Realisme thomiste et critique de la connaissance – Gilson Selon cette philosophie tout être matériel ou corporel et Même tout être

fini est composé de puissance et acte, au moins d’essence et d’existence, d’une essence qui peut exister, qui limite l’existence, et d’une existence qui actualise cette essence ; Dieu seul est Acte pur, car son essence est identique à son existence, lui seu est l’Être même éternellement subsistant. X Les deux arguments de Parménide contre le devenir et la multiplicité sont les suivants : a) Ex ente non fit ens, quia jam est ens, et ex nihilo nihil fit, ergo ipsum fieri est impossibile; si un être arrive à l'existence, il provient ou de l'être ou du néant, il n'y a pas de milieu ; or il ne peut provenir de l'être, comme la statue ne peut provenir de la statue qui est déjà ; il ne peut non plus provenir du néant ; donc le devenir est impossible, en vertu du principe d'identité ou de contradiction, ainsi formulé par Parménide : « l'être est, le non-être n'est pas, on ne sortira pas de cette pensée. » b) La multiplicité des êtres, disait-il, est aussi impossible, en vertu du même principe. L'être en effet ne peut être limité, diversifié et multiplié par lui-même qui est homogène, mais seulement par autre chose que lui ; or, ce qui est autre que l'être est non-être, et le non-être n'est pas. L'être reste donc de toute éternité ce qu'il est, absolument un, identique à lui-même et immuable ; les êtres finis ne sont qu'une apparence, dans ce panthéisme ou ce monisme absolument statique, qui tend à l'absorption du monde en Dieu. Héraclite disait au contraire : tout se meut, tout devient, et l'opposition de l'être et du nonetre n'est qu'une opposition toute abstraite et même verbale, car, dans le devenir, qui est à lui-même sa raison, l'être et le non-être s'identifient d'une façon dynamique ; ce qui devient en effet en même temps est d'une certaine façon et pourtant n'est pas encore, puisqu'il devient. De ce second point de vue le principe de contradiction ou d'identité ne serait plus une loi de l'être, ni de l'intelligence supérieure, mais seulement une loi abstraite de la raison inférieure, et même une simple loi grammaticale du discours, pour éviter de se contredire. De ce point de vue, le devenir universel est à lui-même sa raison, l'évolution du monde est créatrice d'elle-même, elle n'a pas besoin d'une cause première supérieure ni d'une fin ultime. C'est une autre forme du panthéisme, un panthéisme évolutionniste et finalement athée, car il tend à l'absorption de Dieu dans le monde, Dieu devient dans le monde et dans l'humanité et il ne sera jamais. Aristote maintient contre Héraclite que le principe de contradiction ou d'identité est loi non seulement de la pensée inférieure et du discours, mais de l'intelligence supérieure et de l'être, cf. Metaph., l. IV (III) du c. IV à la fin ; et il cherche alors à résoudre les deux arguments de Parménide. Platon en avait proposé une solution, en admettant d'une part le monde immobile des idées intelligibles et d'autre part le monde sensible qui est en perpétuel mouvement ; il expliquait ce mouvement parce que la matière toujours transformable est, disait-il, un milieu entre l'être et le pur néant, c'est un non-être qui existe en quelque façon. Il portait ainsi la main, disait-il, sur

cit. Ia IIae. son vouloir. q. II. autrement le plus sortirait du moins. s'il n'y avait pas de centre premier d'attraction.. CV. 1 et 2 . capable de vouloir. dit-il.Application de la distinction de puissance et acte dans l'ordre d'opération. 3. nisi moveatur a Deo. sans laquelle il n'y aurait aucune activité des causes secondes. on ne peut procéder à l'infini. XXI. Ex nihilo nihil fit Ex ente in actu non fit ens ARTICLE 4. CIX.. par ex. met. une multitude infinie de rouages ne suffirait pas. car rien n'est réduit de la puissance à l'acte. Cf. a. Il ne répugne pas qu'on remonte à l'infini dans la série des causes. Physique. qui s'impose nécessairement à sa pensée. Cf. q. il s'en suit que notre volonté est seulement une Puissance. et par suite elle ne peut être réduite à l'acte que par la motion divine . Il préparait ainsi confusément la solution aristotélicienne. non potest in suum actum procedere. loc. Ia. 3. comme le mouvement de la montre serait inexplicable sans. le plus parfait du moins parfait. Ia. Il suit encore de la distinction réelle entre puissance et acte. la 22e des XXIV thèses. accidentellement subordonnées dans le passé. C'est le fondement de la preuve de l'existence de Dieu par le mouvement. n'influe pas dans la génération de son petit-fils . Saint Thomas dit même. loc. mais il répugne que l'on procède à l'infini dans cette série de causes actuellement et nécessairement subordonnées : la lune est attirée par la terre. XXIX. ibid. sect. 259 e. a. il n'y aurait pas d'attraction actuelle. que dans la série des causes nécessairement subordonnées (per se et non per accidens subordinata). dans la série des générations passées. 241 d. Cf. sect. un ressort . multa sunt quae PER ACTUM VIRTUALEM videntur sese movere et reducere ad ACTUM FORMALEM. met. Si cependant notre volonté n'est pas son opération. ut in appetitu seu voluntate videre licet. Le principe omne quod movetur ab alio movetur dérive de la distinction réelle entre puissance et acte . nec causae efficientes mediae. et ainsi actuellement à l'infini . 2 . q. et Métaphysique. car le grand père qui n'existe plus. Le Sophiste. simul operari. sicut suum esse. la terre par le soleil. 257 a. quod patet esse falsum. Suarez dit au contraire : In causis per se subordinatis non repugnat infinitas causas. contre le principe de causalité. si solus Deus est suum velle. non exit prima causa efficiens. (Disp. et sic non erit nec effectus ultimus. Ce principe au contraire reste incertain pour Suarez. . sec. autrement le plus sortirait du moins. qui sera approfondie par saint Thomas. que par un être déjà en acte. car. cf. Comme le dit saint Thomas : si procedatur in infinium in causis efficientibus. et aucun effet. II.. Disp. q. a. et suum intelligere. La raison pour laquelle il s'éloigne ici du Docteur angélique est . I : quantumcumque natura aliqua corporalis vel spiritualis ponatur perfecta. cf. Platon. 2a via. a. Ia. Cf. si sint. Aristote résout plus profondément et plus clairement que Platon les deux arguments de Parménide par la distinction de puissance et acte. 4 et 5. I). il faut s'arrêter à une cause suprême. aussi Suarez n'admet-il pas la valeur démonstrative des preuves de l'existence de Dieu telles que saint Thomas les a proposées.la formule de Parménide en affirmant que d'une certaine façon le non-être est. cit. le soleil par un autre centre. XXIX.

XXII. disp.la suivante Suarez substitue à la motion divine le concours simultané. c'est ce qu'expriment les paroles concursus simultaneus. la cause première n'est pas cause de l'application à l'acte ou de l'activité de la cause seconde . met. on est conduit à dire que le plus parfait sort du moins parfait. mais comme par ailleurs celui-ci est plus parfait que la puissance. contrairement au principe de causalité. XX. partialitate causae. Cf. La même doctrine se trouve chez Molina. comme lorsque deux hommes tirent un bateau. n. sect. Concordia. necesse non est. ce sont des causes partielles. 2. Cela suppose que la puissance active peut se réduire elle-même à l'acte sans être prémue par une cause supérieure . . ut superior in eo ordine semper moveat interiorem. Disp. alors. commun. 2 et 3 . in fine. les causes supérieures n'influent pas sur les causes inférieures. où il dit : quando causae subordinatae sunt inter se. 51. etiamsi essentialiter subordinatae sint inter se et a se mutuo pendeant in producendo aliquo efectu: sed satis est si immediate influant in efectum. XXVI.. dans la série des causes subordonnées. la puissance active est confondue avec l'acte virtuel. et donc elles sont plutôt coordonnées que subordonnées. mais seulement sur leur effet. qui de soi se réduirait à l'acte complet . sect. selon lui. si non efectus.

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