétait guère de savoir si l'historien comprenait bien les problèmes historiques et savait bien interpréter les sources. L'humanisme donna la tractation scientifique presque un coup mortel à de l'histoire en proscrivant plus rigoureusement ces termes nouveaux. les Romains du moins. pouvaient parler la langue des gens-cultivés de leur temps. • — les guerres et les révolutions.

L'historiographie et les récits du moyen pour le âge. même du point de vue l'effort de l'historiographie scientifique. la critique ^ Ces défauts ne doivent pas dérober aux yeux de moderne les progrès qui furent la accomplis quand même. et la critique la disparition historique ne que gagner à du morcellement inintellatine ligent des compilations du moyen âge. Mais l'historien moderne n'en regrettera pas moins que les humanistes aient la suivre faire. se cachaient des tendances politiques. n'avait pas créé une forme nouvelle. continuateurs de la manière du c'est Si la critique moderne apprécie les moyen âge plus que les humanistes. Ce pas sans fruit que des hommes cultivés consacrèrent leur temps et leurs peines à des fit recherches historiques. derrière la séparation radicale qui détacha l'histoire régio- nale de l'histoire universelle. des causes plus profondes que de simples différences formelles de même.L HUMANISMli ET L ANTIQUITÉ 13 innocent badinage. ils auraient pu mieux Brunf et ses success'ils seurs auraient produit des œuvres de plus grande valeur avaient pu éviter l'imitation des historiens anciens et créer eux-mêmes une le voit forme nouvelle. au fond. à part les mémoires empruntés à l'histoire ecclésiastique. Elle peut juger dédaigneusement poursuite de la forme artistique qui détournait les humanistes des mémoires et des compilations informes du moyen âge finissant . b. et la il est curieux que. poussé leur culte de l'antiquité jusqu'à I même là oii. La rupture avec la forme ecclésiastique de l'historiographie eut . satisfaisante goût artistique : on comprend que Bruni et ses disciples se soient attachés au maître de l'historiographie romaine. pour la langue elle-même. Voilà ce qui. — La sécularisation de Ihistoire. donne un cachet particulier à l'historiographie . condamner absolument pour couler toute n'est la matière historique dans un nouveau moule. appropriée à leur temps. mais elle ne saurait. avec îurs propres forces. On par les essais indépendants tentés au sein de l'humanisme par l'école des grands Florentins. les humanistes endos- sèrent les défauts d'autruict ne purent qu'imparfaitement mettre en œuvre leurs qualités propres. En procédant comme ils le firent. science ait dû faire place à l'effet esthétique. uniquement parce que les premiers ont exprimé d'une façon plus immédiate ce qu'ils avaient pensé et éprouvé.

la doctrine ecclésiastique. Chez Bruni on chercherait en vain les légendes merveilleuses que raconte Giovanni Villani. Contrairement smx philosophes du l'Église. — On peut ils reconnaître là l'influence les de l'historiographie antique. se séparent de Tite-Live en ce \ excluent de leur narration toute espèce de prodiges. et son goût pour l'antiquité provient était en grande partie de ce que les écrivains anciens exempts des conceptions de l'Église chrétienne. elle et l'historio- Parlons d'abord de l'écart qui se produit entre graphie ecclésiastique. directement. il Cet exemple fut généralement suivi. Mais à un autre égard i humanistes l'ont dépassée. ne ^iscutent pas le système historique de lais. Live tentées au des nombreuses imitations de Tite- moyen âge. Particulière- ment quand s'agissait de miracles chrétiens. Les histoires de miracles. tels que Giovanni Villani et Dino Compagni. C'est qu'au xv* siècle. On conserva bien l'histoire plus longtemps les fables dans ancienne canonique (et chez quelques historiens celles des histoires de miracles qui ressem- . difficile — C est mouve- une question assez à éclaircir. même quand I on ne compare qu'à des prédécesseurs laïques qui éliminé l'idée qu'une Providence n'avaient pas reçu la culture humaniste. qu'ils A partir de Bruni.14 HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE et la distingue de l'humanisme. L'humanisme et la conception ecclésiastique de Ihistoire. L'humanisme était un ment prononcé de laïcisation. de ce système n'a dans leurs œuvres aucune trace de même sourde. ils de Sabellicus. l'Église se montrait plus tolérante que dans les siècles qui ont : suivi la réformation elle a toléré même les violentes sorties de Machiavel. Ils ont tout à fait divine fixe soit le cours de l'histoire du monde. italiens ont les Les humanistes complètement sécularisé l'histoire. soit le détail des évé- kiements. en face de propos incrédules qui ne tendaient pas à une révolte ouverte ou à des créations sectaires.sé Leur détachement lutte. Mais ne nient pas davantage. Mais on ne sait trop jusqu'à quel point il avait conscience de son opposition. La théorie des quatre monarchies n'est pas mentionnée même dans les essais d'histoire universelle ils comme les Ennéades xviii^ siècle.

1. Machiavel iui-même s'en remet expressément aux gens du I. spectres. Pareillement. d'ailleurs le besoin d'un système philosophique de il A la philosophie d'école du qui lui fût moyen âge n'en opposait pas une nouvelle propre . Cependant ce n'est pas sans réserves que les humanistes répétaient les histoires de miracles contenus dans une littérature sacrée pour eux. sur l'hésitation de Pomponace à propos des apparitions de 1. traitèrent d'ailleurs l'histoire ancienne si rarement que leur attitude à demi critique n'eut guère d'importance pratique. métier pour l'explication des prodiges. Livio cf. sur une intervention miraculeuse de la Providence. les humanistes auraient ils touché une sphère de spéculations abstraites où haleine. sans nier en principe la possibilité de Ils reflétaient la pensée de leurs gouvernements. SectionlII). Lange Gesch. que lorsque la philosophie moderne indépendante eut trouvé une base assurée dans relles découvertes des sciences natu- aux xvii^ et xviii^ siècles._J tienne de l'histoire une théorie purement laïque. il n'opposait pas davantage à la philosophie chré.l'humanisme et les miracles blaient aux prodiges des anciens). rent pour la plupart aux voies frayées par l'Église : Ils en restèPères de Ils Evhémère et les ils se contentèrent de rationaliser les légendes antiques. se "? mettaient pour écrire l'histoire au point de vue des laïques cultivés. 56 . 15 Même après s'être complètement les débarrassés des récits fabuleux du moyen âge. forces surnaturelles. sans _ Comment lois qu'on eût nié en principe l'apparition de miracles. des Materialismus. leurs aidées sur l'histoire En voulant ériger auraient perdu en système. les théologiens n'appliquèrent que peu à peu au critiques d'après lesquels ils Nouveau Testament les principes traitaient l'Ancien. dans la première moitié du xix^ siècle. Cette innovation s'accomplit également sans polémique. En vue du color . dans la pratique. F. {Discorsi sopra T. humanistes n'osaient pas appliquer ce procédé radical à la tradition antique. ici Livre II. eût-il été en j autrement? On ne put apercevoir nettement le conflit entre la conception théologique du monde les et celle qu'imposent les de la nature. Les humanistes la encore — et cela explique pourquoi ils jugeaient Ils polémique inutile — suivaient une voie tout empirique. demeuraient sceptiques vis-à-vis de tous les miracles ecclésiastiques modernes. en Italie. qui. L'humanisme n'éprouvait guère l'univers. qui étaient assez éclairés pour ne pas compter.

modifiée seulement par des tendances artistiques. Le pape lui-même est pour eux un souverain comme un *^ autre. c'est la froide raison politique des pouvoirs dirigeants. des siens la revient dans l'histoire médiévale. les humanistes racontèrent autant l'histoire que possible des États du ni moyen âge comme s'il n'y avait pas eu d'Eglise universelle de clergé international auxquels les gouvernements dussent avoir égard dans l'administration de leurs territoires. mais ce qui eut une plus grande influence encore. Le contraste avec la manière médiévale apparaît tout d'abord chez Commines. on répu- gnait autant que les historiens romains à mentionner à côté des généraux et des hommes d'Etat un troisième pouvoir politique. avec les efforts pour soumettre les pouvoirs ecclésiastiques de chaque pays à la souveraineté du gou'j vernement tions territorial. Quoi qu'il en soit. le L'unité du style antique menacée par son moderne des appellations ecclésiastiques quand on croyait devoir reproduire dans tous ses détails la technique de l'histoire ancienne. c. — Les tendances politiques. hommes diktat opi- Mais c'est le propre de 1 humanisme d'avoir donné aux nions de laïques instruits une expression libre de toutes les formules ecclésiastiques. La politique ecclésiastique. Cette manière de voir n'était pas particulière aux italiens. Les banquiers et les industriels florentins surtout. étaient peu disposés à concéder au Ciel une grande influence sur la politique. — Des raisons lui de style auraient déjà l'Église empêché et les humanistes de donner volontiers à l'action de grande place qui était . les miracles chrétiens devaient déjà être exclus .16 HISTOIRE DE L HISTOniOGRAPJIIE MODERNE Iniinus de l'exposition. celui 0es prêtres. habitués à mener leurs intrigues diplo- matiques sans regarder aux intérêts spirituels et ecclésiastiques. C'était en quelque sorte contester les préten- de la Curie à la domination universelle sur l'Église que . Le penchant des humanistes pour l'Antiquité se rencontra sur un autre point encore avec les aspirations des gouvernements. r Cette attitude concorde évidemment avec les tendances nationa- listes de la lin du moyen âge.

Nous n'avons pas besoin de montrer combien l'histoire était ainsi mutilée. la sentaient les deset tinées de leur ville engagées dans celles de Papauté de l'Em- pire. crut devoir s'excuser de mentionner Savonarole (voir ci-dessous p. Le meilleur exemple de c'est la contrainte exerçait. ils se soulevaient contre les prétentions de l'Empire aussi bien que contre celles de la Curie. Sans doute. de l'école de Machiavel. écrivant en italien une histoire politique de Florence. cette tendance ne s'exprima que négativement. Giovanni Villani avait encore inséré l'histoire florentine l'histoire mondiale. Bruni met résolument centre de son exposition. L'Eglise romaine ne fut pas attaquée. sans polémique directe. qu'un historien postérieur. les produc- l'humanisme des imitations antérieures des his2 . Ces aspirations politiques étaient patriotisme italien à la romaine qu'on en parfaite harmonie avec emprunta à Pétrarque et dont on joua contre l'Empire étranger.LES TENDANCES POLITIQUES 17 d'accorder dans l'histoire une importance aussi minime que possible au gouvernement central de l'Église. on ne reconnut d'autre critère historique que l'intérêt de la Cité. Ces tendances n'ont pas peu contribué à distinguer tions historiques de FUETER. Mais n'avaient pas que des raisons de style pour s'attacher à ce champion de l'histoire : Rome dans . mais ignorée. Tendances anti-impérialistes. encore en cela l'exemple de Tite-Live. A l'exemple de Tite Live. l'histoire — C'est par les mêmes raisons que dans une chronique ville régionale se détache de l'histoire universelle. Les écrivains antérieurs n'avaient pas encore rompu avec que leur propre pays n'était l'idée qu'une partie de la chrétienté politiqueIls ment et religieusement organisée (le Monde). Dans leurs tentatives pour traiter l'histoire do leur propre comme un développement indépendant le s'exprimait l'opinion de souveraineté de l'Etat moderne. sans bien se rendre compte des conséquences politiques de de cette vue Les historiens humanistes à partir de Bruni se mirent au point de vue de l'Etat territorial tel que l'a connu la fin du moyen cité la âge. et il de sa propre au ne rapporte ce qui se passe au dehors Les humanistes suivaientj ils qu'autant que cela intéresse Florence. 103). C'était un effet de ' la soumission à qu'elle la forme antique.

traité presque exclusivement l'histoire traits. relativement mais son travail s'interrompt avant qu'il ait pu décrire l'expansion de l'historiographie humaniste. On ne l'a : avait laissées échapper. dont s'acquitta l'ardeur sèche de Flavio Biondo. Muratori) blement résumées dans l'histoire littéraire bien connue de Tirabosch. indications de Voigt sont tout à fait insuffisantes. dans leurs imitations de Salluste de Titc-Live. Les ouvrages connus de Burckhardt. C'est seulement dans ces tout derniers temps que des savants italiens ont commencé à examiner systématiquement la méthode de travail de tel ou tel historien humaniste et le degré de confiance qu'il mérite. II (186"2). remarquaxvni'^ siècle (Apostolo Zeno. Mais ce n'est qu'un début et comme ils n'ont pris qu'au hasard quelques noms célèbres.[ii lUiTOIHE DE l'hIsTUIUOGUAI'IIIE MODERNK toricns romains. Argelati. Littérature sur l'histoire de Tiiistoriographis humaniste en Italie. Gaspary est le plus complet. L'histoire du moyen âge fut traitée avec mépris. Pour les données biographiques. mais naturellement insuffisantes aujourd'hui. Son livre fut très estimé. aussi conséquents. aussi conscients que les humanistes. et surtout dans ses rapports avec l'histoire de la civilisation et de la littérature. 309 cheurs humanistes s'adonnèrent presque exclusivement à l'histoire ancienne. Le développement statué par Voigt aurait peut-être répondu à la tendance générale de l'humanisme mais il n'a pas eu lieu. Mais en outre. . qui ne s'intéressaient qu'au passé de leur dynastie ou de leur commune. la . 401). par le fait. ont servi de base à peu près à tous les travailleurs modernes. parce qu'on était rebuté par le latin barbare de ses sources et que le fond chrétien n'avait plus d'at- travaillaient. pas la raison que presque tous les historiographes humanistes écrivaient pour le compte d'un prince ou d'une cité. Nous manquons presque complètement de travaux spéciaux. Les historiens villes) du moyen âge (surtout ceux des et navaient jamais été. de Gaspary et de Voigt ne traidu temps. — pas même essayé. Aussi ont-ils. Y mettre de la lumière et de l'ordre. on nous renvoie encore aux recherches diligentes. Il construit notre historiographie d'après l'idée qu'il se fait de l'humanisme et n'entre pas dans les circonstances particulières au milieu desquelles les historiens « Les cherIl dit par exemple Enea Silcio. ils avaient un autre esprit : tout en restant dans l'his- toriographie latine et classique. qui ont fidèlement répété les erreurs que Tiraboschi Cette histoire n"a pas encore été écrite. ces recherches ont peu éclairé ïhistoire de l'historiographie.i (voir ci-dessous p. Les tent que brièvement l'historiographie . c'était un travail de géant. d'Italiens du ces études. les humanistes étaient en contact avec les forces vives de la politique territoriale italienne. mais peu lu ». un épais brouillard couvrait l'époque qui avait suivi chute de l'empire romain d'Occident. : En somme. C'est le contraire de presque tout cela qui est la vérité. qui gagna beaucoup par des traductions des historiens grecs et par des études archéologiques d'ensemble.

à partir de 1415. 2. le droit œuvres historiques sont 1° : fut libri XU (jusqu'à 1404). Sur ses biograSur l'Histoire Florenphies de Dante et de Pétrarque. — La fondation de l'annalistique humaniste pab Léonardo i^uuNi. une fois achevés. Les Décades de lUondus (voir ci-dessous) n'ont pas été critiquées à cause du sujet. la Seigneurie. 1610. — — — tine. avec le premier ouvrage. 1539 puis. 1476). Ses été quelque temps chancelier de 1416. Aretino e suoi Histor. stor. série IV. 125 s. 1610 avec la traduction de D.) et E. iiauNi d'où le nom à'Aretinus qui lui né 1369 à Arezzo gagné à étudia d'abord la jurisprudence l'humanisme par Chrysoloras. 15 (1885). V [1857) und Franz Beck. et dans Muratori Simples traductions (en partie inavouées) Commentarii XIX. p. L. furent présentés ensemble au gouvernement florentin plus tard (1439) livres VII à IX ensemble. Les six premiers livres. 1439. mais à cause du récit dépourvu d'ornements. Foligno. latine. Pre(Gherardi dans Arch. Studien zu L. . De bello punico (d'après Polybe d'abord 1490). La préface de Bruni ne se trouve que dans la traduction . p. on en a fait en tout cas plus d'extraits que de tout autre ouvrage d'histoire humaniste. 57 ss. Première édition Lyon. en récompense de son histoire florentine. XX. il y eût quelques lacunes à combler) mais aussi l'histoire grecque. rerum grœcarum (d'après les Hellenica de Xénophon imprimé d'abord à De bello Lyon. l'exempte en partie. {Histo- rische Schriften. S. Gervinus dans sa Geschichte der florentinischen Historiographie i II. des impôts et redevances. JN. il obtint. 1444. il meurt. y reçoit. après avoir Leonardo est ordinairement donné — — . stor. en outre traduit en latin plusieurs vies de Plutarque. la ville. Acciaioli 1856 à 1860. Strasbourg. Historiarum Florentinarum . Le premier livre terminé en 1416. après avoir rempli plusieurs fonctions publiques. Florent. it. par l'entremise de Coluccio Salutati 1405. Les trois derniers livres ne furent déposés qu'après la mort de l'auteur (entre 1445 et 1449) entre les mains des autorités. it. avant d'avoir achevé son œuvre. 2° Rerurn suo tempore in Italia gestarum commentanus. il est de nouveau. en voulant caractériser l'historiographie humaniste. 1833. vol. Monzani dans Arch. 416 ss. de bourgeoisie. : . — . di L. Moins importants sont le Discorso de G. Ileft du Ahhandlungen zur mittleren und neucren Geschichte).BRUNI : 19 du moyen âge et négligé à peu près totalement l'histoire ancienne non seulement l'histoire romaine (bien quentre les ouvrages conservés des Anciens. Script. Santini. mière édition. 1427. 2. Bruni nel Rinascimento dans les Studi slorici. Bruni a italico adversm Gothos gesto (d'après Procope. 1470). 1539). Nous avons là un échantillon des erreurs de jugement où peuvent tomber d'autres chercheurs moins préparés que Voigt. qui défiaient toute concurrence. funérailles publiques avec participation du gouvernement. l'emploi de secrétaire du pape. XU fortuna délia storia 1910 (dans les Annali délia R. Bruni 1912 (36. — . et si elles n'ont pas été lues. B. il réside à Florence. nommé chancelier d'Etat . Scuola superiore di Pisa) et La fior. voir p. — italienne (d'abord Venise..

il les exclut complètement de sa narration. qu'avait retenues encore le demi-humaniste Filippo Villani. Dès peut laisser le livre. faisant sérieusement sa tâche. mais un de ses documents les plus remarquables.20 HISTOIRE DE l' HISTORIOGRAPHIE MODERNE Letalentd'historiendeBruni. aimées. Combien Bruni se dis- . il veut que sur des extraits impartiaux — semble-t-il — (p. 244). Il de Charlemagne ne subsistait en Toscane aucun autre ne se laisse pas entraîner par son patriotisme jusqu'au point de donner toujours raison aux Florentins.— Son //is^oiVeF^orew/î'neestnon seu- lement la première œuvre en date de l'historiographie humaniste pro- prement dite. mais c'était un la homme intelligent. sont pour lui non avenues. une comparaison avec de Giovanni Villani dans les parties où il l'a mise à profit. champ libre à ses aptitudes — comme dans le premier qui donne un aperçu de les livres postérieurs. Il capessere neque majoribus in rébus versari liceret fait dépendre la fait que jusqu'au temps port. ancienne et 11 y avait conflit entre les prescriptions de la rhétorique les vues réalistes acquises dans la pratique politique : tout en le résolvant à l'avantage des premières. connaît l'influence des circonstances générales. ne s'intéressait pas aux spéculations philosophiques. Les fables sur la fondation de Florence. la raison en est d'après lui la romani imperii. Quand l'Etrurie fut subjuguée par les Romains. Il ne manquait pas des dons de l'historien. la Chronique est très instructive à cet égard. connaissant bien qu'il politique pratique. l'histoire florentine jusqu'à 1250. il ou dans où osa s'émanciper de ses modèles le — son histoire a une très réelle valeur. le lecteur se fasse lui-même un jugement n'est jamais question d'une intervention de la Providence. Il Il a l'œil ouvert sur les puissances qui mènent la Si politique. Etrusca virtus omnino cons^nuit puissance maritime de Pise du il cum neque (p. D'abord. Il des actes. Bruni nous permet d'entrevoir ce qu'il aurait pu faire comme Il historien indépendant. Florence a été bâtie dans securitas une plaine. A propos des négociations entamées en 1401 entre les Florentins et Robert du Palatinat au sujet d'une subvention. les miracles. la voie On entrait dans d'une explication naturelle de l'histoire. Elle permet de se rendre compte de la difficulté qu'il y eut à créer ce genre et des germes féconds qui furent écrasés dans l'ornière de l'antiquité. honores 8). Les légendes si ecclésiastiques et profanes. Bruni est historien premier moderne qui fasse de la critique par principe.

une psychologie fausse. Giano délia Bella appartenait à une puissante et solide banque et se trouvait. reconstruisait leurs sentiments d'après les types scolaires sur les- quels reposait l'éducation de l'orateur ancien. Un de leurs chefs est un antico e valente uomo nobile popolano ricco e possente appelé Giano délia Bella. plus près de la soixantaine que de la cinquantaine. éd. façonna la réalité en éliminant de l'art et la reproduction de vie les parties ingrates . Le riche plébéien de Villani et de l'histoire* devient claris quidem Rienzi majoribus ortus. surtout de la part des nobles contre les Popolani. 42 s. D'après R.BRUNI tino-ue par là 21 de Dino C( mpagni. 1 (et pareillexi) ! ment par Dino Compagni. De fréquentes violences. — Mais tous ces avantages qu'ils n'étaient ne pouvaient se développer librement qu'autant contrariés parles préceptes de l'art pas antique. IV. Bella est héros idéal. 1293. del Lungo. au lieu de pré- senter les figures historiques telles que l'observation les montrait. 1. tout se passe naturellement. Forschungen zur Geschichle von maison de (Regeste 160). pour en les remplaçant par des conventions théâtrales d'accord avec elle. La lutte pour l'existence entre les Etats et les partis suivait les mêmes procédés que sur la scène les héros d'un mélodrame. sed ipse modicus dans l'opéra) oppose à la civis qui. qui attribuait encore une grande influence à l'action mystérieuse dune Puissance surnaturelle ! Influence de l'historiographie antique . lution de Giano délia Bella racontée par Villani. p. Ces hommes réussissent à faire édicter. l'histoire essayait de rivahser avec la tragédie des rhéteurs. De nouveau. I. Ceux-ci exercèrent sur la rhétorique la deux points leur funeste influence. . VIII. Dans la Chronique. III. poussent un groupe d'amis des réformes parmi l'aide {Ce7'ti la bourgeoisie à chercher de buoni uomini arteftci e mercatanti di Firenze che voleano bene vivere). au moment où la révolution éclata. les Ordinamenta justitiœ la recette le Bruni (hb. Premièrement. Davidsohn. 67 à 69) dispose le tout d'après des révolu- tions données par les écoles des rhéteurs. qui est sa principale source pour les premiers livres Comme l'historien humaniste a transformé la révo. Ce principe d'exposition apparaît bien évident quand on compare Bruni avec Giovanni Villani. Hvre ch. lui seul (comme la nobUUas des discours sur turpissima Florenz.

1. Oii selon Villani des transactions financières ont eu plus de poids. les auditeurs de telle sorte que la nouvelle constitution Ce qui troublerait peut-être le l'effet esthétique. p. proximus annus. Chez l'argent ait été lui. si dice.22 se7'vilus. années. pas question que emprunté pe?' : bisogno. quaranta mila doble d'oro. A la suite de Villani (VI. 7D) n'avait dit que peu de mots des positions des Florentins après la défaite de Montaperti.. ni que la dette n'ait été payée. 26 s. que les Siennois durent emprunter à la Société des Salimbeni 20000 florins d'or pour la solde des troupes et que Manfred envoya ses gens en Toscane colla moneta de' Sanesi. que Bruni tonir : dans une assemblée du peuple imaginaire. quamobrem et III). Il résume en général assez fidèlement il la relation de son auteur. le quali non riebbe mai. Mais ne dit pas un mot de la circonstance particulièrement relevée par Villani. Il. Bruni il n'introduit pas seulement un tableau de son invention. L'indication de l'année est évitée autant même que possible : Bruni aimera mieux dire insequens annus. Villani (VI. Ce qui plus désa- gréable. : a recours à un cliché qu'il charge encore Redeuntium (de la bataille) vero fœdi vultîis ac t7'istis oculorum dejectio nec eos qui in acie ceci- . Toutes les données de Villani que leur précision prive de charme sont remplacées par des phrases de convention. Bruni le tourne ou lui est le passe complètement sous silence. tout au plus par des sommes rondes. ce sont les affaires le économiques. comme à tous les auteurs idéalistes. Il même quand ce système s'étend à plusieurs plaisir les développe avec d'autant plus de passages qui prêtent dis- à la rhétorique.) que les Siennois et leurs alliés les Gibelins florentins exilés déterminent le roi Manfred à leur envoyer contre Florence une forte troupe de cavaliers alle- mands. necessitudinis jure procurationis benefîcio inductus petenti Carolo magnam pecuîiiœ vim Arrigus muluat (p. Les chiffres sont rendus par des adjectifs vagues. 43. 76) il raconte (1. que rinfant Henri de Castille per bisogno del re Carlû (d'Atijoic) gli presto. Bruni préfère introduire des motifs élevés.. 10. jamais et Bruni est infiniment moins réaliste. amène la révolution ses paroles enllamment est votée. che pagaro la metade per tre mesi. HISTOIRE DK l> HlSTOniOCUAini lE MODERNE lui fait Une grand»» harangue. VII. Villani raconte. Voici sa version .

lib. Et pourtant n'y a pas d'ordonnance du sujet qui convienne moins à une grande histoire. Mais avec des données isolées sur des troubles intérieurs. Il nous donne d'innombrables la récits de petites querelles. se ludibrio adversariorum servatos (p. enim functos fato. Nulle part Bruni n'a rectifié la tendance guelfe de Villani. qui se trouvent rangées par années comme dans une boîte à fiches. les conséquences ne se sont pas fait attendre. comment le lecteur se représenterait-il un déve- loppement L'art ? même de l'exposition souffrait de la méthode des annales. Comme malgré tout cela Bruni a suivi la forme antique. 31.BRUNI dissent. par hasard. chacune ne pouvant se présenter que par fragments. Avec cet esprit-là. il ne saurait être question d'une critique un peu approfondie des sources. mais pas un exposé de formation du des notices détachées sur des troubles intérieurs. il enregistrés sans liaison dans telle ou telle année. p. mais littéralement en annales. la constitution mais pas une histoire de plus qu'un (p. savoir traitée. 30. n'osait pas raconter fin Comme Bruni ne rangeait pas tout bonnement ses matériaux selon la chronologie. déclare quelque part 64. c'est la division par années. En s'en tenant aux annales. il jusqu'au bout un événement qui. faire aucune place à des changements qui s'opèrent graduellement. intercalait à la fin les de l'année. sed vivos se 23 Illos redeuntesque lugendos monebant. territoire florentin. remontant à Thucydide. la relation coupée par le miHeu du siège il d'Arezzo en 1260). On sait que l'antiquité avait gardé cette méthode. de Florence. même alors que n'existaient plus la brièveté les raisons la qui pouvaient excuser ce dernier. 1. dépassait la d'une année (cf. l'historien ni traiter ne peut mettre en relief les événements importants. Il. Un second principe funeste qu'il prit à la forme antique. dans leur ensemble les différentes séries du développement ne peut historique. et le récit de période l'alter- d'une guerre que coupait naturellement il nance des saisons. il Il voulait être simple peintre de batailles. et les notices qu'il ne savait où placer. IV) que l'histoire intérieure de la ville a tout autant d'im- portance que l'extérieure. 1. comme si le formait une lacune naturelle pouvant servir au besoin de changement de millésime magasin . II).praestanti mortis génère pro patria interiisse.

est tout à fait vague. à l'exception dupremier livre. comme Patres pour les cardinaux. lib. fiter — Malheureusement Bruni n'a pu pro- qu'imparfaitement de cet avantage. 111. n'estpas composé. vait On ne poudes auto- guère désigner par des termes de l'ancienne des partis de la Rome rités et Florence médiévale. p. par exemple p. 35). ce sont les Guelfes. L'ouvrage du premier . 34) et de citer des édifices de Florence sous leurs vieux . Enfin. Le purisme vieux-latin qu'elles prescri- vaient a particulièrement nui à l'histoire intérieure. à moitié histoire d'une cité tient l'ouvrage du second s'en la rigoureusement à son sujet. noms de l'époque païenne. dans les limites que permettait la forme rhétoricienne. était à moitié chronique universelle. ou rubrique la eodem anno sont rapportés deux incendies IV). Il est déjà plus risqué d'appeler simplement Gallia la haute Italie (par exemple p. . Le développement naturel de son talent d'écrivain rencontrait un obstacle dans les règles huTnanistes du langage. Son ouvrage. Indivision en livres est sans rapport avec la matière mais en général on s'aperçoit très bien des suites heureuses de cette étude du style qui distinguait avantageusement les humanistes des chroniqueurs. Pour éviter les partis. Quelques-uns de ces termes sont inoffensifs. par Florentini per adversam factionem donio le ejecti. en bien des de cas. 2. quand seul de la lecteur qui se représente très exactement l'ensemble là scène peut savoir qu'en ce passage Vadversa factio. . 59. qu'il savait Giovanni Villani entassait indifféremment ce toire de l'his- de son pays et de celles de l'étranger. Bruni n'est pas un narrateur sans valeur. Mais Bruni ne s'en tient pas là il a sou- vent remplacé la notion concrète de ses sources par une expression classique qui n'en rend le sens qu'approximativement et. Le purisme humaniste.24 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIK MODERNE les laits la pour sous non utilisés ailleurs (cf. à Flo- rence ot mort du pape Honorius Cela est d'autant plus regrettable que. la clarté du récit souffrait aussi périphrases innocentes en soi. Bruni dira par exemple au (il lieu de Guelfes et Gibelins factio adversa factio remplace Guelfi usciti di Firenze de VII. . Bruni n'accueille que ce qui est de son sujet. et noms modernes des Villani. L'un est production d'un aimable dilettante l'autre celle d'un véritable écrivain.

il Bruni n'était pas d'ailleurs puriste jusqu'au bout. et l'industrie. dernes. une faute moins grave. Son second ouvrage historique. qui se confine la guerre et la politique. nente qu'occupe Bruni dans l'historiographie ne — La place émiacquise que lui est par l'Histoire florentine. 53) et Il parie (p. est plutôt à ranger dans la catégorie des Mémoires. et cela. memoriam earum in longum Notez que l'Histoire contemporaine répond assez mal à cette annonce . le choix restreint du sujet. A en juger d'ailleurs par les renseigne- ments qu'il donne à l'occasion sur des événements autres que militaires et politiques. C'est d'ailleurs d'un argument les tournois bizarre que Bruni se sert pour motiver son programme. qui avaient proprement fondé la grandeur de comme auquel aussi de n'avoir pas signalé l'avènement de l'humanisme il devait tant lui-même. Elle n'a de remarquable que quelque sorte le la préface. parce que la y a soixante ans. 73) sans se gêner de Guelfes et de Gibelins. \ Histoire italienne contemporaine. si seulement il nous avait fourni une bonne histoire politique. qui constitue en programme officiel de l'historiographie humaniste. On pasle A dans côté de ces défauts. paraît serait volontiers à Bruni d'avoir exclus de son exposé commerce la ville. Literse quidem. D'autre désigne les cardinaux par leur vrai nom (par exemple p. Le programme de Ihistoriographie humaniste. facultas scribendi a manqué aux temps mod'il . historiens postérieurs la a laissé à des la gloire d'avoir complètement nivelé langue sur le modèle antique. la composition en est décousue et on n'y trouve pas d'éloquence prescrits. La même chose est arrivée aux humanistes : la postérité s'est instruite .BRUNI 25 fois. il n'eût pas été un remarquable historien de l'économie sociale ou de la civilisation. nisi sunt illustres atque disertae clarilatem rébus afferre non possunt neque extendere. que les époques de Démosthène et de Cicéron sont plus connues que celle d'après lui. Il oublie que les temps de Cicéron et de Démosthène nous sont connus moins par des œuvres historiques que par des écrits destinés au jour même et qui nous donnent une image de l'époque d'autant plus vivante qu'ils ne la dépeignent pas ex officio. Bruni part de cette observation.

26 HIsa'ûIRE DE L HlSTORlOar. qu'il avait pris dans Xénophon avec sa limitation fortuite (il n'a pas même cru nécessaire de résumer comme introduction le récit de Thucydide). Ce que Poggio gagne styliste. Cf. mort en 1459. n'avaient songé qu'à l'agrément de la forme. G. t28 ss. ci-dessous) ne découvrit le vrai caractère du livre sur la Guerre des Goths qu'après s'être fait traduire Procope. l'a atteint. Dans la préface de son HisioUx grecque il sexprime comme s'il avait librement choisi lui-même son sujet. 'Script. et même surpasser par il de son latin. Frati. mais on en a voulu trop conclure. Ensuite par Muratori Potiiao-BRAcciOLiNi l'humaniste l)ien le territoire dans d'Arezzo. — F*oggio. Si c'était là son but. (éd. prenant un intérêt réel. quoique pas très profond. Cela est sûr . Aussi longtemps que sur leur style. estné en 1380 à Terranuova il a été de 14d3 à environ 1458 chancelier de l'État florentin. Il écrivit à la fin de savie Uistoriarum Florentini populi II. 19). de leur côté. Hist. xx). la critique jugea les œuvres historiques comme les auteurs. Publié pour la première fois dans l'original latin par G. Sa langue a une couleur plus il classique que celle de Bruni. connu. Schriften (1833) p. 11. Il n'écrivit sans doute son Histoire florentine que parce que.Al'lIlE MODERNE sur leur temps par d'autres écrits plutôt que par ceux de leurs historiens.32). Venise 1715. disait-on. à l'histoire : Poggio n'y voyait qu'un genre littéraire. et Vespasiano da Bisticci rangeait cette traduction de Bruni ainsi que celle de l'olybe pai'mi les œuvres originales de notre auteur 3. et comme ne regarde qu'au style. Gervinus. sa manière de s'exprimer plus claire et plus élégante. l'histoire tionnelle Poggio ne songe pas à donner plus que ne comporte forme d'annales de Tite-Live. Bruni était un écri- vain sérieux. La langue de Poggio. est plus pure. Recanato. VUI (1352 à 1455). Chez Bruni de bonnes dispoont été étouffées par la rhétorique convenla pour . Les Ai'TRKs imuvHEs HisroRK»i:Es DR BauM ne sont que de simples traductions ou adaptations du grec.-B. il nommé chan- voulait égaler le comme historien la qualité son illustre prédéces- seur. p. Il s'est appliqué à le cacher. 60 ss. on mit généralement Poggio au-dessus de Leonardo Bruni (Monzani encore en 1857 dans le Discours que nous avons cité. ayant été celier d'État. il comme le perd comme historien. N'écrivant plus une histoire de Flo- . la forme sitions et le fond s'harmonisent mieux. Blondus (p.

dans ses observations générales. suppléments d'anecdotes dispaet égal. pontiftcum et belli impii auctores plecterentur Alii rerum publi. ! de la comparu- de Jérôme de Prague au concile de Constance l'histoire et le La dignité con- venue de pathos théâtral du style de Il la rhétorique Tout empêché d'exploiter son talent propre. Son œuvre est donc plus impersonnelle Bruni (avec laquelle elle que celle la de concorde chronologiquement dans pre- mière moitié). Malgré cela. n'avait pas à interrompre son récit à la iin de recueillir des chaque année pour rates . carum mores naturamque asserebant dio vexentur. restait à surface et puisait plutôt 'dans l'antique morale philosophique qu'il ne suivait une théorie politique personnellement acquise. C'est à bon droit que son observation sur (p. il mais seulement les guerres de contre ducs de Milan. : Nam civiles discordiae e vestigio quae pestis omni externo bello perniciosior inde enim et rerum publicarum interitus et urbium sequitur quo civitas hos- eversio. il n'abdiqua pourtant jamais son individualité. Ferebatur a multis id divino judicio tis fiei'i. Rien de pareil chez Poggio. une amusante collection d'anec- dotes historiques. Comme ! a su dans le dialogue De la nobilitate fixer en quelques traits le caractère et la position de noblesse dans les différents pays Comme il a esquissé un tableau vivant. . neque ut civili quandoque dissi- mirandum esse id Florentinam urbem passam. seur. la Si TArétin. et aussi d'une manière plus superficielle. se permettre de composer avec ce que lui apprenaient sa malicieuse connaissance des et les hommes mais bavardages des chancelleries. aussi à cause de sa position officielle. de Venise) Quiela ab externis bellis civitate est. La mention quod maximis quondam rébus publicis accidisset. Il dépeint plus rarement que Bruni la situation intérieure de la ville. comme du xviii* siècle. quoique brossé à la tion manière d'un feuilleton. Non seulement en considération du et plus vide style. forme antique Sans être un profond penil Poggio était fin observateur. on sent son républicanisme et son aversion pour la puissance politique de l'Église. A travers les formules traditionnelles. le tumulte dit des Ciompi (1378) est devenue classique : 78 de l'édit. sa narration coule d'un la mouvement calme lui a nui. . plus d'un mémorialiste ne put pas. pax in dissensiones domesticas versa civitatem invasere est .POGGIO 27 la ville ronce proprement les dite.

honorablement à cause du sujet qu'il traita. Comme le dit sa préface. Sybel désigne l'ouvrage d'Accolti. Aussi ne se bornèrent-ils pas à des histoires de pays ou de princes. — et Judaea reouperandes croisades postérieures] Cf. Son Histoire de la première croisade {De bello AccoLTi. ils traitèrent des sujets qui intéressaient peu les publica- tions officielles. 1''® IV [avec un appendice sur l'histoire éd.n. et malgré toute sa rhétorique. ne dément pas tout à fait le goût floreiitin pour une élégantesitnle détail . Il n'a pas fait de vraie critique des sources. en 1435 professeur de droit à Florence. C'est l'esprit de son garant. 160) est le seul . Gesçhichte des ersten Kreuzzugs. par une narration lisible (ce qui veut dire de style d'humaniste). Venise 1532. Il faut citer detto de' Accolti. Ailleurs.vi'HiE moderne ce qui motive une d'une superstition et d'un lieu ! commun. puis honoré du droit de bourgeoisie. son désir était surtout de remplacer les anciens ouvrages sur les croisades inepte scriptiabsque or tiatu urationisel par suite peu connus. élu en 1459 chancelier de la République. Sa tendance générale était donc aussi d'habiller la tradition à la mode humaniste. La fermeté de sa base et son libre épanouissement la distinguait seule des nombreuses imitations de VHùtoire flurentine qu'on essaya en même temps dans d autres Ktats italiens. aussi bien que son style. — L'ÉCOLE DE linUNl A Klokence l/hisloriographie humaniste florentine suivit rornière tracée par Bruni jusqu'au grand cliangement politique qui se rattacha vers lîn la du siècle à l'invasion française. i! a sans doute utilisé en outre le Liber secretorum de Marin Sanuto. d'étrangers traitèrent un sujet historique qui leur était indifférent à Florence des gens cultivés par Ihumanisme se mirent spontané- ment à ments écrire Ihistoire. remaniait ses auteurs d'après la méthode de son maître.28 HisToinn: de i. comme l'histoire de l''® éd. (Le péril turc pouvait lui donner une certaine actualité mais cela pesait assez peu. mort en 1466. et beaucoup . par une expression heureuse. Son exposé est habile. seules subventionnées par les gouverne. qu'il transforme par l'humanisme. Né en a Christianis contra barbaros gesto pro Christi sepulcro dis. H. Bene1415 à Arezzo. ouvrage du xv*^ siècle ou un humaniste traite un sujet historique pour le sujet lui-même. sa narration sappuie sur celle de Guillaume de Tyx-. comme € die gebildetste Bearbeitung des Wilhelm von Tyi'us» qu'il connaisse. coulant. II écartait pittoresque et y substituait la phraséologie à l'antique. l'initiative partit des autorités. voile'» révolution politique et sociale 4. iiK^iitRioGR. de Sybel.) Il est vrai qu'Accolti ne prit à sa tâche qu'un intérêt pour ainsi dire formel. Bruni sur Giovanni Villani Il .

Benvenuti. Quant au chancelier d'État Bartholomé Scala. 1889. Ou bien rema. 1885. s'y attacha aux Médicis. Sur le refus de Godefroy de porter la couronne. mais il l'introduit par un tradunt quidam scriptores. il vint environ en 1450 à Florence. de tout cela il n'y a plus trace. (Première impression. jubens illi ne deficeret animo en songe un homme . puis dans Grœvius Cf. Vivant à une époque où déjà les Médicis avaient accaparé presque complètement la domination. et comme l'entreprit Calchi l'histoire. G. Les actes que ses prédécesseurs ecclésiastiques avaient revêtus d'une couleur édifiante. tient une place honorable à côté de l'histoire de Bruni. composé assez tard. et composa comme chancelier de la République en 1478 un rapport officieux sur la conjuration desPazzi dans le sens d'une apologie de Laurent de Médicis. S. J. il les expliquait plus volontiers par des motifs mondains. i et pour le fond. Thesaums Antiquit. n'existe pas plus pour lui que pour Bruni les fables sur la fondation de Florence. Dans celles-ci. Pierre voit humana specie augustior. pour l'art de l'exposition et la critique des sources. facile à surpasser défauts. viii. ScALA. au Val d'Eisa. Rome 1677. Schriften 55 ss. au reste. Quadri storici fiorentini. Comparez le récit de la vision de Pierre d'Amiens avec les anciennes relations. Ou matériel de faits qu'il c'est ce que tenta bien. M. il n'y a d'achevé que les 4 premiers livres avec le commencement du 5«. A plus forte raison. Les faits suspects. de Stefani. Il conçoit le pape Urbain comme le fin politique traditionnel de la Curie. p. nier au point de vue propre de apportait. G. qui le firent monter aux plus hauts postes de l'État. Il ne rejette pas absolument la vision de Pierre l'ermite. à la suite de Blondus. Ital. 29 Mais les passions élémentaires. L'ouvrage d'Accolti. Gervinus. quod pietatem ac modestiam regio fastui praetulisset atque operibus regem se esse. Tascétisme religieux aussi bien de conquêtes et le goût des aventures. Né vers 1430 à — . Chez Accoiti. il se fait connaître pour le ne cogitata exequi cunctaretur Christ. Il mouruten 1497. dans une condition peu aisée. il fait cette remarque: quae res magnam ei peperit laudem. Gentile B. Accoiti pouvait garder en face de son sujet l'atti- que la soif — — tude à demi sceptique qui caratérise les humanistes quand il s'agit du merveilleux. L'ouvrage fabuleux. le Christ apparaît et avec quelques paroles bibliques commande à l'ermite d'empêcher que son tombeau soit plus longtemps souillé par les mécréants. des faits et gestes du preux Godefroy. mais il répondait pleinement aux exigences spéciales des humanistes. il les signale comme expressément racontés par d'autres. le : . Colle. non auro et purpura ostendisset.l'école de bruni plicité.-B.) Il n'est à aucun point de vue en progrès sur il avait ses Bruni. e i Medici dans les Miscellanea délia Valdelsa 1993. en sorte que le récit s'interrompt en pleine bataille de Tagliacozzo. Celui-ci n'était pas. On ne pouvait le dépasser que de deux manières. 129 ss. B. questionné. et s'élever de la narration à l'analyse Machiavel. son œuvre trahit pour la forme une décadence de l'historiographie florentine. selon Poccianti. G. embrasser 20 livres et arriver à 1450. Hist. ed Ant. délia Scala. il dut sa haute position moins à ses talents qu'à son absolue dévotion à la famille régnante/ Son Histoire Florentine inachevée {Historia Florentinorum) devait.

à la cour du roi Alphonse . Chose à noter pour notre histoire Manetti formule expressément le principe généralement suivi par les humanistes.libri m. seulement ce que racontent Dante. qui. 24).30 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MUDERNE l'hisloiro milanaise. l^icn que dans l'intervalle eût paru Rlondus. Maxetti. p. Dans une biographie (assez insignifiante) de l'homme d'État milanais Vitaliani Borromeo. liv. Gr. Acco. {Historiae Pistoriensis. il se rendit d'abord à Rome. : : le latin les titres modernes (p. il resta enaiTÏère do Bruni pour la critique. éd. a ses racines dans le moyen âge. xix). Vrai sera donc par exemple : : tout ce qui est rapporté par Quinte-Curie. dont il utilisa les Décades. 9. Les chanceliers Poggio. Cela mouruten cienne école ûoveniine. Tite-Live. . Gr. voir ci-dessous (p. le qualificatif de Schpforeù' graves] : vraisemblable Villani. au reste. allant jusqu'à l'année de son podestat 1446. Il cherclia un compromis entre la tradition populaire et la critique humaniste. L'exécution répond absolument à ce programme. Boccace. Pour le purisme latin seulement. comme les scolastiques cà leurs autorités théologiques. Salluste. et ramena dans l'histoire le fatras fabuleux de Villani. et il y a dans ses transcriptions de Blondus (comparez le commencement du liv.ltiet Scala trouvaient pour ainsi dire dans leurs fonctions une obligation d'écrire l'histoire. d'abord négociant. Dec. de n'exercer la critique que sur les auteurs médiévaux et de tenir pour sacro-saintes Eam inler quxcumque les données des historiens anciens (I. Non lir pas en faisant une revue critique des différentes relations.). est un produit typique de ïan1459). 998) vetera et nova rerum gestarum monumenta dijferentiam esse reor. mais eii les reproduisant toutes sur un pied d'égalité. il ne va pas aussi loin peut-être est-ce encore une concession à la manière populaire. dépouiller plus pour et les complètement les documents mettre en œuvre avec une science tout objective. Il y avait chez Bruni des germes de considérations historiques Scala ne les a pas développés. écrite en 1446-1447. hœc autem verisimilia appellari mereantur. puis à Naples. I. de tout recueil)ioquid qiiod auctorem habeat praetcrinitteremus (1. forcé par les Médicis d'émigrer en 1453. à la ville ne l'empêcha pas de subir l'influence de Bruni. éd. que Bruni avait mis de côté sans le dire. ut illa vera. Scala n'a fait ni lun ni Tautre. 1. une fois.il y Histoire de Pisloia qu'il dédia. désigne directement Bruni comme son maître l'auteur de l'Histoire . malgré ses prétentions de style. pas même remarqués. Pline et Suétone (il leur donne. Cette raison n'existait plus pour Giannozzo Manetti (né en 1396 à Florence. . 1003).. comme il le répète. 84. unique édition chez Muratori Script. p. L'œuvre de Bruni était au moins une dans sa conception l'histoire de Scala n'est qu'une compilation impersonnelle. — Sur la Biographie de Nicolas \ de Manetti. car il manque à ceux-ci intégra et incorrupta veterum scriptorum auctoritas. Pétrarque. ministre de Philippe Visconti (éditée avec l'histoire) Scala défend expressément son habitude de conserver dans — . VIII) autant de rhétorique bien léchée et d'imprécision du fond que dans les récits de son prédécesseur dépendant de Villani. Manetti. etc. ii. Son but était.). Justin. Son en reconnaissance de la dignité de podestat qu'elle lui avait accordée. puis humaniste. florentine est pour lui le plus grand des historiens modernes (p. IV avec Blondus.

n'y a aucun indice que Bruni ou ses successeurs à la chancellerie aient écrit sur commande officielle ou que leurs travaux aient été soumis à la censure des autorités. — Remarques générales Différence entre l historiographie humaniste de Florence et celle du reste de l'Italie. qui commence en 1429 et avec des lacunes atteint 1474. ^n^.'59 s. Sc?'i/><. Palmieri sest abstenu d'une Dédicace en forme. Messeri dans Arc/i. A part Tintroduction. la monographie de Matteo Palmieri sur la conquête de Pise par les Florentins (1405-06) n'est pas autre chose qu'une transcription en latin des humanistes des Comme ntarii de Neri Capponi (Muratori. Florence 1748) et une histoire florentine non imprimée. A. traiter l'Histoire de Pùtoïa comme une œuvre . ital. Au bout d'une générale grand Etat italien posséda une histoire locale dans nou- veau style. stor. V historiographie humaniste à travers V Italie. Palmieri n'a rien ajouté de nouveau à la narration de Capponi en revanche. Matteo Palmieri (né en 1406 à Florence. par leurs ouvrages. Elle fut l'œuvre consciente de la politique. L'ouvrage est offert au fils du chroniqueur Capponi. l'initiative certainement n'en venait pas du gouvernement. Mais s'ils se proposaient. xvni. parce que l'historiographie antique n en fournit aucun précédent. — V expansion de 1. c'est dans la ville de Salutati seulement qu'elle fit naturel- lement corps avec les autres productions de Il la littérature et de Fart. L'historiographie humaniste ne s'est développée librement qu'à Florence . Si l'on peut encore. — il s'éleva bientôt dans le reste de l'Italie une concurrence à tion tout l'histoire florentine de Bruni. 2 et -AJurat. qui insère tout à fait extérieurement la conquête de Pise dans l'histoire universelle. 1 . et au sentiment national s'unis .It. en partie en italien. B. a reçu une solide éducation humaniste souvent employé à des ambassades mort en 1475) a écrit outre la De captivitate Pisorum hisloria [dans Grœvius. et les agréments habituels de la rhétorique et de la morale. v. t. Thés. Scr. écrite en partie en latin. Sér.. flor. lit Cette expansion ne se pas d'elle-même. il noie souvent la précision de original dans d'élégantes généralités. 1127).L HISTORIOGRAPHIE HORS DE FLORENCE 3t malgré son caractère de compilation. Cf. Les historiens florentins croyaient faire acte de patriotisme. originale. de contribuer à la gloire de leur cité.13 (1894) p. Palmieri. . xix) une continuation de la Chronique de Prosper jusqu'à 1449 (le chapitre final à partir de 1294 imprimé dans les Scriptores rerum Italie. viii. sous l'influence d'une mode littéraire.

comme là cela arriva. Il y a déjà une différence essentielle entre l'historiographie de l'Italie flo- rentine et celle riens. et pusillanime d'autres ouvrages d'histoire huma- L'avènement des Médicis n'y changea pas grand'chose qui écrivit cependant son histoire d'abord. napoli- taines. en est tout autrement des ouvrages historiques composés hors de Florence. Machiavel lui-même. L'ancienne tradition encore assez forte sous Cosme I" pour que libres Il les historiens du premier Grand-duc se sentissent aussi de leurs mouvements que Bruni et Poggio. à cette indépendance de la était plume. comme Bruni. Principat a mis fin et seule la du à Florence aussi. Frati. Si longtemps cachée aux gouvernements la politique un homme étranger à comme Vespasiano da et Bisticci rapportait la gloire de Florence aux histoires de Bruni de Poggio {Vite. 208). Dans tiative les autres États italiens. n'était pas indifférent à ces États que le public cultivé ne puisât ses connaissances historiques que dans des livres écrits au point de vue florentin. fallait leur opposer des histoires nationales vénitiennes. La supériorité des publicistes ita- florentins ne resta pas liens. A la résurrection l'histoire de fît la littérature antique (romaine) ils ne voulaient pas que défaut. La vieille manière des Chroniques la était si le démodée depuis l'apparition de nouvelle culture. éd. Mais on ne pouvait Il écarter les Florentins qu'en les battant avec leurs propres armes. sont nés dans la ville ou dans son terri- beaucoup. ils sont Il presque tous issus de l'ini- gouvernementale. II. on était bien obligé de louer des plumes étrangères. A Florence. effacé de la belle littérature historique remplacé par l'expression classique /f2S/orme ou Commentarius. aucun enfant du pays ne se montrait apte à cette tâche. avec Bruni. tous les histo- Ammirato. florentine par ordre supérieur. milanaises. n'a égard à ses mandants que dans constitution définitive une bien modeste mesure. que nom même de Chronique et est. Quand. Leurs histoires s'éloignent sensiblement du ton oITicieux nistes. lui sont attachés par une longue . Naturellement avec la parure habituelle du style humaniste. jusqu'à toire et en général. à plus forte raison les diplomates devaient être frappés de la forte impression produite par une histo- riographie partiale pour la cause florentine.32 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE saient des efforts artistiques et humanistes étrangers à la politique.

Le public le ne se laisse pas tromper aussi facilement que vernants. slyle brillant devait sans doute faciliter l'accès lui seul. ils La tendance que nous signalons ne pouvait que renforcer le ca- ractère d'individualisme rhétoricien de l'historiographie humaniste. L'historiographie au service d'une soif de gloire personnelle. les Guichardin. idée ressassée par les humanistes. par exemple. Ce cas à Naples. l'indépendance n'était évidemment pas possible à l'historiographe. non contente de se consaaux idées poHtiques crer à l'apologie politique. n'ait supposent les gou- Ce n'est pas un hasard que pas un historiographe de la postérité l'influence officiel eu sur la culture historique qu'ont eue les Commines. à . pour glorifier son héros. un Romain et un Ombrien. à des journalistes sans patrie. elle veut rendre son héros glorieux. plus que tout autre. a pour auteur un Sabin. où l'histoire dynastique fut rédigée par un Génois.voix à ses mandants. devait être prêt à servir de simple porte. d'un prince Tout n'était pas faux dans l'idée que la gloire éternelle ou d'une ville dépendait de ses historiens. Songeons à la manière dont on écrivait l'histoire. devait lui attribuer FuETEh. mais on attendait de en outre. Dans cet état de choses. — Ce Un qui distingue avant tout cette historiographie officieuse et dynastique de celle du moyen âge. Mais l'histoire de Venise. Plus d'une narration qui ne devait peut-être son autorité qu'au style n'a-t-elle pas traîné durant des siècles d'un livre fixé à l'autre? Et c'est ainsi qu'un seul livre d'histoire a souvent sans aucune contradiction le jugement de la postérité. mais au moins étaient honnêtes. L'amour de la gloire s'associait à des visées pratiques. qui y avaient intérêt. Un historien de Cour. c'est que. 33 Les autres Etats sont réduits à confier leur histoire locale à fut surtout le des lettrés errants. et celles-ci même n'ont pu que rarement renverser dans le grand public les . du livre . l'immortalité du nom. Nul ne pouvait prévoir alors les fouilles dans les archives. les Bacon. Les plus grands ouvrages qui n'avaient pas été ont été produits par des faits en vue d'un salaire. Les ouvrages de ces hommes-là étaient partiaux.l'historiographie hors de FLORENCE activité. idées traditionnelles Sur un seul point. Un étranger. effets les gouvernements ont fait un faux calcul. les Clarendon.

rejoignait l'époque romaine. au fond. Le gouvernement ne se proposait pas d'instruire ses sujets. — Veï). mais d'éclairer officieusement sur sa politique le public étranger.Les patrons de l'œuvre ne portaient leur attention que sur la période à laquelle appartenait l'histoire de leur ville ou de leur dynastie. On ne remontait à le l'histoire ancienne que quand passé de la ville. Voilà qui fixe déjà juger. Il ne faut donc pas chercher dans .l\ IMSTdlHK UIC l/llISTOlUOGRAl'HlE MODERNE toute envie de chercher partoul une iiidiienco déiisivo : cela lui ùlail aux événemenls des causes impersonnelles. On comprend médiévale ait aussi que. et les hommes d'Etat vénitiens ils eux-mêmes puisaient les renseignements historiques dont pou- vaient avoir besoin dans les relations des ambassadeurs et autres moyens pratiques d'orientation. comme celui de Florence ou de Milan. Depuis la seconde siècle jusqu au xviii* l'histoire de la République a 'été une suite presque ininterrompue par des historiographes d'abord en latin. La prio- appartiendrait à Naples. Pour la ne faut jamais perdre de vue qu'elle était à peu près exclu- sivement destinée à Vélranger. par suite. l'histoire grecque pas même tentée. L'expansion he lhistûbiographie huimaniste a. 39ss. xv'= l'a aussi longtemps cultivée.). C'est par d'autres qu'il agissait moyens que la littérature sur ses ressortissants. de suivre les tel ou tel ordre dans l'examen des États qui ont pratiqué rité annales officielles.st'. 2. le plus tard souvent en italien. été exclusivement L'histoire ancienne fut presque entièrement négligée. n"a essayé avec plus de méthode d'acclimater chez soi cette plante étrangère et ne moitié du écrite en officiels. l'histoire traitée. parce qu'en territoire italien le aucun autre gouvernement ne s'est plus systé- matiquement occupé de l'historiographie humaniste.. je mets Venise en tête. Aucun gouvernement n'a mieux senti que la République de Venise que par ses historiens Florence avait devancé les autres Etats dans le maniement de 1 opinion publique. . Il est assez indifférent.i. il caractère de cette historiographie. comme à Florence d'ailleurs. C'est un peu une exception que l'histoire universelle de Sabellicus (voir ci-dessous p. Aucun gouvernement.

A. comme avaient pu le faire Bruni à Florence. Elle pensa d'abord. aujourd'hui encore. dans premiers temps au moins. très historien humaniste. Na- par les affaires dans l'élaboration de son ouvrage d'histoire. les affaires internationales sont exposées d'après les règles de la rhétorique humaniste . 1718-1722. a donc dû prendre à son service surtout des lettrés restés en dehors de la vie politique. Simonetta à Milan. Pontan à Naples. soit étrangers comme Sabellicus. D'une part la sévérité du régime fermé. soit indigènes comme Bembo. Blondus. Renseignements bibliographiques chez Prost. n'y est presque aucunement question des affaires intérieures. XX. à Blondus (Masius. — Travail fruit.Xl (1882) 512 ss. p. mais parce que souvent ils il n'avaient rien à dire est plus rare à Venise Avant la seconde moitié du dans la xvi* siècle. Tœ-uvre pondérée de cet homme d'Etat averti. ne permettait guère à des littérateurs étrangers d'arriver par leur talent de styliste à occuper une haute position dans les bureaux de l'Extérieur. D'autre part. Et cela non pas seulement parce qu'ils n'osaient rien dire à cause de la censure. . Les œuvres des historiographes officiels depuis Sabellicus ont été spécialement groupées dans les Istorici délie case veneziane i qiuili hanno scritto per pubblicu décréta. qui se tiennent en dehors de la psychologie d'école en analysant des motifs politiques.VENISE 35 Il ces ouvrages ofticiels l'esprit de la politique vénitienne. 59 s. et Bernard© Giustiniani n'a pas été plus heureux. entre autres. Son attention fut éveillée de bonne heure sur l'historiographie humaniste. C'est sur cet ouvrage que reposait à peu près tout ce qu'on connaissait jusqu'à ces derniers temps sur les historiens vénitiens. Les chroniques vénitiennes. un peu plus tard tienne laissée inachevée par d'ensemble dans l'histoire littéraire vénile doge Marco Foscarini [Délia letteralura veneziana libri otto [il n'en a paru que quatre] Padoue 1752). vagero fut arrêté Nommé historiographe. qu'avec Sabellicus. dans la Revue des questions historiques. La les Répubhque. commença dorjc. L'histoqu'ail- riographie vénitienne ne leurs. On ne consultera pas sans Littérature. qu'ailleurs de voir même personne un homme d'État et un familial.) mais n'eut pas de succès auprès de lui. Venise. les patriciens qui s'adonnaient à des études humanistes manquaient généralement de loisirs pour de grands travaux historiques. un abîme sépare les historiographes classiques des relations prudentes des diplomates vénitiens.

en prose et en vers au fond.. ven. XIX. 115 ss. n'ayant plus. nom — — . Composé à Vérone. dont les Res memorandx lui ont peut-être inspiré son travail. S. Intéressant pour la connaissance de ses vues historiographiques est son discours sur Tite-Live. Venise 1487. à ce qu'il dit). recueil d'anecdotes historiques rangées par matières. — ni Sabellicus n'était préparé à sa tâche ni par des études savantes culture humaniste par l'expérience pratique. iN. il n'exploite guère que l'histoire ancienne. où il avait fui la peste (en 15 mois. di M.36 HISTOIRE DK I. (1910) 422. qui doit son origine au séjour à Udine. histoire universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à 1504. et XX. l''''édit.U. HIST0H10(ΫAIM1IE MODERNK 1. à part Cepio. l*our son histoire de Venise il reçut du gouvernement 200 sequins par an et fut nommé directeur de la Bibliothèque publique. Bersi. Mais si ce n'était pas les la peu de chose qu'un écrivain cultivé se mît à grouper traditions morcelées qui regardaient Venise. 1473-1483 professeur d"élo{iuence à Udine. plus tard à Venise également dans l'enseignement humaniste. R. Tout à fait insignifiants les dix livres d'Exempla (Venise 1507). S. et surtout dégageât l'histoire univer- chronique de Dandolo de ses excursions dans selle ainsi que de la distribution pédante en paragraphes. Pour l'histoire contemporaine (depuis 1461). a su fondre tous les documents littéraires connus de provenance vénitienne en un récit clair et de lecture aisée. » dans le movo Archivio Veneto. IV. Comme Pétrarque. Il avait une approfondie et il beaucoup de lecture des historiens ne pouvait anciens et modernes. Mort ItiOG. : — L'histoire vénitienne. 2" Enneades sives Rhapsodia historiarum. vi (1482).. Et l'on soit acquitté ne niera pas que Sabellicus se de cette partie de sa Il tâche aussi bien qu'un humaniste pouvait le faire. Mais dans sa piété. Il une idée quelque peu donc sufïire qu'aux exigences formelles de l'historiographie. — Sabellicus. 11 témoigna sa reconnaissance par divers écrits à la louange de Venise. glorifié comme le maître de tous les historiens: Opéra (Bàle 1560). gères. de sources écrites à sa . mais en chrétiennes et païennes. ils comprennent aussi son Histoire universelle. Venise 1498 à 1504. Le fonti délia prima décade délie « Hist. ss. OEuvres historiques 1*^ Rerum venetarum ab urbe condila libri XXKllI (jusqu'à 1486). ver. 478. Mais se faire de la vie publique ne connaissait pas Venise et n'avait pu nette. né 1436 à Vicovaro dans la Campagna d'où le étudia à Rome sous Pomponius Lsetus. et y changea de Sabellicus son nom. Sans importance est son œuvre de jeunesse Deveiustate Aquileix. il se distingue du vieux maître en ce qu'il divise ses histoires non pas en romaines et étranSur l'histoire vénitienne. Marcantonio Coccio.

Script. VIII. cela s'était (Muratori. Sabellicus n'avait pas à simple traduction en style élégant. Sabellicus se trouvait vis-à-vis de son sujet dans une situation plus difficile que Bruni. 2'' Démocj'ite en tête du volume des Ope7'a.) chez Dandolo connaissait par l'extrait littéral. trouve 11.) C'est aussi le par tyrannie et lui l'hisil du doge fit qu'il motive soulèvement qu'amena sa destitution crever les yeux. Il rattache l'un à l'autre ces deux événements. des renseignements auprès de témoins ocu1457. Sabellicus sait à mer- que les tribuns ont été adjoints au doge ob ferocissimum ingenium. à l'année 7o6 le renseignement qu'on a institué à Venise deux la tribuns annuels. Dandolo n'expliquait pas l'installation des tribuns. 141 et 143 = VII. Voyez comme ce magister savait construire toire! Parce qu'il se produit une conspiration contre un souverain. Venise n'avait pas produit de narrateur qu'on pût faire mettre à côté de Giovanni Villani. de la politique et (qu'il de la morale des écoles.) (Dec III.SABELLICUS disposition. semble-t-il. et ont.Bàle Mais c'est tout ce qu'on peut dire à sa louange. si faut qu'il ait été un tyran ? Gomme au contraire des gouvernements ! doux et faibles n'avaient il pas été souvent victimes des révolutions D'autres fois se tire d'affaire en ajoutant au récit les ornements le romanesques aimés des humanistes. . p. : tique pour Sabellicus pour les Galla a guetté le doge et il lui a de sa propre main crevé yeux ne donne la version de Dandolo que comme une variante. Dandolo donne simplement fait que les Vénitiens ont privé le (1. laires. parce qu'il s'agissait d'organes du gouvernement. il 37 recueillit 1. (Tout cela est conclu après coup du de la révolution. II). cap. XII. et aussi dans la Lettre à 1560. aveuglé et déposé fait doge sous lequel 1. Sa naïveté politique faits éclate dans ce remplissage. éd. de Benin- tendi). liaison des faits il une devait souvent inventer la que lui livraient Il ses sources. ou plus exactement il l'attribuait à un caprice du peuple (les vieilles annales avaient peut-être gardé le silence à dessein. 9) : Cela est trop simple. un peu plus tard nouvelle que les Vénitiens le dans une conspiration.2 inc. doge de sa dignité et de la vue auctore Galla VII. Hartmann Geschichte veille Italiens III/I [1908] 56). trop peu dramalui. Leur tâche aurait été de contenir le — mais sans y réussir — la soi-disante praeceps ingenium du chef de fait l'État. de Bâle. explique des Il historiques à l'aide (d. cap.

1. 7 dans ledit de Grseil Au de suivre cette fait invite. I. sans vices et sans distinction de classes il p. importants des faits p. III à Venise entre deux épisodes de guerre Rien de proprement vénitien dans son histoire. lieu I. XII. 401 de Bâle des Operd) Rarement on rencontre des observations qui paraissent s'inspirer de la vie réelle. comme par exemple : Dec. Il observe scrupuleusement Tordre des annales. qu'ils ne savent rien! (voir la de l'éd.) la : de orig. L'épître lui de Cassiodore (Var. s'en étonner. Y. 7 (p. 11 touche à peine aux affaires d'Kglise. malgré limporlance qu'elles ont pour l'ancienne histoire de Venise et malgré les détails où entrait Dandolo. . 7) il intercale la il un morceau de guerre avec Sforza au milieu du récit de (p. 1451 s. 1449) où il dit qu'à cause des attaques des Turcs contre Gonstantinople on a craint ne jam opportunus locus Christiano nomini adimerelur. = IV. quelques pages plus haut 1443) de l'empereur Frédéric contre François Sforza. l p. préfère utiliser description emphatique que les lagunes. III. Il Il n y a pas de quoi l'in- n'avait pas les premiers éléments nécessaires à telligence de la politique vénitienne. Cassiodore de la pauvreté des pécheurs habitant pour bâtir une idylle philosophique.RAPHIK MODERNE Sabellicus insère peu do discours. les A la l'instar du Florentin.38 HI*TOTRK PK I. 11 mouvement de mal à propos la interrompt. (lib. à |iartcela. le lui aussi. 1. Venet. (Dec. quo adempto apparebat Pontici maris navigationem suis (des Vénitiens) negotiatoribus perpeluo occlusum iri. sa manière est tout à lait celle de Bruni. 1090) : est toutefois obligé de rapporter bientôt après une civilis sedi- (lo. 24) aurait pu apprendre quelque chose sur les profits de l'extraction du sel dans les lagunes (l'homme pratique qu'était Bernardo Giustiniani a bien reconnu la valeur histo- rique de ces données vius Ant. conquête de Constantiavait parlé de la visite la nople. tout en évitant le presque toujours de défigurer par des dates narration. 1. H. un État idéal. narration faits et oublie d'en reprendre insignifiants la : Il mêle aux 111.. Que dire d'un magister étranger qui profite de ses heures de leçons pour interroger ses nobles élèves sur la politique italienne courante et se montre surpris et fâché quand ils répondent l. IIISTORIOC. cette fil. lettre naïve dans les Epistolae V. il écarte fondements économiques de puissance vénitienne.

il ne citait non plus qu'un petit nombre de sentences (Enn. purifia l'histoire ancienne des fables du moyen âge . parle de l'origine et des mœurs des Francs à propos de Jeanne d'Arc. est rompue par des l. IV. Sabellicus ne dépassa pas non plus son maître. humanistes du il à l'occasion du concile d'union de Florence en 1440. il est embarrassé de traiter un sujet qui ne soit ni politique ni militaire. la narration. et non seuletout. Dans la critique Il des sources. C'est ici encore son seul principe de composition. Uniquement. il mêle sans hésitation des parties de grecque et l'histoire ancienne de l'histoire de l'histoire romaine. Dans les livres qui traitent de l'antiquité. 809). : 4-6). Les notices ethnographiques la qu'il a coutume d'insérer lorsqu'il mentionne pour (voir ci-dessous le troisième livre. tulé 39 inti- — Le second ouvrage de Sabellicus. Il ne renonça pas même à la ("orme des annales. ne fit qu'appHquer sa méthode à un nouveau sujet. est beaucoup plus important. il est le sujet. le Dans son histoire universelle. vrai. Et combien ces para! graphes sont pauvres On l'excuserait de ne trouver à rapporter de si Protagoras et de Socrate qu'un ou deux dictons. Sabellicus resta il simplement disciple de Bruni. En général il se guidait sur les tables chronologiques d'Eusèbe il mais ne s'y tenait pas partout.SABELLICUS L'histoire universelle. VI. Et ce n'est pas un mince service que Sabellicus rendit aux études historiques que de grouper pour la première fois en une exposition l'histoire lisible tous les matériaux d'un grand domaine de l'historio- provenant tant des sources antiques que de Il graphie érudite moderne (Blondus). la conception intime de l'histoire ne fut pas en progrès. p. récits de l'histoire romaine contemporaine (Enn. aussi d'un auteur connu et aussi accessible qu'Aristole 1. au milieu de en est de même Il des remarques consacrées à des personnalités illustres qui n'appartiennent cite les pas à la politique xv^ siècle : philosophes. Gomme Bruni. IV. d'Israël. première fois une peuplade B) sont la plupart Il du temps mal placées. ligner que. etc. ment de grands chapitres formant un détachés : mais des fragments inter- l'histoire d'Alexandre le Grand. par exemple. artistes. Ennéades. par L'humanisme italien ne s'est pas risqué ailleurs à une histoire universelle. n'en faut pas moins soul'historiogra- malgré cette extension tout extérieure de phie humaniste.

pour s'en prenait un auteur pour base et intercalait dans ce texte principal Il des renseignements puisés ailleurs. Pour l'histoire du moyen âge. . Blonavec éloges Y Histoire dus est son guide. 17). HISTfiniO(. Pour l'antiquité. avec la vieille conception de l'Église. i031 avec Tite-Live XXIX. Quand il avait à parer une matière la romanesque il comme l'histoire de Sémiramis ou de femme de Putiphar. Suivant un très vieil usage. V. raisons lib. de miracles propremcnl tiquité. Mais il s'en tint à un scepticisme indécis. (Aussi détaille- à dessein l'histoire des Romains plus que celle des étrangers. C'est dans le montre le plus d'indépendance. n'avait pas de coml'Italie mande : il dut se contenter de se sentir mandataire de entière et de raconter. iv. peregrini. cite vénitienne de Bernardo Giustiniani s'approprier les mérites de cette œuvre considérable. p. mais en prenant pour garants tionnaient. ligne que met l'histoire de Samson à peu près sur même la légende il — rationalisée — d'Hercule. c'est-à-dire au point de vue romain. Pour l'an11 c'est dans l'histoire biblique qu'il est le la moins timoré. 780. 1. ci-dessus voit En général.40 cl n III>TniRE DR I. parfois aussi des Il sources originales telles que Paul Diacre. VI.K\I'HIE MODEKNE les histoires admit que sans réserve ou pas du tout dits. Sabellicus n'était pas. était dans son élément. d'originalité Pas il dans sa façon d'utiliser les sources. n'aimerait pas rejeter. entre autres parce que gravissimi rerum scriptores ont (cf. le discours des Locriens. même pour son histoire universelle. les légendes sur l'enfance de Sémiramis. En général. p. 1. était V . 30). N'a-t-il pas osé un jour entrer pour un discours en concurrence directe avec son idole. Enn. l'histoire ancienne comme t-il la notice. 132 s.) Mais déjà cette portion de l'histoire dédiée à un doge et la partie finale non seulement portait en . style qu'il était au-dessus de sa portée. Sabellicus cherchait à jeter de la poudre aux yeux du lecteur en ne citant pas ses vraies sources. p. Onésicrite pour d'Alexandre le Grand. il raconté des choses pareilles de Cyrus et de Romulus p. V. comme l'histoire Valerius Antias pour l'histoire romaine. il a aussi consulté Platina.) Par contre. les auteurs plus anciens qu'elles men- dans le nombre plusieurs ouvrages qui sont perdus. Enn. (Enn. Tite- Live? (comp. faut être de la partie apercevoir. il politi- quement indépendant. dans les miracles de l'histoire ancienne des œuvres des démons. à l'instar de Pétrarque.

303 s. de ce qu'il avait laissé . pour la narration des histoires bibliques la tête le il dit s'être fait aider par un moine {Epistola apologetica. Il nommé historiographe officiel de la Répu- mourut avant d'avoir achevé son œuvre. et Bembo nous fit apprend. La dépendance de la sentir même dans l'or- donnance de matière le : la 8^ Ennéade. II. Mais n'était pas théologien . non pas au chacelui pitre du costume seulement. qui serait d'après nos habi- tudes de langage moyen âge. il raconte songe de Nabuchodonosor sans en tirer les conséquences et ne sait rien des quatre monarchies.) Il fallut attendre plus de deux siècles et pour que cette façon de penser laïque dans l'historiographie. qu'il brû- ce qu'il avait déjà écrit. à laquelle Sabellicus renvoie d'ailleurs expressément pour les temps anciens. presque incons- ciemment. parle d'abord. et en a vite ainsi avec le toscan. Dix ans après la mort de Sabellicus (1S16) l'humaniste Andréa fut Navagero (Naugerius) blique. au ler commencement de son Il histoire vénitienne. V p. blie sans prévention rentrât réta- La conception théologique brillamment fut dans l'intervalle ne qu'au milieu du xviii® siècle définitive- ment bannie de l'histoire sérieuse. Les Ennéades montrent que les historiographes humanistes ne craignaient pas d'appliquer leur l'histoire qui jusqu'alors méthode même à regardée cette partie de le avait été comme domaine propre des théologiens. et sous l'empire de considérations littéraires plutôt que philosophiques. au 11* Ennéade. commence la il à la fondation de 'Venise. 2.NAVAGERO lète le 41 fait la fit nom d'un doge. l. du dialecte vénitien. — Navagero. mais avait tout à l'écrivain se couleur vénitienne officieuse. mais à fini de la langue. et . Personnellement Sabellicus était un et homme pieux. Sans polémique directe. événement de peu d'importance la alors (la 7^ Ennéade commençait à début de la naissance du Christ). et dans digression. Les derniers livres offrent une continuation de V Histoire vénitienne. à il du 2° vol des Opéra). sur l'Italie moderne. est vrai qu'une partie de ses notes semble avoir échappé à la destruction ment dans l'Ambrosiana des fragments de son de Venise ne put en tout cas rien utiliser — on a découvert tout récemhistoire — mais l'État . (Enn.

d'illustres humanistes assurément un des plus . JV. de lui ztana. S. 1904 s. le célèbre humaniste. E. les sept autres livres. II. Cian dans Giornale stor délia Lett. dont la première fut publiée à Venise 1352. 331) lui prescrit expressément de commencer où Sabellicus s'est arrêté. Bembo traduisit lui-même plus tard son histoire en italien. comme l'a fait par exemple Machiavel. venet. L'histoire vénitienne de Bembo est presque la seule humaniste qui ait fait l'objet d'une monographie scientifique approfondie C. Ven. dans ^^ Arch. Teza. parut à Venise 1791. B. nous l'espérons. proposte dal X nel 1348 [1883] V. Elle a rendu presque inutiles les travaux antérieurs sur Bembo historien (Ranke. Venise 1551.\avagero n'aurait guère composé son ouvrage dans le style de chronique de la Storia. Ven. Son décret de nomination (imprimé N. — histoire : . di P. Istor. cette traduction. . Le travail resta inachevé. di M. L'auteur de la Chronique doit être un simple homonyme de noire humaniste (cf. retirer définitivement l'attribution d'une Storia vene- que Muratori >^Script. Lagomaggiore. List. l'histoire Vj(. vit en simple particulier à Padoue depuis 1")20: nommé cardinal 1339 et appelé a Rome où il mourut 1547.. édit. Correzioni alla . N. 49 [1907]. S. Un decennio délia vita di M. VII à IX. L'ouvrage historique entrepris par Bembo contre son gré est fai- parmi ceux bles. 39 s. — La publi- cation des fragments laissés par Navagero aura aussi pour effet. — phe. IX. 408 ss. ne l'amènent qu'à l'élection de 1'"' Léon X. Arch. 3 — Bembo Pietro Bembo. Zur Kritik neuerer Littérature. Arch. N. IX. S. Outre qu'un humaniste correct comme .'HISTORIOr. que l'on a conservée en autograpatricienne.42 le IlISiniRE DK l. N. B. il obtint en outre 1531 l'autorisation de consulter les Diari de Sanuto. P. Les archives lui furent pleinement ouvertes. né à Venise 1470 d'une famille nommé 1313 avec Sadolet scrétaire du Pape Léon X. Hauser. Les sources de de France 1 (1900). En 1334 il put présenter au Conseil les cinq premiers livres. N. Ven. et s'il avait voulu agir autrement. il aurait donné ses motifs. ")(js. 335) . II. au lieu de conduire le récit jusqu'à l'année 1531.. Cian. Geschichtschrciber Consiglio dei 1883). IX. fêté l'iciro Conseil des Dix cliargea l'Iuimanistc très Bombn '/lo29-30) de continuer Sabellicus. vinez. il est très invraisemblable qu'il ait récrit toute l'histoire de Venise. Arch. Ven.). (Le décret du conseil des Dix du 18 décembre 1330 dans JS. S. XXlll) appuyait de raisons tout à fait insuffisantes. et séparément 1905 (comp.RVrHIE MODERVF. Son texte s'écarte considérablement de celui des traductions italiennes antérieures. 11 entreprit 1531 la composition de ses Rerum Venetarum historise. xii (1487-1313). B.). P.

publiques et particulières. est plus libre vis-à-vis . comportait. se sert de l'écrit de Sanuto sur l'invala sion de Charles VIII ne donne souvent qu'un extrait noyé dans Il rhétorique de la narration du chroniqueur. Bien qu'il eût plein officiels. il il cette source dans son ouvrage. Dans que il l'emploi de ses sources. politique. la conclusion d'un qu'il traité. se contentait à l'ocle consulta rarement les documents casion — les ne voulant pas quitter sa villégiature idyllique dans faire extraire Padouan choses latin. La méthode reste la même. : la construction est tourmentée. enregistrait à la suite sans distinction les les affaires événements importants et les insignifiants. par exemple. Il accès aux archives. le le on ne trouve pas dans sa narration naturel si coulant qu'on admire dans tous les produits de l'historioIl il graphie humaniste. ne traite pas les données des Diari autrement que les humanistes ne Il traitaient toutes leurs sources. il est vrai. Mais outre cela il ne savait comme même l'ordre des annales le pas raconter. 'il leur a emprunté. leurôte la précision et la remplace par des généralités de rhétorique. On voit bien à sa façon d'écrire que ce Gicéronien scrupuleux consultait son autorité pour chaque phrase style péniblement puriste . est . Pour les années 1494 à 1496 seulement qui précèdent le commencement des .BEMBO 43 Il Bembo ne savait ni caractériser ni analyser. des Diari il . Qu'en présence de Venise qu'a eue qu'il taise par exemple l'influence sur l'attitude des États italiens lors de l'expédition de la crainte faits Charles VIII des ambitions de la République . Bembo se montre plus léger encore les autres humanistes. le gros de sa matière mais Il a bien été obligé de la remanier. il trébuche régulièrement. manque totalement de sens s'abstienne . Mais ses jugements ne sont pas moins superficiels quand il a les coudées franches et que son exposé n'a pas été mutilé par la censure. — de se des actes par des amis de Venise les plus essentielles et de couler cet extrait dans un moule il En général s'en tenait presque exclusivement fois aux Diari de Sanuto — naturellement sans citer une seule Diari. les parce ne lit que superficiellement sources et n'est pas il exercé à découvrir dans les instruments diplomatiques de quoi réellement question. Dans les passages compliqués. qu'il fasse : à Venise dans les de guerre du temps tme part démesurée tout cela a sa raison d'être dans son mandat officiel.

Cest une monographie insignifiante et de forme très maladroite que l'histoire de la Guerre de la ligue de Cambrai par Andréa Mocenigo. on n'a jamais imprimé 1460. Vlil. Ital. l'armée que Venise envoyait au de Sienne contre Florence. a écrit 1515 à 1517 les Belli cameracensis historix. mort demi officieuse. — Petits historiographes vénitiens. plus encore que quelque chose de l'esprit de la policommentaires ne sont pas une histoire. et critique (né Lorenzo délia Valle. Paolo Parula. flotte la même classe le rapport du capitaine Coriomort 1493) sur les hauts faits du capitaine de la Pietro Mocenigo dans la guerre contre les Turcs 1471 à 1475 (De 11. V. Ital. une simple relation professeur de philosophie à Padoue. dans Grœvius. 152 s. Sabellicus avoue avoir largement puisé dans ce livre. Ant. fréquentes).44 HISTOIRE DR 1. L'édition est reproduite chez Grœvius. où du moins toriques. 86 s. où il mourut en 1457). Thés. qui vont de 1494 à 1517. né la ville 1421 . Il décrivit cette campagne dans ses Commentaires édités par Brutus (ci-dessous. à A vrai dire. Venise 1525. Zur Kritik neuerer Geschichtschreiber. modèle donné par César. Historix Hetrurix sivc Commentarionim de rcbus in Hetriuia a Senensibus gestis tique vénitienne. 2. Cf. 1™ édit. reçut 1454 le commandement de secours de la rédaction originale. (|ui appartient déjà à une autre école historique. — Naples. Ranke. — Laurent Valla. p. c'est les Vénitiens. mais obligés de servir des intérêts dynastiques. Mort 1542. gestis P. célèbre humaniste autour de 1407 à Rome. S'ils sont à un rang infé- que dans l'État de Naples leurs écrits étaient non seule- ment officieux. Nous rangerons dans lan Cepio (de Dalmatie. Mocenigiimperatoris Comme b. 83) à Lyon 1562 et fortement remaniés. ces le mais. voir ci-dessous (p. Anl. IIISTORIOCRAPHIE MODERNE Sur le successeur de Bembo. L'histoire personnelle des familles princières régnantes. surtout aux^2'' et 3° livres. est ici tout à fait prédominante et l'on est beau- coup moins encore en contact avec l'histoire véritable qu'à Venise. 111 Venise 1477 et autres édit. latinisé en Laurentius Valla. 4.). les historiens officiels avaient des sujets vraiment his- 1. 4. Cepio voulait magnifier son héros. Francesco Contarini. Les historiographes napolitains ne sont pas moins bien doués ni moins habiles écrivains que rieur. il écrit moins en Vénitien officieux. réimpr. vécut de . parée des attraits du roman. livres de Plus que chez les historiographes d'État nous trouvons dans les trois Francesco Contarini.

Paris 1521. sans les affaiblir. Ne figure pas dans ses Opéra). Des anecdotes malignes. des détails techniques et Mais son histoire concerne presque exclusivement sonnes régnantes et avant tout leur viepHuée. pas xviii^ siècle. Valla. et il reproduisit. Aussi son Histoire trahit-elle un penseur fort intelligent. Il s'éleva contre l'usage de remplacer les noms géographiques modernes par des noms antiques (voir l'observation au début du premier livre f. Il la vie des per- rapporte avec une complaisance particulière les cancans scandaleux.) si la valeur historique de l'œuvre était plus Ces défauts s'expliquent pour une bonne part par n'écrivait n'était le fait le que Valla qu'il que contraint fait et forcé. Mais ce qu'il coup mieux. Il réfréner son humeur ne connaissait que trop la soii . ici comme ailleurs : ces qualités n'ont guère avancé connaissances historiques. 8 b) réalistes. bien plus que dans son ouvrage antérieur. à peine contenu par son mandat que Valla les étala. manque de respect. la philologie.V 4îi 1436 à 1447 en qualité de lecteur et de secrétaire à la cour du Roi Alphonse de Naples. malicieuse. roi d'Aragon. Il ne s'intéressait qu'à . il écrivit comme tel son Historiarum Ferdinandi l''^ édit. un bon observateur. 465 ss. qui était de décrire les années de jeunesse de son protecteur. Il esquiva jusqu'à la fin sa mission propre.)- Tel est surtout le caractère du premier ouvrage.VALL. d'histoire niste qui apparut à Naples. \ huma- Histoire de Ferdinand /". 135 s. régis Aragoniae (le père de son protecteur) 11. mais non un historien. le roi Alphonse. Sur ses autres ouvrages voir ci-dessous (p. Valla rompit sciemment avec le programme humaniste. 1540]. Il s'aperçut bien dès début pas pour le métier d'historiographe officiel. Opéra [Bâle grande. plus alors qu'au n'ont pu constituer un livre d'histoire. Qu'on admire tant qu'on voudra la connaissance cynique des hommes et l'inoffi- croyable ciel. Avant tout sans doute parce qu'il aurait dû. à la la critique les problèmes politiques ou militaires ne jamais. Valla avait une personnalité trop marquée pour accepter simpley substitua ne valait pas beauphilosophie morale et à l'attirèrent ment la forme de Bruni. Nous passerions sur premier les offenses à la dignité de Vliistoire et sur les 500 fautes de langue que Facius (voir ci-dessous) a récoltées dans le livre des Histoires (cf. m (achevé 1445.

Le lettré génois Bartholomé Facius est un représentant classique de l'historiographie humaniste. On n'est pas même instruit par une introduction de la situa- tion intérieure de Naples. 488). la polémique qui s'y rattacha acheva probablement de le dégoûter de riiistoriographie. Une prémisses de l'histo- riographie humaniste admises. IX. Wiederbelebung I. — Pontan. l'« éd. Lyon 1560 dernière dans Graevius.4(i HISÏOIIUC DK L HlSTOUlUGUAHIIIl!. le Giovanni Joviano (Giovano) Pontano. voir ci-dessous. Ital. Il n'est pas étonnant que le roi ait été excessivement satisfait du travail. le prince avait parfaitement le droit d'être ravi de cette œuvre. y a une grande différence entre l'ouvrage original de Valla et ce livre qui ouvre proprement l'historiographie napolitaine officielle. Ant. x (1420 à 1455). mort 1457). restreignit ainsi le terrain de l'histoire plus encore que ne l'y obligeaient les règles de l'huma- nisme. Bartholommeo Fazio (né à Spezia. l'auteur reçut en récompense un fois les don extraordinaire de 500 ducats. poète et moraliste connu emmené 1447 à Naples par le . la glorification de son patron. p. — Facius. insatiable d'Alphonse pour une glorification par les lettres Voigt. Thés. les officieux fait de lui le fameux héros de vertu sentimental en qui Il ont toujours vu l'idéal des monarques. Sur ses Viri illustres — . (ne 14i6 à Borgo di Cerreto en Ombrie. MODtîltXK (cf. Non content de il le placer au centre de son exposition. 3. 11. Si l'art du style seul pouvait assurer à un livre d'histoire l'immortalité. Il avait travaille dix ans à ses Historiae peu volumineuses et certes pas trop limées . 2. 118 Il s. y écrivit son Rerum gestarum Alfonsi I régis ncapolitani. pouvait d'au- tant plus aisément se consacrer à sa tâche principale. 3. elle ne l'intéresse pas du tout. à voir ses il hauts faits décrits par Fa- cius n avait plus lieu de douter que sa renommée fût impérissable. Outre sa pension annuelle. appelé comme historiographe à Naples par la protection de Beccadelli. l'art est supérieur même à un Poggio dans de bien grouper : le récit et de le dérouler en périodes latines harmonieuses Il quant h l'histoire elle-même. Facius a il une grande sûreté de forme. De l'histoire de la jeunesse d'Alphonse il n"a jamais rien paru.

Bien que Facius pas traité les trois dernières années du règne d'Alphonse. Naples. I la vita (1871) ne contient rien sur Pontan historien.. c'est-à-dire de la guerre entre le roi Ferdinand et le duc d'Anjou. i: : Le successeur de Facius n'était plus un bel esprit. Pontan comroi. contempode Facius et qui a pour auteur . mence à l'avènement du nouveau toriographe se trahit Le manque de liberté de l'his- curieusement dans l'introduction. mais un homme l'art d'Etat averti. Le titre fait illusion. est acquis à l'éloge l'histoire Un renom immérité rain de l'achèvement de du roi Alphonse. obligatoire. i suoi tempi . acquis le droit à un plaisir C'est un indice litaine du caractère personnel de I*"" l'historiographie napo- que Ferdinand n'ait pas cru nécessaire de commander un n'ait ouvrage faisant suite à l'histoire de Facius. la situation politique la condition oii se cherchant à caractériser fait générale de l'Italie. 3. — PETITS AUTEURS A NAPLES 47 roi Alphonse pour être employé à la Chancellerie. comme il en fait lui-même la remarque en finissant. vi. vice-chancelier 1463. dont donne tout juste nom. 4.PONTAN. qu'une histoire du Bellum neapolitanum. — Petits historiographes napolitains. Facius l'eau. Pontan ne donne. en s'acquittant consciencieuses'est ment d'une tâche extra. A à la fin. Peut-être est-ce la cause de son infériorité dans de la narration. Pontan ne s'astreignit qu'à contre-cœur à il la manière humala niste. sauf Naples. Son exposition ne s'anime que quand dans les abandonne forme traditionnelle. s'en excuse peu près comme un écolier qui. P. s'était senti dans son historiographie il comme un poisson dans On voit avec quelle joie saisissait l'occa- sion d'y faire preuve de sa virtuosité de style et de son talent descriptif. Une seule phrase résume les trente autres années du règne.. I. G. Pontan.-M. La monographie de C. mort à Naples 1503) n"a composé qu'un seul ouvrage historique De Ferdinando I rege neapolitano Alphonsi fdio 11. un tableau assez réussi de Il trouvent les grands il Ktats. 1"^ éd. 1509 puis dans Graevius IX. ïallarigo. nombreuses digressions d'antiquaire qui sont bizarrement enchevêtrées avec l'histoire des expéditions de guerre et de pillage rattachées tout extérieurement l'une à l'autre. Pontan se dédommagea des efforts que lui coûtait l'histoIl riographie par une dissertation archéologique en forme. : — .. le les examine tous. Jean de Calabre 1460-1465.

B. . A côté de Piccinino il se garda d'oublier son ancien patron.48 HisTOiUE DK l'historiographie moderne Anton io Beccadelm (né 1394 à Palerme. Leben und Werke des A. Quant au roi. 1894. XX et XXV). Cf. : M. s'appelle Scipion et Sforza Aniiibal {Commentarii de gestis Scipionis Pic. dont le condottiere Giacomo Piccinino faisait alors la guerre à François Sforza. d'où le nom de Panormita. in Hannibalem Sf. L'indolent Beccadelli aimait mieux écrire un recueil de ce genre qu'un grand ouvrage d'ensemble on devait s'attendre ati moins à ce qu'il fît dans ses matériaux un choix judicieux.. beaucoup plus importantes que le texte) ne doivent leur succès qu'au peu d'attention et d'application qu'exige du lecteur un recueil d'anecdotes. I. Il dédia la première partie de son livre au roi Alphonse et dans tout le cours de l'ouvrage maintint la fiction que les neuf livres étaient autant de rapports d'ambassadeurs qu'il aurait envoyés à Naples. comme le pense par exemple Voigt.000 ducats pour sa petite saleté. mais font un effet gro- tesque sur des étrangers. Porcello distribuait ses louanges au plus grand nombre possible de protecteurs. Beaucoup des dicts et des faits qu'il rapporte n'ont rien de remarquable du tout. Wolff. . A-t-il été effectivement correspondant d'Alphonse au camp de Piccinino.. Mais on ne pouvait y retenir longtemps ce lettré déguenillé et mendiant. chez Muratori Script. dont les manières ne faisaient pas une hoffâhige Gestalt (Voigt. I. Porcello décrivit les vicissitudes de cette guerre de mercenaires dans un ouvrage où les défauts du style historique des humanistes la rhétorique enflée et le travestissement antique des événements contemporains sont comiquement outrés. 493). Les quatre livres De dictis et faclis Alphomi régis Aragoniim (composé 1455 très nombreuses éditions. Il n'en était même pas capable. Cette fiction lui donnait l'avantage de pouvoir manifester au roi sa dévotion par des allocutions imagi- — — : . Jusqu'aux deux condottieri. mort vers 1460 probablement à Milan) est en relation avec les historiens napolitains. ce petit livre ne le peint qu'en laissant voir quel genre de glorification littéraire lui plaisait le mieux on sait qu'il gratifia Beccadelli de 1. Par son origine ainsi que par ses occupations temporaires au service d'Alphonse. qui sont rebaptisés de noms romains Piccinino. il ne nous donne qu'une série de scènes de théâtre avec de brillantes harangues et des poses à effet. la plupart avec les gloses sous le nom de Commentaire d'Aeneas Sylvius. Pour se bien payer de ses peines. Porcello fut nommé un jour secrétaire du roi de Naples. V. admis 1435 au nombre des secrétaires du roi Alphonse.. il dit seulement (Mur. d'autres pouvaient sembler remarquables aux . et Porcello ne le prétend pas lui-même.. 70) qu'il s'est rendu au camp veniâ tua (c'est-à-dire d'Alphonse). p. Gianantonio Porcello de'Pandoni (né vers 1406 à Naples. En 1452 et 1453 nous le trouvons dans le camp des Vénitiens. dans tout l'ouvrage. XX. Au lieu de la campagne réelle qu'il avait pu observer directement. : courtisans napolitains qui se croyaient obligés de trouver tels les gestes les plus banals de leur sérénissime seigneur. mort 1471). 78 ss. Et tous les personnages sont affublés du costume antique. Gomme Valla et Beccadelli. 493? Cela n'est pas vraisemblable en soi.

Elle elle s'éteignit à Naples avec l'invasion fran- A Milan. voir ci-dessous précisément parce qu'ils 432 ss. et encensa SForza luimême. gardaient. contrairement à ceux de Naples. L'historiographie humaniste des États itah'ens ne pouvait subsister qu'autant que ces États. quand le duché eut définitivement perdu son indépendance. qui l'avaient créée. leur indé- pendance çaise. L'historiographie milanaise tient à peu près le milieu entre la vénitienne et la napolitaine. Les œuvres de Simonetta et de Calchi (sur ce dernier. l'autre à celle de l'histoire savante. d'Etat ou des érudits. ont-ils fait écrire non seulement une histoire princière. ils Si au point de vue du style ne peuvent se mesurer avec les auteurs vénitiens et napolitains quelques-uns. n'ont pas oublié qu'ils étaient des hommes p. Finalene voulut pas oublier le général ennemi. c'est plutôt un avantage qu'un défaut. tout en obéissant aux prescriptions les plus fêtés. Mais ses jours furent comptés aussi.) ne suivent pas ponctuellement la tradition humaniste. il Milan. que celles des Aragonais cependant les rois les ducs de Milan n'ignole raient pas aussi complètement que de Naples passé de leur pays. FUETER. put prolonger un peu plus son existence. la Les prétentions des Sforza à tifiées domination n'étaient guère plus jus. mais encore une histoire nationale. L'histoire de la ville de Milan présentait un développe- ment bien plus continu que celle du royaume des Deux-Siciles la : on ne pouvait méconnaître l'enchaînement de nouvelle politique des Sforza avec celle de l'ancienne République et des Visconti. Il dédia la seconde partie au doge de Venise. Aussi les maîtres de Milan. si de la rhétorique. Déjà les noms antiques des deux condottieri étaient choisis de manière que chacun pût èlre content du sien. mais pas aussi exclusivement qu'à Naples. 4 .MILAN naires sans 49 fin. des motifs dynastiques plus que nationaux lui ont donné naissance. politique. ment. Les travaux de leurs historiographes peuvent se montrer avec honneur à côté de ceux des autres États. comptent parmi les productions les plus remarquables de l'historiographie de cette école : l'une se rattachant à la forme des annales.

Il est mentionné Arch. Commentarius ab anno circiter 1369 iisque ad 1*24.. il tomba en disgrâce et fut exilé à Verceil. C. Quand Ludovic le More se fut pouvoir. t. 2° De expeditione PU papx Secondi in Turcos chez Muratori XXIII. Il a écrit Rerum gestarum Francisci Sfortiœ On ignore 11. L. 2.\riIIli AIODKKNIC 1. piobahlemcMil à Milan.. Edition unique dans Muratori. qui paraît avoir Crivelli ainsi que Minuti. 11 fut vraisemblablement pour cette raison nommé secrétaire ducal peu après l'avènement de François Sforza. plus la exactement intitulé par Muratori d'après terminée De vita rebusque gestis Sfortiœ : première partie. Script. d'une ville de Calabre que François Sforza avait reçue en dot de sa première femme Polyxena Ruffa entré avec d'autres membres de sa famille au service du condottiere. Mort après 1465. sa famille et sans doute lui-même aussi s'atta- chèrent au parti de Sforza. — Crivelli. Lodrisio Crivelli ouvre la série des historiographes humanistes de Milan. François Sforza le chargea d'écrire sa vie et celle de son père. Il n'exécuta que la première partie. composée en Il italien peu de temps auparavant par un certain Minuti. Minuti a été publiée pour la première Les manuscrits sont datés de 1454 et 1458. Ricerche intorno a. 1463. Lodrisio Ciuvklli. qui l'avait déjà écrit 1" : nommé t/ostis secrétaire apostolique. la seule iixiti bellicosissimi ducis et filii ejus Fra/icisct.îiO HISiOIUE Dl-: l/lllSli)Rl()iiU. de A. storico lombardo. clôt son la récit là La tâche de retracer vie du premier duc de connu la famille des Sforza échut à Simonetta.\. qui le nomma son . Vil (1891). — Simonetta. Et la forme seule la lui appartient. fois La Yita dans les Miscellanea di Storia Italiana (1869). ci Francisci Sfortiœ Vicecomitis. Il a De vita. stor. 680 et 684. Sér. 173).. Renseignements biographiques chez F. Giovanni Simonett. it. secrétaire. De la personne de Minuti nous ne savons à peu près rien. di Muz. il chercha un refuge auprès du pape Pie II. Gabotto. XIX. p. Script. Composé peu après 1461. nô vers 1413. Sf. XXI. Tombé en disgrâce. A l'époque de la république anibrosiennc. — • dans Arch. 1480. V. où son prédécesseur s'était arrêté. XXXI . ducis Mediolani.. 1885. d'abord au service des archevêques de Milan Capra et Picolpasso. Comme tel il (Muratori. Att. se borna à traduire en latin humaniste biographie également officielle du vieux Sforza. la biographie de Muzio Attenle dolo Sforza (1369 à 1424) — naturellement sur Il ton de l'éloge. l'accompagna constamment à partir de 1444 emparé du l'année de sa mort.

lui était plus . note 1. ce parce qu'il de l'histoire. lecteur par les artifices de la faits. avec des altérations d'une main étrangère. Commencé. le plus impor- Simonetta ne donne ni une biographie dite. Cf. bl seulement après la mort de Sforza de Filelfo communiquée par Muratori 1. d'après la lettre 1856. dans une situation analogue à celle de Guichardin.SIMONETTA (142i à 1466). sujet. achevé 1479. dans le mémoire . il ne les choisit pas pour leur valeur esthétique. dans son édition Script. breux petits mouvements de troupes avec quelle précision titue les motifs il recons- des acteurs ! Les détails qu'il donne. Simonetta se trouvait. XXI. Muratori. mais ce n'est pas encore tant. S'il n'est il pas au niveau du grand Florentin comme a sur lui cet avantage. c. res gestœ n'est pas de son héros. Encore dans force de l'âge. qu'il ne consi- dérait pas ses années d'activité avec le sentiment d'amère résignation qui donne à il la Storia d'Italia son coloris original. Ce sont plutôt des Mémoires. Die ambrosische Republik iind das Haiis Savoy en. 1'" édition Milan 1479. Sickel. affinité intérieure avait le sens politique et une avec son penseur. toire n'a a des vues toutes pareilles le : pour lui non plus l'his- pas pour but d'émouvoir . laissant de côté sa vie privée. ni une histoire proprement qu'il Ce n'est pas une biographie. p. f" édition de la traduction italienne officieuse (de Gristoforo Landino). de se dégager des préceptes de l'historiographie humaniste il autrement. il la avait été repoussé de la politique pratique qu'il Il aimait et réduit au métier d'écrivain. Voilà un point. 232. dans les procès. mais à cause de leur importance . Avec GuiIl chardin difficile s'efforce d'exposer l'histoire objectivement. même au point de vue esthétique. ne touche aux destinées générales de l'Italie qu'autant que son héros y est intervenu. . Mais comme il sait traiter son sujet ! ! Quelle clarté dans sa relation des entreprises de son héros Combien les ! archaïsmes latins ont peu nui à ses descriptions d'actions militaires Avec quelle sûreté il a su rassembler sous un plan général de nom. à part sa dépendance de son gouvernement.verbaux de l'Académie de Vienne semble-t-il. fait une impres- sion plus bienfaisante que les vains apprêts de style des virtuoses humanistes. rhétorique elle ne veut que rapporter sobrement les Son histoire. donne d'après l'autographe qui existe encore les plus importants des passages biffés ou adoucis par la censure. Milan 1490. parce ne rapporte que les actes.

Son cas est exceptionnel. Tiraboschi s. méditer sur les raisons profondes qui rendaient possible une existence Il affaire. où Ludovic le More Antiquitates Vicecomitum l'avait appelé et où il mourut. — Merula Giorgio de' Merlani. (2« Décade liv. est d'une honnête médiocrité. XXV.). M. : Vita di G. . Ital. Grâce à son lité objectivité. méconnaître sa tendance au panégyrique. latinisé en Merula. en dépit des ! raffinements de l'expression cette Il ne manque aucun soldat. Les y ait eu plus de gouvernements des États italiens ont toujours une posture de suppliants. Né 1420 à Alexandrie.. Mais quel relief. Composa 11. se contentait de rendre convenablement ce qu'il avait vu et appris. Subit-il une défaite? c'est la faute de ses subordonnés. Sans doute achevé déjà 1486 (v. Gabotto et A.52 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE le pour succès pratique. Badini. Ant. III. X (depuis les plus anciens temps jusqu'à 1322). Les qu'il On ne sau- rait difficultés ren- contrées par Sforza sont grossies à dessein pour gloire à les surmonter. ce n'était pas son même pressenti des problèmes historiques. 1494. 189i. Pour la biographie. Scrip. Aller plus loin. Sforza celle d'un arbiter mundi. 3. Il n'insère pas môme les harangues d'ap- parat prescrites le peu de discours directs qu'il emploie. l à IV) chez Simonetta avait dû à la faveur des circonstances de sa vie de pou- voir dépasser le niveau des annales. va même pas de pair avec Bruni. quelle personnalité marquée. L'his- que rédigea son contemporain Merula. . Mais quel réalisme et quelle exactitude relative dans l'exposé des projets politiques de Sforza et de la situation générale de trait l'Italie ! Voyez livre. v. n'a ni traité ni il A cet égard ne comme celle de son héros. l"^ édition Milan. F. l'histoire trait essentiel à image d'un tempérament de Simonetta non plus ne prenait à il aucun intérêt spéculatif. le por- que Simonetta fait de son héros à la fin de son Vous y trouverez sans peine des éloges empreints d'une banalité désagréable. Prétendue continuation des Antiquitates Muratori. puis à Milan. professeur d'humanisme d'abord à Venise. puis aussi chez Graevius Thés. sont des résumés de faits réels. 1500. l'ouvrage de Simonetta est d'une partia- moins exclusive que d'autres histoires iiumanistes. toire des Visconti.

né 1459 à Milan. 89 s. Die Urkunden des Corio dans Neues Archiv der Gesellschaft altère deutsche Geschichtskunde. comme fut Sabellicus. à mort 1519) se mit à l'œuvre en 1485 pour sa Patria Historia. Cf. C'est à peine sil'œuvre historique de Corio appartient encore à l'his - toriographie humaniste. courtes biographies des empereurs romains de César à Frédéric Barberousse. Kaiser Maximilian J. et par exemple aussi la donation de Cons- tantin. Ranke (Zur Kritik neuerer Geschichtschreiber. — : Il (1890). dont étaient censés descendre les comtes d'Angheria. 441. Milan. à ce qu'il dit dans sa dédicace. 1'^ édition. Gabotto dans la Vita mcova partir de 1474 à la cour de Milan. 1855-57. p. F. il n'était préparé. les autres ont de plus en plus modernisé et toscanisé le texte. Non pas seulement parce qu'elle est écrite en italien. Il le termina en 1503. /'. Aussi son œuvre ce qu'on en pouvait attendre. qui aimait à se poser devant le public conti. 213 ss. Quand son protecteur Ludovic le More. Lettere ed Arti II (1894). mais Corio. L. 121 s. Les Vite degV Imperatori. P.) ne parle que de la partie finale. une histoire de Milan jusqu'à 1499. imprimées avec l'histoire milanaise. de' Magri). qui a une forte teinte lombarde. H. Ludovic le More lui assigna pour cela une pension et lui fit ouvrir les archives. Merula pouvait se permettre pas en cause. Bernardino Copao (dune famille noble de Milan. lui confia la comme descendant des Vis- mission d'écrire l'histoire de ses prétendus an- cêtres.). XXIII.coRio 53 Hors une solide culture humaniste. continua son travail après que la chute de son maître l'eut frustré de ses revenus. Mais il lui fallait répéter dévotement les traditions généalo. Annoni dans la Rivista Italiana di Scienze. Sur l'ouvrage entier cf. la ville pas à la glorification de Le sentiment de légiti- mité des Sforza s'était joliment affiné depuis que François Sforza avait livré le dernier des Visconti à la rancune de Decembri ! (voir ci-dessous. 1503. dernière (par les soins de E. qu'à la partie formelle de sa tâche. 4. giques des Visconti et leurs fables héraldiques il lui fallait couvrir d'éloges les rois des Lombards. Son Histoire milanaise ressemble déjà aux compilations tin informes de la duxvi* et du xv!!*" siècle. La première est la meilleure . I (1884). note 1. la Il la critique là où la dynastie n'était pouvait rejeter carrément les fables médiévales sur fondation de Milan. 57 à 89 F. no 35 . Ulman. L'histoire de la dynastie. Gùterbock. Elle n'est ni critique avec . Merula n'avait aucune des autres qualités de l'historien. sont sans valeur. — Corio. cède le les Visconti de plus tard.

Il dans le fouillis des chroniques. décrit avec autant d'abondance des fêtes sans le portée historique. Il ne pouvait comprendre la dignité monotone des humanistes. Toute anecdote était bonne pour laire. Il intercala dans son extrait de Simonetta la quelques renseignements de peu d'importance. entre tous les historiographes humanistes. 29) Corio cherche un moyen terme entre la Chronique et les Annales humanistes. Aussi. les exploits de Sforza. rapporta petits faits locaux sur le même pied que les événements de l'hisIl toire universelle. y retrouva ses vieilles légendes . dans son recueil. juxtapose sans transition des pièces d'archives brutes cl une narration de couleur romanesque. Cependant Grœvius par exemple admit (Ranke. ne tit pour années 1423 à 1466 que des extraits de Simonetta. l'histoire locale. ni franchement popules Actes. comme . comme couronnement du pape Alexandre le VI. plupart relatifs à Corio se rapprocha de la manière des Chroniques par sa recher- che de la variété. que des incidents qui ont changé Il cours des destinées de la ville. proteste. Gomme Scala (ci-dessus. est vrai que c'était le bon moyen pour devenir populaire. passa pour traita dans le des même détail les choses importantes et les bagatelles. Il lui.o4 IIISTOIKE DE L IIISTORIOCnAPIIlE MODERNE conséquence. p. années 1466 à 1492 il emprunta sa matière à un auteur qui avait écrit non une histoire de Milan. comme bien d'autres. laire tion. D'autre part les documents insérés de temps en temps devaient donner à l'œuvre aux yeux des savants l'apparence d'un tous ne s'y laissèrent pas prendre . travail sérieux. consistant à faire lui un choix intelligent inaperçue. 89. p. ni la ce n'esl il une histoire d'après l'unité Il une belle narra- lui manque de style. Bien qu'autorisé les à compulser les archives de Milan. il le fit lui- même pour mais le Chronique de Bossi. . sans raison) Merula. 11 ramassait tous les racontars de l'histoire la fable rejetée la tradition popula fon- ramena dans par Merula de dation de Milan par Subres. Corio s'était vraiment rendu la tâche trop il facile. même ni selon l'école de Bruni. malgré tous ses défauts. c'est-à-dire qu'il ne copia pas seulement un prédécesseur. Corio est-il devenu le véritable historien lui national de Milan. première exigence d'un ouvrage humaniste. descendant de Noé. mais pas Corio. La règle de Bruni. Le grand public trouva chez Il ce qu'il demandait à l'histoire.

C'est une intelligente narration de Ihistoire milanaise dans les années d'après 1520 que composa Galeazzo Capra appelé Capella (né 1487 à Milan. lui le sentit s'éveiller chez la sentiment national italien. il perche non già igno- rava quanta fusse implacabile ch'era ira di poptcli. il la naturale . e continua inimicizia la rebellione .coRio familières. sévi II. se met au point de vue des Sforza. Corio voit une affaire d'intérêt général pour l'Italie. Corp. le patriote.. Il 55 que les humanistes avaient dédaigneusement mises de est bien possible que l'exemple de Corio ait influencé hors de l'Italie des historiens du même tempérament. naturellement. Il savait mettre événements politiques dans une lumière et un relief extraordinaire. de Benedictus de Verona (Eccardus. côté. commençant en med.) 1492. Charlemagne celui-ci il est pour lui un précurseur de à la domina- Charles VIII . comme veut soumettre fut plus habile : l'Italie tion des Français. le second fon- 51* de la : l'"'' édition). 53) : (voir plus dans la chute de Didier. 5. on comprend que Guichardin ait volontiers puisé à cette source. il ne se distingue en rien des autres historiens cependant la révolution dans la politique italienne qui se rattache à l'invasion de Charles VIII ne passa pas sans laisser de traces dans son œuvre. — Petits historiographes milanais. comme par exemple Tschudi.. dateur de Milan (fol. Commentarli de rébus gestis les — . ne faudrait pas pour tout l'ouvrage une semblable conclusion de l'impression favorable que peut produire la dernière partie. Merula avait encore considéré domination des Lombards au seul point de vue dynastique haut. Comme il les grands Florentins. l'homme d'Etat se Mais il réveille et son tirer exposé prend de la vie et de la lumière. secrétaire intime du ministre Morone. sous l'impression de l'expédition française. mort 1537). Ce jugement favorable n'est pas affaibli par le fait que l'auteur. nome italiano e francese temeva ancora H quali molestamente supportano la Gallica superbia il perilchè più volte loro fine è slato sanguinolente in tal forma che de' Galli la poli- Italia s'è attribuito essere stata di continuo la (fol sepuUura 23^). Son ouvrage nous apporte au moins un point de vue historique nouveau. p. Dès que Corio vient à toucher ce point brûlant de tique italienne d'alors. Seulement. Pour l'attachement absolu à son seigneur. . D'autant moins que le dernier livre aussi est défiguré par un plagiat hist.

1913 (dissertation de Giessen. PL. 2. guère en principe de celle d'un eux.56 HISTOIRE DR II l. Arluno s'est contenté de transcrire en latin humaniste les sources qu'il avait (pour le Bellum venetum. et 1521 à 1535 comme Bellum gallicum dans Mûller. 350 ss). Cf. Kanke. 92 On ne trouve par contre pas plus de valeur originale que chez Crivelli (voir p. après 1453 au service des Gonzague comme précepteur des fils du marquis Louis en 1461 à Romp avec un de ces fils. — tina. ad nostra usquc tcinpora sectioncs très. dans Graevius. 1". 50\ dans VHUtoirc Milanaise du patricien et juriste Bernardine Ahluno {Hisloriarum ah origine urbis Mediol. Mort 1480. p. chargé de l'administration de la Bibliothèque vaticane. bientôt après arrêté de nouveau 1468 pour participation à la sodalité de Pomponius Leetus. Plus tard souvent continué. humaniste. 153?. La Curie ne pouvait rester en italiens. les parties 1500 à 1516 seulement publiées comme Bellum venetum dans Graevius V.. 1.. It. vers 1550. G. d'abord Niïi'omberg. voir ci-dessus. . à l'élection duquel le cardinal Gonzague avait fortement contribué. 44) Cf. 2. Deutsche Zeitschrift fiir Geschichtswissenschaft de Quidde. Venise 1479 le fragment de la biographie de Sixte IV seulement chez Muratori Scrip. destitué par Paul II et quand il écrit à ce sujet une supplique au pape.. Zar Krit. et au-^si Mediolancsiam ducis. 59). voir ci-dessous (p. Les Vitw Pontificum (de Jésus-Christ à Paul II) ont été écrites sur Bartolomeo Sacchi. 90 ss. qu'on appelle Platina du nom de son lieu de naissance Piadena. des B. Le manuscrit original contient encore le commencement d'une biographie du pape régnant [jusqu'à 1474]. L'ouvrage fut remis au pape Sixte IV fin 1474 ou au commencement de 1475. écrite entre 1523 et 1538. relâché sur l'intervention du cardinal Gonzague. il Comme avait à fondre les récits . sous Pie II en 1464 nommé abbreviator papal. Miscellanea d^istoria itaiiana lU l'impression de l'ouvrage entier commencée pou après la mort de l'auteur. Die Quellen zu den Vitae Pontificum Rom. T//t'. (Cf Pastor dans la. Sur VHùtoire de Mantoue de Plal'ordre de la Curie par . 11 arrière des autres gouvernements fait eût été inconcevable que les papes n'eussfent pas la écrire leur histoire par un humaniste. mais finalement absous de l'accusation d'avoir conspiré contre la vie du pape. l""" édition (jusqu'à Paul II). aussi dans la Rômische Quartalschrift 1913 kirchenhistorischer Teil). d. fut arrêtée). Né 1421. 4. qui avait déjà fait ses preuves par une histoire de Mantoue. différait La mission de Platina ne Sabellicus ou d'un Merula. Schorn. 11. — VÉtat de l'Église [Platina). Ant. favori tâche à l'huma- des Gonzague. IV [1890]. élevé au cardinalat. HISTORIOGRAPHIE MODERNE pro rcstitiUionc Franeisci puis fréquentes éditions. Sixte IV confia niste. 111.s. Francesco. incarcéré. Ranke.. Zar Kritik ncucrer Geschichtschr. Sous Sixte IV. près de Crémone. . l'histoire de Morenigo.

ou à propos du racontar du même Martin que le tombeau de Sylvestre an se mettrait à suer et ses os à claquer. 469. C'est tout la à fait dans III le il style d'un zélé moine mendiant que dans vie le d'Etienne faste oppose à la pieuse simplicité de l'ancien temps moderne des prêtres. raconté dans (édit. ensuite. D'abord l'histoire des papes — moitié celle d'un Etat. I. lui était pas permis d'y toucher. tout humaprendre souvent le ton niste qu'il était. Liber Pontificalis Duchesne. qu'il de même. édit. XI. avait certains égards à observer vis à- vis d'un sujet ecclésiastique. quand un pape devait mourir. Le purisme perdait aussi du Un humaniste. renoncer aux discours et résumer les sources plus exactement que ter- cela n'était permis aux annalistes. S3). Platina.PLATINA antérieurs. Mais les légendes décisives il dans la vie de saint Pierre. ne pouvait se montrer sceptique qu'autant n'abordait pas des légendes d'une importance fondamentale la pour papauté. rédigés en un latin barbare. l'ouvrage de Platina marque un grand pas de plus dans la sécularisation de l'histoire. par exemple. d'ajouter un ut aïunt à des miracles comme le celui de la main séchée de l'évêque Georges. Malgré ces concessions au style ecclésiastique. Platina est le premier auteur qui ait libéré l'histoire de l'Eglise de . le I. cf. ad quos perlinet. à de l'édification. Merula avait pu rejeter les fables sur la fondation de Milan. mais non les légendes de famille des Visconti (ci-dessus. rain. La tradition ecclésiastique l'entraînait d'ailleurs. p. Ptolomaeus de Lucques. Muratori. Libre à lui de ne pas connaître (contre Jérôme et les écrivains plus anciens. était plus naturel de la raconter (comme pouvait Suétone l'a fait pour les empereurs romains) dans une parure du suite de bioIl graphies. Platina n'était pas plus crédule aux miracles que tout autre historiographe humaniste. Gela dispensait Platina de la style. Sur deux points seulement sa lâche s'écartait des voies habituelles. Mais sa critique avait des bornes. ipsi Pontifices viderint. moitié celle la d'une Institution — ne pouvait guère être mise sous Il forme des annales de Tite-Live. : de faire cette remarque railleuse Verumne ne sit secus. 766) la prétendue correspondance entre saint Paul et Sénèque. 15. ou à l'histoire empruntée à Martin de Trop- pau sur pape Sylvestre qui se serait donné au diable. dans 5)7 une histoire officieuse d'un style humaniste uniforme.

pour lesquelles puiser dans ses souvenirs. Le progrès ne s'accomplit d'abord que d'une façon tout extérieure. En général. qui ne peut prétendre à la ressemblance. son isolement clérical ellail mise en rapport avec A cet égard. il s'émancipa complètement de ses sources. La considération un peu usurpée dont jouit longtemps l'ap- repose en grande partie sur cette circonstance.58 IllSTOlUE DE I. un temps où Il comme institution n'était n'avait pas à s'inquiéter d'un parti hostile prêt à se forger de tout les fautes document sur d'un pape des armes contre l'institution il elle-même. le portrait a-t-il comme de la ! histoires par annales. Il est heureux pour Platina la papauté qu'il ait pu écrire ses biographies en pas encore attaquée. Sa plume enfiellée II au contraire du portrait de Paul une caricature. 580) e. objectivité fut Une pareille pour longtemps inaccessible aux deux confessions. cl extraits d'historiens profanes entremêle très gauche- ment des tionnel. mis à l'index de Parme (Reusch. en 1580. font exception. on ne trouvera pas son compte chez lui. une brève indication suffira. Etablir un lien était organique entre l'histoire politique et l'histoire ecclésiastique. Les Protestants préciaient parce que son exposé de l'histoire des papes n'avait pas été expurgée encore à leur intention . Combien ! de Grégoire VII tiré parti manque de couleur Combien peu Platina P'' première épître de Clément aux Corinthiens (qu'il mentionne) il Les dernières biographies seulement. proprement ni de la biographie ni de Elle ne font en somme que les raconter — couramment et superficiellement. 11 au texte ecclésiastique tradi- Mais la séparation artificielle était abolie. Il pouvait a su donner particulière- ment à Aeneas Sylvius un de haine a fait relief caractéristique. — Les autres Etats italiens. Index."H1ST01U()GRAI'HIE MODEHNE l'histoire profane. fut-il L'ouvrage ne pas ! môme. Les annales humanistes des autres Etats offrent peu de choses remarquables. . ne faut pas chercher chez Platina des vues historiques prola fondes. les catholiques cultivés y recouraient volontiers parce qu'il les instruisait sans pusillanimité confessionnelle sur l'histoire ecclésiastique médiévale. il au-dessus de forces de l'auteur. Et puis ses Vies ne sont l'histoire. Si l'on veut s'instruire sur le développement de papauté.

chancelier 1431. XXIII (1891). 2.édition datée Paris 1520. II. délia Letteratura ital. toire Le meilleur de tous ces petits écrits historiques est l'Hismême Cyrn. dans les Atti délia Soc. Mantoue de Platina est également les Gonzague.AUTRES ÉTATS ITALIENS Gênes. Cf. La conduite héroïque du duc et de son épouse. e l'uma- — nesimo dei Ligiiri al suo tempo. Le but du petit livre est évidemment d'opposer un récit fait au point de vue de Ferrare à la relation. Ferrare. 1446 à 1457) et la courte histoire de Piombino (ifisfona Plumbinensis. et l'acheva 1469. IV. le loyalisme des bourgeois de Ferrare (qui dans des assemblées du peuple imaginaires. Script. de Sabellicus. — de Corse de ce . Le De dans Genuensibus libellus (chez ne donne que des esquisses. son nom de son ile natale). Cf. Fort utilisé déjà par Simonetta. plus tard professeur humaniste à Venise. I. Script. mort vers 1466) décrivit une guerre de sa cité. 59 A l'instar de Poggio. 1". tire — L'humaniste de Corse Petrus Cyrn^kus (né 1447 à Aleria. réimprimé chez Graevius. sont harangués par le duc et la duchesse selon toutes les règles de l'art) font un effet de contraste très réussi avec les relations abondamment colorées des atrocités commises par les troupes vénitiennes. nouvelles éditions. la ville de Mantoue. Braggio. sur commande du cardinal Gonzague son Historia urbis Mantuae (jusqu'à 1464). chez Muratori. chez Muratori XXIV. Il entreprit. Ant. ne sont qu'effleurés. Lig. La forme est habile. dernière chez Graevius. l'histoire ne commence proprement qu'à l'apparition de la dynastie (1328) et a pour principal but de mettre en lumière les hauts faits de l'illustre famille.«us (De rébus Corsicis.. Les deux ouvrages imprimés dans ses Opéra. Ant. patr. Le remerciement emphatique inséré au deuxième livre et Corse. Platina ne pouvait pas y apporter plus de critique qu'un Merula. XIII (1889). B. l'« impression Vienne 1675. Luzio-Renier dans le Giornale stor. le chancelier d'État et humaniste génois Giacomo Bracelli (né à Sarzane. colorée par l'intérêt vénitien. 1482 à 1484. jusqu'à 1473 également histoire con- — temporaine surtout) de Ihumaniste siennois Agostino Dati (1420-1478. XX. à la République de Venise [Commentarius de bello Ferrariensi. décrivit à la demande du prince Hercule de Ferrare la guerre que son seigneur avait faite. XXI). surtout la période d'avant Conrad III. G. Thés. 1503). Sienne. — VHistoire de Comme insignifiante. Thés. elle était commandée par — — 430 ss. La censure s'exerça sur l'ouvrage avant sa publication. di Stor. dès 1411 au service de l'État. 2 et Muratori. L'histoire de Sienne semble être restée inachevée. I. il choisit la lutte avec le roi d'Aragon {De bello quodinter Hispanos et Genuenses saeculo suo gestum [= 1420 à 1444]. ecclésiasti<|uc. mort 150G. 1834 avec traduction italienne de Grégori et 1884 de Letteron. 1461. Sienne. Ce sont des travaux médiocres que l'histoire contemporaine siennoise [Senensiuin historianm 11. Les anciens temps. na 1) rien de particulier. Ital.) — L'exécution Graevius. III. contre lequel est engagée au début une polémique.

— JovE ET l'histoire-jodrnal Paolo Giovio. il avait échappé depuis longtemps à l'influence des maîtres de la Corse. qui traite surtout de la géographie et de l'ethnographie de l'île. Alberti (voir . 126 s. qui racontent l'histoire de l'île depuis l'invasion des Barbares jusqu'à 1474. 1516 à Rome où il pratique d'abord protégé par le pape Léon X. XLV (depuis l'invasion de Charles VIIF jusqu'à 1547). p. nommé 1526 par Clément Vil évêque de Nocera. né 1483àCôme. et les remarques désobligeantes qu'on y trouve sur les Corses avaient piqué la susceptibilité patriotique du vieux lettré. Ses ouvrages sont . perfectionné dans l'humanisme par son frère aîné Benedetto. les six autres . professeur à l'université romaine. Cyrnœus n'a pas su façonner en une composition harmonieuse les matériaux assez pauvres qui avaient été conservés se laissant aller au goût des humanistes pour les anecdotes héroïques. Avec deux grandes lacunes il manque Livres V à X {non pas XI. en ayant l'air de peser impartialement l'éloge et le blâme. 19 à 24. depuis lors surtout journaliste et historiographe. 433 dans Muratori]). L'incitation à son travail lui vint de Strabon. C'est l'exact pendant du portrait peint par lui-même de L. depuis la mort de Léon X jusqu'au sac de Rome. Cyrnaîus avait été trop mal traité dans sa patrie pour tomber dans les embellissements coutumiers. Les six pre- 1° Historiarum sut temporis : miers livres passent pour avoir été perdus au sac de Rome . Mais l'amour du pays natal ne fut que le point de départ. : 11.). en latin Paulus Jovius. la vendetta. visait sans doute à effacer la mauvaise impression qu'avait pu produire à Venise l'ouvrage cité dans le paragraphe ci-dessus [p. etc. qui la vie de l'auteur lui-même. et Liv. il a recueilli plus d'une histoire touchante qui s'accorde mal avec sa première peinture générale. étudiant en médecine à Padoue et à Pavie. B. Cette autobiographie nous éclaire mieux sur les choses de Corse qu'une récapitulation par annales des querelles de famille sans fin où Cyrnseus a été plongé. en décrit la situation morale. nommé. L'ouvrage du vieux géographe venait d'être traduiten latin. mais estimable dernier livre. c'està-dire depuis la mort de Charles VllI jusqu'à l'élection de Léon X. où il meurt 1552. Mais nous sommes ramenés à la réalité par le raconte conclusion inattendue.60 HISTOIRE DE l/llISTORIOGRAPHlK MODERNP: adressé à la République de Venise qui lui avait donné le droit de bourgeoisie. Dans les livres suivants. C'est d'ailleurs le seul dont i'auteurfùt indépendant. les querelles de clans. Quand le prêtre. l'historien de Côme.. comme on le lit depuis Tiraboschi dans tous les manuels). — — ci-dessous. quitte Rome après l'élection de Paul III et se transporte 1550 à Florence. avec un réalisme à peu près sans égal dans la littérature historique de l'humanisme. Le premier livre. entre autres faveurs. 3. Très remarquable aussi est la caractéristique détaillée que l'auteur trace finalement de luimême. musicien et humaniste Pelrus dit le Corse écrivit vers 1500 à Venise l'histoire de son lie natale. à qui il présente le Prologue la médecine de son histoire contemporaine.

Vitse — — — Magni 11. rapporte qu'on aurait découvert t/ y a peu de temps parmi les papiers d'un comte G. Giovio. dédié au duc épouse VittoriaColonna. écrit 1547. celle des Viri doctià Bâle 1577.) le texte était publié seul. comme celle de Tite-Live. dédié au dauphin de b) Vita Sfortiae clarissimi ducis France Henri (l''^ édit. (= Muzio Attendolo Sforza). et. D'ailleurs. Plus tard dans les Opéra. etc. Les Eloges devaient originairement servir de textes explicatifs aux portraits exposés dans le Muséum bâti par Jove 1536-1543 près de Côme. car Éditions Jove fit de on n'a plus entendu parler de cette trouvaille. 1549). auxquelles il renvoie lui-même. Auparavant (Florence 1548. Du gravures sur bois de Bâle sont très mauvaises. dédié au cardinal Ascanio Sforza. Turcs. dédié à son fils.. Son histoire contemporaine devenait une sorte de ruine antique artificielle. là-dessus reste. Tiraboschi. écrit sous Paul III. en 1550-1552 à Florence. etc. duodecim Vicecomitum (jusqu'à Filippo Maria Visconti) avec un appendice sur les droits héréditaires des Orléans. — e) De vita et rébus gestis Ferdinandi Davali cognomento Piscarii f) Vita Leonis X. parce que les acteurs dont il aurait pu tirer de l'argent étaient déjà morts. mais aussi beaucoup d'étrangers. Alexandre de Médicis. à côté de héros de la guerre. écrit 1550. Première édition d'ensemble des Vies (celles vêque François Colonna. Cependant les éditions postérieures donnent seules le texte et les images ensemble. Giovio trois des livres perdus au sac de Rome c'était évidemment une nouvelle erronée. Persans. et en partie uniquement sous la forme d'épitomés (il écrivit lui-même ses Periochœ). g) Vita Hadriani VI.). ce sont les seules à rétablissement desquelles Paul Jove ait encore présidé. Florence 1549.-B. lll. c) Vita Alfonsi Atestini. qui étaient alors écrites). en sa qualité d'humaniste. s.PAUL JOVE n'ont jamais été écrits. a) composées la plupart du temps à la demande de parents. et Jove ne les a pas écrits. 3° Sont aussi de nature biographique les Elogia virorum bellica virtute illustrium (commençant par Romuluset traitant principalement des Italiens. les : . il ne lui déplaisait pas que son œuvre. d) De vita et rébus gestis Coiisalvi Ferdinandi Cordubas cognomento 2" BiOGRAPHfEs. des pirates comme Barberousse) et la composi- — — — — VII avec une dédicace à son tion non moins internationale : intitulée Elogia virorum literis illustrium. quotquot vel nostra vel avorum memoria vtxere (très peu de personnages des temps antérieurs Albert le Grand. Les années suivantes virent paraître nombre d'autres éditions et de traduc: — : tions. Paris. dédié au cardinal Wilhelm h) Pompei Columnœ Vita. ne fût conservée qu'en fragments. En premiers non plus n'ont sans doute jamais existé. bonne heure circuler des livres isolés en manuscrits. dédié à son petit-fils. 11. La f*^ édition illustrée des Capitaines parut à Bâle 1575. etc. v. Les illustrations accompagnant les biogi-aphies des Visconti (Paris 1549) sont au contraire exécutées avec précision et avec art. dédié à son neveu. Cf.. La seconde lacune provient de ce que Jove ne voulait pas exposer une fois de plus le sujet traité dans plusieurs Vitae (voir 2). L'ouvrage ne fut imprimé que complètement fini (1549). en quatre livres. soi-disant à cause de la tristesse réalité les six 61 du sujet. Ferrarise ducis. l'archede Dordrecht. Dante.

commencé en 1527. 1893 (dans la Rassegna Nazionale. Avec Jove. Notices utiles pour la biographie dansPastor. — Peu d'historiens humanistes atteignent à l'importance de Paul Jove. tratte dalV archivio Gonzaga. ^'^ On trouva encore dans les papiers laissés par Jovc un dialogue inachevé. Luzio. Mais ses œuvres se distinguent tellement des autres par la manière dont elles se sont produites. . Ilagelstange. Il a donné à l'historio- graphie conscience de sa force. est encore indispensable à Littérature. parle très tranquillement d'auteurs char- gés contre un gros salaire d'or de composer des histoires d'États . A. Morel. 47 ss. ses prédécesseurs la : ne poursuivait pas un autre but que il considérait comme sa tâche le maniement par mieux presse de l'opinion publique au point de vue d'un gouvernement. c'était une obligation formelle pour les pré- cédents historiens de l'humanisme. Venise 1531.1537) sous le imperalorum Turcarum (d'Osman à Soliman II). HISTiURK DE ^'HISTORIOGRAPHIE MODERNE 465 ss. Zur Kritik neuerer Geschichtschreibcr (apologétique) et M. évidemment des études pour le pendant aux Elogia doctorum virorum dont il laissa l'exécution à Vasari (voir p. spécialement F. 85 ss. per nozze. Les témoignages accablants qu'il cite ont été complétés depuis par A. Burckhardt. Historiographie de Charles-Quint 1(1913). Eine Folge von Holzschnittportràts dcr Visconti von Mai. Lettcre inédite diP. Mantoue . L'attitude de Jove vis-à-vis de ses mandants. Les fragments sont imprimés dans l'appendice à l'histoire de la littérature italienne de Tiraboschi. land. 1/ Musco Gioviano 1892 et I Ritratli dcl Museo G. Nationalmuseum. 2" partie. — Fatio. pour un auteur vendre son talent à plusieurs qu'à un Louer leurs mandants. Le décret dénomination de Navagero (p. k° dans les Mitteilungen aus dem german. 1904. G. Non pas que l'évêque de Nocera ait frayé des voies vraiment nouvelles ou qu'il ait eu des dons supérieurs à ceux de ses rivaux. qui a publié à 1885. ils prennent Il l'initiative. Commentarii délie cose de' Turchi. 116). Geschichte der Pàpste.1. Lupo Gentile Studi sulla storiografia fiorentina (1905). En titre plus exact: De rébus gestis et vitis — cause des passages des sources qui y sont adjoints. 1900 dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions t. XV) E. 105-122. dans Tiraboschi. 42) par exemple. travaillé sur Les historiens humanistes avaient jusqu'ici com- mande. malgré son obéissance dans forme aux règles de l'école de Bruni. en outre Ranke. qu'il est impossible de ranger leur auteur dans la même la catégorie que Sabellicus ou Bembo. p. XXXVI. A. Miintz. Bcitrdgc zar Kunstgeschichtc von Italien (1898). édition fréquentes. lui et Mais ses disciples se sont aperçus qu'il vaut beaucoup seul. Cet article. Le Musée de portraits de Paul J. . Fossati. De viris literis illustribus et des esquisses biographiques pour une histoire contemporaine de l'art.62 . t. latin (Wittenberg. IV (voir la table) Cf.

infatibatailles. Lupo Gentile Studi tout à fait de Guichardin incompréhensible pour fol. Qu'il nous suffise de renvoyer aux passages recueillis par Tiraboschi. il faisait prévoir des insultes. Morde. Aussi exerçait-il son métier avec une louable franchise. maniant comme lui le Comment le gouverne- ment français. Il appelait en face l'honnête Varchi un âne 95). Qui ne soldait pas ses honoraires ne devait pas compter que son histoire le nommât avec éloge ni même le mentionnât . agréable. En outre. pouvait-il opposer ses bulletins d'un style administratif informe aux relations de Jove et à son histoire publiée par fragments en manuscrit! Jove avait lité et la comme journaliste du public une confiance illimitée en la crédupar bêtise — qualité vraisemblablement fortifiée sa vocation médicale. Diarii. 63 prit la Veneto. par exemple. Sanuto. en soi. hors ligne. et ne se perdait . LUI. IX. Il avait pour les honnêtes gens le mépris du praticien (un gran était cynique. Arch. verità. 43 b) troppo liberamente chi lo mérita per lamera Ses talents de journaliste. gable. notamment aux grandes interrogeait les principaux auteurs. 331). 462 ss). A Rome un véritable bureau de correspondance (on trouve par lui exemple des correspondances de 391 ss. et la sincérité lui : fiefïé pazzo . S. vis-à-vis des potentats à qui qu'il offrit sa plume Mais avec cette différence s'imposait à ses clients et leur extorquait au besoin son paiement. posture. il était journaliste. aux événements du jour. Il dans M. Les menaces atteignaient d'autant mieux le but que Jove s'adonnait presque exclusivement à l'histoire contemporaine. n'avait possédé à côté de cela rable talent de journaliste et une grande compétence en Il Jove a été le premier grand reporter e.PAUL JOVE élégantes et fleuries (N. XXI. se faisait montrer les lieux et ce qui pouvait s y trouver de curieux.i interviewer. chic. Venise lo60. Il écrivait sur tout ce qu'on voulait son exposé restait toujours spirituel. n'est pas surprenant que les gouvernements italiens et d'autres aient tenté de se rendre favorable un journaliste chantage. écrit-il (Letlere volgari. Il était maître du style des : Premiers Paris comme pas un. courait. servi de rien à Jove s'il — Toutes ces impertinences n'auraient un incompaaffaires. Jovc il même d'or. pas seulement entretenait il n'était il historiographe. aux récalcitrants.N.

La manque situation des affaires publiques n'est jamais étudiée à fond. de Ranke Jove n'est pas un historien penseur. il le mettre dedans (Lupo Il mêlait tout cela en désordre. la politique le secret n'est pas dévoilé. lui hw^o Il Gentile 57). Et quelle n'est pas de cette bonne àme ! Comme il s'indigne que Machiavel d'histoire à des il — selon lui — ait trop cédé dans ses (les œuvres tendances patriotiques est vrai. observations personnelles et com- munications d'autrui. dont la vie morale ! un défi à toutes les convenances Jove. Le journalisme dans l'histoire.).64 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE jamais en d'ennuyeuses réflexions. la folie se soit les (les deux observations dans l'évêque de Nocera.) une voie moyenne. ou qu'Erasme dans son Éloge de attaqué à la dignité ecclésiastique Éloges. die Politikfehlt. volg. Jove prit sciemment. rapports authentiques et données par lesquelles de malins concurrents essayaient de Gentile p. dans de son crédit la lettre Il à Girolamo Scannapeco Lett. ne connaissait les hommes 1. constitution aussi importante que Il celle de Florence ibid). 8 ss. (cf. en communiquant ce qu'il savait. Plus que tout autre humaniste il possédait le ton moralisant de l'article de fond. s'entendait à louvoyer adroitement entre les désirs de ses clients et ceux du grand public. Et et ne le passe pas au crible de la critique. jamais rien payé à Jovc). appela un jour sa mémoire son seul calepin {scartafaccio . — Ces talents ne furent pas en tous points funestes. Les premiers voulaient voir citer des lisait rien faits glorieux. sub voce)\ Oui était lui. Bons mauvais renseignements. mais en dit tout de le même assez pour que lecteur attentif puisse deviner l'essentiel. ne prit même mécanisme d'une (Lupo Gentile. des Grands. Mais ils empêchèrent ses innovations de venir à maturité. ne fait le plus souvent qu'indiquer. . . le second ne la vie avec plus de plaisir que des détails piquants sur l'intérêt f. 55 f. Il est le seul histo- rien de son temps dont les jugements reposent constamment sur la susceptibilité des principes moraux. 76) est juste : Die Lage der ôffentlichen Geschdftewird nie ergrûndas Geheimniss bleibt unaufgeschlossen K il det. L'observation (p. républicains de Florence n'avaient. Jove leur dut mainte impulsion utile à l'histoire elle-même. La techpas la nique de la vie politique peine d'étudier le resta étrangère. fait II ne que du reportage.

L'exemple de Jove ne manqua pas de il faire école. esprit même mesure. hors les questions de style latin. L'activité de de même acabit. Il comprit que le les histoires locales avaient fait leur temps. met sur même : pied tous les les Etats chré- peuples qui comptaient dans tiens. et l'instigation de Jove ne fut pas stérile. les Dans ses Éloges figurent indistinctement à l'actualité. . La contre-réformation et l'absolutisme ont bientôt mis jour le fin à ce régime. L'histoire de FUETER. selon son caprice et son salaire n'était : ce pas la pénétration de l'enchaînement international des événe- ments. Les chapitres ethnographiques ne sont que des trompe-l'œil. saires. la politique européenne les souverainetés des Pirates de l'Afrique septen- trionale. la civilisation. Il n'oublia pas que les relations sur les nouvelles populations de l'Amérique avaient III. les Turcs. éveillé l'intérêt ethnographique (voir notre livre sect. Ses successeurs. peu près tous personnages appartenant à Savonarole comme le cardinal Bibbiena. mais il gâta lui-même l'affaire en entremêlant ses images véridiques d'inventions fantastiques. B) et comme Bembo sur les (qui intercala même dans son Histoire vénitienne un rapport il mœurs des Indes Occidentales). Le il les historiens de valeur.PAUL JOVE Q5 Il qu'en qualité de reporter et de médecin. Tout cela sans doute n'est qu'indiqué conception européenne de l'histoire rien n'est développé. tantôt dans un autre. il était capable d'écrire sur n'en connaissait aucune. n'ont pu extorquer dans la Jove. Il eut l'heureuse idée d'orner ses biographies de portraits authenqui tiques et ses Éloges sont les premiers ouvrages historiques l'aient fait. l'histoire introduisit dans l'histoire des peuples des digressions sur de . est vrai. des cor- des princes légitimes et des condottieri. Mélanchton aussi bien que l'Arioste. supposait la l'Italie liberté presse presque absolue dont jouissait xvi« siècle et dans la première moitié du sans laquelle ni un Machiavel ni un Guichardin n'eût été possible. cotnme de la celle de l'Arétin. La consistait surtout en ce que Jove n'avait pas de jugement politique et écrivait tantôt dans un sens. qu'il jugeait en homme les du métier. 11 Mais il avait le flair du journaliste. L'exercice du métier de journaliste au de Thou K jour dans l'historiographie n'en trouva pas moins des continua- teurs. reconnut les besoins des temps nouveaux avant que premier parmi masses n'en eussent conscience. toutes choses.

l'«édit. (Né vers 1440. qu'une continuation de l'école humaniste des Annales. — La nouvelle historiographie POLrriQUE AU COMMENCEMENT DU XVJ'' SIÈCLE A.) Il n'y a de remarquable chez ce précurseur que son plan d histoire générale. façon les grandes productions du xiv<= nouvelle façon ne . a Florence — Généralités. à laquelle elle se raliache directement. avec traduction italienne 1883. dont défauts. Depuis que l'humanisme avait substitué à la vieille forme autochtone de la narration historique l'imitation correcte de modèles antiques. Il et de l'industrie fallait s'étaient vues exclues de l'historiographie appartenir au clan des lettrés humanistes pour s'essayer dans la nouvelle et prétentieuse manière.. vorable dans arrêté les cours du Le mouvement humaniste avait réaliste germes d'une historiographie nationale que repré- sentent les noms de Giovanni Villani et de Dino Compagni. secrétaire de différents papes depuis Sixte IV à . Mais elle lui est bien supérieure elle la par sa valeur interne. On peut l'opposer la humaniste en désignant comme historiographie de la Renaissance la La situation à Florence dans seconde moitié du XV" siècle. par son aspect antérieur. i/iiistiiriographie modkrxe doit à l'œuvre de Jovc. que ce prédécesseur vécût également à Rome et fût au service des papes.Iules II.(3ii iiisToiiiK ni. L'historiographie de Machiavel et de Guichardin ainsi que de leurs contemporains de Florence n'est en grande partie.. — Pour une histoire de le grand xv'' style. Comme historien universel. Cétait Sigismondodei Conti do Foligno. Jove n'eut parmi les humanistes qu'un seul prédécesseur. Les Éloges illustrés ont fait plus d'effet encore. du commerce artiste. les personnalités dirigeantes de l'Etat. xvi"^ De nombreuses imitations en ont paru encore au siècle. Aussi l'historiographie populaire laisse-t-elle voir au xv^ siècle des signes de décadence. son plan universaliste. cette situation avait été très défasiècle. et ce ne fut sans doute pas un effet du hasard. mort en 1512 il a composé Historié s«J/emports (1475 à 1510). Elle mérite à Ihistoriographie ne se rapproche au tond que par ses donc bien un chapitre séparé. m. qualités nouvelles qui la distinguent âStprécisément aux elle de l'école de Bruni. . Un ouvrage comme la les Histoires florentines de Giovanni Gavalcanti n'égale en aucune siècle . et cette valeur.

appelé la Seconda Storia (édit.). Florence le doit uniquement à la révolution que l'invasion de Charles VIII la politique apporta dans la ville. n'est pas ici le lieu d'insister sur les changements qui résul- tèrent pour Florence de l'invasion française de 1494 et de la longue lutte pour l'hégémonie en Italie qu'elle déchaîna entre la France et l'Espagne. Dès que la monarchie eut pTîs solide- ment Ce pied. 27. Machiavelli III (1897).on par plaisir. L'intervention des 1. N.) relaie les histoires des années 1440 à 1447. toire pas uniquement surcommande (voir Mais un changement menaçait de se produire. mantouane de Pla- Les suites de l'invasion française de 1494.FLORENCE ET l'iNVASIOX FRANÇAISE 67 se manifeste que par les longs discours enmpesés. Us ne sont que les premiers de toute une série d'historiens remarquables. ibid. Et cette floraison de l'histo- riographie ne dura pas plus longtemps que les luttes constitutionnelles qui l'avaient fait naître. Les Istorie florentine est ajouté) ont été publiées deux grandes puissances occi- de Gavalcanti (1420 à 1440. Villari. nulle part moment encore. Machiavel s'est beaucoup servi de Gavalcanti. Gf. incomplète. la situation intérieure et dans étrangère de Machiavel et Guichardin sont de ces personnages excepils tionnels qui peuvent se frayer la voie en tout temps. le seul point sur lequel Gavalcanti s'efforça de rivaliser avec les hunnanistes^ L'historiographie humaniste ne fit pas elle-même plus de progrès : nous l'avons dit (p. 31 s. Mais ne sont pas seuls. On ne pouvait en ce genre dépasser le type fixé par Leonardo Bruni. On pouvait s'attendre à ce que la consolidation définitive de la domination des Medicis mît fin à l'historiographie indépendante et rabaissât les futures histoires de la ville au rang de l'histoire tina (voir p. qui tous à leur façon représentent une nouvelle conception de l'histoire.). L'état général de la civilisation à Florence. 59). Nulle part ne prenaient une aussi vive part à à ce la les hautes classes production littéraire. Polidori. . et n'a écrit relativement autantd'ouvrages d'hisp. était plus favorable qu'ailleurs au développement de l'historiographie. Un autre ouvrage. P. elle disparut aussi soudainement qu'elle était venue. — Si les bourgeons alors existants d'une grande historiographie purent s'épanouir. Indiquons seulement les deux points qui importaient à l'historiographie. un événement de 1432! y pour la première fois 1838-39 par F. on ne pouvait le méconnaître. 256. 28 s.

Un enchaînement de circonstances. tout cela poussait à des recherches. c'est-à-dire la rupture du dévelop- pement qui de la République avait fait. s'en est occupé (né en 1492. théoriques jusqu'alors.) Les matériaux pour ces recherches. cité se La tradition politique était brisée : et la trouva inopinément en face de ce problème quelle constitu- tion allait-elle se donner ? Les spéculations. frir A part Milan. en réalité. théorique faire le la réalité n'importe quel idéal de constitution et de mettre immédiatement à l'épreuve — . Délia Repubblica de Viniziani (1526. Le livre sur la République de Venise d'abord Rome 1540. Son ouvrage principal. Une seconde conséquence de l'invasion fut l'expulsion des Médicis et l'établissement à Florence d'un gouvernement républicain. à des spéculations dont on ne découvre pas de traces antérieurement. 519 ss. Polidori avec sa biographie par Van(1528). le dise. secrétaire en 1527 des Dix. remanié en 1530) ne donne pas seulement une description des institutions politiques de Venise. mais montre leur origine historique.. Sanesi dans Arck. sinon dans les formes. notamment par Machiavel. une principauté. stor. Jacob Burckhardt lui-même n'a pas tout à risme des fait rendu justice au doctrina- S tatisH florentins. soumit non seulement sa vie extérieure. exilé par les Médicis après la prise de la ville depuis 1563 à Venise. Cf. 8 (1891). les rapides changements dans au moins. ni!. Discorso sopra il fermare il governo cUFirenze . Les histo1. mort 1573 à Rome). — . nucci 1850. sur la milizia édit. a été vivement ressenti. G. a rédigé en outre des projets de constitution pour Florence. sur l'essence et l'organisation de l'État acquirent tout à coup une importance pratique.68 msTouti!. règlement de ses affaires intérieures. Hist. fois que par deux un Médicis mais le fut élu pape. au caprice fit des puissances étrangères. Ce revirement soudain qui passer des partenaires influents au rôle de spectateurs à peu près impuissants. qui en fait le sujet de réflexions très profondes. it. Outre Guichardin. Série V. Donalo Giannotti entre autres. et c'était surtout l'histoire qui les fournissait. C. i-'nrsroRioi. Ztsch. de le groupement des passer dans partis. aucun État n'eut plus à en soufle fait que Florence. L'insécurité de la situation. un discorso sur la milizia Opère poliliche e letterarie édit.uAciiiK mooeunk lit dentales affermies après des siècles de luttes intérieures tous les Étals perdre à moyens de l'Italie leur position indépendante dans la politique européenne. c'était l'observation de constitutions étrangères fonctionnant bien (spécialement celle de Venise^). (L'importance capitale à cet égard de la révolution de 1494 n'a guère été jusqu'ici appréciée comme il convenait. la possibilité. quatre livres Délia Repuhhlica Fior .

Les exposés historiques sont accompagnés de spéculations sur des pro- blèmes de théorie politique. à l'occasion. qui jusqu'alors était publicité. Ils empruntèrent souvent à de très mauvaises sources les preuves historiques à l'appui de leurs sentences. C'est à quoi les historiens n'avaient guère songé jusqu'ici. les ils firent un tout autre emploi que humanistes. et ne pas raisonner l'histoire d'après l'apparence extérieure. et mirent sous leur patronage des principes totalement différents de la morale rhétoricienne et pathétique de l'école humaniste. L'intérêt des problèmes de politique générale leur échappait. au service de l'art et de on demandait maintenant des leçons de politique. A la l'historiographie. — Les que lorsqu'on nouvelles effet. L'amour des connaissances historiques pour elles-mêmes s'effaçait au point que de vastes domaines de l'histoire ne servaient qu'à fournir des (l'histoire exemples pour des déductions politiques les Discorsi romaine dans de Machiavel sur Tite-Live). Ils avaient bien. conceptions de la tâche de l'histoire eurent encore un autre L'histoire n'instruit (politiquement) sait reconnaître . les historiens florentins durent se refuser Dans ces circonstances. les dépouiller il faut des circonstances accidentelles et s'efforcer de dégager leur valeur universelle. Pour utiliser des exemples typiques. une leçon. Ils en donnèrent une interprétation réaliste. l'autre n'y arrivait que par des détours. L'emploi des événements historiques comme types. Souvent l'histoire ne fut que la servante de la doctrine. inséré dans leurs livn\s des sentences morales. L'histo- rien tenait à tirer de son document. plus utilité qu'à examiner les faits en eux-mêmes. les embellissements de la réalité par le style. mais .l'histoire enseignant la politique 69 riens se trouvaient en présence d'une tâche toute nouvelle. Il doit consi- dérer l'histoire en philosophe. vrai ou faux. Ils étaient trop peu des savants et des critiques pour écarter absolument les fables mensongères des historiens antérieurs. Mais des anecdotes sentimentales inventées par des maîtres d'école et des stylistes. L'un pouvait avoir une politique immédiate . un caractère typique à des événements qui se passent à l'étranger leur importance (sociologique) pour l'humanité en général doit fixer l'attention du chercheur plus que leur intérêt national.

telle était l'apparence. il et Polybc. qui avaient charge de donnera leur cité une nouvelle organisation. philosophie Des hommes d'I^^tat n'en pouvaient pas iaire grand'chose. n'avait pas La vieille Florence succombé parce que de nouvelles idées miné les religieuses ou politiques auraient était bases morales de l'ordre public. en dépit de l'assertion de sa préface. comme Thucydide En réalité. moins pour avoir fait une plus grande place à l'histoire intérieure que par une manière. ne ser- vaient plus uniquement des intérêts publics passagers. la politique Il n'était plus possible de ne faire que de 11 empirique. Du moins. toire Florentine de Machiavel se distingue des histoires de Bruni. HTSTOltlOCHAPlIIE MOnEK^E la vieille sans se risquer en dehors des lieux communs de populaire. . On disposé à en conclure que les forces qui avaient amené l'issue fatale étaient les seules efficaces.'i flo- rentins soient restés fidèles l'habitude de rapporter de grandes . On n'avait pas vu les pays les plus riches en battre de plus pauvres. La dépendance de problèmes la politique actuelle où se trouvèrent les historiens eut aussi des suites fâcheuses. Ni la politique extérieure et intérieure de la ville de Florence avait été provoquée exclusivement par des causes politiques tions transforma- économiques ni mouvements intellectuels n'y avaient eu leur part. tracèrent de situations politiques typiques une image inaltérable. mais. moins que la politique. mais bien les plus faibles vaincus par ceux dont l'organisation politique et militaire était la plus forte. Elle restreignit la spéculation à des particuliers. On s'explique par des raisons semblables que les historiens . c'est. les comme ils bons historiens de l'antiquité. On avait besoin d'études théoriques. h-i Surtout ceux de Florence. n'en était pas tout à fait ainsi. les était absolument nécessaire que hommes politiques s'appliquassent sérieusement aux grands problèmes de L'histoire n'en profita guère la constitution et delà guerre. ils mettaient volontiers l'histoire politique ils intérieure au-dessus de l'extérieure.70 • HISÏOIRK DM 1. Sans doute. La révolution dans et militaires. Voilà pourquoi la guerre et la poli- tique sont chez les grands Florentins les seuls sujets de l'exposition historique. Les œuvres Ils des historiens florentins en prirent un caractère universel. totalement différente déjuger les luttes constitutionnelles de Florence au moyen âge. Mais ne s'écartaient pas en Si {'His- cela autant qu'on l'a prétendu du modèle des humanistes.

519 ss. Vivant ils estimaient beaucoup trop haut. la prenant comme citoyens une part active à la vie des partis. Un seul fidèle à la forme classique. la constitution se réglait sur une supputation réfléchie des forces en balance et leur effet était calculé jusque dans le détail d'autres organismes politiques. du système des impôts. Hist.. Les grands Florentins eux-mêmes ne sont pas dépouillés de cet individualisme naïf qui ne saurait se représenter développement d'une constitution. Elle ne s'écartait donc de la seconde qu'autant que suivait. étaient également nés d'une réflexion sagace. d n'y avait pas opposition de principes. dans leurs ouvrages. qu'elle ne s'occupait guère de la théorie le du lui genre. A : Florence. Zeitschrift. pas plus qu'il ne conçoit l'action des forces de la nature (dont son anthropomorle lent phisme J'ai fait autant de dieux).RAPPORTS AVEC l'hISTOIUOCRAPHIE HL'MAXISTfi 71 révolutions historiques à des actes volontaires et conscients de personnalités particulières. Machivel et Gui1875) sur la part faite aux problèmes économiques par chardin. elle demeura garda des habitudes de l'historiographie rhétoricienne qui n'étaient pas en harmonie avec sa notion réaliste de la politique. et polit. commandaient les tendances nouvelles qu'elle Pour tout le reste. Sans doute ils ont parlé. pour aussi. Je essayé de développer quelques-unes des idées imprimées ici dans ne trouve pas juste ce que dit E. Rapports avec l'historiographie humaniste. Elle . Gebhardt Les historiens florentins de la Renaissance et les commencedans son travail ments de Véconomie politique et sociale (Acad. 100. et n'ont point porté leur attention sur des questions économiques générales. des sciences mer. pensaient ces hommes-là. un horizon res- manque de tradition donnaient à l'individu : une impor- tance disproportionnée d'autres époques législateur. l'influence d'un fondateur d'État ou d'un dans une période de luttes politiques passionnées. La première poursuivait si peu des intérêts littéraires et était tellement dominée parles besoins pratiques du moment. — Entre la nouvelle historiographie politique de Florence et l'historiographie humaniste. treint et le A Florence. à l'occasion. Ils adoptèrent d'autant plus aisément cette manière de voir en tout temps populaire qu'elle semblait s'accorder avec les événements qui se prêtaient à leur observation directe. Mais ils n'ont pas traité d'une manière tant soit peu satisfaisante la politique financière de la ville. ils dédaignaient trop force dinertie des indifférents et des gens se privés de droits politiques.

Sous un seul rapport. Les grands Florentins eux-mêmes ne firent des recherches dans les archives que quand les sources littéraires leur faisaient défaut. Pour les temps reculés. App. Une chose prouve que ce peut-être. de temps aussi ne non un la effort voulu d'exposition populaire. ils n'ont jamais songé à recourir comme comme eux aux documents originaux.). C'est justement parce qu'ils attachaient peu d'impor- tance au style et à composition que les historiens florentins ne rompirent pas avec la forme humaniste. qui déter: mina l'emploi de firent d'autre part langue maternelle c'est que les Florentins aucune concession à la popularité. comme la Segni. Ils n'ouvrirent pas de sources d'un nouveau genre. Ils n'abandon- nèrent pas la forme humaniste au bénéfice du style des chroniques. 283 s. Il it. Stor. le terrain n'étendirent pas con- sidérablement de l'histoire. même pour l'histoire contemporaine ils consul- taient de préférence des compositions historiques antérieures. La plupart n'avaient pas une culture humaniste assez profonde ou assez exclusive pour satisfaire dans leur style latin aux exigences des puristes (Vettori le déclare expressément dans l'Epistola mise en tête de son Sommario. lorsqu'il écrivit plus tard en Des hommes de moindre valeur.. et fut le manque de culture. Cette innovation pas entièrement volontaire. Que l'on songe seulement aux sacrifices de précision que la tel poursuite d'une latinité classique imposa à un écrivain réaliste que Simonetta. les historiens politiques de Florence (sauf une exception humanistes ne fut : insignifiante) furent infidèles aux prescriptions des savoir l'emploi de la langue nationale. bien qu'ayant accès à des matériaux de première main.72 HISTOIRE DK l/lIlSTORIOGRAPHIE MODERN'E s'esl ouvrage complètement émancipé «les règles de l'école de Bruni: l'Histoire florentine de Guichardin. . retomba en partie dans les anciennes ornières vue de la publicité. firent dès le début de plus grandes concessions. Ils que l'usage d'intercaler des discours. VI. est aisé de voir le profit que l'historiographie tira de cette con- trainte. Ainsi ainsi ils conservèrent généralement la narration par annales. Mais l'auteur ce travail qui montre l'historiographie florentine pour l'état même de ainsi dire à de libre culture. Arch. ils sont plutôt inférieurs à des historiens érudits Blondus et Calchi .

: Labbozzo aiUografo frammentario délie « Stor.MACHIAVEL et. Machiavel reçut en novembre 1520 de l'université de Florence. super. Il. les autres traitent l'histoire de la ville de Florence jusqu'à 1492. — Machiavel. les Opère minori — dans : naration est plus détaillée et embrasse aussi les événements étrangers. Quand des et réaliste. Ill (1897). vol. Ansgaben und Uebersetzungen seiner Werke im 16. C. Scuola norm. Jahrhundert. p. fior. . Accademia dei Lincci anno 306. ils rapprochèrent autant que posla sible leur langage de la dignité de prose antique. sér. p. III. en sa qualité d'archevêque. Première édition 1532 à Rome. H (1911). Die p.. * Le célèbre théoricien politique et écrivain Niccolô Machiavelu (né 1469 à Florence. contient aussi les fragments d'une rédaction antérieure des huit premiers et sous un titre erroné. C. I et II (1873-74). Handachriften. éd. III. Carli . » di N. : : due prime edizioni [Memorie délia R. mort à Florence 1527) a écrit en fait d'histoires : composée à Lacques 1520. Esame critico délia vita di de Machiavel (1852). SM//a vitadi C. aussi Adolf Gerber. 1"= édition. Cf. V. 122 s. Triantafillis. Depuis le livre IV (1420) la ciation : P. Florence 1532 autres très fut dédié. 1 [1875]). II (1874). M. Villari N. édition Littérature. me. huit livres le premier donne un aperçu de l'histoire générale d'Italie depuis l'invasion des Barbares jusque vers 1434.. {Annali Contridélia R. 21 [1907]. 2« Istorie florentine. X. 1128-1139. La dépendance de cette Passerini e Milanesi. und 17. Le deuxième volume de cette édition. Passerini et Milanesi. 287 et Fiorini dans la préface de son édition).). XIV fasc. de 1498 à 1512 secrétaire de la Seigneurie et des X di liberté e face. Mach. Une édition corrigée de cette version a été donnée par F. Les huit livres prêts furent remis au pape Clément VII en 1525. N. La meilleure appré1° yUa di Castruccio Castraccani (1281-1328) — Poiidori. 3 Teile 1912-13. p. outre les esquisses pour le neuvième livre. le cardinal de Médicis (plus tard le pape Clément VII) la mission d'écrire l'histoire de la ville. M. — . 1 [1909]) et 0. 18). un extrait que Machiavel avait fait d'une chronique latine des années 1464 à 1501 (Villari. du même i manoscritti e le buto aglistudi sul testo délie Storie florentine di IV. nombreuses. Tommasini. 217 ss. réflexions politiques ne demandaient pas une langue sobre leur idéal de style appartenait autant art aristocratique. di Pisa V. M. Ce sans doute à l'instigation du cardinal. M. P. Les Frammenti storici qui passaient pour être des esquisses d'un neuvième livre ne sont que des études pour des Decennali en prose (Gerber. La meilleure dans les Opère. Cf. Fanfani. à qui l'ouvrage fut plus tard Sur sa demande Machiavel fut libre de choisir l'année par laquelle il commencerait (Villari. Vita de Diodore et de Diogène Laërce a été démontrée par C. que celui des humanistes à un B. année de la mort de Laurent de Médicis. qui avait alors à sa tête. C {Arch Venit. La meilleure dans les Opère. 73 SOUS son vêtement moderne.

le pragmatisme de Machiavel. Schriftcn. troisième de M. : | valeur qui de Machiavel historien. 1833. M H (1911). Erâhlung der Chronisten. 165 s. 1895-97. Laquestiondes sources peut dès lors passer pour résolue. mais telle qu'il aurait pu l'écrire. HISTORIOURAiniIE MdOEUNK L'homme La LiTTÉRATURK sur Machiavel historien est très peu abondante. son livre suggestif sur Machiavel (p. but apologétique contre Fiorini et Villori : — qui traite de Niccolà Machiavelli storico au ii'-' chapitre du quatrième livre La nia c gli scritti di N.. Fiorini. — archéologique. p. que poursuit 0. Sur un . (les mémorialistes. Mais pour le reste aussi les explications de Yillari sont ce que nous avons de meilleur sur les œuvres historiques de Machiavel. Si elle s'est trouvée quand même insuffisante. et Gervinus plus encore. exposait systématiquement certains principes politiques édition malheureusement inachevée de l'Ist. der rhetorischen der Lateiner. souvent parlé d'une histoire florentine non telle lui les critiques ont C'est un que Machiavel l'a écrite. la rhétorique des Latins.74 HFSTOIUE HE I.) .. A nos historiens de l'école philologique et quiconque Machiavel dans le premier livre paraîtra d'une valeur immense à l'annatistique par la marche de l'historiographie quelle différence il y a entre sait des diplomates et des chroniqueurs. comme Cavalcanti (voir la preuve que Machiavel avait utilisé la chronique de C'est ici surtout que s'exercèrent les recherches de Villari (xV..} porains et sa place bien fixée dans l'histoire de l'historiographie. la manière do 1. (1907) a pour la première fois selon l'œuvre et montré combien peu l'exécution répond à l'intention. 86) mais il est tombé à son tour dans le même défaut. Les paroles adressées. ïommasini.. et après lui R. ont été dépassés. (p. Pour la première fois l'auteur est comparé à ses prédécesseurs et à ses contem. Il n'en a pas moins. à unsere Historiker philologischer und antiqua: rischer Schiile. 255 ss. Fester dans 1900) partaient encore de l'idée que l'auteur de l'Histoire florentine y V. dans la préface de son insisté sur le caractère ambigu de fior. d'État cl le penseur politique a tellement absorbe l'attention dès le début que l'historien en a presque été oublié. ce critique. der aus dem Gang der Historio- i graphie ùberhaupt welch ein Abstand zwischen der annalistischen. en consacrant plus de la moitié de son examen aux œuvres non historiques. Villari seul point. et la philosophie scientifique . 179 ss. der pragmatischen der Diplomatcn and Memorienschreiber und zwischen der wissenschafttlich phivoilà la première caractéristique de losophischen des Machiavelli ist' loisse. Bitter parle également de Machiavel historien dans la Entwicklung der Geschichtswissenschaft ('dans Historische Zeitses Studien zur mais il me semble avoir modernisé plus que schrift 109 [1912]. M. 2" éd. p. Cervinus déjà en était frappé (H/s<. p. savoir que Machiavclh Behandlimgsart des ersten Bûches \ jedern von unendlichem Werte diinken xverde.. le premier. cela tient à ce que Gervinus n'a pas accordé assez d'attention aux sources de l'histoire florentine et à la position de ait été faite Macliiavel vis-à-vis d'elles. tenté de montrer l'importance pour l'historiographie de l'Histoire florentine. Il ne faisait ces recherches qu'à l'occasion que la dépenil s'ensuivit qu'un fait aussi important et sans méthode : dance du premier livre à l'égard de lîlondus lui échappa complètement ce défaut nest pas compensé par quelques jolies découvertes.. 425 à 560) de son ouvrage. 67). 3«19I2).

Geschichts auffassung and sein Begriff virtù. autres. tradition comme pour appuis. 1 . que comme Ce n'est pas notre affaire de rechercher jusqu'à quel point ces il espérances étaient chimériques ou contradictoires. la race et la encore. . un aspect surhumain. théoricien de l'histoire et pas du tout de l'historien que traite le petit livre. à le lirer presque du néant. Mais il aspire pour lui faut un Louis XI. comme par magie. Machiavellis dans Studien zur Historik der Renaissance 1912 [Hisiorische Bibliothek.MACHIAVEL 71) C est presque exclusivement du de raison les idées de Machiavel. Mais retenir faut. — très utile d'ailleurs. et après seulement une bonne constitution à Florence. à un Ferdinand pour sa tâche — Il il le sait — un caractère plus énergique ceux-là. Naturellement dans l'histoire surtout. Rencontre-t-il un héros typique de cette sorte? son tempérament patriotique s'éveille. revêtent. Car laRépublique florentine ne pouvait sauver son existence partie d'un État italien unifié. Aussi son admiration va-t-elle. Des personnes et des événe- ments qu'il est à même d'observer de près. c'est-à-dire entre les institutions militaires et la constitution politique. Italie une chose : c'est que Machiavel souhaitait d'abord une ])uissante. L'un sans doute seulement seul comme moyen de Mais comme le moyen qui pût faire espérer le succès. — Les tendances POLrriQUEs Machiavel théoricien se distingue avant tout des autres Florentins en ce que seul il a pleinement reconnu le lien entre la politique étrangère et la politique intérieure. Seul il comprit que le sort de Florence était lié à celui de si l'Italie et que la liberté de sa cité natale ne serait sauvée que l'Italie était mise en état de se défendre contre les grandes puissances étrangères. Son imagination ne connaît plus de frein. il prêchait l'État fort et unitaire. dans ses écrits historiques autant que dans les politiques. de Edward Wilhelm Mayer.' avaient fait de plusieurs royaumes ennemis les uns des Ktats unitaires : des l'Italie ne pouvait leur faire face fait de môme rang qu'après avoir elle à à son tour la le comme Puissance même évolution.^ l'autre. Car son héros n'aurait pas. La France et l'Espagne. Précisément parce qu'il était républicain convaincu. aurait à créer tout seul son Etat. à tous les hommes un qui tentaient ou avaient tenté avec quelque succès de fonder État. 31). Il Catholique.

Liv. dont le souvenir il venait d'être réveillé (voir ci-dessous. comme il avait fait de César Borgia un grand héros politique — pour ne pas parler de la biographie de Castruccio. condottiere et tyran Castruccio (mort 1328). De là surtout aversion pour les condottieri. falsification ne reculait pas devant une des faits. p. c'est au système des troupes mercenaires qu'il attribue avant tout l'infériorité militaire de à-vis l'Italie vis- de l'Espagne et de la France. 2. Castracani s'était forgé ou avait essayé de se forger un État par sa virtù. Ce travail est plus appa- renté avec les autres productions de Machiavel historien qu'on ne l'a généralement voulu reconnaître (l'excellent Villari excepté). ne parlaient pas assez nettement. lui Il obéissait au mobile qui dans son histoire florentine fera assigner une place : disproportionnée à Théodoric et au duc d'Athènes comme eux. par l'excellente monographie de Tegrimi Il résolut de rajeunir le sujet. Aussi bien que César Borgia il pouvait servir de modèle au capitaine qui voudrait fonder l'État unitaire italien. il façonna à son Les faits de l'histoire gré l'histoire de Castruccio. Il la constitution de la ville . — la papauté comme institution religieuse. transformée à peu près en un roman. — La vie de Castruccio Castragani A ces tentatives pour trouver dans l'histoire un type du héros sauveur de l'Italie appartient le premier ouvrage de Machiavel. Comme le futur État italien . mais le tourna aussi son attention sur l'histoire du célèbre Lucquois. S'aidant en partie de traits empruntés à Diodore dans son histoire du tyran de Syracuse Agathocle. l'Italie (Discorsi sopra 12).76 11 lusToinE DE l'htstoriograi'hie moderne altère arbitrairement les témoignages sur Tliéodoric. mais fût comme Agane pouvait thocle un enfant trouvé. n'existait pas. I. Machiavel ne s'en troubla pas. De là aussi son aversion prononcée pour la papauté. pour cet son homme absolument irréligieux. la biographie du tyran de Lucques. Castruccio Castracani. Ici encore. Machiavel se trouvait en 1520 en mission profita de l'occasion pour s'informer de officielle à Lucques. 123). n'appartînt pas à une voulut que Castruccio famille noble indigène. qu'il rendait responsable du morcellement de T. quand il il s'agissait de prouver par l'histoire sa thèse favorite. Comme le futur il souverain de l'Italie devait s'élever par ses propres efforts.

donner à ses inventions tendancieuses l'apparence de l'authenticité. rendre la au peuple. que nous pouvons la bien admettre qu'il ait voulu. dans l'intérêt de cause. II. ripieno di speranza. si quieto {0pp. le meurtre par trahison des rebelles de Lucques. Machiavel s'en tient rigou- reusement aux faits. tel écrits de Machiavel. (p. d'accord avec Agathocle. Mais. n'était-il qu'une esquisse qui n'a pas été remaniée. comme dans Cyropédie ou dans Télémaque de Là où les faits sont indifférents pour la théorie. toujours contrairement à l'histoire. elle n'appartiendrait pas du tout à la littérature historique. Castruccio. liberté mais après de l'unité nationale. chose ici n'est pas le cas. D'autres théories entraient encore enjeu. mêlé si souvent la fiction à l'histoire. Mais cette hypothèse n'explique pas entièrement son caractère contradictoire. mais contrairement à l'histoire. Peut-être ce petit écrit. qui rappela prématurément il avait possédé un plus grand : domaine. le évidemment rapidement sur papier. Si le son royaume n'a pas duré. la faute S'il en est à la fortune. mosso in buona parte dalle virth sue. Ce n'était tout à ni un jeté roman une histoire. et une conduite analogue pour s'assurer de Pistoïa — taie che ognuno. femme ni enfants. il prêtera à Castruccio. pour patrie la Macédoine Rome. dans son Histoire Florentine. C'est la conclusion du Si toute la Vita était composée de la sorte. lui-même ensuite dans l'histoire Machiavel prête à Castruccio des combats et des victoires imaginaires conformes aux règles de son A?ie délia guerra (publié plus tard). mais au genre des romans his- toriques à tendances et nous l'aurions omise avec d'autant plus de raison qu'elle n'a pas grande valeur en soi et ne renferme rien que nous ne sachions déjà par d'autres curieuse. la Il n'y a pas le unité de composition F'énelon. 301). 308). Gomme la son modèle idéal ne doit pas fonder de création dynastie. chez n'aura ni lui. aurait sa place parmi les plus grands héros et il aurait certainement surpassé Philippe de Macédoine de Lucques il Scipion. On comprendra maintenant pourquoi l'objet le livre a de bonne heure été fait ni des jugements les plus divers. Et Machiavel a plus tard.MACHIAVEL 77 exister qu'après la disparition des dynasties jusqu'alors régnantes. réelles qu'il décrivit A la place des batailles florentine. . oit si au lieu avait eu livre.

Fiorini). Ses aperçus sur de longues périodes présentent souvent un choix des faits entièrement arbitraire. pour lexpliil cation et la liaison interne des événements. sans presque y rien changer.78 h1>tuire de l*fiist0ri0riraphik moderne 3. Mais on en droit de penser que. des clichés conventionnels s'intercalent . l'observation l'école faite par Blondus. Des noms. après la mort du roi Cléphis. éd. au goût de répète. ses propres voies. comprend. et l'histoire cette suite même ne montre pas dans le travail et cette méditation personnelle que la Préface faisait attendre. le Cela se voit surtout dans premier livre. Mais dans il n'a pas uniformément ouvrages. La Discorsi. on rencontre de pâles for- mules du type classique . on voit s'éveiller le grand penseur. sans la cri- tiquer. Mais il tion personnelle. des données qui ne disent rien à Il son humeur ligentes spéculatrice. et s'en rapportât pour était à Blondus. — L'Histoire klohentixk Le caractère contradictoire de l'ouvrage — il porte aussi les traces trune composition rapide. ce superbe et vigoureux style qui ne dit que ce qu'il veut dire. il accueille. habitué à pressentir des rapports restreint arbitrairement à ces cas-là son interven- cachés et à pénétrer les conséquences historiques des mesures politiques. n'en voulurent point élire d'autre à cause de la cruauté de ce roi-là. à côté. Dès qu'il rencontre une donnée qui a pour lui un intérêt théorique. et tout de suite après il montre en dissertant fmement que faiblesse l'abolition de la royauté et la la du royaume qui en résulta ont empêché l'extension de (l. 36 s. domination lombarde 1. a donné à VHistoire florentine aussi sa couleur fondamentale. des chiffres indifférents sont souvent altérés ou échangés. savoir que les Lombards. la même empreinte personnelle que les autres A côté d'idiotismes florentins et d'expres- sions frappantes de la langue populaire. aurait pourtant suivi Ce n'est pas la capacité qui lui manquait. Que Machiavel les faits s épar- gnât on le les travaux érudits. belle langue virile des Le style n'est pas moins hétérogène. lui arrive d'accoler ses réflexions intelIl aux naïves sentences de ses auteurs. sans saviser qu'en tout cas les détails de pareils romans n'ont aucune importance politique. Il reproduira inté- gralement des légendes comme l'histoire de Rosamonde. p. Comme dans la Vie de Castruccio.

avec un semblant . l'unité organique manque à cet ouvrage. Pour l'expression aussi. Mais lui a bien donné des stimulants. dont il croyait pouvoir faire usage pour les Si l'histoire mettre complètement d'accord avec sa thèse. des indi- s'est borné là. (ou penser). dans l'armature d'acier du style de Machiavel. Ils font triompher le théoricien sur l'historien. d'objectivité. cations géniales. Mais n'éprouvait pas un franc intérêt \ pour et il l'histoire. sur la situation et sur les dispositions des partis ils n'ont guère d'autre but que de développer des théories politiques générales. ils ni voulaient instituer sur ce qui leur arrive des méditations philoso- phiques. Même dans les discours qui débutent par un lieu commun et subs- classique. Les orateurs ne parlent pas . tait ne s'y prê- pas. et s'est encombré de longs chapitres qui.MACHIAVEI. il . n'hésitait pas. . Ce n'est pas tout. (comme chez les humanistes) en élèves des rhéteurs. mais ils comme ils auraient réellement pu parler s'expriment comme si. il chercha dans l'histoire des j preuves à l'appui de sa doctrine» L'histoire valeur pour Il comme telle n'a pas de lui : historia ancilla scientise politicx^ n'a donc utilisé que très partiellement pour Il il l'histoire ses recherches théoriques. Écrivant en statista et non en historien. ne dépassent le niveau de ses sources et n'en sont même souvent qu'un extrait fort arbitraire. La raison n'en est pas difficile à découvrir. Il n'employa pas ses études 1/ politiques théoriques à bien discerner le sens des faits historiques (comme l'a fait ensuite Guichardin) . il la violentait. pareils à Machiavel. Ils ne servent pas à éclairer le lecteur. l'histoire à la méthode des Discorsi. Ils ' ne res- sortent pas de la situation et souvent heurtent grossièrement la vrai- semblance. i Les discours insérés dans l'Histoire florentine caractérisent sa manière. à modifier les matériaux en faveur de ses théories et à transformer les faits \. Il y avait été amené par un mandat venu du dehors. composé par mor- ceaux dans l'espace de cinq années. resta fidèle dans \ ne s'intéressait à son travail qu'autant qu'iL touchait à l'œuvre Il i de sa vie et à ses théories politiques favorites. Machiavel retombe bientôt dans sa vraie langue. Machiavel ne manquait il pas des dons de l'historien. précisément dans les parties les plus soignées et les i plus personnelles. ni par le choix du sujet ni parle jugement politique.

même temps montrer par un exemple que des mouvements i historiques sont indépendants des tendances conscientes de leurs . Mais dans un aperçu plutôt qu'une narration de l'époque ancienne. en particulier le passage 312 s. p. comme Commines ou l'Italie il Guichardin y ont beaucoup mieux réussi. l'influence des individus. Machiavel trouva l'occasion de faire bénéficier l'histoire des qualités qu'il possédait seul. le don do reconnaître de grandes connexions historiques et d'enchâsser des faits particuliers dans un développement général. en somme. mais en . la partie vraiment géniale de son œuvre. Chez lui. III. éd. III. Mais de ses réflexions sur les raisons 1 1 qui avaient causé l'infériorité militaire de tiens a déduit des rela: entre choses très éloignées l'une la politique de l'autre les hommes j absorbés par les soucis de et immédiate les laissaient en [dehors de leurs calculs. c'est la section qui comprend l'histoire 1420 environ intérieure de Florence depuis les origines jusqu'à (2^ et 3^ livres). s'efface passablement. Il est curieux de voir un auteur qui pourtant savait à merveille mener une dissertation directe. conserver pour et l'amour de la ! forme humaniste ce moyen d'expression détourné incommode L originalité de Machiavel comme historien — Le chef-d œuvre historique de Machiavel. Fiorini). les Il n'a pas seule- ment essayé de déterminer des conséquences que des événements : politiques isolés auraient pour l'instant et pour un avenir populaire hommes d'Etat plus exercés. par suite. a qu'il peuple a dû renoncer à sa vie e generosità la ville ? i perdu par là sa virtù d'armi de d'animo et en est résulté la faiblesse militaire C'était non seu- j ! lement mettre à nu une cause profonde du système des condottieri. même parmi les Florentins : l'étendue du regard. Machiavel a pensé en historien et pas seulement en politique ou en diplomate. 1. Les autres livres suivent de plus près les sources et (les livres IV à VI surtout) donnent une narration intelligente des faits telle qu'aurait pu l'écrire. aux Ciompi. leur inlluence consciente au la moins. 271) que noblesse de Florence vaincue par particulière. quelque autre des grands Florentins. le discours p. I Expose-t-il le (I. elles étaient bannies de leur pensée.80 Litue à HISTOIRE DE l'hISTOHIOGIUPHIK MdDEKiXE une rhétorique impersonnelle l'éloquence de son patriotisme réaliste (Cf.

détails extérieurs. Machiavel est le premier l'histoire chez qui naturelle. peste que lui enverrait le Destin? Il parlera de l'inimitié naturelle qui dans toutes III. La forme même. comme ! l'histoire intérelief ! rieure et l'extérieure sont fondues ensemble Quel dans la peinture des luttes de partis et des rivalités de familles Sans doute. selon lui. est tout à fait les Machiavel est plus moderne que se débarrasse des derniers restes humanistes euxII mêmes. Mais avec toutes ces réserves. à l'ordre . Bien des Il choses ne sont pas historiques. . sens semblable à celui qu'elles auraient de son temps il accorde une place injustifiée à des détails romanesques et à certaines per- sonnalités. les villes régnait entre les Puissants et le p. l'histoire commence à être envisagée comme A vrai dire il n'est pas. Malgré cela lui il croit encore à une délivrance.MACHIAVEL instigateurs. Il est étrangement balancé.). les la discorde intérieure infligea à la politique étrangère de la factions de la République lui apparaissent comme une peuple (1. Son tempérament ne permettait pas de contempler l'histoire de son pays avec la rési- gnation constante qu'a montrée Guichardin. dans cette section. pour que ses jugements gardent toujours l'impassibilité de la science. 81 Depuis Aristote et Polybe. des annales. quel récit d'une vie merveilleuse que cette histoire de Florence jusqu'à l'apparition des Médicis ! Comme un événement s'enchaîne à l'autre. s'est essayé à une véritable composition sa division par livres correspond à des groupements naturels et n'est plus un sectionnement tout extérieur. il conséquent avec lui-même. Songe-t-il aux troubles incessants que ville. G . toire ne lui en reste pas moins mérite d'avoir raconté l'his- comme elle aurait pu se passer de son temps et d'avoir mis en scène des hommes vivants au lieu des fantômes de la rhétorique. ou sont le inexactes. retranche la notation des incendies et des inondations enregistrée encore par Bruni. Machiavel part souvent dans ses jugements de vues toutes modernes il donne à des appellations et à des institutions du moyen âge un . Il du genre Chronique. 154 s. vif. sauf quelques originale. Ses introductions ne sont plus des FUETER. attirées sur Flo- rence. ici non plus. est trop sensible Son sentiment patriotique mités que est trop aux cala- les discordes intérieures ont. Il Il a même renoncé.

il se tira d'embarras en mettant contre son intention première l'accent principal sur la politique étrangère et en donnant aussi peu de place dont l'examen eût forcément avait que possible à la situation intérieure. pour le le premier la par exemple. Mais leur dataire était un personnage trop marquant pour qu'on pût attendre Il de lui un écrit dynastique tendancieux. auteur. Emploi des sources. ou Merula les Visconti. Les Médicis eurent une courte dit ration. amené livres la glorification des Médicis. été Il — Sa position dépendante n'a pas même Elle n'a pas une gêne pour Machiavel. Machiavel s'abstînt de les glorifier comme Platina man- avait glorifié les Gonzague. L'introduction. occupa près la du livre et laissa dans l'oubU mission officielle. les Décades de Blondus. où cela ne pouvait plus se faire. il n'est Comme prenait pour fond un seul .82 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE morceaux d'apparat rebattus. une éloquence qui fait ressortir le vide des misérables tirades des littérateurs. — les La manière dont Machiavel en use humanistes. entamé son originalité. le Il pu dans les premiers exprimer ses vues sur : développement des constitutions politiques il s'étendit ici sur l'influence désastreuses du système des condottieri et traita la théorie des conspirations (dans les récits magistraux du 8^ livre). pour deuxième . Dans les cinq derniers livres. repousse généralement les phrases d'embellissement et détours. n'entrait certainement pas dans l'intention des Médicis que dans son ouvrage. et insérait des extraits d'autres relations livre. commença par se donner le libre carrière pour une partie de son œuvre en n'en plaçant pas la début en 1434. C'est tout juste s'il s'inter- de les blâmer. pas originale. qui n'aurait dû servir que de frontispice à de la moitié la relation des hauts faits des Médicis. c'est-à-dire au début de domination médicéenne. Relations avec les Médicis. ce qu'elle a à dire. que le pape Clément VII voulût bien accepter l'ouvrage tel fît que Machiavel fait l'avait écrit et lui donner une riche récompense : qui n'a pas d'analogue dans l'histoire de l'historiographie. Sa langue impitoyablement réaliste dit. Et là où son s'élève à sans il cœur est de la partie. mais à l'origine de la ville. C'est une preuve du bon goût de la famille.

(Cf.) C'est dommage que pour le style et Machiavel ne il lui ait rien appris. . de Grse- vius. depuis 1574. 46). L'humaniste vénitien Brutus fut leur homme. en Transylvanie pour continuer l'histoire de Hongrie de Bonfinius. mort vers 1594 en Transylvanie. sur l'invitation d'Etienne Battori. Ce lettré sans patrie était comme fait exprès pour la besogne. 29. de plates et oiseuses explications délayent la matière jusqu'à lui donner vingt fois plus d'étendue que chez Machiavel. Et il n'en est pas moins absolument dépendant de Machiavel. Brutus a aussi pour la première foislesœuvres historiques de Contarini {voirp. Antiquit.44) de Facius (p. VIII. ait. à la cour de Vienne. Lyon 1562. Des discours sans des généralisations dépure rhétorique. outre la préface. Il a beau louer son genus scribendi ingenium. Gianmichele Eirutus. tantôt déguisée. Nous donnerons comme échantillon de sa manière d'écrire le commencement de la réponse de Piero de' Médicis à une demande en grâce d'Angelo Acciaiuoli qui s'était réfugié à .BRUTUS 83 cin- Chronique de Giovanni Villani. né vers 1515 à Venise. ne lui fut pas difficile de conduire son travail tout à fait dans le sens des grandes familles de Florence que les Médicis avaient chassées du pouvoir il leur dut d'ailleurs maint renseignement précieux sur les laits. plus tard à Gracovie. p. Thesaur. reste Cicéronien. après la mort de Battori. la manière humaniste. — Brutus. édit. Il était habile écrivain et n'avait Il pas d'opinion à lui. tantôt ouverte. nommé par Rodolphe II historiographe . II. Leurs de faire sans réserve l'éloge des ennemis n'en jugèrent pas moins nécessaire d'opposer aux derniers livres de VEiUoire florentine une narration anti-médicéenne. 4. son livre n'est intelligible que quand on le considère comme une constante polémique. Gr. dans le recueil d'histoires édité et hongroises de Bongars. pour de grands morceaux du quième et pour Il le sixième. se faisait aussi peu scrupule que ses prédécesseurs de prendre à ses sources des chapitres entiers presque mot pour mot. 11 écarta les légendes et les miracles avec la même rigueur que les humanistes. nous l'avons Médicis. Avec lui nous retombons en plein dans fin. Simonetta (à l'exception des événements intérieurs). était loin Machiavel. VIII (depuis l'avènement des Médicis à 1492) 1"^ édition. contre l'auteur de l'Histoire florentine. de bonne heure exilé' entre en relations avec Piero Vettori et Pietro Angelico da Barca. réimprimé dans 1. etc. principalement le passage 1. Il garde d'un bout à l'autre le ton d'un pamphlet haineux. Francfort 1660. 1" Florentinse historiae II. 2° Une vie de l'historiographe hongrois Gallimachus. It.

53 ss. G. mort 1540. Gioda. On peut se taire une idée de l'œuvre par la Préface à Pierre Gapponi qui est remplie des plus violentes injures contre Jove (édit. Angele. 15H6). id quod eras vehementius facturas alque effusius. facile patior : quemadmoduin scribis. M. Est enimid satis causse. Fr. en 1521 commissaire général des guerres des troupes pontificales. posse afflictis tuis e perditis rébus tuis ridere. gouverneur de Modène et de Reggio. M. 390. I. au service du duc Alexandre. Parue 1859 en troisième volume des Cf. p. peu de temps après destitué de ses charges. mais sa version avait du moins un accent personnel. N. M. perche. Brutus met à la place une te istic rhétorique impersonnelle.84 iiisTuiui!. 199 ss. 347) Il riderc tuo costi (à Naples) : è cagione chio non piaaga. Barkhausen. — . E. Voici comment Machiavel le fait débuter (l. p. la narration proprement dite ne comet mence qu'avec Laurent de Médicis de 1492). après la mort du pape de nouveau à Florence. Francesco Guicciardini. Et voici ce qu'en fait Brutus (1. qui non. Ce plan ne fut pas exécuté. politische Theorien iti seinen « Opère inédite » (1908) premier chapitre.iopiaHQerei aNapoli. comme les précédents contre Machiavel. Mais la Slorin eut un tel succès que déjà en 1564 on publiait le reste (à Venise). cur ego minus hic lugeam secundis meis. VII. Ambassadeur floauprès de Ferdinand le Catholique. — Guichardin. après l'assassinat de ce dernier. etc. édition Canestrini. à l'exception des quatre derniers livres: ceux-ci étaientécrits au complet. cum facile Intelligam. passim.280). ridere licuisset. spécialement I. 251) et puis non continuée. III. C. L'ouvrage complet parut à Venise. séparée. sous Clément VII en outre Président de la Romagne. Avocat. L^Histoire florentine devait être continuée jusqu'au temps actuel les autres chapitres auraient fait de la polémique contre Jove. 2° Istoria d'Italia (1492 à 1534). Ecrite n'est détaillée qu'à partir en 1509 (p. G. Ranke. Brutus a d'ailleurs assez bien caractérisé la plume vénale du cupide jour: naliste. 75) Ego vero. ubi tibi in patna. 1567. rentin 1511 Ses œuvres historiques : 1° Storia fiorentina (1378 à 1509 . né 1483 à Florence. se tu ridessi a Firenze. il ne leur manquait plus que le dernier coup de lime. comme partisan des Médicis.. DE l'historiographie moderne Naples après l'échec dune lenlative révolutionnaire. A la mort de Guichardin l'ouvrage était terminé. Gs. Opère inédite. Machiavel avait violenté le texte de cette lettre dans le but de donner du caractère de Piero une impression autre que la vraie (Villari. Villari N. 0pp. Benoist G. mihi foris plane fuiase lugendum. de sorte qu'elle manque de conclusion (reprise d'une certaine façon dans la Storia d'italia). (1862). il favorise l'élection du futur grand-duo Cosme I*'''(1537). 111. Toutefois la f® édition(Florence 1561) ne donnait que les seize premiers livres (jusqu'à 1526). Zur Kritik. L'ouvrage fut tenu secret au point que jusqu'au xix^ siècle on ne connaissait pas son existence. . à . Nommé 1516 par Léon X. e le sue opère inédite (IfeSO) chapitre x.

tandis que Guichardin n'a pas d'égal parmi ses contemporains pour le soin et la critique dans l'usage des sources. La manière de voir moderne sur Vlstoria de Guichardin a étéfîxée par l'article qui ouvre le livre de Ranke. LiTTÉRATimK. et il a des mots élogieux même pour un plagiaire éhonté et sot comme Corio. Il subsiste quand même une singulière contradiction. De l'autre. nous ne nommerons que celle qui a paru à Bâle en 1566. Il n'y a aucun doute que Ranke n'ait très insuffisamment apprécié l'importance de l'Histoire italienne pour l'historiographie. hallivi) leur forme moderne et barbare. le seul ouvrage d'ensemble que nous ayons jusqu'ici. Elle aurait notamment à examiner l'attitude de l'auteur vis-à-vis des sources. Le bon livre de E. En déposséder la Storia de son rang de source originale mais il n'était pas juste de refuser toute valeur à l'historien Guichardin. Parmi les nombreuses traductions. Le manuscritoriginal avec des corrections autographes est conservé dans les archives de la famille Guicciardini. Les Italiens se sont plutôt occupés de l'homme d'Etat que de l'historien. Chose digne de remarque. l'indépendance presque absolue du jugement dont ne peuvent se vanter peut-être à égal degré que Machiavel. Guichardin (1862). il s'efforce d'excuser l'historiographie vénale d'un Jove. On eût dit que Ranke avait prononcé l'arrêt définitif. On peut l'excuser en disant qu'il était difficile à un jeune et bouillant combattant de garder la mesure dans son attaque contre une autorité comme Guichardin (Ranke a. 1X20) ont été ensuite publiés. Un juge équitable reconnaîtra que les défauts reprochés par Ranke à Guichardin se rencontrent en bien plus forte mesure chez tous les historiens du temps et qu'ils sont compensés par des mérites l'intelligence politique. A qui ne connaît pas Guichardin. à Florence. dans la 2° édit. On manque encore dune édition critique. schichtschreiber (1824-). corrigé quelques-unes de ses pires méprises). le plagiat d'autres relations.GUrCHARDTN 85 Toutes ces éditions sont expurgées en quelques endroits par égard pour la Curie. à ce qu'il dit dans sa préface. il déclare très bien informé l'écrivassier désordonné Bembo. en terre protestante. On serait tenté d'admettre que son jugement a été quelque peu influencé par la répulsion de cet homme pieux pour la conception cynique du monde qu'avait l'historien florentin. et garda aux expressions techniques [marchiones. discute surtout « la valeur morale » de la Storia et ne tient aucun compte des attaques de Ranke. Elle s'est principe. D'un côté Ranke blâme très sévèrement des défauts que Guichardin partage avec tous ses contemporains. Commines etVarchi. la littérature sur la Storia est assez pauvre depuis. amiralli. les discours librement imaginés. Zur Kritikneuerer Ge- — engagée par là sur une voie fausse. — — . l'analyse psychologique pénétrante. Ranke donnera l'impression d'une compilation maladroite et déloyale. les textes supprimés (réunis dans l'édition donnée par Rosini. il était juste de . tels que l'ordonnance par annales. Benoist. dans la traduction latine. renonça à traduire la Storia en latin des humanistes. son auteur Caelius Secundus Curio (Curione).

sa position vis-à-vis des P. en partie parce que le peu d'espace dont disposait Villari. — Remarques générales Machiavel. x. spéciales et une édition critique de la Storia. chap. 207 ss. telle qu'elle se présente à l'homme d'État et les généralités ne lui faisaient pas oublier le détail. 324. 486 ss. p. de remplacer les troupes merceil naires par des milices nationales (ibid.kix)? n'examine pas quelles circonstances ont bien pu à Florence et faire prédominer en Italie le système mercenaire.86 Guicharrliii HISTOIRE DE î. 1.). Ses spéculations peuvent mais elles ont le défaut géniales. Hist. 481 ss. ne lui permettait pas de repousser toutes les accusations de Ranke. mais elles ne sont ni profondes ni originales. Ztschr. la conduite de Guichardin pendant le premier soulèvement de Florence en lo27. 100 (1908) historien (en laissant de côté. 78 [1897]. chap. (Un seul point.l'ai essayé de donner. Villari — • sources). 11 ne touche pas à la philosophie de l'histoire. Zur Rettung des Geschicht>tchreibers F. Décrit-il (dans l'Histoire florentine. Il saisissait la situation politique réelle avec une précision et une connaissance des affaires dont l'utopiste Machiavel n'a jamais été capable.. une appréciation de Guichardin comme Hist. p. On n'avancera pas la question sans des recherches . Ces problèmes ne rentrent pas dans le domaine de la politique pratique. a été traité. 104 s. Ztschr. de ne pas assez tenir compte des besoins était bien différent. le boule- versement de la situation politique et militaire il en Italie qui fut la suite de l'invasion française? ne s'inquiète pas de connaître les l'infériorité causes profondes qui ont amené Parle-t-il militaire de l'Italie. Mais avec quelle maîtrise il a dépeint ce qui était accessible à son ! empirisme ! Quelle impitoyable précision Quelle sûreté de regard . xi). au moins de la politique usuelle. du projet de Machiavel. Il pratiques du moment. Il comme historien.. comme une addition à Villari par 0. rie.). partait le plus souvent d'une théo- aimait à motiver des événements historiques par de grands être mouvements généraux. HISTOHIOGRAPHIE MODKRNE a été iiour la prcinicrc fois défondu coiiirc Uankc par dans l'ouvrage déjà cité sur Machiavel (III. s'en tenait constamment à engagé dans la réalité. à dessein. G. Waltz. Guichardin la pratique. Malheureusement il n'a guère ébranlé les préventions défavorables de l'opinion traditionnelle. Ses sen- tences frappent juste.

xxxii). jugement de Guichardin critique est plus juste et mieux Quand un acte politique il et s'arrête à discuter com- ment la faute eût pu être évitée. mais fondé.GUICHARDIN ! 87 pour distinguer l'essentiel Quelle connaissance étendue des mobiles de Il la politique ! Quel sage discernement des possibilités pratiques ! est aussi dégagé des hyperboles des humanistes que des travestis- sements doctrinaires de Machiavel. — L'œuvre de jeunesse de sa compo. Hisl. avec la caricature fantastique qu'en la Machiavel. Sa personnalité est plus grande que les inspirations qu'il dut à d'autres. Rapports avec l'historiographie humaniste. — L'Histoire florentine . sa c&jiception de l'histoire n'aurait guère dépassé écrire. par l'époque sition. p. la série des ouvrages historiques florentins elle vient en tête par sa valeur intrinsèque. avait le vécu ailleurs. qui a donné à ses œuvres historiques une valeur impérissable. 368. Le génie de Machiavel donnait aux discussions de son milieu une portée universelle qu'elles ne méritaient peut-être pas d'avoir.. de Guichardin met déjà tous ces mérites en pleine lumière. le parti recommande est le meilleur relativement (Cf. L'historiographie de Guichardin est dominée de plus près que celle de Machiavel par la situation de Florence à cette époque. L'opinion des deux auteurs est au fond à peu près le il même. flor. le On ne saurait se représenter l'historien et théoricien que fut Guiil chardin sans les luttes constitutionnelles au milieu desquelles grandit. esprit âprement dédaigneux des règles générales était forcé de prendre parti sur les questions de théorie politique. C'est cette contrmnte. 2. Comparez les quelques lignes que Guichardin consacre dans VHistoire florentine à caractériser les armées fait italiennes d'avant 1494. Dans aucun autre ouvrage les noutrouvé une expression velles tendances historiographiques n'ont . ne prétend pas qu'avec sa médifficultés : thode on pouvait être maître de toutes les qu'il non. chap. Son entourage seul et les calamités politiques de sa ville S'il natale l'ont poussé à ^'occuper des problèmes de la politique. cet. VHistoire florentine n'ouvre pas seulement. pragmatisme habituel aux diplomates qui se mettent à Mais dans sa situation. autant et l'entente que l'intelligence aiguisée des affaires de Guichardin.

part l'ordre chro- nologique. x). X. devant le style plus classique de la vieillesse livre dans passage lira parallèle du premier de la Storia. Il veut instruii-e.. non ne se préoccupe pas du droit abstrait des principes. par exemple. n'était pas destiné à C'est pour sa propre instruction qu'il le composa. 99. sacrifice d'une p. Avant tout.!^8 HISTOIRE DR l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE aussi nette. qui disparaîtront plus tard. Les livres informes sont remplacés par des chapitres concis. tard. chap. plus en s'adrcssant au public il a fait à la forme humaniste le (voir plus bas. Pas litté- plus que ce dernier l'auteur ne tient compte des conventions raires. Peut-être pour mêmes raisons que l'autre. le l'historiographie analysante l'histoire. écrit — Guichardin n'est et pas sans préventions. le Guichardin ne retombe pas pour tout autant dans ton de la chro- nique romanesque. Il ne vise qu'à appendre quelles mesures. les Il met toujours le fond au-dessus de la forme. Nulle part — pas même chez Machiavel — A même.). dans : la Storia dltale lia. rien la rupture avec la forme humaniste n'a été plus radicale. En tout cas. parce que son travail la publication. Guichardin rapporte en discours indirect les arguments allégués de part et d'autre dans les discussions publiques. puis les Ricordi et les obserI). Pas dinlroductions artistement travaillées. qu'imposait la matière ne rappelle l'école de Brimi. Il du point de vue des Grands son jugement sur les démo- crates est inspiré par l'idée que seuls les membres des il vieilles familles possédantes s'entendent au gouvernement. sa langue est précise et sobre. L'attitude politique. Son exposition évite les détails inutiles. il Il avait coutume au clair. Mais n'écrit pas au service ou dans convertir. de traiter par écrit les sujets sur lesquels tenait à être (Cf. bonne partie de son indépendance 92 ss. ni influencer. dans une situa- . on ne plus que le roi Ferdinand voile che queste terre (d'Orsini) fussino un osso in gala al papa (p. Avec V Histoire florentine commence moderne. pas plus que de discours. ihid. de Il emploie à l'occasion des expressions la vie ordinaire. les Soliloques Opère inédite. Il l'intérêt d'un parti. raisonnement politique dans livre On ne peut guère comparer ce qu avec les Mémoires de Commines. vations sur les Discorsi de Machiavel.

— Mais comme son jugement est partial la Il ! Guichardin connaissait politique médiocre et les politiciens médiocres comme pas un. de le frate théorie préconçue. il encore. de Pierre de Médicis aurait. ne connaissait pas autre chose. cela n'existe pas les conditions politiques pour lui. p'. chap. n'était pas très bien disposé pour les Médicis. des raisons politiques s appli- ne s'étaient mises à la traverse. comme teur la Décima scalata. était arrivé par ses d'État.GUICHARDIN tion 89 Il donnée. Mais pas à tous. Certes. xxxii) gagné tous les jeunes gens. pas mieux que nous ne jugeons nous-même l'œuvre historique de cet humaniste. ne contestera pas en principe que n ait pu être un grand prophète. Des mobiles idéaux. narole le Un personnage comme Savoici trouve désemparé. xxi). chap. 221 s. pourraient avoir été les plus opportunes. (Cf. raffiné. 97 s. xvii). On aurait affaire alors à un uomo grandissimo faire car (p. Il n'a qu'un but : disposer de façon qu'elles soient autant que possible il favorables à sa famille et peut-être à son parti. peut-être parce l'au- que sa situation économique était plus favorable que celle de du Principe. mais son égoïsme politique le patriotisme. entrer des mesures financières dans le cercle de ses observations (projets d'impôts. d'autant plus que rien absolument lui ne permet de pas attribuer des intentions basses. Esprit plus vaste que Machiavel. tion religieuse. Il n'en a pas moins pu faire un portrait aussi s'il important et aussi vrai de Laurent de Médicis que d'une famille s'était agi ne vivant depuis longtemps que dans Ihistoirc il fit (Chap. pense-t-il si 373. études humanistes à la réputation usurpée d'un grand le homme Cela n'empêche pas Guichardin de juger très froidement. Il faisait une distinction entre Bernardo Rucellai la gloire littéraire et les fonctions politiques. p.. l'abnéga- complet. il fallait être tel pour simuler si longtemps sans se prendre 181. n'ayant pas. Il avait un peu plus de tenue que était aussi la plupart. Mais il n'exclut la possibilité que le dominicain ait été un politique . plus bas. L'intrigue et le calcul sont à la source de tous les événements . Mais eut le tort de juger tous les autres avoir la fille hommes d'après lui. 11 distingue entre le personnage et l'institution. ix). chap. La grosse dot que devait (p.) Sa partialité. Ce raisonnement pouvait quer à bien des cas.

Pendant ses occupations administratives et militaires dans l'État de l'Église. 303 s. Son sa partialité politique. Il parle bien de l'influence des affaires étrangères sur les destinées intérieures de la ville. i). . plus réfléchi. de familles durent encore — non oslante che. HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE Le tumulte des Ciompi a son origine dans une intrigue (p.) Actes. Cf. Le jugement est devenu plus mûr. ses doutes. non pas plus profond. Histoire florentine est pour l'essentiel puisée dans la tradition les cependant Guichardin alors déjà a consulté N. Le désintéressement politique surtout est incomprélui. l'impitoyable àpreté de son analyse psychologique. Mach. città. Il n'a compris que plus tard que de Florence géné- ne pouvait être exposée que rale comme lui vint une partie de l'histoire de l'Italie . Quelques remarques isolées annoncent seules le pessimisme de l'ouvrage ultérieur. son naturel n'avait pas changé. chap. l'aversifhi pour les règles théoriques. p. 11 il hensible pour politiques la ville était si exclusivement absorbé par les ambitions la qu ne conçoit pas qu'à Pistoïa. lui restait exclusion d'autres mobiles que l'égoïsme. des Otto délia guerra chap. après les vieilles querelles soumission de aux P'iorentins.. 1. mais il ne les traite pas pour l'histoire elles-mêmes. fait Dans son ouvrage de jeunesse. xxvii. Il — Le temps ne modifia pas les vues historiques n'était de Guicharla pas devenu un autre il homme lorsqu'il mit main au grand ouvrage auquel doit sa place il dans l'historiographie. — L'Histoire d'Italie Différence de principe entre l'Histoire d'Italie et l'Histoire de Florence.. 3. où sont mis sciemment en regard la pemersité et le bonheur démesuré du pape Alexandre lu VI. il avait appris à regarder l'histoire de Florence pour ainsi dire en . xxii). Ce qui a changé. l'appréciation d'après le succès. Guichardin juge encore tout à en Florentin. p. chap. 11 ne croit au désintéresseet encore conscrve- ment que quand t-il il est absolument démontré. din. 3. avendo perduta la amministrazione délia gran parte cessata (p. c'est son attitude vis-à-vis de son sujet.\. fussi in la materia per la quale gli uomini sogliono contendere 231. n.390. (Villari.90 politiques. et cette vue sans doute principalement de son activité politique hors de son pays.

mais parce qu'il ne se bor- nait pas à locale. Une écrivit autre innovation concernait la forme extérieure. chose inévitable dans une histoire États. Depuis qucCosmel'". avait consolidé son pouvoir. qu'il accusait d'avoir fait perdre à l'aristocratie la direction de . l'influence des opérations militaires sur les affaires politiques et vice versa — tous ces traits typiques de la politique. c'en était fait pour jamais de l'indépen- dance de la Toscane et des espérances des Grands. Guichardin le premier dégage l'histoire de ses attaches avec un Etat déterminé. avec lesecours de l'Espagne. la La mutuelle dépendance des connexion entre la politique intérieure et l'extérieure. Il ne pouvait repenser sans amertume à V inintelligente politique des Popolani. Guichardin son Histoire d' Italie en vue de la publicité. — Guichardin fut le premier historien sérieux qui rompit avec l'histoire toute locale et traita une matière universelle. 11 Il ne se sentait plus aussi libre que pour son premier travail. Blondus vit SQ^ guère qu'un médiocre compilateur. en était d'autant plus capable qu'il était intérieurement autant qu'extérieurement indépendant. crut devoir faire des concessions à un public formé par l'humanisme. il se trouvait en face d'un faitaccompH. Il n'a pas d'égal parmi les historiens qu'on pourrait citer n'était comme ses précurseurs. Sabellicus écri« officiosus » vénitien. Guichardin les a fixés d'une main sûre et en touches ineffaçables dans son histoire 11 d'Italie. L'universalité de l'histoire. l'histoire d'une unité géographique. la situation de son parti n'était rien moins que désespérée.GUir. en donner des fragments.HARDlN 91 étranger. particulièrement de la politique euro- péenne. Il trace pour la première fois un tableau exact de la politique internationale. Nous allons voir dans le détail de quelle façon ces circonstances ont modifié ses principes d'historiographe. Qand il entreprit son Histoire d'Italie. chez Jove Ennéades en on ne peut louer que l'intention. Lorsqu'il écrivait son Histoire Florentine. Et il avait vu le cours des choses renverser détlnitivemcnl ses plans politiques favoris. Ces expériences sont l'origine des deux plus importantes innovations de son second ouvrage versel de l'histoire et le pessimisme du : le plan uni- jugement politique. non seulement parce qu'il en avait la pratique et l'intelligence.

Sa syntaxe pas un tour littéraire. Ce serait une erreur de voir dans cette particularité de style une concession à l'humanisme. lui — Mais Guichardin a fait des concessions d'un autre genre. presque un adepte de servation scientifique. les héros de son histoire n'existent qu'en tant qu'hommes ! politiques. Concessions à l'historiographie humaniste. non sans raison. à Guichardin avec leurs nombreuses incidentes.92 HISTOIRE DE l'hISTORTOGRAPHIE MODBRNK il nitat. Et pourtant avait conscience de s'être mieux préservé de fautes morales grosque d'autres qui avaient plei- sières et d'avoir produit plus de bien nement Ce quand réussi. de blâmer Comme tous les pessimistes. Il décrit de main de maître le jeu retors de la diplomatie. Ses phrases peuvent être fatigantes. et les jugements de l'auteur moins sommaires. ? quand les autres ne valent pas mieux lui Ses expériences douloul'ob- reuses ont. il leurs blessures personnelles ne sont pas rouvertes. tonie de ses longues périodes oh a voulu relever le style plus naturel de l'histoire florentine com- ainsi oublient paré à l'ouvrage de sa vieillesse. . mais elles ne manquent jamais de clarté. Mais comme il fait resil sortir leur caractère avec quelle sagacité et quelle entente les dé- couvre les motifs réels derrière phrases des documents officiels! Son style déjà rend bien fidèlement sa pensée. : s'abs- tient volontiers à quoi bon s'acharner sur un individu. Un sentiment de résignation domine son jugement. Elle est déterminée par le besoin de rendre des événements compliqués exactement tels qu'ils avaient été obser- naturel.fait de un juge impartial. que de guerre pour lui et de politique. ici encore. on a reproché. laissant de côté bavardages et les anecdotes romanesques. Mais n'éprouvait pas plus de sympathie pour le nouveau régime des Médicis. mais la longues quée. tout aussi personvés. Au point de vue la monoesthétique. 11 ne s'occupe. Le style de la Sloria est tout aussi matière est plus complinel que celui du premier ouvrage. Il ne les relève que les points décisifs pour la politique. Du moment que l'État ilorentin n'ouvrait plus il une carrière à son ambition politique. lui devenait indifférent. Ceux qui en décident n'est que chez lui la forme répond absolument au fond. jugement nost pas dur d'habitude. il Sa vie ne lui avait apporté que des désillusions.

l'idéal encore Guichardin revint dans son œuvre de vieillesse à classique.GOICHARDIN 93 Même tion. 23). L'ordonnance par annales. Au lieu d'argumentations directes. il ne faudrait pas juger toute l'œuvre La seconde innovation est Vinsertion de discours. dans il la Storia il ne se jette pas tout entier dans cette direc- Mais se rapproche de l'école de Bruni autant que cela était réaliste. Ne nous étonnons pas que ces parties ne soient pas très bien réussies. Il se garde des pires excès des lettrés humanistes. Dans l'Histoire d'Italie dut faire violence à sa nature. On comprend aussi que des historiens militaires d'aujourd'hui préfèrent aux descriptions de Guichardin les intelli- gents rapports de Jove. la distribution par livres informes. Le silence des Ricordi florentine n'avait-il il suffisamment. compatible avec sa façon de penser Bien des détails extérieurs étaient sans importance. ci-dessus. Deux innovations furent très remarquées. et il ne crut pas pouvoir se soustraire à cette exigence. n'avait Mais il commandé des troupes qu'en sous-ordre.orceaux d'apparat. n'était pas : mal appropriée au sujet. Guichardin d'ailleurs n'interrompait pas récit comme les humanistes à chaque faits fin d'année par des rensei- gnements sur des divers (cf. et ce n'est pas par hasard qu'elles ont préla critique cisément été les plus attaquées par moderne. et un avantage c'est que le lecteur ne perdaitjamais de vue le l'enchaînement général. Guichar- din n'était pas absolument incompétent dans la matière. ne se refuse pas à faire les autres à la rhétorique humaniste. La forme cano- nique de l'historiographie antique demandait de grands tableaux de bataille. Aussi dans Y Hisles faits toire qu'effleuré militaires. La première est la peinture détaillée d'actions militaires. h'Histoire florentine n'avait pas suivi cette Ici mode humaniste. si si fort critiquée elle avait par Ranke. Plusieurs de ses discours renferment des éléments utiles à l'orientation du lec- teur et ne sont pas de simples m. fois il donne de nouveau il des discours. et il prenait inté- rêt à tout autre chose qu'aux problèmes de le dit la stratégie et de la tac- tique. et une cette concession faite. Par exemple. qu'elles aient moins de vie et de relief que les récits d'intrigues diplomatiques. Et puis croit plus il ne que de grandes manifestations oratoires puissent avoir de . p. Mais sur ces chapitres-là.

Guichardin se conforma sous un autre rapport encore à l'usage des humanistes. il les combinait si habilement qu'il il en sortait quel- que chose de tout nouveau. cercle vicieux ce serait un naïf Ces circonstances n'ont influé sur sa manière de . Pour l'opinion il moderne sur le Politique de la Renaissance. consulta les documents d'archives avec plus de soin que pas un de ses prédécesseurs. après à donner directement les vrais motifs qui ont prendre telle ou telle résolution. A côté des sources litéraires. mais honnête. Mais cela ne lui est échappé des met pas en droit de le placer au-dessous d'his- toriens qui ne sont ni aussi consciencieux ni aussi sagaces. erreurs. est. et ne se livraient à une composition originale que lorsqu'ils n'avaient pas de devancier. Si la politique apparaît chez lui sans scrupule et violente. seuls les fait de documents des archives florentines lui étaient accessibles. ne pas d'extraits d'autres auteurs 11 aussi capricieux. Presque tous prenaient parfois pour fond de leur narration des relations eh^angères. fait présomptions humanistes. cela dépend du sujet. mais remania fit l'original d'après ses vues personnelles. avec Clarendon fixé le et un des historiens qui ont jugement la de la postérité sur leur temps. d'autres. Mais même s'y prit tout il autrement que humanistes. et ces motifs réalistes sont aussi difïérents que pos- sible des clichés de l'éloquence officielle. La valeur de Guichardin. reste partial. Et comme celui-ci est d'ordinaire étranger aux considérations sentimentales.94 HISTOIRE DE L HISTOlUOGnAPlIIE MODERNE l'influence sur la politique. garde dans ses juge- ments historiques point de vue du politique pratique. outre il En ne fit pas une copie pure et Il simple. s'affranchit le de la rhétorique. en papiers d'État. ne pouvait se borner aux Actes par cette raison déjà que. Naturellement. il Dès Il qu'il parle en son propre nom. témoin principal. à côté de Machiavel. C'est à tort. il aime assez. non de l'objet. il ne s'indigne pas de voir de grandes actions politiques imposer à Il l'individu de lourds sacrifices. Guichardin alors il fit de même les à l'occasion. Vouloir expliquer Guichardin par les circonstances de l'époque. Et les éléments qu'il empruntait à ses diffé- rentes sources. Gomme s'il voulait protester contre les les discours obligés. aussi désordonnés que par exemple Machiavel. Guichardin est — Avec Commines.

xxvi). Edité dans Areh. — 2" Istorie florentine. Zur Kritik 39 ss. it. it. pas à une concep- tion exceptionnelle de l'époque.. La Storia par le d'Italia lut tôt après son apparition vivement attaquée parti des Popolani. non plus écrire / 4. 1. rien ne reste des deux autres que l'ouvrage devait contenir [Arch. IV. GiacominiTebalducci 2 (1853). mais à personnalité de l'auteur. deux versions (1570 Dans Arch. — Pîtti. Il — Ranke. Le premier livre seul est conduit jusqu'au bout. sade auprès du pape Grégoire XIII. C'est un heureux hasard que l'activité de Guichardin soit tombée en un temps de liberté de parole presque illimitée. 105). Bientôt après les hommes d'État purent bien agir encore ainsi. p. Un contemporain plus jeune. 1907. Cerretanis Dialog. mort 1589 teur 1558 sous 1° : né 1519 à Florence. Littérature. chercha. là-dessus J. stor. partisan des Médicis. né en 1519.. 3° Vitadi A. consul de l'Académie florentine. le récit est plus détaillé. ne traite que de VApologia Dialogo di Bartolomeo Cerretani fonte délie « Istorie fior. it. comme il l'a dépeint. Pitti. Schnitzer dans les Quellen und Forschungen zur Geschichte Savonarolas III (1904). Également inachevé. Cf. dans un dialogue vivement par- . En Italie particulièrement.PITTI 95 penser qu'en tant qu'elles ne permettaient pas aux hommes d'État de se livrer à des combinaisons autres que politiques et militaires. Rocca « B. Publié dans Arch. que l'historiographie aussi se crut en droit la Quand au penchant à ne reconnaître dans la faute n'en est la poli- tique que des mobiles égoïstes. 5 (mai 1886). Giorgetti. dans Miscellanea fîorentina di erudizione e storia. IV. A. mais. stor. it. » P. stor. Le dialogue de Cerretani dont le Sommario utilisé par Pitti n'est qu'un extrait. ». Mais il ne dépassa guère le commencement du siège. on se ressentait si peu de conflits ecclé- siastiques ou sociaux d'être partiale. défense des Popolani de Florence contre les Apologia de' attaques de la Storia de Guichardin sous forme de dialogues écrite après 1570 et probablement avant 1575. écrit (voir p. depuis 1494. 2(1853).. 1. élu séna1572 en ambasCappucci. Inachevé. Pitti ne voulait proprement narrer que l'histoire du siège de l'an 1529 et ne traiter les temps antérieurs que dans l'introduction. l (1842). Les livres suivants on n'a conservé que des fragments. di J. Jacques Pitti. Existe en stor. a été depuis publié en partie par J. le même sur lequel Nardi avait déjà et 1574).. Cosme F''. Jacopo écrit.

Il est possible qu'il ait touché juste sur quelques points. (p. été que comme enfant témoin de la plus grande partie de la révo- lution florentine et qu'il ne ne fait que répéter les récits fantastiques de vieux Popolani. a corrigé pour l'a le style l'exposé du Piale gnone un peu simple. à dé- fendre le parti du peuple de Florence contre les reproches de l'aristocrate Guichardin. Son introduction sur l'ancienne histoire de Florence montre combien lui-même était déjà étranger à la politique : ce tableau sans couleur. Pitti ne s'éleva pas 11 davantage au- dessus d'un esprit de parti borné. qu'elles pourraient suffire à confirmer juge- ment sévère porté par Guichardin sur l'incapacité politique des Popolani. il élève contre les Grands des déjà reproches insensés. De plus les erreurs véritables censurées par Pitti sont si légères pour la plupart qu'on voit bien quel petit nombre d'inexacti- tudes pouvait découvrir même l'œil vigilant de l'adversaire. il les accuse. empiré pour le fond en repro- . il est vrai. 37) sa peinture de la situation extérieure montre fort peud'inteUiet gence politique un optimisme bien naïf : de sorte qu'involontai- rement son Il il vient à l'appui du jugement défavorable de Guichardin sur que Pitti n'avait pas été ou n'avait parti. y glorifie le Peuple d'une façon puérile (toutes ses fautes doivent être attribuées à l'excès de sa générosité et de sa confiance) . s). Nous savons pertinemment aujourd'hui que emprunté presque toutes les données de faits de son second livre. Mais en général son Apologie justifie brillamment l'imparliahlé relative de Guichardin. Dans son Histoire florentine. principalement pour les années 1500 à 1519. faut considérer. Car beaucoup des allégations de si Pitti contre les Grands sont évidemment et si monstrueusement forgées le par la haine de parti.96 IIISTOIIIE DK L HISTORIOGRAPHIE MODERNE semé de locutions populaires quelquefois peu intelligibles. duisant. d'avoir soutenu secrètement la rébellion (p. cet enthou- siasme de collège pour la liberté ne laissent pas soupçonner que le sujet avait été traité par des hommes comme Machiavel Pitti a et Nerli. à un extrait (Sommario) de la Sloriain dia- logo délia mutazione di Firenze de Bartolomeo Cerretani (mort 1524) : son Histoire florentine ne peut dès lors prétendre à aucune Pitti il valeur indépendante. comme dans VApologia des Pisans 296 . Mais il les corrige nulle part.

marié à une sœur de Laurent de Médicis. mais plusieurs fois revêtu aussi des charges de l'Etat (1480 gonfalonier. il est question du pontificat de Jules II [15031513]). Ils avaient c'est à des dispositions pour l'historiographie qu'ils un plus grand qu'eux durent de les développer. . i° Bernardi Oricellarii de Bello italico commentarius. a.. en tout cas pas l'ers ISOO. Cf. — Les petits historiens florentins. J. p. 1. Publié avec la 2" édition du Belliim ital. Seul parmi les Florentins FUETER. Avec cette différence que Rucellai donne expressément son œuvre pour une traduction.RUCELLAI 97 D. 31). Schnitzer. comme depuis Ranke {Zur Krilik. 2° De bello Pisano. histoire de la lutte des Français pour l'Italie depuis 1494 jusqu'à l'avènement de Louis XII. — Rucellai. rhétorique humaniste plus que il Aussi son ouvrage de la s'inspire-t-il de la spéculation politique. etc. on le répète toujours (p. — rigée Ibid. qu'il cite. 30 de l'édit. avant la révolution occupé principalement d'études archéologiques et philosophiques (les célèbres Orti Oricellarii furent organisés par lui). celles de de Guichardin seules sont issues exclusivement des luttes constitutionnelles et des discussions politiques dans la Florence de leur temps. traduction de l'ouvrage de Neri Capponi et répéti- tion Palmieri (voir p. Mais le goût pour l'histoire leur vient surtout Ils de la littérature historique déjà existante. Ecrit dans les dernières années de la vie de l'auteur.) se retire du parti des Médicis après l'expulsion de Piero. 1484 ambassadeur à Gènes. xxx {Quellen und Forschungen 1'*^ édition. n'a fait non plus que traduire Capponi. écrit 7 en . 1733. ils dépendent de Machiavel plus que des événements dont ont : été témoins. ici Deux petits écrits historiques seulement font exception. Pour les autres historiens. Bernardo Rucellai. il semble n'avoir pas remarqué que Palmieri. Londres 1724. 2*^ corzur Geschichte Savonarolas III 1904). de 1733. du travail de — Le premier est une œuvre de transition. situation n'est pas aussi simple. né 1449 à Florence. Cerretani. Bart. historiens avant Machiavel. — Petits Parmi les grandes compositions de l'historiographie politique Machiavel et florentine. Bernardo Rucellai avait reçu nesse et de l'âge les impressions décisives de la jeu- mûr à l'époque de calme de Laurent de Médicis. mort 1514 à Florence. 85). la Eux non plus ne s'expliquent pas sans le milieu politique qui leur est commun.

p. il se complaît à des épisodes les artifices lui : qui appellent les ornements du style. et avec des corrections importantes. sans transition. : (même dans des négociations l'oubli voulu de la religion et de l'Église (plus déplacé qu'ailleurs Rucellai raconte l'expédilion de Charles VllI sans nommer une seule foisSavonarole). le ton moralisant et pathétique (qui lui a fait don- ner par Erasme 363 le titre de nouveau Salluste. s'efface devant la peinture d'actions militaires et d'affaires diplomatiques. les discours de colauxquelles l'auteur avait assisté). di otlime aavii. et pas un des meilleurs. nondimenoper la lingua. au milieu des lieux communs de la rhétorique. il professa vaguement des principes républicains. per gli ornati e acuti discorsi che faceva. On ne peut le ranger dans aucun parti fixe.98 latin. a du moins été employée par lui pour la première fois dans la littérature historique. c'est de la convention humaniste. Avant la révolution. xxix) dit du politique Médicis . Mais il a des passages qui témoignent d'une intelligence pratique.. L'ensemble est un mélange bizarre. en très petit nombre. il était du côté de son beau-frère Laurent de après. Opp . édit. di lettere et e molto éloquente. p.. Et à côté. fior. La considération politique dont il jouit semble ne s'être appuyée que sur sa renommée d'humaniste. chap. f appel constant fait au sentiment à la place de tout cela. des jugements avisés sur des situations politiques (l'expression d'équilibre politique. chez lui. la politique intérieure. ma seconda parère de' non molto giudicio. annoncent une nouvelle époque de l'historiographie. De plus. Guichardin y a pris quelques données. Le jugement de Rucellai est moins prévenu vis-à-vis de l'intérieur que vis-à-vis du dehors. la raison. des jugements topiques. 4). reposant sur une observation personnelle. En cela Rucellai est humaniste. IV. et HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE en un latin puriste. . per moite destrezze di ingegno. On peut appliquer à l'historien ce que GuiFu Bernardo chardin [Stor. s'il ne l'a pas inventée. même d'un archaïsme affecté. Rpars. : Rucellai uomo il di grande ingenio. era universalmente riputato savLsiino. Celle-ci a longtemps influencé l'appréciation de son œuvre historique. 326. [1703]). Bat. on trouve des explicalocalité tions compétentes sur l'importance stratégique d'une ou d'une manœuvre. Lugd. les exemples antiques rangés fiches. Tous de l'histo- riographie humaniste sont encore représentés chez les anec- dotes sentimentales. La psycholo- gie superficielle. les comme dans une boîte à lège scènes sentimentales.

pape de l'hérétique nous apprenons seulement le qu'il voulait mettre les évêques sur même rang que le pape et prêchait d'autres choses scandaleuses Si le (p. Append. Vettori partage avec Guichardin le le don de l'observation précise. tandis que . C'est une personnalité bien plus marquante que Francesco Vettori. Sommario de fait Vettori n'était pas une simple esquisse. Les régimes vantés de la France et de Venise. l'aversion pour toutes les jugement cynique des le phrases d'ornement et tyrannie le pessimisme politique. Luther à comparution de Worms. ne sont-ils pas tout aussi tyranniques Comme d'Etat Guichardin.Villani et Popolani supportent toutes les ? charges.t-il mondo senza rispetto e seconda —y jamais eu. VI. soit Mais il parlando vero délie cose a.. A Florence en particulier. .VETTORI 99 b. 293). fut de bonne heure et souvent employé de l'État. Aucun produit de l'historiographie politique ne se rapproche davantage du caractère de la Storia d'Italia que l'ouvrage de Vettori (publié par A. it. car le butin est si maigre. ailleurs que dans la République de Platon ? ou dans des utopies. n'en peut être autrement. mi pare che il sentino di tirannide (p. c'est que l'empereur le Charles pouvait par cet incident exercer une pression sur (p. 1848). politiciens. Sur la doctrine est mentionnée. von Sommàrio délia Storia d'Italia dal 1511 al 1527 stor. florentine mort en 1539. on semblent à le n'hésiterait pas à l'égaler au grand ouvrage de Guichardin. Reumont dans Arch. où les privilèges et la le pouvoir appartiennent à noblesse. Que installé l'on appelle ! gouvernement des Médicis di questo en 1519. 332). par exemple. dans les affaires il appartint pendant la Révolution au parti aris- tocratique des Médicis. lié d'amitié avec Machiavel etGuichardin. des gouvernements autres que tyranniques Tutte quelle repubbliche o principi de-quali io hocognizioneper isto- ria che io ho veduti. et les concurrents nombreux. En tout que les qualités qui cas il nous voir très nettement un observateur superficiel une originalité de Guichardin étaient propre des meilleurs hommes d'Etat florentins de l'époque. Né 1474 à Florence. 351). Vettori écrivait du point de vue de l'homme affaires et n'appréciait tous les aux événements politiques Si la que d'après leur portée politique immédiate. — Vettori.

il doit avoir été terminé au plus tard en 1553. 1055-4063. Réimpression 1859. pour I. souvent employé à des ambassades par Cosmel^''. zélé. Nerli le dépassait par son travail consciencieux. . lié d'amitié avec Machiavel (il parie. et surtout Lupo Gentile. Cf. — L'ÉCOLE DE Machiavel a. Machiavelli II (191i). les Médicis. Niccolai. 2. II et la plus grande partie du IIP) n'est traitée que comme introduction. fut après la restauration des Médicis un des ouvriers les plus actifs de la consolidation de l'Etat. Comm. p. g'ouverneur de Modène. né 1485 à Florence. Commencé et mené environ jusqu'au troisième livre en 1534 (p.. ne fut imprimé qu'au xviii*^ siècle par les soins de Settimani et avec la fausse indication du lieu d'impression. 81 s. Il jugement sobre. Augusta 1728. ainsi que toute sa famille. senté 1574 au grand-duc François par le petit-fils de Nerli. 1906. qui a été publié pour la première fois par Tommasini dans son N. comme beaucoup d'autres exposés historiques écrits sous Cosme I®"". F. Studi sulla sùoriografia fiorentina (1905). Nerli paraît avoir alors abandonné son travail. sur les instances du grand-duc qu'en 1549. de la constitution florentine n'avait plus d'actualité pour L'évolution était terminée. 138. de la part qu'il prenait aux conversations des Orti Oricellari). Vil. — . le prin- cipat des Médicis était délinitivement établi. 11 ne le reprit. 56). — — Son attitude le vis-à-vis du sujet.100 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE Vettori composa en outre un EloQium de Laurent de Médicis duc d'Urbin. Elles n'apprenaient plus à : l'historien qu'une chose les bienfaits qu'apportait la nouvelle monarchie. Philippe de' Nerli. son ouvrage. de' N. Ranke. en outre A. Les féroces luttes de l'ancien temps étaient à jamais éteintes. arrêté 1529 par les Arrabbiati à cause de ses sympathies médicéennes et gardé en prison jusqu'à la fin du siège. Zw Kritik. fait Pas tout à cependant. 60 à 70. dont il était parent mort à Florence 1556. il composa Commentarii de' fatti civili occorsi tiella città di Firenze dal 1215 al 1531 L'époque d'avant 1494 (livres I. D'abord il avait été personnellement : associé aux passions des derniers temps de la République aussi . topique.. de 1524 à 1527 sous Clément 'VU. L'histoire lui. Inférieur à l'auteur du Principe en pour le talent de synthétiser. — Filippo de' Nerli est de beaucoup originalité et plus distingué des élèves de Machiavel. en 1517 et 1522 un des Priori di liberté. — Nerli. L'histoire de la constitution de Florence : était pour Nerli ce qu'était celle d'Athènes pour Aristote elle le touchait assez peu pour qu'il pût la traiter scientifiquement. et son est vrai qu'il n'était plus dans la même situation vis-à-vis du sujet. comme Segni Bien que préle cite.

n'était pas absolument libre. III (édit. 110. Il abandonna il les explications individualistes. 27. Il garde la proportion entre les chapitres. Son histoire florentine est tout à affranchie de l'arbitraire et des inégalités de son ouvrage antérieur. livre de 1728).L ECOLE DE MACHIAVEL 101 quand il vient à parler des Républicains de vers 1520. — Chez aucun autre écrivain les fertile. a réalisé programme fait que celui-ci s'était proposé. Ce que Machiavel avait promis est accompli : l'histoire des partis florentins est seule traitée. Les grandes hgnes du développement ressortent nettement. 33. sur le point de savoir (Nerli tire ici bien préparé et en quoi a manqué des exemples de l'histoire de Judith) — pourrait trouver place. 288 ss. L'obi servation p. à l'exclusion de l'histoire des guerres. Cf. ne cattivi. Avant tout chez . III. tout. Nerli et Machiavel. une place éminente dans l'historiographie florentine. dans le célèbre chapitre de Machiavel sur les conspirations. est une réminiscence directe des Discorsi p. parfois mot pour mot. qui pourtant est dépassée. A la suite de Machiavel. Ensuite. essaya dans l'exposé de l'ancienne histoire de Florence l'autre.) sur l'assassinat du duc Alexandre (1537) la dissertation il — s'il la critique était du meurtrier. Nerli a avec conséquence à l'histoire les spéculations Il premier appliqué pohtiques et les prinle cipes historiographiques de Machiavel. que moite volte gran citta- dini capi délie Repubbliche non si sanno risolvere d'essere ne buoni (I. Les dissertations sont toujours en les individualités s'effacent rapport avec le sujet. il comme partisan et fonc- tionnaire des Médicis. V. semences de Machiavel ne sont tombées sur un sol plus Z)isco7'Si C'est surtout aux sur Tite-Live qu'il se rattache. Mais son talent d'historien et son intelligence politique donnent quand même à son œuvre. qui est plutôt introduite dans l'histoire florentine qu'elle n'en serait déduite. II Ce n'est pas : emprunta encore à Machiavel une leçon plus importante savoir que l'historien doit pénétrer plus profondément que le pragmatiste. Nerli n'a pas à soutenir une thèse. à côté de celles des deux grands maîtres. perd toute mesure. il évite les digressions. 3) et le passage du douzième livre (p. de dériver un régime de Tout cela ne serait pas même concevable sans l'histoire florentine le de son maître. auteurs de il sa captivité. liv. tel quel. le passage analogue avec Disc.

NerH est mieux que l'ordinaire historiographe officieux. tandis que Machiavel avait tenté de tracer des leçons universelles. comme appuie son jugement sur des considérations politiques. sans elle. 281. puisqu'il en ce prince ne pouvait être que le duc (Cosme). de 1494. Popolo grasso. VI). même cause a renversé la constitution tion aussi a été rédigée a benifizio e e comodo riore. Cette constitudélia parte e setta supe(cf. la non sur la préten- due sagesse et bonté sans pareille de dynastie régnante. les autres Florentins. du duc d'Athènes. Non pas Au contraire. Florence n'aurait la le choix qu'entre un gouvernement anarchique de populace et le gouvernement de classe ou de clique de quelques familles. l'histoire Au fond de l'ancienne Florence ne sert à Nerli que d'apologie pour des Médicis^ Cette idée revient sans cesse le principat comme un Leitmotiv. Nerli et les Médicis. 213) que Florence était ainsi. p. édit. de vouloir le ramener à son étendue d'avant 1494 mais race. du point de Ayant à vue de l'ordre qu'exige un État policier décrire la domination tion 80. liv. en est venue à avoir besoin d'un prince et que. non pas a benefizio de comodo universale est aussi p. Nerli insiste sur la protec- que le ty7'an accorda au Popolo minuto contre l'oppression du qu'il glorifiât les plébéiens. On C'est le voit. non des vertus spéciales de la . — Mais l'ouvrage repose tout entier sur une thèse qui n'avait trait qu'à Florence et au temps présent. 119. Il un théoricien politique.iOi lui HISTOIRE DE L MISTORlOOnAPHIK MODERNE plus que chez son prédécesseur l'histoire d'un : pour la première fois nous avons développement collectif. Milanesi 1860. lui fait dire Quand Busini (Lettere. Aussi les familles au pouvoir en 1434 ne un stato fermo ni à une Repuhblica pacifica. que pour Florence la seule garantie contre la domination exclusive d'un parti se trouve dans la monarchie. XII) est une réalité. Même l'histoire Savonarole envisagée (p. il caractérise bien sa et ce serait folie : Le pouvoir des Médicis liv. IV). liv. mais dans l'intérêt d'un parti. Tous les gouver- nements antérieurs ont administré non dans sont-elles pas arrivées à et la l'intérêt général. (p. position. la domination médicéenne tire selon lui sa nécessité précisément de ce que. c'est l'effet des circonstances.

l'école de MACHIAVEL (sEGNl) 103 La forme. 1. liv. Chez Lupo. il résolut de dépasser la période républicaine. comme le voulait Sanesi (ta vita di N. reçu à l'Académie de Florence (1540). Composé après 1553. Il — Pour la forme. voir ci-dessous (p. — Segni. après avoir achevé les quatre premiers livres. pas de discours à l'antique. sur Segni. il est vrai. b. L'ancienne littérature. zélé : ne voulait originairement traiter que les années 1527 à 1530. Scuola norm. la Vita 1821. etc. Gargani. Il pas bien est avant tout un lettré. attribuita a Nerli était vraiment un successeur de Machiavel. 110). et il est satisfait dès lui que l'ordre et le calme régnent dans thiques . Machiavel. Composé probablement 1547. marque la Segni avait été lui-même témoin d'une grande partie de la révolution florentine : mais il n'en avait guère été que spectateur.Lupo di Cosimo. p.. IV). n'allait Il était sans passion politique. homme d'action laisse aussi de côté la question économique. Pas de il réminiscences classiques. Bernardo de la ville. à des affaires ecclésiastiques. Il — G. S. Les deux écrits imprimés pour la première fois Augusta (Florence) 1723. il Les Médicis ne la sont pas sympa- mais quand pense à conduite tumultueuse des Arrab- . Il a composé Segni. 1896). ose même toucher Non pas. Les Istorie éditées 1857 par 1° Istorie florentine (1527-1555). a été rendue inutile par Gentile Studi sulla storiografia fiorentina allacorte siip. oncle de Segni (1527-28 gonfalonier de Florence). B. 2° Vita di Niccolo Cappoui. resté sans fortes attaches politiques. entre 1535 au service du duc Alexandre. premier travail approfondi démonstration que la Vita Capponi est bien de di Pisa XIX). passe aux Médicis après la chute des Optimales. de peu de valeur. Contre toutes les règles.1905 [Annali délia R. La langue est simple et naturelle. né 1304 à Florence d'une des plus anciennes familles humaniste. bien qu'il distingue avec plus de précision que Machiavel les partis de la vieille Florence d'après les classes sociales. mort 1558.. et son intelligence politique loin. l'Etat. nommé sous Cosme I®'' podestat d'Anghiari. de Giannotti. Segni transition à l'histoire traitée littérairement. Nerli est plus positif encore que a plus résolument rompu avec l'humanisme. ser (il s'agit de quelques moines qui prêchent contre Savonarole des scrittori eccellenti nelle storie distese e ornate garderaient certaine- ment Cet le silence là-dessus. la Segni et non. sans s'en excu. M. 76. C. Sur la biographie de Capponi.

ne revint pas tout à et fait à la façon des humanistes. Il eût été étrange que les pre- miers n'eussent pas finalement étouffé ce dernier. Garg. avait été com- posée encore au point de vue de n'est l'historien. io so perché tu fabbia tanto ardire di venire ogni giorno in questo palazzo. des discours en règle se présentent à intervalles l'unité Pour l'amour de la de style. che siate più cauto. da qui avanti. ne da m me solo vi dico questo. Le langage comme chez les humanistes et des scènes théâtrales s'étalent com- plaisamment. anzi colla mente di molti. quand vel. io m avvertisco per bene ad esser piîi cauto. dando tante cagioni da far sospettare questo popolo. 1821) : Filippo. Les goûts humanistes avaient été dès Segni que le le début plus forts chez goût pour la politique. La tradition de Il Machiavel de ses élèves (de Nerli) avait trop de Il poids. prit pour modèle Machia- D'après ce modèle. adresser à Filippo Strozzi par Jàcopino Alamanni (p. Segni avait vu en face presque avec indifférence une crise politique . et avvertiate alla salute vostra (hv.). ^Histoire florentine est digne et abstrait que l'œuvre d'un styliste. édit. Pas très heureux. Mais ses considéra- tions restent à la surface et ses analogies sont souvent tout cxté- . io fo intendere.104 biati. C'est sur- tout dans la biographie de Capponi qu'il exprima sans déguisement cette conviction. il ne produisit que des imitations maladroites. l'avertissement suivant 53 s. . La Vita. il n'était pas à Il présumer que l'époque paisible du principat est l'affectât davantage. calculés. p. il plaça par exemple en tête de certains livres des dissertations de politique générale. dénotent un affaiblissement de son intérêt politique. Des mots historiques sont délayés ia avec une abondance cicéronienne. la HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE domination de Gosme lui semble un moindre mal. Dans Segni avait fait biographie de Capponi. Alamanni tient un langage plus châtié Filippo. perciocchè molti sono che vi notano e che vi hanno insospeUo. essaya d'un compromis. 49. : Dans non l'Histoire. les Florentins se drapent de nouveau dans toge classique. II.. che voi non siete ad ir su dal Gonfalo- niere. édit. quoiqu'assez médiocre. Il ne reste plus de place à Segni les pour l'importante donnée politique que Sienne le Arrabbiati ont trouvé à ! modèle de leur nouvelle constitution il Malgré cela. la remarquable que les six années déjà qui séparent biographie de Capponi de l'histoire florentine.

Lupo Gentile. comme Cavalcanti. occupé de travaux 1° littéraires. de son livre La Vita e le Opère di J. Et pourtant Segni n'a pas étudié en vain Machiavel et Nerli. Sans stimulant du dehors. d'abord omis (1534 à 1552) et les passages supprimés. 111. Ranke. Imprimé à dernière Lyon par A. il compare les triumvirs romains Octave. Antoine II et Lépide. Jacopo Nardi. aux solides recherches de Lupo Gentile. ne réussit pas à établir entre les deux histoires une véritable liaison. à Charles-Quint. Arbib. adversaire des Médicis. . spécialement les guerres contre les Turcs.l'école de MACHIAVEL (NAROr) lOt) rieures (au 11* livre par exemple. La plus récente comme Vita di A. à embrasser l'histoire étrangère. LV ss. le seul qui ait paru. dans l'exposé de la situation intérieure. p. 1857 s. François P' et Soliman). Savonarola. Gelli. 2° Vita di Antonio Giacomini Tebalducci. il y meurt 1563. né 1476 à Florence. depuis 1534 à Venise. il Nardi était une nature de sous-ordre. Là aussi un Discorso sur l'histoire florentine de 1494 à 1512 imprimé d'abord chez Villari. Il a écrit : Istorie délia città di Firenze (1494 à 1552). (1861). (qui fait trop grand cas de Nardi à cause de ses pieux sentiments). par L. Lui non plus n'a de valeur comme historien qu'autant qu'il s'appuie sur les grands historiens le du passé plus récent. ou bien imité maladroitement. 1™ édition complète avec le dixième livre. Pieralli dans le premier volume. comme Mais il Machiavel. Cf. Il fait il ne se fait pas son esclave. Inachevé. Ecrit 1548. il traite avec un détail disproportionné les événements extérieurs. 103 ss. on voit transparaître quand la relation môme les fondements réalistes de ses devanciers. T. chercha. en est de Nardi comme de Segni. Sur le numéro Il 2. eût peut-être été jusqu'à la chronique. Sans l'Histoire florentine de Machiavel les (citée comme olcuni scritti) il aurait écrit l'histoire comme Villani. G. a rempli plusieurs fois des charges importantes. Florence 1597. 79 ss. — Nardi. N. Studi. 1^'^ édition. ed altri scritti minori 1867. II. cf. Sa narration adopte le style humaniste . 1582. A. à la rhétorique de fortes concessions . (1901) n'en était pas encore arrivé à l'Histoire florentine. Pour avec ses sources — question un peu compliquée — nous renvoyons c. 1838-41 . pour autant qu'elle intéressait Florence. Zur Kritik. banni après la victoire des Médicis (1530). spécialement après 1527. Dans les autres livres.

Ses personnages ont des mouvements naturels et leur langage n'est pas apprêté. il de grands emprunts au journal de Biaà côté gio Buonaccorsi (né 1472. Son maître n'était pas Bruni. à la chancellerie florentine cite d'ailleurs sa source). Le peu de mérite que possède fond des choses. mais Savonarole. Le plan de son ouvrage est curieux. Sans aller bien au la peinture des luttes politiques plus de précision et de relief que n'aurait pu en mettre aucun des une termi- anciens chroniqueurs. elle lui resta tout à fait étrangère. comme on peut l'attendre de notes autobiographiques. On voit qu'il avait à sa disposition nologie autrement précise et un apprentissage de publiciste. nous ne trouvons guère que des anecdotes détachées d'une authenticité très douteuse et des fragments sans liaison d'histoire générale. par exemple. comme un autre prince italien (ci-dessus.106 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE quelques dehors des historiographes humanistes. Et comme n'était Machiavel avait ébranlé l'autorité de la doctrine classique. Il la torture de la forme humaniste. occupé . . Son jugement a une couleur théologique les adversaires de Savonarole persone sensuali. 1498 à 1512. . Nardi contemple respectueusement chef suprême de l'Eglise. Il nous donne des souvenirs personnels. Les humanistes avaient traité le pape p. Plusieurs chapitres sont disposés d'après cette méthode. un châtiment divin. Avec VIII le prophète de Saint-Marc il voit dans l'invasion de Charles . Nardi met dans l'histoire de Nardi revient à Machia- vel et au milieu politique de la Florence d'alors. Nardi renonce expressément à raconter à nouveau ce que d'autres ont déjà narré et déclare que son intention est seulement de compléter par ses propres expériences les récits des grandes histoires. Mais au moins il est honnête. Mais Nardi ne procède pas toujours lait ainsi. La forme est négligée. Son les raisonnement n'est pas ne reproduit que vues du bour- geois moyen. de Machiavel. Pour les années de 1498 à 1512. le 16). en dépit d'études variées. la insère tant bien que mal dans trame de l'histoire. Quant à l'essence de l'humanisme. Sur les années 1513 à 1521. son Diario parut à Florence 1568 Nardi Son ouvrage tient ainsi le milieu entre les qu'il mémoires et l'histoire. il pas obligé de s'imposer fort. des personnes pieuses et intelligentes. Il il appelle croit de nouveau à l'action directe de Dieu sur les destinées des Etats.

cose di Pistoja). le titre Son dernier critique (Lupo Gentile) d'historien. pas empêché de se distinguer comme his- Varchi était un lettré Il . Il est en réalité le plus lui moderne d'entre eux. l'a il fuyait les périls de la vie publique. Zur Kritik. mort 1565. B. Benedetto Varchi. 1903 (dans les Annali délia R. Pistoiese. mais en philoIl sophe. Scuola Normale Sup. Sulle fonte délia « Stor fcor ù di B. IV. Cela est injuste. Cologne 1721. Il ne savait dans pas aussi bien que les personnes mêlées aux affaires. même il chez en Guichardin. relever des documents politiques les points essentiels en jetant au panier les choses insignifiantes . Du même. Cf. der Papste. ne jugeait pas les situations politiques avec la sûreté d'un écrivain formé par les affaires. 3. rappelé 1534 à Florence. Il ne pouvait s'appuyer sur une expérience semblable à celle d'un Guichardin ou d'un Nerli. adhérent pendant les troubles autour de 1520 du parti républicain et par suite en exil durant les premières années de Cosme. tout au moins en psychologue. Ranke. 89 ss. Sur l'accusation davoir utilisé indiquée par Pastor. mais il prenait à l'histoire un autre intérêt que celui du style. Renseignements biographiques chez Manocorda. de le (sur les sources pour des lettres falsifiées. mais son analyse psychologique embrassait l'homme tout entier. comme il appert de quelques renvois à des indications qui manquent.l'école de MACHIAVEL (vARCHi) dOT La composition est partir de la même que chez les mémorialistes français à Du Bellay. Homme paisible et timoré. Mais cela ne torien. 82 ss. mais la récolte de ses matériaux était aussi complète et aussi systématique que chez pas un. note 1. r^ édition. XVII). 2 (1907). la littérature cf. adonné dès le jeune âge à des études humanistes et philosophiques. Sa Storia inachevée. 1 tile. Assurément Varchi n'éprouvait ni passion politique ni besoin d'action politique. la dernière 1857-58. V. Moins profond que Machiavel et Guichardin. II. V. — Pise. chargé 1546-47 d'écrire des dernières révolutions de Florence. p. 1906 et dans le Bolletino stor. puis d'autres. — Varcbi. évitait . parce concède à peine que comme le Segni il n'a pas eu l'activité pratique de l'homme d'Etat. ne l'abordait pas en rhéteur. 392. Benedetto Varchi occupe parmi les historiens florentins une place tout à fait particulière. Gesch. né 1502 à Florence. Lupo Genl'histoire fioreniina (1527-1538) est — Studi sulla storiografia fiorentina (1905).

11 de Florence autant de place que est vrai que cette prolixité n'était pas uniquement de sa faute. sans les luttes constitutionnelles de Florence. : leur historiographie ne connaît que des gens mêlés à Toutefois.108 HISTOIRE DE i/hISTORIOGRAPHIE MODERNE revanclïc la couleur tendancieuse de l'un et la partialité politique de l'autre. 90) illé- que le duc lui laissait pleine liberté le . Capponi comme gonfalonier 1527) variamente discorso. On ajoute peu de foi à son affirmation (VI. scioperati. sopra questa elezione (de N. pour rien que Guichardin avait tine pour se mettre à écrire une Histoire Depuis que le sort de la Toscane se décidait à Madrid. On ou chercherait vainement une remarque pareille chez Machiavel Guichardin l'action. La liberté la de parole de l'époque révolutionnaire se perpétua d'abord sous monarchie. . 39) p. C'est dans l'ensemble plus que dans les détails qu'on s'aperçoit du manque de sens toire historique. Il consacre à dix années de d'autres à tout un siècle. Sa sage et froide analyse psychologique ne rencontrait pas encore de barrières. Non seulement elles le plongèrent dans la réalité politique. Il prôto une voix à la classe des indifférents ou des demi- indifférents. i ouali delle oose politiche dilettano. on n'aurait pas eu Varchi. si 17) : Fu dagli nomini parte prudenti. mais elles lui donnèrent la possibilité d'écrire comme il pensait. La génération de la nouvelle situation et le xvii' siècle. e parte dagli quali allra faccenda non hanno. l'historiographie restreinte à une localité était un anachronisme. sauf sous les déguisements de rhétorique. Le temps était passé pour une his- de la ville sous forme de chronique détaillée. on rappelle (Lupo Gentile. Cosme ne s'accoutuma n'était que lentement à duc lui-même pas encore l'Altesse Sérénissime du Varchi n'était pas obligé par des égards pour une cour d'adoucir le cynisme de son juge- ment. Soit! 11 n'en reste pas moins que l'Histoire florentine de Varchi n'est pas une œuvre tendancieuse et que les documents officiels ont été mis sans réserve à sa disposition. et que Cosme regardait duc Alexandre Clément VII comme gitimes et ne devait pas se sentir atteint par une critique dirigée contre ces deux Médicis. Ce n'était pas laissé inachevée son Histoire florend'IiALiE. Varchi n'a pas compris l'histoire cela. Remarquez cette petite phrase qui le trahit i (III. qui n'avait jusqu'alors dans l'historiographie florentine la pas de représentants.

Il accueillit en partie mot pour mot dans son ouvrage cyniques d'un Busini aigri par G. en limitant le champ. nous renvoyons aux dissertations citées de Gentils. S'il toire et s'il y avait eu de son temps déjà des chaires publiques avait pu choisir son sujet. Lupo les sources de Varchi. à sa demande. Que n'aurait pas produit Varchi.). lui fournit. Lorenzo Strozzi. — E. Rome au moment jusque vers 1574) autrefois Popolane. nous nous en occuperons dès maintenant. dans le La biographie chez celle les Florentins est même rapport avec des humanistes que leur historiographie avec les annales humanistes (voir là-dessus p.-B. caracnesi. à vrai dire. Guichardin et Nerli avaient l'avantage lui et qu'il était entraîné par son caractère consciencieux à rela- avec des détails Pas un historien de l'ancien temps n'est plus apparenté que Varchi aux bons historiens savants du xix^ siècle. en exil à où Varchi écrivait. — La biographie à Florence. d'histraité un plus considérable que dix années des sur ter pour lesquelles hommes d'Etat comme inutiles. ami d'enfance de Machiavel. avait obéi à des motifs politiques. pour ne pas scinder leur histoire littéraire.. ! si on lui avait assigné un sujet le plus vaste Il possédait presque toutes les qualités qui font : bon historien (je ne dis pas l'historien de génie) cité intérêts variés. avait aussi peu d'illusions idéalistes que Guichardin. 1 . Mais ses jugements impitoyaBusiNi (1501 Au reste. maintes informations sur les dernières années de la révolution florentine* (ses Milalettres ont été pour la première fois publiées complètement par G. 1860). 111 ss. les observations intelligentes et l'exil. mort 1549. capacité de travail infatigable. qui lui dédia son Arte délia guerra. pour bles ne sont naturellement rien moins qu'impartiaux.LA BIOGRAPHIE A FLORENCE Il 109 avait reçu mission du duc Cosme. 1523 un des ambassadeurs de la ville auprès de Clément Vil. 11 a écrit Le Vite degli uomini illus- . Busini était un observateur pénétrant et s'entendait à tériser un personnage en quelques traits. qui. né 1482 à Florence. Il ne tient des autres Il Florentins. indépendance d'esprit. — Strozzi. se retire de la politique. etc. 1521 l'un des prieurs. que par son scepticisme politique. Toutefois. saga- psychologique. il en aurait sans doute d'histoire locale. s'entremet plusieurs fois entre les Républicains et les Médicis . après la victoire de ces derniers.

Le biographe a résolu ce celle des païens. Des 77 biographies qui composent l'ouvrage. Str. Niccold Capponi de Segni (voir p. it. L'esprit de Machiavel et de Guichardin pénétra aussi dans la bio- graphie. d'après Arch. . Gomme les autres Florentins. Il ne niait pas en principe l'existence d'aspirations idéail mais quand est obligé de les mentionner. Ital. Stromboli 1802 (avec le Ragionamento de F. — Segni et Nardi. 103) est surtout importante l'opposition entre le La Vie de 1. il qui paraît l'avoir lésé dans ses intérêts privés. ment son sang-froid. En général fait taire dans sa narration les rancunes personnelles aussi bien que les gloires il légendaires de la famille. 41) voyait dans la tendance d'esprit de Philippe Strozzi ein rechtes Beispieldes Widerstreits modernenHeidentums mitchristlicher MoraU. il les Il amalgame. listes. Sur les plus anciens temps seulement. G. Bini et Bigazzi 1851). il n'a de repos que quand il a poursuivi la genèse d'une résolution jusque dans ses motifs les plus minuscules. Peut-être vis-à-vis de son demi-frère Alphonse. Reumont (Geschichte Toskanas. Filippo c'est d'ailleurs la plus détaillée).-B. 2.2et en tête de la tragédie de . Lorenzo Strozzi. Fil. n'ont pas besoin d'apologie. v. est un esprit de la même trempe que les grands historiens politiques. (1488 à 1538 Gran'ius dans Thés. accueille quelques fables. éd. Jamais peut-être parents n'ont écrit aussi froidement l'histoire des leurs. perd rare- comme Guichardin avec des arrière-pensées utilitaires. ne reconnaissait comme efficaces que des mobiles égoïstes. ZefTi sur la vie de Strozzi). la dédicace. ss. complète par P. Ant. dont les vicissitudes de la politique avaient arrêté avant l'âge l'activité politique et qui consacra ses loisirs à rédiger l'histoire de sa famille.i4 (1894) 1 — Cf. Str. (1847). La vie de Slrozzi père fut composée. Un bon exemple de paganisme moderne et la morale chrétienne. en 1537 (éd. une seule pendant longtemps fut connue. Il Pour lui il n'y avait qu'une morale. Il s'en faut que la vie de son illustre frère Philippe soit un éloge! Laurent expose les spéculations égoïstes de son héros et les intrigues de ses frères du ton paisible d'un Guichardin des choses : si simples I. Deux autres ouvrages sont moins caractéristiques. conflit. celle de son frère.110 tri delta HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE casa Strozzi. Niccolini. Bardi dans st. sér. vni. i'^ éd'd.

La biographie humaniste et — Les historiens huma- nistes ont cultivé la biographie avec presque autant de zèle que les annales. Pour celles-ci Tite-Live était leur modèle pour . l'antiquité. Son ouvrage est un éloge et il est bien écrit dans le style classique impersonnel du panégyrique ce qui lui donne quand même une valeur historique. dans la vie du commissaire des'guerres florentin Giacomini Tebalducci (1453-1517) ne doit qu'à des inspirations étrangères d'avoir dépassé le niveau des biographies humanistes. la première. fixe . par Luigi Capponi. Il donne ainsi dans sa biographie une page d'histoire. c'est que lauteur emprunte à Machiavel [nostro Istorico) des points de vue généraux pour l'appréciation des faits militaires et qu'il a pu encastrer la vie de son héros dans une histroire de la guerre en Italie. mais il un savant intelligent. neveu de Nicolas (cf. et fait ressortir d'autant mieux l'individualité de son héros que la toile de fond est peinte avec les vigoureuses couleurs de Machiavel. Studi. Remarques générales. ce fut Suétone. quant à en construire une histoire. Son héros est plutôt loué que peint. : — presque entièrement fait place à l'indifférence des lettrés l'autorité de la philosophie l'emporte sur celle du christianisme et la mort de Savonarole est racontée en des termes que Guichardin eût presque pu employer. Suétone logue zélé. On ne saurait nier qu'ici encore l'autorité de l'antiquité n'ait eu était une influence nuisible. : IV. Comme biographie. — — La biographie humaniste A. et le récit événements qui forment l'arrière -plan de l'activité publique des (presque seule traitée) de Capponi. Segni. n'offre rien de saillant. il réussit parfois à unir Nous ne possédons d'ailleurs l'ouvrage que remanié. Les problèmes historiques ne sont pas son affaire. un archéo- n'était pas historien.LA BIOGRAPHIE HUMANISTE 111 comme elle a travail préparatoire à l'Histoire florentine. H se contentait d'ordonner ses matériaux dans un cadre sait ses forces. Nardi (p. ni au fond psychologue. cela dépas- . s'efforce ici encore dimiter Machiavel. Lupo Gentile. après la mort de Segni. La forme humaniste du panégyrique a tellement dominé que les pieuses dispositions de Nardi ont l'élégance classique au caractère populaire de l'exposition. pour le style. peu de valeur. 39). En quoi le système de gouvernement de l'empereur Tibère se guste ? distingua-t-il de celui d'Aula Quelle place faut-il assigner à Horace dans l'histoire de poésie romaine? On ne trouvera pas chez Suétone de réponse à de pareilles questions. 105).

n'avait pu prendre place dans les œuvres de l'école de Bruni. Quels chefs-d'œuvre de caractéristique directe ne trouve-t-on pas dans les rapports et les dépêches des ambassadeurs vénitiens ! Que n'aurait pas fourni l'auto-biographie de Pétrarque {VÉpitre à la postérité) ! Que n'a pas produit un auteur espagnol contemporain. Mais libres. La tâche de la biographie humaniste. Mais leur propre histoire. et les humanistes le leur aurait fallu faire trop de sacrifices. d'indépendance de jugement de réalisme dans . l'expression. intercalait dans funèbres (cf. Semblanzas Obras de Fernân Pérez de Guzmân. de connaissance préet du monde. à l'exemple de Thucydide. Que l'histoire ecclésiastique ils eût de la peine à entrer dans le moule de Tile-Live. ils auraient avaient été du moins et fait profiter l'historiographie de leurs dons d'observation vivante de leur connaissance des hommes. et ne s'en différenciait et qu en ce qu'elle avait à glorifier un personnage non la politique d'un État.112 HISTOIRE DE LHISTORIOGRAPHIE MODERNE Les humanistes. était presque entièrement consapas remplir complètement sentaient eux-mêmes. comme on sait. de la nouvelle littérature. n'auraient vraisemblables'ils ment pas touché à des problèmes do ce genre. un but identique à celui des annales historiques. celle de phie. Il Ce n'était la tâche de l'histoire. Dus literarische Portràt der Griechen [1896] 144) ne relevaient. comme celles-ci. ne s'en souciaient guère. qui ne s'est pas laissé ravir son indépendance par le prestige de l'antiquité ! La littérature biographique italienne n'a rien de comparable é aux Generaciones. comme dans une sorte à. même sans Suétone. la vie du défunt que les . Elles suppléaient en tion. S'ils voulaient la traiter.'oraisons Ivo Bruns. L'Italie avait bien des dispositions semblables elles ont été étouffées en germe par la contrainte de la forme antique. Mais les biographies ne servaient pas toutes à cette destination. le développement de la nouvelle culture. ou du moins dépendante. même temps à l'histoire de la civilisa- La forme antique des annales crée à l'histoire politique. — Elle poursuivait d'abord Elle était officieuse. Aucun ouvrage humaniste biographiques en cise fait n'égale ce recueil espagnol d'esquisses de psychologie avisée. Les portraits biogra- que la rliétorique le récit de l'antiquité. la littérature la ancienne ne leur fournissait qu une seule forme.

fior. voulait. une conclusion inadmissible de rapporter le zèle des huma501). B.LA BIOGRAPHIE HUMANISTE traits qui 113 appartenaient à son activité politique. détachées de leurs représentants concrets. Les humanistes n'o- sèrent pas s'écarter de cet usage. qu'aurions-nous su d'elle autrefois ? L'historiographie moderne n'en est plus réduite aux portraits maladroits des chroniques elle est en état de reconstituer une personnalité au moyen d'actes et de correspondances nous savons ainsi qu'il se découvre des individualités très accusées là-mème où les sources littéraires ne laissent apparaître que des types conventionnels. lapapavté. (Masius. FlUPPO VlLLANI LEUR FONDATEUR Fiiippo ViLLAM. la personnalité qui est propre à cette époque. la civilisation) de son temps. comme C'est objets susceptibles d'un développement historique. Voigt. né après 1325 à Florence. 333). Nous n'avons pas autant de biographies pour d'autres pays. dans son portrait de Cosme de 1. On se trompe quand on croit que l'Italie était alors particulièrement riche en individualités. Médicis. 8 . si nous n'avions pas Commines Pour mieux dire. lieu d'une histoire des artistes. n'ont pas remplacé leurs recueils par de véritables livres d'histoire et donné par exemple. nistes pour la biographie à das scharfe Hervortreten der Persônlichkeit das diesem Zeitalter eigentûrnlich ist^ (G. de l'art et de la civilisation. = Op. les Ce n'en est pas moins un problème de savoir pourquoi huma- nistes n'ont pas fait un pas de plus. une histoire de La raison principale les en est sans doute que la faiblesse de leur culture philosophique rendait incapables de se représenter des abstractions telles que la poésie épique. le sentiment de leur propre valeur a bien pu pousser les humanistes (qui étaient pour la plupart self-made men) à cultiver principalement la bio! .) Évidemment notre histoire doit accorder plus d'attention qu'aux éloges officieux à ces recueils de biographies qui tiennent lieu de nos histoires modernes de la littérature. Machiavel lui-même croyait devoir s'ex'cuser vait quand. dans une histoire (de Trait caractéristique : Blon- dus. au l'art. — — Les recueils Je Biographies. consacrer des biographies spéciales aux savants et aux écrivains. : graphie littéraire. La biographiey gagna en importance. Blon- dus 61. neveu du chroniqueur Gio1. Wiederbelebung. Mais que saurions-nous de la personnalité de Louis XI. II.. qui dans ses décades n'avait pas eu souci de l'humanisme. Par contre. pas rigoureusement cette règle (Ist. \ . La prépondérance marquée de FUETEB. VII il n'obserI.

les œuvres conservées de la littérature romaine n'en pas le modèle. avait fondé artistes (voir p. G. La continuation de la chronique de son père Matteo ne Venise 1747). Ses jugements politiques sont étroits et bornés. F. par sa Vita di Dante. Ue . La 2« partie seulement. en relation chronologique : cela était nouveau ofl"raient . Il s'appuie complètement sur Boccace. non pas seulement rassembler des anecdotes curieuses sur les poètes et les artistes célèbres. Galetti 1847). mais mettre leurs vies. Mais faire l'art et la civilisation. Liber de origine civitatis Florentiae et ejus- Composé 1382. 5) Boccace. ne donne de place qu'à l'antique. à l'occasion. V. Mais cette cellule primitive s'enfla peu à peu en toute une collection de biographies. de tous recueil — et cela restera l'usage — non plus par les théologiens. à côléde Il la manière italienne moderne. son exposi- tion est traînante.). Villani n'est pas un grand Son style. Des auteurs anciens avaient aussi célébré les viri illustres dans des recueils. et. Cf. la de la civilisation. professeur de jurisprudence à l'Université de Flo: rence. reproduit sans critique tradition légendaire des anciens temps. En revanche. 1904 {Indagini di storia letteraria 35 biographies. Mazzoni. malgré le remaniement de l'ouvrage par Salutati. nous regarde pas ici. — — e artistica directe da G. 9 s. longtemps seul connu. Et ces flo- biographies de Florentins célèbres s'annexèrent à son histoire rentine comme une fait sorte d'histoire artiste. Il n'avait eu d'abord d'autre intention que de remanier sa vie de Dante. et la manière dont il parle des ouvriers et du peuple est dictée par la haine aveugle du riche il Popolane menacé dans sa situation. de ranger ses figures dans un développe- ment historique. a écrit deîu famosiscivibus. Philippe Villani fit la biographie des et introduisit un pas de plus ce genre dans l'histoire. un recueil de Le remaniement italien. mais les vrais humanistes commence son l'art par les poètes. la Ses portraits s'en tiennent à la surface. Il dédaigne spécialement médiéval. s'abstient de toute phraséologie. On trouvera chez lui les traits essentiels Il des biographies collectives de l'humanisme. est incomplet (édité d'abord par Mazzuchelli. a Il lourdeur du moyen talent âge. C'est un tout nouveau genre de biographies qui une histoire de de naissait ainsi.. n'a pas non plus grand Il pour l'histoire. mort après 1405. au moins extérieurement.114 HISÏOIKK DK L HISTORIOGRAPHIE ilODERNE 1361 vani Villani. est imprimée (éd. Calô. essaie même.

sans doute en V (pub. Celle de l'hu- manisme. L'âge classique. Ses articles biographiques. Le second livre. 2. . Nulle part nel.) son successeur dans sa chaire d'éloquence. vue de l'enseignement. latinisé en Crinitus. ne donne il le dit dans sa préface. Lucain y appartient. Décadence. d'histoire littéraire. Le livre teurs paraît n'avoir jamais été écrit. il ni de la poésie romaine en général. sur les auteurs qui plura in dies ac meliora scripse- runt apud Laiinos (Lucrèce. Il ni une histoire des genres poétiques. Tout au plus pourrait-on voir un essai de classement historique dans la division en cinq livres et dans les préfaces qui les introduisent. bien entendu. Mais cette répartition en périodes ne s'élève pas au-dessus du schéma primitif : Grossièreté des débuts. élève de Politien et (d'après Jove dans Elog. pris Suétone pour modèle il traite son sujet au point de vue de l'érudition et de l'archéologie. — Crinitus. se con- tente de répéter ce qu'ont dit des critiques anciens. et.LES RECUEILS DE BIOGRAPHIES (CRINITDS) 115 cette initiative est sortie une des variétés les plus originales de l'his- toriographie humaniste. — Grands tableaux historiques sous forme de biographie a. a écrit. Floraison. De poetis Pietro Riccio. Amélioration. sans doute sous l'influence de la division de l'histoire : par dynasties. Il écarta les fables médiévales (sur Virgile. 11 avait. en fut ainsi pour les travaux L'ouvrage de l'humaniste Crinitus sur les poètes romains est surtout remarquable comme premier essai d'une histoire de la littéra- ture. comme comme lui. qui vont de Livius Andronicus à Sidoine Apollinaire ne sont guère qu'un recueil soigné de matériaux. ne se permet un jugement personil Quand il parle d'ouvrages qui nous ont été conservés. en même temps que l'ouvrage de honesta disciplina) Paris promis dans Vadmonitio sur les grammairiens et les ora- 1510. mort vers latinis libri 1505. s'étend d'Au- guste aux empereurs Flaviens Virgile. Catulle et leur école) est le seul qui embrasse un groupe naturel. La forme biographique fut conservée Il même là où l'on était en face d'un thème proprement historique. de Florence. aussi bien que Crinitus a plus de valeur dans la critique historique.

imprimée Florence 1550. artistes. mais les études préliminaires remontent jusqu'à 1540. Ainsi. un ordre purement chronologique. Une autre édition La nouvelle a été commencée en 1911 sous la direction de Karl Frey littérature plus ancienne est rendue à peu près inutile par W. d'ébranler il comme le à Pétrarque. Il ne s'intéressait qu'à l'artiste lui-même. ne consiste qu'en ce appliqua pour première fois à l'histoire littéraire la méthode critique de Bruni. sous la direction de A. Kallab. parce qu'elles ne sont pas dignae tanto principe ejusque mérite. né à 1511 Arezzo. Il a écrit Le Vite dé' piu eccellenti Pittori. Commencé d'après sa propre indication 1546 à l'instigation de Paul Jove. Par contre. Perfection. Milanesi plan : 95) ne sont que des variantes du Il Première réaction contre la Barbarie. Kallab. Vasari n'a pas cherché à faire de ses Vies un ensemble historique. La crédibilité des auteurs anciens ne lui devient suspecte. Il ne mit pas en doute l'assertion de Saint-Jérôme. b. Milanesi 1878-1885. peintre et architecte. ses biographies n'avaient pas de . Giorgio Vasari. tout summa qu'il eruditione ! Son la compte fait. en — : — outre Adolf Philippi Begriff der Renaissajice (1912). élevé à Florence. n'a jamais pensé à grouper les artistes d'après des principes de cri- tique appliqués à leur style. A l'instar de Jove sans doute (voir p. que Sénèque avait été chrétien. que là la où un trait réaliste risquait dogme humaniste de dignité sublime de l'antiquité. Une 2^ édition très augmentée parut à Florence 1564-68. les L'histoire chez lui sert moins à enrichir connaissances qu'à l'ins- truction pratique (Cf. Une nouvelle et magistrale édition a commencé à paraître.il6 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE par exemple) et reconnut des faux modernes. éd. critique avec commentaire de G. Il suit. à son œuvre isolée. Vasaristudien 1908 {Quellenschriften fur Kunstgeschichte N. 44-64. Ses maigres le observations générales sur développement de II. occupé en différents endroits. Venturi le l^"" volume en 1896. en gros. rejette les fragments conser- vés par Suétone de lettres d'Auguste à Horace. F. il comme les prétendues n'osa pas plus qu'un autre toucher aux récits de l'antiquité. de portraits des Edit. XV.) Cf. comprenant la double biographie de Gentile da Fabriano et de Pisanello. 405 ss. ni à suivre le développement de la tech- nique. 65). ScuUori ed Architteti (de Cimabué à Titien. Vasari fît précéder ses biographies. La première version achevée pour le fond 1547. Elégies de Cornélius Gallus.) Sous leur première forme (1550). — Vasari. dans la 2<= édition. mort 1574 à Florence. Progrès. avec une brève esquisse de l'histoire de l'art plus ancienne). l'art depuis la Renaissance {Opère.

le contemporain de Michel-Ange. mière version étaient devenus un réservoir complet de l'ancienne En même temps Vasari avait essayé de donner au style plus de dignité académique. L'auteur disait juste ce qu'il savait . Cet avantage n'est pas payé trop cher par l'ab- sence complète de critique dont témoigne Vasari en face des anecdotes. Les légers croquis de tradition de l'art. Sans doute son œuvre parut en un faire moment favorable. il a traité dans ses biographies les artistes flamands. comme l'histoire des papes de Platina. porte un tout autre caractère. naturellement. si Vasari n'était pas historien. il avait négligé de feuilleter des auxiliaires connus. ne raison. sa jeunesse tomba sur une période où avant ne regardaient pas encore s'était fait comme grossier et peu intéressant tout Il ce qui le xvi^ siècle. Aucun n'a su comme lui fixer avec tant de vivacité d'allure la vie et les agisse- ments des artistes. fort estimés par ses compatriotes. lui disait rien). n'en donna pas moins une preuve de sens historique personnel.LES RECUEILS DE BIOGRAPHIES (vASARl) 117 prétentions littéraires. Vasari lui-même. toujours. Heureusement sans porter dom- mage tion à son remarquable talent de narrateur. avaient dans l'intervalle systématiquela pre- ment cherché de nouveaux matériaux. malgré leurs imperfections très sensibles. Le livre était tel que pouvait l'écrire un praticien de l'art la tradition orale et : des renseignements recueillis au hasard étaient réunis sans art en de vivantes esquisses. Sans qu'il pût s'en les artistes un mérite. On a relevé encore. et plus que lui de savants amis. en accueillant avec une chaude sympathie. lui à demi-classique. faut coniparer son le œuvre avec domaine de les meilleurs l'histoire des vieux recueils biographiques dans musicale ou même littéraire. les débuts de l'art nouveau (le gothique. Il n'a pas su résister à la . il ne s'est d'ailleurs pas cantonné en Italie. lui. et ne voulaient pas non plus faire œuvre de science. est vrai. qui parut dix- huit ans plus tard. il était dans ses jugements historiques plus objectif qu'aucun critique d'art d'autrefois. avec un mérite rare : Vasari s'est dégagé de cet orgueil municipal et régional qui est peut-être spécialement répandu en Italie (les pre- mières critiques lui vinrent de gens qui se sentaient blessés dans Il leur patriotisme local). rend encore immédiatement l'impression vive de il Pour se faire une juste idée de sa valeur d'écrivain. La rédaction définitive. Cette seconde rédacl'artiste. De plus.

V. inventer des épitaphes. ne sont que des recueils de notes. Facius commence parles poètes et les orateurs. la dis- documents et les libres créa- Vasari est antérieures. it. stor. C'est peut-être contre Vasari qu'est dirigé le recueil de biographies d'artistes composé vers 1550-1555 par le Florentin G. Des compositions Billi. et plus encore à Tschudi. Kallab. contrairement à Vasari. On n'y trouve que de faibles rudiments dune caractéristique individuelle. it. XVII.Mehus.xvn (1896) 32 ss. falsifié st07'. alors n'était des hypothèses sur des môme qu'aucun avantage personnel en jeu. à l'occasion l'histoire Sér. 118). des artistes florentins sont seuls nommés. 46) ne donne guère que des notices de lexique dans ses Viri illustres (écrit 1457. Sér. Sér. C'est la réponse de l'orgueil florentin à l'impartialité cosmopolite du citoyen d'Arezzo. Vasaristudien 182 comparaison avec Vasari. Il dit dans sa préface avoir écrit cet ouvrage pour se reposer de sa charge officielle d'his- toriographe. Giotto et Michel-Ange. — Petits ouvrages C'est de Villani que se rapprochent plus étroitement les œuvres biographiques qui traitaient un sujet actuel. en voyant Vasari donner pour vérités certaines des combinaisons arbitraires des sources.) — ss. v. ad majorem familiae gloriam (Arch. et les peintures de Pise sont expédiées en une courte phrase.stor. éd. publié dans Arch. it. Au point de vue du style. comme nomme le Libro di Antonio écrit entre 1481 et 1530. cet exposé sous forme de notes sèches ne peut soutenir la Cf. v.-B. descend ensuite aux . reste a échappé la tendance polémique de ce petit écrit. le premier véritable historien de celle qu'on l'art. On pense à Machiavel. Facius (voir p. et ne pas comprendre tinction entre des faits attestés par des tions de son imagination. L'ordre suivi est caractéristique pour l'historiographie humaniste. André Pisani n'est pas indiqué comme son maître. a. Pour Orcagna. — Facîns. des noms et des dates.118 HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE : plus forte des tentations il a. Dans le texte. Gelli (14981563) et édité dans Arch. Pour les humanistes les plus distingués. (à qui du 3. La plupart ont peu d'importance pour l'historiographie.vu (1891) et parFrey (1892). La préface déjà enferme tout le développement de l'art nouveau entre les noms des Florentins Cimabué. Florence 1745). Les fragments (non publiés) de Jove n'ont pu donner non plus qu'une impulsion générale. guère autre chose que les dates indispensables et les titres de leurs écrits. lui aussi. Il succomba à l'envie plus innocente falsifications et d'appuyer des conjectures et des inventions hardies.

stor. remonte aux princes (parmi lesquels quelques peintres et sculpteurs. Elles auraient eu également pour titre De viris illustribus. Quand il contemplait avec une .) disposées sur un plan analogue. Les biographies de contemporains célèbres d'ÂENEAS Sylvius (voir cidessous p. complète par L. — BISTlCCl) 119 aux médecins et aux théologiens. S. augmentée de 2 biographies dans le .LES RECUEILS DE BIOGRAPHIES (aENEAS SYLVIUS. Di V. le^vol. exposé. à ce qu'il paraît (1. de la Bibliothek des literarischem Vereins in Stuttgart 1842. Les il papes) humanistes et leurs Mécènes forment ainsi les pierres d'angle de son . mais provoqué par l'humanisme. cartolaio. 200 ss. Voigt. sont restées à l'état d'esquisse. VIII (1871). d'autres sont presque au point. Aeneas y travailla à divers intervalles à partir de 1450 environ il n'y fit plus d'additions. 347). mentionne rapidement et. Sa connaissance du monde et des hommes. Frizzi. Sa culture n'était pas plus profonde que celle d'autres artisans. 33 ss. c. — Cf. b. da B. libraire de Florence appartient à La collection de biographies du peine encore à l'historiographie humaniste. Kronesdans les Beitràge zur Kunde steiermàrkischer Geschichtsquellen. 1892-1893. en passant par les hommes d'État républicains et les condottieri. c'est-à-dire papetier-libraire à Florence (1421 à 1498) composa Vite di uomini illustri del secolo XV. mode ont morceaux ont d'ailleurs passé été d'un bon effet pour les biographies. n'a pas recueilli différentes dédicaces que Bisticci mettait en tète d'éditions séparées de ses biographies et qu'il faut chercher dans les éditions plus anciennes. G. Sér. Bisticci avait auparavant déjà fourni à des humanistes des documents biographiques pour des oraisons funèbres (III. cf. 1"® édit. PU II orationes m Lucques 1759.. Arch. Aeneas Sylvius laisse loin derrière lui le rhéteur Facius. — Bisticci. 139 ss. Frati dans la Collezione di opère inédite o rare. II. Plusieurs mot pour mot dans des travaux posté- L'original des Viri renfermait 65 biographies 21 ont péri avec les premières feuilles du manuscrit. Deux écrits plus petits dans la même édition III. — E. — Aeneas Sylvius. XIV (1894). L'auteur était par ses sentiments un représentant typique de la bourgeoisie dévote qui arriva au pouvoir avec Sanovarole. L'ouvrage appartient à un genre qui ne pouvait se développer qu'à Florence. Quelques articles ne sont que de maigres notes. chez Mansi. Cette édition. 1878. Même ainsi. les termine par un panégyrique du roi Alphonse. it. V. 324. F^ éd. juristes. d'ailleurs délectueuse. E. F. Pas humaniste. 245 et 289. Vespasiano da Bisticci.4) ne devaient servir que d'assises pour un ouvrage historique en latin. son habileté d'écrivain et son aversion pour la rhétorique à la rieurs. Les Vite. la part qu'il prit à la politique. .

jusqu'à la chute de cette famille . Il n'est pas étonnant que le goût moderne préfère ces récits sans art d'un ouvrier aux éloges glacés des humanistes. Mais comme ses dates sont habilement choisies comme ses dialogues et ses sentences sont d'une rédaction heureuse quelle vie dans la peinture de plus d'une personnalité Son horizon spirituel est borné. 11 ne savait pas écrire en latin et ses connaissances sur l'antiquité ont encore toute la confusion du moyen âge (cf. Son expression favorite. le Sfortias de Filelfo est un degiio libro. 1.201 etc. 1). il éprouvait le plus grand respect pour les coryphées de la culture qui gardaient dans la vie journalière une attitude digne et pieuse. Ses biographies ecclésiastiques ont une allure aussi édifiante que n'importe quelle Vie de Saint du moyen âge (cf. Lui-même n'avait pas reçu d'éducation humaniste. qui en présence d'étrangers hommes d'État et les lettrés. c'est : degno.4). tandis qu'il ne nous donne de Poggio qu'une idée très insuffisante. avait eu l'occasion de connaître mieux que ne pouvaient le faire des artisans la position occupée par les humanistes dans les affaires publiques et dans la vie des classes supérieures. Et il avait appris tout de même bien des choses. Ses jugements littéraires sont de seconde main. Encouragé seulement. le style souvent négligé. — Sabadino degli Arienti. qu'il les considère presque comme des gens d'un autre monde (ses jugements sur les hommes d'Etat en particulier sont souvent enfantins). par sa vocation. l'Histoire Flo- rentine de Poggio est une opéra molto degna. Mais il avait gobé quelques lieux communs humanistes (ses Vies commencent par la maxime que la gloire d'un grand homme dépend de son historien) et ce sont sans doute des productions humanistes qui l'ont encouragé à son travail. nistes : mais ! ! ! d. Il débitait tout ce qu'il savait. Le pape Eugène IV est un degno uomo. il donna dans son recueil la place d'honneur à un pape (il ne mêlait pas. On s'aperqu'une certaine distance les sépare de ses héros. sous le nom de princes des ecclésiastiques et des laïques) et mit à la actuelle. comme Facius. Giovanni Sabadino degli Arienti.) Comme la plupart des gens peu cultivés.120 HISTOIRE DE l. ce brave bourgeois n'entendait rien aux aspirations artistiques des humaçoit partout il connaissait à fond les lettrés comme hommes. comme ses ancêtres au service des Bentivoglio. qui dénote ses dispositions desprit en même fin les temps que la pauvreté de sa langue. dans le Proemio 1. né à Bologne avant 1450. son admil'Ita- ration était aussi peu intelligente que celle des gens du peuple de lie témoignent de leur vénération pour une célébrité indigène. La matière n'est pas ordonnée. Aussi n'a-t-il pas imposé de force à son travail le cadre classique.'llISTORIOGRAPlIlK MuDERNE fierté patriotique les champions fêtés de la culture nouvelle. C'est pourquoi il réussit des figures comme Niccolô Niccoli. L'exécution est toute médiévale Perché lo spirituale debbe tenere il principato in ogni cosa (1. Mais il n'est pas gonflé de son mérite. MaisBisticci. Ses biographies manquent du fini que les humanistes cherchaient à donner à leurs ouvrages.145 à 151.

1 la Curie. Ce n'est pas un effet du hasard que les deux seuls ouvrages qui sont mieux que des éloges conventionnels n'aient justement pas été composés par ordre supérieur. 2. Sabadino ne ménage pas les flatteries. C. du Duc . — Dallari. comme d'autres importations de Ferrare. 372). humaniste. y compris la personne travail et dont il porte le nom. a. et censurée par Cicco Simonetta. Écrit 1483. Il combiographies. puis avec Sfortiae dans vie à Muratori Script. né 1399 à Pavie. 1"^® Composé en Octobre 1447 les n°' 2 et 3 (Borsa. comme complète par Ricci et Bacchi délia Lega. la gaya polcella di Franza. et pour les dames qui étaient en relation quelconque avec les Bentivoglio. Vita Francisci (1401-1461.LA BIOGRAPHIE INDIVIDUELLE (dECEMBRI) (1506). Il a un faible curieux pour les héroïnes de la guerre. mort vers 1510. par suite sans position sous les Sforza . 1456-59 à Naples. dans di Curiosità letterarie o rare.. de 1419 à 1447 au service du duc Maria Filippo Visconti. sa biographie et la remarque p. Sabadino ne tient aucun compte de l'élément religieux (cf. — 1. Seule édiclare. puis 121 à Ferrare délie posa Gynevera qui a tion Donne commandé le poète de la cour. Boccace trouva à l'époque où nous sommes un successeur tardif dans poète de cour bolonais Sabadino degli Arienti. de 1448 à 1450 secrétaire du gouvernement républicain. Mais ce n'est pas un orateur malhabile. Ses Vies ont naturellement le ton de l'éloge. est traitée tout à fait comme une héroïne du Roland furieux. — Decembri.). Délia vita di de la Scelta S. qui pour plaire à sa souveraine Ginevra Sforza dei Bentivoglio composa un recueil de biole graphies de femmes célèbres (la plupart contemporaines). 34 le 223" vol. Trad. La biographie individuelle. — Princes et hommes d'État La biographie officieuse a naturellement beaucoup moins de valeur encore que les annales officieuses. 1467-76 à la cour des mort 1477 à Milan. mais présentée au désir Duc. en italien sur (Borsa. à la cour des Bentivoglio. PierCandido Decembri. c'est-à-dire toute le la l'exception des 5 dernières années). de 1450 à 1456 secrétaire à Este. impression Milan 1625. Non commandée. XX. 1888. Vita Philippi Mariae Vicecomitis (1412-1447). Même la Pucelle d'Orléans. p. 1888. il sait donner du relief à des détails pittoresques et trouver entre la nouvelle récréative et la moralité édifiante une moyenne appropriée au goût populaire. Il semble que le goût qui a créé les amazones de Boïardo et de l'Arioste ait trouvé bon accueil. 188). 402 ss.

comme l'autre des traits isolés et laissait au lecteur le soin d'en faire un tableau.X(1893) 5 ss. Wiederhela vie lebung 1. rangeait l'un après fragmentaires. du duc.512). . dont avait jadis traduit la vie de César (Voigt. le mal comme n'a pas produit il une véritable biographie historique. 358 ss. La narration devait s'en ressentir. Il se borne à magnifier dans le style d'usage les exploits guerriers de son héros. l'épouse de Sforza. lombardo Sér. la dynastie s'éteignait il était complètement indépendant. nous ne connaissons que par des notes Suétone. En opposition voulue avec la biographie du dernier Visconti la vie privée (Cf. Lorsque. Philippe Maria. HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE Commandée par Piccinino. lui manquait l'indépendance qui avait donné de et il valeur à son premier ouvrage. individualité. il s'entend bien à choisir les détails caractéristiques. travaillait sous ses yeux. l'oraison funèbre du condottiere M. Il pas à de l'homme ne sépare le même pas extérieure- ment ce quia de l'importance pour Pas de portrait d'ensemble. — Cf. n'éprou- comme Platina. 11. Decembri n'a compris que doit pas être traitée d'un souverain ne Il comme celle d'un particulier. pour un acte qu'il de vengeance posthume. Le sujet bien connu. Decembri écrivit la biographie du duc Philippe-Marie Visconti Il immédiatement après sa mort. stor. Borsa dans Arch. Il avait trouvé sous Philippe-Marie des occupations il satisfaisantes. il il écrivit sa vie la de Sforza. Son héros vivait encore. Pas plus que Suétone. ce n'est pas une caricature. Decembri.122 3. Decembri ne traite pas du condottiere. quatorze ans plus tard (1461). lui était avec son patron. et vait pas le désir d'user de sa liberté. Il avait servi vingt-huit ans le le portrait soit duc comme secrétaire. plus qu'aucun de ceux des biographies humanistes. chap. la peinture sait poser l'homme avec son suffisait Mais cette composition anecdotique ne d'État. Et malgré tout son réalisme. n'est pas étonnant que complet. connaissait Il Il fit donc part au pubhc de tout ce le bien. quoiqu'il en ouverte- ment parlé dans son autre ouvrage (auquel il renvoie souvent). souverain et ce qui n'en a pas. La politique la du duc n'est nulle part l'ob- jet d'un exposé suivi . I"). bien qu'à son gré insuffisamment payées. Un exemple du soin qu'il met à esquiver les faits désagréables : il tait la naissance ait illé- gitime de Bianca Maria.

— Tegrimi. Castruccio a tenté un jour d'écarter de son chele min. le Lucquois ne renonce pas. auprès duquel était envoyé et qui l'avait gratifié du titre de conseiller ducal. une Vita Castruccii Antelminelli Castracani Lucensis Ducis (mort 1328). Jamais on n'a trait aussi réaliste. son seul ennemi dangereux. Cette objectivité historique s'explique en grande partie par les . 1496. 1332 de Muratori. lorsqu'il fut envoyé (1494) en 1742.LA BIOGRAPHIE INDIVIDUELLE (tEGRIMI) 123 b. le père du More. venait d'entrer en relations étroites avec : un tyran. Tegrimi insère une histoire tou- chante de l'éd. la vie du nouveau Scipiade. Castruccio se maintient à l'aide de la corruption et de moines qu'il charge d'exciter les pauvres contre les riches. 1335). Seulement. de jugement. D'emblée il comme le Florentin. C'est le contraire. 1527). régularise l'importation des céréales et divertit le peuple par des fêtes somptueuses. l'admi- nistration et les tyrans. roi Robert de Naples : Tegrimi le raconte comme une chose toute naturelle (p. mort humaniste. juriste et posa. Il faut faire plus de compte encore de la biographie que le Luc- quois Niccolô Tegrimi compara à son illustre compatriote Castruccio Castracani. comambassade auprès de Ludovic le More. (Pour lui plaire. Pas une particularité caracmilitaire téristique ne manque au portrait. Castruccio pousse énergiquement à la bâtisse. l'introduction à l'édit. à son indépendance se refuse à faire de son héros fait un miroir de vertu. On s'aperçoit que l'auteur connaissait à fond Il la politique.) fait Par son origine. Pour la biographie. Lucques. Muratori. l'art d'un tyran italien un por- Tegrimi surpasse Decembri et Machiavel dans de faire ressortir les traits typiques. par des assassins à ses gages. Cf. employé fréquemment comme orator. puis entre autres. Modène. Sollici- masse . Script XI. lorsqu'il composa son ouvrage il il est écrit pour Ludovic le More.-ital. l'ouvrage de Tegrimi ressemble donc tout à la biographie à de Charlemagne par Acciaiuoli (p. Niccolô Tegrimi (né 1448 à Lucques d'une vieille famille noble. la Absence de tous égards. lat. Mépris de l'excommunication ecclésiastique et de tude pour la la superstition. p. de la Vita. 124). le emploi sans scrupule de cruauté et de la perfidie pour garder pouvoir. Édit.

Acciaiuoli le représente comme literis non modo latinis sed etiam graecis liberaliter institutus (éd. III. et aussi chez Muratori Script. (Cf. I. en dépit du sujet. Acciaiuoli raconte. ce n'est pas la faute d' Acciaiuoli.) Mais un républicain de naissance pouvait seul peindre un tyran avec ce calme cynisme. 1753. Campanus du pontificat de Pie II. Lesca. p. que la Vie de Charhmagne de Donato Acciaiuoli (né 1428 à Fioi'ence où il meurt 1478). p. 1. humaniste et homme d'État (d'abord dans une édition latine des vies de Plutarque. Script. Gomme il se trouve dans cette édition de Plutarque des restitutions latines des deux Vies perdues d'Annibal et de Scipion l'Africain. Script. C'est un éloge aussi. L'ouvrage fut composé quand une ambassade de Florence fut envoyée 1461 à Louis XI il fut offert en présent au roi. 1. et il ne rejette pas non plus sa croisade légendaire ni l'histoire de Roland. 2) fournissent des peintures vivantes. parce que les auteurs parlent par leur propre expérience. 2. G. III. . 25) que Charles avait parlé latin aussi bien qu'allemand. parut d'abord comme Epistola V. . comme Lessing déjà {Briefe. Rer. qu'il comprenait le grec. Il ne peut évidemment pas étaler ses sen- timents. A tort. 2) et la biographie de Nicolas V par Giannozzo Manetti (voir p. La dédicace à un successeur du héros aussi bien que la vénération de l'auteur pour le prétendu second fondateur de sa ville natale étaient des obstacles à l'impartialité. sans émettre le moindre doute. Sa cri. on a soupçonné Acciaiuoli d'avoir fait acte de faussaire. Rep. mais il n'oublie jamais que lui aussi appartient à une des familles dirigeantes. Mencken. mais ne savait pas le parler. des remarques louangeuses sont amplifiés par la rhétorique.124 HISTOIRE DE l'historiographie modeune Il sentiments républicains de l'autour. Des données précises sont remplacées par des tournures vagues. Pour l'essentiel il se fonde sur Einhard mais il remanie son texte à la façon humaniste habituelle. 830). — Petits ouvrages Trois seulement offrent des traits un peu remarquables. Campano (1892). dont il a été le poète de cour. ex. chez Muratori. ^0. Si plusieurs éditions portent « traduites du grec de Plutarque ». osl tier de son compatriote . Cf. dans les Opéra de Campanus [Rome 1495] puis souvent. Bibl. Au reste. Einhard rapportait (c. p. Germ. sous le n° 13 124) le fait connaître comme l'auteur de ces Vies sans malentendu possible. sans doute écrite en 1464. 1337. . ainsi qu'on pouvait l'at- tendre d'un disciple de Bruni. dans l'édition de Cologne désignée par Hain. A. les deux écrits veulent être avant tout des éloges. Manetti de l'activité favorable aux humanistes du pape qui avait fait de lui son secrétaire. La biographie de Pie II par Campanus (1429 à 1477. la légende de la reconstruction par Charles de la ville de Florence. qui auraient plus que toules les autres à perdre par la fondation d'une tyrannie. G. tique historique est pleine de contradictions. nommé par Pie évêque de Teramo cette vie. 1728). Sa dédicace (imp. pièce 25) le conjecturait. Rome 1470 ^ puis aussi dans Mencken.

Il s'est admirablement acquitté de cette tâche. il Mais tants saisit avec une clarté merveilleuse de la les points les plus impor- pour l'histoire civilisation — l'action novatrice de l'his- Pétrarque et sa continuation par Boccace. La Vita di Dante (plus considérable) a le défaut d'être conçue en opposition avec Boccace et d'amener par suite l'auteur aux juge- . a. Solerti. C'est encore Leonardo Bruni qui a fait le meilleur ouvrage et le plus original. Plutarque avait subordonné : la peinla bio- ture de ses héros à des tendances éthiques Bruni conçut graphie comme une portion de l'histoire. juge naturellement avec les préventions il humanistes et républicaines. mais à l'installation de l'empire) et motive d'une façon tout extérieure l'abaissement de les la culture sous empereurs parla prétendue extermination des citoyens romains. Fréquemment depuis. Boccace avait tourné la Vie de Dante en un hymne à la poésie. p. d. les auteurs ne donnent que des louanges de convention.LA BIOGRAPHIE INDIVIDUELLE (BRUNI) 125 3. elles aussi. que des d'un portrait individuel. Mais ne doit au poète florentin et au lui. Petrarca e Boccaccio scritte fino al secolo XVHI (s. Padoue 1472). il faut lui laisser le mérite d'avoir agité des problèmes réellement historiques. qu'elle a eue s'attache davantage à montrer l'importance pour l'histoire 11 de l'humanisme. Par des raisons politiques identifie l'humanisme avec le cicéronianisme (la décadence ne commence pas à l'invasion des Barbares. Cf. est La Vie de Pétrarque surtout historique.) parurent d'abord ensemble à Pérouse 1671 (la vie de Pétrarque seule. — Bruni. La meilleure édition dans A. Boccace Plutarque ont donné à Bruni il l'idée de ses Vies parallèles de Dante et de Pétrarque. — Poètes Au lieu et artistes La plupart des biographies exercices de rhétorique. Les Vite di Dante e Petrarca de Bruni (ci-dessus. Bruni ne devenue une véritable biographie la vie exté- donne qu'une esquisse rapide de Il rieure de Pétrarque. d'artistes ne sont. 19 ss. moraliste grec que cette impulsion tout extérieure.. Pour c'est en historien quil fait de la biographie. Le Vite di Dante. vers 1903). Si sa philosophie de toire est assez fruste. Paur dans l'ouvrage et cité page 7.

Il entre l'exagération hâbleuse et intéressant. — Albert! et Cellini. Toujours et est-il que sa Vie de Dante est un ouvrage consciencieux indépendant. choses toute fait justes. aurait décrit la vie comme un roman Il d'amour. Quanta ses créations poétiques. mais ce que la Commedia a d'original et de génial. de l'autre ne jamais fait il le cheval échappé. et n'accueille est aussi plus fidèle aux faits pas de traits proprement légendaires. que la famille est la base naturelle de l'État et que seul cet lui amour-là ce jeune est naturel. il n'égale pas son adversaire. b. selon lui. qui d'une part ne fait pas une gaie sociabilité. Parmi lini les Vies d'artistes. bien supérieur par là à toutes les biographies huma- nistes qui l'ont suivi. le dépasse. Bruni ne duire les jugements du que reprotrouve des commun lecteur. légitime et permis. comme tout ce que nous possédons de ce curieux artiste et l'un bohème: Il c'est aussi des plus vivants qui aient été jamais l'objectivité écrits. les traite sans contredit avec tout autrement de Il soin et de détail que son devancier. . Il le plaisir pris par le peintre à un modèle suit une tendance déterminée. Alberti n'a pas renil contré l'accueil auquel fallu croyait pouvoir prétendre. exceptionnelle listin. du Phi- est incapable dejugerl'artiste. Lui. mort en 1472 à Rome) est original. Bruni n'admet pas cette attitude cet argument raisonnable. les autobiographies d'Alberti et de Cel- sont au premier rang. il lui applique la mesure du bourgeois. donne au moins au lecteur l'impression d'une personnalité . Mais pour l'ap- préciation de Celui-ci l'homme Bruni et du poète. Boccace. porte son attention principalement sur les circonstances politiques au milieu desquelles Dante agissait. portrait qu'a Le peint de lui-même Leone Battista Alberïi (né vers 1404 sans doute à Gènes.126 HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE la ments outrés de de son héros polémique. Dante devient chez fait homme modèle. Dans le détail. flotte ne garde que bien peu de l'œuvre d'art. Boccace avait loué qu'il savait les poètes célibataires et transcrit sans gêne ce des aventures et réplique par d'amour de Dante. Il lui a bien mettre lui-même en lumière pour la postérité ses incomparables mérites.

De ce qu'Alberti parle de lui-même au parfait. en nomme d'insignifiants et garde le silence sur de plus importants? Mais Alberti avait-il l'intention de donner un catalogue de ses œuvres ? Et même alors. était-il tenu d'attacher la plus grande importance exactement aux mêmes œuvres qu'un historien de l'art du xix*^ siècle f (Cf. p. his dates are conflicting. En ce cas.LA BIOGRAPHIK INDIVIDUELLE (ALBERTI) Il 127 est aigri. d843. un exemple tout à fait analogue dans l'autobiographie de Cyrnaeus (p. . de la philosophie résignée des vieillards. 60) et que ce serait un cas bien exceptionnel qu'au xv* siècle. 208) tive. Ou bien il La Vita fut faudrait qu'il fût écrit par un ami tout à fait intime de l'artiste et inspiré directement par lui. mais n'a vraisemblablement pas d'autre auteur qu'Alberti. Il était anonyme. édition Bonucci. fois depuis. ne s'inspire pas.. 2° la lacune de la fin. Parmi ses travaux. Il y a des répliques directes à faire sur d'autres points. Il est peu vraile frag- semblable que la Vita. Mais deux 1° l'ouvrage a une origine contemporaine et est né faits subsistent dans l'entourage immédiat de l'artiste. . elle regagne en vivacité d'impression. Script. même les comme d'autres pâtit mémorialistes. Janitschek {Reperiorium fur Kunstgesch. Le récit s'interrompt brusquement. plusieurs entre autres en préface des Operi volgari d'AIberti. une biographie latine fût composée par un ami anonyme. ne soit que ment d'une lettre. souffre cruellement de de ses proches. Son œuvre n'en le pas ce qu'elle perd en impartialité. history of English philosophy : l'hypothèse de Bonucci est l'explication la plus simple. 39 ss. Dictionary of National Biography. resterait à expliquer pourquoi ses dernières années et sa mort ne sont pas racontées. en Italie. : Childlike vanity is the chief characteristic of the narra- His accounts of his literary friends and his mother are very incomplète. 188 à propos de l'autobiograalors le portrait de Cyrnaeus aussi serait il phie indubitablement authentique d'Edward Herbert de Cherbury (voir ci-dessous. dont ail mention of his serions stiidies. Les objections de H.) On ne peut démontrer absolument qu'Alberti soit l'auteur.. un faux. imprimée d'abord par Muratori. Il croit pouvoir dire fièrement il de soi qu'il n'a pas été là la un arriviste mais ne comprend pas qu'il n'ait Il conquis par faveur que d'un petit l'indifférence titre nombre de princes. [1883]) ne sont pas concluantes. VI. and he does himself an injustice by omitting almost which give him an important place in the and poetry. dont à peine un seul a lu Il de ses livres sur la famille. XXVI. comme le veut Janitschek. Le critique n'a guère bien compris le tempérament d'AIberti il faut se le représenter comme un Philistin éruditpour se scandaliser de ses hâbleries. il faudrait conclure que la Vita n'a été écrite qu'après sa mort ? Mais . Nous pouvons ajouter que nous avons. qui par- donne tout parce trop : qu'elle comprend tout. XXV.. du temps même d'AIberti. Bonucci déjà se prononçait pour l'attribution à Alberti.

Italia illustrata (lexique historique et géographique sur l'Italie. Originairement. Seulement. achevée probablement 1452. Masius. Roma triumphans (manuel des II. par la verve incomla narration. FI. et indépendants : savants. Kreuz. secrétaire municipal ville natale. conçue comme histoire 2" Une histoire contemporaine. mort 1463 : : Plusieurs ouvrages d'archéologie romaine Roma instaurata (topographie de la Rome ancienne avec quelques observations sur les monu- ments chrétiens) terminé 1446. matiquement disposé. imprimé vers 1471 . — Dissidents A. {0pp. Romanorum imperU décades. l'esquisse d'Alberti ne peut que passion. critiques et mémorialistes — Flavius Blondus el la fondation de l École Savante. Ces Décades ne sont ni une histoire d'Italie. 1474) . écrit 1460). Non comprise la dissertation archéologique De militia et jurisprudentia (supplément à Roma triumphans. dans sa 1° Flavio Biondo. aîné. 1571. éditée par 0. sur les Décades les deux travaux provoqués par Voigt de A. son parable de Mais on est trop entraîné. puis complétée en reculant d'où dix livres consacrés aux dernières quarante années. est plus forte. plus débridée. 11 La n'égale son devancier que par le naïf plaisir qu'il prend à se vanter. LItalie est bien au premier plan. à Dresde l''" édit. (Dissert. chez Cellini. drapâlir. comme d'autres que Blondus lui-même les appellent souvent. 0. Tous ces ouvrages dans lesOpera(Bâle 1559). Cf. Pie II fit des deux premières Décades un extrait humaniste. notaire de la Chambre papale. de Leipzig. Cellini revient sur sa vie avec beaucoup plus de salisfaction qu'Alberti. 1. — Blondus.). antiquités romaines) préimpression vers 1472. p. B. Première édition datée de Venise 1483. Historiarum ah inclinatione du moyen âge de 472 à 1440 en trente et un livres. 1'" senté 1459 à Pie — 1892. A côté de ce roman largement traité. Il a moins de culture que ce compatriote. 144 ss. V. Commencée 1440. terminé 1453. Bacci 1901). Bâle. nommé 1432 par le pape Eugène IV. Lobeck dans le Programm des Gymnasiums zum H. 1879) : . mais à côté l'histoire des autres pays est toujours résumée.128 HISTOIRE UË l'historiographie MODERNB L'autobiographie bien connue de Benvenuto Cellini (1500-1571) est tout à fait du môme genre (imprimée pour . éd. pour y penser. 1434 secrétaire apostolique. ni une histoire générale du moyen âge. la première fois à Naples [Colonia] 1728. proscrit 1423. né 1388 à Forli. distribué en quatorze régions [manquent l'Italie méridionale et la Sicile]. remaniée le texte original éd. en latin Blondus. vingt seulement aux mille années précédentes.

accommodé matière historique de manière à lui faire produire. Die QucUeii der Hist. traitaient l'histoire — Les historioAvaient-ils graphes humanistes la en artistes. d. — fois (1897) seize lettres. Mais à une époque oii l'histoire menaçait de tomber aux mains de virtuoses de la rhétorique. 3^ Petits écrits. Buchholz. Scuole ital. Entre la philosophie scolastique et l'histoire. il n'y avait pas de point de contact. Ce n'est pas sans raison que des chercheurs modernes ont appliqué à ses œuvres l'épithète de médiocre. Il n'est pas étonnant grande majorité des humanités aient porté presque exclusivement leur attention sur la fornie. manuel d'antiquités romaines intitulé 9 . était la — Blondus pleinement en droit de choisir pour plusieurs de ses ouvrages qu'il fit forme de lexique. certaine originalité. Ce {la. la que Ce ne fut pas un homme d'élite ni un grand historien qui inauun savant laborieux. son objectivité sans esprit et sans forme avait du prix. pour son Italia illustrata et sa Roma instawata première topographie sérieuse de l'ancienne Rome). C'est aussi un lexique que le FUETEK. 0. ? comme une œuvre loisible poétique. Les œuvres archéologiques et historiques de Blondus. surtout à ceux qui s'occupaient du moyen âge. Cela leur était d'autant plus que du côté des savants ils n'avaient pas à craindre de con- currence. Pourquoi Princes et Villes auraient-ils favorisé les travaux fondés sur la science historique? Le savant chercheur avait tout aussi peu à espérer des hautes Écoles. Mais au moins un fondement à peu près sûr tituèrent était posé. Blondus était ciencieux. et ses travaux consles historiens. Rapport avec l'historiographie rhétoricienne. cons- gura une voie nouvelle. L. Décades. pour des siècles le squelette qui servit à tous en Italie et au dehors. une impression d'art satisfaisante ils tenaient leur tâche pour accomplie. c'étaient des travaux préparatoires à une véritable historiographie. et même une Ce que Blondus fournit. Leur tendance seule rencontrait l'appui des autorités. dissert. Lobeck a publié pour la première 1881.FLAVIUS BLONDUS ET LA FONDATlOiN l)K l'ÉCOLR SAVANTE 129 de Leipzi"dans la Bibliot. Ht (1891) n°7. Golini Baldeschi dans la Nuova Rassegna U (1894) n» 34 et séparément 189S. non pas un penseur ni un écrivain dans le domaine de l'histoire. voir les Opéra. Gabotto et de p.

n'a pas d'histoire. avec indication des sources. Dec. s. instituta et triumphaj). celles-ci étaient muettes. Les Histoires de la décadence de Vempire romain sont aussi un travail d'érudition. rejetait la reconstruction de Florence par Charlemagne dit rien (Italia ill. Blondus ne nous donne pas une histoire. Mais tout à comme travail de critique et d'érudition. droit et civilisation [mores ac vitae. c'est-à-dire des prétendues annales d'Einhard sur les expéditions romaines de Charles sont ensuite réfutés (à tort) l'éd. aux plus anciens témoignages mais quand en général mettait de côté la tradition récente. 159 de de Bâle i5o9). Il estimait les États et les systèmes de ils gouvernement mesure du calme dont Il faisaient bénéficier les travaux litté- raires. . la sécurité et l'unité Il d'avoir donné à l'Europe de civilisation (Préface de Roma triumphans). Quand lui arrive de porter un jugement historique. Au fond. quand il son sujet était indifférent à fait Blondus. avant tout. Blondus. encore les extraits des sources sont rangés l'un après l'autre. par le silence Il du Liber pontificatis ne mentionne pas la . Flo- pour cette raison déjà que Alcuin n'en rentia . les dires d'Alcuin. non seulement quand elle contredisait les relations Il antérieures. Il loue l'ancien empire romain. ce jugement sent le savant de cabinet. lantiquité romaine. II. donne une note favorable aux périodes où des savants pouvaient vaquer tranquillement à leurs occupations. en diffé- rentes rubriques (religion. Aucune distinction entre des témoignages récents et anciens. La critique des sources est tout à fait négligée. mais un recueil de matériaux. 1. p. pour Blondus. Son idéal politique était issu de considérations naïve- ment à la égoïstes. une comme lui mauvaise aux méchantes gens qui osent troubler par des guerres ce paisible bonheur. n'a pas l'enthousiasme des humanistes pour les exploits guerriers et la vertu civique des Romains. au il moins en principe. croisade de Charlemagne . choses militaires. est remonté. Il ne s'échauffe que il tombe sur un archéologique intéressant. cet ouvrage est fait distingué.JO HISTOIUK DE L IlISTOlUOl. sans effort de composition. administration. v. C'est par leur ordre chronologique seul qu'elles Ici font plus que d'autres ouvrages l'effet d'une histoire. pour la première fois. mais ils ne sont en aucune façon travaillés.HAl'HlE MODERNE Roma Iriumphans. I. Les extraits des auteurs anciens sont cons- ciencieusement distribués.i.

qu'il se soit risqué échouait. payait au poids de il de légères traductions d'historiens grecs vailleur infatigable. fit exprès des voyages dans les une grande partie de légendes et miracles. il introduit assez adroitement une allusion à ce fait II le discours du pape Urbain au concile de Clermont (Dec. 163). p. chassé de ne restait rien pour et exploité le tra- sa patrie. Ceux-ci. des témoins tout ce qui il n'at- tribue pas à Pierre l'Ermite l'initiative de la première croisade {ibid. il comme des il Pour son Italia illustrata. à leur manière. p. il II. l'Italie. ajoute adduci non possum ut credam modestissimuni II. par la Curie . Gomme humanistes. p. savaient d'ailleurs. . Conformément aux plus anciens témoignages. Nicolas V . exclut Sans doute il se contentait d'apprécier les sources d'après leur âge.FLAVIUS BLÛNDUS ET LA FONDATION DE l'ÉCOLE SAVANTE 131 dans son récit dans 1. 1. Mais . Quand malheureux critique. apprécier ses travaux. imperatorem voluisse tantum omis etiam ohlatum accipere (Dec. exploité Aucun ouvrage historique n'a été plus — et les la plupart du temps sans qu'on il nommât l'auteur — que de les Décades de Blondus. 208). il Blondus fait n'était la certainement pas un grand historien. Mais avait plus pour connaissance du moyen âge et de l'antiquité romaine que tous les humanistes réunis. — Rien ne faisait manifeste mieux la conception que l'humanisme orthodoxe se de l'histoire. et d'écarter les impossibilités ainsi que les données manifeste- ment tendancieuses. que la manière dont de les ouvrages de Blondus furent accueillis par les fauteurs la nouvelle culture. III. lettres. ne possédait pas les ressources la rhétorique : on s'apercevait à chaque pas de sa lourdeur de les annalistes savant récompenses qui pleuvaient sur humal'or nistes lui furent refusées. 209). 1. Quand c'était possible. cet argument naïf ne montre pas une grande intelligence politique. Il tirait lui était accessible. et le il n'est pas rarement sur terrain de la haute a raison de rejeter — par que le le motif que les anciens au- teurs n'en disent rien — le bruit pape Léon aurait accordé à et les Charlemagne Mais quand il le droit d'élire les papes évoques en général. L'attitude des cercles humanistes vis-à-vis deBlondus. Il il ne pouvait plus s'appuyer sur d'aussi il élémentaires calculs de probabilité. consultait aussi des sources directes.

132 HISTOIRE DK iim> position inférieure I. Ce sans-patrie avait été amené par son ville. qui écrivit également sur commande mort entre 1507 et officielle. chargé deux ans après la mort de Merula (p. était dit-ilj n'y a plus eu de véritables historiens. 33). la chrétienté entière. Il est vrai que le choix du sujet ne permettait guère d'attendre une récompense auprès de la of(icielle. mais en italien l'histoire de sa patrie Calchi. Par sa Blondus était la son indépendance . — . p. c'est uniquement parce ne se souciait pas Il d'entrer en concurrence avec les historiens de l'époque classique. Nous n'avons aucune raison pour émettre des doutes sur pour nous enquérir de motifs plus profonds.). d'abord un meilleur styliste que histoire Blondus. Depuis il Orose. Au reste. p. Selon toute apparence inachevé. 11 écrivit Historiae patriae H. son tra- pas été vain. littéraire. Quelque peu de succès qu'ait eu Blondus durant sa vail n'avait vie. bibliothécaire à Pavie. Ses œuvres furent largement utilisées par ses antipodes. avec une part prépondérante pour si l'on Mais les papes souhaitaient. de Milan jusqu'à 1322. — Disciples de Blondus [Calchi et Pomponius Laetus). En outre. c'est aller trop loin que de chercher des tendances poli- tiques derrière la limitation des situation et Décades à certains temps. 2. de continuer sou histoire en même temps que Gorio (p. Les vingt premiers livres parurent . hist. 53). HISTORIOGRAPHIE MODERNB dans Un humaniste comme Bruni répugnait à se compromettre par une reconnaissance publique de cet historien trop informe (Cf Masius. s'en est expliqué lui-même on ne peut plus clairement. la personne de l'historien milanais Tristan probablement à Milan. voulait qu'ils encourageassent l'œuvre. papauté et de TÉtat de lÉglise au centre de l'exposé 56 s. il eut au moins un digne successeur dans Calchi. 32). XXII. séjour Curie à écrire non l'histoire d'une mais celle de l'Italie. prédisposé à une histoire universelle s'il débuta seulement par qu'il décadence de Vempire romain. né 1462 1494. la et sa tâche de grouper les renseignements confus sur période écoulée flo- depuis (comme Bruni l'avait fait pour les sources de l'histoire rentine). dont cette déclaration et on trouverait d'ailleurs difficilement des traces dans l'ouvrage. et surtout une la qui mit le développement de (Cf. — 1516. les stylistes humanistes.

pensa en effet commencer à si la mort de Matteo où Merula fut s'était arrêté. indiganda veritate minime diligentes inanibus verbis intérim stultitiis non mediocribus ingentia vohcmina replerunl l'original était V. 180. éd. Graevius) et cherchait à se débrouiller à l'aide de documents (en examiner dans voluptas. 189)? Calchi écartait d'emblée l'autorité de Vincent de Beauvais et de Martin de Troppau.. systématiquement sources d'une discours) qui pouvaient lui fournir des renseiIl gnements historiques.. Réimp. Sa critique ne se pas devant des diffi- auteurs plus anciens. Z^ II. qui utique recentiores et in et (1. mais un travail superficiel et une connaissance insuffisante des sources et de la littérature . les deux derniers vius. 1". Calchi aborda son sujet en érudit. Mais l'exposé de son prédécesseur. En même temps. dont on avait jusqu'alors accepté sans culté le témoignage. Il repoussait par des arguments très justes Il l'étymologie du nom des Lombards donnée par Paul Diacre. il l'élargit en se proposant la ville au lieu d'une histoire des Visconti. qu'il résolut en plein dans le sujet. remonta avec une fouilla bien autre constance les aux plus anciennes relations et autre sorte (lettres. fit usage de documents Il et d'inscriptions dans une plus large mesure. tout le travail. Ce qu'il blâ- mait chez Merula et ses autres devanciers. citait correctement les sources et ne disait pas Trogus Pompe'ius. ibid. 11 surpassa encore son maître Blondus. 1. plus solidement celle de tous les autres. Celui-ci était-il embarrassé entre les données contradictoires de d'Italie compilateurs médiévaux assez récents sur l'histoire x^ siècle au (Dec. Ant. quant à que Il l'exactitude des citations et à l'utilisation complète faite des sources. lorsqu'il insuffisant. mais . 1.FLAVIUS BLONDUS ET LA FONDATION DE LÉCOLE SAVANTE 133 d'abord à Milan 1628. Calchi érudit et critique. une histoire de de Milan Comme Blondus. II. Sa mission était simplement de continuer les Antiquitates Il Vicecomilum de Merula (dont à il avait été l'élève). put ainsi rectifier Blondus bien des fois. dans Grae- — Calchî se mit par son Histoire municila pale en opposition directe avec un ouvrage composé à manière ordinaire des humanistes. 1644. lui parut de recom- mencer d'écrire. p. Il fournit lui- même. 1. p. II. p. une besogne plus proprement. pour lui non mediocris taisait VI. ce n'était pas des défauts de style ou de composition. 183). Thés.

l.134 HISTOIRE DE l/llISTOUlOr. P.UAl'UIE MODERNE lit ajoutait ex Justino colligimus Il (1. contenta de façonner les matériaux il se . L. n'a-t-il pas été publié d'abord) et rejetait fabulœ sapit (1. Sér. évitait de déformer des citations (il de sources par par lii les embellissements du style nous a conservé aujourd'hui quelques renseignements lomb. faiblissait. p. — Cf. à lui aussi. XIX. VI. tirés de sources perdues. Sa critique. Les déclarations des condamnés ne sontelles pas documentairement fixées (par des publicae tabellae ? (1. XX [1903] p. p. Mais il ne dépassa pas une ordonnauce tout extérieure des faits. Arch. — Quelque mérite qu'il y ait à tout cela — comme historien Calchi n'occupe pas un rang supérieur à celui de Blondus. légende de famille des Visconti III. Il avait renoncé à des agréments de style comme d'apparat (que Blondus n'avait pas osé supprimer). ghin. jusqu'ici (1909-1910). 284). quand il n'avait plus une autorité à opposer à une autre. choix de la il matière les principes étroits des annales humanistes s'occupait Humiaussi d'événements ecclésiastiques. mais aussi parce que speciem 137 . Blondus n'avait pas été toujours loyal sous ce rapport). le savant Calchi est plus naïf que les vieux chroniqueurs. aussi son ouvrage anecdote sentimentale non seulement parce qu'elle n'était pas une attestée par de bonnes sources. A Blondus II n'amena aucun progrès . Il ne suivait pas dans le . tels que l'élévation des les discours liati. qu'un Giovanni Villani par exemple. 41 1) Dans sa confiance aux documents officiels. 186). Nulle part il ne poursuit l'enchaînement intérieur des événements. rassemblés par Blondus en pauvres manuels d'école. Son jugement est intelligent et indépendant. la Il blâmait la complai(1. p. Zabu- . antiquaire se rattacha Pomponius Laetus. né 1497 à Rome. Ît6. stor. G. mais à constater l'exactitude d'un fait bien accrédité. Jamais il n'a conçu le moindre doute sur la culpabilité des Templiers. III. Les observations sur l'histoire de la constitution sont maigres et superficielles au delà de toute mesure. Calchi historien. sance de Merula pour p. vol. 2 vol. VI. Pas de coup d'œil historique. Il reste rigoureusement annahste.

Il ne fallait suffisait de poser franchement le la passe aujourd'hui pour la haut fait critique de Valla. vers 15. F. Sabbadini. dont l'argumentation est même mieux conduite que de Valla (Peacock. V. filiive an nepotes fuerint. Ce que nous avons de mieux sur Valla comme critique. éd. L'authenticité a été contestée non seulement par Nicolas de a été réalisé par d'autres Gués. de Hutten. Lol- lardy and the Re formation in England. Cronologia délia vita del V. Sabbadini. Valla le premier brisa les barrières ainsi posées à la critique ordinaire de l'humanisme.LA CRITIQUR HISTORIQUE (LAURENT VALLA) 135 B.. et personne n'avait eu l'idée de vérifier l'authenticité de documents de l'histoire moderne. Publié d'abord 2° par Ul. Composé 1440. Gairdner. avaient. où se trouve le passage sur la donation. der Wissensch. l'évêque anglais Pieginald Peacock. Schwahn. mais par un homme celle tout à fait étranger à l'humanisme. Cf. und Kirchein in England im Jahrhundert 1904.. Ce qu'ils ont de remarquable. Sans doute les anciens humanistes. fut parmi les historiens humanistes le premier érudit . i5l7. S^udi sut Panormita e sut V. 1896 (Diss. ±. en général. Mais les récits des historiens anciens eux-mêmes étaient réputés sacro-saints. disputatio (avec deux Confatationes.. ss. éhminés. mon travail Religion p. Morando). Prisai Tarquinii . 1860. Luclus ac Aruns. v. critique pbilologico-bistorique [Laurent Valla). Pour troupas une sagacité extraordinaire. — La critique historique.. loyting of the clergy. Blondus L.. Wolff. 1440. et les récits de miracles. 1891) Duo Tarquinii. Ce qui ver ce qu'il a découvert. 55 ss. Comp.) Valla 1° 44 a droit à une place à raison de deux ouvrages : De falso crédita et ementita Constantini donatione declamatio. pratiqué la critique. p. adversum Livium. 1449. en outre M. Repre&sing of over- much p. R. zu Wien 1864 (et à part 1870). Cf. L'histoire ancienne avait été expurgée des fables médiévales. Ses travaux critiques n'ont pas grande valeur par eux-mêmes. 1908. 1893. c'est il le courage de leur auteur. 202 ss. question d'authenticité. dans certaines limites. Babington dans les ScHptores rer. Britann. encore. à commencer par Pétrarque. W. L. Dans les Opem (Bâle 1540) p. medii aevi. Barozzi eR. de Berlin). Valla fut le premier critique. c'est J. la preuve que donation de Constantin est un faux. Comp. ici — La (p.) Au point de . réponses à un certain B. 438 ss. Vahlen dans Almanach der Acad. (dans L. 359 ss. et aussi J.

136 HISTOIUE DK L'msTOnincUAl'HïE MODKUNF. 406 et la 26^ Epître. né i408 à Venise. en fermeté critique. Son inspiration n'a été recueillie qu'un siècle plus tard. par un plus grand que lui. pas plus que Giustiniani. Valla est. par des raisons linguistiques également. P. (Cf. Erasmi. Bernardo Giustiniani. par Didier Erasme. la question scientifique est fâcheusement emmêlée dans des considérations de humaniste politique actuelle des rois de Naples. l'avait-il un document. surchargées d'une rhétorique prolixe . Nous regardons comme plus importante corriïrer la tentative de Valla pour une assertion de Tite-Live et convaincre d'erreur mi des écriil vains canoniques de l'antiquité. l'écrit do Valla nest pas du tout remarquable. Les recherches critiques sont enveloppées dans la forme d'une invective humaniste. le notamment la préface à l'édi- tion des Annotations de Valla sur Nouveau Testament. fils de Léonardo Giustiniani. Encore Pétrarque devancé en déclarant inau- thentiques. les lettres d'af- franchissement autrichiennes. et la haine irréconciliable des pontifes de l'antiquité ne fut pas épargnée à l'auteur. en érudition et en universalité d'esprit. un ancien à un autre ancien. dernière édition dans Opus Epistolancm Des. étaient litté- moins faciles à copier que les particularités du style de lecole de Bruni. surtout son intrépidité en face de la Curie et des rateurs. Paris 1505. Il opposait. Ses qualités personnelles. après tout. est vrai. — -La critique matérielle {Bernardo Giustiniani). ibid. Valla ne laissa pas d'école. par un homme qui lui était bien supérieur en courage. la vue de méthode. qui a eu lui-même son rôle dans l'humanisme. . Allen [4906] p. formé par l'humanisme. S.) 2. ce qui l'his- distinguait son travail des toire lieu autres tentatives faites pour dégager ancienne des additions médiévales. éd. c'est uniquement qu'au elle s'en prenait à de se diriger contre un passage de chronique. sur le terrain qu'occupait depuis longtemps la critique . et sa critique ne touchait qu'à un domaine où des : corrections de détail n'avançaient pas à grand'chose n'en allait son travail pas moins plus loin qu'aucun humaniste n'avait osé s'aventurer. Le grand humaniste hollandais ne s'est jamais lassé de vanter les mérites du critique romain et de le défendre contre les outrages de ses concurrents jaloux et contre les inquiétudes des pusillanimes.

1. Ant Ital. T/ies. bien entendu). que le temps lui manqua pour achever plus qu'une faible portion de son allure. . Il Mais il pratiquait avec suite la critique des faits. com- pensés par des inconvénients. Avec Bernardo Gius- un homme d'État qui s'attaque à l'histoire. est vrai. Ces avantages étaient. V. il n'écrivait pas avec un mandat officiel . mais par leur culture lettrés et leur situation ils comptaient cependant au nombre des tiniani. le premier. 1474 procurateur de la République. il n'obéissait pas à il des tendances de publiciste. n'était (v. c'est humanistes. comme la plupart des autres. . tenait. s'il voulait se rendre clai- rement compte de travail aussi vite l'origine de sa ville. et aussi chez Grsevius. puis du Conseil des Dix. Giustiniani était qualifié pour sa tâche rien l'a été. en effet. comme Blondus. que Patricien de Venise qui. 1467. il comme rarement un histo- A une solide culture humaniste et à un vif intérêt pour joignait l'expérience politique et l'indépendance person- nelle . : Rapports avec la critique humaniste. — Ce fut aussi un critique éminent ticité (si l'on ne restreint pas le la critique à l'examen de l'authen- des sources). mort 1489 A écrit De origine urbis gestisque Venetorum (jusqu'à 809).. 36). Giustiniani ne peut. Valla et Blondus étaient sur bien des points en opposition avec leurs confrères . mais aux recherches historiques proprement dites. avant d'ad- . Et non à l'histoire contemporaine. prétendre au mérite d'avoir il démontré la fausseté document ne peut. Mais avec ses Historiae de origine urbis gestisque Venetorum il fonda une branche d'études tout aussi importante que l'historiographie érudite ou philologique. pas au bout de son vraie critique des que Sabellicus p. qui l'histoire. comme d'un Valla. Son activité multiple. D'abord Venise 1492. capitano de Padoue. se vanter d'avoir rassemblé le premier tout ce que de bonnes sources nous apprennent sur une période déterminée.LA CRITIQUE HISTORIQUE (BERNÀRDO GIUSTINIANi) 137 mais presque entièrement absorbé par les affaires d'État. ouvrage de grande Un homme d'État comme lui. entre- prit des recherches scientifiques sur l'origine de la cité des lagunes. La sources et lui était aussi étrangère qu'à l'historiographie humaniste pour les parties qui ne touchaient pas directement Venise. fut si utile à eut cette conséquence. l'histoire. il s'en tenait exclusivement à Blondus (sans le nommer.

champs et rentré les approvisionnements Des renseignements aussi absurdes {penitus absurdà). s'appliquèrent à la navigation. un gravis lector doit les écarter d'emblée (Cf. commandé des reconnaissances tions de lElat.138 IlISTdlUE DE I.llAniIK MODERNE mettre les données de leur possibilité. et V. Il traitait en conséquence à fond des affaires ecclétrès siastiques Sabellicus. IV). V). Pour . lllSTOUlOC.. 24) si I licus mettre à profit l'écrit de Cassiodore {Var. Il ne l'arrangeait pas Il comme les humanistes à un point de vue théâtral. La fondation de Venise n'est pas non plus ramenée à un acte unique. a presque complètement disparu. à les repenser et à s'assurer de En homme qui avait mené des affaires politiques. imprime une autre tournure aux destinées des peuples. après chute de l'empire d'Occident. ? Attila aurait assiégé Aquilée trois ans de suite sans interruption Fait invraisemblable. tait — Giustiniani por- son réalisme dans l'histoire. I il sur le prétendu exode des Padouans par crainte tant pour les d'Attila). c'est l'accroissement du nombre des pirates qui en fut cause (1. d'autant plus que et romaine bloquait déjà ravagé les les côtes que les habitants de la ville (1. Le grand héros qui. I.) Rapports avec l'historiographie rhétoricienne. il militaires et revêtu de hautes foncla cri- était choqué par des nouvelles auxquelles tique humaniste habituelle ne trouvait rien à redire et que le savant de cabinet Blondus avait accueillies sans difficulté dans son ouvrage. V). la tradition. L'auteur a beaucoup puisé dans son expérience personnelle. par de puissantes harangues ou par son intervention toute personnelle. Car mores gentium ex natiira rerum commodisque hominum locorumque gigni necesse est{\. la il l'effet d'une vertu spéciale ou d'insti: vient de la nécessité si les Vénitiens. aussi 1. parce que la tile campagne peu étendue et peu ferla flotte qui entoure la ville était incapable de fournir la nourriture de tant d'hommes et de bêtes de somme. et Il religieuses. les plus essentiels des partait des besoins vitaux groupes humains et se demandait comment ils étaient satisfaits. Comme a su autrement que SabelXII. ! impor- commencements de Venise (Cf. insuffisamment mentionnées par exposait très intelligemment pourquoi la religion trouve un aliment particulièrement favorable chez un peuple navi- gateur (1. L'essor d'un peuple n'est pas tutions particulières. avaient III).

qui attachait plus de prix à la forme juridique. et XI (1903). Voigt. au con- de Baie 1423 comme secrétaire de Domenico da Capranicas. — Mémorialistes {/Eneas Sylvms). 1456 cardinal. bien que fort en état d'expo- ser directement ses vues. 480 ss. Lui aussi faisait accueil à des anecdotes sans valeur qui ne visent qu'à l'amusement ou à l'émotion du lecteur. quele. et ne dédaignait pas d'y employer des tirer clichés vétustés parti (1. III.ENEAS SYLVIUS) 139 déterminer Italie. III). côté de Giustiniani. sans prévenir le lecteur de ses additions.ISTES (. 1449 de Sienne. mort avant 1457 à Crémone). il la route qu'avait choisie Attila lors de son invasion en se reporte à des études topographiques qu'il avait dû faire sur place en vue du péril Turc. Cf. Jahrbûcher fardas klassLsche Altertum. Lui aussi intercalait des discours. 1447 évêque de Trieste. la composition est méditée quand même A et l'auteur ne perd pas son objet de vue. il n'est resté qu'une simple invite. C. cela peut tenir à la manière de voir de pratique du pouvoir l'homme qu'à la d'Etat. Son opinion. 1445 réconcilié officiellement avec la Curie (Eugène IV) 1446 prêtre. s'il en était jamais venu à travailler ses matériaux. Wiel'histoire derbelebung. IX (1902). aurait débarrassé ancienne des déclarations des humanistes.s Ciriaco de' PizzicoUi (né vers 1390 à Ancône. etc. 1442 dans la chancellerie impériale sous Frédéric III. né 140j à Corsignano (Pienza) sur le terde Sienne. d'une famille siennoise noble mais appauvrie.\s Sylvius Piccolomini. 1452 légat du pape auprès de Frédéric (Pie II). Comme cela n'a pas eu lieu. n'a Malheureusement Giustiniani pu se libérer complètement de la manière des humanistes.MÊMORIAF. Si l'histoire du droit et de la constitution est à peine traitée. si Ciriaco lui-même ou quelque autre avait tiré parti de ses collections. Si il ne laissait pas de flotte de son éducation de son exposition entre la recherche savanle et la narration. ritoire cile ^NE. la il faudrait nommer comme seul autre représen- tant de critique des faits l'original collectionneur d'inscription. 209 ss. I. . et les articles de Ziebarth dans les N. 214 ss.. styliste. comme les chroni- queurs. au bout de quelques années occupé personnellement au service du Concile et nommé secrétaire par Félix V. .s ruines des édifices antiques et les inscriptions sont des témoins plus sûrs que les livres de la vie des anciens Romains. évêque de Fermo. la littérature chez G. momentanément tout à fait stérile pour l'historiographie. 1458 élu pape mort 1464. D'un autre côté. Lui aussi peignait sans scrupule des situations qui ne sont qu'indiquées dans les sources.

2). en supplément. II. de journaux.) Fr. Memmingen 1490. et mieux par G. II (Vienne 1762) Cf. Birck. évêque de Teramo (p. Le treizième livre. L'un et lautre titre sont trompeurs. Autobiographie. Il tion de Félix V — — — . E. — plète . als Geschichtschrciber des Basler Conzils dans la Tûbinger Theol. 17 ss. resté longtemps ignoré. 1803. Th. p. Krones (voir ci-dessus. Fea dans Pins II. D'abord imprimé sous le nom d'un scribe Gobellinus. 4^» Historia Europae (d'après la préface souvent absurdement nommée inEuropam). I). Quarà la déposition (1. III.liO \'^ IIISIcilHK un l/lIlSTORIOGUAPHIE MODEllNE concilii. écrit Commentarii de gestis Basilicnsis tendancieux de 1440. Lexique géographique et historique. — B*» Commentarii. II. Edité s. cf. dans les parties finales concorde mot pour mot avec Hist. II. Zur Wiirdigung der alten bôhmischen Geschichtschreiber (1830). préface de la traduction dans les Geschichtschreiber der deutschen Jahrhundert. Cosmographia vel demundo universo historiainim liber I {=z Asie). 1872 (une partie dabord comme dissertât. et II. Continué par Johann Hinderbach (1418 à fonctionnaire de la chancellerie impériale. Vorzeit. II. V. Egalement inachevé. 228 ss. Entrepris à l'instigation de l'empereur. . 1. Inachevé. Voigt. a calurnniis vindicatus 1823. Première édition incomplète. Vmdoft. Cf. puis entre autres dans les Opcra (Hâle 1551. DieZeitII. F. est censé perdu). Remanié et préfacé par Campanus. le I. la deuxième à 1458.tenôssifiehen Quellen zur Geschichte der Grafen von CHU {Beih^àge zur . Cf. Bayer. Cet ouvrage (inachevé) n'est ni une histoire de Frédéric III ni une œuvre d'ensemble. . mais une compilation tout extérieure de mémoires. 331 s. publié pour la première fois par M. Voigt.. Voigt Enea Silvio (1856). principalement l'Asie Mineure. 11 primitif qui aurait dû contenir la déposition d'Eugène. o. ouvrage semblable sur l'Asie. Cf. D'abord publié à Rome 1475.{8) est trompeur. c'est-à-dire du conflit de la couronne avec les États de l'Autriche en l'an 1452. Catalani. Ecrit plus tard que les Commentaires. | talschrift. a. i. Voigt. 322 s. 124). Ilgen. s'occupant particulièrement de l'histoire contemporaine. édition commais non critique (avec la continuation) chez Kollar. 3° Historia Bohemica {jusqu'à 1458) Composé 1458. (sans valeur). . la deuxième commencée vers 1455. S. de relations et d'extraits d'auteurs plus anciens. Venise 1477. III. 1589). qui déjà avait aidé /Eneas dans son travail. 325 ss. puis très fréquemment. Krones.. de Goettingue. 1486). qui désirait une description du Bellum ^wsinacuwt. Geschichtsquellen. restéfragmcntaire. Sur une troisième rédaction.s" Basileae gestis stante vel dissoliito concilio. 577 ss. Strasbourg 1685. diète de Nuremberg dEugène IV (1. F)id. comme Othon de Freising. Cf. poussée jusqu'aux derniers moments de sa vie. 14. 1894. 15. Voigt. 1571. G. 356 et Lorenz. 312. ou Historia Friderici III. réimprimé Rome 1589et Francfort 1614. /ebu. alors litre qu'^neas était secrétaire de l'antipape Félix. puis le conclave et l'élecou plutôt 111. La première 2° Historia austriaca s'arrête à 1452. La première rédaction fut terminée 1453-54. une préface qui n'avait pas été imprimée). Kunde steiermàrkischei' Geschichtsquellen VIII [1871] p. Analecta Monum.c Touvrage ne raconte que les événements depuis la (oct. Palacky. 2 (1889). j — 28 ss. De (1521). . Rome 1584. I. Die H. 333 ss.

renferment maint et jugement heureusement formulé. Et ! que n'avait-il pas vu. ()" Petits écrits. Voir aussi A. l'homme bizarre la au temps de Poggio et de Valla. Parties du manuscrit original communiquées par Cugnoni dans les Atti deU'Accademia dei Lincei. 27 ss.NEAS SYLVIUs) 14t manque dans les éditions. éveiller autant les esprits en jasant. Ses Commentaires sur le concile de Bâle. 1894. il n'hésitait pas à en faire profiter l'histoire.^neas Sylvius n'ont pas souffert du culte de la rhétorique des anciens. S. ne bravait plus cavalièrement les règles du style humaniste. Le mélange de mémoires avec de peinture romanesque avec la narration historique. Cf. 1860 P. Bedeutung fiir die deutsche Rechtsgcschichte. (spécialement quant aux gloses sur Beccadelli) Genglcr.. : Outre les ouvrages cités.E. en opposition avec nouvelle génération et avec ses préceptes classiques. 336 ss. on peut comparer en général encore Rieûe\. est donné par Voigt comme supplément au deuxième volume. Ce qu'il avait vécu et observé. dans les Monalsbctichte derpreuss. Mem. Mais quant aux . . Akadcmie dcr Wmenschaften zu Berlin \861 p. donnent un récit vivant. ah Geschichtschreiber. ! cet agent politique international Quel intérêt universel aux choses Quelle indépendance de l'esthétique conventionnelle des humanistes ! Nul ne pouvait puiser dans ses souvenirs des récits aussi vivants. Ses dons de feuilletoniste ne restèrent pas comme chez Poggio un capital mort. tenait encore fermement au style libre et individuel de Pétrarque. Commentarii di E. aussi ci-dessus (p. G. avec cela. humanistes orthodoxes. 190:>. 2b) qu'il tenta dans son Histoire contemporaine les ne trouva pas d'imitateurs parmi seul historien le suivit. Lesca. S. Cf. qui ne possédait même pas un Cependant ne possédait il ne creusa pas plus profondément que de Blondus les autres. Personne. que ce publiciste rompu aux Tite-Live (Voigt IL 310) ! affaires.Zur Beurleilang des Ae. Un qui. nul ne s'entendait comme lui à toutes sortes de choses. S. Joachimsen. malgré leur apprêt de journal. 482à 549. Geschichtsauffassung iind Geschichtschreibung in Deutschland tinter dem Einflusse rfcs Humanismus I (1910). Bruni n'eut d'influence sur riiistoriographic humaniste qui le suivit que comme auteur l'histoire. Meusel E. S. . Ueber Ae. Il ni l'activité ni les dispositions spéculatives de Bruni. d'Italie (ci-dessus p. Voigt II. Les œuvres historiques d'. — . 549 ss. VIU (1882-83). 124). ne négligeait plus la forme.MÉMORIALISTES qui (. uïid seine. parviennent à éviter la rhétorique conventionnelle. als Publizist. . considérés comme des mémoires. de l'Histoire florentine.

Ses rapports avec chancellerie impériale et sa longue activité en Allemagne lui indi- quaient ce sujet que les humanistes n'avaient pas encore traité. il ne s'élève à de vraies considérations histo- Même pour la comme Bruni. ceux-ci le sont ouvertement de l'auteur. Mais dans son autre peinture. Ce n'était pas davantage un travailleur consciencieux. d'aborder dépareilles questions. cela ren- trait dans sa mission Il officielle et n'avait pas d'importance. Ses œuvres n'en ont pas moins eu sur des expositions ultérieures de . la plupart sans conclusion ou n'en ayant qu'une tout extérieure. Qu'il décer- nât souvent l'éloge ou le blâme par des raisons extérieures et qu'il fît subir à certains faits des travestissements tendancieux. telle qu'il la connaissait. se voua à la com- position de ses mémoires. Il critique historique était il est inférieur à des humanistes la tradition certainement capable de discerner il antique des fables des chroniqueurs. Il donna à son activité littéraire une digne conclusion lorsque. relativement indépendante. du concile. HlSTOlUOnUM'MlE MODERNE l'as- problèmes do politique ecclésiastique qui se rattachaient à semblée (le Bâle. Mais ne fut lui pas aussi consébien des récits quent que les disciples de Bruni. et loyalement : des souvenirs libres d'allure de la vie Des circonstances accidentelles ont amené iEneas Sylvius à cuper beaucoup de l'histoire s'ocla d'Allemagne. Nulle part riques. ils n'en parlent jamais. a souvent faussé la vérité. n'était guère plus sceptique en face des inventions du [moyen âge que ses prédécesseurs non humanistes. Ce n'est pas un hasard qu'aucun de ses les ouvrages historiques n'ait l'attrait de ses Commentaires. il uniquement en vue de humanistes qu'en ce ne se distinguait des autres qu'il avait plus de goût pour les ornements romanesques que pour un archaïsme décoloré. /Eneas reste tout aussi superficiel. nont d'autre valeur que leur caractère de mémoires. On peut l'expliquer en publi- disant que ce n'était pas l'affaire d'une œuvre tendancieuse de ciste. l'effet littéraire.142 IMSTOIUE DH: 1. il retiré comme pape dans son domaine propre. Mais ce n'est pas tout. qu'il et traîna avec ne jugeait pas dignes de foi. Et ses autres écrits. Ce que autres sont occasionnellement et en dépit des règles. ne fût-ce que pour pouvoir remIl porter un triomphe facile sur ses devanciers médiévaux.

MÉMORIALISTES l'histoire (.ENE.) . l'attitude peut-être du droit et la géo- à demi critique en face des légendes de races. (Cf. Les auteurs allemands du xvi^ siècle qui s'occupaient d'ethnographie nationale ont puisé presque tous leurs renseignements dans les écrits de l'humaniste siennois. C'est pour une grande part à /Eneas que remontent l'habitude d'intercaler dans des l'histoire ouvrages d'histoire des excursions sur graphie.VS SVLVIUS) 143 d'Allemagne une influence décisive. l'ouvrage cité de Gengler. alle- même le pathos nationaliste de plusieurs humanistes mands.

aussi incroyante que xvii^ siècle. de la On connaît refl"et contre-réformation en Italie. Des « maîtres-chanteurs » auraient pu. Déjà l'activité de Jove est caractérisà prendre conscience tique à cet égard. et ses mandants n'avaient pas tenu à une recte vis-à-vis de l'Église. Plus décisif encore fut ce qui se passa à Florence. Elle avait . Elle avait profité de cette liberté dans une large mesure. dû souvent.B. A la liberté de parole en religion semblait vouloir s'associer la liberté de parole politique. faire éclore des historiens indépendants. cela était possible Elle reflétait sans Elle exprimait avant les découvertes scientifiques du déguisement les vues des laïques éclairés d'Italie. le régime reli- gieux et politique de l'Espagne imposé à tous les Etats italiens. temps. Les lettrés commençaient de leur importance et pensaient pouvoir négocier avec les gouver- nements sur un pied avec le d'égalité. mais non pas de l'Église. se plier aux désirs des gouvernements elle n'avait mais pas eu de ménagements à garder pour la doctrine des attitude cor- théologiens. — Observations générales L'historiograpliie humaniste en Italie avait bien été jusqualors dépendante des Autorités. La République florentine avait de tout temps accordé à ses historiographes une plus grande liberté que d'autres rières. États. — LHISTORIOGRAPHIE HUMANISTE ITALIENNE A L ÉPOQUE DE LA CONTRE-RÉFORMATION I. Elle était aussi peu cléricale. La révolution de 1494 renversa les dernières bar- Comment aurait-on eu peur des livres d'histoire. en politique. à . franchement ce que pensaient les classes dirigeantes de Florence et de Venise. après que la vie politique avaient fait les derniers fondements de ! l'objet de discussions publiques La contre-réformation amenèrent la fin et l'établissement du Principal en Toscane de cet état de choses.

10 . comme d'autres princes . vouloir mainle comme Platina. Le livre de Guichardin put encore être imprimé sous ses yeux. raconter des choses peu honorables pour chef de l'Église. ne devint que peu à peu plus timoré. A place de la liberté. dont la jeunesse avait vu période des luttes politiques. aussi pesante dans les États de l'Italie indépendants de que dans d'autres pays. Cosmel". la lettre du cardinal Jean de Médi- dei'année 1578). Seule- ment. la Bientôt vint pour Florence aussi liberté. Gesch. on eut une étroite surveillance de qui devait la littérature. fallut assurément supprimer ses les expressions irrespectueuses sur l'Eglise et membres. dans la ville qui avait montré le plus de goût pour ce genre d'études. L'effet de fit contre-réformation se sentir plutôt par les obstacles le style mis à la pro- duction de nouvelles œuvres saillantes dans humaniste que Il par un changement dans la manière humaniste elle-même. Cependant c'en était fait vit livrer des maté- déjà de la liberté illimi- tée d'autrefois. l'histoire indépendante disparut. La tradition des temps de la la liberté survécut d'abord.OBSERVATIONS GÉNÉRALES 145 la l'exception de Venise et peut-être de Gênes. I dans Reumont. Varchi ne fut pas inquiété. mais ner qu'une opinion Une surveil- lance d'autant plus impitoyable qu'elle sentait bien ne pouvoir façonartificielle. Mais cette innovation fut peu sensible. l'historiographie humaniste n'ayant jamais fait acte d'hostilité contre l'Église. dans les L'histoire ne retomba jamais plus la tout à fait anciennes ornières ecclésiastiques. L'historien avait pu parler librement des papes. ce qu'on avait dédaigneusement passé sous silence. Une surveillance empêcher non seulement des manifestations ouvertetoute expression suspecte. et Adriani se riaux confidentiels. 526 ss. Toscanas cis. Les ouvrages de cette période n'apportent donc en principe rien FUETER. tenant. on n'imprima plus du tout les livres le de Varchi et de Segni. [1876]. ment scandaleuses. L'histoire de Guichardin fut mutilée par égard pour la Curie . temps où non seulement mais les historiens capables firent défaut (Cf. l'historiographie ne fut pas. c'était se faire soupçonner de tendances secrètes à l'hérésie. il La fmiihmise des théologiens sur l'étranger est vrai. Ce fut une perte irréparable pour l'historiographie quand à Flo- rence. on ne pouvait plus du tout se permettre d'en parler.

faute en était pour une grande part. Us restèrent fixés dans forme de Bruni. elle était partiale sans doute. Gênes. proscrit par le 1550 référendaire papal. 1585. mis au ban et gouvernement génois à cause de son ouvrage publié à nommé Rome 1^ 1559 Bella Repubblica di Genova. avait pesé sur l'historiographie humaniste. Thés. ne permettait plus même de donner un tableau exact la politique extérieure. Ce fut un malheur pour que les humanistes s'en soient tenus quand môme à la forme de l'histoire purement profane. quand des querelles dogmatiques et des disputes confessionnelles prirent une influence directrice sur l'histoire vieille la politique. Quand elle faisait prévaloir des motifs poli- tiques. 149) 1'° édition. à la tradition littéraire. Foglietta arrivait jusqu'à II. être tenue La méthode de Guichardin pouvait d'autant mieux modèles canoniques romains. Ant. rappelé 1576 et officiel.146 iiiSTuinK DE i/historiogkaphie MODKRNK la de nouveau. XII. I. — Les annales humanistes 1. dès le début. Aussi Foglietta ne reçut-il pas l'année 1527 . le chancelier et le secrétaire d'Etat avaient eu jusqu'alors la charge d'écrire les annales de la ville. Cela changea. nommé historio- graphe mort 1581. Historiae Genuensium . son frère et éditeur ajouta l'année 1528 tirée de Bonfadio (ci-dessous p. L'autorité pour classique qu'elle se rattachait en bien des détails extérieurs aux littéraire de la Renaissance fit prenait la place de l'Antiquité. dans Greevius. réimpr. 1. juriste. plus encore l'historio- dans celle de Guichardin. Il a écrit : Inachevé. mais elle n'avait pas besoin pour cela de falsifier l'histoire contemporaine. Celle des grands Florentins s'était au moins trouvée en harmonie avec l'époque. La conséquence naturelle ne se pas attendre elle : on conserva la forme alors même que depuis longtemps ne répondait plus au fond. Ital. II nous suffira de comme leur représentant le plus distingué le Génois Foglietta. II. Foglietta fut le premier historiographe de carrière à Gènes. qui. C'est aux continuateurs des annales latines à la façon de Bruni qu'on peut attribuer citer le moins de valeur propre. Uberto Foglietta. Ce ne fut pas à l'avantage de graphie. vieille famille génoise. né vers 1518 d'une puis lettré vagabond. — Foglietta. vu le changement de de la situation. La qui.

ci-dessous (p. On lui assigna la moitié du traitement du chan2° du secrétaire (Tiraboschi. ments politiques par des causes naturelles vius et 1. celier et . Foglietta travailla à une Histoire contemporaine. c. sur des phénomènes naturels. 2. 3° Petits écrits concernant pour la plupart les guerres contre les Turcs. même et à un humaniste fieffé comme Foglietta. on voit détiler les rapports sur les guerres. Pendant son séjour à Rome.). Sur les Eloges. d'écrire l'histoire à la manière rhétoricienne d'autrefois. riantes de Il forme de émonda les frondaisons les plus luxule son style de virtuose. 683). la préface aux Eloges de Foglietta). dans l'écrit De ratione scribendae historiae (avec l'appendice postérieur De similitudine normae polybianae) Rome 1574.LES ANNALES HUMANISTES (fOGLIETTA) le et 147 simple titre de Scriptor Annalium. C'est à Uberto Foglietta qu'échut la mission de condenser les récits des chro- niques en une histoire suivie de la Sabellicus. L'histoire génoise. La narration détaillée des les discours. à l'instar de Bruni et de était devenu impossible. avec grande place. IV. I. v. s. des change(Cî. 1. tous de l'année 1547 (la conspiration de Fiesque. p. Grae- IX. — Si VHistoire génoise a mis Machiavel . la plus combats occupe encore. Ital. cf. puis dans Graevius. 1. Il paraît y avoir été déterminé par le que les luttes entre Venise et Gênes n'avaient été jusqu'alors exposées que du côté vénitien (Cf. mais celui de Scripior Historiarum Annalium Reipiiblicae. cita directement chiffre des années. Les œuvres des grands Florentins des historiens érudits avaient rendu le public sensible aux défauts de la vieille école. comme chez Bruni. Il repousse les attaques contre son Hist. Il ville. 361 éd. sur les troubles intérieurs. dans Grœvius. 157). sans autre liaison que la date de l'année. Mais l'ordre resta rigoureusement celui des annales. 1571 à Naples réimp. s'efforça d'expliquer. Ant. l'assassinat du duc Pier Luigi Farnese et le soulèvement à Naples provoqué par l'inquisition) 1''^ édit. p. Trois fragments seulement en ont été publiés. — L'humanisme et la Renaissance se frayèrent : plus lentement l'accès à Gènes que dans d'autres États italiens n'est qu'à l'époque ce de la contre-réformation que le gouvernement dans le porta son attention sur une historiographie officielle fait style humaniste. Thés. L'Histoire contemporaine. à la suite de Machiavel. la Mais les modifications apportées par Foglietta à Bruni sont assez minces.

delectandi causa in primis par laquelle la conscribitur-. Les épisodes de l'histoire d'Italie l'intérêt de l'an 1547 montrent par leur choi-K même que romanesque a repris la place de l'intérêt fait politique. Neque enim historia. ut poema. Son ouvrage évidemment hâtif est un bon spécimen de l'école feuilletoniste. l. mort vers 1584 à Anvers où il passa la plus grande partie de sa vie. et routine. aspirait à un jugement raisonnable en politique et cherchait dans 11 ses portraits à s'émanciper de la psychologie d'école. L'attaque des adversaires se porta surtout sur les points où Foglietta se séparait latin et de Guichardin. la réforme resta tout extérieure. Grœvius p. C'est à lui seul que pense Fogiietta . 215). qui fit paraître à Anvers en 1379 Senatiis populique Genuensis rerum domi forisque gestarum liistoriae atque annales (jusqu'en 1578). Ils lui reprochèrent décrire en non en italien (ce qui ne convenait pas. 1195).VPHIlC MODEKNK à conlribulion. par sa coloration. d'insérer des discours (ce qui atteignait Guichardin lui-même). Foglietta prit V Histoire d'Italie j)our 11 modèle sur plus d'un point. il fut devancé par un habile journaliste de l'école de Jove. formule radicale nouvelle tendance. l'Ombrien Pietro Bizzari (né à Sassoferrato. 1. n'accumula pas les fleurs de rhétorique en un tas aussi épais qu'on s'était habitué à le faire. par les anecdotes admises unil'effet quement en vue de dramatique. le plus souvent au service d'éditeurs). concise. Bizzari possédait comme Jove l'art d'écrire d'une manière élégante. s'appuyant sur les grands Flo- rentins. introduire des pensées il osait comme lui. en parlant de nonnulli {H. BizzARi. Pendant qu'il s'y appliquait. de se mêler d'histoire sans s'être acquis comme homme ou la d'État ou comme .148 IllSTdlRK OH L IlISTOHlOfiR. à cause des expres- sions techniques déjà). Fogiietta ne fut pas le premier à composer une histoire de Gènes en style humaniste il fut seulement le premier qui le fit avec un mandat officiel. p. éd. opposait son idéal à celui des humanistes {De ratione scri- bendae historiae. et cette impression est tout à conlirmée par l'étendue donnée au récit. militaire une expérience pratique connaissance des affaires fhialement. G. Mais trois ici encore. rompant avec la . intelligible pour les lecteurs à l'esprit paresseux. les fragments de \' Histoire contemporaine peuvent nous apprendre 1 action qu'a eue Guichardin sur les histoires uni- verselles de riiumanisme. Cette rechute dans l'ancienne manière ne passa pas sans opposition.

pers. Il usa encore de documents originaux et ne se rendit que rarement coupable d'in- . hist. 2). Plus d'une observation montre que l'auteur a lu Machiavel et Guichardin et les descriptions géographiques insérées à l'imitation de Jove ne sont pas maladroites. Venise. sans critique. Le livre d'Angelo di Costanzo (né 1507 à Naples. faite au moyen de relations et de journaux à la main. clôture de la rédaction. Tout aussi insignifiants sont les récits écrits en italien de l'histoire napolitaine. il se fabriquait lui-même. Porzio ne saurait représenter des événements politiques autrement que sous la forme d'intrigues de palais. Foglietta faisait au moins quelques concessions à la nouvelle tendance florentine et s'expliquait avec ses partisans. l'*^ édit. 165) La monographie de Camillo Porzio sur litains contre le roi ses sources historiques (Matteo di Giovenazzo). Il eut par exemple la bonne inspiration de traiter à part les guerres importantes de Gênes avec Pise. rer. les récits d'annalistes du moyen âge . Costanzo ne se contentait pas de parer de sa rhétorique quand les détails manquaient. Ainsi son contemporain Jacopo Bonfadio (né au commencement du xvi*^ siècle à Gonzana. de Frédéric H à 1489. mort après 1590. après les Emendanda figurent les dernières nouvelles de Constantinople. V. Istoria del regno di Napoli. à l'instar d'Annius de Viterbe (ci-dessous p. Composé de 1545 à 1550. ressort bien de ce fait qu'à la dernière feuille. etc. Mais on y voit tout aussi clairement s'annoncer l'époque de l'absolutisme. renferme des extraits d'auteurs anciens sur l'ancienne Perse. la Conspiration des barons napo- Ferdinand I'^' ne vaut pas beaucoup mieux. 2. et aussi dans Grœvius. — Petits ouvrages. les onze premiers livres racontent l'histoire jusqu'à 1578 le douzième. complète 1581) est médiocre comme exposition. 1586. et aussi dans le Corp. et les recherches sont brouillonnes. consacré à l'histoire de la civilisation. II. Pavie. C'est un travail de journaliste du même genre et que nous citons comme échantillon de beaucoup d'autres. Thés. Le caractère de cette compilation.. en 1545 professeur de philosophie à Gênes. territoire de Brescia. Ant. D'autres. Inachevé. La valeur de Foglietta ne ressort que par comparaison avec les autres continuateurs des annales humanistes. Bonfadio commence à peu près à la date où avaient cessé les annales d'Agostino Giustiniani. et un jugement superficiel.LES ANNALES HUMANISTES (rOGLlETTA) 149 neuves et fécondes dans l'historiographie humaniste. Anvers 1583. Mais lui aussi gâta ses mérites par un travail léger. l'*^ édit. s'en tenaient encore absolument à la forme humaniste démodée. I. Francfort 1601). 1'* édit. qui n'avaient pas son intelligence. à la façon de dépêches reçues après . que l'ouvrage de Bizzari sur l'histoire de Perse [Persicarum rerum historia in 12 libros descripta. accusé 1550 de pédérastie et exécuté) écrivit l'histoire de Gênes de 1527 à 1550 dans l'ordre rigoureux des annales et dans un style puriste [Annalium Genuensium II. et de décharger ainsi la narration par annales.

V. qui ne fut pas pleinement adopté). Ranke.' cédèrent le pas à celles Le temps des histoires de villes était passé. Commencé en puis rédigé en italien sur le désir du cardinal Seripando. Celle de Guichardin fut d'abord nulle. Littérature plus ancienne chez Torraca. — L'ÉCOLE DE GdIGHARDIN Les petits historiens florentins de la première moitié du xvi« siècle se trouvaient presque tous sous l'influence prédominante de Machiavel. il traite les événements de l'année un édition par Gervasio 1839. Son Histoire florentine resta inconnue et son Histoire d'Italie parut trop tard pour avoir pu modifier les travaux historiques de ses contemporains. souvent (édit. IllSTORIOGRAIMUE MODERNE vcntions directes. La proportion fut renversée quand aux luttes la génération qui avait pris part de partis de la révolution florentine fut éteinte. Son ouvrage est à la tète du développement qui aboutit aux romans historiques de Saint-Héal. din. Discussioni e ricerche letterarie (1888). mort ibid 1580) à l'instigation de Jove dont il avait fait la connaissance entre i5!i0 et 1552. ainsi que le temps des conflits constitutionnels. di Napoli contra il re Ferdinando I (jusqu'à 1486). rattacher les avait traité événements nationaux les luttes à l'ensemble européen. puis très . Cela mit en relief l'historien qui. stor. dans Arch. Sforza. i''' édition. Mais il employait ses témoignages sans critique. La politique d'un État de la dimension de la Toscane ne pouvait plus être seulement . Cf. aperçu des années 1544 à li47. La chronologie était au-dessous de lui. 149 ss. XII (1893). traitée à part ou en rapport avec l'histoire d'Italie elle n'était intelligible qu'en tant que partie de l'histoire européenne. afin que cela puisse servir d'exemple à tous les désobéissants dans le royaume. édition G. . Zur Kritik 94 s. n'annonçait que l'histoire d'Italie mais il n'avait jamais négligé de . et poussait la peinture romanesque au point de faire penser trop souvent au Décamcron. comme modèles. | : 1'''' III. Il sommairement de partis d'une portée locale et . le premier (avec Jove. il est vrai.150 HISTOIUE l)K I. avait tiré les conséquences de ce changement de situation. sér. 1547 (les mêmes que Foglietta). Torraca 1885). Les théo- ries politiques de Machiavel ne furent pas oubliées mais ses œuvres de Guichar- historiques. Porzio (né après 1526 à Naples. Rome 1565. Son titre. composa comme complément à l'œuvre historique de celui-ci la Congiura de Baroni del regno latin. Lettres sur la Congiura. Porzio songeait en outre à après Le début seul est achevé vrage de Jove en une Istoria dltalia. continuer l'ouital.

Adriani copia Grichardin aussi fidèlement que possible. donc embrassant tout le règne de Cosme I^". Mais son jugement ne pénètre pas plus avant que ces données-là.Ni) 151 réservé une peinture détaillée aux événements qui avaient quelque influence sur la politique internationale. il le rend exactement. L'intention sans doute ne suffisait pas. Comme le basa son exposé sur des il extraits d'actes et de rapports des archives florentines.l/ ÉCOLE DE liUICflAUDIN (ADR1A. qui devait proprement continuer Varchi. la composition insère toutefois encore des la particuHères à Florence). L'abandon de l'ancienne historiographie bornée à un seul pays. la sagacité politique et la lui manquait don d'observation. c'est-à-dire de son principat Istoria partisan des : ou plutôt 1536 à 1574. Lupo Gentile. Son exposition est sans vie. L'ouvrage de Guichardin devint ainsi le modèle de l'historiographie politique des temps qui allaient venir. de la lin du xvi^ siècle et l'aient suivi s'ils ont embrassé également sa partialité (p. Avec les rapports des diplomates fixant une situation momentanée. disp. 115 ss. 1871 {Scelta di curiosila lett. mais s'attacha quand même à Guichardin. 121). A. 1. Vita di Cosimo I. Giovanni Battista Adriani (né 1511 à Florence. les principes d'un il homme Sa narration est absolument décolorée quand a devant lui . Cf. sans parer des couleurs de la rhétorique.. il n'était pas capable de mettre un personnage sur pied ou de reconstruire d'État. Pas même aux endroits oii il avait les coudées franches et oîi sa situation dépenIl dante ne le lui imposait pas des apologies officieuses. avait de le bonnes sources. professeur d'éloquence dans sa ville natale. Studisulla Storiografia fiorentina alla corte di Cosimo I (1905) p. Adriani composa en outre 1575 un éloge spécial du Grand-Duc. B. édité par A. connaissance des Il affaires de Guichardin. (il Non seulement dans notices maître. d'abord républicain. 146). mort 1579) fut après la mort de Varchi (1565) chargé par le Grand-Duc d'écrire l'histoire de son temps. et ce qu'il y puise. il mais dans méthode. — Adriani. Mais ne s'éleva pas au-dessus d'une imitation extérieure. se remarque nettement chez Adriani. Bartoli dans les Scritti vari editi ed inediti de'suoi tempi (de 1530 di G.) Il mourut avant d'avoir pu mettre la dernière main à cet ouvrage. ce n'est pas sa faute. On comprend parfaitement que du xvii* les historiens sérieux . qui ne fut édité (à Florence) qu'en 1583 par son fils. puis Médicis.

Les Discorsi potilici de Paruta (d'abord Venise 1599: dernière au . Il emprunta l'homme s'était. Les ambassadeurs florentins n'étaient pas précisément initiés à la politique dos grandes puissances. Il se contentait en pareil cas d'aligner les faits tels qu'il les connaissait. Sér. it.). et ciations politiques quand la il passait entièrement sous silence un événement mondial comme fondation de la Société de Jésus. part de l'historien français. politiques. Après la mort de Bembo. Adriani a la même partialité politique que Guichardin. procurateur de Saint-Marc. Guichardin. avait pu se permettre d'ignorer le théologien Luther : Adriani commettait une grosse faute historique. Paolo Paruta (né 1540 à Venise. en dehors p. Paruta commença également en latin (on a conservé la rédaction latine des quatre premiers livres). 42 ss. comme plus d'un Florentin. Inachevée. fut chargé 1579 par le Conseil des Dix de continuer l'histoire de Bembo (p. Mais ces fait Ce jugement se comprend de réserves commodes ne sont pas le d'un grand historien. du point de vue de la politique italienne d'alors. Il se trouva des contemporains. 7. stor. 89 . XLVII ss. mais avec bien moins de droit encore. quand le il ne voyait dans concile de Trente que son influence sur les négoentre pape et empereur. Adriani n'avait pas de quoi com- bler lui-même cette lacune. Ranke. c'est Daniele Barbaro (1513 à 1570) qui avait été nommé historiographe de la république. 1. avec la Gucrra di Cipro. Son travail ne fut pas publié. Zur Kritik. — Paruta. 180j de l'Italie pour louer ces réserves. 2. mort 1598) homme d'Etat vénitien. récit de la guerre de Venise contre les Turcs 1570-73 (Paruta cherche à disculper les Vénitiens. 1844). mais se décida pour l'itahen htoria veniziana (1513 à 1553). qui avaient dû céder Chypre au sultan). Cf. : Paolo Paruta fut un successeur plus digne de Guichardin. Ce ne lui sont pas quelques dehors seulement que d'État vénitien. Venise 1605. préparé à sa ^ tâche historique par des Dissertations 1. 1''^ édition.Ib2 HISTOIRE DE l' HISTORIOGRAPHIE MODERNE des choses dont ses autorités sont déjà insufTisamment informées. De Thou (ci-dessous la la vante sans doute pour cette raison confiance que mérite son histoire. Son successeur Luigi Contarini (mort 1579) écrivit en latin une Histoire de Venise de 1513 à 1570. Monzani dans l'introduction à l'édition préparée par ses soins des Opcre poUtiche de Paruta (1852) p. S'il ne possédait édit. il en resta aux premiers commencements (Fragment de sa 6toria veneziana 1512 à 1515 dans Arch.

Le Vénitien Davila a plus tient à ce d'affinité encore avec Guichardin. Paruta dogmatise : tel un Romain du temps de il la République ou un Anglais du xviii' siècle. placés par des réflexions directes. né 1576 à Pieve del Sacco dans le Padouan. Sa Storia délie guerre civili di Francia est une histoire des guerres de reli. 3. . Arrigo Caterino Davila. vécut à la Cour et dans la famille royale de France françaises à Padoue en 1599. et de démontrer que Venise n'a pas à craindre la comparaison avec p. l'« édition Venise 1630. Inutile de montrer combien son livre est par là inférieur à Guichardin. parfois claire prolixes. 4). Guichardin avait apprécié en philosophe libre de préjugés les constitutions anciennes et nouvelles de Florence. Franzôsische Geschichte V. ne sont jamais vides. son ouvrage trahit partout l'entente des affaires de l'État il caractérise avec sang-froid et d'un . des Opère politiche. Cf. La narration est extraordinairement et les discussions. extraits des sources sont soigneusement Les discours sont absents (quelques-uns figurent encore dans Paruta les a constamment reml'Histoire de la guerre de Chypre) . — Rome. puis très fréquentes. Monzani 1852) sont dans le même rapport avec Machiavel que V Histoire vénitienne avec Guichardin.E DE GUiCHAHDiN (davila) 153 pas l'intelligence pénétrante du Florentin. Ranke. une apologie de Venise. regard sûr les situations politiques. — Davila. 3 ss.i/i:cor. gion contre les Huguenots jusqu'à la paix de Vervins (1598). 209) . Composition et pensées mais à la place du style rappellent à chaque pas les Discorsi sur Tite-Live serré du modèle nous trouvons déjà de la loquacité. édit. . Mais son jugement n'était pas indépendant. assassiné 1631. p. laissant de côté les bavardages et les anecdotes sentimentales. Les faits. Il écrivait et pensait en Vénitien. la L'histoire de son pays est habilement rattachée à marche de la politique européenne. Cela la que ces deux hommes avaient à peu près môme attitude 2» vol. Monzani. à la place de spéculations universelles. employé plusieurs fois par la les armées république de Venise à des besognes militaires. part de l'opinion (partagée ailleurs aussi bien qu'à Venise). que sa patrie est U7ia vera imagine di perfetto governo (Introduction au 4='' livre. emmené en France dès ses premières années par son père. L'intention de Paruta paraît avoir été principalement de défendre la politique de Venise contre un auteur moderne (Machiavel)— dont les Discorsi sont d'ailleurs tout à fait oubliés (édit. qui avait été connétable du royaume de Chypre et avait noué des relations avec il fut élevé là.

Il raconte les intrigues des seigneurs huguenots avec autant de calme que celles des catholiques. Davila aussi avait été en partie témoin des événements férent en qu'il décrivait et n'eu restait pas moins indif- somme aux problèmes pour lesquels on se la battait.Ib4 lllSTltlKE DE I. L'intrigue politique est tout pour lui. Ses héros sont des personnages comme Catherine de Médicis et Henri IV. (p. Mais la partialité florentine laissait bien des choses sans explication. Bossuet historien. de s'élever au-dessus des partis en lutte. le Il loue la conversion d'Henri IV. Dans il l'art de démêler clairement d'une affaire diplolui matique n'est dépassé que par Guichardin. dans son Histoire florentine vait connaître. que Davila ne pou- Or l'action politique . qui reste supérieur comme psychologue. parce que la France et l'union .. 121). Davila n'est pas tout à fait neutre en politique. Davila ne parle du calvinisme qu'après avoir montré les chefs d'une fraction de la noblesse résolus à se servir de instrument de pouvoir politique (1*"^ la nouvelle religion livre).. parce qu'ils sontétranQfers à des tendances confessionnelles. 145). des politiques capables. une heureuse correction du point de vue confessiond'ailleurs Des travaux antérieurs avaient accentué fortement les tendances politiques qui se manifestaient dans les guerres de religion Cf. C'est un iiomme d'Etat moderne fort. (1891) 257 ss. Il faut dire qu'il les fils y est passé maître. et tout comme son maître il ne croit qu'à des mobiles égoïstes. commencement de cette sec- Les penseurs politiques de la Renaissance florentine avaient déve- loppé une doctrine historique qui basait tous les jugements de valeur sur l'utilité politique : son application au sujet traité par Davila était peut-être nel. cela ne l'intéresse pas. y gagna calme quant à l'influence qu'elle eut sur les rapports des deux confessions en Europe. a introduit Savonarole. les observations Mais à Davila plus qu'à tout autre s'appliquent générales que nous avons faites au tion (p. Mais est libre de toute prévention confessionnelle. HISÏORIOCRAI'UIK MODERNE vis-à-vis de leur matière historique. Rébelliau. Guisi l'Italie chardin de même restait froid la devant question de savoir la se trouverait mieux de domination espagnole ou de domination française. C'est de la comme d'un même façon que du moine Guichardin. il et ses sympathies vont à un gouvernement à la monarchie indépendante des factions de la noblesse.

1. mentale de son exploité le histoire. à l'époque (Ranke). D'autant plus fâcheusement qu'il ne s'en tient pas consciencieusement aux sources. que n'expliquait qu'isolément. même alors que ses sources lui indiquaient une meilleure voie. 11) n'avait pas prévu qu'une organisation religieuse pût se dévelop- per spontanément. cela ne fut pas uniquement dû à une forme agréable. quand elles lustrent pas suffisamment sa manière de voir. La doctrine calviniste n'est caractérisée nulle part. ne nous dit pas ce qu'était ce mouvement. la : D'après les Discorsi de Machiavel. la religion pouvait être dans main d'un prince un instrument de pouvoir important il (1. comme Machiavel. Plus que les grands Florentins littéraires.E de GUICHARDIN (dAVILA) 155 de Saint-Marc n'avait été qu'un épisode dans l'histoire européenne de son temps mais Davila nous dérobe justement une partie fonda.l'ÉCQI. et. Il nous apprend comment il les dirigeants ont mouvement religieux. Quant à certains dehors de l'historiographie exacte. Davila fut le premier à établir une corrélation intime entre les épisodes des guerres de religion. Où Richelieu était à l'apogée de sa puissance. ch. a rassemblé de il nombreux sait cas de ce genre. n'il- mais les altère sans scrupule. comme le chiffre des années. on avait cessé de comprendre des vieux Protestants. Et puis son livre parut au bon moment. une grande place à l'anecdote sensationnelle. obéis- en cela à des considérations Machiavel avait arrangé les rapports de ses devanciers presque exclusivement dans l'intérêt de ses théories politiques : Davila. « der màchtigsten Erhebung Richelieus^ » la politique En France aussi. comme Ranke Guichardin. Davila exagère encore le pragmatisme politique de Guichardin pousse à C'avait été dès l'origine le défaut des grands Florentins de chercher derrière chaque action un subtil calcul politique. Davila l'excès cette tendance. I. Si son ouvrage eut un grand succès à l'égal des écrits de Commines qu'il et de Glarendon. . fixa l'opinion de la postérité sur le sujet avait traité. De Thou lui-même l'élevait Son regard impartial d'étranger au-dessus des mots d'ordre des partis. il faisait les évitait aussi constamment que les humanistes. selon l'habitude humaniste. à une narration coulante et ininterrompue comme celle d'un roman.

par ses sources (particulièrement dans (p. qui fut à peine atteinte . sont données et — mieux données. En outre. Commencé en 1642. Même les excursions géographiques et ethnographiques utiles que contient son ouvrage. Amsterdam. sur lequel on n'avait pu s'éclairer que par divers écrits surchargés de détails mili- taires techniques et personnels. et quand trouvait mention faite d'un Italien. i''^ édition. il lui manquait le coup d'œil politique pénétrant. 1616 à 1621 en France: cardinal et choisi en 1621 par Il comme France à Rome . 2-^ Memorie (jusqu'à 1601). il Mais tial. Cf. Mémoires Ranke.l. son succès à des qualités de forme la pour première fois. — La biographie humaniste Plus encore que les Annales. quoique par- de Davila. Seule. 1648. un événement historique important. p. HISTdlUOriRAPlIIE MODEHNR 4 . d'ajouter une épithètc louangeuse. frir la biographie humaniste eut à soufoii était du manque de liberté et de la courtisanerie tombée l'his- toriographie. Bentivoglio n'ajouta rien de son crû. Giulio nENïiYOï'. et pourtant connaissait personnellement le pays. puis employé par l^ouis XIII la Curie à diverses missions imporProtector de la 1C07 à 16d6 nonce en Flandre.Bentivoglio. BentivogHo se contentait d'abréger adroitement le récit de ses autorités. IV. le Le cardinal Bentivoglio a écrit sur soulèvement des Pays-Bas un il ouvrage agréable sans grande valeur. Extérieurement : avait la était indépendant même attitude que Davila vis-à-vis de son sujet comme étranger. mort 1644 à Rome. D'abord 1632 à 1639.Lio. né 1579 à Ferrai'c.). les Com- mentaires de Don Bernardino de Mendoza 293 s. différentes relations du 1629). était présenté dans une narration d'un style uniforme et accessible à tous les lecteurs. d'y intercaler des discours il et de jolies anecdotes. Rômische Papste Analecten. la biographie d'artistes. 91 s. au fond. pour les temps de ses nonciatures (Anvers.)t) HISTOIRE DE I. Histoire du soulèvement des PaysBas. caniéricr intime du pape sous Clément tantes : VIII. composa : 1° Guerra di Fiandria (1559 à 1609). parfois de le noyer dans des phrases de journal. aussi bien que son désintéressement confessionnel. : Son ouvrage dut.

saints et papes tiennent de nouveau la tète (si Bracelli. enrichie de quelques notices généalogiques. resta Italie également stationnaire en au xvi« siècle. c'est sans doute par égard pour le destinataire. Editée avec le précé- A cette catégorie appartiennent des . dans son libellus de claris Genuensibus suivit le même ordre. On trouve des réminiscences de la tradition des grands Florentins dans Philippo Sassetti (1540 à 1588) Vita di Francesco Ferrucci (mort 1530. Clarorum Ligunim Elogia (Rome 1572. Ils sont phraseurs et cléricaux. I. 1590). Les biographies de princes et d'hommes d'Etat. truccio Castracani d'Aide œuvres comme la Vie de CasManuce le jeune (1547 à 1597. que la langue technique a coutume peler Érudition d'ap- du XVII" siècle. stor. et du même auteur la biographie officiellement commandée du grand-duc Cosme I*"" (Bologne 1586) de Vincenzio Accuiuon (après 1500 jusqu'à 1572). Bientôt commença la période de la polygraphie. Rome. 123 s. prirent sans exception cela qu'il s'agît de personnages le ton du plat panégyrique. entre autres dans Grœvius. !'« édit. se trahit en ce que dans titres conférés à le dernier chapitre sont énumérés tous les des Génois par des potentats étrangers. it. Les Eloges de P'oglietta. sans augmenter de valeur. dans Arch. Un mélange et précise qui existaient de dévotion et de rhétorique académique étouffa l'éclosion des germes d'une caractéristique indépendante avant la contre-réformation. la Vita di Piero Capponi (mort 1496. — L'ÉCOLE de Blondus L'historiographie savante que Blondus avait inaugurée. mauvaise reproduction du travail de ïegrimi (p. politiques. mérite gloire et honneur pour avoir apporté la vraie foi à des peuples innombrables. dent ouvrage). rangé parmi les saints.. Gomme au moyen âge.l'école de blundus 157 par le changement des circonstances un ouvrage de . conserva sa bonne tradition et la valeur de celui de Pigna sur l'Arioste (Romanzi Venise 1554 lerti. 2 [1853]. en revanche. So- Autobiografle la e Vite de' maggiori scrittori italiani 1903) montre que Vie de Dante de Boccace pouvait trouver encore de dignes successeurs. V. IV.). et du présent ou dupasse. La littérature archéo- logique s'étendit. Les historiens érudits prenaient avant tout pour tâche de recueil- . 2) ne dépassent pas non plus la moyenne. L'époque courtisanesque nouvelle . liai. la partie biographique reproduite par A. un moine dominicain) c'est dans la seconde partie seulement que sont traités les capitaines célèbres et Colomb. réimp. Thés. Ant.

sous l'influence de la contre-réformation la censure devenait toujours plus sévère. Mais ce terrain aussi. Les auteurs veulent prouver que leur pays. S'ils exerçaient par hasard la critique.Sigonias. où il fut 1546 professeur de grec. 1. ou bien ils gâtaient par un plat rationalisme le service que pouvaient rendre tifique n'est les restes d'une tradition. Nous ne pouvons naturellement signaler moyenne. Carolus Sigonius. Les recherches savantes manquaient lement d'organisation que la plupart l'on conçoit que l'intérêt historique ait du temps cédé le pas à des intérêts personnels. Un autre obstacle encore s'opposait à une pénétration profonde : il manquait à l'humanisme une concep- tion vraiment historique de l'Antiquité. vis-à-vis de cette fausse érudition. en 1552 il enseigne la culture humaniste à Venise 1560 professeur à Padoue. la famille de leur souverain ou leur propre famille peuvent revendiquer une haute antiquité et un passé particulièrement glorieux. de sorte que le .|Ji8 HISTOIRE DK |/h1ST0RI0GRAPH1K MODKRNE lir chez des auteurs bons ou mauvais une masse énorme de maté- riaux. même fut insuffisamment travaillé. ils s'acharnaient à quelque détail pseudo-historique d'inven- tion assez récente (corrigeant par tive exemple les dates d'une liste fic- de rois). mort 1584 à Modène. sévissait en Allemagne et en Espagne. Souvent des falsifications et une polémique pédante et haineuse suppléent au défaut tel- d arguments scientifiques. D'un autre côté. 1363 à Bologne. leur classe. en choisissant ceux qui s'élèvent au-dessus de . . né 1523 ou 1524 à Modène. La tendance scien- en général qu'un trompe-l'œil ces travaux ne servent en général qu'une vanité dynastique ou un orgueil de clocher. on ne pouvait espérer un progrès qu'en rompant sans ménagement avec les falsifications tendancieuses des généalogistes et des historiens locaux. c'était où il ne fallait pas . les savants français du xvii" siècle. ici qu'un petit nombre de la représentants. moyen âge fut presque entièrement soustrait à lui la libre recherche l'Antiquité seule demeura Là accessible. la méthode de Blondus lumières (die rile et de Calchi et il fallut attendre le siècle des la sté- Aufklàrung) pour triompher complètement de outre l'Italie. Parmi ses : . polyhistoire qui. Seuls. revinrent à .

Son Histoire et Bruni. etc. il mais en traduit le texte d'humaniste. J. Krebs. en allemand 1840 G. Il naise à l'histoire générale rechercha systématiquement les des documents et entreprit l'un des premiers des voyages pour archives. von C. réunis 159 par Argelati dans son édition des Opéra (Milan 1732 à 1737) nous nommerons Historiarum de occidentali imperio 1° Une histoire d'Italie au moyen âge i'^ édit. imprimé avec de 1578. l'histoire sium forts 4° VI (jusqu'à 1267) écrit sur amendements. 2° Historiae ecclesiasticae 11. Inachevé. quoique le styliste. Il fit qu'appliquer les principes d'Italie. — . dont ne il suivit exactement la méthode pour l'usage de V Histoire mila- des documents. Mais tandis que Calchi avait produit. Italiae S. de Berlin aussi de la Vie de Campeggi de Sigo1900. Ecrit par ordre De dona- (se prononce pour l'authenticité). d'abord dans de Bologne. de l'autre un type de la rhétorique humaniste. S. : Opéra VI. Sa manière de traiter les ments est caractéristique. 1872 (discours de cérémonie) grecque et romaine . Franciosi Délia vita gramme de Weilburg 1837) et A. du pape Grégoire XIII. (1550 Mantoue). nius. S. (Index et liste des sources). XX (284 à DÔ'a parurent 11. les cinq derniers seulement après la mort de l'auteur avec des : : . tione Constantini Magni les 3" l'« édition. XX (565 à 1268. entres autres Historiae Bonoaienmandat de la ville. Un . d'un côté donc chef de la direction sa- vante. des . additions d'une main étrangère 1591. Hessel. Sigonius ne fait ni l'un ni l'autre. Etudes sur 11. Un Catalogus XIV (jusqu'à 311). nous voyons le savant en lutte avec Son ambigu ne docu- satisfait ni la critique ni Testhétique. 13) et aussi Histor. Bologne 1577) et Historiarum de regno Italiac 11. s'occupe (Dissertation . un ouvrage assez régulier. Ebeling. De regno e délie opère di C. Bologne 1576. Bologne De republica AthenienEtudes sur l'histoire sium (Bologne 1574) Fasti consulares ac triumphi acti a Romulo rege usque Cf. le tout à Venise).l'égole de blondds (sigonius) écrits. c'est vrai. les quinze premiers livres [jusqu'à 1200] 1574. (Proad Tiberium Caes. édit. VitaC. Studien. véritable historien n'en aurait tiré que les aurait reproduits Il l'essentiel pour l'histoire un véritable érudit sans changement. à la mode de l'ancien dans Sigonius travail temps. . Il d'Italie est un comproses devan- mis entre Blondus ciers désignait lui-même comme le Blondus et Sabellicus. Son guide réel fut d'ailleurs Calchi. Milan 1734 (dans les Opéra). donne ses en latin documents en entier. Sigonius a ceci de remarquable qu'il cherche à unir la méthode savante à la forme humaniste.-Ph. partial.. Et à côté place des discours librement m ventés.

mais l'auteur n'en est pas en tous points responsable. des Discorsi sur Tacite (Florence 1594). Personnellement. les affaires de l'Eglise les laissaient comme anciens humanistes. Dans son Histoire de Bologne. soit eccléle siastiques. .. La valeur de rexposition ne correspond pas à l'abondance des matériaux. Argelati III. Sigonius s'arrangea avec la vérité historique en parlant en termes généraux d'une donatio {Opéra. auprès d'eux à vaincre VHistoire de Bologne n'eut pas moins de difficultés qu'auprès des censeurs ecclésiastiques. où il mourut 1601. 1904. 2. secrétaire de différents maitres. MODERNE lableaux exactemeiil copiés sur les sources sont suivis de peintures ornementales arbitraires. Les magis- trats civils étaient devenus tout aussi pusillanimes . Mais ses jugements histo- riques avaient à se régler sur les exigences de la censure ecclésiastique. Notez qu il s'agissait là d'un point sur lequel depuis il un siècle. 334). — — 1. Sur fait la biographie de Gampeggi. Hessel remarque (p. etc. DerAmmirato publia en outre divers ouvrages nière édition 1846-1849. La vita e le opère di Se. Florence 1600. froid. U. ses Opuscoli. généalogiques.160 HlSTUlltK DE l/niSTdUlOGRAPtllfc. à partir de 1569 à Florence. Cela la est daulrcs de ses ouvrages encore. Le point de vue historique vrai l'ait complètement défaut. Il reçut 1570 du grand-duc Cosme le mandat d'écrire l'histoire de Florence: Istorie florentine (jusqu'à 1574): 1'" édition des vingt premiers livres (jusqu'à 1434). il avait ajouté à une notice : sur la donation du Constantin cette incise ditur. Sigonius n'était pas libre vis-à-vis des autorités. Nous constatons partout le manque d'indépendance du jugement . Cf. — Ammirato. Gongedo. soit politiques. Les quinze autres furent publiés 1641 par son fds adoptif. Les autorités ecclésiastiques ut a piis hominibus qu'il cre- demandèrent ou s'exprimât sans équivoque. Scipione Ammirato. 89) que : der Fûlle des Materials nichl der Wert der Darstellung entsprecheK On peut en dire autant des dissertations sur l'histoire ancienne. né 1532 à Lecee dans le royaume de Naples. qui donna aussi une nouvelle édition de la première partie avec des additions de sa main (1647). éd. Florence 1637. disant par exemple ut multi prohatae fidei scriptores tradiderunt. A. n'y avait plus de discussion entre humanistes. depuis Valla. ou mieux qu'il retranchât complètement la paren- thèse. humaniste.

et p. et ne peut satisfaire ni d'une façon ni de l'autre. Mais c'est tout. L'exposition d'Ammirato oscille désagréablement entre la recher- che savante et la narration historique. prend résolument parti pour il Grégoire VII contre l'empereur.). Il (1. Par son étendue. mais un critique. Il ne possédait malheureusement ni l'exacti- tude méthodique de l'un. Il com- mence son beaucoup à récit par la naissance du Christ et accorde une grande attention à la propagation l'histoire. raconter sur un pape des choses choquantes (p. mais avec Machiavel. Il n'osa pas supprimer Flîktep. 2o7ss. mais elle était honnête et conséquente. Il 79 de l'édition de 1647. séduit le dilettante et le lecteur attentif d'occasion. I accresc. — V Histoire florentine d'Ammimême de la une œuvre du même genre. examen plus y montre l'absence de mérite qui reste à des falsifications tendancieuses. Il des martyrs et les chartes de des n'est pas plus libre les du côté de l'aristocratie florentine. par un il travail soigné en apparence systématique. Le choix langue italienne indique qu'il voulait rivaliser non seulement avec Blondus. tient I). Ammirato ne pouvait plus procéla der aussi radicalement. s'il du christianisme lui — ce qui eût pu profiter fondation avait été permis de soumettre à sa critique les actes églises. Giovanni un esprit fort à côté de 7). Il de nouveau pour authentique donation de Consle tantin mentionne des miracles d'hosties sur . ni l'intelHgence politique de l'autre. I). Il lui (Cf. La critique de Bruni n'était pas profonde. p. il Son travail était en apparence plus exact. Comme critique.. Son ouvrage est de la même sorte que le Chronicon Helveticum de Tschudi (ci-dessous. avec Villani VI.l'école de liLONDUs (ammirato) 461 Ammirato chercheur rato est et critique. Qu'il fût inspiré par tion trouvait est-il qu'il faveur que la dévo- auprès de Cosme ou par sa piété personnelle la — toujours ton de créVil- n'exprimait plus de doute sur des légendes ecclésias- tiques. 37. s'excuse quand est obligé de 1. le seul l'auteur est d'avoir enchâssé dans la narration traditionnelle quelques nouveaux matériaux documentaires. y ajoutait sur le il est encore au-dessous de Bruni. dulité affectée qui caractérise la contre-réformation lani paraît 1. fables et miracles sans exception. noms cités par Malespini des gentilshommes que \i . notait par les exemple le chiffre de l'année et modèle antique noms des gonelle écartait faloniers et de l'évêque.

fiorA. dans son lui faire ériger un monument II). Il comme des la généalogiste. . (l. sauf un nom. I). L'histoire d'amour avoir qui. sans sentir de différence entre eux et sans s'apercevoir que les additions de Bruni fait qu'il étaient des inventions sans valeur. Quand il veut motiver. 169j. p. 196 du IP il vol. des notices sur des incendies. nous ne savons que par conjecture qu'il a souvent utilisé des documents. Mach. Les anecdotes qui se prêtent au roman. 205jGf. Pas de vues directrices. des phéfin nomènes naturels. le se livre à des réflexions sentimentales. 125. Ist. — Il n a pas racheté ces défauts de méthode par d autres qualités. sont com- plaisamment peintes. Il cite Machiavel pour un aurait aussi bien trouvé. est racontée dans tous ses détails (Guichardin en avait brièvement et dédaigneusement parlé comme origini giovanili.'llISTORIOr. XXVI).RAPHIE MOOEnNK Charlemagnc avait armés chevaliers. Bruni. Dans qui se groupent autour de la bataille de Montaperti (1260). quand il apprend que le grand-duc Gosme avait pour vieux héros lui une vénération particulière. conservait un portrait de cabinet (Guardaroba) et songeait à (p. 1. L'ordre est tout simplement celui des annales. Fiorini. C'est avec aussi peu de critique qu'Ammirato choisissait ses lu. devait naturellele récit ment faits aussi des égards aux fantaisies du souverain. sources. présentée la de chute de Pierre et de la liberté italienne (p. Ammirato historien. comme ayant été la cause principale 1. quoiqu'il sût bien. comme chez Bruni. personnalité de Farinala degli Uberti est mise en vedette beaucoup plus qu'il ne convenait : le lecteur n'en a l'explication qu'à la le fin. Une nomme ses témoins qu'occasionnellement. des constructions. interrompent le récit à la de chaque année. et. Ilédit. p.162 HISIOIIIK DK l. Il avait beaucoup mais ne Il s'était jamais donné les la peine de passer au crible ses autorités. ce qui est pire. dans la source originale. 1. cherchant motif pour lequel les colons romains bâtirent Florence dans la vallée de l'Arno el non sur la hauteur de Fiesole. pas même un essai de division en périodes. laires amalgamait légendes popu- de Villani avec les tableaux d'apparat de Bruni. en 1494. passait pour amené la discorde entre Lorenzo et Piero de'Medici d'un côté et le Piero de' Medici régnant. ce que valait une pareille donnée.IV. de l'autre.

Gyraldus cependant prend posture. avec un mélange sans critique de feste . travaille soigneusement et traite consciencieusement aussi les œuvres écrites en italien. II). fior 1. et les jugements. Ammirato passe sur ces hypotiièses tirées de la Les soldats romains. presque tous élogieux. — a.). lavait vu in illa seciu'itale Romani imperii I). IX inc. Et puis son ouvrage ne renferme pas plus que celui de Crinitus de jugements littéraires ou esthétiques personnels. qu'ils étaient. sont superficiels . Machiavel avait intelligemment développé cette idée et indiqué que probablement il y avait eu déjà sur l'Arno un entrepôt commercial pour Fiesole \Istor. Les dix Dialogi historiœ poetarum tam cjrsecorum quam latinorum (1545) sont le premier essai d'une histoire littéraire de l'Antiquité (se trouvent aussi dans G. M. La décadence de l'historiographie humaniste est encore plus manichez Lilius Gregorius Gyraldus. C'est au fond un travail de journaliste. ainsi que les poètes humanistes de l'étranger. mort 1552 à Ferrare. humaniste. Une histoire de la littérature grecque rencontrait certainement plus de difficultés que celle de la littérature latine mais si Gyraldus resta audessous de Crinitu3(p. Florence 1551. Leyde 1696). voir la douleur des anciens habitants de Fiesole.celane tient pas seulement à la plus grande abondance de la matière et aux lacunes de la tradition.TETITS OUVRAGES 163 (1. par K. à Rome sous Léon X et Clément VII jusqu'à 1327. Il lui faut un livre et demi avant d'arriver à Homère. Wotke. édit. ou peut-être le parce que cette situation sur fleuve leur rappelait le Tibre et ils apportait quelque soulagement à la nostalgie dont souffraient en pensant à leur ancienne patrie (p. Herrmann). 51.H5s. dial. Il évite un plan chronologique uniquement pour terminer dans une confusion à ne plus s'y reconnaître. 1894. nouv. édit.) et des digressions à n'en plus finir. II y a plus de mérite dans les deux dialogues de Gyraldus De poetis suorum temporum (d'ab. il nous donne un fatras énorme d'extraits de sources plutôt mauvaises que bonnes. légende et d'histoire (parmi les poètes lyriques figure Achille. né 1479 à Ferrare. comme dixième cahier de Lateitmchc Literaturdenkmàler. I) ! 3. opéra omnia. en sensibles héros de théâtre descendirent dans la plaine parce qu'ils ne pouvaient vie pratique. . Au lieu de se borner comme cet autre auteur à un recueil sans prétention de bons renseignements. Petits ouvraokb — Gyraldus.

59 s. Mais. les premiers livres des deux décades). Et comme historien. Ils flattaient peut-être la vanité patriotique. [juspar . et. dans le septième chapitre du premier livre de moribus Siculorum il se contente à peu près de rassembler quelques sentences d'auteurs anciens. dans ce dernier cas. Les faux avaient pour but d'animer ces parties mortes.love à écrire son Histoire de Sicile. Comme ses prédécesseurs du moyen âge. la tradition authentique.16i msToiub. Le moine dominicain et professeur (né 1498 à Sciacca en Sicile. de théologie Thomas Fazellus. — Fazellus. Il se posera par exemple ce problème déluge. Les faux de l'humanisme ont eu d'autres motifs. il n'est pas plus indépendant que Blondus. Autrement pourquoi auraient-ils inventé des sources antiques ? Des auteurs anciens on ne pouvait tirer des prétentions juridiques. Script.. Souvent il s'y mêlait des tendances nationalistes. il ne fait : presque que répéter ce que d'autres avaient dit avant lui. Or. 128). On n'avait pas manqué au moyen âge de Chroniques controuvées. Leurs produits devaient servir de fondement à des prétentions juridiques quelconques. le procédé des humanistes se sépare en principe de celui de leurs devanciers. — Les faux des humanistes L'historiographie humaniste provoqua une nouvelle espèce de faux historiques. Même dans la première décade. {De rébus Siculis décades qu'à 1556]. modeune b. car Moïse qui vaut mieux que tous les païens. 11 ne s'agit pas ici de ces faux vulgaires. uk l HisTOKioouvriiib. étaient-ils fois (avant le autochtones ou non. pour les temps anciens. qu'il consacra à l'ancienne géographie de l'île pour compléter Vltalia illustrata (p. L'historiographie humaniste avait éveillé le besoin d'histoires nationales complètes avec récits détaillés. Sic. d'où peuvent-ils être venus? L'existence des cyclopes ne fait pas doute. à ce qu'il prétend. d'ab. il aime à s'occuper d'énigmes pseudo-hisles géants qui autretoriques. Fazellus ne se distingue de son modèle que par son absence de critique. et pas seulement dans les choses d'Eglise. Ils devaient servir à rétablir dans l'histoire une proportion artistique. . a parlé aussi de géants (v. commodément accessible dans les Rer. mort 1570) fut poussé. Palcrmc i558.) avait autrement su peindre les Corses ! C. laissait souvent la narration en plan. même en ce cas. s'entend) ont habité la Sicile. Francfort 1579) Mais son travail relève de l'école de H Blondus. Il y eut encore des humanistes fabriquant des chroniques pour des motifs tout autres qu'idéalistes. mais ils ne visaient pas à faire une affaire. l'histo- mais uniquement de ceux qui sont propres à notre période de riographie. Comme Cvrnaeus (p. Mais les anciens faussaires avaient généralement poursuivi des buts pratiques.

Pour sauver la tradition. Plusieurs montrent que des autorités historiques admises au moyen âge n'avaient plus un plein crédit après des humanistes.-G. qui parle d'un impudens mendacium. XXIV. Ennead. Ils témoignent de l'éveil du sens critique. nommé 1499 par Alexandre VI magister sacri palatii. De honesta dise. Comm. Presque tous les historiens italiens en vue se Hors de l'Italie. Raphaël Volaterranus. 455 ss. la sienne est moralement la plus pardonnable. etc. p. Doblinger dans iesMitteil. des Instit. 149) là. VIII. Tous ces faux ont leur importance pour l'appréciation de la critique humaniste.) Cf. Pour l'Espagne. Manéthon. . Caton. Geschichtsforschung . p. Seul peut-être le Matteo di Giovenazzo inventé parAngelodi Gostanzo (ci-dessus. Ses adhérents et ses successeurs se trouvèrent surtout dans les pays où la tradition sur la haute antiquité était particulièrement pauvre. De toutes les inventions humanistes. Les Antiquitatum variarum volumina XVII cum commentariis [l'"' édit. est aussi inoffensif. Historia critica de los falsos Cronicones. mort 1502 à Rome. l'humaniste Annius de Viterbe (proprement Giovanni Nanni). 318 édit. de pareilles inventions prouvent la faiblesse de cette critique. D'un autre côté. l'activité du magister protestant IlieronymusMegiser de Stuttgart (1554-55 à 1619. pour l'Allemagne. Rome 1498) mirent au jour une série d'ouvrages historiques antiques qu'on croyait perdus (de Rérose.. On combattit toujours sur cette question le Rérose d'Annius était-il authentique ou non ? Les renseignements qu'il contenait eussentils été plus dignes de foi s'ils étaient vraiment sortis de la plume du scribe babylonien ? Les humanistes auraient répondu affirmativement. 1868). Non seulement des historiens comme Aventin et Ocampo ont cru au faux Rérose. 30).) et qu'Annius prétendait avoir retrouvés. déclarèrent contre lui (Sabellicus. la humaniste des sources devint plus grossière.LES FAUX DES HUMANISTES L'Italie 165 peut revendiquer la gloire d'avoir fondé encore cette brancheLe premier faussaire nouveau style fut un dominicain. II. M. J. Crinitus. 12. né vers 1432 à Viterbe. 38). Son but parait avoir été d'éclaircir l'obscurité qui enveloppait l'histoire des peuples européens avant leur contact avec les Romains. Alcântara. on inventait des sources qui pussent supporter la critique humaniste. Il est à remarquer que les faux d'Annius trouvèrent surtout créance en dehors de l'Italie. Urb. 26 [1905]. en Espagne et en Allemagne. fur ôsterr. mais des faussaires nationaux continuèrent l'œuvre de l'Italien. Du moment qu'une source était démontrée antique. citons la fabrication des faux Cronicones. I. V. son contenu possé: dait une autorité canonique (Cf. (Cf. 1. Râle. falsification en même temps que l'historiographie humaniste. Fabius Pictor.

î .

les Italiens avaient été les seuls maîtres des publications politiques internationales. hors . L'histoire.LIVRE II L'EXPANSION DE L HISTORIOGRAPHIE HUMANISTE A TRAVERS L'EUROPE ET L'HISTOIRE POLITIQUE NATIONALE Â. Il fallait mettre l'historiographie nationale en de soutenir dignement la concurrence transalpine. p. vers la fin du w" siècle. Mais on ne les devait qu'au hasard ou à l'initiative privée d'un grand seigneur de culture humaniste. Il porter leur attention sur l'historiographie du nouveau y en avait eu des exemples isolés. On ne voulait pas que gens cultivés du pays et le public étranger ne puisassent leur instruction historique que dans des ouvrages état italiens. malgré leur infériorité militaire . La rancune que nourrissaient depuis longtemps les ressortissants des autres pays se fit jour en des manifestations haineuses. De telles attaques n'en étaient pas moins injustes. (ci- où elle s'était produite une génération environ après Bruni s. l'Italie et. Maintenant l'histoire humaniste fut cultivée d'office et méthodique- ment. dessus. la Ces circonstances expliquent grande place que tient dans plu- sieurs livres la polémique contre les historiens italiens. Les autorités se laissèrent guider par que les princes les mêmes considérations de Naples et de Milan quelques dizaines d'années les avant. les gouvernements hors de commencèrent à style.). — REMARQUES GÉNÉRALES \ r L'expansion de l'historiographie humaniste dans les pays euro- péens ne différa guère en principe de ce qu'elle avait été en Italie. 31 Une autre génération passa. Jusqu'alors.

{Essais. 1. l'emploi de la langue populaire au lieu du latin changea peu de chose au fond. où — à part les savants — la culture humaIl niste des classes supérieures était moins générale qu'en y fut Italie. Bien mince par conséquent est l'originalité des histoires humanistes qui n'ont pas été nationalistes. Cela ressort par exemple de Montaigne. Il en était autrement dans le reste de l'Europe. mais dans du goût classique. en critiquant le style historique des humanistes. et ses œuvres ont entre elles des différences considérables. Du reste. De là le besoin de déclamations vis-à-vis Le ton violent qu'on prenait souvent des Italiens servait surtout à dissimuler le fait que l'auteur devait toute sa culture à l'étranger qu'il insultait. L'historiographie italienne a produit plus d'un genre. on ne pouvait les surpasser. On mit dans écrit historique les autres pays plus d'empressement qu'en Italie à écrire l'histoire dans la langue nationale. Tout ce qui.\PIIIK MODEKNK elle de ne dut pas seulement à l'Italie une impulsion. transporter leur méthode à d'autres sujets les limites . Cet état de choses a été généralement méconnu jusqu'ici par l'ignorance où l'on était des historiographes humanistes italiens. 1)K I. Et c'est par impuissance plutôt que par principe que les grands Florentins avaient rompu avec cette coutume. pas un seul la de l'humanisme n'avait etaployé langue vulgaire. qui. en résulta naturellement que l'histoire beaucoup plus qu'en Italie rédigée en latin. Au xv^ siècle.'h18T0U1()i. dans Ihisloriographie de leur propre ils le pays. Elles pouvaient servir de modèles aussi bien au virtuose du style et au politique éclairé qu'au piocheur érudit sans prétention. déclaraient original. On pouvait les imiter.168 IIISTOIKE l'Italie. était indépendant de la langue employée. nom de la dignité aimait mieux taire des détails laids que de se servir d'un mot trivial. ne fait aucune différence entre les auteurs écrivant en latin et ceux qui écrivaient en français.K. II. les Les développements de notre premier ne sont pas si livre ont montré que choses simples. qui. exclusivement en vue de l'étranger. dépend entièrement des auteurs de ce pays. Le grand style classique. . au de l'histoire. composées en Italie. x). s'écartait de ce prétendu schéma. chap. se croyaient (juand môme en droit de les juger et en imaginaient un type unifié. La plupart des chercheurs n'en connaissaient que de petites coupures.

c'est uniquement parce que l'historiographie humaniste a histoire. . utilisés . là seulement une véritable ne cesse pas dès le La France est le seul pays où elle XVI* siècle. Les sources et Gôdeke. (traductions en anglais d'historiens ayant écrit en italien). Griindriss. graphiques sur ces traductions. Les livres d'histoire anciens et humanistes) par Montaigne (1908. L'ordre dans lequel chaque État est traité est assez indifférent ci-dessus. à mesure que l'humanisme se répandait. que l'influence de l'historiographie classique gagna bien au delà du cercle des latinisants. 102 ss. fit une forme nationale d'histoire politique qui ne à l'humanisme que des concessions tout extérieures. Si la France est en tête. révolution des Essais de Montaigne (1908) § 143 (traductions d'historiens anciens en allemand). Mainte qualité extérieure de l'historiographie humaniste Notices bibliopénétra ainsi dans la littérature historique populaire. Buch. Manuel bibliographique delà littérature française moderne.REMARQUES GÉNÉRAI-ES 169 On fit. thèse) cf. à côté de celle-là. 309 s. (traductions en français — d'historiens moderne P. Son histoire sera traitée à part à propos de chaque Etat. du même. Villey. Lanson. G. En plusieurs pays se développa ou se conserva. Celui que nous allons suivre n'établit pas une distinction de rangs. 1 (1909). La plupart des traductions parurent dans la seconde moitié du XVI'' et les premières années du xvii° siècle. 34). de si nombreuses traductions de ses œuvres historiques et de celles de l'Antiquité. . (cf. Einstein. par exemple chez L. . The Italian Renaissance InEnglaml (1902). IV. p. c'est-à-dire à l'époque où des demi-savants cherchèrent à entrer en contact avec le mouvement nouveau.

Ses esquisses dans Dix ans d'études histoG. dans Dix ans d'études . Les annalistes — Paul-Emile. Les lettres sur ihisloire de France d'Aug. il juge les anciens historiens français à la mesure de Chateaubriand et de 'Walter Scott. guère que le développement des recherches historiques. il ne sait rien de Paul-Emile et comprend Du Haillan de travers. à Be rébus gestis Francorum. dans l'introduction au premier volume de la Revue historique (1876) ne — traite. de cet avantage. les livres V et VI Paris 1519. Le dixième livre (Charles VI jusqu'à Charles VIII). la couleur locale. La dynastie et le peuple en France étaient tout autrement imbus de la vieille tradition historique que la race illégitime des ïudors ou les souverains de ce royaume d'Espagne qui venait seulement de se constituer. reçut vers 1499du roi Louis XII. Leur auteur n'a qu'un seul critère. il . De plus. Thierry Petrus Danesius (d'après Tiraboschi Daniello Zavarisi) Notes sur quatorze historiens antérieurs à Mézeray. La tâche. 1529. française. Il la mission d'écrire l'histoire de la monarchie Paris.s'occupe peu de la manière d'écrire l'histoire. comme l'Angleterre. déjà l'indique le titre {Du progrès des études historiques en France depuis le XVP siècle). d'après la préface. Les quatre premiers livres (jusqu'à Philippe-Auguste) parurent d'abord à Paris 1516. Aug-. Thierry (en volume 1820) n'ont de valeur que comme contribution à Ihistoire de l'école romantique libérale. — FRANCE I. X (jusqu'à 1488). comme La France jouit. riques (dans les éditions postérieures) ont plus de valeur. les quatre autres 1539. pour un auteur de culture moderne. On n'a pour ainsi dire pas^traité jusqu'ici l'historiographie humaniste en France. n'était pas facile. Monod. a été achevé par un certain Cf. il n'avait de la matière qu'une connaissance superficielle. humaniste. — 1. 11. que sa première histoire nationale humaniste fut écrite par un étranger. mourut avant d'avoir pu achever son œuvre.B. PAULUSvfiMiLiusde Vérone. la légende légitimiste avait été peu auparavant . qui le fit venir de Rome. En outre. — historiques.

le conseiller au Parlement Ferronus (. secrétaire de Louis XII. C'est dans les observations sur l^ Curie que se cielle fait le plus sentir la position offi- de l'auteur. Ses tableaux sont pour la plupart librement imasrinés. de jolies idées historiques. faut sans doute l'attribuer la à l'autorité internationale prépondérante de presse humaniste et au défaut d'auteurs indigènes cultivés. on trouve. à côté des lieux communs d'usage. car son œuvre n'offre rien de remarquable. 142) recueillie Grandes chro- niques de France. mais ils ont de l'élan et de la vie. Introduction aux Sources de dans les l'histoire de France. est restée sans influence sur la répartition de la matière. il ne faut pas y chercher la profondeur. Attaquer Couronne il la trale c'était toucher à une narration approuvée par la gouvernement. (De rébus gestis Gallorum. chez aussi. dans les nombreux discours. il fait preuve souvent d'un scepticisme judi- . la division en livres. sup- prime en général les histoires de miracles. Un Français. avait fait paraître un dition médiévale. V [1904] | 204 p. Si malgré cela laissa pleine liberté à son premier historiographe humaniste. mais au moins celle-ci n'est pas divisée d'après les souverains régnants. Les contemporains n'avaient pas tort en plaçant k l'occasion ce Tite-Live gaulois au-dessus de son modèle romain» Et puis son ouvrage est une histoire du pays lui et pas seulement de la dynastie. Il ne mentionne l'origine troyenne des Francs que Il comme assertion émise par les Français. elles reflètent évidemment le point de vue gallican du gouvernement français. ou tout au moins y ajoute une explication rationaliste jugée vraisemblable. Paris 1550). moins encore que chez /Emilius. et en 1492 Nicole Gilles. cf. II. Paul-Emile a donc pu sans scrupule appliquer à l'histoire de France les principes critiques de l'école de Bruni. Molinier. remaniement de cet ouvrage. continua l'ouvrage d'yEmilius jusqu'à la mort de François 1°''. de Bordeaux (1515 à 1563). IX.\rnouI le Ferron ou Féron). et passe même sous silence la légende de la sainte Il ampoule apportée par une colombe au baptême de Glovis. Son travail est une relation intelligente et indépendante. écarte complètement de son récit l'histoire de la mort de Roland.LKS ANNALISTES (pAUL-RMILe) 171 (sous Louis XI . A propos de détails et d'anecdotes. C'est par l'art de la narration seulement qu'il est supérieur aux autres humanistes. Cette application de la méthode humaniste à un sujet nouveau est son principal mérite.

— L. Du Haillan développa ses principes (de historiographiques dans (Paris 1571). . Du Haillan arriva pour le satisfaire au moment opportun. Promesse et dessein de l'Histoire de France. fermement attachée à l'ordre et au droit. Thuasne. Ce moine français maniait très convenablement le nouveau style latin et faisait des réserves sur maintes fables des Chroniques. Paul-Émile avait trop procédé en critique conséquent et trop suivi dans le la forme goût italien. mais il suivait trop étroitement la disposition des Grandes Chroniques et sa critique était trop timide pour qu'on puisse mettre son ouvrage au nombre des histoires Sur Gaguin (1433 à 1501). Il accorde à l'histoire du Parlement et du droit plus d'attention que ne le faisaient d'ha- cicux 1 bitude les livres d'histoire humanistes. 13 b. emprunta en général . Dix ans. Bernard de Girard. Le désir laire chroniques ne suffirent plus au gros public s'éveilla d'une histoire nationale nouvelle. Vis-à-vis des disputes religieuses. il garde aussi son jugement calme et indépendant. : nomma 1571 son historiographe de France Paris 1576. 11 donna au public ce qu'il souhaitait : un habile compromis entre Il la critique savante et la légende patriotique. IIISTOIUOC. cf. l'autre étranger.). (Haillant). Paul-Emile.UAI'HIK. Thierry.172 HISrOlUK : 1>K !. Il repousse résolument la politique d'un Léon X. d'ailleurs. seigneur du Haîllan vivait à la cour de Charles IX. faire finalement leur paix avec la Papauté (f. 2. Roberti Gaguini epistolx et orationes (1904). Continuée plus tard). — Du Haîllan. On n'éprouva pas d'abord tion besoin d'une narraet populaire ? : n'avait-on la pas les Grandes Chroniques xvi^ siècle leurs rejetons Dans seconde moitié du seulement. quand l'infdtration vieilles de la culture humaniste atteignit la d^sse moyenne. surtout humanistes proprement dites. MODlîltNE il aime à confronter deux récits. à la fois popu- et savante. Elle ne fût pas plus populaire que V Histoire anglaise le de Polydore Virgile. le Aug. ne fut pas le premier humaniste qui écrivit une histoire de France. — Cf. comme beaucoup de gens cultivés d'alors. et d'opinion gallicane.-Xvant la sienne avait paru déjà (1495) ie Compendiam de origine et gcstis Francorum de Robert Gaguin. ces (il y eut toutefois en 1621 une nouvelle édition des Chroniques de France de Gilles). Il représente bien la vieille noblesse de robe. l'un français. sans décider entre eux. Pharamond jusqu'à la mort de Charles VII. renonçant à quelques-unes de leurs exigences extrèmeS. pour que son œuvre eût du succès dans grand public. mais ne désespère pas de voir les Protestants. indépendante. qui le Histoire de 1535 à 1610. C'est un Erasmien.

met de plates et béates réflexions. avait disparu. . Ce que Paul-Émile sentences il qu'indiquer. La façon dont que Jean il parle de la loi la exception. Mais inséra beaucoup de fables des Grandes Chroniques. sans doute. 35). Paris 1548) eut décréter par Pharamond la loi salique dans la troisième année de son règne (422). Pour un public qui se pas totalement étran- ger à l'humanisme. l'histoire il de la sainte ampoule des exploits de Roland sait rien mais fait la remarque que Grégoire de Tours ne du sacre de Glovis (p. insérant par exemple des tournois d'éloquence. phrases d'éloges compassées. Pour varier. Paull'histoire Emile n'avait pas d'attache intime avec narrer vivement lien. L'élégance modèle ne fait raffinée du s'épaissit. . Il osa le premier contredire conception dynastique traditionnelle. le trop fameux débat entre les Francs Charamond Quadrek sur cette question tion : Les Francs doivent-ils établir une constitu? monarchique ou aristocratique roi — débat qui est censé avoir eu lieu avant l'élection du Il Pharamond en 420. le Français l'étalé. et celle Du Haillan répète . dès le début de et l'ou- vrage. La vieille foi naïve. l'unité artistique est détruite. cherche en tout cas à garder n'était apparences homme cultivé. 426 ou 427. — la plupart exercices de longue haleine. Il savait ita- ne pouvait se dérober au scepticisme A travers les feuillets de l'ouvrage français souffle un esprit d'héroïque bravoure. 16o). força la couleur patriotique et abrégea les chapitres d'histoire étrangère. Les héros de Du Haillan seraient à leur place dans un roman l'Italien . que la chronique de Turpin est peut-être un faux et quelle est pleine de fables salique fait (p. La forme aussi devenait plus vulgaire. de Gaguin. faut admirer comment Du mais il Haillan a nationalisé son sujet.. De ce nombre est.LES ANNALISTES (OV IIAILLAN) le 173 il cadre d'Aemilius. de France. ton Français fait sentir le chaud du patriotisme. sans établir le moindre rapport entre les eux d'un et la narration. mais vides. Où le ne fait que tourner des. il A la place des latines. après du Tillet (mort à Paris 1570 étant évêque de Meaux) dans ses Tablettes chronofait logiques {Chronicon de regibus Francorum. il soumet aux exigences classiques. etc. mais il épouse leurs sentiments chevaleresques. insère entre les sections faites par ses devanciers des renseignements sur l'histoire de l'Église et Il du droit. qu'il traduisit souvent mot pour mot.

qu'il résuma lui-même plus tard dans Cf. SainteV Abrégé chronologique de l'histoire de France (Paris 1668). il manquait de critique encore plus qu'eux. 1-^^ édit. die. André dans les Sources de V Histoire de France (19Î3). qui fut poussé par liichelieu à écrire son Histoire générale de France (jusqu'à 1643 et plus — : tard 1648. qui avait dans sa Franco-Gallia (1574) pris fait et cause pour la royauté élective et la souveraineté des États. mort 1583 à Paris). 291 ss.Dardier dans la Revue hist. Cependant Du Haillan n'était pas le seul contre qui bataillât l'auteur (qui avait réédité 1573 les Annales de Gilles). 298-302. (1883). C'est Mézeray qui marqua un vrai progrès sur Paul-Émile. Bourgeois et L. 165). 1649 membre de l'Académie fran- çaise: mort 1683.Andrédans \esSourcesde l'Histoire de France xvii'^siècle. Jean de Serres publia 1597 à Paris un Inventaire général de Phistoire de France depuis Pharamond jusques à présent. 281-285. Ch. né 1569 à Condom. — Mézeray. . en français aussi comme Mémoires. historiographe royal. né 1610 près Argentan en Normanvécut comme publiciste à Paris. Il écrivit en outre Commenfara de s<a/« religionis et républicae in regno Galliae (1557 à 1570). — . E. Paris 1579). Paris 1643 à 1651). mais une réaction de plus vis-à-vis de Paul-Émile le manque de critique n'était pas compensé par les matériaux nouveaux quapportait à l'histoirede France unauteurversédans la littérature espagnole et italienne. 1570 ou 1571. Causeries du lundi VIII (1854). E. Cf. Son ouvrage devait être la contre-partie catholique de l'histoire de Jean de Serres. Trois ans après. 28 ss. François de Bellekorest (né 1530 à Coniminges. mort 1598 à Orange. en réalité se rattachant à Sleidan (voir p.RAPHlE MODERNE Malgré ces concessions à la tradition. continué plus tard .174 HISTOIRE UE L'illSÏORIOr. mort 1661. 246 ss. XXII. lui opposa son A'aste ouvrage: Grandes Annales et Histoire générale de France (de Pharamond à Henri III. c'est que lui et Charron {Histoire universelle 1621) sont les seuls historiens français qui aient cru aux faux d'AnniusdeViterbe (voir p. Cf. François Eudes appelé de Mézeray. Moins critique encore. 3. Un exemple de son manque de critique. par endroits légèrement teintée de protestantisme. Né vers 1540 près Villeneuve de Berg. 1(1913). 111. et XXIII. Belleforest n'avait pas tout à fait tort d'apercevoir dans la fable de l'élection de Pharamond une attaque contre la royauté absolue. qu'il ne continua d'ailleurs quejusquà 1422. fut Scipion Dupleix. désigné par l'auteur lui-même comme continuation de Du Bellay (voir ci-dessous). 1 Bourgeois et L. d'abord pub. L'auteur se contenta de populariser encore les ouvrages de Paul-Émile et de Du Haillan. du huguenot Jean de Serres.). bien qu'un peu plus savant. quelques auteurs patriotes trouvèrent que la critique de Du Haillan allait trop loin. Les connaissances historiques ne devaient pas être enrichies non plus par l'histoire vivement écrite. nommé 1568 historiographe du roi. [jusqu'à la mort Il écrivit une Histoire de France d'Henri IV. — Beuve. Sa polémique s'adressait plus encore à François Hotman (mort 1590). Son oeuvre ne représentait donc pas un progrès. Paris 1621 à 1643).

élargit le cercle consacre. et exprime hardiment ses opinions. Les branches gourmandes qu'avait fait pousser dans le style le culte de la forme chez les Italiens. il n'est nullement impartial. Mézeray jugement est le premier historien français national qui possède un II politique indépendant. L'ancienne école avait visé avant tout à une exposition brillante : Mézeray cherche à unir le vrai au beau {le vrai seul est aimable). C'est à tort . il dépend de l'humanisme il — il insère. sont incorporées à l'ensemble. l'école des discours — mais se distingue des humanistes de de Bruni tout autant que Corneille et Racine diffèrent des poètes tragiques de la Renaissance italienne. On conçoit que son œuvre ait passé longtemps en France pour la . qui désire un État bien ordonné et administré avec justice il est pénétré des idées gallicanes. . Il est j adhérent du parti politique. des chapitres spéciaux à l'histoire de l'Église. Mézeray ne se prive pas toujours d'une parure romanesque.LKS ANNALISTES (mKZERAY) Il il 175 . sont émondées. elj garde son indépendance vis-à-vis des historiens anciens. qu'il pouvait profiter d'un siècle de facilités offertes recherches archéologiques. par exemple. sa critique pénétra plus avant (il doutait de l'existence de Pharamond. garde toujours son bon sens. était aussi conséquent et aussi honnête que l'humaniste itaHen avait en plus cet avantage. On a reproché de s'en être tenu trop souvent à des sources secondaires. et n'admettait pas il d'emblée tous les récits des Anciens) de la matière historique. . il croit pouvoir rapporter maintes particuliartés des temps mérovingiens au caractère national des Germains. Il de l'autre. on devrait plutôt relever qu'il employa et popularisa les récentes recherches avec une saine critique. Les recherches modernes sont revenues sur bien des points à sa sobre appréciation. se fait l'organe de la bourgeoisie. Mais son analyse psychologique est plus profonde que celle des humanistes italiens et s'appuie sur une observation et une réflexion personnelles. plus d'inutiles digressions. Mais n'altère ni ne fausse rien. alors pour être honnête Il n'est croyant il que ce qu'il fallait homme. Dans la forme. . Les sentences. à celle des mœurs lui et cou- tumes . les phrases sont simples . à intervalles réguliers. D'un côté. et des par l'histoire ecclésiastique et l'ethnographie. se méfie des gestes théâtraux. souvent hardies.

étranger à la pruderie. 4. Ce n'est pas un hasard. érudition. cita exactement ses sources. xvii*^ : Observations critiques sur l'Histoire de E. était fait de l'indépendance de Mézeray arrivait juste avant la fermeture des portes. Son introduction méthodologique déjà. il appliqua systématiquement à Il l'histoire de France la méthode de la critique saVante. ainsi que les discours. Paris 1700. abrégée. bien Le Père Daniel dépassait son devancier en autant qu'on l'école l'a que pas prétendu. que la le produit le plus marquant de l'historiographie ait politique. mort 1728. et Voltaire a pu emprunter plus il d'un de ses principes critiques à ce Jésuite contre lequel bataille . L'Histoire de France de Mézeray parut de moins en moins oppor- tune à mesure que l'absolutisme cherchait à dominer spirituelle. s'appuya sur des documents. Ajoutons que la situation politique gea rapidement. parurent également choquants et au parti de la Cour et aux champions du bon goût. sition à la critique du xvni^ siècle. Un Jésuite s'imposa libéral par la tâche de remplacer l'ouvrage du publiciste France nouvelle dans le style une histoire de de Louis XIV. Bourgeois et L. 2° Histoire de la milice française. 312-315. etc. Gabriel Daniel. etc. (1913). — Daniel. André dans les I siècle. le de Blondus. Jésuite. dans le période classique de la littérature française. nommé historiographe par Louis XIV pour le récompenser de son ouvrage. France de Mézeray. Paris 1721 On lui attribue l'écrit anonyme Cf. c'en toire. premier.iuphik moderne chanl'his- meilleure histoire du pays. mit de côté les derniers restes des annales rhétoriciennes. des décrets de conciles. C'était un travailleur consciencieux de et. On s'aperde la çoit bien qu'il avait traversé l'époque Fronde. né 1649 à Rouen. a composé: 1*^ Histoire de France (jusqu'à 1610). Mézeray lui-même se des affaires avec Colbert. Sources de l'Histoire de France. Paris 1713. plus tard continuée. les écrivains allaient perdre le droit fit d'émettre de libres jugements historiques.176 iiistouîe de l iiistoiuoc. Bientôt. même pas des la vie Sa critique hardie. marque la tran- dans sa polémique contre l'historiographie humaniste. Sous peu. r« éd. paru ava7it règne de Louis XIV. où la publicité politique avait joui d'une grande liberté. qui ne ménageait même mem- bres de la maison royale et la vigueur de son langage populaire.

342 ss. et était comme lui jurisconsulte avant tout. Avec cela. Son Abrégé chronologique de l'histoire de France (de Clovis à Louis XIV Paris 1744 continué plus tard par d'autres) a moins de rapports avec des enquêtes . Les souverains des anciens temps sont dressés au style des Cours on atténue les témoignages défavorables des sources et les relations d'incidents scandaleux. mort 1770. est qualiiié d'extrait d'un roman : Préf.) qu'il cite souvent.LES ANNALISTES (hÉNACLT) 177 vivement d'ailleurs. 1723 reçu à l'Académie française. 1- . hist. pour constituer ration extraits de ses sources en un ensemble et sa nar- manque de couleur Il de vie. Mais il ne creuse pas plus que Blondus. Son habileté a même triomphé des diffi- cultés que lui créait sa double situation de jésuite et d'historio- graphe de la Cour. La couronne de France était gallicane. comme de pures annales. son intérêt pour l'histoire telles que cette étude paraît avoir été fortifié parGiannone (voir p. ses notes sur les événements historiques. il n'est pas indépen- dant. pratique en virtuose l'art des historiographes jésuites. qu'avec les spéculations historiques sur le droit politique ['Esprit des lois devait les offrir en grand. ultramontain. 12. Hénault rangea en tablettes. . Hénault appartenait comme Montesquieu à la noblesse de robe. Daniel se rendait bien compte (voir sa préface) qu'il y avait là un conflit insoluble. Daniel a été le premier à purger de maintes il fables l'histoire des Mérovingiens. 1710 Président de la l''<'c/mm6re au Parlement de Paris. Il suit fidèlement Grégoire de Tours et Frédégaire sans en croire toujours ces auteurs (le récit légendaire sur Ghilpéric dans Grégoire de Tours. leur dans les questions épineuses. Mais encore moins habile à composer que Montesquieu. Mais patoire. tout en s'accordant avec eux à rejeter des fables puériles. et tout en n'étant pas proil était FUEÏER. — Hénault. 5. Le Président HÉNAULT. il chercha quand Et il même n'a un échap- on imagine avec quels sacrifices. d'esquiver un jugement décidé. Il donna une attention particulière à l'étude des antiquités du droit. 11. pu pourtant écraser Mézeray. 2). l'ordre. art. né 1685 à Paris. les Il ne fait aucune tentative . De même que celui-ci émietta la matière de son Esprit des lois en une infinité de petits chapitres. . où a le plus les coudées franl'histoire : ches : il est le premier historien français qui commence à Clovis. Art. renonça tout à fait à exposer et ne donna que des tablettes. Le choix des faits n'est pas l'œuvre d'une main malhabile. Il scrutait le droit régnant et n'avait aucun goîit pour les audaces et les constructions arbitraires des « philosophes w.

souvent employé à des missions diplomatiques. il se distingue des « philosophes » il partage avec eux et. 6. . — ne sont qu'en partie originaux. sut toujours réparer ». Continuée plus tard par d'autres. sans grande valeur pour nous) H. Mais Hénault s'entend encore moins qu'un Mézeray à tenir en main les fils du développement. mais qu'il ne fait . L.Il chercha bien. né 1553 à Paris. Il prêche le despote sentimental. notamment par Henri IV. Les œuvres des abbés Velly (1709 à valeur. Mise à l'index 1609. Paris et Orléans 1604 à 1620. En Il fait d'érudition. 1759) et Anquetil (1723 à 1806) sont tout à fait sans L'abbé Velly représenta surtout l'historiographie galante (voir cidessousp. Par sa loyauté et la foi qu'il montre au moins officiellement. Lion. humaniste. Velly est bien au-dessous de Daniel et de Mézeray. Il existe sur de Thou divers mémoires de concours anciens: Phil. H. avec les disciples de Rousseau l'optimisme des âmes sensibles et l'enthousiasme pour l'état de nature. fut commencée en 1593. . qui ne traitaient que des actions des princes. l'his- L'ouvrage de Daniel fut la dernière production remarquable de le toriographie nationale française avant romantisme. — Z)e Thou. 55). p. 411 ss. De froides épigrammes prennent la place de réflexions historiques. Bu Deffand (1893.ses u-uvres (1903).). aucune différence entre de bonnes sources et de mauvaises. dans quelques détails extérieurs. conçue comme continuation de P. on en . — Cf. c'est ce tendre amour pour ses peuples qui lui faisait verser des larmes sur leurs malheurs. H. — Velly. l'*^ éd. mort 1617 à Paris. se retire de plus en plus après 1610 des affaires publiques. puis juriste. .178 HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE fond. Charlemagne est dépeint comme un philantrope du xvni'' siècle « Ce qui distingue surtout Charlemagne. ctMadame . Conseiller d'État et 1595 Président à mortier. Les Commentarii de vita sua (jusqu'à 1601). elle devait se terminer à la mort de Henri IV (1610). Le P. le jugement de l'auteur est sobre et relativement indépendant. latinisé en Thuanus.. composés vers 1614.Perey. parmi eux. mais s'interrompt à l'année 1350 plus tard par d'autres). Orléans 1620. Son Historia sui temporis (1546 à 1607). Jove (Cf. Jacques-Auguste de Thou. mais De Thou mourut avant d'avoir pu achever son œuvre. qu'il n'avait pu prévoir. entre les Mémoires d'un Du Gange et les imaginations d'un compilateur du moyen âge. Mais. à se conformer aux tendances historiques du « siècle des lumières » Dans elle devait la préface de son Histoire de France (d'abord de 1753 à 1762 continuée aller jusqu'à Louis XIV. d'abord théologien. Maître des requêtes. 7. collabore à la rédaction de l'Édit de Nantes. il fait la guerre aux expositions anciennes. resta à la promesse. comme de coutume. Dûntzer.l6' P. l'« édit. et promet de porter aussi son attention sur l'histoire du peuple. savie.

ainsi que Jove. possède une vue claire des possibilités du moment. Jove avait séparé la biographie de les De Thou agença. Mais est loin de marcher en tout sur les traces du cupide journaliste. et tandis il qu'il prêle volon- ^ aux Guise de méchants motifs. ïl comme mais historien de nouvelles voies.. de Th. en homme d'État. ainsi que accorde une Mais traité grande attention la môme aux événements du Nord de et l'Afrique. H. Vhisfoire de son temps de de Thou appartient aux ouvrages sur l'histoire de France. risse. il exclut de son histoire les bavardages et les motifs sentimentaux. Rance. de Thous Lebens. 1824 11. . Discours sur la vie et les œuvres de J. II n'était pas aussi impartial que l'homme d'État florentin.LES ANNALISTES (dE THOIJ) 179 . de Th. Il est vrai que l'auteur. Il la réalité et garde toujours son jugement calme la situation. France est pourtant au centre de l'exposition l'histoire intérieure de Thou a avec un amour particulier Sur bien des points il de sa patrie. Schriften und historische Kunst verglichen mit der der Alten 1837. Ghasles. 1887 (ultramontain) . les cruautés n'étale pas sans intention les violences et que le parti catholique commit contre : les Huguenots. Il chercha à joindre à l'universalité historique de il son modèlele jugement politique réaliste de Guichardin (dont fait un grand éloge). — J.-A. et s'attacha à il une expression ouvrit / et virile. Il en diflère déjà parla l'histoire. 1905. et non par la violence. Chose plus importante encore. extérieurement au moins. Mais j compter avec d'État. et ses descendants. et d'autres. suit étroitement Jove et exagère encore cer(il tains usages extérieurs de la rhétorique humaniste traduisait par- tout les noms de famille en latin. d'homme et l'égal est au courant de au moins en France. Har- Le Pr. riae avec ceux des Éloges. Son livre est au service d'une thèse il veut prouver qu'il est dans '^ l'intérêt de la France de faire disparaître le schisme (scissura in eccleil sia) sait par des instructions à l'amiable. DùnLzer J. si bien qu'on fut obligé de publier il en 1634 une Clavis historiae Thuaneœ). Et puis il matériaux des Histoclinquant d'un style dédaigna le bon pour des simple articles de journaux.-A. Il traite visiblement les Protes- tants avec indulgence. n'écrivit plus en publiciste vénal. 11 pous- sait à tiers l'extrême les opinions gallicanes. conçut son lui. œuvre comme histoire universelle et. deTh. forme de son ouvrage. Presque à de Guichardin.

mais stérile. Par la nature de son sujet. Il le Florentin. On n'y aperçoit pas la main vigoureuse qui unifie la matière historique et f réduit la multitude des détails à quelques grandes lignes. historiens italiens. Les faits ne sont pas groupés. 151 les et appliqua à des relations douteuses que il Mémoires de Monluc. reste 91). le Pourquoi De Thou l'historiographie la ' n'a-t-il donc pas pour développement de même importance que Machiavel ou Guichardin? C'est qu'il manque à son œuvre un fondement philosophique. édit. une critique très intelligente. combla se fit envoyer par des auteurs sûrs des rapports de l'étranger. Mais tout cela ne remplaçait pas Tunité inté rieure qui manquait. où il s'était retiré 1620. mort 1630 à Genève. repousse les théories impies des L'opinion qu'il serait assigné aux Etats comme aux individus (cf. est chez Dûntzer. II traite à peu près la même époque dans son Histoire universelle (1550 à 1601: 1"-' édit. par A. tins. d'une jusIl vengeresse qui préside aux destinées des États. l'œuvre de De Thou donc au-dessous des Guerres civiles de Davila. une durée de vie limitée. Quand était obligé de transcrire presque mot à mot des rapports étrangers (Sleidan. de Ruble 1886 à 1909 pour la Soc. Elle a été utilisée déjà par le poète et soldat . nouv. de L'histoire de De Thou a servi de source à rieurs.). les enchaùiements profonds ne sont pas mis à découvert. Au lieu de construire. s.180 HISTOIRE DE l'hISTORIÛGRAPHIE MODERNE était De Thou tant bien un solide travailleur.il recherchait au moins les meilleures autorités. s'attacha de préférence à des exposés faits d'après des sources diplomatiques. Ce défaut ne pouvait C'était être racheté par des qualités d'un autre ordre. partisan du roi de Navarre. en historiographie. en Saintonge. beaucoup d'auteurs postéhuguenot Agrippa d'Aubigné. p. un progrès. La narration n'a rien perdu à la chaleur de sentiment dont l'auteur était pénétré. en continuant l'œuvre des Florenl'histoire. déclarée superficielle les citations Pour son mérite historique. de ne pas penser aussi exclusivement en politique Cela permettait de et faire que les Florentins. né 1552 à Pons. une conception rationaliste de l'idée De Thou recourt de nouveau à tice divine f commode. Il il ne pouvait s'appuyer sur des actes autant que que mal cette lacune. C'était de signaler des innovations dans un avantage d'être intimement intéressé au sujet. Buchanan). Maillé 1016 à 1620. comme l'histoire d'Adriani telles (ci-dessus. une place convenable aux événements ecclésiastiques la législation.

La narration est verbeuse. Mais sans y penser. l'historiographie Sans l'impulsion donnée par des trois siècles suivants l'histoire Commines. — Mémorialistes Les Mémoires ne rentrent pas. A peu près comme. franc. de France). peut exposer développement de l'historiographie française sans la littérature embrasser au moins une partie de ils des Mémoires : car sont plus qu'ailleurs en contact intime avec elle. S. Des écrivains huma^ même osèrent dès lors refuser l'obéissance aux prescriptions de l'école classique. — ïl.). . et / dans ouvrages d'histoire on admettait facilement des parties de Mémoires. au premier plan. il n'y a jamais eu de distinction bien tranchée entre les deux genres. Il remontait en France à une On peut la faire com- mencer à Grégoire de Tours. ter dire. 1910 [Grands écriv. alors même que les auteurs ne voulaient être qu'historiens. selon l'opinion traditionnelle.MÉMORIALISTES 181 l'Hist. ne se sont jamais dépouillées complètement du caractère de Mémoires. plus encore que chez De Thou. et dans celle-ci la lutte des croyances. Ce genre mixte n'était pas une création des temps modernes. et ses œuvres. la composition tout extérieure. dans l'histoire de l'his- Quand on le écrit les souvenirs de sa vie. d'Aubigné. Rocheblave. En dépit du titre. sérieuse n'aurait peut-être pas cultivé avec tant d'empressement contemporaine sous nistes la forme mémorialiste. rien. l'opéra français est sorti du ballet et lui a toujours pour cette raison conservé une grande place. on peut apporMais on ne une contribution à l'histoire. à vrai toriographie. Mais il est bien moins habile. Mémoires rés les : généralement sépa-'' en France. On aimait à draper les Mémoires en Histoires. on voit. L'histoire natio- nale de France est sortie de Mémoires. Ils payaient bien dans quelques dehors leur tribut ils à l'humanisme. Il ne sort pas du genre des mémoires. si elle n'avait vieille elle n'aurait vraisemblablement delà de la seconde moitié du la "^ pas abouti à une œuvre qui renouvela forme d'une façon géniale. Mais pas prolongé son action jusqu'au XVI* siècle. on n'écrit pas l'histoire. tissaient leurs souvenirs en . et Histoire étaient Dans d'autres pays. tradition ancienne. On peut faire à l'auteur un mérite moral d'avoir cherché à brider sa mais l'intelligence historique n'y gagne passion d'homme de parti Cf. l'histoire de France. A.

Le biographe de Lalaing et l'auteur espagnol qui décrivit d'après des .. La première partie fut écrite entre 1489 et 1491. v.. Rapports de Commines avec l'ancienne historiographie française. 134 ss.. Ranke. . 1''^ édition critique par M''" Dupont. L'autorité historique de Ph. appelée ordinairement depuis 1552 Mémoires el distribuée dans les éditions en livres et chapitres. 1881 et (avec confrontation d'un Ms. comme les huma- pour le public cultivé en général. la seconde dans les années 1497 et 1498. l"' édition de la partie traitant de Louis XI (plus tard liv.).Arnold. né avant i447 en Flandre. Zur Kritik.Al'HlK MnnKUNK soi-disanls ouvrages d'iiistoire. Les appendices donnent de la valeur aux éditions des Mémoires données par Th. jusqu'alors ignoré) par B. pour cette raison incarcéré plus tard (1487) et dépouillé d'une partie de ses biens. du reste. W. 1 ss. etc. 1489 relâché et exilé sur ses terres.).u'i'K DE Commines (Comynes) bJcment au chAteau de Renescure. mais pour une classe déter- minée. Sa chronique veut être un miroir pratique des princes. Pour des dissertations plus courtes. après la mort de Louis (1483). dans le parti du duc dOrléans. bientôt après complètement gracié et chargé de nouveau de missions diplomatiques. Ce n'esl pas par un effet du hasard que la France non seulement est riche en Mémoires. . des deux parties ensemble Paris 1546. — Commines. 1873: l'Introduction de Mandrot dans son édition et son article. 241 ss.r.IS2 lllSIiMIiK PK I. 1. "Taris 1528. — Commines. passe 1472 au roi Louis XI qui le récompense richement (il devient. Paris 1524. anschauungen des Ph. IIIsrillIlni'. contenant les choses advenues durant le règne du roi Louis XI et Charles VIII (1464 à 1498). 1901 à 1903 (dans la Collection de textes. ii&i écuyer au service du futur duc Charles le Téméraire. probal'uii. et 74. Godefroy 1649 et Lenglet du Fresnoy 1747. mais possède en plus grand nombre que tout autre pays des exposés de l'histoire contemporaine qui sont issus de Mémoires. et surtout en Bourgogne. de Mandrot. appartient encore qu'il suit complètemenf au moyen âge français. comme écrivain. 1840 à 1847 {Soc. . Die ethisch-politischen GrundCf. Nouvelles éditions par Chantelauze. seigneur d'Argenton). Les tendances dans son ouvrage ne diffèrent guère de celles d'autres biographes contemporains en France nistes. 73 (1900). par un mariage que lui procure le roi. . I à VI. de Commines dans la Revue de l'histoire moderne et contemporaine 1 2 (1899). Les idées politiques la Revue hist. de Commines dans Bourrilly. Il composa Chroniqueet Histoire. de l'Hist. de France). C. mort vers 1511 au château d'Argenton. Il n'écrivait pas. voir la bibliographie de l'édition Mandrot.

Aussi ne raconte-t-il les événements qu'autant savant ni qu'ils peu- . Et puis.MÉMORIALISTES (COMMINES) 183 modèles français la vie de Pedro Nino. Commines n'est pas le moins du monde impartial. telle que l'avaient constituée les écrivains de profession. Il considère Louis XI . avaient voulu dessiner dans leurs ouvrages l'idéal l'histoire du chevalier errant: Commines. défectueuse. vivante et originale. La le forme. les "VIII montre quelles fautes un prince doit . Son ouvrage n'aurait pas servi à l'instruction. Chastellain et autres. Il paraît avoir laissé à des rancunes personil nelles trop d'influence sur son exposition. lui étaient indifférente. Il ne s'intéressait qu'à chose si elle-même. — Ce qui mit Commines au-dessus de ^ ses confrères. l'étendue de son regard. Mais Commines n'est rien la moins qu'un écrivain modèle. Il est naturel qu'il ail pris une position décidée dans les questions politiques de son temps. sa connaissance des affaires et des hommes. en réaliste dans sa préface. Rien ne l'obligeait à écrirc_^ l'apologie de son seigneur défunt. Christine de Pisan. comme un sujet favorable pour ses démonstrations ce prince enseigne comle ment il faut agir . au point de vue de l'art. comme telle. (et lui. la remarquable personnalité de l'auteur. utilisa'^ de Louis XI plus tard de Charles VIII) pour éclairer à la lumière de ses expériences princes et diplomates sur leurs devoirs. des ornements de style étaient venus troubler la clarté de ses pédagogiques. s'inquiétait pas des lacunes Il n'était ni chroniqueur et ne qu'il lui fallait laisser dans son récit. avant tout sa position indépen-j dante. est souvent traînante. vent servir à l'instruction. ce fut sa fine intelligence politique. la politique de Charles Téméraire et de Charéviter. Aussi le a-t-il ana- lysé son héros froidement. humapas niste (c'est à peine savait écrire en latin) il n'avait môme la étudié la technique de la prose française. souvent Commines s'il n'avait pas été touché par la culture . A bon droit. Mais n'écrivait pas au "^ service ni sous les yeux d'un prince. maximes Ses tendances politiques. On a beaucoup loué sans-gène de son style. plus grand éloge qu'il sache faire de lui. c'est que de tous ! les princes qu'il con- naissait c'est lui qui avait le moins de vices de Mais comme ! il a su démêler les principes directeurs la politique du roi Quels por- . car c'est par là que s'exprime. Sa syntaxe composition.

Il n'oublie jamais que le pouvoir et la sagesse ne peuvent garantir le succès qu'avec une certitude relative. Elle consiste que Commines ainsi que les Florentins partent de la situation . où aurait découvert que la pratique était en opposition tranchée avec la théorie.prêcher. serve à l'instruction des princes et des hommes Com- mines devait partir non de constructions idéales de son cerveau. C'est à n'avait pas besoin lile tirer d'Italie ses principes politiques. politique réelle. ceci. devait livrer sans retouche son expérience il De bonne heure critiques s'attira par là le reproche de machiéva- lisme. Commines lui rattache à tel cas des observations politiques. mieux l'homme d'action. Il ne faut pas oublier que Machiavel et Guichardin — c'est avec eux qu'on ^tard que lui et peut le lui mieux le comparer — ont écrit plus dépendent de en partie (Guichardin s'est servi de son ouvrage) et que l'historiographie politique des grands Florentins se distingue précisément de l'ancienne historiographie humaniste (la seule que Commines au fond en eût pu connaître) par ce qu'elle a de com- fmun avec le Français. et qu'ils veulent non pas Au ou reste. HISTORIOGRAnilK MnDERNE trace des autres personnages! I Comme il est bon juge des situations politiques raison il Avec quelle mesure. '^ Des modernes ont même cru devoir rapprocher son tort. Il œuvre de la Renaissance italienne. leur tel méthode est très différente. la ressemblance est tout extérieure. avec quelle le contrepèse la louange et blâme ! Aucun autre écrivain peut-être ne nourrit aussi peu d'illusions que lui sur l'efficacité des mesures politiques. c'est l'analj^se lui dun Un intérêt purement spéculatif qu'il demeure étranger. Aussi ne s'aperçoit-il pas et la doctrine peut y avoir contradiction entre ses leçons Il de l'Église. Il navait jamais cherché conseil.184 traits vivanls HISTOIRK il DF. Surtout pas de l'historio- Tgraphie italienne. ne connaissait rien d'autre que ce qu'il enseignait. politique. mais instruire. Peu importaient des recherches théoriques sur les principes de la : politique la science ne se passe pas de généralisations . — Voulant que son d'État. mais ce cas par- qui instruit le ticulier. Commines livre ' et les historiens de la Renaissance. dans de vieux manuels. Jin outre. et ^ne cherche pas comme les Florentins à esquisser un système. il comme Machiavel. Il (jnais de la réalité. le On n'éprouvait pas en France et besoin de créer de toutes pièces un État d'accommoder tout à . 1.

A l'aide d'un travail scientifique ils élargissaient leurs souvenirs en une œuvre historique. fin. Et ce n'est pas leur valeur comme sources ni leur qualité littéraire qui déterminera ce choix.]! fouillaient les les Florentins documents. Gomun mines ne donne qu'une tranche arbitraire de vie. peuvent être très agréables à lire. ^ Guichardin. Seulement la victoire appartient en général au plus fort et au plus x\u reste. la Gommines l'histoire pouvait donc en principe s'en tenir sans embarras à pieuse conception du moyen âge et écrire sur l'action de Dieu dans des considérations qui ont rencontré l'approbation complète Il de Ranke. Effet produit en France. — La Chronique de Gommines n'est donc comme on lui au fond qu'un livre de Mémoires. Gommines était bien moins historien que les Florentins. Quelques-uns ont cherché. . ainsi que nous l'avons fortement influencé l'historiographie française. en a décidé autrement. une forme plus concise et plus ferme. Tandis que Gommines se reposait sur sa seule mémoire *} de vie et se rendait coupable des plus grossières erreurs chronologiques. Aucun des autres mémorialistes n'est à la hauteur de Gommines comme penseur politique. si Le plus sage calcul la peut tromper le sort lui. à l'exemple de Du Bellay. les Florentins morceau d'histoire. Donc décision suprême. mais fixée par des points d'un de vue historique généraux. Mais l'adoption dans la littérature des Mémoires de certains dehors de l'historiographie humaniste ne fit pas faire de progrès à la manipulation intérieure de la matière. plus tard. selon est en Dieu. était d'ailleurs relativiste déclaré. Nerli et les autres ne se contentaient pas de décrire les événements auxquels ils avaient pris une part active. Dans notre nous sommes^ forcés de ne faire qu'un choix restreint. avec les leçons de la théologie morale on ne se le demandait pas. L'auteur est-il un homme intelligent et qui sait raconter (ce qui est xvii'' souvent le cas à partir du siècle) ? ces prétendus Mémoires histoire.MÉMORIALISTES (COMMINES) 185 coup de allait vieilles institutions à un état de choses tout différent : il de soi que les politiques dirigeants s'appuyassent sur la tradiJusqu'à quel point s'accordaient-elles ? tion et l'expérience politique. et la matière la leurs recherches n'était pas limitée par les hasards de auteur. G'est comme telle qu'elle a. en a donné le nom dit.

né vers la fin du xv'. Guillaume du BeUan (1904).. soutenir comparaison avec Commines. offi- Du la le Bellay ne saurait d'ailleurs. il ne défend pas une opinion personnelle. tion d'un plus grand que de la création de avec toutes les particularités de la personne et versel. que sa forme singulière eut pour la génération suivante une autorité canonique. tout aussi importants.180 llIST<tllîK 1)K |/hIsIiMU(M". 1"^' édition. 2 . ce n'est rien moins que . l.-L. sont racontés brièvement ou pas du tout.'W s. Ce ne serait rien si l'ouvrage était réellement ce que le titre fait attendre. dans ses dernières années lieutenant général du roi en Normandie. En qu'ils obtinrent fait dépit du grand succès dès le début. ne fait que répéter la manière de voir Souvent les docu- ments qu'il utilise sont simplement analysés. C'est là ce qui du sujet. soldat et officier des armées françaises. Bourrilly. de l'Hist. ments sont exposés avec un détail excessif.siècle. Nouvelle édition critique d'après l'édition princeps par V.15M'IIIK MODKllNK mais uniquement leur importance historiographique. : Paris 1569. 386 ss. officieuse. Certains événed'autres. Considérons d'abord les Mémorialistes qui prétendent donner un morceau d'histoire. —Cf. Et cela uni- quement parce que l'auteur avait dans le premier cas d'abondants et n'en avait matériaux à sa disposition pas dans le second. 1513. non politiquement. Il veut instruire morale- ment. un modèle uni- donne de l'importance à ses Mémoires. La composition est tout à défectueuse. ou bien transcrits in . n'a pas l'intelligence pénétrante. Martin du Bellay. comme 11 penseur politique. L'ouvrage de Commines dut en grande partie son influence durable à ce fait. -Du Bellay. Plusieurs portions en sont tirées de relations étrangères et de documents ciels. commencée en 19U8 les volumes pjirus vont de 1513 à 1536. Bourrilly et Fleury Vindry pour la Soc. il par son imitacelui-ci. ses Mémoires. Il jugement politique précis de son modèle. de France. leur valeur est minime. Mais ce que Du Bellay nous donne. Ranke. à la (]our de France. Dans les années 1555-56 il composa ses Mémoires' (1513-1552). le Du Bellay rendit à sa Chronique de Louis XI rendit à Thucydide fit : même service que Xénophon lui. ZurKritik. mort 1559 à Glatigny. La personnalité de l'auteur s'efface la narration cherche à se donner l'apparence d'une histoire complète.

. la politique est au premier plan premières. une Cf. inachevées (à partir de 1513. partie du reste est conservée à l'état d'esquisse L'Epitome de — Vantiquité des Gaules et de France de Du Bellay (Paris 1556) est un extrait des Ogdoades. est en train de paraître dans la Collection de textes. 1904 (thèse). de l'Hist. il continua plus tard son ouvrage en français. mort 1543 à Saint-Symphorien-en-Laye. La meilleure édition. Du Bellay part toujours de ses propres aventures. . du Bellay. Gourteault. Martin du Bellay put faire usage de travaux préparatoires de son frère Guillaume. Il traite très brièvemenent les années 1515 à 1521. Cet ouvrage flotte déjà d'une façon caractéristique entre les Mémoires et l'Histoire. Dans les dernières parties. puis diplomate au service de la France. 1864 à 1872. Il commença 1523-24 une histoire latine de François 1'=''. — Monluc. Son ouvrage ne diffère donc pas beaucoup de celui de son frère. soldat dans les armées françaises. occupé surtout en Italie (on connaît particulièrement sa défense de Sienne 1555). Du Bellay était plus royaliste que le roi il chargea en écolier la fiction courtisanesque de ses modèles chez lui. . de France. Mais ses Ogdoades restèrent bien au-dessous de leur modèle. 3. 1904 (thèse). qu'il dans les écrivit comme diplomate. Ses Commentaires (1521 à 1576) parurent d'ab®rd (mutilés) à Bordeaux 1592. Sur le désir du roi. dont il est lieutenant 1503 à 1570 en 1574 maréchal de France mort 1577. 1558 de retour en France. xvi° siècle. a reçu l'éducation humaniste. Pour une partie de ses Mémoires. François I^'" remporte la victoire de Marignan en se précipitant en personne dans la mêlée et en inspirant par là aux lansquenets du courage. c'est l'histoire des guerres. prend part au nom du gouvernement royal aux guerres de religion en Guyenne. à 1533). G. . Trois livres de la huitième Ogdoade (1536) passèrent dans les Mémoires de Martin où ils forment les livres (1531 V à VU. Guillaume du Bellay s'essaya d'abord comme imitateur des humaU voulait faire pour l'histoire de François I*"" ce que Paul-Émile avait fait pour les temps antérieurs.MKMiiaiAUSTES (M(»N[JIC) 187 fait qu'il extenso. nistes italiens. 1537 à 1539 gouverneur de Turin. né 1491 dans la seigneurie de Langey. 1324 nommé chambellan. du Bellay. et aux ennemis la terreur (p. I et II) a été . . parce que pendant cette période il était absent de France. traita Il semble avoir dû la le plus gros de son succès au l'histoire pour première fois dans son ensemble de Fran- çois i^'. fragments publiés par Bourrilly. Fragments de la première Ogdoade de G. près de Blaise de Monluc. Guillaume du Bellay. le premier volume (liv. 9). né au commencement du Con- dom en Armagnac. d'abord soldat. de Ruble pour la Soc. est celle de A. relativement. 1540 à 1542 du Piémont. les Ocjdoades. qu'il compose étant soldat. Une nouvelle édition par P. Bourrilly.

188 HlSTOini'. Dès qu'il il technique militaire. Un livre dispense de toute la littérature antérieure c'est le grand ouvrage de P. Dans la seconde phase. avec une réserve calculée et très . narre excellemment. que l'auteur lui-même fit suivre 1909 d'un abrégé populaire {Bl. Courteault. sans doute à l'instar de Du Bellay. Monliic) Les Commentaires de Monluc ont pour sons cet intérêt. Il commet des erreurs gros- sières en chronologie mais sa mémoire topographique est à peu touche à des choses qui sont en dehors de n'y est plus. Bl. — remontra récrit roi La première rédaction des Commentaires (1570-71) que Monliic. HISTOniOURAPHlK MdPKRNE public en 1911. données empruntées à des historiens comme Du Bellay. A cet égard il est moins honnête que Comeffi- mines. Ses commentaires n'ont de prix qu'en tant qu'ils poursuivent un but didactique. des applications praet. Aussi. tant que c'est le militaire qui parle. nous ne ont consciemment voulu faire de : savons que leurs le pa^r hypothèse Mémoires des livres d'histoire chez Monluc nous saisissons développement qui. Paradin. tiques et des réflexions morales. Il Il transforma plus tard ce Discours de sa vie en Commentaires. destitué de son gouvernement de Guyenne. a conduit à un ouvrage d'histoire régulier. rangea ses souvenirs dans un cadre historique. de Monluc historien. . Monluc n'est pas un grand historien. Cette adressa au Charles 1\ pour sa justification : rédaction complètement remaniée du Discours de ma vie naquirent les Commentaires. Ses souvenirs ne qu'à s'adressent. qu'intervient l'imitation du humaniste et l'emploi de matériaux étrangers. inséra des discours à l'aide de Jove. (1570). 1908. Il près la infaillible. métier écrire un manuel pratique. d'après son affirmation expresse.. on peut style le démontrer. que nous le but que nous nous propo- sommes s'ils à même de poursuivre leur for- mation jusque dans le détail. en pas- sant par de vrais Mémoires. de fut plus tard . ajouta. de simples notes autobiographiques. comme Commines. Monluc est-il un rapporteur distingué. DE I. des gens du — à des soldats. etc. on ne trouve encore que des écrits assez décousus d'un certain nombre d'événements remarquables de sa vie. Chez d'autres mémorialistes. Il voulait. Mais ses jugements politiques sont insignifiants et changeants. Le courtisan flamand. Il a mis une extraordinaire habileté à placer sa propre personne dans un jour favorable. C'est donc après coup.

actes. de l'hist. 1858 à 1895. On peut considérer comme écrits historiques les suivants i°Les Vies des grands capitaines étrangers du siècle dernier i= le xvi^) et les Vies des grands capitaines français. contes. de France 1864 à 1882 et de : — P. Bouchot. Il s'entendait. Courteault seul a prouvé que Monluc ne près la vérité serrait de que lorsqu'il avait à redouter le contrôle de témoins oculaires. H. qui furent séparées par les éditeurs du xvii'' siècle en Dames illustres et Dames galantes.. de Vécole des Chartes. hist. et qu'il supprimait toujours tout ce qui aurait pu révéler sa cupidité et son arrivisme politique. 1890. : . ni artistes. Brantôme en cela est en opposition directe se faisait de l'honneur chevaleresque. de princes. Pierre de Bourdeilles. Brantôme est donc une source appréciable pour le chercheur qui veut se rendre compte de l'idée qu'un courtisan français du xvi" siècle Comme historien. Brantôme historien dans la Revue des Quest. . devis. provient en réalité d'un document plus ancien. Trait caractéristique il choisit ses personnages d'après l'étiquette des Cours du moyen âge ni littérateurs. gentilshommes et dames de son temps. Brantôme.. puis entraîné dans une vie agitée de guerres et d'aventures. — peu après rendu par une chute de cheval pour toujours impropre au service. mort 1614. qu'il pouvait sans scrupule considérer le bien volé comme sa propriété spirituelle. Les biographies de Brantôme appartiennent aussi au genre hybride des Mémoires drapés en Histoire. Les femmes de Brantôme. il est vrai. Ormont. né vers 1540 en Périgord. de gentilshommes et de soldats. 1896. de Lalanne pour la Soc. 1582 banni de la Cour. depuis 1556 abbé de Brantôme. L. éditions. La critique qui ne juge que sur des impressions cru sur parole. le lecteur. mais il pose. sont groupées par des liens assez lâches avec des extraits d'auteurs connus et inconnus. elzév. Il joue le rôle du vieux bonhomme de guerlittéraires l'a rier. Le soldat Gascon n'est pas aussi modeste.MÉMORIALISTES (mONLUC) 189 cace. H. Non seulement il aime à parler de lui. Nouvelles xvi'' siècle. 65 (1904) 5 ss. Mérimée et Lacour dans la Biblioth. si parfaitement à raconter des anecdotes d'autrui rajeunies. et souvent ce qu'il prétend tenir de la il égare sciemment tradition orale ou de sa mémoire personnelle. il n'a pas grande importance. Brantôme. histoires. Notice sur les manuscrits originaux et autographes des œuvres de Brantôme dans la Biblioth. 1876. Ces dames appartiennent également au i'" édition dans les OEuvres Leyde 1655-66. ni savants ne sont jugés dignes de figurer à côté de princes. Des choses que l'auteur a vues luimême ou entendu raconter dans la conversation. halanne.. 2" le livre Des dames. avait en général gardé le silence sur ses propres services. combats. en deux parties. il l'a modifié arbitrairement et transporté sur une autre personne. recueil qu'il distribua lui-même plus tard en plusieurs ouvrages indépendants. Il se fonde plus souvent qu'on ne l'a su d'abord sur des sources écrites. d'abord à la Cour de France. Pingaud. Cf. Il composa un Recueil d'aucuns discours.eic. et 687 s.

Edition critique — d'une Histoire de France sous Louis XIII (1838) les soumit. coadjuteur de son oncle l'archevêque de Paris. Il appuya ce travail sur A. compilation sans originalité. écrivains de la France). Mascardi. torique. Il fut suivi par Ranke. Gazier. 1 à 5 (1870 à 1880) par Feillet. Le héros des Florentins était en face de plus grands problèmes que celui du cardinal français. ci-dessus. mort 1679 à Paris. après la défaite de la Fronde. comme l'Italien. N'est conservé qu'avec des lacunes. 1895. Analekten zur franzôsischen Geschichte (1870) et M. son évasion (1654). de Retz. p. 282).U. r" édition. 11 a écrit 1° Vie (ou Mémoires) du cardinal de Retz (1613 à 1655). prêtre. mença sans doute la première rédaction de ses Mémoires peu après mière fois d'après — il y travailla jusque dans ses dernières années (1675). conjuration du comte Jean-Louis de Fiesque. 1''^^ édition. pour Seulement. Normand. Le lait qu'il a admis dans son recueil de nombreuses biographies de dames peut être attribué à une inlluence de Boccace et de son école. Amsterdam 1717. xvii'' comme Il qui dirait Guichardin transécrit. Gourdault et Retz paraît avoir conçu 1652 le plan d'un ouvrage hisChantelauze. sous niée. Le Card. Cf. François-Paul de Gondi. Les Mémoires de Retz avaient été presque universelLittérature. p. Composé d'après son La dire en 1632. L. employé plusieurs fois par Louis XIV . le premier. lement traités en sources historiques sérieuses. 146s. ibid. Edité pour la pre: retrouvé. Paris 1655. Quelques renseignements aussi sur la Conjuration de Fiesque). A. 1837.M'llll'. 119). Curnier.). il est daccord avec les Espagnols (ci-dessous. p. auteur fut utilisé par Schiller. Le Card. 1652 arrêté s'échappe 1654 et vit à l'étranger jusqu'en 1662. du parti du Parlement et du duc d'Orléans. en L.190 IHSTOIUK DK L'»nST(tU10(". Les Mémoires de Retz. La politique se présente à Retz sous lutte l'image de la Fronde. Il imputa au Cardinal de nombreuses inventions pures et des mensonges tendancieux (ses recherches sont publiées en grande partie dans la nouvelle édition des Mémoires). Congiura del conte G. Topin. 1863. 1875. à la critique. comme une de différentes cliques de la .de Retz. - Retz. 1682. de Retz et son temps. né 1613 à Montmirail. 2° il une forme remadans les Œuvres V (1880). de Retz [Grands mutilé. reposant en grande partie sur Foglietta (ci-dessus. de Fieschi. Il comil pensait d'abord à une histoire en latin de la Fronde. MODEUNK avec les humanistes italiens (cf. 1643. quand Bazin. pendant la Fronde. à des ambassades. il siècle. c'est porté dans la France du instruire. 4. Les outre : dernières années du Card. mais déjà le manuscrit autographe Édition critique dans les Œuvres du Card. appelé le Cardinal de Retz (Rais). 1651 cardinal. le politique auquel adresse ses leçons est bien différent de l'homme d'État idéal de Machiavel et de Guichardin. en réalité pas avant 1639. A son tour.. de Retz (1872. Le Card.

comme Il à Brantôme. si ce nest comme tremplin pour le politi- cien qui veut arriver au pouvoir. la langue vigoureuse. Les Florentins leur pays l'indépendance moyens de donner à . Mais il faut rappeler que Retz ne nous donne pas non plus des il Mémoires au sens propre du mot. L'intriguant accompli. Il ne rentre pas dans mes attributions de dépeindre les qualités des Mémoires. et les hommes d'après leur intelligence et leur Il non d'après leur caractère moral. Originairement. Il parle de lui- même même aussi ouvertement que d'autrui. faire sa carrière. On lui. ne tient pas un autre langage dans ses Mémoires. Et pas toujours d'une manière irréprochable. au besoin.MÉMOniALISTES (rETZ) 191 noblesse entre elles et contre la Couronne. et tout en disposant plus tard sa matière il en autobiographie. contre des Il écrits moralisants. peut-être de sa classe. est capable l'air de se fin et faire plus mauvais qu'il n'était. de relations étrangères. Il expose ouvertement ces vues. I. 191 édit. une histoire de la voulait écrire Fronde. dirait que le il sang florentin de sa famille se réveillait en Dès sa jeunesse avait. Il n'y a pour lui qu'un problème. pris la défense du conspirateur Fiesco. le curieux propos. une bonne constitution Retz ne pensait qu'à l'avantage de sa personne. dont la préoccupation était exclusive- ment politique. se servit plusieurs fois. non d'après des moyens employés. Ni le peuple. (Cf. ni la politique exté- rieure n'existent pour lui. à alléguer en sa faveur qu'alors On peut . L'Église non plus n'est qu'un moyen de la liberté.) Autant guait par là des Florentins. de ce cavaHer ecclésiastique. les conspirateurs. celui de c'est-à-dire jusqu'à quel point les droits profit de la noblesse peuvent être restreints au avaient cherché les et de la Couronne. voilà ses idéals. de s'approprier sans façon les aventures d'autrui. force de volonté. éprouvait à l'analyse des sentiments et des passions un vif intérêt il psycholose distin- gique. ne se refusait pas. autant il se trouvait d'accord avec lesFrançais cuUivés de son temps. comme Du Bellay et d'autres. U juge les actes politiques la moralité uniquement d'après leur opportunité. Indépendamment du but d'instruction. pour avoir plus il plus audacieux. riche en incor- rections et ennéologismes personnels. Feillet. U lui arrivait. C'est aux historiens de la littéraires littérature de faire ressortir l'art de conter. inventer des scènes entières.

Sa famille n'était pas d'ancienne noblesse. d'où le culte de la famille pour le prédécesseur de Louis XIV. pour ainsi dire. envoyé 1721-22 en Espagne avec mission de demander pour Louis XV la main de l'infante (ses dépêches d'Espagne publiées 1880 comme Papiers inédits) Après la mort du régent (1723) retiré des affaires. Tallenianl. édition 1834 à 1868). de Gourmont dans ses Promenades littéraires 111 (1909). avec quelques retranchements. Cf. Tallemant avait beaucoup entendu et bien observé. jusqu'à la mort du roi (1715) dans son entourage immédiat. Entré aux Mousquetaires 1691. seigneur des Réaux. il ne livre que des matériaux pour une histoire de la civilisation contemporaine. 1"^ II écrivit dans les années 1739 à 1751 : Mémoires sur les vingt dernières années de Louis XIV et la Régence jusqu'à 1723. Ses Mémoires sur la régence d\inne d'Autriche. — Saint-Simon. Tallemant avait recueilli ses matériaux dans la conversation des salons et il répète ce que contait leur médisance. on n'a pu le convaincre d'une altération intentionnelle de la vérité. Saixt-Simon. avait été fait duc par Louis XIII. en bourgeois qu'il est. qui devaient compléter ses Historiettes et auxquels il renvoie à plusieurs reprises. parce qu'il n'a pas nommé brigadier. selon la formule incomparable de Sainte-Beuve. appelées à cause de leur caractère anecdotique Historiettes (1"'^ édit. exprime tout carrément et n'est jamais embarrassé pour trouver le mot propre. comme duc et pair. Il écrit. S'il fait. son père seulement. il s'attire par là la défaveur persistante de Louis XIV. écrivit 1657-58 (additions postérieures) ses biographies.J92 il HISTOIKE DE l/llISTORIOGRAPHIE MODERNE blesse rarement la vérité typique et que ses inventions reposent la sur la réalité et non sur les conceptions conventionnelles de rhétorique. (iédéon — 5. 1755. Elles ont un fond absolument mémorialiste. sur lequel il avait fait des — . II est en général impartial. qui traitent do presque tous les personnages marquants de la France depuis Henri IV. et non cette histoire même. Paris. de Dangeau (1684-1720. mort ibid. Appelé par le duc d'Orléans au conseil de Régence. Son langage expressif. mort 1692 à Paris où il avait passé la plus grande partie de sa vie. Sans doute. n'ont jamais été écrits. né 1619 à La Rochelle. outre l'introduction à l'édition de P. écrit les Mémoires dea autres. soit en son château de La Fertéété . né 1675 à Paris. bon accueil à de méchants racontars sur la noblesse (surtout quand il s'agit de scandales). vit soit à Paris. Tallemaxt des Réaux a. Il s'entendait aux portraits. par P. qui était venu en 1625 à la Cour de France et était devenu page du roi. Il prit pour base le Journal de la cour de Louis XIV. Paris et de Monmerqué 1862). il démissionne 1702. familier. 1834-35. mais reste quand même. semé d'idiotismes. Son ouvrage est particulièrement précieux. Vidame. un court essai de R. en Gaulois attique qui a passé par la place Maubert.

écrivain artiste et comme peintre. de Boislisle. 2'^ — Petits écrits de droit politique. sommaire de la langue du duc de Saint-Simon. Éditions scientifiques par Ghéruel 185G-58 et (mieux) Boislisle. Saint-Simon et les Etats Généraux. sont presque la vie un ne racontent pas de l'auteur. de souvenirs personnels en partie rédigés.^Q (1886).MÉMORIALISTES (sAINT-SIMON) 493 Remarques Des Mémoires. Sée. Et encore faut-il faire entrer en ligne de compte qu'il n'apprenait lui-même que ce qui était connu de la li* FCETER. Nous devons encore à Pilastre un Lexique Revue 73 (1900). en outre 1865. déjà de remarques sur son texte. est une contamination de Dangeau. extérieurement.. A. 1879 ss. 75 (1901). Arnold dans la llistor.. Liard. Son ouvrage. franc. {Grands écrivains de la France). Le duc de Saint-Simon. non l'histoire du pays. mais aussi celle du roi. Boissier. 1891 hist. . Pilastre prépare une histoire du duc. Zeitschrift. dont Voltaire obtint la communication. qui mourut avant la fin de l'impression. . par ils disposition extérieure. édition Faugère (1880-1888). Mémoires. de généalogie. 319 ss. sinon comme historien. (imp. dans l'édit. des Grands écrivains). . XV (1882) et XVI. mais l'histoire des dernières dizaines d'années de Louis XIV et la Régence. Fragments inédits de Saint-Simon.. d'histoire . Saint-Simon historien. Chéruel. Parmi les caractéristidans les il faut relever avant tout celle de Ranke § 19 Analekten zur franzôsischen Geschichte. 1909. Les idées politiques de Saint-Simon. Taine dans (1874). G. 219 ss. ques générales. l""" édition complète 1829-30. Cf. dans la A. Saint-Simon (1892. Sa narration n'est sûre qu'autant qu'elle s'en tient fidèlement à son garant. qui notait avec une conscience documentaire. etc. H. Plus encore que chez ses Ses livre devanciers. Bléard. 1 ss. a paru jusqu'ici Yie et caractère de M""" deMaintenon (1907) et La religion au temps du duc de SaiiU-Simon.). 1905. ibid. II. puis H. littérature sur Saint-Simon est très riche. on n'imprima pour la première fois 1788-89 que des fragments. A. Le squelette en est formé par le Journal de Dangeau. ses propres la aventures restent à l'arrière-plan. Saint-Simon puisa à cette source abondamment que les mémorialistes antérieurs dans leurs relations étrangères. Grands écriv. Baschet. Les notes autobiographiques n'en constituent qu'une minime partie. Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV. dans la Revue hist. Ses rapports avec Dangeau sont traités spécialement par R. son cabinet et l'historique de ses manuscrits. particulièreParallèle des trois premiers rois Bourbons ment La dans le premier volume des Ecrits inédits.. ses Essais de critique et d'histoire (1870). E. Les Mémoires de Saint-Simon et : le père Le Tellier. 1874. rang parmi les — Le duc de Saint-Simon comme tient le premier mémorialistes français.

Il se mettait au-dessus de la correction et du style coulant des lettrés de profession. est pour lui un littérateur comme un autre. Ils Sa dévotion correcte est à la vieille mode. Louis XIII est un modèle de la roi. Voltaire. H jugeait la politique français exclusivement au point de vue des intérêts de sa personne et de sa famille.194 HISTOIRE DE L HISTORIOOnAl'llJE MODERNE ol n'étail Cour quinsuHisamiiuMil initié aux secrels des afïaires et de l'administration. de généraux. et ce qu'd avait observé une ne l'oubliait plus jamais. avec les traits durs. Pas de distinction entre ce qui est important pour l'histoire et ce qui ne l'est pas. le sieur Arouet. ne provoque pas ses rétlexions généalogiques et c'est pour lui un répertoire de notices de précédents en faveur de la noblesse victime d'un injuste abaissement. plus qu'aucune autre depuis les : Mémoires de Coml'intelligence histoni mines. se suivent dans le simple ordre chronologique. parce qu'il a relevé son père du rang de noblesse de province appauvrie. qui a restreint les privilèges de la haute noblesse au profit d'inten- dants bourgeois. Mais il possédait l'art plus précieux de la peinture vivante. est appelé dédaigneusement roi des commis. de la réalité. ne connaissait pas de l'érudition. Il reste en dehors des courants spirituels de son temps. Son regard fois. ^ Il n'essaya pas de classer ses récits. commit la faute d'inventer Il faits ^_vail ou de les défigurer Il malicieusement. Louis XIV. de chambellans. Saint-Simon écrivain. à fait — Mais ce politicien mesquin était un tout grand écrivain. il était incomparablement perçant. etc. Son langage est souvent grossier. L'histoire des temps antérieurs . sens propre du mot il était du bord des politiques bornés qui croient du gouvernement devoir se cramponner aux vieilles formes alors surtout qu'elles ont perdu toute signilicalion. sous l'intluence de ses rancunes. . Saint-Simon n'était un grand le penseur ni lui observateur impartial. la Il constamment. repoussants même.. réalité s'évanouissait tial En outre. C'était un réactionnaire dans . Son œuvre. il ne se contenta pas d'être parlibrement des le tra- dans ses jugements. ne soumettait pas à la critique les histoires qu'il tenait de courtisans. approchait de l'histoire par sa forme rique cependant n'y gagnait rien. Surtout il rendait ce qu'il avait vu sans l'affaiblir. ou qu'il prenait dans les gazettes et les chansons.

Mais son expression met toujours les points sur les i. elles se retrouvent dans presque toutes les créations de cet historien romantique. elle ne sent jamais l'école. et la narration colorée ne lui sont pas particulières. et n'éprouvait en face de la liberté lui rien de ce frisson respectueux qui ôtait à des inférieurs de leur la jugement. il emprunte même des récits imprimés. il Comme duc et pair. 1849-50). ambigu des anciens mémoires C'est à lui français survécut au les Mémoires de Chateaubriaxd (l'''^éd. Avec cela. et traite de Napoléon par exemple avec plus de détail que n'en comporteraient des Souvenirs. Il était du petit nombre de ceux qui échappèrent à Il sug- gestion exercée par Louis XIV. souvent Il pénétrante. d' outre-tombe : quappartiennent par exemple — — . Nous n'avons pas à parler ici de l'ouvrage ses qualités le puissant pathos poétique dans les considérations sur la philosophie de l'histoire.MÉMORIALISTES (SAINT-SIMON) 195 souvent incorrect. pas plus que ses devanciers. mais elles ont un . trouvait le journal courtisanesque il de Dangeau (Tune fadaise à faire vomir. se sentait l'égal du roi. dépit de l'art. mais nelle. au moins de Cour et de l'armée. Même quand il avait à parler des plus augustes personnages. Sa psychologie est souvent mesquine. il accumulera des détails en ne tombe pas dans une coloration convention- Ses peintures sont toujours bien vivantes. Le xviii® genre siècle. relief sans pareil. ne les Il trace des caricatures méchantes au moins il estompe pas par délicatesse morale ou esthétique. L'auteur. n'a lintention de raconter uniquement ce qu'il a vu. ses comparaisons peuvent manquer de goût. de choses et connaissait très exactement la savait un tas la situation. même quand elles sont le fruit de son imagination ou d'un arrangement tendancieux.

1907. Polydor Virgile n'est guère qu'un doublet anglais dePaul-Émile. — . la Vita en italien) Borsa dans Arch. 1716. XXV (1910). à vrai pauvres en général. ser. Hist Rev. assez Ces premiers travaux sont. 121 s. qui le chargea d'écrire la vie de son frère. dire. Vickers.ANGLETERRE ET ECOSSE I. en Italie et en Espagne. même pour la forme. Thomas Morus. . Livius vécut plus tard en France. les tra- vaux historiques destinés par rifier le poète aveugle Bernard André à glo- son maître. La médiocre biographie d'Henri V que composa par ordre supérieur un humaniste italien qui se faisait nommer Tite-Live. 58 ss. The Early Biographies of Henry V dans Etigl. K. Sa Vita Henrici V fl413 à 1422) fut éditée.) et fut recommandé par lui au duc Humphrey de Gloucester. le roi Henri Vil. 1463. André n'écrit qu'un panégyrique faits positifs boursouflé on chercherait en vain des dans sa nébu- leuse phraséologie. Oxford. L. par Th. II. Mais son histoire d'Angleterre n'était pas le premier ouvrage d'histoire humaniste qui fût né sur le sol anglais. H. 10. lomb. Kingsford. l'année de sa mort est inconnue. 'p. Humphrey Duke of Gl. — Les débuts. . Titus Liyius. 1. Avant lui déjà des humanistes étrangers et indigènes s'étaient essayés dans des monographies historiques. et c'est à un niveau inférieur encore que se trouvent. qui parait avoir été de Frulovisiis) était très avec Decembri (ci-dessus p. on se méprenait autrefois : sur son lié nom de famille. ne montre que les côtés défectueux de l'historiographie humaniste. Hearne à Cf. naturalisé Anglais). né à Ferrare (et non à Forli . G. 379 s. Spécialement sur ses rapports avec Decembri. stor. le roi Henri V (il fut pour cela. 1437. (qui traduisit. — Les annalistes humanistes en Angleterre L'historiographie humaniste officieuse débuta en Angleterre à peu près en même temps qu'en France.

vu que nous n'avons le texte de VHistoria que sous la forme d'une ébauche qui n'a jamais été publiée par Morus luimême d'ailleurs les manuscrits d'autres ouvrages d'histoire humanistes . l'auteur n'ayant même pas jugé nécessaire de coUationnerle texte latin. Probablement on avait projeté d'abord une exposition qui put pénétrer à l'étranger. Bernard André. évidemment destinée à l'étranger.LES ANNALISTES HUMANISTES EN ANGLETERRE p. Bridgett. 197 Hamilton Wylie. Avant que ces assertions puissent prétendre à quelque vraisemblance. chan(soi-disant vers 1513. d'aprèsl'autographedanslesWorftsdeMore (Londres 1557).-E. Thomas More latinisé Morus. cela inférieure aux œuvres authentiques de Morus. Gairdner dans les Memorials Cf. La version latine fut imprimée d'abord dans les Opem de Morus (Louvain — 1565). en second lieu. Un remaniement anglais anonyme de VitaHenriciVdes années 1513-14 a été édité par C. . 1891 Sir Th. On s'est arrêté. aevi 10) — England Il tinter den Tudors I (1892). Mais de comparer VHistoria Ricardi lll avec ne prouve rien. composa 1478 à Londres. Cela est vrai. Decembri's Version of the Vita. L. T. 334. . W. M. édition de J. Hutton. moine mendiant augustin.. Kingsford en 1911 The First English Life ofKing Henry V. Une convient pas VUtopia. med. 1535. en est tout autrement de l'histoire restée inachevée de Richard III qui a pour auteur le célèbre humaniste Thomas Morus. devint son Poeta laureatus et son historiographe et mourut vers 1521. qui raconte encore le meurtre des enfants d'Edouard IV. entre autres. Toutes deux sont inachevées. dit-on. Quoique l'édition des Works s'affirme faite sur l'autographe de Morus. lll a été vraiment écrite par il faut prouver que l'histoire de Richard Morus. England unter den Tudors I. 62 et J. que nous possédons en deux rédactions. tandis que la latine porte la trace de toutes les imperfections d'un premier jet. XXIV (1909). en tout cas sous Henri VIII seulement) une histoire de Richard III. à la couleur tendancieuse du on a prétendu que seul un contemporain engagé dans l'action avait pu . OfKing H. l'anglaise dans les Chroniques de Hall (1542) et Hardyng (1543). 1895 Busch. H. La rédaction latine. W. la Eist. né celier d'Angleterre 1529 à 1532. (par exemple le Bellum helveticum de Pirkheimer (ci-dessous p. né à Toulouse. 243) contiennent des infractions bien autrement graves à la correction de la latirécit nité. mais l'anglaise est d'un style tout à fait châtié. Busch. qui va jusqu'au couronnement de Richard. brit. M. VII. Rawson Lumby 1883 dans la Pitt Press Séries (malheureusement insuffisante. pour le style. etc. Rev. une en latin. de sorte que son commentaire est souvent erroné) Cf. est. on lui en a contesté jadis et récemment encore la paternité. exécuté ibid. 84 ss. paraît être venu avec Henri VU en Angleterre. . Ensuite. avec des différences assez fortes. Lifeand Writings of Th. 396 s. commencée 1500) et les deux années conservées de ses Annales d'Henri VII sont publiées par J. et une en anglais. par exemple. puis la Cour ou l'auteur se ravisa et la rédaction latine fut remaniée pour le public indigène. Son Historia régis Henrici VU (jusqu'en 1497. dans Engl. On allègue deux raisons contre. 1858 [Scriptores Rev.

On : a le même cru pouvoir découvrir véritable auteur et l'on a est nommé il cardinal iMorton. l'urba- . bien disposé pour l'humanisme. quem ego sermonem ab eo mernini. à lui seul. l'arf^ument est très faible.198 HISTOIRE DE l' HISTORIOGRAPHIE MODERNE le écrire avec tant de partialité. Pourquoi. l'usurpation des Tudors? Morus s'était brûlé les doigts sous Henri V^Il par son opposition au gouvernement pourquoi n'aurait-il pas tenté de se recommander au nouveau souverain. Tout cela. en relations étroites avec les cercles politiques dirigeants. sans doute. Hùbschmann se prononce aussi pour l'attribution à Morus dans ses textkritischen Unlersuchungen [Aiiglia JJJIF[1911]. Voici des raisons positives pour qu'il en soit l'auteur remarque en tète de l'édition des Worfo. : nous sommes si bien renseignés sur le petit nombre d'auteurs qui s'essayèrent dans le style humaniste. moralement au moins. Mais la culture humaniste était alors si peu répandue en dehors de l'Italie et tout à fait inadmissible VHistoria Henri VllI (1509-1547). leur recherche de l'arrangement théâtral et de la peinture sentimentale. n'aurait-it pas jugé de son intérêt de noircir le dernier souverain légitime renversé par le fondateur de la nouvelle dynastie et de justifier ainsi. mais non à celui du cardinal. la rhétorique dans les discours insérés. Cette hypothèse n'a été composée que sous appert du début. le soin minutieux de l'expression. même sous Henri Vlll. H y a toujours péril à tirer des conclusions ex sileniio ou plus exactement ex ignorantia. cum adhuc nulla prodiliouis cjussuspiciohaberetur.. un auteur désireux d'obtenir la faveur du roi. autant que nous sachions. 24). prouve seulement qu Morus peut avoir écrit 1° la VHistoria. L'ouvrage suppose un auteur anglais de culture humaniste approfondie. Mais indépendamment de cela. que notre opinion a pour elle tout au moins une forte présomption. partage leurs défauts comme qualités. Par contre nous ne trancherons pas la question de savoir si la continuation de VHistory conservée dans Hardyng et qui mène jusqu'à la mort de Richard. P. est étrangère à Morus ou repose sur une ébauche de sa main. Cela s'applique bien à Morus et.. L'élat d'inachèvement de l'ouvrag-e interdit de penser à une interpolation postérieure. qui colloquentes audiverat jam tum patri meo renuntialum.) Thomas Morus suivit tout à fait les voies ouvertes II en Italie par les leurs disciples de l'école de Bruni. 145 de la rédaction latine (0pp.. 0. et Morlon était mort en 1500. et aussi l'art de bien grouper les récits. 160 ss. 2" l'invraisemblance qu'il y eût eu alors un autre humaniste anglais capable de l'écrire. comme : . Francfort 1689) on lit (le passage manque dans la rédaction anglaise 7. Et puis l'auteur parle de lui-même d'une façon qui convient à l'àg-ede Morus. en mettant à ses pieds un pamphlet dynastique? Morus pouvait avoir personnellement vis-à-vis de Richard lll un jugement plus indépendant que le cardinal Morton il ne s'ensuit pas qu'une appréciation objective ou même bienveillante du dernier Plantagenet eût été agréable à Henri VIII.

LES ANNALISTES HUMANISTES EN ANGLETERRE 199 nité relative de la polémique. en faveur de la légende dynastique. représentée encore au xiv^ siècle par des ouvrages re- . L'obligation de distribuer l'ombre et la lumière d'après des considérations politiques a empêché ÎNIorus de nous donner de ses figures une franche analyse psychologique. On n'avait jamais encore. n'avaient pas à entrer en lutte avec une historiographie indigène florissante. L'historiographie humaniste semblait devoir prendre pied en Angleterre plus aisément qu'en France. mais partout il se heurtait aux barrières que rencontre tou- jours un écrit de parti. On sait comment fut le portrait de fantaisie qu'elle esquissait du dernier Plantagenet historique populaire. transformé par Shakespeare en un typé Morus. Et de Beccadelli. chaque expres- sagement calculée pour se passa longtemps avant que VHistory trouvât des imitateurs. Chaque sion Il mot est choisi après l'effet. elle n'agit que par sa matière. Il était officieux comme eux. le Dans premier demi-siècle après sa publication. avait fait de Richard un infâme scélérat. Les humanistes. — La création de V historiographie nationale et JPolydore Virgile. La vieille histoire de grand style. mûre réflexion. Il fit des efforts remarquables pour caractériser plus à fond qu'on n'était habitué àje faire dans l'historiographie rhétori- cienne . La tendance officieuse se même chez lui avec plus de force encore que chez les Ita- ce n'est pas à l'avantage de l'exposition. 2. si bien imité le style historique humaniste. Le grand mérite de Morus est d'avoir transporté style de la nouvelle école les principes de dans l'historiographie en langue vulgaire. été fixée officiellement l'histoire La légende nationale n'avait pas dans une œuvre historique. dans un idiome moderne. Son œuvre est un écrit dynastique tendancieux. Le drame anglais a imposé pour toujours cette figure à l'imagination historique du grand public. Bien des gaucheries d'expression tra- hissent le le débutant. qu'on peut mettre à côté et des travaux de Facius manifeste liens. en outre. UHistory of King Richard 11/ n en est pas moins livre d'histoire anglais écrit selon les règles premier du classi- sisme. était et la tradition sur des anciens rois assez indifférente à la nouvelle dynastie.

les chroniqueurs se bornaient généralement à l'histoire intérieure de leur monastère et saient rarement s'envoler leurs regards par-dessus les lais- murs du couvent. Gross. — — 41-43. ^99 ss. un travailleur assidu. '"^^ ' £f^ Malgré cela. 1555. Pour la littérad'Angleterre par sa première édition de Gildas (1525). plus que dans d'autres contrées. l'ouvrage entier ibid. comparés à et xvi^ siècles. en outre R. le premier historien humaniste en Angleterre eut moins le champ libre que Paul-Emile en France. les autres mu- nicipes étaient trop peu des pouvoirs politiques indépendants pour avoir créé une historiographie à l'égal de niaiales continent.. où se conti- nuaient les annuaires des siècles antérieurs. par suite. d'abord secrétaire du duc d'Urbin. sont l'histoire ou aux chroniqueurs bernois des xv'' pauvres gratte-papier. Autres indications bibliographiques chez Ch. Kt même là. perd celte place 1515 par les manœuvres de Wolsey de retour en Italie 1551. On ne cultivait plus les annales que dans un petit nombre de couvents. England miter den Tudors I (1892). Sources and Literature of Virgile mérita bien aussi de l'histoire English Historij (1900) n. Et Villani communes du de même les historiens locaux de Londres. en choisissant pour le fonctionnaire papal Polydore Virgile. Anglicae historiae II. y meurt 1555. puis envoyé 1501-1502 en Angleterre par le pape Alexandre VI comme vice-collecteur du denier de SaintPierre. Dans ce pays unifié de bonne heure. Thistoriographie nationale moderne remonte exclusivement à l'hu- manisme. v. Biog. PoLYDORE Virgile (Polidoro Vergilio) né vers 1470 à Urbin. n'avail plus guère eu de successeurs depuis mières dizaines d'années du xv" siècle. Busch. bénéfices anglais et (1510) parle droit de bourgeoisie. Flenley SUt Town Chronicles of England (1911). Parmi les villes anglaises. 1854. Il reçut 1507 du roi Henri VII la mission d'écrire une histoire d'Angleterre. humaniste. s. XXVll (jusqu'en 1538). ne traite que du chapitre sur Henri VII. On n'étudia presque pas ancienne du pays. distingue .200 HISTOIRE DE L HISTOUIOGRAPIIIE MODERNE les pre- marquables. ture spéciale (sans Importance) nous renvoyons au catalogue littéraire dans le jDic^ ofNat. La savante étude de W. Cf. En Angleterre. Les vingt-six premiers livres (jusqu'à 1509) parurent d'abord à Bâle 1534. Le ne consacra pas moins de vingt-six le ans à la confection de son ouvrage relativement court. la Le gouvernement anglais eut historiographe l'humaniste et C'était l'école main heureuse. qui possédait à fond la fait qu'il méthode de de Blondus. Il en fut récompensé par différents . Londres presque seule avait une chronique.

Il résume exactement les sources et autant que possible s'appuie Il sur les témoignages auteur. lui fai- même de se distinguer dans la critique n'était pas mauvais observateur et l'intelligence pratique ne sait pas défaut. Mais laisser ne pouvait. plaça Arthur à côté de est célébré que celui-ci dans les épopées italiennes. et voilà pourquoi son portrait il d'Henri VII est le chef-d'œuvre du livre (pour Henri VIII n'était plus Hbre. beaucoup de choses. Ses digressions ethnographiques géographiques contiennent plus d'une remarque juste. mit le doigt sur les contradictions qui existent entre Geoffroi de et les Monmouth Roland. et dans la peinture haineuse de Wolsey. sans la parer des fleurs de la rhétorique. Mais dans combinaison des Il faits historiques il est aussi superficiel que Blondus. dans son histoire quelque attention au développement du l'érudition et de l'Église. chi. Virgile resta l'histoire la Il légende nationale empêtré à mi-chemin. tel sources authentiques. ne négligea pas d'accorder droit. il est vrai que pour tout esprit non prévenu. a redécouvert maint bon comme l'écrit de Gildas De excidio Brilanniae. Conquérant) n'a pas su ranger sa matière (à partir de Guillaume le . et l'histoire exposer les deux choses Il — la poésie — à côté l'une de l'autre. comme Il d'autres humanistes. lui fallait ces fables com- plètement de côté. il se laisse guider et la par des rancunes personnelles). Mais sa critique n'est pas entièrement libre. de foi était prouvé que la légende d'Arthur n'était pas digne Ce manque de Virgile eût été à Il liberté était d'autant plus regrettable que Polydore des sources. Les Tudors étaient très fiers de leur origine gçiliûi&e et il n'était pas permis à leur historio- graphe de rayer complètement de celtique. restait indépendant des relations de ses prédécesseurs et sa narration forme un tout continu. il les plus anciens. Comme Il Gal- consultait aussi des témoignages non littéraires. Tant qu'il parle de choses qu'il connaît il pour les avoir vues. de Brutus et sur la exprima nettement Il ses doutes sur la fable légende d'Arthur. et il ressuscita la critique radicale de William de New^burgh.LES ANNALISTES HUMANISTES EN ANGLETERRE 201 avantageusement d'écrivassiers en Angleterre s'intéressait à lui comme et Sabellicus. Son long séjour Il avait appris à bien connaître le pays et les gens. Il de se plut à fournir une narration poUe et intelligente. fait des tableaux très réussis.

mais en les signalant 1670. Les vues historiques sont fins absentes. mique patriotique [Codrus. Le poète Miltox. par Baie (ci-dessous p. etc. Une nouvelle édition a paru 1907-1910 sous la direction de L.).202 HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE la série autrement que d'après des rois. Mais il y a une différence l'historien français opposa à l'Italien une histoire nationale nouvelle et originale . sans repousser les fables. Il ne critiqua presque jamais les légendes sans adopta à peu près changement les la de ses sources (par exemple de Bède). 172 s. régis BritanLondres 1544 répété dans le cinquième volume des Collectanea . pour recueillir les matériaux d'une nouvelle grande histoire d'Angleterre. d'autres Itahens l'Église. les réflexions de Virgile poursuivent uniquement des morales Il et édifianlcs. Hearne procura ensuite une édition complète de Vltinerary Oxford 1710). nommé par Henri VIII chapelain royal. un siècle plus tard. 15). — complète 1681). L. Leland ne sortit pas des recueils de matériaux et ne se montra fécond que dans la polétrop loin. La description de son voyage. comme du temps. Th.. assertio mclytissiml Articrii. la critique de Virgile allait encore Comme en France Du Ilaillan s'était élevé contre Paul-Emile (ci-dessus p. . 1''® édit. Né vers 1506 à Londres. on vit s'élever en Angleterre contre Polydore JeanLELAND. il . ne se permit jamais une plaisanterie sur des choses avait comme pu le faire même le biographe des papes Platina (ci-dessus p. rcmarque-t-il dans le premier Il livre de son histoire (p. Londres 1549 sous le titre The laboriouse Journey and Serche of J.. lument les fables . Leland. de l'attachement dévot des Anglais à hodie [credo] natio quae omnia quae ad divinum cultum pertineant. etc. au service de la Cour. sanctius diligentiusque observet. 308. 56 ecclésiastiques et récits de miracles il s. jVulla est avait été frappé. pouvait finalement exprimer ses doutes d'Iiglise. sacrées. Oxford 1715). : nise.). 11 en tira ses consé- quences.. parcourut 1535 à 1543 le royaume presque entier. avec des suppressions. avec de nombreuses et précieuses notices sur des manuscrits aujourd'hui disparus. Toulmin Smith. fallait s'astreindre à une correction Mais pour les historiens patriotes. y a un point sur lequel Polydore se distingue curieusement des Il autres historiographes humanistes. Cependant il n'osa pas écarter résomédiévales et resta même dans sa critique audessous de Polydore Virgile. en touchant aux affaires absolue. Sur il légende d'Arthur. fut publiée d'abord. et en 1533 King's antiquary mort à Londres 1552. se montre un peu plus critique dans son Histoire d'Angleterre jusqu'à la conquête normande (d'abord édités par Hearne. Son effort tendait à recueillir tout ce qui avait jamais été cru.

Holinshed. mais de grossières compilations. cet éloge sera confirmé 1. Camden fut poussé à ce travail par Burleigh commença qu'en 1608. Elles correspondent à peu près aux nouvelles éditions contemporaines des Grandes Chroniques de France et sont comme elles informes et sans critique. Elles étaient destinées à la bourgeoisie et à la comme le souhaitaient ces deux grand profit du gouvernement fort des Tudors. de TEcosse et de l'Irlande. VIII . les Annales de la reine Elisabeth. description topographiqne et géographique de l'Angleterre. La plupart ne sont pas de vrais ouvrages d'histoire. Londres 1586. s'appuya consciencieusement. parut pour lajpremière fois à Londres 1615. Souvent éditée aussi en . C. — Cf. mais des Annales de Jacques P'' nous n'avons que l'ébauche (pub. Ranke {Engl. mais par des libraires. en relations étroites avec la Cour sous Elisabeth et Jacques P'' mort 1623 à Chislehurst.LES ANNALISTES HUMANISTES EN ANGLETERRE 203 comme moins of the British niques. sur II. La première partie (Jusqu'à 1588).etquiétaientpeu sensibles aux besoins intellectuels. elles étaient loyalistes. D'après 1597. Exactitude dans les renseignements sûrs. parues dans le cours du xvi<= siècle sont sans aucune importance pour notre histoire. Grafton. tement sur le modèle de Blondus [Italia illustrala) Camden avait fait des voyages systématiques dans son pays. William Camden.. Nouvelle édition par Hearne. H. élevé 1597 à la dignité de Clarencieux King-at-Arms qui fît de lui un homme indépendant. Composa 1° Britannia. divisée par comtés. etc. Première édition. classes. se rattacha comme Polydore Virgile à la direction de Blonillustrata. Travail fait exaccomme l'Italien. Leyde 1625. Stow. Firth dans les Proceedings Academy mais il ne compare Milton qu'avec les Chro- Les nombreuses Chroniques (de Hall. souvent d'ailleurs confectionnés non par des écrivains de profession. dignes de créance. la fin seulement après la mort de l'auteur en même temps que la première partie. des documents officiels. Oxford 1717.). Camden projetait encore une continuation. 91) lui reconnaît Zitverlàssigkeit in den Tatsachen und eine aus sicheren Mitteilun- genentnoynmene gtUe Kenntniss der Motive^. mais il la préface. faits et bonne connaissance des motifs puisée dans des . sauf pour l'histoire d'Ecosse. : : anglais. à la fin de Camdeni Epistolae. — Camden. petite noblesse . c'est-à-dire sous Jacques Camden dus. des produits fabriqués pour les masses. ne le I'^''. la plus étendue 1607. d'abord professeur à l'école de Westminster. Sa Britannia est le pendant anglais de Vltalia Dans il son ouvrage d'exposition. né 1551 à Londres. qui avaient tiré le plus 3. 2° Annales reriim Anglicarum et Hibernicarum régnante Elizabetha. Gesch. Londres 1691).

i-)i. Camden ne traduisait plus partout des expressions techniques de droit en latin de Cicéron. L'Anglais loyaliste. Sed cum ecclesiasticae hisloriae scriptor haec suo sibi jure vindicet. il publia intentionnellement ses Annales en latin et réserva jusqu'après sa mort la publication de la seconde partie. Il . à faire des concessions de cette nature : pour n'être pas forcé d'accorder plus qu'il n'était il nécessaire. Mais n'aimait pas. semble-t-il. et enim Rempublicam divortium non potest. était à propos de faire disparaître les derniers restes de l'historiographie rhétoricienne. -maxime propria esse esse hisloriae. 11 évite le langage haineux de la polémique confessionnelle d'alors. dition et ne faisait pas saire. Il l'ait quand même absolument œuvre d'homme de parti. non une histoire. Camden. ont seuls la parole. La division par annales est extérieurement observée chez Camden. donne des Regestes. l'ordre du lexique se donnait pour ce qu'il d'éveiller l'impression était. n'est d'ailleurs pas sans prévention. la Notons quelques innovations dans forme. à une considération Il d'ensemble. et ego nonisi levi quasi pendenti quidem manu attigi (Préface). Quand il veut s'élever. par delà ses documents. qui aurait pu davantage encore scandaliser la génération vivante. Il est que cette sûreté ne pouvait être acquise que par une soumission Il complète h ses sources.à et TzoX'. ecclesiastica tamen necpotuinec sane debuipraetermittere. le protestant convaincu. dans sa position semi-officielle. son jugement historique est en défaut. n'aimait pas à s'élever contre la tra- dans la révolte plus de pas qu'il était nécesle Mais le progrès dans les principes restait intact. devait naturellement il aussi avoir des égards pour des personnes encore vivantes. Chose plus importante. %okz\j. Camden rompit sciemment avec pris de l'historiographie le parti humaniste Il et osa dans ses Annales traiter des affaires ecclésiastiques. Camden premier énonça clairement que pour son temps au moins l'histoire : politique et l'histoire ecclésiastique ne pouvaient pas être séparées quamvis me miîiime Inter Religionem lateat.i. Comme l'école de le Blondus préférait à un travail guidé par des il vues historiques résumé savant et impersonnel.xiy. Mais c'est un mérite littéraire plutôt qu'historique. et l'auteur n'essayait plus trompeuse d'une forme artistique.204 HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE les par tous ceux qui confronteront les Annales avec vrai actes.

Il . né 1561 à Lonmort 1626. professeur de théologie à Louvain. dres. Bacon composa en outre divers petits travaux historiques. 1877. Sanders (proprement Sander) né vers 1530 à Charlwood en Surrey. N. L'Histoire de Henri VII ne devait être que le commencement d'une histoire des Tudors. le protestante: mais Je ne le nomme ici : . Comme lui il avait été arraché dans la force de l'âge aux n'est affaires publiques et réduit à l'inaction politique. — Bacon historien politique. reçoit la prêtrise à Rome. Première édition Rishton. Il a écrit De origine ac progressu schismatis anglicani (inachevé conduit par Sanders lui-même seulement jusqu'à 1559). — Les disciples de l'historiographie politique florentine [Fr. Bacon). Cologne 1585. 1889. Traduite plus tard en latin par l'auteur lui-même. 1622 édition Lumby dans Pitt Press Séries. 4. des esquisses sur l'histoire d'Angleterre. Les poètes espagnols surtout ont exploité cette riche matière. que parce qu'il a longtemps exercé une influence décisive (et pas seulement dans les pays catholiques) sur la conception traditionnelle de la Réformation anglaise. Sanders avait un style coulant et agréable. des portraits de César et d'Auguste. — Bacon écrivit son Histoire d'Henri malgré lui VII dans une situation analogue à celle oîiGuichardin écrivit son Histoire d'Italie. Cf. son ouvrage devint extrêmement populaire. depuis 1573 à Madrid. . écrivit 1621 àGorhambury. etc. mais de la suite Bacon n'écrivit que les premières pages d'une histoire d'Henri 'VllI et un portrait de la reine Elisabeth. quitte l'Angleterre à l'avènement d'Elisabeth. Le célèbre philosophe et homme d'Etat Francis Bacon. et précisément parce qu'il n'épargnait au lecteur rien de ce qu'il savait des propos scandaleux tenus sur Henri VIII et Anne de Boleyn. l'Introduction à la traduction anglaise de D. Lewis. 1579 en Irlande pour soutenir l'insurrection catholique. y meurt en 1581. appuyée exclusivement il Jusqu'ici l'historiographie anglaise s'était sur l'ancienne historiographie humaniste. The History of the Reiga of King Henry Ihe Seventh \'"' édit. Le livre de Nicolas SANDERSSur le schisme d'Angleterre appartient au contraire tout à fait à la polémique confessionnelle. Ses données reposent sur des informations meilleures que ne le prétendait l'apologétique tout n'en est pas moins un écrit de parti haineux. Busch. de 1565 à 1572.LES ANNALISTES HUMANISTES EN ANGLETERRE n'alla 205 pas plus loin : l'histoire de la civilisation et de l'économie politique l'occupa aussi peu que les autres humanistes. Avec Bacon se fit une évolution en faveur des grands historiens florentins de la Renais- sance. professeur de droit canon à Oxford. Cf. England unter den Tudors I. après sa destitution comme chancelier.

les changements la vie d'un qu'ils amènent dans peuple ne l'intéressent qu'autant qu'ils peuvent exercer l'Etat. Mais le l'histoire qu'il avait à écrire était n'était pas celle d'un pays dont développement intérieur sans cesse troublé par des guerres et des révolutions. Ce n'est pas le seul point où se Les tit sentir l'influence de la politique anglaise contemporaine. inséra des discours librement inventés — tantôt utiles exposés historiques.206 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE la pas surprenant que son jugement sur font diiïèrc fait politique et ceux qui la peu de ctdui des grands Florentins. Les trois princes Henri VII. consacra-t-il une grande attention lois à la législation politique générale. l'histoire de l'humanisme anglais sous Henri l'art et que Guichardin à l'histoire de de la littérature italienne. politiques anglais sous Elisabeth avaient devant eux d'autres problèmes que les Florentins. A vrai dire d'une façon peu satisfaisante : il traitait l'histoire écono- mique comme Guichardin la situation l'histoire ecclésiastique et ne considérait et lui économique que du point de vue de l'homme d'État du législateur. c'est qu'il appartenait à un État en pleine floraison au lieu d'un Etat sur son déclin. S'il n'était et Guichardin. traditionnelle de la matière historique ne pouvait plus Bacon pour sa part historien politique. en opposition voulue à la pratique courante (voir sa polémique contre even the best loriters of history). Bacon se rattache en géné- aux Florentins. sont pas aussi pessimiste que les Florentins. il fut absolument novateur. 11 — Dans Il la forme. Louis XI et Ferdinand d'Aragon. tantôt la morceaux de bravoure. Car les sont \es principal acts of peace. une action immédiate sur l'administration de Le style et ral la forme. dont les deux derniers au moins étaient placés très haut par Machiavel appelés par lui les trois saints rois. Dans langue. Aussi. Il avait les mêmes admirations que les Italiens. Les Florentins .^ Bacon non plus ne ni pas de concessions à la rhétorique à l'édification morale. La limitation suffire. Il est aussi exclusivement que les Florentins accorde aussi peu de place à VII. Il toucha aussi à l'occasion à des questions économiques. par contre. suivit l'ordre des annales avec autant de pédan- tisme que Guichardin. Les problèmes économiques n'ont pas pour d'importance par eux-mêmes.

Il est aussi pieux que Polydore Virgile— peut- être pour les mômes raisons. le récit. a. Il — Busch lui. Le choix même de son sujet tient peut-être à ce manque de liberté : le Il règne de Henri VII avait précédé les nouveaux conflits religieux. n'avaient pas osé se mettre en opposition avec le principe que l'historien doit garder la dignité de Vhistoire. le se permet de Le roi commença à s'apercevoir où la soulier : le blessait. le premier.LES ANNALISTES HUMANISTES EN ANGLETERRE 207 flonflons eux-mêmes ne din. qu'il était trop Il agit de même en histoire. croit La forme classique est parsemé de réflexions d'une couleur toute subjective. les comparaisons sont toujours empruntées à gaire qu'elle soit. Il phiques déformaient à ses yeux aussi les détails de . a vis-à-vis de ses sources la même attitude lui. Bacon exclut la religion de sa réforme philosophique. Les clichés de rhétorique des Anciens ont disparu la réalité. Machiavel etGuichar- dans leurs œuvres imprimées. n'est pas quelque vul- Ce un des moindres attraits de son exposé que l'indivi- dualité vivante de son style. Bacon et ses sources. examiné la méthode de travail de Bacon. Une seule institution lui imposa : l'Église. il S'il use des documents plus copieusement que ne s'appuie guère. Il Bacon rompit à cet égard avec dire : les idées de l'humanisme. Mais l'imagination et le besoin de constructions philosola réalité. On le entendre un débat au Parleriient où parti personnellement. Un froid penseur quand fait il politique. leur fait comme que sur des sources littéraires. Ajoutons que Bacon laisse générale- ment percer sa personnalité plus fortement que ses prédécesseurs. en tout cas que Bacon les ait est curieux abandonné son histoire d'Henri VIII dès premières pages. se sert. d'expressions dévotes tout à conventionnelles. chez Bacon. On dirait volontiers Anglais pour man- quer au respect dû styliste à l'Église. Et il subir des altérations arbitraires. que Machiavel. Non pas par des motifs suspects. moitié par pusillanimité et peur des conséquences dernières. avant « le siècle des lumières » ne s'exprima avec un pareil sans-gêne. avait visé à l'objectivité. s'étaient pas complètement dégagés des classiques et du pathos pastichant l'Antiquité. On sait que moitié par respect. chancelier avait à prendre Aucun autre historien. un effronté comme lui vient à parler de l'Église.

qui resta complètement docile aux opinions de l'école rhétoricienne. 3<^ The life and reign of K. Morus et Zurita. Il ne se débarrassa pas de la rhétorique et ne gagna rien à prendre comme Mendoza (ci-dessous p.lohn Hayward. des actes imprimés tout au long interrompent le récit. d'abord 1613. littérateur. Pour la jeune génération. 1840. — édition par S. Ses œuvres . Londres. . Il lui est bien inférieur comme écrivain. des matériaux des archives. 2° The lives ofthe 3 Norman Kings of England. publié par Bruce pour la Camden Soc. . Nous possédons aussi d'Herbert une Autobiographie. 296). 1636 sont traitées encore les premières années d'Elisabeth). les discours imaginés sont de pure rhétorique. Edward VI. et non sans habileté. emprisonné par Elisabeth à cause de son histoire d'Henri IV dédiée au comte d'Essex. Lee. Londres 1630 (dans la 2° édit.208 HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE espérait par ses inventions faire ressortir plus clairement le sens caché qu'il trouvait à un document. Il n'a pas non plus l'indépendance de Bacon Cf. qui fut publiée pour la première fois par Horace Walpole en 1764 (nouvelle J. Il avait de la lecture et de la conscience plus que Bacon. mais n'aboutit qu'à ne pouvoir satisfaire ni le savant chercheur ni le il prend tout le profane. (1905). Rcv. Son talent et son goût auraient mené Hayward à l'historiographie pragmatique dans la manière des Italiens ses contemporains. John Hayward. Herbert chercha comme son modèle. Le philosophe trouva sur le terrain de l'histoire au moins un digne successeur. mais cela ne rachète pas ces défauts. à mettre à profit pour l'historiographie sa connaissance des affaires acquises dans la pratique. L'opinion personnelle qu'il en avait devait s'exprimer déjà dans le texte original lui-même. à l'occasion. l'exemple de Bacon ne fut pas perdu. 4° Annals ofthe first four years of the reign of Queen Elisabeth. libéré sous Jacques \°^ et nommé à l'une des deux chaires d'histoire au futur collège de Chelsea. 1886). Edward Herbert de Cherbury (1581 à 1648 lord. né vers 1560 près Felixstowe en Suffolk. Tacite pour modèle. selon le goût du temps. Henry IV (la première année seulement) Londres 1599. L'indépendance d'allure de Bacon ressort bien par la comparaison avec son contemporain. Il tira. Herbert s'efforce de tenir le milieu entre Bacon. sont 1° : The first part of the life arid reign of K. Henry VIII (d'abord Londres 1649) est pour ainsi dire une suite de l'histoire d'Henri VII. Hist. mort 1627. Son style imite les Anciens avec pédanterie. sur les discours Engl. Son History of the life and reign of K. Des lieux communs troussés des dans un langage précieux côtoient des observations justes exemples de collège tirés de l'histoire ancienne sont cités à côté de bonnes analogies modernes. au lieu de TiLe-Live. Le classicisme arrêta l'épanouissement de ses dispositions. souvent employé dans la diplomatie). 498. XX temps parti pour son héros. La narration est surchargée de détails inutiles et de discours sentencieux.

l'histo- Généralités. elles se maintinrent en Ecosse. On récusa son le livre. de 1518 à 1522 Principal à l'Université de Glasgow. mort vers 1550. — Contrairement à la France et à l'AnsTleterre. L'historiographie humaniste eut même pour suite en Ecosse une réaction dans la critique historique. en outre. Les recherches historiques n'y gagnèrent pas. Mais l'exemple du scolastique John Mair — qui d'ailleurs. Hector Boethius. FUETER. non de laire. en adversaire de la politique anglaise n^avait osé exercer sa critique d'extension. 152. depuis 1493 à Paris. non content de s'attacher servirecueillit lement à l'ancienne forme rhétoricienne. — of Engl. (avec biographie parMackay). Non pas songe en uniquement à cause de son n'était latin barbare. riographie nationale en Ecosse fut dès le début entre les mains d'indigènes. — En tout cas. Les fables médiévales étaient balayées de partout. 1891 Ci. édit. l'Italie. née à Gleghornie près North Berwick vers 1470. de nouveau dans 14 . qui avaient. Soc. reçu leur éducation de la France. Boethius. que sur les légendes anglaises — ne porta pas de fruits.LES ANNALES HUMANISTES EN ECOSSE 209 II. par la Scottish Hist. Literature III. car l'historiographie écossaise du s'était close moyen âge par un ouvrage qui avait traité la légende patriotique d'une façon remarquablement sobre. Mais public écossais l'on pas mûr pour les recherches indépendantes. mais enri- chies de nouvelles fictions. en traduction anglaise. lecteur au collège Montaigu. les tendances critiques de Mair n'avaient le pas effleuré la première histoire d'Ecosse écrite peu après dans style humaniste. Hume Brown dans Cambridge Hist. Annales humanistes en Ecosse — Boethius leur fondateur. A composé Historia Majoris Britanniae tam Angliae quant Scotiae (jusqu'à la fin du xv° siècle). théologien. ne soient pas entrés en lice contre la tradition popu- John Mair (Johannes Major). plus tard à lUniversité de Saint-André. nouv. Les légendes tendancieuses sur le passé reculé de l'Ecosse furent non seulement adoptées intégralement. Que à quelle résistance la critique humaniste itahenne se heurta France et en Angleterre : on ne s'étonnera pas que les humanistes écossais. — Les 1. Cela est surprenant. D'abord Paris 1521.

mais de rhétorique et de l'am- pleur de son exposition. 1894.210 riiistoire HISTOIRE DE L IIISTORIOGÛAPHIE MODERNE l'amas do fables des chroniqueurs du moyen lui âge. Jus primae le monde la légende du Jus primac noctis . mais le fond l'air même est comme chez Boethius. — L'histoire d'Ecosse qui il suivit n'est pas. Le ton de tion est devenu plus sobre. avec la suite ibid. Leslie. né 1465 probablement à Dundee. est bien ren- seigné et a pu fréquemment s'appuyer sur des actes. imprimée à Paris 1552. noctis (1881). fondée en 1505. iroctor BoETHius (proprement Boyis ou Bois). H tique. 196 ss. au point de vue des recherches.) observé extérieurement aussi dans l'impression. — . Les dernières parties sont les mieux réussies. L'auteur s'était essayé 'd'abord dans l'histoire de l'évêché d'Aberdeen. La description de l'Ecosse qui sert d'introduction montre cependant que l'auteur a une nature plus . La critique historique affaire. théologien humaniste. il suivait l'exemple d'Anniusde Viterbc (ci-dessus p. Il ne il s'en tint pas là. laissait passer les miracles sans crilui. 1™ édition. à un rang supérieur. sérieuse. une plus grande connaissance des affaires c'est un pro- grès sur l'indigente peinture de Boethius. 165). Nouvelle édition pour le Bannatyne Club 1825 et le New Spalding Club. Paris 1526.Vitac Episcoporum Murthlacensium et Aberdonemiam. H écrivit Scotorum historiae a prima gentis origine II. imaginait lui-même ses chroniques. C'est Bœthius qui a lancé dans cf. 203 s. 1574.lacques III nous n'avons que le commencement (il fut plus tard terminé par le Piémontais Ferrerius). La glorification de sa patrie est tout pour L'ancienne histoire d'Ecosse se réduit à une série de scènes de théâtre idylliques ou pathétiques. ci-dessus p. Karl Schmidt. qui devait traiter du règne de . plus réaliste. . L'ordre des annales est (comme plus tard chez Camden.. Quand la docte légende venait à manquer. Aussi ne donne-t-il lui-même qu'un la narra- résumé assez maigre. mort 1536. plus tard recteur de l'Université d'Aberdeen. La science en bâti en profita peu. Leslie quoique homme de parti. Il pour elle-même n'est pas son blâme Boethius non pas de la son peu de sûreté d'informations. Son Histoire est un ouvrage catholique ten: dancieux fidélité voulait mettre sous les et à l'Eglise yeux des nouveaux croyants la à la foi de leurs ancêtres. L'évêque Leslie n'était pas plus liistorien que Boethius. Inachevé du dix-neuvième livre. XIK. environ de 1492 à 1498 professeur au collège xMontaigu à Paris.

au temps de Marie Stuart. B. a Mémorial. Vber Buchanans Darstellung der Geschichte Maria Stuarts 1882 (Dissert. Hume Brown dans Cambridge Hist. Une vaste continuation jusqu'en 1571 en traduction anglaise est publiée dans Forbes-Leith Narrative of Scotle Lesley ajouta gements aux dernières tish Catholics 1885. Article sans valeur de J. Edimbourg 1582. Sur les traductions de V Historia. . : Rerum scoticarum historia (jusqu'à 1571). après des études prolongées à Paris et à Poitiers revient 1554 en Ecosse chef des catholiques écossais.LES ANNALES HUMANISTES EN ECOSSE 211 John Leslie (Lesley) ecclésiastique. . B. mort 1582 à Edimbourg. H. chapitre sur l'ancienne histoire et fit plusieurs chanparties. : Il avait composé d'abord en écossais une partie de son ouvrage : c'est VHistory of Scotland from the dcath of K. Stirlingshire. Cf. Paris et Coïmbre vers 1562 de nouveau en Ecosse. Wallace and J. Il écrivit De origine. A écrit . James I in the year 1436 to the year 1561. 1574 banni d'Angleterre. mais qui. moribus et rébus gestis Scotorum IL X. Balfour dans G. deux dissertations dans G. Buchanan composa aussi une courte autobiographie.). pourvu 1547 d'un canonicat.-A. plusieurs fois emprisonné par le gouvernement anglais. B. i^° édition. fut supérieur à une . composée 1568 à 1570 pour la reine Marie et qui fut publiée 1830 par le Bannatyne Club. of Engl. de Bonn) avec un appendice dans Maria Stuart undderTod Darnleys 1894. R. Buchanan avait dans sa jeunesse imité Catulle et Martial la : il reproduisit avec la le même virtuosité dans sa vieillesse manière de Tite-Live. pour ce qui touche gow Quaitercentenary 1579) r-^ édition 1608. 1566évèque de Ross. né io27. de l'Eglise presbytérienne choisi comme éducateur de Jacques VI. fils . précepteur d'un Jacques 'V. prend part au gouvernement . G. ilestA'rai. Vila (jusqu'à Boethius et Leslie furent au bout de peu de temps rejetés dans l'ombre par l'ouvrage classique de Buchanan. Literat. humaniste. Studies 1906 (1907). né 1506 à Killearn. a biography . 1565 membre du Conseil secret. professeur d'humanisme à Bordeaux. Forst. édition Millar. naturel de proscrit à cause de ses sentiments protestants 1539 de nouveau sur le continent. G. G. 1570 à 1578 garde des sceaux secrets. Rome 1578. étudia à Paris. George Buchanan. fils d'un prêtre écossais. 1591 nommé évèque de Coutances en Normandie mort 1596 dans le voisinage de Bruxelles. 1™ édition. Campbell Smith. copie sans exception P. — Bucbanan. classique que par la forme. B. III (1909) 154 s. Le Jubilé de l'année 1906 a provoqué une abondante litté- Buchanan historien. 2. La nouvelle histoire d'Ecosse n'était. depuis 1536 en Ecosse. Hume Brown. Glas: rature. — Cf. B. Dans le remaniement latin postérieur. Macmillan. vit dès lors à Rome. Pour il style latin et l'art de la narration coulante. humanist and re/'o?'/Her 1890 (Nommons D.

histoire ancienne est l'œuvre d'un nationaliste extrême (les attaques contre des auteurs anglais qui ont osé mettre toute mesure) . ne s'occupa et pas plus que religion Il : s'il vivait dans l'Italie du xv® siècle. — Remarques générales. Il n'effleure pas problèmes historiques. Au lieu d'écarter il résolument. en doute des exploits écossais. encore ceux d'un protes- III. il se borna à rationaliser à moitié les récits de Boethius et les rendit ainsi inintelligibles et absurdes. Bien il qu'impliqué dans les luttes religieuses de sa patrie. c'est à peine nomme. Origine de l'historiographie de parti anglaise. dans l'intéstyle de Bruni rêt des faits et eux-mêmes. Il n'est du reste pas impartial. — Les œuvres d'his- jusqu'à présent. toire. prit pour l'historien national de Rome . s'arrêta à la forme rhétoricienne de l'ancienne école ailleurs elle avait été modifiée par les his- Buchanan florentine.212 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE italiens. s'écarter des préceptes de Son de Poggio. — L'historiographie de parti moderne en Grande-Bretagne 1. L'exposé du passé plus récent n'est qu'un acte d'accusation haineux et sujet à caution pour les détails chrono- logie par exemple) contre Marie et les Hamiltons (qui avaient excité son mécontentement à cause de leur inimitié contre les Lennox). comme Bruni. Les historiens officieux avaient moins soutenu une doctrine politique que . il est surtout partial ici quand il vient à parler de l'Église. les légendes patriotiques. n'étaient pas inféodées à une théorie. grande partie des humanistes Mais comme modèle chercheur il resta bien au-dessous comme critique et d'eux. Jamais il n'eût osé. ne donne pas autant de détails sur l'action du réformateur écos- sais que Guichardin sur Savonarole. Dans les premiers chapitres. dépassent l'histoire contemporaine est l'œuvre d'un le homme (la de parti très âpre. de l'Église s'il le de la bien loin de nous peindre Knox. Ses jugements sont tant convaincu. rarement les va jusqu'à la rejeter. quand partout toriens de talent en faveur d'une conception plus réaliste. 11 dépouille bien une fable trop absurde de ses traits les il plus choquants.

sortit de ces tentatives de publicité historique un tout nouveau genre d'historiographie. Un autre esprit s'était développé dans riiistoriographie ecclésiastique. des organi- sations et des systèmes fermés s'opposaient l'un à l'autre dans l'intérieur même de l'Église. ne se rencontrent qu'à Florence à l'époque révolutionnaire. et les ouvrages qui s'en occu- paient ne furent pas publiés d'abord. Et même si les exposés de l'histoire florentine de Guichardin. Ceux-là seuls eurent une influence universelle. I^Pans ment les exposés privés. Mais quand la temil pête révolutionnaire eut passé. Ici il était possible à l'individu de s'effacer complètement derrière son centuriateurs de parti. Ce n'est pas par hasard que les la Magdebourg (ci-dessous p.) ont le composé première histoire de parti dans sens propre du mot. Sous gouvernement absolu. était Le temps des troubles peu favorable à l'historiographie. parti et emprunte ses critères historiques au programme Mais il . Gela changea quand la révolution xvii^ siècle eut amené la formation de grands partis bien arrêtés. ni surtout pas de lutte ouverte des partis. 309 ss. l'initia- Le petit nombre d'exposés s'ils historiques qui étaient partis de tive privée. et la conduite de ses inspirateurs qu a elle par suite négligea les points essentiels pour l'histoire. Pitti celui des Popolani. elle tenait plus à légitimer jurila justifier politique- diquement ment. le n'auraient pas aisément il trouvé des successeurs. suivaient des tendances politiques. Mais les luttes de partis à Florence. la tendance apologétique refoula naturelle- à l'arrière-plan les points de vue généraux. ne représen- taient pas en général un système. L'auteur juge en On vit naître homme de d'un parti. L'histoire officieuse de l'époque eut les défauts communs à tous les anciens ouvrages écrits par ordre . n'étaient. au fond. mais seulement les opinions per- sonnelles de leurs auteurs. sur le terrain de l'histoire politique. qu'un court l'histoire épisode dans de l'Europe. anglaise du n'y eut pas de partis politiques.l'historiographie de parti moderne en GRANDE-BRETAGNE 213 défendu dans un style de publicistes la conduite de leurs mandants. l'histoire de parti indépendante. On pourrait appeler Guichardin l'historien des Oltimati. ils de Varchi et de Pitti avaient été imprimés. Des germes d'entreprises de ce genre. qui n'étaient pas proprement des histoires de partis : l'Histoire florentine de Machiavel et l'Histoire d'Italie de Gui- chardin (qui ne traite qu'en passant l'histoire intérieure de Florence). Depuis la Réformation.

214 HISTOIRE DE LllISTORIOf. Un autre défaut. On sait moins que ce même genre a seul préservé l'historiograle phie anglaise de tomber. au siècle qui a précédé YAufkldrung. presque inévitable. si — bien que la plupart des ouvrages anglais sur l'histoire ancienne ne sont que des écrits de partis déguisés. Un grand nombre d'historiens le partagent ne suffit pas à un auteur d'être en dehors de la politique pour nous garantir que des tendances politiques n'influencent pas sa manière de présenter les choses. semble-t-il. Son influence sur le développement de l'historiographie anglaise. elle se serait. était plus dange- reux. vait aller au delà qu'en rompant avec l'école rhétoricienne. velle historiographie avait aussi ses défauts. p. et les mémorialistes français. absolument honnête. Tout parti est enclin à s'appuyer sur la tradition et à contester qu'il ait jamais été infidèle à ses principes. subjeclivement. la vénération et l'attachement qu'inspirent les affaires quelles on s'est longtemps consacré. moindre. il il quand aux- est. 2161 ne sont pas non plus des historiens). sur les Anglais au point de vue de forme [cf. dans le marasme. Son jug-cment peut a pour eux au moins. Sans la révolution et ses suites. . Or les principes et les mots de passe changent rapidement dans une vie politique intense. Caractères particuliers de l'historiographie de parti. On ne pouCombien Herbert de Cherbury lui-même avait su peu profiter de l'exemple de Bacon ! Une histoire réaliste et vivante ne naquit en Angleterre la litté- que quand l'historiographie eut cessé d'être une branche de rature. ci-dessous. La tâche imposée par l'humanisme à l'histoire nationale avait été par- faitement remplie d'après les exigences du classicisme. On sait que ce genre a impnmé son sceau jusqu a nos jours a 1 historiographie de l'Angleterre. qui ne sont pas restés la sans influence. — il Cette nou- La partialité était le . être. Si ses principes personnels ne sont pas identiques avec ceux du parti. comme c'est ordinairement le cas.nArUIE MODERNE n'y est pas (UHerminé parun mandatonicicl. montrée aussi stérile que la production historique de l'humanisme dans tous les autres pays (l'histoire archéologique des moines de Saint-Maur et de leurs élèves n'a pas sa place ici. un politique engagé dans l'action. sous règne de l'humanisme.

des adoucissements. —-non pas par irrél'in- comme cela se rencontre aussi ailleurs. of Cl. 1661 Lord Clarendon. En Angleterre. mort 1674 à Rouen.l'historiographie de parti moderne en GRANDE-BRETAGNE et 215 avec eux la position des partis : on ne peut couvrir la contradic- tion qui existe entre la tactique actuelle d'un parti et l'ancienne qu'en altérant le passé en faveur du présent. 1911. de Bonn 1868). — Clarendon. passe au roi quand celui-ci est tombé en minorité. VHistory avec des suppressions. Ranke. destitué 1667. 1^8. mais avec tention de donner à la politique du parti l'apparence d'une invariable fixité. (Diss. Oxford 1702 à 1704. imaginaient pour moyen âge un position antipapiste et luthérien. V. etc. Edward Hyde. Hist. court et du long Parlement. nouv. Macray. Wiltshire. adhérent du parti réfor1640 miste modéré. ordinairement publié avec la Vie). Reflectionsupon the mostmaterialpastiages which happened after the King's resioration to the time of ihe Chancellors banishment. Rev. 1642. Bach von Cl. .. 1857 simple compilation . . complète par W. Buff. continuation enfants de Clarendon. C'est au genre biographique qu'appartient le livre à tendance apologétique de Henry Craik The Life of Edtoard Hyde. Cf. Il est l'auteur de History ofthe Rébellion and Civil Wars in Englaad (1628 à 1660). L. après la défaite de 1645 quitte l'Angleterre avec le futur Charles II. Hist. Les livres I à VII dans la nommé première rédaction furent écrits pendant son exil aux îles Scilly. comme Life of Edw. Earl . Les cguliiciaisurs retrouvaient dans et les le Evangiles toute la dogparti d'opl'a matique luthérienne. Cependant il ne s'agissait pas d'une édit. La rédaction définitive (1671-1672) consistait en une fusion de cette première ébauche avec l'Autobiographie (1609 à 1660) qui avait été composée de 1668 à 1670 (éditée pour autant qu'elle n'était pas contenue déjà dans VHistory. jusqu'à 1667 dans l'ouvrage composé pour les . Earl of CL. Clarendon's Eiatory dans Engl. les autres livres 1670 et 1671 en France. né 1609àDinton. Oxford 4759. Burnet (Ranke démontré) modifiait sa narration d'une rédaction à l'autre d'après constellation du la moment. se réfugie en France. L'historien de parti transporte dans le récit d'événements antérieurs des vues et des ten- dances qui ne se sont développées que plus tard flexion naïve. sans avoir égard à 2. Das 6. Analekten zur englischen Geschichte (Werke 21) 212 ss.. l'exactitude historique. et prend en mains 1654 la direc- 1658 lord chancelier. et à Jersey 1646-1647.-D. l'appréciation la plus fine d'un ancien historien que Ranke ait peut-être écrite . XIX (1904) du même un petit ouvrage encore 1908 A.. depuis membre du demeure dans son entourage immédiat tion des affaires royales. d'après une copie faite sous les yeux de l'auteur 1827 la plus — . Clarendon retrancha bien des choses qui figuJ''<= édition de raient dans les deux rédactions et en ajouta d'autres. Firth.

Ses descriptions de batailles en particulier . comme écrivain. Mais nous savons d'autre part qu'à Jersey. non destinés d'abord à la publi- cation. .). . dépend d'ail- leurs visiblement. la littérature française. témoin : les portraits historiques très soignés qu'il insère il dans son exposé n'en trouvait les modèles ni dans la vieille historiographie anglaise ni dans celle des humanistes. Les premiers livres. Elle a le caractère mémorialiste de bien des ouvrages français. Les autres parties nous reportent à une autobiographie. s'appuyait pour l'essentiel sur il mémoire là où elle lui faisait défaut. prenait des informations auprès de témoins oculaires et souvent insérait leurs dires mot pour mot dans sa taires Il narration. la seconde à Monluc. suivre encore dans le détail la — Nous pouvons formation du premier et plus remar- quable ouvrage de cette catégorie. conçue à la p. On peut donc admettre que des de litté- raires aient agi sur la composition de son ouvrage. mais bien dans la littérature française contemporaine. La première moitié celle de manière de Commines. sont généralement d'une main étrangère les connaissances mili- de Clarendon étaient assez pas impossible que et les faibles. pendant qu'il travaillait à son histoire. L'Histoire de la rébellion anglaise de Clarendon repose sur deux écrits différents.216 IIISTOIHE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE Origine et tendance de l'histoire de la Révolution. mais au parti royaliste imputer la défaite de la royauté. Pour recueillir les matériaux. Clarendon s'occupait de influences Il Mémoires français. orientée vers l'analyse psychologique. devaient. les Clarendon procédait à peu près Il comme sa mémorialistes français. La forme de mémoires qu'a prise VHistory s'explique naturellement par les circonstances de la vie de l'auteur et l'époque où il l'a rédigée. L'origine de ÏHistory ressemble donc à celle de beaucoup de est Mémoires français (ci-dessus. justilier aux yeux de le parti Couronne l'attitude que la de Clarendon avait prise dans les premières années de Révolution et démontrer que ce n'était qu'il fallait pas à lui. la dans la rédaction originale. Les différences n'en ressortent que mieux. dont l'auteur agença aussi des fragments dans la rédaction définitive des premiers livres. 148 ss. n'est les analogies qu'on découvre entre Clarendon mémorialistes français aient une autre cause qu'une coïncidence fortuite.

Dans son histoire s'opposent non seulement des individus. — Il con- çoit d'une manière tout extérieure l'opposition des partis dans la Révolution anglaise. le jugement des générations hommes d'État qui arrivèrent au pou- Manière de voir de Clarendon sur la Révolution anglaise. der mit seinen Er- fahruTigen sich eine Vorstellung darûber gebildet hat. qui connaît personnellementles imaginer comet apprécie leurs qualités: un ministre que son expérience aide à ment on aurait dû s'y prendre et quelles fautes on a commises. comme Commines. autres. ein Minister. au point de vue de l'homme d'État pratique. welcher den entfernt liegenden Ursachen mit Eifer nachforscht etva. vel. spéculative. De tous ces groupes. Si sa partialité au-dessus de son a moins frappé que celle d'autres historiens de parti. a affaire à des adversaires de ses principes et pas seulement de sa personne. Dans Il la lutte avec d'autres. wie man die Dinge hdtte angreifen sollen und welche Fehler Aussi Clarendon n'a-t-il man begangen hatK d'un pas d'yeux pour la partie politique aviden'a pas ici devant soi un historien de profession. 219) : sich. un seul a raison. une théorie politique la narration. comme c'était notre intention à nous-même. Il écrit. nous entendons un contemporain. comme chez Machia- Pas plus que Clarendon ne regarde hors de son pays et du moment actuel. les de montrer les éléments d'importance mondiale en lutte les uns contre acteurs. und ihre Eigenschaften witrdigt . « On ment les . loie es unsere Absicht loar. Mais ses vues sont déjà fixées en un programme défini. » 1. avant tout celui des voir après 1688. qui recherche causes lointaines et s'efforce. est de nouveau à la base de Non pas une doctrine les Français. die Gegensàtze der welthisto- und rischen Elemente in dem Kampf nachzuweisen strebt. Ses tendances de vieux-libéral s'appuient sur des considérations légales plutôt que politiques constitution parlementaire : il reconnaît la comme une nécessité. mais des groupes. mais repousse aussi résolument les empiétements du Parlement sur la prérogative royale. On ne saurait mieux l'exprimer que ne l'a Man hat hier keinen Historiker von Fach vor fait Ranke (p. hier spricht ein Mitlebender. son système a pris des contours fermes. Elles sont devenues la plate-forme dun parti. Jamais Clarendon ne s'élève parti.l'historiographie de parti moderne en GRANDE-BRETAGNE 217 Chez Clarendon. der die handelnden Personen von Angesichtkennt. c'est que la position de juste-milieu de son groupe a devancé pour ainsi dire suivantes.

— Prenons qu'ils les premiers livres de l'histoire de Cla- rendon pour ce tique veulent être. ni politique changement d'attitude de l'Angleterre dans la extérieure. 22 1). L'art de Clarendon atteint son apogée dans les portraits. Unzeilige ministérielle Missgriffe (Ranke. ni le nouveau classement le social de la population opéré par les Tudors. Tout le Buckingham. souvent sans sache. Comme. il est tenté de ne voir qu'eux . ' presbytérianisme. il Comme et historien. jugement un enchaîuement intérieur est est souvent prolixe établi entre les détails. n'est pas touché par les oppositions fondamentales dont les con. Un homme d'Etat plein de sagesse et d'expérience exprime ses opinions. Les fanatiques en reli- gion. savoir une critique de la poliles du gouvernement anglais dans : années 1628 à 1645 au point les plus de vue d'un royaliste modéré nous ne saurions leur refuser grands éloges. Pour expliquer la rébellion. Clarendon n'invoque ni la vie les grands changements économiques dans anglaise pendant le xvi^ siècle..218 HISTOIRE DK L HISTORIOGRAPHIE MODERNE mouvement en apparence purement nisme. qu'il dessine avec amour. son est réfléchi. à côté d'eux. flits des personnes des partis ne peuvent être que des symboles qu'il elles se sont qu'il le développées sans y soit pour rien. surtout que lui. sagace. Ein lebendiger^ sinnvoller. Il n'a l'entendement ouvert que pour des personnes qui poursuivent des desseins modérés et se déterminent dans leur . ni l'esprit calviniste d'organisation le commumal vient nale arrivé au pouvoir avec de. vigoureux » s'y manifeste. « un esprit vif. L'exposition. » seules « des mesures maladroites ont amené les funestes dissen- sions entre le roi et l'Ecosse.. ceux des grands Florentins paraissent abstraits et de politique étroite iîne. religieux tel que le Presbytéria- Lhonime d'État est exposé à la hilte contre des personnes et des partis déterminés. une masse mais dans de faits. ! Com- bien la psychologie de l'Anglais est plus la et comme le sens de nuance est plus développé chez lui ! Cela n'est vrai que des cas où Clarendon dépeint des personnages de la même il classe ou du même esprit pas. La narration pour l'ensemble claire et ferme. ne les comprend quand ils n'ont pas l'usage du monde du cavalier. krdfliger Geist (Pianke). Ils sont sans rivaux dans l'ancienne historiographie.

ainsi que auteurs deux nommés. : History of the reformation ofthe church ofEngland (1509 à 1567 l''^ édit. sie widerlegen ihn im einzelnen^ lassen ihn aber im ganzen bestehen ^ (Ranke). bleiben doch innerhalb der von ihm gegebenen Gesichlspunkte . 1684 destitué. surtout contre les attaques de Sanders (ci-dessus. A introduction de Firth sur Burnet historien. Clarke et H. 1865).. mais pas plus que lui ne sacrifiait le fond 3. L'ébauche manuscrite présentant de fortes différences. L'in- telligence politique et le talent de l'écrivain y contribuèrent. Die geistreichsten Autoren haben seine Auffassung wiederholt . Commines Guichardin seuls en ont exercé une pareille. « . né 1643 à Edimbourg-. 2° History ofmy own Urne (1660 à 1713. semble-t-il. i902. p. —Burnet. est conservée en partie. Pocock. édit. Elle a été publiée par H. Gesch. élevé par lui 1689 au siège épiscopal de Salisbury mort 1715 à Londres. Une nouvelle — édition a commencé à paraître sous la direction de 0. Ranke. auch die. E. 1679 à 1714 . 1674 prédicateur à Londres. 1687 à La Haye au nombre des conseillers du futur roi Guillaume III. . Il apportait plus de soin il au style que Commines à la forme. (Werke 21). les elle n'avait pour correctif pratique que et sur ses observations qu'il avait pu faire sur soi-même égaux. » 1. B (1907) avec une le Les auteurs les plus intelligents ont répété son jugement même ceux qui combattent restent au même point de vue que lui ils le réfutent en détail. L'influence de Clarendon. . 205). Foxcroft. mais n'entament pas l'ensemble. Ses grands travaux historiques sont . G. écrivait . 261 ss. welche siebekdmpfen. S. ecclésiastique de la tendance épiscopale. L'historien et l'homme les d'Etat forment une figure d'un seul bloc. Apologie 1" . Analekten zur life engl. à cause de la raideur de son attitude anticatholique. 1897. comme il pensait. avec introduction de N. 1669 professeur de théologie à Glasgow. T. of G. Foxcroft dans le Supplément to I'^'') Burnet's History. — Elle a été immense pour former et la tradition sur la Révolution anglaise. Airy. Clarendon. Son analyse psychologique lisait encore les concepts de la philosophie populaire de l'Antiquité. Gilbert Burnet. nouv. plus complète 1823. mais aussi la loyauté personnelle de l'auteur. G. avec une introduction sur l'hisl-""^ édition toire antérieure de la Grande-Bretagne depuis Jacques (avec des suppressions) 1724 à 1734. — Cf.l'historiographie de parti moderne en GRANDE-BRETAGNE 219 uti- conduite par des raisons réfléchies. de Henri VIII et de la réformation anglaise.

Burnet est passé maître dans et le récit des négociations des intrigues parlementaires. 289) Mais Clarendon se sentait : homme d'Etat. Surtout dans la politique intérieure. qui sont censées motiver mainte crise historique. qui [ne pouvait être résolu par des relles moyens pacifiques. Quel contraste entre ses comptes rendus et les misérables discussions dans tout : les œuvres des historiographes humanistes discours en style antique dans les ! Mais ce n'est pas les œuvres des grands Flo- rentins et les anecdotes malicieuses des mémorialistes français. Burnet repré- sente l'époque qui a suivi la glorieuse Révolution. homme de parti ensuite Burnet est presque exclusivement ce dernier. « un mélange de mémoires et d'histoire » (Ranke. 011 la Couronne était forcée de s'appuyer sur l'un des partis. Roide envers les catholiques. allait de soi que dans la politique de parti il devait se rattacher aux Whigs. ne soutiennent pas non plus la comparaison avec ces parties chez Burnet. dont VHistoire contemporaine est également . était comme il il convenait à sa profession. Le théâtre de l'action historique est changé. C'est dans le Parle- ment même que sont est le prises les plus importantes décisions. Il n'en a qu'une connaissance insuffisante. mais bien par des concessions. sait qu'on n'a pas raison d'oppositions profondes par des votes habilement machinés. pour l'Église. que le dernier mot appartient. Les affaires étrangères lui sont plus indifférentes. on peut lui reprocher d'avoir tourné bien des au désa- . cherchait à faire prévaloir dans la législation Il des principes latitudinaires vis-à-vis des sectes protestantes. Burnet ait premier historien qui les exposé en connaissance de cause et dans tout leur réalisme lent en des débats parlementaires tels qu'ils se dérouIl temps normaux. et qu'un parti ne peut être gagné par des discours. débarrasse l'histoire de cette fiction. Par contre. Il était politique surtout quand l'Kglise était en cause. et est capable d'ajouter foi à des bruits puérils. efïace chez lui le récit des que- entre les groupes parlementaires eux-mêmes.220 HISTOIRE DE l'historiographie moderne L'historien Clarendon trouva un successeur en Burnet. au Il hasard et à la rhétorique. époque où l'on ne pouvait plus parler sérieusement d'une balance entre les trois pouvoirs. Clarendon avait eu en somme à décrire les mesures illégales d'une époque révolutionnaire. Le tableau et la du conflit entre le Parlement Couronne. Son premier inlérêt. dans les assemblées délibérantes. d'abord. Il est souvent tenfaits dancieux.

plus que dans tra pas en doute la vérité typique on ne met- de ses peintures. Sa polémique contre toute mesure. aient répondu par les plus violentes injures à la publi- cation de Vllistoire contemporaine. rendon. au moins à partir du temps de Guillaume "Il III. Les portraits. La culture littéraire de Burnet est bien inférieure à celle de Claart. Son style n'a rien de la grâce qui distingue l'Histoire de la rébellion. Ce n'est pas miracle que gages. nombre des qualités d'un homme du monde fran- Burnet était un ecclésiastique écossais de culture exclusive- ment théologique. est assurément homme de parti. Son exposition est sans d'une manière insupportable. sont surchargés de détails inopportuns. . Il dépasse est toujours disposé à supposer chez les tories des les écrivains à leurs mobiles impurs. comme Swift. qu'il insère à l'exemple de Clarendon. et peut-être remaniée le texte original) : par une main étrangère. qui avait su s'assimiler bon çais . Il impute à ses adversaires les Papistes les choses les plus insensées. Clarendon était un cavalier. La narration sait est souvent délayée Il ne pas faire le triage entre les choses importantes pour l'histoire et celles qui ne le sont pas.L HISTORIOGRAPHIE DE PARTI MODERNE EN GRANDE-BRETAGNE 221 vantage des tories (dans la version imprimée.

en somme. en général. — — ALLEMAGNE I. Il n'y en a historique soit restée. une franche séparation entre l'histoire humaniste et l'histoire populaire à la façon du moyen âge ? Il faut en chercher la raison dans le morcellele ment politique qui empêcha gouvernement impérial de cultiver . faut mettre la plupart des travaux des humanistes allemands sur le même rang que ces rejetons de la Chronique médiévale étaient destinés qui. Des humanistes y collaboraient côté d'eux il ne se développa pas une historiographie proprement indépendante. — — L'historiographie impériale. Les travaux allemands ne vais que par sont. humaniste et Pourquoi n'y comme en d'autres pays. à un niveau aussi bas. Il n'y a pas de pays où elle se soit aussi tions théologiques peu dégagée des concepaucun où la critique du moyen âge. d'un Jacques de Bergame. i. Le caractère médiéval de l'historiographie humaniste allemande. au xv'^ siècle en Italie. — Elle présente des conditions particulières et assez fâcheuses. eut-il pas. — Observations générales. Mais ce sont presque les seuls et à ouvrages d'histoire allemands. au xvi^ en France. pas plus mau- exemple les Chroniques mondiales d'un Antoninus de Florence.D. La véritable historiographie humaniste n'a trouvé en Il Allemagne que de très rares imitateurs. ou les Grandes Chroniques de France et la Chronique d'Holinshed. la à pourvoir aux besoins spirituels de classe moyenne. La période avant la réformation a. L'histoire nationale 1. a) Les essais d'histoire universelle.

L'empire d'Allemagne et de droit de nom la continuation de l'Imperium romain. peut-être aussi à l'histoire généalogique de l'Au- triche. que la conception de l'his- toire dictée par la vieille théologie chrétienne reçut une nouvelle consécration. Les historiens anti-impérialistes.L HISTOIEE NATIONALE 223 l'historiographie nationale. dans leurs sentiments de la avaient considéré les États : péninsule alle- comme avec des pays indépendants et souverains les humanistes mands devaient être très enclins à fondre l'histoire de leur empire l'histoire universelle. comme en Ecosse. traitée par un humaniste étranger. Les souverains territoriaux portaient exclusivement leur attention sur l'histoire de leur pays. de l'autre l'histoire familiale et locale. La Réformation eut cet effet. ils trouvaient un appui était dans des prétentions politiques. L'histoire ne les pas sécufait modernisée par humanistes comme cela s'était Ce n'étaient pas des raisons religieuses seulement qui la empêchaient une adhésion complète à conception humaniste. Ne pas traiter l'histoire d'Alle- magne comme une suite à celle des autres Empires du monde. L'histoire nationale n'a jamais été. italiens. la culture supérieure. qu'on ne pouvait plus songer à une historiographie humaniste indé- pendante. embrasser VOrbis terrarum. la chronique mondiale. depuis Bruni. On cultiva donc uniquement d'un côté l'histoire du monde dans le vieux sens chrétien du mot. de cette façon. L'histoire d'Allemagne. et devait. c'eût été pour des auteurs allemands renoncer à des prétentions séculaires à la domination qui n'étaient pas encore complètement périmées. ne fut pas dégagée de sa fut connexion avec larisée et ailleurs. Pour conserver la forme d'histoire universelle. Une fois qu'on avait adopté à ce point l'ancienne culture. complètement tombée sous domination des théologiens. comme lui. . Et à l'époque où les humanistes indigènes pouvaient se risquer à lutter avec les était si Italiens. Maximilien ne s'intéressait qu'à une histoire dynastique . La forte écorce médiévale qui enveloppe l'historiographie des humanistes allemands ne provient pas seulement du manque de culture des auteurs. à la suite la de la Réformation. on était tout porté à maintenir jusque dans le détail l'interprétation théologique de l'histoire.

vie politique s'était depuis long- temps réfugiée en grande partie dans les membres de l'empire. des annales artistement limées. circonstances avaient pris un tout autre tour elles étaient parti- culièrement défavorables à un auteur qui aurait voulu donner.224 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE sujet. L'histoire d'une dynastie môme n'offrait La pas un point d'appui solide. vaux avaient pour fait commencer l'histoire d'Allemagne à Othon Les humanistes rejetèrent cette vue naïve. Mais la tin luttes intérieures en Espagne avaient abouti à et l'on pouvait du xv" siècle à les les un terme au moins provisoire. en déduire pour temps antérieurs des points de vue unitaires. ils allèrent se Comme les historiens écossais et espagnols. Ils ne s'en attaquèrent pas l'histoire moins à un sujet bien plus Pour que d'Allemagne pût rivaliser en tous points avec celle de de l'Italie. Des auteurs médiéI". Le présent ne faisait pas augurer un changement. difficile. 235 ss. C'est dans l'histoire des tribus allemandes que ce système porta les fruits les plus funestes (ci-dessous. p.). à l'instar de Bruni. Ils expliquèrent le silence des sources authentiques par le prétexte arbitraire. La limitation du — Combien d'ailleurs une histoire d'Alle- magne était plus difficile à écrire ! qu'une histoire de France ou d'An- gleterre L'unité et la continuité manquaient également au sujet. État vivant. Un talent de les que celui de Mariana pas réussi à l'exposer. Leurs forces n'au- raient probablement pas suffi pour une histoire d'Allemagne. quelque extérieur qu'il eût été. Ajoutez que les humanistes allemands ne se bornèrent même pas à cette tâche qui leur incombait spécialement. la remplacer par des fantaisies stériles. mais parfaitement Surtout que les auteurs romains. . ils Rome tières. L'histoire d'Espagne au moyen âge est morcelée forme tel comme n'a celle d'Allemagne. et en reculèrent dangereusement les fron- Ne pouvant s'appuyer sur un grand perdre dans l'infini. auraient tu à dessein les mérites des étrangers. ils cherchèrent à doter leur peuple du même âge et du même passé Ils glorieux que ceux que les Italiens possédaient grâce à Tite-Live. mais qu'on pouvait discuter. En Allemagne. accueillirent presque sans exception les taux d'Annius de Viterbe. ils mirent d'une façon très peu claire l'histoire d'Allemagne en relation avec celle des tribus germaniques. parce qu'Italiens. commode. .

: : . que les Italiens invoquaient comme un bien national. Joachimsen. Geschichtsauffassung und Geschichtschreibung in Beutschland unter dem Einfluss des Hiimanismusl. non seulement pour la méthode. On a en outre de Joachimsen une courte dissertation Tacitus im dcutschen Humanismus dans les Neue Jahrbûcher fur das klassische Altertum KIV (1911). une antique d'eux-mêmes. On ne devrait pas oublier d'ajouter que les épand'alors n'éveillent pas l'im- chements sentimentaux des poètes pression de la sincérité. Il a surtout donné beaucoup plus d'étendue que les chercheurs antérieurs à la comparaison avec la littérature historique italienne. On a souvent loué dans les temps modernes le patriotisme des huma- nistes allemands. en dédaignant dans le vrai. étaient Ils Mais ils ne pouvaient en faire l'aveu public. 1898. du dépit par des causé par les vérités désagréables que l'on se faisait dire collègues italiens. nous Littérature. Les humanistes allemands furent tentés de suppléer à par le l'originalité qui leur manquait pathos nationaliste et la polémique contre leurs instructeurs. . Ils sont avant tout la manifestation de l'amour-propre blessé. des exagérations factices. n'avaient pour endormir leur mauvaise conscience que des éloges forcés Comment autrement l'idée leur fût-elle venue d'ériger en face de la culture de la Rome antique. Der nationale Gedanke und die Kaiseridee bel den schlesischen Humanisten 1908 (Breslauer Studien zur Geschichte 2). Ce livre m'a permis de réduire plus qu'ailleurs mes indications bibliographiques dans le paragraphe suivant. Les humanistes allemands ne savaient que trop que leurs confrères. tions considérables de l'histoire — Des porque l'his- d'Allemagne avaient été traitées et Platina : par des Italiens. mais pour des modèles italiens. cf. Joachimsen a serré de plus près et apprécié plus à fond la plupart des problèmes qu'on ne lavait fait avant lui.L HISTOIRE iNATIONALE 225 Le pathos nationaliste des historiographes allemands. Thierse. comme Blondus le fond. de la susceptibilité professionnelle. Sur les tendances patriotiques des humanistes allemands. culture allemande f la culture latine Ne se sentaient-ils pas tout aussi dépendants de italiens ? que leurs modèles Sur l'historiographie de l'humanisme allemand. Knepper. — . la culture étrangère. 2 et 3) P. entre IV. possédons un excellent travail de P. FUETER. Nationaler GedankeundKaiserideebeidenelsàssischcn Humanisten. Zcitschrift fur deutsche Kulturgesch 60 ss. 697 ss. il s'ensuivit toriographie allemande dépendit beaucoup. C'est par cette voie seule qu'on peut reconnaître le caractère particulier de l'histoire humaniste allemande. (Eclaircissements et Suppléments à Janssen 1. autres Horawitz dans Mùller. 15 . (1910).

vous saisirez la différence entre l'humanisme véritable des Italiens et la culture tout àfait médiévale encore à part quelques formes extérieures de la plupart des auteurs humanistes allemands. 1881 Joachimsen. Sabellicus seul (p. E. — — Chez ScHEDKL (Hartmann Schedel.226 HisToinE DE l'historiographie moderne l). . de Munich. . Wichert. Ges: chichtsauffassung l. und seine Chronik. N. F. Geschichtsauffassung. L'histoire sainte reparaît au premier plan dans son Liber Chronicarum (d'Adam à Maximilicn I'"" ou plutôt jusqu'au jugement dernier. Tubingue 1516. — Scliedel et Nauclcrus. On trouve un peu . . Schedel est encore au-desil n'a pas l'air de se sous de Pétrarque douter que pour l'histoire ancienne il ne faut consulter que des auteurs anciens. né à Nuremberg vers 1440. Ce qu'il y ajoute est littéralement emprunté à des auteurs étrangers. J. Même son sentiment germanique est mehr auf das négative Moment beschrànkt ^ (Ra. Sa Weltchronik n'est guère qu'une impudente spéculation de librairie. La forme a la gaucherie du moyen âge. f^ édit. celle de J. de Gœttingue 1874 [additions 34 (1875). avec des portraits fantaisistes et des images de villes en partie authentiques). 1. 91 ss. XVIII. Cf. Il accueille sans difficulté les histoires de miracles. Sprengler.) avait fait l'essai d'une histoire universelle. imprimée pour la première fois à Nuremberg en 1493. 43) c'est-à-dire qu'il retranche les remarques qui auraient pu produire en Allemagne une impression désagréable. et la littérature qu'il cite.. la plupart italiens. Gesch. 47 ss. outre la Dissert. mort 1516. de Haitz. Diss. né entre 142S et 1430 probablement en Wurtemberg.] nécessaires dans la récension de l'Hist.iiz. une édition du Supplementum hâtivement accommodé pour le public allemand. Son ouvrage est une pure compilation. Pour la critique. Sch's Weltchronik. Diss.. 39 s. Comparez ses Ennéades avec les Chroniques mondiales (composées antérieurement) de Schedel et de Nauclerus. Il composa vers 1504 Memorabilium omnis setatis et omnium gentium chronici Commentarii. Mais il connaissait au moins les humanistes italiens les plus courus et s'appuyait sur . et pour le fond pas même une compilation originale. Ne se manifeste guère que dans la négation. H. après la mort de l'auteur. mort 1514) toute la composition est dominée par la vieille division chrétienne en âges du monde. médecin de la ville 1484. Jacob von Mainz. livre que l'humanisme n'a effleuré que pour certains détails. 423 ss. Joachim. Parmi les humanistes italiens. une enfilade de chapitres sa^s lien. Kônig dans Forsch. L'ouvrage de Nauclerus est bien aussi une compilation. et il raconte la guerre de Troie d'après Vincent de Beauvais. 1899 p. cf. 80 ss. 1477 professeur du droit canon àTubingue. Munich 1905. et Joachimsen. Ztschr D. plus d'indépendance chez Nauclkrus (Johannes Verge ou Vergenhans). et il l'a rendu plus étroit encore en le mettant au point de vue de Vincent de Beauvais. 11 a pris pour base de sa narration le Supplementum Chronicanan du Frère Philippe Foresta de Bergame (Venise 1483). Th. de 1450 à 1459 gouverneur du futur duc Eberhard. A. de la création du monde à 1501. zur deutsch.

il les altère sans scrupule Tatsachen. de Blondus. Il conserva le système des six âges du monde. 11 n'a pas d'autre importance que de constituer le premier essai d'une histoire d'Allemagne. Quelques productions de l'historiographie humaniste allemande sont tellement dominées par des tendances patriotiques qu'elles sont œuvres de publicistes plutôt que d'historiens. il n'a pas pour eux assez d'éloges. Mais en gros le canoniste de Tubingue resta empêtré dans les opinions de sa classe. écrit qui se signale autant par son manque de critique et sa composition toute scolaire que par son nationalisme fanfaron. sans que l'auteur renonce à la prétention d'écrire une histoii'e du globe terrestre. le patriotisme de tribu est plus développé chez Nauclerus que le patriotisme d'empire. W. Nous nommerons comme représentant de ce genre VEpitome renim Germanicarum de Wimpfeling. Les renseignements qui ne concordent pas avec sa tendance. Les formules juridiques étaient pour cela trop sacrées à ses yeux. et il croit encore qu'une Providence divine agit dans l'histoire. On peut dire qu'à mesure que la sphère du pouvoir impérial se rétrécit. Les faits les omet ou atténue l'impression qui diminuent la gloire de l'Allemagne ou de ses souverains. né 1450 à Schlettstadt. alsHistoriker. l'étendue de la matière historique diminue aussi. à vrai dire : crédule au faux Bérose. ses moyens sont d'un coté des louanges enthousiastes pour lesempereurs allemands (notammentpour l'empereur vivant Maximilien) et les vertus allemandes. en utilisant un écrit non imprimé de Sébas: : . qu'ils pourraient faire. et d'Aeneas Sylvius) l'humanisme ne la touché que superficiellement il ne discerne pas la fausseté des fables prétendues antiques. et le combina avec une division d'après les générations du Christ. werden meist weggelassenoder in ihrer Wirkung auf den Léser abgesehwâcht ^ (E. 64.L HISTOIRE NATIONALE la division 227 eux plus que Schedel (il supprima en chapitres et disposa sa matière en annales). il . est un fervent de la patrie locale sans égard au contexte. Comme chez la plupart des humanistes allemands. il penche pour les idées de la Curie. professeur de théologie à Heidelberg. avec assez peu de bonheur. surtout les Français. Bickel. Diss. Lui aussi. à partir de 1501 à Strasbourg. de Marbourg 1904 . Le but de Wimpfeling est de mettre en honneur l'histoire de sa patrie en face de l'histoire étrangère.p. en dépit de son nationalisme. et en tout cas cherche à être impartial mais les empereurs souabes de la famille des Staufen. Jacob Wimpfeling (Wimpheling). Il composa. : : 1. Wimpfeling sait bien profiter des historiographes italiens (son récit jusqu'au temps de Frédéric III ne se compose presque que mais l'esprit de d'extraits de Platina. mort 1528 à Schlettstadt.dieden Ruhm Deutschlandsoder seiner Hcrrscher verkleinern. Tout en mettant l'histoire d'Allemagne au premier plan. Il tenta même çà et là de prendre une attitude il fit un accueil critique.) Au reste. il intercale dans son Epitome des éloges de l'Alsace. il n'osa pas encore la détacher de l'Histoire du monde. de l'autre des sorties haineuses contre les peuples voisins. En parlant des luttes entre l'empire et la papauté. qui sont de sa tribu.

.lansscn III. devint plus tard astronome de la Cour auprès de l'électeur . et additions à . : 60.228 HISTOIRE DE l'iIISTORIOGRAPHIE MODERNE tienMurrho de Schlcttstadt. d'autre part de l'importance nationale de l'empire. Avant lui l'astronome de la Cour et diplomate Carion avait écrit une Chronique du monde au point de vue de Wittemberg {Chronica depuis la édit. Wittemberg 1532). et Mémoire dans Festgabe Hermann Grauert zur . W. tion ils la canonisèrent et lui donnèrent dans la l'instruc- une place officielle. étudia à Wittemberg. 1. 1902 (Eclaircisse1673)!'— Cf. son Bpitoma Rerum Gennaidcarum usquc adnostra tcmpora (jusqu'à 1504) l™édit. 1910. rcimp.loachim de Brandebourg. Non contents d'adhérer à la vieille doctrine historique du christianisme. Ziegler. Lcbeusjahres gewidmet von seinen Sc/irt/ern publié par M. on n'a qu'à voir l'historiographie de V Aufkldrung allemande : ses essais d'histoire universelle restent pour la liberté de la critique au-dessous même des ouvrages anglais du même temps. Gomment aurait pu se produire une historiographie politique de grand style ? Pourjuger à quel point le système théologique pesait sur l'histoire. Son ouvrage fut revu par Mélanchthon avant l'impression. . On sait que ce ne fut pas le cas. H. De virtutibiis et magnificentia Germanorum. — L'historiographie protestante l'Allemagne garda d'abord en histoire la conception théologique du moyen âge. Car. sen ments. 1898. Johannes Carion l^'' création jusqu'à 1532 (1499 à 1537) né à Bietigheim en Wurtemberg. Les idées anciennes auraient peut-être disparu en Allemagne aussi dans le cours du xvi« siècle. L'histoire retomba sous domination des théologiens. 2. Das Chronic. Mélanchthon remania plus I*^"" . Cependant Mélanchthon ne fut pas le premier à regarder comme son devoir d'établir un lien extérieur entre la forme humaniste et la conception théologique de l'histoire dans le sens de la nouvelle doctrine. si l'esprit humaniste avait pu se répandre sans obstacle. Les réformateurs prirent naturellement parti pour la conception théologique. L'ouvrage classique de la nouvelle tendance a été composé par le fondateur même de la théologie savante du protestantisme.1. La réforalle- mation luthérienne a enrayé le développement de l'humanisme mand avant qu'il n'ait pris sérieusement son essor. Jansen. entre autres dans Schardim redivivus I (GiesStrasbourg 1505 Kncpper J. cela provient d'une part du peu de profondeur Si de la culture humaniste des historiens. outre Bickel. 2 à 4) Joachimsen GcschickUauffasVollendung des sung 64 ss. Cf.

en attribuant à la Divinité une action directe sur l'histoire il voulait par son ouvrage démontrer qu'on pouvait reconnaître dans l'histoire le doigt de Dieu. Il bourra le squelette relativement solide de son devancier d'une érudition généralement sans valeur et y fit un vain étalage de connaissances grecques. l'histoire universelle d'après les catégories des Loci. 781 ss. mais de la profane également. et chez lui les données de la tradition sont surchargées hors de propos des subtilités de la dogmatique luthérienne. On ne saurait dire qu'il y ait gagné. que tout à fait aucune critique. aïs Pràceptor Germanix. Tout autre se montra Mélanchthon dans son remaniement Chronicon Charlemagne. L'histoire doit apprendre à l'homme d'État une politique utopique de paix et de justice les guerres injustes et la tyrannie sont punies par Dieu. Studien und Kritiken 1897. Carion déjà commencer avec Adam. Une erreur dans la doctrine mène à l'aveuglement et aux désastres. Sa Chronique n'est pas seulement un livre d'histoire conçu au point de vue théologique. qui jamais n'abandonnera son Église. 1558 à 1560. censeur. Carion met pourtant l'histoire au premier plan. Peut-être pensait-il réagir directement contre l'historiographie humaniste italienne. Vers la fin. l""® édit. p. Il ne faut pourtant pas lui disputer la gloire que mérite un travail honnête bien. lui. M. Carion avait prétendu exposer l'histoire de l'Église depuis la création du monde Mélanchthon chercha à scruter l'histoire de la vraie doctrine depuis Adam. VII. il doit servir à la démons: Carionis latine expositum et auctum (jusqu'à . L'original de Carion était l'œuvre d'un laïque protestant croyant le remaniement était le travail d'un théologien. : . avec cette différence que ceux-ci ne voulaient écrire qu'une histoire de VÉglise. celle de la Bible avant tout. plupart des vues théologiques de la rédaction postérieure. Ses préceptes sont purement doctrinaires. Les études de Hartfelder {M.L HISTORIOGRAPHIE PROTESTANTE 229 tard l'ouvrage à fond. 1902. Cependant il s'entendait assez bien à en tirer les faits rompit avec le canevas des annales et chercha à raconter d'une manière suivie l'histoire de chaque pays. . Nous savons aussi qu'il a subi la censure de Mélanchthon. Le citoyen doit apprendre à s'abstenir de toute innovation en religion et à mettre sa confiance en Dieu seul. Mais quelle qu'ait été l'action de ce. et qu'il traitait. réimp. sans doute. S. Ses vues politiques sont celles d'un savant timoré et d'un petit bourgeois. dans Monumenta pxdagogica Germ. Mélanchthon faisait plus que remonter au moyen âge. 1889). quoique sans voit l'histoire de l'Eglise. dans le Cor-pus reformatorum XII 1844 continué plus tard par Kaspar Peucer [1525-1602] jusqu'au temps de Charles-Quint). sa Chronique se réduit à un recueil dénotes. Theolog.. Il importants. secondaire. Nous trouvons bien chez Carion déjà la . Il subordonne complètement l'histoire à des buts théologiques et pédagogiques. Il faussait autant l'histoire que les centuriateurs de Magdebourg. : tration d'une thèse théologique. Ellinger (P. qu'il fait .) les Berger (dans les et G. Littérature. incorporée avant le Christ dans les destinées du peuple juif il parle des quatre monarchies et des âges du monde et considère l'histoire comme donnant des leçons de morale aux princes. Il se sert de la tradition.

dont l'usage se maintint dans les écoles allemandes jusqu'à YAufhUirung. composé . Les autres auteurs restèrent pour l'essentiel dans l'ornière tracée par leurs maîtres. le professeur d'histoire de Leyde Georg Horn (1620 à 1670) combina (pas très clairement) la division en quatre âges avec une répartition géographique du sujet [Brevis et perspicuaintrodiictio ad universalem historiam. 21. dans sa première et sa seconde rédaction. on ne saurait lui contester certains avantages pédagogiques (la clarté des divisions par exemple). guère plus. au recteur Cellarius (1638 à 1707) l'introduction définitive du mot moyen âge dans l'enseignement historique {Historia medii aevi. Gegenre formation 1912. sa Chronique se prêtait à un emploi international. sous forme de catéchisme les notices qui appartenaient à l'histoire traditionnelle.).j nepeut guère être traitée ici. Ce petit livre insignifiant. C'était aussi un livre scolaire. dans Hist. Die Geschichtschreibung der Reformation u. déjà dans les derniers chapitres de Carion. Leyde 1665). 333 s. Aussi avait-il une destination tout indiquée l'usage scolaire.) sous le titre Z)e quatuor summis imperiis {jusqu'à Charles-Quint) Strasbourg 1556. M. ss. dont on a fait à tort de nos jours un représentant des idées modernes.230 HISTOIRE DE l'uiSTORIOGHAIMIIE MODERNE p. (Sur l'emploi de ces ouvrages dans l'enseignement de l'histoire. monlrciil des préventions apologétiques. il rencontra même hors de l'Allemagne. Ztschr. Il ne faudrait pas mettre sur la même ligne des livres sco: : : : . Il manquait jusqu'alors un manuel d'Histoire universelle en latin des humanistes. occupait le centre de l'ouvrage. en outre R. Brettschneider M.) La littérature qui durant deux siècles se rattache à Sleidan et à Mélanchthon et qui finit avec Gatterer (p. 479). Mais comme première introduction à l'histoire universelle. que le court abrégé d'histoire universelle dans le cadre des quatre empires. 89 (1902) ss. Aucun de ces écrivains ne songeait à une opposition contre la conception théologique de l'histoire. Le remaniement de Carion par Mélanchthon était issu directement de l'enseignement académique. Sleidan. als Historiher (programme de nosterburg 1880). Ils tentèrent de ranger autrement la matière sur certains points nous devons. On comprend le succès que. p. Das Schulwesen der deutschen Refortnation 1902. 2. quelques renseignements dans G. par Johann Sleidan (p. Le recteur Hûbner (1688 à 1731). dit-on. se fit remarquer uniquement pour avoir mis. se distingue de la Chronique de Mélanchthon principalement par ses jugements résolument pi'otestants. longtemps célèbre. Mertz. elle appartient à l'histoire de la pédagogie. Il est vrai que l'histoire d'Allemagne.464s. Mais ils poursuivaient exclusivement des intentions pédagogiques il s'agissait de mettre aussi commodément et aussi clairement que possible la matière historique à la portée du débutant. et il manque à leurs auteurs la connaissance de Ihistoriographie humaniste italienne.246ss. Zeitz 1688). {Ku7'ze Fragen aus der politischen Historia. Fester. On loue H.avant Mélanchthon. Sabinus. à l'instar de la théologie. qui seule permet de mettre Mélanchthon à son vrai rang. Moins que tout autre le très orthodoxe Georg Horn. Cf. Le nouvel ouvrage comblait cette lacune. A le prendre comme manuel. spécialement p. Leipzig 1702 ss. et Menke Glùckert.

Des compilations de Schedel et d'autres.. Hegler. VII. Moins utile Bischof. n'a pas à s'y arrêter. à nous. Franck ne sut pas faire profiter ses tendances à l'hismais toire. mort vers 1542 à Bâle. Studien. Il rattachait ses considérations à des matières historiques il ne songeait pas à modeler la matière historique elle-même d'après ses idées. Son catalogue des auteurs ne nomme pas seulement. Kritische Untersuchung und Wûrdigung von S. . Prenzel. Si l'historiographie allemande s'occupe des premiers. et M. Francfort 1538). de véritables ouvrages d'histoire. Wesendonck. mais signale celles qu'il a utilisées réellement. son excuse est qu'eux seuls ont pendant longtemps représenté l'histoire en Allemagne. on peut louer sa maîtrise de la langue. édit. Franck non plus ne dit pas tout. Notre histoire. qui considéra l'histoire politique du point de vue démocratique et l'histoire de l'Eglise du point de vue de la Mystique. ecclésiastique d'abord catholique. F. Les nouvelles études seules ont mis à nu les fondements croulants de ses œuvres. und die deutsche Geschichtschreibung 1857. encore Eric Schmidt Deutsche Volkskunde im Zeitalter des Humanismus und der Reformation (1904) Hist. 108 ss. né 1499 à Donauwôrth. Ztschr. Ebering 47 : : : : . Gatterer und Schlôzer{i81&) 11 ss. Au point de vue de la philologie germanique. Cf. imprimée d'abord à Strasbourg 1531) et de Chronicon Germaniae [Chronica des ganzen teuUchen Lands etc. hors de l'Italie. 3. auteur de la Geschichtsbibel [Cronica. selon l'usage. Ztschr. édit. ses devanciers par son absence de critique. mais ce n'est pas une justification pour elle. On trouvera d'autres renseignements chez H. de Marbourg 1908). de travail sérieux. n'a pas le droit de laisser de côté cette tète originale. On n'apprend pas par ses aveux jusqu'à quel point il s'est appuyé sur des autorités non pas seulement de seconde mais de troisième main. Oncken dans Hist. historiques. finalement libre écrivain. 11 est presque le seul historien. En outre H. Bûdinger dans Hist. Kohler 1905. Beitràge zur Geschichte der Mystik in der Reformationszeit. spécialement M. Francks Chronicon Germaniae (Diss. A. les sources qu'il connaît par oui-dire. 82 (1899). de forme. II n'a pas introduit plus d'ordre qu'un Schedel dans la masse incohérente de la tradition. L'historien qui étudie l'esprit du xvi° siècle. l'histoire ne peut oublier que les parties où Franck montre son individualité sont de purs hors-d'œuvre . Il y a un témoignage qu'on ne peut lui refuser c'est qu'il s'est donné franchement pour un compilateur (dans la préface de la Geschichtsbibel). Zeitbuch und Geschichtsbibel von Anbeginnbis 1531. S. Sur Franck en général cf. C'est parmi les littérateurs. s'il était possible.L HISTORIOGRAPHIE PROTESTANTE et 231 laires comme ceux que nous avons nommés. non parmi les historiens qu'il faut placer Sébastien Franck. Franck tira une nouvelle compilation et dépassa. puis protestant. Presque tous les autres jettent de la poudre aux yeux du lecteur Franck insiste sur le fait qu'il ne tient beaucoup de ses autorités que de seconde main. Sans doute. qui se donne pour ce qu'il est.

Ecosse. Hongrie. 140). Il se sentait trop souverain autrichien et l'histoire empereur pour prendre à pour d'Allemagne un intérêt bien vif. Vaines tentatives pour imiter nistes allemands — Les huma- semblaient pouvoir se rattacher à la manière archéologique de Blondus plutôt qu'aux annales rhétoriciennes de . Dans tous les autres pays (France. né à Cf. 1497 secrétaire et intime de Maximilien et Historiens Majestàt. etc. par Th. Pologne. l^" 1532. né 1473 à Schweinfurt.Johannes Spiessheimer. — L Imtoriographie impériale officieuse. Chmel.) les monarques. Espagne. 2. vers la fin du xv^ siècle. Ilgen Geschichtschreiber der deutschen Vorzeit 1891. plus tard professeur humaniste errant. vis-à-vis L'attitudo que prirent les empereurs allemands de l'his- toriographie nationale est une complète anomalie. — L école de Blondus et les études préparatoires pour une « Germania illustrata ». Aussi n'est-il le seul grand ouvrage humaniste la commanda qu'une histoire. Geschi- I. mort vers Maximilien ehtsforscher. Angleterre. où il avait succédé comme professeur à GelLis. des empereurs romains jusqu'au temps actuel. mort 1529 à Vienne. Oesterr. Charles- Quint eut ensuite des raisons naturelles pour ne pas s'intéresser à l'histoire d'Allemagne. Elle ne peut être expliquée que par la situation politique particulière de l'empire d'Allemagne. description du pays. sur les Caesares tout à fait médiocres de Cuspinian Joachimsen. l'introduction à la traduction de l'Hisfom. L'Austria de Cuspinian. favorisèrent l'histoire humaniste de leur pays. Frédéric III avait déjà eu vis-à-vis de l'historiographie humaniste la même attitude que Maximilien (voir ci-dessus p. 209 ss. Ses biographies : de Frédéric III de furent écrites entre 1514 et 1516 f*^ édit.. « l'Italia illustrata ». parut en 1553 Ce sont d'insignifiants éloges qu'a composés Joseph Grùnpeck.. Maximilien resta étranger à ces efforts. Burghausen sur l'inn dans le 3« quart du kais. sa politique semblait pouvoir tirer peu de profit de cette histoire traitée qu'il le grand public. chichtsauffassung . appelé Cuspinianus. 15<= siècle. avait déjà terminé l'ébauche de ses Caesares en 1512 l'ouvrage ne fut cependant imprimé qu'en 1540. Il va de Jules César à Maximilien et traite aussi des empereurs d'Orient.232 HISTOIRE DR l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE b. Cf. . GesI. orientée sur dynastie autrichienne. édit.

et surtout elle ne demandait pas que d'un le sujet ouvrage d'histoire fût délimité d'après une unité politique les antiquités. avait aussi peu de rapport avec de la la for- mation des États contemporains que Tacite les tribus Germania de du avec les souverainetés les territoriales de l'Allemagne xv^ siècle. Aussi en restèrent- à des tentatives. extérieurement au moins. existante. Ils n'ont pas réalisé cette intention. Beatus Rhenanus (né en 1486 à Schlettstadt. Haguenau. Aussi les Allemands se proposèrent-ils de bonne heure de donner un pendant national à Vltalia illustrata. car ils reproduisaient surtout. mort vers 1559 à d'Irenicus (Franz Fritz. 1'* édit. d'une manière complète. et n'en étaient pas capables. le seul ouvrage qui traitât le sujet. Ils n'étaient pas assez indépenils dants vis-à-vis des légendes nationales et critique aussi bien ils manquaient de sens que d'érudition méthodique.. fut accueilli même par les contemporains Beatus Rhenanus. dans le langage des humanistes allemands. auraient pu être qualifiés de nationaux. mort 1547 à Strasbourg. Le poète Celtis se contenta de et Aventin (ci-dessous p. — Un seul auteur fut au-dessus de cette désa- gréable historiographie tendancieuse. de créer une Germania ils illustrata. en Allemagne. 1518). né vers 1495 à Ettlin- Gemmingen mal . débuts qui promettaient peu d'ailleurs. dont Blondus avait décrit était plus encore que la Germanie des humanistes allemands. fruit L'humaniste de Schlettstadt n'avait pas entretenu sans relations intimes avec Érasme. Il avait appris de lui les principes d'une . La division administrative de l'empire romain que Blondus retint. une pure expression géographique. La Germaniae exegesis gen.l'historiographie protestante l'école 233 de Bruni. pompeuses annonces 238 ss. De tous travaux italiens ceux de Blondus étaient les seuls qui. L'Italie. les récits du faux Bérose. Leurs efforts scientifiques étaient trop mêlés à des émotions patriotiques pour leur permettre de travailler avec autant de sang-froid et ide soin que Blondus. La méthode de Vltalia illustrata avait moins d'exigences de style. de 1511 à 1527 à Bàle) résolut pour une partie du sujet l'histoire le problème d'appliquer la méthode de des Blondus à d'Allemagne. dans un cadre patriotique.) demeura court dès les pre- miers débuts.

. comme faisait il son maître pour les autod'être rités de la doctrine ecclésiastique. il était. Beatus était guidé dans ses recherches par un intérêt vraiment scientifique. Bâle 1S31). tout aussi bien que les Décades de Blondus ont préparé l'auteur de VHistoire florentine.234 HISTOIRE DE l'hISTOUIOGRAI'IUE MODERNE Il critique sans passion et d'un solide travail scientifique. était. et son mérite n'est pas diminué par un philologue le fait que ses conjec- tures et ses hypothèses. qui tique. Pas plus que ce dernier. Il Il manqua de faits force pour concentrer ne sut pas rassembler les et en un exposé de grand livra un bon honnête travail préliminaire qui aurait pu s'il frayer la voie à un Machiavel allemand. s'en était présenté un. il ne sut remplacer par autre était chose l'ordonnance artistique. s'efforça d'interpréter les sources de l'histoire ancienne de l'Allemagne avec la froideur d'un philologue. Ce n'est pas la faute de Beatus s'il n'a pas eu . Son jugement est toujours il intelligent et réfléchi. Peu de productions de la critique et l'érudition l'école de Blondus peuvent rivaliser pour avec ses Trois livres d'histoire allemande II. souvent aussi heureusement formulé. qu'il Gomme cri- l'emporta sur l'Italien en ce eut à se débattre au milieu d'un fourré de fables tendancieuses et de faux raffinés que Blondus n'avait pas trouvé sur son chemin. Beatus Rhenanus remonIl toujours aux sources et les citait avec soin. touchent rarement le but. souvent très hardies. il est vrai. lui L'amour des connaissances historiques l'emportait chez pour une patriotique édification. en histoire aussi. Il sur le zèle voulait avant tout 11 se rendre clairement compte de la situation réelle. n'y gagna que l'était parmi les historiographes allemands aussi isolé que Érasme au milieu des humanistes allemands en général. le n'était pas sans prévention . champion le du point de vue national allemand à faire mais ses tendances ne poussèrent jamais violence aux faits. style. il lui servit sans doute de modèle. Il rejeta résolument les faux d'Annius de Viterbe et de Tritheim. Mais son histoire. (Rerum germanicarum tait III. mal disposé pour la rhétorique et renonçait à toute composition plutôt que de faire des concessions aux stylistes. Beatus Rhenanus de talent. comme 11 Blon- dus. rangea les témoignages des sources sur les mœurs et le droit des Germains la dans un ordre aussi extérieur que Blondus ses notices dans Borna triumphans.

les humanistes laissèrent C'est ici généralement intact l'échafaudage des fables antiques. les 5" et chap. On ne voulait pas aux villes et aux États italiens le privilège de remonter à un et passé glorieux. aux faux d'Annius de Viterbe ou à leurs propres combinaisons plus ou fut celle moins loyales. de P. à une origine romaine. — L'historiographie provinciale et locale 1. Pas plus que les Écossais les Espagnols. encore laisser la vanité nationale qu'il faut en accuser. les disciples de Bruni avaient écarté partout les histoires merveilleuses de fondations et d'origines. pu cri- raconter le moyen âge. Beatus Rhenanus n'a conduit sa narration que jusqu'à l'époque des empereurs saxons et n'a traité en détail que les temps de la domination romaine et de l'invasion des Barbares. d'Italie Les principes de l'historiographie humaniste ne trouvèrent vrais non plus qu'un faible accès dans l'histoire locale. 6^ les plans pour cet ouvrage et sur Beatus Rhenanus cf. Ainsi la Germania illustrata n'a jamais été écrite. on ne savait de leur peuple rien qui pût entrer en parallèle avec eux. Lui seul eût été à même de en tique. par exemple. En Allemagne.l'historiographie provinciale et locale 235 un pareil successeur et si en général son œuvre ne produisit pas un de effet profond. A défaut d'une tradition authentique. Aventin (il identifia les Illyriens Bavarois mit même ainsi ses compatriotes en relation avec Alexandre le . ses Malheureusement Res germanicae restèrent à l'état fragments. les historiens allemands ne convenaient volontiers faits natio- qu'au temps où Grecs et Romains rapportaient des hauts naux. En Italie. — Remarques générales. ils s'attachèrent aux fables de fabrication médiévale. aussi. La voie préférée l'identification d'un que Jordanis avait ouverte. Sur II. Krantz. Joachimsen. Geschichtsauffassiing und Geschichtschreibimg I (1910) auquel nous renvoyons aussi pour la littérature. nom de dans son peuple moderne avec un nom trouvé chez les historiens anciens. assimila les "Vandales aux histoire des Wendes avec et "Wendes d'Allemagne traita de la chute du royaume des les Vandales en Afrique. C'est une qu'il n'ait le faire perte irréparable pour l'historiographie allemande.

Suecia. Cf. 1893. histoire des Wendessur la côte allemande de la Baltique. qu'il laissa tous inachevés à sa mort. mais manquèrent de toute proportion artistique. Chronica regnorum aquiloaarium. Zur Geschichtschreibung des A. insérait des réminiscences de l'antiquité . 3. Saxonia. 1486 syndic de Lubeck. Schàfer. La méthode des Krantz. et vaincre les Romains par fut le chef suève Brennus. tion. auteur très lu alors en le Allemagne. Il travailla conjointement à quatre ouvrages hisla toriques. (Diss. né vers 1450 à Hambourg. Cologne 1520.) Albert Krantz est le plus remarquable de tous les historiens de tribus. Saxonia des A. Melropolis seu historia de eeclesiis sub Un complément de Carolo M. Norvagia). c'est de V Historia Bohemica d'Aeneas Sylvius que viennent la division du récit en chapitres et le goût des digressions géographiques et ethnographiques. La les histoires conséquence naturelle que non seulement des tribus allemandes furent surchargées d'une préhistoire sans valeur. Albert Krantz (Crantz). 2.236 HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE l'd Grand). Schârffenberg. 2. à Hanse et par Hambourg à des missions diplomatiques. celle Krantz combina la méthode de Blondus avec d'Aeneas Syl- vius. histoire de la population de la Basse-Saxe. Cologne 1519. K. Mais il Italiens est plus grossière entre les mains de se rattache à leur Il humanisme plus étroitement que rejetait les tout autre historien allemand. in Saxonia instaurais fut publié à Bâle 1548. — Krantz. Ce fut un avantage pour il lui d'avoir vécu avant la Réforma- Au moment où écrivit. parait des ornements de la rhétorique les parties qui se prêtaient au roman. cet ouvrage. miracles et les aven- tures légendaires. nommé ordinairement i)a?iia d'après la 1''^ des trois parties [Dania. Die . K. souvent em- mort 1517 1. Hambourg. l'histoire et les du moyen âge pouvait être regardée encore sans prévention italien suivis relativement exemples de l'humanisme sans embarras. professeur de théologie à Rostock. A 17to^M illustrata'û emprunta principe de traiter plutôt l'histoire d'une peuplade que celle d'un territoire politiquement organisé . La narration dans tous ces ouvrages est amenée jusqu'au temps de l'auteur ils renvoient de l'un à l'autre. Strasbourg 1546 (1545 en traduction allemande). 1492 lecteur en théologie et membre du ployé par chapitre de la cathédrale dans sa ville natale. Vandalia. 1898. de Kiel. l'index littéraire chez E.

ils avaient publié tous les écrivains anciens : qui leur étaient tombés entre les mains d'avoir supprimé une il osa cependant Ils les accuser œuvre littéraire romaine. On ne découvre pas chez lui même les germes d'une histoire pragmatique. mais par malveillance contre les Alleretenaient les parties inconnues ! mands ils Il reste à Krantz le mérite d'avoir appliqué pour la première italienne à l'histoire de l'Allemagne fois la méthode historique la du Nord et de Scandinavie. Chytraeus était un fidèle disciple de Mélanchthon et traita l'histoire tout à fait dans son esprit. de préférence officiels. en second lieu. La Saxonia de Krantz ni de talent. il il ne se fait pas scrupule de les corriger. mépris. il était absolument dépendant vis-à-vis de ses souvenirs. Ch. Qui n'est pas allemand. ne se servait que de sources antiques. il avait coutume d'altérer les faits par scrupule pédagogique. tant. si déjà son caractère timoré de savant ne l'en avait rendu incapable. 163 ss. la anciens. Ingelfingen. D. als Geschichtslehrer und Geschichtsforscher (Diss. qui fit en même temps depuis iobO des cours le d'histoire réguliers et mourut à Rostock en 1600. et encore n'ont-ils comme tels que peu de valeur. Chytraeus utilisa surtout comme sources des rapports et des journaux par lettres. Ses écrits ne peuvent donc servir que de répertoires. ni même des vues proprement historiques. sans beaucoup d'esprit professeur de théologie de Rostock David Chytraeus. Tacite au complet. Au reste. d'abord la tendance déjà signalée à identifier des noms de peuples modernes avec des la partialité patriotique. écrivant l'histoire de son temps. une collection d'histoires des différentes contrées. de Rostock 1908. Quant à la forme. la Bibliographie complète chez D. dans le nombre le faux Bérose. c'est. possédaient. cf. Tout jugement personnel en est absent. Il ne pouvait ignorer que. il comme doit à peu près tout. auxquels pourhistorien. Il le traite avec a une curieuse aversion pour les Italiens. Ce qui rend ses œuvres inférieures aux italiennes. Les passages des sources qui pourraient contrarier légende nationale.l'historiographie provinciale et locale (krantz) 'et 237 il des sentences épigrammatiques. indépen- damment des défauts de la forme. selon lui. il ne jugeait l'histoire qu'en théologien. Krantz écrit constamment du point de vue de Basse-Saxe et la de Hambourg. Son originalité consista à introduire la même méthode dans l'histoire contemporaine. Même alors que ses maîtres lui laissaient les coudées franches. par né 1530 à fut continuée plus tard. depuis Pétrarque. Pour ses œuvres.) . p. il prit pour modèle l'ordonnance historio-géographique en usage depuis Blondus et donna. Tout comme Mélanchthon. d'Annuaires historiques. et. Klatt. Pour l'histoire ancienne. Ses relations avec les ducs de Mecklenbourg lui auraient ôté la liberté du jugement. au lieu d'un récit continu.

)82) . Script. Sa carte de la Bavière fut éditée 1899 par J. Ghytraeus composa en outre une continuation de l'histoire de Prusse de Schûtz (Eisleben 1599) et rassembla les documents les plus importants pour l'histoire de la Confession d'Augsbourg (Rostock 1576. 3. Annales ducum Boiariae (jusqu'à 1460) écrit de 1519 à 1521. M. — Aventin. 12 ss.. T^ édit. Wiedemann. des Oberrheins N. . les Annales du couvent de Petits travaux spéciaux. et fut imprimé à Nuremberg 1541 sous le titre de Chronica von Ursprung. ver. Dans les éditions postérieures. . Fr. 3. plus complète Râle 1580 . Ch. Werke IV et V. en outre Nûrnberger dans ISeues Archiv. outre l'écrit de peur de Historia der augsburgischen Confession). où il mourut 1534. Kl. 155*. comparer avec les humanistes allemands de son temps. J. en 1509 chargé de l'éducation des jeunes princes de Bavière Louis et Ernest. mais non avec ses prédécesseurs italiens. 629 ss. iind 17.. Wegele. als Historiker nuatio fut — . D. Cf. né 1477. II 1763. nommé 1517 par les ducs Wilhelm et Louis historiographe bavarois. etc. Son originalité et ses mérites de savant ont été ainsi fort surfaits. Meyer dans Abhandl der Miinchn. T. Hartmann pour la Société géogra- phique de Munich. : .. A. Werke II et III. Paulsen. qu'à 1508) parut d'abord à Francfort 1565 comme Bayerische Chronik. fiirdieGesch.238 Citons 1. Germania illustrata. 1890. Jahrhunderts 1900 (Munckers Forschungen zur neuern Literaturgeschichte 13). A propos des vues d'Aventin sur les antiquités allemandes et leurs longues répercussions. (biographique) W. le livre reçut le titre tromCf. Akad. Le premier livre seul fut 3. continuée toujours jusqu'aux dernières années (finalement jusqu'à 1600). : HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE ici Continuation de la MctropoHs de Krantz jusqu'à 1582 (1''' édit.. Boic. 742 ss. Cf. Joh. XI (1886). Ceux qui ont écrit sur Aventin ont le tort de le . 17 (1886). Turmairs genannt Aventinus sàmmlitche Werke 1881 à 1908) 1. IX. Philos-philol. Herkomrnen und Taten der uralten Deutschen. F. 1858. D. de Rostock 1897). Il composa : (Cf. Aventin avait déjà publié 1522 à Nuremberg un extrait de cet ouvrage sous le titre Bayrischer Chronikon kurzer Auszug. Lenz dans Zeitschr. La Vandalia parut depuis 15S9 (à Rostock) comme livre à part. nommé natale dAbensberg AvENTiNus. Krabbe. comme Historia Otingae Scheyern (508 à 1517). Oefele. d'après sa ville Johannes Turmair. d'abord chez : : . Remanié en allemand par lui-même 1526 à 1533 cette rédaction (jus(mutilée) Ingolstadt . Klatt déjà cité 0.. Ch. Th. 1870 P. Gotthelf Das deutsche Altertum in den Anschauungen des 16. jusqu'à loSS jointe à Vandaline et Saxoniae Albcrti Cranzii continuatio Wittenberg 1585. Commencé 1531. (Diss. d'abord à Deux-Ponts 1600 (Nuremberg 1518) das Herkomrnen der Stadt Regensburg. genannt A. achevé. plus tard membre de la communauté protes- tante de Ratisbonne. La Conti- appelée aussi Chronicon Saxoniae ou Saxonia.

des comme œuvre d'art. L'homme que les ducs choisirent pour historiographe en 1517 avait Il plusieurs avantages. Comme à la fois le beaucoup d'humanistes non italiens. et littéraires. de Blondus ou de Calchi. Et puis les il de nombreux documents médiévaux reproduisit ses sources avec autant de légèreté que adhérents de l'école rhétoricienne.l'historiographie provinciale et locale (aventin) 239 La méthode historique d' Aventin. Aventin se contentait d'indications très vagues et il est presque toujours impossible de décider par son la tradition. et était historiens italiens. ni en résulta que sa Bayerische Geschichte n'approche écrits comme œuvre de science. — De tous les historiens de tribus qui écrivirent après la Réformation. Il pas une distinction aussi tranchée que Blondus entre des sources de première et de seconde main. Mais son ouvrage manque de composition. manquait de critique accepta sans difficulté les faux d'Annius de Viterbe répoussés inter- dès l'abord en polés. importe que son latin lourd s'éloigne beaucoup de l'élégante diction des Italiens. une un infati- gable collectionneur. d'unir l'histoire savante avec l'histoire rhétoricienne il voulut être Blondus il et le Bruni de son pays. précisément et surtout au point de vue humaniste. il Calchi seul peut-être en eut d'aussi complets. lui aussi. texte seul où cesse ne faisait où commence la rhétorique ou le roman. possédait une connaissance passable des solide culture humaniste. Il échoua dans cette entreprise et pas. et savait fort bien raconter. Bruni et ses successeurs avaient remplacé les livres informes du moyen âge. donné une peine énorme pour maté- Avant lui. de l'école de Bruni. les Comme il employa témoignages des documents. Aventin s'efforça . des Mais il ins: criptions. par les tendances anti-historiques des humanistes allemands. officielle L'historiographie cultivée en Bavière du type italien fut plus activement que dans d'autres principautés allemandes. — On ne saurait Peu dire que ces défauts soient rachetés par son talent d'exposition. l'historiographe bavarois Aventin est le plus célèbre. qui avaient été . des maîtres s'était lui. Aventin narrateur et sa polémique protestante. des monuments Italie. Il connaissait parfaitement son peuple. Calchi avait cité ses autorités avec une précision exemplaire. Malheureusement il se laissa égarer. recueillir ses Aventin riaux.

mais ancrée.t: de l'historiograimiie moderne en même temps des histoires du monde et des chroniques de villes. il ne sut pas résister à la tentation. la Mais il y a un point sur lequel de la science il est le vrai représentant . bien qu'officiellement d'abord inédit protestante. soit resté et n'ait été publié intact qu'après sa mort. les pro- blèmes de en général. Il On comprend commandé. Avcnli[i l'histoire d'un ter- se refusa à suivre en cela les Italiens. officielle. grande majorité de ses contemporains allemands l'histoire. maison Sa philosophie de l'histoire est faible et réflexions reproduisent en général les manque d'originalité ses lieux communs de la morale . Il insensées ni les injures les plus à des faux. Et après avoir cédé ainsi à l'amour de la gloire de sa nation. Ses tirades contre le a recours même clergé pourraient être empruntées aux centuriateurs. que son ouvrage. Mais il raconta l'an- cienne histoire allemande et même celle des empereurs romains avec autant d'ampleur que s'il avait voulu écrire une histoire uni- verselle. ni lui le une histoire allemande jamais on n'apprendra par développement de la tribu bavaroise ou du duché de Bavière. Il elle n'en était que plus exprima sans fard son aversion contre la rédaction les Pfaffen dans son histoire de Bavière. cela allait de soi. Aventin ne s'est pas laissé gêner il par sa position évite de parler défavorail blement des membres de Mais ne croit pas nécessaire la de conformer son jugement aux principes politiques de ducale. Ce nest pas à une vrai dire sur ses mérites d'historien que reposa la gloire d'Aventin. la dynastie.240 HisToir. en comparaison de sa haine protestante contre l'Église catholique : sa théologie n'avait pas complètement analysé cette haine. Pour porter un coup au les plus ne recule pas devant les accusations indécentes. par des expositions arrondies traitant seulement ritoire. il que dans la latine. qu'elles forte personnalité. parce Sans doute. Ses reflétaient œuvres devinrent populaires. même où les sources étaient muettes. de de l'école. de raconter les exploits des Bavarois. Qu'il n'exclût pas l'histoire (J»Allomagne. le touchent peu en comparaison des questions ecclésiastiques. dans allemande plus encore clergé. Son ouvrage : nest ni une histoire bavaroise. en terre faut ajouter qu'Aventin maniait la langue allemande comme .

4. Mais au moins avait appris des humanistes que la langue aussi peut être maniée avec art. Son expression Sa prolixité e?t extraordinairement vigoureuse et transpa- rente. et meisterlin) 241 cela ne s'était jamais vu chez des historiens allemands. précisément pour cette raison rencontré teurs. à vrai dire. B). c'est qu'il est complète- ment dominé encore par montre aussi Il les opinions populaires. Ce n'était pas une innovation de mettre en tête de son récit une caractéristique du pays et de ses habitants : depuis la découverte de l'Amérique. .l'historiographie provinciale et locale (ncremberi. au xix* siècle de chauds admira- La critique ne doit pas oublier cependant que si Aventin sym- pathise aussi intimement avec le peuple. il parle de l'État et de l'adminis- se naïf. Quand tration. 16 communes FUETER. Com- bien la langue de la Bayrische Chronik est supérieure au style embarrassé et au lourd allemand administratif dans lequel on avait ! coutume d'écrire l'histoire La connaissance de aussi bien la vie populaire. il Il est absolument d'accord avec son public. — Nuremberg et Meisterlin. de Buchanan. il Mais la manière dont exécuta son programme. le professe une superstition massive et n'a jamais émis plus léger doute sur les histoires de miracles racontées par ses sources.l. même devait être du goût de ses lecteurs. Son style était. — Enfin peu d'historiens ont connu le peuple qu'Aventin. tentatives anaqu'il dit met sa description bien au-dessus des et logues de Polydore Virgile. grâce à sa connaissance personil nelle des choses.III. humanistes enfaisaient autant(Cf. tous les historiens sect. on reconnaît un Aussi a-t-il homme qui vit dans le peuple et avec le peuple. dont. Son purisme : lui inspire des traits (il ridicules il traduit des noms propres et étrangers appelle Fabius Gunctator Zauderer Bohnmeier) môme une expression comme il Pi'ophète ne trouve pas grâce à ses yeux. Les villes impériales allemandes n'ont pas cultivé autant que les italiennes l'historiographie officieuse en style humaniste. assez maniéré. etc. Dans tout ce des mœurs de la littérature populaires. aussi borné que le premier bon bour- geois venu. voilà ce qui distribua équitablement la lumière et les ombres.

242 Elles étaient HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE moins indépendantes et n'avaient pas de politique étrangère spéciale. comme Jacques de Bergame. présentée au Conseil en remaniement allemand 1457 la rédaction allemande imprimée Augsbourg 1522. La rédaction latine du second remaniement imprimée d'abord chez Ludewig. Meisterlin n'était au reste ni un grand historien ni une personnalité hors ligne. la première rédaction 1484-85. temporairement aussi prédicateur à l'église Saint-Sebald à Nuremberg. Le Conseil— on peut l'affirmer avec une ne permit pas même d'en tirer des copies. sur l'original latin cf. qui avait fait déjà ses preuves d'historien dans une histoire d'Augsbourg [Chronographia Aiigustemium. de recourir à des épigones de la manière médiévale. Les égards pour d'autres les membres de l'Empire que pour leur . a fait de lui un critique) et se mit pour raconter la révolte des corporations au point de vue des familles gouvernantes. non pas peut-être sur la commande directe. C'était un ecclésiastique. en somme. polémiqua contre les prétentions des Burgraves (ici la tendance politique. Joachimsohn Meisterlin 24 ss. avec lui. Sigismond Meisterlin. Toutefois son ouvrage ne fut pas imprimé. pourvu d'une culture humaniste modeste. Son grand modèle était Aeneas Sylvius. Sa culture humaniste. Mais il ne craignit pas.). il s'en tint strictement aux directions du Conseil. Rehquise manuscriptorum medii œvi VIII Francfort et Leipzig 1726. xv'^ siècle. mais avec le consentement et l'appui du Conseil. prédicateur à egUse cathédrale de Wiirzbourg. Le Conseil lui fit une subvention. une histoire de la ville de Nuremberg. Nieronbergensis Cronica (jusqu'à 1419). né dans les premières dizaines d'années du et Afra à Augsbourg. 11 composa. Dans toutes les parties de quelque importance politique. près Nuremberg. à côté d'eux. finalement. 1489 nommé curé de Feucht. aujourd'hui dans les Chroniken der deutschen Stcidte III (1864). moine bénédictin à Saint-Ulrich vers 1476. Il n'osa pasavouer comme ouvertement un ouvrage qui donnait plus qu'une simple énumération des faits et était susceptible de blesser d'autres États de l'Empire. par exception. la plus ancienne histoire de ville humaniste en Allemagne. Elles ne faisaient exposer leur histoire instruction particulière et pour renseigner les futurs gouvernants leurs histoires de villes officielles n'étaient pas destinées aux gens du dehors. composée sur le désir du bourgmestre Gossembrot 1456. mais respectable pour le temps. est tout 1 : — . Son originalité réside uniquement en ce qu'il fut à peu près le premier à faire profiter l'historiographie municipale allemande de quelques inspirations de l'italienne. Par suite leur historiographie n'a pas d'histoire. o-eoise Cela semble ressortir surtout des destins de la Chronique nuremberde Meisterlin. empêchaient de livrer à la discussion publique leurs préten- tions politiques. qui contiennent aussi la version allemande. la seconde 1488. assez grande certitude ce fut l'usage àBerne dans des cas analogues. il connut et utilisa Blondus. P.

aussi Ernst der Darstellungen Geschichtschreiber und im Lichte der Geschichte. 3° Une autobiographie. De toutes les oeuvres historiques allemandes c'est celle qui main- . Ranke. 2° Germaniae ex variis scriptoribus perbrevis explicatio. Riick 1895. — Pirkheimer. un des rares bons travaux sur l'histoire de l'historiographie humaniste en Allemagne. C'est un chroniqueur du moyen âge. juriste. Cf. N'ayant pour les temps anciens de la ville presque aucun témoin à sa disposition. Il trahit partout sa condition ecclésiastique. Il ne peut prétendre tout au plus qu'au titre d'habile narrateur. als Geschichtschreiber. Cf. ce n'est pas un humaniste. P. sur le manuscrit original parK. composé en 1530. Commencé après 1526. Die humanistische Geschichtschreibung Anfdnge. Le titre n'est pas très exact le deuxième livre seulement traite le Schweizer ou Schwabenkrieg (1499) le premier donne un aperçu de l'histoire antérieure de la Confédération. Il parle des reliques avec la dévotion voulue. 1908. Il traite les sources non seulement sans critique. né 1470 à Eichstàdt. Cf. Il faut confronter les différentes versions de la Chronique de Nuremberg pour se faire une idée de la manière tendancieuse et arbitraire dont Meisterlin arrange les données des sources. et sous une forme retravaillée par Rittershausen. il eut recours à des inventions. Markwart. surtout celles qui pouvaient faire briller de tout son éclat la sagesse du prévoyant Conseil. mort 1530.. cet ouvrage fut publié en 1610 dans l'édition des Opéra de Pirkheimer par Goldast. publiée pour la première fois par Ruck dans son édition du Schweizer krieg. interpola des textes étrangers et fabriqua des anecdotes. nommé 1499 chef des troupes que Nuremberg équipa pour la guerre contre les Suisses. et dans le soulèvement des corporations en l'an 1348 il voit une ruse de Satan. il se sert encore de sources médiévales. C'est une oeuvre à part que la monographie consacrée par Wilibald Pirkheimer à la Guérite des Suisses ei kV ancienne histoire de la Con- fédération suisse. souvent envoyé en ambassade. (diss. W.l'historiographie provinciale et locale (pibkheimer) 243 extérieure. Edit. probablement seulement en 1530 et non achevé. Niirnbergs Ursprung u. Dans les Opéra 1610. I : in Deuis- die . 131 ss. 0. : . frotté d'humanisme. mais avec légèreté et déloyauté. P. Sigismund Meisterlin (1895) Mummenhoff. d'une famille Wilibald Pirkheimer (Pirckheimer) patricienne de Nuremberg. Jachimsohn. Pour les parties qui appartiennent à l'antiquité. 5. . Il composa 1° Bellum Suitense {Helveticum dans l'autographe). Son plan remonte à des modèles humanistes et sa langue se ressent du style nouveau. Aller in den chland. de Bâle 1886). Zur Kritik 119 s. membre du Conseil de sa ville natale. Mais c'est à peu près tout ce qu'il doit à l'humanisme.

Il rappelle avec amertume les intrigues censées mises en œuvre contre Nuremberg auprès de il l'empereur. mais les concurrents de l'Allemagne du Sud. exactement des Il se sert. . Il n'a pas l'unité organique des meilleurs ouvrages a fait des mélanges. chement de guerre (qu'il un détala très faible importance. Notons que. 44). pour transposer en style huma- niste lin un exposé médiéval {\siChronik de7'Eidgenossenschaftd'FAieT- 1507) mêmes procédés que Bruni pour Giovanni Villani. l'ar- — provoqué mée par le contraste avec l'état de délabrement de impériale — de surfaire la discipline et lesprit politique la des Confédérés. les villes souabes. Le premier livre se rattache tout à fait à la méthode de Bruni. Seulement la position de Pirkheimerétaitbien plus défavorable que celle ral vénitien.rappelle les récits de campagnes à demi mémorialistes qu'avait composés un Contarini. Ses vrais adversaires ne sont pas les Confé- dérés. voulait se justifier^ et sa ville natale avec lui. auxquelles il en voulait particulièrement. contrairement aux . les remarques générales dont accompagne son récit sont ce qu'il y a de meilleur dans son livre.2i4 tient le plus HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE purement le style des humanistes italiens. Mais Pirkheimer évitait du moins phraséologie huma- niste ou moralisante. La seconde partie au contraire. Pirkheimer poursuivait par son écrit un but très déterminé. Il des reproches que leur faisaient d'autres États. Il du géné. n'a pas écarté les choses insila narration de jolies anecdotes réalistes alternent avec chargée d'exploits d'un héroïsme théâtral. proprement Il Pirkheimer n'a pas façonné ses souvenirs en histoire. gnifiantes . D'un autre côté n'y a qu'une liaison très lâche entre ce et les chapitres historiques qu'il raconte de sa propre vie dits. la peinture de la guerre même. Malgré cette tendance. et n'a pas su fondre ensemble ses imitations d'œuvres disparates. et tirait de son expérience d'homme d'État plus Ita- d'une observation intelligente. De la marche générale de il reconstruisait principalement d'après Etterlin) il ne pouvait esquisser qu'un tableau très peu net. Personne n'a été plus fidèle aux préceptes de l'école de Bruni cl ne les a suivis avec autant d'habileté relative que ce patricien de Nuremberg. Son œuvre italiens. par exemple (ci-dessus p. n'avait point de part à la direction supérieure c'est-à-dire il ne commandait que son contingent nurembergeois. Ses raisonnements ne sont cependant pas profonds et ils ont le défaut.

Les lois qui réglaient leurs rela- tions entre eux et avec l'empire pouvaient n'avoir qu'une autorité théorique . non par de vagues considérations patriotiques ou utilitaires. C'est un cours tout en Allemagne le que suivit développement de l'histoire publi- de l'empire. c'est le commise contre Ludovic More Rûck. Les États de l'Empire étaient bien souverains à certains égards. p. se développa de En France. de l'autre. III. constitution particulière de l'Empire d'Allemagne provoqua La un genre d'historiographie qui. de l'autre plus réalistes et plus sûrs pour les détails. souvent battus. Leurs ouvrages ils prirent l'allure de plaidoyers. entendit d'une façon particulière la défense de ses mandants. inspirée par un ou plusieurs des Etats. — Remarques générales. avantet après l'humanisme. depuis la guerre de Souabe. à côté de plus en plus pareil ciste le genre national des Mémoires. mais ils étaient unis par un lien fédéral. 135s. il s'agis- de choisir aussi probantes que possible les pièces apportées au . tout en rappelant par maints dehors l'histoire humaniste. l'historiographie humaniste. avait toujours poursuivi un but apologétique. il 245 tenait ferme — tout en l'exprimant par des allusions : étranges —à l'idée d'une justice divine rémunératrice si si les Con- fédérés. mais même des États récalcitrants n'aimaientpas passer pour avoir violé la constitution de l'empire. ils jugeaient nécessaire d'en appeler au public. afin de prouver au tribunal de la nation légales. était d'une nature essentiellement différente. Mais celle des publicistes de l'empire.i^ont été leur châtiment pour la trahison (éd. Quand ils avaient été déclarés coupables par les autorités impériales. plus impersonnels. qu'ils avaient observé dans leur conduite les formes L'historiographie officielle en Europe. — Les PUBLICISTES impériaux 1. moins honnêtes que travaux des humanistes.). D'un côté furent plus attentifs aux les dehors. mais en invoquant des règles de sait droit précises .LES PUBLICISTES IMPERIAUX liens. C'est que d'un côté ils avaient à légitimer la politique de leurs patrons.

parce qu'ils obéissent à une direction imposée et n'emploient que les actes d'un parti.il au profit de distinctions juridiques de pure forme la narration eut aussi pour conséquence que s'appuya principalement sur des actes. 2. parce qu'ils tirent au besoin des communications d'actes diplomatiques secrets . Elle n'en fut naturellement pas moins partiale. Ils sont aussi francs et renfermés à la fois. comme les faits celui d'un seuls. consista à laisser en apparence parler telle sorte mais à les choisir et à les grouper de que. c'est-à-dire non probantes. les publicistes de l'empire firent ils souvent un comformèrent quand promis avec l'historiographie humaniste. à l'occasion. elle n'en a pas moins une origine alle- mande. 1537 secrétaire du cardinal Philippi. inattaquables dans les détails. Ils trouvaient leur principal aHment dans la situation politique de l'ancien Empire d'Allemagne. c'est-à-dire sur les matériaux utiles à la procédure. Pareils aux mémo- rialistes français. L'art de l'historien. ils formentpar leur rapprochement un tableau tendancieux. Le mieux était que la personne de l'auteur disparût derrière les extraits des actes et qu'il renonçât à des opi- nions subjectives. Le respect des lois de l'empire eut pour conséquence que les idées vivantes qui avaient dominé le conflit disparurent dans l'exposé . Johann Schleiden dans lEifel. bon avocat. — Sleidan. formé principalement en France (promu licencié en droit à Orléans). parce que l'auteur n'est que l'avocat d'un parti. Mais même un genre national indépendant et ne s'inspirèrent de l'hu- manisme que pour certaines formes. Ce canevas fut très diversifié dans la pratique. francs. les États lorsqu'il de défendre protestants au sujet de leur abandon des anciennes croyances et de leur soulèvement contre l'empereur et l'empire. renfermés. transporté leurméthode dans l'histoire étrangère . : I .246 HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNB procès. impersonnels. Elle eut s'agit une première application sur un grand pied. Quelques auteurs allemands ont. parce qu'ils ne publient des pièces d'archives le qu'autant que les intérêts du ou des patrons permettent. appelé Sleidanus du nom de son lieu de naissance né 1506 juriste. Ainsi les ouvrages de cette tendance sont à la fois partiaux et impersonnels : partiaux.

Cf. zur deutsch. De J.)- d'extraits d'actes une narration historique la (ci- dessus. F. M. Paur. SI. R.. bien plus impersonnel que lui. Lebenund Briefwechsel. de ce personnage avaitpu lui apprendre moyen s. 1901 mai. p. 2° De quatuor summis imperiis (jusqu'à Charles-Quint) Strasbourg 1556.. 11 a composé Commentarii de statu religion^ et rei publics. comme historien. 1878. Baumgarten. UberSl. les est avocat et ne pense qu'à ses clients. des extraits en latin de Froissart (1537) et de Ranke Zur Kritik. c'est qu'en l'année 1559 un fourrier de l'empereur Charles-Quint. 1911 dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres XXXÏX. : mort 1" (voir ci-dessus p.Morel-Fatio Une histoire inédite de Charles-Quint par un fourrier de sa cour. 24. 1 et 2 A. Commentar. de la (1902) ss. Gesch. . Lui qui prenait un Le commerce avec à bâtir au française. Melanchthon. (1904). Ritter. IV (1864). K. plus souvent encore il . A. 109 (1912). de l'hist. Krieg. Voigt. n'avait pas été en vain secrétaire la famille du cardinal du Bellay. N. Hasenclever. de Breslau). fait Sleidan a aussi (1545). 1843 (en partie auparavant en latin comme dissert. — Sleidan qui entreprit cette tâche pour dut sa méthode pour une grande part à un intérêt si vif à l'historiographie modèle étranger. Bourrilly.LES PUBLICISTES IMPÉRIAUX (SLEIDAN) 247 . scriptoi'e. H. La méthode de Sleidan. Carolo V Csesare (1517 à 1555. Son d'éléments mémorialistes. Th.. Strasbourg 1555. négocie en cette qualité avec la ligue de Smalcalde depuis 1542. SI. Joh. En général il se cache derrière son sujet. Ztschr.. Commines — Cf. Zeitschr. Gesch. 1874. ilber den schmalkaldischen Krieg . de nouveau en Allemagne. de Bonn). du Bellay franc. 186 Mais il a beaucoup modifié méthode du diplo- mate Il français. de l'histoire de son maître écrite par lui en 24 livres. reformationis Coloniensis.. princes protestants. Zur CharakterisSoc. depuis 1544 à Strasbourg. 230). Histor. A. des Oberrheins. prit les Comwîenfam pour base tik Sleidans. Ses extraits d'actes et d'écrits polémiques sont souvent inexacts .. 1566. Kampschulte dans Forsch. utilisé Il ouvrage i[idi11 n'offre plus n'a ni directement ni rectement pour l'histoire les expériences de sa vie. 65 ss. Sa tenfaits. Sleidan-Studien 1905 et dans Ztschr. : dans Hist. G. Senden. Die Geschichtschreibung SI. 1870 (dissert. 1 Sabinus. plus tard 1556) 1™ édition. 1907. Fester. 284 ss. 397 ss. Jean du Bellay. 57 ss. 89. fur die du Protesi. Un fait qui montre combien Sleidan lut promptement et universellement répandu. du nom de Hugues Cousin. les États luthériens. dance se montre avant tout dans lement des entrefilets qui lui le choix des Occasionnel- échappent presque involontairement dénoncent au lecteur sans méfiance la plume d'un protestant décidé. et dans le Bull. G. est.

et recueillit tous ceux qui il lui étaient accessibles. mais non la clarté. Son expression sacrifie souvent au purisme la vigueur. une caractéristique du Réformateur lui-même ou d'autres personnages. Ces actes même sont généralement mal choisis au point de vue historique. Non seulement ne donne passa sous silence tout ce qui ne se trouvait pas dans ses actes. — Le lecteur demande moderne ne trouve chez Sleidan à peu près rien de ce qu'on aujourd'hui à une histoire de la Réformation. avec peu d'exceptions. particulièrement soignées. une mosaïque d'exla file. il en resta là. s'adressa. caché peut-être dans un adjectif ou dans une incidente. . par respect offiil pour les règles du style humaniste. sont des modèles d'orientation 1.248 HISTOIRE DE LHISTORIOGRAPHIE MODERNE soit le dénature et adoucit les expressions de ses sources. Quand Sleidan n'estompait pas à dessein Il die unschône und il derbe ^atur deutscher Staats-undStreitschriften^ (Ranke. Pour ne citer que les desiderata les plus frappants. Ses extraits. pas même entre les actes politiques et ecclésiastiques. ni des éclaircisni sements sur le développement de la doctrine protestante. Sa narration ne se perd pas dans des longueurs. nous ne rencontrons ni un tableau de la situation ecclésiastique à l'apparition de Luther. il mais ne sut pas tirer de ceux-ci une véritable histoire. laissait ne souvent de côté l'essentiel. Les digressions archéolo- giques. Mais 11 n'a pas précisément falsifié les témoignages. comme par exemple Erasme. et reproduisait au long et au large d'inutiles fioritures. Il que le récit du cours extérieur des événements. traits rangés à La manière d'exposer l'histoire de la Réformation. s'entendait pas à relever les points saillants. soit parce que caractère cieux de son travail lui imposait la modération du langage. 66). à des documents authentiques. sont toujours concis et intelligibles. quelque mal faits qu'ils soient au point de vue scientifique. Le caractère rude et sans art des papiers d'État et des écrits polémiques allemands. Pas d'enchaînement intérieur entre les événements. Com- bien en cela il est au-dessous d'un Guichardin l'art t Mais tous ces défauts s'effacent devant Sleidan a mis son difficile admirable avec lequel sujet à la portée du public cultivé de son temps. Peu d'historiens ont su concentrer aussi habilement leurs matériaux. Seulement.

tant s'en parti pris. in premier auteur non théologien qui traita niste les luttes ecclésiastiques extenso dans un ouvrage huma- du xvi« siècle. Il était dans son genre un hardi novateur. p.LES PUBLICI5TES IMPÉRIAUX (pUFENDORF) 249 populaire à vol doiseau. 1670 professeur à l'université de Lund. Combien pauvre et insuffisant. ci-dessus. est tout ce que Jove et Guichardin savent nous dire de Luther ! En demander davantage. 63) — comme Kampschulte reproche — il ne donna que die diplomatisch theologische Seite der Reformationsbewegung undvon der volkstûmlichen keine Ahnung hatteK D'abord ce n'était pas son devoir de publiciste de peindre les mouvements populaires qui les forces accompagnèrent d'ailleurs les négociations des princes et des diplomates. Sleidan n'était rien moins qu'un le sique correct. né 1632 près de Chemnitz. au xix^ siècle. Le côté théologique et diplomatique du mouvement réformateur douta pas de son côté populaii'e. Et puis put longtemps passer la pour l'auteur le mieux informé de l'histoire de Réformation lui alle- mande.) Sans son initiative. 3. 1677 à Stockholm en qualité d'historiographe de 1. s. 203 n'auraient peut-être eu courage de tourner leur attention vers les affaires religieuses à côté des affaires politiques. les archives s'ouvrirent et que les chercheurs eurent libre accès aux actes originaux qu'on n'avait pu consulter jusqu'alors que dans les extraits de Sleidan. Son ouvrage n'est pas impartial. ni le de Thou ni Camden (cf. Samuel de Pufendorf. et ne se . 1661 professeur de droit naturel et de droit des gens à Heidelberg. il ne faut pas le lui lui demander compte de ce que (p. Et une tentative de ce genre eût outrepassé de toute clas- l'historiographie humaniste. Il faut. juriste. n'impose pas au lecteur son se fit goûter par des gens pour qui les discussions conil fessionnelles n'avaient pas d'intérêt. En revanche. injures grossières. c'est méconnaître caractère spécifique de l'histoire humaniste. — Pufendorf. 1658 précepteur de l'ambassadeur suédois Coyetà Copenhague. même le au point de vue politique. Avant tout — et c'est ce qui rendit les Commentaires agréables aux gens cultivés de l'époque et des temps Sleidan évite les le langage est constamment mesuré suivants — . L'historiographie savante ne cessa de dépendre de que lorsque. les gros mots de mais la il polémique.

70 (1893) et 73 (1894). XIX. l'important a été dit par J. <686 appelé à Berlin comme II. Utrecht 1686 écrit commande et avec lappui de (Charles XI. IV (1897) 270 ss. historiographe du margrave de Il Brandebourg (émigré l'' 1688). und polit. dont le n'' 1 n'était que l'introduction mais il ne parut qu'après la mort de l'auteur. Der Uebertritt des grossen Kurfiirsten. dans les années 1688 à 1693 sur mandat du gouvernement de Brandebourg. Hislor. Nuremberg 1696. en outre les lettre de Pufendorf communi- quées par Varrentrapp dans la Hist. Aufsâtze. II. fait Il dans ses œuvre aussi distinguée.). le début seul est achevé (pub. 3" De rébus gestis Friderici Wilhclmi Magni.-G. Il ne fondait pas .. . in Europa. Comp. mort 1694 à Berlin. 4° Einleitung zu der Historié der vormehmsten Reiche und Staaten. les règles^ ni. 6). Nous ne pouvons nous occuper Pufendorf est ici que du plus remarquable et du plus célèbre des représentants ultérieurs de cette tendance. . phi 1677 à 1686 sur Gcrmantain ad abdicatiouem usque Christianae. Cf. 1904 (Heidelberger Abhandlungen. Ce devait être l'ouvrage principal. Berlin 1695.. le maître de l'historiographie publiciste de l'Empire. Rôdding. De la continuation. Dans son histoire du Grand Électeur sur les il eut à revenir mêmes événements .250 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE Suède. Mais ces rapports sont rédigés plus intelligemment et plus clairement que chez aucun de ses devanciers (à l'un d'eux. Sur Pufendorfhistoriographe. Politiker in den Commentarii de rébus gestis Friderici III.Droysen:ZMr Kritik P^ {Abhandlungen zur neueren Geschichtc [1876]. les actes qu'il avait devant lui en une narration d'ensemble il rangeait l'un après l'autre les rapports par- ticuliers sur des négociations politiques. V. . que ce fût un roi de Suède ou un Électeur de Brandebourg. en outre H. qui devait embrasser le règne de l'électeur Frédéric III. fragmentum postumum). Personne n'en a aussi fidèlement observé limites. livre d'étude pour jeunes hommes d'État. VII. E. d après la date et la série des actes. 306 ss. Treitschke. 1784 à Berlin sous le titre de De rcbus gestis Friderici III. P. Salzer. mais uniquement d'après la place qu'y prenait son héros. Electoris Brandenburgici Commcntariorum. qu'il ne pesait pas les actions d'État décrivait d'après leur portée dans l'histoire universelle ou d'après leur importance pour la politique internationale. 1913. Svecicis. II. qu'il avait traités déjà dans ses écrits sur l'histoire de Suède malgré celail s'en tintpresqu'exclusivement dans son second travail aux actes et aux rapports des archives brandebourgeoises. Cf. 2° De rébus a Carolo Gustavo {X) Svecix rege gestis commcntariorum. Ztschr. composa : Commcntariorum de rébus in XXVI ab expeditione Gustavi Adol. etc. Francfort 1682-1686. als Historiker u. roi de Suède.

beaucoup trop réduit. pu touins- cher aux fondements sur lesquels s'élevait leur puissance. souvent peu par elle-même. affaires Droysen. et pour l'étran- n'en avait sans doute pas le droit. : Il écrivait surtout ger le gouvernement. sur l'administration de ses finances. La langue de précision et de transparence. l'État On ne pouvait en contact l'his- que des incidents où Il du mandant était entré le direct avec l'étranger. truit nous des guerres du Grand Électeur. Pufendorf eût-il même donné un exposé il d'ensemble de la politique extérieure de ses héros. et Si non la façon dont Pufendorf grou- elles avaient été prises. toire était rétréci est facile de voir combien champ de n'aurait Il par là. jugeant les actes des princes et des diplomates seuls dignes d'être mentionnés t-il . Les fils enchevêtrés des intrigues diplomatiques sont démêlés avec et le style sont une habileté extraordinaire. Il des modèles va sans dire qu'en sa qualité d'historiographe officieux il ne pouvait tout dire. étaient à communiquer. et encore ne donneintelligible de ces actes qu'une petite tranche. Ses ouvrages devaient être des comptes rendus pour l'étranger et pour les autres États de l'empire. Ily a plus. il se rattache directement dans son histoire de Suède). devant l'étranger. insuffisamment. politique int^érieure est absente. n'a pas essayé de caractériser la politique de ses héros. sur marche des au sein comme le démontre même des autorités : dévoiler ces secrets intimes n'était pas il du devoir de Pufendorf. ne croyait pas en cela falsifier les faits. comme traiter dans le cas de Sleidan. importe peu la qu'il oriente. . allé il ne faut pas lui demander davantage. Mais en général ses extraits des actes méritent confiance et l'on n'a pas d'exemples de déloyauté à 11 lui reprocher. dans il pait les motifs d'une décision qu'il trouvait qu'ils les actes autrement ne l'avaient été dans la délibération. mais ne nous apprend rien sur l'organisation de son armée. C'est une tète politique bien autrement douée que Sleidan : mais sa conception historique n'est pas plus approfondie. Pufendorf ne nous La donne que des histoires de personnes. Il Il n'est pas au delà de sa compétence. savoir les mesures qui concernent directement lapolitique étrangère. Sans doute. d'individus. et le choix du sujet était ainsi. d'en saisir les principes directeurs. Ses travaux . devait apparaître et comme une Puissance une compacte ses résolutions.LES PUBLICISTES IMPÉRIAUX (pDFENDORf) 251 Chemnitz.

du droit en usage dans l'em- Les écrits de ce genre furent rendus publics en Allemagne plus fréquemment que dans dautres pays plus — peut-être parce qu'un public la nombreux y était directement intéressé (avant tout litiges noblesse le indépendante) et que les touchaient plus souvent droit public. arguments intelligents. als Historiker. des zu exprimieren. Treitschke. les jurisconsultes impériaux l'occupèrent dans l'his- toire du droit germanique. Dans plus d'un les textes n'étaient pas seulement soumis à un groupement dancieux. consultations qui revêtaient la forme de recherches sur initier l'histoire du droit . (Cf. Vollstàndige Einleitung zu der deutschen Staats-Reichs-und Kaiser historié und fliessenden Jure publico (1721-1724) avait. Leurs ouvrages poursuivaient des buts : pratiques ou tout au moins pédagogiques pratiques étaient les consultations d'avocats sur des questions de droit public. Diss.252 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE historiques sont plus impersonnels encore que les Commentaires de Herrn Sentimente son prédécesseur . de Rostock 1889). pédagogiques. was in dem deuts- . pas plus qu'actuellement les manuels qui rassemblent pour des praticiens anglais des notes sur l'histoire du droit (par exemple sur les prérogatives judiciaires de la haute Chambre). il avait pris pour tâche. l'intention expresse nichts vorheizulassen. Les recherches nécessaires remontaient souvent jusqu'à la première moitié du moyen âge et s'embarrassaient d'un pesant appareil d'érudition historique. IV. (R. — Ouvrages similaires. Knoll. Elles n'avaient quand même rien de commun avec l'histoire du droit au sens scientifique du mot.) 4. mais tout simplement et à une interprétation ten- falsifiés. vable. dem daraus d'après la déclaration de l'auteur. les manuels destinés à hommes d'État et juristes à la connaissance pire. Et puis la nature de ces écrits les rendait partiaux. est Celui des jurisconsultes de l'empire à qui l'histoire est le plus redele polyhistorien Hermann Gonring. qui dans son livre De ori- gine juris germanici (Helmstedt 1643) combattit les prétentions des Roma- nistes avec une saine critique et des C. L'ouvrage du professeur d'histoire à Helmstedt Simon Friedrich Hahn. La position que les publicistes de l'empire occupaient dans l'his- toire politique. 293.

1. Les statisti- ciens ne se préoccupaient pas d'une pénétration scientifique de la matière. la pra- tiquaient à Goettingue Achenwall. avant Heeren. rien omettre de ce qui peut faire la lumière sur le droit politique. mais se bornaient à une collection de SiaatsmerkwiXrdigkeiten (curiosités d'État. le mot est de Schlozer) pour renseigner les hommes l'histoire d'État et les princes de l'avenir. . la statis- tique touchait maintes fois à l'économie nationale. ecclésiastique. Il en est de même de la Statistique comme.OUVRAGES SIMILAIRES 253 chen Staats Lehn-und Kirchenrechte oder inSlreitigkeiten und Ansprûchen hoher Potentaten Licht zu gehen vermag^. Mais elle en différait intérieurement autant les juristes dif- que l'introduction au droit de l'empire fabriquée par férait le d'une véritable histoire du droit. Elle élargit considérablement l'ancienne Caméralistique Mais l'une . ou sur les discussions et les prétentions des grands potentats. Schlozer et autres. en partie aussi à économique. champ de comme l'autre ne servait qu'à des besoins pratiques. Par sa matière. De ne féodal.

1908 à 1910) n'étaient que des compilations sans critique. à des auteurs de formation humaniste. Il alliance un peu flottante sentiment de l'unité et de les ne s'était vraiment éveillé que depuis que cantons confédérés étaient entrés comme puis- sance indépendante dans la politique internationale. éditée pour la première 1 et 2. Mais les chroniques suisses d'Etterlin (1507) et de Brennwald (écrite entre 1515 et 1520. la vie et la force politique s'étaient En Allemagne. Quelques représentants de la vieille école avaient bien tenté de satisfaire au besoin d'une histoire nationale éveillé depuis les guerres avec la Bourgogne. en Suisse comme ailleurs. — LA SUISSE l. les y avait apparence que l'avenir renforcerait encore ici tendances unitaires. fois dans les Quellen zur Schweizer Geschichte N. manquait trop de . d'empressement que la Peu de pays ont l'histoire nationale cultivé avec autant Suisse à la façon des humanistes. Suisse au contraire l'avait et il développement de la amenée au xv^ siècle à la concentration. Le public. n'y avait pas long- qu'était né entre les membres d'une la solidarité. F. — L'Histoire nationale 1. plus encore que les auteurs. Il Le besoin temps le s'en faisait sentir plus qu'ailleurs. inférieures pour le fond et pour la forme même à de bonnes chro- niques municipales.. L'historiographie humaniste avait par conséquent un terrain vierge. L'histoire suisse n'a jamais été écrite dans la manière classique de Bruni. — Observations générales.E. Les premiers exposés de l'histoire nationale dignes de ce nom sont dus. Abt. dans les derniers siècles réfugiées le de préférence dans les États particuliers.

f® édition. p. Zurich 1556. ci-dessus. Vôgelin dans Saint-Jean. et XIII (1913). 35 (1910). pasteur protestant (jusqu'à 1548 gratifié du droit de bourgeoisie dans la ville de Zurich. v. Cf. 244 ss. . Johannes Stdmpf (Stumpff). attirèrent toute l'attention. d'autres collaborateurs furent Bullinger. membre de l'Ordre de comme prieur au couvent de Bubikon dans le canton de Zurich après la Réformation. Les Suisses n'ont produit dans ce style que et des écrits de circonstance officieux des éloges. 1522 envoyé . en Suisse le modèle absolu pour l'histoire proprement Pour tous les détails. où 1561) il vit jusqu'à sa mort (vers 1576). Gesch. Le développement de l'historiographie artistique nelles qui bientôt. 191 ss. 2° Kaiser Heinrichs IV fiinfzigjâhrige Historia. 48' ss.. Pour quelques sections (Saint-Gall). Le premier auteur d'une histoire de l'influence des la Suisse qui ait travaillé sous humanistes italiens. comme ceux que composa par exemple Albrecht von Bonstetten.l'histoire nationale suisse (stdmpf) 255 culture pour cela. H. La Schwytzerchronik (1554) est un extrait fait par l'auteur lui-même. 145 ss. Vadian a fourni des contributions de valeur. Meyer et von Knonau dans les Turicensia (1891). ainsi que pour toute la littérature ancienne. là-dessus E. Gesch. 1'^ Gemeiner lobl. Zurich 1548. Seul. etc. Altertumskunde XI (19J2). fut entravé par les disputes confession- comme ailleurs. Eidgenossenschaft SWidten. insuffisamment mises à profit par Stumpf. est Jean Stumpf. particulièrement de l'Allemagne et de la France. Cf. qui sous la forme d'annales traite aussi l'histoire de la Réformation en Suisse. Wyss. Des treize livres. VI (1884) et S. fut C'est la méthode de Blondus qui dite. :243 s.. les dix autres celles de la Suisse jusqu'au temps présent. de l'histoire suisse. August Bernoulli. l'humanisme (Pirkheimer. G. XI 1886. Jahrbuch fur Schweiz. — Stumpf. les trois premiers traitent la topographie et l'histoire de l'Europe. un étranger a traité l'histoire de la Confédération avec les formes rhétoriciennes de cf. Geschichte der HistoHographie m der Schweiz (1895). . Cf. 3° En outre une description du concile de Constance (1541) une rédaction antérieure. 2. Landen und Vôlkeren chronikwûrdiger Taten Beschreibung. né 1500 à Bruchsal. Terminé 1546. encore inédite. Le droit de bourgeoisie fut la rémunération de ce travail. Tschudi.). Escher dans l'édition du récit de voyage de Stumpf (1544) dans les Quellen zur Schweiz. Gagliardi dans Jahrbuch fur schweizerische Geschichte. nous renvoyons une fois pour toutes à G. Die Basler Quellen zu Stumpfs Beschreibung der Eidgenossenschaft dans Basler Zeitschrift fiir Geschiste u.

Allemagne de et France . Stumpf prit Blondus pour modèle. quand censure avait à tenir compte d'opinions parfois diamétralement . 1452 à 1522). et fondues inorganiquement avec les traditions du moyen àg-c. Stumpf s'était donné expressément pour but de défendre vains étrangers. la critique des humanistes n'a pas passé pour lui tout à inaperçue. sont tueux. Sa Chronique n'est de la*sorte : y intercala encore un aperçu de ni un lexique ni un livre d'histoire la des répétitions nombreuses. Sans fait il doute. un ordre peu lumineux. comme les Commentarii urbani historien. et son but principal paraît avoir été de donner un pendant à Vltalia illustrata. Mais ses mérites comme critique sont bien minces^ et nest même pas un critique sincère. l'ordonnance de sa topographie helvétique par lieu des treize cantons de son devancier Brennwald) ainsi que nion de notices géographiques et historiques sont des imitations évi- dentes de Vltalia et de sa description par régions. est vrai que dans Confédération on avait moins que partout ailleurs son franc parler la Comment en eùt-il été autrement. Mais Stumpf ne suivit pas cette disposition avec autant de nette! é et de conséquence le que chercheur italien. évite Il de l'encyclopédiste Raphaël ! Maffei (Volaterranus. conséquence naturelle de cet arrangement défec- Plus insuffisant et plus flottant encore est l'emploi de la méthode archéogico-cri tique italienne. Combien sa chronique est italien au-dessous d'une production moyenne de l'humanisme du temps. il se prépara à son travail par un assez long districts (au la réu- voyage. qu'il a exploités Il n'était pas non plus grand de l'histoire. Il Il ne tente nulle part un exposé pragmatique affaires qu'il ra- de prendre position dans les la conte. Comme le fondateur de l'école savante et comme d'autres de ses disciples (Camden). faussées par des raisons patriotiques. Il mêla indûment à son tableau de la Confé- dération des données historiques et généalogiques sur les pays voisins. et il l'histoire la Suisse.2o6 Il HISTOIRE DE l'histORIOGRAPHIE MODERNE resta bien inférieur à ses modèles. Sa chronique de la Confédé- ration est un exemple typique de la manière dont hors de l'Ualie les bonnes inspirations des humanistes étaient épaissies. et il l'histoire de sa patrie contre les attaques d'écrisourciller tout le fatros d'in- emmagasine sans ventions légendaires sur l'origine de la Confédération que son con- temporain Vadian traitait déjà haut la main comme des fables.

quitter temporairement le il de son activité politique. Reformationsgeschichle I (Beilage zu den kathol. il était supérieur à son successeur Tschudi. probablela première fois (sous une forme modernisée) dans . Quant aux parties plus anciennes. fur schweizer. description topographique et historique de l'ancienne Rhétie. Wyss s. L'ouvrage de Stumpf devint rapidement populaire. Les deux éditions sont très défectueuses. Comme narrateur. 3. l'époque présente. qui se présentait avec des prétentions bien plus hautes à la critique et à l'érudition. Non seulement parce que c'était et qu'il le premier grand ouvrage sur l'histoire la de la Suisse ménageait sans aucune réserve critique légende patrio- tique. Tschudi ne put achever que l'introduction. . pays 1° Chronicon Helveticum. cienne foi.i/ HISTOIRE Nationale suisse (tschudi) 257 opposées de treize cantons différents ! Aussi les sentiments nette- ment protestants de Stumpf de très faibles traces. Écrite après 1547. A côté s'occupa de bonne heure d'études historiques . il essaya. VHelvetia de Balthasar (1826) dans la version originale 1902 par Liebenau dans Arch. Mais : — 2° Geschichte des 2. et encore en affaiblit-il après coup la portée vis-à-vis de Tschudi. C'était une sorte d'échantillon de cet ouvrage que la Uralt wahrhaftig alpisch Rhàtia. On a encore de grands morceaux de la première ébauche de la Chronique. Ses Annales de la Réformation suisse n'ont jamais vu l'impression. d'écraser par la violence la réformation à Glaris forcé pour cette raison 1562 de . Cf. Schweizerblàttern] FClîfEH.|7 . Il n'ont-ils laissé dans sa chronique que le déguisa son aversion pour monachisme derrière quelques citations fournies par Vadian. terminée 1528 et imprimée à Bàle 1538. depuis les plus anciens temps jusqu'à il commença son travail à l'an 1000 et le poussa seulement jusqu'à 1470 ce « Mittelbuch » fut publié à Bàle par Iselin 1734-1736 sous le nom de Chronicon Helveticum. né 1505 à Glaris. une description topographique et historique de l'ancienne Gaule (helvétique) qui fut éditée 1758 à Constance par Gallati sous le titre de Gallia comata. et archéologiques : y rentre 1565 et y meurt 1572. appartenant à une famille patricienne. yEiGiDius (Gilg) Tschudi. On a publié des parties de la continuation (1472 jusqu'à environ 1564). la seule œuvre historique de Tschudi qui parut de son vivant. mais Stumpf possédait à un degré tout à fait éminent l'art de l'exposition populaire. — Tschudi. occupa à plusieurs reprises de hautes positions (Landvogt à Sargaus et Baden. Tschudi avait conçu le projet d'écrire l'Histoire entière de la Confédération. ment vers 1560. Landrat de Glaris.) champion résolu de l'an. Pour Kappelerkriegs (1531). v. etc. après avoir été élu Landammann 1558.

schwciz.'llIST()RU>GUAI'llIK MODERNE les Outre la lilléralure sur le n" 1 citée chez Wyss. 196. C'est Ocampo et Morales dans la même personne (cf. Viigelin dans Jahrbuch fur schweizer Gesch. du XVII' siècle {c\-Aeas\x?. Tschudi était le Stumpf . Gesellschaft in Ziinch XXIII et Neujahrsblatt der Ziircher Stadtbibliothek 1890. XI (1886).. Wyss dans Jahrbuch fiir Ont paru depuis : X (1885) .2. cette union inorganique delà cri- tique humaniste avec la peinture poétisante.. et son acti: de chercheur même est gâtée par trop de taches peut-être les travaux obscurs de Stumpf ont-ils scientifique de l'histoire suisse servi la connaissance ou lui ont moins nui que les savantes. 276). (1908). arrivait à Tschudi d'altérer la lettre de ses documents ou d'inventer . Il combinaisons et inventions de faudra toujours reconnaître à Tschudi le mérite d'avoir appliqué la pour première fois à l'histoire suisse la méthode de Galchi. Il déprécia son travail critique en mêlant à ses matériaux authentiques des inventions ten- dancieuses. Uebcr Tschudis Quellen der alten Zùrichkriegcs E. et souvent d'actes que des inventions personnelles. Gagliardi dans Jahrbuch fur schweizer. ci-dessous. d'avoir systématiquement recueilli des inscriptions et des actes et de les Il avoir utilisés pour l'histoire. Dùrr. XIV (1889) et XV le (1890). 276 ss. Il représente mieux que beaucoup d'historiens V érudition confuse p. mais prétentieuses et déloyales Tschudi. Schulte. p. Horzog. T. des faux généalogiques et patriotiques. dans les Mitteilungen der antiquar. fut le premier historien suisse qui se rattacha ainsi à un des principes les plus importants des chercheurs italiens et qui parut faire pour son pays ce qu'en même temps Morales tentait pour l'Espagne. E. Il Ses falsifications ne poursuivent pas toujours un but pratique. combinait la fidélité aux actes de l'école de Blondus avec le goût il humaniste pour ne donnait en fait les embellissements romanesques. Gesch.). . Il Sa funeste influence reposa surtout sur cette situation double. Mais vité ne put l'égaler comme mieux historien. (Diss. nommons ici travaux de S. 157 s. XVIII (1893).)8 HISTOIRE DE r. iftid. Gesellschaft des Katitons Aargau fiir das Jahr 1906. p. de Bàle 1908) . Gesch. d'dns Taschenbuch derhlH. de la tradition médié- vale avec la gloriole patriotique moderne. 33 . il une personnalité beaucoup plus distinguée que dépassait par l'étendue de son savoir et son zèle de il collectionneur. Malheureusement il ne procéda pas aussi honnêtement que l'historien espagnol.. Hauptwerke des Chronisten Ae. Die Bemiihungen der Mchwelt um die beiden II.

cas. Durr. son travail n'a que trop d'analogie avec celui de riographe milanais. clergé et pour l'Eglise (Cf. des chansons. plus on peut fournir la preuve que Tschudi a inventé des documents pour soutenir des prétentions juridiques. historien ni — Tschudi et faits ne saurait passer pour un grand pour un grand écrivain. comme certains philologues contemporains. mais qu'il ne cite pas régulièrement ses sources. Tschudi ne il aucun choix . . avoir découvert dans de vieux manuscrits des corrections de quelques textes. Tschudi narrateur. les intérêts de sa de son canton ou de la Confédération n'étaient pas en jeu. des qui tiennent l'un à l'autre sont fâcheusement démembrés. ses faux servent à appuyer une date conjectu- il prétend. Ce n'est pas en vain. X. Il Arch. l'histo- 53 ss. personnel [Jahrbuch fur schweiz. vraiment. il les vieux Confédérés eussent commis des corrigeait les sources quand le res- c'était nécessaire et imaginait des histoires propres à prouver le pect des anciens Suisses pour p. cf. H conférait par là à l'ouvrage entier la présomption de documenta- tion authentique. Ne vou- aux nouveaux croyants que sacrilèges. fur Schweiz. 30 ss. Mais plus la critique avance. suit purement simplement l'ordre des annales. les Moins graves sont déformations de la tradition historique foi entreprises par Tschudi dans l'intérêt de la lant pas accorder catholique. et même dans ce cadre. Tschudi devint avec l'âge toujours plus timoré à cet égard s. Les matériaux ne sont pas mis Il en œuvre. cite souvent Corio (ci-dessus. 214 Il manœuvrait avec une prupour étaler ses tenméfiance du lecteur. XVIII. que Tschudi p. Gesch. Entre les matériaux que fournissaient des fait chroniques. Gesch. Comment ceux qui s'en servaient auraient-ils deviné qu'ils avaient affaire à un faussaire et à un homme de parti confessionnel ? D'autant plus que l'ouvrage de Tschudi est bien disposé en annales lexicographiques.). On dence remarquable. des actes. Dans certains rale .) . enregistre des choses insignifiantes au même titre que de plus .. alors que famille. qui ne convenait qu'à certains chapitres. était trop fin politique dances au grand jour et exciter ainsi la chercherait en vain dans sa Chronique une attaque contre les Protestants.r/inSTOIRE NAIIONALE SUISSE (TSCIIUDl) 2o9 hardiment des dates et des noms. profit On démontre qu'il a tiré de quelques-uns de ses faux un 58).

Descriprico-topographique du Valais également fois à Zurich tio Vallesiœ. nit allein Annalia. 1856. Le professeur de théologie de Zurich Josias Simmler (né 1530 à Kappel. Il a un faible pour les anecdotes. un recueil de notes dont l'objectivité apparente est calculée de façon à induire en erreur ceux qui Il le consultent. Mais d'abord les éloges traditionnels prodigués à la Chronique s'adressent à l'œuvre telle que nous l'avons. 1576. E. Zurich) renferment en outre un exposé du droit politique en vigueur dans la Suisse (reproduit dans le Thesauns histohistorise helveticœ. 198) et nommait son ébauche de Chronique. élevé à l'académie des Jésuites de Dillingen. U. Nous savons que Tschudi voulait faire abréger pour la publication les pièces documentaires (Wyss. Franz GuiLLiMANN. sonder mlfach Diurnalia n'indique qu'il aurait fait (J. sans s'apercevoir de l'inauthenticité. en même temps que la description composée par Simmler. Mais rien avec temps de ses Annales lexicogra- phiques un véritable livre d'histoire. est vrai que la Chronique de Tschudi est restée à l'état de t07^so. Vogel. né vers 1508 à Fribourg i. ici. mort 1576 à Zurich) fit en latin humaniste pour les lecteurs étrangers un habile extrait de Tschudi et de Stumpf. 4 — Guillimann. en opposition avec les narrations historiques. 1540 professeur de latin à Soleure. des régestes illisibles. entre au service de l'ambassadeur espagnol à .. 11 Presque aucune remarque de l'auteur. qui avait été imprimée pour la première en 1574).. T. On a fait une compa: raison bien malheureuse en l'appelant l'Hérodote suisse là l'œuvre clairement composée et bien limée d'un écrivain qui déclare ouver- tement son parti pris . à dans son enfance : l'état brut. et l'on pourrait alléguer que la rédaction définitive aurait apporté bien des corrections. 1595 expulsé pour raisons politiques. le p. La critique est encore l'in- Tschudi corrigera dans un document faux diction.260 HISTOIUK DE L HISTORIOORAPIIIK MdDEKNE importantes. des événements politiques décisifs à côté de sinistres qui n'ont frappé qu'une localité. 245). et non rai- à un plan hypothétique de Tschudi. Ses deux livres De republica Helvetiorum (!''= édit. Zurich 1735. imprime le plus souvent les documents sans commentaire. Et puis nous n'avons aucune son de supposer que cette œuvre complètement achevée eût été un travail historique supérieur à la rédaction imprimée.

U. récompense d'une tenue loyale il rapprocha du soulèvement des vieux cantons des événements semblables à Zurich. à Soleure et à Schaffhouse (liv.l'histoire Nationale suisse (gdillim^nn) 261 Lucerne.j\laisil n'osa pas pousser jusqu'au bout cette idée féconde. 213 s. ne traitaient que l'histoire d'une seule l'histoire pri- milive de la Confédération n'y est qu'effleurée. ni supprimer de son histoire la légende de Tell. il dépendait des cantons pri- mitifs. arrachées aux empereurs en .II. chap. 267) restèrent inédites et ville . dans la entre l'Empire et la Papauté. 1905. Reproduit dans Thésaurus hist. Kàlin. Kàlin. pas à une haute antiquité. où il meurt 1612. une description des treize cantons et des annexes. Reproduit avec n° 1 dans le Thésaurus. Casati. Traite la plus ancienne histoiie des contrées suisses et donne ensuite. une bibliographie de ses ouvrages. Comme catholique. étaient moins disposés que tous les autres à souffrir une attaque contre cette légende patriotique. 1598. et ceux-ci. la plupart généalogiques. V. 11 a composé i° De rébus Helvetiorum sive antiquitatum. : . helv Zurich 1735. L'échafaudage mensonger la de Tschudi (dans 1" rédaction. dont la position politique au sein de la Confédé- ration semblait établie en grande partie sur la tradition tendancieuse. 463 son histoire se permit d'indiquer que les libertés des Waldstaedte ne remontaient été. bien à tort. 1606 à 1609 professeur d'histoire à Fribourg-enBrisgau. Guillimann arriva bien personnelle- ment à dans se convaincre que l'histoire de Tell était une fable (lettre à s. 2° Habsburgica sive de antiqua et vera origine domus Austriœ. J. Guillimann lui-même ne pouvait exécuter qu'imparfaitement son travail d'épuration. honnête- ment traitée selon les règles de l'école de Blondus.XVl). II. Freiburg i. Ibid. A. XI.92) est pour lui.). Cf. Les œuvres de Vadian (ci-dessous. la relation une de autorité. Freiburg i. G. il Goldast du 27 mars 1607 chezKâlin. En outre. mais avaient lutte au xiii* siècle. Ses allusions prudentes scandalisaient déjà les Etats confédérés. T" édition. Fr. Guillimann était au reste un chercheur intelligent et de sang-froid. Il sait que Plutarque s'écarte de César dans : la guerre des Helvètes il se prononce quand même absolument . de petits travaux historiques. Milan 1605. conception d'ensemble n'étaient bien pro- fondes chez Surtout pas la critique. d'ailleurs p. comme Simmler. dans les Freiburger GescMchtsbldtter. C'est donc au Fri- bourgeois Guillimann que revient fois la gloire d'avoir pour la première porté devant le public l'histoire ancienne de la Suisse. U. Mais ni la critique ni la lui...

aperçu de l'histoire niques officielles. 33.262 HI>TOTRK DK les l. vu). l'his- mais aussi sur les histoires locales. né 1475 dans la ville de Rottweil. reposant sur les chro- d'exposition suivie que des années 1477 à 1536.'r{lST0RI<»r. et indépendamment d'eux. systématique- ment les cultivées. savait combiner (il rcconslruisil jKir les limites des diocèses les circonscriptions administratives romaines). L'his- toire ultérieure traite xix*= de la Confédération et les vieilles fut ainsi complètement sous- à la critique. La chronique proprement dite com- mence à l'année 1474. le est à regretter toutefois queGuillimann. les travaux historiques prirent à l'instigation de Il l'humanisme une autre tournure. de sorte qu'il n'a donné 11 l'a fait précéder d'un de la Bourgogne de 1032 à 1218 avec maintes observations sur l'histoire générale d'Allemagne à cette époque et un exposé sommaire de l'histoire de Berne jusqu'à 1474. été. fables furent jusqu'en plein siècle répétées sans scrupule môme par les historiens savants xviii^ siècle. Seule peut-être l'ancienne histoire de France a été. chap. Jahrbuch filr schiveizer. placé à Berne 1505 comme maître d'école. les ouvrages d'Anshelm et de Vadian 1. au traitée avec un pareil manque de critique. I. sur Neckar. Gesc/i.RAlMI1 K MoUKRNE Il pour Commentaires (liv. Jl. alliée des Confédérés. descendant d'une famille considérée (Cf. pas continué son histoire au delà de l'année 1315. faut remarquer particulièrement et deux grandes histoires locales composées avant Stumpf Tschudi. vail et il travaillait consciencieusement. — Berne [Ansbelm). mort 1547. effrayé par et. — L HISTORIOGRAPHIE DE? VILLES La nouvelle culture n'exerça pas son influence seulement sur toire nationale. racontées au long déjà par Diebold Schilling. mais Anshelm omet les guerres de Bourgogne. 1508 médecin de la ville. le Valerius Rùd. — V^ édition (d'après une copie faite en partie sous . appelé Anshelm. zélé partisan de la Réformation (il dut pour ce motif quitter la ville de 1525 a 1528). paraît-il.. mais son s tra- son talent de combinaison Il appliquaient souvent à des objets de nulle valeur. mécontentement de Soleure n'ait aussi des cantons primi- tifs. 79). Même là où les chroniques municipales avaient au moyen âge. Le Conseil de la ville de Berne lui donna mission en 1529 d'écrire fhistoire de la ville : Chronik der Stadt Bern.

en voyant Il fait. de Querva. D'abord dans de même les symptômes de la culture nombreux détails la de forme. d'après la préface. Les lacunes les plus sensibles des dernières années sont com- fragments pour blées par Th. Cf. Ils avaient été officiellement cencette habitude. p. dans Festschrift zur 7. Sa Chronique montre quand nouvelle. Anshelm composa en outre un manuel d'histoire Viterbe. opposition directe S'il à la politique du gouvernement. II surés et corrigéstait le Anshelm rompit avec se sen- Bernois. avec une tradition ferme. offi- Anshelm historien humaniste.. La personne de l'auteur ouvrages tout à fait était restée dans leurs à l'arrière-plan. Et surtout dans une toute nouvelle conception de vocation d'historien. qui parut à Berne 1540 sous le titre Catalogus annorum et principum geminus. Cette nouvelle édition est très défectueuse et pas même complète. de sorte que pour les anciens chapitres il faut toujours recourir à celle de Stierlin. par Blôsch 188i à 1901. l'attitude anti-bourgui- . comme blâme il traite subjectivement son sujet. savoir de suivie et d'un style soutenu . E. Anshelm ne pouvait songer à créer Berne.\n. et Wyss 1825 à 1833 (ne va que juscomprenant la continuation conservée par les années 1526 à 1536. fut Annius de Anzeiger fur sckweizerische Gescli. On serait tenté de comparer à Machiavel. l'historiographie la pratiquait nest pas un produit de l'humanisme. Nouvelle édition. la Quand il reçut mandat de continuer Chronique de Diebold tout à neuf l'histoire de Schilling. 1908. On xv^ siècle depuis commencement du avec une suite qu'on ne rencontre ici. Fluri dans universelle (jusqu'à 1536). L'humanisme se heurtait Castille^ à comme en une historiographie nationale déjà développée. cielle le — A Berne. guère au nord des Alpes. Tobler . etc. quand cela lui semble opportun. Le moyen âge avait déjà résolu le problème spécial qui se posait aux humanistes. il sur Anshelm ne reconnut pas les faux. mais non représentant du Pouvoir. Les anciens chroniqueurs avaient simplement servi de porte-voix aux gouvernements. 283 ss. dont Cf. Blôsch. Son guide. Kirchliche und soziale Zustàncle in Bern unmittelbar nach der Einfuhrung der Reformation (1006) 247-275. Sdkularfeier der Griindung Berns (1891). 40 ss.l'historiographie des villes suisses (berne) les 263 yeux de l'auteur) par Stierlin qu'à 1526). und seine Chronik 1889 : : G. composer une histoire nationale Anshelm dut se contenter de corriger dans un résumé le point initial les données de ses devanciers qui choquaient de vue humaniste. V. puis l'introduction de la nouvelle édition (en tête du dernier volume). A. que le la forme de Bruni ne pouvait écarter d'emblée.

politiques des l'appétit ne sait découvrir derrière les plans hommes d'Etat dirigeants le que des motifs bas. et par en une Providence divine dans et Mais cela tient peu de place a peu d'importance à côté de l'appréciation inintelligente et moralisante de la politique qu'il a en commun avec Zwingli. c'est-à-dire le la temps où des querelles intérieures empêchaient d'avoir une politique étrangère d'ensemble. et point à l'avantage des connaissances historiques. contrairement à fait dériver toutes les calamités de l'Etat et de la Société de ce prétendu mal fondamental. dans ses jugements sur la vie politique. C'est un adversaire fanatique et abso- lument borné de la politique d'extension que depuis les guerres de Bourgogne le patriciat bernois poursuivait avec autant d'énergie que 11 de prudence et de bonheur. — conception qui a influencé jusqu'à nos jours l'historiographie suisse. Confédération Anshelm dévoile son caractère de protestant par ses attaques contre la Papauté dans sa foi le style de la polémique luthérienne l'histoire. que il la politique bernoise eût fait depuis un ohangcmcnl de front critiquera aussi vivement les 11 mesures de j:^ouvernants contemporains. l'humaniste indépendant. C'est maître d'école sans expérience politique et c'est le protestant d'éducation théologique qui parle en sa personne. Tendances politiques et religieuses. Nulle part son jugement ne dépasse l'horizon de l'honnête petit bourgeois. Style et composition. l'étranger. et pas plus à celle de la politique bernoise. il il obtus . les droits d'un porte encore le nom et a Chroniqueur de la ville .•26i HISTOIRB DE 1. — Mais c'est un humaniste qui a subi rinlluencc de la Réformalion allemande. tels que pour des pensions. tant qu'elles touchent à des affaires privées et aux côtés moraux des mesures politiques. est exclusivement moraUste. mais c'est l'individu qui juge. ce n'est pas . HISTORIOGRAPHIE MODBRNE gnonne de Schilling. II n'entend rien aux questions de la politique générale. Il . Anshelm. l'esprit de la politique bernoise n'a pas soufflé par n'a pas compris l'importance capitale des mercenaires. Devant les efforts du gouver- nement pour garder en main se montre tout à fait cette arme unique contre l'histoire. l'ouvrage d'Anshelm est . — Dans la forme. Son idéal est la Suisse d'avant 1474. Ses sentences. peuvent bons produits de la être qualifiées de sagesse proverbiale là.

Anshelm ne pouvait se soustraire à cette Il exigence. Cela le il entrer plus d'une fois en conflit avec génie de la langue allemande. La langue aussi de la est un compromis. probablement rédigée à part auparavant. le milieu à tenir entre l'histoire locale et l'histoire géné- Anshelm et ses sources. le style remplaça impersonnel de ses devanciers. qui et flottait. Il L'art de son langage est pourtant son principal mérite. même à côté de l'ac- . dans un cas même avec une étendue disproportionnée procès il Jetzer). matière d'une histoire de Bruni et ses successeurs lui avaient enseigné rale. astreint ses sentences à une con- cision d'épigramme. strictement ne tient pas compte de la relation observée. Anshelm avait appris des humanistes l'art de choisir la ville. style essaya du moins de rapprocher autant que possible son le fit allemand des belles périodes humanistes. à côté des inévitables phénomènes naturels et des sinistres. La tradition demandait l'usage langue populaire. et quand il imite des constructions latines telles que lit l'accusatif avec l'infinitif. sa phrase se comme une maladroite tra- duction du latin. — En sa qualité de chroniqueur officiel. Mais notait. à l'exemple de Salluste.L'HISTOniOGRAPHtE DES VILLES SUISSES (BERNE) 265 un compromis extrêmement heureux entre le style des chroniques médiévales et celui des annales humanistes. Quand. A l'humanisme Anshelm de l'his- emprunta encore son introduction très soignée sur l'utilité toire. indécis. Il les archives lui étaient ouvertes sans réserve. ses citations de sentences antiques. A Il ses devanciers médiévaux Anshelm S'il prit la variété de la matière. si l'on du procès Jetzer. très réfléchie. traite en détail les événements ecclésias(le tiques. enregistra tout. par une langue personnelle. entre un allemand administratif décoloré une platitude vulgaire. très originale. la constitution et les changements importants dans dans l'adminis- tration. récolta ses maté- riaux avec une assiduité et une conscience qui. cela tient sans doute à sa tendance protestante. De l'humanisme vient l'ordonnance par annales. son expression n'est pas seulement affectée. on trouve d'heureuses créations néologiques. A côté de latinismes manques Enfin et d'un laconisme forcé. mais obscure. ses allusions classiques.

HISTORIOCRAI'MIE MiiDKRNE Il de Galchi et de Guichardin. Le Tivingherremtreit (inachevé) a été publié pour la première fois dans la rédaction originale par Studer dans les Quellen zur Schweizer. Gomment les auto- rités auraient-elles été satisfaites d'un ouvrage qui ne reproduisait pas leur manière de voir. Il arrondit bien à l'occasion le style de ses documents et ne reste pas toujours objectif dans son travail. il est vrai. Geschichte. consulti'' a moins Les que tout autre historien ancien des sources littéraires. Mais son ouvrage n'a aucun rapport avec l'historiographie humaniste. il échappe à l'histoire de l'historiographie. mais celle d'une bourgeoisie frondeuse qui ! n'avait point de part au gouvernement On ne peut mettre au nombre des histoires humanistes la description du Twingherrenstreit bernois (1470). Déjà l'œuvre d'Anshelm eut des difficultés à vaincre. Le gouvernement n'en plète et ne fit pas même exécuter une copie officielle com- nomma pas dabord de continuateur. Elle n'a ni antécédents ni successeurs. (1887). Avec Anshelm finit l'historioc^raphie bernoise officielle comme institution indépendante.266 tivité HISTOIHI-. que nous devons au secrétaire municipal Thûring Fricker (Frickart. Le Twingherrenstreit est une production singulière. Plus rarement que d'autres il a inséré dans son texte des actes sur lesquels n'aurait pas travaillé et sans y ajouter des observations personnelles pour orienter le lecteur. Tobler dans Festschrift zur 7. Sàkularfeier avec laquelle il rend les (1891). l)K I. mais ne se prêtaient nullement au déploiement de la rhétorique classique. bien que cette œuvre originale ne se rattache pas davantage à la Chronique médiévale. (î. vers 1429 à 1519). des débats qui portaient. recès de la diète). Berne en moins que tout autre lieu les conditions. Cf. méritent l'admiration. qu'on ne saurait ranger ni dans l'historiographie humaniste ni dans celle du moyen âge. 23 ss. quoique les deux allusions faites par lui au Bellum Catilinarium de Salluste ne signifient pas grand'chose et que sa naïve crédulité ne laisse guère soupçonner une influence quelconque de l'humanisme italien. Celle-ci n a rien d'analogue à la fidélité protocolaire débats du Conseil. II faut admettre que l'auteur n'est pas resté complètement étranger à la culture humaniste. Avec lui elle perdait sa raison d'être. I. Un ouvrage comme sa Chronique supposait qu'il existait une historiooffrait graphie indépendante. Mais on ne il l'a pas jusqu'ici convaincu d'un faux. missives.yen âge en général. C'est la création la plus estimable de l'historiographie suisse du xv** siècle et l'un des documents les plus précieux du mo. . sur un sujet très important. événements bernois au moins sont presque exclusivement exposés d'après des pièces d'archives (minutes du Conseil.

4*^ Die Kaiser (de César à Caligula). l'introduction à Rapports avec l'historiographie humaniste. humaniste (couronné poète à Vienne 1514). un sujet proprement il embrassant plusieurs siècles. Les publications ultérieures (on a publié aussi la correspondance de Vadian) n'ont pas apporté d'éléments nouveaux à la caractéristique de l'historien. il qu'il devait aux a dépassé ses modèles. 3° suppression. que ses ouvrages ne sont pas de l'histoire seulement niste les créations les plus considérables huma- en Suisse. 11 ne s'est pas contenté de développer les inspirations Italiens. suisse. Cf. écrit en 1537 (chez Goldast. se rattacha Italiens. bernois. son horizon plus étendu naissait les affaires d'Etat il con- pour les avoir pratiquées. Sa culture était plus vaste. révoquée ensuite. Et puis il était si conscien- cieux dans son travail d'historien. si avait sur les faits un jugement personnel et si plein de bon sens.i Arnulf). c'est-à-dire depuis la le pre- mier abbé Othmar jusqu'à vent). l'édition. surtout à Saint-Gall. de date — Un autre historien un peu plus récente. Tous ces ouvrages allemands ont été publiés pour la première fois 1875 à 1879 comme J. Il avait une his- position tout à fait indépendante et traitait torique. Germanise veteribus. mais sont au nombre des productions les plus dis- tinguées de l'historiographie humaniste en général. du coukûnigen (de Merowich Kurz beschreibung der alten frànkischeti . H composa dans un âge assez avancé (après 1545) un certain nombre d'écrits historiques ayant trait . vécut à Saint-Gall de 1518 à 1551. élu bourguemestre 1526 l'un des principaux promoteurs de la Réformation à Saint-Gall. qui la petite fui remaniée plus tard par Vadian lui-même en 2*^ Chronique : Die àbt des Closters zu S. Gôtzinde collegiis et nionasteriis ger.i/historiographie des villes suisses (saint-gall) 267 2. Joachim von Walt (Vadianus). Script07'es rerum alama- nicarum. et médecin (promu docteur 1317). né 1484 à Saint-Gall. nommé parle Conseil médecin de la ville. année de sa mort. On ne connaissait auparavant que Farrag^o 111). — Saint-Gall [Vadian). Sa Chronik der Aebte von . Nous i° Bie grosse nommerons : Chronik der Aebte von Sankt-Gallen (1191 à 1491). le Saint-Gallois Joachim von la Watt (Vadianus) tion beaucoup plus étroitement à produc- humaniste des Vadian était infiniment supérieur comme historien au chroniqueur . von Wattsdeutsche historiscke Schriften par E. Gallcn (720 à 1532.

d'après l'histoire nom des abbés en charge. plus qu'aucun ouvrage d'histoire niste. mais d'après leur place dans le cours du développement. Sa critique surpassa de beaucoup la méthode de l'école la de Blondus. Vadian le réalise. — Vadian fut en outre un des critiques humanistes les plus distingués. même la si on compare à VHistoire florentine de faite Machiavel. Il rejeta les légendes sur l'origine de la Confédération non seulement comme fabuleuses. Sans doute. l'expliquer par des causes nalurelles. Vadian critique historique et narrateur. Il corrigea avec succès les données inexactes des sources saint-galloises sur les relations du cloître avec l'évêque de Cons- tance. 11 comme n'es- time pas les événements historiques d'après leur intérêt romanesque ou d'après leur importance patriotique. le Il range bien son récit. il n'y attache pas une importance décisive. ce que Nerli développait thèse à l'avantage d'une dynastie. Mais malgré tout. Il n'en était savait. est l'histoire première tcnlalive pour traiter historiquement d'une organisation politique. Ce génie de Machiavel faisait pressentir. le sien s'est huma- approché de l'idée qu'il y a un développement dans la vie des communautés humaines. on trouve encore chez : lui des restes du vieux système les notices pas plus que Bruni il n'a écarté toutes et de ses sources sur des phénomènes naturels des acci- dents. suivant en cela Platina.268 HiSTOinrc dk l historiographie modbrne la Sankt-Gallen. A travers leur exposition partiale il chercha à se faire une idée propre et sans prévention du cours des événe- ments. pas l'esclave. et constata des transformations. Vadian distingua des périodes. mais c'est bien 11 du couvent la qu'il nous donne. Ses modèles italiens source littéraire la s'étaient contentés de et remonter à plus ancienne : de contrôler les récits des Chroniques par des documents Va- dian examina les sources les plus anciennes elles-mêmes au point de vue de leur tendance. exclut en général les anecdotes et quand que le il en raconte. ne s'était pas entièrement dégagé de Mais il tendance moralisante de l'historiographie protestante. tait évi- en principe de chercher dans un seul événement l'explication de Il transformations générales. ce qu'aurait pu faire finalement un il autre humaniste indépendant. quand il arrivait à des Il temps de décadence. mais fit voir dans les analogies qui avaient existé entre l'histoire des trois cantons forestiers et celles .

Vadian a gardé aussi son indépendance dans le style. écrivait en simple particulier. Son alle- mand se ressent bien encore de la cadence des périodes à la Titeil Live. sou- tiendra l'opinion que toute espèce de décadence dans l'Église doit être imputée aux papes. Il avança que des histoires de miracles peuvent être transportées d'un saint à un autre et que les prodiges mentionnés par les païens ne 11 sont en principe pas autre chose. en général. Mais chit de la ne fait pas violence au génie de Il la langue et il s'affran- rhétorique des annalistes. le meilleur moyen d'arriI. Non seulement . n'était lié Il par aucune considération extérieure. Il rechercha l'origine des légendes ecclésiastiques. de profondes différences séparent des hommes de qu'il la parti confessionnels. littérature. musique). Mais Vadian essaya d'expliquer la formation des récits de ce genre. La narration et le raisonnement sont habilement le livre d'his- réunis. de l'administration. Elles donnent plus qu'une histoire des personnes. la tradition comme citadin il ne devait aucun respect à du cou- vent. ver à l'intelligence de la première alliance éternelle {Schriflen 408). on y parle de l'histoire de la culture (langue. Mais. plus libre que la — lui Vadian avait : le jugement moyenne des historiens protestants Il son activité historique en valut de mieux. mais sans tomber dans sécheresse de ton du savant italien. de chitecture. sa critique et y gagna. Il y a des jugements de qui ne se distinguent des Il thèses des Centuriateurs que par la modération de la forme. Ses chroniques des toire abbés de Saint-Gall sont les humaniste qui montre vues les plus larges. ne trouvait d^ailieurs pas à propos de détails de la part d'un historien de bâtir des hypothèses sur des Il peu d'importance. écrivait avec la autant de réalisme que Blondus. etc.l/niSTORIOGRAl'HIK OES VILLES SUISSES (sAINT-GALL) >lo9 des autres nations de la Confédération. l'ar- Attitude ecclésiastique de Vadian. Les Italiens n'avaient pas cru non plus aux légendes ni aux miracles. est adhérent résolu des nouvelles croyances. le et il est trop porté à rejeter exclusivement sur le clergé la faute des conflits entre le Pouvoir ecclésiastique et le Pouvoir temporel. On s'aperçoit dans son ouvrage avait été primitivement Érasmien et ne s'était rattaché que plus tard à Réformation luthérienne.

270 il IIISTOIUE UE L IIISTORIOGRAI'IIIK MoDEKNE a consacré à son premier maître. c'est peut-être dans sa polémique contre les Italiens. ne s'ex- prime pas avec plus d'àpreté. strictement person- Vadian. ne songe pas à magnifier la polile tique anti-curiale des princes laïques do la façon insensée dont firent ensuite les Centuriateurs (ci-dessous JD. mais des amélio- Il ne réprouve pas le monachisme en Il soi. « c'aurait été sans grande importance ») par et raison qu'on ne sert pas un seul même maître. rations. Ses trois siècles. Voyez ses déductions sagaces sur port qu'il voit entre la dignité d'abbé conférée à des membres de la noblesse et les guerres que le couvent eut à soutenir (1. des théologiens zwingliens. était Mais précisément parce que ce mélange nel. de l'homme d'Etat qui Il dans le monde. XXXVI ss). mais quelque chose au moins le de l'esprit de Vadian a pénétré dans public du vivant de l'au- teur. 313 s. et qu'ainsi des village. des paroles (1. mais il il écrit dans l'esprit de l'huma- Comme Erasme tient vis-à-vis des théologiens vit du réformateur pratique. La conception populaire de la Héformation est reflétée dans la Chronique familiale que rédigea du temps de Vadian et dans la même ville. dans son histoire. le rôle 6). santes et les remplaça par des bribes de son érudition confuse l'introduction à Vadian p. mais en tant qu'il est déchu de sa pureté originaire. c'est surtout (autrement. il en retrancha en le copiant les parties les plus intéres(cf.) . Stumpf appuya chapitre de sa chronique suisse qui regarde Saint-Gall sur un travail de Vadian . a pu laisser une école. comme d'autres humanistes allemands. mais au contraire avec plus de douceur et d'intelligence que d'autres humanistes. le Où il montre plus de prévention. S'il condamne les services étrangers des Confédérés. ne demande pas une abolition radicale. moins encore qu'Anshelm. mercenaires suisses d'une même ville. 278.130). Jamais il ne perd le rap- de vue la situation réelle. même il quand il tonne contre l'éducation barbare des moines. Aucun autre n'a aussi harmonieusement uni en sa personne l'humanisme érasmien piété protestante et la que le sage et docte bourguemestre de Saint-Gall. cet épouvantail dit-il. ouvrages n'ont été imprimés qu'après plus de tiative n'a Son inile cependant pas été tout à fait perdue. En revanche. . dun même peuvent s'attacher à des partis en guerre l'un contre l'autre. ce serait ain ring ding gsin la II. de chaude reconnaissance niste hollandais.

avec biographie et commentaire par E. et ne les prend que pour tère de mémoires. 103-105 (1911). Il n'assigne pas plus que ses modèles aux humanistes italiens et à Érasme le rang qui leur convient il ne les considère que d'après leur attitude vis-à-vis de la Réforme de Luther. est un d'ab. Nouv. 3. Gesch. Kessler était très lié avec Vadian. . E. Vadian. . 1503 jusqu'à 1574) : . c'est-à-dire du système de gouvernement à Genève. 2. François BoNivARD. prend le parti de la ville dans ses luttes contre le Duc de Savoie. C'est à peine si ces notes appartiennent à la littérature historique. Cf. Il y peint surtout les troubles des années 1547 à 1555. il avait gardé de beaux restes de ses peu répandues de il connaissait des œuvres études ecclésiastiques l'humanisme italien et exploita beaucoup Blondus. soit une reproduction impersonnelle des opinions régnantes dans le cercle des réformateurs. aussi l'introduction de Traugott Schiess à son édition d'extraits des Sabbata dans les Schriften des Vereins fiir Refarmations-Geschichte. Gomme auteur de vrai critique dans le sens des Italiens on ne peut compter le en Suisse. en tout cas avant 1561. Traité de l'ancienne et nouvelle police. Mais ses Sabbata ne sont qu'une énorme compilation leur seul attrait vient de leur caracmaître sellier. de Genève.l'historiographie des villes suisses (GENÈVE) le 271 maitre d'école et pasteur Johannes Kessler (1502 ou ce fruit de ses loisirs s'appelait Sabbata. la petite phalange des hommes d'État formés par l'humanisme. né 1493 à Seyssel d'une vieille famille savoyarde. édit. dans Mémoires et Documents de laSoc. et subit à plusieurs reprises la captivité (à Chilien 1530-1536). . imprimée portrait attrayant de l'humaniste et du réformateur comme Festgabe 1865. V. accessible et commode dans la nouvelle édition : des Sabbata. que la Genevois François Bonivard. date de sa mort. Les Chroniques de Genét^e (jusqu'à 1530) achevées 1551. l'"« édit. Edit. 5-10 (1866 à 1868).Re: villiod 1867. 35(1910) 56 ss. vit à Genève depuis 1544 jusqu'à 1570-71. Vol. 1514 prieur du couvent de Saint-Victor à Genève. de G. La Vita Vadiani. à côté de Vadian.. mise au net 1533. Sur l'esquisse des Sabbata cf. Kessler n'était pas sans instruction. Gôtzinger dans Sankt-Gallische Mitteilungen zur vaterlàndischen Geschichte. écrite peu après 1551. Gagliardi dans Jahrbiich fur schweizer. Kessler commença la rédaction de ses Sabbata (une chronique de l'histoire delà Réformation embrassant en particulier la Suisse de 1519 à 1540) vraisemblablement en 1524. Ce que Kessler nous communique sur les événements du monde est soit une simple copie d'ouvrages imprimés. Edit. des précurseurs à demi éclairés ou inconséquents. Egli 1902. — Genève [Bonivard). Ses œuvres sont 1. Mais il appartenait à un tout autre monde. le style première histoire do Genève dans humaniste. Il représentait la pieuse petite bourgeoisie protestante.

bien au-dessous de la Chronique de Bonivard. les Italiens sur la tradition pseudo- Comme Calchi. qui. et utilisa les recherches il archéologiques de Tschudi.272 Il HISTUlHE DE LHISTORIOOnAPHIK MODEUNK partit lui aussi. sans gêne semé de grossières expressions populaires. des grands exposés de l'histoire suisse. Son travail est du reste. règle générale. A ce dernier égard Bonivard (1534 à 1613). comme tous les historiens locaux ultérieurs. (Ulricus Gampellus. fonça aussi énergiquement que historique. Mais se garda de suivre ces auteurs dans leur contamination entre la légende et l'érudition. Fazy 1894) Roset reste comme historien rigoureux calviniste. il que son ouvrage manque de composition. l'emploi de la méthode savante eut pour conséquence n'est pas. Les ouvrages qui suivirent ne renferment rien de nouveau ils ne font qu'appliquer la méthode traditionnelle à un nouveau sujet. en Sans doute. sa si Chronique ne peut rivaliser avec les ouvrages d'une rentins. il consulta une grande quantité de docuet. et il a pour l'histoire lui aussi. RosET est en contraste direct avec Michel auteur des Chroniques de Genève [jusqu'à 1562. La période des tentatives originales fut close avec la première moitié du XVI® siècle. Nommons ici seulement l'enfant des Grisons Durich Chiampel . composa une . Il est dégagé de la prévention confessionnelle qui régna plus tard. même de chroniques. traduisit Stumpf en français deux Il pendant qu'il travaillait à sa Chronique. Quelque relief qu'ait sa narration. Mais ou d'une division objective de la matière. . Bonivard écrit encore tout à lait en humaniste. !'« édit. donne un mélange de recherches archéologiques spéciales et de notices d'annales. au point de vue littéraire. cita exactement ses autorités. circa 1510 jusque circa 1582). sec et incolore est et comme celui de Blondus. H. Son jugement n'est pas aussi étranger au monde que tiré il saitfaire des peintures vivantes. ments. un parti assez heureux de son au lieu d'une narration suivie expérience politique. s'appuyant sur Stumpf et Tschudi et par là indirectement sur Blondus. est franc. D'un autre côté. il celui de Calchi . Elle ne laisse donc pas d'être tendancieuse. belle unité des grands Flo- Le Conseil de Genève provoqua et subventionna la Chronique de Bonivard. principalement pour l'exposé des questions de droit. Son style vrai. 4 — Petits ouvrages.

HISTORIOGRAPHIE DES VlfJ. Johann Jakob 1606) qui fit RùEGER (1548 à 1880 ss. 18 . 1'"'' {Chronik der Stadt und Landschaft Schaffhausen.) la même entreprise pour Schaffhouse. Histojusqu'à la79. par Kind et Plattner (abrégée par endroits) — et le pasteur de la cathédrale de Schafthouse. ne purent être publiées qu'en extrait. comme tomes VII à IX des Quellen zur Schiveizer Geschichte. si bien que des œuvres aussi loyales que les travaux du Bernois Michael Stettleh (i580à 1642). FUETER.F. publiée d'abord 1884 à 1890.ES 273 ria Raetica description historico-lopographiquc et une histoire de son pays. publiée pour la fois La censure devint toujours plus timorée. tardif successeur d'Anshelm.

Elle avait devant elle. fication de Car les Espagnols. Ce était très qu'offrait la tradition authentique glori- pauvre et ne pouvait servir que pour une faible part à la la patrie. eux non plus. eût fallu un humaniste étranger indépendant et courageux comme Paul-Emile. — L'ESPAGNE L'histoire nationale 1. parfaitement se frayer voie en Espagne. et les légendes nationales avaient trouvé dans les Crônicas générales leur forme dire canonique. nationale humaniste eut à lutter en L'historiographie Espagne en avec des difficultés spéciales. le gouvernement de Castille avait donné tous ses soins à l'histoire nationale. les anciens habitants de la péninsule ibérique. Dès le moyen âge. Généralités et premiers Essais. l'historio- pas la seule ressemblance qu'elle eut graphie allemande. la la critique humaniste n'a pu qu'imfit. la pour appliquer complètement aux fables espagnoles critique de Bruni. Et ces légendes étaient bien officielle. une tradition historique bien établie. dans le passé un État civilisé. ne voulaient se contenter des exploits guerriers qu'ils avaient à raconter de leurs ancêtres. c'est-à-dire de l'Italie. un compromis boiteux avec Ce ne fut médiévale. Pas plus que celle-ci et l'écossaise. Aussi nulle part les faux d'Annius de Viterbe n'ont été accueillis avec une telle absence de critique et parés avec autant de complaisance qu'en Espagne. Elle la tradition comme avec magne. en regard de la respublica des Romains. pour ainsi autrement populaires Il encore que les fables dynastiques des Français. elle ne voulut accorder que la période anté-chrétienne de l'Espagne ne pût rivaliser avec les temps héroïques de la vieille Rome.F. . méthode en Alle- A son défaut. comme France. Ils tenaient à mettre déjà.

Les histoires générales d'Espagne entre Alponse X et Philippe II (thèse. sous Nicolas Va Rome. Alcala 1532) ont pour but principal de donner aux Grands . — Cf. histoire d'Henri IV de Castille (1454 à 1474) qui se donne dans la préface pour un extrait des Corônicas de Espana. Cirot. Roseli III (1878). 1545. C. 292 ss. XI (1909). plus tard cardinal. depuis 14^4 en Espagne. c'est-à-dire Palencia. Le seul ouvrage historique qui ait loyalement appliqué à l'ancienne d'Espagne la méthode critique de Bruni. 1486. professeur à Salamanque. aux exigences les plus modestes. précepteur à la Cour depuis 1496. puis dans Hispania illustrata (1603).créé à Ihistoriographie nationale une situation la beaucoup plus favorable qu'en Allemagne. Mais le livre s'interrompt déjà à l'époque romaine et n'a pas eu d'influence. les faux d'Annius et d'eux. El Gerundenese y la prendre position vis-à-vis Espana primitiva 1879. à la façon classique. Ses écrits sur la biographie et l'histoire de l'Espagne réunis dans le livre Ds rébus Hispaniae memorabilibus (l""® éd. en un exposé d'ensemble. Cirot dans Bulletin his- panique. 1459 ambassadeur du roi d'Aragon auprès du pape Pie II. Elle ne s'arrêta pas à la phase des programmes et des projets. entrer en ligne faut aussi faire de compte que l'unification politique des royaumes espagnols opérée par les Philippe II rois catholiques et parachevée par avait . — Valera composa aussi un Mémorial de diversas hazahas. Inachevé. éd. Séviile 1482) de Diego Valera. 425. est loin d'être débarrassé des taches de l'improbité nationaliste. en fait de critique et de travail personnel sur les sources. P. Les Histoires générales. dans Il pure forme humaniste. au point de vue critique. professeur à Palerme. où ilxé définitivement la division particulariste Réformation avait de l'empire. est l'honnête travail de Jean de Girona (Juan Margarit) né vers 1421. Amador de los Rios. né vers 1445 à Bizino. — . mort à Rome histoire . mort pas avant Cf. 1461 évêque de Girona. Cirot. G. mort vers 1533. I l""^ édit. courtisan et diplomate sous les rois de Castille Jean II et Henri IV. 47 ss. C'est la Chronique abrégée [Corônica abreviada de Espana. Mais du moins la il ramassa la tradition historique. 1484.. 1904) . l""^ éd. vers 1453 évéque d'Elna. Paralipomenon Hispaniae II. -F na pu Fita. surtout parce qu'il était écrit avant . X [jusqu'à Auguste). L'ouvrage qu'elle produisit vers la fin du siècle. Ces faux sont utilisés déjà dans les travaux de l'humaniste sicilien Marinaeus Siculus (Lucio Marineo). depuis les temps les plus anciens jusqu'à Henri IV r^ éd.L mSTOIRK NATIONALE ESPAGNOLK ^75 : L'historiographie espagnole n'eut sur l'allemande qu'un avantage son développement ne fut pas dès la première moitié du xvi* siècle paralysé par des luttes théologiques. l'histoire de Mariana. dans les Crônicas de los Reyes de Castilla. Le dernier monument de l'historiographie espagnole de moyen âge ne répond pas. VII. né à Cuenca vers 1412. Historia CrUica. Cf.

ses continuateurs et successeurs. telle n'a à cette occasion que l'historiographie arabe comme jamais exercé la moindre influence sur les Chroniques espagnoles du moyen âge. p. C'est « ein untcrrichteter Lobredner » [un Ranke. Au moyen âge des hommes d'État espagnols cultivés avaient possédé comme seconde langue l'arabe plus fréquemment que le latin. monnaies. H en résulta que même des historiens savants comme Mariana ne jugèrent pas nécessaire de s'approprier les premiers éléments de la langue arabe (Cf. toires générales. 79 ss. c'a toujours été par le détour de la poésie. etc. 133). — .. 11 s'éleva en principe contre l'emploi de sources imaginées. Madrid 1792). actes. que la . opposition voulue avec la manière d'Ocampo que travailla Ambrosio de Morales. avant même Morales.). dans les nouvelles Cf. ne résista pas à lui n'a . 450 ss. Remarquons 2. est la plus ancienne de l'Europe. mort après 1558. à Cordoue 1586 (reprod. chercha â rendre féconde pour l'Espagne la méthode de Blondus.276 HISTOIHK 1>K 1. de Morales les lettres publiées dans la Revue hispanique XX (1909). Historiographie de Charles-Quint. L'étude critique de l'histoire d'Espagne au cette difficulté spéciale. mort 1591. y ajoutent des inventions nouvelles par des raisons patriotiques (Ocampo veut prouver que la monarchie espagnole même que Rome). Ses Quatro libros primeros de 1553 . qui conduisent jusqu'à 1039. d'Espagne des ancêtres romains. Cirot. Morel-Fatio. Zar Kritik. Quand des récits arabes ont été recueillis dans des histoires espagnoles. La première partie de sa continuation d'Ocampo parut à Alcala 1574 à 1577 les Cinco libros postreros. plus ancienne Comment l'auteur aurait-il 97 ss. né 1513 à Cordoue. le premier parmi les Espagnols. moyen âge rencontrait connaissance de Varabe avait presque complètement disparu depuis la ruine du royaume de Grenade. 1 historiographie venue après pas gagné à s'écarter de ses voies. la Corônica gênerai de Espana (1544 Zamora. Cf. L'historien national classique de l'école pseudo-scientifique est l'ecclésiastique Florian de Ocampo. systématiquement mis au service de l'histoire des témoignages autres que littéraires (inscriptions. qui fut chargé de continuer l'œuvre inachevée de son prédécesseur. mais toujours honnêtes et consciencieuses. IIISTOIUOC. Cirot.sur les recherches d'inscriptions éditions d'Ocampo. Mariana. Un autre ouvrage qui. non contents de répéter sans critique les faux étrangers. Cirot. Ranke). Len his. 77 ss. C'est en I (1913). et A. qui fut nommé par Charles-Quint 1539 Chroniqueur royal. — Ocampo. pu autrement remplir cinq livres de récits fleuris et romanesques sur l'histoire d'Espagne jusqu'au commencement de la conquête romaine! Cf. Les histoires générales d'Espagne {i90i). 104 s. Son principal mérite est d'avoir. Il en fut autrement quand on put se passer de l'arabe dans les relations internationales normales peut-être y eut-il aussi une influence de la culture plus intense de la langue latine qu'inaugura l'humanisme. avec un 5*^ livre reproduit Madrid 1791-92 et 1852). né vers 1499 à Zamora.BAI'IIIK MODERNK panégyriste instruit. Ses recherches critiques ne sont pas profondes.

non pas groupés en un récit. Vasaeus imprima à son travail plus décidément encore que Blondus le caractère d un manuel érudit les faits. : : C'est au grand ouvrage de Buchanan qu'on peut le mieux com- parer l'histoire d'Espagne de Mariana. Il n'en eut pas la force. né 1510 à Bruges. Plus tard Mariana donna dans un Sumario très concis une continuation de son histoire jusqu'à 1621. sont simplement juxtaposés. né 1535 à Talavera. : . XXX. Mariana n'est pas très supérieur porain écossais. seulement paru Salamanque 1552. Cirot. latinisé en Vasaeus. aussi dans Schottus. Il il Il n'écarte pas les récits mer- les rationalise.i/histoire nationale espagnole (mariana) la 277 suggestion exercée par les faux d'Annius et d'Ocampo. Jésuites. chez lui. Hispania illmt. — Cf. [1603]) qui a pour auteur le Flamand Jean Vassée. Mariana historien (thèse 1904) qui. Sur Mariana nous possédons maintenant le solide travail de G. n'osapas tirer les conséquences de ses opinions critiques et politiques. depuis 1550 professeur à SalaChronicoii manque. Il avait bien des doutes sur les fables d'Ocampo mais il n'eut pas le courage de dire un adieu définitif aux faux pseudoantiques de l'illustre Chroniqueur. critique et sa conception historique ne pénètrent pas plus avant. C'est le rerum memorabilium Hiapanix (jusqu'à 1020. Il comme historien à son contemMais sa Il n'est pas purement styliste comme lui. en Sicileet à Paris depuis 1561) de retour en Espagne. si l'auteur avait résolument écarté les inventions mensongères de ses devanciers. mort 1625 à Madrid. 157 ss. Il maintient l'existence historique d'Her- ne s'aperçoit pas que les prétendues prophéties de Merlin . Jean de Mariana. Les histoires générales. Il aurait pu servir de base estimable aux travaux d'autres historiens. a le défaut que l'auteur n'est pas assez familier avec les humanistes italiens et manque par là du vrai point de comparaison avec son héros. de façon que les 10 derniers livres furent publiés d'abord en espagnol. Tolède 1601. Il est lauteur d'une histoire d'Espagne (et du Portugal) depuis les plus anciens temps jusqu'à la mort de Fçrdinand le Catholique (1516) Historise de rébus Hispaniae II. à Tolède 1574. comme presque tous les écrits spéciaux de ce genre. 60 ss. depuis 1531 en Espagne. — Mariana. professeur de théologie à . Tous les deux ont réalisé pour leur pays l'idéal de l'historiographie humaniste. entre 1554 dans l'ordre des Rome. veilleux. I. cule.. ils n'ont été déboutés que par V Aufklàrung de leur situation proéminente. 3. mort 1552. Sur les 5 derniers livres. Les vingt premiers livres parurent à Tolède 1592. Cirot. Traduit plus tard en espagnol par Mariana lui-même l""^ édit. Son scepticisme resta à mi-chemin. quelques observations de Ranke Zur Kritik. l'ouvrage entier à Mayence 1605. le l^"" vol.

lité comme l'exigeaient sa profession et la il menta- espagnole d'alors. ne rejette des inscriptions et des actes controu vés que quand leur inauthenticité saute aux yeux Il Ses rectifications de Morales marquent une régression. ne donne sans doute que des notes décousues sur des décrets de conciles et des changements dans le personnel du haut clergé. avec l'arrangement tout extérieur de ma- ne servent souvent qu'à égarer. en dépit de son riques). quand. Les pas- sages les plus intéressants sont ceux où s'exprime ce qu'on appelle le bons sens bourgeois. Les extraits des auteurs plus anciens (Mariana ne recourt qu'exceptionnellement aux sources même) sont habilement faits et mis en œuvre. écrit spécial le a défendu (Colo- dans un voyage de l'apôtre Jacques en Espagne gne 1609). Mariana voulait atteint ce but. L'expression est précieuse. vis-à-vis des légendes de saints. son jugement est d'un nationalisme prononcé. c'est Tacite. Il doute seulement soit l'auteur (XVli. que la narration fût par là déchiquetée obéissait à la règle. Gomment eût-il fait autrement. MDDEUNK 538 de l'édilion de Llail iCrànica del Rey D. souvent par Dans la traduction espagnole que . faire œuvre de vulgarisation. Mariana la division jusqu'à en devenir inintelligible! On — chose curieuse — conserve quand même quoique leurs tière. Le style n'est plus Tite-Live s'accommode au goût rococo du temps. mais n'a pas de couleur dynastique. qu'on imite.nVPIHK afio !20 c. la intitulés. la Il représente l'idée de l'unité politique telle que concevaient les Castillans. Pedro. lui aussi à l'ordre des annales? n'osa pas non plus à cet égard s'affranchir du canevas classique. il sujet (l'histoire de tous les royaumes ibéIl s'en tenait. 3.278 HISTOIRE DR I. HISTORIOr. Comme il n'écrivait pas sur mandat officiel. 13). Ce trop condensée et aphoristique. On On ne reconnaît guère dans ses discours et ses réflexions historiques le penseur indépendant qui se révélait dans ses écrits politiques. en chapitres. Il ne se montre supérieur à Buchanan qu'à un seul point de vue : il rompit avec l'habitude des humanistes de laisser complètement Il de côté les affaires ecclésiastiques. n'y trouve que des considérations de morale. guno Aniirola que Merlin en 1779) sont un faux dynastique. est parti- culièrement prudent. p. Il a parfaitement Son ouvrage a maintes qualités formelles. Des transitions maladroites sont appelées alors à suppléer à l'unité intérieure. Qu'importait à son public comme à lui.

La traduction précise seune pouvaient être formu- lement quelques données lées qu'assez qui. alors que les formes poétiques italiennes n'avaient pas été encore adoptées par la littérature espa- gnole. à fait son exemple. — Les successeurs des chroniqueurs royaux du . la Castille avait a. de larges peintures de scènes « dramatiques » et contrairement à son devancier.) Ses ouvrages n'appartiennent cependant pas proprement à l'histo- riographie humaniste. — L'histouœ contemporaine ET L histoire des ROVAU. elle fait exactement pendant au style do Bembo dans sa version italienne de l'Histoire vénitienne. Mais on n'a qu'à se rappeler la vénération de Pétrarque pour Tite-Live. avait de plus. Celle-ci n'avait pas encore produit. des poètes castillans isolés essayaient d'imiter Dante et Pétrarque. dès le xvi® siècle. inséré dans ses chroniques des discours. vaguement dans le texte latin. ses œuvres principales en qu' Ayala avait traduit. s'était De même l'historiographie officielle. les détails accommodée dans aux modèles antiques de il la narration oratoire.MES PARTICUMERS 1. Dès avant le xvi^ siècle. l'auteur de la Chronique d'Alphonse XI. les l'ouvrage d'Ayala est conçu dans un tout autre esprit que histoires de Bruni et de ses disciples.i/histoire contemporaine E!>pagnole (la GASTILLE) 279 rédigea Mariana — contrairement. mais seulement transformé ce genre. ne et Italie (le De casibus de Boccace. II. dans la beaucoup cultivé la chronique officielle langue populaire. compte pas comme modèle ci-dessus). — La Castille. L'humanisme n'a pas créé. retranché de son exposé des mesures d'administration intérieure qui ne se prêtaient pas bien à l'emploi de la rhétorique (la réforme des monnaies par exemple. pour reconnaître dans les efforts d'Ayala au moins une influence du premier humanisme ita- . de son temps. Ayala avait traduit Tite-Live. La chronique médiévale déjà avait été en contact avec des influences humanistes. à son intention première et cultivés ne comprenaient parce que en Espagne bien des gens même pas le latin — la langue a également une couleur classique et ar- chaïque.moyen age Vers la fin du moyen âge. dit-il. par purisme. (cf.

mort entre 1492 et 1500. on combinait seulement avec elle quel- ques moyens d'expression librement empruntés à l'Antiquité. et Il ne nous présente pas des Grands des prélats castillans parlant à des auditeurs castillans. H. : reprod. le style de l'école de Bruni. Libro de los Claros Varones de Castilla de Prélats espagnols de la deuxième moitié du xV^ siècle. dans les Crônicas de los Reyes de Castilla. nommé par Isabelle son secrétaire et son chroniqueur. de bonne heure à la Cour de Castiile. 330 ss. en Espagne aussi. Le style humaniste correct. l'humanisme et Renaissance r. Séville 1500 avec les lettres de Martyr. Heruando del Pulgar. mon . mort 1407. p. du xv^ siècle. La disposition médiévale subsistait . à firent. et ils quand prenaient un ton solennel. Amador de : . Ce milieu entre resta la la manière médiévale la fin et la manière humaniste dominant jusqu'à ce que. 1'" édition. Cf. los Rios. Prescott. . Il est intéressant d'observer la façon dont Pulgar transforma les moyens d'expression déjà Depuis Ayala. leur entrée triomphale. Pulgar garda ser- vilement les clichés classiques. discours. sur Pedro Lôpez de Ayala.:!80 IllSTOIRK DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNK lui. Crônica de lossenorcs reyes catôlicos D. Gcsckichtsforschuiig XXVI (1905). 225 ss. s'étaient inspirés du style biblique plutôt que de celui des rhéteurs romains. Amsterdam 1670. xi. sous Henri IV plusieurs fois en ambassade. mais .f. Une autre il analogie. 2* biographies de (Irands et 2. W. imités de l'historiographie antique. article dans les Mittei- lungen des Instiluls fur ôstcrr. qui l'avait comme base de son ouvrage historique latin voir ci-dessous) le nom de Pulgar. 70. né vers 1436 à Madrid. c'est que chez comme chez Pétrarque et Boccace. fut intro- duit dans les Chroniques royales de Castiile par Hernando del Pul- gar. Fernando y Dona Isabel (jusqu'à : 1490) prise sous 1™ édition. Vailadolid 1565 (sous le nom de Lebrija. Ses œuvres sont 1. Saragosse 1567. Valence 1780. chap. Mais réalité . I. Hlstoria critica de la Literatura espaTiolaWl (1865). — F*ulgar. lien. Ferdinand and Isabella. les vieux chroniqueurs castillans avaient inséré des ils s'étaient efforcés d'adapter leurs créations à la fait ils ils avaient parler leurs personnages en Espagnols. ne s'agissait que d'une libre adaptation de formes de langage antiques. 1. édition Rosell III (1878) Biblioteca de Autorcs espanoles. Nouvelle édition. non pas d'une imitation systématique.

au moins dans cachet individuel. Mais . Son ouvrage est par suite bien plus impersonnel encore que les vieilles chroniques royales. Semblanzas Obras (ci-dessus p. en regard de XI. Au lieu de l'expression concrète et serrée ou impétueusement pathétique de ses devanciers. mêlant par exemple mesures de l'Inquisition contre lesjudaïsants à d'autres curiosités enregistre selon la coutume humaniste etc. Il les phénomènes delà nature. assez vite Il mais elle est toujours agréable et s'impose par sa clarté. é Pulgar se rattacha de plus près encore aux Generaciones. Ce que l'auteur a fait de mieux.. les intrigues des monarques et des factions de passant des la noblesse . Mais Pulgar l'histoire individuelle. n'a pas la moindre influence sur en réalité. en regard du chef-d'œuvre de la Chronique castillane médiévale. année). il a insérés dans le récit. Sa narration fatigue . les choses curieuses. Pour le style^ les Italiens lui servirent . traite avec des longueurs et une loquacité insupportable les engagements militaires. et il ne mentionne qu'en les (il choses plus importantes. et contre l'ancienne habitude. le Il premier fut conséquent dans système de adopta en même temps Il de l'humanisme sa dédaigneuse négligence de l'Église. matière à la fin de chaque elle conserva la division traditionnelle la en chapitres. Son style a tout à fait la forme humaniste. visait au style coulant et à la copia de Cicéron.l'histoire contemporaine en castille (pulgar) 281 des rois naire et des hommes d'Etat abstraits parlant au public imagi- des écoles de rhéteurs. Pulgar n'était pas plus libre que ses devanciers vis-à-vis des instructions de la Couronne. La narration des pre. il écrit des annales. mières années est souvent imprécise et confuse plus tard elle gagne en précision dans les détails et repose sur de meilleurs renseignements. Déjà les représentants des débuts de l'humanisme en Espagne avaient. le style. sans doute à l'exemple de Pérez de Guzmân. ce sont les portraits que. la Chronique d'All'histoire et phonse considérablement restreint le terrain de mis en vedette d'une manière plus prononcée l'histoire des personnages au le lieu de celle du pays. 112) de Pérez de Guzmân dans son livre sur les hommes illustres de la Castille. Mais il n'eut pas même la liberté d'imprimer aux idées du gouvernement. comme tout autre humaniste. un La valeur de ses sources est très variable. il cultiva la période verbeuse des humanistes.

chapelain de larchevèque de Séville. Chronique 18"0 à 1875 dans les publications de la Sociedad de bibliôfllos andaluces et dans les Crônicas de los Reyes de Castilla lll (1878). 1852). qui avait parlé des poètes et les avait même placés en tète des illustrations contemporaines (ci-dessus p. 382 ss. commencée d'après le prologue en 1549. Il mourut vers 1552 avant l'achèvement de son ouvrage Historia del Emperador Don Carlos V. par exemple Facius. HISTORIOliRAfHlK MODERNE encore de modèle. du point de vue bourgeois. Floriân de Ocampo (ci-dessus p. 1488 jusque 1513 curé du village de Los Palacios éditions de sa : .282 ici HISTOIRE DR I. juriste et humaniste. fut Pero MEJiA (Mexia) de Séville. Il leur emprunta Ihabitude d'introduire des réminiscences classiques et des parallèles avec des héros romains. partisan de l'Inquisition. cet ouvrage est à plus d'un égard supérieur au travail humaniste du chroniqueur officiel.. Bernâldez ne considère les affaires d'Etat que pour ainsi dire d'en bas. les quatre premiers livres (jusqu'à 1530) sont seuls achevés. P. Amador de los Rios. II. VII. Historia critica. Mais. son exposition fait mieux ressortir que chez Pulgar certains principes politiques directeurs des rois catholiques. I (1913). La victoire . la noblesse et du haut clergé seuls digne il jugea les membres de d'être admis au nombre des célébrités nationales.). On n'en a imprimé que le deuxième livre sous le titre de Relaciôn de las Comunidades de Castilla (1520-21) dans les Histo: . 73 ss. comme l'introduction de l'Inquisition et l'expulsion des Juifs. riadoresde Sucesos particulares. édition Rosell l [Biblioteca de Autores espanoles. Don Diego Deza. Pulgar avait ouvert la chronique nationale à l'humanisme autant la que cela était compatible avec forme traditionnelle. L'historiographie populaire du temps resta au contraire fidèle au style médiéval. 2. Son successeur. (Cf. La meilleure preuve en est l'ouvrage du curé de Los Palacios. 119). XXI. restriction 3). ainsi que le goût pour une rhétorique moralisante. Af. de Sandoval. Historiographie de Charles-Quint. où il naquit 1499.) (Cf. Ptlejia à déjà utilisé Pierre Martyr (Bernays. 326 ss. Vil. Il n'est jamais profond. Morel-Fatio. mais il rend avec exactitude et vivacité ses opinions et ses informations. Deutsche Geschichte. Il est fanatiquement orthodoxe. et sa profession l'en- traîne à prêcher mal à propos. dont le sujet concorde en grande partie avec celui de Pulgar c'est YHistoria de los Reyes Catôlicos Don Fernando y Dona Isabel (jusqu'à 1513) de Andrés BernAldez. 184 n" 2) une bonne partie de son histoire passa mot pour mot dans l'Histoire de Charles-Qnint. Bien que composé sans art. 276) se conforma à cette Amadorde los Rios. comme Pérez. Mais il traite avec l'ampleur voulue des événements importants. 333 n. et se mit par là en opposition directe avec les humanistes italiens. ~ Mejist. Historia critica. nommé 1548 par Charles-Quint chroniqueur royal. Malgré cela. (Ranke. du sujet.

C'était un farouche orthodoxe. d'un bout à l'autre. antisémite et nationaliste. Prudencio de Sandoval. c'est parce qu'il a utilisé de nom- . rcimpr. Anvers 1681. il connaît non seulements les documents. Si son ouvrage est encore indispensable aux études historiques modernes. mais reculer. qui servait de modèle.L HISTOIRE CONTEMPORAIXE EN CASTH-LR iMRJIA) n'était 283 de l'historiographie humaniste pas décidée parla. na pas grande valeur. 290 ss. ton du narrateur sans prévention. Son Histoire de Charles-Quint manque encore plus de forme que l'HisFerdinand le Catholique. Et puis Sandoval ne possédait pas même l'impartialité relative de Zurita. affirmer que la réaction qui suivit fût consciente le en tout cas on vit fut successeur de Pulgar (la charge de chroniqueur de Castille conservée encore sous Charles-Quint) non seulement en revenir à l'ancienne forme de narration. à l'exemple des vieilles chroniques. l'habi- que met l'auteur à prendre.) avait paru et il semblait naturel de prendre pour modèle sa méthode de travail. mort 1620. une apologie appuyée sur des la politique documents de leté le gouvernementale d'alors. voulut donner mieux qu'une chronique dans sa Historia de la Vida y Hechos del Emperador Carlos V. au delà d'Ayala. mais les principes politiques du gouvernement. moine bénédictin. comme Gorio l'avait fait le premier. V Histoire de le Charles-Quint. Son ouvrage (inachevé). On ne peut . L'ouvrage qui réalisa. Il ne faisait pas d'extraits des sources. le plan de Mejia. 11 tait juxtaposait ainsi des extraits d'origine tout à fait différente et raconsouvent le même fait plusieurs fois ou changeait la succession des événements selon que tel ou tel extrait lui tombait entre les mains. un demi-siècle après. . jusqu'à la chronique d'Alphonse XI. Mais Sandoval ne possédait ni le sens critique ni l'application méthodique de l'annaliste aragonais. matique et précis. présente. L'influence de l'humanisme ne fait sentir se que dans la disposition plus habile et le style plus élé- gant qui distinguent Mejia des anciens chroniqueurs. L'ouvrage de Zurita (ci-dessous p. est. mais les copiait par pages entières il ne se bornait pas à bâtir son exposé sur des actes (en partie). le seul morceau malgré publié. né 1553. Mais sa manière de voir est absolument et son exposé des Comunidades castillans. Mejîa est bien informé . évêque de Pampelune. autant qu'on en peut juger par qui en a été puhlié. Valladolid 1604 à 1606. nommé après la mort de Morales 1591 historiographe national de Castille. et son récit est pragofficieuse. les qualités fragment la vieille comme les défauts de Chronique. plutôt qu'un travail historique. toire de Telle donnée de ses sources était-elle contraire à sa tendance ? il la corrigeait tout simplement. il les communiquait.

édition Merriman. (Cf. comme on les appelle. IF. (Cf.AIorel-Fatio. Les Décades de Palencia restèrent inédites elles paraissent avoir été sans influence sur l'historiographie ultérieure. Henri IV de Castille 1456 nommé Coronista y secretario de latin.) h. ch. Ranke. juin. sous 1423.\. Prescott. et Zur Kritik. prirent modèle pour cela moins sur tradition historiographique nationale la que sur les œuvres historiques de l'humanisme italien. p. Alfonso Fernândez de Palencia..-L. le besoin s'éveilla de reprendre l'historiographie latine. Les Annales de la guerre de Grenade (1482 à 1489) de Palencia sont inédites et inachevées. fut ensuite. mai. ) 1850. Gômara.) Cf. Palencia nest pas l'auteur des chapitres d'une chronique espagnole publiés sous son nom par W. Sandoval composa en outre 'comme continuateur de Morales une Histoiia de los reyes de Castilla y Léon de 1037 à 1097. : . Ferdinaud and Isabella. et aussi nombre d'écrits sur Ihistoire ecclésiastique et des généalogies. Avec peu de succès . I. 115 ss Notices sui-rimportancc desducuments de Sandoval chez . Il rendit plus tard à la reine Isabelle d'importants services comme négociateur. Annals of the Empcrur Charles. écrivit une parodie des chroniques royales officielles. Historia critica. Sa Crôaica (de CharlesQuint) a été publiée par A. Wolf dans les Sitzungsberichte der Wiener Akademie. HISTORIOGRAPHIK MODKKNE breux documents inédits. (Morel-Falio. 154 à 157. 21 ss.\ NOUVELLE Chronique utFiciELLE en l. Il mourut 1492 ou peu après. Deutsche Geschichtc. iv Amador de los Rios. . Le fou de Cour de Charles-Quint. de Casiro dans la Biblioteca de Autores espanoles XXXVl. Paz y Mélia dans la Colecciôn de Escritores castellanos 1904 à 1908. HiUoriorjraphic de Ch>irlcs-Quint. d'abord. l'Espagne fut entrée en contact plus suivi avec les autres puissances européennes et avec la politique internationale de l'Europe. ordinairement appelées Décades trts historiae sui temporis ou de quelque c'est une histoire de Castille dans les années 1440 à titre analogue 1477. sous les rois catholiques. qui était la chronique officielle pour l'étranger.284 HISTOIRK OK I. Catalogue des Mss espagnols et portugais de la Bibliothèque Nationale (1881) n^ 145.-H. ecclésiastique et diplomate. F. — L. Francës de Zûnig. I (1913). Holland 1850. naturellement. On a conservé de lui Gesta hispaniensa. 1912. ibid. les Cinco Reyes{Pampelunc 1615). La première tentative pour raconter en de souverains espagnols fut faite latin humaniste les actes sous Isabelle. et qui avait été tout à fait négligée dans les derniers siècles Les historiens. 1867.^tin Quand. né vers fit d'abord en Italie des études humanistes. et Mussafia. 83 ss. W. Jusqu'à présent publiée en traduction espagnole seulement comme Crôaica de Enrique IV par A. 382 ss. 37 ss.

1. dans la Revue hispa- (= Schott nique. «49 à 851) on trouve un discours aux Certes des villes. Toutefois Lebrija ne 11 l'a pas copiée servilement. de 1477 à 1487 à Rome. une éducation humaniste retour en Espagne professeur de grammaire et depuis 1474 environ de . il rédigea en se servantde la Chronique de Pulgar (ci-dessus p. Ferdinand and Isabella. Pulgar en avait déjà adopté les principes mais Lebrija premier mis en pratique avec suite la manière de l'école de Bruni. ch. Inachevé. les Décades d'Antonio de Lebrija fut un des premiers champions de l'humanisme en Espagne. p.l'histoire contemi'Oraixe en castille (lehrija. 1876. VI. et la 28:> Préface de A. où il était venu à 19 ans. martyr) vil. Lemos y Rubio. Grenade 15 'f5 ensuite. Xxfl (1910). de la famille des Anghiera. par exemple que Lebrija mcht die geringste Gelegenheii zu einer Demegorie fand (p. P. entre autres. humaniste. . Petrus Martyr. 11 n'est pas exact. -M. plus tard à Alcalâ de flenares. 106) [ne trouva pas la Dec. Elles se basent sur la Chronique de Pulgar. dans Hispania illustrata. 2. de poésie à Salamanque. reçut en approfondie Italie. série de faits a même ajouté au texte de Pulgar une nouveaux. — Martyr. 1. compose à neuf les dis- cours. né 1441 ou 1444 en Andalousie. : en agit très librement avec le matériel de son devancier il il étend les parties de réflexions et d'anecdotes. — . et ses observations sont souvent attaquables. Nommé 1509 Chroniqueur de la reine Isabelle. 280 ss.) Rerum a Ferdinando V !« édition.) est insuffi- ne connaissait pas Pulgar. il retranche les données qui semblaient moins intéressantes Il pour des lecteurs étrangers. 151 ss. 105 s. Fabié pour l'édition de Dos tratados de Alf.) Prescott. chap. li. Les Décades sont l'œuvre d'un styliste. où il mourut 1522. 1. El maestro Elio Antonio de Lebr. né 1487 à Arona sur le lac Majeur. Pulgar. Antonio de Lebrija (latinisé en Nebrissensis. vient à Saragosse 1487 avec le comte . u moindre occasion de placer une harangue sant : il . et Elisabe (sic) gestanim Décades II (jusqu'à 1485). H. des rois calholiques.. Comme a le historien. ch. p. Ranke {Zur Kritik neuerer Geschichtschreiber . (Cf. de P. 460 ss. Un meilleur sort était réservé à l'ouvrage qui avait à raconter par les actions lui-même Lebrija. ce qui l'a fait souvent appeler en espagnol Nebrija). xi. il se rattacha étroitement aussi à l'historiographie . — Lebrija. I. Francfort : 1603.

A. Ciampi. P. II. mieux à son talent il était plutôt feuilletoniste et mémorialiste qu'historien. Alcalâ de Henares 1530. Depuis . nommé 1510 Chroniqueur dans le Conseil d'État pour l'Inde (Amérique): mort 1526 à Grenade. Mariéjol. il Pour des annales à aurait dû comprimer ses Il qualités les plus estimables.286 D. De tos Historiadores de Colon. Commencé dès 1493. P. E. 2. M. Ses œuvres sont 1. liiifïo HISTOIRE DK r. décades. Legatio Babylonica. Cf. de Koenigsberg. Sur les Décades de Orbe novo. denheimer.). 1511. A. relation de son voyage d'ambassade au Caire 1501-02. se la détourna donc de l'imitation du style classique et se servit de forme dégagée des lettres. 1879 . Pour n^ 3. - autres œuvres). en français par Paul Gaffarel (1907). Amsterdam 1670. le 1''' édition. réimpr. Un lettré italien à la cour d'Espagne (thèse 1887) — n'est plus indispensable. 1''° édition de la première décade des trois premières (remaniée) comme Decas Oceani. H. H. 1889 i. premier voyage de Colomb jusqu'à 1525.) La littérature ancienne sur VOpus epistolarum. 366 s. Harrisse. à côté de Bernays. voir ci-dessous p. Basée sur trois rapports aux souverains catholiques. C'est la forme épistolaire qui répondait le d'écrivain . auxquels : aux études humanistes les ambassadeur auprès du sultan Martyr 3. d'initier jeunes nobles résidant à la Cour. Séville 1511 Décades de orbe novo. . Pierre Martyr choisit pour son histoire contemporaine une forme toute particulière d'exposition. 101 ss. Alcalâ 1516 . grâce à J. 1891 (il traite aussi les . des P. comme Poggio en son temps. 1492 chargé . dans les Estudios de Critica literaria. M. Mac Nutt. Biblioteca americana vetustissima. i"> édition. 1886 et les Additions. — en anglais par F. Menéndez y Pelayo.j sous forme de lettres. 1501 d'Egypte se fait prêtre et reçoit divers bénéfices. II (1986) 225 ss. . 1881) . dont la plupart du temps Martyr figure comme l'envoyeur. la dut pas à un disciple indi- gène des humanistes mais à un Italien. und sein 0. aussi les traductions récemment parues des Décades. J. A. M. de l'ouvrage entier 1530. und sein Opus epistolarum. qui avait Rome comme chef d'une ambassade espagnole. HeiJ. M. XXX (1875) (Diss. 1872. Dus 0. sur les détails H. Bernays P. Littérature pour n^ 1 : dont la critique commence avec Ranke {Zur Kntik. IllSTORlOGRAriIlE visité MODERNE Lopez de Mendoza. Opun epistolarum. histoire des années 1488 à 152. fit plus tard des additions. A. Gerigk. der Geschichtschreiber des Weltmeers. 1913. Une autre création de l'historiographie officielle fui beaucoup plus Il originale. Schumacher.) . la première décade terminée 1501. Le Fonti storiche del Rinascimento dans la Nuova Antologia. E. (Cf. est vrai que l'Espagne ne italiens. Les sept derniers livres seulement furent écrits par Martyr en sa qualité officielle de Chroniqueur de l'Inde. Gomment Bruni ! aurait-il pris goût à la manière pathétique de l'école de la Tite-Live.

comme Colomb. est fait dans les portraits de certains person- cependant il y a plus de place qu'il ne convenait à des rancunes personnelles. le recueil A côté de lettres authentiques en tout ou en parties. : montre une vanité incommensurable des lettres fictives indiquent que l'auteur serait en relations avec des Grands d'Espagne ou avec des Cela rétrécit son horipublique dont ne célébrités contemporaines. la le littérature espagnole. Son plus grand mérite nages . Ses raisonnements ne font en général que reproduire les clichés des publications officieuses. qu'un latin classique incolore. oii la partie adverse. les tournois d'éloquence en usage par de prétendus résumés de lettres étrangères. la en quelque sorte. zon. il peut avoir des points de vues plus variés que d'autres historiens humanistes. On n'atten- dra pas de une pénétration profonde. la culture et l'intelligence politique. les écrit à tour de rôle à ger. des passages de plusieurs lettres authentiques sont réunis sous un seul et même numéro . On ne peut. sous mettre en parallèle qu'avec l'ins- Aeneas Sylvius. Comme lui. renferme de nombreuses De plus. ne s'occupe pas du peuple espagnol. à un Espagnol de sa connaissance sur événements de l'étran: un destinataire étranger sur fiction lui permettait Il les événements d'Espagne cette heureuse de traiter à la ibis l'histoire intérieure et extérieure. il méprisait les puristes cicéro- niens et aimait mieux écrire un latin incorrect.L HISTOIRE CONTEMPORAINE EN ESPAGNE (MAR'IVR) Il 287 Il la mania avec une dextérité extraordinaire. avait la parole. comme lui lui donner. de Martyr. par exemple). mais imagé et piquant. surtout dans les premiers épîtres fictives. par d'habiles exagérations. livres. Nous savons maintenant que leur valeur documentaire est très inégale. remplaça les sentences d'autres historiens' par des lettres moralisantes à ses élèves. Il n'égalait certes pas son modèle Mais il pour l'universalité de savait récit. par principe. Il embrassa cependant des parties de la vie s'occupaient ni les annalistes classiques ni les historiens florentins du xvi« siècle (les mouvements de ce rapport. Il fait preuve de snobisme il : en homme qui fréquente la Il Cour. La question de peut être regardée l'authenticité des lettres de VOpus epistolarum comme tranchée par les profondes recherches de Bernays. de la vie au sans recourir aux charges d'une rhétorique banale. des . Grâce au décousu de forme. C'est sans doute le diplomate siennois qui a été pirateur de son travail.

. de sorte qu'il est resté droites.) un remaniement latin De rébus Hispanorum gestis ad Novum Orbem II. — Sepùlveda. et écrivit comme tel De rébus gestis Caroli V. le recueil d'après destinataire. premier On n'a pas lieu de songer à une duperie.) nom du méthode de travail de Martyr n'a pas été découverte plus fait qu'il cela s'explique principalement par le Il n'a achevé qu'à moitié son travail de rédaction. Il fut nommé par Charles-Quint 1536 son historiographe. f*^ édition dans les Opéra édités à Madrid 1780 par l'Académie espagnole d'histoire. roy. sous sa forme actuelle encore. etc. de Bruxelles. (Martyr paraît avoir composé ses brouillons. IV). dans Opéra. lettres s'ensuit montre des symptômes nombreux d'un recueil de tique. ou surpris par la mort. le ou authentique ou faux. a été paralysé dans cette entreprise. Son succès- . authen- Des critiques anciens. qui mourut avant l'impression de son ouvrage. 237 ss. Ranke Zur Kritik. Continuation. et retravailla une biographie italienne du cardinallégat Albornoz (mort 1367) dans ses quatre livres De vita et rébus gestis Aegidii Albornotii (d'abord Rome 1521 réimp. dans les Opéra III. Juan Genesio Sepùlveda. VU =: 1492 à 1521 dans Opéra III. 367 ss. 3. Morel-Fatio. 107 ss. qui ne laissaient pas voir le Si cette tôt. . Outre que les huma- nistes avaient coutume de retravailler les lettres privées avant la publication (Aeneas Sylvius n'a guère agi autrement que Martyr). plus tard dans son lieu natal.288 IIISÏOIBK DE l. Historiographie de Charles-Quint. mais c'était un talent. comme il dit). livre dhisloire Il projetait de faire de ses lettres un complet (Annales ou Commentarius. ne savaient qu'en penser. 42 ss. II. mort là 1573. Cf. i)e refeus gestis Philippi II (1556 à 1564). nous ignorons si Martyr. HISTORIOGHAIMIIK MODKRNK additions sont intercalées après coup dans des lettres authentiques . Arendt dans Bulletin de VAcad. né vers 1490 à Pozo Blanco près Cordoue dans sa jeunesse longtemps à Rome auprès du prince Carpi à partir de 1537 à Valladolid. des fragments de lettres authentiques sont mal rangés ou pourvus d'une fausse adresse. I (1913). — un véritablehumanisteet un écrivain original. Bernays a découvert la complication des faits. Sepùlveda fit en outre : du principal ouvrage d'Oviedo (ci-dessous p. 2° série VI. : . n'y aurait peut-être pas ajouté une préface explicative. de transitions malaque son Opus. Pierre Martyr n'était peut-être pas un caractère. Il beaucoup de contradictions. qui ne connaissaient qu'une alternative. XKX.

Homme sincèrement pieux. — L'Aragon L'historiographie fait un butin moins riche en Aragon. veau Sepûlveda se contenta d'être un imitateur correct. et à côté quelques renseignements privés. créée qu'après la réunion avec le royaume De brillants ouvrages isolés. qui défendait sans difficulté l'opinion et de son patron. extrêmement prisé par comme historien. l'humanisme qui. en Aragon donné Ses premiers essais furent insignifiants. Sepûlveda avait un sentiment national confessionnel trop prononcé pour écrire en pur courtisan. Ils proviennent du temps où l'Aragon pouvait se sentir encore Puissance indépendante. La fierté nationale espa- gnole et l'aversion espagnole pour l'hérésie luthérienne dominent toute sa manière de voir . on ne peut guère le prendre au sérieux. Martyr était un publiciste sans patrie. Il était satisfait quand il avait fondu en un latin classique les récits de ses autorités (le plus souvent des auteurs connus. L'historiographie officielle n'avait jamais été cultivée avec autant de suite dans le royaume fut La place d'historio- graphe national ne d'Isabelle. On peut Ranke . comme homme cet auteur. FUETER. des descriptions aux cou- leurs éclatantes ne pouvaient suppléer au défaut d'une narration d'ensemble de aussi. Sepûlveda ne sut pas s'accommoder aussi bien que Martyr aux prescriptions de l'historiographie officieuse. les Sepûlveda était une nature trop ingénue pour bien connaître devoirs de sa position. de première main).LES ANNALISTES ARAGONAIS 289 la gloire seur est peu intéressant. 19 . le le sentiment monarchique. lui a l'histoire nationale. Martyr avait essayé de donner du nou. il honnête travailleur (à la différence d'autres historiens. le respect de l'empereur doivent céder pas. nomme dans VEpistola ad Neylam placée en tête de son ouvrage les sources réellement utilisées par lui). mais politique naïf. il ne semble pas avoir compris ce que comportait son mandat estimer officiel. Genesius Sepûlveda ne peut prétendre qu'à d'un bon latiniste. Peut-être est-ce pour cette raison que ses œuvres d'histoire contemporaine. bon patriote. furent dérobées au pubhc sous les Habsbourg. C'est la vie. bien que prêtes pour l'impression. oriental qu'en Castille. 2.

royaume de l'Est eut pris Ce n'est qu'un demi-siècle après la mort de Ferdinand toire qu'il fut possible d'exposer sans prévention l'his- nationale au pur point de vue scientifique ou archéologique. nommé par Ferdinand Cronista Mayor) ne présente. la langue est fortement latinisée et riche en périodes compliquées. Il composa Annales de la corona de Aragon. né 1512 à Saragosse. Cf. Philippe II lui ouvrit le libre accès des archives des villes et des couvents 1550. 109 ss. 61 îoc. l'^ édition Saragosse 1562 à 1380. Naples et la Sicile. traduit plus tard par l'auteur lui-même non pas en catalan édité dans la Colecciôn de Documenen espagnol tos inéditos. La biographie du roi Jean II d'Aragon par MicerGoNZALO de Santa Maria de Saragosse (avocat. la rédaction espagnole imprimée est une traduction du latin . Son travail. 1904. jusqu'à la mort de Ferdinand le Catholique (1516). — ! 319 Bs. . III. d'après G. réimprimé dans Schott. Zur Kritik. Dans la version espagnole. Amador de los Rios.. depuis les premières origines. élogo officieux composé 1501 sur l'ordre de son fds le roi Ferdinand {Serenissimi Principis Johannis II vita. comme d'autres livres d'histoire écrits à la même époque en France et en Allemagne. cit. Il parcourut pour son ouvrage l'Aragon. 88). Historia crilica. quand rindépcndance du fin. en général Cirot 56 ss. première application de la science huma- niste à l'histoire d'Aragon. D'après los Rios. frère bâtard de Ferdinand. Les dix derniers livres portent aussi le titre de Historia del Rey don Hernando el Catôlico. c'est l'original qui est écrit en espagnol. VI. Les histoires générales d'Espagne Amador de (1904). n'est pas d'une méthode aussi originale que l'ont cru des chercheurs qui ne connaissaient pas l'historio- . Un extrait latin des premiers volumes (jusqu'à 1410) parut 1578 à Saragosse comme Indices rerum ah Aragonix regibus gestarum. Vil. . Un mandat de Geronimo (Jerônimo) Zurita (Çurita). Zurita est peut-être le plus distingué continuateur de Blondus et de Calchi. Cf. mort 1580. se rattache de près pour la forme à Tite-Live et imite les discours ainsi que l'arrangement théâtral de l'historien romain. 198. par les Etats d'Aragon. Lugarteniente de justicia. 1499) composée sur la demande des Diputados du royaume d'Aragon par le moine cistercien Gauberte Fabricio de Vagad {Alférez de Don Juan d'Aragon. que de timides germes de critique de la tradition médiévale. Ranke. Los Cronistas de Aragon.— Cf. p. au temps des invasions des Maures. Hispania illustrata. 1'" édit.290 L'histoire HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIR MODERNE ne fut libre que plus tard. mort après 1510). Zurita. La Chronique d'Aragon (jusqu'à 1458. La narration est interrompue par de longues et banales harangues. Chroniqueur national. Conde de la Vinaza. Cirot. fut nommé 1548.

le plus nettement sa méthode.Zurita employa les correspondances diplomatiques. perd à ce point la vue d'ensemble sur son matériel historique. l'Histoire de Ferdi- nand le Catholique. humaniste du xv*= siècle en Italie. Au reste. Ses annales sont plutôt un recueil de regestes Il et d'extraits qu'une composition historique. Son exposé jugement plus indépendant que dans seulement que son travail se les autres parties et puis c'est ici . C'est ce progrès méthode qui il rend important pour notre histoire. n'a cepen- quand il le trouve mentionné dans différentes sources. Pas plus que ses modèles. à défaut. accessibles. peut-on dire. mais les a étendus de façon à dépasser de s'était . qu'il ne nomme pas ordielle nairement sa source principale. d'expédier par une saine critique d'insipides fables médiévales et de s'abstenir de corriger en détail des imaginations sur en regard de la critique l'histoire primitive : mais. son . au moins dans dans la les derniers le volumes de ses annales. de sources Zurita fut le premier savant qui la transporta à l'histoire litté- plus ancienne. l'école il n'en a pas moins de grands Non seulement il a intelligemment adopté les principes de il de Blondus. enfin qu'il taise le lieu d'extrac- tion des témoignages documentaires. Il établit directement sa narration sur des actes. Guichardin et d'autres l'avaient déjà le Mais ils n'avaient appliqué cette méthode qu'au passé littéraires : plus récent.LES ANNALISTES ARAGONAIS (zURITA) 291 graphie italienne du xv^ siècle. se tint dans les limites que s'était tracées l'école de lui faire Blondus. On pouvait un mérite. manque tout aussi complètement de vues élevées. à des travaux renouvelés sur des périodes déjà rairement traitées. S'il évite les apports de ses sources un véritable livre d'hisil plus que Calchi les digressions savantes. C'est dans la dernière partie de ses annales. Blondus contenté de faire un choix critique parmi les sources littéraires Calchi avait été chercher des documents . pour autant qu'elles Florentins lui étaient fait. trois fois. beaucoup ses devanciers. le qu'il lui arrive de raconter deux même événement. ce n'était pas une innovation. que Zurita a suivi est plus large. de son temps. L'influence de l'humanisme est encore assez forte chez lui pour qu'il garde l'apparence d'une narration suivie. Il dant pas osé disposer ses annales en dictionnaire à consulter. Zurita n'essaya de composer avec toire. fois. et n'y renvoie que quand tredit les con- données d'autres auteurs. Mais mérites.

sionnellement des sources littéraires. officiers vénitiens seulement ont raconté aussi leurs campagnes mais tieri la racaille qui se pressait ni autour des condotlittéraires. Son travail parut 1630 à Saragosse. La Conquista de las Mas Malucas (Madrid. Institution nationale. Les auteurs s'intéressaient à de tout autres affaires qu'à des discussions dogmatiques. la nation. avant l'humanisme déjà. qui a été éditée à nouveau par Mir dans Ranke. ni Ils ne doutaient évidembonne. les Mémoires militaires. n'avait ni goût aptitude pour des travaux L'armée espagnole elle était d'une autre espèce. III — 1. a-t-elle vu. de sorte que des gens qui n'étaient pas des lettrés de profession pouvaient raconter leurs aventures en un langage poli. Argensola écrivit en outre. Les annales de Zurita furent continuées pour les cinq années 1516 à 1520 par Barlolomé Leonardo de Argensola (1562 à 1631). 1609). Quelques . MÉMOIRES ET MONOGRAPHIES MILITAIRES — Les Mémoires militaires. n'allègue qu'occa- pour compléter. Une de la chose favorisa encore cette floraison c'était la seule branche production historique qui ne risquât guère un conflit avec la censure théologique. Mais ils ment pas que leur cause que leur foi fût la n'avaient pas de raisons pour s'occuper de théories religieuses ou . La littérature historique italienne n'offre rien d'ana- logue. entre le milieu du xvi^ siècle et le milieu du une véritable floraison de Mémoires : militaires. La laissé supériorité militaire de l'infanterie espagnole au xvi* siècle a des traces dans l'historiographie. Il n'est pas de pays où autant qu'en Espagne des soldats aient composé des relations d'une valeur littéraire. Les ouvrages dont nous avons parlé jusqu'ici étaient des ramifications et des rejetons de l'historiographie humaniste italienne.292 HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE Il fonde complètement sur des pièces d'archives. Zur le sixième volume de la Biblioteca de Escritores aragoneses. Son influence ne s'y est pas épuisée. 112 s. Kritik. Elle s'est étendue à un genre national particulier. embrassait les meilleures forces de Et puis la prose espagnole. avait adopté une forme esthétique populaire. Aussi l'Espagne xvii*. sur mandat du comte de Lemos.

que nous devons au . X. ethnographiques le regard net et perçant du mili- Des Italiens comme Davila s'étaient élevés au-dessus de l'historiographie confessionnelle en réduisant les luttes religieuses à un jeu d'intrigues politiques qu'ils : les Espagnols étaient objectifs. édit. Paris 1527. dont on atteste. Aussi gardaient-ils. Rodriguez Villa faisant suite à une nouvelle édition de la Crônica del Gran Capitan plus connue. A cette littérature appartiennent complètement les excellents Comenfaire On peut commencer cette littérature de l'histoire du grand capitaine tarios de lo sucedido en los Paises-Bajos desde et (r« édit. Esp. 1523. qui a rendu le genre populaire en Espagne. par J. qui fut imprimée déjà plusieurs fois au cours du xvi*^ siècle). 293 Des problèmes militaires techniques avaient plus d'imporqu'il tance pour eux. de Historique Belge). Mémoires militaires à Gonsalve de Cordoue. vu que c'est cet ouvrage. parce jugeaient uniquement en soldats. l'indépen- dance de leur jugement et n'hésitaient Ils pas à reconnaître les avan- tages militaires de l'adversaire. mais cherchent à donner sa place dans l'enchaînement historique. les ouvrages espagnols semblent avoir eu une beaucoup plus grande influence que le français sur la littérature nationale des Mémoires. La Crônica del Grau Capitdn par un anonyme n'appartient pas proprement au genre. Madrid 1592. Roman) dont l'auteur se cache sous la désignation de loyal serviteur (probablement Jacques de Mailles. Son auteur n'est pas Gonsalve lui-même. pour la Soc. semble-t-il. nouv. des faits. et avaient pour les observations géographiques taire. nelle qu'y a prise tel et pas seulement la part person- ou tel officier. la présence comme membre de la compagnie de Bayard). dans les Historiadores de sucesos particuAut.MÉMOIRES ET MONOGRAPHIES MILITAIRES EN ESPAGNE politiques. (Sa Chronique restée manuscrite a été publiée dans la Nueva Biblioteca de Autores Espanolès.. 1878. Son ouvrage est composé d'une façon analogue à la biographie attrayante et bien connue deBayard [Histoire. avaient moins d'étroitesse zélote Ils que les civils façonnés par l'école. Seulement.. ano de 1567 hasta el de 1577 réimp.. c'est un inconnu de Séville. II 1853. Mais cet anonyme paraît avoir fait les campagnes d'Italie de son héros dans son entourage et se met tout à fait à son point de vue. de l'Hist. parce qu'ils veulent décrire une guerre. 1908 par A. de France. et 1860-1863 pour la Société commandant de cavalerie Ber- dans la Bibliot.. ne se bornent lui pas à raconter la vie de l'auteur. pareillement à plusieurs Mémoires français. quoiqu'il ait utilisé quelques notices littéraires de mains étrangères. tant ne s'agissait pas des désaccords fondamentaux entre les parties belligérantes. lares. l'historiographie parce ils Beaucoup de ces ouvrages appartiennent à que. du bon chevalier sanspaour et sans reprouche. toute une campagne.

2. revêtu de hautes charges militaires. en cl ano de 1546 y 1547. C'est le produit d'une culture accomplie. . se soustraire en aux influences de l'humanisme.. de Docum. 79 s. (1620-21) 1'"^ édition par iMorel-Fatio dans l'Espagne au XVI'^etau XVW^ siècle (1878). VI. Plus que d'autres mémorialistes Ibarra accorde son attention aux affaires politiques. Aut. en tant qu'il participe aux Mémoires. dans les Historiodores de sucesos particiilares II) écrites par CàrlosCoLOMA (1573 à 1637 né à Alicante. C'est pareillement une excellente relation que celle de Francisco de Ibarra (soldat. Il rédigea là-dessus Comentario de laguerrade Alemania hecha por Carlos V. Luis de Avila y Zûniga. succomba à Fleurus 1622) sur la Guerra del Palatinado. Ce genre populaire. gouverneur militaire du Cambrésis et de Milan). a. Son but était. chambellan de Charles-Quint grand-commandeur d'Alcântara. Cet ouvrage. Sa relation a été fortement exploitée par Matias de Novoa (mort 1652) pour l'Histoire de Philippe III {Col. Il ne fait aucune concession à la littérature. et les fleurs de rhétorique sont absentes de sa narration.: . comme commandant d'une compagnie de lanciers 1620 à la campagne de l'Armée du Palatinat. se distingue par la précision dans les données militaires aussi bien que par sa véracité et sa simplicité. qui ne rappelle l'antiquité que par son titre. 60 et 61). f^ édition. de mettre convenablement en lumière les mérites des troupes espagnoles. Du même genre sont les annales de Las Guerras de los Estados-Bajos desde cl ano de 1588 hasta el rfe 1599 (Anvers db25 réimp. autrefois attribuée à Bernabé de Vibanco. Les historiens cultivés se sont livrés en Espagne avec plus d'empressement qu'ailleurs à des monoIls graphies sur l'histoire des guerres. Esp. d'après ce que dit sa préface.. soldat.. combat en Flandre 1588 à 1599. n'appartient que partiellement à l'histoire.. prend part sous Spinola. ne resta pas non plus sans influence sur l'historiographie. dans le mauvais sens du mot. n'ont pu. L'édition la plus et commode de est dans . né à Plasencia . 328 ss. pas plus que les le faisant mémorialistes de France. Il avait une forte éducation humaniste (on a de lui une traduction de Tacite en espamais il n'accorda quand même à l'historiographie gnol. . inéd. dans un âge plus avancé ambassadeur en Angleterre. — Monographies qui. — Avila. trop peu appréciés par les historiens d'autres nations.294 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE nardino de Mendoza. 21 Ranke Deutsche Geschichte. Douai 1629) ancienne aucune influence sur son travail. dans les années 1546 et 1547. d'abord en Flandre. militaires. . les Historiadores de sucesos particulares I {Biblioteca 1852). Madrid 1548. fit à la suite de son maître sa campagne contre la ligue de Smalcalde. Cf.

sion militaire qui rend les faits clair. et dont il avait été témoin oculaire. des Instit.MÉMOIRES ET MONOGRAPHIES MILITAIRES EN ESPAGNE P. Revue hispanique. Valence 1776. mort 1575 à Madrid. à partir de 1554 en Espagne. — Mendoza. où il fut forcé de résider de 1569 à 1575. Plus complète. né 1503 à Grenade. est grossi et l'importance des faits exagérée. 208 ss. L'Espagne au XVI® et au XVW^ (1894). d'une préci- palpables . Depuis. 295 f. Der Donaufeldzug von 1546 dans XXIX. ss. mais son travail histoIl rique fut exclusivement subordonné à des intérêts de publicité. une connaissance pratique approIl fondie des affaires militaires et plus encore de l'administration. se . diplomate et militaire en activité d'abord en Italie. Geschichtsforsch. mis de côté après l'avènement de Philippe II et banni de la Cour par le Roi 1568. Martin Garcia Cerezeda de Cordoue écrivit plus impartialement et sans caractère officieux sur les guerres de l'empereur (1521 à 1545) qu'il avait faites comme arquebusier. Il a ôté lui-même par là de la valeur à travail. Lisbonne 1627. 1 ss. de bibliôfilos espanole:. le porte-voix de l'empereur. sa Guerra de Granada. Cf. : Foulché-Delbosc dans XXIII (1910). A la même époque. Schweizer. I (renseignements biographiques). f*^ édition (mutilée). Son Tratado a été publié 1873 à 1876 par G. de Mendoza. 310 la 101 ss. Morel-Fatio. et si fut peu indépendant que ses Commens'accordent souvent taires de la guerre d Allemagne mot pour mot est avec les notes autobiographiques de Charles-Quint. suivit. entre autres dans les Historiadores de sucesos particulares I (1852). histoire du soulèvement des Maures dans les années 1568 à 1571. Ce qui pourrait être interprété désavantageusement pour l'empereur apparaître supprimé . Foulché-Delbosc prépare une édition critique d'après les manuscrits. . Tout autre est l'ouvrage qui nade. ce qui peut le faire comme un capitaine consommé. Diego Hurtado de Mendoza. 89. siècle (1878). h. ôsterr. VHistoire de la guerre de Gre- Mendoza presque son s'efforça de décrire en style classique une histoire de le guerre appartenant au passé le plus récent. II (1895). Le genre des Mémoires officieuse. Cruzada Villaamil pour la Soc. fit Mitteil. d'abord alliance avec l'historiographie Louis de Avila était un écrivain très bien doué. composa à Grenade. Mendoza avait une bonne tête.

jusqu'à ses propres réflexions. il Homme de qualité. à côté de précis. Malheureusement la tendance classique de l'auteur a empêché fait tous ces germes de se développer librement. C'est un penseur politique avisé et expérimenté qui a tenu la plume et intrépidement le exprimé son opinion. croit lire bien qu'on une mauvaise traduction de Tacite le . Mendoza nous communique. On peut hardiment côté de l'Histoire d'Italie choisis et si les : le placer pour plan à si les faits ne sont pas aussi habilement ne sont pas assez en relief. on trouve traits justes et des clichés de la rhétorique des Anciens. c'est que souvent narration. Luis del Mârmol Carvajal. le moderne et l'antique. c. prit part à l'expédition de Charles-Quint contre Tunis (1535). mais à Salluste et plus encore à Tacite le : mais cela ne caractère de son imitation. perd tout à de — Mdrmol. et dans les raisonne- ments comme dans récit s'entremêlent de la façon la plus choet quante ce qui appartient à l'auteur ce qui lui vient d'ailleurs. né vers 1520 a Grenade. Le style est d'un maniési risme insupportable. A côté de remarques intelligentes. fil La la conséquence. grandes lignes du récit en revanche une plus grande place est réservée aux problèmes de l'administration et de l'organisation militaire. mort après 1600. était tombé en disgrâce auprès de Philippe II et avait été acculé à une position frondeuse.296 HISTOIRE DE L'niSTORIOGRAPllIIi MODERNE sentait indépendant vis-à-vis du gouvernement. le du non costume antique. des peintures qui ne sont que des pastiches de l'antiquité. Guichardin n'avait que dans les dehors des concessions à l'historiographie humaniste. Personne à tourner l'histoire du soulève- ne pouvait être moins enclin que lui ment des Maures en panégyrique quelque chose de l'esprit ofiîcieux. les phrases sont démembrées. des détails romanesques insignifiants . il se débarrasse par des observations insuffisantes et trop courtes de problèmes importants de la politique intérieure et de la stratégie. Suivant change pas goût rococo du temps. sur lesquels il aurait eu parfaitement son le lecteur mot à fait le dire. avec des réminiscences verbales de Tacite. . il s'attacha à Tite-Live. : Aussi son ouvrage a-t-il de Guichardin il est plein d'accusations amères et de jugements d'une dureté impitoyable. soldat. à qui l'on devait des ménagements. comme son modèle romain. Mendoza revêtit le texte entier.

p. 200). en partie au service de l'empereur. tout semble parler pour cette hypothèse. servait de peu que l'impression n'en le fût pas des copies manuscrites répandirent promptement. vieux soldat. 107. l'Afrique). . 1573 à 1599. Descripcion gênerai de Affrica (c'est-à-dire Nord de Grenade et Malaga. autorisée .MÉMOIRES ET MONOGRAPHIES MILITAIRES EN ESPAGNE 297 passa les vingt-deux années suivantes au Nord de l'Afrique. L'époque de la publication. I. p. I (1852). C'est le même sujet que chez Mendoza il y a ajouté une introduction sur l'histoire des Maures depuis les rois catholiques. son frère Juan Vâsquez del Màrmol fut secrétaire du Conseil de Castille. L'intention polémique n'en est pas moins à peu près certaine. avait pu. f^ édition. Il était aussi cultivé que (les Mendoza et affranchi lui. la politique et la stratégie offi- y étaient peu ménagées le prestige Il et l'écrivain de qualité paraissait si bien informé. que de ce gouvernement était sérieuse- ment compromis. la dédicace). des concordances de mots avec Mendoza. ce qui était d'autant plus facile que le livre de ce dernier n'était pas encore imprimé. en outre Fouché-Delbosc Revue hispanique. de ses prétentions classiques Il discours même. Marmol ne Le gouvernement espagnol ne pouvait guère l'histoire laisser sans réponse de Mendoza. L'auteur le faire publier un exposé apologétique de la mieux désigné pour cet écrit polémique parut être le Grenadin Mârmol. De Thou. qui avait d'étroites relations avec la Cour et qui avait déjà traité Tancienne histoire du royaume de la description le Grenade dans un ouvrage antérieur. II a écrit Historia del rebeliôn y castigo de los MoiHscos de Granada. 73) et le poète J. de l'Afrique. : : réimprimé dans les Historiadores de sucesos particulares. Elle renfermait à son adresse tant d'amères réflexions et de cielle remarques si critiques. \i90i. les relations étroites de l'auteur avec la Cour (cf. était Mârmol à tous égards bien préparé pour sa tâche. Le meilleur parti à prendre parut être de suivre la critique fâcheuse sur son propre terrain et de guerre de Grenade. Rufo Gutiérrez s'en est servi pour les quatorze premiers chants de son Austriada [loSk:) (Fitzmaurice-Kelly. en partie comme prisonnier de guerre. Cf. dit nulle part . Malaga 1600. durant son long séjour dans Nord de l'Afrique. directement que son ouvrage soit une réplique à l'histoire de Mendoza il ne nomme pas son devancier. Li^^era^ure espagnole. se familiariser complète- . Un étranger comme De Thou a pu en avoir communication en manuscrit (Dùntzer. Le fait que l'ouvrage de Mendoza ne put pas être imprimé d'abord ne prouve rien contre l'hypothèse. L'Histoire de la guérite de Grenade avait été rapidement connue. chez le restent concrets).

impressive et libre à un point surprenant de préoccupation de parti. soldat. sa peinture des événements de Catalogne pendant l'année 1640 est extraordinairement vivante. exilé au Brésil 1644. il de l'Isla- misme à Grenade. bien que le roi lui ait ». les hauts dignitaires sont au-dessus de tout blâme. à l'exception de ceux qui sont réservés au roi » l'édition : (1. Naturellement il biffe la remarque faite ensuite par Men- doza. « avait reçu tous les honneurs possibles. On aimerait assez échanger contre la concision affectée de si Mendoza son ton de chroniqueur bon enfant. bien des chapitres se lisent comme des extraits d'un journal de campagnes.uc et la civilisation lui ment avec vie arabe. De la forme de Tacite. En matière naisseur encore que Mendoza. Mârmol revient au genre des Mémoires mili- taires. il n'en laisse entrevoir se rattache A Mendoza Catalogne. quitte l'Espagne. décrit cette entrée avec le même détail qu'un chroniqueur flamand du xv^ siècle. au contraire. Il prit part à la soumission de la Catalogne 1640 aux côtés du Marquis de los Vêlez. Francesco Manuel de Melo (Mello). c'est-à-dire la qualité des honneurs prodigués au prince. yeux du lecteur des points Mendoza avait par exemple fait la brève remarque que Don Juan d'Autriche. Son ouvrage est peut-être un des meilleurs récits d'histoire contemporaine qui ait été jamais écrit. 90 dans des Historiadores) Mârmol. à son entrée dans Grenade. envoyé comme général par Philippe IV. que « la flatterie avait donné au prince le titre d'Altesse. expressément reconnu seulement celui d'Excelest ainsi lence La narration devenue plus abondante. Il évite le pastiche de l'antiquité. Il n'a plus les mains libres vis-à-vis de son sujet. Mârmol ne peut incriminer que des subordonnés. Mendoza de IKtat avait critiqué sans embarras les plus hauts fonctionnaires et cherché à mettre à nu les racines de la révolte . était beaucoup plus con- Mais sa position oflicielle l'empêcha de développer tous ces dons. 1611 à 1667. Quant à des vues générales. plus tard rentre à Lisbonne. servir à détourner les son style diffus ne devait pas décisifs. Comme écrivain.298 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE la lan£i. sans noter l'essentiel. de Lisbonne. et tout au plus concéder des fautes dans l'exécution. sa connaissance de la la situation de Fez ouvrait des jours importants sur militaire. Melo dans son Histoire du soulèvement de la il laisse son modèle bien loin derrière lui. Le Marquis le désigna pour historio- . II. p. aucune. mis en prison après la défection du Portugal 1640.

MÉMOIRES ET MONOGRAPHIES MILITAIRES EN ESPAGNE 299 graphe de la campagne. YII (1909). mort 1635 dans le duché de Clève. 1 (1852). des chapitres cxciv àccxLiiide Ramon Muntaner. la narration proprement dite ne com- mence qu'à l'année ticulares. n'est qu'un remaniement superficiel. I 1640) parut d'abord sous un pseudonyme. d'ailleurs l'histoire romanesque du sujet qui de la Compagnie se prê- un hymme à la bravoure aragonaise. qui racontent les destinées de la Compagnie de Roger de Flor au texte du chroniqueur catalan sont ajoutées quelques notes tirées de Zurita et d'his: toriens byzantins. Cf. Archiva historico portuguez. ambassadeur du roi d'Espagne à la cour impériale. etc. fit paraître 1623 à Barcelone son Expediciôn de los Catalanes y Aragoneses contra Turcos y Griegos. L'Expediciôn de los Catalanes y Aragoneses de Francisco de Moncada. Don Francisco de Moncada. né vers 1586 à Valence. comte d'Osona.. par contre. réimprimé entre autres dans (1852). Lisles Historiadores de sucesos par- bonne 1645. ce qui lui permit de se procurer des informa- tions exactes. Réimprimé entre autres dans les Historiadores de sucesos particulares. avec la rhétorique humaniste. vice-roi de Flandre. . C'est avant tout la nature invita l'auteur à le choisir tait à . Son Historia de los movimientos y separaciôn de Catalufia (de 1633 au commencement de 1641 .

Geschichtsforsch. — AUTRES PAYS Dans les autres pays d'Europe. appelé Callimachus experiem. En Pologne.. la première histoire nationale fut écrite par Jean Dlugosz (Longinus). Je me borner à quelques indications et laisser le les historiens spéciaux exposer en détail développement de l'historiographie etc. en Pologne. venu en Pologne vers 1470 après avoir assez longtemps erré. notre histoire n'offre pas de traits nouveaux. . 1893 (en polonais). Le premier ouvrage humaniste sur l'histoire de la Pologne fut écrit par le florentin Filippo Buonaccorsi. Les particularités typiques sont partout dois donc les mêmes. Ses faux patriotiques rappellent Aventin etTschudi. Sauerland. La littérature plus récente est indiquée dans la Bibliographia Historiy Polskiej édition L. Die polnische Geschichtschreibung des Mittelalters 1873. souvent l'historiogra- phie indigène s'appuie. D. 1437 à S. à son sujet Zeissberg. de transition. . nouvelle et insuffisante édition comme t.G. sur des modèles italiens. Dlugosz est un théologien. D. V. que l'on ne peut mieux comparer qu'aux histoires humanistes allemandes. Cracovie 1873 à 1878) est encore un produit . un des fondateurs de l'Académie romaine. Eine Quelle der Hist. dans les Mitteilungen desinstit. Leipzig 1711-12. Son ouvrage. non seulement pour la méthode. mort 1480 à Cracovie. mais pour la matière même. Historia polonica (jusqu'à 1480 les six premiers livres d'abord DobromillôiS complet avec le treizième livre. des J. Gimignano en Toscane. Souvent et c'est un Italien qui a écrit le premier livre d'histoire humaniste. Cf. On a pu voir par tout ce qui précède que ces deux faits sont pour ainsi dire l'histoire normaux dans humaniste écrite hors de l'Italie. C'est à humaniste en Portugal. Prohaska dans le KwartalnikHistor. X à XIV des Œuvres. né . nisme. qui a dérobé aux humanistes quelques détails de forme. f. né 1415 à Brzeznicd. VII (1886). qu'on doit la première expo- de l'histoire nationale.ôsterr. en Hongrie. Pol. 642 ss. XXIV (1910). dans ces pays sition suivie l'huma- comme partout.489 à signaler particulièrement Bobrzynski et Smolka J. A. chanoine et secrétaire de l'évêque de Cracovie.. H. Finkel (Cracovie 1891 à 1904) n° 25.

(sur l'abdication de Charles: . Comme d'autres humanistes. Seeland et Frise occidentale fiscal général. frère et prédécesseur de Casimir 1440 à 1444). né 1583 à Delft. Vandalorum et Langobardorum (Amsterdam 1655). et de nombreux (4559 — I . . sér. 131). VI. mort à Cracovie 1496. Zeissberg dans l'ouvrage cité et G. arrêté 1618 après la défaite des Remontrants et condamné 1619 à une prison perpééchappé. Quil nous suffise de renvoyer là-dessus à Ranke. {= LadislasIII. latinisé en Hugo Grotius. Hugo Grotius. Étude sur la vie et les travaux de Hugo Grotius. VI (Anvers 1584) continuation dans Rerum Belgicarum et dans Secessio Belgica s. 1519. C'est un élégant styliste. LI (1913) 134 ss. 69 ss. son Historia de rege Vladislao III. nommé 1607 par les Etats de Hollande. Anvers 1598) Heuterus écrit au point de vue royaliste (jusqu'à 1575 Bruxelles 1649). palement En Portugal. les années 1588 à 1609. (Cf Rogge. L'ouvrage était Il écrivit fini peu après 1611. Il composa entre 1484 et 1488. le gouvernement avait fait déjà vers 1461 de vains efforts (jusqu'à 1495 pour s'attacher Blondus comme historien du pays (Masius. par conséquent après Dlugosz. de l'œuvre duquel il put profiter. Deutsche Geschichie. qui fut appelé 1484 par Matthias Corvin à la Cour de Hongrie. l'historiographie humaniste fut introduite par Antonio BoNFiNi. dalla Santa dans Archivio Veneto. mort 1502.Son ouvrage De rébus Emmanuelis régis Lusitaniœ (Lisbonne 1571) ne sort du cadre humaniste que par les quelques notices ethnographiques. mais Grotius le garda par devers lui. 60 s. En Hongrie.HUGO GROTIUS 301 reçu à la Cour de Casimir III. : tius). Bibliotheca Grotiana (1883). Quint). . précepteur des princes royaux cadets Albert et Alexandre. Cf. 1613 par Rotterdam Pensionnaire du conseil. né à A scoli dans la Marca. (1862). Huig de Groot. Nous ne nous étendrons ici que sur un seul ouvrage. assez pauvres d'ailleurs. évêque de Silves). les Histoires. . de Delft (1535 à 1602) Historiœ rerum burgundicarumll. Austriacarum II. il se réfugie en France plus tard au service de la tuelle Suède. avocat. l''^ édi- tion Augsbourg le N. il se complaît à orner l'histoire de fleurs de rhétorique. Les Annales traitentles premiers temps de la Révolution hollandaise à 1588). mort 1645 à Rostock. Blondus. petits traités historiques. La mission lui fut confiée 1611 par les Etats généraux d'écrire l'histoire de la République Anyiales et historiœ de rébus belgicis (pour la première fois. et catholique. Blondus. Amsterdam 1657. donc après la mort de Gro. n. Bâle 1543) sur Blondus (Buchholz. — Caumont. tant à cause de l'auteur qu'à cause de sa valeur intrinsèque. XV (1477 à 1564. L'histoire des Pavs-Bas fut écrite d'une manière suivie et en style humaniste par Pontus Heuterus (Huyter). de 1634 à 1644 ambassadeur de Suède à la Cour de France. secrétaire du roi.) L'historien classique fut ensuite Jerônimo Osorio de Lisbonne (1506 à 1580. reipublicz Batavorum (Leydel610) Historia Gothoen outre De antiquitate rum. qu'il donne sur l'Inde.. Ses Décades 111 Rerum Ungaricarum s'appuient pour les parties anciennes princi.

il le surpasse dans discussion des problèmes militaires et politiques. Dans l'art de l'analyse psychologique. et il ne se montre pas du tout disposé là à regarder le parti vainqueur par même comme Il le plus sage. jusqu'à quel point il est un effet du hasard. mais avec les aristocrates maîtres du pouvoir. l'imitation de Tacite ne pas un bien. et s'il il précieuse et entortillée qu'elle devient est incapable de raconter un style. Mais Grotius sut tout autre- ment que l'auteur espagnol tirer parti de cette forme. Il rejette par principe les anecdotes sensationnelles. Il le caractère de tel ou tel person- recherche souvent avec beaucoup de perspicacité jusqu'à quel point un succès est dû à des causes générales. ressort qu'il était presque un homme d'Etat reli- rationaliste des temps modernes. se sentait un. De Erasmien tout à Il la position qu'il prit dans les luttes religieuses il de son pays et de sa défense de l'Arminianisme fait. Il s'efTorce d'être objectif dans ses jugements. elle se distingue peu d'autres créations humanistes. Extérieurement. objectivement. Hugo Grotius. tient une des premières places. Mais n'a pas l'indépendance la du n'a pas renoncé du moins à l'indépendance de il pensée. avec sang-froid. il en était incapable aussi. Mais n'explique du moins pas de grands événements historiques exclusivement par des circonstances accidentelles ou par nage. Limitation du style de Tacite na rien que de normal dans un xvii^ siècle. pour lui non Son expression est souvent inintelligible. qui avec la domination espagnole Il auraient perdu leurs vieux privilèges de caste. il fait simplement. fut si Sans doute plus. Il avait des raisons particulières pour ne pas traiter à fond le côté religieux du soulèvement des Pays-Bas. considérait les querelles Il gieuses surtout comme troublant l'ordre public. et n'a pas davantage il su éclaircir l'origine de l'opposition religieuse. ne parle pas aussi cyniquement que l'aurait faitGuichardin des mouvements populaires mis en branle par les masses calvinistes — son caractère aussi . non pas avec le peuple hollandais luttant pour sa foi.302 lIISTOmK DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE les derniers Parmi historiographes humanistes. critique en homme politique pra- tique. avec son Histoire Néerlandaise. Quant à découvrir et les causes profondes du conflit entre il l'Espagne Pays-Bas. et livre qui appartient à la première moitié du Mendoza avait en cela devancé Grotius d'un demi-siècle. la égale presque le Romain les .

HUGO GROTIUS bien que sa position officielle l'en empêchaient 303 — . . Toute action irréfléchie et s'alliait désordonnée odieuse. surtout quand elle à l'opiniâ- treté confessionnelle et au dogmatisme zélote. il efface beaucoup trop la part du fanatisme religieux et du patriotisme lui était local exalté. Les manifestations . dans sa narration. mais il mettait au premier plan les problèmes politiques (le maintien des anciennes Libertés eût été selon lui opportun. par des raisons politiques avant tout) . brutales de la passion populaire lui étaient antipathiques a-t-il aussi les retranchées môme de son histoire. autant que cela pouvait se faire.

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LIVRE III L'HISTORIOGRAPHIE INDÉPENDANTE DE L'HUMANISME JUSQU AU RATIONALISME (AUFKLÀRUNG. l'histoire de la doctrine et de l'administration ecclésiastique n'existait pas pour les représentants de l'esprit nou- veau. men- que les événements ecclésiastiques qui avaient une répercussion directe sur la politique. non celle d'une institution. occasionnellement. il semble naturel de l'expliquer par FlIliTEU. L'histoire intérieure de l'Église. moderne est fille de la Réforme L'humanisme ne s'était pas occupé de l'histoire de l'Eglise (ci- dessus. Si le XVI* siècle s'est mis à cultiver le fait l'histoire ecclésiastique. Les historiens humanistes n'avaient tionné. — Remarques générales L'historiographie ecclésiastique luthérienne. ~ I. Platina lui-même avait écrit l'histoire d'une dynastie ecclésiastique. les centuriateurs de Magdebourg et leurs successeurs. . que les disputes confession'^Q . Les manuels du moyen âge ne pouvaient combler cette lacune. — La fondation de r histoire ecclésiastique a. 16 et ailleurs). Non seulement leur langage avait vieilli. L'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE confessionnelle — L'historiographie 1. p. A. mais il y avait trop d'écart entre leur conception et les ten- dances des temps nouveaux.

plus se permettre de critiquer ouvertement un organe de . L'historiographie ecclésiastique protestante a été provo- quée exclusivement par les besoins de la polépnique confessionnelle. Les connaissances hisde cette application à l'histoire toriques ne profitèrent pas l'Église. Un nouveau domaine de en l'histoire fut bien mis en culture.vale contenait Tout ce que la littérature médié- de saillies contre des papes. Depuis que protestantisme forgeait avec des remarques de ce genre des armes l'institution envenimées contre même. à l'intérieur de l'ancienne Église. Mais ce serait une fausse analogie. on prenait l'histoire eccclésiastique du avait conduit la moyen âge à témoin des affreuses ténèbres où domination de l'Antéchrist. les protestants — en dépit de pas si — le prenaient pour contre le symptômes d'une opposition dogmatique papisme et ne distinguaient luthérienne les expressions citées provenaient de poètes bouffons. C'en fut fait par suite. . la On demandait à l'histoire ancienne de l'Église trairement au catholicisme. la faute en est surtout à la réformation luthérienne. de l'humeur naïve qui y avait régné. par ? la contre-réformation Critiquait-on autrefois un pape ou un saint la critique n'atteignait que sa personne. C'est l'école de Blondus qui en pâtit le plus. con- protestantisme avait gardé dans sa pureté la forme primitive du christianisme. Si ses savantes recherches n'ont pas donné ce qu'elles promettaient.306 IMSTOIRK DK l/niSTORIOGRArHIE MODKRNK nellcs auraient ouvert les yeux des historiens sur l'importance générale de rÉglisc. même le en Italie. le preuve que. C'est ainsi. de libres penseurs ou d'amis des réformes dans l'Église. C'est ce qui arriva surL'histoire générale tout pour l'histoire du moyen âge. on ne pouvait l'Église. mais même temps il fut soustrait à la science. Combien la liberté ! de parole fut restreinte. depuis que l'histoire vale des papes et de l'Église était au service de la polémique protestante. du moyen médié- âge perdait toute liberté scientifique. pourrait dire un critique moderne. que l'historiographie contemporaine n'a commencé qu'avec l'apparition des mouvements sociaux à s'attaquer sérieusement aux problèmes de l'histoire économique. elles le reperdaient par l'étroitesse des jugements tendancieux de la polémique. des prélats ou des l'histoire moines. de Ce qu'elles gagnaient à l'extension du champ de l'histoire.

Il fit paraître à Wittenberg 1536 ses Vitse Romanorum Pontificum. Luther als Kirchenhistoriker 1896 (Diss. [Il gegen Kaiser Friederichen Barharossa ^ew6/. Sa première œuvre parut sous les yeux du réformateur (1536). de l'historiographie ecclé1. Schàfer. — JjES débuts. envoyé en ambassade à Wittenberg 1535 pour l'affaire du mariage d'Henri VIII. à Wittenberg. Petits ouvrages L'historiographie protestante a reçu son programme de la main de Luther lui-même. l'originalité ne consiste que dans les chapitres disparates de polémique protestante qui y sont intercalés. dédiées à Henri VIII. Robert Barnes. également dû à un Anglais.L HISTOIRE ECCLESIASTIQUE 307 b. forme : rédi- gées plus tard il est vrai. E. promu docteur en théoCambridge. ci-dessus. (de saint Pierre à Alexandre III). rappelé par Cromwell 1531. se fait luthérien. 224) en prétendant que toute la tradition avait été inten- tionnellement faussée. 84. p. moine Augustin. p. sous cette « dass man den Papst getrost herausstreiche als den Erzfeind unseres Herrn und Hei- landes » à quoi « neben der Heiligen Schriflsehr wohl die Historien von den Kaisern dienen ^ » {Pap&ttreu HadrianilV und Alexanders . brûlé comme hérétique à Londres 1540. puisqu'elles ont pour auteurs des Italiens et des adhérents du parti papal. XXXÏI. logie à On en resta à ce point de vue. et avec une préface de les lui. Pour apprécier le tort qu'il a fait à l'exposition de l'histoire du moyen âge. : et . C'étaient Vitœ Romanorum Pontiftcum de l'Anglais Robert BarxNes. on n'a qu'à prendre cet autre produit. Mais qu'est-ce à dire. Il ne peut contester que les témoignages des sources soient défavorables à Henri IV. de Rostock). d'affaire Quand les ses sources ne le secondaient pas.Wittenbergl545 dans l'édition les des Œuvres d'Erlangen. né 1495 à Lynn. Cf. réfugié pour cette raison 1528 en Allemagne. 359) Barnes déjà rejetait sur les calamités papes toutes de l'histoire et glorifiait leurs il adver- saires laïques. La matière n'est qu'un assez pauvre extrait de Platina et de quelques autres humanistes. Qu'on signale hardiment le Pape comme l'ennemi juré de iNotre-Seigneur Sauveur à quoi peuvent très bien servir les histoires des Empereurs. Barnes s'en tenait rigoureusement déjà aux instructions de Luther. et que ces auteurs ne pouvaient dire la vérité ? (Remarque dans la Vita Paschalis). se tirait (comme humanistes allemands dans des cas pareils.

cependant. lexique des écrivains anglais depuis les plus anciens temps jusqu'à présent. qui Carmélite. cette fois à Bâle après l'avènement d'ÉHsabeth pourvu d'un bénéfice à .400 auteurs sont traités. p. . son texte. Vllistoire de la littérature de la Grande-Bre- tagne de l'évoque Baie (1548). : : Canterbury mort 1563. grâce p. sur modèle des Italiens (Crinitus. En 14 centuries de 100 articles (l'expression de centurie ici. interprétait de libres créations de l'art enjoué du moyen âge comme la le si les auteurs avaient Il voulu le donner un abrégé de dogmatique luthérienne. son travail manque de critique et de profondeur. moine après la chute de Cromwell. auteur. Baie avait des dons d'historien. évêque d'Ossory en Irlande 1552. en transportant dans passé la lutte contemporaine entre la papauté et la pure doctrine. entre les souverainetés laïques attachées à l'esprit nouveau et scolastique. puis protestant et marié lavait protégé contre le parti catholique. Il a composé Illustrium majoris Britanniœ scriptorum summarium in quasdam centimas divisum. Mais Baie était protestant avant d'être humaniste ou historien. liSs. le Il disposa son Summarium. J. était bien supérieur à un Jove ou à un Crinitus il saisissait l'individuaHté d'un traits. 202). HISTORIOGRAPHIE MODERNE siaslique protestante. 1547.). faisait de plaisanteries innocentes d'amères invectives.308 HlSTOIllK DK I. faussait moyen âge. au zèle de Leland (ci-dessus. de nouveau fugitif à l'avènement de Marie. Son parti pris l'entraîna à se méprenil dre constamment sur les intentions des écrivains dont parlait. Il découvrait dans les endroits les plus invraisemblables l'expres- sion d'une hostilité de principe contre la papauté. le clergé demeuré fidèle à la foi John Bale (Balaeus) né 1495 à Cove près Dunwich en Suffolk. Mais comme fixer en peintre de portraits . na pas rapport au siècle) . être plus avait pu rester impartial. qui ne servaient qu'à la polémique protestante (par exemple un résumé de l'histoire des papes). Il glissa dans son histoire littéraire des morceaux étrangers. et savait la quelques Dans les chapitres sur les temps anciens. aurait peuthumanistes de bio- de valeur que tous les autres recueils graphies. en simple recueil chronologique de biographies isolées. ci-dessus. réfugié en Allemagne 1540 de retour en Angleterre après l'avènement d'Edouard VI. que son ouvrage. et ne comprit pas mieux que les humanistes italiens la il nature de l'histoire littéraire. il auquel il rend si hommage dans soigneusement dispose de matériaux s'il si riches et amassés.

Select Works of Bishop Baie 1849 (Parker Society). qui semblait la chose la plus importante. Preger. Baie a. la 13" des mêmes à l'exception de Flacius. n'était pas traitée dans leurs ouvrages. On ne saurait cependant donner le nom de précurseur au naturaliste et polygraphe de Zurich. l'histoire ecclésiastique anglaise. (^'est au cours de l'année 1554 que sa compagnie paraît s'être organisée à Magdebourg. Bateson dans les Anecdota Oxoniensia. aecunhis- dum singulas centurias {=: siècles) perspicuo ordine complectans. par un détail au moins. fut fourni Ce qui leur manquait par l'œuvre classique de l'historio- graphie ecclésiastique protestante.. — Les Centuries de MAiiOEBOURG ^Flacius Illvricus) cus) Matthias Vlacich latinisé en Flacius et d'après son pays d'origine Illyriné 1520 à Albona en Istrie.. . Mais le plan et l'organisation des Centuries appartiennent entièrement à Flacius. . L'histoire des dogmes. Judex et Faber les 5 suivantes des mêmes à l'exception de Faber les 10^ et H" de Flacius. gagné . Baie écrivit en outre différents traités sur l'histoire de l'Église en Angleterre. 1544 professeur d'hébreu à Wittenberg. fait des études humanistes à Venise. iatcgram Ecclesiae Christi ideam . Un Index Britanniœ Scriptorum a été publié \ 902 par R. Les 4 premières Centuries sont signées de Flacius. rangé ses articles chronologiquement. 416 s. L. Wigand. se rend en Allemagne.. qui parcourut une grande partie de l'Europe. Poole und M. 1 et rédigea : Ecclesiastica Historia. : . à dix-neuf ans au luthéranisme. d'une histoire de la littéraL'ordre est chronologique . Bàle 1558) première édition Ipswich 1548. : — ture. approchant ainsi. 309 on trouve intercalées des notices sur puis un abrégé de l'histoire des papes. . Barnes et Baie étaient encore pour leurs matériaux complèIls tement dépendants de l'humanisme. c. usque ad tempora PaulilV. Dès 1553 il voyait nettement son but. une toire ecclésiastique des treize premiers siècles. . destitué 1561 avec ses collègues essaie de fonder une académie à Ratisbonne puis mène une vie errante et inquiète mort 575 à Francfort-sur-le-Mein.. le premier. Cf.) . se querelle 1549 à propos de l'Intérim avec Mélanchthon et d'autres théologiens et se transporte à Magdebourg appelé à léna 1557. 11 commença pendant son séjour à Magdebourg . Car Gessner ne donne qu'un lexique d'auteurs dans l'ordre alphabétique. (Cf. etc. des attaques partielles.DKBOUK(. il commençait dès lors à chercher des collaborateurs. Pour la récolte des matériaux. ne livrèrent que des essais.LES CENTURIES DE MAr. le plus grand travail fut fait par Marcus Wagner. Wigand et Corvinus la 12'' des mêmes et de Holthuter. II. l'œuvre qui mit réellement à exécution les intentions de Luther. 11 est possible que l'ouvrage de Baie ait été inspiré par la Bibliotheca univer^alis de Konrad Gessner (Zurich 1545). les Centuries de Magdebourg. qui fut aussi publié à part (sous le titre de Acta Romanorum Pontificum. .

39 ss. cf. doctrina dans les différents siècles. Janssen. 1898. Flacius avait ici encore dressé les batteries. Gesch. on trouve beau1 859-1861) . testium veritatisqui ante nostram. dans Neues Archiv XI (1886). La nouvelle édition commencée à Nuremberg 1757 sous le titre de Centuriœ Magdeburgeuses s'arrêta au V siècle. fut reconquis pour l'histoire la l'exposé. Pour la biographie. A la mort de Judex 1564. Au-dessous d'eux il y avait deux Architectes et sept Stadiosi. la dernière centurie (la 13«) à laquelle d'ailleurs il n'avait plus officiellement collaboré. und seine Zeit ( chez W. Sur l'usage que la polémique protestante a fait des Centuriateurs. Aleman et Copus s'occupaient de la partie commerciale. . Eux seuls ont fouillé sys- tradition historique pour y trouver les matériaux dune histoire de l'Église. tout un canton de bien que superficiel. F.310 HISÏOIRK DE L IIISTOUlOdlUrHIIC MODERNE Mais lui-mènic ne fit (jiu> suivro les indications délaillées que lui avait Dans les années 1557-1558 on commença le travail données Flacius. D' Méd. — : l'ouvrage fut arrêté. des deutsch. Première édition Bâle 1559 à 1546. V.-Ch.Johann \Yigand et Matlhœus Judex. III. les deux derniers ecclésiastiques. . J. ce qu'il y a de mieux c'est Preger. Die Bonifaciuslikeratur der Magdeburger Cent. négligé par les humanistes. Ebeling Aleman. M. Les témoignages confessionnelle des Protestants première fois chez eux clairement répartis en rubriques qui les embrassent à peu près tous. Eux seuls ont affranchi la polémique historique protestante des œuvres historiques des humanistes et des livres de droit dont avait besoin l'apologétique sont pour la du moyen âge. Bâle 1624. d'autres ecclésiastiques prirent sa place. Importance des Centuriateurs pour Ihistoire ecclésiastique. Cent. 9 ss. Volkes. Baur. Le travail fut continué plus tard à léna et en d'autres lieux. 'A la mort de Flacius. Die Epochen der hirchlichen Geschichtschreibung (1852). spécialement. Schulte. Grâce à Flacius. A la tète de l'entreprise étaient cinq Gubernatores Flacius. coup de renseignements dans 319 ss. -Martin Copus. de la vie humaine complètement . avec quelques passages modifiés dans le sens calviniste. parut 1574. Beitràge zur Nûrnberger.. Deuxième édition. Schaumkell. l'empereur Maximilien (Bâle 1566). II. un an avant sa mort.. Beitrag zur Entstehungsgeschichte der Magdeburg. reclamarunt Papw (Bâle 1556) et un écrit présenté en 1566 à II. Flacius setatem composa en outre un Catalogus. — Ce sont eux proprement qui tématiquement toute la l'ont fondée. De translatione Imperii Romani ad Germanos La plus ample appréciation des Centuries chez F. de rédaction. C 1877 . qui malheureusement ne connaît pas du tout les historiens humanistes italiens et par suite surfait considérablement le travail critique des Centuries. 41 3 ss. Détails Entstehungsgeschichte der M.

Les Centuriateurs ne s'en récit faits capitaux de la vie extérieure de ils embrassèrent sa vie intérieure. qui n'avait pas de place jusqu'alors dans l'historiographie politique. c'était une extension de l'idée tinrent pas au l'Église . dogmatique. les changements dans la doctrine. Leur méthode et leur critique historique. die auf dem Gebiete der Kirchengeschichte von selbstzu einer histori&chen Kritik werden musste. au lieu d'une narration suivie. Les Centuriateurs philologico-historique ne comprenaient pas la critique exercée pour elle-même. chap. 47). l. assez maigres d'ailleurs. surfaite. x sub voce Paulus). Leur critique a été en général bien la echt kritischen Baur va jusqu'à parler Tendenz des Protestantismus. celle qu'Erasme avait déclarée inauthentique.NTORIES DE WAGDEDOUllG l'esprit 311 c'était la part faite à la vie de dans l'histoire.LES CE. — Cependant. Mais ils sont au-dessous des humanistes comme critiques et comme de historiens. en rubriques invariables et de découper l'histoire de l'Eglise non pas en périodes organiques. Leurs notices. II. de vue du mérite historique. qui. ils En face de données qui n'intéressaient pas la adoptaient simplement l'attitude critique prise avant la eux par les humanistes. sur les religions non chrétiennes posèrent même la première pierre d'une histoire des religions. die ûberall da um so tiefer eindrang loo sie uni so (p. Haute tendance critique du protestantisme. Pour le but pratique qu'ils poursuivaient. sur le terrain de l'histoire ecclésiastique. etc. Les Centuries ne voulaient être qu'un arsenal bien il rangé à l'usage de la polémique protestante : était logique de disposer la matière. I. devait se tourner d'elle-même en critique historique et pénétrer d'autant plus profondément là où elle était aiguisée par l'intérêt polémique. au point une régression. Faisons ici les Centuries signalent abstraction de la forme. . mais d'après le cadre tout extérieur le des siècles (imitation des annales humanistes pire que modèle). les auteurs n'auraient pu y imaginer une forme plus commode. dans le culte. Us abandonnaient correspondance de l'apôtre Paul avec Sénèque (Cent. mehr Il (!) von dem polemischen Interesse geschdrft wurde^ était la eût été plus juste de dire quelle pénétrante là seulement où elle était aiguisée par l'intérêt de polémique. quant à du Christ 1. même des de l'histoire.

ramenés à l'expli- Jamais un homme de parti convaincu ne conviendra que le sien le le parti opposé puisse être autant que naturel. Us sont bien du scepticisme rationaliste des humanistes. X. L'histoire universelle redevient ^ une lutte entre Dieu et de le Diable. Les germes d'une explication les humanistes. or se trouvait par hasard qu'aucun humacon- niste ne l'avait attaqué. Les auteurs cherchent à imposer par la quantité plus que par la qualité ils de leurs ne font preuves. la conception théologique reprend tout son empire. Quelle interven- nouveau VuUima raison aurait de faire des recherches sur l'origine du gnosticisme. la fable Ils n'émettent pas qu'ils moindre doute sur de la papesse Jeanne. jamais une différence entre des sources anciennes ou nouvelles.ii) : ils il ne tenaient pas faux pour démontré (Cent. — Naturellement. Bien différents deBlondus ou de Galchi. chap. originales ou de seconde main. pourvu qu'il soit hostile papauté. Tout à la témoignage est bon. auxquels est consacrée dans chaque centurie une rubrique spéciale. sont séparés par un classement bien peu méthodique selon qu'ils parlent pour ou contre leur cause. culte des reliques) sont à rejeter comme signa mendacia. Leur conception de l'histoire. contemporaines ou postérieures. chap. Permettent-ils des conclusions favorables à la vérité d'une institution ? ils catholique (adoration des Saints. Les miracula.312 mSTOlRK DE le roi I. songent pas à douter du (Gent. péris- humaine et naturelle l'histoire semés par sent entre les mains des Genturiateurs. du ^ moment qu'il sait que cette hérésie a été suscitée par les Genturiateurs sont le Diable ? Par un côté cependant cation individualiste. Sont-ils l'œuvre de missionnaires chez les païens ou d'hérétiques antipapistes ? il faut qu'ils soient authentiques. I". tandis cherchent à établir la falsification des Dôcrétales loin du Pseudo-Isidore. l/llISTOIU()(iHAI'lllK MODERNE le avec Abgar d'Edcssc. tions divines sont de l'historien De mystérieuses ratio. produit d'un développement il verra toujours dans les agissements des . quoique funeste . Platina avait marqué son incrédulité quant au bruit aurait fait dun le pacte que le pape Silvestre dans sa jeunesse avec fait diable: les Genturiateurs ne x). 1. Les Genturiateurs ne sont critiques que quand trarie leur la tradition le tendance antipapiste.

n'agissent que sur un Ces vues des Centuriateurs firent une énorme impression. une mauvaise cause. inc). qu'ils traitaient Tant au point de vue luthérien de la pure doctrine et de l'Église. Ils ne soupçonils nent jamais qu'ils obéissent à une suggestion. Us jugèrent nécessaire aussi de montrer les adversaires la papauté guidés dans leur opposition . en dépit de leur conscience. et même en grande partie de la situation personnelle des Centuriateurs eux- mêmes Flacius et ses collègues espérèrent (en vain) une subvention des princes protestants allemands et s'imposèrent en conséquence des égards pour le système du summiis episcopus des Eglises luthé- riennes nationales et pour les souverains eux-mêmes. d'après eux. ils — Malheureusement l'histoire ont eu aussi une grande influence sur l'historiographie politique. Ce au sont. l'influence des chefs de partis adverses. Au x^ siècle. Ils surfont. Le développement est terminé comme d'habitude. la domination du Pape tient tellement sous son ombre toutes les Églises que les et laïques gouvernements ecclésiastiques signe de lui. Mais ils y mêlaient des vues qui provenaient moins de la théologie luthérienne que de la constitution des Églises nationales allemandes. parti de ce dernier. X. Aussi les Centuriateurs ne comprenaient-ils pas que la puissance papale se fût formée peu à peu sous l'influence de certaines conditions historiques. ils prirent toujours le Non seulement en repoussant de les prétentions politiques de l'Eglise cathofique. des intrigues conscientes des évoques de Rome vii^ qui ont seules créé la papauté. pensent-ils (Cent. Leur attitude vis-à-vis des gouvernements. Pas un de scepticisme historique ne les a effleurés. Ils ne cèdent pas à la nécessité de défendre. Les auteurs ne sont pas des apologètes officieux à gages. mais des hommes souffle de parti convaincus.LES CENTURIES DE MAGDEBODRG 313 adversaires de perfides machinations personnelles. Surtout parce qu'elles s'appuyaient sur un fond puissant d'honnêteté. Dans la lutte entre les pouvoirs ecclésiastique et laïque. quand doctrine de la justification par la œil foi voient la formulée en des endroits où un soit non prévenu chercherait en vain quoi que ce de pareil. siècle. leur tendance dogmatique se montrait au grand jour et était relativement inofl'ensive pour l'histoire.

avocat. idéalistes. — L'historiographie anglaise sous l'influence des Centuriateurs 1.. : .{| i HISTOIRE ni: I. publié pour la le . Ils ont par là si fâcheusement brouillé les idées. G. publiée d'abord 1631 à 1667. HISTOIUOGHAI'IIIK MODEKNE uniquement par des molifs religieux. est gagné au protestantisme dès temps de ses études à Oxford forcé à l'avènement de Marie de s'exhiler d'Angleterre. des empereurs Henri IV et Frédéric les centuriateurs voient d'un côté la piété. il y meurt en 1587. les ten- tatives de souverains du moyen àg-e pour mettre sous leur dépende leurs territoires.. L'histoire ecclésiastique du théologien zurichois . traitant du \v« et avec plus de détails encore du XVI'' siècle. va jusqu'à l'année 1300 et traite principalement de Wiklif et de Hus. Cette première rédaction. vm). mais des recherches savantes chez les protestants. où il mourut 1572) dont le Livre des martyrs. I. né à Boston 1516 ou 1517. où il paraît avoir vécu comme correcteur et imprimeur. Henri assassiner Thomas Becket papistes. John FoxE. Cf.îohann Heinrich Hottinger (1620-1667) Historia ecclesiastica Novi Testamenti. X. chap. Strasbourg 1554.. Naturellement. qui n'a pas été continuée sous cette forme. — non pas les prélats mais — les princes laïques (par exemple les empereurs allemands) flagraruni eximio zelo ulterhis promovendi gloriam Z)e^ (Cent. Dans les conflits ecclésiastiques et politiques II.. i). v. qu'on peut qualifier les six ou neuf derniei's volumes.. Us ont. se rattacha si étroitement à l'ordonnance extérieure des Centuries. Conception et méthode des Centuriateurs sont restées jusqu'au non seulement de l'histoire ecclésiastique populaire. de l'autre une coupable ambition cléricale. : ils le racontent sans ajouter un mot de blâme car (Cent. Foxe suivit plus tard les traces de Jean Grespin (né à Arras vers 1320. XII. il finit par chercher refuge à Bâle (1555). comme a fait partout. 259 s. d'abord à Bâle et à partir de 1548 à Genève. tandis dance les établissements ecclésiastiques qu'ils attribuent uniquement à la la cupidité et à l'ambition les efforts ici II vraiment réformateurs de Curie. Commentarii rerum in ecclesia gestarum viaximarvjnque per Il a écrit totant Europam persecutionum a Viclevi temporibus ad hanc usque aetatem descriptio Ko. C'est leur faute actuellement encore bien des histoires rapportent à des mobiles réformatetirs. chap. Wyss xvni*^ siècle la règle : Historiographie in der Schweiz. de continuation du travail de Magdebourg. réparti inégalement l'ombre et la lumière. d. de retour en Angleterre (à Londres) 1539 après l'avènement d'Elisabeth. — Foxe. proscrit de France pour sa foi protestante. depuis Jean Hus. La forme même des centuries fit école.

Malheureusement les recherches très insuffisantes sur plusieurs points de Maitland n'ont pas été systématiquement reprises. . Pratt dans le premier volume de Reformation Seiies of Church Historians of England (1870). à tracer une peinture authentique des persécutions subies par les martyrs protestants. il fut obéi par le bas clergé dans de nombreuses paroisses. différentes éditions pseudo-critiques au xix*' siècle). quse 'postremis et periculosis his temporibus evencrunt. History of the Bnglish Church in the Sixteenth Century (1902. 11 y mit fortement à contribution les Centuries de Magdebourg. etc. bien que le nombre des cas aille croissant où l'on peut convaincre Foxe de contre-vérités manifestes. Pantaleon à Bâle (1563. Ce qui manque. La Convocation décréta en 1571 que des exemplaires de ce livre seraient déposés dans les églises cathédrales. Gairdner. et les attaques des Catholiques et des Anglicans n'avaient guère été dirigées que contre la tendance presbytérienne de l'auteur. 11 y a pour cela des études préliminaires dans J.L HISTOIRE ECCLESIASTIQUE EN ANGLETERRE 31b première fois 1554. Cf. Pendant des siècles le Livre des Martyrs avait passé aux yeux du clergé purit?in et des laïcs pour une autorité en matière d'histoire ecclésiastique. S. digesti per et nationes commentarii (jusqu'à 1559). Plus populaire encore que le texte latin fut le remaniement en anglais fit paraître plus tard à Londres. même dans les parties qui passaient pour les plus dignes de foi. Foxe prit rigoureusement modèle sur Crespin pour la méthode. Bien que ce décret n'ait pas eu la ratification du parlement. pour la première fois. En 1837. ce qui n'a pas été remarqué jus- que Foxe qu'ici. c'est une confrontation des actes communiqués ou utilisés par lui avec les originaux. dans les relations données comme fondées sur des actes des persécutions subies par les protestants en Angleterre sous Henri VIII et Marie la Catholique. 301 ss... qui parut à Bâle 1559 sous le titre de Rerum in ecclesia : gestarum. mais son travail est moins honnête et moins impartial. Cf rindex) et du même Lollardy and the Reformation inEngland (1908 ss. etc. sur. puis fréquentes. Londres 1563. réimprimés dans Essays on subjects connected with the Reformation in England 1849)). et du même : Etudes sur la réforme française (1909). qui traite des persécutions en Angleterre et en Ecosse il fut continué pour le continent par Henri régna . à l'aide d'actes judiciaires. de lettres. De ce livre non plus il n'y eut d'achevé que la première partie. Hauser. en outre J. Les Commentarii furent refondus en un grand ouvrage latin. cherchait..'maocimarum- que per Eiiropam persecutionum ac sanctorum Dei martyrum. R. : — Les origines du les idées « Livre des Martyrs ». — C'est le en Angleterre que des Centuriateurs se montrèrent plus fécondes.. n'^ 776. Il était intitulé Acts and Monuments ofthe Christian Martyrs. {Sixletters on Foxé's Acts and Monnuments. dans les demeures desévêques. : Littérature. Bâle). Cf. Maitland osa mettre en doute la sûreté d'information de Foxe. xvi'' siècle. etc. le peuple l'appela tout court Book of Martyrs (f'' édit. Les sources de l'histoire de France..).Crespin la littérature chez H.

il n'aurait pas repris cette théorie historique et sur- tout ne l'aurait pas développée. — On le voit. IIISTORIOC. non les Magdebourgeois eux-mêmes). même dans la forme. — les rédactions latines en sont la preuve — . la Les Acts atid Monuments de Foxc n'étaient. pour flatter le sentiment national anglais. en môme temps que les Centuries. un livre Lorsque Foxe s'occupa. qu'un recueil d'Actes des martyrs protestants. Les récits sur les persécutions les faits n'étaient pas mis en rapport avec anciens de l'histoire eccléla série siastique générale- En commençant par Wiklif des témoins du sang. idée fondamentale. de remanier son ouvrage pour le public anglais. fut La conséquence que cette rédaction anglaise devint un livre tout nouveau. Comme dans le Livre des Martyrs français qui servit de modèle. sous où ils première forme paruvent. mais n'étaient pas. L'origine de son œuvre la plus populaire et la plus influente en est la preuve éclatante. les Centuries avaient paru en grande partie. L'exposition populaire. l'auteur faisait tout simplement une concession au patrio- tisme anglais. Mais sans les Centuriateurs. et mêle à cette théorie une conception favorite de Wiklif. Il Mais Foxe a trouvé des points de vue historiques généraux. l'originalité du Livre des Martyrs n'est pas grande. l'Eglise foi leur emprunte leur Comme et Flacius. Seulement. pas seulement les n'utilise matériaux fournis par les Centuries il (il cite leurs sources. différents 11 n'y avait pas d'enchaînement entre les morceaux. ne désigne le lui comme temps de l'Antéchrist que les quatre siècles l'an après Loosing of the Satan arrivé en 1000 (cette période dure pour à peu près jusqu'à 1371. La ' dément pas dans fait cette version l'Angleterre et l'Ecosse sont tout à au premier plan. c'est-à-dire jusqu'à l'apparition de Wiklifj. Le recueil de martyrs devint une histoire de situation insulaire de l'auteur ne se définitive : l'Eglise. sous Elisabeth. Elle ne consiste en apparence que dans . il se représente l'histoire de dans l'antiquité la au moyen âge comme une lutte entre la pure et il papauté. relations et documents se suivaient des protestants ^' dans un ordre assez lâche.316 UISÏOIHE IIK I. d'histoire. Les Commentarii latins étaient un livre d'édification passionnée.HAPHIE MODERNK L'historiographie ecclésiastique anglaise doit son existence aux théologiens de Magdebourg.

chez Foxe. comme critique. qu'il n'était pas théologien. Il mêla — cela plaît au peuple — à la Il narration vivante des morceaux du genre sermon. non aux théologiens. Il La doctrina pour ^ avait mis l'histoire du dogme au centre de son exposé Foxe ne témoigna d'intérêt et l'avait traitée jusque dans le détail. Il ne donna jamais de simples notices ou des résumés. est moins systématiquement ordonnée. Mais ce n'est pas tout. non au Consistoire veillant sur la pureté de la doctrine. Son histoire de la réformation anglaise a longtemps chez les protestants : mais on l'a convaincue dans ces dernières années de beaucoup d'inexactitudes tendancieuses. lui ajouta à tout ce qu'il racon11 des réflexions populaires à propres. — Gomme savant.' Il fournit des renseignements sur l'histoire politique anglaise — innoautorité vation qu'il doit aux Centuries — mais il les choisit bien moins habi- lement qu'elles. Moins qu'elles encore il s'intéresse à la vérité pour fait elle-même. lui. Son ouvrage. tient en grande partie à ce fait. chez lui. Son livre app^iient aux communautés prolestantes.L HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE EN ANiiLETiiRRE 317 l'histo- le mélange du genre populaire des histoires de martyrs avec riographie savante. C'était un mérite d'employer pour cette partie de son travail des pièces . est à la bourgeoisie presbytérienne. accompagnait ses documents de remarques explicative^ et épargnait au lecteur les rognures du savoir. il Foxe de est bien inférieur aux Centuriateurs. même au niveau de celle des Centu- En dépit de Polydore Virgile et de l'observation sceptique (1. Le travail scientifique de Foxe. II des Centuries froy de chap. était tout Flacius avait écrit en Vieux-luthérien. Le succès de Foxe auprès du grand public. tait comme Mais il les Centuriateurs. La parole. que pour les points principaux de la nouvelle doctrine et mit la narration au pre- mier plan. n'est qu'une compilation sans scrupule. La matière. plus considérable que celui des Magdebourgeois. il retient obstinément les fables de Gode- Monmouth et cite sans hésiter une prétendue lettre du roi Lucius au pape Eiputhère. il Plus que les Centuriateurs. Surtout quand il pouvait conter les souffrances et la mort héroïque des martyrs protestants et la soif de sang de leurs adversaires. quand sort l'histoire de l'Angleterre. emploie comme sources des auteurs modernes. Sa critique n'est pas riateurs. inséra beaucoup d'actes à l'état brut. ii).

318 HISTOIRE DE l/niSTORIOGRAPHIE MODERNE d'archives (registres desévêques). à côté les de la Bible. le seul livre d'édification. le seul aussi masses Nulle puisaient leurs connaissances en histoire ecclésiastique. L'imprimeur-éditeur rompu aux affaires avait su rencontrer le goût du public pres- bytérien d'Angleterre. on y parle de Knox à la troisième personne. l'ouvrage est un écrit de parti impersonnel. met au nombre des victimes de au l'intolérance ecclésiastique vis-à-vis des littéraire ôvangéliquesTévèquePeacock. le réformateur écossais bien connu (vers 1505 à 1572). Cela peut s'excuser par l'ignorance. âpre adversaire XV* siècle. Mais n'est guère croyable qu'il que tout ce qu'il ait su de Savonarole. et a montré dans « la ». — Knox. se mit sur la défensive. cependant. coftiposa . Le Livre des Martyrs eut un immense succès. 2. Mais sous les Stuarts encore les Acts tèrent pour le clergé puritain et dans les and Monuments où res- ménages puritains. Foxe a souvent abusé de cette position pour opérer des falsifications illicites. qui n'est certainement pas de la main de Knox il manque d'ailleurs dans tous les manuscrits. Commencé déjà 1559. L'Eglise anglaise adopta officiellement son livre. c'est le a voulu réformer son ordre. part ailleurs les temps héroïques du Protestantisme n'avaient ren- contré une peinture populaire aussi captivante. — . Première édition . qui fut contraint à l'abjuration desLoUards publique de ses libres il opinions rationalistes. premier livre (1556) qui traite les préliminaires de la Réformation écossaise et les événements jusqu'à 1558. La réaction anglicane du xvii^ siècle. mais un danger s'ensuivait. Ce qui concerne les « PréIl réformateurs » est particulièrement tendancieux et altéré. Les livres 11 et III (1558 à 1561) furent écrits d'abord c'est seulement après la publication des Acts and Monuments de Foxe (1563) que Knox ajouta le John Knox. Le livre de Foxe inspira ensuite l'œuvre principale de l'historio- graphie écossaise. Dans l'édition de 1644 un cinquième livre (jus- qu'à 1567) fut ajouté. c'est que par là les assertions du Livi'e des Marlurs se dérobaient en grande partie au contrôle. The History of the Reformation of Religion xoithin the Realm of Scotland (jusqu'à 1564). Par sa forme extérieure. clergé et dans les moines source et les auteurs de toutes les calamités et de faits tous les vices le Foxe est passé maître dans l'art de taire des qu/ gênent.

la il repoussait I. D. n'a plus à chercher. qu'il ajouta une introduction racontant les prélimi- naires de la Réformation en Ecosse et exposant historiquement les les plus récents l'histoire (Foxe est utilisé et cité dans ce cha- Pour de l'historiographie. Il s'écarta de Foxe en ce seul point. — L'histoire de la Réformation écossaise de Knox est avec le Livre des Martyrs dans un rapport analogue à celui de Foxe avec les Centuriateurs. mais c'est lui qu'il a d'un écrit de circonstance un ouvrage d'his- Le calviniste écossais ne visait d'abord qu'à une apologie de la Réformation écossaise. sur la cause de la défaite des Ecossais à Solway Moss. Pas plus que pour un : autre réformateur il n'y avait pour lui de problème historique qui possède la vérité entière. Rapports avec Foxe et avec les Centuriateurs. Knox a conçu son grâce à toire. jugement théologique sur Ainsi que croyait pouvoir reconnaître dans l'histoire . Knox dans est encore selon toute vraisemblance l'auteur Brieff Discours off the troubles begonne at Franckford in 1554 (d'abord 1375). et introduisit les textes des actes. Hume Brown. dans les Works. l'introduction à l'édition J. Knox ne doutait pas que des sorII. Sa théorie est logique dans ses conclusions et simpliste comme les systèmes de tous les . d'après le manuscrit original. 211 s. l'ouvrage de Knox n'est Il donc pas de grande importance. tandis que son compa- triote etcontemporain humaniste Buchanan (ci-dessus. avec le cinquième livre.) ratio- nalisait les sorcières de Macbeth. qu'il se borna à Il l'histoire de l'Eglise à l'exclusion de le il l'histoire politique. travail indépendamment de fait l'auteur anglais. — Cf. pour les jugements le détail. édiplus exacte 1732 .L HISTOIBfc. P. ECOLKhIASTIQUB EN ECOSSE 319 tion (incomplète) Londres 1586. . un plan de salut divin pour la propagation de l'Evangile expressément les explications naturelles (Cf. 357). Il croyait aux miracles et aux présages. Londres 1644. cières ne pussent prophétiser (Cf. Knox. édité par D. IV. l'histoire. Knox and thc Reformation 1905. C'est seulement après l'apparition des Acts and Monuments événements pitre). de la Narrative Germany A. était d'accord avec ses devanciers et il leur emprunta aussi sa méthode jusque dans Comme Crespin et comme Foxe. Laing. p. il consulta pour l'histoire des hérétiques persécutés les registres des évêques. remarque 88 édit. 1895. Laing pour la Wodroiv Society 1846 à 1848 comme tomes I et II des Works. Lang. adopta en plein les Centuriateurs. J. 1855. A. 1542).

). dédaigne les artifices du est parce que c'est l'effet chose Il même qui importe. Il anciens Jésuites la il ne cherche son salut dans abandonne la misérable méthode d'estompage aux représentants timorés de Il seconde génération. ne se distingue pas au fond d'autres apologies officieuses son parti a toujours poussé les conces- sions à l'extrême.320 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE lui fanatiques du dogme. I. psychologue. — C'est par l'art de peindre qu'il dépasse ses devanciers. pas de remplissage. Il lui. 322) . des événements contemporains il Il à IV). cela ne se demande pas. Chaque mot calculé pour pratique. et n'accepte aucune responsabilité pour les excès commis (Cf. tout aussi natules Jésuites la lutte contre l'hérésie : que pour mais quand la régente y répond par des menaces sanglantes. 349 s. Spéculer. cela s'appelle une . dispute : n'aime pas la il est si ancré dans son opinion que seul un drôle ou un endurci peut douter de sa justesse. offert aux adversaires (II. Pas plus que le silence. d'ailleurs. Les Centuriateurs étaient théologiens. sans se sont rattachés au groupe calviniste pour arriver il 100 s. ce n'est pas son genre. est plus honnête que Foxe. pas de digresil Avec une sûreté merveilleuse. n'égale pas l'Espagnol comme style. qui : ne s'était montré que dans les affaires capable d'initiative Knox était homme d'action. p. Chez sions oiseuses. de l'ambition et dune insatiable cupidité. accorde paisiblement que bien des parti(I. relles semblaient parfaitement naturelles. il rappelle Loyola (ci-dessous. il a toujours. traits. De telles violences.). la destruction des couvents de Perth (I. surtout Comme Il il historien. parti. Mais ainsi que la lui. évite le ton du récit populaire que Foxe aimait à prendre. lui quand elles ne visaient pas un butin personnel. Comme écrit de . Knox écrivain. ne passe pas sous silence 322). sait choisir le détail il donne peu de il mais avec cela peut tout dire. L'histoire est pour un combat entre la lumière et les ténèbres : quel parti possède la lumière. laïque sans indépendance d'esprit. frappant. : Seulement tout cela les adversaires sont chez Knox prend une couleur théologique inspirés par le Diable : Satan les a enchaînés à l'aide des désirs impu?'s. Et les puis quoique partial. l'occasion de s'expliquer librement 141 s. Foxe. faire des Il recherches et des enquêtes.). livre est le récit Le noyau du (1.

destitué parle parti puritain. Théologien. II. Comme écrivain. prend le parti du roi. 1615. nommé par suite 1603 archevêque deGlasgow. Mais il . : Knox pour modèle et dans les suivit parfois mot à mot. Englische Geschichte.L HISTOIRE ECCLESIASTIQnE EN SUISSE 321 beasllie crueltie (I. — L'histoire ecclésiastique en Suisse l'histoire ecclésiastique avait Le besoin d'un exposé protestant de été satisfait pour longtemps eu Allemagne par Il les Centuriateurs et leurs tributaires. Thomson pour la Wodrow Society) On n'en avait imprimé auparavant (1678) qu'un extrait. e. Ranke. Son History première édition mutilée. 324). Cf. Il écrivait en homme d'une culture accomplie. il occupe parmi les anciens historiens anglais une des premières places bien peu l'égalent pour l'agrément du style. la clarté de la composition et la modération des jugements. qui s'était assimilé du rationalisme humaniste tout ce que lui permettait sa profession ecclésiastique. Né 1565 probablement à Calder en Ecosse. mort 1639 à Londres. Uneédition complète deVHistory oftheKirk ofScotland (jusqu'à la mort de Jacques VI) parut pour la première fois dans les années 1842 à 1849 (édit. plus fanatique encore est ['histoire de Véglise écossaise composée avec subside ecclésiastique (1575 à 1650. l'histoire est vrai que les Centuries n'étaient pas achevées. pasteur à Crailing). membre du Conseil privé d'Ecosse. Plus partiale. La General Assembly assigna 1648 une pension à Calderwood pour son travail. Il n'est pas d'ouvrage historique qui nous . fasse pénétrer aussi clairement la mentalité des chefs protestants il n'en est pas qui renferme des tableaux d'un réalisme aussi puis- sant. Un pendant à Calderwood dans le sens épiscopal fut composé par John Spottiswoode. L'histoire de la Réformation écossaise tourne chez lui au mélodrame les adversaires de l'Evangile sont dans son exposé des créations impossibles. archevêque de Saint-Andrews 1605. Il officiel par David Carderwood prit premières parties de son histoire le n'avait ni son intelligence ni son talent de peintre. où son père était pasteur. la meilleure 1851 par Russell et Napier pour la Spottiswoode Society) décrit les événements du point de vue d'un protestant loyaliste à tendance modérée. 89. il eut accès aux archives et put utiliser de nombreux documents d'État. des scélérats tels qu'on en voit s'agiter dans les théâtres de marionnettes. . of the Church of Scotland (jusqu'à 1624 Londres 1655. . — . Il de la Réfoimation et de Luther n'y figuraient pas. par le Rév. Écrivant son ouvrage sur mandat de Jacques I""". Le style est impersonnel. il y aurait eu là une belle tâche pour un Foxe allemand. la composition aussi lâche que celle d'une chronique médiévale. 1583 successeur de son père à Calder. 1638. Mais ne surgit 21 FUETER. Plus que chez son modèle le récit est noyé sous les textes des actes. Th.

1528 en même temps pasteur du village voisin de Hausen. mort 1575. qui traitent l'histoire ancienne de la Suisse et de Zurich jusqu'à 1519. 1566. Lœsche. 1529 pasteur à Bremgarten. comme penseur et comme théologien. Il écrivit dans les années 1367 et suivantes HiMoria oder Geschichten. 1894. Mais là où Mathesius rapporte ses propres souvenirs.ioachimsthal. c'est que luimême.322 HISTOIRE DK I> IflSTORlOORAPHIK MnnKRNE le aucun autour qui eiU raconté sur Ion populaire du Livre des Martyrs. n'avait aucune personnalité. né 1504 à Bremgarten. J. Il sait faire de son héros un portrait individuel. il donne à l'église de Zurich en sa qualité d'Antistes son organisation définitive. comme pasteur de la cathédrale. Leur histoire n'avait pas encore été écrite. Elle n'est originale que dans ses parties mémorialistes. il raconte d'une façon extrêmement vivante. 1876: K. mit Enderung der Religion und Anrichten christenlicher Reformation. Mathesius. sans critique la plupart du temps. Il la peine à la l'aire en était autrement pour les Eglises réformées de Suisse et de France. Le grand ouvrage de Sleidan paraissait défier toute concurrence et la légende de si Luther avait été retracée par Mathesius sous une forme populaire réussie qu'une nouvelle biographie aurait eu de oublier. les récits de Luther lui-même et s'appuient avec prédilection sur des anecdotes de très douteuse authenticité. 1894-95. BuUinger. von dem Jar Christi 1519 bis in das Jar 1532. Amelung. gagné comme étudiant déjà à la Réformation. sosich verlaufen in der Eidgnoschaft. Les 17 Predigten von den Historien des Hem Doctoris Martin Luthers seligen (f" édit. S'il a pu retracer si fidèlement le caractère propre de Luther. Mathesius. L'histoire de la lléformation seule a été publiée par ITotlinchoisi à Zurich : . Plitt. Heinrich Bulllnger. Les chapitres proprement biographiques ne font que reproduire. édit. G. Lœsche 1898) du prédicateur de . insonders zu Zurich. c'est-à-dire comme successeur de Zwingli. Les successeurs de Zwingli et de Calvin n'ont pas trouvé au-dessous de leur dignité la tâche de combler cette lacune. mort 1565 à Joachimsthal où il avait été en activité depuis 1532) sont peut-être la seule biographie allemande du XVI'' siècle qui doive être prise en sérieuse considération. qu'il doit quitter 1521 après la bataille de Kappel. C'est parce qu'il avait la nature d'un Eckermann. BuUinger ajouta encore quatorze livres von denTigurinern und der Stadt Zurich Sachen. J. les destinées du protestantisme allemand. — Cf. Plus tard (1572 à 1574) complété par le commencement. Die vier crsten Lutherbiographen. Johann Mathesius (né lo04à Rochlitz en Saxe. 1523 professeur à l'école du couvent à Kappel.

Gagliardi dans cf. H. tels quels. 422 ss. Bul- linger tut du petit nombre des auteurs d'avantl'époque du rationalisme. Bullinger fait objectif. 69. et dans les Ztom^Ziana.) et VEpitome de l'ancienne guerre de Zurich. Les choisis. X. qui a passé en partie mot pour mot dans la Chronique de Stumpf (Luginbûhl dans Anzeiger f. son œuvre propre et non une mosaïque incofaits comme trop souvent chez Sleidan. les Zwingliana. page 205. H. 235 ss. Tous ces ouvrages sont inédits. mais sa langue n'a pas subi au moins la déformation humaniste. Il s'y est ajouté encore un Chronikon von dem Ursprung und allen Geschichten der Stadt Zurich composé en 1531 et provenant peut-être de Bullinger (cf. sont extraordinaire- ment bien Les et entrefilets aimés des chroniqueurs sur des sauf quelques le phénomènes naturels restes. — C'est sans doute à l'exemple de Sleidan que égard supérieur à celui de l'huma- Vantistes zurichois Bullinger écrivit l'histoire de la réformation dans la Suisse allemande. sur les sources de Bullinger: E. G. 1911. 1912. Gesch.L HISTOIRE ECCLESIASTIQUE EN SUISSE Cf. à l'école de Blondus mauvaise habitude d'insérer dans texte. — — Le fond et la forme. Mais les parties narratives au moins sont tout à lore. La tendance. 323 ger et Vôgeli 1838 à 1840. Il prit. des sinistres sont éliminés. [1906] 91 ss). des actes fait entiers. Bullinger ne se débarrasse pas d'une certaine lourdeur de style. dans la forme moins de concessions à l'hu- manisme. Le journal de Bullinger [Annales vitae) pour les années 1504 à 1574 a été publié par Egli comme tome II des Quellen zur schweizerischen Reformationsgeschichte. qui osèrent rompre avec cette la ordonnance extérieure. fait — A en juger sur l'impression générale. le seul sujet l'histoire politique n'est touchée qu'autant qu'elle est en rela- tion directe avec les plans de réforme de Zwingli. l'histoire de la réformation en Suisse est traité . A part un certain nombre de remarques portant caractère de mémoires. Sleidan s'était tenu absolument à l'ordre des annales. BuJlingers erste Schioeizerchronik dans les Nova Turicensia (19H). Anzei- Bullinger ger fiir Schweizer Geschichte. est à plus d'un Il fit Son ouvrage niste strasbourgeois. X. Schio. il est le vrai. 336. Wirz. Il réussit particulière- ment dans les parties qui traitent des questions de théologie ou d'organisation ecclésiastique. Historiographie. au lecteur l'effet d'un historien sinon tout à au moins . : fit en outre de nombreux travaux sur l'histoire de la Suisse rénumération dans Wyss.

doit servir une cer- taine tendance. cherche à en Le contemporain de Zwingli Stumpf (ci-dessus. chaque mot est choisi avec intention. Comme il chez Knox. Bullinger au parti papal parce qu'il avait . L'histoire de la Réformation de Bullinger est tendancieuse d'outre en outre. Il il désap- prouve la politique dominante des Etats confédérés. Bullinger historien n'oublie jamais qu'il est aussi antistes l'Eglise de de Zurich. B 9j avait raconté que Zwingli adhérait en 1515 reçu une pension du pape. 50). Mais ne va pas aussi franchement de l'avant que l'Ecossais. Mais là même. succombé sous coups d'un 136) . la situation religieuse et morale avant Réforma- ne sécarte en aucune manière des légendes traditionnelles de l'historiographie protestante. mais par des additions arbitraires affaiblir la portée. sur tion. tout ce qu'il dit et ce qu'il ne dit pas. Rencontre-t-il des faits d'où l'on peut conclure que les héros de défauts la réformation suisse étaient aussi des hommes. évite les grandes sorties. même dans polémique contre les vieux-croyants. Ce qu'il rapporte sur la politique la delà Curie. On a cru — cela se conçoit — pouvoir en conclure que l'auteur s'efforce d'atteindre à un jugement impartial.'niST0U10GKAPHlt MODERNE Il absolument honnête. avec leurs il ? il ne les supprime pas. Il ne s'exprime avec tant de réserve que parce qu'il poursuit un but apologétique plutôt que polé- mique. et qu'il espère par des silences et des estompages obtenir plus que par des attaques ouvertes. Il est certes entière- ment du parti des réformateurs. Comme son maître Zwingli. p. 255 ss. il une signification symbolique les à cette circonstance que Zwingli a (III. Cette conclusion fait complètement fausse route. c'est souvent un écrit de parti déloyal. Bullinger use d'une modération dans l'expression qu'on ne rencontre pas sou- vent chez les théologiens du xvi® siècle. Il combine les deux tendances d'une façon c'est la papauté qui est cause des désordres apportés dans le Confédération par la service militaire à l'étranger (I. Il attaque attribue le mercenariat aussi violem- ment que l'ancienne Pensiôner curieuse la : Eglise.324 HISTOIRE DE l. ne parle pas plus intelligemment qu'Anshelm des conventions militaires avec des gouvernements étrangers. Son impartialité n'est qu'apparente.) dans son histoire (encore inédite) de la réfor- mation suisse (Manuscrit de signature ancienne la bibliothèque municipale de Zurich.

Bullinger était un travailleur et un collectionneur assidu. Quelques ménagements qu'il ait pris. 11 avait bien assez de culture théologique et politique pour déterminer exac- tement les points par lesquels l'œuvre réformatrice de Zwingli se : distinguait en principe de celle de Luther mais il il esquiva cette tâche. l'histoire de la jeunesse schiveiz. les de Zwingli. nous trouvons supérieure l'histoire de la Réformation suisse dont la charge fut confiée par les cantons catholiques à Johann Salât (né 1498 à Sursee. ou plutôt dont il n'en parle pas. tout comme les Protestants. Il dogma- préféra soutenir en général que la théologie de Zwingli s'était développée indépendamment. sa manière d'agir par mais il faut avouer qu'on ne pouvait arriver par cette voie à une appréciation historique de la réformation suisse. tences stupides.L HISTOIRE ECCLESIASTIQUE EN SUISSE 325 la prétend tout simplement (1. Reformationsgeschichte des sckxoeiz. mort à Sursee vers 1552). Pour ce qui est de l'enchaînement historique. commence par une introduction sur l'apparition de Luther. S.. La Chronica und Beschj^eibung von Anfang des neuen Unglaubens.. par des raisons théologiques c'est une épreuve et un châtiment divin. etc. C'est un trait caractéristique que la façon dont Bullinger parle des relations de Zwingli avec Luther. puis traite sous forme d'annales l'histoire suisse des années 1521 à 1534. Piiisvereins . ne pouvait éviter de détruire en partie la légende de l'origine autochtone de la tique Zwinglienne. un écrivain bien doué . H. Beaucoup moins important au point de vue littéraire que l'ouvrage . On pourra excuser sa position officielle. et s'étendre aussi peu que possible sur les événements d'Allemagne. Il avaient été manifestement inventées plus tard.1. . Elle s'arrête à 1535.8) qu'il n'avait accepté pension que pour se couvrir des frais d'acquisition de ses livres. On conçoit que par des raisons patriotiques Bullinger ait tenu à la montrer réformation suisse indépendante de l'allemande. 1876. Elles ne contrecarraient pas sa tendance protestante : c'était assez pour croyait comme les autres réformateurs à la vérité des miracles et des présages. greffier lucernoisde 1531 à 1540. canton de Lucerne. Elle a les allures d'un pamplilet et motive le mouvement luthérien. Cf. Mais Salât ne néglige jamais de rattacher les : événements de Suisse à ceux d'Allemagne. BachLold. Première édition 1868 dans le premier volume des Archiv fur die Anabaptistes. accueillait des anecdotes et des senelles même quand lui. mais ses matériaux ne sont pas passés au crible Il d'une critique impartiale.

qui avait déjà répondu (1565) par un pendant catholique au Catalogus testium de Flacius. Toutes trois réimprimées dans les Opéra de Calvin 21.. — 2. Corpus Reformatorum 49). Son ouvrage fut publié sans nom d'auteur. nouv. Cunitz cl Ueuss. mort 1605 à Genève). par Mauni. — Les opposants catholiques Les Centuries de Magdebourg prov^oquèrent naturellement de promptes répliques de la part des Catholiques. puis beaucoup de martyrs protestants.. etc. Théodore de Bèze (né 1519 à Vézeley en Bourgogne. les communautés réformées de France devaient envoyer à Genève. Pour la première fois était traitée de l'Eglise par un représentant de l'historio- graphie savante d'Italie. la dernière en latin. mais dès le xiv'* siècle Cf. 315) el comme son modèle elle s'appuie sur des sources de valeurs très diverses. 1883 à 1889). 61) au point de vue calviniste et humaniste. Anvers [Genève]. entreprit des Anticenturies (inachevées: CentenaHiXIV. n'a pas grande valeur. Bèze continua les Elogia doctorum virorum de Jove (ci-dessus. M. mort 1563) : Adversus novam historiam ecclesiasticam. ainsi que les précurseurs de la réforme selon le choix qui est resté traditionnel dans l'historiographie protestante. 1565 et 1575. l'introduction de Keuss dans la nouvelle il était cité sous son nom. L'éducation humaniste de Hèze se fait sentir en ce que la forme esl plus soignée et en ce qu'il est tenu compte de l'histoire de l'humanisme. IIISTORIOCRVIMIIK MnDEUNK de Eglises rèfovmccs Bullinger est celui de Théodore de Hkze.3i>6 HISTOIRK l>K \. Ce n'est qu'un complément et une suite au Livre des Martyrs de Crespin (ci-dessus. composa son histoire avec les Mémoires que. a.. Ensuite un certain nombre d'humanistes du xvi"^ siècle. Le ton est celui de la rhétorique et du panégyrique. p. d'après le décret du synode de Lyon en 1563. En 1566 le chanoine de Spire Wilhelm Eysengrein. il ne reste rien du spirituel style de feuilleC'est encore un panégyrique insignifiant que VHistoire ton de Jove. Jean Calvin (conservée en trois rédactions.adver- . Beza 1899. édition. parce qu'à cet ouvrage de polémique protestante elle opposa une interprétation nouvelle de l'histoire ecclésiastique l'histoire : ce sont les Annales de Baronius. 1580. • — L'opposition contre les Centuries. Th. admonitio catholica (Dillin- gen 1565). p. Une seule a une impor- tance historiographique. Baird. 307. édit. p. ss. Dans ses Icônes id est verx imagines virorum docirina simul et pietate illustrium. de la mort et de la vie de M.. (Genève 1580). H. de 1564. et n'est peut-être dû qu'en partie à son travail. pal et chanoine d'Augsbourg L'année 1565 déjà produisit un écrit polémique du conseiller épiscoConrad Brunus (Braun. Il y rassemble d'abord tous les réformateurs. Histoire ecclésiastique des au royaume de France (V édil.

— Baronius. les Si les Genturiateurs avaient lu dans le Nouveau Testament loci de la dogmatique luthérienne. Baro- nius trouve dans les récits évangéliques l'Eglise catholique avec toutes ses institutions. Simoncelli. OPPOSITION CAÏHOLIQUK 327 novam historiam ccclesiasticam. La vita e gli scritti del cardinale C. B. Cf. Epochen. fut amené par Philippe Néri. ii" siècle en 1568). aux études d'histoire ecclésiastique. Baronii literarum commercio diatriba (1903). de Laderchio. Les A^inales ecclesiastici (jusqu'à 1198) parurent d'abord à Rome 1588 à 1607. Gescli. En 1856-57 parut à Rome une continuation pour les années 1572 à 1582. 104. l'H). royaume de Naples. du cardinal Antonio Caraffa entre autres. 299 etP. des deiitschen Volkes VU. introduisit des documents dans le texte). Lors de l'apparition des Centuries. Terres s'occupa des Canons apostoliques (Florence 1572). Henri Spondé et Abraham Bzovius. membre de la congrégation des Oratoriens.. Nouvelles éditions. Baur. les Annales de Baronius ne sont guère en progrès sur les Centuries. (J. le fondateur de son ordre. Cf. 1912. dont il fut nommé directeur.I. Lucques 1738 à 1759 par Mansi (avec la Critica chronologique de Pagi) et 1864 à 1883 par Theiner. Le Christ lui-même a tracé le modèle invariable pour les conciles généraux (ad annum 33. Elles se rapprochent plus que l'ouvrage allemand de la méthode critique de l'école de Blondus. né 1538 à Sera. — : Au point de vue de l'historiographie. dans une plus forte mesure que Baronius. de répondre par une histoire ecclésiastique catholique. Per Cesare Baronio : Scritti vari nel III centenario délia sua morte. Storia délia Compagnia di Gesù initalia 1. (1910). Les solennités . fait cardinal 1597. SUS . Il trouva des ressources abondantes dans la Bibliothèque Vaticane. Calenzio (C. à parde 1557 à Rome. filtrées. mort 1607. Les documents inédits sont Mais le employés sur une plus grande échelle. il reçut mission. point de vue général même en principe. Jac. Les Jésuites Canisius et Francesco Tohres (Turrianus) cherchèrent à défendre contre les Genturiateurs des points particuliers. des lettres publiées dans De C. Les Annales de Baronius furent continuées par Odoricus Raynaldus (qui. Ingolstadt 1583). entre autres. Les sources médiévales sont plus soigneusement plus des compilateurs on ne voit cités modernes comme Sébastien PYanck le comme est le témoins pour xm^ siècle. raccolti da V. Tacchi Venturi. Canisius de la doctrine catholique sur Jean-Baptiste et sur la Vierge Marie (1571 et 1577 en un volume. 72 ss.. 1. surtout cela la littérature citée par Janssen-Pastor. de la main de Theiner. tir César BARomus. théologien. 0). i*" siècle Ingolstadt 15t)6.1907 Lammer dans Analecta Romana (1861) 66 (sur les œuvres posthumes) du même.

comparé à ses adversaires luthériens.3 -'8 HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE à la mort d'Elienne sont une preuve que et la célébration du Irentain repose sur une tradition apostolique la témoignent indirectement que croyance au purgatoire remonte au temps des apôtres. à un récit des traiter gestes. Il moins violence que les aux sources que de les adversaires : mais cela tient à ce Pères l'Eglise. D'un développement du dogme il est moins question encore que chez les Centuriateurs la . Les Magdebourgeois avaient essayé. de (tout des lois. 312). se tirait d'affaire. La forme d'Annales employa de nouveau ne déchiquetée indûment. Il etc. Et ce n'est pas à l'avantage de l'histoire. sous une forme étriquée d'écrire et faussée. Il promet. qu'il cite sans critique aucune comme autorités pour les la premiers siècles déjà. sont plus en harmonie avec conception catholique qu'avec les idées proleslantes. l'abandonétait nait dès que la tendance confessionnelle de n'être pas en jeu. pour qu'il y une autorité apte à fait trancher définitivement les disputes sur la foi. Le Christ a ait conlôré à Pierre la primauté. des cérémonies de l'Eglise. rejette au second plan l'histoire des opinions dogmatiques. détourner l'attention de daires. comme ses Il successeurs ne l'ont que trop par un hardi Salto mojHale. la ne pouvait plus guère défendre (cf. comme les Centuriateurs). Il il il cherchait à la question principale sur des objets secon- embrouillait les problèmes au lieu de les résoudre. distingué entre vrais et faux miracles (ci-dessus p. Les Centuriateurs avaient. directement l'authenticité de donation de Constantin falsifié 135 s. n'a réalisé que bien imparfaitement cette proqu'il messe. Pour lui l'Eglise passe avant la croyance. Au besoin fait. il Baronius en revient presque est vrai. Baronius inaugura en grand la méthode moderne de sourdine.). une page de faits et l'histoire de l'esprit. dans sa préface. Mais leur polémique se terminait en général par un Oui ou par un Non. fort arbitrairement. sa tâche n'était-elle pas précisément de prouver que doctrine catho- lique avait été toute faite dès le début et s'était conservée immuable? Baronius. valait guère mieux que la la grossière division fois par siècles des Centuriateurs: matière se trouvait encore une La critique de Baronius. Elle avait d'ailleurs le défaut même loyale. Il abandonna le texte reçu comme par les Grecs. Partout où cela se pouvait. p. Mais qu'importe? La forme traditionnelle du document n'impliquail-elle . comme celle des adversaires.

prédicateur fêté. Mais il se livre souvent à une polémique directe contre les Centuries. exact qu'il ne 2. mort 1704 à Paris.. | 60). comme elles il fait une coupure aux années 100 et 1000. sont pour turiateurs. I. vu). la correspondance entre Sénèque correspon- Paul (ad 66. blasphémant . Sans doute il n'essaie pas de réfuter systématiquement toutes les assertions des Magdebourgeois et il est nomme jamais les Centuriateurs (ni d'ailleurs ses autres adversaires). Paris 1688. I 118)! donné au pape ce qui déjà appar- Baronius n'a de critique que celle que les humanistes ont exercée avant lui. nommé 1669 évêque de Condom. Les notes marginales de la vieille édition anversoise spécifient parfois le passage précis des Centuries que l'auteur a en vue. — Bossuet. de 1670 à 1679. il les cite à l'occasion presque mot pour mot (cf. § 21 avec Cent. prêtre et docteur en théologie. (thèse) Il écrivit dans les années 1680 à 1685 son His- toire des variations des églises protestantes — (jusqu'au temps présent) l™ édit. quwcumque ignorant. Comme la les Gen- tient pour controuvée § 1). dans les Annales même. Centuries était représentée Il L'opposition catholique contre les classiquement par Baronius et son école. n'y avait à côté des Annales ecclésiastiques pas de place pour un ouvrage de ce genre. Dans l'Apparatus en tête des Annales (§. Baronius a imité plus d'un détail particulier des Centuries. 1891 loin Nous parlons plus du Discours sur l'histoire universelle (jusqu'à . qui n'avaient pas été lui attaquées par un Valla. 16bl évêque de Meaux. précepteur du Dauphin (il renonce pour cela à son évêché). il Quant à l'authenticité des garde volontiers le silence. etc. théologien. A. Bossuet s'acquitta de cette tâche. et saint il authentiques. 96). de 1652 à 1659 à Metz. Les Décrétales du pseudo-Isidore. Mais bien pour un exposé de d'après la l'histoire de la Réformation protestante méthode savante de Baronius et dans son esprit. chap. pour douteuse seulement 66. Cf. Rébelliau. par exemple ad annum 33. à partir de 1659 à Paris.l'opposition catholique (bossuet) 329 pas une offense à la dignité sacerdotale? ait Gomment a-t-on lui pu admettre qu'un empereur tenait (ad 324. il parle de nostri sxculi novatores qui. Bossuet historien du Protestantisme. lib. On aconstesté à tort que les Annales de Baronius soient dans sa pensée une réponse aux Centuries.. 1652. insère des chapitres sur vitse doctonim. II. dance analogue avec Abg-are (ad reliques. né 1627 à Dijon. Jacques-Bénigne Bossuet.

V Histoire de Bossuet est le la Réformation. s'appuya autant que possible sur les écrits des Protestants eux- mêmes. attaqua la théologie des réformateurs.). Cf.Lanson B. adversaires qui ne laisseraient pas passer la moindre faute il était 11 forcé d'apporter dans le choix des faits une critique prudente. 1913. apologétiques de Burnet (ci-dessus ne s'interdit pas de soumettre à un examen sévère tant. Bossuet. non leurs mœurs (cL spécialement ses remarques le zèle dans le 5® livre). La tendance de Bossuet. C'est certainement un écrit tendancieux. La Réforma- . source principale du Discours de Bossuet. |l747 sous le Une autre suite est \ Histoire abrégée de France imprimée nom de Louis XIV. Il savait que son exposé serait épluché par des . M. Elle qui cherche à s'élever au-dessus des mots d'ordre des évite les formules théologiques usuelles par lesquelles Protestants et Catholiques avaient jusqu'alors caractérisé le schisme. HISTORlOnBAPHlE MODKKNE Charlemagne d'abord Paris 1681) écrit pour l'instruction du Dauphin Bossuet traita encore avec le Dauphin l'hisloire moderne (. Il veut démontrer qu'il n'y a plus de point d'arrêt pour les sectes qui se sont une fois soulevées contre l'autorité de l'Eglise. 219).'i'AO IIISTUIUK DE I.) estun sermon à texte historique. précepteur du Dauphin 1884 . Sa manière nouvelle d'envisager dance. Il veut ramener les Protestants à l'Église catholique en leur faisant voir oii les mènera finalement leur séparation. [édition llerhan. fr. Contre les tentatives p. dont nous nous occuperons dans une autre section (ci-dessous p. — Le Discours sur V Histoire universelle.jusqu'à 1661). la vie privée d'un il champion protes- Quant aux réformateurs eux-mêmes. ne les attaqua pour ainsi dire qu'à cause de leur protestantisme. Il s'imposa une grande modération dans 11 la polémique. Le De civitate Dci. Flocjuet. Ritter dans Histor. Sur le Discour>. 1900 {Gr. sur l'activité d'historien de Bossuet en général A. érudition solide. Son Histoire des variations a plus de valeur historiographique. — Malgré sa la ten- premier exposé de Réformation partis. . 359 s. Ecr. Il n'eut jamais recours au dénigrement moral. Ses notes sur cette partie furent publiées 1800 comme suite du Discours. Mais Bossuet il était ici Il sur un terrain qu'en sa avait à son service une qualité de théologien connaissait à fond. Il ne toucha une corde plus rude que quand théologique et patriotique voulait sauver viste même il un courtisan arri • comme l'archevêque anglais Cranmer. Zeitschrift (1911) 276 ss et Georges Hardy.

dans ses jugements sur la Réformation. en la correction de cerle terrain ecclésiastique tains abus. son Histoire du concile de Trente{\o'n' ci-dessous 337 ss. ne consiste pas seulement en une défection à-vis de Rome. d'Henriette de France. une toute nouvelle manière de considérer premier historien qui poursuive les Bossuet est le contre-coups universels d'un la mouvement de religieux. c'est que par là s'inaugurait l'histoire. Son influence s'étend. Sa sympathie pour des personnalités comme mieux Erasme et Hugo Grotius est indéniable. L'ouvrage de Bos- suet a eu plus d'influence qu'on ne l'admet ordinairement sur l'éducation historique de la postérité. Ce qui importe à l'historiographie. Le romantisme. elles étaient neuves comme cela ressort de la polémique qui se rattache à l'ouvrage de Bossuet. de l'affranchissement de toute autorité. par delà vie de l'esprit. Il et moral. (Cf. en une théologie nouvelle. aussi son Oraison funèbre I^'j. Avec lui pour première fois l'histoire sort la narration des faits extérieurs et de la critique des personnages en scène pour rechercher les conséquences générales d'un événe- ment. D'autant plus et personnel de la religion s'efface complè- tement chez Bossuet. c'était livrer les secrets des théologiens au jugement du grand public. quement En religion les prin- cipes protestants conduisent nécessairement à l'indifférence et à l'athéisme. l'a comme montré la révolution anglaise.L OPPOSITION CATHOIIOUK (BOSSCKT) 331 vis- tion. . et ses portraits les réussis sont ceux de Mélanchthon et de Calvin. l'épouse de Charles Ces idées ont été alors. Que l'on se reporte à Sarpi : combien est nulle à cet égard p. s'est rattaché à lui directement. qui peut-être n'entraient pas du tout dans l'intention des acteurs. sur toute la l'idée voit en elle un principe. qui presque automatise fraye toujours des voies nouvelles. pour Bossuet. en politique au renversement de tout ce qui existe. Les rationalistes trouvèrent tout prêt chez que l'élément mystique lui leur arsenal pour la lutte contre la théologie de l'Église. souvent exprimées depuis . Traiter avec une la merveilleuse fort clarté et langue des laïques des questions théologiques embrouillées. On pourrait si même dans reproche à Bossuet.) ! On dance a dit des Lettres provinciales de Pascal qu'en dépit de la tentrès sévère de l'auteur elles avaient préparé le terrain au ratio- nalisme en portant les problèmes théologiques devant laïques et en les traitant sur le ton des gens faire le le tribunal des du monde.

mort 1714. le Jésuite Louis En même Icmps que Maimbouro de Nancy (1610 à 1686) traitait l'histoire ecclésiastique sur le ton de l'histoire galante (ci-dessous p. 340 ss) satisfaire le goût du grand monde.uther de Maimbourg par un in-folio informe. La meilleure appréciation d'Arnold est dans la diss. plus tard à Perleberg. 1873. Le chancelier de Saxe-Gotha. théologien. mais piquant. 411 ss). n'en jugea pas moins nécessaire de répondre à l'histoire de I. Die Epochen Ketzerhistorie (jusqu'à 1688). historien protestant qui éleva contre la manière de voir des Centuriateurs des objections de prin- Gottfried Arnold resta tout comme il Baronius enfermé dans le sys- tème historique de l'Église . G. I). 1700 prédicateur delà Cour à Eisenach. — Arnold. Rien d'étonnant à ce qu'il ait eu beaucoup plus de succès que l'italien. le (Paris 1680) à Français réduisit l'Histoire du luthéranisme deux élégants petits volumes in-12. — L'opposition protestante 1. F. On peut traiter brièvement le premier cipe. Dans la deuxième édition (1694) Seckendorf chercha à réfuter. Gottfried Arnold né 1666 à Annaberg. il écrivit Unparteiische Kirchen- und — F. gagné au piétisme par Spener. il critiqua le passé avec aussi peu les Centuriateurs du point de vue vieux-luthéla Ceux-ci avaient glorifié les représentants de : pure doctrine et du régime des Églises d'État orthodoxes et Arnold regardait avec méfiance mêlaient du les pontifes les princes laïques qui se . Gomme savant. 1697 professeur d'histoire à Giessen. de Giessen de Flôring G. Dibelius. f^ édit. y apporta seulement les principes Il d'une autre tendance ecclésiastique. que du point de vue du piétisme de ménagements que rien. 84 ss. Cette apologie suivait le modèle éprouvé de Sleidan. als Kirchenhistoriker (1883). der kirchlichen Geschichtschreibung (1852). L'histoire ecclésiastique mains un cachet non seulement mondain. Outre quelques petits ouvrages historiques {Historia et descriptio theologiae mysticx Francfort 1702). n'est novateur qu'en ce sens. l'Histoire des variations de Bossuet parue dans l'intervalle (1688).'^M HISTOIRE UK l/lMST(llUOr. Francfort 1699-1700. aussi Baur. Il sut encore mieux (jue Pallavicino (ci-dessous p. A. 1705 prédicateur à Werben. Tandis qu'à l'italien il avait fallu (rois gros volumes in-quarto pour le prit entre ses Il réussit avant tout à être bref et refoula seul concile de Trente. A.. elle n'ouvrait pas de nouvelles voies. Conmientarius historiens et apologeticus de Lutheranismo (jusqu'à 1546. complètement la polémique. outre Maimbourg. Première édition. Veit Ludwig von Seckendorf (1626 à 1692). Cf.RAIMIIK MODERNE BoSvSuct. Leipzig 1688 à 1692). . il ne soutient pas la comparaison.

qu'ils fussent titre foi aux héros chrétienne par une vie calme hérétiques ou non (de là le par le dogme de son ouvrage). 1747 chancelier Il Johann Lorenz Mosheim. il est vrai. . Kiel. Ces défauts de forme ne sont pas compensés par un style énergique et franc. histo- du Helmstàdt 1737 (intitulé dans tiones historiae ecclesiasticae Novi Testamenti) historiae première rédaction Francfort et Leipzig 1726 InstituContinué par Institutiories christianae recentioris (xvi" et xvii" siècle) Helmstàdt 1741. lui manque plus encore qu'à ses devanciers une vue l'histoire. Arnold a. est encore plus négligée que dans les autres. même pour ce pié- 2. par exemple. riae christianae antiquioris (jusqu'à la fin composa Compendium xv'' siècle). polémiques seules il appartiennent. Les assertions reste. Ces opinions ne sont pas soutenues dans une narration historique proprement dite. l'721 Pro fessor desiijnatus à de théologie à Helmstàdt. 313 Mais la composition. mort 1755. exploite cependant moins souvent que les auteurs plus anciens le domaine de la superstition grossière. Réformation. Les répétitions sont fréquentes. dépend absolument de son adversaire. allongé la matière des la Centuries. Plus la . Ses sympathies allaient pacifiques. Il observe l'ordonnance des Magdebourgeois. — Mosheim. Arnold s'explique avec les Centuriateurs point par lui point. d'ensemble sur l'enchahiement de Son ouvrage est à ranger dans l'histoire de la polémique ecclé- siastique plutôt que dans l'historiographie ecclésiastique. ce s). puisqu'il qu'il expose l'histoire de l'Église depuis cf. la découpe matière en rubriques extérieures. appelle sa déca- dence (cependant ci-dessus p. qui témoignaient de leur et pieuse. Pour le Il comme historien. critique historique est encore les Centuriateurs. L'épanouissement de relle tiste. la philosophie natu- au XVII* siècle n'avait pas passé inaperçu. 1723 professeur titulaire de l'Université de Gœttingue. dans cette partie finale. qui a recours assez rare- ment à la trivialité dont on aimait alors à le parer. de la croyance aux démons. Il La moins développée chez Arnold que chez Il aime à s'appuyer sur des anecdotes douteuses.l'opposition protestante (mosheim) 333 gouvernement de l'Église et ne voulait découvrir derrière leurs aspi- rations que des mobiles impurs. Il Il maintient comme eux môme la division par siècles. né 1693 à Lùbeck.

De ce nombre sont les dissertations sur les Ophites et les Frères apostoliques et sur Servet. — Le premier parmi de la Mosheim ramena l'histoire ecclésiastique le région des événements surnaturels dans Il ne serait monde réel. le que sa nature ne portait pas aux spéculations théologiques. rien foi protestante et chrétienne. IV. qui parurent à Flelmstàdt 1746 et 1748 sous le titre trompeur de Versuch (et Anderweitiger Versuch) einer reccntioris iinparteiischen und grûndlichen Ketzergeschichte. Son le originalité consista surtout Il dans changement du point de départ. Bonwetsch. . der Wisiienschaften zu Gôttingen 1901 (Comme pré- paration article chichte une Dissert. Epochen. subi comme la plupart des gens cultivés de son temps. Heussi M.334 HISTOIRB DE l/lIlSKlRIoGRAniIK VIODKUNK ard refondu (1755) comme Institutionum historiae ecclesiasticae antiquae et II. avait l'influence des études de il sciences naturelles du XVII* siècle et du cartésianisme. . Mosheim écrivit encore de nombreux ouvrages spéciaux. 118 ss. Sur les discussions intérieures du protestantisme. Les InstitiUiones historiae christianae majores : Saeculurn. Cf. mais il n'a. der Gesellsch. Par lui — peut-être aussi grâce à ses relations avec la Cour de Wolfen- . guère plus en philosophe. — Mosheim dirigeait aussi ses regards sur des contrées hors de l'Europe. dans Fesischrift ziir Feier derl50 jàhrigen Bestehens der Kgl. Mais le appartenait encore à la période où l'on ne sentait guère contraste entre la pensée théolo- gique et la pensée scientifique. en homme la vie pratique. als Kirchenhistoriker K. f. pas exact de mettre Mosheim au nombre des rationa- listes. sur die Kirchengeschichtschreibung Mosheims. Gesellschaft . et un biographique dans Ztsch. n'a pas du tout disparu et on en peut dire autant des il miracles.) : Les vues politico-ecclésiastiques de Mosheim les Protestants. il Sans doule. N. de unit des aborda son sujet non en théologien. primum (1739) ne furent pas continuées. a les opinions d'un latitudinaire lâché de sa Il . comme le montre. niedersàchsische KirchenX [1905] 96 ss. Le Diable. Il conceptions qui avaient suivi jusqu'alors des voies séparées. sa Erzâhlung der neuesten chinesischen Kirchcngeschichte (Rostock 1748). . Mosheim mais n'avait pas conscience d'une opposition de principe lui. chez il est bien mis à l'arrière-plan. lui était d'autant plus facile de garder cette position peu nette. Les De rcbus Christianorum ante Constantinum Commentarii (1753) forment un complément à l'histoire ancienne de lEglise. 1906. M. mais en homme du monde. Baur. -F. entre autres. aux anciens dogmes. de propos délibéré. G.

Son Compendium a les qualités et les défauts d'un manuel académique. par exemple.) Mosheim retint même. elle ne méritait pas qu'on lui consacrât une histoire détaillée. Ce : n'est pas une Histoire. Ses Institutions sont un guide pour l'enseignement universitaire Il amené par sa profession à l'histoire de l'Église. qu'un coetus hominum comme là un autre. que les sources même). On manmodé- quait d'un livre d'enseignement qui représentât les opinions rées des temps nouveaux.L OPPOSITION PROTESTAiNTE biittel (MOSHEIMj 335 — du les principes qui avaient dirigé la plupart des xvi^ hommes attitude Il d'État et surtout du xvii* siècle la dans leur envers l'Église trouvèrent accès dans théologie de profession. est divisée en Facta prospéra ecclesiae et Facta ecclesiae adversa. surtout les travaux de critiques anglais et de savants français (qui lui étaient certainement plusfamiHers. Aussi Mosheim de a-t-il pu réduire considérablement format et l'étendue l'histoire ecclésiastique. en tant que société comme et le une autre. sont tout à fait subordonnés à ceux de l'État. mais qui empêchaitdapprofondir la matière. Mosheim et renseignement académique. Mais en bon professeur. que Mosheim a été écrivit son histoire. Qu'elle s'efforce de maintenir un certain niveau de culture. et qu'elle s'abstienne de tout acte de violence contre n'est. la les dissidents fait la : le souverain sera satisfait. Les querelles dogmatiques perdaient évidemment par importance. Il est disposé en rubriques le disposition qui pouvait être commode pour maître et pour les étudiants qui répétaient son cours. (UHistoria ecclesiae externa. d'intérêt pour la métaphysique. cite très complètement la littéra- ture scientifique la plus récente. Elle Préface en remarque. il . pour des Il raisons pratiques. la distri- bution traditionnelle par siècles. au début. — Cela dépendit aussi d'une autre circonstance. C'est comme professeur. qu'elle agisse sur la conduite morale du peuple. avant tout. dans et qu'on le vieux sens du Du moment que l'Église chrétienne n'était plus conçue comme une partie du royaume surnaturel de Dieu ne voulait cepen- dant pas traiter son histoire comme une contribution à l'histoire générale des religions. L'histoire ecclésiastique mot. leur même. manquait chez lui. Les devoirs de l'Église.

l'expression de sa pensée est pauvre. ses remarques sobres mettent souvent les points sur les dit ce qu'il des mystiques et des fondateurs de sectes se distingue avantarationalistes. Le la partie moyen et âge.ent partiale. on sait. est traité d'une allu- manière insuffisante avec des lacunes . Il s'efforce de conserver le plus possible des opi- nions traditionnelles. soit entre différentes théories savantes.336 HISTOIRE UK I. Non sans pense à . — Cette attitude . . ses jugements sur des personnes et des événements particuliers i . HISÏOIUOGRAPHIR MKDKKNE garde autant que possible. si l'on On a vanté son pragmatisme. Voyez comme il il explique la propagation du christianisme. De rale. geusement des sentences méprisantes des il Mais quand veut motiver de grandes péripéties. Partout poursuit un compromis pacifique. ou situation ecclésiastique avant la Réformation comme peint la carica- — l'habituelle comme pas ture protestante. l'expérience du monde. honteuse de l'historiographie protestante. les discussions. de l'Église il ne aucune conclusion généraison. un jugement d'un bon professeur et d'un écrivain exercé. et n'en il ici encore. l'œuvre de la lecture. Mosheim et le Rationalisme. une attitude conciliante : dans parti donne raison jusqu'à un certain point à chaque il adopte entièrement aucun. mais non d'un grand historien ni d'un grand penseur. il ne fait même sion à des problèmes essentiels de droit et de constitution ecclésias- tiques qui dans les siècles du moyen âge dominaient le cours des événements et qui furent pour la Réformation d'une importance décisive. plate et extraordinairem. maintenant encore. soit entre la tradition et la critique. modérée le sépare absolument des historiens de V Aufkldrung Ceux-ci voyaient dans l'histoire ecclésiastique une collection d'exemples effrayants des la superstition et le excès auxquels fanatisme pouvaient conduire intentions polé- l'homme : Mosheim l'histoire est tout à fait exempt de ces tire miques. Les Inslitulions sont l'œuvre d'un homme intelligent qui a éclairé.

tantôt pour une œuvre de mensonge Ranke le premier. 1565 membre de l'ordre des Servîtes. . il signala des contradictions entre l'exposé de Sarpi et les documents authentiques. 1894 Let1570 appelé à Mantoue . Sa tâche était de défendre contre Rome les prétentions juridiques de la République. Paolo Sarpi. cf. Il fut choisi 1606 par le gouvernement de Venise comme théologien et canoniste de la République. Campbell. — L'historiographie ecclésiastico-politique 1 . depuis 1575 de nouveau à Venise au couvent des Servîtes. VIstoria de Sarpi avait longtemps passé. Castellani 1892. l'Italie Tandis qu'en dehors du l'historiographie se mettait partout au service de confessionnalisme.). S. nommé plus tard procurateur provincial et général de son ordre. FUETER. La première édition de ristoria fut procurée par l'archevêque passé au protestantisme Dominis de Spalato. spécialement. 1875 Pascolato id. deux Ktats italiens qu'avait à peine touchés la Réforme de Lutlier. fur seine Geschichte derKonzilsvonT. Il eut à sa disposition les rapports diplomatiques sur le concile conservés dans les archives de Venise. St. né 1552 à Venise. dans ses Aiialectèn zur Geschichte der Pàpste. Istoria del Concilio Tridentino. A. — Sarpi. produisirent des écrits sur l'histoire de l'Église qui rappellent les polémiques sur la politique ecclésias- tique du XIV* et du xv* siècle plutôt que les batailles autour de la justification par la foi. Ses recherches ont été continuées surtout du côté ultramontain. deuxième section (1837) chercha à rendre à Sarpi une justice impartiale fondée sur lensemble de ses ouvrages. revue par l'auteur. 67 ss. Jahrbuch der Goerresgesellschaft. Hat P. Deuxième édition. Ehses. Cela est vrai en tout cas du travail vénitien. Londres 1619 elle nommait comme auteur Pieiro Soave Polano (anagramme de Paolo Sarpi Veneto). selon la confession à laquelle appartenait le critique. . comme théologien de la Cour par le duc Guillaume Gonzague et nommé professeur de casuistique et de droit canon au séminaire épiscopal. Vita di S. mort 1623. On peut y ranger jusqu'à un certain point son unique ouvrage dhistoire. commencé en 1608. 26 (1905) 299 ss. 22 . Robertson. : = — .l'histoire ECCliÉSIASTICO-POLITIQUE (SARPi) 337 II. Life of S. La confiance en la véracité de l'ouvrage de Sarpi a été dès lors définitivement ébranlée. Genève 1629. tantôt pour une autorité. 1893 (discours d'occasion) A. (et puis ibid. Pour la littérature générale sur Sarpi cf. Il écrivit au nom du gouvernement divers traités sur des sujets touchant à l'histoire du droit ecclésiastique. 27 1906. tere inédite éd. -G. Le premier parmi les chercheurs indépendants.ausQuellen geschôpftdie jetzt nicht mehr fiiessen? dans le Hist. Les Opère (Venise 1675) ne contiennent pas l'ouvrage pseudonymique.

tion. Il Le gouvernement les songé à réformer au nom de l'Etat croyances de avait tenu dautant plus à garder sous sa juridiction les institutions ecclésiastiques n'était pas le seul. 11 a rapproché V Histoire du Concile de Trente des le autres traités et écrits polémiques composés par Sarpi pour compte et du gouvernement vénitien. et traitant les plus un des événements importants de la contre-réformation sans discuter les questions de dogmatique'et de constitution ecclésiastique soulevées par le mouvement luthérien. écrivant l'histoire du concile de la Trente exclusivement du point de vue de doctrine anticuriale du moyen âge. n'avait jamais l'Église. les conflits comme au moyen âge. Aussi l'ouvrage de Sarpi resta-t-il complètement inintelhgible aux Protestants d'autrefois. Mais que ses vues personnelles il aient été d'accord ou non avecla politique gouvernementale. Natif de Venise. Des fautes occasionnelles des adversaires sont exploitées pour des jugements qui généralisent . Quant les documents semblent rendre un autre ment. Il Mais dans d'autres États le la délimitation entre les droits de lÉtat et ceux de l'Église. comme eux un écrit ten- c'est le mémoire d'un avocat. quand il son. établi reste que son histoire est un pla idoyer revêtu de de tous les défauts d'un écrit la Il forme historique et affecté de parti. et à demi protestant. Ranke le premier a montré la voie d'une juste appréciation. Que n'ait la politique particulariste de Sarpi y ait exprimé ses propres convictions ou joué que le rôle d'un avocat. siastique.J De là ce curieux anachronisme cent ans après la Ré forma: un ecclésiastique. cela ne change rien à la chose. était : Rome dépendant du souverain généra- lement compliquée de questions dogmatiques à Venise. redevenue alors (1606-1607) actuelle à Venise. un caractère politico-ecclé. gardaient encore. entre et l'Église nationale pouvoir central de territorial. en Italie. Sarpi n'est pas seulement V Histoire de dancieux .338 HISTOIRE DE L HISTORIOCHAPIIIE MODERNE Point de départ de Sarpi dans la politique ecclésiastique— Lo luthé- ranisme n'était jamais arrivé à Venise à une importance politique. une apologie historique de Venise dans les affaires d'Église. Elle ne forme avec eux qu'une seule même œuvre. tenir il a bien pu tenir pour vraie la théorie qu'il avait à sou- au nom de son gouvernement. suppose partout et toujours à la partie adverse (la Curie) des motifs impurs. il les interprète méchamle ne les falsifie pas. de son territoire.

la Il et c'est alors sous forme de courts ne donne que par accès libre cours à sa rien haine contre Cour papale. le plus il et la fortune de l'ouvrage. posil . Il eût été dangereux. Sarpi émet rarement sa propre opinion. Mais cela ne donnait pas à un historien droit de ne tracer l'histoire d'un Concile œcuménique que du point de vue d'un État italien étranger aux luttes confessionnelles. Sarpi découvre des machinations raffinées. un emploi diligent de bons matériaux et une apparente objectivité. après le schisme. — Le parti pris de Sarpi a été particulièreIl ment fâcheux en un point. Comme le Florentin.^e n'en est pas moins écrit avec un art supérieur. C'est un bon écrit de parti. n'avait pas besoin d'une organisation plus forte qu'auparavant. a intellectuellement travaillé à fond son sujet. qu'il combattait vivement. sans doute. Il Il esquive le prosi la blème central de la contre-réformation. le On peut alléguer pour son excuse que la situation de Venise ne poussait pas à cet le ordre d'idées. à côté de Guichar- grand artiste en histoire du xvi* siècle. Le style din. tirer. Mais nulle part n'a cherché à éclaircir l'effet produit par le con- cile sur la vie intérieure de l'Église catholique. de se laisser aller à de : telles réflexions il aurait en grande partie justifié lui-même la polisi tique de la Curie. précisément parce qu'il n'en a pas la ' l'air. Là où les adversaires balancent et hésitent. l'Église. Il la empêché d'apercevoir l'importance historique du Concile. L'ouvra. Le récit est habilement arrangé. Comme lui. les débats sur les questions a exposé aussi dogmatiques détail et en et sur la discipline ecclé- siastique . ne se demande pas centrahsation de l'Église et la précision plus grande avec laquelle la doctrine fut formulée par la le Concile n'ont pas été une réaction inési vitable contre Réformation luthérienne. Mais sa polémique ne perd si pour cela de son action. entrefilets. le Les conséquences qu'il pourrait lecteur les a déjà vues sortir des faits communiqués. Ses idées sur le Concile. ne voit dans l'assemblée de Trente qu'un Il instrument delà politique papale de centralisation. il la il fait dans le connaissance de cause. — Sarpi est. que l'auteur peut s'abste- nir de formuler sa propre opinion. les témoi- gnages documentaires sont si bien choisis.l'histoire ecclésiastico-politiqck (sarpi) 339 cas. C'est vrai.

1659 cardinal. la contre-ré formation avait supprimé de la presse de Vancien régime de l'Église. Polidori [1863] I. Analekten zur Geschichte des rômischen Pàpste. Depuis. Son Istoria del Conciho di Trento parut 11 laissa en outre une histoire inachevée du Pape Rome 1656-1657. 237). V). lecteurs préfèrent la Mais aussi il a plus de sensibilité nombre de passion chaleureuse de Sarpi à la froide analyse de Guichardin. 305 ss. Cf.xviii^ que sur un sol protestant toire du Concile de Trente put être publiée dans l'original. (1909) et dans Jubilàumsschrift (Heft 100) des Vereins fur Reformationsgeschichte. y eut un point où le sort de l'ouvrage montra qu'à Venise même le moyen âge. Pallavicino reçut du général de l'ordre la mission de composer un écrit contre Sarpi. Alexandre VII {Délia vita di Alessandro VII II. il Dans fait aussi peu de sacrifices à la rhétorique. Benrath dans Hist. Ztsch. avouer son siècle. en 1839. 2. S. l'égale par sa pénétration d'esprit et sa sagacité psychologique. l'objectivité relative : 11 ne lui est inférieur que dans du jugement historique. qui n'avait pu rédiger la réfutation de Sarpi qu'il projetait. 102. avait pu sans et sous son propre être inquiété publier la dans son pays nom son écrit sur donation de la liberté Constantin. comme beaucoup le prétendent. n^ 130 (sur l'histoire d'Alexandre). Laurent il y avait quelque chose de changé depuis Valla. mort 1667 à Rome. cela ne change pas le Concile de Trente jugement à porter sur son œuvre. c'est tout au plus une preuve encore que comme historien il occupait une position semi-officieuse (il dit quelque part qu'il doit porter un masque. Si dans son for intérieur il alla plus loin. son opposition à Rome pouvait être partagée par un État catholique quelconque. d'abord fonctionnaire papal. Lettere éd. 567 ss. . p. de Cf. Sarpi ne put Ce n'est. préfet des études du Collegium romanum. que l'His- jusqu'au . L'Histoire du ne défend pas la foi protestante. Après la mort (1651) du Jésuite Terenzio Alciati. 1637 au Colle gium Romaiium. Abschnilt à — — (sur l'histoire du concile). dans l'introduction à son édition des Neue Briefe von P. G. Rein. imprimer à Venise. qui avait avec le roi Alphonse les mêmes relations que Sarpi Il avec le gouvernement de Venise. le style. P.340 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE et sèdcune profonde connaissance pratique du milieu 11 de la matière. imprimée seulement Opère édite et inédite 1845 à 1848. Bien que soutenu pour les autorités et ni son travail par constamment protégé par livre ni le faire elles contre Rome. — Pallavicino. était Protestant en secret. Si Sarpi. S. 1639 professeur Sforza Pallavicino né 1607 à Rome. Ranke. — : 2. und die Protestanten 1904 (diss. Jésuite. (1910). sur cette question Helsingfors) .

il quelque part. Celui-ci Il avait suivi dans son histoire une vue générale. se retranche sur la nécessité politique pour défendre la Curie contre les exigences d'un idéalisme outré soulevées par les partisans des soit. Il n'aborda pas les problèmes delà contre- Son but n'était pas d'exposer. mais les allégations un plaidoyer d'avocat. Non pas que VHistoire du concile de Trente de Pallavicino d'histoire. Il mieux fait ressortir l'esprit du Con- n'est pas à cet égard en progrès sur son adversaire. Pallavicino en resta aux événements réformation.VICINO) 341 L'ouvrage que le parti papal et les Jésuites opposèrent à Sarpi. celui d'un historien. réfutant point par point l'accusateur. per lavittoria. Il a vérifié sur les ori- ginaux données d'autorités telles que Guichardin. réformes. Il reconnaît jusqu'à un certain point la légitimité des reproches faits à tel ou tel pape par la partie adverse. non per V applauso Il chap. On Il sent qu'il écrit pour le pubHc éclairé des classes supéIl évite le ton de la piété déclamatoire. Le travail de Pal- même extérieurement. faire III. comme Baronius Mais il n'avait corrigé les fausses allégations de son adversaire qu'en les taisant et en établissant directement les io faits. Pallavicino n a d'ailleurs pas cile.politique (PALLA. scrivendo xiii). autrement. L'exposé. particuliers. grands Florentins. Fort habilement. Il de sort presque entièrement par là du cadre de notre ouvrage . en citant tou- jours clairement ses auteurs. Il a exploité plus complètement que Sarpi les matériaux manuscrits et imprimés que sa position les lui fournissait. eût moins fatigué le lecteur. rieures. Mais ce n'est plus guère un livre du moins avait cherché à garder librement rattaché à les la la forme de l'his- toire et s'était méthode humaniste des Annales développée par lavicino n'est plus. avait retracé à grands traits la politique de la Curie vis-à-vis des Protestants et des gouvernements laïques amis du Concile. n'avait pu (1. mais de réfuter Il les reproches que Sarpi dit-il faisait si à la Curie. tout diffus et verbeux qu'il ne manque . n'est pas contestable qu'il a très habilement accompli sa tâche. Sa polémique entraîne le lecteur non prévenu par son apparente franchise. Sarpi n'ait pas très bien rempli sa tâche.l'histoire ECCLÉSIASTICO. peut être traité plus brièvement. aime mieux en il appeler au sens commun et à la raison d'État. nous ne pouvons nous engager dans des discussions de politique ecclésiastique.

Il donne l'examen de choses peu importantes. V Histoire du Concile de Trente ne pouvait faire école. 1913. civ del G. avait souvent parlé d'intentions que l'on pouvait deviner. Bonacci. Les cirelle s'était constances particuhères où produite ne pouvaient guère se répéter en d'autres lieux et en d'autres temps. i"^ édition Naples 1723. — Giannone. xNicohni. — F. List. avocat. Les assertions exagérées de cet écrit sont combattues par F. tout comme ments il : Machiavel. L'autobiographie de Giannone fut publiée pour la première . di P. de celui del'advorsaire. à Venise et à Genève. Ce qui ne pouvait se démon- trer absolument par fort il les actes. obligé à l'occasion de son histoire de quitter Naples. mort 1748 en prison à Turin. stor. fasc. C'est un siècle plus tard seulement que Sarpi eut un successeur du même esprit que lui. enfle son volume jusqu'à lui donner triple une ampleur sifs.342 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE ni pas de vie matière logie. Sarpi est plus près de la vérité que l'avocat papal. L'originalité de son œuvre a été en ces derniers temps vivement attaquée par G. arrêté 1736 par le gouvernement sarde. il le contestait tout net. Pietro Giannone. mais non prouver. ei suoi critici recenti 1907 {Appunti presentati aW Accademia Pontoniana. et repoussait comme ten- dancieuse toute interprétation de l'ensemble qui risquait d'embarrasser la Curie. fois au complet par Nicolini dans Arc/i. G. Ricerche bibliogra fiche. Ranke l'a montré. Istoria civile del regno di Napoli. civ. Saggio sulV ht. mais pratiquait sur une grande échelle l'art de faire le silence sur des données gênantes. comme de faits établis sur des docu- Pallavicino n'altérait peut-être pas autant ses sources. et pour lespassages déci- sa minutieuse critique est muette. Sarpi. en bien des cas où Sarpi est dure- ment repris par Pallavicino pour de légères inexactitudes d'expression. Gli scritti e la fortuna di P. Nicolini. 1906. de relief. se réfugie à Vienne. . G. né 1676 à Ischilella.. en faveur depuis. D'après une méthode épineuse. XXIX (1904). D'ingénieuses comparaisons rendent la intelligible même aux personnes étrangères à la théo- La franchise de Pallavicino avait des détaillé limites. 2 et 3. per le provincie napol. 3. 9 déc). dès qu'il rencontrait une situation se cramponnait aux détails. (1903).

Sa valeur pour l'histoire du droit. Giannone ne pas exception. il castique la honteuse souplesse de Naples avec les mesures de etc.). Il a introduit dans l'histoire une nouvelle matière. Les intellectuels de Naples avaient depuis longtemps vis-à-vis du clergé une autre attitude que celle qu'on observait d'ordinaire en Italie raillaient les fait : les autres romanciers de l'école de Boccace gens d'église avec une malice bon enfant. Allemagne. se distingua de lui seulement en ce qu'il visa non la vie privée du clergé. Le Vénitien cache son parti pris sous l'apparence d'une narration objective et ne dresse qu'à l'occasion le bilan des faits racontés se déverse en accès de fureur. maisMasuccio avait de ses nouvelles d'amers fît plaidoyers contre la prêlraille. Il montra un anticléricalisme aussi mordant que 11 le conteur du xv^ siècle. Espagne. contre l'esprit de domination du clergé. l'histoire de l'historiographie ne doit pas passer sous silence l'ouvrage de Gian- none. Pour la pre- . c'est-à-dire dans entre les ambitions dominatrices de la Curie et un pays où le conflit les aspirations l'État à la souveraineté politique avait pris une la foi forme particulièrement aiguë sans mettre en danger de la population. comme de Laurent Valla. le On peut appeler Giannone institutions. devient avec lui partie de l'histoire nationale. L'avocat napolitain se servit dans sa polémique d'armes bien plus grossières encore que le théologien d'État vénitien. : la passion débridée du Napolitain lui Il ne faut pas chercher chez plus que chez Sarpi le sens historique ni l'équité. écrivait à Naples. créateur de l'histoire du droit et des Ce qui n'était jusqu'alors traité que dans la littérature juridique. Après compare sur un ton sar- avoir cherché à renverser l'une après l'autre les prétentions de l'Église soi-disant fondées sur l'histoire. orthodoxe Giannone demandait à l'histoire le moyen de mettre à néant les prétentions de l'Église.l'histoire ECCLÉSIASTICO-POLITIQUE (GIANNOiNE) 343 Les tendances de Giannone en politique ecclésiastique. civile les Son Histoire du royaume de Naples est une protestation enflammée contre usurpations du pouvoir ecclésiastique en général et contre la position privilégiée de l'Église dans le royaume de Naples. mais les prétentions politiques de la Curie. — Malgré cela. — Pietro Giannone. défense prises par d'autres États (France. Son langage est beaucoup plus passionné que celui de Sarpi.

— Comme Sarpi. Il consista à répandre public les résultats acquis par les professionnels et à mettre l'érudition au service d'un grand but pratique. comme il l'avoue lui-même avec une franchise peu commune. ses observations critiques sur les falsifications cléricales et. par lecteur en erreur sur ses sources de fausses citations.) il — non pas sans les citer d'ailleurs — et nauraitpas écrit. Style de l'ouvrage et sa destinée. des plagiats. la jurisprudence. copia littéralement des écrits tels que l'Histoire napolitaine de Gostanzo (ci-dessus. qui est celle-ci s'en trouveront bien s'ils ne se permettent État et Église réci- aucun empiétement proque sur leur domaine. qu'il partage avec presque tous les vieux d'autres. historiens. Pour les Cette innovation tient au caractère particulier de l'ouvrage. Giannone parle . c'est le une habitude a commis. Dans quel ouvrage antérieur aurait-on vu traiter. de la constitution. sans leur secours. Mais cela ne diminue pas l'importance historiographique de VHistoiredu royaume de Naples. c'est-à-dire privilégiée dans le Napolitain. du Code théodosien. Si si l'Église renonce à sa position Giannone cherche à l'occasion. Les emprunts : faits à autrui devaient appuyer sa thèse. de la renseignement juridique. p. Il a beaucoup puisé dans les grands jurisconsultes fran- çais (Godefroy. démontrer au nom du droit ancien que étaient des usurpations. etc. Mais son mérite ne repose pas sur l'indé- pendance de ses recherches dans le scientifiques. détail et avec compétence de ladministration. il prétentions de l'Eglise fallait absolument faire l'histoire du droit. impériale romaine en ? ou les innovations des Goths dans la législation Sans doute les assertions de Giannone sur l'histoire du droit ne sont pas toutes originales. Gujas. comme ici. 149). des problèmes généraux d histoire du droit. Il alla plus loin encore. de l'histoire Pour première fois des institutions et de législation tient plus de place surpre- que nant celle des faits extérieurs et des /6'^or personnes (d'où le titre m civile). Il comme Mais peu d'auteurs ont aussi honnêtement avoué une partie au moins de leurs emprunts et ont su imprimer même à ce bien étranger la marque de leur esprit.344 HISTOIRE DE l'iIISTORIOGRAPIHK MODEnNIC fois mière un ouvrage d'histoire générale l'histoire traite la en. la constitution par exemple la survivance de Italie. à induire réelles.

il veut rétablir vis-à-vis de l'Église s'est le bon vieux droit de le Le rationalisme mépris sur son compte aussi bien que protestantisme sur celui de Sarpi. connaît les tribunaux. Les Jésuites. La doctrine de l'Église lui est indifférente . comme un . Ils n'avaient ni pratiqué ni favorisé l'historiographie humaniste. 1 historiographie humaniste. dépendaient abso- lument des caprices du gouvernement. la situation avait empiré pour les adversaires de la Curie. à la nouvelle tendance ethnographique. et la trahison l'ayant fait tomber au pouvoir du roi de Sardaigne. que pratique lui a rendues familières. c'est à la politique ecclésiastique qu'il s'attache exclu- sivement l'Etat. L'historiographie des Jésuites doit être traitée tout. Rapports des Jésuites avec ordres reUgieux. Giannone dut se réfugier en terre protestante. Ses productions touchent. une prison perpétuelle l'attendait à Turin. depuis. — L'historiographie des jésuite* 1. A Naples. est plus correct encore il touche à des questions dogmatiques. Sarpi avait eu déjà moins de liberté que Valla. L'ouvrage de Giannone put encore être imprimé à Naples tête il portait même en une dédicace à l'empereur Charles la protection VI. m. Quand. à tous les genres elles se relient par des fils multiples à l'historiographie humaniste. les esprits indé- comme en leur temps les humanistes. ce qui arrive rarement. Mais bientôt impuissante. forment presque une école à eux seuls. — Remarques générales. à l'histoire ecclésiastique. La rhétorique des abstraites de la science n'ont pas dilettantes et les constructions accès dans ses explications sur l'histoire constitutionnelle.L HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE DES JÉSUITES la 345 de choses Il qu'il comprend. qui voulaient lutter avec les armes de la . Mais les historiens jésuites ont fondu d'une façon si originale les apports du qu'ils dehors et les ont si habilement plies au service de l'Ordre. et l'auteur jouit quelque temps de elle fut du gouvernement autrichien. . . il est vrai. il que Sarpi. pendants. s'étaient tenus jusqu'alors à l'écart de l'humanisme. les lois et les avocats. — Les comme tels.

à propos de la foi ajoutée par le premier au faux Bérose (dans sa Bibliotheca selecta de Ratione studiorum. par la raison surtout que les Jésuites cultivaient les moins que humanistes les vains pastiches de l'antiquité. 1. chap. II. être vaient. Dans la forme. et aussi dans Refutatio imposturarum Davidis Chytraei). pour mis sur le même rang que les meil- leurs humanistes. ils entrèrent directement en lice tout. mais les lecteurs humanistes déli- cats des classes dirigeantes. l'élégance de la diction. lâchèrent. au ]i«u de la fortifier. les Ils chroniques du moyen âge n'avaient pas trouvé grâce auprès des historiens humanistes. beaucoup d'ouvrages d'histoire des et Jésuites non seulement égalent les écrits de Bembo de Jove. d'écarter les histoires de miprirent garde que des récits de ce genre trouvés dans racles. Chytraeus avait recommandé Bérose comme source pour l'hisPossevin toire de la première grande monarchie (Cf. la critique exercée sur Chytraeus par l'écrivain et professeur Jésuite bien connu. légendes intenables. Et ils en étaient capables. mais les dépassent. Les Jésuites s'accommodèrent même jusqu'à Ils un certain point à de la Ils la Ils méthode historique des humanistes. Beaucoup de membres de l'Ordre poule style latin. Mais les Jésuites n'en res- voulaient des ouvrages déblayés de toutes les scories de la culture le médiévale. les lirent critique. t. leurs exposés histo- riques ne devaient céder en rien aux produits les plus vantés de Ils l'humanisme classe italien. vni. 237 s. les Jésuites s'en tenaient à la manière sobre dont les humanistes envisageaient les écrits bibliques. XVI. ils firent écrire avec les humanistes. Pour l'histoire poli- tique. 7d) prétend avec raison qu'en invoquant de pareils faux on affaiblit. dans les premiers temps au moins. Ch. Ils étaient assez instruits pour discerner des faux se présentant comme pièces antiques. Pour la pureté de la langue. en général. On sait en outre que. entrèrent dans une nouvelle voie. Et sur- en style humaniste l'histoire de leur Ordre et des saints de leur Ordre. Ils détail. Venise 1603.) (ci-dessus.346 HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE Ils firent culture moderne.. : . s'efforcèrent. contrairement aux Protestants. Leur concep- On peut en donner comme preuve p. l'harmonie du discours. Les théologiens historiens du protestantisme faisaient aussi à l'humanisme des concessions de taient pas là. cherchaient à conquérir non seulement la moyenne à demi cultivée. à leurs desseins l'historiographie servir humaniste. l'autorité de la Bible. Antoine Possevin. Klatt.

Ils introduisirent dans l'histoire l'analyse psycho- logique de la religion. remplacèrent par quelque chose de tout nouveau. décrire exactement. Ce n'est pas en vain que leur maître les avait obligés à observer leur esprit et à l'entraîner. La nouvelle devise était ad majorem Dei gloriam. La psychologie religieuse des Jésuites. qui forme de langage. la reli- . Ils avaient appris mouvements du sentiment religieux et à les histoire. Des miracles s'il des saints qui n'avaient déclarés inauthentiques .J/HISTOIRE ECCLESIASTIQUE DES JESUITES tion 347 moderne que tants. Ce n'est pas en vain qu'on avait confié à leur traitement spirituel les cas compliqués de spéculation religieuse qui avaient défié l'art des médecins de l'âme formés à à observer de près les l'école du moyen âge. suffise à caractériser la nature firent de l'historiographie jésui- Les Jésuites ne falsifiant ils pas un travail purement négatif. ou d'un héros national. l'historien Jésuite préférait se taire. quand un examen impartial des témoignages aurait pu porter préjudice au culte d'un saint considérable. calcul poli- commence avec Machiavel la Cela est surtout vrai des ouvrages où les Jésuites traitent la forme du sentiment religieux mieux adaptée à leur génie. Cela et fut surtout sensible dans la critique historique. on s'aperçoit que les Jésuites ont suivi les Exercitia spiritualia. comme l'analyse utilitaire et Guichardin. Même quand ils écrivent l'histoire. — Qu'on les n'aille pas croire que cela tique. de l'Apocalypse est plus près des recherches de la critique l'interprétation tendancieuse des théologiens protes- Tout cela sans doute n'était qu'un trompe-l'œil humaniste. On copiait exactement les formes de l'historiographie humaniste. En adoptant et en en même temps formes de l'historiogral'esprit phie humaniste. était : l'es- prit était autre. ne se contentèrent pas d'expulser nou- veau et de remettre en valeur à sa place les points de vue du ils le moyen âge. Cette aptitude leur servit beaucoup en du L'analyse réaliste et compétente de la vie religieuse intérieure com- mence avec tique les Jésuites. pas de portée générale étaient. Le style humaniste. qui clérical. le fallait. fut primitivement autre chose qu'une d'expression d'un esprit anti- était le moyen mis au service de l'Eglise. Ce qu'ils avaient écarté.

à l'aide de pièces d'archives secrètes. dans les ouvrages historiques des Jésuites. tout cela est saisi avec une netteté extraordinaire. ne montrent-elles pas les symptômes désagréables d'une offi- facture impersonnelle. quand il était question la des succès de l'Ordre récits on évitait adroitement monotonie des le purement édifiants et comme on visait partout à satisfaire lecteurs instruits ! besoin de distrac- tion de la moyenne des Son honnêteté relative. L'amateur du classique y offrait trouvait des narrations dont le style pouvait satisfaire le goût le plus raffiné. Et de quelle puissante flamme brille dans leurs tableaux l'enthousiasma qui poussait les membres ! de l'Ordre à leurs héroïques missions à travers toute la terre L universalité de rhistoriographie partis de l'idée il jésuitique. bien que jugé tendancieusement. qui con- fortement avec la foi massive du moyen âge. bien qu'écrites par ordre des Supérieurs et sous leur contrôle.348 HISTOIRE DE LHISTORIOGRAPHIE MODERNE giosité de la contre-réformation. éclaircir passé le l'histoire diplomatique du plus récent. que dans . ils pas tracé de canevas pour l'historiographie. Ici sont que chaque homme est du meilleur rendement quand et qu'il est occupé d'une manière conforme à sa nature Aussi les peut des déployer complètement ses aptitudes. Elles sont si variées dans la forme et dans le fond qu'il y en avait pour tous les goûts. qui. histoires Jésuites. et l'affectation la dévotion la flottant entre le scepticisme mondain de piété de société que la Renaissance avait touchée. — L'Ordre pouvait d'autant mieux laisser (relativement) les coudées franches à ses historiographes. La crédulité inquiète et consciente d'cllo-mèmc des hautes classes. Aux amis des récits pragmatiques on des travaux qui imi- taient habilement la manière de Guichardin et prétendaient. laissaient bien loin derrière elles les notions superficielles des disciples de Jove et ? Gomme Gomme elles savaient alterner entre une modestie calculée un ! légitime orgueil. — Les Jésuites n ont encore. qui apparaissent dans l'historiographie cieuse. particulièrement en trastait si Italie. Et si l'on voulait s'instruire de la vie et des mœurs des populations exotiques (surtout de l'Asie Orientale) où se serait-on mieux renseigné que dans les relations enthousiastes des Jésuites. par leur élan et leur relief pittoresque.

des Instituts f. — 1902 ss. 45 ss. (1731). . V. Gonzalez prenait des notes sur les récits du généraL partie en espagnol. Seuls les membres de l'ordre eurent d'abord accès à cette autobiographie. Susta J. — Loyola. Elle fut imprimée pour la première fois dans la traduction latine de Codretto (du Coudray) les sous le nom d'Acta antiquissima dans Acta sanctorum. Dans le premier siècle de leur existence au moins. 634 ss. t. est en un modèle de peinture d'âme réaliste. sér. ainsi que tous les historiens officieux. dicta Inigo (Ignace) de Loyola (né vers 1492 à Loyola. ont supprimé des circons- tances aggravantes qui auraient pu nuire à leur Ordre. aux couleurs accusées. I. 26 (1905). Son autobiographie effet écrite par un disciple sous sa dictée. venus au jour dans des circonstances analogues. a. Ils n'ont pas. — Naissance de l'historiographie jésuite . IV. le ils n'ont pas cherché à dissimuler caractère agressif de leur com- pagnie. ou n'ont communiqué qu'en les mutilant des faits qui auraient donné lieu à des conclusions fàclieuses. Le Jésuite qui écrivait l'histoire allait plus franchement au but que les historiographes quoi se gêner d'avouer que la guerre à l'hérésie et son écrasement était le but principal de leurs efforts ? Et quand on poursuit un but noble et élevé. cherché à entendre qu'ils ne prenaient que des mesures défensives pour protéger l'innocence contre la perversité du voisin. pourquoi 'garder un silence timide sur les moyens peut-être assez mesquins qu'on emploie PNaturellemenl. GeschiCf. Jos. les Jésuites. C'est le premier général lui-même qui a donné à l'Ordre le modèle de son historiographie.l'histoire ecclésiastique des JESUITES 349 les premiers temps il n'avait aucune raison de cacher ou d'excuser des gouvernements laïques.luillet VII. partie en italien. Pour- ses desseins. : Loyolas Selbstbiographie dans les Mitteil. mort 1356 à Rome) dans ses dernières années (à partir de 1553) à son disciple Louis (latinisé Gonzalez ou Gonçalvez en Gonsalvus) un récit de sa vie jus- qu'à 1538. L'original n'a été publié qu'en 1904 dans les Monument a Societatis Jesu. chtsforschung. . comme beaucoup de publicistes obligés de faire soutenir la cause de princes laïques. en outre pour ce paragraphe et les suivants Historia de la Compania de Jesûs en la Asistencia de Madrid. 2. ôsterr. Cf. Mais en général leurs ouvrages sont plus honnêtes que d'autres. p. travaux biographiques.

Il naturel. né 1527 à Tolède. mort 1611 à Madrid. 314. Ribadeneira en a rendu l'essentiel accessible à tous les historiens. Plus fortement remaniée encore et enrichie de miracles est la 2'^ rédaction de la traduction Cf. Mais l'autobiographie a été en grande partie insérée mot pour mot dans la première et la meilleure biographie du général.. les visions Il par exemple. celle de Ribadeneira. la sainteté.. il fut bientôt connue par tout le monde. Une 2"^ édition passablement remaniée de la rédaction latine parut 1586 à Madrid (et aussi dans Acta sanctorum. V. p. Le public qu'il se représente. suivantes sur mandat du général édition Naples 1572. Et qu'est-ce qui pouvait leur inspirer plus d'enthousiasme pour leur vocation que les sobres Commentaires de leur général. Chaque nuance est saisie rendue sans retouche. qui Merveilleux ne pouvait provenir que dune et observation prolongée de soi-même. L. Gothein l'auteur lui-même en espagnol — : I. devenu son élève Il composa dans Fr. Nulle trace d'enthousiasme visionnaire ou de phraséologie édifiante. b. outre espagnole imprimée pour la première fois à Madrid 1605. Mais en versant dans le moule de la biographie huma- niste latine l'original mi-espagnol. mi-italien des notes de Loyola. 285. 3 ss. (1895). VII. Juill. n'attache aucune importance à Il ces manifestations de la vie contemplative. Traduite par édit. 1540 les membre de et f'' (f'^ années 1567 Loiolse. E. et peut-être la sincérité y était-elle poussée trop loin pour qu'on la livrât aux mains des adversaires. ce sont les futurs combattants de la. est vrai. qui parle de soi d'un étranger parce que la personne. s'efface cause ? L'autobiographie de Loyola Pas. 655 ss). — Ribadeneira. regarde les symp- tômes extérieurs de fiance. avec mé- presque avec scepticisme. Pierre Ribadeneira.350 HISTOIRE DE LHISTORIOGRAPHIE MODERNE récit. Loyola n'oublie jamais qu'il veut avoir pour successeurs le des liommes qui ne doivent être impressionnés que par l'énergie virile. Madrid 1583). connaissant Loyola dès l'enfance. peut d'autant mieux garder son sang-froid qu'il n'a jamais douté de la possibilité de réelles apparitions surnaturelles. Borja la Vita Ignatii l'Ordre. favori. orné ceci. la comme devant pour lui. Compagnie de Jésus. sous sa forme originale. l'article de Susta Dôllinger-Keusch Bellarmin 110. Celle-ci avait de trop grands défauts littéraires pour pouvoir être imprimée. la fermeté absolue de la foi. sup- primé cela. Le disciple a embelli. .

Mais là. rang que l'œuvre de Ribadeneira.). c. il ne voulait pas que son œuvre parût une suite latin de l'hagiographie médiévale. humaniste. 111 s. que lui- bientôt la nouvelle génération ne comprit plus. etc. né 1533 à Bergame. Borja. les associa avec aisance à la distribution arbitraire il en chapitres des Vies des saints traditionnelles. pastiches de l'antiquité. V^ édition. la suivit pour l'ordonnance de p. — Maffei. affranchi sa biographie des naïfs miracles de l'hagiographie médiévale. tout comme un huma- niste. Le style n'avait pas pour l'auteur son but en lui-même le caractère de son héros était trop grand à ses yeux rien à la phraséologie conventionnelle des Il pour qu'il en sacrifiât éloges. Mais encore par là en avance sur les humanistes. C'était un chef-d'œuvre d'accommodation à culture humaniste. qui en général avaient absolument isolé leurs héros dans Et l'histoire. La Cisma de Inglaterra.L HISTOIRE ECCLESIASTIQUE DES JESUITES 3bl Ribadeneira écrivit en outre des biographies des généraux Laynez et du schisme d'Angleterre. Sans doute. le Il il n'a su ranger Loyola était que dans cadre arbitraire de l'Église. 1563 à 1564 professeur d'éloquence et secrétaire de la République à Gènes. entre 1565 . a fortement peint la personnalité rôle historique de ce fondateur de Loyola et nettement saisi le d'Ordre. La forme clas- sique n'a pas nui au fond. l'histoire universelle se réduit pour lui à une lutte entre l'orthodoxie et l'hérésie. final Il ne craignit était même pas de déclarer dans son chapitre pas fait que Loyola un saint. Ribadeneira même a dû plus tard remanier sa narration et la pourvoir de l'abon- dance de miracles exigée. Il n'en resta pas eut comme psychologue une grande supériorité sur ses modèles. Il l'élé- gance naturelle et l'harmonie des travaux humanistes. ainsi qu'une histoire Ribadeneira se régla pour la forme de sa biographie sur les modèles humanistes . Giampietro Maffei. 1588. L'humanisme mettre sur le n'a pas produit une seule biographie qu'on puisse même . il matière les principes de Suétone (ci-dessus. quoiqu'il n'eût la de miracles. Son a la pureté classique.. comme tout l'édifice a un aspect moderne ! C'est un chef- d'œuvre de la part de Ribadenaira d'avoir.

tione tegeretiir. L'histoire des conquêtes portugaises aux Indes de Maffei est du même genre. p. Les données concises pragmatiques de Ribades explica- deneira sont remplacées par des tions superficielles. . mais à la mode classique de certaines acaet démies italiennes. quait Ribadeneira était tout tranquillement convenu IV. un cliquetis de mots cicéronien. chap. (pera II) de sa traduction du Commentarius Emmanuelis Acostae [S. 156) dans les Mcrnoric. Le fruit de son séjour en Portugal fut Historiarum Indicarum (Indes Orientales). 111. en outre Susta p. III. III. Chargé par le général do l'Ordre Eberhard Mercurian d'écrire De vita et moribus divl hjnatii Lojolx. Rome 1588 gorio XIII une suite H. d'après Maffei . 1™ édition Rome dans . . atténua partout oii il le la narration de Ribadeneira. : Loyola boitait depuis la blessure qui avait atteint sa jambe à la guerre (1. La méthode de travail de Maffei a été bien caractérisée par son dis- ciple Bentivoglio (ci-desus. On s'aperçoit pas été lié bien en le lisant qu'il n'a personnellement avec le maître dès sa jeunesse.) de rcbus indicis ad annum usque 1568. Collegium Rontanum nommé professeur d'éloquence au après la publication (Home 1570. il fît des concessions non seulement à l'humanisme en général. chap. fioritures insignifîantes. 11. xv) nemo fere nisi curiosus ne le remar(1. Déjà son disciple Bentivoglio y regrettait l'absence de vues militaires et politiques. chap. On s'aperçoit aussi qu'il avait une intelligence tra- médiocre et que sa vie a été trop exclusivement consacrée à des vaux littéraires. c'est-àdire de l'occupation espagnole. dans les Opéra I. Maffei écrivit en outre Annali di Gre(Rome 1742). quoique ambulandimoderaaussi tout . La biographie parallèle composée peu après par Giampetro Maffei est bien au-dessous de l'œuvre de Ribadeneira. il fut chargé par Clément VIII de leur donner dans louvrage inachevé Historiarum ab excessiu Gregorii XIII. 17/ (sur le pontificat de Sixte V) Bergame 1747. chap. J. d'abord Rome 1585. 282. appelé à Lisbonne (1572) à partir de 1581. Cf. xviii) que Loyola boitait d'une jambe honeste. Maffei était un puriste timoré de l'école de Bembo . Maffei consacre un chapitre (1. dans les Opéra omnia latine scripta (Bergame 1747). Jusque dans de minces détails. 11. XVI. . II. de nouveau en Italie (à Rome) . mort lt)03. ix. II. xiv) aux miracles de Loyola toutefois il n'oublie pas qu'il est humaniste et ajoute volontiers un dicitur. Maffei ne comprenait plus qu'il vaut mieux concéder certaines Il choses que de pouvait les masquer officiellement.352 à HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE l'Ordre des Jésuites.

La tâche d'écrire l'histoire de l'ordre pour grand public incomba dini. à Son histoire de l'Ordre 1898 dans les Monitet (Chronicon Societatis Jesu. premier Ordre qui appliquât à son histoire nistes. la charge d'historiographe national avait été souvent réunie à celle de secrétaire d'Etat.L HISTOIRE ECCLESIASTIQUE DES JESUITES 353 3. Appelé à Rome 1599 par le général Acquaviva. semble-t-il. aussi bien haute importance que l'ordre le style que l'effort pour appliquer le humaniste à des ecclésias- sujets tique. Cf. mort 1606. publiée de 1894 menta historica Societatis Jesu) estune compilation informe art. les Les Jésuites cherchaient à mettre formes de la littérature : humaniste au service des tendances de de surprenant à ce qu'ils aient gnie en style fait la contre-réformation l'histoire rien exposer de leur compale moderne et qu'ils aient été. sans une enfilade d'extraits des rapports l'ordre. entré Niccolô Rome 1572. Ranke. dans Tordre des Jésuites à du collège de Noie. mais manquait complètement son style il d'initiative créatrice. qui seules avaient employé jusqu'alors la des annales s'attri- humanistes. un littérateur plus artiste. puis principal — FUETEIl. et nommé historiographe de l'Ordre. quadrimestriels et autres le livre le des membres de à Les Jésuites tinrent donc sous le boisseau. Juif Ils choisirent pour historiographe le espagnol baptisé Jean Polanco. Les Jésuites projetèrent d'abord une combinaison de ce genre. c'était affirmer buait. les principes des annales huma- Mettre leur histoire sur le même pied que les histoires natiole style nales. ecclésiastiques et pour tremper de l'esprit En Italie. et par son langage et appartenait encore au moyen âge. 23 . Son Historia societatis Jesu (jusqu'à la mort de Loyola) parut d'abord à Rome 1615. — L'histoire de l'Ordre. Mais ce choix ne fut pas il heureux. faisait La biographie du fondateur ne l'histoire pas oublier aux Jésuites de l'Ordre. Polanco était un travailleur sûr et consciencieux. au Florentin Niccolô Orlan- Orlandini. plus tard des novices à Naples. Analekten zur Orlandini de Florence. qui fit fonction de secrétaire sous et Loyola sous les deux généraux suivants.

et pourtant la naïve crédulité il ne retomba pas dans du moyen âge. Orlandini était muni de toutes les ressources littéraires de son temps. Ucber einige Ges- L'Ordre n'aurait pu trouver une personnalité qui convînt mieux à la tâche. Mais Orlandini ne nie pas qu'il s'agissait lutte ouverte et ardente. Les miracles jouent chez un faible rôle . mais bien sur la guerre à l'hérésie. Mais que ne le honnête et plus sûr sont d'ordinaire les historiole graphes officiels. histoire officielle d'Etat-major ne sert pas uniquement la vérité elle est présentée de manière à insl'Ordre le désir d'imiter pirer à d'autres générations de membres de les ruses leurs devanciers. Et était trop l'art et bon Jésuite pour ne la rhétorique. D un bout à l'autre y circule une ardente vie sujet. entreprises. avait le bon droit pour Son ouvrage est officieux. Son . intérieure. Il maniait en virtuose l'élégant style latin de il la dernière traiter époque de l'humanisme. il cherchait à les gagner par un récit enflammé des merveilIl leuses victoires remportées sur les hérétiques et les païens. Les gens cultivés n'étant plus sensibles aux légendes édifiantes ordinaires. Il s'accommoda au scepticisme du lui public éclairé (italien) de son époque. autant que sa tendance permettait. ils ne sont pas encore mis au goût du style rococo. Il est entendu que l'Ordre. Il n'insiste pas là-dessus. et d'une que de guerre habituelles y . a su animer sa narration de l'enthousiasme brûlant qui remplis- sait l'àme des premières générations de Jésuites. Addition après n° 93 chichtschreiber des Jesuiterordens. un savant collectionneur seulement. dans toutes ses lui. il comme est plus toutes les histoires composées par ordre supérieur. comme Polanco. les données réalistes. sans de fait de ses sources. partial. en en faisant ressortir les détails pour cela faire de son œuvre une simple compilation d'antiquaire. le 11 son sujet que du point de vue de de reproduisit sans changement.354 HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE : Geschichte der romischen Pàpste. Ce Il n'était pas. cela est va sans dire. Il ne dissimule pas du moins caractère agres- sif de la politique de l'Ordre. L'historien est un avec son Orlandini était un enthousiaste. Orlandini n'oublie jamais que le fondateur de l'Ordre les considérait avec bon sens et méfiance. sur les missions intérieures et étrangères.

Orlandini se suffisamment mis au courant des mouvements de l'ennemi. la fondation les mérites de chaque membre de de chaque collège. sont de peu d'importance historiographique. 387 ss. Le lecteur n'est pas ou de catholiques mal disposés. p. mais aussi de sa situation intérieure. (le dernier volume fut achevé par un autre). . | 11). mit dans sa narration plus de variété que avoir. XI. il accorde des fautes légères. au lieu que les institutions scolaires des Jésuites auraient pu être traitées dans leur ensemble (1. officielle d'Orlandini le gêna bien davantage à un autre Ce il n'était pas un classique correct. Stanisla Kostkae S. à côté des grands triomphes remportés par l'Ordre ? La position égard. ne travestit pas en scènes Il théâtrales les relations de ses sources. 11 était tenu par son contrat d'enregistrer l'Ordre. la A l'historiographie humaniste le emprunta sa langue.). Son histoire de l'Ordre fut plus tard continuée par d'autres. de l'organisation et des règlements des écoles. n'est pas timoré . Celle-ci très pédantesquement observée : les règlements de Loyola sur les collèges. et la distribution en annales. des missions. Son panorama triomphal manquepar conséquent du véritable relief historique. Il les annalistes humanistes n'avaient coutume d'en ne s'occupa pas uniquement des grands actes de l'Ordre. parurent en grand nombre dans les premières dizaines d'années du xvii« siècle. Les histoires des autres Ordres qui. professeur de rhétorique au Collegium Romanum. des fondations d'Instituts. 11 n'inséra pas de discours. Il devait livrer un rapport complet (pour autant que les faits se prêtaient aune communication au grand public). Son Historia Societatis Jesu parut 1620 et suiv. Mais il n'avait pas le choix des matériaux. sans doute à l'exemple d'Orlandini. Qu'il s'agisse d'hérétiques contente de transcrire ses sources exclusivement de provenance jésuite. Orlandini ne suivit pas les humanistes dans les recherches de style pour colorer les événements. Quelle importance pouvaient-elles avoir. composition artistique du récit dans détail. II composa en outre Comment arii sxir la vie du Ganisius (Ingolstadt. mort 1625. 1616) et une Vita B. par exemple. J. la sont intercalés au beau milieu du récit de fondation du collège de Florence.L HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE DES JÉSUITES 11 355 pouvaient être employées. L'histoire de l'Ordre d'Orlandini fut continuée pour les années 1556 à 1590 par Francesco Sacchlxi. du territoire de Pérouse. à part les Annales de l'Ordre des Bénédictins de Mabillon (ci-dessous.

L'ouvrage de Strada peut passer pour un modèle de l'habile composition tendancieuse que les Jésuites pratiquèrent riens politiques. écrivit sur le désir et avec l'appui du duc Alexandre de Farnèse de Parme une histoire du soulèvement des Pays-Bas de 1555 à 1590 sous le titre de De bello helrjico décades II (l'^ décade Rome 1632: (1. par les Décades de Famiano Strada Famiano Strada. — L'historiographie politique la Strada). sait viser à coup sûr les côtés faibles de l'adversaire. un léger souffle de d'incidents pathétiques. ici L'historiographie politique des Jésuites peut être caractérisée par son œuvre mieux réussie. ser le sujet sous des angles plus vastes . 1647). chez lui comme en général chez les Jésuites. Pour croire à l'impartialité de cette critique. mort 1649. L'intention édifiante. Guerre de Flandre (ci-dessus. comme histo- Strada a cherché avec une adresse extraordinaire à déguiser caractère qu'a son histoire d'écrit départi confessionnel. comme Bentivoglio. Il le s'applique à une grande modération de langage. p. Son latin vivant. évite la très heureusement monotonie des imitateurs de Tite-Live. professeur d'éloquence au collège romain. Dans ses explications polé- miques il feint de laisser parler les actes seuls (par les Farnèse Il il avait eu à sa disposition beaucoup de pièces d'archives). permet d'embras- Strada n'a pas besoin. 1 2*^ ih. d'entrer en concurrence avec les notes de jour- naux des mémoralistes antérieurs. La composition de l'ou- vrage a malheureusement souffert beaucoup des relations de l'au- . Strada est d'ailleurs un lui attira fort habile écrivain. ne la s'allie pas à un idéalisme qui ignorerait scepticisme plane sur nature humaine. il faut n'avoir jamais eu auteur de la entre les mains le livre de Strada. Son point de qu'il le récit vue confessionnel a du moins cet avantage. ix) Bentivoglio. — Le jugement sur cet ouvrage critique haineuse qu'en fît a été influencé plus qu'il ne convenait par la dans ses Mémoires chap.id. Des por- traits détaillés (encore une pierre d'achoppement pour les classiques rigoureux) donnent du relief à la narration. 156). qui de vives attaques de la part des puristes du temps. De nombreux concetti s'offrent au goût rococo de l'époque. parue la même année.356 HlSTdlKE DE L HI^T0RI0GRAPH1E MODERNE 4. reçu 1591 dans l'Ordre des Jésuites. né 1572 à Rome.

de l'histoire juive considérée comme préparation au christianisme.) religieuse des événements elle avait évité historiques (ci-dessus. etc. en dehors l'Italie. a les Espagnols pour récompenser de leur lutte contre Maures.). Elle s'appuya naturellement sur la vieille philosophie de l'histoire chrétienne. au sentiment religieux. CT. Ce n'était pas assez pour la nouvelle culture théologique d'avoir égard. faits isolés Non seulement de rapporter des . l'humanisme et la vieille théorie chrétienne de l'histoire avaient d'habitude fait un compromis. Strada était obligé de donner aux actes de Marguerite et d'Alexandre de Parn:ie un développement disproportionné. Maimbourg (332). En Alle- Espagne surtout. les chapitres IV. il a . dans le détail de l'histoire. L'histoire moderne futinlerprétéed'aprèslamême donné l'Amérique aux les méthode. Divers historiens jésuites ont été traités dans d'autres sections. 13 ss. L'historiographie humaniste italienne avait silencieusement écarté l'explication p. 403) et Papebroch (p. les Bollandistes (p. des quatre monarchies (ci-dessus. Dès avant de la réformation.). Sabellicus ne voulait rien savoir de p. faire bien des concessions aux anciennes idées. l'histoire humaniste avait dû.). elles ont réintroduit dans l'histoire la d'interprétation théologique. Elle se remit à interpréter l'histoire universelle d'après des principes théologiques. 277 s. 176 s. sur Daniel (p. Dieu. disait-on par exemple.l'histoire théologique 357 teur avec les Farnèse. Elle rouvrit la porte à la doctrine des quatre monarchies. Pallavicino (p. 41). Mais la réaction contre l'incrédulité du premier ne fut marquée qu'avec la magne et en réformation. 340 ss. à l'intervention de la divine Providence mais elle s'était abs- tenue de considérer l'histoire universelle (celle de l'Asie Mineure et de l'Europej au point de vue d'un plan divin du la théorie salut. 409). Mariana (p. — L\ RÉAPPARITION DE LA THÉORIE THÉOLOGIQUE DE L HISTOIRE La réformation méthode et la contre-réformation n'ont pas seulement suscité l'historiographie moderne.

Peut-être par la critique historique. y aurait à l'intérieur l'histoire universelle ayant ses fit. et dans les deux cas Ils un moyen terme. Les humanistes italiens n'avaient fait aucune différence entre Ils l'histoire juive et l'histoire gréco-romaine. y a certainement des la ouvrages historiques de cette époque qui en restent à profane des humanistes italiens. de philosophie de 11 en dehors du cadre biblique et théologique. Ou rationalisaient ils également les légendes juives et gréco- romaines. . Pour l'histoire universelle en résulta que les données de la Bible touchant toire juive. presque uniquement l'histoire de monographies sur des cette logie. non seulement à de la l'his- mais à l'ethnographie et à l'histoire civilisation générale. faits contemporains ne conserva la théo- indépendance partielle qu'en sacrifiant son ensemble à Une autre conséquence des fut mouvements réformateur 138) et contre- réformateur que l'Eglise commença (p. peut-être parce qu'on avait aux premiers siècles chrétiens. lois particulières. avaient critiqué de la même pris façon les traditions de l'une et de l'autre. croyance huma- niste à l'autorité de la tradition vulgaire des Anciens. reconla tradition sacrée. Le biblicisme de la réfor- mation luthérienne naître de tout d'abord en territoire protestant. Il comme jadis Athanase contre Arius. été longtemps entravée dans son De même que la géologie avait la développement par légende du déluge. à s'efîrayer de la critique. la nouveau pour canonique En général. n'avaient pas plus rejeté en bloc les récits la de l'Ancien Testament que les fables de bien ils mythologie antique. l'histoire Nous avons indiqué plus haut âge eut à pàtir combien du moyen il de ce revirement. harmonisé l'histoire biblique. awaniV Au fkldrung. l'histoire n'existait gu^re. l'histoire universelle avait à secouer l'autorité de l'histoire juive avant de pouvoir être traitée scientifiquement. Ils les reproduisaient comme de traditions à demi un étaient étrangers à cette idée incompatible avec le qu'il sens historique district sacré. Mais il conception s'agit . ou bien douteuses. la tradition antique avec Les théologiens et les philologues ne répu- gnaient pas moins à la critique d'Hérodote et de Tite-Live qu'à celle qui s'exerçait sur l'Ancien Testament. redevinrent intangibles.358 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE suscité Loyola contre Luther. on y joignait d'une façon curieuse répugnance contre déjà.

les Ennéades. 1694 recteur de l'Université. l'avait Père de l'Eglise saint Jérôme c. n'a pas la il moindre se sert. qui. Je m'attache au dernier comme infiniment plus digne de foi sur ce : point que l'autre Il ».l'histoire théologique 359 Bossuet.). il est sans valeur. d'une brève mention de ce pédagogue estimé et de cet honnête écrivain.^ suit (dans la première partie) principe des annales . les faits sont rangés aussi gauchement et aussi confuséla critique. 228 ss. dans son Histoire ancienne (1730 à 1737 continuée par l'Histoire romaine 1738 ss. lui aussi. Opéra le édit. cela tient à suffira ce que personne n'a su plus habilement que lui accommoder l'histoire . pédagogue janséniste Charles Rollin . 1901) Cyropédie relativement moins de contradictions avec récit biblique. ni original. parce que roman pédagogique de déjà la le comme (comme offre source. IV [1704]. destitué 1702 à cause de son attitude janséniste). le au-dessus d'Hérodote et de Ctésias. a des préventions théolo- juge les sources de l'histoire la profane en les mesurant à la tradition ecclésiastique. a été. Ainsi procéda également le (1661 à 1741 .) introduit l'histoire de Cyrus par ses mots « L'Histoire de ce prince est racontée diversement par Hérodote et par Xénophon. Bossuet. Comme historien. caractère particulier des auteurs anciens dont le Ce contemporain du Télémaque met Xénophon. le semble il doit donc nous occuper quelques ni L'ouvrage de Bossuet n'est celui de Sabellicus il remarquable Comme. Mais livre il d'enseignement comme les s'élève de la simple : forme de tablettes à une narration d'eninstants. écrit dans un but pédagogique. 329 ss. C'est un Quatre Monarchies deSleidan. Celte théorie n'était généralement exposée que dans des manuels scolaires et des compilations polyhistoriques. et donne préférence à la version qui Il s'accommode notion du le plus aisément avec la Bible. Mais il y style temps modernes un exposé historique de grand qui prit pour base la vieille philosophie chrétienne de l'histoire. Pour .). 5. l'histoire universelle de Bossuet (ci-dessus. découvert. Le Discours sur p. Si ses œuvres historiques ont eu en France et hors de France jusqu'au xix^ siècle un grand succès dans les écoles et auprès de la jeunesse. In Daniel. Nous avons cité déjà plusieurs eut dans les Compendia protestants de ce genre (p. Maur. est inférieur encore à l'humaniste vénitien 11 de plus. il ment que dans giques.

ne sont qu'un travail de mosaïque. l'ouvrage apologétique de H. Bossuet n'est pas original non plus Il comme historien philosophe. — vie. par opposition aux Perses. Ce qu'il dit delà civilisation des temps primitifs repose sur les récits bibliques et ne peut pas même entrer en parallèle avec les maigres notices des humanistes. des Grecs et des Bomains. Ses peintures idéales des anciens Egyptiens. ses œuvres et l'Université de son temps. il s'y est glissé quelques observations utiles (tirées le de Polybepar exemple). Elles sont (comme l'indiquent les notes et comme c'était l'usage général depuis le xvi® siècle) composées avec les lieux communs de la rhétoà côté de rique et les fables de la philosophie populaire antique. C'est Renaissance. C'est surtout grâce à des livres comme le sien qu'a régné jusque dans le xix" siècle l'opinion singulière que Ihistoire de l'antiquité se prêterait tout spécialement et serait même indispensable à une action éducatrice. la légende historique confectionnée pour la jeunesse par les maîtres d'école de l'antiquité. non-valeurs. Uollin a banni de l'hisloirc ancienne traditionnelle les derniers restes dune conception historique qui pouvaient se trouver encore chez les rhéteurs anciens . Hollin. Il manque tota- aurait-il pu attribuer aux et anciens Grecs. une politique ferme • prévoyante ! Bossuet représente d'une manière classique térale et la la construction unila- fausse idéalisation de l'histoire ancienne qu'avaient dévela loppée la contre-réformatioh et d'histoire. n'a tiré aucun profit de l'horizon agrandi qu'ouvraient les décou- ?verteset les conquêtes faites en Amérique et dans l'Asie Orientale. Autrement. il a magistralement adapté aux besoins de l'éducation moderne. C'est lui qui a le premier vraiment christianisé Cf. Son Discours n'est le pas une œuvre un sermon où texte biblique est remplacé par tique. sa Ihistoire ancienne. le sujet historique soumis à une préparation ecclésias- . Bossuet n'en a pas lement de jugement politique. mérite. Ferté. 1902.nNE ancienne à des vues pédagogiques et morales. monarchique et chrétienne. ce pédagogue janséniste l'a niené à bout.)i)i!.36(» Histoire dk l iiistoriocummiie M. Si. la 11 ne faut pas que les éloges de récents historiens français de littérature nous entraînent à croire que Bossuet racheta ce manque de critique ou d'érudition par des aperçus remarquables ou des considérations sur la philosophie de l'histoire. Ce à quoi les historiens protestants n'étaient pas entièrement parvenus.

avaient mis la poli- tique au premier pian et n'avaient estimé toutes les branches de l'activité humaine que d'après leurs rapports avec l'Etat. s'habillaient. En présence place à des populations américaines. moins les détails conquête que peuples et les pays merveilleux découverts par les Européens. l'historiographie moderne franchit ces Hmitations. — L HISTORIOGRAPHIE DES DÉCOUVERTES ET LES ÉTUDES ETHNOGRAPHIQUES I. Elles une matière à laquelle ne suffisaient pas les procédés de l'histoire classique antérieure. voulaient savoir la comment vivaient ces hommes ils qui paraissaient pour première fois à l'horizon de l'Europe. l'Eglise qu'autant . On obéissait à une curiosité . comment lieu se nourrissaient et récit. de la Ce qui les Ils les intéressait. au ou à côté du des des- criptions et des peintures. Us souhaitaient. Ils nedécriintérieurs de. Ils l'histoire avaient toujours écrit du point de Ils vue des autorités ou des classes dirigeantes. — Les découvertes conquêtes en Amérique posèrent à lui offraient l'historiographie un problème tout nouveau. Les lecteurs eussent été peu satisfaits de voir ter la découverte trai- du Nouveau Monde d'après c'était le cadre des annale-. leur religion. Les historiens durent s'étendre sur des sujets auxquels n'avait pas touché jusqu'alors. — Kemaroues et les générales L'éveil donné à l'intérêt ethnographique par la découverte de l'Amé- rique.B. vaient par exemple les qu'ils avaient mouvements une répercussion politique les faits économiques ne les intéressaient qu'autant que la législation s'en occupait. La préoccupation de l'enseignement politique l'intérêt fit pour l'ethnographie l'histoire fut et l'histoire de la civilisation. Le sou- bassement de mis au jour. quelle était leur orga- nisation politique.

Ils n'avaient qu'à observer exactement. mais comme soldats ver ! il et fonctionnaires ! Les historiens diffèrent naturellement selon doctrinaires qu'ils sont individuellement doués. Et combien les premiers Européens étaient forcés de bien obser- Comme fut heureux pour eux d'être en rapport avec les indigènes non comme voyageurs ou missionnaires. se trouvaient d'ailleurs favorisés par le sujet. soulever les problèmes de l'histoire primitive.362 HISTOIRE DE LHISTORIOGRAPHIE MODERNE enfantine. à l'amour fiques. Les peuples américains demeurent pour curiosités. Les historiens culatif tel du Nouveau Monde sont étrangers à tout intérêt spémais ne que celui qui animait l'historiographie politique des grands Florentins. mettons-le à part. Les historiens. on traînait encore avec soi et faux les jugements depuis longtemps inadéquats. du merveilleux plutôt qu'à des besoins scientifrivole Mais Ihistoire s'accommode souvent mieux d'une curiosité que de tendances pédagogiques les et moralisantes. qui s'appuyassent sur la philosophie : popu- de l'antiquité) il n'est pas un seul des travaux de la première génération qui ne se distingue par la perspicacité de l'observation et la justesse des descriptions ethnologiques. tout cela n'est pas faire af- de ces historiographes. Ils n'en ont pas moins exercé une grande influence sur l'historio- graphie générale. Sur le nations européennes et asiatiques. Ils n'avaient pas à déblayer d'abord des idées fausses. ainsi que les premiers rapports. Ce sont des collectionneurs distingués . ils avaient affaire à un peuple dont les autorités antiques n'avaient rien dit. dans premiers temps au moins. de Garcilasso de la de Martyr et le roman écrit plus tard Vega (les seuls ouvrages. le cher- cheur avait au moins vis-à-vis de son sujet l'indépendance scientifique. eux des On ne trouve que plus tard de timides essais de comparaisons chez lintelligent Jésuite Joseph de Acosta (? 1539 à 1599) dans son Historia natural y moral de laslndias (Séville 1590). Pénétrer plus avant. ils tra- vaillent pas la matière en historiens. de la science populaire des Anciens ici. C'est aprèsla découverte de l'Amérique seulement . vrais feuilletons. souvent puérils : dès le principe. tirer de l'état des choses en Amérique des conclusions par analogie 1 sur la préhistoire de l'humanité européenne. Des tirèrent comme Las Casas ne Mais aucune instruction des expériences les plus pénibles. du laire reste.

et il s'en trouve dans des chroniques médiévales. Mais en fait. en partie aussi. Les récits des expéditions victorieuses vers les Indes ne pouvaient rivaliser avec la peinture des peuplades américaines découvertes dans le même temps. La littérature historique antérieure aurait pu y donner l'impulsion. sur des relations plus anciennes leur avaient appris des choses vraies et pas mal de fausses. 209 s. Cependant cette historiographie-là eut une influence bien moindre que celle de l'Amérique. L'imagination romantique des et. et toire lieu Bembo insère. toriens. Gilbert Chinard l'Exotisme américain dans la littérature française au XV/*^ siècle.) commence son histoire d'Ecosse par une digression sur le dans son his- pays et ses habitants. elle ne renferme aucune description ethnographique. Au de récolter des lieux communs dans que l'intérêt la littérature ancienne. C'est la ethnographique éveillé par de l'Europe. bien entendu. Boethius (p. habitants. 351 s. 1911. — Elles agirent de comme même façon. Effet produit par les conquêtes la dans les Indes. un chapitre sur les peuples du Nouveau Monde. qu'à l'historiographie Avant 1492. GRAPHIE DES DÉCOUVERTES 363 l'habi- et à la suite des relations Fur le Nouveau Monde qu'on prend tude d'ouvrir les histoires des peuples européens par une description détaillée du pays et de ses.L HISTORI(. cherchent à se ainsi un juge- ment personnel. les faire historiens. Sur l'Inde l'Afrique. qu'après que la découverte de l'Amérique eut ouvert les yeux aux hisOn peut citer comme phénomène parallèle que l'ethnographie fit à la même époque son entrée dans l'épopée du genre classique (avec VAraucana [1569 et 1590] de l'espagnol Ercilla[1533àl594]). lec- teurs y trouvait moins son compte. au moins ceux qui comptent. avaient inséré des digressions ethnographiques. . ces invites n'ont été suivies humaniste.. Quelques historiens anciens. en dehors du canon humaniste. le pays pas aussi neuf. découverte de l'Amérique réagit sur l'histoire Cette observation ne s'applique. Les événements n'étaient pas aussi mer- veilleux.— Cf. Nous ne pouvons donc pas nous y arrêter ici. Les ouvrages historiques qui racontent la circum- navigation de l'Afrique et ses suites ont surtout de la valeur par leurs digressions ethnographiques le . des stylistes insignifiants Jésuite Maffei (p. Même des classiques corrects se permettent de rompre ainsi avec la forme traditionnelle. assez déplacé de Venise.) ont donné par là de l'importance à leurs histoires.

Los Historiadores de tation intelligente et loin d'atteindre avec . ne considérèrent plus Ils leur sujet qu'en stylistes. comme le travail de Sahagun. secrétaires. il débuta par des reU'. Ces auteurs écrivaient encore du point de vue de Ihomme pratique. sujet fît : accommodaient la forme de leur narration au Uviedo n'avait aucun contact avec l'humanisme. 456 ss. riographie de la découverte de l'Amérique. ils étalèrent avec une pompe théâtrale de brillants tableaux des rétrécit. C'est W. Les historiens cherchèrent à se rapprocher de la forme classique. n'obtenaient plus le permis d'impression. Liiistoire des découvertes tomba aux mains s'effaça. L'intérêt ethnographique les Les auteurs. — digressions critiques ajoutées par W. La dissersoignée de Menéndez y Pelayo. comme humanistes italiens. Les . tout au plus en patriotes. Leur horizon historique se moins que leurs devan- ciers s'affranchir des préjugés de culture théologique et classique de l'Espagne.) Eistory of America. dues à la "eut des compositions libres plume des acteurs eux-mêmes ou de leurs connaissance précise du sujet. Ils ni sentimentalité. Ce qui contredisait leurs opinions rehgieuses et politiques. Prescott à ses trois ouvrages bien connus sur l'histoire de l'époque (l'histoire d'Espagne sous Ferdinand et Isabelle. Ils surent la liants faits espagnols. Robertson (cidessous p. On n'a pas encore traité dans son ensemble l'histoLittérature. entre lesquelles les travaux d'Oviedo se distinguent par l'indépendance du jugement et la ceux de Cômara par son talent d'écrivain. Suivi d'ensemble. Gômara ne à la forme classique que des concessions de détail. Les études ultérieures sont allées beaucoup plus loin que l'historien écossais mais on ne peut pas dire quelles aient mieux saisi le caractère particulier des sources. lesquelles celles do Pierre Martyr lienne^it la première place comme bons feuilletons de l'humanisme. Les exposés moins partiaux. qui a le mieux caractérisé chacun des auteurs connus jusqu'à lui. la conquête du Mexique et la conquête du Pérou) sont la même précision le fond des choses. Développement de historiographie américaine — Voici comparmi ment il se (it. leur description des indigènes ne respire ni orgueil méprisant. ils l'écartaient comme des abominations. Au lieu de décrire les mœurs des peuples américains.304 IIISTOIUE DK 1 l'|IIsT0RIOGRAP^>41E « MODERNE ». des théologiens et des littérateurs.tions particulières. manquèrent de critique et d'application dans l'emploi de leurs sources. du Conquistador. La situation changea quand la génération qui avait pris part aux conquêtes eut disparu.

n'était d'ailleurs ni 11 ou bien ont péri de bonne heure. Cf. 2° série 1895) ne s'occupe malheureusement que de la partie des sources qui regarde l'histoire de Colomb. Les relations très travaillées que Hernando Cortés envoyait du Mexique à son empereur et que l'impression rendit en grande partie accessible au public. Malgré rete. v. pas lui consistent en de simples rap- même en relations proprement dites. Les écrits malheureusement fragmentaires qu'on a conservés de ports. et ne sauraient en aucune façon être appelés une histoire. ni une tête politique. plan de faire une narration suivie de ses découvertes qu'il projetait les Annales à l'exemple de César ou bien n'ont jamais été écrites. — Ouvrages sur a.l'historiographie des décodvertes (colomb) 365 Colon (dans les Estudios de Critica literaria. . Les restes des écrits de Colomb sont publiés chez Fernândez de NavarHumboldt. son estime génoise et superstitieuse de (Menéndez y Pelayo) le poussaient bien de temps en temps à des assertions : tendancieuses mais dans sa peinture des indigènes il s'abstient de toute exagération. A. les découvertes en général. Renseignements peu sûrs et jugements scolaires dans le livre de Friedrich Weber. un ne nous donne que des esquisses sans art. « Son espèce d'illumi- nisme prophétique. Mais ce sont les exquisses d'un maître. il. sa vanité. 1911. Colecciôn de los viages y descubrimientos I (1825). A la tète de ce groupe historiographique. Les considérations ethno- graphiques sur les Indes Occidentales sont d'une précision. il Là seulement où il ne relate pas des choses vues. Un modèle plus précieux encore pour l'historiographie du Nouveau Monde est dû à l'auteur de la découverte de l'empire aztèque. qui lui fait enfler le nombre des pays l'or » découverts. Examen critique de l'histoire de la géographie du nouveau Continent (1836) et surtout Menéndez y Pelayo Historiadores 210 ss. — Ouvrages particuliers 1. d'une impartiabilité surprenantes. d'une sobriété. (Colomb n'a pu exécuter son . — Colomb. nous ne nommerons rien de moins que Colomb lui-même.) Colomb écrivain de profession. est aisément dupe des histoires miraculeuses. sont des chefs-d'œuvre de comptes rendus lumineux. Beitràgezur Charakteristik der àlteren Geschichtschreiber i'tber Spanisch-Amerika.

Mais Cortés est moins dominé que l'auteur romain par des aspirations militaires et politiques. mœurs. b. Colomb ne donnait que des fragments. aussi peu dégac^ées d'une tendance apoloi^étique que les Commentaires de César. et met en saillie les choses essentielles des Indes Occiden- condense la narration. dont le style nest peut-être pas resté sans influence sur le conquistador cultivé. — dans Martyr Il fait preuve. l'histoire 11 en mesure de traiter des découvertes américaines dans l'esprit des lettrés éclai- rés d Italie. mort 1547 à Castilleja de la Cuesta) furent imprimées en partie déjà dans les vingt premières années du xvi*' siècle la première édition complète parut dans les Historiadores primitivos de Indias I (1852). ses édifices. Les Cartas de Relaciôn du célèbre conquistador (né 1485 à Medellin. à part comme Carias y relaciones. Sa description des îles . Le côté religieux de brièvement qu'avec la l'entreprise lui était indifférent. Pas plus que dans l'Opus epistolarum l'auteur ne poursuit toujours avec bonheur la fiction qui présente l'ouvrage comme composé de lettres provenance de relations écrites au fur et à mesure. Le gouvernement espagnol le n'aurait put confier la tâche d'informer public étranger. Et comme il sut bien l'exploiter ! Ses Décades sur rien le nouveau monde. encore. Il signale acti- conquête militaire marchait de pair une vité missionnaire intense. ses Il décrit le peuple vaincu. Les populations nouvellement découvertes étaient avant tout pour lui niste. Puis etc. institutions. — Martyr. Le l'école ethnographique fut donc Pierre Martyr 285 ss. véritable fondateur de (p. à considérer l'ensemble..366 HISTOIRE DE l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE leur objectivité apparente. dans un sens officieux. ne sont d'art. n'avait eu à sa disposition une belle matière à feuilletons. sur les découvertes amé- ricaines. Martyr pas un historien de grand style. d'un remarquable talent d'écrivain. comme humaniste de l'école d'Aeneas Sylvius et de Poggio. elles sont aussi peu impartiales.). Mais. un riche sujet de tableaux. Aucun humasi depuis longtemps. il s'intéressait à bien des était choses. . Elles trahissent leur moins qu'une œuvre isolées. et savait raconter agréablement. à n'était un auteur plus habile que le littérateur milanais. Mais quels que soient le détail les défauts ici de la composition. ses avec une complaisance et un amour qu'on ne trouve nulle pari dans la Guerre des Gaules. édition Pascual de Gayang-os 1866.

l'historiographie des découvertes (oviedo) taies est claire. Martyr insiste plus sans doute. d'amazones (Dec. Tel d'intention l'ouvrage ne montre marquée que dans les observations sur l'administration coloniale des officieuse. Ces chapitres ne sont qu'une apologie Pour un humaniste. Toutefois. Pour première fois on exposée dans un ouvrage d'histoire la vie d'un peuple en dehors qu'il : de son organisation politique. II). et historien. par exemple. Il parle de la faune et de la de l'état politique. s'adressait à de bonnes sources rassemblait judicieusement leurs données. Gonzalo Fernândez de Oviedo y Valdés. . Mais il y avait dans ce goût pour les détails ethnographiques sensationnels moins d'inconvési elle nients pour l'histoire que avait été subordonnée à des tenqu'il est. Colomb ressemble trop chez à un héros antique. c. Il faisait exception — trait caractéristique — pour les données où apparaissait quelque analogie avec des fables antiques. Espagnols. rejeter absolument le prétendu fait d'une île exclusivement habitée par des femmes. Tous ces défauts n'empêchent pas ses Décades de tenir. 367 animée et complète. des coutumes et des légendes religieuses. d'abord page du prince Don Juan à la Cour des souverains catholiques. mêle assez les incongrûment de fausses réminiscences de l'âge d'or rêvé par anciens. par leur heureuse combinaison du récit avec une ethnographie sans prévention. sur des curiosités exotiques piquantes ne faudrait. Il n'osait pas. Les récits merveilleux le trouvaient généralement sceptique. l. Il n'est pas Il complètement affranchi des les récits des exploits de défauts de l'histoire classique. après. était il homme de lettres d'abord. dances politiques ou religieuses. après la mort de son maître (1496) au service ries. compose femmes indigènes sur le modèle des héroïnes de l'ancienne Rome lui dans Tite-Live. un rang éminent parmi les récits contemporains de la découverte de l'Amérique. d'une vieille famille des Astuné 1478 à Madrid. la des voit mœurs et des industries des indigènes. c'est encore un travail de publiciste. — Oviedo. Martyr Il travaillait et avec beaucoup de soin. car l'antiquité parlait I. il A ses peintures généralement réalistes des Indiens. flore. Oviedo le premier a composé une véritable histoire.

et c'est ce qui lui vaut eut conscience de faire œuvre d'hisle une place dans la présent ouvrage. 1.308 HisTnir. prétendait son adversaire Las Casas. ne représentait aucune tendance. ce que c'était que Il ne suivait aucune théorie. plus tard de nouveau en Caslillc. nommé chroniqueur pour les Indes. des expectorations morales. Oviedo écrivit en outre deux ouvrages volumineux sur l'histoire d'Espagne. C'est sujet.E DE roi l'historiographie moderne de Naplcs. et pour les distinguer des autres Quincuagenas avec lesquels on les a souvent confondus. Menéndez y Pelayo. dont Vincente de la Fuente commença la publication au nom de l'Académie historique d'Espagne 1880. peine. prend part à plusieurs campagnes contre les indijrènes. Elle ne se contenta fit . Conquest of Mexico Historiadores. Cf. du côté des conquistadores. La première partie seule fut publiée en entier du vivant de l'auteur l'ouvrage complet seulement de 1851 à 1855 par Amador {Séville 1535) de los txios. l'introduction d'Amador pour son nonun. les Quincuagenas de la Nobleza de Espana (terminé 1556). Oviedo a l'avantage d'avoir acquis par sance de son cheur. Il pratique la connais- était en comme soldat et même temps homme d'action et comme homme d'État qu'il : cheravait appris à observer. Mais on ne qu'il ait peut pas dire voulu faire de l'apologie. bien entendu. l'ethnographie plus de digressions détaillées fit un pas de plus. Il s'y joint de nombreux tableaux d'histoire de la civilisation. IV. ordinairement appelés Les deux ouvrages ont un caractère marqué de Mémoires et sétendent surtout sur les familles (nobles) et les personnages qui ont joué un rôle en Espagne sous les souverains catholiques et sous CharlesQuint. du Pérou et d'autres contrées de l'Amérique. et les Quincuagenas dialogales. elle se une place à part et prit et même le haut du pavé.:r>ie . mort 1557 à Valladolid. D'après Gômara {Anales. Mais torien. Il ne cherchait pas à .\ge avancé. Il composa en cette qualité son Hisloria gênerai y natural de las Indias. : du édition. Oviedo il était ethnographe et naturaliste. envoyé i513 à Saintcomme inspecteur des fonderies dor royales dans les colonies d'Amérique. Le classicisme ne l'avait pas touché il savait à le latin. viii . U fut. Prescott. ch. p. etc. si la deuxième et la troisième partie n'ont pu être imprimée au xvi° siècle. Il était. Batallas). de 1535 à 1545 i^ouverneur de la forteresse dllispaniola. 1852) et une histoire de la conquête des îles. Les deux autres parties traitent de la conquête du Mexique. Avec Oviedo. qui fut imprimé pour la première fois à Tolède 1526 reproduit dans les Hùtoriadores primitivos de Indias I. 234 ss. devint ensuite historien. inachevés et inédits (divisés en Batallas. dans un . il faudrait l'attribuer aux intrigues de Las Casas. 258). La première partie renferme l'histoire naturelle des lies des Indes Occidentales (remaniement augmenté du Sumario de la Natural Historia de /as Indias.

livre sur livre. était souvent victime d'inventions tout à puériles. ordonné prêtre 1510 à Saint-Domingue. mort 1566 à Madrid. ne montra pour pour lui les Indiens ni haine. travaille dès lors activement à l'affranchissement des indigènes. 24 . théologien. plus tard à Cuba. 11 avait trop d'esprit pour embrasser les théories doctriIl naires du dominicain. d. de retour 1547 en Espagne. Mais aussi son expo- sition Il manque de tout arrangement artistique. FUETER. — Las Casas. l'expérience n'ayant pas réussi. ce n'est pas une histoire. revêtu pour cela par le gouvernement espagnol du titre de Procurador de los Indios. mais ce qui dénote son défaut de sens ne sut pas faire critique. titres essayait bien d'ordonner ses matériaux sous des il spéciaux. Mais quand rapportait les dires fait d'autrui. à Cumanâ. Ils étaient avant tout un intéressant échantillon d'histoire naturelle. Il ajouta chapitre sur chapitre. vient i502 en Amérique. il a fait sa place à la tra- dition hostile à Colomb). 369 pas plus qu'à le lui faire voir les le indigènes sous un jour odieux. s'abandonnait souvent en Il écrivant à l'association d'idées du moment. ne craignait pas de mêler à sa rédaction des aventures Il personnelles. réminiscences clas- siques ne troublaient son observation qu'il connaissait. Ni les théories. Bartolomé de Las Casas. mais ne les travaillait pas. s'élève à plusieurs reprises en Espagne contre les Repartimientos. nommé 1544 évêque de Chiapa au Mexique. ni mépris. Son ouvrage est une mine d'utiles notices historiques. 11 termina . avec l'aide des Dominicains on devait faire des indigènes de paisibles cultivateurs et des chrétiens puis. quelques citations de Pline ne pouvaient faire grand mal. C'est une preuve d'impartialité d'avoir accueilli des informations de différents côtés (à la différence de Martyr. la culture Sans doute. né 1470 à Séville. fonde 1520 sur le continent américain. repoussa complètement son tableau idéal il Mais quoiqu'étranger à toute sentimentalité. Directeil ment il était difficile il tromper. une colonie où. ni les . s'attache définitivement à l'ordre des Dominicains. presque de tout plan. Et puis il n'était pas critique à de le la façon des humanistes. ce n'est pas impunément qu'Oviedo ignora littéraire de son temps.l'historiographie des découvertes (las casas) pallier les cruautés des conquérants. comme reprocha fanatique Las Casas. et fantaisiste. jusqu'à ce qu'il en sortît un ouvrage que personne ne voulut imprimer. c'est qu'il de choix entre ses divers rensei- gements.

disposait d'une masse énorme d'érudition morte et ne manquait aucune occasion d'acca- . Vida y Escritos de B. Serrano y Sanz comme 13" volume de la Nucva Biblioteca de Au tores Espanoles. Il invente des renseignements fantastiques sur nombre immense des espagnole Indiens à l'origine (fantaisies qui trouvent encore un écho dans les histoires populaires) pour pouvoir imputer à la population. avec tous ses défauts. Historiadores 244 ss. Oviedo. Conquest of . M. est la Brevisima Relaciôn de la Destruyciôn de las Casas à l'empereur Charles V en 1542 (imprimée d'abord 1552 à Séville). C. débonnaires. Tout : son ouvrage est au service d'une thèse il veut démontrer que les indigènes d'Amérique. 373 s. ch. Prescott. Seulement. 1909. Rel. dans les Doc. n'était même pas supérieur comme n'était écrivain à Oviedo. Dans l'appendice à l'édition des Doc. n'ont été corrompus que par le les Espagnols. tirer incapable de une leçon des expériences les plus dures. Là également une rédaction divergente de Sanz dans la Revista de Ai'chivos. l'art Il pas plus que il le pre- mier en possession de de composer. Mexico 1.). par exemple. A. d'après préface. doués par la nature de toutes les vertus. Las Casas rain Oviedo. inéd. Waltz. Cf. 1905 : 70-71. Menéndez y Pelayo. un parfait doctrinaire. imprimée qu'en 1875-76 comme t. Celui-ci était un autodidacte.370 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE les dans années 155. XXI de la Indias remise par l^as Colecciôn de libres espanoles raros 6'curiosos. Une dissertation De las antiguas gentes del Perû fut publiée 1892 par Marcos Jiménez de la Espada comme t. et en tout cas des descriptions utopiques comme les celles de Las Casas ne pouvaient qu'égarer sur une fausse voie Las Casas recherches ethnographiques. Elle a été publiée depuis par M. 1907. Serrano y marqué avec son contempo- C'est un théoricien fanatique. pacifiques. II. Fabié. L. Un ouvrage sans valeur historique. viii. mais d'une influence décisive sur le jugement que la conquête de l'Amérique rencontra dans l'opinion Elle ne fut Colomb commencée déjà en 1527. avait ciôn de Documcntos inéditos. offre le contraste le plus la Br. mais déjà exploitée en manuscrit par Herrera (ci-dessous p.2 à 1561 une la Ili'itoria il de las Indias (depuis jusqu'à iri20) que. la brutalité un déchet monstrueux dans prétendre que son livre ait On ne peut même pas rendu service comme corrrectif des autres exposés. 0. Las Casas un savant imbu de l'esprit du moyen âge. C. LXII à LXVI de la Colec- publique européenne. inéd. on a imprimé aussi quelques chapitres de l'Historia apologética de las Indias que Las Casas avait conçue comme supplément à son « Histoire ». de l. n'était rien moins qu'un apologète aveugle des conquistadores. Il cachait son ncapacité sous des fioritures pédantes.

l'historiographie des découvertes (gomara)

371
Il

hier le lecteur d'échantillons de sa savante théologie scolastique.

connaissait et citait des humanistes (Sabellicus par exemple)
il

;

mais

resta tout à fait étranger à la culture humaniste.

e.

Gomara.

Francisco Lôpez de Gomara, né 1512 à Gomara près Soria (Vieille mort entre 1557 et 1572, chapelain dans la famille Hernando Cortés, publia 1552 à Saragosse son Hispania vietrix ; Historia gênerai de las Indias. La première partie raconte les conquêtes et les découvertes en Amérique jusqu'à 1552 la deuxième la conquête du Mexique. L'ouvrage fut interdit 1553 par le gouvernement espagnol les éditions postérieures sont incomplètes. Reproduit aussi dans les Historiadores primiCastille),
; ;

tivos de

Indias I (1852). Cf. Prescott, Conquest of Mexico,

1.

V

ch.

vi.

Gomara composa en outre une

Crônica de

los

Barbarrojas (pub. dans le

Mémorial histôrico espanol VI, 1853) et des esquisses pour une histoire de Charles-Quint (1500-1556) publiée avec une traduction anglaise pas toujours fidèle par R. R. Merriman sous le titre de Annals of the Emperor
:

Charles y, 1912.

Oviedo ne

s'était

pas rattaché à la forme humaniste parce
Il

que

l'éducation classique lui manquait.
Il

en était autrement de Gomara. de son temps.

était

abondamment pourvu de
ne pas

la culture littéraire

Il

ne s'en éloigna pas moins de la manière d'écrire des historiens
Il

humanistes.

fit

comme eux
lui

des pastiches de l'antiquité,
Il

mais se créa une forme à
personne à

toute nouvelle.

s'entendit

mieux que
le

satisfaire l'intérêt

ethnographique en
Il

même

temps que

besoin d'une composition artistique.
annales.
Il

se refusa à suivre l'ordre des
le récit
civiliIl

renonça également à l'habitude de n'insérer dans

des explications concernant l'ethnographie ou l'histoire de la
sation

que quand

elles

paraissaient absolument nécessaires.
la

exposa à part et dans son ensemble

conquête de chaque pays, en

ajoutant chaque fois une description ethnographique complète du

peuple subjugué.

Il

sut très bien en

même temps
Il

répondre aux exiIl

gences d'un public cultivé vis-à-vis de ses auteurs.
nulle part son éducation supérieure.

ne dément

ne se perd pas dans les bavar-

dages des chroniqueurs,

et sait

habilement relever l'essentiel. Il manie

ses sources intelligemment, en y appliquant la critique, et ne se
laisse pas souvent aller à des histoires

d'animaux merveilleuses ou

à des interprétations rationalistes. Ses portraits des naturels ne sont

exagérés

ni

du bon,

ni

du mauvais

côté.

Il

n'idéalise pas

non plus

372
les

HISTOIRE DE l/lIlSTORIOCRAPHIK MODEUNE

conquérants espagnols. La langue
;

el le style sont

agréablement
la
il

travaillés

la

syntaxe, d'une simplicité affectée, fatigue à
est toujours précise et concrète.
l'ironie.

longue,

mais l'impression
il

Quand

blâme,
n'est

emploie volontiers et avec bonheur

La conception

pas profonde, mais les jugements sont ceux d'un
averti.

homme

sensé et

Dans ces conditions, Gômara eût pu
sur la découverte de l'Amérique,
si

écrire l'ouvrage classique

sa position dépendante ne l'avait
injustifiable.
Il

pas forcé de traiter son sujet avec une inégalité

était

au service de la famille Certes

:

cela le contraignait de consacrer

aux exploits de son maître,

c'est-à-dire à la

conquête du Mexique,

autant de pages qu'à toutes les autres entreprises espagnoles en

Amérique

prises ensemble. Outre que par là mainte partie de

la

narration est mise en un faux jour (l'entreprise de Pizarre, inspirée

pourtant par la conquête du Mexique, est mentionnée avant

elle),

Gômara, venant à parler de Cortés, devait s'exprimer en apologète
officieux.

Toute

la

lumière tombe sur

la

personne du conquérant.
à bien la grande œuvre.

Son

génie, son énergie ont seuls
la

mené

Même
1

forme de l'exposition dut s'accommoder à cette attitude

nouvelle vis-à-vis du sujet. L'auteur dut appliquer à Cortés dans
histoire la fiction de
la

poésie dramatique qui veut que le vrai
:

héros ne doive ses succès qu'à ses propres forces
éviter

il

ne pouvait

d'employer

les

moyens d'expression de
partie, par

l'historiographie
il

antique.

Dans sa seconde
un capitaine de

exemple,

inséra des dis-

cours

:

tel

l'antiquité, Cortés

devait,

au début de

sa navigation, inspirer du courage à ses soldats, et cela à l'aide d'un lieu

commun

de

la

philosophie populaire des Anciens. Heureu-

sement

l'histoire vraie offrait déjà

un héros

et

un triomphe avec

lesquels ne pouvaient rivaliser les inventions des
lerie.

romans de chevapour louer digne-

La tendance de
:

l'auteur à glorifier n'a pas nui en ce cas autant

qu'ailleurs

les historiens

des condottieri

italiens,

ment

leurs seigneurs, étaient obligés, à l'aide des fictions de la rhé-

torique, de transformer la réalité trop pauvre en scènes théâtrales

imaginaires; pour Gômara, un

monde de contes de fées

s'était réalisé.

Cet ouvrage eut cependant la destinée singulière que sa peinture individuelle des héros ne fut pas acceptée sans protestation par la masse qui ne leur servait que de piédestal.

l'historiographie des découvertes (herrera)

373

Le capitaine Bernal DiAz del Castillo, né 1492 à Médina del Campe, depuis 1514 en Amérique, combat dans le Darien, le Yucatan, la Floride, etc., mais surtout au Mexique sous Certes, mort vers 1581. En se repesant dans une Encomienda au Guatemala des fatigues de la campagne du Mexique, il eut le sentiment que l'ouvrage de Gômara « attribue louange et gloire au seul marquis Hernando Cortés, sa7is mentionner aucun de nos vaillants capitaines ni de nos braves soldats » (ch. xviu de l'ancienne édition) et il fut poussé à écrire en réplique une véritable histoire de l'expédition mexicaine qui devait tenir compte du point de

vue de l'armée. Verdadera historia de los sucesos de la conquista de la Nueva EspaTia. Terminée en 1568; imprimée (avec beaucoup d'altérations) à Madrid 1632. Rééditée dans Historiadores primitivos de Indias II (1853). l"^" édition d'après l'autographe 1904 par Genare Garcîa. Cf. Prescott, Conquest of Mexico I. V, ch. vu; Gonzalez Obregôn, B. D. d. G. 1894. Bernai Diaz del Castillo a écrit une des œuvres les plus vivantes de la littérature mémorialiste que nous connaissions. Nul récit ne nous fait mieux connaître l'équipage des conquistadores. C'est une source sans prix. Mais une histoire de l'historiographie ne peut que la mentionner brièvement. Diaz, pour un soldat, n'est pas un m.auvais écrivain. 11 narre trop longuement des faits de peu d'importance, il fait de fréquentes digressions, il ne manie pas correctement la langue, il se mais sa narration et vante trop complaisamment de ses hauts faits ses descriptions sont pleines de vie et de relief. Quant à apprécier historiquement les événements qu'il rapporte, il n'y songe naturellement pas. Son ouvrage n'appartient pas à l'histoire, mais au genre des Mémoires militaires, qui s'est particulièrement développé en Espagne.
;

(Cf.

ci-dessus, p. 292

ss.)

f.

Herrera.

Antonio de Herrera y Tordesillas, né 1549 à Guellar, d'abord au service de Vespasiane Gonzaga, duc de Mantoue, qui fut plus tard nommé gouverneur de la Navarre, mort 1625 à Madrid. 11 fut, après la mort de

son premier protecteur, nommé par Philippe II historiographe des Indes. Il composa en cette qualité son ouvrage principal, les Décades 6
Historia gênerai de los hechos de los Castellanos en las islas y tierra firme del

Mar

Oceano, appelé ordinairement Historia gênerai de las Indias Occidentales ;
c'est une histoire du Nouveau monde, depuis la découverte de Colomb jusqu'à l'année 1554. Première édition des quatre premières décades, Madrid, 1601, des quatre autres 1615. Cf. Prescott, Conquest of Mexico,
1.

III,

ch. IX.

Herrera avait écrit auparavant une Historia de PortugM y conquista de las islas de /os Asores (1582 s.), parue à Madrid 1591. Sur d'autres œuvres
historiques
cf.

L.

Wachler, Gesch. derhistor. Forschung,
elle aussi, était trop

I,

533.

L'histoire de

Gômara,

indépendante, trop per-

sonnelle, pour pouvoir satisfaire les exigences

du public

lettré.

On

374

HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE
l'histoire

manquait d'un ouvrage qui exposât
le

des découvertes dans

cadre

de

l'historiographie humaniste. Herrera

combla

cette

lacune.

Cette qualité formelle
d'historiens

lait

toute son importance. C'est à côté

ranger.

comme Sabellicus ou Mariana qu'on Comme eux peut prétendre au mérite
il

peut

le

mieux

le

d'avoir

embrassé

pour

la

première

fois

un grand sujet historique

et de l'avoir travaillé
il

d'après les règles du classicisme.
à ses devanciers.

A

tout autre égard,

est inférieur

La

disposition de son ouvrage est

tout à

fait

malheureuse.

Il

appliqua l'ordonnance par annales
elle

même à l'histoire des découvertes,
sujet simple
;

convenait moins que partout ailleurs. Les annalistes huma-

nistes des villes avaient affaire

du moins à un

Gui-

chardin avait du moins à raconter des événements qui réagissaient
les

uns sur les autres. Herrera
rien de

relatait

des expéditions qui,
entre elles.
et
Il

la plupart

du temps, n'avaient
moins
fidèle à la

commun

n'en resta pas

méthode des annales

entremêla

les

événements

les plus disparates.

jetée par Las Casas à

Un Cumanâ

fragment, par exemple, sur

la

fondation pro-

sera suivi d'un autre sur le départ de
les préparatifs

Cortés

;

il

s'y rattachera
II, 1.

une notice sur

du voyage de

Magellan (Dec.

IV).

Herrera suit exactement dans tout son travail les préceptes humanistes.
Il

enjolive volontiers
il

;

de paroles qui ne sont qu'indiquées

dans

les sources,
il

fait

de longs discours. Pour des détails inesthé;

tiques,

sources, telle

Nulle part

Pour
rejeta

la

au lieu de désigner, comme ses somme d'argent, il parlera d'une cuantidad necesaria. il ne nomme ses auteurs. resta comme les autres à mi-chemin et ne critique,
use de périphrases
il

que

les

invraisemblances grossières. Les descriptions ethnolui,

graphiques de ses auteurs sont, chez

contrairement à sa manière
Il

habituelle, considérablement abrégées.
civilisation des indigènes.
Il

ne s'intéressait plus à la

constatait seulement que les singularités

des populations américaines s'écartaient des idées européennes et
chrétiennes, les seules vraies. L'Italien sceptique ^Martyr avait rapporté au long les récits qui
lui

avaient été

communiqués comme
;

légende de

la création

chez les tribus des Indes Occidentales
:

Her-

rera ne les mentionne qu'en ce peu de mots dédaigneux

« Laissonfi

l'historiographie des découvertes (solis)
ces assertions fausses {ignorancias) et bien d'autres;

375

nous savons
les

que nous descendons tous d'Adam

et d'Eve, et il
I, 1. I,

faut donc que
chap.
VI).

Indiens aussi descendent de nous » (Dec.

Herrera,
les

chroniqueur

officiel,

est plus excusable de juger

constamment

mesures politiques du point de vue du gouvernement espagnol. Malgré ces défauts, l'ouvrage d'Herrera, parce qu'il était complet
et
la

commode,

s'est

maintenu longtemps

comme une

autorité.

Il

créa

Vulgate pour les traditions sur les découvertes.

Aujourd'hui

encore Colomb

et les autres vivent dans l'imagination

du grand

public sous la figure que leur a donnée Herrera dans ses Décades.

Un ouvrage

spécial écrit après Herrera, la Conquête du Mexique d'Anto-

nio de SoLis, adopta plus étroitement encore, si possible, la forme classique. L'auteur, qui était comme Herrera historiographe pour l'Inde,
fut

amené à son sujet par des considérations esthétiques. L'histoire de la conquête du Mexique lui apparut comme un argumento de historias grandes, riche en exploits triomphaux et en dispensations merveilleuses du sort. Cette riche matière n'avait pas été, selon lui, à cause de sa répartition en annales, mise en pleine valeur par Herrera. Solis avait le droit de se sentir supérieur par le style à son devancier. 11 est tout à fait maître de son art. Les chapitres sont élégamment arrondis, la langue est harmonieuse ; dés sentences habilement troussées, de jolies comparaisons, des harangues coulantes interrompent le récit à intervalles calculés. Son histoire est disposée comme un drame; Cortés est un héros de roman sans peur et sans reproche. Le livre n'a pas de valeur historique. Il a tous les défauts de l'historiographie la rhétorique, l'ornementation excessive, la suppression humaniste des détails techniques, le manque de critique dans l'emploi des sources, le faux idéalisme de la psychologie; et de plus, Solis est en face d'un sujet qu'il comprend moins encore que les humanistes ne comprenaient le leur. C'est un orthodoxe et un absolutiste fanatique. Il n'entend rien à la civilisation mexicaine, ni à l'esprit d'indépendance des équipages des conquistadores. Pour tout ce qui s'éloigne des vues de la politique contemporaine de l'Espagne absolutiste et croyante, il n'a que des paroles d'amer mépris. Il travestit ainsi ses personnages plus fortement

que les humanistes italiens qui représentaient un condottiere comme un Annibal. Il n'est pas étonnant qu'un tel livre ait été dès le début
tenu pour classique en Espagne. Antonio de Solis, né 1610 à Alcalâ de Henares, littérateur, secrétaire du vice-roi comte d'Oropesa, ordonné prêtre 1666, mort 1686. Il fut nommé 1661 secrétaire de la reine-mère et historiographe pour l'Inde. Comme tel, il composa son Historia de la conquista de Méjico, poblaciôn y progresos de la America septentrional, d'abord Madrid 1684, puis fréquem-

ment, aussi dans

les Historiadores de sucesos particulares,

Il
1.

(dans la Bibliot.
VI,

de Aut. Espan., 28).

Cf.

Pres