Cours d’ouverture – IEP de Lyon 

Année universitaire 2013-2013 (2e semestre) 

Est-il possible d’être une femme politique ?
Muriel Salle – Maîtresse de conférences (Université Claude Bernard – Lyon1) muriel.salle@univ-lyon1.fr 

Introduction

Reprise sur la question de la parité en politique

Interrogation sur la question du genre des entrepreneurs politiques :
-  Quelles féminités politiques ?
-  Quelles masculinité (ou virilités politiques) ?

I. La parité, une solution satisfaisante ?

La Ve République:
-  cadre institutionnel à l’heure actuelle en France,
-  cadre particulièrement invalidant pour les femmes, très défavorable à leur accession à des responsabilités politiques

Émergence de l’idée de parité en politique
dans les années 1990
Il y a respect du principe de parité entre deux individus quand on les traite pareillement

Une véritable révolution copernicienne

A. Rappel des faits : Pourquoi une loi ?

Blocage manifeste des femmes à l’entrée du monde politique (6,1 % de femmes parmi les élus aux élections législatives de 1993)

Paradoxe fondateur : la France est la première nation européenne à établir le suffrage universel masculin, mais une des dernières à instaurer le suffrage féminin
La Ve République est un régime politique très défavorable aux femmes
Élection du chef de l’État au suffrage universel depuis 1962
(les modes de scrutin ont une incidence sur la représentation des sexes)
Les partis politiques sont facteurs d’exclusion
  Les féministes ont longtemps déserté la recherche de l’exercice du pouvoir pour se cantonner dans l’opposition (pas de «   féminisme de gouvernement » en France).  

B. Que dit la loi ?

«
  La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret. Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques. »
(Constitution de 1958, Article 3)   «   La loi favorise l’égal accès des hommes et des femmes aux mandats électoraux et aux fonctions électives »

Loi de décembre 1999 :
-  parité de candidatures (50/50) pour les scrutins de liste,
-  parité par tranches de 6 pour les élections régionales ou les villes de plus de 2 500 habitants
-  incitation des partis à appliquer la parité aux élections législatives au moyen d’une sanction financière proportionnelle à leur manquement au principe paritaire.
Une invention démocratique = un tournant décisif pour le féminisme français.
L’égalité abstraite d’individus a priori sexuellement indéterminés ne permet pas de faire reculer l’effacement effectif des femmes dans la vie sociale et politique.

C. Au fondement de l’idéal paritaire, la « différence des sexes »
La parité permet de concilier égalité des sexes et prise en compte de la différence sexuelle.
La parité n’est pas un quota. «   La parité, ce n’est pas 50 % - 50 %. On exige la parité au nom de l’égalité de statut, et non pas au nom de la représentation d’une minorité ».
Reconnaissance de la nécessité d’intégrer le sexe dans la théorie de la représentation (Francine Demichel), contre une conception dogmatique et abstraite de la citoyenneté.
Le Manifeste des Dix (L’Express, juin 1996)
« Toutes, à un degré ou à un autre, nous avons eu à affronter l’incapacité du système politique français à accepter véritablement les femmes. De l’indifférence condescendante et du mépris à l’hostilité déclarée, nous avons pu mesurer le fossé séparant les principes affichés de la réalité s’exprimant dans le comportement de la classe politique. Oui, décidément, celle-ci a encore du mal à tolérer que les femmes participent avec des responsabilités réelles à la direction des affaires du pays. »

D. Bilan critique des lois paritaires

Une féminisation à deux vitesses:
-  Rapide pour les assemblées élues à la proportionnelle
-  Lente pour les scrutins uninominaux)

44 % de femmes au parlement européen

48 % dans les conseils régionaux et municipaux

48 % de vices-présidentes de conseils régionaux

37 % de premières adjointes pour les villes de plus de 3500 habitants

Processus d’accumulation des ressources locales en route.
Mais toujours hiérarchie des fonctions
Rattrapage ? NON. 42e rang mondial en 1997, 60e en juillet 2011

II. Peut-on être une femme politique ?

A.  Où sont les femmes ?

La présence féminine est légitime en politique à certains postes…

Élisabeth Guigou,
Emploi et solidarité

Suzanne Lacore,
sous-secrétaire d’État à la Protection de l’Enfance

Cécile Brunschvig,
sous-secrétaire d’État à l’Éducation nationale

Ségolène Royal
Enseignement scolaire
Martine Aubry Famille et enfance
Affaires sociales

Irène Joliot-Curie, « femme de » et « fille de »
Indira Gandhi (1917-1984)
fille unique de Jawaharlal Nehru, le premier Premier ministre de l’Inde

Premier Ministre de l’Inde de 1970 à 1977 et de 1980 à 1984
Sirimavo Bandaranaike (1916-2000)

Trois fois premier ministre du Sri Lanka :
de 1960 à 1965, de 1970 à 1977 et de 1994 à 2000

B. Quelles féminités en politique ?

Les « jupettes » de 1995.

Quels archétypes de femmes en politique ?
Pasionaria    

Égérie
Pétroleuse

Dame de fer

Caricature de « pétroleuse » d’après une carte postale versaillaise de 1871.

De l’importance du physique

«   Marine le Pen en 2011 : papa n’est plus là. Elle ose le décolleté, la jupe au dessus du genou et les talons hauts. Une nouvelle femme »

h#p://tempsreel.nouvelobs.com/video/xg8gh7.VID/palmares-­‐le-­‐look-­‐des-­‐poli@ques.html    

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De l’usage de la vie privée

Une injonction : rester femme

III. Et du côté des hommes ?

http://politique.radiofrance.fr/jean-marie-le-pen/