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Abdelkader Sid Ahmed

Finance islamique et développement
In: Tiers-Monde. 1982, tome 23 n°92. L'Islam et son actualité pour le Tiers Monde (sous la direction d'Ahmed Moatassime). pp. 877-890.

Citer ce document / Cite this document : Sid Ahmed Abdelkader. Finance islamique et développement. In: Tiers-Monde. 1982, tome 23 n°92. L'Islam et son actualité pour le Tiers Monde (sous la direction d'Ahmed Moatassime). pp. 877-890. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers_0040-7356_1982_num_23_92_4185

Le fonctionnement des institutions financières islamiques sur les bases de la loi coranique confère à ces institutions une personnalité propre qui les apparente plus à des banques d'affaires qu'à des banques commerc iales traditionnelles.) Revue Tiers Monde.FINANCE ISLAMIQUE ET DÉVELOPPEMENT par Abdelkader Sro Ahmed* La création en juin 1981 à Genève de l'importante institution finan cière islamique : « Dar al maal al Islami » (dmi) au capital d'un milliard de dollars confirme. La Résolution n° 1/3-E adoptée au terme du Sommet dresse un plan d'action dont l'objectif est le renforcement de la Coopération économique entre les pays islamiques. si besoin en était. Octobre-Décembre 1982 . Alors que les pvd1 sont mobilisés pour la mise en œuvre d'un nouvel * Professeur associé à l'Université Paris-Dauphine et à I'iedes. les résultats obtenus par les institutions financières islamiques sont des plus encourageants et tendent à infirmer la thèse d'une relation néga tiveentre Islam et développement. t. et par celle du rôle et des objectifs de ces pays dont l'Arabie Saoudite. n° 92. L'apparition de ces institutions a ravivé les controverses ayant trait à la compatibilité de l'Islam et du développement économique. XXIII. c'est dire que toute étude sérieuse de la finance islamique passe par l'étude de la finance arabe « tradition nelle ». (Pays en voie de développement. 1. D'ores et déjà. La finance islamique amorce aujourd'hui une percée planétaire. dont les conséquences sont encore mal perçues. Les institutions financières islamiques ont été à l'origine et restent encore aujourd'hui impulsées par les pays arabes exportateurs de pétrole du Golfe. la vigueur de la finance islamique st imulée par les réajustements des prix du pétrole des années 70. La création de la dmi intervient quelques mois après le troisième Sommet islamique réuni en janvier 198 1 à Taïf.

il n'est pas sans intérêt de voir ce que peut apporter la finance islamique dans ce contexte. de la Malaysie. la Dubai Islamic Bank. se créaient parallèlement la Banque islamique d'Iran à Téhéran. Far eastern economic review. Parrainée par les chefs d'Etat du Golfe.5 mil lions immédiatement souscrits. il y avait 1 3 banques islamiques dans le seul monde arabe. Pakistan : Islamique banking is now two years old. Malgré cela elle fut fermée à cette même date semble-t-il pour des raisons politiques. elle fut lancée en mars par le prince saoudien Mohamed al Faisal al Saud. 26 March. C'est parallèlement enfin au Sommet islamique de Taïf que se créait une association d'investisseurs musulmans sous forme de holding. évolution de la finance islamique A) Naissance et évolution Les premières tentatives de création d'institutions financières isl amiques remontent à 1962. I. Après 1975. quatre gros actionnaires souscrivirent dès le départ pour plus de $ 600 mil lions. la Muslim Commercial Bank à Karachi2 et l'Islamic Investment Compagny enregistrée à Nassau au capital d'un milliard de dollars. la Libye. Les opérations de la Banque démarrèrent en 1975. de la Guinée et du Soudan. Des 40 pays islamiques participants. la création de banques islamiques dans les pays du Golfe s'accélère : ainsi naquirent intet-a/ia. Ainsi la Banque islamique de Développement (bid) fût-elle créée en 1973 avec un capital autorisé de $ 2. et les Emirats arabes unis. 1982. Fin 1 98 1 . . avec le gonflement des avoirs de certains pays arabes exportateurs de pétrole consécutif aux événements de 1973. année où fut créée une banque islamique à Mit Gham en Egypte : son succès fut grand puisqu'en 1967 elle comptait un million de clients. un certain nombre d'autres institutions apparurent dans les années 70. — Naissance.878 ABDELKADER SID AHMED ordre économique international. du Pakistan. Dans quelle mesure le renforcement de l'autonomie collective entre pays islamiques peut-il stimuler le renfor cement de l'autonomie collective du Sud à un autre niveau. le Koweit. Hors du monde arabe. la Kuwait finance house.277 millions dont $ 899. la Faisal Islamic Bank au Caire. la Faisal Islamic Bank à Khartoum. la Jordan Islamic Bank for finance and investment. dont un nouvel ordre monétaire et financier. Le mouvement était cependant lancé et. Son 2. ce furent l'Arabie Saoudite. dénommée « Dar el maal al Islam ». la Bahrain Islamic Bank.

Houraní. Wolfe (Washington. souvent il fut même le centre commercial majeur. La nature militaire de l'Etat islamique ou l'organisation de la « cité islamique » ont aussi été invoqués à l'appui de cette thèse comme ayant découragé l'apparition d'entrepreneurs et de marchands5. Cette situation devait amener certains à mettre en doute la compatibilité de l'Islam avec le développe ment économique. 5. une compagnie islamique de consultants. The Islamic city. 4. Parallèlement seront créées une compagnie islamique du leasing. 1 : « The American media and the Arabs ». 1970. Panthéon. H. 1980. Far eastern economic review. parfois ce fut l'Etat islamique lui-même que l'on incrimina. Islam et capitalisme. Sur ce biais culturel voir Williard G. « Economie and political activism in Islam ». Oxford. Ainsi l'ouvrage de Maxime Rodinson. une compagnie minière et une compagnie maritime. Economy and Society. in A. Houraní and S. Les parts du capital (les souscrip tions doivent se situer entre $ 1 million et $ 5 millions) ont été déjà lancées dans le public. social et culturel sans précédent de cette région. 1. The Islamic city in the light of recent research. Stern (eds). anti progressiste. M. Oxtoby. une compagnie commerciale islamique. Le biais traditionnel anti-islamique dans la culture populaire occidentale et la mythologie créée par l'Ecole orientaliste concernant la « nature de l'esprit musulman » confortèrent cette thèse4. Western Perspectives on Islam and the Arabs. Said. Le dmi envisage de créer des banques islamiques dans tous les pays islamiques. développement qui marqua ensuite le pas. Voir l'analyse des travaux sur ce sujet effectuée par A. Funding the Islamic way. 31 July 198 1. Orientalism. 3 August 1972. New York. L'événement de l'Islam provoqua un développement écono mique. et S. Georgetown University Center for contemporary Arab Studies). 1978. tandis que la Révolution industrielle faisait son apparition en Europe occidentale. chap. B) Caractéristiques de la finance islamique Le Moyen-Orient fut. Cette approche naïve vit sa crédibilité battue en brèche avec la publi cation récente de travaux importants6 et avec surtout l'accroissement des revenus des pays du Moyen-Orient dans les années 60 et plus part iculièrement après 1973. un des centres commerciaux du monde. La Banque asiatique islamique aura son siège à Kuala Lump ur3. edited by Michael С Hudson and Ronald G. Zubaida. et Edward W. Dans cette optique l'Islam fut présentée comme anticapitaliste. . 6. à divers moments de son histoire. H. L'Islamic Investment Company sera la filiale opé rationnelle de la dmi dans le domaine de l'investissement. 3.FINANCE ISLAMIQUE ET DÉVELOPPEMENT 879 siège a été fixé en juin 198 1 à Genève.

l'impôt essentiel est la Zakat (impôt sur les fidèles) levée sur le bétail.88o ABDELKADER SID AHMED La pénétration rapide de l'influence occidentale dans cette région durant cette période réduisait dans l'esprit des analystes l'incompatibil ité invoquée entre l'Islam et le capitalisme contemporain. la propriété foncière. L'Islam contient un certain nombre de prescriptions à partir des quelles il est possible de définir un système économique implicite. le bien-être économique et social. les ressources naturelles. l'héritage. Les événe ments d'Iran en 1978. la Zakat s'applique à tous les actifs productifs. Cummings. etc. les événements de La Mecque et enfin l'assassinat du président Sadate sans parler des troubles en Syrie. en pratique. et surtout : J. certains ont défendu 7. l'intérêt. in Islam an development : religion and socio-political change. Le débat est donc de nouveau ouvert et l'avènement de la Finance islamique lui confère une importance qui dépasse le simple cadre académique. Alors qu'en théorie. Hossein Askari and Ahmed Mustafa. les produits du commerce et le produit de la terre. 1980. edited by John L. il n'est pas inutile d'analyser brièvement cette doctrine en matière de fonctionnement de l'économie. Bref la Zakat est un impôt général sur la richesse10. Des questions aussi diverses que la fiscalité. ont fait l'objet de commentaires soit dans le Coran. Columbia University Press. 9. le taux de salaire. l'or. Opinions personnelles à partir de l'analogie et des doctrines religieuses. Consensus des Docteurs de la Foi. EsposiTO. 8. Syracuse University Press. les secousses enregistrées au Pakistan et en Tur quie. mais est avant toute chose un acte volontaire de piété à l'égard du pauvre. l'argent. T. 10. 24 à 47. Aghnides. p. Mohammedan theories oj finance. . elle concerne le capital commercial et agraire. Pour plus de détails sur ce point ainsi que sur le modèle économique islamique voir : P. Vljma* ou les Qiyas*. 1916. Paroles et actes du prophète lui-même ou de ses disciples. L'intérêt est clairement rejeté par l'Islam (Riba). les dépenses publiques.. ont de nouveau ramené à la surface le problème de la compatibilité entre l'Islam et le capitalisme moderne. Ainsi dans le domaine de la fiscalité. la propriété privée. la base d'un système d'assurance sociale pour les plus pauvres de la Société islamique. C) Le modèle économique islamique Avant de préciser la doctrine islamique en matière d'intérêt et de banque. Islam and Modern economic change. New York. Dans son essence la Zakat est une obligation divine en vue du bien-être communautaire et non pas un impôt destiné à financer les dépenses de l'Etat. ou encore dans la Sunnah7.

— pour l'Islam enfin la richesse ne doit pas résulter d'un « enrichiss ement sans cause » mais être le fruit d'une activité personnelle et d'efforts. C'est le cas par exemple des commissions pour services fictifs qui sont légions dans le secteur bancaire. 140 à 146. La recherche égoïste de l'intérêt maximum est fondament alement rejetée. Ainsi Fazlur Rahman. La quasi-totalité des penseurs islamiques concluent à la reconnaisii. toute méthode ou procédés aboutissant au résultat précédent. la banque dans la société islamique doit se limiter a son rôle essentiel de débouché pour l'épargne et de source pour l'investissement. Dans ces conditions. . « Economie principles of Islam». Cet accent mis sur la prise de participation plutôt que sur le verse ment d'intérêts affecte la nature même des techniques utilisées par la banque islamique. les déposants auprès de la banque (qui ont pris les risques) se verront affecter une partie des profits. à la suite d'investissements en travail ou en capital. Cette attitude de l'Islam envers l'intérêt est dictée par les éléments suivants : — tout d'abord l'intérêt et l'usure favorisent la concentration de la richesse et de ce fait réduisent l'intérêt de l'être humain pour ses semblables . December 1981. — dans la même veine. même faible. Euromoney. p. Mais là encore. 8 march 1969. la garantie légale d'un intérêt. Islamic studies. Dans la banque islamique. conduit aussi au rejet de la rente fourni par des terres vierges ou des ressources naturelles : là encore si ces terres ou si ces ressources ont été améliorées. La prohibition de l'intérêt entraîne certaines conséquences quant au fonctionnement de la banque islamique : ainsi la banque ne prêtera pas ses fonds à ses clients mais s'associera systématiquement avec eux. une rente peut être levée en rapport avec les améliorations apportées. constitue un profit certain excluant toute perte possible. ils ne sauraient être au préalable garantis. « Arab aid funds represent the spirit of Islam». Le raisonnement qui conduit l'Islam à rejeter l'intérêt (ou selon d'autres l'intérêt en tant qu'instrument d'exploitation économique).FINANCE ISLAMIQUE ET DÉVELOPPEMENT 88 1 la thèse qu'en réalité. les départements tech niques chargés de l'évaluation des projets jouent un rôle essentiel. De la sorte si l'entreprise au sens large prospère. l'orthodoxie condamne comme contraire à la loi islamique. et Omar Kassem. ce rejet ne concernait que l'intérêt ou les prêts conduisant à l'exploitation économique11. — le profit ne peut être la seule sanction de l'activité économique.

les expériences islamiques actuelles sont trop récentes pour permettre au chercheur d'en déduire des enseignements rigoureux. 12. reconnaissance du caractère incitateur du profit. Ainsi pour certaines écoles. il faut pré ciser que ces principes économiques islamiques ont rarement gouverné les pays musulmans15. 13. American trust publications. la liaison entre le succès économique et le salut. proceeding of the third east regional conference of the Muslim students association of the United States and Canada. Ce qui est incontes table c'est que l'Islam renferme un certain nombre de principes moteurs de la transformation économique dans l'histoire : propriété privée. la tradition du dur labeur. IL — Finance islamique et développement Pour l'Islam le salut dépend de la manière dont le riche a traité le plus pauvre. Le problème est de savoir si ces principes peuvent régir les Etats modernes ou si l'on préfère s'ils sont compatibles avec un progrès économique rapide. rendements financiers d'investissements à risque. Les prix des produits et les impôts doivent obéir aux principes ci-dessus14. La réponse est difficile faute de matière. Au terme de cette brève esquisse du modèle islamique. etc. in Contemporary aspects of economic thinking in Islam. Ce principe de base vise à décourager la thésaurisation. mais ce droit n'est pas un droit absolu. il existe des limites à l'appropriation des ressources natur elles par l'homme13 et à l'exercice au plan général du droit de propriété. The theofy of the economics of Islam. Abu Sulayman. tempéré qu'il est par l'obligation faite au détenteur de ressources naturelles par exemple de les utiliser de façon productive. April 1968. car le fermier investit dans le second cas. Les préférences de l'Islam vont donc à un capitalisme relativement égalitaire. 14. propriété privée. 15. Leur stricte application a caractérisé les califats d'Abou-Bakar et Omar. La propriété absolue est du seul ressort de Dieu (principe du Tawhid).). On voit donc qu'il n'existe guère de différends entre les principes de l'Islam et les objectifs fondamentaux du capitalisme (profits résultant de l'activité commerciale. L'Islam cependant n'accepte les pratiques capi talistes que dans la mesure où elles ne nuisent pas au bien-être social. Le droit de propriété privée est donc essentiellement avant tout un droit de priorité de jouis sance et éventuellement de cession de cette propriété. etc. Pour l'Islam enfin. .882 ABDELKADER SID AHMED sance par le Coran du droit à la propriété privée12. l'Etat étant habilité à prendre des mesures en ce sens. la nécessité du bien-être social. la Zakat (ou ushr) levée sur le produit des terres à pluvio métrie doit être supérieure à celle levée sur les terres irriguées. alors qu'il bénéficie d'un don de Dieu dans le premier cas. dans ce sens la Zakat a pour objectif de garantir aux pauvres.

p. E. Dans son discours M. p. 18. « Discours d'inauguration de son altesse royale le prince Fahad ibn Abdal Aziz ».FINANCE ISLAMIQUE ET DÉVELOPPEMENT 883 à l'orphelin les nécessités de subsistance. 31. vol. Les dialogues engagés entre pays riches et pays pauvres. Habib Chatty. Grâce à leurs liens religieux et à leur héritage commun ainsi qu'à la diversité de leurs ressources ces Etats sont capables. les Etats islamiques qui ont réalisé de grands progrès dans le domaine de la coopération économique entre eux. les pays islamiques au niveau le plus élevé ont exprimé leur ferme volonté de promouvoir la coopération intercommunautaire en vue d'assurer Fautosuffisance collective de la communauté islamique. Les précédents Sommets ont eu lieu à Rabat et à Lahore. le troisième Sommet isl amique16 qui s'est tenu début 198 1 à Taïf (Arabie Saoudite) marque une date importante pour la communauté islamique. Dans le discours d'inauguration du Sommet. a confirmé la volonté des pays islamiques de collaborer en vue d'assurer le développement de la communauté islamique. . ce qui leur assurera un plus haut niveau de pro duction et une vie plus prospère. La création de l'organisation de la Conférence islamique en milieu des années 70. Cette nécessité d'une coopération renforcée entre pays islamiques avait été rappelée à la séance inaugurale de la Conférence préparatoire des ministres des Affaires étrangères de la Conférence devant l'échec du « Dialogue Nord-Sud » par le secrétaire général. II.. avec l'aide d'Allah. le prince héritier Fahad ibn Abd el aziz a déclaré : « La coopé ration économique entre les nations est devenue une nécessité capitale et ceci particulièrement entre les pays en voie de développement qui doivent maintenant déterminer les voies pratiques propres à réaliser la croissance et le progrès. « La politique de détente arrêtée par les super-puissances s'avère aujourd'hui inopérante quant aux pays du Tiers Monde. secrétaire général de l'Organisation de la Conférence islamique. Habib Chatty18. Par conséquent. 29. Discours de S. M. En effet. Journal of economic. Dans ce contexte. condi tion préalable de l'unité islamique. Chatty soulignait également « que la voie 16. Ces puissances ont repris leur course à la conquête des zones d'influence et leur compét itionpour s'assurer davantage de privilèges. H. April 1981. ibid. sont appelés aujourd'hui à raffermir cette coopér ation. cooperation among islamic countries. d'intensifier cette coopération de manière à la rendre plus large et plus efficace »17. 17. pays déve loppés et pays en voie de développement et destinés à instaurer un nouvel ordre mondial — susceptible de refléter les réalités découlant de l'émergence sur la scène internationale de jeunes Etats et de concrétiser leurs aspirations — ont pratiquement abouti à un échec.

des finances. Les pays du Golfe annoncèrent une souscription immédiate au capital de 2. Cet Accord fournira le cadre institutionnel susceptible de faciliter le flux de capitaux entre pays membres. afin de combler l'abîme qui sépare les pays industrialisés des pvd et d'instaurer un noei fondé sur la justice. de l'Institut de Recherches Statistiques économiques et sociales d'Ankara et du Centre Islamique de Formation technique et professionnelle de Dacca. — Création enfin d'un Centre islamique pour le Développement du Commerce à Tanger (Maroc) et de l'Union islamique des Armateurs à Jeddah. . Ainsi la Déclaration appelle à l'établissement de relations économiques internationales fondées sur l'équité.3 milliards de dollars. etc. — Augmentation du capital souscrit de la Banque islamique de Développement.884 ABDELKADER SID AHMED la plus sûre pour une coopération collective repose en premier lieu sur les fondements de l'économie qui joue un rôle pilote dans la vie des pays et des groupements régionaux ». Ces mesures sont les suivantes : — Approbation du « Plan d'action pour le renforcement de la coopé ration économique entre les Etats-membres » élaboré lors de la Confé rence d'Ankara en 1980. de la santé publique et de la coopération technique. Ces deux institutions ont pour objectif la promotion des rela tions commerciales entre les pays islamiques. Cette idée est à la base de l'Accord général sur la coopération écono mique. — Adoption de l'Accord général sur la promotion. — Création d'un fonds de 3 milliards de dollars pour le financement des projets de développement économique dans la communauté islamique. la solidarité. de la main-d'œuvre. La Déclaration dite de La Mecque adoptée à l'issue du Sommet situe l'action islamique en droite ligne dans la revendication du nouvel ordre économique international. le Sommet de Taïf a adopté un certain nombre de mesures fondamentales qui constituent un tournant dans la coopération islamique. Allant plus loin. Ce plan définit les grands axes d'une coopéra tion dans les domaines de l'agriculture et de l'alimentation. du commerce. de la science et de la technologie. de l'industrie. de l'énergie. de la population. technique et commerciale et de la création de la Banque islamique de développement. des transports. la protection et la garantie des investissements dans les Etats-membres. — Création de fonds de sécurité alimentaire destiné au financement des projets de production alimentaire ainsi que des réserves de vivres. l'interd épendance et l'équilibre des intérêts.

particulièrement dans le domaine du commerce. Mais d'autres pays comme le Pakistan ou la Malaysie jouent un rôle également import ant. Cette même résolution « regrette le manque de volonté politique dont ont fait preuve certains pays développés dans les négociations sur les questions islamiques. conférences et séminaires périodiques. participation de membres importants de la famille royale Saoudite à la création et à la gestion de certaines institutions financières islamiques. La Résolution souligne que « la coopération économique entre les pvd en général et les Etats-membres en particulier constitue un él ément clé dans la stratégie de Fautosuffisance collective et joue un rôle essentiel dans l'introduction de changements structurels au bénéfice du développement économique mondial équilibré et équitable en vue de renforcer leur unité dans le cadre de leurs efforts destinés à établir le nouvel ordre économique international ». — La Résolution n° 1/3-E « Sur le Plan d'Action destiné à renforcer la coopération économique des Etats-membres » rappelle dans son préam bule les « résolutions pertinentes de l'Assemblée générale des Nations Unies ». de l'industrialisation. de la VIe Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement des pays non alignés et du Plan d'Action de Buenos Aires sur la coopération technique entre pvd. III. Ces institutions concernent l'ensemble de la communauté islamique de l'Afrique noire à l'Indonésie. L'Arabie Saoudite a joué et joue un rôle majeur dans ce mouvement : souscription de parts importantes du capital de toutes les institutions et organismes communautaires créés. du transfert de technologie et de la restructuration des relations économiques internationales ». Ainsi le Séminaire sur l'économie monétaire et de la fiscalité organisé en janvier 1981 à Islamabad était patronné par le gouvernement pakis tanais et l'Université du roi Abdul-Aziz de Jeddah. appui diplomatique. Le fait cependant . accord de siège pour la Banque islamique de Développement.FINANCE ISLAMIQUE ET DÉVELOPPEMENT 885 — Souligne l'engagement des pays islamiques de « développer leurs moyens et structures d'information afin d'en faire des instruments eff icaces de réforme de la Société pour participer à l'instauration d'un Nouvel Ordre mondial dans le domaine de l'information ». — Perspectives de la finance islamique En quelques années. etc. s'est tissé un tissu complexe d'institutions finan cières islamiques allant des banques d'affaires aux banques de dévelop pement.

soit par les Fonds arabes. En 1968 était créé le « Arab Fund for economic » and social development (afesd). A beaucoup d'égards le développement de la finance islamique suit les traces de la finance arabe. mais surtout à l'extérieur dans les pays développés. cette sophistication a renforcé le . Près de $ 3 5 milliards seront versés à ces pays par les pays de Горер entre 1973 et 1979. Ces institutions et consortiums permirent aux Arabes d'acquérir un certain know how bancaire et de se familiariser avec les arcanes des marchés internationaux de capitaux. En 1970. Il n'est pas sans intérêt de rappeler brièvement ce qu'a été à ce jour l'évolution de la finance arabe. Le recyclage des avoirs financiers s'accompagna de la création de très nombreuses institutions financières de type commercial dans le monde arabe. La finance arabe La première institution financière arabe a caractère régional fut le Kuwait Fund for Arab economic development (kfaed) créé en 1961. Un réel marché financier secondaire a vu le jour dans ce dernier pays. de la finance islamique avec la création à Genève de « Dar el maal al Islam ». Un véritable réseau de banques arabes s'est établi au Moyen-Orient à partir de centres financiers régionaux comme Bahrain et Koweit. Les institutions financières arabes et de Горер renfor cèrent leur aide aux autres pays en développement.886 ABDELKADER SID AHMED nouveau est le début d'implantation hors du monde musulman. Les institutions financières arabes de développement ou de Горер se lan cèrent dans les opérations de cofinancement avec les grandes institutions financières internationales ou nationales. Bien plus. Le refus de la sama (Saudi Arabian monetary agency) de laisser jouer au rial saoudien. les agences de I'opep (Fonds spécial ou encore fida) ou les Banques de Développement (badea par exemple). furent ensuite créés à Luxembourg deux autres consortiums : « l'European Arab bank » et la « Compagnie arabe et internationale d'inves tissement ». En 1972. son rôle de monnaie régionale ont cependant empêché que cette sophistication de la finance arabe soit mise réellement au service de l'économie moyenne-orientale. Avec l'accroissement des avoirs financiers découlant des réajust ements des prix du pétrole de 1973-1974. d'où émana ensuite la « Banque arabe et internationale d'investissements » (bah) à Paris. le premier consortium bancaire euro-arabe était créé sous le nom de « Union des Banques arabes et françaises (ubaf). on assista à une évolution de la finance arabe.

Aujourd'hui il s'agit pour la finance arabe de diversifier les risques par le biais de la démonétisation d'une partie de leurs actifs. etc. Développement sans croissance : l'expérience des économies pétrolières du Tiers Monde. allaient conduire les responsables financiers arabes à prendre directement en main le recy clage de leurs avoirs financiers devant les réticences exprimées par les Banques occidentales sur les chances du système20 financier mondial d'absorber cette « nouvelle vague de surplus ». « The ABC of Arab banking ». Voir par exemple sur ce point : Y. Elle recueille les dépôts des investis seurs arabes institutionnels et les investi de façon optimale21. Avec ces nouvelles institutions prend fin l'époque des placements en bons du Trésor américains. 98. Financial times. p. .). 67 à 184. La conclusion majeure du rapport étant que le monde se trouvera plongé dans une grave crise économique et politique si le Nord industriel ne coopère pas avec le Sud des matières premières. April 1980. Les conclusions du Rapport Brandt. auquel participait une personnalité koweïtienne de premier plan. The Banker. April 1980. Laulan. p. « Arab banks go downstream ». p. et Duncan CampbellSmith. Economica. 8 July 1980. les Etats arabes ont mis sur pieds la « Arab reinsurance and insurance group » au capital de $ 3 milliards. 43 à 48. l'investissement direct prend le pas sur l'investissement en portefeuille22. Le souci d'être présent sur les grandes sources de ressources naturelles anime les pays du Golfe de plus en plus convaincus qu'il faut investir dans le développement des ressources naturelles du Tiers Monde. y ont été prises très au sérieux. et « Arab bankers take up the challenge ». « Recycling opec's Surpluses : can the banks do it this time ». p. Avec l'inflation. dépôts arabes. Ainsi fut créée l'Arab banking Corporation » (abc) en 1980 à Manama (Bahrain). en certificats de dépôts ou en dépôts a termes et donc la dépendance envers l'économie américaine et le dollar. 1980. Nous avons tenté de démontrer cette thèse dans nos ouvrages : L'OPEP passéprésent et perspectives : éléments pour une économie politique des économies rentières. La création de Fabc reflète la tendance actuelle de la finance arabe à une plus grande indépendance vis-à-vis des grandes banques occident ales (personnel d'encadrement arabe. « Arab investors roam for and wide». James Strachan. Cette institution a été créée à la suite de la hausse illimitée des primes d'assurances imposées par les Uoyds à la région du Golfe en 1 979-1 980. janvier 1983. April-May 1980. 1 1 3 à 117. Paris. 20. December 1980. 22. Euromoney. Cette insti tution au capital initial de $ 1 milliard est l'œuvre des gouvernements du Koweit. de Libye et d'Abou-Dhabi. 19. Les réajustements du prix du pétrole de 1979-1980. Outre Гавс. Euromoney.FINANCE ISLAMIQUE ET DÉVELOPPEMENT 887 rôle de certaines places financières de la région comme relais des grands marchés de capitaux19. The Banker. 21. Editions Publisud.

La « Gulf » à d'ores et déjà réalisé un volume d'investissements directs important dans des pays comme le Chili. Г abc venait à la neuvième place pour ce qui est des émissions dirigées. 26. le Pakistan. les pays de Горер transformaient le Fonds spécial de Горер en une Agence perma nente de Développement et de Coopération dans la lignée de la propos ition algéro-vénézuélienne. MEED : Arab banking. 100 % arabe. la gib est la première institution bancaire. « Arlabank leads the way ». Créée en 1975 par les gouvernements de Bahram d'Irak. 12. La Gulf International Bank (gib). 198 1. la Gambie. 2. . le Soudan. September 198 1. Certaines institutions arabes jouent un rôle majeur aujour d'huidans la syndication des prêts en euro-devises. Des investisseurs arabes sont particulièrement intéressés par le secteur minier. 27. 25. du Koweit d'Oman. la Malaysie dans les domaines de l'exploration d'hydrocarbures. Voir sur ce point notre étude : The role oj the New OPEP development agency. Queen Elisabeth House. l'agriculture et la pétro chimie ainsi que par le marché des titres24. de joint-ventures minières. d'Arabie Saoudite et les émirats. p. p. August 1981. dont d'ailleurs certaines destinées au financement des déficits de paiements du Brésil ou du Mexique. 28. Ce projet devait être définitivement adopté au Sommet des chefs d'Etat de Горер en novembre 1980. Ainsi pour les six premiers mois de 198 1. p.888 ABDELKADER SID AHMED La création de la Banque arabo-latino-américaine23 (arlabank) en octobre 1977 à Lima (Pérou) doit être replacée dans ce contexte ainsi d'ailleurs que la Banque arabo-malaisienne. On sent que cette proposition prévoit la création d'une agence de développement dotée de 2 guichets au capital initial de â 20 milliards. Comme par exemple la « Santé fé » aux Etats-Unis. Ce même intérêt se retrouve pour le Sud-Est asiatique. 13. Middle east economic digest special report. avec des prises de participation spectaculaires au capital de sociétés japonaises ou américaines de haute technologie25. de l'élevage ou de la Banque. Selon l'hebdomadaire américain Business week. adoptée à la Conférence des Ministres du Pétrole de Горер à Caracas en septembre 197928. Oxford. « Arab banks forge ahead in the league tables ». Elle a ainsi participé à 34 opérations. autre grand monstre de la finance arabe26.45 1 milliards.690 milliards27. le Brésil. l'Australie. 24. avait de son côté participé à 33 émissions se montant à $ 6. les « Nations arabes de Горер sont en train d'édifier un nouveau système 23. de Qatar. Parallèlement à cette évolution de la finance arabe. achetée par le Koweit en 1981. The Banker. « Arab investors move into latin america ». Cette plus grande autonomie d'une finance arabe devenue majeure suscite un grand nombre de critiques de la part de certains banquiers et responsables occidentaux. évaluées à $ 9. September 1981. Cette nouvelle attitude de la finance arabe se traduit par une présence de plus en plus active des institutions financières arabes sur les marchés de capitaux.

57336. Ce qui se profile serait une incroyable politisation du système bancaire international qui blesserait à mort l'Occident30. « Arab banks grow : a tool to control the world's capital ». L'émergence du pétro-capital impliquerait ce qui suit : 1) Ли niveau arabe et OPEP Une industrialisation reposant principalement sur les effets de liaison aval du pétrole et de ses dérivés : ce processus débouche sur la redéfini tion de la division internationale du travail. D'autres après la Pax Britannica du xixe siècle évoquent le danger d'un Interregnum petrolicumz%. Le modèle koweitien paraît particulièrement dangereux pour ces milieux. janvier 1983. Ces derniers s'orientent vers les prises de participation stratégiques. 9 th-12 th June 1980. 32. Les années 70 ont vu naître une autre période caractérisée par une triple restructuration des rapports de force écono miques et monétaires : 1) Le Tiers Monde en général contre les pays de I'ocde. 30. Ces mêmes milieux citent la sollicitude dont bénéficie la Yougoslavie auprès du Koweit31. 31. . Traute Wohlers-Scharf. 69 à 76. 2) Les pays de Горер contre les pays de I'ocde. « The whiff of politics that hangs over Arab banks». 3) Les pays de Горер contre le reste du Tiers Monde. Pour plus de détails sur cette compagnie. July i98i.). etc. ce qui n'est pas le cas des banques occidentales présentées comme apolitiques. Santé fé. Pour ces mêmes milieux. Anticipatory intelligence and arab funds and banks. Meeting on the Knowledge industry and the process of development. Paris. (Getty-oil. Euromoney.p. Business week. il est clair « que l'arme monétaire de Горер va venir s'ajouter à l'arme du pétrole » et donner ainsi aux Arabes un levier puissant sur l'économie et la politique de l'Occident. Organis ationfor Economic Cooperation and Development. Ce pays grâce à ses institutions spécialisées (les 3 K) opère lui-même ses propres investissements.FINANCE ISLAMIQUE ET DÉVELOPPEMENT 889 bancaire international qui menace de prendre le contrôle des ressources financières mondiales dans les années 80 de la même façon qu'elles ont pris le contrôle des ressources énergétiques mondiales dans les années 70 »29. Le risque est grand selon eux de voir des institutions comme I'abc où la gib attirer la clientèle de ier ordre en Occident des banques de la région. 29. p. banques américaines. Publisud. 6 Octo ber1980. Derrière les institutions arabes se profilent les Etats avec leurs calculs. voir notre ouvrage déjà cité : Développement sans croissance : l'expérience des économies pétrolières du Tiers Monde.

. г April 1982. C'est dire qu'un champ vaste s'ouvrage à la coopération islamique et partant au renforcement de l'autonomie collective du Sud.890 2) Ли niveau du Tiers Monde ABDELKADER SID AHMED Une politique d'alliances qui affectera les rapports de force entre le Nord et le Sud et les relations Sud-Sud. Le problème est de savoir si les pays indust rialisés sont prêts à accepter les pays du Sud comme des réels partenaires et à substituer aux rapports de dépendance des rapports plus équilibrés d'interdépendance. la finance arabe et la finance islamique ne font que reprendre à leur charge un fardeau qui revient en premier lieu aux pays développés. Far eastern economic review. On voit mal en quoi un rééquilibrage entre le Nord et le Sud au profit de ce dernier serait un malheur pour le Nord. 33. La finance islamique devra cependant prouver qu'elle n'est pas une simple émanation de l'Arabie Saoudite. Réunis en mars 1982a Isl amabad33 les ministres islamiques de l'Industrie ont commencé dans leur domaine à mettre en œuvre le Programme d'Action de Taïf.5 milliards les importations des pays islamiques dont seulement $ 13. En apportant une aide multiforme aux pvd et notamment aux pays islamiques. Un système de préférences commerciales entre pvd islamiques va voir le jour. 3) Au niveau international Une politique financière nouvelle qui se traduit par la pénétration des Euromarchés par le pétro-capital d'une part et l'internationalisation des prêts en certaines monnaies du Golfe d'autre part. la finance islamique vient pallier aux carences du cadre de coopération financière internationale. En 1979 on estimait à $ 136. On ne saurait trop insister à ce sujet sur le caractère historique des mesures adoptées en 1981 à Taïf par l'Organisation de la Conférence islamique. Vouloir pro téger les recettes tirées de l'exploitation d'une ressource non renouvel able et en tirer le maximum de profit ne constituent aucunement un acte de guerre contre l'Occident. Mohammed Aftab. « Industrialising Islam ».4 milliards venaient des autres pays islamiques. Son développement devra à l'avenir dépendre plus des aspirations des peuples islamiques que des surplus financiers saoudiens. Les seules importations de biens capitaux représentaient $ 80 milliards. 56. soit 24 % des exportations mondiales de ce type de biens. En apportant une aide importante au développement des pays musulmans.