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Protection de la propriété intellectuelle : à quand la fin d’une crise d’autorité ?

C’est dans un véritable paradoxe qu’évolue la création culturelle et artistique en Afrique. Même si ce secteur économique connait une vitalité appréciée au-delà du continent, la piraterie des œuvres musicales, cinématographique, numériques et la contrefaçon des marques ou des modèles industriels ne cessent de gangrener l’avenir de ceux qui inventent la culture et promeuvent l’innovation. D’aucun penseront la violation de droit à la propriété intellectuelle n’est monnaie courante qu’en Afrique subsaharienne. En réalité aucune portion du continent n’échappe au phénomène de la piraterie. En Algérie « l’ampleur du piratage a atteint des records : 83% en 2010. Il représente un manque à gagner avoisinant les 69 millions de dollars pour les éditeurs », dixit Hakima Kernane (in RESEAU TELECOM NETWORK n˚ 55) On assiste chaque jour au spectacle de la contrefaction. Mieux disons que l’on consomme naturellement la contrefaction aussi bien dans les capitales que dans les périphéries. A chaque coin de rue poussent comme des champignons des boutiques de vente de DVD, CD de musiques, film, documentaire etc. Il s’agit d’une ’’nouvelle industrie’’ pour sortir de la pauvreté, étant donné que les véritables industries culturelles peinent à naître en Afrique. Les nouvelles technologies aidant, il est aisé de télécharger sur internet, de graver à la centaine les ressources originales. D’après les données de gestion culturelle de l’UNESCO, « un facteur majeur est la diffusion rapide des graveurs de CD-R, associée à l'augmentation constante de la vitesse de copie des graveurs. Il est aujourd'hui possible, par exemple, de fabriquer une nouvelle copie d'un disque standard de 74 minutes en un peu plus de trois minutes. Un autre facteur est la surcapacité croissante de production de disques légaux à l'échelle mondiale. » Pendant que les créateur-concepteurs d’œuvres vivent difficilement de leur art, cette fameuse initiative privé devenu effet de mode rapporte des profits et enrichie même ceux qui en maitrisent les secrets. Les contenus culturels en Afrique ont-ils une valeur ? On est tenté de répondre à cette interrogation par l’aphorisme : à quoi sert ’’l’art’’ dans un pays qui a faim ? Mais les œuvres de l’esprit sont aussi Vitale

que ’’le pain’’. Tout simplement parce que nombre de jeunes africains croyant en leur avenir, investissent du temps, leur forces, leurs économies dans des projets culturelles. Ainsi le primum vivere, deinde philosophari (d’abord vivre, et seulement après philosopher) se trouve un peu bousculé. Leur ambition est de vivre de leur talent de créateur ou d’artiste. Mais à cette vision, tous n’arriveront pas à la réaliser, non par manque de ténacité, mais en raison de la piraterie qui est un frein à leur succès. Tous n’auront pas la même envergure internationale d’un Tiken Jah F akoly, d’un King Mensah ou d’une Patince Dabany. Mis à part à quelques concerts ’’juteux’’ beaucoup se plaignent de ne pas vivre de leur art ; que ce soit l’ivoirien Gowou Michel ou le togolais Yaov i Kheteti, les hommes de culture n’hésitent à pas à interpeler autorité politique, autorité charge des Droits d’auteur ou les média, quitte à contrôler l’exploitation illicite des œuvres. Leurs missions s’élèvent de plus en plus au dessus du décor pour porter un message d’unité, de paix et de prise de conscience à travers les crises sociopolitiques que traverse le continent. Une protection de la propriété intellectuelle inefficace face à une piraterie croissante Il n’y a pas de propriété intellectuelle sans droit d’auteur. On entend par droit d’auteur, des droits accordant aux auteurs qu’ils soient artistes, écrivains, créateurs de logiciel, etc. une protection de leurs œuvres. Autrement dit l’œuvre est sa propriété et toute utilisation non autorisée peut porter atteinte à la paternité de l’œuvre, aux intérêts financiers de l’auteur. Dès lors que la diffusion des œuvres et des savoirs évoluent dans un environnement non assaini, que la créativité tend à tarir on abouti à une mauvaise qualité de vie des créateursinventeurs qui sont obligés de choisir l’immigration en occident comme porte de sortie. Aucune inquiétude du côté des spécialistes en piraterie. Et pourtant la violation du droit à la propriété intellectuelle prévoit des sanctions civiles (saisie des objets contrefaits, des copies, et octroi de dommages-inintérêts), des sanctions pénales (amandes et peines d’emprisonnement selon la gravité de l’acte…). Des pénalités qui en générale sont très symboliques, ne découragent point les pirates à courir le risque. En claire ses mesures correctives demeurent généralement lettres mortes et l’appareil juridique lui-même souffre de disfonctionnement en la matière. La protection dont on parle reste souvent très minimale au pire des

cas même inexistante. On ne saurait arriver à bout de ce mal persistant si l’action juridique n’est pas renforcée par une volonté du contrôle douanier et celui des forces de l’ordre. Car la piraterie nuit aussi bien à la créativité, aux citoyens-consommateurs qu’au développement durable. K. Benito MIDODJI