Le demantelement de l’Armee Francaise est bien en route......

La défense ne doit pas payer la facture d'une mauvaise politique du gouvernement
LE MONDE | 25.03.2013 à 15h31 • Mis à jour le 26.03.2013 à 10h59Claude Guéant (Ancien ministre de l'intérieur et ancien secrétaire général de l'Elysée)

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/03/25/la-defense-ne-doit-pas-payer-la-facture-d-unemauvaise-politique-du-gouvernement_1853829_3232.html

Dans les prochains jours, le président de la République et le gouvernement vontprendre des décisions d'une gravité exceptionnelle pour l'avenir de notre pays et sa place dans le monde. Ils vont décider des moyens de notre défense pour les années à venir.
Les Français doivent être conscients de ce qui se joue, parce que la puissance de l'armée française, sa capacité à assurer la défense de notre pays, de ses intérêts et de ses valeurs dans le monde fait partie d'un certain modèle français auxquels ils sont attachés et qui ne doit pas être remis en cause. Aujourd'hui sont en jeu rien de moins que la place de la France dans le monde et sa capacité à assurer sa défense. La France peut être fière des actions récentes de ses armées en Afghanistan, enLibye et de sa mission encore inachevée, au Mali. Elle rend hommage avec gravité aux soldats qui donnent leur vie pour que les enfants de France vivent dans un monde plus sûr et dans un monde plus juste. Elle sait que sa défense se joue aussi dans l'ombre, dans l'action discrète des services de renseignement ou dans la constance de notre force de dissuasion. Le risque auquel nous sommes confrontés aujourd'hui, c'est que dans cinq ans, dans dix ans, dans quinze ans, la France ne soit plus en état de conduire de telles actions. C'est que notre aviation et notre marine ne soient plus capables deconduire une intervention de la nature de celle qu'elles ont menée à bien en Libye. C'est que notre armée de terre ne puisse plus, comme au Mali, entrer en premier sur un théâtre d'opérations et y projeter très rapidement plusieurs milliers d'hommes. Lire l'éditorial Armée amputée, France déclassée PLUS EN ÉTAT D'ASSURER LA SÉCURITÉ DE SA POPULATION Le danger, c'est que la France ne dispose plus des moyens de renseignement, des moyens de surveillance permettant de guider l'action militaire pour qu'elle atteigne ses buts sans disperser ses efforts et sans occasionner de dommages inutiles, notamment parmi les populations. Le péril réel, c'est que la France ne soit plus en état d'assurer tout simplement la sécurité de sa population.

La menace ultime, enfin, c'est que la France ne soit plus en état d'entretenir et derenouveler sa force de dissuasion nucléaire en lui conservant son autonomie absolue, qui est la garante de l'indépendance stratégique et politique de la France, comme le général de Gaulle l'avait voulu. Ces risques sont réels, parce que construire et maintenir une armée est une œuvre de longue haleine qui exige constance et détermination. L'armée professionnelle dont le président Jacques Chirac a voulu doter la France doit être équipée et entraînée selon des standards exigeants. Il faut des années d'entraînement coûteuses et des matériels lourds pour formerun pilote de chasse, un marin ou un soldat aguerris. Il faut des décennies et un engagement financier constant pour constituer une force de dissuasion complète et crédible. A l'inverse, laisser les hommes sans entraînement, laisser les matériels se dégrader ou devenir dépassés, perdre des compétences technologiques et des savoir-faire stratégiques a des conséquences rapides et dont l'effet croît avec les années de façon exponentielle. Les dégâts peuvent être profonds et dans certains cas irrémédiables. L'argent est et restera le nerf de la guerre. Pour avoir voulu l'oublier, le gouvernement de Lionel Jospin a fragilisé l'armée française au moment où elle opérait cette mutation pourtant cruciale qui l'a conduite à la professionnalisation. Lire Défense : les scénarios noirs des coupes budgétaires (édition abonnés) REDRESSER LE BUDGET DE LA DÉFENSE La baisse du budget de la défense, notamment de son budget d'équipement, qui avait alors été opérée en dépit de conditions économiques favorables, aurait puavoir des conséquences lourdes. Les efforts constants menés depuis 2002, d'abord par Jacques Chirac, puis par Nicolas Sarkozy, pour redresser le budget de la défense, ont toutefois permis de reprendre et de consolider la construction de notre armée de métier. A travers l'adoption du Livre blanc sur la défense et de la sécurité nationale, rendu public le 17 juin 2008, le président Nicolas Sarkozy avait indiqué quelle défense il voulait pour la France : une défense crédible à l'égard du monde et crédible pour les Français, une défense solide et financée, une défense restructurée pour une armée efficace et sûre d'elle-même. Malgré la crise financière puis économique apparue quelques mois à peine après la publication du Livre blanc, la priorité donnée à la défense n'a jamais failli. La loi de programmation militaire de 2009 prévoyait un effort supplémentaire pour la défense dans le cadre du plan de relance. Dans le budget triennal 2011-2013, budget pourtant marqué par les efforts de redressement des finances publiques, deux budgets étaient en hausse : l'emploiet la défense. Des ressources exceptionnelles étaient dégagées pour maintenirl'effort global de défense à un niveau très proche de celui qui était prévu dans le cadre du Livre blanc. Enfin, toutes les économies réalisées sur le budget de la défense lui étaient restituées. Dans un contexte pourtant difficile, le maintien de l'effort de défense a constitué une ardente obligation. Il

a été rendu possible par un effort de réformesans précédent de l'ensemble des dépenses de l'Etat et notamment par la baisse historique constatée pour la première fois en 2011 des dépenses de la fonction publique. DÉCISIONS DÉSORDONNÉES ET CONTRADICTOIRES La lourde tâche de redresser les finances publiques doit être poursuivie sans relâche, mais les décisions désordonnées et contradictoires prises par le gouvernement en place depuis mai 2012 ne vont pas seulement retarder le redressement de notre pays. Elles risquent de faire une victime : la défense de notre pays. Alors que l'âge de départ à la retraite a été avancé à l'été 2012 pour un grand nombre de Français, au rebours de l'évolution de notre démographie, alors que le gouvernement a cessé de réduire le nombre des fonctionnaires, alors qu'il n'a présenté aucune stratégie pour réduire la dépense publique, alors que les limites aux hausses d'impôts deviennent flagrantes, y compris pour nombre de voix appartenant à l'actuelle majorité, la solution s'est dessinée d'elle-même : la défense pourrait être une fois de plus la variable d'ajustement. Mais cette fois-ci pourrait bien être la dernière, car notre défense, telle que nous la connaissons, pourrait ne pas y résister. Claude Guéant (Ancien ministre de l'intérieur et ancien secrétaire général de l'Elysée) Les conclusions du Livre blanc sur la défense devaient être approuvées début 2013, mais la guerre au Mali a retardé les travaux de la commission. Elles devraient être rendues publiques début avril.

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