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L’IMPORTANCE DES FEMMES

DANS LA MONTÉE DU CHRISTIANISME
DANS L’EMPIRE ROMAIN
L’égalité des hommes et des femmes devant le Dieu chrétien
Le meilleur statut accordé aux femmes par le christianisme (en comparaison avec le paganisme) a
facilité la conversion de beaucoup de celles-ci et fit d’elles une force active dans l’Église
primitive : « Le christianisme semble avoir été tout particulièrement populaire auprès des
femmes. C’est souvent par l’entremise des épouses qu’il a pénétré dans les plus hautes classes de
la société1. » Les femmes prenaient part avec les hommes au repas du Seigneur et au chant des
cantiques. Comme les hommes, le rachat de leurs péchés a été fait par le Christ, elles seront
jugées après leur mort et elles peuvent accéder au paradis. Plusieurs cultes païens concurrents de
la religion chrétienne, tel le mithraïsme2, excluaient les femmes. Contrairement à cela, « le
christianisme [...] permet à la femme, baptisée dans le Christ comme l’homme, une participation
plénière au culte3. »
Le christianisme était attractif pour les femmes parce qu’à l’intérieur de la culture chrétienne, la
femme jouissait d’un statut considérablement supérieur à celui que lui réservait la culture
païenne : « Le christianisme a révolutionné les mentalités en affirmant, au sein d’un monde
antique pénétré par l’idée d’infériorité de la femme, l’égale dignité des deux sexes aux yeux de
Dieu4. » Les nombreuses conversions féminines ont été remarquées par les païens et étaient vues
d’un mauvais œil par ces derniers : « Au second siècle, Celse, un écrivain romain, ridiculisa le
christianisme en disant que c’était une religion attirant les femmes. Pour lui, c’était un signe de
faiblesse. De nombreux auteurs romains voyaient la dignité et la liberté que le christianisme
offrait aux femmes comme une menace à l’ordre social en entier5. »

1

1. Henry CHALDWICK, The Early Chuch, Hammondsworth, Penguin Books, 1967, p. 57.
2. Robert TURCAN, « Mithraïsme », Encyclopédie Universalis, [En ligne],
http://www.universalis.fr/encyclopedie/mithraisme/, consulté le 7 novembre 2009.
3
3. Maurice BERTRAND, « Le christianisme contre les femmes ? », Permanences, no 384, septembre 2001.
4
4. Id., « Idées reçues sur l’Église et les femmes », Permanences, no 396, novembre 2002.
5
5. Peter HAMMOND, « The Christian Liberation of Women », Africa Christian Action, [En ligne],
http://www.christianaction.org.za/articles/christian_liberation_of_women.htm, consulté le 7 novembre 2009.
2

La réciprocité de l’époux et de l’épouse dans le mariage chrétien
Le respect qu’accordait le christianisme à la gente féminine était révolutionnaire dans l’Antiquité.
Le mariage chrétien était un pacte mutuel. L’épouse s’engageait à obéir à son époux : « Femmes,
que chacune soit soumise à son mari, comme au Seigneur6. » En contrepartie l’époux s’engageait
à respecter son épouse : « C’est ainsi que le mari doit aimer sa femme comme son propre corps.
Celui qui aime sa femme s’aime lui-même 7. » La bidirectionnalité du mariage chrétien s’étendait
aussi aux devoirs conjugaux : « Que le mari rende à sa femme ce qu’il lui doit, et que sa femme
agisse de même envers son mari. Ce n’est pas la femme qui dispose de son corps, c’est son mari.
De même, ce n’est pas le mari qui dispose de son corps, c’est sa femme. Ne vous privez pas l’un
de l’autre, se ce n’est d’un commun accord8. »
Pour une femme gréco-romaine de l’Antiquité, la conception chrétienne du mariage était très
avantageuse si l’on considère que le mariage païen était quasiment unidirectionnel. L’époux avait
pratiquement tous les droits, mais presque aucun devoir vis-à-vis sa femme 9 tandis que l’épouse
avait des devoirs vis-à-vis son mari, mais aucun droit : « Le droit romain frappe toute femme
d’incapacité. […] L’épouse était systématiquement reléguée hors de la sphère politique, pouvait
être répudiée par son mari, et celui-ci pouvait même la tuer si elle se rendait coupable d’adultère
à son égard, sans être lui-même inquiété quand il manquait au devoir de fidélité conjugale10. »
En contraste, lorsque Jésus dit à propos de la femme adultère : « Que celui d’entre vous qui n’a
jamais péché jette la première pierre contre elle 11 », il sous-entend que le péché d’adultère souille
aussi bien l’homme que la femme qui le commet. À l’opposé, selon la loi romaine, l’adultère
n’était pas une faute éthique, mais un crime de propriété contre l’homme : « L'adultère, en droit
romain, est le commerce d'une femme mariée avec un autre que son mari [...] le commerce que le
mari pouvait avoir avec une autre femme non mariée n'était pas considéré comme une violation
légale de la foi conjugale12. » En enjoignant les époux à être fidèles à leurs épouses13, le
6

6. Éphésiens 5:22.
7. Éphésiens 5:28.
8
8. 1 Corinthiens 7:3-5.
9
9. Les femmes spartiates échappaient à cette norme.
10
10. Maurice BERTRAND, loc. cit., note 4.
11
11. Jean 8:7.
12
12. E. CAILLEMER et G. HUMBERT, « Adulterium », Méditerranées, [En ligne],
http://www.mediterranees.net/histoire_romaine/empereurs_1siecle/auguste/leges3.html, consulté le 7 novembre
2009.
13
13. 1 Pierre 3:7, Matthieu 19:9.
7

christianisme ne pouvait que plaire à ces dernières. En condamnant le divorce 14 (sauf dans les cas
d’adultère), le christianisme assurait aux femmes qu’elles ne seraient pas abandonnées par un
mari ingrat et infidèle, et ainsi leur garantissait une stabilité familiale et patrimoniale.

Rôle actif et décisif des femmes des communautés chrétiennes
Même si la plupart des cultes païens incluaient des femmes dans leurs cérémonies, leur rôle était
généralement purement symbolique, voire ornementale. De son côté, l’Église primitive permettait
aux femmes d’être diaconesses, et conséquemment d’occuper un rôle actif — et même parfois
décisif — dans la vie des communautés chrétiennes locales. Dans sa lettre à la communauté
chrétienne de Rome, l’apôtre Paul envoie ses salutations personnelles à quinze femmes
différentes et en identifie plusieurs comme étant des aides compétentes. L’importance des
femmes était donc reconnue dans les congrégations chrétiennes.

L’aide apportées aux veuves par les communautés chrétiennes
Les veuves païennes étaient habituellement abandonnées à elles-mêmes, lorsqu’elles n’étaient pas
forcées de se remarier par des édits gouvernementaux. Les veuves chrétiennes étaient prises en
charge par leur communauté et elles avaient le choix de se remarier ou non. À coup sûr, elles
étaient enjointes de ne pas se remarier hâtivement, avec légèreté et nonchalance (1 Timothée
5:11-15). Certaines congrégations chrétiennes comptaient un nombre considérable de veuves.
Elles étaient soutenues par les églises, moralement et — lorsque nécessaires justifié —
financièrement (1 Timothée 5:9-10/16). En retour, ces veuves rendaient de nombreux services à
leurs communautés chrétiennes, et le corps des croyants s’en trouvait ainsi dynamisé et renforcé.

Le refus de l’avortement et de l’infanticide par les chrétiens
L’infanticide était parfaitement légal et largement pratiqué par toutes les classes de la société
gréco-romaine. Les parents pouvaient tuer leurs nouveaux nés pour divers motifs, les bébés
garçons qui paraissaient faibles étaient généralement mis de côté, et on se débarrassait très
souvent des petites filles pour la simple raison qu’elles étaient des filles 15. Dans l’Antiquité,
l’avortement était une procédure bien plus douloureuse et risquée qu’aujourd’hui. Cette pratique
14

14. Marc 10:11-12.
15. Rodney STARK, The Rise of Christianity, Princeton, Princeton University Press, 1996, p. 95-128.

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n’était pas rare pour autant, et les femmes étaient souvent contraintes d’avorter si l’enfant
qu’elles portaient n’était pas désiré par leurs proches. L’avortement était une cause majeure de
décès chez les femmes16.
L’infanticide à grande échelle et l’avortement ont fait en sorte que les hommes se sont retrouvés
en surnombre dans le monde gréco-romain, au point où le déclin de la population a été attribué
par les Romains eux-mêmes au criant manque de femmes 17. L’État a tenté de corriger cette
situation suicidaire, mais il n’y parvint jamais tant cet aspect de la culture païenne était
profondément enraciné. Or, la Bible condamne moralement l’infanticide et l’avortement 18,
conséquemment ils n’étaient pas pratiqués par les chrétiens. Ajoutez à cela le commandement de
« d’être fécond et de se multiplier 19 », et les chrétiens avaient une véritable longueur d’avance sur
leurs compatriotes païens. Ces facteurs ont contribué à créer un débalancement majeur du ratio
sexuel entre chrétiens et païens : « Les femmes dans l’Église primitive ont rapidement surpassé
en nombre les hommes à un degré tel qu’il n’y avait simplement pas assez d’hommes chrétiens à
marier20. »
Ce débalancement démographique a donné un autre avantage aux chrétiens. Les hommes
chrétiens n’avaient pas de difficulté à se trouver une partenaire partageant leur religion, les âmes
sœurs potentielles étaient abondantes. En contraste, les femmes chrétiennes ne pouvaient
numériquement pas toutes se trouver un mari chrétien, et beaucoup d’entre elles n’ont eu d’autre
choix que d’épouser un païen. Plutôt que de s’avérer une perte de disciples, ces circonstances
permirent la plupart du temps de rallier à l’Église des hommes victimes du flagrant manque de
femmes païennes. Même si ces mariages mixtes n’aboutirent pas toujours à la conversion de
l’époux, les enfants issus de ces unions reçurent habituellement une éducation chrétienne par leur
mère, et intégrèrent ainsi la collectivité chrétienne.

16

16. Ibidem.
17. Ibidem.
18
18. Exode 21:22-23, Psaumes 22:10-11, Luc 1:39-42, Jérémie 1:5, Job 3:16-19.
19
19. Genèse 1:28.
20
20. Peter HAMMOND, op. cit., note 5.
17