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La Lettre

des juristes d’affaires
18 mars 2013 - N°1106 - Chaque lundi depuis 1990 - ISSN 1143-2594

« L’ignorance coûte plus cher que l’information » John F. Kennedy

Point de vue

■ Par Kami Haeri, Ancien Secrétaire de la Conférence, Avocat Associé, August &
Debouzy

Class Actions à la française : la Menace Fantôme

C

’est parti. Serpent de mer dont l’apparition a été annoncée par des gouvernements successifs, projet ancien ayant fait l’objet d’intéressantes contributions (le rapport BeteilleYung de mai 2010), l’action de groupe devrait très prochainement faire son apparition dans le cadre de l’ambitieux projet de loi sur la consommation, qui devrait être débattu avant l’été au Parlement. C’est donc par le ministère délégué à la Consommation que ce bouleversement de notre droit processuel devrait intervenir, et non par la Chancellerie – ce qui permet d’en expliquer d’ores et déjà certaines caractéristiques.

qui ont l’initiative et la compétence pour constituer une classe devraient aller ramper devant les associations de consommateurs pour les convaincre et obtenir leur autorisation d’agir. Ce serait inacceptable. L’autre élément notable du projet serait le mécanisme d’intégration à la « classe » : écartant la traditionnelle dualité opt-in / optout, les rédacteurs envisagent un système novateur – et insolite. Comme évoqué, l’action serait introduite par plusieurs demandeurs représentés par une association. Puis, en cas de validation du caractère « générique » de la demande et de victoire au fond, des consommateurs tiers à la procédure mais victimes des mêmes faits pourront invoquer ce jugement pour solliciter une indemnisation auprès du défendeur, sans même avoir été parties à la procédure.

Cette semaine
■ Laurent Vallée, futur
Secrétaire général du groupe Canal+ ? (p2)

■ Jones Day crée
la pratique Projets & Infrastructures (p3)

■ Herbert Smith Freehills et Linklaters
sur l’émission obligataire de Danone (p4)

■ Trois cabinets sur le
refinancement de Siblu (p5)

D’après ce que nous en savons, la class action à la française serait – pour l’instant – limitée aux actions fondées sur le droit de la consommation, à l’exclusion des questions de santé Ce système constituerait ou d’environnement. Mais Un monopole offert donc la fin du principe rien n’est figé. Autre réféaux associations selon lequel nul ne plaide rence à son créateur : constituerait un désaveu par procureur voire même seules les 17 associations pour notre profession la consécration du jugede consommateurs agréées ment déclaratoire dans auraient le monopole de notre droit. Des questions l’introduction des actions de menaçantes sont soulevées par un tel disposigroupe. tif : comment une entreprise poursuivie pourra-telle désormais provisionner ce litige dont le coût Si la représentation par un avocat devant la véritable est insusceptible d’être chiffré, faute ou les futures juridictions spécialisées pour d’indication du nombre de demandeurs ? De connaître de ces affaires ne semble pas même, ce litige va-t-il « purger » toutes les menacée, un monopole offert aux associations actions ? Qu’est-ce qui va en effet empêcher un consommateur de lancer sa propre procédure constituerait une erreur d’appréciation et un désaveu pour notre profession. Une erreur car de individuelle portant sur les mêmes faits, voire de nombreux avocats spécialistes de ces questions sortir du cadre de la « class action » pour solliciont la compétence, la légitimité et le rayonnement ter, sur la base de ce même jugement déclaraleur permettant de constituer des « classes » de toire, une indemnisation complémentaire, notamment au titre du préjudice moral, devant une demandeurs ; désaveu parce que la raison invoquée serait d’éviter les dérives rencontrées autre juridiction? En l’état, l’action de groupe à la aux Etats-Unis de la part de certains « plaintiff française présente les caractéristiques d’un litige laywers ». C’est oublier que notre déontologie, imprévisible et disproportionné. Les débats juridiques au Parlement, voire devant le Conseil tangible, codifiée, éprouvée, permettrait de prévenir de telles dérives. En résumé, les avocats Constitutionnel, promettent d’être intéressants…

■ Les géants internationaux à l’assaut du droit
pénal des affaires (p6)

4 098 861
C’est le nombre d’entreprises actives que la France comptait fin 2012, soit 2,55 % de moins qu’en 2011.
Source : Baromètre Creditsafe des créations et risquesdéfaillances des entreprises en France métropolitaine en 2012.