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Édit o

Manœuvres à l’UMP
L’UMP se livre en cette rentrée à un double exercice. D’abord, mener une critique systématique de la politique du gouvernement et de la gauche, quel que soit le sujet… Ensuite, et surtout, chercher un nouveau leadership. Le duel Copé-Fillon occupe l’avant-scène. Mais, derrière, il y a toujours Nicolas Sarkozy qui ne souhaite pas, en fait, un réel successeur. Attendons-nous, donc, à voir émerger plusieurs autres candidatures pour empêcher l’un des deux premiers de l’emporter au premier tour. Ce sont là des manœuvres, somme toute, classiques. Et, il y aura d’autres péripéties. Cela ne doit pas cacher le plus important : les thèmes sur lesquels font campagne d’ores et déjà François Fillon et Jean-François Copé. C’est peu de dire qu’ils prolongent le sarkozysme ! Ils l’aggravent et dessinent une société qui romprait explicitement avec les principes de solidarité qui font la cohésion nationale. Il n’est donc pas surprenant qu’ils s’attachent particulièrement l’un et l’autre à contrer tout ce qui pourrait réduire les inégalités sociales et que ce qui les gênent dans l’effort, ce soit le partage ! Alain BERGOUNIOUX

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Débat s à droit e
Sous couvert de débat idéologique, Copé et Fillon s’af f ront ent sur un t out aut re t errain, celui des écuries et des lut t es int est ines. Avec, pour unique ambit ion, de s’emparer de l’appareil et de préparer ainsi la président ielle de 2017.

Copé-Fillon : le duel des héritiers La guerre de succession est ouverte à l’UMP entre François Fillon et Jean-François Copé, qui se projettent clairement dans la perspective de 2017. Les deux protagonistes se targuent de pouvoir compter sur le soutien de sarkozystes de poids, à coup de mises en scènes savamment orchestrées. L’un se voit ainsi dans la peau du « premier des sarkozystes », l’autre fait assaut de fidélité à l’égard de l’ex-président de la République. Au-delà de ce constat, transparaissent quelques différences idéologiques entre les deux impétrants. Fillon se targue ainsi d’une plus grande orthodoxie économique que Sarkozy sur les finances publiques, à l’heure où la réduction des déficits constitue la première des priorités pour les sympathisants de l’UMP. Copé fustige son adversaire, l’accusant d’être le représentant de la « droite molle », à l’opposé d’une « droite décomplexée » qu’il prétend incarner. Tant et si bien que l’exPremier ministre tient désormais un discours ferme sur des sujets régaliens. Cette surenchère idéologique droitière ne fait, au bout du compte, que favoriser la dérive de l’UMP. Coup de projecteur sur les grandes lignes de leurs projets respectifs.

déplacement dans la Sarthe, 5 septembre). Dans la campagne pour la présidence de l'UMP, le Secrétaire général du parti veut « coller » à l'ex-chef de l'Etat. Il peut d’ailleurs se prévaloir du soutien du sénateur des Hauts-de-Seine, Roger Karoutchi, et d’Edouard Courtial, un proche de Brice Hortefeux. Son crédo : un « grand travail de réflexion programmatique » qui prévoit, notamment, la mise en œuvre de « mouvements » censés représenter les différentes sensibilités de l’UMP, autour d’un socle commun. Avec, pour fil conducteur, la lutte contre l’assistanat et la baisse des cotisations des salariés pour augmenter les salaires compris entre 1 000 et 1 400 euros nets. « Nous protégerons le soutien aux heures supplémentaires qui bénéficient à plus de 9 millions de salariés », prévient-il dans sa profession de foi. Il s’engage, par ailleurs, à faire un principe constitutionnel de la fameuse « règle d’or budgétaire », chère à Sarkozy, visant à interdire les déficits. Il entend également poursuivre le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, en demandant aux collectivités locales de « s’imposer les mêmes efforts de maîtrise budgétaire que l’État. » Ce qui signifie, en clair, une diminution sensible des dotations publiques et une baisse drastique des missions de service public. Les bénéficiaires du RSA – « ces privilégiés ! » - auront l’obligation de travailler au moins sept heures par semaine pour l’intérêt général. « Nous n’acceptons pas que la générosité des Français soit dévoyée par une minorité qui abuse du système », pour se prémunir contre le risque du chômage, alors qu’il est en activité, doit pouvoir bénéficier, en contrepartie, d’une
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La surenchère idéologique ne fait, au bout du compte, que favoriser la drotisation de l’UMP
Leurs idées
Jean-François Copé : « Je suis le seul qui garantit d’être au côté de Nicolas Sarkozy s’il souhaite revenir dans l’action politique » (en

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indemnisation digne de ce nom, lorsqu’il subit le risque. Il doit pouvoir bénéficier de cette prestation, sans être culpabilisé. Notons, d’ailleurs, que les indemnités versées dans ce contexte ne relèvent ni de la générosité ni de l’assistanat, mais d’une simple contrepartie assurancielle. Ce qu’il faut en revanche dénoncer, c’est la faiblesse, voire l’absence d’indemnisation pour de nombreux chômeurs, et l’inflation des licenciements boursiers. Les immigrés en sont aussi pour leurs frais. Pour réussir l’intégration, le Secrétaire général de l’UMP suggère de contraindre les jeunes nés sur le territoire français de parents étrangers de manifester leur attachement à la France avant d’être naturalisés. Autant dire qu’il refuse, « au nom de la cohésion nationale », de donner le droit de vote aux étrangers séjournant légalement sur notre territoire. Un air de déjà vu… Copé va même jusqu’à radicaliser ses positions, en se démarquant de Sarkozy. Il entend ainsi supprimer l’Aide médicale d’État, l’AME, « à l’exception des situations d’urgence ». Créé sous Lionel Jospin en 2000, ce dispositif, destiné aux étrangers sans papiers et sans ressources, leur assure la gratuité des soins. « Ces soins de confort qui sont pris en charge par la République française au bénéfice de personnes qui sont en France de manière illégale doivent être supprimés », note-t-il. Un écart qui n’est pas sans rappeler les propos de Marine Le Pen, lors de la dernière campagne présidentielle. La patronne du FN ne s’était pas privée d’évoquer le concept d’« IVG de confort ». L’AME s’avère d’autant plus indispensable qu’elle répond à une situation d’urgence, en prévenant tout risque lié à la propagation de pandémie. L’effort de santé publique ne se divise pas sur le territoire. En outre, personne n’est jamais tombé malade par plaisir. On peut se demander pourquoi ni Copé ni Fillon ne se préoccupent des conséquences des dépassements d’honoraires, évalués en 2010 à plus de 2 milliards d’euros. François Fillon : « Attention à la balkanisation de l’UMP. » (Le Figaro, 6 septembre) Comment sortir d’une société bloquée, incapable d’enrayer le déclin industriel, la perte de compétitivité et l'affaissement social dans

lesquels elle est empêtrée ? En sortant des 35 heures, veut croire Fillon qui voit dans cette mesure un véritable fléau pour le pays. Le fameux « travailler plus pour gagner plus » asséné par Sarkozy, lors de la présidentielle de 2007, incite son expremier ministre à persister dans l’erreur. « Pour que l’économie française retrouve sa vigueur dans la compétition internationale, il faut travailler plus, baisser le « coût du travail » et investir, martèle-t-il. Il faut mettre un terme au verrou des 35 heures. Supprimer le temps légal du travail et donner la possibilité aux entreprises de négocier directement avec les salariés le seuil de déclenchement des heures supplémentaires dans les limites de la législation européenne. C’est la seule solution. » (Le Figaro, 6 septembre). Seul moyen d’en sortir, la baisse des effectifs dans la fonction publique.

Le fameux « travailler plus pour gagner plus » asséné par Sarkozy, lors de la présidentielle de 2007, incite son expremier ministre à persister dans l’erreur.
Cette proclamation est pour le moins surprenante, après dix années passées au pouvoir. Rappelons, pour mémoire, que, depuis 2002, Fillon a été successivement ministre des Affaires sociales et Premier ministre, et que Copé à été ministre du Budget, président du groupe UMP, à l’Assemblée, et Secrétaire général de ce même parti. En outre, c’est François Fillon qui a instauré la défiscalisation des heures supplémentaires, généralisant ainsi la référence aux 35 heures comme durée légale du travail. Sur le fond, cette profession de foi interpelle, à l’heure où des centaines de milliers de salariés connaissent le temps partiel subi ou le chômage et qu’ils aimeraient bien pouvoir travailler à temps plein, soit 35 heures par semaine.
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De leur côté, les allocataires du RSA sont invités à « assurer un service d’intérêt général. » Pas de désaccord, sur ce point, entre les prétendants. Tous deux ont d’ailleurs admis les fondamentaux du sarkozysme dans leurs programmes : chasse à « l’assistanat », assimilation obligatoire pour les immigrés, appelés à être sanctionnés quand ils ne s’intègrent pas, fermeté. Fillon paraît, toutefois, se démarquer lorsqu’il reprend l’idée de l’ancien ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, d’instituer une démarche officielle pour les enfants nés en France de parents étrangers et qui choisissent, à 18 ans, la nationalité française. Paradoxal pour un homme qui se réfère encore à l’école de Philippe Séguin. Un changement de ton chez ce souverainiste et gaulliste social qui tient naturellement compte de l’évolution du profil des électeurs UMP.

Leurs sout iens
Jean-François Copé Ses proches : Christian Jacob, Roger Karoutchi, Franck Riester Ses relais médiatiques : Valérie Rosso-Debord, Rachida Dati Les centristes : Luc Châtel, Jean-Pierre Raffarin, Hervé Novelli, Marc-Philippe Daubresse Les élus : Jean-Claude Gaudin, Michèle Tabarot, Edouard Courtial, Catherine Vautrin Les ultra-droitiers : Thierry Mariani, Lionel Luca Le sarkozyste : Jean Sarkozy François Fillon Ses proches : Eric Ciotti, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez Ses fidèles : Jérôme Chartier, Roselyne Bachelot, Etienne Pinte Les centristes : Jean Leonetti, Gérard Larcher Les élus : Christine Jouanno, Philippe Goujon, Hubert Falco, Philippe Richert Le sarkozyste : Christian Estrosi Ils ref usent de prendre part i… Alain Juppé, Benoît Apparu, Brice Hortefeux, Michèle Alliot-Marie L’int rigant … Xavier Bertrand Les aut res candidat s déclarés : Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Henri Guaino
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Nos réponses
L’int ervent ion de François Hollande en quest ion
Ce qu’ils disent
Les leaders de l’UMP n’ont pas eu de mots assez durs pour fustiger l’intervention télévisée du chef de l’État du 9 septembre, fustigeant son manque de courage, une politique de « saupoudrage » ou un « profond désarroi ». Nos réponses…

Not re réponse
L’intervention de François Hollande, le 9 septembre sur TF1, a suscité de vives réactions à droite. « Le vrai courage, ce n'est pas d'augmenter les impôts, a estimé Xavier Bertrand (AFP, 10 septembre). Ça, tout le monde sait le faire. Le vrai courage, c'est de baisser les dépenses. » Mais, « le courage n'est pas dans son ADN. » « Alors, on fait du saupoudrage. » Jean-François Copé estime, pour sa part, que le président de la République est « en train de tromper gravement les Français », en faisant « croire qu'il allait résoudre les problèmes économiques » avec « des augmentations massives d'impôts. » « Arrêtons de faire croire que c'est les riches qui vont payer (...). Les hausses d'impôts vont toucher tous les Français », prévient-il (RTL, 10 septembre). « On a eu l'impression d'un président un peu aux abois qui parle beaucoup de calendrier, de méthode, qui fait acte d'autorité pour dissimuler au fond un profond désarroi lié à la manière dont il a été élu », renchérit François Fillon (Europe 1, 10 septembre). Rappelons le bilan de l’UMP en matière de finances publiques : déficit public cumulé de l’ordre de 5 % du PIB en moyenne, progression de la dette de 6 milliards en cinq ans, charge annuelle de la dette de 50 milliards, multiplication par deux des niches fiscales aux plus favorisés. Loin des poncifs employés par la Droite, chacun a pu mesurer la volonté de François Hollande pour sortir le pays du marasme. Sa priorité, c’est l’emploi, comme le souligne Martine Aubry : 150 000 emplois d'avenir, 500 000 contrats de génération, négociation sur la protection des salariés et l'adaptation des entreprises, banque publique d'investissement, financement de la protection sociale plus favorable à l'emploi. Il a également insisté sur la nécessité de procéder au redressement des finances publiques, avec un budget 2013 qui tiendra le cap de la réduction des déficits, en réalisant 10 milliards d'économies et en faisant contribuer à hauteur de 20 milliards ceux qui ont bénéficié des largesses des gouvernements précédents, les grandes entreprises et les ménages les plus aisés. Le Président a su aussi trouver les mots qui mobilisent, en fixant un agenda du redressement sur deux années. Il a ainsi annoncé d’importantes décisions pour la fin de l'année et la perspective d’une inversion de la courbe du chômage d'ici un an. La France a besoin de tous pour repartir de l'avant, at-il martelé. Il a tenu un discours de vérité et délivré un message d'espoir : il y aura de la justice, et au bout des efforts, il y aura la réussite et le progrès. La présidence Hollande, c'est un cap clair : le redressement dans la justice, un calendrier méthodique et ambitieux, et la mobilisation de la société. Le Projet de Loi de Finances pour 2013 apportera de nouvelles réponses marquées du sceau de la réduction des déficits et de la justice fiscale, tournant ainsi le dos à 10 ans de lois de finance portées par la droite et qui n’ont fait qu’accroître les inégalités, les déficits et les cadeaux fiscaux aux plus fortunés, souligne Karine Berger, Secrétaire nationale en charge de l’Économie : 75 % de prélèvements sur les revenus des « ultra riches », réduction des niches fiscales de l’IRPP qui permet aux 10 % des ménages les plus aisés de payer un impôt moyen parfois inférieur à celui payé par les ménages modestes, rétablissement de l’ISF… C’est le redressement dans la justice, voulu par François Hollande, traduit en actes dans la loi de finances. Une politique sérieuse, juste et utile économiquement, de nature à reconstruire le consensus social et faire repartir de l’avant notre pays. « Aucune des décisions, depuis le 6 mai, n’a été prise sans cohérence par rapport à ce que nous voulons faire, juge Bruno Le Roux, président du Groupe socialiste, à l’Assemblée (Europe 1, 9 septembre). L’urgence, d’abord, pour protéger les Français, c'est ce que nous avons fait. L’engagement total pour réorienter l’Europe, cela donne des résultats. Nous en avons déjà aujourd’hui des traductions », assure-t-il, avant de conclure : « L’œuvre que doit faire ce gouvernement est similaire à celle que le général de Gaule a dû faire, en 1958, lorsqu’il a fallu reconstruire un pays miné par des mauvaises politiques. »
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