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v

MAURICE MERLEAU-PONTY

Phénoménolog

de

la perception

GALLIMARD

Ce livre a initialement paru-dans la Bibliothèqu des Idée9 en 1945.

0 ÉditionGallimard, 1945.

AVANT-PROPOS

Qu'est-ce que la phénoménolog7II peut paraftre dtrange qu'on ait encore à poser cette question un demi-siècl aprè les premiers travaux de Husserl. Elle est pourtant loin d'êtr rdsolue. La phénoménologic'est l'étuddes essences, et tous les problèmes selon elle, reviennent à définides essen- : L'essence de la perception, l'essence de la conscience, par exemple. Mais la phénoménologic'est aussi une phi- losophie qui replace les essences dans l'existence et ne pense pas qu'on puisse comprendre l'homme et le monde autre- ment qu'à partir de leur à facticità È C'est une philosophie

ces

transcendantale qui met en suspens pour les comprendre les affirmations de L'attitude naturelle, mais c'est aussi une philosophie pour laquelle le m~ondeest toujours a déjlà v avant la réflexioncomme une présencinaliénableet dont tout l'effort est de retrouver ce contact naïavec le monde pour lui donner enfin un statut philosophique. C'est l'am- bition d'une philosophie qui soit une a science exacte D, mais c'est aussi un compte rendu de l'espace, du temps, du

monde

a vécuÈ C'est l'essai d'une description directe de

notre expérienctelle qu'elle est, et sans aucun égarà sa

genès psychologique et aux explications causales que le savant, l'historien ou le sociologue peuvent en fournir, et cependant Husserl, dans ses derniers travaux, mentionne à phénoménologgénétiqà (1) et mêm une à phé

une

noménologiconstructive

tradictions en distinguant entre la phénoménologde Hus- serl et celle de Heidegger? Mais tout Sein und Zeit est sorti

d'une indication de Husserl et n'est en somme qu'une expli- citation du a naturlichen Weltbegriff v ou du à Lebenswelt

que Husserl,

à la phénoménologide sorte que la contradiction reparait

à (2). Voudra-t-on lever ces con-

à la fin de sa vie, donnait pour thèm premier

(1) Meditafions Cart6siennes

(2)

Voir

pp. 120 et suivantes.

la VIa Mdditation 'Carttsienne, r4dig6e par Eugen Finit et Inbdite,

dont G. Berger a bien voulu noua donner communication,

II

AVANT-PROPOS

dans la philosophie de Husserl lui-mémeLe lecteur pressd. renoncera à cuconscrire une doctrine qui a tout dit et se

demandera si une philosophie qui n'arrive pas

d se ddfinir

mdrite tout le bruit qu'on fait autour d'elle et s'il ne s'agit

pas plutô d'un mythe et d'une mode.

Méms'il en ktait ainsi, il resterait à comprendre le pies- tige de ce mythe et l'origine de cette mode, et le sdrieux

philosophique traduira cette situation en disant que

la phb-

nombnologie se laisse pratiquer et reconnaîtrcomme ma- nièr ou comme style, elle existe comme mouvement, avant

d'êtr parvenue à une entièr conscience philosophique. Elle

est en route depuis longtemps, ses disciples la retrouvent partout, dans Hegel et dans Kierkegaard bien sûrmais aussi dans Marx, dans Nietzsche, dans Freud. Un commentaire philologique des textes ne donnerait rien : nous ne trou- vons dans les textes que ce que nous y avons mis, et si ja- mais histoire a appelà notre interprétationc'est bien l'his- toire de la philosophie. C'est en nous-même que nous trou- verons l'unitd de la phdnoménologi et son vrai sens. La

question n'est pas tant de compter les citations que de fixer

et d'objectiver

ou Heidegge.r, plusieurs de nos contemporains

ont eu le sentiment bien moins de rencontrer une philoso-

phie nouvelle que de reconnaîtrce qu'ils attendaient. La phdnomdnologie n'est accessible qu'à une méthodphdno- mdnologique. Essayons donc de nouer ddlibkrémenles fa- meux thème phénomdnologiquecomme ils se sont nouds spontandment dans la vie. Peut-6tre comprendrons-nous alors pourquoi la phknoménologiest demeurke longtemps à l'étade commencement, de problime et de vau.

lisant Husserl

cette phénoménologpour nous qui fait qu'en

***

Il s'agit de décrireet non pas d'expliquer ni d'analyser.

donnait à la phknomé

nologie commençant d'êtr une a psychologie descriptive v ou de revenir a aux choses mémeÈ c'est d'abord le ddsaveu de la science. Je ne suis pas le résultaou l'entrecroisement des multiples causalitks qui déterminenmon corps ou mon < psychisme È je ne puis pas me penser comme une partie du monde, comme le simple objet de la biologie, de la psycho- logie et de la sociologie, ni fermer sur moi l'univers de la science. Tout ce que je sais du monde, mêm par science, je le sais à partir d'une vue mienne ou d'une expérienc du monde sans laquelle les symboles de la science ne vou- draient rien dire. Tout l'univers de la science est construit

Cette premièr consigne que Husserl

AVANT-PROPOS in

sur le monde vkcu et si nous voulons penser la science elle- mtme avec rigueur, en apprdcier exactement le sens et la portke, il nous faut réveilled'abord cette expdrience du monde dont elle est l'expression seconde. La science n'a pas et n'aura jamais le mêm sens d'étrque le monde perç

pour la simple raison qu'elle en est une

un a étrvivant à ou mêm

ddtermination ou

un < homme à ou mime a une conscience È avec tous les

caractère que la zoologie, l'anatomie sociale ou la psycho-

à ces produits de la nature

ou de {'histoire, - je suis la source absolue, mon existence

une explication. Je suis non pas

logie inductive reconnaissent

ne vient pas de mes antkckdents, de mon entourage physi- que et social, elle va vers eux et les soutient, car c'est moi qui fais étrpour moi (et donc étrau seul sens que le mot puisse avoir pour moi) cette tradition que je choisis de

à moi s'effondre-

rait, puisqu'elle ne lui appartient pas comme une pro- priétÃsi je n'dtais là pour la parcourir du regard. Les vues scientifiques selon lesquelles je suis un moment du monde sont toujours naïve et hypocrites, parce qu'elles sous-entendent, sans la mentionner, cette autre vue, celle de la conscience, par laquelle d'abord un

monde se dispose autour de moi et commence à exister pour moi. Revenir aux choses mémesc'est revenir à ce

monde avant la connaissance dont la connaissance

toujours, et à l'dgard duquel toute, déterminatio scienti-

fique est abstraite, signitive et ddpendante, comme la géo

reprendre ou cet horizon dont la distance

parle

à l'dgard du paysage oà nous avons d'abord appris

graphie

ce que c'est qu'une forétune prairie ou une rivière Ce mouvement est absolument distinct du retour iddaliste à /a conscience et l'exigence d'une description pure exclut aussi bien le procddd de l'analyse rdflexive que celui de l'ex-

plication scientifique. Descartes et surtout Kant ont délile sujet ou la conscience en faisant voir que je ne saurais sai- sir aucune chose comme existante si d'abord je ne m'éprou

vais existant dans l'acte de la saisir, ils ont fait paraftre la conscience, l'absolue certitude de moi pour moi, comme la

tout et l'acte de

condition sans laquelle il n'y aurait n'en du

liaison comme le fondement du liéSans doute l'acte de liaison n'est rien sans le spectacle du monde qu'il lie, l'unitd de la conscience, chez Kant, est exactement contemporaine

de l'unitd du monde, et chez Descartes le doute

mdthodique

ne nous fait rien perdre puisque le monde entier, au moins

à titre d'expériencnotre, est réintigrau Cogito, certain

avec lui, et affect4seulement de l'indice

a penséde à Mais

IV AVANT-PROPOS

tes relations du sujet et du monde ne sont pas rigoureuse- ment bilatérale: si elles l'étaientla certitude du monde serait d'embléechez .)escartes, donnéavec celle du Co-

a renversement coperni-

gito et Kant ne parlerait pas de

cien È L'analyse réflexiveà partir de notre expériencdu

monde, remonte au sujet comme

sibilità distincte d'elle et fait voir la synthès universelle comme ce sans quoi il n'y aurait pas de monde. Dans cette mesure, elle cesse d'adhdrer à notre expérienceelle substz-

tue

par là que Husserl ait pu reprocher à Kant un a psycholo-

gisme des facultéde l'âm Ã

(1) et opposer, Ã une analyse

nodtique qui fait reposer le monde sur l'actiuitd synthd-

tique du sujet, sa a réflexionoématiquà qui demeure

dans l'objet et en explicite l'unitt! primordiale au lieu de

à un compte-rendu une reconstruction. On comprend

à une condition de pos-

l'engendrer. Le monde est là avant toute analyse que je puisse en faire et il serait artificiel de le faire dérived'une séride synthèse qui relieraient les sensations, puis les aspects perspectifs de l'objet, alors que les unes et les autres sont

justement des produits de l'analyse et ne doivent pas

rdalisds avant elle. L'analyse réflexivcroit suivre en sens

inverse le chemin d'une constitution préalablet rejoindre

dans

pouvoir constituant lui a toujours fit! lui. Ainsi la réflexio

s'emporte elle-mêm et se replace dans une subjectivitÃ

invulndrable, en deç de l'êtr et du temps

naivetd, ou, si l'on préfèrune rdflexion incomplèt qui perd conscience de son propre commencement. J'ai commence? de

rdfldchir, ma réflexioest réflexiosur un irrdfléchielle ne peut pas s'ignorer elle-mémcomme événemend8s lors elle s'apparaîcomme une véritablcréationcomme un changement de structure de la conscience, et lui appartient de reconnaitre en deç de ses propres opkations le monde

donnd à lui-

même Le réeest à décrireet non pas d construire ou à constituer. Cela veut dire que je ne peux pas assimiler la

êtr

a l'homme inthieur È comme dit saint Augustin, nn

Mais c'est là une

qui est donnà au sujet parce que le sujet est

perception aux synthèse qui sont de l'ordre du jugement, des actes ou de la prédicationA chaque moment mon champ perceptif est rempli de reflets, de craquements, d'impres-

sions

cisémenau contexte perç et que cependant je place d'em-

blde dans le monde, sans les confondre jamais avec mes

tactiles fugaces que je suis hors d'etat de relier pré

(1) Logische Unttnuchungen, Prolegomena zar reinen Logik, p. 93.

AVANT-PROPOS

rtveries. A chaque instant aussi je rêv autour des choses, fimagine des objets ou des personnes dont la présenc ici n'est pas incompatible avec le contexte, et pourtant ils ne se mélenpas au monde, ils sont en avant du monde, sur le

v

théâtde l'imagtnaire.

n'étaifondéque sur la cohérencintrinsèqu des

Si

la réalit de ma perception

a reprd-

È elle devrait êtr toujours hdsitante, et, livrÃ

à mes conjectures probables, je devrais à chaque moment défairdes synthèse illusoires et réintégrau rdel des

phénomènaberrants que j'en aurais d'abord exclus. Il n'en est rien. Le réeest un tissu solide, il n'attend pas nos jugements pour s'annexer les phénomènles plus surpre- nants ni pour rejeter nos imaginations les plus vraisem- blables. La perception n'est pas une science du monde, ce

mime un acte, une prise de position délibérÃelle

est le fond sur lequel tous les actes se détachenet elle est prd-supposépar eux. Le monde n'est pas un objet dont je possèd par devers moi la loi de constitution, il est le mi-

lieu naturel et le champ de toutes mes penséeet de toutes

sentations

n'est pas

mes perceptions explicites. La véritn'

lement

a habite à pas seu-

l' a homme intérieuà (11, ou plutô il n'y a pas

d'homme intérieurl'homme est au monde, c'est dans le monde qu'il se connaîtQuand je reviens à moi à partir du

la

science, je trouve non pas un foyer de vérit intrins2que,

mais un sujet voud au monde.

*

**

dogmatisme de sens commun ou du dogmatisme

de

On mft par là le vrai sens de la célèbrdduction phéno minologique. Il n'y a sans doute pas de question sur la-

ait mis plus de temps à se comprendre lui-

même-

a problématiqude la réductios

vent revenu, puisque la

occupe dans les inéditune place importante. Pendant long- temps, et jusque dans des textes récentsla rdduction est présentÃcom~nele retour à une conscience transcendm- taie devant laquelle le monde se ddploie dans une transpa- rence absolue, animà de part en part par une sérid'aper- ceptions que le p1i"losophe serait chargd de reconstituer partir de leur risultat. Ainsi ma sensation du rouge est aperçucomme manifestation d'un certain ronge senti, ce-

lui-ci comme manifestation d'une surface ronge, celle-ci comme manifestation d'un carton rouge, et celui-ci enfin

qizelle Husserl

pas de question aussi sur laquelle il soit plus sou-

Ã

-

(1) In te redi ; in Interiore homine habitat vcritas-Saint-Augustin.

comme manifestation ou profil d'une chose rouge, de ce

livre. Ce serait donc l'appréhensio d'une certaine

comme signifiant un phénomè de degrà supérieurla Sinn-gebung, l'opératioactive de signification qui défini

rait la conscience, et le monde ne serait rien d'autre que

la

hylÃ

a signification monde v, la réductiophénoménologiq

serait idéalisteau sens d'un idéalismtranscendantal qui traite le monde comme une unità de valeur indivise entre

Paul et Pierre, dans laquelle leurs perspectives se recoupent,

la a conscience de Pierre w et la

a conscience de Paul v, parce que la perception du monde a par Pierre à n'est pas le fait de Pierre, ni la perception du monde a par Paul v le fait de Paul, mais en chacun d'eux le

fait de consciences prépersonnelledont la communication ne fait pas problèmeétanexigépar la définitiomêm de la conscience, du sens ou de la véritÃEn tant que je suis conscience, c'est-à -dir en tant que quelque chose a sens

et qui fait communiquer

pour moi, je ne suis ni ici, ni là ni Pierre, ni Paul, je

me distingue en rien d'une

nous sommes tous des présenceimmédiateau monde et que ce monde est par définitiounique, étanle systèm des véritéUn idéalism transcendental conséquendé pouille le monde de son opacità et de sa transcendance. Le monde est cela mêm que nous nous représentonsnon pas comme hommes ou comme sujets empiriques, mais en tant que nous sommes tous une seule lumièr et que nous parti-

ne

autre

v conscience, puisque

cipons

à l'Un sans le diviser. L'analyse réflexivignore le

problèm du

monde parce

problèm d'autrui comme le

qu'elle fait paraîtren moi, avec la premièr lueur de con-

science, le pouvoir d'aller

et que l'autre étanlui aussi sans eccéitdsans place et sans corps, l'Alter et l'Ego sont un seul dans le monde

vrai, lien des esprits. Il n'y

comment Je puis penser Autrui parce que le Je et par consd- quent l'Autre ne sont pas pris dans le tissu des phdnomè nes et valent plutdt qu'ils n'existent. Il n'y a rien de cachd

derrièr ces visages ou ces gestes, aucun paysage pour moi inaccessible, juste un peu d'ombre qui n'est que par la lu- mièrePour Husserl, au contraire, on sait qu'il y a un pro- blèm d'autrui et l'alter ego est un paradoxe. Si autrui est

vraiment pour soi, au-delà de son êtr pour moi, et si nous' sommes l'un pour l'autre, et non pas l'un et l'autre pour

Dieu, il faut que nous appara?ssions l'un

qu'il ait et que j'aie un extérieuret qu'il y ait, outre la

perspective du Pour Soi, - ma vue sur moi et la vue d'au-

à une vérituniverselle en droit,

a pas de difficultd à comprend.re

à l'autre, il faut

AVANT-PROPOS VI1

trui sur lui-même - une perspective du Pour Autrui, - ma vue sur Autrui et la vue d'Autrui sur moi. Bien enten-

du, ces deux perspectives: en chacun de nous, ne peuvent pas êtr simplement juxtaposéescar alors ce n'est pas moi qu'autrui verrait et ce n'est pas lui que je verrais. Il faut que je sois mon extérieuret que le corps d'autrui soit lui-même Ce paradoxe et cette dialectique de l'Ego et de l'Alter ne sont possibles que si l'Ego et l'Alter Ego sont

inhd-

rence, c'est-à -dir si la philosophie ne s'achèv pas avec le

définipar leur situation et non pas libérÃde toute

retour au moi, et si je découvrpar la réflexionon seule- ment ma présenc à moi-mêm mais encore la possibilitf?

d'un

a spectateur étrangeÈ c'est-à -dir encore si, au mo-

ment mêm ou j'éprouv mon existence, et jusqu'à cette pointe extrêm de la réflexionje manque encore de cette densità absolue qui me ferait sortir du temps et je découvr

en moi une sorte de faiblesse interne qui m'empêch d'êtr

aut.res

comme un homme parmi les hommes ou au moins une con- science parmi les consciences. Le Cogito jusqu'Ã prdsent

dévalorisai la perception d'autrui, il m'enseignait que le Je n'est accessible qu'à lui-même puisqu'il définissai par la pensé que fai de moi-m6me et

à en avoir au moins dans

que je suis dvidemment seul

me

'absolument individu et m'expose au regard des

ce sens ultime. Pour qu'autrui ne soif pas un vain mot, faut que jamuis mon existence ne se réduisà la conscience

que j'ai d'exister, qu'elle enveloppe aussi la conscience qu'on peut en avoir et donc mon incarnation dans une

nature et la possibilità au moins d'une situation historique.

Le Cogito doit me découvrien situation, et c'est

à cette

il

condition seulement que la subjectivitd transcendantale

pourra, comme le dit Husserl

Comme Ego méditantje peux bien distinguer de moi le

d

monde et les choses, puisque assurémenje n'existe pas la manièr des choses. Je dois mêm écartede moi mon corps entendu comme une chose parmi les choses, comme

une somme de processus physico-chimiques. Mais la

tatio que je décounrainsi, si elle est sans lieu dans le

temps et l'espace objectifs, n'est pas sans place dans le monde pht!noménologiqueLe monde que je distinguais de moi comme somme de choses ou de processus liépar des

(1), 6tre une intersubjectiuitf?.

cogi-

en moi à comme

rapports de causalitéje le redécouvra

l'horizon permanent de toutes mes cogitationes et comme

(1) ~i;Krisis der europcïische Wlssenschctflen unit dit lranszendenlale Ph&

nornenoloaie. III. (inidit).

VIII

AVANT-PROPOS

une dimension par rapport à laquelle je ne cesse de me situer. Le véritablCogito ne définipas l'existence du SU- jet par la pensé qu'il a d'exister, ne convertit pas la cer- titude du monde en certitude de la pensie du monde, et enfin ne remplace pas le monde mime par la signification monde. Il reconnaîau contraire ma pensémêm comme un fait inaliénablet il élimin toute espèc d'idéalism en me découvrancomme a étrau monde È C'est parce que nous sommes de part en part rapport au monde que la seule manièr pour nous de nous en aper- cevoir est de suspendre ce mouvement, de lui refuser notre complicità (de le reyardcr ohne mitzumachen, dit souvent

Non qu'on re-

nonce aux certitudes du sens commun

turelle, - elles sont au contraire le thèm constant de la

et de l'attitude na-

Husserl), ou encore de le mettre hors jeu.

philosophie, - mais parce que, justement

poséde toute penséeelles

çueset que, pour les réveilleet pour les faire apparaître nous avons à nous en abstenir un instant. La meilleure for- mule de la réductio est sans doute celle qu'en donnait Eugen Finlc, l'assistant de Husserl, quand il parlait d'un

< étonnemenà devant le monde (1). La réflexio ne se retire pas du monde vers l'unità de la conscience comme fondement du monde, elle prend recul pour voir jaillir les transcendances, elle distend les fils intentionnels qui nous relient au monde pour les faire paraîtreelle seule est

conscience dumonde parce qu'elle le révaicomme étrang

comme présup

a vont de soi È passent inaper-

et. paradoxal. Le transcendantal

de-Kant, et Husserl d'êtr une philosophie

notre rapport au monde, qui est le moteur de la déductio transcendantale, et fait le monde immanent au sujet, au lieu

de s'en

dance vers le monde. Tout le malentendu de IZusserl avec

ses interprètes avec les

lement avec lui-mêm vient de ce que, justement pour voir le monde et le saisir comme aaradoxe. il faut romnre notre familiarità avec lui, et que cette rupturene peut rien nous awwrendre due le iaillissement immotivà du monde. Le alus grand enseignement de la réductioest l'impossibilità d'une réductiocomelète Voilà wourmoi Husserl s'interroae tou- jours de nouveau sur la possibilità de la réductionSi nous étionl'esprit absolu, la réductione serait pas probléma

de Husserl n'est pas celui

reproche à la philosophie kantienne

a mondaine à parce qu'elle utilise

étonneet de concevoir le sujet comme transcen-

a dissidents à existentiels et fina-

(1)

nie

ph6nomenoIooische

Philosophie

wttlllgen Kiitik, pp. 331 et suivontes.

Edmund

Husserls

in der

gegem

AVANT-PROPOS

IX

tique. Mais puisque au contraire nous sommes au monde,

place dans le flux

à capter (puisqu'elles sic11

einstromen comme dit Husserl), il n'y a pas de pensie qui

embrasse toute notre penséeLe philosophe, disent encore les inéditsest un commencant perpétuelCela veut dire qu'il ne tient rien pour acquis de ce que les hommes ou les savants croient savoir. Cela veut dire aussi que la pbiloso- phie ne doit pas elle-mêm se tenir pour acquise dans ce

puisque mêm nos réflexionprennent

temporel qu'elles cherchent

qu'elle

veléde son propre commencement, qu'elle consiste tout entièr à décrirce commencement et enfin que la réflexio radicale est conscience de sa propre dépendancà l'égar

a pu dire de vrai, qu'elle est une expériencrenou-

d'une vie irréfléchqui est sa situation initiale, constante et finale. Loin d'être comme on l'a cru, la formule d'une philosophie idéalistela réductio phénoménologiqest

existentielle : 1' a In-der-Welt-Sein Ã

de Heidegger n'apparaîque sur le fond de la réductio phénoménologiqu

celle d'une philosophie

***

Un malentendu du mêm genre brouille la notion des essences à chez Husserl. Toute réductiondit Husserl, en mêm temps que transcendantale est nécessairemeneidéti que. Cela veut dire que nous ne pouvons pas soumettre au regard philosophique notre perception du monde sans ces-

su de faire un avec cette thès du monde, avec cet intérà pour le monde qui nous définitsans reculer en decà de notre engagement pour le faire apparaîtrlui-mêm comme

spectacle, sans passer

de notre existence, du Dasein au Wesen. Mais il est clair que l'essence n'est pas ici le but, qu'elle est un moyen, que notre engagement effectif dans le monde est justement ce qu'il faut comprendre et amener au. concept et polarise toutes nos fixations conceptuelles. La nécessit de passer

par les essences ne signifie pas que la philosophie les prenne pour objet, mais au contraire que notre existence est trop étroitemenprise dans le monde pour se connaîtrcomme

du fait de notre existence à la nature

telle au moment oà elle

champ de l'idéalitpour connaîtret conquérisa facticité L'Ecole de Vienne, comme on sait, admet une fois pour toutes que nous ne pouvons avoir rapport qu'avec des signi-

s'g jette, et qu'elle a besoin du

fications.

Par exemple la a conscience à n'est pus pour

l'Ecole de Vienne cela mêm que nous sommes. C'est une signification tardive et compliquédont nous ne devrions

X

AVANT-PROPOS

user qu'avec circonspection et aprt?savoir explicitd les nom- breuses significations qui ont contribut! à la ddterminer au cours de l'évolutiosémantiqudu mot. Ce positivisme Io- gigue est aux antipodes de la penséde Husserl. Quels que puissent étrles glissements de sens qui finalement nous ont livr%le mot et le concept de conscience comme acqiii- sition du langage, nous avons un moyen direct d'acckùe à ce qu'il désignenous avons l'expériencde nous-rnhes, de cette conscience que nous sommes, c'est sur cette expé

lannage

et c'est elle qui fait que justement le langage veut dire quel-

à C'est l'expirience ( muette encore

que chose pour nous.

qu'il s'agit

à (1). Les essences de Husserl doivent ramener avec

rience que se mesurent toutes les significations du

)

d'amener à l'expression pure de son propre

sens

elles tous les rapports vivants de l'expériencecomme le

les'algues

palpitants. Il ne faut donc pas dire avec J. Wahl (2) que a Husseil séparles essences de l'existence W. Les essences

sdparéesont celles du langage. C'est la fonction du langage de faire exister les essences dans une séparatioqui, à vrai dire, n'est qu'apparente, puisque par lai elles reposent en- core sur la vie antéprédicatide la conscience. Dans le si-. lence de la conscience originaire, on voit apparaitre non seu- lement ce que veulent dire les mots, mais encore ce que veulent dire les choses, le noyau de signification primaire

déno~ninatioet

autour duquel s'organisent les actes de

filet ramèn du fond de la mer les poissons et

d'expression. Chercher l'essence de la conscience, ce ne sera donc pas développela Wortbedeutung conscience et fuir de l'exis- tence dans l'univers des choses dites, ce sera retrouver cette

à moi, le fait de ma conscience

qui est ce que veulent dire finalement le mot et le concept

de conscience. Chercher l'essence du monde, ce n'est pas chercher ce qu'il est en idéeune fois que nous l'avons ré

duit en thèm de discours, c'est chercher

prdsence effective de moi

cz qu'il

est. en

fait pour nous avant toute thématisationLe sensualisme

à le monde en remarquant qu'aprt?~tout nous

rdduit

n'avons jamais que des diats de nous-mêmes L'idéalism

a réduià le monde, puisque, s'il

le rend certain, c'est

monde et comme le simple corrélatide notre connaissance

à la conscience et que

Vasditd - des choses est par là supprimde. La rdduction eidd-

de sorte qu'il devient immanent

du

transcendantal lui aussi

à titre de pensé ou conscience

(1) dfkditations Cartisfennes p

(2) Rdalisme, dialectique et mystkrt, I'ArbalMe, Automne 1942, non paginé

33.

AVANT-PROPOS

XI

tique c'est au contraire la résolutiode faire apparaitre le monde tel qu'il est avant tout retour sur nous-mêmes c'est

la vie irréfléchde la

avec

le sensualisme qu'il n'y a là que des à étatde conscience à et si je cherchais à distinguer mes perceptions de mes rêve par des < critère È je manquerais le phénomkndu monde.

l'ambition d'égalela réflexioÃ

conscience. Je vise et je perçoi un monde. Si je disai

a rêve à et de à rdalitd È m'in-

Car si je peux parler de

terroger sur la distinction de l'imaginaire et du réelet met-

< réeÈ c'est que cette distinction est déj

faite par moi avant l'analyse, c'est que j'ai une expdrience

du réecomme de l'imaginaire, et le problèm est alors non pas de rechercher comment la pensécritique peut se don- ner des dquivalents secondaires de cette distinction, mais d'expliciter notre savoir primordial du à réeÈ de ddcrue la perception du monde comme ce qui fonde pour toujours

notre idde

nous percevons vraiment un monde,

traire

lement, il ne faut pas se demander si nos évidencesont bien

des véritdsou si, par un vice de notre esprit, ce qui est kvi- dent pour nous ne serait pas illusoire à l'kgard de quelque vériten soi : car si nous parlons d'illusion, c'est que nous avons reconnu des illusions, et nous n'avons pu le faire qu'au nom de quelque perception qui, dans le mêm mo- ment, s'attestâ comme vraie, de sorte que le doute, ou la crainte de se tromper affirme en mêm temps notre pou- voir de ddvoiler l'erreur et ne saurait donc nous déracine

de la vdritd. Nous sommes

à l'expériencde la vdritd w (1). Chercher l'essence de la perception, c'est déclareque la perception est non pas prk-

tie en doute le

de la véritÃIl ne faut donc pas se-demander si

il faut dire au con-

: le monde est cela que nous percevons. Plus génér

dans la vérit et l'dvidence est

sumde vraie, mais définipour nous comme accè à la ud- ritd. Si maintenant je voulais avec l'idéalism fonder cette

dvidence de fait, cette croyance irrdsistible, sur une dvidence absolue, c'est-à -dir sur l'absolue clartd de mes pensée pour moi, si je voulais retrouver en moi une pensde natu- rante qui fasse la membrure du monde ou l'&claire de part en part, je serais encore une fois infid2le à mon expdrience du monde et je chercherais ce qui la rend possible au lieu

de

pas la pensé adéquat ou l'évidenc apodictique (2).

chercher ce qu'elle est. L'évidenc de la perception n'est

Le

(1) ~as~rlebulsder Wahrheit (Logische Untersuchungen, Prolegomena tw reinen Logik, p. 190).

(2)

II n'y

a pas d'bvidence Apodictique, dit en substance la Formait and

iranszendentale Logik, p. 142.

XII

AVANT-PROPOS

monde est non pas ce que je pense, mais ce que le vis, je suis ouvert au monde, je communique indubitablement avec lui,

mais je ne le possèd pas, il est inépuisablea

Il y a un

thès

monde È ou

constante de ma vie je ne pufs jamais rendre entièremen raison. Cette facticità du monde est ce qui fait la Welt- lichkeit der Welt, ce qui fait que le monde est monde, comme la facticitd du cogito n'est pas une imperfection en

lui, mais au contraire ce qui me rend certain de mon exis- tence. La méthodeidétiquest celle d'un positivisme phd- nomdnologique qui fonde le possible sur le réel

A

Nous pouvons maintenant en venir à la notion d'inten- tionnalitétrop souvent citécomme la découvertprinci-

pale de la phénoménologialors qu'elle n'est compréhen sible que par la rdduction. a Toute conscience est conscience

plutô

a

il

y

a

le

monde È de cette

de quelque chose

dans fa Réfutatiode

rieure est impossible sans

È cela n'est pas nouveau. Kant a montrd,

i'Id6alisme, que la perception inté

perception extérieureque

le

monde, comme connexion des phénomène est anticipÃ

dans fa conscience de mon unitéest le moyen pour moi de me réalisecomme conscience. Ce qui distingue l'intention-

à un objet possible, c'est que

nalitd du rapport kantien

l'unitd du monde, avant d'êtr posépar la connaissance et dans un acte d'identification expresse, est vdcue comme ddjà faite ou déjlà Kant lui-mêm montre dans la Cri- tique du Jugement qu'il y a une unità de l'imagination et de l'entendement et une unità des sujets avant l'objet et que, dans l'expérienc du beau par exemple, je fais l'dpreuue d'un accord du sensible et du concept, de moi et d'autrui, qui est lui-mêm sans concept. Ici le sujet n'est plus le penseur universel d'un systèm d'objets rigouieuse- ment lids, la puissance posante qui assujettit le multiple d la loi de l'entendement, s'il doit pouvoir former un monde,

- il se découvret se goût comme une nature spontand- ment conforme à la loi de l'entendement. Mais s'il y a une

nature du sujet, alors l'art cachd de l'imagination doit con-

l'activitd catigoriale, ce n'est plus seulement le

jugement esthétiquemais encore la connaissance qui repose

sur lui, c'est lui qui fonde l'unità de la conscience et des

quand

il parle d'une téléologde la conscience. Il ne s'agit pas de

doubler la conscience humaine d'une penséabsolue qui, du dehors, lui assianernit ses fins. Il s'agit de reconnaîtrla

ditionner

consciences. Husserl reprend la Critique du Jugement

AVANT-PROPOS

un

conscience elle-mêm comme projet du monde, destinde ci un monde qu'elle n'embrasse ni ne possède mais vers lequel

elle ne cesse de se diriger,

- et le monde comme cet mdi-

vidu préobjectidont Vanità impérieusprescrit à la con-

naissance son but. C'est pourquoi Husserl distingue l'in-

tentionnalità d'acte, qui est celle de nos jugements et de nos prises de position volontaires, la seule dont la Critique de la Raison Pure ait parld, et l'intentionnalità opérant (fungierende Intentionalitat), celle.qui fait l'unit6 naturelle et antéprédicatidu monde et de notre vie, qui paraîdans nos désirsnos évaluationsnotre paysage, plus clairement que dans la connaissance objective, et qui fournit le texte

à étrla traduction en

langage exact. Le rapport au monde, tel qu'il se prononce infatigablement en nous, n'est rien qui puisse êtr rendu plus clair par une analyse : la philosophie ne peut que le

dont nos connaissances cherchent

replacer sous notre regard, l'offrir à notre constatation.

Par cette notion élargide l'intentionnalitéla

hension

tion à classique, qui est limitéaux a vraies et immuables

natures

n~énologide la genkse. Qu'il s'cgisse d'une chose perçue d'un événemehistorique ou d'une doctrine, a compren-

dre

propriétd à de la

a faits historiques È les

à idéeà introduites par la doctrine, - mais l'unique ma-

nièr d'exister qui s'exprime dans les propriétÃdu cail- lou, du verre ou du morceau de cire, dans tous les faits d'une révolutiondans toutes les penséed'un philosophe.

Dans chaque civilisation, il s'agit de retrouver l'Idéau sens

hégéliec'est-à -dir non pas une loi du

mafh6matique, accessible à la pensé objective, mais la

l'égar d'autrui, de

la Nature, du temps et de la mort, une certaine manitre de

6tre capable

de reprendre et d'assumer. Ce sont là les dimensions de

à elles, il n'y a pas une parole, pas

l'histoire. Par rapport

un geste humains, mêm habituels ou distraits, qui n'aient

une signification. Je croyais m'6tre tu par fatigue, tel nu- nistre croyait n'avoir dit qu'une phrase de circonstance, et voild que mon silence ou so parole prennent un sens, parce

à une formule toute faite ne

que ma fatigue ou le recours

sont pas fortuits, expriment un certain désintérÃet donc

encore une certaine prise

mettre en forme le monde que l'historien doit

D phénoménologi(~se distingue de a l'intellec-

B. et la p!~énon~énologpeut devenir une phho-

compre-

È c'est ressaisir l'intention totale, - non seulement ce

qu'ils sont pour la représentationles Ã

chose perçue la poussièr des

type

~!I!JS~CO-

formule d'un unique comportement

Ã

de position à l'égarde la situa-

XW

AVANT-PROPOS

tion. Dans un événemeconsiddrk de près au moment oh

: l'ambition de ce-

lui-ci, telle rencontre favorable, telle circonstance locale semblent avoir étdécisivesMais les hasards se compen-

sent et voilà que cette poussi$re de faits s'agglomèrent des-

à l'kgarrt

de la situation humaine, un kvknement don! les contours

sont définiet dont on peut parler. Faut-il comprendre

sinent une certaine manièr de prendre position

il est vécutout parait aller au hasard

l'histoire

à partir de l'idéologieou bien à partir de la po-

litique, ou bien à partir de la religion, ou bien à partir de l'économieFaut-il comprendre une doctrine par son conte- nu manifeste ou bien par la psychologie de l'auteur et par les dvénementde sa oie? Il faut comprendre de toutes les façon à la fois, tout a un sens, nous retrouvons sous tous les rapports la mime structure d'être Toutes ces vues sont vraies à condition qu'on ne les isole pas, qu'on aille jusqu'au

fond de l'histoire et qu'on rejoigne l'unique noyau de signi- fication existentielle qui s'explicite dans chaque perspective. 11 est vrai, comme dit Marx, que l'histoire ne marche pas sur la tête mais vrai aussi qu'elle ne pense pas avec ses

à nous occuper ni de sa

pieds. Ou plut6t nous n'avons

à t6te È ni de ses a pieds È mais de son corps. Toutes les

explications économiquespsychologiques d'une doctrine sont vraies, puisque le penseur ne pense jamais qu'à partir de ce qu'il est. La réflexiomime sur une doctrine ne sera totale que si elle réussià faire sa jonction avec l'histoire de /a doctrine et avec les explications externes et à replacer les causes et le sens de la doctrine dans une structure d'exis- tence. Il y a, comme dit Husserl, une a genès du sens à (Sinngenesis) (1). qui nous enseigne seule en dernihe ana-

lyse ce que la doctrine

sion, la critique devra se poursuivre sur tous les plans, et, tien entendu, on ne pourra pas se contenter, pour rdfuter une doctrine, de la relier à tel accident de la vie de l'auteur: elle signifie au-delà et il n'y a pas d'accident pur dans l'existence

ni dans la coexistence, puisque l'une et l'autre s'assimilent les hasards pour en faire de la raison. Enfin, comme elle est indivisible dans le présentl'histoire l'est dans la succession. Par rapport à ses dimensions fondamentales, toutes les pé riodes historiques apparaissent comme des manifestations d'une seule existence ou des kpisodes d'un seul drame, dont nous ne savons pas s'il a un dénouementParce que nous sommes au monde, nous sommes condamn6s au sens,

a veut dire B. Comme la compréhen

-

--

(1) Le terme est usuel dans les In6dits. L'idke se trouve dbjh dans le Formate

and trunszendentale Logik, pp. 184 et suivantes.

AVANT-PROPOS

xv

et nous ne pouvons rien faire ni rien dire qui ne prenne un nom dans l'histoire.

A

La plus importante acquisition de

la phdnon~dnologie

est sans doute d'avoir joint l'extrêm subjectivisme et l'extrêi~tobjectivisme dans sa notion du monde ou de la

rationalitéLa rationalità est exactement

mesuréaux expc-

riences dans lesquelles elle se révèlIl y a de la rationalite,

c'est-Ã -dir

: les perspectives se recoupent, les perceptions

se confirment, un sens apparait. Mais il ne doit pas êtr

posd

sens rdaliste. Le monde phénoménologiquc'est, non pas de l'êtr pur, mais le sens qui transparaîà l'intersection de mes expdriences et à l'intersection de mes expérienceet

à part, transformÃen Esprit absolu ou en monde au

de celles d'autrui, par l'engrenage des unes sur les autres, il est donc insdparable de la subjectivitt! et de l'intersub- jectiuitd qui font leur unitd par la reprise de mes expk- riences passdes dans mes expérienceprdsentes, de l'expé rience d'autrui dans la mienne. Pour la premièr fois, la méditatiodu philosophe est assez consciente pour ne pas réalisedans le monde et avant elle ses propres rdsultats. Le philosophe essaye de penser le monde, autrui et soi- mime. et de concevoir leurs rapports. Mais l'Ego mdditant,

spectateur impartial à (unintzressierter Zuschauer) (1)

le

ne rejoignent pas une rationalitt! déjdonnke, ils à s'''ta-

Missent

de garantie dans l'êtr et dont le droit repose enti8rement sur le pouvoir effectif qu'elle nous donne d'assumer notre histoire. Le monde phénom4nologiqu n'est pas l'explici- tation d'un Jtre prdalable, mais la fondation de l'êtrela phi- losophie n'est pas le reflet d'une vdritd prdalable, mais comme l'art ta rkalisation d'une véritt!On demandera com- ment cette realisation est possible et si elle ne rejoint pas

dans les choses une Raison prkexistante. Mais le seul Logos qui prt?existe est le monde même et la philosophie qui le

fait passer

est le monde même et la philosophie qui le fait passer à (2) et l'dtablissent par

à (2) et l'dtablissent par une initiative qui n'a pas

d l'existence manifeste ne commence pas par : elle est actuelle ou rdelle, comme le monde,

dont elle fait partie, et aucune hypotllès explicative n'est

plus claire que l'acte mêm par lequel nous reprenons ce

monde inachev6 pour essayer de te totaliser et de le penser. La rationalit6 n'est pas un problème il n'y a pas de'ritre

elle une inconnue que nous avons

à dbterminer dkductiue-

6fre possibly

XVI

AVANT-PPOPOS

ment ou à prouver inductivement à partir d'elle : nous as- sistons à chaque instant à ce prodige de la connexion des expérienceset personne ne sait mieux que nous comment il se fait puisque nous sommes ce nœu de relations. Le

; disons, si l'on veut,

monde et la raison ne font pas problèm

qu'ils sont mystérieuxmais ce mystèr les définitil ne saurait Etre question de le dissiper par quelque a solution È

il est en deç des solutions. La vraie philosophie est de rup- prendre à voir le monde, et en ce sens une histoire raconté peut signifier le monde avec autant de a profondeur à qu'un traitd de philosophie. Nous prenons en main notre sort, nous devenons responsables de notre histoire par la ré flexion, mais aussi bien par une décisioou nous engageons notre vie, et dans les deux cas il s'agit d'un acte violent qui se vérifien s'exerçant La phénomdnologiecomme révdlatiodu monde, repose sur elle-mêm ou encore se fonde elle-mêm (1). Toutes les connaissances s'appuient sur un a sol w de postulats et fina- lement sur notre communication avec le monde comme

premier t!tablissement de la rationalitéLa

comme réflexioradicale, se prive en principe de cette res- source. Comme elle est, elle aussi, dans l'histoire, elle use,

elle aussi, du monde et de la raison constituéeIl faudra

donc qu'elle s'adresse

adresse à toutes les connaissances, elle se redoublera donc

inddfiniment, elle sera, comme dit Husserl, un dialogue ou une mdditation infinie, et, dans la mesure mEme oà elle

reste fidèl

va. L'inach6uement de la phénoménologet son allure inchoative ne sont pas le signe d'un échecils étaieninhi-

tables parce que la phénoménologa pour tâch de rdvd-

1e.r le mystt?re du monde et le mystèr de la raison

d'êtr une

doctrine ou un systhe, ce n'est

Elle est laborieuse comme l'œuvr de Balzac, celle de Proust, celle de Valérou celle de Cézanne- par le mèm

la ph4noménologi a ét un mouvement avant

(2). Si

philosophie,

à elle-mêm l'interrogation qu'elle

à son intention, elle ne saura jamais oà elle

ni hasard, ni imposture.

genre d'attention et d'étonnementpar la mêm exigence de conscience, par la mêm volontà de saisir le sens du

monde ou de l'l~istoired

sous ce rapport avec l'effort de la pensémoderne.

l'étanaissant. Elle se confond

(1) Ri~ckbczlehung der Phiinomcnologic nuf sich selbst disent les in6dits. (2) Nous devons cette dernitre expression tt G. Gusdorf, &tuellement prison. nier en Allemagne, qui, d'ailleurs, l'tiiipli>y:iit peut-Ctre dans un autre sens.

LES

PRÉJUGà CLASSIQUES

ET LE RETOUR AUX PHENOMENES

1. - LA a SENSATION Ã

En commençanl'étudde la perception, nous trouvons dans le langage la notion de sensation, qui paraîimmbdiate et claire : je sens du rouge, du bleu. du chaud, du froid. On va voir pourtant qu'elle est la plus confuse qui soit, et que, pour l'avoir admise, les analyses classiques ont manqub le phénomknde la perception.

Je pourrais d'abord

entendre par sensation la mani&re

dont je suis affect6 et l'épreuvd'un étade moi-m6me. Le gris des yeux ferm&squi m'entoure sans distance, les sons du demi-sommeil qui vibrent a dans ma têt à indiqueraient ce que peut êtr le pur sentir. Je sentirais dans l'exacte mesure oh je coïncidavec le senti, oà il cesse d'avoir place dans le monde objectif et oÃil ne me signifie rien. C'est avouer que

deç de tout contenu

qualifiépuisque le rouge et le vert, pour se distinguer l'un

de l'autre comme deux couleurs, doivent déjfaire tableau devant moi, mêm sans localisation préciseet cessent donc d'êtr moi-même La sensation pure sera l'&preuve d'un à choc à indiffkrencik, instantank et ponctuel. Il n'est pas nkcessaire de montrer, puisque les auteurs en conviennent. que cette notion ne correspond h rien dont nous ayons l'exp6- rience, et que les perceptions de fait les plus simples que nous connaissions, chez des animaux comme le singe et la poule, portent sur des relations et non sur des termes abso-

(1). Mais il reste h se demander pourquoi on se croit

l'on devrait chercher la sensation en

lus

autoris6 en droit A distinguer dans l'expériencperceptive une couche d' a impressions È Soit une tache blanche sur un

fond homogèneTous les points de la tache ont en commun

une certaine

couleur de la figure est plus dense et comme plus résistant que celle du fond; les bords de la tache blanche lui a appar- tiennent à et ne sont pas solidaires du fond pourtant contigu; la tache paraîposésur le fond et ne l'interrompt pas. Chaque partie annonce plus qu'elle ne contient et cette per- ception blémentairest donc déjchargbe d'un sens. Mais si

a fonction à qui fait d'eux une a figure È La

-

(1) Voir Lu Structure au Comportement, p. 142 et suivantes.

LA a SENSATION Ã

11

la figure et le fond, comme ensemble, ne sont pas sentis, il faut bien, dira-t-on, qu'ils le soient en chacun de leurs points.

Ce serait oublier que chaque point

perç que comme une figure sur un fond. Quand la Gestalt- theorie nous dit qu'une figure sur un fond est la donné

sensible la plus simple que nous puissions obtenir, ce n'est

pas

nous laisserait libres, dans une analyse idéaled'introduire

la notion d'impression. C'est la

mèn perceptif, ce sans quoi un phénomène peut 6tre dit

perception. Le a quelque chose à perceptif est toujours au

milieu d'autre chose, il fait toujours partie d'un

Une plage vraiment homogènen'offrant rien à percevoir ne peut êtr donnéà aucune perception. La structure de la per- ception effective peut seule nous enseigner ce que c'est que percevoir. La pure impression n'est donc pas seulement introuvable, mais imperceptible et donc impensable comme moment de la perception. Si on l'introduit, c'est qu'au lieu d'êtr attentif A l'expériencperceptive, on l'oublie en faveur de l'objet perçuUn champ visuel n'est pas fait de visions locales. Mais l'objet vu est fait de fragments de matihre et les points de l'espace sont extérieurles uns aux autres. Une donnéperceptive isoléest inconcevable, si du moins nous faisons l'expériencmentale de la percevoir. Mais il y a dans le monde des objets isoléou du vide physique. Je renoncerai donc à définila sensation par l'impression pure. Mais voir. c'est avoir des couleurs ou des lumières entendre, c'est avoir des sons, sentir, c'est avoir des qualites,

et, pour savoir ce que c'est que sentir, ne suffit-il pas d'avoir

Ã

son tour ne peu*, êtr

15 un caractèr contingent de la perception de fait, qui

dbfinition mêm du phéno

a champ B.

vu du rouge ou entendu un

la? - Le rouge et le vert ne sont

pas des sensations, ce sont des sensibles, et la qualità n'est

pas un

l'objet. Au lieu de nous offrir un moyen simple de délimite

les sensations,

qui la révèlelle est aussi riche et aussi obscure que l'objet ou que le spectacle perceptif entier. Cette tache rouge que jc vois sur le tapis, elle n'est rouge que compte tenu d'une ombre qui la traverse, sa qualitk n'apparait qu'en rapport avec les jeux de la lumièreet donc comme élémed'une configuration spatiale. D'ailleurs, la couleur n'est détermink que si elle s'ktale sur une certaine surface, une surface trop petite serait inqualifiable. Enfin, ce rouge ne serait 5 la lettre

klkment de la conscience, c'est une propriétde

si nous la prenons dans l'expérienc mêm

pas le mêm s'il n'ktait le a rouge laineux à d'un tapis (1).

(1) J.-P. SARTRE,L'Imaginaire,

p. 241.

L'analyse découvrdonc dans chaque qualit6 des significa- tions qui l'habitent. Dira-t-on qu'il ne s'agit là que des

qualitéde notre expérienceffective,recouvertes par tout un

savoir, et que l'on garde le droit de concevoir une

a qualitÃ

pure

voir, ce pur

sentir reviendrait à ne rien sentir et donc à ne

pas sentir du tout. La prétenduhidence du sentir n'est pas fondésur un témoignagde la conscience, mais sur le pr6- jugà du monde. Nous croyons trè bien savoir ce que c'est que a voir È a entendre w, a sentir È parce que depuis long- temps la perception nous a donnà des objets colorks ou sonores. Quand nous voulons l'analyser, nous transportons

ces objets dans la conscience. Nous commettons ce que les

w qui définiraile a pur sentir È Mais, on vient de le

psychologues appellent

1' a experience error È c'est-à -dir

que nous supposons d'emblé dans notre conscience des choses ce que nous savons êtr dans les choses. Nous faisons de la perception avec du perçuEt comme le perçlui-m8me n'est évidemmenaccessible qu'à travers la perception, nous ne comprenons finalement ni l'un ni l'autre. Nous sommes pris dans le monde et nous n'arrivons pas Ãnous en détache

pour passer

nous verrions que la qualitÃn'est jamais 6prouvbe immédia tement et que toute conscience est conscience de quelque

chose. Ce a quelque chose w n'est d'ailleurs pas nkcessaire-

ment un objet identifiable.

per sur la

conscience, alors qu'elle est objet pour la conscience, de la traiter comme une impression muette alors qu'elle a toujours un sens, l'autre est de croire que ce sens et cet objet, au

niveau de la

seconde erreur comme la premièr vient du préjug du monde. Nous construisons par l'optique et la géométrle

fragment du monde dont l'image

former sur notre rktine. Tout ce qui est hors de ce phimètre

ne se reflétansur aucune surface sensible, n'agit pas plus sur notre vision que la lumièr sur nos yeux fermésNous devrions donc percevoir un segment du monde Cern6 de limites précisesentourÃd'une zone noire, rempli sans lacune de qualitéssous-tendu par des rapports de grandeur déter minécomme ceux qui existent sur la rétineOr, l'expé rience n'offre rien de pareil et nous ne comprendrons jamais, A partir du monde, ce que c'est qu'un champ visuel. S'il est possible de tracer un périmètde vision en approchant peu A peu du centre les stimuli latérauxd'un moment A l'autre les résultatde la mesure varient et l'on n'arrive jamais A

A la conscience du monde. Si nous le faisions,

Il y a deux manière de se trom-

qualità : l'une est d'en faire un élémede la

qualitb, soient pleins et déterminbsEt la

A chaque moment peut se

12 PHENOMENOLOGIE DE LA PERCEPTION

assigner le moment oÃun stimulus d'abord vu cesse de l'être La régioqui entoure le champ visuel n'est pas facile

dkcrire, mais il est bien sûqu'elle n'est ni noire ni grise.

Il y a lA une

quoi,et, si l'on passe h la limite, ce qui est derrièr mon dos n'est pas sans présencvisuelle. Les deux segments de droite,

1). ne sont ni égauni

dans l'illusion de Muller-Lyer

vision indéterminkeune vision de je ne sais

(fig.

inégauxc'est dans le monde objectif que cette alternative s'impose (1).Le champ visuel est ce milieu singulier dans

lequel

s'entrecroisent

jets - les droites de Müller-Lye

les

notions

contradictoires

que

les

ob-

parce

><-

- n'y sont pas poshs sur le terrain-.

de l'etre, oh une comparaison serait possible, mais saisis chacun dans >-< son contexte priv6 comme s'ils

n'appartenaient pas au mêm uni- Fig. 1. vers. Les psychologues ont long-

temps mis tout leur soin

monde pris en soi tout est déterminÃIl

tacles confus, comme un paysage par un jour de brouillard, mais justement nous admettons toujours qu'aucun paysage rbel n'est en soi confus. Il ne l'est que pour nous. L'objet, diront les psychologues, n'est jamais ambigu, il ne le devient que par l'inattention. Les limites du champ visuel ne sont pas elles-même variables, et il y a un moment oà l'objet qui s'approche commence absolument d'êtr vu. simplement nous ne le a remarquons à (2) pas. Mais la notion d'alten- tion, comme nous le montrerons plus amplement, n'a pour elle aucun tkmoignage de la conscience. Ce n'est qu'une hy- pothès auxiliaire que l'on forge pour sauver le préjugdu monde objectif. Il nous faut reconnaîtrl'indétermin comme un phénomhnpositif. C'est dans cette atmosphhre que se présentla qualitéLe sens qu'elle renferme est un sens bquivoque, il s'agit d'une valeur expressive plutô que d'une signification logique. La qualità dkterminéepar laquelle l'empirisme voulait définila sensation, est un objet, non un klémentde la conscience, et c'est l'objet tardif d'une conscience scientifique. A ces deux titres, elle masque la sub- jectivitb plutbt qu'elle ne la révhle Les deux définitionde la sensation que nous venons d'es-

(1) KOFFKA. Psychologie, p. 530. (2) Nous traduisons le à take notice à ou le à bemerken à des psychologues.

A ignorer ces phhnom2nes. Dans le

y a bien des spec-

a LA SENSATION >

13

sayer n'étaiendirectes qu'en apparence. On vient de

elles se modelaient sur l'objet perçuEn quoi elles étaien d'accord avec le sens commun, qui, lui aussi, délimitle sen- sible par les conditions objectives dont il dépendLe visible

le voir,

est ce qu'on saisit avec les yeux, le sensible est ce qu'on saisit par les sens. Suivons l'idéde sensation sur ce terrain (1) et voyons ce que deviennent, dans le premier degrÃde réflexio

qu'est la science, ce

gane des sens.

trouvons-nous du moins, dans ses causes et dans sa genès

objective, des raisons de la maintenir comme concept expli-

catif

comme A une instance supérieureest dans le mêm embar-

ras que la psychologie. Elle aussi commence par situer son objet dans le monde et par le traiter comme un fragment

d'ktendue. Le

rbflexe, l'élaboratioet la mise en forme des stimuli, par une thhorie longitudinale du fonctionnement nerveux, qui fait

correspondre en principe

un élémede la rkaction (2). Comme la théoride !'are rkflexe, la physiologie de la perception commence par admettre un trajet anatomique qui conduit d'un récepteu

a par È cet a avec È et la notion d'or-

A défaud'une expériencde la sensation,

? La physiologie, A laquelle le psychologue s'adresse

comportement se trouve ainsi cachà par le

A chaque élémede la situation

(1) II n'y a pas lieu, comme le fait, par exemple, JASPERS(Zar Amluse der Trugwahrnehmungen), de refuser la discussion en

opposant une psychologie descriptive qui à comprend à les phé

nomthes

&se. Le psychologue voit toujours la conscience comme placé

dans un corps au milieu du monde, pour lui la séristimulus-

impression-perception est une suite

quels la perception commence. Chaque conscience est n6e dans le monde et chaque perception est une nouvelle naissance de la conscience. Dans cette perspective, les donnéeà immédiateÃ

de la perception peuvent toujours êtr récusécomme de sim- ples apparences et comme les produits complexes d'une genèse La mkthode descriptive ne peut acquériun droit propre que du

point

reste A comprendre comment la conscience s'aperçoiou s'appa- rait inskrédans une nature. Pour le philosophe comme pour le psychologue, il y a donc toujours un problèm de la genès et

la seule méthodpossible est de suivre, dans son développemen scientifique, l'explication causale pour en précisele sens et la mettre A sa vraie place dans l'ensemble de la véritÃC'est pour-

quoi on ne trouvera ici aucune

comprendre les difficultépropres de la pensécausale.

A une psychologie explicative qui en considèr la ge-

d1év6ncmentA l'issue des-

de vue transcendental. Mais, mêm de ce point de vue, il

réfutationmais un effort pour

(2)

Voir La Structure du Comportement, chap. 1.

14 PHENOMENOLOGIE DE LA PERCEPTION

déterminpar un transmetteur défina un poste enregis treur (1) spécialislui aussi. Le monde objectif étandonné on admet qu'il confie aux organes de sens des messages qui

doivent donc êtr portéspuis déchiffréde manikre à repro- duire en nous le texte original. De la en principe une corres- pondance ponctuelle et une connexion constante entre le sti-

mulus et la perception élémentairMais cette

de constance

conscience et les psychologues même qui l'admettent en

reconnaissent le caractèr théoriqu(3).

force du son sous certaines conditions lui fait perdre de la hauteur, l'adjonction de lignes auxiliaires rend inégaledeux

figures objectivement égale(4),une

paraîsur toute sa surface de mêm couleur, alors que les

seuils chromatiques des

devraient la faire ici rouge, ailleurs orangéedans certains

cas mêm achromatique

(5). Ces cas ou le phénomè

n'adhkre pas au stimulus doivent-ils êtr maintenus dans le cadre de la loi de constance et expliquépar des facteurs

additionnels,

rejeter la loi elle-mêm ? Quand du rouge et du vert, pré sentéensemble, donnent une résultantgrise, on admet que la combinaison centrale des stimuli peut donner lieu immé diatement a une sensation différentde ce que les stimuli objectifs exigeraient. Quand la grandeur apparente d'un objet varie avec sa distance apparente, ou sa couleur appa- rente avec les souvenirs que nous en avons, on reconnaîque a les processus sensoriels ne sont pas inaccessibles A des influences centrales w (6). Dans ce cas donc le a sensible à ne peut plus êtr défincomme l'effet immédiad'un stimulus extérieurLa mêm conclusion ne s'applique-t-elle pas aux trois premiers exemples que nous avons cité? Si l'attention. si une consigne plus précisesi le repos, si l'exercice pro- longÃramènenfinalement des perceptions conformes A la

a hypothès

à (2) entre en conflit avec les donnéede la

Par exemple, la

plage colorécous

diffbrentes régionde la rétin

- attention et jugement - ou bien faut-il

(1) Nous traduisons à peu prè la séria Empfanger-Ueber- mittler-Empfinder w, dont parle J. STEIN,Ueber die Veründerun der Sinncsleistungen und die Entstehung von Trugwahrnehrnun-

gen, p. 351.

(2) KÃŽHLERUeber unbernerkte Empfindungen und

Urleils-

tüuschunge (3) STUMPFle fait expressémentCf KÎHLERibid., p. 54.

(4) Id. ibid., pp. 57-58, cf pp. 58-GG.

(5) R. DEJEAN.Les

Conditions objectives de la Perception

visuelle, pp. 60 et 83.

(6) STUMPF,cità par KÎHLERibid., p. 58.

LA a SENSATION >

15

loi de constance, cela n'en prouve pas la valeur généralcar, dans les exemples citks, la premièr apparence avait un

caractèr sensoriel au mêm titre que les résultatobtenus finalement, et la question est de savoir si la perception atten- tive, la concentration du sujet sur un point du champ visuel, - par exemple la a perception analytique à des deux lignes principales dans l'illusion de Muller-Lyer, - au lieu de révélla a sensation normale w ne substituent pas un mon- tage exceptionnel au phénomèoriginel (1).La loi de cons- tance ne peut se prévaloicontre le témoignag de la conscience d'aucune expérienccruciale oà elle ne soit déj impliquéeet partout ou on croit l'ktablir elle est déjaup- posé(2). Si nous revenons aux phénomèneils nous mon? trent l'appréhensio d'une qualitéexactement comme celle

d'une grandeur,

muli ne nous donnent plus le moyen indirect que nous cher- chions de délimiteune couche d'impressions immédiates Mais, quand on cherche une définitioa objective à de la sen-

sation, ce n'est pas seulement

dérobeL'appareil sensoriel, tel que la physiologie moderne se le représenten'est plus propre au rôl de a transmetteur Ã

que la science classique lui faisait jouer. Les lésionnon corticales des appareils tactiles raréfiensans doute les

points sensibles au chaud, au froid, ou A la pression, et dimi- nuent la sensibilitk des points conservésMais si- l'on applique A l'appareil lésun excitant assez étendules sensa- tions spécifiquereparaissent; l'élévatides seuils est

compensépar une exploration plus

(3). On entrevoit, au degrÃélémentaide la sensibilitéune' collaboration des stimuli partiels entre eux et du systhme sensoriel avec le systèmmoteur, qui, dans une constellation physiologique variable, maintient constante la sensation, et qui donc interdit de définile processus nerveux comme la simple transmission d'un message donnéLa destruction de la fonction visuelle, quel que soit l'emplacement des lésions

suit la m6me loi : toutes les couleurs sont d'abord atteintes

liéA tout un contexte perceptif, et les sti-

le stimulus physique qui se

knergique de la main-

P (1) KÃŽHLERibid. pp. 58-63.

(2) II est juste d'ajouter que c'est le cas de toutes les thbories et que niille part il n'y a d'expkrience cruciale. Pour la mêm raison l'hypothkse de constance ne peut êtr rigoureusement

rkfutésur le terrain de l'induction. Elle

qu'elle ignore et ne permet pas de comprendre les phénomène

Encore faut-il, pour les apercevoir et pour la juger, que nous

l'ayons d'abord a mise en suspens P.

se discrkdite

parce

(3) J. STEIN,ouvrage citk, pp. 357-359.

16 PHENOMENOLOGIE DE LA PERCEPTION

(1) et perdent leur saturation. Puis le spectre se simplifie, se ramèn à quatre et bientô à deux couleurs; on arrive fina- lement à une monochromasie en gris, sans d'ailleurs que la couleur pathologique soit jamais identifiable à une couleur normale quelconque. Ainsi, dans les lésioncentrales comme dans les lésionpériphériquea la perte de substance ner- veuse a pour effet non seulement un déficide certaines qua-

litésmais

plus primitive

mal doit êtr compris comme

oà le texte du monde extérieuest non pas recopiémais constituéEt si nous essayons de saisir la a sensation à dans la perspective des phénomèncorporels qui la préparent nous trouvons non pas un individu psychique, fonction de certaines variables connues, mais une formation déjliéh un ensemble et déjdouéd'un sens, qui ne se distingue qu'en degrb des perceptions plus complexes et qui donc ne nous avance A rien dans notre délimitatiodu sensible pur. Il n'y a pas de définitiophysiologique de la sensation et plus généralemeil n'y a pas de psychologie physiologique autonome parce que l'kvknement physiologique lui-m2me obéiA des lois biologiques et psychologiques. Pendant long- temps, on a cru trouver dans le conditionnement pbriph6- rique une manièr sûrde repéreles fonctions psychiques

le passage à une structure moins différenciÃet

w (2). Inversement, le fonctionnement nor-

un

processus

d'intégratio

élbmentaireÃ

et de les distinguer des fonctions a sup6-

w moins strictement liéeà l'infrastructure corpo-

rieuses

relle. Une analyse plus exacte découvrque les deux sortes

de fonctions s'entrecroisent. L'élémentain'est plus ce qui par addition constituera le tout ni d'ailleurs une simple occa- sion pour le tout de se constituer. L'événemeélémentai est déjrevêt d'un sens, et la fonction supérieurne r6a- lisera qu'un mode d'existence plus intégrou une adapta- tion plus valable, en utilisant et en sublimant les opbrations

l'expériencsensible est

subordonnéesRéciproquementÃ

un processus vital, aussi bien que la procréationla respira- tion ou la croissance à (3). La psychologie et la physiologie ne sont donc plus deux sciences parallèlesmais deux dkter-

(1) Le daltonisme mêm ne prouve pas que certains appareils

a vision w du rouge et du

soient et soient seuls chargéde la

vert, puisqu'un daltonien réussià reconnaitre le rouge si on lui' présentune large plage coloréou si l'on fait durer la prksen-

tation de la couleur. Id. ibid., p.

365.

(2) WEIZSACKER,citÃpar STEIN,ibid., p. 364.

(3) Id. ibid. p. 354.

LA Ã SENSATION w

minations du comportement, la premièr concrète la

seconde abstraite (1). Quand le psychologue demande au

physiologiste une

définitiode la sensation a par ses cau-

ses È nous disions qu'il retrouve sur ce terrain ses propres difficultéset nous voyons maintenant pourquoi. Le physio-

17

logiste a pour son compte a se débarrassedu préjugréa liste que toutes les sciences empruntent au sens commun et qui les gên dans leur développementLe changement de sens

des mots

gie moderne annonce un changement de philosophie

Le savant, lui aussi, doit apprendre à critiquer l'idéd'un monde extérieuen soi, puisque les faits même lui suggk- rent de quitter celle du corps comme transmetteur de messa- ges. Le sensible est ce qu'on saisit avec les sens, mais nous savons maintenant que cet a avec à n'est pas simplement ins- trumental, que l'appareil sensoriel n'est pas un conducteur,

que mêm

trouve engagédans des relations considéréautrefois comme centrales. Une fois de plus, la réflexio- mêm la réflexioseconde de la science -rend obscur ce qu'on croyait clair. Nous pen- sions savoir ce que c'est que sentir, voir, entendre, et ces mots font maintenant problèmeNous sommes invitéA reve- nir aux expériencemême qu'ils désignenpour les défini A nouveau. La notion classique de sensation, elle, n'étaipas un concept de réflexionmais un produit tardif de la pen- sétournévers les objets, le dernier terme de la représen tation du monde, le plus éloignde la source constitutive et pour cette raison le moins clair. Il est inévitablque dans son effort générd'objectivation la science en vienne h se représentel'organisme humain comme un systèmphysique en présencde stimuli définieux-même par leurs proprié t6s physico-chimiques, cherche h reconstruire sur cette base la perception effective(3) et A fermer le cycle de la connais-

a élémentaià et à supérieuw dans la physiolo-

(2).

à la périphérl'impression physiologique se

(1) Sur tous ces points cf La Structure du Comportement en

52 et suivantes, 65 et suivantes.

particulier, pp.

(2) GELB. Die Farbenkonstanz der Sehdinge, p. 595.

(3) < Les sensations sont certainement des produits artificiels, mais non pas arbitraires, elles sont les totalitépartielles der- nière dans lesquelles les structures naturelles peuvent êtr

1' a attitude analytique È Considéréde ce

point de vue, elles contribuent à la connaissance des structures et par consiiquent les rbsultats de l'éluddes sensations, correc-

tement interprétésont un élbmenimportant de la psychologie

4e la perception.

décomposépar

à KOFFKA,Psychologie, p. 548.

18 PHENOMENOLOGIE DE LA PERCEPTION

sance scientifique en découvranles lois selon lesquelles se produit la connaissance elle-mémeen fondant une science objective de la subjectività (1). Mais il est inévitablaussi que cette tentative échoueSi nous nous reportons aux recherches objectives elles-mêmesnous découvrond'abord que les conditions extérieuredu champ sensoriel ne le déter minent pas partie par partie et n'intervicnncnt qu'en rendant possible une organisation autochtone, - c'est ce que mon-

tre la Gestalttheorie

structure dépende variables comme le sens biologique de la situation, qui ne sont plus des variables physiques, de sorte que l'ensemble échappaux instruments connus de l'analyse physico-mathématiqupour s'ouvrir A un autre type d'intelligibilità (2). Si maintenant nous nous retour-

nons, comme on le fait ici, vers l'expériencperceptive, nous remarquons que la science ne réussiA construire qu'un sem-

blant de subjectivitb

des choses, là oà l'expériencmontre qu'il y

sembles significatifs, elle assujettit l'univers phénomén&

des catégoriequi ne s'entendent que de l'univers de la science. Elle exige que deux lignes perçuescomme deux li-

gnes réellessoient égaleou inégalesqu'un cristal perçait

un nombre de côtÃdétermin(3)

du perç est d'admettre

ser modeler par son contexte. Dans l'illusion de Muller-Lyer,

l'une des lignes cesse d'êtr égalii

à inégalw : elle devient a autre B. C'est-A-dire qu'une ligne

objective isoléet la mêm ligne prise dans une figure ces- sent d'êtrepour la perception, a la mêm B. Elle n'est identi-

fiable dans ces deux fonctions que pour une perception ana- lytique qui n'est pas naturelle. De mêm le perç comporte

des lacunes qui ne sont pas de simples

Je peux par la vue ou par le toucher connaîtrun cristal

comme un corps a réguliew sans en avoir, mêm tacite-

ment, comptÃles côtéje peux êtrfamiliarisÃavec une phy- sionomie sans jamais avoir perçpour elle-mêm la couleur des yeux. La théoride la sensation, qui compose tout sa- voir de qualitédéterminéenous construit des objets net- toyéde toute équivoquepurs, absolus, qui sont plutô l'idéade la connaissance que ses thhmes effectifs, elle ne

; - ensuite que dans l'organisme la

: elle introduit des sensations qui sont

a dbjh des en-

sans voir que le propre

se lais-

l'ambiguïtÃle a bougà È de

l'autre sans devenir

a imperceptions W.

(1) Cf GUILLAUME,L'Objectivit6 en Psychologie. (2) Cf La Structure du Comportement, chap. III. (3) KOFFKA,Psychologie, pp. 530 et 549.

LA a SENSATION Ã

19

s'adapte qu'Ã la superstructure tardive de la conscience.

C'est lÃque a se réalisapproximativement l'idéde la sen-

w (1). Les images que l'instinct projette devant lui,

sation

celles que la tradition recrédans chaque génératioou

simplement les rêve se préseniend'abord

à droits égau

une direction

avec les perceptions proprement dites, et la perception vé ritable, actuelle et explicite, se distingue peu à peu des phan-

tasmes par un travail critique. Le mot indique

plutô qu'une fonction primitive (2). On sait que la cons- tance de la grandeur apparente des objets pour des distances

variables, ou celle de leur couleur pour des éclairagediffé rents sont plus parfaites chez l'enfant que chez

l'adulte

ment liéà l'excitant local dans son étatardif que dans son ktat précocet plus conforme à la théoride la sensation

chez l'adulte que chez l'enfant. Elle est comme un filet dont

les nmds apparaissent de plus en plus nettement (4). On

a donnÃde la a penséprimitive w un tableau qui ne se com- prend bien que si l'on rapporte les réponsedes primitifs, leurs énonciationet l'interprétatiodu sociologue au fonds d'expériencperceptive qu'elles cherchent toutes à tra-

(5). C'est tantôl'adhérencdu perç A son contexte

et comme sa viscositétantôla présencen lui d'un indéter minÃpositif qui empêchenles ensembles spatiaux, tempo-

rels et numériquede

tincts et identifiables. Et c'est ce domaine préobjectique

nous avons à explorer prendre le sentir.

(3). C'est dire que la perception est plus stricte-

duire

s'articuler cri termes maniables, dis-

en nous-même si nous voulons com-

(1) M.

p. 412.

SCHELER,Die

Wissensformen und

die

Gesellschaft,

Id. ibid., p. 397. a L'homme, mieux que l'animal, approche

d'images idéaleet exactes, l'adulte mieux que l'enfant, les hommes mieux que les femmes, l'individu mieux que le membre

d'une collectivitél'homme

matiquement mieux que l'homme mà par une tradition, a pris à en elle et incapable de transformer en objet, par la constitution

du souvenir, le milieu dans lequel il est pris, de l'objectiver,

le localiser dans le temps et de le possédedans la distance du passe. à (3) HERING,JAENSCH.

(4) SCHELER,Die Wissensformen und die Gesellschaft, p. 412.

(2)

qui pense historiquement et systé

de

(5)

Cf WERTHEIMER,Ueber dus Denken der Naturv6lker, in Drei

Abhandlungen sur Gesta!t thcurie

L' a ASSOCIATION Ã

21

II. - L' Ã ASSOCIATION v ET LA a PROJECTION DES SOUVENIRS Ã

La notion de sensation, une fois introduite, fausse toute

perception. Déjune a figure à sur un

l'analyse de la

à fond v contient, avons-nous dit, beaucoup plus que les

qualitéactuellement donnéesElle a des

n' a appartiennent à pas au fond et s'en à détachenÈ eile est a stable à et de couleur a compacte s, le fond est illimità et de couleur incertaine, il a se continue à sous la figure. Les dinérenteparties de l'ensemble- par exemple les parties de

la figure les plus voisines du fond

une couleur et des qualitésun sens particulier.

tion est de savoir de quoi est fait ce sens, ce que veulent dire les mots de a bord à et de a contour È ce qui se passe quand ilII ensemble de qualitéest upprélienrfcomme fleure sur un fond. Mais la sensation, une fois introduite comme 616- ment de la connaissance, ne nous laisse pas le choix de !a réponseUn étrqui pourrait sentir - au sens de : coïn cider absolument avec une impression ou avec une qua- lità - ne saurait avoir d'autre mode de connaissance. Qu'une qualitéqu'une plage rouge signifie quelque chose, qu'elle soit par exemple saisie comme une tache sur un fond, cela veut dire que le rouge n'est plus seulement cette couleur chaude, éprouvévécudans laquelle je me perds, qu'il an- nonce quelque autre cliose sans la renfermer, qu'il exerce une fonction de connaissance et que ses parties compo- sent ensemble une totalità à laquelle chacune se relie sans quitter sa place. Désormaile rouge ne m'est plus seulement présentmais il me représentquelque chose, et ce qu'il re-

a contours v qui

- possèdendonc, outre

La ques-

présentn'est pas possédcomme une

ma perception mais seulement visÃcomme

tentionnelle à (1). Mon regard ne se fond pas dans le con-

une a partie in-

a partie réellà de

(1) L'expression est de HUSSERL.L'idéest reprise avec profon-

deur

chez M. PRADINES,Philosophie de la Sensation, 1, en par-

ticulier pp. 152 et suivantes.

tour ou dans la tache comme il fait dans le rouge matérielle

ment pris

: il les parcourt ou les domine. Pour recevoir en

elle-mêm une signification qui la pénètvraiment, pour

a contour à lià à l'ensemble de la à fi-

s'intégredans un

gure à et indépendandu a fond s, la sensation ponctuelle de- vrait cesser d'étrune coïncidenc absolue et par consé quent cesser d'êtr comme sensation. Si nous admettons un

sentir à au sens classique, la signification du sensible ne peut plus consister qu'en d'autres sensations présenteou virtuelles. Voir une figure, ce ne peut êtr que possédesi- multanémenles sensations ponctuelles qui en font partie. Chacune d'elles reste toujours ce qu'elle est, un contact aveugle, une impression, l'ensemble se fait a vision à et forme un tableau devant nous parce que nous apprenons A passer plus vite d'une impression à l'autre. Un contour n'est rien qu'une somme de visions lo- cales et la conscience d'un con- tour est un êtr collectif. Les élà ments sensibles dont il est fait ne peuvent pas perdre l'opacità qui les définicomme sensibles

pas perdre l'opacità qui les définicomme sensibles pour s'ouvrir à une connexion intrinsèque à une

pour

s'ouvrir à une connexion

intrinsèqueà une loi de consti- tution commune. Soient trois

points A, B, C pris sur le con-

c\

tour d'une figure, leur ordre dans l'espace est leur manièr et de coexister sous nos yeux et cette coexistence, si rappro- chéque je les choisisse, la somme de leurs existences sépa

réesla

de C. Il peut arriver que l'empirisme quitte ce langage ato-

miste et parle de blocs d'espace ou de blocs de duréeajoute

une expériencdes relations

ne change rien

parcouru et

l'empirisme, puisque la conscience n'est plus définipar

l'impression

d'une impression et il est alors aussi fermÃà une coordi- nation plus étenduque l'impression ponctuelle dont nous

parlions d'abord. Mais un contour n'est pas seulement l'en-

semble des

tres qui viennent les compléterQuand je dis que j'ai de- vant moi une tache rouge, le sens du mot tache est fourni par des expérienceantérieureau cours desquelles j'ai ap- pris A l'employer. La distribution dans l'espace des trois

position de A, plus la position de B, plus la position

à l'expériencdes qualitésCela

A la doctrine. Ou bien le bloc d'espace est

inspectà par un esprit, mais alors on quitte

- ou bien il est lui-meme donn6 A la faço

donnkes présentescelles-ci en évoquend'au-

22 PHENOMENOLOGIE DE LA PERCEPTION

points A, B, C fsoque d'autres distributions analogues et je

dis que je vois un cercle. L'appel

à la thès e'mpiriste. L' a associa-

change rien, lui non plus,

à l'expériencacquise ne

tion des idéeà qui ramèn l'expériencpasséne peut res- tituer que des connexions extrinsèqueet ne peut qu'en êtr une elle-mêm parce que l'expirience originaire n'en com-

portait pas d'autres. Une fois qu'on a définla conscience comme sensation, tout mode de conscience devra em- prunter sa clartà A la sensation. Le mot de cercle, le mot d'ordre n'ont pu désignedans les expérienceantérieure

auxquelles je

sensations se répartissaiendevant nous, un certain arran- gement de fait, une manièr de sentir. Si les trois points A, B, C sont sur un cercle, le trajet AB a ressemble à au trajet BC, mais cette ressemblance veut dire seulement qu'en fait l'un fait penser à l'autre. Le trajet A, B, C ressemble 3 d'au- tres trajets circulaires que mon regard a suivis, mais cela veut dire seulement qu'il en &veillele souvenir et en fait pa- raitre l'image. Jamais deux termes ne peuvent êtr identifiés aperçuou compris comme le mêmece qui supposerait que

leur ecct5itÃest surmontéeils ne peuvent êtr qu'associéin-

dissolublement et substituépartout

naissance apparaîcomme un systèm de substitutions oà une impression en annonce d'autres sans jamais en rendre raison, oà des mots font attendre des sensations comme le soir fait attendre la nuit. La signification du perçn'est rien qu'une constellation d'images qui commencent de reparaîtr

sans raison. Les images ou les sensations les plus simples

sont en dernièranalyse tout ce qu'il y

les mots. les concepts sont une manièr compliquéde les dé signer, et comme elles sont elles-mgmes des impressions in- dicibles, comprendre est une imposture ou une illusion, la connaissance n'a jamais prise sur ses objets qui dentratnent l'un l'autre et l'esprit fonctionne comme unemachine A cal- culer (1).qui ne sait pas pourquoi ses résultatsont vrais. La sensation n'admet pas d'autre philosophie que le nomina- lisme, c'est-à -dir la réductiodu sens au contre-sens de la ressemblance confuse ou au non-sens de l'association par contiguïtà Or les sensations et les images qui devraient commencer et terminer toute la connaissance n'apparaissent jamais que dans un horizon de sens et la signification du perçuloin de

me reporte que la manièr concrèt dont nos

l'un à l'autre. La con-

a à comprendre dans

-

(1) HUSSERL.Logische Untersucliungen, chap. 1, Prolegomena

sur reinen Logik, p. 68.

L' c ASSOCIATION w

23

résulted'une association, est au contraire présuppos6dans toutes les associations, qu'il s'agisse de la synopsis d'une figure présentou de 19t5vocationd'expérienceanciennes. No- tre champ perceptif est fait de a choses à et de c vides entre les choses à (1). Les parties d'une chose ne sont pas liée entre elles par une simple association extérieurqui résul terait de leur solidaritÃconstatépendant les mouvements de l'objet. D'abord je vois comme choses des ensembles que

je n'ai jamais vu se mouvoir

montagnes. Si l'on veut que j'étendà l'objet immobile une notion acquise dans l'expériencdes objets mobiles, il faut bien que la montagne présentdans son aspect effectif .quel- que caractèr qui fonde sa reconnaissance comme chose et justifie ce transfert. Mais alors ce caractèr suffit, sans au-

: des maisons, le soleil, des

cun transfert,

l'unità des objets usuels que l'enfant peut manier et dépla

cer, ne se ramèn pas

à la constatation de leur soliditéSi

nous nous mettions Ãvoir comme choses les intervalles entre

les choses, l'aspect du monde serait aussi sensiblement chan-

que celui

de la devinette au moment oà j'y découvra le

à expliquer la ségrégatidu champ. Mêm

lapin w ou a le chasseur È Ce ne seraient pas les même élà ments autrement libs, les même sensations autrement asso- ciéesle mêm texte investi d'un autre sens, la mêm ma- tièr dans une autre forme, mais vraiment un autre monde.

n'y a pas des donnéeindifférentequi se mettent h for-

Il

mer ensemble une chose parce que des contiguïtÃou des ressemblances de fait les associent ; c'est au contraire parce

que nous percevons un ensemble comme chose que l'attitude analytique peut y discerner ensuite des ressemblances ou

des contiguïtéCeci ne veut pas dire seulement que sans la

perception du tout nous ne songerions pas

ressemblance ou la contiguïtde ses élémentmais A la let- tre qu'ils ne feraient pas, partie du mêm monde et qu'elles

n'existeraient pas du tout. Le psychologue, qui pense tou- jours la conscience dans le monde, met la ressemblance et la contiguït des stimuli au nombre des conditions objectives qui déterminenla constitution d'un ensemble. Les stimuli

(2), ou ceux

les plus proches ou les plus semblables, dit-il

à remarquer la

qui, assemblésdonnent au spectacle le meillcur bquilibre, tendent pour la perception h s'unir dans la meme configura- tion. Mais ce langage est trompeur parce qu'il confronte les

(1) Voir par exemple KÃŽHLERGestalt Psychology, pp. 164-

i65.

(2) WERTHEIMER,par exemple (lois de proximitb, de ressem-

blance et loi de la a bonne forme È)

L' a ASSOCIATION Ã

25

stimuli objectifs, qui appartiennent au monde perçet mêm au monde second que construit la conscience scientifique, avec la conscience perceptive que la psychologie doit dé crire d'aprè l'expériencdirecte. La penséamphibie du psychologue risque toujours de réintroduirdans sa des- cription des rapports qui appartiennent au monde objectif. Ainsi a-t-on pu croire que la loi de contiguïtet la loi de ressemblance de Wertheimer ramenaient la contiguïtet la ressemblance objectives des associationnistes comme princi-

pes constitutifs de la perception. En réalitÃpour la descrip-

tion pure, -et la théoride la Forme veut en êtr une,

contiguïtet la ressemblance des stimuli ne sont pas anté

rieures

n'est pas réalisÃparce qu'elle serait bonne en soi dan* un ciel métaphysiquemais elle est bonne parce qu'elle est réa

- la

à la constitution de l'ensemble. La < bonne forme Ã

lisédans notre expérienceLes prétendueconditions de la

perception ne deviennent antérieure

mêm que lorsque, au lieu de décrirle phénomèpercep- tif comme premièr ouverture à l'objet, nous supposons au- tour de lui un milieu ou soient déjinscrits toutes les ex- plicitations et tous les recoupements qu'obtiendra la percep- tion analytique, justifiéetoutes les normes de la perception effective - un lieu de la véritÃun monde. En le faisant nous ôton A la perception sa fonction essentielle qui est de fonder ou d'inaugurer la connaissance et nous la voyons travers ses résultatsSi nous nous en tenons aux phénomh

A la perception

A

nes, l'unità de la chose dans la perception n'est pas cons- truite par association, mais, condition de l'association. elle précèles recoupements qui la vérifienet la déterminent elle se précèelle-mêmeSi je marche sur une plage vers un bateau échouet que la cheminéou la miture se con- fonde avec la forêqui borde la dune, il y aura un moment

oà ces détailrejoindront vivement ront. A mesure que j'approchais, je

semblances ou des proximitéqui enfin auraient réundans un dessin continu la superstructure du bateau. J'ai seule- ment &prouvÃque l'aspect de l'objet allait changer, que quelque chose étaiimminent dans cette tension comme l'orage est imminent dans les nuages. Soudain le spectacle s'est réorganisdonnant satisfaction A mon attente impré cise. Aprè coup je reconnais, comme des justifications du

changement, la ressemblance et la contiguïtde ce que j'ap-

pelle les

le bateau et s'y soude- n'ai pas perç des res-

le bateau et s'y soude- n'ai pas perç des res- stimuli à - c'est-à -dir les
le bateau et s'y soude- n'ai pas perç des res- stimuli à - c'est-à -dir les

stimuli à - c'est-à -dir les phénomènles plus

déterminéobtenus A courte distance, et dont je compose le

monde vrai È c Comment n'ai-je pas vu que ces pi&cesde

bois faisaient corps avec le bateau ? Elles étaienpourtant

de mêm couleur que lui, elles s'ajustaient bien sur sa super-

structure.

donnéecomme raisons avant la perception correcte. L'unitk

de l'objet est fondésur le pressentiment d'un ordre immi-

nent qui va donner réponsd'un coup

lement latentes dans le paysage, elle résouun problèm qui

n'étaiposà que sous la forme d'une vague

organise des élémenqui n'appartenaient pas jusque lÃau

mêm univers et qui pour cette raison, comme Kant l'a dit

avec

sant sur le mêm terrain, celui de l'objet unique, la synopsis rend possible la contiguïtet la ressemblance entre eux, et une impression ne peut jamais par elle-mêm s'associer Ã

une autre impression. Elle n'a pas davantage le pouvoir d'en réveilled'autres.

Elle ne le fait qu'à condition d'êtr d'abord

la perspective de l'expérienc passéou elle se trouvait coexister avec celles qu'il s'agit de réveillerSoient une sé

rie de syllabes couplée(11, oà la seconde est une rime adoucie de la premièr (dak-tak) et une autre sériou la se- conde syllabe est obtenue en renversant la premièr (ged-

D Mais ces raisons de bien percevoir n'étaienpas

à des questions seu-

inquietude, elle

profondeur, ne pouvaient pas êtr associésEn-les po-

comprise dans

deg); si les deux sérieont étapprises par cmur. et si, dans une expérienccritique, on donne pour consigne uniforme

de

sujet a plus de peine à trouver une rime douce pour ged que pour une syllabe neutre. Mais si la consigne est de changer la voyelle dans les syllabes proposéesce travail ne subit aucun retard. Ce ne sont donc pas des forces associatives qui jouaient dans la premièr expérienccritique, car si elles existaient elles devraient jouer dans la seconde. La vérit est que, placÃdevant des syllabes souvent associéeavec des

rimes adoucies, le sujet, au lieu de rimer véritablementpro- fite de son acquis et met en marche une a intention de re-

de son acquis et met en marche une a intention de re- chercher une rime adoucie

chercher une rime adoucie È on remarque bien que le

production

séride syllabes, ou la consigne présentne s'accorde plus avec les assemblages réalisÃdans les expériencede dres- sage. l'intention de reproduction ne peut conduire qu'à des

erreurs. Quand on propose au sujet,

rience critique, de changer la voyelle de la syllabe induc-

à (2). en sorte que, lorsqu'il arrive A la seconde

dans,la seconde expé

(1) K. LEWIN,Vorbemerkungen übedie psychischen Krüft und Energien und übedie Struktur der Secle. (2) a Set to reproduce >, KOFFKA,Principles of Gestalt Psy- chology, p. 581.

26 PHENOMZNOLOGIE DE LA PERCEPTION

trice, comme il s'agit d'une tache qui n'a jamais figurÃdans les expériencede dressage, il ne peut user du détoude la reproduction et dans ces conditions les expkriences de dres- sage restent sans influence. L'association ne joue donc ja- mais comme une force autonome, ce n'est jamais le mot pro-

qui < induit w la réponseil

posécomme cause efficiente,

n'agit qu'en rendant probable ou tentante une intention de reproduction, il n'opèr qu'en vertu du sens qu'il a pris dans le contexte de l'expériencancienne et qu'en suggkrant le re-

cours ?i cette expérienceil est efficace dans la mesure ail le sujet le reconnaîtle saisit sous l'aspect ou sous la physio- nomie du passéSi enfin on voulait faire intervenir, au lieu de la simple contiguïtÃl'association par ressemblance, on

à la-

verrait encore que, pour évoqueune image ancienne

quelle elle ressemble en fait, la perception présentdoit êtr

mise en forme de telle sorte qu'elle devienne capable de porter cette ressemblance. Qu'un sujet (1) ait vu 5 fois ou

540 fois la figure 1 il la reconnaitra A peu prè aussi aisé

ment dans la figure

2 oà elle se trouve à camoufléw et

(Tailleurs il ne l'y reconnaîtrjamais constamment. Par

sujet qui cherche dans la fi-

contre un

gure 2 une autre figure masqu6e (sans d'ailleurs savoir laquelle) l'y retrouve plus vite et plus souvent qu'un sujet pas- sif, A expériencégaleLa ressemblance

n'est

une force en troisièm personne qui di-

rigerait

d'

La fleure 1

n'est pas évoquÃpar la figure 2, ou elle ne l'est que si l'on a d'abord vu dans la figure 2 une a figure 1 possible w, ce qui revient A dire que la ressemblance effective ne nous dispense pas de cher- cher comment elle est d'abord rendue

0

Fig. 1.

donc pas plus que la coexistence

une

circulation

d'images

ou

a etats de conscience W.

Fig. 2.

possible par l'organisation présentde la figure

figure a inductrice w doit revêti le mêm sens qiie la figure induite avant d'en rappeler le souvenir, et qu'enfin le passà de fait n'est pas importÃdans la perception présentpar un mécanismd'association, mais déploypar la conscience prb- sente elle-même On peut voir par lA ce que valent les formules usuelles concernant le a rôl des souvenirs dans la perception W.

2, que la

(1) GOTTSCHALDT,Ueber den Einfluss der Erfahrung au[ die

Wuhrnehmung von Figuren.

L' Ã ASSOCIATION Ã

27

M6me hors de l'empirisme on parle des a apports de la m6- moire à (1). On répèque a percevoir c'est se souvenir W. On montre que dans la lecture d'un texte la rapiditk du re- gard rend lacunaires les impressions rétinienneset que les donnéesensibles doivent donc êtr complétépar une pro-

jection de souvenirs

l'envers nous représenteraienla vision originaire, le paysage ou le journal vus normalement n'étanplus clairs que par ce qu'y ajoutent les souvenirs. a A cause de la disposition inhabituelle des impressions l'influence des causes psychi-

(2). Un paysage ou un journal vus A

ques ne peut plus s'exercer

(3) W. On ne se demande pas

pourquoi des impressions autrement disposéerendent le

journal illisible ou le paysage méconnaissableC'est que, pour venir complétela perception, les souvenirs ont besoin d'êtr rendus possibles par la physionomie des données Avant tout apport de la mémoirece qui est vu doit présen

?i m'offrir un tableau oà je

puisse reconnaîtrmes expérienceantérieuresAinsi l'ap- pel aux souvenirs présupposce. qu'il est censà expliquer la mise en forme des donnéesl'imposition d'un sens au

chaos sensible. Au moment oà l'évocatiodes souvenirs est rendue possible, elle devient superflue, puisque le travail

On dirait la mêm chose de

cette a couleur du souvenir à (Gedachtnisfarbe) qui, selon d'autres psychologues, finit par se substituer A la couleur

présentdes objets, de sorte que nous les voyons a A travers

les lunettes w de la mémoir(4). La question est de savoir

a couleur du souvenir W. Elle

est kvoquéedit Hering, chaque fois que nous revoyons un

objet déjconnu

croyons-nous?

nous enseigne qu'il

par hypothès ses propriétÃsont modifiée? Si l'on veut que la reconnaissance de la forme ou de la grandeur en- tratne celle de la couleur, on est dans un cercle, puisque la grandeur et la forme apparentes sont elles aussi modifibes et que la reconnaissance ici encore ne peut pas résultede l'éveides souvenirs, mais doit le precéderElle ne va donc

objet déjconnu, puisque

tement s'organiser de manièr

:

qu'on en attend est déjfait.

ce qui actuellement réveillla

à ou croyons le revoir È Mais sur quoi le

Qu'est-ce

s'agit

qui, dans la perception actuelle,

d'un

(1,) BRUNSCHVICG,L'Expérienchumaine et la Causalit6 phy- sique, P. 466.

spirituelle, L'effort intellectuel, par

(2) BERGSON,L'Energie

exemple, p. 184.

(3) Cf par exemple EBBINGHAUS,Abrisz der Psychologie, pp

104-105.

($1) HERING,Grundziige der Lehre vom Lichtsinn, p. 8.

28 PHENO~NOLOGIEDE LA PERCEPTION

nulle part du passÃau présenet la a-projection de souve-

nirs

connaissance plus profonde et déjfaite. De mêm enfin l'illusion du correcteur ne peut êtr comprise comme la fu- sion de quelques élémenvraiment lus avec des souvenirs qui viendraient s'y mêle au point de ne plus s'en distinguer.

à n'est qu'une mauvaise métaphorqui cache une re-

Comment l'évocatiodes souvenirs se ferait-elle sans êtr guidépar l'aspect des donnéeproprement sensibles, et si

elle est dirigéeà quoi sert-elle puisque alors le mot a déjsa structure ou sa physionomie avant de rien prendre au tré

sor de la mémoir?

qui a accréditla u projection de souvenirs w, selon un rai-

sonnement sommaire qui est A peu prè celui-ci : la percep- tion illusoire ne peut s'appuyer sur les a donnéeprésen

C'est évidemmenl'analyse des illusions

tes

w, puisque je lis a déductio Ã

là oà le papier porte

doit donc venir d'ail-

a destruction w. La lettre d, qui s'est substituéau groupe

sfr, n'étanpas fournie par la vision,

leurs. On dira qu'elle vient de la mémoireAinsi sur un ta-

bl'eau plat quelques ombres et quelques lumière suffisent à donner un relief, dans une devinette quelques branches d'arbre suggèrenun chat, dans les nuages quelques lignes confuses un cheval. Mais l'expériencpasséne peut appa- raîtrqu'aprè coup comme cause de l'illusion, il a bien fallu que l'expériencprésentprîd'abord forme et sens pour rappeler justement ce souvenir et non pas d'autres. C'est donc sous mon regard actuel que naissent le cheval, le chat, le mot substituéle relief. Les ombres et les lumièredu tableau donnent un relief en mimant a le phénomèorigi- naire du relief à (1). oà elles se trouvaient investies d'une signification spatiale autochtone. Pour que je trouve dans

la devinette un chat,

a chat à prescrive déjen quelque manièr les élémendu

donnÃque l'actività coordinatrice doit retenir et ceux qu'elle

(2). L'illusion nous trompe justement en se

faisant passer pour une perception authentique, oÃla signi-

nait dans le berceau du sensible et ne vient pas

d'ailleurs. Elle imite cette expériencprivilégiÃoà le sens

recouvre exactement le sensible, s'articule visiblement

il faut a que l'unità de signification

doit négligew

fication

ou se profèr en lui

elle ne peut donc pas naîtrd'une rencontre entre le sensi- ble et les souvenirs, et la perception encore bien moins. La a projection de souvenirs à rend incompréhensiblel'une et

; elle implique cette norme perceptive ;

(1) SCHELER,Idole der Selbsterkenntnis, p. 72.

(2) Id. ibid.

L' a ASSOCIATION Ã

29

l'autre. Car une chose perçuesi elle étaicomposbe de sen- sations et de souvenirs, ne serait déterminÃque par l'appoint des souvenirs, elle n'aurait donc rien en elle- mêm qui puisse en limiter l'invasion, elle n'aurait pas seu- lement ce halo de a bougÃw qu'elle a toujours, nous l'avons

dit, elle serait insaisissable, fuyante et toujours au bord de

l'illusion. L'illusion

pect ferme et définitiqu'une chose finit par prendre, puis-

qu'il manquerait

perait donc pas. Si enfin on admet que les souvenirs ne se projettent pas d'eux-même sur les sensations et que la conscience les confronte avec le donnÃprésenpour ne re- tenir que ceux qui s'accordent avec lui. alors on recon- naîun texte originaire qui porte en soi son sens et l'oppose

A celui des souvenirs : ce texte est la perception mêmeEn

somme on a bien tort de croire qu'avec la

u projection de

a fortiori ne saurait jamais offrir l'as-

à la perception mêmeelle ne nous trom-

souvenirs à on introduise dans la perception une actività mentale et que l'on soit à l'opposà de l'empirisme. La théo rie n'est qu'une conséquenceune correction tardive et inef- ficace de l'empirisme, elle en admet les postulats, elle en partage les difficultéet comme lui elle cache les phénomÃ

nes au lieu de les faire comprendre. Le postulat consiste, comme toujours, à déduirle donnà de ce (fui peut Ctre fourni par les organes des sens. Par exemple, dans l'illusion du correcteur, on reconstitue les élémeneffectivement vus d'aprhs les mouvements des yeux. la vitesse de la lecture et le temps nécessairà l'impression rétiniennePuis, en re- tranchant ces donnéethéoriquede la perception totale, on

obtient les

a élémenévoquÃÈ qui. à leur tour, sont trai-

técomme des choses mentales. On construit la perception avec des étatde conscience comme on construit une mai-

son avec des pierres et l'on imagine une chimie mentale qui fasse fusionner ces matériauen un tout compact. Comme

toute théoriempiriste, celle-ci ne décrique d'aveugles

cessus qui ne peuvent jamais êtr l'équivalend'une con- naissance, parce qu'il n'y a, dans cet amas de sensations et de souvenirs, personne qui voie,qui puisse éprouvel'accord du donnÃet de l'évoqu- et corrélativemenaucun objet.

ferme défendpar un sens contre le pullulement des sou- venirs. Il faut donc rejeter le postulat qui obscurcit tout. Le

clivage du

est

trouve

comme couche fondamentale un ensemble déj prégnan d'un sens irréductibl: non pas des sensations lacunaires, entre lesquelles des souvenirs devraient s'enchâssermais la

pro-

dohnÃet de l'évoqud'aprè les causes objectives

En

revenant

aux

phénomènon

arbitraire.

L' a ASSOCIATION Ã

31

physionomie, la structure du paysage ou du mot, sponta- némenconforme aux intentions du moment comme aux ex- périenceantérieuresAlors se découvrle vrai problèn~de la mémoirdans la perception, liÃau problèm générde la conscience perceptive. Il s'agit de comprendre comment par sa propre vie et sans porter dans un inconscient mythi- que des matériaude complémentla conscience peut, avec

le temps, altérela structure de ses paysages

chaque instant, son expériencancienne lui est présent sous-la forme d'un horizon qu'elle peut rouvrir, si elle le prend pour thèmde connaissance, dans un acte de remémo

ration, mais qu'elle peut aussi laisser

alors fournit immédiatemenau perç une atmosphèr et

une signification présentesUn champ toujours

sition de la conscience et qui, pour cette raison mêmeenvi- ronne et enveloppe toutes ses perceptions, une atmosphère

un horizon ou si l'on veut des

assignent une situation temporelle, telle est la présencdu passÃqui rend possible les actes distincts de perception et de remémorationPercevoir n'est pas éprouveune multitude d'impressions qui amèneraienavec elles des souvenirs capa- bles de les compléterc'est voir jaillir d'une constellation de donnéeun sens immanent sans lequel aucun appel aux souvenirs n'est possible. Se souvenir n'est pas ramener sous le regard de la conscience un tableau du passÃsubsistant en soi, c'est s'enfoncer dans l'horizon du passÃet en développe de proche en proche les perspectives emboîtéjusqu'à ce que les expériencequ'il résumsoient comme vécueA nou- veau 2i leur place tem~orelle.Percevoir n'est pas se sou-

venir.

- comment, ii

a en marge à et qui

a la dispo-

a montages à donnéqui lui

a figure w et à fond È a chose à et < non-

chose à , l'horizon du passÃseraient donc des structures de conscience irréductibleaux qualitéqui apparaissent en elles. L'empirisme gardera toujours la ressource de traiter cet a priori comme le résultad'une chimie mentale. Il accordera

que toute chose s'offre sur un fond qui n'en est pas une, le présenentre deux horizons d'absence, passÃet avenir. Mais, reprendra-t-il, ces significations sont dérivéeLa a figurev

prk-

et le

sent à et le a passà w, ces mots résumenl'expériencd'une perspective spatiale et temporelle, qui finalement se ramènA l'effacement du souvenir ou A celui des impressions margi- nales. M6me si, une fois formkes, dans la perception de lait,

les structures ont plus de sens que n'en peut offrir la qua-

Les rapports

a

fond w, la a chose w et son à entourage È

le a

litéje ne dois pas m'en tenir A ce témoignagde la cons-

l'aide des

impressions dont elles expriment les rapports effectifs. Sur

ce plan l'empirisme n'est pas rkfutable. Puisqu'il refuse le témoignagde la rbflexion et qu'il engendre, en associant des impressions extérieuresles structures que nous avons conscience de comprendre en allant du tout aux parties, il

a aucun phénomhnque l'on puisse citer comme une

D'une manihre généraon ne

cience et je dois les reconstruire théoriquemenA

n'y

preuve cruciale contre lui.

peut

s'ignore elle-mêm et qui s'installe dans les choses. Les atomes du physicien paraîtrontoujours plus réelque la

figure historique et qualitative de ce monde, les processus physico-chimiques plus réelque les formes organiques, les atomes psychiques de l'empirisme plus réelque les phbno-

mène perçusles atomes intellectuels que sont les

fications à de l'Ecole de Vienne plus réelque la conscience,

tant que l'on cherchera

la vie, la perception, l'esprit, au lieu de reconnaîtrecomme source toute proche et comme dernièr instance de nos con- naissances A leur sujet, l'expérienc que nous en avons. Cette conversion du regard, qui renverse les rapports du clair et de l'obscur, doit êtr accomplie par chacun et c'est en-

suite qu'elle se justifie par l'abondance des phénomèn qu'elle fait comprendre. Mais avant elle ils étaieninaccessi- bles, et A la description qu'on en fait, l'empirisme peut tou-

jours opposer qu'il ne

est un systèmde penséeaussi fermÃque la folie, avec cette

différencqu'elle se comprend elle-mêm et le fou, tandis

le fou ne la comprend pas. Mais si le champ phénoménest bien un monde nouveau, il n'est jamais absolument ignor6 de la pensénaturelle, il lui est présenen horizon, et la doc- trine empiriste elle-mêm est bien un essai d'analyse de la conscience. A titre de a paramythia È il est donc utile d'in- diquer tout ce que les constructions empiristes rendent in- compréhensiblet tous les phénomènoriginaux qu'elles masquent. Elles nous cachent d'abord le a monde cultu- rel à ou le a monde humain à dans lequel cependant pres-

que

rbfuter en décrivandes phénomènune penséqui

a signi-

A construire la figure de ce monde,

comprend pas. En ce sens, la réflexio

que toute notre vie se passe. Pour la plupart d'entre nous, la nature n'est qu'un êtr vague et lointain, refoulà par les villes, les rues, les maisons et surtout par la prcsence des autres hommes. Or, pour l'empirisme, les objets a cultu- rels v et les visages doivent leur physionomie, leur puis- sance magique & lies transferts et A des projections de sou- venirs. le monde humain n'a de sens que par accident. Il

32 PHENO~NOLOGIEDE LA PERCEPTION

n'y a rien dans l'aspect sensible d'un paysage, d'un objet ou d'un corps qui le prédestinà avoir l'air a gai à ou a triste a, vif v ou < morne È a élégaà ou a grossier W. Définissan une fois de plus ce que nous percevons par les propriétà physiques et chimiques des stimuli qui peuvent agir sur nos appareils sensoriels, l'empirisme exclut de la perception la

colèr ou la douleur que je

religion dont je saisis pourtant l'essence dans une hésitatio

ou dans une réticencela cità dont je connais pourtant la structure dans une attitude de l'agent de ville ou dans le style d'un monument. Il ne peut plus y avoir d'esprit objec- tif : la vie mentale se retire dans des consciences isolhes et livrée ii la seule introspection, au lieu de se dérouler comme elle le fait apparemment, dans l'espace humain que composent ceux avec qui je discute ou ceux avec qui je vis, le lieu de mon travail ou celui de mon bonheur. La joie et la tristesse; la vivacitk et l'hébétusont des donnees de l'introspection, et si nous en revêton les paysages ou les autres hommes, c'est parce que nous avons constat6 en nous-même la coïncidenc de ces perceptions intérieure avec des signes extérieurqui leur sont associépar les hasards de notre organisation. La perception ainsi appau- vrie devient une pure opératiode connaissance, un enre- gistrement progressif des qualitéet de leur deroulement le plus coutumier, et le sujet percevant est en face du monde comme le savant en face de ses expériencesSi au contraire

nous admettons que toutes ces

expériencesSi au contraire nous admettons que toutes ces lis pourtant sur un visage, la a projections

lis pourtant sur un visage, la

a projections È toutes ces

associations È tous ces a transferts à sont fondésur

È tous ces a transferts à sont fondésur quelque caractèr intrinsèqu de l'objet, main s

quelque caractèr intrinsèqu de l'objet,

main s cesse d'êtr une métaphorpour redevenir ce qu'il

est en effet, le milieu et comme la patrie de nos penséesLe

sujet percevant cesse d'êtr un sujet pensant

et l'action, le sentiment, la volontÃrestent A explorer comme

des manihres originales de poser un objet, puisque objet apparatt attrayant ou repoussant, avant d'apparaîtr noir ou bleu, circulaire OU carrk (1) v. Mais l'empirisme ne

monde

culturel une

existence. 'Le monde naturel A son tour est défiguret pour les même raisons. Ce que nous reprochons A l'empirisme, ce n'est pas de l'avoir pris pour premier thèm d'analyse. Car il est bien vrai que tout objet culturel renvoie A un fond de nature sur lequel il apparaîet qui peut d'ailleurs ktre

notre

dbforme pas seulement l'expériencen faisant du

le a monde hu-

seulement l'expériencen faisant du le a monde hu- acosmique v a un illusion alors qu'il est

acosmique v

a un

illusion

alors qu'il est l'aliment

de

(1) KOFFKA,The Growth of the Mind, p. 320,

L' a ASSOCIATION a

33

confus et lointain. Notre perception pressent sous le tableau la présencprochaine de la toile, sous le monument celle du ciment qui s'effrite, sous le personnage celle de l'acteur qui se fatigue. Mais la nature dont parle l'empirisme est une somme de stimuli et de qualitésDe cette nature-là il est absurde de prétendrqu'elle soit, mêm en intention seule-

elle est bien

ment, l'objet premier de notre perception

postérieurà l'expériencdes objets culturels, ou plutôelle

à redécouvriaussi le

monde naturel et son mode d'existence qui ne se confond pas avec celui de l'objet scientifique. Que le fond continue

sous la figure, qu'il soit

tant elle le recouvre, ce phénomèqui enveloppe tout le problèm de la prdsence de l'objet est lui aussi cachà par

la philosophie empiriste qui traite cette partie du fond comme invisible, en vertu d'une définitiophysiologique de la vision, et la ramèn à la condition de simple qualitÃsen- sible en supposant qu'elle est donnépar une image, c'est- A-dire par une sensation affaiblie. Plus généralemeles objets réelqui ne font pas partie de notre champ visuel ne peuvent plus nous êtr présentque par des images, et

c'est pourquoi ils ne sont que des

a possibilitépermanentes

de sensations È Si nous quittons le postulat empiriste de la prioritb des contenus, nous sommes libres de reconnaîtr le mode d'existence singulier de l'objet derrièrenousL'en- fant hystériququi se retourne u pour voir si derrihre lui

le monde est encore

le monde perç a perdu pour lui la structure originale qui en rend pour le normal les aspects cachéaussi certains que

les aspects visibles. Encore une fois

jours construire

bquivalents approchéde toutes ces structures. Mais l'in- ventaire du monde perçdans les chapitres suivants le fera de plus en plus apparaîtrcomme une sorte de cécitmen- tale et comme le systèm le moins capable d'kpuiser l'exp6-

rience révélÃalors que la réflexiocomprend sa vérit subordonnbe en la mettant A sa place.

:

est l'un d'eux. Nous aurons donc

vu sous la figure, alors que pour-

à (1) ne manque pas d'images. mais

l'empiriste

peut tou-

en assemblant des atomes psychiques des

(1) SCHELER.idole der Selbslerkenntnis. p. 85.

L' a ATTENTION w ET LE a JUGEMENT Ã

35

III. - L' 4 ATTENTION Ã ET LE a JUGEMENT Ã

La discussion des préjugÃclassiques a étjus(;u'ici mené contre l'empirisme. En réalitÃce n'est pas l'empirisme seul que nous visions. Il faut maintenant faire voir que son antithès intellectualiste se place sur le mêm terrain que

lui. L'un et l'autre prennent pour objet d'analyse. le monde

objectif qui n'est premier ni selon le

sens, l'un et l'autre sont incapables d'exprimer la manièr particulièr dont la conscience perceptive constitue son objet. Tous deux gardent leur distance à l'égarde la per- ception au lieu d'y adhérer On pourrait le montrer en étudianl'histoire du concept

d'attention. Il se déduipour l'empirisme de 1'

de constance È c'est-à -dire comme nous l'avons explique, de la prioritk du monde objectif. Mêm si ce que nous per- cevons ne réponpas aux propriétÃobjectives du stimulus, l'hypothès de constance oblige & admettre que les a sensa-

tions normales

inaperçueset l'on appellera attention la fonction qui les révèlcomme un projecteur éclairdes objets préexistant dans l'ombre. L'acte d'attention ne crédonc rien, et c'est

un miracle naturel, comme disait A peu

qui fait jaillir justement les perceptions ou les idéecapa- bles de rhpondre aux questions que je me posais. Puisque

le

cace des idéequ'il fait apparaîtreil est le mêm dans tous

les actes d'attention,

la mêm quel que soit le paysage

donc un pouvoir généret inconditionnà en ce sens qu'A chaque moment elle peut se porter indifféremmensur tous les contenus de conscience. Partout stérileelle ne saurait êtr nulle part intéressdePour la relier A la vie de la cons- cience, il faudrait montrer comment une perception éveill l'attention, puis comment l'attention la développet l'enri-

chit. Il faudrait dkcrire une connexion interne et l'empi-

temps ni selon son

4 hypothès

w sont ukjA là Il faut donc qu'elles soient

prè Malebranche,

a Bemerken .w ou le a take notice w n'est pas cause effi-

comme la lumièr du projecteur est

hclairéL'attention

est

risme ne dispose que de connexions externes, il ne peut que juxtaposer des étatde conscience. Le sujet empiriste, dè

qu'on lui

d'une théoride l'attention,

libertà absolue. L'intellectualisme part au contraire de la

féconditde l'attention

par elle la véritde l'objet, elle ne fait pas succédefortui- tement un tableau à un autre tableau. Le nouvel aspect de l'objet se subordonne l'ancien et exprime tout ce qu'il vou- lait dire. La cire est depuis le débuun fragment d'étendu flexible et muable, simplement je le sais clairement ou

confusémena selon que mon attention se porte plus ou moins aux choses qui sont en elle et dont elle est compo-

accorde une initiative, - et c'est la raison d'êtr

- ne peut recevoir qu'une

: puisque j'ai conscience d'obtenir

séà (1). Puisque j'éprouvdans l'attention un éciaircisse

ment dq l'objet,

il faut que l'objet

perç renferme déj

la structure intelligible qu'elle dkgage. Si la conscience trouve le cercle géométriqdans la physionomie circulaire d'une assiette, c'est qu'elle l'y avait déjmis. Pour prendre possession du savoir attentif, il lui suffit de revenir A soi,

au sens oà l'on dit qu'un homme évanourevient A soi. Réciproquementla perception inattentive ou délirantest un demi-sommeil. Elle ne peut se décrirque par des néga

tions, son objet est sans consistance, les seuls objets dont on puisse parler sont ceux de la conscience éveilléNous avons bien avec nous un principe constant de distraction et de vertige qui est notre corps. Mais notre corps n'a pas le pou- voir de nous faire voir ce qui n'est pas ; il peut seulement

nous faire croire que nous le voyons.

n'est pas et n'est pas vue plus grosse qu'au zénit: si nous

la regardons attentivement, par exemple A travers un tube de carton ou une lunette, nous verrons que son diamktre

(2). La perception distraite ne con-

apparent reste constant

tient rien de plus et mêm rien d'autre que la perception attentive. Ainsi la philosophie n'a pas à faire étad'un pres-

tige de l'apparence. La conscience pure et débarrassÃdes

obstacles qu'elle

aucun mélangde rêveri sont à la disposition de chacun.

Nous n'avons pas

consentait ii se créerle monde vrai sans

La lune A l'horizon

à analyser l'acte d'attention comme pas-

a expériencinterne Ã

sage de la confusion à la clartéparce que la confusion n'est rien. La conscience ne commence d'êtr qu'en déterminan

un objet et mêm les fantômed'une

ne sont possibles que par emprunt à l'expériencexterne.

(1) IP MéditationAT, IX, p. 25. (2) ALAIN,Systinie des Beaux-Arts, p. 343.

36

PHBNOMENOLOGIEDE LA PERCEPTION

11 n'y a donc pas de vie priv6e de la conscience et la cons- cience n'a d'obstacle que le chaos, qui n'est rien. Mais, dans une conscience qui constitue tout, ou plut& qui eternelle- ment possèd la structure intelligible de tous ses objets, comme dans la conscience empiriste qui ne constitue rien,

l'attention reste un pouvoir abstrait, inefficace, parce qu'elle

n'y a rien

ment liéaux objets dont elle se distrait qu'a ceux aux- quels elle s'intéresseet le surplus de clartÃde l'acte d'atten- tion n'inaugure aucun rapport nouveau. Il redevient donc une lumièr qui ne se diversifie pas avec les objets qu'elle bclaire, et l'on remplace encore une fois par des actes vides

a les modes et les directions spécifiquede

l'intention

puisqu'il a indifféremmentous les objets

position, comme le Bemerken des empiristes l'étaiparce que tous les objets lui étaientranscendants. Comment un objet actuel entre tous pourrait-il exciter un acte d'atten- tion, puisque la conscience les a tous 7 Ce qui manquait a l'empirisme, c'étaila connexion interne de l'objet et de l'acte qu'il déclencheCe qui manque A l'intellectualisme, c'est la contingence des occasions de penser. Dans le pre- mier cas la conscience est trop pauvre, et dans le second

cas trop riche pour qu'aucun

phénomhnpuisse la solli-

a sa dis-

à faire. La conscience n'est pas moins intime-

de l'attention

w (l),.Enfin l'acte d'attention est inconditionné

citer. L'empirisme ne voit pas que nous avons besoin de savoir ce que nous cherchons, sans quoi nous ne le cherche- rions pas, et l'intellectualisme ne voit pas que nous av-ms besoin d'ignorer ce que nous cherchons, sans quoi de nou- veau nous ne le chercherions pas. Ils s'accordent en ce que

ni l'un ni l'autre ne saisit la conscience en train d'appren- dre, ne fait étade cette ignorance circonscrite, de cette

intention à vide w encore, mais déjdéterminéqui est

l'attention même Que l'attention obtienne ce qu'elle cher- che par un miracle renouvelÃou qu'elle le possèd d'avance,

dans les deux cas la constitution de l'objet est passésous

somme de qualitéou un systèm de

relations, dèqu'il est il faut qu'il soit pur, transparent, im- personnel, et non pas imparfait, véritpour un noment de

silence. Qu'il soit une

ma vie et de mon savoir, tel qu'il

émergA la conscience.

La conscience perceptive est confondue avec les formes exactes de la conscience scientifique et l'indéterminn'entre

pas dans la définitiode l'esprit. Malgrà les intentions de

(1) CASSIRER,Philosophie der symbolischen Formen, t. III, Phünoiaeaolugider Erkenntnis, p. 200.

l'intellectualisme. les deux doctrines ont donc en commun cette idéque l'attention ne crbe rien puisqu'un monde d'impressions en soi ou un univers de pensédéterminant

son!