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Claude Bremond

Culture scolaire et culture de masse
In: Communications, 5, 1965. pp. 52-87.

Citer ce document / Cite this document : Bremond Claude. Culture scolaire et culture de masse. In: Communications, 5, 1965. pp. 52-87. doi : 10.3406/comm.1965.1033 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/comm_0588-8018_1965_num_5_1_1033

IL ENQUÊTES AUPRÈS DES ENSEIGNANTS

Culture

scolaire

et culture

de masse1

Parmi les interventions au Colloque de Royaumont, celles des spécialistes des problèmes pédagogiques ont eu le mérite particulier d'attirer l'attention sur un point qu'on peut considérer comme l'enjeu majeur du débat : le pro blème de l'éducation dans une société où l'influence croissante des mass media semble concurrencer celle de l'école. Entre toutes les catégories d'intellectuels amenés à s'interroger sur l'affro ntement des deux cultures, les enseignants sont en effet sans doute les plus concernés. Ils sont en situation délicate par rapport à la culture supérieure, dont ils sont les défenseurs attitrés, mais dont ils semblent n'incarner souvent (bien malgré eux) que les aspects les plus traditionnels, voire les plus désuets ; et ils sont en situation plus délicate encore par rapport à la culture de masse, dont ils rejettent généralement l'esprit, mais dont ils ne peuvent ignorer les manifestations sous peine de se couper du monde contemporain, et, spéciale ment, des jeunes dont ils ont la charge. De là l'idée d'une enquête, s'inscrivant dans le prolongement du colloque de Royaumont et destinée à dégager l'état d'esprit des enseignants en face des problèmes posés par le développement des grands moyens contemporains d'information et de divertissement : — Les enseignants connaissent-ils la culture de masse ? En subissent-ils l'i nfluence ? Comment en apprécient-ils les divers aspects ? — Quelle idée les enseignants se font-ils de l'influence de la culture de masse sur le monde contemporain, sur la jeunesse, sur leurs propres élèves ? — L'importance croissante de la culture de masse, et sa rivalité possible avec la culture scolaire qu'ils ont mission de transmettre, dispose-t-elle les enseignants à l'idée de réformes pédagogiques profondes ? Selon quels prin cipes ? L'occasion de cette enquête a été fournie par une démarche des dirigeants de la Paroisse Universitaire (Union des Catholiques de l'Enseignement Public) qui avaient choisi pour thème de réflexion annuel le sujet « Culture scolaire et culture de masse ». Il fut convenu que le CECMAS prenait en charge l'él aboration et l'exploitation d'un questionnaire, la Paroisse se chargeant de le 1. Enquête préparée avec le concours de la Paroisse Universitaire et dépouillée en collaboration avec Jean-Pierre Bardou, Jules Gritti, Nicole Phelouzat. Les réponses concernant le ciné-club ont été exploitées par Yveline Baticle (cf. infra, p. 88). 52

Culture scolaire et culture de masse diffuser parmi les enseignants et se proposant de faire état, aux Journées Uni versitaires d'Amiens, des résultats de l'enquête1. Le questionnaire comportait 28 questions groupées sous 6 rubriques (le cinéma, l'image imprimée, l'image sonore, la télévision, le temps des copains, la fonction pédagogique). Il ne s'agissait pas d'épuiser le champ des interroga tions possibles, mais de cerner plus précisément quelques points sur lesquels, ainsi que l'avait montré une pré-enquête, les réactions étaient particulièr ement tranchées et révélatrices. Il était précisé que le but n'était pas d'ob vives, tenir des renseignements objectifs concernant la pénétration de la culture de masse parmi les jeunes et ses interférences avec la culture scolaire, mais de dresser la carte des positions susceptibles d'être adoptées par les enseignants lorsqu'ils se trouvent aux prises avec l'une ou l'autre des manifestations de ce problème. L'exploitation des réponses a porté sur 750 questionnaires environ. Nous avons rejeté le projet d'une étude statistique comparant l'importance des diverses tendances et les référant à diverses catégories d'enseignants (ventilés selon le sexe, l'âge, l'ordre d'enseignement, les diverses matières, etc.). Il est en effet apparu qu'un tel traitement des données n'était ni possible ni sou» haitable. Tout d'abord, l'échantillon ne pouvait passer pour représentatif, les diverses catégories se trouvant trop inégalement représentées pour pouvoir être pon dérées : il y avait une forte majorité féminine (60 % des réponses) ; la propor tion des divers ordres était de 60 % pour l'enseignement secondaire contre seulement 15 % pour l'enseignement technique, 15 % pour l'enseignement primaire élémentaire, etc. ; de même, les disciplines littéraires bénéficiaient d'une représentation très forte par rapport aux scientifiques. Il est en outre très probable que l'affiliation religieuse et, plus encore, les tendances mili tantes de la plupart des personnes qui ont répondu ont orienté les réponses : le fait même de prendre la peine de remplir un long questionnaire suffit à les situer en marge de la « masse » des enseignants moins engagés. Ces inconvénients disparaissent ou se changent en avantages si l'on prend le parti de faire porter l'enquête, non sur la répartition des divers types de réponses parmi les diverses catégories d'enseignants, ' mais sur un effort de classement et de coordination des réponses entre elles. On ne dresse plus alors la carte des individus qui professent telle ou telle opinion, mais la carte des options entre lesquelles les individus sont amenés à choisir leur position. De ce point de vue, le fait que les enseignants ayant répondu à l'enquête repré sentent une élite particulièrement avertie et concernée devient une garantie : une participation plus intense aux valeurs, aux problèmes, aux courants d'idées qui sont dans l'air du groupe les conduit à une prise de conscience et à une formulation plus nette des contradictions, des oppositions, des aspirations confusément vécues par tous. La plupart de ces réponses étant rédigées dans une forme excellente, il eût été dommage de leur substituer une paraphrase, nécessairement moins él oquente, moins nuancée, sinon suspecte de trahir les tendances qu'elle prétend résumer. Cette considération nous a amené à réduire notre tâche à la classi1. Cf. Infra, page 128, le compte rendu des XLI68 Journées Universitaires (Amiens, 5-8 avril 1964). 53

111. //. 111. Préférence pour les films « sérieux ». Attrait pour le cinéma.1. III. Dérogation en faveur de films très.2. combinant culture et détente. si bien qu'on peut les fondre en une seule. donnait lieu à des déve loppements qui sortaient du cadre défini par l'enquête : nous avons préféré en réserver le dépouillement.2. 111.2. 111. Réduction de l'opposition culture-distraction. mettant en cause tout le problème de la jeunesse dans le monde moderne. Enfin.2.3. nous avons retenu les questions qui. Attitude sélective. fréquentation moyenne ou élevée. III. 54 . HI. sérieux. Attitude sélective en faveur des films distrayants. se justifiant par une volonté de détente exclusive de tout souci culturel. etc. des Question 1 : Voyez-vous beaucoup de films ? Lesquels de préférence ? Dans quel esprit allez-vous au cinéma (pour vous cultiver.1.1. Sans valorisation explicite d'une fonction par rapport à l'autre. Plusieurs ont donné lieu à des redites.2.Claude Bremond fication et à la présentation d'un dossier de citations. un examen attentif nous ayant montré que des variables telles que le sexe.1. s'expliquant par la médioc ritédes films distrayants. s'expliquant par une volonté d'ascétisme.1. III. Critères de sélection internes (par le genre des films). 111.1.1. 1.2..1.2.1. Justifications d'ordre culturel. Attrait pour le cinéma. des Il ne nous est pas possible de rendre compte ici du questionnaire dans son entier. Il I. Préférence pour les films « sérieux ». pour vous dis traire. la variété des prises de posi tion. 1.3. Attitude sélective en faveur des films distrayants.3.1. 111.2. la matière enseignée. une des rubriques (le Temps des copains).3. III. 1. la vigueur. 111. 1. ne jouent pas un rôle déterminant dans l'orienta tion réponses. Dans les cinq autres rubriques.1. 111. ces citations sont anonymes : nous avons délibérément fait disparaître toute référence à la personnalité de leur auteur. Attitude éclectique. l'âge. Il convenait de laisser aux champions de la civilisation du Verbe le soin de défendre leur cause avec l'arme qui leur est chère. se justifiant par la médiocrité des films « sérieux ». 111. Manque d'attrait pour le cinéma et abstention. Valorisation de la fonction détente par rapport à la fonction culture. réhabilitation des genres réputés « mineurs ».2. Dérogation en faveur de films très faciles. Toutes les questions n'ont d'ailleurs pas « rendu » avec le même bon heur.1.1. nous ont semblé avoir touché un des points névralgiques de l'affront ement deux cultures. Option mixte. 1. II 1.3.l.1. 1.2. pour d'autres raisons ?) Tableau des options : /. mais fréquentation rare. 1. pour vous tenir au courant.1. par l'abondance. Justifications par le désir de détente. Par ailleurs. Valorisation de la fonction culture par rapport à là fonction détente.3. 1. Critères de sélection externes (recommandations).1. 3. II 1. Alternance culture-distraction.

» « Je vais peu au cinéma. Cette rareté s'explique. Souvent je cherche là une dis traction. moraux. de préférence des documentaires sur la vie d'un pays étranger.3. Je ne cherche que les films gais. 1. oublier la vie quotidienne. même enfantins. empêchements familiaux. il ressort que les enseignants tiennent pour « moyenne » une fréquenta tion fois tous les quinze ou vingt jours . la fréquentation commence à être jugée d'une élevée à partir d'une fois par semaine . quelques films comiques. Fréquentation très exceptionnelle1 soit à l'occasion de films d'intérêt extra-cinématogra phique (documentaires. » « Je vais très peu au cinéma . Affirmation d'un manque d'attrait pour le cinéma. en dessous d'une fois par trimestre. 55 . » 1. « J'y vais assez peu. une détente. je fais une exception pour les films documentaires de Connaissance du Monde. Des indications de fréquence qui accompagnent les jugements (ex.).2. soit à l'occasion d'un état dépressif du sujet (fatigue. films d'aventure. Récusation d'une opposition entre culture et distraction. Les films élus sont ceux qu'on estime indispensable d'avoir vus. soit enfin par la conjonction des deux motifs (rareté des films jugés valables parmi les pr ogrammes accessibles).1. pour savoir comment le cinéma traite les grands sujets psychologiques. En général. politiques ou autres.3.. » « Le niveau des films est en général si faible que leur seul intérêt est de me détendre lorsqu'ils sont comiques. trois ou quatre fois par an »). » Option II.) justi fiant la recherche d'une détente facile (films comiques.. soit par des limitations involontaires (manque de temps. II 1.2. sauf l'hiver quand les sorties à la campagne ne sont plus possibles et qu'il nous arrive d'aller voir même un Fernandel pour nous distraire. etc. Affirmation d'un attrait pour le cinéma. Option I. je vais voir un très bon film.2.2. » « Je vois assez peu de films.Culture scolaire et culture de masse II 1. » « Je ne vais guère au cinéma.1. Conciliation des fonctions culture et distraction. films-problèmes. le cinéma est déprécié comme loisir sub-culturel. Dans les deux cas. quatre ou cinq fois par an. J'y vais pour me cultiver et si possible m'enrichir spirituellement par un sujet ayant une grande portée. adaptations d'oeuvres littéraires). Je ne vais au cinéma (une ou deux fois par an) que lorsque l'abrutissement m'empêche de faire autre chose que remâcher mes soucis. Dérogation en faveur de films très sérieux (le cinéma s'élevant excep tionnellement au niveau des exigences culturelles du sujet) : « Je vais rarement au cinéma. j'aime aller au cinéma pour me distraire. etc. 1. surtout en fin de trimestre quand je suis fatiguée par ma classe. mais fréquentation assez rare. poli ciers. Il s'agit de l'estimation subjective donnée par les réponses. on souligne sa rareté. » * Je ne vois pas beaucoup de films. découragement. Dérogation pour des films très faciles (le sujet s' abaissant anormale ment niveau des satisfactions que le cinéma peut procurer) : au « Je vais voir des westerns ou des films de cape et d'épée. » « Quelques films policiers. éloignement des salles) soit par des limi tations volontaires (sévérité dans le choix des programmes).

» B) Les répercussions du film dans le public et sa valeur pour une participa tion vie sociale et intellectuelle de la communauté (discussion avec les à la autres spectateurs. parfois le mode d'expression spécifique de notre époque. à la fois sur le film et sur les problèmes humains posés à partir du film). » « Je n'en vois presque point.. chaîne de dernière catégorie.. » « J'aime à vérifier si la critique est réellement bonne. » « Je vais au cinéma pour me cultiver. Le cinéma. En part iculier. Deux cas peuvent être considérés : a) La confrontation a lieu directement avec des pairs (le conjoint. pendant les vacances. les amis. on en discute. Cette fonction de présence au monde et aux autres comporte deux instances : A) Le film en lui-même. le tenant vraiment pour le septième art et pour le moyen d'expression idéal pour quelqu'un qui a quelque chose à dire en 1963. mais je le regrette beaucoup. » « Je recherche au cinéma à peu près les mêmes joies affectives ou esthétiques que dans un bon roman — des sujets de réflexion et de discussion entre amis. » « J'aime le cinéma qui est. les collègues. faute de temps.Claude Bremond « Je ne vais pas au cinéma. car c'est un bon moyen de participer à la vie sociale de sa localité. » « Je vais au cinéma parce que j'aime le cinéma. » b) La confrontation est recherchée indirectement avec les « inférieurs » (le grand public. par sa valeur de témoignage intrinsèque et l'e nrichissement qui en résulte pour le spectateur (rencontre avec un auteur et ses personnages. notre petite ville ne possède qu'une salle médiocre. » « J'aime le cinéma et estime que c'est un mode d'expression plus important à notre époque que le théâtre par exemple. mais qui obtiennent un grand succès populaire. mais qui sortent dans les cinémas de la ville en période de travail scolaire. pour moi. Fréquentation moyenne ou élevée. manque de temps. Par contre. manque d'intérêt de la plupart des films passant dans notre ville). prise de conscience de problèmes humains) : « Je vais beaucoup au cinéma. » « Je ne vois que peu de films.. simplement parce que je le considère comme un art majeur. » « Nous n'allons jamais au cinéma (fatigue. Affirmation d'un attrait pour le cinéma. fait partie de ma vie. les élèves) à propos de films auxquels on ne reconnaît pas soi-même une valeur culturelle. certains enseignants se font une obligation pédagogique d'aller voir les films qui ont fait impression sur leurs élèves : 56 . j'aime à confronter mes impressions avec celles de mon mari et d'une ou deux de mes amies. car je serais souvent tentée par des films de qualité. » Option III. Justifications d'ordre culturel : le cinéma est considéré comme un grand art. les films intéressants se raréfient..) Un film est pour moi l'occa sion rencontrer des êtres humains (un auteur.l. la critique) à propos des films auxquels on reconnaît soi-même une valeur culturelle : « Les films sont le principal sujet de discussion entre célibataires femmes. Sa fr équentation est un devoir pour l'homme cultivé soucieux de vivre son temps. nécessité de garder les enfants le soir. un moyen de communication : après avoir vu un film. comme de la lecture. desservie par une. III. (. » e Je crois que le cinéma devient un grand art et s'intègre comme les autres dans une culture humaniste qu'il élargit aux dimensions de l'univers. ses personnages).

J'ai subi d'abord. 1. la mise en scène. » « Je peux m'obliger à voir certains films qui plaisent aux jeunes. qu'on peut regrouper sous deux rubriques. en tant qu' œuvre d'art. mais surtout dans la mesure où il pose des problèmes humains (psychologiques. sociaux) sont valorisés comme cherchant à donner une image « vraie » de la condition humaine. il évite les films de simple détente) ou à une carence propre au cinéma (faute de bons films de détente. III.1. un sens. qui amène une discussion. peu de faits extérieurs. — Plusieurs principes de sélection sont mis en œuvre. le style révèlent la psychologie des personnages. » « Je vais voir des films qui donnent à penser (ex. Les films considérés comme « faciles » ou « légers » sont dépréciés comme instruments de détente et d'évasion hors du monde réel. donc pour trouver matière à réflexion personnelle.1. souvent juxtaposées. le cadre. oriente les réflexions.l. l'enr ichissement et l'émerveillement qu'apporte toute œuvre valable et la possibilité d'en parler et de l'utiliser comme exemple avec mes élèves dans mes cours. un échange de vues. J'ai agi ensuite. ou le sujet traité). psychologiques. » « D'une façon générale. lorsqu'il a un fond. Cette position peut elle-même se dédoubler selon que la tendance à choisir les films « sérieux » et à éviter les films « distrayants » est référée à un ascétisme propre au spectateur (soucieux d'utiliser ses loisirs au mieux de ses intérêt» culturels.Culture scolaire et culture de masse « II m'arrive d'y aller parce qu'un film pose des questions à mes élèves.. alors que personnellement je ne m'y serais pas intéressée. philosophiques). » 57 . dont on discute.1. mais parfois opposées : la garantie interne (par le genre de film. on ne peut aller au cinéma que pour voir de» films sérieux). 1.1. Les films du genre « sérieux » (films abordant des pro blèmes métaphysiques. Attitude sélective. et la garantie externe (recommandation par une autorité compétente).1. pour voir ce qui est bon et moins bon afin d'en discuter avec eux si l'occasion s'en présente. par néces sitéprofessionnelle. pour comprendre ce qui leur plaît. » « Je vtis au cinéma quand je crois qu'un film en vaut la peine. moraux. Critères de sélection internes. selon que le propos d'en richissement culturel conduit à valoriser par principe certains types de films et à en déprécier d'autres (attitude sélective) ou à affirmer au contraire que tous les genres cinématographique et tous les types de films présentent a priori un intérêt égal (attitude éclectique). comme animatrice de ciné-club. : Un condamné à mort s'est échappé) et dont l'interprétation. Leur « superficialité » s'oppose à la « profondeur » des films sérieux. faute de temps {La Vérité par exemple). Attitude sélective en faveur de films sérieux se justifiant par une volonté d'ascétisme : « Je vais voir de préférence les films profonds. » « Ce sont mes élèves qui m'ont acculée à être cinéphile. ceux qui sont ins pirés d'oeuvres littéraires.1. ou lorsqu'il est tiré d'une œuvre littéraire (pour comparer les deux œuvres). je ne vais voir un film que lorsqu'il traite d'un sujet moral ou sérieux. III. III. Ils reviennent à une opposition entre genres majeurs (films dits « sérieux ») et genres mineurs (films qui ne visent qu'à distraire). une action qui sug gère. » « Je préfère une étude psychologique. moraux. 1. » On peut distinguer deux variétés de l'option III. « J'ai souvent l'impression que je dois aller voir les films importants que mes élèves peuvent voir pour réfléchir à travers eux..

Bergman. » « Je vais au cinéma 1° pour me cultiver et me tenir au courant. 2.2. Fernandel dans La Vache et le prisonnier. » III. » « Mon choix est limité aux grands films que les critiques considèrent à l'unanimité comme « bons » ou que des prix ont consacrés. Attitude sélective en faveur des films « sérieux ». Critères de sélection externes. Louis Malle). etc. » 58 . La caution d'une autorité jugée compétente double ou remplace comme principe de sélection la distinction des genres. celui où l'image est le symbole d'une réalité supérieure (Bergman. se justifiant par la médiocrité des films « distrayants » : « Je vais au cinéma pour me cultiver. Les films élus peuvent alors être les « classiques » qui ont victo rieusement subi l'épreuve du temps et figurent en bonne place dans les His toires du septième art.1. Fellini. c'est-à-dire ceux auxquels les critiques éprouvés reconnaissent une valeur certaine. » « J'ai une préférence pour le film qui ne raconte pas seulement une histoire. mais je vais voir certains films pour me distraire : j'aime le comique qui reste profondément humain. mais les films distrayants sont si difficiles à trouver bons. j'aimerais y aller aussi pour me distraire.1. » III. » « Je vais voir les films dits classiques. mais les bons films plus légers ou comiques sont rares. les films peuvent égal ement être choisis sur la recommandation d'une personne de l'entourage de l'enseignant. La conciliation des justi fications culturelles et du désir de détente est alors réalisée : « Je suis intéressée par les films sérieux (. Antonioni.. 2° parfois. les films de réa lisateurs célèbres . en dehors de ces cautions officieuses. Cette caution peut s'ajouter aux précédentes.1. » « Je vais voir les films de grands auteurs. : avec le respect ému et attentif qu'on doit éprouver devant une oeuvre. mais les bons films comiques sont si rares ! » « Je ne suis pas ennemie du rire. j'ouvre un livre. par ex. pour me distraire. en principe les bons : ceux qui sont signalés comme tels par certains critiques. Antonioni. les chefs-d'œuvre projetés en ciné-club.Claude Bremond « Un film permet de mieux connaître l'homme : il réussit parfois. avec une certaine préférence pour ceux <ïui.) . déjà anciens.. » « Je vois assez peu de films. » « Je cherche au cinéma une connaissance et un enrichissement qui n'excluent pas le plaisir et même le rire. Ainsi je suis à peu près sûr de ne pas tomber sur un navet. le spirituel. les films primés dans les festivals ou élogieusement commentés par la critique.1. » « Je vais au cinéma dans l'esprit avec lequel je vais à une exposition de peinture. 1. ont résisté à l'épreuve du temps. même s'il n'a aucun caractère religieux. » La réhabilitation de certaines catégories de films mineurs (les comédies sur tout) devient plus facile lorsque une enveloppe « légère » (le comique propre mentdit) laisse transparaître un sérieux « profond ». mieux qu'un autre moyen d'expression. » « Je vois non pas certains genres de films. une création. mais aussi s'y opposer : « Je vois surtout les films du ciné-club de notre ville. ceux de certains met teurs en scène : Renoir. ceux qui obtiennent de grands prix. mais il est si rare qu'un film distrayant soit nourrissant. mais les films de certains metteurs en scène. à faire sortir la vie de l'âme.

» « Nous n'avons aucune préférence particulière. 1. quelquefois pour juger par moi-même un film controversé . » « Lorsque je vais au cinéma. » « J'apprécie des genres assez variés : comédies. policiers. aussi valables que le film à thèse ou le film esthétique. » « Étant. assortie ou non d'une dépréciation du second comme factice. pourvu qu'ils soient bien faits. J'apprécie aussi les comiques américains comme Jerry Lewis. romanesques. précédemment examiné. je vais voir des films sur lesquels j'ai lu des critiques favorables (c'est assez souvent décevant). — II n'y a pas lieu de distinguer a priori entre les types de films à voir et des types de films à éviter. films dramatiques.2. Distinc tion entre un cinéma distrayant (films comiques.. du choix du film sérieux au détriment des films « plus légers ») : elle peut être référée aux goûts épicuriens du spectateur (soucieux de consacrer ses loisirs à une détente aussi complète que possible.. Attitude sélective en faveur des films distrayants.» III. disons cinéphile. Justification par le besoin ou le goût de la détente. films de cape et d'épée) et un cinéma ambitieux (films d'intellectuels et d'esthètes).Culture scolaire et culture de masse « Je vois de préférence les films signés d'un grand nom. III. Les films à thèse me pèsent. Je préfère un film secon daire d'un grand auteur à un film commercial fabriqué selon des recettes convent ionnelles. c'est pour me détendre et je ne tente plus l'expérience d'aller voir un film qui soulève des problèmes. aucun ostracisme non plus : le western. ou bien de préférence des films qui m'ont été recommandés par des amis dont l'opinion me paraît autorisée (généralement cela m'apporte de réelles satisfac tions). Cette position peut se décomposer en deux tendances (comme dans le cas. films d'anticipation..2. westerns. burlesques) et les situer sur un pied d'égalité avec les films « à problèmes » : « C'est un art auquel je suis très réceptive.1. il évite les films fatigants ou pénibles) ou à une carence propre au cinéma (faute de films ayant une réelle valeur culturelle. b « Je vois surtout des westerns ou des films fantastiques ou encore des films d'anti cipation. Uniquement pour me distraire.) : un bon western vaut plus qu'un pseudo-film intellectuel pour esthètes fatigués. des westerns ou des méditations philosophiques. ennuyeux et fatigant. » Option III. se justifiant par un besoin ou un désir de détente : « Je considère surtout le cinéma comme une distraction . policiers. On doit particulièrement insister sur la revalorisation des genres souvent tenus pour mineurs (westerns. Attitude éclectique. J'aime le genre westerns quand ils ne sont ni prétentieux ni vulgaires. bouffonnes. Tous sont également aptes à fournir un enrichissement culturel. Je vais donc au cinéma pour me distraire et rêver. si bien que me sont accessibles des films aussi divers que des créations poétiques. » « Je vais peu au cinéma. 2. je suis un assez gros consommateur de films (. » « Je préfère les films qui n'ont d'autre ambition que de présenter des mouvements. films d'épopée. en principe. » « Je vais voir quelques policiers (anglais de préférence). ou des films de nature. a 59 . Valorisation du premier comme honnête et sans prétention. d'où ma préférence pour les films gais. on ne va au cinéma que pour se distraire).. le policier ou le film à grand spectacle nous paraissent.

un film un peu plus léger pour nous détendre. y trouver des images et un plaisir de qualité . je vais voir tous les films projetés par le ciné-club et les films dont on parle. en raison de ma fatigue. car à cet égard le cinéma ne sert de rien. ensuite d'échanges. soit par un leur rareté même. même les films bien cotés visent à l'effet et ne vont jamais au fond du problème. le plus souvent pour me cultiver.1.2. a) Justification implicite par la rareté des dérogations : ■ « J'ai vu en 1963 environ une quinzaine de films. » Option III. mais pas pour me cultiver. la conciliation peut être occasionnelle (certains films ont la double vertu de cultiver et de distraire) ou essentielle (tout cinéma digne de ce nom comporte à la fois culture et distraction). combinant III. ou plutôt ne pas manquer un chef-d'œuvre. » « En général. quand je ne puis me livrer à aucune activité utile.2. II 1. et III. Dans (on ce dernier cas. nous allons voir un comique même mauvais pour nous dis traire. soit un grand film (chef-d'œuvre) pour me cultiver. » b) Justification explicite par un état dépressif du sujet (ou des circonstances particulières du même ordre) : « Je vais au cinéma. J'irais volontiers m'y cultiver. Je vais rarement au cinéma pour me distraire. à intervalles plus ou moins rapproc hés.3.2. c'est soit pour me distraire. pour me distraire le plus souvent. On pose en règle idéale une prédilection pour le cinéma qui cultive. 1. 1. » « Une fois par hasard. tantôt pour se distraire) soit par simulta néité va au cinéma à la fois pour se cultiver et pour se distraire). pas de comédies légères. 2. De temps en temps. non : la TV s'y prête mieux. soit par des circonstances particulières (état dépressif du sujet. valeur exceptionnelle de quelques films de détente). mais très rarement. les films des grands metteurs en scène. tribut à la simple distraction. (Option mixte. soit par alternance (on va au cinéma tantôt pour se cultiver. Pour me cultiver. que je pourrais qualifier de « sérieux ». (Cinéma-détente) peut s'opérer.2. cette prédilec tionjustifiant par la carence du cinéma « sérieux » et son manque d'intérêt se culturel véritable : « Je vais voir de préférence les films gais. pour me distraire. » « Je vais au cinéma pour me distraire. plus rarement. les plus variés possibles. bien plutôt pour avoir un sujet de réflexion. — La combinaison des options III. » « Quand je vais au cinéma.3.1.3. Alternance Culture-Distraction. Ces dérogations se justifient. Sans valorisation explicite d'une fonction par rapport à l'autre : « Je vois soit un film drôle pour me distraire. soit pour voir. 111.1. Souvent il fait passer une pseudo-culture.Claude Bremond III. ou pour être au courant. En valorisant la fonction culture par rapport à la fonction dis traction. Attitude sélective en faveur des films distrayants. mais trop peu de producteurs se préoccupent de la culture . » 60 . (Cinémaet culture) et III. selon des modal ités des proportions variées). Mais on "reconnaît la nécessité de payer. » « Je vois énormément de films. » 111.1.3.

a « Quand je peux aller au cinéma. nous voyons un film drôle pour nous distraire. » « De préférence. Cet élément peut d'ailleurs n'être qu'une courte séquence (par exemple.1. Réduction de l'opposition Culture. » « Quand nous avons l'occasion d'y aller et qu'il n'y a pas de programme qui nous attire. d'humour. » II 1.3. » 61 . je vais revoir les classiques quand l'occasion se présente.. comédies) de temps en temps pour voir des films plus graves (pour me cultiver. certains bons comiques ne sont pas à dédaigner. si un film m'a en outre appris quelque chose. mais celui d'approfondir sa propre notion de l'homme et du monde par ana logie ou contraste avec une autre pensée).1. » III. > « Je vais au cinéma pour me distraire. j'en attends enrichissement et distraction con jointement. Nous réservons aux vacances les films plus sérieux. vraiment comique. » « Je m'y rends généralement à titre de distraction afin de sortir avec ma femme.2. et vice-versa : « J'aime les films qui me cultivent ou me distrayent. » « J'aime aussi de temps en temps voir un bon film pour me distraire . mais pendant l'année notre fatigue nous entraine vers des films gais. toute culture est dis traction. 3.. psychologiques. de nager ou de lire des romans humoristiques anglais.3. mais il faut trouver un élément de réflexion dans ce film. fondamentalement.Culture scolaire et culture de masse « Nous essayons de voir des films de qualité en suivant si possible les critiques de journaux. si l'on donne à ce mot non le sens de connaître des œuvres d'art. Quand je veux me distraire. tant mieux. c'est une expérience qu'il convient de ne pas banaliser : le film de détente convient mieux à l'ordinaire de nos loisirs) : « Je vais au cinéma.2. » « Le cinéma est pour moi une distraction. pour me distraire.2.3.3. En valorisant la fonction Distraction par rapport à la fonction Culture (cette valorisation demeure cependant ambiguë : le film sérieux se situe à un niveau de dignité plus élevé mais sa solennité même implique un caractère d'exception . » c) Justification explicite par la valeur exceptionnelle de certains films de détente : « Je vais voir de préférence des films profonds. dans un cinéma de niveau supérieur. Conciliation des deux options : choix de films comportant à la fois enrichissement et détente . culture et dis traction me semblent inséparables. je vais voir un film comique. tantôt cette conciliation est souhaitable. ceux qui sont ins pirés d'œuvres littéraires. et tantôt elle est obligatoire : c Je vais au cinéma pour me distraire . Récusation de l'opposition Culture. je le juge excellent. ou qui font réfléchir en raison des idées soulevées. Au cinéma. la leçon d'arithmétique dans Crèsus). mais également un moyen de culture par les problèmes humains qu'expose un film. ou de rire de qualité honnête (policiers d'Hitchcock. en ce sens. » III.2. ceux qui sont traités de manière originale. d'où une préférence accordée à des films d'action. mais reste facultative.Distraction et identification des deux termes . voire surpre nante. mais en choisissant les projections susceptibles tout de même de cultiver : thèmes historiques. dont on discute. westerns de Ford. De temps en temps. la pure distraction étant pour moi de jouer aux boules. je vais voir un bon policier (Hitchcock) ou une bonne comédie américaine.Distraction. II 1. et la solution qu'il propose pour les résoudre.

— du film par l'immobilisation des images et la dislocation du rythme. etc.. Par là. II. j'attends d'un film de valeur qu'il me « divertisse ». ne peuvent pas évoluer vers une production artistiquement ou littérairement valable. Leur amalgame dans les bandes des* sinées et le photo-roman entraîne une dégénérescence : — du texte écrit et des valeurs dont il est le support : le style. j'attends d'un film qu'il m'apporte un plaisir artistique ou intellectuel (par exemple. les photo-romans. » « Même pour me distraire. etc. mais négation de tout avenir littéraire ou éducatif. Inversement. Le problème n'est donc pas d'élever le niveau littéraire et artistique de ces productions (elles sont imperfectibles) mais celui de leurs lecteurs. » Question 9 : Admettez-vous l'idée que les bandes dessinées. ne lui apporte rien. Privés de ces avantages. l'une employant les ressources du verbe (le roman). » 62 . Négation de toute valeur et de toute possibilité de progrès. le lyrisme. » « Ce genre me paraît trop e global » ou « synthétique » pour être aussi valable qu'une production littéraire. Admission d'une valeur ou de possibilités égales à celles de n'importe quel autre genre littéraire ou artistique. l'autre celles de la représentation visuelle (le film). Négation de toute valeur et de toute possibilité de progrès. Admission d'une valeur ou de possibilités artistiques. Ce n'est qu'après le spectacle que se décantent les richesses qu'il m'a apportées. a) « Impureté » du genre : « C'est un genre bâtard. Ces genres sont. Admission de possibilités de progrès. les idées abstraites. par nature. etc. j'ai été enchantée par les images de la Grèce que je ne m'attendais guère à y trouver). l'intériorité psychologique. photos-romans. en échange. de beaux paysages : dans Tintin et le mystère de la toi' son d'or. Ces récits excluent l'art du récit. C'est un genre facile qui n'exige aucun effort du lecteur et qui. ou plutô un certain enrichissement. la liberté d'imaginer . étant un art. puissent évoluer vers une production aussi valable que celle de n* importe quel autre type de création littéraire ou artistique? Tableau des options : I. mais à des conditions pratiquement irréalisables.. IV. apporte à la fois la distraction et la culture. ce sont des bâtards issus du croisement de deux techniques. Option I. les bandes dessinées. photosromans. Les bandes dessinées.Claude Bremond « Le cinéma. V. afin qu'ils s'en dégoûtent. voués à la médiocrité . où j'ai emmené mes neveux. Admission d'une valeur ou d'une possibilité de progrès dans les limites d'un genre « mineur ». III. ils conviennent au lecteur paresseux ou pressé qui ne veut que savoir comment l'histoire finit. ne sont aptes qu'à transmettre une succession de faits bruts. au sens pascalien du mot : j'aime oublier toutes mes préoccu pations quotidiennes pour me plonger dans un nouvel univers : cela peut aller jus qu'à l'envoûtement.

exigent le texte . » « La vie intérieure. » « L'art est difficile. me semble pou voir se satisfaire d'une telle formule qui suppose un lecteur absolument passif et inca pable de s'intéresser à une idée abstraite. Or le propre de ce genre de lectures. Ce genre de production est condamné par nature à la vulgarisation et au simplisme. mais en raison du genre lui-même qui a seulement pour caractéristique de ne pas fatiguer les méninges. risque d'entraîner chez le lecteur une paresse intellectuelle. Un élève de lycée se lasse très vite des bandes dessinées mais on rencontre sans cesse dans les trains des adultes qui semblent ne lire que cela. les mots risquent d'être sacrifiés par le rythme qu'exigent les images. des images faisant preuve d'une certaine recherche esthétique et un texte écrit. la réflexion morale ou métaphysique. auquel n'est laissé. conçu pour flatter la paresse du lecteur. On ne s'attache pas ây. pour connaître rapidement le résultat. Or un bon texte gagnerait-il à être haché ainsi ? » « Non. » « II ne faut pas transformer cette forme de littérature mais permettre à sa clientèle d'être mieux éduquée et mieux instruite et d'avoir besoin d'autre chose. » « II faudrait un sujet intéressant. l'image ne peut rien apporter : l'art cinématographique repose sur l'utilité du mouvement. » d) Genre facile. Cela supprime le style et toute étude psychologique. s'il est exagéré. aucune possibilité d'imaginer et de se représenter à sa manière. et ne comportant aucun enrichissement : a C'est une solution de paresse. aux réactions rudimentaires. soit patient. la légende est obligatoirement brève et surtout rapporte avant tout des faits. » « La bande dessinée ne sera jamais qu'un moyen de culture au rabais. » c) Dégénérescence de l'image comme technique de récit : « L'art dont le moyen d'expression est l'image me semble être le film. » des « C'est la lecture facile convenant à la vie a pressée » de nos jours. » « Si le texte a de la valeur. » e) Infirmité congénitale du genre : « L'idée même d'un progrès me semble absurde.Culture scolaire et culture de masse b) Dégénérescence du texte et des dialogues : « J'admettrais l'idée d'un progrès si les dessins étaient muets (avec une légende). d'autre part. Par contre les paroles prêtées aux personnages sont la négation même du style.au contraire de tout autre art. l'image est superflue et dangereuse. Ces productions ne pourront jamais l'être sans se renier. non en rai son des sujets traités. Ce genre de lec tures. leur montra* t qu'elles peuvent s'intéresser à bien mieux et que c'est inutile de fréquenter 10 ans un lycée pour s'en tenir à un genre aussi fruste. » f) Incompatibilité d'un certain niveau de culture et du goût pour les bandes dessinées ou photo-romans : « Si j'en ai l'occasion. il faudrait que le lecteur passe du temps. de trop grande facilité qui n'exige rien du specta teur. je déconseille vivement aux élèves de les lire. » « Elles sont condamnées par leur genre même à rester superficielles. l'expression d'un visage mais plutôt à la succes sion faits. » « Seule une intelligence « primitive ». » a Pour apprécier vraiment. Parce que ce sont des primaires et des incultes. des réactions. » 63 . c'est de pouvoir être « parcourues » rapidement et sans effort. car cela pourrait être amélioré. Si le texte est médiocre.

Admission de possibilités de progrès. mais je la crois difficilement réalisable. mais à des conditions prat iquement irréalisables. ces bandes sont donc des sous-productions. » 2) Des éditeurs qui ne soient pas seulement des commerçants : « Je pense qu'une évolution favorable peut intervenir dans la mesure où un direc teur d'illustré s'intéresse non seulement à son chiffre d'affaires. mais sous diverses conditions qui ne sont pas actuellement réunies. ou bien affirmer une autonomie complète. il faudrait pour les produire des gens de très grand talent. pourraient évoluer vers une pro duction valable. il s'agit d'adapter des films ou des livres en bandes dessinées. » « Rien n'est impossible. » « Peut-être. Il faudrait : 1) Des conteurs et dessinateurs qui soient des artistes et pas seulement des tâcherons : « Pourquoi pas ? Mais il faudrait qu'on les prenne au sérieux et qu'il s'y découvre des artistes (voir les dessins animés de Walt Disney). d'une grande œuvre. Les bandes dessinées. Mais un tel effort ne me paraît pas pour demain.. les bandes dessinées et les photos-romans doivent. » 3) Une situation nette du genre par rapport au roman et au cinéma. que je laisse aux spécialistes. dans ces productions en série ne me paraît nous en pro mettre un ! » « Sauf des cas particuliers comme Tintin. » « Bien sûr.évoluer vers une production valable. mais j'attends de voir les éditeurs préférer la culture à la rentabilité. » « J'admettrai cette idée. à moins qu'on illustre le texte. Pour qu'il y ait œuvre d'art. l'exigence à la basse flatterie envers le public (romans-photos surtout). semble-t-il.. Rien. à condition qu'on crée vraiment au lieu de transposer (souvent mal) d'autres formes de culture... Au lieu de se présenter en sous-produit parasitaire. commandée non pas par le souci du profit. Ce serait là une question de politique d'ensemble. compte tenu des réalités d'aujourd'hui. mais par celui de former vraiment la jeunesse.. elles ne soient pas des adaptations d'oeuvres littéraires. mais il faudrait un créateur de génie. photos-romans. mais à la promotion intellectuelle. J'ai pu constater il y a quelques années comment Le Rouge et le Noir était caricaturé dans des bandes dessinées du Dauphiné Libéré. lesquelles ne peuvent que perdre à cette adaptation. Mais pourquoi n'y aurait-il pas un jour une production valable ? » « Je préférerais que. etc. il faut un artiste. je vois très bien de belles images faisant connaître et sentir l'atmosphère d'un roman de Balzac ou de Flaubert. et qui ne paraissent pas en voie de l'être. » 64 . Pour qu'elles « apportent » quelque chose sous une forme aussi elliptique et condensée. voire spirituelle de ses jeunes lecteurs. » b) Vers une illustration scrupuleuse des chefs-d'œuvre de la littérature clas sique : « Je veux bien admettre l'idée. ou ser vir fidèlement le texte dont ils s'inspirent : a) Vers l'autonomie et l'originalité des thèmes : « Actuellement. Mais l'adaptation du texte me paraît poser un problème délicat.Claude Bremond Option II. le roman par exemple. morale. je ne crois pas que les bandes dessinées puissent . comme Tintin. Et ce n'est pas demain la veille ! » « Ces productions peuvent très certainement avoir beaucoup de valeur. m extenso.

Certaines supportent fac ilement le recul du temps. Certaines caricatures de Punch évoquent toute une histoire en plusieurs dessins. se faisant. il leur sera impossible de toucher aux genres « sérieux ». En revanche. Bécassine ou Cosinus sont de jolies trouvailles qui n'ont pas fait notre perte. Or. L'hu mour. » c Pourquoi pas ? Mais à condition. » « Le style même du dessin peut être perfectionné afin de favoriser le développe mentgoût. » « Pourquoi pas ? Quand le but est de distraire. Et pour occuper ses loisirs. les magazines sont très agréables à feuilleter. cesserait d'être souhaitable : « J'accepte l'idée d'un progrès sur le plan artistique. dans une certaine mesure.) mais non pas formatrice intellectuell ement ni littérairement pour des enfants de plus de 10 ans. dessins spirituels) dans leur genre qui est un genre « mineur ». les dessins animés : Mr. je crois. par la qualité du dessin. Tarzan. Magoo. Les bandes dessinées. sans paroles. etc. existent depuis longtemps.Culture scolaire et culture de masse Option III. peuvent. si elle devait servir à légitimer une désaffection croissante des jeunes à l'égard de la littérature. » Option IV. etc. était. ou avec commentaire. » « Parlons de divertissement honnête et non pas de création artistique — le visuel ne saurait traduire les nuances psychologiques d'une page de Stendhal par exemple. mais le style des séquences elles-mêmes ne pourra avoir la valeur édu cative des lectures. » « L'exemple de Tintin le prouve : un progrès est possible à condition de joindre deux qualités : histoire bien racontée. dans la hiérarchie des valeurs d'éducation. la satire.. Admission d'une valeur ou d'une possibilité de progrès dans les limites d'un genre « mineur ». photo-romans. une poésie « rose » seront leur domaine d'élection. à un moment donné. il s'agit d'autre chose. Ces histoires. Si l'on veut instruire. de se cantonner dans le domaine du comique. La Bergère et le ramoneur. et peuvent contribuer à l'initiation littéraire des enfants. » 65 ■ . » « Pourquoi pas ? Si elles sont traitées avec goût et intelligence ? Elles garderaient malgré tout une valeur de distraction. Il est aussi important de se distraire. photo-romans. Mais on peut craindre la concurrence pour la littérature qui est d'un autre ordre (expression nuancée du lan gage lui-même). ont peut-être de grandes possibilités artistiques. Les bandes dessinées. mais je suis sceptique quant à une valeur formatrice possible sur un plan autre qu'esthétique. etc. bien dessiné. lui aussi. mais elles n'ont pas d'avenir littéraire. Ce sont de petites comédies en images. » « Les enfants perdraient l'habitude de lire et je crois qu'ils ne sauraient plus écrire en français ou exprimer leurs sentiments. » * Les bandes dessinées peuvent être valables artistiquement (cf. » « Certaines bandes dessinées. qu'être sché matisée. Dans ce domaine il y a déjà une longue tradition. dessin soigné et possédant un certain style. si le style a toc » est proscrit et remplacé par une création artistique du authentique . la littérature importe plus que l'art : le verbe reste supérieur à l'image. Leur rôle est de dis traire et non de cultiver : « Ils peuvent atteindre la qualité (intrigue bien venue. L'amélioration artistique des bandes dessinées. Une discussion profonde s'accommode mal d'une image statique flanquée d'une légende et ne peut. Il y a temps pour tout et il ne faut pas toujours penser à instruire. la poésie. donner lieu à une production artistiquement ou littérairement valable. de la caricature. l'humour valent bien dans leur ordre (maintenons une certaine distinction des genres) n'importe quelle autre œuvre d'imagination.

Seulement nous en sommes loin! » c) Ancienneté vénérable : « Les dessins des vases grecs sont déjà des bandes dessinées. III. Influence ri affectant que les formes mineures du goût.l. du dialogue : c Bien sûr. » c Les bandes dessinées dégénèrent plutôt . en passant par celles de Hergé (Tintin). » d) Maturité présente : « Tintin a sûrement l'importance et la qualité humaine et mythique d'un héros de Dickens ou de fabliau. pourquoi pas. si de vrais artistes s'y intéressent ? La photo est bien devenue un art et l'on pourrait bien concevoir une éducation du goût de cette manière . » Question 10 : Pensez-vous que les affiches et les placards publicitaires soient susceptibles d'influencer la formation du goût esthétique? En quel sens ? Tableau des options : I.. » b) Jeunesse du genre. l'image et la photo peuvent toujours avoir une valeur artistique. Positive : ces bandes dessinées. jusqu'au journal Mickey. du dialogue et du récit. La possibilité d'une évolution favorable est d'ailleurs attestée. a) Ressources de l'image.. tout cela peut être bon à travers l'image imprimée. soit enfin par sa maturité présente. Rien ne s'oppose à ce que ces genres exploitent à fond les ressources conjuguées de l'image. » « Admettre l'idée d'une évolution vers une production valable me paraît sans pro blème : la qualité du dessin. une part de rêve.) était d'une tout autre classe. » c Les vitraux du xme siècle sont aussi des bandes dessinées. de la photo. » « Je n'y avais jamais pensé. peuvent évo luer vers une production aussi valable que celle de n'importe quel autre type de création littéraire ou artistique. Négation de toute influence. depuis les œuvres de Pinchon [Bécass ine). sauf bien sûr aux yeux des gens sérieux. II. 66 . soit par son ancienneté (qui lui confère une noblesse). » « J'admets l'idée de cette évolution : l'image est un matériau extraordinaire. soit par la jeu nesse du genre (qui permet tous les espoirs). Valeur artistique négative. III. riche de promesses : c Je crois que c'est un type de création encore très jeune. » c Et pourquoi non ? L'invraisemblance. Influence sur la formation (ou déformation) du goût. le choix des noms. qui peut très bien évoluer vers un genre ayant de la « tenue » littéraire et artistique. les tics des personnages. etc. photo-romans. III. l'humour. cela peut produire un genre littéraire très valable.1. Le grand ancêtre Christophe (Savant Cosinus. ce serait sans doute plus efficace que de traîner des gens sans préparation dans des musées où ils s'ennuient.Claude Bremond Option V. » « Pourquoi pas ? Les inventeurs du cinéma ne croyaient pas que son niveau pourr ait dépasser le simple divertissement. mais après tout. l'harmonie des couleurs.i. Influence liée à la valeur artistique de l'affiche.

sauf si elles ont une dissertation ou un dessin à faire sur ce sujet. III.4. 111. et qui 67 . 111. ligue antialcoolique) échappent aux servitudes mercantiles. Négation de quelque influence que ce soit.). mais il s'agit seulement de formes « mineures » du goût : « Je remarque malheureusement que les affiches originales et artistiques ne changent rien au mauvais goût des élèves. campagne contre la faim.1. Influence favorable due au pouvoir de suggestion et d'acclimatation de l'affiche. Les plus grands sont influencés en bien. II 1.2. la marchandise à vendre. Influence défavorable due à la multiplicité des affiches et aux tech niques de « mise en condition » publicitaires. Font parfois exception. Les affiches et placards publicitaires exercent une certaine influence sur le goût des jeunes. II 1.1. Influence favorable sur les spectateurs dont le goût n'est pas formé. qui impose son thème à l'affiche. platement utilitaire. La vulgarité est le prix de l'efficacité. III. III.l. Les affiches et placards publicitaires contribuent (en bien ou en mal) à la formation du goût esthétique des jeunes. 1. j'ai souvent l'occasion d'éprouver le pouvoir de la publicité sur les esprits de mes élèves à propos de produits alimentaires pour enfants (laits en poudre. II 1. L'affi chiste ne pourrait faire œuvre d'art qu'en se libérant de la nécessité de plaire au plus grand nombre. Influence favorable sur les spectateurs dont le goût est déjà formé. Elle ne fournit pas à l'artiste un sujet digne de l'inspirer. Je constate une absence totale d'esprit d'observation et un manque certain de curiosité. II 1. les affiches dont le contenu a déjà par lui-même une valeur artistique. Influence sur la formation du goût. etc. » « Comme professeur de puériculture. II 1. » Option III. 3.3.Culture scolaire et culture de masse III.. est par elle-même terre à terre.2. Cette influence dépend de la valeur artistique intrinsèque de l'affiche.4. Exaltations solidaires de l'affiche et de la modernité. mais je crois que les élèves s'y intéressent peu.2. Condamnations solidaires de l'affiche et de la modernité. Valeur artistique positive. Influence favorable ou défavorable relative au degré d'éducation artis tique du spectateur.1. 2. D'autre part. liée aux conditions dans lesquelles les affiches sont perçues. prosaïque. aliments en conserves. farines de bébé.1.4. » « Je les regarde avec intérêt. Liaison de l'art publicitaire avec une certaine modernité du goût. La valeur artistique intrinsèque de l'affiche ne peut être que négat ive. III. émanant d'organismes désin téressés ou plaidant de nobles causes (prévention routière.2.2. Option I. mais cela ne va guère plus loin.3. mais confirment la règle. La recherche de la rentabilité financière conduit au mauvais goût. Seules atteignent à une qualité artistique véritable les affiches qui.2. particu lièrement les filles pour leur habillement. » Option II.1. au moins sur le goût des jeunes : c Je ne le crois pas car les enfants n'ont pas l'air d'attacher une très grande impor tance à tout cela. Les élèves de 14 et 16 ans ne voient pas les affiches et je pense donc que celles-ci sont sans effet d'aucune sorte sur elles..

affiches SNCF qui reproduisent les œuvres de peintres con temporains : La Normandie de Dufy par exemple. Par exemple quelques-unes éditées par la SNCF : le Puy en Velay (mon pays natal). de spectacles). a) Incompatibilité de l'efficacité et du bon goût : « Quand au créateur d'affiches. un manque absolu du sens de l'intériorité. artistiques). » « Elles pourraient former le goût esthétique dans la mesure où elles seraient plus artistiques même si elles étaient moins rentables. du plaisir continu et du plaisir tout préparé. le château de Polignac. le Rocher Saint-Michel. » « L'affiche se caractérise par des propositions utilitaires et sans poésie. son goût esthétique sera influencé par la nécessité de frapper : c'est un cercle vicieux. Ce n'est pas une vraie recherche de la beauté. le style pictural et graphique propre à l'image publi citaire se caractérise par l'outrance des couleurs et des formes destinées à « accrocher » l'œil coûte que coûte. celle des Dimanches de Ville d'Avray. qui sont la négation de toute qua* lité artistique : « II y a un abus capitaliste de la publicité qui transpose l'utilité pratique de l'ob jeten jouissance ou en prestige. Enfin. érotisme et pornographie. » « J'insisterais sur la formation de certains jugements de valeurs imposés par la publicité : appel surtout à la vanité. » « II en est de très belles. On doit ajouter que l'utilisation par la publicité des tendances hédonistes. à la recherche exclusive du plaisir physique. La discussion a porté sur l'aspect esthétique et sur l'astuce du dessinateur. au culte du corps. » b) Prosaïsme de l'objet publicitaire . C'est peut-être beaucoup demander. erotiques de la civilisation contemporaine ne saurait être considérée comme favorable à la formation du goût esthétique. au désir d'éblouir et d'éclipser autrui. et il en sera ainsi tant qu'on voudra plaire systéma tiquement au plus grand nombre. » c) Immoralité. et non efficace avant tout. Intérêt de celles de la SNCF qui développent le goût des voyages. Celles-là peuvent contribuer à la formation du goût esthétique. rien n'est gratuit. » « Les affiches de la SNCF ou d'organisations de tourisme ont saveur et valeur cul turelles (géographiques. fondamental dans l'art. » « Décrire une affiche publicitaire » : j'ai donné à peu près cela en 3e comme sujet de composition française. ou en trompe l'œil. et ceci de façon insidieuse. tant qu'on bridera l'audace des créateurs origi naux. exceptions qui confirment la règle : « Beaucoup d'affiches manquent de poésie. Tout est ramené au réel. matérialistes. Déception quand la laideur ou la vulgarité étaient le prix de l'astuce et de l'efficacité. » « On peut penser qu'il est difficile de concilier le goût esthétique qui est par nature gratuit. d'expositions. » ■ Influence plutôt négative. avec la publicité dont le but est commercial. » « Après le règne de la pin-up. et celui de l'enfant roi (Intexa) une certaine évolu tion heureuse semble se dessiner : publicité de Byrrh qui propose la reproduction d'une tapisserie de Prassinos .Claude Bremond peuvent être regardées comme de véritables tableaux (affiches de voyage. » « Le but est que la publicité ait le souci de l'affiche efficace et belle. » « Certaines affiches sont des chefs-d'œuvre : par exemple. paganistes. tout est fait dans un but précis. » 68 . » « Rares sont les affiches artistiques.

La commercialité n'est pas un obstacle : la vulgarité ne paie pas toujours et la beauté est souvent une publicité efficace. mais aussi de bas. ne peut s'obtenir que par une recherche d'ordre esthétique. de correspondances subtiles. mais la majorité fait appel à l'exaltation sensuelle ou erotique. » « Certaines publicités sont proprement affreuses. la couleur développe le sens de la fraîcheur. mais au laid et à la vulgarité. comportant une recherche artistique authentique : « L'un des effets de l'art est de se dépasser lui-même pour rejoindre le réel et l'ill uminer. mais trop souvent ces affiches ne cherchent qu'à s'imposer et blessent le regard par des couleurs criardes. de composition . » « Je ne suis pas pudibond. Le prosaïsme des objets n'existe qu'au regard d'un goût étriqué. de la ligne et de la couleur. » d) Outrance des formes et des couleurs. » « La publicité tend vers la détérioration de la sensibilité esthétique par la sen sualité. d'analogies. de clarté. de l'harmonie. mais pourquoi des femmes nues pour présenter des huiles d'auto ou des tracteurs agricoles ? » « Que dire de toutes ces réclames. a) Compatibilité de l'efficacité et du goût : « L'affiche peut aider à former le goût en évitant au moins la vulgarité qui ne plaît pas tant qu'on le pense. de sobriété.Culture scolaire et culture de masse « Certaines affiches et placards publicitaires ont une valeur esthétique incontes table. de gaines et même de chaussures où sont suggérées (pour le moins) des formes fémi nines qui font baigner l'enfant dans cette ambiance ? » « N'assiste-t-on pas à une sorte de poussée de plus en plus violente de l'affiche que j'appellerais pornographique ? Toute la publicité s'en donne à cœur joie dans les modèles de sous-vêtements et l'on trouve des jeunes qui collectionnent ces image* suggestives.. risquant d'habituer l'œil peu à peu non au beau. de la vivacité des tons. les affiches doivent être stylisées et toute stylisation. Le dessin des affiches est une école de concision. de l'ellipse intellectuelle. tout en faisant preuve d'une recherche esthétique authentique. non seulement de cinéma. 1. sens négatif : violence et pauvreté des couleurs. » « Elles peuvent donner le sens de la décoration.. D'autres ne manquent pas leur but commercial. » a Les affiches relèvent d'un art de plus en plus synthétique et allusif. Je pense qu'un non-fumeur peut être sensible à la qualité esthétique des affiches 69 . sauf exception volontaire et consciente). » a Pour frapper un futur consommateur. La valeur artistique intrinsèque de l'affiche peut être positive. de la gaieté . L'influence est à double sens : sens positif : goût de la simp licité. L'art publicitaire peut donner lieu à des recherches d'évocations. » « Leur efficacité est jusqu'à un certain point fonction de la valeur esthétique (on ne fait pas de bonne publicité avec quelque chose de laid. ou des couleurs sinon des formes : a Presque toutes les affiches sont laides et grossières. » III. si elle se veut efficace. de l'allégement. réduit à quelques traits essentiels.2. Il est donc évident que l'on peut très bien concilier l'efficacité d'une réclame avec sa valeur esthétique. » b) Subtilité de certaines réalisations publicitaires. » « Certaines affiches publicitaires donnent plutôt l'idée de faire des caricatures que des dessins de goût.

ou très violent. » « II y a de très belles affiches qui enseignent intuitivement l'art de la stylisation et de l'harmonie des couleurs. influencent la formation du goût dans un sens défavorable en débordant la capacité d'assimilation et en émoussant la curiosité . puisse avoir quelque rapport avec les affiches ou placards publicitaires qu'on ne voit que d'un coup d'oeil. t « Nous tendons vers une uniformisation. mais. III. c'est peut-être paradoxal. contrastes et à en jouir.1.2. elles s'imposent plus qu'elles ne séduisent. » « La stylisation de l'affiche permet d'aller tout de suite à l'essentiel. La passivité de celui-ci est tout le contraire de l'attitude requise pour la fo rmation du goût. ou très sensuel ou tout à fait exceptionnel. par leur multiplica tion on tend à ne plus les regarder. L'influence des affiches sur le goût esthétique ne dépend pas tant de leur qualité artistique intrinsèque que des conditions dans lesquelles elles sont perçues. par ail leurs. Il y en a trop pour qu'on puisse leur accorder une importance suffisante. déjà les adultes n'y échappent pas.. Il est de plus en plus difficile d'apprendre à voir. pour prendre un exemple précis. couleurs. » « La publicité est par nature anti-culturelle. > II 1. une collectivisation du goût et de son esthétique .2. et se faire une idée de la volupté éprouvée par le fumeur.. Ils vivent dans les images et ont peu d'imagi nation. d'évasion ou d'émotions.. » c) Validité du style publicitaire : « L'affiche bien faite est école de sobriété dans la mesure où elle veut être lisible et efficace.. mais aussi peu de choses. » « Ils rendent l'œil plus apte à saisir lignes. mais il me semble que nos élèves attendent « l'image » qui fera réagir au lieu d'imaginer eux-mêmes ce qui satisferait leur besoin de rêve. mais de par leur nature. ils diminuent l'imagination. a) Effet de saturation : « Leur diversité et leur nombre entraine la confusion. » « Les affiches ont souvent une grande qualité plastique. » « Je ne pense pas qu'une chose aussi complexe que le goût esthétique qui est l'abou tissement de toute une culture obtenue par l'étude et l'effort. à aimer en particulier les teintes neuves. » « II en est qui sont de vrais chefs-d'œuvre. > 70 . en ce sens qu'elle est un attentat à la liberté. La multiplicité des affiches. Je doute un peu de leur efficacité au point de vue de la fo rmation du goût. « II faut avoir sous les yeux de belles choses. et la multiplication des exemplaires de chaque affiche.Claude Bremond de la Régie des Tabacs. Tout est ingurgité et presque rien n'est digéré. » b) Effet de « mise en condition » : « C'est un esclavage intellectuel. vives et gaies. » t Ils émoussent l'émotivité et par voie de réaction ne font plus réagir qu'à l'extra ordinaire. > « Je pense que la saturation que nous impose la publicité empêche les jeunes de prêter beaucoup d'attention à son esthétique. » même. » « La publicité se fonde sur la facilité et la dépersonnalisation. car la satu ration provoque l'indifférence. leur répétition induit un effet de « mise en condition » du spectateur.

» 6) Acclimatation progressive de formes neuves : « L'affiche bien faite force l'attention et s'inscrit dans la mémoire à notre insu. exige déjà une certaine formation.2. » « Une affiche artistique éduque dans la rue ceux qui ne mettent jamais les pieds au musée. » « L'œil s'habitue aussi bien aux belles choses qu'aux choses laides. L'influence de l'affiche sur la formation du goût est relative au degré d'éducation artistique du spectateur.2. Je me demande s'il ne faut pas avoir suivi l'évolution du style des affiches pour les remarquer. Un art nouveau est admis peu à peu. » « Cette influence ne s'exerce. le goût se forme autrement. elle est nulle ou s'exerce dans un sens défavorable : « Certaines affiches sont des chefs-d'œuvre : plaisent-elles aux enfants ? S'ils n'ont aucune éducation artistique. et la plupart de mes élèves subissent l'influence des affiches.3. et accoutument pro gressivement le public à des formes neuves : a) Stimulation d'une activité de comparaison : « Leur nombre et leur variété forment le goût en sollicitant une réaction. » « Pour reconnaître cet art comme tel. les expos itions).Culture scolaire et culture de masse II 1. La multiplicité des affiches et la multiplication des exemplaires de chaque affiche influencent la formation du goût dans un sens favorable.2.3. Pratiquement. » II 1. il faut y être attentif. le placard vulgaire attire le mauvais goût. un juge ment de la part de celui qui les voit. Cette influence s'exerce de façon favorable sur les individus dont le goût artistique n'est pas formé : « En milieu populaire. cette influence est dans l'ensemble positive.1. » « A force de voir un certain style de panneaux publicitaires. Ce qui vous fait crier au début est bientôt toléré. mais on sera marqué par les autres. inconsciemment. pour être influencé. 3. elles représentent parfois ce qui me paraît le plus valable dans l'art moderne. à mon avis. » « Le goût esthétique. » « Le nombre immense des navets permet de reconnaître les essais de valeur. que sur une minorité qui regarde. ainsi qu'une exposition de tableaux dans un musée. » « On oubliera assez vite les placards quelconques. c'est bien souvent la seule représentation graphique et pic turale que les gens aient sous les yeux (ils ne vont jamais voir les musées. l'affiche est plus proche de nous que le tableau des musées ou des galeries. non : ils sont attirés par les chromos. » 111. Cette influence s'exerce dans un sens favorable sur ceux-là seuls dont le goût est déjà formé. et ce. > « Certaines affiches sont très belles . » 71 . l'esprit s'y habitue. Je pense que leur diversité permet que les bonnes corrigent l'influence des mauvaises. » « Chacun y découvre un apport positif s'il a déjà un certain goût . Les enfants ne les regardent pas toujours quand on ne le leur montre pas. Elles stimulent une activité de comparaison et de sélection. 111. d'autant plus qu'ils seront multipliés. sans cela les affiches et les placards créent un certain désordre dans les imaginations et les sensibilités. Sur les autres. » « En un sens. Comme l'art de l'affiche est fort évolué dans notre pays et que certaines affiches sont de petits chefs-d'œuvre.

me semble-t-il. l'affiche suggère que l'art est une interprétation originale du monde . L'art publicitaire a partie liée avec une certaine modernité du goût.4. choc. veux dire que nos amateurs d'affiches-sans-problème sont mal à l'aise dans Je un musée. les procédés éblouissants de la propagande en couleur . » « J'ai pris goût à plus d'une affiche dans le" métro. L'affiche.Claude Bremond « Mieux que le tableau.1. » 72 . ce qui les amènera peut-être. les oppositions de couleurs dans les affiches sont bien dans la note à notre époque : rapidité..2. persuasion et douceur pour pouvoir être goûté et reposer un peu de tout ce qui heurte de nos jours ? » « Ils rendent le goût étroit par rapport aux conceptions artistiques des âges précé dents — par exemple par rapport aux dessins fouillés ou aux teintes dégradées. harmonies moins fades. assourd ies. » b) II constitue un substitut de l'art moderne. ellipse.4. l'importance de la forme stylisée. elle peut nous réap prendre à voir d'un œil neuf.. symbolique. des modes superficielles : « Les affiches peuvent créer des habitudes. pour ceux qui n'ont pas de formation esthétique. « L'affiche et l'étalage peuvent former le goût souvent mieux que le bahut Henri IV de la salle à manger des parents. par les phrases musicales qui ponctuent la radio. nous sortent.4. et l'ont un peu dégagée de la copie . sans nuance et sans discussion. des chromos. » II 1. Les affiches enlèvent le sens du mystère à déchiffrer. des recherches plastiques qu'ils n'auraient pas l'idée d'aller contempler dans un musée ou dans une galerie de tableaux. à apprécier plus tard Bissière. Sans qu'on le sache. » « Elles peuvent mettre sous les yeux d'un certain public des formes. Il y a incon testablement un art de l'affiche. mais le goût est justement ce qui per met de s'élever au-dessus des habitudes et du snobisme. la culture a de ces à-coups. Son influence est positive dans la mesure où : a) II libère le public contemporain du mauvais goût des générations anté rieures : . » « Elles ont appris. » b) II développe l'incompréhension des jeunes générations à l'égard des formes et des valeurs de l'art classique : « La simplification des formes. notre goût est préparé par les affiches. II 1. exigerait lenteur. me semble-t-il. ou qu'à l'occasion il les devance) : « La publicité a fait gagner à l'art moderne une audience croissante. » II 1. des jeux de couleurs. Pour aimer il faut reconnaître. c'est l'affirmation brutale. » « Les jeunes ne savent pas faire la différence entre le bon goût et la mode. à respecter. » « Les créations artistiques d'avant-garde sont impénétrables au grand public. » « On a accepté plus facilement la nouveauté dans le domaine publicitaire parca qu'on savait que là toutes les fantaisies étaient permises. Manessier ou Bertholle. et la petite parisienne que j'ai été n'a pas été déconcertée par les cubistes plus tard. Est-ce compatible avec l'art qui. Elles ne sauraient donc avoir une influence sur le véritable goût. une initiation à ses recherches (qu'il suive celles-ci à distance. Son influence est négative dans la mesure où : a) II ne propose que des snobismes. les jeux de couleurs. » « La publicité peut habituer les élèves à une vision abstraite des lignes et des cou leurs.

ÎI. quand ? Je ne sais pas. Nous avons préféré. J'ai l'impression de ne pas avoir assez de temps à consacrer à la télévision (même en sélectionnant rigoureusement les émissions). Acquisition déjà réalisée ou en projet. Acquisition considérée comme une obligation sociale ou pédagogique. » 73 . il est vrai. un jour. TNP. définitif ou temporaire. d'abord.1. » « Je ne rejette pas l'idée d'en acquérir un. oui. à se reposer. 1 1. A) Manque d'intérêt de la TV.2. Refus d'acquérir la TV. Refus. d'autres acquisitions paraissent plus urgentes : « J'ai l'intention de l'acheter. » « Absolument aucune soirée libre : 20 heures de cours et 3 enfants de 2. 4 et 6 ans. à militer : a Je n'envisage pas l'acquisition d'un poste de télévision.Culture scolaire et culture de masse Question 13 : Êtes-vous possesseur d'un récepteur de télévision? — Si Oui : Quelles raisons vous ont poussé à l'acquérir? — Si Non : a) Envisagez-vous de Vacquérirf et pour quelles raisons retardez-vous son acquisition ? b) Etes-vous décidé à ne pas l'acquérir. a) Raisons financières : le coût de l'appareil est trop élevé pour les satis factions qu'il procure . tantôt par le trop grand attrait de la télévision. pour des raisons financières. la date n'est absolument pas envisagée : le prix de cet appareil est hors de proportion avec ce que l'on peut en retirer de valable. nous procurer un electrophone et constituer une disco thèque. Quand j'aurai. Acquisition justifiée par l'intérêt des programmes. L'intérêt des programmes est relatif à la carence d'activités ou de sources de culture plus profitables. JMF et Équipes Techniques. pour permettre d'obtenir la modulation de fréquence. » « J'envisage de l'acquérir plus tard .2. Même situation pour mon mari (avec syndicat en plus). Cette répugnance se justifie tantôt par le manque d'intérêt. Option I. II. Plus tard donc. et pour quelles raisons ? Tableau des options : I. acheté le « combiné » radio-pick up. J'ai déjà radio et tourne-disques. Mon travail scolaire se fait donc le soir. je vais au cinéma. nous aspirons au silence (ville bruyante. Mon travail de préparation et de cor rection risquerait de souffrir de cette acquisition (ou mon sommeil!). et enfants en appartement). » « Je ne pourrai pas l'acquérir d'ici longtemps car je place bien avant d'autres dépenses. Les soirées libres où les enfants peuvent être gardés. à. méditer. le soir.2. Je ne dispose pas d'assez de loisirs. d'acquérir un poste récepteur de TV. Manque d'intérêt et/ou trop grand pouvoir attract if la TV.l. d'abord. De plus.2. pas maintenant en tout cas. ces deux motifs se combinant d'ailleurs souvent. dans la hiérarchie des dépenses « d'équipement culturel ». Valeur culturelle originale de la TV. 1 1. de II. » 6) Risque de perte d'un temps qui peut être plus fructueusement employé à travailler. » « Si je dois acheter la télévision.

Ce que j'en ai vu ne m'a guère intéressée : pour une bonne émission de loin er loin. de passivité. l'actualité. En regardant la télé vision. » « Je n'ai pas encore de récepteur de télévision. Cela ne remplace pas une lecture personnelle et sérieuse. à écouter de la musique clas sique. » 74 .. sauf quand il y a de grands événements dont on fait « en direct » le repor tage. » « C'est un moyen de culture qui nous laisse trop passifs et ne nous enrichit pas profondément. le théâtre. peut-être. à travers cet envoûte ment. » « Non : vue trop fatiguée le soir. s'il y avait des émissions plus culturelles. L'attrait que la TV exerce sur ceux qui la regardent confine à la fascina tion. Les programmes — au dire des téléspectateurs — manquent d'intérêt. moins superficielles.Claude Bremond « Je n'en voudrais pas en ce moment. » « Le peu que nous voyons de la télévision ne nous enthousiasme pas : images trop petites et grises ... En outre. » « Je préfère de beaucoup le cinéma. je suis sûre que je finirais par empiéter sur mon temps de sommeil et y perdre mon équilibre mental «t nerveux. plus de musique classique à des heures moins tardives. les faits vraiment frappants échappent. on a) Dangers pour l'enseignant lui-même : « Je n'ai pas encore songé sérieusement à la question pour des raisons financières. » « Je n'envisage pas pour l'instant de l'acquérir. crainte d'être envahie par le bruit et le son au détriment du silence indispensables à l'équilibre d'un travailleur intellectuel. réticence à l'égard des pr ogrammes et du peu d'émissions valables. » « Je deviendrais volontiers un téléspectateur plus assidu et j'achèterais un poste si la télévision améliorait ses programme. à travailler certains sujets d'histoire littéraire. moins d'émissions de chanteurs modernes avec des gros plans. Je n'en éprouve pas un besoin immédiat. de bavardages et on perd son temps à écouter. Beaucoup d'émissions donnent l'impression de remplissage. cela fait bien du temps perdu. la proportion d'émissions intéressantes est trop faible. Au lieu d'élever le peuple on l'abêtit. Et suivre tous les mouvements de bouche des gens qui parlent ! » B) Attrait excessif de la TV. parce que je crains de devenir esclave de la télévision. » « Je ne suis pas décidée à l'acquérir. à écouter de la musique ou à sortir au spectacle. car les programmes sont trop décevants et superficiels. les soirées libres ne sont pas très nombreuses. entraîne les risques de monomanie. et nous préférons les utiliser à lire. de banalités.. crainte d'être envahie par l'image au détriment de la réflexion. N'ayant pas assez de temps. et puis. je l'avoue) suis heureuse de la non-qualité de certaines émissions qui permet de ne pas avoir de choix dramatique entre le spectacle et les copies. j'ai souvent l'impression de perdre mon temps. Trop de bavar dages. » « Je n'ai guère de temps à consacrer à la télévision et en un sens (très égoïste.. le concert. peut redouter le danger d'une « mise en condition ». Peut-être que quand je serai à la retraite. > c) Préférence pour des divertissements ou des activités culturelles plus nour* rissantes : « Nous sommes assaillis d'images et je préfère utiliser mon temps libre à lire des romans. de perte d'esprit cri Il tique caractéristiques de toute intoxication. Facteur d'abru tissement et de dispersion. d'abord. » d) Médiocrité intrinsèque de la plupart des émissions et mauvaise qualité technique des images : « Les programmes sont indigents.

Conséquences : on ne parle plus. > 1 Je n'envisage pas de l'acquérir. Je regrette souvent de ne pas avoir la TV. Tant que je n'en ai pas un chez moi. de perdre du temps. à commencer par le père qui s'arracherait difficilement à son poste de télévision. la télévision détruit la vie de relation et fait des membres d'une famille des isolés qui ne savent plus rien se dire. Je tiens à ma liberté. on n'a plus la paix. car j'ai peur de moi-même : c'est trop facile de tourner un bouton. dangereux au point de vue pédagogique {passivité du spectateur qui reçoit et se laisse dominer par l'image) . la vie de famille en serait trop perturbée. une règle sévère qu'on est incapable de s'imposer. » « Je crains la rupture des conversations. et à des plaisirs surannés comme celui de la convers ation. encore jeunes.. Cette décision se justifie. D'autre part. sociale . » «Nous n'envisageons pas de l'acquérir. » « Je crois que si j'avais un récepteur je deviendrais un spectateur passif. » « Je n'ai pas de télévision et je ne suis pas décidé à l'acquérir : c'est un esclavage dangereux pour la vie familiale. soit par des considérations d'ordre social ou pédagogique (obligation de vivre 75 . pour voir ce que cela vaudra. et en définitive perdre un temps précieux.. » « Je crains de ne pas résister à la tentation et d'ouvrir trop souvent le récepteur.. de la vie familiale : n'existent plus que des cous tordus. je suis sûr de ne me déranger que pour un spectacle intéressant. éloigner de mes enfants cette facilité et cette source de conflits peu fructueux.. mon fils qui est en 5e et qui ne travaille pas beaucoup ne fichera plus rien. Je me contente d'en profiter chez les voisins très rarement. les besoins impérieux que l'on contracte et auxquels il est bien tôttrès difficile de se soustraire. mais c'est pour moi une question de discipline familiale. des yeux rivés à l'écran. on ne vit plus. TV = Fléau ! » c) Dangers pour l'éducation et les études des enfants : t Je ne souhaite pas avoir la TV avant quelques années parce que mes enfants. Le travail des aînés s'en ressentirait et let petits se fatigueraient et s'exciteraient avec ces émissions. > « Je veux. » « Je n'en ai pas et je n'en veux pas.. à cause des enfants trop jeunes. Nous avons 5 enfants de 15 à 2 ans. École et TV sont difficilement conciliables dans l'état actuel des choses. dangereux pour l'indépendance morale et psychique de l'individu dans le cadre d'un organisme inféodé à l'État (ORTF). » Option II. exigent bientôt une volonté de fer. Peut-être fuyons-nous les difficultés que provoquerait la présence d'un poste de télé dans la discipline entre grands et petits. » « Si j'ai la TV à la maison. » « Un ménage enseignant dont les enfants veulent faire une scolarité normale et qui veut faire face à ses obligations professionnelles ne saurait s'accommoder d'un poste de TV.Culture scolaire et culture de masse « Je ne désire pas pour l'instant acquérir un récepteur de télévision par crainte d'être « envoûtée » malgré moi. » « J'espère bien ne jamais acheter un poste de TV. de lire moins. Je n'ai aucune envie de me laminer la cervelle.. Acquisition déjà réalisée ou en projet. » b) Dangers pour la vie familiale et sociale : « Je n'ai pas de récepteur de télévision et je souhaite n'en jamais avoir : on n'est plus chez soi . par prudence. De plus la puissance de l'image est telle qu'il est difficile de s' « arracher 9 à son poste de télévision. ont besoin que la maison soit un havre de calme. » « Les servitudes.

le jugement porté sur la valeur intrinsèque de la TV demeurant négatif ou mitigé) soit par l'in térêt artistique ou culturel de certains programmes. et se dis persent le jeudi et le dimanche pour suivre les émissions. contrairement à une opinion généralement répandue. de préparer l'avenir immédiat. au lendemain de certaines émissions. sa « pré sence » est indéniable. la nécessité de faire la part du feu en contrôlant leur assistance à la TV.. ne comprennent pas tel mot ou telle allusion et semblent. Dans la mesure où l'on souhaite vivre dans son temps et pour son temps et essayer même. Mais l'invasion est telle qu'il devient indispensable de suivre ce mouve ment(conditionné bien sûr !) sous peine de se couper encore davantage des jeunes. le souci de ne pas donner à ses enfants l'impression qu'ils sont élevés différemment de leurs camarades . o) Le devoir de vivre avec son temps : « Nous avons pensé que c'était devenu un phénomène irréversible. et très certainement elle intervient et interviendra de plus en plus dans l'évolution de la pensée (de la forme surtout de pensée) contemporaine. » c) La crainte de perturbations de la vie familiale . à l'occasion font allusion à une émission sans que je sois un interlocuteur valable. qu'on le regrette ou non. » b) Le devoir pédagogique de maintenir le contact avec les élèves et de ne pas ignorer leurs sources d'information : « Je n'ai pas la télévision. Ceux qui n'ont pas la télé se sentent « à part ». comme la radio. qu'il fallait vivre avec son temps et spécialement donner aux enfants les possibilités de leur époque. on doit en tenir compte. » < Actuellement. » « Dans un groupe humain. on se sent comme en état d'infériorité quand on n'a pas d'appar eil.Claude Bremond avec son temps. peut-être. surtout auprès des élèves qui. » 76 . viennent vous poser des questions. ou même de mes collègues. comme celui de mes élèves.. l'auto. irréversible. elle existe et ce dans toute l'acception du terme. principalement à cause des élèves qui l'ont. et il y a peu de temps encore. Il est. mais je sens que je finirai par l'acheter.. acquis parce que. la regardent. on nous l'a montré à la télé !» et je l'ignorais. on constate un langage propre à ceux qui regardent régulièrement la télé.. Elle permet de garder et de dis traire les enfants le jeudi et le dimanche (voir les familles nombreuses). de maintenir le contact avec les élèves. » « J'ai acheté un récepteur de télévision il y a deux ans parce que mes enfants en avaient grande envie et que. Le nier est à mon avis absurde. et quels que soient les reproches que l'on peut faire à la télévision. quoi qu'on en ait. » « Je reconnais que professionnellement il y a pour moi une lacune : « Oh 1 Mons ieur. plu tôt que de leur donner la tentation d'aller la regarder ailleurs : < J'ai acheté la télévision pour défrustrer mes enfants. II. » « Je vais avoir la TV pour plusieurs raisons. Elle occupe une place de plus en plus grande dans notre société. dont l'une d'ordre familial : mes enfants se sentent inférieurs par rapport à leurs camarades possesseurs de poste. la télévision unit la famille plus qu'elle ne la disperse. Acquisition considérée comme une obligation sociale ou pédagogique. j'aurais ajouté : je n'envisage pas de l'avoir. des béotiens ! » « J'ai un poste de télévision. lacune d'autant plus grave que bientôt tout le monde la possédera et en vivra ! Alors peut-être faudra-t-il que je sois de mon temps ! » « Je ne l'ai pas.. Le phénomène télévision a une importance capitale. pour les téléspectateurs habituels. 1.

de « rencontre » avec une personne vivante présente dans sa comp lexité). Acquisition justifiée par l'intérêt des programmes. » « Dans le vide culturel du milieu paysan. » * J'ai acquis la télévision par désir d'y trouver des documentaires sur un peu tous les pays. » 77 . etc.2.2.. Mon père en a eu envie pour regarder les matchs de football et le Tour de France. ou n'étant pas en état de se cultiver sérieusement : « Ma sœur étant à la retraite. Étant seule. l'émission arrache un tant soit peu à l'asphyxie. Nous l'avons également acheté pour noua distraire car nous n'aimons pas beaucoup sortir. ou encore elle convient à des personnes qui ne peuvent aspirer aux manifestations supérieures de la culture . Valeur culturelle originale de la TV . b II. son apport ne peut être comparé & celui d'aucune technique d'information ou de divertissement connue avant elle. un facteur puissant de culture surtout dans des villes qui ne disposent pas de théâtre ou dans lesquelles des troupes itinérantes passent fort peu souvent. les provinciaux. un instrument de fo rmation morale et culturelle. c'est une distraction pour elle. c'est une distraction à la maison. » « Pour certains d'entre nous. la TV vaut par ellemême : c'est une forme culturelle originale. Tantôt cet intérêt reste relatif à la carence d'activités ou de sources de culture plus profitables . et au repliement dans un cadre étroit.2. » « J'ai acheté la TV essentiellement pour distraire mon père retraité qui vit avec moi et en second lieu. Bonne ou moins bonne. le désir d'approfondir leur information et donner peut-être ainsi un goût de la lecture qui n'aurait pu se développer spontanément. surtout quand mes enfants (9-10-12 ans) res sentiront un « besoin » plus pressant (mieux vaut qu'ils la regardent chez nous qu'ail leurs). un élargissement des horizons. elle est un dérivatif contre la solitude intellectuelle (instituteurs ruraux par ex.2. de s'enrichir dans une petite ville qui offre très peu de richesses culturelles. je crois. » « La télévision est. surtout le soir. 11. Je reconnais cependant que ce serait une très bonne chose dans le village où je suis. conférences. Elle peut suppléer en partie le manque de voyages. les citadins en exil : « Je préfère aller voir un bon film que voir la télé. car vraiment les habitants sont très arriérés et vivent en dehors du monde. tantôt. » 1 1. la TV me paraît pouvoir éveiller des centres d'intérêt et rendre possible ensuite. J'ai acheté la TV pour sa valeur d'ouverture au monde et aux problèmes actuels. » b) Substitut de culture pour les ruraux. faculté d'ouverture concrète et de présence immédiate aux multiples aspects du monde contemporain : « Par ses reportages et enquêtes. Intérêt relatif de la TV. » « J'ai la TV. o) Distraction pour des personnes disposant de beaucoup de loisirs mais sortant peu. la TV est une ouverture sur le monde (avec dimens ion d'intériorité.Culture scolaire et culture de masse « Je pense que j'y arriverai un jour. inaccessibles .). » « C'est une possibilité de se cultiver. Ceci est porteur d'une forme de culture (la culture étant devenue pour moi d'abord une façon de se situer dans le monde et par rapport aux autres). pour quelques uns du moins.1. » « Mes parents possèdent un récepteur. pour me distraire moi-même. car mon mari est très souvent absent. la TV joue un rôle comme substitut pour des spectacles.

Présomption ou constatation d'effets positifs. manque de somm eil. . Je dis bien « élargit » sans appro78 . d'i nformations. mauvais travail. superficialité. Kennedy vue à la télévision est autre chose que vue 8 jours après. une certaine difficulté. fatigue visuelle. II. la' culture générale des élèves? Tableau des options : I. » 2°) Sur la condition psychologique (dispersion. elle favorise la dispersion intellectuelle. une certaine paresse. de ne pas ajouter à l'anachronisme des structures de l'Enseignement notre anachronisme personnel. » Question 16 : Pensez-vous que V usage de la télévision soit susceptible d'influencer (en bien ou en mal) la santé. III. Doute sur la possibilité d'imputer une responsabilité précise à la TV. par-là. un moyen de garder le contact avec la réalité présente sous toutes ses formes. » c Si elles en abusent elles seront fatiguées et travailleront mal. Brusquement inattention. manque de grand air) : « Une fillette arrive tous les lundis avec les yeux gonflés et rougis . prenant. et s'abîmeront la vue. flou de la pensée. ne sortiront pas assez prendre l'air. Il m'apparaît que c'est là un moyen non négligeable de culture. elle regarde les émissions tout le dimanche.Claude Bremond < La télévision prend une place extraordinaire et on ne peut se dispenser de l'avoir. » « Oui : elle fatigue les nerfs de l'élève que notre civilisation éprouve déjà trop. à penser clairement et en termes concis . ' Rien ne remplace la vision directe d'un événement : la mort de J. beau coup d'expressions prétentieuses et point de pensée. Présomption ou constatation d'effets nocifs : 1°) Sur la condition physique (fatigue oculaire. elle sté rilise le goût du travail. elle dispense un savoir superficiel et fugace. Option I. chez ce sujet. passivité) : « Un garçon de 7 ans travaillait bien. elle donne l'impression mensongère qu'on peut s'instruire en s'amusant . elle stimule celle-ci et élargit le champ de leurs connaissances enfantines. quatre mots pour un. expres sions approximatives. de l'effort. contradictoires. F. propre aux sujets de son âge. Présomption ou constatation d'effets nocifs. les résultats scolaires. indolence en classe. le travail. nervosité. » c La télé leur offre l'aliment nécessaire à leur imagination. » < Je me suis rendu très vite compte que la télévision dépassait de très loin un simple rôle distrayant. verbalisme. venant renforcer ce e sens très aigu de l'a peu près ». perte du goût de l'effort. tous les tâtonnements de la langue parlée. diminution du temps d'exercice corporel et de plein air (jeudi aprèsmidi). » < Exemple d'abus : abrutissement croissant constaté chez un élève de math-élem. dans Paris-Match. » « Détérioration du langage : foisonnement verbal. La mère convient qu'un récepteur installé à cette date à la maison intéresse tant l'enfant qu'il passe devant lui tout son temps. j'ai appris que ce garçon ne passait ses moments de loisirs qu'assis devant un écran de télévision. En recherchant les causes de cette évolution. abrutissement intel lectuel dû à la tension devant l'écran et d'autant plus que le spectacle est bruyant. violent . » « Diminution possible du temps de sommeil.

on sait tout et on ne sait rien. Napoléon III et Robin des Bois. Ils sont de moins en moins capables d'un effort prolongé et sérieux et de moins en moins susceptibles d'étonnement et d'admiration. » « La télé les incite à la rêverie ou plutôt à une reprojection intérieure. » 5°) Tendance à ne plus percevoir le monde qu'à travers l'écran de la TV. » « Depuis la rentrée je remarquais qu'une de mes élèves (6 ans) semblait toujours en dehors de la classe. les feuilletons télévisés genre Hommes volants. A n'importe quel moment de la classe. effacement des limites entre le réel et l'imagi naire. » « La TV a une influence énorme. » en c J'ai vu Jeanne d'Are ». Cosette existent autant que Jeanne d'Arc. ils sont incapables de répondre. Lorsque j'ai appris qu'elle regardait beaueoup la télé. » « Des élèves de lre ne semblaient rien avoir retenu d'une courte émission sur les débuts du nazisme. du tout fait. il a fallu leur redécrire le contenu pour réveiller en elles les sou venirs de l'émission. c je connais » (élèves de 5e). que les enfants ont vue. pour vivre intensément dans un monde imaginaire. réalité d'un amalgame confus d'images et de préjugés. ils peuvent vous dire : « c'est comme 79 . Le goût de l'effort diminue-t-il ? Peut-être est-ce là le vrai problème car l'en fant reste passif. » « Lorsqu'on demande aux enfants avec précision ce que telle ou telle émission leur a appris. j'ai compris qu'elle revivait les fÛms. Robin des bois. avec l'illusion qu'on a beaucoup appris. « j'ai vu Orner » (sic). des contraintes scolaires en particulier. > 4°) Incapacité d'intégrer l'information reçue sous forme de savoir organisé. elle était dans un autre monde. » « Quant aux « souvenirs > laissés par telle ou telle émission. les a séduits sur le moment il n'en reste rien la plupart du temps. En lui diminue donc le goût de la recherche personnelle et de l'esprit créateur. Il me semble que l'aptitude au raisonnement. D'où une notion fausse de la culture conçue comme addition de connaissances pour incollables. abêtissement.Culture scolaire et culture de masse fondir. en lecture. les élèves croient con naître. il ne reste rien quelques jours après (je fais souvent l'expérience). illusion du savoir : « Au plan strictement scolaire. L'image a passé. alors qu'ils ont seulement vu superficiellement. » 3°) Incapacité d'intégrer l'information reçue sous forme de savoir durable : « Grâce à la télévision. On voit et apprend plus qu'avant. annihilation de l'esprit critique. . en calcul.néfaste : distraction. » « Exemple du caractère parcellaire et peu solide des connaissances ainsi acquises : aucune de mes secondes ne connaissait le mot amnistie et ne voyait à quelle situa tionil pouvait avoir à s'appliquer actuellement en France : elles sont pourtant tél éspectatrices ferventes de Cinq colonnes à la une ou d'émissions du même genre. l'utilité est mince : trop de connaissances parcel laires fatalement mal intégrées et vite oubliées. généralement . fournissent un tel aliment qu'il y a une tendance inquiétante à se couper du monde extérieur. à la réflexion diminue . elle n'arrivait pas à se décider à faire sa copie ou tout autre travail. on retient moins. » « Confusion constante entre personnages légendaires et historiques : Tom Pouce. a) Chez les jeunes enfants.l'historique et le fictif : « Chez les enfants jeunes (6-10 ans) très imaginatifs. Aussi sans doute parce qu'ils voient trop de choses. naissance d'une demi-culture à prétention encyclopé dique. on lui donne du tout cuit. Gavroche.

lorsque j'ai débuté. » « Elle habitue à la passivité : entre un professeur et une présentatrice de TV. sans se gêner. repré sentation concrète de certaines notions : « Les petits connaissent beaucoup d'animaux sauvages. confère une présence concrète aux choses et aux êtres. Les mauvais devoirs sont. il m'était très difficile de faire comprendre à mes petits élèves ce qu'étaient des skis. grâce à des reportages à la télé. aucune difficulté pour évoquer en elocution une descente en slalom ou une pêche sous-marine. qui évoquent beaucoup certaines émissions dialoguées. » « Je pense que l'attitude de beaucoup d'élèves en classe est conditionnée par la télévision. l'usage que l'on en faisait. le film Thierry la Fronde aide l'imagination . Souvent. en ayant vu Thierry rabattre son capu chon de faux moine. ils s'avachissent sur leur chaise et attendent un « spectacle ». » b) Chez les grands élèves : confusion entre l'attitude du téléspectateur et celle qui convient à un élève en classe : « Ils en viennent à considérer un peu le cours comme une séquence de télévision . au risque d'électriser toute la classe . C'est une eau souterraine qui les travaille «t qui à certains moments a besoin d'affleurer. la circu lation d'une grande ville représentent pour eux quelque chose. la confiance avec laquelle les élèves donnent leur avis. de plus en plus. il y a une normal isation de tous ces effets. ils se contentent d'écouter. élargit l'horizon. a) Chez les jeunes enfants. une plus grande nervosité ou fatigue . familiarisation avec certaines expériences. 1°) Sur la condition physique : il n'y a danger que s'il y a abus : « Dans les premiers temps qui suivent l'achat d'une télévision dans une famille. regardent distraitement sans enregistrer et surtout couvrent la voix des acteurs (le professeur et quelques élèves actifs). » 2°) Sur la condition psychologique : la TV éveille l'intérêt pour certains sujets. Aujourd'hui. mais si les parents dominent l'effet télévision. les élèves voient sans doute une différence d'élégance plutôt qu'une différence de fonc tion ! » Option II. Présomption ou constatation d'effets non dangereux ou positifs. même s'ils ne l'ont pas encore vécue. 9 ans).Claude Bremond à la télé. des devoirs très copieux. on remarque pratiquement toujours une baisse du travail scolaire. commentent librement la classe et les pro blèmes qu'elle leur présente avec les voisins. ce même film permet aux élèves de comprendre une phrase de la lecture : « Solange rabattait sa capeline ». refusent une participation active ou. » Souvent il n'y a aucun rapport. mais le travail fait à la maison est pratiquement inexis tantpour certains : devoirs bâclés et leçons non sues. sans distinguer les domaines où la subjectivité est de droit de ceux où la compétence s'impose pour juger et parler. à brûle-pourpoint. car en général beaucoup ont vu ça. De même l'animation d'un grand magasin. » a J'attribue (à tort peut-être) à ces interviews où on happe au hasard un passant pour lui demander son avis sur un problème. Je rappelle l'âge de mes élèves (8 ans. Impressionnisme généralisé. Ils prennent avec le pro fesseur les mêmes libertés qu'avec l'écran de télévision. En 1941. sensibilise à certains problèmes. » « A l'occasion de l'étude des villes en Histoire du Moyen Age. pire. » 80 ... la façon de les capturer. » « Enrichissement et ouverture pour le petit rural.

» Option III. » « Je me souviens d'une diffusion de Nuit et Brouillard. « Elles sont aussi plus ouvertes à certains problèmes à cause de la télé (ex. m'ont parlé de pièces classiques qu'elles n'auraient absolument pas connues sans la télé et elles se sont intéressées à ces pièces qui leur sont en général d'un accès très difficile. plusieurs élèves avaient regardé les émissions télévisées sur ce sujet . je pense que la TV n'a peut-être pas tant un effet direct. ils voient des gens parlant anglais autres que le professeur. » « A plusieurs reprises des élèves de moderne. Elles ont découvert des auteuis. ce qui m'a un peu surpris. le sérieux que la classe a montré venait en partie de ce qui avait été vu et entendu auparavant. par le Viet-Nam (les bonzes..A. Doute sur la possibilité d'imputer une responsabilité précise à la TV. » « Les élèves de seconde disent ne connaître la vie politique et internationale que par la -télévision qui remplace avantageusement l'instruction civique .S. » c) Sensibilisation à de grands problèmes humains . Sept jours du monde. au moment de la campagne contre la faim. les terres inconnues du Brésil .). sauf peut-être en ce qui concerne les pièces classiques qu'elle leur permet de voir avec la meilleure distribution . intérêt pour les points du programme scolaire présentés à la TV de façon moins livresque . » « Elles ont été très frappées par le problème racial aux U. Du seul point de vue littéraire. presque ancienne. je pense aux émissions d'anglais du samedi après-midi que mes élèves de 6e suivent avec grand intérêt. d'autres. la liberté religieuse). » « Les élèves y découvrent des informations qui touchent à chacune des matières qui leur sont enseignées et elles en découvrent quelquefois l'intérêt. il y a quelques années. elles ont vu jouer des pièces classiques qui les ont beaucoup plus frappées qu'en classe (Britannicus ou Le Misanthrope). deux avaient pris des notes. ils sont pas sionnés par des émissions comme Cinq colonnes à la une. Certaines acquièrent un sens de la solidarité humaine que nous n'avions pas il y a 25 ans. deux mois plus tard. mais aussi par les débats et tribunes de la TV. que la famille ni l'école n'au raient pu leur faire connaître aussi bien : vie donnée par l'image à des questions sco laires (l'affaire Calas) . Elles vivent davantage au rythme de leur temps. ce qu'ils voient et écoutent — critiquable pour nous — est de loin supérieur à ce que leur offrait leur univers famil ialnaguère. mais elle peut assurément les intéresser aux sujets traités . Les Filles de feu de Nerval).. Lorsque. cette influence est spécialement sensible sur les élèves de milieu modeste : « Les élèves sont éveillées à de multiples problèmes. intérêt pour les domaines étrangers au milieu. émissions chirurgicales. connaissance du monde contemporain (le théâtre grec. Les Perses . » « Vu l'origine semi-agricole d'une partie de nos élèves. nous avons parlé de la faim en géographie génér ale. : le racisme). qui avait suscité bien des réactions et rendu proche à certaines ce qui n'était pour elles que de l'histoire. des livres dont beaucoup leur étaient inconnus (par ex. appartenant à des milieux simples. [Dans la peau d'un noir) et certaines ont voulu se documenter . tout en reconnaissant qu'ils ne comprennent que quelques mots . ces émissions sont également suivies avec intérêt par de grands élèves de 2**.Culture scolaire et culture de masse b) Chez les élèves plus âgés. celle-ci faisant trop facilement figure de bouc émissaire : « Les collègues seront tentés de mettre toutes les déficiences du travail scolaire au compte de la télévision. » « L'an dernier en seconde. Il est sûr cependant que le travail scolaire est bâclé à la 81 . » « En ce qui concerne leur culture.

Augmentation ou diminution de l'intérêt selon les élèves et les disci* plines. Le développement des nouvelles sources d'information n'a pas d'incidence sur l'intérêt des élèves pour les matières enseignées. 1 1.2. leur élève type réel est celui qui réuss it mieux sans qu'on s'inquiète de son emploi du temps. Entrent en concurrence non seulement la télévision mais aussi les disques qu'on écoute tout un jeudi.2. Diminution de l'intérêt des élèves (ou augmentation superficielle et éphémère). vous paraît-il susceptible de diminuer ou d'augmenter V intérêt des élèves pour les matières enseignées ? Tableau des options : I. Cet intérêt diminue ou n'augmente que de façon superficielle et éphé mère. radio.). de l'ennui.Claude Bremond maison. 11. 1. de l'effort. Le développement des mass media a des incidences sur l'intérêt des élèves pour les matières enseignées. mais ne s'y substitue pas. Mais si leur élève type modèle ne regarde pas la TV.i. Option I. • « Mes collègues. et le prestige du professeur n'en est ni renforcé ni menacé. Le développement des nouvelles sources d'information a des incidences sur l'intérêt des élèves pour les matières enseignées. sans beaucoup d'interactions. je crois que ce sont deux mondes à part. Mais aucune étude du phénomène n'a réellement été faite dans mon groupe scolaire. 11. se couche tôt. Pour beaucoup. Si bien qu'il ne semble pas qu'il y ait une influence de l'un sur l'autre.3. Le développement des mass media n'a pas d'incidences sur l'intérêt des élèves pour les matières enseignées. » « Mes collègues et moi-même avons couramment l'habitude d'accuser la télévision et de la rendre responsable du manque d'attention de plus en plus grand des élèves. de l'intérêt des élèves. s'accompagnant d'une stimulation de l'esprit critique. Alors que la culture scolaire est perçue par l'élève sous le signe de la contrainte. » Option II.1. Augmentation profonde et durable de l'intérêt des élèves. a « II semble. que les élèves établissent une coupure entre ce que leur apporte la télévision (moyen d'information prédominant) et ce qu'elles viennent faire à l'école. Augmentation profonde et durable de l'intérêt des élèves. II. » « Je crains que mes élèves ne fassent pas le lien entre ce qui leur parvient par les sources d'information et ce qu'on leur enseigne. il s'agit de deux univers qui n'ont pas de rapport l'un avec l'autre : « Les élèves ne font pas encore de rapprochement entre le professeur en classe et la TV à la maison. télévision. » le Question 23 : Le développement des nouvelles sources d'information (presse. Dans l'esprit des élèves. et travaille sans cesse. la culture de masse promet fallacieusement un savoir facile et agréable. etc. Elle ne dispense cependant qu'un savoir super82 .2. ne se plaignent que d'une menace sur les facultés d'attention et le temps de travail des élèves. II. H. 1 1. mais passive et sans esprit cri tique. quand ils le font. L'un complète l'autre peut-être. Augmentation profonde et durable. hélas.2.

L'élève se laisse séduire. Toucher à tout sans rien approfondir. Selon les cas. En histoire et en géographie. On croit que dix minutes de c table ronde » à la radio suffisent à épuiser une question et à la régler une fois pour toutes. la classe dort un peu. il va de soi. Les réactions sont variables. » c Les nouvelles sources d'information flattent la tendance à la passivité . leur esprit critique. » « Influence générale : difficulté pour les élèves d'être frappés ou intéressés de façon durable . Ils ont déjà tendance à s'atta cheraux aspects superficiels. Cet intérêt augmente de façon durable et profonde.1. Presse. les élèves exigeants veulent approfondir les problèmes effleurés : 83 . » « Les moyens de communication peuvent éveiller leur curiosité. en les habituant à exploiter au maximum ce qu'ils entendent et voient. vu la veille. leur faire prendre conscience d'une manièie très aiguë des problèmes qui ne les concernent pas direct ement(problème racial. Il reste désordonné. » II. les pas sionnées.2.2. qui cherche à tout prix à se remarier. il risque de s'égarer : « Les nouvelles sources d'information peuvent augmenter l'intérêt des élèves pour les matières enseignées en leur apportant une ouverture plus grande sur le monde. j'ai constaté que la télévision augmente l'intérêt des élèves pour les sciences naturelles. se persuade qu'il en sait suffisa mment refuse de s'intéresser à l'enseignement donné en classe : et « Les élèves auront tout vu avant d'avoir regardé. la classe accroche. Faute d'esprit critique. de la Bruyère . 11. sensibilité émoussée. télévision ne font que renforcer cette ten dance. l'intérêt croît ou diminue : a) Selon les élèves — les élèves superficiels se satisfont à bon compte du savoir dispensé par les communications de masse . Ils désirent trouver dans quelles familles d'animaux ou de plantes étudiées ils peuvent placer l'animal ou la plante vus sur l'écran.2. » « II y a deux ans. Ils aiment évoquer ce qu'ils ont vu et entendu à propos d'un sujet traité. Aussitôt. il leur arrive de demander des explications car ils ont estimé celles que l'information leur a données insuffisantes ou inexistantes. collaborateur de la Série noire. Pourquoi donc faire un effort d'instruction et de réflexion personnelle puisque Ton en sert la quintessence à lon gueur de soirée ? » II. Je rapproche le personnage de Nicandre. que seule la culture scolaire peut développer. de celui représenté par Bernard Blier. » « Les nouvelles sources d'information peuvent augmenter l'intérêt des élèves pour les matières enseignées. je crois. Encore faudrait-il les habituer à un certain sens critique. radio. » « On explique Nicandre et Élise. le quotidien prend plus d'importance que l'éternel : le renouvellement est plus attirant que l'approfondissement. ou en les esquivant.2. Il s'oriente spontanément vers un approfondissement et une ana lyse critique : « Les communications de masse peuvent très bien augmenter l'intérêt des élèves en suscitant un besoin d'approfondissement et aussi de discussion. » 1 1. dans Crime et Châtiment. la faim dans le monde) mais il faudrait éduquer leur sensibil ité. » c Dans les classes de 1er cycle. pour éviter qu'elles ne soient passives. on a joué Rodogune à la télévision. elles semblent résoudre de façon simple tous les problèmes en les passant sous silence. et surprises.Culture scolaire et culture de masse fîciel et disparate.3. mais l'in térêt est toujours émoussé. Il a fallu expliquer Rodogune en classe : ce Corneille romanesque.

» « Nous devrons veiller à ce que l'enseignement soit le moins possible coupé de la vie. Radio. 11.. radio. avec ma blouse grise. 11. la TV. possibilité d'adaptation et de coexistence.. » Question 23 b : Le développement des nouvelles sources d'information (presse. TV. de ce qui est centre d'intérêt pour les élèves. fait figure d'attardé. La radio. en dehors de la vie. surtout par l'image. dans Vensemble. Je répète inlassablement du calcul et de la grammaire qui semblent. Concurrence salutaire des mass media .2. Par comparaison. devant mon tableau.. 1. tandis que l'intérêt pour les matières qui se prêtent à l'illustration « concrète » augmente : « Certaines matières perdent de leur intérêt. soit de s'en féliciter. D'autres y gagneront beau coup : l'histoire. géographie. Négation d'un risque de perte d'autorité et de prestige. sera un complément enrichissant. his toire. à première vue. Concurrence déloyale et néfaste des mass media. Option I.Claude Bremond c Tel esprit superficiel se contentera de ce qu'il aura vu. c'est attirant. la grammaire. munications 84 Concurrence salutaire des mass media : l'atteinte portée par les com de masse au prestige du maître doit conduire celui-ci à une plus . l'information. ne diffusent que des modes superficielles et éphémères mais elles se parent de toutes les séductions de la modernité : elles ont l'air de la vie. 1 1. qui représente les exigences permanentes du savoir. Les élèves savent très bien reconnaître un « bon prof.2. la géographie. etc. 1. avec ma craie. Il s'agit de savoir s'il eut été plus curieux sans les moyens d'information actuels.. Je suis toujours dans les livres et dans la poussière. Il est dans le réel. Et ils savent très bien égale ment qu'il est indispensable. Moi. > 11. ». les matières « abstraites » perdent de leur prestige. Le risque d'une perte d'autorité et de prestige du maître dans sa classe n'existe pas : « Quant au prestige du professeur. mais paraît hors de la vie : « II semble que pas mal de mes collègues éprouvent un malaise. les maths. II. le maître. les sciences. c'est changeant. télévision. même les cancres.) vous paraît-il susceptible de diminuer ou d'augmenter le prestige et V autorité du maître dans sa classe ? Vos collègues. sciences naturelles) sont susceptibles de s'adapter à ces nouveaux moyens de diffusion. car elles ne peuvent guère être rajeunies par la TV : l'orthographe. Reconnaissance d'un risque de perte d'autorité et de prestige. Concurrence déloyale des mass media : l'atteinte portée par les corn» munications de masse au prestige du maître est un fait regrettable. etc. Certaines disciplines (français. je suis toujours le pédagogue style 3e République. etc. Le risque d'une perte d'autorité et de prestige du maître dans sa classe existe. il ne me semble pas menacé. » b) Selon les disciplines . » Option II. ont-ils le sentiment d'une menace? Tableau des options : I. Il convient soit de le déplorer. Pour d'autres.

Le corps professoral ne semble guère en prendre conscience. le prestige du maître diminuerait. Mais il s'agissait là d'un privilège usurpé. Et comme tous les détenteurs de monopole. cependant.etc. mais les régulateurs des connaissances. il est en retard parfois . » « L'autorité du professeur doit passer de celle du professeur-qui-connaît à celle du professeur-qui-synthétise. qui guide. a) Écroulement d'un monopole usurpé : t Les sources d'information para-scolaires diminuent certainement l'autorité et le prestige du professeur. Et ce serait leur faire affront que de feindre d'ignorer déjà tout ce qu'ils ont appris par la culture de masse. car celui-ci n'apparaît plus comme le seul détenteur de la connaissance. etc. notre rôle consistant plutôt à aiguiller et à préparer un esprit à faire un choix et à juger. la source unique du savoir. Il faut donc partir de leur horizon très grand. » « Le professeur perd peut-être une part de prestige : il ne sait pas tout. de nourrir ces connaissances. Mais la plupart des élèves se rendent compte qu'ils ne sont pas armés pour utiliser les connaissances éparses diffusées par radio. Mais précisément. les élèves sont souvent perdues et recherchent d'elles-mêmes l'aide du professeur. Il n'est plus le seul dispensateur de la culture. TV. » « Je ne crois pas qu'il y ait menace. La lecture des ouvrages et des revues de vulgarisation ne peut qu'enrichir les élèves. mais qui ont éveillé chez eux le goût d'en savoir plus. de la connais sance. Le professeur devient plus maître de culture. qui contrôle le développement de l'esprit et du cœur.Culture scolaire et culture de masse juste conception de son rôle. » « Les nouvelles sources d'éducation et d'information ne suppriment pas le rôle du professeur. Ceux-ci ne sont plus les dispensateurs. mais est-ce un mal ? » « Ces nouvelles sources d'information peuvent donner aux élèves le sens de la rela tivité des choses et permettre aux élèves d'apprécier leurs professeurs avec objec tivité. J'ai senti cela lorsque je faisais des cours à la promotion du travail qui réunit des hommes qui ont déjà de cinq à dix ans de travail dans l'industrie. très élémentaires d'ailleurs. Cette mutation correspond d'ailleurs à l'attente des jeunes. le prolonger et considérer les nouveaux concurrents comme une menace. de leurs connaissances. il faut que le professeur soit 85 . Le professeur devient un animateur qui aide. des jeunes. » c) Désarroi. aux yeux des élèves et de la plus grande partie de la population. il tend à le garder. Les nouveaux moyens d'i nformation transforment mais ne suppriment pas la fonction des enseignants. qui constate. elles le transforment. Cette culture de masse ne peut qu'aider les enseignants scientifiques qui en ont pris conscience. Ce n'est une menace que pour une certaine forme de culture : celle d'une élite bourgeoise aujourd'hui submergée. Sans doute l'enseignant cesse-t-il d'être. Notre rôle est donc d'étoffer. aspiration à être guidés par leurs maîtres : « A première vue. au contraire : devant ce monde de plus en plus vaste qui s'ouvre devant elles. que puits de connaissances. cette part perdue était le prestige facile. » « Je pense qu'il est nécessaire sur le plan scientifique de guider les élèves qui subissent l'influence de la culture de masse. » « Fini le prestige-respect basé sur l'autorité-discipline ou sur la croyance que le professeur sait tout ! > « C'est la fin d'un monopole de l'information. » b) Mutation du rôle du maître : « Notre autorité ne sera plus fondée sur le savoir.

A Y écrit correspond la conscience lucide. — Entre Yactualité éternelle des chefs-d'œuvre de la culture supérieure. froides. les pro duits de la culture de masse sont immédiatement accessibles. paga nisme). il faut que nous en prenions conscience. etc. mais ils ne « nour rissent » pas . — Entre la distinction d'une élite et la vulgarité du plus grand nombre. bien douillettement à l'abri de la Muraille de Chine qui entoure. encore jeunes (la télévision) ou demeurés en marge des soucis d' « acculturation » du groupe (les bandes dessinées).Claude Bremond plus que jamais dans le monde et non extérieur à celui-ci. et Y audio-visuel. En contre partie. le développement des facultés de discursion et l'exercice des ressources de langage . la perception syncrétique. l'attitude active de l'homme cultivé s'oppose à la passivité du consommateur de mass media. — Entre la contrainte apparente des mécanismes d'acquisition de la culture supérieure. stériles). par un jeu d'options. dont les problèmes sont déjà très intégrés à la conscience du groupe (le cinéma. l'écrit court le risque de sombrer dans les abstractions (réputées sèches. la conscience fascinée. hédonisme. soigneusement dosés. à partir desquelles. développe une ignorance et une 86 . qui caractérise les tendances de la culture de masse. mais 1' « aliénation » réelle qu'elle entretient. mais la libération réelle qu'elle procure. mais elles sont « enrichissantes » . matérialisme. la régression des facultés d'analyse et d'expression. notre Université. et la liberté apparente du choix dans la culture de masse.) et l'orientation vers le bas de la culture de masse (mercantilisme. corrélativement. modes. » La confrontation établie par les enseignants entre culture scolaire et cul ture de masse (et d'ailleurs entre culture supérieure et culture de masse) peut se ramener à une série de grandes oppositions. la gamme des options disponibles et les possi bilités de combinaisons offertes sont plus réduites : d'où une moindre diff érenciation des positions individuelles. recherche de valeurs spirituelles. l'opportunité d'emprunts. écartant l'homme cultivé des sources d'information et de divertissement populaires. le jeu des combinaisons possibles est très varié et les réponses témoignent d'une grande diversité . éventuellement. chacun construit sa position originale. de la culture scolaire à la culture de masse. l'esprit critique. chaleureux et fécond) : d'où. de distinctions. par exemple). de contestations. un contact passionnel avec l'autre. — Entre l'orientation vers le haut des messages de la culture supérieure (gratuité dans l'art. La ligne de par tage passe en particulier : — Entre les valeurs d'effort et les valeurs de facilité : les œuvres de la cul ture supérieure sont d'accès difficile. et de combinaisons plus ou moins complexes. Essayons de regrouper les principales de ces oppositions. Dans le cas de certains media. tandis que Y audio-visuel représente les chances du concret (réputé vivant. à Y audiov isuel. qui ont victorieusement subi l'épreuve du temps. — Entre le texte écrit. la culture supérieure. etc. En contre partie.) dont le déclin est aussi foudroyant que l'essor. et Yactualité éphémère des pro duits de la culture de masse (vedettes. dans le cas de certains autres. qui est l'instrument par excellence de la culture supé rieure.

qui apportent en principe un enrichi ssement personnel. aux mêmes émotions. mais dont l'abus expose à un danger de clôture et de dess èchement. si l'on sait en profiter. aux mêmes jeux. et des valeurs de détente. ou plutôt vécue par les enseignants comme un conflit entre les valeurs de tension. mais qui comportent. dont la culture occi dentale considère depuis plusieurs siècles l'alternance comme indispensable à son équilibre. aux mêmes luttes. l'opposition entre culture supérieure et culture de masse semble pensée. Paris. qui sont en principe des facteurs de dis persion.Culture scolaire et culture de masse solitude paradoxales. Peut-être ce conflit n'est-il que la forme contemporaine d'une opposition entre deux moments. aux mêmes aspirations. . A travers toutes ces distinctions. des chances Couverture au monde et de présence à l'autre. Claude Bremond École Pratique des Haute3 Études. tandis que la culture de masse unit les membres de la communauté dans une participation aux mêmes connaissances.