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Soutenue le lundi 13 décembre 2010

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Madame Monsieur Madame Monsieur Monsieur Monsieur Sylvie C Manuel Z Sylvie L-M Stéphane C Pierre Morizet-Mahoudeaux Bruno Bachimont Rapporteure Rapporteur Examinatrice Examinateur Directeur de thèse Directeur de thèse

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e stars are real. e future is that mountain. B E E, G

J’adresse en premier lieu tous mes remerciements au Conseil Régional de Picardie, sans le nancement duquel ce travail n’aurait pas été possible. Il me semble nécessaire de souligner qu’en soutenant des projets de recherche interdisciplinaires, la Région Picardie rend possible le développement d’idées et de travaux qui peuvent rencontrer quelque difficulté à s’inscrire dans les critères académiques traditionnels. Je remercie vivement Pierre Morizet-Mahoudeaux d’avoir accepté de diriger cette thèse. Il m’apporta, tout au long de ces quatre années, un soutien régulier et constant, ainsi qu’une aide scienti que et méthodologique de grande qualité. Je pro te de cet espace pour saluer sa générosité, ainsi que la patience bienveillante dont il a su faire preuve. Je remercie mêmement Bruno Bachimont pour sa direction scienti que exigeante et pour la pertinence de ses remarques. Ce travail doit beaucoup à la nesse intransigeante et à l’ouverture salutaire de sa pensée et de ses enseignements. Merci donc à mes deux co-directeurs de m ’avoir introduit dans l’univers de la recherche, et de m’avoir continuellement incité à me dépasser. Je remercie Sylvie Calabretto et Manuel Zacklad de m’avoir fait l’honneur de rapporter sur ce mémoire. Merci, également, à Sylvie Leleu-Merviel et Stéphane Crozat pour leur lecture et leur évaluation savantes. Un merci in ni à ma mère pour son soutien indéfectible. Un grand merci à mes parents pour m’avoir communiqué leur goût du savoir, sans lequel ce projet de thèse n’aurait jamais quitté la sphère de la contingence. Je me plais également à évoquer toutes celles et tous ceux qui m’ont accompagné dans ce projet, sous quelque forme que ce soit, et qui ont œuvré à ma tranquillité d’esprit. Ainsi, merci à Morgan, à Loïc, à François, à Benjamin, à Adelyne, à ma belle-famille, à Marine, à Emmanuelle, à mes collègues des laboratoires Costech et Heudiasyc, à Dylan Carlson, à Ignatus, à Céleste. Merci aussi à mes collègues de l’IUT de Montreuil (Marianne, Anne, Jean-Hugues, Philippe B., Fred, Philippe D., Guylain, etc.), pour leur accueil fantastique, qui n ’est pas étranger au fait que mon travail de thèse s’est achevé dans un climat d ’apaisement. En n, je remercie Virginie de son appui inépuisable, et lui dédie ce travail.

SOMMAIRE

i

S
I Introduction 3 25 51 107 133 159 183 215 239

II Positionnement, hypothèses et problématiques III État de l ’art scienti que et technique IV Cadrage théorique V Spéci cations fonctionnelles VI Un modèle conceptuel générique pour la lecture critique multimédia VII Protoype d ’environnement logiciel VIIIExpérimentations avec l ’environnement IX Conclusion et ouverture Appendices A D ’un Web à l ’autre : les paradigmes de la lecture informatique B Supports, outils et espaces Les mutations des opérations lectoriales

247 251 295 303 339

C Fragments pertinents issus des entretiens avec des lecteurs savants D Questionnaires de retour d ’utilisation Bibliographie

La totalité est la non vérité. A, M M

.

de concevoir et développer des dispositifs informatiques pour rationaliser des pratiques documentaires « savantes » existantes. qui fait l ’objet de ce mémoire. et d ’autre part. 1. M-P P    I. est l’héritière des concepts scienti ques et technologiques d ’ingénierie documentaire qui sont à la source de ces réalisations. soutenu par la Région Picardie et le Fonds Social Européen.utc. responsable du pôle technologique de l ’Unité d ’Innovation Ingénierie des Contenus et Savoirs ¹.3 CHAPITRE I I On peut s ’étonner que les actes spontanés par lesquels l ’homme a mis en forme sa vie. A - Le travail doctoral dont rend compte le présent mémoire s’est déroulé dans le cadre du projet POLIESC. notamment dans le champs des usages de l’audio et de l’image en contexte universitaire. d’une part. ainsi qu ’un environnement de travail bureautique rendant possible une publication multi-support paramétrable d’une même ressource textuelle structurée ². d ’en susciter de nouvelles. http://scenari.fr/ 2. http://scenari-platform. POLIESC — Pratiques Ordinaires. POLIESC a ainsi proposé un dispositif d’assistance à la tenue de cahier de laboratoire lors de travaux pratiques de chimie. se sédimentent au dehors et y mènent l ’existence anonyme des choses. La facette multimédia du projet. La civilisation à laquelle je participe existe pour moi avec évidence dans les ustensiles qu’elle se donne. et conduit par Stéphane Crozat. Lectures Intensives et Écritures Structurées de Contenus numériques multimédias — ambitionnait.org/projects/optim/fr/pres/co/ .1.

4 C I I.1. Adossé à une histoire plurimillénaire. appelé à devenir un des mythes fondateurs des systèmes hypertextes et hypermédia ainsi que de l ’interaction humain-machine modernes. depuis l’avènement des systèmes documentaires graphiques personnels. comparaison. malgré leur divergence d’approche radicale. » (Y et al. et socialement accepté. les facettes « sociale » et « sémantique » du Web (cf. enseignants et autres « lecteurs savants ». culturels ou savants ne semble plus pouvoir faire l ’économie de l’illustration visuelle. une petite étude en III. Pourtant. Dispositif personnel pour l ’organisation et la lecture active de documents multimédias. depuis que Vannevar Bush a posé les bases théoriques du Memex (B 1945) ³ il y a soixantecinq ans. le texte a quant à lui connu le développement d’un instrumentarium analytique conséquent. les documents audio-visuels souffrent d’une certaine dévaluation dans les travaux savants : cités et référencés de manière externe. annexe A) ont cela en commun qu’elles prescrivent des modes d ’organisation d ’une bibliothèque hypermédia d ’ordre mondial. permis l ’essor et la prolongation des gestes de lecture traditionnels. 2005a). la nature littérale des logiciels informatiques a. chercheurs. le vocable « lettré » témoignant d ’ailleurs de la valeur accordée au contenu écrit dans les pratiques intellectuelles savantes. En effet. . mise en relation. Et pourtant. Comme nous dit en effet Bruce Douglas Ingraham : « As scholar we have an obligation to consider any information pertinent to our particular area of study irrespective of the medium in which it is recorded. et nous devons constater qu’il en va de même pour l’audio et pour les images. (re)structuration. Le développement de dispositifs critiques personnels semble alors grevé par la tendance à la multitude qui caractérise notre situation documentaire contemporaine. de sorte que les opérations textuelles d ’annotation. largement répandu et maîtrisé. Le son et l ’image s ’immiscent ainsi toujours davantage dans les horizons documentaires des étudiants. elle achoppe sur la lecture d ’étude. si la lecture numérique excelle pour la lecture d’information et la lecture d ’exploration — dimensions auxquelles pourvoient l’idée d’un Web comme système d’information mondial —. Par ailleurs. dont chaque jour voit eurir un nouveau moteur de recherche ou une nouvelle plateforme d’échange de contenus. montés et restitués du fait de la trop grande complexité et du caractère chronophage de leur manipulation technique . À l’heure où les hauts lieux du savoir généralisent le recours à la baladodiffusion et où la rhétorique des articles journalistiques. sur la prolongation de la lecture-recherche par la lecture-ré exion. 5. font partie du bagage commun des « travailleurs intellectuels » . En dépit de son statut de réseau documentaire global connectant les communautés savantes et offrant un accès à une importante quantité d ’archives multimédias. horizons jusqu’alors dominés par les contenus textuels. Nakakoji et Takashima : « Such tools presume that viewers passively watch videos from the beginning to the end.2. Et pour Alain Giffard (G 2009).1. comme en témoigne le dépouillement fonctionnel des outils de type « lecteur » purement « passifs » ⁵ intégrés aux sites de contenu. glose. Motivation L’évolution des technologies de numérisation et le développement massif des réseaux de diffusion documentaire ont entraîné une prolifération croissante des contenus sonores et graphiques. 3. la démarche interprétative — clef de voûte des mondes lettrés — doit pouvoir viser le contenu culturel et argumentatif de toute forme documentaire qui se présente à elle sans être tenue en échec par leurs contraintes et spéci cités matérielles ⁴. Nous lui consacrons. appreciating it as a complete work of art or entertainement on an as-is basis. reformulation. La question de l’appropriation des contenus multimédias proprement dite est évacuée. à ce titre. fragmentation. le Web n’a pas donné lieu au développement de dispositifs pour la rumination critique personnelle visant à créer du sens en manipulant un cercle délimité de contenus découverts lors d ’une activité exploratoire préalable. spatialisation. 4. Comme le remarquent Auffret et Prié (A et P´  1999). l ’exercice du travail critique sur de tels contenus ne dispose toujours pas d’un appareillage adéquat. la valeur scienti que et culturelle des connaissances incarnées dans les ressources numériques graphiques et sonores apparaît incontestable.1. fragmentés. Comme le remarquent Yamamoto. ils ne sont pour autant jamais directement utilisés. » (I 2000). etc.

et qui sont fondatrices de la posture critique. En n. quant à eux. matérialisant notre démarche de conception.1. structurés et hyperliés.  Adossés à une étude des fondements techniques et cognitifs de l’activité critique. mise en relation. synchronisation…) et les opérations intellectuelles requises par la démarche interprétative (quali cation. le champ des hypertextes spatiaux illustre les apports d ’une spatialisation des éléments à degrés de contrainte variable dans les phases de lecture/écriture exploratoires. l ’ingénierie documentaire propose des modèles d’annotation et de structuration pour rationaliser la matérialisation et le traitement des contenus et de leurs enrichissements (ainsi que des chaînes opératoires facilitant la réutilisation et la publication des ressources). et proposons des modalités d’appréhension synoptique spéci ques à un environnement peuplé de contenu multimédias. assure la jonction entre. une réalisation informatique. Les dispositifs hypertextes. l ’état de l ’art informatique scienti que et technique apporte de multiples réponses partielles à la question de la lecture critique multimédia. c ’est-à-dire d ’élaborer de nouvelles con gurations documentaires faisant sens à partir notamment des fragments résultant de la discrétisation opérée sur les ressources du corpus. Discutant et articulant les apports des approches disciplinaires sus-citées. discutent des emplois du paradigme nœuds/liens par la lecture savante pour représenter et manipuler des ensembles de documents à caractère argumentatif. et d’en construire de nouveaux. Il s’impose alors de proposer un modèle de structuration souple et opérant au niveau du projet de lecture active et plus seulement du document. une étude de l’état de l’art et une analyse de la lecture critique et de ses gestes techniques fondamentaux. Trois piliers théoriques fondent le travail restitué dans ce mémoire :  Toute appropriation critique repose sur une tension fondamentale à la fois cognitive et technique entre la maîtrise de la matérialité des contenus qu’elle vise et la maîtrise du réseau de sens qu ’elle construit. recherche ou archivage.  En rediscutant la notion de « document numérique ». et de donner les moyens à celle ou celui qui la conduit de dégager des valeurs sémiotiques difficilement saisissables sans une instrumentation adaptée. celle-ci n’est pas traitée pour elle-même dans la variété des gestes qu ’elle suppose. spatialiser et recomposer librement les fragments de contenu pour créer des cheminements interprétatifs nouveaux. Si dans le cas des contenus textuels. leur conduite sur des contenus de savoir non textuels ne présente plus aucun caractère d ’évidence. Ainsi. d ’une part. nous amenons l’hypothèse qu’une lecture critique suppose de pouvoir décomposer.I. les approches et outils existants n’ont pas donné lieu au développement d ’une logique d ’usage consistante pour l’appréhension critique personnelle de contenus sonores et graphiques. Si. structuration. La technicité inhérente aux contenus sonores et graphiques oppose en effet une résistance au développement d ’un appareillage critique allant au-delà de leur simple appropriation passive. la lettre joue le rôle d’opérateur de discrétisation ayant rendu possible le développement et l ’articulation des opérations analytiques dont nous héritons de notre tradition lettrée. Conformément à notre volonté d ’envisager la question de la lecture critique multimédia dans sa globalité et de . agrégation. Avant-propos 5 La lecture critique se caractérise par la double nécessité de discrétiser des contenus existants (il n’y a pas d’analyse sans fragmentation. spatialisation…). L ’enjeu de notre recherche est alors de répondre aux exigences techniques d’une telle lecture. sans la possibilité d ’adresser pour elles-mêmes les sous-unités d’un élément de contenu). Nous négocions cette tension en proposant un milieu technique articulant les opérations de manipulation matérielle (fragmentation. et d ’autre part. comme nous le verrons. nous posons que les opérations intellectuelles d ’analyse et de synthèse critique doivent être prolongées par une synthèse perceptive efficace. Ainsi répartis entre différentes branches disciplinaires. notre contribution s’organise alors en trois volets :  Des spéci cations fonctionnelles précises qui.

philosophiques et historiques. nous entendons dé nir les conditions technologiques nécessaires à l’émergence d’une gure du « lettré du multimédia ». Nous proposons alors dans le chapitre IV un éclairage théorique de l’articulation des facettes techniques et intellectuelles de l’activité critique. un modèle conceptuel générique (chapitre VI) et un prototype d’environnement logiciel fonctionnel (chapitre VII).  Un modèle conceptuel générique traitant le problème de la représentation de médias techniques hétérogènes en vue de leur manipulation critique uni ée. Par ce travail. Les trois volets de notre contribution évoqués supra consistent alors en une liste structurée de spéci cations fonctionnelles portant à la fois sur des aspects de modélisation et d’interaction (chapitre V). . ce chapitre est uni é autour de la question de l’instrumentation d’une lecture critique personnelle multimédia.2. de proposer des modalités de représentation et de manipulation des entités du modèle conceptuel et de permettre à des utilisateurs humains de se saisir de notre ré exion pour réaliser des lectures critiques multimédias. et correspondent à trois niveaux successifs de réponse au problème de base : les spéci cations peuvent donner lieu à d’autres interprétations techniques que le modèle et l’environnement que nous proposons.1. Bien que naviguant entre des branches disciplinaires parfois éloignées. Contribution.6 C I ne pas la rabattre sur une approche disciplinaire qui risquerait de la tronquer.  Un prototype d ’environnement logiciel développé avec les technologies de la plate-forme Adobe Flex (ActionScript 3. Organisation du mémoire Exposition. Le chapitre II affine cette étude préliminaire par une caractérisation des exigences technologiques d ’une lecture critique informatisée à travers la restitution d’entretiens préliminaires menés avec des chercheurs pour lesquels la lecture savante est une pratique inhérente de leur travail. Le mémoire s ’ouvre sur une introduction terminologique détaillant les différents termes renvoyant à la lecture critique rencontrés dans la littérature scienti que (chapitre I). ces spéci cations énoncent des prescriptions aussi bien fonctionnelles qu’ergonomiques. et la présentation des hypothèses de travail. gestes et aspects techniques qui la fondent. ayant pour objectifs de démonter la faisabilité technique des spéci cation préalablement énoncées. et les interfaces et principes d’interaction de l’environnement peuvent inspirer des réalisations logicielles poursuivant d’autres buts que les nôtres. la formalisation des problématiques. Ces trois volets se veulent indépendants. anthropologiques. Le chapitre III présente un panorama d ’approches scienti ques et de réalisations techniques connectées aux directions de travail énoncées précédemment. Analyse. Notre démarche s’appuie sur une confrontation de notions informatiques. I. et aborde les tensions. L ’exposé de problèmes clefs issus de l ’analyse des entretiens permet alors de justi er le positionnement disciplinaire et théorique. les concepts du modèle présentent un degrés de généricité suffisant pour être étendus ou mobilisés pour eux-mêmes dans d ’autres travaux. frameworks de composants Flex et AIR (Adobe Integrated Runtime).

et des chercheurs en musicologie souhaitant réaliser des tableaux analytiques à partir de partitions et des enregistrements auxquelles elles ont pu donner lieu. et partons au contraire des objets que les lecteurs se donnent. p. Une lecture d’interprétation La notion de lecture. analyses musicales) confrontés à l’étude de documents non textuels d’une part. Nous faisons ainsi le choix d ’écarter toute théorie visant à expliquer ou proposer un modèle — général ou local — de l ’interprétation ou de ce qui se produit dans la conscience suite à l’impression sensorielle laissée par l’appréhension des supports de lecture. qui nous offre une sorte de laboratoire sémiotique où peut être abordé le cas d’une lecture critique nécessairement hypermédia (l’analyse musicale ne peut se départir de l’œil et de l’oreille. rapport à soi ou aux autres ». inscription dans un espace. Annexes. et on peut alors s ’interroger sur la nature du lien qui les unit. Ces deux visions conciliables indiquent que l’interprétation est un aspect de la lecture qui est rendue possible par des dispositifs techniques et sociaux. nous nous focalisons sur la facette matérielle de celleci. Le philosophe Bernard Stiegler la rapporte quant à lui à la constitutivité de son substrat technique — « [les] expériences de lecture sont souvent fondées. L ’historien Roger Chartier souligne le caractère « incarné » de la lecture — « [l]a lecture n ’est pas seulement une opération intellectuelle abstraite  : elle est mise en jeu du corps. La lecture n’est donc ni pure intellection. . 22).2. I. Le cours du mémoire s ’achève sur une conclusion présentant les différentes prolongations envisageables au travail restitué. sinon toujours. Le chapitre VIII présente les expérimentations réalisées autour de l’environnement avec des étudiants en philosophie (commentaire composé autour de conférences enregistrées). nous exposons quelques éléments d ’historique sur la discipline qui la prend directement pour objet d’étude. sur des expériences techniques ou technologiques » (S 2004. L ’objet de ce mémoire étant d’établir une contribution technique à l ’instrumentation de la lecture multimédia.2. C I. tout en adossant nos propositions à une discussion sur certains aspects du couplage susmentionné qui sont pertinents pour la compréhension de ce qu ’est une posture critique (c’est l’objet du chapitre IV). A n toutefois de ne pas entièrement dérober la question de l ’interprétation.1. Caractérisation de la lecture critique 7 Discussion. directement ou indirectement. la compréhension des tendances techniques qui ont toujours animé la sphère savante — et rendu possible son travail — nous ayant permis de mieux positionner nos prescriptions pour ce que devrait ou pourrait être la lecture multimédia augmentée à venir. des étudiants en sémiologie (analyse de titres de presse. appelle infailliblement celle d’interprétation. des opérations qu ’ils entendent accomplir et des contraintes matérielles qu’ils rencontrent. des objets dont les formes produisent du sens (C et C 2001).2.1. L’annexe B présente une étude historique des outils et supports impliqués dans la lecture depuis l’invention de l ’écriture. il n’existe aucun texte idéal. les œuvres qu ’elle se donne étant toujours appréhendées au travers de documents s’adressant à ces deux dimensions perceptives). ni pure activité matérielle. et par ailleurs. a fortiori si elle se fait critique. Ce mémoire contient par ailleurs de nombreuses références au terrain musicologique.1. mais au contraire. l’herméneutique.I. ce qui amènerait à manquer un pan capital de la lecture critique.2. Nombre de concepts théoriques et techniques de notre travail trouvent leurs racines dans cette investigation historique. De certains quali catifs de la lecture I. mais résulte d’un couplage entre un mouvement intentionnel de la conscience et des choses qui lui sont extérieures.

I. l ’alchimie. et. persane. la compréhension s ’assimile à la recherche des mots les plus adéquats. au travers une énumération de pratiques : « L ’héritage assumé est à la mesure de la civilisation qui l ’accueille. Que fait-on de ces textes ? On les lit. il y a ce qu’on appellerait aujourd’hui une « vie intellectuelle ». son émancipation au XVIII siècle et son affirmation absolue à l’époque romantique donnent ensuite lieu à l ’herméneutique littéraire de Schleiermacher (1768–1834). entre autres. syntaxiques et grammaticales cloisonneraient le sujet et le feraient constamment manquer le sens qu’il souhaiterait exprimer. De fait. latine et grecque —. En cherchant à percer le sens d’un vouloir-dire intentionnel. syriaque. Derrida entretient quant à lui une mé ance prononcée à l’égard du langage. mais d ’élucider ce qui se trame dans la conscience du sujet lorsqu’il appréhende des signes langagiers et textuels. la phénoménologie. à une affaire de point de vue. pour quelqu’un. Héritier de la phénoménologie. en vertu de la partition entre sciences de la nature. du fait de sa présence. On en trouve par exemple une dé nition implicite chez Alain de Libera. constamment interpellé et concerné par les choses (et ainsi. il faut parler du « grand héritage humain ». mais sous la forme d’une interrogation dans laquelle le sujet. et l’art de la critique vise avant tout les textes bibliques et ceux hérités de l ’Antiquités. et appelle alors à sa déconstruction. Ce qui veut dire. et l ’on envoie des missions chercher des livres en Perse. et sciences humaines. que Grondin pose qu’elle « mérite d’être appelée herméneutique » (ibid. Initiateur de la phénoménologie. Au XX siècle. bref. on invente. la phénoménologie husserlienne se confronte à la difficulté de « viser la visée d’autrui ». à Constantinople. ensuite. notamment ceux d ’Aristote. Notons en n que le sémiologue et musicologue Nattiez propose la dé nition suivante de l’herméneutique : « l ’activité herméneutique consiste à creuser et élucider le buissonnement in ni de signi cations qui s’instaure. Que traduit-on ? Tout ou presque. si « [l]es mots que nous balbutions ne sont jamais ceux que nous aurions dû dire » (ibid. l ’herméneutique n ’existe pas en tant que telle. par un choc en retour. Il envisage la compréhension non pas comme la domination de la chose comprise permettant au sujet comprenant de produire sur elle un discours emprunt d’une hypothétique objectivité et indépendant de sa situation singulière. » (L 1991. on continue l ’héritage humain .). les grands textes philosophiques grecs. la médecine. d’abord. relevant du régime de l’explication. mêlant la critique philologique du texte et son interprétation fondée sur la vie et la pensée de son auteur. il ne s ’agit plus alors de proposer des règles universelles fondant une science de l ’interprétation. p. à la constitution du sens. Dilthey (1833–1911) entend faire de celle-ci le fondement méthodologique objectif des sciences humaines. 100–101.2. Dans le cas des ’Abassides. Il existe par ailleurs une tension. circulation et appropriation des textes dans lesquels se forgent les traditions intellectuelles. relevant quant à elle de la compréhension. dont les catégories normatives lexicales.). Par la suite. La consolidation de la gure de l’auteur durant la Renaissance. l ’ego entretient un dialogue avec un sens inépuisable dont il n’acquiert jamais la pleine maîtrise. entre en dialogue avec elles. position qui sera intensément discutée par ses continuateurs dans un « tournant herméneutique de la phénoménologie ». hindoue. aux Indes. on puise aux six littératures alors connues — hébraïque. Autre précurseur de l’herméneutique contemporaine non religieuse. on les commente. entre un objet quelconque (ou une action) et un horizon » (N 2002). car chez Husserl. constamment imprégné par le sens). Irak. Ainsi. se saisit de l ’herméneutique . Gadamer entreprend de décaler la quête du sens vers une phénoménologie de l ’événement de compréhension.1. entre le sens visé et le sens lui-même. et postule le fait que le sujet interprétant prend part. un écart irréductible. terre de contrastes) . et les textes scienti ques. à défaut de pouvoir trouver les mots idéaux.8 C I Au Moyen Âge.2. Le sens ne se réduit pas pour autant à un relativisme. on en conçoit d’autres. Husserl considère encore les mots « comme des signes ou des instruments qui se tiennent au service de l ’intentionnalité » (G 2003). on innove. Une lecture savante Les premières dé nitions de lecture savante nous sont données par les historiens attentifs aux modes de production.

d’une attention et d’une intelligence. La mise en forme de la connaissance s’est amorcée avec le langage. corporations. Le site du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche en donne la dé nition suivante : « L’information scienti que et technique (I. les lecteurs ouvrent perpétuellement de nouveaux horizons de sens que les techniques qu ’ils utilisent (l ’écriture et ses supports) ne peuvent jamais épuiser. d’une part. ». de la notion d ’information scienti que et technique ⁶ : « Historiquement. académies. laboratoires.T. ce qui xe l’idée de l’information comme mise en forme de la connaissance. la communauté internationale scienti que a une activité sans frontière. informer renvoie à l’idée de donner une forme. de conformer la structure argumentative des documents 6. les laboratoires et des individus qui ont pour objectif l ’étude scienti que et/ou technique . Dans le commentaire de sa chronologie historique des supports et outils de repérage de l’information. entreprises… Peu à peu se formera « une information scienti que et technique » (IST). d ’« histoire de la pensée » ou d ’« histoire technique ». d ’organisation et de transmission de l’information.2. . indépendante d ’une culture particulière et validée par l’ensemble d ’une communauté. de portée internationale. comme les constructions d ’un regard. mythique. comme mode privilégié d’élaboration. nous entendons l’activité de ceux qui manient les livres comme dépôt. universités. » (F-S 1997) L’auteure souligne qu ’étymologiquement. ainsi que les dispositifs d’accès à ces documents par un système de référence partagé entre pairs.) regroupe l’ensemble des informations produites par la recherche et nécessaires à l’activité scienti que comme à l’industrie. Caractérisation de la lecture critique Christian Jacob nous en offre une dé nition explicite et complète : « Par « lecture savante ». de plus. diachronique. par exemple. Ce qui pose le problème des objets de connaissance rétifs à une mise en document. les prémices de l ’IST sont sans doute à voir au XVII siècle. cercles savants) comme de leurs détournements au gré des talents individuels et de l ’imprévisible de la pensée. lesquels donnent alors lieu. technique. À ce titre. et d’autre part. la dé nition [de] l’information [est liée] à des formes de connaissance diverses : théologique. lequel impose par ailleurs. 7. de sa dimension collective. poursuivie avec l ’écriture et nous apparaît désormais indissociable du concept de document. tout en étant liées à des lieux privilégiés de la connaissance : bibliothèques. » (J 2003b) 9 Il souligne également le fait que la lecture savante « présuppose un in ni de la pensée et du savoir » (ibid. moment où naissent tout à la fois les périodiques scienti ques.S. La transmission de ces traces interprétatives à travers les époques donne alors lieu à la cristallisation de traditions critiques. l ’entrée d ’un document dans cette sphère savante est marquée par le processus de publication scienti que. Comme le remarque Christian Jacob. scienti que… que vont s ’approprier divers individus qui n ’ont pas encore de statut professionnel dans la société. s ’ils sont présumés inscrits dans le texte. Ces constructions résultent de techniques apprises et partagées dans des communautés de savoir (écoles. par leur activité matérielle sur le texte. s’actualisent comme les effets de sa lecture. philosophique. Nous discutons ce concept au chapitre IV. objet ou instrument de savoir. universités. d ’une part. Sylvie Fayet-Scribe (F-S 1997) aborde l ’activité savante moderne au travers. cette sagesse et le sens lui-même. comme les fruits d ’un travail. de sagesse et de sens. que le positionnement technologique de ce mémoire interdit d ’aborder. Le lecteur savant utilise donc des documents pour y puiser de l ’information ⁷. à l ’aune du numérique multimédia et des impératifs de la lecture critique.I. monastères. Ce savoir.) . autrement dit. Le processus critique reposant sur l’explicitation des rapports qu ’entretiennent les objets de connaissance s’envisage alors sous l’angle de la confrontation des éléments d ’information correspondants. à la notion synchronique d’« état de l ’art » et à celle.

a scholar needs to produce written forms in a structure that is communicable with peers in the community. depuis l ’Antiquité. communication dans des actes de colloque. As a member of a scholarly community. Le savoir se constitue en effet par la rationalisation des conditions d’accès. and discussions. 8. d ’une part. 9. us. et avec les éléments desquels il entretient des relations de dépendance de diverses natures. 2005) : « [T]he end product of scholarly writing cannot be of any arbitrary form. and argue about it with existing knowledge products represented in the same form. Cette nalité professionnelle ou scienti que met en lumière le fait que la lecture savante ne peut recevoir aucune dé nition formelle univoque car elle ne peut être considérée hors de toute référence à une pratique identi ée ayant cours dans un champ disciplinaire donné. l’étude philologique. ebate. Il est en effet permis de s’interroger sur ce qui permet de regrouper des pratiques et des horizons méthodologiques aussi divers que l’analyse littéraire structuraliste. traditional linearly written scienti c papers often have a structure consisting of introduction. il n’est pas de diffusion des savoirs : ce qui fut vrai à la Renaissance ou au XVIII siècle l ’est encore aujourd’hui. one could easily compare the conclusions of two scienti c papers by looking at the nal section of each paper. ou encore la lecture du professeur d’informatique qui prépare son cours. To publish a scholarly work means to produce a knowledge product conforming with a certain form so that other members of the community can easily compare. sa nalité — n’est en effet pas le même selon que l’on se place. de stockage. là où l’écriture avait naguère répondu au besoin de se doter de moyens techniques pour mémoriser. Au niveau interdocumentaire. . approach. dans un contexte de carence ou dans un contexte d’abondance des sources bibliographiques. hypotheses. la bibliothèque du monde). par exemple. renvois et tables diverses entraînée par l’imprimerie. actualisant ainsi le désir de Vannevar Bush. pour qui cette démarche ne saurait revêtir aucune pertinence en raison de sa trop grande généralité. et lisibilité et conformation à des standards stylistiques et typodispositionnels d ’autre part). Leggett et Shpiman (L et S 2004) exhortent la communauté informatique à suivre des pistes conduisant vers de nouvelles formes de communications savantes interactives. l’éviction de tout contenu matériellement incompatible avec une publication papier ⁹ : « La publication est l’une des ns principales de la recherche : article dans une revue savante. cette tendance s’illustre concrètement à deux niveaux. Ainsi. et les dispositifs informatiques de recherche et de matérialisation d ’hyperrelations entre documents distants constituent trois exemples caractéristiques de cette in uence du monde documentaire sur l’espace intérieur du document savant. experiments. […] Sans la maison d ’édition ou l’imprimeur. Au niveau intra-documentaire. de mise en relation et de classication des entités documentaires par rapport à un « corpus communautaire » dont les frontières n’ont cessé d’être repoussées (la bibliothèque du monastère. transmettre et manipuler la pensée. followed by conclusion. la constitution de métalangages documentaires classi catoires dénote la volonté de contrôler les rapports entre l ’unité et le tout. » (J 2007) Par ailleurs. En effet. Le contenu d’un document savant — son organisation. results. le développement des dispositifs de lecture et d’écriture savante est gouverné par le souci de maîtriser l ’accroissement constant de la quantité de documents disponibles. selon (N et al.10 C I soumis à des règles de présentation strictes ⁸. Sur un plan plus strictement technique. et d ’autre part. l’analyse musicologique produisant des tableaux. l ’espace personnel de lecture et d ’écriture a connu plusieurs vagues de réaménagements pour tenir compte des contraintes de productivité amenées à chaque nouvelle évolution du contexte socio-documentaire (intrusion de la référence dans l ’élaboration et l’appropriation des connaissances d’une part. d ’autre part. L ’expression « lecture savante » est parfois utilisée pour marquer l’opposition entre une classe de pratiques visant un divertissement et des pratiques professionnelles ou scienti ques. En 2004. la bibliothèque de l’état. la stabilisation bibliographies. de soumettre les idées et les hypothèses au débat. L ’affermissement des méthodes d ’articulation de la glose au texte au Moyen Âge. le style avec lequel il est élaboré. poser l ’idée de l ’instrumentation d ’une lecture savante conduit à s’exposer à l’incompréhension des praticiens. ». chapitre de livre collectif ou livre sont autant de moyens de mettre les savoirs en circulation. L’abondance documentaire suppose une articulation efficace entre le document comme unité et les ensembles dans lesquels il s’inscrit. For instance.

I. Remarquons en n que Stiegler souligne qu ’une lecture savante est une opération d’inscription. par les supports qu’elle considère. Nous discutons cette dimension scripturale en I. et un affaiblissement de l’in uence religieuse sur les consciences. de comparaison. et les supports et outils par lesquels son projet peut se déployer.2. Cette « révolution de la lecture » a conduit à considérer la lecture intensive traditionnelle « comme dépassée et socialement dépréciée » (ibid. se déploie une lecture intensive. des tirages plus nombreux et économiques. « expliquer. récapituler. et se dé nit ainsi par la méthodologie d ’interprétation déployée. par les opérations (mentales et corporelles) mobilisées. démontrer c ’est aussi et souvent découper. par ses dimensions collective. ou toute situation où les lecteurs n’ont accès qu’à un nombre restreint de documents. que les nouvelles dimensions de la lecture extensive rendues possibles par le Web comme réseau documentaire mondial ne doivent pas obombrer ¹⁰.3.2. ainsi que son effet néfaste sur la visibilité des productions de qualité écrites dans une autre langue que l’anglais (B et al. A). comparer. nous retrouvons toujours un socle de gestes fondamentaux : rassembler. mais leur ressort commun. rendue possible à cette époque par le développement d’une littérature populaire. les pratiques d’élaboration de la connaissance — que celle-ci soit connectée à des préoccupations académiques ou plus « ordinaires » — sont nécessairement adossées à une pratique de lecture intensive.). technique (ce sur quoi nous serons amenés à revenir plusieurs fois dans ce mémoire). politique. Qu’il s’agisse de comparer des vers de poèmes antiques. de commentaire. d’annoter le discours d’un philosophe et de relier les fragments ainsi identi és à des passages issus de l ’œuvre d ’autres penseurs. comme ce fut le cas jusqu ’au début du XVIII siècle. annoter. coller. c ’est-à-dire le rapport entre le sujet impliqué dans un processus de jugement. Une lecture intensive On rencontre l ’expression de « lecture intensive » dans la littérature historique pour caractériser l’activité d’exégèse biblique (C 2001). démonter et redistribuer des éléments d’un système 10. Nous proposons alors d ’évacuer le vocable « savant » au pro t de celui de « critique ».1. l’espace documentaire « dominant » est celui que constituent dispositifs socio-techniques du Web « social » (cf. réagencer. où la majorité devait se contenter d’un « petit canons de textes normatifs » transmis de génération en génération (W 2001). etc. organiser. par les buts qu ’elle poursuit. synthétiser. de prélever et organiser des citations en vue de rédiger un nouveau texte ou encore de prélever et comparer des informations techniques dans une démarche de veille. encore marquée par la gure livresque.2. La pratique documentaire du chercheur contemporain a ceci de particulier qu’elle repose sur l’articulation technique d ’une lecture extensive et d ’une lecture intensive : à côtés des bases de données d’articles en ligne s’inscrivant dans la logique scolastique du statim inveniri (« trouver vite ») (I 1991) et donnant accès à l’intégralité de la littérature scienti que planétaire.2. I. etc. dans laquelle le chercheur rumine un petit cercle de documents dans la visée d ’une production nouvelle. L’évaluation bibliométrique basée sur la notion de facteur d ’impact est une conséquence de ce régime d’abondance. copier. À notre époque. Elle s’oppose alors à une « lecture extensive ». 2006). Dans notre civilisation de l ’écrit. fragmenter.2. le lecteur intervenant directement sur le support (statique ou dynamique) (S 2000). et son caractère normatif sur l ’orientation des thématiques de recherche commence à être dénoncé (C 2009). Caractérisation de la lecture critique 11 Une pratique de lecture savante procède en effet d’un croisement singulier entre de multiples aspects. qui ont engendré des formes de lecture « surextensives ». Comme le remarque en effet Frank Ghitalla. . a n de mettre en avant non pas la variabilité des formes de lecture. lesquelles impriment leur marque autant dans la sphère de l’agrément que dans le monde scienti que.

La lecture critique lettrée est ainsi tributaire de son instrumentation.4). nous ne pouvons concevoir les gestes de la lecture intensive évoqués supra qu’en référence aux supports matériels et aux appareillages techniques délivrés par 5000 ans d’histoire de l’écriture. ¹¹. et fait l ’hypothèse d ’un corpus clôt (cf. À une époque où Internet n’existe pas. technique privilégiée de la mémoire et de la pensée. l’exploitation de leur contenu.4. de considérer qu ’une lecture critique suppose une activité de lecture intensive. comme le remarque Jack Goody au sujet de la pratique philosophique : « l ’intérêt pour les règles du raisonnement ou pour les fondements de la connaissance semble bien naître […]de la formalisation des messages (et donc des « assertions » et des « croyances ») inhérente à l’écriture. Cette longue citation nous éclaire sur les recon gurations de la démarche critique à la suite d ’une « textualisation » de la sphère savante : 11. Selon ces termes. manipuler et produire des contenus littéraux. Le métier d ’« intellectuel » est longtemps demeuré une prérogative d’individus aisés. de la lecture critique. où l ’activité lectoriale demeure la prérogative d’une classe d’individus matériellement aisés et où l ’esclavage est incontesté.2. » (G 1979. etc. et donc personnel. et qu ’ainsi. I.12 C I d’écriture ». Nous proposons alors. Une lecture instrumentée Dans l ’antiquité. le lettré est. la mise en forme des résultats. exigeant l’articulation à une lecture extensive pour ce qui relève de la découverte de l ’information dans les dispositifs documentaires socialisés propres à sa discipline cadre. celui qui est équipé d’instruments spirituels — l’écriture. les activités savantes impliquant une certaine quantité de documents ont toujours nécessité une assistance humaine plus ou moins conséquente. l’assistance du personnel domestique s ’avère capitale dans la bonne conduite d’un projet d’écriture ou de lecture savante. 97) Les écrits de Goody s ’attachent également à élucider le rapport existant entre la posture critique des mondes lettrés et les propriétés de l ’écriture alphabétique. Plus généralement. I. Le discours philosophique représente tout à fait le genre de formalisation qu’on est en droit d’attendre de l ’utilisation de l’écriture. notre mémoire traite du « volet intensif ». et l’articulation des contenus jadis prise en charge par différents individus humains « asservis » aux ordres d ’un « lecteur principal » ont alors été pleinement assumées par des artéfacts techniques. l’individu isolé n’étant en effet pas en mesure d’assumer à la fois la recherche et le rapatriement physique des sources. « à la lettre ». mais ne s ’y réduit pas pour autant. en extension à la conception purement historique de lecture intensive. les contraintes techniques liées à la manipulation de supports d’inscription que l’individu du XXI siècle jugerait comme peu commodes sont reportées sur une assistance humaine dévouée. soit ainsi. Un treillage d ’évolutions sociales et techniques ont par la suite achevé d’amener la lecture vers la sphère de l ’intimité. Par ailleurs.2. et le réseau de dispositifs auquel elle donne lieu — lui permettant d’appréhender. le raisonnement sur les choses passe par la manipulation de graphes (G 1999). Les sociétés « traditionnelles » se distinguent non pas tant par le manque de pensée ré exive que par le manque d ’outils appropriés à cet exercice de rumination constructive. p. Pour Stiegler.1. de penser (S 2005). .2. la phase de publication. en cela qu’elle se fonde sur les gestes cités ci-avant.

déplacer et arranger des documents. la pensée logigue (pour faire resurgir ces contestables dichotomies). surtout l’écriture alphabétique. l ’attitude sceptique. Caractérisation de la lecture critique « Plus précisément.2. En rendant possible l’examen successif d’un ensemble de messages étalé sur une période beaucoup plus longue. lire renvoie à toute activité à la fois perceptive et interprétative située dans un environnement peuplé d’objets et de signes. Dominique Boulier et Frank Ghitalla sont amenés à poser que « [l]a maîtrise des formes d ’activités [est] la condition sine-qua-non de toute activité critique » (B et G 2004) : . plus « rationnelle ». leur rassemblement spatial donnant naissance au concept qui les rassemble mentalement. ne s’exerce jamais dans des espaces de compréhension décontextualisés. l ’esprit d’orthodoxie et le respect du livre d’autre part. La pensée de Goody est également à la source d ’une « théorie du support ». Le problème de la mémorisation cessa de dominer la vie intellectuelle . ainsi fut rendu accessible à ceux qui savaient lire un champ intellectuel plus étendu. 86–87) 13 Ghitalla (G 1999 . Remarquant que le Web abat les repères matériels traditionnels. Elle s’appuie toujours sur les contraintes matérielles et corporelles des actions et perceptions possibles. G et L 2001) remarque plus généralement que la lecture et l’écriture exigent de savoir manipuler « des graphes qui ont leur systématicité et qui obéissent à des conventions techniques ». Cela inclut notamment la perception spatiale d’un divers d ’objets et de signes. l ’esprit humain put s’appliquer à l’étude d ’un « texte » statique. ce qui permit à l ’homme de prendre du recul par rapport à sa création et de l’examiner de manière plus abstraite. simultanément s’accrut la possibilité d’accumuler des connaissances. Les possibilités de l ’esprit critique s ’accrurent du fait que le discours se trouvait ainsi déployé devant les yeux . ou d’opérations d’emboîtements et de déboîtement — placer un document dans un dossier. favorisa la rationalité. les jeter. à laquelle certains travaux en sciences de l ’information et de la communication s ’adossent pour ériger un cadre théorique pertinent pour étudier les modalités d ’une lecture critique à l ’heure des documents et réseaux numériques.I. bien qu’elle puisse sembler plus « abstraite » à certains : souffle (quand elle n’est pas silencieuse). se mouvoir et ainsi changer de point de vue —. rendit possible une nouvelle façon d ’examiner le discours grâce à la forme semi-permanente qu’elle donnait au message oral. empiler des documents et des dossiers. Ce moyen d ’inspection du discours permit d’accroître le champ de l’activité critique. posture. l’écriture favorisa à la fois l ’esprit critique et l ’art du commentaire d ’une part. ranger un dossier dans un autre ou dans un tiroir. Écrire englobe plus généralement toute action donnant lieu à la modi cation de l’environnement. p. plus générale. Réciproquement. articulant synthèses spatiale et cognitive : comprendre suppose en premier lieu la possibilité d ’une prise conjointe d ’un ensemble d’éléments. positionnement du support. Il peut s’agir d’opérations de disposition d ’objets ou de signes au sein d ’un espace — écrire au sens restreint traditionnel. parce que l’écriture modi ait la nature de la communication en l ’étendant au-delà du simple contact personnel et transformait les conditions de stockage de l’information . » (G 1999) Conséquemment. en effet. libéré des entraves propres aux conditions dynamiques de l ’« énonciation ». purement logiques. » (G et L 2001) Charles Lenay propose quant à lui une vision élargie des activités d’écriture et de lecture (L 2003). » (G 1979. il est extravagant de considérer la lecture hors de son ancrage instrumental : « L’activité critique. utilisation des doigts ou balayage du regard montrent à l’évidence qu’il s’agit là aussi d’une compétence technique. l’écriture. en particulier des connaissances abstraites. et que tout dispositif d ’inscription ou de déchiffrement impose à l’interprétation les contraintes découlant de sa con guration matérielle et spatiale : « Il en est de même de la lecture.

Yamamoto. mais comme un objet composite au sein duquel il souligne.) par lesquels le lecteur interagit avec son dispositif.1). Bachimont (B 2005) remarque à ce sujet que le régime analytique — qui renvoie. loin d ’être immatériels (cf. ou l’identi cation de zones pertinentes dans le document maître. et « [d]ans le cas de documents numériques. éjecte.2. la lecture suppose en effet une aptitude technique à maîtriser les formats d ’un environnement matériel et. Ceci suppose alors que leur structure matérielle se prête aux diverses manipulations technique attingentes.2. comme nous le verrons dans le chapitre IV (cf. Quand cette « activité » du lecteur prend la forme d’une production textuelle. 3) construction de vues de présentations navigables selon un axe analytique donné. hypothéquant sérieusement leur activité critique. I. la lecture s’assimile également à une activité physique mêlant perception et action. 2) organisation des annotations (typage des annotations par rapport à des schémas de description pré-dé nis) . biffe. appelle le développement de dispositifs informatiques interactifs appropriés. prélève. 2005a) invoquent une dé nition bien plus large de la lecture active. En termes d ’artefacts numériques. qui. Kakakoji et Takashima (Y et al. Ce sont précisément ces cadres techniques et sociaux incertains sur le web qui ont massivement fait difficulté pour nos usagers. L ’émancipation des éléments par rapport au contenu qui les agence originellement les ouvre alors aux .1. la lecture active informatisée débouche sur un document enrichi de marqueurs liés et structurés.2. etc. » (B  G 2004) Ainsi.2. regroupe. Richard (R et al. l’activité du lecteur se matérialisant dans la production de traces telles qu’un marquage simple à des ns d ’orientation. étymologiquement. en y incluant l’éventail des gestes (feuilletage. IV. Il propose également une formalisation du ux opératoire de la lecture active (R 2007b) : 1) annotation (ajout d ’information au document) . on rencontre plus fréquemment l’expression de « lecture active ». c’est-à-dire. Une lecture active Dans la littérature scienti que informatique.1. la lecture active se traduit par des annotations sur le document ». les environnements numériques cristallisent au contraire le rôle du substrat instrumental de la lecture critique. qu’ils puissent être discrétisés en sous-unités adressables pour ellesmêmes.1. Une lecture qui fragmente Le lecteur critique ne considère pas le contenu comme un tout indivisible au cours in échissable.2). Pour Faure et Vincent (F et V 2007). et pouvant être réutilisées par la suite. la possibilité de l ’inscrire dans une série de conventions qui en règlent les formes et les occasions. plus largement. ajustement de la fonte. la notion de lecture active renvoie alors à celle de production critique autour de l’objet lu (écouté ou visualisé). dénotant une insistance sur les manipulations du lecteur. et vise autant la découverte du document que son enrichissement à des ns analytiques. I. Selon Ghitalla et Lenay (G et L 2001).2. des annotations porteuses de contenu. IV. à l ’idée de découpe en morceaux — repose sur un travail sur les contenus.2. De certaines opérations constitutives de la lecture critique I. la dimension de la construction matérielle de l ’espace de compréhension se trouve renforcé avec les environnement de lecture numérique et les réseaux.5.2. 2007) en donne la dé nition suivante : « On parle […] de lecture active lorsque l’on assimile ou réutilise l ’objet de sa lecture ». recompose… des fragments identi és.2.14 C I « Qu’on l’envisage sous l’angle restreint du déchiffrement des signes ou de façon plus large comme activité interprétative.

l ’organisation raisonnée de tout ce qui est lu procure une assise à l’activité de production écrite : « Imitons. soit que cette dernière explicite ses opérations.2. Une lecture qui écrit : la question de l’annotation Des scriptoria du haut Moyen Âge à l ’activité contemporaine du chercheur ou du lecteur soucieux d’approfondir et de pouvoir réutiliser ce qu ’il lit. ne laisse voir que le produit obtenu. laquelle exige la possibilité d ’écrire. compris un à un dans une seule addition. des concepts. les opérations « endogènes » considérant relevant quant à elles d ’un « marquage » interne au contenu. absorbant tout ce qu’il puise ailleurs. leur nature d ’emprunt. les abeilles. les pratiques critiques s ’inscrivent dans la même perspective de pénétration du texte. […] Suivons le même procédé pour les aliments de l’esprit. Caractérisation de la lecture critique 15 opérations de sélection. Christian Jacob souligne également le caractère fondamental de l’écriture dans toute pratique de lecture savante : « Dans la diversité de ses gures et de ses projets. À mesure que nous les prenons. Digéronsles : sans quoi ils s’arrêtent à la mémoire et ne vont pas à l ’intelligence. la lecture savante est souvent liée à l ’écriture. Que Dominique Cotte quali e d ’opérations « exogènes » (C 2000).2. recueillir la lecture par l’écriture permet de contrer l’éparpillement d ’une lecture extensive — « lecture in nie » qui « tourne l’esprit vers l’avenir » — inapte à la méditation des vérités acquises et à la construction de repères xes dans la connaissance (F 1994. soit qu’elle objective des informations. Adoptons-les franchement et qu’ils deviennent nôtres. qui voltigent çà et là. tri. depuis l ’extraction et la citation jusqu’aux gestes de la réélaboration dans un texte et une pensée propre au lecteur. tout se conserve mieux par le classement. . comme on dit. reformulation. » (S´ `  63–64. qui ensuite disposent et répartissent tout le butin par rayons […] nous devons. à l ’exemple des abeilles.2. Pour Stiegler. De même il faut que notre esprit. 420). qui se prêtent à des phases multiples de re-traitement. tout comme un total se compose de nombres plus petits et inégaux entre eux. classer tout ce que nous avons rapporté de nos différentes lectures . Pour Foucault. L     S : ’     Comme le remarquait déjà Sénèque au travers de la métaphore des abeilles ouvrant la lettre 84 des Lettres à Lucilius — réanimée par Michel Foucault (F 1994) —. p. Lettre 84) I. des mots. lire. ne leur laissons pas leur forme primitive.2. s’inscrire soi-même dans un texte » (S 1994).I. et transformons en unité ces mille parties. » (J 2003b) 12. l ’auteur étant de manière réciproque son premier lecteur « qui n’avance qu’en (re)lisant les traces de sa propre écriture déjà-là ». comparaison et hiérarchisation ¹² sur la base desquelles peut se déployer le jugement critique. picorant les eurs propres à faire le miel. « c’est écrire sa lecture.

Dans le contexte plus spéci que de l’annotation savante du chef d’orchestre préparant une partition. et eut l’indélicatesse d ’effacer dans le même élan les annotations réalisées par plusieurs milliers d ’utilisateurs.16 C I Le rapport entre lecture « utile » et écriture est thématisé dans la littérature scienti que informatique à travers ses plus notables artefacts. Par ailleurs. Amazon fut contraint pour raisons juridiques de retirer certaines œuvres de George Orwell de sa plateforme de téléchargement de livres électroniques. une annotation est « toute forme d’ajout visant à enrichir une inscription ou un enregistrement pour attirer l ’attention du récepteur sur un passage ou pour compléter le contenu sémiotique par la mise en relation avec d ’autres contenus sémiotiques pré-existants ou par une contribution originale ». brouillon. « n ’inclut pas la production sémiotique complémentaire » — de l’« annotation-contributive » — comme « production sémiotique additionnelle dont l ’interprétation s’appuie sur une production sémiotique initiale qu’elle vient compléter ou discuter ». pour Jacques Virbel.). cette vision dépouille alors la glose de son caractère créatif et de sa capacité à porter les germes d’une production autonome. Prié (P´  2000) souligne le double statut de l’annotation savante. Selon (Rigamonti 1998). etc.) nous dit qu’elle sont orthogonales au contenu et interrompent sa linéarité — sont investies de multiples fonctions. et qui à ce titre. Prié remarque en n que le geste 13. notes de lecture ou de travail » (J 2001). Les annotations. le lecteur révèle les moments successifs de l’argumentation de l ’auteur. sans être elle-même un contenu d’intérêt . . (M 1998) : « Readers don’t just read. Il distingue ainsi les processus d’indexation. et élément impliqué à part entière dans un « réseau[x] d’intertextes ». l ’annotation serait une « meta-information associated with a document providing an enrichment of the document ». et évite de devoir s ’y plonger. dont (ibid. Cet auteur nous invite alors à distinguer l ’« annotation-associative » — qui « assure une fonction de mise en relation ». geste dont la fraîcheur permet de hiérarchiser les marques . Christian Jacob souligne que l ’écrit « décline aussi les formes de l’intime — aide-mémoire. Selon Zacklad (Z 2007a). accolades. Ainsi. Cette dé nition nous paraît toutefois bien trop réductrice : le propre d’une méta-information est de dire quelque chose à propos d ’un contenu. dont une poignée entreprit de porter plainte. à la fois asservie à la description d’un contenu établi et relevant à ce titre d ’une démarche d’indexation. en tant que description d’un document visant à faciliter sa recherche. l ’annotation se constitue comme mode d’accès à la partition. ainsi qu’il en était des incendies médiévaux qui pouvaient anéantir les précieuses et singulières gloses portées à-même les livres. les annotations ont besoin d’un terrain technique favorisant leur lisibilité et leur traitement en vue de préserver une « continuité sémantique » entre les lecteurs. ontologies). ». Donin et Goldszmidt (D et G 2007) mettent en lumière la primauté du geste sur l ’apparence de l ’annotation comme trace matérielle (couleur. une annotation faite trois jours avant le premier concert revêtira une importance particulière. cité dans (B 2003). ey commune with their documents. ainsi. La plus immédiate est la fonction emphatique : astérisques.). Le marquage du texte témoigne d ’un engagement intime ¹³ et singulier du lecteur — ainsi. et s ’adossent alors à des schémas de description formelle (thésaurii. les annotations. l’« annotation-contributive » suppose le recours à une « annotationassociative » (son ancre) pour être liée au passage du document maître auquel elle se rapporte. cité dans (A et P´  1999). et d ’annotation. Cette conception de l’annotation privée de toute autonomie est à la source d’un des plus marquants incidents de la brève histoire de la « lecture active numérique » : en juillet 2009. biffures et marques idiomatiques éventuellement colorées et typées permettent de strati er et hiérarchiser l ’espace visuel a n de mieux s ’y orienter (ibid. L’incident Amazon ne peut donc pas être interprété comme un fait strictement technique. par segmentation du texte et numérotation des paragraphes. Il montre également que lorsqu ’elles se font collectives. l’annotation consiste en l’inscription de l’interprétation du lecteur pouvant conduire à la production de nouveaux documents. Au contraire. Les annotations se font également opérateurs de structuration visuelle . comme opération du lecteur documentant sa lecture par l ’inscription de son interprétation et dont le résultat se destine autant à un potentiel lectorat qu’à lui-même.

commentaire.2. L’écriture par laquelle se déploie le regard critique induit alors. elles-mêmes susceptibles d ’évoluer. éléments dont les règles évoquées ci-avant président à l’admission. cette collection n’est pas xée a priori. systèmes destinés par nature à la recomposition d’éléments autonomes. Akaishi et Hori (N et al. Selon lui. agissant ainsi comme « analyse primordiale ». L’annotation prend alors des formes diverses : création de liens. 2005). Ainsi. par exemple — relèverait alors d’une logique hypertextuelle. les éléments documentaires impliqués ne constituent pas une somme paratactique. on pourra se référer à (G 2004). I. les fragments présents sont modi és. car sa matérialité lui permet de traverser le temps ».3. Caractérisation de la lecture critique 17 d’annotation s ’accomplit le plus souvent dans le cadre du découpage structurel prévu par l’auteur ou l’éditeur et au travers duquel se donne le texte. dépendante de la discrétisation du contenu sur laquelle elle s’effectue. une lecture critique suppose qu ’un petit cercle de documents constituant le matériau d ’étude a été circonscrit. dans la visée d’un objectif interprétatif déterminé a priori. le corpus serait un espace documentaire dont la constitution est gouvernée par trois classes de règles. comme « support matériel de médiation entre les deux pôles de la communication. Dominique Cotte (C 2000) érige cette idée de corpus ouvert (« Il n ’est pas de corpus intellectuel qui soit irrémédiablement fermé. . Le corpus est donc l’expression d’un choix. Ainsi le corpus possède t-il une histoire : c ’est une construction diachronique. Une lecture qui construit Comme nous l’avons mentionné supra. leur thème. Yamamoto. support qui autorise la désynchronisation entre les deux processus de production-énonciation d ’une part et de réception-interprétation d’autre part. des opérations de construction. I. leur période d’émission. certains auteurs mettent en avant une conception de l’activité du lecteur qui dépasse les simples parcours oculaires et autres gestes de marquage.2. pour Nakakoji. l ’écriture savante (« scholarly writing ») repose principalement sur la collecte et la production d ’éléments de contenu suivies par leur agrégation en structures cohérentes. et par rapport auxquels il peut endosser une certaine valeur. marquage dans les entours d ’un texte existant. Pour une brève introduction historique et conceptuelle par un spécialiste de la question de la lecture informatique. Le corpus suppose en premier lieu une collection d’éléments présentant une certaine homogénéité. ce cercle prend le nom de « corpus ». à nouveau. L’activité documentaire savante peut ainsi être vue comme un processus d’articulation. Il constitue un espace documentaire au sein duquel le document prend place aux côtés d’autres éléments. construction de chemins.4. mais un ensemble organisé par des relations (gloses. Metzger et Lallich-Boidin (M et LB 2004) dé nissent la notion d ’espace documentaire comme « lieu où s’organisent les collections ». L’annotation est donc. En n.2. La notion de corpus documentaire En tant que lecture intensive. Dans les pratiques scienti ques. ») en attribut essentiel de la lecture savante. et affirme un décentrement de l’autorité auctoriale au pro t d’une mémoire collective des interprétations singulières. On trouve notamment cette conception dans les préoccupations techniques des chercheurs en hypertextes et hypertextes spatiaux. sur la base d ’une discrétisation contrôlée.I.2. et de nouveaux éléments viennent l’enrichir au l des développements du processus interprétatif. d ’une restriction dans la masse documentaire transmise au lecteur et dont il hérite en vertu de sa tradition lectoriale. que celle-ci concerne leur source.2. « toute organisation mettant en relation un corpus ou fragment de corpus avec un autre » — une bibliothèque. ou plus généralement. le motif de leur rassemblement. structuration logique…). Selon ces mêmes auteurs. De plus. références. Ceci fait écho aux propos de Marshall (M 1998) affirmant que la clef de voûte de la croissance des systèmes hypertextes consiste en la création de structures lectoriales nouvelles à partir de structures auctoriales préétablies. et remarque que les systèmes hypertextes permettent le déploiement d’un mécanisme de référencement de document internes et externes au corpus.

normalisation. du simple gestionnaire de bibliothèque musicale aux modules intégrés dans les séquenceurs audio-numériques. D’une part. colorimétrie pour les images . mais des silos contenant un matériau documentaire qu’il fragment. contraste. Notre travail fait l ’hypothèse d ’un corpus à la fois clôt et préparé. Par ailleurs. confronte et altère constamment. . la lecture critique peut être vue comme une activité de « documentarisation ». matériellement stockés. Adobe Lightroom. Cet aspect est particulièrement négligé par l ’état de l ’art. Cette conception du corpus comme isolé du monde documentaire peut apparaître discutable. 14. le lecteur ne manipule pas des documents dotés d’une identité sociale comme il le ferait à la bibliothèque. À ce titre. le mot-clef face recognition donne des centaines de résultats dans la base de données de l ’ACM). luminosité. et vers l ’espace privé du lecteur. avant de produire des édi ces documentaires susceptibles d ’être injectés à leur tour dans l’espace documentaire externe ¹⁵. de tout déploiement et inscription communautaires du sens. À la lisière des cette approche se trouvent toutefois les questions relatives à la lecture critique coopérative d ’une part. et l ’intégration de ces fonctions dans un dispositif critique ne présente aucun intérêt scienti que (c’est là une pure question d’ergonomie et d’utilisabilité). mais nous pensons qu’il s’agit d’une condition qu ’il faut tenir absolument a n d’être à-même de traiter pour lui-même le noyau interactif fondamental de l ’activité critique. Pour exemples : Google Picasa. Dans tous les cas. qui favorise les diverses facettes de la socialisation des documents. où celui-ci accomplit le réel travail critique. et dont la xation permet de passer du corpus (pour soi) au document (pour autrui). et accessibles indépendamment de tout réseau socio-technique. concrètement rassemblés. en amont. proposant. Des outils similaires existent pour les contenus sonores. privées. qui ne concernent que le lecteur entrant en corps à corps avec ses contenus. l ’état de l ’art des outils d ’édition purement matérielle est conséquent. nous nous concentrons sur les opérations dans lesquelles le lecteur se confronte à la matérialité des documents et accomplit le travail critique proprement dit. motifs musicaux. égalisation et nettoyage pour les sons).18 C I Le corpus est ainsi tourné à la fois vers le monde documentaire. Il incombe également à ces outils d’aider le lecteur à accroître la lisibilité des chiers de ressource en proposant un certain nombre d’opérations d’ajustement matériel (ajustement de la taille. Pour Christian Jacob. Le corpus possède donc une facette dynamique — un espace ouvert en vertu des axes thématiques assurant sa consistance — et une facette statique — un ensemble de document ni. iView Media Pro (racheté en 2006 par Microsoft et rebadgé sous le nom d’Expression Media). 15. recherche. en cela que le lecteur élabore des con gurations sémantiques et structurelles nouvelles. Il existe plusieurs outils graphiques matures ¹⁴. nous considérons que la lisibilité des documents a déjà été ajustée en fonction des objectifs critiques visés . d ’une part des fonctions de constitution de collections — étiquetage. ou destinés à son élévation personnelle. « [l]’examen critique du texte est parfois le préalable à une étape nouvelle de sa transmission » (J 2001). il existe une couche d’opérations physiques. D’autre part. — en est un champ d ’étude privilégié. et d’autre part des fonctions d’édition graphique. et à la nécessité de « revenir dans le monde documentaire » suite au travail interprétatif d ’autre part. visualisation (dont la table lumineuse chère aux photographes) —. La gestion du corpus comme ensemble de documents à la disposition du lecteur relève d ’outils de gestion de collections personnelles. matérielles. etc. et nécessairement en retrait. L’information retrieval est désormais un domaine scienti que à part entière (la reconnaissance automatique de formes — formes visuelles. raffine. et non sur la phase de collecte qui leur est nécessairement antérieure. dans son cabinet de travail. avec lequel il maintient une connexion perpétuelle. L ’ouverture du corpus est instrumentée par les systèmes de recherche savants et autres bibliothèques numériques en-ligne.

jusqu’à la publication des résultats sous la forme d’un nouveau document — existe de manière implicite. De leur côté. Organiser une production technique autour de cette notion de chaîne lectoriale permet de replacer chaque outils dans un système technique plus vaste.3. et en n. U I. Au regard de notre objectif. en vertu des axes analytiques choisis par le lecteur . Stiegler (S 2000) appelle à la formalisation de grandes classes de procédures d’approche des textes.1. mise en forme et rédaction des analyses (cette étape considère autant les documents de manière externe — en tant qu’elle en convoque plusieurs dans un même espace de synthèse — qu’interne — en tant qu’elle prélève en leur sein des éléments en vue de les confronter) . et en donnons une schématisation possible à la gure I. quali cation. Plus largement. navigation et recherche (qui sont liées). Nakakoji. nous pensons que l ’idée d ’une chaîne opératoire — dont les maillons concernent la recherche de documents. la lecture.1. avec les maillons duquel il entretient des rapports précis. Nous proposons alors la notion de « chaîne lectoriale » pour clari er l’articulation des diverses opérations lectoriales critiques. Akaishi et Hori (N et al. En effet. par lesquelles il établit un niveau de formalisation personnel et articule sa propre sémantique à celle des documents qu’il appréhende. dans le cas où des entretiens doivent être réalisés dans le cadre d’une enquête) . représentation (en vue d’apporter une assistance. la synthèse. Un milieu technique pour la lecture savante 19 I. le travail critique. dont nous reproduisons les passages pertinents en II. Remarquons que la nécessité d ’identi er et articuler les opérations cognitives et matérielles impliquées dans l’activité de production et d ’appropriation documentaires savantes se rencontre dans plusieurs travaux. mais distnguons l’activité synthétique visant à organiser les unités signi antes dégagées dans l’analyse approfondie (où le chercheur éprouve ses propres critères critiques) de l ’élaboration d ’une forme documentaire destinée à la publication (pour autrui). Il identi e alors quatre niveaux :     opérations communes à toutes les pratiques lectoriales savantes . opérations spéci ques à telle ou telle approche se réclamant d’une discipline donnée .1. le stockage et l’organisation de l ’accès .1. un même agencement critique entre fragments issus de sources diverses constitue une ressource critique pouvant donner lieu à plusieurs entités documentaires diffusées et partagées. 2005) proposent des outils savants reposant sur l ’entrelacement de cinq phases :  la collecte des fragments de textes et des données à partir de documents sources. Par exemple. à la navigation). et en n. La notion de « chaîne lectoriale » Face à la multiplicité des « disciplines lectrices » et en vue d’une informatisation informatique générique.3. Yamamoto. nous fusionnons les deux premières phases identi ées par cet auteur. opérations partagées au sein d ’une discipline identi ée . l ’analyse et l ’annotation du contenu des documents . Nous reviendrons plus en détail sur les travaux de cet auteur autour de la notion de « document pour l’action » lorsque nous aborderons les interactions que notre contribution peut entretenir avec le dernier maillon de la chaîne (cf. opérations propres à chaque lecteur. la diffusion et le partage avec les pairs. un support spatial. le classement et l’indexation des documents. Il distingue par ailleurs quatre grandes catégories d’opérations portant sur les unités déterminées à-même le texte : hiérarchisation. et aide à mieux cerner les responsabilités qui lui incombent.I. Nous nous sommes efforcés d’en dresser les contours au travers d ’entretiens avec des chercheurs. l ’organisation. . Zacklad (Z 2007b) distingue également six phases : la recherche de documents pertinents (ou leur production. considérés et quali és de manière externe .2). IX. leur appréhension.3.

qui passe par l’expression d’opinions personnelles et la matérialisation de liens entre les différentes idées et arguments . telle qu’on la trouve instrumentée. : Proposition de « chaîne lectoriale ». Sur le plan technique. spatialiser. clarifier.  la construction d ’un « récit cohérent » (« a coherent story ») articulant ces nouvelles idées . Constitution du corpus rechercher. ces chaînes sont fondées sur l’instrumentation de la séparation entre la production du contenu par les auteurs (des ressources XML) et ses divers usages et . là où. Le numérique permet la réalisation technique de ces chaînes.  la production d ’une structure documentaire sous une forme publiable. sans lui. à mesure que la compréhension de celui-ci avance . Cette position est schématisée à la gure I. qualifier. grouper PROCESSUS PROCESSUS D'APPROPRIATION D'APPROPRIATION Analyse-marquage/tissage Analyse PROCESSUS DE CONSTRUCTION Synthèse F I.  la compréhension du matériel rassemblé. qui pourront alors être mobilisées dans des projets futurs. et qui repose sur l’articulation des différentes opérations éditoriales (notamment la dé nition de modèles structurels métiers types et le contrôle de la mise en forme matérielle des contenus).1. Appropriation approfondie localiser. dans le dispositif Scenari (C 2002). écrire C. L ’idée de chaîne lectoriale rentre par ailleurs en résonance avec celle de « chaîne éditoriale ». (re)structurer. Publication sélectionner. améliorer/adapter F. par exemple. elles n ’existent qu ’à l ’état de représentation mentale plus ou moins explicites ou de tendance organisationnelle plus ou moins partagées.2. processus qui peut conduire à écarter certaines idées. structurer. diffuser B.  l’adjonction de nouvelles idées à celles identi ées dans le corpus. Agencement fragmenter. rapatrier. sélectionner. mettre en relation D. grignoter/feuilleter E.20 C I A. Organisation du corpus catégoriser. Composition planifier/charpenter.

41) : « Heidegger n ’aurait du reste pas apprécié que l ’auteur doive. avait exprimé une crainte précise : « Ils se croiront compétents en une quantité de choses. ou au passage du maillon E au maillon F. et favorise leur gestion et leur mobilisation dans des travaux futurs. contraint de se livrer à des tâches qui jusqu’alors étaient réservées à l’imprimeur ou à l’éditeur. I.1. Le cas singulier des arts de la mémoire Nous pensons qu ’au regard de la résistance existant nécessairement entre les volontés critiques du lecteur et les contraintes matérielles des supports d ’inscription. Un partage des responsabilités techniques entre les différents maillons de la chaîne autorise alors la réutilisation des fragments de contenus structurés et quali és en amont au sein de différentes structures d’appropriation (publication multi-support). : Modèle pour l ’activité documentaire savante proposé par (N et al. telles que XSLT. parlant des « savants d’illusion ».3. Un milieu technique pour la lecture savante 21 F I. modalités de présentation (calculées à partir de feuilles de style) ¹⁶.I. en écrivant son texte.2. Les auteurs d ’aujourd’hui deviennent de plus en plus programmateurs et rien n’empêche d’ailleurs de supposer qu’ils se transformeront tous en éditeurs de leurs textes. L ’auteur est.2. CSS ou SMIL.2. 2005). renvoient à des opérations techniques associées au maillon F. Comme le remarque la philosophe Ann Van Sevenant au sujet de la séparation des rôles entre auteur et éditeur (V S 1999.3. se préoccuper des interventions graphiques et des adaptations de la révision. Sans doute Heidegger nous aurait-il rappelé le mythe de euth dans lequel Platon. Une problématique historique I. les ars memoriæ tels qu’ils étaient pratiqués dans la sphère 16. en effet.3. Les technologies par lesquelles se réalise la publication. » » . p.

1).3) bien plus avancées que celles permettant l ’appropriation critique efficace des contenus par les lecteurs. B. l’inventivité spatiale et graphique des techniques de glose ou de typodisposition à l’œuvre dans les manuscrits du Moyen Âge — la oraison de la glose écrite autour des images.1. comparer. Moyennant un entraînement spéci que. Comment en effet envisager une connaissance vivante d’ordre mondial à une époque où le monde en tant qu ’entité géographique présente des contours vaporeux. nous insistons sur la nécessité de l’articulation technique et méthodologique des différents dispositifs prenant part à la vie intellectuelle. réduit à quelques personnes protégées dans l ’enceinte du monastère). gure I.1. Cette résistance se matérialise par des moments dans l ’histoire où la puissance fonctionnelle est très inégalement répartie entre les maillons de la chaîne lectoriale (cf. par ailleurs. En effet. c ’est-à-dire. Enraciné dans le corps propre du lecteur. la mémoire peut engranger. et ce sans autres entraves que celles qui sont inhérentes au langage et qui rendent possible la pensée.4. La situation contemporaine diffère de la situation médiévale en cela que les réseaux numériques ont donné lieu au développement de techniques de recherche documentaire (cf. gure I. de restitution et de consultation.2. Les inventions techniques postérieures ont alors apporté de multiples accroissements locaux de la puissance manipulatoire dans les tâches de lecture et d’écriture. cf. I. la manipulation critique du son et de l’image reste grevée par des problématiques de xation. au détriment de la cohérence globale de la chaîne lectoriale et de la parfaite communication entre ses maillons. il est vrai. on peut considérer que le lettré du Moyen Âge dispose d ’un solide instrumentarium personnel de lecture et d’écriture dont la technicité — dynamisée par l ’inventivité méthodologique et typodispositionnelle d ’alors (cf.22 C I médiévale savante (cf.1) constituent un hapax historique et technique. mais. sous les coups des caractères mobiles métalliques. réorganiser et restituer toutes sortes d ’idées. et entre le texte et l’image. l ’espace de la mémoire instrumentée — autant espace d’imagination que d’intellection — met le matériel mental à disposition du penseur ou de l’orateur.4) — autorise des jeux d’articulation textuelle et graphique d ’un grand raffinement.1). l’articulation des traces laissées par plusieurs commentateurs savants et les mises en pages singulières à chaque ouvrage — s’efface au pro t de la page imprimée standardisée. soumis à certaines contraintes manipulatoires qui opposent une résistance à ce que les acteurs de la sphère lettrée souhaitent en faire. En proposant la notion de chaîne lectoriale. et où la distance est indissociable d ’un péril potentiel ? L ’imprimerie donne alors lieu à un nouveau contexte documentaire social et technique. souvenirs. analyser. que les modalités de recherche et d’échange de documents sont au contraire problématiques. Les tensions techniques dans la chaîne lectoriale Les supports d ’inscription dans lesquels s’incarnent les connaissances patiemment gravées et accumulées sont.3. Prenant acte de la démultiplication des possibilités techniques de production et de diffusion documentaire.4.1). Les contenus non textuels sont les premières victimes de ce déséquilibre : malgré la généralisation du support numérique. Cette époque est donc celle de l’articulation quasi parfaite entre l’espace spéculatif intime et l ’espace public (lequel était à l’époque.2. sensations ou discours au mot près. au détriment d ’une ré exion aboutie sur les condition concrètes de manipulation du matériau documentaire.1. mais entraîne en retour une normalisation de la composition à l’origine de ce que l ’on peut voir comme un grand mouvement de « décharnement » du contenu. à la mort d’une certaine subtilité dans les rapports entre le texte et son commentaire. Le milieu technique de l ’écrit assiste ainsi. B. du fait de la singularités matérielles et sémiotiques de celles-ci. une instrumentation par des mnémo-techniques complexes dont le secret est désormais en partie perdu. Le travail restitué dans ce mémoire est alors pleinement tourné vers les maillons C et D de la chaîne lectoriale (cf. la tendance contemporaine est à l’élaboration de dispositifs d ’orientation dans un savoir toujours plus vaste et formalisé (maillons A et B. Pour exemple. I.2. là où le texte — dont l’informatique représente un nouvel avène- . les facultés de mémorisation et d ’expression orale humaines ont pu offrir aux différents maillons de la chaîne lectoriale un support d’inscription matériel et un dispositif de restitution immédiatement et intégralement articulés. En effet. gure I. catégoriser.

5) et l ’ordinateur n’est qu’ergonomique et non pleinement qualitatif. Sylvie Fayet-Scribe remarque d ’ailleurs à cet endroit que « jusqu’à présent l’homme s’est plus préoccupé de retrouver l’information écrite et parfois orale que l’information en image xe ou animée qu’il avait du mal à stocker » (F-S 1997). comment expliquer le fait que l’écart fonctionnel entre le projecteur de microformes ou le gramophone (cf. Et les dispositifs sociaux d’appropriation passive. Mais si le numérique apporte une réponse à cette problématique du stockage des contenus hétérogènes (cf. .3).I. Un milieu technique pour la lecture savante 23 ment du fait se littéralité primordiale — s ’intègre toujours plus efficacement aux systèmes informationnels mondiaux. non pour l’organisation et les conditions d’appropriation d’un réseau documentaire hétérogène mondial. mais pour la manipulation d’une poignée de contenus multimédias visé par un regard critique dans l ’intimité du poste de travail. B.2. et qui donne lieu à des pratiques de lecture hyperextensives plutôt que critiques ? Cette tendance a alors détourné l ’informatique documentaire multimédia personnelle d’une ré exion poussée sur ce que peut le numérique. 17. sinon par les effets collatéraux de cet investissement contemporain majoritairement tourné vers les systèmes de bibliothèques numériques en réseau ¹⁷.2.3. IV.

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25 CHAPITRE II P. H. les différentes variations d’un thème) invisibles dans la linéarité de la partition. I. basées sur des représentations symboliques des informations et paramètres musicaux . Nous avons choisi de nous concentrer sur deux catégories de lecteurs savants suffisamment différentes pour ne pas contrarier cette visée de généricité. C Notre objectif est de construire un cadre informatique ouvert pouvant accueillir différentes formes de lectures critiques. et reposant sur une analyse des gestes fondamentaux qui fondent celles-ci au-delà de leurs diversités méthodologique et opératoire. et pour lesquel(le)s l ’appropriation des documents sonores et graphiques constitue un enjeu critique important. Nous n’avons pas souhaité considérer une discipline ou une méthodologie d’analyse précise a n de ne pas perdre de vue les opérations à la fois techniques et intellectuelles qui dé nissent le « noyau » de la lecture critique (cf. P Ce chapitre comporte trois sections. On peut considérer qu ’il existe deux grandes catégories de pratiques d’analyse musicale : les analyses qui réécrivent. Nous présentons en premier lieu les communautés lectoriales auxquelles nous nous sommes confrontés pour ancrer concrètement notre démarche.2). La première catégorie se constitue de lecteurs et de lectrices universitaires appartenant au domaine des sciences humaines et sociales. II. Nous exposons ensuite le positionnement disciplinaire dans lequel nous ancrons nos problématiques. Nous détaillons en n les hypothèses sur lesquelles nous avons fondé ce mémoire.1.    Là où est le danger croît aussi ce qui sauve. ainsi qu ’une discussion sur la notion de « technologie cognitive » et sur les rapports entre technique et activité interprétative. La seconde catégorie se constitue de musicologues annotant et segmentant des partitions en vue d’en réaliser une analyse reposant sur le ré-agencement des fragments dans des tableaux synthétiques donnant à voir des rapports de sens (par exemple.

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de l ’œuvre étudiée sensées faciliter la perception de ce que veut mettre en exergue l’analyste, et les analyses qui recomposent, basées quant à elles sur des manipulations directes de la partition (la mise en tableau relève de cette seconde catégorie), et qui appellent ainsi des opérations de marquage, segmentation, spatialisation, agrégation, etc. Cette parenté opératoire — notamment, dans le rapport direct aux documents sources — entre les pratiques critiques de l ’érudit traditionnel et la mise en tableau de partition nous permet de mobiliser une terminologie et une approche technologique uni ées. Par ailleurs, comme nous l’avons annoncé en I.1.2, le terrain musicologique nous permet d’explorer des rapports critiques privilégiés entre image et son, l’analyste devant considérer simultanément des partitions et des enregistrements numérisés. Cette section présente le travail d ’analyse préliminaire des pratiques de lectures associées aux communautés lectoriales identi ées ci-avant, que nous avons réalisé avant d’amorcer notre ré exion. Dans un premier temps, nous restituons certains éléments importants issus d ’entretiens avec des chercheurs en SHS, au cours desquels ils ont présenté leurs pratiques de lecture et d ’écriture, et les différents outils, supports et gestes convoqués pour ces ns. Dans un second temps, nous présentons les principes de la mise en tableau de partition et les enjeux de son informatisation.

II.1.1. Pratiques savantes chez des chercheurs et chercheuses en SHS
A n de nous doter d ’une vision concrète de la situation contemporaine du lecteur savant informatisé — notamment, ce qui concerne l ’in uence du support papier ou le rapport délicat aux contenus multimédias —, nous avons interrogé six chercheurs et chercheuses de divers domaines des SHS (économie, sciences de l’information et de la communication, sciences cognitives, philosophie, IHM). Au cours d’entretiens de type « semi-directif », nous leur avons demandé de décrire leur processus d’écriture d’article, le processus de lecture afférent, ainsi que les différents outils et supports mobilisés et les stratégies d’organisation déployées. Ces entretiens ont été conduits au printemps 2008, et ont chacun fait l’objet d’un enregistrement puis d’une transcription. Aucune grille de questions n ’avaient été précisément établie, nous commencions par inviter les chercheurs à expliciter leur activité d ’écriture d ’articles, puis rebondissions sur leurs propos pour les amener à aborder les grands thèmes suivants : activité de lecture préparatoire, méthodes de prise de note, organisation des documents dans l ’espace de travail, outils informatiques utilisés, processus d’écriture. Nous avons choisi de restituer les observations collectées dans ces entretiens en structurant cette sous-section selon les thèmes les plus pertinents pour notre démarche. Pour chaque thème ou sous-thème, nous exposons un résumé des propos tenus par les personnes interrogées, lesquels sont alors cités en notes de bas de page. Ces citations méritent d ’être restituées ici en vertu, d ’une part, de leur exemplarité — elles synthétisent précisément les griefs les plus fréquemment formulés à l’encontre de l’informatique en situation de lecture active et savante —, et d ’autre part, de leur statut d ’illustrations concrètes des problèmes que nous souhaitons traiter. Le recours à ces deux niveaux de lecture articulés — synthèse structurée et citations « réelles » — permet ainsi de prendre aisément connaissance des aspects centraux ayant motivé nos directions de recherche (cf. II.3). Chaque citation est précédée d ’un symbole identi ant sont auteur parmi les six personnes interrogées : L ¹⁸, L , L , L , L et L . A n de ne pas alourdir la lecture, nous avons choisi d’illustrer chaque idée forte par une citation unique. Bien souvent, une même idée est évoquée par plusieurs des personnes interrogées ; nous avons alors regroupé les citations afférentes dans la section C.2 de l’annexe C. Ces citations complémentaires sont systématiquement référencées à côté de la citation représentative. On pourra également consulter la section C.2 de l’annexe C pour découvrir d ’autres propos qui, bien qu’apportant un intéressant supplément de compréhension sur la manière dont les personnes interrogées perçoivent leur situation d’écriture et de lecture savante, entretiennent un rapport trop lointain avec notre travail pour être directement mentionnés ici. Par ailleurs, comme nous
A 18. L a une formation d’informaticien, ce qui explique son usage de L TEX.

II.1. Communautés lectoriales considérées

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allons le voir, les différentes observations faites au cours de ces entretiens s’accordent pleinement avec les trois axes majeurs ressortant de l ’étude Scholarly Work in the Humanities and the Evolving Information Environment (B et al. 2001) :  « Scholars produce extensive marginal notes, annotating photocopies or personal copies or attaching adhesive notes to a text. »  « Each scholar has his or her own way of integrating handwriting and computer work. »  « Most scholars use word processing programs to some degree for digesting or transcribing notes and for sketching out preliminary ideas in conjunction with reading. »

II.1.1.1. La prise de notes et l’activité synthétique
La lecture accomplie en vue de produire un document est une lecture intensive, savante, critique ; à ce titre, elle suppose de repérer et commenter les informations pertinentes lues, a n de pouvoir les convoquer par la suite ¹⁹. Chez les six chercheurs, la découverte des textes se fait quasi exclusivement sur des tirages papier de documents recherchés au préalable sur Internet ²⁰. Ce support est notamment apprécié pour la praticité de sa manipulation et pour le rapport immédiat au contenu qu’il procure ²¹. Ces observations con rment les propos de Faure et Vincent sur la persistance du support papier à l’ère du document numérique (certains éléments rapportés des entretiens nous amèneront toutefois à nuancer ces propos) :
« One of the expected consequences of digital document support was the paperless world. It was an erroneous anticipation. e readers’ needs are not satis ed when reading the current digital documents and they prefer to print them. » (F et V 2007)

Les entretiens ont par ailleurs permis de dégager la chaîne opératoire suivante :  Recherche de documents, sur le Web : bases de données savantes, Google, Google Scholar (cf. annexe C) ;  Impression systématique ;  Repérage, par marquage sur les documents papier ;  Prise de notes, papier et informatique ;  Synthèse des notes, papier et informatique ;  Élaboration du plan et brouillon, papier et informatique ;  Écriture, informatique.  Publication, par les éditeurs. Comme nous le verrons en II.1.1.4, les contenus non textuels s ’intègrent très mal à cette succession de gestes de lecture et d ’écriture.

19. L : « Le travail de lecture qu’on fait à partir de toutes ces sources est une lecture informée, je vais chercher des choses là-dedans, je ne les lis pas comme ça, pour le plaisir de les lire. » . 20. L : « Je lis très peu sur écran, j’y fais la recherche de ce que je vais imprimer. » . 21. L : « J’aime bien la souplesse du papier, et puis je peux écrire dessus, parce que j’aime bien, et puis en plus je me balade beaucoup donc en voiture, en train, entre deux rendez vous etc., et trimbaler un papier c ’est quand même mieux que de trimbaler sa machine. Et puis j’ai une mémoire très visuelle, la spéci cité du document papier me permet de me rappeler où est-ce que j ’ai vu un truc, alors que sur ordinateur, un PDF ça ressemble toujours à un autre PDF. » .

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Le repérage papier. La phase de repérage consiste en un marquage des documents en vue de s’approprier leur structure et leur contenu, et de pouvoir retrouver facilement les informations utiles par la suite. Le repérage est intégré à la phase de prise de connaissance des textes, et se fait donc exclusivement sur support papier ²². La prise de notes papier. On rencontre deux stratégies de prise de note : une prise de notes papier, facilitée par la uidité de l ’écriture manuscrite et la « liberté spatiale » qu’elle autorise ²³ , et une prise de note informatique, orientée vers la réutilisation de la glose et la puissance de manipulation du matériau textuel numérique. Si certains chercheurs sont réticents à écrire leurs notes et commentaires directement sur les tirages papier des documents qu ’ils lisent, d ’autres ne veulent pas dissocier l’objet lu des commentaires qu ’ils y portent, un couplage fort entre ces deux entités étant le garant d’une meilleure orientation dans leur espace documentaire personnel ²⁴. La prise de notes informatique. Les apports fonctionnels de l’informatique pour l’activité critique sont reconnus et appréciés. Ainsi, Word est utilisé pour travailler très nement sur la structure argumentative d’un document, identi er ses temps forts, la déconstruire, et créer des axes de lecture ²⁵. Si l’idée d’une lecture entièrement informatique s ’impose parfois, l’espace de travail numérique concerne principalement l’appropriation et la déconstruction personnelles des documents, dont les formes publiées restent des points de repère stables, car socialement partagés ²⁶. En n, les impératifs organisationnels donnent parfois lieu à des usages intéressants de Word ; ainsi, alternant fréquemment entre ses différentes pratiques de lecture et d’écriture, L considère qu ’il est plus aisé de regrouper dans un chier unique l’ensemble des notes qu’il produit, ce qui facilite leur accès, leur confrontation et leur exploitation ²⁷. La synthèse papier. La synthèse des notes prises et des citations prélevées en vue d’une phase d’écriture peut béné cier de la souplesse manipulatoire du papier ainsi que du recul synoptique qu’il autorise. Certains chercheurs utilisent ainsi leur bloc note pour réaliser des synthèses intermédiaires, dont ils organisent progressivement les éléments importants par des opérations de marquage et de reformulation (cf. C.1.1.3).
22. L : « Je prends très peu de notes sur le papier, et n ’utilise pas mes sources imprimées comme supports de notation, mais fais beaucoup de traits sur les bords pour repérer des passages (ou des croix pour les passages particulièrement importants, voire même deux croix pour ceux qui ont été rédigés de telle façon que je ne les aurais pas rédigés autrement, que j’estime être vraiment très clairs), parce que je vais faire plusieurs lectures de l’article (quand un article m’emballe, je n ’en fais pas qu’une lecture). » (voir aussi C.1.1.1). 23. L : « J’écris aussi sur un cahier les questions que je me pose ou les choses à faire. Je joue sur la graisse du trait de crayon pour marquer le statut de mes annotations ; je fais des gribouillis, des èches, des points d ’interrogation dans les marges, mais n ’ai pas de code crayon formel ; l’enjeu est de pouvoir m ’y retrouver, me relire. » (voir aussi C.1.1.2). 24. L : « Le livre, j’ai besoin qu’il soit physiquement là ; si j’ai une che sur le livre ça me bloque, je pense que je vais perdre des choses. J ’ai horreur de travailler sur ches, j’aime avoir des livres parce que d ’abord, les livres, je les griffonne. » (voir aussi C.1.1.2). 25. L : « J’ai décortiqué l’article sous forme numérique, j ’ai fait des copier/coller de ses divers morceaux, j’ai redécortiqué le raisonnement de l’auteur et l’ai remis sous forme plus épurée, et commenté. C ’est très très très rare, mais c ’est puissant parce que maintenant j ’ai un argumentaire prêt et bien calé par rapport à un gars qui est vraiment une référence, son article est cité par tout le monde et, en le travaillant à fond, je me suis donné une position de force dans un réseau d ’argumentation. J ’étais obligé de rester à l’écran parce qu’il fallait que je trimballe tous ces morceaux de texte, que je les déplace et que je les organise. » (voir aussi C.1.1.2). 26. L : « Je peux faire mes découpages, mes décortiquages, mais j ’ai besoin de revenir à l’article en tant que point de référence commun, socialement dé ni, parce que c ’est ce que les autres voient. Mon point d ’accroche est tangible, matériel, le numérique étant plutôt le niveau d ’une interprétation particulière que je fais de ce texte là, mais l’un ne va pas sans l’autre. » . 27. L : « Je prélève telle ou telle bride et je la colle dans un énorme document Word dans lequel je mets absolument tout — enseignement, recherche, il fait 204 pages, et il est amené à grossir beaucoup, quand je faisais ma thèse, il comptait aux alentours de 2000 pages. Un document unique, c’est beaucoup plus rapide, et parce qu ’il y a beaucoup de connexions entre mes activités de recherche, d ’enseignement, mes publication, mes réalisations artistiques, en tant qu ’auteur. Ce matin, ça m ’est encore arrivé, j’étais en train d ’écrire un article et d ’une seul coup, ça m ’a fait penser à des choses que je voulais réaliser et je passe très vite de l’un à l’autre. » .

II.1. Communautés lectoriales considérées

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La synthèse informatique. Malgré les possibilités de synopsis spatiale du support papier, efficace pour une synthèse exploratoire ou une phase de découverte, l’espace numérique reste le plus adéquat à une synthèse visant plus directement l ’organisation et la lisibilité d ’un ensemble de fragments ²⁸. Le support numérique permet en effet au lecteur de s ’affranchir de la résistance technique du papier, et lui donne les moyens d’organiser le matériau suivant les axes critiques qu ’il identi e ²⁹. En n, les documents informatiques possèdent, à travers la notion de lien hyperdocumentaire, des capacités de mise en relation et d’articulation qui font défaut à leurs pendants papier ³⁰.

II.1.1.2. La spatialisation du contenu
Le reproche majeur adressé à Word est la linéarité qu’il impose dans l’agencement des fragments de contenu. Cette linéarité induit un certain nombre de contraintes techniques, qui entravent l’activité interprétative. En premier lieu, elle ne permet pas une appropriation de l’espace bidimensionnel suffisamment souple pour la phase exploratoire où la structure argumentative n ’est pas encore gée ³¹. Elle empêche par ailleurs le lecteur de tisser librement des relations de sens entre les idées ³². En n, elle prive le lecteur d’un espace d’annotation spontanément articulé au texte principal ³³. Conséquence de cette linéarité, la navigation dans le ux du texte numérique est bien plus fastidieuse qu ’au sein de feuilles librement disposées sur l’espace de travail, ou rassemblées dans la reliure d ’un livre ³⁴. On remarque cependant que les dispositifs d’organisation et de navigation reposant sur une arborescence sont globalement acceptés et maîtrisés (voir cependant l’annexe C : « L ’organisation des documents ») ³⁵. Pour pallier cette impossibilité de matérialiser des groupements par le recours naturel à la spatialisation, certains chercheurs ont recours aux propriétés typographiques, telles que la couleur ³⁶. Au delà de cette fonction de rassemblement, la coloration est également exploitée pour compenser le manque de exibilité structurelle de Word, ouvrant la possibilité d ’une synthèse visuelle spontanée ³⁷.
28. L : « Ce n ’est pas au stade nal mais à un stade intermédiaire où je reviens sur la machine, c’est-à-dire quand je commence à reprendre toutes mes notes et commence à rédiger des bouts, là, je mets en forme mes notes. » . 29. L : « Une fois le repérage fait sur la papier, je résume, et pour cela, j ’ai besoin d ’écrire, l’effort de reformulation m ’aide vraiment. Pour l’effort de synthèse, je déconstruis les discours des écrivains en meant de côté des idées qui ne sont pas continues, j’ai besoin de rassembler des concepts, les axes de lecture thématiques m ’aident à avoir une meilleure compréhension des textes. Je me suis mis à écrire sur un blog, pour mieux capitaliser ; WordPress me donne les trois manipulations de texte dont j’ai besoin : gras, italique, citations. » (voir aussi C.1.1.5). 30. L : « Pour la synthèse, le papier ne me permet pas de faire un trait continu qui va d ’une feuille à une autre. » . 31. L : « Je suis très, très contraint par cee disposition linéaire, ligne à ligne ; je ne peux pas disposer dans l’espace comme je le souhaiterais. » . 32. L : « L’avantage du papier sur Word, c’est que je peux écrire dans tous les sens et que je peux tirer des èches de partout très facilement, dessiner des petits arbres, j’utilise beaucoup ce genre de choses. » . 33. L : « Le problème de la page de texte numérique, c’est qu’elle est linéaire, je n’ai pas la possibilité de marquer à côté, comme sur l’espace de la page papier, ce qui permet de mieux repérer le para-texte. » . 34. L : « J’aime les trucs qui rassemblent, l’approche analytique qu’impose l’écran me gêne, parce qu’il empêche de matérialiser le texte et la capacité de revenir très vite en avant ou en arrière. D’un certain point de vue, sur l’écran, on est encore dans un univers où l’exposition, la spatialisation des choses, héritent de la machine à écrire, donc est très poussive par rapport à la vitesse à laquelle on a envie de voir les choses se présenter globalement. » . 35. L : « Je suis maintenant vraiment habitué au système de chiers arborescent, et je pense que j ’ai une bonne organisation, je retrouve facilement mes chiers. » . 36. L : « J’ai souvent besoin de disposer spatialement les éléments, sinon, je négocie avec un code couleur, mais j’aimerais bien pouvoir faire des petits groupes. » . 37. L : « Le mode commentaire de Word est très important pour moi : les différentes couleurs me permeent de retrouver facilement les différentes strates de mes lectures/relectures, je peux même dater mes commentaires. […] C ’est vrai que souvent dans Word, j’aurais envie de donner une valeur, un niveau à ce que je suis en train d ’écrire ; je passe par le code couleur en général, sans le code couleur je ne sais pas comment je ferais. » .

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II.1.1.3. Le processus de construction d ’un nouveau document
Lorsqu ’il est question d ’élaborer un plan et d ’éprouver différents agencements des idées importantes constituant le document en cours de production, le papier reçoit toutes les faveurs, en vertu de la souplesse et de l’immédiateté de l ’écriture manuscrite. Toutefois, si le papier rend possible une matérialisation plus spontanée des idées, l ’ordinateur, en vertu de ses capacités d’organisation des unités de contenu et de la typographie machinique qui confère une plus grande lisibilité aux textes, est souvent vu comme le remède à la prolifération chaotique des notes manuscrites ³⁸. Par exemple, L , qui a une grande pratique de la prise de note papier, utilise une structuration en plusieurs petits chiers texte brut pour faire émerger le plan du document en cours A de construction. ³⁹. Si l ’utilisation de L TEX lui permet de recomposer dynamiquement son plan, L souligne cependant l ’inadéquation de la syntaxe de ce langage pour l’écriture exploratoire, car celle-ci vise le rendu du document nal du document ⁴⁰. L met quant à lui en avant la nécessité de pouvoir faire émerger des catégories de sens sans être contraint par un quelconque formalisme imposé ⁴¹. Par ailleurs, le recours à un dispositif d’orientation structurelle en cours d ’écriture est apprécié ⁴².

II.1.1.4. Les documents non textuels
Le poids de la culture écrite. Les documents non textuels sont principalement référencés de manière externe et consultés passivement, et non directement manipulés. En effet, bien qu’appréciant la possibilité de disposer de contenus scienti ques audiovisuels, certains chercheurs soulignent les difficultés techniques relatives à leur accès, à leur stockage et au temps exigé par leur appropriation (le ux temporel seul prive de tout repère spatial permettant de marquer l ’avancée dans sa découverte). La prise de note se fait alors exclusivement sur papier ⁴³. L ’audio renvoie également à la question de la culture lettrée des chercheurs. Le recours à la transcription est considéré comme un moyen d ’accès privilégié à un contenu parlé enregistré ⁴⁴. De plus, le statut même de l ’audio dans l ’activité scienti que est trouble, le chercheur étant avant tout celui qui produit du texte ⁴⁵. Le
38. L : « Je commence avec l’écriture manuscrite, je fais un début de plan, je commence à faire des points, les relier, ça s’organise dans un micmac ; quand ça devient trop compliqué et trop en désordre sur mon support papier, je tape dans un chier, puis j ’imprime, et je vais écrire sur ces feuilles, au dos ; quand ça redevient trop compliqué, je reviens sur l’ordinateur, etc. J’appelle une “génération” un texte imprimé et annoté ; j’ai remarqué que quand j’approche la huitième génération, j ’ai un truc qui a de la forme. Je suis toujours en train de me lire comme si je lisais quelqu’un d’autre ; il y a toujours cee étrangeté : “ce que je produis est plus intelligent que moi”. La réécriture numérique de l ’écriture manuscrite permet sa lecture. » . 39. L : « Dans mon brouillon PC, j’ai une structure mouvante, émergente, qui intègre toutes les questions que je voudrais aborder, avec les références et associations d ’idées. » (voir aussi C.1.2). 40. Cf. C.1.2. 41. L : « Quand j’ai réussi à inventer des catégories, j’ai ni le boulot ; le problème, c’est de réussir à structurer une pensée, les catégories, ce sera l’objet de mon article que de les articuler, les redé nir les unes par rapport aux autres, je ne peux pas être dans un système où j ’aurais une ontologie de mon domaine de recherche xe, puisque je suis sans cesse en train de recon gurer cee ontologie, c’est mon travail. » . 42. L : « J ’utilise beaucoup la structuration, c’est-à-dire qu’au fur et à mesure que j’écris, j’ai toujours la structure de mon document, donc je peux très vite me situer à l’intérieur, pour moi ça a été la grande révolution dans les logiciels Word, la manipulation, l’exploration des documents, on peut se balader très facilement en fait à l’intérieur d ’un document. » . 43. L : « Il y a une émission que j’ai écoutée trois fois. Je prends des notes sur des conférences enregistrées avec mon bloc-notes en cours d ’écoute, il m ’arrive d ’interrompre le ux et de passer sur mon bloc pour noter des idées ou des références, mais je n ’inscris rien sur la machine. » (voir aussi C.1.3.1). 44. L : « Pour ma thèse, j’ai beaucoup enregistré d ’entretiens que je transcrivais aussitôt sous forme de mots ; je ne conservais pas les chiers audio, je travaillais sur la “médiation aphabétique”, par préférence esthétique et technique, c ’est la façon dont j’ai été éduqué, conditionné : je me sens plus à l’aise avec un contenu écrit qu’avec un contenu audio. » . 45. L : « Je dois au nal, en tant que chercheur, produire de l’écriture, je ne vais pas pouvoir publier un chier audio ; il y aura automatiquement un passage par le texte. » .

II.1. Communautés lectoriales considérées

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contenu sonore est donc considéré comme un objet intermédiaire, et son contenu se réduit à sa portion exprimable sous forme de mots ⁴⁶. L annonce toutefois avoir utilisé un éditeur audio pour capter une réunion, et baliser son contenu a posteriori pour en faciliter la transcription ⁴⁷. Une mauvaise instrumentation. Les chercheurs reconnaissent toutefois qu’une meilleure instrumentation de la lecture active des contenus audio leur serait pro table. Certains aimeraient disposer d’un environnement critique multimédia qui permettrait d ’exploiter efficacement le contenu des chiers audio (cf. C.1.3.2). En dépit de sa tradition textuelle, L déplore la « perte » résultant de la transcription textuelle de la parole enregistrée, et souhaiterait pouvoir articuler plus nement les matériaux sonore et textuel ⁴⁸. L’image pose également des problèmes d ’intégration critique au sein de l’espace documentaire. On constate alors que Word constitue un creuset documentaire « par défaut » permettant une articulation minimale de plusieurs formes sémiotiques ⁴⁹. L expose les caractéristiques fondamentales attendues d’un environnement critique multimédia idéal, lequel devrait alors, d ’une part, proposer une gestion uni ée de ressources hétérogènes par l’intermédiaire d’un corpus arborescent facilitant leur mobilisation lors de la création d ’un nouveau document ⁵⁰, et d’autre part, rendre possible la manipulation des contenus en fonction de leur valeur critique et non de leur nature technique ⁵¹.

II.1.2. La mise en tableau de partition, une lecture critique multimédia
Les pratiques musicologiques sont plus que jamais amenées à questionner le rapport qu’elles entretiennent avec la technologie, à l ’aune de leur héritage méthodologique et opératoire situé à la croisée de disciplines variées (philologie, herméneutique, histoire, mathématiques, philosophie, psychologie…). Depuis 2005, nous entretenons une collaboration avec des musicologues liés à l’équipe Analyse des Pratiques Musicales de l’IRCAM ⁵² dans le cadre du projet « Mise en tableau & écoute segmentée » ⁵³. Cette collaboration, qui a donné lieu à plusieurs publications et communications musicologiques (D et G 2008 ; G 2009b ;
46. L : « Un seul ux audio, c’est vrai que j’ai l’impression, pour moi que ce n ’est pas suffisant. Je suis beaucoup plus visuel et kinesthésique qu’auditif. » . 47. L : « Ça m’est arrivé d ’enregistrer une réunion avec Audacity — en prévenant les gens, bien sûr —, et de marquer le ux pour retrouver ce que je veux retranscrire, avant de m ’en débarrasser. » . 48. L : « J’aimerais bien pouvoir avoir le ux audio et puis en même temps un maximum d ’annotations à côté. L ’autre jour, j’ai enregistré un entretiens avec X, et je ne l’ai pas encore exploité parce que, sans doute, il n ’y a pas une bonne intégration derrière de tout ce qui est notation. Je voudrais pouvoir typer, colorer des parties du ux (ce qui est une introduction, un exemple, etc.). Audacity est limité, je peux poser des marqueurs, mais ne peux faire un vrai travail d ’annotation derrière. Là du coup je pense que l’audio aurait une autre valeur pour moi, si effectivement je pouvais plus facilement l’articuler à la dimension textuelle. Si j ’avais pu articuler audio et texte, j’aurais gardé les enregistrements audio, il y a une dimension affective que j ’ai perdue, toute l’émotion qui passe dans la voix, la source même de l’entretien. L’audio et le texte ensemble, c’est plus fort que l’audio seul, et que le texte seul. » . 49. L : « Je suis très embêté avec les PDF parce que je ne peux pas annoter ; parfois, si j’ai la emme, j ’utilise Ultrasnap — qui me permet de faire une capture de n’importe quelle région de l’écran —, j ’incorpore l’image résultante dans Word, et j’annote à côté. » (voir aussi C.1.3.2). 50. L : « Dans l ’idéal j’aimerais avoir un environnement qui puisse intégrer toutes les dimensions multimédia, à savoir plutôt que d ’avoir mes images à part, ou simplement les incorporer dans Word, les avoir quand je fais un document sous forme de petites ressources et les regarder, les choisir dans une sorte de corpus et pouvoir les mobiliser à tel ou tel moment. » (voir aussi C.1.3.2). 51. L : « Pouvoir faire une typologie des fragments, pas simplement une typologie par forme sémiotique ; pouvoir créer sa propre typologie, pouvoir nommer nous-mêmes le type des fragments. Quand on fait quelque chose, ce qui est important avant tout c’est plus la nature même de ce qu’on veut faire plus que la forme sémiotique à laquelle on veut faire appel. » . 52. Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique, UMR 9912 CNRS. L’équipe APM (http://apm.ircam.fr/) s’intéresse notamment aux rapports entre les pratiques musicales savantes (musicologie, composition, interprétation) et les situations techniques dans lesquelles elles se déploient. 53. http://apm.ircam.fr/tableau/, voir aussi (B 2006).

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G 2009a ; D et G 2006 ; D et G 2005), porte plus spéci quement sur la méthode dite d ’analyse paradigmatique, et sur les opérations documentaires d’annotation, segmentation, spatialisation et mise en tableau sur lesquelles elle repose.

II.1.2.1. L’analyse paradigmatique
La musicologie regroupe deux catégories de discours sur la musique : la musicologie historique, livresque, et l’analyse musicale, qui, depuis le XIX, s ’efforce de rendre plus explicites ses méthodes et son outillage technique, a n de permettre la constitution de faits partagés par la communauté des chercheurs, comme il en est dans d ’autres disciplines (D 2004a). L’analyse paradigmatique relève de cette seconde catégorie ; initiée par Nicolas Ruwet (R 1972) comme prolongation musicologique des travaux du linguiste Roman Jakobson, puis systématisée par Jean-Jacques Nattiez (N 1976), cette méthodologie repose sur la recherche de répétitions et de transformations dans le texte musical qu’est la partition, donnant lieu à une « mise en série » interne des constituants de la pièce (N 2002). Ruwet (et à sa suite, Nattiez) insiste sur le fait que les critères ayant présidé à cette segmentation doivent être rendus explicites et reproductibles ; il remarque en effet que « les analyses musicales, même les meilleures, […] ne formulent pas les critères de découverte sur lesquels elles reposent » (R 1972). Le principe est le suivant : la répétition permet d’isoler des unités syntagmatiques, alors que la transformation est à la base de la constitution de classes paradigmatiques. Les listes d’éléments ainsi constituées sont alors agencées en tableaux. S’appuyant sur un découpage exclusivement basé sur la con guration immanente de la partition, l ’analyse paradigmatique ambitionne d’évacuer tout savoir a priori, et de ne rien supposer qui ne soit strictement requis par son objet ⁵⁴. La mise en tableau consiste donc en une délinéarisation de la partition qui, parce qu ’elle propose une recon guration synoptique de son contenu documentaire, permet l ’appréhension visuelle de la forme de l’œuvre et des diverses variations qui la structurent. Remarquons en n, au sujet de l ’organisation des tableaux produits, que chaque colonne liste les instances d’une classe paradigmatique, et que la chronologie de l’œuvre peut être reconstituée en lisant successivement chacune des lignes (cf. gures II.1 et II.2). Ces tableaux peuvent directement mettre en scène des portions de partition, ou des symboles graphiques a n de favoriser la perception de la forme globale de l’œuvre. Une description plus poussée de la méthodologie de l ’analyse paradigmatique excédant le cadre ce mémoire, le lecteur curieux pourra consulter (N 2002), qui présente une analyse simple complète et une discussion sur les enjeux herméneutiques et épistémologiques de cette pratique. Nos échanges avec les musicologues ont toutefois révélé que pour eux le terme « tableau » renvoyait à un espace de présentation graphique ouvert, étirable en longueur et en largeur pour y déposer des éléments, et non une structure de données munie d ’une double catégorisation. Ainsi, les tableaux évoqués plus haut étaient dans la majorité des cas de simples listes accolées. On peut considérer que le tableau réalise avec la partition ce que l ’écriture réalise avec la parole, à savoir la réorganisation dans un même espace d’unités éparpillées dans le temps. Le tableau délinéarise la partition, et permet de représenter des rapports entre unités qui sont imperceptibles à la simple lecture de celle-ci (les rapports entre spatialisation des inscriptions et pensée sont abordés en IV.2.1.3). L ’espace du tableau permet donc de considérer ensemble les fragments qui composent le temps
54. Pour une ré exion sur Nattiez et ses contradicteurs, voir (L 2002) et (D et G 2008). Pour une étude générale des enjeux et du statut de l ’analyse contemporaine, on pourra consulter l’ouvrage collectif (C et al. 2009). Un intérêt plus particulier pourra être porté au texte de Rémy Campos et Nicolas Donin, Wagnérisme et analyse musicale — L’émergence de nouvelles pratiques savantes de lecture et d ’écoute en France à la n du XIX siècle, explicitant les processus analytiques à l’œuvre dans la constitution des guides d ’écoute (nous donnons un exemple en B.4.2.6) d’opéras wagnériens. Le chapitre de Jonathan Goldman, Un outil de « mise en tableau » au service de l ’analyse paradigmatique, et quelques divergences interprétatives (G 2009b) rend compte de l ’utilisation d ’une version préliminaire de notre outil, en discutant des apports épistémologiques de la possibilité d’une validation des résultats analytique par l’œil et l’oreille, et de la conduite d’analyses concurrentes d’une même pièce.

car ils confèrent une liberté manipulatoire complète sur le matériau graphique des partitions (réversibilité des gestes. dans les modes d ’exposition spatiale de l’horizontalité et de la verticalité musicales qu’ils proposent.2. ABD). C ou D. B. de méthodes et de nalités diverses.II. II. coloration.2. Communautés lectoriales considérées 33 F II. Cette expression nous permet alors une meilleure focalisation sur la dimension manipulatoire et documentaire commune à ces pratiques analytiques. La lecture d’un tel tableau peut susciter une perception de la macrostructure de l’œuvre comme succession d’une combinaison de motifs de types A. recopie. mais reposant sur l ’exploitation des mêmes structures spatiales pour la restitution de leurs résultats.1. zoom. redisposés pour faire émerger visuellement des paradigmes de variations. prolongent les écritures plus traditionnelles — est parfois mise à pro t pour la représentation de . En ce qui concerne la dimension sonore. A a1 a2 a3 B b1 b2 C c1 c2 D d1 d2 d3 F II. les logiciels de traitement d ’image sont couramment rencontrés. micro-retouches. Ainsi. la raison graphique telle qu’elle se déploie par exemple dans les séquenceurs modernes — qui. 1972) de la partition. : Exemple d ’analyse paradigmatique pour une séquence présentant une forme ABBCDADACD. Critique des outils disponibles Chez les musicologues ayant entrepris d ’étudier les éventuels apports de l’informatique à leur pratique.1. La gure II.2. les capitales représentant les classes paradigmatiques et les minuscules numérotées les occurrences des éléments de ces classes. changement de taille. matérialisés dans les colonnes.2 présente une analyse paradigmatique schématisée. Imaginer d ’autres lignes possibles revient à imaginer des agencements musicaux non exposés dans l’œuvre (par exemple. Remarquons que l’expression « mise en tableau » est une proposition du musicologue Nicolas Donin (D 2004a) pour subsumer des pratiques musicales d ’époques. d’après (Ruwet.). la puissance expressive et les principes manipulatoires d’outils originairement destinés à servir des desseins compositionnels sont parfois détournés à des ns analytiques. : Analyse d ’un Geisslerlied allemand du quatorzième siècle. etc.1.

logiciels de manipulation d’image ou de son.. Sur l’évolution du point de vue de Nattiez sur l ’automatisation. Nakakoji et Takashima avancent : « Video editing tools.2. c ’est qu’elle rende explicites les données sur lesquelles elle s’appuie. les outils d’édition résument la pratique d ’analyse à un simple jeu de manipulation plastique du matériau documentaire. Pourtant. car seul l’algorithme peut réaliser une reproductibilité absolue.34 C II l’organisation interne d ’objets musicaux existants.1). Toutefois. les outils d’édition entraînent la perte complète de la dimension sémantique de l ’analyse . II. c ’est alors la forme nale du tableau qui est manipulée. 2005a) II. et non un objet suffisamment exible pour l’émancipation d’une activité analytique. La question de l ’automatisation de l ’analyse paradigmatique ⁵⁶ se pose naturellement depuis que l’analyse musicale s’est saisie de l ’informatique. qui re ète bien la complexité d’une telle question. catégorisation sémantique. However. dans le registre de la lecture critique vidéo. 200). Ces constatations se rencontrent dans la littérature informatique . Dans le cas de l ’analyse paradigmatique.1. métadonnées. et reposent quasi systématiquement sur des représentations formelles et désincarnées des documents musicaux (par exemple. La validité scienti que du travail de l’analyste ne concerne pas le fait d ’« arriver à la vérité ». etc. » (Y et al. qu’elle justi e comment elle les a obtenues. mais de rendre son travail falsi able. et privilégient le point de vue de l ’analyste au détriment d’une étude rigoureuse du texte musical. la segmentation. qu’elle précise la théorie qu’elle utilise pour les expliquer et qu’elle fournisse les principes de la grille avec laquelle elle les interprète. des chier au format MIDI) susceptibles d ’être « calculées » par les algorithmes soutenant la démarche ayant présidé à leur développement. Ainsi. et reste soumise aux choix de l’analyste quant à la détermination des paramètres pris en compte et à la découverte de ces répétitions variées » (ibid. p. c’est-à-dire celle qui est destinée à la publication. tableurs). Tout « instrument de musicologie » informatique est alors tiraillé entre la spéci cité fonctionnelle des logiciels orientés vers le formalisme et la trop grande généricité des outils d’édition documentaire classiques (traitements de texte. incapables de donner à voir et à saisir des relations de sens (liens hyperdocumentaires. selon 55. ces outils sont orientés vers la composition de la « forme nale » du document. celle-ci « ne permet pas une analyse objective. Interprétations et falsi abilité : enjeux d ’une informatisation Le souci de falsi abilité cheville l ’œuvre de Nattiez : « Le moins que l’on puisse attendre d’une démarche musicologique. such as Final Cut Pro or Premier. III. . L ’auteur critique ici les approches postmodernes qui. p. malgré l ’apparente systématicité du processus de découpe qui est au cœur de l’analyse paradigmatique (cf. procédant par « piochage ». et leur expressivité n ’est pas suffisante pour la manipulation critique de contenus musicaux. critique et exploratoire qui ne sait pas a priori ce sur quoi elle peut aboutir. alors que les pratiques de mise en tableau mettent pourtant en exergue le fait que ces opérations sont les conditions de possibilité du regard analytique.1) adoptent souvent une approche formaliste très spéci que. les outils dédiés à l ’analyse musicale (cf. On pourra également consulter les travaux d ’Olivier Lartillot (L 2002). En effet. La démarche de falsi cation scienti que repose sur la possibilité de reproduction de la démarche d ’analyse et sur l’inscription de ce qu’elle produit sur des supports partageables pouvant donner lieu à une discussion entre pairs.1. D’autre part. la structuration et la mise en relation des fragments de contenu documentaire musical graphique ou sonore n’existent pas. en cohérence avec l ’approche scienti que des laboratoires qui les conçoivent.2. explicite et réitérable. 56. ey do not help users to simply interact with video data without changing the original content. their goal os to save the results of such interactions and produce another set of videos.8.). En effet. allow users to produce a variety of ways to interact with video data and to explore the space of visual effects. ainsi. voir (D et G 2008). relations tout-parties. les outils autorisant un jeu libre sur la spatialisation. » ⁵⁵ (N 2002. Yamamoto. masquent leurs critères méthologiques.3. 173).1.

II. Il n’y a plus personne pour croire qu’une procédure algorithmique (un programme de reconnaissance) puisse effectuer une analyse linguistique . Comme nous le verrons en II. la falsi abilité exige de pouvoir étudier les échafaudages une fois l’édi ce critique achevé. géographique.). de permettre à l’analyste d’avancer des hypothèses. 57. Si fastidieuses qu ’elles paraissent. etc. il faut pouvoir expliciter les règles ayant présidé à leur construction et reconstituer la rami cation des pistes analytiques suivies. recombinés. et de permettre la conduite d’analyses parallèles dont la divergence repose par exemple sur un con it entre une segmentation motivée par l’œil et une segmentation motivée par l’oreille. » Par ailleurs. abandonnées. de choix et d’une ré exion sur la segmentation. scotchés. Nattiez a affirmé : « On ne peut pas représenter une pièce par un schéma unique. A n de pouvoir soumettre les résultats d’une analyse à la discussion critique. cette tension entre automatisation et manipulations critiques assumées par le lecteur doit être clari ée pour toute entreprise visant l’instrumentation d’un travail interprétatif. oubliées ou envisagées par le musicologue.). et la partition. Ceux-ci sont en effet photocopiés. Seul un outil multimédia offrirait la possibilité d’écouter chacune des cellules. La validation de la segmentation et la constitution des classes de variation sollicitent autant l’œil que la main. d ’élaborer des ébauches de solutions et de valider par l’écoute ses décisions critiques. il en va de même en musique. le recours au tableau pour l ’étude d ’une partition implique un corps-à-corps entre l’analyste et ses documents. Si les écrits musicologiques ont recours à différents types de tableaux. ne constitue qu’un aspect partiel de l’objet et cela en deux sens : parce que d’une part il ne s’agit que d ’une transcription codée de l’objet réel qui est le son produit et entendu. cité dans (ibid.1. esquisses de tableaux. un niveau arti ciellement séparé des deux autres dimensions de l’objet que sont les conduites de production et les conduites de réception. selon Jean Molino (M 2002) : « Par ailleurs. Ces tableaux sont donc au nal les seuls résultats du processus analytique complexe. lors d ’un entretiens qu ’il nous a accordé.1. là où. leurs auteurs n’ont pas pour habitude d’expliciter les règles concrètes présidant à leur construction. même pour les œuvres du XVIII et du XIX siècle. colonnes ou lignes des tableaux pour elles-mêmes. Ainsi. En d ’autres termes. le placement et la catégorisation des fragments (ibid. découpages plus ns. leur(s) mise(s) en tableau(x). Le projet « Mise en tableau & écoute segmentée » met également en avant l’importance de l’écoute dans la recherche des déclinaisons paradigmatiques.2. les fragments laissés de côté pour des raisons qui ne sont pas toujours rendues explicites). découpés. 200) : « Les procédures de Ruwet ne sont certainement pas assez explicites et formalisées pour que l’ordinateur puisse faire le travail à notre place. et que d’autre part les traces sonores et écrites de la musique ne constituent qu’une partie du fait musical total. l’analyse repose à peu près exclusivement sur la partition. Matériellement. Donin et Goldman (D et G 2008) soulignent par ailleurs que l ’analyse paradigmatique résulte de l’activité d’un analyste situé dont la perception et les choix sont toujours gouvernés par son contexte historique. qui auraient pu donner naissance à des tableaux différents. Communautés lectoriales considérées 35 Nattiez. théorique et technique. et ainsi. seul le rapport visuel aux con gurations tabulaires produites par l ’analyste est mis en jeu ⁵⁷. Le tableau synoptique seul ne donne donc pas au lecteur toutes les informations nécessaires à sa reconstruction à partir de la partition analysée. ces opérations sont indissociables de l’activité analytique. ainsi que ses états successifs (annotations. etc. Il s’agirait alors davantage d ’informatiser le geste de découpage que d’automatiser la mise en tableau des fragments.. collés. » . L ’enjeu informatique réside ici en l ’articulation des opérations critiques réalisées dans les champs visuel et auditif — notamment celles qui renvoient au classement des fragments selon leurs ressemblances à la fois graphiques et sonores —. et nécessitent un espace — un large bureau et de très grandes feuilles de papier — où disposer librement les éléments pour les comparer. résultats dont l’effet global et statique ainsi que l’évidence des solutions qu’ils exposent tendent à masquer le fait que leur élaboration est le fruit d’erreurs. Le support numérique autorise alors la conception d ’environnements conservant l’intégralité du matériel documentaire manipulé (les fragments de partition jugés d’intérêt. d’hypothèses. p. marqués. » La partition est alors une ressource inépuisable de découpage pouvant donner lieu à la construction de points de vue multiples. traditionnellement.1.

Il s ’agit alors.1. et de raccrocher ses gestes constitutifs à des catégories plus larges d’opérations critiques (voir la chaîne lectoriale. et insiste sur le fait qu ’il ne s ’agit aucunement de « systèmes se substituant à certaines activités de connaissance ». comme ce peut être le cas pour une œuvre électroacoustique .1. Sur le plan technique. La lecture face à la technique II. nous rapportons les contenus qu ’elle appréhende à des types de ressources plus génériques Ainsi.1). il s ’agit donc bien d’une forme de publications savante non purement textuelle (et dont nous avons déjà discuté des conséquences épistémologiques découlant de sa xation par une publication imprimée traditionnelle). Travailler sur une œuvre musicale suppose alors de réunir divers documents graphiques (plusieurs versions éventuelles de la partition. une interprétation est un objet temporel véhiculé par un corps matériel se prêtant à des opérations techniques de feuilletage.2.36 C II II. et de synthèse ». « la tradition intellectuelle occidentale tend à refuser la liaison de l’intelligence avec un support technologique quelconque ». il convient de dé nir ce terme. de dépouiller cette méthode d’analyse musicale de ses méthodes traditionnelles. fragmentation ou recombinaison. de ses exigences sur la nature des documents convoqués et. cf. le document nal visé par une analyse paradigmatique consiste en un ou plusieurs tableaux articulés à du texte .1. l ’analyse doit néanmoins pouvoir se faire. gure I. une partition est une ressource graphique prescrivant un sens de lecture. De la notion de technologie cognitive Comme le remarque Paul Loubière. Par ailleurs. Cette spécicité sémiotique impose de dé nir un cadre technique où les différents médias sont traités avec une approche commune. restructuration) sur un matériau exclusivement non textuel. ce qui explique le désintérêt pour les « révolution[s] dans le domaine de l’intelligence » induites par les technologies cognitives (L`  1992). marquage. des représentations symboliques du contenu et de la structure de l ’œuvre. En effet.2.) et temporels (plusieurs interprétations possédant chacune leur singularité). P II. . et possédant un contenu de connaissance à propos duquel il est possible d’émettre des jugements. fragmentation) et synthétiques (spatialisation. etc. de la diversité des opérations critiques sur lesquelles elle repose. Charles Lenay (L 2003) nous dit qu ’il s ’agit de « dispositifs qui modi ent nos capacités de raisonnement. d ’autre part. II. L’encadré intitulé Note philosophique : technique et pensée apporte une contextualisation théorique à cette question.4.2. Généralisation La mise en tableau telle qu ’elle est convoquée par l’analyse paradigmatique intéresse une démarche d’instrumentation des pratiques critiques multimédias plus générique en vertu. des représentations physiques du signal. de formuler hypothèses ou des ressentis — et donc d ’organiser une discussion argumentée. sur la seule base des sources sonores. peu de pratiques de lecture critique articulent si fortement les dimensions analytiques (annotation.2. sur le plan cognitif. Notre travail consistant à « développer une technologie cognitive ». Il est par ailleurs possible que les référents graphiques soient inexistants.1. d’une part.

mais également les organes de perception et de préhension. En ces termes. J.-C. Positionnement 37 N  :    L ’histoire du rapport entre technique et pensée est très mouvementée. l ’organologie générale. ou encore les organes vitaux . Bernard Stiegler soutient la thèse selon laquelle l ’activité intellectuelle est impossible et impensable sans supports de mémoire externes arti ciels (S 1996 . en son expression qui serait alors techniquement conditionnée. La métaphysique platonicienne repose sur le postulat d ’une dichotomie ontologique fondamentale entre le Monde des Idées et le monde matériel. . la communauté savantes. et non du côté de l’Être et des essences stables . et d’autre part. qui se donnerait pour tâche d’étudier la façon dont le corps et l ’esprit humain sont « trans-formés » — transformés et formés — par les rapports de couplage s ’opérant entre les trois niveaux suivants (S 2005) :  les organes humains dans leur ensemble — ceux qui sont le siège de la cognition. les bibliothèques d’ordre mondial). Dans un Ciel des Idées éthéré ottent des idéalités immuables et détachées de tout ancrage empirique (ainsi « l’idée de compilateur » mène t-elle une existence indépendante de tous les compilateurs effectivement développés).3. le couplage entre l ’action et la perception du lecteur avec le dispositif (questions d ’ergonomie et d ’ergonomie cognitive). Il nous invite alors à penser l ’articulation de la pensée et de la technique non pas en termes oppositionnels. mais compositionnels . le monde sensible est quant à lui soumis à la temporalité. œuvres. l ’esprit étant toujours instrumenté. Ainsi les écrits de Platon sont-ils dominés par l ’idée selon laquelle l’anamnèse.  les organisations sociales. et donc à la mort. elle relève du régime des moyens et non de celui des ns. Stiegler préconise la création d’une discipline autonome. À la différence de ce que Nietszche appellera plus tard les « arrières-mondes » dans sa critique de la métaphysique occidentale.1) renvoie à ce second couplage. La technique « n’existerait donc qu ’à peine ». Parce qu ’elle produit et transforme. artéfacts. la vie de la pensée consisterait précisément en sa propre extériorisation.  les organes arti ciels. En réaction à cette vision qui persiste dans la philosophie contemporaine. c’est-à-dire avec des supports de mémoire arti ciels extériorisant un savoir. instruments et autres supports de mémoire . ».II. techniques. le Web.2. Dans cette optique. c’est-à-dire le fait de penser par soi-même. outils. On peut cependant opposer la célèbre phrase du philosophe présocratique Anaxagore de Clazomènes (500—428 av. cette pensé a engendré un lieu commun qui innervera longtemps la métaphysique occidentale : tout ce qui a à voir avec le sensible est trompeur. I. S 2004). est en pure contradiction avec le recours à des hypomnèses. la question de l ’instrumentation de la lecture critique devrait alors considérer. d ’une part. au devenir.) : « L ’homme est intelligent parce qu’il a une main. le couplage entre le système de lecture personnel et le dispositif socio-technique dans lequel il s ’inscrit (l ’ordinateur. la technique est installée du côté du devenir. Notre concept de chaîne lectoriale (cf.

Les dispositifs d ’assistance ne sont quant à eux pas directement mobilisés dans l’action de l ’utilisateur. à Oranenbourg. détourne) totalement ou partiellement le pouvoir d’action de son utilisateur ». En n. et apportent la ré exivité nécessaire à la bonne compréhension de ses modalités de fonctionnement . On a écrit des volumes sur le fait que la révolution scienti que de Tycho Brahé découlait d’une nouvelle façon de concevoir le monde dans la seule tête de Tycho Brahé. du danois astronome qui accumule de l’Europe entière des résultats enregistrés par ses collègues vous reconnaissez aussitôt dans cette description des traits qui vous sont familiers : division du travail. la dimension d ’assistance revêtant un caractère auxiliaire dans la conception d’un environnement informatique — en cela qu’elle concerne ses modalités d’appropriation et non son organisation interne —. un dispositif technique relève de la suppléance « si son usage modi e (augmente. sans les formulaires préimprimés.1. sur la prise en charge par la machine de tout ou partie du processus interprétatif. assistance. mais celui qui essayerait de comprendre cette révolution scienti que sans Oranenbourg. » (G et al. les manipulations documentaires prennent nécessairement part à l’interprétation. Où sont les modèles et représentations ? Il y en a. 59. Ces caractéristiques peuvent néanmoins concerner des parties différentes cohabitant au sein d’un même système. ne comprendrait rien. il est impensable de con er la fabrication du sens à un processus clos reposant sur le désengagement de toute présence humaine. laquelle repose. Ainsi. nous convoquons la distinction que font Gapenne. […] La dimension iconique. distribution de l ’intelligence. réseau de collaboration. Prenons l’exemple décrit par Elizabeth Eisenstein dans la révolution de l’imprimé. Le paradigme de la substitution renvoie à la notion d’automatisation. à ce titre. et qu’à ce titre elles relèvent d’un contexte et d ’un ancrage social et culturel » (B 2005) . opérationnelle. invention de formulaires préimprimés sur lesquels les collègues notent les résultats des différentes observations réunies dans un centre de calcul à Oranenbourg où Tycho domine simultanément du regard toutes les sources qui viennent de cette intelligence distribuée à travers l ’Europe. social et matériel de l’intelligence ⁵⁹. 2001) Par extension. suppléance. elle dépasse le cadre de la réalisation expérimentale restituée dans ce mémoire.3). II. Ainsi. comme le remarque Bachimont : « la structuration et la quali cation sont des processus interprétatifs. ce n’est sûrement pas dans les esprits. sans les inscriptions et technologies intellectuelles. Or. mais dans un ensemble d ’institutions et d ’inscriptions. dans les idées. comme cette dénomination le laisse deviner. L’idée d’une « intelligence située » (en référence aux thèses de la cognition située. Selon ces auteurs. manipulatoire des interfaces possède un potentiel de production d ’informations et d’aménagement du couplage qui n’est pas réductible à sa fonctionnalité visée ou à la signi cation transmise (de la même façon que toutes les inscriptions). mais s ’y « surimpriment ».2.38 C II Substitution. selon Latour (L 1992) : « [S] ’il y a des révolutions. Lenay et Boullier entre dispositifs techniques de substitution. et entraînent donc son désengagement (ce paradigme est discuté infra). au sens de (H 1995)) est également étayée par Gapenne. » . imprimerie bien sûr. intellectuel et technique. de suppléance et d’assistance (G et al. et les raisons avancées peuvent être facilement extrapolées à toutes pratiques interprétatives engageant la singularité d ’un lecteur humain ancré dans son contexte culturel. sans l’organisation du centre de calcul. l’automatisation est 58. Où sont les idées ? Il y en a bien sûr. qui re éte les diverses attentes à l’égard de la machine. décale. perceptive et partagée [des techniques] est trop souvent négligée par le projet de tout transférer sur des modèles et interfaces informatisées. dans le cas des outils de lecture. La suppléance et l’IA. Cette notion de suppléance est la plus féconde pour notre projet. 2001) ⁵⁸. les dispositifs de substitution. Nous avons par exemple montré la non pertinence de l’approche algorithmique pour l’analyse paradigmatique (cf. visuelle. Bruno Latour (L 1992) insiste par ailleurs sur le caractère distribué. A n de caractériser la relation entre le lecteur et le dispositif informatique qui lui permettrait d ’accomplir les opérations nécessaires à une lecture critique. Lenay et Boullier : « [La] dimension située. Mais lorsque vous regardez l ’organisation. permettent à l’utilisateur de « s’affranchir en tout ou partie d ’une tâche donnée ». et montre que l ’intelligence arti cielle a précisément manqué ces aspects.

. L’auteur quali e ces deux applications de « killer applications ».II. en cela a eu un impact considérable sur la connaissance. de la langue et de son écriture. De la même manière que les caractères blancs séparent les mots de la langue écrite. notre démarche d’instrumentation apporte une attention soutenue aux artefacts qui peuplent l’environnement du lecteur et rendant possible la conduite de son projet. où se tiennent aussi bien le matériel documentaire que les outils permettant son étude. » (B 2005) Prenant acte de ce caractère matériel de l ’activité interprétative. ceux-ci ne sont pas vus comme des réceptacles neutres à symboles destinés à nourrir un calcul algorithmique. Soulignons en n que la vision de l ’ordinateur comme dispositif de production de nouvelles expériences sémiotiques n ’a pas toujours eu cours dans le champ informatique. d’une part. sa quali cation. mais des lieux de matérialisation. Engelbart doit alors subir les commentaires irrités des bailleurs de fonds qui trouvent parfaitement irresponsable que les ressources des coûteuses machines soient employées à des tâches autres que du calcul mathématique lourd telles que du traitement de textes. Une théorie du support. Voici comment cet auteur met en lumière l’erreur commise par les démarches visant une « interprétation automatique » de contenus non textuels : « On peut — ce fut un temps la tentation du structuralisme et c’est trop souvent encore celle de nos collègues traitant du signal — vouloir rapporter la variabilité de l ’expression visuelle et sonore à une codi cation possédant les bonnes propriétés de l ’inscription linguistique écrite. On cherchera alors à proposer des outils ou des algorithmes qui « extrairont » du contenu sa structure. le caractère blanc n’a qu’un rapport lâche à la dé nition d ’unités linguistiques autonomes D ’autre part. et la démocratisation du traitement de données (« process democratization ») rendue possible par les tableurs et la notion de macro. d ’inscription et de motivation de la dynamique interprétative. ni les sons. mais vers la compréhension des rapports matériels — et plus particulièrement spatiaux — qui se tissent entre le lecteur et son environnement. Positionnement 39 incompatible avec l ’idée même d ’interprétation. relayée par les imprimeurs et les informaticiens : technique permettant la codi cation pour inscrire la langue. une« resource for the augmentation of human intellect » ⁶⁰. Paul Loubière (L`  1992) insiste sur le fait que cette sortie de l’approche purement calculatrice est la plus importante innovation de l’histoire de l’informatique. Cette série de remarques épistémologiques sur le statut de l’outil technique a donc des conséquences directes sur notre démarche de modélisation des contenus mobilisés par le lecteur . soutenue par un dispositif de suppléance documentaire donnant au lecteur les moyens de penser. Boyer (B 2008) fait état d’un double processus de démocratisation dans l’adoption de cette informatique nouvelle par le grand public : la démocratisation du contenu (« content democratization ») liée à l ’avènement des logiciels de traitement de texte qui donnent à l’utilisateur les moyens de créer et partager facilement des documents mis en forme sans l’aide d’un développeur. Il faut attendre les travaux de Douglas Engelbart sur le projet Augment (1962 — 1976) pour que l ’« augmentation » du travail intellectuel soit érigée en programme de recherche à part entière. D ’une part le caractère blanc est une invention de scribes. Celle-ci ne serait pas motivée par une formalisation du contenu. Nous embrassons alors l ’idée d ’une « lecture critique augmentée ». Double méprise. La théorie du support (voir par exemple (B 2004a)) offre un cadre conceptuel accueillant pour penser le couplage entre le lecteur et l’environnement technique lui donnant accès 60. Bref. cette approche ne fait que propager sur le son et les images une compréhension naïve. mais toujours seulement d ’un point de vue relatif et contextuel. positiviste et naturalisante. ni l’image.2. ni les ux vidéo ne peuvent être segmentés d ’un point de vue objectif et absolu. Avec lui s’opère le premier grand bouleversement épistémologique de l ’informatique. on doit pouvoir trouver des principes de découpage des sons et des images. pour devenir « an extension of human communication capabilities ». l’ordinateur cesse de n’être qu’une super machine à calculer. en faisant l ’hypothèse que ces dernières sont intrinsèques au contenu et manifestent son objectivité.

l ’accès littéral au discours ayant alors. en cela que nous proposons d’utiliser son couple de concepts stratégie/tactique pour caractériser la posture perceptive et opératoire de la lecture critique. l ’alphabet en Grèce ancienne. ouvert « nos paroles […] à une diversité indé nie d ’interprétations possibles » (S 2004.2. La théorie du support encourage à penser la nature et les effets du « supplément » — façon de faire sens. . Bachimont nous dit qu ’elle repose sur l’hypothèse centrale établissant que « la connaissance n ’est mobilisable qu’à travers des médiations matérielles de nature technique » (B 2010). 107). Technique. la « partition de l’espace permet[tant] une pratique panoptique à partir d ’un lieu d ’où le regard transforme les forces étrangères en objets qu’on peut observer et mesurer. les sciences de l’information et de la communication et des investigations technologiques dans l’étude de la morphologie des dispositifs techniques pour comprendre quels effets ils peuvent avoir sur la cognition.63). » (G 1979. le support graphique a rendu possible des opérations de capitalisation. de transmission et de manipulation de la connaissance. de stockage. Si la connaissance ne peut se réduire à sa dimension matérielle (supports et opérations de manipulation). Voyons alors ce que Michel de Certeau nous dit de la stratégie. ni donc sur une frontière qui distingue l’autre comme une totalité visible » . « une maîtrise du temps par la fondation d’un lieu autonome » . Cet historien est souvent cité dans les travaux portant sur la lecture numérique en vertu de sa ré exion sur le « braconnage » opéré par le lecteur en marge du texte et de la volonté édito-lectorial .  « ne dispose pas de base où capitaliser ses avantages » .  est « aussi une maîtrise des lieux par la vue ».2. p. Quant au « propre » évoqué. p. Comme le remarque en effet Goody : « ce n ’est pas par hasard si les étapes décisives du développement de ce que nous appelons maintenant « science » ont à chaque fois suivi l’introduction d ’un changement capital dans la technique des communications .  « postule un lieu susceptible d ’être circonscrit comme un propre et donc servir de base à une gestion de ses relations avec une extériorité distincte ». II. contrôler donc et « inclure » dans sa vision ». la philosophie (théorie de la connaissance et théorie de la technique). l’écriture en Babylonie. horizons de manipulation — qu ’apporte le support numérique multimédia aux inscriptions en elles-mêmes. l ’imprimerie en Europe occidentale.  « permet de capitaliser des expansions futures et de se donner ainsi une indépendance par rapport à la variabilité des circonstances » .  « n ’a pour lieu que celui de l ’autre » . Ainsi. stratégie et espace Nous concluons notre discussion sur les rapports entre technique et lecture par une mobilisation originale de Michel de Certeau (C 1990). la tactique :  est « un calcul qui ne peut pas compter sur un propre. cette approche convoque l ’histoire. Notre travail entend à son tour explorer quelles nouvelles formes de suppléances intellectuelles l’instrumentation du support numérique et le multimédia peuvent apporter à l ’activité de lecture critique. voir notamment (G F 2008)).40 C II à des inscriptions et lui offrant les moyens de les manipuler (sur ce point. qui :  est « le calcul des rapports de forces qui devient possible à partir du moment où un sujet de vouloir et de pouvoir est isolable d ’un “environnement” » . comme l’écrit Stiegler. De manière réciproque. S ’inscrivant dans le prolongement des travaux de Goody.1. il :  est « une victoire du lieu sur le temps ». elle suppose néanmoins un substrat technique. L’invention au quotidien pouvant être lu comme le manifeste de la liberté gestuelle et interprétative du lecteur.

structuration. . et qui proposent de nouveaux algorithmes.3). où les opérations critiques peuvent être inscrites — c ’est-à-dire à la fois les contenus (les documents sources et leurs divers enrichissements) et les relations critiques qui les connectent (annotation. ce qui les amène parfois à mobiliser des travaux de disciplines non informatiques. VII) ⁶³. L’idée consistant à renvoyer la lecture critique à une posture stratégique ⁶². en vue de les rassembler dans un espace délimité et parfaitement maîtrisé (le « propre »). II. vigilante à y “saisir au vol” des possibilités de pro t ». des embranchements divers et une n possible. l’interaction humain-machine relèvent de cette seconde catégorie. Disciplines informatiques convoquées Avant de formaliser les problématiques et hypothèses qui fondent notre travail. et sur la disponibilité d ’instruments de manipulation assurant une appréhension spatiale efficace des unités. synchronisation.2. 62. Ainsi. à la lumière des notions de grammatisation et de spatialisation des inscriptions (cf. nous serons amenés à montrer que le passage d ’une posture lectoriale tactique à une posture stratégique par rapport à un ux — c’est-à-dire. nous avons vu que la lecture critique opérait une sélection de documents jugés comme pertinents au sein d’un espace documentaire plus vaste (celui-ci étant l’« environnement » de Michel de Certeau). la lecture critique suppose la possibilité de déployer une posture stratégique par rapports aux contenus qu ’elle vise.1. l ’annotation en cours d ’écoute et la synthèse spatiale des annotations portées sur le ux permettent le passage d’une « écoute tactique » à une « appropriation stratégique ». conséquemment. ces deux espaces entrent en résonance avec deux temporalités : celle du projet lectorial lui-même.2.1. II. En effet. qui possède un début. d’une part. Il s’agirait. les disciplines qui ajustent des contributions scienti ques et techniques issues d ’horizons divers autour d’une question d’usage. Sur le plan informatique. spatialisation. les disciplines qui prennent l’ordinateur comme objet d’étude et horizon de réalisation technique.2. Sans quitter le lexique de Michel de Certeau. Ainsi. à un espace phénoménal. 63. de « doter le lecteur d’un lieu propre ». et d’autre part. c ’est-à-dire instrumenté pour permettre la manipulation des objets qui le peuplent. « du fait de son non-lieu » . et qui à ce titre rend possible la constitution du sens. Nous pensons alors qu ’en ces termes. repose sur la maîtrise technique de son processus de discrétisation. Notre travail se positionne alors au croisement de 61. le déploiement d ’une « stratégie critique » sur des contenus temporels appelle leur spatialisation contrôlée ⁶¹ .2. toute forme de maîtrise reposant sur la constitution d’un espace lui-même maîtrisé. tant dans la formulation des problématiques (cf.3) que dans la conception des outils et instruments de manipulation des contenus temporels et graphiques (cf. Par ailleurs. il convient de préciser quel est son positionnement disciplinaire au sein des sciences informatiques. IV. etc.2. La posture stratégique serait alors le régime cognitif général dont la critique est une manifestation particulière appliquée aux contenus.) —. et donc à la constitution d’un lieu propre reposant sur une spatialisation contrôlée. qui assure la domination visuelle de ces contenus et relations. Par exemple. l’ingénierie des connaissances. le champ des hypertextes et hypermédias. méthodes ou architectures indépendamment d ’une pratique humaine identi ée.II.2. et il en va de même pour la maîtrise des rami cations argumentatives qui structurent un projet interprétatif. et celle des documents sonores. l ’ingénierie documentaire. Comme nous le verrons. Positionnement 41  « dépend du temps. On peut considérer que celles-ci font l’objet d’un partage dichotomique fondamental entre. ceci appelle l’articulation d’un espace fonctionnel. ce prisme théorique sera particulièrement sollicité dans la conception du module de synchronisation spatio-temporelle hypermédia. sa maîtrise —. en cela qu’elles conçoivent et réalisent des dispositifs de manipulation d ’inscriptions signi antes par un utilisateur humain. Positionnement disciplinaire II. cheville notre travail.

que des horizons de prolongation.2. telle que l’organisation réticulaire ou la séparation du contenu et de ses représentations visuelles qui donne lieu à de nouvelles « espèces documentaires » (ces aspects sont discutés dans le chapitre IV).1) : « Faut-il en conclure qu’il faut revenir à une perspective cognitiviste puisque le système produit du sens  ? Ou au contraire ne faut-il pas quitter le domaine des sciences cognitives. Ceci amène également Bachimont à évoquer un décentrement possible des sciences cognitives en faveur des technologies cognitives. et l’enjeu de l’ingénierie des connaissances est alors de dé nir les conditions de réalisation technique de l’interprétation et de la critique des inscriptions ⁶⁴. le travail sur la connaissance » associé à ces inscriptions. d’une part. l’ingénierie documentaire relève de cette approche car elle déploie des méthodes et des techniques de manipulation des sources de connaissance que sont les documents (par balisage. la critique renvoie étymologiquement à l’activité de jugement (« sélectionner. nous mentionnons ici celles que nous avons rejetées. hyperlié et hypermédia. mais des systèmes techniques permettant à un usager de s’approprier des connaissances pour lui anciennes (remémoration) ou nouvelles (constitution).2. En cohérence avec ce positionnement hors-ligne. Après avoir identi é les branches informatiques que nous convoquons. D ’autre part. Notre relation avec cette branche de l’informatique ne concerne pas les questions ergonomiques. des systèmes techniques rendant leur usager intelligent.2. et d ’autre part. Angles pertinents mais écartés Nous avons vu en I que la lecture critique multimédia renvoyait à de multiples dimensions sociales. et « vise à instrumenter le travail intellectuel. leur enrichissement et leur diffusion. qui ont amorcé une ré exion plus poussée sur les aspects sensibles de l ’espace documentaire. Il relève de l’ingénierie des connaissances en cela que celle-ci « est une ingénierie des inscriptions numériques des connaissances dont la modélisation […] doit soutenir une interprétation critique. un grand nombre de champ disciplinaires peuvent être convoquées pour aborder son instrumentation informatique. 64. qui modélisent le sens et simulent l’intelligence.42 C II ces différentes approches. En n. II. de « mise en espace » et de manipulation d’un complexe documentaire structuré. intellectuelles et techniques.)). d’évoquer les articulations envisageables avec d’autres problématiques connexes. des systèmes intelligents. lequel se trouve également affermi et contextualisé par une enquête historique sur les technologies d ’écriture et de lecture (cf. sans chercher à « modéliser la pensée » (B 2004b). leur organisation interne). tant dans son acception « sociale » (les architectures de publication et de partage de contenus) que « formaliste » (les ontologies qui sous-tendent ces systèmes pour contrôler l’accès aux contenus. réécritures). positionner l’instrumentation de la lecture critique multimédia dans le champ des hypertextes est fécond car celui-ci a pour tradition scienti que d’adosser ses réalisations techniques à l ’étude des implications cognitives des propriétés spéci ques des inscriptions numériques. l’exercice de la pensée. Ces questions sont autant de points d’entrée sur notre travail. mais par rapport auxquelles un travail sur la lecture critique multimédia doit savoir se positionner.3). Toujours selon (B 2004b). imprédictible et contextuelle ». pour le domaine des « technologies cognitives » où le problème n’est pas tant que construire des systèmes possédant des connaissances. Comme le remarque par ailleurs Bachimont. trier et hiérarchiser ce qui est pertinent et décisif dans la situation concrète » (ibid. L’état de l’art présenté au chapitre III illustre ce positionnement pluridisciplinaire. et fournit une assistance à leur exploitation critique. le domaine des IHM s’intéresse plus spéci quement à la manière dont le sujet humain se saisit des représentations graphiques que lui expose un dispositif informatique pour accomplir une action. nous ne disons rien des documents dynamiques. et conséquemment. . mais les modalités de représentation. II. ce qui fait écho à notre discussion sur la suppléance et l ’automatisation (cf.2. transformations.1. nécessaires ou envisageables. de tracer précisément les frontières de nos problématiques (cf. » (B 2000). Il s’agit par là. et à ce titre. Notre volonté d ’instrumenter l ’individu avant de considérer la dimension collective de la lecture savante nous a en premier lieu amené à écarter les questions relatives au partage de connaissance sur le Web. II. Ce champ de recherche a connu une prolongation intéressante avec les « hypertextes spatiaux ». annexe B).

Il doit alors déployer de nouvelles stratégies pour s ’orienter dans le savoir. de sorte qu ’il soit armé face à l ’environnement documentaire abondant dans lequel il est plongé.II. 2005). la portée critique passe par les capacités de discrétisation (qui est fondée sur la spatialisation du temps en quoi consiste toujours la grammatisation) d’un milieu symbolique qui devient ainsi discriminant et diacritique aux conditions matérielles des hypomnémata qui les supportent et le transforment en puissance.3. A 2010) 66. et. dans notre cas. P Le lecteur contemporain semble plongé dans une certaine forme de relativité du fait qu’il a potentiellement accès à la totalités des documents portant sur un thème donné. De même que le sentiment de citoyenneté dans la cité grecque reposait sur l ’alphabétisation (cf. de plus en plus de petits documents hétérogènes pouvant être regroupés par des algorithmes de classi cation sont produits. L 2006 . Dans une perspective « métier ». Par exemple : (M et al. Mentionnons cependant. qui proposent une plateforme générique de visualisation tridimensionnelle de documents structurés ou de collections classi ées de taille conséquente. Problématiques et hypothèses 43 c’est-à-dire susceptibles de changer au l des interventions des membres d’une communauté savante. structurer. etc. qu ’il incombe à des champ de recherche tels que l’InfoViz de solutionner. la synchronisation). 65. p. les contenus qu’il appréhende. et d ’autre part. où les sujets du milieu associé non seulement peuvent prendre part à l ’individuation de leur milieu mais peuvent le faire de façon délibérative : en passant par des métalangages qui se font concurrence. 1996 . Si. B 2004 . notre travail entend contribuer à forger la gure d’un « lettré du numérique citoyen du Web » ⁶⁶.3). sur laquelle nous avons souhaité ne pas nous focaliser a n de considérer la lecture critique dans la variété des opérations qui la fondent ⁶⁵.1. II. 108). enrichir. F et U 2002 . et dans le lexique Stieglerien : « Dans une société grammatisée. un corpus constitué d ’une importante quantité de fragments documentaires peut poser des problèmes d’orientation et de navigation. B et B 2004 . la spatialisation. cartographier. B 2004) (M et al. Garcia et Nugier (J et al. Folch. De nombreux travaux informatiques se sont saisi spéci quement de cette question. ces travaux excèdent le cadre de ce mémoire. pour exemple. Par ailleurs. Ces problématiques se tiennent en marge des fonctions de manipulation des contenus sur lesquelles nous nous concentrons. ce qui s’appelle une confrontation entre esprits raisonnables. c’est-à-dire qu ’il soit équipé d ’un « lieu propre » pour la méditation critique qui puisse accueillir la diversité des formes documentaires auxquelles il se trouve confronté. M 1997 . catégoriser. Sur ces points. M 1998 . F et U 2002 . . B. » (S 2009. 1996 . M 1997 . les remarques qu’ils formulent mettent toutefois en lumière la nécessité de pouvoir accéder aux briques structurelles composant un document de manière indépendante et le rôle de la spatialisation dans l’appréhension des structures intra ou inter documentaires. la question de l ’annotation savante — collective ou individuelle — constitue un des piliers fonctionnels majeurs de la lecture critique (avec la structuration. ni de la question de l ’écriture et de la lecture collaboratives.3. à des ns d’analyse de données textuelles. B et B 2004 .3. connecter. M 1998 . Nous pensons que celles-ci reposent sur le développement d’outils critiques lui permettant d’annoter. les travaux de Jacquemin. la « vague XML » a entraîné une meilleure structuration interne des gros documents. en vertu de la grande taille des corpus qu’ils considèrent et de leur positionnement spéci quement InfoViz. Ces auteurs soulignent l ’existence de deux tendances complémentaires dans l’évolution des corpus documentaires numériques : d ’une part.

manipulation et restitution des connaissances doit. Il s ’agit donc de proposer des modalités de marquage et de quali cation des contenus non textuels (ou d ’une image) qui dynamisent leur appropriation critique sans susciter chez le lecteur l ’idée d ’une « transcription manquante ». de segmentation et de ré-agencement des contenus non textuels. Par ailleurs. Avec l’avènement aux premières heures du Moyen Âge de la lecture visant la compréhension. difficilement articulables et trop souvent destinés à la composition nale des documents ou à la manipulation matérielle des contenus plutôt qu’au travail sur les idées. selon ses compétences ou sa curiosité.44 C II II.3.3) où des contenus hétérogènes peuvent être articulés avec une exibilité sans précédent (notre annexe historique B met en lumière les différents moments de la « résistance articulatoire documentaire » liée aux propriétés des supports auxquels l’humain a con é sa mémoire). Il résulte donc de ces entretiens que la conduite d ’un projet interprétatif multimédia. il se voit con er la totalité des opérations d’écriture (annotation. Les contraintes matérielles portant sur les capacités d’articulation technique et méthodologique du dispositif de lecture aux autres outils documentaires avec lesquels il doit interagir sont déterminantes pour la bonne conduite du projet interprétatif. »). fortement spécialisés.1. écoutés puis oubliés. capitales pour le déploiement . au mieux. la « perte » évoquée dans les entretiens avec les chercheurs).3. articulation rendue toujours plus exible par plusieurs siècles de tradition écrite. Le numérique apporte alors l ’idée d ’un milieu technique (cf. ainsi que l ’état de l ’art des outils de lecture et écriture multimédias que nous proposons au chapitre III. transcris pour être articulés au milieu textuel dominant. la puissance de manipulation de la forme matérielle des contenus. Les contenus temporels qui ne peuvent être intégrés à la logique spatiale du traitement de texte sont alors.1. II. brouillon. avant de pouvoir donner lieu à un élargissement effectif des horizons intellectuels.1) ont montré que Word (cf. Le pôle « matériel » de cette opposition s ’incarne dans les outils d ’édition . cf B. ainsi. En effet. Or. II. le recours à la transcription. La tension fondamentale de la lecture critique Les entretiens que nous avons conduits avec des chercheurs et chercheuses en sciences humaines et sociales (cf. dépasser certaines contraintes manipulatoires intrinsèques à sa nature matérielle. mais ce dernier « présente le risque d’offrir une quantité de matériel considérable et difficile à exploiter » (il est notamment plus difficile d’effectuer « la cartographie des contenus sémiotiques véhiculés sur le medium. « possède un coût initial […] plus important que celui de l ’enregistrement ». sont incapables de s’intégrer efficacement à l’espace de travail (ainsi.2). Cette exibilité se trouve alors contrariée par l ’intrusion dans l ’horizon du lettré de documents non textuels. d ’une part. chacun convoque. I. écriture « nale »). ou. Les entretiens. faute de pouvoir béné cier des techniques textuelles. qui. mettent en lumière ce que nous quali ons de tension fondamentale de la lecture critique.1.1. des logiciels tels que Photoshop ou Audacity sont utilisés au-delà de leur contexte esthétique et technique initial car ils sont les seuls à proposer des fonctions de marquage. leur souplesse d ’articulation gouvernée par des relations critiques qui font sens pour le lecteur.1.4) est utilisé comme milieu d ’articulation à la fois intersémiotique — en cela qu’il permet de mettre bout à bout des contenus spatiaux divers (textuels et graphiques) — et critique — en tant qu ’outil documentaire le plus répandu et le mieux maîtrisé. qui suppose une forte articulation entre les contenus mobilisés. II. existant entre.5. simplement ignorés. nous dit Zacklad (Z 2004). le dictaphone et la visionneuse de micro lms restent hermétiques aux opérations textuelles traditionnelles. et d’autre part. Maîtriser la matérialité des contenus Tout support de stockage.1. relève du pur « artisanat ». cette transcription n ’est pas toujours réalisable (dans le cas des contenus musicaux n’admettant aucune symbolisation graphique équivalent à leur incarnation auditive) ou souhaitable (cf. le système technique de la page écrite fait l’objet de profondes mutations pour permettre l ’articulation du texte aux commentaires prenant place dans son entour immédiat. dans la plupart des cas. des outils disparates.

II. spatialisation…) et des opérations de manipulation matérielle qu’elles appellent (fragmentation.3. De plus. à cette n.2. le rapport au document articule son « exploitation externe » au sein d’un ensemble documentaire (qui peut être personnel.1. structuration. agrégation. non structurés a priori. Une lecture « qualitative » Nous formons l’hypothèse que cette tension ⁶⁷ doit être « résolue » par la constitution d’un modèle numérique opérant comme un milieu d ’articulation matériel et critique des contenus. Du document à l ’environnement II. la possibilité de synchroniser des ressources matérialisant un même contenu spirituel . l’histoire de ces lectures savantes. où la nature matérielle des contenus visés n’est pas un obstacle à leur manipulation critique. L’élément et le système. 2002) : « Many people still prefer paper and pencil during the process not because it provides rich functionality but because it allows them to generate what they want to express in a quite exible manner. Notre travail sur l ’histoire des supports de lecture et d ’écriture (cf.2. « augmentée ». » (J 2001).II. « Tout indique que les Alexandrins ont déployé une correction non destructrice des textes. II. 68. puisque les passages dont ils préconisent la suppression ont été conservés par la tradition manuscrite médiévale. B) nous aidera à la mieux cerner. proposant des modalités de grammatisation des contenus non textuels adéquats à leur exploitation critique.1. Parmi les enjeux notables. on trouve les outils qui visent la représentation du sens. Il s’agit par là de rendre possible la conduite des opérations critiques fondamentales « uni ées » (quali cation. la mise en espace des contenus a n de permettre au lecteur de déployer une posture stratégique (voir infra). mais qui. des systèmes hypertextes traditionnels ou des outils de mind-mapping qui en revendiquent l’héritage et que l’on rencontre fréquemment chez l’« utilisateur ordinaire » souhaitant organiser un ensemble d’idées. »). mise en relation. naturellement dévolue aux outils d’écriture. à une couche critique. L ’approche WYSIWYM ⁶⁸. fournit alors un paradigme fécond pour accueillir une ré exion sur l’assujettissement de la dimension purement matérielle à la dimension fonctionnelle critique. laquelle renvoie à un « ensemble 67.3.1).3. à son « exploitation interne ». ainsi. les scholies rappelant le jugement critique de tel ou tel philologue sur le texte concerné. Le modèle conceptuel générique et extensible que nous proposons (cf.3. citons : la possibilité de structurer. alors quelle est l’organisation de la matière qui est optimale pour la lecture critique ? ». que l’on trouve dans les travaux traitant du passage du support papier au support numérique (par exemple. d’annoter. le matériel documentaire originel ⁶⁹. À l ’opposé. offrant des entités et des comportements pour la réalisation des opérations intellectuelles. publique. Une démarche d’instrumentation d’une lecture critique multimédia se caractérise alors par la manière dont elle négocie cette tension. II. et de taille et d’homogénéité variables) dans lequel il se dé nit par un emplacement logique et matériel. What You See Is What You Mean. Cette articulation serait ainsi la condition d’une lecture « qualitative ».1. de décomposer et recomposer des contenus ordinaires. . évacuent la confrontation avec la matérialité des contenus : il s’agit ici. l’intérieur et l’extérieur Selon Zacklad (Z 2004).2. synchronisation…) sur un matériau documentaire hétérogène. Cette tension s’exprime implicitement lors de l’identi cation de l ’opposition entre « souplesse » et « fonctionnalités ». et non altérer. (Y et al. Remarquons que cette préoccupation n ’est pas née avec le numérique . où se conservait la mémoire de ces différentes interventions critiques. par opposition à la logique WYSIWYG reposant sur la non représentation des relations signi antes à l ’œuvre dans le contenu en faveur de la forme nale destinée à l ’appropriation par autrui. Problématiques et hypothèses 45 du regard critique. 69.2. tels que des chiers son ou image « bruts » . VI) repose alors sur l ’articulation d ’une couche matérielle. par exemple. […] À la transmission du texte s’ajoutait une tradition spéci que. le primat de cette dimension critique sur les manipulations matérielles peut s’adosser au principe opératoire de l’ingénierie documentaire consistant à enrichir. Notre modèle entend ainsi répondre à la question suivante : « Si l ’intelligence est matérielle (cf.

le document n’est jamais considéré comme une entité monadique « sans fenêtre ». La lecture-construction et la souplesse structurelle Lorsqu ’elle vise la constitution d ’un nouveau document. Durant la Renaissance. etc. Les entretiens ont montré que Word est également utilisé comme espace d’exploration.3. qui fournit ainsi des contextes pour la matérialisation des relations critiques (marquage. c ’est-à-dire comme milieu où les idées sont regroupées. regroupement. les contenus s ’inscrivent toujours au sein d’un environnement spatial rami é. Par exemple.3. les marges ⁷¹ fournissent un entour critique au texte contenu dans la page. .2. II. dont la réalisation « demande toujours un investissement signi catif ». et plus généralement. II.1.2. Zacklad souligne que le système d ’orientation exploitant ces liaisons explicites « s’appuie le plus souvent sur un ensemble de ressources […] exploitant un point de vue très particulier ». étudiées et manipulées en vue d’une production critique originale (cf. la vie intellectuelle se fait les marges (cf. Liaisons implicites/Exploitation externe : une succession de feuilles de papiers formant une pile.). II.4. Word assume donc cette double transgression des frontières documentaires : il assure à la fois l ’organisation et l’appréhension synoptique des sous unités prélevées ou produites par le lecteur. boîtes et chemises —. D’autre part. et ce à double titre. ces pratiques visent la création de systèmes d’orientation matérialisant des points de vue singuliers non triviaux sur les contenus considérés. table des matières.46 C II de micro-productions sémiotiques dont le nombre peut être très variable et dont les modalités d’articulation peuvent également être fort diverses ». et leur contextualisation critique (cf.2. En cela qu ’elles déconstruisent et prolongent les liaisons implicites initiales pour bâtir des réseaux de signi cation nouveaux. Ces notions ⁷⁰ nous permettent alors de caractériser l’objectif fondamental des lectures intensives conduites en vue d ’une production critique (destinée ou non à la publication) : par un « effort documentaire ». et par leur intermédiaire est véhiculée la pensée de leurs propriétaires. 71.1). à l’absence de systèmes documentaires critiques personnels tournés vers la notion d’environnement et non uniquement de document (le chapitre d’état de l ’art explore cette proposition plus en profondeur).1. susceptibles de motiver de nouvelles interprétations. qui doivent pouvoir être adressés pour eux-mêmes. dans le cas du support papier. B. Ces observations nous amèneront à discuter le concept de document numérique en le confrontant aux exigences critiques susmentionnées. indexes . mais comme un système d’objets. la lecture critique se fait activité de construction. l’espace du bureau peut accueillir et hiérarchiser les livres et les notes du lecteur — éventuellement organisées dans des trieurs. On peut imputer ce report des fonctions d’organisation sur le traitement de texte aux insuffisances fonctionnelles des systèmes de gestion de chier (absence de gestion des relations sémantiques entre éléments. c ’est-à-dire. Liaisons explicites/exploitation externe : la numérotation des volumes d’une collection . D ’une part. masquage. ces pratiques outrepassent nécessairement les frontières matérielles des documents qu’elles étudient. Liaisons explicites/exploitation interne : l ’accès logique implicite au contenu suivant l ’écriture de la page selon une stratégie narrative .1). Ainsi : Liaisons explicites/exploitation interne : chapitrage. piochant et recomposant des fragments issus d ’horizons divers en fonction d’un objectif interprétatif plus ou 70. logique du « un contenu par chier »). de fragments. et à proposer un modèle conceptuel réalisant les fonctions d ’éclatement et de contextualisation afférentes. le meuble bureau étant lui même installé dans l ’espace de la pièce bureau ou de la bibliothèque. L’annotation est donc l’instrumentation technique de la socialisation du document. de fragmentation et de recomposition textuelle. impossibilité d’adresser une sous portion au sein d’un chier. spatialisation. Cet auteur propose par ailleurs la notion de « liaison explicite » pour quali er les relations sémantiques entre les fragments constituant le document qui « viennent proposer des projets navigationnels a priori plus inattendus » que ceux qui structurent initialement son accès (les « les liaisons implicites »). On trouve par ailleurs dans (Z 2005) des exemples de dispositifs d’orientation documentaire classi és suivant le croisement des deux couples de concepts évoqués. ce surcoût pouvant alors « conférer au document une valeur ajoutée importante ».4) : le livre et ses annotations forment un tout.

Bien que ces 72. qui s’accommodent mal de structures gées.1. ces dimensions étant fortement intriquées dans la lecture-construction. Ces constatations vont à nouveau dans le sens d ’un modèle conceptuel permettant le dépassement des frontières du document. Word est à nouveau.3. II.2. mais. et ne doit donc pas être prescrite en amont. les entretiens (cf.1. sur un va et vient entre des opérations d’analyse (décomposition) et des opérations de synthèse (recomposition).2. la dissolution de sa structure interne et la re-contextualisation de ses constituants.1). Nous ne traitons cependant pas la gestion des aspects temporels de l ’évolution d’un corpus de fragments documentaires. Plus généralement. I. dans sa facette matérielle. L ’environnement documentaire d ’une lecture critique n’est donc pas un cliché instantané. . Problématiques et hypothèses 47 moins établi. II. De tels « objets publiés » gagnent alors à recevoir de nouvelles couches d’écriture pour accueillir la contestation par les pairs (l ’inscription technique de la réfutabilité). Par ailleurs. Les espaces d’exploration ne doivent alors pas être asservis à une logique de mise en page nale. Dans ce cas. écriture. investi de tous les rôles : rassemblement. L’exploitation des relations critiques offertes par le modèle peut alors donner lieu à une transmission des résultats plus proche de la pensée de l’analyste. nous avons vu que l’analyse paradigmatique pratiquée par les musicologues suppose un espace plus souple que celui du tableau. mais un système en évolution constante dans lequel les fragments apparaissent.3) ont montré que la valeur critique des unités prélevées à partir des sources ou produites par le lecteur n ’est pas donnée de manière immanente. ce problème relevant de la GED. a n de préparer la phase de restitution. celui-ci devant pouvoir être agencé avec la plus grande souplesse. pistes.3). brouillon.3) ⁷³. l’environnement pourrait alors être son auto-publication. Nous avançons également l’hypothèse qu ’un tel modèle doit abolir la frontière entre modèle de lecture (orienté annotation) et modèle d’écriture (orienté structuration).1. celles-ci peuvent constituer un « ciment critique » lisible par des outils logiciels tiers a n de contrôler la production d ’objets numériques destinés à la diffusion. Certains lecteurs ont à cet effet souligné l’inadéquation d ’outils reposant sur des formalismes documentaires pour la phase ré exive précédant la phase de production (cf. mais déterminée au moment de leur utilisation. au sein duquel diverses con gurations peuvent être librement éprouvées avant d’être xées sous forme tabulaire. une lecture savante peut s’achever par la publication d’un document original. ébauches. Nous avons notamment évoqué la question de la falsi abilité d ’une analyse paradigmatique par la mise à disponibilité de l’ensemble des faits (fragments.1. Le cheminement critique repose. Ce hiatus donne lieu à des classes d’outils disA tinctes . éléments de contexte) impliqués dans sa réalisation (cf. encore une fois. Cette forme de lecture — que Christian Vandendorpe nomme « lecture ergative » (V 1999) — exige la disponibilité d ’un contexte critique.II. d’un « lieu propre ». disparaissent et se ré-articulent au gré des uctuations interprétatives du lecteur ⁷². Par exemple. l ’aspect « souplesse ». Le passage des uns aux autres ne se faisant pas sans heurts. Préparer la discussion Comme l ’illustre notre chaîne lectoriale (cf.3. II.3.1. et les logiciels de gestion de notes et de mind-mapping. les fragment convoqués dans la réalisation d’une production critique peuvent être stockés en vue d ’une utilisation future. De plus. II. où le lecteur peut librement amener et manipuler ce qu ’il prélève de son environnement documentaire. Il existe une discordance entre le formalisme structurel organisant le contenu d’un document et la souplesse articulatoire requise par la lecture-construction.3. Le processus de construction doit ainsi être dégagé de tout modèle imposant des catégories structurelles ou sémantiques sur le matériau documentaire. Si les différents contextes critiques et couches d’écriture ajoutés aux contenus et dans lesquels se matérialise l ’interprétation du lecteur-auteur sont organisés selon des relations structurelles et hyperdocumentaires explicites. 73. pouvoir être organisés selon ces uctuations interprétatives. L TEX ou Scenari représentent ainsi l ’aspect « formalisme ». comme nous l ’avons dit supra. l’activité analytique exige du lecteur qu’il soit en mesure de faire varier les rapports qui structurent son matériel lectorial a n de faire émerger des con gurations de sens nouvelles. ce qui exige leur autonomie technique. au contraire.

Le « système technique » du papier offre ainsi un ensemble de dispositifs techniques et de méthodes — la mise en page des textes (l’espacement des lignes.3.1.2. lequel se fait toujours plus précis. Nous nous demandons alors quelle « mise en espace » — en généralisant. les conditions de leur représentation spatiale doivent être renégociées pour permettre leur manipulation critique par des lecteurs.3. la lettre. ou dans les « interstices techniques » offerts par la structure matérielle de celui-ci. Cette structure matérielle prescrit par ailleurs des modalités de représentation et de manipulation.4. Cette direction de recherche est motivée par l’évolution historique des supports critiques documentaires (cf.4) . ainsi :  Durant l ’Antiquité grecque apparaissent des repères maillant le texte pour l’articuler à son commentaire. rationalisé et standardisé. le phonogramme. Ainsi.  L’espace du commentaire alentour (les quatre marges) n’aura de cesse d’être optimisé.1 et II. dans le cas du support papier. ce qui suppose le recours à quatre mains pour lire l’ensemble qu’il forment. le geste d’écriture et la pensée s’uni ent : le lecteur-écrivain se saisit de l’espace matériel des inscriptions. Parkes remarque que ce passage de la « mise en mémoire » (la nécessité de mémoriser les textes. l’appréhension de l’espace interne du document ou de l ’espace synoptique de l ’environnement de travail n’est plus spontanée. Nous avons dit supra que.1. L’espace du document À mesure que les contenus prennent de nouvelles formes du fait de la mise en pratique de nouveaux horizons techniques de discrétisation — que Stiegler nomme « les stades de la discrétisation » . (S 2005) —. le milieu numérique.3. B. mais les deux restent matériellement éclatés sur des rouleaux de papyrus distincts.3. à partir du XII siècle. II. les marges accueillent la glose. nous avons exposé deux axes de recherche relatifs aux modalités d’articulation des ressources numériques multimédias requises par la lecture critique. et participe ainsi de ce que Malcolm Parkes appelle la « grammaire de la lisibilité » (P 2001) (cf. nous explorerons deux cas de mise à disponibilité du processus critique dans les expériences détaillées au chapitre VIII. etc. l ’activité intellectuelle du lecteur ne peut être envisagée sans l ’espace des marges autour du texte et l ’espace du bureau autour des documents. la disposition des marges).3. II. la typographie.48 C II aspects ne relèvent pas directement du cœur de notre contribution.3.4). et doit être reconstruite . il s’agit alors pour nous de proposer une nouvelle « grammaire de la lisibilité » pour l’espace critique des documents non textuels. faute de disposer d ’un système technique suffisamment performant et sûr pour conserver les textes) à la « mise en page » a permis d ’aborder des textes plus complexes.4. structuré. les support d’enregistrement et de restitution étant ici confondus. l ’idée de « mise en page » à l’espace informatique — est-elle adéquate aux opérations de lectures et aux types de contenus abordés par notre travail. le « cinématogramme ». et le format relié optimise le mouvement main/œil. Les espaces de la critique Dans les sections II. B. la spatialisation et l’organisation des feuilles… — qui permettent d ’appréhender les contenus graphiques ou d’inscrire l’interprétation dans l’espace qui les accueille. . Avec le numérique. et dispose d’une large palette de variations typodispositionnelles pour articuler la source à son commentaire.  Avec le codex. Nous complétons ici cette dimension par des directions prenant en compte les aspects spatiaux et perceptuels de cette activité.1. par là.

la prévision des tâches interprétatives à effectuer et l ’articulation des différentes phases de la lecture. La « grammaire de la lisibilité » précédemment mentionnée relève ainsi de la facette « concentration » lorsqu’elle renvoie à l ’organisation de l ’espace intradocumentaire. le temps de la lecture (le passage d’un document à l’autre. Le pôle « orientation » renvoie aux opérations qui ne sont pas à proprement parler des opérations de lecture en tant que corps à corps avec un document. Le pôle « concentration » renvoie quant à lui aux actions supposant un engagement dans la matérialité du document. la maîtrise de l’environnement de lecture suppose que le lecteur puisse se saisir des espaces dans lesquels ces contenus sont articulés.3. ne peut en effet se déployer que par la « vision simultanée » des éléments issus de cette découpe (D 2004a) nement combinée à une attention soutenue portée à chaque élément pris pour lui-même. malgré l ’indéniable apport qu ’ils pourraient constituer pour toutes sortes d’outils documentaires critiques. Pour exemples : (L`  2002) distingue les « systèmes d’exploitation d’espaces documentaires (organisation) » et les systèmes d ’exploitation « de documents (marquage. Problématiques et hypothèses 49 II. fragmentés et recomposés. 74. notre chapitre d’état de l’art consacre une section à l’étude des principes théoriques et techniques à l’œuvre dans les systèmes se réclamant de l’héritage scienti que des hypertextes spatiaux ⁷⁴. article princeps du champ des hypertextes spatiaux.II. Elle suppose donc un rapport stratégique à l ’environnement documentaire. comme décomposition. comme découpage en morceaux.3. personnels ou coopératifs. c’est-à-dire à une lecture active et approfondie. corollaire de la stratégie. en faisant abstraction du contexte dans lequel il a été identi é. La facette orientation est à l ’œuvre dans l ’organisation et la gestion des rapports entre les contenus impliqués. L’espace des documents : critique et synoptique La multiplicité des fragments mis en jeu dans l ’activité critique appelle la notion de recul. (A et V D 1972) opposent « synoptical reading » — compréhension approfondie d’un sujet par lecture de multiples documents — et « analytical reading » — lecture approfondie d’un document. l ’organisation des différentes tâches) devant être maîtrisé par une organisation spatiale efficace. les concepts avancés par les auteurs restent enclos dans des projets de recherche s ’adressant à des contextes de pratiques très spéci ques. De même que la manipulation critique des contenus exige un parfait contrôle sur leurs modalités de discrétisation.3. L’analyse. et de la facette « orientation » lorsqu’elle renvoie à l’organisation de l’espace interdocumentaire. annotation) » . mais qui contribuent à sa mise en place et à sa contextualisation. Attentif à la dimension perceptuelle et à la maîtrise de l ’environnement de lecture par le lecteur. . de surplomb. Dans la littérature. complétée par l’étude de différents paradigmes d’interface pour une lecture-concentration critique portant sur des contenus non textuels. et les recon gurer librement. Quinze années après la publication de (M et S 1995). Nous avançons alors l ’hypothèse que l ’efficacité d ’une lecture intensive — en tant que lecture de compréhension et lecture inscrite dans un environnement documentaire complexe et composite — est conditionnée par la souplesse avec laquelle le lecteur peut basculer entre les deux modalités de rapport aux documents constituées par les pôles « orientation » et « concentration ». Toute structure spatiale et logique convoquée dans une activité documentaire relève de ce pôle orientation.2. comme condition irréfragable de leur maîtrise : c ’est la « pulsion scopique » de Michel de Certeau. cette binarité est fréquemment évoquée de manière implicite. Il s’agit alors de construire un dispositif d ’organisation pour la lecture critique qui puisse assister le lecteur dans la perception des relations interdocumentaires et faciliter son passage à l ’étude intradocumentaire. Nous proposons de discerner deux composantes de cette pulsion à l’œuvre dans la lecture critique : une pulsion d ’orientation et une pulsion de concentration.

.

sont en effet des préoccupations récurrentes pour plusieurs équipes de recherche de par le monde. s’articulent également à des pratiques d ’écriture.1.1. et aucun état de l’art des dispositifs de lecture intensive. Ces pratiques de lecture qui. comme nous l’avons vu. dans son acception la plus large. D    La lecture encombre la mémoire et empêche de penser. de telles problématiques doivent tenir compte d’une double exigence. I III. W. ne sont cependant pas absentes de la littérature des sciences et techniques informatiques. Un état des arts La constatation selon laquelle les opérations critiques visant des contenus multimédias ne disposent d’aucun outillage efficace auquel s ’adosser constitue le ressort primordial de notre travail. D’une part. ce dont s ’efforcera de rendre compte le présent chapitre.1. du moins en ces termes précis.51 CHAPITRE III É   ’    La lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés. Comme nous l’avons montré en introduction de ce mémoire. sinon de manière consistante. savante et critique multimédia ne peut être dressé. D. . L    III. Les questions relatives à la conception de dispositifs servant le travail critique multimédia.

I. l’instrumentation de la lecture intensive multimédia se disperse au travers du prisme disciplinaire des sciences informatiques en une multitude de sous-problèmes traités indépendamment dans des domaines de connaissance distincts. Vannevar Bush. tels que Vannevar Bush. de lecture purement consultative. nous étudierons une collection d’approches et contributions théoriques et techniques locales — c’est-à-dire propres à un ou plusieurs aspects identi és de l ’activité de lecture intensive personnelle multimédia — principalement issues de l’ingénierie documentaire et du champ des systèmes hypertextes. elle suppose la combinaison de plusieurs approches informatiques. pionnier de la lecture hypermédia ? Avant d ’étudier les approches théoriques et les dispositifs informatiques contemporains qui entretiennent un rapport direct avec les activités lectoriales visées par ce mémoire. l’informatique a également admis dans ses rangs des travaux qui ne sauraient se laisser entièrement capter par ce crible disciplinaire. etc. de fragmentation. III. il faut que le domaine auquel ils se rattachent soit en mesure de circonscrire clairement son champ d’investigation et les verrous qui le structurent. sans relever exclusivement de telle ou telle communauté disciplinaire.1). Or. n ’en n ’ont pas moins imprimé de manière durable la science informatique prise dans sa globalité. Il en sera de même pour la vidéo. Ainsi en est-il de bien des travaux des pionniers de l’informatique. En n. il nous faut nous rendre sensibles à une pluralité d ’approches autant scienti ques et théoriques — a n de collecter. puisque la question de l ’activité documentaire critique personnelle ne renvoie pas à un domaine informatique unique. Ce découpage s ’est opéré par la force des choses . Toutefois. structurer et faire dialoguer les différents concepts susceptibles de prendre part à l’édi cation d’un cadre théorique adéquat à notre projet — que technologiques — pour savoir positionner nos réalisations par rapport aux divers dispositifs existants et identi er les points d ’articulations possibles. une section spéci que sera consacrée aux outils informatiques que l’on rencontre parfois entre les mains des musicologues les plus progressistes. de prise de notes. ni à la seule conception d ’interfaces adéquates. hypermédias et hypertextes spatiaux. de structuration. Ted Nelson ou Douglas Engelbart.2. Ainsi. L’informatique est une science extrêmement jeune. ni encore à une problématique spéci quement hypertextuelle ou hypermédia. techniques et méthodologiques puissent évoluer. sans pouvoir se réduire à aucune d ’entre elles. Elle obéit principalement à un découpage en unités disciplinaires. cette activité repose sur l ’entremêlement d ’opérations d’annotation. basé sur la distinction entre ses diverses modalités techniques. travaux qui. D’autre part. Remarquons néanmoins que la volonté de déployer une vision globale sur un pan complet d’une activité humaine et de fédérer différents savoirs et savoir-faire informatiques se trouve incarnée dans des conférences . d ’agencement. plus ou moins closes sur elles-mêmes. Dans ce chapitre. qui fait également l ’objet de travaux poursuivant des objectifs proches et avançant des concepts utiles pour d ’autres formes de pratiques lectoriales intensives et pour le traitement d’autres médias. de recombinaison.3. Nous aborderons autant les concepts ayant trait à la modélisation conceptuelle des contenus que les fonctionnalités de manipulation proposées à l ’utilisateur et les paradigmes d’interaction humain-machine sur lesquels celles-ci reposent. et dont les frontières et découpages épistémiques internes ne cessent de se redessiner à mesure que les interactions qu ’elle entretient avec les autres disciplines plus établies et les usages que lui expose la société se déploient et s’affermissent. Si les outils sonores et graphiques seront considérés en premier lieu.52 C III comme l ’activité critique ne peut être ramenée ni à une pure question de modélisation documentaire.1. découpage dont témoignent les arborescences de mots clefs couramment utilisées pour catégoriser les articles soumis aux conférences savantes. leur primauté historique et la domination qu’ils exercent sur le paysage documentaire ayant suscité bon nombre de travaux relatifs aux conditions de leur exploitation critique. il nous semble nécessaire de rappeler le contexte scienti que et technique duquel ils procèdent directement. les outils textuels jouiront d’une place non moins centrale. loin de constituer une question uni ée abordée pour elle-même et dans la multiplicité des opérations techniques qu’elle suppose. pour que les savoirs et savoir-faire scienti ques. (cf.

comme ce fût le cas pour les sciences de l’information et de la communication dans la seconde moitié du vingtième siècle. qui ne sera découvert que trois ans plus tard. Cette tension est par exemple à l ’œuvre dans le champ des interfaces humain-machine. En 1945 parait son célèbre article. L’article s’ouvre sur la question suivante : après une quasi-décennie passée à mettre de côté toute forme de compétition scienti que et à mobiliser leurs ressources intellectuelles pour concevoir des instruments de mort : « What are the scientists to do next ? ». sons ou vidéos. conséquemment. alors que la somme de connaissance a explosé. Et si cette branche du savoir existait.2. la sociologie… Selon cette idée. alors à la tête de l’Office of Scienti c Research and Development. a coordonné les recherches de plusieurs milliers de savants participant à l’effort de guerre. au l des différentes secousses sismiques qui ont. voir aussi IV. et non purement disciplinaires. il devient toujours plus intenable de déployer une vision globale de sa discipline . Bush aborde donc la problématique des modalités techniques d ’une lecture intensive. Bush remarque que cette quête de pertinence se trouve étouffée par des dispositifs de recherche et d’exploitation de l’information scienti que relevant d ’un autre âge (« e summation of human experience is being expanded at a prodigious rate. l ’extrême spécialisation s ’impose de fait à qui prétend à la pertinence ou à l ’innovation. dans lequel il expose les fondements d’un dispositif documentaire personnel imaginaire reposant sur l’instrumentation critique d’une banque de micro lms contenant textes. un inspirateur primordial. Sous l ’étendard informatique se trouvent en effet regroupés autant les chercheurs et chercheuses qui se spécialisent dans un aspect délimité du fonctionnement des machines (matérielles ou logicielles) que ceux et celles qui articulent les ressources informatiques au service de l’instrumentation d’une classe de pratiques humaines ou d’une modalité d ’appropriation technique particulière. et des usages autres que le pur calcul scientique appartiennent encore au registre de la science.ction. l’informatique n’en n’est alors qu ’à ses premiers balbutiements. comme condition primordiale de la maîtrise critique d’une production documentaire toujours plus abondante. and the means we use for threading through the consequent maze to the momentarily important item is the same as was used in the days of square-rigged ships »).1. comme nous allons le voir. Il n ’est pas non plus interdit de penser que ces dernières peuvent prétendre à une forme d ’autonomie épistémologique. la psychologie expérimentale. en partant du fait que l’outillage de cette lecture n’a pas évolué depuis l’époque des « voiliers à gréement carré ». Vannevar Bush. L’assise de la ré exion 75. la sémiologie. constituerait certainement une consistance thématique susceptible de faire l’objet d’une science à part entière. mais également (de manière égale) les sciences cognitives.1. d ’enregistrement et de manipulation des idées qui permettent de faire subsister le savoir acquis par l ’individu au-delà de sa mort physique et ainsi d’en faire béné cier l’espèce ⁷⁵ . quoique posthume.III. L ’absence de transistor. celles-ci peuvent se tourner vers l’amélioration des capacités de communication. ces quelques soixante dernières années. C ’est ce que Bernard Stiegler appelle la mémoire épiphylogénétique. la question de l’activité de production ou d’appropriation documentaire personnelle a. alors Vannevar Bush en serait certainement. . Bush adosse cette interrogation au questionnement plus global des directions successives qu’emprunte l’avancée scientique à mesure que les sociétés humaines se développent . As we may think (B 1945). L’auteur enracine son article dans une critique de la situation scriptoriale et lectoriale de la communauté scienti que : la production littéraire savante ne cessant de croître. L ’exercice est purement spéculatif . Il n’est alors pas déraisonnable de parier sur le fait que le découpage disciplinaire par rapport auquel chaque chercheur doit savoir se positionner a n d ’être lisible connaîtra quelques bouleversements dans un futur proche. dont l’avancée scienti que implique bien entendu l ’informatique. dont le nombre et la diversité de propos ne cessent de croître. et la sphère des pratiques documentaires des lettrés n’a pas encore été pénétrée par l’ordinateur. Durant le con it ayant opposé les Alliés aux forces de l’Axe. rend en effet impensable la notion même de micro-ordinateur individuel. Considérant cette question sous le prisme de l’activité documentaire du chercheur.1. Introduction 53 thématiques. une fois la survie dans l’environnement assurée par les moyens conjugués des sciences et des techniques. fraîchement émancipées du tronc de la linguistique et de la sémiologie et organisées autour d ’un objet d ’étude commun. animé et recon guré le « continent de savoir » informatique (selon le terme de Michel Foucault). images.

accueillant la description du memex. Là où les grecs assignaient aux esclaves les tâches documentaires ingrates que le niveau technologique d ’alors ne permettait pas d’alléger par le recours à des dispositifs machiniques. et avec lesquels devrait nécessairement composer tout dispositif documentaire. la première moitié du siècle dernier relègue encore aux femmes la multitude d ’opérations purement techniques visant à combler le manque d’automatisation des premières machines de traitement et de diffusion de l ’information. dont la miniaturisation et le mécanisme de projection optique constituent des caractéristiques intéressantes pour un dispositif de lecture efficace. one needs not only to make and store a record but also be able to consult it. and this aspect of the matter comes later. we now push a pencil or tap a typewriter. en comes the process of digestion and correction. by talking to a stenographer or a wax cylinder . disciplines pour lesquelles il constitue une sorte de technomythe fondateur. » Bush déploie également d ’importants efforts pour imaginer des usages nouveaux du support micro lm. à l’imprimé. images et sons. une feuille ne peut se trouver qu ’à un endroit à la fois. Bush questionne alors les modalités d ’inscription de la connaissance. À l ’issue de cette première moitié de vingtième siècle. of course. l’enregistrement des connaissances s’effectue principalement par le recours à l’écrit. Cette étude occupe un peu moins de 20% de l ’article. on pourra consulter (J 2005)). is not enough . L ’absence de support de stockage et d’accès universel (c’est-à-dire.54 C III technique qu ’il déploie dans l ’article est constituée par la question de la manipulation des supports matériels d’enregistrement. proportion qui témoigne bien de la nécessité de comprendre les conditions matérielles de stockage de l ’information pour être à même d’en proposer une instrumentation efficace. sans pour autant que son cœur théorique s’en trouve invalidé. à la photographie. ce que nous offre le numérique) pousse Bush à étudier les propriétés des supports analogiques qui lui sont contemporains. printing. Au stockage nécessairement hiérarchique de l’information physique (à moins d’être physiquement dupliquée. les conditions d ’appropriation de ces supports étant déterminantes pour l’exploitation scienti que de leur contenu (« A record. a n d’accroître la rapidité des opérations documentaires de browsing et d’extraction des informations pertinentes par rapport aux supports de l ’écrit traditionnels. and distribution. ce qui l’amène à s’interroger sur la pérennité de l ’écrit par rapport aux supports contemporains permettant l’enregistrement d’images et de sons que sont les micro lms ⁷⁶ : « To make the record. Cette spéculation sur l ’usage des supports contemporains débouche alors sur le dernier tiers de l’article. Toutefois. and will deliver sheets of computed results every few minutes. par exemple dans une imbrication de dossiers et de 76. if it is to be used to science. Ce fait s’incarne notamment dans la gure de la demoiselle du téléphone. fameux et chimérique dispositif documentaire personnel proto-hypermédia qui devait assurer à son inventeur bien des citations de la part de chercheurs en hypertextes/hypermédias. Avec la généralisation du numérique. ») ou de nourrir un supercalculateur (« One of them will take instructions and data from a roomful of girls armed with simple keyboard punches. susceptible d’enregistrer indifféremment textes. ingénierie documentaire et interaction humain-machine. le micro lm autorisant le stockage de millions de volumes dans l’espace du bureau et le zoom est consubstantiel à son procédé de projection. and above all it must be consulted »). followed by an intricate process of typesetting. must be continuously extended. pour la télécopie) et de la microphotographie. à qui incombait ce rôle peu grati ant d ’interface avec une technologique naissante et symboliquement dévaluée par rapport au télégraphe (sur cette question. will the author of the future cease writing by hand or typewriter and talk directly to the record ? He does so indirectly. Il effectue donc une revue des propriétés physiques et usages possibles de la photographie (par exemple. . au lm ou encore au disque de cire. Le premier aspect considéré par l’auteur concerne le processus de sélection de l’information. »). Bush remarque que : « [m]ere compression. Even the modern great library is not generally consulted . ». but the elements are all present if he wishes to have his talk directly produce a typed record. To consider the rst stage of the procedure. it is nibbled at by a few. it must be stored. L ’article poursuit sur une étude de différents dispositifs socio-techniques impliquant des « girls » (sic) chargées de transcrire la parole d ’orateurs (« A girl strokes its keys languidly and looks about the room and sometimes at the speaker with a disquieting gaze. le volet technologique de cette ré exion deviendra caduque.

III. qui doit alors dé nir un code pour nommer l ’association naissante. et un bouton est spéci quement dédié au retour à la première page de celui qui est en cours d’étude (pré gurant ainsi notre bouton home).1. si ce dispositif aurait pu en partie être réalisé à l’époque de l’article. ce processus nous est désormais familier : « On de ecting one of these levers to the right he runs through the book before him. Un dispositif servant des opérations de sélection d’informations devrait ainsi reposer non sur un processus d ’indexation. Il est de plus possible d’associer plusieurs documents à une « trail » pour ainsi former des agrégats documentaires thématiques. current periodicals. Bush attribue alors le nom de memex à un tel dispositif : « A memex is a device in which an individual stores all his books. 78. une externalisation instrumentée des facultés mémorielles corporelles). If he de ects it further to the right. Bush oppose le fonctionnement de l’esprit humain. » Faute de miniaturisation électronique. Un levier assure le grignotage au sein du livre ainsi projeté . Nous garderons le vocable choisi par Bush . a n que l ’utilisateur puisse librement y entrer de nouveaux documents. Bush insiste sur la forte capacité de cette mémoire. de plus. n’offre peut-être pas toute la richesse sémantique du terme anglais. sa traduction la plus immédiate. and communications. auxquels peuvent également prendre part des notes personnelles. des fonctions de glose étant constamment disponibles. Une partie de ce bureau est dédiée au stockage de documents sur micro lms. « piste ». la machine pourrait néanmoins se révéler nettement supérieur en termes de persistance des données par l’usage de supports moins volatiles (le memex est donc avant tout une extension de la mémoire. he steps through the book 10 pages at a time . Le dernier mouvement de l ’article expose quelques ré exions sur les recon gurations que pourraient connaître les pratiques socio-documentaires suite à la généralisation de l’usage du memex et de son mécanisme de 77. celle-ci n ’ayant effectivement eu lieu que suite à la réduction globale des coûts permise par le numérique. De telles modalités de stockage de l ’information supposent que les contenus quotidiennement consultés par l’utilisateurs (« [b]ooks of all sorts. par sauts instantanés dans un « web of trails ». le contexte social. La consultation s ’opère par la saisie au clavier d’un identi ant. dont la mémorisation (déclenchée par un levier) est assurée par une impression photographique sur un espace vierge dans le lm faisant office de mémoire de masse. photographs. and which is mechanized so that it may be consulted with exceeding speed and exibility. les contenus connectés sont instantanément invoqués. qui donne lieu à la projection du document recherché (il est possible de mémoriser les codes des contenus les plus fréquemment demandés). De ection to the left gives him the same control backwards. qui opère par associations. records. La surface du memex est destinée à recevoir « longhands notes. Lorsqu’il entreprend de construire une « trail » ⁷⁸. Quand un document contenant des association est consulté. économique et technique n ’était sans doute pas prêt à opérer une standardisation massive des contenants. newspapers ») soient disponibles au format du memex . Bush ne peut s ’extraire du modèle du bureau traditionnel pour donner une forme à son memex. It is an enlarged intimate supplement to his memory. Après avoir exposé les grandes lignes de l ’ergonomie de consultation du memex. all sort of things ». Plusieurs ouvrages peuvent être simultanément consultés. . pictures. Bush s’affaire à décrire le mécanisme d ’association en lequel réside son caractère résolument innovant. memoranda. les documents contenant les zones à mettre en relation sont exposés simultanément à l’utilisateur. dont la lecture est assurée par un ensemble d ’écran translucides contrôlés par un clavier et un ensemble de boutons et leviers ⁷⁷. lequel est destiné à être stocké dans la liste des codes des documents fréquemment consultés pour en faciliter l’usage futur. each page in turn being projected at a speed which just allows a recognizing glance at each. Introduction 55 sous-dossiers classés alphabétiquement). sans prétendre à la vitesse à laquelle le cerveau humain suit ces « associative trails ». mais d’association . ce qui assure une navigation multidocumentaire plus efficace que le parcours d’étagères. ». still further at 100 pages at a time.

and runs rapidly through analogous case histories. Néanmoins. Pour chacun de ces différents points. Ainsi. Le concept de « trail » proposé par Bush a une quadruple fonction :  Opérateur de mise en relation hypertextuelle.  Opérateur d ’articulation entre documents ou extraits documentaires issus d’un corpus et annotations personnelles. à l ’heure où l’informatique a rendu possible chacune des opérations énoncées dans l ’article prises pour elles-mêmes. l ’articulation imaginée par Bush en 1945 des caractéristiques listées supra constitue encore en 2010 un horizon à atteindre pour les dispositifs hyperdocumentaires utilitaires génériques personnels. Si le numérique est allé bien au-delà de ce que permettaient les supports du milieu du XX siècle en termes de stockage et de manipulation. la consultation et l’appropriation des connaissances.56 C III « trails ». Malgré la complète obsolescence des paradigmes technologiques dans lesquels il s’inscrit et le fait qu’il ne soit pas une machine de lecture savante proprement dite mais une machine de consultation extensive (il est avant tout question de 79. et ce dans la variété des opérations qui la fonde. brouillons ou notes donnant lieu à une rédaction). celles-ci pouvant être associées à une zone identi ée d’un document (annotation classique) ou intégrées au corpus en tant qu’entités documentaires autonomes (typiquement. où le contenu utilisé n ’est pas gé pour être archivé. and consults the record of the race. a joué le rôle de catalyseur. De plus. le memex idéel n’a jamais été techniquement réalisé. et si l ’on dénombre désormais des dispositifs documentaires spéci ques métiers (spécialisés) affichant une grande maturité conceptuelle. semble avoir été sacri ée sur l’autel de la spécialisation technico-scienti que. connaissances et informations constituent des faits techniques que l ’on rencontre fréquemment dans nos systèmes documentaires informatiques contemporains. stores. la volonté de prendre du recul par rapport aux technologies de pointe pour envisager les fondements techniques et cognitifs d’une pratique humaine aussi générale que la recherche. »  . ». strikes the trail established in studying an earlier similar case. mais indexé selon les différents usages qui en ont été faits pour favoriser sa réutilisation et son enrichissement. permettant de se replonger dans un projet lectorial passé a n de le prolonger en l’enrichissant.  Opérateur de captation des rami cations du processus interprétatif à long terme. Bush pose ici implicitement l ’idée de mémoire documentaire vivante (vivante car instrumentée). et explore quelques pistes d ’interaction humain-machine mobilisant l’électro-encéphalographie. dont nous rapportons le cas d’usage médical : « e physician. l’articulation lecture/écriture. Bush donne plusieurs illustrations de cette idée. la possibilité de matérialiser des relations sémantiques pour indexer et manipuler plus efficacement les données ou encore le partage social des documents. Le dispositif imaginé par Bush permettant l’enregistrement d’expériences documentaires idiomatiques effectuées sur des corpus délimités. comme réseau documentaire mondial. le Web. il pourrait donner lieu à la constitution d’encyclopédies innervées des parcours et annotations de multiples lecteurs qui béné cieraient ainsi chacun de l’expertise des autres ⁷⁹. ergonomique et technologique. La machinisation des relations hypertextuelles est depuis au moins deux décennies un acquis technique dont tous les dispositifs informationnels informatiques sont dotés. puzzled by its patient’s reactions. ce que Bush ne pouvait sans doute pas prévoir (les « trails » doivent encore être physiquement dupliquées en vue d’être échangées. with side references to the classics for the pertinent anatomy and histology. ainsi qu ’il en était des disquettes magnétiques avant l’irruption d’Internet dans le quotidien des usagers de l’informatique). Rappelons que le souci de Bush est l ’optimisation des modes de transmission et de consultation du savoir au plus haut niveau envisageable : « us the science may implement the ways in which man produces.  Opérateur de structuration/construction (par agrégation) de nouvelles entités documentaires composites.

Pourtant. Au cours de la pénultième décennie. le temps de conduite à bord d’une automobile ne serait qu’un temps mort pour la ré exion sans moyen de capter la parole. « trails »). . O III. les auteurs ont mené une série d ’entretiens visant à expliciter les fonctions utilisées et les frustrations rencontrées dans le maniement de tels appareils ainsi que le devenir et les modalités d’une éventuelle exploitation des enregistrements réalisés.2. Il ressort de cette enquête que la force du dictaphone réside en premier lieu dans sa capacité de captation d ’une performance orale lorsque les auditeurs ne peuvent pleinement se livrer à une activité d ’écriture : un cours magistral peut exiger une attention si soutenue que la prise de note interférerait avec la bonne compréhension du message. Dans ces situations. III. 1992) Prenant acte de l ’important taux de pénétration des enregistreurs personnels analogiques dans les pratiques ordinaires. favorise la captation spontanée des idées lors d’entretiens ou de réunions. nous allons ainsi passer en revue certains de ces travaux qui. l ’audio a pris une place toujours plus importante dans le quotidien des travailleurs intellectuels par le biais de matériels analogiques désormais ables. Degen. ainsi que toute forme de commentaire ou de prise de notes pour soi ou pour autrui. le dictaphone crée une continuité entre entre les différents lieux de travail des idées. des travaux en interaction humain-machine ont proposé des modalités d’articulation de ces appareils à des dispositifs informatiques. Parallèlement.). si la parole de l ’orateur est exactement enregistrée.2. A n de proposer une instrumentation technique adéquate à la manière dont les utilisateurs de dictaphones « may want to work with audio data » (ibid. l ’accroissement de la rapidité des transferts de données sur le Web et de la capacité de stockages des mémoires de masse (ainsi que la miniaturisation de celles-ci) ont donné lieu à des usages encore impensables à la n du siècle dernier. Néanmoins. mais que les ordinateurs de bureaux y demeurent hermétiques. ceux où elles jaillissent n’offrant pas nécessairement la même liberté ou le même confort scriptural que le bureau. sans viser un cadre instrumental purement logiciel. du fait de son caractère informel. articulation à laquelle ceux-ci sont a priori rétifs du fait de l’hétérogénéité de supports. Apprivoiser un média rétif L’audionumérique a atteint depuis plusieurs années une certaine maturité technique. ou encore. Le dictaphone augmenté (D et al. 1992) partent de la constatation que la voix est omniprésente dans les tâches quotidiennes de communication.2.III. annotation ou structuration de l ’audio. la parole vivante est un moyen d’expression riche et expressif qui. portables et peu coûteux. Bien que l ’absence d’explication quant aux modalités exactes du passage d’une connaissance élaborée localement à une connaissance partagée globalement constituent indéniablement le manque le plus signi catif dans l’article de Bush. tant dans ses formats et algorithmes de compression que dans l ’ergonomie et les fonctions des dispositifs matériels qui en permettent la consultation. alors que ces technologies étaient encore naissantes. l’annotation en cours d’enregistrement est impossible. ont néanmoins posé des jalons théoriques fondamentaux quant aux modalités de représentation. Des chercheurs ont alors proposé des dispositifs informatiques originaux a n de maîtriser cette irruption d’un média purement temporel dans le monde documentaire alors dominé par la raison graphique et d’articuler le son aux pratiques traditionnelles. Dans ce premier temps de notre état de l’art consacré aux outils d’appropriation de documents sonores. et.1. la pensée de l’auditeur 80. Mande et Salomon (D et al. Outils sonores 57 s’approprier efficacement un corpus de savoirs d ’échelle potentiellement mondiale ⁸⁰) augmentée par des fonctionnalités de lecture intensive (annotation. le memex gagne donc la prime place en cet état de l’art scienti que.

rend possible un accès aléatoire au ux temporel. et de possibilité d’avance et de retour rapide exploitant un algorithme de time-stretching préservant la hauteur de la voix malgré l’augmentation ou la diminution de la vitesse de lecture. auxquels le preneur de son peut associer une signi cation (signet audio. les utilisateurs font majoritairement appel aux outils de bureautique traditionnelle pour les tâches de transcription — qui demeure une étape nécessaire si le contenu sonore doit être articulé à une activité de production documentaire —. les utilisateurs sont contraints de faire un usage intensif du compteur et des fonctions d’avance et retour rapide. cf. 1992). Les auteurs présentent un singulier dispositif hybride. Les sujets ayant utilisé le dispositif ont principalement déploré. Les auteurs remarquent avec étonnement que si cette modalité d’interaction est plus efficace qu ’une série de boutons dédiés. constitué d’un enregistreur personnel analogique permettant de marquer un ux audio en cours d ’enregistrement et d’une application logicielle de navigation dans les ux ainsi captés et balisés. Dans le cas précis de cette application audio. Le dictaphone traditionnel se voit adjoindre deux boutons étiquetés « mark » et « stamp » facilement accessibles. les utilisateurs ont pourtant réclamé le retour ce ces boutons classiques. marqueur « to do ». L ’outil obéit aux principes de la manipulation directe. parce qu’elle repose sur une représentation graphique du ux sur laquelle les impulsions sonores correspondant aux pressions sur les deux boutons susmentionnés sont traduites en marqueurs graphiques verticaux lors du processus de transfert. d ’orientation et de marquage de la bande analogique . ce qui rend parfois le message inintelligible.1) qui. Nous dirons qu ’il se fait alors « preneur de sens »). gure III. F III. En ce qui concerne l’exploitation du matériel enregistré. la variation de la vitesse de dé lement de la bande provoque une altération de la hauteur du son enregistré. sans doute du fait de l ’habitude. La bande résultante peut alors être exploitée par une application logicielle (SoundBrowser.1. et nuit à l ’efficacité de la navigation. ces principes se traduisent notamment par l’absence de bouton « play » et de boutons de navigation en faveur d’une représentation graphique de la forme d’onde sur laquelle un clic déclenche la lecture à partir du timecode correspondant dans le ux. etc. et ne nécessitent pas le recours à des « objets d’interface » pour être manipulés (B-L 1999b). : Vue SoundBrowser (D et al. car plus rapide. les marqueurs et les autres données visées par l ’utilisateur) sont interactifs. il est en effet très malaisé de retrouver une idée précise au sein de l’heure et demie d’enregistrement permise. . Faute de disposer d ’un accès aléatoire servi par une représentation graphique du ux. son comportement pouvait être reproduit par un clic accompagné du déplacement vertical de la souris. les appareils n’étant munis que d’un unique compteur de tours dont la remise à zéro provoque l’oubli de l’index précédemment dé ni. Les fonctions de navigation reposent sur la conjonction d’un zoom graphique continu entièrement déclenché à la souris ⁸¹ susceptible d’être déclenché durant la lecture. plus à même de travailler sur la structure et le sens. d’une part. Le dispositif exploite les caractéristiques de la bande stéréo : le premier canal recueille le ux sonore enregistré via un couple de microphones intégrés. c’est-à-dire que les « objets d’intérêt » (la forme d’onde. sur lesquelles reposent donc exclusivement les fonctions d ’orientation et de navigation. Les utilisateurs de dictaphones ont également insisté sur les piètres capacités de navigation.58 C III ne dispose d ’aucun lieu d ’ancrage matériel. l’absence de niveau de zoom global 81. À une époque où la molette n ’existait pas. plus immédiate et moins coûteuse d’un point de vue gestuel et cognitif. ce qui minimise la désorientation de l ’auditeur. et certains d ’entre eux privilégient les outliners. au sens de Shneiderman (S 1983). Or. de brefs pics sonores émis par un générateur de tonalité. et le second.

Les auteurs concluent leur article sur un ensemble d’hypothèses portant sur les possibilités d ’exploitation du mécanisme de marquage (qui constitue en effet le socle technique minimal sur lequel les utilisateurs s’appuient pour conférer du sens au ux capté). elles sont nécessaires pour corriger la différence entre l’instant pertinent repéré par le preneur de son dans le discours de l’orateur et l’instant effectivement désigné par la pression sur un des deux boutons de marquage. et d’autre part. il nous semble plus souple de proposer entre deux et quatre grande catégories de marqueurs disponibles sur le dictaphone et d ’ensuite utiliser les possibilités du logiciel pour affiner la sémantique des moments remarquables ainsi retenus. nous pensons que c’est le segment visé. il n ’y a aucune raison de vouloir en changer. doté d’une facette matérielle qui désigne un instant dans un ux temporel. Si les opérations de création et de suppression des marqueurs ne peuvent être remises en cause. Update.  Filtrage des marqueurs affichés selon leur sémantique. et regroupe telle succession d ’autres segments »). selon l’évolution de la grille interprétative déployée par le lecteur pour appréhender le contenu. quoique performant pour l’époque. délai dont la réduction supposerait un apprentissage instrumental trop conséquent — que fonctionnelles — plutôt que ger un nombre de thèmes maximal par la con guration matérielle d’un outil. 82. le segment expose à l’utilisateur une épaisseur (qui est l ’expression spatiale de la durée relative de son contenu). à la fois pour des raisons ergonomiques — devoir choisir entre une dizaine de boutons physiques exige un temps de ré exion incompatible avec une annotation spontanée en cours d’écoute.III. Dans le cas du dispositif hybride présenté par les auteurs. suppression).  Création de plusieurs boutons sur le dictaphone permettant de distinguer plusieurs thèmes au cours de la prise de son. c ’est-à-dire à la milliseconde à laquelle il s’accroche. le moment où l’orateur amorce une nouvelle phrase et où la forme d ’onde croise l ’axe des niveaux zéro de sorte qu’aucun « plop » ne se fasse entendre si le son est joué à cet instant). dont nous proposons alors un commentaire concis. La possibilité de déplacer un marqueur ne renvoie qu’à son ancrage matériel. . qui doit recevoir l ’action de l’utilisateur. ne permette pas de préserver l’intelligibilité des voix parlées dans des contenus auxquels l’auditeur est étranger au-delà d’un accroissement de 75% de leur vitesse de lecture. plus aisément saisissable et identi able qu ’un trait vertical. Un marqueur est un objet bifront. En effet. Read. — Tout système documentaire appelle de lui-même la nécessité d ’une implantation du principe CRUD ⁸². ajout.2. que l ’algorithme de time-stretching. Outils sonores 59 permettant de se situer dans l ’étendue du ux complet. et d’une facette sémantique qui reçoit l’interprétation de celui qui le dé nit. ce qui constitue un important facteur de désorientation. tant pour faciliter l ’élaboration d ’un marquage thématique varié et expressif que pour en présenter plus aisément la teneur à autrui. La signi cation attachée au marqueur est quant à elle susceptible de changer.  Marqueurs cliquables pour une écoute immédiate de l’instant marqué. — Si la possibilité d’un accès immédiat aux zones par le biais d ’un simple clic est une conséquence évidente du paradigme de la manipulation directe appliqué aux outils audio. Or. les expérimentations ont mis en exergue la nécessité d’un double marquage au sein du ux : les deux boutons physiques du « dictaphone augmenté » ayant été affectés par plusieurs utilisateurs à des opérations de délimitation thématique (« tel segment parle de tel sujet ») et d’organisation hiérarchique des idées (« tel segment correspond à tel moment dans l’argumentaire de l’orateur. Delete sont les quatre opérations de bases relatives à la manipulation de données informatiques. Create. une fois la bonne milliseconde marquée (par exemple. — Cette proposition nous semble problématique. Outre ces critiques. — Cette possibilité semble indispensable.  Édition des marqueurs (déplacement. et non le marqueur. on peut toutefois s’interroger sur le véritable statut des opérations de déplacement.

2001) À une époque où les supports numérique et papier doivent cohabiter. 2001). un support mixte (S et al. Ces travaux reposent sur un ensemble de considérations théoriques relatives aux caractéristiques propres au son enregistré et à l’écriture manuscrite. la simplicité et la spontanéité traditionnellement associées au second. Quelles fonctions sont proposées par ce curieux Audio Netbook ? Alors que l’utilisateur écrit. F III. de collections thématiques. Il s’agirait donc de coupler la familiarité du papier et du crayon aux avantages de l’enregistrement audio. qui se matérialise par exemple dans l’accentuation et l’émotion présentes dans le discours de l’orateur. ce qui rend possible un double feuilletage. Un tel dispositif vise donc la facilitation de la réappropriation a posteriori du contenu enregistré en améliorant les conditions de captation de l’événement hic et nunc. la richesse de la source sonore originelle. D’autre part. dont la lecture et l’arrêt peuvent être déclenchés par une pression de la pointe du stylo sur des boutons dont la morphologie s’y prète. gure III. et donc une navigation plus rapide : . et proposent à cet effet un Audio Notebook. Arons et Schmandt (S et al.2). audio et graphique. et nous les discuterons en profondeur au cours d’autres présentations de travaux dans ce chapitre. : Audio Netbook : architecture et apparence (S et al.2. le premier n’ayant pas encore été à même d’offrir la souplesse. quoiqu’implicitement. et de le synchroniser aux notes. L’AudioNotebook. — Les auteurs abordent ici. ou encore de corréler la dite bande avec des notes manuscrites. Ces auteurs traitent le problème de la captation d ’une performance orale — cours magistral. l ’accès à l’audio peut se faire de manière spatiale et temporelle. ne peut être entièrement captée par sa seule transcription écrite.). Stifelman. la performance est captée par un enregistreur audionumérique intégré. etc. la question de la délinéarisation et de la respatialisation de segments auparavant identi és dans un ux audio source. entretiens ou conversation — devant faire l’objet d ’une analyse critique future. 2001) proposent une ré exion technologique et ergonomique sur l’articulation entre le temps d ’un ux sonore enregistré par un dictaphone numérique et l’espace d’une feuille de papier recevant des notes écrites à la main avec un crayon ou stylo. conférence.60 C III  Fonctions d’édition basiques basées sur les repères fournis par les marqueurs (constitution de to-do lists. il est difficile de « feuilleter » un ux sonore. durant lequel il est toujours délicat de répartir son attention entre l’écoute de la pensée de l’orateur et l ’activité technique de prise de notes. l ’hétérogénéité des ces deux supports les rendant hermétiques l’un à l’autre. alors qu’il s’agit là de l’opération d’orientation et de navigation première du livre imprimé. combinant un enregistreur audio numérique et un bloc-notes constitué de feuilles de papier (cf. a n d’obtenir un accès rapide aux portions d ’intérêt dans celui-ci. Tout d ’abord. Une fois la performance terminée et l ’enregistrement achevé. Ces opérations dépassent de très loin le cadre instrumental initialement dé ni par les auteurs.

plutôt qu’à le remplacer.III. Éclatées sur une pile de feuillets. Pointer une note manuscrite permet alors de déclencher la lecture de la portion sonore au moment où l’écriture de la note a été initiée. ». Concentrés sur leur concept innovant d’interface audio/écriture papier. Une « audio scrollbar ». I wouldn’t have known what that meant.). néglige la question de la représentation synoptique de la structure thématique. argumentative ou logique du ux. les informations de marquage nuisent 83. A n d’éviter un délai entre l’instant marquant le début d ’un passage pertinent repéré dans le discours parlé et l’instant où la pointe du stylo s’écrase sur un feuillet.2. l’activité de prise de notes opère un glissement qualitatif : soulagée de la nécessité d’une prise de note ayant une pure fonction mémorielle (ce qui est dévolu à l ’enregistrement audio). car elle permet d ’accéder à chaque instant du ux audio sans qu’une note manuscrite y soit associée. représentée en arrière-plan. Cette dernière idée est très clairement formulée par un utilisateur : « I totally forgot what he was saying in class and if I looked at my notes alone. Les auteurs quali ent ce mécanisme avec l ’élégante expression d’« audio snap-to-grid ». que l’on pourrait traduire par « magnétisme audio ».  Indexation temporelle. L ’audio enregistré est indexé par feuillet (le dispositif reconnaît le geste de passage d ’une page à l ’autre) et par la position de la pointe du stylo sur chacun des feuillets. . fait fonction de guide. en référence aux fonctions des logiciels de dessin créant une adhérence entre les nouveaux tracés et une grille ctive qui. et ceux qui au contraire s ’appuient sur le temps que leur laisse une consultation a posteriori de la ressource sonore pour déployer leur glose. les auteurs affirment que la présence de boutons de marquage (tels que ceux du dictaphone augmenté proposé par (D et al. et non de rupture par rapport à celle-ci. » (ibid. Ainsi. La possibilité d’une double navigation spatiale et temporelle a été particulièrement appréciée. Cette barre de dé lement audio est capitale. Or cette approche. toute nouvelle écriture créant un nouveau point de synchronisation. l’indexation audio ne supposant pas de manipulations techniques sonores autre que l ’écriture des notes. la familiarité et les propriétés du papier offrant la garantie d ’une exibilité et portabilité certaines. et permet notamment de reparcourir rapidement une conférence avec le support des notes pour clari er les passages obscurs et passer les plus clairs. Les auteurs ont réalisé quelques expériences de retour d’usage avec des étudiants et des journalistes. Outils sonores 61  Indexation spatiale. En conséquence. Les utilisateurs interrogés tombent dans deux catégories : ceux qui se livrent à une activité de prise de notes et de sélection thématique très précise hic et nunc. celle-ci étant directement dépendante de la quantité de notes prises. le ux peut être repris et annoté n’importe quand. le système repère les transitions et pauses dans le discours susceptibles de marquer le passage d ’une idée. pour innovante qu ’elle soit. Leur approche consiste donc à augmenter un support maîtrisé par tous. à laquelle elle articule de nouveaux contenus. Les auteurs font la remarque suivante : « Familiar objects like paper and pen are used for interacting with the audio rather than artifacts left over from analog devices. ou bien au contraire souhait t-on s’en affranchir au plus vite et ne plus disposer que d ’un matériel écrit compact et adéquat à un objectif documentaire et critique xé ? L’Audio Notebook a le mérite de pouvoir servir ces deux approches. la main est libre de se concentrer sur une annotation plus qualitative. Il s ’agit là d’une question de positionnement par rapport au statut de l ’archive audio : celle-ci a t-elle une autonomie (est-elle inépuisable par les multiples interprétations qu’elles pourrait recevoir par le biais d ’un dispositif critique). 1992)) serait trop distrayante en cours d’enregistrement. Il est intéressant de constater que les plus rétifs au support sonore — ceux qui prennent le plus de notes — disposent alors au nal d’une indexation audio d ’une grande précision. such as fast forward and rewind controls. ou encore d ’éviter la perte de sens des notes manuscrites résultant de leur décontextualisation. à laquelle une approche basée sur des marqueurs ou segments temporels mènerait spontanément. et pour qui le contenu audio n’a aucune valeur par la suite. Nous pouvons alors considérer que ce dispositif se situe dans une perspective d’enrichissement d’une source. d’une phrase ou d’un locuteur à l’autre ⁸³. dont la position est contrôlée par friction du stylo permet de naviguer dans une ligne temporelle associée au ux.

conformément aux exigences de mise en relation dépendant du but interprétatif initialement xé. malgré le positionnement critique et a posteriori annoncé par les auteurs. d’une part. baliser et visualiser l’audio (H et al.  Alignements de références. Trois types de liens de synchronisation entre transcriptions de discours enregistrés et documents textuels sont distingués :  Alignements de citations. la synthèse supposant une représentation graphique synoptique du ux. s ’effectue toujours selon une visée interprétative particulière. dont la détection est basée sur la similarité statistique de leur contenu. 2003) proposent un autre angle d ’approche de la question de l ’articulation entre contenus spatiaux et temporels. de faciliter la recherche et la récupération du contenu annotatif multimédia associé au document en cours de consultation (« What was said about a part of a document ? »).2. Liens entre des documents imprimés et les références qui y sont faites dans le discours parlé lorsque les orateurs le évoquent. 2003) Dans le contexte disciplinaire de l ’ingénierie documentaire. Ils proposent un processus d’alignement d’unités de contenu hétérogènes ayant pour objectifs. Ainsi. Hindus. quoique non nécessairement explicitée. et donc sa structuration thématique ou logique. L’appropriation des contenus audio Capturer. La segmentation des documents du corpus faen unités identi ées constitue une étape préliminaire à leur alignement. Aligner la parole et le mot (M et al. il est en retrait pour les tâches d’analyse critique ne du contenu du ux . Schmandt et Horner proposent un outil informatique destiné à travailler sur des contenus conversationnels (ibid. si le dispositif permet une prise de notes augmentée.2. La parole est omniprésente dans le quotidien de bien des « travailleurs de la pensée » . ce qui plaide en faveur d’une uni cation instrumentale des deux opérations (segmentation et alignement). conférences et surtout conversations téléphoniques sont des véhicules privilégiés pour .). III. l ’articulation locale des médias est favorisée au détriment de la représentation et de la manipulation globale du sens. ainsi que la possibilité de faire émerger des structures de haut niveau en plus du processus d ’indexation émergeant au niveau du contenu proposée par les auteurs. et d’autre part.62 C III à la bonne perception synoptique du contenu appréhendé comme un tout articulant des unités de plus bas niveaux. Il s’agit donc d ’un dispositif multimédia purement annotatif et non synthétique. Les auteurs ont remarqué que la dé nition des liens est intimement liée à cette phase de segmentation. La problématique de ces auteurs est de détecter des similarités de contenu entre documents textuels et allocutions enregistrés. Identité thématique entre une unité d’un document écrit et une unité du discours enregistré. L ’alignement est orienté. d’associer des index temporels aux documents écrits a n d’être en mesure de déterminer à quel moment de la conférence tel point apparaissant dans la source écrite a été discuté (« When was it discussed ? »). présentations. Mekhaldi. Il semble ainsi pertinent de vouloir disposer de plusieurs découpages d’un même document. Correspondances lexicographiques entre vocables présents dans le document écrit et dans la transcription du discours de l’orateur. 1993) Partant de l ’observation selon laquelle les discussions orales constituent la clef de voûte des pratiques collaboratives. et donc asymétrique : chaque unité d’un chier source est mise en relation avec l ’unité du chier cible correspondant présentant la plus grande similarité. et que l’opération d’alignement favorise l ’explicitation de structures documentaires qui resteraient sinon dans l’ombre.  Alignements thématiques. a n d ’intégrer des contenus documentaires non temporels à des archives audio de conférences enregistrées. Nous pouvons émettre l ’hypothèse plus générale que la segmentation d’un document en unités de sens. Lalanne et Ingold (M et al.

De plus.).4). gure III. « fragments »).1. Les remarques et éléments d ’état de l ’art avancés par les auteurs amènent à constater que l’audio ne béné cie pas de la même nesse de manipulation que le texte.3. La navigation dans le ux audio est facilitée par la possibilité d’appliquer un facteur de trois à la vitesse de lecture . Toutefois. En effets. dont la signi cation peut être renforcée par une icône (par exemple. IV. 1993). de sorte que la voix ne soit pas rendue inintelligible suite à une trop importante modi cation de sa hauteur.2).2. qui. sans possibilité de localiser et quali er des unités identi ées en son sein. Xcapture implante également un mécanisme de marquage graphique réversible des segments pertinents. ce qui est problématique lorsque des allocutions ou discussions de longues durées doivent être étudiées. SoundViewer. celles-ci les mutilent de toute nuance et spontanéité : il s’agit de documents différents. A n d ’être nement articulé à des contenus qui reposent sur une unité de grammatisation plus maniable telle que la lettre (cf. La constitution de ces segments se base sur la détection des silences. La solution technologique proposée consiste en un dispositif de captation.2.3). à la manière des séquenceurs audionumériques. : « Drapeaux » d ’annotation de xcapture (H et al. rend possible l’accès aléatoire au contenu enregistré ainsi que son marquage. quelques . au zoom et à la mise à l ’échelle des ux (cf. Puisqu ’il n ’est pas envisageable d ’aborder le contenu des conversations via leurs mise en écrit — comme nous l ’avons-dit supra. Le problème de la navigation et de l ’orientation dans des enregistrements de longue durée est négocié par le recours à la segmentation. dont le contenu n ’est pas strictement équivalent à ceux dont ils sont la transcription —. et il est possible de renforcer l’identi cation des locuteurs permise par l ’organisation spatiale de ces segments en leur affectant un cadre coloré. Le contenu des segments structurant le ux selon les prises de paroles successives peut être quali é par l’adjonction de segments « sémantiques ». du fait de la maturité des technologies associées : « Audio in most CSCW [(Computer Supported Cooperative Work)] applications is only a medium for synchronous communication and not yet a source of data. la piste de la transcription automatique est écartée.III. » (ibid. installé sur une station de travail. il faut à nouveau remarquer que celle-ci se manipule principalement par le truchement de l ’écrit. xcapture. L ’application xcapture est conçue pour visualiser l’alternance des prises de paroles entre locuteurs participant à une conversation téléphonique. et un logiciel de visualisation audio. les auteurs ayant pris acte de la nécessité d ’un marquage a posteriori du ux capté a n de permettre aux utilisateurs de matérialiser leurs propres intentions de structuration (cf. gure III. alors que celle-ci est souvent considérée comme un « Saint Graal » lorsqu ’il est question de travailler avec de l’audio. l’application offre une zone de stockage pour les contenus textuels associés à la conversation. mais celui-ci n’est rattaché que de manière externe. chaque tirade étant représentée par un segment graphique horizontal disposé sur une piste associée à son énonciateur. F III. la majorité des applications permettent d’annoter du texte par du son. Outils sonores 63 l’élaboration et l’échange de la connaissance. l ’audio doit donc être découpé et manipulé par « snippets » (« bribes ». la méthode retenue consiste à sauter certains échantillons sans altérer le contenu. et qu’il doit en conséquence être écarté du processus d’appropriation en profondeur.

F III. 1993). Le ux reçoit ainsi une double structuration. Dans le même ordre d ’idées. : Méthode de zoom avec xcapture (H et al. L’article se conclut par une ré exion socio-technique sur les usages possibles de l’audio dans les tâches quotidiennes (l ’audio omniprésent. en tant qu ’elle se base sur le distinction des acteurs physiques. Chen et Moran proposent un outil de segmentation automatique de conversations basé sur un algorithme d ’apprentissage des voix des locuteurs (K et al. Letters and Social Sciences Online rattachée à l ’université de l ’état du Michigan a conduit plusieurs projets visant à explorer des usages innovants de l’informatique et des réseaux au service de l’enseignement et de la recherche en sciences humaines et sociales.4. Wilcox. poursuivant leur ré exion sur la mise en correspondance (« mapping ») temps/espace.64 C III F III. les auteurs présentent un module d ’organisation spatiale de documents temporels et textuels destinés à la gestion de projet (cf. Nous étudierons de manière plus approfondie ce type d’approches plus tardivement dans ce chapitre. suite d’outils en ligne pour la segmentation et l’annotation . En n. 1993). et l’autre sémantique. Une suite d’annotation multimedia (MATRIX 2005) L’équipe de recherche MATRIX : e Center for Humane. « ubiquitous audio »).7).5). l’une matérielle. notes de musique pour un interlude musical).5. De l ’un de ces projets est né MediaMatrix. les segments de parole de chacun d ’entre eux étant alors disposés temporellement sur des pistes dédiées à chacun des participants. Arts. qui s’étend bien au-delà des frontières de ce mémoire. Kimber. gure III. : Structuration par disposition spatiale de segments sonores (H et al. 1995) . lorsque nous aborderons les systèmes hypertextes spatiaux (voir III.

7). chaque portion graphique ou segment temporel identi é peut être commenté par un contenu textuel titré (cf.III. Outils sonores 65 de chiers multimédias (ibid. durée insuffisante pour caler avec précision un marqueur à une transitoire dans le signal. F III. Les positions de début et de n ainsi créées peuvent être ajustées de 100ms grâce à des chevrons placés de part et d’autre des champs qui affichent les timecodes correspondants.7). En n. appréhension synoptique. qui ne sont rien d ’autre qu’un genre spécial de dossiers au sein du « media tree ». : Outils de segmentation et d ’annotation audio et vidéo de MediaMatrix (MATRIX 2005). sons ou vidéos susceptibles de l ’intéresser .6. mise en relation et typage des annotations enraye toute possibilité de conduire un « projet » interprétatif complexe. Les contenus temporels. sont instrumentés par deux modules similaires (cf. etc. Le rapatriement des contenus a lieu alors que l’utilisateur parcourt des sites et repère des images. un ux trop long ne peut être retaillé. L’interface graphique n’est donc pas conforme aux principes de la manipulation directe. il dispose alors d’une fonctionn « Add to MediaMatrix » qui charge le dit objet dans son espace documentaire propre (« media tree »). Nous pouvons nous interroger sur l ’absence d ’autres opérations d ’édition basique : un son un peu faible ne peut être ampli é. spatialisation. les opérations d ’édition matérielle sont insuffisantes pour une manipulation ne des contenus. Si MediaMatrix est un projet ambitieux et servi par une communauté de pratiques forte. gures III. l ’absence d ’opérations de délinéarisation. . sensés regrouper les différentes entités documentaires prenant part à un projet de recherche dont l’objectif interprétatif est identi é. La vidéo jouit quant à elle d’une fonction de redimensionnement. Les modules proposent une fonction d ’annotation réduite à sa plus simple expression. MediaMatrix offre également la possibilité de dé nir des projets. les fonctions proposées sont toutefois minimalistes . dont la visibilité pour autrui peut être affinée au travers d’une implantation minimaliste de la notion de groupes. restructuration.). sons et vidéos. malgré l ’intention affichée par les développeurs. gure III. et il est possible de s’interroger sur l’utilisabilité des modules. rien n’étant proposé au-delà de la simple annotation textuelle.6) et III.2. Le module d’annotation d ’images propose des opérations de coupe et de redimensionnement (« crop and resize ») supposant la saisie au clavier des propriétés des rectangles de sélection (position et taille) et permettant ainsi d ’écarter les portions graphiques indésirées (cf. et il en va de même pour les opérations « sémantiques ». gure III.6) permettant la dé nition de segments grâce à deux boutons « start » et « stop ».

66 C III F III. : Outil d ’annotation d ’images de MediaMatrix (ibid. arrêt et mise en pause de la lecture.8). vidéo ou plus purement graphiques en contexte d’apprentissage distribué et à distance. Une autre suite d ’annotation multimédia (U ´ N 2006) S’adressant également à un public universitaire (enseignement et autres « « scholarly applications » »). aux différents espaces partagés pour les tâches collaboratives (les pratiques visées relèvent principalement de l ’assistance à distance entre un professeur et un étudiant ou groupe d’étudiants). gure III. En aidant ces derniers à formuler une question de recherche. Illinois. Project Pad ambitionne de favoriser la constitution de corpus et collections thématiques d ’objets numériques en ligne. et permettant ainsi le partage des contenus annotés entre enseignants et étudiants (ibid. La création d’annotations . qui témoigne de la volonté de dissocier les entités du corpus des enrichissements qu ’elles peuvent recevoir.). propose Project Pad. L’outil de segmentation et annotation vidéo repose sur un lecteur de chiers v. les workspaces sont représentés sous forme d ’onglets . ce qui impose une étape de conversion préalable. saut au début/ n du chier et glissière de positionnement au sein du ux (cf. le premier d ’entre eux correspond au Workspace personnel de l’utilisateur. la modi cation est instantanément répercutée dans les workspaces des collaborateurs. feuilletage et annotation) de médias audio. et les suivants. Au sein de l’interface. Le développement de Project Pad s ’adosse à certains concepts documentaires et ergonomiques. Les auteurs avancent la notion d ’« annotation document ». de vidéos et d’images ainsi que les notes associées créées par les lecteurs/auteurs. enclenchement. audio et graphiques regroupés dans Project Pad. consistant en un chier XML référençant les médias annotés via des URL et pouvant ainsi être déplacé à loisir.). incorporant des fragments de sons. Nous allons désormais étudier les différents modules vidéo. un système Web destiné à l’appropriation (organisation. Lorsqu’une nouvelle annotation est ajoutée à un document partagé. arborescences de répertoires pouvant être montées dans le système de chiers de son système d ’exploitation via WebDAV ou FTP.7. Les « annotation documents » de l’utilisateur sont regroupés dans des « workspaces ». trouver des extraits de contenus pertinents et produire une glose adéquate à leur projet interprétatif. l’université de Northwestern. doté des contrôles traditionnels.

les sélections spatiales sont munies de petites poignées qui permettent leur redimensionnement direct. Les informations de structuration.III. gure III. qui maintiennent la correspondance entre les points d’ancrage textuels (spatiaux) et sonores (temporels). Enn. le recours à une transcription synchronisée autorise une indexation textuelle du contenu du ux audio. À l’instar des segments temporels. Les annotations.9). Si le fait d ’utiliser la couleur comme index documentaire sémantique pour manipuler des ensembles d ’objets annotatifs graphiques est efficace.8. gure III. Une « note toolbar » permet de contrôler la visibilité des sélections selon la couleur qui leur a été affectée suite à leur dé nition . . interdit de considérer que l’interface Project Pad suit les principes de la manipulation directe). Le module graphique offre également des fonctions d ’annotation.10). or. la taille et la position relatives des sélections sont bien évidement préservées. Outils sonores 67 temporelles s’initie par une pression sur le bouton « New Note ». par exemple.sourceforge.php. possibilités de catégorisation sémantique — sont disponibles. en dé nissant des rectangles de sélection sur l’image maîtresse (« sticky notes ») qui. F III.net/en/presentation.2. seules quatre couleurs — et donc. 84.8). : Outils de segmentation et d ’annotation vidéo et audio de Project Pad (ibid.»/« reset » (ce qui. destinée à recevoir la glose. Ces segments prennent place sur une piste le long d ’une ligne de temps zoomable et sont équipés de petites poignées latérales permettant d’en modi er la durée. Cliquer sur un segment donne accès à une zone de saisie textuelle dans un panneau nommé « note editor » (cf. cette limitation numérique semble entrer en contradiction avec les exigences analytiques d ’un projet interprétatif complexe. gure III. Une « navigation toolbar » couplée à une « navigation thumbnail » permettent de naviguer spatialement dans l ’image en modi ant la position et les dimensions de la portion visible . le changement de piste s’effectuant par un simple geste de glisser-déposer. Élaborée. à l ’instar des segments. contrairement à ce qui est annoncé par les auteurs. permettant à l’utilisateur d’attacher des annotations textuelles à des segments d ’un contenu audio ou de sa transcription structurée ⁸⁴. commentaires et enrichissements sont stockés dans l’« annotation document » XML. et l’image source peut être zoomée grâce à un triplet de boutons « + »/« . lors du zoom. http://trans. peuvent alors faire l ’objet d ’une catégorisation sémantique facilitant le rassemblement d’informations associées à un même axe analytique ou permettant de mettre en exergue un tel axe lors d’une session collaborative. Project Pad contient également un module de transcription (cf. peuvent être porteurs de glose (cf.). ainsi qu ’il en est dans les séquenceurs audionumériques. au moyen de l ’outil Transcriber. donnant lieu à la création d’un segment débutant au moment du clic et s ’achevant lorsque l ’utilisateur met la vidéo en pause. dont le format TRS est compris de Project Pad. L’outil audio fonctionne exactement selon les mêmes principes.

III. nous avons présenté des outils représentatifs de différentes approches de l’appropriation documentaire d ’un ux audio en vue de son exploitation.68 C III F III.3. la fragmentation et la recomposition demeurent encore insuffisamment explorés pour que des principes manipulatoires consistants puissent être dégagés. Project Pad privilégie les opérations d’annotation et commentaire au détriment des opérations synthétiques. et la très grande majorité des outils d’annotation audio.9.1). Cet outil propose donc une approche pragmatique de la mise en relation temps/espace. comme c’est également le cas pour la plupart des outils affichant l’intention de servir les tâches « savantes » et s’adressant au monde universitaire ou plus largement pédagogique. nous sommes en mesure d’exhiber certaines tendances et certains manques. .). Toutefois. adéquate aux tâches quotidiennes de chercheurs devant travailler avec des transcriptions.2. À l’issue de cette revue. : Outil d ’annotation d ’images de ProjectPad (ibid. : Outil de transcription de ProjectPad (U  N 2006). Les opérations et paradigmes d ’interaction proposés par Project Pad incarnent ce qu’il est possible de considérer comme un standard fonctionnel et ergonomique de lecture savante. Si l’enrichissement de contenus temporels a atteint.10. F III. et ce tant d ’un point de vue des techniques documentaires que des paradigmes de représentation et d’interaction. vidéo ou graphique disponibles en 2010 suivent ces directions. sinon une certaine maturité. second temps de tout projet interprétatif (voir I. Conclusion sur les outils sonores Dans cette section.3. du moins une stabilité certaine.

cette piste ne peut être retenue pour un outil généraliste d ’appropriation critique de documents sonores. mais aucunement l’étude approfondie d’un corpus composite mêlant de multiples ux sonores distincts à d ’autres types de contenus. Or. décrire. du fait de la grande variabilité des contenus enregistrés (voix. Ainsi. De même.1. « Collés » au ux. le texte demeurant le mode d ’expression privilégié des idées. L’orientation suppose en effet la réversibilité du déplacement. l ’appropriation critique doit pouvoir disposer d’instruments permettant de manipuler directement les archives audio. musique). bruits. d ’écoute) que nous visons supposent que le processus de segmentation soit assumé par chaque lecteur. voir IV. ltrer le signal) que « sémantiques » (marquer. ce qui n ’est possible que si l ’on dispose d’un support spatial stable susceptible d’être parcouru. a fortiori dans le cas d ’un contenu long. Indépendamment de cette dernière objection. l ’état de l’art des outils de segmentation et d’annotation audio nous amène à constater que l ’enjeu premier des outils d’analyse critique de contenus sonores réside dans les modalités de spatialisation du ux qu ’ils proposent.III. qui ne dit rien sur la structure argumentative du contenu. la nalité critique et l’idiomaticité des pratiques de lecture (ou ici.). De plus. la possibilité de pouvoir revenir sur ses pas pour évaluer sa position par rapport à celle que l’on vient de quitter. etc. de la relative imprécision des algorithmes. des lignes de temps multiples fournissent une représentation claire de l ’évolution thématique d ’un contenu temporel. La transcription n ’étant pas un document équivalent à celui que constitue sa source de référence sonore. Les outils présentés visent majoritairement la segmentation et l’annotation d’un unique ux. Les opérations d’annotation (pour éclaircir. nous avons alors remarqué que l’ergonomie et les fonctions de cet outil ne le destinaient pas à l’appropriation critique exploratoire d’un corpus multimédia. L’enrichissement du ux exige quant à lui un mécanisme de zoom pour pouvoir identi er précisément l’instant devant être marqué. la machine ne devrait donc pas se voir con er une telle opération. de . une arborescence de segments imbriqués permet de matérialiser sa structure logique (l ’enchaînement de parties et de sous-parties). c’est avant tout construire une interprétation conforme à un objectif singulier.2. ils ne proposent aucun environnement technique permettant de se placer en surplomb de celui-ci. En effet. Comme pour tout autre média. si la majorité des outils d ’annotation affichent la volonté de servir l’étude du contenu d ’un ux audio. cette étude doit prolonger son moment analytique par un moment synthétique. car porteur de sens. l ’exploitation critique de l’audio repose autant sur des opérations « matérielles » (couper et coller le ux. éventuellement associé à quelques compléments textuels. Outils sonores 69 La question de l ’exploitation de contenus audio renvoie fréquemment à celle de la transcription automatique. annoter. et l’apposition de plusieurs représentations du ux global dotées chacune d ’un contrôle de zoom indépendant fournit une assise spatiale efficace à la navigation et à l ’orientation au sein de celui-ci. ils négligent le fait que. des conditions de captation qui ne donnent pas toujours lieu à un enregistrement d’une clarté satisfaisante. et surtout. mais dans la perspective éditoriale de documentation d ’un ux en vue de sa publication et diffusion . de segmentation. segmenter. de la perte sémantique résultant du processus même. de structuration ou de mise en relation à un autre contenu sont impossibles — car impensables. la segmentation automatique ne peut produire qu ’un découpage matériel de bas niveau. de décomposer et recomposer sa temporalité selon une grille analytique donnée ou encore de construire un squelette documentaire nouveau en articulant son contenu nement localisé à d ’autres fragments de contenu. partager. pour porter ses fruits. l’adjonction de symboles graphiques. direction dans laquelle s’inscrivent bien les outils que nous avons présentés. Nous n’avons été en mesure de déceler une trace de cette préoccupation que dans l ’outil Scenari WebRadio (S 2009b). Pour l’écoute savante. et peut se révéler trop imprécise. de comparaison. ce qui reviendrait à vouloir amorcer le processus interprétatif en se passant du lecteur. En n. structurer. délinéariser et relinéariser le ux). identi é ou en cours de formalisation. on rencontre souvent l ’idée d ’un processus de segmentation automatique.2.3 — sans une projection de la temporalité du ux dans une représentation graphique manipulable. Or. Toutefois.

et proposent à cette n l’outil AKTiveMedia. Avoir recours à une ontologie préexistante pour annoter un document demande 85. et il enjambe la rivière 汴水/Bian).3.org/wiki/Along_the_River_During_the_Qingming_Festival . audio) ne cesse d ’augmenter. T III. ou au contraire ne constituer qu’un ensemble de descripteurs textuels libres (ce procédé constitue le fondement technique des pratiques dites de taxinomie populaire.  Information contextuelle à propos d’un élément du document. L’appropriation de contenus graphiques Annotation graphique et ontologies avec AKTiveMedia (Chakravarty et al. Lanfranchi et Ciravegna déplorent que les travaux sur l’annotation de documents électroniques se cantonnent le plus souvent à un unique média (C et al. que nous avons choisis d’exempli er par le recours à une œuvre picturale chinoise.  Connaissances générales et immuables à propos d’un élément de contenu apparaissant dans le document (le pont représenté au centre de 清明上河圖 s’appelle 虹橋/Hong Qiao/Pont de l’Arcen-ciel. la glose est alors susceptible de faire l ’objet de processus automatisés de recherche ou de raisonnement menés par des services compatibles avec l’ontologie utilisée —.wikipedia. 2006). Chakravarty.1. ces auteurs énoncent une série de recommandations relatives à l’implantation de logiciels d’enrichissement de documents mêlant images et texte. à un moment et un lieu donnés (l ’équipage de l ’esquif passant sous le Pont de l’Arc-en-ciel manque de s’écraser contre ses fondations).  Relations entre éléments identi és au sein d’un même document ou entre plusieurs documents différents (tel personnage affairé à la gargote au centre de Qingming porte un bonnet identique à celui dont se couvre tel autre personnage passant sous la porte sud de la ville). III.  Commentaires divers sur les éléments exhibés dans le documents ou les relations qu’ils entretiennent (清明上河圖 est une œuvre de l’esprit à nalité esthétique. L ’article identi e alors six modalités d ’annotation. ou « peuplonomie »). Les auteurs découpent l ’activité production de la connaissance en deux phases principales : un premier moment où les annotations sont produites par le lecteur qui appuie son appropriation du document en la matérialisation (« knowledge acquiring »). les annotations peuvent être guidées par des ontologies — adossée à un formalisme.) Remarquant que la quantité d ’informations stockées par le biais de formats multimédias divers (image.70 C III texte ou encore l ’exploitation d ’une propriété graphique comme la couleur viennent encore renforcer ces jeux de mise en espace. Dans la visée d ’une annotation multimédia uni ée qui franchirait le pont de l’hétérogénéité des contenus. et un second moment où la glose est partagée avec autrui (« knowledge sharing and reuse »). vidéo.  Description textuelle du contenu d ’un document non textuel a n de l’ouvrir à des algorithmes de recherche (telle portion de 清明上河圖 représente un chariot contenant deux tonneaux tiré par deux ânes).287 m de long). la con guration de la ville dépeinte n ’existe pas réellement). Au sein d ’AKTiveMedia. http://en. la fresque panoramique 清明上河圖/Qīngmíng Shànghé Tú/Le Jour de Qingming au bord de la rivière ⁸⁵ :  Metadonnées génériques portant sur le document et non sur son contenu (清明上河圖 a été peinte par Zhang Zeduan dans la première moitié du XII siècle et mesure 5.3.

la personne portée. les différentes parties constituant le palanquin. III. Nous reproduisons ici le tableau synthétisant ces huit classes d ’opérations techniques : 86.III. l’amorce rhétorique de leur ré exion repose sur l ’observation selon laquelle les documents écrits qui constituent le legs culturel des époques passées sont généralement traités par les bibliothèques numériques comme des images bitmaps et indexés manuellement. et peut donc s ’appliquer à tout type de documents . Remarquons que cette distinction.3. Bien qu ’enracinée dans le domaine de l ’analyse d ’image et de la reconnaissance et extraction de formes. Cette appropriation repose sur des opérations d’annotation. La DIA regroupe alors les concepts technologiques et méthodologiques utiles pour l ’automatisation de tâches telles que la transcription de partitions ou l ’extraction des parcelles sur les cartes cadastrales. de manuscrits anciens — que les auteures proposent excède cet ancrage disciplinaire. Il en est de même pour les différentes relations auxquelles un élément est susceptible de prendre part (si une rivière est identi ée. le système lui propose la liste des entités de niveau inférieure dé nies dans l ’ontologie (les porteurs. dont l’efficacité repose sur la nesse avec laquelle les éléments signi ants du documents peuvent être identi és. et le nom du dit pont devrait alors être renseigné). cette idée sera maintes fois convoquées au sein de ce mémoire. Faure et Vincent distingues quatre phases du travail de lecture savante. De l ’image au texte : le travail critique sur des manuscrits Structuration de manuscrits médiévaux (Faure et Vincent) Dans (F et V 2007). . qui porte sur une zone identi ée. une relation de type « coule sous le pont X » pourrait être proposée. L’enjeu est donc de proposer au lecteur savant des hyperdocuments hautement structurés et non de simples simulacres du livre qui. Faure et Vincent proposent une ré exion sur les apports des techniques d’analyse d’image aux pratique de lecture active. est propre à tout ensemble matériel composé d’éléments plus petits. etc. et spéci ent pour chacune de ces phases le point de vue de la machine et celui du lecteur. recompose ou s ’articule au document source. et l’annotation régionale. Ainsi. ce qui exige un certain effort de mémoire et de rigueur. Travailler sur des images xes 71 d’en connaître les concepts et leurs interrelations. ancrés dans la métaphore du codex.3. Chaque élément identi é peut également recevoir du texte libre. un palanquin passe dans l’artère principale de Qingming sur la fresque 清明上河圖). cette diversité interdisant la constitution d’une méthode uni ée. La structuration d ’un document doit à la fois permettre à l’auteur d’exprimer son intention et au lecteur d ’asseoir son appropriation. les auteurs distinguent également deux types d’annotation d’image : l’annotation globale « [w]hole image annotation ». qui offre un espace de commentaire et de contextualisation pour les annotations liées à un concept de l ’ontologie. ne savent s ’affranchir d ’une linéarité contrariant les exigences du travail critique. A n de soulager l ’utilisateur de cette charge. l’étude de l ’instrumentation informatique de la lecture savante de documents graphiques xes — et plus particulièrement. de mise en relation et de restructuration — a fortiori si celles-ci s’effectuent dans la visée d’une lecture à nalité de comparaison ou de classi cation avec d ’autres sources de savoir—. Comme d ’autres travaux d’ambitions similaires.). notamment parce qu ’elle va au-delà du seul point de vue de l ’annotation et proposer une typologie plus générale des opérations critiques ⁸⁶. qui repose sur l’opposition extérieur/intérieur. de marquage. En n. si dans une image l ’utilisateur identi e un élément complexe (par exemple. situation que l ’approche scienti que et technique précitée entend faire évoluer en enrichissant la numérisation brute des sources par l’extraction automatique des informations signiantes. débouchant sur la production de matériel documentaire qui enrichit. La dé nition qu’elles proposent de la Document Image Analysis va dans ce sens : « e goal of [DIA] systems is a structured description of the document images expressing the relationships between document components that are meaningful for the reader. ». l ’outil AKTiveMedia n ’expose que les concepts de plus hauts niveaux (les plus génériques) et suggère des annotations inférées à partie de celles qui ont été préalablement dé nies.2. qui vise le document (ou une collection de document) dans sa globalité.

marques Extraction de portions et rassemblement C III Augmentation (images annotées) Restructuration (structure de navigation)  Traitement. une immédiateté et un coût auxquels aucun dispositif informatique ne peut prétendre. il en prélève des fragments qu ’il organise en collections thématiques ou intègre à sa bibliothèque personnelle pour un usage futur (la lecture savante pouvant exiger une persistance du matériau documentaire d’un projet à l ’autre). il s’agit d’améliorer la lisibilité du document source en y appliquant des ltres. qualité Liés a priori (séquence de page dans un livre). a n de rendre plus efficiente l’analyse automatique. offrant à la lecture un hyperdocument augmenté.  Augmentation. ou plus simplement a n d ’améliorer sa lisibilité pour le lecteur humain (netteté des caractères). Si donc le numérique échoue à proposer un cadre instrumental et gestuel plus efficient pour l’annotation. fautes d’orthographe. d ’une part. Les zones et relations signi antes détectées par la machine où identi ées par le lecteur peuvent se superposer directement aux sources documentaires « brutes ». Pour exemple. en tant qu ’ils donnent lieu à de nouvelles versions du document source. et donc son appropriation ⁸⁷ Sur ce plan. de renforcer encore les modalités de navigation en leur adjoignant une contrepartie 87. Lorsqu ’il est question d ’annoter un document texte. un livre est concrètement une collection séquentielle de pages au sein de laquelle orientation et accès aléatoire sont permis par des instruments tels que la table des matières. laquelle demeure la représentation numérique la plus « digne de con ance ». À mesure que le lecteur progresse dans sa lecture d’un document.  Restructuration. il est doté d’une structure matérielle qui conditionne l ’organisation de son contenu. Sur ce point. et non de substitution. liens implicites Lecteur Transcriptions. Les requêtes peuvent porter sur un vocable — auquel cas le système renverra une collections de fragments d’image où le mot recherché.). Tout document étant un objet physique. traductions Bibliothèque numérique personnelle. les lecteurs considèrent qu ’ils corrompent ce dernier. La DIA repose avant tout sur un traitement matériel de l’image numérique au niveau des pixels. etc. sa valeur ajoutée s’exprime dans l ’approche d’enrichissement documentaire.72 Produit par : Traitement (versions) Rasssemblement (collections) Machine Amélioration : visibilité. Fragments transcrits et traduits demandent alors de pouvoir être reliés aux zones auxquelles ils renvoient dans la source. et procèdent à leur éventuelle traduction si la langue originelle n ’est pas maîtrisée de tous. les lecteurs de documents anciens produisent des transcriptions en déchiffrant les portions textuelles. ce qui pose comme enjeu pour la DIA de pouvoir procéder à un découpage et un étiquetage préalable des images sources. documents thématiques Annotations. ou un mot s’en approchant ( exions. la matérialité du support papier associé à l ’usage du stylo confère une souplesse. qu’il rend possible. D ’un point de vue informatique. D’un autre côté. le chapitrage. la DIA peut assister le lecteur dans la constitution de ces collections selon les requêtes qu’il formule ou les fragments dont il dispose déjà. . et d’autre part. Cette articulation est primordiale pour le lecteur qui souhaite toujours pouvoir se confronter à l’image du document source. a pu être détecté — ou sur des catégories.  Rassemblement. l’objectif de la DIA est. de construire automatiquement des structures de navigation en recoupant l’analyse du contenu est les informations fournies par les dispositifs d’orientation précités. Toutefois. les entêtes. réponses à des requêtes Visualisation en contexte Table des matières. le sommaire et la pagination.

Reposant exclusivement sur une logique d ’annotation. Travailler sur des images xes graphique permettant au lecteur de mieux appréhender le contenu des pages. et ne considère pas la facette « critique » de la lecture savante. Les utilisateurs disposent également d’un espace personnel hébergeant leurs favoris et du quel démarre tout nouveau projet interprétatif. crée des annotations délimitant les fragments de manuscrit qui lui sont similaires . en ce sens qu’il suffit de tracer un rectangle pour localiser le fragment de contenu visé (cf. à partir d ’un fragment préalablement identi é. ARMARIUS propose également une fonctionnalité de reconnaissance automatique de mots qui. ARMARIUS. tant pour lui-même que pour ses pairs. ces auteurs posent la nécessité d’un système capable d’exploiter les traces d ’activité du lecteur alors qu ’il annote son corpus a n de rendre possible une forme d’annotation semimanuelle qui faciliterait alors les tâches complexes ou répétitives. si une transcription a été associée au fragment source. Doumat. Le geste d’annotation en lui-même est conforme aux principes de la manipulation directe. qui demande de disposer de structures d ’analyse ou de synthèse dépassant le niveau de l’annotation rivée au document. Pinon et Csis` ar exposent une approche de l’extraction du contenu de tels documents par l ’annotation (D et al. dans la limite des droits conférés par les multiples groupes auxquels ils sont susceptibles d’appartenir. elle sera alors reportée sur toutes ses répliques (cf. qui. ce qui interdit d ’en récupérer l ’information pertinente par le biais des méthodes de recherche informatisées. les manuscrits anciens peuvent se montrer rétifs à l’OCRisation. Pour contrer cette difficulté. D’une part. L’interface invite en n l’utilisateur à opérer une revue des résultats de l ’algorithme de recherche de similarité. sur lesquelles reposent notamment les fonds des bibliothèques numériques. . le dispositif garde trace des actions effectuées par l’utilisateur a n d’être en mesure de recommander certaines possibilités d ’annotation.11). La solution technique proposée. 2008). qui sont associées autant à un fragment d’image qu ’à une image complète. dont les utilisateurs ordinaires peuvent créer collections. gure III. Au-delà de ces fonctionnalités d’annotation personnelle. l’article met en lumière le rôle des opérations de matérialisation d ’une structuration logique au sein de documents-entités. est principalement motivée par le laborieux travail d ’annotation de corpus de manuscrits anciens de taille conséquente. basées notamment sur la similarité des métadonnées venant d’être saisies avec celles associées à des annotations préexistantes. la typologie des opérations savantes et les observations sur le rapport lecteur/documents qui y sont présentées ont une portée qui rend pertinente leur prolongation à d ’autres types de contenus que l’image xe. gure III. opérations qui se situent en amont de l ’annotation en tant qu’elles se situent au niveau de la dé nition de leurs points d’ancrage. Les annotations sont organisées en « document unit[s] (DU) ». bien que constituant le cœur de leur contribution scienti que. 73 Au-delà de l ’horizon méthodologique qu ’elle confère aux techniques de DIA et qui dépasse le cadre de ce mémoire. ARMARIUS vise principalement l’extraction d ’informations pour rendre calculables des documents procédant d’une tradition d’écriture très antérieure à l’apparition du caractère imprimé standardisé. et ne peut ainsi prétendre à un degré de généralité suffisant pour être développé plus avant dans le cadre de ce chapitre. Considérant que. sous collections et vues à discrétion.3. Les auteurs proposent également une approche plus efcace basée sur le raisonnement à partir de cas. cette contribution apporte un double éclairage à notre problématique. Egyed-Zsigmond. si accompli manuellement. Les images doivent être chargées dans la base de contenus par l’administrateur de l’instance d’ARMARIUS. D’autre part. Le projet ARMARIUS : l’annotation assistée en collaboration Du fait d ’une grande ancienneté. le processus de marquage peut s’avérer coûteux et rébarbatif. se compose d ’un modèle d’« archive dynamique » numérique instrumentée par un prototype de système en ligne voué à la collaboration.11). une collection ou une vue.III.

4. et appelle pour une instrumentation allant dans le sens d’une optimisation du geste de synchronisation entre image et texte accompli par un utilisateur humain. laquelle exigerait une étape de véri cation trop fastidieuse du fait de l ’irrégularité inhérente à la graphie des manuscrits préparatoires. Paquet et Heutte (N et al. les symboles griffonnés ou encore la disposition des blocs de texte sont susceptibles de renseigner sur l’intention de l’auteur). 2008). les fragments se répondant et s’agenceant de manière non linéaire. nous avons présenté quelques outils d’annotation vidéo contemporains intégrés à des suites d ’applications destinées à la lecture active multimédia. Celle-ci viserait davantage la mise en correspondance automatique de fragments d’images aux transcriptions textuelles manuelles leur correspondant que leur transcription automatique. et de perpétuels ajouts et suppressions de mots achèvent de complexi er l’ensemble). La présente 88. Nicolas.74 C III F III.2 du présent chapitre. le style graphologique. et il est de plus nécessaire d’y articuler une transcription textuelle ASCII à des ns de lisibilité. et bâtis sur les mêmes modèles de données et d ’interaction que les outils sonores aux côtés desquels ils sont distribués. le facsimile du manuscrit est de grande importance (la forme. Dans ce contexte. . La nature du réseau documentaire tissé par Flaubert est profondément hypertextuelle. III. : Interface d ’annotation et wordspotting dans ARMARIUS (D et al. leur objectif étant de construire un système hypertexte pour naviguer au sein des brouillons successifs incarnant la genèse de l’œuvre ⁸⁸. 2003) décrivent l’approche méthodologique retenue pour la numérisation des cinq milles feuillets de notes manuscrites rédigées par Gustave Flaubert et ayant présidé à l ’élaboration Madame Bovary. En génétique textuelle. T Au l de la section III. Constatant que l’élaboration d’éditions critiques numériques permettant une appropriation efficace du matériau analytique utile aux généticiens textuels ne dispose pas d ’outils génériques efficaces (l’état de l’art peinant à dépasser l’idiomaticité des corpus considérés). les auteurs insistent sur la pertinence d ’une transcription assistée. plutôt que dans celui de sa machinisation intégrale. Un positionnement quant à la numérisation des manuscrits de Flaubert La numérisation massive des œuvres écrites reçues en héritage de notre tradition littéraire a rendu possible la confrontation avec des documents rares généralement tenus hors du champ de vision du public. Cette ré exion technique met à nouveau en lumière le manque d ’efficience de l ’automatisation lorsque les sources documentaires graphiques sont trop peu formatées.11.

l ’application Lignes de temps (P et al. 2007) s’adresse exclusivement aux amateurs de cinéma. proposent l’outil d’annotation vidéo M4Note (MultiMedia MultiModal Annotation Tool). Le modèle d’annotation d ’ANVIL repose sur le concept de piste (« track »). Les annotations sont disposées le long d’une ligne de temps. La vidéo peut être gée par un clic. permet d ’annoter les vidéos autant durant leur capture que lors de leur parcours a posteriori. a n de laisser le temps à l’utilisateur de procéder au commentaire de l’instant qu ’il vise. . ou bien s’appuyer sur des traitements spéci ques aux contenus cinématographiques (détection automatique des plans. a n de favoriser l ’appropriation des résultats analytique par les pairs. Outils d ’annotation vidéo génériques Il est possible de distinguer deux statuts distincts de l’annotation. a n de faciliter les opérations de feuilletage. Le modèle de données proposé s’appuie sur le standard MPEG-7 (M P E G 2009). et l’annotation en tant qu ’enrichissement d’un document par adjonction d’éléments préexistants. « to support writing »). structures rhétoriques) et visuelles (gestes. Mentionnons en n la possibilité de générer une documentation HTML du projet. notamment la psychologie. en maillant les annotations de balises <doc> … </doc>. chacune requérant des formes d ’annotation spéci ques (« to support reading ». prévu pour fonctionner avec un Tablet PC. de la dominante colorimétrique. Le besoin d’annoter des vidéos dans lesquels les individus lmés entremêlent des modalités de communication auditives (mots.III. En n. III. de la forme d’onde ou encore des panoramiques) . permettant d’identi er les différents types d’informations exposés supra. Travailler sur des images en mouvement 75 section passe en revue des approches scienti ques et technologiques tournées vers les opérations lectoriales visant des contenus plus spéci quement audiovisuels. l’utilisateur est libre de dé nir des arborescences d ’étiquettes personnelles spéci ques à son projet interprétatif. Une hiérarchie entre pistes peut être bâtie par le recours à des groupes. Camacho-Guerrero et Inácio Jr.4. implantant ces deux approches (G et al. de la quantité de mouvement. les outils existant demeurent dédiés à l’une de ces deux facettes.4. gure III. à la manière du mécanisme qui est à l ’œuvre dans la Javadoc. l’ethnologie et l’anthropologie. et génèrent autant de fragments de chier XML synchronisés à la vidéo par une estampille et articulés grâce aux technologies XLink et XPointer (W C 2001 . qui utilisent abondamment la vidéo pour capter les comportements des sujets humains qu’ils étudient. et le dispositif associé. ainsi qu’un outil de création d’annotations (dé nition du contenu textuel et de l ’ancrage temporel). W C 1999b). L’arborescence d ’étiquettes décrivant le contenu des pistes ainsi que la couleur dans laquelle seront représentées les annotations temporelles sont entièrement dé nissables par l ’utilisateur. 2004).12) articule autour de la vidéo un empilement de pistes hiérarchisées ⁸⁹ mettant en scène les annotations. Goularte. L ’interface d ’ANVIL (cf. auxquels elle donne les moyens de cartographier un ux temporel. agrégeant à la fois des pistes et d ’autres groupes. Cattelan. l’annotation en tant que métadonnée associée à un contenu dont elle précise la structure sémantique en vue d’une recherche ou d’un traitement automatisé. demeure assez originale dans le paysage des outils d ’annotation multimédia. Kipp (K 2001) propose l’outil ANVIL (Annotation of Video and Language). Dans cette optique. que l ’on rencontre dans certains séquenceurs musicaux audionumériques. signes graphiques) s ’exprime dans plusieurs disciplines des sciences humaines. et le geste d ’annotation mobilise un stylo électronique ainsi qu’un moteur de reconnaissance vocale donnant lieu à une transcription textuelle. 89.1. prosodie. Émanant du paysage institutionnel français. les segments matérialisant son découpage pouvant être placés sur plusieurs lignes de temps parallèles matérialisant les différents axes analytiques adoptés. Le découpage peut être effectué manuellement. dialogues. Ces auteurs remarquent de plus que si la lecture d ’appropriation mêle activité d ’écriture et activité de lecture (comprise dans son sens plus traditionnel). Cette fonction. postures.

il entretient ainsi une certaine parenté avec notre propre approche. Se focalisant sur la concentration sur un unique ux vidéo. : Interface humain-machine d ’ANVIL (K 2001).76 C III F III. de les comparer par le recours à des grilles d ’analyse transversales. Mentionnons en n le positionnement socio-technique original du projet qui vise à appareiller les pratiques amateurs . centrée sur des pratiques savantes individuelles en devenir. De plus. peut être segmentée. un commentaire audio (l’application est dotée d’une fonction d’enregistrement) ou encore une référence vers n ’importe quel type de document externe (local ou en ligne). Celles-ci sont matérialisées par des marqueurs identi ant un instant ou un segment temporel. dont VideoANT ! (M 2010) est représentatif. des mots-clés. Les résultats analytiques peuvent alors être restitués et diffusés dans des publications proposant des fonctions comparatives.  . l’annotation demeure un objet asservi au document auquel elle s ’ancre. et les sections ainsi identi ées peuvent être décrites par un contenu textuel. ces outils ne permettent pas de poser dans un même espace plusieurs documents a n de tisser des liens analytiques entre eux. Les fonctions proposées sont toutefois minimalistes : une vidéo. dont l’utilisateur doit spéci er l ’URL. ou encore de les segmenter pour reconstruire de nouvelles entités : la temporalité du ux reste inaltérable. tous deux pouvant recevoir du texte libre. ou la concaténation temporelle d’un ensemble de plans thématiquement proches. telles que la lecture simultanée de deux séquences.12. les découpes reposant sur des critères algorithmiques pouvant être enrichies de segmentation plus personnelles. Remarquons en n que la généralisation des sites de partage de vidéos reposant sur la technologie Flash a engendré une prolifération de petits outils d ’annotation en ligne de chiers FLV.

Google Scholar. . ces outils répondent partiellement à notre question. Le caractère systématique de cette assertion peut être remis en question. Les pratiques savantes textuelles ont quant à elles béné cié des avancées des hypertextes et du Web. Nous consacrons la section III. notamment des possibilités qu’ils offrent en termes de mise en relation (par nature. À la suite de Furuta et Urbina (F et U 2002). les hyperliens relèvent des annotations en tant qu’ils explicitent la structure des documents. l’hyperlien étant avant tout un opérateur de déplacement au sein du réseau Web et adéquat à sa topologie de graphe formé des nœuds que sont les pages (ou des ancres en leur sein) et d ’arcs. et des services qui instrumentent leur accès (CiteSeer. n ’ont pas donné lieu à un instrumentarium à la fois efficace et facile d’accès pour l’appropriation critique des hypermédias. Advene repose donc sur l’instrumentation d’une chaîne opératoire centrée sur les annotations : « e Advene project tries to integrate three steps of the lifecycle of audiovisual metadata : its creation and evolution. pour mature qu’ils soient appliqués à un matériau spéci quement textuel. et permet une dissémination des travaux de recherche sans précédent ⁹¹ ). Prié et Aubert remarquent que les technologies hypermédia. its visualisation and its exchange.) 92. etc. III. nées du Memex de Vannevar Bush. Live Search Academic. permettant par la suite de produire des présentations interactives des résultats sous forme d’hypervidéos basées sur les annotations dé nies en amont. d’interaction (de l’annotation à la recherche d ’informations.4. Ce dont témoigne par exemple l ’importance des fonds des bibliothèques numériques en ligne (DBLP.6. 90. Advene se structure autour de la notion d’annotation. qui découle de celle de métadonnée.III. quoique locaux. etc. les initiateurs du projet insistent sur le caractère central des métadonnées dans les pratiques savantes. Toutefois. Travailler sur des images en mouvement 77 et non le support pour une production documentaire gagnant progressivement son autonomie. et destinées à être partagées au sein d’une communauté accompagnées des schémas de description ayant présidé à leur élaboration. CogPrints. leurs interfaces graphiques visent la représentation synthétique d’un ux.4. se situent encore dans l’époque de leur histoire où les utilisateurs apprennent à les maîtriser — qu ’il s’agisse des outils de production (outils auteurs) ou d’appropriation (outils de lecture et pratiques associées) (A et P´  2005). mais que leur conjonction n’est servie par aucun dispositif informatique suffisamment efficace. ⁹² . De même que les dispositifs analytiques visant le son ou l ’image xe présentés précédemment. ainsi que la critique de lms et la construction de regards signés. Les auteurs vont jusqu ’à considérer que sur le Web. Advene se positionne alors comme un système d’information audiovisuel (SIAV) pour l ’annotation de vidéos selon des critères exégétiques propres à l’analyste. Le projet ADVENE Enjeu : un SIAV pour les pratiques savantes Le projet Advene prend ses sources dans la constatation selon laquelle les documents hypermédias et les pratiques de lecture active font partie du quotidien des érudits. une production scienti que est un treillage d’idées et de sources ⁹⁰ ).2. et non d’un corpus. mais apportent des éléments importants.3 de ce chapitre à cette question. pour la représentation et la manipulation des contenus vidéo susceptibles d ’être mis à pro t pour l’exploitation critique de contenus temporels purement audio. Conséquemment. à des ns pédagogiques ou non. Les pratiques principalement visées sont — à l’instar de (K 2001) — les sciences humaines reposant sur l’étude du comportement et des interactions de sujets humains et impliquant un matériau analytique vidéo conséquent. Conséquemment.). 91. » (A et P´  2007). l ’hypertexte accroît le pouvoir manipulatoire du lecteur) et de collaboration (la nature distribuée du Web est la clef de son succès. et constatent que l’état des dispositifs audiovisuels actuels susceptibles d’êtres utilisés par les chercheurs imposent à ceux-ci de se cantonner à de simples signets temporels. ces concepts.

nommée fragment. Le modèle sur lequel s ’appuie le dispositif Advene se distingue d’autres modèles d’annotation pour l ’audiovisuel. que constituent les composants de l’interface graphique utilisateur . pour mettre en exergue les directions analytiques empruntées par le lecteur. les vue et les requêtes (qui permettent de sélectionner diverses annotations de manière dynamique). ltrage temporel exprimé selon la logique d’Allen. L’utilisateur est libre de dé nir librement les structures de métadonnées sur lesquelles il désire bâtir son analyse. leurs possibilités d ’interaction sont riches. dont il se différencie également par une plus grande souplesse structurelle : si un contenu mobilisé dans une annotation se doit d ’être structuré. alors il a à charge d’embarquer son propre schéma de 93. commentaire audio. chargé de servir les vues générées à partir des patron sous forme de chiers XHTML. par sa simplicité et son orientation vers la construction de présentations interactives. et propose trois types de vues :  Les vues ad hoc. 1988). La structuration du ux se bâtit donc par mise en relation des annotations qui y sont dé nies. Elles reposent sur un mécanisme de patrons suffisamment simple pour que l’utilisateur puisse créer ses propres modèles de présentation (par exemple.. document PDF. mais leur exibilité est limitée (par exemple.html) . Advene embarque un petit serveur Web. sommaire hypertextuel enrichi de mignatures) ⁹⁴. etc. Advene propose à l’utilisateur un mode de prise de notes informelles en cours de visualisation. etc. Pour exemple. ces règles peuvent déclencher l’apparition d ’incrustations SVG lorsqu’elles détectent l’occurrence d’un type d’annotations donné.  Les vues statiques consistent en des documents XHTML mettant en scène une articulation d’annotations et d ’images clefs signi catives issues du ux vidéo ⁹³. Les vues statiques reposent sur le moteur de templates TAL/TALES (http://www. dont les résultats textuels les plus pertinents peuvent ensuite être convertis en annotations d ’un type donné. Les SIAV savants se devraient ainsi de proposer des schémas de métadonnées évolutifs permettant le passage d’une approche à l ’autre (A et P´  2005). 94. Comme le remarquent les auteurs.) et de contrôler autant la lecture de la vidéo que l ’agencement de l’interface graphique. Les annotations peuvent être interconnectées par des relations n-aires. Il se distingue de plus des approches strictement focalisées sur le stockage des métadonnées (MPEG7) ou sur la visualisation (SMIL. et des ensembles thématiquement cohérents d’annotations et de relations typées peuvent donner lieu à des schémas (au sens d ’un schéma documentaire. D ’un point de vue technique. les vues dynamiques permettent de ltrer les annotations ( ltrage du contenu textuel des métadonnées. c’est-à-dire d’un ensemble de types d ’entités dont l ’agencement est contraint par un ensemble de règles correspondant à une volonté de modélisation intégralement explicitée) (A et P´  2005). affichage sous forme de ligne de temps.  Élaborées grâce à une syntaxe à base de règles (événement-condition-action). et lié à une portion délimitée dans l ’espace et dans le temps au sein ux maître.78 C III Modèle de données Le modèle de données d ’Advene se constitue de trois éléments principaux : les annotations. regroupées en packages a n d’être facilement distribuées. De plus. les auteurs stipulent que les annotations savantes doivent s ’appuyer sur des structures formalisées pré-dé nies. Le dispositif peut donc générer des présentations interactives sur la base des annotations dé nies en amont. tels que MPEG7. affichage de la transcription textuelle du ux). Une annotation se compose d ’un nom et d ’un contenu pouvant relever de diverses natures (texte brut. exprimée sous forme d’un type MIME).com/software/simpleTAL/ tal-guide.owlfish. alors que les annotations personnelles peuvent tirer parti d ’un modèle laissant libre cours à des pratiques exploratoires non contraintes. l ’obtention des informations pertinentes ne constitue que la première étape vers la constitution d ’une vidéo navigable (hypervidéo) (A et P´  2007). Se référant à (F et al.

opposant à leur grande expressivité sémantique et conceptuelle leur complexité d ’appréhension par les utilisateurs naux. qui. 2007) prolonge les analyses menées dans le cadre du projet Advene par une ré exion sur le type de modèle de données le plus adéquat à la lecture active telle qu’elle se manifeste dans les pratiques mentionnées supra. Dans (ibid.fr/advene/). : L ’environnement Advene (http://liris. Quant à la classique liste. et n ’est pas impose en amont par le système).). Cette approche rend possible le partage du matériel analytique au sein d ’une communauté savante sans que ne se posent des problèmes de droit relatif à l’échange d ’une œuvre de l ’esprit inscrite sur un support technique. si les étiquettes (« tags ») ne permettent pas non plus . Le même sort est réservé aux réseaux de concepts et autres topic maps articulant les concepts-nœuds par le biais de relations dans une structure de graphe . les différentes métadonnées et vues construites par l ’utilisateur étant stockées de manière indépendante. là où la lecture active exige une plasticité formelle certaine. F III.III. mais demeure difficilement manipulable et compréhensible. sont alors à leur tour écartées. en effet.4. mais sa exibilité en fait une bonne candidate pour une organisation évolutive du contenu des annotations. Quel type de modèle pour la lecture active ? Richard (R 2007a . sa simplicité lui interdit d’exprimer des contraintes de manière satisfaisante.). et la difficulté de les faire évoluer. Travailler sur des images en mouvement 79 description. Les taxonomies. il écarte les ontologies. à l’inverse.cnrs. si cette représentation est intéressante pour modéliser un réseau d’annotations. dont la forme arborescente est intéressante pour la structuration de schémas mais inadéquate à la représentation de relations transversales. R et al. elle est totalement inadaptée à la structuration des contenus. sans que l’intégrité du document auxquelles elles se rapportent s’en trouve altérée. En n. Il est important de souligner qu’Advene repose sur une logique d’enrichissement. considérant que ces deux aspects doivent être abordés conjointement (ibid. Il en va de même pour le modèle relationnel. repose sur des relations entre données pouvant être fortement contraintes. et dont l ’évolution est difficilement envisageable.13.

 publication : stabilisation du document et diffusion auprès des pairs pour la discussion. est déterminant pour la bonne compréhension de l ’activité de lecture. les contraintes portant sur ces structures abstraites d’annotation matérialisent l’angle d ’analyse. le projet Advene entretient une grande proximité avec nos questionnements .  regroupement et réorganisation de ces marqueurs . ce travail d’analyse. Ces divers points seront mobilisés dans le chapitre VI. Par les classes de pratiques lectoriales qu ’il vise. La lecture active Dans les écrits scienti que rattachés au projet Advene. Advene se concentre sur un unique type de contenus. ce qui interdit d’éprouver le modèle pour les  . se contrebalancent l ’un l ’autre. bien des propos de cette section trouvent une résonance particulière dans ce mémoire. par exemple.3. La volonté d ’approcher la lecture active de manière globale (de l’annotation à la publication) a conduit les auteurs à identi er ses phases opératoires constitutives et les niveaux de structuration de l’information produites par l ’analyste qui la conduit .80 C III d’exprimer ces contraintes. Richard (R 2007a) en propose une explicitation qui. le point de vue du lecteur sur le document qu’il vise . de créer des regroupements thématiques .  restitution du travail par construction de présentations donnant à voir les points de vue de l’analyste à ses pairs.1 :  inscription de marqueurs dans le document. Sur un plan plus spéci quement technique. dé nir une « poignée » « Nom » pour une entité « Personne ». et l’environnement proposé ne permet pas d’attaquer plusieurs sources textuelles.  structuration des annotations par leur mise en relation. ils se révèlent « adapté[s] à la construction de points de vue ou à la structuration par mise en relation et [leur] évolution et [leur] compréhension sont très faciles ». qui reste rare dans la littérature scienti que. conséquemment. la démarche de non altération des contenus sources et l’intérêt d’organiser les données de sorte que leur transformation à des ns de publication hypermédia soit aisée. rendant alors possible une recherche par nom) — plus globalement. d’une part. la vidéo. a n. évoque la chaîne lectoriale que nous avons proposée en I. Richard arrive alors à la constatation selon laquelle expressivité en terme de contraintes de modélisation. comme c’est le cas de bien d’autres travaux évoqués dans ce chapitre. d’autre part. contenant ou non de l’information . la conception de la lecture active dans lequel il s’inscrit et l ’approche théorique qu ’il déploie. découpée en quatre phases. recherche ou raisonnement automatisé (par exemple. Il identi e également les différents niveaux de structuration par lesquels le lecteur inscrit les connaissance qu ’il fait émerger au sein du dispositif technique documentaire :  structuration par apposition d’annotations sur le document pour y mettre en exergue les éléments importants . nous retenons en premier lieu la nécessité d ’un modèle conceptuel souple ne contraignant pas le lecteur à penser dans les termes d ’un schéma dé ni en amont.  feuilletage des annotations. Toutefois. le terme de « lecture active » est mis en avant pour quali er la facette technique et opératoire de l’activité des utilisateurs visés. graphiques et sonores. rendu possible par la réutilisation des annotations typées dé nies auparavant . et caractère évolutif.  structuration et formalisation du contenu des annotations a n d’en favoriser l’exploitation par un mécanisme de calcul.

les auteurs proposent une dichotomie entre annotations privées. critiques. les annotations fondent les débats par une mise ne jeu directe des documents sur lesquels ceux-ci portent. O Dans cette section. remarques. mise à jour. susceptibles de se constituer en supports pour la discussion. là ou un texte et ses annotations successives peuvent constituer une unité du fait de leurs homogénéité et continuité techniques.5. III. qui ne peuvent que lire. marqués par leur ancrage dans les pratiques Web. rechercher et ltrer les annotations publiques. ainsi que deux rôles. et le contenu. qui repose sur le marquage et la reformulation d’un message peu clair. telles que la remémoration. De plus. Outils d ’appropriation L’annotation pour le Web avec M S’inscrivant dans le paradigme du Web sémantique. sauvegarde locale). suppression. M propose les opérations de base pour l ’accès aux annotations et leur persistance (création. à qui il est loisible de créer annotations publiques et privées. qui s’appuie sur la fonction synthétique de l ’annotation. Précisons néanmoins que ne nous intéressons pas ici aux aspects strictement techniques de la restitution dans l’espace et dans le temps des documents multimédias ⁹⁵. nous le voyons. Cette implantation simple de la notion de rôles est prolongée par la notion de 95. les auteurs mettent en lumière une distinction subtile entre annoter un document pris comme un tout ou annoter une de ses parties . exprimée via XPointer (W C 1999b). En n. . sons. Par ailleurs. l ’annotations d’un document multimédia donne lieu à de nouveaux documents qui ne se mêlent pas au document source auquel ils se rattachent. la ré exion. Les auteurs ébauchent une série de ré exions fondamentales sur le statut technique et cognitif de l’annotation. ou encore position dans le document maître. Les annotations telles qu ’elles sont dé nies dans M se constituent de deux parties.5. et la clari cation. effectuées à des ns d ’appropriation. laquelle renvoyant à son tour aux opérations documentaires techniques permettant l’identi cation et la localisation d ’une unité de contenu. 2004).III. dates de création et de modi cation. les « navigators ». Dans ce second cas. qui s ’incarne dans l’adjonction de pensée. nous procédons à une revue de travaux proposant des dispositifs informatique permettant de manipuler des groupes de documents multimédias susceptibles de mêler images.5. auteur. les métadonnées — exposées sous la forme d ’un ensemble d ’attributs : titre. et autres questionnements personnels. le système d’annotation multimédia M prend ses sources dans la volonté de doter les utilisateurs de moyens de créer des descriptions riches des contenus qu’ils appréhendent sur le Web pour rendre possible leur récupération automatique par des agents (B et al. sous forme de page HTML agrégeant des données multimédias dé nies par l’utilisateur. Par exemple. des opérations d’annotation —. Nous considérerons en premier lieu des travaux explicitement tournés vers l’exécution d’opérations d’appropriation mobilisées par l ’activité de lecture intensive — principalement. textes ou encore vidéos. l ’activité d ’annotation renvoie ici à nouveau à la dualité extériorité/intériorité. et annotations publiques. type. Il s ’agit donc d ’un modèle pour la lecture active d’un document audiovisuel. recherche et ltrage. et URL de celui-ci —. etc.1. et les « annotators ». (P et C 2008)). III. puis prolongerons cette étude par quelques faits théoriques pertinents relevés cette fois dans le champ des outils auteur. et non d ’un modèle d ’environnement de lecture active convoquant plusieurs documents hétérogènes. L’annotation apparaît comme la facette matérielle de différentes fonctions cognitives. Outils multimédias 81 situations de lectures qui nous intéressent ici. a n de caractériser plus nement l ’activité qu’ils cherchent à instrumenter.

15. ces trois derniers exigeant de l ’utilisateur qu ’il remplisse des informations textuelles (cf. en tant que contenu à part entière utilisé pour enrichir un document de base . les annotations constituent donc une couche d ’abstraction du contenu du document maître favorisant l’accès à celui-ci. en vue de l’indexer et de récupérer plus facilement les informations qu ’il recèle par le biais d ’un algorithme de recherche. groupe. suite à un clic de souris. Au sein des documents maîtres. gure III. Bulterman adopte une autre conception des annotations. contours graphiques bidimensionnels et segments temporels (cf. cette dichotomie ce résume par le passage d’annotation visant des usages d’indexation. . : Boîtes de dialogue d ’annotation d ’images et de vidéos de MADCOW (B et al. Selon cette vision.82 C III F III. F III. Dans ses termes. : Icônes matérialisant les annotations d’une page Web multimédia et boîte de dialogue d ’annotation dans M (B et al. L ’informatique a généralisé une acception de l’annotation comme apposition de contenu textuel à un document maître à des ns classi catoires. SMIL et les annotations multimédias (B 2003) Connu pour sa contribution déterminante à SMIL (W C 2008). de récupération ou d ’interrogation sémantique de corpus (« indexing/retrieval/semantic uses ») à des « interactive. « highlight ».14. gure III. zones actives et annotation avec contenu. peer-level annotations ». M propose quatre types d’annotations. apparaissent dans une nouvelle fenêtre du navigateur (cf.0 de ce langage constitue le candidat idéal à la représentation d’annotations non invasives sur présentations multimédias (« coordinated collection of media items that form a composite presentation ») (B 2003). qui. 2004). une annotation dé nie au niveau d ’un groupe pouvant être modi ée par tous les « annotators » qui y appartiennent. les annotations sont représentées par des icônes.15). 2004). gure III. Bulterman entend montrer en quoi la version 2.14) Les images et les vidéos disposent de leurs propres boîtes de dialogue d ’annotation où peuvent être dé nis. il s ’agit donc d ’étendre le contenu d ’un document et non plus seulement d’en proposer un modèle abstrait. respectivement.14). marqueurs.

III. où sont accomplies des opérations d’édition visant par exemple à se délester du matériel documentaire inutile. et ainsi de se doter de documents multimédias susceptibles d ’en garder la trace. a n de s’assurer que les annotations sont ancrées au bon contexte.16. tant en lecture qu’en création des annotations. il est moins coûteux pour les médecin de maintenir et partager un dossier regroupant tous les documents et commentaires au sujet du patient herbivore. et ne pas nécessiter de mode ou application spéci que.  Le dispositifs doit proposer une implantation de la notion de rôle. : Work ow autour d’un dossier patient pour un cheval (B 2003). Bulterman établit également une liste de requirements portant sur la modélisation documentaire à laquelle doit pouvoir s ’adosser un système documentaire de manipulation d’« interactive. cette chaîne ne rend pas compte de l ’articulation des opérations d’appropriation de ce dossier. mais met avant tout en lumière l ’importance des opérations d ’édition précitées. nous en synthétisons ici certains aspects :  La structure logique doit être perceptible. puisqu’il est malaisé d’envoyer ces animaux en consultation. allant de la capture d ’informations à l’annotation du dossier patient .16. Bulterman ébauche une chaîne opératoire. toutefois. Les médias sont capturés par le biais des périphériques et fonctions classiques de l ’ordinateur personnel (caméras.  Les annotations doivent certes pouvoir pointer le document maître. Comme le montre la gure III.  L’objet documentaire doit modéliser la structure de l’information (structure logique) et non la structure de présentation (structure gouvernant l’appropriation dans l’espace et dans le temps). Outils multimédias 83 La contribution est illustrée avec le cas singulier du diagnostic de maladies chez les équidés .  Les annotations de médias temporels doivent pouvoir concerner un instant identi ée « pause the associated source media » ou bien porter sur un segment « to occur in parallel with that source content ». remarquant que ceux-ci ne sont pas doués de parole. microphones). peer-level annotations » .5. point de vue d’ailleurs impliqué par une vision de des annotations comme prolongations du contenu et non comme métadonnées. appareils photo. Corollaire : il n’est pas nécessaire de différencier logiquement le contenu des annotations des autres contenus issus du document de base.  Les annotations doivent pouvoir être spontanément dé nies et éditées en cours de consultation. avant de faire l’objet d’une phase de traitement initial des médias. mais également d’autres annotations (encapsulation des annotations). F III. Ces exigences au niveau des documents sont alors prolongés par d’autres portant sur l’environnement :  L’environnement doit être centré sur le processus personnel de création d’annotations.  L’affichage des annotations doit pouvoir être ltré suivant le contexte. l ’auteur insiste sur la nécessité d ’observer leur comportement. et ne doit pas proposer de mécanisme d ’annotation automatique (« is is a consequence of the need for . De plus.

» (B 2003)). dans le cas où ce dernier est un contenu temporel. et dont la manifestation temporelle est paramétrable. etc. SMIL apparaît comme une solution souple et élégante. . on pourra se référer à (H et al. SMIL est un dialecte XML. la grammaire de SMIL est très orientée présentation et restitution. tels qu’une suite de radiographies ou. et fait de lui un dialecte XML destiné à la publication. layout. nous devons 96. l ’environnement doit être conçu dans une perspective d’une analyse strictement personnelle.) . En ce qui concerne le positionnement spatial des contenus. là où SMIL est exclusivement orienté présentations multimédias à forte composante temporelle. 97. séquentielle (élément <seq> ou exclusive (une annotation portant sur une image identi ée d’une vidéo exige de mettre celle-ci en pause. 2) peut être étendu. et non d’analyse automatique. un hiatus résulte de la confrontation de certaines spéci cations fonctionnelles identi ées par Bulterman au descriptif des possibilités de SMIL qu’il expose en réponse. de disposer d ’un système de rôles. 4) accepte l ’adjonction à la volée de nouveaux éléments de manière déclarative et non programmatique. et gagneraient à être traité dans le cadre d’un dialecte XML spéci quement conçu pour la représentation de la structure logique des contenus et des liens conceptuels qu’ils entretiennent. 3) permet l ’annotation d ’autres documents sans en altérer la structure (annotation non-invasive). Or. l’annotation peut se recon gurer au l de sa lecture.  L’environnement ne doit pas viser la coopération simultanée. de plus. En n. Pour une présentation historique des fondements théoriques du modèle temporel à l’œuvre dans SMIL. de manière plus immédiate. et pouvant exiger des modalités d’articulation et de présentation diverses. dans son entour immédiat ou sous forme de note jaillissante . la volonté de travailler au niveau de la structure logique des documents. Le moteur de timing de SMIL permet alors d’ancrer des médias xes ou continus à d’autres médias eux-mêmes xes ou continus.0. liens. Bulterman concède néanmoins que SMIL est grevé par la nécessité de disposer d ’un lecteur implantant le langage dans sa version 2. De plus. Le caractère séquentiel de certains groupements de documents dans un dossier patient. Toutefois. SMIL propose les éléments d ’ancrage <a> et <area> pouvant être associés à des conditions de déclenchement.  Réciproquement. ce qui permet de rester dans une logique documentaire et évite de devoir se plonger dans la logique tortueuse d ’un script. Toutefois. et en tant que tel. Au sens de XSL-XSLT (W C 1999a). ainsi que des modalités d ’interactivité. béné ciant des caractéristiques du méta-langage XML et des technologies dérivées évoquées supra. notamment grâce au mécanisme d’espaces de noms qui est au cœur de XML . SMIL offre une grande variété de modes d’articulation : une annotation peut ainsi apparaître au-dessus de son document d ’ancrage. une séquence lmée mettant en exergue l’évolution d ’un paramètre physiologique ou d ’un fait comportemental. qui serait susceptible de poser des problèmes de responsabilité dans un contexte de diagnostique médical. de créer des agrégats d’annotations ou encore de rendre possible un ltrage suivant des critères sémantiques ns renvoient en premier lieu aux aspects conceptuels de l ’activité d ’annotation. rôle endossé par l’élément <exlc>) ⁹⁶. 1999). en dé nissant des règles de disposition temporelle : exposition simultanée (élément <par>). 1) fait béné cier le développeur de la constellation de technologies associées. un tel dialecte situé en amont de toute forme documentaire physique offrirait un formalisme plus enclin à être transformé ⁹⁷ en d ’autres formats d ’appropriation potentiellement utiles pour l’utilisateur. grâce à la logique de balisage .84 C III experts demanding to be in control of the diagnostic process. Si l ’on se place sur le plan de la restitution spatiale et temporel d’un corpus composite enrichi d’annotations elles-mêmes très variées. mais doit favoriser l’activité personnelle et son partage a posteriori. qui offre un cadre technique souple et complet pour manipuler les contenus (timing. En tant qu ’elle permet de dé nir des règles d ’articulation spatiales et temporelles des contenus. induit une certaine temporalité dans leur appréhension. pour laquelle la majorité des outils commerciaux disponibles d ’alors ne proposaient qu’un support partiel.

si la notion de responsabilité évoquée supra est issue du domaine médical. sa transposition à celui. et une syntaxe dédiée pour décrire des templates pour ces documents. Le langage auteur proposé est à la fois un modèle générique pour la représentation de documents multimédias. Outils auteurs Négocier la fragmentation (D et R 2006) Partant de la constatation selon laquelle la manipulation directe de SMIL est trop compliquée (notamment. Un document possède un entête et un corps. Ceci permet de faciliter l ’extraction d’un composant de son contexte. Si la nalité des travaux de Deltour et Roisin n ’entretient qu’un faible lien de parenté avec les activités que nous traitons dans ce mémoire. plus vaste et moins formel. dont la raison d ’être est de dépasser l ’ancrage purement externe de l’élément a. Dans une composition documentaire hypermédia. est directement inspiré de l’objet de même nom de SMIL. qui abrite une arborescence d’objets composés. En effet. d’une branche timing et d ’une branche layout (dans lesquelles les objets enfants sont mis en scène via des références à leur id). Outils multimédias 85 également retenir de cette contribution l ’insistance sur l’annotation manuelle . 98. ne se cantonne par à une simple recopie d’information. Là où bien des outils sont centrés sur la structure temporelle d ’un document SMIL. III. par un jeu de référence faites à leurs attributs id. sons ou vidéos sont impliqués par le biais de « media objects ».w3.html\ #SMILLinking-Area. Ce concept. a n de garantir l ’unicité des contenus. aspect que nous laisserons de côté.5. des pratiques de lecture à nalité analytique. la sémantique du moteur de timing). chapitre VI). Ces templates — qui viennent prolonger l’éditeur SMIL LimSee3 (INRIA 2009) — sont des squelettes documentaire servant d ’amorce à la création d’instances. les auteurs préfèrent mettre en avant la structure logique. au sein desquels les objets « area » permettent la dé nition des portions spatiales ou des segments temporels.) proposent un modèle multimédia pour des outils auteur sachant préserver une certaine expressivité sans pour autant sombrer dans l’artisanat. . (W C 2008)). sera ainsi au cœur de notre proposition de modèle conceptuel (cf. des objets « relations » matérialisent les dépendances entre objets. L ’approche retenue consiste alors à abstraire les dépendances de chaque composant envers les autres en leur attribuant des noms symboliques utilisés dans les sections timing et layout de SMIL. voir http://www. l ’objectif analytique visé par la lecture savante repose comme nous l’avons vu sur des opérations de décontextualisation et de recontextualisation d ’unités documentaires préalablement identi ées et fragmentées. En n. Cette question. vue comme un arbre de composants modulaires pouvant être contraints par un mécanisme de templates. qu’une simple revue d ’outils purement lectoriaux aurait certainement laissée dans l’ombre. Deltour et Roisin (ibid. et sont connectés par des liens hyperdocumentaires.5.org/TR/2008/REC-SMIL3-20081201/smil-extended-linking. a n d’ancrer des liens sur des fragments internes localisés et identi és en leur sein ⁹⁸. la nesse et la singularité du sujet humain (quel lecteur « savant » laisserait en effet la responsabilité d’une ré exion critique à une machine ?).2. ou de toute pratique interprétative mobilisant la culture.III. Les contenus images. ce qui suppose de disposer d’un mécanisme de référencement qui. et favorise la modularité des unités de contenu. lesquels sont à leur tour composés d ’une branche contenant leurs objets enfants (identi és par un id). L’exploration de pistes interprétatives divergentes peut donner lieu à la constitution de plusieurs agrégats documentaires mettant en jeu ces fragments. les composants entretiennent souvent des relations de proximité spatiale et temporelle. l ’approche technique retenue peut quant à elle être mobilisée à leur pro t.

86 C III Publication multimédia autour de l’audio (S 2009b) Les outils que nous avons étudiés dans la section III. la forme publiée. au-delà des systèmes développés en contextes universitaires ou industriels servant des usages très spéci ques. et ne peut alors être diffusé sous une forme adéquate pour sa consultation par d ’autres lecteurs.). date. 2007). invités) et de titrer et décrire chacun des segments. la description et l ’enrichissement d ’un ux sonore à partir de laquelle des objets Flash peuvent être générés en vue d ’une publication sur le Web (cf. de dé nir et déplacer des repères temporels matérialisant une segmentation sur un unique niveau de profondeur (cf. donnant la possibilité de dé nir la « che d’identité » de l’émission sous forme de métadonnées textuelles globales (titre. WebRadio consiste en une interface auteur permettant le chapitrage. permettant de visualiser le ux dans son intégralité. Toutefois.17). Une fois le travail éditorial effectué avec l’outil auteur. de zoomer sur une portion précise. L’interface auteur expose plusieurs lignes de temps. WebRadio s’adosse à un modèle de structuration et d ’annotation assez simple. peut être générée. qui incarnent le projet analytique porté par le lecteur actif — n’est pas destiné à quitter l ’environnement logiciel ayant présidé à sa constitution. C et al. : Interface auteur de Scenari Webradio . 2009). p F III. qui consiste en un objet Flash autonome. WebRadio repose sur le principe d ’« enrichissement et non d ’altération » du chier sonore (S-M et al. d’annotation et de connexion de fragments temporels et textuels. résumé. le « résultat documentaire » — c’est-à-dire. l’idée d ’un système généraliste de publication de fragments audio enrichis ne s’est pas encore imposée. réalisation.2 rendent possible l’exploitation critique de ux audio longs en proposant à l ’utilisateur des fonctions de segmentation. les contenus créés. producteur. Le module WebRadio (ibid. C 2007). ceux-ci pouvant également être enrichis à travers la mise en relation de chiers images ou PDF. modi és ou mis en relation. auteur. Si le texte dispose d’un vaste éventail de systèmes de publication désormais matures grâce au socle technologique varié et cohérent fourni par la constellation XML. L ’intention des auteurs est de mettre en valeur les spéci cités du média audio — . Initialement dévolu à la création de programmes de radio « enrichis » pour la valorisation d’archives sonores autour de la musique acousmatique et de la pédagogie musicale (S-M et C 2006 . a entrepris de frayer cette piste. Dans le respect des sources sonores l ’application autorise donc la reconduction du processus d’éditorialisation a n d’ouvrir les archives à des usages nouveaux en s ’adaptant à tout contexte de publication. prolongation multimédia de la chaîne éditoriale Scenari (C 2002). gure III. commentaires et enrichissements étant stockés dans un chier XML accompagné du ux et des différentes ressources impliquées.17. gure III.17). Cliquer sur un segment fait apparaître le formulaire de saisie des informations susmentionnées. Les informations de structuration. fonctions de zoom et de segmentation (S 2009b .

F III. son ergonomie et son organisation imposant de savoir exactement ce que l’on souhaite faire. Les « médias documentaires » obéissent à une autre modalité d ’articulation entre le temps du ux et l ’espace des documents . la rigidité de l’interface n’est pas adéquate à une démarche exploratoire . en dépassant les conditions d’écoute traditionnelles par l’adjonction de ressources documentaires spatiales asservies à l’écoulement d’un ux sonore maître (SM et C 2006). les formats de publication qui en permettent la diffusion et la consultation spéci que à un contexte d’usages identi é. et d’autre part. Insistons en n sur le fait que l’approche méthodologique et technologique sous-jacente. ce qui convient néanmoins à une approche purement éditoriale.1.1. Outils multimédias 87 « liberté de mouvement » et « universalité d ’accès » —. qui tous demandent une importante compétence technique tout en interdisant la réuitilisabilité des productions et. les formats de stockage matérialisant la structure et les relations sémantiques entre éléments de contenus. l ’impossibilité d’identi er des zones spéci ques au sein des médias associés et l’austérité du modèle d ’annotations le rendent inapte à représenter la nesse de l’articulation critique requise par un projet de lecture savante multimédia.4. n’apparaissant que lorsque le lecteurauditeur les mandent. se présente comme une direction informatique élégante pour l’implantation de notre notion . Le brassage du synchrone (caractère « magistral […] dont la temporalité s ’impose ») et de l’asynchrone (caractère « encyclopédique » des suppléments consultables n’importe quand) permet ainsi de mettre en scène une production critique autour d’une ressource sonore en tirant parti des différents régimes sensoriels et d’attention en cours d’écoute. Les « médias associés synchrones » sont convoqués et congédiés en cours d’écoute à mesure que les segments auxquels ils sont rattachés s’écoulent . l’impossibilité d’un travail de production soutenu —.18. disposées stratégiquement dans les entours immédiats du texte pour en favoriser l ’inscription dans l ’esprit B. WebRadio porte la promesse d ’une démocratisation des gestes de publication multimédia et de valorisation de l’activité critique autour des archives sonores. cette fonction incombait aux images. la structuration « plate ». de dépasser l’écoute brute et non informée d’une archive sonore coupée de tout contexte analytique. L’objet produit par Scenari WebRadio est donc un média composite. ils constituent un moyen efficace de mettre à la disposition de ce dernier un contenu conséquent dont la consultation approfondie rompt avec la temporalité de l’écoute. Toutefois. via une interface de navigation.5. Au temps des arts de la mémoire. De plus. par là même. reposant sur la séparation entre. Deux régimes temporels d’enrichissement sont proposés à l’auteur. d’une part. : Publication Scenari Webradio sous forme d ’objet Flash navigable (S 2009b). la pertinence de son positionnement technologique et les innovations dans les pratiques critiques qu ’il vise sont grevées par la pauvreté du modèle documentaire auquel il s ’adosse . il s ’agit principalement de contenus graphiques xes dont la perception immédiate permet d ’asseoir l’écoute sans la perturber et d ’ainsi faciliter sa pénétration et sa mémorisation. Par rapport aux approches qu ’il est possible de considérer comme relevant d’une forme d’artisanat documentaire — telles que la construction manuelle d ’objet interactifs à l’aide d ’outils auteurs multimédias et d’éditeurs audionumériques et graphiques. en tant qu’agrégation critique de différents médias permettant.III.

empruntant aux réseaux sémantiques. both graphically (as labelled tokens) and in the database (as pointers). A n de caractériser plus nement ces aspects constitutifs de tout système hypertexte.3) . impliquerait un matériau éclaté. ces travaux visent un domaine métier similaire au notre. de l ’informatique à la littérature (C 2001).1). Dans cette section. à un tel point que ces deux notions sont parfois assimilées . des éléments théoriques et techniques susceptible d’alimenter notre ré exion sur l ’instrumentation d ’une lecture savante multimédia. Ils constituent également un mode de représentation de l’information qui.6.3).2. tourné vers un accès direct aux informations et ne supposant pas le recours à un langage de requêtes. dans les implantations passée et contemporaines de systèmes hypertextes.) : . Caractérisation d ’un système hypertexte Un système hypertexte est avant tout une machine : la dynamicité et la non-linéarité qui règlent l’exposition des fragments de contenu ne peuvent être obtenues que par le recours à un procédé mécanique (ou informatique . qui. S L’hypertextualité est fréquemment convoquée aux côtés de la lecture informatique. sans s’adresser expressément à des pratiques de lectures similaires à celles qui nous occupent ici. articulant fenêtres de contenu.88 de chaîne lectoriale (voir I.3. and links are provided between these objects. Conklin établit une liste de comportements (ibid. Il en va de même pour une base de contenu sans système d’appropriation et de manipulation adapté à un utilisateur nal lecteur ou écrivain. C III III. Nous portons sur la question hypertexte un regard purement technicien. Nous ne nous positionnerons pas par rapport à la question de la recon guration des pratiques lectoriales réticulaires. par opposition à lire un livre ou tout autre support papier.7). III. Ceux-ci renvoient tout d ’abord à un mode d’organisation des bases de données. nous nous bornons à considérer deux sous-domaines spéci ques du champ des hypertextes.3). lire avec un ordinateur.2. nous revenons sur cette idée en IV. un système de fenêtrage n ’étant pas associé à une base de données stockant un contenu textuel organisé dont un utilisateur peut se saisir dans une visée lectoriale ou auctoriale n’est pas un système hypertexte. apportent un éclairage central sur notre question. suscite des débats animés dans des disciplines variées. Les systèmes hypertextes sont donc des objets composites qui reposent par nature sur une pluridisciplinarité au sein des sciences informatiques. Conklin nous en propose la dé nition technique suivante : « e concept of hypertext is quite simple : Windows on the screen are associated with objects in a database. icônes et liens aisément manipulables par l’utilisateur. en passant par les sciences de l’information et de la communication (B 2005) ou la philosophie. IV. Ces investigations ne peuvent néanmoins pas faire l’économie d’une introduction technique caractérisant et illustrant la notion de système hypertexte. déstabilisant les lecteurs habitués aux formes et structures textuelles traditionnelles. ce qui nous impose de les évoquer. En n.2. les hypertextes mobilisent un paradigme d’interface graphique humain-machine qui leur est propre. lequel consiste à identi er. depuis la large diffusion que les idées de Ted Nelson ont connu suite au développement du World Wide Web. Nous abordons dans un premier temps les usages explicitement critiques et savants des hypertextes (cf. III. qui.1. inter-connecté et dynamique (cf. nous étudions l ’approche dite des hypertextes spatiaux (cf.6.6. Dans un second temps. quoique qu ’ils portent principalement sur un matériau textuel. » (C 1987) Ainsi. III. mêlent un matériau textuel informel à des processus de traitements informatiques.2.

 Comme outils d ’exploration : « to support early unstructured thinking on a problem when many disconnected ideas come to mind (for example. tels que le typage et la structuration des nœuds. et en ouvrant chaque nouveau nœud rencontré dans une fenêtre a n de l ’inspecter. ».  Les créations de nouveaux nœuds et liens doivent être aisées. développé au Xerox PARC en 1984. l’augmentation du nombre de propriétés graphiques des nœuds sur lesquels l’utilisateur peut jouer pour mieux distinguer ses fragments de contenu. during early authoring and outlining. Systèmes hypertextes 89  La base de données est un réseau de nœuds textuels formant un hyperdocument. and programming and design) ».  Le parcours de la base de données peut s’effectuer de trois manière différentes :  En suivant les liens. ici.2.  Chaque fenêtre affichée à l ’écran correspond à un nœud de la base de données dont elle affiche le nom a n de le pouvoir identi er à tout moment. Cette quasi-instantanéité.  Systèmes hypertextes génériques. dont le réseau résultant était visible par le biais de cartes spéciales Browsers — offrait une richesse d’organisation à .) :  Pour les bibliothèques en-ligne de taille conséquente. Son architecture reposant sur un réseau de petites ches — qui pouvaient être hiérarchisés en FileBoxes et inter-connectées par des liens binaires. chacun de ces liens représentant un pointeur vers un autre nœud de la base. pour la lecture. qui portent sur l ’intégralité des nœuds du réseau. Dans tous les cas : « the interface must provide links which act like ”magic buttons” to transport the user quickly and easily to a new place in the hyperdocument. d ’élaboration. suppose donc un matériel suffisamment puissant. Les systèmes hypertextes relèvent traditionnellement de quatre grandes catégories d’application (ibid. lecture. est certainement le premier système hypertexte personnel d’écriture et lecture aisément utilisable par un utilisateur nal. la taille et la position des fenêtres aidant à la mémorisation de leur contenu. l’écriture. réduction sous forme d’icône. III.III. redimensionnement. elles incarnent les opérations d’annotation. la facilité d’usage est primordiale.  Chaque fenêtre peut héberger un nombre de liens in ni en droit. problem solving.6. fermeture. dont nous sommes depuis plus d ’une décennie parfaitement coutumiers. coopération. Le cas NoteCards NoteCards.  En appréhendant ce réseau par le truchement d’une représentation graphique complète de sa structure. où les tâches de publication. de commentaire. apportant la hiérarchisation et la factorisation des fragments.  En saisissant une chaîne de caractères au moteur de recherche local. etc.  Dispositifs de parcours/feuilletage (« browsing ») de taille plus modeste que les systèmes destinés aux grosses bibliothèque numériques savantes . la constitution de « patrons » de nœuds portant des champs prédé nis susceptibles de faire l ’objet d’un calcul ou encore la notion de nœud composite. la coopération. critique s ’accomplissent sur le réseau. restauration instantanée d ’une icône en fenêtre .  La couche graphique propose les opérations traditionnelles des systèmes fenêtrés : positionnement. Le modèle fondamental nœuds/liens a par la suite fait l’objet de nombreux raffinements venant combler les insuffisances dues à son extrême simplicité. etc.6.

III. is . et ouvrirait alors la voie vers un « more hypertextual paradigm for pubishing and contesting research claims » (ibid. hypothèses. polarité (pour quali er la force et le sens logique de la relation : « proves. les auteurs s’appuient sur ScholOnto (Scholarly Ontologies). un système bibliothécaire numérique adossé à une ontologie pouvant confronter des interprétations divergentes d ’un même document. La multiplication des dispositifs socio-techniques de publication (Web. rassemblement des coupures dans des boîtes à chaussures puis écriture du rapport analytique. par exemple. qui consiste en un énoncé formalisé connectant deux objets (concepts. déductions logiques). is an example of » ou au contraire « refutes. NoteCards était initialement destiné à faciliter la production de rapports analytiques par une meilleure formalisation des idées. « NoteCards […] was designed to support the task of transforming a chaotic collection of unrelated thoughts into an integrated orderly interpretation of ideas and their interconnections.). actes de conférences) ayant entraîné une importante dissémination de la connaissance scienti que. l’hypertexte n’est plus seulement un moyen de distribuer et d’organiser la totalité des œuvres littéraires passées. type.3. Au niveau personnel du lecteur. prevents. il devient toujours plus malaisé de découvrir des informations pertinentes (par exemple. articles savants. données. Ce système repose que le concept principal de « claim » (assertion). celles qui reçoivent l’approbation de la communauté). Contrairement aux projets d’ambition mondiale tels que Xanadu de Ted Nelson. d’associer une catégorie à une annotation). Des hypertextes au service de la critique Représenter l ’argumentation (Shum et al. VI).) Dans le contexte théorique des hypertextes sémantiques. mais devient un paradigme de systèmes techniques permettant à un utilisateur d’accomplir un ensemble de tâches cognitives documentaires complexes. Les liens entre objets peuvent être contextualisés par le recours à des métadonnées classiques — étiquette. ltrage. NoteCards est destiné à un petit groupe d’utilisateurs : avec ce logiciel. Sereno. .6. À cette n. et d ’appréhender les liens qu ’elles entretiennent avec la littérature associée au domaine. « Les composites doivent-ils être implantés par le recours à un nouveau type de liens spéci ques ou bien un mécanisme entièrement nouveau est-il nécessaire ? ».90 C III laquelle aucune des interfaces de manipulation de chiers « grand public » développées par la suite ne pourrait prétendre.). Nous nous confronterons à ces questions fondamentales lorsque nous exposerons les principes de notre proposition de modèle conceptuel (cf. Buckingham Shum et Motta étudient la façon dont le contenu d ’un document à caractère argumentatif peut être enrichi des interprétations qu ’il reçoit de ses multiples lecteurs a n de représenter la position d ’une communauté savante (S et al. Les auteurs remarquent alors que si les systèmes textuels savants existant proposent des fonctionnalités d ’annotation sémantique (où il est possible. ce qui rendrait possible leur réutilisation (visualisation. » (H 1988) Comme le remarque son créateur dans (ibid. parmi lesquelles « Un nœud peut-il être inclus dans plus d’un composite ? ». revues savantes. le développement d’un mécanisme de composition soulève des questions intéressantes. is consistent with. éléments théoriques.). Cette tâche documentaire suivait habituellement à la sucession d ’étapes (« chaîne lectoriale ») suivante : lecture des sources (nouvelles. présentes et futures. problèmes. 2003). ce rôle d ’explicitation est tenu. par l’annotation. le passage de l’idiomatique au collectif reste non traité lorsqu’il est question de dépasser le simple stockage ou affichage des enrichissements. où sont exposés sept grands problèmes auxquels les systèmes hypertextes à venir devront se confronter. ou encore. Ils posent alors que la condition de viabilité d ’un tel système est la formalisation des annotations. etc. suppositions ou encore autres « claims »). interrogation. applies.

 Liens vers des éléments de « claims » potentiels. gure III. et relèvent de cinq grandes catégories de relations (cause. les portions pertinentes identi ées au sein de celui-ci sont enrichies d ’un réseau de liens représentant la dynamique de l’interprétation. F III. gure III. deal » donnera lieu à la constitution d’un lien identi ant le problème abordé et traité. Le chapitrage selon lequel l’auteur segmente son argumentaire fournit au lecteur une assise initiale pour ltrer la quantité de données présentées. taxonomie) (cf. Systèmes hypertextes 91 inconsistent with »). dé nir les liens qui lui permettront de ltrer nement le contenu des documents étudiés. (4) et (5) type et intensité de la relation discursive . interface de constitution de « claims » de ClaiMaker : (1) « Claim » construit et prêt à être soumis . À cet effet. etc.  Liens sémantiques.19.19). et de leur associer des liens pour en faciliter la manipulation. dont les auteurs distinguent trois types :  Liens structurels. Le lecteur peut alors. treat. Les auteurs souhaitent en n que chaque vocable ou groupe de vocables susceptible de renvoyer à une information utile pour appréhender la contribution scienti que apportée par l ’article serve de point d ’ancrage à un réseau de liens sémantiques innervant le texte. noms propres) pouvant prendre part à un « claim ». : À gauche.6. poids. des passages présentant une certaine similarité avec le résumé. similarité. pour exemple.III. « approche » ou « résultats » permet d ’optimiser la recherche de la contribution d’un texte scienti que. Ainsi se trouve facilité le rapatriement de la totalité des informations traitant d’un même thème. types de relations discursives proposées par l’outil (B S 2007). la détection de termes tels que « to address […] cover.) . auteur. acronymes. « introduction ». direction. ce lien étant disponible dans l’ontologie ScholOnto. des résultats expérimentaux. ou encore la matérialisation des liens entre un terme et son explicitation.20). ces liens pouvant alors être visualisés sous forme de réseau sémantique (cf. (6) recherche du second concept relié au concept (2) selon la relation sus-citée (B S 1995). groupes de mots. date —. gure III.19). . Des études empiriques ont montré que disposer de liens vers des sections de type « résumé ». via l ’outil ClaiMaker (U et al. Les auteurs avancent la nécessité d’un processus d’identi cation automatique des éléments pertinents d ’un texte (termes. handle. inférence. Le système doit tout d ’abord permette d ’assister le lecteur dans la formalisation des connaissances et arguments qui n ’apparaissent que de manière implicite dans le texte étudié. L ’algorithme s ’appuie sur la base de données lexicale WordNet a n de détecter automatiquement la nature des relations entre les éléments . À droite. 2003) (cf. soutien/appui. (2) (3) premier concept impliqué et son type argumentatif (preuve.

récents. L’enjeu du projet est de constituer des mémoires documentaires sur lesquelles s ’appuie le travail et groupe et dont la pérennité reposeraient sur l’instrumentation de leur accès par « interrogation sémantique » ⁹⁹.  Un problème peu évident peut supposer l’articulation de points de vue contradictoires a n d’être saisi dans toute sa complexité. L’outil Memetic Meeting Replay (cf. hétérogènes et non structurés. manipulable et compréhensible. lorsqu ’un lecteur appose deux fragments pour exprimer leur proximité sémantique) . Insistant sur le fait que la fonction d ’un support est de rendre possible l’expression et la manipulation de structures (B S 2007).  Les relations structurelles qui charpentent les documents étudiés doivent être visuellement représentées a n d ’être perçues. Compendium fournit alors un module de cartographie graphique de l’évolution des délibérations. les contributions des participants à une conférence vidéo le long d’une ligne de temps. . Le projet ambitionne alors de fournir un cadre opératoire pour l ’identi cation des structures conceptuelles. cette marge d ’indétermination sémantique rend problématique l’ancrage de ces structures et relations dans un schéma trop formel ouvrant la possibilité d’un traitement informatique. des combinaisons d’étiquettes (« tags ») ou des objets graphiques susceptibles de renforcer leur signi cation au cours de l’échange d’arguments. il faut également qu ’il soit aisément accessible. En effet. d’une part. mais se recon gure progressivement à mesure que le processus de compréhension se poursuit .19) permet quant à lui de représenter. Ces différents travaux répondent à la volonté de formaliser le contenu des échanges savants a n d’en favoriser 99. Les relations de sens y reposent sur une ontologie pouvant être étendue à discrétion par l’utilisateur. Une première contribution méthodologique et technologique présentée par l’auteur s’incarne dans l’application Java Compendium (CompendiumInstitute 2008). pour qu ’un ensemble de documents puisse être considéré comme « vivant ». à qui il est également loisible d ’associer aux entités de contenu du texte libre.92 C III Les concepts théoriques et techniques exposés supra constituent le fondement du programme de recherche Hypermedia Discourse (B S 1995). ou plus distant dans l ’histoire de la littérature du domaine considéré. Buckingham Shum énoncent plusieurs remarques sur la formalisation des relations qui structurent un corpus documentaire hypermédia :  Un énoncé n ’est susceptible de faire sens qu’en tant qu’il est renvoyé au contexte dans lequel il s’inscrit. l’interrelation des arguments au cours de la discussion considérée dans son ensemble sous forme de carte sémantique. Cet outil rend possible la structuration et la formalisation des contributions discursives autour d’une problématique partagée par des pairs. Cette approche stipule la possible formalisation des résultats de l ’activité de « fabrication de sens » dans l’appropriation de discours en cours d’élaboration (au l d’un travail critique effectué en collaboration et croisant des interprétations potentiellement contradictoires). discursives et argumentatives au sein de corpus hypermédias. rapide et souple tout en présentant une expressivité suffisante pour faire l’objet d’un traitement informatique. le lecteur doit alors béné cier d ’un moyen de représentation des idées qui soit spontané. qui se voit quali ée de « dialogical medium for modelling the discourse around problems » (B S 2007).  Les contenus impliqués durant le processus d’appropriation peuvent être fragmentaires. il ne suffit pas de régler le problème de sa xation sur un support durable.  La trame liant les idées émergeant en cours de lecture ne se donne pas instantanément. et les relations qui les connectent les uns aux autres ne sont pas nécessairement formalisables de manière univoque (pensons notamment aux relations de proximité spatiale. gure III. et d’autre part. suffisamment exible pour permettre l ’enrichissement d ’« issue-templates » (squelettes délibératifs typiques pouvant être sauvegardés et importés) par des idées moins structurées qui jaillissent spontanément lors d’un débat en temps réel.

doit être nécessairement négociée par les projets interprétatifs qui les visent. la proximité thématique qu’il entretient avec la question de l ’instrumentation de la lecture savante nous permet d ’en tirer quelques béné ces capitaux. de permettre au lecteur de manipuler des relations signi antes et non seulement des fragments de contenu bruts. Dans la prolongation de cette idée. Le cadrage théorique qui charpente ces travaux s ’adresse à un matériau principalement textuel dont il suppose la formalisation destiné à la constitution d ’une mémoire partagée et pérenne . l ’outil Memetic Meeting Replay reposant sur Compendium. : À gauche. pour ces raisons. ce qui peut paraître trivial dans le contexte des ontologies mais qui mérite néanmoins d ’être souligné. en veillant à ce que les apports de chacun soient articulés par le biais d’une ontologie suffisamment formalisée pour permettre des traitements automatiques. qui entretiennent un lien plus lointain avec notre travail. et répondent à plusieurs points d’achoppement théoriques et techniques ¹⁰⁰. elles ne nous disent rien sur la façon dont les contenus sont perçus concrètement par le lecteur et dont ils peuvent être organisés dans l’espace de travail pour servir l ’analyse. Le second enjeu porte sur la possibilité de conduire un projet savant mené en collaboration.20. au travers de leur mise en relation avec les éléments d ’une base de donnée en ligne partagée reposant sur la même ontologie. visualisation d ’un réseau sémantique de « claims » avec ScholOnto/ClaiMaker. il n’est pas pleinement adéquat à notre problème. et permettant d’indexer et de naviguer dans des enregistrements vidéos de conférences selon les structures argumentatives déployées par chacun des participants (B S 2007). Nous n ’avons pas abordé les aspects relatifs à la collaboration (articuler des interprétations contradictoires dans l’espace d’un texte source) ou à l ’ontologie elle-même. nous pouvons ainsi compter les nécessités de typer les liens tissés par le lecteur (autant pour rendre possible un traitement informatique futur que pour offrir une plus grand expressivité dans l’analyse). un troisième enjeu concerne le devenir des « claims » identi és par les lecteurs ou participants. et. Systèmes hypertextes 93 F III. mais suffisamment exible pour recevoir des contributions qui ne le sont pas nécessairement. l’accès futur ou l ’élaboration en temps réel. Remarquons en n qu’une approche centrée sur la formalisation du sens néglige immanquablement le fait que les documents sont en premier lieu des objets dont la matérialité — à la fois contraignante et structurante —. enjeu auquel répond en partie la détection et le typage automatique des « claims ».III. À droite. Toutefois. 100. Au nombre de ces béné ces. .6. Le premier enjeu est de réduire la charge cognitive des utilisateurs lorsqu’ils s’affairent à extraire des documents le matériel argumentatif susceptible de leur être utile. de proposer un mode d ’articulation dont le formalisme peut être relâché pour davantage de spontanéité dans les tâches exploratoires. Si les ontologies nous offrent un moyen de représenter et manipuler le sens.

Imprégné du modèle livresque. Toutefois. ne semble relever d ’aucune de ces deux catégories. Conséquemment. dont la masse et la complexité toujours croissantes exigent une « méta-lecture ». certaines structures de pensée s’incarneraient donc de manière plus adéquate dans des réseaux hypertextes que dans des textes écrits traditionnels (K 1997).). et d’ainsi combler les lacunes des approches hypertextes traditionnelles exclusivement basé sur une topographie nœuds/liens (« More than links are needed »). plusieurs de ses propositions rejoignent la conception des hypertextes spatiaux au sens de Marshall et Shipman (M et S 1995). La linéarité ne sied pas nécessairement à la présentation d ’argumentations complexes . pour la conception de futurs systèmes hypertextes savants . qui se réi e en un enchevêtrement de liens articulant des fragments de documents structurés. ce qui réduit l’hypertextualité de l’ensemble. opposition qui côtoie celle existant entre le livre-édi ce au parcours statique et le réseau rendant possible l’improvisation (K 1997). l ’auteur est également lecteur (comme le remarque Stiegler. qui propose une étude théorique originale sur les enjeux de l ’hypertextualisation des archives documentaires savantes au travers d’une adaptation de la théorie de la transtextualité de Gérard Genette au Web. dont nous avons tâché de cerner les traits au cours de l’introduction de ce mémoire. . les nœuds qu’il identi e ou crée de toutes pièces et les liens qu ’il tisse lui étant alors avant tout destinés. La littérature hypertextuelle met en jeu l ’opposition désormais traditionnelle de la gure du lecteur — qui doit naviguer dans un réseau ¹⁰¹ — à celle de l ’auteur — qui doit tirer parti des possibilités de l’hypertexte pour explorer des modes de présentation des idées plus respectueux de la complexité de celles-ci —. sous forme de wishlist. Avant de considérer les aspects consultatifs d ’un réseau hypertexte à caractère argumentatif. que nous étudierons dans la section III. dont nous verrons dans la section III. Dalgaard avance l ’idée d ’une textualité de second ordre. d ’un discours collectif.7 que le paradigme traditionnel nœuds/liens gagne à être dépassé pour une problématique de lecture intensive. sont abondamment cités dans les différents articles mobilisés dans cette section. 101. l’entremêlement des arguments et contre arguments. qui n’avance qu’en (re)lisant les traces de sa propre écriture déjà-là » (S 1994)). notre lecteur savant. En tant qu’il doit produire une interprétation. l ’auteur d ’un hypertexte a tendance à écrire de long nœuds. globales et distribuées. à l’œuvre dans la navigation au sein d ’archives hyperdocumentaires savantes.7. de tels objets ne relèvent pas du problème classique de navigation d’un lecteur perdu. permettant de créer des montages spatiaux de nœuds textuels. Kolb énonce également une liste de spéci cations. mise en exergue d ’un axe de lecture par réarticulation de fragments). ou encore. Plus récemment. Comme le remarque Kolb. Storyspace et Tinderbox. l ’hypertexte est plus à-même de représenter les ux et re ux. dont la dynamique serait écrasée par une exposition purement linéaire. Kolb insiste sur la nécessité de présenter les arguments autrement que linéairement et « pas-à-pas » (ibid. comptant parmi les pionniers de la ré exion sur les systèmes hypertextuels savants. pour assurer sa compréhension . Le but premier de cette interprétation n ’est pas de s’offrir à autrui sous forme d ’un hypertexte navigable.94 C III Les hypertextes savants (Kolb) Les travaux de David Kolb. De plus. les travaux de Kolb constituent l ’occasion de penser la nature du rapport entre l’utilisateur et son outil. Il évoque à cette occasion les outils VKB. mais d ’un problème de construction éprouvé par un auteur soucieux de son lecteur (K 2004). contenant chacun un argument intégralement développé. Mais au-delà de la ré exion sur la rhétorique de l’écriture hypertextuelle savante qu’ils proposent. il faut s’intéresser à ses modalités d’élaboration. il est son « premier lecteur. et il déploie une rhétorique de la lisibilité avant tout pour lui-même. il est bien auteur d ’une sorte de réseau hypertextuel. on pourra se référer à (D 2001). En ce qui concerne la gure du lecteur. mais de permettre à son auteur de s ’acheminer vers l ’objectif interprétatif qu’il s ’est xé (meilleure compréhension des documents du corpus. Kolb a souligné les nouvelles possibilités d ’articulation entre nœuds textuels et images ouvertes par de telles approches (K 2008).

compréhension. bibliothèques en ligne. . Les articles sont représentés par des rectangles donc la couleur indique la cote de pertinence qui leur a été attribuée par l’utilisateur ainsi que le degré d ’avancement de leur lecture. De plus. 2004) proposent un environnement de « lecture approfondie ».6.2. De plus. Ces références sont alors automatiquement extraites. lecteurs de livres électroniques. Instant Bookplex répond donc aux problème d ’orientation et d ’organisation.III. Notre position par rapport à cette question de recherche a été exposée en II. 2004) Bier. au besoin de recul synoptique. L’utilisateur garde cependant un contrôle permanent sur ce qui entre dans le système. La lecture approfondie (« in-depth reading ») est décrite par les auteurs comme un processus itératif — c’est-àdire une « chaîne lectoriale ». formats documentaires de publications répandus tels que PDF et HTML) sont peu adaptés à une lecture en profondeur de textes argumentatifs se déployant dans le long terme. Toutefois. alors qu’une lecture approfondie efcace exige leur articulation technique.2. le fait qu ’il repose intégralement sur l ’économie de la citation scienti que ne permet pas d’envisager sa transposition à des documents non écrits. au-delà d ’un certain seuil de grossissement. Les auteurs présentent également des outils de visualisation des résultats d’une requête adressée à une bibliothèque numérique.2. lecture. avant d’être OCRisés et normalisés pour favoriser leurs conditions de lecture. des miniatures témoignent de la disponibilité du document au sein du système . surgissant dans les phases de constitution et d ’appropriation d’un corpus de textes argumentatifs. il peut être organisé en collections et sous-collections pour en faciliter la manipulation. acquisition de document potentiellement disponibles.2. tout au moins à ce jour. Instant Bookplex. moteurs de recherche. selon le terme que nous avons établi en I. Un algorithme de « zoom sémantique » y ltre les informations restituées selon leur pertinence. Instant Bookplex requiert d ’être initialement nourri de quelques articles de départ (« seeds ») faisant gure d’autorités dans le domaine étudié et proposant une liste conséquente de références bibliographiques. et peut valider. Popat et Newberger (B et al. Les travaux scienti ques s’étant saisi de cette question ont traité les différentes opérations susmentionnées isolément. amender ou rejeter les données déterminées automatiquement. Systèmes hypertextes 95 La lecture approfondie avec Instant Bookplex (B et al. Ces travaux ne prescrivent donc aucun paradigme de modélisation et de représentation pour l ’articulation des opérations d’orientation et des opérations de lecture active. puis à nouveau recherche. sa présence dans cette section se justi e en cela qu’il repose sur la constitution et la manipulation d ’un réseau de documents fortement connexes. etc. Les auteurs constatent que les outils de lecture quotidiens (navigateurs Web. Le contenu des collections est spatialisé de manière semi-contrainte a n d’assister le lecteur dans la mémorisation à long terme des articles pertinents. de s ’y orienter efficacement et d ’organiser son parcours de lecture.1 — constitué des étapes suivantes : recherche. Les collections et sous-collections s ’appréhendent au travers d’une interface de navigation zoomable.2. permettant au lecteur de constituer une collection d’articles scienti ques inter-connectés par un réseau de citations. l ’exposition de son positionnement par rapport au processus opératoire à l’œuvre dans toute lecture savante nous permettra de clari er notre positionnement (voir aussi II. Une fois le corpus constitué.3. celles-ci se transforment en visionneurs. De plus. au-delà de son ancrage purement textuel. Good.2). le nombre des métadonnées affichées diminuant à mesure que la zone graphique attribuée au document se réduit. et les articles correspondants récupérés en ligne. gestion des documents pertinents collectés. il ne traite aucunement les opérations qu ’une lecture savante doit être à même de réaliser à l’intérieur des frontières des documents qu ’elle vise. Bien que ce dispositif ne s’adosse aucunement aux théorie hypertextes.

et les questions relatives à l ’instrumentation de la lecture et de l ’écriture intensives n’ont pas encore été intégralement contaminées par les problématiques issues de la généralisation des réseaux documentaires d’échelle mondiale. and more prescriptive design methods might hamper exploratory structuring » (ibid. du moteur de recherche AltaVista. le Web tel que nous le connaissons n ’en n ’est qu’à ses balbutiements . Soucieux de proposer une alternative technique plus adéquate aux pratiques de production et d’appropriation exploratoires des connaissances. » (F et V 2007). d ’Internet Explorer 2 ou encore de la naissance du serveur Apache. .96 C III III. c’est l’année de HTML 2.7. L’ III. dépendantes du contexte et évolutives. Marshall et Shipman exhibent alors trois caractéristiques fondamentales des hypertextes spatiaux :  la séparation des contenus et des formes symboliques visuelles qui les mettent en scène . De l’ambivalence du lien En 1995.) — font échos à la lecture intensive telle que nous l ’avons dé nie en introduction. et proposent en retour des structures hypertextuelles plastiques. les travaux explorant les possibilités offertes par les systèmes documentaires hypertextes locaux et personnels constituent encore un domaine de recherche autonome et vivace. Dans ce contexte. là où leurs ascendants sont principalement tournés vers la visualisation de réseaux documentaires préexistants. les articles traitant d’hypertextes spatiaux s’adossent fréquemment à une bibliographie issue des sciences cognitives ou relative à l’analyse de l’activité des travailleurs intellectuels. À cette époque. Dans ces derniers. où un lecteur construisant progressivement son interprétation d’un ensemble de documents est conduit à élaborer et organiser une glose. le lien joue initialement le rôle d’opérateur de navigation au sein d’un réseau de nœuds ¹⁰² explicitement connectés. les propos des auteurs — « [s]patial hypertext is most appropriate when there is no distinction between readers and writers. Marshall et Shipman coécrivent un article formalisant les enjeux scienti ques de systèmes hypertextes qui prennent alors le noms d ’hypertextes spatiaux (M et S 1995).  la possibilité de recourir à des structures implicites et informelles ¹⁰³. Remarquons toutefois que l ’expressivité des modèles hypertextes a été enrichie au cours des décennies 1980–1990 avec des concepts tels que le typage des liens et des nœuds. ils procèdent de la constatation selon laquelle l’exploration d’ensembles de connaissances dont la compréhension est en devenir et non donnée a priori est grevée par le tissage systématique des liens. […] e layout establishes implicit links when components are perceptually grouped by spatial proximity or alignment. « Implicit relationships are expressed by spatial or visual cues. La conjonction de ces propriétés donne les moyens de bâtir des représentations organisées de l’information traitée à la fois idiosynchratiques.7. où les relations entre nœuds sont implicitement déterminées par la proximité spatiale de ceux-ci. et reposent sur une critique des modalités d ’interaction avec l’information proposées par les outils informatiques classiques. De tels dispositifs constituent un intérêt certain pour notre problématique. En tant qu’ils permettent de créer et déplacer librement les nœuds (« create and move nodes freely ») et d’exprimer des relations entre éléments par la proximité spatiale ou par le recours à des signes visuels. aptes à se recon gurer à mesure que la compréhension du domaine se forge.1.  l’utilisation de ces formes visuelles pour bâtir une signi cation hypertextuelle . 103. mais directement créées et manipulées par l ’utilisateur pour informer graduellement son projet interprétatif. Les hypertextes spatiaux sont des surgeons de ces hypertextes traditionnels . fondant la différence entre ces hypertextes spatiaux et les hypertextes traditionnels. ou encore la structuration et le groupage des nœuds. Celles-ci ne sont pas calculées à partir d’un contenu préexistant a n d ’en fournir un moyen d’accès. les hypertextes spatiaux renvoient à une question de construction d’une interprétation émergente. Comme le remarquent d’ailleurs Faure et Vincent. Ces travaux mettent en lumière le rôle constitutif de la disposition spatiale dans l’émergence du 102. Le texte s’ouvre par une discussion sur le double statut du lien.

(M et S 1997).21). ou encore selon leurs modes d ’organisation (éclatement. VIKI s’adresse alors autant aux lecteurs. qu ’il dote d ’une interface de création et d’articulation d’objets graphiques pour l’explicitation des idées. Dans un environnement informatique. que les auteurs quali ent ainsi : « Interpretation is that part of writing.21.III. » (M et S 1995). Le modèle de données sur lequel s ’appuie VIKI conjugue simplicité et souplesse : des « objects » constituent les réceptacles du contenu. regroupe et déplace librement. Cette articulation repose sur la notion de sous-espace. alignement. 1995). et qu ’un système informatique servant l’interprétation se doit de proposer un mécanisme permettant d ’impliquer une même entité de contenu dans des articulations interprétatives variées et plastiques. Pour exemple. L ’approche des hypertextes spatiaux 97 F III. on pourra consulter (S et al. empile. et cette mise en espace informelle constitue un complément essentiel aux dispositifs de classement et d’organisation plus contraints. Pour un approfondissement de la facette « ergonomie cognitive » de ces questions. pouvant être imbriqués à discrétion a n de représenter les différents niveaux d’abstraction de l’information.7. Le matériel documentaire et les informations collectés doivent donc être dissociés des structures de représentation qui les restituent. de telles relations peuvent être exprimées par les propriétés spatiales des nœuds sur un plan bi-dimensionnel (chevauchement partiel ou total. : L’organisation de l ’espace visuel dans les hypertextes spatiaux (M et S 1995). les hypertextes spatiaux font grand usage des nœuds composites. pour lesquels il rend possible une lecture contextualisée et attentive aux nœuds environnants. espaces de construction Régulièrement cité et prolongé dans les travaux s ’inscrivant dans le giron des hypertextes spatiaux (récemment. volet droit de la gure III. Ceux-ci insistent sur le fait que les convictions et opinions des groupes et des individus sont ondoyantes par nature. tels que les familiers classeurs. (F-R et S 2004)). sens et la bonne conduite d ’un cheminement interprétatif.21). et sont référencés à l’écran par des « visual symbols ». proximité. le système historique VIKI vise l’instrumentation du processus interpretatif.2. dotés d ’une taille (pour afficher plus ou moins de contenu). Espaces d ’appropriation. le travailleur de bureau/office exploite la surface de son bureau/dekstop a n que fassent sens les feuilles de papier qu’il y étale. regroupement . cf. collaborating. . III. qu ’aux auteurs. cf. celles-ci pouvant être in nies en droit (cette proposition fait écho à la première caractéristique des hypertextes spatiaux énoncée supra). volet gauche de la gure III. ou encore (A et N ¨  2005) pour ce qui relève de la difficulté d’appréhender des structures numériques de profondeur et taille possiblement illimitées. chiers ou trieurs. or thinking in which people collect the materials of interest and make sense of them in the light of their tasks and the backgrounds they bring to it.7.

L ’utilisateur alterne alors librement des phases de lecture. l ’auteur propose XLibris. » (M et S 1995) Les objets sont semi-structurés. En réponse à ce manque. gure III. un système hypertexte permettant la manipulation spatiale de fragments documentaires préalablement identi és et mis en relation par des annotations textuelles. la taille et le positionnement des entités donnent lieu à des incarnations de ces relations à la fois plus spontanées.98 C III d’une forme. leur typage surgit à mesure que les contenus sont affinés. la transparence. ainsi. Comme le remarque en effet Mancini.6. along with the ability to manipulate the appearance of individual symbols. l ’utilisateur peut progressivement typer les entités qu’il manipule. Remarquons que ces auteurs mettent en lumière un manque instrumental également identi é dans l’introduction de ce mémoire : « there is obvious support for the task of retrieving documents from the Digital Library (DL). éventuellement quelques phrases. plus souples et plus claires (cf.3. provides users with an informal way to record different properties of an object according to its spatial context. Ce découplage objets/symboles visuels est ainsi présenté par les auteurs : « is decoupling. etc. où il collecte du matériel pertinent. Présentes en grand nombre sur l ’écran. ainsi. 2002). Blandford.22) (M 2001). où il donne du sens aux fruits de sa cueillette en les re-contextualisant dans des vues ad-hoc et en les comparant à d ’autres fragments. des propriétés graphiques aisément perceptibles telle que la couleur. Buchanan. Comme le remarque Golovchinsky. et conserve la possibilité d’enrichir un objet par des champs ad-hoc re étant la singularité de son contenu. les hypertextes spatiaux prolongent des travaux tels que ceux que nous avons présentés en III. dont les résultats peuvent être exploités pour recon gurer l’espace de travail. les entités détenant l’information sont alors contraintes de n’en exposer qu ’une inme partie — un titre. quelques mots. » (ibid.) Les hypertextes spatiaux ont entrepris de rendre plus efficiente l’appropriation d’une grande quantité d ’informations par leur structuration visuelle dans un espace bi-dimensionnel plus ou moins contraint. et des phases d ’organisation. d ’une couleur (pour une distinction plus immédiate). Parce qu ’ils offrent au lecteur les moyens de matérialiser sa compréhension progressive d’un treillage argumentatif complexe. bien des tâches documentaires reposent toutefois sur l’étude de documents dont le contenu ne saurait se laisser enceindre des lignes délimitant un petit rectangle coloré (G 2001). Cet emprunt au champ des hypertexte spatiaux dynamise donc le rapport au document linéaire en permettant la constitution d’agencements spatiaux dynamiques. Garnet permet d ’identi er automatiquement des similarités sémantiques entre documents grâce à l’analyse lexicale de leur contenu. . les relations logiques entre les concepts sont représentées par le recours à des objets graphiques simples sur-lesquels le lecteur exerce un contrôle intégral . À la différence de VIKI. whereas there is little or no support for the tasks of organizing and collating material discovered while searching and browsing into user-generated structures. Jones et imbleby proposent le système Garnet. favorisant la conduite de recherches complexes au sein de bibliothèques électroniques (B et al. compris et contextualisés .

(M 2001). III. RCAST (Research Center for Advanced Science and Technology). La linéarité est omniprésente dans le quotidien des travailleurs de la pensée . . Conséquemment.III. et d ’autre part. par exemple. à développer des dispositifs logiciels d’assistance aux tâches documentaires « créatives » (conception. s ’attèlent quasi-exclusivement à l’élaboration de discours argumentatifs écrits linéaires a n de restituer les points clefs de leurs travaux et les soumettre à leurs pairs. peut s ’initier par une mise à plat d ’idées. Dans cette sous-section. par exemple. Cette phase de conception préliminaire repose alors sur une succession de restructurations. L ’approche des hypertextes spatiaux 99 F III. : Hypertextes spatiaux susceptibles de représenter. a) trois entités séquentielles entretenant un rapport d ’analogie avec une quatrième . le processus mental ayant présidé à son élaboration suit quant à lui un cheminement plus ambulatoire. Or. et effectuons une revue de certains instruments logiciels qui l’incarnent. d’une part. Les travaux du laboratoire KID Depuis plus d’une décennie. la plupart des outils informatiques documentaires existants instrumentent la production de documents linéaires destinés à être diffusés .1. c) trois entités similaires reliées à une quatrième par une relation causale . Knowledge Interaction Design. respectivement. nous présentons la contribution conceptuelle et épistémologique du laboratoire KID au champ des hypertextes spatiaux. L’écriture d’un article scienti que. De telles approches n ’offrent aucun espace dans lequel l ’activité de conception située en amont de la phase de composition de la forme nale peut s ’extérioriser en agrégats exibles et non linéaires de fragments de contenu. c’est le cas notamment des traitement de texte WYSIWYG. Un auteur ne procède aucunement de manière linéaire (Y et al. d) deux groupes de trois entités — le chevauchement de celles-ci dénotant une relation conditionnelle — apparentés par une gamme de contrastes. rapprochements et esquisses d’idées. III.7. l ’équipe du laboratoire KID ¹⁰⁴ mène un programme de recherche pluridisciplinaire situé à la con uence de l ’interaction humain-machine et des hypertextes spatiaux qui vise.7. b) trois entités similaires entretenant une relation de disjonction avec une quatrième . université de Tokyo. les chercheurs. à expliciter l’impact des technologies cognitives informatiques dans les processus d’externalisation et d’élaboration de la connaissance. L’espace : moyen ou n ? Les travaux qui nous intéressent ici renvoient à un questionnement fondamental sur le statut de l’arrangement spatial bidimensionnel de l ’information dans les phases préparatoires à la création documentaire personnelle. le stylo et le support papier conservent les faveurs des auteurs lors des premiers stades du 104.22. faits et arguments dont l’articulation rhétorique n’est pas déterminée a priori. Si la linéarité est donc la forme fondamentale que prend la connaissance pour être communiquée. Les premiers stades du processus auctorial. 2002).3.7.3. dont le document résultant se veut l’exact re et de l’espace de travail de l’utilisateur. écriture savante…).

2002). Espace de pensée. mais comme un moyen efficace d ’organiser l’écriture d’un document en devenir. Il doit à la fois pouvoir se concentrer sur le contexte et sauter sur le détail qui l ’intéresse. et non l’assistance à la production de nouvelles connaissances (N et al. avant de viser sa diffusion auprès d’autrui.2. 2002). the two representations coevolve through the re ection-in-action process. 2005) III.). selon cette vision. Ces principes donnent lieu aux spéci cations suivantes :  L’utilisateur doit être en mesure de générer un fragment de texte avant de procéder à son positionnement au sein de la structure existante. en cela qu’ils visent la présentation d’agrégats organisés d ’informations préexistantes. Par le recours à deux espace articulés s ’informant l ’un-l ’autre. s’énonçant ainsi : l ’utilisateur doit pouvoir aisément représenter ce qu’il conçoit et comprendre ce qui est externalisé. Les chercheurs du laboratoire KID nous invitent alors à considérer la spatialisation de l ’information non plus comme le résultat de la transformation d’un corpus a priori trop touffu pour être saisi tel quel. indécisions. 2005). Si le jeu sur les propriétés typographiques permises par les logiciels d’écriture permet de retrouver un peu de l ’expressivité des techniques traditionnelles précitées. « [A] scholar needs to be able to interact with two different types of representations when engaged in the re ection-in-action process : external representations for thinking about the problem.7. pistes non suivies).  L’utilisateur doit disposer à chaque instant d’une représentation synoptique de l ’espace d’écriture. 2005b). . Y et al. Les hypertextes spatiaux existants sont grevés des mêmes défauts que les outils de production textuelle traditionnels. incarnant leur interprétation de la situation (hypothèses. e former does not necessarily precede the latter . leur mise en œuvre distrait toutefois l ’auteur de sa tâche d ’écriture (Y et al. la signi cation de chaque partie étant déterminée par son contexte et donc sa position au sein de la structure dans laquelle elle s ’inscrit. le travail exploratoire amène les auteurs à produire des agencements d ’esquisses « intermédiaires ». instruments de création et de pensée investis d ’une fonction maïeutique (Y et al. sans être troublé par des fonctions super ues (ibid.3.100 C III processus scriptorial. and representations for expressing a solution in a publishable form. 2002 . 2005b). espace de restitution. » (N et al. Ces travaux proposent alors de doter l’auteur de deux représentations du document en cours d’élaboration : un espace où l ’information peut être librement disposée constituerait un moyen d’interaction avec une vue linéaire sur le contenu en cours de composition (Y et al. Quelques dispositifs logiciels Les différentes réalisations logicielles du laboratoire KID reposent sur des principes de conception communs. avec lesquelles ils interagissent pour faire progresser leur ré exion (Y et al. l ’auteur peut ainsi librement produire et manipuler des esquisses sans que la forme nale de son document — que celui-ci soit linéaire (« linear-information authoring ») ou réticulaire (« hypertext authoring ») — ne sorte de son espace de perception et d ’action (Y et al. rather. Au-delà. 2005b).  L’utilisateur doit pouvoir appréhender simultanément l’espace bidimensionnel d’« esquisse » et la forme nale du document qu’il vise (agencement linéaire ou réseau hypertexte). Initialement instruments de présentation. L ’externalisation de l’information sert donc en premier lieu à rendre possible un dialogue de l ’auteur avec lui-même. les systèmes hypertextes spatiaux se font alors.

ART001).3. Elle permet à l’utilisateur de valider la cohérence de ses ajouts par rapport à son intention de communication. l’auteur interagit avec la forme nale linéaire (DocumentViewer) par l’entremise d ’un hypertexte spatial (ElementSpace) semi-contraint.6. forme et espacement vertical a n d’exprimer des relations ou annotations incarnant son cheminement interprétatif personnel. conformément aux principes exposés supra. ce a n d ’y être immédiatement discernable. contrairement aux travaux présentés en III. l’approche étudiée dans cette section s’intéresse en premier lieu à l’activité d ’écriture savante individuelle. : Structuration de l ’espace de travail dans les outils ARTXXX (ici. Remarquons qu’ART001 n’est pas doté de fonctions de coloration. L ’approche des hypertextes spatiaux 101 Ainsi. F III. Cette vue met en lumière le fait qu’un ensemble d’idées plus ou moins organisées ne constitue pas encore un document au sens strict. De plus. Links either exist or not. L ’éditeur d ’élément permet de modi er le titre et le contenu du fragment sélectionné. ART001 instrumente l’écriture de documents linéaires . mais un document potentiel. L’implantation de ces principes repose sur une architecture visuelle articulant trois composants génériques. 2002).III.7. 2002 . comme l ’illustre la gure III. L ’espace d ’éléments propose une étendue dans laquelle les fragments de contenu peuvent être librement disposés.23 :  DV. La perception synoptique de l’ensemble des fragment est garantie par un mécanisme de dragging-by-zooming : lorsqu ’un élément est glissé-déposé hors de la surface visible. et notamment au « feedback perceptuel » généré par le système alors que l’auteur interagit avec les représentations qui lui sont proposées (ibid.). » Y et al. tout élément sélectionné voit ses bords changer de couleur au sein de l’ElementSpace. l’auteur pouvant alors jouer sur leurs positionnement horizontal. le niveau de grossissement est automatiquement diminué de sorte que la totalité de ses congénères demeure visible. ART001 : l ’écriture linéaire (Y et al. Le visualiseur de documents expose une représentation de la structure nale en cours de composition. Cette dernière fonction est considérée par les concepteurs comme susceptible d ’entraver le processus acutorial : « Explicit linking also affects the power of spatial positioning as a representation.  ES.  EE. groupement ou mise en relation explicite des éléments que l’on rencontre dans d’autres hypertextes spatiaux plus classiques. forcing the user to make a commitment for a discrete decision. taille.23. La dimension verticale de l’ElementSpace prescrit un ordre de sériation des fragments dans le DocumentViewer.

les noms des éléments vers lesquels il pointe. et celle de droite comme celui des concepts qu ’il rend possibles. L ’ElementSpace permet une structuration souple et progressive de l’information. 2005). des relations de renvois entre concepts. puis affinés par la création d ’éléments de niveau inférieur). ART006 est un outil d’assistance à l ’édi cation de documents structurés de manière arborescente.24 synthétise visuellement la manière dont l’espace es mis à contribution dans les systèmes ART001. lesquelles s’incarnent dans les deux aspects suivants : . sans pour autant que les relations qu ’il entretient avec d ’autres nœuds s ’en trouvent dérangées. L’auteur peut interpréter la colonne de gauche comme étant l’ensemble des concepts requis par le nœud courant. L ’ElementEditor est anqué de deux listes en colonnes : à gauche sont affichés les noms des éléments qui sont rattachés à l ’élément courant par des liens entrants. Chaque lien explicité apporte alors une dimension supplémentaire pouvant être mise à pro t pour formaliser ponctuellement certaines relations sans pour autant bouleverser la disposition manuellement établie par l’auteur. Les concepteurs mettent également en lumière la nécessité de pouvoir déplacer et « tirer » sur un nœud a n d’éprouver la densité de sa connectivité (l’affichage des liens est mis à jour dynamiquement de sorte que ceux-ci suivent son déplacement). et le réseau hypertexte. respectivement. une « nomad list » est proposée pour recueillir les éléments dont l’emplacement exact dans la hiérarchie principale est encore incertain. Le libre positionnement des nœuds au sein de l ’ElementSpace permet à l ’auteur d ’exprimer le problème en cours de traitement. alors que le réseau hypertextuel explicite constitue un moyen de matérialiser la solution qu’il y apporte. hiérarchique ou réticulaires. mettant en avant une logique auctoriale descendante (les éléments de plus haut niveau dans la structure logique sont d’abord dé nis.102 C III Nous pensons au contraire que la dé nition de liens graphiquement représentés entre les éléments d’un hypertexte spatial contribue à renforcer son expressivité. celles-ci seront systématiquement limitées aux deux dimensions de l’espace. ART014 est un dispositif d’écriture hypertexte proposant un mode « sculptural » et un mode « calligraphique » (ces termes renvoient aux rapport qu ’entretient un élément nouvellement créé aux éléments existants : connecté à tous les autres. respectivement). il reçoit une liste d’éléments enfants. La gure III. par rapprochements spatiaux successifs des éléments dans lesquels elle s’incarne. Ces outils entendent conférer à l’auteur amorçant un travail d’écriture savante l’expressivité et la exibilité qui font défaut aux hypertextes traditionnels. Les concepteurs remarquent toutefois que les rôles de l ’espace libre et du réseau peuvent être inversés : le positionnement des nœuds dans l ’espace pouvant alors dénoter une structure documentaire formalisée. Une fois qu ’un élément a été dé ni dans l ’ElementSpace. ART006 : l’écriture hiérarchique (Y et al. De plus. Les concepteurs suggèrent en n d’utiliser ART001 pour amorcer le processus de transformation du réseau d’idées idiosynchratique ainsi obtenu en un document linéaire publiable. en plus de ses titre et contenu textuel. 2005b). 006 et 014 pour assister la production de documents linéaires. Bilan. il peut être accroché à un point déterminé de la structure maîtresse. Ces colonnes permettent une navigation bidirectionnelle de proches en proches. La dé nition de l’élément unitaire s’en trouve ainsi étendue par rapport à ART001 . puisque la notion d ’appartenance à une structure organisée appelle d’elle-même celle de non appartenance. ART014 : l’écriture hypertexte (N et al. et à droite. L ’ElementSpace expose l’intégralité des éléments existants. Si le libre positionnement au sein d’une surface permet à un auteur d ’exprimer aisément des relations informelles entre les morceaux d’information auxquelles il s’efforce de conférer un sens. ou totalement isolé. connectés par des liens binaires droits.

2005b). Cette séparation des moyens et des ns se traduit également par la dissociation des fonctions de sauvegarde. laquelle n’étant pas directement manipulée. ils ne nous disent rien sur l ’appropriation d ’un document en tant qu’entité matérielle continue — qu’il s’agisse d’un texte.  . F III. 002 et 014. De même que l’on ôte les échafaudages une fois la construction d’un édi ce achevée. si les dispositifs évoqués ici traitent la question de la structuration progressive de fragments. d’une image ou d ’un son —. notion qui étend la manipulation directe de (S 1983) — permettant à l ’auteur de contrôler la structure du document en cours de composition.III. et de publication/exportation. les degrés de libertés laissés à l’auteur dans l’ElementSpace. : Le rapport à l’espace dans ART001. ainsi que des fonctions telles que la « nomad list » de ART006. mais qui toutefois ne s’y retrouvent pas directement. Nous pouvons donc dès lors affirmer la complémentarité des concepts présentés supra et des études d’outils multimédias d’annotation et de structuration précédemment conduites dans ce chapitre. nous avons entrepris de collecter certains concepts théoriques et techniques issus d’une décennie de travaux de recherche dans le champ des hypertextes spatiaux susceptibles de nous éclairer sur les modalités de mise en espace des idées et des écrits à mesure que le processus interprétatif suit son cours. qui produit le document sous sa forme nale à des ns de diffusion (Y et al. et interviennent exclusivement dans la phase visant à en faire émerger du sens. Dans cette section.  A  . et dont le geste technique de fragmentation à des ns analytiques n’est pas nécessairement trivial.7. permettent à celui-ci d’exprimer toutes les informations nécessaires à la production du document nal. L’ElementSpace constitue un « instruments d’interaction » — au sens de (B-L 1999b). Les hypertextes spatiaux présupposent un matériau lectorial se donnant sous une forme fragmentaire. Toutefois. L ’approche des hypertextes spatiaux 103  C  . qui mémorise l ’état de l ’environnement a n de pouvoir régénérer une situation de travail identique dans le futur.24.

Manipuler les archives documentaires musicales Cette approche repose sur la manipulation et l’enrichissement des sources documentaires graphiques et sonores que sont les partitions et interprétations. annotation.8. puis évoquons certains travaux informatiques sur lesquels notre démarche serait susceptible de s ’appuyer. Bien que notre travail ne porte aucunement sur les méthodologies d’analyse paradigmatique en elles-mêmes.1. Standard Musical Instrument Digital Interface File.1. notamment. la « musicologie computationnelle ».1. qui rend disponibles de tels algorithmes au sein de l’environnement OpenMusic. etc. . il n’y a plus de prise pour des algorithmes « métiers » standardisés et réutilisables. l ’une visant la calculabilité de l’information musicale.2). dont le processus analytique repose sur la mise en lumière des structures mathématiques sousjacentes aux œuvres étudiées. la manipulation des sources documentaires de référence que constituent les partitions et les interprétations. il convient néanmoins de citer les travaux d ’Olivier Lartillot (L 2002) qui. L ’environnement graphique LISP OpenMusic est un des outils informatiques les plus représentatifs de cette tendance (A et A 2003 . la possibilité de se confronter à la matérialité d ’archives documentaires musicales plutôt qu’à des versions symboliques désincarnées suppose une perte de l ’évidence calculatoire . deux pistes s’offrent au musicologue désireux de manipuler un matériel documentaire brut et restituer 105. III. En effet. le musicologue souhaitant travailler directement avec des documents sonores et graphiques numérisés par ses soins dispose principalement de procédés informatiques relevant de l’« artisanat ». A 2000 . B et al.104 C III III.2).8. II.2. III.1.8. Approches informatiques III. Selon son niveau de compétence technique.). qui écrivit en 1956 la première pièce musicale entièrement générée à partir d’algorithmes informatiques ¹⁰⁵. Celui-ci est également l’auteur de la bibliothèque de fonctions OMKanthus. L’apport de tels logiciels à l ’analyse paradigmatique et à la mise en tableau de partition consiste alors principalement en des processus automatisés d’extraction et de comparaison de motifs ¹⁰⁷.8. Les outils s ’inscrivant dans ce paradigme évacuent la matérialité des partitions et interprétations au pro t d’un codage symbolique de l ’information (par exemple au format SMF ¹⁰⁶) que ces supports véhiculent. rebondissant sur la neutralité et le désengagement des aspects perceptuels mis en avant par la sémiologie musicale de Jean-Jacques Nattiez (cf.2. propose des algorithmes tentant de reproduire la perception musicale humaine. recomposition. Les outils et méthodes informatiques pour la musicologie ressortissent à deux grandes catégories. 2009). Comme nous l’avons constaté en II. la musique informatique est structurée par la dichotomie fondamentale existant entre l’approche formaliste et compositionnelle de Hiller et l ’approche « sonore » de Max Matthews (1926–).1. 107. cette section se borne à caractériser certaines approches techniques pertinentes pour un projet d’informatisation de la mise en tableau de partition (voir II.1. sans prise directe sur un contenu formalisé. La musicologie s ’est par la suite saisi de cette approche calculatoire du matériau musical . à des ns d ’analyse et d ’extraction automatiques de motifs. le plus important contributeur aux techniques de synthèse sonore. ce a n de les rendre manipulables par des traitements reposant sur un calcul. et l’autre.1. auxquelles l’ordinateur confère alors une grande souplesse opératoire (décomposition. D Quoique son titre dénote une largeur de champ excédant le cadre de notre étude. Depuis cette époque. La musique calculable La computation de données musicales s’origine dans les travaux de Lejaren Hiller (1924–1994). 106. Nous présentons en premier lieu ces deux catégories.

de représenter la macro structure d’une pièce (par exemple. que nous proposons de classer en trois catégories : les fonctions de lisibilité. Il est alors possible d ’importer une interprétation et de la synchroniser à la partition en lui adjoignant des curseurs graphiques associés à des instants clefs dans le ux temporel. On trouve ainsi la possibilité de marquer le chiffrage des accords. à chaque « passage à la ligne »).8.III. Les annotations peuvent être regroupées sur des calques pour en contrôler l ’affichage. le geste d ’annotation étant proche de celui utilisé dans les outils de dessin intégrés aux suites bureautiques classiques. ainsi que son nom le dénote. Il s’agit alors ici de collecter certains aspects techniques épars pertinents pour le développement d’un tel environnement. Remarquons qu’il n’est permis d’importer qu ’une unique partition. III. la synchronisation. le segmentation et la mise en tableau de partitions. luminosité et teinte). d’afficher un sonagramme. Documents et analyse musicologique 105 ses résultats analytiques : le recours à des outils d’édition graphique et sonore d’une part (cf. De part les fonctions strictement musicologiques qu’il propose. les fonctions métier et les fonctions d’exportation. notamment à des ns pédagogiques. De quelques dispositifs d ’« informatique musicologique » Cette sous-section passe en revue quelques outils informatiques issus des champs de l’informatique musicale ou musicologique.1. tournant exclusivement sur Macintosh.2. des cellules textuelles libres peuvent être organisées dans des tableaux. Après avoir importé une partition. »). Elles recouvrent ainsi en premier lieu des opérations d’édition basiques permettant d’accroître la lisibilité matérielle des partitions numérisées (recadrage. de visualiser un diagramme formel reprenant les données inscrites avec les annotations. Un des principaux objectifs de l ’application est de rendre possible la production de supports de présentation. « intro — couplet 1 — refrain — couplet 2 — pont. et à notre connaissance.8. L’« aide à l’analyse musicale » avec iAnalyse iAnalyse (C 2008) est une boîte à outils générique pour analyser des partitions numérisées et leurs interprétations. et mémorisées dans une bibliothèques. iAnalyse est doté de fonctions d ’exportation réi ant le travail analytique sous forme de présentations vidéos QuickTime. Il n’existe à ce jour. La hauteur des curseurs est déterminée pour chaque nouveau système de portées est rencontré (c’est-à-dire. correction de contraste.2). Le but de cette synchronisation est de proposer au lecteur une tête de lecture mobile parcourant la partition alors que la pièce est jouée (son déplacement horizontal entre deux curseurs graphiques est déterminé par interpolation linéaire). le musicologue dispose de plusieurs fonctions d ’analyse. Les fonctions de lisibilité permettent à l ’utilisateur de maîtriser et organiser la matérialité de ses sources documentaires initiales. laquelle ne pouvant être associée qu’à une seule interprétation. En n. II. de calculer des valeurs de set-theory ou encore de représenter les variations de tempo.2. couleur). aucun logiciel permettant l’annotation. En n. d’afficher les modes utilisés dans la pièce. ceux-ci étant dé nis sur les partitions par un geste similaire à celui qui est implanté dans les traitements de texte WYSIWYG contemporains. iAnalyse permet de passer du document partition à un ensemble de réécritures analytiques servant à élucider les évolutions formelles et paramétriques qui structurent la pièce. Les partitions peuvent être annotées par des Post-Its ou objets graphiques libres (forme. et la confection d ’un « objet multimédia » à l ’aide d ’un logiciel auteur ou d’un langage de programmation d’autre part. etc. iAnalyse se cantonne toutefois à la construction de vues calculées à partir des annotations . Les fonctions métier recouvrent des opérations analytiques et synthétiques spéci quement musicales ou musicologiques.

2. 2005) propose un logiciel de synchronisation et d ’annotation de partitions. 2007) proposent une interface de navigation musicale où l’utilisateur peut voir ce qu ’il entend. tout en donnant lieu à l’émergence progressive de catégories plus formelles. qu ’elle vise une pièce musicale ou un discours argumentatif enregistré.5. L ’annotation passe par la dé nition de marqueurs. et non un outil de déconstruction. il n’est ainsi pas possible de mener des analyses qui recombinent des fragments en vue de produire de nouvelles con gurations documentaires.1. La suite d ’aide à l ’éducation musicale Musique Lab 2 ¹¹⁰ (P et al.fr/. elle gagne a être accomplie de façon non destructive au sein d’une chaîne éditoriale ¹⁰⁹. http://recherche. et destinée aux professeurs et élèves de collèges.Direction de la Musique et de la Danse. et conservatoires. Musique Lab Annotation. dont trois modalités de création sont proposées : apposition off-line avec la souris. toutefois. « démixage » de motifs rythmiques complexes. Cette opération peut être réalisée artisanalement en segmentant le chier son avec un éditeur audio . il semble que cet outil soit destiné à traduire dans un format informatique un projet analytique suffisamment abouti dans l’esprit du musicologue plutôt que d’assister celui-ci dans les phases initiales où peuvent naître plusieurs hypothèses potentiellement contradictoires. apposition à la volée en cours d’écoute (le marqueur est dé ni à l ’endroit actuel de lecture) et génération automatique à partir de la description du contenu. Ce principe est à l ’œuvre dans l ’outil de segmentation manuelle jUST. http://apm. En effet. L’espace permet alors d ’organiser spontanément les informations reçues. lycées. 110. .106 C III préalablement dé nies sur la partition source . 108.ircam. dont la production est gouvernée par une approche « documentaire ». Fenech et Rodet (P et al. les musicologues avec lesquels nous collaborons ayant dû s’y confronter. comparaison d’interprétations. et cherche à catégoriser ce qu’elle perçoit. Toute activité d’annotation repose sur la « la sélection d’un son et sa quali cation verbale ». Ces auteur ont également mis à jour le fait que l’activité d’annotation en cours d’écoute nécessitait de pouvoir spatialiser immédiatement les objets textuels ou graphiques résultant du geste de marquage. une écoute analytique et attentive s’effectue toujours dans plusieurs temporalités. 109. Aussi. et naviguer dans son écoute par le biais d’informations graphiques. par le recours à des lignes d’annotations multiples et des marqueurs simples sans sémantique associée. annotation et commentaire de pièces musicales) ¹⁰⁸. Quelques points techniques fondamentaux Peeters. Donin et Goldszmidt (D et G 2007) sont à l’origine de plusieurs objets hypermédias à nalités musicologiques ou pédagogiques (écoutes signées. lesquelles peuvent procéder d ’une extraction automatique reposant sur des algorithmes de traitement du signal) ou être saisies directement. Nous discutons les fonctions de synchronisation de cet outil en V. iAnalyse est avant tout un outil reposant sur une logique d ’annotation d ’une source unique. Développée par l ’IRCAM suivant les prescriptions du Ministère de l’Éducation Nationale et du Ministère de la Culture .ircam.fr/equipes/apm/jUST. reconstruction et manipulation libre d ’un corpus divers.

pour en identi er des sous-parties ou pour leur associer des enrichissements extérieurs ? Quelles opérations peuvent-elle subir pour servir d’autres objectifs de lecture. Il s’agit alors. de caractériser les types d ’inscriptions mobilisées et de régler leurs rapports possibles dans une perspective d’exploitation critique du contenu culturel dont elles constituent le substrat matériel. ou pour se constituer en contenus susceptibles d’êtres immergés dans un réseau de dispositifs socio-techniques ? À cette n. il s ’agit en n d’organiser et formaliser certaines constatations . . bibliothèques). tirant parti des moyens informatiques disponibles à un moment donné (environnements. langages.1. rend effective cette manipulation. et la construction d ’un environnement logiciel qui. ainsi qu ’une discussion et une prise de position par rapport à la tension cognitive induite par leurs réalisations numériques. média —. il s ’agit ensuite de compléter la caractérisation opératoire des pratiques de lecture critique proposée en I. notre tâche initiale consiste alors à réassumer les questions génériques suivantes : De quelle nature sont les inscriptions ? Quelles sont leurs bornages spatial et temporel ? Comment peuvent-elles être quali ées pour elles-mêmes ? Quelles prises offrent-elles pour naviguer en leur sein. S. document. I Comme nous l’avons souligné au chapitre II. espace.107 CHAPITRE IV C  L ’ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l ’ordre et la connexion des choses. ce chapitre propose une étude de certaines notions techniques et théoriques impliquées dans toute forme de lecture critique — inscription. IV. dans un premier temps. structure. En tant que modélisateurs. É II. L’articulation de cette grille théorique avec le reste du mémoire s’opère en trois lieux : il s’agit tout d ’abord de préciser la manière dont nous convoquons ces concepts pour répondre à la problématique que nous avons dé ni au chapitre II .2 en les renvoyant à la nature des artefacts matériels et des mécanismes cognitifs fondamentaux sur lesquels elles reposent . l ’instrumentation informatique de la lecture savante repose sur l’articulation de deux moments fondamentaux et indissociables : la dé nition d’un modèle conceptuel qui rend possible le manipulation critique des contenus en leur imposant des modalités de structuration.

4. l’audition en temps réel est passive. Fabien Lévy (L´  2004) propose une caractérisation synthétique de l’écriture. Dans sa thèse de doctorat ¹¹¹. est une condition technique fondatrice des opérations analytiques et critiques.2. Cette notion de contexte renvoie à la distinction contenu/métacontenu (le « contenu portant sur le contenu ». L ’appropriation des inscriptions met alors à pro t cette bidimensionnalité. la xation spatiale de l’écriture confère à la lecture le statut de perception active .1. VI. comme nous le montrons dans notre annexe historique. Tout d ’abord. le contrôle de la réception ne pouvant alors être acquis que par une spatialisation de l’information temporelle et le contrôle de sa vitesse de déroulement. Écriture de la pensée et pensée de l’écriture IV. L’information véhiculée dans un ux temporel unidimensionnel diffère alors de l’information engrammée sur une surface en cela qu ’elle n ’admet aucun contexte. et VII). les mouvements de l ’œil et de la main étant contrôlés par le lecteur. l’écriture constitue autant l’amorce que le point de référence de notre investigation théorique sur la facette technique des pratiques savantes.1. que nous résumons et enrichissons de notions complémentaires. IV. qui. Le présent chapitre constitue donc l’antichambre théorique de notre contribution (chapitres V.108 C IV tirées de l ’état de l ’art ou de l ’annexe historique a n de les réutiliser B. Bidimensionnalité et recul.2. Nous abordons en premier lieu les propriétés fondamentales de ce qui est saisi dans l’acte de lire.2. Le caractère spatial et visuel des inscriptions écrites confronte le lecteur qui les saisit à une étendue bidimensionnelle. èse de doctorat en musicologie portant sur le décalage entre la complexité de l’écriture musicale d’une œuvre et la complexité perceptive ressentie par l ’auditeur. IV. Au contraire. La tradition critique s’étant constituée autour de la technicité de la lettre (voir notamment l’annexe B). que celles-ci relèvent d ’une écriture ou de toute autre forme d’altération d’un support physique a n d’y faire apparaître la projection matérielle d ’une connaissance. là où l’on peut considérer que « l’espace » acoustique est unidimensionnel. qui font défaut à l’écoute. les inscriptions. Par ailleurs.1. Le passage de la fonction de mémorisation à la fonction critique est résumé dans cette citation de Jack Goody : 111. au travers du rôle des enluminures dans les ars memoriæ médiévaux). « en marges » de celui-ci). Propriétés de l’écriture Nous amorçons cette section consacrée aux inscriptions porteuses de contenu et aux processus mentaux qui s’y confrontent par une présentation générale des propriétés de l’écriture. les autres notions abordées dans ce chapitre reposent toutes sur cette notion clef. il lui est alors loisible de s’attarder et de revenir sur les inscriptions. ce que proposent notamment les logiciels de manipulation de contenus sonores. dont elle retire la possibilité d ’une mise à distance et d ’une meilleure mémorisation (nous abordons ce dernier point en B. .1. en cela qu’il lui fournit un terrain conceptuel et terminologique stabilisé sur lequel elle peut se déployer. Perception active.1. L : .

Ce moyen d ’inspection du discours permit d’accroître le champ de l’activité critique. . bibliothèques. rendit possible une nouvelle façon d ’examiner le discours grâce à la forme semi-permanente qu’elle donnait au message oral. En tant que mémoire arti cielle qui « “dure” et s’impose matériellement à nous ». plus « rationnelle ». Fixés sur un support technique. ainsi fut rendu accessible à ceux qui savaient lire un champ intellectuel plus étendu. elle perd son caractère évènementiel et vise la mise à disposition « là-bas et plus tard ».IV. la liste arborescente peut donner lieu à la constitution de taxonomies. 37–59). le concert en direct). et en renforçant les modalités du criticisme. l ’esprit d’orthodoxie et le respect du livre d’autre part. En rendant possible l’examen successif d’un ensemble de messages étalé sur une période beaucoup plus longue. ainsi. notamment des savoirs abstraits. libéré des entraves propres aux conditions dynamiques de l ’« énonciation ». p. du conteur. p. et la juxtaposition spatiale permet de consigner. » (G 1979. 86–87) 109 Mémorisation.2. L ’information écrite ne relève plus du régime du hic et nunc (ici et maintenant) propre à l’information orale non xée sur un support (le discours parlé : la voix du conférencier. parce que l’écriture modi ait la nature de la communication en l ’étendant au-delà du simple contact personnel et transformait les conditions de stockage de l’information . ce qui permit à l ’homme de prendre du recul par rapport à sa création et de l’examiner de manière plus abstraite. et inversement « Plus précisément. moyen de transmission dans l’espace et dans le temps et moyen d’appropriation. transmission et tradition. Invention et critique. recueils. l’écriture. La fonction première de l’écriture est la conservation de l’information . Les possibilités de l ’esprit critique s ’accrurent du fait que le discours se trouvait ainsi déployé devant les yeux . les messages ainsi objectivés et décontextualisés sont « remaniable[s] à merci ». elle est à la fois moyen d’enregistrement. Les inscriptions : de la matière au sens. l’écriture favorisa à la fois l ’esprit critique et l ’art du commentaire d ’une part. comparer et réfuter preuves et arguments. Le problème de la mémorisation cessa de dominer la vie intellectuelle . cité dans (L´  2004). l ’attitude sceptique. surtout l’écriture alphabétique. favorisa la rationalité. etc). de la reproductibilité et de la véri cation d’une authenticité. Selon Goody (G 1979. L ’encadré « Note philosophique… » apporte un supplément de compréhension philosophique sur le rôle joué par l ’écriture dans le processus de transmission. l’écriture a permis la naissance et le déploiement d ’une tradition critique (G 1999). ce qui peut donner lieu à « toutes les formes de compilation » (corpus. l ’esprit humain put s’appliquer à l’étude d ’un « texte » statique. l’information sonore « vivante » . l ’écriture permet la « scienti sation » d ’une société en favorisant l’accumulation et la manipulation des savoirs. La production de connaissances analytiques repose alors sur les structures conceptuelles incarnées dans les possibilités de structuration matérielle du matériau écrit disposé dans un espace bidimensionnel . en particulier des connaissances abstraites. du scepticisme. simultanément s’accrut la possibilité d’accumuler des connaissances. la pensée logigue (pour faire resurgir ces contestables dichotomies). de l’enseignant . plus générale.

L’écriture permet ce que Derrida nomme la « répétition d ’origine ». une riche panoplie pour les pratiques de contrôle. Bernard Stiegler a par la suite insisté sur le fait que l’écriture alphabétique permet la xation exacte d ’un discours. » (G 2005. de correction. Il nomme orthothéticité cette caractéristique de l’écriture alphabétique. épures. La question que se pose alors Husserl porte sur la façon dont la première manifestation de ce mouvement a pu persister hors de l’expérience singulière qui l’a vu naître. et parvenir jusqu’à nous. . Tout au long de son magistral commentaire à l’appendice de la Krisis portant sur l ’origine de la géométrie. ls à plomb. p. 57–58)). c ’est-à-dire la répétition à l’in ni du geste dans lequel s ’origine un savoir. équerres. le bricolage. En ce qu’elle préserve et rend présent le sens primordial passé et permet ainsi sa transmission à l’identique. 149). Si d’ailleurs nous avons encore aujourd’hui une vision « claire et limpide » de la société grecque. la « pulsion géométrique » a été originairement suscitée par des expériences perceptives et pratiques (comme le remarque d’ailleurs François de Gandt. Derrida voit alors l’écriture comme condition sine qua non du sens. Edmund Husserl vise une reconstitution de « l’origine de la géométrie » au travers d’une étude de ses évolutions historiques dans la philosophie occidentale. des idéalités géométriques qui en sont par la suite dégagées pour assurer. De même que pour toute autre science. Le recours au langage seul ne suffit toutefois pas à assurer une chaîne de transmission continue et infaillible des idées au l des siècles .. Les traces de la pensée peuvent donc s ’accumuler. c ’est un moyen d ’accéder à une tradition dont nous sommes les héritiers potentiels. moules. les techniques ont déjà leurs “patterns”. de comparaison. p. de l’« enregistrer littéralement ». c’est alors que l’écriture vient à son secours.110 C IV N  :    ’     Dans la Krisis (H 1989). Jacques Derrida fait résonner l’idée suivante : « Toute parole ne se donne à entendre qu’à travers le visible. La géométrie en tant que science se constitue donc dans ce mouvement partant de la confrontation au sensible et visant des formes. de recti cation. une meilleure maîtrise des objets physiques et des rapports qu’ils entretiennent. schémas. c’est parce que l’écriture alphabétique a assuré une certaine continuité dans la transmission des idées et des modes de vie. nommant ce phénomène le « présent passé d’une origine absolue » (ibid. » (H 1999). règles. et l’écriture est la condition de possibilité d’un dialogue sans cesse réactualisé avec les discours qu’elle consigne. néologisme construit à partir des mots grecs orthotès (l’exactitude) et thésis (la position) : ainsi les énoncés orthothétiques posent-ils exactement le passé. en retour. et ainsi de donner lieu à des interprétations in niment diverses. La réponse vient immédiatement : c ’est à la médiation du langage que nous devons la possibilité d ’accéder aux contenus de savoir (ici. pochoirs. leurs patrons. ce qui permet de « revenir ensuite à sa lettre ». niveaux. géométrique) après le trépas de leurs « inventeurs » . « La vie quotidienne.

). Autrement dit. 25). dans différentes époques : celles de la photographie. mais sur les opérations lectoriales elles-mêmes . au-delà de la littération. qui est la condition du passage d’un savoir épilinguistique (« savoir inconscient qu’a tout locuteur de sa langue et de la nature du langage ». Plus généralement. pour laquelle il n’est plus question de discrétiser. repose donc avant tout sur une invention technique. et dont le développement aboutit à des outils linguistiques élaborés tels que le dictionnaire — permettant la représentation. 112. B.1. Cette maîtrise est profondément impactée par l’écriture. dictionnaires. qui requiert de savoir lire. les systèmes d’information d’échelle mondiale tels que Google tendraient alors à normaliser les comportements lectoriaux. la construction et la manipulation du savoir linguistique. mais des gestes. ceux de l’ouvrier. représenter le réel.  La maîtrise de la langue.2. mais également celle de l’ensemble des données qui constituent son environnement logiciel. recombiner et commander des éléments de discours témoignant d’une pensée. qui est le seul à pouvoir prétendre au statut de véritable savoir linguistique car la connaissance de la langue y est explicitée. Nous allons désormais présenter certains des mécanismes fondamentaux à l’œuvre dans l’écriture fondant la manipulation et la maîtrise des textes (ou des contenus non littéraux). récits mythiques et autres poèmes. de la phonographie. Sur ce dernier point. Ainsi. Cette constatation fait dire à Erik Gerbers Freitas que l’informatisation de l’activité de lecture savante doit porter sur l’environnement du lecteur et non pas uniquement sur le document (G F 2008). quand les énoncés oraux sont produits dans les clous d’un savoir grammatical. comme tradition de ré exion méta-linguistique.  La maîtrise des textes. Comme l’écrit Auroux. etc. savoir dans lequel « on ne sait pas précisément ce que l ’on sait ») à un savoir métalinguistique. l’écriture. Il remarque alors qu’à notre époque le processus de grammatisation à l ’œuvre dans les dispositifs numériques de lecture ne porte plus uniquement sur un ux discursif. etc. p. Les inscriptions : de la matière au sens. laquelle lui est nécessairement antérieure. de la cinématographie ou encore de la machine-outil.IV. parler et/ou comprendre sa langue maternelle. et distingue quatre types de maîtrises auxquelles renverrait originairement la langue :  La maîtrise de l’énonciation. Stiegler montre que le processus de grammatisation décrit par Auroux repose sur des opérations de discrétisation des ux continus pour les rendre reproductibles et manipulables (S 2005) ¹¹². comme le sont les contes. et éventuellement d ’en produire. ce processus ne concerne plus la seule discrétisation des contenus visés par le lecteur. maudire. Sylvain Auroux soutient la thèse selon laquelle la constitution des grammaires des langues vernaculaires relève d’un processus technique révolutionnaire d ’envergure comparable à l’invention de l’écriture. et qui par là-même rendent possible la critique des connaissances qu ’ils véhiculent. on pourra consulter (G 2009).  La maîtrise de l ’écriture. c’est à dire de pratiques codi ées permettant d’obtenir un résultat voulu » (A 1995.) sont « des artefacts de l ’écriture […] et non des descriptions neutre [du contenu] ». « [l]es maîtrises donnent lieu à la constitution de techniques.2) qu’une civilisation se dote de techniques lorsqu ’elle comprend que développer sa maîtrise dans un domaine identi é est susceptible d’accroître sa capacité de subsistance et son emprise sur le monde environnant. et inversement 111 IV. « on ne parle plus de la même manière quand on sait écrire » (B 2005). . nous constatons dans notre étude historique (cf. savoir dont les instruments (lexiques. L’invention de la linguistique.2. Cette explicitation est rendue possible par un dispositif technique — a minima constitué d’un métalangage adossé à un système de notation. qui est la capacité d’un locuteur à rendre sa parole adéquate au but qu ’il s’est xé (convaincre. et éventuellement d’autres langues. Stiegler montre que la tendance de discrétisation du continu sous-jacente s ’incarne. qui renvoie à la capacité de manipuler des corpus de séquences linguistiques relativement longues. Dans ses travaux.2.2. L’écriture donne lieu à un processus de grammatisation du langage. Le processus de grammatisation diviser pour mieux régner Dans le cadre d’une étude sur le rapport entre les savoirs linguistiques et la technologie (A 1995).

modes de pensée domestiques/sauvages. mais aussi parce qu’elle transforme le langage parlé : elle en extrait et abstrait les éléments constitutifs. La raison graphique espace et sens Ce que la le re fait à la voix. 114. Ainsi. ou toute autre forme de grammes (du grec gramma. Comment Goody s ’est-il acheminé vers cette idée ? Dans son œuvre. Étudier la culture. 96–97). Loin de n’être que de simples modes de représentations de l ’information.112 C IV IV. 85–86. Il entend alors « montrer quel rôle ont les changements du mode de communication dans le développement des structures et des processus cognitifs. Les structures de l’écriture. et plus particulièrement dans (G 1979). c ’est donc. — relèvent d’un ethnocentrisme implicite ayant le souci de hiérarchiser les sociétés. il peut être examiné bien plus en détail. sur une surface matérielle rendait possible l’appréhension synoptique et simultanée d ’énoncés qui ne peuvent être saisis que successivement dans un discours parlé : « quand un énoncé est mis par écrit. Comme le dit Stiegler (S 2005).2. » G 1979. ouverts/fermés. « la lettre permet de discrétiser le ux temporel de la parole pour la transformer en un espace discret de grammes sur lequel il est possible d’effectuer des opérations ». etc. ainsi. 86). l ’écriture contraint la pensée qu’il véhicule à se conformer aux contraintes matérielles de la constitution de ce nouvel espace.1. d ’analyse et de création d’inscriptions dont se dote une société pour développer son savoir. traditionnel/moderne. rosae. Goody a montré que la succession de lettres. en spatialisant le ux du discours. la pensée. Les contraintes perceptives esthétiques sont donc porteuses de contraintes cognitives. p. selon lui. p. 97) induit par l ’objectivation visuelle des discours n ’était pas sans conséquence sur leur contenu ¹¹³ : « L ’écriture a une importance décisive. dans l’accroissement du savoir et des capacités qu’ont les hommes à le stocker et à l’enrichir » (ibid. et dont les stéréotypes énoncés supra ne sont qu ’une caricature grossière. rosas. p. manipulé en tous sens » (G 1979. p. p. les tableaux et les formules.. celles-ci prescrivent la production de nouvelles connaissances par les rapports que leur structure interne confère aux contenus qu’elles articulent. Comme le remarque Bachimont. au-delà de l ’intérêt qui doit être porté aux relations entre individus. pris comme un tout ou décomposé en éléments. etc. en centrant l ’investigation sur les systèmes de communication plutôt que sur cette idée trop oue de « mentalité ». rosam.). esprit critique et progrès de la connaissance).. 221 La synopsis spatiale qu ’apporte l ’écriture au contenu permet d’y détecter des relations de sens indécelables dans la temporalité du ux de la parole orale (ou plus généralement. « ce qui est dispersé dans le temps devient contigu dans l ’espace » (B 2010). sonore) . Comme l’écrit Charles Lenay (L 2003).3. la délinéarisation et la spatialisation d’éléments prélevés dans une œuvre musicale rend possible l ’analyse thématique. Goody a alors remarqué que ce passage de la voix et de l’oreille à l’œil et à la main (G 1979. Ainsi. Goody montre que les « possibilités cognitives nouvelles » évoquées supra (sur lesquelles repose la critique telle que nous la pratiquons) découlent des opérations matérielles permises par les structures fondamentales de l ’écriture que sont les listes. etc. chapitre 3 : écriture. et d’affirmer la supériorité de l’Occident sur l’Orient. « une série d’actes de communication ». Goody pose alors l ’« axiome » suivant : du fait de l’étroite imbrication entre contenu et processus de la connaissance. l’écrit permet leur juxtaposition et rend possible de penser les vocables en termes de radicaux et de exions (ibid. Il s ’agit d ’expliquer la variabilité des modes de pensée d’une culture à l’autre. le simple fait de lister des 113. » est très improbable ». se montrer attentif aux modalités de stockage. ainsi la communication par l ’œil engendre des possibilités cognitives nouvelles par rapport à celle qu’offre la communication par la voix. il montre que les binarités produites par bien des savants pour quali er la différence entre cultures écrites et cultures orales — primitif/civilisé. dont « [l]a variation des modes de communication est souvent aussi importante que celle des modes de production ». si « une phrase [orale] contenant dans une succession linéaire les mots « rosa. et leurs effets. de même que l’écriture permet de construire des classes de déclinaison grammaticales ¹¹⁴. de séries de notes sous une série fondamentale dont elles dérivent. . « lettre »). ce qui permet alors le déploiement d’une activité synthétique telle que par exemple la critique. tout changement de l ’un doit avoir des effets sur l ’autre (ibid. non seulement parce qu’elle conserve la parole dans le temps et dans l ’espace. sous-développé/développé. c’est-à-dire la subsomption de variations sous un thème. La culture est donc.

et à les remplir. listes d ’ingrédients dans les recettes de cuisine. Dans le cas du tableau les contraintes spatiales sont l’expression directe des contraintes constitutives de la réversibilité spatiale. les divers exemples de listes et tableaux considérés par Goody dans (G 1979) ne sont que des cas de spatialisation d ’inscriptions au sein d’un même document : listes mésopotamiennes (cf. poser une question suffisamment déterminée.4. Nous allons désormais étudier certaines de ces possibilités constitutives de l’activité critique multi-documentaire. Le tableau se dé nit quant à lui par la juxtaposition de x listes de taille y donnant ainsi lieu à l’apparition de y listes de taille x. ont fondé la « lecture savante » et l’économie intellectuelle médiévales. D’autre part.2. ils prescrivent une organisation univoque en ne laissant aucune ambiguïté possible sur la nature des relations qu ’ils tissent entre leurs éléments. et a profondément et durablement xé ce modèle dans les esprits. d ’une dimension logique la positionnant comme espace organisé articulant un texte maître et des enrichissements. le mode d ’organisation bicatégorielle résultant du croisement d’une colonne et d’une ligne nous force à considérer les cases vides (c’est-à-dire. B. et nous évoquons en B. et d’autre part. En généralisant la notion d ’espace d ’écriture à celle d’espace susceptible de recevoir toute forme d’objet matériel porteur de signes. On peut ainsi s ’interroger sur le statut de l’espace bidimensionnel recevant les inscriptions. On peut alors se demander si d’autres formes spatiales d’organisation des contenus qui reposeraient sur d ’autres rapports entre contraintes structurelles et contraintes esthétiques méritent d ’être identi ées. sur le plan esthétique et graphique. nous devenons à même de penser l’espace du bureau comme une structure d’organisation permettant et prescrivant également des opérations cognitives spéci ques. etc. la co-présence des signes (réversibilité de leurs perceptions successives) rend possible la comparaison (critique) et la synthèse (synotpique) que ce soit pour des images ou des textes. sur le plan structurel.1.3). » (L 2003) Une liste se dé nit par deux caractéristiques : un ensemble ni d’éléments (un élément appartient ou non à la liste) et une relation d ’ordre entre ces éléments dans laquelle chaque rang ne peut être occupé que par un unique élément (l ’interprétation de cet l ’ordre étant déterminé à l’usage). Quant au tableau. notamment en nous appuyant sur les travaux théoriques de Lenay (L 2003).2. la page a été investie. ou encore en marge de ceux-ci. dont la systématicité a permis de prédire la découverte future de nouveaux éléments (c’est le cas de l ’uranium). et inversement 113 éléments épars nous amène t-il spontanément à leur imposer une structure hiérarchique. Les jeux de relations spatiales sur les pages des manuscrits abondamment glosés par les moines n ’ont cessé d ’être raffinés. comme compositions ou dérivations éventuelles des listes et tableaux.2. à la fois perceptive et conceptuelle). . […] On pourra par exemple produire des déterminations sur des relations entre les deux variables correspondant aux deux dimensions du tableau. « Dès-lors. L’organisation de la glose monacale dans l ’entour de la page peut dès lors être considérée comme un cas de structure spatiale dont les contraintes matérielles ont rendu possible le développement de nouvelles opérations intellectuelles qui. la glose. tout au long de son histoire. tableaux de caractéristiques stéréo-typiques régionales. Au-delà de son statut d ’unité de segmentation matérielle du codex puis du livre imprimé. Bruno Bachimont (B 2010) illustre cette tendance par l ’exemple caractéristique du tableau de Mendeleïev de la classi cation périodique des éléments. Les inscriptions : de la matière au sens. regroupées sous la catégorie plus générale du « commentaire ».IV. Listes et tableaux sont donc doublement contraints : d ’une part. notre ignorance). c ’est-à-dire la possibilité d’aller et de revenir […] La case manquante manque spatialement et cognitivement parce qu’elle signi e une absence de réversibilité dans ma lecture (comme activité interprétative.4 le fait que ce mouvement de formalisation a fait émerger l ’idée d ’un espace arti ciel structuré pour la représentation d’un ux argumentatif. L’organisation spatiale du tableau est bien ce qui nous sert à dé nir une ignorance. ils fournissent un quadrillage de l’espace d’écriture contraignant la taille et le positionnement de ces mêmes éléments.

Lenay pose alors qu’à l’opération pratique de ranger correspond l ’opération cognitive de subsomption d’un divers sous un concept. « étouffement ». elle structure et soutient également le ux de gestes lectoriaux ¹¹⁶ . les pages d’un livre masquent les suivantes et y amènent naturellement tout en donnant perpétuellement une indication sur la masse déjà lue. regrouper. non numérique. Cacher permet donc de « « prendre de la hauteur » ». « Cacher ». et investissent les notions d ’épaisseur et d ’empilement pour proposer des modalités de navigation efficaces. c’est-à-dire. parce qu’il faut agir pour percevoir » (L 2003). et un carnet xe un ordre d ’écriture. c ’est penser.). physique. L’offuscation suppose une troisième dimension. résumer. de « “sortir d’un problème” dans lequel on était “empêtré jusqu’au cou” ». les relations sémantiques que peuvent matérialiser listes et tableaux s ’expriment par leur con guration bidimensionnelle. Cacher permet en effet d’« organiser la situation de sorte à permettre une synthèse perceptive qui puisse déboucher sur de nouvelles actions signi catives ». les inscriptions bidimensionnelles étalées sur une surface ne contraignent pas l ’action du lecteur. s ’accroupir et se relever. il est possible de rendre compte de la totalité des relations qui lient les documents d ’un corpus au sein d ’un espace bidimensionnel synoptique. ainsi. une opération d ’appropriation fondamentale. Les inscriptions non maîtrisées induisent alors surcharge cognitive. » (ibid. Tout environnement documentaire traditionnel — entendons ici. arpenter un espace privé. dans un tiroir. . riche de repères. Lenay montre que les opérations cognitives portées par l’opération pratique de « ranger » (« emboîter. en ce sens que l ’espace doit être sans cesse parcouru a n de varier le point de vue sur les objets pour espérer en avoir une perception complète. l’organisation externe des inscriptions. mettre dans un dossier. Par ailleurs. étaler. Comme nous l’avons vu. correspondant à l’opération cognitive de « cacher ». Un environnement tridimensionnel se caractérise donc par le fait qu’il n’admet aucun point de vue susceptible d’englober la totalité des éléments qu ’il contient. Tout ceci fait dire à Lenay que « l ’écriture tridimensionnelle menace la lecture. le lecteur cache un divers documentaire complexe. 116. sont assurées par leur spatialisation sur un support . VII). leur transmission. capable d ’épuiser leurs différentes facettes. dans une pile »). parce que c’est mesurer. nous proposerons alors quelques stratégies de représentation de l ’espace déployées dans une IHM numérique bidimensionnelle pour la lecture critique. qui peut y promener librement son œil et sa plume. sont constitutives du travail intellectuel (ibid. Aussi la compréhension réside t-elle avant tout sur l ’exercice d ’un contrôle matériel sur les inscriptions impliquées — celles des documents venant de l’extérieur autant que celles qui sont produites en cours de route —. leur matérialité obstrue le champ perceptif et contraint ce qui sera par la suite lu ou écrit. À l ’occasion de la présentation de notre environnement logiciel (cf. les piles imposent un sens de lecture. sur la possibilité des les ranger. À l ’inverse. 2005) exploitent les trois dimensions pour représenter des espaces documentaires de très grande taille. Des travaux tels que (J et al. ou encore de « simpli er la situation pour permettre une bonne synthèse bidimensionnelle ». dont la bonne lisibilité sera alors inversement proportionnelle à la quantité d’éléments mis en scène ¹¹⁵. les inscriptions tridimensionnelles orientent les actions futures du parcours interprétatif . en s ’imposant au lecteur. À l’inverse. sélectionner. dimensions et sens. « Marcher le long de sa bibliothèque. l ’efficacité d ’un espace dédié au travail sur des inscriptions repose également sur la facilité avec laquelle les contenus à portée de main peuvent être masqués. Ainsi. synthétiser. et ainsi perte du sens. par leur opacité et leur épaisseur. une série de chemises cachent les feuilles qu’elles contiennent et prescrivent un rangement qui structure les découvertes à venir. c’est-à-dire par le fait qu’ils sont susceptibles de faire obstacle au mouvement et à la perception des autres objets. et ainsi. leur intelligibilité. désorientation. si la matière encombre. et obtient ainsi un point de vue le surplombant. tridimensionnel — se dé nit également par la résistance des objets. les notions de recouvrement ou d’emboîtement étant irréalisables au sein d’un espace purement bidimensionnel. En rangeant ses feuillets et notes dans des chemises cartonnées ou en les regroupant en piles. Au-delà des possibilité d’articulation et de spatialisation.).114 C IV Espace. La catégorisation et la thématisation reposent en effet en premier lieu sur la possibilité d’un regroupement matériel permettant d ’ignorer 115.

la modalité première de rapport au texte du lecteur informatisé. tout en assurant la possibilité de l’accès à ses parties ¹¹⁷. sonores) doivent donc être spatialisés a n de pouvoir faire l ’objet d ’une appropriation critique. Ce qui a été dit jusqu ’ici à propos du rapport entre parole vivante et inscriptions écrites s ’applique également à la musique et à ses notations . et les neumes médiévales témoignent. Ce va-et-vient entre compréhension de la forme et étude concentrée du détail ne fût alors rendu possible qu’avec la spatialisation de la musique. en retour. lequel permet alors de revenir sur ses pas ou d ’effectuer des arrêts sur image. et dont la condition d’apparition à la conscience est sa disparition. Avant l ’essor de la photographie. Les inscriptions : de la matière au sens.). les images et les sons ne sont pas constitués par combinaison d’un répertoire ni de symboles conventionnels. S’y arrêter est ainsi impossible. c ’est-à-dire. C ’est qu’en effet. n’a jamais ressenti l’impérieuse nécessité de frapper la combinaison de touche « Ctrl+F » pour trouver ce qu ’il avait en tête ? 119. et le processus ne supposait aucun autre intermédiaire que la compétence de l’artisan qui l’exécutait. « d’une volonté de maîtriser le sonore en le réduisant à des déterminations spatiales et mécaniques » (D 1981). Ainsi que le souligne Bachimont. ou plus encore d ’une ouverture sur n dimensions. il fallait avoir recours aux services d’un peintre copiste pour dupliquer une œuvre picturale. Discrétisation et maîtrise des contenus non li éraux Nous avons montré que la bidimensionnalité et les jeux de manipulation spatiale étaient constitutifs du rapport critique aux inscriptions. selon Stiegler. IV. 118.2. sont apparues au IX siècle.2. Les premières portées. les technologies textuelles doivent leur efficacité au fait que le texte repose sur une double articulation. la musique est un objet temporel qui est constitué par son écoulement. . Le passage par référence permis par le numérique confère alors l ’ubiquité aux informations . il s’agirait là d’une quatrième dimension. comme l’écrit le compositeur Hugues Dufourt. une gravure ou une photographie analogique) « ressortissent au continu de la perception et à sa mesure et non au discret et à sa codi cation » (ibid. alphabétique et lexicale (B 2005) : des lettres ne possédant aucune signi cation immanente peuvent être combinées en mots qui. à moins de le transcrire dans un espace matériel. au ruban adhésif. aux chemises et boîtes cartonnées permet de constituer de tels groupements documentaires. et inversement 115 le divers qu ’elles impliquent.4. comme l’a montré Husserl (H 1996). Les contenus unidimensionnels (temporels. les pixels d’une image numérique (ou les morceaux de matière colorée qui composent une peinture. qu ’il s ’adonne au parcours d’un simple chier local ou du Web émergé tout entier ¹¹⁸.IV. Et qui. confronté à un livre traditionnel de taille imposante. 117. ne prennent un sens que dans le contexte de phrases. laquelle est devenue. Comme le remarque Bachimont. au-delà des aspects mémorisation. canalisant le ux de temps dans l’espace de la page. Mais à la différence du texte. les structures d ’organisation non numériques imposent à ce qu’elles contiennent une organisation hiérarchique : une même chose ne peut être emboîtée dans deux conteneurs distincts. le recours aux trombones. dont ne peut constituer aucun dictionnaire. par son caractère immédiat. Du fait de leur tridimensionnalité. Celle-ci rend notamment possible la recherche en texte intégral. transmission et affranchissement par rapport au caractère ici et maintenant de la manifestation sonore. à leur tour. Du fait de leur nature temporelle. Celui-ci propose alors de distinguer les « signes qui disent » — qui renvoient à la double articulation évoquée supra et constituent un système fonctionnel — des « signes qui montrent » — qui ne font pas système. Dans un environnement non computationnel. Ainsi. celles-ci ont donné lieu à un nouveau rapport à l ’activité poïétique même. les œuvres musicales ne pouvaient quant-à-elles pas être appréhendées dans leur globalité d ’un unique coup d’œil — ni même d’un coup d’oreille — tout en laissant à l’instrumentiste la possibilité de s ’attarder sur les subtilités d ’exécution d’un passage sensible ¹¹⁹. la volonté de noter les éléments musicaux amène à en inventer de nouveaux. c’est avec la « considération formalle de la musique » que naît la composition au sens où nous l’entendons.1. son écriture.

qu ’elle renvoie à un discours parlé ou à une pièce musicale. p. ces aspects sont si entremêlés que cette notion même de « document traditionnel » résiste à une dé nition reposant sur . en latin) des contenus qu ’il représente. la matérialité des inscriptions numériques diffère intégralement de la matérialité des inscriptions traditionnelles : la numérisation. ainsi que d’instruments plus efficients. L’entité de structuration logique traditionnelle qu ’est la rubrique tire quant à elle son nom de la couleur de l’encre originellement utilisé pour la matérialiser. faire l ’objet d’un calcul. Après les blancs de la scripto continua. etc. Pour autant. les rubriques. assurées par des dispositifs mécaniques (appareil photographique. le terme de « volumen » renvoie t-il à l’idée d’enroulement. De nouvelles matérialités L’histoire nous a montré que les supports reçoivent souvent leur nom de leur modalité d’existence physique première. Ce caractère discret de l’inscription numérique la rend ainsi intrinsèquement manipulable. ces opérations sont.3 que. un contenu. nous montrons de surcroît que cette tendance se réalise dans l’histoire par des raffinements successifs des modalités d ’articulation et d ’organisation spatiales des inscriptions. » (B 2005). découlant directement des contraintes matérielles de stockage et de consultation imposées par le matériau qui le constitue (cf. Nous verrons en IV. Le XIX siècle a accueilli le développement de nouvelles technologies de conservation de la mémoire non littérales reposant à l’inverse sur la construction d’un objet analogue au phénomène matériel capté. 70–71). cinématographe. L ’histoire des technologies cognitives de lecture et d ’écriture savantes est animée par une tendance d’accroissement du pouvoir de manipulation technique des inscriptions. dans le cas de l’écriture. contrairement à la lecture-scription traditionnelle. là où.) . instrumentés par un dispositif informatique. 89–90). une donnée. ainsi.2. vise la conservation à l’identique du contenu (où plutôt. Les inscriptions numériques IV. et les inscriptions qu’il enregistre et restitue ne sont aucunement « dématérialisées ». La xation matérielle des « œuvres plastiques » induit alors une externalisation des processus d ’inscription et de restitution.2. magnétophone. IV.3. C ’est qu ’en effet. de l ’idée que le transcripteur se fait de celui-ci) dont elle est la transcription et non celle de la manifestation sensible qui en fut le support. phonographe. l’écriture et la lecture numériques se caractérisent également par de nouveaux modes de spatialisation des inscriptions. et contrairement à ce qu ’une vulgate qui fait orès à cette époque voudrait faire croire.2. B. Celui-ci repose en effet sur la transformation en nombres (numerus. et le numérique y tient une place. lesquels pouvant alors.. dans le cas du document traditionnel. opère ce que nous quali ons de transmatérialisation. laquelle est rendue possible par la disponibilité de supports toujours plus robustes et exibles. le lecteur est à la fois encodeur et décodeur de l ’enregistrement. Ainsi.1. tels que la phonographie. comme l ’écrit Bachimont : « Le numérique […] est essentiellement une logique de fragmentation du contenu en unités formelles primitives et de recombinaison de ces unités de manière arbitraire suivant des règles elles-mêmes formelles. la photographie ou la cinématographie (S 2004. les paragraphes et autres innovations typodispositionnelles éditoriales participant à la matérialisation du sens. Tout au long de l ’annexe B. dans le cas des techniques de synthèse analogiques précitées. L ’illusion d ’immatérialité est principalement produite par la dissociation technique de l’inscription telle qu ’elle est enregistrée sur un support de stockage et de l’inscription telle qu’elle s’offre à la perception et à la manipulation.116 C IV L’écriture. En effet. il n’est pas nécessaire à l’auditeur de savoir graver des microsillons (ibid.1. Il nous semble alors nécessaire de prendre la mesure des recon gurations de la lecture critique à la suite de l’avènement du numérique et de l’informatique personnelle à l ’aune de ce prisme historique dans lequel matérialité des supports et la « mise en espace » des inscription tiennent le rôle principal. le numérique est bien matériel.4). et non la privation d ’une matérialité.2. p. c ’est-à-dire la sélection et l’articulation de signes formels pour représenter une information. La liste des techniques partageant cette caractéristique est longue. Ainsi.

du fait de ses propriétés matérielles. l’idée d’interface ne pouvant naître que d ’un écart technique entre ce qui doit être donné à voir et à manipuler et la réalisation technique de la construction sensible répondant à ce besoin. p. et pour les contenus numériques. la couche renvoie à 120. et inversement 117 leur désunion technique. que l ’on dit alors être multimédia. les différentes dimensions des inscriptions exposées supra renvoient à autant d ’approches disciplinaires : archivistes. Auparavant. concepteurs d’interface humain-machine. les structures sont alors offertes simultanément à l’interprétation comme c’est le cas.  La forme sémiotique d ’appropriation est un agencement compréhensible soumis à l’interprétation.IV. ainsi que sa conservation dans le temps. Ce rôle est joué. De même que la raison graphique de Goody. et pouvant concerner un ou plusieurs sens. On remarquera en n que dans le contexte du numérique. par exemple. Ce rôle est joué par le papier et le livre pour l ’écriture traditionnelle. ainsi. par une succession de zéros et de uns. 189). par le haut-parleur pour les contenus sonores. d’une variation de la pression acoustique pénétrant le pavillon suite à l ’action d ’un haut-parleur diffusant un contenu sonore. dans un livre (bien qu ’un ordre de parcours soit prescrit. peuvent imposer l’ordre d’exposition temporel du contenu. Bachimont avance l ’hypothèse d ’une « raison computationnelle » (B 2004a . Nous remarquerons que du fait de cette identité. pour l’écriture traditionnelle. que le support numérique instrumenté par l’outil informatique constitue un nouveau support d’inscription et de manipulation des connaissance. par l’écran pour le numériques. il nous apparaît impropre de parler de l’« interface du livre ».  La forme d’enregistrement est la forme conventionnelle choisie pour engrammer le contenu sur le support matériel. ainsi qu ’il en va pour toute œuvre musicale ou tout discours oral enregistré. Les formes sémiotiques d’appropriation peuvent être statiques et spatiales. Un avantage de la numérisation réside dans le fait que plusieurs types de formes sémiotiques d ’appropriation peuvent être mêlées en un même document. concepteur de formats. B 2000 .  Le support d’appropriation permet la restitution du contenu. ce qui dé nit le caractère multimédia d ’un contenu (ibid. etc. et d ’autre part. B 2004a). Le programme consiste en l ’exécution d ’une séquence d ’instructions disposées linéairement en mémoire . et la musique s’écoulait indépendamment de tout ancrage visuel. B 2010). pour les contenus sonores sur bande. ou au contraire. les livres ne parlaient pas. etc. traiteurs de signaux.  La forme physique de restitution est l ’incarnation matérielle sensible compatible avec le support d’appropriation par laquelle le contenu est présenté au lecteur. d’une part. il n’est nullement imposé). le réseau et la couche. toutes reposant sur une logique calculatoire.2. Avant de voir quelles nouvelles formes d ’inventivité spatiale peuvent être motivées par le numérique. Il peut s’agir de pixels pour une image reconstruite à partir d ’un enregistrement numérique. que chaque support peut donner lieu. nous allons présenter la terminologie proposée par Bachimont pour caractériser cette disjonction fondamentale existant entre les différentes dimensions de l’inscription (M-M et B 2005 . à des opérations cognitives spéci ques (G 1979).  Le support d’enregistrement est le corps matériel assurant la persistance du contenu d’une consultation à la suivante.. Remarquant. lequel était strictement identique à son support de restitution ¹²⁰ (M-M et B 2005) . L’abrogation des contraintes spatiales traditionnelles du numérique rend possible l’articulation matérielle en un même objet informatique de plusieurs formes sémiotiques d ’appropriation. Les inscriptions : de la matière au sens. . développeurs de logiciels d ’écriture et de lecture. chaque forme sémiotique d’appropriation était cantonnée à son support d ’enregistrement propre. cette raison computationnelle se réaliserait à travers trois structures : le programme. par la typographie. par le signal magnétique.

par la perte de l’univocité de la représentation. en cela que programmes. le lec121. les rapports « topologiques » entre contenus stockés en mémoire physique. Une formule mathématique admet un ensemble de reformulation purement syntaxiques et formelles indépendantes de la signication des variables en présence. Là où listes et tableaux sont des structures par essence tournées vers la critique — en tant qu ’elles instaurent une séparation et une hiérarchisation d ’un ensemble d’éléments. il nous apparaît intéressant de dériver.6). en n. à partir des notions de programme et de couche. D ’autre part. IV. Dominique Boullier et Frank Ghitalla remarquent que le document numérique est dans sa nature même innervé des structures de la raison computationnelle.3. En tant que pendant informatique de la formule — qui se dé nit par une suspension de la signi cation au pro t de la puissance de manipulation ¹²² —. l ’idée de réseau est quant à elle duale : elle décrit. et qui peut être représentée graphiquement. » (B et G 2004). informationnelle. etc. si l ’on y regarde de plus près.) en cachant son contenu (cf. . 122. les couches permettent de s’abstraire d’une complexité quelconque (algorithmique. l’esprit peut alors se concentrer sur de nouveaux problèmes. réseaux et couches renvoient in ne à la caractérisation du rapport technique fondamental entre les facettes hardware et software de tout système informatique. Nous avons abordé la question de l’instrumentation critique de cette notion de réseau à l ’occasion de notre section d’état de l’art consacrée aux scholarly hypertexts (cf. Par ailleurs. réseaux et programmes caractérisent quant à eux les fondements d’un système pouvant donner lieu à de nouvelles formes de pensées. mais qui toutefois diffère par son caractère multidimensionnel. III. d ’une structure critique qui organise les rapports matériels entre des unités de sens. la distinction même entre les deux peut paraître discutable tant ils renvoient de concert au même principe technique : une série de couches de calcul reliées entre elles par des opérations d’adressage. architecturale. et encore. documentaire. ce qui amène à s ’interroger sur la pertinence du maintient du terme « document » face à celui de « réseau » : « À vrai dire. Ces structures de la raison computationnelle ne connaissent donc pas la même immédiateté mentale que celles de la raison graphique car elles ne sont pas associées à une schématisation sensible univoque. Remarquons cependant que si programmes et couches concernent directement l’architecture profonde des systèmes informatiques. mais courant également le risque d’aboutir à la désorientation la plus totale.3) derrière une forme synthétique qui la rend alors plus aisément manipulable. Libéré de l ’effort de mémorisation et/ou de compréhension. Au regard de notre problématique. couches. nous aborderons la notion de réseau en IV.2.118 C IV la notion d ’abstraction permettant la constitution de systèmes informatiques mobilisant des modules dont la complexité interne est masquée . l ’expressivité et la puissance des langages de programmation (qui ressortissent à la « dimension informaticienne » de l ’ordinateur et non à la dimension de ses usages) sont directement tributaires de la notion de couche. Entre « réseau » et « document numérique » il n ’y a pas de différence de nature (comme pourrait nous le faire croire l’idée de la « diffusion » d’un document sur le web comme dans un milieu extérieur) mais seulement d ’échelle. des structures d ’articulation critique d ’inscriptions qui soient plus directement en prise avec l ’activité de lecture. de même que l ’architecte rationalise la structure des écosystèmes logiciels qu’il conçoit à travers de multiples couches favorisant la ré-utilisabilité des composants par le partage des responsabilités. là où le tableau de la raison graphique fonde un croisement bicatégoriel de l’information. Nous pouvons dès lors considérer qu ’au regard de l’activité critique. ces structures sont de nature différente de celles identi ées par Goody pour l ’écrit traditionnel. comme c’est le cas dans les systèmes à base de tags sémantiques popularisés par le Web of data. au même titre que la liste ou le tableau. Il s ’agit donc bien. et qu’elles reposent donc sur un choix —. elle renvoie à la structure matérielle qui est manipulée par un lecteur plongé dans un système hypertexte. et par tous les problèmes de manipulation et de compréhension qui en découlent ¹²¹. mais.2. Il n ’est en effet point d’usage possible de l’ordinateur qui ne repose sur une séquence d’instructions.1. Ainsi.2. et l ’idée de réseau témoigne de l’organisation des relations entre cases mémoires via la logique de l’adressage et des pointeurs (là où les relations spatiales non numériques reposent sur l’emboîtement et la contigüité physiques). comme nous l’avons dit. le réseau de la raison computationnelle permet de développer une in nité d’axes d’analyse. sur un plan phénoménal. de même que la structure documentaire hypertextuelle dérive de la notion plus fondamentale de réseau.

des documents hypermédias temporels ou des structures de données à n dimensions —. A n de pénétrer le champ sensoriel. des dossiers. car. le paradigme dit de la métaphore. et de proposer des gestes d’interaction complexes qui leur soient adaptés.2. qui était totalement « inouï » avant d ’être ainsi programmé. Quant au programme. reposant sur la production de modes de spatialisation de l’information dynamiques dotés de nouveaux horizons manipulatoires. organise et quali e des groupements complexes de fragments de contenus et d ’idées permettant la capitalisation d ’un acquis critique et sa réutilisation dans plusieurs contextes. et inversement 119 teur/écrivain informatisé construit. l ’ordinateur est donc un dispositif pouvant produire des expériences temporelles. Le programme rend donc possibles de nouvelles formes de synthèses perceptives qui proposent des dispositions temporelles au corps au lieu d ’attendre qu ’il n ’agisse pour assumer par lui-même cette temporalité. En n. qui donne à voir la façon dont le logiciel est construit. en faisant la promesse d ’une prise en main prétenduement intuitive. Cooper considère que le paradigme technologique relève d ’un autre âge.) dans le but de mobiliser un savoir-faire déjà acquis.2. où les éléments composant l’interface entretiennent une relation iconique (au sens de C.S. Cette proposition s’illustre clairement avec 123. etc. Sur le plan de la lecture critique multimédia. et surtout. par le « passage par références ». ses structures autorisent également. » (M-M et B 2005) ¹²³. elles supposent en effet la médiation d ’un calcul conduisant à la production d’une projection sur un support matériel (typiquement. affichage sur un écran. on peut remarquer que si la raison computationnelle permet de fonder le paradigme du calcul du sens adressé aux machines (dont le Web prétendument « sémantique » est une illustration). et le paradigme idiomatique. que le paradigme de la métaphore d’objets quotidiens. IV. mais visualisée ou non visualisée » (V S 1999. qui nécessite donc a priori un apprentissage plus conséquent (l’effort se paie par la maîtrise d ’un outil plus adéquat à la tâche à réaliser). « l’entrée dans le numérique n ’est jamais numérique ». Ceci a notamment pour conséquence que l’espace d’appropriation et d’organisation de l ’information devient un « objet d ’écriture ».IV.2. ce qui est « mis en couche » béné cie des possibilités d ’automatisation du calcul et de la exibilité apportée par le réseau. reste désespérément passif. En n. Les inscriptions : de la matière au sens. Contrairement aux supports traditionnels. là où le livre. mais calculée au moment de leur invocation. p. c’est-à-dire. La caractéristique la plus immédiate des inscriptions numériques réside sans doute dans le fait qu ’elles ne sont pas immédiatement accessibles et saisissables par le lecteur ou l’écrivain humain. à la différence de la formule qui doit être manipulée à la main et donc constamment réécrite. et ne lui sont d ’ailleurs qu ’indirectement destinées. en effet. malgré sa succession de pages. Ceci fait dire à Ann Van Sevenant que l ’information « n’est donc pas visible ou invisible. qui permet une mise en pratique de la modularisation du matériel de lecture (laquelle ne peut exister qu ’à l ’état de tendance dans les pratiques papier) et d’un accès sans résistance. 61) . se révèle incapable de représenter efficacement des contenus dotés d ’une complexité spéci quement numérique — tels que des réseaux hypertextuels. la con guration spatiale des inscriptions numériques au niveau de leur forme physique de restitution logicielle n ’est pas gée par une réalisation artisanale ou industrielle. impression sur du papier). il s ’agit d ’une spatialisation d ’informations en mémoire (c’est-à-dire. une corbeille. Espace et interface Comme le remarquent Frank Ghitalla et Charles Lenay (G et L 2001).2. une liste) commandant un déroulement temporel . le déploiement de ce que nous nommerons une « raison graphique (re)dynamisée ». différents fragments sonores prélevés au sein d’une même œuvre peuvent être joués successivement dans un objet temporel. dans l’interface visuelle humain-machine. Peirce. de ressemblance) avec des objets du monde réel (tels qu ’un bureau. Alan Cooper (C 1995) fait état de trois paradigmes d’interfaces logicielles : le paradigme technologique. « Storing is of no use if we cannot access what has been stored.

1). dont aucune n ’est réellement située avant ou après une autre. si l’on s’en tient à la dé nition de Jeff Conklin (cf. où la gestion de la persistance des données doit impérativement prendre compte les jeux de manipulations visuelles de libre disposition. sont évacués par les approches s’inscrivant dans le paradigme du Web sémantique. III. puis dans la bibliothèque : il est toujours possible d’étendre la surface d’écriture en y adjoignant des extensions. renvoie à l ’idée d ’une machine exposant des énoncés compréhensibles de manière dynamique et non-linéaire : « a combination of natural language text with the computer’s capacity for interactive branching. À l ’occasion d’un entretien qu’il nous a accordé. Nelson fonde ses propos sur la théorie selon laquelle les lecteurs ayant des structures mentales. la contrainte synoptique et la mise à distance entre le corps et les inscriptions sont négociées par des mécanismes de zoom. Ceci est possible du fait de l’identité de nature de la feuille et de son entour . Il y a donc une spéci cité des interfaces visuelles informatiques pour la lecture critique en cela qu’il leur incombe de restituer l’idée d’une stabilité perceptuelle nécessaire à l ’orientation et au jeu documentaires. Nelson expose sa critique de la linéarité textuelle traditionnelle.3. De plus. et qu ’elle est ainsi indissociable de cette dimension purement matérielle. un mode 124. . et qui constituent un champ de recherche à part entière dans le domaine des IHM. En effet. Cette continuité permet une synopticité totale. or dynamic display […] of a nonlinear text […] which cannot be printed conveniently on a conventional page » (Ted Nelson. il peut déborder sur le bureau. du point de vue de son inventeur. Ces faits nous auraient conduits à attribuer au texte un caractère intrinsèquement séquentiel. car cela casse la richesse de leur structure réticulaire « naturelle ». alors qu ’une structure de pensée s’apparente davantage à un « tissage d’idées » (cité dans (G 2001)).2. de telles aspects. La notion d’« hypertexte » apparaît au début des années soixante sous la plume de Ted Nelson. III. dont la première édition a paru en 1980. La dé nition d’un système hypertexte. cité dans (C 1987)). Nelson quali e de « destructeur » le processus consistant à organiser des idées selon un agencement temporel. IV. formations et goûts qui leur sont propres. bien que constitutifs du sens. Dans les environnements informatiques. retaillage. Dans l’ouvrage Literary Machines. Il en va tout autrement dans les environnements numériques. objets du monde physiques obéissant aux même lois.2. ils sont mêmement considérés par la plume. d’énoncés transcrits à partir de mythes oraux ou de n ’importe quels types d ’« objets culturels ») a n d’y dégager des déclinaisons paradigmatiques ne pourrait se satisfaire de la surface d ’affichage d’un écran d’ordinateur. mais le grand public ne l’intègre qu’au cours de la décennie 1990 avec l ’avènement du World Wide Web. Ce domaine de recherche informatique a montré que l ’interprétation s ’incarne dans la libre disposition d’un espace dont le degré de structuration doit pouvoir être ajusté. le corps voyant et écrivant étant plongé dans le même monde que l ’inscription. de telles pratiques exigent le recours à d ’imposantes surfaces d ’inscription et de classement. Le contenu inscrit sur une feuille possède cet avantage que si celle-ci en vient à être saturée. qui reposent sur la simpli cation des informations en fonction de leur nombre à l ’écran. dont l’aire peut dépasser un format A0. L ’hypertexte : une nouvelle organisation du matériau L ’hypertexte.120 C IV les hypertextes spatiaux (cf. l’histoire de ces dispositifs composites se mêlant d ’ailleurs avec celle des systèmes à fenêtrage. tout système hypertexte se caractérise par l’articulation entre la dimension de la modélisation conceptuelle des données et leurs modalités d’appropriation sensible .7). de céramique. L’auteur y stipule que la domination de la séquentialité dans les formes documentaires provient des structures du langage parlé relayées dans l ’imprimerie et dans le principe technique de la reliure. où la zone d’écriture est bornée par les limites physiques de l ’écran. Encore une fois. Plus largement. telle qu’elle apparaît sous la plume de son inventeur. le pinceau ou le crayon. superposition et masquage des fragments de contenu ¹²⁴. le musicologue et sémiologue Jean-Jacques Nattiez a exprimé l ’opinion que jamais une analyse structurale anthropologique reposant sur la mise en série d ’une multitude de fragments (de poterie. attentes.6. regroupement.

. Nous pouvons discerner dans ce passage de la pensée de Nelson la volonté indirecte d’effacer l’in uence de l’éditeur sur les contenus. un point de vue inverse viserait à considérer qu’un renforcement des dispositifs éditoriaux permet le déploiement de stratégie de lisibilité. exige. la pratique de citation. d’une part.2. et inversement 121 unique d’exposition des informations ne saurait convenir. sans con it ni négociation. fournit au Web plusieurs de ses concepts fondamentaux. « et donc l’existence d’une mémoire électronique capable de servir de support » (C 2000). selon différentes façons. de reléguer celui-ci au rang de simple lecteur parmi les lecteurs. quelques décennies plus tard. livres et parcours de lectures basés sur des textes piochés dans « un grand dépôt unique ». aptes à faire sens pour le lecteur) dans l’hypertexte total. comparés et annotés de près . où les documents peuvent être mis côte à côte. Nelson distingue deux formes complémentaires de « mise en réseau » des textes : les liens de contenu assurent leur structuration interne. en cela qu’il vise à : « proposer une forme globale et complète de littérature .). sans limite de temps ou de quantité. la possibilité de réutiliser les fragments de contenu existants. celle qui concerne l’appropriation de connaissances. Neslon est également l ’inventeur de Xanadu. juridique et commerciale — autorisant. où les liens ne se brisent pas à chaque changement de version . et d ’autre part.IV. pour différents publics » (ibid. toutefois. Nelson semble donc épouser la thèse commune de l’affaissement du tiers intermédiaire entre l’auteur et son lectorat . et sans support pour les versions successives ou la ré-utilisation systématique » (ibid. le débat approfondi et le travail en coopération. Stéphane Crozat propose le modèle SP/UL (C 2002). potentiel et informe constitué de toutes les UL (ce modèle a été implanté dans la chaîne éditoriale Scenari (S 2009a)). » cité dans (G 2001) Le Web ne propose quant à lui qu ’un « monde de liens unidirectionnels. lesquels peuvent sinon facilement conduire au chaos informationnel. la bidirectionnalité des liens car ceuxci constituent l’ossature logique du corpus et non de simples modes de navigation permettant de se rendre d’un point à un autre. Xanadu dépasse de loin l’ambition qui cheville le Web. système d ’information mondial qui. qui encadre l’élaboration de « différents articles et livres sur le même sujet » ainsi que leur publication « en différents endroits. où des Unités Logiques — qui préservent la réutilisabilité absolue des ressources voulue par Nelson — sont impliquées dans des Schémas Pédagogiques créant des parcours contraints (et donc. Ainsi que le remarque Dominique Cotte. Les inscriptions : de la matière au sens. depuis cinq décennies. mécanisme qu’il nomme « transclusion ». ou tout au moins. Or. la « littérature électronique sérieuse ». Cotte souligne également que la volonté de voir de l ’hypertexte « naturel » et spontané chez tout lecteur « qui agence les différents éléments grappillés au cours de ses travaux » ne procède en vérité que d ’une analogie postérieure aux dispositifs techniques hyeprtextes proprement dits. et qui intègre un dispositif de droit d ’auteur — une convention littéraire. Ainsi. si la notion d’hypertexte renvoie chez Nelson à un ensemble d’opérations mentales indépendantes de tout substrat technique. sans pour autant avoir à ce jour donné lieu à une réelle implantation commerciale. Le numérique permettrait alors de rationaliser ce processus en articulant articles. où il est possible de connaître le contexte d’origine de chaque citation . sans reconnaissance des modi cations et du droit d ’auteur.). d ’accessibilité et d ’organisation de l’information au sein des réseaux numériques. La diversité des approches d’un même texte requise par cette hétérogénéité du lectorat est assumée dans le monde de l’imprimé par l’action éditoriale. elle ne peut cependant se réaliser effectivement que par la « concomittance physique » des textes que l ’on souhaite mettre en réseau. alors que des liens hyperdocumentaires bidirectionnels implantent un mécanisme de citation et de réutilisation d ’un fragment d ’un document au sein d’un autre. fragiles et toujours prêts à se briser.

c ’est à dire. les espaces documentaires numériques sont d’une profondeur in nie. L’ardoise. because a binder cannot hold books larger than a specific size. inking seems rather to proceed on several fronts at one. Selon Conklin. » (D 1967b). developing and rejecting ideas at different levels and on different points in parallel.3). dans son article La scène de l ’écriture portant sur le Wunderblock (Bloc-Magique) de Freud. IV. . en cela que n ’étant pas soumis à la contrainte du volume. par exemple. Lenay quali e toutefois ce rangement de « faux » (L 2003). For example. Cette préoccupation d ’un espace d’inscription illimité n’est pas née avec le numérique . Comme le souligne Conklin (C 1987). is at first seems to be an advantage. lesquelles sont ainsi décrites par l’auteur : « e thinking process does not build new ideas one at a time. « rangés » d’une in nité de manière. Les risques du réseau. In spatial structure applications. les nouvelles possibilités d’organisation que confère l’hypertexte au matériau écrit invitent ainsi l ’auteur à modulariser ses idées en unités susceptibles d’être référencées ailleurs. par tout mécanisme reposant sur un pointeur vers une adresse en mémoire. et constituent alors des « trous sans fond » où tout est « superposable et emboîtable à l ’in ni » ¹²⁵. starting with nothing and turning out each idea as a nished pearl.122 C IV Inscriptions réticulaires. ne conserve donc pas les traces. unpredictable structures. Le numérique permet de passer outre cette limitation inhérente aux supports qui sont davantage soumis aux contraintes de la matérialité et d’ainsi autoriser « conservation indé nie et puissance d’accueil illimitée ». they can hold almost unlimited sub-collections. pensée modulaire. Nous avons vu que du fait du caractère dynamique du support qui les accueille. ou plus généralement. Nous avons vu (cf. aussi.1.). each idea depending on and contributing to the others.7) que cette préoccupation. » C 1987 A n de considérer simultanément plusieurs éléments de contenu. It becomes harder for the user to find information. n étant le nombre de nœuds pouvant être potentiellement connectés par un arc). users know that the book he/she is looking for cannot be within a binder. avait été plus directement thématisée par la mouvance des hypertextes spatiaux. l ’organisation de l’élément considéré doit pouvoir être perçue dans toute sa complexité alors que les autres éléments doivent simplement signi er visuellement leur présence sans donner à voir leur complexité interne. L’opposition nelsonnienne entre transclusion et liens de contenu est un des problèmes récurrents de l’ingénierie documentaire : l’articulation de la cohérence interne du document avec le contrôle de se fragmentation et de sa réutilisation en dehors de ses propres frontières. For example. Les observations d’Atzenbeck et Nürnberg vont dans ce sens : « Today’s spatial structure applications support generic collection objects with a high level of abstraction. » (A et N ¨  2005) 125. the user cannot exclude any collection object. dont on peut toujours reconstituer la virginité en effaçant l’empreinte. c’est-à-dire un espace à n dimensions. absente des dispositifs hypertextes historiques. « abstraction is a fundamental cognitive process. et d’ainsi répondre au mieux aux exigences de la pensée. Toutes les surfaces d ’écriture classiques n’offrent qu’un des deux avantages et présentent toujours l’inconvénient complémentaire. Derrida fait état des limitations inhérentes aux supports physiques : « La feuille conserve indé niment mais elle est vite saturée. Les limites de stockage physique du système ne constituent plus de nos jours une réelle contrainte dans les activités documentaires personnelles. a closer look shows that the lack of limitation has the drawback of more complex. Le processus technique correspondant à ce besoin cognitif fondamental repose sur des opérations de masquage et de thématisation (cf. c’est-à-dire d’abstraction. le lecteur doit être à-même de distribuer efficacement son attention . However. les objets numériques peuvent être articulés.2. III. reliés. because they do not have limitations regarding what objects they may host. and hierarchical structures are the most natural structures for organizing levels of abstraction » (ibid. par le biais de liens hypertextes (qui produisent un réseau. sont sans épaisseur. organisés.

p. chacune quali ée et articulée — c’est-à-dire. qui naissent par la manipulation du support technique. et une frontière logique et argumentative. ainsi qu’une surcharge cognitive du fait du nombre de chemins envisageables. . III. événements. É IV.1. Le document se caractérise donc également par une dimension heuristique (cf. il est nécessaire de comprendre ce qu’elle peut recouvrir avant de poser les jalons d’une instrumentation. quali ée par Conklin de « tendency to lose one’s sense of location and direction in a nonlinear document » (C 1987). puisqu ’il est nécessaire de multiplier les points du vues pour en percevoir l’organisation. un module de linéarisation de fragments prélevés au sein d ’un réseau de contenus visant la réi cation de l’interprétation sous forme de parcours de lecture. le graphe du réseau appelle une mise en espace. gure IV. ». ne prescrit aucun sens de parcours ni aucun point d ’entrée. En réponse à l’idée répandue que puisque l’hypertexte déstructure le texte puisqu ’il s’affranchit de la contrainte de structuration linéaire et arborescente (qui est par exemple à l’œuvre dans l’écrit imprimé). actes. sentiments. Cotte oppose l ’idée que cette apparente déstructuration ne peut se réaliser qu’à partir d’un matériau extrêmement structuré en amont.1. tant à des ns de compréhension personnelle que de partage avec autrui. Cette désarticulation cause à son tour la désorientation du lecteur. dé nie par ce même auteur comme étant un « additional effort and concentration necessary to maintain several tasks or trails at one time ». échappant à la synopsis spatiale du fait de sa complexité.IV. À la différence des structures logico-graphiques que sont la liste (1 dimension) et le tableau (2 dimensions). p.2). Si le document semble revêtir en premier lieu la fonction de véhicule matériel d’une connaissance ouverte à l’interprétation (dimension herméneutique. le document admettrait une double frontière : une frontière technique et matérielle. Le risque de la logique du réseau — un objet peut être contenu dans plusieurs autres — est alors la désarticulation : « une articulation inférieure peut être commandée par des articulations supérieures différentes qui ne seraient pas articulées entre elles ! ». le rangement numérique peut s’opérer sans jamais inciter à la moindre reformulation ou sélection. En partant du document comme objet matériel présent dans notre espace phénoménal. laquelle dépendrait du support d’inscription. traditionnellement utilisées pour gagner de la place en étiquetant une masse d’informations trop volumineuse pour être saisie d ’un coup d ’œil unique. S’inscrivant dans l ’héritage des trails du Memex (cf. indexée — au sein d ’une « métastructure » (C 2000). qui serait celle du contenu inscrit nécessairement ni. dans son environnement numérique textuel (G F 2008.1). IV. gure IV.3. un réseau hyperdocumentaire se constitue d’une décomposition d ’un ensemble de texte en ce qu’il nomme des « particules élémentaires ». cf. En effet. et conséquemment. états. Erik Gebers Freitas propose.3. selon Bachimont (B 2004a. C’est une gure de l’irrationnel. il ne faut jamais négliger qu’il est également le lieu de la création des nouvelles idées. etc. Ainsi. toujours en tension avec la facette interprétative. 104–105) : « le réseau. le réseau (n dimensions) ne renvoie à aucune forme spatiale stable. ou plutôt. informations. est un labyrinthe où l’on se perd. Entre contenant et contenu : La notion de document se trouvant au cœur de toute activité de lecture et d’écriture (et d’autant plus questionnée que ces activités se veulent savantes). une première approche naïve pourrait nous amener à le considérer comme le report dans le sensible du produit de tout type de pensée.3. et non une manière de penser le monde.1). des mises en espace. qu’il s ’agisse de données. 157). Pour être rendu intelligible. Nécessairement ni. Évolution du document : les recon gurations des rapports entre sensible et pensée 123 Conséquemment.

indexation. en ce sens que la consistance des signes matériels qu’il porte doit être assurée quelque soit le moment de leur consultation. Les membres du réseau thématique pluridisciplinaire RTP CNRS 33 (RTP-DOC : Documents et contenu : création. De même. Comme en témoignent des usages métonymiques courant tels que « Lire un livre » (on ne dit pas « Lire un texte porté par tel objet-livre »). le document comme signe. qui renvoie au corps matériel dans lequel s ’incarne le contenu et qui permet sa manipulation. Structure logique Herméneutique Formes sémiotiques Dispositif d'inscription Dispositif de déchiffrage Heuristique Heuristique Frontières techniques du support Organisation matérielle F IV. et le document comme médium. qui renvoie au fait qu’il est toujours porteur d’un sens intentionnel. via des manipulations techniques. lequel fait référence dans les communautés scienti ques engagées dans cette question — le travail terminologique et conceptuel qu’il propose contribuant à lever l’ambiguïté autour de certains types et usages d ’objets documentaires numériques. le document se doit d ’être temporellement stable. : Le document : entre interprétation et invention. tout d’abord.3.1. il est capital de savoir ce qui appartient ou non au document pour pouvoir l’interpréter.1. » renvoient à des opérations d ’orientation et de navigation) . lequel étant alors un support xant des inscriptions pouvant être prises en main et interprétées. IV. ». et qui sont ainsi délimitées dans l’espace. ainsi que le remarquent Bachimont et Morizet-Mahoudeaux (M-M et B 2005).124 C IV Connaissances Frontières logiques de l'argument Le document est aussi un espace de transformation qui peut produire des connaissances. la forme est dominante dans la perception que nous avons du document traditionnel. navigation) ont proposé une caractérisation générique de la notion de document lui attribuant trois facettes constitutives : le document comme forme. qui renvoie à la socialisation du document vu comme vecteur d ’échange mis en jeu dans la communication (P´  2004).1. qui repose sur la compréhension de son organisation et sur la capacité à y naviguer efficacement (« Ouvrez vos manuels page 189. Le support et les inscriptions sont des artefacts dont la technicité exige une triple maîtrise : celle de la manipulation du support. celle du tracé et du dé- . Il nous semble pertinent d’organiser notre perception et utilisation de la notion de document numérique autour des catégories conceptuelles établies par ce texte. « Reprenons la lecture du chapitre 11. Le document comme forme Le document est en premier lieu un ensemble d ’inscriptions organisées sur un support matériel leur imposant de fait une certaine forme. Les frontières physiques du document lui confère la possibilité d ’être identi é comme une unité se détachant du continuum matériel .

L’idée même de document numérique semble alors revêtir un caractère sinon oxymorique. de redistribution » (G 1999). sans nécessité d’un ancrage spatial uni é et unique. lesquelles constituent. en n.4. modulaire tel un « vaste jeu de “legos” ». Évolution du document : les recon gurations des rapports entre sensible et pensée 125 chiffrage des inscriptions dont la forme est en partie imposée par la con guration de leur support d’accueil . et en vertu de son caractère discret et de sa manipulabilité immanente. le document s’éclate en une multitudes de ressources réparties en de multiples lieux du Web dont il faut gérer la cohérence et l’interopérabilité (c’est là un des objectifs des normes émanant du W3C). la maniabilité et la co-existence des feuilles jouent un rôle important dans la cognition ? ». IV. lesquels supposent une instrumentation logicielle (un « lecteur ». Pédauque entend autant les informations permettant la restitution de la structure logique du document (par exemple.2. et la notion de support délimité dans l ’espace est alors mise à mal . (P´  2004) érige alors XML comme réalisation type de la conjonction structure/contenu ayant amené une conception du document à forme mobile. altérations et recon gurations nécessaires à l ’expression du projet interprétatif d’autre part. en ce sens que le graphe étant d ’ordre technique. de manipulation. dégagé de la contrainte d’une forme imposée et xée. Précisons que par « structure ». « Le succès des formats “fac-similé” (PDF) est souvent analysé comme une résistance momentanée au changement. selon (G 1999). processus dont les modalités de réalisation technique sont réglées par les méthodes conjointes de l ’ingénierie documentaire et de l’ingénierie de l’interaction. Nous avons par ailleurs énoncé l ’idée que l ’appropriation physique du contenu exigée par son étude critique constituait toujours en une négociation entre les contraintes matérielles du support d’une part et les enrichissements. la stabilité du document. la machinisation des activités de lecture et d’écriture due à la discontinuité induite entre le support d ’appropriation et les inscriptions. Le support au sens traditionnel s’efface au pro t d ’une « conception plus abstraite du document » (ibid. . du code conventionnel à l ’œuvre derrière les inscriptions.3. Ceci fait dire à Nossereau que XML « marginalise la forme et la délaisse comme dimension primordiale du document » .) qui repose alors sur l’articulation de données au sein de structures. dont les dimensions formelle et esthétique étaient jusqu ’alors assurées par le support matériel.1). Il n’est plus un lieu de révération passive (cf. En effet. Si le document écrit traditionnel s’incarne sur des supports immédiatement manipulables. les règles de mise en forme (ibid. mais de détournement et de création in nie. du moins trouble. le plan hiérarchique d’un manuel). De manière plus générale. « il est toujours potentiellement sujet à des opérations de reproduction. « l ’élaboration d ’un document peut-elle se détacher de sa forme perceptible ? ». de transformation. le document numérique est par essence tourné vers la dimension heuristique. plus de quatre millénaires de stabilité des formes documentaires traditionnelles (« Il n ’y a pas de différence de nature entre une tablette sumérienne […] et une banale lettre manuscrite »). d’une part. Ne s ’agit-il pas plutôt d ’une indispensable stabilité perceptive [ ?] ». cette tendance se réalise absolument. « est-il simplement concevable d’envisager une rupture formelle entre l’élaboration par l’auteur (qui est aussi le premier lecteur) et la proposition faite aux lecteurs ? ». Avec le numérique. une simulation technique du langage. et dont la restitution physique s ’opère par le recours à des feuilles de styles strictement indépendantes du contenu. Nossereau (N 2004) souligne à ce propos le contraste existant entre.1.2. le XIX siècle a accueilli le développement de supports d’enregistrement xant des signaux électromagnétiques dont l ’appropriation requiert le déploiement d’un dispositif de lecture (cf. Pédauque adresse les questions suivantes : « ne peut-on faire l’hypothèse que la stabilité visuelle du papier. Frank Ghitalla pose que l ’insistance des anthropologues sur les fonctions mémorielles de l’écriture les ont amené à négliger le fait qu ’elle est aussi « fondamentalement principe permanent d’invention ».2). À l’issu de sa ré exion sur la forme du document. et d ’autre part. le format de sauvegarde et le format de restitution. La désunion entre le contenu enregistré du document numérique et ses modalités de restitution et de manipulation sensibles pose à nouveau frais l ’articulation entre ses facettes herméneutique et heuristique.IV. Avec le passage au numérique. B. et dont l’unité lectoriale s’opère par recomposition dynamique d ’une forme d ’appropriation au sein d’un navigateur. au sens du composant logiciel). la lisibilité du document numérique se jouant alors dans le calcul mis en jeu par « l’articulation entre la structure logique et les styles ».). celle. devient l’apanage de sa dimension structurelle.

Ceci recouvre autant la forme du document enregistré. c’est-à-dire les modèles conceptuels utilisés.  Élaboration locale. cf. sa propre réinvention du document numérique en fonction des postulats qu ’il avance et des fonctionnalités qu ’il a besoin d’implanter pour les défendre. ou autres transformations). III. . B et C 2004). Le dossier désigne l’objet informatique composite qui regroupe la forme « canonique » du document (ses sources XML) et les diverses vues qui sont calculées pour servir les différents contextes d’usage (par exemple. Le dossier s ’enrichit continûment de nouveaux documents . I. Si l’on peut. certes. sont indépendants les uns des autres. which possesses a spatial and temporal delimitation. il nous semble toutefois possible d’avancer que Bush n’a peut-être tout simplement pas eu besoin de cette idée. il partage cette caractéristique avec la notion traditionnelle de corpus documentaire (cf. à l ’instar des bobines magnétiques d’antan. Les documents composants le dossier ont été produits dans des contextes différents. elles ne peuvent aucunement prétendre au statut de document. quoique tacitement. par rapport au couplage avec le dispositif logiciel qui en permet la manipulation (pour notre cas.1. sans quoi le simple enregistrement numérique ne peut être à même de faire sens et de donner lieu à l’invention de nouvelles idées. et qui contrarie la nécessité d ’un espace critique plus où moins articulé où les inscriptions naissent. que l’interface graphique dans laquelle ils sont projetés. A n de mieux rendre compte du caractère polymorphe du document numérique. La caractérisation proposée par Pédauque renvoie principalement au document comme mode de réi cation et de socialisation de l’activité savante. sans viser sa publication pour autrui. Crozat et Bachimont proposent la notion de dossier (C et B 2004 . Le dossier n ’a donc pas d ’auteur. et donc modi ées par les opérations de reformulation et synthèse que celle-ci implique. Bachimont et Morizet en proposent d ’ailleurs la dé nition suivante : « A document is a content instituted by a publication act. down a medium. s ’altèrent et disparaissent perpétuellement. arguer que ce vocable était alors loin de dominer la prose scienti que.126 C IV Jacques André (A´  2003) fait l ’étonnante constatation que le mot « document » n’apparaît pas dans la présentation que Vannevar Bush fait du memex.2. mais doit s ’envisager.2).4). On peut alors constater que chacun des logiciels présentés au chapitre III assume. nous pouvons alors nous autoriser à penser que la notion de document est inadéquate. ODT…. » (MM et B 2005). une application de lecture critique). l’ensemble des publications multisupports. les prémices de l’ingénierie du document numérique ne devant sourdre qu ’environ deux décennies plus tard —. Dans le contexte d ’une lecture qui est avant tout une rumination critique pour soi. La notion de document numérique renverrait donc à celle de programme. En effet. faute de pouvoir dé nitivement trancher sur le caractère constitutif ou non du lien entre supports d ’enregistrement et de restitution. son memex entend servir le processus interprétatif personnel en offrant au lecteur les moyens techniques de réaliser une glose sur une collection de contenus multimédias. Cela nous conduit ainsi à affirmer que le document numérique ne peut se résumer à un simple chier XML. et sont ainsi potentiellement hétérogènes. HTML. et de la structurer selon un réseau de « trails ». laquelle possède les caractéristiques suivantes :  Évolution. La notion de document fournit ainsi en premier lieu un cadre technique et conceptuel au sein duquel il est possible de penser les conditions d’appropriation d’un contenu produit par un auteur à l’intention de lecteurs distants dans le temps et dans l’espace. son célèbre système d’information mécanographique et microphotographique ((B 1945). PDF.2. Le deuil de cette notion permet notamment de s ’affranchir de toute contrainte de clôture matérielle par rapport à laquelle le document se dé nit depuis toujours. Chacun de ces travaux de recherche sont autant de points de vue complets sur ce que doit être un document au regard des pratiques intellectuelles auxquelles ils s’adressent. Il faut ainsi comprendre que tant que les traces de l’activité intellectuelle de l’auteur ne sont pas mobilisées dans une action de publication (c’est-à-dire de mise à disposition pour un certain public). Cette notion est inspirée d’une généralisation de la notion de dossier médical (B 2004a).

séquenceurs audionumériques. Le concept de dossier nous semble toutefois pouvoir être affiné pour épouser pleinement les spéci cités de l’espace dans lequel se déploie le projet critique. Quoiqu’entièrement personnel dans un premier temps. ébauches. le projet (tout comme le dossier) renvoie à l’idée de consolidation. Au nal. opération informatique par laquelle l’ensemble des contenus impliqués sont regroupés dans son enceinte a n de faciliter sa transmission et sa préservation. environnements auteurs multimédias. En effet. ce travail est également la condition de constitution de formes partageables restituant son effort critique.2. Or.) semble le plus adéquat. etc.). réorganisation. Erik Gebers Freitas favorise également cette notion dans le contexte de la lecture savante textuelle (G F 2008). À ce titre.IV. En n. Le document comme porteur d’inscriptions ouvertes à l ’interprétation Selon Pédauque. chaque lecteur est responsable de son intégrité. sa lisibilité étant perpétuellement réassumée par ses lecteurs de manière idiomatique. voir opposés. À chaque nouvelle confrontation avec le dossier. etc. en cela qu’il agrège un ensemble de contenus hétérogènes. Dans cette acception. traces et structures d’organisation impliquées dans une lecture critique ne constituent pas une simple somme paratactique d’entités hétérogènes juxtaposées. le lecteur critique accomplit constamment un travail éditorial — par sélection. lorsqu ’il referme le dossier. tel qu ’on le rencontre dans les applications de création (environnements intégrés de développement. Le dossier n ’est donc pas un espace de projection personnelle. etc. l ’ensemble des fragments. linéarisation. Bachimont remarque également que la somme des « preuves » regroupées au sein du dossier n’admet aucun travail éditorial : il n ’incombe à aucun lecteur en particulier de proposer des stratégies et parcours de lecture valant pour tous . Évolution du document : les recon gurations des rapports entre sensible et pensée 127  Consultation globale. Cette interprétation dépend largement du contexte dans lequel elle est pratiquée. mais une construction organisée perpétuellement mobile négociant la tension entre lisibilité des contenus déjà-là et invention de nouvelles idées. catégorisation. le sens des inscriptions mises en scène dans le document est soumis à la variabilité de ses conditions d ’interprétation : « Un document n ’a de sens que s’il est lu ou interprété par un lecteur. Un même document pourra prendre des sens différents.3. ce dernier re-crée le document chaque fois qu’il l ’isole et en prend connaissance. le dossier patient est mis à jour et développé à mesure qu’il passe d’un praticien à un autre). » (P´  2004) . ni qu’il procède à leur altération (au-delà des enrichissements et mises à jour entrant dans le cadre du sens global du dossier). le « projet » ne renvoie pas à une somme de documents partagés. selon l’époque et la situation sociale ou individuelle de l ’interprétant. c’est-à-dire de la possibilité d ’une lecture future par un pair. Le dossier n’admet donc pas d ’éditeur. le concept de projet. laquelle suppose en effet que les documents proviennent de contextes auctoriaux variés et trouvent leur unité dans l ’appropriation critique du lecteur. le lecteur doit faire la somme des documents qu ’il contient et forger un parcours de lecture. ces processus sont constamment réassumés à chaque consultation. la caractérisation proposée dans (B 2004a) indique que tout lecteur peut également enrichir le dossier de nouveaux documents (ainsi. pistes non suivies. IV. gère leur articulation (souvent sous forme de chiers XML) et autorise des « inscriptions collatérales » (notes personnelles.1. Autrement dit. Il n’est donc point question qu’il y laisse traîner des notes personnelles n’entretenant qu ’un rapport lointain avec les documents qui y sont rassemblés. D ’une certaine façon. mais bien à un édi ce documentaire en cours de construction. nous l’avons dit. il est une somme de documents hétérogènes partagée telle quelle.3.

La réalisation de ces relations s ’appuie alors sur des « signes familiers » offrant au lecteur un « “horizon d’attente” ». ne contribuerait pas à nous rendre aveugle à la valeur sémantique des opérations qui sont en jeu dans la « mise en document ». ce qui doit être représenté. en tant que construction contextuelle conférant de la valeur aux informations par rapport à celles présentes dans d ’autres documents. lequel se joue notamment dans les choix typodispositionnels éditoriaux. le document ne se résume par à l ’artefact constituant le support d ’échange entre producteur et récepteur. la parole d’un conférencier ou une performance musicale live supposent d’êtres xées sur un support accessible pour amorcer leur existence documentaire.3. La légitimité et la socialisation du document sont donc affaires de diffusion spatiale et de persistance temporelle . que par l’intermédiaire d’une interface en permettant la restitution à l’identique et la manipulation. au sein duquel sa place est déterminée par un classement. laquelle exige de s’affranchir à la fois de la sphère intime et de l’instant de son énonciation. Si une sérialisation de l’espace de travail omettait de prendre en compte avec exactitude les informations de spatialisation. enseigner — renvoie originairement aux idées de preuve (valeur d’évidence). un support et un lecteur : “L lis un D produit par A sous forme S” ».1. Face à cette conception. et de renseignement (valeur d’information). Dans cette « situation documentaire ». IV. nous avons montré que l’analyse paradigmatique — que l’on peut prendre dans un sens très général d ’activité de comparaison. d ’exploration catégorielle et de synthèse analytique — reposait sur l ’établissement de relations spatiales entre fragments de contenu. qui n’est pas à proprement parler le contenu. ainsi qu’en témoigne la gure IV. Une telle disposition témoigne de l ’intention interprétative de l’analyste .2. sans quoi il devient autre chose qui n’entretient plus aucun rapport avec la logique à l ’œuvre dans son processus d’élaboration. le document entretient une double relation avec le « monde documentaire ». vient de découper la partition.128 C IV Ainsi. et commence à constituer des catégories préparant une classi cation plus formelle sous forme de listes ou de tableau. et le « monde naturel ». il est aisé de comprendre que l’organisation spatiale. et par le processus de construction dynamique qui préside à la constitution de ses formes d’appropriation d ’autre part. par l’entremise de l’interprétation. ainsi. la conjonction inscription + sens qui le caractérisait naguère se meut alors en texte informé + connaissances. Pédauque nous renvoie donc aux fondements de l’activité de modélisation documentaire. Ainsi. Le document comme médium Pédauque établit en n qu ’un ensemble organisé d ’inscriptions ne peut prétendre au statut de document que si celles-ci s ’accompagnent d ’une légitimité.3. Toutefois. en tant qu’ensemble d’inscription qui fait sens. Le document ne peut ici exister en tant que tel. Le paradigme informationnel du « Web sémantique » a conduit à une désincarnation intégrale du document : le contenu n’étant plus destiné à un lecteur humain mais à un calcul machinique. et manipulée. ici. en nous exhortant tacitement à ré échir sur ce qui « fait document ». Dans (B et al. Nous avons vu supra que le document numérique se caractérise par le divorce avec la stabilité matérielle des supports traditionnels d’une part. un musicologue. c ’est l ’analyse elle-même qui serait détruite. Rappelons que le vocable « document » — du latin documentum. ce dernier. un discours. stocké et rendu manipulable. la valeur prise par chacun des fragments au sein du plan de travail ne peut être perçue. qu’au travers du dispositif qui a permis sa constitution. Selon Nossereau (N 2004). d’une part. au détriment des formes dans lesquelles il se matérialise. Pédauque nous invite alors à nous demander si une trop importante focalisation sur le texte et son traitement. participe directement au sens global. Les dé nitions du document proposées par Jean-Paul Metzger et Geneviève Lallich-Boidin (M et L-B 2004) vont dans ce sens : « Un document est une relation quaternaire asynchrone entre un auteur. mais procède du couplage dynamique entre ce substrat matériel et l ’interprétation idiosyncratique du lecteur. c’est-à-dire l’information symbolique portée par les fragments de partition ou les éventuelles étiquettes sémantiques qu’y appose l’analyste. 2009b). . bien que les objets qu’elle implique ne soient pas en eux-mêmes altérés. ces deux aspects ont émoussé la con ance dont le document traditionnel béné cie.

2. : Mise en espace du matériau documentaire au cours d ’une analyse paradigmatique de partition (ici. le paradigme technologique du « document instrumenté » dans lequel nous nous inscrivons — c’est-à-dire que l’ensemble des inscriptions visées par le lecteur sont considérées dans leur couplage avec un dispositif de restitution et de manipulation — nous semble être un terreau où peut être posée à nouveaux frais la question de la con ance. et ne sont pas en rapport direct avec la lecture critique personnelle telle qu ’elle est abordée par ce mémoire.2. au contraire. au-delà de la xation d’inscriptions statiques. les éditions successives de l’Index Librorum Prohibitorum recensent-elles depuis le VI siècle les ouvrages publiés considérés par l’Inquisition comme hétérodoxes et pernicieux).IV. et la découverte de nouveaux chemins. IV. Évolution du document : les recon gurations des rapports entre sensible et pensée 129 F IV.3. qu’est ce qui « fait document » ? d’autre part. Par son rapprochement technique nécessaire avec la notion d ’application logicielle. l’œuvre analysée est Mémoriale.1.3. Cependant. Indexation Comme le remarque Sylvie Fayet-Scribe (F-S 1997). indexer renvoie à l’idée de montrer du doigt quelque chose que l ’on souhaite identi er à une n donnée (ainsi. Ces aspects concernent la facette sociale du document. Ici.2. la possibilité d’appréhender le sens dans ce qu ’il a de dynamique par la reconstitution des gestes interprétatifs du lecteur-auteur critique primordial. Un tel « objet documentaire numérique » proposerait ainsi. et si. l’indexation suppose la création de nouvelles . ce destinataire dispose d’un environnement logiciel lui permettant de reproduire certaines des opérations critiques en faisant varier les relations qui organisent les fragments. Nous pouvons en effet considérer que si les contenus numériques ne sont plus présentés au destinataire nal sous la forme de chiers monolithiques masquant le processus intellectuel duquel ils procèdent.3. Quelques aspects du document numérique IV. cette approche reste orthogonale à celle du W3C. Avec les inscriptions traditionnelles. alors la continuité interprétative peut être assurée. de Pierre Boulez).

 La structuration : renvoie aux modalités d ’articulation des descripteurs. Selon (M-M et B 2005). le contenu et l’emplacement géographique des documents. D’autre part. mais menant par ailleurs une existence parfaitement indépendante : « Il faut être capable de dresser une liste de mots si possible par ordre alphabétique pour lui donner un accès conventionnel. Ce processus se constitue de trois phases :  La localisation : concerne la gestion de l’emplacement des descripteurs a n de déterminer où se situe l ’information recherchée par rapports à des « unités de manipulation » (les plus petites unités de contenu qu ’il est possible d ’adresser au sein d’un document). l’indexation est à l’inverse « au cœur du numérique et lui est consubstantielle » (B 1999a). à la disposition des parties identi ées au sein d ’un document (sa structure) . des informations sur la nature techniques des médias impliquées (codage. les ux pouvant alors être segmentés (identi cation des structures cinématographiques plans/séquences) . Des descripteurs de bas niveau permettent de caractériser le signal dans sa dimension physique : identi cation et reconnaissance des formes et de leurs mouvements. l’indexation structurelle articule localisation et quali cation pour organiser et typer les parties. Un lecteur est toujours actif. résolution. 63) . le standard de description de contenu MPEG-7. » (F-S 1997). contenu fréquentiel pour les contenus audio (il existe également des descripteurs de plus haut niveau pour noter paroles ou informations plus spéci quement musicales). Les différentes opérations cognitives impliquées dans l’indexation numérique s’appliquaient également au texte traditionnel. L ’index-livre est donc un ensemble de feuilles supplémentaire parmi les autres ensembles de feuilles existants. des informations sur le contexte de production.). C’est ce que réalise. Crozat et Bachimont soulignent d’ailleurs à cet effet : « La mutation numérique est donc à la fois une continuité et une rupture : c ’est une continuité dans la mesure où elle ne fait qu’objectiver ce qui a toujours été déjà là.  La quali cation : se rapporte au contenu des descripteurs. informations colorimétriques et de texture ou encore mouvements de caméras pour les contenus vidéo . Cependant. l ’indexation est le processus par lequel le contenu d’un document est analysé et enrichi de descripteurs en vue de faciliter ou de rendre possible son accès et sa manipulation. la quali cation. les signes considérés dans leur dimension purement plastique ne spéci ent aucunement ce qu’ils montrent ni ne prescrivent de sens (ibid. comme l’écrit Bachimont. foliotage. à l’inverse des concepts. numérotation des colonnes — qui permettent de renvoyer le lecteur à l’intérieur du texte écrit. et éventuellement. c’est-à-dire au lien entre l’unité de manipulation localisée et l’interprétation qu’elle reçoit. les Description Schemes (DS) ajoutent : un niveau de quali cation sémantique et structurelle.130 C IV inscriptions évoquant l ’existence. la structuration des documents dont ils ont la responsabilité a n d’en faciliter l ’accès. etc. en objectivant ces structures en les abstrayant des documents et en leur donnant une contrepartie matérielle et manipulable. » (C et B 2004. un parcours de lecture est toujours dynamique et articulé au contenu. une des tâches incombant aux documentaliste étant précisément d’assumer manuellement la localisation. p. le numérique marque une rupture dans la manière de concevoir et d ’élaborer le contenu. lequel est nécessairement hétérogène au contenu qu ’il quali e . L ’indexation multimédia est par ailleurs avant tout affaire d’enrichissement textuel. en ce sens qu’il n’est nul contenu numérique qui ne soit explicitement localisé au sein du système informatique qui l’héberge.) . poids. En contexte informatique. notamment. et avoir un système de repérage — pagination. ce dernier est toujours organisé. en effet. la manipulation et la compréhension par les lecteurs.

Dès lors. la distinction du structurel et du sémantique est un héritage du temps où la structuration était gouvernée par l ’objectif nal de présentation sur un écran. 203–204).3. une certaine interprétation de ce qui est encadré comme représentatif du contenu de la section qui suit (si tant est que l ’on considère qu ’un titre puisse l’être…). Structuration Comme le remarquent Olivier Houdart et Sylvie Prioul. au-delà d’une mise en forme. Cette matérialisation du méta-documentaire permet alors en retour l’optimisation des pratiques documentaires. (D 2007) a alors proposé d’étendre Scenari par un module de représentation spatiale moins formelle du matériau documentaire en cours d’édition par l’auteur. en remettant en cause cette dénomination : « on ne voit pas très bien pourquoi la structure logique est de type « logique » dans la mesure où elle mêle des éléments méréologiques (décomposition du tout en parties).). ce serait là confondre la recherche des idées et leur production. Pour cette raison. il propose alors de distinguer quatre facettes. par exemple. nous avons prôné en II. d’une part. a n de favoriser l’exploration conceptuelle avant d ’entrer des les clous du modèle imposé.IV. Bachimont met par ailleurs en lumière le caractère multiple de la notion de « structure logique ». où un sujet possède plusieurs prédicats possédant chacun une valeur. Le principe de balisage sur lequel reposent les langages informatiques documentaires (à la suite des méthodes d’annotation éditoriale ayant cours dans les métiers de l’imprimé) relèvent en partie de cette tendance. Nous avons plusieurs fois évoqué les dimensions structurelle et sémantique des documents. celle-ci relève alors d ’un choix auctoriale à partir d’une somme d’unités de contenu). la ponctuation est née au Moyen Âge du besoin d’optimiser l’activité de recopie des ouvrages manuscrits.3 que la lecture critique exigeait un méta-modèle documentaire. la chaîne éditoriale Scenari (C 2007) met en avant une écriture structurée. Lecture et écriture reposent donc en premier lieu sur la gestion d’un divers d’objets. Dans un tel paradigme.2. Selon lui. A n de clari er les choses. Évolution du document : les recon gurations des rapports entre sensible et pensée 131 IV. intention qui suppose avant tout de rationaliser l’identi cation des unités (phrases. Yannick Prié apporte un éclairage pertinent sur l ’opposition existant entre ce qui ressortit à chacune de ces deux dimensions. p.3. « l ’utilisation même du document révélant nalement la structure documentaire considérée par l’utilisateur » (ibid. entendant quali er les connaissances contenues dans un document de manière parfaitement indépendante de ses formes de restitution (c’est le cas des triplets RDF. la frontière entre structurel et sémantique s ’amincit. La rupture apportée par le numérique dans la sphère documentaire consiste à objectiver ce qui relève du méta-documentaire (informations structurelles et sémantiques) au sein même du contenu documentaire. syntaxiques (ordre et succession des éléments). la série des éléments XHTML <hX> prescrit. la productivité est directement dépendante des contraintes et du « guidage » dans les choix structurels. en effet. l’objet). laquelle est instrumentée par un éditeur arborescent graphique aidant à déterminer la profondeur des éléments (un graphe ne prescrit aucune hiérarchisation. et logiques (concepts associés aux éléments composant le contenu) » (B 2004a. En complément sont apparus d’autres niveaux de description. lequel pouvant être de profondeur variable (chaque objet peut lui-même devenir une structure regroupant d ’autres objets). L’auteur passe progressivement d’un graphe d ’éléments étalés sur une surface bidimensionnelle à une forme arborescente. et d ’ainsi d ’ouvrir ces informations à des manipulations machiniques. que nous présentons et commentons :  Le niveau physique. qui offrirait une marge manipulatoire suffisante pour procéder à des combinaisons structurelles libres. c’est-à-dire confondre l’élaboration et l ’utilisation du modèle. Mais les balises dévolues à la présentation sont également investies d ’un sens. . ce qui conduit Prié à stipuler que toute structure documentaire peut être considérée comme sémantique. dits « sémantiques ». il ne sied pas de donner de la souplesse à l’auteur par rapport au respect du modèle . et d ’autre part.2. en ce sens que l ’activité auctoriale est adossée à des modèles documentaires formels prédé nis. Dans (P´  2000). propositions) considérées successivement par le moine lorsqu’il les fait passer d ’un livre à un autre (H et P 2007). Dans cette optique. Le document est en premier lieu un regroupement organisé d’éléments de contenu unitaires.

Si dans le cas des contenus textuels la structuration d ’accès peut exploiter l’unité de discrétisation qu’est la lettre. en cela qu’elle ne dit rien sur les règles d ’organisation qui peuvent s’appliquer à l’élément considéré.  Le niveau conceptuel. critique.  Le niveau syntaxique. supra). Il s’agit là d’une signi cation « en-soi ». etc. par héritage simple (lignée hiérarchisée de types) ou multiple (types de même niveau). Chaque élément est d’une certaine nature. D ’autre part. cherche au contraire à déconstruire la forme du document telle qu’elle lui est présentée. qui l’ouvre à certaines classes de manipulation. Cette idée de « multistructuralité » renvoie au fait que contenu et structures ne sont pas deux facettes indépendantes du document. Plus précisément. Si l ’efficacité d’une lecture « passive ». En prolongeant les concepts documentaires par ceux de la programmation orientée objet. Les règles syntaxiques exploitent le typage pour imposer des contraintes d’ordre au regroupement des éléments rendu possible au niveau physique. si une lecture critique a besoin de pouvoir s ’abstraire de toute structuration du contenu proposée par un travail éditorial ou de documentarisation effectué en amont (et qui constitue donc une surcouche d’écriture). il devient possible d’adapter la forme même du document aux exigences et contraintes imposées par son lecteur : structures sémantiques construites dynamiquement selon des axes thématiques donnés. qui serait pilotée par l’intégrité et la forme du document lu. mais que l’accès au premier se fait toujours par le truchement des secondes. 2004) pour caractériser des documents qui. a n de plier son contenu aux catégories analytiques qu’elle établit. Au-delà des deux structures les plus utilisées que sont la structure logique et la structure matérielle. « de recherche ». Comme le remarque Prié (cf. tout élément peut relever de plusieurs types. elle a également besoin. peuvent donner lieu à des utilisations très variées et dépendantes du contexte d’appropriation. elle doit systématiquement être reconstruite dans le cadre d ’un système documentaire de manipulation de ux ou d’images. Cette clari cation des différentes dimensions et acceptions de la notion de structure nous permettra de correctement identi er les entités conceptuelles et leurs responsabilités au moment de la présentation de notre modèle (cf. Les auteurs dé nissent ces structures d ’usage comme étant construites par pointage sur des éléments dé nis dans la « structure première ».  . dépend directement du niveau de raffinement de la structure exposée. toute structure a tendance à ger un pro l de tâche. pour pouvoir construire son propre regard organisé sur le contenu. VI). deux structures d’usage devant toutefois être strictement indépendantes. admettant des opérations d ’édition. certains auteurs parlent de « multistructuralité » (A et al. en cela qu’elle est dé nie en vue d ’un usage relativement identi é. de disposer d’une structuration d’accès efficace pour identi er et fragmenter la matière documentaire qu’elle juge intéressante. une lecture active.132 C IV  Le niveau de typage du contenu. fusion et éclatement. D’autre part. structures d’accès prenant en compte le niveau de compétence du lecteur ou sa langue. le typage d’un bloc structurel en prescrit une interprétation.

pistes et approches évoquées préalablement. Cette discrimination visuelle . Les aspects relatifs à l ’organisation de l’espace de travail. Par ailleurs. I Ce chapitre amorce la présentation de notre contribution pratique à la question de l’instrumentation informatique de la lecture critique personnelle multimédia. le développement d ’un prototype logiciel est soumis à la variabilité des moyens techniques disponibles. c’est-à-dire au niveau interactionnel. it’s obsolete. Il entend ainsi répondre aux problématiques formulées en II. Les investigations théoriques du précédent chapitre portant sur le caractère « matériellement incarné » de l’activité critique ont justi é la nécessité de mener un travail de conception qui articule prescriptions fonctionnelles et prescriptions ergonomiques. différer radicalement. qui sera donnée dans les chapitres suivants.3 à la lumière de l ’état de l ’art présenté au chapitre III. En effet. graphique et sémiotique. le formalisme qu’apporte ce découpage permet de clairement structurer. d ’une situation à une autre. et notamment la possibilité de leur rediscussion et d’un nouveau développement dans une époque future. les spéci cations fonctionnelles assurent leur autonomie par rapport au contexte technologique. Pour chaque groupe d ’opérations que rend possibles le système. et en s’appuyant sur les précisions conceptuelles et terminologiques du chapitre IV. sont quant à eux identi és par le symbole «  ». au niveau fonctionnel et logique.1. En isolant les prescriptions de conception de leur implantation dans le prototype. le passage des concepts à l ’objet technique n ’étant pas univoque. M ML V. d’une époque à l ’autre. est pré xé graphiquement par le symbole «  ». ce qui a trait à l ’organisation de la tâche. Premièrement. Deux raisons motivent le choix du format spéci cations fonctionnelles pour présenter notre proposition. lesquels peuvent. hiérarchiser et raffiner les idées. le découpage structurel en fonctions et sous-fonctions dont la portée est clairement délimitée constitue une articulation efficace de la problématique et du cadrage théorique à la description des réalisations techniques concrètes.133 CHAPITRE V S  If it works.

4) et qui ne sont donc pas de « réelles » opérations critiques. en facilitant l’identi cation des responsabilités incombant à chacun des deux niveaux.3. l’environnement doit instrumenter une manipulation non-destructive des chiers que lui con e l’utilisateur. Importation des ressources Le processus de lecture critique que nous traitons dans ce mémoire (cf. et les fonctions suivent une nomenclature classique (Fx pour une fonction principale. en cela qu ’il ne s ’agit pas de quelque chose qui a été trouvé dans le monde documentaire extérieur mais qui résulte d ’un certain travail de ltrage. D’autre part. L’environnement ici caractérisé suppose donc que les chiers informatiques qui lui sont passés ont fait l’objet d’une sélection et d’un traitement matériel de bas niveau en amont. éventuellement concurrentes.2. graphique ou sonore. 2005a). Toutefois. V. Si une interprétation altère le contenu. à nous abstraire des spéci cités techniques propres à tel ou tel format graphique ou . Note sur le caractère non-destructif de l ’environnement Les ressources manipulées par le lecteur sont susceptibles de provenir de contextes documentaires au sein desquels elles jouent un certain rôle ou tiennent une certaine place en vertu de leur contenu matériel. ce qui est vu comme ressource par le système n’en est déjà plus une pour le lecteur. raffinés et conformés par le lecteur.2. l ’intégrité du contenu matériel des chiers constitue le premier facteur pour statuer sur leur identité ou leur différence. il faut alors que cette altération soit locale au contexte dans lequel elle se déploie. Le Web ne dispose en effet d ’aucun système de métadonnées global muni de relations telles que « est un fragment de » ou encore « est une variante de ». dont une dé nition a été proposée en I.2. respectivement. 2009) qui postulent l’« enrichissement et non [l]’altération » des ressources ou de frameworks de « lecture » active de vidéos tels que celui présenté dans (Y et al. Fx. Par ailleurs. Ainsi.2.2. à l’instar de chaînes éditoriales multimédia telles que SCENARI/WebRadio (S-M et al. Par ailleurs. c’est-à-dire celles dont la nalité est d ’accroître la lisibilité des chiers collectés et de conformer leur apparence matérielle aux objectifs du projet de lecture (cf. De plus.2. d’altération.134 C V permet une meilleure navigation au sein des spéci cations. Cette conception de la chaîne lectoriale (cf. ainsi. un objet informatique n’est pas une ressource de manière immanente. Il convient ainsi de garantir la préservation de l’intégrité des contenus en tant qu ’elle participe de l ’établissement de relations philologiques. Les usagers du Web sont contraints de s’appuyer sur une comparaison perceptive pixel par pixel ou échantillon par échantillon pour déterminer si les différents chiers auxquels ils sont confrontés procèdent d ’une même ressource originelle. I.4.1. Pour l ’ensemble de ces raisons. et éventuellement.2. a n de ne pas se répercuter sur les autres contextes interprétatifs. nous avons également écarté les opérations de traitement de « bas niveau ». même si les chiers son et image ont déjà été sélectionnés. I. mais l’est au regard d’une tâche donnée . le découpage logique de ce chapitre épouse les grandes classes d ’opération critiques que doit proposer un environnement de lecture critique multimédia personnel. classement et hiérarchisation en vue d ’une sélection débouchant sur leur acceptation au sein du corpus. V.2) s’initie par la constitution d’un corpus. une même ressource peut recevoir de multiples interprétations. ils demeurent « bruts » au regard du travail critique en lui-même.y pour une de ses sous-fonctions). d ’une part. I V.1) nous autorise alors. I. Nous avons fais le choix d’écarter de la conception les aspects techniques ayant trait à la recherche de nouvelles ressources documentaires ainsi qu’à leur organisation.2.

. JPEG. L’environnement doit permettre de changer facilement de répertoire de projet courant en cours d ’exécution. Une ressource n’apparaît dans la liste qu’une fois le chier chargé : l’utilisateur ne doit percevoir aucun temps de chargement lorsqu ’il utilise une ressource.  F . . au sein desquels le contenu du presse-papier du système d’exploitation peut être copié.3. le répertoire de projet (au sens que nous lui avons conféré en IV. implique nécessairement des chiers HTML ou PDF. et proposer automatiquement par la suite au lecteur les représentations et opérations adaptées. L’environnement doit détecter le type (son.1. l ’utilisateur peut vouloir disposer d ’un contenu textuel préexistant. Si aucun répertoire de travail n ’a été sélectionné. . par exemple un texte accompagnant une image ou un son sur lequel il entend travailler. . L’environnement ne doit pas permettre l’ouverture simultanée de plusieurs projets . PNG. même « multimédia ». lit cette information et sélectionne automatiquement le répertoire correspondant. les chiers de type MP3. l’application mémorise cette information dans un chier de con guration situé sur le compte local de l’utilisateur et. et de ne considérer que des opérations critiques visant des ressources matérielles génériques.  F .  F . Tout chier importable peut être sélectionné par le biais d’une fenêtre standard de sélection de chiers. . soit a minima. lors de sa prochaine exécution. .  F . Chaque chier importé doit être copié dans le répertoire du projet courant. et d’ainsi favoriser la copie et la diffusion du travail (cette fonction dite de « consolidation » est proposée par tous les séquenceurs audionumériques pour s ’assurer que l’intégralité des fragments audio est présente à chaque ouverture du projet).  F — L’environnement doit permettre d ’importer au sein du répertoire de projet les formats d’usage graphiques et sonores les plus répandus sur le Web. Le type et le nom des ressources doivent être affichés dans une liste triable. et d’autre part. L’environnement doit permettre d ’importer des contenus textuels bruts.  F .  F .  F . à laisser l ’utilisateur libre d ’utiliser les méthodes de recherche documentaires dont il est coutumier. L’environnement doit permettre la création de chiers texte bruts. l’environnement doit permettre à l’utilisateur de spéci er un nom pour la ressource correspondante qui le rendra disponible dans l ’environnement (le système lui propose par défaut le nom du chier). une lecture savante.2. qui se concentre sur l’étude d’un matériel documentaire graphique et sonore. . texte) de la ressource importée.V. Il s’agit en effet d ’éviter les risques de rupture de liens et de dissémination de chiers.  F . . L’interprétation de format textuels riches ou structurés dépasse le cadre de ce travail.  F .  F . dans lesquels la pensée se matérialise et se transmet traditionnellement. . . Si un répertoire de travail a été préalablement sélectionné. Du fait du caractère multimédia des pratiques de lecture visées. .1) héberge des ressources sonores et graphiques préalablement collectées et raffinées par l’utilisateur. Toutefois. l’application exige au moment de son lancement que l ’utilisateur fournisse un chemin local.  F . ¹²⁶  F . . De plus.  F — L’environnement doit proposer à l ’utilisateur de spéci er le répertoire de son système de chiers local qu ’il souhaite utiliser en tant que répertoire de projet courant. Au moment de l ’importation d’un chier. Implication des ressources matérielles brutes dans le corpus 135 sonore. ceuxci sont indépendants les uns des autres et ne peuvent partager de chiers de ressource. . 126. image.

regroupement/masquage. qui consiste en l’adjonction d’informations lui conférant une caractérisation critique relative au contexte auquel elle est rattachée. La suppression doit toutefois être traitée comme un « déracinement logique » : le conteneur supprimé doit conserver l ’intégralité de sa descendance et doit être déplacé dans un chuttier à partir duquel il peut être soit sélectionné et rattaché à un autre nœud de l’arborescence principal. son ancrage dans une fratrie d’éléments de l ’arborescence de conteneurs. phases ou pistes qui le constituent. Nous avons souligné dans l ’état de l ’art que les approches logicielles de la critique multimédia existantes négligeaient cette dimension multidocumentaire.3. mais également tous les fragments qui en seront prélevés — peut être librement partitionné et hiérarchisé. V. . qui doit être en mesure de construire un espace documentaire personnel re étant son cheminement propre. Aucune structure de classement dé nie a priori ne doit être imposée au lecteur. . Chaque conteneur peut être librement rattaché à un autre parent. et sa sémantisation. Nous désignons alors par l’expression « entité lectoriale » tout élément élaboré à partir d’une ressource brute (ou qui lui est rattaché) ou créé ex-nihilo en vue de réaliser le projet critique. L ’ordre de chaque conteneur peut être changé au sein de sa fratrie. . au sein duquel le matériel documentaire — les ressources. Organisation et sémantisation des ressources Nous avons établi que les ressources matérielles représentant les contenus importés à partir du système de chiers local devaient être considérées comme brutes au regard du processus interprétatif. mais qui trouvent leur unité dans le regard critique que le lecteur porte sur eux (voir aussi la discussion sur le caractère multiple du document numérique IV.2.  Les systèmes d ’exploitation graphiques ont généralisé la manipulation d’arborescences de chiers. à savoir : tri multi-colonnes. préférant se concentrer sur l’enrichissement d’une source unique.136 C V V. Organisation du projet Comme annoncé en II. . Cette compétence commune à chaque usager de l ’informatique personnelle peut être mobilisée pour lui permettre de rapidement structurer et rami er son espace de travail. . . c’est-à-dire. et d ’y localiser et déplacer les entités lectoriales. nous traitons le cas d ’une lecture impliquant plusieurs documents issus de contextes auctoriaux divers.4. .3. Les conteneurs doivent pouvoir être créés à discrétion.1. S’attaquer à plusieurs ressources suppose en premier lieu qu ’elles puissent être convoquées dans un contexte structurel. Par ces deux opérations. F F F F . Chaque conteneur structurel doit pouvoir être supprimé. soit dé nitivement éradiqué. Deux événements marquent ainsi l’entrée d’une ressource matérielle dans l ’édi ce lectorial proprement dit : sa contextualisation.3. re étant ainsi les différentes parties.  F — L’environnement doit permettre à l’utilisateur d’organiser son matériel lectorial dans une hiérarchie de conteneurs structurels. notamment par le biais des gestionnaires de chiers qui leurs sont fortement intégrés.2. Les composants graphiques d’arborescences de chiers donnent en effet accès aux fonctions d’organisation principales avec un minimum de moyens visuels et gestuels. c’est-à-dire exemptes de tout supplément critique (rien n ’est écrit à propos de la ressource) et de toute forme de contextualisation (la ressource n’est nulle part en particulier. elle est simplement disponible). Ce contexte doit pouvoir se réorganiser et se rami er progressivement au l du déploiement du projet critique. la ressource sort de l’anonymat de la liste de ressources brutes et devient un objet caractérisé re étant une intention interprétative. . déplacement et recherche des éléments.1).

La projection de ces conteneurs dans un module lecteur doit s ’effectuer par glissé-déposé de l ’arborescence vers la zone de travail de l’application.  L’identi cation et la sélection des conteneurs de ressources s’effectuent de façon standard au sein du navigateur hiérarchique affichant l ’arborescence principale. la ressource est disponible à l ’étude et le lecteur peut alors souhaiter appréhender et manipuler (écouter ou visualiser) son contenu documentaire.3 (image). .3. Nous verrons en effet par la suite qu ’un même conteneur peut être manipulé au travers de différents types de composants visuels.3. Fonctions communes aux modules lecteurs Une fois caractérisée et contextualisée dans une branche du projet par le biais d’un conteneur. une même ressource ou fragment de ressource peut faire l’objet de plusieurs prismes d’analyse. Les propriétés d ’une ressource doivent pouvoir être éditées avant le dépôt de celle-ci dans l’arborescence des contenus. A ’ V. A n de supprimer l’ambiguïté du geste de glissé-déposé (déposer un objet graphique sur un autre n’est pas un geste univoque. . l’environnement doit proposer au lecteur de visualiser la ressource associée à l’item sélectionné sous la forme. éventuellement contradictoires. ce qui rend alors possible le rangement de celle-ci au sein de l’arborescence principale. Une ressource matérielle doit pouvoir être référencée par plusieurs conteneurs a n de pouvoir faire l ’objet d ’analyses multiples.  F . Appropriation d’une entité lectoriale 137 Par ailleurs. 127. . puis sont spéci ées pour chaque type matériel de contenu en V.3.  F . Nous appelons « module lecteur » toute vue interne à l’environnement instrumentant une ressource par l’entremise d ’un conteneur qui la référence.  F — Les conteneurs doivent permettre la caractérisation des ressources matérielles brutes. une fusion.2 (audio) et V. Suite à ce geste simple. entre autres ¹²⁷. Les opérations de lecture active proposées par le système sont d’abord traiteées in abstracto.V. Invocation d’un module lecteur  F — L ’utilisateur doit pouvoir sélectionner tout conteneur de l’arborescence principale et visualiser l’éventuelle ressource matérielle qu ’il encapsule avec un module lecteur. Chaque conteneur doit pouvoir référencer une ressource matérielle.1.  F .3.1.1. à la fois structurelle et sémantique. V.  F — Les conteneurs doivent permettre l ’organisation des ressources matérielles brutes.4 V. .1.3. laquelle repose sur le découplage technique des éléments par un mécanisme de références. Il s’agit là d’une application « orientée lecture » du concept d ’ingénierie documentaire plus général de réutilisation des unités de contenu. et ainsi être mobilisée dans plusieurs contextes critiques.3. d’un module lecteur adapté. On peut ainsi considérer que les conteneurs fournissent une double « encapsulation critique » des ressources matérielles.3. c ’est-à-dire assurant sa restitution et proposant des fonctions de lecture active. il peut signi er un remplacement. Les modalités de cette caractérisation sont exposées en V.

.  F . a n de pouvoir être mobilisé dans d ’autres contextes. etc. . graphique ou textuelle. comme enfants du conteneur dont ils explicitent la composition de la ressource associée. accès direct à n’importe quelle zone). constituant autant de « points de vue structurels ».2).  F .3 (recours à un chuttier) s’applique également aux conteneurs créés par une intention de rami cation hiérarchique. Par ailleurs. le système doit automatiquement créer une entité ressource correspondant au fragment identi é par le lecteur. en conséquence. au-delà des manipulations structurelles et sémantiques advenant au niveau des conteneurs. etc. En effet. V. Les grains structurels créés doivent apparaître dans l’arborescence principale (cf. le processus de suppression exposé en V. plus la glose béné cie d’une délimitation précise du contenu auquel elle se rapporte . V. elle peut admettre plusieurs structures hiérarchiques.  F — Tout module lecteur doit permettre à l ’utilisateur de construire une structure hiérarchique pour la ressource brute pointée par le conteneur qu ’il met en scène. Pour chaque nouveau grain structurel de plus bas niveau.4 qu ’une même ressource peut être référencée dans de multiples conteneurs . V.  plus ce partitionnement est n.  F — Chaque module lecteur doit permettre une navigation simple dans la continuité de la ressource qu ’il expose (perception de la taille totale du contenu.2.2.3). — offre notamment un support efficace pour plusieurs opérations de lecture active ou critique :  le partitionnement de la continuité documentaire permet une navigation plus efficiente en son sein . l’altération ou la suppression d’un des conteneurs qui référencent une ressource n ’in ue pas sur le cycle de vie de celle-ci.). c ’est-à-dire la sélection d’un fragment au sein d’une continuité matérielle. c ’est-à-dire une décomposition en parties.3. L ’opération de structuration ainsi dé nie est donc à la fois un moyen de faire émerger l’organisation interne d ’un contenu (et de caractériser le sens de ses composants) et un outil de découpage purement matériel au service de la réutilisation des fragments. le geste de structuration peut dépasser la stricte intention de structuration logique interne à la ressource considérée. l’environnement préserve la dimension purement matérielle du geste de structuration. au sens de l ’écriture structurée. Ce fragment doit alors apparaître dans la liste des ressources (cf. la fragmentation et la dé/recontextualisation d ’informations pertinentes. Nous avons établi en V. Ainsi. Matérialisation d ’une structure tout-parties Le rôle premier d ’un module de lecture active est de restituer la continuité de la « matière documentaire » véhiculée par la ressource dont il assure la restitution. Lorsqu’il appréhende une continuité sonore. le lecteur doit être capable de s’y orienter.2. le dépôt de l’item que l’utilisateur souhaite consulter doit s’effectuer sur une surface d’accueil prévue à cet effet. .138 C V une hiérarchisation. ce qui suppose de la jalonner et de la décomposer en sous-unités articulées. En générant automatiquement une entité ressource à partir du fragment correspondant à la sous-partie identi ée. Une décomposition hiérarchique de type tout-parties — telle qu’un plan « logique ». du fait de leur indépendance fonctionnelle. sous-sections. sections.  une importante granularité favorise également l’identi cation.2.2.1.

Appropriation d’une entité lectoriale 139 V. V.3.  Une annotation doit faire corps avec la ressource à laquelle elle est rattachée.3. V. etc. qui sort alors de l’anonymat imposé par la continuité documentaire de laquelle il est prélevé — et une description. les superpositions de voix d’une œuvre musicale contrapuntique.  Chaque annotation doit donner lieu à la création d’une ressource correspondant au fragment sélectionné par l ’utilisateur en vue de délimiter la zone d’ancrage matériel de la glose.2.1. il est possible d ’appliquer à l’annotation ce qui a été avancé ci-avant à propos de la structuration hiérarchique (laquelle constitue d’ailleurs un cas plus contraint d’annotation) : un geste unique du lecteur est décomposé par le système en une sélection matérielle donnant lieu à la création d’un fragment de ressource d ’une part. les différents intervenants d ’un débat enregistré.1.3. d ’un terme.4.  Chaque annotation doit pouvoir être supprimée. En n.3. Ainsi. des informations venant après ou à-côté du contenu principal) lui attribuant une identité — ce a n de conférer le statut d ’entité autonome identi ée au fragment. l’alternance des tirades entre personnages d ’une pièce de théâtre ou la récurrence d’un motif géométrique dans une œuvre picturale — excède nécessairement les frontières d ’un découpage arborescent.3.4 et V.V. Annotation libre La localisation et la quali cation des informations intéressant le lecteur dans un contenu ne saurait se laisser entièrement saisir dans une découpe hiérarchique.2) ainsi que ceux qui matérialisent la dimension sémantique des annotations (cf V. Caractérisation interne.3) supposent de pouvoir être caractérisés de manière interne et externe a n de recevoir une valeur critique. Par ailleurs. et une enveloppe sémantique qui détient la glose proprement dite d’autre part. l’annotation thématique — où le lecteur identi e les occurrences d ’une idée. et ses frontières matérielles. toute opération d ’annotation repose sur un geste de sélection d ’une portion au sein d’une continuité documentaire.  F — Chaque module lecteur doit permettre d’annoter librement la ressource qu’il restitue. Les formalismes de description constituent un domaine d ’investigation scienti que et technique bien établi et dynamisé par le paradigme du Web dit « sémantique ». suivi de sa caractérisation. au sein d’un contenu — constitue un cas de marquage transversal à tous les partitionnements tout-parties que ce contenu peut admettre. l’utilisateur peut retrouver les annotations qu ’il a réalisées sur une ressource au sein de tout module lecteur restituant un conteneur structurel pointant sur celle-ci. ajustées. qui contient le méta-contenu critique proprement dit. La caractérisation interne d ’une entité repose sur des méta-informations (étymologiquement. Leur objectif principal est de fournir un moyen de représenter un vocabulaire structuré et/ou contrôlé pour la description de larges collections documentaires a n de faciliter leur interopérabilité. De la même manière.3. l ’identi cation des interventions de différentes entités récurrentes — pour exemples. d ’une forme. Caractérisation et mise en relation d ’une entité lectoriale Les éléments d’organisation qui encapsulent les ressources (cf. ainsi que la navigation et la recherche de l’information pertinente en . Ainsi.  Chaque module lecteur doit proposer un mécanisme de ltrage pour n’afficher que les annotations répondant à certains critères spéci és par le lecteur. L’annotation doit en effet pouvoir être réalisée en tout lieu de la continuité documentaire du contenu auquel elle se rapporte.1.1.

.1. .1 que le matériau documentaire était manipulé au sein d’un projet personnel. le premier use case ¹²⁸ de SKOS (Simple Knowledge Organisation System) (W C — S W D W G 2002) — formalisme dédié à la représentation de relations entre concepts sous la forme d ’un graphe RDF — concerne l’accès à deux collections de manuscrits médiévaux. L ’ensemble des informations évoquées ci-avant doivent pouvoir être consultées et révisées à loisir. en effet :  La gestion technique de l’identité d’un contenu comme condition de sa socialisation constitue un terrain d ’investigation annexe à nos problématiques.3) ou conteneur structurel (cf.  F .  Les contenus produits au sein de l’environnement constituent des ressources qu ’une éventuelle action éditoriale future pourra mobiliser. 129. il n’est ainsi aucune nécessité que la recherche et la navigation reposent sur des descriptions conceptuelles très expressives. auteur. Les différentes métadonnées textuelles associées aux contenus doivent pouvoir être exploitée par une fonction recherche restituant des collections d’objets répondant aux critères saisis par l ’utilisateur. Il doit être possible d’associer plusieurs étiquettes sémantiques à chaque entité lectoriale. 62). Nous avons notamment vu en IV. De plus.3. le schéma de métadonnées Dublin Core (DCMI 2010) apporte une solution générique pour la dé nition de l’identité d’un document au sein d’une bibliothèque numérique « socialisée » (ainsi qu ’en témoigne la présence de métadonnées relatives au contexte éditorial ou à la propriété intellectuelle).2) — peut être caractérisée via une « che d’identité ».  F .  F .1. SKOS se distingue notamment de OWL en cela qu ’il vise davantage à organiser la connaissance plutôt qu’à la représenter par le biais de relations sémantiques dotées d ’une grande expressivité.3.1. être associée à un petit objet graphique ¹³⁰ et à un événement sonore. Ce n’est qu’au moment de leur diffusion que leur identité éditoriale doit être déterminée. » (N 1995. Cette action n’impacte en rien le processus critique personnel. .1). en sus de sa description textuelle. .  L’environnement vise en premier lieu la manipulation approfondie de petits corpus.140 C V leur sein. Pour exemple. Une fois importés au sein de l’environnement. .1. http://www.  F .org/TR/skos-ucr/\#UC-Manuscripts. .  F . p. V.). V. .w3.3. par ailleurs capitales pour s ’orienter dans de grandes collections.  F — Chaque entité lectoriale — annotation (cf. 128. ce qui relève du raisonnement machinique ou de toute forme d’automatisation d’opérations sémantiques et conceptuelles a été écarté (cf.  Les contenus importés ont quant à eux été sélectionnés en vertu d’une certaine identité et de certains descripteurs leur attribuant une valeur critique discriminante au regard du projet lectorial. Ainsi que le préconise Nielsen : « I would de nitely advise developers of future systems to include plenty of GUI widgets and predesigned graphics. Cette che d ’identité doit permettre la saisie de métadonnées textuelles standards (nom de l ’élément. sauf dans les cas très spéci ques où le travail critique porte sur le contexte de production et de diffusion d ’un document. a n de faciliter sa distinction par l’utilisateur. seul compte leur contenu documentaire. Par ailleurs. Chaque entité lectoriale peut. etc. consultation le 4 août 2010.  F .2. l’intérêt de ces informations s ’amoindrit. 130. par le biais d’un composant standard de type color picker. Il doit être possible d’associer une couleur à chaque entité lectoriale. Ces techniques et méthodes ne constituent toutefois pas une priorité pour notre environnement. de langues française et néerlandaise ¹²⁹. II.

dont Gebers Freitas a proposé une implantation dans un prototype d’environnement de lecture savante textuelle (G F 2008). La possibilité « d’affirmer une relation de lien entre plus de deux ressources » et « d ’associer des métadonnées à un lien » comptent également au nombre des objectifs fondamentaux du langage de liaison XLink (W C 2001). le lecteur doit être en mesure de tisser un réseau de relations entre les éléments de son projet. Au-delà de l’organisation à la fois logique et visuelle du matériau lectorial que rendent possibles ces structures. . Appropriation d’une entité lectoriale 141 Caractérisation externe. Caractérisation interne). le lec131. déplacé. espaces libres.V. Des travaux ont proposé des relations types adaptées au travail critique : voir section III.3.6. .  F . Un lien doit pouvoir connecter un nombre quelconque d’entités lectoriales. De plus. la distinction entre le contenu d ’intérêt et ses enrichissements au sein d ’un agrégat lié est capitale.). une lecture savante s ’effectuant au niveau d ’un corpus et non d’un simple document suppose de pouvoir opérer une contextualisation multiple d’un même contenu ou d’une même idée. quel que soit leur emplacement dans le corpus. Par ailleurs. L’utilisateur doit pouvoir ajouter et supprimer des entités lectoriales à un lien. Par ailleurs. ainsi que le remarque Gebers Freitas (G F 2008).3. au sens de Bringay (B 2006) (une même zone identi ée comme pertinente peut recevoir différents enrichissements selon tel ou tel angle analytique). . En n. et exige alors de disposer d’ancres multi-cible. les spéci cations relatives à l’organisation spatiale libre des contenus inspirée des hypertextes spatiaux sont exposées en V.2 en exposant les divers usages du concept de « trails ».2).  F .1.1. articulé et réarticulé à d’autres . réseaux. Bush (B 1945) a mis en avant l’intérêt pour la lecture active critique de pouvoir constituer des « grappes » de contenus caractérisées. est continue. à portée de la main du lecteur. Les arcs reliant les entités lectoriales à l’objet lien quali é doivent pouvoir être orientés. de sa position dans sa fratrie et de son niveau de profondeur. . etc. Un lien doit pouvoir être caractérisé au même titre et de la même manière qu’une entité lectoriale (voir supra. Nous nommons « caractérisation externe » d’une entité lectoriale l’ensemble des opérations visant à la placer au sein d ’une structure a n de lui conférer une valeur critique différentielle par rapport à ses autres éléments. cliquer sur une telle entité donnant lieu à l’exposition de ses propriétés.  F .3. Le typage et l ’orientation du lien sont ainsi nécessaires pour caractériser la nature du rapport qu’entretiennent les enrichissements au contenu auquel ils se rattachent. templates et espaces divers) étant assuré par des vues de séquençage temporel ou de disposition spatiale (caractérisation externe). chaque élément qu ’elle implique est décrit. L’exploitation critique d’un fragment de contenu suppose en effet de pouvoir le connecter explicitement à d’autres éléments. Les environnements auteur multimédias proposent la notion d’inspecteur d’élément : constamment présent à l’écran. D’autre part.  F — L ’environnement doit permettre à l ’utilisateur de connecter n’importes quelles entités lectoriales par l ’entremise d ’un lien quali é. voir également la théorie de la structure rhétorique (RST) (T 2010). le placement de ces éléments au sein de structures d’objets (timeline. treillis. Nous avons déjà évoqué le cas de la structuration hiérarchique de type tout-parties (cf. ce panneau permet d’éditer les informations propres à chaque élément (caractérisation interne). sa caractérisation. Les modalités de cette articulation inter-entités dépendent de la nature des structures d ’organisation proposées par l ’environnement de travail dans lesquelles elles prennent place (arbres. . comme nous l’avons souligné en III.  F . interne comme externe. révisé. Les fonctions de caractérisation doivent donc être toujours disponibles.  La lecture critique repose sur la « documentarisation » perpétuelle d’un ensemble de fragments de contenu : à mesure qu ’elle se déploie. V. par l ’entremise de relations quali ées ¹³¹ matérialisant l’intention lectoriale ayant gouverné ce rapprochement.4. L ’environnement doit alors constamment afficher un panneau d’inspection des entités lectoriales. dans laquelle un objet tire sa valeur de l’identité de son élément parent. a n que le lecteur soit à-même de matérialiser des relations hiérarchisées du type : « L ’entité X est un élément de glose de l’entité Y ».

Le module lecteur audio Balisage en cours d ’écoute Lorsqu’un ux temporel est en cours de restitution. la structure de chaque segment doit ainsi pouvoir être reportée sous le bloc visuel qui le représente. doit alors lui fournir un support spatial pour réaliser les opérations de mise en relation d ’entités.) . Le module lecteur audio doit afficher une représentation synoptique du ux a n de permettre l ’accès immédiat à n ’importe quel instant. sous-parties. ainsi que l ’on préconisé Donin et Goldszmidt (D et G 2007) (cf. car bien que l ’utilisateur cible soit coutumier de la notion de structuration tout-parties (la plupart des documents argumentatifs épousent une telle organisation interne). conduisant à la mémorisation de l ’instant remarquable.2 du chapitre d ’état de l ’art proposent une fonction de chapitrage unidimensionnel : la représentation graphique horizontale du ux audio est éclatée en sous-parties matérialisées par une juxtaposition linéaire de segments. Par ailleurs. les zones visuelles restituant la segmentation hiérarchique (cf.5.2 a démontré la nécessité et l ’efficacité de ce procédé simple. Cette propriété du temps appelle donc la possibilité de mémoriser les instants pertinents sur lesquels on souhaite revenir plus tard au moment même de leur manifestation au l de l ’écoute.142 C V teur peut vouloir à tout moment connecter un élément à un autre . III. ce qui vient d’être écouté est immédiatement relégué au passé.2 et III.1. À la suite de ce geste. l ’écoute possède la singularité de pouvoir être poursuivie alors que d’autres documents entrent dans le champ perceptif. Cette caractéristique du sonore est susceptible de désorienter le lecteur. le panneau d’inspection. Ce qui est globalement entendu doit pouvoir demeurer globalement vu. En n. Simple.  F — Le module lecteur audio doit permettre à l’utilisateur de marquer le ux en cours d’écoute . le panneau d ’inspection doit permettre la navigation de proches en proches sur le réseau de liens par l’intermédiaire de deux colonnes listant les liens entrants et les liens sortants. et ne requiert donc pas une focalisation si intense que la lecture visuelle. V. V.1. V. Du fait de la géométrie des écrans d’ordinateur standards (4 :3 et 16 :10). Les ux pouvant être de longue durée (par exemple. Le système ART014 étudié en III.3. constamment accessible.3. dans un discours parlé enregistré.2) et les annotations temporelles (cf.  Navigation.  Structuration. l ’environnement doit proposer à l’utilisateur de créer un nouveau lien avec l’élément glissé-déposé. Par ailleurs. et ne doit pas être coupé des mécanismes d’orientation spatiale et logique. cette opération doit s ’appuyer sur un geste simple et rapide compatible avec une posture d’écoute. une conférence de trois heures).3) doivent être « zoomables » a n de permettre à l ’utilisateur d ’alterner entre la perception globale de la structure et l’action locale sur une zone d’intérêt. une série d’actions de navigation peut amener à masquer l ’objet graphique représentant le contenu sonore.8.2). Il . Précis. sous-sous-parties. car elle peut conduire à des situations où ce qui est présent à l’écran ne correspond pas à ce qui occupe le spectre perceptif. Par exemple.7. Tout élément localisé au sein de l ’arborescence principale doit ainsi pouvoir être glissé-déposé sur le panneau d’inspection. le geste par lequel cette structure est construite doit être simple et précis. car les parties doivent être exactement délimitées .2.3.3. il n’est pas nécessairement à l ’aise avec la segmentation de contenus temporels. une représentation horizontale du temps doit être privilégiée. etc. la coupe du premier mot d’une phrase peut corrompre son interprétation. Certains des outils de lecture active de contenus audio présentés dans les sections III. Le module lecteur audio doit donc disposer d ’une zone globale indiquant la provenance du ux sonore en cours d’écoute. Cette représentation doit être étendue pour re éter une structure à plusieurs niveaux (parties. ou de compléter un lien déjà existant sur l’entité courante affichée dans l’inspecteur.

pages d ’une bande-dessinées. dans le cas d ’un ux de taille conséquente. Dans certains cas. Le recours à une représentation graphique de la forme d’onde (représentation temps-amplitude du signal) n ’améliore pas nécessairement l’ergonomie de la découpe (bien qu’elle puisse contribuer à une meilleure navigation à un niveau plus global. De même que la question de la visibilité de segments temporels se résout spontanément.  Annotation. à l ’œuvre dans les séquenceurs audionumériques. V. où les pauses dans la parole sont visibles). pour un ux audio. Cette modalité de représentation. Ceci assure un contrôle de la visibilité des annotations gouverné par la nature de l’intention critique ayant présidé à leur création. c’est-à-dire que deux annotations re étant deux prismes d ’analyse distincts peuvent contenir un même intervalle temporel. la verticalité. .  F — Tout module lecteur graphique doit permettre la lecture continue des ressources de type image associées aux différents éléments d ’une série de conteneurs structurels. constitue un acquis ergonomique puissant. car il faut parfois être en mesure d’aller jusqu’à un niveau de grossissement représentant les échantillons pour pouvoir procéder à une coupe exempte de « plops ». muni de boutons « pages précédentes »/« pages suivantes ».3. Le module doit associer un calque à chaque étiquette sémantique (cf.  Annotation.3. l’identi cation du temps de coupe par l’intermédiaire exclusif des pixels est trop imprécise.3.3. K 2001 . expressif et aisé à appréhender par l’utilisateur. En n. ou dont le niveau de grossissement de la représentation graphique n’est pas assez important. la logique des calques que l’on rencontre dans la plupart des outils de création graphique ou des outils auteur multimédias rend possible un ltrage graphique des différentes zones d ’annotation portées par une image bidimensionnelle.3. A et P´  2005).  F . etc. au niveau de la phrase. pages d’un titre de presse. est à préconiser. Appropriation d’une entité lectoriale 143 apparaît ainsi qu ’un geste reposant sur la manipulation directe des représentations graphiques des segments sonores est à exclure. par exemple. Le module lecteur graphique Navigation. volets d ’une peinture de type polyptique. mobilisée notamment dans certains travaux de recherche clefs pour la question de l’appropriation critique de ux temporels (U´   N 2006 . L’approche de type banc de montage.4) attribuée aux annotation des ressources graphiques présentes dans le « livret ». pages de partitions.1. les annotations telles qu ’elles ont été dé nies en V. V.3 peuvent se recouvrir.V. Les pistes proposent une différenciation spatiale permettant la différenciation sémantique de segments possiblement simultanés dans le temps du ux. Il semble toutefois déraisonnable d ’imposer un va-et-vient constant entre la perception synoptique d’une portion du ux et un très important niveau de grossissement sans lequel un découpage précis s’avérerait impossible. par la métaphore du banc de montage multipistes.  Un outil de type « livret ». un même contenu graphique est éclaté en plusieurs chiers (suite de pages manuscrites. permet d’agencer visuellement des segments temporels relevant de différentes classes en exploitant une seconde dimension. . À la différence des blocs matérialisant une structuration de type tout-parties. ce qui a été avancé supra à propos du geste de découpe lié à la structuration s ’applique naturellement à toute opération visant à identi er un segment dans la continuité d ’un ux.). L’utilisateur doit pouvoir recon gurer à loisir l’ordre des conteneurs structurels affichés dans le module. chaque niveau correspondant à une piste.1. En effet. Le découpage doit donc s ’appuyer sur la manipulation des instants exacts correspondant à ses bornes temporelles.

En effet. Par ailleurs. cette spatialisation peut être un préalable à une formalisation plus poussée de l’information. L ’utilisateur doit pouvoir ne visualiser que la descendance immédiate d’un conteneur structurel. .4.7.1 positionne certaines grandes classes d’activités intellectuelles documentaires entretenant une parenté avec la lecture critique sur un axe reliant ces deux pôles. l’analyste est libre de constituer des amas plus ou moins lâches avant de réi er et ger ses décisions dans un tableau. Mais il est également envisageable d ’arrêter une analyse à l’étape de libre disposition : en tant qu’agencement critique du produit de la délinéarisation d ’une continuité documentaire.1. Visualisation des conteneurs structurels sous forme d’espaces libres Nous avons vu que les conteneurs structurels étaient disponibles dans une arborescence unique organisant l’intégralité du matériel documentaire. .7. L ’état de l ’art que nous avons proposé — prolongé par les observations théoriques du chapitre IV relatives au rapport entre espace et pensée — a mis en lumière l’importance des apports des systèmes dits « hypertextes spatiaux » en termes d ’ergonomie cognitive pour les pratiques intellectuelles critiques. si l ’on considère par exemple le cas du musicologue visant la mise en tableau d’une partition. ainsi que leurs conditions d’interaction avec les modules de lectures « monomédias » détaillés précédemment. présenter un agrégat d’informations complexe a n de favoriser sa compréhension interne par autrui) ou un moyen (par exemple. Nous procédons désormais à la caractérisation fonctionnelle de ces espaces tels qu’ils doivent être implantés dans l ’environnement. pouvant à la fois servir un processus d’appropriation et de construction. et suppose la possibilité de prélever des fragments sur des sources multiples et des les ré-articuler dans des espaces plus vastes pour faire émerger des relations de sens nouvelles. l ’équipe KID (laboratoire RCAST. Une telle représentation est toutefois bien trop rigide pour permettre une comparaison et une articulation efficace des fragments de contenu.4. Au regard de nos problématiques et de la dé nition de la lecture critique multimédia personnelle exposée en introduction.  F . Cette section s’attèle alors à identi er les fonctions principales de tels espaces. La gure V. la libre disposition apporte au lecteur un support matériel suffisamment souple pour favoriser l’exploration et la compréhension d’informations nouvelles (c’est sur ce postulat que reposent les travaux présentés en III. un « brouillon structurel » ne geant pas encore un parcours de lecture). Dans un premier temps.3. V. ce qui permet de facilement les retrouver. cet aspect sortant toutefois du cadre d ’investigation traditionnel du champ des hypertextes spatiaux. matérialiser des groupements et des catégories. Un projet de lecture visant une production ou une synthèse critique ne peut être enclos dans les frontière d ’un unique document. nous avons souligné le caractère dual des espaces libres. la spatialisation de fragments peut donner à voir des relations de sens.2) .  F — La descendance d ’un conteneur structurel doit pouvoir être visualisée au sein d’un espace bidimensionnel libre. université de Tokyo) a proposé une explicitation du rôle des espaces de libre disposition selon que ceux-ci constituent plutôt une n (par exemple. l ’espace libre constitue un support — un moyen — efficace pour mener à bien l’activité exploratoire de classi cation des segments préalablement découpés : sans avoir à s’engager dans un classement formel. À l’occasion de cette étude. E Dans la section précédente ont été exposées les fonctions dont un lecteur a besoin pour l’appropriation critique d’un seul contenu. les espaces libres proposés par l’environnement doivent revêtir de multiples rôles tout au long de cet axe.144 C V V. telle que l’écriture d’un document classique structuré de façon arborescente (voir les travaux présentés en III. et ainsi constituer un instrument de synthèse en-soi. dans un second temps. ainsi que (D 2007)).

 F . . permettant de basculer entre plusieurs espaces de travail.  F — L’utilisateur doit pouvoir visualiser les liens rattachés aux éléments disposés au sein de l’espace libre. V. L ’espace libre doit se comporter comme un espace in ni.  F .1. .1. . . Se référer à la section V. Chaque conteneur structurel présent au sein d’un espace libre doit pouvoir être librement déplacé et redimensionné. Le mode de visualisation de chaque conteneur structurel présent au sein d’un espace libre doit pouvoir être librement modi é. 2005b). L’utilisateur doit pouvoir visualiser les propriétés de chacun des conteneurs structurels disposés dans l ’espace dans l ’inspecteur d ’éléments (cf. L’environnement doit donc proposer une interface dite multi-documents.V. L’utilisateur doit pouvoir visualiser la descendance complète d’un conteneur structurel. y) au-delà de laquelle un élément ne peut plus être déplacé.1. etc. le lecteur doit pouvoir aisément visualiser leurs propriétés ainsi que leur portée. et fermer ceux sur lesquels il ne souhaite plus travailler a n d ’être à même de mener de front plusieurs activités de lecture. agrégations thématique de contenus situés en tous points du corpus. passer rapidement de l’un à l’autre. Le module chargé de l ’affichage d’un espace bidimensionnel libre doit être équipé d’une fonction de grossissement global. Les informations engendrées par ces opérations doivent être persistées.3. .  F .3. . Ces liens étant porteurs d’informations.4.2 pour les modes de visualisation possibles en fonction du type de l’objet considéré.4. car elles participent du processus interprétatif. D’autre part.). . Cette fonction doit être complétée de la possibilité de revenir instantanément au niveau de grossissement originel.  F .1).  F . c’està-dire qu ’il n ’existe aucune coordonnée (x. : Finalité des hypertextes spatiaux : moyen et/ou n ? (Y et al. V. ainsi que de la possibilité d’adopter le niveau de grossissement minimal à partir duquel l’intégralité des éléments présents dans l ’espace peut être visualisée (vue synoptique). dont nous avons souligné la nécessité pour l’activité critique (glose.  Nous concluons cette section consacrée aux espaces libres par la question de la visualisation des liens. Tout conteneur structurel sélectionné dans l’arborescence principales peut être glissédéposé sur l ’espace libre en cours d’affichage a n d’être rattaché à sa descendance directe.  F . Espaces analytiques et synthétiques 145 F V. l ’utilisateur doit pouvoir ouvrir plusieurs espaces libres et modules lecteurs simultanément.  La visualisation d ’un conteneur structurel sous forme d’espace libre doit s’effectuer identiquement à l’invocation d’un module lecteur (cf.4). Les représentations de type « hypertextes spatiaux » sont inefficaces pour représenter des liens hypertextes plus traditionnels.

et les informations de positionnement doivent être persistées. Elles permettent alors de localiser et de manipuler plus nement.  Nous avons vu que les fragments peuplant le corpus pouvaient être organisés selon des relations « structurelles ». et ne conviennent donc pas pour rendre compte de relations d ’ordres à la fois méréologique et hyperdocumentaire.4). et d’autre part. D’autre part. nous avons avancé supra que les hypertextes spatiaux faisaient l’économie d’une ré exion sur la manipulation de liens explicites. les informations portées par ce contenu. L ’utilisateur doit pouvoir librement déplacer les objets graphiques matérialisant les liens. . c ’est-à-dire ne présentant aucune complexité structurelle interne. telles que des relations tout-parties affinant l’organisation interne d’un contenu complexe. La gure V. tel que cette notion a été spéci ée supra. les relations hyperdocumentaires matérialisant des rapprochements thématiques. .1.3. . : Représentation symbolique d’un espace bidimensionnel libre et de son contenu. Chaque objet graphique représentant un lien doit prendre la caractéristique visuelle « couleur » affectée à ce dernier. l’ensemble des fragments est organisé à la fois selon une logique arborescente et une logique de réseau. V. a n de permettre au lecteur de saisir instantanément la teneur de la relation qui est matérialisée.146 C V  F . . D’un point de vue logique.2 schématise la manière dont des conteneurs structurels pourraient être articulés au sein d’un espace bidimensionnel libre. ou encore toutes formes d ’enrichissements.  F .  F — L’environnement doit proposer un moyen de percevoir à la fois les relations tout-parties et hyperdocumentaires. de glose.2. d’une part.  F . L ’utilisateur doit pouvoir visualiser les propriétés de chacun des liens disposés dans l ’espace dans l ’inspecteur d ’éléments (cf. ce qui pose le problème de son appréhension synoptique par le lecteur. F V. Les représentations de graphes hypertextes traditionnelles s’appliquent à des éléments monadiques.

2) :  une même entité de contenu doit pouvoir être impliquée dans différents contextes interprétatifs. V. tout conteneur structurel doit pouvoir être appréhendé via une forme symbolique simple.  le découplage entre l ’entité de contenu et ses représentations symboliques permet au lecteur de caractériser un objet de manière informelle. l’objet graphique qui le représente est susceptible d ’endosser de multiples apparences. d’une description textuelle et éventuellement d ’autres champs (cf. Cette section détaille les modalités de visualisation d’un conteneur structurel disposé au sein d’un espace bidimensionnel non contraint. IV. l ’espace libre peut recevoir les objets découlant d’un geste de fragmentation. III. Par ailleurs. V.1. En tant qu’entité dotée d’un titre.1. Espaces analytiques et synthétiques 147 V. Apparence visuelle des éléments au sein d ’un espace libre S’il fallait retenir une propriété de l ’information numérique particulièrement utile à la lecture de compréhension.4. V. V.4) et des possibilités de disposer librement ces derniers au sein d’espaces et de leur y attribuer une forme symbolique graphiques variable permet de réaliser certains aspects fondamentaux mis en lumière par les travaux dans le champ des hypertextes spatiaux (cf.2.3. en vertu de la nécessité de pouvoir masquer la complexité d’un contenu (cf.1. . Si le conteneur est associé à une ressource matérielle. nous pourrions souligner la possibilité de visualiser un contenu de diverses manières selon le but interprétatif poursuivi. un tel conteneur peut également être affiché sous la forme d ’un nœud hypertexte classique (voir la dé nition des systèmes hypertextes de Conklin (C 1987) exposée en III. V. Tout module lecteur affiché au sein d’un espace libre doit pouvoir exploiter les annotations comme zones de découpe possibles. .  F . le fait de plonger un module lecteur au sein d ’un espace revêt un intérêt critique majeur supplémentaire : en fournissant un contexte d’accueil à la ressource. Chaque zone découpée donne lieu à la création d’un nouveau conteneur structurel pointant sur le fragment de ressource correspondant et rattaché à la descendance du conteneur structurel mis en scène dans l’espace courant. reposant par exemple sur la couleur qui lui a été associée (cf. . Vues simples  Un conteneur structurel pouvant être caractérisé selon différents angles. Ces observations d ’ordre perceptif conduisent aux spéci cations suivantes :  F — L’utilisateur peut librement changer le mode de visualisation de tout conteneur structurel disposé dans un espace libre.4). toute opération de prélèvement postulant en effet la nécessité d’un contexte englobant le contenu qui en fait l’objet.3. celle-ci doit pouvoir être restituée simplement a n que le lecteur puisse rapidement en inspecter le contenu. Tout conteneur structurel doit pouvoir être visualisé sous la forme d’un nœud texte exposant son titre et sa description. le jugement critique étant mouvant par nature .2.2.  F .1.6.  F . .1). Remarquons que la conjugaison du découplage existant entre ressource matérielle et conteneur structurel (cf.4).3).2.7. en lui adjoignant une contextualisation spatiale et de nouvelles propriétés visuelles.4.4.V. Tout conteneur structurel doit pouvoir être visualisé sous la forme d’un objet symbolique coloré. Par ailleurs. ou par l ’entremise d ’un module lecteur (cf.3) si le lecteur souhaite procéder à des opérations de lecture active sans avoir à invoquer une vue externe supplémentaire.

Tout conteneur structurel présent dans un espace libre doit pouvoir être visualisé sous la forme d ’un tableau. Les étiquettes sémantiques associées au conteneur structurel doivent être affichées sur l ’objet graphique qui le restitue au sein de l’espace. .4.  F .  F . a n que l’utilisateur soit en mesure de retrouver l’état exact des ses espaces d’une session de travail à l’autre.  F . . listes). . la sémantisation et la libre spatialisation des fragments au sein d ’un espace libre. Le parti pris de cette section est de restituer le contenu du cahier des charges établi en coopération avec les musicologues en généralisant les requêtes que ces acteurs métiers ont formulées de sorte qu’elles puissent s’appliquer à d’autres pratiques de . d ’une liste et d’un sous-espace libre articulant sa descendance directe. Les colonnes et lignes des tableaux doivent pouvoir être quali ées au même titre que les entités lectoriales. doivent être envisagés au-delà du contexte très spéci que de l’analyse musicologique. V.  F . ainsi que les opérations analytiques et synthétiques qu’ils rendent possibles. . les modules logiciels appelés à satisfaire ces aspects. . il convient de pouvoir y invoquer ces structures pour prolonger les gestes analytiques par une opération synthétique.1.2.1. . la formalisation des résultats analytiques au sein de structures d ’organisation (tableaux.4. II. V. F Notre collaboration avec les musicologues de l’équipe Analyse des Pratiques Musicales (IRCAM) a donné lieu à l ’identi cation de quatre pôles fonctionnels nécessaires à la conduite d’une analyse de type mise en tableau multimédia (cf. Le mode de visualisation courant d ’un élément doit être persisté.  F . c’està-dire que la ressource matérielle dont il provient doit pouvoir être visualisée dans son intégralité.2. et réciproquement. Nous avons plusieurs fois montré au l de ce mémoire que le lecteur pouvait vouloir s’appuyer sur des structures telles que des tableaux ou des listes pour organiser ses fragments de contenu. Chaque fragment de contenu issu d’une découpe doit pouvoir être contextualisé. Comme nous l’avons avancé en II. l’ajustement. L ’utilisateur doit pouvoir déplacer un élément d’un endroit d’une structure d’organisation à un autre. .  F — L ’utilisateur doit pouvoir invoquer des structures d’organisation où il le souhaite au sein des espaces libres.148 C V  F . et en n. l’annotation et la fragmentation du document hypermédia résultant de cette synchronisation. L ’utilisateur doit pouvoir passer des éléments d’une structure d’organisation vers son espace d ’accueil. Structures d ’organisation (vues composées)  Considérer qu ’un espace libre peut endosser le rôle de support pour l’élaboration de nouveaux documents suppose de pouvoir y manipuler des structures plus formelles qu’une simple disposition bidimensionnelle.2) : la synchronisation images/sons.  F . Puisque les espaces libres constituent des lieux privilégiés pour la manipulation de fragments. .2.  F . L ’utilisateur doit pouvoir librement recon gurer la con guration des structures d’organisation (ajout/suppression/déplacement des lignes/colonnes).5. a n de rendre explicite l’intention de regroupement qu’elles matérialisent. a n de permettre au lecteur de constater rapidement à quelles catégories interprétative se rapporte l’élément qu’il inspecte.

V. B 2006 . I.5). L ’expression des fonctions est donc exempt de référence à un ancrage métier particulier. résultant d ’une collaboration entre l ’IRCAM et le Ministère de l ’Éducation Nationale. V. l ’enjeu pratique de l’informatisation de la mise en tableau de partition consiste à offrir à l ’analyste un moyen de constituer. une suite de chiers graphiques de type bitmaps matérialisant une partition numérisée.2. G 2009b). Motivation Comme nous l’avons vu en II. VII. c ’est-à-dire.5) et de la description de l’implantation que nous en proposons (cf.3. Les ressources dont dispose le plus souvent le musicologue sont des documents numériques « ordinaires » émanant de contextes divers . il s’agit avant tout de chiers images résultant d’une numérisation exécutée par les soins du lecteur à partir de documents imprimés et de chiers sons extraits d’un disque compact ou captés à l’aide d ’un enregistreur personnel. On pourra alors se référer aux scénarios d’usage V. en se basant à la fois sur des observations visuelles et sur l ’écoute. et d ’autre part. Fonctions hypermédias et musicologiques 149 lecture impliquant des contenus non textuels. Notre outil Charting the score. 2005). un chier son xant une des interprétations de l’œuvre.1. etc.1. La spéci cité de l ’analyse d ’une pièce musicale réside dans le fait que les diverses ressources documentaires qu’elle est susceptible de convoquer — ses différentes transcriptions.5.5. S’inscrivant dans le cadre de l ’idée de chaîne lectoriale (cf. Le processus de synchronisation hypermédia V. des groupes thématiques de fragments prélevés à partir de ressources graphiques et sonores. nous nous sommes appuyés sur l’outil Musique Lab Annotation 2 ¹³³ a n de produire des chiers XML contenant les informations de synchronisation entre.5. interprétation transcrite en MIDI. qu’elles mobilisent une notation musicale abstraite (solfège) ou plus proche de la nature physique du signal (représentation temps/amplitude ou temps/fréquence). processus qui aurait pu servir de base à l’automatisation de leur synchronisation. cette gure suggère que la mise en tableau proprement dite peut être prolongée par un atelier au sein duquel le matériel analytique est convoqué en vue de sa restitution. .3. ce qui relève spéci quement ou non des documents proprement musicaux étant traité lors de la présentation du modèle (cf. développé en 2006 au cours de cette collaboration (D et G 2008 . il faut que leurs contenus (leurs spatialités et temporalités) soient mis en correspondance.1. Statut Lors d’une collaboration préliminaire avec l ’équipe APM (B 2006).6 pour des exemples non musicologiques d’utilisation de la synchronisation hypermédia. VI.). 133.5.2. ainsi que les modules logiciels et les ressources qui leurs sont associés. Ces ressources n’ont donc pas fait l’objet d’un processus d’indexation et de structuration ¹³² effectué par un système d ’information multimédia — par exemple. d ’une part.1. Le passage d ’un résultat « pour soi » à un document prêt à être publié constituant l’horizon de ce mémoire. La gure V. Lequel. dans l’optique de rendre possible un requêtage n de leur contenu et d ’ainsi les ouvrir à une large diffusion —. les fonctions devant être proposées par un tel atelier ne sont pas traitées. de traduction dans un format informatique plus directement calculable qu’une continuité documentaire brute (partition codée selon le standard MusicML. sans pour autant que celle-ci ne puisse se résoudre à l’une d’entre elles.V.1). ce qui demande qu’ils soient maillés de « poignées » autorisant cette mise en relation.1. qu ’ils soient indexés. ainsi que ses différentes interprétations enregistrées — constituent autant d’« incarnations » d’une même œuvre. est capable d ’exploiter ces chiers XML pour proposer à l’utilisateur la possibilité de découper la 132. Pour que les ressources brutes et hétérogènes mises en jeu par le lecteur puissent faire l ’objet d ’une étude multimodale. Ou encore.3 schématise l’organisation des différentes étapes constitutives d ’une session d ’analyse. est destiné à l’annotation d’une partition à des ns pédagogiques (P et al.

cette opération a été effectuée dix-sept fois). l’utilisateur doit lancer la lecture du chier son et cliquer sur l’endroit de la partition correspondant au moment entendu qu ’il souhaite synchroniser.4.150 C V F V. les informations de synchronisation reposent sur la mise en correspondance de marqueurs graphiques (les barres verticales rouges) déposés sur la partitions avec des timecodes du ux audio. partition selon les marqueurs préalablement dé nis. : Processus de mise en tableau de partitions multimédias.3. Pour produire cette correspondance. Une paire de marqueurs est alors produite suite à ce clic (sur la gure V.4. Comme le montre la gure V. Remarquons que le mouvement de la tête de lecture d’un marqueur .

par exemple (M-M 134. la synchronisation s ’accomplie toujours dans une visée déterminée (il n’y a pas d’indexation qui s’effectue in abstracto.4.2. . Ainsi. F V. En effet.1). Fonctions hypermédias et musicologiques 151 graphique au suivant est gouverné par une interpolation linéaire. Ici. est idiomatique : il n ’y a pas de synchronisation universelle. 2001) (cf. il est apparu qu ’au delà de son apparent statut d’opération purement motivée par une contrainte d’ordre informatique — la mise en correspondance technique d’images et de sons pouvant sembler a priori dégagée de tout enjeu critique —. une synchronisation. le mode de synchronisation). La question de la synchronisation est traditionnellement traitée dans le champ de l ’ingénierie documentaire comme relevant d’une problématique d’indexation par des systèmes documentaires de grande ampleur (cf. induit des désajustements entre le signe écrit désigné et ce qui est entendu à cet instant. ce qui. en tant qu’opération investie d ’un dessein interprétatif. La précision de l’expérience multimodale est donc directement déterminé par la quantité de marqueurs de synchronisation créés. III. quel que soit le degré de précision que l’analyste lui confère. une synchronisation plus ne permettant un adressage futur plus précis des unités syntagmatiques ¹³⁴ En tant qu’indexation. elle constitue l ’antichambre de l ’analyse proprement dite.V. en cas de uctuation de tempo dans l’interprétation ou d ’irrégularité d ’espacement des notes dans le texte musical. Les quelques expériences conduites avec des musicologues reposant sur l ’articulation de Musique Lab Annotation 2 et Charting the Score (D et G 2008 . c’est-à-dire hors de toute considération pour les utilisations du contenu qu’elle permet d’envisager). en cela qu ’elle impose une confrontation très serrée avec le matériau documentaire xant l ’œuvre visée et conditionnant sa manipulation. où une même « œuvre » — formée par la conjonction d ’une conférence enregistrée et des notes prises par un auditeur actif — est doublement indexée.5. le placement et la quantité des marqueurs créés témoignent de l ’intérêt porté à telle ou telle portion de l’œuvre. G 2009b) ont permis de mettre en lumière certains aspects fondamentaux relatifs au statut de la synchronisation. à la fois spatialement et temporellement. la synchronisation relève déjà d’une activité interprétative de la part de l’analyste (ceci est rappelé dans (D et G 2007)). Sur le plan méthodologique. : L’application Musique Lab Annotation 2 (ici. Cette constatation s ’inscrit dans l’esprit de l ’Audio Notebook (S et al.

tels que des représentations graphiques ne reposant pas sur l’écriture musicale (sonagrammes. . Le caractère synchrone de ce système interdit notamment de dé nir des marqueurs graphiques et temporels isolés.1). des éditions antérieures pouvant présenter un intérêt en tant qu’archive historique). la synchronisation doit pouvoir être effectuée au niveau des portées.  F . d’accorder une attention égale et soutenue à l ’ouïe. schématisations). au cours d ’un entretien. puis de les connecter librement. ou sur des variations de la partition (par exemple.  F . si la synchronisation relève d ’une interprétation. L ’utilisateur doit pouvoir dé nir des marqueurs graphiques pouvant ou non être par la suite synchronisés à d’autres marqueurs. . que le musicologue Jonathan Goldman a quali ée. 1999)). et d’autre part. Il s ’agit ici de doter un individu des moyens technique nécessaires pour assumer par lui-même ce processus à la fois technique et interprétatif. en ce sens qu ’il faut être constamment à l ’affût et ne pas manquer l’occasion. . de « position de chasse ». sur la comparaison d’interprétations. Par ailleurs. lequel se devant de plus d’être très précis.3. il est difficile « de faire deux choses en même temps ».3. les marqueurs qui y ont été dé nis doivent pouvoir être exploités s’il vient à être synchronisé avec un document D3. Tous les marqueurs — synchronisés ou non — doivent pouvoir être exploités comme pas de discrétisation dans les opérations de fragmentation. comme stipulé en V. comme celui-ci le remarque. L ’utilisateur doit être libre pouvoir amorcer.  F — L’environnement doit permettre à l ’utilisateur de synchroniser contenus spatiaux et contenus temporels. Si l ’analyste doit pouvoir à tout moment ajouter des marqueurs. La synchronisation doit pouvoir être effectuée de manière synchrone et asynchrone.  F . et non uniquement au niveau des systèmes. le mode de mise en relation espace/temps en cours d’écoute proposé par Musique Lab Annotation 2 impose au musicologue une gymnastique relevant du jeu d’adresse à la souris. Il doit également être possible de discriminer visuellement les marqueurs synchronisés de ceux créés à des ns de pure discrétisation. V. par exemple (H et al.  F . un va et vient entre une application externe dédiée à la synchronisation et dénuée de toute fonction critique est alors inadéquat. alors elle peut être amenée à s’affiner au l du développement du projet critique.5. d ’une part. sur un matériau documentaire « basique » (cf. Sur le plan ergonomique.1. Musique Lab Annotation 2 n’autorise la synchronisation que d’un unique document graphique et d ’un unique document audio. cliquer au bon endroit au bon moment. Ces derniers doivent pouvoir être constitués de plusieurs chiers ressources. Par ailleurs. Cette limitation interdit de mettre en œuvre des approches reposant. . .152 C V et B 2005)) ou de création de documents hypermédias en vue d’une publication (cf. représentations symboliques. Sur le plan fonctionnel. L ’utilisateur doit pouvoir synchroniser autant de documents sonores et graphiques qu ’il l ’entend. sur la mobilisation de supports graphiques de diverses natures. [-      ] Dans le cas d’une œuvre polyphonique. à la vue et au geste. . Or. si un document D1 a déjà fait l’objet d’une synchronisation avec un document D2. a n de permettre à l’utilisateur de se concentrer sur les vois pertinentes sur le plan motivique.  F . interrompre et reprendre le processus synchronisation.

5. et. La découpe d’une portion relativement longue au sein d’une partition peut recouvrir des sauts de portées ou de systèmes ¹³⁵. un unique segment sonore peut être synchronisé à des portions graphiques non contigües. [-      ] L’utilisateur doit pouvoir disposer d ’une catégorie d ’étiquettes sémantiques (spéci que à l’analyse paradigmatique) que chaque fragment ne peut recevoir qu ’une unique fois (ceci matérialise le fait qu’un même élément ne peut pas ressortir à deux catégories distinctes). l’enjeu de la découpe du texte musical étant de béné cier de fragments pouvant être catégorisés suivant une double perception.6.  F . il doit pouvoir sélectionner l’un des y extraits sonores. Cet agrégat documentaire hypermédia doit alors pouvoir être fragmenté à des ns analytiques sans que les relations de synchronisation ne soient rompues. Le système est donc à la page de partition ce que la ligne est à la page de livre. L’utilisateur doit pouvoir modi er l’alignement et le facteur d’échelle de chacune des portions graphiques concaténées dans un « super-fragment » synchronisé. appartenant possiblement à des chiers ressources différents : ce qui se donne de manière continue dans le temps du ux n ’est pas nécessairement contigu dans l’espace de l’image.2. Fonctions hypermédias et musicologiques 153 V. Manipulation et sériation des fragments V.5. 135. .2. Dans le cas d’une œuvre picturale. l’utilisateur doit pouvoir librement permuter son affichage courant entre les x formes visuelles disponibles.5. cette concaténation pourra engendrer des décalages visuels dans l ’alignement des lignes de portée entre chacun des fragments susceptibles de nuire à la lecture continue des signes musicaux.2. Les fragments au sein de l’espace intermédiaire À l’issu du processus de synchronisation.V.1 .1).2 présente un scénario d’usage impliquant des fragments de peintures numérisées connectés à des commentaires audio). Ces observations supposent alors que l ’utilisateur soit à-même d’intervenir sur les dimensions et l’alignement relatif de chacun des fragments concaténés en un même super-fragment synchronisé. Par ailleurs. Il a été convenu avec les musicologues que les marqueurs de synchronisation constituaient un critère suffisant pour la discrétisation des partitions. l ’utilisateur dispose d’un ensemble de ressources graphiques et temporelles dont le contenu est mis en correspondance.  F . Si un « super-fragment » résulte du découpage d’un agrégat documentaire synchronisé connectant x documents graphiques et y documents sonores.1. . . ce qui implique autant de fragments graphiques supplémentaires. Le fragment synchronisé résultant d ’une telle découpe devra donc opérer une concaténation de l’ensemble des portions graphiques impliquées (cette concaténation donne lieu à un « super-fragment » composite).  F .4.  F — L ’utilisateur doit pouvoir manipuler des fragments multimédias résultant de la découpe d’un agrégat documentaire synchronisé. Dans les partitions d’œuvres polyphoniques. Note : les sous-fonctions suivantes s ’appliquent à la représentation d’un « super-fragment » au sein d’un espace libre (cf.4. Dans le cas d ’une partition. Or il n’est pas acquis a priori que l ’ensemble formé par les fragments graphiques épars qui se retrouvent ainsi concaténés soit lisible et exploitable tel quel. l’hétérogénéité dans les dimensions des portions juxtaposées peut également être gênante (le scénario de la section V. Plus généralement. les portées des différents pupitres sont regroupés en « systèmes de portées ». pareillement. .2. V. visuelle et auditive. certains des besoins exprimés par les musicologues relèvent de fonctions génériques déjà exposées :  la nécessité de pouvoir contextualiser chaque portion de partition est abordée à la section V.

2. scienti ques et religieux.  ces listes doivent pouvoir être combinés pour constituer des tableaux . herboriste et médecin. Un tableau doit permettre à l’utilisateur d’écouter à la suite les segments sonores courants (cf.2. Ainsi que pour les fragments.1.3.  la sémantisation des fragments au sein des espaces libres. ou de montrer qu’un même fragment relève de deux paradigmes différents).1) doit pouvoir être créé automatiquement à partir de l’étiquetage sémantique des fragments et des timecodes des segments sonores synchronisés qui leurs sont associés. Le tableau Le recours à une structure d ’organisation tabulaire (cf.2.  F .6.3.1 . l’utilisateur doit pouvoir organiser son matériel documentaire dans des listes . II. . V.5. Étude de corpus multimédia Considérons le cas d ’un étudiant à l ’université en histoire de l’art devant réaliser un dossier critique sur l ’œuvre d’Hildegard von Bingen.4 et V. il faut que le tableau puisse également les restituer en réalisant dans le registre sonore le même effet cognitif que celui qu’il rend possible dans le registre visuel : un tableau hypermédia doit pouvoir donner à entendre des agencements critiques jusqu’alors inouïs dans la linéarité du ux audio originel.1.2. prophétesse et mystique rhénane ayant vécut entre 1098 et 1179.4.  les éléments d ’un tableau doivent pouvoir être marqués de petits signes dénotant une identité entre éléments. de la même manière que les mathématiciens apposent des marques sur les gures géométriques pour indiquer l’identité de longueur entre deux segments.2. à la section V.2) permet de xer des relations de sens entre fragments de contenu qui sont plus formelles et univoques que les con gurations spatiales qu’ils peuvent recevoir au sein d ’un espace libre.6.1.1) associés aux fragments synchronisés présents dans l’une de ses lignes colonnes. V. Si les éléments détenant ces informations visuelles possèdent une facette sonore. V. ce qui leur retirerait toute intelligibilité.4. la perception groupée d’informations sonores mises en série ne peut se réaliser par leur superposition.1. et le caractère « synacoustique » d ’un tableau réside alors nécessairement dans la concaténation temporel des éléments sonores qu ’il agence :  F . abbesse.2.2. L’enjeu de ce dossier est d’illustrer les interactions que la musique médiévale entretenait avec les autres champs de la pensée.4. . Des outils . Comme nous l’avons vu en IV. mais également musicienne. aux sections V. sainte. V.154 C V  la libre spatialisation des fragments. les musicologues ont exprimé certains besoins couverts par des fonctions plus génériques :  au sein des espaces libres.5.  la possibilité d ’instancier plusieurs fois un même fragment de ressource matériel dans un espace (a n de mener des analyses concurrentes. S ’ V. Bien entendu. écrivain. [S-      ] Un tableau d’analyse paradigmatique classique (cf.1 . à la section V.4. le tableau permet d’appréhender de manière synoptique des informations qui sont dispersées au sein des documents dont elles sont issues.2.

au sens large. Désormais. La première phase de travail consiste en la constitution d’un corpus rassemblant des documents graphiques (extraits de partitions scannées.). Scénarios d’utilisation 155 graphiques d ’organisation et de mise en relation d’un corpus vaste et hétérogène sont donc cruciaux dans la bonne conduite d’une telle entreprise. sémantisation. la constitution de dossiers documentaires thématiques. Corpus lectionis. regroupées et sémantisées dans un espace dédié à la gestion du corpus (nom. ces différentes ressources brutes doivent pouvoir être visualisées. lire ou écouter ses documents. Le lecteur voudra certainement commencer par esquisser les grandes sections ou phases de son travail. prélever des fragments synchronisés pour se livrer à des tâches d’analyse hypermédia (écoute comparée.) impensables s’il n’avait pu travailler simultanément sur ses contenus graphiques et musicaux. Organiser. le lecteur souhaite commencer à construire des synthèses critiques. Lire. <B. en un seul geste graphique. A n de commenter et explorer nement les différences existant entre ces documents. Par ailleurs. ainsi que de plusieurs enregistrements de cette œuvre — une piste par Catherine Braslavsky (Y ). classement. relinéarisation. etc. Préalablement « OCRisés » ou récupérés à partir d ’encyclopédies numériques . le lecteur doit pouvoir les xer dans une zone de l ’application qui agirait comme une boîte à étiquettes. Après avoir été importées dans l’interface. qui permettent de rassembler et d’organiser les contenus en matérialisant des 136. quel que soit l ’endroit où ils ont été déposés. telle que la rédaction d’articles ou de mémoires. cliquer à un endroit de la partition permet d’entendre la musique associée. mais également les annoter et les mettre en relation. Celles-ci reposent avant tout sur des objets matériels. notre lecteur peut certes visualiser. date. <B. chant. Par exemple. Z>. l’autre par Barbara ornton (Z). Un espace de synchronisation permet alors la constitution des paires synchronisées : <A. etc. aussi. etc. Notre lecteur est en possession de versions numérisées de deux transcriptions de O Ignis Spiritus — l ’une en notation neumatique (A). Au sein de ces espaces. pour mettre en relation signe par signe deux partitions transcrivant la même œuvre mais adoptant des formalismes différents). illustrations extraites d’ouvrages de médecine. il est souhaitable de pouvoir les synchroniser les uns avec les autres. le lecteur peut. tels que des listes ou des tableaux. Le lecteur amorce alors son travail critique en piochant dans cet espace des documents ou des sous-ensembles de ces documents. l’autre en notation diastématique (B) —. Après maints prélevements de fragments au sein des documents du corpus. Note : Ce scénario est aisément transposable à toute activité de production critique scienti que mettant traditionnellement en scène un corpus potentiellement fourni et hétérogène. provenance. des chiers numériques textuels (fragments d ’ouvrages critiques ¹³⁶) et des documents musicaux ( chiers audio extraits des différents enregistrements des œuvres d ’Hildegard disponibles dans le commerce).V. Y>. Ces étiquettes sémantiques pourront ensuite être distribuées sur les différents documents. Z> (et éventuellement <A. Une critique hyermédia. <A. etc. Les thèmes évoqués supra reviendront maintes fois dans la lecture. un fragment de transcription d’un chant sacré pourra posséder une référence vers un texte à caractère mystique dont la lecture peut en éclairer le contenu.6. L’environnement lui permet alors de créer plusieurs espaces où rassembler ses contenus a n d’établir une première catégorisation de son matériel lectorial (et accroître la clarté de la perception de l’ensemble). la veille. mystique. B>. Des espaces thématiques peuvent être créés : composition. médecine. auteur et autres métadonnées classiques permettant de ne pas être perdu dans un vaste ensemble de contenus). reproductions numériques d ’enluminures présentant des scènes de la vie de la sainte. Y>.

la fragmentation. Avec l’outil de synchronisation. d’un développement et d ’une n. une autre aux têtes de monstres imaginaires.6. construire un tableau montrant les relations qu’entretiennent chacun des fragments de partitions synchronisées construits précédemment avec les différentes thématiques autour desquelles est axé son travail. la sémantisation et la mise en série de zones pertinentes identi ées au sein des toiles. le thème (par l ’entremise des étiquettes sémantiques) et le contexte de création. Une fois la constitution de la collection de ressources graphiques et l ’importation des commentaires sonores achevées. Fragmentation et catégorisation. V. L’analyste souhaite alors enrichir chacune des œuvres d ’une « glose » orale de son crû : elle importe un ensemble de chiers mp3 (produits par des moyens annexes) dans lesquels elle commente le contenu des toiles. par exemple. Notre lecteur peut. Cette entreprise critique suppose la sélection. en les exploitant. Un réseau de fragments organisés en listes.2. Ces tableaux lui permettent de formaliser sa mise en série des gures monstrueuses : elle dédie une colonne aux gures munies d ’un bec d ’oiseau. L ’analyste peut alors inspecter rapidement la toile d ’origine dans son intégralité par un appel à la fonction de contextualisation. elle met en relation. tableaux ou réseaux n’est pas un document lisible. elle commence à faire émerger des catégories interprétatives. Dans un premier temps. munie d’un début. Elle invoque alors des tableaux et leur ajoute autant de colonnes et lignes que nécessaire. et il devient parfois difficile de déterminer l’œuvre dont ils ont été extraits. Elle regroupe alors les entités lectoriales résultantes dans un même conteneur. Elle est alors en mesure d’écouter à la suite les segments de commentaires audio associés aux fragments d ’une colonne. et peut alors associer à chacun une che descriptive mentionnant l ’année. La quantité de fragments s ’accroît. Elle enrichit alors ce premier découpage par quelques prélèvements supplémentaires de gures qui n ’avaient pas retenu son attention lors de l’enregistrement des compléments oraux. notes. une autre aux gures humaines déformées. Vers une glose multimédia. pour chacun des couples formés par une toile et du chier audio lui correspondant. notre lectrice crée un espace libre et y convoque le livret en vue d ’amorcer la phase de fragmentation. l’analyste importe dans l’environnement les différents chier jpeg ou png qu ’elle a pu rassembler. chaque zone commentée de l ’œuvre au segment du ux qui s’y rapporte. elle génère des fragments graphiques préservant l’association au segment de commentaire audio associé. en lui permettant d’invoquer dans un nouvel espace les contenus et structures qu’il souhaite restituer. En spatialisant les fragments. Dans chaque case de ce tableau peuvent être déposés les contenus pertinents : fragments de manuscrits. Glose et mise en série multimédias Ce scénario met en scène une enseignante en arts plastiques ou en histoire de l’art souhaitant présenter à ses élèves une étude systématique des gures horri ques dans l’œuvre de Jheronimus Bosch (1450–1516). Le lecteur doit donc désormais viser une organisation arborescente de son matériel. etc. extraits sonores… Produire. en prenant soin de les sémantiser. . L ’application l’accompagne dans cette transition structurelle. constituant autant de nouveaux parcours thématiques. ce qui lui offre la possibilité de visualiser les images sous forme d ’un livret dont elle maîtrise l’ordonnancement des feuillets. Le marquage graphique précédemment effectué lui offre un repère de découpe.156 C V relations structurelles et en offrant sur eux une vue synoptique permettant leur comparaison critique.

où l ’étude approfondie d’une conférence enregistrée de philosophie est prolongée par la publication d ’une présentation hypermédia interactive favorisant son appropriation par un public plus large. I.6. Ceci suppose néanmoins l’écriture d’un programme XSL permettant la transformation de ces données en. D ’autre part.3.V. par exemple. et ils peuvent dupliquer les analyses de leur enseignant pour les enrichir. Nous avons conduit une expérience allant dans ce sens (cf. notre enseignante compresse le dossier de projet et le diffuse à ses élèves. VIII.2).1) n’est toutefois qu’un horizon du travail présenté dans ce mémoire. qui peuvent alors prendre connaissance de manière multimodale des parcours thématiques leur étant proposés.adobe. Scénarios d’utilisation 157 Prolongations envisageables. Une fois son travail d’organisation achevé. http://www. et n ’y est donc pas développé. La contextualisation des fragments leur permet de ne pas perdre le lien avec les toiles complètes. Le « maillon publication » de la chaîne lectoriale (cf. les discuter et les faire bifurquer. un programme MXML ¹³⁷. les informations générées par l’application peuvent être exploitées pour construire des objets interactifs multimédias mettant en scène les ressources telles qu’elle ont été enrichies et articulées dans le projet critique.com/devnet/flex/ . 137.

.

1. Ces spéci cations ne prescrivant aucune modélisation et implantation. Il faut certes bâtir un environnement graphique interactif proposant des modalités de réalisation de ces fonctions qui soient conformes aux impératifs ergonomiques de la posture critique (la description de notre prototype est proposée au chapitre suivant). Rappel des enjeux théoriques Dans le chapitre précédent. nous avons exposé une caractérisation fonctionnelle et ergonomique d’un environnement de lecture critique personnelle et multimédia. Mais en tant que ces fonctions se rapportent à des contenus numériques.1. L    VI. . II.1. l ’efficience d ’une lecture intensive est tributaire de la richesse et des potentialités combinatoires du système d ’écriture codi ant la nature des contenus qu’elle mobilise ainsi que les rapports qu ’ils entretiennent. En effet. et appellent alors une réalisation technique double. comme nous le montrons au cours de notre investigation historique (cf.159 CHAPITRE VI U         Le monde est intense avant d ’être complexe. elles n’apportent pas de réponses dé nitives aux problèmes que nous avons identi és en II. I VI. La démarche de modélisation afférente constitue alors le premier volet de notre réponse technique. B. III) en accord avec nos observations préliminaires sur la situation des lecteurs critiques (cf.1.1 et II.3. mais constituent cependant une orientation suffisamment précise pour initier leur formulation. et l ’objet de ce chapitre est de restituer la description détaillée du modèle qui en résulte. laquelle s’appuie notamment sur des éléments théoriques et techniques issus de l ’état de l ’art (cf.2).1. annexe B). il faut en premier lieu en proposer une grammatisation qui satisfait les différentes opérations dont ceux-ci peuvent faire l ’objet.

2. annotés.  E    . Il s’agit ainsi d’articuler l’espace du document à l ’espace des documents. Il s’agit en premier lieu de permettre la matérialisation des relations de sens nécessaires au déploiement d’un projet critique — quali cation. Présentation du modèle VI. ces opérations mentales sont indémêlables du substrat matériel sur lequel elles se réalisent. structuration. Cette posture repose sur l’articulation d’opérations analytiques et synthétiques portées sur des contenus. c’est que les pratiques qu ’elles recouvrent ont en commun. . et vise à inventer une « grammaire de la lisibilité » (au sens de Malcolm Parkes (P 2001).  F.1.160 C VI A n de replacer ce modèle dans le contexte des questions qui ont suscité sa conception. etc. Les lectures que nous entendons instrumenter supposent l ’éclatement et la réorganisation des contenus. hyperliés) qui fournissent un substrat spatial assurant une interprétation efficace. il convient de les justi er brièvement. Invariants et généricité. et de déterminer quelles informations de contextualisation critique sont nécessaires au passage de l’un à l’autre.1. il peut être utile de rappeler les aspects des problèmes énoncés en II. La technicité des contenus multimédias impliqués et l ’éventuelle complexité des relations interprétatives qui les organisent exigent une interface conjuguant leur manipulation efficace (ce qui inclut autant les algorithmes de manipulation des données que leur facette graphique et gestuelle) et leur perception synoptique fondant leur compréhension par le lecteur.1. cf. et appellent une grammatisation des contenus mobilisés adéquate. L’idée sous-jacente étant que la création de nouveaux contenus (par délinéarisation. annotation. Ce sont ces opérations qui autorisent alors à subsumer les diverses pratiques interprétatives dans lesquelles elles s’observent sous une catégorie de pratiques intellectuelles plus générale. structurés. une certaine posture cognitive du lecteur. Ce dernier enjeu relève de l’interaction entre le lecteur et le système. restructuration) est une condition à la compréhension des contenus existants. Nous avons annoncé en introduction de ce mémoire notre volonté de proposer une instrumentation générique. reformulation. dans lesquels le lecteur doit alors pouvoir construire des structures d ’organisation l’aidant à objectiver les angles analytiques qu’il déploie et à appréhender synthétiquement son interprétation. Si l’on peut parler d’activité de lecture critique en général.2.1. malgré les différences radicales pouvant exister entre leurs ancrages métiers. — sur des matérialités documentaires hétérogènes (spatiales et temporelles). Chacun de ces termes dénotant une approche particulière. L’enjeu est ici de rendre possible une lecture qualitative et uni ée visant l ’interprétation des contenus au-delà de leurs différences de nature. Il s’agit alors de proposer des modes de représentation des contenus composites (multimédias. VI. son objet n ’est aucunement de réduire l’idiomaticité des façons de lire — dans lesquelles . Si ce souci de généricité cheville le modèle.4) pour les environnements personnels de lecture active multimédia. Ceux-ci doivent pouvoir être contextualisés et fragmentés au sein d’espaces critiques. Nature et positionnement Le modèle présenté dans ce chapitre est destiné à servir de modèle générique de domaine pour des applications de lecture critique multimédia personnelle. B.3 qui concernent la démarche de modélisation :  C   . mises en relation.4. Comme nous l’avons montré dans notre chapitre théorique (IV). que nous avons identi ée comme « lecture critique ». .

la question du partage d’interprétations sur un groupe de contenus mis en commun ne peut se poser que lorsque qu’une appropriation personnelle efficace des participants est possible.2. En effet.1. Celui-ci s’appuie dans sa logique interne sur des 138. structuration logique. etc. le modèle présenté n ’est pas un méta-modèle. Cela n ’empêche toutefois pas de concevoir notre système de telle sorte que la construction de l’intégralité d’un projet de lecture critique et ses résultats puissent être entièrement accessibles et lisibles à d’autres utilisateurs. un modèle de domaine est un modèle destiné à servir de fondement à différentes applications métiers. et est à ce titre dégagé de tout facteur impliqué par une logique métier spéci que. les entités génériques qu’il décrit sont directement utilisables. Les concepts du modèle. Un modèle de domaine. l ’appropriation personnelle est un préalable à toute prolongation coopérative du processus critique. fragmentation. Par ailleurs. Par cette quali cation. L ’approche générale des aspects « critique » et « multimédia » suivie par le modèle est présentée ci-après (cf. . VI.).VI. certains éléments de logique métier relatifs à la mise en tableau de partitions exploitant les entités du modèle seront décrites dans le chapitre suivant. doivent pouvoir répondre à des problématiques de modélisation des contenus dans n’importe quelle application de lecture critique personnelle.1. mais d ’une confrontation entre un lecteur et des ressources dont il souhaite étudier le contenu en profondeur ¹³⁸. indexation. Introduction 161 tout lecteur possède un ancrage disciplinaire. les aspects coopératifs autour de contenus hypertextes en contexte savant sont couverts de façon satisfaisante par l ’état de l’art. Précisons en n que nous avons adopté le formalisme UML de type « diagramme de classes » pour restituer le modèle que nous proposons. en cela qu’il ne constitue pas un formalisme permettant l ’expression de modèles concrets. position que nous justi ons par deux raisons.3 sont. alors que. Au contraire. Notre modèle évacue quant à lui toute considération relative à la socialisation de l’interprétation. Pour exemple. pris dans leur intégralité ou de manière partielle. Une lecture personnelle. Un modèle concret.). les systèmes de gestion électronique de documents (GED) apportent des solutions aux fondements techniques de la socialisation du document (gestion des droits. relations et opérations dont a besoin un lecteur pour fonder son face-à-face critique. Par ailleurs. Nous considérons ainsi que les méthodes de représentation de l’argumentation telles que celles qui sont abordées en III.1 synthétise notre vision des articulations possibles entre de tels systèmes. comme nous l ’avons dit ci-avant. qu ’il s ’agisse des aspects sémantiques traités par les hypertextes savants ou des aspects documentaires techniques résolus par les systèmes de GED.2). des versions. La gure VI. spatialisation. malgré le cadre « textuel » qui a accueilli leur développement. susceptibles de s’appliquer à tous types d’objets hypermédias. etc. et nous donnons au l du chapitre des directions sur leurs dérivations possibles pour satisfaire des besoins plus spéci ques. Formalisme adopté.6. D ’autre part. modèle et environnement. En ingénierie logicielle. et se concentre sur les entités. les éléments identi és peuvent être impliqués dans des systèmes plus abstraits de représentation des relations sémantiques. Celui-ci ne concerne que la dimension « personnelle » de l’interprétation. et ainsi donner lieu à de multiples implantations. D ’une part. Ces deux classes de systèmes d’information n’apportent toutefois aucun éclairage sur ce à quoi doit ressembler un environnement de lecture personnel multimédia. une fois que le contenu a fait l ’objet d ’une préparation matérielle critique (dé nition de zones d’annotation. nous insistons sur l’indépendance des deux parties de notre contribution technique. des méthodes et une sensibilité propres —. La lecture que nous traitons ne relève pas d’une activité de création ou de brainstorming coopératif. mais de mettre en lumière l ’invariant documentaire matériel qui leur est commun.

: Articulations envisageables entre les systèmes dits « hypertextes savants ». de la plus « concrète » (la manipulation de la matérialité des contenus) à la plus « abstraite » (l’établissement des relations de sens).3. les systèmes de GED et notre environnement (représenté par le cercle inférieur).1.  N . Approche générale Ainsi que nous l ’avons avancé en II.1. leur sémantisation). Par ailleurs. VI.  N . Regroupe des entités logiques proposant des abstractions des données stockées sur le système de gestion de chiers de l’utilisateur a n de les manipuler de manière plus exible. . la composition et l’agrégation. telles que l’héritage. Nous justi ons son usage par le fait que. relations propres au paradigme objet. conformément aux besoins du travail critique.1. sans contraindre à une implantation donnée.2.2.162 C VI F VI.1. un tel formalisme favorise l ’appropriation et l’enrichissement du modèle par des tiers. Articule des entités assurant l’enrichissement et la mise en relation des contenu (c’est-à-dire.  N . Propose des blocs d’organisation — et différentes modalités d’articulation — dans lesquels les contenus peuvent être convoqués à des ns analytiques. ce sont davantage des « entités logiques » que des documents qui sont impliquées dans les pratiques de lecture que nous instrumentons. dont chacun fait l’objet d’une section de ce chapitre. Les entités logiques qui le constituent se répartissent en trois niveaux. comme nous l ’avons sous-entendu en IV. notre modèle est destiné à servir de ciment aux différentes opérations nécessaires à la bonne conduite d ’une lecture critique.3.

etc. etc. Une quatrième section est consacrée aux applications hypermédias et musicologiques du modèle. La con guration matérielle du contenu visé par l’interprétation n’est pas nécessairement idéale au-sein des ressources brutes.2. reposant sur le prélèvement. structuration. L VI. de contenus graphiques et sonores. annotation. de la même page ou de deux pages différentes (et donc.1.VI. sur deux chiers bitmaps). respectivement.2. Le lecteur doit alors être libre de considérer certaines portions comme « bruit » au regard de son projet interprétatif. Conformation matérielle du contenu Toute lecture s’amorce nécessairement par une confrontation avec les caractéristiques matérielles inhérentes aux ressources graphiques ou sonores qu ’elle implique. mise en relation. du fait de l’éclatement sus-mentionné. lorsque cela s’avère nécessaire. un musicologue qui découpe des segments de partition a n de se constituer un répertoire motivique peut être confronté à une unité thématique s ’étalant sur deux lignes. L’assimilation un chier = une unité de contenu qu ’ils encouragent constitue un partitionnement arti ciel inadéquat à leur manipulation critique. Par exemple. Il est alors nécessaire de pouvoir mettre les segments concernés « bout à bout » a n de reconstituer une unité matérielle lisible correspondant au contenu visé. ainsi que de les découper.1. il doit pouvoir extraire les portions pertinentes a n de pouvoir s ’y concentrer : extraire les personnages sur des œuvres picturales numérisées. (divers exemples sont donnés en V.1. Par ailleurs. Cette conformation matérielle du contenu aux enjeux analytiques et synthétiques du projet constitue alors un préalable à la conduite de gestes plus spéci quement interprétatifs (quali cation. le lecteur a besoin d ’identi er et localiser des zones d’intérêt au sein des documents qu’il compulse. Le niveau matériel 163 Chacune des trois sections suivantes s ’ouvre sur la présentation des objectifs du niveau qu’elle aborde. Il peut de plus éprouver la nécessité d ’extraire les fragments correspondant à ces zones identi ées en vue de constituer des groupements thématiques transversaux aux frontières matérielles des ressources. L’information utile y est rarement organisée et structurée. et à ce titre. Localisation et fragmentation pour l’analyse Les opérations matérielle citées ci-avant ne sont pas reléguées aux stades préliminaires du projet de lecture. D’autre part. il peut être nécessaire de procéder au regroupement matériel des portions. à laquelle succède la description des entités proposées avec leurs propriétés constitutives. VI. Objectifs VI. Au l de sa progression. et peut y être éclatée en plusieurs zones non contiguës.1.2. Ces opérations analytiques reposent sur la possibilité fondamentale de délimiter des zones spatiales et des segments temporels au sein. Les gestes qui les soustendent ne revêtent aucun caractère d ’évidence dans le cas des médias techniques non-textuels et appellent une modélisation des contenus idoine. La manipulation critique des ressources peut ainsi supposer un travail d’édition matérielle préliminaire. De manière réciproque. et peut constituer un frein à une appropriation aisée. VI. la recomposition et l ’éviction de portions au sein de leurs continuités documentaires. a n notamment de dé nir des ancrages pour la glose ou la mise en relation de passages.2. les systèmes de gestion de chiers (SGF) des systèmes d’exploitation ne proposent qu ’une manipulation monadique des chiers. . ainsi que.6).).2. pouvoir les écarter ou les occulter. extraire les passages dans lesquels un terme est évoqué par un conférencier dans l’enregistrement audio de sa performance. les opérations dont elles doivent être pourvues et qui ne relèvent pas de la logique métier.2.

). Outre ce découplage technique. par exemple dans le cas où celui-ci s’appuierait sur un proxy pour rationaliser le chargement en mémoire et la diffusion auprès du lecteur. Ressource (Resource) Les Ressources apportent un niveau d’indirection par rapport aux chiers utilisés.164 C VI laquelle peut supposer. Ceux-ci y étant référencés par leur URI ¹³⁹. Le niveau matériel du modèle vise en premier lieu l’encapsulation des objets techniques que sont les chiers. et propose des représentations du contenu de plus haut niveau.2. classe du niveau organisationnel ou annotatif : bleu-mauve . Par ailleurs. On pourra se référer au digramme de classes UML partiel de la gure VI.  dans le texte. nous utilisons les conventions suivantes :  le titre de chaque section consacrée à la présentation d’une entité suit la forme : « <Nom de l ’entité en français> (<désignation dans le diagramme de classes UML>) » .2. Le modèle s ’applique à des chiers présents sur le SGF local comme à des chiers disponibles via une URL Web. les diagrammes de classes UML utilisent les conventions de couleur suivantes pour permettre une discrimination rapide du statut des entités qu’ils présentent :     classe mère d ’une entité du niveau matériel : orangé et hachures . les Ressources sont également destinées à être enrichies de schémas de métadonnées génériques (Dublin Core (DCMI 2010)) ou spéci ques au type de chiers qu ’elle référencent (tags ID3 pour les MP3. leur déplacement physique n ’a de répercussion que sur les objets Ressources. Par ailleurs. informations EXIF pour les photographies numériques. une entité Ressource représente une interface entre l’univers documentaire socialisé du lecteur et son système de lecture personnelle organisé autour du modèle. le nom français est privilégié pour des raisons de commodité de lecture.  chaque élément du modèle évoqué par son nom technique (tel qu’il apparaît dans le diagramme de classes UML) se distingue du reste du texte par un formatage de type « machine à écrire ». . Au l de ce chapitre.2. VI. et une majuscule permet de s ’assurer qu’il s ’agit bien d’une entité du modèle qui est évoquée . la constitution d’éléments composites (multi. VI. plus adéquates à une lecture intensive. sous-classe d ’une entité du niveau matériel : jaune pâle et hachures . la classe Resource est destinée à être étendue pour stocker les informations et comportements relatifs à la gestion des chiers spéci que au système logiciel. classe « technique » : blanc.1. Description des entités Nous présentons désormais les différents constituants du niveau matériel du modèle.2 pour disposer d’une vue synoptique des entités et des relations qu ’elles entretiennent. À ce titre. 139. etc. La différence dans le traitement technique de ces deux types de ressources relève de la responsabilité du système logiciel. comme nous l ’avons dit.2.chiers) ou la restriction du contenu d ’un chier à certaines zones.

Un Fragment sonore se caractérise ainsi par une paire d’instants délimitant un segment au sein de la Ressource temporelle vers laquelle il pointe. Rappelons que les relations d’agrégation et de composition renvoient au traitement du contrôle du cycle de vie des objets au moment de l ’implantation. 140. Le niveau matériel 165 F VI. Ainsi. à l’inverse.2. VI. du simple rectangle au tracé libre. la destruction d ’une entité entraîne l ’éradication de celles qu ’elle compose.2. selon les besoins des lecteurs.2.3.2. et un Fragment d’image dé nit un masque circonscrivant une zone au sein d ’un contenu spatial de type bitmap.VI. la destruction d ’une entité A qui agrège des entités B ne donne pas lieu à la destruction de celles-ci . Plusieurs fragments peuvent ainsi être manipulés comme un tout. Entité matérielle (MaterialEntity) Les Entités matérielles réalisent les objectifs de constitution de contenus composites transversaux aux frontières matérielles des chiers en agrégeant ¹⁴⁰ des Fragments de même type. Fragment (Fragment) Le Fragment représente l ’unité minimale de manipulation matérielle technique des Ressources. : Entités du niveau matériel. Les Fragments jouissent donc d’une certaine indépendance au regard des Entités matérielles qui les référencent. ce masque peut constituer en un tracé vectoriel de complexité variable. laquelle est déterminée selon leur type matériel (un Fragment possède donc une référence vers une Ressource). Au niveau de l’implantation. . Le modèle ne propose pas de manipuler directement les Ressources.2. VI. Chaque type de média donne lieu à un type de Fragment spéci que doté des propriétés idoines permettant la matérialisation de cette restriction.2. mais une restriction de leur contenu.2.

y) ¹⁴². une Sélection est rattachée à une Entité matérielle identi ée.4. Une illustration de cette proposition est notamment donnée en VI. L ’aspect localisation est assuré dans le modèle par des objets Sélections (la quali cation sera quant à elle traitée en VI. exploitée par un outil de visualisation graphique. Une telle concaténation de Fragments n’a aucun sens dans le registre graphique. Au regard de la bidimensionnalité des images.5.2. L’implantation exige de plus l’écriture d ’une méthode permettant l ’audition d ’une Entité matérielle sonore.3). Une Entité matérielle sonore assure la concaténation temporelle de Fragments sonores. 141. une Entité matérielle graphique consiste en une agrégation de Fragments graphiques selon une certaine disposition spatiale.5). Ce rattachement relève d ’une relation de composition. la classe Selection admet autant de spéci cations qu’il existe de types de médias : une Sélection sonore délimite un segment au cœur d’une Entité matérielle sonore. dans le vocabulaire des bases de données. Une annotation peut se dé nir techniquement par l ’association d ’une quali cation à un opérateur de localisation délimitant une portion au sein d ’une ressource. l ’implantation de la classe Entité matérielle graphique doit proposer une procédure de calcul des dimensions totales. les Sélections recouvrent possiblement plusieurs Fragments. VI. selon qu’il s’agit de simples repères temporels balisant le ux à des ns d’orientation ou de points de Sélections destinées à servir de marqueurs de synchronisation (cf. dont la somme des longueurs respectives permet de déterminer la longueur totale de l’agrégat sonore ainsi constitué.166 C VI Les modalités d ’articulation des Fragments étant dépendantes de la nature matérielle des Ressources à partir desquelles ils ont été prélevés. Cette implantation propose également un typage des Sélections sonores. d’une table de jointure possédant des champs. les Entités matérielles peuvent recevoir des annotations. À l ’instar des classes Fragment et MaterialEntity. . Le diagramme de la gure VI. De plus. Sélection (Selection) En tant qu ’ils représentent les contenus d’intérêt constitués et manipulés par le lecteur. permet d ’organiser les Sélections sonores en « pistes » visuelles à la manière des séquenceurs audionumériques. Celle-ci permet d ’enrichir les relations existant entre une Entité matérielle graphique et les Fragments qu’elle agrège d ’informations de position (x. Notre implantation du modèle propose.2.2 présente une réalisation de cette proposition reposant sur le recours à une classe technique LaidOutFragment (« Fragment disposé »). De même que pour les Entités matérielles sonores. Celles-ci sont rattachées aux Entités matérielles auxquelles elles se rapportent. en vertu du fait que la destruction d’un contenu entraîne la caducité des zones spéci ques qui y sont dé nies. de repérage ou de structuration.2. cela signi e qu’il n’est associé à aucune piste donnée (il peut être en attente de classement). cette relation est doublement navigable : une Entité matérielle « connaît » l’ensemble de ses Sélections. 142. il existe naturellement plusieurs types d’Entités matérielles. et une Sélection graphique. à des ns de glose. VI. La même logique de classi cation des « types techniques » est déployée pour les Sélections graphiques. à partir des dimensions et du positionnement des Fragments qui la composent.1. Il s ’agit là de l’équivalent. l’adjonction d’une propriété track qui. La logique algorithmique interne de cette méthode est entièrement dépendante de la technologie choisie par le(la) développeur(se) et des librairies multimédias qu ’elle propose. Le rapport entre une Entité matérielle et ses Sélections mérite d’être évoqué. c’est-à-dire la succession sonore des Fragments ¹⁴¹. Au regard de la nature composite des Entités matérielles précisées supra. une zone géométrique dans une Entité matérielle graphique. Si cette propriété est sans valeur sur un objet Sélection. Chaque Entité matérielle graphique s’assimile donc in ne à un repère cartésien au sein duquel viennent prendre places des Fragments de Ressources. La conjonction Fragments/Entités matérielle apporte donc la exibilité manipulatoire requise par une approche critique des contenus. réciproquement. dans le cas des contenus audio.

Le niveau matériel 167 F VI. Si cette intersection n’est pas nulle. on en déduit un nouveau Fragment (il s’agit donc d’une restriction du Fragment disposé courant). Dans le cas des Entités matérielles graphiques — qui sont. Pour exemple. qui rend alors possible une navigation « généalogique » entre Entités matérielles. y) sont déduites de leurs intersections avec les Fragments disposés constituant l’Entité matérielle 143. chapitre VII).2. Une Entité matérielle pouvant ainsi avoir été engendrée à partir d ’une autre. 4. : Sélection dé nie sur une Entité matérielle agrégeant trois Fragments et donnant lieu à la création d ’une nouvelle Entité matérielle. Le déroulement de cette méthode permet de se faire une idée plus exacte du fonctionnement des Fragments et Entités matérielles graphiques : 1. en cela qu’étant dé nie au niveau de l’Entité matérielle. et en vertu de ce qui a été dit en V. Les sous-Fragments ainsi constitués sont alors regroupés (leurs informations de disposition (x. une Sélection peut également constituer un opérateur de découpe. 3. L ’implantation des classes <X>MaterialEntity doit alors proposer une méthode retournant une nouvelle Entité matérielle à partir de l’une de ses Sélections. Cette méthode fait appel à des fonctions de service dont le code repose sur des calculs classiques d’intersection de formes géométriques. 2. En tant qu ’elle permet la localisation d ’une portion au sein de la continuité d’une Entité matérielle. la Sélection peut recouvrir plusieurs portions de Fragments. il convient de représenter la relation de provenance qui les unit. rappelons-le. retourne une nouvelle Entité matérielle. La liste des Fragments disposés constituant l’Entité matérielle « mère » est parcourue. . à partir d’une Sélection passée en paramètre. Celle-ci est matérialisée par le lien nommé origin (cf. On récupère l ’intersection géométrique ¹⁴³ entre le Fragment disposé courant et le masque de la Sélection passée en paramètre.VI.2. dans l’implantation proposée avec notre prototype d ’environnement (cf.2).3. gure VI. la classe PictureMaterialEntity est munie de la méthode getMaterialEntityFromSelection qui. constituées d ’un repère cartésien articulant des Fragments de dimensions diverses — l’implantation de cette méthode n ’est pas triviale.1 au sujet du lien « philologique » entre fragments de ressources documentaires.

l’histoire des . de même que les aspects de la caractérisation externe relatifs à la mise en relation quali ée d’entités. La gure VI. ce découplage permet aux maillons de partager une couche de représentation uni ée de la signi cation accordée aux contenus par le lecteur. les entités du niveau matériel ne proposent aucun « lieu » où dé nir le corps d ’une glose.168 C VI « mère »). Par ailleurs. elle ne s ’y réduit toutefois aucunement.2. puis donnent lieu à la création d’une nouvelle Entité matérielle. elle suppose le recours à un niveau d’écriture supplémentaire pour la xation du sens. I. La caractérisation interne est couverte dans cette section.3. Comme nous l’avons vu. Bien qu’une lecture d ’interprétation ne saurait se déployer sans les opérations d’édition lui permettant de conformer les contenus selon ses ns. Quali er et me re en relation Dans la section précédente. De plus.  VI. Les deux sections suivantes.4) traitent quant à elles la structuration et la spatialisation des contenus. laquelle est alors retournée. présentent des entités plus spéci quement « critiques » auxquelles les Entités matérielles et les Sélections peuvent être connectées a n de matérialiser l’interprétation. mobilisé au sein d’une chaîne lectoriale constituée de dispositfs logiciels divers (cf. En tant qu’elle vise l’explicitation et la production de con gurations sémantiques nouvelles.3 propose une schématisation graphique des entités impliquées dans ce processus. etc.4) a n de désigner les deux formes de sémantisation d’un élément. la première renvoyant à sa quali cation pour lui-même.3.4. nous avons exposé un formalisme de représentation des ressources documentaires brutes adéquat aux manipulations matérielles supposées par les gestes critiques traditionnels. Les entités présentées dans la section suivante (VI. recherche. et favorise ainsi l’inscription de l’interprétation.3.3.1. que ce soit pour la formulation d’un contenu conceptuel ou la quali cation d ’une entité ou d ’une relation. ce qui autorise une harmonisation des traitement des contenus (constitution de groupements thématiques. exprimer un point de vue ou connecter des entités éparses sous un certain rapport analytique.2. Objectifs VI. L VI. et la seconde.3 et VI.). L’indépendance des niveaux annotatif et organisationnel vis à vis d’un type de média donné constitue également un enjeu du numérique face à l ’histoire des technologies cognitives. B) que tout dispositif de travail documentaire non numérique se caractérise par le cantonnement des fonctions qu ’il propose au type de média pour lequel il est prévu.3.1. Nous avons proposé les expressions « caractérisation interne » et « caractérisation externe » (cf.1.1). à sa contextualisation dans divers systèmes d’éléments organisés. décrire un élément de contenu identi é. V. ainsi qu’en témoignent les deux rectangles bleu-mauves au coin sud-ouest de la gure VI. Ces différentes opérations ont cela en commun qu’elles supposent de recourir à des inscriptions textuelles. Ces entités réalisent un découplage entre la facette conceptuelle de la lecture et les contraintes matérielles dues à la diversité technique de son substrat documentaire. VI. Vers une interprétation uni ée de contenus hétérogènes L’enjeu des niveaux annotatif et organisationnel est de dé nir un accès aux contenus tels qu’ils sont dé nis dans le niveau matériel par l ’entremise d ’entités génériques « orientées interprétation ». En effet.1. VI. nous pouvons voir dans l’annexe historique (cf.3.1.

Exploitée par un environnement graphique. tout objet susceptible d’être nommé.4. VI. les entités des niveaux annotatif et organisationnel sont présentées dans le même diagramme de classes UML partiel.VI. : Entités des niveaux annotatif et organisationnel. Outre les informations textuelles classiques (nom. description. et notamment l ’histoire de l’informatique et du multimédia. date.3. Le niveau annotatif 169 technologies cognitives. et que de nouveaux supports ou formats viennent régulièrement bousculer les habitudes des lecteurs. donné à la gure VI.).3. VI. lesquelles apparaissent regroupées dans une classe technique VisualProperties sur le diagramme de la gure VI. La classe Entité sémantique est destinée à être étendue a n de recevoir des . facteur d’échelle horizontal et vertical. etc.1. ce qui favorise son identi cation visuelle au sein d’un groupement de plusieurs éléments. Il s ’agit donc dans cette section et dans celle qui la suit de se doter d’un cadre conceptuel générique pour l ’inscription de l’interprétation qui soit émancipé de la résistance due à la technicité des contenus non textuels. nous montrent que les supports existants ne cessent d ’être recon gurés.4.4. largeur.3. Entité sémantique (SemanticEntity) Dans les termes du modèle. type. hauteur.2.2. F VI. transparence). auteur. une Entité sémantique possède des Propriétés visuelles (couleur. ces informations permettent au lecteur de xer une apparence propre à chaque contenu. décrit et quali é par des métadonnées est une Entité sémantique. Description des entités Du fait des relations de dépendance conceptuelle qui les unissent.

par exemple.2. un même segment ne peut recevoir à la fois l ’étiquette « Giordano Bruno » et « Pic de la Mirandole ». Ancre. ainsi. laquelle assure un découplage technique entre les modalités de description interne d’un objet et celles de son articulation à ses semblables. Ce chapitre traitant de modélisation et non d’implantation.2). une Sélection renvoie à la facette matérielle — qui consiste en la délimitation d ’une portion précise au sein d’une Entité matérielle donnée — d’une intention lectoriale.4. (cf. une commande hébergeant une partie de la logique métier associe une nouvelle Entité sémantique à chaque Sélection dé nie par le lecteur . Ainsi que l’a remarqué Bertrand Richard (cf. Remarquons que l ’articulation Sélection/Lien/Entité sémantique permet de réaliser la distinction entre annotation-associative et annotation-contributive.2. Nous avons d’autre part conduit un travail qui illustre l’usage de tels tags dans le contexte de lecture savante très codi ée qu ’est la mise en tableau de partition (D et G 2008 .170 C VI schémas (éventuellement structurés) de métadonnées spéci ques aux pratiques métiers instrumentées.4).3. où un passage ne peut relever de deux thèmes.2. les Entités sémantiques assurent les fonctions de mise en relation par le biais de Liens. chaque Sélection possède une référence vers une Entité sémantique (le lien existant entre les classes MaterialEntity et StructuralEntity relève de la section VI. au sens de (Z 2007a) (cf. Lien (Link) La possibilité de connecter des Entités sémantiques évoquée supra est assurée par les Liens. Les Catégories. la propriété uniqueness apporte un premier niveau de contrainte en exprimant le fait qu’une même Entité sémantique ne peut être associée à deux catégories de même type et frappées d’unicité. proposent toutefois quelques raffinements.2. une quali cation conceptuelle.2 donne un aperçu. sur laquelle reposent bon nombre de systèmes d ’information du Web of data. celui-ci peut immédiatement conférer un sens à son geste porté sur le contenu par une quali cation simple ou une glose plus soutenue. III. ce qui confère à chaque Sélection une ouverture sur le reste des éléments impliqués dans le projet de lecture. Les béné ces sont 144. Comme nous l ’avons vu en VI.2.4.4.3. les tags sont adaptés à la construction de points de vue. pour ce contexte de pratiques. gure VI.2. un compromis acceptable entre expressivité. ou de fournir des propriétés pour recevoir les termes d’une ontologie. De plus. et ainsi qu ’en témoignent les gures VI. Catégorie (Category) Les Catégories fournissent un moyen simple de classi er et quali er les Entités sémantiques.2). évolutivité et facilité d ’utilisation par un lecteur non informaticien. dans un projet lectorial visant à indexer les citations lues par les conférenciers selon leur auteur historique dans un corpus de conférences enregistrées données par des spécialistes de la philosophie de la Renaissance.3.4). En n. . Par exemple. Le rattachement entre ces deux classes s ’effectue par l ’entremise d ’une classe de service. telles qu ’elles sont proposées par le modèle. aspects qui excèdent le cadre de ce mémoire. À ce titre. Dans notre prototype d ’environnement.2. La propriété type renvoie au statut de la catégorie.2 et VI. comme nous le voyons infra. Les possibilités conceptuelles en matière de mise en relation de ressources informatiques proposées par le standard XLink (W C 2001) ont inspiré plusieurs caractéristiques des Liens ¹⁴⁴. VI. Leur usage est semblable à celui des tags à l ’œuvre dans la logique dite de folksonomie. Une propriété colour peut être mise à pro t par les environnements logiciels pour une meilleure discrimination visuelle du matériel lectorial. B 2006). thématique ou un typage au sein d’une structure documentaire. Ce même principe est à l’œuvre dans la classi cation paradigmatique de fragments de partitions. I. nous nous concentrons ici sur les caractéristiques fonctionnelles du standard XLink et non sur la syntaxe XML qu’il prescrit. et semblent constituer. VI. sur lequel la gure IV.

cette singularité pouvant représenter. Sur ce point. les Liens connectent des Entités sémantiques qui peuvent être associées à des Sélections dé nies sur des Entités matérielles diverses. d’autre part. La non unicité de cette étiquette permet de dé nir des classes de ressources pour contraindre le processus de traversée. Par le truchement de son Ancre. 145. les Liens peuvent également être interconnectés par d ’autres Liens. et réalisent ainsi une mise en relation d ’objets qui n ’est pas bornée à un unique document. en cela qu’il permet de dé nir des règles de traversée plus ne portant sur chaque couple de ressources associées au lien étendu. le standard XLink est plus riche. gure VI.  . une Entité sémantique peut ainsi être la source ou la destination de multiples Liens. et n’avons pas ressenti la nécessité de l’exploiter pour l’instrumentation d’une lecture critique personnelle. a n par exemple de préciser la nature de la relation qu ’ils matérialisent. et avons proposé au travers de la notion d’Entité sémantique un mode de caractérisation interne abstrait des contenus.). Cette relation d ’héritage traduit le fait que les Liens témoignent d’une interprétation. La première caractéristique des liens étendus réside en leur caractère non invasif. la spéci cité fonctionnelle la plus notable de ces liens étendus est la possibilité de pouvoir connecter un nombre arbitraire de ressources.4 par les associations « */* » qu’ils entretiennent avec la classe Ancre. XLink peut servir de langage d ’implantation pour notre modèle. de contextualisation. qui peut contenir n ’importe quel contenu XML. Dans le modèle que nous présentons. l’articulation « Ressource — Entité matérielle — Sélection — Entité sémantique — Lien » réalise notre volonté d’élaborer un système de lecture reposant sur l’enrichissement et non l ’altération des contenus sources. les Liens de notre modèle peuvent n ’être reliés qu’à un unique objet. Le niveau annotatif 171 doubles : d’une part. Le caractère « n-aires » des relations mises en jeu dans les Liens est représenté sur la gure VI. D ’autre part. que nous écartons du fait qu’ils fondent la navigation (ils connectent exactement deux ressources) et non la représentation de relations complexes (les éléments HTML a et img relèvent de cette catégorie de liens). La section suivante aborde l’implication d’une Entité matérielle dans le projet de lecture. un second niveau de glose. etc.VI. En tant qu ’Entités sémantiques. la parenté conceptuelle entre le standard W3C et les entités que nous présentons ici pourra favoriser sa traduction technique automatisée de l’un à l’autre. il doit en effet leur être loisible de mener une existence indépendante des objets qu ’ils sont susceptibles de connecter. lesquelles ressources peuvent être locales ou distantes. les Liens sont des Entités sémantiques (cf. celles-ci étant alors identi ées dans le contexte du lien par une étiquette ¹⁴⁵. XLink propose deux types de liens : les liens étendus (« extended ») et les liens simples. c’est-à-dire une annotation sur l ’annotation (à des ns philologiques. Dans notre modèle. Les liens XLink peuvent faire l ’objet d ’une sémantisation par l’intermédiaire d’un élément (au sens d’un élément XML) title. nous avons vu comment réaliser l’association d’un contenu matérialisant l’interprétation du lecteur à une Sélection dé nie sur une Entité matérielle. si un autre formalisme est choisi. par exemple. et doivent à ce titre pouvoir recevoir des métadonnées et des Catégories. et un Lien peut admettre. En tant qu’ils sont porteurs d’informations sémantiques utiles au lecteur.3. sa structuration interne en sous unités ainsi que la constitution d’espaces libres. et ainsi être disponibles pour des rattachements futures. des arcs sortant et entrants. Dans cette section. Nous pensons toutefois que ce supplément d’expressivité dans la gestion de l’orientation des arcs est motivé dans le cas de XLink par une ré exion générique sur la notion de mise en relation. de commentaire sur le travail d ’autrui en cas de partage des données. à l’instar des liens étendus XLink.4). De plus. Il est ainsi possible d’exprimer le fait qu ’une ressource étiquetée « A » pointe vers toutes les ressources étiquetées « B ». c’est-à-dire qu’ils peuvent être stockés séparément des ressources qu ’ils associent. Sur ce point. réciproquement.

nous avons vu que toute structuration engageait un point de vue local.1. a n d’en faciliter la manipulation et l’exploitation critique. rassemblés et réorganisés dans de nouvelles structures qui seront à leur tour étendues. le lecteur peut en effet nommer. Sur le strict plan de la modélisation. Articuler L’organisation d ’un projet critique ne se résume pas à celle des documents de son corpus.2) nous donnent alors des pistes sur la façon dont le contenu peut être associé à différentes représentations au sein d’espaces composites. éventuellement associés à d’autres contenus externes par le biais de Liens. qui font éclater les frontières du document. Ces structures d ’organisation plastiques.4. etc. catégoriser et lier les contenus.1. la conjonction d’une Sélection comme opérateur de localisation matérielle et d’une Entité sémantique comme réceptacle du contenu de la glose. Le rôle premier du niveau organisationnel est alors de fournir un moyen de construire la structure d’un contenu brut. 146. Par ailleurs. Les caractéristiques fonctionnelles des espaces et structures d’organisation répondant à ce besoin analyticosynthétique ont été détaillées en V. Structurer La caractérisation interne d ’un document peut exiger. les Entités structurelles peuvent posséder une référence vers une Entité matérielle préalablement dé nie. VI. que tout ou partie de son contenu matériel soit nement partitionné. l ’opération de segmentation sous-jacente ne se réduit pas à la production d’un amas de portions indépendantes prélevée dans une continuité documentaire.7. Certains travaux dans le champ des hypertextes spatiaux (cf.1.4.2. mais une articulation contrainte et organisée de zones soigneusement délimitées au sein de celle-ci. en vertu de leur nature d’Entité sémantique (relation d’héritage). Pour autant. Comme le montre le diagramme de la gure VI. au-delà d’une simple adjonction de métadonnées ou d’un enrichissement parcellaire avec des annotations ¹⁴⁶. mais suppose un lieu propre où se déployer en articulant les différent éléments considérés — produits ou étudiés — par le lecteur.3.172 C VI VI. L VI. Entité structurelle (StructuralEntity) VI.4.2.1. Implication des contenus dans le projet lectorial Les deux précédentes sections ne donnent aucune information sur la manière dont une Entité matérielle se trouve concrètement impliquée dans le projet lectorial. mais fragmentés. décrire. ce qui implique que tout contenu est susceptible de faire l’objet de structurations internes concurrentes. Ce niveau du modèle instrumente techniquement le passage du statut de lecteur au statut d’auteur : les objets considérés ne sont plus simplement quali és pour eux-mêmes. il résulte de ces observations que le niveau organisationnel doit proposer un système d’imbrication et de spatialisation générique des éléments de contenu. décontextualisés.2. déplacées. a n de garantir leur lisibilité et leur appréhension efficace par le lecteur.4. Objectifs VI. supprimées.1. pour lesquelles elles jouent alors. doivent également intégrer des éléments de prescription pour leur représentation graphique. dans les termes du modèle.2.4. Une même Entité matérielle peut alors être associée à de multiples Entités structurelles. suite aux directions de travail établies en II.4. le rôle d’opérateurs de contextualisation critique. VI.4. C ’est-à-dire. En cela. Par leur biais. III. .4. pour réi er l’analyse.

en vertu de leur relation d’héritage.4 établit en effet que toute Sélection possède une référence vers une Entité sémantique. Structuration d ’une Entité matérielle Au-delà de l ’enveloppe sémantique qu ’elles procurent aux Entités matérielles. Ainsi que l’illustre la gure VI. et d’associer une Entité matérielle à chacune d ’entre elles.4.VI. l ’intention lectoriale ayant présidé à son tracé) peut alors être déterminé selon le type ¹⁴⁷ de l ’objet qui y est rattaché : une Entité sémantique renvoie à une annotation libre. Si la notion de réutilisabilité telle qu ’elle se justi e dans un contexte d ’authoring (voir par exemple (D et R 2006)) n’est pas immédiatement pertinente pour la lecture critique. le système peut lui proposer une liste de types de blocs possibles. gure VI. lesquelles font l’objet des prochaines sous-sections.5. du fait de leur différence de nature. lesquelles gagnent alors leur autonomie et peuvent être considérées pour elles-mêmes par le lecteur. chacune agrégeant une succession ordonnée de ses semblables. les Entités structurelles sont de nature récursive. le processus de segmentation se répétant de la même manière sur chacune d ’entre elles. Dans le cas de contenus graphiques. Pour construire une structure de type tout-parties de profondeur variable et dotée d’un ordre de parcours sur une image.2. .4. le modèle propose de dé nir des Sélections graphiques sur l ’Entité matérielle correspondante. Il s’en suit que les Entités matérielles dont une référence est détenue par chacun de ces blocs sont alors hiérarchisées et ordonnées. au moment où le lecteur affine la structure d’une Entité matérielle selon un schéma donné. en affinant l’unité matérielle d’une ressource documentaire par l ’articulation de différentes portions prélevées en son sein. Les Entités structurelles proposent donc un moyen de passer de l’un au multiple. une Entité structurelle. ce qui suppose un découplage des composants par un jeu de références. La gure VI. et fondent la séparation technique entre le contenu documentaire proprement dit et ses modalités de « présentation critique ». à l ’identi cation d ’un grain structurel. les Entités structurelles assurent également leur structuration logique hiérarchique.5) soit con ée au système logiciel qui instrumente le modèle.2. VI. laquelle peut également être. Certains travaux dans le champ de l’ingénierie documentaire ont mis en avant la nécessité de pouvoir réutiliser des fragments de contenu. Le type nal dans la chaîne d ’héritage. aucun axe temporel ne fournit de support à un découpage univoque : si tout point d ’un contenu monodimensionnel possède un « avant » et un « après ». Il convient alors que la création des sous-Entités matérielles extraite de l’Entité matérielle racine faisant l’objet du processus de structuration (cf. les Entités structurelles peuvent être typées selon les éléments disponibles dé nis dans une grammaire documentaire externe. Ces informations peuvent notamment être exploitées pour contraindre l ’imbrication des blocs . celle-ci requiert néanmoins comme nous l’avons vu une importante plasticité structurelle découlant du besoin constant de contextualiser/recontextualiser les fragments. L ’imbrication hiérarchique des Entités structurelles permet alors de conférer une organisation verticale et un ordre de lecture aux Sélections dé nies de manière éparse sur la surface de l ’image. Une Entité matérielle sonore peut être simplement segmentée en une concaténation de sous-Entités matérielles dont les intervalles temporels ne se recouvrent pas. Le niveau organisationnel 173 celles-ci matérialisent un usage particulier qui est fait d ’une ressource (ou d’une partie de ressource) à un moment et un lieu donné. Le statut d’une Sélection (c’est-à-dire. Par le biais des propriétés model et modelItem. ce n’est plus le cas dans un espace bidimensionnel. 147. Les modalités d ’articulation des différentes sous-parties d ’une Entité matérielle aux Entités structurelles qui les organisent diffèrent selon que des contenus sonores ou graphiques sont considérés. Cet aspect est notamment fondé par le lien entre les Entités structurelles et matérielles. et une Entité structurelle.

son interprétation ou toutes formes de notes de parcours. où.174 C VI F VI. Les champs textes que leur confèrent leur nature d ’Entité sémantique les ouvrent également à des usages de « ches ». elles constituent des conteneurs génériques pour l’organisation du projet de lecture. L’usage de la propriété viewType est illustré au chapitre suivant (cf. Qu ’elle soit ou non associée à une Entité matérielle. qui constitue une mémoire des Propriétés contextuelles de tous les éléments qui ont à un moment du projet lectorial été présents dans l’espace (si le lecteur est amené à les y convoquer à nouveau. d’un composant de lecture adapté à une éventuelle Entité matérielle référencée. Dans ce cas.5. Le diagramme de classes UML partiel de la gure VI. : Structure hiérarchique d ’Entités structurelle (ES) articulant des portions d’une Entité matérielle. qui compose les instances de ContextualProperties possédant une référence vers une Entité structurelle « lle » de l’Entité « mère ». Chaque Entité structurelle assure également l’exposition de son contenu — c’est-à-dire. le lecteur peut librement consigner sa glose. et absentElements.4). VI. qui compose des Propriété contextuelles associées aux Entités structurelle composant la descendance complète de l’Entité mère. l ’Entité structurelle constitue l’unité élémentaire d’organisation dans un projet lectorial. la taille et le mode de visualisation de chacun des éléments qui y sont présents.2. ou encore d’un sous-espace libre.3. VII. lineage.4. Elle peut par ailleurs détenir plusieurs collections d ’objets Propriétés contextuelles.4 expose trois exemples : elements. Espaces de construction Les Entités structurelles peuvent être utilisées sans référence à une Entité matérielle. ils . des Entités structurelles qu ’elle agrège — dans un espace bidimensionnel libre. ces propriétés étant détenues par des instances de la classe de service ContextualProperties (cf. où nous montrons comment elle peut prescrire la restitution d’une sous-entité au sein d ’un espace sous l’apparence d’une forme géométrique simple. gure VI. avant de les regrouper dans d ’autres Entités structurelles ou de les articuler à d’autres entités avec des Liens. après les avoir nommées. Une Entité structurelle compose ainsi autant d ’objets Propriétés contextuelles qu’elle possède d’« enfants ».6). Le lecteur peut alors spéci er l’emplacement.

Nous montrons alors comment ceux-ci peuvent faire l’objet d’un processus de fragmentation à des ns analytiques.2.5. déplacement d’un élément d ’une case à une autre. VI.VI. mis en jeu dans la création de contenus hypermédias synchronisés par le lecteur. V. à des ns d ’appropriation critique multimodale (cf.1 et de dé nir les entités logiques qui y prennent part. avec certains de leurs attributs et comportements représentatifs. VI.1). Nous ne sommes donc pas dans un cas de « partitions musicales dynamiques » dont la géométrie et le contenu sont entièrement « calculables » (C et al. La classe Chart (« tableau ») enrichit alors une Entité structurelle standard de méthodes assurant une manipulation consistante de ses Entités lles (ajout et suppression de lignes et de colonnes. V. . telles que des listes ordonnées. V.1. La présentation des entités génériques de base du modèle s ’achève ici. 175 Le modèle prévoit que les relations hyperdocumentaires transversales (cf.5.5. et décrivons les propriétés des fragments résultants.3) et structurelles (qui font l’objet de cette section) puissent être représentées au sein d ’un même espace.1) ¹⁴⁸. dont l’intérêt critique a été discuté en maints endroits de ce mémoire.1). enrichies d’informations de positionnement. etc. telles qu’elles ont été dé nies en V. U : Cette section expose un usage possible des entités du modèle présentées précédemment a n d’apporter une fondation logique aux opérations de constitution et de manipulation d’objets critiques hypermédias. d ’une part. Rappelons. Les applications musicologiques du prototype présentées dans le chapitre suivant illustre l ’usage qui peut être fait des Entités tableaux. 2007). par l ’entremise desquels elle obtient des références vers des Liens. Les Entités structurelles constituent des objets composites sur lesquels le lecteur peut s’appuyer pour structurer un contenu existant ou construire de nouveaux édi ces réi ant son interprétation sous diverses modalités. elle agrège une série d’objets de type « Lien disposé ». 148.5. Il s’agit ici d’expliciter le processus de synchronisation multi-documents évoqué en V. Constitution de documents hypermédias synchronisés L’objectif de la synchronisation est de rendre possible.5.5. que l ’« indexation personnelle » sur laquelle reposent les processus de synchronisation du type de ceux qui sont traités dans ce mémoire re ète un engagement critique du lecteur (cf.1.5. Les Entité structurelles se destinent en n à la création de structures d’organisation plus formelles que des espaces libres. des arbres ou des tableaux.5. et d’autre part.). et la section suivante est consacrée à quelques usages hypermédias envisageables. c ’est-à-dire. À cet effet.  VI.5. la manipulation par un geste unique d ’un ensemble de fragments graphiques et sonores matérialisant une même unité de contenu. indexés et synchronisés a priori de leur mise à disposition (cf. Une application : des entités critiques hypermédias peuvent ainsi retrouver l ’apparence sous laquelle ils étaient manipulés naguère). Une Entité structurelle peut gérer une collection de Liens. que les contenus dont disposent les lecteurs auxquels se destinent nos travaux conduisent une existence indépendante de toute chaîne documentaire au sein de laquelle ils auraient pu être structurés. un même fragment d ’œuvre de l’esprit admettant des représentations documentaires diverses et complémentaires.3. les considérations d ’IHM relatives aux modalités d’accomplissement des gestes afférents étant abordées en VII. Nous détaillons en premier lieu les objets. que le lecteur est libre de disposer selon sa volonté.

les Sélections et Entités structurelles peuvent être mises à pro t pour prescrire des cheminements de l’œil allant de détails en détails d ’une œuvre picturales. Nous nommons celles-ci « Synchrels ». une série d’Entités structurelles associées chacune à une Entité matérielle représentant une page de partition peut être organisée dans une Entité structurelle de plus haut niveau agissant comme une liste ordonnée. une succession de marqueurs dé nissant des points-instants remarquables. les deux lieux des partitions et les trois instants des interprétations où il survient ¹⁴⁹. Pour exemple. Il est donc nécessaire de matérialiser un parcours au sein de ces images. deux notations d’époques différentes. au sein de chacune d ’entre elles. Structuration des documents graphiques et connexion des marqueurs Nous dé nissons la synchronisation hypermédia comme la connexion de marqueurs « ponctuels » déposés sur des documents graphiques et temporels. dans le cas d’une partition. il s ’agit de mettre en relation. la complexité des gestes humains par lesquels elle peut se réaliser étant présentée en VII. des équivalences doivent être établies a n de matérialiser la synchronisation proprement dite. gure VI.2). Les contenus sonores n’ayant pour unique dimension que celle de l’écoulement du temps. . terme construit à partir de l ’expression « synchronisation elements ». qui renvoie à l’organisation intentionnelle du contenu indépendamment de sa réalisation concrète. dont la structure arborescente et ordonnée leur confère un ordre de lecture (cf. la lettre rend possible la manipulation d ’un énoncé oral. par exemple.5) au sein de chacune des Entités matérielles « pages ». il s’agit de faire coïncider celle de l ’écoute du ux à celle du mouvement des yeux parcourant les images. Il peut être utile de préciser à nouveau que ces opérations trouvent leur pertinence au-delà des applications musicales qui constituent l ’exemple directeur de cette section. en référence aux pixels. En revanche. IV.2. lequel trouve son équivalent dans le registre acoustique sur les extraits sonores X. A n de maîtriser la manipulation d’un contenu temporel. c ’est-à-dire des Sélections associées à Entités structurelles (cf.1. il est nécessaire de procéder à sa spatialisation. L’identi cation et l ’ordonnancement des pages. à l’instar de son équivalent temporel. Y et Z. ici. cf. ou une notation accompagnée d ’un sonagramme) et de trois interprétations (produites. VI. Le lien entre marqueurs équivalents est assuré par les entités disposées au centre de la gure.6 présente une schématisation du résultat : des systèmes ont été matérialisés sur deux pages des partitions A et B a n d’héberger des marqueurs (les barres verticales rouges foncées) délimitant un segment. par trois interprètes différents). Rappelons à nouveau que nous n ’abordons ici la synchronisation que sur un plan strictement logique.5. En s’appuyant sur les termes du modèles dé nis dans les précédentes sections. Les systèmes et/ou portées peuvent être graphiquement délimités grâce à des « Sélections structurantes ». leur discrétisation constitue en une succession d’instants pertinents prélevés dans leur durée. Dans le cas d’une œuvre musicale que le lecteur appréhende au travers de deux transcriptions (possiblement. c’est-à-dire d’imprimer une relation d’ordre au produit de leur discrétisation.176 C VI VI. pour chaque événement musical. laquelle caractérise la forme physique du document. Une fois les temporalités des contenus audio et les espace des images tous deux maillés de marqueurs. les images ne prescrivent aucun sens de lecture univoque.4.2. « picture elements » : si le pixel constitue l’élément unitaire primaire d ’une image de type bitmap. systèmes et/ou portées d’une partition consiste à bâtir ce qui est désigné dans la littérature de l ’ingénierie documentaire comme étant une « structure matérielle ». ce qui suppose sa discrétisation (par exemple. Pour rester dans le domaine de la glose multimédia. L ’axe unidimensionnel ainsi reconstitué peut alors accueillir. alors le Synchrel est l’unité de discrétisation du 149. La matérialisation visuelle des systèmes et leur ordonnancement permet alors de reconstruire un parcours de lecture au sein d’une série de pages de partitions. « synchroniser » renvoie à l’idée de mise en correspondance de deux temporalités . alors que dé le un commentaire audio synchronisé à chacune des zones graphiques correspondantes.1). du fait de leur caractère bidimensionnel.1. par opposition à la « structure logique ». Littéralement. l’ordre des systèmes (ou portées dans le cas d’une pièce monodique) en fonction de l ’ordre d ’exposition de leurs pendants sonores dans le ux des interprétations. La gure VI. il convient de xer l’ordre des pages et.5.

lui adjoint une liste ordonnées de marqueurs associés à une abscisse déterminant leur position sur le système.  chaque Entité structurelle « page » agrège autant d ’Entités structurelles lles qu’il y a de systèmes identi és par des Sélections (cf.  chaque Entité structurelle « page » possède une référence vers l’Entité matérielle contenant la ressource graphique représentant la page de partition telle qu’en dispose le lecteur sur son système de chier local . nous proposons une classe ScoreElement (« Élément de partition ») qui. Nouvelles entités impliquées Comme nous l’avons vu. A n de représenter cette spéci cité fonctionnelle. F VI. diagramme de classe UML partiel de la gure VI. utilisés comme repères de synchronisation graphiques (cf. une structure matérielle de type partition/pages/systèmes correspond à un arbre d’Entités matérielles ainsi organisé :  la racine représente la partition. les barres verticales sur les partitions A et B de la gure VI. Ces Entités matérielles générées à partir des « Sélections structurantes » ont cela de particulier qu’elles doivent porter une succession de marqueurs ordonnés. VI.6.4) . héritant de la classe PictureMaterialEntity. .VI.6) sur son Entité matérielle . Une application : des entités critiques hypermédias 177 document hypermédia construit par synchronisation d’un nombre variable de composantes documentaires graphiques et sonores. : Synchronisation d ’un passage commun à deux partitions et trois interprétations.2.5.1.6).  ces Entités structurelles sont à leur tour associées à l’Entité matérielle construite par restriction de la page en fonction de la Sélection y délimitant les contours du système qu’elles représentent.5. et ordonne les pages dans sa liste d’Entités lles elements (cf. gure VI.

ceux-ci n’ont en effet pas besoin d ’une forme vectorielle (propriété mask de leur classe mère.  récupérer les documents (partitions et interprétations) liés au Synchrel courant. Il est de plus possible.6 pour mieux visualiser ces propriétés graphiques).3.  trier les Synchrels en fonction de leurs points d’ancrage temporels respectifs dans une interprétation donnée (méthode de classe) . La distinction entre deux portées différentes — par exemple.2. qui dé nissent des équivalence strictes entre les Sélections qu’ils connectent. Remarquons que les notions de sources et de destinations n ’ont aucun sens dans le cas des Synchrels. diagramme UML partiel de la gure VI. qui sont des PictureSelection (cf.2) « sans épaisseur » : pour être affichés. VI. nous avons choisi de faire hériter la classe Synchrels de la classe Link. .2). de méthodes permettant de récupérer tous les Synchrels qui lui sont connectés. conférée par leur nature de Sélections (cf. VI. et représenter les décalages de synchronisation temporelles entre plusieurs portées dans l’interprétation (par exemple. pages et systèmes de rattachement et de leur abscisse au sein de leur système.2) dont la propriété uniqueness est vraie (une portée ne pouvant concerner deux voix différentes). cf. récupérer les SoundSyncMarkers (réciproques acoustiques des ScoreSyncMarkers) connectés au Synchrel courant .2. il peut alors être pratique de ne manipuler qu’une voix dominante).  récupérer les ScoreSyncMarkers ou SoundSyncMarkers en communs avec un autre Synchrel donné .  réciproquement. l ’exécutant peut marquer un décalage temporel dans son interprétation). leur hauteur étant contrainte par la hauteur de la Sélection rectangle délimitant le système (se référer. ou les documents liés au Synchrel courant mais pas à un autre Synchrel donné .6. respectivement .178 C VI Ces marqueurs sont quant à eux représentés par la classe ScoreSyncMarker. de dé nir un niveau de structuration plus bas que le système pour représenter les portées et leurs fragments matériels associés.3. ce qui est consistant en vertu du caractère critique et idiomatique de l’opération de synchronisation (cf.  récupérer les ScoreSyncMarkers ou SoundSyncMarkers connectés au Synchrel courant sur une partition ou interprétation donnée.5. VI.4.4). les pupitres d’alto et de violoncelle dans un quatuor à cordes — s’opère quant à elle par apposition de Catégories (cf VI. Pour des raisons de commodité. Pour traiter les liens de synchronisation dépeints sur la gure VI. page. il est envisageable d’enrichir cette nouvelle classe d ’accesseurs retournant des références directes vers les Entités structurelles « partition ».2. système) est assuré par les propriétés model et modelItem. La connexion des objets ScoreSyncMarkers s’effectue donc par le biais de l ’Ancre de l’Entité sémantique qu ’ils détiennent. « page » et « système » dans lesquelles est situé l’objet marqueur.  récupérer l ’éventuel Synchrel reliant un ScoreSyncMarker et un SoundSyncMarker donnés (méthode de classe) . renseignées à partir d ’une grammaire externe (cf. à la gure VI.2. à nouveau. ou encore d’une méthode permettant de comparer les positions de deux ScoreSyncMarkers en fonction de leurs partitions.1). si les notes de la main gauche et de la main droite d ’une œuvre pour piano sont alignées verticalement sur sa partition. toujours dans le domaines des documents musicaux. Il est ainsi permis de dé nir des marqueurs de synchronisation au niveau des systèmes et de chacune des portées.  récupérer le premier ou le dernier marqueur connecté au Synchrel courant présent sur une partition ou interprétation donnée . V. Un Synchrel est ainsi un Lien enrichi d’accesseurs et méthodes spéci ques assurant les fonctions suivantes :  récupérer les ScoreSyncMarkers connectés au Synchrel courant .1).2. Remarquons que le typage des Entités structurelles (partition. Deux usages sont envisageables : ne synchroniser que la voix principale d ’une partition polyphonique (un système d ’une partition orchestrale pouvant occuper une page complète du fait du nombre de pupitres.

ce super-fragment n ’est pas une entité de même niveau que les Fragments dé nis en VI. Comme nous allons le voir.5.  un rappel du niveau structurel duquel le super-fragment provient (système. Rappelons que l’Entité structurelle réalise une contextualisation interprétative de l ’Entité matérielle dont elle porte une référence. Catégorie de la portée indiquant la voix) .5.6. VI. sont gouvernés par une intention purement lectoriale. etc. héritant de MaterialEntity. héritant de StructuralEntity. portée.2.  méthode de construction de l ’objet SynchronizedMaterialEntity à partir des deux Synchrels qui le délimitent : parcours des arcs (cf. à récupérer les Fragments graphiques et sonores délimités par les marqueurs qu ’ils connectent. mais à partir de deux ScoreSyncMarkers (dans le cas où le processus de découpe se fait sur le support visuel d’une des partitions impliquées). et dont voici le détail des propriétés et méthodes principales :  une référence vers le Synchrel de « début ».2. qui expose une concaténation de Fragments 150. dont la raison d ’être est de gérer ces ajustements visuels pour une SynchronizedMaterialEntity donnée.2. Une nouvelle matérialité Le super-fragment peut être dé ni a minima par une paire de Synchrels.2. l ’analyste peut souhaiter ajuster la disposition des différents Fragments graphiques dont se compose une Entité matérielle synchronisée. mise en relation.5.VI. laquelle suffit.5. Nous proposons donc une entité SynchronizedStructuralEntity.  méthode identique à celle décrite ci-avant. gure VI.).1.5. spatialisation. Un fragment graphique ou sonore peut alors contenir plusieurs marqueurs entre le « marqueur de début » et le « marqueur de n » qui le délimitent et qui sont connectés à deux Synchrels. et par le biais de laquelle celle-ci peut béné cier de tous les apports des Entités structurelles (quali cation textuelle.5. une référence vers le Synchrel de « n » . Ces différentes fonctions fondent les manipulations sur les Synchrels proposées dans notre prototype.6) et récupération de tous les Fragments (il s’agit bien ici d ’objets de type Fragment) délimités par les marqueurs graphiques et sonores . a n de la conformer au contexte critique dans lequel elle est impliquée (par exemple : alignement des hampes des notes avec d’autre super-fragments pour faire émerger des rapports d ’équivalence rythmique). VI. nous proposons la classe SynchronizedMaterialEntity. contextualisation dans le projet de lecture. Ces aspects sont schématisés sur la gure VI. VI.2. bien que renvoyant à la facette matérielle du contenu. A n de représenter la matérialité propre à ce nouvel objet documentaire de nature hypermédia. et présentées en VII.1. Une application : des entités critiques hypermédias 179  récupérer les Synchrel connectant au moins un point d’une partition et d’une interprétation données (méthode de classe) . catégorisation.2. Fragmentation hypermédia Cette sous-section montre comment les entités du modèle peuvent être étendues pour réaliser le super-fragment ¹⁵⁰ hypermédia évoqué en V.5. .2.2. Ajustements matériels et interprétation Comme annoncé en V. en cela qu’il agrège plusieurs séries de ces Fragments matériels unitaires. et qu’à ce titre. comme le montrent les relations tracées sur la gure VI.7.2.1. il lui incombe de gérer ces ajustements qui.

d ’abord de M2(I1) à M3(I1) puis de M3(I1) à M4(I1). ce qui indique la présence d’une barre de renvoi sur les mesures délimitées par ces marqueurs. . une même portion spatiale possède plusieurs pendants temporels.6. c’est-à-dire posés en vue de fournir une « poignée » pour ajuster individuellement les Fragments auxquels ils se rapportent. VI. Comme en témoigne la gure. L ’implantation des méthodes de traitement des Synchrels perd alors tout caractère trivial. Nous n’en présentons toutefois pas le détail. : Schématisation d ’une des vues graphiques d’un fragment synchronisé.7. F VI.3. Entre ces deux extrémités se trouvent deux marqueurs non synchronisés. le motif correspondant étant alors joué deux fois dans l ’interprétation. et trois concaténations de Fragments sonores — provenant des trois interprétations X. une succession de mesures peut porter une barre de renvoi. La découpe ayant présidé à la création de ce super-fragment s’est basée sur deux Synchrels. dans ce cas.8 illustre un tel cas de « boucle » : les marqueurs M2(P1) et M3(P1) sont connectés au même Synchrel S3. La gure VI. il incomberait à une même SynchronizedMaterialEntity de gérer deux concaténations de Fragments d’images — provenant des deux partitions A et B —. La gure VI. Remarquons alors que.8 contextualise une boucle du même type dans le cas d’une synchronisation de deux partitions à deux interprétations. toutes unies par deux Synchrels). c ’est-à-dire reliés à Synchrel qui permet de délimiter les extraits sonores correspondants dans les documents audio). les deux premiers Fragments d’image ont été décalés verticalement (Delta y 1 et Delta y 2) a n que leurs portées respectives apparaissent alignées dans le super-fragment. Y et Z. connectés aux marqueurs situés à ses extrémités (les marqueurs rouges sont synchronisés.5. et le troisième Fragment a été étiré en largeur (Scale x 3) a n de mieux discerner l’articulation de son contenu rythmique ou de favoriser son alignement « au cordeau » avec d’autres. ces aspects étant par trop éloignés du cœur de notre projet d’instrumentation de la lecture critique multimédia. ce qui donne lieu à sa répétition dans les interprétations .180 C VI d’images prélevés sur un même document graphique (en se plaçant dans le cas de la gure VI. Le cas singulier des « boucles » Les opérations sur les Synchrels évoquées dans cette section reposent principalement sur des parcours de Liens visant à récupérer et organiser les Fragments concernés par la découpe hypermédia au sein des différents documents graphiques et sonores impliqués. dans le cas d’une partition.

Une application : des entités critiques hypermédias 181 F VI.5. . : Schématisation d ’une boucle dans la synchronisation d’une partition P1 à une interprétation I1.8.VI.9. : Contextualisation d ’une boucle sur la synchronisation de deux partitions P1 et P2 à deux interprétations I1 et I2. F VI.

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chapitre V). En tant que système graphique et interactif. ça peut amener à prendre des risques.183 CHAPITRE VII P ’  Vivre sans lecture c ’est dangereux. ce prototype entend alors proposer des modalités d ’appropriation sensibles des entités logiques du modèle conceptuel a n de répondre aux directions théoriques avancées à la section II.3.1. Le dispositif est en n destiné à la confrontation avec des utilisateurs « réels » a n de discuter. nous présentons le prototype d ’environnement logiciel qui constitue le second volet de notre contribution technique. VI).1. VII.1. Prérequis technologiques Appréhendées dans la visée d ’une implantation concrète. I Dans ce chapitre.3. ces aspects étant traités au chapitre suivant. puis détaillons les différents modules dont se constitue l’environnement ainsi que les fonctions qu ’ils rendent possibles. suite au modèle conceptuel détaillé au chapitre précédent (cf. Son développement entend en premier lieu démontrer la faisabilité technique des opérations que nous avons identi ées comme étant fondamentales pour la bonne conduite d’une lecture critique multimédia (cf. H. Ce prototype poursuit un objectif triple. P VII. valider et in rmer les hypothèses et directions de travail formulées en II. les spéci cations fonctionnelles du chapitre V prescrivent une série de prérequis technologiques contraignant le choix de la plateforme logicielle de développement. Nous présentons dans un premier temps la ré exion technologique ayant précédé et modelé la phase de développement. Nous avons en premier lieu écarté la possibilité de nous appuyer sur une application existante reposant . il faut se contenter de la vie.

Ce terme désigne. avec lequel la logique propre d’une éventuelle application « cadre » ne pourrait alors qu ’interférer. IX. MacOS et GNU/Linux. certaines contraintes relatives à l ’implantation des interfaces humain-machine doivent également être satisfaites :  La technologie retenue doit être dotée d ’une bibliothèques de widgets ¹⁵⁴ fournie et paramétrable pour implanter rapidement les fonctions de saisie et de représentation de données « classiques ».  La technologie retenue doit prendre en charge l’intégralité des possibilités des dispositifs de pointage modernes (cinq boutons. Outre ces deux contraintes fondamentales — possibilité de générer une application complète et multiplateforme — et les aspects propres à tout langage orienté objet moderne (héritage simple.184 C VII sur une architecture extensible par des greffons ¹⁵¹. écriture et manipulation de contenus XML (pour la gestion des données sous leur forme de persistance) . 152. dans la langue d ’Hemingway. en cela qu ’il consiste à établir des principes génériques pour la conception d’environnements critiques multimédias personnels. plug-in. 151. tableaux de données et autres cases à cocher constituent autant de widgets que l ’on rencontre dans les applications graphiques traditionnelles. dans le vocabulaire des IHM logicielles. Du fait de la singularité visuelle et interactionnelle de l’environnement visé. 153. Ou.  manipulation d ’images bitmaps (affichage. retaillage) . puissants et originaux selon le langage et la bibliothèque considérés) assurant des fonctions génériques de saisie et de restitution de données.  lecture. La rapidité de développement que peut conférer une telle approche est disquali ée par le fait que notre engagement scienti que appelle un développement ex nihilo. Une telle direction suppose que chaque composant logique ou ergonomique amené soit justi é au regard de la singularité du but poursuivi. Les boutons. molette). l ’environnement visé s ’inscrivant dans le paradigme des applications « bureau » (desktop applications) . communication par événements) nécessaires à l ’implantation et l’exploitation du modèle conceptuel. Windows. qui peut être étendu par des composants écrits au recours des technologies XUL/XPCOM.  Plusieurs opérations décrites dans les spéci cations fonctionnelles (cf. On peut citer le cas du navigateur Firefox de la fondation Mozilla. des composants préprogrammés (et plus ou moins con gurables. en 2010 — et certainement pour quelques années encore —. grossissement. V) font appel à un grossissement paramétrable par l’utilisateur. interfaces. la technologie de développement retenue doit satisfaire les aspects suivants :  manipulation de chiers audio mp3 (lecture. . Nous pensons par ailleurs que la conception et le développement d’un outil cognitif adressé au lecteur « ordinaire » — fût-il savant — doivent s’adosser à une plateforme technologique pouvant produire des applications dont l’exécution est possible sur tous les systèmes grand-publics ¹⁵². adressage d’un timecode précis) . menus. Ceci suppose des fonctions de dessin vectoriel pour la création des composants visuels interactifs dont la logique singulière ne peut être couverte par des widgets.  un portage Web relativement aisé pour étayer la poursuite du travail de ré exion autour de l ’idée d’environnement critique multimédia complet (cf. Nous avons opté pour cette francisation — par ailleurs contestable — du terme anglais framework.2) . À savoir. arbres avec nœuds extensibles. notamment en contraignant les greffons à suivre son propre paradigme d’interaction humain-machine.  disponibilité d ’un cadriciel ¹⁵³ architectural mature et de qualité pour rationaliser l’organisation du code.  accès en lecture et en écriture au système de gestion de chiers du système d’exploitation de l’utilisateur. 154.

http://www. laquelle ne supporte toutefois pas le langage XAML et contraint à recourir à la bibliothèque Gtk. Le verrouillage complet aux systèmes Windows disquali e cependant cette technologie (nous savions notamment avant d ’amorcer les développements que des sujets pour les expérimentations utilisaient le système MacOS et la distribution GNU/Linux Ubuntu).rawmaterialsoftware. La bibliothèque Juce est notamment utilisée dans le séquenceur audionumérique commercial Tracktion. Dans un contexte de développement d’une application nie et robuste visant à être distribuée. l ’implantation libre du framework .1. aspects centraux dans le code d’une application graphique correctement architecturée). et d’autre part. Au travers des dernières versions de sa plateforme . Les aspects soulignés sont : le recours à des standards W3C.Net.python. La plateforme XUL. au travers de Mono (http://www.php 157. C++ est historiquement un langage haut-niveau.Net ¹⁶¹ — notamment. 163. les WPF et le langage de description d ’interfaces XAML —. http://www.org 160. Tout au moins.Net. 156. d’une part. de la nécessité d ’utiliser la bibliothèque Gtk ¹⁶⁰ pour élaborer des applications graphiques. et est notamment le langage le plus utilisé pour les applications destinées à l’environnement de bureau Gnome ¹⁵⁹. l’accès 155. http://www. L ’intérêt de XUL ¹⁶³ pour le prototypage d’applications « orientées document » a été mis en avant par Gebers Freitas (G F 2008). de son positionnement purement « bureau ». Le langage Python. Nous avons en premier lieu exclu le langage C++. au regard d ’un langage comme Java. 158.com/Main_Page. et à condition de viser une application purement « bureau ». nous l’avons écarté du fait.mozilla.gtk. Toute efficace qu ’elle peut être. le système de gabarits paramétrables pour les constituants de l’interface graphique (templates).microsoft. C# est par ailleurs très utilisé dans la communauté des développeurs de logiciels libres. l’écriture des écouteurs d’événements et la gestion des delegates. Introduction 185 VII.org/En/XUL . laquelle repose de plus sur l’excellent langage C# ¹⁶² qui apporte des « améliorations » syntaxiques fort appréciables par rapport au vieillissant langage Java (notamment.org 159.com/juce. Technologie retenue Nous restituons dans cette sous-section le cheminement que nous avons suivi lors du choix de la technologie de développement pour notre prototype. Python ¹⁵⁸ jouit d ’une réputation croissante dans la communauté des développeurs de logiciels libres.VII. La plateforme . http://www. et en n. nous considérons que l’usage de cette bibliothèque est grevé par une API et un panel de widgets peu motivants. nous préconisons l’emploi de la bibliothèque Juce ¹⁵⁶. Le langage C++. 161. http://www. https://developer.2. Microsoft propose une solution technique très attrayante pour le développement d ’IHM. le positionnement bas-niveau ¹⁵⁵ (notamment. dont l’hétérogénéité et le grand nombre des bibliothèques disponibles. qui propose des fonctions de manipulation graphiques et sonores ainsi que des widgets d’IHM de grande qualité ¹⁵⁷.com/net 162.gnome.org. de la rme Mackie. Malgré les indéniables qualités conceptuelles et syntaxiques de ce langage. la méticulosité imposée par la gestion de la mémoire) et les ajustements qui doivent être portés au code pour engendrer une application tournant sur tous les systèmes d ’exploitation en font une technologie davantage adaptée à l’optimisation des performances qu ’au prototypage rapide.1. mono-project. la possibilité d’écrire des composants (XPCOM) dans plusieurs langages tout en les rendant accessibles au reste de l ’application via un langage de script simple tel que JavaScript (couche XPConnect).

html 166. ouverture vers le Web.oracle. par exemple. Netbeans.186 C VII aux composants déjà codés par la fondation Mozilla et que l’on retrouve dans leurs applications phares. Nous avons cependant estimé que ces avantages étaient contrebalancés par trois aspects majeurs : 1) la quasi absence. http://www. séquenceur audionumérique. Ces cadriciels ont pour points communs. http://download-llnw.html .nu. Spring. 169.html 170. ce qui a empêché le développement de connaissances théoriques et méthodologiques sur les bonnes pratiques d’architectures applicatives. 167. bibliothèques graphiques complètes.org/swt — la technologie promue par IBM et à la base de l’EDI Eclipse. etc. choisir entre Eclipse 164. Swing ¹⁶⁷ ou SWT/JFace ¹⁶⁸ pour la construction de l’IHM — selon les préférences du développeur. mais les architectures logicielles desquelles ces EDI procèdent. et qui ont été mises à disposition des communautés de développeurs par les rmes qui les éditent.com/javase/6/docs/technotes/guides/swing 168.com/technetwork/java/javase/tech/index-jsp-140239. en plus de ce que permet le JDK.net/intro/index. le langage Java en lui-même assure une lisibilité appréciable pour la diffusion et la maintenance du code. Nous avons ainsi rejeté cette technologie. Indépendamment du reste de la plateforme de Sun/Oracle.html). la possibilité d ’un développement modulaire par greffons.xom. tant sur le plan technique que conceptuel et méthodologique.com/technetwork/middleware/ jrockit/overview/index. le grand succès du langage a conduit aux développements de cadriciels architecturaux trop hétérogènes. un système de docking graphique des sous-fenêtres ou encore une architecture inspirée du méta-patron MVC.dev. 3) la quasi absence de XUL sur la scène industrielle. D’une part. paradigme objet. et souvent fort complexe. Malgré l’identité du langage sur lequel elles reposent. ou encore sur le JSR 296 Swing Application Framework ¹⁷². logiciel de retouche d ’images. 172. À moins de viser une application multimédia extrêmement lourde (montage vidéo. L’ensemble des prérequis techniques listés dans la sous-section précédente peuvent être satisfaits par le recours.oracle. ne pouvant pas communiquer les uns avec les autres. Toutefois. toute application Java peut être déployée sur le Web via la technologie JWS ( Java Web Start) ¹⁶⁹. comme en témoignent des applications « bureau » lourdes telles que l ’environnement de développement intégré (EDI) IntelliJ Idea.). nous opposons deux incommodités majeures dans l’utilisation de Java pour le développement de notre prototype. de la rme JetBrains ¹⁶⁴.com/technetwork/java/javase/tech/index-jsp-136112.oracle. Les prérequis énoncés dans la précédente sous-section — caractère multiplateforme. le développement d ’une application « bureau » lourde peut s’appuyer sur les plateformes RCP ¹⁷¹ Eclipse. à des bibliothèques éprouvées : JMF ( Java Media Framework) ¹⁶⁵ pour le multimédia. une interface multidocuments. il est considéré comme une mauvaise pratique de démarrer un projet d’ampleur moyenne sans le recours à un cadriciel architectural éprouvé favorisant la rationalisation de son organisation et son évolutivité. face aux avantages indéniables que sont son universalité et la profusion de ses bibliothèques. — conduisent presque naturellement à l ’évocation des technologies Java. les problèmes de performance qui ont longtemps attiré les foudres des partisans du C++ ne méritent plus d ’être évoqués. début 2008.oracle. 171. Précisons pour le lecteur non spécialiste de la constellation de technologies Java que les RCP que nous citons ne désignent pas les EDI Eclipse et Netbeans.eclipse. La plateforme Java. etc. redoutant de devoir passer plus de temps à rechercher l ’information pertinente qu ’à implanter le prototype. Pour exemple. Remarquons de plus qu ’Oracle propose la machine virtuelle JRockit (http://www. qui permet d ’obtenir des vitesses d’exécution bien supérieures à celles constatées avec la JVM clas- sique héritée de Sun. imposant un choix en amont auquel devra intégralement se cantonner le développement ¹⁷⁰. d ’une documentation complète et d ’exemples avancés (notamment d’applications multimédias) . http://www.java. http://www. http://www. Par ailleurs. ces solutions constituent des univers clôts. Rappelons qu ’en 2010. XOM pour le traitement de données XML ¹⁶⁶. Les avantages de XOM sont mis en avant par Bruce Eckel (E 2006) face aux fonctions XML intégrées au JDK de base. 2) la complexité d ’implantation de fonctions multimédias avancées au regard de ce que permettent les plateformes Java ou Flash (voir infra) . Ainsi. Rich Client Platform (plateforme de client riche). 165. la mise à jour automatisée des composants. https://appframework.

etc . Au l de la dernière décennie. Le JSR 295. prise en charge de périphériques multitouch. et Flash désigne à ce jour une plateforme de développement complète tournée autant vers le Web (RIA — Rich Internet Applications) que vers le bureau (RDA — Rich Desktop Applications). et de reléguer l’innovation aux nouveaux langages tournant sur la JVM que sont le langage de script à typage dynamique Groovy ¹⁷⁴. on peut citer : 1) le binding ¹⁷⁷. constitue l’équivalent de XAML ou XUL pour Swing. Ses concurrents directs sont Silverlight (qui écope des (dés)avantages de la plateforme . et le rejet de bon nombre de JSR pour la future version 1. édition 2). Introduction 187 RCP et Netbeans RCP ne se résume pas à un choix architectural. 174. http://clojure. 180. En effet. qui évite de devoir écrire des beans complets ¹⁷⁸ .codehaus.eclipse. Sur ce point. l’a toutefois tenu hors de nos options envisageables pour le prototype développé dans le cadre de ce travail. manipulation de contenus XML (via E4X. l ’implantation de la gestion des événements étant par ailleurs très verbeuse en Java.codehaus. manipulation des ux 173. Vient avec une importante bibliothèque de fonctions dont. D’autre part. Il convient par ailleurs de mentionner le projet Eclipse e4 (http://www.scala-lang. (http://jcp.7.org 177. entre autres : manipulation d’expressions régulières. notamment des ligatures).org. qui propose de sucroît le cadriciel architectural Griffon ¹⁷⁹. soutenu par Sun/Oracle. ce format « graphique » a évolué. la déclaration programmatique de composants Swing ou SWT étant extrêmement fastidieuse et entravant leur réutilisabilité. et Netbeans RCP. 179. spéci cations ECMA-357. Ces différents sont au cœur du langage Groovy.VII. Rappelons qu’une classe respectant les conventions des beans suppose. moteur de rendu textuel (avec des gestion des fonctions de fontes avancées.org 175. à Swing. Parmi les innovations qui nous semblent être déterminantes dans un développement rapide et consistant d’applications « bureau » correctement architecturées. Langage de script orienté objet dont la syntaxe ressemble à Java. À l ’origine. qui adapte au monde Java un certain nombre d’évolutions que l ’on trouve dans d’autres langages : description des IHM en XML (à la manière de XAML ou XUL). implantation aisée du glissé-déposé. Eclipse RCP est très lié à SWT/JFace. http://www.org). Cette plateforme se constitue des éléments suivants :  Langage ActionScript 3.Net) et JavaFX (assez immature et incapable d ’affirmer une quelconque supériorité technologique face à Flash et Silverlight).1. http://groovy. Le plateforme Flash. 2) la gestion des properties. Sorte de croisement entre Grails (lui-même inspiré de Ruby on Rail) et le JSR 296. paramétrage de l ’apparence des composants via des feuilles de style CSS. l’écriture d’un accesseur et d’un mutateur public pour chaque propriété et du code permettant de gérer la communication par événements. et suppose l’écriture d’une quantité conséquente de code. dans une syntaxe YAML (http://www.org/e4) — encore en pleine gestation en décembre 2010 —.yaml. « Beans Binding ». effets visuels avancés. http://griffon. Flash est une technologie d’animations vectorielles légères destinée au Web dont l ’utilisateur pro te par l ’intermédiaire d’un greffon installé sur son logiciel client. 178.org 176. À ce jour. Mais son immaturité en 2008. Dans les faits. date à laquelle nous avons amorcé le développement. gestion des événements. Groovy — adossé à Griffon — constitue une solution moderne et efficace pour le développement d’application Swing orientées bureau ¹⁸⁰. tout ceci est nécessaire à la bonne communication des objets du modèle avec les autres couches de l ’application. 3) la disponibilité d’un builder pour la description des composants d’IHM. mais également à un choix de bibliothèque graphique ¹⁷³. entre autres. API de dessin vectoriel. la volonté d ’Oracle semble être de préserver au maximum le langage Java.org/en/jsr/detail?id=295) a été rejeté pour le SDK 1. le LISP-like Clojure ¹⁷⁵ ou encore Scala ¹⁷⁶ et son concept de traits. et repose notamment sur le langage de description SwingBuilder qui. Griffon apporte un cadre de développement rationalisé pour la construction d’applications moyennes/lourdes en Swing. qui généralise la logique de communication par événements en produisant une synchronisation instantanée entre la couche représentant le modèle de donnée et la couche de présentation . 3D. qui est intégrée au JDK de base. le langage Java en lui-même est vieillissant.7 du SDK l ’éloignent de certaines innovations conceptuelles et syntaxiques caractéristiques des langages plus modernes.

html 182.  Framework Flex ¹⁸¹.). Nombre de ces cadriciels sont bâtis sur des concepts propres à la plateforme d’Adobe.com/devnet/flex. http://www.188 C VII binaires représentant n ’importe quelle donnée (images bitmaps. évitant ainsi au développeur de réassumer intégralement cette tâche fondamentale lors de chaque projet. Le framework AIR donne accès aux ressources du système local. Flex connaît par ailleurs un succès croissant dans le monde J2EE comme technologie dédiée à la couche présentation (clients lourds et semi lourds). et faisant alors office de nom de variable.com/devnet/air. ce qui s’explique en premier lieu par ses capacités d’interaction avec d ’autres plateformes. http://www. une bibliothèque de composants graphiques avancés (ainsi que l’illustrent les captures d’écran du prototype proposées tout au long de ce chapitre). un mécanisme d ’habillage (skinning) des composants. et propose également la gestion de l’impression. et équivaut à une déclaration de classe faite dans un chier ActionScript. etc. MacOS et GNU/Linux. L’arborescence de composants décrite dans un chier MXML peut être librement altérée à l’exécution du code ActionScript. Chaque chier MXML dé nit un composant. L’identi cation des sous composants s’effectue par l ’entremise d’un attribut id dans l’élément XML qui leur attribue une place dans la hiérachie MXML. On appelle cadriciel architectural un cadriciel offrant une base méthodologique pour l’organisation du code au niveau global de l ’application. Le framework Flex propose. ux réseaux. MXML est un langage XML rendant possible la construction d ’interfaces graphiques de manière déclarative. une application Java dotées de fonctions irréalisables sur la plateforme Flash). entre autres. Par leur aspect communautaire. des composants de visualisation de données (graphiques divers. Ceci a notamment conduit au développement d ’une documentation abondante. fonctions de manipulation audio. un mécanisme de binding. discuter et éprouver des solutions types d ’architectures applicatives. La conjonction des différentes technologies constitutives de la plateforme Flash permet de pleinement réaliser les prérequis énoncés. C ’est ainsi vers elle que notre choix s’est porté. ou certains aspects d’une application. Malgré la relative jeunesse de la plateforme Flash. un moteur de rendu HTML basé sur WebKit et la possibilité de communiquer avec d’autres processus tournant sur le système d ’exploitation de l ’utilisateur (par exemple. un mécanisme de packaging et un installeur disponible pour Windows.  Couche RDA AIR (Adobe Integrated Runtime) ¹⁸². Chaque composant Flex est accessible dans le corps d’un chier MXML ou dans une classe écrite en ActionScript.1. VII.html . OLAP). par imbrications d ’éléments XML correspondant chacun à un composant identi é (dans la bibliothèque de composants d’Adobe ou écrit par le développeur). sa bibliothèque de widgets très conséquente et orientée visualisation de données. tout en ouvrant le développement à un déploiement Web. ces cadriciels visent alors à diffuser. ainsi que par la rapidité de développement graphique conférée par la syntaxe MXML.adobe. graphique et vidéo. Développement avec un cadriciel architectural On peut voir un cadriciel comme une sédimentation de bonnes pratiques de développement mises à disposition des développeurs sous la forme d’un ensemble de composants logiciels réutilisables fournissant un matériau technique de départ pour construire une application.  Langage de description d ’interface XML MXML.3. le modèle événementiel de Flash repose sur une propagation au travers de l’imbrication hiérarchique 181.adobe. Pour exemple. la popularité de Flex dans le monde J2EE et l ’engouement général pour cette technologie dans le contexte du Web of data ont donné lieu à l ’apparition de plusieurs cadriciels architecturaux (dont certains sont directement inspirés d’outils J2EE).

et qui réduit leur réutilisabilité. with different points of view. Selon Quint et Vatton (Q et V 2005). par oppositions aux classes surchargées d’informations spéciques imposées par certains outils J2EE. Notre travail se tient toutefois hors de toute discussion portant sur la pertinence de ce modèle. : Propagation graphique des événements Flash. Dans le monde Java. 185.VII. et ainsi de suite jusqu ’au composant de plus haut niveau. ce qui permet alors de mobiliser une même méthodologie dans de multiples contextes de développements. En cela. en direction desquelles les classes du développeur n’entretiennent aucune dépendance fonctionnelle. des classes représentant les données du domaine.  Les composants visuels doivent être les plus réutilisables possibles : ils embarquent tout le code nécessaire à leur logique interne (gestion des états. Ce cadriciel implante son propre mécanisme de communication reposant sur le patron de conception Observateur. de Cliff Hall. ou à être sérialisées et persistées ¹⁸⁶. F VII. affichage des données. il s’agirait de POJO (Plain Old Java Objects). etc. ou de ses multiples dérivations et améliorations. elles peuvent être inspirées des patron J2EE VO ou DTO. PureMVC repose sur une implantation du méta patron de conception modèle/vue/contrôleur. il devient en effet nécessaire d ’opérer une traduction « conceptuelle » en plus de la traduction syntaxique et lexicale. ». la connexion entre les deux étant assurée par les classes PureMVC. mais sans réfé183. help the user to perceive the various aspects of a complex structure. Ce cadriciel invite à écrire.1. 186. http://puremvc. Introduction 189 des composants graphiques (cf.1) : un événement émis par un composant est transmis à son parent graphique. . à assurer un typage fort de l’information entre les différentes couches d ’une application. gure VII. l ’usage du méta-patron de conception MVC dans le développement d’un système documentaire se justi e par le fait que « [t]he idea is that several graphical representations of the document.org 184. un avantage majeur de PureMVC est son caractère non invasif. Outre son caractère « multiplateforme » et le dépassement du mécanisme événementiel de Flash. Ces classes se destinent à être échangées entre applications via le réseau. cette indépendance vis-à-vis des spéci cités de la plateforme Flash étant à la source de la traduction de PureMVC dans une dizaine de langages objets. d’une part.). L’implication de cet ancrage des mécanismes événementiels dans la logique d ’ordonnancement graphique de l’application dans les modalités de communication interne d ’un cadriciel architectural constitue un frein à la traduction du code dans un autre langage . Ces deux raisons ont motivé notre choix du cadriciel PureMVC ¹⁸³. et d ’autre part.  Les objets de données sont implantés dans des classes ActionScripts standards ¹⁸⁵. Par ailleurs. laquelle apporte toutefois un certain nombre de raffinements ¹⁸⁴. le recours au modèle événementiel Flash induit un couplage trop important entre la logique interne de l ’application et son substrat graphique. Comme son nom le laisse présager.1. des composants visuels réutilisables.

elles peuvent véhiculer n ’importes quelles données. G ’ VII. Lorsqu’un changement survient. Au sens du patron de conception du même nom. Par exemple. chapitre III) s’inscrivent dans le paradigme SDI. le Mediator qui est associé à ce dernier est à l’écoute du clic sur son bouton de validation. mutation et persistance. l ’envoi d ’une Noti cation nommée NOM SAISI par le Mediator gérant le formulaire pourra donner lieu à l’exécution d’une Command de type CréerNouveauNom hébergeant la logique métier correspondant à la création d’un nouveau nom d’utilisateur (qu’elle récupère du corps de la Noti cation) dans le système.  Chaque composant visuel (ou groupe de composants visuels) est alors géré par un Mediator. dans le cas d’une application où l’utilisateur est invité à saisir son nom via un composant visuel de type formulaire. V. mêlant SDI (Single-Document Interface) et MDI (Multi-Documents Interface). par exemple). Dans ce cas.3. qui est écoutée par des Mediators s ’étant déclarés comme intéressés par ce type de Noti cations (c’est le principe du patron de conception Observateur). appeler une méthode d’ajout. VII. Nous montrons par ailleurs 187. . Dans l’exemple précédent. Eclipse. et où chacun d ’entre eux peut occuper l’intégralité de l’espace écran. qui assure sa communication avec le reste du système. Par exemple. II. le code métier devra récupérer l ’objet gérant les données de type « nom d ’utilisateur ». lesquels peuvent alors altérer en retour les composants visuels dont ils ont la charge. à la suite duquel il récupère les informations textuelles saisies qu’il envoie alors au reste du système pour traitement par le biais d ’une Noti cation. logique métier. c ’est-à-dire une classe sans état doté d’une unique méthode execute et dont la durée de vie est conditionnée par l ’exécution de l ’algorithme qu ’elle contient. ce qui interdit une circulation uide entre les postures d’« orientation » et de « concentration » (cf. et être associées à des Commands ¹⁸⁷. 188. Organisation de l ’espace de travail En vertu de la nécessité d ’articuler le travail sur plusieurs contenus à la fois (cf. Dans l’exemple précédent. suppression. Netbeans.  Les Proxies hébergent la logique de domaine permettant de manipuler de manière cohérente les classes représentant les objets de données.1. il pourrait exister une classe Proxy ProxyUtilisateurs gérant tous les objets de données de type « nom d’utilisateur » et assurant leur création. et éventuellement déclencher un mécanisme de persistance. où la navigation entre plusieurs documents s’opère par l’intermédiaire d’un système d ’onglets.4) et la concentration sur un contenu donné (cf. un Proxy peut envoyer une Noti cation d ’un certain type vers le reste du système. V. La simplicité et la robustesse conceptuelle de l’architecture PureMVC nous a permis de développer un prototype logiciel où logique de domaine. gestion de l ’interaction et construction des composants visuels sont clairement séparées. IntelliJ IDEA. Les sections suivantes sont consacrées à sa description. à l’aune des spéci cations énoncées dans le chapitre V.2. l ’interface graphique utilisateur de l’environnement suit un paradigme « double ».2. Pour articuler ces deux dimensions constitutives de la lecture critique.190 C VII rence aux éléments applicatifs (un algorithme de logique métier.3).  Les Noti cations constituent le bus de communication interne d’une application PureMVC . Nous avons remarqué que la quasi totalité des outils présentés dans l ’état de l’art scienti que et technique (cf. notre approche s’inspire de l ’interface des EDI ¹⁸⁸.3).

ainsi que l’espace « méta-lectorial » (cf.3. VII.4 et VII. la zone centrale.2. plus large.2).  « ]] » : affichage du volet gauche et de la zone centrale .2) et le chuttier (cf.1.2.3.  « ][ » : affichage des deux volets latéraux et de la zone centrale. VII.1. l’arborescence principale d’Entités structurelles (cf. : Organisation générale de l’interface de l’environnement. Comme le montre la gure VII.2. qui prolongent alors le paradigme MDI tel qu ’il est implanté dans les bibliothèques classiques de widgets équipés d’un mécanisme de docking. et leur visibilité est contrôlée par quatre boutons permettant de basculer dans autant de positions :  « [] » : maximisation de la zone centrale (masquage des volets latéraux). En n. F VII.3. : Boutons de contrôle de visibilité des panneaux du tryptique (détail de la gure VII.6). VII. VII. VII. l ’écran de l ’environnement se compose de trois zones.2.2.  « [[ » : affichage du volet droit et de la zone centrale .2) (sur la gure VII. VII.3. Le volet de gauche héberge la liste des Entités matérielles impliquées dans le projet (cf.3).2. Généralités sur l ’environnement 191 comment plusieurs documents peuvent être étudiés côte à côte au sein des espaces libres (cf. pour une meilleure concentration sur le document en cours d’étude . VII. cette zone est vide).6). et épouse une disposition horizontale a n de s ’allier aux dimensions 4 :3 ou 16 :10 des écrans actuels. F VII.3.3.1.1) et de tisser des Liens avec d’autres éléments (cf. . La largeur des volets latéraux peut être modi ée. VII.2).1).2.VII. se destine à recevoir les différents composants d’analyse et de synthèse proposés par l ’application (cf. Le volet de droite contient l’inspecteur d’Entités sémantiques permettant de renseigner leurs propriétés (cf.

3) l’écriture de plusieurs Proxies PureMVC (cf. elles la déterminent pour partie en xant des catégories conceptuelles sur lesquelles se fonde le regard analytique.1. À droite de cette liste se trouvent un champ texte vierge et un color picker libres par le biais desquels l’utilisateur peut créer de nouvelles Catégories.4).2. : L’espace « méta-lectorial » : dé nition de Catégories sémantiques et paramétrage de l’environnement de travail.2).2. 2) l’implantation d’une logique de communication événementiel sur ces classes (à la manière des JavaBeans) en utilisant les possibilités du SDK ActionScript .2.3) a n de disposer d’une couche de gestion globales des différentes instances d ’Entités matérielles.2) via un composant de type « accordéon ». sémantiques et structurelles. F VII. cet espace offre également la possibilité de dé nir le répertoire de travail pour le projet courant (cf.2) sur toute brique structurelle documentaire ou annotation.1. ces opérations sont regroupées dans un espace dédié. V. cf. La localisation et l ’édition . À ce titre.3.192 C VII VII. Comme l’a remarqué Kipp (K 2001).4. VI. VII. . gure VII. L’utilisateur y accède en basculant l’affichage de la zone centrale (cf. 4) la gestion de la persistance. La création et la modi cation de ces étiquettes (renommage ou changement de sa couleur associée) relèvent d’un autre régime d’activité que la lecture proprement dite. composant de type color picker générique pour la couleur).4. ainsi que de changer les couleurs du dégradé vertical global habillant le fond de l ’interface (cf. Comme en témoigne la gure VII. etc. du chuttier. et évite ainsi les problèmes d’inconsistance dû à l ’absence possible de l’un de ces chiers. gure VII. L’espace « méta-lectorial » Les fonctions de caractérisation interne (cf. Le format de sauvegarde de l’environnement détourne donc l ’arborescence imposée par la structure de XML pour organiser les informations dans une logique « base de données » et non « documentaire » (un arbre).2).3.2. le contenu n’étant pas alourdi par des URL référençant des chiers XML externes. Cette dernière repose sur une sérialisation des instances des objets pertinents en mémoire dans un chier XML unique. approche dans laquelle les objets sont regroupés par type et tissent des relations les uns avec les autres à travers un système d’identi ants. gure VII.4) dont les champs sont modiables (champ texte pour le nom. Les Catégories existantes apparaissent dans une liste (gauche de la gure VII.4) recouvrent notamment l’apposition d’étiquettes (ou Catégories sémantiques. VII.3. Implantation du modèle conceptuel L’implantation du modèle conceptuel dans notre environnement Flex/PureMVC s’articule en quatre étapes : 1) la transcription des classes dans le langage ActionScript . V. le choix d’un chier XML unique contre plusieurs chiers de moindre taille permet d’obtenir des données plus compactes et plus lisibles.2. des Catégories. portant le nom d ’espace « méta-lectorial » (cf.

VII. VII. rappelons-le. p.5 — intitulée « Contenus » — expose l’ensemble des Entités matérielles (cf. Volets latéraux 193 directe d’un objet donné au sein du contenu XML — par un opérateur humain ou par une feuille de transformation XSL tierce — sont ainsi facilitées.3.VII. Liste des ressources La liste supérieure de la gure VII.3. VII. Prié (P´  2000) a par ailleurs souligné la transition d ’un arbre unique à un graphe d ’objets structurés pour la représentation des documents numériques. Ressources et organisation du projet lectorial F VII. VII.1. lorsque l’utilisateur clique sur une Entité structurelle — dans l’arborescence principale (cf. VI.2. . : Panneau de gestion des ressources et de l’arborescence principale du projet.3. l ’éventuelle Entité matérielle associée est mise en surbrillance. et permet ainsi à l’utilisateur de les garder sous la main pour les recontextualiser où il le souhaite.3) importées ou générées automatiquement lors de l’analyse — terme qui.3. ce qui s’inscrit dans le cadre d ’un « projet » documentaire tel que nous l’avons dé ni en IV.1. V VII.3. des chiers JPEG ou MP3 peuvent être injectés dans le système. Les Entités matérielles sont identi ées par le nom du chier qu’elles encapsulent — éventuellement suffixé d ’un nombre lorsqu’il s’agit d’une Entité matérielle générée automatiquement suite à une découpe — et leur type est rappelé dans la seconde colonne. 219) —.6) —. de coupe (B 2004a.1. Par ailleurs.1.3. renvoie à l’idée de décomposition.1.2) ou dans un espace (cf.2.1. Par le biais du bouton « Importer ». ce qui facilite la construction des duplicatas.5.

2. V.2). cf. et invite l ’utilisateur à la « sémantiser » par le biais d’une fenêtre jaillissante modale ¹⁸⁹ (cf. Wikipédia en donne la dé nition suivante : « Une fenêtre modale est.5 — intitulée « Navigateur structurel » — expose l’arborescence principale (cf. Elle est en général associée à une question à laquelle il est impératif que l’utilisateur réponde avant de poursuivre. dans une interface graphique. gure VII.2.1. Si une Entité structurelle est sélectionnée 189. une fenêtre qui prend le contrôle total du clavier et de l ’écran. La mobilisation des Entités matérielles s’effectue par glissé-déposé de la liste des ressources vers un nœud de l’arborescence des Entités structurelles. VI. Cette fenêtre propose de modi er les différentes propriétés que la nouvelle Entité structurelle hérite de sa nature d’Entité sémantique : nom. . Reproduire ce geste sur une même Entité matérielle permet de la contextualiser en de multiples endroits de l ’arborescence principale. ».3. Arborescence principale La liste inférieure de la gure VII.3. VII. Celle-ci permet la libre création.194 C VII VII. Catégories. Une fois cette che d’identité remplie. ou de modi er quoi que ce soit.3) et déplacement (changement de parent ou déplacement « latéral » au sein de la fratrie) des Entités structurelles. un widget de type « accordéon » permettant l ’affichage exclusif de l’un de ces deux composants. le système crée automatiquement une Entité structurelle pour encapsuler la ressource. : Sémantisation d ’une Entité matérielle préliminaire à son implication dans l’arborescence principale.3) articulant l ’ensemble des Entités structurelles (cf.1. auteur. Chu ier Le chuttier est accessible par basculement de l’affichage du navigateur structurel.6). car prématurées au moment de l ’implication d ’une nouvelle ressource dans l’espace de travail. Les fonctions de mise en relation à d ’autres entités ne sont toutefois pas disponibles.3.6.4.2.1. F VII. suppression (qui est une redirection vers le chuttier. V.3 et VII.3. Au moment du dépôt. la nouvelle Entité structurelle est rattachée comme enfant du nœud sur lequel l’utilisateur a déposé l ’Entité matérielle associée. couleur.

La création d’une relation s’effectue suite à un geste de glissé-déposé d ’une Entité sémantique vers l’une de ces deux colonnes. Gestion des Liens La partie inférieure du panneau de sémantisation (cf.2.2. on peut voir que l’élément courant — nommé « Dé nition XV » — est connecté à trois éléments : « Glose 1 » et « Glose 2 » par l’intermédiaire du Lien « Contradiction.7. le panneau apparaît grisé. et demande à l ’utilisateur s ’il désire connecter l’objet glissé-déposé à l’élément courant par un nouveau Lien — auquel cas il est invité à saisir un nom — ou bien effectuer le rattachement par l’intermédiaire d’un Lien existant.7. L ’utilisateur peut renommer un Lien en sélectionnant un de ses arcs dans l’une des deux colonnes 190. Dans le cas où deux Liens porteraient un même nom littéral. Les Liens sont affichés dans deux colonnes : celle de gauche — intitulée « Annotations » — liste les Liens possédant un arc sortant pointant vers l ’élément courant. qui peut être sélectionné dans une liste.7) est consacrée à la mise en relation de l’élément courant à d ’autres éléments. VII. Les Entités structurelles peuvent également être replacées à la racine de l’arborescence principale par pression sur la touche « u ». une large zone de texte intitulée « Description » est dédiée à la saisie d’une glose libre. gure VII. L’usage des deux champs Modèle/Élément est exempli é en VII. Au sein des colonnes. VII.3. Au-dessous.2. une nouvelle pression sur la touche « supprimer » les détruit dé nitivement. deux boutons assurant le passage des Catégories de l ’une à l ’autre des colonnes. Quand aucun objet « sémantique » n ’est cliqué.3.4 sont réalisées par le panneau présenté à la gure VII. Une fenêtre jaillissante modale apparaît alors. VI.1.2. Volets latéraux 195 dans le navigateur et que ce composant possède le focus. La gestion des catégories est dévolue à un composant à deux colonnes présentant les Catégories affectées à l ’élément courant et celles qui sont disponibles.1 ».1).3. Les objets cliqués ne se trouvant pas dans la même hiérarchie de composants graphiques que le panneau de sémantisation.2. les arcs sont représentés par le nom du Lien (entre [crochets]) et le nom de l ’élément connecté à l’élément courant. Lorsque l’utilisateur clique sur une Entité structurelle. le recours à une implantation stricte du patron de conception Observateur est nécessaire.1). VII. un auteur et une couleur (par le biais d’un ColorPicker classique tel que celui qui apparaît dans la gure VII.1 ». comme l’illustre la gure VII. la pression sur la touche « supprimer » la déplace dans le chuttier. Panneau de sémantisation Les fonctions de sémantisation présentées en V. VI. et celle de droite — intitulée « Annotés » — liste les Liens possédant un arc entrant provenant de l ’élément courant.5. Par exemple. et « Glose 3 » par l ’intermédiaire du Lien « Doute.2. ou sur une Entité sémantique associée à une Sélection par le biais de la représentation graphique de celle-ci (cf.6) à l’objet affiché.2. L’utilisateur ne perd ainsi jamais de vue l’ensembles des concepts par lesquels il peut quali er l’élément qu’il étudie.3.3. ce qui rend compte de leur caractère multi-ancres. ses propriétés sont affichées dans ce panneau ¹⁹⁰. et instrumente les fonctions liées aux objets Liens (cf. en se référant à la gure VII.VII.3).3.1. leur discrimination visuelle s’opère par pré xage d’un identi ant unique numérique. Propriétés des Entités sémantiques Le panneau de sémantisation permet en premier lieu de conférer un nom. . Les Entités structurelles ainsi évacuées apparaissent sous forme de liste. Cette fonction illustre l’avantage du système de communication par Noti cations de PureMVC par rapport au modèle événementiel de Flex.3. La validation des changements est opérée lors du clic sur le bouton « OK » (coin supérieur droit).

2).7).7.7.7) évite alors la désorientation en permettant de revenir à l’élément courant précédent. le panneau de sémantisation affiche l’élément situé en son extrémité. à l’instar du procédé implanté dans le système ART014 (cf.196 C VII F VII. Le bouton intitulé « Afficher l’élément précédent » (cf. III. les deux colonnes constituent un dispositif de navigation au travers du réseau hyperdocumentaire. et en utilisant la zone de texte libre et le bouton de validation — intitulé « Renommer Lien » — prévus à cet effet (cf. La suppression d’un arc est réalisée par une pression sur la touche « supprimer » alors qu ’il est sélectionné. : Panneau de sémantisation : métadonnées. . Par ailleurs.3. Lorsque l ’utilisateur double-clic sur un arc. bord supérieur de la gure VII. description et gestion des liens. bord inférieur de la gure VII.

2). L’écoute active proprement dite commence par la dé nition d’instants dignes d’intérêt : lorsque l’utilisateur presse la touche « èche basse ». Le système invite alors l ’utilisateur à sélectionner le mode de visualisation de son Entité structurelle.1. intitulées « Instants remarquables ».8).VII.4. laquelle est maillée de petits curseurs pointant les éléments importants et portant une lettre-repère (notées « [T] » dans le texte) pour en faciliter le commentaire. la seconde colonne intitulée « Contenu » assure une identi cation rapide des Entités structurelles porteuses d’Entités matérielles (cf. la zone orangée libre coiffant le panneau central visible sur la gure VII. : Fenêtre jaillissante de sélection de type d’espace de travail.1. et le son peut être stoppé par une pression sur le bouton [C].3. F VII. et offre ainsi un support pour lancer l’écoute de n ’importe quel instant. gure VII.3. Composant lecteur audio Le composant lecteur audio est présenté à la gure VII.3. l’item « Lecteur » apparaît dans la liste des types d ’espace de travail envisageables. VII. Composants lecteurs 197 VII. matérialisée par la tête de lecture [B]. L’affichage instantané de la représentation temps-amplitude d ’un chier son était encore malaisé en ActionScript au moment où le développement du prototype a été effectué. par l’intermédiaire d’une fenêtre jaillissante (cf. il n ’y en a aucune). puis en la glissant-déposant sur le bandeau supérieur de l’interface (cf. gure VII.1.9. Convoquer un tel composant s’opère par sélection d’une Entité structurelle dans le navigateur exposant l ’arborescence principale. Dans l ’arborescence principale. dans ce cas.3. C Cette section présente les composants d ’appropriation critique audio et graphiques dont les spéci cations fonctionnelles sont exposées en V.8. est dé nie par un clic sur le bouton droit de la souris. le timecode correspondant est stocké dans la liste [E].4.4. et l’outil ad-hoc est alors automatiquement affiché dans le panneau central de l ’interface. .5 . intitulé « Arrêter ». V.2 et V. Si l ’Entité est associée à un contenu matériel. La position courante du ux en secondes est affichées sur la zone [D].1. Cette convention persistera au l des sections suivantes. La position de lecture courante. Les deux sections infra réalisent les spéci cations exposées en V. VII. de même que durée totale de celui-ci. Orientation Le rectangle coloré [A] représente l ’intégralité du ux audio ¹⁹¹.4.3. La première fonction de ces instants remarquables est d’opérer comme des « marque-pages » 191.

Ainsi. ce qui permet une meilleure appropriation d ’une structure très rami ée (lorsque le taux de grossissement est altéré. Cinq parties ont été identi ées ([H] est ainsi la troisième d ’entres elles) .1.9 ([B] et [K] sont alors à nouveau alignés). les première et dernière parties n’ayant pas été structurées plus avant (il s’agit certainement d’une introduction et d’une conclusion dont le contenu ne nécessitait pas d ’être nement analysé).4. la tête de lecture [K] se déphase par rapport à la [B]). [O] étant la deuxième d’entre elles. ce qui conduit à une structure tout-parties de profondeur in nie en droit.2). ou pour y localiser librement des annotations.1.2). VII. VII. la deuxième a été à son tour affinée en trois sousparties ([I] est l ’une d ’entre elles). La gure VII. la lecture de l’Entité matérielle qui lui est associée s’amorce. en deux.». VI. en quatre. ils peuvent être triés selon leur ordre d’occurrence dans le ux. VII. et presser sur le bouton [R].2. La distinction entre les pistes existantes est assurée par un dégradé coloré recalculé à mesure que de nouvelles sont dé nies. Les blocs peuvent être envoyés au chuttier (à l’exception du bloc racine) par sélection au clic gauche suivie d ’une pression sur la touche « supprimer ». la descendance de l’Entité structurelle représentée par le bloc coloré recevant l ’instant reçoit deux nouvelles Entités structurelles. la dé nition d ’annotations libres sur un ux audio est facilitée par leur répartition visuelle sur des pistes. Annotation libre La création d ’« annotations libres » (cf. deux niveaux de profondeur.9 présente une telle structuration possédant. Le composant propose un mécanisme de grossissement. comme c’est le cas sur la gure VII. dont le taux est contrôlé par le curseur [J]. et la quatrième. le lecteur est invité à saisir un nom dans le champ texte [M] puis à presser sur le bouton [N]. le bloc [G] représente le contenu audio complet — c’est-à-dire la « racine structurelle » —. en pressant les touches « + » et « .2. toutes deux associées à une Entité matérielle sonore représentant la portion correspondante dans le ux global (cf.2.3.3.4. les propriétés de l ’Entité structurelle qu’il représente s ’affichent dans le panneau de sémantisation.4) — exploite également les instants remarquables.3. cinq pistes ont été créées. Ces instants remarquables peuvent alors être mobilisés pour matérialiser la structure hiérarchique du ux. Pour créer une Sélection. dé nies au sein d’une continuité documentaire par le biais d ’une Sélection (cf. l ’utilisateur doit glisser-déposer deux instants remarquables sur les espaces [P] et [Q]. la structuration engendre également une carte d’accès au ux audio. et la tête de lecture [K] se positionne sur son bord gauche. Ce geste de rami cation peut alors être réitéré sur les nouveaux blocs.3. la troisième.2. Structuration À l’instar du rectangle graphique [A].9.4. Lorsqu’un instant remarquable [F] est glissédéposé sur un bloc. le . les blocs situés en contrebas représentant ses différentes « sous-parties » (la couleur de chacun de ces blocs peut être dé nie dans le panneau de sémantisation).198 C VII pour fournir un dispositif d ’orientation simple : cliquer sur l’un d’entre eux [F] positionne la tête de lecture au moment qui lui est associé. V. Comme nous l ’avons vu en V. outre la racine. deux blocs de niveau inférieur sont créés de part et d’autre du timecode correspondant. A n de faciliter ce geste. Les timecodes associés aux instants remarquables peuvent par ailleurs être ajustés par pas de dix millisecondes. Lorsqu’un bloc reçoit un clic (gauche) de souris. VI.3) — c ’est-à-dire. Le bouton [L] positionne le curseur de sorte à offrir une vue synoptique sur la structure. au-delà de l ’opération critique qu’elle matérialise.1. l’ordre des timecodes n’a aucune importance. Sur la gure VII. D ’un point de vue technique. Pour créer une piste. ils peuvent recevoir un commentaire par le biais du panneau de sémantisation (cf. en tant que Sélections.2. et en n.

Outre le fait qu ’il propose la représentation simultanée d’une structure méréologique et des diverses annotations libres portées sur un contenu. structuration ou annotation libre. Le produit de cette collecte peut alors être exploité à diverses ns critiques : simple marquage sémantisé. piste. Cette dissociation vise à réduire le temps de découverte du ux — en évitant de multiples écoutes qui ne « retiennent rien » par un mécanisme de balisage simple — tout en la mettant à pro t pour les tâches plus proprement critiques à venir.9. : Composant lecteur audio. Les Sélections peuvent être librement déplacées d ’une piste à l ’autre par glissé-déposé. ce module possède la singularité de reposer sur une dissociation du marquage et de son exploitation critique.4. La collecte des instants remarquables peut s’effectuer durant la première écoute du ux. instant remarquable ou sélection) est affiché dans la zone [U]. et renvoyées dans la liste [T] par pression sur la touche « supprimer ». Composants lecteurs 199 système s ’assurant toujours d ’avoir un intervalle cohérent. le geste de pression sur la touche « èche basse » ne contrariant pas l’attention requise.VII. alors la Sélection y apparaît sous la forme d ’un bloc graphique coloré [S]. où elle est rendue disponible pour un glissé-déposé futur en direction d’une piste. Remarquons que l ’objet possédant le focus (bloc structurel. la Sélection est créée et placée dans la liste [T] — qui affiche le nom de l ’Entité sémantique qui lui est associée ainsi que ses timecodes de début et de n —. B C  A J G H L E K F I P Q R T S O D U M N F VII. Si une piste possède le focus.2. Sinon. bloc d’annotation libre. Une expérience critique autour de ce composant est présentée en VIII. .

Toute Sélection possédant le focus peut être supprimée par un clic sur le bouton « Supprimer » [B].2. associés à des Entités sémantiques. S Cette section présente les outils et méthodes répondant aux spéci cations de la section V. Le bouton « Annoter » [B] donne accès à l’outil de tracé de Sélections libres. I B D C F E C C G J A H F VII. rendent possible une glose localisée. et opèrent comme un mécanisme de ltrage visuel. Les Catégories associées à ces Entités sémantiques sont affichées dans la liste [D]. gure VII. et les boutons [G] et [H] contrôlent la visibilité des panneaux latéraux. VII.5. la navigation s’effectuant avec les curseurs [A]. lorsque le bouton [F] est enclenché. le bouton [J] permet de masquer l’ensemble des Sélections pour appréhender l ’image sous son apparence originelle. En n.200 C VII VII. celle-ci peut exploiter les propriétés de ltrage dé nies en [D].10. Les fonctions de construction d ’une structure hiérarchique — dont les éléments apparaissent sous forme arborescente en [I] — sont traitées en VII.5. Celles-ci se matérialisent sur l ’image par des rectangles colorés [C] qui. : Composant lecteur graphique.5.10) peut restituer une image seule. L’arborescence [E] expose l’ensemble des Sélections portées par l ’image . Composant lecteur graphique Le composant lecteur graphique (cf. les deux autre colonnes étant des rappels de la couleur et du nom des Catégories en présence.4. La première colonne (« œil fermé/œil ouvert ») contrôle la visibilité des Sélections en fonction des Catégories qu ’elles portent. . ou une série d’images (une série d’Entité structurelles associées chacune à une Entité marérielle graphique).1.

Pour affiner la structure matérielle et identi er les systèmes et/ou portées aux sein de chacune des pages. : Organisation d ’un dossier synchronisé (ici. d ’une part. F VII. gure VII. On y voit que chaque interprétation (une Entité structurelle encapsulant une Entité matérielle sonore) est placée à sa racine.2. : Construction de la structure matérielle (pages/systèmes/portées) d’une partition.11 présente l’organisation d’un tel dossier — ici nommé « Haydn synchro » — tel qu ’il apparaît dans l’arborescence principale (cf. il faut y identi er des sous-zones graphiques — conformément au principe d ’articulation entre Entités structurelles. F VII.5. La gure VII. La constitution du dossier synchronisé décrite supra concerne les deux premiers niveaux de la structure matérielle d’une partition : le niveau du document (ce qui correspond au model « Partition ».2. VII. et d’autre part.1.1.VII. cf. nous nous bornons ici à la présentation des gestes et outils permettant sa réalisation matérielle.11. La gure VII. matérielles et Sélections explicité en VI.4.2). deux systèmes de portées tracés à la manière des Sélections libres grâce au bouton « Structurer ». une représentation arborescente de la structure matérielle en cours de construction. .5. Le rôle de la structuration hiérarchique de documents graphiques dans la synchronisation ayant été justi é en VI. deux interprétations et deux partitions de deux pages chacune). agrégeant les partitions et interprétations.5. Synchronisation hypermédia 201 VII. Structuration des contenus Le processus de synchronisation hypermédia suppose la constitution préalable d’un « Dossier synchronisé ». et présente.4. et le niveau de la page (qui correspond quant à lui au modelItem « Page » du dit model).1.2 —.12 est une vision partielle de ce composant.2). VI.12. ce qui s ’effectue au sein du composant lecteur graphique (cf.4. et que les « Partitions » sont des regroupement organisée de « Pages » (des Entités structurelles encapsulant chacune une Entité matérielle graphique).5).

la structure matérielle de la partition. de porter ces marqueurs de synchronisation. Rappelons que les Synchrels sont des Liens. Un tel espace est présenté à la gure VII.1. un même Synchrel peut être connecté à deux marqueurs graphiques . donne à voir. de disposer de la représentation arborescente de la structure matérielle [C]. l’autre à la n [F]. ces deux séries d ’onglets permettent donc de dé nir le couple de documents courant devant être synchronisés. respectivement. les pages 1 et 2 de la partition courante sont représentées.5.2. Les marqueurs sonores posés sur le ux sous forme de barres verticales ont également leur équivalent dans la colonne .13. [P] et [O] renvoient au même objet. Les documents graphiques et sonores sont accessibles.5. d’une part. et les Synchrels qui connectent ces derniers.2. pour le couple de documents courant. Les marqueurs qui prennent part à une relation de synchronisation sont affichés en rouge.2. le niveau de grossissement étant contrôlé par le bouton [I] et par la glissière située à sa gauche. [K ' '] représentant le premier système de la page 2. Sur le bord opposé.4. Nous considérons ici la synchronisation qu’il présente comme résultat et non comme processus . VII.202 C VII VII.5.1. Ceci permet. deux marqueurs sont automatiquement créés : l ’un au début [E]. l ’environnement lui propose une visualisation de type « Espace de synchronisation ».5. Ainsi.13) qui. Synchronisation Comme nous l ’avons vu tout au long de la section VI. par les blocs [J] et [J'].2. reposant sur une représentation verticale du temps. laquelle étant déterminée aléatoirement au moment de leur création a n d’assurer une meilleure perception des relations de synchronisation au sein de la colonne. respectivement.3).4. En plus des vues graphique et sonore. et les marqueurs .5. et en vertu de son rôle de conteneur de marqueurs pour la synchronisation. deux arcs partent alors du petit cercle pointé par l’annotation [Q]. VII. Lors de la création d’un élément structurel « Système » [D] (ou « Portée »). Les deux systèmes [D] et [D'] tracés sur la page 1 sont représentés. Dans le cas d’une boucle (cf. auquel l ’utilisateur s ’est déjà confronté. Le ux audio courant est quant à lui représenté par un rectangle [G]. outre de localiser l’information musicale pertinente au sein de la page et de permettre sa relinéarisation. le principe de synchronisation est abordée en VII.1). Analyse de l ’espace de synchronisation Lorsque l ’utilisateur souhaite travailler sur une Entité structurelle représentant un dossier synchronisé. d’affiner la structuration des partitions sans avoir à quitter l ’espace de synchronisation. Les éléments « Système » de la structure matérielle d’une partition ont alors pour fonction. ainsi. un document synchronisé est un agrégat de documents graphiques et sonores sur lesquels ont été posés des marqueurs destinés à être interconnectés pour réaliser les points de synchronisation (les Synchrels). Le dé lement s’opère par glissement de la barre [H]. le document graphique courant est mis en scène dans un composant lecteur graphique (cf. par les blocs [K] et [K'].3.2 et les divers fonctions techniques sur lesquelles il repose en VII. respectivement. qui présentent un fonctionnement similaire à leurs pendants dans le composant lecteur audio (VII. Les Synchrels sont représentés par les liens colorés reliant les marqueurs graphiques et sonores .5. Cette section décrit alors les diverses modalités de pose et de connexion de marqueurs graphiques et sonores. prenant la couleur de l’Entité structurelle qui l’encapsule. les marqueurs graphiques et sonores. Par souci d ’harmonisation. l’espace de synchronisation se compose d’une colonne (droite de la gure VII. respectivement au travers des onglets [A] et [B] . VI.2). par exemple. Les deux marqueurs [E] et [F] créés automatiquement lors du tracé du système [D] trouvent leur équivalent au sein de la colonne dans les pastilles [M] et [N]. le Synchrel [Q] connecte les marqueurs [N] et [S]. le ux audio [G] est représenté par le bloc [L]. et donc des Entités sémantiques. ce qui leur confère une couleur. et d’autre part.

et clique sur A à l’endroit correspondant à l’instant pertinent entendu.6. Y>. A est déjà maillé des marqueurs dé nis en I.5.5. On peut ainsi remarquer que les systèmes [K'] et [K''] ne portent que les deux marqueurs créés automatiquement en leurs extrémités.2. et mis en relation par un Synchrel. tel que celui schématisé à la gure VI.  II.2. son écoute n’est pas nécessaire. et connectés aux Synchrels qui ont été associés aux marqueurs de Y en II. et désigne les marqueurs correspondant présents sur A. Six (2 x 3 = 6) étapes sont alors nécessaires :  I. Il lance l ’écoute de X. et clique aux endroits de B correspondants. l ’utilisateur humain ne pouvant écouter qu’un unique ux sonore et pointer sur un seul document graphique à la fois.13.  III. Y étant déjà balisé. L ’utilisateur considère alors le couple <A. Y>. qui n ’ont pas encore été synchronisés. Deux marqueurs sont alors produits. X> . Principe de la synchronisation Synchroniser un ensemble de m documents graphiques à n documents sonores suppose de synchroniser successivement les m x n couples. la vue audio et la colonne de synchronisation). Pour chaque clic. A et X sont alors vierges de tout marqueur. : L’espace de synchronisation. récupéré en navigant à travers l ’arc qui le connecte au marqueur graphique désigné. A n d’expliciter les différentes situations susceptibles d ’advenir. Il sélectionne alors successivement les marqueurs de Y. L’utilisateur commence par synchroniser le couple <A.VII. Autant de marqueurs graphiques sont créés. . Synchronisation hypermédia 203 « isolés » en bleu (cette convention est valable dans la vue graphique. Y et Z). L’utilisateur considère maintenant le couple <B. un marqueur est produit sur Y. VII. et est connecté au Synchrel dé ni en I. nous nous basons sur un dossier synchronisé possédant deux partitions (A et B) et trois interprétations (X. Il lance donc la lecture de Y. A E R' D F M R K J L C D' N K' O K'' J' B G P S' H I X T V Q S U W F VII. Le processus diffère toutefois selon que les documents constituant le couple courant contiennent déjà ou non des marqueurs de synchronisation.

par [S] et [S°].  VI. indépendante des Synchrels partagés par les m + n documents du dossier. Par ailleurs. est adaptée à la création de marqueurs sur une surface continue.5. ainsi. Le passage d ’un régime à l ’autre est assuré par les quatre boutons identi és par l’encadré [X] sur la gure VII. Modes de synchronisation. les types de marqueurs et les régimes « Sélection »/« Création ». l ’utilisateur pouvait soit créer de nouveaux marqueurs sur un document. Au-delà. X>. l’articulation clavier/souris constitue un dispositif de navigation efficace au sein du document synchronisé. Lors d ’une synchronisation. Nous formalisons dans la table VII. le marqueur le plus proche reçoit le focus. Couple <A. Couple <B. d ’affiner le balisage en place dans le cas où des marqueurs sont déjà présents sur au moins un des deux documents considérés. la sélection des marqueurs peut être réalisée par navigation avec les èches gauche et droite du clavier. . Un document temporel peut être constamment présent dans le champ perceptif visuel tout en étant absent de l’espace auditif s ’il est à l’arrêt. Le clavier est naturellement dédié à la navigation dans des espaces discrets (le geste unitaire de la frappe correspond au déplacement d ’un marqueur à un autre).3. Z> : identique au cas IV. d ’une part. et le marqueur sonore sélectionné. la synchronisation se résume à une succession de geste de connexion de paires de marqueurs.  V. Les conventions de notation adoptées sont les suivantes :  Objets documentaires impliqués :  P : partition  A : interprétation à l’arrêt  E : interprétation en cours d’écoute ¹⁹²  Types de marqueurs :  mg : marqueur graphique  ms : marqueur sonore  Modes de rapport aux marqueurs : 192.204 C VII  IV. ne contrariant pas l’attention exigée de l’utilisateur lorsqu’il appréhende simultanément un document graphique et son pendant sonore. La sélection des marqueurs est un enjeu ergonomique crucial en cours de synchronisation. et d’autre part. pour synchroniser le couple de documents courant.2.1 la totalité des modes d’interaction découlant de la combinatoire entre les types de contenus considérés par l’utilisateur. Il faut donc les distinguer. Nous avons vu ci-avant que. VII. Le marqueur graphique sélectionné prend une teinte verte (dans les trois vues) . soit sélectionner des marqueurs présents. B et X ayant tous deux été balisés. La combinaison de ces modes d ’interaction assure la réalisation des opérations de synchronisation évoquée en VII. Remarquons qu ’il est loisible au lecteur. de créer des marqueurs et des Synchrels destinés à la synchronisation locale d ’un couple spéci que. ces deux états — hors-temps et « en-temps » — donnent lieu à deux classes de modes d’interaction avec la temporalité de l ’interprétation. Le lecteur considère le couple <B.5. La sélection des marqueurs graphiques existants en cours d ’écoute est facilitée par le fait que lorsque l’utilisateur clic en un point d’un système. en vertu du mouvement continu bidimensionnel qu ’elle permet.13 (« Sélection »/« Créer » les marqueurs graphiques/sonores). alors que la souris. Analyse des modes de synchronisation Sélection des marqueurs et navigation. et la synchronisation du marqueur graphique sélectionné au marqueur audio sélectionné s ’opère par pression sur la touche « S ». le marqueur graphique sélectionné est représenté par [R] et [R°].2 avec des gestes minimaux. Z> : identique au cas IV.2.

Rien. Rien. et le marqueur sonore au moment du clic + création d ’un Synchrel qui les connecte. T VII. Synchronisation hypermédia  C : création d ’un nouveau marqueur  S : sélection d ’un marqueur existant  Gestes de l ’utilisateur :  Clic sur un objet (P. Création d ’un marqueur graphique + création d ’un Synchrel connectant le marqueur sonore sélectionné et le marqueur graphique nouvellement créé. Création d ’un marqueur sonore (au moment de la frappe) + création d ’un Synchrel connectant le marqueur graphique sélectionné et le marqueur sonore nouvellement créé. A ou E)  Pression sur la touche « S » M 1 2 3 4 C PC/AC PC/AC PC/AC PC/EC A Clic sur A Clic sur A Pression sur « S » Clic sur P 205 5 6 7 8 PC/EC PC/EC PS/AC PS/AC Clic sur E Pression sur « S » Clic sur P Clic sur A 9 10 11 PS/AC PS/EC PS/EC Pression sur « S » Clic sur P Clic sur E 12 PS/EC Pression sur « S » 13 PC/AS Clic sur P 14 15 16 PC/AS PC/AS PC/ES Clic sur A Pression sur « S » Clic sur P 17 18 19 20 21 22 23 24 PC/ES PC/ES PS/AS PS/AS PS/AS PS/ES PS/ES PS/ES Clic sur E Pression sur « S » Clic sur P Clic sur A Pression sur « S » Clic sur P Clic sur E Pression sur « S » R Création libre d ’un marqueur graphique. Rien. Rien. Rien. Création d ’un Synchrel connectant les deux marqueurs sélectionnés. . Rien. : Énumération des modes de synchronisation hypermédia.1. Rien. Rien.VII. duquel est déduit un timecode) + création d ’un Synchrel connectant le marqueur graphique sélectionné et le marqueur sonore nouvellement créé. Création d ’une paire de marqueurs (le marqueur graphique est créé au lieu du clic. Rien. Rien. Création d ’un marqueur graphique + création d ’un Synchrel connectant le marqueur sonore sélectionné et le marqueur graphique nouvellement créé. Création libre d ’un marqueur sonore. Rien.5. Création d ’un marqueur sonore (au lieu du clic sur la forme d’onde. Rien. Création libre d ’un marqueur sonore. Création libre d ’un marqueur sonore. duquel est déduit un timecode) + création d ’un Synchrel connectant le marqueur graphique sélectionné et le marqueur sonore nouvellement créé. Création d ’un marqueur sonore (au lieu du clic sur la forme d’onde. Création d ’un Synchrel connectant les deux marqueurs sélectionnés.

VII. les relations peuvent être librement retouchées au sein de la colonne de synchronisation (droite de la gure VII.2. la position de tout marqueur graphique ou sonore peut être modi ée via les touches « + » et « . c ’est-à-dire que le nombre de pixels représentant une même unité de temps diminue. Leur gestion technique repose sur l ’exploitation des objets et propriétés exposés à la section VI.4 et V.4. une 193. Une fois le geste de synchronisation accompli. via glissé-déposé avec le bouton du milieu de la souris en n ’importe quel endroit de la cellule considérée. il est loisible à l’utilisateur de modi er l’apparence des Entités structurelles enfants par l ’intermédiaire d ’un menu déroulant s’affichant par pression sur le bouton [F] portant le caractère « v » (qui permet ainsi la modi cation de la propriété viewType. presser une touche étant un geste plus rapide que cliquer sur un point qu ’il faut auparavant avoir déterminé avec précision.2. de un pixel et dix ms. de déconnecter le marqueur graphique sélectionné de son Synchrel. pour leur retaillage ou leur déplacement par glissé-déposé au sein de l ’espace ¹⁹³. Ceci est illustré par la gure VII.6. VII. Chaque Entité structurelle enfant y est représentée par une cellule graphique rectangulaire à laquelle elle confère sa couleur. Les modes 8 et 11 demandent à l’utilisateur de déterminer un timecode dans une interprétation à partir d’un clic en un point de sa représentation graphique. Espace libre simple Les espaces libres « simples » exposent les enfants (la descendance directe) de l’Entité structurelle dont ils détiennent une référence. un décalage du clic d ’un ou deux pixels pouvant entraîner un décalage sonore entre l’instant de l ’interprétation voulu et l ’instant effectivement pointé.8 lorsqu ’il demande la visualisation d ’une Entité Structurelle saisie dans l’arborescence principale. Le quatrième bouton [W] est une combinaison de [U] et [V]. l ’utilisateur ne dispose pas du temps nécessaire pour ajuster son clic sur la représentation graphique de l ’interprétation.2. VII. Ce geste est trop imprécis. de déconnecter le marqueur sonore sélectionné de son Synchrel. À l ’intérieur de ce cadre.1.» par pas. Par ailleurs. cf. lesquels offrent des prises.14 . de connecter les deux marqueurs graphique et sonore sélectionnés.3). ce qui assure une continuité perceptive entre une vue analytique au sein d’un composant lecteur et une vue spatiale synthétique. respectivement. Le déplacement demeure possible. Pour une meilleure concentration. la barre supérieur des cellules graphiques peut être masquée par la combinaison (touche « Alt » + clic sur le bouton du milieu).6.206 C VII Remarque : dé nir le « bon instant ». E ’ .5. respectivement. Ajustement de la synchronisation. Il faut donc préférer le mode 12 (pression de la touche « S » pour déterminer le timecode du nouveau marqueur temporel) à ces deux modes. l’espace qui y est dépeint offre un nouveau point de vue sur l ’Entité structurelle correspondant à la conférence de la gure VII. Cette section présente les diverses modalités de mise en espace des contenus proposées par l’environnement. Pris « dans le temps de l ’écoute ».1.4.13).6. L’imprécision s’accroît à mesure que le niveau de zoom est faible. . [U] et [V] permettent ainsi. Espaces libres Les différents types d ’espaces décrits infra sont proposés à l’utilisateur dans la fenêtre jaillissante de la gure VII.3. répondant aux spéci cations des sections V.1.9. VI. Ces cellules sont serties d ’un n cadre semi opaque et d’un bandeau horizontal affichant le nom de l’Entité. respectivement. Par défaut. Les trois boutons [T].

ou d ’ajuster celui-ci de sorte que l’intégralité des contenus soit présente à l ’écran. Nous avons exposé en VI. Ces dénominations ne concernent que l ’apparence prise par défaut par la cellule.16 présente la même Entité structurelle que la gure VII. déjà identi és sur le composant audio de la gure VII.1. malgré le mécanisme de navigation hiérarchique.15. Ce sous-espace possède les même propriétés que celui qui l’accueille. La taille de l ’espace libre est in nie en droit. il est impossible de déterminer les relations d’imbrication et d ’ordre qui les articulent.2.6. Par ailleurs. tels que les bancs de constructions de dispositifs de traitement sonore Max/MSP ou Reaktor. On trouve ce mécanisme dans des dispositifs de navigation hiérarchique où chaque élément peut masquer une composition complexe de sous-éléments. Le retaillage d’une telle cellule peut faire apparaître une barre de dé lement.9. espaces de synthèse 207 Entité structurelle enfant ne possédant aucune descendance revêt l’apparence d’un rectangle coloré affichant le contenu de son champ description ¹⁹⁴ (cf. De plus. peuvent en recevoir de nouvelles (par exemple. de texte — 194.VII.6. L’utilisateur a donc toute latitude pour disposer et retailler à sa convenance ses cellules graphiques. l ’introduction [A] et la conclusion [E]). Un menu contextuel permet de revenir au niveau de grossissement initial. La gure VII. qu’il est possible de modi er par la suite par l ’entremise du menu « v » [F]. il rend également possible l’affichage des Liens existants entre Entités structurelles. Dans cette optique. un nouvel espace de travail pointant vers une sous Entité structurelle sur laquelle il désire se concentrer ¹⁹⁵. parties [B] et [D]) exposant à son tour le contenu de sa descendance directe. Le cas des cellules restituant un contenu graphique est traité en VII. Les fonctions d’ajout et de retrait d ’Entités structurelles sont toutefois désactivées en raison de leur caractère ambigu : tous les éléments étant visuellement rattachés à une unique racine ctive. tableaux) sont dotés de fonctions permettant d’expulser une Entité structurelle dans l ’espace de niveau supérieur (par double-clic). par glissé-déposé à partir de l’arborescence principale ou d’une autre cellule liste « sœur »).3). .14. Espaces d’analyse. 195. des Entités structurelles sans descendance a priori) . sous la forme d ’une liste (cf. L’utilisateur a fait usage du menu [F] de la cellule [C] pour basculer l’affichage de celle-ci sous la forme d’un sous-espace libre. lequel ne connaît également aucune limite. et une Entité structurelle possédant une descendance.2.6.6.2. et la molette du dispositif de pointage contrôle le niveau de grossissement. mais sous forme d ’un « espace récursif ». ces cellules proposent un mécanisme de navigation par lequel l’utilisateur peut invoquer. comme l ’illustre la gure VII. sous-espace ou tableau (ce cas est traité en VII. ce qui permet d ’opérer une continuité entre les expériences visuelles et auditives.1. au sein duquel prennent place ses quatre éléments enfants. inadéquats à l’inspection rapide d ’une Entité structurelle complète. L’espace récursif est donc une commodité ergonomique palliant les dé ciences d’une représentation hiérarchique. Les modes de visualisation exposant une descendance (listes. et réciproquement. par une simple frappe sur le clavier. ces fonctions de navigation rapprochent les espaces libres des systèmes hypertextes classiques proposant des « nœuds d’abstraction ». l’utilisateur peut ainsi librement invoquer des cellules listes.17. de sens.2. c’est-à-dire exposant l’intégralité de sa descendance. Affichage de la descendance Les espaces libres présentés supra sont. VII. Le sous-menu contextuel [H] donne accès à des fonctions de création de structures d’organisation vierges (c’est-à-dire. Une cellule en cours d’écoute prend une teinte particulière. sous-espaces.3.3 la nécessité de traiter ceux-ci comme des objets lectoriaux à part entière. Les cellules représentant une Entité structurelle portant une référence vers une Entité matérielle sonore peuvent être « écoutées » par un simple clic sur le bouton droit de la souris. comme en témoigne la gure VII. en vertu du fait qu ’ils sont porteurs d’informations.

Cette convention se retrouve dans un système hypertexte tel que ART014 (cf.7 a n de modi er la glose dont ils sont détenteurs. et les arcs sortants. III. c’est-à-dire.2). : Espace libre. d ’un effort critique de la part du lecteur. F VII. Les arcs entrants d’une Entité structurelle sont connectés au bord gauche du bandeau de la cellule graphique qui la représente. Ces espaces libres offrent donc une réi cation de ces objets. . Les Liens sont représentés par une pastille qui facilite leur repérage.14.208 C VII A E F D C B H G F VII.15. : Espace libre avec niveau de grossissement extrêmement faible. et en proposent une manipulation similaire aux cellules. leur positionnement et l’obtention du focus permettant de les afficher dans le panneau de sémantisation (cf.7.3. au bord droit. gure VII.

VII. : Visualisation des Liens au sein d ’un espace libre récursif. : Espace libre « récursif ».2.1. F VII.17.16. espaces de synthèse 209 F VII. toute Entité structurelle porteuse d’Entité matérielle peut être visualisée au sein d ’un espace libre sous la forme d ’un composant lecteur adéquat à la nature de celle-ci (ce choix s ’opère à nouveau par l ’intermédiaire du petit menu « v » situé au coin supérieur gauche de toute cellule graphique).1. Le . La gure VII.6.18 présente une contextualisation de l’image étudiée à la gure VII. Le geste de fragmentation supposant une confrontation avec la matérialité du contenu qu ’il vise. Fragmentation simple Comme nous l’avons dit en V. les espaces libres fournissent un contexte structurel et critique pour recevoir le produit de la fragmentation des Entités matérielles.6. Fragmentation VII.6.VII.4.10.2.2. Espaces d’analyse.

et comme en témoignent les cellules [D] et [E]. gures VII. respectivement. La découpe par marqueurs concerne la découpe d’un document synchronisé. VII. la couleur des ces nouvelles Entités structurelles recopie celle de la Sélection ayant présidé à sa création. le motif qu’elle représente ne correspondant à aucune Sélection apposée sur [A]. Les cellules porteuses d’un contenu graphique peuvent être visualisées sous la forme d’un composant lecteur. Par ailleurs. les Entités structurelles générées pouvant alors mener leur propre chemin critique (couleur. nom.14. etc.2. [C]. La cellule [G] a quant à elle été obtenue par découpe libre. [E].. [C'] et [C'']. Il est également possible. de procéder à plusieurs découpe d ’une même Sélection. comme c’est le cas pour [A].210 C VII A B C F D E C' C'' G H F VII. VII. description. la gure VII.15.18 montre ainsi que les cellules [D].18. À l ’inverses du mode de représentation exposant une description textuelle (cf. composant lecteur [A] donne accès à trois fonctions de découpe (cf. ou d’une représentation plus épurée orientée perception et non action. Liens. : Fragmentation d’une Entité matérielle graphique au sein d’un espace libre. et est abordée en VII. dimensions. [C]. encadré [B]) : la découpe libre permet à l ’utilisateur de tracer des rectangles libres sur la surface de l’image courante pour circonscrire les limites du fragment qu ’il souhaite prélever. [D] et [E]).6. sous formes de petits carrés colorés aisément identi ables.16 et VII. On remarque que dans le cas d ’une découpe par annotations. La gure VII.2.18 montre que le bandeau supérieure des cellules graphiques expose les Catégories sémantiques de l ’Entité structurelle portée. en vertu du lien « 1. . Chaque nouvelle cellule produite par découpe est automatiquement positionnée comme Entité structurelle lle de l ’Entité structurelle accueillant le composant graphique visé par le geste de fragmentation.17). [F] et [G] ont été engendrés à partir des zones dé nies par les Sélections.* » existant entre les Entités matérielles et structurelles . et la découpe par annotations l’invite à pointer la Sélection dont il souhaite obtenir une copie. le retaillage d ’une cellule image simple provoque sa mise à l’échelle (cf.). ainsi qu’il en est pour les objets [D]…[H].

ici.19. un composant lecteur graphique invoqué dans un espace libre (cf.6. Espaces d’analyse. : Fragmentation hypermédia d ’une partition synchronisée. F VII. lesquels jouent alors le rôle de pas de discrétisation.2. l’utilisateur est invité à spéci er une paire de marqueurs correspondant au début et à la n du segment qu’il souhaite prélever par une simple paire de clics de souris. Fragmentation synchronisée Comme annoncé supra.6.VII. Sur le support visuel de la partition. gure VII.2. d’une partition synchronisé à deux interprétations). sur les boutons gauche et droit.20. VII. . : Fragment synchronisé (issu. espaces de synthèse 211 F VII.19) donne accès à une fonction de découpe suivant les marqueurs graphiques verticaux dé nis dans l’espace de synchronisation.

1. c’est le segment sonore sélectionné de cette manière qui sera entendu.2. Ainsi. lors d ’un clic droit. Par un geste identique.3.212 C VII Une fois ceci fait.2.5.7. Comme l ’illustre la gure VII.6.4.2. bouton « Fragment synchronisé »). Dans le second cas. VII.21.6. Dans le premier cas. Remarquons que si l ’utilisateur sélectionne sur sa partition le premier marqueur de la première page et le dernier marqueurs de la dernière page. des Entités structurelles peuvent circuler entre un tableau et son espace libre d’accueil. une série de fragment graphiques et une série de segments sonores. il obtiendra un fragment relinéarisant l’intégralité du contenu musical de la pièce. VII. Les barres rouges réalisent les fonctions d ’ajustement matériel présentées en VI.6.2 et V. il est loisible à l’utilisateur de basculer d’un fragment ou segment à l ’autre par un système d ’onglets embarqué dans une cellule graphique spéci que aux fragments synchronisés.1. le fragment (Entité structurelle + Entité matérielle graphique + cellule graphique) généré s ’apparente à ceux issus d ’une fragmentation graphique libre (cf. Glisser-déposer une cellule graphique sur une case libre opère le rattachement de l’Entité structurelle associée à l ’Entité structurelle visualisée sous forme de tableau. en fonction du matériel documentaire récupéré en suivant les arcs « Synchréliques ».5.2.2. Tableaux hypermédias F VII. La gure VII.5.2. Rappelons qu’un tel objet agrège. : Tableau hypermédia. Chaque ligne et chaque colonne est traitée comme une Entité . bouton intitulé « Fragment graphique simple » sur la gure VII. le composant propose une découpe purement graphique (cf. un super-fragment hypermédia est engendré en suivant les arcs reliant les marqueurs aux Synchrels.20. les contenus d’un tableau peuvent passer d ’une cellule à l’autre.1). À l’instar des listes présentées en VII. le super-fragment tel qu ’il apparaît dans l ’environnement étant très proche de sa schématisation de la gure VI.2.2. conformément à ce qui a été avancé en VI.21 présente le tableau répondant aux spéci cations des sections V.19) ou suivant les éventuelles relations de synchronisation (cf.

ou encore être prélevée et recontextualisée dans un autre espace. et peut donc recevoir un nom. Le développement du corpus d ’Entités structurelles dans la double direction arborescente et hyperdocumentaire aboutit à un problème de lisibilité. ce qui peut entraver la compréhension d’un contenu structuré tel que la conférence de la gure VII. sa suppression et l ’adjonction d ’une nouvelle ligne ou colonne voisine. l ’ordre des parties n’est pas garanti. gure VII.6. Chaque entête de ligne ou de colonne est équipé de quatre petits boutons carrés. c ’est le fragment sonore dont l’onglet est actif qui est lu). espaces de synthèse 213 structurelle à part entière.3. Nous proposons alors une modalité de représentation cartographique et circulaire (cf .22. cette libre disposition exige un effort de disposition trop conséquent de la part de l ’utilisateur souhaitant visualiser l ’intégralité des Entités structurelles de l’arborescence principale. Espaces d’analyse. permettant son glissement vers la gauche ou la droite. : Carte circulaire restituant l ’arborescence des Entités structurelles et les Liens qui les connectent.6. une couleur (cf. Les Entités situées . les tableaux en proposent également une synthèse dans le registre auditif.9. VII.22) restituant l ’imbrication des Entités structurelles sous la forme de cercles concentriques.21) et une description. un clic droit sur une entête de ligne ou de colonne ayant pour effet de déclencher la lecture successive des éventuelles Entités matérielles sonores associées aux Entités structurelles présentes dans la série de cases correspondante (si des fragments synchronisés sont présents. ils ne sont pas opérants au niveau global du corpus. De plus.VII. Si les espaces libres avec affichage des Liens apportent une réponse locale à ce problème. Au-delà de la synthèse visuelle des contenus qu’ils organisent. Du fait de la libre disposition des cellules. Carte structurelle et hyper-documentaire F VII. gure VII.

Si l ’on rencontre fréquemment des approches cartographiques et circulaires dans le domaine de l ’InfoViz lorsque de grandes quantités de données sont en jeu — citons par exemple le projet TextArc (TextArc). en représentant l’intégralité d’une œuvre littéraire romanesque.214 C VII directement à la racine principale sont tournées vers l’extérieur. mais la position de chaque Lien est librement modi able par l’utilisateur qui peut ainsi créer des regroupements ou motifs. nous n ’avons pas été en mesure de trouver des propositions adéquates à des pratiques de lecture intensives de petits corpus personnels. : Vue complète de l ’environnement avec un espace libre exposant des contenus de diverses natures. ce qui laisse une place suffisante au centre pour établir une vue synoptique des Liens qui maillent le corpus. . aide l’analyste à y déceler des motifs —. L ’ordre et la disposition des Entités structurelles sont contraints a n d’éviter toute désorientation. qui.23. sont cliquables pour une inspection ou une édition rapide dans le panneau de sémantisation. respectivement. Les arcs et pastilles matérialisant les Entités structurelles et les Liens. F VII.

I Nous avons proposé un modèle conceptuel générique (cf. T  VIII.215 CHAPITRE VIII E   ’ Aucune oeuvre d ’art ne doit être décrite ni expliquée sous les catégories de la communication.4 expose en n le retour des musicologues avec lesquels nous avons collaborés sur les fonctions de synchronisation.1. nous présentons une expérience dans laquelle des étudiants de deuxième cycle avaient pour objectif de produire un « commentaire composé » multimédia à partir d’enregistrements de conférences de philosophie. et avons alors démontré la faisabilité de son instrumentation technique en exposant un environnement logiciel complet (cf. « grand public ».3 restitue une série de travaux d ’étudiants ayant réalisé grâce à notre environnement des analyses sémiotiques sur des corpus non textuels (analyse de titres de presse et « sémiologie musicale »). une conférence. celui de moyen d’enregistrement des données émanant du terrain (un entretiens. destiné à leurs professeurs. destiné à une publication et diffusion non universitaire. VI) répondant à notre analyse de la lecture critique multimédia (cf. L ’enjeu du présent chapitre est alors d’évaluer la pertinence et l’efficacité de notre réalisation technique en la confrontant à des utilisateurs plongés dans une situation d’usage « réelle ». Deux de ces contextes expérimentaux reposent sur l ’exploitation critique du contenu de chiers son. La section VIII. ce commentaire devant articuler deux niveaux de lecture : l’un. d ’archivage ou de publication . La section VIII. VII). un enregistrement d’ambiance pertinent . A. « savant ». segmentation et mise en tableau hypermédias. Dans la section VIII.2. un débat…) à des ns d’étude. et l ’autre. la ressource audio peut revêtir trois rôles : celui de moyen de captation d’un événement savant (un cours. V et IV). En contexte universitaire.

La spéci cité de ce séminaire réside dans le fait que les chercheurs invités s’adressent à un public majoritairement composé d’étudiants. La constitution de contextes d’usage consistants reconnus par des acteurs métiers « réels ». VIII. de même que l ’expérience avec les étudiants en sémiologie. À l ’issu de cette semaine de conférences. VIII.1.2. http://sites.1. Nous ne sommes donc pas dans une situation où une pratique se serait développée malgré une instrumentation inadéquate. R - VIII. Contexte scienti que.2. suite au séminaire interdisciplinaire de sciences et technologies cognitives organisé par le laboratoire COSTECH ¹⁹⁶ (UTC) du 19 au 23 janvier 2009 ¹⁹⁷. en exploitant le contenu d ’une ou plusieurs conférences et en les prolongeant par des recherches bibliographiques complémentaires. mais à créer de nouvelles situations d’usage.216 C VIII pour l’étude d ’un lieu donné…) . 198. un extrait d’émission de radio…). la note résultante pouvant donner lieu à la validation de l’unité de valeur SC01.2. http://www.google. Il est également important de souligner que le caractère fortement exploratoire de notre travail confère un statut particulier à ces expérimentations. démontre alors la pertinence de notre travail dans les communautés savantes approchées.2). COgnition). et celle avec les musicologues. laquelle instrumentation constituerait alors un point de départ et offrirait un référentiel pour l’évaluation de la pertinence de nos propositions.1. faute d’outils qui auraient pu les rendre possibles. en n. L ’expérience avec les étudiants en philosophie relève du premier cas. Mineur transversal aux différentes branches d ’ingénierie. les étudiants doivent écrire un mémoire sur un thème de leur choix. et qui est étudiée pour sa valeur documentaire (un enregistrement musical. Le séminaire PHITECO Cette expérience s ’est déroulée en février 2009. TEchnologie.1.fr/costech/v2/pages/accueil. celui d’archive socialement partagée.2. dont la plupart suivent les enseignements du mineur PHITECO ¹⁹⁸ (PHIlosophie. du troisième. les enseignants responsables de l’organisation du séminaire et de SC01 ont été approchés par les membres de l ’équipe développant le module WebRadio de la chaîne éditoriale Scenari (S 2009b) (dont nous avons fait une présentation en III. Ces travaux sont alors soumis à des enseignants en philosophie ayant également assisté aux conférences. mais avec des documents graphiques. en plus des contextes expérimentaux accueillant la manipulation de l ’environnement.com/site/mineurphiteco/ . L’objectif visé était la valorisation des archives sonores de la conférence par la production d ’objets hypermédia interactifs WebRadio résultant d’une démarche de documentation conduite par un petit groupe d’étudiants. et donc à proposer des opérations auxquelles ces utilisateurs n ’avaient parfois jamais pensées. Nous nous intéressons en effet à des usages qui n’existent pas.utc.2.php 197. héritée d’une tradition de préservation. Le thème de cette année était : « Cognition. UTC. communauté(s) et technique : l’émergence et l’institution de normes ». La proposition consistait à demander à chacun d ’entre 196. Proposition initiale : documentation et publication avec Scenari/WebRadio Au début de l ’année 2009. lesquels ont avancé l’idée d’une modalité d’évaluation alternative au traditionnel mémoire écrit. élément clef de la validation du mineur. Nos expérimentations n ’ont donc pas consisté à proposer de meilleurs outils ou de meilleures méthodes à des utilisateurs rencontrant des problèmes dans leur pratique. pédagogique et technique de l’expérience VIII.5.

et est nécessairement signé . d’une certaine exhaustivité. En complément de cette réalisation informatique. Cet outil ayant été conçu pour la navigation et non pour l ’analyse. les étudiants avaient également pour devoir de fournir aux enseignants un rapport écrit présentant la méthodologie d ’analyse adoptée et rendant compte de l’utilisation des outils dans la conduite de leur projet critique.1 présente la fenêtre jaillissante invitant l ’utilisateur à sélectionner parmi toutes les Entités structurelles 199. Conséquemment.3. et ainsi. VIII.4. mais se réclame d ’une certaine objectivité. . D ’autre part. A n de proposer une chaîne lectoriale (cf. de rédiger un commentaire adressé à un public non exclusivement universitaire et d’enrichir le tout de diverses références bibliographiques et ressources multimédias collectées sur le Web. Convaincus par la complémentarité de ces deux outils. La proposition reposant sur l’utilisation exclusive de la chaîne éditoriale Scenari/WebRadio semblait alors incompatible avec les exigences pédagogiques et critiques d ’un tel exercice. le composant lecteur audio présenté en VII. elle ne s ’autorise pas à lui faire violence (en évacuant des passages ou en marquant une insistance certaine sur d’autres. En premier lieu. Articulation de notre prototype avec Scenari/WebRadio Nous avons alors suggéré aux responsables pédagogiques d ’intégrer l’utilisation de notre prototype — plus particulièrement. a n de rendre possible une réelle étape critique en amont de l’étape de documentation réalisée avec Scenari/Webradio. ces enrichissements ayant pour rôle de motiver la découverte des conférences par des supports visuels pertinents et d’en prolonger l’écoute par des conseils de lecture complémentaires. à ce titre.2.2. les enseignants nous ont donné leur aval pour la mise en place d ’une expérimentation avec un groupe de sept étudiants volontaires.VIII. mais à motiver sa découverte en le « décorant » et en le contextualisant . à l’inverse.1 — au processus d’évaluation des étudiants. et non une contribution argumentative destinée à être réfutée ou prolongée par les pairs. La possibilité d’un travail multimédia débouchant sur la publication d’un objet hypermédia interactif destiné à un large public a ainsi pu être maintenue sans hypothéquer l ’exercice critique du commentaire individuel. ceux-ci ont toutefois exprimé leur crainte quant à l ’absence de travail critique d’une démarche de documentation pure. comme le fait tout commentateur savant d’un discours argumentatif faisant valoir sa pensée et sa culture propres). le style et le ton exigés par la documentation d’un contenu en vue de sa publication contredit l’engagement individuel du lecteur-commentateur. Réappropriation critique de conférences enregistrées 217 eux de produire une segmentation de l ’enregistrement audio de la conférence de leur choix.1) complète techniquement fondée. une notice documentaire est avant tout un outil. nous avons développé une fonction de traduction donnant lieu à la génération de l’arborescence de ressources et du chier XML ¹⁹⁹ attendus par Scenari/Webradio à partir du travail produit par les étudiants dans notre environnement. il est impossible d ’darticuler un niveau global cartographiant le ux à un niveau analytique qui en propose l ’étude approfondie par le recours à des découpages dont la précision peut aller jusqu ’à la phrase. le contenu du commentaire en lui-même étant con é à notre environnement. cette pratique critique restitue la compréhension qu’un lecteur a d’un texte qu’il étudie en profondeur (souvent au mot près). l’activité de documentation et d’enrichissement ne relève pas de la critique proprement dite en cela qu’elle ne vise à pas produire une nouvelle interprétation du contenu. I. le module WebRadio ne permet à l’utilisateur que de construire une segmentation du ux audio sur un unique niveau de profondeur. Nous remercions David Rivron d ’avoir tenu à notre disposition le schéma documentaire utilisé par Scenari/WebRadio. dans sa version actuelle. Si les avantages d ’ordres institutionnel (publicité faite autour du séminaire et du laboratoire qui l’organise) et documentaire (constitution d’une mémoire multimédia « augmentée » favorisant l’appropriation d ’un corpus d ’enregistrements segmentés et quali és) ont su séduire les enseignants. La gure VIII.3. lequel engagement contribue à fonder la valeur sociale de la production critique : un mémoire écrit re ète une vision originale. et met ainsi en jeu un engagement interprétatif singulier. L’exercice donnant lieu à la validation de l ’unité de valeur SC01 s’inscrit dans la tradition du commentaire composé philosophique .1.

Les niveaux inférieurs auraient quant à eux pour fonction de recevoir le commentaire critique destiné aux professeurs chargés de l ’évaluation du travail.  D  . Associés aux blocs structurels par l’entremise des fonctions de mise en relation (cf. exigées par une démarche de publication. les étudiants ont été encouragés à segmenter (cf. les contenus complémentaires peuvent alors être directement intégrés à la présentation WebRadio.4. Le modèle de publication WebRadio ne disposant pas d ’autre concept que celui de « succession de segments » pour la localisation de l’information au sein du ux. Comme illustré. tant dans une visée de documentation « grand public » que d’illustration critique.  C. Le modèle WebRadio permet d’associer au ux audio principal des métadonnées explicitant le contexte d’énonciation — lieu et date de la performance. Cette segmentation analytique devait alors être encadrée par plusieurs niveaux supérieurs de structuration. . Le plus haut niveau matérialiserait le chapitrage global permettant aux lecteurs futurs de naviguer aisément entre les grandes étapes de la conférence.2. les métadonnées — le titre. La possibilité de gloser de manière autonome chaque bloc structurel permet de s ’affranchir des lourdeurs techniques inhérentes à la nécessité de délimiter les citations et de les entremêler à leur commentaire dans un texte écrit.1.3) ont été présentées comme moyen de créer des commentaires dont l’ancrage ne correspond pas aux blocs dé nis par la segmentation structurelle hiérarchique du ux. —.2) par notre fonction de traduction. 201. etc. dont nous restituons les directions :  S. dans le cas où il souhaite réaliser deux publications WebRadio à partir du même contenu. l’auteur. notre fonction de traduction prenant en charge la copie des chiers ressources impliquées vers le squelette de projet WebRadio. l’une destinée au parcours global du ux et l’autre.218 C VIII du projet courant associées à une Entité matérielle sonore celle qui fera l’objet de l’exportation WebRadio ²⁰⁰. l’utilisateur peut également choisir d ’exporter le premier ou le dernier niveau de structuration.4. VII.5. à la lecture de son commentaire détaillé. WebRadio n ’autorisant le recours qu’à un unique niveau de structuration. Conformément aux exigences des enseignants. III. ainsi que la création des éléments XML afférents pour leur connexion aux segments.  A. Les étudiants ont été encouragés à importer dans l’environnement diverses ressources multimédias (par exemple. et la description textuelle constituant le corps de la glose — dé nies dans notre environnement pour chaque bloc structurel destiné à prendre part au chapitrage de l’objet WebRadio sont automatiquement exploitées comme éléments de notice (cf.2) très nement le ux audio de sorte que le commentaire puisse être détaillé et localisé avec précision. institution d ’accueil. a n de donner à voir aux enseignants un aperçu instantané du travail de structuration et d’enrichissement fourni. VII.2). matérialisant la perception qu’avaient eue les étudiants du cheminement argumentatif de l ’orateur ou de l ’oratrice. VII.1. Un didacticiel en ligne présentant l ’intégralité des fonctions de l’environnement a également été diffusé.3). La prise en main des deux logiciels a fait l’objet d’une séance de présentation de deux heures auprès des étudiants ²⁰¹. le contenu de ces annotations ne pourrait qu’être exclusivement destiné à partager un point de vue critique avec les enseignants. les étudiants ont été invités à recourir à une organisation particulière de leur commentaire. Les annotations transversales (cf. Lorsque les opérations 200. VII. le style des commentaires devant alors s’accorder à cette ouverture vers un public extérieur aux murs de l’université. Par ailleurs.3.6. Les étudiants ont également été invités à joindre à leurs rapports méthodologiques une capture d ’écran de la carte circulaire structurelle et hyperdocumentaire (cf. pour évoquer le cas le plus fréquemment observé : des photographies du conférencier ou de la conférencière et des auteurs cités durant son discours) venant enrichir le contenu de la conférence.  M  .

Étude des questionnaires de retour d’usage et des méthodologies déployées A n de capter l’appréciation des étudiants sur le déroulement de l’expérience.VIII. retour sur l ’idée de chaîne lectoriale . Nous souhaitions d’autre part éprouver la pertinence de l ’idée de chaîne lectoriale et identi er ses retombées méthodologiques. pour l’organisation globale de l’interface et les instruments d ’orientation et d ’organisation . Les étudiants avaient toutefois été prévenus que l ’environnement était à l ’état de prototype. renseigner la notice globale du ux constitue alors l’unique geste devant être effectué au sein de l’interface auteur de Scenari/WebRadio (en plus du lancement du moteur de transformation assurant la génération de l ’objet Flash à partir de la source XML et des ressources multimédias).  S : pertinence globale perçue. pour l’environnement auteur WebRadio et l’objet Flash résultant. : Fenêtre jaillissante donnant lieu à la création d’un squelette de projet WebRadio à partir d’un contenu sonore maître. fonctions manquantes . lequel est formé de cinq parties :  P : formation. pratiques et attentes générales à l’égard des instruments de « critique multimédia » . Notre attente à l’égard de ces retours était double. Il s ’agissait en premier lieu d ’obtenir une critique précise sur le choix des fonctions jugées capitales (cf.  L’    : commentaires fonctionnel et ergonomique sur les opérations effectuées. et priés de passer outre certaines lourdeurs ergonomiques et autres bugs.  L  WR : comme ci-avant. V) ainsi que sur leur implantation. Nous 202.2. F VIII. Ces deux aspects devaient alors nous aider à identi er quels développements futurs étaient prioritaires. en plongeant des utilisateurs dans une situation où une réalisation hypermédia devait être conduite de la phase d’appropriation critique à celle de publication à destination d ’un public large. un questionnaire de retour d’utilisation leur a été distribué. dont ne rendrons pas compte ici ²⁰². et quelles pistes devaient être mises de côté.1. . Réappropriation critique de conférences enregistrées 219 de quali cation des blocs structurels candidats à l’export WebRadio et de mise en relation des compléments qui leurs sont associés sont accomplies au sein de notre environnement.  L’ : comme ci-avant.2.2. VIII. Nous intégrons progressivement leurs remarques dans l ’amélioration du code de l’application.

de spatialiser l’information textuelle sur le ux et de construire un découpage précis et une structuration hiérarchique. Signi cation des symboles utilisés dans les tableaux de synthèse : : fonction utile . VIII. nous avons recours à l ’emploi de pronoms masculins comme marques d’un « neutre universel » pour désigner indifféremment les étudiants et les étudiantes. III. ou signale un dysfonctionnement technique sans pertinence avec l’évaluation de l’intérêt de la fonction. n’a pourtant rencontré aucun problème. Détermination des instants remarquables.2. ainsi que les propos collectés dans les rapports méthodologiques qui les illustrent ou les prolongent directement ²⁰⁴. Critique du composant lecteur audio Cette section restitue les passages pertinents des questionnaires.2. 204. Phi4. de coupler la segmentation et le travail local à une appréhension globale du ux . de retrouver la souplesse critique du couple papier/stylo . Phi2 et Phi7 suivant quant à eux les enseignements des branches de génies des systèmes mécaniques et biologique. respectivement. Phi6. : fonction inutile . Note : Phi5 semble avoir rencontré de gros problèmes avec l’application. Dé nition en cours d ’écoute (A) Réorganisation chronologique Comme support de navigation (B) Ajustement avec les touches + et - 7 7 7 7 7 7 Phi1 Phi2 Phi3 Phi4 7 7 Phi5 Phi6 Phi7 203. dont il souligne toutefois les limites critiques du fait de l’impossibilité de structurer le ux sur plusieurs niveaux. cités directement. Les attentes pour un dispositif critique multimédia sont principalement d’ordre ergonomique. Phi6. de retrouver les mêmes fonctions indépendamment de la nature des documents étudiés . et Phi7 . également équipé d’une telle machine. Pro l des étudiants Parmi les 7 étudiants ²⁰³. VIII. Remarquons que. master Sciences Technologies de l ’Information et de la Communication pour Phi5 et Phi6). 7 . Phi4 et Phi3 . Les propos trouvés dans les questionnaires sont reformulés. Une case vide signi e que l’étudiant ne se prononce pas. Mentionnons toutefois que Phi1 cherche un outil qui lui permette d’assimiler puis de critiquer un ux .4. attribué à un mauvais comportement de celle-ci sur la plateforme Mac.2. . identi és par les conventions typographiques utilisées pour marquer les citations (italique et guillemets français). : ergonomie insatisfaisante. en suivant le plan exposé supra.1). au sens ici d ’une utilisation facile et rapide. dans cette section. : bonne ergonomie . 5 suivent une formation informatique (génie informatique pour Phi1.1. et a également essayé Lignes de temps (cf. basée sur un logiciel de lecture audio classique pour la navigation couplé à un bloc-note logiciel pour la prise de notes.220 C VIII rapportons désormais les propos les plus signi catifs rencontrés dans ces questionnaires — dont des transcriptions complètes sont données à l ’annexe D —. Seul Phi1 annonce avoir une pratique d ’écoute active. et ceux provenant des rapports.2. Phi3.2. Aucune de ces attentes ne semble a priori contrariée par notre prototype.

Par ailleurs.2. F VIII. nous pensons alors que l ’insistance sur l’absence d’une représentation temps/amplitude peut ici être interprétée comme une habitude contrariée. inférieur ou supérieur (ceci est un corollaire de l’observation précédente). . : Illustration de l ’impossibilité de dé nir un niveau de structuration intermédiaire a posteriori. 7 7 7 7 7 7 7 7 7 Phi1 Phi2 Phi3 Phi4 Phi5 7 7 7 7 7 Phi6 Phi7 (A) — Phi1 estime que la manipulation des blocs structurels (ainsi que celle des annotations libres) est grevée par l’impossibilité de redé nir leur largeur en déplaçant directement des instants remarquables opérant comme des « poignées » posées à même les blocs. et il n’imagine pas de procédé plus uide. la seule indication des timecodes ayant par ailleurs été maintes fois jugée comme insuffisante. pour exemples. tout objet construit par l ’utilisateur devrait exposer une procédure d ’altération. la dé nition des instants remarquables par une simple pression sur la touche « èche bas » est très simple et très rapide. Phi2 éprouve également le besoin de pouvoir étirer ou rétrécir librement les blocs. la mise en surbrillance du bloc accueillant le dépôt d’un instant remarquable ou l’affichage du titre du bloc survolé par la souris.2. Phi6 et Phi7 sont gênés par le fait que la lecture du ux se poursuive après la création d ’un nouvel instant remarquable. Ces deux étudiants souffrent par ailleurs de l’impossibilité de transférer le contenu d ’un bloc sur un autre niveau logique. Plus généralement. Phi3. Ces observations tendent à in rmer notre présupposé portant sur le bien-fondé d’une étape de marquage préalable à l ’exploitation proprement dite des repères. ceux de Phi3. Représentation hiérarchique (A) Glissé-déposé d ’instants remarquables (B) Navigation par les blocs (C) Coloration des blocs (D) 7 7 7 . Phi3 et Phi7 déplorent l’absence de feedback visuel. Réappropriation critique de conférences enregistrées 221 (A) — Pour Phi3. Ces étudiant préféreraient au contraire que la lecture s’arrête a n de disposer d ’un peu temps pour procéder à l ’exploitation immédiate du dernier timecode enregistré. gure VIII. Structuration logique. Il ressort en n de plusieurs rapports (notamment. À l’inverse. 205. On remarque que ces deux étudiants sont les seuls à avoir précédemment manipulé des contenus audionumériques . (B) — Phi3 indique qu ’il souhaiterait pouvoir nommer les instants remarquables a n de faciliter l’orientation dans le ux. Phi6 souligne en n que le bouton « 100% » est particulièrement appréciable. et localisés précisément grâce à une forme d’onde. La liste des instants remarquables devrait ainsi afficher un nom — cette sémantisation étant par ailleurs permise par le modèle —.VIII.2). Phi1remarque ainsi dans son rapport méthodologique que « c’est en annotant qu’on se rend souvent compte qu’on aurait besoin d ’ajouter un étage supplémentaire d’annotation » (cf. Phi4 ne trouvant pas l’utilisation du clavier très pratique ²⁰⁵. Il nous semble raisonnable de permettre deux régimes de détermination des instants remarquables : l’un « au l de l’écoute ». et l ’autre reposant sur l ’interruption perpétuelle du ux. Phi4 et Phi6) que l’outil de structuration a permis une meilleure compréhension des ux argumentatifs des orateurs et oratrices en forçant à identi er et hiérarchiser leurs éléments constituants. Phi1 et Phi4 préféreraient localiser les instants remarquables directement sur une forme d’onde.

Nous voyons plus loin que l ’« annotation externe » par mise en relation de contenus par l’entremise 206. À l ’inverse. la uidité de la phase de relecture/réécoute est fortement mise en question. Phi7 avoue ne pas avoir saisi l’intérêt de cette possibilité. Phi2. En conséquence. Les annotations libres. (D) — Phi3 et Phi6 regrettent de ne pouvoir s ’appuyer sur un système d’attribution automatique de couleurs ou de gammes de couleurs à chaque niveau structurel ou piste d’annotations. le mécanisme de détermination aléatoire imposant de perpétuels ajustements manuels. celle-ci découlant directement de notre conception de la succession phase de marquage/phase d ’exploitation des marqueurs. Phi2 déplore que. . Phi2 nous suggère alors d’implanter un mode d’écoute/relecture permettant de parcourir l ’intégralité des commentaires produits par affichage automatique des métadonnées associées aux blocs en cours de lecture. nous pouvons déduire que le dispositif de « navigation active » constitué des systèmes de marquage et de structuration suffit à procurer une orientation efficace ²⁰⁶. et juge convaincants les divers gestes d’interaction proposés (création.3 et VIII. ce qui affirme la nécessité de la suppléance critique apportées par la fonction de quali cation par coloration. seul Phi7 affirme manquer de repères temporels. Comme en témoignent les gures VIII. Pour en prendre connaissance. Phi6 estime toutefois qu’il s ’agit là d’une fonction nécessaire. les informations associées ne s’affichent pas automatiquement dans l’inspecteur d ’éléments. lors du survol d ’un bloc par la tête de lecture. Phi4). pourtant abondamment représentés dans les dispositifs audio communs . déplacement. mais affirme que « les couleurs rendent bien les détours qu’a pu prendre l’énoncé oral de la conférence ». Phi4 estime le résultat nal « fort carré et formalisé ». stipulant qu’une bonne orientation impose l’inscription du cheminement dans le milieu.11. Cette proposition contredit donc notre volonté de ne pas traiter les opérations d ’« appropriation pure » au pro t des fonctions de « construction ». Il s ’agit ici de la logique dite du Petit Poucet (S 2000). En dépit de notre présentation. ce qui déclenche alors sa lecture depuis son instant de début. contrairement à nos attentes. F VIII. Nous ne pouvons que souscrire à cette critique de la disparition sans procès d ’un élément préalablement créé par l’utilisateur. il faut alors cliquer sur le bloc en cours de lecture. dès lors. parfaitement complémentaire avec la structuration hiérarchique.222 C VIII (B) — Phi2 regrette que le dépôt d ’un instant remarquable sur un bloc structurel conduise à la destruction de celui-ci (suivi de la création de deux blocs de moindre taille). et témoigne pour cette raison un manque de con ance envers l ’application. suppression… des annotations). Signalons également que. seuls deux étudiants ont utilisé les fonctions d’annotation libre.3. (C) — Phi4 apprécie de pouvoir écouter les blocs pour eux-mêmes par un simple clic. Phi3 et Phi4 ont déployé manuellement une telle stratégie. : Dé nition de gammes de couleurs pour marquer la différence visuelle de la segmentation logique (Phi2.

mais regrette l ’absence de « favoris » permettant de mémoriser des con gurations de disposition d’écran et le niveau de grossissement paramétré dans le composant lecteur audio. que Phi3 souhaite pouvoir glisser-déposer des éléments aussi bien dans la colonne des « liens entrants » que sur celle des « liens sortants ». dont les réponses sont. qu ’il considère être un un « outil précieux » pour tisser les liens hyperdocumentaires entre blocs structurels et enrichissements. Bien qu ’affirmant ne pas être convaincu par cette fonction. ce souci de réciprocité nous semblant parfaitement fondé.4 expose deux exemples de cartes réalisées par les étudiants. L’étudiant estime de plus que parce que cette carte permet de « travailler sans le son ». les critiquer et les enrichir ». La gure VIII. Cette carte est jugée très utile — notamment en vertu de la vue synoptique qu ’elle apporte — par Phi2. dégagés des considérations purement techniques. Réappropriation critique de conférences enregistrées 223 de Liens a été favorisée par rapport à cette « annotation interne ». peu satisfaisantes. Par ailleurs. L ’organisation globale de l’interface. Nous rapportons ici les aspects d’usage pertinents. dans leur globalité. La carte circulaire structurelle et hyperdocumentaire. Le panneau d’organisation des Entités structurelles. qu ’ils jugent rassurante du fait de son caractère usuel et très naturelle. et constitue également « un très bon outil pour la relecture du travail effectué » offrant « une bonne synthèse des thèmes abordés par la conférence ». Phi2 juge en n ce panneau « très utile ». et souligne que « [c]’est ici que se crée le plan de la ré exion ». Il met également en avant la complémentarité de cette fonction avec le composant lecteur audio. VIII. Remarquons en n.2. Phi2 et Phi3 saluent la présence d’une représentation arborescente des Entités structurelles.2. jugeant le pavage des blocs au sein du composant lecteur audio suffisant. L’organisation en trois panneaux est jugée efficace par Phi3. et suffisamment exible par Phi7 . Phi2 apprécie la possibilité de basculer l’affichage des trois volets. Les remarques négatives nous ont donc permis de réorienter l’effort de développement en direction des aspects fonctionnels et ergonomiques les plus critiqués. quoique pas assez plastique. elle « permet de se détacher du déroulement temporel de la conférence pour se concentrer sur les idées développées et ainsi mieux les organiser. Signalons toutefois que l ’enjeu de l’expérience était d’obtenir des retours sur le composant lecteur audio. respectivement. Phi6 la trouve quant à lui pratique. et Phi7 . viennent les enrichir et prolonger leur lecture. En n. Phi1 et Phi4 souhaitent une organisation de l ’écran mieux adaptée aux résolutions faibles. que l’on peut considérer comme relevant d’une démarche plus spéci quement analytique et critique. associés par des Liens aux blocs structurels. Phi2 a utilisé la possibilité d’annoter directement les Liens (en tant qu’Entités sémantiques). . pertinente par Phi6. Phi3 souligne qu’une utilisation plus poussée de l ’outil l ’amènerait certainement à la considérer comme nécessaire.2.3. et d’identi er des erreurs de conception invalidantes lors d’une utilisation réelle. celle-ci s ’est avérée inutile pour Phi4. élégante mais peu utile.VIII. À l ’inverse. au cœur de l ’analyse critique des conférences enregistrées. à propos du mécanisme de tissage de liens. L ’arborescence des Entités structurelles a par ailleurs été utilisée pour organiser les divers compléments qui. Critique de l’environnement La troisième partie du questionnaire regroupe des questions portant sur l’environnement au sein duquel prend place le composant lecteur audio. Plusieurs étudiants se sont heurtés à de multiples problèmes techniques imputables au manque de maturité de l’application.

4.224 C VIII F VIII. Une chaîne lectoriale L’utilisation de Webradio n ’a globalement pas été appréciée des étudiants. et en mettant de côté les considérations purement techniques et ergonomiques.5. notamment du fait des lourdeurs de l ’interface graphique ²⁰⁷. Par ailleurs. la nécessité de cliquer sur « OK » pour valider une modi cation est critiquée par Phi2. . ainsi que de fonctions de mise en forme du texte. Phi7 le trouve quant à lui très utile et facile d ’accès. 207. L ’inspecteur d’éléments. pris dans leur souhait de s’approprier la pensée de l’orateur ou de l ’oratrice de leur choix. l’expérience a beaucoup plu aux étudiants : tous ont reconnu la pertinence de se doter d ’un appareillage critique multimédia reposant sur une facette « critique » et une facette « publication » (dont la conjonction a été rendue possible par la exibilité de notre modèle et de notre environnement).2. Nous compilons ici les points de vue exprimés par les étudiants sur la notion de chaîne lectoriale et sur ce que pourrait être l ’outil critique audio idéal. D). et confrontés à un surcoût temporel amené par la manipulation d’outils nouveaux.4. il préférerait disposer de davantage de place pour saisir son commentaire. les étudiants ont parfois favorisé le travail critique au détriment de recherches documentaires venant asseoir le travail de publication. Mentionnons toutefois la grande qualité du travail de documentation réalisé par Phi5.2. : Exemples de cartes circulaires produites par les étudiants (Phi3 et Phi6). Considérée dans son ensemble. dont un aperçu est donné à la gure VIII. L’objet de ce mémoire n’est pas de produire un retour sur l ’outil Scenari/WebRadio . VIII. Si Phi4 juge cet outil de bonne qualité. Par ailleurs. Phi6 et Phi7 . le lecteur pourra toutefois se référer aux questionnaires pour avoir une idée plus exacte des réticences techniques et méthodologiques communiquées par les étudiants (cf.

9). à partir des informations et des relations manipulées dans l ’environnement. et considère que la publication du fruit de son travail est intéressante — même à titre personnel —.VIII.5. permettant de générer automatiquement ce types de dispositifs graphiques de compréhension sous forme d’images bitmaps. Il serait alors pertinent de proposer aux utilisateurs un outil de « publication partielle ».6) et schémas (cf. Phi7 propose une mise en page écrite originale mettant en scène visuellement la structure interne du discours étudié (cf. Par ailleurs. Le geste de structuration au cœur de la démarche analytique proposée aux étudiants semble avoir donné lieu à de nouvelles formes de rhétorique visuelle dans les rapports. . et pense que son travail « doit permettre à une autre personne de s’approprier assez vite la conférence ».2. Phi4 apprécie alors la distinction opératoire entre environnement critique et environnement de publication. Ainsi. en plus d ’abondantes captures d’écrans du prototype. gure VIII. Réappropriation critique de conférences enregistrées 225 F VIII. certains étudiants ont supplémenté leurs rapports de tableaux (cf. et souligne l’intérêt de pouvoir superposer son point de vue ou son analyse à un discours enregistré. À propos de la démarche d’enrichissement. Chaîne lectoriale et innovations méthodologiques. « prendre le recul nécessaire pour intégrer d ’autres points de vue ». d’une part. à condition d’être en mesure de préserver la nesse de la segmentation critique opérée en amont. à la fois en raison de la difficulté à. De son côté. tout en jugeant inutile l ’adjonction de compléments multimédias (qu’il considère comme des sources de surcharge cognitive pour le lecteur). Phi6 et Phi4 remarquent que l’analyse de l’audio est souvent super cielle et fastidieuse . Phi1 trouve l’idée de chaîne lectoriale d’un grand intérêt et estime que l ’intégration de fonctions d ’annotation au support de publication est importante. : Publication WebRadio (Phi5). trouver des « compléments externes adéquats ».8). Ces observations appellent à leur tour l’intégration à l ’environnement d ’un module de publication susceptible de produire des canevas de pages éditables (au format traitement de texte ou HTML) con gurées selon les structures critiques dégagées en cours d’analyse. Phi2 avance qu’il lui a été « très difficile » de se « détacher de la première partie du travail a n de la critiquer ». Cet étudiant trouve que le composant lecteur audio rend possible une « écoute très structurée ». VIII. Phi2 apprécie l’idée de trouver sur Internet des conférences commentées et enrichies. et d’autre part. VIII. Phi1 maille l’étude écrite qu’il fait de chacun des temps forts de la conférence de fragments de captures d’écrans donnant à voir leurs structures argumentatives (cf. VIII.7).

F VIII.226 C VIII F VIII.7. : Tableau de synthèse sur la segmentation (Phi3). . : Schématisation du plan d’une conférence (Phi3 et Phi7 ).6.

F VIII. Phi2 identi e trois temps : 1) « élargir progressivement le champ de ré exion en intégrant . Ainsi.10). et Phi1 propose une représentation schématique de l’enchaînement des tâches effectuées (cf. L’articulation des deux logiciels a également suscité chez certains étudiants un désir de formaliser leur processus opératoire. Phi2 identi e explicitement une « phase de découpe » et une « phase de traitement des questions/réponses ». gure VIII. Réappropriation critique de conférences enregistrées 227 F VIII.VIII. : Exploitation de la structuration du ux au sein du rapport écrit (Phi1). : Mise en page du rapport écrit adaptée à la perception d’une structure rami ée (Phi7 ).9.8.2.

laquelle s ’est trouvée maillée de timecodes offrant une indexation visuelle et temporelle du ux. Phi4 n’a pu utiliser notre prototype que tardivement au cours de l ’expérience.12). et d’y rattacher son avis propre ainsi que les divers débats ayant pris place lors de la conférence. : Plan d ’une conférence (Phi3). seul Phi3 annonce avoir effectué d’abondantes recherches sur le thème de sa conférence pour en éclairer l’écoute attentive : théories contradictoires. Il est en n intéressant de souligner que suite à des problèmes techniques. les contenus textuels afférents étant articulés autour du ux qui structure et motive leur accès. théories associées. 2) « montrer en quoi cette intervention permettait de traiter le thème proposé » . de commentaires personnels et de liens bibliographiques (cf. F VIII. Toutefois. L ’utilisation de notre composant audio l’a alors amené à se rendre compte que sa structuration manuelle initiale était trop imprécise pour re éter correctement le cheminement argumentatif de l’orateur. F VIII. ce qui a donné . ré exions personnelles… Notre prototype lui a alors permis de réaliser techniquement cette confrontation critique entre divers points de vue.228 C VIII […] les échanges qui ont suivi la conférence » . 3) déployer « un vrai regard critique sur le contenu » en y apportant « d’autres points de vue par le biais de compléments externes et de ré exions personnelles ».11. : Formalisation du processus opératoire (Phi1). gure VIII. Cet étudiant a alors spontanément produit une transcription textuelle rapide de la conférence choisie.10.

Phi7 pense que l’intégration d ’un outil de publication à notre prototype constituerait un dispositif d’écoute active efficace et utile. et annotation manuelle).12. et ayant eu.VIII. Bien que fort peu habitué à se confronter à des objets sonores. 229 F VIII.2. de ce fait. Réappropriation critique de conférences enregistrées lieu à une segmentation informatique plus ne du ux. un certain . segmentation. Soulignant la réticence du corps professoral à l’égard du multimédia. L ’outil critique audio idéal. : « Analyse linéaire » (dans les termes de Phi4) écrite d’une conférence (indexation temporelle.

Cet étudiant est tout à fait prêt à en faire une utilisation privée — notamment pour un travail sur des conférences —. Il avance alors que l’outil critique multimédia idéal devrait ressembler à notre prototype.3). et devrait.  208.2 et VII. faute de pouvoir leur demander de réaliser des opérations de lecture et d ’écriture signi catives dans notre environnement. d ’accéder sur un même écran à la totalité de la glose.2. En n. doctorant en sciences de l ’information et de la communication (laboratoire COSTECH. d’une part. Toutefois. L’évaluation des travaux des sept étudiants volontaires a été con ée à un unique enseignant ²⁰⁸. et de pouvoir effectuer des sauts rapides de l’un à l’autre sans être désorienté grâce à fonction de zoom. laquelle permet d’appréhender spontanément la quantité de blocs signi ants produits.2. et dont nous rapportons ici l’avis. l ’enseignant-correcteur a particulièrement apprécié d’accéder à des fragments de commentaire nement localisés. Quiconque se livre au commentaire savant d’un texte ou d ’un discours à caractère théorique et argumentatif éprouve la nécessité de matérialiser sa perception du cheminement mental de l ’auteur en délimitant les temps forts du texte. Phi2 juge que ce travail est « très enrichissant » — car original —. d’une part. s ’adosser à des plateformes standardisées de partage en-ligne (à l’instar des wikis. que nous avons assisté dans la manipulation de notre prototype et de l ’environnement auteur Scenari/WebRadio. et d ’autre part. leur intégration dans l ’expérience n ’était pas envisageable. Phi5 apprécie de pouvoir critiquer une conférence en s ’affranchissant des formes de l’écrit et du support papier. Phi1 estime que l ’utilisation de notre prototype pour suivre un cours est plus efficace qu’y assister en chair. VIII.230 C VIII mal à prendre du recul par rapport à la matérialité du ux pour se concentrer sur le sens. et souhaite également développer son propre outil poursuivant des buts identiques. En n. la linéarité sans profondeur imposée par la forme du commentaire écrit n ’est pas adaptée à la saisie et à la représentation d’une structure argumentative rami ée. VII. ainsi que le squelette de projet WebRadio généré. Les réalisations des étudiants ont été transmises par courriel sous forme d’archives compressées contenant le dossier de travail regroupant les ressources impliquées et le chier XML principal (cf. Évaluation des travaux des étudiants Les enseignants n’ayant pas pour habitude d’annoter abondamment les mémoires des étudiants. en tant qu’il offre des fonctions de synthèse spatiale (la représentation hiérarchique structurelle) capitales pour la saisie d’un contenu complexe. Cet enseignant a particulièrement apprécié la possibilité d ’entrer dans le travail des étudiants par l’entremise de la carte circulaire synoptique. Celui-ci a donc été utilisé comme dispositif purement consultatif. et de percevoir la densité et la nature du travail d’enrichissement représenté par les liens hyperdocumentaires. . car celui-ci permet de dialoguer avec le contenu (par des opérations d’annotation et de structuration effectuée à mesure que la compréhension advient). être enrichi d’une interface prenant en charge le stylet ou l ’interaction tactile a n de rendre plus immédiates les opérations de segmentation.3. quoique « très déroutant et fastidieux ». UTC). Romain Badouard. Il a également considéré que les blocs logiques hiérarchiques mis en scène dans le composant lecteur audio offraient un moyen efficace de naviguer dans la vision qu ’avait eu l ’étudiant de la structure argumentative de l’orateur ou de l’oratrice. mais dans le registre multimédia). ce sentiment étant renforcé par les stratégies de coloration déployées. chaque portion identi ée pouvant à son tour faire l’objet d ’une segmentation.2. et d’autre part.

209. Les ressources numériques graphiques sont souvent intégrées aux mémoires comme éléments d’illustration. : Montage réalisé par Phi1 surimprimant une arborescence d’Entités structurelles à une situation pédagogique réelle (ici. couleurs et sentiments. Mineur transversal aux différentes branches d ’ingénierie. iraniens et mexicains.3. L ’enjeu était pour nous de proposer un mode de cohabitation entre médias qui soit adapté à l’exercice de l ’analyse sémiotique. Travail critique sur des corpus mixtes 231 F VIII. et permettant.3.VIII.1. Les ressources sonores sont quant à elles systématiquement regroupées dans un chier archive parfaitement indépendant du mémoire. UTC. dynamisant ainsi la prise de connaissance de la glose produite par l’appréhension directe des sources et des fragments documentaires auxquels elle se rapporte. Les réalisations informatiques s’appuyant sur notre environnement ont endossé le statut de compléments aux mémoires écrits. et dont les intitulés des sujets étaient « la presse locale picarde » et « la campagne présidentielle de Barack Obama ».fr/~tcn/ .  IC (T       ) : un binôme ayant choisi d ’étudier les rapports sémiotiques et culturels entre genre musicaux. la manipulation critique des ressources du corpus. VIII.13. T VIII.utc.3. et un trinôme procédant à une étude comparative de morceaux folkloriques chinois. Bien que portant sur des objets différents. Contexte et enjeu Cette deuxième expérience s’est déroulée dans le cadre des projets de n de semestre (constitués d’un mémoire écrit et d’un exposé oral) de deux unités de valeur du mineur TCN ²⁰⁹ (Technologies Culturelles Numériques) :  SI (S  ) : deux binômes d’étudiants procédant à l’analyse sémiotique de corpus de presse. et pour les enseignants. une consultation n ’évacuant pas leur contexte analytique. le philosophe Bernard Stiegler en plein cours magistral). http://www4. pour les étudiants. ces quatre sujets relèvent d’une démarche d’analyse sémiotique reposant sur la production d ’un commentaire écrit articulé à l’étude détaillée d’un corpus non textuel. et dont la consultation par l ’enseignant est fastidieuse du fait de la déconnexion des suppléments critiques. sans que le commentaire qui pourtant les vise directement ne leur soit techniquement articulé.

La gure VIII. celles-ci constituant l’objet premier de l’analyse sémiotique. et à éprouver leur pertinence sur les fragments identi és . Ces deux étudiants ont adopté une démarche d ’organisation de type « base de données ». Les binômes travaillant sur des corpus de presse ont principalement utilisé le module d’annotation graphique (cf.232 C VIII VIII. Contrairement aux étudiants de SI22. Bien que la synthèse critique soit restée enclose dans le mémoire écrit traditionnel. Des analyses sémiotiques multimédias Nous avons accompagné les étudiants dans leurs premières manipulations au cours d’une séance de deux heures.15.4. VII.  de mettre l ’enseignante en présence des sources et du travail critique qui y a été concrètement exécuté par les étudiants. ce qui n’advient pas toujours naturellement chez les étudiants fraîchement sortis du lycée . ainsi qu ’en témoigne la gure VIII. les Catégories ont permis de matérialiser les axes d ’analyse retenus. : Analyse des Unes de titres de presse locale picarde.14.  de forcer les étudiants à expliciter des axes d’analytiques. Dans les deux cas. gure VIII.2) pour matérialiser la rhétorique typodispositionnelle des Unes des titres analysés et ancrer leur analyse à des zones précisément localisées (cf. Ils ont en premier lieu utilisé . et de les impliquer matériellement dans l’annotation des sources.14) expose deux vues de l’environnement de travail du binôme travaillant sur la presse locale picarde. plaçant leurs ressources visuelles dans des dossiers correspondant aux divers titres étudiés. Le déroulement de l ’expérience a toutefois été grevé par le manque d’aisance général avec l’outil informatique de certains étudiants.3. et préférant ainsi reporter leur effort de synthèse critique sur le support écrit du mémoire. Les étudiants travaillant sur le traitement de la campagne de Barack Obama ont quant à eux exploité la possibilité d ’ordonner les Entités structurelles pour organiser les contenus en suivant le plan adopté dans leur mémoire. dans laquelle les fragments de Unes identi és auraient pu être prélevés de leurs contextes documentaires initiaux et confrontés les uns aux autres dans des espaces libres.2. F VIII. Il a ainsi été impossible de prolonger les opérations analytiques susmentionnées par une phase plus synthétique. les trois étudiants d’IC07 ayant choisi d’analyser des pièces musicales folkloriques ont pu prolonger leur activité analytique par une phase synthétique.14). et les avons assisté par courriel dans la poursuite de leurs travaux. en tant qu’enseignant d’IC07. l’utilisation du module d’annotation graphique a toutefois permis :  de livrer à l ’enseignante un travail d ’analyse précis. Une fois ceux-ci achevés. nous avons assumé l’évaluation des travaux relevant de la « sémiotique musicale ». où le commentaire est associé de manière claire à la portion documentaire à laquelle il se rapporte et non noyé dans un ux textuel . nous avons assisté l ’enseignante de SI22 dans le travail de correction.  d’aider un binôme à expliciter un plan de travail. et.

tout en maintenant une contextualisation critique complète autour des diverses entités impliquées. et. Étant de courtes durées. les pièces sélectionnées n ’ont pas nécessité pas une segmentation plus ne. Plus généralement. Ce passage d ’une posture analytique concentrée sur le matériau sonore à une posture synthétique donnant à voir des relations de sens et créant des parcours d’écoute entre une multitude de fragments provenant d ’origines diverses constitue le geste interprétatif central de cette étude de corpus. le composant lecteur audio pour construire une segmentation à deux niveaux. : Utilisation des rectangles colorés dans un espace libre pour organiser des fragments possédant une facette sonore et une facette visuelle.VIII. La libre spatialisation a été exploitée pour créer des groupements de fragments fondés sur divers critères de ressemblance (principalement. considérations culturelles). couleurs et sentiments » ²¹¹. . au sein de chaque mouvement. nous avons pu constater dans le cadre d ’IC07 qu’une conception « naturalisante » du jugement esthétique était fréquente chez les étudiants ingénieurs.16. matérialisant les mouvements de chacune des pièces du corpus. : Organisation des Entités selon un plan argumentatif.6. 211. la succession des phrases musicales constituantes ²¹⁰. Notre environnement a alors permis de négocier ce passage avec une uidité certaine.15. des relations de proximités mélodique et timbrale). F VIII. Les phrases musicales identi ées sur chacune des pièces ont ensuite été convoquées au sein d’espaces libres (cf.3. ce qui a notamment posé certains problèmes de réception lors des cours magistraux consacrés à l ’étude d’œuvres contemporaines remettant en question l ’héritage de l ’harmonie tonale.1) a n de pouvoir être confrontées. et en complétant ce travail 210. Chaque bloc a alors hébergé un commentaire portant sur la caractérisation musicale du segment de ux associé (instrumentation et timbres. analyses mélodique et harmonique. VII. Nous avons alors encouragé ces deux étudiants à questionner leurs prénotions en constituant un corpus d ’extraits musicaux. Travail critique sur des corpus mixtes 233 F VIII. Le second groupe d ’étudiants d ’IC07 souhaitait « montrer les relations existant entre musique. en confrontant ceux-ci à des auditeurs réels.

3. Le panneau d ’organisation des Entités structurelles (cf. nous avons mis en place avec les musicologues affiliés à l’équipe APM de l’IRCAM (cf. Ces observations ont pour corollaire que les Catégories sont sous-exploitées.234 C VIII expérimental par la lecture d ’ouvrages de sémiologie traitant de la question de la signi cation des couleurs. Comme nous l’avons annoncé en V. Les deux groupes d ’étudiants d ’IC07 ont été confrontés à l’analyse de plusieurs fragments musicaux. et leur attribuer l ’association de couleur la plus fréquemment formulée par ceux-ci (cf.4). L’utilisation de notre environnement a été mise en avant pour organiser le matériau sonore placé au cœur de leur investigation. VII. Cette constatation milite donc pour la prolongation de notre travail par une ré exion s’inscrivant plus spéci quement dans le champ de l ’InfoViz. L’expressivité visuelle des espaces libres a alors été mise à contribution pour représenter le contenu de chacun de ces « dossiers ». en cela qu’elle devraient pouvoir servir à la constitution de collections agrégeant des éléments de contenus (des « vues ». S - Entre 2006 et 2009. musicale et sémiologique ne fait intervenir aucune étude approfondie d ’un contenu particulier. cette association scienti que a donné lieu à la rédaction d’un cahier de spéci cations fonctionnelles.1). À la faveur de rencontres régulières organisées autour de la manipulation du prototype en cours de développement. favorisant l’échange direct entre concepteurs et utilisateurs.2) une démarche de « conception coopérative ». L’élaboration de notre modèle conceptuel et le développement de l’environnement fonctionnel qui l’exploite démontrent la faisabilité des diverses exigences des musicologues.1) a permis de constituer une base de contenus dont chaque branche représente un « sentiment » et contient les extraits sonores qui lui ont été associés par au moins un auditeur interrogé.16). les étudiants ont pu.6. d’une part. de multiples tableaux formalisant les résultats ayant alors été intégrés aux mémoires écrit.1. VIII. et par l ’intégration de fonctions de classi cation tabulaire auxquelles sont habitués les usagers des suites bureautiques (ceci faisant suite à la nécessité de « publications partielles » formulée en VIII. cette étude culturelle.2. . ainsi que les ouvertures méthodologiques qu’elle peut susciter. et d’autre part. l ’analyse rigoureuse d’un corpus exigeant la construction et la confrontation de plusieurs regards complémentaires. il est utile de pouvoir s’appuyer. II. segmentation et mise en tableau de partitions. classer chacun des extraits selon le nombre de citations par les auditeurs. Cette section présente les retours de ces derniers sur l’application achevée. dont la spatialisation et la classi cation a pu con rmer ou in rmer des similarités avancées hypothétiquement. sur un panel de représentations graphiques permettant de varier les points de vue en favorisant tel ou tel critère analytique. gure VIII. sur des tableaux de type « tableur » pour comparer des informations textuelles ou chiffrées.1. mais tire partie des fonctions d’organisation et de synthèse visuelles de l ’environnement pour constuire une navigation dans le corpus d’extraits retenus en fonction des résultats expérimentaux. VII. pour chaque « sentiment ».4. À la différence des précédents travaux. En jouant sur les dimensions et la couleurs des représentation symboliques de type « rectangles colorés » (cf. dans la terminologie des bases de données). Notre environnement a ainsi montré ses limites en termes de possibilités de représentation de données : lorsque une grande quantité d’éléments doivent être mis en série. nous avons pu faire émerger les caractéristiques fonctionnelles et ergonomiques essentielles d’un environnement multimédia de synchronisation.2. Ces points de vue dynamiques sur le corpus devraient alors pouvoir être mémorisés et retravaillés à des ns rhétoriques.5. formalisant les observations collectées à l’issue de ces discussions.

en cela qu ’elle permet de représenter directement les Synchrels. qui ne contraignent pas l ’utilisateur à une « position de chasse » (cf.5. Après avoir pleinement saisi le fonctionnement de cette vue.4. gure VII.1. ou la gestion des références des éléments — cf. Les musicologues ont alors apprécié la possibilité d’utiliser le support du document graphique comme source de multiples gestes de découpes (là où le papier contraint à photocopier abondamment le document pour explorer plusieurs pistes analytiques). La simplicité du geste de découpe en lui-même a été soulignée (clics gauche et droit pour dé nir les premier et dernier marqueurs.2) — lors de la création et la mise en relation de marqueurs multimédias sur plusieurs documents graphiques et sonores . Les musicologues ont estimé que notre analyse des différents modes de synchronisation et les con guration de touches retenues (cf. c’est-à-dire.1 —. avec la contrainte d’un matériel documentaire « brut » (cf.VIII.13) a toutefois suscité une certaine perplexité.2.4.  articuler ces manipulations matérielles spéci ques aux gestes plus directement critiques (spatialisation. La représentation graphique verticale de la structure du document graphique courant (cf.1.5.2) a été saluée.  proposer un mécanisme de segmentation qui. VII.2).6.2) a remporté le plus franc succès. VI. VI.4. V. lesquelles étaient gouvernées par trois enjeux :  proposer des principes d ’interaction clavier/souris efficaces — c’est-à-dire. tout en étant prolongé par des fonctions spéci quement numériques (telles que les fonctions de grossissement et de polymorphisme visuel — cf.2. mise en tableau. de même que celle de conjuguer synchronisation globale (au niveau du dossier) et synchronisations locales (propres à un couple de documents donné). le geste de découpe se trouvant ainsi ancré dans un espace phénoménal rappelant la logique du bureau physique. VII.4. VII.5.1). VII. ce qui permet de fonder une unité perceptive avec les vues exposant le document graphique et le ux sonore.3).1.6. Segmentation et mise en tableau de partitions synchronisées 235 VIII. Les aspects ergonomiques de la fragmentation multimédia ont reçu l’assentiments des musicologues. En n.2. La possibilité de s’affranchir complètement de la temporalité du ux. si la possibilité de basculer entre les diverses partitions ou interprétations référencées dans un super segment hypermédia (cf.2.5. Ce retour positif met en lumière la pertinence d ’intégrer des informations relevant d ’opérations d’édition matérielle à un .3) répondaient pleinement aux contraintes ergonomiques identi ées en V. Une analyse multimédia VIII. les musicologues ont convenu de son intérêt pour la mise en relation des marqueurs hors temps. Ceci nous a amené à proposer des fonctions de synchronisation et de segmentation hypermédias (cf.2. respectivement.5.5). de même que l’intérêt de disposer de marqueurs purement graphiques en plus des marqueurs de synchronisation (cf.2.1. permettant de passer d’une vue synoptique à l ’étude précise d ’un petit groupe de marqueurs successifs.1. annotation…). Synchronisation et segmentation hypermédia Notre prototype avait pour enjeu premier de rendre possible la constitution et la sériation de passages d’œuvres musicales en introduisant la dimension auditive. reposant sur les marqueurs dé nis en amont. Ceux-ci estiment notamment que l ’appropriation de l ’espace de travail est favorisée par la contextualisation du composant lecteur graphique au sein d ’un espace bidimensionnel libre. de procéder à un marquage et à une connexion des marqueurs hors temps.1.2. cf. V. la possibilité d’étirer et décaler chaque tranche graphique délimitée par des marqueurs (cf.6.5.1. a été particulièrement appréciée. VII. chaque portion graphique étant constituée d ’une série de petits segments d’images modi ables pour eux-mêmes . Son adoption est par ailleurs facilitée par la mise en surbrillance du marqueur-barre graphique ou sonore correspondant au marqueur-pastille cliqué.1) pour affiner la discrétisation du matériau graphique. Les musicologues ont toutefois souligné l ’absence de fonction de grossissement vertical. VII. permettent de manipuler un segment comme une agrégation de portions graphiques et sonores.

these two types of information can be combined within a single (dynamic) display. À ce titre. Les musicologues ont toutefois émis le désir de disposer de ce que nous pourrions considérer comme un « second niveau d ’indirection » sur les fragments matériels. ird : l ’organisation de l ’interface sous forme de tryptique paramétrable et le recours constant au glissédéposé assurent en n un ux gestuel et perceptif uide pour articuler les différents points de vue critiques que l’analyste doit pouvoir déployer sur les éléments de son corpus. Mackinlay et Shneiderman : « Focus+Context start from three premises : First.2).236 C VIII modèle destiné à servir l ’appropriation critique. the user needs both overview (context) and detail information (focus) simultaneously. au problème de l ’articulation du « focus » et du « context » tel qu’il est formalisé par Card. annotées. et l’articulation des Entités structurelles offre quant à elle la souplesse nécessaire à la constitution d’espaces exploratoires critiques. Pour palier ce manque d’expressivité de notre modèle.2. Espace et surplomb L’articulation au sein de notre environnement de dispositifs d’organisation/synthèse spatiale à des outils d’analyse apporte une réponse ergonomique convaincante.1. les Entités structurelles apportent un premier niveau d’indirection sur les Entités matérielles. et d ’autre part. dans le cadre de la lecture critique personnelle.4). 1999) First : la spatialisation d ’un fragment au sein d’un espace libre — ainsi que son emplacement dans le panneau d’organisation des Entités structurelles — lui confère un contexte interprétatif (« context ») duquel il tire une valeur critique. le panneau d’inspection et la convocation de composants lecteurs directement au sein d ’un espace libre permettant une inspection approfondie de leurs métadonnées et constituants internes. nous proposons d ’ajouter deux relations d ’agrégation :  Création de la relation Entité sémantique →Entité matérielle : ce premier niveau d’indirection offrirait une enveloppe critique aux contenus considérés pour eux-mêmes (quali cation) . En tant qu’opérateurs de contextualisation critique. VIII.  Création de la relation Entité structurelle →Entité sémantique : ce second niveau d’indirection apporterait la possibilité de contextualiser un contenu quali é au sein de multiples structures critiques .4. Second : la représentation symbolique proposée dans les espaces libres est suffisamment dépouillée pour permettre la confrontation critique spontanée d ’un grand nombre d’éléments.  Suppression de la relation Entité structurelle →Entité matérielle. II.2. » (C et al. tout en préservant les métadonnées de quali cation. par la possibilité de le visualiser au sein de l’espace sous la forme d’un composant lecteur (« focus »). ces Entités structurelles deviennent des contenus singularisés à part entière. information needed in the overview may be different from that needed in detail.4 et VI. much as in human vision. on peut alors vouloir les convoquer simultanément dans de multiples espaces. Notre approche permet donc de dépasser l’opposition existant entre outils d ’édition et outils à tendance formaliste (cf. Mais. . d’une part. assure la disponibilité constante d’un espace critique pour caractériser de manière détaillée chaque fragment de contenu. ird. sur laquelle repose notre modèle (cf. V. qui gouvernait jusqu’alors l’horizon de l’informatisation des pratiques de mise en tableau. une fois quali ées (nommées.2. par la présence constante de l’inspecteur d ’élément. La notion d ’encapsulation d’une Entité matérielle par une (ou plusieurs) Entité(s) structurelle(s). catégorisées). alors que son examen détaillé est rendu possible.1. Second.

2.1. : Objet Flash intégré à un article musicologique donnant accès à un environnement logiciel de mise en tableau (d’après Donin et Goldman. dans la version HTML de (D et G 2008).2. Segmentation et mise en tableau de partitions synchronisées 237 Cette complexi cation du modèle a pour conséquence de dégager deux niveaux de quali cation : une qualication « immanente ». F VIII. L’interface logicielle devrait alors permettre une double édition des éléments sélectionnés.4. dans une pièce où existeraient les phrases ABCEF. L’exemple de (ibid. VII. portant directement sur une Entité matérielle.3.) porte sur la pièce pour violon seul Anthèmes I de Pierre Boulez. gure VIII. Les tableaux hypermédias permettent ainsi. on trouve la possibilité de déclencher un objet Flash en cours de lecture donnant accès à l ’environnement de travail du musicologue. mais qui sont pourtant cohérents avec la logique de composition sous-jacente.4. une convention graphique stipulant que l ’édition des métadonnées associées à une Entité matérielle ou structurelle se fait dans des éditeurs de couleurs différentes. VIII. et permettant d’écouter les con gurations critiques retenues et de les modi er pour prolonger l’analyse (cf. de dégager et d’entendre des « thèmes virtuels » n’étant jamais actualisés dans l ’œuvre. ABDEF et . Les publications musicologiques citées dans l’introduction de la section II. en vertu de la relation d ’héritage qui les lie). Exploitant le résultat de la synchronisation. Ouverture : vers une publication hypermédia Dans la section II.2 restituent plusieurs analyses mettant en lumière l ’importance méthodologique de la validation des résultats par l’oreille. par exemple. les tableaux élargissent l ’horizon perceptif de l ’analyse en rendant possible une synthèse à la fois visuelle et auditive. Toutefois. pour laquelle l’outil permet. La première fonction développée dans cette visée est l’écoute continue du contenu d ’une ligne ou d ’une colonne d ’un tableau (cf.2.1.VIII.6. il serait aisé d ’éviter la confusion entre ces deux niveaux d’annotation en utilisant.17. Au sein de l’environnement logiciel. par sériation des fragments dans un tableau. 2008).17). Ainsi. nous avons abordé l ’informatisation de la mise en tableau sous un angle épistémologique : celui de sa falsi abilité. le problème de l’appropriation sensible des relations critiques se complexi e si l ’on considère la possibilité de dé nir des Liens au niveau des Entités sémantiques encapsulant une Entité matérielle et des Entités structurelles (qui sont des Entités sémantiques. et une « quali cation contextuelle ».3). portant sur le bloc structurel conférant une valeur critique à une Entité matérielle au sein d’une structure.

un autre serait complètement éditable.4. . qui reposent sur une collaboration très serrée entre auteurs et éditeurs. structures.2. La double indirection évoquée supra pourrait alors favoriser l’exploitation des entités critiques au sein de différents contextes de publication. par laquelle les lecteurs naux deviennent à même de comprendre l’univers des possibles duquel le tableau provient. dans lesquels elles pourraient être librement quali ées et agencées sans interférer avec leurs informations de contextualisation critique « privées ». Dans le cas des pratiques de mise en tableau. Ces expériences ont validé la pertinence d’une publication hypermédia interactive. il s’agit ici de donner à l ’utilisateur un contrôle complet sur le passage du maillon E au maillon F de la chaîne (cf. d ’autres en n offriraient une interactivité limitée (par exemple. sans altération de leur contenu).2) : a n de réaliser une chaîne lectoriale efficace. nous avons convenu avec les musicologues de la nécessité de pouvoir dé nir différents niveaux d ’interactivité pour la publication des tableaux : un tableau serait gé (accessible uniquement en lecture/écoute). au sein duquel l’analyste pourrait convoquer et disposer son matériel lectorial (ressources enrichies et liées. Ceci supposerait alors d ’intégrer un espace de publication à notre environnement. de constituer et d ’entendre la phrase ABCDF. il faut que les utilisateurs puissent construire des objets de publication interactifs articulant les entités lectoriales telles qu’elles sont manipulées en cours d’analyse.1).6. L’effacement de la frontière entre document et application constitue donc l ’horizon de notre concept de chaîne lectoriale. Nous pouvons donc avancer une conclusion similaire à celle des expériences portant sur le « commentaire composé philosophique multimédia » (cf. et la prolongation de l’espace critique par des espaces de publication constituerait une actualisation pertinente des dispositifs imprimés présentés en B. VIII.238 C VIII ACDEF. espaces…) a n de bâtir la « rhétorique de présentation » fondant l’exposition de son regard critique. la permutation des lignes et des colonnes. Autrement dit. gure I.

mise en relation. des pistes d’instrumentation informatique pertinentes pour leur prolongation aux contenus non textuels. nous avons conduit des entretiens avec des chercheurs (praticiens quotidiens de l ’informatique documentaire personnelle). analysé les tensions parcourant les notions d ’« inscription » et de « document numériques ». structuration. agrégation. d’une part. Les spéci cations fonctionnelles détaillées que nous avons proposées offrent alors un point d’entrée et un cheminement structuré dans l ’espace des instrumentations possibles pouvant être suscitées par notre analyse théorique. disposition et ajustement des fragments) et la gestion des opérations cognitives qui les visent (qualication.1. nous avons proposé une instrumentation générique des lectures critiques personnelles mobilisant plusieurs contenus non textuels. et étudié les évolutions de l’espace de travail et des outils du lettré dans l ’histoire. et d ’autre part. L ’indépendance des niveaux matériel. L ’articulation de ces différentes approches nous a permis de bâtir un cadre conceptuel opératoire pour le dépassement des limites de l’état de l’art des outils documentaires critiques personnels. Notre modèle conceptuel tire sa singularité de l ’articulation qu’il opère entre la gestion des opérations matérielles spéci ques à chaque type de média (localisation. IX. des opérations matérielles et cognitives constitutives de la posture critique. sémantique et structurel rend alors possible la conception de logiciels instrumentant une démarche critique qui n’achoppe . A n d ’acquérir une vision claire. et donner lieu à diverses implantations.239 CHAPITRE IX S C   Trop de morceaux de musique nissent trop longtemps après la n. lequel ne propose que des outils de lecture active mono-document/mono-média ou des outils d’articulation et de synthèse critiques incapables d ’offrir une saisie efficace sur la matérialité des contenus non textuels. S Dans ce mémoire. Cette caractérisation fonctionnelle peut ainsi être reprise pour elle-même. ancrage et fragmentation au sein d’un contenu. spatialisation).

. et d’autre part.240 C IX pas sur l ’hétérogénéité du matériau qu ’elle se donne et des opérations qu’elle convoque. Nous avons alors positionné notre travail au niveau des maillons C et D (cf. hypertextes spatiaux. Dans cette section. Dans cette visée. nous avons construit un cadre théorique et un modèle conceptuel spéci ques centrés sur la notion de « projet lectorial ». Les principes fondamentaux du modèle ont également démontré leur efficacité en rendant possible la manipulation aisée d ’objets hypermédias mixtes au travers d’un processus de synchronisation.1). notre prototype d ’environnement nous a ainsi permis de susciter diverses expériences universitaires et scienti ques impliquant des contenus sonores ou graphiques traditionnellement écartés de l’élaboration des objets de savoir. Nous ne nous attarderons pas sur la question de la recherche de documents en contexte savant.2. précédée par des systèmes de recherche de documents donnant lieu à la constitution d ’un corpus ou d ’une « bibliothèque personnelle » ²¹². Cette socialisation peut elle-même intervenir à deux niveaux : celui du partage de la production critique entre ceux qui prennent part à son élaboration coopérative. d ’une part. systèmes hyperdocumentaires. Construit autour de ce modèle. gure I. qui se réclament de l’héritage du Memex. nous avons conjugué des principes de représentation issus de différents horizons scienti ques informatiques (outils auteurs multimédias. Cette contribution technique n’a alors de sens qu ’en tant qu ’elle est. nous proposons un élargissement de notre contribution à la lumière de la notion de 212. Par ailleurs. outils « ordinaires »). De même. prolongée par des dispositifs de transformation de la production critique en vue de sa socialisation. à ce jour. Notre prototype constitue alors une première contribution à la ré exion sur la logique d ’interface souhaitable pour de tels systèmes. nos propositions de représentations graphiques et de gestes d’interaction pour la manipulation des contenus hypermédias synchronisés ont démontré la possibilité pour un lecteur non informaticien de conduire une lecture critique fondamentalement multimédia. agrégeant des fragments de contenu selon diverses modalités d ’articulation matérialisant l’édi ce sémantique du lecteur. nous avons mis en lumière plusieurs pistes relatives au partage ou à la publication du matériau et des différentes con gurations critiques que le lecteur lui a imprimées. représentant l’articulation des phases analytique et synthétique dans l’espace de travail personnel du lecteur. La majorité des lecteurs et lectrices que nous avons confronté(e)s au prototype ont en effet souligné la pertinence de nos choix ergonomiques relatifs à la spatialisation de la structure interne des contenus. qui relève plus spéci quement de domaine tels que celui du document retrieval et du Web dit « sémantique ». Nous avons ainsi proposé des modalités techniques de discrétisation adéquates à la construction et à l’exploitation critique de nouvelles formes sémiotiques appelées par des pratiques savantes se déroulant hors du cadre strictement textuel. Dans le chapitre restituant les expériences réalisées. En n. ainsi qu’à la spatialisation du réseau de relations signi antes externes qui les articulent et dans lesquelles s’incarne le projet critique. IX. U ’ La notion de chaîne lectoriale que nous avons proposée vise en premier lieu à dé nir les responsabilités des différents systèmes techniques impliqués dans l’activité critique instrumentée informatiquement. le groupe de vocables « environnement personnel critique multimédia » ne renvoie pas à une classe d ’outils logiciels stabilisée. l ’implication du matériau organisé en un tel « projet lectorial » personnel au sein d’un réseau d ’acteurs (qu ’ils soient producteurs ou récepteurs) appelle une nouvelle discussion sur la notion de document numérique. ou même existante. La complémentarité de ces approches permet au lecteur de déployer une stratégie lectoriale reposant sur un passage uide entre l’analyse interne et la synthèse externe. et celui de sa diffusion auprès d’un public de lecteurs anonymes. A n de penser le document numérique dans le contexte de la lecture critique personnelle.

telle qu ’elle est par exemple dé nie dans (Z 2004 . dossiers patient en médecine. Le concept de DopA permet de penser les processus d’« hyper-rédaction » de documents constitués d ’agrégats de fragments hétérogènes constamment recon gurés par des intentions auctoriales diverses (là où la notion d ’« hyper-média » renvoie quant à elle aux nouvelles pratiques de lecture suscitées par les systèmes hypertextes et multimédias) (P et Z 2006). DopA) au sens de (Z 2004).). est d’abord conçu comme un réseau de ressources quali ées et articulées. nos travaux s ’inscrivent dans ce paradigme du « document instrumenté ». la production. documents administratifs. ressources et fragments convoqués : en fonction du but poursuivi. tel élément sera considéré comme élément fondamental de la production résultante (une forme stabilisée). Z 2005)). et tel autre. dont certains ne seront pas intégrés à la forme stabilisée en raison de leur caractère périphérique. au nom d’un collectif savant. l ’« action » nale visée est alors. les communautés d’interprétation. Un programme de recherche pour l’instrumentation de la lecture critique multimédia 241 « document pour l’action » (par la suite. Dans sa phase évolutive. pour tenter de prolonger les transactions communicationnelles initiées par ses réalisateurs. le DopA agrège de multiples strates de fragments. en dehors de laquelle il est difficile de penser l ’exploitation de multiples ressources fragmentaires hétérogènes articulées selon différentes modalités et partagées entre plusieurs acteurs ²¹³. Inachèvement prolongé. Le cycle de vie du DopA s’initie par une « phase active de […] production sémiotique collective » durant laquelle il est en « évolution ». L’auteur propose également la notion de « dossier pour l ’action » pour quali er des « regroupements de productions correspondant à des situations transactionnelles distinctes mais fortement interdépendantes » (ibid.2. . Il nous faut remarquer en premier lieu que. rapports d’étude. Les pratiques concernées peuvent relever de deux catégories : les pratiques professionnelles dont les échanges sont réglés par des documents fortement structurés (contrats. A n de justi er l’adéquation du cadre conceptuel du DopA à notre projet.1). Cette distinction forme évolutive/forme stabilisée fait écho à la dynamique des maillons D. comme projet collectif ou individuel. le document (ou dossier). laquelle offre un cadre théorique accueillant pour l’horizon immédiat de notre recherche. Les travaux de Manuel Zacklad relatifs aux DopA s’appliquent à des processus de communication différés dont les acteurs — à la fois producteurs et récepteurs — s ’appuient sur des documents en évolution fondant une « activité commune nalisée » (ibid. et celles de communautés d ’intérêts qui reposent sur des échanges moins structurés. avant de donner lieu — par un double mécanisme conjuguant l ’activité de structuration continue du lecteur à des transformations documentaires machiniques — à une forme xant la rhétorique par la prescription de cheminements de lecture. Tout groupe d’acteurs inscrit dans une communauté savante et s ’adonnant à l’appropriation et à la production critiques de documents relève d ’une telle « communauté d ’intérêt » .IX. comme élément offrant un éclairage satellite plus ou moins essentiel. Cette fragmentation entraîne une abolition des frontières du document (c’est-à-dire. E et F (la phase synthétique) de notre chaîne lectoriale (cf. En effet. pour fonder le concept de DopA. il convient de discuter chacune de ses cinq caractéristiques majeures. Comme nous l ’avons déjà souligné. formulaires. ces attributs devant permettre au document de « circuler à travers l’espace. Fragmentation. de nouvelles connaissances ayant de la valeur pour les pairs. gure I. en cela que notre modélisation du projet lectorial ne prescrit aucune forme d ’appropriation stable qui pourrait faire l’économie d’un dispositif logiciel adéquat à sa logique conceptuelle. Cette dé nition renvoie ainsi à l’idée de « document instrumenté ». puis entre dans sa forme stabilisée. etc. Zacklad s ’appuie sur une dé nition du document comme « production sémiotique transcrite ou enregistrée sur un support pérenne qui est équipée d’attributs spéci ques visant à faciliter les pratiques liées à son exploitation ultérieure dans le cadre de la préservation de transactions communicationnelles distribuées ». le DopA permet donc de rendre compte de la diversité de statuts existant entre les différentes sources. que nous avons 213. Pour la lecture critique.). dans ce cas. » (Z 2004). une disparition de la distinction entre exploitation externe et interne. Z 2007a). . le temps.

Chaque partie d’un DopA « possède une relation potentiellement complexe aux autres » (Z 2004). aucun dispositif d ’organisation documentaire ne semble exister pour servir des pratiques critiques reposant sur la coopération d ’une petite équipe travaillant sur des contenus multimédias à la fortement structurés et aisés à ré-agencer. et d’autre part. comme nous l’avons vu. d ’une part. droits et engagements différents à l ’égard du projet global. laquelle. Pérennité. et qui doit faire l’objet d’une modélisation complémentaire à la lumière des situations de communication couvertes par le DopA. Or. le concept de DopA permet ainsi de penser la pluralité des contextes d’exploitation duncontenu tout au long de la chaîne lectoriale. Le DopA est une mémoire externe d ’une projet critique conduit par un collectif humain. non structuré et purement textuel. Les fragments sont ainsi interconnectés par des relations quali ées signi antes. la bibliothèque témoignent aussi d ’un projet intellectuel singulier. qui xe autant les échanges internes de ce groupe (stockage/co-production) que ses interactions avec un extérieur social (stockage/publication/indexation). ces considérations doivent nécessairement être prolongées par une ré exion sur la nature et l’organisation du dispositif socio-technique qui les accueille. Le DopA est le creuset documentaire où s’articulent les productions de multiples acteurs. (P et Z 2006) propose une formalisation des divers types de dépendances pouvant exister entre fragments et individus réalisateurs et béné ciaires : dépendance de ux (ordonnancement des tâches). Par ailleurs.242 C IX traitée avec notre modèle conceptuel dans le cas de l’espace critique personnel. Dans un contexte massivement distribué. dépendance d’ajustement (co-création d’une même ressource). lesquels peuvent avoir des responsabilités. Ainsi. d’articulation. et qui possède à ce titre une certaine pérennité. un work ow implicite organisé autour du plan rhétorique retenu organise les contributions. Toutefois. Par l’attention qu’il accorde aux relations fragments/acteur. des modalités d’articulation des multiples fragments. telles que les différentes relations argumentatives que nous avons mentionnées à l ’occasion de notre étude des systèmes hypertextes savants. Rapport argumentatif non trivial aux autres parties du document. Rapport non trivial aux réalisateurs. Toutefois. de révision et de diffusion. n’est pas suffisante pour encadrer l’instrumentation. cette variété des pro ls des récepteurs a alors appelé différents régimes de sélection et d ’articulation des fragments. la prise en compte du statut des fragments (selon qu ’ils sont plus ou moins essentiels à l’« épicentre documentaire ») évoquée ci-avant doit être articulée à la gestion des statuts des acteurs. dépendance de composition entre tâches (décomposition en sous-tâches). Word endosse le plus souvent le rôle d’espace d’échange. La technicité des contenus sonores et graphiques positionne cette question dans le champ des sciences et méthodes de préservation des ressources audiovisuelles numériques. et un auteur est désigné responsable de la mise en forme et du dialogue avec l ’éditeur. Si dans le cas du document écrit. Nous avons en effet approché cette idée lors de l’expérience d ’analyse/documentation d’un ux audio visant à la fois un lectorat restreint savant (le professeur) et un public « extérieur » . de la dynamique du travail coopératif portant sur un matériau mis en commun. Donner les moyens à un collectif savant de formaliser ses relations constitue alors un horizon méthodologique pertinent pour le développement des dispositifs d ’organisation documentaires évoqués supra. on trouve des outils tels que les wikis et les forums. Le cas de la co-écriture d ’un article scienti que donne une illustration directe des différents rapports liant les acteurs au projet : souvent. aucun dispositif ne permet de formaliser les échanges savants entre « co-lecteurs » (partageant leurs interprétations) . dépendance de partage (accès concurrent aux ressources). en plus d ’être le lieu où l ’on prend soin des documents en tant qu’objets matériels corruptibles. cette notion de bibliothèque repose sur l’organisation externe d ’entités documentaires délimitées.

IX. . L’étude de ces différentes caractéristiques des documents pour l’action nous permet ainsi de dégager autant de directions de recherche pour l ’élaboration d ’une chaîne lectoriale critique articulant activité individuelle et pratiques collectives autour de contenus multimédias.2. tout en organisant les transactions autour de relations critiques signi antes. Un programme de recherche pour l’instrumentation de la lecture critique multimédia 243 et co-producteurs autour d ’un matériau non textuel.

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Annexes .

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dont Christian Jacob nous dit qu ’elle est « à la fois une collection d’objets matériels.org/ serait alors un instrument privilégié pour cette nouvelle forme de sagesse. . en tant que base documentaire mondiale. car en tant que réseau documentaire mondial ouvert. et exige du lecteur. et in nité de parcours. le sage contemporain est celui qui sait frayer un chemin critique pertinent dans l ’abondance des sources factuelles ²¹⁴. le Web inaugure un nouveau régime de la multitude documentaire. Quoi qu ’il en soit. Le site Wikileaks http://wikileaks. d ’une part. un effort critique accru pour faire la synthèse multiples points de vue possiblement contradictoires. Ainsi. le Web n ’a retenu que quelques principes basiques . de sorte que la conscience collective contemporaine assimile fréquemment ces deux idées. qui en assure la sauvegarde et l ’accès. ce qui suppose une maîtrise parfaite des dispositifs d ’orientation. constitue la gure de proue. des dispositifs hypertextes historiques (ceux imaginés par Vannevar Bush.247 ANNEXE A D’ W   ’ :       A. avec son partenariat de numérisation massive avec des bibliothèques. On peut en n regretter que le grand succès Web l’ait conduit à phagocyter le champ hypertexte. de références précises. Le problème de la disponibilité de l’information s ’efface en faveur de celui de la navigation et de l’exploitation de l’espace documentaire. Ce double in ni donne lieu à la notion de surcharge cognitive. mais l ’a contraint du même coup à évacuer l’inventivité technique des systèmes hypertextes personnels 214. « le Web présente deux caractères intrinsèques qui renvoient à deux in nis » : in nité potentielle de sources. U W « » L’émergence d ’un Web « social » (voir infra) a conduit à réinterroger la nature du Web historique.1. dont Google. impliquant un ensemble d’opérations techniques. et en n un projet intellectuel » (J 2007). sa simplicité technique lui ayant assuré un déploiement planétaire. mais celui qui ne sait pas comment apprendre. une maîtrise des dispositifs de recherche et d’orientation pour « distinguer la connaissance pertinente de la masse du « bruit » qui l’entoure ». comme le remarquent Dominique Saint-Martin et Stéphane Crozat (S-M et C 2006). un lieu et un dispositif de rangement. La comparaison s’opère donc sur un plan strictement technique. Le Web instaure également une nouvelle gure de la sagesse : là où le sage antique peut déployer son jugement sur la base d’une importante culture personnelle qui n’est pas nécessairement constituée de connaissances exactes. Par ailleurs. et d’autre part. Le principe organisationnel sur lequel il repose — à une adresse se trouve un unique document — évoque le fonctionnement d’une bibliothèque. Ted Nelson) et de leurs successeurs directs. ce qui fait dire au futurologue Alvin Toffler que l’illettré du futur ne sera pas celui qui ne sait pas lire. en tant que système hypermédia ouvert (c’est-à-dire : abolissant l’idée de « ligne éditoriale »). le Web ne relève d’aucun projet intellectuel.

nouvel avatar de l ’intelligence arti cielle. et sont entièrement assumés par les utilisateurs.0 » peuvent laisser supposer. partagé. Le Web « sémantique ». en effet. ambitionne de réaliser un réseau informationnel ouvert au calcul machinique. en vertu du fait que le Web est un système documentaire ouvert. le Web dit « sémantique » repose sur des métadonnées (on parle également de Web « de données »). la révolution actuelle du texte numérique serait à rapprocher de la « révolution gothique ». dont les fonctions de lecture-écriture critique constituent encore un horizon pour les systèmes documentaires actuels. exprimant la pluralité culturelle humaine — et à ce titre supposant nécessairement une légère tendance chaotique —.0 »/« 3. Ainsi. comme le souligne Stiegler : 215. L’économie du tag rompt alors avec l ’organisation hiérarchique dominante dans les années quatre-vingt-dix — dont les fameuses « catégories Yahoo ! » constituent l ’exemple le plus immédiat —.0 »/« 2. mais entend développer des mécanismes d’inférence automatique. Boyer (B 2008) remarque que si le weblog est l’outil le plus visible de ce nouveau Web. […] De fait. Il est important de souligner que contrairement à ce que les dénominations populaires et journalistiques de Web « 1. U W « » La transition technique du Web traditionnel au Web dit « social » réside dans le passage d’un support dont l’édition n’est accessible qu ’aux techniciens seuls à un espace d’écriture et d’échange contrôlé par les utilisateurs naux. Le Web « social » repose intrinsèquement sur la notion de métadonnées.3. U W « »? Avec le Web « social ». le véritable analogue du traitement de texte est le wiki. l’apparition de l’imprimerie fait porter l’accent plus sur « l ’objet-livre » lui-même que sur son contenu. l’intérêt ne s’est autant porté vers le contenu sémantique et l ’usage qui en est fait. mais de données). sauf peut-être à notre époque. plus qu’à celle de l ’imprimé de la Renaissance. mais des expressions de différentes tendances d’usage du même système d’information généraliste ²¹⁶. Du point de vue du repérage. et instaure un régime de déplacement dans l’information reposant sur l ’association. n’est plus une question de documents. C’est par le biais des métadonnées — principalement des nuages de mots-clefs « plats » — que les lecteurs recherchent et découvrent les contenus sur les plateformes documentaires sociales. Comme celui-ci.2. et écarte la question de l ’appropriation critique des contenus par l’utilisateur humain ²¹⁵. mc schraefel (  2007) soutient par ailleurs que la logique du tag ne s ’abstrait pas du cadre formel de la page Web traditionnelle hyperliée . auxquels il incombe de spéci er et mémoriser les tags. A. A. 216. voir infra. les mécanismes associatifs évoqués supra déterminent les cycles de vie des contenus. les Webs « de documents ». et non un réseau clôt et asservi à des modèles d ’organisation imposés. l ’idée même d ’un Web « sémantique » est un non sens. en cela qu’il permet à plusieurs d’utilisateurs de créer et mettre à jour collectivement du contenu. et à ce que certains acteurs marchands du Web voudraient faire croire. si le contenu peut désormais être recomposé à partir de sources diverses. la présentation s’accomplit toujours en référence à l’unité typodispositionnelle de la page (et que le Web « sémantique ». En cela.248 A A orientés desktop des années quatre-vingt (tels qu’HyperCard). dé nies par les utilisateurs pour quali er les contenus qu’ils mettent à disposition sur le réseau. « social » et « sémantique » ne constituent aucunement une succession historique. » . Sylvie Fayet-Scribe (F-S 1997) renvoie d’ailleurs la tendance sous-jacente du Web « sémantique » aux préoccupations scolastiques relatives à la formalisation de l ’organisation du savoir : « Jamais.

où les métadonnées seraient générées par l’ensemble des acteurs du réseau. dans une logique bottom-up et non plus top-down. » (S 2009. p. C ’est dans ce contexte que Clay Shirky a défendu l ’idée que le temps des ontologies était révolu et qu’il devait faire place à celui des tags. Un Web « sémantique » ? « Le concept de web sémantique fut contredit dix ans plus tard par la proposition d ’un web social. On parla alors de web 2.3. c’est-à-dire de l ’annotation généralisée. et non seulement par des spécialistes ou des systèmes automatiques mettant en œuvre des ontologies.0 et de folksonomie. 100) 249 .A.

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1. nous avons également tenu à porter une attention toute particulière aux outils « ordinaires » que l’on rencontre fréquemment entre les mains de ceux qui ont à travailler sur des inscriptions. nous nous sommes efforcés d ’établir une cartographie aussi large et structurée que possible des approches contemporaines de la lecture critique multimédia. et qui ne sont pas nécessairement adossés à un discours scienti que identi é. Nous proposons alors de compléter le « cliché instantané » que constitue l ’état de l’art exposé au chapitre III par un examen diachronique ²¹⁷ des opérations interprétatives et des contextes technologiques dans lesquels elles ont pu s’inscrire au cours d ’une longue maturation.251 ANNEXE B S. la lecture quali ée de savante possède une histoire faite d ’épisodes de stagnation.1.1). de développement. mais lui « résiste ». de remise en question. seules garantes de l ’élaboration et de la transmission du sens. les opérations lectoriales ne peuvent se laisser saisir dans leur complexité et leur richesse par une considération purement synchronique des dispositifs qui les rendent possibles. il ne s ’efface pas derrière les fétiches technologiques de celle-ci. Lorsque le cours sinueux de cette histoire rencontre notre contemporanéité.1.2. opposant aux révolutions technologiques la nécessité d’une continuité des pratiques interprétatives. Mais parce que ces pratiques ne se déploient pas nécessairement au sein des frontières des cadres théoriques qui cherchent à les saisir ou à les prescrire. L’analyse des faits de langue suppose alors la complémentarité de ces deux approches. L’approche diachronique étudie l’histoire et les évolutions de la langue. Un regard diachronique sur les dispositifs de lecture Tout au long du chapitre III. Nous inscrivant dans une approche philosophique considérant la technique comme anthropologiquement constitutive (voir II. I B. . alors que l ’approche synchronique ne considère l ’état de celle-ci qu’à un moment précis de son histoire (il s’agit par exemple d ’étudier les normes en vigueurs. ainsi que les constructions techniques dont elles ont pu se doter pour asseoir leurs thèses et les confronter aux pratiques concrètes. indépendamment de leur changements successifs).    L     B. nous nous appuyons sur l’idée selon laquelle les technologies cognitives modi ent 217. Qu’on les considère selon leur facette matérielle ou cognitive. Nous empruntons cette opposition « diachronie/synchronie » à la linguistique. Nous avons en premier lieu étudié et articulé les regards que différents champs des sciences informatiques portent sur cette activité complexe et polymorphe. Comme bien d ’autres pratiques intellectuelles humaines.1.

compétences. de les organiser et d ’en produire de nouvelles. nous pouvons hasarder l’hypothèse selon laquelle plus un appareillage technique ressemble à celui que nous utilisons. A n de le mieux saisir. au-delà du seul contenu textuel. L’historien visant la compréhension d’une pratique intellectuelle doit donc également porter son intérêt sur la matérialité des objets qui la rendent possible et la conditionnent. Lévi-Strauss considère alors que l’étude de ces « petits riens » — tels que les modalités techniques. il s ’agira également de montrer comment certaines recon gurations des possibilités de manipulation matérielle des inscriptions sont à l’origine de l’émergence d’opérations mentales nouvelles. aux inscriptions (voir II. et d ’autre part. intérêts et usages.1). S’inscrivant pleinement dans cette vision du travail historique. En effet. s’appréhendent. considérés comme les « poubelles de l ’histoire » par une histoire ne considérant dignes d’intérêt que les « grandes dates » et les « grands personnages ».1. Pour tenter d ’expliquer cette situation. le travail intellectuel sur des documents ou des corpus composites de taille imposante — ne suscitent pas l ’intérêt qu’ils devraient. et insiste à leur endroit sur le fait que « [r]endre visible ces techniques intellectuelles est important dans la mesure ou justement elles ne semblent pas avoir d’histoire. S’intéresser aux facettes technique et technologique des pratiques humaines n’a pas toujours revêtu un caractère d ’évidence aux yeux des historiens. que le « monde du lecteur » s’organise en communautés de pratiques d ’interprétation partageant codes. L’histoire des pratiques lectoriales n ’épouse pas — loin s ’en faut — celle de ces techniques et des technologies qui rendent possibles leur émergence et leur mutation. le caractère archaïque et singulier des livres médiévaux et autres technologies intellec218. intellectuelles et sociales de la diffusion et du livre (F et M 1999) — doit s ’inspirer des méthodes des ethnologues. dont la crédibilité scienti que et historique a été assurée dans la n des années quatre-vingt par des historiens tels que Roger Chartier ou Lucien Febvre. les pratiques de « lecture savante ».2. Une autre incarnation de cette tendance historique nous est donnée par le projet interdisciplinaire « Lieux de savoir » conduit par Christian Jacob. par lesquelles les connaissances s ’incarnent. .252 A B le rapport qu ’entretient l ’humain au monde. nous cherchons tout d’abord à comprendre la liation dans laquelle nous nous inscrivons de fait. instruments. ce phénomène complexe gagne à être renvoyé à des moments-clefs prélevés au sein de l ’histoire des technologies cognitives servant le travail savant. Nous nous intéresserons ici à l ’émergence de l ’écriture. Au sein de ces quatre périodes qui structurent l ’évolution des dispositifs d ’écriture et de lecture. plus il nous apparaît transparent (moins il nous apparaît). Roger Chartier pose l ’idée qu ’une histoire des lectures et des lecteurs doit être celle des processus d’appropriation des textes (C 2001). L ’enjeu théorique de ce chapitre est alors double. Cette auteure souligne toutefois le fait que les techniques et outils de repérage de l ’information — dispositifs rendant possible. ou si peu ». À ce jour. Les travaux de Sylvie Fayet-Scribe s ’inscrivent pleinement dans la brèche ouverte par les études de la culture écrite. au travers de quatre imposants volumes ²¹⁸ ambitionne d ’élucider les modalités de naissance. Celle-ci doit considérer d ’une part que le « monde du texte » est fait d’objets et de formes matérielles dont les structures. En tant que nous entendons élaborer de nouveaux outils lectoriaux. devient problématique et improbable. aux différents objets qui aboutirent au livre. d’élaboration et de transmission du savoir par une étude des gestes. les historiens ont compris depuis Lucien Febvre que le travail historique se devait de récupérer les « petits riens ». seul le premier tome a paru (J 2007). Dans cette perspective. lieux et procédures impliqués dans l’activité quotidienne du lettré tout au long de l ’histoire des technologies cognitives (de la civilisation mésopotamienne à Internet). et plus particulièrement. nous effectuerons une revue historique des outils et supports de lecture dont s’est doté l ’humain pour résoudre les problèmes techniques suscités par sa singulière volonté d’appréhender des connaissances. et donc plus sa mise à distance. et plus généralement. les conventions et les dispositifs qui en sont les médiateurs conditionnent la production du sens. qui est la condition de sa constitution en objet historique. Elle remarque également que les historiens du Moyen-Âge se préoccupent davantage de l’équipement intellectuel (notamment les dispositifs d ’indexation et de classi cation) que ceux des autres périodes historiques. à la diffusion de l’imprimerie et à la genèse des outils documentaires sonores et photographiques. qui. Comme le remarquait Claude Lévi-Strauss. se manipulent et se diffusent.

ni le traitement équilibré entre chacune des périodes abordées. . voire à leur profonde mutation. au service de la problématique que nous nous sommes donnée. L ’accès à ce passé.2. les sciences et techniques des hypertextes et hypermédia. si nous entendons proposer un dispositif ayant une éventuelle place à tenir dans cette histoire faite de changements perpétuels. Nous reviendrons donc sur les bouleversements cognitifs induits par le passage d’une culture orale à une culture écrite.). nous composerons notre parcours historique autour de l ’idée d ’« espace lectorial ». De plus. Une exposition diachronique des différents états et moments des « technologie d’inscription » constitue l’occasion de caractériser les divers supports auxquels l ’humain a successivement con é sa mémoire. etc. s’ils n’entretiennent pas un rapport direct avec notre problématique. l’ingénierie de l’interaction humain-machine. cette attention portée aux objets du savoir — encore nouvelle au regard d ’une tradition philosophique séculière entendant questionner l’esprit et des idées indépendamment de tout rapport à la technique — offre une prise sur des faits techniques.1. replier et nouer le l de l’Histoire. court-circuiter. La généralisation du numérique dans la vie du lettré nous impose. qui est celui des « technologies de l’esprit ». Introduction 253 tuelles produites avant le grand mouvement d ’uniformisation et de standardisation de l’imprimerie pourrait instaurer de facto une distanciation avec les historiens qui les étudient. etc. Les bienfaits de cette double ouverture — thématique et épistémologique — dans la pratique des sciences de l ’Histoire ne reste pas enclose au sein de la communauté scienti que qui l’a initialement promue. l’ingénierie des connaissances.B.1. nécessairement revisitée suite à l ’avènement du numérique. encre. comme nous allons le voir infra. l’ingénierie multimédia. Nous nous efforcerons néanmoins d ’adoucir les coupes franches que nous effectuerons dans la continuité historique en proposant des références bibliographiques pointant sur des travaux d’historiens ou d’anthropologues susceptibles d’offrir un éclairage sur les points passés sous silence qui. B. Angle d ’approche La présentation des enjeux généraux de ce chapitre effectuée. et qui jusque là étaient restés dans l’ombre. sociaux ou politiques déterminants pour la compréhension concrète de ce que peut-être l’activité de « lecture savante ». Cette informatique ne constitue pas une branche isolée au sein des différentes disciplines. imprimerie. leurs avancées et les usages possibles des dispositifs qu ’elles élaborent. ainsi que sur la stabilisation d’une culture de l’écrit rendue possible par les progrès technologiques du livre (papier. Précisons avant toute autre chose que ce chapitre ne vise ni l’exhaustivité thématique. nous prendrons également la liberté de tordre. d ’être en mesure de comprendre comment les propriétés des supports ont tantôt contraint les pratiques lectoriales. Ceci confère une perspective théorique à laquelle le chapitre IV peut s ’adosser. intellectuels. Cette distance s ’amenuiserait alors au l de l ’évolution de ces techniques. plier. il convient de décrire plus exactement l’angle d’approche que nous avons retenu pour « questionner l’histoire ». chapitre où nous proposons une caractérisation du support numérique à la lumière de l’évolution de ceux qui l ’ont précédé. Pour cette même raison. culturelles et sociales ²¹⁹ témoigne que celles-ci éprouvent fréquemment le besoin de se confronter à un passé pour rendre plus intelligible leurs découvertes. sont très fortement liés aux conditions techniques d’exercice de la « lecture savante ». du fait de leur ressemblance croissante avec celles par le biais desquelles le travail et la pensée historique se déploient. la littérature scienti que associée aux sciences informatiques qui prennent pour objet non pas le fonctionnement de l’ordinateur mais des pratiques humaines intellectuelles. Dans le cadre d’un travail informatique tel que celui dont rend compte le présent mémoire. ainsi qu’une discussion autour de la notion de document. tantôt contribué à leur augmentation. est alors rendu possible par cette histoire des « petits riens ». on rencontre ses préoccupations dans l ’ingénierie documentaire. Notre enjeu étant ici de fournir un supplément de compréhension au problème de l ’instrumentation informatique des pratiques de lecture critique multimédia — et non de considérer pour elle-même leur évolution dans le temps —. mais se constitue de manière transversale à celles-ci . 219.

B. toute lecture critique supposait — parce qu’elle opère au niveau de l ’articulation des contenus qu ’elle vise — de s’inscrire au sein d’un réseau de structures spatiales organisées (l ’espace de la page organisant les inscriptions. la nature des contenus que nous considérons — sons et images — nous impose d’élucider clairement leurs modalités d’articulation spatiale. Structurer notre plongée historique par la caractérisation des différentes gures de l’espace personnel de lecture nous permettra alors de mieux saisir le rôle de cette dynamique spatiale lorsque nous en proposerons une variation informatique.  Nous avons fait part en II.3. mais de re220. outils et espaces — Les mutations des opérations lectoriales ». gestuelle. qui reste le support privilégié de l’expression de concepts et donc de la critique. l’espace intime du bureau articulant les documents. etc. lui-même plongé dans un espace documentaire de plus haut niveau. etc.2 de notre volonté de situer notre ré exion au niveau des relations que les contenus entretiennent au sein de l’environnement de travail du lecteur.  Comme nous l ’avons déjà énoncé en II. qui est éventuellement un niveau social.) semblent chaque jour consolider leur future place dans l ’histoire du rapport humain/machine.  Avec la généralisation des outils de lecture et d’écriture numérique. nous accorderons dans le parcours historique que nous proposons une attention toute particulière. au-delà des propriétés matérielles des supports que nous étudierons.1. L’ Les origines de l’écriture… : ’ Pourquoi vouloir remonter si loin dans l’histoire des technologie de l’esprit ? Qu’est ce qu’un questionnement radical de l ’écriture alphabétique (c’est-à-dire.1) —.2. Ce prisme théorique nous apparaît ici pertinent au regard de notre problématique pour les raisons suivantes :  L’écriture confère aux contenus (originairement oraux) une spatialité. . à la question de la « mise en espace » des inscriptions. ce qui rend possible la constitution de nouvelles manipulations matérielles et de nouvelles catégories et structures conceptuelles.3.254 A B Comme le trahit le titre de ce chapitre historique. nous approcherons dans ce chapitre les fondements historiques qu ’elle a coutume de mobiliser (la page.2. et à la façon dont ces différentes formes ont interagi (ou non !) avec le texte. Nous verrons plus précisément que toute opération critique se déploie via un ensemble de possibilités de manipulations spatiales des contenus. Les interfaces de contrôle multi-modales non textuelles (commande vocale. les rayonnages de la bibliothèque. Nous avons déjà évoqué le fait que pour pallier le « dé cit spatial et sensoriel » — que certain imputent à une hypothétique « dématérialisation du numérique » (cf. et dont la bibliothèque constitue l’exemple canonique). celui-ci constitue également le fondement historique des applications informatiques symboliques impliquant l’humain ²²⁰ —. Nous avons énoncé l ’idée que pour se déployer. « Supports. bien des concepteurs d’outils informatiques se sont appuyés sur des métaphores d ’espaces documentaires plus traditionnels.2. il n’est plus de certitude quant à la question de l ’espace. IV. A n de mettre en lumière certains aspects fondamentaux de cette tendance.). le bureau. les dossiers. Nous observerons donc la lente introduction des contenus non textuels dans l’espace de travail du lettré en prêtant attention aux différentes formes qu’ils ont pu prendre. à l’essence de celle-ci) peut apporter à l’entreprise de conception informatique qui est la notre ? Il s’agit pour nous non pas de discuter la domination du régime alphabétique — à la base des traditions savantes de notre civilisation. relatif à la racine.

de SAM — quelque rudimentaires qu’ils fussent —. Ainsi. On peut alors s ’interroger sur la nature du rapport qu ’entretiennent ces systèmes avec la langue. leur accumulation au cours du temps.2. 25). sur les raisons de l ’émergence de l’écriture. sur les bouleversements cognitifs qui en ont découlé. le fait que le mot écriture renvoie à l ’opération technique de tailler. d’« inciser ». voire même systèmes de notation ou de calcul. leur distribution spatiale sur le support. La naissance des mémoires arti cielles L’histoire des technologies cognitives ne débute pas avec celle de l’écriture telle que nous la connaissons. D’Errico nous apprend que l ’analyse des modes d ’enregistrement et de restitution de l’information a révélé que les codes des SAM afférents jouaient sur quatre paramètres. Des recherches entreprises dans le champ de l ’archéologie et de la paléontologie ont mis en lumière l’existence de technologies préhistoriques de stockage de l ’information reposant sur des systèmes de signes. et est issu d ’une racine indo-européenne *ker/*sker qui porte l’idée de « couper ». Francesco d’Errico insiste sur le fait que Roy Harris. les travaux d ’Errico (par exemple. de garder trace du nombre de proies tuées durant les chasses ou du nombre de convives présents à une cérémonie. Le terme latin scribere signi e « tracer des caractères ». transmettre et lire l ’information ».1. Avant de nous tourner vers les lieux et conditions d’émergence des premières formes d’écriture à proprement parler. de « mettre ensemble ». autant dans les langues romanes que dans les lanques sémitiques. et qui. et d ’autre part la notion de « rassembler ». « du nœud de mouchoir à l ’ordinateur ». on trouve. et à probablement 60000 ans en Afrique.B. Comme le remarque Louis-Jean Calvet (C 1998. susceptibles d’être combinés et hiérarchisés :     la forme des éléments porteurs d ’information. nous pouvons nous arrêter un temps sur le vocable « écriture ». ces « SAM » constituent donc la catégorie générale d ’artéfacts dont relèvent les technologies documentaires informatiques qui nous sont contemporaines. . La fonction exacte des objets qui matérialisent ces techniques d’inscriptions antédiluviennes reste encore quelque peu brumeuse. et dont l’« objectif devient l’analyse de la capacité des hommes modernes à élaborer des systèmes de signes ».2. stocker. en vertu de la dé nition exposée supra. 221. professeur émérite de linguistique à l’université d’Oxford prône « une analyse indépendante des signes. c’est qu’au delà de la « dichotomie écriture/non écriture ». Il pose alors la formule de « système arti ciel à mémoire (SAM) » pour désigner ces artefacts de suppléance et d’externalisation mémorielle dont se dote une société pour « enregistrer. d’inciser. traiter. d’« assembler » (des lettres. Ainsi dé nis. et d’autre part. date qui correspond au début du Paléolithique supérieur ²²¹. sa racine indo-européenne *gerbh signi ant quant à elle « égratigner ». des pièces osseuses découvertes il y a maintenant plus de cent ans dans des gisements du Paléolithique supérieur français ont fait l’objet d’hypothèses extrêmement variées de la part de la communauté archéologique : moyens de rappeler des chansons à la mémoire. En grec. Rappellons que ce terme renvoie à la période située entre 35000 et 10000 ans avant notre ère. (D’E 1998)) portent sur l’étude de tels systèmes. À ce sujet. Ce qui est certain. ou des chevaux). a n de mettre au point des théories globales de la communication » (D’E 2001). graphô contient également l ’idée d ’une incision. d ’une part. peuvent être mêmement étudiés et comparés. l’humain s ’est très tôt doté de techniques d ’inscriptions. L ’écriture : émergence d ’une raison graphique 255 venir. B. p. leur nombre. qu ’il dit « [englober] celle des « systèmes d ’écriture » ». Dans cette optique. L’apparition de ces systèmes remonte à 35000 ans en Europe (soit une trentaine de siècles avant l’apparition de l’écriture). La racine arabe ktb possède une double signi cation : on trouve d’une part l’idée de « traces » laissées par les pieds d ’un marcheur.

ces nouvelles espèces de SAM. Ce qui signi e « nœud » en Quechua (le groupe de langues parlées au Pérou). est quant à lui « constitué de plusieurs cordelettes de différentes longueurs et couleurs qui sont suspendues à une bande portée à la ceinture. et a été. la longueur des segments de la chaîne entre grains dénote le type de prière à réciter. les quatre paramètres exhibés par d ’Errico peuvent encore servir de cadre conceptuel opératoire lorsqu’il est question d’étudier ces nouvelles technologies de l ’information. » (D ’E 2001) F B. mais de savoir à quel type de code nous sommes confrontés » — pour caractériser deux objets bien connus. » (D ’E 2001) Le quipu ²²² utilisé par les Incas (cf. le touché en tant que mode d’accès à l’information s ’est effacé au pro t d ’une perception purement visuelle (l’affichage à l’écran). dans sa forme la plus connue. on repère d ’abord une cordelette déterminée par sa position et par sa couleur. d ’Errico mobilise sa typologie — dont il précise bien que l’objectif « n ’est pas de déterminer à quoi […] servaient [ces systèmes]. Ainsi. type de nœud). gure B. Si.1.1).256 A B A n d ’en montrer la fécondité. avec un code fondé sur la distribution spatiale des éléments porteurs de l ’information et sur la forme de ces éléments : l ’ordre des grains indique l ’ordre des prières. 223. en tant que mode d ’action sur l ’information. Les pièces suivantes témoignent de cette « proto loi de Moore » : 222. à une loi de miniaturisation continue. puis on y examine la position des nœuds et leur forme. Remarquons également que l’évolution des SAM apparus avant l ’écriture obéit. le rosaire catholique « fonctionne. : Quipu Inca. la généralisation des technologies tactiles — encore cantonnées à la surface d’un écran bidimensionnel — ou haptiques promet sans doute un retour du touché dans le travail intellectuel au sein des environnements numériques. Ces descriptions mettent en exergue le caractère fondamental des formes dans lesquelles se matérialise l ’information. strictement canalisé dans le clavier et la souris ²²³. dans les technologies informatiques. ainsi que les relations spatiales que ces formes entretiennent ou encore leurs propriétés sensibles intrinsèques (telle que la couleur). système de numération positionel en base dix. Pour enregistrer ou pour récupérer de l ’information. . Ce système fonctionne avec un code fondé sur la distribution spatiale (position de la corde et du nœud) et sur l’apparence des éléments porteurs d ’information (couleur de la corde. Là encore. pareillement à nos ordinateurs. La position et le type de nœuds sur chaque cordelette notent le nombre et le type d’objets ou d ’êtres représentés.

Espagne : fragment de pandeloque en os portant cent trente-quatre incisions disposées sur huit lignes concentrées sur moins de deux centimètres carrés (-10000 ans).  Zigeunerhöhle. Cette transition s’est elle-même accompagnée de l’émergence de codes complexes. si l’écriture telle 224. pour l’étançon préhistorique qu’elle ajoute à la théorie du support dont nous présentons les principes en II. Bien entendu.  Site magdalénien ²²⁴ de Taï. Chaque innovation technique autorise de nouvelles formes de stockage et de récupération d ’information. l ’hypothèse du souci d’un transport facile comme cause de cette augmentation du volume d ’information stockée semble être con rmée par le fait que « les systèmes à mémoire sont réalisés sur des objets utilisés comme outils prévus pour un usage long ». « les anciens. Autriche : bois de renne portant toujours quelques neuf cents incisions.). ceux-là même sans doute « qui ont fabriqué ces objets et ont transmis les codes associés ». Précisons qu’il nous apparaît plus pertinent de baser notre étude des supports d’inscription sur le plan de l ’expérience phénoménale et sensible que les humains peuvent en avoir.  Öküzini. plutôt que sur le seul plan de ses conditions techniques d ’inscription. seuls quelques rares individus devaient posséder la compétence nécessaire à la manipulation des codes. « aménagés pour être suspendus » ou bien encore « portés comme objets de parure ».B. Cet accroissement s ’est également accompagné d’un délaissement du toucher en faveur de la vue dans les modalité de lecture de l ’information (la lecture devait s’effectuer à la manière du Braille). Au-delà de l’étude de ces objet qu ’une archéologie sensible à la question des origines de l’inscription de l’information a su mettre en lumière.1.  Grotte de La Ferovia. Le Paléolithique supérieur marque alors le véritable début de cette pulsion de spatialisation des inscriptions en vue de leur conférer un sens. Principauté des Asturies. .2. Il nous semble que mettre en regard l ’émergence d ’une structuration visuelle de l’information couplée à une exploitation toujours plus audacieuse des propriétés morphologiques des inscriptions et l’expérience de lecture et d’écriture informatique qui se déploie dans et par l’interface humain-machine permet d’insister sur le statut de la spatialisation comme fondement cognitif de l’activité symbolique humaine. sa préparation et ses dimensions ne sont pas neutres : ils conditionnent l ’accès à l ’information. magnétophones. le fonctionnement même de la pensée humaine. Espagne : métapode de cerf gravé de neuf cents incisions. déterminent le contexte où se fait l’échange d’information et souvent informent autant que le message lui-même. Ces innovations déterminent les conditions de connaissance et. Cangas de Onís. Comme le remarque d ’Errico. c’est-à-dire. Dernière phase du Paléolithique supérieur européen. Italie : galets portant également un nombre de marques équivalent. dans une certaine mesure. etc. Tisser une liation entre l’accroissement du nombre d’encoches par centimètre et l ’accroissement du nombre de 0 et de 1 par unité de surface d ’un plateau d’aluminium recouvert d’une couche ferromagnétique ne nous dit encore rien de la façon dont l’humain pense avec ces inscriptions. Alicante. fondés sur l’organisation hiérarchique de l’information rendue possible par l’exploitation de la disposition des signes et des différences morphologiques qu ’ils entretiennent. sur la manière dont l ’information est perçue et manipulée. comprise entre environ 17000 et 10000 ans avant notre ère. ordinateurs.  Sépulture de Cueva de los Azules. nous savons que les techniques utilisées pour coder de l ’information.2. c ’est surtout la conclusion de d’Errico qui nous intéresse. les initiés ou les chamans ».1 : « Par comparaison avec d ’autres types de systèmes arti ciels à mémoire (écritures. » (D ’E 2001) D’Errico indique également que dans les sociétés paléolithiques. L ’écriture : émergence d ’une raison graphique 257  Tossal de la Roca. Turquie : galets portant un nombre similaire de marques. Drôme : fragment de côte de huit centimètres portant sur sa face plus d ’un millier de petites incisions. le choix du support.

Parce qu’elle offre un espace à partir duquel il est possible de « capitaliser des expansions futures ».2. ce qui a grandement facilité l’enregistrement des transactions commerciales à une époque de prospérité économique certaine ²²⁶. billes et pastilles de tailles diverses) parfois enclos dans des « bulles » d’argile (cf. La récente invention de la roue a fortement contribué à l ’efflorescence des échanges commerciaux en Mésopotamie. tels que l’augmentation de la population. B. gure B. comptabiliser. . devancer le temps. Une affaire de comptabilité L’écriture apparaît au cours du IV millénaire avant Jésus-Christ ²²⁵. que l ’écriture est originellement un outil par lequel l’humain a voulu sortir du rapport tactique que lui imposait un quotidien rendu désormais trop complexe par l’évolution technologique. située en Basse-Mésopotamie. Elle procède principalement d’une nécessité comptable ressentie par la population sumérienne de la ville d’Uruk. la « classi cation [passant] par la toponymie et le déplacement des corps ». « le corps guide l ’accès pour la reconnaissance des lieux et des formes ». ils ont été remplacés par des tablettes d’argile qui ont permis d ’inventorier plus précisément les marchandises échangées (noter le nom du propriétaire. Ce besoin coïncide avec le développement d’un système de société hiérarchisée. par la lecture d’un espace » (C 1990).2.258 A B que nous la connaissons n ’est donc pas l’unique moyen d’emmagasiner de l’information. 226. dans le perfectionnement du langage ou dans la structure des fresques pariétales.2). Face à ces importants développements qu’a connu la société. et considère ces pratiques comme les prémices des techniques d ’accès aux ouvrages dans l’Antiquité et au Moyen Âge. l’écriture confère au sujet humain l’« indépendance par rapport à la variabilité des circonstances ». l ’essor de la civilisation urbaine. sceller la bulle revenant alors à sceller la transaction. un « lieu d’où le regard transforme les forces étrangères en objets qu’on peut observer et mesurer. de jugements ou de toute autre forme d’expérience humaine non purement comptable et susceptible d’être visée par des proto lecteurs savants dans un processus de transmission culturelle.). les mésopotamiens ont ressenti la nécessité de se munir d’un moyen de contrôler le ux toujours plus complexe de leur quotidien. II. le développement des réseaux inter-urbains et le développement afférent de structures institutionnelles adaptées. Ce processus s ’illustre notamment dans le développement de l’agriculture et de l’élevage. Selon elle. mesurer » (H´  2007 . leur contenu faisait office de référence en représentant la marchandise accompagnée (il s ’agissait alors principalement de régir les échanges impliquant des têtes de bétail). où l’auteure émet l’hypothèse que dans un contexte de transmission de l ’information orale et gestuelle. contrôler ». Nous pouvons donc affirmer. les objets que nous avons évoqués étaient inadéquats à l ’expression et à la xation de vécus. Les jetons utilisés — le terme latin pour « jeton » est calculi — voyaient leur forme et leur taille varier selon le nombre de marchandises impliquées .1. berceau de notre pensée B. Quelle évolution ont alors connu les calculis ? Assez vite. spéci er la quantité et la nature des biens. De 225. Mésopotamie. On pourra également se référer à (F-S 1997). Des fouilles initiées dans les années vingt ont mis à jour des « jetons » (cônes. le repérage de l’information s’est joué dans le déplacement des corps.2.1. etc.2). Soit très approximativement 60000 ans après l ’apparition du langage et quelques 35000 ans après les premiers développements de l ’art rupestre. C 1998).2. Le développement de l’écriture au quatrième millénaire en Mésopotamie procède d ’une multitude de facteurs techniques et sociaux. qui peut ainsi « prévoir.2. dans les termes de Michel de Certeau (cf. Ces bulle-enveloppes servaient à faciliter les échanges commerciaux : sorte de garantie pour un contrat de livraison — des factures avant l’heure —. « qui se fait selon une logique spatiale ». organisée autour d’un pouvoir religieux et administratif centralisé dont les centres politiques que sont les temples doivent « s’organiser.

Certeau précise d’ailleurs que le modèle stratégique est celui sur lequel se sont construites les rationalités politique. L’idée qu ’ont eu les mésopotamiens « d ’étiquetter » les bulles d ’argile marque l’apparition des premières métadonnées matérielles. : Calculis (source : collection Schøyen). « Puis on eut l ’idée de noter sur l’enveloppe même de la bulle son contenu.B. Le principe de l’écriture était né : au lieu d ’avoir un nombre de « jetons » correspondant à une population (par exemple le nombre de moutons d’un troupeau). Ce processus. comme nous le voyons notamment au chapitre où nous détaillons le modèle conceptuel de données que nous proposons. n ’a cessé de se raffiner en approchant toutes les sphères de l’activité humaine. Nous ajoutons alors que le déploiement d’un rapport stratégique suppose avant toute autre chose la possibilité d ’écrire. l’écriture a suivi un processus d ’abstraction progressive (BNF 1996). comme nous l’indiquent les mutations socio-politiques de la Mésopotamie urukéenne. A n de répondre à la complexi cation du rapport qu’entretenait l’humain à son environnement. économique. contrôler le contenu d’une transaction commerciale).2. sans doute sans se rendre compte que ces « étiquetage » rendait inutile dorénavant le contenu de la bulle qui était bien sûr redondant. L ’écriture : émergence d ’une raison graphique 259 F B. puis celle des différentes choses que l ’on pouvait vouloir noter. il s’agissait d’une « écriture de . Primitivement. Mais restait à noter la notion de « mouton ».2. militaire et scienti que. qui ne peuvent bien évidement pas exister dans des sociétés dont les processus d’élaboration et de transmission de l ’information relèvent de l ’oralité. qui repose sur l’explicitation d’un besoin (ici. Il s’agit là d’une des premières fois où l’humain a organisé des signes matériels sur un support pour optimiser ses diverses activités dans le monde et ainsi accroître son pouvoir d’action. et s’incarne notamment de nos jours dans l ’élaboration de modèles conceptuels informatiques. on notait ce nombre d ’une façon symbolique. » (C 1998) Ces propos de Louis-Jean Calvet auront une résonance prononcée tout au long de ce mémoire.

ce qu ’il nous faut considérer. forme. ´ ecritures. et peuvent reposer sur des classements de caractères. aspects et catégories extrêmement touffus. sans le recours à un savoir scienti que . et d’autre part. B. mais dont on a remarqué qu’ils s’étaient succédé une fois. Confrontés à une demande d ’écrits toujours croissante. ce n ’est pas tant le contenu des présages et des prédictions que l’articulation logique par laquelle s ’opère le passage de l ’un à l ’autre : comment les mésopotamiens ont-ils pu éprouver l’assise épistémologique d’un mode de connaissance leur autorisant de déduire une destinée d’une con guration pilaire ? Cette forme de divination prend ses sources dans un pur empirisme. capable de transcrire les subtilités du langage parlé.2. typographie). le même signe pouvant désigner plusieurs objets. Dans (B´  1997).260 A B choses » : à l ’aide de roseaux taillés en pointe. dans une attention exclusive à ce qui se donne dans le monde sensible : « Le plus vieux fonds d’oracles a donc toutes les chances de s ’être trouvé constitué ainsi : par constatation de séquences d ’événements n’ayant entre eux aucun lien apparent. qu’ils se succéderaient toujours. L’affaiblissement progressif du rapport iconique entre le signe écrit et la chose signi ée en faveur d ’un rapport symbolique a favorisé l’utilisation phonétique des signes. dès l’instant où. constitution. le dominicain et assyriologue Jean Bottéro étudie le cas de « traités » de divinations mésopotamiens élaborés à la n du troisième millénaire. les scribes ont été amenés à augmenter la taille de leurs tablettes. les scribes traçaient sur de petites tablettes d’agile humide des pictogrammes entretenant un rapport de ressemblance avec les objets qu’ils entendaient désigner. mais renvoient bien à ce qu’il faut voir comme étant une véritable pratique intellectuelle. Pour une étude des différents systèmes d’écriture et de leur in uence sur les modes de pensée. Ainsi. En effet. Ainsi le crâne humain fait-il l ’objet d ’une description visant à décrire l’intégralité de ses variations. qui propose également des illustrations ainsi qu’une abondante webographie thématique. on pourra se référer au très illustré (C 1998). Chacun des éléments de ces traités est construit suivant un même schème grammatical et logique : deux propositions articulées — un présage et une prédiction — selon une structure conditionnelle de type si <présage> alors <prédiction> . des hypothèses qui tout en étant justes sont trop rarement réalisées pour pouvoir avoir été réellement constatées.2. un véritable mode de connaissance. à optimiser la con guration des signes et à rendre ceux-ci plus indépendants des choses du monde désignées : l’écriture est ainsi devenue une « écriture de mots ». et posé. Cette lecture pourra être complétée par un parcours au sein du site de Jacques Poitou (Langages. La « découverte » de l’esprit scienti que Le contexte d ’émergence de l ’écriture ayant été précisé. observés ou hypothétiques. C ’est ce que nous appelons l’empirisme. » Bottéro insiste sur le fait que ces propositions logiques qui constituent la divination déductive ne témoignent pas d ’un arbitraire extravagant et insensé. Le passage d ’une « écriture de mots » à une « écriture de sons » a alors permis une diminution du nombre de caractères. par exemple : « Si un homme a le poil du thorax bouclé vers le haut : il tombera en esclavage.2. d’une part. con guration) envisageables. arrêtons nous un instant sur ce qui est une des premières formes de pratique intellectuelle savante adossée à des inscriptions matérielles. du coup. des hypothèses carrément impossibles. sur cent soixante-six paragraphes énonçant chacun de ses états (apparence. » (B 1997) Les Traités mésopotamiens témoignent d’une double volonté d’analyse et de systématique. Quelques siècle plus tard naissait l ’écriture cunéiforme. Ce souci d ’exhaustivité conduit parfois les auteurs des traités à produire. il devient permis. la catégorie du nombre est identi ée et formalisée comme critère d ’analyse du réel. par exemple.

3. de poissons. lois.2.2. L’importance de ces « découvertes ». La parole à la lettre 261 plus développé. à ce titre. l ’idée générale ne pouvait être atteinte que par la mise en série de cas concrets (faits. dont les mésopotamiens exploraient l’espace des déclinaisons — réelles et imaginaires — par un jeu sur les inscriptions qui les matérialisent dans l’espace de la tablette d’argile. caractères) et individualisés. 534). En effet. Les conditions techniques quelque peu rudimentaires de l ’inscription du texte — et notamment. rassembler dans l’espace d’une tablette d’argile un ensemble d ’événements et de faits éparpillés dans le temps leur confère ainsi une unité. vise l ’universel et étudie son objet in abstracto.. Au-delà du réel observé. de cités. non seulement tout ce qui a été observé. sans avoir jamais été. l’absence d’espace entre les mots et des sauts de ligne quelque peu arbitraires — imposaient son oralisation a n que le contenu .2. comme les prémices du processus de classement et de repérage logique et spatial de la connaissance.1. l ’élan vers l ’universel requiert dans son déploiement la présence d’un espace matériel d’inscription suffisamment maîtrisé pour organiser l’expérience : d’une part en matérialisant la connaissance qu’il est possible d ’en extirper. a fortiori dans un contexte où aucune certitude scienti que et aucun dispositif technique permet de résoudre la question de sa propre subsistance. Bottéro montre que cette systématisation est animée par une « volonté d ’enregistrer. Les premières structures de la pensée Les pratiques divinatoires mésopotamiennes que nous venons d ’aborder reposent principalement sur une mise en listes de propositions logiques simples. et fait alors émerger l ’idée de mise en série. d’une part. L ’idée de la lecture dans la Grèce antique B. et notamment leur rôle déterminant dans le développement de la pensée critique. et qui est principiel de tout système d ’information. Lire.3. de fonctionnaires. — . le chemin est évident .1.B. mais aussi tout ce qui. La constitution de cette proto science qu’est la divination déductive est liée au développement de technologies d ’inscription matérielle. sextuplés. l ’activité lectoriale est marquée par la présence impérieuse de la parole (S 1988).3. pourrait être ». La parole vivante et l’instrumentalisation du lecteur Dans la Grèce antique. d ’objets métalliques. L B. quadruplés. également trouvées sur le site d ’Uruk. comme les premières structures conceptuelles déployées pour servir un travail intellectuel aboutissant à le production de nouvelles idées à partir de données et d ’informations collectées dans le monde. de tissus. B. Il faut rappeler que la civilisation urukéenne d ’alors n’avait pas accès à ce que nous pourrions appeler les « notions de l’universel » — principes. Nous devons donc voir ces premières tentatives d’organisation.3 B. est discutée en IV. etc. d ’oiseaux.1. De la mise en série de ce qui est à la détermination de ce qui pourrait advenir. Ceci amène Bottéro à dé nir la liste comme la « première présentation commune des « ouvrages scienti ques » en Mésopotamie : il s’agit de catalogues de signes et de mots classés selon divers critères » (ibid. concepts. p. et d ’autre part.3. événements. quintuplés. et le but premier de l’écriture est de produire des sons. nous ont renseigné sur la volonté des mésopotamiens de collecter et classer les informations du monde qui les entoure ou des idées qui structurent leur société : listes de rois.1. octuplés voire même des nonuplés. c’est avant tout lire à haute voix. Qu ’il s ’agisse de compter les moutons ou de rendre compte de faits observés ou hypothétiques. etc. d ’autre part en agissant comme dispositif heuristique de découverte et production de nouvelles connaissances par le jeu sur la con guration de cet espace. d ’envisager qu ’une femme puisse mettre au monde au-delà des jumeaux effectivement observés des triplés. la divination mésopotamienne est donc un discours sur le possible qui. D ’autres listes — lexicales et administratives —.3.

et qui. le lecteur.3. Cette investigation. est liée au développement des techniques radiophoniques : ayant recours aux haut-parleurs ou aux casques. qui supposent une co-présence des corps de l ’émetteur et des récepteur ²²⁷. salles de concert). et donc. au sens de celui qui accomplit l ’acte technique de lecture à haute voix. L’espace intellectuel où advient la rencontre entre l ’auditeur-récepteur et le contenu du texte est donc indissociable de l’espace de la parole. et relève ainsi fréquemment d ’attributions ancillaires. il se fait l ’instrument de l’écrivain les ayant composées. où l’auteure entend caractériser le « mode d’existence de la philosophie à l’âge de l ’ordinateur ». mais à l’activité philosophique même. elle s’intéresse non pas à la philosophie en tant qu’assemblage de grands courants historiques constitués. l’auditeur peut se concentrer sur les corps sonores que le compositeur lui propose de manière directe. chefs d’orchestres. partitions.1. dont les travaux de Jacques Derrida constituent le ressort premier. ou encore à son éventuelle transmission. de l’écriture. Ainsi les acousmaticiens (akousmatikoi. à son développement et enrichissement. il est intéressant de revenir sur le statut de la parole. son expérience gagne l ’intimité par rapport aux méthodes d’enseignement pythagoriciennes.2. La naissance de cette esthétique où la technique est mise en avant. Celui qui lit un texte à haute voix pour autrui s’en trouve alors doublement instrumentalisé. Nous amorçons notre plongée dans l’univers intellectuel des anciens grecs en nous appuyant sur l’ouvrage Écrire à la lumière. En tant qu’il prête sa voix pour donner vie à des inscriptions mortes. . notamment pour la marque profonde qu’elle a laissée dans de multiples concepts philosophiques fondamentaux. Tout texte devant être lu (épilegesthai. « auditeurs ») de l’école pythagoricienne de Crotone au VI siècle avant Jésus-Christ reçoivent-ils leur enseignement par la médiation exclusive de la parole de leur maître. Le philosophe et l’ordinateur d’Ann Van Sevenant (V S 1999). du travail intellectuel à cette époque et en ce lieu. en tant qu’elle peut produire des expériences d ’écoute nouvelles. L ’auditeur de radio est en effet confronté à une manifestation sonore dont la source physique demeure masquée . La parole vivante et la dévaluation de l ’écrit dans la transmission de la sagesse Rappelons qu ’un des objectifs de cette thèse est de proposer un cadre informatique conceptuel et instrumental pour la confrontation entre la parole d’un auteur absent et un lecteur-auditeur avide de s’en pénétrer. Le corps de celui-ci est occulté par un rideau de sorte que sa présence en chair ne peut altérer la pénétration de la voix vivante et interférer avec la transmission des préceptes. Mais il se fait également instrument de plaisir pour son auditeur (akouontes). par-là. C’est d ’ailleurs l’auditeur qui est le réel destinataire . L’ombre de la Grèce antique se faisant encore lourdement sentir sur notre civilisation du savoir. B. sans la médiation de l ’interprète et du concert. un « dispositif de restitution » par le truchement duquel l’auditeur gagne l’accès à la jouissance de l’œuvre.262 A B qu ’il renferme puisse être découvert. celle-ci entend se concentrer sur les possibilités du son considéré pour lui-même xé sur un support magnétique et diffusé via des haut-parleurs. n’étant qu’un véhicule. mais. Dans les années 1950. à sa reformulation. de la vérité. les grecs opèrent une franche distinction entre l’activité physique de déchiffrement-oralisation du texte et l’activité de compréhension du sens. est amené à procéder à son étude approfondie. s ’initie par une étude des propos de Platon à l’égard de l’écriture. chaque parcelle de son être s ’affairant à rendre présent un émetteur absent à qui il prête sa voix — confére à cette activité un caractère avilissant. À cette partition des régimes d ’activités cognitives lectoriales correspond une hiérarchisation des rôles sociaux : la renoncement à son propre égo induit par la lecture pour autrui — le lecteur s’effaçe intégralement. souvent traduit par « lire ». Alors qu’il traite des différents moyens de transmettre et de s ’approprier la philosophie dans Phèdre. au rapport complexe qu’entretient le sujet philosophant aux intermédiaires techniques qu ’il se donne pour élaborer sa pensée et par lesquels celle-ci peut se manifester. Faisant table rase de l’instrumentarium à l ’œuvre dans toute situation de transmission musicale traditionnelle (instruments. signie plus exactement « donner voix à »). la musique concrète de Pierre Schaeffer endosse également le nom de « musique acousmatique ». grâce à la télédiffusion et aux postes radiophoniques individuels. À cet effet. le disciple de Socrate laisse entendre que l’acte d’écriture 227. Nous nous hasardons alors à avancer qu’une telle situation de réception entretient une certaine forme de parenté avec l’expérience d’écoute contemporaine initiée par l’apparition des technologies de radiodiffusion.

alors qu’ils sont. par l ’image et le son enregistrés — qui sont indéniablement des formes d’écriture morte. qui suppose en plus un appareillage critique. mais vise tout arti ce technique susceptible de prendre part à l’activité intellectuelle (cf. insupportables en outre dans leur commerce. au fait que celles-ci étaient en ce temps réduites à leur plus simple expression. parce que. chaque discours s ’en va rouler de tous côtés. dans La Dissémination. « [i]l ignore à quelles gens il doit ou ne doit pas s ’adresser » (275 e). du traitement de texte aux dispositifs de production textuelle participative. produira l ’oubli dans l ’âme de ceux qui en auront acquis la connaissance . encourent le risque d ’une mésinterprétation. sans enseignement. que Platon reproche t-il exactement au discours écrit dans son Phèdre ? Tout d’abord. c’en est l’illusion.1). Platon déplore de plus qu ’« une fois écrit. . en les semant dans une eau noire. le discours écrit souffre d ’un manque d ’autonomie. Ce qui caractérise notre époque lectoriale… 229. en dispensant les hommes d’exercer leur mémoire. grâce à des caractères étrangers. pareillement auprès des gens qui s’y connaissent. non point au-dedans et grâce à eux-mêmes le moyen de se ressouvenir . La parole à la lettre 263 est vain. Ce terme est proposé par Derrida qui. des grammata —. en tant que. c’est plutôt pour la procédure du ressouvenir que tu as trouvé un remède.2. près de ceux auxquels il ne convient nullement ». Platon En écho aux idées exposées dans notre chapitre introductif. Le problème de l ’écriture est donc qu ’elle dissémine ²²⁹ des traces qui.1. c ’est savants d ’illusion qu’ils seront devenus ! » » Phèdre 275 a et 275 b. éventuellement dynamisé par un « enseignement » humain. critiqué. comme en témoigne la formule « écrire sur de l’eau. qu’il avait alors présentée comme étant un remède (pharmakon) au « défaut de mémoire et [au] manque de science » : « « Ô ot […] tu te plais à doter ton enfant d ’un pouvoir contraire de celui qu’il possède. Dans (V S 1999). Quant à la science. aussi bien. nous ne pouvons que souscrire à une pensée considérant qu ’une « information abondante » ²²⁸ seule ne peut être l’unique support d’une activité savante. vilipendé. Ainsi le roi amous répondit-il à ot — venu lui offrir maintes inventions dont le peuple égyptien pourrait béné cier — à propos de son dernier cadeau. au lieu d ’être savants. que tu procures à tes élèves : lorsqu’en effet. en conséquence. On peut toutefois se demander si la dévaluation platonicienne des technologies d ’inscription de la connaissance n’est pas liée. 228. A n d’illustrer la position de Platon. II. Le souci de Platon est donc avant tout la question de la abilité dans les modes de transmission de la sagesse. ils se croiront compétents en une quantité de choses. l ’écriture (grammata). et de permettre une organisation très ne de leur commentaire et de leur discussion entre « gens qui s’y connaissent » ²³⁰. dans la plupart. 230. il ne peut « se défendre lui-même ». la critique de Platon ne s ’arrête pas là. Néanmoins. et requiert le secours de celui qui l’a formulé (275 e). Au-delà des mauvaises habitudes que l’humain pourrait développer en se livrant à l’usage des grammata. à se pourvoir d ’une information abondante. là où le discours oral « s ’écrit dans l’âme ». comme.B. con ants dans l ’écriture.3. étudie le schéma de l’opposition du discours oral au discours écrit dans la philosophie occidentale. à la différence de nos dispositifs multimédia contemporains qui offrent la possibilité de capter la présence de l’orateur et le ux vivant de son discours. à l’aide d’un roseau » (il est ici question de l ’encre). ils chercheront au-dehors. avec toi. Car cette invention. d’une manière ou d’une autre. non la réalité. Ann Van Sevenant s ’essaye à dégager à partir des propos de Platon des pistes susceptibles de nous faire imaginer le rapport qu ’il aurait entretenu avec nos outils d’écriture informatiques. ce n ’est pas pour la mémoire. incompétents . il est en lui-même incomplet : attaqué. ils auront réussi. nous succomberons à ce qui est désormais un lieu commun des travaux dans le domaine des TIC : la confrontation au mythe de ot et de l ’invention de l’écriture tel qu’il est invoqué dans Phèdre. ainsi détachées de l ’émetteur vivant.

231. des aménagements que les romains y ont effectués il y a plus de 2000 ans pour le rendre plus conforme à leur langue. et une tige ou hampe triangulaire haute de 2 m à 2. au-delà de la simple accumulation. Au service du son : l’écriture alphabétique Contrairement aux écritures basées sur des pictogrammes ou des idéogrammes. les institutions. J. Les supports d ’inscription antiques Nous avons vu que l ’écriture reste en Grèce antique une affaire de production de son et non de représentation d’idées . la possibilité de renvoyer à d’autres livres (F-S 1997) — pratique qui connaîtra une existence opulente. » (S 2004. que ceux-ci ont appris des étrusques avec lesquels ils commerçaient il y a 2800 ans.-C. Ainsi.3. Il était composé de 30 lettres ainsi que d ’un signe spécial matérialisant la séparation des mots (nous verrons plus tard quels développements connaîtra cette préoccupation). Notre alphabet latin hérite. dont les anciens Égyptiens se nourrissaient. Elle a une racine ou rhizome féculent. et dans sa forme. elle n’est qu ’un expédient nécessaire de la parole vivante incarnée qui est la seule à même de transmettre la sagesse. 232. p. B. et voyons à quelles opérations matérielles pouvaient se livrer scripteurs et lecteurs d’alors. de Grèce et de tout le Bassin méditerranéen. dans son principe. discerné dans le ux de la parole lui-même discrétisé par l’écriture.1. constitué de moins de trente caractères. est marquée par l’utilisation du papyrus ²³¹ pour la confection de surfaces d’inscription ²³².4. de la Sicile et de la Calabre. — sont intimement liés à l’écriture alphabétique. sans feuilles et terminée par une large et élégante ombelle » (C 1977). alors disponible en très grande quantité sur les terres égyptiennes. C’est ainsi que la cité grecque est la première communauté où apparaissent des écoles. et toute la communauté peut avoir un accès critique à ces textes dans la mesure où l ’écriture en question est l’alphabet.3. Nul doute qu ’un tel cas de matériau servant autant la production de nourriture corporelle que la matérialisation de nourriture spirituelle constitue un hapax historique. Albert Cim nous apprend que la plante portant ce nom « est une espèce de roseau qui croît dans les marais de l’Égypte. de l’Abyssinie. de la Syrie.3. Pour les peuples d ’Égypte. Plusieurs aspects du « miracle grec » — la démocratie. J.-C. du Moyen-Orient. de celui des grecs. et avec lui. le terme grec est « biblyos ». C ’est à partir du VII siècle avant J.264 A B B. que la Grèce adopte ce matériau.-C. Intéressons-nous néanmoins aux « corps » artéfactuels qui recelaient ces inscriptions parfois si décriées. et doivent donc être combinés pour former des mots.1. les écoles philosophiques. Comme le remarque Stiegler. dès lors. 62–63) Avec l ’alphabet vient l ’ordre alphabétique. les questions relatives à la rationnalisation et clari cation de l’organisation de la connaissance. l ’alphabétisation est en effet la condition de possibilité du développement de la cité grecque en tant que communauté humaine ayant un recul critique sur les règles de vie qui la structurent : « La cité ne peut avoir une telle connaissance critique de ses règles de vie que parce qu’elle les a extériorisées et objectivées sous la forme d’un texte écrit. la transmission du savoir. Le terme « papyrus » est d ’origine égyptienne. qui habitait les terres syriennes il y a 3600 ans (B 2004). Il est probable que le premier alphabet soit une invention du peuple Ougarit. Les derniers documents connus réalisés en papyrus sont un manuscrit arabe et une bulle ponti cale du XIs siècle apr. et donc chacun. J. (BNF 1999) . les symboles unitaires de l’écriture alphabétique — les lettres — ne représentent pas des idées ou des choses mais des sonorités de la langue. au XI siècle apr. la période s’étalant de 3000 ans av.-C. c’est-à-dire un système de signes diacritiques très économique. etc. peut acquérir l ’usage comme lecteur et scripteur. à la possibilité de son recensement et à l ’efficacité de ses modalités d’accès peuvent désormais être posées.50 m.

le déroulement intégral d’un rouleau étant trop fastidieux du fait de sa longueur. l’outillage du scripteur est constitué d’encres (noire et rouge) ainsi que d ’un chiffon. nous dit Peignot cité dans (C 1977).B. et que toute cette bibliothèque d’Alexandrie n’aurait peut-être pas occupé trente à quarante mille de nos in-folio actuels ». du latin volvere. séchés à l’air et au soleil. (BNF 1999). des bandes de papyrus aussi longues que possible sont assemblées longitudinalement. Ces rouleaux prêts à être inscrits ont reçu le nom de volumen. et reçoivent parfois des métadonnées matérielles indiquant le nom de l ’auteur et le titre de l’ouvrage sous la forme d’une petite étiquette accrochée à un l. Outre celle-ci. parfois numérotées. il faut bien se persuader que cette niasse énorme de volumes était peut-être le produit des veilles de six à sept mille auteurs tout au plus. l ’espace d ’écriture est partitionné en traçant des lignes matérialisant des colonnes. le texte à lire se déroulant progressivement à partir du rouleau tenu dans l ’autre main ²³³. Outre un pinceau fait d ’un jonc breux (le calame). de sorte que quand nous lisons « que la bibliothèque d ’Alexandrie renfermait sept cent mille volumes. un grattoir et un lissoir. sont susceptibles de recevoir une ornementation plus ou moins luxueuse). on les niche à plat dans des casiers. plus rapide et plus exible. Nous avons vu comment l’accroissement du besoin de textes écrits et leur complexi cation avaient amené les scribes mésopotamiens à passer d’une « écriture de choses » verticale à une « écriture de mots » horizontale. La parole à la lettre 265 A n d’obtenir une surface suffisamment large pour recevoir du texte. buis ou ivoire xée à la dernière feuille. Le texte lu s ’abîme immédiatement dans le rouleau tenu par une main. qui tiennent par l’action des sucs libérés des bandes de papyrus suite à l’action de « l’eau du Nil ». par opposition à un accès aléatoire. La faible capacité d’accueil de ce support imposait donc aux auteurs une fragmentation de leur œuvre en de nombreuses petites unités matérielles. les principaux facteurs de corruption des papyrus sont les insectes. On remarque donc que les possibilités d’appréhension synoptique du contenu d ’un volumen sont très limitées. etc. sur la quantité de contenu textuel que renfermaient effectivement les grandes bibliothèques antiques. « enrouler ». de même que l’umbilicum. La légèreté du papyrus rend le volumen rapide à utiliser et simple à transporter (on utilise à cette n des boîtes cylindriques qui les préservent des chocs. sont alors soumis à l ’action d’une presse. le passage en Égypte du couple instrumental tablettes de pierre/ciseau au couple papyrus/pinceau permet l’accélération du geste du scripteur. avant d’être découpés en feuillets rectangulaires (C 1977). Les deux « tranches » du rouleau jouent donc le rôle de reliure.-C. Avant de commencer à inscrire des caractères. Quelle quantité de texte peuvent contenir ces volumen ? Il ne faut pas se méprendre. . on assemble alors une vingtaine de ces feuillets en rouleaux. Ce mode de lecture repose donc sur ce que nous appellerions désormais un accès séquentiel à l ’information. dans la linéarité du volumen. De même. et de la taille de la page affichée relativement à la taille globale du document. contre lesquels les rouleaux 233. ce qui a pour conséquence de simpli er le tracé des hiéroglyphes au pro t d’une écriture cursive. et pouvant recevoir différents ornements plus ou moins précieux selon le prix et le luxe du manuscrit. la barre de dé lement donnant une indication du positionnement dans le ux. qui se simpli era encore pour donner le démotique au VII siècle avant J. dont la longueur peut dépasser un mètre. semblables à ceux que l ’on rencontre dans les caves à vin.3. Les treillis ainsi confectionnés. et qui. bord vertical contre bord vertical. les volumen n’étaient pas dotés d’instruments d’orientation et d ’appréhension synthétique du contenu tels que les sommaires. a n de faire varier la portion de texte offerte à l’œil. En conséquence. protégeant les précieux manuscrits de la poussière. index. Pour le stockage en bibliothèque. La lecture d’un volumen exige l ’usage des deux mains. Les bres de papyrus étant trop cassantes pour être pliées. Ce geste est souvent invoqué métaphoriquement pour quali er l ’action de scrolling (le terme anglais « scroll » signi ant précisément rouleau) consistant à faire varier le contenu textuel d ’une fenêtre informatique. avant que d’autres plus courtes soient apposées perpendiculairement. l’écriture hiératique. La bande de papyrus constituant la surface inscriptible du volumen est enroulée autour d ’une baguette — l’umbilicus — de cèdre. soigneusement polies à la pierre ponce à la pierre ponce « a n que l ’écriture pût s ’y tracer sans bavures ».

constituées de cinq parties constitutives (selon De inventione. conséquence de la forme rouleau. Le geste de lecture. Comme nous l ’avons vu. les idées et les discours doivent être mémorisés par cœur. le volumen ne peut agréger qu ’une faible quantité de contenu textuel .  Importante fragmentation matérielle. Ils font alors partie intégrante de la rhétorique. ou vraisemblables capables de rendre une cause plausible. Remarquons en n que la décennie -290/-280 accueille la naissance de la grande bibliothèque d’Alexandrie qui représente la première incarnation historique de la volonté de réunir en un même lieu tous les documents existants au monde. cité dans (Y 1975. ce qui interdit d ’en consacrer une au marquage du texte. dont la formalisation est probablement dûe à Simonide de Céos (556/-468). l ’historienne britannique Frances Yates redécouvre ce que l’on appelle les « l ’art de la mémoire ».  Caractère dé nitif. p.  Geste exclusif.  La pronunciato consiste à contrôler la voix et le corps pour convenir à la dignité des choses et des mots. le papyrus était souvent réutilisé . Dans les années 1960. toute forme de lecture mobilisant une grande quantité de documents était donc elle-même limitée. L ’âme comme support d ’inscription À une époque où les matériaux offrant un support écrit organisé sont encore rares. Ces contraintes physique. Ces arts de la mémoire. A n de l’économiser.  L’elocutio consiste à adapter les mot convenables aux (choses) inventées. à la différence des manuscrits égyptiens qui ont pro té pour leur postérité d’un climat plus sec dû aux sables. . le rouleau tel qu’il était couramment utilisé dans l’Antiquité présente les propriétés suivantes :  Fragilité. 20)) :  L’inventio consiste à trouver des choses vraies (res). ce qui bride les possibilités d’essais/erreurs. et de cette situation procède la nécessité de développer des techniques adéquates. d’esquisses provisoires ou de schématisations rapides sur lesquelles repose tout processus de prise de note ou d ’élaboration d’idées nouvelles. requiert l’action des deux mains.1. sont très utilisés dans la Grèce classique avant d’être adoptés par les Romains. ce qui explique la disparition quasi totale des documents grecs et latin. Conséquence en partie de cette fragilité. et de ses supports. et donc à la matérialisation de sa réappropriation. une plasticité certaine. font donc du volumen un piètre support pour une lecture intensive exigeant du lecteur une certaine activité.266 A B sont traités par un bain d ’huile de cèdre.  La memoria réside dans la perception solide des choses et des mots dans l’âme.  La dispositio consiste à mettre en ordre les choses que l’on a ainsi découvertes. qui découlent des propriétés matérielles du papyrus. ce matériau s ’efface très mal. La fragilité du matériau papyrus impose un rapport passif au support de lecture et d’inscription.3.  B. Cicéron. toutefois. et l’humidité.5.

p. et se différencie en cela d ’Aristote pour qui le souvenir est d’origine physiologique. C ’est pour cette raison que certaines personnes utilisent des lieux pour se souvenir. l’esprit mobilise des stratégies de remémoration qui reposent sur des enchaînements d ’associations constituant des chaînes de souvenirs. Il est intéressant de remarquer que cette notion est déjà thématisée chez Cicéron et dans l’Ad Herennium.B. quel qu’il fut. du blanc à l ’air . 35). associées aux mots du discours. II. une « passion » corporelle qui opère un changement dans le corps » (C 2003). En effet.de l’air à l’humidité . mais existant en nous de façon latente. après quoi on se rappelle l’automne. « renforcée ou consolidée par l ’exercice » (Y 1975. l ’une « naturelle ». » De oratore.1) croit en l ’existence de connaissances ne procédant pas de cette « impression sensorielle ». à supposer que l ’on essaie de se rappeler cette saison. « gravée dans notre esprit. une villa. p. les rues d’une ville — et de le peupler d ’images fortes. ainsi qu’à un manuel anonyme. qui s ’est également intéressé aux stratégies de remémoration dans le cadre de ses écrits sur la rhétorique. l ’art de la mémoire pouvant alors être vu comme une écriture intérieure. La raison en est que les hommes passent facilement d’un point au point suivant . En quoi consiste cette forme d ’écriture intérieure ? Les techniques mémorielles mobilisées reposent sur l ’idée selon laquelle la vue est le plus fort de tous les sens. que nous désignerions de nos jours par le vocable « mnémotechniques ». l’orateur arpente ce lieu imaginaire en déroulant le l des associations qu’il a précédemment élaborées a n de retrouver les mots et leur ordre dans le cours de l ’argumentation. Aristote. Cette in uence du lieu dans les processus de mémorisation et de restitution d’argumentaires complexes repose sur le fait qu’un lieu suscite de lui-même des associations dans l’esprit (ibid. Aristote Alors qu ’il accomplit cet acte de recherche volontaire qu’est l’anamnèse. Les informaticiens font régulièrement usage de l ’expression « mémoire arti cielle » pour désigner cet usage primordial des ordinateurs comme suppléance aux capacités de mémorisation limitées de l’humain. ce qui frappe l ’esprit — tant par le truchement des sens dans l’activité perceptive que par le pur exercice de la pensée — vient imprimer cette cire à la manière d’un sceau. or. 17). et se résument principalement à certains passages de De oratore de Cicéron et de Institutio oratoria de Quintilien. les produits que l’humain retire de son activité de perception sensible ne seraient que les re ets d’Idées chées . de sorte que ces associations. par exemple. celles qui se xent le plus profondément dans l’esprit sont celles qui nous ont été transmises et communiquées par les sens . du lait au blanc. Lors de la performance orale et corporelle que constitue la récitation. Platon (cf. appendice de De anima. 16) Il s’agit alors pour l ’orateur de se gurer un lieu organisé — un palais. » De memoria et reminiscentia.3. rédigé vers -86 à Rome par un enseignant en rhétorique (A Premier si` ecle avant JC). dit à ce sujet : « Il arrive souvent qu’on ne puisse pas se rappeler quelque chose immédiatement. de toutes nos impressions. La parole à la lettre 267 Les sources écrites dont nous disposons sont très rares. le plus subtil est la vue. […] Mais il faut bien tenir son point de départ.1. si les yeux concouraient à le transmettre du cerveau. cité dans (Y 1975. où l’auteur établit l ’existence de deux types mémoires. « un affectus. mais qu’on puisse chercher ce qu’on veut trouver et nir par le trouver. de tous nos sens. Ainsi.. Chez Aristote comme dans le éétète de Platon. Ad herennium libri IV. un temple. l ’autre « arti cielle ». Il en conclut que le souvenir de ce que perçoit l’oreille ou conçoit la pensée se conserverait de la façon la plus sûre.2. née en même temps que la pensée ». de la mémoire arti cielle) vit fort bien que. Ainsi. on rencontre la curieuse métaphore selon laquelle l’âme humaine serait semblable à un bloc de cire. ancrent solidement dans la mémoire les phrases à retenir. Cette idée suit la direction selon laquelle le corps propre de l ’humain et l’ensemble des méthodes que celui-ci développe pour le (se) contrôler ressortissent à la technique . saisissantes. p. comme l’écrit Cicéron : « Simonide (ou l’inventeur.

1.  B. Le soi par l’écrit Dans son étude sur le rôle des supports d’écriture dans ce qu’il nomme les « techniques de soi » (F 1994). du geste technique d’impression . mémorisations. aussitôt qu’il en est besoin. Ainsi l ’espace intérieur s ’articule t-il avec un espace public. de l’échange et de la discussion du savoir. l ’écrit pénétrait donc au cœur du rapport intime à la connaissance. 49).2. Malgré son idéalisme. Mais leur fonction ne se limitait toutefois pas à une simple capitalisation des expériences intellectuelles vécues et du matériel littéraire associé. l ’orateur doit faire appel à un « procédé d’adressage et de classement permettant de se rappeler l ’information textuelle en s ’affranchissant de la simple habitude ou routine » (C 2003). Ce procédé confère à l ’orateur la possibilité de convoquer une information précise de son espace mémoriel. Aussi la rhétorique platonicienne vise t-elle l’art de dire la vérité. Rome B. . ou plus précisément. dans l’action ».268 A B dans sa mémoire. nous dit Foucault. ces hupomnêmata « constituaient une mémoire matérielle des choses lues. méditations. fragments d ’ouvrages. entendues ou pensées ». Foucault remarque que parmi les différents exercices personnels destinés à l’apprentissage de l ’art de vivre dont se sont dotés maints courants philosophiques antiques — abstinences. témoignages d ’actions exemplaires rencontrées — tant dans l’univers écrit que social — ou encore de capter le jaillissement spontané des ré exions. et devant conséquemment être prolongée par des outils d’accès ad hoc pour être exploitée. l ’espace mental personnel est donc instrumenté par un ensemble de techniques de la mémoire qui. A n d ’être à même de bien saisir l ’importance de telles pratiques.2. caractérisé par la co-présence des corps. outre le souci de forger son être selon les préceptes de la sagesse. Foucault nous invite à considérer le fait que la culture de l ’époque était « très fortement marquée par la traditionalité. par la récurrence du discours ». ainsi que de la mettre en concordance avec d ’autres. cette tendance s ’incarnera à différents moments de l’histoire de ce que l ’on peut désormais nommer « les mondes lettrés ». Nous offrant les fruit de sa lecture des Lettres à Lucilius de Sénèque. Toute forme de « mémoire arti cielle » reposant sur une modalité d ’organisation qui lui est propre. et non l’aptitude à convaincre a n de retirer quelque avantage individuel (Y 1975. Foucault nous apprend que ceux qui avaient pour souci l’« entraînement de soi ». faisaient usage de supports matériels de mémoire. le public cultivé. la vraie connaissance consisterait à adapter les empreintes laissées dans l’âme par la perception sensorielle à celles des Idées appartenant à cette réalité supérieure. Ainsi. l ’érudit peut donc faire de son corps un espace de manipulation des connaissances plus souple et immédiat que ce que les supports d’inscription externes peuvent alors lui proposer. le vocabulaire platonicien ne s’affranchit pas complètement de la métaphore de l ’écriture. p.3. Ils constituaient également. Il y a deuxmille ans. Au prix d ’une grande discipline de soi et par le recours au pouvoir de guration d ’images mentales. les hupomnêmata. par la valeur reconnue du déjà-dit. a n de consigner citations. sont mises au service de la restitution publique de discours argumentés. silence et écoute de l’autre et autres pratiques de soi —. Il s’agissait alors d’avoir sous la main un matériel écrit a n de « pouvoir [l’]utiliser. Comme nous le verrons. Voyons désormais comment la considération des érudits à l ’égard de l ’écriture évolue aux deux premiers siècles de l’empire romain. de réalités supérieures connues de l’âme avant qu’elle ne descende ici-bas et soit emprisonnée dans un corps de chair. Dans la Grèce classique. l’écriture ne commence à jouer un rôle considérable que très tardivement. « une matière première pour la rédaction de traités plus systématiques ». examens de conscience. celui de l’exposition.3. au travers du processus de « resouvenir » des Idées vraies.

2. La « forme codex » appelle donc spontanément l’apparition de métainformations qui lui soient adaptées : ornementations. L’invention proprement dite du processus. Le parcours visuel devient. et avec elles. sa fabrication restant fort délicate et assez coûteuse. L’opération lectoriale la plus remarquable apportée par le codex. la « politique scienti que et technique » déplorable du tyran ignare qu ’était le septième Ptolémée (notamment. Du volumen au codex : la linéarité rompue La papyrus poussant essentiellement en Égypte. qui conduit à l’embargo de Ptolémée V. le codex est longtemps demeuré une béquille mémorielle pour la restitution de discours oraux. il devient plus naturel d ’exécuter des opération de prise de note et de commentaire dans les espaces offerts par les marges. remonte au V siècle. le codex n’a aucun mal à s ’imposer comme réceptacle privilégié de la connaissance. facilité par la coloration des titres qui. la plupart du temps tracés en rouge — ruber. jeux typographiques. désormais lettré. prendront rapidement le nom de rubricae (rubriques). Les notes d ’exégèse apparaissent. couleurs.-C. Quel est l ’apport de ce nouveau matériau par rapport au papyrus ? Remarquons en premier lieu que la exibilité. en latin —. Sa forme parallélépipédique entraîne également la migration des textes des antiques casiers vers les plans inclinés étagés dans des armoires. par exemple. le codex se caractérise également par un accroissement de la capacité de stockage textuel par rapport à l’antique volumen. l’érudit. la nécessité de se doter de « dispositifs éditoriaux » pour marquer les séparations (C 2001) émerge au IV siècle. et d ’autre part. veaux ou ânes comme supports d ’inscription ²³⁴. . Ce singulier revirement technologique possède également une cause politique . avant de reconnaître l ’autorité de l ’écrit et de s’y soumettre pleinement. C’est la conjonction de ces deux propriétés alors inaccessibles aux feuilles de papyrus qui est à l’origine de la confection du livre comme assemblage de pages cousues. A n de s’orienter dans ces « bibliothèques sans bibliothèques ». Protégés sous sa couverture plate faite de bois ou de cuir. chèvres. la lecture d’interprétation .. En effet. « peau de Pergame » — est né .2.3. de recevoir des inscriptions sur chacune de ses faces. de systématiser l ’usage de peaux d ’animaux tels que les moutons. la plupart des pays doivent l’importer.). Ce monopole. d’une part. division en chapitres la table des matières. la suppression du poste de Conservateur-en-chef de la grande bibliothèque d ’Alexandrie) a eu pour conséquence le passage du ambeau de la recherche scienti que à Pergame (V 1997). La parole à la lettre 269 B. La communauté des premiers chrétiens est la première à adopter le codex. il sera amené à devenir le support essentiel du livre durant tout le Moyen Âge en Occident. etc. forme que nous lui connaissons toujours. la capacité de stockage accrue de celui-ci leur permet de rassembler pour la première fois les quatre Évangiles canoniques et les épîtres 234. au II siècle .3. précurseurs des rayons et étagères de nos bibliothèques. la résistance et l ’épaisseur naturelle des peaux animales confère au parchemin la possibilité. De par le nouveau mode d ’organisation des feuillets qu’il déploie. Le parchemin — le mot latin pergamana venant du grec pergamêné.). étant devenu un frein regrettable à la production de documents écrits. suivant ainsi la tendance métonymique que l’on rencontre fréquemment dans la dénomination des techniques. L’usage du codex marque donc la généralisation d ’une lecture savante qui s ’extériorise dans les objets mêmes qu’elle étudie. et qui découle là encore directement de son organisation matérielle. etc. Le texte ne se donnant plus sous la forme d’un bloc monolithique tracé sur un support fragile mais au travers d’un objet robuste dont l’accès précis au contenu est rendu possible par une instrumentation d ’un nouveau genre (pagination. le passage d’un partitionnement purement visuel d’un même espace matériel (les colonnes tracées sur les rouleaux de papyrus) à une fragmentation de l’œuvre en de petites unités matérielles (les pages) autorise un retour en arrière aisé et un accès immédiat à la phrase pertinente recherchée. et cet ancêtre du livre reçoit alors le nom de codex ou de liber quadratus (« livre carré »). et ainsi modi e à son tour le rapport du lecteur au contenu. un accès aléatoire à l ’information. qui consiste simplement à racler les peaux après macération. vers le II siècle avant J. d ’être plié. la bibliothèque de Pergame (Asie Mineure) entreprent. moins encombrant et plus maniable que le volumen — dont l’usage entama alors un lent mais irrémédiable déclin —. réside sans nul doute dans le feuilletage. se détourne alors d ’une lecture extensive pour une lecture intensive gouvernée par l’autorité du codex (ibid. La stabilisation des instruments du livre pour le repérage de l’information s’étend sur plusieurs siècle .B. autrement dit.

65). Ainsi. et l’insécurité amenée par ce éau met un terme aux réunions publiques auxquelles les gens avaient coutume de se rendre pour écouter des orateurs déclamer de longs discours. les tablettes sont au cœur de l ’activité comptable (dont la facette scripturaire repose sur une forte dynamique d’écriture/effacement) . il faut alors recourir au grattoir.270 A B de saint Paul en un même objet documentaire aisément transportable et manipulable. en tant que support de présentation traditionnel des productions esthétiques ou support pratique mis au service de tâches logistiques. L’antique volumen connaît une nouvelle incarnation au Moyen Âge sous la forme du rotulus. et l’art de la mémoire perd son utilité pour la mémorisation de discours récités (Y 1975. le rouleau et le livre étant quant à eux principalement cantonnés à la lecture de textes littéraires. mais lorsque celle-ci est sèche. L’aisance avec laquelle les caractères peuvent être tracés et effacés sur la surface de cire leur confèrent une grande exibilité dans des situations de prise de notes rapides et d’écriture de brouillons. qui assurera leur persistance jusqu’à la n du Moyen Âge. Cette capacité d ’effacement. manque cruellement au parchemin. de la grande volatilité d’un support qui ne résiste pas et ne retient rien. rouleau dont le déroulement vertical est adapté au dressage de listes administratives (chroniques. ce qui provoque la disparition d’importants textes antiques.4. Le Haut Moyen Âge est profondément marqué par une succession d’invasions barbares. la vie de la pensée médiévale est encore gouvernée par l’oralité (comme en témoigne notamment la pratique de la disputio dans l’enseignement de la rhétorique) et la mémoire (« les livres étaient considérés comme des instruments pour la mémoire — pas comme ses substituts » (C 2003)). nous sommes également confrontés au problème de la perte de documents . généalogies. le rouleau de papyrus — qui adoptera plus tard le matériau parchemin — est longtemps resté le support « noble » des œuvres littéraires. La généralisation du codex dans le monde du savoir ne conduit cependant pas à un effacement immédiat des autres supports d’écriture et de lecture (il ne s ’impose vraiment qu’au IV siècle dans l’Occident latin). Ainsi. B. L’ B. au contraire. Au-delà de l’écriture de registres. Bien que notre époque se caractérise au contraire par une prolifération des supports d ’inscription — le coût des mémoires électroniques étant désormais très bas —.1. À l’aube des Dark Ages. p. L’historienne américaine Mary . De leur côté. et les parchemins qui font l’objet d ’un tel traitement — les palimpsestes — sont très répandus au Moyen Âge. les tablettes de cire continuent à prospérer bien après l’avènement du codex. Cette opération très fastidieuse est pourtant rendue nécessaire par la rareté des supports d’inscription dans l ’Antiquité. Si c’est bien le corps propre qui accueille l’espace de la connaissance. Il faut que l’encre soit très fraîche pour être aisément effacée — par le frottement d’une éponge préalablement humidi ée — . chez les Grecs et les Romains. De la lecture monastique à la lecture scolastique : l’activité savante cloîtrée B.1.4. enrôlement des soldats). l’activité méditative par le truchement de laquelle les moines parcourent cet espace s ’appuie sur des objets externes. on copie souvent sur ces rouleaux des pièces liturgiques ou des œuvres théâtrales. celle-ci n’est plus la conséquence d ’une activité d ’effacement volontaire d’une surface dont les propriétés physiques contraignent fortement l ’inscription. le rouleau semble avoir toujours été tenu éloigné de l ’activité d’élaboration du savoir. l’activité savante est contrainte de se réfugier dans l ’enceinte des monastères.4. mais. Espaces de la pensée et espaces de la mémoire Du fait de la rareté des supports écrits. À Rome.1.

À cette n. Celle-ci conteste à Frances Yates que les techniques mémorielles se seraient transmises uniquement selon une tradition occulte.4. La transmission des techniques mémorielles se poursuit jusqu ’à l’apparition de l’imprimerie . L ’ornementation des manuscrits. formes ou emplacements du texte puissent servir à ancrer les mots de façon univoque dans l’esprit (ibid. les alchimiste s’approprient les méthodes de production d ’images des arts de la mémoire au service de leurs entreprises parfois fantasques visant à percer les secrets du monde : « Lorsque la connaissance voit changer son premier support d’inscription. ce qui les rendait en vérité quasiment inutiles. et conseille à ses élèves de mémoriser leurs textes à partir d’une même édition de sorte que les enluminures.). grammairien latin du IV siècle dont l’œuvre exerce une grande in uence durant le haut Moyen Âge. cette stabilité étant assurée par la fragmentation du discours en segments éventuellement numérotés et disposés dans la mémoire selon un ordre facilitant leur recherche et leur interconnexion. son statut social est également modi é.  . Les scènes des vitraux. 53-59) Pour les savants et savantes. la disposition des gures sculptées le long des parcours liturgiques ou l ’équilibre architectural des lieux de culte fournissent donc aux moines les repères imagés nécessaires à l’ancrage des mots et des idées dans leur mémoire lors de leurs déambulations méditatives. l’ère de l’informatique documentaire se caractérise par la matérialisation des méthodes d’accès aux connaissance et aux 235. L ’ère du livre 271 Carruthers ²³⁵ émet l ’hypothèse selon laquelle la production artistique médiévale avait comme fonction principale de suppléer les techniques de la mémoire. les palais de la mémoire s’effacent au pro t de bibliothèques toujours plus fournies et organisées. ces techniques se mêlent aux pratiques magiques . Au-delà de la matérialisation d ’un nombre allant toujours croissant d’idées et de savoirs. Selon Julius Victor. Rendus inactuels par la chose imprimée. p. l’éducation du savant médiéval repose sur la constitution de schémas spatiaux mentaux permettant de ranger tout segments de texte qui étaient lus. la mémoire est « la connaissance stable dans l’esprit des mots et des thèmes pour l’invention » (cité dans (C 2003)). a n de les mobiliser plus tard comme matériau pour la méditation ou pour une nouvelle composition écrite. À partir du XVI siècle. couleurs. l’art des enluminures et l’usage d’encres colorés n ’ont donc pas une fonction simplement esthétique. tendance dont notre époque est profondément imprégnée. 118). Le modèle de l ’organisation de la mémoire épouse alors celui des rayons de la bibliothèque ou de la fragmentation en pages du codex . Mais les arts de la mémoire tels qu ’ils se pratiquent par les moines au Moyen Âge ne se cantonnent pas à la seule fonction de mémorisation. p. statues et autres gargouilles médiévales revêtent parfois une apparence grotesque pouvant paraître si singulière ou dérangeante à nos yeux d ’humains du XXI siècle. réappropriés par les traditions hermétiques et rosicruciennes.B. Erwin Panofsky (P 2001) montre quant à lui comment l’organisation des cathédrales gothiques servait de fondement au système d’images internes sur lequel reposait l’art de la mémoire scolastique. Elle avance alors l ’idée selon laquelle les moines européens auraient transformé ces techniques et avaient alors désormais recours à des images réelles et non plus imaginaires (M 2008). mais constituent des dispositifs techniques nement articulés au texte rendant sa lecture plus claire et son empreinte dans l’esprit plus forte. » (E 2003. le pédagogue du XII siècle Hugues de Saint-Victor insiste sur l’importance de la typodisposition du texte pour sa mémorisation. ce qui fait dire à Frances Yates que la production d ’images étranges au Moyen Âge n ’était pas tant la conséquence d’une psychologie torturée que de la nécessité de se munir d ’images marquantes facilitant la remémoration (Y 1975. Chapiteaux. on peut voir cet événement comme le moment dans l ’histoire des technologies intellectuelles qui marque le début de la tendance d’extériorisation complète de la mémoire. les anciens arts de la mémoire acquirent une signi cation occulte et pénétrèrent ainsi dans une nouvelle et étrange phase de leur existence.

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processus mêmes d ’association des idées . L’habitude que nous avons prise de la suppléance mémorielle fournie par les ordinateurs nous empêche sans doute d ’avoir une perception nette de ce à quoi pouvait ressembler la vie intérieure intellectuelle d ’un moine au Moyen Âge.

B.4.1.2. Le Livre ou la présence divine incarnée
Au Moyen Âge, le livre constitue l ’objet le plus précieux car il recèle la parole ; celle des écrivains classiques de Rome, dont la copie et la préservation était un objectif primordial, mais surtout les mots de Dieu, par le truchement desquels celui-ci assure sa présence dans notre monde. Plus généralement, les arts et l ’écriture ont pour fonction première l ’expression de l’œuvre divine, la tâche du moinse consistant alors à donner à voir l’invisible, à matérialiser la parole divine, ce qui lui impose d’être pur et donc de se retirer hors du monde. À travers une saisissante description de la prière nocturne bénédictine à l’abbaye de Saint-Victor au XII siècle, Ivan Illich nous met en présence d ’un rapport au livre ou le livre-contenu n’est aucunement autonome par rapport au livre-objet. Au Livre « in persona » incombe la tâche d’éveiller les moines ; portant dignement les Écritures, une procession traverse les dortoirs où les frères tirés de leur sommeil — les novices comme les plus aguerris — répondent à son passage en entonnant des chants latins. Les sorgues monastiques voient alors les prieurs se regrouper autour d ’un lutrin placé dans le chœur ; l’obscurité est contrariée par un cierge dont Illich nous dit que la fonction n ’est « certainement pas [d’]aider à distinguer les lettres, mais [de] nous rappeler que le Christ est la lumière qui jaillit de ces pages ». Cette ambiance tout en clair-obscurs, l’odeur de l’encens et la résonance des chants latins s ’entremêlant dans la complexe architecture de la nef exerce certainement une intense fascination sur les novices, qui, le lendemain, se saisissent de tablettes de cire pour faire leurs premiers pas dans l ’univers du latin sous la dictée de leurs maîtres. La prière intime ne poindra jamais durant la période marquée par l ’art Roman, et restera collective et chantée. Conséquence de cette personni cation qui l’assimile à la présence divine, le Livre ²³⁶ fait l’objet de bien des atours ; le luxe de son ornementation dépasse de loin celle des autres objets et lieux sacrés (rappelons que la pierre, matière dont les églises sont exclusivement constituées, renvoie à l’unité de substance qui est celle de Dieu). Pour les raisons d ’ordre cognitif que nous avons vues (cf. B.4.1.1), une liaison très étroite s’opère au sein du livre entre le texte et l ’image, et les pages s’ornent de peintures toujours plus riches. Aux alentours de l ’an mille, l ’Empereur fait importer de Byzance des tissus et ivoires précieux, et l’on commence à inscrire des lettres pourpres sur fond or (matériau qui faisait alors l’objet de bien des gaspillages lors de fêtes outrancières organisées par les seigneurs féodaux). Dans ce faste toujours plus important, la gure christique se dissipe progressivement (D 1993) ; l ’empereur devient l’inspirateur de tous les arts, et la croix, symbole de son pouvoir quasi-divin, devient le symbole de son triomphe et non plus celui du martyr du ls de Dieu. Le rôle du moine est donc avant tout de confectionner à la parole divine un habit à la hauteur de Celui qui la profère.

B.4.1.3. Survenance de la lecture silencieuse
L’Antiquité livre à la culture de l ’écrit occidentale alors en éveil la scripto continua, une écriture ne connaissant pas le blanc entre les mots ²³⁷. Le texte écrit étant exclusivement destiné à être lu par ceux qui en maîtrisent
236. Ou plutôt, « les Livres », car la Bible en un seul volume était alors inconnue ; il fallût attendre la miniaturisation des caractères au XIII siècle pour s’adonner à la manipulation des Saintes Écritures en seul ouvrage, encore que celui-ci pesait rarement moins de cinq kilos. La taille et le poids du Livre renforçaient encore la fascination, et le sentiment qu’il était la présente terrestre d’une entité supérieure. 237. Remarquons cependant qu ’avant la n du second siècle de notre ère, les romains séparaient déjà les mots, mais ont vite délaissé cette pratique, probablement du fait de leur profond attachement à une lecture orale (F-S 1997).

B.4. L ’ère du livre

273

la langue, la perception de la délimitation des vocables ne peut advenir qu’en se livrant à la récitation. Aussi, comme le rappelle Illich (I 1991), les premiers scriptoria monastiques sont des lieux fort bruyants. Au VII siècle, des moines scribes irlandais commencent à espacer les mots en se basant sur des informations grammaticales extraites des manuscrits latins qu ’ils recopiaient. Cette nouvelle discrétisation du ux textuel ouvre la voie à une lecture susceptible de se passer du recours à l’oralisation, mais qui n’adviendra pourtant que cinq siècle plus tard. C ’est à Hugues de Saint-Victor que nous devons sans doute la première caractérisation explicite de cette forme de lecture : « Lire consiste à former nos esprits selon des règles et préceptes tirés de livres » (cité par Illich). Quant à la lecture, elle « est de trois sortes : celle de l’enseignant, celle de l’étudiant, celle de celui qui compulse le livre par lui-même. » Hugues établit alors une distinction entre trois situation lectoriales, selon le type de rapport que le lecteur entretient au livre :  le lecteur-instrument issu de l ’Antiquité qui, donnant sa voix aux paroles inscrites sur les pages, lit pour autrui ;  le lecteur-récepteur à qui on lit, qui lit par le truchement d’un lecteur-instrument ;  le lecteur-contemplateur qui lit par le recours exclusif d ’un rapport visuel à la page. Après que cette technique se soit répandue sur le reste du continent, le silence commence à s’installer dans les scriptoria. Le travail de copie s ’en trouve considérablement facilité : entièrement saisi en un coup d’œil, le signe lu dans le document source peut être directement transféré sur la page en cours de remplissage du document cible. Par le truchement des yeux, l ’esprit du lecteur commence à épouser le modèle du texte écrit, et la lecture en tant que rapport d ’un être à la page où il se projette peut advenir. L’avènement de l’œil impacte également l’espace d’écriture, le mobilier se recon gure a n de minimiser les mouvements oculaires d’un livre à l’autre. Se faisant visuelle et picturale, la technique de copie amorce alors, nous dit Paul Saenger dans (S 2001), la voie de l’imposition qui caractérise le procédé à l’œuvre dans l’imprimerie. Libéré de la lourde phase de récitation, l’acte d ’écrire se fait de moins en moins pesant, plus naturel, et peut prétendre au statut de prolongation immédiate de l ’activité intellectuelle, statut que nous lui accordons désormais volontiers. Cette nouvelle situation technique du lecteur/scripteur conduit à la dislocation de l’« espace social » autrefois instauré par l ’« espace auditif » (I 1991) enserrant l’activité du déchiffrement ; quant à lui, l’espace de la lecture se replie sur la sphère intime. Il nous faut nous confronter à l’histoire pour ressentir que le silence, condition de l ’intimité qui nous apparaît désormais naturel et donc transparent ²³⁸, procède d’une longue mutation historique des pratiques et des mentalités, et non d ’une donnée naturelle évidente. Cette isolation des mots les uns par rapport aux autres rendra également possible une nouvelle forme de lecture, six siècles plus tard, reposant sur la fragmentation et l’accès immédiat au texte (voir B.4.1.5). En n, le « blanc » des moines irlandais donnera lieu à ce que les imprimeurs appelleront par la suite une espace. Outre la lisibilité accrue que cette technique confère au ux textuel — dont nous ne saurions plus nous passer —, l’espace acquerra avec l ’informatique un statut de délimitateur matériel ayant une fonction logique, et pouvant être exploité par un parseur a n d ’isoler des unités au sein d’un chier de données. Il est, par exemple, au langage Python ce que l ’entretoise est à l ’assemblage mécanique ou la clôture à l’organisation agricole. Plus généralement, cette notion de séparateur est à la base de toutes les opérations de l’ingénierie documentaire.

238. Comme l ’écrira plus tard Virginia Woolf, citée dans (J 2008), « il est indispensable qu’une femme possède quelque argent et une chambre à soi si elle veut écrire une œuvre de ction ». Au-delà des considérations genrées et pécuniaires de cette idée, l’auteure insiste également sur l’impérieuse nécessité de l ’intimité pour se livrer à une production intellectuelle autonome.

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B.4.1.4. Lire pour comprendre : les prises sur le texte
Lorsqu ’il était question de commenter un texte dans la Grèce antique, l’organisation du volumen n’offrait pas un espace suffisamment souple et structuré pour recevoir des grappes d’annotations précisément ancrées ; conséquemment, texte et commentaire s ’en trouvaient séparés sur deux rouleaux. Les commentateurs grecs avaient dans ce cas recours à un système de signes graphiques codi és pour assurer la correspondance entre le passage lu et son commentaire (I 2003), ces symboles pouvant être vus comme les ancêtres de nos notes de bas de page. Cette séparation matérielle et spatiale du contenu et de son enrichissement posait alors un certain nombre de problèmes ergonomiques. Les remèdes pouvaient alors se trouver dans l’assistance d’un compère lecteur pour béné cier des quatre mains nécessaires à la manipulation des deux rouleaux, ou dans le recours à une surface sur laquelle poser alternativement la paire d’objets récalcitrants. Mais s’il fallait en plus prendre des notes en cours de lecture, aucun dispositif — humain ou matériel — ne se révélait suffisamment commode. Dans tous les cas, l ’inadéquation des outils de lecture supposait sans doute le secours d’un secrétariat compétent pour toute activité visant la compréhension « intensive » des textes et non leur simple consultation « extensive ». Le codex, grâce à l’unité matérielle et logique que délimite la page et aux espaces libres que constitue les quatre marges qui l’enserrent, articule texte et commentaire en un même lieu, optimisant ainsi les mouvements de l ’œil et de la main du lecteur. Jean Irigoin nous apprend que de par leurs tailles et conditions d ’accès différentes, chacune des quatre marges peut être exploitée à des ns spéci ques :
« les remarques concernant le début du texte sont inscrites dans la marge supérieure ; la partie centrale de la page est commentée dans la marge externe ; et la n du texte trouve son explication dans la marge inférieure. La marge interne, située du côté du pli et de la couture, n ’est utilisée, en raison de son étroitesse et de sa position, que pour de brèves annotations placées exactement au niveau du passage concerné. » (I 2003)

Mais d ’une page à une autre du codex, la disparité de la disposition spatiale des scholies par rapport au texte maître peut nuire à la lisibilité globale. La sédimentation de plusieurs couches de gloses — explicitations de notion absconses ou commentaires personnels des glossateurs — peut être si dense que commentaire et texte à commenter en devenaient parfois inextricables. Aussi, les scribes entreprennent un mouvement de rationalisation et de standardisation de l ’espace d’inscription en se dotant de modèles de pages vierges, sur lesquels ils matérialisent un canevas de lignes tracées à l’aide d ’une règle ²³⁹ destinée à spatialiser proprement le commentaire autour de la zone centrale. Qu’ils s ’appliquent à des documents textuels traditionnels ou à des pages Web, nos templates documentaires informatiques trouvent donc leur origine dans ces réglures. À cette normalisation nécessaire de la page succède alors une normalisation des caractères, le recours à des casses et ligatures différentes renforçant la distinction visuelle entre les différents niveaux et sources du contenu textuel articulé sur la page. La situation d ’écriture traditionnelle héritée de l’Antiquité repose sur la collaboration d’un scriptor qui accomplit le geste technique d ’inscription et d’un dictator qui lui fournit le matériau (« L’idée de prendre le roseau ou la plume pour écrire sur un parchemin coûteux ne lui viendrait pas. » (I 1991)). Qu’on le considère selon sa facette lectoriale (comme nous l ’avons vu en B.3.1.1) ou scriptoriale, le rapport entre l’inscription et celui qui élabore le sens ou s ’en pénètre est donc indirect et suppose pour s’effectuer l’instrumentalisation d’un ou plusieurs corps humains. À partir du XII siècle, la situation change, et l’auteur prend la main sur l ’espace d’écriture ; se saisissant du stylet, il uni e dans le geste d’écriture l’expérience technique qu’est la scription et l ’expérience intellectuelle de la ré exion. Cette gure émergente de l’écrivain qui, en n, écrit par lui-même,
239. Le tracé de lignes horizontales était inutile avec le papyrus, dont les bres végétales offrent un guide naturel au tracé des caractères.

B.4. L ’ère du livre

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se réapproprie alors les techniques du texte pour forti er sa pensée ; les ruses de la typodisposition comptent désormais au rang des stratégies que celui qui s ’affaire à la production de textes — qu’il soit auteur ou commentateur savant — peut déployer pour rendre plus intelligible une œuvre complexe dont les fragments se doivent d ’être nement articulés. « Stratégies », car la page instaure bien un espace circonscrit, organisé et maîtrisé par l’écrivain, et à partir duquel viendront s’ancrer les sinuosités d’autres lectures. Au début du XII siècle, les moines commencent à voir dans la mise en page, cet art de l’agencement entre le texte et sa glose dans l ’espace de la page, une nouvelle forme de « beauté abstraite », dont Ivan Illich dit qu’elle « re ète le plaisir nouveau de projeter mentalement des modèles de savoir, organisés et quanti és, sur l’espace vide de la page » (ibid.). Le statut de la page du codex change pour devenir ce nouvel espace arti ciel où les arguments s’ordonnent et se répondent, et la ponctuation, la couleur et surtout l’organisation spatiales se complexi ent en conséquence. La lisibilité de la page ne devient un sujet d ’intérêt qu’au milieu du Moyen Âge ; les différents éléments que nous avons évoqués ici ont donc contribué à forger ce que Malcolm Parkes appelle une « grammaire de la lisibilité » (P 2001), dont le besoin se fait d’autant plus sentir que le latin n’est plus nécessairement la première langue de ceux qui se confrontent aux textes. La complexi cation des repères matériels rendue possible par le passage de la « mise en mémoire » des textes à leur « mise en page » permet donc au lecteur d’aborder des textes plus complexes.

B.4.1.5. L’émergence d ’une lecture savante extensive
Avant le XII siècle, les contenus inscrits dans les codex ne sont pas encore recon gurés par les possibilités d’accès aléatoire qui faisaient défaut aux supports précédents. Bien que l’opération matérielle de feuilletage existe, elle n ’a pas encore acquis la fonction d ’orientation et d ’accès que nous lui connaissons. Aussi, nous dit Illich à l’endroit de l ’ancêtre du livre : « Si quelqu’un le feuillette dans l’espoir d’y trouver un certain passage, il a aussi peu de chance d ’y parvenir que s ’il l ’avait ouvert au hasard. » L’organisation du contenu du codex commence alors un grand mouvement de rationalisation, et la création afférente d ’outils d ’accès efficaces entraîne l ’apparition d’un nouveau rapport au savoir, et donc de nouvelles méthodes pédagogiques ²⁴⁰ :
« Un nouveau type de lecteur apparaît, qui veut acquérir en peu d ’années d ’études la connaissance d ’un nombre d ’auteurs plus grand que ceux dont un moins pouvait espérer faire le tour en toute une vie. Ces exigences sont à la fois stimulées et satisfaites par de nouveaux outils de référence. » (I 1991)

Dans l ’optique de cette nouvelle lecture désormais « extensive », Pierre Lombard (1100—1160) associe aux chapitres une titraille offrant à l ’étudiant la possibilité d’une orientation rapide (ibid.) : l’accès aléatoire obtenu par la con guration matérielle du codex est dynamisé par la logique du statim inveniri — l’« accès immédiat ». Il faut, dit nous Jacqueline Hamesse, « pouvoir sortir de son chapeau la bonne citation » (H 2001), que l’on tire nécessairement des auctoritates que sont la Bible, les Pères de l’Église et les grands auteurs classiques de l ’Antiquité. À cette n, les paroles des auctoritates se fragmentent et se réagrègent en orilèges et sommes, témoignant des nouveaux impératifs d ’une lecture qui s ’effectue désormais sous le signe de l’utilité. L’avènement de tels dispositifs éditoriaux a pour effet en retour que le texte originel est de moins en moins visé au pro t des intermédiaires que sont ces recueils de matériaux destinés à la citation. Cette tendance est particulièrement visible chez les étudiants, dont la scolarité est gouvernée par l’accumulation des ouvrages de ce type comme
240. Le vocable latin « legere » signi e d ’ailleurs autant « lire » qu’« enseigner ». Dans ces esprit, le vocable anglo-saxon lecture renvoie aux événements de transmission du savoir que sont les conférences et les cours magistraux.

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c’est encore souvent le cas de nos jours : l’instrument devient une n, et les autorités religieuses la détournent pour s’assurer le contrôle sur les esprits (H 2001). La pensée scolastique est intimement mêlée à la possibilité d’extraire d’un texte des citations selon des besoins spéci ques ou pour une mobilisation dans une rédaction future et de les articuler, classi er et confronter à loisir. Cette nouvelle forme d ’activité savante repose donc sur un découpage du texte en unités matérielles thématiques — les loci — nement identi ées (J 2003a, p. 128) ; l’accès à l’information utile ne pouvant advenir sans une discrétisation des contenus. Après le XII siècle, le livre cesse alors d’être l’enregistrement de la parole ou de la dictée de l ’auteur pour devenir un répertoire de sa pensée (I 1991), répertoire au sein duquel les lecteurs viennent piocher pour bâtir leurs propres édi ces théoriques. Le texte étant devenu l ’extériorisation d ’une pensée construite et structurée selon des principes quasi architecturaux, il n’est désormais plus question de le considérer comme moyen de revivre une parole vivante d’un auteur distant dans le temps et dans l ’espace. Ainsi disparaît la culture monastique et sa lecture-contemplation/lecture-méditation, confrontation d ’un lecteur à un texte dont il souhaite se pénétrer, et avec elle, l’accès personnel à la sagesse hérité de l ’Antiquité au pro t de la connaissance.
« le livre n’est plus une fenêtre ouverte sur la nature ou sur Dieu ; il n ’est plus le dispositif optique transparent à travers lequel le lecteur accède aux créatures. (. . .) Du symbole de la réalité cosmique, on est passé à un symbole de la pensée. Le texte, et non plus le livre, devient l ’objet où se rassemble et se re ète la pensée. » (I 1991)

Ce désir d ’une connaissance qui commence à s ’universaliser suscite alors une pulsion d’orientation nouvelle : celle de la domination de l ’ensemble de la production du savoir — dont la taille toujours croissante rend impossible la complète saisie par la mémoire —, qui s’incarne alors dans les encyclopédies, glossaires et autres lexiques (H 2001). Vers le milieu du XII siècle apparaissent des outils de repérage de l’information au sein du livre qui feront date dans son histoire : index, catalogues de bibliothèques, titrage des chapitres, marquage des paragraphes, tables de concordances, tables des matières. . .Ils ont cela en commun qu ’ils reposent sur l ’adoption de la classi cation alphabétique, jusque là restée dans l’oubli car contraire à l’ordre divin. Puisque les Saintes Écritures constituaient le moteur de toute ré exion, rien n’était plus logique que de placer les fruits de la pensée à-côté des passages auxquels ils renvoyaient ; la Bible était donc, au-delà d’un inépuisable réservoir de matériau spirituel, le schéma qui gouvernait l’organisation des tous les écrits. Comme le rappellent Illich (I 1991) et Bouchardon (B 2005), cette nouvelle économie de la lecture et de l ’écriture inspire à Bonaventure (théologien italien du XIII sicèle) une typologie des rôles susceptibles d ’être tenus par ceux qui s’affairent à créer un livre :
« Il en est qui écrivent des mots qui ne leur appartiennent pas, sans rien y changer ni rien y ajouter, et celui qui fait ainsi est un scribe (scriptor). Il en est qui écrivent des mots qui ne leur appartiennent pas, mais y ajoutent quelque chose qui n ’est pas de leur cru. Celui-là est un compilateur (compilator). Ensuite, il y a ceux qui écrivent à la fois les choses d ’autrui et les leurs propres, mais celles d ’autrui dominent, et les leurs y sont ajoutées comme une annexe en vue d ’une clari cation. Celui qui agit ainsi est appelé commentateur (commentator), plutôt qu’auteur. Mais celui qui écrit à la fois des choses de son propre fond et de celui d ’autrui, en utilisant les mots d’autrui comme annexe et con rmation, doit être appelé auteur (auctor). » Bonaventure, cité dans (I 1991)

B.4. L ’ère du livre

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Comme nous le montre cette distinction, lire et écrire ne sont pas, au Moyen Âge, des activités distinctes. Nous ne saurions toutefois être surpris par cet entremêlement, l’écriture et la lecture répond en ces temps à des ns soit fonctionnelles (juridiques, liturgiques, marchands, politiques, etc.), soit savantes, l’advenue de la lecture-loisir appartenant encore à un futur distant. Comme nous l’avons vu dans notre chapitre introductif, la gure du lecteur savant repose en effet sur une articulation de gestes et d’attitudes que Bonaventure rapporte à quatre rôles distincts. Parallèlement aux recon gurations qui animent l ’activité lectoriale, la matière dont est fait le codex connaît une évolution déterminante dans l ’obtention d ’un livre plus maniable que les lourds objets faits de bois, de cuirs et ornés de pierreries. Outre le développement d ’une technique d ’écriture reposant sur des caractères plus ns, la miniaturisation du codex a en effet été rendue possible par une avancée technologique liée au parchemin : la découverte du vélin, plus mince et sur lequel l ’encre ne bave pas, fait de la peau d’un agneau mort-né. Du fait du coût de la technique de polissage requise pour obtenir une surface d’une telle qualité, le vélin était un support de luxe. De plus, l’apparition du papier en Europe au XII siècle et le développement d’encres dont le séchage confère une excellente persistance sur ce nouveau matériau initient un grand mouvement de démocratisation des supports d’inscription. Allégé, rapetissé et équipé d ’une nouvelle couverture plus exible, le livre devient portatif ²⁴¹ et peut ainsi s ’affranchir du lourd lutrin sur lequel il devait jusque là être posé à plat a n d’être consulté.

Bon nombre des outils et des instruments documentaires qui nous sont contemporains s’originent dans le revirement technologique et cognitif (les deux étant inextricables) du XII–XIII siècle marquant le passage d’une lecture monastique à une lecture scolastique. Le statim inveniri est encore à l’œuvre dans nos dispositifs d’accès à l ’information ; et au-delà, il en est le principe directeur. Pour nous aider à saisir la nature du bouleversement cognitif et esthétique induit par cette nouvelle forme de lecture, Illich nous apprend que les moines scolastiques « ne considèrent plus le livre comme une vigne, un jardin ou le cadre d’un aventureux pélerinage », mais comme un « trésor, [une] mine, [un] silo » (ibid.). Les métaphores du trésor ou de la mine nous demeurent familières, notre civilisation lettrée occidentale assimilant volontiers le contenu de ses bibliothèques, bases de données et autres disques durs à des mines devant être fouillées et sans cesse réorganisées. Pour ceux qui les instrumentent, les autoroutes de l ’information ressemblent davantage aux rails d’une mine de connaissances sur lesquels circulent de wagonnets chargés de bribes de contenu raffinées par l’action de dispositifs de recherches que des chemins sauvages vecteurs d ’itinéraires spirituels individuels ²⁴². Et pour le codex comme pour le Web, les instruments d ’orientation que sont l ’index, la table des matières, la carte ou le moteur de recherche sont les symboles de cette organisation rationnelle de l ’information et de la connaissance. Nous conclurons cette section en illustrant ce dernier parallèle par les propos de C.S. L, e Discarded Image  : An Introduction to Medieval and Renaissance Literature, cité dans (E 2003) :

241. Nous ne nous étendrons pas davantage sur cet aspect pourtant crucial de l ’histoire de la lecture, ne perdant pas de vue que notre objectif est d’instrumenter une lecture savante informatique qui suppose encore un lecteur enchaîné aux lutrins modernes que sont souris, écrans et claviers. 242. Nous laissons la liberté au lecteur de ce mémoire de souscrire ou non à ces propos d’Illich : « La lecture moderne, universitaire ou professionnelle en particulier, est une activité de banlieusards ou de touristes ; elle n’est plus l’affaire de marcheurs ou de pèlerins. La vitesse de la voiture, la monotonie de la conduite et la succession des panneaux publicitaires mettent le conducteur dans un état de privation sensorielle qui continue lorsque, arrivé à son bureau, il parcourt des manuels ou des journaux. Tel le touriste équipé d’un appareil photo, l ’étudiant d’aujourd’hui appuie sur le bouton de la photocopieuse pour tirer un instantané souvenir. Il est dans un monde de photos, d’illustrations et de graphiques qui mettent hors de sa portée la mémoire des paysages enluminés. »

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« L ’homme médiéval était typiquement […] organisateur, codi cateur, bâtisseur de systèmes. Il voulait une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. Il se délectait à distinguer, dé nir, dresser des tables […] Il n’était rien que les gens du Moyen Âge aimassent mieux que de trier et de ranger. Je soupçonne que, de toutes nos inventions modernes, celles qu’il aurait le plus admirée est le chier. »

A B

B.4.2. Le livre imprimé : révolution technique, cognitive, sociale ?
B.4.2.1. L ’advenue de l ’image et du texte imprimés
L    ’ Comme chacun le sait, la presse à imprimer remonte à la décennie 1440 et est l’œuvre de l’orfèvre allemand Johannes Gens eisch, dit Gutenberg. Celui-ci est également l’inventeur d’une encre qui permet d’imprimer les deux faces du papier, et qui surtout ne coule pas entre les caractères mobiles métalliques (F-S 1997). On sait que les chinois faisaient déjà usage d ’un procédé d’impression xylographique au VII siècle, toutefois, le texte devait être intégralement gravé sur un bloc de poirier ou de jujubier, ce qui rendait toute modi cation extrêmement fastidieuse. Les solides caractère métalliques mobiles de Gutenberg pouvant être librement réutilisés et recombinés, le typographe peut alors imprimer une quantité de feuillets, fascicules et livres auparavant inimaginables. Comme pour toute invention renvoyant à une dimension esthétique, l’imprimerie met un certain temps à stabiliser son autonomie graphique ; ainsi, de même que les premières œuvres cinématographiques avaient bien du mal à s ’émanciper des principes esthétiques théâtraux, les livres imprimés avant Pâques 1501 que l ’on nomme « incunables » épousent le dispositif graphique des manuscrits du XV siècle. Les premiers imprimeurs avaient en effet pour souci de rendre leurs productions les plus conformes possibles aux manuscrits que les lecteurs avaient coutume d’acheter (c’est notamment pour cette raison que l’usage de la lettrine se perpétue, celle-ci étant initialement dévolue à la structuration visuelle des manuscrits). Gutenberg lui-même souhaitait que sa Bible imprimée se conformât le plus possible aux tomes manuscrits en caractères gothiques utilisés par les copistes allemands (B 2004) ; les ornements occupant traditionnellement les marges étant réalisé à la main après l’impression des pages. Il faudra attendre le XVI siècle pour que le livre imprimé acquiert les caractéristiques que nous lui connaissons : page de titre, propos liminaires en italiques, texte principal en caractères romains, table de matière et index, pagination… ²⁴³ L       Ainsi, le conservatisme esthético-formel à l’œuvre dans les incunables nous empêche de déceler dans l’apparition de l ’imprimerie les ferments d ’une révolution cognitive ; en dépit des importantes recon gurations que connaissent leurs méthodes de confection, les ouvrages écrits ne connaissent pas de réel bouleversements dans leur nature ou structure propre. Toutefois, s’il est délicat — voire inadéquat — de parler de révolution « qualitative », les conséquences « quantitatives » de l’imprimerie sur le monde du livre sont quant à elles immédiatement perceptibles. Jusqu ’ici, nous n ’avons pas insisté sur l’intensité du travail de recopie requis par l ’écriture manuscrite. Lorsque le roi publiait un décret ou émettait un ordre à l’attention de ses vassaux, des clercs devaient procéder à une recopie rapide du document source de sorte que celui-ci puisse être diffusé dans toutes les provinces du royaume concernées. Au Moyen Âge, il était impossible d’acheter des livres du fait de la trop rare disponibilité des manuscrits, l ’étudiant devait alors se rendre à la bibliothèque, louer l’ouvrage qu’il recherchait pour ensuite le recopier dans son intégralité a n d ’en disposer à sa convenance. Cette tâche, à laquelle
243. Les incunables témoignent d ’une période de transition où la technique de l’imprimerie fut, nécessairement, « en avance » sur les pratiques de l ’imprimé qui se stabilisèrent plus tard. De même, plus récemment, le passage de la mise en scène théâtrale aux dispositifs cinématographiques constitua une rupture technique conséquente, et l’esthétique propre du cinéma ne s’installa que progressivement au cours du XX siècle avec le dévoilement constant de nouveaux possibles techniques.

B.4. L ’ère du livre

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F B.3. : Dans une imprimerie au temps de Gutenberg. À gauche, deux hommes actionnent la machine ; au second
plan à droite, le compositeur sélectionne et dispose les caractères selon une lecture du document source.

l’humain coutumier des technologies documentaires numériques prêterait sans doute un caractère infertile et fastidieux, était au centre de l ’activité d ’appropriation et de diffusion du savoir. En automatisant le processus d’impression proprement dit — c ’est-à-dire le moment ou l’encre vient atteindre le papier, quel qu’en soient les modalités de réalisation technique —, l ’imprimerie rend possible l’exploitation d’un même « modèle » ²⁴⁴ pour produire un nombre de document naux in ni en droit. L ’imprimerie marque donc le premier divorce historique entre la composition du document et la production des formes qui seront effectivement diffusées au sein des lecteurs et manipulées par eux ²⁴⁵ ; autrement dit, les exemplaires ne sont plus singularisés, comme c’était le cas avec la recopie manuscrite, et le texte peut alors être produit et diffusé en masse. Le livre imprimé se fait alors un vecteur de diffusion religieuse, et c’est notamment par son entremise que la Réforme luthérienne parvient à toucher un public conséquent. On prête les propos suivants à Gutenberg, cité dans (G 2001) : « L ’imprimerie est l ’ultime don de Dieu et le plus grand. En effet, par son moyen, Dieu veut faire connaître la cause de la vraie religion à toute la terre jusqu’aux extrémités du monde. ». Le con it autour des Écritures prend alors la forme plus large d ’une « guerre de l’écrit » au moment où l’Église catholique riposte en faisant imprimer catéchismes (1566), bréviaires (1568) et autre missels romains (1570) exposant la nouvelle doctrine du Concile de Trente (c’est la « Contre-Réforme »). Si donc l’élaboration des texte se trouve allégée de la fastidieuse phases de recopie, de grandes responsabilités échoient au compositeur, comme en témoigne une Bible sortie des imprimeries royales de Londres en 1631 et dont le sixième commandement (Exode, 20, 13) est altéré : distrait, le compositeur a omis un petit mot, de sorte le traditionnel « ou shalt not commit adultery » s’en trouvât modi é en un troublant « ou shalt commit adultery ». Si la production en série de livres imprimés sert les intérêts prosélytiques des idéologies religieuses, l’humain découvre pour la première fois avec ce licencieux ouvrage — qui reçut le nom de « wicked bible » — qu’une erreur peut également faire l’objet d’une diffusion en masse.

244. Ce modèle est constitué d’un ensemble de « galées », plateaux de zinc sur lequel le compositeur dépose les lignes de petits caractères métalliques regroupés dans des « composte