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Le concept Sohier
M. Gross, M. Haye, R. Sohier
La kinésithérapie analytique vise à restaurer le rythme biomécanique fondamental des chaînes articulaires. À cet effet, l’articulation doit être observée sous son aspect structural, neuromoteur, neurovégétatif et biomécanique. La mise en évidence d’un état pathomécanique permettra de mettre en place une manœuvre correctrice pour laquelle la douceur, la précision et le confort articulaire prévaudront.
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Mots clés : Concept Sohier ; Rythme biomécanique fondamental ; Articulation

Plan
¶ Introduction ¶ Concept des différentes composantes de l’articulation Le structural Le neurovégétatif Le neuromoteur Le biomécanique Atteintes primitives de chaque composante et leurs répercussions ¶ Notion d’unité biologique mécanogène Concept de cybernétique articulaire Rythme biomécanique fondamental États pathomécaniques Mise en évidence d’un état pathomécanique ¶ Principe de correction selon le concept Sohier Positionnement articulaire Sens de la correction articulaire Intensité de la correction Complément de traitement pour prévenir la récidive ¶ Conclusion 1 1 1 2 2 2 2 2 2 2 2 3 3 3 3 3 3 4

• pathologie orthopédique (scoliose, hypercyphose dorsale, varus ou valgus du genou...) ; • pathologie traumatique articulaire ou périarticulaire (luxation, fracture articulaire, rupture tendineuse...).

■ Concept des différentes composantes de l’articulation
Chaque articulation intègre les quatre composantes fondamentales suivantes (Fig. 1) : • le structural ; • le neurovégétatif ; • le neuromoteur ; • le biomécanique.

Point fort

La biomécanique est le jugement des tissus par rapport aux forces qui s’y exercent.

■ Introduction
« On nomme concept une idée ou représentation de l’esprit qui abrège et résume une multiplicité d’objets empiriques ou mentaux par abstraction et généralisation de traits communs identifiables. Le processus est similaire à ce qu’on nomme en informatique une compression (éventuellement avec pertes) » [1]. Le concept Sohier, appelé communément « kinésithérapie analytique », regroupe des examens cliniques et des techniques spécifiques de traitement requérant un haut degré de dextérité manuelle et un sens développé de l’observation clinique polyfactorielle. Le champ d’application concerne la prévention et le traitement des affections ostéoarticulaires et périarticulaires d’origine fonctionnelle, microtraumatique ou traumatique du type : • pathologie dégénérative ou dystrophique (arthrose, algoneurodystrophie...) ; • pathologie inflammatoire d’origine mécanique (tendinite, ténosynovite, périarthrite, ostéochondrite...) ;
Kinésithérapie-Médecine physique-Réadaptation

Le structural
Ce sont tous les éléments osseux, articulaires, périarticulaires, musculaires, cutanés, etc. qui constituent l’articulation.

Structural

Biomécanique

Neurovégétatif

Neuromoteur

Figure 1.

Les quatre aspects fondamentaux de l’articulation.

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Le neurovégétatif C’est l’ensemble des facteurs dépendant des systèmes parasympathiques et sympathiques et qui. Kinésithérapie-Médecine physique-Réadaptation 2 . Dans ce cas. La cybernétique. Des mécanorécepteurs sont chargés du contrôle de la qualité du fonctionnement articulaire. de mise en tension (= phase rigidifiante) et par des phases de relâchement. le système de commande volontaire et automatique. comme par exemple une fracture ou une entorse. sera accompagnée très rapidement d’une réaction inflammatoire (neurovégétatif) induisant une inhibition musculaire (neuromoteur) qui se répercutera par une altération du geste (biomécanique). des contractions musculaires nécessaires au bon déroulé des roulements et glissements articulaires. Les structures s’adaptent aux forces en présence (forme. l’automation ou la fatigue sont des exemples de facteurs pouvant influencer cette composante. adapté. Il en est de même pour les conséquences d’une paralysie (neuromoteur). nociceptif. la synchronisation. C’est à la fois l’effecteur que constituent les muscles. Mais les forces que la fonction de cette articulation va engendrer vont également façonner toutes les structures. La nutrition du tissu cartilagineux est assurée par ce système d’alternance. • les hyperpressions intra-articulaires . par ce biais. Ainsi. • l’immobilisation. Le structural s’en verra modifié. • la constance d’appui et la constance de perte d’appui qui fragilisent le cartilage par phénomène de malnutrition qui favorise l’usure cartilagineuse . Ce dernier assure la coordination. La conséquence en sera une altération. assurent la trophicité des structures ainsi que la vasodilatation ou la vasoconstriction. à son tour. Si celui-ci est pathomécanique.26-090-A-10 ¶ Le concept Sohier ■ Notion d’unité biologique mécanogène (Fig. • les différents centres instantanés de rotation (CIR) d’une articulation sont assurés par un contrôle de concentricité dynamique. Ainsi. Le neuromoteur Il s’agit de tous les éléments qui permettent la mobilisation ou la stabilisation du système articulaire. Les interactions entre les différentes composantes d’une articulation. de réduction des contraintes (= phase dérigidifiante). en ce qui concerne l’architecture des travées osseuses. La qualité de ces tissus varie selon l’âge et l’héritage génétique de chaque individu. Les conséquences en sont les états pathomécaniques suivants : • le coincement du contenu de l’interligne (exemple des structures méniscoïdes au niveau des articulaires cervicales) . l’infirme moteur d’origine cérébrale qui développe une coxarthrose suite à la dysplasie due à la spasticité des adducteurs. Atteintes primitives de chaque composante et leurs répercussions (Fig. L’atteinte primitive sur le plan biomécanique trouve son origine dans un surmenage articulaire par excès de contraintes s’exerçant tant du point de vue quantitatif que qualitatif. Rythme biomécanique fondamental [4] C’est cette alternance cyclique d’appui et de perte d’appui qui correspond au rythme biomécanique fondamental (RBF). C’est la cause qu’il conviendra de traiter et non la conséquence. Ainsi. une contracture d’origine diverse. • les dyscongruences des surfaces articulaires . une mauvaise coordination (due à une fatigue par exemple) ou tout simplement la fragilisation des structures suite à l’âge peuvent entraîner des états où l’homéostasie mécanogène de l’unité biologique se trouve rompue. Ce facteur pathomécanogène. les systèmes d’autorégulation sont chargés d’assurer les prérequis au fonctionnement correct du complexe articulaire : • il existe un système d’alternance d’appui qui permet aux surfaces articulaires d’échapper à la constance d’appui. La fonction ne va pas créer. tout comme les aspects neurovégétatifs et neuromoteurs. densité et volume) pour leur permettre d’assurer au mieux leur fonction. La réactivité neurovégétative est dépendante de chaque individu. Par exemple. chaque structure passe par des phases de verrouillage. affecter les autres composantes. capitale pour assurer une consolidation osseuse. Le biomécanique Contrairement à la définition « classique » qui présente la biomécanique comme l’application des lois de la physique à la mécanique du vivant. entraînera également une atteinte du tissu articulaire (structural) et des effets inflammatoires (neurovégétatif). traiter en première intention une contracture n’est pas plus efficace que de traiter par des antalgiques une rage de dents. une affection structurale initiale. chaque articulation. celles-ci s’orientent en fonction des forces de traction ou de compression en présence [2]. 5] . voire une perte du rythme d’alternance et du contrôle de la concentricité dynamique. une contracture antalgique de verrouillage de l’articulation se mettra en place. catastrophique pour les échanges tissulaires au niveau de cartilage . L’apprentissage. mais façonner l’organe. 3) Structural Biomécanique Concept de cybernétique articulaire Neurovégétatif Neuromoteur “ Point fort Figure 2. à terme. il s’agit ici du jugement des tissus par rapport aux forces qui s’y exercent. Chaque articulation constitue une « unité biologique mécanogène » qui assure le trophisme de ses propres structures. • les dysharmonies de répartition des pressions qui favorisent par exemple une hanche pénétrante ou expulsive [2. États pathomécaniques Le fonctionnement incohérent d’une articulation (contraintes trop intenses ou prolongées). ainsi que le système de contrôle par rétroaction constitués par le système nerveux central et périphérique. qui entraînera une perturbation gestuelle (biomécanique) qui. 2) Chaque composante articulaire peut subir une affection primitive qui va. perturbe les échanges tissulaires au niveau du cartilage et contribue au processus arthrosique [3] .

Les différents types d’arrêt de fin de course articulaire. • une intensité de correction minime. il s’agit dans ce cas d’appliquer une force tellement légère et progressive que tout déclenchement proprioceptif ou nociceptif de réactions de défense est évité. soit une pathologie de coincement du contenu de l’interligne. 4) Chaque articulation présente en fin d’amplitude trois types de fin de course : • arrêt élastique souple de type freinage musculaire . ce mouvement cherche le bâillement des surfaces articulaires. Positionnement articulaire La réussite du geste correctif de recentrage articulaire demande un positionnement précis afin d’éviter tout verrouillage soit d’origine mécanique. ■ Principe de correction selon le concept Sohier La correction des états pathomécaniques se fait selon les trois exigences suivantes : • un positionnement articulaire précis . mais efficace. Capsulo-ligamentaire Musculaire Poussée Osseux • un sens de correction réfléchi après un diagnostic kinésithérapique analysant l’ensemble des intercorrélations et leurs effets sur le rythme biologique fondamental . • les perturbations de tension périarticulaire que peuvent par exemple constituer les contractures. En cas de coincement du contenu de l’interligne. soit par contracture musculaire. une position indolore et en rapprochement des insertions musculaires est choisie. le thérapeute doit veiller à ce que tous les facteurs assurant le rythme biologique mécanogène 3 . • arrêt mécanique dur de type osseux. Un arrêt qui d’emblée se présente de type osseux. Figure 4. dans les limites physiologiques et indolentes. Mise en évidence d’un état pathomécanique (Fig. À cet effet. Ces trois prérequis semblent en définitive assez simples.Le concept Sohier ¶ 26-090-A-10 Contraintes prolongées Intégrale force × temps Pathomécanique Contraintes intenses Stimulations dynamiques perturbées Alternance Si forces incohérentes Affections mécanogénes : – musculotendineuses – ligamentaires – osseuses – intra-articulaires Verrouillage articulaire Contractures Contrôle Adaptation Unité biologique mécanogène Recepteurs articulaires = feedback Si forces cohérentes Si nociception Homéostasie mécanogène Si fonctionnement biomécanique Figure 3. met évidence un état pathomécanique ayant pour origine soit un décentrage articulaire. Schématisation du fonctionnement de l’unité biologique mécanogène. sans passer par les deux autres temps. mais c’est sur ce point que le gestuel expérimenté fera la différence avec le néophyte. Contrairement à des techniques manipulatives où le thérapeute cherche à être plus rapide que les réactions de défense du sujet. Une apparition d’emblée d’arrêt de type mécanique osseux indique un état pathomécanique. Intensité de la correction C’est ici que se trouve toute l’originalité de la technique de correction. • arrêt élastique ferme de type freinage des structures capsuloligamentaires . Sens de la correction articulaire Le mouvement de correction est tangentiel aux surfaces articulaires pour les recentrages. Kinésithérapie-Médecine physique-Réadaptation Complément de traitement pour prévenir la récidive Afin de prévenir la récidive.

Kinésithér Sci 2004(n°444):37-40. 7100 La Louviere. Deux marches pour la machine humaine. Haye M. Kinésithérapie analytique de la gonarthrose. La Louvière: Kiné-sciences. chargé de cours. Toute référence à cet article doit porter la mention : Gross M. Kinésithérapie analytique de la lombalgie. 1996. Disponibles sur www. 2001.org/wiki/concept. La Louvière: Kiné-sciences. 26-090-A-10. Haye M. R. La Louvière: Kiné-sciences. Kinésithérapie Analytique de la colonne vertébrale (T. Sohier R. Sohier R. Sohier R. Sohier R. il utilisera des techniques de massokinésithérapie allant.2).1). rue Warocqué. Petitdant B.emc-consulte. La Louvière: Kiné-sciences. Kinésithérapie analytique de la colonne vertébrale (T. 42. soient présents. Sohier J. Sohier R.net). 68070 Mulhouse cedex. boulevard Paul-Janson. du rachis et des sacro iliaques. BP 1370. Les conseils d’hygiène de vie permettront également de rendre le patient acteur de sa récupération et du maintien de ses acquis. entre autres. 2008. Haye. La Louvière: Kiné-sciences. du diagnostic de kinésithérapie analytique et des gestes correctifs pourront faire progresser le praticien de kinésithérapie analytique. Kinésithér Rev 2007(n°66):24-7. Belgique. M.. Sohier R. Il s’agit ici de thérapie manuelle avec « un cerveau au bout des doigts ». La Louvière: Kiné-sciences. cinq cent notions fondamentales de biomécanique humaine. Berlin: Springer-Verlag. EMC (Elsevier Masson SAS. Le rythme biomécanique fondamental justifie la kinésithérapie analytique. [6] [7] [8] [9] [10] [11] [12] [13] [14] [15] ■ Conclusion Ce rapide aperçu du concept ne peut être complété qu’à la lecture et l’intégration de l’ensemble des écrits sur le sujet qui s’intéressent soit au concept [6-8] . La Louvière: Kiné-sciences. 8. 1960. Pôle de MPR-Rhumatologie. technique and results of treatment. 1959-1985. Et selon le cas. Biologie mécanogène. Sohier R. 15]. Sohier R. 40. soit aux articulations vertébrales [8-13]. L’arthrose : pour en savoir plus. France. Sohier R. Heureux P. Concept Sohier : justification fondamentale de la réharmonisation biomécanique des lésions dites « ostéopathiques ». 1960. La kinésithérapie du rachis scoliotique. La Louvière: Kiné-sciences. 1989. 1999. Et seule la pratique répétée de l’observation clinique. 14. 1978. Sohier R. 2000.. Gouilly P. Sohier R. de l’assouplissement au renforcement musculaire sans oublier le travail proprioceptif. Biomechanics of the normal and diseased hip: theoretical foundation. Kinésithérapie-Médecine physique-Réadaptation. La Louvière: Kiné-sciences. Centre hospitalier de Mulhouse. Gross. 1998. Kinésithérapeute. Sohier. Sohier R. M. “ Point fort ■ Références [1] [2] [3] [4] [5] http://fr. La Louvière: Kiné-sciences. Paris). La dynamique du vivant. soit aux articulations périphériques [2.26-090-A-10 ¶ Le concept Sohier . Kinésithérapeute. 1995. 6000 Charleroi. Cadre supérieur de santé. kinésithérapeute (marc_gross@evhr. Belgique. Kinésithérapie de la hanche. Certains s’écrieront que c’est de l’ostéopathie.wikipedia. Il s’agit d’appliquer une force tellement légère et progressive que tout déclenchement proprioceptif ou nociceptif de réactions de défense est évité. La Louvière: Kiné-sciences. Kinésithérapie de l’épaule. Pauwels F.com Arbres décisionnels Iconographies supplémentaires Vidéos / Animations Documents légaux Information au patient Informations supplémentaires Autoévaluations 4 Kinésithérapie-Médecine physique-Réadaptation . Sohier R. 1974. Le concept Sohier.