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Le recyclage équitable comme moyen d’accès aux matériels électroniques

Il est aisé de constater que l’utilisation des matériels électroniques dans les États en développement progresse dans les milieux universitaires, secondaires, scolaires, dans les foyers et particulièrement dans les mieux d’affaires. L’exemple le plus frappant est l’emploi du téléphone portable ou cellulaire en Afrique. Au Burkina Faso et au Ghana, pour ne citer que ces deux états voisins, le téléphone cellulaire est devenu le moyen de communication le plus répandu dans les rapports entre les individus. Ce moyen de communication s’est répandu comme une trainée de poudre dans les villages et les hameaux de cultures qui n’ont ni électricité, ni eau courante, ni de voie d’accès en toute saison de l’année. Ils sont souvent sans école ni centre de soins et de santé primaires. Cependant, il me semble que le moyen de communication le plus utilisé à ce jour, sur le plan mondial, est l’internet, particulièrement dans les états membres de l’Organisation pour le Commerce et le Développement Économique (OCDE) qui en usent et en abusent. L’ordinateur et ses composantes constituent le moyen d’accès à l’internet. Une fois la condition préalable qui est la mise en place du réseau satisfaite, l’acquisition de l’ordinateur est la seconde étape à franchir pour rejoindre la toile mondiale; c’est à ce niveau que les consommateurs des états en développement se heurtent à des difficultés. Comment se procurer cet instrument, devenu parfois indispensable pour certains consommateurs tels que ceux des milieux d’affaires et universitaires, par exemple, alors que son prix à l’état neuf est souvent hors de portée pour des bourses aussi modestes ?

La solution alternative qui s’offre à eux consiste à se procurer des matériels de seconde main ou d’occasion. Ces matériels sont surabondants dans les états OCDE dont les industries en sont les générateurs. Certains consommateurs de ces états s’en débarrassent non parce que ces matériels sont à la fin de leur vie utile mais par désir de s’en doter de plus neufs et de plus performants, ils veulent être au top du progrès dans cette technologie. Des femmes et des hommes d’affaires des états en développement, en partenariat avec ceux des états OCDE, importent ou exportent selon le côté où l’on se situe, ces matériels électroniques de seconde main. Ces échanges qui font le bonheur des uns, ne plaisent pas à d’autres pour des raisons nobles et avouées tels que la préservation de l’environnement et le commerce équitable d’une part et d’autre part, pour des raisons qui ne le sont pas nécessairement et qui sont plutôt masquées sous la forme de prétextes divers dont un des plus saillants est la pollution mise en avant pour s’opposer à tout commerce de ces biens usagés. La pollution avérée du Delta du fleuve Niger, au Nigéria et le déversement des produits toxiques à Abidjan, en Côte d’Ivoire, par le navire, le Probo- Coala qui a fait des morts sont-ils dus par les matériels électroniques ? L’extraction des ressources minières tels que l’or, le diamant, l’uranium est-elle moins polluante que l’importation et le recyclage des matériels électroniques?

L’importation des matériels électroniques usagés dans les pays non membres de l’OCDE est au centre d’un conflit d’intérêts qui engendre une lutte antagoniste entre les fabricants et les revendeurs des produits recyclés. Dans cette bataille rangée par médias interposés, les consommateurs les plus vulnérables ne savent à quel saint se vouer. Ce sommet de Middlebury College, organisé ici au Vermont, États-Unis D’Amérique, leur sera d’un grand secours, j’en suis sûr car les experts du domaine, les femmes et hommes des médias et les décideurs trouveront les solutions les plus adéquates qui vont concilier la préservation de l’environnement et la prise en compte des besoins des consommateurs aux moyens modestes. Dans l’espoir d’apporter ma modeste contribution aux réflexions qui vont aider les différentes parties à des prises de décisions consensuelles, je vais rappeler ici quelques interrogations que j’avais faites sur cette question, sur la base de certaines constatations. Peut-être que ces interrogations pourraient choquer des personnes physiques ou morales, si tel devrait être le cas, je m’en excuse par avance ! Différents rapports produits par des organismes d’états industrialisés ont tenté ou tentent de démontrer que des matériels informatiques de seconde main importés dans certains pays non membres de l’OCDE, ne serait d’aucune utilité pour les populations de ces états mais seraient plutôt inutilisables et contribueraient à polluer l’environnement. Pour convaincre l’opinion publique de leurs allégations, ils ont joint à certains de leurs rapports, des photos de décharges sauvages montrant des dizaines d’ordinateurs désaffectés en prenant soin de faire figurer sur ces photos, des enfants aux alentours, pour attester du danger que courent ces derniers en flânant dans ces endroits pollués par la présence de matériels électroniques importés Cependant, un rapport de la Convention de Bâle intitulé : « Where are WEE in Africa » a démontré que les déchets électroniques de ces décharges exhibés dans différents rapports datent d’au moins une dizaine d’années et qu’ils ne proviennent pas de matériels électroniques récemment importés. Le rapport de la Convention de Bâle précise que 50% à 85% du matériel importé est réutilisé, soit 15% à 50% seulement ne sont pas fonctionnels et pourraient l’être une fois recyclé. Les activités autour de ces matériels procurent des revenus substantiels à une multitude de gens. Ce rapport qui n’est pas le seul du genre, donne la preuve que beaucoup de personnes vivent loyalement des revenus générés par les activités de recyclage qui contribuent en même temps à la sauvegarde de l’environnement La lecture des différents rapports qui décrivent l’importation des matériels électroniques surtout informatiques d’occasion dans les pays en développement, comme une activité non profitable mais plutôt dangereuse pour les populations, m’amène à faire les observations suivantes :

1. Ces matériels usagés dont les consommateurs se servent, s’ils ne leur étaient pas utiles, allaient-ils continuer à les acheter, sachant que c’est de l’argent jeté par la fenêtre ? 2. Ces rapports qui incriminent la qualité de ces matériels usagés importés dans les états non OCDE ont été faits dans l’intérêt de qui, des états concernés ou de leurs commanditaires que sont les grandes firmes industrielles? 3. Ces rapports incendiaires n’ont-ils pas pour finalité d’amener les Gouvernements des états en développement à prendre des mesures d’interdiction du commerce de ces biens à l’intérieur de leurs frontières afin de laisser le champ libre aux fabricants pour la vente des produits flambants neufs ? L’interdiction de l’importation de ces matériels usagés recyclés va contribuer à ralentir l’accès à l’outil informatique pour un nombre considérable de gens et leur privera de revenus substantiels. Dans les pays qui importent les matériels informatiques d’occasion, il se développe un savoirfaire très adapté à l’entretien de ces matériels qui peut être vérifié sur le terrain. Le cas du Ghana est l’un de plus patents; ce pays regorge de techniciens très compétents en la matière. Beaucoup d’exportateurs et d’importateurs sont très qualifiés dans ce domaine et ils sont très crédibles. Je peux citer symboliquement les cas de Good Point Recycling qui se passe de commentaire, le présent sommet qui se tient ici en dit long ! Le cas de monsieur Souleymane Sao qui est un ingénieur informaticien qui importait les ordinateurs de seconde main au Sénégal. Alors que j’étais stagiaire à Good Point Recycling, il était venu par deux fois en ma présence pour acheter ces matériels. Il passait un temps fou à vérifier leur qualité avec ses propres appareils avant d’en prendre livraison. Cependant, dans un des rapports de l’Interpol, il a été traité avec d’autres importateurs, de criminels qui déversent sciemment des produits polluants en Afrique. Si la loi est égale pour tous, on ne peut être qualifié de criminel lorsqu’un tribunal ou une cour a prononcé une condamnation de nature criminelle mais pas sur la base une simple saisie de biens, sujet à caution! Les commentaires qui sont faits autour de ces saisies ont-ils pour but d’informer l’opinion publique ou le sont-ils à des fins de propagandes pour justifier des coups de force ? Les produits électroniques qualifiés de polluants ont-ils fait l’objet d’analyse par des experts indépendants, avant ou après leur saisie ? Le constat est clair que le besoin en équipements électroniques et particulièrement informatiques dans les états en développement est immense mais les moyens font cruellement défaut pour le satisfaire. L’alternative c’est le recours aux matériels d’occasion de bonne qualité. Pour ce faire il faut de la transparence dans les transactions autour de ces matériels,

en d’autres mots, il faut le recyclage équitable dans lequel chaque partie gagne sa juste part. Une réutilisation judicieuse des biens usagés contribuera à ralentir l’exploitation des ressources minières, à moins détruire les arbres, à moins déséquilibrer l’écosystème et surtout à cesser de retirer les terres arables aux paysans d’Afrique qui y vivent depuis des millénaires et qui font partie des meilleurs protecteurs de l’environnement. Ce sommet est celui de l’espoir des consommateurs des états à faibles revenus qui cherchent à accéder au moyen de communication le plus efficace et le plus prisé des temps présents.

Je ne puis terminer mon propos sans adresser mes très vifs remerciements aux organisateurs de ce sommet pour m’avoir invité, particulièrement au Président Directeur de Good Point Recycling, Mr Robin grâce à qui mon invitation a été possible, à son personnel. Si Dieu le veut, à travers les Mânes de mes Ancêtres, je serai un des maillons pour la mise en œuvre des décisions qui seront prises à l’issue de ce sommet. Je vous remercie ! Fahiri Jean Frédéric Somda