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COLLECTION MICHEL LÉVV HOMERE ET SOCRATE .

. Bernard Palissy Héloïse et Abélard Homère et Socrate . Histoire d'une servante Graziella • Guillaume Tell.OUVRAGES DE A. Jeanne d'Arc Nouvelles confidences Régina Rustem Toussaint-Louverture — — 1 — 1 — 1 — 1 1 — — 1 — 1 — \ 1 — — — 1 Coulommiers. 1 vol. MOUSSIN. . • 1 Geneviève. 1 1 — Les confidences. — Typographie A. DE LAMARTINE PARUS DANS LA COLLECTION MICHEL LÊVT Antar Christophe Colomb Cicéron. • .

ET BOULEVARD DES ITALIENS^ 15 A LA LIBRAIRIE NOUVELLE 1863 Tous droits réservés .HOMÈRE ET SOCRATE A. LIBRAIRES ÉDITEURS iUB VIVIENNE. DE LAMARTINE w PARIS MICHEL LÉVY FRÈRES. 2 BIS.

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WASHSMGrCMf CLUB'

« UBRARY OF GONQRCt»

JA&

16,

m?

HOMÈRE

C'est

une des

facultés les plus naturelles

et les plus universelles

de l'homme, que
et

de reproduire en lui par l'imagination
la

pensée, et en dehors de lui par

l'art et

par la parole, l'univers matériel et l'unii

2

HOMÈRE
il

vers moral au sein duquel

a été placé
est le s'y

par la Providence.

L'homme
Tout

miroir

pensant de
tout s'y
sie.

la

nature.
,

retrace,

anime

tout

y

renaît par la poé-

C'est

une seconde création que Dieu

a permis à

l'homme de feindre en

reflé-

tant l'autre dans sa pensée et dans sa parole,

un

verbe inférieur,

mais un

verbe vé-

ritable qui crée, bien qu'il

ne crée qu'a-

vec les éléments, avec les images et avec
les souvenirs, des

choses que la nature a

créées avant lui; jeu d'enfant, mais jeu di-

vin de notre

âme

avec les

impressions

qu'elle reçoit de la nature; jeu par lequel

nous reconstruisons sans cesse
passagère du

cette figure

monde

extérieur et

du monde

HOMÈRE

3

intérieur, qui se peint, qui s'efface et qui se

renouvelle sans cesse devant nous.

Voilà

pourquoi

le

mot poésie
est le

veut dire création.

La mémoire

premier élément de

cette création, parce qu'elle retrace les cho-

ses passées et disparues à notre unie. Aussi
les

Muses, ces symboles de

l'inspiration,

furent-elles

nommées

les

filles

de

mémoire

par l'antiquité.

L'imagination est le second, parce qu'elle
colore ces choses clans
les vivifie.
le

souvenir et qu'elle

Le sentiment
la

est le troisième, parce qu'à

vue ou au souvenir de ces choses surveet repeintes

nues

dans notre âme, cette sen-

sibilité fait ressentir à

l'homme des impres-

afin qu'ils produi- sent sur nous-mêmes etsur les autresune imsi l'art était vérité. à la nature. pression aussi entière que . pour les rendre le plus conformes possible à la réalité. dans quels rapports. à la vraisemblance. ces fantômes. parce qu'il nous enseigne dans quel ordre. dans quelle juste harmonie nous devons combiner et coordonner entre eux ces souvenirs. ces drames. ces sentiments imaginaires ou historiques. dans quelle proportion.k HOMÈRE sions physiques ou morales presque aussi intenses et aussi pénétrantes que le seraient les impressions de ces choses mêmes. si elles étaient réelles et présentes devant nos yeux. Le jugement est le quatrième.

très-fortes et très-nuancées d'expressions. la le la couleur. c'est le don d'exprimer par la parole ce que nous voyons et ce que nous sentons en nous-mêmes. Il faut pour cela deux choses : la première. que les langues soient déjà trèsriches. de peindre avec les mots. jouissance ou la douleur qu'éprouvent les fibres de notre pro- pre cœur à la vue des objets que nous imaginons.HOxMÈRE 5 Le cinquième élément nécessaire de création cette ou de cette poésie. sans quoi le poète manquerait de . mouvement. que le . de produire en dehors ce qui nous remue en dedans. de donner pour ainsi dire aux paroles de de leur donner l'impression. la palpitation. couleurs sur sa palette la seconde. la vie.

qu'il ne manque aucune fibre humaine à son imagination ou vi- à son cœur. trèssensitif et très-complet. douce ou triste. y trouve son retentissement ou son il cri. qui se gra- . une gamme humaine aussi étendue que la nature. grave ou légère. Il faut plus encore. aux autres il faut que cette vibration inté- rieure enfante sur ses lèvres des expressions fortes. et très-vibrantes pour communiquer leur vibration . faut que les notes de cette gamme hu- maine soient très-sonores en lui. qu'il soit une véritable lyre vante à toutes cordes. douloureuse ou délicieuse. frappantes. afin que toute chose.6 HOMÈRE un instrument humain poëte lui-même soit de sensations. pittoresques. très-impressionnable.

Si la . le il la pensée.HOMÈRE vent dans l'esprit 7 par l'énergie même de leur accent. et que tout chant a besoin d'une musique qui le note et le rende plus retentissant et à notre et plus si voluptueux à nos sens âme. c'est le sentiment musical dans la l'oreille des grands poètes. C'est la force seule de l'impres- sion qui crée en nous le mot. si elle frappe est faible. tel ! mot : voilà la nature Enfin. pensée frappe mot est fort si elle frappe doucement faiblement. il est doux . parce que poésie chante au lieu de parler. Et . le sixième élément nécessaire à cette création intérieure et extérieure qu'on appelle poésie. car n'est le mot que le contre-coup de fort. Tel coup.

S HOMÈRE vous il me demandez : Pourquoi la le chant est- une condition de : langue poétique? je la parole vous répondrai est plus belle lée. et fait les vous répondrai que qu'il faut le demander à Celui qui a sens et l'oreille de l'homme plus voluptueula cadence. sement impressionnés par la par symétrie. Parce que la chantée que parole simplement par- Mais si vous : allez plus loin. que par les sons et les mots inharmoniques vous répondrai que le jetés au hasard. par la mesure et par la mélodie des sons et des mots. et si la vous me demandez est-elle Pourquoi parole chantée plus belle que la parole parlée? je je n'en sais rien. je et rhythme l'harmo- nie sont deux lois mystérieuses de la na- .

Les sphères mêmes rhythme n'est pas se meuvent aux mesures d'un . d'une imagina- tion riche. d'une expression forte. il en est aussi le La la création est un chant dont a mesuré cadence et dont il écoute la mélodie. les astres chantent et Dieu le seulement le grand architecte. grand poète des grand musicien. d'une sensibilité vive. Mais le grand poëte. le grand mathématicien. il mondes. qui constituent la souveraine 9 beauté elles- ou Tordre dans la parole. musical aussi harmonieux que cadencé i. d'un juge- ment sûr. ne doit pas être doué seule- ment d'une mémoire vaste. il . divin. d'un sens . d'après ce que je viens de dire.HOMÈRE ture.

car il nages . car il doit être éloquent. les invasions ou les déles. car . fait il discuter et haranguer ses persondoit être voyageur. décrit la . les prises de villes. lois qui sont aux et sociétés humaines aux nations ce que . et les car célèbre les grands exploits de l'héroïsme. car lois qui régissent doit com- prendre les des les rapports hommes entre eux. il il doit cœur d'un héros.10 HOMÈRE un suprême philosophe. faut qu'il soit la sagesse est l'âme et la il base de ses chants il faut qu'il soit législateur. fenses de territoire par avoir le armées. chante souvent les batailles rangées. le ciment est aux édifices car il il doit être guerrier. il grands dévouements doit être historien. car ses il chants sont des récits.

géographie. les produc- tions. la terre. matelot avec les matelots. forgeron avec les forgerons. et il ciel. il mœurs des diffé- rents peuples. les arts. ses images dans la marche des astres. tisserand avec ceux qui filent les toisons des trou* . l'agriculture. ses tableaux. les monuments. pasteur avec les pasteurs.HOMÈRE terre. prend ses com- paraisons. métiers même il les plus vulgaires de son temps. laboureur avec les laboureurs. car parcourt dans ses chants le l'Océan. dans les formes et dans les habi- tudes des animaux les plus doux ou les plus féroces. l'astro- la navigation. les et inanimée. doit connaître la nature la animée nomie. dans la manœuvre des vaisseaux. la 11 les mer. les montagnes.

peaux ou qui mendiant même avec les mendiants aux portes des Il chaumières ou des palais. innocences. naïve doit avoir rame comme celle des enfants. de la compassion sur les misères du sort écrit . compatissante et pleine de pitié comme celle des femmes. les et amours des jeunes hommes des belles vierges. cette plus belle des sympathies est la plus désinté- humaines. doit inspirer aux hom- mes la pitié.£2 HOMÈRE tissent les toiles. avec des larmes. ferme et impassible celle comme il des juges et des vieillards. les candeurs de l'enfance. car les récite les jeux. parce qu'elle . son chef-d'œuvre est Il d'en faire couler. tendre. les attachements et les les attendrissements il déchirements du cœur.

résumé vivant de tous les de toutes les intelligences. car parle du est ciel autant que de la les terre. qui est l'atmo- comme l'élément invisible de la Tel devrait être le poëte parfait multiple. infini. de toutes les . de toutes les sagesses. de tous les instincts. et il 13 doit être un homme pieux rempli de la présence et du culte de la il Providence. et de remplir toutes les émotions qu'il suscite dans l'esprit ou dans le cœur de je ne sais quel pressen- timent immortel et sphère et Divinité. Enfin. Sa mission de faire aspirer hommes au monde de invisible et supé- rieur. : homme dons.HOMÈRE ressée. faire proférer le nom suprême à toute chose. même muette.

les enfants et les jeunes l' écoutent chanter en secret et en se cachant des vieillards. louse de la nature le fuit . de tous les héroïsmes de l'âme. par sa supériorité des même . Aussi. ih HOMÈRE tendresses. déplacé le . le le vulgaire. La fortune.. créature aussi complète que -l'argile humaine peut comporter de perfection. ja. qu*une fois cet homme apparaisse sur la terre . hôte importun de la vie com- les femmes. parce que ces chants répondent aux fibres encore neuves et Ben- . méprise comme un mune gens . parmi commun hommes l'incrédulité et l'envie s'attachent à ses pas comme l'ombre au corps. incapable de le comprendre. de toutes les vertus.

n'aiment pas qu'on enet lève ainsi leurs fils leurs . Les ils hommes mûrs hochent la tête. les et les puissants pour leur dominales tion. femmes aux froides réalités les idées et les cle la vie ils appel eut rêves sentiments que ces génies la tête et inspirés font monter à au cœur de leurs générations. la misère et ville l'indigence les promènent de en ville. Les dédains affectés ou réels étouffent la renom- mée de ces hommes divins. les vieillards crai- gnent pour leurs grands lois et leurs mœurs.HOMÈRE sibles de leurs 15 cœurs. rivaux pour leur portion de gloire. la persécution les montre du les conduit. un enfant ou un chien . doigt . les courtisans pour leurs faveurs. l'exil les écarte.

non. de se dispenser même de pitié î Et ce n'est pas seulement traite ainsi ces le vulgaire qui hommes de mémoire. on appelle leur génie démence. le philo- peuple aurait peut-être détrôné Il sophe. €e sont des philosophes tels que PLion. y a plus de politique pratique les uto- dans un chant d'Homère que dans pies de Platon ! . dans son anathème contre si l'aveugle le car de Ghio était entré à Athènes.HOM'ÊRS infirmes. qui font des lois ou des vœux de proscrip! tion contre les poètes Platon avait raison la poésie . ou bien un cachot et les enferme afin . aveugles ou mendiant de porte en porte.

immortel après sa disparition de Voici l'histoire de sa vie : la terre. Quelques savants ont prétendu dent encore qu'il n'a et préten- pas existé.II Homère est cet idéal. cet homme surhu- main. et que ses poëmes sont des rapsodies ou des fragments de poésie recousus ensemble par des rap- . méconnu et persécuté de son temps.

Cette opinion est l'athéisme du génie.18 sodés. et qu'on m'en rapportât un à un membres mutilés et exhumés. elle se réfute par sa propre absurdité. dirais- en contemplant tous ces fragments d'in- . la pas l'unité de pensée et perfection de main de l'ouvrier? Si la Minerve de Phidias avait été brisée en morceaux par les Barles bares. Cent Homères ne seraient-ils donc pas plus la merveilleux qu'un seul? L'unité et fection égale des per- œuvres n'attestent-elles. chanteurs le HOMÈRE ambulants qui parcouraient Grèce et l'Asie en improvisant des chants populaires. même ciseau depuis jusqu'à la boucle de cheveux. portant parfaitement les uns aux autres tous l'empreinte du l'orteil je. s'adaptant et.

: i\> Cette statue n'est pas elle est l'œuvre de mille ouvriers inconnus qui se sont rencontrés par hasard à faire successivement ce chef- d'œuvre de dessin et d'exécution? Non. la postérité.HOMÈRE comparable beauté d'un seul Phidias. à l'évidence de l'unité de conception. et disons comment a Homère est né 907 ans (1) avant la nais- V Selon la chronologie des marbres de Paros. vestiges qui a poursuivi ce grand homme jusque il dans vécu. l'unité d'artiste. et je m'écrierais C'est Phidias crie : ! : comme ! le monde entier s'é- C'est Homère Passons donc sur ces de l'antique envie incrédulités. je reconnaîtrais. .

l' de l'ar- chipel grec qui touche à Asie-Mineure. soit qu'il eût était de race grecque. et qui roulent leurs eaux troubles impéclari- tueuses avant de s'appaiser et de se fier dans leurs vallées. île vu le jour à Chio. mais colonisée par des Grecs. destiné si à occuper sur un aussi petit espace une grande place dans le monde de l'histoire. agricole. la Les Grecs sortaient alors de période primitive de leur formation. période pastorale. . guerrière. Ce peuple.120 HOMÈRE Il sance du Christ. pour en- trer dans : la période intellectuelle et mo- rale semblables en cela aux neiges de leur Thessalie et de leur mont Olympe. navale. ville asiatique. soit qu'il eût reçu la vie à Smyrne.

religion de l'Égyptien. les autres africaines. la bilité mo- du Perse. son carac- . étaient si bien fondus dans et leur physionomie physique dans leur génie multiple. les unes euro- péennes. de l'Asie et de l'Afrique avait mêlées en- semble dans ce carrefour du monde ancien. les autres asiatiques. Leur noyau et natal était dans les rochers de l'Épire la de Macédoine . que la contiguïté de l'Europe. était une agrégation de cinq ou six races. que ce peuple était par sa beauté. sa grâce . frontière indécise de trois continents. son héroïsme.HOMÈRE 2Î de la pensée et des arts. la pensée de l'Indien. mais la rudesse du montagnard. la l'esprit d'aventure du marin. la douceur de l'Asiatique.

Hellènes leur navigation et leur fédération en tribus indépendantes. les Olympe les et leurs Thraces leurs armes. les Phéniciens leur alphabet. l'Egypte ses prêtres ses divinités. en sorte que leur ciel était une colonie de dieux comme une leurs continents et leurs îles étaient colonie d'hommes de toutes sources. Leurs aptitudes étaient aussi diverses que leurs origines. les Perses et les Lydiens leurs arts et leur poésie. Les forêts de l'Europe lui avaient donné leurs mœurs héet roïques et sauvages. . les Hindous leurs mystères et leurs allégories religieuses . les Cretois leur lois.122 HOMÈRE 1ère à la fois entreprenant et flexible comme un résumé-de tous les peuples.

Le climat de cette contrée montagneuse . et de l'Afrique à l'Asie.HOMÈRE La mer de l'archipel grec. Ayant pour contours ces détroits qui s'insi- golfes. et semble avoir été creusée pour amolir le choc entre les deux continents où Bysance cise sur les s'asseoit indé- deux rivages. ces anses. et de l'Asie à l'Europe. comme des essaims d'une même famille qui vont s'entrevisiter au printemps sur leurs divers rochers. Les voiles aussi multipliés que les oiseaux de la mer navi- guent sans cesse d'une île à l'autre. c'est le 23 lac Léman de l'Orient. ces nuent entre elle les caps de ces terres dentelées. les baigne les côtes plus âpres et les plus gracieuses tour à tour.

à peu de distance et dans un cadre qui les rapproche. Depuis les neiges éternelles de la Thessalie jusqu'à l'été perpétuel des vallées de la Lydie et îles. Le ciel y est limpide comme en Egypte. maritimes. toutes les chaleurs et toutes les tiédeurs de température s'y touchent. s'y contrastent ou s'y confondent sur sur les les montagnes. jusqu'à la fraîche ventilation des toutes les rigueurs. il . sublimes. Les sites et les scènes de la nature y sont. bornés. la mer tan- tôt caressante orageuse comme aux tropiques. gracieux. la terre féconde comme en et tantôt Syrie.24 et HOMÈRE maritime est aussi varié que ses sites et aussi tempéré que sa latitude. dans les plaines et flots. alpestres. grands.

HOMÈRE
recueillis

ou sans bornes comme l'imagi-

nation des

hommes. Tout

s'y peint

en

traits

imposants, pittoresques, éblouissants dans
les

yeux. Tantôt hymne, tantôt poëme, tanstrophe

tôt élégie, tantôt cantique, tantôt

voluptueuse, cette terre est la terre qui
peint, qui parle et qui chante le

mieux à

tous les sens. Les écueils murmurants du

Péloponèse, les caps foudroyés

d'éclairs

duTaurus,
les larges

les golfes

sinueux de l'Eubée,
les anses
îles

canaux du Bosphore,

mélancoliques de l'Asie-Mineure, les
vertes

ou bleuâtres égrenées sur
les

les flots

comme

bouées

flottantes d'une

ancre

qui rattacherait les deux rivages;
Crète avec ses cent villes
;

l'île

de

Rhodes, qui a
2

26

HOMÈRE

pris son

nom

de

la rose

ou
;

le lui

a donné
;

;

Scyros, reine des Cyclades
sentinelle avancée de la
tale
;

Naxos Hydra,

Grèce continen-

l'île

de Chypre, assez vaste pour deux
;

royaumes

Chalcis, qu'un pont sur l'Euripe
;

réunit à l'Europe

Ténédos, qui ouvre ou
;

qui ferme les Dardanelles

Lemnos, Mity-

lène ou Lesbos, qui semble imiter sur une
petite échelle les

monts,

les

vallées,

les

gorges et

les golfes

du continent de

l'Asie

qu'elle regarde

en face; Ghio, qui prédouble terrasse de fleurs

sente,

comme une

sur ses deux flancs opposés, ses oliviers

à l'Europe et ses orangers à l'Asie

;

Samos,

qui creuse ses ports et qui élève ses cimes
aussi haut que le

mont Mycale avec

lequel

HOMÈRE
elle

27

entrelace ses pieds;
iles

d'innombrables

groupes d'autres

encore, dont chacune

avait son peuple, ses

mœurs,

ses arts, ses

temples, ses dieux, ses fables, son histoire,
sa

renommée dans

la famille

grecque, mais

dont toutes parlaient déjà
et chantaient
était la

la

même
vers

langue
:

dans

les

mêmes

telle

Grèce au temps de cette incarnation

de

la

poésie dans la personne d'Homère.

Elle attendait

un

historien,

un chantre na-

tional, le poëte

de ses dieux, de ses héros,

de ses exploits, pour constituer son unité
d'imagination et de célébrité dans
sent et dans l'avenir.
le

pré-

Dans son hymne à Y Apollon de
de l'inspiration grecque,

Délos,

dieu

Homère lui-même

28

HOMÈRE

décrit en quelques vers géographiques ces

groupes

d'îles et

de continents, qui contela

naient toute la poésie de

nature

:

«

Vous aimez,

dit-il

au dieu,

les

sométhé-

mets des hautes montagnes,

les lieux

rés d'où le regard plonge et plane au loin,
les fleuves qui courent à la mer, les

pro-

montoires inclinés vers

les flots et les lar-

ges ports!... Oui, depuis que votre mère
Latone,
s'

appuyant sur

le

mont Gynthus,
des

vous

enfanta

au

murmure

vagues

Weuâtres que l'haleine sonore des vents
poussait vers les deux rivages, vous régnez

sur ces lieux
»

et sur leurs habitants, et d'Athènes,

Sur ceux de Crète

et . Chio. dont le regard cherche la cime dans et le le ciel . saisie des dou2. où mer blanchit sur les écueils! Cette Délos. collines. Naxos et Paros. le séjour des Méropes. qui éblouit les matelots. mont Mycale. Samos de Thrace. l'Athos. continue-t-il. aux gradins de Milet et Gos. et Ésagée. l'Archipel. l'inaccessible Lemnos. les sommets du Pélion l'Ida. maritime Péparèthe les .HOMÈRE » 29 Sur ceux qui peuplent l'île d'Égine. le plus belle des îles et les pics de Mimas escarpé du Coryce. . aux édifices répandus sur sa côte la . Gnide. Samos. ruisselante de sources. où régnent la les orages. . l'Eubée. où Latone. célèbre par ses vaisseaux Irésie et la Egée. montagnes boisées de Imbros. Glaros.

leurs rapides vaisseaux. à . les pour des im- mortels exempts de vieillesse. En on les voyant réunis en face du prendrait temple . Aussitôt Délos se couvre d'or. » Puis le poëte se repliant sur lui-même. avec leurs enfants et leurs chastes épouses.. C'est dans cette que se rassemblent les Ioniens (peuple de Smyrne) aux robes flot- tantes.. leurs merveilleuses richesses. la stature majestueuse des femmes. tête d'une comme la montagne couronnée de île forêts.. entoure le palmier de ses bras et presse de ses genoux l'herbe molle! la terre qui la portait en sourit. L'âme s'é- panouit en contemplant la beauté des hom- mes..39 HOMÈRE leurs de l'enfantement.

de Délos : et s'adressant aux « filles Si jamais. jamais parmi les mortels quelici que voyageur malheureux aborde qu'il » et vous dise : — Jeunes filles. aveugle qui habite ses chants l'empor- la montagneuse Ghio teront éternellement dans l'avenir sur tous les autres chants î » . leur dit-il si dans la dernière strophe. quel est le plus inspiré île. et des chantres qui visitent votre quel aimez-vous le » le- mieux écouter ? Répondez : alors toutes.HOMÈRE la fin 31 de cette énumération. en vous souve- nant de moi » — C'est l'homme .

est le livre mémoire des nations le inédit de leur race. Nous empruntons naïvement le récit de sa vie aux traditions antiques et locales qui se sont transmises les de bouche en bouche parmi hommes les plus intéressés à se souvenir de lui. les mœurs de la Grèce à son avènement.32 HOMÈRE Voilà en quelques vers d'Homère le site. les peuples. Ce que fils et père a raconté au que le fils a redit à ses enfants d'âge . la En l'absence de livres écrits. le temps. puisqu'il était leur gloire. nous y croyons plus qu'aux savants qui viennent après des siècles les contester ou les démentir. sont l'érudition des peuples. Les traditions. lui- même. toutes merveilleuses qu'elles paraissent.

. Disons donc ce qu'ont temporains génie le dit les Grecs comle et la postérité le d'Homère sur plus antique et plus national de leur race. mais à la source d'une vérité. on res- semble à un homme qui remonte finit le cours d'un fleuve inconnu.HOMÈRE 33 en âge n'est jamais sans fondement dans la réalité. on par arriver à une source petite sans doute. En remontant de générations en générations à l'origine de ces traditions de famille ou de race qui se grossissent de quelques fables dans leur cours.

.

ni champs paternels. où ne les retiennent ni maison. Il se transporta de . un homme originaire Il de Thessalie. séparée de Smyrne par une chaîne de montagnes. co- lonie grecque de Asie-Mineure. pauvre. nommé le Mélanopus. était comme sont en général ces hommes errants qui s'exilent de leur pays.III Il y avait dans la ville l' de Magnésie.

il et se senfille tant lui-même mourir. à laquelle donna nom de Cri- théis. fille pauvre que tes. qui s'appelait s'y neuve et peu Gymé. il en eut une le fille unique. d'un de ses compatrioIl nommé Omyrethès.36 HOMERE ville Magnésie dans une autre éloignée. légua sa ses le encore [enfant. Il semble que plus merveil- leux des liommes fût prédestiné à ne pas connaître son père. La beauté de Grithéis porta malheur à l'orpheline et porta bonheur le à la Grèce et au monde. Mélanopus maria avec une jeune Grecque aussi lui. Il perdit bientôt sa femme. comme si la Providence . à un était de amis qui d'Argos et qui portait nom de Gléanax.

Grithéis inspira l'amour à un inconnu. Grithéis. se laissa surprendre ou séduire. portant dans ses flancs et celui qui couvrait son front de honte qui devait un jour couvrir son nom de célé- brité. afin d'accroître le prestige autour de son berceau. né en Béotie et transplanté dans 3 . On cacha la faiblesse de on l'envoya dans une autre colo- nie grecque qui se peuplait en ce temps -là au fond du golfe d'Hermus et qui s'appelait Smyrne. Sa faute ayant éclaté aux yeux de la famille de Gléanax. reçut asile à Smyrne chez un parent de Cléanax. Grithéis. cette famille craignit d'être dés- honorée par la présence d'un enfant illégi- time à son foyer.HOMÈRE avait 37 voulu jeter un mystère sur sa nais- sance.

sous un pla- tane.38 la HOMÈRE nouvelle colonie grecque. où l'on célébrait en plein champ une fête en l'honneur des dieux. l'orpheline ayant un filles jour accompagné les femmes et les de Smyrne au bord du petit fleuve Mélès. Quoi qu'il en soit. sur l'herbe. il se nommait connais- Isménias. qui pas- sait sans doute pour veuve ou pour mariée à Gymé. fut surprise par les douleurs de l'enfantement. Les compagnes de Crithéis ramenèrent la jeune . sait On ignore si cet homme ou ignorait l'état de Crithéis. Son enfant vint au monde au milieu d'une procession à gloire des divinités dont le culte il la devait répandre au chant des hymnes. au bord du ruisseau.

fut jetée par elles dans l'Hèbre. le premier des poètes grecs qui chanta en vers des hymnes aux immortels. que le C'est de ce jour ruisseau obscur qui serpente entre les cyprès et les joncs autour du faubourg de Smyrne a l'égale pris un nom qui aux fleuves. remonte pour il l'éclairer . fut déchiré en lambeaux par les femmes du mont Rhodope. Les traditions racontent et les anciens ont écrit qu'Orphée. jusqu'au brin d'herbe où fut couché en tombant du sein de sa mère. à Smyrne. La gloire d'un enfant .HOMÈRE fille 39 et rapportèrent l'enfant nu. irritées de ce qu'il enseignait des dieux plus grands que les leurs . . que sa tête. séparée de son corps. dans leurs bras. dans la maison d'Isménias.

la portèrent jusqu'à l'embouchure du Mélès . tome . soit que la (1) M. à leur tour.40 HOMÈRE fleuve dont l'embouchure est à plus de cent lieues de tête Smyrne. Les rossa signols près de tombe . chantent leurs (1). que vagues. II. de Marcellus. Épisodes littéraires en Orient. qu'elle échoua sur l'herbe près de Grithéis mit la prairie où au monde son enfant. plus mélodieusement qu'ail- Soit qu'Isménias fût trop pauvre pour nourrir la mère et l'enfant. comme d'elle-même transmettre son pour venir âme et son inspiration à Homère. ajoutent-ils. que le fleuve roula cette la encore harmonieuse jusqu'à les mer.

au cœur. que le sont souvent les hommes détachés des choses périssables par l'étude des choses il éternelles. chant. au sens. à Smyrne. il congédia de son foyer. un et inspiré homme peu par le riche aussi. mais tel bon cœur. l'écriture. Elle chercha pour elle et pour son enfant un asile et un pro- tecteur de porte en porte. la grammaire. tout ce qui chante en nous. les lettres.HOMÈRE naissance de ce fils Zil sans père eût jeté quel- que ombre sur la la réputation de Crithéis. la lecture. tout ce qui peint à l'imagination. tenait une école de On appelait le chant. Il y a\ait en ce temps-là. . tout ce qui exprime. Il se nommait Phémius. l'éloquence. alors tout ce qui parle.

cation reçue par leurs Les montagnes . tion. la HOMÈRE musique car ce que . Voilà pourquoi on appelait l'école : de Phémius une école de musique et musique de l'âme de l'oreille. mais en nature. qui s'emparait de l'homme tout entier. pour tout salaire des soins la rétribu- qu'il prenait de cette jeunesse. Cette musique n'était que l'art de conformer le vers à l'accent et l'accent au vers. Les vers se chantaient et ne se récitaient pas. les anciens entendaient par musique s'appliquait à Tâme autant qu'aux oreilles.kl les vers. Phémius avait. non en argent. que les parents lui donnaient pour prix de l'édufils.

riche en troupeaux. Crithéis. elles comme sont encore aujourd'hui. in- dustrie héréditaire de l'Ionie. les femmes filaient les laines pour faire des tapis. enfants. en venant à l'école de Chacun des Phémius. prêtes pour le métier. qui avait entendu parler de la bonté de ce maître d'école pour les enfants. parce qu'elle songeait d'avance sans doute à lui confier le sien quand il . au fond duquel s'élève Smyrne. lui apportait une toison entière ou une poignée de toison des brebis de son père. étaient alors. Phémius les faisait filer par ses servantes. une contrée pastorale. les teignait et les échangeait ensuite.HOMÈRE A3 qui encadrent le golfe d'Hermus. contres les choses nécessaires à la vie de l'homme.

beauté et des larmes de jeune . aussi laborieuse et aussi habile qu'elle était belle. il de nourrir avec elle son employa la jeune Magnérecevait pour sienne à filer les laines qu'il prix de ses leçons . de l'âge et de l'abandon de l'enfant il reçut Grithéis dans sa il maison comme servante. L'hospitalité et l'amour de . il s'attacha à l'enfant faisait dont l'intelligence précoce je présager les ne sais quelle gloire à la il maison où dieux l'avaient conduit . il trouva Grithéis aussi modeste.hh serait HOMÈRE en âge. et lui permit de garder fils. conduisit son Il fils par la main la au seuil de Phéniius. proposa à Gri- théis de l'épouser et de donner ainsi un père à son fils. fut la touché de fille.

lui prodiguait tout son cœur et tous les secrets était 3.HOMÈRE Phémius. la fois le Zi5 l'intérêt de l'enfant. dont l'âme ou- . cœur de la jeune femme du maître d'école elle avait elle devint l'épouse et la maîtresse le seuil de la maison dont abordé en suppliante vant. et aussi à cause de teur et père à la fois pour cet enfant. quelques années aupara- Phémius s'attacha de plus en plus au petit Mélésigène. Ce nom. qu'on donnait familièMêles. il rement à Homère. de son art. Instituil de sa mère. veut dire enfant de en mémoire des bords du ruisseau où était né. touchèrent à . Son père adoptif l'aimait à cause lui. Homère.

. et doué d'une intelligence qui comprenait et d'une mé- moire qui reproduisait toutes choses.46 HOMÈRE aux leçons de Phémius par sa tenque la nature avait verte dresse. . et la gloire immortelle à conquérir. d'enseigner lui-même dans l'école et de succéder un jour à Phémius. L'enfant adorait son père dans son maître et'. pour éterniser sa reconnaissance. On le regardait comme bientôt capable. Les dieux lui destinaient à son insu moins de bongloire : heur et une autre le monde à ensei- gner. récompensait les soins du vieillard et réjouis- sait l'orgueil de Crithéis. malgré sa tendre jeunesse. le il donna plus tard nom de Phémius à un chantre divin dans ses poëmes.

laissant pour héritage à l'enfant son modique bien et son école. privée de l'appui qu'elle avait trouvé dans la tendresse de cet pitalier homme hos- qui lui avait ouvert jusqu'à son jusqu'à la mort et suivit le seul. dans cette maison où . cœur. s'attrista vieillard au tombeau. Grithéis. Homère resta à il peine adolescent.IV Phéinius mourut.

parlant et chantant dans une langue inspirée par les dieux. mères de allaient famille. les étrangers que attirait commerce ou la curiosité de toutes . l'avait que Phémius lui-même présagé en mourant.US HOMÈRE Sa sagesse avait tout reçu et tout perdu. les vieillards eux-mêmes s'étonner et s'attendrir à ses leçons. Le chantre futur et de Y Iliade Y Odyssée enseignant la musi- que aux enfants. Les hommes mûrs. Les mar- chands de blé le et de laines. parut aux habitants de Smyrne un oracle qui vérifiait le prodige de sa naissance divine après de leur fleuve les Mélès. presque enfant lui-même. il continua à tenir la de Phémius ainsi et il en accrut bientôt renommée. suppléa en lui les années l'école .

rade fréquentée de Smyrne. . entendu une de ses leçons reportaient la renommée du jeune maître d'école dans leur pays. Après leurs vaisseaux chargés. partir sans avoir ils ils ne voulaient pas re.HOMÈRE les îles 49 villes de la Grèce ou de toutes les l'Ionie. maritimes de dans la sur leurs vaisseaux. enten- daient parler de ce phénomène.

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Un il de ces étrangers se nommait Mentes. pour le transporter à Leucade. il ne cherchait pas seulement la fortune. possesseur et pilote à la fois de son Il était navire. sur . Plus amoureux des chants divins que les autres navigateurs de la rade. venait chercher du froment de Lydie. dans l'ile montagneuse de Lesbos. mais la sagesse et la science.

de toute sagesse. yeux dans ce les Homère. de la supériorité qu'il avait d'Homère sur tous entendus dans la les hommes ou dans il les écoles l'Ionie. lui dépeignait les terres. à qui images et les couleurs manquaient pour rendre sensibles les inépuisables concep- . les îles. les il mers. les villes.52 HOMÈRE Frappé du génie et les terres qu'il visitait. les ports des rivages divers où son duisait . les cultes. commerce de grains le con- il le convainquit que le livre vivant nature était la véritable école et infini de la de toute vérité. les temples de Grèce et de se lia d'amitié avec le jeune Mélésigène. il enflamma l'esprit du jeune homme du désir de lire par ses propres livre des dieux. de toute poésie.

nourrir son âme. preil nant pour maison lui vaisseau de Mentes. . et recueillir des impressions et des images Il sur toute la terre. pour aller enrichir son imagination.HOMÈRE tions de son esprit. renonça 53 généreusement à la fortune et à la renommée domestique qui lui souriaient dans sa patrie. la ferma son école. maison et les laines le et. vendit de Phémius . paya le prix de ce foyer errant pour plusieurs années.

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navigua ainsi pendant un espace de temps inconnu. Voyageur. l'Espagne. chantre tour à tour ou tout à la fois. trafiquant. l'Italie. en compagnie de son ami et de son pilote Mentes.VI Homère. source alors de toute lumière et patrie originelle de tous les dieux du paganisme. matelot. ceux du . il visita l'Egypte. les rivages de la mer Adriatique.

qu'il avait fatigués du soleil. les Péloponnèse. prenant leçon de tous les sages. confia lade à Homère macompa- un habitant d'Itaque. et recueillant. de conl'île templations et d'études. l'arrêta dans d'Ithaque. riche d'impressions. les symboles dont poëmes. pour se reposer enfin dans sa patrie et pour s'y reconstruire une exis- tence mercenaire.56 HOMÈRE îles. les des- criptions. quand une maladie des yeux. . riche. sur des notes perdues depuis. les souvenirs. les écueils. les histoires. trafic. où Mentes avait abordé la pour son cargaison Mentes. obligé déporter de son navire à Lesbos. conti- conversant avec tous les peuples. les nents . Il il construisit plus tard ses revenait pauvre de biens.

y trouva il les traditions héros Ulysse. de l'autre le modèle de la félicité de l'homme champêtre. qui payait de gloire les dettes de son cœur. en faisant de l'un l'oracle de toute sagesse. nirs. Homère. d'Alcinous. Le repos dans le domaine d'Alcinous. recueilli. après une vie agitée. nommé Mentor. Mentor prodigua au chantre divin tous les soulagements de la médecine et toutes les tendresses de l'hospitalité.HOMÈRE tissant et fils 57 ami des poëtes. Il fit dans la culture de ses jardins. d'Ithaque la scène de son il poëme de de son Y Odyssée. immortalisa bientôt Mentor et Alcinoùs. et il les grava dans ses souveîle fit de cette petite une grande mémoire. les .

ni l'art loir contre la avait Mais ni le séjour sur du médecin ne purent prévavolonté des dieux : il devint aveugle. de cécité fut laissé il dans le y pour se guérir par Mentes. lui rendirent la vie et la santé. traversa la mer Egée pour venir le reprendre à Ithaque. plusieurs années fois il Frappé une seconde port de Golophon. fidèle à sa promesse.53 HOMÈRE baumes des médecins donna le soins de Mentor. dont il nom à ces hommes divins qui guérissent les blessures des mortels. les d'Ithaque. terre. comme été déposé à Ithaque. Homère navigua encore avec lui. Mentes. Ce tableau n'en fut que plus . et le tableau de la nature qu'il avait tant contemplé s'effaça complètement de- vant ses yeux.

et peignit mieux ce qu'il s'affligeait de ne plus regarder. . plus vif et plus 59 relief en dans son imagination. de cette face des et des terres. des hommes qu'il cessait de voir.HOMÈRE coloré. Le regret même de cette mers lumière du jour. il monde dis- Il retourna sa vision en lui-même. donna quelque chose de plus pénétrant et de plus mélancolique à ce souvenir du paru. la mémoire lui rendit tout. Ce qu'il ne voyait plus au dehors. il le revit en dedans .

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VII La première image qui lui remonte au cœur après avoir perdu tout espoir de guérison. Il y rouvrit une école fait mais sa longue absence avait oublier . fut celle de la patrie. mère. sa du tombeau de . Il le nid qui Ta vu naî- se fit rapporter à Smyrne. dans la et près maison de Phémius Grithéis. L'oiseau blessé cherche à s'abattre sur tre.

ses le anciens amis ne reconnurent pas. dans son école resta déserte. L'indi- gence le força de chanter de porte en porte des vers populaires.62 HOMÈRE son nom et son art à ses concitoyens. des Sa cécité semblait un signe de la colère dieux. Sa voix retentit le vide. On ne croyait pas qu'un homme privé du plus nécessaire de ses sens pût enseigner le plus sublime des arts. pour arracher à l'indifférence de ses compatriotes le pain nécessaire à sa subsistance et au salaire de l'en- fant qui servait de guide à ses pas. d'audans la tres avaient pris sa place renommée. Toujours noble et majestueux d'expressions et d'atti- tude dans cette humiliante condition de mendiant aveugle. il ressemblait à un dieu .

HOMÈRE 63 de ses fables. soit que ses concitoyens devinssent sourds à ses chants. rendît le séjour de plus cruel que la faim au il Smyrne cœur d'Homère. mère et de son où il espérait sans doute retrouver quelques souvenirs d'eux . sous les haillons d'un diant dans Y Odyssée. patrie de sa aïeul. aux mortels. est mence un souvenir de le poëte. temps de sa vie immortalisé par Mais. Ulysse. à traversa pied la plaine de l'Hermus pour aller d'abord à Cymé. soit que la honte qui chasse les hommes déchus des villes où ils ont été heureux. ville en sortit pour aller chercher de en Il ville des auditeurs plus compatissants. se souvenant de sa supériorité divine quand il demandait l'aumône.

et il improvisa ses premiers : vers aux « fils de Cymé vous qui habitez la ville répandue sur la colline.6U HOMÈRE dans des vieillards amis des parents de son nom. et qui ronné de sombres buvez les . colonie de bâtie au pied Gymé. La lassitude l'arrêta d'abord à Néoti- chos. petite ville naissante. du mont Sédène et au bord de l'Hermus. au pied du mont Sédène couforêts. parce air tandis que les uns travaillent en plein dans que les autres sont à l'abri leurs maisons ou dans leurs jardins. les les Gomme il est d'usage parmi mendiants qui lient conversation avec ri- pauvres artisans plutôt qu'avec les ches. Ho- mère entra dans l'atelier d'un corroyeur qui tannait le cuir.

et. offrit entrer Homère. ému de compassion sible à l'accent et sen- de cette supplication chantée fit en vers à sa porte. l'homme errant qui lui. s'asseyant autour de et l'aveugle. ils se complurent à l'interroger à lui faire réciter ses vers bien avant dans . La merveille de ce mendiant qui parlait la langue des dieux se ré- pandit de bouche en bouche dans la la foule s'attroupa à la ville . Le corroyeur. les principaux d'entre le peuple entrèrent la dans boutique. lui un siège dans son atelier et un asile dans sa maison. n'a point de demeure à et prêtez lui le seuil et le » foyer de l'hospitalité. porte du corroyeur .HOMÈRE ondes fraîches de l'Hermus au plaignez lit 65 écumant.

Ils le prirent le pour un mendiant divin qui cachait dieu sous l'humanité.66 la nuit. sur les plus belles poésies qu'Oret ses disciples avaient phée la répandues dans jugea et les Il mémoire du peuple. ville HOMÈRE Il récita un poëme héroïque sur la de Thèbes. L'entretien se prolongea et se détourna ensuite. Ses auditeurs le supplièrent d'hono- . et des hymnes aux dieux immortels. ré- véla dans le sublime inspiré le souverain artiste. entre Homère et les sages de la ville. qui remplirent ses auditeurs de patriotisme et de piété. Il les loua en homme capable de les égaler. chère aux Grecs. La patrie et le ciel sont les deux notes qui résonnentle plus universellement dans l'âme des hommes réunis.

HOMÈRE rer leur ville par 67 un long séjour . ils lui envoyè- rent des présents pour avoir leur part et leur gloire dans l'hospitalité que le tanneur de cuir donnait au chantre des dieux. ils enviè- rent au corroyeur la gloire d'avoir été le premier hôte de cet inconnu . .

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Ayant épuisé l'étonnement des habitants. il et l'admiration craignit qu'une plus longue . la place où il s'asseyait pour dont réciter ses vers et le peuplier antique les premières feuilles étaient tombées sur son front. du temps d'Hérodote.VIII Il vécut de sa lyre un certain temps à Neotichos. On montrait encore.

il une inscription en vers sur une la colonne élevée à leur était cher : mémoire d'un roi qui ces vers subsistent encore. et il hospitalité tit par- aussi pauvre qu'il était arrivé. il Arrivé aux portes de Cymé. ne leur la vie. Charmé lui-même de rencontrer des hom- mes si amoureux de la lyre. se fit se nomma. Introduit dans l'assemblée des vieillards. Il dirigea ses ayant emprunté que pas vers Cymé. en marchant. leur dicta accueil. il reconnaître pour un descendant des Gyméens. il les enchanta par ses poëmes.70 HOMERE ne leur fût importune. quelques vers à l'honneur des Cyméens. Il passa A la demande des citoyens. pour mériter d'eux un bon par Larisse. et composa. il prit l'engage- .

HOMÈRE ment de rester 71 au milieu d'eux et de donner si la ville l'immortalité à leur patrie. renouvela sa demande. après avoir chanté. Deil bout devant les sénateurs. Un cortège d'admirateurs l'y accompagna. pour faire ratifier ce contrat entre ses concitoyens et lui. voulait seulement lui assurer l'abri et la subsis- tance. représenta que. si . Mais un homme se leva. la décision des grands. puis se pour attendre retira. Tous inclinaient à nourrir Homère pour ce salaire de mémoire et de gloire qu'il promettait à la ville. Les vieillards l'engagèrent à se pré- senter devant le sénat. un de ces hommes que chagrins qui se croient plus sages parce qu'ils n'ont ni ses enthouIl la foule siasmes ni son cœur.

et tâcha d'adoucir ce refus par les considérations de prudence et d'intérêt public qui avaient déterminé le vote du sénat. changea l'hospitalité à Homère. Le chef du sénat chargé d'aller communiquer cette dure ré- ponse au poëte : il s'assit sur une pierre à côté de lui. ne voulant pas paraître moins sage moins économe des deniers du peuple d'avis et refusa fut que ce sénateur. Le et sénat. elle ruinerait le trésor public. contristé et indigné de la dureté de ses concitoyens. éclata en gémis- sements et en reproches devant : la foule attendrie qui l'entourait .72 HOMÈRE la ville s'engageait ainsi à recueillir et à nourrir tous les chantres aveugles errants dans l'Ionie. Homère.

cette ville. je venais patrie de les ma mère.. filles pour y conduire avec moi Muses. les flots sucé son lait dont les plages sont baignées par le de la mer. en chantant et pleurant à la m'ont-ils les dieux abandonné ? Bercé sur j'ai les genoux dans d'une tendre mère. et pour assurer une éternelle renommée à Gymé !.. aimables de Jupiter. la lumière du jour. désor- mais sacré.HOMÈRE « 73 A quel sort misérable. et dont Mélès. et les yeux privés de ici. Poursuivi par l'infortune. et qu'ils subissent les peines dues à ceux qui et qui insultent au malheur repoussent 5 l'in- . s'écriait-il fois. et ses habi- tants refusent d'entendre leurs voix divines ! Qu'ils soient déshérités de tout souvenir. arrose les jardins.

je saurai d'un cœur ferme supporter. quel qu'il soit. reprit-il. en demandant aux dieux que jamais naissance à un Cymé ne donnât chantre capable de léguer la patrie.74 HOMÈRE digent! Mais moi. renommée à sa . le destin que les dieux m'ont fait en m'infli- geant la vie ! Déjà mes pieds impatients m'entraînent ville Il d'eux-mêmes » loin de cette ingrate ! p artit .

qui devint le berceau de Le golfe.IX Il se traîna jusqu'à l'Ionie. parce que la mer inspire la rêverie et le . Phocée. autre colonie grecque de Marseille. entouré de rochers et ombragé de platanes. ressemble à un port creusé par la seule nature pour attirer sur les bords un peuple de navigateurs. La poésie fleurissait à Phocée plus qu'ailleurs.

Homère. mais jaloux et astucieux. et vendit son génie pour gagner sa vie. y avait une école de chant célèbre dans la ville. tenue par un homme éloquent. Il alla au-devant le toit et de lui dans son école la table.76 HOMÈRE Il chant. dures exigences de Thestoride. contraint consentit à ces par la misère et la cécité. En apprenant l'arrivée du pauvre aveugle. qui connaissait le génie d'Homère par les récits des marchands de Smyrne. Il se nom- mait Thestoride. Thestoride feignit d'être ému d'une généreuse et lui offrit pitié. à condition qu'Homère transcrirait pour lui les poëmes qu'il avait chantés dans les ses voyages et tous ceux que Muses lui inspireraient à l'avenir. voisine de Phocée. .

pendant que languissait et mendiait le véritable auteur lui-même à Phocée. 77 accompli de poèmes. alla établir l'île une école dans en chantant de Ghio. . de leurs héros et les fables de chantés leurs dieux sont dans des vers qu'aucune langue n'égala jamais. Là il s'enrichit et en vendant les dépouilles d'Homère. et craignant que le larcin s'il ne fût trop facilement découvert récitait les comme siens à Phocée. Cependant Thestoride ayant enrichi sa mémoire d'un grand nombre de vers achetés de son hôte. où les les exploits mœurs des Grecs.HOMÈRE Ce fut ses là qu'il écrivit le plus l'Iliade. œuvre à la fois natio- nale et religieuse.

Il supplia des matelots qui partaient île pour cette de le recevoir sur leur barque. Des matelots revenant de Chio où ils avaient entendu ce rapsode. voulut aller confondre son calomniateur à Chio. Homère. patient jusque-là. Il s'indigna contre cette dérision des dieux. Ces bord. déclarèrent que ces chants étaient d'un poëte de Chio.78 HOMERE c'était Mais il peu de se voir dérober sa gloire. celle fut accusé de dérober lui-même de Thestoride. le prix promettant de leur payer de sa tra- versée en poèmes dont les Grecs des plus humbles professions étaient amoureux. et entenréciter sur le port de dant les Homère Phocée mêmes vers. matelots compatissants le prirent à . A ce dernier coup du sort.

et l'ingratitude de la ville il à l'ombre de laquelle était allé en vain chercher l'abri de sa vie. Le bêlement par le d'un troupeau de chèvres l'attire bruit. Des chiens de garde se jettent sur . dont sur un sa fruit tête. vent tomba Ce pin lui rappela les bois de Cymé. le jour. Ils le chanta pour eux tout dépo- sèrent. sa patrie. il essaya de trouver à tâtons sa route vers la ville. 79 comme un gage Il de la protection des dieux. Se levant enfin. la nuit. mit près Il s'endor- du rivage secoué par sous le un pin.HOMÈRE . qui lui fait espérer le voisinage d'un berger. sur un écueil de l'île où ils ne descendirent pas eux-mêmes. Il exprima un à amer souvenir dans des vers adressés l'arbre.

prend Homère par la main. ses haillons en aboyant. ne peut comprendre comprivé de la vue a Il ment un homme pu gravir seul cette côte escarpée. les chiens aboyant à leurs pieds pour demander leur part du repas. les rappelle et court vers voya- geur pour le délivrer il de la dent des chiens.80 HOMÈRE Le berger. Il se souvint plus il tard de cette aventure. sous la figure d'Ulysse . nommé le Glaucus. prépare sa table frugale. y fait asseoir avec lui le poëte. et allume du feu. Homère improvisa en vers des conseils aux bergers. pour discipliner ces vigilants gardiens des troupeaux. Ému de pitié. et se retraça lui- même dans Y Odyssée. le conduit dans sa cabane.

HOMÈRE 81 grondé. puis reconnu par son chien. . Après le repas. fasciné par la science. avait vus dans ses longs des hommes . la Le berger. Homère entretint le berger des lieux. L'imagination ne se compose que des lambeaux de la mémoire. sagesse et la poésie de son hôte. qu'il il voyages et lui chanta les plus belles parties de ses poëmes qui retracent la vie pastorale ou la vie des matelots. des choses. oubliait les fin heures de la nuit. sur les Ils s'endormirent en- mêmes feuilles.

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cependant à Glaucus de lui ordonna amener son . Le maître lui re- procha son imprudence de s'être fié ainsi Il aux belles paroles d'un inconnu. alla à la ville voi- sine raconter à son maître la rencontre qu'il avait faite de ce divin vieillard et l'hospitai lité qu'il lui avait donnée. laissant Homère endormi dans sa cabane.X Avant l'aurore. le berger.

pour qu'il jugeât lui-même des merveilles de cet étranger. de plus en plus célèbre. alla fonder une école publique dans l'île. la ville Il maritime de Chio. le berger. tremblant d'être démenti et confondu par la présence de celui dont il avait volé s'enfuit la gloire. de l'île et alla cacher ailleurs sa honte et son nom. On lui confia l'éduca- tion des enfants de la maison. Homère. capitale de retrouva sur cette terre étrangère toute la faveur populaire qu'il n'avait pu re- . Au bruit de son arrivée dans l'île de Chio. Thestoride. Homère suivit charma le maître par son entre- tien et par ses vers.84 HOMÈRE hôte à Bolisse. les enfants Après avoir élevé du maître de Glaucus à Bolisse.

l'île 85 La jeunesse de . Il dont il attendrit partout ses récits. Ce fut dans la douce aisance et dans le . On peut juger de l'amour qu'il eut pour ses peintures de la elle par les délicieu- tendresse conjugale. l'autre se maria à Ghio et perpétua son sang dans cette île devenue la patrie de sa vieillesse. Il épousa la dou- une fille de l'île. eut : pour l'une fruits de cet amour tardif deux filles mourut dans sa fleur. sa patrie. qui préféra en lui la lumière divine du génie à la lumière des yeux.HOMÈRE trouver à Smyrne. se pressait en foule à ses leçons il de- vint assez riche des dons des pères et des mères pour se donner à lui-même ceur d'une famille.

de ses infortunes et de son bonheur. qui l'emporte sur tous les mortels dans l'art des chants. fils du . composa Y Odyssée. prélude à ses récits mélodieux. » Mentes. agir et parler. son ami : et son pilote de mer en mer. et qui pressant du doigt les fibres de la lyre. noms chers à sa mémoire.86 HOMÈRE de sa vie d'époux et de père à Chio loisir qu'il lesse. dont « il dit Je me glorifie du nom de Mentes. « son cher maître et son second père. lui- même et tous les personnages qui revivaient : par leurs bienfaits dans son cœur Phémius. poëme de résumé de sa vieil- ses voyages. dans lequel sous des il fait revivre. de ses impres- sions.

ni l'or des jeunes prétendants. de gouverner Pénélope. l'ouvrier tanneur qui lui le donna premier éternise. ne peuvent détacher de son amour ligion et de sa re- du lit conjugal .HOMÈRE généreux Anchyale. ni les haillons de son mari. sem- . sous le nom de laquelle il célè- bre « la beauté et les la fidélité d'une chaste épouse que ni séductions. » Tychyus. ni les absences. je 87 commande aux Tal'art » phiens consommés dans les navires sur les flots . ni les adversités. ni les bruits répandus de la mort d'Ulysse. l'hospitalité à Neotichos et dont il en passant : le nom sur le bou- clier « d'Ajax Ajax porte un bouclier d'airain.

le Elles sortent des mains de Tychius. sept les peaux de bœuf. et le fidèle vieillard Eumée est sans doute le sou- venir poétisé d'un de ces vieux serviteurs que l'attachement et les années incorporent à la famille et qui en suivent les prospérités et les décadences comme l'ombre de l'arbre domestique les croît et décroît sur le seuil avec et les hivers.88 HOMÈRE flanc blable au arrondi d'une tour. couvrent le unes sur les autres. de cou» le cuir. n'oublia pas même ses esclaves. en île. avec ses vers. printemps Le bruit de sa renommée se répandit tard. de Neotichos dans per et de coudre Il plus habile des enfants l'art de tanner. re- bouclier. d'île mais immense. .

chaque ville. ses emportait la un lambeau de poëmes dans guerriers il . Il vieillissait plus que dans les années. en partant de Chio. à son nom. cette vants et des morts l'avenir. chaque colonie. comme . juge des vitenait les clefs de la postérité. dans l'Ionie et dans toute la Grèce. Minos. mémoire des matelots ou des voile. chaque fait en abordant lui l'île dont avait son séjour. à ses exploits ou à ses Il était .HOMÈRE 89 de port en port. amenait des admirateurs dans la gloire et des disciples. il grand prêtre de divinité qui passionne tous les grands cœurs! . chaque famille du continent ou des îles le suppliait de donner la mémoire fables. Chaque navire. Historien de la Grèce autant que son poëte.

. le dieu de l'immortalité humaine. Le s'était fait génie plus que roi. il s'était fait dieu.90 HOMERE la poésie Jamais telle sur la terre n'exerça une souveraineté avant les prophètes.

céda. Les citoyens et les envoyés des villes venaient en députation le chercher sur leur vaisseau et le supplier de visiter la Grèce pleine de son Il nom. du pied de que chaque terre avait repoussé quelques années aupa- ravant. au terme de ses années. à ces ins- .XI Chaque la trace terre de la Grèce voulait garder cet aveugle.

Reil connu. navigua d'abord vers Il montueuse de Samos. si elle eût vécu encore. dont le vieillard ne doit pas s'écarter. de l'arrivée du poëte . se répandit à l'instant dans la ville les Sa- miens accoururent et le prièrent d'illustrer Il de sa présence leur cérémonie. visiter Il partit pour une dernière et fois toute la Grèce. au plage. de peur d'égarer son tombeau.92 HOMÈRE Il tances de sa patrie. patrie Il de ses vers l'île de son nom. se rendit . la avait sans doute perdu compagne de sa vie. qui l'aurait retenu. par moment où un descendait sur la l'île habitant de le bruit qui l'avait entendu à Chio. dans le foyer de ses jours heureux. brait y débarqua fête le jour où l'on y célé- une en l'honneur des dieux.

Mais n'est rien sur la terre de plus auguste et de plus pieux que la demeure » d'une famille éclairée par le feu du foyer. sont tacles un des plus majestueux spec- que les yeux des hommes puissent il contempler. 93 et. les coursiers sont la beauté des prairies où ils bondissent. assis sur leurs trônes dans la place publique. . étant arrivé moment où : l'on venait d'al- lumer « le feu sacré Samiens chanta-t-il en vers inspirés ! par la lueur du feu domestique. les chefs et les vieil- lards. les enfants sont la gloire des pères.HOMÈRE au temple avec sur le seuil au le cortège . les richesses sont la prospérité des maisons . les vaisseaux sont la grâce des mers. les tours sont la force des villes.

passa près d'un four allumé où des potiers de terre fa- çonnaient des vases et cuisaient l'argile. Ils le prièrent de s'arrêter un moment aude leur à près de leur atelier et chanter quelques leur art. en dont villes il se promenant dans les l'île se faisait décrire sites et les pour reconnaître avec l'esprit ce qu'il il avait vu jadis avec les yeux.VU HOMÈRE Les Samiens. immortaliser pour prix de sa . maison où son lit Le lendemain. Il fut encore reconnu et entouré par ces ouvriers. lui donnèrent la place plus élevée au festin et le reconduisirent la en grande pompe à était préparé. vers ils lui propres offrirent. ravis de l'honneur que cet hôte la faisait à leur île.

et surtout ceux qui sont destinés aux autels des dieux. se colorent également sous la vapeur enflammée des briques! Qu'ils se durcissent par degré à . qui pétrissez l'argile qui m'offrez une coupe en salaire de mes vers! écoutez « un de mes chants! Je t'invoque. les 95 plus belles œuvres de sourit. célèbres depuis dans les ateliers des leurs d'argile sous le titre de « mou- la Fournaise. leurs mains.HOMÈRE condescendance. et O vous. déesse indu! strieuse Daigne descendre au milieu de ces et hommes travail ! prêter ta les vases main habile à leur Que qui vont sortir de cette fournaise. s'assit sur Homère une amphore renversée et leur chanta ces vers. ô Minerve.

de dents d'un cheval furieux Que le potier gémissant contemple en larmes sa ruine.96 HOMÈRE feu sagement gradué. et qu'ils se ven- un dent. recherchés solidité. les cou- moi. que dre four fasse enten- un bruit semblable aux grincements !. j'invoque contre votre four- neau les fléaux des dieux!. pour leur élégance et leur dans les rues et dans les marchés l'ai- de la Grèce. et ne pas me donner pes offertes.... aveugle. le Que le feu dé- vore votre poterie. et que personne ne puisse se bais- ser pour regarder dans le four sans avoir le visage rongé par la réverbération de ... afin que leur prix fassent et sance de l'ouvrier ne démente pas l'éloge du poëte Mais ! si vous voulez me tromper..

Bien qu'il ne fût plus contraint par l'indigence à vendre ses chants pour un morceau de pain. » passa l'hiver entier à Samos. des vers appropriés aux fortu- nes ou aux conditions des maisons qu'il visitait dans ses doux et derniers loisirs. dans .. La a gardé de père en mémoire des Samiens fils quelques-unes de ces bénédictions poé. tiques de l'aveugle de Ghio comme là des le médailles qu'on retrouve ça et sable de ces plages. il continua à chanter de temps en temps par reconnaissance pour les habitants hospitaliers de l'île. Un enfant le guidait dans les rues des villes les ou dans sentiers des campagnes..HOMÈRE la 97 flamme qui consumera vos Il vases!.

à l'exemple des mendiants antiques. près de vaste maison qu'habite . chantait-il à l'enfant la son guide. Que ses portes s'ouvrent et. la sérénité Qu'aucune amphore ne reste jamais vide dans cette heureuse demeure. un citoyen opulent maison qui retentit sans cesse du bruit des clients et des serviteurs. soit traînée sur un char. une branche d'arbre garnie de ses « feuilles.98 HOMÈRE Homère. toutes en sort. et que les mules . et que la huche y ! soit toujours pleine la de fleur fils de farine la Que jeune épouse du les fois qu'elle de maison. pour laisser entrer la fortune. portait à la main. Nous voici arrivés. et le loisir! avec elle. en souvenir de son ancienne mendicité.

Quant à moi.. les pieds posés sur un bouret incrusté d'ambre. l'aiguille à elle travaille de ourdir un riche tissu. seulement revient l'hirondelle au retour de comme y l'année. en allant quêter aux fêtes religieuses consa- crées à la bienfaisance et à la mendicité. je reviendrai à ce toit. .HOMÈRE aux pieds durs la 99 ramènent de même dans ta- sa demeure. » Les petits enfants de Samos ont chanté longtemps ces vers de porte en porte.. où.

.

des vagues aplanies et des vents tièdes.XII Au retour du printemps . Les matelots du navire qui la le portait ayant été rete- nus par tempête dans sentit la rade de la petite retirait l'île île d'Ios. . couché au 6. Il se fit transporter au bord de pour mourir plus en paix. Homère que la vie se de lui. soleil. il reprit sa na- vigation vers le golfe d'Athènes.

Les bergers. informés de la la présence et de maladie du poëte. Il comme à une voix des dieux sur la continua à parler en langage divin avec les hommes lettrés et à s'entretenir. jusqu'à son dernier soupir. Ses compagnons lui avaient dressé une couche sous la voile. les pêcheurs et les matelots de la côte accoururent pour lui demander des oracles.£02 HOMÈRE sur le sable du rivage. avec les hom- mes simples dont les il avait décrit tant de fois mœurs. terre. au- près de la mer. des dons des hommages. Les habitants riches de la ville éloignée du rivage. descen- dirent de la colline pour lui offrir leur de- meure et pour lui apporter des soulageet ments. les travaux et les misères dans .

HOMÈRE ses 103 poèmes. à la place Ils même où il avait voulu mourir. ne l'enlevait pas à la la terre. pêcheurs de de la ville. les la côte lui creusèrent une tombe dans le sable. sur laquelle seau ces mots : gravèrent au . au bord des comme un naufragé de la vie. tière la en rendant aux dieux. l'enfant qui servait de lumières à ses les habitants pas. Son âme avait passé tout endans leur mémoire avec ses chants il . sur cette plage. elle allait devenir bientôt celle de toute l'antiquité. Elle était devenue l'âme de toute Grèce. ses compagnons. ils y roulèrent ci- une roche. Après qu'il eut expiré flots.

de monument ou de vaine piété ne troubla son dernier sommeil. l'île On montre seulement dans de Ghio. plus que n'aurait fait son berceau que sept villes se disputent encore.104 HOMÈRE Cette plage recouvre la tête sacrée « du divin Homère. La tombe d'Homère consacra jusque-là obscure. des temps et dans les vicissi- tudes de Nulle rivalité de funérailles. un banc de . » Ios garda à jamais la cendre de celui à qui elle avait lité. près de la ville. son monument dans ses propres vers. donné ainsi la suprême hospitacette île. Sa sépulture fut dans tous les souvenirs. La tradition de la plage où le vieillard aveugle fut enseveli se perdit heureusement dans la suite l'île.

qui se plient en entrant dans leurs se déploient anses. C'est que l'aveugle se filles. La nature. appelle l'École d'Homère. Ses filles voyaient pour lui ces spectacles. depuis mille ans. qu'on dit-on. les sommets geux de l'Olympe. et consolatrice. faisait conduire par ses et chantait et qu'il enseignait site ses poëmes. îes voiles les plages dorées des îles. les caps de l'Ionie. par ses rejetons. ou en sortant des ports. De ce on aperçoit les deux nei- mers. là.HOMÈRE pierre semblable à 105 un cirque et ombragé par un platane qui trois s'est renouvelé. la variété dont la magnificence et auraient cruelle le re- distrait ses inspirations. semblait avoir voulu cueillir tout entier dans ces spéciales inté- .

la cécité le de que les hommes attribuèrent à don d'inspirer le chant. . C'est îles depuis cette époque. pour ajouter à la l'instinct la mélodie dans l'âme et dans voix de ce pauvre oiseau. dit-on dans les l'Archipel.10$ rieurs. HOMÈRE en jetant un voile sur sa vue. et que les bergers impitoyables crevèrent les yeux de aux rossignols.

Elle consiste à souffrir et à chanter. C'est. en général.XIII Voilà l'histoire d'Homère. la destinée des poètes. La poésie est s'il un cri : nul ne le jette bien retentissant. n'a été frappé au cœur. Elle est simple comme la nature. Les fibres qu'on ne torture pas ne rendent que peu de sons. triste comme la vie. et Job n'a crié à Dieu que sur son fumier .

féroces. il Pour répondre à de lire.108 HOMÈRE dans ses angoisses. entre la vie et l'immortalité. avant que la . il comme faut que les hommes qui sont doués de ce don choisissent entre leur génie et leur bonheur. un homme à demi sau- vage. De nos jours dans l'antiquité. doué seulement de ces instincts élé- mentaires. qui formaient le fond de notre nature brute. maintenant. la poésie vaut-elle ce sacrifice? Quelle fut l'influence d'Homère le sur la civilisation. dans l'enfance ou dans l'adolescence du monde. et en quoi mérita-t-il nom de civilisateur? cette question. Et. suffit Supposez. grossiers.

vivifié. et qu'il disparaisse après en lui laissant seu- lement entre les mains les poésies d'Homère lit. la religion. sent éclore en lui des milliers de pensées. ! L'homme sauvage et un monde nouIl veau apparaît page p ar page à ses yeux. de matériel qu'il était un moment devient avant] d'avoir ouvert ce livre. d'images. les arts eussent pétri. sanctifié le cœur isolé humain. adouci. supposez qu'à un tel homme. spiritualisé. Homère lui révèle d'abord un monde . au milieu des sensuels. être il un intellectuel et bientôt après un être moral. de sentiments qui lui étaient in- connus.HOMÈRE 109 société. forêts et livré à ses appétits esprit céleste un apprenne le l'art de lire les caractères gravés sur papyrus.

une munération selon nos vertus ou nos crimes. donnée aux l'instinct le plus hom- mes comme rapproché de la vertu. Il lui apprend le patriotisme dans les exploits de ces héros qui quittent leur royaume paternel. Il lui apprend ensuite la gloire. supérieur. une ré- une expiation. mais tout cela visible et transparent sous les les. symbo- comme en la forme sous le vêtement qui la révèle la voilant. des cieux et des enfers. jugement de nos actions après justice souveraine. tout cela altéré de fables ou d'allégories sans doute. un la vie. cette passion et de l'estime mutuelle de l'estime éternelle. qui s'arrachent des bras de leurs mères et de leurs épouses pour .110 HOMÈRE une immortalité de l'âme.

par les Grecs la la vengeance des dieux dans mort précoce . . dans le sein de sa mère. et Pa- trocle. son fils. la sagesse la fidélité conjugale dans Andromaque. la patrie . il illustrer leur commune lui ap- prend les calamités de ces guerres dans les . pour patrie. à qui fils Achille rend en pleurant le corps de son Hector. assauts et les incendies de la cité troyenne il lui apprend l'amitié dans Achille dans Mentor. l'horreur pour l'outrage des morts dans ce cadavre d'Hector traîné sept fois autour des murs de Astyanax. la piété dans emmené en esclavage. la piété pour la vieillesse dans le vieux Priam.HOMÈRE aller sacrifier leur 111 sang dans des expéditions la nationales. comme guerre de Troie.

sur mer.* images de contenant toutes un sens moral. l'invention et la : beauté des arts tation des partout. l'interpréla nature. les de l'infidélité dans Hélène . le mépris pour la trahison du foyer la sainteté des domestique dans Ménélas. enfin. les vers le complet et si le bien épelé dans d'Homère. et dans le ciel si . réfléchis le l'un dans l'autre l'eau. lois.112 HOMÈRE suites d'Achille. l'utilité des métiers . que monde moral et monde matériel. comme firmament dans semblent n'être plus qu'une seule pensée et ne parler l'intelli- qu'une seule et même langue à ! gence de l'aveugle divin Et cette langue . révélé dans chacun la de ses phénomènes sur la terre. sorte d'alphabet entre Dieu l'homme.

que Rap- . A peine la mort eut-elle les interrompu ses chants divins. Homère tout pour un peuple. mais une volupté ! comme N'est-il pas évident qu'après un long et familier entretien avec ce livre. l'homme brutal et féroce aurait disparu. que chaque pensée semble entrer dans Tâme par l'oreille. ce qu'un tel poëte aurait fait le fit pour ce seul homme. et intellectuel et l'homme dans ce ainsi moral serait éclos barbare auquel les dieux auraient enseigné Homère? Eh bien.HOMÈRE encore cadencée par 113 un tel rhythme de la mesure et pleine d'une telle musique des mots. non-seulement aussi comme une intelligence.

chantres ambulants. petits en- en sorte qu'une race entière devint l'édition vivante et impérissable de ce livre universel de la primitive antiquité. emportant à l'envi chacun un des fragments mutilés de ses poëmes et les récitant de génération en génération aux fêtes publiques. ces l'oreille et la mémoire encore pleines de vers. les Smyrnéens érigèrent des temples et les Argiens lui rendirent les honneurs divins. L'âme d'un seul homme souffla pendant deux mille ans . aux cé- rémonies religieuses. aux foyers des palais ou des cabanes.m socles HOMÈRE ou les Homérides. aux écoles des fants . se répandirent dans toutes les îles et dans toutes les villes de la Grèce. Sous lui Ptolémée Philopator .

115 En 884 avant J. qui. Puis vint Solon. plus d'État que Platon. ce fondateur de la démocratie d'Athènes. et qui ces chants épars comme les Romains recueillirent plus tard les pages divines de la SybUle. Puis vint Alexandre le Grand.-C. passionné pour l'immortalité de sa renom- mée. sentit ce qu'il civilisation lir homme avait de recueil- y fit dans le génie. qui. dans et la sachant que la clef de l'avenir est main des poètes. et qui les plaçait toujours sous son chevet pour avoir . fit faire une cas- sette d'une richesse merveilleuse pour y enfermer les chants d'Homère. Lycurgue rapporta à Sparte les vers d'Homère pour en nourrir l'âme des ci- toyens.HOMÈRE sur cette partie de l'univers.

mains.116 HOMÈRE Puis vinrent les Ro- des songes divins. mœurs. n'estimèrent rien à l'égal de la con- quête des poëmes d'Homère. de toutes leurs conquêtes en Grèce. métiers. civilisation. En sorte que le monde ancien. poésie. histoire. est le tout entier littéraire dans Homère. qui enveloppèrent près de mille ans l'Occident d'ignorance. Puis vinrent les nèbres des âges barbares. religion. qui. arts. que monde . et qui ne commencèrent à se dissiper qu'à l'é- poque où les manuscrits d'Homère retrou- vés dans les cendres du paganisme redevinrent l'étude la source et l'enthousiasme de l'esprit humain. les poètes et dont tous ne furent que les échos prolongés té- de cette voix de Ghio.

monde réel trop obscur et trop com- . devant ce premier et ce dernier des chantres inspirés. l'organe de l'infini c'est ! renvoyer à Dieu ces plus souveraines facultés. de peur qu'elles n'offusquent et qu'elles les yeux jaloux ne fassent paraître le petit. et même moderne procède à moitié de que. homme. c'est mutiler l'humanité dans son plus sublime organe. Demander si un homme peut compter au rang des c'est civilisi sateurs le du genre humain.HOMÈRE 117 lui. quel qu'il ne pourrait. sans rougir. c'est renouveler le blasphème de civili- Platon c'est chasser les poètes de la sation. demander génie est une clarté ou une obscurité sur le monde. aucun soit. . 7. se donner à le lui-même tel nom de poëte.

118 HOMÈRE la paré à la splendeur de l'imagination et à grandeur de la nature ! FIN DE HOMERE .

synonyme de sagesse doctrine . . ce n'est pas un . Ce n'est pas un prophète.SOCRATE Tout le monde connaît ce nom. un petit nombre connaît sa nul ne connaît de sa vie que ses conversations et sa mort.

il parle bien. Mais il vit bien. mourir avec rance! Tel est Socrate. ce rôle dans toute que la Providence im: pose à tout vivre homme ici-bas penser juste. jus- qu'à ses faiblesses et à ses doutes. il est homme. subit tout de l'humanité. cles. ne leur im- foi.120 SOCRATE un fondateur de ne parle pas aux il révélateur. espé- honnêtement. il hommes au nom pose aucune mystères. la plus pure incarnation . c'est-à-dire qu'il accomplit simplement. il meurt bien. et dans toute son humilité sa grandeur. il ne s'enveloppe pas de ne promulgue point d'orafait ne il pas de prodiges. il il de Dieu. ce n'est pas religion ou de secte.

ait montrée à l'an- tiquité. . sa patrie.SOCRATE du bon sens que et 121 de la philsosophie pratique la Grèce.

.

vers. mais permise . car vivre. sa pour lui.II Nous ne dirons que peu de chose de vie. ici ce fut penser. le plus bel la nous raconterons dans langue où l'on doit éterniser les choses c'est-à-dire éternelles. dans la langue des Nos lecteurs trouveront peut-être quelque diversion imprévue. Nous raconterons surtout acte de sa vie. et la sa mort.

dans ce chant épique et philosophique.124 SOCRATE à l'aridité de nos récits en prose. composé par nous à un âge où l'homme chante avant de raisonner. . A vingt ans : il ne sort du notre âge cœur que des hymnes c'était quand nous écrivîmes cette mort de Socrate.

capitale politique. était d'un pauvre sculpteur et d'une sage-femme. lui donnèrent.III Socrate était d'Athènes. qui nourrissaient sa famille. artistique. de cette Grèce qui était alors surtout Il la fils capitale de l'esprit humain. avec les premières impressions de son enfance. les premières . lettrée. On assure que ces deux métiers. policée.

Le jeune Socrate eut plus de peine de mérite qu'un autre et à sculpter et plus homme à dégrossir en lui-même ce modèle du beau vail intellectuel qui fut la passion et le travie. le rechercher. l'artisan le reproduisait dans la pierre aider comme sa mère. reproduire dans l'âme comme .126 SOCRATE : vocations de son génie le scultpteur. l'homme à naître à la lumière et l'en- fanter à la vérité. de sa le La nature ne lui avait donné en formant aucune de ces noblesses ou de ces grâces corporelles dont sont doués en général ces favoris de la Providence. le comme son père adorer le beau. qui portent dans leurs traits les signes extérieurs de cette beauté et de cette vertu rayonnant .

il avait les épaules hautes et larges celles comme d'un homme destiné à transporter les blocs de marbre dans l'atelier de son père. le nez informe et relevé de railleurs. proéminent et mal ébauché. lourd de stature . . les lèvres épaisses pour la sensualité. quoique souverainement intelligent dans son expression générale. Tout ce visage. le Silène.SOGRATE de leur Il 127 àme à travers l'enveloppe des sens. le cou gros et court. les yeux front rude. était petit de taille. la tête ronde et non allongée en ovale. annonçait plutôt les instincts charnels et les appétits gros- siers de l'homme de peine que les divines aspirations de l'homme de pensée. la bouche trivialement fendue pour le rire.

qu'il fallait faire sortir à force de coups de ciseau et la plus la plus pure beauté morale immatérielle image de la vertu qui ait jamais ravi la Grèce antique. Ce fut Il l'œuvre de la vie de Socrate. ni . je la ferai sortir de moi-même. rebelle et lourde.128 C'est de cette SOCRATE forme inculte . se dit. en regardant les blocs de pierre ébauchés par le marteau de son père « : Puisque la beauté sort de » là. Il se dit en entendant raconter à sa mère les souffrances des mères qu'elle avait ac: couchées dans sa journée a Puisque l'homme physique naît avec tant de gémissements et tant d'efforts.

SOCRATE efforts ni 129 gémissements ne me coûteront et pour faire naitre l'homme intellectuel ! moral à la vérité et à la vertu » .

.

On montrait. devint promptement artiste le type idéal et exquis de beauté qu'il portait en lui éclata bientôt sous sa main en contours. dit Xénophon. son . Seulement le fils qu'artisan : . il gale gna sa vie dans père n'était l'atelier. en visages plus parfaits que les ébauches de son père.IV Socrate prit le métier de son père. en attitudes.

chef-d'œuvre d'architecture. un groupe des disciple et trois Grâces voilées sculpté avec tant de le bonheur par jeune Socrate qu'il pouvait supporter. le voisi- nage des plus divines statues de Phidias. qui ne contenait lui-même que des chefs-d'œuvre. sans trop d'infériorité. .132 SOCRATE son historien. Les Athéniens en décorèrent le portique du Parthénon.

à l'étude. il le superflu de son temps à à la lecture. Il ne don- nait à sa profession que ce qui était stricte- ment nécessaire à employait tout la réflexion.Mais Socrate aspirait secrètement à sculpter des âmes et non des pierres. la vie de sa famille . à la fré- quentation des écoles de philosophie et 8 .

il les livrait à de leurs auditeurs. élevaient alors de toutes parts dans Athènes. les autres chimériques ou pervers. et se retirait heu- reux d'avoir prémuni l'esprit de leurs dis- . Socrate promptement Il vrai du faux dans ces doctrines.134 SOCRATE d'éloquence. il leur demandait raison de tout. qu'une innombrable nuée de rhéteurs et de philosophes. les uns sages. Génie éminemment discernait sincère et critique le . Il était la terreur et le fléau il des sophistes. il s'incorporait le bien. raillait le mal. ces charlatans de sagesse. d'interrogation en interrogation les embar- rassant dans leurs réponses et les forçant promptement à la risée se contredire. n'admettait aucune de leurs affirmations sur parole . et.

SOCRATE 135 ciples contre leurs rêveries et leurs subtilités. qui ne sont que la Il les route des choses éternelles. de l'immortalité. de l'espérance. sachant bien qu'ils ne lui appartiennent pas et qu'il ne Il les emportera pas le lendemain avec lui. au contraire. pour il les vrais sages. s'asseyait comme un petit Il enfant parmi les sectateurs d'Anaxagore. Socrate sor- de leurs leçons pénétré de mépris pour choses passagères. Plein de déférence. s'y reposait et s'y purifiait seulement de . se considérait comme un voyageur l'hôtellerie qui fait une halte dans delà terre. des cette certitude tait lois. écoutait avec ravissement parler des dieux. mais qui ne s'attache la à aucun des meubles de maison. de la justice.

136 SOCRATE toutes les souillures de la matière. pour paraître bientôt plus les dieux. respectueusement devant .

et . tout le temps qu'il pouvait raisonnablement distraire de ses occupations domestiques. à corriger.VI Mais. 8. à édifier ses de toutes les classes. plus désintéressée et plus divine encore de perfectionner les autres. non content de se perfectionner luiSocrate était possédé de la passion même. Il employait à insconcitoyens truire. Souvent même.

la tête en- mains. Insensiblement ses reparties. les pour commerces philosophiques avec la premiers venus qui lui demandaient sagesse. de ses démonstrations. la la justesse profonde de la nouveauté de ses idées. simplicité toujours pénétrante. pendant des journées entières. comme un or- . la vulgarité des images ou des paraboles qu'il empruntait aux métiers les plus usuels de la vie pour élever l'âme de ses interlocuteurs aux plus subli- mes conceptions de l'esprit. il sa femme en ou- bliait les nécessités de son propre foyer pour les il méditations spéculatives dans lesrestait quelles tre les et les comme anéanti.138 SOCRATE gémissait avec raison. inattendue.

de sectes. de contro- verses. la nature. les dieux. des temples. la religion. une république libre. son gouvernement. d'académies et d'écoles où . les boutiques ouvertes des artisans. les ateliers des artistes. Dans ce beau climat où les portiques aérés l'homme vit au soleil. n'était qu'un perpétuel entretien des citoyens entre eux sur la politique. qui se tenait sur la place publique. les lois. les places. attirèrent autour de So- crate un cercle de disciples. les rues. riche. les jardins publics. de sophismes. de vérités.SOCRATE 139 fèvre se sert de la plus vile poussière pour polir le diamant. de mensonges même. était Athènes oisive. amoureuse de doctrines. étaient autant les marchés.

IZtO SOCRATE et chacun discourait avec tous. C'est ce qui que Socrate. La conversation perpétuelle était en réalité la première institution d'Athènes. ce qu'est chez Elle suppléait à nous la presse périodique depuis la découverte de l'imprimerie. et attroupait en secte ou en école les oisifs et les disciples autour du fit discoureur le plus écouté. avec cette différence. cependant. tandis que la conversation en plein air d'Athènes se changeait en dia- logues animés. que la presse parle un à un à des lec- teurs isolés et ne comporte ni le dialogue ni la réplique. quoique parlant sans cesse et . le plus corrupteur ou le plus sage enlevait des groupes d'auditeurs à ses ri- vaux. où le plus éloquent.

entendues les trines qu'ils avaient et notées pendant la vie de leur maître. 141 de tout. et qu'après sa mort ses disciples Platon et Xénophon cette écrivirent de mémoire.SOCRATE . et sous doc- forme obligée de dialogues. n'écrivit rien que ses leçons furent toutes des dialogues avec ses auditeurs. .

.

aucune des fonctions de du soldat. prit et il com- voulut montrer par son exemple . choses du monde et de contemplaIl tion exclusive des choses d'en haut. ne néla vie civile. de sous prétexte de dédain l'homme pour les d'État. du citoyen. du magistrat. qui était avant tout un homme de devoir gligea et de bon sens.VII Cependant Socrate.

. et que la défense gouvernement de sa patrie sont des devoirs obligatoires du citoyen libre dans la république. était si juste. si forte et si infaillible en lui. parce qu'elle est le sens du devoir. qu'elle lui paraissait physiquement une parole intérieure qui parlait dans sa poitrine et qu'il appelait de bonne foi son oracle lui ou son génie. c'est le meilleur moyen de et le servir les dieux. Cette conscience com- manda d'être un héros dans l'occasion penil dant les guerres de sa patrie. son principal sens. Sa conscience. et le fut.ikh SOCRATE les que servir hommes.

dispersa les vainqueurs qui entraînaient leur proie. et délivré au prix de ramena Alcibiade son sang. Athènes lui ayant décerné il prix de la valeur. le jeune Alcibiade fait ayant été prisonnier par les ennemis.VIII Au siège de Potidée. Socrate se jeta avec une poignée d'Athéniens dans la mêlée. A son le retour. proclama Alcibiade 9 .

146 SOCRATE lui. du champ de et le rapporta sur ses épaules au camp. capricieusement nommés par les démagogues. Xénophon. qu'il montra en reprenant sa pro- . même de gloire. le désintéressement d'ambition. La paix ciples. A la bataile de Délium vaincus la lâ- dans la Béotie. puisqu'il était plus brave que et plus plus jeune il beau. se précipitant à arrière-garde. releva disciples. grou- pant autour de lui les vétérans et faisant reculer l'ennemi. un autre de ses bataille. le rendit à ses études et à ses dis- L'héroïsme qu'il avait montré à l'ar- mée. lorsque Sol' crate. les Athéniens allaient périr tous par la faute ou par cheté de leurs généraux. et qu'en exposant sa vie exposait davantage.

plus rares et plus que celles de la guerre la :1a justesse la de vues. Les ami- raux d'Athènes n'ayant pu.\ SOCRATE fession. Il y montra de la politique. avaient cédé le sang des généraux pour . un injuste sup- Leur vie ou leur mort dépendait du vote de Socrate. modération. qui ce jour-là présidait le sénat. résistance inflexible aux entraînements. aux fureurs populaires. l'impartialité. aux passions. furent condamnés à plice par le peuple. après une défaite navale. Ses collègues. intimidés par les cris et par les armes de la multitude. le désignèrent 147 aux suffrages de la république pour les grandes magistratures auxquelles les vertus difficiles nommait le peuple. donner la sépulture aux citoyens morts.

Sa mort date de ce refus dans ses ennemis. sauver leur propre Socrate offrit Il la sienne pour sauver les innocents. triom- pha de la colère d'Athènes . depuis. qui n'osa pas violer en lui la loi vivante. le cœur de . Mais de ce jour la multitude cessa de l'aimer. de les avoir empêchés de commettre un crime.1£8 SOCRATE vie. et les démalui gogues ne pardonnèrent jamais.

Beaumar- chais d'Athènes. est représenté aux yeux de la multitude comme ciel un rêveur terre. Socrate. suspendu entre et demandant des oracles aux Nuées. dans cette comédie. amusa le peuple à ses dé- pens dans une comédie personnelle intitulée les Nuées. et éveillé. .IX La calomnie commença à nom. et le s'attacher à le son poëte Aristophane.

Aristophane. qui lui répondent au milieu des brouillards.150 SOCRATE divinités flottantes et insaisissables. sou- levait à la fois le rire et la colère du peuple : contre le plus sage des Athéniens le rire en accusant Socrate de s'élever plus haut que les têtes de la foule. la colère en l'accu- sant de chercher dans le ciel un dieu plus immatériel que les dieux de chair qu'elle s'était tés. premier meur- trier Ce Camille Desmoulins d'Athènes. le . en livrant le sage au ridicule. C'est la vengeance de la routine contre la pensée et du préjugé contre la sagesse. adulateur des sottises et des supersti- vil tions chères à l'ignorance du vulgaire. forgés avec ses plus abjectes crédulile Aristophane fut ainsi de Socrate.

SOGRATE livrait 151 d'avance au bourreau. des démago- . La rage du peuple comla risée mence toujours par gues. ler on commence par la dépouil- de son respect. Quand on veut tuer la victime.

Toutefois

la

philosophie ne fut pas

le

vrai crime de Socrate, ce fut la politique.

On ne

l'accusa d'impiété envers les dieux

du pays que pour masquer sous un prétexte sacré la haine qu'on lui portait à

un

autre

titre.

Deux

partis divisaient perpétuellement la

république d'Athènes. Les amis d'une sage

154

SOCRATE
pour limite
et

liberté ayant

pour garantie
ci-

des lois justes, et pour magistrats les

toyens les plus éclairés et les plus vertueux de
la

république, composaient
;

le

premier

de ces partis
les

les anarchistes, les radicaux, les adulateurs

démagogues,

de

la

multi-

tude, composaient le second. C'est le parti

qui bouleversait sans cesse Athènes. Socrate
l'abhorrait;
il

ne déguisait ni son mépris
et

pour une démagogie ignorante
lente, ni

turbu-

son indignation contre
Il

les corrup-

teurs de la république.

disait

hautement

que

la tête devait
l'État

gouverner
dans
la
le

les

membres

dans

comme
,

corps humain,
,

que l'instruction

moralité

la

vertu

étaient des conditions indispensables à l'ad-

SOGRATE

155

mission des citoyens dans les assemblées
publiques et dans les magistratures de
république
;

la

que

tirer les magistrats

au

sort,

tétait livrer la république au hasard ; qu'il
fallait les élire

avec discernement et après

des épreuves, gages de leur probité civique
et

de leur capacité.

En un

mot,

il

était par-

tisan

du suffrage populaire à plusieurs de-

grés dans la nomination des
vestis

hommes
Il

in-

de fonctions publiques.

voulait,

non

Taristocratie aveugle et souvent inique
l'aristocratie

du rang ou de la richesse, mais

divine et personnelle de l'intelligence et de
la vertu.

Ces opinions, quoique

si

sages, étaient

en ce moment d'autant plus suspectes à

gogues. que république venait à peine trente tyrans. subissait sort de tous les hommes justes dans tous les siècles. paraître regretter So- crate l'avait bravée cependant en face pen- dant qu'elle était debout.156 SOCRATE la Athènes. On . il était devenu aussi odieux aux agitateurs de nes Il la populace d'Athè- qu'il avait été le redoutable aux tyrans. c'était presque. et maintenant qu'elle était renversée. parce que sa conscience lui défendait de participer aux injustices d'en bas comme aux injustices d'en haut. et de briser le joug des que demander des conditions de d'ordre à supériorité et un peuple ivre de la liberté recon- quise. proscrits par les deux excès. aux yeux des démala tyrannie.

SOCRATE cherchait 157 un moyen de perdre cet la homme dont la modération offusquait popularité des démagogues. comme elle avait offensé quelque jours auparavant. la toute-puissance . des trente tyrans.

.

Les multi- tudes aiment les superstitions.XI Un certain Anytus. parce qu'elles . riche citoyen d'Athè- nes. qui avait concouru au renversement de la tyrannie et qui avait conquis par là la faveur du peuple s'efforçait lâchement de conserver cette faveur par les plus viles les condescendances à tous caprices et à tous les préjugés de la multitude.

Anytus et ses amis résolurent d'accuser Socrate de blasphème contre les idoles. ces divinités de la foule.160 SOCRATE sont les servilités de l'esprit et les saintetés de l'ignorance. Ainsi impriment habilement caractère divin de leur à leur passion le cause. se chargea de l'accusation d'impiété contre son ancien maître. Mélitus était un des ces tifient leur hommes qui sanc- haine aux yeux du peuple en l'attribuant à un zèle dévorant ils pour la cause des dieux. nommé Mélitus. ils placent leurs vengeances person- . Un poëte infâme. autrefois disciple de Socrate. maintenant devenu son ennemi par cette basse envie qui ne laisse pas par- donner la gloire à ceux qui ne peuvent l'at- teindre.

SOCRATE »nelles au rang des choses saintes. il avait des clients dans Le peuple n'osait plus le mé- priser. ils outragent. ils frap- pent leurs ennemis superstitieux de leur au nom du ciel. ils dénoncent. Les et bonne foi les admirent tiennent compte de la persécution comme d'une piété. . . de peur de mépriser en lui les dieux. 161 Us calom- nient. avait écrit de mauvais le livres. Il Tel était Mélitus à Athènes. mais il s'était constitué vengeur du vieux culte le ciel.

.

Socrate ne voulut pas se défendre. des nouveautés dans l'esprit le la jeunesse.XII Ce jeune homme accusa Socrate. La philosophie était suspecte au peuple parce qu'elle répandait du jour sur les mystères. sans doute parce . les magistrats. devant des croyances. d'introduire des divinités. et est que la lumière seule un attentat contre les ténèbres.

en suivant (dit Xénophon) tous les rites de la religion populaire et en offrant des sacrifices aux dieux de l'Olympe dans l'intérieur Il de sa maison et dans les temples.464 SOGRATE aurait fallu mentir. bien que ses pensées s'élevassent au-dessus des misérables symboles qu'adorait alors la Grèce. pensant que l'adoration de la Divinité était une chose fallait si sainte en elle-même. retrouva . qu'il ne pas la contrister même quand elle se trompait de dieu. et. Il avait même poussé le respect et la condescen- dance pour le culte légal de sa patrie beau- coup trop loin pour un philosophe. il n'avait jamais insulté au culte de ses concitoyens. II n'avait jamais qu'il commis d'autre impiété que de penser.

mais ! rai plutôt à Dieu qu'à vous » . leur à condition que je cesserai de philosopher. j'obéi- vous aime. Si vous me renvoyez absous. dit-il. je je vous répondrai sans hésiter vous honore et je : Athéniens.SOCRATE 165 sa conscience plus entière et plus incorruptible « devant les juges.

.

en pareil cas. se partagèrent en deux opinions. autorisait le à racheter sa vie par d'A- condamné un était exil ou par une amende à laquelle il tenu de se con- .XIII Les juges. Socrate ne fut condamné qu'à le parti la majorité de trois voix par des démagogues loi réuni au parti des fanatiques. au nombre de cinq cent cinquante-six. La thènes.

avec cette ironie légère. je me condamne mes moi-même à être nourri le reste de jours dans le Prytanée. Socrate plaisanta jusqu'au bout avec la vie et « avec la mort. portèrent sentence de mort à une forte majorité. mais amère. » Les juges. dit-il Athéniens. qui était la force. aux dépens de Ja république. mais aussi le vice de ses discours (car l'ironie blesse en convainquant). il dit Socrate après avoir entendu son arrêt. « la Ce n'est point un mal. ainsi provoqués. Athéniens! pour avoir consacré ma vie entière au service et à la mo- ralisation de ma patrie.168 SOCRATE se reconnaissant cou- damner lui-même en pable. n'y a aucun mal .

10 . ni pendant sa ni après sa mort. Je n'ai aucun ressentiment contre ce peuple ni contre ces juges. Dieu ne l'abandonne jamais. Ils vont vivre et je vais meilleur mourir. Ma mort est leur volonté. 169 vie. Dieu sort d'eux sait seul lequel a le » ou de moi.SOCRATE pour l'homme religieux.

.

XIV Sa sentence portait qu'il boirait la ciguë. So- crate passa ces jours à s'entretenir avec ses . le La loi défendait mettre à mort aucun condamné jusqu'au retour d'une galère que les Athéniens en- raient tous les tribus les ans à l'île de Délos porter au temple d'Apollon Délien. breuvage empoisonné qui donnait la mort sous la forme du sommeil.

LA MORT DE SOCRATE POËME PHILOSOPHIQUE Le soleil. dernier de ces jours et le dernier de ces entretiens . conservés par Platon dans le dialogue dont nous fîmes autrefois un poëme.172 SOGRATE Nous allons donner maintenant le amis. saints. frappant de ses feux les murs du Parthénon. Au Et bruit des c'était hymnes voguer vers retour le Pirée. Comme un On furtif adieu glissait voyait sur les mers une poupe dorée. dans la prison. se levant aux sommets de l'Hymette. ce vaisseau dont le fatal . Et. Du temple de Thésée illuminait le faîte.

Part avant que l'aurore ait éclairé les cieux. . Ou que le malheureux. les verrous. exilé du champ de ses aïeux.SOCRATE Devait aux condamnés marquer leur dernier jour. Et reprenant bientôt sa course suspendue. La foule inattentive au cri de ses douleurs Demandait en passant le sujet de ses pleurs. Frappait du front l'airain des portes inflexibles. De peur que ses rayons. portant son fils portique . Et dans les longs parvis par groupes répandue. 10. le Quelques amis en deuil erraient sous Et sa femme. Attendant le réveil du fils de Sophronique. en fermant sa paupière. Tendre enfant dont Accusant la la main joue avec lenteur des geôliers insensibles. aux vivants destinés. 173 Mais la loi défendait le qu'on leur ôtât la vie Tant que doux soleil éclairait l'Ionie. Ainsi l'homme. sur ses genoux. N'eût à pleurer deux fois la vie et la lumière. Par des yeux sans regards ne fussent profanés.

. l'heureuse Théorie Saluons-la. dit-il : cette voile est la mort ! Mon âme. Quelque nouvel Oreste aveuglé par Qu'atteignait à la fin la tardive justice Et que la terre au ciel devait en sacrifice. aussitôt qu'elle. ! : Regardez sur les mers cette poupe C'est le vaisseau sacré. Parlait d'autels détruits et des dieux blasphémés. Socrate ! et c'était toi qui. Et cependant parlez et que ce jour suprême. les flots Mais Socrate. la Et de ce Dieu sans nom. l'œil baissé. étranger dans C'était Grèce. les amis s'écoulèrent. quelque monstre odieux. quelque insensé. entrera dans le port. les dieux. la vérité ! Mourais pour pour Enfin de la prison les gonds bruyants roulèrent.17/i SOCRATE Recueillait ces vains bruits dans le peuple semés. la justice et dans les fers jeté. jetant un regard sur Et leur montrant du doigt « la voile vers Délos fleurie. . A pas lents. Et d'un culte nouveau corrompant la jeunesse.

Je suis un cygne aussi . Vous qui près du tombeau venez pour m'écouter. Voit poindre le jour pur de l'immortalité. D'un plus sublime instinct doué par Du riant Eurotas près de quitter la rive. s'avançant pas à pas vers un monde enchanté. » Les poètes ont dit qu'avant sa dernière heure le En sons harmonieux doux cygne ! se pleure : Amis. L'heureux vaisseau qui touche au terme du voyage Ne suspend pas sa course à l'aspect du rivage . Dans le port qui l'appelle il entre avec des chants. Et. de ce beau corps à demi fugitive. Sur terre en mourant elle exhale sa joie. n'en croyez rien l'oiseau fut mélodieux les dieux. L'âme. s'écoule encor de _\e 175 même : ! jetons point aux vents les restes du festin Des dons sacrés des dieux usons jusqu'à la fin. et les voiles aux vents. Mais. je puis chanter ! » . dans la la douce extase où ce regard la noie.SOCRATE Dans nos doux entretiens. couronné de fleurs. je meurs.

Depuis que de ma m'approche à grands pas. Soit qu'un cœur affranchi du tumulte des sens . Je reconnais plus tôt sa divine parole. En accents mieux compris me parle. ! Entrer d'un pas hardi dans un monde nouveau » Vous le savez. amitié secrète la muse du poète ? mais l'esprit qui fin je me parlait tout bas. amis : souvent. dès ma jeunesse. Leurs soupirs étouffés amolliraient nos âmes. me console . Était-ce quelque dieu caché dans une voix ? ? Une ombre m'embrassant d'une L'écho de l'avenir ? Je ne sais . à ces SOCRATE mots. ami trop Parle-nous d'espérance et d'immortalité — Je Or il le veux bien.176 Sous la voûte. ! : Puisque tu vas mourir. faut. des sanglots éclatèrent. Un génie inconnu m'inspira la sagesse Et du monde futur me découvrit les lois. D'un cercle plus « étroit ses amis l'entourèrent tôt quitté. mais éloignons les femmes. dit-il . dédaignant les terreurs du tambeau.

. l'invisible génie Redouble vers le soir sa touchante harmonie . écoutez donc! ce n'est plus moi. Symnias abaissait son manteau sur ses yeux Criton d'un œil pensif interrogeait les .SOGRATE Avec plus de silence écoute ses accents Soit que. ils A ce signe muet. qu'il errant sur l'onde. . ils Et sur les bords du en silence s'assirent. soudain lit obéirent. Socrate à ses amis signe de s'asseoir. Soit plutôt qu'oubliant le jour qui va finir. Le front calme et serein. mieux le son qui part d'un autre monde.. c'est lui!. l'œil fit rayonnant d'espoir. Distingue mieux la voix qui s'élève du port Cet invisible ami jamais ne m'abandonne. Gomme le nautonnier. suspendue aux Distingue bords de l'avenir. ma voix parle seule aujourd'hui. le soir. 17 comme l'oiseau. deux. Toujours de son accent Et sa voix dans mon oreille résonne. Mon âme. A mesure vogue et s'approche du bord. . » Amis.

178

SOCRATE
;

Cébès penchait à terre un front mélancolique
Anaxagore, armé d'un rire sardonique,
Semblait,

du philosophe enviant l'heureux
;

sort.

Rire de la fortune et défier la mort
Et, le dos

appuyé sur

la porte

de bronze,
des Onze,

Les bras entrelacés,

le serviteur

De doute

et

de

pitié tour à tour
:

combattu,
lui sert sa
le

Murmurait sourdement

«

Que

vertu ? »
sage,

Mais Phédon, regrettant l'ami plus que

Sous ses cheveux épars voilant son beau visage,
Plus près du
lit

funèbre au pied du maître

assis,
fils,

Sur ses genoux plies se penchait

somme un

Levait ses yeux voilés sur l'ami qu'il adore,

Rougissait de pleurer, et

le pleurait

encore.

Du

sage, cependant, la terrestre douleur
;

N'osait point altérer les traits ni la couleur

Son regard élevé

loin

de nous semblait

lire;

Sa bouche, où reposait son gracieux sourire,
Toute prête à parler s'entr'ouvrait à demi
;

Son

oreille écoutait

son invisible ami

;

SOCRATE
Ses cheveux, effleurés du souffle de l'automne,
Dessinaient sur sa tète une pâle couronne,
Et, de l'air matinal par

179

moments

agités,

Répandaient sur son front des
Mais, à travers ce front où son

reflets argentés.

âme

est tracée,

On

voyait rayonner sa sublime pensée,

Comme

à travers l'albâtre et l'airain transparents
l'autel jetant ses feux

La lampe, sur

mourants,

Par son éclat voilé se trahissant encore,

D'un

reflet

lumineux

les

frapp? et les corole.
la voile

Comme

l'œil

sur les mers suit

qui part,

Sur ce front solennel attachant leur regard,

A

ses

yeux suspendus, ne respirant qu'à peine,
:

Ses amis attentifs retenaient leur haleine

Leurs yeux
Ils allaient

le

contemplaient pour

la

dernière
!

fois.

pour jamais emporter cette voix
vague s'ouvre au

Comme

la

souffle errant d'Éole,

Leur âme impatiente attendait sa parole.
Enfin

du

ciel sur

eux son regard s'abaissa,

Et

lui,

comme

autrefois, sourit, et

commença

:

130
«

SOCRATE

Quoi! vous pleurez amis îvouspleurez quand mon âme,
la

Semblable au pur encens que
Affranchie à jamais du
vil

prêtresse enflamme,

poids de son corps,

Va s'envoler aux

dieux, et, dans de saints transports.

Saluant ce jour pur qu'elle entrevit peut-être,

Chercher

la vérité, la voir et la
si

connaître

!

Pourquoi donc vivons-nous,

ce n'est pour mourir

?

Pourquoi pour

la justice ai-je

voulu souffrir?
la vie,
-

Pourquoi dans cette mort qu'on appelle
Contre ses
vils

penchants luttant, quoique asservie.
?

Mon âme
Sans
la

avec mes sens a-t-elle combattu
la

mort, mes amis, que serait

vertu?

C'est le prix

du combat,

la céleste

couronne

Qu'aux bornes de

la course

un

saint juge

nous donne,
lui.

La voix

même

de Dieu qui nous rappelle à
!

Amis, bénissons-la
Je pouvais, de

je l'entends aujourd'hui.

mes

jours disputant quelque restes.
fois l'ordre céleste
:

Me

faire répéter

deux

Me
En

préservent les dieux d'en prolonger
esclave attentif,
ils

le

cours!

m'appellent,

j'y

cours!

!

!

SOCRATE
Et vous,
si

181
plus belles fêtes,
!

vous m'aimez,

comme aux

Amis,

faites couler des

parfums sur vos têtes
la

Suspendez une offrande aux murs de
Et. le front

prison

;

couronné d'un verdoyant feston,

Ainsi qu'un jeune époux qu'une foule empressée,

Semant de chastes
Vers
le lit

fleurs le seuil

du gynécée,

nuptial conduit après le bain,
la

Dans

les

bras de la mort menez-moi par

main

!

[

»

Qu'est-ce donc que mourir? Briser ce

nœud

infâme.

Cet adultère
'

hymen de

la terre avec l'âme,

D'un

vil

poids, à la tombe, enfin se décharger.
;

Mourir n'est pas mourir
Tant qu'il
vit,

mes amis,

c'est changer.

accablé sous le corps qui l'enchaîne,
le vrai

L'homme
Et,

vers
vils

bien languissamment se traîne,

par ses

besoins dans sa course arrêté,
la vérité.

Suit

d'un pas chancelant ou perd

Mais celui qui, touchant au terme qu'il implore,
Voit
|

du jour éternel

étinceler l'aurore,
soir

|Bomme un rayon du

remontant dans

les cieux,

il

buvant à longs traits le nectar qui l'enivre. il Du jour de son trépas commence de vivre ! — Mais mourir — Amis. qu'en savons-nous? Et quand c'est souffrir . tout bien est produit? un mal que L'été sort de l'hiver. et souffrir est un mal. sacrifice. Et cet heureux trépas. SOGRATE remonte au sein des dieux . Dieu lui-même a noué cette éternelle chaîne . le jour sort de la nuit. Consacré par le sang comme un grand serait Pour ce corps immolé N'est-ce pas par un court supplice. prêtes à la saisir. » Cependant de la mort qui peut sonder l'abîme ? Les dieux ont mis leur doigt sur sa lèvre sublime Qui sait si dans ses mains. incertaine.182 Exilé de leur sein. Et. mais je pense . des faibles redouté. l'instant fatal. L'âme. tombe avec peine ou plaisir ? Pour moi qui vis encor. je ne sais. N'est qu'un enfantement à l'immortalité. Nous fûmes à la vie enfantés avec peine.

Et pendant qu'ici-bas sa cendre est recueillie. L'accent de ce qu'on aime à la lyre mêlé. Sont moins doux à nos sens que premier transport De l'homme vertueux affranchi par la mort . Le parfum fugitif de la coupe exhalé. « Je le saurai bientôt. sa lèvre errante La saveur du baiser quand de L'amant cherche. Emporté par sa course. » L'Amour cache souvent un L'incrédule Gébès à ce discours sourit . en fuyant il oublie : De dire même au monde un éternel adieu disparaît devant Dieu Ce monde évanoui !. 183 Que des dieux indulgents la sévère bonté A jusque dans . dit Socrate. le premier salut de le l'homme à la lumière.. 11 reprit : « Oui. la lèvre le de l'amante. Comme en blessant nos cœurs de ses divines armes plaisir sous des larmes. » . SOCRATE Qu'il est quelque mystère au fond de ce silence ... la nuit. la mort caché la volupté. Quand rayon doré vient baiser sa paupière.

tout ensemble est détruit. Et Cébès en ces mots interrogea le sage : « L'âme. Socrate avec douceur inclina son visage. la matière. dis-tu. doit vivre au delà du tombeau. ô mon maître Permets-moi de répondre et non pour fafïliger.18Zt SOCRATE Il se tut. et que voilà tes suprêmes paroles. la que devient lumière clarté. fois Et tout rentre à la dans une même nuit. nous conduit au vrai jour! Mais puisque de ces bords Hélas ! comme elle tu t'envoles. » de t'interroger. si Mais l'âme est pour nous la lueur d'un flambeau. et Pour m'instruïre. Un bandeau sur les yeux. Cette divinité qui. Ou si l'âme est aux sens ce qu'est à cette lyre . le flambeau. et Cébès rompit seul le silence : « Me préservent les dieux d'offenser l'Espérance. la le Quand Quand La flamme a des sens consumé flambeau s'éteint. semblable à l'Amour.

détachant du doigt un de ses longs rameaux Qui pendaient jusqu'à terre en flexibles anneaux. sur son cou d'ivoire errant à l'aventure. Puis. 185 Quand le temps ou les vers en ont usé le bois. l'harmonie? » Et Socrate semblait attendre son génie. Quand la corde rompue a crié sous nos doigts. L'autre se promenait sur le front de Phédon. : Se parlant. la lyre la Et quand les nerfs brisés de expirante Sont foulés sous les pieds de Qu'est devenu Meurt-il avec le jeune bacchante. I . l'un à l'autre. Cherchaient une réponse et ne la trouvaient pas.SOCRATE L'harmonieux accord que notre main en tire. Et. Caressait. sa blonde chevelure.. Baissant leurs fronts pensifs et regardant la terre. « ils murmuraient tout bas où donc est Quand la lyre n'est plus. Sur l'une de ses mains appuyant son menton.. » Les sages à ces mots. en passant. pour sonder ce mystère. bruit de ces divins accords ? la lyre? et Fâme avec le corps?.

renaître tour à tour. L'oreille qui l'entend ou chanter ou gémir. Elle est l'œil immortel qui voit ce faible jour Naître. l'âme n'est pas l'incertaine lumière le Dont flambeau des sens ici-bas nous éclaire. Et qui sent hors de soi. Qui mêle aux coupes d'un « Amis. enchaîne. Pâlir et s'éclipser ce flambeau de la vie : Pareille à l'œil mortel qui dans l'obscurité Conserve le regard en perdant la clarté. » L'âme n'est pas aux sens ce qu'est à cette lyre tire : L'harmonieux accord que notre main en Elle est le doigt divin qui seul la fait frémir. blondes. L'auditeur attentif. baisser. sans en être affaiblie.186 Faisait sur ses SOCRATE genoux flotter leurs molles ondes. Et qui des sons discords que rendent tous les sens . grandir. l'invisible génie Qui juge. ordonne et règle l'harmonie. Ou dans ses doigts distraits roulait leurs tresses Il parlait en jouant la sagesse comme un vieillard divin festin.

sur l'onde errant encor. faisant au monde un magnifique Aller se rajeunir au sein brillant de Dieu. Et venaient se mêler à nos sanglots funèbres. SOCRATE Forme au En plaisir des 1S7 ! dieux des concerts ravissants le vain la lyre meurt et son s'évapore : Sur ces débris muets l'oreille écoute encore. en chantant. j'en tes Es-tu content. crois adieux. . adieu Semblait.. Comme un rayon du soir se fond dans les ténèbres. L'ombre dormait déjà sur les flancs de l'Hymette. parlons des dieux I » Et déjà le soleil était sur les montagnes. et ces . les flots et les Et. sa voile détendue dans les bois. Arrivaient jusqu'à nous sur les soupirs des airs. Les troupeaux descendaient des sommets du Taygète. Repliait. La flûte chants sur les mers. Modérant près du bord sa course suspendue. Gébès? Socrate est immortel ! — Oui. Le Githéron nageait dans un océan d'or Le pêcheur matinal. — Eh bien. rasant d'un rayon campagnes. .

Comme Il fait à l'autel le sacrificateur. Trois fois sur sa poitrine en fit ruisseler l'onde . puisa dans ses mains le flot libérateur. le versant trois fois sur son front qu'il inonde. » et se plongeant dans l'urne qui murmure. . offrir aux dieux une victime pure. de la terre et de l'air ! Tous ces êtres peuplant l'Olympe ou l'Elysée Sont l'image de Dieu par nous divinisée. d'un voile de pourpre en essuyant les flots. Ni surtout de Vénus la brillante ceinture Qui d'un nœud sympathique enchaîne Ni l'éternel Saturne ou Ni tous ces dieux du le la nature. la vie Hébé versant aux célestes lambris. Le carquois de l'Amour. Parfuma ses cheveux « et reprit en ces mots : Nous oublions le dieu pour adorer ses traces ! Me préserve Apollon de blasphémer les Grâces. mes amis voici l'heure du bain ! ! Esclaves. ni l'écharpe d'Iris. ciel. versez l'eau dans le vase d'airain Je veux Il dit .188 « SOGRATE ! Hâtons-nous. Et. Puis. grand Jupiter.

volant dans pur. degrés de l'échelle infinie Mais les brillants Qui. jette sur notre esprit î Une ombre que ce Dieu A ce titre divin ma raison les adore. pas seulement un songe du génie. grondants roule une âme un irritée ciel .SOCRATE Des lettres 189 de son nom sur la nature écrit. îi. . Que TOcéan frappant Avec ses flots sa rive épouvantée. Cet enfer et ce :Ne sont ciel par la lyre chantés. Que ces astres brillants sur nos têtes semés soleils brillants et Sont des des feux animés. Sépare et réunit tous les astres divers. » Peut-être qu'en effet. est Dans tout ce qui se meut une âme répandue . des êtres semés dans ce vaste univers. Et peut-être qu'enfin tous ces dieux inventés. le soleil Comme nous saluons dans l'aurore. un le esprit flottant sur des ailes d'azur . }ue jour est un œil qui répand le lumière . dans l'immense étendue. }ue notre air Est embaumé.

tout vit.. que la raison la foi. Par delà tous ces dieux que notre œil peut atteindre. Descendons. c'est d'être inconcevable ! Dans les lieux. créateur de tout bien.. à nos sens impalpable ! Son premier attribut. Il est sous la nature.190 SOCRATE une beauté qui le ciel. ma voix prête à s'éteindre. demain.hier. amis. remontons. I Quelque chose d'obscur Que la nécessité. Tout est intelligent. nous arrivons à lui ! Tout ce que vous voyez est sa toute-puissance. vérité. il est et au fond des cieux de mystérieux proclame.dans les temps. Et que voit seulement cet œil de l'âme l'éternité ! Contemporain des jours et de Grand comme l'infini. seul comme /'unité ! Impossible à nommer. voile sa paupière : Et qu'enfin dans sur la terre.» . C'est le Dieu de vos dieux! c'est le seul ! c'est le mien!. aujourd'hui. croyez-en. est sa Tout ce que nous pensons sublime essence î Force. tout est un dieu ! » Mais. en tout lieu. La nuit. amour.

la Qui jamais de son sein ne versait que L'artiste avait mort.SOCRATE Il 191 la voûte. Sur les flancs arrondis du vase au large bord. l'élevant dans sa main. comme un don sacré. de Psyché. Et. Socrate la reçut d'un front toujours serein. léger papillon en ivoire sculpté. L'histoire Et. Sans suspendre un moment la phrase commencée. Un . Avant de la vider acheva sa pensée. ce symhole de l'âme symbole plus doux de l'immortalité. le serviteur la des Onze poison dans coupe de bronze. fondu sous un souffle de flamme . mais un bruit retentit sous Le sage interrompu tranquillement écoute. parlait . Et nous vers l'occident nous tournons tous les yeux Hélas ! : c'était le jour qui s'enfuyait des cieux î En détournant Lui tendait le les yeux.

. Effleurer ses longs cils de sa brûlante haleine Et. en pleurs. Lui former de ses bras un amoureux ber:eau. sur ses genoux. On voyait son beau front penché sur son épaule Livrer ses longs cheveux aux doux baisers d'Éole. Formait l'anse du vase en déployant ses ailes. D'une pompe funèbre Tenter allait environnée . sensible à ses maux. Essuyant d'un soupir larmes de ses yeux. jaloux de l'Amour. assise. le Mais. Comme un désir divin que les le ciel nous inspire. Dormante. sur son sein l'enlevait dans les deux. volage Zéphire. Quittant avant l'aurore un superbe séjour. Psyché. Dans un désert affreux attendait son époux. la lui rendre avec peine. succombant sous son charmant fardeau. par ses parents dévouée à l'Amour. Et Zéphir. comme la mort ce divin hyménée le front Puis seule.195 SOCRATE Plongeant sa trompe avide en ces ondes mortelles.

Sa lampe d'une main et de l'autre un poignard.SOCRATE Ici. Et du voile nocturne à demi dépouillée. Toujours du lit Plus loin. Tombait sur le sein nu de l'amant endormi. trompant son tendre amour. Et l'on voyait trembler la lampe dans sa main. par le désir en secret éveillée. Mais de l'huile brûlante une goutte épanchée. jetait un cri soudain. . Reconnaissait l'Amour. le 193 tendre Amour. hélas ! contre un regard. L'Amour impatient. Pressait entre ses bras la tremblante Psyché. sacré fuyait avec le jour. le lit. Recevait ses baisers sans oser les lui rendre. sur des roses couché. Psyché. d'un secret effroi ne pouvant se défendre. la S'échappant par malheur de lampe penchée. Qui. De son époux qui dort tremblant d'être entendue. risquant l'amour. Car le céleste époux. s'éveillant à demi. Se penchait vers sur un pied suspendue.

19Zt SOGRATE Contemplait tour à tour ce poignard. de ses larmes touché. pour les voir de trop près ! La vierge cette fois errante sur la terre Pleurait son jeune amant. Sur les lèvres du dieu buvant des flots de vie. Pardonnait à sa faute. S'avançait dans le ciel avec timidité . . et non plus sa misère. égale aux dieux. et l'heureuse Psyché Par son céleste époux dans l'Olympe ravie. Et l'on voyait Vénus sourire à sa beauté. Mais l'Amour à la fin. offrons : d'abord aux maîtres des humains l De l'immortalité cette heureuse prémice . régner dans l'Elysée ! Mais Socrate élevant sa coupe dans ses mains « Offrons. » Tl dit et vers la terre inclinant le calice. cette goutte. Ainsi par la vertu l'âme divinisée Revient. Et fuyait indigné vers la céleste voûte : Emblème menaçant Qui profanent des désirs indiscrets les dieux.

195 versa seulement deux gouttes pour approchant le les dieux. I des dieux et des mortels La crainte ou douleur profane leurs autels.SOCRATE Comme En pour épargner un nectar précieux. Quand vient l'heureux signal de notre délivrance. de sa lèvre avide breuvage. Comme un convive avant de sortir d'un festin. le vol Amis. prenons vers eux Point de funèbre adieu ! de l'espérance ! l point de cris point de pleurs : ! On couronne ue de ici-bas la victime de fleurs joie et d'amour notre âme couronnée . L'incline lentement et le bois goutte à goutte. Le vida lentement sans changer de visage. Et. Qui de sa coupe d'or verse un reste de vin. et croyons-en notre âme la ! De l'amour dans nos cœurs alimentons L'amour est le lien la flamme . Puis. pour mieux savourer le dernier jus qu'il goûte. sur son Il lit de mort doucement étendu. Et. reprit aussitôt son discours suspendu : « Espérons dans les dieux.

Dans quellieu. à moi. quelle huile on doit répandre. les parfums précieux. doit s'enchanter soi-même ! » Relevez donc ces fronts que s'il l'effroi fait pâlir ! Ne me demandez plus faut m'ensevelir . Qu'importe à vous. qui fut moi. Qu'un atome flottant qui fut argile humaine. composé des éléments Ne sera pas plus feuille moi qu'une vague des mers. Que le feu du bûcher dans les airs exhalé. Les voix. convoquée à ce banquet suprême.196 SOGRATE comme à son S'avance au-devant d'eux. Qu'une des bois que l'aquilon promène. les instruments. Ou le sable mouvant de vos chemins foulé ! . Avant d'aller aux dieux. les Dont l'âme.dans quelle urne il fautgarder ma cendre. chants mélodieux. que ce vil vêtement De la flamme ou des vers devienne froide poussière à l'aliment ? Qu'une moi jadis unie ? Soit balayée aux flots ou bien pux gémonies divers. Ce corps vil. Sur ce corps. hyménée! Ce sont là les festons.

marchant à ses côtés..SOCRATE » 197 Mais je laisse en partant à cette terre ingrate : Un plus noble débris de ce que fut Socrate ! Mon génie à Platon à vous tous ! mes vertus ! Mon âme au justes dieux ma vie à Mélitus. mort sur ses traits répandait sa pâleur. !. Pendant cet entretien une funèbre plainte Accompagnait sa voix sur Hélas ! le seuil de l'enceinte. Suivaient en chacelant ses pas précipités. suspendus aux plis de sa robe qui traîne. le seuil Comme En au chien dévorant qui sur aboie. les pieds nus. Mais leur trace profonde avait Et la charmes. on jette aussi sa proie » Tel qu'un triste soupir de la rame et des flots Se mêle sur les mers aux chants des matelots.. . quittant le festin. Deux enfants. c'était Myrtho demandant son époux. Avec ses longs cheveux elle essuyait ses flétri ses larmes . Et. ! Que l'heure des adieux ramenait parmi nous L'égarement troublait sa démarche incertaine.

Nous vîmes une larme. d'un bras défaillant offrant ses « Je fus leur aux dieux : père ici.. abaissés rouler dans sa paupière. aux fêtes du dieu pleuré par Cythérée. De sa bouche muette avec respect le l'effleure. à votre providence!. mais vous vivez Veillez sur leur enfance » l Je les lègue. Ne pouvant de Socrate Avait respecté l'homme et profané la femme. ô dieux bons.198 SOGRATE On eût dit qu'en passant l'impuissante douleur. fils Puis. Socrate. . Partageant de Vénus les divines douleurs.. Sous ses cils et ce fut la dernière. atteindre la grande âme. Elle pleurait sur lui dans un tendre respect. Et paraît adorer beau dieu qu'elle pleure. Telle. vous ! l'êtes dans les deux ! Je meurs. la Sur le corps d'Adonis bacchante épi orée. Réchauffe tendrement le marbre de ses pleurs. De terreur et d'amour saisie à son aspect. Baisa sa joue humide et lui parla tout bas. en recevant ses enfants dans ses bras.

Était-ce de la mort la pâle majesté Ou le premier rayon de l'immortalité? Mais son front rayonnant d'une beauté sublime . Sous sa brûlante haleine en réchauffait Sonfront. et n'est pas femme encore. On voyait vers le cœur. Et qu'ouvrant sa paupière au jour qui vient d'éclore. tarie. sans force et sans couleur. Elle n'est plus un marbre. Il ne nous restait plus que son âme sortit et sa voix : Semblable au bloc divin d'où Galatée Quand une âme immortelle Descendant dans Fait palpiter son le à l'Olympe empruntée. Et ses membres roidis. En vain Phédon.SOCRATE Mais déjà le 199 poison dans ses veines versé le flot Enchaînait dans son cours du sang glacé. à la voix d'un amant. marbre cœur d'un premier sentiment.ses pieds se glaçaient sous nos doigts. Du marbre de Paros imitaient la pâleur. la glace .sesmains. la comme une onde Remonter pas à pas chaleur et la vie. penché sur ses pieds qu'il embrasse.

où portent-ils leurs pas Voilà Platon. il rêvait en silence . aux lueurs de Phœbé. ses enfants et sa ! femme ! Voilà son cher Phédon. l'œil au ciel. « Courbez-vous. et pleurez. il En mots entrecoupés parlait à des ombres. cet enfant de son Ils âme ! vont d'un pas furtif. Gomme un homme Brisant cent fois le enivré du doux jus du raisin fil de ses discours sans fin. en frappant le marbre du ! Pirée. disait-il. Jette avec son écume une voix éplorée ! Les dieux l'ont rappelé ne le savez-vous pas ? Mais ses amis en deuil. Cébès. cyprès d'Académus! le verrez Courbez-vous. Ou comme Orphée errant dans les demeures sombres. déroulant les flots de sa sainte éloquence.200 SOCRATE comme l'aurore aux sommets saisir Brillait de Didyme. Pleurer sur un cercueil aux regards dérobé. ! Se détournaient de crainte et croyaient voir un dieu Quelquefois. Et nos yeux qui cherchaient à son adieu. Puis. . vous ne plus! Que la vague.

. de mes pas. ils paraissent attendre Que voix qu'ils aimaient sorte encore de ma cendre. amis si vous saviez! » Oracles.Myrto. je vais vous parler.. Quand. amis. voyez ils ne m'entendent pas Pourquoi ce deuil? pourquoi ces pleurs dont tu t'inondes? Épargnes au moins. Platon. vous aspiriez et ma voix ! Mais que ce temps est loin Entre eux et ! qu'une courte absence ! moi. [i] Socrate eut deux femmes.. taisez-vous ! tombez. Tournes vers moi tes yeux de larmes essuyés !. ! Myrto. a jeté de distance si Vous qui cherchez Levez les loin la trace !.. comme autrefois. voix du Portique la ! Fuyez. Cébès. Oui. ! yeux. penchés sur mon lit. 201 penchés sur la mon urne.. vaines lueurs de sagesse antique clarté.tes longues tresses blondes (i). grands dieux. Xantîppe et Myrte. ! ! Nuages colorés d'une vaine Évanouissez-vous devant la vérité D'un ineffable hymen je la vois près d'éclore .SOCRATE Et.

. ombres de Dieu qui nous voilez sa face. deux. Qu'adorent impunis le vol et l'adultère Vous tous.. et qui n'a point d'autel « Quels secrets dévoilés étais. déesse de Cythère. Et ses rayons divins qui partent des déserts D'un éclat immortel rempliront l'univers ! Et vous. . qui Encore un peu de temps. Le seul Dieu que j'adore. unique. souillez les eaux... race de Jupiter.202 SOCRATE Attendez. auguste foule. Mais qui donc mystérieux génie? . Fera place au Dieu saint.. universel. Vices déifiés sur d'immondes autels. Roulant avec Terreur de l'Olympe qui croule. Dieux de chair et de sang. la terre et l'air..tu. un. grands et petits.. ! quelle vaste harmonie !. et votre Qui pruplez. dieux vivants. Mercure aux ailes d'or. trois... dieux mortels. !. quatre siècles encore. Fantômes imposteurs qu'on adore à sa place.

Sur sa lèvre entr'ouverte. la voix jusqu'aux portes des deux ? m 'accompagnant mon front comme un oiseau fidèle. L'intrépide Cébès penché sur notre ami. semblait tout à coup palpiter et courir : Comme. prêt à s'abattre aux rives paternelles. hélas ! venait mourir. Trop faible pour prêter des sons à sa pensée. qu'une simple pensée? Cependant dans son sein son haleine oppressée. Puis. aile. M'as conduit par Toi qui. Rappelant dans ses yeux l'âme qui s'évapore. voilant toujours ton visage à 203 mes yeux. ? ou la lyre. il D'un cygne qui se pose on Entre les bras d'un songe semblait endormi. Caresse encor du doux vent de ton Es-tu quelque Apollon de ce divin séjour Ou quelque beau Mercure envoyé par l'Amour Tiens-tu l'arc. ou l'heureux caducée? » Ou n'es-tu ? réponds-moi. .SOCRATE Toi qui. voit battre les ailes.

. et dit est-il « C'est un réveil ! — Ton œil voilé par des ombres funèbres — Non vois un jour pur poindre dans ténèbres — N'entends-tu pas des des gémissements ?—Non ? . était-elle.? —Ne nous trompais-tu pas? réponds L'âme — Croyez-en ce sourire.. Il resta quelque temps sans haleine et sans voix.20& SOCRATE : Jusqu'au bord du trépas l'interrogeait encore « Il Dors-tu ? lui disait-il. . La mort. en paix mon âme.. souffle partir. J'entends des astres d'or qui murmurent un nom la ! — Que sens-tu? — Ce que sent Quand. • ? ciel ! ! laisse afin !» Il dit. comme un pour — D'où viendra-t-il — Du — Encore une parole — Non. je les ! cris. — De ce monde imparfait qu'attends-tu pour sortir? — J'attends. . livrant à la terre jeune chrysalide aride. une dépouille Aux rayons de Le souffle l'aurore ouvrant ses faibles yeux. errant par intervalle. la roule du matin dans les : deux.. est-ce un sommeil? : » recueillit sa force. ferma les yeux pour la dernière fois. qu'elle s'envole elle évait la nef. immortelle!. Un faux rayon de vie.

dit-il. ne sais mais. qu'on sacrifie ! Ils m'ont guéri — Dequoi?ditCébès. .. laissant sur ses traits son « doux sourir errer. éclairait 205 son front pâle. Et. Retombant en repos sur son œil endormi. semble respirer. pleins d'un saint dictame. déjà le soleil a quitté l'horizon..SOCRATE D'une pourpre mourante Ainsi. dans un soir pur de l'arrière-saison. Aussi doux que Était-ce. Nous sentîmes en nous tomme une seconde âme!.. Ses longs cils que la mort n'a fermés qu'à demi.» Puis un léger soupir de ses lèvres coula... Sa tête mollement penchait sur sa poitrine. —De le vol la vie!. Quand Un rayon oublié des ombres se dégage les flancs d'or il Et colore en passant Enfin plus librement d'un nuage. ? Je d'une abeille d'Hybla. ! Aux dieux libérateurs.. Comme un lis sur les eaux et que la rame incline. 12 .

d'un deuil divin suivie. dans la nuit. Vint dorer son front mort des ombres du matin. Venait pleurer encor sur son amant sans vie Que la triste Phœbé de son pâle rayon Caressait. Dissipant par degrés les ombres qu'il colore. Et ses traits. De son doigt étendu montrait encore le ciel le . . sous leur ombre abaissée. Réfléchissait sur lui l'éclat de sa beauté. Et quand doux regard de la naissante aurore. . Recueillir le silence ou voiler la pensée La parole surprise en son dernier essor ! Sur sa lèvre entr'ouverte. visitant de loin le corps qu'elle a quitté. hélas errait encor. où la vie a perdu son empire. le sein d'Endymion . Comme un phare allumé sur un sommet lointain. On eût dit que Ténus. Étaient comme frappés d'un éternel sourire ! Sa main. qui conservait son geste habituel. . Ou que du haut du ciel l'âme heureuse du sage Revenait contempler le terrestre rivage. Et.206 Semblaient SOCRATE comme autrefois.

dit Tous ceux. qu'il le ne jamais permis de faire moindre tort . qu'il n'osait rien entreprendre sans avoir interroger sa conscience. Xénophon. « en effet. On n'entendait C'est ainsi qu'il autour ni plainte ni soupir. si juste. parce qu'ils trouvaient en lui les plus grands sel'ai cours pour la recherche de la vertu. mourir î xAinsi. mourut Socrate. s'est l'avis du ciel.SOCRATE Gomme un Aime astre bercé dans 207 sans nuage un ciel à voir dans les flots briller sa chaste image. si c'était là mourut. qui ont connu Socrate le regrettent encore. qu'il appelait son génie... je si l'ai dépeint tel que je l'ai vu : pieux. Je bien connu.

Tel en vérité m'a paru Socrate. si tempérant. qu'il préférait toujours ce qui était le'plus hon- nête à ce qui était faillible le plus agréable.208 SOCRATE à personne. c'est-à-dire le meilleur et par là » même le plus heureux des mortels. . qu'il si in- en prudence le ne se trompait jamais entre bon et le mauvais parti. et qu'il faisait du bien à tous ceux qui allaient à lui .

ne se dévoue pas Le 2. et surtout de la révélation chrétienne. La sagesse de Socrate n'est qu'inelle n'est elle pas assez amour. . nous ne pouvons nous empêcher de lui préférer mille fois les sagesses plus divines de l'In- de. 4 pense bien. telligence. tout en admirant avecXéno- phon la sagesse du philosophe de la Grèce. Elle assez. de la Chine.XYI Quant à nous.

ce SOCRATE complément de toute vertu et ce prix de toute vérité. même est une . il s'accommode avec les'mœurs. et croit en un Dieu unique. bien. meurt mais il meurt pour lui-même autant Sa mort que pour la vérité. malgré le supplice tout politique et nullementreligieux deSocrate. lui manque. blic des divinités adore en pu- charnelles et multiples Il formées à l'image de l'homme. Il est sage. intelligence et il providence des mondes. donne des conseils très-spiri- tuels et très-habiles de vertu à ceux qui lui en demandent.210 sacrifice. mais aussi Il il] en donne de vices et aux jeunes gens aux courtisanes. iln'est pas martyr. les croyances les vices même Il décents de son époque et de son pays.

dit-il Je suis vieux. il se moque sou- vent. Socrate témoigne peu de tendresse pour le genre humain. L'ironie. c'est l'heure de mourir à propos. attestent ce défaut de divine charité dans sa nature et dans sa sagesse. Il raille quelquefois.SOCRATE bonne fortune de sa en « 2li destinée. je n'aurais plus qu'à déchoir dans mes sens et dans mon » esprit. qu'il saisit homme de souveraine intelligence. est forme . il plaisante toujours. toujours et po u r homme d'esprit plus qu'homme de dévouement bles. à Xénophon. à ses sembla- Ses entretiens quelques sublimes qu'ils soient par moments. la qui rend la vérité même offensante. même pour sa femme ses enfants.

prendrait une vérité au piège. disciple. procède par for- interrogation captieuses. lui sans cela il ramperait souvent terre à terre. le mène de détour en détour en lui cachant avec art le but où il veut le conduire.212 SOCRATE il perpétuelle de ses dialogues. Platon. presque mais lyrique. ja- comme on Il est constamment épilogueur. comme pour il cer son interlocuteur à se couper. De ne tout ceci nous concluons que Socrate fut ni le plus sage. son divin a mis des ailes . ni le plus vertueux. ni le plus religieux surtout des philosophes de l'antiquité mais qu'il fut et le plus le plus spirituel aimable des honnêtes gens d'A- . Il prend à la fin son antagoniste par ses propres aveux.

213 qu'il sut bien penser. bien parler.SOCRATE thènes . il y eut selon nous. bien mourir. FIN DE SOCRATE <v> €L&>^ 1 . trop de prudence dans sa sagesse et trop d'habileté dans sa vertu. et qu'en un mot. mais qu'il sut aussi bien vivre. n'était La Charité pas née dans le monde.

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— Typographie A. Moussin.TABLE Homère Socbate 1 119 Coulommiers. .

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