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N" 5 Mai 2010

DROIT SOCIAL

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La place des partenaires sociaux dans l'élaboration des réformes

Articuler démocratie sociale et démocratie politique
par Marcel GRIGNARD

Secrétaire général adjoint de la CFDT

Pour la CFDT, la loi dont il s'agit est une loi majeure et positive. Cette loi, très courte et finalement assez facile à lire dans son énoncé, est redoutable dans ses conséquences. Elle est une étape dans la reconnais¬ sance de la négociation collective à tous les niveaux. Elle s'inscrit, comme cela a été dit, dans un processus long qui n'est pas nouveau. Il semble d'autant plus important de consolider la place de la négociation col¬ lective quand on mesure ce qu'a été depuis les trente dernières années l'évolution de nos sociétés: éclatement des entreprises, individualisation des situations de tra¬ vail, internationalisation de notre économie. De ce point de vue, le fait que l'on se rapproche des pratiques européennes est aussi un bon signe. De fait, cette loi participe largement à la responsabilisation des acteurs.
La loi du 31 janvier 2007, d'une certaine manière, responsabilise le Gouvernement. Maryse Dumas en a parlé, les lettres de mission que nous adresse le Premier ministre sur les grands sujets de négociation, ne sont jamais apparues à la CFDT comme une contrainte incontournable. Des accords qui étaient dans les thèmes proposés mais qui ne respectaient pas la lettre de la lettre ont pu être négociés. Cependant, l'intérêt de la lettre du Premier ministre réside en ce qu'elle oblige le Gouvernement à formaliser des objectifs, des enjeux,
etc.

native à l'absence d'accord qui était, grossièrement, l'application de la lettre de mission. Comme les parte¬ naires sociaux, dans l'état des lieux qu'ils faisaient, avaient quelques désaccords profonds avec des éléments de la lettre du point de vue de l'intérêt des salariés, cela les poussait à agir. C'est ainsi qu'a été créée la rup¬ ture conventionnelle. L'origine, qui est assez peu évo¬ quée dans les commentaires de cette loi, est le fait que dans l'analyse du marché du travail, a été fait le constat, qui est peu porté à la connaissance de l'opinion publique, que 90% des fins de contrats à durée indéter¬ minée étaient relativement peu encadrées par la loi. Alors qu'il y avait une masse très importante d'écrits sur les 10% qui restaient (qui sont les licenciements économiques). Dans les 15% de ruptures pour faute et pour les autres causes diverses et variées (les fins de CDI portant sur plus de 3 millions de salariés chaque année), il y avait une très grande incertitude sur, finale¬ ment, la manière dont les choses se passaient entre un employeur et un salarié. Il était donc de la responsabi¬ lité des partenaires sociaux de regarder comment essayer d'encadrer des ruptures qui ne l'étaient pas par la loi et qui étaient laissées à du gré à gré entre l'em¬ ployeur et le salarié. Ainsi le travail fait sur l'état des lieux a permis de prendre en compte des éléments fac¬ tuels du monde du travail.
Un dernier élément de responsabilisation des acteurs réside dans les questions de légitimité des acteurs et de légitimité des actes. La question de la représentativité des syndicats de salariés et la question des accords majoritaires, qui étaient posées depuis une vingtaine d'années, sont devenues des sujets incontournables qu'il fallait traiter. Le travail qui est en cours, aujourd'hui, sur les instances de représentation des personnels dans les entreprises (délégués du personnel, comité d'entre¬ prise, comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail), participe également de cette mécanique-là. Quand il s'agit de commencer à toucher la question de la place du dialogue social et de la négociation collec¬ tive, il faut regarder le tout.

En deuxième lieu, il s'agit de se pencher sur l'accord « Modernisation du marché du travail » dont on a déjà beaucoup parlé, mais aussi sur la position commune sur la représentativité qui sont les deux poids lourds de cette période en lien avec cette loi. D'une certaine manière, on peut avoir vécu comme une pression gênante mais positive le rapport compliqué entre le politique et les partenaires sociaux. La lettre du Pre¬ mier ministre sur le « marché de travail » disant en juin qu'il fallait négocier pour la fin de l'année, a amené les partenaires sociaux à négocier dans des conditions qu'ils n'avaient jamais connues, à savoir décider de se réunir quasiment une fois par semaine, une journée entière et selon des méthodes qui n'étaient pas les leurs habituellement. Cela a modifié les modali¬ tés de la négociation, avec, de fait, une sorte d'obliga¬ tion de conclure, dans la mesure où il y avait une alter

Un deuxième élément paraît extrêmement positif dans cette loi qui est loin d'avoir encore produit tous ses effets. Il s'agit de l'articulation entre démocratie

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La réalité semble un peu plus compliquée que cela. C'est notamment un débat de droit social et de droit européen. il est plutôt sain. Il y a une bonne manière de faire en sorte que cette loi ne s'applique pas: en embou¬ teillant. Il y a un important intérêt à approfondir ces différences pour mieux comprendre et construire les articulations. L'articulation entre accord collectif et législateur renvoie à la question de la légitimité et de la représentativité des partenaires sociaux pris dans leur ensemble. Ainsi. Quelques mots sur l'avenir. rien que l'accord. L'avenir n'est pas acquis et la recherche d'un équilibre est un combat permanent. concernant par exemple la réforme de la représentati¬ vité. les syndicats veulent faire appel à la négociation collective à tout propos tandis que le patronat ne s'en remet qu'à la loi . Cette vision binaire renvoie peut-être finalement à une approche de la négociation collective qui serait dans le monde social. aux acteurs. Parmi les problèmes à gérer. ni la France. les syndica¬ listes comme les politiques ont. comme cela a été fait sur l'accord « modernisation du marché du travail ». Il faut par ailleurs avancer assez vite sur un code de bonne conduite. Cela nécessite que les partenaires sociaux mènent un dialogue qui consiste à repenser l'articulation. avant la promulgation de cette loi et avant sa mise en uvre. et notamment l'affaire de la représentativité des pilotes de ligne. dans la transposition des accords dans la loi. Cette question ne peut être vécue comme l'affrontement permanent d'antagonismes mais doit mettre des intérêts contradictoires en interaction. pour une large partie. La CFDT est convain¬ cue qu'il s'agit d'un équilibre compliqué. avec à la clef des sanctions financières. tem¬ poraire et évolutif car il est extrêmement politique. était assez favorable à une inscription dans le marbre de la légitimité de l'accord: le Parle¬ ment doit reprendre tout l'accord. plus on fait la démonstration que ce sont deux modalités assez différentes avec des acteurs qui n'ont pas la même légitimité et des modalités de construction qui ne sont pas les mêmes et qui ne visent pas les mêmes objets. Il est arrivé qu'il y en ait après. Confrontées aux faits. Comme l'a dit Maryse Dumas. il s'agit d'une initiative gouvernemen¬ tale. Mais en fait. non pas pour changer son cadre mais pour le finaliser. alors que les risques de minage de la cohésion sociale se renforcent et que la tentation du repli sur soi est forte. le dialogue social visant la construction de compromis dans cette interaction C -é- . en temps de crise. les obligent plutôt à renforcer la place des acteurs sociaux. L'Assemblée nationale. y compris de la part du Gouvernement. ces der¬ nières tiennent pour partie au cadre et. la responsabilité que les syndicats ont de donner du sens à ce qu'est la société à un moment où elle est terriblement bousculée et où. dis¬ cute actuellement du statut des salariés de l'agriculture en concurrence avec d'autres salariés européens. Pour y faire face. dans une économie compliquée. La vraie question reste celle de la gestion des « artilleurs ». ne savent bien quelle sera leur place dans le monde de demain. et réciproque¬ ment quand la majorité est inverse. à se reposer la question de la mise en de cette loi. l'objectif de la négociation est détourné pour en faire un objet de communication gouvernementale. les positions changent. Il n'est pas certain que cette question doive échapper aux débats des partenaires sociaux. ni l'Europe. en mettant un nombre tel de sujets sur la table. On ne peut pas reprocher au pouvoir politique de combler les vides que les partenaires sociaux créent pour lui. A propos des perspectives et des limites. La gestion de la pénurie s'effectue souvent au profit des mieux lotis. Les besoins de cohésion s'accroissent dans ces moments-là.JDS05-2010-GRIGNARD. en prévoyant des allégements de charges pour diminuer le coût du travail. Les organi¬ sations syndicales ont du mal à trouver un interlocu¬ teur patronal. entre le capital et le travail. La CFDT. les choses sont mal gérées et mal réglées surtout du côté du patronat. il n'est pas binaire.xp_Miseenpage1 16/04/10 10:47 Page516 -^ 516 DROIT SOCIAL N" 5 Mai 2010 sociale et démocratie politique. en cas d'absence d'accord. Mon organisation syndicale ne croit pas trop à la fable selon laquelle lorsque le Gouvernement et le Parlement sont de Droite. il n'y a pas eu trop d'accrocs de la part du gouvernement. Tout d'abord. vis-à-vis du législateur. Il y a aussi d'autres aspects qui peuvent fortement dénaturer la négociation collective au niveau de l'entreprise et ainsi la miner par le haut: quand le Gouvernement impose une succession d'obli Un dernier point concernant l'agenda social doit être développé. la CFDT espère que la réforme de la représentativité conduira non pas à la disparition de telle ou telle organisation syndicale. plutôt que celle de l'affron¬ tement entre deux « camps ». Globalement. aujourd'hui. Or. Il doit être possible de trouver. même si cela est dif¬ ficile. il y a la question des partenaires sociaux. Il existe d'autres méthodes plus insidieuses. que cette loi soit intervenue avant la crise. Pourquoi le fonctionnement est-il défaillant? La réponse peut être que les partenaires sociaux sont incapables dans la situation actuelle de se construire un agenda social sur la durée qu'ils pourraient opposer aux velléités du pouvoir politique. un mode de confrontation qui enrichit les deux camps. mais qu'elle obligera les organisations syndicales à beaucoup plus de cohérence entre elles. Les enjeux de cohésion sociale. instable. gations de négocier dans les entreprises. l'exact parallèle de la démocratie politique. de concurrence européenne qui est posé. plutôt que de continuer à croire que ce sont deux formes antagonistes en concur¬ rence. Il dépend aussi beaucoup des acteurs et enfin. plus on avance dans le débat entre démocratie sociale et démo¬ cratie politique. Côté salariés. un effort de responsabilité à faire. que les partenaires sociaux ne peuvent pas satisfaire les conditions de délais. les partenaires sociaux ont tout intérêt à faire la démonstration que leur rôle ne vient pas mordre sur la légitimité pleine et entière du Parlement et du Gouvernement.

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