You are on page 1of 73

Amadou Hampâté Bâ et Germaine Dieterlen Koumen. Texte initiatique des Pasteurs Fulɓe. Cahiers de l'Homme.

École Pratique des Hautes Études, VIe section. Mouton et Cie. Paris, 1961, 95 pages.

Table des matières Introduction
           

Première Clairière Deuxième Clairière Troisième Clairière Quatrième Clairière Cinquième Clairière Sixième Clairière Septième Clairière Huitième Clairière Neuvième Clairière Dixième Clairière Onzième Clairière Douzième Clairière  Le dénouement des noeuds  La lutte finale : invocation à Jalaañ

Conclusion Glossaire Bibliographie

1

2

Revue La collaboration de l'érudit pullo Amadou Hampâté Bâ et de Mme Dieterlen, dont on sait la connaissance profonde des religions et des mythes soudanais, a doté la littérature ethnographique d'un chef d'œuvre. Ce texte initiatique transmis par le maître Arɗo Dembo, de Ndilla, campement du Ferlo (Sénégal), est une sorte de Pilgrim's Progress. Il retrace la marche du pasteur Sile Saajo à travers les douze clairières de la connaissance, guidé par le nain à barbe d'ancêtre, Kumen, auxiliaire du serpent mythiqueCaanaba ou Tyanaba, et sa femme Foroforondu. Une succession d'épreuves l'attendent qui sont autant d'initiations à la structure du monde et à la lutte sur soi-même. Les quatre premières clairières correspondent aux quatre éléments ; puis viennent l'épreuve du courage, les clairières des sept soleils, le contact avec le bovidé mythique hermaphrodite et le dénouement des vingt-huit nœuds, achèvement de la connaissance. Laissé seul, avec les emblèmes du pastorat, il aura à vaincre le lion magique pour retourner au pays des hommes. La poésie saisissante de ce récit évoque les plus belles pages de la Bible, et il a fallu des traducteurs remarquables pour nous la conserver aussi fraîche. Texte très dense sous son allure aisée, presque dansante ; il n'est pas une phrase, presque pas un mot, qui ne soit riche de symboles. Ces symboles nous sont expliqués par des notes abondantes, placées en regard du texte, et par une introduction qui nous initie très clairement à la vie spirituelle des Fulɓe et à ses supports matériels : famille, troupeaux, marques du bétail, lait, végétaux, autels, bâtons, cordes à bétail, fouet à lait. Sont ensuite exposés les degrés de l'initiation, le rôle du silatigi (initié complet, prêtre de la communauté), le mythe du serpent Caanaba sortant de l'Océan à l'embouchure du Sénégal et parcourant tous les pays des Fulɓe occidentaux avant de disparaître dans le lac Faguibine. La conclusion et les photos jointes montrent comment ce mythe du serpent, les robes des bovidés, les soleils et les clairières expliquent certaines peintures relevées par H. Lhote au Sahara. Sa « période bovidienne » nous présente les ancêtres des Fulɓe. Il l'avait pressenti, nos auteurs le prouvent. La continuité de civilisation et de croyances au cours de ces cinq millénaires apparaît frappante. A peine si le zébu a remplacé le bœuf à longues cornes et si le roi Salomon a été incorporé aux mythes. Nous plongeons, avec « Koumen », dans un passé africain dont l'antiquité et la profondeur ésotérique s'épanouissent dans un milieu naturel et charmant ; une belle réalisation humaine. Hubert Deschamps

3

de weendu. Au Maasina. ny) • les vocables autochtones (noms propres de personne. Exemples: Ɓ. campement fulɓe de Moguer. Lire également Alfâ Ibrâhîm Sow. elles sont représentées par des signes simples. Au contraire. sur le terrain situé entre le Sénégal et la Gambie. ɗ. à titre d'épreuve. après s'être séparés (comme le Niger et le Jaka à Jafaraɓe) ou réunis (comme le Niger et le Bani à Mopti). se regroupent au lac Débo pour se diviser ensuite de 4 . mare) — l'initiation était donnée dans le cercle de Linguère. Les instructeurs étaient des jengelɓe (sing. c'est-à-dire « les gens du jeeri ». Il semble que ce texte ne soit plus actuellement que l'apanage des Fulɓe du Sénégal : ailleurs. Pouvaient également devenir instructeurs les initiés d'autres familles. ŋ. dans ce cas. en disant : « voici votre bâton » — allusion au bâton pastoral consacré des initiés. circonflexe. webPulaaku applique la transcription de Bamako aussi fidèlement que possible. dans la dépression du lac Débo. Aliw Essa.Introduction Notice La publication de cet ouvrage est antérieure à la conférence consultative sur l'unification des alphabets des langues africaines (Bamako. près de Tambacounda. Elle ne réflète donc pas la codification recommendée par les experts pour la transcription du Pular/Fulfulde. ɓ. Ƴ. Note sur la langue et la transcription Tierno S. près de Gurawo . grave.5 mars 1966). appellations génériques de lieu) remplacent leur équivalent occidentalisés. Dans ce territoire où les troupeaux transhument pendant la saison sèche en traversant à gué la Gambie — gayo beele (beele. Par contre. Ce maître le fit réciter. par son meilleur élève. lequel a une valeur symbolique. ils agissaient au nom des Jal. ƴ • les voyelles longues ont une graphie double et celles nasales sont notées par un n. dit jeeri (haute brousse) 1. mais. de Ndilla. Parmi les implications de cette démarche. le rite principal concernant le pastorat avait lieu en saison sèche. retenons les suivantes : • les consonnes spécifiques ne sont pas notées par des lettres doubles (digraphes). Cela se traduit en français par la suppression des accents (aigu. descendant du grand initié Sule Yugo. Bah Kumen est le texte initiatique des pasteurs fulɓe. jengello). il était associé aux réseaux formés par les cours d'eau de la région qui. à l'exception des noms d'auteurs et d'entités morales. Ŋ. tréma). ng. Ɗ. appartenant généralement à la famille Jal. 28 Février . nd. Nous le tenons d'Arɗo Dembo. à moins qu'elles ne soient précédées et/ou suivies d'une consonne nasale ou prénasaliée (mb. cercle de Linguère (Sénégal). en effet. pl. les conversions massives à l'Islam ont souvent altéré les connaissances traditionnelles.

dont les noms. savoir fabriquer »). l'intégration des Fulɓe. Les noms des clans des Fulɓe se sont modifiés suivant les régions en fonction des migrations. au Maasina. de l'habitat. les autels et les objets et emblèmes relevant du pastorat. Balde. des Nuba dans la région Soso. les nobles bambara ont épousé des femmes fulɓe. ont adopté quatre « noms du Mandé ». où l'Issaber et le Bara Issa se rencontrent 2. Jagayete So a donné Sidibe Bari a donné Sangare C'est ainsi que les Ba. dits aussi Urube ou Wuwarɓe. Les nobles comptent traditionnellement quatre « familles » (lato sensu) ou clans. Cette structure ethnique de base a permis. Cette intégration s'est traduite également par des alliances matrimoniales : les Ba. comprendraient théoriquement vingthuit sous-clans ou familles.jettooje (sing. Ka. Kan. Dikko et aussi Mayga Ba a donné Bal. Bari.nouveau et se réunir définitivement à Issafay. Tous les Bororo sont des Ba . le « passage des bœufs » à Jafaraɓe. borooro signifie littéralement « très fermé » et par 5 . So. yettoode). reste un rite pour l'exécution duquel interviennent les Bozo et qui comporte une lustration des animaux. rimayɓe les gens de castes ou artisans. l'initiation a presque complètement disparu. des Jakite au Mandé et des Jagayete dans la région de Bandiagara. Nuba. Les familles Les Fulɓe distinguent :     les nobles. de l'histoire et des événements politiques :     Jal a donné Jallo. Il faut signaler cependant que si. La compréhension du texte de Kumen nécessite une introduction qui mette le lecteur au fait des principaux éléments de la connaissance traditionnelle concernant les structures familiales et les troupeaux. sont Jal. au système quaternaire observé au Mandé. ont fondé le Wasulu . Ba. des Balde au Fuuta-Jalon. Jakite. Bach (?). respectivement Jallo. Jakité. qui ont épousé des femmes malinké. nyenyɓe (de nyenyude « être adroit. Les Ba au Jolof (Sénégal) sont des Bal. comme des modalités de l'initiation. vaincus par Soundiata. instauré par Sheku Amadu au moment où fut organisée la transhumance vers l'ouest. C'est ainsi que les quatre clans initiaux des Fulɓe. propriétaires des troupeaux et pasteurs rimbe (de rimde « naître ») leurs serfs. cultivateurs. Sidibe et Sangare 3. lors de la domination de l'empire du Mali.

ont pour emblème le taureau ceux des capridés. considérés comme de grands magiciens. « or rouge » sanu ble. une entraide réciproque absolue est de régle entre eux . « cuivre rouge » sira ble. le forgeron jouant un rôle dans l'initiation et figurant dans le texte de Kumen. ils n'ont jamais été en contact avec les structures mande. car elle est d'un caractère très particulier. plus on s'éloigne du Mandé. un Pullo ne vendait jamais de lait à un forgeron. 6 . na'inke).extension « égoïste ». Fulɓe et forgerons ne se marient pas entre eux. be'inke). le forgeron peut l'appeler « fauve rouge » (c'est-à-dire « sauvage rouge ») wara ble 7. ils ne doivent jamais se trahir l'un l'autre. banaaru) « pasteurs » :    ceux des ovidés. désignés sous le terme général de banyaaji (sing. détiennent les connaissances initiatiques concernant la brousse. dits be'inkooɓe (sing. car les laoɓe. Les Bororo. avait la priorité absolue pour demander un service. Les Ba sont guerriers . celui-ci répondait « le rouge a passé ». il allie son prénom à celui de sa mère. Au Fuuta-Tooro. et ce dernier travaillait pour lui gratis. et si l'autre insistait. dépositaires de la plus authentique tradition. au Sénégal et au Soudan. des relations à plaisanteries (p. restés nomades. Plus on s'écarte de ces régions. baalinke). « Pullo rouge » fla ble. Les Fulɓe apaisent les querelles entre forgerons et réciproquement. Les So. lorsqu'un Jal est chef. Il convient de mentionner ici l'alliance avec les forgerons. se recrutent les marabouts 5. bûcherons et travailleurs du bois. ont pour emblème le bélier ceux des bovidés. au contact desquelles ils se trouvent. il se fait précéder d'un Ba s'il est à cheval. sont endogames . qui vivent en marge. Un Pullo se présentant à la porte de la forge en apportant du lait. sont rattachés aux So 4. dits na'inkooɓe(sing. néces sitant trois sortes de bergers. ils ne s'asseyaient jamais sur la même natte quand ils étaient pas de même sexe 6 . les Fulɓe entretiennent avec diverses sociétés d'Afrique Occidentale. denɗiraaku. Autrefois. C'est chez les Bari que. autrefois. depuis les conversions à l'islamisme. moins un Pullo porte son nom de clan. D'une façon générale. senenkuya en bamana). Le yettode (ou yettoore) est porté par un individu en Guinée. ont pour emblème le bouc. sont quatre équivalences pour le forgeron. Les troupeaux Les animaux appartiennent à trois catégories principales. dits balinkooɓe (sing. il disait : « Ne vois-tu pas le feu ? » Le Pullo est en effet le symbole du feu pour le forgeron. Si quelqu'un venait alors déranger le forgeron. Chaque clan a son attribution particulière : les Jal sont pasteurs et « propriétaires des connaissances » relatives au pastorat. Pour se moquer du Pullo.

à la sortie du parc. feu. les bovidés ne constituent pas un bien. les vaches et les moutons peuvent parquer ensemble. mais sans se mêler. lesquatre couleurs principales des robes des bovidés. les moutons partent les premiers . Les animaux parquent dans des endroits distincts : les chèvres sont toujours isolées .On ne peut guère changer de rôle dans l'exercice du pastorat . car il y a plusieurs « mariages » possibles — intervient constamment dans la vie pastorale : elles se « lisent » comme un thème géomantique. eau. au retour. mais sont des « parents ». Au moment de la transhumance. Chacune de ces robes a un nom et correspond à une famille relevant d'un clan. les animaux 7 . Ce rite une fois observé et lorsque tout le troupeau est sorti. à l'origine. la couleur de l'animal placé près de la porte détermine. Par exemple. la position et la forme de leurs taches. se divisent chacune en seize classes selon la couleur. les bovidés marchent devant. air) et les quatre points cardinaux : Ja l robe jaune — oole fe u est B a robe rouge — woɗewe air oue st So robe noire — wane ea u sud B ari robe blanche — daneere ter re d nor Les quatre robes principales des bovidés. les quatre éléments naturels (terre. hoggo. Les chèvres transhument à part vers la montagne. Pour les Fulɓe. la fadaletoodde est une vache noire et blanche (elle a une tache blanche en forme de selle sur le dos) et joue un rôle particulier dans le troupeau. C'est ainsi qu'au moment de la transhumance. la famille dont le troupeau doit marcher en tête. et la direction à prendre. en fonction des correspondances mentionnées plus haut. une richesse. en rapport direct avec les clans. L'interprétation des robes — lesquelles présentent en tout quatrevingt-seize combinaisons. Cette parenté s'exprime dans les rapports symboliques établis entre les quatre grandes familles fulɓe. il semble qu'en ce domaine il y ait eu un interdit.

puis ceux des Ba et des So.prennent la direction du lieu de transhumance et se déplacent alors selon l'ordre traditionnel des clans : en tête ceux des Jal. c'est le patriarche de la famille en relation avec l'eau qui doit intercéder par ses prières. Il y aurait eu. Nous donnons ci-après quatorze d'entre elles 10 : uddal (la fermeture) palal (de falde. en effet. seize marques de caractère religieux : à chacune d'elles sont. ceux des Bari fermant la marche. ou que l'eau manque. se mettre en travers. Comme la couleur et les taches des robes. l' « élément » associé à une famille intervient également : si les pluies sont excessives. à l'origine. la mise en travers) lonyal (le trait) takkal (la grande patte) meselenje (les aiguilles) sokaaɗe (les bouclés. le souhait) 8 . attachées des invocations pour la protection et la fécondité du troupeau. fermés) dorral (le grand fouet) hondorewal (si cela était ?. De plus les bovidés sont marqués par leur propriétaire au fer rouge.

Le lait Autrefois. ou sur la croupe. et les combiner en les plaçant différemment sur l'animal. faire un circuit. Une fois qu'il l'a adoptée. l'officiant remplit une 9 . Leur nourriture de base était le lait. est comparable au plat traditionnel offert par le cultivateur soudanais. à droite lonyal.malfal (le fusil) dadorgal (l'attache) korwal (la bobine et la navette . Le lait ne doit jamais être versé volontairement sur le sol : s'il a été répandu par erreur ou par maladresse. Lorsqu'une offrande de lait doit être faite. le Pullo y trempe le doigt qu'il place ensuite sur son front et sa poitrine. sont aussi ceux du tisserand) piilal (de fiilde. la viande du bœuf ou de la vache n'était jamais consommée . On peut marquer les animaux en n'importe quel endroit du corps. on peut en adopter une ou plusieurs. etc. à l'emplacement du cœur. mais la tradition enseigne de le faire là où se situe la « chance » propre à chaque animal : elle peut être dans la tête. toɓɓel koɗo 12. les Fulɓe mangeaient rarement celle des autres animaux en leur possession. Le lait était offert à tout visiteur comme à tout étranger : ce don dit «goutte de l'étranger ». les deux signes à gauche palal. qui est l'objet de représentations et d'interdits spéciaux. l'enroulement) arkabeewal (l'étrier) girraaje (les sveltes) Ces marques sont générales . au poisson donné par le pêcheur bozo. un propriétaire ne change pas la marque de ses animaux. 11. Le Fulɓe échangeait sans le vendre son lait contre tout ce dont il avait besoin.

Un symbolisme sexuel est donc lié à ces deux végétaux : l'un est associé aux activités masculines.). comme celles du corps du bovidé. L'armature du toit de la demeure. Le kojoli (Anogeissus Schimperi Hochst) est utilisé pour teindre en jaune. Le baobab est aux végétaux ce que le bovidé est aux animaux toutes ses parties.calebasse d'eau en citant le nom de la mare ou du cours d'eau où l'on effectue généralement la libation . Le Pullo est généralement vêtu de blanc. est en kelli. le mburri (qui est soit le Gardenia erubescens Stapf. Le nelbi « renferme les vertus pastorales » . le caski 13 (Acacia albida). Ces arbres sont les « deux bâtons mythiques » de l'initiation. le ngelooki (Guiera senegalensis). les vêtements. l'autre aux activités féminines. tati 'ana nawna. le kahi (Khaya senegalensis). car. ou de tissus teints en jaune. Sur le plan de l'initiation le lait a neuf noms dont on dit : « le lait est une eau éternelle . le manche du couteau ou de la hache. dans l'initiation. Les deux premiers sont le kelli (Graewia betulifolia Jussieu) et le nelbi (Diospyros mespiliformisHochst) dont on fait les bâtons de bergers. exécutée par les femmes et ensuite recouverte de chaume. Kuntze). On prête serment « par le lait et le beurre ». Lekelli est en relation avec ce qui appartient aux femmes dans une maison. pouvant être utilisées il symbolise le maximum d'utilité. lekohi (Prosopis africana Tomb. car toutes les plantes sont en rapport avec les bovidés. Sans nous étendre sur le système de correspondances cosmobiologiques auquel se réfèrent ces rapports. le kooli ou koyli (Mitragyna inermis O. trois qui rendent malade. Ce geste constitue également une restitution au végétal. il crache ensuite dans la calebasse. tati 'ana payna). trois qui nourrissent » (kosam ndiyam ngeenam. seront également faits en nelbi la hampe de la lance. nous donnons et commentons ci-après une première liste de végétaux auxquels le texte de Kumen fait allusion ou qui interviennent durant l'initiation. Les végétaux Les végétaux interviennent également dans la vie quotidienne des pasteurs. Il faut mentionner également le delbi. et Hochst. le mbarkewi (Bauhinia 10 . puis y verse le lait et jette le tout sur un toit de chaume pour que le liquide ne risque pas de couler sur le sol. bien entendu. selon la tradition. trois qui guérissent. wolo. « il n'y a pas un seul d'entre eux qui ne soit en rapport avec les diverses parties du corps et les robes de bovidés ». lekombi. l'écuelle du chef de famille ainsi que la plupart des ustensiles de bois. tous les travaux des hommes et spécialement des initiés y prennent « leur force et leur appui » . kasa. et. soit une autre variété de gardénia de brousse). tati 'ana cawra.

Il y a autant de ngaynirki que de laareeji. protection des bergers et des troupeaux). Il est fait d'un treillis de lianes entrecroisées de nelbi ou de kelli. Ziziphus jujubaLam. comme pour l'obtention de telle ou telle couleur d'un veau à naître. laare) « esprits gardiens » des troupeaux. Il est placé contre le mur ouest de la paillote réservée à la première femme et immédiatement à côté de la tête du lit. et Diels). on communie avec eux par l'intermédiaire des ngaynirki. faits l'un de bois de kelli. L'outre contient également les amulettes des bergers. dits « demeures de la lune ». qui les chargent en retour de leurs forces. il s'adresse au propriétaire de l'autel qui correspond à ses besoins. carnivores. qui favorise la force fécondante des taureaux). on invoque les laareeji. Le berger emporte avec lui deux bâtons de marche 'aynirdu 17. le ndaaɓi (jujubier. constitués de plantes diverses ayant le ɗooki pour base. etc. piɓol. les gourdes. lequel est orienté ouest-est dans le sens de la longueur. le matériel dont se servira le berger est demandé et reçu par le postulant au cours des épreuves que comporte l'initiation : ce matériel est consacré. La constitution et la consécration des autels — coûteuses permettent rarement à un Pullo d'en posséder la totalité. Ce terme collectif désigne une série d'autels. le ɗammi (tamarinier). qui protègent contre les dangers de la brousse : serpents. et ressemble à une sorte de console en osier. insectes. 15. association qui témoigne. posé sur des piquets de bois faits des mêmes végétaux. On appelle. En cas de nécessité. pluies. Au-dessus du kaggu se trouve une outre suspendue contre le mur elle contient le ngaynirki (litt. les calebasses à traire et les vêtements du berger à l'exception de ses chaussures. Elles ne doivent jamais mettre sur la tablette leurs cheveux coupés. de la valeur culturelle des techniques. Les autels Le plus important des autels des bergers fulɓe est le kaggu 14.). Ceux-ci interviennent pour tout ce qui concerne le détail de la vie pastorale (procréation. Le matériel du pastorat Le pastorat est une technique qui nécessite un apprentissage. et supporte les offrandes faites aux laareeji (sing. le ɗooki (Combretum ghasalense Engl. Ainsi est souligné le fait que l'usage de l'outil s'accompagne de la connaissance de ce qu'il représente symboliquement. Dans le texte de Kumen. Chacun d'eux est un relais. 11 . soit vingt-huit de base qui correspondent aussi aux vingt-huit jours du mois lunaire.Thonningi Schum). On peut déposer sur le kaggu les objets et ustensiles pastoraux. La pièce où est posé le kaggu est interdite aux femmes pendant leurs menstrues. le foogi (Landolphia senegalensis). pour les Fulɓe comme pour d'autres populations soudanaises 16.

à défaut. mouvette naturelle en bois de mburri. considérée comme incomplète et qui ne doit jamais être mise dans le lait [frais]. ils sont faits de fibres de baobab ou. air. Il est utilisé pour séparer le lait du beurre 23. polli 19.l'autre de bois de nelbi. le pouce étant replié sous les trois autres doigts. aux quatre familles fulɓe et aux quatre couleurs de base des robes des bovidés. dite daangul 21. Il doit être distingué du burgal. tonteeje. à laquelle appartient la coupable. Le rande 20 ou maagol attache le veau à une corde tendue entre deux piquets de Diyospiros. soit de fibres de kelli ou de mbarkeewi. autre cordelette. Cette longue corde représente « la ligne de vie » des troupeaux et les piquets qui la soutiennent. son maître lui donne un nouvel instrument et consacre le premier en prononçant des paroles sacramentelles (paroles secrètes qui se rapportent au nom secret du bovidé). quatre branches du même bois. On prête serment sur son bâton comme sur le lait et le beurre. A l'une de ses extrémités. Le daaɗol 22. étant représentée par l'index. le lait et le beurre » : watoraade duudurdu e kosam e nebbam 18. Un daangul supporte généralement plusieurs rande qui maintiennent les veaux loin de leur mère pendant la traite. Lorsqu'un jeune berger. chaque branche porte un signe. qui a déjà un bâton. et ce travail. Muni d'un nœud à chacune de ses extrémités et n'ayant pas de boucle. la fautive. Le fait de replier le pouce sous les trois doigts exprime l'absence d'intention. Sur un autre plan. sert à attacher le veau à sa mère. le rande comporte un nœud. Si cette faute est commise. associé à celui de l'initiation. les trois doigts représentent les trois familles fulɓe qui ne sont pas fautives. Interviennent également les divers liens qui servent à attacher les animaux . la coupable se purifie en plongeant l'index droit dans le lait. On dit « jurer sur le bâton pastoral. « La fourche du sternum est le burgal du corps » : en y portant l'index après avoir touché le front. il se promène avec le daaɗol sur l'épaule droite « quand c'est l'heure de traire ». lui confère une valeur considérable. Le sirgal. est constitué par une baguette à l'extrémité de laquelle sont fixées au moyen soit de cordelettes de coton. L'objet est orienté lorsqu'il est déposé sur le kaggu. c'est-à-dire en quelque chose de complet. il est mâle. à l'autre une boucle dans laquelle s'emboîte le nœud : il est femelle. Lorsqu'un Pullo se rend en ville. est initié. et la faute ayant été involontaire. terre. feu). 12 . d'Hibiscus cannabinus. le pouce étant le doigt de la volonté. à deux branches. portent le même nom que les séquences qui divisent le mois lunaire comme elle ils symbolisent le temps. fouet à lait ou mouvette. Ces branches correspondent aux quatre éléments (eau. aux quatre directions cardinales. et en touchant ensuite son front et son sternum. donc de pur. on transforme symboliquement le burgal en sirgal. Lorsqu'il s'agit de la mouvette de la femme d'un chef.

mais qui ne font pas directement partie de l'initiation. il peut aussi faire graver sur l'instrument une croix entre les branches de laquelle sont dessinés les quatre bovidés . et le cas est fréquent. Le sirgal ne doit jamais être mis dans une matière autre que le lait. boliiru kosam. travailleurs du bois (laoɓe). dont l'usage est postérieur à la traite. protège le troupeau. le daañgul et le daaɗol. le berger ne peut ni le jeter aux ordures. L'instrument doit être consacré à l'une des quatre catégories de bovidés. quatre instruments différents. Dans le texte de Kumen. on peut frapper un homme. La peau avant d'être tendue sur la caisse doit avoir été tannée selon un rite particulier. du cuir (sakke) ou réparateurs de calebasses (kule) 24. calebasse à lait ordinaire. qu'il doit confectionner lui-même. exorciser ou jeter l'anathème »). Pour éviter cette multiplication. Cet instrument. jamais un âne. les quatre premiers accessoires du pastorat.Ainsi. un chien ou un chat. cencenje. pour traire celle-ci ou faire avancer l'animal. ni l'utiliser comme bois de cuisine . Il faut aussi mentionner les deux gourdes du berger : celle qui contient le lait. et ne peut le 13 . Le berger pullo du Jeeri possède également un instrument de musique rituel à une corde. Leur usage ne doit jamais être alterné. objet féminin. Ce sont le ɓirdugal. boliiru ndiyam. calebasse ou récipient de bois dans lequel on trait. laquelle ne fait pas partie de l'initiation. Lorsque le bâton est cassé. pour pouvoir toujours intervenir efficacement. On ne peut attacher au daañgul d'autres animaux que ceux appartenant aux trois catégories précédemment distinguées. L'initié devra donc posséder. Le môliiru doit être déposé sur le kaggu lorsqu'il n'est pas utilisé. la traite ou la consommation du lait. doit au contraire fabriquer les sonnailles. le moolaaru(de moolaade : « demander protection. il l'abandonne en brousse où il n'est plus responsable de sa pollution. Les interdits concernant ces objets d'usage à la fois technique et rituel sont les suivants :  le daaɗol ne doit jamais être utilisé pour un autre usage que pour attacher le veau à sa mère. avec qui le pasteur entretient des relations particulières. sans l'aide des spécialistes de castes. sont-ils dans l'ordre :   les bâtons. qui sont liés à l'activité des hommes le sirgal. Seul le forgeron. et le tumbude. intervenant dans l'initiation. l'instrument qui ne possède pas cette marque est réservé exclusivement à l'une des catégories d'animaux. il est fait également allusion à d'autres objets ayant un rapport avec le pastorat. décorée. et celle qui est utilisée pour l'eau. Son propriétaire en joue pour invoquer Kumen. Avec le bâton consacré.

Le neuvième ne comporte qu'un seul degré réel. me. le nez et la bouche — entre lesquelles sont établies des correspondances. ce qui le fait passer successivement par neuf états. se. en tant que pasteur initié. re. c'est-à-dire aux « sons que l'homme fait sortir de son gosier » : « a. we. ndye. Elle comporte trois séquences de vingt et un ans chacune :    vingt et un ans d'apprentissage vingt et un ans de pratique vingt et un ans d'enseignement « Sortir du parc » est comme une mort pour le pasteur. 14 . ɓe. débute avec l'« entrée» et se termine avec la « sortie » du parc. puis il lui souffle dans l'oreille gauche le nom secret du bovidé. les oreilles. ne. commence en entrant dans le parc et finit dans la tombe » (pulaaku fuɗɗi gila hoggo fa yanaande) 26. wu. assimilés aux trois enveloppes qui entourent le fcetus. dite « de l'inconnu ». L'initiation comporte trente-trois degrés auxquels s'ajoutent trois degrés supérieurs invisibles. il appelle alors son successeur : le plus apte. Les bergers jouent aussi d'un instrument de musique profane. acquis automatiquement après le trentetroisième. sont dits « les trois obscurités de la matrice ». nye. dit un texte pular/fulfulde. ke. he. fe. nge. d'e. Les trois degrés supérieurs sont inaudibles . nde.prêter qu'à un initié de son lignage. Le postulant progresse en franchissant quatre degrés à la fois. c'est-à-dire de la connaissance. La vie d'un Pullo. ɗe. l'initié est ainsi ramené au stade fœtal . pe. Ces trente-trois degrés correspondent aux trente-trois phonèmes de la langue pular/fulfulde. le trentetroisième. nde. popiliwal ou illorowal. mbe. e. i. qui a lieu à l'âge de soixante-trois ans. le. niɓe tati raanga. ils sont ceux de « la parole non formulée ». tye. Ces derniers. car la salive est le support de la « parole ». yi. be. auquel s'ajoutent les trois degrés supérieurs. d. Il lui fait sucer sa langue. dye. « il naît » ensuite à une nouvelle vie et porte le titre de « fils » 28. Physiquement l'initiation pénètre le postulant par les « sept lampadaires » que constituent les sept ouvertures du corps — les yeux. ye » 27. Sur le plan spirituel. u. o. L'initiation « L'initiation. te. flûte faite d'une tige de sorgho 25. le plus dévoué des initiés ou son fils. mais toujours présente. ge.

il doit porter ses vêtements non seulement jusqu'à la fin de l'initiation. semer les céréales et les graines de calebassier. et ceci jusqu'à la fin de l'initiation. il transporte ensuite la récolte pour la vendre dans un marché se tenant régulièrement le samedi. dans le second cas il doit les donner à un pauvre 30. Les travaux préliminaires imposés par la tradition à l'adolescent relèvent donc tout d'abord de son libre arbitre : il peut choisir d'être initié. ou vendre du bois mort. il prépare sur place avec les produits des calebassiers — une gourde. Puis il tanne la peau pour en faire une outre. pantalon. Le gain obtenu par la vente doit être consacré à l'achat d'un bouc et de vêtements : tunique. A partir du moment où le postulant est agréé par son maître. Dans un même temps. sur laquelle il fait régulièrement les mêmes offrandes. chaussures. Lorsque ce dernier stade est franchi. une poignée de céréales et les graines de trois variétés de calebassiers 29. Il peut toutefois ne pas les conserver. Il lui faut généralement recommencer plusieurs années de suite et faire plusieurs récoltes pour que ses gains lui permettent d'effectuer ces achats. la première personne qui lui demande à boire doit devenir son instructeur ou le conduire à un maître. de sa patience et de sa persévérance. du cuir) auxquelles il ne se livrera plus et absolument différentes de celles que. il doit quémander ou faucher l'herbe contre un salaire. pour pouvoir acheter. Il va ensuite défricher en brousse pour établir un champ. A partir de l'âge de quatorze ans. sans qu'il en soit davantage conscient. vêtu des habits qu'il s'est procurés et muni de ses ustensiles. et non un autre jour de la semaine. s'il est jeune. Dans le premier cas. Lorsque la peau est sèche.Lorsqu'il a décidé d'être initié et de chercher un maître. jusqu'à ce terme il doit également conserver et porter sur lui l'outre et les objets en calebassier sur lesquels il procède à des libations de lait et de beurre chaque samedi. et jusqu'à vingt et un ans. D'autre part. toujours seul et dans son champ. il lui demande de le mener chez un vieillard de sa famille qui devient son maître. il devient son serviteur. ou en décider autrement. ils nécessitent l'apprentissage de techniques (agriculture. bonnet en coton indigène tissé à la main. noble et pasteur. récolter et battre son grain seul. il devra plus tard 15 . grâce aux fruits de son labeur ou aux dons reçus. il doit tuer un bouc et enlever la peau de l'animal sans le vider. mais il doit alors les enterrer dans son champ et édifier en ce lieu une butte de terre de termitière. une calebasse et une cuiller. le jeune Pullo est astreint à un certain nombre d'obligations pendant plusieurs années. il le prie de l'enseîgner . Là. Si le demandeur est un homme d'âge. travail du bois. Ils témoignent aussi. il doit aller la remplir d'une eau pure et se rendre à nouveau sur un marché se tenant le samedi. Ce travail doit rester secret : l'intéressé doit sarcler. mais jusqu'à usure complète.

terme dont on ne peut donner d'étymologie précise 31. L'influence considérable du silatigi s'explique par ce titre. Il préside annuellement la fête de la transhumance et les distributions des prix aux bœufs. En revanche. détermine la date de la cérémonie du renouvellement de l'année. de discrétion et de certaines qualités morales. l'année se divise en vingt-huit séquences de treize jours — la vingt-huitième en comptant quatorze —. en relation avec les animaux et tout ce qui les concerne : santé. la pratique et en fonction de l'étendue de ses connaissances. doivent être pris sur les biens personnels. Il est le «gérant» des animaux offerts par les membres de sa communauté à l'une des personnalités mythiques du panthéon pullo traditionnel. quotidiennement. les dons ou offrandes à d'alâiî. l'initié pasteur. durant toute sa vie. Il fait de même trois fois par lune : au premier croissant. Le sitatigi accomplit un certain nombre de rites réguliers. L'état comme les fonctions d'un silatigi sont. A ce titre. aux trois « jours pleins » (treizième. par son attitude envers son maître. peuvent faire l'objet d'un don de la communauté aux nécessiteux. la modestie. ayant fait preuve de caractère. assouplira son intelligence. au lever et au coucher du soleil. Le silatigi est le prêtre de la communauté 32. le plus prestigieux que puisse souhaiter un Pullo : tout pasteur initié rêve d'être un jour silatigi. maître qui lui est délégué par les puissances surnaturelles. Dès lors. quatorzième et quinzième jours de la lune) qui correspondent à la pleine lune. accède progressivement au titre de silatigi. mais qui peut se commenter ainsi : « celui qui a la connaissance initiatique des choses pastorales et des mystères de la brousse ». le sens de la discipline. il ne doit pas mentir sciemment ni porter un faux témoignage. C'est à la fin de la vingt-huitième séquence que doit avoir lieu la cérémonie du lootoori. etc. agents invisibles de l'initiation. et ceci jusqu'à la fin de l'initiation. à la nouvelle lune. bien entendu. Avec l'âge. transhumance.exercer. mensuellement ou annuellement : il procède aux incantations dont il connaît le texte et les conditions d'émission. Il découvre ensuite son maître par le procédé rituel que nous venons de relater. même en faveur de ses propres parents. L'instruction reçue exercera sa mémoire. associées chacune à la position d'une étoile. que le silatigi fait au nom de la communauté. d'alâffl : ces animaux qui font partie du troupeau mais que l'on ne doit ni vendre. Il sait exactement tout ce qu'il convient de faire pour le troupeau. fécondité. ni sacrifier pour un profit personnel. il développera. « bain 16 . dit aga au Fuuta et baanyaaru au Maasina. un certain nombre d'interdits : il ne doit pas avoir de rapports sexuels avec d'autres femmes que les siennes. ou être consommés lors des fêtes ou des réceptions collectives. d'autres vertus nécessaires : l'obéissance. règles du pastorat. En effet. pour les initiés. il observe.

qui est rythmique. Les végétaux sont de plus classés en séries . pour tout ce qui concerne les troupeaux ou le laitage. La litanie.tonteeje. Elle varie également en fonction de la position de la lune : le mois lunaire. Écorce. il «charge » les végétaux qu'il collecte d'une vertu qui est fonction de sa connaissance des mouvements requis et des paroles appropriées. donnant des fruits ou n'en donnant pas. en donnant ses instructions. dira-t-il par exemple : « Pour faire telle chose. il doit être collecté en fonction de ces diverses classifications. « protéger contre ») : « attacher la bouche de la brousse ». Lorsque le silatigi récite les litanies rituelles. les végétaux relèvent de trois catégories les plantes à tronc vertical. les plantes grimpantes. racine. Le silatigi étudie la classification des végétaux et toutes leurs propriétés thérapeutiques . lorsque le soleil se trouvera dans telle position. Elles sont dites fanaade ladde (fanaade : litt. avec l'une des huit directions cardinales et collatérales 37. varie suivant les circonstances et la famille à laquelle appartient le récitant. 36 et la litanie s'adresse successivement à chacun des « esprits gardiens » de l'intégrité des bovidés. chacune d'eues est en relation avec l'un des jours de la semaine. en invoquant tel laare. tel jour. il doit observer les règles des « correspondances » 34. feuilles ou fruits doivent être prélevés en rapport avec le jour du mois lunaire auquel correspond le végétal. est divisé en huit séquences. pour un usage médical. de vingthuit jours. on distingue les végétaux à épines ou sans épines. etc. dites « piquets ». la position 17 . De plus. en invoquant le laare. à écorce ou sans écorce. pour le transfert d'une famille ou d'un groupe de familles sur un nouveau terrain. Le végétal intervient constamment dans la vie du pasteur. cawroowo. en cas de besoin. Le récitant fait face à la direction cardinale associée à sa famille : sa position est en effet plus importante encore que l'incantation elle-même. Elle s'accompagne généralement de libations de lait 35. » L'initiation confère également au silatigi le rôle de devin. son rythme et les paroles qui la composent. Dans chacune d'elles. esprits qui siègent théoriquement aux huit directions cardinales et collatérales de l'espace. L'enseignement initiatique comporte aussi la connaissance d'incantations destinées à rendre inoffensives les griffes de la panthère. il devient alors « maître des plantes ». « esprit gardien » des troupeaux qui est en rapport avec la séquence du mois et en fonction de la position du soleil.général ». au cours de laquelle les pasteurs se baignent et où l'on procède à une lustration des animaux. Sur le plan de l'initiation. il interprète. les dents du lion la morsure de la hyène. En fonction de la valeur symbolique des couleurs et des taches des robes des bovidés. Ainsi le silatigi. tu prendras la feuille d'un épineux grimpant et sans écorce. les plantes rampantes. en regardant telle direction cardinale. kongi 33.

A son retour. En effet. un baobab. La nuit. il invoque la vache blanche. dans la marche de l'univers. leur entrée dans le parc et leurs positions respectives lorsqu'ils y sont installés sont examinées soigneusement par le silatigi en fonction des critères exposés ci-dessus. terme signifiant « qui peut être téméraire. au milieu du jour. Au-dessus de tous. qu'il « lit » comme un thème géomantique. Kumen Le texte de Kumen exige une introduction qui mette le lecteur en présence du panthéon de l'initié. il procède de même. Après avoir joué longtemps de son instrument pour invoquer Kumen en obéissant à son inspiration (les rythmes sont libres). en dehors de directives géographiques et purement techniques pour les soins à donner au troupeau. immortel. et. Si le soleil émerge à l'horizon. aucune instruction particulière. omniscient et omniprésent : geno vient de yenɗude. comme du rôle des puissances surnaturelles qui interviennent. bien entendu. Suivant le thème présenté par les animaux. reste invisible et ne se manifeste pas sur terre. Geno. Cette fonction s'exerce notamment lors du choix d'un nouveau berger que nous relatons ici à titre d'exemple : le jeune homme désigné pour accompagner les bœufs transhumants est muni d'un bâton de berger non encore consacré et ne reçoit. Mais ce n'est pas la seule appellation qui lui soit donnée : Geno est dit aussi Dundaari. mais ce sont les bovidés eux-mêmes qui détermineront sa carrière. mais se place sous un Acacia albida. la rouge au coucher du soleil. à l'insu du postulant berger. se place Dieu. toujours présent. un diki. surveille-t-on son attitude. « être éternel ». il laisse son inspiration le guider après avoir joué de son instrument. l'une après l'autre. Geno. qui peut agir sans en redouter les conséquences » et qui implique la toute-puissance. associée à celle des bovidés et à leur 18 . son admission au pastorat est décidée ou refusée. est. le silatigi utilise le moolaaru correspondant à l'une des robes des bovidés. heure du départ. En effet. il invoque la vache jaune . et. direction cardinale. Le « signe » correspondant doit sortir et déterminer l'ordre dans lequel s'effectuera la transhumance : tête du troupeau. etc. la noire s'il fait nuit. se place à l'ombre d'un Diospyros mespililormis Hochst (nelbi) ou d'un Graewia betulifolia (kelli) et si possible près d'une termitière. il procède à la divination par la géomancie.respective des animaux dans le parc. s'il fait jour. Or la vie tout entière du Pullo pasteur et nomade. ne pouvant procéder à la géomancie. Muni de son instrument il se rend en brousse. un kohi ou un kahi. l'initiation instruit le postulant de la cosmogonie traditionnelle. et. comme nous l'avons vu. Lorsqu'il doit faire transhumer le troupeau. sans doute s'informe-t-on de ce qu'il a fait pendant la transhumance.

boɗeejo gite. se fiança à une jeune fille qui répondait à la description de la femme interdite à Caanaba. — Non. il sortit de l'océan. I. dit-on du moment où leurs regards se rencontrèrent. Il fit les dépenses d'usage pour son mariage dont il prévint Caanaba. ne put retenir. Or. qui se rendait chaque jour au village. Ilo. Alors qu'ils séjournaient à Sama. il lui avait défendu de le laisser approcher par une femme « dont le corps serait jaune et ocre. dit « fleuve salé ». jeeliba. dont il « épousa le cours » et où. il remonta le cours du Sénégal. Les représentations qui le concernent constituent une géographie mythique 38 (fig. sa femme s'approcha de la case où vivait Caanaba et regarda par le trou ménagé dans le mur. à partir de Bafoulabé. c'était un lundi. « Leurs yeux ont fait quatre » (gite maɓɓe ngaddi nay). il 19 . Trois fois par jour. Les animaux se multipliant. la vieille demanda où allait tout ce lait. qui est le « gardien des troupeaux » de Geno sur terre. Tout petit. et descendit ensuite jusqu'aux sources du Niger. et serait sans seins » (bolo. Comme il était encore un être sans défense. Ilo suivait en vain le troupeau pour tenter de le garder. fils de Yaladi 40. Au bout de plusieurs jours de marche. on remplissait quatre calebasses de lait que l'on portait à Caanaba. coppi). Ils descendirent ensemble le cours du Niger. La femme d'Ilo lui répondit qu'il était destiné à son beau-frère. il les confia à Ilo qui l'accompagnait partout et conduisait avec lui le troupeau.transhumance : la personnalité surnaturelle. et rejoignit le fleuve suivi par le bétail qu'Ilo. avec lequel il vivait. traversa le jeeri et le waalo. Caanaba eut pitié de lui : « Sers-toi de ton bâton de nelbi pour frapper les cornes des animaux ». Et chaque fois qu'Ilo touchait un animal. à midi et le soir. — Les femmes gâtées par leur mari sont les plus sottes. dont il devint le « frère jumeau ». maayo lamɗam. Or. le matin. les yeux rouges. Ce dernier lui rappela l'interdit et la promesse qu'il avait faite de le respecter. il prit le nom de Nikinanka 39. — L'as-tu vu ? dit la vieille. franchissant la barre. se gonfla jusqu'à faire éclater la case. l'interdit étant rompu. il fut adopté par la mère et la famille d'Ilo. Or Caanaba avait un interdit. Ilo était au marché . Caanaba a la forme d'un serpent à quatre-vingt seize écailles qui correspondent aux quatrevingt-seize combinaisons des robes des bovidés. C'est une rivale qui est dans ta maison 41. lui dit-il. celui-ci restait sur place . bolto. puis. accompagné des vingt-deux premiers bovidés que lui avait confiés Geno. 24-25). la femme d'Ilo faisait de temps en temps venir chez elle une femme âgée qui la coiffait : à la troisième visite. je ne dois pas le voir et mon mari m'a dit qu'il y va de notre boŋeur. Alors Caanaba. se nomme Caanaba. pp. S'étant confié à Ilo.

Le privilégié qui finit le cycle acquiert une force qui lui permet de comprendre le langage des animaux et lui donne la clef des paroles sacramentelles. par l'entremise de sa salive. Il existe vingt-huit laareeji. spécialement des bovidés ». reconstituer un troupeau. Caanaba traversa le Maasina par le caanabawol. rouge lorsqu'il est au service de Caanaba et responsable des animaux domestiques. à l'instruire de la structure de l'univers. et inversement. Ilo resta nomade 44. considéré comme le point terminal de son périple depuis le Mandé. sept ou neuf ans. les seize derniers régissent les seize « maisons » de la géomancie. petit à petit. son berger. et le dépositaire des secrets concernant l'initiation pastorale. et se rendit ensuite aux lacs Faguibine et Oro où il mourut. le traversa. Il établit en ce lieu. les pâturages et les animaux sauvages et domestiques. L'initiation du pasteur pullo consiste. C'est dans cette région que se trouve le cheptel le plus important. Pour les Fulɓe. les initiés s'adressent aussi. le monde créé par 20 . la vertu de l'intelligence pénètre le cœur et le cerveau du néophyte. une alliance avec le génie du lieu 43 qui porte ici le nom de ga. sans jamais dépasser onze ans.put. blanc lorsqu'il est au service des puissances responsables des herbivores sauvages. dépression naturelle du sol qui s'amorce derrière Senzani (Sansanding sur la carte). « mère » de tout ce qui vit. Sile Saajo ou Sule. Libre de prendre les formes qui lui plaisent. « il est noir lorsqu'il s'occupe des minéraux. Il peut aussi transformer à son gré les animaux sauvages en animaux domestiques. Le texte de Kumen relate l'initiation du premier silatigi. de plus. plus seulement aux siens. pour faire comprendre au postulant les connaissances relatives au pastorat. Il n'appartiendra. en ressortit. diminutif de Suleyman. associés aux vingt-huit jours du mois lunaire . Kumen a été chargé par Geno de veiller sur la terre. Kumen peut apparaître aux hommes sous la forme d'un enfant de trois. Secondé par sa femme. Foroforondu. dès lors. les douze premiers de la liste régissent les douze mois de l'année solaire . lorsque l'intervention de ceux-ci est nécessaire. Kumen est son auxiliaire. Il fait « sucer sa langue » à ses protégés . c'est-àdire de Salomon. puissances surnaturelles ou « esprits gardiens » dont dépendent le statut et la fécondité des troupeaux. Si Caanaba est le propriétaire mythique des bovidés. il transmet ses secrets à ceux qu'il veut initier « en les conduisant au lieu invisible où le pasteur devient homme ». Comme on l'a déjà vu. auxlaareeji. il perdra son nom de famille et deviendra silatigi. et qui siègent dans l'espace aux huit directions cardinales et collatérales. « vénérable possesseur de la salive chargée de puissance » et maître de sa propre volonté. rejoignit ainsi Molodo et se dirigea ensuite vers le lac Débo 42. Puis il pénétra dans le lac avec les animaux.

de la lutte spirituelle qu'il doit poursuivre : il doit la franchir sans crainte pour atteindre les degrés supérieurs de la connaissance. car sept réunit le principe mâle. comme avec l'animal interdit de son clan. les directions cardinales et les clans fulɓe : ces correspondances valent aussi. De plus. symbole de l'univers. son rôle social. consubstantiel au bovidé. symboles de la lutte qu'il doit entreprendre sur lui-même avec l'aide de Dieu. 4 45. en même temps. neɗɗo kiɓɓo. comme une succession d'épreuves. est sorti « d'une goutte de lait ». enfin à son destin. Cet exemple. dans l'ordre suivant : feu. toɓɓere ɓira. un jour du mois et même de la semaine. ainsi qu'avec les principaux végétaux qui interviennent dans la vie pastorale. Franchir l'entrée de la première clairière consiste pour le postulant à passer du monde désordonné des hommes. en fonction de la morphologie de ce principe initial. à son caractère. ayant pénétré les quatre éléments et en étant lui-même pénétré. Nous avons indiqué un premier aspect de ces correspondances entre les bovidés (qui se distinguent par leurs robes). qui a formé ensuite le « bovidé hermaphrodite ». aux végétaux et aux minéraux. Le texte de Kumen présente l'initiation comme un enseignement progressif de la structure des éléments. contenant les « quatre éléments ». la blanche. Geno. C'est ainsi que l'homme. son déplacement sur un terrain où il rencontre. la noire. se complique de toutes les interférences dues à sa race. Sont établies par le créateur. aux animaux. à la brousse « cité de Dieu » (ngendi Geno) et au monde organisé du pastorat. réalise son état définitif et devient une personne complète. qui ont les couleurs de l'arc-en-ciel et symbolisent la complétude. 21 . sur le plan psychologique. sur un autre plan. ses techniques. De la sixième à la douzième clairière. le postulant. et le principe femelle. sur un premier plan. 3. air. bien entendu. son statut familial. il reçoit les « lumières de l'initiation » : il voit successivement sept « soleils ». eau. la jaune et la rouge.Dieu. Cette clairière est aussi celle du « génie de la guerre ». pour progresser. apparemment simple. symbole de la résistance qui lui est opposée. Elles s'étendent également aux astres et. l'année et ses douze mois. et. sur terre. de l'espace et du temps dont l'essence doit pénétrer le postulant : il la présente. terre. une série de correspondances cosmo-biologiques entre tous les éléments qui composent cet univers. Le postulant doit pénétrer successivement dans douze « clairières » qui symbolisent. en passant d'une clairière à l'autre. avec les végétaux en général. les quatre éléments. de la « cité perturbée » (ngendi jiɓuya) qui est sa demeure. pour les quatre grandes races humaines. est en relation personnelle avec une étoile. les personnalités mythiques qui doivent l'enseigner. bases de la création. Dans la cinquième clairière. Les quatre premières clairières le mettent successivement en rapport avec les « quatre éléments». sa situation géographique. il est mis en contact avec des animaux sauvages qui sont les symboles des forces avec ou contre lesquelles il doit lutter.

sont pour la plupart intraduisibles. il n'est plus observé à partir de Dori. avant Sarafere. une lutte ultime contre un lion qu'il vainc. 3. par ses incantations. c'est-à-dire dont il faut consciemment pénétrer la succession. donc à sa transcription. Il invoque alors Dieu. Mythe et organisation sociale au Soudan français. Il quitte ensuite ses instructeurs pour retourner au pays des hommes. fero a le même sens. gourdes. à la frontière. G. du prénom de sa mère. Mythe et organisation sociale au Soudan français p. 7. 2. et qui se compose. devant être respectées rigoureusement. feu) et aux quatre points cardinaux. il ne nous est pas possible actuellement. Il mène seul. Les « vingt-huit nœuds ou enlacements » correspondent aux jours des mois lunaires qu'il s'agit de « dénouer ». Dieterlen. nécessaires à l'émission du texte en langue pular/fulfulde. quelques hypothèses sont formulées sur le sens de certains mots. Cf. Les musiciens. Dieterlen. il s'appellera Amadou Kadija. Les lawɓe auraient été à l'origine des So . et qui fait correspondre les quatre noms de famille aux quatre éléments naturels (eau. extrêmement strictes. Le Bara Issa rejoint le Kolikoli en amont. comme nous l'avons vu. Un certain nombre de commentaires accompagnent le texte. qui combine le temps solaire avec le temps lunaire.Après la douzième clairière. Cette note contredit l'un des aspects fondamentaux du texte principal. De surcroît cette assertion n'est étayée par aucun fait et semble procéder d'un comparativisme hâtif . l'initié reçoit de la femme de Kumen une cordelette comportant vingt-huit nœuds. de le publier sous sa forme originale. Dundaari. Les conditions rituelles. Ces cinq expressions sont en langue bambara. 5. Le « dénouement des nœuds ». Ainsi est-il instruit du calendrier mystique de l'année. maître de la création. [Tierno S. terre. etc. C'est un interdit contracté par les Fulɓe au Mandé. 22 . qui est connaissance. Au Maasina. cordes. Notes 1. 41. de la même façon. G. par respect pour les maîtres qui nous l'ont enseigné. à partir de Dori ne se dira plus Ba. permet à l'initié de recevoir les emblèmes du pastorat : bâtons. sont rattachés aux Ba. Les Bari du Maasina ont pris le nom de Sise et définitivement abandonné leur yettoode pular. Amadou Hampaté. Celui-ci présente plusieurs invocations qui. air. Bah] 4. Au Fuuta. mais placés «à côté » des nobles de ce clan. situé sur une île au confluent. dans l'état actuel de l'enquête. et qu'il sacrifie ensuite. p. qui souligne le caractère endogène de l'onomastique (système de noms) quadripartite fulɓe. 8. celles-ci correspondent également aux zones successives du savoir. Issafay est un village bozo ancien et important. 59. ils sont actuellement castés. 6. de vingt-huit séquences . Cependant. elle est donc à traiter avec prudence. 9.

Dieterlen. il est joué par les musiciens wambayɓe (sing. on peut aussi utiliser pour cela une gourde à long col (boliiru) et l'opération est dite alors wumpude. La flûte est dite poopiliwal de foofude (respirer dans … quelque chose) ou illororowal de iilude. dans la tradition. tels que les décrit M. un terme technique de la phonologie qui désigne les unités fondamentales d'une langue. Variante de aynirdu. — [On doit plutôt lire sons et non pas phonème. 92. 13. cf. De cay « prendre brusquement. car l'information n'a pas fourni l'ordre traditionnel. La valeur religieuse de la marque a été relevée par M. Le diminutif tobɓel est employé par modestie. 14. De rado : nerf. Il y a entre lengaynirki et le piɓol la même différence qu'entre les autels boli et les amulettes tafo des Bambara. 21. est un instrument de musique profane des sédentaires. la gourde utilisée pour cette opération ne sert jamais à un autre usage. L'enquête doit également être poursuivie sur le symbolisme de ces marques. pour amoindrir volontairement l'aspect généreux du geste. Dupire. aux Malinké et aux Bambara . Pulaaku signifie littéralement « l'état du Pullo dans l'initiation. Pour des représentations comparables chez les Dogon concernant l'agriculture et la forge. 24. dans son étude sur les Marques de propriété du bétail chez les pasteurs fulɓe. 130). La réduction des signes à des éléments simples et le transport des marques uniformément aux oreilles. De aynude : conduire les bœufs. est dit wurwude . certainement différent. sont destinés à respecter les peaux : il s'agirait de faits relativement modernes dus au développement actuel du travail du cuir chez les Haoussa. 12. De daande qui signifie cou. G. 11. fonctions normalement réservées aux gens de caste (nyeenyuɓe). C'est l'un des cas exceptionnels où les nobles (rimɓe) peuvent travailler le bois ou le cuir. Les phonèmes sont donnés dans l'ordre alphabétique. Cf. saisir ». Deux manquent dans notre nomenclature. 27. à quatre cordes. p. Rarement décorée. « lier » au sens moral. Cette plante appartenait. 25. Les ngaynirki semblent se rapprocher des autels individuels ou collectifs que les Bambara nomment boli. dont l'opposition est pertinente. 22. 19. également de raɗo : « nerf ». Ou raaɗul. De haggude « tisser» et aussi « attacher». 18. les Fulɓe nomment porompolli l'Hibiscus sauvage. ils l'ont transmise aux Bozo qui peuvent maintenant la cultiver .10. Le hoddu. (éternuer) et signifiant « qui donne une voix flûtée ». 16. pp. 23. Séparer le beurre avec le sirgal. Essai sur la religion bambara. 15. Dieu d'eau. 91 et 101. M. Griaule. 26. 20. qui écrit : « Il apparaît donc combien dans ses détails cette opération du marquage du dyelgol baigne dans tout un contexte magique qui lui donne une signification dépassant de beaucoup la simple reconnaissance d'une propriété » (p. 17. qui ne peut jamais être utilisé par les nobles . c'est-à-dire porteuse de différence de sens entre les mots du 23 . bambaɗo) des Ba. Dupire.

Ces rapports sont également impliqués dans une expression pular/fulfulde caractéristique. 41. arɓe). Ces «piquets ». B. on peut remarquer que Caanaba. G. (Cf. c'est-à-dire au serpent. nous réservant d'en publier le texte intégral ultérieurement. 24 . les 'arɓe sont devenus chefs de village ou de canton [ce dernier mot est emprunté à l'organisation administrative coloniale — T. 39. accompagnent du jeu de cette calebasse leurs chants rituels « qui vont au fil de l'air comme la calebasse au fil de l'eau ». Appia écrit: «C'est l'oeuf du niniganne (ningiri au Fuuta et ninkinawka en Casamance) qui donne naissance au vrai bansony. Ce terme dérive de humbude « flotter ». Aspects de mythologie et de symbolique bambara. dit « fils du Komo ». 32. 28. litt. sous le nom de Nikinanka est connu des populations de Guinée et de Casasamance. Au temps du nomadisme. le roi était appelé également silatigi ou silati. le humbaldu. Dieterlen. 72 et 74. Classification des végétaux chez les Dogon. p. l'opposition entre la voyelle courte et la voyelle longue dans les mots: laɓi (couteau) et laaɓi (propre). de forme allongée avec lequel on fabrique un long instrument de musique en ménageant une ouverture à chaque extrémité. car les femmes. 17) 37. : à oreilles rouges. Griaule. p. Bah]. portent le même nom que ceux qui soutiennent les «cordes des veaux » daanygul(cf.lexique.S. La vieille femme de la légende doit être assimilée à la jumelle de Pemba Mousso Koroni Koundyé. 201. devait être silatigi. 31. Cf. (“Masques de Guinée française et de Casamance”. ou bien la pertinence des consonnes doubles dans la paire de mots: ladde (brousse) et laɗɗe (couteaux). 29. Au FuutaJalon. D'où le serpentement caractéristique du masque ». qui divisent le temps.) 40. 161. palpâli. supra. En se sédentarisant. cf. désignés par un collectif. Litt. 14. 93. Nous donnons ci-après une version résumée du mythe de Caanaba. personnalité mythique des Malinké et des Bambara. Cf. 33. Ligers dans : “Comment les Peuls de Koa castrent leurs taureaux”. p. 35. Les Fulɓe distinguent trois variétés de calebassiers. p. p. Dieu d'eau. p. citée infra. 34. Dans un sens comparable à celui donné par les Bambara au nouvel initié du Komo. de Ganay. M. 36. Pour une classification comparable des végétaux chez les Dogon. p. auxquelles l'instrument est réservé. A propos du masque bansony des Baga. qui contribue à perpétuer le désordre sur la terre. « maître de la route ». p. 'arɗo (plur. — Tierno S. Cf. 12 et 29. 31). Ex. komo den. Il a été également recueilli au Maasina et résumé par Z. S. Il convient de rapprocher le rôle du vêtement dans l'initiation des rapports symboliques unissant « tissage » et « parole » observés dans d'autres sociétés soudanaises (Cf. qui sont : • le tumbude qui donne les calebasses rondes • le nyeddude avec lequel on confectionne les cuillers et les gourdes • le humbali. 38. Bah]. 30. le chef temporel. Il ne faut pas confondre avec le bambara sira tigi. p.

sortir ». [2] Le bovidé cité ici est dit ndurbeele par son sexe. fiti « s'être éjecté ». 44. Il s'agit là du bovidé hermaphrodite. p. La suite des mots fait probablement allusion à l'égorgement d'un poulet qui précède tout sacrifice important et qui a un caractère divinatoire : les bonds de l'animal agonisant. [1] Le texte lait d'abord allusion aux végétaux. Dieterlen. 39. sera accepté et bénéfique. 4.) Première Clairière. Le symbolisme attaché à ces représentations a été développé dans l'introduction. 45. Dans son ouvrage sur les Fulɓe. Essai sur la religion bambara. Dieterlen.183 . p. in Mœurs et Histoire des Peul. dans le corps de l'homme. la verge et les deux testicules. 43. qui interviennent dans la labrication des objets ou ustensiles du berger. G.) 42. n. Le septième est le degré suprême. jouent un rôle important qui sera développé lors de la publication du texte intégral du mythe. le nombre 4 représente les quatre lèvres chez la femme. Sile Saajo cherchait sa vache égarée quand il entendit ceci : « Ma voix ! ma voix !… me voici. G. par les couleurs et taches de sa robe. Tauxier a traité au chapitre II de « ce que les Fulɓe pensent eux-mêmes de leurs origines ». [3] L'incantation est intraduisible : fitaa « être éjecté. il ajoute cependant : « Les plus sages disent simplement qu'ils descendent de Cham par un certain Ilo ou Ilo Falagui … ».fadaletodde. 41. filti « avoir entouré (quelque chose) ». je suis Kumen. Dieterlen. « Le nombre 3 représente. p. puis sa position finale lorsqu'il est mort. cf. » (G. Ce parcours épouse l'ancien lit du fleuve. offert après son immolation. Essai sur la religion Bambara. Il est intéressant de remarquer qu'après un exposé et une critique d'informations. Mythe et organisation sociale au Soudan français. Tous les villages qui jalonnent le periple de Caanaba. p. considéré comme le géniteur et le symbole du troupeau. L. 5. depuis la mer jusqu'au lac Débo . [4] Chaque « soleil » correspond à un univers comparable à notre système stellaire ainsi qu'à l'un des aspects de l'initiation. firi « s'être envolé ».firaa « s'envoler ». sont interprétés pour savoir si le sacrifice. 25 . qu'il juge erronées car fantaisistes ou influencées par l'Islamisme. et leur confèrent leur caractère religieux. 50 et ss. Sur Faro et le Débo.

[5] L'initiateur met sa langue un instant dans la bouche dit pupille qui la suce. Ensuite il donne l'enseignement, transmettant ainsi la salive qui transporte le fluide du corps, puis la « parole ». [1] Le ciel sourit au dessus de ma tête. La terre frémit sous mes pas. Mon souffle balance les branches. Je suis devant mon parc. C'est la première clairière, faite d'un tissu de branchages du merveilleux kelli et du vertueux nelbi. Des delbi rampants ont obstrué les treillages de mon enclos. Leurs fleurs rares sourient et chantent pour mes bœufs. Chantez pour mes bœufs, oiseaux des arbres… [2] Je suis souverain dans les choses pastorales. La vachendurbeele de bon augure, beugle au milieu de mes animaux. Elle est la patronne de mes bêtes, une fadaletodde, une espèce rare. [3] Hurr! hurr! hurr! Fitaa! firaa! fiti! filti! firi. Les mâles et les femelles possèdent dans leurs entrailles la semence des veaux, taurillons, futures vaches et taureaux, manifestation brillante de ma bonne fortune. [4] Sortez, bœufs gras et vaches pleines… Sautez par-dessus les sortilèges. Il me plaît que vous alliez dans la prairie et buviez à la mare « du soleil septième ». Je suis Kumen aux formes multiples : tourbillon soulevant la poussière, inondation submergeant les hautes brousses. Quand pour le bien, je m'empare d'un homme, je le plonge dans la mare du soleil où s'abreuvent mes bœufs. Je lui souffle dans l'oreille droite le nom véritable-caché de la vache. C'est un mot magique qui multiplie les bœufs et dispose bien le laitage. [5] Je suis Kumen, je fais sucer ma langue à mon pupille. Je lui communique au moyen de ma salive le charme fécondant la vache.

Première Clairière (suite) [1] Dieu est invoqué ici sous son nom de Geno, qui implique son éternité. Il sera ensuite invoqué, au moment des épreuves du postulant, sous le nom de Dundari. [2] Les auristes et oculistes sont des guérisseurs. Il semble que le baobab isolé et la termitière noire, soient associés à leurs connaissances et à leurs pouvoirs. Baobab et termitière conjugués ont également un caractère divinatoire. L'allusion à la Pleine lune concerne sa lumière qui éclaire presque comme le jour ; le précédent et le suivant sont dits « jours laiteux » nyalɗe kosamaaje.

26

[3] L'incantation s'adresse aux initiés qui, étant sortis du premier stade sans avoir violé d'interdits, peuvent y rentrer à nouveau pour s'instruire des suivants ; ceux qui voudraient pénétrer la connaissance sans passer par les grades successifs de l'initiation sont exclus. [4] Le tamarinier est symbole de vie, de résurrection ; il intervient dans tous les médicaments. A un malade, pour l'encourager à se soigner, on dit : « Attrape les racines du tamarinier », nangu ɗaɗi ɗammi. [5] Les Fulɓe font constamment allusion aux événements de l'époque, de Salomon, qui apparaît dans les légendes et les traditions historiques comme un maître et la source de certaines initiations. Cette caractéristique des génies est une allusion à l'alliance entre Fulɓe et forgerons. Lors de ses déplacements pastoraux, Kumen est « assis sur la tête d'un taureau » dont les deux cornes symbolisent l'une l'esprit hakille, l'autre l'âme wonkii (de wonde, être) ou yonki (de yonde « être digne de »). [6] La vallée de Bukul se trouve au Sénégal. [7] Si l'initié demande à son instructeur autre chose que la connaissance, il ne peut pénétrer dans la première clairière, symbole de « l'entrée dans l'initiation », ni, naturellement, dans les autres. [8] L'homme « qui n'a qu'un poil noir » désigne celuiqui « n'a qu'une parole et sait la garder secrète (dans l'obscurité) ». Le poil est le symbole de sa virilité, qui préserve son corps de toute faiblesse ; il est également celui de la pérennité et de l'unité de la science de l'initiation. [1] Geno me connaît. Du haut, il fit de moi un enfant éternel. La terre m'obéit parce que je suis descendu du ciel dans les airs, au moment où les grandes eaux étaient en ébullition et enceintes des terres, mères des pâturages et des cultures. Je suis Kumen l'Enchanteur. Je transforme tous les animaux à garrot et à bosse en bœufs gras et jolis à voir. De même, quand, de colère, je souffle sur un troupeau, il se transforme en buffles ou s'évanouit dans les buissons. [2] Berger ! veux-tu me voir ? Chasseur ! veux-tu me discerner ? Allez l'un et l'autre vous faire traiter par les auristes et oculistes, demeurant respectivement dans la « termitière noire » et sous le « baobab unique » planté au pays mystérieux où les astres sont blanchis avant d'être incrustés dans le ciel et mis en circulation dans l'espace. Je connais la température initiale des eaux, la nature des étoiles et le but de leur existence. Je connais le secret de la lune, quand, en croissant-faucille, elle transperce les nuages, ou quand, en « rond de paille », elle éclaire les nuits du printemps et vante le beurre et le lait. [3] Entrez, sortants… Sortants, entrez… » 27

[4] Voilà ce que disait Kumen, quand Sile Saajo le surprit couché sous un grand tamarinier au bord de la mare Tumu (Djoloff). Sile Saajo se saisit de Kumen. Il le croyait un enfant abandonné par une mère dévorée par des fauves. Il lui trouva une barbe de patriarche à moitié grisonnante. Il en fut au comble de la stupéfaction. [5] Kumen lui dit : « Sile Saajo ! Je suis Kumen l'Enchanteur. J'initie les hommes par degrés à l'exemple des génies de Salomon qui trempent l'acier. Je suis Kumen. Je m'assieds sur le cou du « mâle » de la vache, les deux pieds entre les cornes. La bête s'en va broutant l'herbe sans se gêner et sans m'incommoder. [6] Je ferai une deuxième apparition dans la vallée de Bukul. Avant ce temps, porte-moi sur le cou et allons visiter le domaine de Geno, mon Maître et le tien. » — « Sile Saajo ! sois le bienvenu, te voici à mon seuil. Dis-moi ce que tu veux de Kumen, Maître des formules ? [7] — Je désire le savoir qui augmentera mes mérites de pasteur et mes connaissances de silatigi. — Tu ne serais pas allé plus loin, si tu avais demandé autre chose. » [8] Les gens du dedans ne vont pas au dehors, et ceux du dehors ne vont pas dedans. La zone est gardée par un vieil homme qui n'a qu un poil noir.

Première Clairière (fin) [1] Le serpent, qui est ici Caanaba, défend l'accès à la connaissance : il joue d'une flûte à sept trous qui représente la gamme et l'ensemble des sons. Les quatre éléments, base de la création, sont représentés dans cette scène par la poterie « terre ) contenant « l'eau » surmontée d'un « feu » sur lequel souffle « air » le serpent. Si Sile Saajo n'avait pas été digne de la connaissance, l'eau, ou le souffle du serpent aurait éteint le feu. La stabilité des quatre éléments démontre que l'initiation peut lui être accordée. Le serpent se couche alors sur l'ordre de Kumen. Or, de même qu'un serpent mue à chaque saison des pluies, Sile Saajo doit aussi « muer » sur le plan spirituel. Celui qui trouve la mue d'un serpent s'en frotte le corps deux fois : la première pour se préserver de la morsure du serpent mythique, « enroulé dans le périssable » ; la seconde pour évoluer spirituellement. [1] Sile Saajo perçut une lumière sortant du fond d'une poterie remplie d'eau. Un serpent, face à la poterie, jouait des airs mélancoliques au moyen d'une flûte creusée dans une tige de sorgho et percée de sept trous pour varier les sons. 28

il doit franchir l'espace couvert par les troupeaux noirs. [1] Il vit plus loin un berger debout sur un pied et appuyé sur un bâton. wane. se mirer dans l'étang. couche-toi! ». De même que Sile Saajo a traversé les forêts sombres. Sile ne l'écoute pas. il est devenu une « personne ». il représente également la flexibilité. Certaines parties du corps de la grenouille peuvent être utilisées pour la confection d'amulettes. Elles se tournèrent vers Sile. Sile se demandait : « Qui est ce berger ? Qui est ce troupeau ? » Dès qu'il émit cette pensée en lui-même. dont le coassement annonce la présence de l'eau. [2] Kumen lui ouvre alors un fourré de lianes de foogi qui forme un rideau et représente tout d'abord la patience : le foogi fleurit une année et mûrit seulement l'année suivante (fiina hikka rima maawri « il fleurit cette année et ne fructifie que l'année prochaine ») . Deuxième Clairière [1] Le bovidé noir. la souplesse. Immobile et le cœur inquiet. dite grenouille des « grâces » (moƴƴere — demoƴƴande. est symbole ici de l'aspect occulte de la connaissance.« O feu ! dit le reptile. la plus grande mare. se laver dans la mare. 29 . Sile Saajo franchit la station du serpent avec une peur refoulée dans le fond du cœur. C'était le pâtre du troupeau noir. au contact de l'aurore. et Kumen impose silence au batracien qui n'intervient plus après que Sile ait répondu à ses questions. « faire la grâce de ») est la gardienne de sanctuaires de l'initiation figurés ici par l'étang et la mare. ordonna Kumen. Agir en sens inverse. de le pousser sur une mauvaise voie. dit banel. La grenouille. Lorsqu'il l'a fait avec courage. c'est chercher à atteindre l'éternel. La grenouille essaye de tenter Sile. toutes les bêtes cessèrent de brouter. car il épouse un autre végétal en s'enroulant autour de lui. [3] On se mire dans une mare — nawel — et on se lave dans un étang — nawre — plus grand. Kumen le salue : Sile était jusque-là un être vivant. [4] Les femmes fulɓe ont une grande vénération pour Foroforondu qu'elles invoquent fréquemment. beuglèrent et s'évanouirent… comme le crépuscule le fait à l'approche. pourquoi ne t'éteins-tu pas sur l'eau ? Est-ce que les sons que je tire de la flûte ne produisent pas une brise qui diminue la force du feu et le tue ? — Serpent.

le troupeau que paît un berger aux pieds grèles et au teint bronzé. qu'as-tu vu d'extraordinaire avant moi ? — J'ai vu. [3] Le dernier œuf d'une couvée d'autruche sert à confectionner des charmes destinés à conserver dans une famille la force temporelle. Kumen frappa une touffe de lianes ayant l'aspect d'une porte fermée. Il connaîtra le vrai nom de la vache. qu'il te soit agréable : par la vertu du lait et du beurre. [2] L'invocation signifierait : « Sois repoussé. J'ai vu un serpent qui joue de la flûte devant une flamme dansante sur une eau dont un canari est rempli. l'autre de le noyer. retourne aux confins (ou à l'infini) et sois sans valeur. Ainsi. » La grenouille questionna : « O voyageur ! vers Foroforondu. O Sile ! prends de la boue dans l'étang. Le rampant est contraint par la force du feu et de l'eau qui menacent l'une de le brûler. silence ! Sile n'est pas celui qui refuse de l'eau aux voyageurs altérés. ni dans la possession de la force des éléments. Ils arrivaient aisément à voir l'avenir comme un homme ordinaire voit sa face dans un miroir. Il a trouvé le commencement. Va vers Foroforondu douée de prestige. Sa voix ne tremblera point. qui œuvre dans l'ombre. ils augmentaient la puissance de leurs yeux. toi qui (nous) comprime . » Elle s'adresse à tout agent du mal. [3] Ici. venaient se mirer aux eaux tranquilles de la mare et ils se lavaient dans l'étang. Devant Foroforondu. Sois le bienvenu dans mon domaine. silence » Troisième Clairière [1] Celui qui parle est le gardien.Kumen à ce moment se tourna vers Sile et lui dit : « Salut à toi. » [2] Ce disant. Sile. Sile Saajo se trouva en face d'un étang et d'une mare. Mais ne parle plus à personne. sois son nourrisson. » Kumen reprit : « Grenouille. toi qui (nous) étouffe : sois bousculé. Au lieu d'une clairière ou d'un fourré qui continue. Les branchages se contractèrent et s'ouvrirent. » La grenouille reprit : « Le serpent de la flûte célèbre un maître qui ne se complaît pas dans les richesses. Il va vers la fin. invisible et présent de la deuxième clairière. la fortune et la gloire. Il faut qu'il n'ait pas 30 . répondit Sile. dit Kumen. pasteurs de Salomon. il sera un homme. cria pour le tromperune grosse grenouille qui coassait : « faabuga! faafaabuga! buga fundundur! » [4] Kumen cria : « Grenouille. les génies.

J'envoûte au moyen d'un œuf d'autruche.faddunde ndaw (de faddaade. Les périssables dans les obscurités et les durables dans le « fleuve de vie » (maayo guurndam). Sile ! les formes sont multiples et les formules variées. Lorsqu'une troupe d'hommes ou un troupeau de bœufs s'arrête. va vers Foroforondu. Et le bœuf qui beugle. Si tu es berger. je suis armé de paroles onctueuses pour les esprits fins et les âmes délicates. le remuement des feuillages dans les branches. Je mène Sile vers le fleuve de vie où il pêchera une ambre magnifique destinée aux âmes non souillées : femmes chastes et hommes qui défendent les biens légitimes. je connais son verbe et je ne méprise pas son avertissement clairvoyant. d'une poudre magique qui brûle sur du feu. protéger. Sois muet et que rien ne décolle ta langue de ton palais. s'il sait se plier à la discipline. « ce dont l'autruche se sert pour protéger (sa ponte) ». salut à celui qui accompagne Kumen. mais c'est l'esprit qui voit. Le serpent est-il subjugué ? La grenouille est-elle domptée ? C'est ici la deuxième clairière et nous sommes ses gardiens. Je suis armé d'un gourdin pour les âmes épaisses et les cœurs opaques. Son cœur est pur. Il a appris par cœur les formules :tukusum! mukusum! y a fuufay! » Les esprits qui parlaient à Kumen reprirent : « Sile ! va dans la vallée. Ce sont les yeux qui regardent. au corps oint de beurre. passe. un hexagramme sur le sol et l'on campe au milieu. Salut à Kumen . Salut à Kumen . les traits d'une étoile filante. d'un instrument tranchant. autruche). à cheval ou à pied. douze mois pour l'année). le zénith et le nadir. nous sommes des esprits nourris de lait. ses directions cardinales. Je parle aux animaux. tous me confient leurs secrets. Si tu es guerrier. Nous demeurons dans la troisième clairière. et ndaw. Le bruissement des sources. le temps et ses divisions (sept jours pour la semaine. Il veut être connaisseur. Et la tourterelle qui roucoule. salut… » Les esprits : 31 . L'autruche est censée agir de même : elle danse en traçant un large hexagramme sur le sol avant de pondre. » [3] Kumen : « Je suis Kumen à la barbe vénérable. « Salut au Maître qui rentre. contre les brutes. s'il sait se plier à la discipline.éclos : on le travaille sans le vider. avant l'apparition du premier soleil. Cette figure représente l'univers. Il n'exposera sa poitrine velue que pour défendre la vache. ses mains sont propres. salut à celui qui accompagne Kumen. le chef du convoi dessine. Enthousiastes. qui défends-tu ? » [2] Kumen reprit : « Sile est berger chanteur. Salut à celui qui allume pour éclairer et qui connaît le sens caché des robes des vaches. Je suis porteur. j'entends ce qu'elle dit. Il y a une relation entre l'œuf d'autruche et l'hexagramme. Les racines des plantes me livrent leurs secrets. la femme et l'orphelin. Mais il faut qu'il n'y en ait qu'un seul. dernier d'une couvée qui a refusé d'éclore.

Les « feuilles digitées » de certains végétaux captent les forces suivant le nombre de leurs nervures : les paroles sont transportées par la « main » qui les dirige sur le malade respectueux des correspondances établies entre les différents éléments de l'univers. il ne faut pas le violer. mi yi'ii fuu makko. Il créera des chemins. Sa feuille. sacré. D'un être sans réserve ni pudeur morale. [3] Le ngelooki est médicinal. desséchée. On n'a ainsi connu que les deux premières plantes. S'il pleut. Il abordera Foroforondu. » [1] Les cheveux et la barbe grise de Kumen symbolisent sa sagesse virile. y compris son nombril ». L'enfant resté seul. on dit : « J'ai tout vu de lui. et le bébé s'est tu. Il me suit vers les cimes. [2] L'incantation comporte les points cardinaux et les couleurs associés aux quatre tribus fulɓe. dans la maison si l'on est chez soi. Le nombril est le point central. la lemme âgée l'entendit et l'interrompit : « Voici un tout petit enfant qui Parle. Il ne faut pas voir le nombril de Kumen. Parla en disant : « Voici les remèdes contre la mort. car on doit accéder à la connaissance progressivement. c'est-àdire le fond de son enseignement. est brûlée sous le ventre des animaux lorsqu'ils sont parqués : c'est un encens et une protection. sa parole sera chantante. Le dooki et le ngelooki sont deux végétaux susceptibles de lutter contre la mort et parfois de triompher d'elle. Il découvrira des pâturages.« Sile violera-t-il les coutumes ? A-t-il goûté les sons de la flûte à sept trous ? A-t-il apprécié les coassements de la grenouille des grâces ? » Kumen : « Sile est poète. Il ne rit pas de ma taille. et la recette est incomplète. jamais une jeune fille ne laisse voir son nombril. élixir de vie. s'il sait se plier à la discipline. salut à celui qui accompagne Kumen. le dooki et le ngelooki. on place une petite branche de ngelooki derrière soit oreille lorsqu'on est dehors. accomPagnée d'une vieille lemme. comme protection contre la foudre. Chaque 32 . » Quatrième Clairière « Salut à Kumen. Il sera exaucé. Il se libérera de ses ennemis au regard hautain et à la langue méchante. Une légende relate la révélation aux hommes de ce pouvoir : Un tout petit enfant pullo lut momentanément déposé sous un arbre par sa mère qui le croyait malade et qui cherchait aux alentours des plantes pour le soigner. » Avant qu'il ait fini. c'est la fin du monde ». Il répandra ce qu'il faut répandre. son expérience. fay wuddu.

» Les esprits: « Kumen ! va en paix.homme est associé à une plante et chacune d'elles à un jour ou à un moment de l'année. ne lui résistez pas. » Kumen : « Sile sera pareil à cette plante synthèse qui. S'il arrache les feuilles du ngelooki c'est pour baigner les bêtes dans ses forces vertueuses par fumigation. protectrice du parc. Ouvrez pour Sile. la lunaison interviennent. » [2] « L'Est brille de lumière . Des cheveux gris ornent ma tête. il est noble et sage. rameaux et fleurs. animal de Iloo Yaladi Jaaje ? » Kumen : « Sile est pullo. à se rouler dans la poussière et dans la cendre pour posséder. Il surmontera mille épreuves pour acquérir le bovidé. de beaux pâturages et d'hommes blancs. autour d'une tige unique. fais-toi suivre de Sile qui reviendra instruit. nourrir et protéger le bovidé. ils encadrent mes tempes. et ornent mon menton. Ne portez pas vos regards sur le creux de mon nombril. le ma du mardi. et le Nord se peuple de terres. subjugue les sorciers et dompte les malins. à l'endroit où siège le mal dans l'être. » Les esprits : « Sile ! oint de beurre et gavé de lait. Vous seriez renversés. planète du mardi . passe » Cinquième Clairière [1] L'incantation est celle de Mars. Il saura pointer. Sile. elle peut se traduire ainsi : « Le sujet du mardi. 33 . Regardez mon front. » Le génie du mardi et de Mars est celui de la guerre. [1] Kumen : « Écoutez ma voix de maître : je suis dominateur. Il va vers Foroforondu qui prononce des sentences irrévocables. La date. l'Ouest se tord dans le sang. le Sud est voilé par la forêt noire . Il triomphera des maladies bovines. [3] S'il écorce le baobab sacré. Mais lesquelles tout entières consentent au même titre. c'est pour confectionner la corde aux vingt-huit nœuds magiques. toi qui es du mardi. assemble feuille. Il ne gémit que pour les bœufs. Regardez la partie supérieure de mon corps. Sile vient apprendre comment il faut dire aux esprits malins « Sortez des corps dont vous vous êtes malicieusement emparés. la feuille digitée qu'il chargera des paroles appropriées. vos femelles rendues stériles et votre cheptel ruiné. » Les esprits : « Sile connaît-il les quatre tribus fulɓe si difficiles à définir. cela ne sera pas.

Kumen cherchait un élève à enseigner. et mes dents qui scient le bois et mettent à nu la moelle de l'arbre où règne le génie borgne qui frappe sur une masse d'acier et fait jaillir les étincelles de la discorde. s'est révélé à Sile. » Les esprits : « Qui es-tu. Après ce lieu. Ils sont au nombre de sept. Autrefois on ne partait jamais en guerre sans s'être fait « laver » (purifier) par un forgeron . esprits malins !… [3] Sile m'a cherché. qui sont les antagonistes de Kumen. matalaata. Sile va passer du stade de la constitution de l'univers dans l'obscurité primordiale par la création et l'agencement des quatre éléments. un vrai feu du ciel qui embrase. Sile verra les couleurs de la souveraine. Sile doit maintenant voir les sept « soleils » de l'initiation. Celui qui choisit le périssable. redoutez ma colère. le forgeron possède « l'œil de la connaissance extérieure et intérieure ». agents gardiens. y crachera son venin mortel. J'introduis les enfants reçus et congédie ceux qu'il faut éconduire. et même d'être l'humble chef d'une petite famille. » Sixième Clairière — Premier soleil. j'ai appris et sais enseigner les accommodements. tongo rongo désigne les petits génies de la brousse. [2] « Je suis Kumen ! Ouvrez. il verra luire les soleils. baam. o tinki signifie : « il chargera (le mulet ou la mule) » . La cinquième clairière témoigne du passage à d'autres aspects de la connaissance. — Je suis le maître et le moniteur des cérémonies. les quatre premières correspondant aux quatre éléments. Il fait « perdre le turban ». intraduisible dans son ensemble. Je connais les signes trahissant les impressions désagréables. au stade de l'apparition de la lumière et de l'organisation du monde. il empêche d'être silatigi. J'ai cherché Sile. [1] Satalaata. antalaata. [3] Sile cherchait la connaissance. toi qui parles comme un maître et t'exprimes comme un souverain. laatataako. je suis Kumen… Vivant dans le pays des connaissances. Sile m'a trouvé. il est réputé posséder le secret qui contraint les armes et projectiles en fer à respecter le corps humain. 34 . « Je suis Kumen » [1] L'invocation.[2] Le génie borgne est le forgeron et cette clairière est la sienne . Au large. Sile m'a trouvé. Car le serpent qui est enroulé. ils se sont rencontrés et Kumen caché. fait cependant allusion au mulet. Je suis l'époux de la reine. périra.

Il est ici le symbole de la garde de la connaissance. Kumen sait que le fait de recevoir dans les yeux une seule goutte de l'eau ainsi projetée aveugle à jamais le marcheur. Darde vers moi ton rayon unique qui transmet le bonheur et donne la quiétude. [3] Le kooli pousse au bord du fleuve . et de ceux que l'homme contracte par ses sens. min tan tan. Kumen. les narines. voyant Sile troublé au point de s'enfuir. il ordonne donc à Sile de fermer les yeux. mbaam tongo rongo ». On montre ainsi à Sile qu'il doit être vigilant et fidèle. qui commande et conditionne la vue de la lumière des suivants .[2] Le rayon du Premier soleil est violet. Fais cesser les aboiements de tes chiens qui ont la rage au cœur. « Ouvre les yeux. le soleil violet brilla d'un grand éclat. et lui retire la possibilité de contempler la lumière du premier soleil. » Quelques instants durant. vit le soleil briller à travers les arbres. Il peut voir les couleurs et se chauffer aux rayons des soleils sacrés. même dans l'adversité. compagnon fidèle et efficace. » A ces derniers mots. 35 . [4] Le chien est un animal impur pour l'Islam. mulli jumaani . nous sommes dans la clairière où brille le soleil “violet”. Sile vit venir à lui un gros chien à la queue frétillante et qui poussait des petits cris de joie. doit se traduire : « moi seul avec Dieu ». comme il le faut. et ne doit pas trahir. jaati jaati mbaan. Mais il ne sut s'il montait ou descendait. [2] O agents ! préparés à la garde de la sixième clairière. min tan « moi seul ». solide et gazeuse. voile à mes yeux les dents aiguës de tes bêtes. [1] « Tinki mbam. commanda Kumen. etc. Ses sens n'en ont pas été troublés et il est apte à ouvrir les yeux pour voir le soleil au rayon murfe (violet). Ouvrez. les bras et faire apparaître ses trois nerfs. tinkaati mbaam. Il a triomphé des défauts qui pénètrent l'homme par les yeux. » Kumen se tourna vers Sile et lui dit : « Ferme les yeux pour t'éviter l'égarement d'esprit que peut occasionner l'entrée dans cette clairière spéciale. Les « trois nerfs » sont les « trois formes » de la matière : liquide. lui souffla l'imposante incantation : « Soleil violet qui pointes au milieu des futaies. représentent allégoriquement une marche effectuée dans l'eau avec force. Les onomatopées jigin bantam. ouvrez : jigin bant'am bant'am. laamɗo tan. mais il n'eut pas le temps de l'admirer. Des bêtes hideuses aux mouvements bizarres se ruèrent sur lui. Sile se sentit enlevé. Je promets de faire paître bœufs et brebis dans une prairie parfumée à la fleur du kooli. qui tolère cependant celui du berger. Kôli jumaani . Il sait tendre. les oreilles. j'amène Sile. bant'am. » [3] Sile ouvrit les yeux. la fleur est odoriférante. laamɗo tan « Dieu seul ». Il a passé à travers les cinq clairières d'un bout à l'autre. la bouche.

L'urine que donne la boisson fermentée est sacrée. puis au chien — Salut au chien qui sait demeurer fidèle et sait attendre vigilant dans un coin. l'ambre pur (allamba viendrait de alluba naare. termes qui désignent une très grosse perle d'ambre pur. grand Dieu. Dundari est l'un des noms des attributs de Geno. Kumen s'adressant à Sile : — Retiens ce dire. grand arbre. edi (sing. Dieu. soit par : « le grand village qui n'est pas instable (ou qui ne tremble pas). Depuis le jour où le berger a fait de moi son ami et son auxiliaire. « grand village. [1] Le rayon du deuxième soleil est bleu. Nous marcherons sans crainte en imitant tes cris : haw ! haw ! haw ! Quand le monstre qui barre les chemins viendra vers nous. Cet arbre a des racines proéminentes : l'initiateur de Kaydara a logé au creux d'un fromager. grand fromager ». que je dois aux émanations du soleil septième. je montre à l'étranger des dents qui ne rient pas et je dis : haw ! haw ! haw ! » Kumen : — O chien de berger ! gardien des parcs. dit l'animal. celle que la famille du fiancé offre à la jeune fille). je n'ai cessé de lui manifester mon intelligence et ma fidélité. grand père. quels sont ces arbres au milieu desquels tu demeures ? — O Kumen ! tu es plus renseigné que moi. nous l'éloignerons en criant : haw ! haw ! haw ! Il ne pourra rien contre le destin voulu par la providence. J'aboie contre la hyène et je préviens chaque fois que la panthère est à l'affût. Si l'incantation adopte ici la langue bambara. Ils ignorent ou n'admettent pas Oqbat comme leur ancêtre. maître de Kumen. 36 . [2] Buytorin est « l'ancêtre » des Fulɓe observant leur religion et coutumes traditionnelles. grand-père. le compagnon du berger. » Septième Clairière — Deuxième soleil. Le suc.[4] « Je suis. est celui des fruits. Je me tiens debout devant le parc. grand fromager ». enɗam. mais puisqu'il faut que je parle : je demeure au milieu des beaux arbres qui transforment le sang en lait et protègent le parc contre les maléfices. eedere) dit Sclerocarya Birrea Hochst. elle peut se traduire soit par .

entre tous les membres présents des sous-groupes des quatre clans Fulɓe. on partageait la chair de l'animal. chèvres débiles aux membres débiles. Ne nous faites pas croire que le soleil deuxième s'est déplacé du lieu où il est. Jadis. dental. J'ai soufflé en lui. venez . vaches à cornes courtes. Vaches boiteuses ! au loin… Brebis galeuses. baaba. Ses mouvements sont réglés. Sile est descendant de Buytorin . [3] Veaux sans cornes. dont la localisation ne nous est pas connue . venez. yirba. Le sommeil s'est évadé de ses yeux. Venez tous ensemble. Le sacrifice d'un bœuf est fait par les hommes pour « s'approcher » de Geno . l'âme de la victime devient celle d'un enfant à naître dans la famille. Au Maasina. » Huitième Clairière — Troisième soleil. il ne saigne plus. il est considéré comme sacrifié par Geno qui prend son sang vif . banamba. [1] Kumen : « Salut au soleil deuxième dont le rayon bleu donne à l'indigotier sa matière colorante : duguba. la vertu de fécondation. Rayons indigo du soleil bleu. Sile veut apprendre de Foroforondu. qui sait que le passé revient sous une autre forme et que les actions se répètent avec changement d'acteurs. Vous qui avez de grandes cornes et faites le bonheur du berger. venez. Salut à la victime bovine offerte en sacrifice pour servir de monture à l'âme voyageuse à travers les espaces de l'au-delà. Ne nous faites pas croire que nous ne sommes pas dans la prairie où sept couleurs variées émanent de sept soleils adorables. allamba. les races diverses des vaches. 37 . consacré par les prêtres. Il était ivre d'une boisson faite avec du jus jeedi. fille de Morimawɗo. La somnolence s'est effacée de ses paupières. soyez hors de notre vue. Sile a triomphé des réflexes nerveux.[3] Lorsqu'un bœuf meurt de mort naturelle. j'ai croisé Buytorin le chanteur. je vous conjure : ouvrez la zone du soleil troisième et que la horde des fauves reste couchée. Éloigne de nous tout ce qui manque d'harmonie. il n'a qu'une ambition : voir la vache sacrée qui nourrit de son lait béni les esprits purs et qui blanchit tout ce qui est blanc. Ne faites pas trembler nos paupières. tout ce qui concerne la brebis et sa cousine la chèvre. quand on le dépèce. avec la permission de Dundari. le sacrifice du bœuf avait lieu au « sanctuaire des peuples ». venez. [2] Je suis Kumen.

c'est-à-dire accéder à la spiritualité. La tortue de terre. on pourra voir la tortue « s'envoler ». [2] « Kuuru kaara. Livrez passage. [1] « rudu dalla. bœuf brun. va réveiller la vache sans cornes. [2] O esprits de la sécrétion lactée ! demeurant dans les arbres fourragers. la brebis sacrée représente ici l'un des degrés de la connaissance. rudu fabo dalla ». Ma vue est puissante à fixer le rayon jaune du soleil quatrième. kuuru kaara ou heende. les laire passer devant revient à les sacrifier. Il répand la santé. Sous son sourire. Son rayon est vert. Les reptiles sont engourdis. [2] La vache sans corne et le bœuf-nain (ndaama) sont déconsidérés. » La tortue dit : « Passez. Voici le rayon vert du soleil troisième.[1] Le rayon du troisième soleil est vert. [2] Cette phrase est un souhait d'évolution : si l'évolution des êtres peuplant l'univers se développe. quand voleras-tu comme un épervier ? Quand pourras-tu sucer les tétines de la brebis sacrée ? [3] Je suis Kumen qui balance sa tête de plaisir lorsque la vache beugle et de dépit quand elle se tait. Le taureau qui. mal vus de leur propriétaire . Il unit en sa couleur celles des soleils deuxième et cinquième. de l'espèce naine. car ils se dirigent vers l'inconnu. la vache fait téter son petit et le cultivateur admire son mil bien venu. et tous deux précédez nous vers : Neuvième Clairière — Où domine le soleil quatrième. [1] « Pleureuses aux funérailles. allant lentement. est de l'espèce à bosse. dans cet espace. [1] Incantation intraduisible. ne gesticulez plus. Les arbres et les plantes lui doivent leur couleur. est associée aux ovins . engourdissez les agents du mal et que ceux de l'avant aillent à l'arrière et ceux-ci à la place de ceux-là. qui allez dans la zone où les laareeji vous attendent sous le soleil sixième. L'herbe fraîche et nourrissante frémit sous la terre. Il donne à la campagne son éclat. privilégiés. Sa queue fine mesure trois coudées. des sujets résistants et de beau pelage. Sile vient vous demander le secret qui lui permettra de faire produire par les femelles de ses bêtes. renfermée dans une carapace osseuse. O toi. édentée. rudu makan dalla. Ses cornes fortes et longues menacent les démons de péripneumonie. [3] Le rayon du quatrième soleil est jaune. » 38 . ouvre la marche.

litt. » [3] Sile : « N'en déplaise à Foroforondu. en relation avec les trois catégories de troupeaux : la première est associée aux caprins (elle comporte certains éléments de magie). Kumen : « Je reviens des pâturages accompagné d'un hôte : c'est un invité de marque. ne sera assez rude pour m'en faire 39 . Elle te perdrait. C'est elle qui veille sur lekaggu et le ngaynirki (autels des laareeji). la connaissance suprême est associée aux bovins. [3] Morimawɗo. l'instructeur parle de la brebis sacrée et de l'agneau céleste. on confectionne une préparation pour teindre d'ocre les vêtements et les tissus. C'est un Pullo ardent dans les choses des bœufs. se leva et alla vers Kumen. [4] Avec l'écorce de koyli. » [2] Foroforondu qui agitait la crème dans une baratte en calebasse et qui faisait un bruit terrible. aucun acte. la seconde aux ovins . Dans la neuvième et la dixième clairières. ils entendirent un grand remue-ménage. symbole de la connaissance suprême. [2] Le rayon du cinquième soleil est orangé. Ne te soumets pas à tous ses ordres. » Kumen enseigna à Sile les mœurs des laareeji et ce qu'il lui fallait répondre à propos de chacun d'eux. Elle est mon épouse. Laconnaissance comporte des degrés. [1] [Le] kaggu et le ngaynirki [sont] les autels des pasteurs. [1] Kumen dit : « Nous allons être mis en présence deForoforondu.Dixième Clairière — Cinquième soleil. C'est dans la douzième clairière que paraîtra le bovidé hermaphrodite. Elle lui dit : « Comment as-tu consenti à faire venir ici un humain ? Oublies-tu que le rayon orange du soleil cinquième est une flamme ? Que fais-tu de la tradition du taureau sacré et de la vache-mère et de l'agneau céleste ? » Foroforondu s'adressa à Sile : « Je suis attentive à tes demandes. déesse du lait. Dès que Kumen et Sile dépassèrent l'espace éclairé par le cinquième soleil. : « grand vénérable » est le père de Foroforondu . Elle te présentera nos petits dieux et te demandera de les lui nommer. mais c'est elle qui commande le laitage et en dispose. un convive plaisant. Il vient vers la déesse du lait pour demander des conseils. je me trouve si bien sous le rayon du soleil orange qu'aucune parole. reine du beurre. fais vite et sors en sautant comme un agneau et retourne d'où tu es venu.

» Visiblement énervée. dit « buveur de tornade » yara toɓo. donne-moi du lait à boire et dis-moi le « nom caché de la vache ». Il sera considéré comme un père au mauvais héritage. O fille de Morimawɗo. Sous ce soleil. Au nombre total de douze. également différente. Mais je ne m'en irai pas. pour qu'il arrête la pluie. Celui-ci dit : « Sile vient voir ce qui se passe chez nous. à observer tous les préceptes du kaggu et les interdits dungaynirki. je ne crains rien. Toutes les offrandes importantes. Le jour où il n'en aura plus. après que le nœud lui sera dénoué. le septième quatre. La force du Pullo est dans le bovidé. ce sera la détresse. Foroforondu coula un regard de reproche vers son mari Kumen. descend une pluie. les « rayons » sont la voie de Dieu . les épidémies par exemple. de chacun des sept « ciels ». [4] « Foroforondu ! je t'en conjure par ton père qui fut le grand sacrificateur aux sept rayons. Chacun d'eux correspond à un « ciel » différent . la « voie du ciel » suit les rayons. fais-moi conduire dans la clairière onzième où le soleil rouge aux rayons couleur dukoyli domine et où je te prouverai que je suis digne du parc. qui sont étagés. Au fur et à mesure que s'avance la saison des tornades. je suis dans l'allégresse. répands sur mes cheveux tressés en nattes du beurre pour m'empêcher de sentir la chaleur.partir. » [1] Le sixième soleil a trois rayons. les rayons des sept soleils correspondent aux mois lunaires. » Sile dit : « Foroforondu. Donne-moi le mot secret qui me fera trouver en tout temps des feuillages et herbes vertes pour mes animaux. 40 . Les sept soleils ont les couleurs de l'arc-en-ciel. On incante l'arc-en-ciel. Salut aux bergers qui tiennent dans la main droite une lance sacrée et dans la main gauche un bâton en kelli ou un gourdin de nelɓi consacrés. Au contraire. Il ira s'asseoir au pays des humains. si Foroforondu le veut. en séance dans la … Onzième Clairière — Sous les sixième et septième soleils Kumen : « Hommage aux rayons des deux soleils unis en un pour éclairer une clairière. D'autre part. la pluie vient d'un ciel supérieur au précédent. effectuées pour la sécheresse. Je suis prêt. et s'oppose à la chute d'une quantité excessive d'eau qui serait nuisible aux troupeaux. Les femmes et les enfants ne viendront plus à lui. les éclipses.

[2] On se sert de la main droite pour ce qui est sacré et pur .comportent des dons de douze objets ou douze animaux (par village. afin de ne pas tomber. [1] Le jujubier est symbole du sommet de l'initiation. Foroforondu alla soulever quelques lianes et dit : « Viens. On protège ainsi les yeux qui voient. fût-elle Foroforondu. tu auras tout ce que désireras. je vais te conduire au lieu dit : … Douzième Clairière — Demeure du sixième et du septième soleils Sile se souvenant de ce que Kumen lui avait dit — ne pas obéir à Foroforondu — répliqua : « Je ne suis pas celui qui se fait guider par une femme. Kumen saura me guider. des connaissances humaines. après lesquelles il n'y a plus que les connaissances divines. dans l'embûche ou l'impureté. de la gauche pour les purifications effectuées après un acte qui comporte une souillure. la matière dans laquelle le récipient est faillé lait intervenir le travailleur du bois. pendant l'épreuve. comme le suc du daraɓoggel(baobab nain) est amère. Sile mettra la main gauche sur l'épaule de Kumen. » Comme intimidée par les paroles prononcées par Sile. La divination est exécutée avec douze cauris. ou même par individu). labbo. pour éclairer le bienheureux qui saura défaire les nœuds et qui donnera les noms de nos laareeji en spécifiant celui qui. au Soudan. car ma main droite sur le cœur. la bouche qui parle : la parole entraîne plus encore de dangers que la vue. [3] L'écorce de caïlcédrat. je marcherai ferme. [1] Foroforondu dit : « Sile. [3] « Foroforondu. par famille. symbole de la matrice du monde . Dans les gouffres des nuits où siègent tes laareeji. parmi les quatre principaux. a donné naissance aux trois autres. Sile. 41 . Kumen saura me venir en aide. » [2] Sile dit : « Quand la somme de tes questions m'envahira. comme un aveugle ferait pour se guider. mais ce sera dans la clairière où les deux soleils mêlent l'un ses trois rayons aux quatre de l'autre. Son nom — njaaɓi — signifie « là où j'ai mis (la plante du) pied ». je poserai la gauche sur l'épaule de Kumen ». La calebasse est. A travers tes artifices. Je ne marcherai que derrière Kumen». puisque tu t'opposes à moi. Ils constituent pour l'homme une purification et le préservent contre les effluves nélastes et les mauvaises influences. j'ai pour ta bouche de la poudre de caïlcédrat et pour tes yeux du jus dedaraɓoggel.

ou le maître du parc. Au milieu de ce vaste terrain. une fourmilière inhabitée. Le « vaste terrain » est l'univers et le premier parc . se promène majestueusement. la grande. litt. en rapport avec le sud et la couleur noire. Il lui dit : « Maintenant que tu as goûté aux fruits du jujubier de la demeure. waande (de wayre « être » ou « être comme »). mais Sile. » Kumen rit et battit des mains.Lorsqu'on désire travailler le bois. les jujubes sont dans la calebasse en bois à votre disposition. désormais. mais il contourne sa case par l'ouest. en contournant sa case. Il examine alors la tête du premier bovidé qui lui tombe sous les yeux. par la racine des arbres. » 42 . [2] Allons dans la clairière centrale. inhabitée. dont la porte est ouverte au sud par la gauche. Il prit une poignée de jujubes et en donna une à Sile. on entre chez les hommes » : labbo ɗaɗi lekki naatirta suka-hecci. Elle ne désirera. Puis il fait devant lui un demi-cercle de sa main droite. tantôt beuglant comme une vache paisible qui réclame son petit. une autre peuplée d'une manière dense et un petit étang. Il sort le matin. la petite. un bovidé hermaphrodite d'un pelage bigarré de toutes les couleurs bovines. résista. bangel. tu peux te fier à Foroforondu. [3] Le texte de Foroforondu est une allusion aux incantations que formule le silatigi. qui est néfaste. (sukahecci. cate naatirta ɗoo mbeeyu. pour prévenir le labbo qu'on va pénétrer dans son domaine. et prend la posture correspondante. Elle ne pourra plus. : « plus âgé que l'enfant » est le nom secret d'un génie). Il va se placer devant la porte du parc situé derrière la case. Il est environné par une grande termitière habitée. habitée. encouragé par les regards de Kumen. on entre chez les génies du haut . et fait le demi-cercle de sa main gauche. foomre naatirta yimɓe. c'est-à-dire vers l'est. au lever et au coucher du soleil. est en rapport avec le nord et la couleur blanche qui est faste . par le tronc. on dit : « labbo. tout en récitant l'incantation du coucher du soleil. une toute petite inhabitée. tantôt mugissant à rappeler le rugissement d'un lion. [2] Les deux termitières sont jumelles. en récitant la prière conforme au lever. et d'ailleurs elle ne cherchera plus à te tromper. précédée de « beurre et lait ». il procède selon le même schème. le bovidé hermaphrodite est la « mère » de la création tout entière. [1] Foroforondu s'irrita en vain. Cette dernière est un vaste terrain circulaire au milieu duquel pousse un arbre immense à la frondaison en dôme. Elle ne sert des jujubes qu'à ses amis. Foroforondu se tourna alors vers son mari et lui dit : « Puisque tu y tiens pour lui. on entre chez les génies du bas . Le soir. Le même symbolisme s'attache aux deux fourmilières. et dont la porte est également ouverte au sud. que ton bonheur. par les branches. pour faire émerger le soleil.

Salut au boeuf unissant en un les multiplicités bovines : quand ta tête. le signe de la connaissance non violée. la renaissance accomplie par le néophyte fait sortir le veau fadaletoodde qui est de bon augure : s'il n'était pas « sorti ». Foroforondu se dirigea vers la grande termitière. Elle prit une poignée de terre de la fourmilière abandonnée et une de celle qui est habitée.[3] Dès que le bovidé aperçut les trois visiteurs. Le pastorat implique la domestication mais non pour s'en servir à des fins personnelles : car le Pullo sert le bovidé. beurre et lait ! » Douzième Clairière — Demeure du sixième et du septième soleils (suite) [1] Le rituel auquel procède Foroforondu est celui qui est exécuté pour guérir un malade. impassible et presque distrait. un veaufadaletodde sortit de l'étang et bondit vers Sile. enrichir un pauvre. mort qui a précédé sa renaissance spirituelle. Il vit alors le bœuf sortir de son affût et venir vers lui avec le mugissement d'un animal qui reconnaît son maître. Voici. Elle y arracha une motte de terre. Elle revint auprès de ses deux compagnons qui attendaient : Kumen. non loin de ta verge. forte et une busquée. je m'accroupis . qui n'est vêtue que de sa chevelure pour cacher son buste et dont les organes sexuels sont recouverts de feuilles cueillies sur le kelli. Au même instant. longue et fine. dans certaines tribus Fulɓe le même rituel est exécuté pour laver un cadavre avant de l'ensevelir. témoigne de sa mort sous son ancien état. [5] La lustration de Sile. Il est alors digne de monter le bovidé multicolore dont il recevra tout. et ceci avec l'eau. » [2] Sile exécuta l'ordre de Foroforondu. purifier un impur… On mélange ce qui est plein avec ce qui est vide. analogue à celle effectuée pour un cadavre. le combi. est courte. 43 . Sile meurt et renaît . C'est aussi la puissance qui dompte. Elle couvrit de sa chevelure bien fournie presque toute la partie supérieure de son corps. Elle alla en arracher à la petite termitière. Salut au bœuf unissant en un les multiplicités bovines. je m'assieds . Sile aurait dû recommencer son initiation. je m'étends sur le dos et je dis : « beurre et lait. organe viril. affranchir un esclave. Elle remit la boule à Sile et lui dit : « Va déposer ceci sous l'arbre et ne t'occupe pas du bœuf. il alla se mettre sous l'arbre et s'apprêta à charger. le nelɓi et le delɓi. Elle pétrit le tout avec l'eau puisée dans l'étang. Elle dit : « Je suis celle qui n'est armée que du fouet à lait. Foroforondu. variant sa forme selon tes humeurs. [1] Après avoir dit ces paroles. [4] Sile doit se laver deux fois en sens contraire . [2] Présenter la terre en boule « dompte» le bœuf. Sile intrigué et même intimidé. mère de toute vie. je vois tes pis. défit les nattes de sa coiffure. [3] La « sortie » du veau est symbole de la naissance.

[5] Quand il voulut sortir. s'écria Kumen. invoqué ici sous le nom de Dundaari. qui implique sa toute-puissance. de la tête à la plante du pied • le côté gauche de la plante à la tête • le côté gauche de la tête à la plante du pied • le côté droit de la plante du pied à la tête. des termitières. Sile est désormais un homme renouvelé. et tati: trois). [3] Incantation intraduisible. [2] Le « lait à manger » — nyamde kosam — est une expression fulfulde/pular typique: le lait est l'aliment complet par excellence. Il était esclave du boeuf. [6] Les sept qui suivent le premier appartiennent aux « sept soleils ». Douzième Clairière (suite) — Le dénouement des noeuds [1] « La corde aux vingt-huit nœuds » — qui représentent les vingt-huit laareeji et les ngaynirki correspondants en même temps que les jours du mois lunaire — est diteɓoggol piɓe noogas e jeetati (jeetati est un numéral composé de jowi: cinq.Geno. Ils n'ont point de noms. » [4] Kumen dit à Sile : « Va faire un circuit autour de l'arbre. de l'étang. Elle est faite d'écorce de baobab. [5] Le premier et le dernier nœud appartiennent à Dieu. » Foroforondu dit à Kumen : « Enseigne à Sile les formules dungaynirki. des fourmilières et après tu te laveras dans l'étang. Il entra dans l'étang où il se lava conformément au rituel indiqué par Kumen.[3]« Le veau est sorti. qui sont l'émanation directe de Dundaari. et relèvent de la même interprétation. arbre qui symbolise la longévité. De même les sept avant-derniers appartiennent à la « nuit (et à la lune) des sept mondes » cités plus haut. Il peut recevoir les secrets du ngaynirki. [4] La consommation du lait du bovidé hermaphrodite constitue une communion avec l'essence même de Dieu. en commençant par : • le côté droit. 44 . désormais celui-ci sera son serviteur. image de l'infini de l'univers. Il ne lui reste plus qu'à savoir le nom caché du bœuf sacré. » Sile fit le circuit des lieux indiqués. l'étang fut absorbé miraculeusement et Sile se trouva sans savoir comment sur le dos du bovidé hermaphrodite au pelage fait de toutes les couleurs bovines. c'est-à-dire aux « sept mondes ».

et l'eau est le don précieux de Dundari. 45 . « sans arrêt et amoindrissement » signifie que le don sera égal à lui-même dans le temps. mais avec les végétaux. tout en marchant. les nœuds vides. Foroforondu vint vers Sile : elle lui présenta une corde ayant vingt-huit nœuds espacés et dit : « Puisque tu désires connaître le nom secret du bœuf sacré. la dix-huitième est faite d'un tendon humain. Avant de questionner. Avant de postuler. Sile se souvint qu'au moment où il se trouvait sur le dos du bœuf. dis-moi quels sont parmi les nœuds de cette corde. celui-ci. et comportent chacune sept nœuds. s'il doit être placé dans une demeure en pisé. qui correspond au mois dulootoori. Elle lui souleva la queue et souffla fortement dans son unique exutoire : vulve-anus. prélevé le troisième jour après l'enterrement d'un cadavre et comporte trois nœuds. descends ton lait et ton beurre. ô Foroforondu ! sers à boire à Sile qui a chevauché le boeuf sacré. les mystérieux et les chargés. elle alla derrière le bovidé hermaphrodite qui se laissait faire. Elle trait le bovin miraculeux qui ne met jamais bas. et quel est le nom de ces derniers. renouvelé identique à lui-même. Elle dit : « Bovidé de Morimawɗo. » Ceci dit. » [2] Kumen dit : « Jam ! c'est la paix. C'est l'offrande préliminaire. ô consultant ! sers à boire aux esprits. Les dons auxquels il est fait allusion sont ceux de l'initiation . c'est l'eau. Avant de consulter l'oracle.jalaañ est le patron des pâturages et ne doit pas être en contact avec la terre. » [1] Kumen vint au-devant de Sile et l'escorta jusque sous l'arbre. monte ton urine et ton sang. à l'inverse une femme noble ne travaille pas directement pour lui — c'est-à-dire que l'égalité régnera : Sile suivra les « nœuds » et les « nœuds » le suivront. Il veut les épouser : le mariage avec une serve fait de la femme l'esclave de son mari. ndiyam. il est entièrement enveloppé de paille ou d'herbe . Foroforondu poussa un cri spécial et immédiatement le bovidé hermaphrodite bondit vers elle. les suivants peuvent être énumérés par leur nom. sers au chef de l'eau à boire et du « lait à manger ». [8] Les douze « nœuds » sont les laareeji qui correspondent aux douze mois de l'année. jalaañ. L'objet rituel représentant jalaañ est fait de dix-huit cordelettes nouées de place en place de cent vingtdeux nœuds : dix-sept d'entre elles sont faites de fibres végétales diverses. ô ! postulant. gémissait les sons ci-dessus.[7] En revanche. dembanyaasoru signifie : « deuxième fils cagneux. Ils sont au nombre de douze et Sile se présente à eux. Il lui enseigna pendant des jours et des jours les formules du ngaynirki. mais donne du lait. à partir du neuvième. Le premier nœud est le premier. Après quoi. Celui-ci chemin faisant a mugi et articulé : [3] bujaan ! aabjuni ! jaabun junbaa bunjaa juban» En effet. Cette représentation du laare le plus important est de préférence placée isolément dans une hutte de paille .

[5] Je demande pardon à Dundari. Ils sont vides et sans souffle. Ces dons seront les constantes offrandes propitiatoires. c'est-à-dire sans le souffle d'aucune parole vertueuse. Aucun nœud ne me sera énigmatique. et je les présente à moi-même : je suis. il est doué de dix-huit organes de transmission agissant sous l'action combinée de cent vingt-deux nœuds magiques. Ces deux nœuds sont l'énigme de la douzième clairière . Solitaire dans une hutte de paille. Tu es mon fils. A ceux qui demeureront avec moi et qui seront pour moi.[4] Sile but à grands traits ce lait merveilleux. Voici. C'est le dernier mot de tout. Ces enlacements sont noués à vide. Les sept avant-derniers. Le dernier nœud lui appartient. et spontanément. C'est d'elle que coule un lait doux et agréable 46 . toujours rassasié de breuvage sanglant. — Connais-tu l'invocation à jalaañ ? — Oui. Je vais me fiancer à vous selon les usages serfs. — Bon. Je saurai tout. Mais quels sont les trois autres noms avec lesquels on confond jalaañ ? » — Ce sont : maysa. ô nœuds ! Sile Yugo. Ainsi désaltéré par le lait-connaissance suprême des choses pastorales. je les voue aux esprits des nuits. sans arrêt et sans amoindrissement . Il s'appelle jalaañ. tu es l'ami de mon époux. tète-le. ne crains rien. Sile se saisit de la corde nouée et dit : « Maintenant que j'ai bu le lait après avoir mangé les jujubes. [7] Quant aux douze médians. C'est lui qui chez les hommes se manifeste sous forme d'un dieu hermaphrodite. » Sile dit : « Je préfère la langue de Foroforondu. Tu connais le premier des douze et le neuvième des vingthuit enlacements secrets. [6] Ces nœuds mis de côté et exclus du compte. un coq de dix ans sans arrêt et sans amoindrissement. Ils ne contiennent rien. comme le nouveauné sait téter au premier mouvement des lèvres. [8] Ces nœuds sont : le premier des douze médians ou neuvième de la chaîne entière. je donnerai trois fois dix coudées de bandes fines et blanches. je suis consacré. mais je vous épouserai selon le cérémonial de la noblesse. aucune émanation ne sera dangereuse pour moi. silinte. contient le secret de jalaañ. denbanyaasooru. j'offre les sept suivants aux sept soleils qui m'ont éclairé jusqu'ici. » Foroforondu dit : « Bien répondu. je me présente à eux. nul ne pourra le connaître en entier avant la mort. Le premier nœud lui appartient. tiens mon sein droit. ils sont à Dundari. — Réserve-la pour la lutte suprême. Ils sont donc les vides. » Foroforondu dit : « Salut à Sile qui a vu la lumière des soleils.

suce ma langue. Il contient les mic-mac de muse. [2] — Je préfère une mèche de cheveux de Foroforondu. [3] Le troisième laare est muse. car elle en est la « patronne » et a tout pouvoir sur lui. voici une mèche de mes cheveux. Sile demande le fouet à lait. Voici. Sile. sirgal. » Sile suça la langue de Foroforondu et celle de Kumen (tour à tour). » — Tiens. Foroforondu dit : — Sile ! qu'est-ce que ceci ? [3] — Ceci est le troisième des douze et le onzième des vingt-huit enlacements. aboutissement des travaux du pastorat. Foroforondu : « Sile ! qu'est-ce que ceci ? » Douzième Clairière — Le dénouement des noeuds (suite) [1] Le second laare. est révélé par Sile. sambalaasoru. Sile prit la mèche. toujours coléreux et prêt à abattre. tiens mon sein gauche. C'est pourquoi un Pullo ne laisse jamais débris d'ongles ou cheveux coupés à la portée de qui que ce soit. Sile. connu des fils d'Adam comme deuxième enfant de jalaañ et tantôt comme 47 . Il sollicitera d'abord de Foroforondu les objets ayant trait au lait. est le plus grand bien qu'un Pullo puisse retirer de ses troupeaux. — Tiens.à boire et non de son sein. après qu'il a reçu la salive et la parole de Foroforondu. le lait. [2] Lorsqu'on veut dominer quelqu'un ou s'en faire aimer. il faut posséder ses cheveux ou les rognures de ses ongles. c'est le second des douze et le dixième des vingt-huit enlacements. [4] Après les trois premiers nœuds. à noyer et à enterrer. Il se manifeste aux fils d'Adam comme un dieu sans nectar. [1] — Ceci. Ces cheveux sont un porte-bonheur pour le berger. mais il suça aussi la langue de Kumen qui venait de la lui mettre dans la bouche. tète-le. Il contient les intrigues de sambalaseeru. D'autre part. Foroforondu dit : — Salut à celui qui vient de dénouer l'énigme du second des douze et dixième des vingt-huit enlacements. fils de jalaañ.

son frère. met une muselière aux indiscrets et aux bavards. laquelle protège des morsures des reptiles et des attaques des esprits. Que Sile choisisse ce qu'il veut posséder. récipient en bois ou en calebasse dans lequel on trait le lait. considéré par les fils d'Adam comme troisième fils de jalaañ ou simplement son frère . Il étouffe les tracassiers. à partir de ce moment elle peut inspirer les vivants et communiquer avec eux. — Je demande à Foroforondu un fouet à lait (sirgal). le premier. ditsamba. Dans les cas graves. le quatrième. 48 . il reçoit le ɓirdugal. C'est un dieu intercepteur. Quatre sacrifices sont exécutés pour chaque défunt. exécuté le quarantième jour. concerne le cadavre . Il contient le mystère de siti kon. [3] Kumbasaara est un laare associé à la résurrection. en récitant avec l'intonation prescrite les mots magiques :takko takko ! takko nyaar nyaar! » Foroforondu dit : — Salut à celui qui vient de dénouer l'énigme du quatrième des douze et du douzième des vingt-huit enlacements. Foroforondu dit : — Salut à celui qui vient de dénouer l'énigme du troisième des douze et du onzième des vingt-huit enlacements. [4] Foroforondu donna le sirgal et continua ses questions : — Sile ! qu'est-ce que ceci ? — Ceci est le quatrième des douze et le douzième des vingt-huit enlacements. mentionné ci-dessus. danngol. Les Fulɓe se frottent les mains et les pieds avec la mue d'un serpent. et le troisième effectué le septième jour. consacrent la séparation définitive de l'âme et du corps . [2] Après le cinquième. libère cette âme de sa dette et de ses liens avec le monde terrestre . Douzième Clairière — Le dénouement des noeuds (suite) [1] Après le quatrième. c'est dans un puits qu'il faut le consulter. Sile demande la corde à attacher les veaux. exécuté après le décès et avant l'enterrement. Que Sile choisisse ce qu'il veut posséder. Sa « naissance » est en relation avec le sacrifice effectué pour un défunt le troisième jour après sa mort et qui consacre la séparation du corps et de l'âme immortelle. le second. siti kon est un dieu qui se désaltère du sang de crapaud et exige une fumigation.

Le caméléon symbolise d'une part la prudence : il avance lentement les pattes l'une après l'autre. c'est-à-dire sans qu'il change de direction ou de ligne de conduite. jati matikon mawikon. laare féminin qui naît dans un cimetière après trois jours de travail de l'accouchement. car il témoigne aussi d'une certaine hypocrisie. Ses variations de couleurs ont un sens favorable. Certaines parties du corps du caméléon sont utilisées dans la confection de philtres qui donnent du courage. Sile demande lemaagol. Que Sile choisisse ce qu'il veut posséder. » — Salut à celui qui vient de dénouer l'énigme du cinquième des douze et treizième des vingthuit enlacements. [1] — Je demande un ɓirdugal. » [4] Sile lui demanda un maagol. Il préside 49 . quand pellel noue. car ils dirigent le troupeau en fonction de la position des étoiles. laare nocturne et chtonien. Sœur de jalaañ. car il met les autres à l'aise en s'adaptant à eux . habillé de blanc. dirigée sur un homme. comme pour s'assurer de son terrain. Que Sile choisisse ce qu'il veut posséder. [5] ndett.[4] Après le dénouement du sixième nœud. » Foroforondu lui dit : « Salut à celui qui vient de dénouer l'énigme du sixième des douze et quatorzième des vingt-huit. un sens défavorable. après la traite du soir. Ce dieu est chargé d'une foudre occulte qui. qu'est-ce que ceci ? » [5] — Ceci. Il contient le mystère du laareconsidéré par les fils d'Adam comme cadet des enfants dejalaañ. tantôt frère de jalaañ. kumbasaara est vêtue d'un fourreau abandonné par un serpent lors d'une mue. puînée depellel. mais de toutes manières venant après siti kon. D'autre part. tantôt son fils. la détermination : car ses yeux mobiles observent ce qui se passe sans qu'il tourne la tête. » [2] Sile demanda un danngol. Il contient le secret de pellel connu chez les fils d'Adam comme un dieu sans nectar. c'est le sixième des douze et le quatorzième des vingt-huit enlacements. personne ne peut dénouer. qu'est-ce que ceci ? » — Ceci est le cinquième des douze et le treizième des vingt-huit enlacements. tantôt considérée comme sa fille. Foroforondu lui donna unmaagol de trois cent soixante coudées et continua ses questions par : « Sile. Flatté par : jatikon. Foroforondu continua ses questions par : « Sile. pulvérise son âme et réduit ses os en poussière. Il contient le secret des maniements de kumbasaara. ceinture spéciale des bergers. Foroforondu donna le danngol et continua par : « Sile. est le patron des bergers qui sont chargés de faire paître le troupeau la nuit. matikon. qu'est-ce que ceci ? » [3] Sile : « Ceci. c'est le septième des douze et le quinzième des vingt-huit enlacements. pour le ramener au premier chant du coq. Ces pasteurs reçoivent une initiation particulière concernant l'astronomie.

Il est flatté par : kuy-kuy mbeelu. car selon la tradition pullo il est souhaitable que chaque homme ait sept fils. associés aux douze mois de l'année. Ses esprits résident dans les eaux ou dans les airs. halo du soleil. Après le neuvième il reçoit la bague de Foroforondu : cette bague est en argent. Que Sile choisisse ce qu'il veut posséder. Mais ces connaissances sont basées sur l'extraction de l'or : les orpailleurs reçoivent l'enseignement des forgerons initiés. » Douzième Clairière — Le dénouement des noeuds (suite) [1] Après le septième nœud. sont également en rapport avec le soleil et la lune. bovins) dans chacune des quatre familles. batu naange . se tiennent dans une agglomération Pour ce qui concerne la nomination ou la gestion des chefs. car on dit de l'argent qu'il est « le métal du lait » . elle est toujours portée à l'annulaire gauche. » Foroforondu : « Salut à celui qui vient de dénouer l'énigme du septième des douze et du quinzième des vingt-huit. [1] Sile demanda un raɗoode. [4] Le laare makaajan dispose des connaissances relatives à l'extraction du fer et aux hauts fourneaux. Foroforondu le lui donna et continua ses questions par : « Sile ! qu'est-ce que ceci ? » 50 . [3] Après le dénouement du huitième nœud. ovins. mais jamais directement sur la terre. Sept d'entre eux siègent dans le halo du soleil. 'aynirdu. et toutes les questions masculines. Les douze descendants représentent la complétude. Ceux-ci doivent connaître les onze sortes de matières minérales (terres. métaux) et leur offrir des sacrifices . Sile demande le premier bâton du pâtre. ou encore daɗol. ils représentent la masculinité. Les réunions dites batu lewru ont lieu pour les questions intéressent les femmes. cordelette qui sert à attacher les veaux par le cou à la patte-avant de leur mère pendant la traite. chaque homme devant avoir cinq filles. kay-kay mbeelu kuy doote jay doote. Sile demande le raɗode ouraɗul. Ce laare a nom ndett ou nden. et y représentent la féminité. cristaux. Les réunions dites batu naange. batu lewru. l'or étant la onzième et la plus importante. Cinq siègent dans le halo de la lune.les nuits des printemps et paît les étoiles dans l'espace. Il ne voit jamais le soleil sous peine de communiquer son feu à la terre qui s'enflammerait. [2] Les douze laareeji. à savoir les trois catégories de pasteurs (des caprins. Il se désaltère du sang qu'on tire d'un caméléon en lui coupant la queue.

Que Sile choisisse ce qu'il veut posséder. » — Salut à celui qui vient de dénouer l'énigme du huitième des douze et seizième des vingthuit. Douzième Clairière — Le dénouement des noeuds (fin) [1] Après le onzième nœud. 51 . Que Sile choisisse ce qu'il veut posséder. Il contient le secret de maysa qui tient ses attributs de jalaañ. qu'est-ce que ceci ? » [4] — Ceci est le onzième des douze et le dix-neuvième des vingt-huit enlacements. Il renferme le secret de makanja. » Sile demanda une provision de graines de semences de calebassier. Il renferme le secret dedembanyaasooru. parent de jalaañ. le pastorat et l'initiation. Il siège au centre de l'assemblée dite « second halo ». parent de maysa. fait d'un nœud aux vingt-deux enlacements. Sile demande le second bâton de pâtre. tenant au même titre que celui-ci ses attributs de jalaañ dont il est une émanation. sortis de la mer avec Caanaba. considéré comme son émanation. [2] Le charme des charmes pastoraux. Il est du second halo. et qui ont engendré tous les autres. Elle lui donna l'anneau et continua ses questions par: « Sile. Foroforondu donna un bâton en kelli et continua les questions par : « Sile.[2] Sile : « C'est le huitième des douze et le seizième des vingt-huit enlacements. Il est du second halo et a pour courtisan dubbel. C'est un laare de seconde puissance. » Sile demanda une bague de Foroforondu. qu'est-ce que ceci ? » — Ceci est le dixième des douze et le dix-huitième des vingt-huit enlacements. » Sile demanda un bâton de pâtre. qu'est-ce que ceci ? » Sile répondit: « Ceci. est en relation avec « les vingt-deux bovidés ancestraux » nogay e ɗiɗi na'i mawɗi. batu lewru. Foroforondu les lui donna et continua ses questions par : « Sile. Il contient le secret desiilinte. Chacun d'eux a une propriété particulière en relation avec les familles Fulɓe.aynirdu. laare qui rend invulnérable parce qu'il commande le fer. Que Sile choisisse ce qu'il veut posséder. Il a pour accompagnateur nduppa. » — Salut à celui qui vient de dénouer l'énigme du dixième des douze et du dix-huitième des vingt-huit. Il a pour courtisan bona-jayte. c'est le neuvième des douze et le dix-septième des vingt-huit enlacements. » [3] Foroforondu : « Salut à celui qui vient de dénouer l'énigme du neuvième des douze et du dix-septième des vingt-huit.

Ce talisman mis sous la tête d'un dormeur. Celle-ci sera cousue dans une bande de coton. pasteur de bovidés marins. [3] Après le douzième nœud. [4] Kumen dit à Sile : « Je vais te ramener à la lisière de mes domaines et t'y abandonner à tes propres forces. Ceci fait que Sile est prêt. provoquera un rêve au cours duquel le vrai nom de la vache sera donné par un esprit des eaux. il te suffira de réciter l'incantation à jalaañet de le frapper sur le nez. se mènera entre « la haute brousse » jeeri et « le bord du fleuve » waalo. car il est considéré comme le « chat des génies ». qu'est-ce que ceci ? » Sile s'accroupit et dit : « Il ne m'appartient pas. Pour cela. déesse de la terre et des mammifères. ô femme de Kumen. Il exercera. » [2] Foroforondu sourit et dit : « Sile. Foroforondu lui en donna un en bois denelɓi et continua ses questions par : « Sile. il reçoit alors tous les pouvoirs. [4] La lutte que devra poursuivre Sile. buu. Que Sile choisisse ce qu'il veut posséder. » [3] Ainsi. Le bœuf le beugle en deux temps : buu… bu… Pour récompenser ta discrétion. est répété deux lois. Il porte entre les sourcils une touffe de poils. Il a nom buubu. C'est un nœud qui en contient un autre de vingt-deux enlacements. c'est-à-dire sur le trajet de la transhumance. Tu n'auras plus qu'une lutte à mener contre le lion d'entre jeeri etwaalo. Le lion symbolise tout d'abord la force temporelle avec tout ce qu'elle comporte de grandeur et de rigueur. armé maintenant. ces deux temps soulignent le va-et-vient de la transhumance. Sile reçut tout pouvoir de Kumen et de sa femme Foroforondu. ceci est le douzième des douze et le vingtième des vingthuit enlacements. C'est le charme des charmes pastoraux. Tu le brûleras tout entier après avoir arraché la touffe. Sile doit vaincre le lion et l'asservir à sa volonté : en faisant couler son sang. il la prendra pour affermir la sienne. [1] — Salut à celui qui vient de dénouer l'énigme du onzième des douze et du dix-neuvième des vingt-huit. quel qu'il soit. 52 . je te donne le pouvoir sur les esprits de sous la terre.Le mugissement du bœuf. qui est une épreuve. de violer le secret de ton père Morimawɗo. Il perdra connaissance et sera à ta merci. » Sile demanda un second bâton de pâtre. ». Il possède l'anneau d'alliance et les deux bâtons de commandement pastoral. Le bœuf mugit au jeeri comme au waalo. véhicule de sa force. je te donne la propriété absolue de ndett. Sile possède tous les attributs pastoraux énumérés plus haut . prénom pullo spécifique. Tu l'égorgeras. dans cette lutte ultime. mais également la force occulte. Tu le tueras. mais seul. Il ne lui reste plus qu'à prendre congé de ses initiateurs et à revenir aux pays des hommes. sa force d'initié contre une autre force.

après avoir prononcé ces paroles. [2] L'amulette est une allusion à la touffe de poils dont Sile doit s'emparer. c'est-à-dire sur le trajet de la transhumance. armé maintenant. Sile n'avait pas fini d'articuler ces paroles quand il entendit un chant : La lutte que devra poursuivre Sile. sans que je le leur aie demandé. Le lion poursuivit sa litanie. fils de ma mère ! Je suis revenu de chez Kumen. véhicule de sa force. J'ai pénétré dans l'étang. mais seul. Elle dénonce ma présence. se mènera entre « la haute brousse » jeeri et « le bord du fleuve » waalo. J'ai vu Foroforondu qui ne se montre qu'à celui qui aime et protège le bœuf. après avoir chevauché le bovidé hermaphrodite dont l'urine est un purgatif. Ceci fait que Sile est prêt. J'ai tourné autour des termitières et foulé le sol des fourmilières. Sile doit vaincre le lion et l'asservir à sa volonté : en faisant couler son sang. car c'était bien le lion qui chantait : « Ma marche est noble . mais également la force occulte. Je m'y suis rituellement baigné. ils dressent leurs oreilles. Doundari. Sile se met à l'affût. je suis dans la forêt un roi sans rival. sa force d'initié contre une autre force. le lait un aliment complet et une boisson agréable. Quand elle tombe au milieu des mammifères. Le mari et la femme m'ont donné. Ma voix précède mes pas. Il exercera. Cette attribution m'affranchit de toute dépendance extérieure. Le lion symbolise tout d'abord la force temporelle avec tout ce qu'elle comporte de grandeur et de rigueur. Ce doit être le lion contre lequel il lui faut combattre. » [1] Le mot gumbaw peut désigner « une serrure en forme de sauterelle » qui ne s'ouvre qu'avec la récitation d'une litanie constituant la « clef ». qui m'ouvrit les douze clairières. il la prendra pour affermir la sienne. car il est considéré comme le « chat des génies ». [1] • gumbaw! miɗo iwri jeeri gumbaw ! je viens des hautes brousses • gumbaw! miɗo faati waalo je me dirige vers la vallée • gumbaw! mo talkel hôre gumbaw ! je porte une amulette sur la tête • gumbaw! jam jaɓɓam gumbaw ! puisse la paix venir à ma rencontre. Je suis voyant pour avoir aperçu Foroforondu dénouer sa coiffure et exposer sa poitrine au bovidé sacré. « Me voici revenu parmi vous. même quand je ferme les yeux durant mon sommeil. la propriété de ndett.Douzième Clairière — La lutte finale : invocation à Jalaañ Kumen. ô mes frères. dans cette lutte ultime. qui est une épreuve. Je me suis reposé sous l'arbre multiforme. disparut aux yeux de Sile qui se trouva à l'endroit où il l'avait vu pour la première fois. [3] L'incantation débute par une invocation à Dieu. Ils lui ont ordonné de me tuer. je n'ai plus de juge que ma conscience qui ne me quitte jamais. Kumen et son épouse ont armé un ennemi. gayobeele (de gayo « c'est ici ». beele «mares ») désigne la Gambie. Mais je ne crains 53 .

le lion épuisé se coucha sous un buisson. Dultakko initié par Dembateko . logé dans un paquet de racines. Douzième Clairière — La lutte finale : invocation à Jalaañ (suite) [1] Sur les cordelettes et le tendon qui constituent une représentation de jalaañ. Si tu sautes. Je ne succombe jamais dans une lutte. » [2] Sile répondit : « gumbaw. Je me soumets à Sambanji. » Le lion leva la tête et ne parvint pas à voir Sile. Quand je saute. Après plusieurs scènes identiques. non pas sous la simple force du coup. logé dans une corne de boeuf. Il rugit de colère. « Logé dans un tube en fer « secret des eaux ». Sile répliqua par la sienne.beelel jawle. source de richesse pour les justes et joie des Fulbe. domptés sinon apaisés et l'on vit le principe du bien émanant de tes dix-huit bras sous l'action combinée de leurs cent vingt-deux nœuds magiques. Je peux provoquer contre toute force une inertie magique. tu te diriges vers la vallée . se dépensa en mouvements épuisants. Jafaldi par Dikore Jaawo. je bats avec vivacité. cassa des branches. Dembanaago initié par Kogoldi . Je suis Sile armé de kelli. mais bien par l'effet de la force de l'incantation adressée à jalaañ : [3] « Je me soumets à Dundari qui est le créateur des secrets et de la nature. tu portes au sommet du crâne une amulette recherchée . Le lion plus affolé qu'auparavant. 54 . Contre des griffes. j'ai une lame de fer trempé et contre des dents. la mort seule ira à ta rencontre. une masse éprouvée. je casse le cou ou la clavicule. le bovidé hermaphrodite.rien . la force règne dans mes membres antérieurs et l'agilité dans les postérieurs. A celui que je terrasse. gumbaw. un sommeil irrésistible. Kogoldi par Jafaldi. lors. je me fais oiseau. courut à droite courut à gauche. où fut dérobé le principe masculin. Dembateko initié par Dembanaago . sinon la colonne vertébrale. Sile armé de nelɓi. Les deux furent unis pour la procréation de ndurbeele. Au moment où il allait sauter sur Sile qui venait de lui apparaître. j'atteins la taille de mon ennemi et je le griffe à mort. initié par Dultakko . il reçut un coup donné avec le bâton en kelli. Il répéta sa chanson. tu écourtas les jours et la lignée des parents de ton sacrificateur . tu viens des hautes brousses . tu causas ravage autour de toi . tes éléments furent. contre toute agilité. J'attaque avec vigueur. Il tomba évanoui. Celle-ci est la gardienne vigilante du grand cours d'eau gayobeele d'où provient le principe féminin et de la « mare aux pintades ».

montrant des dents blanches enchâssées dans des cavités où dégoutte du sang. sans empêchement et sans amoindrissement. sans empêchement et sans amoindrissement. s'arrêta la nuit venue dans la matrice. Agrée mon invocation : héra c'est la paix. Le bien me commande d'y aller. je vais chasser le mal par des paroles propitiatoires. sans empêchement et sans amoindrissement. En sacrificateur. un taurillon de trois ans. fut touchée du savoir et enveloppée dans un lange fait de trois bandes de coton et qui dira : [4] « Je ne veux pas te voir ni de jour ni de nuit . » « Par contre. donne de l'eau au souverain. Seigneur. voici de la cendre . La souveraine c'est l'eau. que j'entende les sons et que je discerne la parole. ouvre le lieu où est enroulé le futur et que celui qui va naître me prédise l'avenir. de beurre » signifie « faussement aimable ». seront l'offrande constante du serviteur dévoué et mari prévenant que je suis. traînant des complots contre toi. naquit. Mais quand je presserai sur le nœud médian. dans le village. C'est un appel au secours. c'est agenouillé que je te sers à boire. [4] L'invocation : « Je ne veux te voir ni de jour. ouvre le lieu où est enroulé le passé et que le cadavre dans la tombe me révèle le révolu. [3] Il s'agit de la cohabitation de l'initié avec jalaañ. y séjourna neuf mois. que je voie les formes. toute personne procréée de la substance produite par l'organe génital. que l'obscurité se dissipe. Seigneur. te faisant de fausses promesses. donne de l'eau au souverain. « Une petite bouche couverte. boire. c'est introduire en soi la vie ! la vie ! la vie ! 55 . Voici du son. [2] « Voici que. Avant de postuler. [3] « Tant que la cohabitation durera. ô d'alde ! entre en moi et moi en toi : que le voile tombe. Quand je presserai sur le nœud droit du tendon. se servant contre toi d'une petite bouche couverte de beurre au service d'un coeur gros de jalousie et ardent de feu. « trompeuse ». la souveraine c'est l'eau. je t'invoque dans le blanc en vertu de la formule héra c'est la paix. « A cet effet. ôte-le. l'ennemi qui s'en va médisant. trois fois dix coudées de bandes fines de coton. mais je l'ai épousé selon le cérémonial de la noblesse. noué en trois points. [1] « Maître ayant la faculté d'agir par dix-sept cordelettes de mouvement ayant chacune sept nœuds et un tendon humain. J'ai demandé jalaañ en mariage selon les usages serfs . un cri perce et s'étend.[2] heera signifie « paix » en bambara. ôjalaañ. ici au lion. laquelle substance partit un soir des reins du mâle. bois . Avant de postuler. dix-huitième organe et outil de commande. parmi ceux qui sont sur pied et mets-le parmi ceux qui sont couchés. toucha la terre. un coq blanc de dix ans. je les ai pétris ensemble et je m'en servirai pour enduire le corps du sujet. ni de nuit… » s adresse à l'ennemi. premier des laareji. Quand je presserai sur le nœud gauche du tendon.

[3] Le roi est celui qui promulgue les lois. Je dis alors : « Teins les yeux de l'ennemi et qu'ils jaunissent tel du ɗooko écrasé à coups de pilon et fondu dans une dissolution de souffre . Interdire. wole wote désigne non l'aïeul. [2] kesen désigne l'état d'un corps apparemment sain. agir. [4] yen ten ten est le nom secret du lion. qu'elle se transforme en cause d'altération pour la santé . chargés. « S'il absorbe de l'eau. promulguer. cercer désigne l'état d'un être en bonne santé. ordonner. la position verticale douloureuse. décoche sur lui des épieux destructeurs qui ne s'émoussent sur aucun corps et ne respectent aucune surface . qui interdit certaines choses. qu'il devienne une cause d'altération pour la santé. l'ancienne a disparu.Douzième Clairière — La lutte finale : invocation à Jalaañ (suite) [1] Cette partie de l'incantation a pour but d'anéantir la santé et la force dit lion : elle est récitée à la nouvelle lune. se croque. 56 . la position couchée douloureuse et font que le sujet se trouve en tout et partout dans la douleur. s'il boit du lait. une fois dans son estomac. combinés et à répéter constamment : tugu muuse sugu muuse yaa say bankun kesen yaakabeeri ya kenden yaakabeeri. en vertu des mots comptés. Une femme en état de menstruation dit : « Aujourd'hui. mais soumis momentanément à un mauvais sort qui l'atteint dans son intégrité. mais en rupture d'interdit. je me mets dans du noir sans lune . devienne une cause d'altération pour la santé. donc souillé. une fois introduits dans un corps. je ne suis pas cercer ». dans cette invocation. en frappant des coups endiablés . [1] « Quand j'invoque pour jeter le mauvais sort. des épieux qui. enfonce-le. tout est sous-entendu. Que ce qui se mange. qui donne des ordres. pour la douleur et par la douleur. mi waana cercer. rendent la position inclinée douloureuse. provoquer. Le ɗoko est obtenu en écrasant le fruit du ɗooki. mais le génie qui accompagne le lion. se lape. la nouvelle n'a pas apparu. se mâche.

lors saisis-le dru. Ce dernier. tue-le net. causa la mort de celui qui l'assigna. Il n'y a pas à chuchoter Il n'y a pas à tergiverser Le souverain n'a pas à hésiter Le monarque n'a pas à dissimuler Le roi est celui qui défend. car ce n'est pas toujours un agir équitable. Défendeur. en le tuant par les forces : duufun bafaali. wulo kono siibo. qui en entrant fait pajaj. lundan. il tua le demandeur. [5] « De même son aïeul wole wote. sommé de comparaître en justice.[2] « Kesen n'est pas la santé . Mais le bel agir. Réunies dans le plus puissant des quadrupèdes carnassiers :yen ten ten. [4]« Si le sujet est un malfaiteur égoïste digne de châtiment. [2] La liste des « esprits » invoqués donne les noms des principaux silatigi instructeurs du Fuuta. accoucher ». c'est celui qui est inspiré par la vérité et la moralité. et demandeur. qui vivent au Fuuta. fintun bafaali. espoir. enfin l'impératif « descend 57 . en khasonkhe signifie « étranger ». étouffe-le dur. il tua le défendeur. [3] « Le roi est par ailleurs celui qui met tout en contact. car ce n'est pas toujours un agir équitable . Douzième Clairière — La lutte finale : invocation à Jalaañ (suite) [1] kamanan kaana pourrait être rapproché de l'arabe kaman kaana qui signifie « comme cela est ». vieux traceur de l'illisible kulikunte kumpa doolente tambon. Défendeur il tua le demandeur. Samba Sankalanka! deuxième né (chez les Fulɓe) qui donne avec prodigalité. et en s'enfonçant faitsaybankun. jigi en bambara signifie « bélier. ôta la vie d'une manière violente à celui qui l'assignait. renonce à agir par prévention. seraient ceux de personnages appartenant à la famille des Jaw ou Jawɓe. sommé de comparaître en justice. et demandeur il tua le défendeur. biti kaama. hospitalité. Les noms propres cités dans l'incantation et qui se terminent par jaw. même si le soleil brille d'un grand éclat au point du ciel où il se trouve au-dessus de la tête. Wole wote ! vieux fascinateur. Il fait le tout à la manière de son grand-pèrewole wote. kamanaa kaana. cercer n'est pas être sans souillure. vieux noueur. beldunla est le nom secret de la hyène. « Renonce à agir par complaisance.

la seconde à un seul tranchant (sabre) kaafa ɗemgal (litt. regagnant le parc. jom wuro mango ɗi loota ɓiraadam). dénouement des incidents remarquables. sans me troubler. troisième née de beldunla qui déterre les cadavres et se nourrit de leur chair. « O daahaja! grand danger : bâton de vieillard et marque de grande dignité. chantée par les circoncis pendant la retraite. silam en arabe. mayseyaa! ilooyaa! fariyaa! tamboyaa! siti wutulaa! dambo wutula! keleke mayse Chef de guerre! yakunta! yaala dabaare [2] « O esprits ete ete. long bâton garni de fer pour décrocher les astres. grand danger : trou profond creusé dans le sol théâtre d'un fait terrifiant et pitoyable qui se passe entre deux esprits importants. combinaison agréable de sons.». des choses qui sont cachées. « à une seule langue ») et la troisième fine et pointue (dague) nepe. la première à deux tranchants (épée) kafa ɗemɗe ɗiɗi (litt. « O jigijaw! grand danger : tube métallique monté sur un fût. « En ce. signifie « l'homme qui tue ». « à deux langues »). Les Fulɓe distinguent trois sortes d'armes blanches. 58 . enthousiasme et chaleur. signifie « sabre ». On dit aussi : « Une pluie fine a plu comme pleut le lait qu'on trait » (miso misi misugol ɓiraaɗam). venez. « O gumbalaajaw ! grand danger : quantité considérable de liquide régulateur de la cadence des mouvements. histoire des héros. ô esprits ! du 13 au 21 inclus de chaque lunaison. (eerel yo ɗi lumba ɗi ndaaɗo. sans me tracasser. « O jamberejaw! grand danger : instrument métallique à fendre et à couper ou à exciter le rire. « O kefajaw! massacreur. grand danger. traversant les eaux. par ce. fait partie des incantations de Kumen lorsqu'il s'adresse aux bovidés : « O bœufs blancs. pour ce et avec ce que je dis de ma soumission à Dundari et cite de la chaîne dont je suis un chaînon. « O lundenjaw. sans me troubler. [1] « Dembanyassoru! hyène à la crinière rude. [3] Une chanson. deuil et tristesse. kefa en bambara. Commandez à vos sujets qu'ils fassent voir à mes yeux. « O silamejaw! grand danger : épée tranchante d'un côté. pour laver le chef du grand village ». « O esprits neenye neenye.

il alla vers lui. au moment où ton âme sera convoquée à la séance de la douzième clairière où Dundari siège et décide des derniers sorts. en même temps que le fond. profane des choses pastorales qui n'a vu en la vache qu'une pourvoyeuse de chair et de lait. jam. Il souffle alors dans l'oreille de Sile le nom du bovidé comme Sile le fera lui-même avant sa propre retraite. il se coucha en mettant sous sa tête le talisman. Il confectionna le talisman indiqué par Kumen. donc. Tu le souffleras dans l'oreille de ton successeur en esprit. celui qui la procure. Une traduction. Tu viens chercher le nom du bovidé sacré : l'hermaphrodite au pelage bigarré qui paît tout seul dans la clairière où deux soleils éclairent au moyen de leurs sept rayons combinés. mais tu le garderas pour toi. [3] La nuit venue. en faisant paître un troupeau composé uniquement de bêtes blanches.« Salut à jom jam. Le berger dit : « Je connais ton désir. il faut 59 . [1] Sile plaça son oreille contre la bouche du vieux berger. qui intervient à soixante-trois ans . Quel est le nom secret du bovidé ? Il a été prononcé une fois au cours de cette narration . toi qui viens vers moi. Tous les bœufs blancs le suivirent pendant que le vieux berger resté au bord de l'eau lui faisait des signes avec ses mains en imitant les gestes de celui qui trait. il lui arracha la touffe de poils située entre les yeux. » Cette litanie récitée et crachée sur le bâton qui servit à Sile fut la cause réelle de l'évanouissement du lion. » Quand Sile vit ce berger. faites-leur traverser les eaux et entrer dans le parc. Je te donnerai le nom. Sile lui trancha la gorge. Qu'ils donnent assez de lait pour laver le chef du « grand village » (ou de la cité). « maître de la paix » qui vient doucementjam jam. Il vit en songe un vieux berger qui sortit d'une vaste étendue d'eau. la vigueur et la poésie de la forme qui font du texte de Kumen un des éléments de valeur de la littérature orale et de la culture pullo. Le vieux berger chantait : « Ohé ! bœufs blancs de tête. pour savoir son vrai nom. ne peut donner qu'une idée imparfaite d'un style. » Douzième Clairière — La lutte finale : invocation à Jalaañ (fin) [1] Le vieux berger fait allusion à la retraite des pasteurs ou « sortie du parc». jom jam. Sile ferma les oreilles et les yeux et prononça mentalement le nom devant le troupeau. Nous espérons cependant avoir transmis au lecteur. si proche du texte soit-elle. Celui-ci lui récita le nom en murmurant. c'est la paix.

ko 'anda kala. connaissance de soi. c'est une partie de tout » (kala 'andatako. intellectuel et social nécessaire pour recevoir. même dans les familles fulɓe du Djolof de la vallée du Sénégal. il n'y a plus de vrai silatigi. fût-ce un marabout instruit.avoir évolué et appris à aimer le bovidé. comprendre et assimiler. aussi. Ils ne craignent pas de «pointer l'index ». c'est-à-dire de lancer un défi. de « fatiguer le profane ». selon leur expression. animal désigné par Dieu. sur le plan de la connaissance. Mais il se trouve encore. Tout ce qu'on sait. Actuellement. c'est-à-dire n'étant pas dans le statut physique. car elle se présente comme une éthique . Semba Mboderi. « en clignant de l'œil gauche » et en lui faisant un long récit qui ne contient aucune parcelle de vérité initiatique valable. Dundari. Et cette science doit atteindre l'universel. à quiconque. Car l'initiation est connaissance 1 : connaissance de Dieu et des règles qu'il a instaurées . « puisqu'il lui a été donné de connaître ce qui n'est pas lui ». connaissance également de tout ce qui n'est pas l'homme. pour symboliser à la fois l'utilité et la miséricorde ! Conclusion Les commentaires que nous avons pu apporter au texte de Kumen ne constituent qu'une très minime partie des explications qui sont données aux futurs initiés et qui demandent des années d'études. moral. les Fulɓe disent : « Tout ne se sait pas. 60 . yo yoga kala) 2. « dans les plis des haillons dont ils sont affublés ». des individus conscients de la science et du pouvoir dont ils sont détenteurs et qu'ils dissimulent. parmi les Fulɓe instruits de leurs traditions. de « mettre l'indigne dans la paille ». chacun de ses éléments et de ses aspects faisant partie d'un tout . comme l'étaient Ardo Dembo. s'ils jugent leur interlocuteur incompétent. Aliw Essa. Ou bien.

Planche A1 — Représentations diverses du serpent Caanaba 61 .

au Tchad. des instructions particulières. (Clichés H. les forgerons reçoivent. humoristiques ou merveilleux. aux castes. dont le sens profond recèle l'enseignement traditionnel 4.Planche A2. nécessaires à 62 . Il faut mener une enquête approfondie de la vie pastorale dans les rares groupes restés nomades. Il faut souhaiter que l'on poursuive et développe l'œuvre entreprise par des enquêtes systématiques. en Haute-Volta (acuel Burkina Faso) 3. Les travailleurs du bois. du cuir. pendant qu'il en est encore temps. au Sénégal et en Gambie. au Nord du Nigeria et du Cameroun. Lhote) La connaissance de la tradition pullo exige de recueillir textes et commentaires. Il faut enfin étudier les initiations propres aux artisans. comme les pasteurs. notamment chez les Bororo. Il faut recueillir les légendes et les contes. Caprins et ovins émergeant du bovidé sacré (Jabaren. et que l'on étende ces recherches au Fuuta-Jalon. et qui diffèrent de l'initiation pastorale. au Soudan. au Niger. 183). les tisserands.

construites et répondant à un objet précis. au centre. A. figurée par un grand cercle. Les bonnets des personnages sont identiques à ceux portés traditionnellement par les pasteurs. on retrouve la « clairière » de l'initiation. En effet. image du bovidé hermaphrodite (pl. le sacrifice du bœuf. dans la tradition. bâtons de berger. offrent toutes les caractéristiques des représentations liées aux conceptions initiatiques traditionnelles. accompagnant un bœuf stylisé. 63 . La datation de ces fresques constituera un jalon sûr de l'histoire des Fulɓe dans le continent africain. selon le mythe. avec. les jumeaux Caanaba et Ilo. etc. 2). B. Dans des figures complexes apparaît Caanaba.l'exercice de leur art. On y retrouve toutes les variétés de robes des bovidés. 1 et 2) : de son poitrail. la traite du lait. Lhote et son équipe 5. Les scènes diverses qu'elles présentent. sous forme de serpent. le soleil et sur le pourtour des têtes de bovidés et différentes phases de la lune (pl. les instruments et autels du pastorat (kaggu. Enfin. émergent les têtes des animaux domestiques qui sont. y apparaissent aussi deux bœufs superposés qui représentent. en transhumance ou dans le parc 6. issus de lui . la connaissance du texte de Koumen a permis d'attribuer sans aucun doute à des Fulɓe les fresques de l'époque bovidienne recueillies au Tassili par H. Une telle recherche permettra probablement d'apporter à l'érudition des lumières sur l'origine et les migrations des Fulɓe. cordes des veaux …).

le matériel du pastorat (piquets. 497). bâtons de berger) (Sefar. Les robes des bovidés .Planche B1. 64 . cordes des veaux.

par exemple. D'autre part. et dont témoignent. les phases de la lune (Tisoukaï). ou de préciser les influences subies au contact des peuples de l'antiquité classique. (Clichés H. bien d'autres auraient pu être établis qui auraient nécessité de trop grands développements pour trouver place dans le cadre de cette étude. Lhote. les allusions à Salomon. bien que l'initiation pullo soit axée sur des préoccupations fondamentales différentes de celles d'autres peuples d'Afrique Occidentale — agriculteurs. Nous avons relevé quelques parallèles dans les commentaires qui précèdent ou qui suivent le texte . Mais ces nombreux 65 .) L'analyse du texte de Kumen et son étude philologique permettront probablement de dégager les relations des Fulɓe avec la Méditerranée et l'Orient. ou pêcheurs — elle n'en présente pas moins de grandes analogies de structure avec celles-ci 7. Le soleil au centre d'une « clairière » d'où émergent des têtes de bovidés .Planche B2.

Les enquêtes récentes ont révélé l'importance de l'astronomie (et des calendriers) et de notions spécifiques sur les nombres. a été récité. Après l'enterrement. Dieterlen. 7. les Bozo. alors qu'actuellement le cheptel du Sénégal et du Soudan est à bosse. celle des Bozo le poisson tineni (Alestes Nigri Lineatus).rapprochements posent également la question des influences subies par les Fulɓe au contact des peuples qu'ils ont trouvés sur place lors de leur arrivée dans cette région. 1) et lesDogon « parole claire » (cf. par des spécialistes et avec des Fulɓe instruits de leurs traditions initiatiques et des règles du pastorat. D'autre part. les jouets modernes de terre cuite présentent des bovidés à bosse démesurément grossie. 3. de physiologie. et ceux du mythe initiatique (cf. conjointement avec celle des fresques sahariennes. 27). G. les Bambara et les Bozo : cette étude a révélé une complète identité entre les thèmes des contes. n. Essai sur la religion bambara. la cérémonie s'est prolongée pendant plusieurs jours .S. Ce problème ne relève pas de nos compétences. H. de psychologie — individuelle et collective —. de morale — personnelle et sociale —. Ésotérisme et fabulation au Soudan). de zoologie. 4. Le savoir des Dogon. Hampaté Bâ a assisté à Yé (cercle de Tougan) en 1929 aux funérailles du plus vieux bœuf du troupeau. Dans le sens de ce que les Bambara nomment « connaissance profonde » (cf. etc. Les fresques présentent des bovidés sans bosse. Les mêmes caractéristiques sont valables pour l'initiation dans d'autres populations soudanaises. Griaule. CalamGriaule. mais aussi des connaissances étendues de botanique. les Malinké.). Calame-Griaule a mené une enquête sur le sens ésotérique des contes chez les Dogon. au chapitre intitulé : « Le problème ethnographique peul . inintelligible pour lui. de minéralogie. également du même auteur : Les Peul. (Renseignements communiqués par Z. G. de géographie. » 66 .R. p. les Bambara. 6. C'est ce qu'expriment les Fulɓe lorsqu'ils disent: « la “vache” des Dogon est le pegu (Lannea Acida) . tandis que les objets analogues recueillis dans la boucle du Niger et relevant de l'époque préhistorique représentent des bovidés sans bosse. A. p. 5. où interviennent souvent des animaux. 2. elle s'est terminée par une veillée pendant laquelle un texte en langue fulfulde/pular. notamment les Dogon. Cependant nous signalons que les Fulɓe instruits déclarent tous que leurs ancêtres avaient perdu leurs troupeaux lorsqu'ils sont arrivés au Sénégal et qu'ils ont acquis un nouveau cheptel sur place. celle des « hommes scarifiés » le karité . xvii.N. Elle implique non seulement des notions approfondies d'anatomie. Ligers et recueillis au cours d'enquêtes menées à bord du Mannogo. Lhote avait formulé l'hypothèse de l'attribution des fresques d'époque bovidienne dans sa thèse (inédite) : Les peintures rupestres préhistoriques du Sahara. VedetteLaboratoire du C. Notes 1. Nous souhaitons que ces études soient menées. G. Cf. identité des pasteurs à bovidés préhistoriques et des Fulɓe soudanais actuels ». M.

feu). classe o Fils de Yalaji (c-à-d. classe o. Kumen. après l'adoption de celui-ci par la famille Yalaji. Consulter Tierno Muhammadu Samba Mombeya — Oogirde Malal. Soo). classe o Premier homme. 2e strophe. classe o Dieu. Ce vocable a survécu à la conversion profonde des élites fulɓe à l'Islam. Le Créateur. créé par Geno Naagara. symbole de la création. Il est fréquent aussi bien dans le discours oral que dans la littérature ajami pular/fulfulde. créée par Geno Buytoorin. et l'introduction de Elégie à Tierno Bokar Saalihu par Amadou Hampâté Bâ — ouverture. à partir d'une “goutte de lait” contenant les quatre élements (terre. à oreilles rouges). qui conçoivent l'univers comme la création de Geno.Glossaire Geno. classe o Aîné des douze enfants (sept fils et cinq filles) de Kiikala et de Naagara toɓɓere. géniteur des 22 premiers bovins. vers 13 et vers 576 . nom dérivé de la racine yenɗude : être éternel. Ilo. 2e vers Dundari. eau. jumeau de Caanaba. est. classe o divinité incarnée par un serpent géant et gardienne des troupeaux de Geno sur terre. le bovidé hermaphrodite. sud.. classe o Première femme. toɓɓe. Jallo. les quatre points cardinaux (nord. et dont est issu ndurbeele. sing. classe o L'homme primordial Kiikala. classe o synonyme de Geno dieu de l'or et de la connaissance Neɗɗo. air. classe nde. n. plur. Caanaba. jumeau de Ilo. ouest) et les quatre clans (Ba. classe ɗe la goutte : base de la cosmogonie des Fulɓe. classe o 67 . Bari.

classe ɗi petits génies de la brousse. Déesse tutélaire du kaggu et du ngaynirki tongo & rongo.. n. dimo... n. sing. classe ɓe noble. Jallo. yettooje.. auxiliaire et berger de Caanaba. classe o initié pasteur (Maasina) silatigi.. les pâturages et les animaux domestiques et sauvages Foroforondu. sing. n.. plur. sing.. sing. classe o.. divinité du lait et du beurre. classe o Premier bovidé.. dépositaire des secrets de l'initiation pastorale. classe o. rimayɓe. plur. classe ɓe artisan. Hermaphrodite. n. chargée par Geno de veiller sur la terre. jettooje. plur. classe o Ndurbeele. classe o initié pasteur (Fuuta-Tooro) baanyaaru. il surgit de l'océan suivi des 22 premiers bovidés qu'il avait procréés.. n. classe nde.. classe o femme de Kumen. n. n. créé par Geno.. antagonistes de Kumen Kaydara. classe o maître initié : “celui qui a la connaissance initiatique des choses pastorales et des mystères de la brousse”. classe ɓe serfs. plur. propriétaires de troupeaux et pasteurs dimaajo. rimɓe. n. sing. n. classe ɓe berger. Soo) aga. Bari. nyeenyuɓe. terme générique 68 . sing. plur. personne de caste yettoore. nom de clan (Ba. sing. captifs nyeenyo.divinité multiforme. devin banyaaji. classe o. classe ɗe) patronyme.

classe ki plante dans laquelle on taille le bâton du berger kaggu. sing.. n. Bari vs. calebasses. sing. classe ngo parc. classe ɗi 69 . n. espace d'initiation wuro. n... classe ngo camp. sing. plur. plur.. classe ndi “bain général” au cours duquel les pasteurs se baignent et procède à une lustration des bovidés denɗiraaku. sing.jalaañ. vêtements à l'exception des chaussures) ngaynirki.. n. sing. n. classe ngel. toɓɓe. expression sing. n.. n. n. classe ngu.. sing. classe ɗe rafraîchissement de lait offert au visiteur (koɗo) en signe d'hospitalité kelli. n. diminutif de toɓɓere. classe o. n. Soo) faletodde. sing. n. sing.. classe ki plante dans laquelle on taille le bâton du berger nelɓi. ɗooki. sing... laareeji. elle “favorise la force fécondante des taureaux”. classe o divinité du panthéon pastoral lootoori. n. sing. classe ki plante de base utilisée dans la confection d'autels dédiés aux lareeji laare. n. ɗenɗu. n. classe ki concoction de plantes conservée dans l'outre suspendue au-dessus du kaggu. Jallo. sing. sing. class o autel des bergers et support des objects et ustensiles pastoraux (gourdes. troupeau toɓɓel koɗo. classe nge vache noire et blanche hoggo.. sing. classe o relation à plaisanterie (Ba vs.

il étouffe les tracassiers et met une muselière aux indiscrets et aux bavards siti kon quatrième laare.esprits gardiens des troupeaux auxquels on fait des offrandes. Ses esprits résident dans les eaux ou dans les airs. raɗoode huitième laare. il ne voit jamais le soleil sous peine de communiquer son feu à la terre qui s'enflammerait. bona-jayte est son courtisan dembanyaasoru dixième laare. se manifeste sous forme d'un dieu hermaphrodite. divinité possédant une foudre occulte qui. à noyer et à enterrer muse troisième laare. de seconde puissance. toujours rassasié de breuvage sanglant et doué de dix-huit organes de transmission sambalaseeru deuxième laare. femelle. nduppa est son accompagnateur siilinte neuvième laare. appartient au second halo . mais jamais directement sur la terre. il siège au centre du batu lewru ou assemblée dite du « second halo » . vêtue d'un fourreau abandonné par un serpent lors d'une mue maagol septième laare. On communique avec les lareejipar l'intermédiaire des ngaynirki. son pouvoir est identique à celui de siti kon kumbasaara sixième laare. qui correspondent aux 28 jours du mois lunaire. Il existe 28 lareeji de base. toujours coléreux et prêt à abattre. pulvérise son âme et réduit ses os en poussière pellel cinquième laare. dieu sans nectar. également du second halo et a pour courtisan dubbel 70 . jalaañ premier laare. dirigée sur une personne. dieu intercepteur et deuxième enfant de jalaañ.

elle ne peut pas être alternée avec le boliiru ndiyam. n. sing. mouvette ou fouet à lait. n. classe ngal mouvette en bois de mburri. boliiru kosam gourde de berger contenant le lait. aynirdu. sing... charme des charmes pastoraux. carnivores.. sing... il est constitué par une baguette à l'extrémité de laquelle sont fixées au moyen soit de cordelettes de coton. considérée comme incomplète et qui ne doit jamais être mise dans le lait. sing. soit de fibres de kelli ou de markeewi. le bœuf le beugle en deux temps : buu… bu… piɓol. On oriente le sirgal vers le point cardinal du clan avant de le déposer sur le kaggu.. classe ngal mouvette ou fouet à lait utilisé pour séparer le lait du beurre . n. buubu douzième laare. insectes. classe ndu bâton de marche du berger taillé dans le kelli ou le nelɓi. rande ou maagol.makanja onzième laare. tonteeje. classe ngo amulette de berger contenue dans l'outre du ngaynirki. Elle représente la ligne de vie des troupeaux. n. 71 . sing. sing. n.. etc. qui rend invulnérable parce qu'il commande le fer. classe ɗe piquets soutenant le daañgul daaɗol. à deux branches. quatre branches du même bois. classe ngo attache du veau à une corde tendue entre deux piquets daañgul longue corde servant de support à plusieurs rande pour maintenir les veaux loin de leur mère pendant la traite de lait. classe ngo cordelette servant à attacher le veau à sa mère sirgal. n. burgal. sing. protectrice contre les dangers de la brousse: serpents. n.

classe ɗe sonnailles fabriqués par le forgeron. elle ne peut pas être alternée avec le boliiru kosam ɓirdugal. n. n. classe ngal calebasse ou récipient dans lequel on trait la vache tumbude. sing... avec lequel le pasteur entretient des relations particulières poopiliwal. sing. n. classe o silatigi versé dans la connaissance des propriétés médicinales des plantes Tierno S.boliiru ndiyam gourde de berger contenant de l'eau. illorowal. n.. sing. horde (Fuuta-Jalon). classe nde calebasse décorée servant conserver et à transporter le lait cencenje. plur. Bah 72 . n. sing... classe ngal flûte et instrument de musique profane faite d'une tige de sorgho cawroowo.

“Ésotérisme et Fabulation au Soudan”. pp. Journal de la Société des Africanistes. 1937. série B. 1950. M. pp. 39-76.  “Classification des végétaux chez les Dogon”.Bibliographie           Béatrice Appia. “Masques de Guinée française et de Casamance”. Geneviève Calame-Griaule. Journal de psychologie normale et pathologique. pp. Ligers. “Aspects de mythologie et de symbolique bambara”.  “Mythe et organisation sociale au Soudan français”. XXIV. de Ganay. XXII. “Contribution à l'étude des marques de propriété du bétail chez les Pasteurs Peul”.  “Les Peul”. sér. Journal de la Société des Africanistes. Encyclopédie coloniale et maritime mensuelle. t. 1952. pp. Geneviève Calame-Griaule et Z. no 34. n. vol. XVI. 1948. I. Z. t. Éditions du Chêne. 73 . fasc. 153-182. Paris. t. Tauxier. t. L. Journal de la Société des Africanistes.A. fasc. 115-157. pp. Mœurs et costumes des Peul. Dupire. Journal de la Société des Africanistes. 1943. t. Henri Lhote  Les peintures rupestres préhistoriques du Sahara (thèse inédite). 66-69.F. “Comment les Peuls de Koa castrent leurs taureaux”. XX. XXV. XXII. Pavot. Dakar. Ligers. 191-204. Bulletin de l'I. XIII. 1955. fasc. L'Homme-Hyène dans la littérature soudanaise. Bulletin de l'Institut Français d'Afrique Noire. avril-juin 1949. Paris. 1952. 1954. B. pp. mars 1951.. 2. 1958. pp. vii.1-2.27-42. t.N. Germaine Dieterlen  Essai sur la religion bambara. Paris.  “Le savoir des Dogon”. Marcel Griaule  Dieu d'eau. Presses Universitaires de France. t. 123144 S. Journal de la Société des Africanistes. 1954. Presses Universitaires de France. i et 2.