Le Temps Jeudi 2 juillet 2009

International

5
«Les conjurés du Honduras se sont trompés d’époque»
Amérique latine La communauté internationale dans son ensemble soutient le président déchu
Caroline Stevan Trois jours après le coup d’Etat ayant destitué le président Manuel Zelaya, le Honduras est de plus en plus isolé. Mercredi, l’Organisation des Etats américains (OEA) a donné septante-deux heures aux putschistes pour rétablir le pouvoir. Washington a rompu ses relations militaires avec Tegucigalpa et l’Union européenne a demandé à ses ambassadeurs d’éviter tout contact avec le nouveau gouvernement. La banque centrale a gelé ses prêts. Quant à Manuel Zelaya, il a annoncé depuis les Etats-Unis qu’il rentrerait au pays dès la fin de l’ultimatum posé par l’OEA. L’analyse d’Alain Musset, membre du Conseil scientifique de l’Institut des Amériques et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Le Temps: Alors que certains ont voulu voir la patte américaine dans l’expulsion du président Zelaya, de plus en plus bolivarien, Washington semble le défendre. Qu’en est-il? Alain Musset: Dans les années 1970 et 1980, les Etats-Unis ont énormément investi pour garder une mainmise en Amérique centrale. C’était l’époque des guerres civiles et le Honduras servait de base aux agissements américains. Barack Obama n’a aucune envie de retourner dans un cycle d’instabilité et de nonconstitutionnalité du pouvoir. C’est l’erreur des «conjurés», ils comptaient sur un appui américain mais ils se sont trompés d’époque. George Bush n’est plus là et le Honduras ne représente plus un intérêt stratégique pour le Pentagone. C’est un petit pays, pauvre et sans pétrole. – Les mêmes raisons gouvernentelles la communauté internationale, qui soutient unanimement le président déchu? – Oui. Personne n’a envie de voir l’Amérique latine rebasculer dans un cycle de dictatures et de guerres civiles, le Moyen-Orient est un foyer de perturbations politiques suffisamment prenant. Il y a déjà des tensions importantes dans la région, notamment dues à l’élargissement de la fracture socioéconomique. Ce n’est pas le moment d’ouvrir la boîte de Pandore des mouvements non démocratiques. Ce qui est intéressant, c’est que ce soutien confère un peu de légitimité à Zelaya, qui ne bénéficie pas d’un réel appui populaire au Honduras. Il n’est pas charismatique et il est ambigu, car il appartient à un parti de droite mais défend des positions relativement à gauche. – La communauté internationale appelle au retour de Manuel Zelaya, mais comment l’imposer? – Ce sont des mots. Le Congrès ne peut tout simplement pas dire: «Excusez-nous, nous nous sommes trompés. Zelaya va reprendre son poste.» Quant aux pressions diplomatiques, bancaires ou commerciales, elles n’auront guère d’effet. Cuba a été exclue de nombreuses organisations sans que cela fasse tomber Castro. Les septante-deux heures de l’OEA offrent un répit. Ensuite, le retour de Zelaya sur le sol hondurien accélérera les choses. S’il revient accompagné de plusieurs chefs d’Etat et du secrétaire de l’OEA, comme cela a été proposé, les militaires oseront-ils l’arrêter? S’ils ne le font pas, la dispute juridique reprendra concernant l’enquête populaire que voulait organiser le président en vue d’un référendum destiné à lui permettre un second mandat. Mais toutes les arguties des conjurés tombent par le fait qu’ils n’ont pas interpellé Manuel Zelaya dimanche. Ils l’ont expulsé après avoir délivré leur mandat d’arrêt, cela ne tient pas la route.

De Karachi à Gstaad, le roman d’espionnage qui mouille Sarkozy
France La livraison de sous-marins au Pakistan a donné lieu au versement de commissions occultes, avalisées par l’actuel président. La piste des intermédiaires mène en Suisse
Sylvain Besson, Paris Un silence de plomb, des rires nerveux, des bribes d’explications. Telles sont les réactions de Nicolas Sarkozy et son entourage aux allégations rocambolesques qui agitent les médias français depuis deux semaines. Elles concernent un contrat maudit, la vente de trois sous-marins Agosta au Pakistan, en 1994, pour l’équivalent de 826 millions d’euros (environ 1,24 milliards de francs). L’intérêt pour cette transaction vient de ressurgir, avec l’exhumation par la presse d’un scénario effarant. Le blocage des commissions promises à des militaires pakistanais – plus de 30 millions d’euros – aurait provoqué une terrible vengeance: l’attentat-suicide du 8 mai 2002 à Karachi. Il a coûté la vie à 11 ingénieurs français venus assembler les submersibles. Cette théorie est avancée par Claude Thévenet, ancien agent secret devenu spécialiste de «l’intelligence économique» et auteur de romans d’espionnage. Le fabricant des sous-marins, la Direction des constructions navales, l’avait mandaté en 2002 pour explorer d’autres pistes que celle, évidente, de l’attentat islamiste. Ce geste, motivé autant par la morale que par le souci d’assécher les réseaux financiers de son rival, a-t-il pu causer l’attentat de Karachi? Rien ne le prouve, et les experts du terrorisme sont très sceptiques. Mais le versement des commissions ne fait aucun doute. Edouard Balladur l’a confirmé dimanche sur RTL: tout en démentant le financement de sa campagne présidentielle grâce à ce contrat, il a admis la «rémunération, légitime d’ailleurs dans une certaine mesure, de ceux qui avaient joué un rôle dans ces tractations commerciales». confie une connaissance, mais alors que Kashoggi a plongé, lui a continué. Il mène un très grand train de vie...» Ainsi, une société d’aviation bernoise, Skywork SA, lui a réclamé 759 500 francs de factures impayées pour des vols privés. Et l’un de ses chalets de Gstaad a été estimé à plus de 14 millions de francs. Diverses légendes entourent le contrat des sous-marins. L’une d’elles prétend qu’en 1996, les services français ont lancé une opération d’intimidation pour que les intermédiaires renoncent à leurs commissions. Deux balles auraient été tirées dans le miroir d’El-Assir à Gstaad, alors qu’il se rasait. Une histoire jugée peu crédible par un ancien agent français: «Depuis le Rainbow-Warrior [en 1985], c’est pas des choses qu’on fait, surtout pas en Suisse. Et on avait instruction de ne pas bouger sur les dossiers politico-financiers.» L’affaire risque donc de garder son mystère. Selon l’Office fédéral de la justice, son volet suisse n’a jamais fait l’objet de demandes d’entraide judiciaire de la part de la France ou du Pakistan. Pour Olivier Morice, l’avocat des familles, entendre les responsables politiques de l’époque est le dernier moyen de sortir de l’impasse l’enquête sur l’attentat de Karachi.

Deux intermédiaires
Nicolas Sarkozy a jugé, vendredi 19 juin, «ridicule» et «grotesque» l’idée d’un lien avec l’attentat de Karachi. Mais sur les commissions, il s’est montré évasif: «On est dans un monde où tout se sait, où la notion de secret d’Etat n’existe plus», a-t-il indiqué. Depuis, l’Elysée ne commente plus l’affaire. Selon Olivier Morice, avocat des familles des victimes de l’attentat de Karachi, «il y a des comptes en Suisse, c’est très clair», et les commissions destinées au Pakistan sont passées par eux. Des documents publiés par le site Bakchich.info livrent le nom d’un intermédiaire, Ziad Takieddine, et de sa société Mercor, à qui ont été promis 4% du montant du contrat. Mercor était gérée par un avocat genevois, Hans-Ulrich Ming. «Je suis tout à fait lié par le secret professionnel, explique-t-il au Temps. Il me faudrait l’autorisation du bâtonnier pour aller regarder mes archives. C’est une affaire tellement vieille...» Interrogé par L’Express, Ziad Takieddine affirme n’être «pas intervenu dans cette affaire» et n’avoir perçu «aucune commission». L’autre intermédiaire présumé, Abdul Rahman Salaheddine AlAssir, présente un profil fascinant. Résident de Gstaad, marié à la fille d’un ambassadeur d’Espagne, il avait épousé en premières noces la sœur de l’homme d’affaires saoudien Adnan Kashoggi. «Il a fait le même métier, les armes,

Attentat «crapuleux»
A l’époque, l’attaque avait été attribuée à Al-Qaida. Sans la revendiquer explicitement, Oussama ben Laden l’avait même mentionnée dans un message. Mais sept ans après, les suspects initiaux ont été acquittés et l’enquête piétine. D’où l’hypothèse d’un attentat «crapuleux», instrumentalisé par des militaires pakistanais pour punir la France du non-versement des potsde-vins. En 1994, la corruption de fonctionnaires étrangers était légale, et les entreprises d’armement déduisaient les commissions de leurs impôts. Le ministre du Budget, co-décideur dans ce genre d’opération, était Nicolas Sarkozy. Son mentor Edouard Balladur dirigeait le gouvernement. Lorsque leur ennemi Jacques Chirac a remporté l’élection présidentielle de 1995, il a interrompu le versement des commissions.

CHARLES PLATIAU/REUTERS

Yemenia: recherches infructueuses
La recherche d’éventuels rescapés du vol de Yemenia qui s’est abîmé mardi aux Comores s’est poursuivie mercredi avec l’aide de plusieurs pays, sans succès. La compagnie a annoncé des compensations de 20 000 euros au moins pour les familles de chaque victime. Les forces comoriennes ont reçu l’aide de la France, des Etats-Unis et de Madagascar, qui ont dépêché navires, avions, hélicoptères et plongeurs à la recherche de survivants parmi les 153 passagers et membres d’équipage de l’A310 de la compagnie nationale yéménite. La seule rescapée retrouvée, Bahia Bakari, une adolescente de 13 ans, a quitté Moroni en direction de Paris hier soir à bord de l’avion du secrétaire d’Etat français à la Coopération Alain Joyandet. Elle souffre d’une fracture de la clavicule et de brûlures au genou. Elle voyageait avec sa mère dans l’A310 en provenance de Marseille. (AFP)

L’ancien premier ministre Edouard Balladur avec son ministre du Budget, Nicolas Sarkozy. Le président a qualifié de «ridicule» l’idée d’un lien avec l’attentat de Karachi en 2002. PARIS, 29 MARS 1995

Un amiral commandant en chef de l’OTAN
Défense L’Américain James Stavridis nommé. Les priorités de la Maison-Blanche s’imposent
Le nouveau commandant en chef de l’OTAN est un marin. Signe, sans doute, du rôle de plus en plus multiforme de l’Alliance atlantique, l’amiral américain James Stavridis remplacera, ce jeudi, le général Bantz Craddock à la tête de la première alliance militaire mondiale. Les Etats-Unis désignent toujours le patron effectif de la coalition, tandis que le poste de secrétaire général revient aux Européens. Là, un changement majeur est agendé pour la fin du mois: le secrétaire général néerlandais sortant Jaap de Hoop Scheffer va être remplacé par l’ancien premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, dont la nomination avait été arrachée en avril par Barack Obama à la Turquie. autre Américain, David McKiernan –, la Maison-Blanche n’a pas «démis» le général Craddock, pourtant catalogué James comme un proStavridis. che de Donald Rumsfeld, l’exsecrétaire à la Défense de George Bush. Sa succession était à l’ordre du jour. Le choix d’un marin est en revanche significatif. L’OTAN a décidé, le 12 juin, d’un retour dans le golfe d’Aden, dans le cadre d’une opération baptisée «Ocean Shield», pour renforcer la mission européenne anti-piraterie «Atalante» dont le mandat a été prolongé d’un an le 15 juin par l’Union européenne. D’autres expansions des patrouilles navales sont prévues, jusqu’aux îles Seychelles. Le Pentagone a aussi dépêché à Bruxelles, début juin, le général de l’US Air force Richard Engel, chargé de l’impact sécuritaire du réchauffement climatique pour briefer les Vingt-Sept. «L’OTAN redevient dynamique et réactif, se félicite un diplomate. Et cela redevient possible parce que les rôles se clarifient.» La clarification en question porte surtout sur l’Afghanistan. Là, les jeux sont faits. Les Etats-Unis ont repris le contrôle de la guerre et des quelque 50 000 soldats de la coalition, qui devraient être renforcés par 8000 à 10 000 hommes pour assurer la sécurité de l’élection présidentielle du 20 août. Le RoyaumeUni, l’Allemagne, la Pologne et l’Espagne seront parmi les principaux contributeurs de renforts. Ce qui n’empêche pas les Américains de dire aujourd’hui leur scepticisme envers la volonté de leurs alliés. Washington a aussi obtenu à l’arraché l’envoi par l’OTAN de trois avions de reconnaissance Awacs en Afghanistan, après accord de la France qui s’y opposait pour raisons financières. Paris, d’ailleurs, doit s’accommoder tant bien que mal de ce rouleau compresseur américain, qui fait peu de cas du retour français dans le commandement intégré. Un ancien ambassadeur français auprès de l’OTAN, Benoît d’Abboville, parle de défi pour l’UE: «Les nouvelles ambitions de l’Alliance (cybersécurité, sécurité énergétique, changement climatique) recouvrent les compétences de l’Union, a-t-il déclaré. Il est urgent pour les Européens de dire: voilà ce que nous voulons faire avec l’OTAN.» La preuve sur le terrain de cette redéfinition du rôle de l’OTAN interviendra très vite au Kosovo. Les effectifs de la KFOR – au sein de laquelle est déployée la Swisscoy – seront réduits de 13 800 à 10 000 hommes d’ici à janvier 2010. L’Italie a déjà annoncé le retrait de 50% de ses troupes dans les six prochains mois. Et l’Espagne retirera la totalité de ses effectifs. Richard Werly, Bruxelles

AP

Mainmise démocrate au Sénat
La Cour suprême du Minnesota a donné raison mardi au démocrate Al Franken concernant l’attribution d’un siège au Sénat américain, une décision qui donnera aux démocrates, qui contrôlent déjà la Chambre des représentants, une majorité de 60 sièges au Sénat, empêchant les républicains d’utiliser une méthode de blocage. Norm Coleman, l’adversaire républicain de Franken lors de la sénatoriale du 4 novembre dernier et à l’origine du conflit sur l’attribution du siège, a annoncé qu’il reconnaissait la victoire de Franken, un ancien comique. L’élection de ce dernier doit encore être officiellement certifiée par le gouverneur républicain de l’Etat Tim Pawlenty. (AFP)

Tergiversations en Afghanistan
En Afghanistan, «nous avons beaucoup trop de restrictions» aux opérations, a redit avant son départ le général Craddock, irrité par les tergiversations sur ce conflit. «Les politiciens européens peuvent appeler cela comme ils l’entendent, a-t-il déclaré, en réponse à une question sur l’attitude de l’Allemagne, dont le contingent demeure au nord, dans la région pacifiée de Kunduz. Les soldats allemands vous donneront la même réponse.»

Choix significatif
L’arrivée de l’amiral Stavridis s’inscrit dans le calendrier normal de l’Alliance. Contrairement à ce qui s’est passé en Afghanistan – où un nouveau commandant en chef de la Force internationale d’assistance et de sécurité (ISAF), Stanley McChrystal, a été nommé en urgence en avril pour remplacer un

Iran: gouvernement «pas légitime»
Le chef de l’opposition en Iran et candidat malheureux à la présidentielle controversée du 12 juin, Mir Hossein Moussavi, a déclaré mercredi que le prochain gouvernement qui sera formé par le président Mahmoud Ahmadinejad ne serait «pas légitime» pour la majorité des Iraniens, selon son site internet. Par ailleurs, deux des quatre employés locaux de l’ambassade de GrandeBretagne encore détenus en Iran ont été libérés. (AFP)

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful