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L’ECHO SAMEDI 6 AVRIL 2013

Out of office
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en 2010, avec un focus sur l’effet domino qui, d’une crise marché immobilier, déclenche une tempête financière et une récession mondiale.

Le visiteur est finalement conduit à s’interroger sur les grandes questions du moment: répartition des richesses, croissance et développement durable, PIB ou bonheur national brut… Enfin, une brochette d’économistes interviewés répondent diversement à des interrogations sur leur rôle et celui de leur discipline. L’économie est elle une science? «Pas une science dure comme la physique ou la chimie, car on ne peut expérimenter les hypothèses et qu’elle est liée au comportement humain», répond l’un. «Mais un outil pour aider à mesurer l’impact de décisions qui, in fine, appartiennent aux politiques», répond l’autre. Si la Cité des sciences et de l’industrie s’est interrogée sur sa légitimité à traiter un tel thème, la demande du public l’a convaincue. En 2010, «on avait organisé une série de débats sur la crise avec quelques experts. Les visiteurs interrogés se sentaient concernés. Mais ils nous ont dit qu’ils ne comprenaient rien, qu’il leur manquait des connaissances», raconte Sophie Bougé, commissaire de l’exposition. De fait, selon un sondage commandé, en 2012, par la Banque de France, deux Français sur trois estiment que l’information économique est complexe... L’exposition veut les éclairer.

Débat

Une «Cité de l’économie et de la monnaie», en 2015
© RV DOC

Partenaire et conseil de l’exposition «Economie» à la Villette, la Banque de France en reprendra une quinzaine d’éléments pour sa Cité de l’économie et de la monnaie, qui ouvrira ces portes à l’été 2015. Cette cité sera installée dans le 17e arrondissement de Paris, dans l’hôtel Gaillard, hôtel particulier construit au XIXe siècle par un banquier. Il était devenu une succursale de la banque centrale française, jusqu’à sa fermeture en 2006. D’autres banques centrales, comme celle de Belgique, ont leur musée. Mais il est souvent centré sur la monnaie et les moyens de paiement. En France, la Monnaie de Paris, institution qui a le monopole de la frappe des euros français, organise régulièrement des expositions sur l’histoire de la numismatique. L’objectif de la nouvelle Cité est plus large. Au-delà de l’exposition de collections de pièces, de billets et d’objets liés au métier bancaire, il s’agit de faire découvrir l’économie, d’en raconter l’histoire et d’en faire comprendre les mécanismes. Car la Banque de France estime, selon un de ses porte-parole, que sa politique de supervision bancaire et monétaire sera d’autant plus efficace, si le public la comprend... I.R.

Cinéma

Le nouveau James Dean est de retour
Il incarne ici un personnage digne du grand «Drive», dans un suspense haletant. Retenez son nom: Ryan Gosling.
SYLVESTRE SBILLE
l séduit indifféremment femmes et hommes, jeunes et vieux, grâce à sa présence animale. Son nom est devenu, en quelques années, synonyme d’absolue «coolitude». Et mieux: de talent brut. Bienheureux les spectateurs qui ont découvert Ryan Gosling à ses débuts. Dans «Danny Ballint», en 2001, il interprétait un jeune néo-nazi… juif. La contradiction, déjà… Gosling prêtait ses traits ambigus, aussi tendres que cruels, à ce personnage en perdition, attachant malgré tout. Et depuis, chaque fois qu’il a accepté de mettre sa beauté physique au centre d’un film, c’est qu’elle était mâtinée du sens et de la profondeur indispensables. À la manière de James Dean autrefois, Ryan Gosling est devenu le symbole de l’acteur en contraste, de l’être torturé, alors que son physique exprime la santé, la simplicité, l’évidence. Dans «The Notebook» (Nick Cassavetes, 2004), il est l’amant trop fougueux, trop éperdu, trop compliqué, que l’héroïne préfère oublier au fond de sa province. Dans

I

PRATIQUE
«L’économie: krach, boom, mue?» Notions et mécanismes de l’économie, du 26 mars 2013 au 5 janvier 2014. Cité des sciences et de l’industrie, Parc de la Villette, Paris 19e. Tous les jours, sauf le lundi de 10 à 18 h (jusqu’à 19 h le dimanche). Ouverture exceptionnelle le lundi 29 avril 2013. Les vidéos et enregistrements sonores présentés dans l’exposition sont accessibles en ligne via http://www.cite-sciences.fr/

«Half Nelson», il est ce prof de secondaire craquant aux yeux de tous, mais qui, lui, ne veut pas rester à la surface des choses, et qui veut entrer en contact avec son élève le plus «à problèmes». Non, Gosling ne se satisfera pas d’être la belle gueule du film. Sa sensibilité prévaudra. «Les Ides de Mars», de et avec George Clooney, ne vaut que par sa prestation. Le golden boy, le jeune premier, l’amant magnifique, tous ces archétypes sont détournés. Jusqu’à la consécration internationale de «Drive» (Nicolas Winding Refn, 2011). Ici, encore, Ryan Gosling étonne, tout en incarnant un héros parfaitement goslinguien. Le réalisateur de «Blue Valentine» lui confie le rôle de Handsome Luke, cascadeur à moto, qui se découvre un fils d’un an, issu d’une histoire aussi courte que passionnelle avec Romina (Eva Mendes). L’électron libre, contre toute attente, ne compte pas continuer sa route… Il veut élever son fils. Pour lui donner un avenir, il se résout à franchir les limites de la légalité. Ryan Gosling, en t-shirt, à moto, voilà qui pourrait suffire comme argument. Bien heureusement, le film ne s’arrête pas là.

The Place Beyond the Pines

17/20
De Derek Cianfrance Avec Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva Mendes…

Combinant trois époques différentes, il propose, en fait, un mélodrame en trois temps. Presque trois films pour le prix d’un seul. Le ressort dramatique se tend avec une tension extrême, dans la première histoire. Bradley Cooper, puis Ray Liotta, viennent donner un second, voire un troisième souffle, dans les chapitres suivants, dont nous ne pouvons nous faire l’écho ici, au risque de diminuer le plaisir du spectateur. Suspense haletant, film d’action, voire drame social, le film prend ensuite des allures shakespeariennes lorsqu’une nouvelle génération en vient à régler ses comptes. Car le personnage central, Avery Cross

(Bradley Cooper), n’est autre que le flic qui a poursuivi Handsome Luke dans le prologue qui fonde l’histoire. Les affres de ce policier modèle ne le laisseront pas en repos avant que «tout soit achevé» par la génération suivante, le fils de chacun d’eux. L’exercice de style était a priori difficile. Nombreux sont les réalisateurs qui se sont cassé les dents sur des films épiques à plusieurs vitesses, étalés sur plusieurs générations et maniant les grands sentiments. Sans cesse, il faut jongler, il faut doser, pour ne pas tomber dans le pathos, dans le cliché, dans la caricature. Mais lorsqu’on arrive, comme ici, à marcher, jusqu’à la fin, sur le fil invisible entre la vraie vie et sa sublimation sur grand écran, on obtient un grand film extrêmement touchant. Avec, comme noyau dur, le personnage inoubliable de Handsome Luke. Beau. Mais fragile. Fort. Mais naïf. Avec ce quelque chose de double au fond des yeux qu’il n’est pas facile de jouer. Quelque chose de lourd et de léger, de quotidien et de fatidique. Une valeur ajoutée apportée par l’une des présences les plus prégnantes du cinéma actuel. Un certain Ryan Gosling.

DANS LES SALLES Perfect Mothers (Two Mothers)
D’Anne Fontaine Avec Robin Wright, Naomi Watts, Ben Mendelsohn…

Nos cotations: sur 20 les films ambitieux, sur 10 le simple divertissement
express de Naomi Watts, qui avait apprécié «Coco avant Chanel», que Fontaine adapte le roman de l’Australien Doris Lessing, auteur culte dans l’hémisphère sud. Deux femmes dans la quarantaine, deux amies d’enfance, mères de deux ados aux corps d’Adonis, surfeurs également complices… Le ciel est bleu, le sable est chaud, et une ambiance de liberté baigne ce petit bout de côte australienne. Ce qui doit arriver arrive. Mais pas tout de suite. Et pas comme on aurait pu s’y attendre. Mais ça arrive bel et bien: la mère de l’un se retrouve dans les bras du fils de l’autre. À moins que ce ne soit l’inverse? L’image est magnifique, et c’est bien normal, elle est due à Christophe Beaucarne («Le parfum de la dame en noir», «Le mystère de la chambre jaune», «Mr Nobody»…). Le scénario est très bien ficelé, notamment par Christopher Hampton, dramaturge anglais auteur de l’adaptation des «Liaisons Dangereuses», qui était déjà venu prêter main-forte pour «Coco avant Chanel». Les choses sont montrées, dans une approche impressionniste, avec tact, mais aussi avec ce brin de voyeurisme qui fait tout le charme d’Anne Fontaine. Mais sans doute aurait-on voulu qu’à un moment la réalisatrice se mouille plus avant. À force de ne pas nous dire ce qu’il faut penser, afin sans doute de nous obliger à faire le travail, elle nous laisse un tout petit peu sur notre faim. Ne pas prendre le spectateur pour un enfant, c’est bien. Ne pas moraliser le débat, c’est bien aussi. Mais aller jusqu’au bout, comme l’avait fait Pasolini avec «Théorème», c’eût été sans doute encore mieux.

15/20
Anne Fontaine est bien connue de nos services: elle aime les couples étranges. Obsédée des obsessions, elle explore, avec passion, les non-dits et les déviances. Sans les juger. Car lesdites déviances sont peut-être le fondement de ce qui nous élève — lorsqu’elles ont eu la gentillesse de ne pas nous engloutir. «Entre ses mains» (2005) nous avait révélé un Poelvoorde habité, en vétérinaire criminel, face à une Isabelle Carré d’une innocence presque complice. Et Nathalie, quelques années auparavant, avait déjà semé la graine équivoque, autour du trio amoureux Emmanuelle Béart-Fanny Ardant-Gérard Depardieu. Le film avait même fait l’objet d’une adaptation américaine sous la houlette d’Atom Egoyan («Chloé», 2009). Cette fois, Anne Fontaine passe à l’anglais. Mais pas pour garder la mainmise sur un univers déjà balisé, ni pour adapter un de ses films qui auraient eu l’honneur d’attirer l’attention de l’un des Frères Weinstein. C’est à la demande

© CITé DES SCIENCES ET DE L’INDUSTRIE

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