LE MONDE ET LE MANQUE

Poème de Lambert Savigneux sur une vision d’Aida Muluneh, photographe

© Lambert Savigneux 2011 © photo Aida Muluneh

© photo Aida Muluneh http://www.destaforafrica.org/about.html http://www.pastforwardfilms.com/ http://www.unhealingwound.com/ à découvrir ses œuvres sur le net :

Ce poème fut inspiré par les photographies d’Aïda Muluneh, se raccrochant à une problématique humaine que les photographies semblaient résumer. Merci à Aïda Muluneh de permettre qu’elles soient publiées avec le poème. L.S

LE MONDE ET LE MANQUE
Vision d’Aïda Muluneh, photographe

© photos Aida Muluneh

Et la vie ne s’est pas arrêtée, quel est le mot qu’ils emploient mot de générosité accolé à la perte ou l’entêtement de la continuité serait-ce que le néant renaît soudainement serait-ce que côtoie ce qui peut côtoyer la brèche refermée et la réparation agissante Le monde et le manque, le mot de nouveau concilié.

Le lien élevé face au rien ; mutilé Et pourquoi cette spirale sans voir responsable de l’inaltérable accolé et pourtant vivant, d’être en vie tentant d’arracher le silence à la muselière Et le faut-il vraiment, faut-il laisser les mots transpirer, les laisser dénouer ?

© photo Aida Muluneh

L’obstination dans le mouvement aura t’il raison de l’aval ? Une simple roche briser le chenal et l’emportement de l’avant est-ce une simple affaire de nœud ? De friction ou d’envers ; de sens au départ ? D’apparition ou de disparition?

© photo Aida Muluneh

LAVE DU JOUR

Ma queue sacrée sifflante comme un naja d’étoiles broute à la massivité noire Veloutée la grenade crépue plus forte que le renoncement s’entrouvrent les lèvres l’extatique pulpe sinueuse Bouche Les muqueuses de la douceur voile la clarté une attention soleille au bord de l’œil Ton fiel la contrariété de ta violence !dégonfle vieille barrique ! Bosphore pourpre ton rouge rafiot! tu me tances traverse à l’asphalte blanc croyant me dégourdir quand je me tus tout à fait tu crus que le lait du ciel se renversait du seau d’orient

© photo Aida Muluneh

Au nord la pointe de la connaissance au sud le tumulte s’érigent dans un tressage de finitude l’accomplissement fil à fil de la chevelure a la voix du serpent L’inertie et l’attente des béances ne firent qu’entraver la colère enlacée à la peur enflammer la douceur mutilée Sublimer Le corps s’allongeait cachait le dard sous son pli Des temps que les courbes se prélassaient préfigurant le sacrifice buccal où l’offrande des songes ou le déluge des chairs et le sens du monde furent presque respectés l’empifrage comme déchiffrage réfractât les arceaux boréals d’un jet de chiasme les tentures des soirs se déchirèrent et le désir s’en fut Ce que des deux mains je maintenais.

© photo Aida Muluneh

Plus loin qu’à l’ouest vers l’ insondable nomade le sommeil recouvrit la terre d’épis de déchirements d’éclairs et s’en fut La vie ruisseau se mit à couler arrêtée par les pierres qui ne pleurent pas même de désir même secouées d’étincelles même dessinées de pollen les pierres restent des pierres et ne livrent pas le secret contenu ; elles éclatent quand la chaleur est trop forte et que l’insupportable sue c’est ainsi qu’elles geignent sans que rien ne se desserre ni ne cède Ce fut une secret bien gardé et ceux qui cherchèrent s’en revinrent la queue à la main les pieds sanglants d’avoir trépigné sans que l’écho ne s’empare d’un soupçon d’éveil en eux ni en dessous La lave ce jour fut muette.

Attendait la nuit qui ne fait qu’assourdir les rugissements des fonds des fards le rouge simulé pour que foncent les rouges piquetés de chaud Ils ne firent qu’aller de porte en porte et se lassèrent, les mots illustres roulent comme le vent la verticalité ne retient pas l’étalement de l’eau ils dévalent et roulent et les creux les engouffrent les salivent et ne recrachent ni ne déglutissent Il faut que la terre soit meuble étreinte douce les veloutés des pluies de joie et la fierté immense pour que s’entrouvre le verrou Le fer dans le vert de la fente Il faut un trou profond de cent mille mots pour que le réveil et un œil ameuté plus vaste que l’en-face pour que s’élargisse l’ouverture Le sang portance de la potence.

© photo Aida Muluneh

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