De l’espace public à l’hAcktion urbaine

De l’espace public à l’hAcktion urbaine

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Introduction Un contexte
Quel espace? Un espace physique et sensoriel Paradoxe entre liberté et réglementation

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Pourquoi cet espace?
Une richesse sociale La ville comme support d’expression

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Ma position, mes inspirations
Vers un design anti-industriel Le "Do It Yourself" Du déchet, au "cradle to cradle" en passant par "l’upcycling" Du hacker au hacking urbain

Mon expérience
L’intuition La maraude l’hAcktion urbaine

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Conclusion
Bibliographie English translation Remerciements

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Introduction
Le design est au coeur des questions de société, il interroge l’humain. Il s’inscrit dans une démarche de questionnements face aux problèmes que pose notre avenir immédiat : -"Vivre ensemble" ou comment un mobilier urbain, un aménagement collectif peuvent contribuer à créer du lien?

-"Jouer / travailler" ou comment l’espace ou l’outil peuvent accompagner l’activité?

Cet exercice d’écriture est avant tout un moyen de rendre compte de l’évolution de mes réflexions de ces deux dernières années. La difficulté était de savoir sur quel thème et par quel moyen je pouvais allier le travail de designer et mes opinions et intérêts personnels.

Cette corrélation entre le design et la société est une question que je me pose. Un design que je voudrais moins élitiste, moins privé, plus public, plus proche de la population. Une vision, des intentions qui sont le résultat d’une pratique du design en école des Beaux-Arts.

Les réflexions que je vais aborder dans cet écrit sont le résultat d’observations, de perceptions, de sensations, d’écrits sur le thème de l’espace public urbain. C’est ainsi que je m’interroge sur la manière d’ intervenir dans cet espace afin de détourner un lieu, un usage tout en améliorant et questionnant les dispositifs existants? Comment ces interventions permettent-elles de socialiser ces espaces sans les détériorer? Ces questions me permettront d’aborder la notion de potentialité sociale de l’objet et de l’espace public urbain. Outre ces réflexions liées à cet espace, cet écrit a été pour moi le moyen de partager ma vision de la société et de me focaliser sur des pratiques du design qui ne me laissent pas insensibles, telles

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que le "do it yourself", la philosophie "cradle to cradle" ou encore le "hacking" urbain. J’ai également souhaité dans une première partie mettre l’accent sur la définition de cet espace et des différentes terminologies employées. Un espace que j’ai ensuite décrit, pour enfin démontrer le paradoxe entre liberté et réglementation qui le régit. Dans un deuxième temps j’ai expliqué pourquoi je m’étais concentré sur cet espace.

Après l'avoir analysé, j’ai souhaité partager ma vision : celle du design dans un premier temps, pour ensuite évoquer les pratiques cohérentes du design en réponse à ma vision. Finalement c’est pour moi le moyen de partager ma vision d’un espace spécifique : l’espace public urbain, et de partager mes intérêts et mon expérience évolutive.

Un contexte
Quel espace ?
Espace concret…, construction purement intellectuelle…, lieu prédéfini par la loi… Comment définir cet espace qui parfois se nomme espace public, espace urbain ou espace commun ou encore tout simplement la rue? Cette notion reste peu claire et à priori, difficile à saisir. Pourtant grand nombre de théoriciens, géographes, architectes, urbanistes se sont penchés sur la question.

Le nombre de définitions et de termes employés pour le qualifier le rend ambigu. Il me paraît donc important de préciser son origine afin de mieux le comprendre et l’appréhender. Je pense qu’il est essentiel de prendre en compte plusieurs définitions. J’ai tout d’abord recherché l’origine du terme "espace public". D’un point de vue sociologique, Jürgen Habermas philosophe et sociologue allemand, fut le premier à évoquer et à définir la notion d’"espace public" suite à sa thèse1 dans les années 1960. Il distingue alors une différence entre "espace public" et les "espaces publics". Le premier, plus philosophique, est lié à la notion de débat privé dans une sphère publique, et de partage, correspondant à certains lieux tels que les cafés ou encore certains outils tel que la presse, jusqu’à ce que cette dernière soit utilisée à des fins capitalistes. Quant aux espaces publics, la définition plutôt urbanistique qu’il en fait et à laquelle j’adhère totalement est la suivante : un espace physique, de circulation, de connections, de rencontres... Un espace favorisant la relation sociale, bref l’espace que je côtoie et pratique tous les jours. C’est aussi ce que nous signifie la définition suivante tirée de Wikipédia: "L’espace public représente dans les sociétés humaines, en particulier urbaines, l’ensemble des espaces de passage et de rassemblement qui est à l’usage de tous, soit qui n’appartient à personne
1. l’Espace Public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise.

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(en droit par ex.), soit qui relève du domaine ou, exceptionnellement, du domaine privé." Je souhaite mettre l’accent sur une chose qui me paraît essentielle dans l’espace public ainsi défini : le rassemblement. Ce mot (rassemblement) est important car je ne pense pas que cet espace soit cohérent si on ne prend pas en considération ceux qui l’utilisent. Cela rejoint en quelque sorte la définition des grecs au sujet de l’agora. Durant l’antiquité grecque, ce terme désigne à l’origine le lieu où se réunissait l’assemblée des citoyens. Ce mot vient du verbe ageirein, qui veut dire rassembler. Outre le fait que cet espace soit physique, je ne peux pas évoquer l’espace public sans définir l’espace urbain. Ces deux termes sont intimement liés. L’un ne va pas sans l’autre. Lorsque je regarde la définition de l ’ INSEE 2, un espace urbain est "un ensemble continu d’aires urbaines et de communes dites multipolarisées, c’est-à-dire dont au moins 40 % de la population résidente active travaille dans l’une ou l’autre de ces aires urbaines." On appelle donc espace urbain, un espace physique continu de communication entre des zones d’habitations et des zones de travail. Cette définition assez générale reste quelque peu floue selon le lieu où on l’utilise. Dans le dictionnaire de la géographie écrit par Pierre George, il dit que "la campagne s’oppose à la ville", mais cette définition varie beaucoup d’un pays à l’autre : en France les communes de moins de 2 000 habitants sont considérées comme appartenant à un espace rural, alors qu’au Japon une commune est rurale quand elle oscille entre 20 000 et 50 000 habitants. Voici donc une définition plus générale tirée du livre Espace urbain : Vocabulaire et morphologie de Bernard Gauthiez l’auteur, et de Guy Burgel qui a écrit la préface de l’ouvrage.
2. Institut National de la Stastique et des Études Économique. www.insee.fr

"Espace urbain, g.n.m. : Continuum physique des agglomérations; ensemble des espaces construits et libres d’une agglomération, en liaison avec le sol naturel ou artificiel qui les reçoit." C’est une expression qui nous permet de définir une zone globale plus qu’une particularité. L’espace public quant à lui est composé d’espaces bâtis et d’espaces de communications. Cette alternance crée des rythmes de pleins et de vides qui en déterminent souvent l’identité visuelle. La combinaison de ces espaces forme ce que l’on appelle plus communément, la ville. C’est un milieu à forte densité humaine où se concentrent différentes activités telles que l’habitat, le commerce, l’industrie, l’éducation, la santé, la politique, la culture... La ville s’organise différemment, selon sa situation géographique : sa forme est généralement issue de son histoire et de sa topographie.

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Un espace physique et sensoriel
Pour moi, la définition d’un espace physique correspond à un espace concret, que l’on peut toucher, montrer, pratiquer, utiliser… Il est là, il s’impose à nous, on le pratique, avec plus ou moins d’aisance, de facilité, mais on ne peut faire autrement que de s’adapter au lieu que l’on nous impose. Dans les ouvrages géographiques, architecturaux et urbanistiques, ils considèrent l’espace urbain comme l'espace physique, à l'instar de tous les lieux appartenant au domaine public, qui sont accessibles librement et gratuitement. C’est une combinaison d’espaces spécialisés, ouverts, déterminés en fonction de leurs utilisations: la voie de circulation, le trottoir, la piste cyclable…

Quand Georges Perec nous parle de l'un des lieux spécifiques de cet espace qu’est la rue, il dit : "la rue est ce qui sépare les maisons les unes des autres, et aussi ce qui permet d’aller d’une maison à l’autre" 3 Une vision du lieu que je trouve trop réduite à un seul acte : l’acte de se déplacer. Ce n’est d’ailleurs pas le seul à le penser. Helge Meyer dit au sujet du trottoir : "le trottoir est un "non-lieu", un lieu de passage: les gens utilisent le chemin pour passer d’un endroit à un autre." 4 Cette citation soulève la question du "non-lieu". Est ce que le trottoir est ici vu comme un espace de transition entre deux espace? Doit-on le considérer seulement comme une dimension physique de support? À l’origine, le “non-lieux“ est un néologisme introduit par Marc Augé dans un ouvrage intitulé : Non-Lieux , introduction à une anthropologie de la surmodernité. Pour Marc Augé, "si un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non lieu".5 Le terme employé plus haut par Helge Meyer n’est finalement pas anodin car lorsque l’on découvre ce que Marc Augé considère physiquement comme non lieu (aires d’autoroute,
3. G.Perec,Espèce d’espace, p 93. 4. Helge Meyer, Inter Art Actuel n°111, Prendre le risque de rencontrer des gens, p 20. 5. Marc Augé,Non-Lieux , introduction à une anthropologie de la surmodernité. ed.Seuil, p100

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supermarchés…), je comprends mieux la citation et l’approuve dans un sens, mais dans un autre sens je garde une lueur d’espoir à l’idée que cet espace a un potentiel social énorme.

Aujourd'hui encore, en me baladant dans les rue de Marseille, j'ai aperçu un groupe d’hommes installés sur le trottoir : installés non pas comme on l’imagine (assis sur un rebord d’entrée, sur une caisse en plastique récupérée ou autre), mais une installation temporaire plutôt organisée, avec du mobilier récupéré (une table et des chaises). Je ne pense pas que cette occupation ait été programmée. Elle a dû se faire par hasard, du moins par sa forme : une table et des chaises ont donné l’opportunité à ces personnes de s’installer quelques part en considérant qu’elles sont chez elles. Cette notion autour de l’installation temporaire dans cet espace est un sujet qui m’intéresse fortement. Comment l’Homme est-il capable de s’adapter au lieu dans lequel il vit en fonction de ses besoins et de ses envies? Cela me permet de revenir sur le terme employé pour définir cette action : l’occupation. Pourquoi préférer plus le terme d’occupation à celui d’appropriation? C’est une réflexion que je me suis faite à la lecture d’un entretien de Luc Lévesque , architecte et professeur en histoire et théorie des pratiques architecturales contemporaines à l’Université Laval au Québec, au sujet de l’atelier SYN, un atelier d’expérimentation urbaines: "la notion d’occupation est similaire à celle d’appropriation, mais je préférerai ici le terme occupation pour évacuer notamment la notion de propriété.“ 6 Cette vision, je la partage d’autant plus que je considère l'espace public urbain comme une propriété commune à tous, que l’on se partage sans s’en rendre compte ainsi je ne pense qu’on ne peut pas parler d’espace privé dans un espace public.
6. Robert Schartzwald,Jonathan Cha, Simon Harel, Densité-intensité-tensions, l’urbanité montréalaise en question, édition l’Atelier, p29 à 41.

Mais certaines occupations peuvent engendrer des problèmes, plus particulièrement celles liées au flux et à sa gestion. Cette réponse est aussi liée aux questions de sécurité, de cohabitation… Ces espaces sont donc divisés afin que la cohabitation se fasse au mieux. Les urbainistes ménagent des voies de circulation et des trottoirs (lorsque l’espace bâti n’est pas trop présent). Entre les deux, on trouve souvent des places de stationnements, car bien évidemment, la place de l’automobile en ville est importante. D’ailleurs je pense que c’est elle qui dicte l’espace, tout est réalisé ou du moins a été réalisé en fonction d’elle. Guy Debord se faisait déjà la réflexion dans les années 1959 :

"Il ne s’agit pas de combattre l’automobile comme un mal. C’est sa concentration extrême dans les villes qui aboutit à la négation de son rôle. L’urbanisme ne doit certes pas ignorer l’automobile, mais encore moins l’accepter comme thèse central. Il doit parier sur son dépérissement. En tout cas, on peut prévoir son interdiction à l’intérieur de certains ensembles nouveaux, comme de quelques villes anciennes." 7 Un texte qui fait écho à la position de Constant (un des rédacteurs de la revue Internationale Situationniste) et de l’urbanisme unitaire proposé dans le cadre de leur revue. Dans le texte "une autre ville pour une autre vie" 8, Constant exprime son point de vue sur l’urbanisme nouveau qui, comme dans le texte de Debord, est proche des préoccupations contemporaines urbaines liées à l’homogénéisation des quartiers qui s'opère sans se soucier de l’esprit de ce dernier et du potentiel social de ces espaces. Constant s’oppose à cette gestion de l’urbanisme, il écrit : "les quartiers nouvellement construits n’ont que deux thèmes qui dominent tout : la circulation en voiture, et le confort chez soi." Il propose une vision nouvelle de la ville, "une conception de l’urbanisme […] sociale."

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Ma vision de l’espace urbain est proche de cette utopie urbanistique proposée par l’Internationale Situationniste. Un positionnement critique envers un certain urbanisme et sa nécessité de créer du flux au détriment de relations sociales potentielles. Du coup, Constant expose le projet d’une ville couverte qui permettrait aux individus qui l’habitent de se rencontrer et de bâtir ainsi des rapports avec le milieu qui ne soient plus dictés par la séparation entre espace habitable et espace de circulation. Un projet où finalement la route, l’espace spécifique dominant dans les agglomérations urbaines actuelles, n’existera plus.

coupe transversale de la ville couverte

Principe d'une ville couverte : "Plan spatial". Habitation collective suspendue; étendue sur toute la ville et séparée de la circulation, qui passe endessous et en-dessus.

7. Internationnale Situationniste n°3, Guy Debord, Positions situationnistes sur la circulation, décembre 1959. 8. ibid p 38.

Cette intention urbanistique utopique n’est pas pour moi la ville rêvée, je l’évoque car c’est une réflexion autour de l’aspect social de l'espace urbain que je trouve intéressante et qui fait défaut dans notre organisation "type" des agglomérations que l’on connait et que l’on parcourt.

Je possède moi-même une voiture que je n’utilise que très rarement. Elle est donc la plupart du temps garée sur une place de stationnement. J’ai appris lors d’une conférence d’Emmanuel Delannoy9 expert des relations entre le vivant et l’économie, que l’automobile est en moyenne 97% du temps inutilisée, garée. Quand on y pense, on peut se demander quelle est la nécessité d'en posséder une, du moins lorsque l’on vit en zone urbaine. J'ai alors consiédéré la question de l’emprise visuelle des voitures en ville. Mon constat est sans appel, la voiture est trop présente. Le piéton est piégé et impuissant face à son nombre. Cette impression n’est pas seulement visuelle, elle est aussi physique. Elle prend une place considérable!

Outre la place croissante que prend l’automobile dans la détermination et l’organisation de l’espace urbain, il existe tout une typologie de mobiliers urbains. Ces mobiliers ne sont pas seulement décoratifs, mais avant tout techniques. Parmi ceuxci, on trouve les équipements techniques tel que la signalisation routière (les armoires EDF-GDF, les bouches à incendies), le mobilier lié aux transports (abribus, horodateurs, range vélos), les objets dédiés à la propreté (sanisettes, poubelles), ceux liés au confort (bancs, fontaines), des objets liés à la protection (potelets), d’autres liés à la communication (panneaux publicitaires, électoraux), du mobilier temporaire (marchés, chantiers) et du mobilier de prévention situationnelle que j'évoquerai un peu plus tard dans mon écrit. Tous ces mobiliers sont pour la plus part
9. Directeur de l’institut INSPIRE (Initiative pour la Promotion d’une Industrie Réconciliée avec l’Ecologie et la société).

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pensés, réalisés et entretenus par JC Decault, ce qui a tendance à uniformiser le mobilier urbain des villes françaises. Je suis impressionné par l’abondance de certains objets et à l’inverse par le manque d’autres. Dans cet écrit, je ne me focaliserai seulement que sur deux de ces éléments : le potelet et le banc. En ce qui concerne le potelet, il fait partie du mobilier le plus répandu dans l’espace urbain. Pour moi, c’est une sorte de mauvaise herbe qui envahit notre jardin urbain. Il est destiné à éviter le stationnement sur les trottoirs et à sécuriser le cheminement des piétons. Et il ne cesse de se reproduire…

Il a une importance visuelle forte qui fractionne et qui rythme l’espace. Son esthétique peut changer selon le lieu d’installation. Une forme cylindrique terminée par une boule pour les boulevards, les espaces piétons, et autres espaces est la plus utilisée, et une forme plus simple, cylindrique dans les rue parallèles, dans des lieux moins fréquentés, moins touristiques. Ces formes et ces dimensions sont définies par le décret relatif aux normes d’accessibilité. Historiquement, la forme du potelet a été normée sur ordre de Napoléon Bonaparte en 1807. Il permettait ainsi aux forces de l’ordre de menotter les contrevenants entre la boule et le poteau. Il était tellement pensé dans ce but que le diamètre de la boule correspondait à celui des menottes. C’est d’ailleurs toujours le cas à notre époque.

A l’inverse du potelet, le banc est de plus en plus absent du paysage urbain. Appelé "exèdre" chez les grecs à l’époque classique, il est intégré au bâtiment et agrémente ensuite les parcs et les promenades publiques au Moyen-âge. C’est à l’époque où le baron Haussmann s’attelle à la réorganisation

de Paris que le banc fait son apparition industrielle avec une esthétique qui perdure jusqu’à nos jours. C’est finalement un mobilier urbain qui propose une assise collective avec un dossier agrémenté parfois d’accoudoirs. Malgré son industrialisation, il est aujourd’hui en voie de disparition ou presque. Certes, Il fait de brèves apparitions sur des places, dans des parcs, des rues. Mais généralement lorsque l’on désire s’asseoir il n’y a pas de banc. Qui décide de son emplacement? Est-ce une question budgétaire ou plutôt une envie des collectivités? Outre dans les parcs, ne serait-il pas judicieux d’en installer à des endroits propices à une utilisation pour un confort et une contemplation temporaire? N’est-il pas nécessaire, par exemple, d’en implanter autour des lieux de rendez-vous?

J’imagine que le manque de bancs dans ces espaces est certainement un moyen d’empêcher les gens de "stagner"… Mais pour moi, la ville, la rue, bref ces espaces que je considère comme des lieux communs à tous, ne doivent pas être réduits à une utilisation fonctionnelle liée à un déplacement, mais doivent également s’inscrire dans une histoire. L’histoire de la ville, de sa mutation, de ses monuments et de son architecture. La ville est une expérience. Lorsque je ne la connais pas, je l’observe, j’essaie de m’orienter.

Généralement, la première fois, je cherche des panneaux de signalisations ou un plan pour m’aider à me situer. La deuxième fois, je cherche plutôt les repères visuels que ma mémoire s’est forgée avec le temps.

Je me rappelle des lieux où je passe tous les jours et des lieux où je suis déjà passé. J’ai même parfois l’impression d’y être déjà passé même si ce n’est pas le cas.

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Quelquefois, l’inconscient me rappelle un détail, un repère qui m’a marqué, une odeur associée à un voyage, une action qui me renvoie à un souvenir.

Si je pratique cet espace quotidiennement, mon attention ne sera évidemment pas la même que si c’est un espace que je découvre. Et quand bien même j’y passe tous les jours, cet espace évolue en même temps que moi. Il y a toujours une sorte d’étonnement quotidien, quelque chose qui attire mon attention : un son, une odeur, une lumière, une voiture, un piéton, l’extérieur, la ville… Ces perceptions deviennent des vecteurs de sensations.

Ces repères peuvent être différents selon les gens, signifier autres choses. Ils sont liés à l’affect. Dans son ouvrage, tentative d’épuisement d’un lieu parisien, Georges Perec ne choisit pas les lieux par hasard. Ils sont rattachés au souvenir de beaucoup de choses pour lui, un restaurant, une rue, un bar… C’est parce que ces lieux lui rappellent des souvenirs qu’il nous les décrit. En faisant ce même exercice plusieurs fois, je me rends compte qu’il a toujours quelque chose à évoquer, à signaler de nouveau. C’est la force de cet espace que de jongler entre le banal et la surprise, entre l’habituel et l’inattendu, entre la logique et l’impensable.

Paradoxe entre liberté et réglementation
Mais pour vivre ensemble, une donnée importante est à prendre en compte : le partage et le respect de règles de vie communes.

On ne peut vivre ensemble sans règles. Elles nous sont imposées par les collectivités, inculquées par nos parents et aussi durant notre scolarité, voire tout au long de notre vie, on peut même remonter beaucoup plus loin et dire que notre "civilisation"est le point de départ de ce "vivre ensemble". Notre société est finalement l’héritage de cette "civilisation". Mark Terkessidis dans le pouvoir de la culture (Construire sur Las Vegas) l’explique : "le terme de "civilisation" […], désigne ainsi quelque chose comme la conscience de soi de l’Occident, le développement de sa technique, ses règles du savoir-vivre, l’évolution de sa connaissance scientifique et de sa conception du monde et beaucoup d’autres choses de ce genre." 10 La transmission de ce savoir être est indispensable et s’opère naturellement dans le cadre familial, scolaire mais aussi au quotidien.

Savoir qu’il faut traverser "quand le bonhomme est vert", marcher sur le trottoir, jeter ses déchets dans la poubelle, etc. Toutes ces règles de conduite nous permettent de vivre plus ou moins sereinement au sein des espaces communs. Cependant, contrairement à ce que l’on peut imaginer, selon le pays où l’on se situe ou le quartier d’une même ville d’ailleurs, la tolérance en vigueur pourra être très différente.

Il y a une augmentation des dispositifs pervers dans les villes occidentales, qui montre bien la dualité entre la volonté simultanée d’inciter à l’utilisation de ces espaces et celle de les réglementer. Ces dispositifs sont destinés à se débarrasser de ceux que l’on considère comme des indésirables de l’espace urbain. Ils peuvent être sonores. Je pense à un dispositif appelé "Mosquito" 11 en Angleterre et renommé "Beethoven" en France,
10. extrait d'une anthropologie de la revue Texte zur Kunst de 1990 à 1998 p313. 11. testez le son sur ce site: http://www.wikidebrouillard.org/images/c/c2/Moustique17.mp3 .

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qui une fois installé dans un hall d’immeuble, ou sur une place où d’habitude des jeunes se retrouvent, émet un son suraigu uniquement audible par les moins de 25 ans. (à 27 ans, je ne l’entends pas!)

Je pense aussi au mobilier de prévention situationnelle. Ces dispositifs sont censés limiter tout types d’actes malveillants. La prévention situationnelle est une loi du 21 Janvier 1995 qui rend obligatoire une étude de la sécurité publique dans le cadre de projets d’aménagements, d’équipements collectifs et de programmes de construction.

Du point de vue formel cela se traduit par des choses effrayantes, comme l’installation de barrières sur les bancs pour empêcher de s’y allonger ou encore ces barres ou bacs de pierres coulés dans le béton installés devant certaines copropriétés, banques et autres institutions publiques et privées. Est-il réellement question de sécurité ou plutôt d’anti-squat? J’ai découvert lors de mes recherches le Survival-group12, un groupe d’artistes parisiens qui réalise des archives photographiques de ces dispositifs qu’ils appellent "anti-sites".

"Les anti-sites : excroissances urbaines anti-SDF se multiplient à Paris (ou ailleurs), et repoussent les démunis vers des zones encore plus inhospitalières. Cette violence ordonnée, indifférente aux souffrances d’autrui est une réponse silencieuse et paradoxale à l’ultime précarité, en n’améliorant que la qualité de vie des parisiens dérangés par la misère de France. En réalité, ces initiatives (collectives, privées, publiques), ne participent qu’à la dégradation des relations humaines, et au triomphe de l’individualisme." Ainsi que le dénonce le collectif Survival-group, je pense aussi que ces dispositifs sont installés dans le but d’empêcher les indésirables de s’installer et de rester dans l’espace urbain par le
12. http://www.survivalgroup.org/anti-site.html .

Exemples d'Anti-sites. source: http://www.survivalgroup.org/anti-site.html

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biais de ces "excroissances urbaines".

J’ai un exemple poignant à ce sujet : j’ai participé à une maraude de jour avec la Croix Rouge à Marseille. Durant cette journée, nous avons rencontré ces hommes pour qui la rue est un lieu de vie. Ils se l’approprient comme ils peuvent. J’emploie ici le terme approprier, j’aurais pu utiliser le terme occuper qui est sensiblement similaire, mais je préfère ici utiliser le terme approprier pour accentuer la notion de propriété.

C’est assez paradoxal, car finalement ils partagent avec nous, durant le temps de l’échange social, une partie de ce qu’ils considèrent comme étant leur espace privé et que nous considérons en réalité comme notre espace commun. L’un d’entre eux s’appelle Julien, je ne connais pas son âge mais je dirais qu’il a la cinquantaine. Cet homme vit dans la rue depuis 25 ans au même endroit. On peut même l’apercevoir sur Google Street View! Il est loin d’être socialement rejeté, beaucoup de passants lui disent bonjour et prennent de ses nouvelles. Son espace est sommairement organisé. Il s’est approprié un espace qui n’est pas utilisé ou qui n’est pas utilisable, un espace assez grand pour dormir et vivre à l’abri des intempéries.

Trois semaines plus tard au même endroit a été installé un mobilier de prévention situationnelle. Julien a été "expulsé"… Ce "fait divers" comme il se nomme dans les journaux, est dans la continuité des mesures prises "contre les comportements portant atteinte à l’ordre public". C’est dans cet objectif que la municipalité de Marseille a adopté un arrêté destiné à lutter contre la mendicité au centre ville afin de ramener "la tranquillité sur l’espace public" comme l’évoque l’adjointe Caroline Pozmentier dans un article de l’Express 13. En rendant illégale la mendicité,
13. http://www.lexpress.fr/actualite/societe/etes-vous-choque-par-l-arrete-anti-mendicite-a-marseille_1041770.html

c’est évidemment celui qui la pratique que l’on souhaite évacuer des centres-villes. Cette interdiction démontre l’importance qu’accordent les politiques à l’image de leur ville. Et c’est un exemple parmi tant d’autres. Ces règles de vie se retrouvent très souvent d’un pays à l’autre. La seule différence réside principalement dans le respect que l’on accorde à ces règles. Pour illustrer mon propos, je prendrai quelques exemples de différences de comportements entre des marseillais et montréalais.

À Marseille, nous nous sommes tous retrouvés à attendre les transports en commun à un arrêt. Au moment où le bus arrive et ouvre ces portes, c’est la cohue, tout le monde se pousse (jusqu’aux limites du raisonnable) afin de rentrer le premier pour s’asseoir sur les quelques places si convoitées! À Montréal, on fait la queue, le premier arrivé est le premier à entrer. Même constat lorsque l’on sort du métro. À Marseille, vous n’êtes même pas encore sorti que ceux qui attendent cherchent déjà à entrer! À Montréal, c’est l’inverse, gare à ceux qui ne respectent pas les règles de conduite, ils seront sévèrement observés par un regard désapprobateur et culpabilisateur. Je ne souhaite pas faire ici une apologie du bien ou du mal, mais j’évoque ces exemples dans le seul but de montrer l’importance des règles de la collectivité au sein de l’espace public. Une sorte de conscience collective positive ou négative s’instaure. Malgré cela, je considère cet espace comme le lieu social libre de notre société. La liberté est un mot fort qui doit nous pousser peut être à mieux comprendre, et à adopter un point de vue différent sur cet espace qui nous entoure et que l’on côtoie quotidiennement.

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Pourquoi cet espace?
Je me suis intéressé de plus près à cet espace pour plusieurs raisons. L'espace public est simplement pour moi la représentation de la société, sans superflu, sans distinction, le seul espace dont nous sommes tous propriétaires. Quand je dis "nous tous" je ne pense pas seulement aux habitants de tel ou tel quartier, mais je pense aux occupants et utilisateurs quotidiens de toutes origines. Cet espace offre cette envie ou pas, cette possibilité de partager sa vision, son opinion, son savoir… Je le vois comme le lieu d'expression libre, qu’elle soit revendicative ou non, artistique ou non, légale ou non.

Une richesse sociale
Il est important de ne pas oublier que "la ville n'est une ville que si elle est la ville de quelqu'un." 14 On est tous ce quelqu'un. Ce n'est pas l'architecture mais les habitants qui font la ville. Bien sûr, chaque ville est particulière et unique de par son architecture, sa topographie, sa situation géographique, mais ce sont les habitants qui créent l'identité de la ville.

Prenons l'exemple de Marseille, la ville que je pratique au quotidien depuis quatre ans. C'est une ville où l'identité est en train de changer, notamment à cause des grands travaux d'aménagements qui s'y opèrent. Est-ce parce que les protagonistes ne sont pas assez à l'écoute des habitants? Est-ce que la préoccupation première est de se faire de l'argent? Peutêtre considèrent-ils qu'en créant de grands espaces arides de mobiliers urbains, ils apportent une réponse formelle efficace à leurs yeux? Mais l'est-elle aux yeux de la population? "Ils", ce sont nos élus, ces personnes qui mettent en œuvre les appels d'offres qui entrent dans "la politique de la ville" nous dit-on! Je ne critique
14. Marcel Roncayolo, Thierry Paquot, Jacques Lévy, Oliver Mongin, Philippe Cardinali. De la ville et du citadin,, Editions parenthèses p 11.

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pas ces projets pour les critiquer, je m'interroge sur une nouvelle manière de penser et de concevoir ces projets?

Le lien social est le noyau dur de la ville. Sans cette relation, il n'y a pas de commerce, pas d'amitié, pas de vie. Et sans vie, il n’y a plus de ville.

À mon échelle et d'un point de vue personnel, je suis conscient qu'à partir du moment où je passe le pas de ma porte, que je quitte mon espace privé, je suis susceptible de rencontrer mes voisins. Si c'est le cas, cela se traduit par un "bonjour, comment allez vous?" Une phrase simple qui crée un contact de sympathie avec l'entourage, certains d'entre nous diraient que c'est du bon sens, de la politesse, mais j'ai peur qu'ils soient en voie de disparition… La particularité des relations de voisinage, c'est cet espace que l'on partage en commun. Une zone tampon entre notre espace privé et l’espace public, à laquelle on ne peut pas échapper, à moins de sauter par la fenêtre ou de s'appeler Alain Robert 15. Quand je sors de ma sphère privée, je me retrouve donc dans la rue. Il y a toujours du passage, plus de voitures que de personnes ou c'est l'impression que j'ai. Au coin de la rue, un bar. C'est le lieu social de la rue. Des gens s'y retrouvent, boivent un coup, mangent… Devant, une terrasse aménagée sur le trottoir avec tables et chaises. Ce type de lieu, à consonance commerciale a toujours été, est je pense sera toujours favorable au lien social. Ce genre de lieu de vie dans un quartier ou un village est indispensable pour donner une âme à celui-ci. Ce n'est pas le lieu qui induit le lien mais les gens qui y habitent et qui l'utilisent. Ce contact avec les autres est indispensable. Dans cet espace où l’on vit ensemble, il faut prendre en considération le désir de chacun. Certains n'ont pas envie de s'arrêter, de discuter. Thierry Paquot l'évoque bien dans son
matériel.

15. appelé aussi le "spiderman" français, il est connu pour avoir escalader les plus grands monuments du monde sans aucun

ouvrage, "la rue qui facilite la rencontre permet aussi de la refuser 16. On peut donc se demander ce qui peut donner envie aux citadins d'échanger? Certains lieux et dispositifs y sont plus favorables que d'autres. Ces espaces de détente urbaine sont pensés et créés par les urbanistes, les architectes, les paysagistes. Finalement, au fur et à mesure de ma reflexion, je me rends qu'il y a une sorte de sectorisation du territoire urbain, notamment des lieux qui sont plus aménagés que d'autres et qui conditionnent indirectement notre utilisation. Les rues sont aménagées pour qu'on n'y fasse que circuler.

Ces espaces sont-ils destinés à conditionner notre utilisation? Ne pouvons-nous pas nous réapproprier ces espaces pour en faire des lieux de vie et non plus seulement des lieux de passage? N'est-il pas possible de prendre l'initiative aujourd'hui de manger sur le trottoir comme on mangerait sur sa terrasse? Certains événements permettent ce genre d'action comme la fête des voisins 17, qui est finalement une forme de réappropriation de l'espace. Ce type d'événement n'est que trop rare, mais il a le mérite d'exister.

Les espaces seuls ne suffisent pas. Le mobilier qui agrémente ces espaces est aussi important à mes yeux. Discuter debout, c'est bien, mais discuter assis, c'est plus confortable. Le banc est un objet à potentialité sociale. Les gens s'y installent, discutent. Où iraient-ils s'ils n'y étaient pas? Au bar? Chez eux? J'ai cette vision des personnes qui s'installent avec leur chaise sur le trottoir pour se retrouver entre amis. Un comportement que j'ai pu observer plutôt dans des villages, ou dans des pays comme Cuba où la rue est le lieu des retrouvailles, des discussions. Outre l'assise et son potentiel social, l'objet qui est, pour moi, est
16. l'espace public de Thierry Paquot, extrait p 89. 17. crée par Atanase Périfan, politicien et président de l'association Voisins Solidaire.

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le symbole formel du rassemblement dans notre quotidien, n'est que trop peu présent en ville en tant qu'objet pouvant être utilisé librement. Au même titre que les bancs, la table. Il y a bien quelques tables de pique-nique dans les parcs et encore…

Outre cette réflexion qui questionne la potentialité sociale de cet espace, un autre facteur me paraît essentiel dans cet espace, c'est la liberté d'expression, héritage ancré dans l'histoire française. Quelle soit artistique ou non, pertinente ou pas, je trouve important qu'il soit possible d'exprimer et de s'exprimer quelque soit la forme et quel que soit le discours. Les différences sont importantes dans une société, elles permettent d'évoluer, Paul Valéry disait : "enrichissons nous de nos différences mutuelles".

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La ville comme support d'expression
Comme j'ai pu l'évoquer précédemment, la ville est une représentation condensée de la société.

Quant à l'art, c'est un moyen d'expression plus ou moins engagé, mais qui est en général destiné à une population intéressée. J'entends par là, les personnes attirées et sensibilisées aux expositions et à ce type d'événements et surtout aux lieux destinés et prévus à cet égard. L'art est une forme d'expression qui ne doit en aucun cas, du moins je le vois comme cela, être destinée à telle ou telle typologie de personnes. L'art doit être à la portée de tous. La culture ne doit pas être destinée seulement aux élites. La combinaison des deux, ville et expression artistique, permet ainsi de toucher plus de personnes et surtout de toucher les personnes les moins sensibilisées.

Quand on parle d'art de la ville, on pense souvent à l'art urbain. Ainsi dans une démarche d'un art engagé à la vue de tous, je considère la ville comme étant l'espace le plus approprié pour sa visibilité et son impact. Cet art n'est pas uniquement revendicatif, il peut être aussi décoratif.

Dans mon propos, je m'intéresse plutôt à une forme d'expression artistique traitant des questions sociales, politiques et économiques sans pour autant oublier les autres formes d'arts. Finalement, le champ de la création permet de revendiquer certains aspects de manière plus expressive et plus ou moins pacifique selon le type d'intervention. C'est par ce biais que certains artistes ou pratiques artistiques opèrent, afin de rendre compte et de partager leur vision. Je pense à KIDULT, un street artiste parisien (ou américain?), connu pour repeindre, avec un extincteur modifié, les devantures des plus grandes marques de luxe. Il exprime par ce biais son mécontentement vis à vis

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de ces marques qui se sont appropriées le street art dans un but purement marchand, et qui lui retirent tout son pouvoir contestataire pour en faire un pur produit de consommation banal. Une forme d'expression où la finalité esthétique n'est pas le but. Un art contestataire où l'action se prépare en amont avec un repérage et, comme dans le cas de KIDULT, la fabrication d'un extincteur modifié pour revenir en pleine nuit et pouvoir opérer en quelques secondes. Cette forme d'art dont le "let's motiv" est la revendication, est loin d'être isolée.

Exemple d'intervention de KIDULT

D'autres formes d'expressions peuvent, elles aussi, avoir les effets souhaités. Le but étant de rendre compte, visuellement et de manière concrète, du problème que l'action soulève. Les deux premiers exemples que je vais exposer questionnent la place de l'automobile en ville. Deux manières différentes de traiter d'un sujet commun.

Le premier est la gehzug, ou "marchemobile". Une construction légère et plutôt simple, imaginée en 1975 par un ingénieur autrichien Hermann Knoflacher. En imaginant cette construction et cette action, son intention était de mettre en évidence l'espace qu'occupe l'automobile en ville, et plus précisément durant les bouchons. Un outil de marche efficace démontrant l'absurdité des congestions du trafic urbain.

Photo de la "marchemobile"

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C'est d'ailleurs pour mettre en avant une autre forme d'occupation physique que le collectif Rebar-studio a créé un événement en 2005, devenu mondial, le Park(ing)-Day. Un événement ludique qui consiste à se réapproprier l'espace urbain en occupant pacifiquement et dans la joie des places de stationnement en ville. Chaque année dans plus de 130 pays, durant le troisième week-end de septembre, chacun s'offre une place de parking à la journée pour y installer son propre espace imaginé : des jardins, des espaces de jeu, de détente… Un moyen poétique qui aide à changer l'utilisation et la perception de la rue. Toutes ces actions ne revendiquent pas seulement la place de l'automobile en ville. Prenons l'exemple de Sarah Ross, qui comme Survival group, est interpellée par les dispositifs sécuritaires. Pour lutter contre cela, elle propose une riposte astucieuse. Elle confectionne un habit de velours bleu, dont les creux s'emboîtent parfaitement sur les barres empêchant la station allongée sur les bancs. Elle leurs redonne en quelque sorte leur fonction première qui est d'offrir du repos à ces usagers, et surtout de laisser le choix de la position du repos. Ses réflexions sont intéressantes et ses actions questionnent le degré de liberté que l'on nous laisse dans ces espaces, une liberté finalement limitée. Une liberté surveillée aujourd'hui par l'installation de plus en plus massive dans nos villes de caméras de surveillance. Des caméras utiles en certains cas, mais qui peuvent également poser question. Banksy est, je pense, l'un des précurseurs pour ce qui est d'utiliser son art pour revendiquer ce qu'il considère être une atteinte à notre liberté.

Dans cette même logique, concernant ce questionnement sur la liberté dans l'espace urbain public, l'intervention de l'artiste

Photo : Parking "Day" par Rebar Studio, San Francisco, 2004.

Photo : Sarah Ross, Archisuits 2005-2006.

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américain William Lamson m'a particulièrement intéressée : une intervention minimale sans aucune dégradation avec un effet maximal. Il installe stratégiquement un ballon rempli d'hélium afin d'obstruer la vue d'une caméra de surveillance. Je trouve trés pertinente la subtilité de ce projet.

Photo : William Lamnson - Intervention 11/14/07, 2007.

Un autre dispositif révolutionnaire, les Recetas urbanitas de l'architecte Santiago Cirugeda, qui réfléchit à des stratégies d'occupation urbaine. Il joue sur la nature même du système bureaucratique en détournant des autorisations municipales temporaires. Parmi ses projets, celui réalisé à Séville en 2004 est particulièrement intéressant. Santiago Cirugeda recycle en quelque sorte des espaces en attente d’un nouveau projet en proposant aux habitants du quartier, durant ce laps de temps une aire de jeu: une sorte de "hacking"18 organisé et autorisé. Un réinvestissement urbain qu'il imagine aussi en détournant la benne à ordure en la transformant en petite aire de jeu, en mobilier urbain, en jardin. Les autorités locales n'opposent aucune restriction concernant l'obtention d'une autorisation pour la mise en place de bennes à ordures dans la rue. Santiago Cirugeda réussit étonnamment à transformer la benne, qui est normalement conçue comme un objet très fonctionnel pour les actions destructrices, en un objet favorable pour des actions constructives, créatives et sociales.
Photos : Séville, Espagne, 2004 SANTIAGO CIRUGUEDA, Recetas Urbanas

18. "hacking" se traduit en français pas "piratage".

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Ma position, mes inspirations
Vers un design anti-industriel
Je considère la société dans laquelle nous vivons comme dirigée uniquement par la consommation et par cet esprit consumériste. Le domaine du design est, je pense une branche de plus du système qui pousse à consommer. Elle se situe en amont, et en aval. Finalement pour comprendre le début de ce qu'on appelle "design" il faut parler de Raymond Loewy. Il a compris et fait comprendre aux industriels, que l'esthétique joue beaucoup sur la décision du consommateur, que ce soit en changeant le logo de Lucky Strike, ou en modifiant l'esthétique extérieure d'un réfrigérateur. Et puis le design évolue avec son temps, nouveaux matériaux, nouveaux procédés de fabrication, nouvelles esthétiques, nouveaux besoins.

Pour que la consommation soit constante, un principe de développement économique est mis en place : l'obsolescence programmée. C'est en quelque sorte une stratégie commerciale mise en place par les industriels. Cette stratégie est finalement assez simple à comprendre. Notre évolution technique et scientifique nous permet de programmer la fin d'un produit, et pour y être prêts, les industriels anticipent et proposent de nouveaux produits et services pour remplacer l'ancien. C'est le cas en France pour tous ce qui est outils multimédias tel que les ordinateurs portables qui ont une durée de vie de quatre ans en moyenne, ou encore les smartphones qui eux sont changés en moyenne tous les 18 mois. Cette technique était déjà utilisée par la société Dupont dans les années 1940 qui décida d'arrêter la fabrication de bas que ne filaient pas afin d'accélérer le rythme des ventes. Cette obsolescence existe aussi dans le domaine du mobilier, et

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je pense que cette stratégie n'est pas prête de changer. J'ai envie d'évoquer une enseigne qui a révolutionné, je trouve, l'accès au design de mobilier : IKEA. C'est pour moi un design de surface mais qui a pour mérite d'offrir à n'importe qui du mobilier "design" à moindre coût. C'est une vision du design à laquelle j'adhère, mais le souci n'est pas tant la forme des objets ou le prix, bien au contraire, c'est plutôt leur solidité et leur durée de vie. Personnellement, je suis conscient qu'à partir du moment où j'achète un meuble là-bas, je ne pourrai le monter et le démonter au maximum que deux ou trois fois. Parallèlement je suis aussi conscient que je serai très certainement amené à déménager19 fréquemment . Et c'est là que l'on touche à la limite de ce design. La conséquence est simple, elle se traduit par une augmentation radicale de tous déchets que l'on tente de recycler, que l'on brûle, transforme, ou bien que l'on envoie en Afrique comme les écrans d'ordinateur et autres. Cette vision me pousse à me positionner et imaginer une autre forme de consommation de l'objet : une consommation que je nommerai "réfléchie", soucieuse de nos besoins, mais aussi de son impact écologique.

La chose qui me dérange le plus est le manque de prise de conscience de l'impact de notre consommation. Mais fabriquer pour consommer, pour enfin jeter. Le "tout-jetable" est finalement le cycle de vie de l'objet le plus fréquent aujourd'hui, et ces conséquences sont désastreuses pour la planète. Un certain nombre d'industriels pensent avant tout au profit sans se soucier du reste. Ce sont des gens importants économiquement, qui font vivre des milliers de personnes, qui décident du maintien ou non de la production à tel ou tel endroit, bref qui ne considèrent pas un ouvrier comme un Homme et la
com/societe-demenagement/espace-presse-communiques/statistiques-marche-demenagement.html

19. Trois millions de déménagements en France par ans, soit plus d'un foyer sur deux. source: http://www.officiel-demenagement.

planète comme un joyau à préserver. Je n'irai pas jusqu'à dire que tous les industriels sont ainsi car je ne suis pas un spécialiste de la question, mais je pense que c'est une question que l'on est en droit de se poser. Comment conciler production, économie et respect de l'Homme tout en se préoccupant de l'impact que nos actions et nos choix ont sur la nature? À partir de cette vision, la question est de savoir quel rôle joue le designer dans ce système? Le designer ne doit-il pas trouver une nouvelle manière de penser l'objet? La solution n'est-elle pas de trouver un nouveau moyen de produire, un nouveau moyen de promouvoir le réemploi? Et pour que ces actions permettent une prise de conscience collective, de faire partager cette vision? Je me suis principalement intéressé à cette vision du design, et pour ce faire je me suis focalisé sur différentes approches.

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Le "Do It Yourself" 20
Cette approche du design partagé est apparue pour la première fois dans une exposition en 1974. Un projet conduit par Enzo Mari sous le titre de Proposta per autoprogettazione. C'est un manifeste visant à révolutionner le monde de la distribution et de la réalisation. Enzo Mari emploie ici un système de construction simple à partir de planches standard et d'un outillage simple (marteau, scie, clous et colle). La particularité est dans la distribution gratuite sous forme de plans de toutes les étapes à suivre afin de construire l'objet soi-même (des plans qui rappellent étrangement ceux d'IKEA). Par ce principe, n'importe qui pouvait en quelque sorte s'approprier les objets (chaises, bancs, tables, lits, bureaux…) et ainsi meubler son appartement. Afin que la réalisation ne soit pas trop difficile, Enzo Mari conçoit un système simple et encourage les usagers à modifier ses objets ainsi qu'à lui envoyer commentaire et photographies de leurs réalisations personnalisées. Il instaure une nouvelle relation entre le créateur et le futur consommateur et propose grâce à l'Autoprogettazione une démocratisation de la création: on a les plans, on achète la matière brute nécessaire, on fabrique, on modifie ou non et on utilise. Ce processus permet de ne plus passer par l'étape industrielle.

Plan : chaise d'Enzo Mari.
20. du français "fais le toi-même"

Photo : chaise d'Enzo Mari.

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C'est la démarche que propose Jeremy Edwards avec ces "objets libres".

"Les gens peuvent prendre ces objets chez eux et peuvent continuer à le changer. Autrement dit, ils peuvent donner un autre cycle de vie à ces objets à travers leurs propres modifications.  Ils peuvent aussi garder un objet pendant un an et le transmettre à un autre ami qui mettra un peu de couleur dessus. Ainsi, un autre cycle de vie se crée. Pour moi, cette démarche est très importante. Ce n’est pas statique, ce n’est pas figé. C’est quelque chose qui continue à vivre… Les meubles de cette exposition vont être remis dans les endroits où je les ai fabriqués et les gens peuvent se servir et en faire ce qu’ils veulent gratuitement. Et le meuble continue à vivre dans un autre foyer et ainsi de suite." 21

Photo : "objets libres" de Jeremy Edwards.

Dans ce projet, Jeremy Edwards souhaite prolonger la durée de vie d'un mobilier. Dans sa vision, les objets et les matériaux ont
21. http://www.larevuedudesign.com/2012/11/28/la-valorisation-des-marques-et-signes-de-l’usage-dans-le-design-d’ameublement-faire-du-neuf-avec-du-vieux/

un cycle de vie défini qu'il souhaite prolonger afin de leur donner une seconde vie au lieu de les jeter pour les recycler. Il n'y aucune ambition pécuniaire. L'objet est fabriqué, assemblé, découpé sur place avec le matériel trouvé dans la rue, puis laissé en libre service. Seuls quelques outils suffisent. Le designer replace ces objets confectionnés sur le lieu de récupération afin que les gens se les approprient et/ou les modifient et finalement participent aux nouveaux cycles de vie de l'objet. Cette vision du design accessible, qui se laisse toucher par tout un chacun et qui évolue en conséquence, ne me laisse pas insensible.

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Du déchet, au "Cradle to cradle" en passant par "l'upcycling"
L'histoire du déchet ne date pas d'aujourd'hui. Il est certes inhérent à notre époque, mais cette problématique s'est posée aux villes occidentales de plus en plus peuplées à partir de l'exode rurale au cours de la moitié du XIX° siècle. Au début du XIX° siècle, les déchets n'ont pas autant d'importance qu'à notre époque. Le plastique, les emballages n'existaient pas ou peu, les déchets sont principalement organiques, déchets utilisés maintenant pour faire ce que l'on appelle du compost. Finalement ce que nos grands-parents faisaient déjà plus par souci économique qu'écologique.

C'est à la fin du XIX° qu'Eugène Poubelle alors préfet de la Seine, obligea les propriétaires d'immeubles à utiliser des récipients, euxmêmes divisés en trois récipients afin de faire un pré-tri. En même temps que le recyclage est mis en place, apparaît un nouveau métier, celui de récupérateur. Cela me rappelle les "Roms" que j'aperçois dans les rues de Marseille, errant de containers en containers avec leurs anciennes poussettes transformées en chariot, à la recherche de matériaux qu'ils pourront revendre par la suite, ou de vêtements qu'ils pourront réutiliser…

L'être humain cherche toujours à améliorer sa qualité de vie, mais à quel prix? Penser de nouveaux matériaux, de nouvelles énergies et se rendre compte ou rendre compte publiquement des années plus tard de l'impact écologique, du désastre écologique… De nouveaux matériaux plus résistants, plus agréables, plus, plus, plus, toujours plus… mais surtout plus polluants. Le géographe David Harvey, enseignant à l'université de New York en parle dans son ouvrage "le capitalisme contre le droit à la ville" et dit : "de forte pressions s'exercent sur l'environnement naturel qui doit fournir les matières premières nécessaire tout en absorbant les déchets

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inévitablement produits." 22 Autre exemple concret de notre époque, celui des panneaux solaires. L'énergie solaire a été vantée pendant des années comme une alternative sûre, plus propre que la combustion de fossiles pour répondre à une demande en hausse d'énergie. Or, le recyclage des panneaux solaires est très compliqué et loin d'être résolu. Une incohérence de l'état avec les déductions d'impôts instaurés afin de promouvoir cette démarche, qui est dans les faits intéressante mais qui finalement n'est pas aboutie. L'avenir est peut-être dans la philosophie de "Cradle to Cradle" : créer et recycler à l'infini. Le "cradle to cradle", "berceau au berceau" en français ou plutôt de "la terre à la terre", est un concept de recyclage permanent en recyclant à l'infini les produits. Il s'oppose au fonctionnement actuel de notre industrie qui est plutôt fondée sur le "cradle to grave", qui signifie du "berceau au tombeau". Ce terme de "Cradle to Cradle" est connu plus globalement par le biais de l'ouvrage intitulé par cette même locution et co-écrit par le chimiste Allemand Michael Braungart et l'architecte américain William McDonough. C'est une théorisation de leurs pensées née dans les années 1980. À l'époque, sous forme de label, ce concept est officialisé et certifié internationalement en 2002. Il concerne des produits de consommation conçus pour "nourrir" l'écosystème après usage mais aussi des produits de services 100% réutilisables pour la production de nouvelles générations. C'est une sorte de réutilisation perpétuelle de la même matière, un cycle de matière fermé qui permet de repenser et d'adapter le produit aux nouvelles exigences ou tendances demandées par le consommateur. Mais je pense que cette philosophie a ses limites.
22. extrait de l'ouvrage "Le capitalisme contre le droit à la ville - Néolibéralisme, urbanisation, résistances" écrit par David Harvey p 11.

Je reprends mon exemple des panneaux solaires. Ce produit ayant déjà une existence et surtout une commercialisation, il nous est impossible de pratiquer dans ce cas-là cette philosophie. La solution est peut être de se demander comment réutiliser ce produit lorsque celui-ci n'est plus efficace dans une autre finalité que ce qui a présidé à sa conception? Cette matière qui le compose ne peut-elle pas être utilisée, sans transformer l'objet, comme plateau de table, comme cloison d'intérieur ou autre…? La question n'est pas de savoir comment on peut se le réapproprier, mais plutôt d'en avoir l'idée et surtout de la réaliser. La réponse existe, cette pratique du réemploi selon certain principe s'appelle "l'upcycling".

C'est en 1994 qu'un ingénieur allemand Reiner Plitz utilise pour la première fois ce terme, que l'on pourrait traduire en français par recyclage vers le haut. C'est finalement une pratique qui est née naturellement dans les pays en voie de développement où l'accès aux biens de consommation est limité et où les systèmes de collectes et de traitements sont inexistants. Cela me rappelle mon voyage d'étude et les casquettes confectionnées par les cubains, en canettes d'aluminium attachées par des ficelles en cuir, vendues sur le marché de Trinidad. Ce principe est aujourd'hui une source d'inspiration pour les créateurs dans les pays développés. Le principe n'est pas de se contenter de récupérer les matériaux et objets pour leur donner une seconde vie mais aussi de sublimer ces matériaux afin que l'esthétique finale de l'objet soit la plus probante, afin d'apporter une plus value. À l'inverse du recyclage, l'upcycling ne nécessite ni transformation chimique ni dépense énergétique d'eau ou l'électricité. C'est une philosophie pensée dans une globalité qui, je pense, peut être une solution de plus pour limiter l'accumulation des déchets.

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Du "hacker" au "hacking urbain"
Avant d'évoquer et d'expliquer ces termes "hacker" et "hacking urbain", il est nécessaire d'en rappeler l'origine.

Le "hacking" est un terme qui est apparu dans les années 1960 au sein du Massachusetts Institue of Technology (MIT). Des étudiants de l'époque se sont surnommés "hackers", après avoir démonté et modifié leurs ordinateurs pour en améliorer les performances. Ce sont des jeunes attirés par l'innovation, et leur seul moyen d'y arriver est l'expérimentation.

"Hacking" peut donc se traduire par "bidouiller". Hormis ces étudiants inventeurs du terme, le premier hacker ou qui s'en rapproche le plus est John Draper. C'est en 1969 qu'il découvre dans un paquet de céréales un sifflet qui lui permet d'obtenir une certaine tonalité de 2600 hertz. À l'époque, cette fréquence est importante car elle active les lignes longue distance et donne ainsi la possibilité de téléphoner gratuitement. D'autres acteurs plus connus sont issus de cette pratique, je pense à Steve Wozniak et Steve Jobs. Plus connus pour la création de la marque Apple en 1976, ils font auparavant partie de Homebrew Computer Club, un groupe de bidouilleurs informatiques. Ces bidouilleurs s'attellent à modifier et faire évoluer le premier ordinateur individuel, l'Alter 8800.

Malheureusement, le hacking a aussi ses limites. Il est né avec le développement d'Internet et l'apparaition des cybercriminels. Dans cette perspective, je trouve, que cette pratique atteint ses limites.

Ce côté obscur de la force se nomme aussi "black hat" en opposition au "white hat". Je ne cautionne pas cette pratique mais elle est bien réelle et fait partie de l'histoire du hacking. Ce que je retiens de cette pratique c'est cette liberté d'agir.

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Dans son ouvrage "The hackers ethic and the spirit of the information", le philosophe Finnois Pekka Himanen explique l'éthique du hacker. C'est un processus social fondé sur Internet, sur la production coopérative en réseau de logiciels libres, et sur un rapport alternatif au travail, à l'argent, au temps.

Les motivations principales se fondent sur trois termes : le Fun, le Free and le Fuck : l'amusement, la liberté et l'esprit subversif. Un esprit, une éthique issue d'un monde virtuel qui a été petit à petit transposé au un monde réel, un hacking concret, que l'on peut toucher, s'approprier : le hacking urbain.

Inspiré, donc, du hacking informatique, il signifie piratage urbain. Le dictionnaire urbain nous en donne une définition claire et plutôt simple : "nom masculin. Le hacking urbain est une pratique qui consiste à détourner la ville de ses fonctions premières (habiter, consommer, travailler, circuler…)" C'est une idée plutôt simple sur le papier. Il s'agit de se réapproprier la ville, de détourner ses installations urbaines en les décorant ou en les "réparant", si elles ne sont pas adaptées, voire en y apportant une autre fonction. En réaction au changement des usages de la ville, ce concept prend de plus en plus d'ampleur. C'est également un moyen de modifier l'espace que l'on pratique quotidiennement et peutêtre de faire réfléchir les citadins sur l'utilité et la pertinence du positionnement des installations urbaines.

"Le hacking, c'est donner une fonction à une chose à laquelle elle n'était pas destinée à l'origine." 23 Comme exemple, je vais parler du collectif Fabrique-Hacktion 24, un groupe d'étudiants issus de l'ENSCI 25. Leur intention est de répondre à de nouveaux besoins liés à une utilisation différente de
23. extrait d'une interview donné par Charlie Todd, d'Improv Everywhere, dans l'émission Tracks d'Arte. 24. Fabrique Hacktion est un projet mené par Raphaël Pluvinage, Sylvain Chassériaux et Léa Bardin. 25. Ecole National Supérieure Création Industrielle.

l'espace public, mais aussi d'y répondre de manière réactive et non industrielle grâce notamment à la fabrication de leurs pièces au moyen d'une imprimante 3D. Ils installent ces objets dans la ville sans autorisation dans un objectif simple : améliorer le quotidien des habitants.

Photo : projets Fabrique-Hacktion

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Mon expérience
L'intuition
L’intuition est une part importante de mon travail. Nous avons chacun nos propres intuitions.

Est-elle liée à ce que je vis, ce que je ressens ? Je pense que oui.

Fait-elle partie de mon processus de réflexion? J’y répondrai aussi de manière positive. C’est assez difficile de parler de l’intuition. C’est quelque chose qui ne se touche pas. Un sentiment, un instinct, un processus subliminal… L'inverse de l'objet, qui est lui concret. Elle m'est propre et elle s’exprime de manières différentes.

Je ne la commande pas mais elle finit toujours par apparaître. Au début c’est une pensée, une idée qui me traverse.

L’intuition se forge au fil du temps. Elle est dépendante de ce que j'ai déjà manipulé, testé, observé, lu, regardé. Parfois je l'oublie… Et quelques fois, je l'attends!! Je fonctionne avec deux types d’intuitions que j'appellerai l’intuition directe active et l’intuition décalée passive.

La première, je la perçois quand je manipule. La manipulation seule ne suffit pas, le matériau déclenche également des intuitions. Les intuitions pour le métal ne sont pas les mêmes qui sont mobilisées par l'utilisation du bois, par exemple. D’ailleurs, selon le type de métal ou de bois, les sensibilités seront elles aussi différentes. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises intuitions. Mais je pense qu’il existe de bonnes et de mauvaises réalisations. La réalisation est le dernier stade du processus de création de l’objet contrairement à celle de l’intuition qui en est le premier. Quant à l’intuition décalée et passive, on ne l’attend pas, elle se déclenche seule. C’est peut-être dû à un processus naturel,

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au moment où le cerveau fait un tri de nos expériences et de nos observations antérieures. Je dis cela car, pour moi, cet événement se passe le plus souvent le soir, avant de me coucher. En me faisant cette réflexion, je me dis maintenant que l’intuition est peut-être aussi liée à notre état d’esprit, plus favorable à la sérénité, à la décontraction, à ce moment-là.

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La maraude
Je me suis longtemps intéressé aux Sans Domicile Fixe. C'est pour la plupart d'entre nous, une population à laquelle on ne s'intéresse peu ou pas, hormis des associations spécialisées comme la Croix Rouge, par exemple, grâce à laquelle j'ai pu participer à une maraude. J'ai quelque part l'impression que les Sans Domicile Fixe font partie du paysage urbain…

Je me suis naturellement intéressé à ces personnes pour leur lieu de vie, leur manière de vivre et leur rapport sociaux extérieurs, existants pour certains, inexistants pour d'autres (à part au moment de notre venue). Un statut que l'on ne souhaite à personne, mais une vision qui nous donne peu ou pas l'envie de changer les choses. C'était peut-être pour moi, le moyen de me sentir utile…

Une difficulté s'est présentée à moi : comment les aborder? Alors que cette réflexion n'a pas lieu d'être! On ne se doit pas de juger ces personnes-là, la situation dans laquelle ils se trouvent n'est certainement pas voulue de leur part. Ce sont leurs expériences de vie, un faux pas ou une situation qui dérape, qui les ont amenés jusque-là, dans la rue, et leur parler devrait être tout aussi naturel que de céder sa place dans le bus, ou de dire bonjour en entrant dans une boulangerie.

Après avoir rencontré un responsable de l'association "Les petits frères des pauvres" dédiée particulièrement au soutien des personnes âgées isolées et sans ressource pour pouvoir se nourrir et se soigner, je me suis empressé de contacter la Croix Rouge, selon ses conseils, afin de participer à ce qu'on appelle une maraude, ce que je me suis empressé de faire. Après quelques échanges d'emails mon rendez-vous était pris. C'est un matin de Janvier, il ne pleut pas mais les températures flirtent avec le négatif (imaginez la nuit de ceux qui vivent dehors!).

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Mon sentiment est partagé entre l'impatience de connaître quelque chose de nouveau et la peur de la rencontre et des réactions des personnes rencontrées lors de la maraude.

Mon intention première était de prendre en photo leur lieu de vie. Quand j'y repense, cette démarche me semble, à posteriori, quelque peu voyeuriste et intrusive. Qui d'entre nous aurait accepter de laisser un inconnu pénétrer dans son espace intime?

La journée est rythmée par les rencontres. On est là pour discuter, offrir de l'eau. Notre principale question est de savoir comment ces personnes vont moralement et physiquement. Je peux dire que pour certains la santé physique n'est pas au top. Finalement la journée s'est bien passée, le contact plus facile que je ne l'imaginais, certainement dû au statut des gens que j'accompagne.

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L'hAcktion urbaine
L'hAcktion urbaine est le terme que j'ai inventé pour parler de mes expérimentations. Le premier terme employé, "hAcktion" est une combinaison de hack et d'action. Le second situe la zone dans laquelle j'opère. C'est un travail "in situ". Cette expression d'origine latine signifie "sur place". Le travail "in situ" apparaît au moment où certains artistes, du Land Art notamment, souhaitent quitter les lieux d’expositions pour s'exprimer. Cet art est plutôt éphémère, je dis "plutôt" car il y a un gros travail de documentations : dessins, photomontages, vidéos. Ce sont les seules traces, leur seul moyen de communiquer leur projet. Travailler sur place m'attire. La veille de partir en hAcktion, je prépare le matériel dont j'ai besoin : caméra, visseuse, scie égoïne et le pied de biche.

Muni de mon sac à dos et de mon trépied je pars en "conquête" urbaine. Le projet commence au moment où je suis sur le trottoir. Je sais au fond de moi, que je vais trouver du matériel (des planches, une palette, des chaises abîmées, ou autre) au bord d'une poubelle. Au moment où j'en trouve, je fais un tour dans le quartier afin d'évaluer son potentiel spatial et social. L'observation du lieu est un stade très important de ma démarche de création. Il est nécessaire d'analyser l'espace et d'en dégager rapidement les atouts et les défauts. L'objet est pensé et réalisé pour et dans cet espace. Un travail de type performatif. Mon atelier est la rue, plus précisément un bout de trottoir. Il est éphémère, le temps de l'action. Le contact direct avec les habitants du quartier est également lui aussi très important : focaliser l'attention des passants qui d'habitude ne s'arrêteraient pas me satisfait.

Le projet ne s’arrête pas à l'objet ni à sa réalisation. J'ai la volonté

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d'accompagner l'objet, même au moment où je quitte le lieu d'intervention. Pour ce faire, j'utilise les nouveaux moyens de communication qui me permettent de partager ma vision et mon travail pour en avoir des retours mais aussi pour donner l'envie d'en faire autant.

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Conclusion
En choisissant un tel sujet, j’étais loin de me douter de sa richesse et de sa complexité. Toutes ces recherches et réflexions tentent de répondre aux questions que je me suis posée dans le cadre de mes études de designer. Qu’est-ce que l’espace urbain? Comment le perçoit-on? Quels sont ses atouts, ses contraintes? Lorsque l’on s’intéresse à la définition de "l‘espace public", on s’aperçoit que ce terme, qui a tendance à se banaliser, est en fait un noyau de complexité. Il engendre des visions multiples et contradictoires et s’inscrit dans le paradoxe. Un lieu entre liberté et réglementation… … qui n’appartient à personne mais qui est partagé par tous. Un espace libre d’accès pour tous les individus mais qui est soumis à toujours plus d’injonctions et d’interdictions qu’impose le "vivre ensemble". Un lieu entre "non lieu" et espace social… … entre lieu de passage et lieu de rassemblement. Un espace que les politiques actuelles rendent de plus en plus sécurisé, impersonnel, hérissé de barrières, peu propice à la flânerie ou à la rencontre. Et qui pourtant, parfois, au détour d’une rue incite à l’arrêt, à l’étonnement au gré de rencontres impromptues, ou alerté soudain par une sensation, un regard nouveau sur un paysage pourtant familier, quotidien, qui prend tout à coup une autre dimension. Un lieu entre anonymat et espace chargé d’histoires

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personnelles… … neutralité d’un espace qui reçoit pourtant l’empreinte de chacun des individus qui s’y croisent. Empreinte éphémère d’un parfum dans l’air, d’une bribe de conversation échangée… empreinte plus durable d’un tag sur un mur ou d’une architecture permanente. Un lieu entre indifférence et curiosité… … un espace où l’on se croise sans se voir; mais que l’on peut investir pour capter un regard, susciter l’intérêt. Un lieu comme reflet de la société, toujours plus individualiste, consumériste, assujettie aux règles de plus en plus strictes de nos civilisations modernes. C’est dans ce paradoxe et en réaction à cette image de la société de plus en plus contrainte que s’inscrivent les courants actuels du "street art", du "hacking urbain" et d'un design participatif dans lesquels je me retrouve. Faire un arrêt sur image et affûter mon regard pour trouver l’inspiration dans le milieu urbain qui m’entoure. Investir l’espace en se rapprochant de l’éthique du hacker, flirter avec la légalité pour réinventer la ville. Faire de l'action et les objets qui en découle un moyen de susciter le regard, la curiosité, l’émotion. Occuper la rue pour partager ses engagements et sa vision du monde et redéfinir le lieu comme lieu de rencontre et de partage. C’est ainsi que je veux appréhender cet espace et concevoir le design comme une exploitation possible de son potentiel social et

artistique en mettant en scène des actions et des expériences qui ne se limitent pas à la discipline artistique mais qui expérimentent et touchent à la dimension urbaine, sociale et politique du monde.

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Bibliographie
Ouvrages :
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Revue numérique :
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Site :
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Emission TV :
Tracks TV Arte.

Autres supports :
KLAPISCH Cédric. L'auberge espagnole [Film]. France : Mars Distribution, 2002, 120mn. GENSEL Dennis. La vague [Film]. Allemand : Bac Films, 2009, 108mn. La Rue Ketanou. En attandant les caravanes [CD album]. France, 2011.

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English translation

Introduction

Design lies in the very heart of society. It asks questions about our humanity. It questions us about the problem our society has to deal with, in the immefiate future. "Living together" or how create links thanks to urban furniture or collective developments? "Playing, working" or how to accompany activity by using space or tools. Through this written exercise, I, first of all; try to give an account of thre evolution of my ways of thinking throughout last two years' work. What was hard for me was to choose a theme and to be capable of allying the task of the designer with my personal opinions and interests. The connection between desgin and society is a topic I feel very involved in. I would like design to be much less private, more public, more connected with the population

and less meant for the elite. My vision and intentions result from a practice fo design in an Art Scool. In this "mémoire", I am going to deal with the opinions that I have forged through my observations, perceptions, sensations and writing on the theme of the urban, public space. That is the reason why I will tackle the way of intervening in that space in order to modify a place, a use, while improving and questionning the existing arrangements. How way these interventions socialize these spaces without damaging them. Thes questions will allow me to get on to the notion of the social potentiality of the object and of the public urban space. In my opinion, as well as elaborating these relfections connected with this space, writing this memoire was a way of sharing my vision of society and of focusing on some practises fo design which I am

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also keen on, such as "Do It Yourself", "the cradle to cradle" philosophy or even the urban "hacking". First, I also wanted to insist upon the definition of this space and of the varied terminologies that have been used. Then I have described this space in order to demonstrate how it is paradoxically "governed" both by liberty and regulations. Secondly, I have explained why I have concentrated on this space. After analysing it, I wanted to share my vision: first my vision of design; a way for me to conjure up the coherent practices of design in response to my vision. Finally it is for me the means of sharing my vision of a specific space : the urban public space and of sharing my interests and my progressive experience.

A context

Which context?

A concrete space…, or a purely intellectual building-up…, a place which has been predefined by law… How can I define this space which is sometimes called public space urban space or common space or still the street? This notion is still unclear and at first difficult to grasp. However a great many theoricians, geographers, architects, urbanists have worked on this topic. The number of definitions and terms which have been used to described it make it ambiguous. I think it primeval to specify its origin in order to undestand it better, and to apprehend it. I think it essential to deal with several definitions. I have first of all looked for the origin of the term "public space". From sociological point of view, Jürgen Habermas, a German philosopher sociologist was the

first to conjure up and define the notion of "public space" in this thesis which he wrote in the sixties. At the time he made a difference between "public space" and "public spaces". The first term, more philosophical is linked with the notion of private in a public area and of sharing, corresponding to some places such as coffee or still some tools such as the press, until the latter was used for capitalistic purposes. As for public spaces, the rather urbanistic definition he gives of it and which I totally adhere to is the following one: a physical space of circulation, connections, meetings… A space and of either because it belongs to nobody (in law for example either beacause it exceptionally belongs to a private space). I want to highlight one essential subject for me: the gathering together. This word (gathering together) is very important for

me. I don't think it coherent to envisage a passage without gathering together through it. It dates back in a way to the Greek definition of the agora. All over throughout the ancient Greek times, this word means the place where citizens used to meet. This word comes from the verb ageieren which means: to gather. Besides the physic nature of this space I can't conjure up the public space without defining definition of the urban space. These two terms are closely linked. One without the other can't be imagined. According the INSEE an the urban space is a "continuous gathering of the urban areas and of communes dite polarisées, that is to say at least 40% of the active, living population work in one these urban areas. Consequently the definition of an urban space is: a continous physicalspace of communication between living areas and working areas." This definition is somewhat vague, depending the place

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it refers to. In his geography dictionnary Pierre George writes "the country is opposed to the town" but this definition varies from a country to another. In France the towns of less than 2 000 inhabitants are considered as belonging to a rural space whereas in Japon it is considered as such when it varies from 20 000 to 50 000 inhabitants. There is a more general definition (cf Urban Space: Vocabulary and morphology) by the author Bernad Gauhtier and by Guy Burgel who wrote the "preface" of the book "Urban Space m.n.g.: physicalcontinuum of building-up areas; gathering of building spaces of a town linked with the natural or artificial groung, on which it is built." This is the definition of a global area rather far as than a particular area. As the public space is concerned, it is composed of the both built-up spaces and spaces of communication.

This alternation creates rythms of solids ans voids which often determines its visual identity. The combination of these spaces constitute what is more commonly called the town. It is an environnement, which is densely inhabited where diverese activities concentrate such as the habitat, commerce, industry, education, health, policy, and culture… the town is organized differently, due to its geographical situation: its shape is generally created by its history and its topography.

A physical and sensorial space

In my opinion, the definition of a physic space corresponds to a down-to-earth space, which we can touch, show, practise it more or less easily, but the ony thing we have to do is to adapt ourselves to the space we are imposed upon. In geography, architecture and urbanism books, the urban space is considered as a physical space, foolowing the example of all the

spaces belonging to the public estate, which are open to the publi freely. It is a combination od specialised spaces, open spaces; they are determined according to their uses : the road, the pavements, the cycle track. Whan George Perec deals with one of these specific spaces: the street, he says: "the street is what separates the houses but also what allows us to go from on house to another one". It is a vision of the space which I think it reduced to an only act, the act of moving. He is not the only one to have this opinion. Helge Meyer declares about the pavement: "the pavement is a "non-lieu", a place of passage: people use the way to go form one place to another one." This quotation raises ths question of a "non-lieu". Is the pavement considered here as a transition space? Must we consider it only as a physical space of support? Originally the non-lieu is a neologism introduced bu Marc Augé in

a book entitled: Non-Lieux , introduction à une anthropologie de la surmodernité. For Marc Augé: "Whereas a space has an identity, whereas allows relashionships ans is related to history on the contrary a space which does not have an identity, does not favour relashionships and isn't related to history is a non-space." The word used above by Helge Meyer is not trivial at all because when we discover what Marc Augé considers physically as non-lieux (motorway areas, supermarkets), I understand the quotation better and I agree with it in a sense, but deep inside me I keep a glow of hop, that one day this space will have a huge social potential. Still today, while wandering through Marseille streets I have seen a group of men, sitting on the pavement: not sitting as we might imagine on an entrance still or on a recuperated plastic box, but well and truly sitting and organized with recuperated furniture (a table and chairs).

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I don't think this occupation had been programmed. It must have taken place by chance at least in its form: as if this table and chairs had given them the opporunity of sitting, as if they were at home. I am deeply interested in this notion of temporary installation in a space. How com than Man is capable of adapting to the space in which he lives, according to his needs and his envies. This example allows me to come back to this word: "occupation". Why prefer the word "occupation" to the word "appropriation"? I thought it over when I happened to read an interview of Luc Lévesque, an architect and a teacher history and theroy of contemporary architectural practices at Laval University in Quebec. This interview was about the SYNworkshop of urban experiments: "the notion of occupation is quite similar to that of appropriation but I prefer the word occupation here to evacuate the notion of propriety."

I agree with Luc Lévesque all the more as I consider the public, urban space as a propriety, common to everybody and shared whitout the possibility of creating a private space in a public space. But some occupations can provoke problems, more particularly the problems linked with the flow of people and its management. There also exist the problems linked with safely or cohabitation questions. So, these spaces are devided to make cohabition easier Traffic tracks and pavements are created (when blocks of buildings are not too numerous). Parking areas are planned between because in towns cars are inevitable. Besides, I think that cars impose upon spaces. Everything is done or has been done because oh them. Guy Debord has already dealt with that problem in 1959: "There is no point banishing cars as curse. What brings about the negativity of its part is its extreme concentration in towns. Urbanisme must not ignore cars

but must not either accept them as central preoccupations. It must bet on its decline. In any case we must plan its prohibition in some new areas or som ancient cities." This text exhoes Constant's position (who wrote in the International Situationist review) and the unitarian urbanism dealt with in their review. In the text "Another town for antoher life", Constant express his point of view ont the new urbanism which like in Debord text, is near the contemporary urban preoccupations linked with "the homogenisation" of districts which is carried out whitout caring about their purposes and the socail potential of these spaces. Constant object to this management of urbanism and writes : "The newly-built districts only have twothemes which surpass everything else : the traffic flow and confort at home." He suggests a new vision of the town : "a conception of socail urbanism…" My vision of space is quite

similar to that utopian urbanism suggested by the International Situationist. This position is critical of a certain urbanism and its necessity to create a traffic flow to the detriment of potential social relashinship. Constant suggests to build a covered town chich could allow its inhabitants to meet and to creat connections with the environment; these connections would not be created to bring about separation but to getherness. In this plan the road could not exist anylonger. Well, this utopian urbanistic vision is not the ideal town for me. I mention it for its social approach chich lacks in the towns we know, we go through and walk through. I own a car which I only very rarely use. Most of the time it is parked on parking area. Listenning to a conference of Emmanuel Delannoy, I got to learn that the car is unused on an average of 97% of the time. We can think over the necessity

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of possessign one, at least if we live in an urban area. Thus I have considered the question of the visual hold of cars in towns. My opinion is definite, cars are too intrusive, too present. The pedestrian is trapped by their numbers and is powerless. This impression is not only visual but also physical. Cars take a considerable place! Besides the growing place taken by cars in the organization of the urban space, there exist a whole typoligy of urban furniture. This furniture is not only decorative but technical and functional. Among them wa can find technical equipments such as roadsigns (EDF-GDF boxes, fire pumps) some furniture connected with transport (bus stops, parking meters, cyclesheds) with cleanliness (sanitary installations, dustbins) with confort (benches, fountains) with protection (props) with communication (advertising boards, electoral boards) some temporary furniture (marketplaces, buildind sites and

roadworks, and some furniture of situational prevention I will mention later in my script. All this furniture is, for most of it, conceived, realized and kept in good repair by JC Decault, which contribute to standerdize the urban furniture of French Towns. I am impressed by the abondance of some objects and on the contray by the lack of som others. In my script I will focus on two of these elements: the prop and the bench. As fas as the prop, it is for me a kind of bad herb which invade our urban garden. It is installed to avoid parking on pavements and so to protect the pedestrians. He has a strong visual impact chich devides and gives rhythm to the space. Its aesthetics way change according to its place of installation. He generally has a cylindric shape, capped by a bowl in "boulevards", pedestrian areas and a more simple shape, cylindric in parallel streets, in

less frequented places, in less touristic places. Its forms and dimensions are defined by the decree which was relative to access. Historically the shape od the prop has been standardized by Napoleon Bonaparte in 1807. It would allow policement to hancuff the offencers beween the bowl and the post. It was perfectly conceived to this purpose and the diameter of the bowl corresponded to that of handcuffs. It is still the same nowadays. Unlike the prop, the bench is gradually disappearind in the urban environment. It was called "exedra" during the Antique Greek period and was integrated to the building. It then, embellishes parks and public promenades in the Middle-Ages. Later, when baron Haussmann begins the re-organization of Paris, the bench appears with an aethetics whiwh is the same today. It is a piece of urban furniture which offers a collective sitting with a back sometimes

accompanied by armrests.In spite of its industrialization it is gradualy disappearing today. Of course we see a fex of them in squares, in parks, in streets. But generally when we want to sit down there is none. Who chooses its location? Is there a financial reason or rather an envy of the local communities? Except in parks, wouldn't it be clever to put some in other places also propitious to temporary comfort and contemplation. For example, isn't it necessary to put some just around meeting points? I can easily imagine taht the lack of benches in these spaces is a means of preventing people to "stagnate"… I do think that the town, the street, to put it in a nutshell, these spaces which I consider as spaces which are common to everybody should not be reduced to a functional use only linked with going to and through. They should also fitin with a story. The story architecture

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which would become History in a way. The town is an experince. When I do not know, I observe it, I try to find my bearings. Generally,the first time, I look for the roadsigns or a map to help me to locate myself. The second time, I rather look for the visual markers I remember. I remember the places I walk through everyday and the places I have already walked through. I sometimes have the impression to have already been there even if I have not. Sometimes, I remember a detail, a marker unwittingly, a smell associated to a journey, an action which sends me back to the past. If I walk through this space everyday, my attention will not be as acute as if it is a space which I discover. And even if I walk through it everyday, this place changes like me. There always is a kind of daily surprise, something which attracts my attention: a sound, an odour, a light, a car, a

pedestrian, the outside, the town… These perceptions generate sensations. These markers can be different; they depend on people; they can mean something different to different peole, of course.In his book, "How to try to exhaust a Parisian place?", Georges Perec does not choose his places by chance. They are attached to his memory of a lot of things: a restaurant, a place, a bar… It is because these places remind him of memories that he describes them. By doing this exercise several times, I have realized that it always has something new to conjure up, to draw attention to. It is the strength of this space, to juggle between triviality and surprise, between what is usual and unexpected, between logic and chaos.

The paradox between freedom and regulations
In order to live together, a very

important fact has to be taken into account: sharing and the respect of common rules of conduct. We cannot live together without rules. They are imposed upon us by communities,they are instilled into us by our parents, also taught at school and indeed all along our lives. We can even look further back and say that our civilization is the starting point of this "way of living together".Our society is the heritage of this "civilization". Mark Terkessidis, in "Le pouvoir de la culture", explains it: the word "civilization" thus means something like the selfconsciousness of the Western World, the development of its technique, its rules of "good manner", the evolution of his scientific knowledge, its conception of the world and a lot of other similar things. The transmission of this knowledge is indispensable and operates naturally in the family background, the school background but also in everyday life. Knowing that we must walk

across the street "when the little man is green", walking on the pavement, throwing one's litter into the dustbin… All these rules of conduct allow us to live more or less quietly among common spaces. However, unlike what we can imagine, according to the country where we are, or even the district of the very town itself, what is tolerated is different from one place to the other. There is a growing number of perverse devices in western towns which really show the antagonism between the simultaneous will to encourage people to use these spaces and the will to control, to regulate them. These devices are meant to get rid of those we consider as the undesirable of urban spaces. These devices can be sonorous. I am thinking of a device which is called "Mosquito" in England and re-named "Beethoven" in France. Once it is installed in a building hall or in a space generally occupied by young

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people, it sends out such a highpitched sound that it is audible by under 25-year-old people only and enough disturbing to make them go away. I am also thinking about the furniture of situational prevention. These devices are supposed to diminish all types of malevolent acts. The situational prevention is a law of January 21st 1995 which makes it compulsory  a survey on public safety in the case of fitting-up programmes. From a practical point of view, this law can cause frightening things like the installation of barriers on benches to prevent people from lying on them. We can also see bars or big stones poured in concrete which are installed in front of some blocks of flats in coownership,banks and other public or private institutions. Are we talking of safety or of anti-squat devices? During my research work,I have discovered the Survival-group, a group of Parisian artists who

make up photographical archives of these devices which they call "anti sites". I quote : "The anti-sites:urban anti-homeless outgrowths are multiplying in Paris (or elsewhere) and are repelling the penniless towards even more inhospitable zones." This methodical violence, indifferent to those who suffer is a silent and paradoxical response to the ultimate precariousness. It only improves the quality of life of the Parisians who are disturbed by France misery. Actually, these initiatives (either collective, private or public) only take part in the degradation of human relationships and to the triumph of individualism. Just as the Survival group collective denounces it, I also think that these devices are installed in order to prevent the undesirable from sheltering and staying in the urban space by using the expedient of these "urban outgrowths". I have got a heart-rending

example about them: I have taken part in a day thieving research with the Red Cross in Marseille. During that day we have met these men for whom the street is their home. They appropriate it as they can. I use the word "appropriate"; I could have used the word "occupy" which has nearly the same meaning, but I prefer use the word "appropriate", here, to highlight the notion of propriety. It is paradoxical, because they finally share with us, while we are having a social exchange, a part of what they consider as their private space and what we consider,actually,as our common space. One of them is called Julien, I do not know how old he is but I would say that he is in his fifties. This man has been living on the street for 25 years at the same place. We can even see him on Google Street View! He is far from being socially rejected, a lot of passers-by say "Hello" to him and ask how he is getting on. His space is plainly arranged.

He has appropriated a space which is not used or which is not usable,a space big enough to sleep in  and to be put under cover. Three weeks later some furniture of situational prevention was installed where Julien lived. Julien had been "thrown out"… Here is a measure of improvement in perfect continuity of the measures taken "against behaviours striking a blow to public order". For exemple, it is in the same objective that Marseille town council has adopted a decree meant to struggle against begging in the town centre in order to restore "quietness in public spaces" as is mentioned by the deputy mayor Caroline Pozmentier in an article in the Express magazine. By making begging illegal,it is obviously the person who practises it, whom we want to evacuate from the town-centres. This banning demonstrates how important the image of their town is, for politicians.It is an

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example among many others. These rules of conduct are often similar in different countries. The only difference mainly lies in the respect which is granted to these rules. To illustrate what I say, I will give a few examples of how different the  behaviours of people of Marseille and Montreal, are. One day, in Marseille, we were all together waiting for a bus at a bus stop. At the very moment the bus arrived and opened its doors,there was a crush; everybody pushed one another (unreasonably) in order to get on the bus and be the first to sit down on the few and such coveted seats! In Montreal, people queue; the first to have arrived gets on first. When they get out of the underground it is the same. Well, in Marseille, it is very different indeed! No sooner have you gone out than those who are waiting try to jump into the underground or the tramway! In Montreal, it is the opposite. Those who do not observe the rules of conduct are severely, disapprovingly looked upon,

so that they feel guilty. Here, I do not want to consider this behaviour in black and white but I give these examples just to show how important the rules of conduct are,in a community. A kind of positive or negative collective conscience arises. In spite of that, I consider this space as the free social place of our society. Freedom is a strong word which must encourage us to understand one another better and to adopt a different point of view on this space which surrounds us and in which we live everyday.

Why this space?

I have become familiar with it for several reasons. In my opinion, the public space is simply the representation of our society, without any superfluity, without any distinction, the only space of which all of us are owners. When I say "all of us" I do not only think about the inhabitants of such or such a place, but I think about the daily occupants and users of all origins. This space offers this envy or not, this opportunity to share one's vision, opinion or knowledge. I see it as a place of free expression, either of protest or not, artistic or not, legal or not.

particular and unique because of its architecture, its topography, its situation, but those who create the identity of the town are its inhabitants. Let us take the example of Marseille, the town where I have been living for four years now. It is a town whose identity is changing, notably because of the new developments which are being carried out in it. Is it because the protagonists are not listening to its inhabitants sufficiently? Is making money their main preoccupation? Maybe they consider that by creating big, arid spaces deprived of urban furniture, they bring a practical and efficient answer. For whom? For them or the inhabitants. We are told that "They" are those we elect, those people who carry out the invitations to tender which fit in with "the policy of the town"! I do not criticize these projects just for the sake of criticizing, I ask myself questions on a new way of thinking and conceiving these projects.

A social wealth

It is important not to forget that "the town is a town only if it is somebody's town". All of us are this somebody. It is not architecture but its inhabitants who make the town. Of course, each town is

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The social link is the hard nucleus of the town. Without this relationship, there is no commerce, no friendship, no life. And without life there there is no town any more. From a personal point of view, I am quite aware that from the moment when I go out of my flat, when I leave my private sphere, I may meet my neighbours. In this case, I say: "Good morning, how are you?" A simple sentence creates a friendly contact, a contact of sympathy with the neighbourhood. Some people would say it is a sign of elementary politeness, but I am afraid they are vanishing away… What is particular about the relationships with neighbours it is this space we share. There is a buffer zone between our private space and the public space we cannot do without except if we jump out of the window or to be called Alain Robert. When I get out of my private sphere, I find myself back in the street. Thare are always passers-by, more cars than people: it my

impression, at least. Round the street corner, there is a bar, It is a major social place. Some people meet there, have a drink, eat… In front of it, a terrace has been installed on the pavement with tables and chairs. This kind of place (being here for a commercial purpose) has always been and still is favourable to a social link. This kind of place of life we find in a district or a village, is indispensable to give a soul to it. It is not the place which creates the link but the people who live there and use it. In this place where we live together, everybody's desire has to be taken into account. Some people do not feel like stopping, or talking. As Thierry Paquot writes in his book: "The street which makes a meeting easier also allows to avoid it. We can thus wonder what can encourage town-dwellers to exchange. Some places and devices are more favourable than others."

These spaces of urban relaxation are conceived and created by urbanists, landscape architects. Finally, the more I think it over,the more I realize that there is a kind of sector-based division of the urban territory; there are, indeed, places which are more developed than others and which consequently condition our use of them. The streets are used to be moved on. Are these spaces meant to condition our use of them? Can't we re-appropriate these spaces to make places of life of them and not places of passage only? Isn't it possible to take the initiative today and to eat on the pavement such as we would eat on its terrace? Some events allow this kind of action such as the "neighbours'party", which is actually a kind of reappropriation of the space. This kind of event is too rare but it is worth existing. In my opinion, the spaces, only, are not sufficient. The furniture which accompany these places

is as important. Talking about if we are standing is well but we feel better if we are sitting. The bench is an object which has a social potentiality. People sit down and talk together. How can we do without amenities? Will we go to a bar? Invite one another? I have this vision of people who sit down on their chairs on the pavement to talk with their friends about this and that. I could observe such a behaviour in villages rather, or in countries like Cuba where the steet is the place of reunions, of conversations. Other than its practical use and its social objective, the object which is for me the symbol of "gathering together" is the table (which is not present enough in towns as a freely accessible object). As a matter of fact, there are some picnic tables in parks but they are so few! Another factor seems essential for me in that space: it is

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the freedom of expression, a heritage rooted in French History. Whether it is artistic or not, pertinent or not, it must be expressed whatever its form, whatever the speech. Paul Valery said: "Let us become richer of our mutual differences". Differences are important in a society. So we must allow them to exist.

must not be only meant for the top. The combination of both the town and the artistic expression, will thus allow to touch more people and especially to touch the least sensitive people. When we deal with art in the city, we often think of urban art. So, in my approach of an engaged art which would be seen by everybody, I consider the town as the most appropriate space for its visibility and its impact. This art is not only an art of protest but it may also be decorative. I am more intersted in a kind of artistic expression dealing with social, political and economical subjects without forgetting the other forms of art, though. Finally, the field of creation allows us to put forward claims on some aspects in a more expressive and more or less pacific way, according to the type of intervention. Some artists or artistic groups operate this way in order to

The town as a support of expression.

As I said before, the town is a condensed representation of our society. As far as art is concerned, it is a more or less engaged way of expression but it is meant to those we can call "happy few" people. I mean the people who are attracted by, and sensitive to exhibitions, to this type of event, and above all to the special places where these events take place. Art is a way of expression which must not in any case, be meant to such or such type of people. Art should be at everybody'level. Culture

expose their vision and share it. I think about KIDULT, a Parisian street artist, well-known to repaint the shop-windows of the most prestigious luxury shops. He expresses his anger with these brands which have appropriated the street art in a purely commercial purpose and which deprives it of all his anti-establishment capacity just to make of it a consumer-society product only. We are in front of a form of expression in which the aethetical finality is not the aim. An anti-establishment art is premeditated. This form of art, whose driving force is protest, is far from being isolated. Other forms of expression, more pacific, may also have the same anti-establishment effects. The purpose of the artist is to show the problem arisen by the action, visually and in a true-to life way. The first two examples I am going to give question the place of the car in the town; (two different ways of dealing with the same topic). The first example is the "gehzug" or "walking" car.

It is a light and rather simple construction, conceived by an Austrian engineer, Hermann Knoflacher, in 1975. By conceiving this construction and action, his intention was to put into prominent position the space occupied by the car in the town and more precisely in the traffic-jams. It was an efficient tool to demonstrate the absurdity of the congestions of urban traffic. In order to put forward the excessive occupation of cars in the urban space, the Rebarstudio group created an event in 2005. This event has become international: The Park(ing)-Day. It is a play activity which consists in re-appropriating the urban space by occupying parking places in towns pacifically and joyfully. Each year,in more than 130 countries, on the third September week-end, everyone offers himself a day parking place to settle his own, very personal space: there are gardens,splaces dedicated to games, relaxation… It is a

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creative, sometimes poetic means of helping and changing the use and perception of the street. All these actions do not only claim the place of cars in towns. Let us take the example of Sara Ross, who like Survival group, is against very strict security precautions. To struggle against these devices, she suggests a very clever counter-attack. She has made a blue velvet suit, the holes of which, perfectly fit into the bars preventing the lying position on benches. She somewhat gives them back their first function which is to offer some rest to users and especially to let them choose the resting position. Her reflections are interesting and her actions question the degree of freedom we are given in these places; this freedom is quite limited, actually. Today our freedom is being watched by the installation of more and more movie-cameras in our towns; these movie-cameras can be

useful in some circomstances but where is our liberty of action? That is the question! In my opinion, Bansky is one of the first to have underlined the restriction of liberties in the public space by using an artistic expression. Following the same logic about this reflection on freedom in the public urban space, the intervention of the American artist William Lamson has interested me particularly: it is a minimal intervention with a maximal effect causing no degradation at all. He strategically installs a balloon filled with helium in order to block the view of a watching movie-camera. Another revolutionary device is the "Recetas urbanitas" of the architect Santiago Cirugeda, who thinks over stategies of urban occupation. He plays on the spcific nature of red tape by diverting the temporary municipal permissions. Among his projects, the one which was carried out in Seville is particularly interesting. Santiago

Cirugeda recycles some sort of spaces while waiting for a new project, by offering a playing area to the district inhabitants: a kind of "hacking" is organized and permitted. He imagines an urban reinvestment by turnig the dump truck into a small playing area, into some urban furniture, into a garden. The local authorities do not object to giving permission to display a dump truck on the street. Santiago surprisingly succeeds in transforming the truck, (a functional, generally conceived object to distructive actions) into a positive object, initiating constructive, creative and social actions.

supplementary branch which favours consumerism. Finally to understand the beginning of what we call "design", we have to talk about Raymond Loewy. He understood and made industrialists understand that aethetics plays a primeval part in the consumer's impulse to buy either by changing the logo of Lucky Strike or by modifying the exterior aethetics of a fridge. Then, time going by, design has changed, with new materials, new ways of manufacturing, new aethetics and new needs. In order to make consuming constant, a principle of development has been "created"; the programmmed obsolescence. It consists in a commercial strategy settled by industrialists. This strategy is  easily understandable: our technical and scientific evolution allows us to programme the decline and end of life of a product; in order to be ready, industrialists anticipate and conceive new products and services to replace the old ones.

My position, my inspiration

Towards an anti-industrial design

I consider our society as a consumer society. It is a mainly consumer-orientated society indeed! The field of design is a

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It is the case for all types of multimedia tools such as portable computers which have an average life of four years or still the smartphones which are generally changed every 18 month. That technique had already been used by the Dupont society in the forties: this society decided  to stop the manufacturing of nylon stockings which did not ladder in the purpose of accelerating the rhythm of sales of these most fragile products. This obsolescence also exists in the furniture field and in my opinion will not change in the near future! I intend to refer to a brand which has revolutionarized the access to the furniture design: IKEA. For me it is a surface design but it deserves all the more credit as it offers anybody "design" furniture at a low cost. It is a vision of design which I adhere to, but the problem lies less in the shapes or prices of products than in their solidity and their duration. Personally I am perfectly aware that from the moment when I

buy a piece of furniture in this brand, I will only be able to set it up and set it down twice or three times at the upmost. I am equally aware that I will certainly be led to move flats frequently. And there lies the limit of this design. Its consequence is simple: it brings about a radically growing number of waste which we try to recycle, which we burn, transform or which we send to other countries that are asked to get rid of the now useless products. This phenomenon entices me to have a position and imagine another way of consuming the object : a comsumption which would have been, I would say: "thought it over", concerned with our needs, but also of its ecological impact. The point that disturbs me most is the lack of consciousness of the impact of our consumption which urges us to "make" in order to "consume" and then "throw away." The "all-thrown away" is finally the most freqent cycle of life of an object nowadays, and its

consequences are desastrous for our planet. How to reconcile production, economy and the respect of Man while taking into account the impact our choices and actions have on our environment? From this consideration, the problem is to know which part the designer plays in this system. Must the designer not find out a new way of "thinking"about the object? Does not the solution consist in a new way of producing a new way of promoting the reemployment? And for these problems to allow us to take into account a collective awareness, I have particularly stressed or insisted upon this vision. I have been mainly interested in this vision of design,and thusI have focused on different approaches.

The "Do It Yourself"

This vision of "shared" design appeared for the first time in an exhibition, in 1974. This project came to life thanks to Enzo

Mari and was entitled "Proposta per autoprogettazione". It is a manifesto aiming at revolutionalizing the world of distribution and creation. Enzo Mari uses here a quite simple system of construction (a hammer,a saw, a few nails and glue). The particular aspect of this system lies in the free distribution of all the steps to follow in order to build the object by ourselves: there are all the maps of all the steps to follow (These maps  strangely remind us of those of IKEA). Thanks to this system, anybody can appropriate the objects (chairs, benches, tables, beds and desks etc. and then furnish one's flat. To make the construction easier, Enzo Mari has conceived a simple system and has encouraged users to modify their objects and also encouraged them to send him comments and photographies of their own, personal realizations. He created a new relationship between the creator and the future consumer and "gives birth", thanks to

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the "Autoprogettazione", to a democratization of creation: we have the plans, we buy the necessary raw materials, we make the product, we modify it or not and we use it. This process allows us not to go through the industrial steps. It is the step Jeremy Edwards has taken with these "free objects". "The people can take these objects home and can continue to change them. In other words, they can give another cycle of life to these objects through their own modifications; they can thus keep an object for a year and transmit it to another friend who will colour it a little. Thus, another cycle of life is created. For me this way of doing is very important. It is not static, is not not rigid. It is something that goes on living… The pieces of furniture of this exhibition will be replaced where I have made them and people will help themselves with them and do whatever they want, freely. And the piece of furniture goes on living in another home and so on

and so forth…" In this project, Jeremy Edwards wishes to prolong the lifetime of a piece of furniture. In his vision objects and materials have a defined cycle of life which, as I said before, he whishes to prolong in order to give them a second life instead of throwing them to recycle them. There is no financial ambition. The object is made, assembled, cut into pieces on the very spot where it was found on the street then left in self-service. Only a few tools are necessary. The designer replaces these objects manufactured on the spot of recuperation, so that people can appropriate and/or modify them and finally participate to the new cycles of life of the object. This vision of an accessible design, which can be touched by everybody and evolves consequently, does not let me insensitive.

From wastage, to "cradle to cradle" through "upcycling"

The problem of wastage is not a specifically present-day problem; it is, of course inherent to our epoch but this problem is very old. This problem arose to the more and more inhabited western cities, from the "drift from the land" which took place during the middle of the nineteenth century. At the beginning of the nineteenth century, wastage was not as important as it is today. Plastic, wrapping-up did not exist or were not numerous; wastage is essentially organic; there was wastage which is used now to make what we call compost. Finally it is what our grand-parents used to do already, more out of an economical than ecological concern. It is at the end of the nineteenth century that Eugène Poubelle, the prefect of Seine at that time, forced the owners of buildings to use recipients which were devided into three recipients in order

to do a  pre-sort out. While recycling is organized, a new job appears:that of recuperator. This reminds me of the "Roms" I can see in Marseille, wandering from a container to another with old push chairs transformed into trolleys (or caddies) looking for materials which they will sell later or clothes which they will re-use… Human beings have always tried to improve their way of life, but at which cost? We have conceived new materials,new energies, and we have realized, years later, the ecological impact, the ecological disaster we have caused. So we try and find new materials which are more resisting, more, more, and more, always more… especially more pollutant. The geographer David Harvey, a teacher at New York University deals with this problem in his book "Capitalism against the right to live in towns" and says: "strong pressure is exerted on the natural environment which must supply the necessaty raw material. While absorbing the

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inevitably produced refuse". The solar pannels are another true-to-life present-day problem. The solar energy has been highly spoken about for years as a safer, cleaner alternative to the combustion of fossile energies in order to satisfy a growing and growing request. But the recycling of solar pannels is very complicted and far from being resolved. We face, here an inconsistency of the authorities with the reductions of taxes which have been instituted in order to favour this procedure (which is interesting in the facts but has come to nothing in the end). Our future may be in the "Cradle to Cradle" philosophy: creating and recycling infinitely. The "cradle to cradle", from the "berceau au berceau" in French or rather from "the earth to the earth" is a permanent concept of recycling (consisting in recycling products endlessly). It is totally different from the present-day functioning of our industry which rather means "cradle to grave", (which means "du berceau au

tombeau") This term "Cradle to Cradle" is well-kown because it is the title of a book written by both the German chemist Michael Braungart and the American architect William Mac Donough. It is a theorisation of their thoughts which appeared in the nineteen-eighties. At that period, this concept was made official and certified internationally in 2002 under this idiom. This concept is about the consumer products which have been conceived to "nourish" the ecosystem after use but also service products 100% re-usable in the products of new generations. It is a kind of perpetual re-use of the same matter, a closed circuit of the matter which allows us to re-conceive and adapt the product to new requirements or tendencies, which the consumer asks for. But I think that this philosophy has its limits. I take my example of solar pannels again. This product already having an existence

and moreover a marketing, it is impossible for us to put this philosophy into practise. The solution may be to ask ourselves how to re-use this product when it is no longer efficient. We could find another purpose for it. For example without transforming the object, the matter which makes it up might be used as a table top, a partition or something else… The question is not to know how we can reappropriate it but rather to find an idea and to make a product out of it. The answer exists: this practise of re-use according to some principles is called "upcycling". In 1994, a German engineer used this term for the first time; we could translate it into French: "recyclage vers le haut". This practise was born in the emerging countries where the access to the consumer goods is limited and where collect and treatment systems do not exist. This reminds me of my study journey to Cuba; there, Cubans make up their caps in aluminium

bottles of beer, which are tied with leather strings, and sold on Trinidad market. This principle today inspires the creators of developed countries. The idea does not consist in contending ourselves with recuperating materials and objects only to give them a second life but also to sublimate  these materials so that the final aethetics of the object might be as convincing as possible to obtain an increase in value. Contrary to recycling, upcycling does not need any chemical transformation or energetic consumption of water or electricity. It is a philosophy based on a globality which, I think may be an additional solution to limit the accumulation of wastage.

From "hacker"to "urban hacking"
Before conjuring up and explaining these terms "hack" and "urban hacking", we must recall their origin. "Hacking" is a term which appeared in the

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sixties at the Massachussetts Institute of technology (MIT). Some students, at that time, nicknamed themselves "hackers" after dismantling and modifying their computers to improve their performances. These young students were  attracted by inovation,and their only means of handling their subject was experimentation. "Hacking" can be translated into: "bidouiller". If we except these students who invented the term,the first hacker was John Draper. In 1969, he discovered in a pack of cereals, a whistle which allowed him to obtain a tonality of 2600 hertz. At that period, this frequency was very important because it activated long-distance lines and thus, gave the opportunity of phoning freely. Other more famous actors have stemmed from that method; for example, Steve Wozniak and Steve Jobs. Better-known for the creation of the brand Apple in 1976, they were before, part of Homebrew Computer Club, a group of

computer science hackers. These hackers get down to modifying andmaking the first individual computer evolve, the Alter 8800; Unfortunately hacking also has its limits. It was born with the development of the Internet and the appearance of cybercriminals. That is the reason why I think that this method has its limits. The dark side of this force is also called "black hat" in opposition to "white hat". I do not give my support to this practise but it is real and is well and truly part of the history of hacking. What I have learnt of this adventure (practise), is before everything, the freedom of action. In his book entitled "The hackers ethics and and the spirit of the information",the Finnish philosopher Pekka Himanen explains the hacker's ethics. It is a social process created on the Internet, about the production (a cooperation on networks) of free logiciels and about an alternative link to work,money and time. The main motivations are based

on three terms: "Fun,Free and Fuck": Entertainment, Freedom and A subversive spirit. A spirit, an ethic issued from a virtual world has been gradually transposed into the real world, a down-to-earth hacking which we can touch and appropriate: urban hacking. Therefore inspired by the computer science hacking, it means an urban act of piracy. The dictionary gives us a clear and simple definition : "masculine name. Urban hacking is a practise which consists in diverting the town from its first functions (living, consuming, working, circulating…)". It is a quite simple idea in theory. It consists in re-appropriating the town, in diverting its urban installations by decorating them or by "repairing" them if they are not adapted, and why not? by giving them another function. In reaction to the change of uses of the town, this concept takes more and more extent. It is also a means of modifying the space we "practise" everyday and maybe of making town-dwellers

think over the use and the pertinence of the arrangements of urban installations. "Hacking is giving a function to a thing it was not destined originally". I will give the example of the Fabrique-Hacktion group, a group of students issued from the ENSCI. Their intention was not only to meet with new needs linked with a different use of the public space but also to respond to it in a reactive, not industrial way. They will do so thanks to the making of their pieces with a 3D printer. They install these objects in the town without any permission in a simple purpose: improving people's everyday lives.

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My experience
Intuition
Intuition is an important part of my work. Is it linked with what I live,what I feel? Ithink Yes. Is it part of my reflection process? I would also answer Yes. It is rather difficult to deal with intuition. It is something that cannot be touched. Is it a feeling? An instinct, a subliminal process? It is the contrary of an object, which is concrete. It is something deeply personal and expresses itself in different ways. I do not order it but it always appears in the end. At first it is a thought,an idea that passes through my mind. Intuition builds up with time.It depends on what I have already manipulated, tested, observed, read, looked at, etc. I sometimes forget it… And sometimes, I wait for it !!.

I "function" with two types of intuitions which I would call the direct active intuition, and the "indirect" (or put back) passive intuition. I perceive the first one when I manipulate something The manipulation,alone,is not sufficient. The material also starts intuitions. For example, my intuitions for metal are different from those induced by the use of wood. Besides,depending on the type of metal or wood the sensations will be also different. There are not good or bad intuitions. But I think that there are good or bad achievements. The achievement is the last stopover point of the  process of creation of the object, intuition is the firs of it. As far as the indirect, passive intuition is concerned, we do not wait for it, it starts inwittingly (or on the spur of the moment). It maybe due to a natural process, when our brain sorts out our experiences and our previous observations.

I say that because for me, this event takes place, most of the time in the evening, before going to bed. Precisely while I am thinking about that, I now say to myself that intuition may be linked with our state of mind,more favorable to serenity, to relaxation, associated with that time.

or no envy to change things. But for me ,this  was a means of feeling useful. I had to meet with a difficulty: How could I approach them? Well, I should not have worried about that. We must not judge these people; the situation they are in, is certainly not wanted by them. Their experiences of life, a foolish mistake, or a situation that "skidded", brought them there, on the street and talking to them should be as natural as giving one's seat on the bus or saying : "good morning" in a bakery (or at the baker's). After meeting a person in charge in the charity : Les petits frères des pauvres which particularly devotes itself to helping isolated, resourceless old people so that they can be fed and cured, I quickly contacted the Red Cross. They advised me to participate in what we call "marauding": which I quickly did. After exchanging a few mails I made an appointment. It was a January morning; it did

Marauding

I have been interested in the Homeless for quite a long time now. Most of us are not or little  interested in that population,if we except specialized charities such as the Red Cross ,for example. I could go marauding thanks to it. I have the impression that the Homeless are part of the landscape. I have naturally been interested in these people for their living space, their way of life,and their social external links (existing for some of them, inexistent for other ones) except when we came to see them. It is a situation we wish to nobody but looking at them gives us little

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not rain but the temperature was flirting with zero degree (Let us imagine the night those who live outside must spend !). I had mixed feelings: I was devided between the impatience of living something new an the fear of meeting these people (of how they would react at that moment) My first goal was to take photos of the place where they lived. When I think over it again, I realize that my approach was somewhat intrusive and voyeurist. Time was passing by, according to meetings. We were here to talk, to provide them with water. Our main concern was to know how these people were morally and physically. I can assert that the physical health of some of them was not good at all. We were finally satisfied with our day's work: contacts have been made easier than I thought, certainly because of the status of the accompanying people.

"Urban hAcktion"

I have invented the term urban hAcktion to talk about my experiments. The term I have used: "hAcktion" is a combination of hack and action. The other one locates the zone where I work. It is an "in situ" work. This expression which has a Latin origin,means "on the spot". The "in situ" work appears when some artists, especially those of Land Art wish to let the exhibition places to express themselves. This art is rather short-lived, I say: "shortlived" because there is a lot of documentation work: drawings, photomontages, videos. These are the only traces, their only means of communicating the projects of Land Art artists. I am attracted by working "in situ". The day before "going on hAcktion", I prepare the material I need: a movie camera, a screwing-up machine, a handsaw and a claw. With my rucksack and my tripod

I go on an urban "conquest". As soon as I am on the pavement, my working project begins. Deep inside me, I know that I am going to find out some material (boards,a palette, old damaged chairs or something else); At the precise moment when I find some, I walk round the district to learn about its spatial and social potentialities. The observation of the place is a very important step in my process of creation. It is necessary to analyse the space and to find out quickly its good and bad qualities. The object is conceived and made up for and in this place. It is a kind of "performative" work. My worshop is the street and more precisely a part of the pavement. It is short-lived, as short-lived as the time of action. The direct contact with the inhabitants of the district is equally very important: attracting the attention of passers-by who normally would not stop fills me with satisfaction. The programme does not only

concern the object or its making up. I am willing to accompany it at the very moment when I leave the place of intervention. To do so, I use new ways of communication which allow people to share my vision and my work, not to get its feeds back only but also to give people the impulse to do the same.

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Conclusion

When I chose this subject, I was far from imagining its richness and complexity. Its advantages,and its constraints? When we are really interested in the definition of "public space", we notice that this term which tends to become trivial is, on the contrary very complex indeed. It engenders multiple and contradictory visions and fits in with paradox. A place between freedom and regulations… A place which does not belong to anybody but which is shared by everybody. It is a space which is is accessible to everybody but which is submitted to more and more injunctions and interdictions, "living together" implies. It is a place between "non lieu" and social space… between a place of passage and a gathering together. It is a place which present-day policies give a feeling of security to,an impersonal space spiked with barriers, little favourable to

strolling or encounters. However, it sometimes incites us to stop just round the corner, or it provokes a pleasant, surprising, unexpected meeting. To conclude, let me give you another example: we can be suddenly alerted by a sensation, a new look on a familiar landscape we can see everyday, which suddenly takes on another dimension. A place between anonymity and a sum of personal stories. It is a neutral space which receives an imprint of people who meet; which receives the short-lived imprint of perfume in the air, or some snatches of exchanged words… or a more durable imprint of a tag on a wall or of a permanent architechtural building. It is a place between indifference and curiosity… A space where we meet without seeing each other; but also a place we can invest to capture somebody's eyes, or to arouse interest. It is a place as the mirror of our society, more and

more individualist, consumerist, a society which is subjected to more and more strict rules. Coming to a standstill and stimulating my eyes to find inspiration in the urban background where I am. Investing the space and coming nearer to the hacker's ethics, flirting with the law to "re-invent" the town. Making some actions action and the objects (which ensue from that ), a way of arousing a visual interest, some curiosity and emotion, occupying the street to share one's engagements and one's vision of the world, and to re-define the space as a place of encounters and shares. Such is my will to apprehend this space and to conceive design: it would become possible to exploit its social and artistic potential by presenting actions and experiences which are not limited to the artistic world but which experiment and touch the urban, social and political world.

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Boris Cochet

DNSEP DESIGN, École Supérieure D'Art et de Design Marseille Méditerranée Avril 2013.
Remerciements: au corps enseignant: Fabrice Pincin Lise Guéheneux Philippe Delahautemaison Agnés Martel Ronan Kerdreux à toute ma promotion Bovier Lapierre Alexandre Coudreau Cécile Henry Valentine Gonzalés Ivan Mayet Dorine Haenel Marie aux personnes extérieures Danielle Carbonnelle Henri Damotte À l'équipe de la Croix Rouge Et à ma famille, en particulier mes parents, Marijo Casal et ma conjointe qui m'ont toujours soutenu dans mes choix.

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