«Parler, c’est sans doute échanger des informations; mais c’est aussi effectuer un acte,régi par des

règles précises (dont certaines seraient pour Habermas universelles), qui prétend transformer la situation du récepteur, et modifier son système de croyance et/ou son attitude comportementale; corrélativement, comprendre un énoncé, c’est identifier, outre son contenu informationnel, sa visée pragmatique, c’est-à-dire sa valeur et sa force illocutionnaire.» Kerbrat – Orecchioni, 1980: 185

Eléments de pragmatique linguistique

Les actes de langage
Objectifs de connaissance à atteindre 1. La théorie du langage performatif de J.L. Austin 1.1 Les sources de la théorie des actes de langage 1.2 Enoncé constatif / énoncé performatif 1.3 Performatif explicite / performatif primaire ( implicite) 1.4 Types d’actes de langage 1.5 Les classes d’actes illocutionnaires 2. La théorie de J. Searle: la structure des actes de langage 2.1 Règle normative / règle constitutive 2.2 Le principe d’exprimabilité 2.3 Les types d’actes de langage 2.4 Structure de l’acte illocutionnaire et règles constitutives 2.5 Critères de classification des actes illocutionnaires 2.6 Les classes d’actes illocutionnaires 2.7 Critiques de la théorie classique des actes de langage 3. L’acte illocutionnaire 3.1 Définition de l’acte illocutionnaire 3.2 Caractéristiques de l’acte illocutionnaire 3.3 Réalisation de l’acte illocutionnaire 4. La dérivation illocutoire 4.1 Fonctionnement de la dérivation illocutoire 4.2 Interprétation de l’acte dérivé ( indirect) 4.3 Marqueurs de dérivation illocutoire 4.4 Dérivation illocutoire et stratégie inférentielle 5. Conclusions sur la théorie classique des actes de langage 6. Fortune de la théorie classique des actes de langage 6.1 L’hypothèse performative et le performadoxe 6.2 La pragmatique linguistique ( intégrée) 6.3 La pragmatique cognitive et la théorie de la pertinence 6.4 Les théories centrées sur la notion d’acte de langage 7. Conclusions 8. Idées à retenir 9. Bibliographie 10. Glossaire

Les actes de langage

Ρ Objectifs de connaissance à atteindre
Formuler le but de la théorie des actes de langage et définir son objet d’étude Expliciter les distinctions fondamentales suivantes: énoncé / acte de langage; énoncé constatif / énoncé performatif; performatif primaire / performatif explicite; acte locutoire / acte illocutoire / acte perlocutoire; types d’actes / classes d’actes illocutoires. Faire la distinction et illustrer la différence entre règles normatives et règles constitutives. Démontrer l’importance du principe d’exprimabilité dans l’explication du fonctionnement des actes illocutionnaires. Etablir les différences entre les types d’actes de langage de Austin et ceux de Searle. Définir et expliquer le rôle des composantes de la structure de l’acte illocutoire. Expliquer le fonctionnement des règles constitutives dans l’accomplissement d’un acte illocutoire. Expliquer la nécessité et l’avantage des critères de classification dans l’établissement des classes d’actes illocutoires. Formuler les différences entre les deux séries de classes d’actes illocutoires (Austin et Searle). Présenter les points faibles de la théorie classique des actes de langage et justifier, si possible, les critiques formulées à cet égard. Définir et caractériser l’acte illocutoire. Relever les fondements de la distinction acte direct / acte indirect.

Prendre connaissance des approches récentes qui ont proposé des alternatives à la théorie des actes de langage. à travers les théories qui y ont eu recours. Expliquer la théorie de la pertinence et le fonctionnement du principe de pertinence en pragmatique. depuis la théorie classique d’Austin et de Searle jusqu’à l’approche psychosociologique de Goffman. Suivre l’évolution du concept d’acte de langage. Expliquer les rapports de la pragmatique avec la linguistique et les sciences cognitives. Nommer les marqueurs de la dérivation illocutoire et expliquer le mécanisme de leur fonctionnement comme indices de dérivation. . Décrire le mécanisme de l’interprétation des énoncés. Définir la stratégie inférentielle et expliquer son fonctionnement dans la reconnaissance de l’acte illocutoire dérivé.Eléments de pragmatique linguistique Définir et expliquer le mécanisme de la dérivation illocutoire.

La théorie du langage performatif de J. Austin s’élève contre la théorie descriptiviste.’Jean a perdu son train. qu’il appelle de façon péjorative l’illusion descriptive.’. mais bien au contraire.L. J. Par exemple.L. Austin 1. les énoncés: ‘Il pleut depuis trois jours. ne sont pas du tout destinées à rapporter ou à communiquer quelque information pure et simple des faits… Toutes les informations.: 41) . créent / instaurent une réalité: «On en est venu à penser communément qu’un grand nombre d’énonciations [utterances] qui ressemblent à des affirmations. conformément à laquelle la fonction du langage est de décrire la réalité: un énoncé décrit un certain état de choses ou affirme une certaine réalité et.’ sont vrais si l’état de choses évoqué s’avère être vrai et faux si l’état de choses concerné ne se vérifie pas dans la réalité. Austin constate qu’il y a des énoncés déclaratifs qui ne décrivent et n’affirment aucune réalité. Dans les conférences William James qu’il donne en 1955 à Harvard.Les actes de langage 1. vraies ou fausses.1 Les sources de la théorie des actes de langage Deux sont les sources de la théorie classique des actes de langage: l’opposition à la théorie descriptiviste (représentationnaliste pour Récanati). 1970: 38 –39) Il s’agit d’énoncés du type: Oui [je le veux ] – prononcé lors de la cérémonie du mariage Je baptise ce bateau le Queen Elizabeth Je donne et lègue ma montre à mon frère – dans un testament Je vous parie six pence qu’il pleuvra demain. il ne peut être que vrai ou faux. par rapport à cet état de choses / cette réalité. (id. ne sont pas pour autant des descriptions…» (AUSTIN.

Tu feras ton devoir maintenant.et de leur application correcte et complète. baptême. du fait que la conduite ultérieure du locuteur et de l’interlocuteur soit conforme aux prescriptions liées à l’acte de langage accompli.» (MOESCHLER & AUCHLIN.» (MOESCHLER & AUCHLIN. au contraire. des états mentaux appropriés ou inappropriés du locuteur. 2000: 136) . ce faisant. Les énoncés constatifs sont soumis aux conditions de vérité alors que les énoncés performatifs dépendent des conditions de félicité déterminées par «l’existence de procédures conventionnelles. à savoir la conviction suivant laquelle l’unité minimale de la communication humaine n’est ni la phrase ni une autre expression mais l’accomplissement de certains types d’acte (SEARLE. 2000:135). Je te prie de faire plus d’attention à ses discours. Austin opère une première distinction entre : ● énoncés (ou énonciations cf. Il fait chaud ici. 1972) et justifie l’inclusion de la théorie des actes de langage dans une théorie élargie de l’action. etc. Le taureau est en train de foncer. 1. même s’ils ne servent pas tous à décrire une réalité (ou un état de choses) peuvent être sanctionnés comme vrais ou faux: Il meurt. à instaurer une nouvelle réalité et qui ne peuvent être ni vrais ni faux mais heureux ou malheureux. parfois institutionnelles (mariage.). à la traduction) constatifs qui.Eléments de pragmatique linguistique Il s’ensuit que la fonction du langage «est tout autant d’agir sur la réalité et de permettre à celui qui produit un énoncé d’accomplir.: Je te promets de t’emmener au cinéma demain. Cette conclusion fonde la seconde source. ● énoncés performatifs qui ne décrivent aucune réalité mais servent.2 Enoncé constatif / énoncé performatif En étudiant différents types d’énoncés déclaratifs. une action. J’exige qu’on m’obéisse.

Le premier type désigne un énoncé déclaratif qui nomme l’acte accompli et qui comporte dans sa structure un préfixe qui exprime sans ambiguïté la performativité de l’énoncé: Je vous ordonne de quitter cet établissement jusqu’à ce soir. prier.3 Performatif explicite / performatif (primaire) implicite En poursuivant son analyse. tout comme ‘Je te promets que je t’emmènerai demain au cinéma. Tu finiras tes devoirs avant que ton père ne rentre. – Je déclare la séance ouverte.J’affirme qu’il fait froid ici. Austin constate également que les énoncés constatifs désignent tous des actes implicites d’assertion et qu’ils se laissent tous paraphraser par des performatifs explicites. Le second type désigne un énoncé où l’acte accompli n’est pas nommé mais il sera identifié grâce au contexte: La séance est ouverte. etc. il identifie dans la catégorie des énoncés constatifs certains qui correspondent à des performatifs même s’ils n’ont pas la structure syntaxique mentionnée:’ Je t’emmènerai demain au cinéma’ peut fonctionner comme une promesse. .Je te promets de venir ce soir. La séance est ouverte. étant d’expliciter la force performative de la phrase: Je viendrai ce soir . Il fait froid ici . Je vous demande d’ attendre encore un instant. ce qui lui permet de conclure que toute phrase est potentiellement performative. Je te prie de me ficher la paix.’ Cette remarque lui permet d’opérer une deuxième distinction entre performatif explicite et performatif primaire (implicite). à savoir: ce sont des énoncés à la 1re personne du singulier de l’indicatif présent avec des verbes du type: ordonner. le rôle des verbes performatifs du type affirmer. inviter. En même temps. déclarer. demander etc.Les actes de langage 1. Austin fait remarquer que les énoncés performatifs présentent tous la même particularité syntaxique. promettre. Je te ferai comprendre tout cela. ordonner.

Il se décompose en trois sous – actes: l’acte phonétique qui consiste en la production des sons. tantôt aux conditions de félicité (s’il se manifeste comme un performatif: ‘J’affirme que le chat est sur le paillasson’).’ Dans le cas des performatifs primaires. «(LARREYA.Eléments de pragmatique linguistique Il faut donc retenir que sont des performatifs primaires tous les énoncés dont la structure syntaxique ne contient pas un marqueur explicite de performativité (force illocutionnaire. le marqueur se retrouve dans la structure syntaxique de l’énoncé. tandis que la structure syntaxique des performatifs explicites contient ce marqueur :’ Je déclare (j’affirme) qu’il meurt’.Employé normalement afin de «provoquer certains faits bien déterminés…. qui définit ce caractère. C’est pourquoi. 1974). 1979: 19).4 Types d’actes de langage Cette deuxième distinction fait surgir une difficulté: on constate que le même énoncé peut être soumis tantôt aux conditions de vérité (s’il se manifeste comme un constatif pur: ‘Le chat est sur le paillasson.’). censé rendre compte du fait qu’un acte de langage performatif consiste à produire délibérément certains effets…La présence du trait [+VOLITION] est une seconde condition nécessaire pour qu’un énoncé soit performatif. il est nécessaire qu’il ait un caractère causateur. Dans le cas des performatifs explicites. ‘Voulez-vous du café?’ .» (id. L’élément CAUSE. le marqueur (ou formule performative) est explicité dans la représentation sémantique de l’énoncé (SADOCK. il se présente comme énoncé accomplissant un certain acte de parole. voir infra): ‘Il meurt‘. l’activité de dire ou le dire. L’examen détaillé d’un énoncé lui permet de distinguer trois types d’actes de langage: ● l’acte locutionnaire / locutoire qui représente l’activité linguistique proprement dite. l’acte phatique qui représente la combinaison des mots en phrase et l’acte rhétique qui consiste à employer les mots dans un sens et avec une .’ Je vous demande si vous voulez du café. figurerait dans la structure sémantique de l’énoncé performatif et devrait être accompagné d’un «autre trait [+VOLITION]. 1. Tout énoncé performatif se définit par son caractère sui-référentiel: en même temps qu’il représente un certain état de choses dont on vise l’instauration. le prédicat central se caractériserait par une dualité de sens – exprimée par les deux concepts causation et volition – qui rendrait difficile la paraphrase d’un énoncé performatif. Austin préfère laisser de côté cette distinction entre types d’énoncés et distinguer entre types d’actes de langage.) Dans la structure sémantique de l’énoncé.

. conséquences qui ne font pas partie intégrante de l’acte locutoire. Les exercitifs «renvoient à l’exercice de pouvoirs. etc. léguer. avertir. Il s’agit d’actes du type: questionner. phatique et rhétique qu’il inclut) qui possède une signification. condamner. et l’acte perlocutoire. coter. renseigner. 1995: 32) Cette «force» ou cette «valeur» s’appelle force/valeur illocutoire de l’énonciation et elle peut être identifiée grâce à la structure syntaxique de l’énoncé (dans le cas du performatif explicite) ou bien grâce au contexte de production de l’énoncé (dans le cas des performatifs primaires).Les actes de langage référence plus ou moins déterminée. un acte effectué en disant quelque chose. répondre. apprécier. pour différentes raisons. qui est l’obtention de certains effets par la parole. voter pour. ● l’acte illocutionnaire / illocutoire est un acte qui se superpose au premier. donc: «l’acte locutoire (et les actes phonétique. nommer.5 Les classes d’actes illocutionnaires L’objet central de la théorie des actes de langage est l’acte illocutionnaire. condamner. décréter que. ● l’acte perlocutionnaire / perlocutoire est accompli par le fait d’avoir dit quelque chose et relève des conséquences de ce que l’on a dit. etc. ou une «force» que l’acte locutoire acquiert en plus.» (BLANCHET. renvoyer. pour effrayer. 1970: 129) 1. l’acte illocutoire n’est pas une conséquence directe de l’acte locutionnaire. on peut difficilement être sûr»: acquitter. rassurer. etc. mais dont. de droits ou d’influences»: désigner. elles surviennent après. ordonner. Dire ‘La séance est ouverte’ implique un certain nombre de conséquencs: les participants se taisent.. etc. Cet acte est accompli par le fait de dire quelque chose. calculer. l’acte illocutoire où le fait de dire a une certaine valeur. Austin distingue. L’étude de cette force/valeur permet à Austin d’établir cinq classes d’actes illocutionnaires. Pour Austin.» (AUSTIN. Les verdictifs qui permettent au locuteur «de se prononcer sur ce qu’on découvre à propos d’un fait ou d’une valeur. et non de façon strictement induite par son sens littéral … le même énoncé peut être proféré pour rassurer. excommuniquer. mais une «valeur». estimer. quelqu’un prend la parole. du fait de la volonté du locuteur.

jurer de. ou que l’on prend en charge quelque chose»: promettre. Elle a été. etc. rendre hommage. critiquée par nombre de linguistes dont Searle lui-même. etc.Eléments de pragmatique linguistique Les promissifs se caractérisent «par le fait que l’on promet. parier. Les expositifs «sont employés dans les actes d’exposition : explication d’une façon de voir. faire ses adieux. conduite d’une argumentation. . souhaiter la bienvenue. 1970: 153 – 162) Cette classification n’est pas tenue «comme achevée et parfaite» (id. rapporter. donner sa parole. applaudir. etc. contracter. critiquer. se lier. remarquer. d’ailleurs. compatir. tenir pour. nier. prévenir.(AUSTIN. Les comportatifs représentent «un groupe très disparate qui a trait aux attitudes et au comportement social»: s’excuser. convenir de. postuler. remercier. argumenter. renseigner.) et soulève assez de difficultés d’interprétation. déplorer. clarification de l’emploi et de la référence des mots»: affirmer. dire.

Searle: la structure des actes de langage 2. et d’autre part. règles constitutives qui «fondent (et régissent également) une activité dont l’existence dépend justement de ces règles. 1972: 59) Les règles auxquelles se rapportent Searle sont de deux catégories: règles normatives dont la fonction est de «régir une activité préexistante.Les actes de langage 2. La théorie de J.» (SEARLE. une activité dont l’existence est logiquement indépendante des règles» On retrouve dans cette catégorie les règles de politesse qui gouvernent des formes de comportement qui leur préexistent. comparable à une action matérielle réalisée par exemple avec la main.» (id. les actes de langage ont pour caractéristique d’être accomplis par l’énoncé d’expressions qui obéissent à ces ensembles de règles constitutives. suivant des conventions. c’est adopter une forme de comportement régie par des règles. d’une série d’ensembles de règles constitutives sous-jacentes.» et qui ont la forme X compte pour Y dans le contexte C.» (BLANCHET. L’hypothèse de Searle prend donc la forme suivante: «D’une part la structure sémantique d’une langue peut être considérée comme l’actualisation.: 76) L’orientation de Searle fait que «la théorie des actes de langage concerne l’analyse de la langue et de la signification dans la prise de parole du locuteur conçue comme une véritable action. 1995: 30) .1 Règle normative / règle constitutive Searle continue la théorie des actes de langage dans la direction de la théorie de l’action car il affirme que «L’hypothèse sur laquelle repose cette étude est donc que parler une langue.

lors de la communication. et puisque tout acte de langage réalisable peut en principe recevoir une formulation exacte à l’intérieur d’une ou de plusieurs phrases (en admettant que la situation le permette). alors il est possible qu’existe une expression E. mais seulement un seul.Eléments de pragmatique linguistique 2. telle que E soit l’expression exacte ou la formulation exacte de X. etc. désire communiquer.) X. d’une double intention: communiquer à son interlocuteur le contenu de sa phrase et. chaque fois que L veut signifier (a l’intention de transmettre. et pour tout locuteur L.» (id. (REBOUL &MOESCHLER. être utilisée pour effectuer un ou une série d’actes de langage particuliers. vu sous deux aspects différents. 1972: 56-57) Ce principe exprime en fait le refus de Searle de séparer – comme Austin le fait – le sens descriptif et le sens pragmatique de la phrase: «Puisque toute phrase douée de sens peut.: 54 –55) Du principe d’exprimabilité découlent deux autres éléments qui sont devenus les notions centrales sur lesquelles s’appuie la théorie de Searle: celle d’intention et celle de convention. il s’ensuit que l’étude de la signification des phrases et l’étude des actes de langage ne forment pas deux domaines indépendants. promettre de venir et b.faire reconnaître cette intention par la production de la phrase «Je te promets de venir demain» en vertu des règles conventionnelles qui gouvernent l’interprétation de cette phrase dans la langue commune. faire reconnaître à ce dernier cette première intention grâce à des règles linguistiques conventionnelles qui fixent la signification de la phrase et font reconnaître cette première intention par la production d’une phrase en vertu des règles conventionnelles qui gouvernent l’interprétation de cette phrase dans la langue commune.» (SEARLE. en même temps. principe selon lequel tout ce que l’on veut dire peut être dit: «Pour toute signification X. 1998: 30) . Searle affirme que tout locuteur est animé. le locuteur poursuit une double intention: a.2 Le principe d’exprimabilité La première contribution de Searle à la théorie austinienne est la formulation du principe d’exprimabilité. en produisant l’énoncé ‘Je te promets que je viendrai demain’. Par exemple. de par sa signification même.

dans la classification des actes d’Austin. ● référer et prédiquer = effectuer des actes propositionnels. illustre justement cette distinction.Les actes de langage 2. en fait de l’acte illocutionnaire. phrases) = effectuer des actes d’énonciation. 2. l’acte rhétique. La formule canonique de l’acte illocutionnaire F(p). etc. poser une question. Vu que. Le rapport entre les trois premiers types d’actes se manifestent de la manière suivante: il arrive parfois de produire des actes d’énonciation sans pour autant produire des actes propositionnels ou illocutionnaires. ordonner. qui introduit le sens. Searle propose une autre classification qui marque plus clairement la distinction entre les différents types d’activités langagières ● énoncer des mots (morphèmes. Il est assez difficile de produire un acte propositionnel sans produire en même temps un acte illocutionnaire et il est impossible de produire un tel acte sans produire un acte propositionnel. ● affirmer.3 Les types d’actes de langage Searle se consacre. = effectuer des actes illocutionnaires. Searle a des doutes sur l’existence des actes perlocutionnaires mais il les accepte dans des termes semblables à ceux d’Austin. Dans l’énoncé ‘Je promets que je viendrai’. je promets = marqueur de force . Cette distinction met en évidence que proposition (contenu propositionnel) et acte illocutionnaire ne sont pas confondus. à l’étude de la structure des actes de langage.4 Structure de l’acte illocutionnaire et règles constitutives Une autre contribution importante de Searle consiste à distinguer dans la structure d’un énoncé ce qui relève de l’acte illocutionnaire luimême et qu’il appelle le marqueur de force illocutionnaire et ce qui relève du contenu propositionnel et qu’il appelle le marqueur de contenu propositionnel. était partie constitutive de l’acte locutionnaire. par la suite. où F est la force illocutionnaire et p le contenu propositionnel.

La formule de Searle partage l’acte de langage en un «vouloir dire» (=F) et un «dire» (=p) Le contenu propositionnel représente l’action dont le locuteur demande la réalisation ou affirme l’existence.promesse. 1981: 153-162) Le sens d’un énoncé est déterminé par l’adjonction d’une force illocutionnaire à un certain contenu propositionnel.) Le propre de la force illocutionnaire et d’être reconnue et comprise.pour des raisons qui le concernent – refuse d’ouvrir la fenêtre et. ● les conditions sur le contenu propositionnel précisent le caractère de l’action dénotée. c’est-à-dire l’atteinte de l’effet perlocutionnaire de l’acte illocutionnaire. ou bien il peut être contraire: en demandant à quelqu’un ‘Ouvrez la fenêtre!’ celui-ci . d’après Austin) Elles assurent l’accomplissement de l’action dénotée dans le contenu propositionnel. (VANDERVEKEN. l’acte n’est pas accompli. ● les conditions préparatoires portent sur la capacité de l’interlocuteur d’accomplir l’action demandée. impérative). ● le mode d’accomplissement reflète l’attitude du locuteur face à l’interlocuteur au moment de la réalisation de l’action. etc. LYONS (1980:351) attire l’attention sur la distinction entre l’effet perlocutionnaire désiré (par le locuteur) et l’effet perlocutionnaire réel (la réponse de l’interlocuteur). qui appartient au sens de l’énoncé (meaning of the sentence) et qui rend possible la reconnaissance du type d’acte accompli (ordre.Eléments de pragmatique linguistique illocutionnaire. je viendrai = marqueur de contenu propositionnel. (SEARLE. 1988: 107 –129) . interrogative. ● le degré de puissance indique l’intensité avec laquelle le locuteur désire l’accomplissement de l’action dénotée dans le contenu propositionnel. La force illocutionnaire est une valeur (conventionnelle) abstraite. dans ce cas. ● la condition de sincérité exige que le locuteur désire ou veuille sincèrement l’accomplissement de l’action concernée. 1972: 69) Toute phrase se caractérise par un potentiel de force illocutionnaire (= le type de force illocutionnaire associé à cette phrase en vertu de sa modalité: déclarative. et un potentiel de contenu propositionnel (= le type de contenu auquel la phrase est associée par sa signification descriptive) La conjonction de ces deux potentiels constitue le potentiel d’acte illocutionnaire de la phrase (RECANATI. La reconnaissance et la compréhension sont le fait de l’interlocuteur et constituent l’effet illocutionnaire (= «faire en sorte que soit compris le sens de ce qui est dit et la force avec laquelle c’est dit». La force illocutoire présente plusieurs composantes à l’aide desquelles on peut identifier les différentes valeurs qu’une même force peut acquérir suivant le contexte: ● le but illocutionnaire détermine la direction d’ajustement (voir infra) et se définit par la tentative linguistique du locuteur de déterminer la réalisation de l’action mentionnée dans le contenu propositionnel. attribuée aux expressions linguistiques.Ce dernier peut correspondre au premier et dans ce cas l’acte est accompli: en demandant à quelqu’un ‘Ouvrez la fenêtre!’ celui-ci ouvre effectivement la fenêtre. prière.

la direction d’ajustement entre le mot et le monde. ● les règles préliminaires qui portent sur le savoir ou la croyance du locuteur concernant les capacités. les statuts respectifs du locuteur et de l’interlocuteur et leur influence sur la force illocutoire de l’énoncé. Searle décrit / établit «les conditions nécessaires et suffisantes» pour qu’un acte soit accompli «avec succès et sans défauts. 1985: 31) 2.» (1972: 72) Ce sont les règles constitutives d’un acte illocutoire: ●les règles préparatoires qui portent sur la situation de communication (les interlocuteurs parlent la même langue. ● la règle de contenu propositionnel précise la nature du contenu de l’acte à accomplir. 2000: 138-139) . 1982: 49) C’est pourquoi il entreprend d’abord l’établissement d’un ensemble de douze critères censés permettre une classification objective et pertinente : le but de l’acte illocutoire. ils parlent «sérieusement» etc). les différences dans le contenu propositionnel déterminées par des mécanismes liés à la force illocutoire. le style de l’accomplissement de l’acte. les relations de l’énoncé avec les intérêts du locuteur et de l’interlocuteur. les différences entre les actes qui passent nécessairement par le langage et ceux qui peuvent s’accomplir avec ou sans le langage. L’absence de principes clairs et cohérents fait que les classes d’Austin «se recouvrent largement entre elles et certaines même manquent complètement d’homogénéité. les états psychologiques exprimés.» (SEARLE. intérêts et intentions de l’interlocuteur ainsi que la nature du rapport entre les interlocuteurs.Les actes de langage Une fois constituée la formule canonique. ● les règles d’intention et de convention qui décrivent les intentions du locuteur et la façon dont il les met en application grâce à des conventions linguistiques (in MOESCHLER. la différence entre les actes institutionnels et les actes non-institutionnels. la force avec laquelle le but illocutoire est représenté. ● la règle essentielle spécifie le type d’obligation contractée par le locuteur ou l’interlocuteur par l’énonciation de l’acte en question.5 Critères de classification des actes illocutionnaires Searle a reproché à Austin que sa classification des actes illocutoires n’est pas une classification d’actes mais une classification de verbes qui ne s’appuie pas sur des principes clairs. les relations au reste du discours. (in MOESCHLER & AUCHLIN. ● la règle de sincérité définit l’état psychologique du locuteur. l’existence ou non d’un verbe performatif correspondant à l’acte illocutoire.

Selon lui. construite sur l’état (théorique) judicatif et l’état (pratique) volitif des deux participants à la séquence discursive. ordre. à savoir: ● Le but illocutionnaire représente la finalité de l’acte illocutoire.» (id. .» ● L’état psychologique exprimé par le locuteur ou. Ce critère correspond à la condition de sincérité des règles constitutives. le but illocutoire est divisé en l’intention illocutoire du locuteur qui exprime son intention d’accomplir un acte illocutoire et l’intention de communication de celui-ci qui exprime son intention de faire comprendre à l’interlocuteur son intention de réaliser un acte illocutoire. correspondant à la condition de contenu propositionnel. ELUERD (1985:167) n’accepte pas ce critère en vertu du fait que «le monde ne saurait s’ajuster aux mots. PARRET reproche à Searle de ne considérer comme pertinent qu’un seul état de choses (le désir) et que ce seul état soit celui du locuteur (1979 :86) L’auteur apprécie que. ● La direction d’ajustement détermine le rapport que l’acte illocutoire introduit entre l’état de choses et les mots qui le désignent (le contenu propositionnel). pour certains actes illocutoires. ou par soi-même. Le but illocutoire peut être commun à plusieurs types d’actes (promesse. quatre seulement sont considérés comme réellement opératoires pour cette classification.: 89). H.puisque c’est par et dans le langage ordinaire des mots que nous advient un monde humain. il fait partie de la force illocutoire (voir supra) mais ne la recouvre pas et exprime l’essai du locuteur de faire quelque chose par son interlocuteur. ni les mots s’ajuster au monde.» (id. l’attitude du locuteur à l’égard du contenu propositionnel. par exemple) qui se distinguent cependant par leur mode d’accomplissement. d’une façon générale. sont pertinents au moins deux états psychologiques: l’état judicatif et l’état volitif du locuteur et également de l’interlocuteur: «L (ou I) juge que p et L (ou I) désire que p.) ● Le contenu propositionnel. «… tout acte de langage repose sur une attitude de L et de I.Eléments de pragmatique linguistique De ces douze critères.Dans les études ultérieures.

état psychologique = intention: promettre. prier. remercier. 2. le souhait. direction d’ajustement = des mots au monde et du monde aux mots. etc. direction d’ajustement = des mots au monde. etc. critiques.etc. prédire. description. état psychologique =celui qui est manifesté par le but illocutoire: s’excuser. faire vœu. reproches par nombre de spécialistes qui ne lui ont épargné aucune des insuffisances ou des erreurs d’interprétation. direction d’ajustement = des mots au monde.6 Les classes d’actes illocutionnaires Sur la base de ces quatre critères. plaider. direction d’ajustement = des mots au monde. faire serment. état psychologique exprimé = la croyance que p: affirmer. soumise à maint analyses. et ne cesse de l’être. formulation. demander. Les promissifs: but illocutoire = obliger le locuteur à faire quelque chose. féliciter.c’est-à-dire l’ensemble constitué des études des deux philosophes du langage. état psychologique = n’est pas pertinent. . etc.7 Critiques de la théorie classique des actes de langage La théorie des actes de langage . avertir. Austin et Searle . Les expressifs: but illocutoire = exprimer un état psychologique. solliciter. Les directifs: but illocutoire = essayer de faire quelque chose par l’auditeur.Les actes de langage 2. état psychologique = la volonté. supplier. etc. direction d’ajustement = ce critère n’est pas pertinent. le désir: ordonner.a été. Les déclarations: but illocutoire = provoquer un changement par notre déclaration. Searle établit les classes d’actes illocutoires suivantes: Les assertifs: but illocutoire = engager la responsabilité du locuteur sur l’existence d’un état de choses.

il ne reconnaît que quatre types d’énoncés performatifs: ceux «où un verbe déclaratif-jussif à la première personne du présent est construit avec un dictum»: J’ordonne que la population soit mobilisée’. reproche à Austin «la performativité généralisée» à laquelle conduit sa dichotomie car cela mènerait «à universaliser la dépendance contextuelle. du fait qu’Ego prononce une formule contenant le verbe à la première personne du présent … un énoncé performatif «doit nommer la performance de parole et son performateur» Un énoncé performatif «est par lui.» (1979 a :165) ● BENVENISTE n’accepte pas la théorie de la performativité austinienne (1966: 267 –276) car pour lui. X est nommé ministre plénipotentiaire’. S’y ajoute la qualité de l’énoncé d’être acte. par exemple. Pour Benveniste. ‘Je m’engage. En conséquence. ‘Je promets’. un énoncé est performatif en ce qu’il dénomme l’acte performé. il faut recourir à ce que montre le fait de leur énonciation dans un contexte. ● RECANATI. ‘Je nomme X directeur’. Benveniste choisit le critère linguistique formel. tantôt une requête. quel qu’il soit.:105) apprécie que Benveniste «voit une différence de nature là où il y a une différence de degré. tantôt une supplication et pour déterminer entièrement le sens de ces diverses occurrences. ceux qui posent «un engagement personnel» pour les locuteurs qui les énoncent: ‘Je jure’. ceux qui associent «la construction du verbe avec un complément direct et un terme prédicatif»: ‘Je vous proclame élu’. «celui qui le prononce accomplit l’acte en le dénommant.» Rien de pareil dans le cas des performatifs primaires. ce qui revient à le considérer comme un fait qui a lieu dans un contexte (car un acte de discours est un fait) … la phrase-type ‘ferme la porte’ sera. il est l’acte.Eléments de pragmatique linguistique La théorie de la performativité a été critiquée par nombre de linguistes.’(id. puisque pour comprendre un énoncé. c’est-à-dire de se poser intrinsèquement comme acte. il faut déterminer quel acte de discours son énonciation constitue.» Si Austin choisit l’extension de la catégorie. le critère formel – la structure syntaxique de la phrase – est le critère de base pour la classification des énoncés en performatifs et non-performatifs.même un acte».) Récanati (1979 a.’La chaire de botanique est déclarée vacante’. avec des arguments différents. tantôt un ordre. . les énoncés qui se «réduisent au dictum «mais renvoient à un acte légitime d’autorité: ‘M. ‘Je vous déclare coupable’. selon les occurrences.

) En énonçant une formule performative. totalement intégré à l’énoncé qu’il commente. ils ne sont pas utilisés pour décrire l’état de choses qu’ils représentent. Récanati aboutit à la conclusion que. le locuteur dit quelque chose: «il parle de l’acte illocutionnaire dénoté par le verbe performatif «ordonner’.Les actes de langage Dans le cas des peformatifs explicites. . A l’encontre de cette thèse. Cela prouve que le préfixe performatif n’est pas «un quasi-commentaire» s’ajoutant à un énoncé «complet pour en spécifier la force. comme c’est le cas lorsqu’il figure en incise. le deuxième n’a plus cette structure car le performatif primaire correspondant à’ je t’interdis de venir ‘n’est pas ’viens’ mais’ ne viens pas’. ils ne l’indiquent pas. n’est rien d’autre qu’un quasi. la théorie classique des actes de langage considère que la force illocutionnaire indiquée par le préfixe performatif ne fait pas partie du sens de l’énoncé – concentré uniquement dans le contenu propositionnel dénoté par le dictum (la complétive dénotant l’état de choses dont on vise la réalisation) – mais elle est ajoutée à cet énoncé et ne change en rien le contenu descriptif de celui-ci. conformément à laquelle l’emploi de formules telles Je t’ordonne de….) L’emploi des préfixes performatifs pour expliciter la force illocutionnaire attribuée à un énoncé est dû à une convention pragmatique. etc. promettre. en français. 1981: 53) Il s’ensuit que la proposition principale. prier. «la valeur descriptive de ces énoncés (préfixes performatifs) est subordonnée à leur fonction indicative : bien qu’intrinsèquement doués d’un sens descriptif. pour Austin et pour Searle. STRAWSON est du même avis: « … le verbe ne sert pas tant à attribuer au locuteur une certaine intention qu’à rendre explicite… le type d’intention communicative qui anime sa parole» (in RECANATI.» (id. dans un performatif explicite. l’acte de ordonner. RECANATI soutient que le préfixe performatif n’est pas un simple marqueur de la force illocutionnaire bien au contraire.» (id. Je te prie de…. conseiller. et il n’est plus d’aucune façon éliminable. mais en vertu de la convention descriptive qui fait que «le verbe performatif dénote. Récanati s’appuie sur les arguments suivants: En analysant la structure des performatifs explicites ‘Je te prie de venir’ (en relation avec le performatif primaire’ Viens. en employant une formule performative. Je te promets de…. si le premier pourrait être constitué du préfixe performatif ‘je te prie’ et du performatif primaire correspondant ‘viens’. il fait partie du contenu propositionnel de l’énoncé.:106) Cette convention fait que.prier. équivaut à la réalisation de l’acte dénoté par le verbe. Il affirme que.» (id.mais pour accomplir un acte de communication dont cet état de choses serait le contenu. donc à l’accomplissement de l’acte ordonner.) En l’employant. je te prie’) et ‘Je t’interdis de venir’. le locuteur dit accomplir un certain acte et il l’accomplit effectivement en disant qu’il l’accomplit. (id.commentaire.: 73–74) Les verbes performatifs nomment l’acte illocutionnaire accompli par l’énonciation de la phrase qu’ils introduisent. le locuteur accomplit l’acte illocutionnaire dénoté par le verbe (ordonner. conseiller etc.) non pas en vertu d’une convention pragmatique associant ce verbe à cet acte.» a un contenu: il signifie «je t’ordonne.» (id. Le performatif «je t’ordonne de.» (1981: 52) Pour défendre sa théorie. et il dit qu’il l’accomplit.

: 109) Pour interpréter une parole.Eléments de pragmatique linguistique «… en énonçant un performatif explicite. la structure est: ORDRE (départ de l’auditeur). est «l’ordre de…» Un acte de parole est indirect.»(id. Cet acte..diffère radicalement. on ne peut pas asserter sur l’avenir.»(id. indirect donc.tu entends?. l’acte illocutionnaire est dénommé par un performatif explicite et toujours indirect.: 189-190) «Le préfixe performatif n’est pas globalement un indicateur et ‘je t’ordonne de partir’ a. En vertu de cette différence systématique entre le contenu de l’acte et le contenu de l’énoncé.: 108) Un énoncé ne peut pas décrire sa propre force illocutionnaire. N’étant pas un simple indicateur pragmatique. Un performatif explicite injonctif a une force illocutionnaire compatible avec le potentiel. 1965: 43) ne peut pas représenter sa force illocutionnaire directe (déclarative). il est toujours nécessaire de faire une inférence. et non que je t’ordonne. le performatif explicite décrit sa force illocutionnaire indirecte. «en disant que je t’ordonne de partir. j’exige que tu ne quittes cet appartement’ (Courteline. (id. D’un autre côté. Il s’ensuit que l’acte inféré viole cette règle et il s’agit donc d’un autre acte qui respecte le principe conversationnel.» (id. compatible avec le potentiel de la phrase. non pas à cause de sa force. de ce qu’il est pour Searle et alii: (ordre de partir donné par le locuteur à l’auditeur)» (id.(id. dans notre analyse. c’est-à-dire la force illocutionnaire qu’il possède directement. des phrases déclaratives. un performatif explicite tel ‘mais j’exige. le même potentiel de force illocutionnaire que ‘il t’ordonne de partir’. leur énonciation a pour but de donner existence à un acte en informant le récepteur de l’existence de cet acte. à savoir l’ordre. s’il ne coïncide pas avec celui de l’énoncé.. même explicite. linguistiquement parlant. ce qui revient à dire que l’acte de parole dont un performatif explicite représente l’accomplissement n’est accompli que de façon indirecte par l’intermédiaire d’un premier acte de parole consistant à dire qu’il est accompli.: 106) Il s’ensuit que les performatifs explicites se caractérisent par une dualité illocutionnaire: ces énoncés donnent directement l’information qu’un certain acte illocutionnaire est en train d’être accompli. de sorte que le potentiel d’acte illocutionnaire de je t’ordonne. . le contenu de l’acte ne coïncide jamais avec la proposition exprimée par l’énoncé. neutre. En échange. le locuteur déclare qu’il accomplit l’acte illocutionnaire dénoté par le verbe…» et il l’accomplit effectivement car «l’acte en question est précisément de ceux qu’on accomplit en disant qu’on les accomplit. Celle-ci repose sur l’idée que le locuteur respecte le principe de littéralité selon lequel «on ne doit pas énoncer une phrase ayant un certain potentiel d’acte illocutionnaire si l’on n’a pas l’intention d’accomplir un acte illocutionnaire relevant de ce potentiel. mais à cause de son contenu. à savoir celui que confère à toute phrase déclarative sa modalité. j’ordonne que tu partes. Donc. conformément aux règles et maximes qui gouvernent la conversation. tout comme ‘ne quitte cet appartement ‘ ne représente pas le fait qu’il est un ordre.: 154) Un performatif explicite a un potentiel assertif et l’on infère donc que l’acte relève de ce potentiel.: 162) Pour Austin et Searle. le prétendu préfixe performatif contribue à déterminer le potentiel de contenu propositionnel de la phrase complète.

Le verbe V est doué d’un sens1 en vertu duquel il peut être employé à la première personne du présent pour accomplir l’acte illocutionnaire A. où l’on peut distinguer quatre étapes: I-re . Au point de vue de la seconde distinction. Dans un ouvrage sur l’impératif. en vertu duquel il dénote A. C. II e. le verbe V acquiert un deuxième sens2. le rôle des verbes du type ‘affirmer. demander. en usant des arguments suivants: La dichotomie austinienne performatif / constatif repose sur une différence de rapports instaurés entre ces énoncés et la réalité. De la sorte. Grâce à cette nouvelle distinction.» En énonçant j’ordonne… le locuteur dit qu’il ordonne «parce qu’une convention descriptive du français associe le verbe ordonner à l’acte ordonner et cette convention descriptive présuppose la convention pragmatique en vertu de laquelle dire j’ordonne c’est ordonner. L’emploi de «je V» pour faire l’acte A devient conventionnel III e. En prononçant l’énoncé ‘Sors tout de suite!’. par le verbe performatif. dans certains cas au moins. «La représentation . tout énoncé reçoit en structure sous-jacente un verbe performatif ayant toutes les propriétés requises par un performatif explicite. le locuteur accomplit non seulement un acte locutionnaire (prononcer la phrase) . mais à partir de la thèse de la «dérivation délocutive». de l’acte illocutionnaire qu’il dénote est un effet second. Par dérivation auto – délocutive. toute phrase devient potentiellement performative. mais aussi l’acte illocutionnaire ‘ordonner’. est relu comme décrivant l’acte A.: 121) La performativité austinienne s’est vue mise en cause par d’autres linguistes et chercheurs de ce domaine. est l’aboutissement d’un processus complexe. le même énoncé est un performatif primaire qui a la force illocutionnaire d’un ordre. (id. DOBROVIE-SORIN (1985) critique la performativité. A la suite de cette dérivation. dans la formule conventionnelle servant à faire l’acte A. Tandis que le second terme sert à désigner des énoncés qui participent à la description vraie ou fausse de la réalité. IV e.» (1972: 111 –112) L’hypothèse de Ducrot montre qu’un performatif explicite.le premier désigne des énoncés constitutifs d’une réalité. La formule «je V» devient ainsi un «performatif explicite» servant à accomplir un acte illocutionnaire et décrivant son accomplissement. . Conformément à cette thèse. à partir de son emploi conventionnel pour l’acte A. ordonner’ étant de rendre explicite la force performative (illocutionnaire) de la phrase. l’énonciation d’un énoncé du type’ j’ordonne de ’ ne signifie pas l’accomplissement de l’acte ordonner.Les actes de langage L’indirection des performatifs explicites est soutenue par DUCROT aussi. le verbe V.

les opérations énonciatives qui permettent de dire s’il indique ou non la force illocutionnaire. d’une qualification de l’acte – une injonction – antérieure au moment de l’énonciation de ‘je te demande’ (le présent qu’il exprime n’est pas le présent de l’énonciation).performatif concerne non pas le sens. tantôt performatif. apparemment.mais le type de réalité désignée et l’activité langagière … un verbe performatif pourra désigner l’activité langagière que le sujet parlant est en train d’accomplir. Il s’ensuit que « non seulement ils (les performatifs) ne sont pas nécessaires pour qu’un certain acte de langage soit accompli. »(id. tantôt descriptif. ce sont uniquement les conditions de sa production. L’auteur cite Ducrot.Tu ne mettras plus cette robe.’. Ces exemples remettent en discussion l’hypothèse suivant laquelle c’est la forme syntaxique qui détermine la force illocutionnaire.» (id. On ne peut pas déterminer la valeur performative de certains verbes en s’appuyant seulement sur leur forme morphologique (première personne singulier de l’indicatif présent). pour lequel ce n’est pas la forme syntaxique mais les opérations énonciatives qui déterminent si un énoncé est performatif. Il s’agit plutôt d’une description.: 36) Les énoncés ayant un performatif dans leur structure sont systématiquement ambigus: suivant le contexte.Eléments de pragmatique linguistique Mais la théorie des performatifs abstraits et la forme syntaxique canonique du verbe performatif (explicite ou implicite) soulèvent quelques problèmes.Je te demande de ne plus mettre cette robe. ils ont ou bien une valeur performative ou bien une valeur assertive. De même. je te le demande’ (avec un performatif disloqué) a la force d’une demande véritable et non pas d’une description. . La présence d’un verbe performatif n’entraîne donc pas nécessairement l’accomplissement de l’acte de langage qu’il désigne. . la présence du verbe performatif n’exprime pas toujours la force illocutionnaire qu’il serait censé exprimer. A la différence de l’énoncé mentionné. mais les opérations énonciatives qui la déterminent.Qu’est ce que ça veut dire? .: 38) Il y a énoncé performatif chaque fois qu’on peut poser une coïncidence entre la force illocutionnaire de l’énoncé et la force illocutionnaire exprimée par le verbe. «Un verbe performatif a un sens. ce n’est pas elle. Je te demande de ne plus mettre cette robe exprime. Un verbe performatif peut rendre le sujet identifiable au sujet énonciateur et dans ce cas seulement il peut avoir un emploi performatif. En réalité.: 37) Cette interprétation rappelle celle de Bérendonner (1981) et induit la conclusion que le même énoncé. La force illocutionnaire existe indépendamment du sens de la phrase: même si elle peut être épuisée par le sens. mais ils ne sont pas suffisants (ils ne conduisent pas automatiquement à cet accomplissement).» (id. ‘Ne mets plus cette robe. fonction des opérations énonciatives. et ceci même dans le cas où l’acte accompli est celui exprimé par le verbe. l’énoncé n’a pas de valeur performative. ce n’est jamais le sens qui indique ce qui arrive. serait. :36) Et aussi:«…la différence performatif / non. (id. en l’occurrence’ je te demande de ne plus mettre cette robe’. Dans une suite dialoguée comme: . une demande.

» (id. s’il vous plaît?’ ‘Veuillez sortir. s’il vous plaît!’ a une valeur illocutoire injonctive explicite tandis que ‘Il fait chaud ici. La deuxième solution interprète les actes dont l’accomplissement est explicitement marqué dans l’énoncé comme intrinsèquement différents des actes implicites. signification / valeur illocutoire. assimilée toujours à la dénotation des objets. réalisée indirectement . On a vu comme il est difficile de ranger une valeur illocutoire du côté de l’explicite ou bien de celui de l’implicite. s’il vous plaît!’. grâce à son caractère conventionnel (il «pourrait être explicité par une formule performative. marqués dans les énoncés. partager les valeurs illocutoires en deux classes: illocutoires explicites / illocutoires implicites. La difficulté de résoudre le problème réside dans le fait que la théorie austinienne pose en principe l’opposition explicite / implicite. des traits inhérents du ‘sens littéral’.Les actes de langage Une autre critique à l’adresse de la théorie des actes de langage est formulée par A. La première solution prend pour hypothèse que toutes les valeurs illocutoires sont des composants des signifiés d’énoncé. elle rend compte du fait que le langage sert à agir sur l’interlocuteur. etc.) Dans cette perspective. L’énoncé ‘Ouvrez la fenêtre. une même valeur illocutoire aura deux interprétations. l’illocutoire perd son originalité. L’illocutoire s’oppose en même temps au perlocutoire. suivant sa réalisation directe ou indirecte.’ a toujours une valeur illocutoire injonctive mais implicite (dérivée). constructions syntaxiques. ce qui mène en fait. etc. BERRENDONNER (1981) qui prend en considération trois couples oppositionnels sur lesquels s’appuie cette théorie. la valeur illocutoire d’un énoncé est distinguée de sa signification.Dans la théorie austinienne. deux actes d’assertion.: 16) L’auteur prend en considération trois manières différentes de récupérer ce concept: verser les valeurs illocutoires au compte des signifiés explicites (associés à certains signifiants de la langue et marqués dans l’énoncé). à la première solution. sinon trois. L’illocution n’a pas de valeur dénotative. accomplis par voie d’allusion. concept qui. illocutoire / perlocutoire. considérer les valeurs illocutoires comme des faits d’implicite énonciatif. ce qui n’arrive pas au perlocutoire») Aucune des propriétés assignées au concept d’illocutoire ne lui appartient en propre: si l’une d’entre elles disparaît ou si on les dispose dans une certaine hiérarchie. «se fond dans le locutoire ou le perlocutoire. Le phénomène d’indirection y est analysé en étroite liaison avec le concept de valeur illocutoire. à savoir: implicite / explicite. ‘Voulez-vous sortir. On aboutit à une division des actes de parole: deux actes de requête. s’il vous plaît !’ n’expriment pas une même et unique requête mais bien deux. . selon Berrendonner. manque de généralité et de propriétés distinctes. Il résulte que des énoncés tels que ‘Sortez. c’est-à-dire conventionnellement associés à des signifiants identifiables (morphèmes.

: 23 – 24) Cette distinction entre illocutoire et perlocutoire perd toute sa signification. l’auteur propose de voir dans ce concept d’illocutoire un ensemble de valeurs implicites.Eléments de pragmatique linguistique Pour résoudre ce dilemme. . Il vaut mieux penser à introduire dans la description syntactico – sémantique des éléments de la langue ces éléments du contexte qui complèteraient cette description. la langue «s’identifiera à une simple collection de noms. susceptibles de désigner des états de choses ou des événements».» (id. Bien qu’un énoncé ne soit pas adéquat(correct) du point de vue grammatical. Les valeurs illocutoires «devront être considérées comme des significations manifestées dans et par l’acte d’énonciation. Dans cette perspective. Suivant cette interprétation.. mais nullement inscrites dans l’énoncé»…«les règles qui produisent les valeurs illocutoires ne diffèrent pas fondamentalement de celles qui permettent la distinction du plus ou moins conventionnel entre l’illocutoire et le perlocutoire et le calcul d’effet perlocutoire. les valeurs illocutoires d’un énoncé ne sauraient être décelées que grâce au contexte situationnel. son emploi dans un contexte actionnel donné peut fort bien l’être. La possibilité offerte par ce contexte de suggérer une solution au décodage des énoncés censés réaliser différents actes de parole prouve les différences qui existent entre correction grammaticale et adéquation pragmatique. Il ne faut pas en conclure que tout énoncé qui n’est pas correct du point de vue grammatical trouvera un contexte qui l’accepte.

sur les ouvrages qui s’en réclament mais aussi sur ceux qui s’y opposent et ne lui épargnent aucun reproche quant aux insuffisances. l’acte illocutionnaire est l’acte par lequel «le locuteur entend produire un certain effet sur son interlocuteur en l’amenant à reconnaître l’intention qu’il a de produire cet effet. et est vraie s’il l’est effectivement.Les actes de langage 3. alors qu’un ordre représente un état de choses comme devant . «Les différents types d’énoncés représentent des états de choses sur des modes divers: une assertion représente un état de choses comme étant réel. l’acte illocutionnaire / illocutoire constitue l’objet central de la théorie des actes de langage et des études et recherhes qui y ont trouvé leur raison d’être. En nous appuyant sur les textes fondateurs de la théorie.2 Caractéristiques de l’acte illocutionnaire Un acte illocutionnaire consiste en la réalisation d’une action visant la transformation de la réalité.» 3. incertitudes d’interprétation ou de raisonnement.1 Définition de l’acte illocutionnaire On l’a déjà dit. L’acte illocutionnaire 3. nous essayons de faire le point sur ce concept en présentant quelques unes de ses caractéristiques de différentes natures. Pour SEARLE (1972: 86). erreurs.

» (RECANATI. cependant. Le caractère conventionnel est également déterminé par le fait que la réalisation de l’acte est soumise à certaines conditions d’emploi. Le caractère conventionnel des actes de langage et les règles constitutives de ces actes ont été mis en cause dans certaines études.dire son adéquation au contexte dans lequel il apparaît. 1985: 24) On parle également du caractère conventionnel d’un acte illocutionnaire en se rapportant à l’ensemble des règles constitutives (voir supra). «il faut aussi que l’interlocuteur reconnaisse que ce contenu est communiqué intentionnellement. de la part de l’interlocuteur. les circonstances et les personnes impliquées dans l’acte de langage. 1979 a: 180) L’uptake de l’interlocuteur (sa reconnaissance de l’intention du locuteur de lui communiquer intentionnellement quelque chose) est une des conditions essentielles de l’accomplissement de l’acte de parole. interprété dans le contexte.» (RECANATI. c’est. il ne suffit pas que soit communiqué intentionnellement un certain contenu propositionnel. ce qu’il fait qu’il ne puisse pas être associé conventionnellement à un seul type de phrase donnée (thèse justifiée. DOBROVIE-SORIN (1985). adéquation qui est fonction de: «1.» Cette dernière partie de la définition ne se justifie que partiellement parce que l’acte spécifique est. et est obéi s’il l’est effectivement. l’intention des personnes impliquées. Un acte illocutionnaire est un acte conventionnel au sens où il n’existe que relativement à l’institution linguistique et au sens où cette institution régit «leur accomplissement en associant à un certain type d’actes un certain type de phrase. 2. du caractère intentionnel de son énonciation. Ces conditions d’emploi définissent le degré d’appropriété contextuelle de l’acte. le type d’effet associé à son énonciation. nommées conditions de réussite par Austin et conditions de satisfaction par Searle. parmi lesquellles celle de C. . 1979 b: 12) Un acte illocutionnaire est un acte intentionnel dans le sens que son interprétation appropriée est conditionnée par la reconnaissance. 3. par l’existence des actes dérivés). Pour que l’énonciation ait un caractère intentionnel.Eléments de pragmatique linguistique être réalisé par le destinataire.à. d’ailleurs.» (MOESCHLER.

on ajoute à la convention linguistique. la prière. la promesse) ainsi que la possibilité de la réalisation indirecte des actes de parole prouvent le manque de fondement de la théorie du conventionnalisme radical austinien. l’auteur fait remarquer que. Les actes extralinguistiques. est un acte illocutionnaire ORDONNER. dans la théorie de Searle. La possibilité qu’a un acte de se voir réalisé d’une manière formelle – à l’intérieur d’un rituel extralinguistique – ou d’une manière informelle en tant qu’acte de parole (l’ordre. Afin d’identifier le sens de la phrase. il faut distinguer entre les actes dont l’accomplissement ne dépend que des conventions linguistiques et ceux «réglés par des conventions institutionnalisées » autres que les conventions linguistiques» et dont l’accomplissement dépend d’une procédure institutionnalisée (les formules rituelles). ordonner). .Il s’ensuit que les conditions définissent le sens des locutions ‘je promets’ ou ‘j’ordonne’ et ne représentent pas ces conditions exigées pour l’accomplissement «avec succès et sans défauts» de l’acte de communication. A la différence des actes conventionnels institutionnalisés.Les actes de langage Le rejet du conventionnalisme s’appuie sur les remarques suivantes: Conformément à ce qu’on vient de dire à propos du conventionnalisme des actes illocutoires. Cette idée est soutenue aussi par la position de G.. PRIER en vertu d’une convention et non pas en vertu de la signification de la phrase. ouvrir une séance) et les actes de parole accomplis aussi par des performatifs implicites (affirmer. Les règles établies par Searle font partie de la définition même des verbes performatifs dénotant les actes (promettre. accomplis par des performatifs explicites (baptiser. Les actes illocutionnaires sont conventionnels dans le sens des conventions linguistiques: les formules performatives constituent des moyens linguistiques mis à profit pour rendre explicite la force illocutionnaire d’un énoncé: J’ordonne que… J’exige que. Je veux que… Parmi les actes illocutionnaires. les actes de parole sont non seulement des actes accomplis grâce au langage mais aussi des actes pour lesquels le langage est constitutif et qui n’appartiennent à aucune autre institution (l’institution linguistique mise à part). LAKOFF (1971) qui montre que les presuppositions des verbes performatifs dans leur emploi non-performatif sont identiques à certaines conditions de félicité des mêmes verbes dans leur emploi performatif. celle de force illocutionnaire. ces règles constitutives régissent les faits institutionnalisés et les actes de langage (qu’il interprète comme des faits «actes» institutionnalisés). Les actes de langage respectent ces règles constitutives par l’énonciation d’expressions qui se soumettent à leur ensemble. Ces règles créent et définissent des formes nouvelles de comportement (voir supra). il s’ensuit qu’un acte tel l’ordre. Si les formules institutionnalisées ont un sens seulement parce qu’elles appartiennent à des institutions externes à celle du langage. Pour ce qui est des règles constitutives. les actes de parole sont accomplis dans la mesure où l’intention de faire agir l’interlocuteur est exprimée et comprise et assure l’accomplissement effectif de l’intention du locuteur. ordonner) sont interprétés également comme des actes conventionnels. Les conditions identifiées par Searle pour l’acte «promettre» peuvent s’appliquer à d’autres actes aussi.

détester. etc. mais comme un cadre général minimum exigé pour l’accomplissement d’un acte de parole. de toute façon. le fait que ces règles se vérifient pour des actes de parole accomplis moyennant des cadres linguistiques différents.3 Réalisation de l’acte illocutionnaire Les actes de parole (illocutionnaires) peuvent être accomplis directement ou indirectement. pourrait constituer un autre contre-argument aux remarques de l’auteur. 1985: 34) Un acte illocutionnaire est un acte de nature contextuelle et cotextuelle.Eléments de pragmatique linguistique A notre avis. Il ne s’agit pas des normes linguistiques imposées par l’institution langagière mais d’un ensemble de droits et d’obligations qui définissent la relation des interlocuteurs et qui peuvent être respectés ou violés.aimer. mais uniquement ce que ces verbes signifient du point de vue du locuteur. Elles ne peuvent pas être interprétées comme définitions car elles ne prennent pas en considération les traits inhérents sémantiques de ces verbes.:24) Le contexte a le rôle de compenser l’imprécision quant à la force illocutionnaire dont se trouve investi un énoncé. Un acte illocutionnaire est un acte institutionnel dans le sens que les changements qu’il produit sont le résultat du respect ou de la violation d’un ensemble de normes. D’un autre côté.désespérer. en amenant ce dernier à reconnaître son intention de produire cet effet en vertu de la connaissance que celui-ci a des règles qui régissent l’énonciation de la phrase. la possibilité de vérifier la validité de ces règles sur des types différents d’actes qui ne s’accomplissent pas toujours par la parole (tels haïr. Par l’acte de parole direct. 3. (id. La production de l’effet illocutionnaire préconisé par le locuteur est conditionnée par la capacité de l’interlocuteur de distinguer . (MOESCHLER. C’est lui qui décide de l’adéquation ou de la non-adéquation de l’acte à l’ensemble de la conversation. «le locuteur énonce une phrase par laquelle il communique exactement et littéralement ce qu’il dit». son intention est de produire sur l’interlocuteur un certain effet illocutionnaire. traits qui. sont eux aussi différents.) prouve qu’elles ne se présentent pas exclusivement comme des définitions du sens des verbes performatifs en question. Le cotexte devient opératif surtout dans l’analyse des actes de parole à l’intérieur d’une séquence conversationnelle.

Des énoncés tels que: ‘Pourquoi ne pars-tu pas?’ ‘Il fait chaud ici’. d’un conseil. je vous prie. Aux premiers correspondent une structure syntaxique propre à un certain type de phrase (assertive. L’identité entre le sens de l’énoncé et le sens que le locuteur lui attribue dans une situation de communication donnée est le propre des actes de parole directs et constitue un critère d’identification des actes de parole indirects. impérative). son intention visant à communiquer exactement et littéralement ce sens. le verbe performatif. Aux deuxièmes correspond la structure canonique constituée du préfixe performatif = la phrase principale (le modus) dont le sujet est le pronom de 1re personne singulier et le verbe est un performatif à l’indicatif . l’accent. ou bien d’autres combinaisons syntagmatiques: Il neige depuis hier soir. a un sens qu’il garde indépendamment de la situation de communication où il est énoncé et qui se manifeste par le marqueur de force illocutoire (cette partie de la structure d’une phrase qui indique le type d’acte accompli par le locuteur: l’ordre des mots. respectivement. etc. employé dans l’accomplissement d’un acte illocutionnaire. d’une assertion et. le locuteur n’attribue à son énoncé un autre sens (speaker utterance meaning) que celui exprimé par le marqueur de force illocutoire. Venez. ‘Sois sage! ’ont la force illocutionnaire d’une question. la modalité). Les actes directs se présentent sous la forme des performatifs primaires ou des performatifs explicites. le mode verbal. l’intonation. En accomplissant un acte de parole direct. Tout énoncé. les enfants! S’il vous plaît! Madame! Un instant.Les actes de langage entre le sens attribué à l’énoncé par le locuteur (speaker utterance meaning) et le sens de la phrase (sentence meaning).

filtrées par une grammaire de l’énonciation». les contenus explicites sont considérés. logiquement. le même énoncé étant susceptible d’exprimer tantôt une requête.Eléments de pragmatique linguistique présent et du marqueur de contenu propositionnel = la complétive (le dictum): Je vous demander de ne plus parler. . quant à l’interprétation de la force. CL. est bien au départ – dans l’intention du locuteur – une requête: c’est une requête qui utilise la question dans la stratégie adoptée. Nous présentons ci-dessous nos arguments en faveur de la théorie contraire: les performatifs explicites représentent un moyen d’accomplissement direct des actes de parole. Je te demande de ne pas crier est explicitement une requête et implicitement une assertion. La forme de phrase a besoin du contexte pour qu’on puisse préciser la valeur illocutoire spécifique actualisée. tantôt un ordre ou bien un conseil. l’énoncé cité sera toujours interprété comme une requête adressée à l’interlocuteur de ne pas crier tandis que la forme de phrase correspondante ‘Ne crie pas’ est beaucoup plus ambiguë quant à la force illocutoire actualisée. premiers et l’existence des contenus implicites est découverte à partir des contenus explicites parce qu’un contenu implicite présuppose obligatoirement un contenu explicite mais l’inverse n’est pas obligatoire. La forme explicite s’avère donc être plus contraignante.» (1991: 18) La valeur explicite s’actualise à chaque occurrence de la phrase et ne permet pas de dérivation. Je promets de finir mes devoirs avant 8 heures. Nous avons présenté supra les arguments qui fondent le rejet des performatifs explicites comme moyen d’accomplissement direct des actes de parole. Ainsi. Définissant les modalités énonciatives comme «les finalités assignées à la formation de l’énoncé par le locuteur. Les voilà: De façon générale. etc. Il n’y a que le contexte qui pourra préciser laquelle des valeurs spécifiques de la force illocutoire prescriptive est actualisée lors de son énonciation. MULLER considère que même «les actes dérivés sont en fait des primitifs par leur intention: une question comme Vous avez France Soir? utilisée comme une requête. La différence entre le performatif primaire et le performatif explicite est une différence de degré d’explicitation non pas de réalisation directe ou indirecte d’un acte illocutoire. par exemple. Je veux que tout le monde apprenne cette bonne nouvelle.Le performatif explicite dénote explicitement le type d’acte illocutoire accompli par l’énonciation de l’énoncé performatif. que le performatif primaire.

l’énoncé accomplit deux actes illocutoires: ● par l’acte (secondaire secondary illocutionnary act) on communique le sens littéral de la phrase (sentence meaning). l’intention du locuteur et la situation de communication lui attribuent un autre sens par lequel il s’associe à une autre classe d’actes illocutoires.Les actes de langage 4. présent dans la structure syntaxique ou dans la représentation sémantique. Du point de vue sémantique. . obtenue seulement par la connaissance de la situation de communication donnée. de l’acte direct qui n’implique pas cette information.1 Fonctionnement de la dérivation illocutoire Définissant les actes de parole indirects comme l’accomplissement d’un acte illocutoire par l’intermédiaire d’un autre acte illocutoire. en énonçant une phrase et transmettant exactement et littéralement ce qu’il dit. SEARLE distingue du point de vue du locuteur. ● par l’acte primaire (primary illocutionnary act) on communique le sens que le locuteur veut ou croit communiquer (speaker utterance meaning). La dérivation illocutoire 4. Le marqueur de force illocutoire. l’acte manifesté comme acte indirect au moment où. détermine l’appartenance de l’énoncé à une certaine classe d’actes de parole. le locuteur implique la présupposition.

1986: 111) . caractère secondaire vs caractère primaire de cette même valeur. entre autres. par exemple. c’est-à-dire la manière dont on organise. pour lui. le sens de l’énoncé et le sens qu’il lui attribue dans la situation de communication donnée ainsi que la manière dont l’interlocuteur parvient à comprendre exactement les intentions du locuteur. explicitée par la situation de communication et non pas par l’énoncé et à l’aide de la structure syntaxique de l’énoncé.Eléments de pragmatique linguistique 4. la stratégie conversationnelle. dans un contexte situationnel. Searle explique que le locuteur parvient à exprimer non seulement le sens littéral mais aussi son propre sens grâce. Searle interprète les actes de paroles indirects en s’appuyant sur la relation locuteur – interlocuteur. la valeur envisagée d’abord par le locuteur – même si elle n’est extraite que secondairement par l’interlocuteur – et qui serait transmise dans la formulation directe correspondante est la valeur dérivée (le sens non-littéral de l’énoncé) tandis que la valeur primitive (le sens littéral) n’est que secondaire. d’un autre côté.plan de données contextuelles partagées par le locuteur et par l’interlocuteur et à des conventions sociales également reconnues et partagées. caractère littéral vs caractère non-littéral de la valeur illocutoire et. paires oppositionnelles entre lesquelles on ne peut pas mettre le signe d’égalité parce qu’il y a des actes indirects dont la valeur littérale ne saurait être considérée «secondaire». d’un côté.ORECCHIONI. en même temps.2 Interprétation de l’acte dérivé (indirect) Le problème soulevé par l’interprétation des actes de parole indirects concerne la manière dont le locuteur parvient à communiquer. à un arrière. tel ‘Il fait chaud ici’. Mais il ne fait pas de différence entre. Searle se situe dans une perspective onomasiologique (d’encodage) car. (KERBRAT .

Il s’agit de phrases utilisées couramment et conventionnellement pour exprimer indirectement différentes valeurs illocutoires et qui portent sur l’une ou l’autre des conditions de félicité des actes de langage.ORECCHIONI (1986). les actes illocutoires indirects peuvent alors être interprétés comme des tropes illocutoires qui se manifestent soit comme tropes illocutoires lexicalisés (conventionnels): des énoncés tels ‘Pouvez-vous me passer le sel?’ qui.: 109). mais le contenu implicite représente en principe. s’il vous plaît!’ Les tropes illocutoires lexicalisés sont des dérivés-de-langue car leur mécanisme de formation a permis la constitution d’un système d’énoncés indirects dont chaque langue dispose et que chaque locuteur intériorise au moment même où il apprend à communiquer. 1986: 76) . Et.: 106). interrogative. s’il vous plaît !’ et qui sont tellement fréquents que « très souvent l’utilisateur de la langue ne se rend même pas compte du caractère indirect et dérivé des actes linguistiques qu’il accomplit. si certaines conditions d’énonciation sont remplies.3 Marqueurs de dérivation illocutoire L’indirection (la dérivation) s’appuie sur le principe que chaque type de phrase (assertive.» (ZUBER in id. «Le trope illocutoire opère un renversement de la hiérarchie des niveaux de contenu et se caractérise par un évincement du contenu primitif par le contenu dérivé. dans n’importe quel échange verbal signifie toujours la même chose: ‘Passez-moi le sel.ORECCHIONI. en indiquant laquelle de ces conditions est réalisée. on devrait être capable d’établir une hiérarchie entre les deux sens / contenus: le contenu explicite constitue l’objet du message à transmettre. 4. impérative) a une valeur illocutoire fondamentale (ou valeur primitive) manifestée explicitement en langue. viennent «carrément se substituer à la valeur primitive» et «s’actualiser primitivement» (KERBRAT.: 76) Si cette condition est satisfaite.» (id. s’agissant d’une séquence particulière.: 21-22). à laquelle s’ajoutent d’autres valeurs illocutoires secondaires (ou dérivées) qui. le sens véritable. c’est le sens dérivé qui se dissimule sous le premier (et qui se trouve vis-à-vis de lui dans telle relation particulière). l’acte de langage indirect fonctionne comme un trope: «le sens littéral n’est autre qu’un leurre.» (id.Les actes de langage Pour KERBRAT. le véritable objet du dire (id. soit comme tropes illocutoires (non-conventionnels) tel ‘Il fait chaud ici’ qui dans un échange verbal circonstancié peut signifier: ‘Ouvrez la fenêtre.

» (id.):’Nous allons avoir besoin de votre aide.» (id.’ affirmer ou interroger sur le pouvoir ou le vouloir de l’interlocuteur d’exécuter l’acte (la condition préliminaire ou préparatoire):’Peut-être.Eléments de pragmatique linguistique Dans le procès de dérivation.requête. comme vos autres camarades?’ ‘Pouvez-vous me passer le sel?’ . la valeur primitive se maintient sous forme de trace connotative (adoucissement de l’acte de requête).’ – valeur primitive: assertion. par l’emploi de phrases qui affirment ou questionnent sur l’une des conditions de félicité (voir supra) caractéristiques de l’acte qu’il s’agit d’effectuer: asserter ou questionner au sujet de l’acte à effectuer (la condition de contenu propositionnel): ‘Tu épouseras ce jeune homme que je trouve très sympathique. valeur dérivée .établis en fonction de leur modalité d’indirectivité (BLANCHET.. vu que cette classe d’actes illocutoires présente une certaine justification sociale pour sa manifestation comme actes indirects.’ Searle a commencé son étude sur l’indirection en travaillant sur les directifs. 1995: 38) – à l’aide desquels le locuteur peut accomplir un acte indirect. Il a constitué un ensemble de six groupes d’énoncés . sans évincer complètement le contenu primitif. donc.cesse d’être conoté pour devenir l’objet essentiel du message à transmettre.: 88) Ce qui caractérise les actes dérivés «c’est le fait que le contenu dérivé. L’indirection se réalise. et même une fois atteinte cette valeur dérivée. vu que le locuteur ne peut pas mettre en cause sa propre sincérité illocutoire) la condition de sincérité: ‘Je vais devoir vous mettre à la porte. voudrez-vous y envoyer un de nos hommes?’ affirmer (mais non point interroger sur elle. tout à l’heure. «la valeur primitive ne s’efface pas totalement… il faut bien en passer par elle pour atteindre la valeur dérivée. Ces groupes se vérifient également pour d’autres classes d’actes illocutoires: le premier groupe contient des énoncés qui expriment la capacité de l’interlocuteur d’accomplir l’acte prédiqué: ‘Vous ne pouvez pas vous presser.

id.: 88) «Etape 1: X m’a posé la question de savoir si j’ai la possibilité de lui passer le sel (fait de conversation).’ le sixième groupe comprend une combinaison des précédentes ou/et de directifs explicites: ‘Est-ce que je peux vous demander de sortir?’. . l’accomplissement de l’acte: ‘Je ne sais pas.’ ‘J’aimerais que tu partes. ‘Ecoutez.4 Dérivation illocutoire et stratégie inférentielle Afin de reconnaître un acte de parole indirect. Peut-être ferais-tu mieux de rester à l’hôtel pour le cas où il apparaîtrait.’ le troisième groupe comprend des énoncés centrés sur l’accomplissement futur de l’acte par l’interlocuteur: ‘Les officiers porteront la cravate. et ensuite ce qu’est le but illocutoire primaire.’ ‘Vous me marchez sur les pieds.Les actes de langage le deuxième groupe est constitué d’énoncés centrés sur le désir / la volonté du locuteur que l’interlocuteur accomplisse l’acte: ‘Je voudrais pourtant bien qu’on me donne licence. en d’autres termes.ci sur son consentement pour accomplir l’acte: ‘Veux-tu me passer le marteau?’. voulez-vous me rendre un service?’ le cinquième groupe comprend des énoncés qui justifient. apercevoir et recevoir le sens littéral. en en précisant les raisons. 1986:148). 1979: 77) ou. monsieur. Etape 2: Je suppose qu’il coopère à la conversation.» (SEARLE.’ 4.’ le quatrième groupe comprend une autre série d’énoncés centrés sur l’interlocuteur mais cette fois.» (KERBRAT – ORECCHIONI. cela me ferait plaisir. le reconnaître comme fallacieux. n’en être pas dupe. ‘Si vous pouviez cesser. et que son énonciation a donc un objet ou un but (principes de la coopération conversationnelle). effectuer à partir de certains indices un calcul permettant d’accéder au sens véritable. et lui conserver jusqu’au but une certaine validité. La stratégie de Searle comporte dix étapes dont «la reconstruction schématique» pourrait se présenter en gros comme suit (SEARLE. l’interlocuteur doit avoir recours à une stratégie inférentielle «qui consiste à établir d’abord que le but illocutoire primaire diverge du but littéral.

Etape 5: Son énonciation n’est donc probablement pas une question. . et l’on se sert normalement de sel à table. on se le passe l’un à l’autre. 2. en l’absence de tout autre but illocutoire plausible. Etape 10: Donc. il me demande probablement de lui passer le sel (inférence des étapes 5 et 9 )» Cet ensemble d’étapes à parcourir combine des principes généraux de conversation. Etape 4: En outre. Quel est ce but? Etape 6: L’une des conditions préparatoires de tout acte illocutoire directif est que A ait la possibilité d’accomplir l’acte prédiqué dans la condition de contenu propositionnel (théorie des actes de langage). on tente d’amener les autres à le faire circuler. 1985: 169). 3 et 4). (information d’arrière-plan). il sait probablement déjà que la réponse à cette question est oui (information factuelle d’arrière-plan).Eléments de pragmatique linguistique Etape 3: Le cadre de notre conversation n’est pas propre à indiquer un intérêt théorique portant sur ma capacité à passer le sel (information factuelle d’arrière-plan). Etape 9: Il a donc fait allusion à la satisfaction d’une condition préparatoire d’une demande dont il veut probablement que je satisfasse les conditions d’obéissance (inférence des étapes 7 et 8 ). une réponse affirmative à la question que m’a posée X impliquerait que la condition préparatoire à sa demande de lui passer le sel soit satisfaite (inférence des étapes 1 et 6). Cette étape facilite le passage à l’étape 5 mais n’est pas essentielle. Elle a probablement un autre but illocutoire (inférence des étapes 1. Etape 8: Nous sommes en train de déjeuner. des informations factuelles d’arrière-plan et la capacité d’inférence de l’auditeur et permet à Searle de se passer des postulats de conversation et des règles transformationnelles qui essaient de justifier le passage d’une question en profondeur à une demande en surface (in ELUERD. Etape 7: Donc. etc.

d’une certaine manière. préexistantes à l’énoncé.» (id. locuteur. devrait faire. une demande d’attention de l’auditeur». les intentions pragmatiques du locuteur. il devrait être au courant de ses actes futurs et d’autant moins un énoncé portant sur ce que lui locuteur voudrait faire accomplir à l’avenir.) Si tout énoncé doit être pertinent et apporter une information nouvelle. en renforçant une hypothèse existante ou en se combinant avec une hypothèse pour livrer une implication contextuelle … une conclusion déductible à partir de l’information nouvelle et des hypothèses existantes conjointement mais impossible à déduire de l’information nouvelle et des hypothèses existantes prises séparément. a. Ces valeurs dérivées. 1993: 15) Dans le cas de ces énoncés. le résultat étant que «chaque énoncé suscite une anticipation de pertinence. Par un effort de traitement (id.Les actes de langage Le fait que certaines valeurs illocutoires sont liées à des processus linguistiques conventionnels (présence de marqueurs de dérivation) est un indice que le contexte n’est pas le seul responsable des interprétations des valeurs dérivées et que ces valeurs – pragmatiques – se trouvent inscrites. pourrait faire ou voudrait faire à l’avenir. nous faisons attention à l’information qui nous paraît pertinente … chaque énoncé comporte. interlocuteur. en fait. Elles représentent. Dès qu’il aura compris que l’énoncé du locuteur n’est pas gratuit. avant toute chose. volontés. les effets . l’hypothèse existante pourrait être formulée à partir de l’idée posée en principe que «la cognition humaine est orientée vers la pertinence. que lui. dont on peut parler en termes d’effets de sens co(n)textuels sont considérées «atteintes lorsque l’information nouvelle interagit avec un contexte formé d’hypothèses existantes.» (WILSON & SPERBER. vu qu’en principe. au niveau sémantique de la séquence. il finira par formuler comme hypothèse existante que si le locuteur lui fait part d’un tel énoncé.). il doit avoir d’autres intentions que celle de lui faire part de ses propres désirs / intentions ou des désirs. porteurs de plusieurs valeurs illocutoires. etc. l’interlocuteur trouvera inutile que le locuteur lui communique un énoncé portant sur ce que lui.

Les effets de sens relèvent d’une stratégie de discours que le locuteur adopte afin de ne pas imposer trop brutalement à l’interlocuteur sa vision sur l’avenir de ce dernier. . à l’avenir. les intentions du locuteur. à savoir: lui ordonner. en réalité. conséquemment. ils accomplissent une fonction interprétative car ils représentent une pensée du locuteur concernant la modification ou l’instauration.Eléments de pragmatique linguistique contextuels l’aideront à trouver la valeur de l’énoncé et. ou le prier. suggérer. etc. d’accomplir un certain acte Ces énoncés se présentent comme des énoncés descriptifs d’un certain état de choses qui sera vrai à un moment de l’avenir mais. d’un état de choses par le locuteur. conseiller.

» (F. JACQUES. «Cette perspective doit être abandonnée en faveur de la relation interlocutive. confère à l’énoncé qui lui correspond une valeur interactionnelle. ni la manière dont celui-ci reçoit l’acte de l’énonciateur. La force illocutionnaire doit être définie de manière contextuelle et séquentielle. ce dernier est analysé isolément et non pas à l’intérieur d’une séquence discursive. JACQUES. 1979).» (F.Les actes de langage 5. La théorie ne précise pas les conditions requises par l’accomplissement de l’acte de langage de l’énonciataire. dans le cadre de cette théorie. l’influence d’un énoncé antérieur sur l’énoncé analysé ou bien les conséquences de celui-ci sur la séquence discursive qui lui succède. L’insuffisance de la théorie se manifeste dans les points suivants: L’acte de langage ne concerne que l’activité du locuteur. Conclusions sur la théorie classique des actes de langage Aux termes de cette présentation. Malgré le rôle décisif du contexte (pragmatique) dans la reconnaissance de la valeur illocutoire d’un énoncé. par sa force illocutionnaire même. La description de la force illocutionnaire des énoncés doit être liée à leur insertion discursive. 1983: 68) . un aperçu critique de la théorie des actes de langage s’impose. il ne fallait plus rapporter les effets de sens au seul locuteur (pas plus qu’à l’image qu’il se fait de l’allocutaire) mais à la relation interlocutive elle-même. «Tout acte de langage. C’est pourquoi il est impossible d’établir.

» (id.) .Eléments de pragmatique linguistique Il est impossible de préciser dans quelle mesure la force illocutionnaire d’un énoncé est déterminée dans et par le discours. en renvoyant à la forme des engagements respectifs que prennent les interlocuteurs par la parole. fait accroître les chances d’une interprétation subjective (les relations entre énonciateur et énonciataire. non sans mentionner les conséquences pratiques. un énoncé comme’ je te demande de ne plus mettre cette robe ‘est interprété comme un énoncé performatif au moment où il s’avère être un énoncé descriptif. C’est pourquoi. les changements survenus à la suite de l’accomplissement d’un acte dans la situation respective des interlocuteurs. au lieu de désambiguïser les actes de langage. Un trop grand nombre de faits de langue est (sont) expliqué(s) par l’appel au contexte pragmatique ce qui.) Les actes de langage ne sont constitués que par des facteurs subjectifs (l’intention de l’énonciateur) difficiles à vérifier et à concrétiser: «…les règles constitutives des actes de langage ne doivent pas mettre en jeu seulement les facteurs intentionnels et subjectifs. pour les participants. Elles doivent stipuler les conditions les plus générales dans lesquelles s’exerce l’interaction des interlocuteurs. qu’entraînent les actes de langage au sein de la stratégie discursive. de leurs possibilités de parole. l’accomplissement indirect des actes etc. en tant que pôles de l’énonciation.

des arguments (hypothèses) en faveur de la théorie. fortement influencées par la manière dont la pragmatique a été et s’est elle-même rapportée. Fortune de la théorie des actes de langage La théorie des actes de langage. ● la pragmatique linguistique ( intégrée). Austin et J. des théories visant à clarifier le rôle de la pragmatique et son statut parmi les sciences du langage. Searle. ● la pragmatique cognitive et la théorie de la pertinence. telle qu’elle a été formulée et développée par L. dans l’ensemble de ces orientations: des positions critiques avec solutions différentes à certains problèmes soulevés par la théorie classique. à .J. se trouve à l’origine de plusieurs directions que les recherches en pragmatique ont empruntées.1 L’hypothèse performative et le performadoxe Le sémanticien générativiste ROSS (1970) développe l’hypothèse performative qui va contribuer: à justifier la distinction searlienne entre marqueur de force illocutionnaire et marqueur de contenu propositionnel. ● les théories centrées sur la notion d’acte de langage 6. On retrouve. Nous allons passer en revue ces orientations. en présentant: ● l’hypothèse performative et le performadoxe.Les actes de langage 6. des enrichissements (élargissements) de la théorie classique. à la linguistique. etc. depuis sa naissance.

Eléments de pragmatique linguistique expliquer l’existence du marqueur de force illocutionnaire dans des énoncés où il ne se manifeste même pas. Ross explique que la structure profonde des énoncés performatifs présente une préface performative (le préfixe performatif d’Austin). Mais cela n’est pas possible car on ne peut plus dire que (2) est vrai si et seulement si le locuteur emmène son interlocuteur au cinéma mais qu’il est vrai si et seulement si le locuteur promet à son interlocuteur de l’emmener au cinéma. Cela veut dire que les énoncés: (1) Je te promets que je t’emmènerai au cinéma demain (2) Je t’emmènerai au cinéma demain ont une structure profonde identique. Il s’ensuit ou bien que la préface performative ne doit pas être interprétée sémantiquement. le performadoxe qu’il formule de la manière suivante: si la structure profonde correspond à la structure logique (sémantique) d’une phrase et à ses conditions de vérité.» (REBOUL & MOESCHLER.(MOESCHLER& AUCHLIN. et. aussi.. L’hypothèse performative est. 1998: 32) Sur la base du principe d’exprimabilité de Searle. à justifier la distinction acte direct /acte indirect. mais alors la phrase elle-même n’est pas interprétable. explicite dans la structure de surface des performatifs explicites ou implicite (au niveau profond seulement). il résulte que les deux énoncés sont identiques car ils partagent la même structure profonde.. sans qu’il soit besoin de distinguer entre les phrases comportant un verbe performatif et celles qui n’en comportent pas. à rejeter. à justifier la conviction d’Austin et de Searle que «toute phrase énoncée sérieusement correspond nécessairement à la réalisation d’un acte illocutoire. mais alors la phrase aura des conditions de vérité incorrectes. 1998: 140-141) . En 1984. dans le cas des performatifs implicites. conformément à (1). LYCAN affirme que cette hypothèse donne naissance à un paradoxe. par conséquent. la différence entre la réalisation directe et celle indirecte des actes illocutoires étant une différence de degré d’explicitation. ou bien qu’elle doit être interprétée sémantiquement.

par exemple. assertion. assigne des rôles.Les actes de langage 6. le rôle d’expliquer des faits dont la linguistique ne traitait pas. C’est un acte de langage spécifique. Le point de départ de cette position a été la constatation que les significations linguistiques des énoncés (phrases) sont affectées par les conditions d’usage. Ainsi. crée des obligations. dans l’ouvrage «Dire et ne pas dire» (1972) développe sa théorie de la présupposition. Elle représente le contenu qu’une phrase communique de façon non-explicite. instaure des droits et des devoirs. Pour Ducrot. 1987: 120).) qui «modifie les rapports intersubjectifs des interlocuteurs. ordre. 1998: 64) Mais la pragmatique n’a pas accepté le rôle de discipline appelée compléter la linguistique. interprétables relativement à une situation de communication.2 La pragmatique linguistique (intégrée) Considérée assez longtemps une sorte de «poubelle» de la linguistique. comme les actes illocutoires et la description de leurs conditions de réussite ou bien la signification des mots situationnels. elle s’est voulu intégrée à la linguistique. non-explicite du type ‘Jean a battu sa femme autrefois. comme tant d’autres (interrogation. la pragmatique s’est vu assigner. (REBOUL & MOESCHLER. elles-mêmes codifiées et inscrites dans la langue.: 43) Cette pragmatique intégrée s’est développée en France. Le représentant de la pragmatique intégrée est OSWALD DUCROT qui. etc. sur la base de la théorie des actes de langage qui en constitue le «noyau dur» et ayant à l’origine de son développement le problème linguistique de la présupposition.’ (REBOUL & MOESCHLER.» (CERVONI. la présupposition appartient à la catégorie des actes illocutoires. dès ses premiers débuts. (id. la phrase ‘Jean ne bat pas sa femme maintenant’ présente deux contenus: un contenu posé ou assertion qui est le fait de Jean ‘de ne pas battre sa femme’ et un contenu présupposé. 1998: 43-44) Il s’agit d’une information d’arrière-plan que les interlocuteurs sont obligés d’accepter pour que la .

sous l’influence du principe d’exprimabilité de Searle. A. la notion d’acte. interprétable à l’aide des données du système de la langue. et que nous avons détaillée (voir supra). à l’acte effectif qui n’est que dénoté par le dire. Par cela.» (1981: 23). donc extra-linguistiques. la théorie de Berrendonner n’a pas encore trouvé d’adeptes. mais nullement inscrites dans l’énoncé. entreprise par BERRENDONNER. entre autres. l’illocutoire constitue le domaine d’étude de la sémantique linguistique. devient un fait de langue. 2000: 141) Le courant opposé à la pragmatique intégrée soutient que l’aspect illocutoire n’appartient pas à la langue. BERRENDONNER et R. MARTIN. manifestées dans et par l’acte d’énonciation. en admettant. On l’interprète comme «l’un des moyens fournis par le langage pour répondre au besoin d’implicite qu’éprouvent les locuteurs dans bien des situations. C’est d’ailleurs le reproche majeur fait à la pragmatique intégrée. défini comme «un ensemble de valeurs implicites.» (MOESCHLER & AUCHLIN. pour Berrendonner. C’est un courant dominant la linguistique française et dans lequel s’inscrit. Cette critique a pour but la mise en place d’une nouvelle théorie des actes de langage dont les principes fondateurs sont justement les solutions trouvées pour remédier aux aspects critiqués. 1987: 119) Dans la théorie de Ducrot. un fait interprétable à l’aide de données contextuelles (situationnelles). l’interprétation performative d’un énoncé s’explique par l’impossibilité des actes d’être exécutés: un énoncé performatif dénote un acte qui ne peut pas être effectivement réalisé. à savoir : la place de l’illocutoire.» (CERVONI. La présupposition impose donc un cadre pour la continuation du dialogue et reste constante dans les questions et les réponses.Eléments de pragmatique linguistique communication puisse continuer. est orientée sur trois aspects. à savoir sa tendance « à insister sur l’aspect conventionnel et codique du langage et à ignorer sa sous-détermination» (contextuelle). La critique de la théorie classique des actes de langage. Comme toute théorie un peu trop originale. . «que l’interprétation (de l’énoncé) se fait essentiellement de façon conventionnelle. de la notion de geste: les actes de langage se substituent aux gestes. inséparable.

d’acte illocutoire. tout comme le concept de potentiel: de force illocutoire. La position de F. de contenu propositionnel) et à une autre classification non pas des actes mais des grands types d’actes illocutoires. parce que la pragmatique n’intervient pas au niveau de la structure abstraite qui est la phrase mais au niveau de l’énoncé. Récanati choisit comme critère fondamental non pas le but illocutoire (comme Searle) mais la direction d’ajustement. R. d’un autre côté. «Les énoncés performatifs» (1981) développe une théorie de l’indirectivité différente de la théorie de Searle mais plus rapprochée du performadoxe de Lycan (voir supra). Récanati distingue d’abord entre les actes essentiellement représentatifs et ceux non-essentiellement représentatifs. Ce critère ne peut s’appliquer qu’aux actes représentatifs qui ont une dimension référentielle en vertu de laquelle ils peuvent se rapporter à un état de choses.Les actes de langage Dans son ouvrage «Pour une logique du sens» (1983). Cette critique a mené à une redéfinition de l’indirection et à une autre répartition des actes en directs et indirects. L’étude des actes dérivés. même intégrée. des déterminants sont précisées par les règles sémantiques et. sur l’indirection et sur la nécessité de l’inférence dans la reconnaissance de l’indirection. Et cela parce que d’un côté les conditions de vérité d’une phrase contenant des performatifs. de contenu propositionnel. En ce qui concerne la présupposition. et de la valeur argumentative de l’énoncé revient à ce que l’auteur appelle une pragmatique de l’énoncé. Martin considère que ce mécanisme appartient à la sémantique mais que l’étude du contenu attribué aux présupposés dans une situation particulière relève de la pragmatique. MARTIN considère que l’étude des signes de la langue à valeur situationnelle (dont l’interprétation varie suivant la situation de communication) et qui constituent le domaine de l’illocutoire. revient à la sémantique et non pas à la pragmatique. à l’introduction du concept de potentiel (illocutoire. En ce qui concerne la classification des grands types d’actes illocutoires. RECANATI est aussi contraire à la pragmatique intégrée. appelés ‘perlocutoires’ par Martin. Il s’agit d’une classification arborescente qui prend la forme ci-dessous: . La classification opère dans la catégorie des actes essentiellement représentatifs et distingue les performatifs qui présentent l’état de choses auquel ils font référence comme virtuellement réalisé par l’énonciation et les constatifs qui présentent cet état comme donné indépendamment de l’énonciation qui le reflète. La critique qu’il fait de la théorie classique (voir supra) porte sur les critères de classification des types d’actes(locutionnaire vs illocutionnaire). des déictiques.

Elle est en même temps la seule théorie à avoir réussi la séparation entre la linguistique et la pragmatique et à avoir rapproché cette dernière des sciences cognitives. A part ces prises de position et développements que la théorie classique a favorisés et qui ont largement contribué à la complexification de la pensée pragmatique. en démontrant la richesse des idées à valoriser à partir de la théorie classique. appelée aussi pragmatique radicale. la théorie des actes de langage a favorisé aussi le développement. il est sous-déterminé contextuellement.Eléments de pragmatique linguistique essentiellement représentatifs performatifs déclaratifs promissifs Actes illocutionnaires non-essentiellemenmt représentatifs constatifs prescriptifs mais qui ne prend pas en considération les actes illocutionnaires spécifiques tels l’interrogation. L’entière argumentation de la critique de Récanati s’appuie sur la stratégie inférentielle et sur les maximes conversationnelles. est considérée la seule théorie capable de justifier et d’atteindre les buts assumés par et assignés à la pragmatique. des recherches concernant l’argumentation. Son développement s’appuie sur les deux principes suivants: le langage constitue en tout premier lieu un moyen de description de la réalité et accessoirement un moyen d’action. dans la linguistique française. l’exclamation. les articulations pragmatiques du dialogue et la pratique conversationnelle. les lois du discours. l’analyse en termes exclusifs d’inférence.3 La pragmatique cognitive et la théorie de la pertinence La pragmatique cognitive. le linguiste substituant à l’analyse en termes de décodage. 6. L’interprétation des énoncés se fait par des processus .

(v. infra). WILSON – afin d’expliquer les rapports entre la linguistique et la pragmatique dans l’interprétation des énoncés. FODOR et adopté par les fondateurs de la pragmatique cognitive – D. à deux niveaux. une première interprétation de l’énoncé. Le modèle de l’inférence doit expliquer comment. on considère que le traitement des informations reçues par l’esprit humain se fait par étapes successives. moyennant des processus inférentiels. (REBOUL & MOESCHLER. linguistiques. 2000: 141). Au niveau du système périphérique a lieu le traitement par modules spécialisés de chaque type de données: auditives. module conceptuel. L’interprétation fournie à ce niveau est envoyée au niveau central qui la complète par d’autres informations déjà connues ou fournies simultanément par les autres modules spécialisés. l’interprétation des énoncés est le résultat de processus inférentiels et c’est pourquoi on a besoin d’un modèle de l’inférence. etc. 1998: 68) Ses fondements théoriques sont le modularisme et le modèle de l’inférence. à partir d’un certain nombre d’informations (fournies par l’énoncé) et d’autres informations non-linguistiques. SPERBER et D.Les actes de langage inférentiels (MOESCHLER & AUCHLIN. Par la suite. un destinataire réussit à donner telle ou telle interprétation à l’énoncé (aux énoncés) qui lui est /sont adressé(s). visuelles. appelées conclusions. créé par J. Le module linguistique est un module perceptuel qui fournit à la pragmatique. perceptuels et conceptuels. 1998: 65-68) Comme on l’a déjà dit. contextuelles. . à partir d’un certain nombre d’informations. ils se détachent du modularisme fodorien et soutiennent l’existence non pas d’un système périphérique et d’un système central mais de plusieurs modules. Sur la base de cette théorie. Dans un premier temps. Le modèle inférentiel est un modèle pragmatique soutenant que l’interprétation d’un énoncé est fonction du contexte et il explique comment se construisent les hypothèses contextuelles (prémisses) nécessaires à cette interprétation et comment sont déterminées les règles d’inférence qui permettent d’en tirer des conclusions. appelées prémisses.(REBOUL & MOESCHLER. Sperber et Wilson ont soutenu que la linguistique correspond à un module spécialisé périphérique tandis que la pragmatique se retrouve dans le système central. Le modèle de l’inférence L’inférence est un processus logique par lequel. La modularisme Le modularisme est un courant de la psychologie cognitive. interprétation qui sera enrichie et produira ses effets contextuels. un individu arrive à dériver d’autres informations nouvelles. la tâche de la pragmatique étant d’expliciter ce processus d’interprétation contextuelle (pragmatique) des énoncés.

(REBOUL & MOESCHLER. ses réalisations morphologiques etc. et une théorie de la cognition. Le concept se définit comme une adresse en mémoire caractérisée par trois types d’entrées: une entrée lexicale qui décrit la contrepartie linguistique du concept: ses équivalents en langue. la forme logique (ou structure profonde) de l’énoncé.: 159-160). ce qui sera démontré par la théorie de la pertinence. la théorie de la pertinence est fondée sur deux hypothèses: une hypothèse cognitiviste qui est la théorie modulaire de J. 1998: 63) La théorie de la pertinence constitue le noyau de la pragmatique cognitive. Cela veut dire que la vérité d’une conclusion dépend de la vérité des prémisses (id. Développée par SPERBER & WILSON dans leur ouvrage de 1986. 2000: 156) Les inférences dérivées sont nondéterminatives. Fodor et une hypothèse linguistique soutenant que le résultat du traitement linguistique (phonologique. Les inférences non-déterminatives peuvent s’avérer vraies dans un contexte et fausses dans un autre.Eléments de pragmatique linguistique (MOESCHLER & AUCHLIN. Sperber et Wilson considèrent que l’interprétation des énoncés correspond à deux types de processus différents: les processus codiques et linguistiques et les processus inférentiels et pragmatiques. c’est-à-dire qu’elles ne garantissent pas la vérité de leurs conclusions. sa catégorie grammaticale. Cette forme logique est une suite structurée de concepts combinés suivant leur ordre d’apparition dans la structure de la phrase. syntaxique) des énoncés ne suffit pas à leur interprétation. sa forme phonologique. . sémantique. étant en même temps une théorie du contexte ou plutôt une théorie de l’interprétation contextuelle des énoncés. Communication and Cognition». «Relevance. Les deux hypothèses combinées fournissent l’explication suivante concernant l’interprétation des énoncés: les informations fournies par un énoncé sont traitées au niveau du module perceptuel linguistique qui en donne une première interprétation.

porteurs de rapports logiques différents.Les actes de langage une entrée logique qui décrit les règles déductives déclenchées par la présence du concept dans une forme logique. une entrée encyclopédique qui mentionne l’ensemble des informations permettant de déterminer l’extension du concept. Il est interprété aussi comme un sous-ensemble d’informations disponibles dans l’environnement cognitif (= l’ensemble des connaissances encyclopédiques d’un individu) mutuel au locuteur et au destinataire. s’il en a une: des informations sur la catégorie du référent.» (in MOESCHLER & AUCHLIN. dans la formulation de Sperber & Wilson «tout acte de communication communique la présomption de sa propre pertinence optimale. la forme propositionnelle ainsi obtenue va produire ses effets contextuels ou plutôt les effets contextuels (cognitifs) de l’énoncé. comme dans le cas du verbe qui n’exprime pas de rapport logique ou non-vide. La théorie de la pertinence s’appuie sur le principe de pertinence conformément auquel dans une situation de communication. 2000: 177) . Le contexte est un ensemble d’hypothèses. comme dans le cas des connecteurs. variables d’un individu à l’autre (MOESCHLER & AUCHLIN. assigne une valeur de vérité à l’énoncé. un locuteur produit l’énoncé le plus pertinent par rapport à la situation donnée ou. des informations stockées à long terme. Le contexte et la forme logique de l’énoncé constituent les prémisses des processus inférentiels mis à l’œuvre dans l’interprétation des énoncés. 2000: 176-177) la forme logique constitue la sortie du module perceptuel et sert d’entrée pour le module conceptuel pragmatique qui doit fournir une interprétation pragmatique. la forme logique est enrichie avec des données contextuelles et transformée en forme propositionnelle qui. interprétée du point de vue des valeurs de vérité. construit énoncé après énoncé et non pas donné une fois pour toutes. MOESCHLER & AUCHLIN.(REBOUL & MOESCHLER. Cette entrée peut être vide. 1998: 65-70 . 2000: 175-177). A ce niveau. considérées vraies ou probablement vraies.

le destinataire prête attention (prend en considération) à l’acte de communication (aux énoncés) parce qu’il le(s) considère pertinent(s) par rapport à la situation. l’accès aux informations encyclopédiques. plus un énoncé produit d’effets contextuels dans un contexte donné. Par efforts cognitifs il faut comprendre l’effort de traitement de l’acte de communication. plus il est pertinent dans ce contexte. et. Toutes choses étant égales par ailleurs. La pertinence dépend de ces deux catégories – les efforts et les effets cognitifs – de la manière suivante: plus les efforts de traitement de l’énoncé sont grands. L’effet cognitif ou contextuel représente le résultat du processus d’interprétation de l’énoncé. ce que le destinataire finit par comprendre de l’acte de communication qui lui est destiné. donc les effets contextuels sont moindres. plus l’énoncé est pertinent. définie en termes d’efforts cognitifs et d’effets cognitifs ou contextuels. 2000: 179 et passim) . fait par le destinataire pour arriver à sa compréhension. c’est-à-dire à la compréhension de l’intention communicative (= le locuteur veut faire comprendre au destinataire qu’il veut accomplir un acte de communication) et de l’intention informative (= le locuteur veut faire comprendre au destinataire que par son acte il veut lui transmettre certaines informations) du locuteur. moins il est pertinent dans ce contexte. donc les effets sont grands. Il s’ensuit que la caractéristique principale d’un énoncé est la pertinence.Eléments de pragmatique linguistique Le principe de pertinence explique que dans une situation de communication. le nombre de règles logiques impliquées par le mécanisme inférentiel. capable(s) de fournir les informations nécessaires à la compréhension de l’acte. plus un énoncé demande d’efforts cognitifs dans un contexte donné.» (in MOESCHLER & AUCHLIN. Ces efforts dépendent de plusieurs facteurs tels : la longueur de l’énoncé. moins les efforts sont grands. moins l’énoncé est pertinent. inversement. A partir de ces deux catégories. on peut formuler la définition suivante de la pertinence: «Toutes choses étant égales par ailleurs.

l’énoncé de Marie . supra l’interprétation des énoncés) Ainsi.: L’explicitation: Marie ne désire pas conduire une voiture de luxe.» (id. (v. et la prémisse implicitée est (3) Les Mercedes sont des voitures de luxe. «Une implication contextuelle est une implication qui n’aurait pu être tirée de la seule forme propositionnelle ni des seules hypothèses contextuelles. elle varie d’un individu à l’autre. L’explicitation représente une hypothèse communiquée de façon explicite. construites sur la base des indications linguistiques de l’énoncé et. La prémisse implicitée: Les Mercedes sont des voitures de luxe. c’est-à-dire que la pertinence est relative à un individu: ce qui est pertinent pour X peut ne pas l’être pour Y et inversement. par exemple. à trouver les hypothèses pertinentes correspondant à l’intention communicative du locuteur. La conclusion implicitée: Marie ne désire pas conduire une Mercedes. on peut donner la représentation complète suivante du processus d’interprétation d’un énoncé – dans ce cas.) Elle fait partie d’une catégorie plus générale des implicitations qui peuvent être dérivées d’une hypothèse contextuelle et dans ce cas on parle de conclusion implicitée. dans ce cas. Pour conclure. on parle de prémisse implicitée. l’explicitation correspond à (4) Marie ne désire pas conduire une voiture de luxe. Dans l’échange ci-dessus. . Interpréter un énoncé signifie déterminer ses implications contextuelles et ses explicitations. ou bien. dans l’échange (1) Pierre: Est-ce que tu aimerais conduire une Mercedes? Marie: Je n’aimerais conduire aucune voiture de luxe. mais qui est le résultat de la combinaison de la forme propositionnelle et des hypothèses contextuelles. la conclusion implicitée est (2) Marie ne désire pas conduire une Mercedes. La pertinence d’un énoncé sert donc au destinataire à donner une interprétation de cet énoncé.Les actes de langage La pertinence est une notion comparative: non seulement elle dépend des efforts et des effets cognitifs mais aussi.

L’importance de la pragmatique cognitive n’est pas mince dans le développement de la pragmatique. La classification comprend trois classes d’actes: les actes de dire que qui correspondent aux phrases déclaratives. les actes de demander si qui correspondent aux phrases interrogatives et.. syntaxe. promesses.. Elle y . Sperber et Wilson considèrent que la détermination de la force illocutionnaire n’est pas indispensable dans la classification des actes si l’on tient compte des cas où cette force est difficile sinon impossible à identifier. les actes de dire de qui correspondent aux phrases impératives.4 Les théories centrées sur la notion d’acte de langage Pour KERBRAT-ORECCHIONI. prédictions etc. aux ordres. aux questions et aux demandes d’informations. Ils proposent une autre classification visant uniquement les actes régis par des règles linguistiques et cognitives et non pas les actes institutionnels. En même temps. plus généralement. appuyer le processus d’interprétation des énoncés sur des hypothèses contextuelles signifie faire correspondre la démarche analytique au but assigné à la pragmatique: l’étude du langage dans ses emplois ordinaires. notamment aux assertions. 6. sémantique. conseils etc. les théories qui se sont développées à la suite de la théorie classique et qui opèrent avec le concept d’acte de langage constituent la pragmatique de deuxième degré (1995: 8). Le modularisme permet à ses fondateurs de justifier le rejet d’une pragmatique intégrée à la linguistique ou d’orientation linguistique et de séparer définitivement la pragmatique de la linguistique.Eléments de pragmatique linguistique Une autre contribution de la pragmatique cognitive au développement de la théorie classique des actes de langage concerne directement la classification des actes. tels les performatifs primaires ou les actes dérivés. réduite aux disciplines classiques: phonologie.

de la conversation. elle le transforme dans un constituant ordinaire. peut s’adresser à plusieurs destinataires en même temps et acquérir pour chacun d’entre eux une valeur illocutoire différente. ayant ses propres règles de fonctionnement – déterminées par l’instrument et les moyens mis à l’œuvre – mais empruntant aussi à . d’un enchaînement verbal. et de la séquence. constitutive de l’action sociale. DUCROT. devenu acte de communication. devenue plus complexe sous l’influence de la théorie de la polyphonie d’O. 2001: 61) mais. l’acte de langage représente la plus petite unité constitutive. en même temps. «l’unité minimale de la grammaire conversationnelle» (KERBRAT-ORECCHIONI. C’est la conséquence de l’évolution de la théorie de la communication d’une conception dyadique (= l’acte de communication a lieu entre un locuteur et un interlocuteur uniques) vers une conception polydique (= l’acte de communication peut être le fait d’un / plusieurs locuteur(s) / interlocuteur(s) à la fois qui représente(nt) également un/plusieurs énonciateur(s) / énonciataire(s)) .: 7). conformément à laquelle un même locuteur peut cacher un ou plusieurs énonciateurs. Dans la structure hiérarchique de la conversation. Cette perspective fait de l’acte de langage l’élément constitutif basique d’une conversation.» (id.Les actes de langage fait entrer: La théorie de la conversation (voir infra) qui adopte une perspective interactionnelle et envisage l’acte de langage comme élément constitutif et origine. en même temps. est interprété comme activité communicative: forme d’action. à côté de l’échange. dont le locuteur peut s’identifier à l’énonciateur ou en être différent. La théorie de l’action envisagée comme démarche et cadre général à l’intérieur duquel l’acte de langage. se trouvant à la base «de cet édifice complexe qu’est une conversation. Cela signifie que le même acte de langage. La théorie de la communication. parmi d’autres.

c’està-dire le comportement adéquat pour «exprimer son point de vue sur la situation. en fait. . la partie narcissique de chacun. adopter une ligne de conduite.» (1973: 23). 1974: 47) qui assigne aux participants un rôle et une certaine place lors du déroulement de l’interaction. les interactants étant obligés de coopérer afin d’assurer le respect des règles de conduite qui guident leurs actions réciproques. en particulier. et. La coopération signifie. une face négative. l’activité communicative a un caractère contractuel. 1974: 9) La ligne de conduite adoptée permet aux interactants non seulement d’atteindre les buts poursuivis par l’activité communicative mais aussi de garder leur propre face et la face des autres. la face représente «la valeur sociale positive qu’une personne revendique effectivement à travers la ligne d’action que les autres supposent qu’elle a adoptée au cours d’un contact particulier.: 9) Il s’agit d’une image du moi mais.» (id. l’appréciation qu’il porte sur les participants. la participation à l’interaction communicative (l’intercommunication.Eléments de pragmatique linguistique l’action sociale des caractéristiques qui lui assurent le statut d’activité socialement intégrée. il faut mentionner: l’activité communicative est une forme d’interaction définie par GOFFMAN comme «l’influence réciproque que les partenaires exercent sur leurs actions respectives lorsqu’ils sont en présence physique immédiate les uns des autres.. l’interaction verbale) se fait en vertu «d’une qualité ou d’un statut particulier (id. in id. le territoire. et par là. Tout individu a deux faces: une face positive (cf. la face de Goffman) constituée de l’ensemble des images de soi. le domaine de l’intime.» (GOFFMAN. sur lui-même. Ces rôles et ces places sont objet permanent de négociations entre les interactants car ils sont interchangeables. Selon Goffman.: 41. BROWN & LEVINSON. en même temps. Parmi ces caractéristiques. et complémentaires (voir infra). d’une image que chaque individu se fait des autres participants.

peut produire quatre types d’effets visant les faces respectives des interactants: il garde la face si sa ligne de conduite «manifeste une image de lui-même consistante» (id.»(id. on doit éviter de perdre la sienne et. il donne la face s’il aide son partenaire à suivre une ligne d’action meilleure qu’il aurait pu aspirer. Certaines pratiques sont d’abord défensives. L’ensemble de tout ce qu’une personne entreprend «pour que ses actions ne fassent perdre la face à personne (y compris elle-même) constitue la figuration.: 12). (F.: 17) Et l’on y parvient en mettant à l’œuvre les rites d’évitement et ceux de réparation. 1987) développe une théorie sociolinguistique menant à l’interprétation de l’acte de communication en termes d’interaction sociale. 1974: 12). et d’autres d’abord protectrices.: 15) «Une personne agit dans deux directions: elle défend sa face et elle protège la face des autres. Ce type d’approche est dû à E. cherchant à sauver la face. lors d’une interaction. (voir infra). dans ses ouvrages (1973. il perd sa face s’il ne peut pas faire correspondre l’image que les autres se font de lui à la ligne de conduite qu’il a adoptée lors de l’interaction.Dans cette perspective. les actes de langage sont envisagés en situation interlocutive et interprétés commes des interactes de langage.» (GOFFMAN. ces deux points de vue sont présents en même temps.» (id.Les actes de langage La ligne de conduite adoptée par un individu.: 10). il sauve la face s’il «réussit à donner aux autres l’impression qu’il n’a pas perdu la face» (id. c’est-à-dire conforme à l’image que les autres ont de lui. Désirant sauver la face d’autrui. 1979: 203) . on doit se garder de la faire perdre aux autres. GOFFMAN qui. 1974. mais. en général.JACQUES.

(KERBRATORECCHIONI. 2001: 75) La théorie de la politesse décrit les actes de langage comme des actes menaçants(FTAs) pour l’une ou l’autre des faces de l’interlocuteur aussi bien que du locuteur.» (KERBRAT-ORECCHIONI. «dans le prolongement direct» de l’analyse pragmatique classique. 1992: 182) . 1995: 11) . la nature de la relation entre les interlocuteurs. Le degré de politesse d’un acte de langage est déterminé par: sa nature intrinsèque: une injonction est plus ou moins polie suivant son contenu et le contexte de sa formulation.) censés exprimer les différents types de rapports susceptibles à s’instaurer entre les interactants. les actes de langage se trouvent au centre de la théorie de la politesse de BROWN & LEVINSON (1987) qui croise les théories de SEARLE et de GOFFMAN en ce sens que les actes de langage sont envisagés «par rapport aux effets qu’ils peuvent avoir sur les faces des parties en présence. Comme expression des relations interpersonnelles instaurées / manifestées lors d’un échange communicatif. 1973: 113). La politesse consiste justement dans une activité réparatrice des interlocuteurs qui essaient de changer la signification attribuable à un acte.» (GOFFMAN. la nature de sa formulation: il peut être réalisé directement ou indirectement à l’aide d’adoucisseurs ou de durcisseurs. transformer ce qu’on pourrait considérer comme offensant en ce qu’on peut tenir pour acceptable.décrit les actes de langage comme relationèmes (id.«car les valeurs relationnelles découlent des valeurs illocutoires» (KERBRAT-ORECCHIONI.Eléments de pragmatique linguistique L’approche psychosociologique.

– instaurée entre les interlocuteurs au cours du déroulement de l’échange verbal.Les actes de langage L’activité réparatrice implique le choix d’une stratégie de politesse. suivant le statut de l’acte envisagé par rapport au système des faces et à toutes sortes de déterminations situationnelles: les FTAs ont tendance à être adoucis. (KERBRAT –ORECCHIONI.non. etc.supérieur/subordonné. la formulation. dicté par: le degré de gravité du FTA: plus l’acte de langage est menaçant. la distance sociale entre les interlocuteurs: les rôles sociaux des interlocuteurs et le degré d’intimité de leur relation font varier les procédés des plus neutres vers les plus marqués affectivement.) La contribution de la théorie de la politesse au développement de la théorie classique concerne: l’explication et la justification de la dérivation illocutoire. 2001: 74). les FFAs (Face Flattering Acts) (id. . c’est-à-dire de l’emploi des actes indirects. la théorie de la politesse doit s’occuper également des actes valorisants ou “flatteurs” pour l’une ou l’autre des faces. 2001: 76) . l’explication des phénomènes d’enchaînement d’actes de langage. vu que «La conversation n’est pas qu’un simple échange de feux croisés où l’on canarde et où l’on se fait canarder! Où il faut plonger à plat ventre pour sauver sa peau et ne penser qu’à tuer! Les mots ne sont pas seulement des bombes et des balles. plus ou moins brutale ou adoucie des actes de langage. égaux. tandis que les FFAs ont au contraire tendance à être renforcés. ce sont aussi des petits cadeaux!» (in KERBRAT-ORECCHIONI. plus les procédés de réparation doivent être forts. Mais. la relation de pouvoir .

rapportés non plus uniquement à la seule intention du locuteur mais envisagés comme «le produit d’une collaboration active (et parfois conflictuelle) entre les interlocuteurs. 1995: 11) .Eléments de pragmatique linguistique Grâce aux prolongements qu’on vient de présenter.» (KERBRAT-ORECCHIONI. nombre des critiques formulées contre la théorie classique ont trouvé une solution convenable: les actes de langage sont envisagés dans une perspective interactive et non plus isolationniste et deviennent des actes communicatifs.

Et cela parce que. Bien que l’analyse et l’interprétation des phénomènes étudiés s’appuient sur l’aspect conventionnel et codique du langage. subjectives (les attitudes des interactants) ou objectives (les déterminations situationnelles). par cela. de données variables. la théorie des actes de langage a provoqué l’ouverture de la linguistique vers l’extralinguistique et. La reconnaissance du rôle décisif des données contextuelles dans l’accomplissement des actes de langage a contribué à la reconnaissance de leur statut de forme d’interaction sociale. qui va s’en séparer par la suite pour se constituer en discipline à part. la pragmatique.Les actes de langage 7. Conclusions Née d’une pensée philosophique. pour analyser un échange . la prise en considération dans l’interprétation des faits de langue. la théorie classique des actes de langage a influencé de façon décisive le développement de la linguistique et des sciences connexes en jalonnant des directions de recherche qui ne cessent de se diversifier et de s’approfondir. C’est grâce à la théorie des actes de langage que la linguistique s’enrichit – dans un premier temps – d’une nouvelle branche. C’est toujours grâce à la théorie des actes de langage que la linguistique et les sciences connexes se sont vu obligées de participer simultanément à l’interprétation des interactions verbales et de ne plus s’ignorer réciproquement.

Acceptée. elle ne cesse d’intéresser et de provoquer linguistes. des connaissances en théorie de la communication.Eléments de pragmatique linguistique verbal. philosophes et de constituer une véritable pierre de touche pour tout chercheur chevronné ou désireux de le devenir . critiquée. . il faut avoir recours à des connaissances sociologiques. niée. corrigée.. psycholinguistes. psychologiques. disposer donc d’un univers encyclopédique divers et complexe. défendue ou rejetée. etc. la théorie classique des actes de langage fait la preuve suprême de sa consistance: cinquante ans après ses premières formulations. linguistiques. sociologues.

. ● La notion centrale de la théorie et. acte indirect. stratégie inférentielle. marqueurs de dérivation illocutoire. opérationnelles dans son développement. acte direct. censées être observées pour que la communication atteigne ses buts. à savoir: (énoncé) performatif (primaire et explicite). ● La théorie des actes de langage fait partie d’une théorie élargie de l’action où l’activité langagière (de communication) est conçue comme une forme de comportement humain. ● Pour la théorie des actes de langage. gouverné par des règles. vu qu’un énoncé constatif peut être paraphrasé par un performatif explicite.Les actes de langage 8. ● Suite à une série de distinctions. son objet d’étude est l’acte illocutionnaire. etc. Idées à retenir ● La théorie des actes de langage s’est développée en opposition à la théorie descriptiviste pour laquelle la fonction principale du langage est de décrire la réalité. force illocutionnaire. la fonction du langage est tout autant d’agir sur la réalité et de permettre à celui qui produit un énoncé d’accomplir. sera défendue par l’hypothèse performative de Ross mais combattue par le performadoxe de Lycan. dérivation illocutoire. contenu propositionnel. ce faisant. ● L’idée d’Austin conformément à laquelle tout énoncé est virtuellement performatif. partant. la théorie réussit à isoler un ensemble de notions – clé. une action. défini comme l’acte accompli en disant quelque chose. acte illocutionnaire. préfixe performatif.

nombre de linguistes s’attachant à discuter des points considérés faibles de la théorie.Eléments de pragmatique linguistique ● La pragmatique intégrée s’appuie sur l’idée que les conditions d’usage des énoncés ainsi que leurs valeurs illocutoires sont inscrites dans le système de la langue. définie en terme d’efforts cognitifs et d’effets cognitifs ou contextuels. la théorie de la pertinence est une théorie de l’interprétation contextuelle des énoncés. ● Dans la théorie de l’action. ● La pragmatique cognitive soutient que le langage représente d’abord un moyen de description de la réalité et accessoirement un moyen d’action. ● La pertinence. conformément auquel dans une situation de communication un locuteur produit l’énoncé le plus pertinent par rapport à la situation donnée. ● L’approche psychosociologique décrit les actes de langage comme relationèmes censés exprimer les différents types de rapports susceptibles à s’instaurer entre les interactants. Fodor et le modèle de l’inférence. et continue à le faire. interprété comme activité communicative. tout en proposant de nouvelles directions pour la solution des divergences et contradictions saisies. l’acte de langage devient acte de communication. Il est sous-déterminé contextuellement et l’interprétation des énoncés se fait par des processus inférentiels. . ●Les fondements théoriques de la pragmatique cognitive sont le modularisme de J. ● La perspective interactionnelle adoptée par la théorie de la conversation fait de l’acte de langage un élément constitutif de l’enchaînement verbal: à côté de l’intervention et de la réplique. sert à trouver les hypothèses pertinentes correspondant à l’intention communicative du locuteur. bien des critiques. à savoir dans le composant sémantique. Elle s’appuye sur le principe de pertinence. ● La théorie des actes de langage a suscité. constitutive de l’action sociale. ● Fondée sur une hypothèse cognitiviste et sur une hypothèse linguistique.

Les actes de langage

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considérée ridicule. ILLOCUTOIRE et PERLOCUTOIRE. La théorie classique fournit deux classifications des actes de langage: la première. un acte d’énonciation qui consiste en la réalisation d’une action de nature linguistique liée à l’événement historique qu’est l’énonciation dont le résultat est le produit linguistique énoncé. distingue entre actes LOCUTOIRE. celle d’Austin.Les actes de langage GLOSSAIRE DES PRINCIPAUX TERMES UTILISES EN THEORIE DES ACTES DE LANGAGE ACTE DE LANGAGE (DE PAROLE) unité minimale de la communication humaine. ACTE DE LANGAGE est considéré par O. La traduction la plus fidèle aurait été actes de langue. ACTES DE PAROLE terme qui est en circulation chez certains linguistes. exprime un contresens considérable et dissimule l’originalité de la théorie des actes de langage: l’intégration des actes dans le système de la langue. DUCROT le correspondant le plus adéquat de l’anglais speech acts de SEARLE car il reflète la conception de ce dernier. La seconde. ILLOCUTOIRE et PERLOCUTOIRE. PROPOSITIONNEL. pour lequel les speech acts relèvent de plein droit de la langue. Dans les théories qui se sont développées à partir de la théorie classique. distingue entre actes d’ENONCIATION. La théorie des actes de langage est consacrée à l’étude des actes ILLOCUTOIRES. tandis que . celle de Searle. on parle également d’actes de discours (VANDERVEKEN).

Eléments de pragmatique linguistique dans la théorie de la conversation. l’acte de langage constitue l’unité minimale constitutive de la structure d’une conversation. en amenant ce dernier à reconnaître son intention de produire cet effet en vertu de la connaissance que celui-ci a des règles qui régissent l’énonciation de la phrase. le locuteur communique exactement et littéralement ce qu’il dit avec l’intention de produire sur l’interlocuteur un certain EFFET ILLOCUTIONNAIRE. l’intention du locuteur et la situation de communication lui attribuent un autre sens par lequel il s’associe à une autre classe d’actes illocutoires. L’effet illocutoire est produit si l’interlocuteur peut distinguer entre le SENS DU LOCUTEUR et le SENS DE LA PHRASE. ACTE DIRECT acte produit au moment où en énonçant une phrase. Le marqueur de force illocutoire. tandis que dans le cas des performatifs explicites. l’énoncé accomplit deux actes illocutoires: un ACTE SECONDAIRE (SECONDARY ACTE DERIVE (INDIRECT) . Du point de vue sémantique. le locuteur ne communique que le contenu propositionnel. acte de langage accompli au moment où. détermine l’appartenance de celui-ci à une certaine classe d’actes de parole. Toute phrase se caractérise. à part le POTENTIEL DE FORCE ILLOCUTOIRE . en énonçant une phrase et transmettant exactement et littéralement ce qu’il dit. Dans le cas des performatifs primaires (implicites). par un POTENTIEL DE CONTENU PROPOSITIONNEL. présent dans la structure syntaxique ou dans la représentation sémantique de l’énoncé employé. L’acte direct se présente sous la forme de PERFORMATIF PRIMAIRE ou de PERFORMATIF EXPLICITE. le locuteur implique la PRESUPPOSITION. il communique et le contenu propositionnel et la force illocutoire dont il investit ce contenu.

le locuteur doit communiquer en même temps. Lors d’un acte dérivé.PLAN ensemble de données contextuelles et de conventions sociales que les interlocuteurs partagent et qui leur permet d’exprimer et de comprendre le speaker utterance meaning. présuppositions. L’ensemble de ces informations est considéré comme acquis par les sujets parlants et censé rendre possibles nos représentations. à un ARRIERE-PLAN DE DONNEES CONTEXTUELLES partagées par le locuteur et par l’interlocuteur et à des CONVENTIONS SOCIALES également reconnues et partagées. etc. Ces processus sont possibles grâce. c’est-à-dire la manière dont il organise dans un contexte situationnel. habitudes. la stratégie conversationnelle. Cela signifie que l’énoncé censé accomplir l’acte dérivé renferme deux contenus: un CONTENU EXPLICITE qui représente l’objet du message à transmettre lors d’un échange verbal et un CONTENU IMPLICITE qui constitue le véritable objet du message à transmettre lors d’un échange verbal. linguistiques ou non. . l’interlocuteur doit comprendre exactement les intentions du locuteur. assomptions. le sens de l’énoncé et le sens qu’il lui attribue dans la situation de communication donnée.Les actes de langage ILLOCUTIONNARY ACT) par lequel on communique le SENS LITTERAL de la phrase (SENTENCE MEANING) et un ACTE PRIMAIRE (PRIMARY ILLOCUTIONNARY ACT) par lequel on communique le SENS que LE LOCUTEUR veut ou croit communiquer (SPEAKER UTTERANCE MEANING). entre autres. savoirs-faire. informations de toute sorte. compétences. Il est constitué de pratiques. de son côté. ARRIÈRE .

c’est-à-dire son adéquation au contexte dans lequel il apparaît. Il sera décomposé en l’INTENTION ILLOCUTOIRE DU et son INTENTION DE LOCUTEUR COMMUNICATION. dans la classification des actes illocutoires d ‘Austin. acte illocutoire qui engage le locuteur à une suite d’actions déterminée. DE SATISFACTION chez Searle) . fait partie de la force illocutoire . le but est d’engager le locuteur à l’accomplissement de l’acte. Elles font partie. Cette classe apparaît dans la classification d’Austin et sera reprise par Searle qui la définit de la même manière qu’Austin: c’est un acte illocutoire qui engage le locuteur à l’accomplissement d’une action future. c’est l’acte illocutoire qui a trait aux attitudes et au comportement social du locuteur à l’égard de la conduite des autres. Suivant les critères de classification de Searle. de la force illocutoire. des événements qui les concernent. Ce sont des conditions du monde représentées dans le contenu propositionnel qui doivent prévaloir BUT (de l’acte) ILLOCUTIONNAIRE COMMISSIF COMPORTATIF CONDITIONS SUR LE CONTENU PROPOSITIONNEL CONDITIONS D’EMPLOI (= DE RÉUSSITE chez Austin. précisent le caractère futur de l’action de l’interlocuteur. définissent le degré d’appropriété contextuelle de l’acte. l’état psychologique du locuteur est la sincérité (il a l’intention sincère d’accomplir l’acte). représente la finalité de l’acte illocutoire. la direction d’ajustement est des mots au monde ( le monde doit s’ajuster aux mots).Eléments de pragmatique linguistique ASSERTIF acte illocutoire qui engage la responsabilité du locuteur sur l’existence d’un état de choses. en tant que composante. sur la vérité de la proposition exprimée. il détermine la direction d’ajustement et se définit par la tentative linguistique du locuteur pour amener l’interlocuteur à faire une action future.

parfois institutionnelles (mariage. Une analyse plus poussée amène Austin à remarquer que la distinction constatif/performatif est difficile à maintenir tant qu’il y a des énoncés constatifs qui ne servent pas à décrire une réalité et qui cependant peuvent être CONDITIONS DE SINCERITÉ CONDITIONS DE SUCCÈS CONDITIONS DE VÉRITÉ: CONSTATIF .Les actes de langage pour que l’état ou l’acte considéré soient satisfaits Un acte ou un état est dit «vrai» ou «approprié» si et seulement si les conditions de satisfaction déjà déterminées par leur contenu propositionnel sont remplies. Ce sont des composantes de la force illocutoire. baptême). ce sont les conditions remplies par l’accomplissement d’un acte dont le locuteur a les états mentaux qu’il exprime en accomplissant cet acte. CONDITIONS NORMALES DE DEPART ET D’ARRIVÉE CONDITIONS PRÉPARATOIRES portent sur la capacité de l’interlocuteur d’accomplir l’action demandée. conditions à remplir pour qu’un énoncé soit vrai. énoncé affirmatif susceptible d’être VRAI ou FAUX. conditions qui doivent être remplies dans un contexte d’énonciation pour que le locuteur réussisse à accomplir cet acte dans ce contexte. c’est-à-dire pour que l’état de choses qu’il représente existe (ou soit actuel). composantes de la force illocutoire. CONDITIONS DE FÉLICITÉ ensemble de procédures conventionnelles. dont l’application correcte et complète permet l’accomplissement de l’acte de langage exprimé par l’énoncé performatif considéré. et servant à décrire une réalité. suivant les CONDITIONS DE VERITE qui le régissent. président à la compréhension du message.

que l’interlocuteur saisit par la seule compréhension du SENS LITTERAL de l’énoncé. Le fonctionnement de la langue a prouvé que cela n ‘est pas toujours vrai car un même type de phrase peut accomplir des actes différents. on considère que les types fondamentaux de phrase (déclarative. interrogative. à la différence de la convention pragmatique. impérative) sont censés exprimer certains types d’actes. Une interrogative peut exprimer une demande d’information mais aussi une requête. Dans la formule de Searle. l’association de certaines phrases à certains types d’actes. une impérative accomplit une injonction. De façon générale. il est noté p et comprend les actes de référer et de prédiquer. Une impérative peut exprimer différents types d’actes injonctifs. ensemble des informations transmises par un énoncé. etc. négative. Austin va constater finalement que tous les constatifs désignent des actes implicites d’assertion et qu’ils se laissent tous paraphraser par des performatifs explicites. Searle l’a choisi comme critère de classification des actes illocutoires. depuis la requête jusqu’à l’ordre ou la prière.Eléments de pragmatique linguistique sanctionnés comme vrais ou faux. ce qui lui permet de conclure que toute phrase est potentiellement performative. la convention sociale consiste dans le fait que l’usage fréquent d’un certain type de phrase avec une autre valeur illocutoire que la valeur CONTENU POSÉ CONVENTION (PRAGMATIQUE) CONVENTION SOCIALE . Cette remarque se trouve à la base de la dérivation illocutoire. Une interrogative accomplit l’acte de demande d’information. F(p). à côté des onze autres critères établis à cette fin. CONTENU PROPOSITIONNEL l’état de choses dont le locuteur demande la réalisation ou affirme l’existence.

n. l’environnement verbal ou écrit d’un énoncé.) ne serait pas une demande. la valeur d’une question. Mais. En dehors de cet environnement. par convention pragmatique.» CONVENTIONNEL acte qui a le caractère général d’un rite ou d’une cérémonie où les paroles sont accompagnées de gestes. ou d’ attitudes particulières. par des rituels précis. par convention mutuelle et tacite. Les actes de langage aussi sont des actes conventionnels car ils n’existent que relativement à l’institution linguistique qui régit leur «accomplissement en associant à un certain type d’actes un certain type de phrase. par exemple.» l’acte de parole est conventionnel à la fois au sens où il n’existe que relativement à l’institution linguistique et au sens où cette institution régit son «accomplissement en associant à un certain type d’acte un certain type de phrase». il peut acquérir d’autres interprétations.» il faut de l’ingéniosité pour imaginer une situation dans laquelle l’énonciation (de cette phrase.Les actes de langage attribuée par la convention pragmatique détermine les locuteurs à reconnaître. à ce type de phrase la capacité d’accomplir un autre acte que celui auquel elle était destinée. Ainsi. Cet acte n’existe que grâce à un système de conventions et s’inscrit dans une institution extralinguistique. acte illocutionnaire par lequel le locuteur essaie de provoquer un changement de l’état de choses concerné. Le but d’un acte de déclaration est de CONVENTIONNALISME (RADICAL) : COTEXTE (CONTEXTE LITTERAL) DECLARATION . comme Searle le dit.n. la phrase classique Pouvez-vous me passer le sel? a. Un acte cotextuel est un acte dont l’interprétation dépend de l’environnement linguistique qui le précède et qui lui suit.

etc. La dérivation ou l’indirection. processus qui consiste en la réalisation d’un acte illocutoire par l’intermédiaire d’un autre acte.Eléments de pragmatique linguistique provoquer un nouvel état de choses par la seule vertu de son énonciation. abdiquer. la séance ouverte. Les directifs font partie de la classification de Searle et se caractérisent par: la direction . il faut que la déclaration soit accomplie dans le cadre d’une certaine institution extralinguistique qui confère au locuteur les pouvoirs de provoquer ou d’instaurer de nouveaux faits institutionnels par le seul accomplissement approprié d’un acte de langage (déclarer la guerre.) DEGRÉ DE PUISSANCE composante de la force illocutoire qui indique l’intensité avec laquelle le locuteur désire l’accomplissement de l’action demandée ainsi que les efforts linguistiques déployées pour y parvenir. acte illocutoire par lequel le locuteur essaie de faire faire quelque chose par l’interlocuteur. est un procédé largement employé par les locuteurs – surtout s’il s’agit de l’accomplissement d’actes menaçant la face – pour des raisons d’ordre social qui concernent les relations interpersonnelles et les besoins de préserver les faces des participants à l’échange verbal. DÉRIVATION ILLOCUTIONNAIRE (ILLOCUTOIRE) DÉRIVE-DE-LANGUE DIRECTIF voir TROPE ILLOCUTOIRE. faire un legs. Pour que cela arrive. illocutoire aussi. théorisée par Searle. La dérivation consiste donc en l’accomplissement de deux actes : un acte directement saisi par l’interlocuteur et un ACTE INDIRECT ou DERIVE pour la compréhension duquel l’interlocuteur doit avoir recours à une STRATEGIE INFERENTIELLE.

l’état psychologique est le désir. la direction d’ajustement peut être des mots au monde (si l’état de choses concernés n’existe pas avant la profération des mots mais sera instauré par cette même profération) ou bien du monde aux mots (si l’état de choses préexiste aux mots qui doivent le nommer). EFFET DE SENS CO(N)TEXTUEL valeur illocutoire dérivée considérée atteinte lorsque l’information nouvelle interagit avec un contexte formé d’hypothèses existantes en renforçant une hypothèse existante ou en se combinant avec une hypothèse existante pour livrer une implication contextuelle. l’acte qui. avec EFFORT COGNITIF. le but illocutoire est d’obtenir que l’interlocuteur fasse quelque chose.Les actes de langage d’ajustement est des mots au monde (le monde doit s’ajuster aux mots). malgré son énonciation. L’effet de sens représente donc le SENS PRAGMATIQUE de l’énoncé. aide à la définition de la PERTINENCE. Suivant le type d’actes. DIRECTION D’AJUSTEMENT critère de classification des actes illocutoires qui détermine le rapport que l’acte illocutoire introduit entre l’état de choses et les mots qui le désignent. L’effet cognitif représente le résultat du processus EFFET COGNITIF (CONTEXTUEL) . terme qui. Récanati va en faire le critère de base da sa classification des actes de langage.» (Austin). la reconnaissance par l’auditeur des INTENTIONS ILLOCUTOIRE et de COMMUNICATION du locuteur d’effectuer un ÉCHEC EFFET ILLOCUTIONNAIRE certain acte illocutoire: «faire en sorte que soit compris le sens de ce qui est dit et la force avec laquelle c’est dit. ne s’accomplit pas à cause de certaines conditions qui n’ont pas été satisfaites.

En échange. c’est le correspondant français de UTTERANCE. la PERTINENCE. critère de classification des actes illocutoires exprimant l’attitude du locuteur à l’égard du contenu propositionnel. Le problème de la théorie des actes de langage est de comprendre comment on passe du fait brut qu’est l’énonciation de sons au fait institutionnel qu’est l’accomplissement des actes illocutoires dans la communication humaine. il correspond à la condition de sincérité des règles constitutives. défini comme l’état psychologique (du locuteur ou de l’interlocuteur) exprimant une appréciation concernant le contenu ÉNONCIATION (ACTE DE) ÉTAT PSYCHOLOGIQUE . Les efforts cognitifs dépendent de plusieurs facteurs. L’acte d’énonciation constitue le type minimal d’acte de langage. l’accès aux informations encyclopédiques. Il représente l’effort de traitement de l’acte de communication. le nombre de règles logiques impliquées par le mécanisme inférentiel.Eléments de pragmatique linguistique d’interprétation d’un énoncé. ce que le destinataire finit par comprendre de l’acte de communication qui lui est destiné. phrases). Il se divise en deux sous-composants: l’ETAT JUDICATIF.fait partie de l’acte propositionnel. à savoir: la longueur de l’énoncé. tout acte illocutoire est un acte d’énonciation. La production d’un acte d’énonciation n’implique pas obligatoirement la production d’un acte PROPOSITIONNEL ou ILLOCUTOIRE. dans la classification de Searle . acte qui consiste en la prononciation de mots (morphèmes. fait par le destinataire pour arriver à la compréhension de cet acte. correspondant à l’acte locutoire d’Austin mais sans le composant rhétique qui introduit le sens et qui. EFFORT COGNITIF définit avec EFFET COGNITIF.

Cette classe fait partie de la classification d’Austin. dans la classification d’Austin.» En formulant ce principe.) X. principe stipulant que ce que l’on veut dire peut être dit: «Pour toute signification X. de droits ou d’influences. et pour tout locuteur L. Il n’a pas donc de direction d’ajustement car la vérité de la proposition exprimée est présupposée: se réjouir que p ou déplorer que p présupposent que p est vrai. désire communiquer etc. EXERCITIF acte illocutoire qui renvoie à l’exercice de pouvoirs. de clarification de l’emploi et de la référence des mots. On le considère comme la forme la plus simple d’acte de langage car il n’implique ni l’ajustement des mots au monde ni celui du monde aux mots. chaque fois que L veut signifier (a l’intention de transmettre. d’une manière de conduire une argumentation. telle que E soit l’expression exacte ou la formulation exacte de X. Il consiste à formuler une décision en faveur ou à l’encontre d’une action ou d’une suite d’actions.. acte illocutoire d’explication d’une façon de voir. Ce type d’actes représente. Searle refuse de séparer le SENS DESCRIPTIF (= le sens donné par l’ensemble des constituants syntacticosémantique d’une phrase) et le SENS PRAGMATIQUE (= le sens donné par l’emploi EXPOSITIF EXPRESSIF EXPRIMABILITÉ (PRINCIPE DE) .Les actes de langage propositionnel et un ETAT VOLITIF (du locuteur ou de l’interlocuteur) exprimant le désir de voir s’accomplir le contenu propositionnel. l’une des cinq classes d’actes inventoriés. acte illocutoire dont le but illocutoire est d’exprimer l’état psychologique du locuteur relativement à un état de choses. alors il est possible qu’existe une expression E.

Searle la note F dans la formule F(p) où F = la force illocutionnaire et p = le contenu propositionnel d’un énoncé. une valeur (conventionnelle) abstraite. Si la force illocutoire n’est pas explicitée par un marqueur. FAUX (ÉNONCÉ) l’état de choses décrit par l’énoncé ne correspond pas à la réalité prise en considération. elle se retrouve seulement dans la structure profonde (sémantique) de l’énoncé. Le propre de la FORCE ILLOCUTOIRE est d’être reconnue et comprise. DEGRE DE PUISSANCE. la reconnaissance en est possible grâce au contexte et à la situation d’énonciation.Eléments de pragmatique linguistique d’un énoncé dans une situation donnée). Elles assurent l’accomplissement de l’action dénotée dans le contenu propositionnel. CONDITIONS SUR LE CONTENU PROPOSITIONNEL. c’est-à-dire l’atteinte de l’EFFET PERLOCUTIONNAIRE de l’acte illocutoire. Une FORCE ILLOCUTOIRE (ILLOCUTIONNAIRE) . attribuée aux expressions linguistiques qui rend possible la reconnaissance du type d’acte accompli. ne se vérifie pas dans cette réalité. CONDITIONS PREPARATOIRES. La force illocutoire est constituée de plusieurs composantes à l’aide desquelles on peut identifier les différentes valeurs qu’une même force peut acquérir suivant le contexte: BUT ILLOCUTOIRE. La force illocutoire peut être explicitée dans la structure de surface d’un énoncé à l’aide d’un MARQUEUR DE FORCE ILLOCUTOIRE ou bien. La reconnaissance et la compréhension sont le fait de l’interlocuteur et constituent l’EFFET ILLOCUTIONNAIRE. CONDITIONS DE SINCERITE. Les opinions divergent en ce qui concerne l’appartenance de la force illocutoire au sens de l’énoncé ou non. De ce principe découle les notions d’INTENTION et de CONVENTION. MODE D’ACCOMPLISSEMENT.

C’est l’acte accompli en disant quelque chose. HEUREUX se dit d’un acte dont l’énonciation satisfait à toutes les conditions nécessaires à son fonctionnement (à son accomplissement) et qui produit des effets qu’il aurait à produire. théorie développée par le sémanticien Ross soutenant le point de vue de la théorie classique des actes de langage conformément auquel la structure profonde des énoncés performatifs présente une préface performative (le PREFIXE PERFORMATIF d’Austin). L’acte illocutoire représente une VALEUR (ou une FORCE) acquise par l’acte locutoire du fait de la volonté du locuteur. La classification d’Austin établit HYPOTHÈSE CONTEXTUELLE HYPOTHÈSE PERFORMATIVE ILLOCUTIONNAIRE / ILLOCUTOIRE (ACTE) . C’est un acte institutionnel accompli en observant un certain rituel. Elle s’oppose au PERFORMADOXE. explicite dans la structure de surface des performatifs explicites ou implicite dans le cas des peformatifs primaires. Appelée FORCE ILLOCUTIONNAIRE.Les actes de langage phrase contenant des marqueurs d’une certaine force illocutoire peut très bien être employée pour accomplir un autre type d’acte illocutoire que celui indiqué par le marqueur de force illocutoire. Toute phrase se caractérise par un POTENTIEL DE FORCE ILLOCUTIONNAIRE. utilisé comme prémisse dans l’interprétation d’un énoncé. elle représente le critère de classification des actes illocutoires. acte par lequel le locuteur entend produire un certain effet sur son interlocuteur en l’amenant à connaître l’intention qu’il a de produire cet effet. disponibles dans l’environnement cognitif mutuel au locuteur et au destinataire. sous-ensemble d’informations considérées vraies ou probablement vraies. construit énoncé après énoncé.

PROMISSIFS. de nature CONTEXTUELLE et COTEXTUELLE. . Récanati choisit comme critère pour sa classification la DIRECTION D’AJUSTEMENT. DECLARATION. on parle d’ACTE INDIRECT ou DERIVE. prescriptifs) et les CONSTATIFS. COMPORTATIFS. A la différence de Searle. INSTITUTIONNEL. EXERCITIFS. on est en présence d’un ACTE ILLOCUTOIRE DIRECT. EXPOSITIFS. PROMISSIFS. ou de façon indirecte et.Eléments de pragmatique linguistique cinq classes d’actes illocutoires: VERDICTIFS. Son accomplissement est soumis à des CONDITIONS D’EMPLOI et régi par deux catégories de règles: REGLES NORMATIVES et REGLES CONSTITUTIVES. EXPRESSIFS. Une autre classification. CONVENTIONNEL. Essentiel dans l’accomplissement de l’acte de parole est l’UPTAKE de l’interlocuteur. On distingue dans la structure d’un acte deux composantes: la FORCE ILLOCUTIONNAIRE et le CONTENU PROPOSITIONNEL. de Récanati. La classification de Searle s’appuie sur un ensemble de douze critères – dont certains sont des sous-composantes de la force illocutoire – et établit les cinq classes suivantes: ASSERTIFS. distingue entre ACTES ESSENTIELLEMENT REPRESENTATIFS et NON-ESSENTIELLEMENT REPRRESENTATIFS et fait entrer dans la première classe les PERFORMATIFS (déclaratifs. Toute phrase possède un POTENTIEL D’ACTE ILLOCUTIONNAIRE. DIRECTIFS.L’acte illocutoire présente une série de caractéristiques. Tout acte illocutoire peut être réalisé de façon directe et. dans ce cas. à savoir: c’est un acte INTENTIONNEL. INFÉLICITÉ (DE L’ACTE) le rituel qui préside à l’accomplissement d’un acte n’est pas respecté et l’acte n’est pas accompli. promissifs. dans ce cas.

le locuteur n’a pas les états mentaux qu’il exprime. C’est la seconde composante du but illocutoire. c’est-à-dire son intention d’accomplir un acte illocutoire. INSTITUTIONNEL (ACTE) INTENTION PRAGMATIQUE INTENTION DE COMMUNICATION (COMMUNICATIVE) INTENTION ILLOCUTOIRE INTENTION INFORMATIVE INTENTIONNEL (ACTE) . du caractère intentionnel de son énonciation.Les actes de langage INSINCÈRE (ACTE) en accomplissant cet acte. l’intention de chaque sujet énonciateur de communiquer à son interlocuteur ce qu’il veut faire par son acte de langage. l’interprétation appropriée de l’acte est conditionnée par la reconnaissance. C’est une des deux composantes du but illocutoire. exprime l’intention du locuteur de faire comprendre à l’interlocuteur son intention de réaliser un acte illocutoire.. le désir du locuteur de communiquer à son interlocuteur le contenu de sa phrase et de lui faire reconnaître cette intention grâce à des règles linguistiques conventionnelles. de la part de l’interlocuteur. Il s’agit d’un acte accompli dans les circonstances requises mais qui ne correspond pas (ne traduit pas) ce que le locuteur ressent vraiment à propos du fait dénoté dans le contenu propositionnel. acte qui suppose l’existence de certaines institutions humaines (= des systèmes de règles constitutives) à l’intérieur desquelles il acquiert valeur d’acte. Les changements qu’il produit sont donc le résultat du respect ou de la violation d’un ensemble de droits ou d’obligations qui définissent la relation des interlocuteurs. l’intention du locuteur de faire comprendre au destinataire que par son acte il veut lui transmettre certaines informations.

critère de classification des actes illocutoires qui reflète l’attitude du locuteur face à l’interlocuteur au moment de la réalisation de l’acte illocutoire. l’interlocuteur est amené à faire telle ou telle hypothèse interprétative. courant de la psychologie cognitive créé par J. malgré son énonciation. linguistiques. modèle pragmatique expliquant comment. ne s’accomplit pas. on traite par modules spécialisés les données auditives. cette partie de la structure syntaxique de l’énoncé qui dénote l’état de choses dont le locuteur vise l’accomplissement et qui prend le plus souvent la forme d’une subordonnée complétive. à deux niveaux. cette partie de la structure syntaxique de l’énoncé qui indique la façon dont il faut considérer la proposition. l’interprétation d’un énoncé est fonction du CONTEXTE. MARQUEUR DE CONTENU PROPOSITIONNEL MARQUEUR DE FORCE ILLOCUTOIRE MODE D’ACCOMPLISSEMENT MODÈLE INFERENTIEL MODULARISME . Il explique comment se construisent les HYPOTHESES CONTEXTUELLES (prémisses) nécessaires à l’interprétation et comment sont déterminées les REGLES D’INFERENCE qui permettent d’en tirer des conclusions. vu que certaines conditions n’ont pas été satisfaites.Eléments de pragmatique linguistique MALHEUREUX se dit d’un acte qui. et qui ne produit pas les effets qu’il est censé produire. à partir des informations fournies par l’énoncé et d’autres informations non linguistiques. C’est une des composantes de la force illocutoire. Conformément à ce modèle. Fodor qui considère que le traitement des informations reçues par l’esprit humain se fait par étapes successives. c’est-à-dire la force illocutionnaire à attribuer à l’énonciation. Au niveau périphérique.

. On l’appelle également HYPOTHESE COGNITIVISTE. promettre. ce qui n’est pas correct. d’une quelconque institution. il en résulte que les conditions de vérité sont identiques aux conditions de félicité. prés. Dans la variante des fondateurs de la pragmatique cognitive les deux systèmes sont remplacés par deux catégories de modules.La partie JE + Vindic. prier. NON-INSTITUTIONNEL (ACTE) acte produit indépendamment de l’existence d’un système de règles constitutives. implicite et explicite. énoncé affirmatif susceptible d’être HEUREUX ou MALHEUREUX. paradoxe mis en évidence par Lycan qui démontre que si les deux types de performatifs présentent la même structure profonde. La partie PERFORMADOXE PERFORMATIF . Le module linguistique est un module perceptuel tandis que le module pragmatique est un module conceptuel. suivant les CONDITIONS DE FELICITE qui le régissent. l’institution linguistique mise à part. de la structure syntaxique représente le MARQUEUR DE FORCE ILLOCUTOIRE. et servant à instaurer une nouvelle réalité . ce qui n’est pas possible ou bien que les performatifs. moyennant des processus inférentiels.Les actes de langage visuelles etc. Sa structure syntaxique canonique comporte le pronom personnel de première personne JE et un verbe performatif du type: ordonner. perceptuels et conceptuels. nommé aussi PREFIXE PERFORMATIF. prés. se soumettent aux mêmes conditions de vérité. employé à l’indicatif présent: JE + V indic. + que P / de INF. L’interprétation fournie à ce niveau est envoyée au niveau central qui la complète par d’autres informations connues ou fournies simultanément par les autres modules spécialisés. il indique que produire l’énonciation est exécuter une action (Austin).

Eléments de pragmatique linguistique

que P/ de INF représente le MARQUEUR DE CONTENU PROPOSITIONNEL. Dans une première étape d’analyse, Austin oppose l’énoncé performatif à l’énoncé CONSTATIF mais il renoncera à cette distinction constatif/performatif pour s’intéresser à la classification des actes de langage. Tout énoncé performatif se définit par son caractère SUIREFERENTIEL: en même temps qu’il représente un certain état de choses dont on vise l’instauration, il se présente comme énoncé accomplissant un certain acte de parole.
PERFORMATIF EXPLICITE

énoncé déclaratif qui nomme l’acte accompli et qui comporte dans sa structure le PREFIXE qui exprime sans ambiguïté la performativité de l’énoncé. un énoncé où l’acte accompli n’est pas nommé mais il sera identifié grâce au co(n)texte de son énonciation; la structure syntaxique ne contient pas de marqueur explicite de la performativité. Le performatif implicite peut prendre la forme syntaxique d’un énoncé constatif ou d’un énoncé non-constatif (interrogatif, négatif, exclamatif, et.) acte accompli par le fait d’avoir dit quelque chose. L’acte perlocutoire représente les conséquences de ce que l’on a dit, c’est-à-dire de l’acte illocutoire. Il constitue l’EFFET que l’acte illocutoire produit sur l’interlocuteur auquel il est adressé. Ces conséquences ou cet effet ne font/fait pas partie intégrante de l’acte locutoire, elles/il surviennent/survient après. L’acte perlocutoire est introduit par Austin. Searle doute de l’existence des actes perlocutoires mais il les accepte dans des termes semblables à ceux d’Austin. L’EFFET PERLOCUTIONNAIRE représente, en fait, la réalisation de l’acte prédiqué par le sujet

PERFORMATIF PRIMAIRE (IMPLICITE)

PERLOCUTOIRE (PERLOCUTIONNAIRE)

Les actes de langage

énonciateur. Lyons distingue entre EFFET PERLOCUTIONNAIRE DESIRE qui est l’effet que le locuteur veut produire sur son interlocuteur par le fait de dire quelque chose et EFFET PERLOCUTIONNAIRE REEL qui est l’effet réellement produit et qui correspond à la réponse de l’interlocuteur à l’acte illocutoire accompli.
PERTINENCE

notion clé de la théorie de la pertinence. Définie en termes d’efforts et d’effets cognitifs, elle est considérée une des caractéristiques principales d’un énoncé. Sa dépendance des deux catégories mentionnées – effets et efforts cognitifs – est explicitée de la manière suivante: plus les efforts de traitement de l’énoncé sont grands, moins l’énoncé est pertinent, donc les effets contextuels sont moindres; et, inversement, moins les efforts sont grands, plus l’énoncé est pertinent, donc les effets sont grands. La définition en serait donc la suivante: Toutes choses étant égales par ailleurs, plus un énoncé produit d’effets contextuels dans un contexte donné, plus il est pertinent dans ce contexte. Toutes choses étant égales par ailleurs, plus un énoncé demande d’efforts cognitifs dans un contexte donné, moins il est pertinent dans ce contexte. indique le nombre d’actes qu’un locuteur peut effectuer, par une émission verbale, et qui est actualisée dans la force illocutionnaire de l’énoncé. le type de force illocutoire associé à une phrase en vertu de sa modalité: déclarative, interrogative, impérative. le type de contenu propositionnel auquel la phrase est associée par sa signification descriptive.

POTENTIALITÉ ILLOCUTIONNAIRE

POTENTIEL DE FORCE ILLOCUTIONNAIRE

POTENTIEL DE CONTENU PROPOSITIONNEL

Eléments de pragmatique linguistique POTENTIEL D’ACTE ILLOCUTIONNAIRE

la conjonction du potentiel de force illocutionnaire et du potentiel de contenu propositionnel. étude des aspects non vériconditionnels de la phrase énoncée. Dans le sens le plus général, la pragmatique est censée étudier les relations entre la langue et ses utilasateurs. développement de la théorie classique des actes de langage qui considère que l’illocutoire constitue le domaine d’étude de la sémantique linguistique. Elle insiste sur l’aspect conventionnel et codique du langage et considère que les conditions d’usage d’une phrase ainsi que les valeurs illocutoires d’un énoncé sont inscrites dans le système de la langue. La pragmatique linguistique s’est développée autour du problème de la
PRESUPPOSITION.

PRAGMATIQUE (conception gricéenne)

PRAGMATIQUE LINGUISTIQUE (INTEGRÉE)

PRAGMATIQUE COGNITIVE (RADICALE)

théorie fondée sur le MODULARISME et sur le MODELE DE L’INFERENCE soutenant que: le langage constitue un moyen de description de la réalité et accessoirement un moyen d’action; il est sous-déterminé contextuellement; la tâche de la pragmatique est d’expliciter ce processus d’interprétation (contextuelle) des énoncés. Elle réussit à séparer la pragmatique de la linguistique et à la rapprocher des sciences cognitives. cette partie de la structure syntaxique d’un énoncé constituée du pronom personnel de première personne singulier JE et d’un verbe performatif à l’indicatif présent qui fonctionne comme marqueur de force illocutoire, indiquant explicitement la nature de la force dont l’énoncé est doué.

PRÉFIXE (PERFORMATIF)

PRINCIPE DE PERTINENCE PROMISSIF PROPOSITION ce qui est asserté dans l’acte d’assertion. le PROPOSITIONNEL (ACTE) . instaure des droits et des devoirs. capable(s) de fournir les informations nécessaires à la compréhension de l’acte.» acte illocutoire de promesse ou de prise en charge de quelque chose par le locuteur. Par l’ACTE DE REFERER. soit à partir d’une unité lexicale. O. Son but illocutoire est d’obliger le locuteur à adopter une certaine conduite future. Voir COMMISSIF. Il est formulé de la manière suivante: «Tout acte de communication ostensive communique la présomption de sa propre pertinence optimale. soit à partir d’une construction syntaxique. c’est-à-dire à la compréhension de l’INTENTION COMMUNICATIVE et de l’INTENTION INFORMATIVE du locuteur. Elle se trouve à l’origine de la pragmatique linguistique ou intégrée.Les actes de langage PRÉSUPPOSITION phénomène par lequel un sens resté implicite se déduit automatiquement du contexte. assigne des rôles. principe cognitif expliquant que dans une situation de communication. Ducrot l’interprète comme un acte illocutoire censé modifier « les rapports intersubjectifs des interlocuteurs. cet acte rassemble les actes de REFERER et de PREDIQUER. le destinataire prête attention à l’acte de communication (aux énoncés) parce qu’il le(s) considère pertinent(s) par rapport à la situation. La présupposition ne varie pas sous la négation ou l’interrogation. crée des obligations. ce qui est affirmé dans l’acte d’affirmation. deuxième type d’actes dans la classification de Searle. l’ensemble des informations d’arrière-plan transmises de façon non-explicite et que les interlocuteurs sont obligés d’accepter pour que la communication puisse continuer. Elle représente le CONTENU PRESUPPOSE.

la REGLE D’INTENTION qui décrit l’intention du locuteur lors de l’accomplissement d’un acte. etc. RÈGLE D’INFERENCE . elle permet le passage d’une étape à l’autre du processus inférentiel jusqu’à l’obtention de l’interprétation adéquate d’un énoncé. la REGLE PRELIMINAIRE qui porte sur le savoir et la croyance du locuteur concernant l’accomplissement de l’acte. Les deux actes – REFERER et PREDIQUER . le locuteur dit quelque chose à propos d’un certain objet. référent de l’énonciation. ils parlent sérieusement.se réalisent en énonçant une phrase ou une partie de phrase sous la forme d’une assertion. Par l’ACTE DE PREDIQUER. la REGLE DE CONVENTION qui décrit la façon dont le locuteur met en application ses intentions grâce à des conventions linguistiques. RÈGLE CONSTITUTIVE règle qui crée et définit une nouvelle forme de conduite et a la forme «X compte pour Y dans le contexte C. la REGLE ESSENTIELLE qui définit le type d’obligation contractée par le locuteur ou l’interlocuteur par l’énonciation de l’acte en question. la REGLE DE SINCERITE qui définit l’état psychologique du locuteur. etc.Eléments de pragmatique linguistique locuteur nomme ou désigne un certain objet de la réalité environnante à propos duquel il prédique quelque chose. la REGLE DE CONTENU PROPOSITIONNEL qui précise la nature du contenu de l’acte à accomplir. composant du modèle d’inférence. désigné comme sujet du contenu propositionnel d’un énoncé.. d’une question. L’application de l’ensemble de ces règles assure l’INTERPRETATION PRAGMATIQUE de l’énoncé.» Il y en a plusieurs catégories: la REGLE PREPARATOIRE qui porte sur la situation de communication: les interlocuteurs parlent la même langue.

Elle s’oppose à la VALEUR. identique ou différent de celui exprimé par le marqueur de force illocutoire. la procédure concernant l’accomplissement d’un acte de parole doit être exécutée intégralement et correctement par tous les participants un acte est satisfait si le contenu propositionnel est devenu vrai de lui. sens qu’un énoncé acquiert lors de son utilisation dans une situation d’énonciation donnée. saisi grâce aux données de l’arrière-plan. De façon générale. acquise par un énoncé dans une situation de communication donnée. le sens d’une phrase indépendamment du contexte de son emploi. On distingue deux types de signification: une SIGNIFICATION LITTERALE ou NATURELLE et une SANS DEFAUTS SATISFAIT (ACTE) SENS DESCRIPTIF SENS DU LOCUTEUR (SPEAKER UTTERANCE MEANING) SENS LITTÉRAL (D’UNE PHRASE) SENS PRAGMATIQUE SIGNIFICATION .Les actes de langage RÈGLE NORMATIVE règle qui gouverne des formes de comportement pré-existantes ou existant de façon indépendante. le sens que cette phrase manifeste dans un «contexte zéro» ou dans un «contexte nul». c’est le sens gardé indépendamment de la situation de communication où la phrase est énoncée et qui se manifeste par le marqueur de force illocutionnaire. on définit la SIGNIFICATION comme l’association abstraite d’un signifiant et d’un signifié. voir SENS LITTERAL sens attribué par le locuteur à son énoncé. Appelé aussi SENS DE LA PHRASE ou SENS DESCRIPTIF. par rapport aux locuteurs. constituées avant la formulation de la règle.

L’interlocuteur reconnaît le sens littéral de l’énoncé. il essaie d’effectuer à partir de certains indices un calcul permettant d’accéder au sens véritable. à la suite du traitement de la signification. les informations factuelles d’arrière-plan ainsi que la valeur illocutoire intrinsèque de l’énoncé. en énonçant X. les principes généraux de conversation. pour l’interprétation de l’énoncé et la découverte du sens véritable (le sens du locuteur). représenté par Searle comme F(p). Searle a établi une stratégie inférentielle en dix étapes qui combinent. lui conserve une certaine validité mais. démarche de l’interlocuteur qui consiste à établir que le but illocutoire d’un énoncé diverge du but littéral et à identifier le but illocutoire primaire. Le résultat de l’inférence constitue le sens véritable ou la VALEUR ILLOCUTOIRE DERIVEE de l’énoncé qui représente l’INTENTION PRAGMATIQUE du locuteur et dont on peut parler en termes d’EFFET DE SENS CO(N)TEXTUEL. Elle s’oppose au SENS DE L’ENONCE qui représente le sens attribué à l’énoncé par le composant rhétorique. SIGNIFICATION LITTÉRALE (NATURELLE ou DESCRIPTIVE) NON-LITTERALE ou NON- la valeur sémantique attribuée par le composant linguistique à la structure abstraite qu’est la phrase. SIGNIFICATION NON-LITTÉRALE (NON-NATURELLE) STRATÉGIE INFÉRENTIELLE STRUCTURE DE L’ACTE DE LANGAGE .Eléments de pragmatique linguistique SIGNIFICATION NATURELLE. Dire qu’un locuteur L a voulu signifier quelque chose par X. de produire un effet sur l’auditeur A grâce à la reconnaissance par A de cette intention. ensemble constitué du MARQUEUR DE FORCE ILLOCUTIONNAIRE et du MARQUEUR DE CONTENU PROPOSITIONNEL. c’est dire que L a eu l’intention. en même temps.

la théorie des actes de langage affirme que la fonction du langage n’est pas seulement de décrire la réalité mais aussi d’agir sur la réalité et de permettre à celui qui produit un énoncé d’accomplir. voir THÉORIE DES ACTES DE LANGAGE. Fodor et une hypothèse linguistique soutenant que le résultat du traitement linguistique des énoncés ne suffit pas pour leur interprétation. une action.Les actes de langage STYLE DE L’ACCOMPLISSEMENT DE L’ACTE THÉORIE DES ACTES DE LANGAGE critère de classification des actes illocutoires qui sert à identifier le style particulier selon lequel un acte illocutoire est accompli. Contrairement à la théorie descriptiviste. La théorie est fondée sur une hypothèse cognitiviste qui est la théorie modulaire de J. manifestés par la nature de son intervention dans l’état de choses envisagé ainsi que ses rapports avec d’autres individus au moment de cette intervention. théorie fondée sur une opposition à l’»illusion descriptive» qui veut que le langage ait pour fonction première de décrire la réalité et que les énoncés affirmatifs soient toujours vrais ou faux. c’est une théorie de l’interprétation contextuelle des énoncés. . Elle s’appuie sur le PRINCIPE DE PERTINENCE et considère que la caractéristique principale d’un énoncé est la PERTINENCE. THÉORIE DE L’ACTION THÉORIE DU LANGAGE PERFORMATIF THÉORIE DE LA PERTINENCE noyau de la pragmatique cognitive. Il faut lui ajouter une interprétation pragmatique (contextuelle) qui permet la reconnaissance et la compréhension des effets contextuels de l’énoncé. théorie qui se propose pour objectif l’étude des rapports établis par l’individu avec son monde environnant. ce faisant.

on peut difficilement être sûr. l’énoncé satisfait aux conditions de vérité. pour différentes raisons. manifestée explicitement en langue. la reconnaissance de la part de l’interlocuteur de l’intention du locuteur de lui communiquer intentionnellement quelque chose. le sens littéral de l’énoncé. valeur illocutoire fondamentale. valeur conférée à un énoncé par la force illocutoire de l’acte accompli. l’état de choses décrit par l’énoncé est conforme à la réalité prise en considération. Les verdictifs appartiennent à la classification austinienne des actes illocutoires. TROPE ILLOCUTOIRE NON-CONVENTIONNEL UPTAKE VALEUR VALEUR DERIVÉE VALEUR ILLOCUTOIRE D’ÉNONCIATION VALEUR INTÉRACTIONNELLE VALEUR PRIMITIVE VERDICTIF VRAI (énoncé) . ensemble des attributs qu’un élément tire de ses relations avec les autres membres du système ou sous-système pertinent. le sens non-littéral de l’énoncé. caractéristique acquise par l’énoncé du fait de la volonté du locuteur. son emploi est si fréquent que l’utilisateur de la langue ne se rend pas compte du caractère indirect et dérivé des actes linguistiques qu’il accomplit. acte illocutoire qui permet au locuteur de se prononcer sur ce qu’on découvre à propos d’un fait ou d’une valeur mais dont.Eléments de pragmatique linguistique TROPE ILLOCUTOIRÉ LEXICALISE (CONVENTIONNEL) un énoncé qui dans n’importe quel échange verbal signifie toujours la même chose. valeur illocutoire secondaire qui peut se substituer à la valeur primitive si certaines conditions d’énonciation sont remplies. énoncé qui dans un échange verbal circonstancié peut signifier autre chose qu’il ne transmet par le sens littéral.

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