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Le princede la jeunesse : RolandBarthes

,
cet écrivain mineurl
soPHIE tÉtouRNsau

L enfancen'estjamais perdue. Il faudrait dire plutôt que l'enfant esren devenir et toujours en souffrance.L enfant permer de dire la mélancolie de 1'êtrequi n'a pas encore rrouvé sa forme achevée.Si 1'artisteou l'écrivain cherche f image ou le mot, 1'enfant cherche une image de lui-même - et un langage,de même. Infans,l'enfant est aussiinforme. Une même quête formelle unit donc l'écrivain et l'enfant. Mais sans objet, la mélancoiie de l'enfant est sanssortie: c'est de lui-même que l'enfant manque. Le voilà pris: prisonnier de f image et du miroir, ou soumis au Iangaged'une autorité qui s'emploiera à 1eformer: l'école, 1'université. au miroir. Concept lacanienbien connu, Ie stade du Que l'on repasse miroir n'en est pas moins une jolie histoire : Le petit d'homme à un âgeoù il estpour un tempscourr, mais encorepour un temps,dépassé en intelligenceinstrumentalepar le chimpanzé,reconnaît pourtantdéjàsonimagedansle miroir conxnetelle.1...1 Cet acte,en effet,loin de s'épuiser comme chezlesingedansle contrôleune fois acquis de f inanité de f image,rebondit aussitôtchezl'enfant en une sériede gestes où il éprouve ludiquement ia relation des mouvements assumés de l'image à son environnementreflété,et de ce complexevirtuel à la réalité qu'il redouble,soit à son propre corps et aux personnes, voire aux objets, qui setiennent à sescôtés'z.
r. Lauteur remercie les Édidons du Seuil et l'ayant-droit de Roland Barthes pour la permission accordée de reproduire les photographies tirées de la première édirion du Roland Barthespar Roland BarthesQ975). z. Jacques Lacan, Ecits, t. I, Paris, Seuil, coll. < Points Essais>, p. 92.

Le e5. Lenfant. de mutilation.on étudiera la néoténie dans 1acollecpar RolandBarthes Barthes tion d'images de soi jusqu'au choix d'une image une et multipliée. Comme 1a mé1anco1ie. c'està-dire cherchant dans 1eséléments de son passésa propre unité ou son identité à venir. On s'appuiera sur l'autoportrait de Roland Barthes pour défendre ce propos. qui donne au Barthesson principe structurant. de dislocation. od'abord diffuse et briséea>. inversement. un imago. 3.. cherche la néoténie est un ma1 du f image et i'unité. corps morcelé.3 On ne surprendra personne en disant que Lacan insistesur 1a(béance ) au principe d'une telle relation. image.L enfant est pour lui-même un qtr'il s'agira d'assembler: il lui faut former une puzzle. démembrée du sujet dans le découpage du texte et son montage. à notre avis. l'emprise de l'imaginaire. prématuré. p. le caractère infantile d'une certaine mélanco1ie de la forme. 8s. qu'i1 faudrait considérer l'entreprise autobiographique comme étant toujours cel1ed'un sujet immature. . d'éventrement. un casse-tête. 11ne faut toutefois pas manquer de lier ce dénombrement à une logique de la collection. également. par l'enfant qui ne sait pas encore écrire. parle d'images de réel environnant. Roland Recherche. Quant à la l'image idéa1isée Barthes se disait marceilien. Ibid.46. fragment ou photographie. la suite. avant de s'y flxer. Lacan distinguée du et finalement castration. Rolnnd Barthespar RoLand Le RolandBarthes.au contraire. brouillons) présentés dans la monographie. offre une image morcelée. De la même manière. caricatures.en effet. on serarolandien: on s'attacheraà l'histoire de cet enfant qui cherchait à devenir écrivain. Que cette autobiographie soit celle d'un intellectuel accompli ne change rien à l'affaire . q.p. On espèreainsi montrer sous quelles formes 1'enfance s'écrit et. de photographies. on évoque souvent le stade du miroir pour expliquer la fascination de f image. dessins. de dévoration et d'éclatement. 1e chapelet d'anamnèsesen milieu de parcours et 1a quantité d'objets trouvés (papiers. sa néoténie ou u prématuration >.. Le stade du miroir joue de 1'uinsuffisance) du sujet. Il faudrait maintenant insister sur cette fonction del'imago <qui est d'étar. C'est ainsi. Le stadedu miroir est un blir une relation de l'organisme à sa réalité3 procès tout autant structurant qu'affolant puisqu'il implique la manipuis assimilée pulation de f image de soi. lbtd. Dans les théories de l'image et de 1aphotographie. Du Roland (rg75).146 Étu o ss F RA N çA IsE S . de démembrement.

Collectible.ln nez. dispersées. Roland Barthespar RolandBarthes. Dans cette entreprise de coilection de soi. mais il est aussiun ( assemblage > chez Barthes. suivies du numéro de 1apage. Parlons de dispersion. t).. dans les photographies de fami11e. mais pour le <rêve obtus dont 1esunités sont des dents. 1972-1976 Marty). zooz. Fig. Seuil. Ce ne sont pas des billes. r . du nombre. qui ne m'appartiennent pas. Seuil. En fait.les parties du torps. mais chaque <pierre > ou fragment participe d'un même travail de l'éventail. Ce fonds puisé à même une <collection personnelle> auquel s'ajoutent des élémentsrapportés témoigne d'une entreprisede collection. des timbres ou des papillons. p. p. r8. Énc t. des jambes à longs bras. ailleurs.sanspourtant appartenir à personned'autre qu'à moit >.ROLAND BARTHES.les photographies choisies. en premier. Paris. s. du détail.1es <archives>exhibéeset les artefacts du travail dans les nfi. dans Guwes complètes. Des éléments qu'il dira appartenir à son corps <irréductible ) sont vus sur d'autres et l'enfant Roland voit sa solitude chezlasæur de son père (fig. mais participe de f inventaire de f imagier.58r.bien srir. ces<unités > se retrouvenr. 1975. elle présentedes éléments à collectionner .ches> montrées.> * Alice Barthes Collection personnelle de Roland Barthes Source : Roland Barthespar RolandBarthes. la photographie n'a pas vocation d'imago. Paris.<La sæur du pùe : elLe fut seuletoute sa yie. une maigreur. (éd. Dorénavant désigné à l'aide des lettres RB. L image photographique ne se donne paspour une vision <morphologique . lV. mais aussid'un projet de recollement par les citations trouvées et épinglées. .d'image (une)) de f identité. CET ÉCRIVAIN MINEUR I47 fragment est ( désastre). des cheveux.

(R3. C'est une construction.6oz) interne coupépour son malheur de toute expression. Car ce n'est pas l'irréversible moi. le plus. par tout ce qui estencore queje découvre en elle. I'auteur fantasme un enfant dont les traits lui ressembleraient. l'unité d'un corps morcelé. n'y changerien: elle opère. sont séparées. Aghion et de Marguerite Derrida). <Connaissance de l'inconscient ). L impératif est cependant le même: par f image. tifle: voilà à quoi tient 1esentiment de solitude. f image de son jumeau. Alors que 1e<petit d'homme > tombe.4 6 . RolandBarthespar Roland Barthes: voilà 1eprojet du Livre. 1is (heureusement plurieis). noir moi-même. le mélancolique se représente( toutes 1esparties du moi. le même que soi: ie mélancolique fantasme son jumeau. Paris.c'estf irréductible: je l'ennui. à 1amanière qu'a Barthes de dessinerà main 1evée.des parties du moi se le mélancolique s'idenÀ cesparties. C'est sanscompter le réa1iser. p. tz4. en quelque sorte. il y a donc création d'une image géme11aire.r48 . Melanie YJein.enchaînant t-e11e <naiVementdétail par détail.Comme l'enfant fantasmesonjumeau. dans la série.3 É t u o s s F R A N ç A I S Es C'est dans sa généalogie que l'enfant apparaît donc le plus morcelé. fasciné. le portrait reste sanscoordination. l'émoi l'aptitudeaux désespoirs la vulnérabilité. Même familial. clivagepar l'image ainsi créé. d'où le désintégration. la répétition mais 1avariation. elle seule.sous compréhensionu le coup de f image spécuiaire. S'i1pleure la relation . . 6. cette image.solitaire est toutefois en quête d'un autre et première à la mère. ne me donne pas 1eregret du temps aboli. dansl'enfant. Pour contrer le Par sentiment de solitude. avec 1acollaboration de S. p. séparéespar clivage et in-comprises que le sujet désire fortement son unité et d'aboutir à une totale retrouver dans i'espoir de réaLiser >.1'enfant kleinien dessine. l'envers de à découvert accès. d'où sa fascination pour les objets cessibles.à la regarder.sentiespour seules. aucun couple n'est présenté ensemble: les Aussi la ligrréese traceconjoints occupent toujours des cadresséparés. Envie et grdtltude et dutres essais(traduit de l'anglais par Victor Smirnoff. (RB. coll. fétichisme de 1'adulte mélancolique en tant que la chose renvoie à 1'unité perdue. Gallimard. Du fait d'un surmoi trop sévère. 6zr). Symptomatiquement. un procès d'intégration. 196811957). l'énumération. c'estmon enfancequi me fascine Du passé. comme 1acollecQue f image soit duel1e tion. Melanie Klein dit qu'il craint la De l'enfant en position dépressive.

ie même que celui de Barthes en conférence et ennuyé (fig. 1966 Collection personnelle de Roland Barthes Source : RolanâBarthespar RolandBarthes. Paris. 1975. . Fig. 29.Cette juxtaposition produit un sujet par qualité : l'ennui. 1975. 3 . r9 . Seuil. Dans cette figure reconnue et répétée.<Le père.mort très tôt> * Louis Barthes Collection personnelle de Roland Barthes Source: RolandBarthesparRolandBarthes. On est dans f impression que c'est par identificarion que les photographies ont toutes été choisies. mais surtout celles des membres de sa famille: combien de poses mélancoliques? Le père et le grand-père ont non seulement le regard mais le <coude>pensif (fig. Mais le double créé n'a rien pour réconforter: ce <jumeau > dit la solitude et la méiancolie. notamment sur celles qui accompagnent l'ennui: d'un côté. <mon hystérie>. Paris. fin des années1960.un jumeau est trouvé (à défaut d'une identité).ROLAND BARTHËS.). Tokyo et Mi1an. Fig. Seuil. de l'aurre. z <Détresse. p. LaconJërence> * Tokyo.3 et 4). Bayonne en rg23.non seulement celles de Roland enfant. CET ÉCRIVAIN MINEUR I49 Les photographies choisies montrent la ressemblancede Roland Barthes et de l'enfant. p.

p. 1975. en d'autres temps. patiemment adaptê à la jouissance de peindre.c'est-à-direque Barthes a choisi de montrer divers clichés d'une même pose.'seraLe père de mon père " * Avec les arrière-grands-parents Barthes. L enfant joue avecles formes: il les fait inachevées. écrire et classer quelque chosede soi. Léon Barthes. sa sceur et son frère. 1a diffraction. l'écart.lIy atrois images de lui-même dans son espacede travail. C'est pourquoile Rol"and Barthesjove de 1aforme. d'écrire. En mettant en causela vérité .au coudepensif. de classer>(RB.puis on demande : ( Qu'est-ceque c'est?) Au final. Plusieurs images sont répétées. il fait le geste à gauche: comme au miroir.< Cejeune hommeaux'yeux bleus. Paris. une singularité qu'on verra reprise ailleurs. 23. + . La minorité court dans Ie RolnndBarthes:elle est du côté de f image troublée. à droite. ou abandonnée. Chaque image dit un trait.On croit reconnaître ia chose. Par exemple. <Cet espaceest partout le même. Le savait-on? Barthes est un écrivain mineur au sens deleuzien: le RolnndBarthesest pris dans un devenir-enfant. de f identité et de f imitation dans un mouvement qu'on dira de âeyenir. la symétrie est parfaite.Ici: peindre.75O É T UD E S F RA N çA T SES . comme déformée par la répétition. Toute image dt Rolnnd Barthes reprend une posture qu'elle déplaceet montre une minoration de l'image attendue. Seuil. Collection personnelle de Roland Barthes Source: RoLandBarthes par RolandBarthes. 618). Aussi n'est-onjamais sûr dela vérité représentée. f image pose la question de l'identité et du nom. le flou et (pour terminer le cahier) cette photographie de Barthes légendée <Gaucher>.3 Fig. La gaucheie des photographies joue du mimétisme pour 1etravestir. L effet de série est fréquent.telle la maigreur ou <cet air-là >. En allumant une cigarette comme vous le feriez. l'< intensité > (ou singularité) isolée.46.

Michel Foucault. faire à 1apetite sociétédu lycée 1'oblationde sa bonne main > (RB. C'est 1arevanche de l'enfant.il fallait normaliser son colps. on sait qu'il se donne dans le refus du discoursimposé et du qualificatif : il est interdit de dire (c'est>. enfant. narcissiquement? Le RolnndBarthes se donne pour une écriture du sujet. On pourrait dire également que le texte donne à lire un début d'écriture. Que 1'on se rappelle la couverture des cahiers Z.ROLAND BARTHES.d'où la <bêtise> du 1ivre. de l'écolier. Plusieurs clichés sont surexposésou mal focalisés. présenter un auteur à l'étudiant. le Rol. de 1'adéquationde l'énoncé et de la vérité. Fata Morgana .] En classe. La confusion du contenu et de 1avoix met toute autorité en question. de celui à qui on a demandé de copier: oÊtre gaucher. ici? Le mélancolique ou l'enfant tend sa propre image. 6zù. à minorerl'rmage. Tout le propos est d'infléchir la transparence du modèle.d'autorité. CET ÉCRIVAIN MINEUR de l'image. ressassée. Des images. du gaucher. rgn. du texte aux images. de ce qui va de soi.. Par le Livre. l'assomption du sujet de sa propre image et sa reconnaissance par I'autre.le corps: ce sera les gribouillis à 1aTwombly qui couvrent et ouvrent le livre.autrefois. à ce jumeau regardant? Ou à soimême.and Barthes défie 1a pédagogie et le langage. Ici.. encore une fois. un deyenir. 1eprofesseur = la matière. û. une méconnaissance. au-dessus du texte. . et la dépouil1ed'un clown qui le clôt.. de source. Monçellier. sinon une solitude. Or il n'y a pas de relation d'implication des images au texte. I1est vrai cependantque la photographie met ici en quesrion f identification. estune pipeT?> Que l'on se rappelle la visée didactique de la collection <Écrivains de toujours>.une mélancolie.. i1 fallait lutter pour être comme les aurres. C'est comme sile RolnndBtrthes avaitété écrit pour transmettre f idée de quelqu'un qui ne (se) comprend pas .on entend introduire une ceuvre. Mais le RolandBarthesjoue de 1avoix du maître. on apprend qu'elies onr éré choisies par ignorance. mais à qui? À l'aurre. un ennui. C'est un canular. à entendre aussr comme matière à traiter. Cecin'estpds unepipe. Ou comme l'écrit Michel Foucault sur l'ceuvre de Magritte: <Mais qui me dira sérieusementque cet ensemblede traits entrecroisés. à l'écolier qu'on suppose. du savoir à transmertre. p. Le RolandBarthesenseigneplutôt à gauchirla main. Mais qui est l'autre. cela veut dire quoi? [.Du texte. Qu'apprend-on dans le Roland?Barthes a soin de diviser f imagier et le texre d'explication. une farce d'étudiant qui naît de ce redoublement. 1emodèle.

Et c'est dans l'effet de Èurimpressiondes temps que 1'on retrouve non seulement 1aforme du roman que Barthes désirait écrire. p.46. les photographies du Roland Barthesmarquent ia césureà l'origine et la tentative de recollection. ce livre s'en prend à la possibilité d'identifier.dans CEwrescomplètes. ou encore (c'est la même chose): sous >>. l'inachèvement et 1amélancolie de 1'enfant. Paris. t. mais ceux qui assistaient. l'insuffrsancedu sujet et ia mélancolie de 1'enfant. c'est tout aussi bien 1areconnaissance et f identification.aveugle. Non plus Roland enfant. IV. Si 1e sujet est aveugle à luimême.comme on 1esait par Narcisse. 1ejeu de la mémoire pose la question de f identification. Telle qu'illustrée par l'autoportrait (ou 1'autobiographie).On doit en passerpar l'autre. sinon par amour: ce sera l'étudiant. qui font défaut. Lautoportrait est 1àpour illustrerla gaucherte. assimiléchez Barthes à son statut d'intellectuel et au professorat. variés.au séminaire de Barthes (et dont la photographie est incluse dans ie livre) et ceux qui iisenr. . et par l'amour . puis les fragments) est censéemarquer une coupure dans 1avie du <sujet>: l'imaginaire puis l'écrifure. Suivant l'ordre alphabétique.le RolandBarthes. rgp-1g76 1ed. échelonnés.T52 E T U DE S F RA N çA ISES .Sujet: Roland Barthes. lesquelsil veut êtreaimé8 Dans un souci didactique.le livre se donne comme l'imagier d'une matière (Roland Barthes) à reconnaître et à aimer. plus il est vrai: l'autoporrait manque de définition.C'est à eux que la méconnaissance du sujet est laisséeà comprendre.Plus il est trouble. Dans le miroir. Mélancolie au miroir.le sujet ne peut se voir que dans l'éclipse: i1 est impossible de savoir comme de se regarder enface. évidemment . Énc Marty).Il s'ensuit que le sujet est divisé par ie 8.reportés. nles modes. Ne serait-ceque parce qu'elles se donnent dans la coupure. <Barthes puissancetrois> (1975). Ayant le sujet pour sujet. toujours décevants. Seu1l. aveuglement de f infans. C'est dans le temps de l'écriture et le temps permis par la photographie que se pense la distance comme 1erapport de <moi> à <moi>. une image est cherchée. Comme 1eprincipe photographique. mais la néoténie. 776.Aussi un autre est-il créé par identification. sous lesquelsiI s'imagtne. bref la nvérité>.l'image de soi implique un rapport à l'autre. Le sujet est ici un signe désarticulé.zooz. la photographie est également utilisée pour illustrer la matière présentée.3 d'écolier:Nom: Roland Barthes. c'est-à-dire d'associerle nom et f image. l'enfance puis liâge adulte. le <signifiant> et le <signifié>. La division en deux sections (les images.

ROLAND BARTHES.le bain pris. qu'un Roland enfant mime.. <irréductible>. comme si de rien n'était. ciseaux>. le Barthes adulte. Roland Barthes disait. Ce temps est celui de la formation de 1'enfant. un peu de discours (RB.dans une mer où pullulaient 1es méduses etla doxa: de la même façon. l'anneau du furet pour sesobjets de réflexion.Dans cette confusion destemps. en compliment: ( Son discours [. Barthes rapproche ainsi les barres de son enfance et <le grand jeu des pouvoirs de parole. papier. Le contenu n'évolue pas: les acteurs seulement ont changé. il suffit qu'un troisième surgissedu rang. une idée. 6eo]). pour que l'assaillant soit contraint à la rerraite> [RB. C'est aussi Barthes lui-même pris dans la chaîne générationnelle. aussi. CET ÉCRIVAIN MINËIIR r53 temps.. Ils ont valeur d'exemples: ils visent à transmettre un concept. Dans tous les cas. que Roland Barthes serait toujours. évidemment.. on vous tendît à chaquefois..6gZ-6g8) détergent. <roche. C'est tout son imaginaire intellectuel que Barthes rapporte ainsi aux jeux de 1'enfance:la main chaude pour le mouvemenr des discours. 11 y a un contretemps dans 1esfragments du livre. celui de l'écriture du livre et professeurde son êtat. Le cours de l'âge se vit ici dans le fossédes générations compris comme f identification de i'enfant au modè1e de l'écrivain ou l'opposition du maître et de l'élève: ce sont les anecdotesrapportéesdu tableau noir. Esr comparé. (<un langage n'a barre sur l'autre que temporairement. sans compter la méiancolie. Il s'agit aussi de montrer le chercheur dans l'enfant et 1ejeu dans 1a recherche.on pourrait concevoirde prendreun plaisir (retors)aux produits endoxaux de la culrure de masse.on lit quantité de souvenirs d'enfance. adolescent. on sedemande: mais qui copie? Si 1'on distingue de prime abord Barthes adulte et Roland enfant. du professeur d'histoire chahuté ou du professeurde Première qui attendaitroujours qu'un étudiant trouve enfin la réponse à la question posée. la question de la copie pose un décalagedans le temps: la noncontemporanéité du modèle et de celui qui apprend. De Christian Metz. Même hors les <anamnèses>. la surimpressionagit et 1'on ne sait plus à la fin très bien où situer Roland Barthes dans la chaîne des générationsni dansla hiérarchie de 1'éducation.] parvient à confondre deux temps : celui de l'assimilation . mais aussiia transmission même.1'homologie des activitésde l'intellectuei et de l'enfant. pourvu qu'ausortird'un bain de cette culture.

du dessin. (On remarquera que c'est Lamain que Barthes s'essaieà gauchement maîffiser. que l'enfant suce avec obstination. ces mots chéris font partie de l'aire de jeu. Éric Marty). de jouer ainsi de 1anéoténie.de devenir. < Sa g e sse d e l' a r t> ( 1 9 7 9 ) . : markeret feuille de papier à l'en-tête de l'École Pratique des Hautes Études (fig. arrondit. Ces dessinsrappellent aussi1etemps dans Gurres complètes. (RB.À force. un décrochagede l'école.5).d a n s( Eu we s compl ères. la seule maîtrise qui vaille est celle du jeu. d'un enfant. une nabsence>rêveuse.. u analogueà cesbouts d'oreiller. ce1le Pour Barthes. . R o l a n d B a r t h e s . ro.p. Mais le jeu du trait. Cette confusion des personnesa son illustration dans ce <barbouillage> que Barthes a légendé <Gaspillage. Lesformalisations sont des <joujoux >. celui qui veut j ouer du piano tout en refusant le u dressageo du doigté. Comme pour l'enfant. tire la langue. celui qui pratique <en peinture que des barbouillages tachistes>(RB.V rg77-r98o(êà. Manuel scolaire. Paris. zor). bien srir. ou tous deux et celui de l'expositione. Car on ne joue vraiment. c'est 1eplus vieux des deux Barthes qui apparaît le plus enfant: celui qui ne fait pas ses <devoirs de lecfure>. ne suit pas son mode: la classeest perturbée. comme i1 l'écrit. 9.697.1972-1976. Le caractèrenaif de ces comme compositions de couleurs appellela réminiscencede 1'enfance de I'apprentemps de formation. appuie.794. La chose marque l'ennui. 46. des n poupées) un peu plus compliqués.2oaz.IV.Seuil.r. car la division maître / élève s'<abolit .154 É T UD E S F RA N ça rS sS .. On d'écolier danslequel se fait l'apprentissage Le temps y voit les explicationsdu maître et les gribouillis de 1'é1ève. Z16).le bonheur gratuit de la graphie dit aussi l'application et 1a gaucherie.t.7eRolandBarthesse veut en mêmetempsun cahier de l'écriture par le sujet. ils sont de statut incertain> (RB. et comme 1esobjets transitionnels. chez Roland Barthes aussi. <Apprendre et enseigner>(1975).3 > Ou l'identification opère ici. il travai1ledur pour rejoindre 1ecode des adultes'. 6ss). Le mot est un objet transitionnel. 6zo). On comprend que la réussitede Barthes ait été de maîtriser sesjeux d'enfant.) Revendiquant pour ses activités un statut d'amateur. Le seasest un gadget dont il <ne sé fatigue pas de faire jouer le déclic. à ces coins de drap. f image donnée est Même et surtout danssesactivitésprofessionnelles. Roland Barthes se présente en situation d'apprentissage.p. sont allés à la même école. le travail de l'enfant: ul'enfant s'applique. qu'à <masquer 1ejeu lui Et c'est somme toute ie génie de la mélancolie que même > (RB.

p. sans idée pour 1e conduire.. il copie: il écrit sans savoir encore écrire. Dans sa gaucherie.Quoi écrire. g75.ROLAND BARTHES.zo+. tr7. sa déficience qui est aussi son devenir. II. te1leque Barthes f iliustre et l'écrit. L excipit.) Lenfant trace. V. ainsi que le dit Barthes de l'æuvre de Cy Twombly Dans le tracé des dessins. le dit assez:<. Paris. (Si <ie romaÉcier est l'homme qui parvient à infantiliser sonJell>. t. p. Essaiscritiques (t964). Sansmot. . CET ECRIVAIN MINEUR Fig. 282. (tg79).2 o o 2p . Roland Barthes. <On dirait qu'il n'y a jamais que 1esouvenir ou l'annonce du traitt'. Seul. 196z-1967 (éd. Barthes pratique sa main.and Barthes. Le Roland Barthes esr dédié au livre à venir. même adulte. . du u champ allusif de 1'écrirurela >. p. il est aussi celui qui parvient à gauchir sa main. le tracé d'une écrirure maîtrisée. 1e gribouillis n'a que la main pour guide. De même. rj. manuscrir.t. rz.GospiLlage . les phrasesmanuscriresque Barthes a inséréesdans 1elivre participent. > Les marqueurs de couleur sont les outils avec lesquels l'écolier s'apprête à écrire. Idem. dans CEuttres compLètes. hn c M a r t y ) . dans (Euwes conplètes. P a n s .1972 Collection personnelle de Roland Barthes Source : RoLand Barthespar Rol. maintenant? Pourrez-vous encore écrire rr. Roland Barthes. tissagede l'écriture pensée et vécue par Barthes comme travail de la main gauche. lbid. rg77-rg8o. < Cy Twombly ou "Noa muLtased multum" r. <Mais ce passé du trait peut être aussidéfini comme son avenirl2>. 1'expérience de l'enfance. 7r2. annonce un récit. s . t4.5 e u il.

un carnet dans la poche et une phrase dans Ia tête> (RB. la seule identification qui tienne est celle qui unit. Barthes se donne la figure du devenir: 7e RolandBarthesest un de l'écriture. en faisant sienne l'image de l'enfant.le sujet travaille à sa propre image et se constitue écrivain. Aussi. de la main qui trace. 1975. cette façon de se promener dans le monde.On écrit avec son désir. 1972. témoigner d'une activité d'écriture qui se cherche: <Le texte suivra. 655656). 77t). Collection personnelle de Roland Barthes Source : Roland Barthespar Roland Barthes. Le jeu du temps et de f image permet finalement de dire ceci: en s'identifiant àila figure de 1'enfant. mais les pratiques.Ce désir d'écrire.4 6 . > C'est à la main que sans images. de nfantasmero. 746). par I'image. en copiant ( non l'æuvre. de celui qui cherche sa forme et qui désire écrire.3 quelque chose?. àe trwail Fig. En se conformant à f image de l'écrivain. d'<imagiapprentissage nerr.ni le père n'ont leur place dans ce relats d'image. Paris. Seuii. celle à laquelle le <suiet > veut ressembler. On comprend dès lors pourquoi Barthes a inséré trois photographies de lui-même écrivant: c'est f image désirée (figure 6).le sujet à l'écrivain.156 É t u r s s F R A N ç A I sEs. Ni le professeur. les postures. L enfancepermet d'<annoncet>. 6 . et je n'en finis pas de désirer > (RB.À Ia tabLe * Paris. u1egrand livre Tous 1estracés sont là pour dont je suis incapable > (RB.de ucolorier). En s'identifiant à celui-ci.encore. comme il le dit. sinon ce11es Barthes écrit en incipit: <tout ceci doit être considéré comme dit par veut écrire un personnage de roman. Si . > Car l'enfant du Roland Bart'lnes un roman. 1e sujet s'identifie en fait à l'écrivain qu'ii copie. Barthesle reconnaît comme étant celui de l'enfant.p. 43.

Et c'est toute 1amélancolie du RolandBarthes. CET ÉC R r v Ar N M IN EU R I57 f identification réussit. <c'est à ce point de contact qu'une dure vérité m'apparaît: je ne suis plus un enfant> (RB. que de chercher et de refuser en même temps l'image de l'écrivain.à notre avis. . si f image est assumée. Le livre étant écrit.l'enfant n'est plus: le sujet s'est accompli. L enfant était celui qui désirait écrire. Car son assomptionsonne la fin de la récréation: il n'y a plus de jeu entre les deux images. 7rr).ROLAND BARTHES.