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Un grand débat va s’ouvrir sur les évolutions nécessaires de notre organisation. La réussite du mandat précédent ne doit pas empêcher la tenue de ce débat essentiel. Le document que je vous soumets aujourd’hui a pour objectif de répondre aux questions qui me paraissent prioritaires pour l’avenir de notre mouvement. Quelles valeurs doit-il défendre ? Quels combats doit-il mener ? Quelle doctrine de fonctionnement doit-il appliquer ? Quelle organisation doit-il mettre en place pour défendre ces valeurs et mener ces combats ? Ce sont les principales questions auxquelles doit répondre un candidat à l’élection à la présidence du MEDEF.

I. Quelles valeurs et quels principes doit défendre le MEDEF ?

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Le MEDEF doit défendre les valeurs de l’initiative privée. Nous assistons depuis 2008 à un retour en force du rôle de l’Etat dans l’économie, alors que jamais ses possibilités d’actions et ses moyens financiers n’ont été aussi faibles. Le MEDEF doit donc défendre les valeurs de l’économie de marché et le rôle de l’initiative privée dans un pays historiquement marqué par son attachement au rôle de l’Etat. Il doit rappeler que l’Etat ne sait ni innover, ni entreprendre, et que seuls les entrepreneurs créent des richesses. Pour autant, celui-ci a un rôle majeur à jouer dans une économie moderne : il doit à la fois créer un écosystème favorable aux entrepreneurs mais aussi accompagner les mutations économiques profondes que nous connaissons. C’est sur cette base que doit se nouer le dialogue avec les pouvoirs publics.

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Le MEDEF doit promouvoir une société du risque. Un entrepreneur est par définition quelqu’un qui prend des risques. Le MEDEF doit promouvoir la culture du risque chez nos concitoyens, et lutter contre l’utilisation abusive du « principe de précaution » qui bien souvent entrave, par la surrèglementation, l’esprit d’entreprise. Le MEDEF doit défendre les valeurs du progrès scientifique car c’est par la recherche et l’innovation que l’on crée les conditions du progrès économique. Par exemple, le MEDEF doit mettre en avant le rôle du numérique comme moteur de l’économie et de l’innovation, défendre toutes les formes d’énergie comme facteurs de compétitivité, encourager les expérimentations scientifiques comme facteurs de progrès.

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Le MEDEF doit défendre les valeurs de libre échange et d’ouverture sur le monde et promouvoir la construction européenne. Mais le MEDEF doit le faire sans naïveté, notamment aux frontières de l’Europe. La compétition doit être équitable et il est nécessaire que les règles sociales et environnementales instaurées en Europe ne nous pénalisent pas par rapport à nos partenaires commerciaux. Sur le marché intérieur, le MEDEF doit porter les valeurs de la concurrence mais une concurrence optimale, qui cherche l’équilibre entre les intérêts des consommateurs, l’emploi et les investissements.

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Le MEDEF doit promouvoir une politique de l’offre. La tentation « keynésienne » de relance par la consommation est une illusion, qui a conduit à la disparition d’une partie significative de notre appareil productif. Le MEDEF doit promouvoir une politique de l’offre, basée sur l’augmentation de la productivité et sur la compétitivité. La durée du travail, hebdomadaire et au cours de la vie professionnelle, ne doit pas être un tabou. Au final, seule la combinaison d’une politique de l’offre compétitive et d’une politique d’innovation permettra à nos entreprises industrielles et de services de se développer.

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Le MEDEF doit défendre le principe de l’équilibre budgétaire. La rigueur budgétaire n’est pas un objectif en soi, mais une condition indispensable du retour de la croissance. La dette française est un fardeau qui pèse sur toutes les entreprises. Le MEDEF doit donc être le gardien intraitable de l’orthodoxie budgétaire. Il doit régulièrement scruter la dépense publique et proposer des axes de progrès. Les propositions faites par le MEDEF de modifications fiscales ou sociales doivent être à « coût zéro » ou bien financées par une baisse de dépenses.

II. Quels combats prioritaires doit mener le MEDEF ? Le MEDEF doit prolonger le combat pour la compétitivité. Le pacte de compétitivité et la création du CICE ont ouvert un nouveau cycle. Toutefois, toutes les études le démontrent, l’accroissement régulier des charges pesant sur le travail a contribué à rendre nos entreprises moins compétitives que nos principaux concurrents européens. Le niveau du coût du travail n’est pas le seul facteur de compétitivité, mais sa baisse en est le socle indispensable et ce, quel que soit le secteur d’activité. Le combat pour un transfert et une baisse des charges est donc vital pour les entreprises françaises. Il doit être complété par une action sur les autres facteurs de compétitivité, coût et hors coût. Le MEDEF doit agir pour la simplification administrative et contre l’inflation réglementaire et normative. L’instauration d’un cadre administratif stable et lisible, passant notamment par la régulation et l’établissement de normes, est nécessaire au fonctionnement de l’économie. Pour autant, l’inflation des règles, des normes, françaises et européennes, souvent en application du « principe de précaution », qui ne sont pas imposées à nos concurrents, est devenue un facteur significatif de non-compétitivité. La France, « le pays aux 400 000 normes », est classée au 126ème rang sur 144 pour sa complexité administrative. La multiplication des recours et des délais concernant les autorisations administratives constitue un véritable obstacle pour les entrepreneurs et ralentit l’économie de notre pays. L’hyper-judiciarisation du droit social, et les délais de procédure excessifs, sont un des facteurs qui expliquent le chômage de masse français. Dans un contexte où les marges de manœuvre budgétaires sont nulles, le combat pour simplifier les règles doit devenir une priorité. Le MEDEF doit continuer à négocier pour plus de flexibilité. L’accord national interprofessionnel, signé récemment par les partenaires sociaux, n’est qu’une première étape. L’Allemagne a entamé le même processus il y a plus de dix ans et voit, depuis trois ans, le chômage baisser. Mais cette baisse est le fruit de plusieurs réformes successives. Il faut donc poursuivre l’effort de « flexisécurité », en particulier vers les PME qui bénéficient moins de l’accord du 11 janvier. Cet objectif passe à la fois par une pédagogie renouvelée auprès de l’opinion publique, mais aussi par une série de négociations au cours de la prochaine mandature.

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La fiscalité française est un handicap pour nos entreprises et nos entrepreneurs, le MEDEF doit défendre a minima la stabilité fiscale. La fiscalité française ne se caractérise pas seulement par son poids excessif, mais aussi par sa complexité, son instabilité et enfin son caractère parfois désincitatif. Dans un contexte de rigueur budgétaire, le MEDEF doit d’abord défendre - a minima - la stabilité fiscale sur le quinquennat. Il doit également se battre pour que la fiscalité nationale et locale soit lisible et encourage la prise de risque plutôt que la rente. Ce combat doit être mené à la fois sur la fiscalité de l’entreprise, mais aussi sur la fiscalité individuelle, en particulier celle de l’entrepreneur, celle de l’investisseur et celle de l’actionnaire salarié.

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Le MEDEF doit promouvoir tous les moyens de financement des entreprises. Le financement des entreprises est un sujet de préoccupation majeure pour les entrepreneurs français, en particulier dans les PME. Le MEDEF doit promouvoir et défendre tous les moyens qui permettent d‘améliorer le financement du haut et du bas de bilan. Il doit contribuer au combat contre les normes prudentielles excessives (Bâle III, Solvency II,...) qui handicapent les financeurs de l’économie, mais aussi proposer des solutions pour résoudre les problèmes récurrents de trésorerie des PME, en particulier par la promotion de toutes les solutions de médiation interentreprises.

III. Quelle doctrine de fonctionnement pour le MEDEF ?

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Le MEDEF est le Mouvement des Entreprises de France mais doit être aussi le Mouvement des Entrepreneurs de France. Certes, ce sont les organisations qui adhèrent au MEDEF. Mais ce sont également des hommes et des femmes, qui incarnent les entreprises, et qui doivent être représentés et défendus. Le MEDEF doit être le lieu où s’incarnent tous les entrepreneurs de France. Cette incarnation par des chefs d’entreprises en activité, doit être privilégiée dans toutes les instances de notre mouvement, car c’est elle qui fait notre spécificité et fonde notre légitimité.

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Le MEDEF doit systématiquement appliquer le principe de subsidiarité. Le MEDEF doit chercher à privilégier majoritairement la négociation, au niveau de la branche et surtout de l’entreprise, car les entreprises au XXIème siècle sont de plus en plus diverses dans leurs formes et leurs organisations. Les négociations interprofessionnelles doivent donc être limitées aux sujets majeurs afin de définir un cadre général mais renvoyer, quand cela est possible, aux accords de branche ou d’entreprise. La hiérarchie des normes sociales doit s’inverser : en partant de l’entreprise, puis vers la branche et enfin vers l’accord interprofessionnel.

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Le MEDEF doit chercher la mutualisation des compétences extérieures. Au sein des branches, comme au sein des « think tanks » patronaux, il existe de nombreuses compétences, des idées, et des propositions. Tout en conservant son rôle leader de la défense de l’intérêt des entreprises, le MEDEF doit mieux intégrer les compétences extérieures pour gagner en efficacité et en productivité.

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Le MEDEF doit respecter « une saine distance » vis-à-vis de l’Etat et des politiques. Le MEDEF doit représenter les entrepreneurs privés et ce, quel que soit le bord politique au pouvoir. Cette neutralité politique fonde notre légitimité et notre crédibilité. Ce que nous attendons de l’Etat, c’est avant tout un écosystème favorable à l’entreprise et à la création de richesses mais nous ne souhaitons, ni paternalisme, ni « néo-colbertisme ».

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Le MEDEF doit placer le dialogue avec ses partenaires syndicaux au même niveau que celui avec l’Etat. Les réformes indispensables passeront par un compromis avec les partenaires syndicaux. Le MEDEF doit choisir ses combats et ne pas subir l’agenda social et économique du Gouvernement. Il doit à l’inverse l’anticiper, le coécrire et le négocier sans naïveté avec les syndicats pour porter ensuite, le cas échéant, le résultat de ces négociations auprès du Gouvernement.

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Le MEDEF doit promouvoir un paritarisme recentré, transparent et rigoureux dans sa gestion. La participation du patronat et des syndicats à la gestion de la protection sociale permet la recherche d’un compromis réaliste, qui peut contribuer à responsabiliser les partenaires sociaux. Mais cet objectif est rarement atteint, car il suppose que le paritarisme fonctionne sans interférence de l’Etat, et que la gestion financière soit parfaitement rigoureuse. Le MEDEF doit donc examiner sans tabous la question de sa participation et de son rôle dans les organismes paritaires où l’Etat intervient massivement et où le paritarisme sert de prétexte à une tutelle étatique envahissante. Il faut clairement séparer ce qui relève de la solidarité nationale, financée par l’impôt, de ce qui relève de l’assurance, financée par la cotisation.

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Le MEDEF doit représenter toutes les entreprises de France et être le champion de l’unité patronale. Le MEDEF a vocation à représenter toutes les entreprises de France – de la TPE à la multinationale –, et tous les secteurs économiques, car ce qui les unit est bien plus fort que ce qui les sépare. Il doit inlassablement chercher le dénominateur commun entre toutes les tailles d’entreprise et tous les secteurs d’activité. L’unité patronale est nécessaire en tout temps, mais elle devient indispensable en temps de crise. Les entrepreneurs jugent inefficaces et fratricides les querelles entre organisations. Le MEDEF a évidemment vocation à être l’organisation leader du patronat mais sans arrogance, en respectant la spécificité de chaque organisation. A ce titre, il doit contribuer à définir, sur les sujets majeurs, une position commune entre toutes les organisations, en laissant chacune ensuite libre de la tactique et de la communication. Pour ce faire, il faudra mettre en place un « groupe interpatronal » informel, qui regroupera toutes les organisations, au-delà des organisations représentatives. C’est dans ce cadre, et sans intervention de l’Etat, que devra être traité le sujet de la représentativité patronale.

IV. Quelle organisation interne pour le MEDEF ?

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Le MEDEF doit moderniser sa gouvernance afin de démocratiser son fonctionnement au service des adhérents. La gouvernance du MEDEF date de 1997. L’épisode des « pigeons » a démontré qu’on ne peut plus diriger et animer une organisation qui représente plus de 700 000 entreprises de la même manière qu’il y a 15 ans. La gouvernance doit être revue, après une large consultation des adhérents, afin de refléter davantage – et de manière régulière – les positions et les aspirations de toutes les fédérations et tous les territoires. En particulier, la composition des instances devra être repensée pour mieux représenter la diversité de tous les adhérents.

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L’ampleur des missions exige une présidence collégiale. La répartition des rôles doit être clairement établie, entre un Président élu par ses pairs, un Directeur général responsable des services et de l’animation des équipes, et un Collège des élus pleinement associé à la préparation des prises de positions publiques et des négociations avec les organisations syndicales. Le Président doit être un entrepreneur en activité, car cela forge sa légitimité et sa crédibilité en interne, comme en externe. Il doit être entouré de vice-présidents ayant la délégation pour négocier et s’exprimer au nom du MEDEF. La parole médiatique du MEDEF a tout à gagner à devenir plurielle tout en conservant sa cohérence.

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La crise exige un MEDEF mieux équilibré entre le social, l’économique et le sociétal. Le MEDEF a une triple vocation qui lui est déléguée par ses adhérents : économique et fiscale (influencer les politiques publiques non sectorielles), sociale (négocier avec les syndicats interprofessionnels) et sociétale (s’adresser aux citoyens et mettre en avant le rôle des entrepreneurs). De part sa complexité, et la lourdeur du fonctionnement paritaire, c’est le domaine social qui concentre aujourd’hui une part importante des ressources de l’organisation. Il est nécessaire de rééquilibrer les priorités afin que le MEDEF soit davantage présent sur l’aspect économique et fiscal. Le rôle sociétal du MEDEF est important, et les actions engagées envers l’opinion publique notamment à travers la promotion de la responsabilité sociale de l’entreprise, doivent être poursuivies.

Cependant, ce rôle doit passer après la mission économique et sociale, car l’action la plus efficace pour l’image de l’entreprise restera toujours le retour de la croissance économique. Un MEDEF recentré et réorganisé au service de ses adhérents. Avant toute ambition, le MEDEF doit défendre ses adhérents dans leurs préoccupations quotidiennes. Toute action engagée par le MEDEF doit être évaluée en permanence au regard des retombées concrètes pour ses adhérents. A ce titre, le MEDEF doit se concentrer en priorité sur les préoccupations micro-économiques des chefs d’entreprises, quitte à être moins présent sur les sujets macro-économiques ou sociétaux. Ce recentrage des priorités passe également par une réorganisation des services internes du MEDEF et de ses effectifs. Le MEDEF doit mieux défendre et représenter les entreprises françaises en Europe. Dans le domaine économique et fiscal, la stratégie d’influence doit être menée désormais en grande partie à Bruxelles, où notre représentation est insuffisante en comparaison des organismes patronaux d’autres pays. De plus, chaque branche et chaque fédération agit en ordre dispersé. Le MEDEF doit mutualiser les moyens, en créant à Bruxelles « La Maison des Entreprises de France », qui mutualisera les moyens et qui regroupera les branches volontaires, afin de mieux influencer la réglementation européenne en faveur des entreprises françaises. Le MEDEF doit mieux prendre en compte la légitimité des territoires. Le MEDEF est une confédération qui regroupe aussi bien des territoires que des fédérations nationales sectorielles, elles-mêmes souvent avec des représentations régionales. Pour améliorer la représentativité du MEDEF – notamment dans le cadre du débat sur la représentativité patronale –, il paraît important de prendre davantage en compte la voix des territoires dans les instances, dans les mandats nationaux, et au siège avenue Bosquet. Ainsi, le poids des régions dans la composition de l’Assemblée générale - un tiers des sièges -, doit être reflété dans l’ensemble de nos instances. Le processus de décision et de réflexion doit mieux intégrer une logique de légitimité ascendante, et prendre l’avis des MEDEF territoriaux qui sont au plus près des entreprises. En parallèle, le processus en cours de regroupement et de mutualisation des moyens des MEDEF territoriaux doit être accéléré.

Notre pays connait une mutation profonde, celle d’un basculement du monde dans lequel nous devons réinventer notre modèle. Cela nous oblige à repenser profondément notre mouvement, à recentrer nos ambitions, nos combats, et notre organisation sur ce qui est essentiel. Un MEDEF moderne est un MEDEF recentré et décentralisé, tout entier tourné vers un objectif unique : contribuer aux réformes indispensables dont le pays a besoin et sans lesquelles le déclin est inévitable. Avec ces réformes, j’ai la conviction profonde que notre pays peut repartir : nos entreprises ont du potentiel, nos entrepreneurs ont du talent, ils ne demandent qu’à s’épanouir pour peu que l’on sache leur redonner la culture du risque. Refaire de la France un pays d’entrepreneurs, telle est mon ambition pour le MEDEF.

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