Xavier Léon-Dufour

Études d'Évangile

Parole de Dieu

Aux Éditions du Seuil, Paris

ÉTUDE I I

L'ANNONCE A JOSEPH

Avec l'Annonce à Joseph, saint Matthieu achève de déployer le premier volet du diptyque que forme son prologue : Jésus accueilli dans la lignée de David par le juste Joseph. Jésus s'enracine dans le peuple élu et dans la race humaine; i l vient à la fin de l'histoire sainte, i l en est le couronnement : cette filiation humaine, juive et davidique, la Généalogie voulait l'authentifier. Mais Jésus est aussi le Fils de Dieu, i l n'a d'autre Père que Dieu lui-même. Quel fut le moyen choisi par Dieu pour faire entrer son Fils dans la terre des hommes, au sein de son peuple élu, comme Fils de David et Sauveur d'Israël? C'est ce que nous apprend le récit qui termine le chapitre premier de saint Matthieu. Cette deuxième Étude n'est donc pas encore une recherche sur des textes synoptiques. Comme la précédente, elle invite à entrer dans la perspective d'un évangéliste, notamment à voir de quelle manière il utilise ici un autre genre littéraire de la tradition biblique. Elle apprend aussi à lire un texte sans projeter sur lui les connaissances qu'on tient d'ailleurs, de la tradition séculaire qui l'a interprété, ou des données du troisième évangile. Nous ne voulons pas en effet compléter l'enseignement de Matthieu par celui de Luc, mais situer exactement l'intention de l'écrivain; nous ne voulons pas davantage expliquer le comportement du fiancé de Marie en recourant aux intuitions d'une psychologie conjecturale, mais nous placer à un point de vue objectif : le dessein de Dieu tel qu'il s'accomplit par Joseph ^.
1. A l'origine de cette Étude se trouvent deux articles que nous avons publiés. L'un plus technique : « L'annonce à Joseph », dans Mélanges bibliques rédigés en l'honneur de André Robert, Paris 1957, p. 390-397. L'autre plus accessible : « Le juste Joseph », dans Nouvelle Revue théologique 91 (1959) 225-231. — L'hypothèse a été reprise favorablement

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Saint Matthieu enchaîne l'épisode de l'Annonce à Joseph à la généalogie de Jésus-Christ :
^^Voici quelle fut la g e n è s e de J é s u s - C h r i s t . M a r i e , sa m è r e , ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte par le fait de l'Esprit-Saint avant qu'ils eussent h a b i t é ensemble. ^"Joseph, son é p o u x , q u i était u n h o m m e juste et ne voulait pas la diffamer, r é s o l u t de la r é p u d i e r en cachette. ^^Comme i l y avait réfléchi, voici que l'ange d u Seigneur l u i apparut en songe et l u i dit : Joseph, fils de D a v i d , ne crains plus de prendre chez t o i M a r i e t o n é p o u s e ; car ce q u i a été e n g e n d r é en elle vient de l ' E s p r i t - S a i n t ; ^^mais elle enfantera u n fils, auquel t u donneras le n o m de J é s u s ; car c'est l u i q u i sauvera son peuple de ses p é c h é s . ^^Or t o u t cela arriva pour que s ' a c c o m p l î t ce que le Seigneur avait d i t par le p r o p h è t e : ^' V o i c i que la vierge sera enceinte et enfantera u n fils, auquel on d o n nera le n o m d ' E m m a n u e l , ce q u i se t r a d u i t : D i e u avec nous. Réveillé de son sommeil, Joseph fit comme l'ange d u Seigneur l u i avait prescrit, et p r i t chez l u i son é p o u s e ; et, sans q u ' i l l ' e û t connue, elle enfanta u n fils, auquel i l d o n n a le n o m de J é s u s .

parce qu'il répudie Marie ? En ce cas, l'acte de justice est-il accompli à cause de la Loi ? Ou en vertu d'un sentiment de crainte envers Dieu ? Derechef, quel rapport cette justice a-t-elle avec la volonté de ne pas diffamer Marie? S'agit-il d'une bonté de surcroît, ou d'un simple effet de la justice ? A moins que, selon une seconde ligne de pensée, Joseph soit dit juste parce qu'il agit secrètement en ne voulant pas diffamer Marie ? En ce cas, la justice devient bonté, acte qui ne concerne pas immédiatement Dieu ni la Loi, mais Marie. Matthieu, en définitive, veut-il enseigner la vertu de Joseph ou son intervention dans l'avènement du Christ?

Joseph, homme de vertu? Quelques exégètes contemporains, même parmi les catholiques, s'inspirent de la plus ancienne opinion, peut-être la plus traditionnelle ^. Selon saint Justin, vers le milieu du i i ^ siècle, Joseph est juste envers la Loi, car i l décide de renvoyer son épouse adultère; mais il est bon, et, soucieux de ne pas faire d'éclat, i l veut agir en secret. Sa bonté compense la rigoureuse justice de la Loi. Bonté que de grands prédicateurs, tels Chrysostome, Ambroise, Augustin, ont donnée en exemple aux maris jaloux : « Admirez donc Joseph, cet homme « philosophe », à l'égard de celle qui l'a réellement trompé, alors que vous-mêmes n'avez souvent que des soupçons. ^ » Ces considérations, valables en tous temps, ne détournent-elles pas l'attention du lecteur sur la « vertu » de saint Joseph, proposant en lui un modèle de bonté, alors que l'évangéliste semble avoir voulu révéler son rôle dans l'histoire du salut ? Surtout, elles ne sont justifiées ni par le texte ni par son contexte historique et théologique. En effet, l'opposition qu'on prétend mettre entre la justice et la bonté de Joseph force le sens de la particule et, qui unit simplement l'épithète « juste » et la volonté de ne pas diffamer Marie : i l n'est pas dit
2. Justin, Dialogue, 78, 8 ( P G 6, 657). L'opinion est très en faveur chez les Pères de l'Éghse : Chrysostome (PG 57, 43-44), Ambroise (PL 16, 315), Augustin ( P L 33, 657), Pierre Chrysologue ( P L 52, 592)... Elle conserve toujours de nombreux partisans, même parmi les catholiques, tels Maldonat, Fillion, et tout récemment J . Schmid. 3. Chrysostome (PG 57, 44). Voir aussi Ambroise ( P L 15, 1554) et Augustin ( P L 38,510), entre autres.

Ce récit, familier aux chrétiens, offre de nombreuses difficultés d'interprétation. Quelle était l'intention de Matthieu? Voulait-il rapporter quelle fut la « conception virginale de Jésus » (Bible de Jérusalem) ? Montrer comment cette conception virginale s'accorde avec la cohabitation de Joseph et de Marie ? Justifier la lignée davidique de Jésus, conformément à la première partie du chapitre? Expliquer le sens du nom de « Jésus » porté par le Messie ? Le récit ne trahit pas aussitôt son genre littéraire : est-il édifiant ? apologétique ? historique ? I l est difficile d'en déterminer la pointe, parce qu'on ne sait pas en quoi consiste exactement la « justice » de Joseph. Joseph semble juste en raison du rôle qu'il doit jouer dans la venue sur terre du Fils de Dieu : i l doit prendre chez lui Marie son épouse et donner au fruit de ses entrailles le nom de Jésus. Mais ce sens, profondément biblique, semble en désaccord avec le contexte immédiat où s'enchâsse l'affirmation de Matthieu; i l est dit au verset 19 : « Joseph, étant un homme juste et ne voulant pas diffamer Marie, résolut de la répudier en cachette ». L'expression, ambiguë, a mis aux abois les interprètes. Joseph est-il juste
par A. Bouton, « C'est toi qui lui donneras le nom de Jésus « dans Assemblées du Seigneur 8 (1962) 37-50. — M. Krâmer, « Die Menschwerdung Jesu Christi nach Matthâus (Mt 1). Sein Anliegen und sein literarisches Verfahren », dans Biblica 45 (1964) 1-50, lui apporte quelques nuances. L a reconstitution vaudrait au stade araméen sous-jacent au texte actuel.

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que Joseph soit juste quoique bon. D'autre part, aucun texte formel de la Loi imposant la répudiation de l'adultère n'a pu être versé au débat *. Enfin, théologiquement, peut-on dire que Joseph obéisse à « l'esprit de la Loi » ? Supposition gratuite, qui ouvre la porte à l'imagination. Admettions cependant que Joseph soit juste en renvoyant Marie ; il faudrait montrer en outre qu'il reste juste tout en étant bon : car i l rend secret un acte dont la valeur légale vient de son caractère officiel. Que vaut une justice énervée par une quelconque débonnaireté, et finissant par contourner la Loi qu'elle se targue d'observer ? Matthieu, l'évangéliste au courant des observances juives, aurait-il qualifié de juste un tel formalisme ? Chrj'sostome, partisan lui aussi du soupçon d'adultère, n'a pas retenu dans son explication ce fantôme de justice légale. Selon lui, la bonté ne compense plus seulement la justice ; elle l'absorbe, elle est cette justice même. I l suffit de voir dans la particule et une valeur non d'opposition (comme précédemment), mais d'explication : Joseph est juste en étant bon. Solution élégante qui rétablit l'unité du verset et peut s'appuyer sur un sens authentiquement grec, selon lequel on déclare « juste » un honnête homme, un homme réfléchi, parfait. Mais ce sens est-il matthéen ? En outre, cette solution ajoute au texte car elle fait appel à un rayon anticipé de la grâce qui, selon Chrysostome, transforme le comportement de Joseph en une conduite céleste. Telle n'est pas cependant l'opinion aujourd'hui la plus courante, qui se rattache à l'interprétation de saint Jérôme. Celui-ci pense avec saint Justin que la Loi imposait la dénonciation de la femme adultère; mais i l en conclut que, pour être juste, Joseph aurait dû dénoncer Marie : « Comment Joseph peut-il être qualifié de juste, alors qu'il cache le crime de son épouse ? » Pour lever cette contradiction, i l aurait suffi d'attribuer à Joseph la connaissance du mystère de la conception virginale; mais le message de l'ange semblant s'y opposer, Jérôme oriente la tradition vers une solution moyenne : « Joseph, connaissant la chasteté de Marie et étonné de ce qui était
4. I l faudrait faire appel à U légiflation talmudique, résumée par Maimonide (J. Boniirven, Le divorce dans le Nouveau Testament, Paris 1948, p. 21). L e texte de Josèphe, Antiquités, I V , 8, 23 (§ 245), souvent cité à ce sujet, a trait à Dt 22,13 et non à Dt 22,23 qui, selon Billerbeck (I, 50), peut seul être ici envisagé.

arrivé, cache par son silence ce dont i l ignorait le mystère. * » Loin d'être un simple correctif à une prétendue justice légale, la délicatesse de Joseph caractérise sa conduite et démontre qu'il est convaincu de l'innocence de Marie. Du reste, i l suffirait de donner au mot « juste » un sens classique en grec : ce n'est plus la bonté qui absorbe la justice, mais la justice qui intègre la bonté; il s'agit toujours de justice, mais de justice envers celle que Joseph sait innocente. Une telle explication psychologique plaît à beaucoup de contemporains, car elle satisfait leurs exigences de délicatesse envers la sainte Vierge et fait rejaillir sur son époux l'éclat de la maternité virginale. Malheureusement, comme la précédente, cette solution manque d'appui. Du point de vue littéraire d'abord. Où donc est-il dit que Joseph était convaincu de la vertu de Marie} L'hypothèse est gratuite. Elle est même fâcheuse, car elle détourne aussi l'attention du lecteur sur la « vertu » de Joseph, sur sa prudence et sur sa finesse d'intuition; l'épisode perd sa pureté christologique. Faute de pouvoir attribuer à Joseph la connaissance du mystère de la conception virginale, on fait appel à un ersatz psychologique, la connaissance de la chasteté de Marie; on ravale ainsi la justice religieuse à être une « droiture », exemplaire sans doute, mais tout humaine. Du point de vue de la « morale », cette solution tient-elle mieux ? Si Joseph n'est pas juste en cachant ce qu'il pense être un crime, l'est-il davantage en abandonnant une femme qu'il sait innocente ? Certes la logique n'est pas maîtresse de vie, mais comment Joseph en de telles conditions peut-il passer à l'action ? S'il est convaincu de l'innocence de Marie, tout en ignorant le mystère qui seul lui donne sa pleine signification, pourquoi ne cherche-t-il pas à s'éclairer ? Pourquoi se sépare-t-il de son épouse ? Jeter un voile de silence, même si après coup l'ange approuve cette « justice du silence », est-ce pour autant échapper au reproche de formalisme justement encouru par la première explication ? Curieuse droiture en vérité, la justice d'un homme qui, pour ne pas avoir les mains sales,
5. Jérôme (PL 26, 24). I l n'a pas dû l'inventer; peut-être avait-il un précurseur dans le fragment n" 18 des Chdnes, attribué par Klostermann à Origène {GCS, Origenes Werke, Leipzig 1941, t. X I I , I, p. 23). L'Opus imperfectum (PG 56, 633) et la Glossa ord. (PL 114,70) ont, semble-t-il, entraîné dans le sillage de Jérôme de nombreux auteurs médiévaux; aujourd'hui, entre autres, Knabenbauer, Lagrange, Buzy.

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abandonne à un sort tragique celle envers qui précisément i l se reconnaît le devoir d'être juste. En définitive, les deux explications proposées ne peuvent satisfaire. Elles réduisent le mystère de la conception virginale à un problème psychologique orientant l'intérêt sur un épisode de valeur ascétique certes, mais plus romanesque qu'évangélique. Elles ne rendent compte, l'une et l'autre, que d'un seul aspect du verset 19. Si, aux yeux de Joseph, Marie est adultère, on comprend qu'elle soit répudiée, mais on ne voit pas pourquoi elle l'est en secret. Si d'autre part, Joseph la croit innocente, on approuve sa bonté, non sa justice.

mystère. La subordination des deux parties du message s'exprime dans une traduction plus exacte des versets 20-21 :
Joseph, fils de D a v i d , ne crains plus de prendre chez t o i M a r i e t o n é p o u s e , car certes (gar) ce q u i a é t é e n g e n d r é en elle est l ' œ u v r e de l'Esprit-Saint, mais (dé) elle enfantera u n fils auquel t u donneras le n o m de J é s u s ; c'est l u i en effet q u i sauvera son peuple de ses p é c h é s .

Le message de l'ange C'est la position même du problème qui doit être révisée; de quel droit enfermer ainsi Joseph dans le dilemme : Marie est adultère — Marie est innocente ? Èusèbe déjà n'avait pas eu recours au subterfuge de l'innocence. Pour lui, comme pour saint Ephrem et quelques interprètes postérieurs®, voici l'alternative : Joseph soupçonne un adultère — Joseph connaît le mystère. Telles sont en effet les deux seules hypothèses que permet le texte évangélique. Eusèbe rejette la première et déclare que Joseph avait connu l'œuvre du Saint-Esprit. Tout alors devient cohérent. Mais, avant de le montrer, i l faut écarter la difficulté, apparemment insurmontable, que soulève le message de l'ange. Celui-ci semble révéler la conception virginale; si Joseph apprend par lui le mystère, c'est donc qu'il ne le connaissait pas. Nous voilà au rouet. A m.oins que ce message n'apprenne pas, mais confirme officiellement la conception virginale que Joseph connaissait déjà; et sur cette base, i l révèle le rôle que Joseph doit jouer dans le

Si les traducteurs n'ont pas senti qu'il y avait une opposition entre les deux membres du message, c'est qu'ils ont pas été attentifs à un phénomène de la langue de l'époque, qu'on retrouve assez souvent en d'autres passages du Nouveau Testament. Justifions donc la traduction proposée La particule gar annonce ordinairement le motif de ce qui vient d'être affirmé; c'est le sens que l'interprétation classique a retenu : le premier motif pour Joseph de prendre chez lui Marie serait alors la conception virginale. En réalité le motif véritable est souvent énoncé après la mention d'autre chose, fait ou principe connu de l'interlocuteur; on pourrait désigner ce gar un « gar à portée différée ». En français, nous employons car sans doute (car certes, car il est vrai)... mais (toutefois). En grec classique, i l y a alors méngar... dé. Ainsi dans Ac 13,36-37, pour expliquer la prophétie: « tu ne laisseras pas ton saint voir la corruption », Luc apporte deux justifications liées entre elles, l'une négative (David mén gar), l'autre positive (hon dé ho theos égeiren) :
car sans doute D a v i d , a p r è s avoir en son temps servi le dessein de D i e u est m o r t . . . et a v u la c o r r u p t i o n , mais Celui que D i e u a r e s s u s c i t é n'a pas v u la c o r r u p t i o n .

Le même Luc toutefois laisse tomber la particule mén en un cas ignoré de Matthieu. Jésus vient de dire qu'il ne faut pas se tourmenter, et i l enchaîne : « car cela, tous les païens du monde le
7. A partir d'une suggestion de R. Thibaut, Le sens des paroles du Christ, Bruxelles/ Paris 1940, p. 75, n. 1. — Salmeron (Comm., p. 241, 2) semble être le premier à avoir tenté de résoudre la difficulté grammaticale. I l propose de traduire gar par certe, sane. L'usage est régulier en grec (cf. 1 Co 9,10; 2 T h 2,20); l'ange confirme ce que Joseph savait déjà. Mais cela ne justifie pas le renchérissement indiqué par la particule dé qui suit texeîai. D'autre part, Maldonat, quoique partisan du soupçon d'adultère, a bien vu que le vrai motif de prendre Marie est non la révélation supposée de la conception virginale, mais l'imposition du nom à l'Enfant; ce qu'il justifie, en faisant de dé l'équivalent de gar {Commentarii, Pont-à-Mousson 1596, col. 40).

6. Eusèbe, {PG 22, 884) ; Éphrem, Commentaire de l'Évangile concordant (éd. L . Leloir, CSCO, 145, 1954, p. 18-19). E n outre, le Pseudo-Basile {PG 31, 1464), et le PseudoOrigène {GCS, t. X I I , i, p. 241), Raban Maur {PL 107, 749), Théophylacte {PG 123, 156). Salmeron s'est fait le champion de cette interprétation {Commentarii, t. I I I , Cologne 1602, p. 235-242).

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recherchent ; mais pour vous, votre Père sait que vous avez besoin de cela » (Le 12,30). Si le disciple ne doit pas s'inquiéter, ce n'est pas parce que les païens le font; c'est là une vérité évidente que Jésus ne nie pas mais prévient comme une objection possible : si vous vous en inquiétez, vous êtes comme les païens ; par contre, et voici le véritable motif de la confiance, comptez sur la sollicitude du Père et vous ne vous inquiéterez pas Comme cette traduction du verset 20 est nouvelle, il est important de relire d'autres exemples; nous les tirons de Matthieu d'abord, car i l laisse facilement tomber la particule mén qui en suivant gar souligne l'opposition; i l suppose que son lecteur est intelligent.
M a l h e u r au monde à cause des scandales! Car certes i l est fatal q u ' i l arrive des scandales, mais malheur à l ' h o m m e par q u i le scandale arrive! ( M t 18,7).

Ce message est structuré comme celui que nous examinon». L'ange rencontre d'abord la difficulté de Joseph (Marie a conçu du Saint-Esprit), le Ressuscité prévient un argument que pourrait opposer Magdeleine afin de retenir Jésus (Vous n'êtes pas encore remonté vers le Père). L'ange donne ensuite le motif qui doit décider Joseph à prendre Marie chez lui (tu serviras de père à l'enfant); pareillement Jésus explique à Magdeleine pourquoi elle ne doit pas rester à ses pieds, bien qu'il soit encore ici-bas : elle doit en effet porter sans retard aux Onze un message qui lui apprend non point, c'est évident, que Jésus n'est pas encore monté vers son Père, mais qu'il ne va pas tarder à y monter. La traduction que nous proposons a reçu l'approbation de spécialistes de la langue grecque *, et récemment on a tenté d'en restituer le texte araméen Grâce à elle, le message peut être situé de façon satisfaisante dans l'ensemble du récit. Plus de double message, — annonce de la conception virginale et révélation du rôle de Joseph —, comme si le premier devait entraîner un assentiment raisonnable au second. I l n'y a qu'un message : le rôle de Joseph. Ce n'est pas proprement en raison de la conception virginale, mais plutôt malgré elle, si l'on ose dire, que le fils de David, ayant mission de servir de père à l'Enfant, doit prendre chez lui la mère du Sauveur. Si le Saint-Esprit est bien l'auteur de la conception, Joseph n'en a pas moins une fonction à remplir dans la miraculeuse naissance.

Si l'on n'explicite pas le certes, le principe général («il est fatal... ») flotte sans raison entre les deux invectives, alors que, prenant son point d'appui sur la première, i l sert à renforcer la seconde. — D'autres passages présentent une nuance semblable, ordinairement méconnue des traducteurs.
Car certes la m u l t i t u d e est a p p e l é e , mais u n petit nombre est é l u ( M t 22,14).

Le poids de l'affirmation tombe sur le second membre de la sentence, le premier étant comme une parenthèse qui va de soi. — Dans le discours eschatologique, Jésus recomm.ande de ne pas s'alarmer, le motif n'est pas : cela doit arriver, mais : tout en sachant que cela arrivera, ce ne sera pas encore la fin :
Car certes i l faut que cela arrive, toutefois ce ne sera pas encore la f i n (24,6).

— Enfin, exemple plus significatif encore, le message du Ressuscité à Marie-Magdeleine peut être interprété à la lumière de la même nuance grammaticale :
Cesse de m e t e n i r ( = L â c h e - m o i d o n c ) ! Car certes je ne suis pas encore r e m o n t é vers le P è r e , va plutôt dire aux frères que j e m o n t e vers m o n P è r e et v o t r e P è r e ( J n 20,17). 8. L e Nouveau TesUment présente d'autre» cas : Ac 4,16-17; 28,22-23; 1 Co 11,7; 14,17; 2 Co 9,1-3.

9. Cette particularité semble avoir échappé aux grammairiens et aux dictionnaires du Nouveau Testament. Aussi avons-nous cherché et obtenu l'approbation d'une autorité, le P. É. des Places, qui nous a écrit : « De même que la proposition justificative ou seulement explicative introduite par gar peut ne suivre qu'à une certaine distance celle qu'il s'agit de justifier ou d'expliquer (cf. Schwyzer-Debrunner, Gr. Gramm., I I , Munich 1950, p. 560), l'explication apportée au moyen de gar peut être séparée par un élément intermédiaire (ou « parenthétique ») de l'énoncé à expliquer; c'est possible en particulier avec mén (gar)... dé, car la langue donne plus de relief à l'élément introduit par dé; celui qu'introduit mén forme alors une sorte de parenthèse. Paradoxalement, ce phénomène, qui semble le contraire de l'ellipse à laquelle il faut souvent recourir pour justifier un^ar (cf. J . D. Denniston, The Greek Particles, Oxford 1934 ['1953], p. 61), est du même ordre psychologique. » 10. M . Krâmer, dans l'article cité plus haut (note 1), estime que l'original araméen sous-jacent au texte actuel exige la n Furchthypothese » (p. 24-25).

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Le récit selon Matthieu Pour comprendre l'intention de Matthieu, i l importe de voir qu'il a repris le genre littéraire des Annonciations. Après une introduction (18-19), son récit se développe en trois parties qui reprennent la même structure : — l'annonce à Joseph (20-21), — une citation scripturaire (22-23), — la réalisation de l'annonce (24-25). Le même événement — Marie enfante Jésus sans le concours d'un homme — est d'abord annoncé par l'ange, puis confirmé comme accomplissant la prophétie sur l'Emmanuel, enfin montré dans sa réalisation. La structure littéraire insiste sur la correspondance entre ces trois modalités en reprenant dans chaque partie les motsclefs (en italique), comme l'indique le tableau suivant :
L'ANNONCE LA PROPHÉTIE LA RÉALISATION

2" ...prendre chez t o i ton épouse... 2^ la vierge sera enceinte ce q u i a é t é e n g e n d r é en elle... (18 : se trouva enceinte) et elle enfantera, un fils ^ elle enfanteta un fils 1 auquel t u donneras le nom auquel on donnera le m if'Emmanuel, de J é s u s , ce q u i se t r a d u i t : car c'est l u i q u i sauvera son peuple de ses p é c h é s . D i e u avec nous.

p r i t chez l u i son é p o u s e et, sans q u ' i l l ' e û t connue,

elle enfanta un fils auquel i l donna le nom de Jésixs.

un nom. Avant de se réaliser dans la vie, l'événement s'est accompli par cette annonce. Des trois éléments du récit : conception virginale, prise en charge par Joseph, nom donné à l'enfant, ce n'est pas le premier qui est essentiel, mais les deux autres. I l apparaît clairement que la pointe n'est pas la conception virginale; celle-ci est supposée au début du récit (conception par le fait de l'Esprit-Saint) et seulement rappelée dans la réalisation par l'incise : « sans qu'il l'eut connue »; ce qui est annoncé par l'ange, c'est le double rôle de Joseph : prendre chez lui Marie, donner un nom à l'Enfant. C'est sur le nom que le récit insiste, car i l en offre deux interprétations qui ne coïncident pas exactement : Emmanuel et Jésus. Nous avons là une première réponse à la question, posée au début de notre étude, sur l'intention de Matthieu narrant cet épisode : i l n'entend pas enseigner la conception virginale de Jésus, mais le rôle de Joseph qui permet de révéler qui est Jésus. Cet enseignement, Matthieu le propose ici dans un récit qui est « formé » (mais non inventé) à partir du genre littéraire des Annonciations, comme i l ressort de l'étude faite par S. Muiïoz Iglesias A l'aide du tableau suivant, le lecteur peut découvrir cette forme littéraire en relisant les annonces célestes à Abraham et à Moïse, à Gédéon et au père de Samson, et en les comparant aux deux Annonciations composées par Luc à partir d'un même schéma littéraire ^\
Isaac G n 17 18 1 2) 3) 4) S) Apparition Trouble Message Objection Signe et nom 1 3 14-16 17 19-20 1 2 10 10-12 13-14 Moïse Ex 3 2-6 a 6b 7-10 11-13 12 Gédéon Jg6 12 (22-24) 14 IS 16-21 Samson Jgl3 3.9 (20-22) 3-S.7.13S. ? 20 Jean Le 1 11 12 13-17 18 19-20 Jésus Le 1 26-28 29 30-33 34 35-37 Jésus Mt 1 20 (20) 20-21 (20) 21

C'est de la tradition que Matthieu a dû recevoir la citation d'Is 7, 14; en effet les deux modifications au texte grec : « on l'appellera (kalesousin), au lieu de « tu l'appelleras » (kaleseis), et la précision explicative « ce qui se traduit » ne sont pas matthéennes. On peut dès lors se demander si le récit n'a pas été lui-même composé à partir de la citation prophétique. De toute façon, la prophétie scripturaire vient à sa manière confirmer l'annonce avant que celle-ci se réalise. Elle permet de montrer que Matthieu ne veut pas simplement démontrer la conception virginale, mais justifier l'événement : Joseph accueille dans sa lignée le fruit virginal de Marie et lui donne 76

L'objet de l'annonce est tantôt la naissance d'un fils (Ismaël, Isaac, Samson, l'Emmanuel, Jean, Jésus), tantôt une mission (Moïse, Gédéon). Le récit de Matthieu annonce à la fois la naissance d'un
11. s . Munoz Iglesias, « E l Evangelio de la Infancîa en San Lucas y las infancias de los héroes biblicos », dans Estudios Biblicos 16 (1957) 329-382. 12. Voir aussi l'annonce à Hagar (Gn 16,11) et l'annonce de l'Emmanuel (Is 7,14).

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fils et une mission : une mission à propos d'une naissance merveilleuse. Les éléments communs du schéma peuvent être distribués selon un ordre différent, l'accent mis sur l'un ou l'autre, mais tous sont ordinairement présents. Dans le récit de Matthieu, la crainte de Joseph n'est pas décrite, mais on peut l'induire de la parole de l'ange. L'objection est également implicite dans le fait de la conception virginale : l'ange la prévient d'abord, « certes ce qui a été engendré en elle... ». Cette réponse du message sert en mêm.e tem.ps de signe. Comme à la Vierge Marie (Le), un signe est donné à Joseph (Mt). Dans le passé, le signe était pour la Vierge la grossesse miraculeuse d'Elisabeth; pour Joseph, c'est l'œuvre de l'Esprit dans le sein de Marie que l'ange confirme de la part de Dieu. Dans l'avenir, le signe sera pour Joseph comme pour la Vierge la naissance d'un fils. Puis, le signe donné, Joseph comme Marie reçoit la mission de donner un nom à l'enfant. Ainsi que le tableau précédent l'a montré, ce double aspect du message de l'ange se reflète dans la structure du récit; message (20-21), prophétie (22-23) et récit (24-25) se correspondent et scandent le même événement : un nom est donné à l'enfant. En accueillant Marie et le fruit de ses entrailles, Joseph fait entrer l'enfant divin dans la lignée de David et l'adopte légalement en lui imposant le nom indiqué par l'ange. La perspective proposée exige du lecteur qu'il se libère du concordisme spontané qui projette sur le récit matthéen les enseignements de saint Luc Les évangiles de l'enfance obéissent en effet à des tendances diverses qui se manifestent à l'occasion de la conception virginale de Jésus. Chez saint Luc, qui s'adresse à des lecteurs non juifs, l'exemple de Zacharie, sceptique puni, puis l'accueil merveilleux de la Servante du Seigneur, amènent progressivement le lecteur à reconnaître que « rien n'est impossible à Dieu » (Le 1,37), pas même la conception virginale. Par contre le même lecteur, portant peu d'intérêt aux coutumes juives, ne soulève pas d'objection quand i l entend l'ange annoncer que « le Seigneur donnera à [cet enfant] le trône de David son père » ; du reste, pour
13. Voir les développements dans EHJ, 153-154 et 343-351.

écarter toute difficulté juridique, i l lui suffirait de relire en Le 1,27 que Joseph, époux de la Vierge, est de la maison de David. Chez saint Matthieu, situation inverse. Sans détour, i l affirme que « Marie se trouve enceinte par la vertu de l'Esprit-Saint » : il suppose que son lecteur connaît la prophétie d'Isaïe qu'il va citer peu après, et qu'il est disposé, en raison de ses origines Israélites, à admettre un tel miracle. Mais voici la question qui l'arrête : comment un enfant, fût-il le fils d'une vierge, peut-il hériter du trône de David ? Son scrupule se reflète dans la décision de Joseph. Personne ne peut rien prendre qui ne lui soit donné du ciel. Et la réponse est transmise par l'ange. Ce n'est pas un homme, même fils de David, qui a introduit le Messie dans sa lignée, c'est Dieu seul. Le fait de la naissance légale, que la généalogie avait affirmé dans son style hiératique, notre récit en raconte la réalisation : « Voici comment naquit le Christ Jésus »; ou plus exactement, comme nous l'avons déjà dit dans la Étude, en tenant compte des mots agrafes qui relient l'épisode à la généalogie antérieure : « Or, du Christ Jésus, telle fut la genèse », rappelant le premier verset du chapitre : « Livre de la genèse de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham ». Fils de David, Jésus l'est parce que Joseph l'est. Voilà pourquoi, à la différence des apparitions ultérieures (lors du départ en Egypte : 2,13, ou du retour : 2,20), l'ange appelle Joseph fils de David : c'est à ce titre qu'il lui confie la mission d'accueillir Marie et son fruit virginal.

Le juste Joseph La tradition tardive n'a pas erré quand elle a reconnu un grand saint en Joseph, époux de Marie, père nourricier de Jésus. Sans doute y eut-il quelque excès dans la dévotion qui le plaçait sur le même rang, et même plus haut que Jean-Baptiste; un Van Eyck du xxe siècle ne remplacerait-il pas dans son triptyque le Précurseur au doigt levé vers le Christ par un bon saint Joseph portant l'EnfantDieu dans ses bras ? Agacés par une telle dévotion, les chrétiens épris de retour aux sources risquent de rejeter, avec les broderies légendaires et les excès d'une piété peu éclairée, le type de justice que l'évangile révèle en Joseph.

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En quoi consiste-t-elle ? Rien ne nous est dit de la sublime justice par laquelle Joseph a cru en l'intervention divine; en effet, à la différence de la Vierge, il ne joue aucun rôle dans la conception virginale. Sa justice s'accomplit lorsqu'il permet à Dieu de surmonter la difficulté que soulève une naissance sans père, infamante aux yeux des hommes. Par contre Joseph est tout dans la naissance légale. Comme Marie a obéi en servante du Seigneur pour concevoir le Fils du Très-Haut, ainsi doit-il obéir pour en devenir le père. Le délai qui le livre à ses seules ressources n'est pas rapporté pour nous intéresser à ses angoisses ou à sa vertu morale, mais pour manifester comment s'accomplit le dessein divin. Dieu seul mène le jeu, sans dédaigner pour autant le concours des hommes. C'est au norrî de la lignée davidique, au nom d'Israël, comme délégué du peuple élu que, sur l'ordre divin, Joseph le juste accueille le mystère de la nouvelle Alliance. Si Luc, évangéliste de Marie, raconte la conception et la naissance du Fils de la Vierge, Matthieu rapporte la naissance du Messie, du Fils de David. Après avoir situé la justice de Joseph par rapport au dessein de Dieu sur la naissance du Messie, nous pouvons tenter de comprendre la pensée de Joseph, telle qu'elle est présentée par Matthieu; il est clair que c'est là une reconstitution faite après l'événement : nous n'avons pas à nous demander dans quelle mesure Joseph eut la foi en la divinité de Jésus, car tel n'est pas l'enseignement que propose l'évangéliste. Par contre, à partir de ce que Matthieu dit sur la justice de Joseph, on peut décrire la « psychologie » de Joseph. La traduction proposée plus haut ne s'oppose plus à ce que Joseph, l'unique acteur du récit, ait été mis au courant de la conception virginale. La tournure passive du verset 18 semble même le suggérer : « elle fut trouvée enceinte par le fait de l'Esprit-Saint ». Qui a pu prévenir Joseph ? Matthieu ne le dit pas. Les spécialistes des mœurs du temps estiment que Marie put demander à sa propre mère de renseigner son fiancé. Pourquoi pas.'' Joseph se montre juste non en ce qu'il observe la Loi autorisant le divorce en cas d'adultère (elle n'a plus rien à faire ici), ni en ce qu'il se montre débonnaire (nul motif à cela), ni en raison de la justice qu'il devrait à une innocente (curieux accomplissement de cette justice), mais en ce qu'il ne veut pas se fdre^jiasser j)our le 80

père de l'Enfant divin. S'il craint de prendre chez lui Marie son épouse, ce n'est pas pour un motif profane; c'est que, comme le dit fort bien Eusèbe, il_jdiçpuvre une « économie » supérieure à celle du mariage qu'il envisageait. Le Seigneur a modifié son dessein sur lui; qu'il daigne assurer l'avenir de son élue. Joseph se retire, ayant soin, dans la délicatesse de sa justice envers Dieu, de ne pas « divulguer » le mystère divin de Marie. Inutile de chercher comment il pouvait réaliser son propos : détails superflus pour l'évangéliste. Du reste, ce juste est placé par les événements au-dessus du plan légal. Le mystère demeurera-t-il dans l'ombre de Dieu seul ? Au Seigneur de pourvoir, l'homme a fait son possible. Et Dieu d'intervenir, Jo3eph d'obéir et d'assumer la paternité légale de Jésus. L'interprétation proposée n'est pas moins traditionnelle que les autres; elle semble offrir moins de difficultés et s'appuyer sur un meilleur fondement littéraire. Elle montre surtout en Joseph non seulement un modèle de vertu, mais l'homme qui joua un rôle indispensable dans l'économie du salut. Joseph le juste peut alors être comparé à Jean le Précurseur. Jean annonce et désigne le Messie; Joseph accueille le Sauveur d'Israël. Jean est la voix qui se fait l'écho de la tradition prophétique; Joseph est le fils de David qui adopte le Fils de Dieu. Par sa proclamation officielle, Jean est Élie, le grand prophète; par l'humble accueil qu'il fait de l'Emmanuel dans sa lignée, Joseph est le Juste par excellence. Comme tous les justes, i l attend le Messie, mais lui seul reçoit l'ordre de jeter un pont entre les deux Testaments; bien plus que Siméon recevant Jésus dans ses bras, i l accueille le Sauveur dans sa propre lignée. Joseph réagit comme les justes de la Bible devant Dieu qui intervient dans leur histoire : comme Moïse ôtant ses sandales, comme Isaïe terrifié par l'apparition du Dieu trois fois saint, comme Elisabeth se demandant pourquoi la mère de son Seigneur vient à elle, comme le centurion de l'évangile, comme Pierre enfin disant : « Éloignezvous de moi. Seigneur, car je suis un pécheur. »
14. Le mot deigmatisai, selon (Origène et) Eusèbe, n'inclut aucune note d'infamie, à la différence de paradeigmatisai. Joûon traduit aussi « dévoiler ». 15. S. Bernard a développé ce thème dans Hom., 2,14 super Missus {PL 183, 68).

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^ Études d'Évangile

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L'auteur de l'ouvrage désormais classique sur « Les évangiles et l'histoire de Jésus » met en œuvre les méthodes récentes d'exégèse à propos de neuf passages importants des évangiles, tels que l'épisode de la Tempête apaisée, la parabole du Semeur, la Transfiguration de Jésus. Ces .«Études d'Évangile» s'adressent à * [ quiconque désire s'initier dans le concret à unç. lecture sérieuse des évangiles, aux perspçctlv^ à chaque évangéliste, voire aux secrets de la méthode exégétique. Conformément au but que s'assigne la collection Parole de Dieu^ cet ouvrage prend appui sur ime base scientifique sans pour autant se perdre dans les détails techniques, en vue de mieux livrer aux hommes du xx^ siècle la substance spirituelle des textes.

AUX ÉDITIONS DU S E U I L
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