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Catatogue de ['exposition collective

I3 avril>4mai 2013
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sur [avitle croisés Regards
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[a vitte,i[ faut our comprendre atter au-detà des pierres, du bitumeet du béton.Bardéede comme ses titres de nobtesse ptus [es ittustres,[a habitants une âme et une citéd'ancien régimeavait qui marquaient voix, cette des ctoches [e [e temps des hommeset montraient Dieu. Devenue trop souvent chemin de une simpte< machineà habiter>, pour reprendre['expression du grand architecte et urbaniste Le Corbusier,ette sembte avoir perdu une grande partie au profit d'une de sa vateursymbotique dictéeoar [escoursde vateurmarchande En 1968, HenriLefebvre avait ['immobitier. > pour tous, < [e droità LavitLe proctamé et en pariicutier pour les catégories sociates les ptusdéfavorisées. pas seuDansson esprit,iI ne s'agissait lement de réclamerun accèségal aux travait, ressources urbainesItogement, équipements,services...lmais aussi d'affirmerLedroit de chacunà produire et à changer[a vitte- deux prérogatives par [es étites issues de [a accaparées Aujourd'hui, ators révotution industrielte. que [e citadin de moinsen moins apparaît comme un citoyenet de ptus en ptus comme un simote consommateur d'espaceset de territoires urbains, s'interroger sur ce quereprésente La vittedansnos sociétésmodernes[ou post-modernes] devientune nécessité à ta fois sociale, cutturette et potitique. Maissi on veutsavoirce que peutou doit représenter [a vilte,i[ faut savoirce que représenter veut dire. Sans se perdreà ptaisirdans les arcanesde L'étymol.ogie, que [e mot vient du it suffit de rappeter qui signifie< rendre latin repraesentare présent>. La représentation serait donc permettantde intetlectueI [e processus rendrequelque chosesensibte ou accesd'unefigure, d'unsymbote sibteau moyen sansavoirbesoin de [a voir, ou d'unsigne, de [a sentirou de [a toucher. 0n aurait tort de croire que ce proces sus est naturel : i[ est [e oroduitd'une Rousseau, culture._ Déjà Jean-Jacques faisaitremardansL'Emile ou I'éducation, quer que < les [angues, les en changeant signes,modifientaussi les idées qu'ils représentent. Les têtes se forment sur les [angages, [es penséesprennent[a >. Le mêmeRousseau teintedes idiomes nousmet aussien gardecontre[e danger de confondre [e signe et [a choseet de réduireta réaLité à une simptereprésentation: < En quetque étudeque ce puisse être,sanst'idée deschoses représentées, les signesreprésentants ne sont rien.0n borne pourtanttoujours ['enfantà ces [ui fairecomsignes, sansjamaispouvoir prendre aucunedes chosesqu'i[sreprésentent. de Enpensant [uiapprendre [a description qu'à connaître [a terre,on ne [ui apprend des cartes; on [ui apprend des noms de qu'iIne conçoit vitles, de pays, de rivières, pasexister quesur [e papier oùr on aitteurs les [ui montre>>. Le peintre RenéMagritte avait parfaitement ittustré ce paradoxe dans son tabteau fameuxqui représente une pipe accompagnée d'une [égende affirmant : << cêcin'estpasunepipe>> - et pourcause, c'estunetoitepeinte. Au-detà de [a simpte représentation matérielte d'un objetlcommepeut ['être [a photographie d'une vitte chargéede nousdonner à voirce qu'onn'a pasdevant tes yeux)[es représentations cottectives qui contient forment donc[e cadre Les é[émentsd'interorétation et lesvateurs donnant un sens aux objetsreprésentés. En qu'onse fait des ce sens,ettessont ['idée et [a choses. C'estpourquoi [a perception représentation du mondematériel [[a réatitéldépendent cognitifs et des processus qui dominent des pratiques symbotiques d'une danschaque cutture, et à ['intérieur cutture,à ['intérieurde chaquegroupe sociat.Comme te disait à cet égard [e géographe André BaiLty : < Létude des

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nous interroge représentations spatiales d'appréhension du doncsur les modatités mondeet [e statutdu réet,c'est-à-dire [e probtème de ['adéquation entreLaréatité, et nos discours ce que nous percevons >. Puisqu'iI est impossib[e sur [a réaLité ta réatité de tr ansmettre oui nousentoure sans passerpar des représentations, [a possib[e seuteobjectivité résidedans [a dessystèmes reconnaissance expticite de notre manièrede vateursqui organisent voir et de oenser [e monde. Comme [ieu et forme de vie, comme structure sociate ou comme paysage, pas à aux dis cours [a vi tte n'échappe et sur les formes et les aux interrogations pratiques En effet, de la représentation. en tant qu'expression matériette d'une idéotogie, etle est ette-même une reprémet en scène et sentationpuisqu'elte qu'etteimposesur un territoirelet dans tesidées, [es desformesarchitecturatesJ, principeset Les préjugésd'une société donnée à un moment de sonhistoire. C'est pourquoi que['on iI est ittusoire de penser peut réduire [es inégatités sociatesen s'attaouant aux formesurbaines : autant essayerde peindresur un miroir afin de corrigerles défautsdu visagequi s'y reftète. Mais[a vitleest à ta fois signereprésenpourreprendre tantet chose représentée, [e vocabutaire de Jean-Jacoues Rousseau.En tant que chosereprésentée, et queI que soit [e format, [e matériau, [e support, [e styleou [a forme de |.areprésentation, ette exprimeles idéesde son auteur[maisausside son groupesocial et de son époquel et permetà son destinataired'affirmerles siennes, dans [a mesurede ses capacités d'interprétation
of do nr nioefinn

['appréhender dans son ensembte, de [a posmanière supposée [a ptus objective sibte, comme[a cétèbre cartede ['empire par Jorge Luis Borges- carte inventée à t'échel.te 1/1 qui finit par recouvrir tout [e territoirereorésenté afin de n'oubIier aucun détaiL,même [e ptus infime ? Faut-itau contraire essayer d'en capter ['âme, [a quintessence, en privil,égiant ptussymbotique fondée sur uneapproche [a mise en scèneet ['instrumentatisation d'une forme abstraiteou d'une figure iconique- statue, monument,édif ice, armoirie... ? 0n oeut mêmese demander si ['auteur de [a reorésentation a vraiment [e choixde sa méthode, de son outiIet de son média, puisqueces trois étéments sont conditionnés en amontpar un projet à [a fois individueL et coltectif dont i[s ne sontoue['instrument. Cependant, comme l'arbremasqueparfois [a forêt, ['icône ou [e monument peuvent embtématique cacher[a vitteen tant que forme urbaineet [a cité en tant que corps sociat.Dans notre mémoire cotLective et dans nos reorésentations spatiales, La Tour Eiffeln'est pas seutement â Paris: etle esf Paris, tout comme [a Statuede [a Libertésymbotise New Yorkmême pourceuxqui n'y sontjamais a[tés. À côté de ces figuresiltustres on trouve d'autres |.ieux embtématioues dont[a citaptus restreint. tion s'adresse à un pubLic A Paris,ce serait[e cas du Sacré-Cæur, de ['Arcde Triomphe ou du Panthéon, à NewYork, de Grand CentraI Station ou du Metroootitan Museumdont L'architectur e peut être confondue néo-classique avec d'autresbâtimentsdu même styte,ait[eursdans|.emonde, comme[a NationaI Gattery de Londres. Defait,['identification d'un haut[ieuou d'un géosymbote urbain dépend non seutement de [a cuttureque ['on partage[ou nonJavec une communautéqui [e considère commetet, mais aussi de [a ptaceque ['on occupedans

Le tout est de savoirce qui permet de reorésenter et de donnerdu sens à une vitte, compte tenu de ['extrêmecompLexité de cet objet : est-iI possibte de

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cette même communauté. En outre, ce n'estpasseutement [a grandeur, ta taitte ou la quatitéartistique d'un monument qui [e rendsymbotique, c'est[esensqu'on Iui accorde ou qu'iIfinit par incarner. lI restequetoutesces images, [argement parce qu'ettes acceptées nouspermettent d'accéderfacitementà un niveau de partagépar [e ptus grand connaissance nombre, nousimposent des c[efsde [ecqui nouslaissent ture réductrices au bord ptus intimede Laréatité d'uneapproche - ou pour mieuxdire des réaLités dont [e mondeurbain se comoose. C'estjustement à cetterencontre nécessaire et votontairement déroutante oue < Regards nousa invité['exposition croisés sur [a vitte > du Carreaude Cergy. Entre[a vitteet ses représentations, ['art ouvredes pistesqui échappent au carcan des normes,des stéréotypes et des idéesrecues. Pour percevoir ['âmede [a vitteet pour entendre sa voix,on peutse passer desfigures embtématiques et des qui nouspermettent images trop connues de ['identifier et de nousidentifier à ette, commes'iI s'agissait d'un simptejeu de miroirs. C'est[e choixqui a été fait par les artistes et les ptasticiens dont les æuvressont présentées dans ce catatogue: on n'y trouverani [a Tour EiffeL, ni [a Statuede LaLiberté, ni [e Tower Bridge, ni [e Gotden Gate,ni [e Christdu Corcovado - icônes urbaines gtobatisé d'unmonde qui,à force de servird'appât ou de cache-misère, ont fini par devenir des produits marketing. À teur ptace,on découvrira des fragments de vitteanonymes, des morceaux de quartier intemporets et utopiques, des boutsde bâtiments à ['usage indécis, des territoires marquéspar [a banatité [parptusquepar uneaveugtante foistragique) et monotone exceotionnatité. Si Pautine Vachona introduitsubrepticement dans ses maquettes queLquesmonuments

embtématiques Ita Tour Eiffet,['Arc de Triomphel c'est pour mieux les décater dansun décorqui ne [eurcorrespond pas afinde nousforcerà réftéchir sur [a otace qu'itsoccupent dans [a vitteet dans nos imag inaires. Quant au SéouIoue HeeWon Lee a choisi de mettreen image,c'est une vilte nocqui ne retrouve turne, irréette, un sembtantde réal.ité 0u'aumomentoù [e soteiI se lève. Mais puisqu'on peut jouer avec les images, iI n'est pas interditd'essayer de reconnaître par les les [ieuxreprésentés artistes, ou toutau moinsde les rattacher au catatogue intimedes mondesurbains que chacun de nous a contemporains fini par se construire à forcede recevoir, votontairement ou non,des monceaux de signeset d'informations de ptus en plus difficites à trier et à hiérarchiser. Si les photos de ChristopheSattes évoquent des vitles nord-américaines par ces prodigieux dominées gratte-ciel qui, dès les années1930, ont fasciné les visiteurs étrangers comme PauI Morand découvrantNew York, cettes de Driss Aroussinous forcentà contemoter une urbanisation en panne,suspendue aux soubresauts de [a crise financièreet immobitière. Squetettes de bétonressemb[antavant['heure à des ruinesantiques, par [e ses immeubtes morts nés,envahis sableet [a végétation, sont [e reftetd'un mondequi s'esttrompéde chemin. C'estaussiune vittebtessée oue met en scèneMagaliPoutoux en s'inspirant des pour évoVilLes invisibles d'ltatoCalvino, quer[a tracedu passé dans[esmétamorphoses du présent. RémyMartot et Ariane Chopa rd- Gu itta umot, photog raphes du [iminaire, nous donnentà voir les frontières physiques et psychotogiques de Paris, no man'slandtraversé de friches et de ruinesen attentede reconversion. En insistant, par ta grâcedu noiret btanc, sur les formes épurées, géométriques, des

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édifices et des constructions Imême les qui éctairent ptus modestesl son ceuvre, HétèneLeftaive rend presqueabstraite ?] contemporaine transunevitteIta vitLe forméeen désert. ptus ironique, Jean-François De manière jouer avec[es signes, préfère les Gui t[on mots et les chosesque les citadins, de moins en moins poètes, ne remarquent ptusmaisqui réinventent [e sensdeslieux si on est encore capabte de voir et de [ire ['es pace urbain. Le même espaceurbainest transfiguré par DanielChust Petersqui reconstruit avecdes [a vitLe, ou ptutôtses bâtiments, ou figurés]-matière corpshumains Iréets première indispensabte à l'émergence des cités.Quant aux photographies à ta Limite peskineet de du surréalisme d'anthony NazhetiPerrot [The BLoodNext DoorJ, ta banaLité de tous les ettesreformulent jours pournousforcerà regarder au-detà que dansuneperspective desapparences pasreniée AndréBreton avecson n'aurait quotidien merveitleux ou Atejo Carpentier,

magique. chantre du réatisme Cesregards sur [a vitteet sur [a critiques sociétéqui tui a donnéforme nous perpour mettent d'effacertes stéréotypes alterà ['essentie[. Maisatterà ['essentieI ne signif ie pastordre[e couauxreprésentations,bien au contraire:puisquetout est représentation, iL s'agitde les assumer et d'en mesurer[a vateurà ta fois du esthétique et citoyenne. En redonnant [e sensauxmotset auximages de ta vitte, Carreau de Cergynousa donné[a possipar [e biaisde [a créabititéde repenser, tion artistique, ce que les citadins d'aujourd'huin'ont pas toujoursconscience d'avoir oerdu: [e droità ta vi[te.

A[ainMusset EHESS-GG H-Terres

AtainMUSSET estdirecteur d'études à l.'EHESS Comparative ; it dirigete master,,Étude < Territoires, >. > et [a formation Déveioppement du Dévetoppement doctorate Sociétés, de l"'Amérique latineet des étudesurbaines, iI a travaitté sur Géographe spéciatiste [es retationsvit|.e-environnement historique.Ses champs dans une perspective [a représentation de recherche actuets portent sur ['expression, et [a perception des inégatités territoriates en mitieu urbain,ptus particutièrement au Mexiqueei its'intéresse au Nicaragua. Dans[e domaine des représentations, auxvittes imaginaires capitate StarWars. et de science-fiction, en particutier Coruscant, de [a gataxie pubtications, Parmisesdernières on compte : < I Geohistoria > y justicia o geoficci6n ? Ciudades vulnerabtes espacia[ (MedelLin, Universidadde Antioquia, 2009J, < Ciudad, > y cultura[ Justicia : un enfoque Sociedad, espaciaI (Mar deLPlata, EUDEM,2010J, < Ciudades > nômadas del Nuevo Mundo (México, Fondode CulturaEcondmica, 2011J, < Le syndrome > Géofictions de Babytone. de Iapocalypse (Paris,Armand Colin, 20 | 2J.

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