Journal de Bord

Classes de CM2 de l’école Matisse et de 6èmeA du collège Jean Macé

Chapitre1 : le naufrage

Lundi 8 octobre 1809

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ehors, il faisait beau. J’étais un peu angoissé parce qu’il y avait des gens que je ne connaissais pas. Et j’avais aussi peur d’avoir le mal de mer. J’entendais des rires de joie. Le capitaine avait l’air furieux, mais au fond il devait être gentil. Moi je n’étais qu’un petit enfant pauvre et timide, mais il y avait aussi des bourgeois qui voyageraient avec nous. Ils avaient l’air vaniteux. Un homme qui ressemblait à un pirate portait leurs bagages. Pour le voyage, j’avais emporté tout ce que je possédais dans mes bagages : des vêtements, des objets précieux pour moi (un médaillon, une photo de mes parents) et une poignée de riz. Des hommes embarquaient des marchandises dans de pesants tonneaux. J’ai visité le bateau, je suis monté en premier sur le pont et j’étais impressionné parce que c’était gigantesque. Tout était énorme, même les voiles. Le bateau avait une couleur brune. La voile était hissée. Le gouvernail était trop lourd pour le manœuvrer seul. L’ancre était si pesante qu’il fallait plusieurs personnes pour la soulever. Le sol était ancien, à chaque fois que je posais le pied, il grinçait et craquait. Je suis allé visiter les cabines du pont supérieur. Les riches avaient des chambres de luxe. Ils avaient des meubles et des commodes. Je suis descendu au pont inférieur. A l’intérieur, il y avait plein de hamacs. Ils étaient pour les plus pauvres. Je n’ai pas osé aller dans la
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cale, parce qu’il y faisait noir et il y avait des rats donc j’ai fait demi-tour et je suis remonté. Depuis le pont, j’ai entendu les mouettes qui criaient. Puis le capitaine a clamé : « on met le cap sur les Caraïbes ! ». J’ai entendu un bruit sinistre : c’était l’ancre qui se levait. Finalement, on est parti. C’était la première fois pour moi que je prenais le bateau et je sentais déjà que j’allais vomir.

La nuit est tombée… J’ai dormi dans mon hamac. Enfin, je n’ai pas dormi beaucoup, parce que j’avais le mal de mer. J’ai senti quelque chose près de mon corps. Un énorme cafard s’était glissé dans mon hamac. J’ai attrapé un livre et je l’ai écrasé. Agacé, je me suis levé. On naviguait toujours. J’ai aperçu deux gros poissons au loin. Je suis allé voir le capitaine. Je lui ai demandé ce que c’était. Il m’a répondu que c’était deux requins tigres, signes de malédiction en mer.

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Mardi 9 octobre 1809

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e lendemain, j’ai pris confiance. Je suis allé sur le pont et j’ai décidé de visiter l’intérieur du navire. J’ai emprunté les escaliers pour descendre dans la cale. Elle était mal éclairée par des bougies. Elle était remplie de caisses et comme je suis curieux, j’en ai ouvert une avec un pied de biche. La caisse était remplie de poudre à canon. J’ai eu très peur qu’une bougie ne tombe dans la caisse et ne fasse exploser tout le bateau. Je suis remonté sur le pont et j’ai parlé au capitaine de la poudre à canons. Il m’a dit qu’il ne savait pas tout ce qu’il transportait dans son bateau. J’ai espéré qu’il n’y aurait pas de tempête, que le bateau ne tanguerait pas trop. Un soir, les marins et moi nous avons fait la fête. Quand je me suis endormi, j’ai fait un horrible cauchemar. Le ciel était gris et j’entendais une musique très étrange. A chaque fois que je me rapprochais, le son était de plus en plus aigu et puissant. Je cherchais partout. Finalement, je me suis réveillé.

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Mercredi 11 octobre

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e matin le ciel était noir et j’ai cru que mon cauchemar devenait réalité. La pluie était forte et des poissons volants passaient de chaque côté du bateau. Tout à coup, j’ai entendu une musique très aigüe. Quelqu’un jouait du piano. Qui pouvait jouer par un pareil temps ? Si je l’attrapais, je le prendrais lui et son piano, je l’éjecterais du bateau et je le jetterais à l’eau. Le bateau tanguait de gauche à droite et je courais partout. Rien. Tout à coup, je n’ai plus entendu que le bruit des vagues et du vent.

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Jeudi 12 octobre 1809

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e lendemain, j’étais dans ma cabine. J’ai entendu de nouveau la musique. Elle est devenue de plus en plus forte, mais elle est restée lente, effrayante. Cette musique me faisait très peur. Tout à coup, le bateau a viré à tribord violemment. Je suis allé voir le capitaine pour lui demander ce qu’il se passait. Il m’a répondu que le gouvernail s’était mis en marche tout seul. Je lui ai demandé s’il entendait lui aussi un piano. Non. Ni lui ni les marins n’entendaient rien. J’allais partout, je demandais à tout le monde si on savait d’où elle venait, mais personne n’en savait rien. Le ciel était tout gris, la mer était agitée, il faisait froid. Je suis allé près du grand mat, rien. J’ai couru de la proue à la poupe, mais toujours rien. Le bateau tanguait de plus en plus. J’ai supposé que le son venait de la cale car la musique résonnait fortement par là-bas. Finalement, j’ai décidé de m’y rendre malgré ma peur. Il faisait sombre. Je marchais à l’aveuglette quand je me suis pris les pieds dans un objet. J’ai essayé d’apercevoir la chose qui m’avait fait trébucher : c’était un coffre fermé. J’ai tapé dedans avec mon pied pour l’ouvrir. Le cadenas a cassé… Dans ce coffre, j’ai vu un magnifique tableau lumineux. Il était fait de milliers de minuscules touches de différentes couleurs. Celles-ci semblaient bouger. Je me suis approché pour y voir de plus près. Je me suis senti de plus en plus aspiré, j’ai vu une lumière blanche puis je me suis évanoui. Je me suis réveillé pendant la nuit avec un terrible mal de tête. J’ai entendu la mer claquer sur la coque du bateau. Quand je suis remonté, j’ai croisé le capitaine. Je me suis étonné de son air inquiet. Il m’a dit qu’il y aurait une grosse tempête le lendemain. J’ai donc décidé de m’enfermer dans ma cabine.
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Vendredi 13 octobre 1809

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e lendemain, j’étais sur le pont quand j’ai vu une grande tempête arriver droit sur nous. Le bateau a commencé à s’agiter, les marins ont abaissé les voiles. La mer, d’un bleu foncé maintenant, claquait contre la coque. Un orage s’est rapproché de plus en plus de nous. Le bateau tanguait et roulait. J’ai commencé à paniquer car la tempête arrivait rapidement vers nous. On entendait le bruit du bois qui entrait en contact avec la mer. La mer était houleuse, agitée, déchainée. Les vagues s’entrechoquaient avec les rochers. Le bruit du vent était comme des sifflets. Le ciel était rouge, les vagues gigantesques. Les requins tournaient autour du bateau. J’ai vu le capitaine passer par-dessus bord. Une vague déferlante l’a emporté vers les fonds pour toujours… Le bateau fonçait tout droit vers les rochers. Rempli de courage, j’ai couru vers la barre. Je tenais le gouvernail, j’avais froid, j’étais fatigué, à bout de nerfs, je n’en pouvais plus. J’étais essoufflé de tenir ce mastodonte de bois face à ces bourrasques et à ces vagues. Les hamacs bougeaient, les voiles se déchiraient, les mats perdaient du bois. J’ai décidé de combattre cette tempête de mes propres mains. Mais tout d’un coup une grande vague s’est abattue sur nous. Je n’ai pas eu le temps de manœuvrer et j’ai senti le bateau chavirer. J’ai vu un morceau d’un mat s’abattre sur moi. J’ai perdu connaissance.

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PORCELLIS, Jan, Shipping in Stormy Seas, Oil on canvas, 55 x 100 cm, Private collection

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Chapitre 2 : Sur la plage

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es pieds dans l’eau, je me suis réveillé. J’ai sursauté à la vue du paysage. Le ciel était magnifique, illuminé de couleurs rose, jaune, violette, orange. La mer bleue brillait de mille feux. Le vent emmêlait mes cheveux. Le sable était si doux et si fin ! Je ne savais pas si je me trouvais au paradis ou en enfer. On voyait à vue d’œil les morceaux d’épave ; l’île était déserte et ma famille ne savait pas où j’étais. Je me suis levé et j’ai pensé que pour moi la vie civilisée n’existait plus. J’ai marché vers un cocotier et j’y ai grimpé. Pour mon dîner du soir, ce serait une noix de coco. J’ai rassemblé des bouts de bois et deux pierres et allumé un grand feu orange. Le vent soufflait doucement et chaudement. Je pensais que personne ne viendrait me chercher parce qu’en général ce sont les célébrités que l’on sauve et moi je n’étais pas connu. Mes habits déchirés, séchaient lentement….

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Georges Lemmen, 1891, Peinture à l'huile sur bois

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Chapitre3 : Les fantômes
Un jour après le naufrage...

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e lendemain je me suis réveillé le ventre vide. Le feu s’était éteint. Les cendres poussées par le vent circulaient devant mes pieds. Le sable était aussi fin que celui du Sahara. Les oiseaux chantaient. Des animaux multicolores passaient leur chemin en m’ignorant. J’ai essayé pendant des heures d’attraper un des animaux qui habitaient l’île. Finalement, j’ai fait un feu, dans l’espoir que quelqu’un me voit. En vain. Je me suis endormi jusqu’à ce que j’entende un bruit qui m’a réveillé. J’ai aperçu alors une grande ombre et je me suis mis à la poursuivre. Quand l’ombre s’est arrêté, j’ai vu une femme. Elle semblait apeurée. Je lui ai demandé : « Que faites-vous sur cette île ? - Moi et mon mari nous nous sommes échoués sur cette île il y a deux ans. J’ai soudain entendu des petits bruits comme si on me chuchotait à l’oreille. Je me suis détourné quelques secondes pour regarder derrière moi. Lorsque je me suis retourné la femme avait disparu ! Un moment, je pensai que c’était mon imagination, mais non, la forêt était bien habitée. Un homme a surgi devant moi. Il était blanc, même plus pâle. On aurait dit un fantôme. Je me suis approché de lui et j’ai dit parce qu’il était triste : « Pourquoi es-tu malheureux ? » Il m’a répondu : « parce qu’on me rejette » Les murmures ont repris et l’homme s’est évanoui avec eux…

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Chapitre 4 : Rencontre avec les singes
Deux jours après mon naufrage

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’île est habitée par de nombreux animaux multicolores. Ils sont sûrement là parce que les arbres sont très verts et dégagent une bonne odeur de fruit. J’ai essayé d’en attraper un, mais un singe a été plus rapide que moi et l’a volé en criant. Je l’ai poursuivi et il m’a emmené au fond de la jungle. Une nuée de singes étaient perchée dans les arbres. Je me suis senti comme un intrus, mais j’ai osé : « Bonjour tout le monde ! ». Mais personne ne m’a répondu. J’ai soupiré : « ils ne peuvent pas me comprendre ! - Mais bien sûr qu’on te comprend, m’a dit l’un des singes. - Alors pourquoi me regardez-vous bizarrement ? - Parce que vous êtes un humain ! Tout à coup, un singe patriarche (un vieux singe gris et noir à l’air sévère) s’est approché en disant : « Poussezvous tous ! » « Eh bien, a-t-il poursuivi, je me présente, je suis le patriarche de la tribu de la jungle perdue. Ici, chez nous, on fait ce qu’on veut, c’est notre territoire. Les humains ne viennent pas nous envahir, sinon c’est la guerre ! -Non, je ne cherche pas la guerre. Mon bateau a fait naufrage. -Ah, ah, ah ! Tous les singes se sont mis à rire. Vous, les humains vous êtes vraiment tous les mêmes ! Mais tu as l’air inoffensif. Tu peux rester si tu veux mais tu ne dois jamais dire à un autre homme où nous habitons et même où est cette île. Nous t’aiderons à partir. Promis.
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- Mais où vivez-vous ? - Nous vivons dans des cabanes élevées dans les arbres, et nous nous nourrissons de bananes et des autres fruits de la jungle. Et toi, que fais-tu ici ? - Je faisais un voyage en bateau quand il a chaviré et je suis tombé à l’eau. L’un de vous pourrait-il m’aider ? - A quoi ? a dit le singe. - A trouver une idée pour rentrer chez moi. - Moi, a dit l’un des singes, je connais un vieil homme qui pourrait te montrer la carte de la jungle. Peut-être cela pourra-t-il t’aider pour rentrer chez toi.

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Chapitre 5 : Le vieil homme
Même jour.
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singes m’ont indiqué le chemin. J’ai marché dans une forêt de palmiers que survolaient de noirs oiseaux, ressemblant à des corbeaux, passant dans le ciel clair de l’été. Je les ai suivis des yeux et j’ai vu dans un arbre aux grandes feuilles vertes des sortes de fruits. Enfin j’allais pouvoir manger ! Je me suis accroché à l’arbre et j’ai commencé à l’escalader. Arrivé en haut, j’ai attrapé un fruit appétissant. J’en ai profité pour regarder si on apercevait une maison. Bingo ! Je suis descendu et j’ai commencé à marcher dans la direction de la maison. Je me suis approché. C’était une petite demeure en bois et en feuille. Devant la maison, il y avait une couverture bleue, un coussin rose et une carafe africaine remplie d’eau bien fraîche. L’intérieur semblait lugubre mais je suis rentré et j’ai demandé : « Il y a quelqu’un ? ». Une voix m’a répondu : « Qui est là ? - Je suis un marin. Et vous ? - Je suis un africain solitaire. Que faites-vous là ? - Je suis tombé à l’eau et j’ai dérivé jusqu’à cette île. Où suis-je ? - Sur l’île du palmier. - Savez-vous comment je peux rentrer chez moi ? - Non, cela fait des années que je n’ai pas rencontrées d’êtres humains. Mais il y a une oasis pas très loin d’ici, peut-être aurez-vous plus de chance là-bas. Prenez le sentier qui mène hors de la terre des palmiers… Puis la voix s’est tu, alors je suis parti.

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Chapitre 6 : La cascade
Le soir

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n prenant le sentier, je me suis retrouvé dans une autre forêt. Elle était très touffue. Je ne voyais rien mais j’entendais un bruit comme de l’eau qui coule. J’ai marché encore un peu, j’ai regardé autour de moi et j’ai aperçu une cascade dont l’eau s’entrechoquait contre les rochers. Cela produisait comme une musique assourdissante. Je me suis baigné dans cette eau… Tout à coup j ai entendu des pas sourds. Un géant à l’air énervé est apparu. Il m’a dit : « Que fais-tu là et qui es-tu ? - Je suis un affamé qui cherche à manger. - Je ne veux rien savoir, j’ai faim et je veux te tuer. - Au secours, à l’aide, j’ai peur ! » me suis-je écrié. Et j’ai plongé au fond du lac.

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Chapitre 7 : Les Inuits
A la nuit tombée

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u fond du lac, il y avait une grotte. J’ai nagé à l’intérieur et j’en suis sorti par une rivière glacée. J’ai vu de gros grêlons qui s’accumulaient sur la rivière. Tout était congelé. Le ciel était blanc comme neige. Le vent frappait. Une femme avec un bâton taillé tapait sur la glace pour essayer de pêcher de quoi manger. Elle était avec une petite fille qui marchait sur la glace pour trouver une ouverture. Dans l’eau glacée, près d’elles, il y avait un bébé phoque qui couinait. La femme était vêtue d’une peau d’ours blanc et la petite de loup blanc. Je sentais le poisson cuire derrière moi. La nuit tombait à vue d’œil, il n’y avait pas d’étoile. La petite fille m’a vu et s’est approché de moi. Elle m’a dévisagé un moment puis elle m’a dit : « Bonjour. Qui es-tu ? - Je suis un jeune matelot. Et toi ? - Moi, je m’appelle Zena. Mon peuple et moi nous vivons ici. - Mais où suis-je ? Tu es chez les Inuits. » La mère s’est dirigée vers nous. Elle m’a dévisagé longuement. Puis elle a dit à son enfant « Emmène l’homme poisson au village » Elle m’a présenté sous ce nom au village car elle m’avait vu sortir du trou de la banquise. Tous les villageois m’ont bien accueilli, j’avais l’impression qu’ils me prenaient pour un demi-dieu car j’avais survécu à l’eau glacée. Les jours suivants, ils m’ont appris comment pécher dans la glace, comment chasser le phoque et préparer de l’huile avec la graisse et des vêtements avec sa peau. Les Inuits sont des gens simples et accueillants.
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J’ai beaucoup apprécié mon séjour chez les Inuits mais j’ai décidé de partir après quelques jours pour retrouver ma maison car plus je restais sur l’île et plus j’oubliais qui j’étais et d’où je venais…

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Chapitre 8 : Le geyser
Quelques jours ou semaines plus tard

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’ai marché des heures et des heures sans rencontrer personne. L’eau et la nourriture que m’avaient données les Inuits s’étaient épuisés. J’étais fatigué, j’avais soif et j’avais faim. J’ai décidé de m’arrêté pour la nuit car je n’en pouvais plus. Je me suis réveillé effrayé par un bruit étrange. J’ai regardé autour de moi et j’ai vu un trou. Je me suis approché. Tout à coup de l’eau a jailli ! Etonné j’ai reculé. J’ai compris que j’étais sur une île volcanique et que ce que je venais de voir était un geyser. J’ai entendu une musique étrange provenant de derrière le volcan. Après un long périple, la musique devenait de plus en plus forte. Lorsque je me suis retrouvé derrière le volcan, j’ai senti une odeur bizarre et tout à coup j’ai compris d’où provenaient cette musique et cette odeur. Tout simplement d’un village en pleine cérémonie ! Des personnes dansaient et chantaient, ils jouaient d’un instrument bizarre. Cela ressemblait à une flute mais quand on soufflait dedans on aurait dit un bruit d’eau. Plus clairement, cela faisait le même bruit que lorsque l’on met la tête dans l’eau et que l’on fait des bulles. Il y avait aussi des hommes qui jouaient des maracas. Un homme m’a vu et s’est rapproché de moi. Il avait l’air plutôt vieux et de grande taille. Il m’a dit : «- Qui estu et pourquoi es-tu là ? Je lui ai répondu :- Je pourrai vous poser la même question ! Une femme s est approché de nous : -Ténor, tu ne vois pas que tu lui fais peur ! Excuse-le. Nous sommes les Kannaras et nous dansons pour calmer le volcan sacré. Et toi que fais-tu là ?
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- Mm… moi ? Je… ne sais pas…Je ne me souviens pas. - Tu ne sais pas comment partir ? Tu peux prendre mon bateau. Tu partiras demain au lever du soleil. - Merci ! Merci mille fois ! - Ce n’est rien. Mais tu dois être affamé ? - Et oui ! C’est vrai que j’ai un peu faim. » La femme m’a conduit dans une maison en terre. Là j’ai reconnu l’odeur. Ce n’était qu’une sorte de pâte. Je l’ai goûtée, elle était très bonne. Après ce bon repas, je suis allé me reposer. Cette île était très étrange. Il me restait beaucoup de choses à découvrir avant de rentrer chez moi mais j’étais quand même content de repartir le lendemain.

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Chapitre 9 : Le musée
Longtemps après.

La nuit étoilée sur le Rhône Vincent van Gogh, 1888, septembre Huile sur toile 72,5 × 92 cm

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a femme m’a prêtée son bateau comme promis en me conseillant de me laisser guider par le courant de la rivière. Le voyage était long. Il a duré plusieurs jours. Une nuit, le bateau s’est enfin arrêté. J’étais dans un port. Il était désert et sombre. J’ai fait trois pas et soudain une immense vague a fait dériver trois bateaux cassés. J’ai regardé s’il y avait quelqu’un dans les bateaux, en vain. Derrière moi, on voyait une immense forêt. Je marchais quand j’ai soudain entendu la musique de piano, très aigue. Je me suis mis à la suivre car je me suis senti attiré ou plutôt hypnotisé. La musique est devenue de plus en plus forte. Tout à coup, j’ai aperçu une immense maison qui illuminait les alentours. Sans m’en rendre compte, j’étais en train de monter des escaliers. J’essayais toujours de suivre la musique. J’ai vu de la lumière et une gigantesque porte noire. Je suis entré dans la salle et je me suis rendu compte que j’étais dans un musée. Dans ce musée, il y avait plein d’œuvres d’art. Il y avait une centaine de tableaux, tous du même peintre : jan Porcellis. J’en ai vu un qui me paraissait familier. J’ai reconnu le bateau avec lequel j’avais fait mon naufrage. A ce moment là, j’ai compris que c’était de là que provenait la musique. J’ai touché le tableau et j’ai vu ma main entrer dedans. Je l’ai vite ressortie. J’ai pensé que c’était le fruit de mon imagination. J’ai touché le tableau à nouveau et le tableau m’a absorbé. J’ai atterri sur le bateau. Il y avait le capitaine et son moussaillon. Je me suis souvenu de tout : la tempête, le naufrage, et le reste jusqu’à maintenant ! Ce n’était pas un rêve mais bel et bien la réalité ! Je me vois déjà pendant des millénaires et des millénaires enfermé dans mon tableau !
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PORCELLIS, Jan, Shipping in Stormy Seas, Oil on canvas, 55 x 100 cm, Private collection

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