You are on page 1of 6

fins du monde

ENTRE SCIENCES ET FICTION

12 - l’ASTRONOMIE – Décembre 2012

e d n o M
Alain Musset
Directeur d’études à l’EHESS, géographe spécialisé dans la géographie urbaine et historique. Il s’intéresse aussi aux villes imaginaires de la science-fiction.

d s u n fi

Meme si la proposition peut apparaitre ludique ou futile, analyser les discours sur l’apocalypse dans les récits de sciencefiction (romans, films, bandes dessinées, jeux vidéos…), permet de mieux comprendre les dysfonctionnements politiques, économiques et sociaux qu’ils révelent dans un monde réel percu comme toujours plus vulnérable, malgré (ou a cause de) son haut degré de développement et de technicité.
En effet, depuis les origines du genre, l’apocalypse a toujours fasciné les auteurs d’anticipation qui ont puisé dans les écrits de saint Jean des thèmes et des images durablement enracinés dans notre mémoire collective. Si la menace a souvent changé au fil du temps, le châtiment est resté le même pour une humanité qui a déçu son Créateur ou trahi la Nature : la fin du monde, ou pour le moins, la fin d’un monde1. De fait, quand s’ouvrira le septième sceau évoqué par saint Jean dans la Bible, tous les moyens seront bons pour faire table rase d’un monde condamné par le Seigneur pour ses turpitudes : pluie de grêle et de feu mêlée de sang, éruptions volcaniques, chute d’un gigantesque astéroïde, dispariChute d’un astéroïde géant à la fin du Crétacé.
© Agence Martienne

tion du Soleil, de la Lune et des étoiles, ouverture d’un abîme sans fond d’où s’échapperont des monstres au corps de sauterelle, aux visages humains, plus venimeux que des scorpions… Comme tout cela ne suffira pas, Dieu lancera sur le monde deux cent millions de chevaux crachant des flammes, de la fumée et du soufre – sans oublier plusieurs tremblements de Terre dévastateurs, l’arrivée de la fameuse Bête dotée de sept têtes et de dix cornes ainsi que les châtiments spécialement réservés aux adorateurs des faux dieux.

Parmi tous les scénarios choisis par la science-fiction pour évoquer la fin des temps, certains sont liés à une conjoncture particulière (le spectre de la bombe atomique pendant la Guerre Froide ou la crainte actuelle d’un effondrement écologique, par exemple). D’autres, plus anciens encore que le texte de Saint Jean, sont récurrents et reviennent périodiquement sur le devant de la scène. C’est en particulier le cas des apocalypses célestes qui se déclinent sous différentes formes (depuis la chute sur Terre d’une météorite vagabonde jusqu’à l’implosion du Soleil), pour mieux nous faire sentir que, malgré toutes nos prétentions, nous ne sommes que poussière et nous retournerons à la poussière.

Décembre 2012 – l’ASTRONOMIE - 13

fins du monde

ENTRE SCIENCES ET FICTION

été telles que le climat a changé et que la géographie de l’Angleterre a subi des transformations irréversibles. Une grande partie du pays ayant été submergée, la ville de Londres, orgueilleuse capitale des temps modernes, se trouve désormais engloutie au fond d’un immense lac recouvrant tout le centre de l’île. Dans une des aventures du professeur Challenger, La ceinture empoisonnée (1913), Sir Arthur Conan L’éternel retour Doyle supposait à son tour que la Terre pouvait traverser la queue d’une comète et que l’humanité allait périr empoisonnée par les gaz de la comete délétères dont elle était composée. À la sortie de cette nappe de venin L’idée d’une météorite tueuse qui frapcosmique, les collègues du professeur découvrent avec horreur que les perait le monde en un éclair repose sur rues de Londres sont jonchées de corps inanimés. Heureusement, il ne des craintes qui semblent inscrites s’agissait que d’une fausse fin du monde puisque les victimes sont en dans les gênes de l’humanité. Le fait plongées dans un sommeil cataleptique dont elles finissent par risque est d’ailleurs clairement émerger. annoncé dans l’Apocalypse (8-10/11) : Ce n’est pas le cas dans Le dernier pilote, de P. J. Hérault (1984), « Le troisième ange fit sonner sa tromquand la Terre croise la route de la comète Fech 1 dont la queue, charpette et, du ciel, un astre immense gée de particules nocives, provoque la mort de tous les individus qui tomba, brûlant comme une torche. Il ne font pas partie du groupe sanguin AB+. Les décès se multiplient à tomba sur le tiers des fleuves et sur les un tel rythme qu’on doit installer aux portes de Paris un gigantesque sources des eaux. Son nom est : incinérateur destiné à éliminer les monceaux de cadavres qui s’accuAbsinthe. Le tiers des eaux devint de mulent dans les rues. l’absinthe et beaucoup d’hommes mouDans une courte nouvelle intitulée Adamève (1975) Philippe Curval envisage lui aussi que la fin du monde et la fuite des hommes vers les étoiles a été provoquée par le passage d’une planète gazeuse qui a tué toute vie à la surface du globe. Le film de série B (ou Z) de Tom Eberhard, La nuit de la comète (1984), exploite le même filon en imaginant que le passage d’une comète à proximité de la Terre extermine presque toute la population, ne laissant en vie qu’une poignée de rescapés et des hordes de mutants irradiés transformés en zombies. Cette crainte récurrente, liée au mystère qu’ont longtemps représenté pour les savants la queue et la chevelure des comètes, n’est pas le propre de la science-fiction qui, encore une fois, ne fait que refléter les terreurs de son époque. Dans son essai Comment finira le monde (1949) Désiré Papp nous rappelle 1. Une météorite frappe la Terre dans le film de qu’en 1910 une rumeur avait couru selon Mimi Leder, Deep Impact. L’onde de choc va ravager laquelle la queue de la comète de Halley était la surface de la planète. (© Mimi Leder, Deep Impact, 1998) saturée d’acide prussique et que la vie terrestre était condamnée par son prochain passage. De manière plus rocambolesque, l’intrigue de L’agonie du verre de Jimmy Guieu (1955) rurent à cause des eaux qui étaient repose sur le fait que des spores « silicophages », projetés dans l’esdevenues amères »2. Ce scénario cataspace par l’explosion d’une planète inconnue, se sont attaqué au verre trophique a été, depuis, largement sous toutes ses formes, ce qui conduit l’humanité au bord de l’abîme. repris par les auteurs de science-ficProfesseur d’astronomie et d’astrophysique, Fred Hoyle avait quant à tion qui ont dardé vers les profondeurs lui imaginé en 1957 que l’énorme Nuage noir qui allait menacer la Terre de l’infini leurs télescopes imaginaires en 1964 était un être intelligent avec lequel les hommes pouvaient afin d’apercevoir l’étoile ou la planète communiquer. folle qui viendrait un jour percuter Mais s’il est dangereux de frôler une comète, il est encore plus risqué notre tas de boue (fig.1). Toute la de la percuter. Dans son roman La fin du monde (1894), le grand astroquestion est alors de savoir si on nome Camille Flammarion avait déjà envisagé l’hypothèse qu’un corps assistera à une collision directe ou si céleste de grande taille puisse venir nous heurter, avec des conséla Terre ne sera affectée que par les quences catastrophiques3. Dans Paris en l’an 3000, ouvrage d’anticipaeffets secondaires mais désastreux tion humoristique publié en 1912, c’est la fameuse comète de Halley d’un simple passage du météore dans qui provoque la fin du monde en 1985 (selon l’auteur), lors de son la banlieue de notre Système solaire. retour périodique dans notre petit coin de l’espace : « Ce fut un choc Dès 1885, dans son roman Londres infernal. La comète avait déraillé tout comme un train des lignes de engloutie, Richard Jefferies imaginait l’État. Sa queue balayait la Terre. Notre pauvre planète avait reçu le choc que le monde entier avait été dévasté en plein. Tout s’écroula comme un château de cartes. Les mers se précipar l’apparition dans le ciel d’un pitèrent sur les terres et les terres dans les mers. Les monuments des gigantesque corps céleste noir. Les villes, ceux de Paris en particulier, s’écroulèrent dans des abîmes insonforces exercées sur notre planète ont dables »4.

14 - l’ASTRONOMIE – Décembre 2012

2. Une pluie de météorites s’apprête à frapper la Terre.
(© Micho Rutare, Meteor Apocalypse., 2010)

3. Un fragment d’astéroïde frappe Paris. Les gargouilles de Notre Dame en restent pétrifiées. (© Michael Bay, Armaggedon,1998)

4. Le choc entre la Terre et Melancholia, une métaphore de la fin du monde occidental (© Lars von Tiers, Melancholia, 2011). L’idée d’une collision qui pourrait provoquer notre perte a été largement exploitée par la science-fiction, et en particulier par le cinéma qui, grâce à quelques effets spéciaux plus ou moins réussis, peut montrer force cailloux menaçants prêts à se jeter sur notre planète sans défense (fig. 2). Dès 1931, Abel Gance l’avait utilisée dans son film La fin du monde (librement inspiré du roman éponyme de Camille Flammarion) où l’on voit une comète se précipiter vers la Terre – ce qui entraîne un noble mouvement de solidarité entre les nations dont les dirigeants comprennent, au moment de périr, que la guerre est une absurdité. Un sort pire encore attend notre malheureux globe dans le roman d’Edwin Balmer et Philip Wylie, Le choc des mondes (When Worlds Collide), publié en 1933 et qui a inspiré un film de Rudolph Maté sorti sur les écrans en 1951. Dans ce grand classique de la science-fiction apocalyptique, deux planètes jaillies de l’espace se précipitent vers notre Système solaire. La plus petite, baptisée Zyra dans la version française, va seulement nous frôler (provoquant des désastres inimaginables), mais la deuxième, Bellus, va nous pulvériser. Les calculs des astronomes s’avérant exacts, les rares chanceux qui

ont pu s’embarquer dans une fusée salvatrice afin de s’établir sur Zyra peuvent contempler, depuis l’espace, le hideux spectacle de la collision entre les deux planètes : « Des langues de feu surgirent du centre de la terre. Les planètes se broyèrent ensemble puis rentrèrent l’une dans l’autre, au milieu des flammes et de la fumée. On croyait assister à une éclipse »5. Lucien Bornert a recours au même scénario catastrophique dans Le péril vient du ciel, quand de violents cataclysmes menacent de faire périr toute la vie sur terre, suite à l’entrée dans notre Système solaire d’une planète inconnue : « C’était bien là une vision d’Apocalypse. Le monde s’ébranlait sur ses bases. Tout craquait. Les montagnes allaient s’affaisser, les continents s’engloutir, les mers ravager la surface de notre malheureux globe »6. Le drame est évité de justesse par Hergé dans L’étoile mystérieuse (1942) mais il nous frappe de plein fouet dans le roman de Larry Niven et Jerry Pournelle, Lucifer’s Hammer (Le marteau de Lucifer), publié en 1977, où toutes les villes situées autour du Golfe du Mexique, lieu percuté par la météorite, sont anéanties. Dans le célèbre film de Michael Bay, Armaggedon (1998), c’est un astéroïde grand comme le Texas qui menace de nous percuter. Une équipe de foreurs de l’extrême, dirigée par Bruce Willis, est envoyée sur place pour incruster dans le noyau du monstre une charge atomique capable de le volatiliser. Leur héroïsme n’empêche pas Paris d’être dévastée par un énorme fragment du corps céleste. Depuis les tours de Notre-Dame, on voit l’onde de choc dévastatrice qui emporte, dans un tourbillon de poussière, de flammes et de fumée, tous les bâtiments rencontrés sur sa route (fig. 3).

Dans ce domaine, les jeux vidéo ne sont pas en reste : sorti en 1989, Midwinter, évoquait un monde du futur plongé dans la nuit et le froid après une catastrophe du même genre, tout comme Dark Earth (1997). Dans le jeu vidéo Rage (2011) c’est l’astéroïde Apophis 99542 (découvert le 15 mars 2002 par le Lincoln Near-Earth Asteroid Research), qui provoque la catastrophe. Il s’en suit un hiver cataclysmique de plus de cinquante ans qui éradique la vie presque partout sur notre planète. Le thème de l’apocalypse cosmique est donc ancien, mais il est toujours d’actualité comme l’a montré en 2011 le film de Lars Von Tiers, Melancholia, où la Terre est pulvérisée par une énorme planète qui s’était sournoisement cachée derrière le Soleil (fig. 4), ainsi que le roman de Roland Hammel, Les oubliés du jugement dernier (2012), dont les héros survivent difficilement à une pluie de météorites. Pour mieux affirmer la réalité d’un tel scénario, Roland Hammel n’hésite pas à utiliser le terme consacré de « géocroiseur » (Near Earth Asteroid en anglais) pour parler du gigantesque corps céleste qui va s’abattre sur la Californie et entraîner la fin du monde tel que nous le connaissons.

Décembre 2012 – l’ASTRONOMIE - 15

fins du monde
ENTRE SCIENCES ET FICTION

D’autres apocalypses célestes

d’abord sur les villes nord-américaines en attendant l’arrivée d’une onde de choc qui va tout pulvériser sur son passage (fig. 5). Afin de donner un air d’authenticité au récit apocalyptique, il est commun d’utiliser des termes scientifiques ou de faire allusion à des corps célestes dont les spectateurs ou les lecteurs ont pu entendre parler sans qu’ils sachent vraiment de quoi il s’agit. C’est en particulier le cas de la ceinture de Van Hallen à laquelle une pluie de météorites met le feu dans le grand classique d’Irwin Allen, Le sousmarin de l’apocalypse (Voyage to the Bottom of the Sea,

Mais la science-fiction ayant presque autant d’imagination que la réalité, l’apocalypse céleste peut aussi se décliner sous différentes formes, toutes plus épouvantables les unes que les autres. Certaines peuvent prendre un caractère franchement inattendu, comme dans Sub-espace, de Jérôme Sériel, qui menace notre planète d’entrer en collision avec la nébuleuse d’Andromède. Le même type de carambolage cosmique est évoqué par Pierre Barbet dans L’Agonie de la Voie lactée, où notre Galaxie, bientôt percutée par une monstrueuse masse de « matière neutronique hyperdense » qui fonce vers elle à une vitesse inimaginable, va périr. La situation est encore pire dans la série de romans de gare JAG, de Zeb Chillicothe, puisque c’est l’Univers tout entier qui commence à se rétracter dans une sorte de Big Bang à l’envers dont l’issue tragique est inéluctable. 5. L’onde de choc d’une supernova D’autres scénarios paraissent néanrisque de pulvériser notre planète. moins plus conformes à ce que l’on (© Anthony Fankhauser, 2012. croit savoir de l’Univers, même s’ils ne Supernova, 2009) sont pas toujours très cohérents, comme dans Quantum apocalypse de Justin Jones, où la Terre risque d’être aspirée par un trou noir « uni-directionnel » ou « une sorte de vide gravi6. Modélisation tationnel », pour reprendre les expresdes perturbations sions utilisées par les doctes astrophydu champ magnésiciens mis en scène dans le film. tique terrestre. L’arrivée dans nos parages de cette (© Paul Ziller, Last anomalie monstrueuse entraîne non Days on Earth, 2009) seulement de graves perturbations dans le champ magnétique terrestre, mais aussi des ouragans et des tremblements de terre, en attendant de provoquer (peut-être) la fin du monde. Bien entendu, le grand catalogue des apocalypses célestes ne peut pas se limiter à des phénomènes tels que les trous noirs que le grand public connait mal. Scénaristes et romanciers puisent allègrement dans le puits sans fond de l’astronomie et de l’astro7. L’embrasement de New York. (© Alex Proyas, Prédictions, 2009) physique pour imaginer des menaces qui paraissent crédibles parce qu’elles font partie d’une culture globale plus ou moins bien partagée. C’est le cas de 2012 : Supernova d’Anthony Fankhauser, où l’on voit la Terre menacée par l’explosion d’une étoile dans la constellation de la Lyre. Une pluie de météorites s’abat

16 - l’ASTRONOMIE – Décembre 2012

1961), cataclysme qui peut conduire à l’embrasement de notre planète. Pour W. D. Hogan, dans Earth’s Final Hours (2011) des météorites formées d’une matière très dense (résidu d’un très hypothétique « trou blanc ») traversent la Terre de part en part, bloquent sa rotation, affectent la magnétosphère et démantèlent la ceinture de Van Hallen, ce qui nous expose directement aux ravages des radiations solaires. Grand spécialiste des sorties directes en vidéo, Paul Ziller a lui aussi fait aussi subir les pires outrages à cette zone toroïdale de la magnétosphère terrestre décrite par James A. Van Allen en 1958. Dans Last Days on Earth (2009), un énorme fragment de météorite tombé sur Terre détruit son équilibre, bouleverse le champ magnétique terrestre et provoque un glissement de l’axe des pôles (fig. 6). Mais il n’est pas nécessaire d’aller aussi loin et de frapper aussi fort pour envisager la fin du monde puisque notre petit satellite peut se révéler un instrument de mort tout aussi efficace. En effet, quand la Lune a rendez-vous avec la Terre, l’humanité peut se faire du souci. En 1935, dans son roman ironique L’agonie du globe, Jacques Spitz imagine, sans trop se soucier de la vraisemblance, que la Terre a été mystérieusement coupée en deux et que l’Ancien et le Nouveau Monde flottent désormais séparés dans l’espace. Le problème est que la Lune continue à tourner autour de l’ancien centre de la planète et que son orbite se rapproche dangereusement des deux hémisphères qui s’éloignent l’un de l’autre (fig. 7). Cependant, après des semaines de doute et d’angoisse, les Parisiens apprennent avec un lâche soulagement que c’est l’Amérique qui sera frappée par notre ancien satellite et qu’elle sera brutalement transformée en confettis stellaires. Dans Wonderful, récit poétique et onirique de David Calvo fondé sur la mythologie grecque ancienne, c’est l’explosion de la Lune qui va provoquer la fin du monde, comme l’avait déjà imaginé Gust Van Russel dans un

roman de 1969, L’anneau, où la Terre est menacée par un anneau de roches et de débris dont l’origine remonte au bombardement de notre satellite par des missiles atomiques. Plus prosaïques mais à peine moins invraisemblables, les Chroniques de la fin du monde de Susan Beth Pfeffer préfèrent évoquer l’hypothèse d’une collision entre notre satellite et une météorite. Ce choc violent fait que la Lune décroche de son orbite, ce qui entraîne de graves perturbations à l’échelle de notre planète (séismes,

célestes. Ainsi, dans Terre en fuite (1960), Francis Carsac a imaginé le moment où notre étoile explosera, se transformant en une gigantesque nova qui engloutira toutes les planètes de son système. Un autre processus tout aussi désastreux est évoqué par Robert Charles Wilson dans son roman Spin, où l’astre vieillissant gonfle et se dilate au point de menacer d’engloutir la Terre du futur dans son héliosphère. Si l’hypothèse d’un soleil qui s’éteint envisagée par Danny Boule dans Sunshine n’apparaît pas scientifiquement fondée, en revanche la vieille menace d’une éruption solaire géante qui viendrait nous griller comme des saucisses sur un barbecue n’a pas fini de nous faire frémir, comme dans la nouvelle de Robert Heinlein L’année du grand coup (1954). Au cinéma, le sujet a été jugé assez attirant pour inspirer l’ineffable Solar Attack de Paul Ziller (2005) et le troublant Prédictions d’Alex Proyas, où la Terre finit balayée par une vague de feu purificatrice dont ne seront sauvés que des enfants innocents destinés à fonder une nouvelle humanité sur les cendres de l’ancienne. Mais à l’heure où s’approche la fin du monde soit disant prévue par les Mayas, il faut aussi compter avec les supputations liées au calendrier mésoaméricain et à l’alignement de notre Système solaire sur le trou noir qui occupe le centre de la Galaxie, comme le souligne, parmi tant d’autres, Adrian d’Hagé dans son roman opportuniste intitulé Le Codex maya : « Les inscriptions sur la Stèle Delta semblent indiquer que cet alignement très rare de notre système solaire avec le centre de la Voie lactée sera accompagné d’une baisse significative du champ magnétique terrestre et d’un accroissement tout aussi important de l’activité des tâches solaires »7. Et tant pis si les vrais astrophysiciens, ceux qui vivent sur Terre mais qui ont la tête dans les étoiles, signalent que ce fameux alignement n’est qu’approximatif et a lieu chaque année le 18 décembre… On ne peut pas se faire peur à tous les coups. A. Musset I

7. Vue cavalière montrant l’Ancien Monde, le Nouveau Monde et la Lune tournant autour de l’ancien centre gravité (G) de la Terre. (Jacques Spitz,
L’agonie du globe, 1935, p. 176 bis).

tsunamis, éruptions volcaniques, changement climatique…). Dans le domaine de l’anticipation et de la science-fiction, c’est néanmoins le Soleil qui fascine le plus grand nombre d’amateurs d’apocalypses

1 – Voir à ce sujet mon dernier ouvrage : Le syndrome de Babylone. Géofictions de l’apocalypse, Paris, Armand Colin, 2012. 2 – Ce passage de la Bible est cité textuellement dans le film de John Telerki, Judgment Day, au moment où un monstrueux astéroïde s’approche de la Terre et menace de la pulvériser. 3 – Bien entendu, la collision est prévue pour un 14 juillet, jour de fête nationale. Un Américain aurait choisi le 4 juillet. 4 – Henriot, Paris en l’an 3000, Paris, Phébus, 2009 (1912), p. 13. 5 – Edwin Balmer et Philip Wylie, Le choc des mondes, Paris, Hachette, Le Rayon Fantastique, p. 234. 6 – Lucien Bornert, Le Péril vient du Ciel, Paris, Éditions Trotteur, 1953, p. 49. 7 – Adrian d’Hagé, Le codex maya, Paris, First Edition, 2011, p. 256.

Décembre 2012 – l’ASTRONOMIE - 17