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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL - ALBANI La Réponse que

LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

La Réponse que l'Institution Sciences Po ne veut pas que vous lisiez

www.islamologues-de-france.com Site officiel de lObservatoire des Islamologues de France

LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

MOT DU TRADUCTEUR

professeur de Sciences Po nommé Stéphane Lacroix 2 , connu pour diffamer la religion musulmane et les savants de l’Islam. La réponse a été écrite en anglais quelque temps avant la défaite électorale de Sarkozy par un étudiant au Yémen… comme quoi les drones peuvent parfois aller dans l’autre sens. L’étudiant démontre que les analyses, recherches et conclusions du professeur sont en réalité un mélange des fables de Lafontaine et des Mille et une Nuits présentées sous forme d’ouvrage académique. Or, comme vous le verrez dans cette réponse, les écrits de Lacroix n’ont rien d’académique. Après la sortie de « Les Fables de Lacroix commentées par l’œuvre de Sheikh al-Albani » en anglais 3 , la réputation du professeur s’est effondrée dans le monde académique anglo-saxon. L’humiliation subite par Stéphane Lacroix fut telle que, dès lors, il n’a presque plus rédigé d’articles en anglais sur ce qu’il nomme le « salafisme » et le « wahhabisme ».

L a France n’est plus ce qu’elle l’était durant l’avant-Sarkozy. Les lois votées contre la liberté des femmes musulmanes leur interdisant de

s’habiller selon leurs convictions, les profanations récentes de mosquées et de cimetières musulmans, les caricatures ignobles du Prophète Mohammed ainsi que la diffamation croissante des politiciens envers les musulmans pratiquants ne sont que quelques éléments qui démontrent que la France a déclaré persona non grata tout musulman qui refuse de s’assimiler à la über- culture française.

refuse de s’assimiler à la über - culture française. Certes, la politique et les médias de
refuse de s’assimiler à la über - culture française. Certes, la politique et les médias de

Certes, la politique et les médias de l’hexagone sont trempés dans l’islamophobie et le racisme antimusulman comme l’était, au siècle précédent, la propagande antisémite en Allemagne. Tout comme la démocratie allemande a permis à Hitler, en 1933, de populariser le fascisme antijuif, la laïcité française véhicule dans ce nouveau siècle le fascisme antimusulman. Or, les islamophobes français ont appris à ne pas commettre les mêmes erreurs de leurs précurseurs allemands et mènent leur campagne antimusulmane sous couvert d’une liberté d’expression et un combat pour « des valeurs républicaines et laïques ». Ils transforment les appellations pour atténuer le caractère xénophobe de leurs attaques calomnieuses contre les musulmans qui pratiquent ouvertement leur religion et ne parlent plus de croyance musulmane ou de citoyens musulmans termes exclusivement réservés aux Arabes occidentalisés –, mais d’islamistes, wahhabites, extrémistes, intégristes, fondamentalistes et fous d’Allah. Ce sont des termes avec lesquels ils augmentent sans cesse le sentiment de peur dans ce pays qui, à en croire les médias asservis, semble être sous occupation « salafiste ».

Il était donc important de partager les compétences académiques de cet expert en Islam avec le monde francophone où il continue à se faire passer pour un spécialiste. Il est, en effet, temps que la France sache qui est réellement le professeur Stéphane Lacroix comme il est grand temps qu’en France, on se rende compte à quel degré les charlatans islamophobes se sont infiltrés dans les universités, les instituts et les centres de recherches français.

Dans une interview avec le Figaro 4 , Stéphane Lacroix reprochait aux « Salafistes » de rester dans leur bulle. C’est un reproche qu’il ne devra plus faire, car aujourd’hui un Salafi est sorti de sa bulle pour mettre au grand jour les tromperies académiques de cet imposteur qui sombre dans l'escroquerie intellectuelle

Il n’y a que très peu de résistance scientifique ou intellectuelle de la part des membres de la communauté musulmane et ceux qui ripostent se contentent d’énumérer quotidiennement les agressions islamophobes, chose d’ailleurs totalement inutile, car il suffit de suivre les infos pour comprendre que la France est aujourd’hui le pays le plus islamophobe d’Europe.

Dans le monde anglophone, les choses diffèrent ; l’islamophobie est moins présente et plusieurs auteurs 1 sont connus pour écrire des répliques académiques aux islamologues, orientalistes et journalistes antimusulmans. Une de ces réponses s’est faite à un

1 Comme Haneef Oliver, auteur des livres « The Wahhabi Myth » et « Sacred Freedom ».

2 Stéphane Lacroix est connu pour rédiger des articles islamophobes en anglais et passe régulièrement dans les médias français. Il a participé à un débat avec un Imam d’une mosquée à Marseille après la diffusion d’un reportage d’Harry Roselmack sur le « Salafism ».

3 L’article original en anglais s’intitule « Sheikh al-Albani’s works reply to Stephan Lacroix’ revolutionary Lie »

4 « Les Salafistes en France restent dans leur bulle » Le Figaro,

12/10/2012

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DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL -ALBANI commerce à « profit garanti ». Or

commerce à « profit garanti ». Or il est impressionnant de constater que la quasi-totalité de ces « islamologues » sont inaptes à effectuer de simples recherches académiques dans les livres d’origine en arabe qui constituent la source primaire pour tout chercheur qui désire étudier les origines, l'influence et le développement des sectes musulmanes contemporaines. Il n’y a probablement pas d’autre branche de spécialisation dans les cercles académiques où l'illettrisme dans la langue primaire, sur laquelle est basée son étude, ne pose aucun problème pour devenir expert dans le domaine. De plus, leur incapacité de conduire des recherches de base conformes à la réalité ne semble les déranger en rien. Les militants de l'islamophobie française recyclent principalement les anciennes ambiguïtés de leurs précurseurs orientalistes en ajoutant leur touche personnelle avec des argumentations insolites. En effet, ils semblent bien conscients de leur immunité presque absolue lorsqu’ils rédigent des contes de fées présentées sous forme de recherches académiques. Ils n’ont jamais à se justifier et ne doivent pas prendre en considération les sentiments des musulmans de qui ils écrivent, car ces derniers se retrouvent citoyens de seconde zone dans cette nouvelle France où

l'apartheid religieux n’a pas d’égal.

D urant les quatre années sous le « régime » de Nicolas Sarkozy, la France a non seulement connu un déchaînement d'islamophobie dans les

médias principaux et sur de le devant de la scène politique, mais aussi dans ses universités les plus prestigieuses qui, aujourd’hui, sont clairement contaminées par le nouveau fléau du siècle. Le « Sarkozysme » a produit des drôles de spécimens qui se sont autoproclamés « islamologues » et « experts de l'Islam » dans le but de mener une campagne visant à discréditer la communauté musulmane de France.

Les articles dans la presse occidentale qui traitent la religion musulmane et ses différentes sectes ont

clairement révélé que tout ignare peut s’infiltrer dans le domaine complexe des sectes musulmanes et leurs différences religieuses. Dans certains milieux académiques, ils font même figure de référence sans avoir la moindre notion ou compréhension de la matière dans laquelle ils se font nommer « experts ». En auscultant les écrits de ces « islamologues » et pseudo spécialistes du Moyen-Orient, le

lecteur intègre se doit de conclure que

leur vaste majorité est composée d’imposteurs incompétents qui amassent des fonds de recherche considérables destinés aux études académiques d'universités comme Princeton, Cambridge, Oxford, la Sorbonne et Sciences Po. Ils gagnent leur vie en rédigeant des articles d'amateurs qui, à de rares exceptions près, contiennent des thèses farfelues, voire des histoires fictives. En France, une élite de fondamentalistes laïques 5 a entamé une vendetta médiatique contre les musulmans qui refusent de s'assimiler à la culture française et de se soumettre à ses normes. C'est souvent en exploitant l'ignorance des masses que cette nouvelle génération « d'orientalistes » est parvenue à diaboliser une partie bien précise de la communauté musulmane en France et cela en présentant les « musulmans qui s’habillent islamiquement » comme des islamistes, fanatiques, intégristes et fondamentalistes 6 .

Certains professeurs à Sciences Po exploitent l’industrie fructueuse de l’islamophobie pour entamer leur carrière
Certains professeurs à Sciences Po exploitent
l’industrie fructueuse de l’islamophobie pour
entamer leur carrière

Aujourd'hui, nous allons analyser de plus proche les écrits de Stéphane Lacroix qui est un adversaire fervent de la famille royale saoudienne et des Salafis de France qui refusent de s’agenouiller devant la laïcité française et les valeurs occidentales. Comme c'est le cas pour la plupart des professeurs de Sciences Po, les écrits du professeur Lacroix révèlent une animosité particulière envers l'Islam et plus spécifiquement à l’égard des musulmans qui pratiquent leur religion 7 . Dans ses articles, il juge ceux qui suivent les préceptes musulmans comme des personnes intellectuellement retardées qui ont abandonné toute pensée rationnelle. À l’inverse, il décrit les arabes laïques qui se sont hardiment assimilés aux idéaux de l'Occident comme des intellectuels courageux et audacieux. Stéphane Lacroix rêve bel et bien d'une Arabie Saoudite laïque déchue de toutes ses valeurs musulmanes 8

Éditer des articles sur l'Islam et ses sectes est devenu un

5 Parmi les islamophobes les plus actifs en France, nous avons Jacques Myard, André Gerin, Jean-Marie Le Pen, Bernard Rougier, Caroline Fourest, Manuel Valls, George Freche, Jean-François Copé, Bernard Henry Lévy, Nicolas Sarkozy, Alain Finkielkraut, Fadela Amara, Marine Le Pen et Siham Habchi. 6 Notez que les juifs religieux contrairement aux musulmans qui pratiquent ouvertement l’Islam, sont toujours décrits comme des « orthodoxes » et non comme « fondamentalistes » ou « intégristes ».

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7 En mars 2007, Stéphane Lacroix participe au colloque xénophobe et islamophobe « Le Rôle de l’Etat Civil qui plaide pour les Reformes dans le Monde Arabe » organisé par le FPC à Londres. Comme tout bon islamophobe, Lacroix revendique le droit aux « sociétés civiles » d’imposer des réformes chez les arabes dans leurs « sociétés primitives ».

8 Dans sa croisade pour libéraliser les lieux saints occupés par les musulmans, Stéphane Lacroix a fait une intervention à l’Institut des Affaires Etrangères de Norvège qu’il a nommé « Perspectives pour une libéralisation religieuse et politique de l’Arabie Saoudite ».

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La Riposte de Sheikh Naser al-Din al-Albani

« Cela fait maintenant plus d'un demi-siècle que nous constatons comment la diffamation prend, chaque année, une nouvelle forme. En effet, chaque année il y a quelque chose qui se répète, chaque année on invente une nouvelle chose contre moi alors que personne parmi ces gens-là n’est venu me voir directement… » 11

Malheureusement, la calomnie lancée contre Naser al- Din al-Albani n’a pas cessé après son décès. Il y a quelques années, une tentative fut entreprise pour lier le Sheikh indirectement à l'attentat sanglant de 1979 perpétré sur la mosquée de la Mecque par Mohammed al-Qahtani 12 . D'autres, encore, ont dépeint ce grand homme de science comme un simple d’esprit qui rejette le raisonnement humain. Et en France, le savant albanais fut gravement diffamé dans un article de Stéphane Lacroix intitulé

« l'Approche Révolutionnaire d’al- Albani du Hadith 13 ».

L'œuvre de Sheikh al-Albani contient suffisamment de matière à démanteler les accusations calomnieuses du professeur Lacroix. Par conséquent, cette réponse sera majoritairement restreinte aux paroles du Sheikh qui, même après sa mort, s’avèrent toujours très utiles pour répondre aux articles islamophobes écrits par les partisans fanatiques et xénophobes de

Mohammed Ibn Nouh Nadjati, mieux connu sous le nom de Mohammed Naser al-Din al-Albani fut

incontestablement un des savants musulmans les plus aimés du XXe siècle. Lors de son enfance, il a dû fuir l'Albanie à cause de la persécution religieuse du dictateur sanguinaire Ahmed Zogolli 9 , de la même façon dont de nombreux musulmans français émigrent aujourd’hui vers des pays musulmans pour échapper à la politique antimusulmane de Sarkozy. La famille de Sheikh al-Albani choisit la Syrie comme nouveau pays d'accueil et c’est là où Mohammed al-Albani, encore très jeune, se lance dans les études religieuses dans la bibliothèque « al-Thahiriya » de Damas. Il devint renommé pour son zèle ardent dans la recherche du

Hadith à tel point que l'administration de la bibliothèque mit une pièce à disposition du Sheikh et lui donna une clé de la bibliothèque où il passait la plus grande partie de son temps 10 . Al- Albani, qui devint un savant mondialement reconnu dans la science du Hadith, fut plus tard invité en Arabie Saoudite pour enseigner à la prestigieuse Université Islamique de Médine. Il finit en Jordanie où il décède au milieu de ses livres en

s’adonnant à l’occupation qu’il appréciait le plus : la recherche de hadiths. Lorsqu’al- Albani décède, les musulmans au monde entier avaient perdu un de leurs savants les plus éminents et le plus

grand Muhaddith de leur époque.

Après avoir fui l’Albanie la famille d’al-Albani s’est installée dans cette maison à Damas …et
Après avoir fui l’Albanie la famille d’al-Albani
s’est installée dans cette maison à Damas
…et voici la maison dans laquelle Sheikh al-
Albani a grandi pendant son enfance

la laïcité française.

Tout au long de sa vie, Sheikh al-Albani fut harcelé par de nombreux islamophobes, polythéistes et partisans sectaires pour avoir appelé à la tradition prophétique et avoir exposé les enseignements erronés des sectes égarées. Dans ses livres, al-Albani consacra beaucoup de temps à se défendre contre les nombreuses fausses allégations à son égard. Cela, comme il l’avait mentionné à plusieurs reprises, lui prenait beaucoup de son temps :

9 Dictateur albanais laïc, connu pour avoir assassiné ses rivaux politiques et avoir mené une politique de collaboration étroite avec l’Italie fasciste. Sa dictature royale fut caractérisée par une combinaison de despotisme et réformes occidentales dans lesquelles il prit des mesures oppressives en adoptant des lois civiques et commerciales ainsi que des codes pénales occidentaux. Les musulmans furent les plus grandes victimes de ce tyran impitoyable. 10 Voir la biographie officielle de Sheikh al-Albani :

4

11 Muhammad Nasir al-Din al-Albani, « As-Salafiya wal Madhahib » [La Salafiya et les Madhabs], p.103

12 Voir la ‘1e Partie’ de la série « Thomas Hegghammer under the Sledgehammer » (à venir incha Allah).

13 Stéphane Lacroix « Al-Albani’s Revolutionary Approach to Hadith », ISIM Review 21, p.6-7.

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Les Origines de la Salafiya… ?

niqab fut une innovation imposée aux femmes par certains savants saoudiens au début du XXe siècle. L’islamophobie et l'histoire culturelle de l'Islam ne vont clairement pas de pair, ce qui explique d’ailleurs pourquoi les islamophobes sont incapables de situer la Salafiya dans un contexte historique.

Dans plusieurs articles, le professeur Lacroix emploi le terme « jurisprudence Wahhabite ». Le fait

qu’un spécialiste de l’Islam improvise

un discours invoquant un madhab

inexistant qui n'a jamais été mentionné dans un livre de jurisprudence islamique met en péril sa réputation de chercheur islamologue. Il est clair que, dû à leur manque d'études adaptées et

de recherches approfondies, beaucoup « d’experts du Moyen-Orient et de l’Islam » rendent confus leurs lecteurs quand ils s’efforcent de décrire la Salafiya. C’est pourquoi nous allons laisser derrière nous Stéphane et Dounia aux pays des merveilles laïques et voir ce que les vraies spécialistes des sciences musulmanes ont à dire sur le sujet. Dans ses écrits, Sheikh al-Albani

a clarifié à plusieurs reprises

qu’historiquement, les origines de la

Comme la plupart des islamophobes institutionnalisés, le professeur Lacroix étiquette l’Islam orthodoxe comme du « Wahhabisme » et le présente comme une secte islamique qui se base sur les enseignements de Sheikh Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb al- Najdi. Dans son article, il décrit le « Wahhabisme » comme étant :

« … le discours produit et soutenu par l'établissement officiel et religieux de l’Arabie Saoudite »

Avant tout, Stéphane Lacroix considère le « Wahhabisme » comme un discours produit par l'établissement officiel et religieux de l’Arabie Saoudite. Ensuite, il fait une différence avec le « Salafisme » en mentionne :

« Contrairement au Wahhabisme, le Salafisme se réfère à toutes les hybridations qui ont eu lieu depuis les années 1960 entre les enseignements de Mohammed Ibn 'Abdel-Wahhâb et d'autres écoles juridiques islamiques. »

L’entrée de la bibliothèque « al-Thahiriya » à Damas où le Sheikh fit ses recherches
L’entrée de la bibliothèque « al-Thahiriya »
à Damas où le Sheikh fit ses recherches
La pièce de la bibliothèque mise à
disposition à Al-Albani. Le Sheikh y passait
parfois plus de quinze heures par jour.

Donc, si nous avons bien compris, le « Wahhabisme » est une école juridique et le « Salafisme » a vu le jour dans les années 1960 14 … Tout cela est, certes, très intéressant et évoque le témoignage bouleversant de Dounia Bouzar 15 invitée à parler devant la mission d'information parlementaire en 2009 16 établi dans le but de priver les femmes musulmanes de leur droit de shabiller selon leurs convictions religieuses. Dans sa déclaration ahurissante, Bouzar a allégé que le

14 Cette déclaration de Stéphane Lacroix comme quoi le « Salafisme » se réfère aux hybridations des années 1960 contredit ses propos dans l’interview avec le Figaro où il allège que le « Salafisme » est né au XVIIIe siècle (voir « Les Salafistes en France restent dans leur bulle » Le Figaro, 12/10/2012). Ce n’est qu’une des nombreuses contradictions qui confirme bien l’incompétence du professeur Lacroix qui sombre dans la plus grande confusion. 15 Dounia Bouzar est une ancienne éducatrice à la Protection Judiciaire de la Jeunesse qui est devenue « islamologue » grâce à son expérience acquise avec de jeunes délinquants issus des banlieues (c.- à-d. voyous, voleurs, dealers, braqueurs de banque, etc.). 16 En juin 2009, l'Assemblée nationale a nommé une Commission de 32 députés pour mener une mission d'information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national. La commission s’est terminée en tribunal d'inquisition moderne où une meute de xénophobes a diabolisé les porteuses de niqab avec un acharnement pathétique afin de justifier une loi ôtant la liberté aux musulmanes de France de se vêtir selon les préceptes de leur religion. Éric Raoult, le rapporteur de la mission sur le port du voile intégral fut placé en garde à vue en octobre 2012 pour violences conjugales après que sa femme dépose plusieurs plaintes à son encontre. Lors de la commission, il a toujours prétendu vouloir défendre les « femmes opprimées sous leur niqab »…natürlich mein Führer!

Salafiya remontent à fort longtemps :

« De nombreux savants, au passé et au présent, ont adopté la dénomination de 'L’appel à la Salafiya’. Certains l’ont décrit par l’appel de ceux qui préconisent la Sounna Prophétique, d'autres l’ont nommé l’appel d'Ahl al-Hadith. Ce sont toutes des dénominations qui indiquent une même signification. Beaucoup de gens dans la communauté musulmane, au passé comme au présent, ont souvent été insouciants de cela ; ou peut- être ils en étaient conscients, mais ne l'ont jamais appliquée de façon appropriée » 17

En effet, l'affiliation à la Salafiya est très ancienne ; c’est une chose qui est bien connue et peut aussi bien être retrouvé dans les œuvres des anciens savants que dans la littérature musulmane contemporaine. Mais si la Salafiya ne se réfère pas aux hybrides imaginaires du professeur Lacroix qui ont eu lieu dans les années 1960, alors de quoi s’agit-il ? Sheikh al-Albani nous l'explique d’une manière simple et claire :

17 Muhammad Nasir al-Din al-Albani, « Ousoul al-Da’wa al- Salafiya » [Principes de la Da’wa al-Salafiya], p. 13

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« La Salafiya est l’Islam selon sa compréhension

correcte ; elle invite les gens à se cramponner à leur croyance islamique originale et n’exclus pas injustement un type de personnes. Dans son appel au Coran et à la tradition prophétique, elle ne fait aucune distinction entre la personne cultivée et l'illettrée, entre la personne éduquée et celle qui n’a pas eu d’éducation. » 18

Ainsi, la Salafiya peut simplement être définie comme l’orthodoxie ou comme l’Islam dans sa forme originale puisqu’elle est basée sur la compréhension des gens qui étaient les plus rapprochés de la période de la révélation. Une fois les trois premières générations révolues, les sectes islamiques n’ont cessé d’accroitre tout en développant leur propre compréhension du Coran et de la Sounna Prophétique. Mais, comme l’explique Sheikh al-Albani, toutes les sectes islamiques revendiqueront toujours leur adhésion aux deux sources de la révélation musulmane :

« La caractéristique de ce groupe de gens (c.-à-d. Ahl al-Sounna) ne se limite pas à leur affiliation à l'application du Coran et de la Sounna car aucune de ces sectes, que ce soit au passé ou au présent, ne peut nier s’affilier au Coran et à la Sounna de manière générale. Par conséquent, je dis que les groupes islamiques et les sectes qui ont été mentionnés par le Prophète et auxquels il faisait référence dans le hadith (des 73 sectes), sont unanimes pour revendiquer leur affiliation au Coran et à la Sounna. » 23

leur affiliation au Coran et à la Sounna. » 2 3 Ainsi, la Salafiya n'est rien

Ainsi, la Salafiya n'est rien de nouveau. Al-Albani explique la fausse conception qui est présente chez ceux qui considèrent que la Salafiya prend ses racines dans l’œuvre de Sheikh Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb ou d’Ibn Taymiya :

« Certains prétendront que l’appel à la

Salafiya est quelque chose de nouveau, qu’il s’agit d’un développement ou que la première personne sêtre affilié à elle fut Sheikh al-Islam Ibn Taymiya et après lui, à l’époque contemporaine, Ibn Abdel-Wahhâb. Or, cette conception est entièrement fausse. Plutôt, il s’agit d’un mensonge puisque

l'appel à la Salafiya est l'appel correct

et original de l'Islam en soi

» 19

La Salafiya vs le Sectarisme

L’école primaire dans laquelle étudiait al- Albani avant que son père lui apprenne le Coran
L’école primaire dans laquelle étudiait al-
Albani avant que son père lui apprenne le
Coran et lui enseigne le madhab Hanafite
L’entrée de la même école à Damas, qui, à
la base, fut une maison d’orphelins.

Il semble, en effet, n’y avoir aucune différence entre les sectes quant à leur appartenance au Coran et à la Sounna. Cependant, ils diffèrent fondamentalement dans leur compréhension :

La Salafiya diffère des sectes islamiques dans le fait qu'elle se réfère à la compréhension des compagnons du Prophète et des grands savants aux trois premières générations après la révélation 20 :

premières générations après la révélation 2 0 : « L'appel à la Salafiya est basé sur

« L'appel à la Salafiya est basé sur la connaissance du

Coran et la Sounna suivant la compréhension des pieux prédécesseurs des (premières) trois générations et de qui le Prophète a attesté la droiture dans le hadith connu : 'Les meilleurs des gens sont ceux de ma génération, puis ceux de la génération d’après, puis ceux de la génération d’après.' Les quatre Imams 21 et les autres savants qui ont vécu pendant ou un peu après leur temps appartiennent tous aux grands savants des pieux prédécesseurs. Et ce sont eux que nous suivons dans notre appel à Islam. » 22

eux que nous suivons dans notre appel à Islam. » 2 2 1 8 Muhammad Nasir

18 Muhammad Nasir al-Din al-Albani, « Shubah Hawl al-Salafiya » [Ambiguïtés concernant la Salafiya] p.130

19 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Durus Lil Sheikh Nasir al- Din al-Albani » (Shabakat al-Islâmiya)

20 Plusieurs sectes revendiquent également leur appartenance à la Salafiya. Or, leurs actes et idéologues invalident leur allégation.

21 C.-à-d. les Imams Abu Hanifa, al-Shafi’i, Malek et Ahmed.

22 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Shubah Hawl al-Salafiya » [Ambiguïtés concernant la Salafiya] p.113

« La société dans laquelle nous vivons aujourd'hui comprend de nombreux groupes qui prétendent tous s’adhérer à la religion de l'Islam et qui ont tous la conviction que l'Islam est basé sur le Coran et la Sounna. Cependant, la grande majorité d'eux n’approuvent pas le suivi de la voie des compagnons et ceux qui les ont suivis avec droiture… » 24

Les sectes musulmanes se distinguent par le suivi étroit de leur fondateur dans la compréhension de l'Islam ; les Salafis, en revanche, basent leur compréhension non seulement sur les sources islamiques les plus authentiques, mais ils étudient également l’œuvre des grands savants des trois premières générations pour ainsi atteindre la compréhension adéquate et originale de leur religion. Ils ne suivent pas aveuglément ces savants en question, mais se servent de leurs ouvrages pour arriver à une compréhension correcte de l'Islam 25 :

23 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Ousoul al-Da’wa al- Salafiya » [Principes de la Da’wa al-Salafiya], p.18

24 Ibid, p.35

25 Un des reproches que répète souvent le professeur Lacroix est que les « Salafistes » ont une lecture littéraire puisqu’ils appliquent « à la

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« Nous voyons les grands savants comme un moyen et nous les considérons comme des intermédiaires qui transmettent la science d'Allah et de Son Prophète . Nous ne les suivons pas pour 'qui' ils sont (mais pour ce qu’ils transmettent). De plus, nous ne considérons pas leur suivi comme un de nos objectifs (en soi) puisque notre intention unique est de comprendre la voie que suivait le Prophète . Cela veut dire que l'objectif est de savoir ce qui lui a été révélé dans le Coran ou ce qu'il a clarifié dans sa Sounna. » 26

Coran ou ce qu'il a clarifié dans sa Sounna. » 2 6 Selon al-Albani, toutes ces
Coran ou ce qu'il a clarifié dans sa Sounna. » 2 6 Selon al-Albani, toutes ces

Selon al-Albani, toutes ces différentes façons de comprendre les deux sources divines ont divisé la communauté musulmane comme elle l'est aujourd'hui :

« Par conséquent, je dis que la défaillance par laquelle est atteinte la communauté dans le fait de revenir à la compréhension, les idées et les opinions de nos pieux prédécesseurs constitue le facteur principal dans la division des musulmans en plusieurs 'madhabs' et diverses sectes. » 27

dit : « Ce qui ne faisait pas partie de la religion à la première époque, ne fera pas partie de la religion aujourd'hui. Certes, les générations futures de notre communauté seront uniquement rectifiées par ce qui a rectifié les premières générations » 29 . Al-Albani voyait que cétait le seul moyen pour que la communauté musulmane sorte de sa situation misérable.

Mais si Salafiya est aussi ancienne que la religion musulmane elle-même et représente, certes, la forme originale de l’Islam, pourquoi alors les musulmans de nos jours semblent-ils si peu familiers avec la Salafiya? Sheikh al-Albani explique que c’est principalement dû au fait que beaucoup de musulmans suivent aveuglément une école juridique:

« La raison de ceci est que notre communauté a subi de nombreux siècles dans lesquels une forme solidifiée du suivi aveugle des madhabs’ s’est ancrée dans les cœurs des gens qui s’affilient à Ahl al- Sounna. » 30

Sheikh al-Albani sest souvent indigné de cette ignorance largement répandue chez les musulmans qui est apparue après leur négligence de la religion et de son apprentissage. Il a mentionné que beaucoup sont tombés dans une ignorance profonde à tel point qu'ils n’éprouvent plus d’émotion en lisant le Coran ou en étudiant les textes authentiques de la Sounna Prophétique 31 .

L’horlogerie du père d’al-Albani dans lequel le Sheikh a appris le métier d’horloger, à l’entrée
L’horlogerie du père d’al-Albani dans lequel le
Sheikh a appris le métier d’horloger, à l’entrée
se trouve son plus jeune frère.
Plus tard al-Albani devient indépendant et
ouvre sa propre horlogerie à Damas. Il devient
un des meilleurs horlogers de la ville.

À maintes reprises, al-Albani déclara que la raison pour laquelle la communauté musulmane doit revenir à la compréhension des trois premières générations est parce qu'il s’agit des générations qui ont transmis l’Islam au reste du monde dans sa forme correcte et originale 28 . Le Sheikh comprenait bien que, pour éviter les divisions et les frictions

dans la Oumma, il est essentiel d’obtenir une façon unie de comprendre l’Islam.

Il est important de souligner que cette façon de comprendre l’Islam a toujours existé et peut être retrouvée dans l’œuvre des savants qui se sont distingués lors des quatorze siècles passés. Revenir à la compréhension des premières trois générations n’est, en effet, rien de nouveau et Sheikh al-Albani faisait souvent référence à la parole de l'Imam Mâlik dans laquelle il

lettre » ce qu’ils trouvent dans les textes religieux. Cette thèse sert ensuite de prétexte pour justifier des appellations comme « fondamentalistes » ou « intégristes ». Imaginez-vous que nous traiterions de « fondamentalistes intégristes » tous les citoyens de France qui appliquent « à la lettre » toutes les lois de leur démocratie tout en prétextant qu’ils ont lecture littéraire. Tout bon citoyen français deviendrait ainsi un intégriste fondamentaliste.

26 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Shubah Hawl Al-Salafiya » [Ambiguïtés concernant la Salafiya] p.120 27 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Ousoul al-Da’wa al- Salafiya » [Principes de la Da’wa al-Salafiya], p.35

28 Ibid, p.46

En effet, l'ignorance a toujours eu des conséquences néfastes et des répercussions historiques pour la communauté musulmane et a même facilité la colonisation occidentale du monde musulman. Sheikh al-Albani expliquait souvent qu’il n'était pas admissible que les musulmans soient satisfaits de leur situation actuelle dans laquelle ils sombrent dans l’ignorance et n’apprennent plus les croyances indispensables de leur religion. En suivant les enseignements du Coran et de la Sounna, al-Albani maintenait le principe selon lequel l'ignorance actuelle des musulmans est la cause de leur humiliation incessante 32 .

29 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Al-Fatawa al-Manhajiya Lil- Albani » [Les Fatwas d’Al-Abani liées au Manhaj] p.85 30 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Ousoul al-Da’wa al- Salafiya » [Principes de la Da’wa al-Salafiya], p. 14

31 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « As-Salafiya wal Madhahib » [La Salafiya et les Madhabs], p.101

32 Ibid, p.106

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Briser le mythe « Wahhabite »

« Wahhabite » fut déjà employé par les Ottomans en tant qu’outil de propagande :

L’article de Stéphane Lacroix sur Sheikh al-Albani aurait pu être crédible si le professeur avait fait l’effort de lire au moins quelques chapitres dans les livres du Sheikh. Il n’aurait probablement pas décrit si maladroitement la Salafiya, ni aurait-il attribué sa propre vision du « Wahhabisme » à Sheikh al-Albani, car pour Lacroix, le « Wahhabisme » est une secte islamique fondée par Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb et ses héritiers :

« Le Wahhabisme fait initialement référence à la tradition religieuse développée à travers les siècles par les ulémas de l'établissement officiel religieux saoudien et a été fondée par les héritiers de Mohammed Ibn Abdel- Wahhâb. »

Si le « Wahhabisme » est une tradition religieuse qui s’est développée à travers les siècles suivants le décès de Sheikh Ibn Abdel-Wahhâb, alors il serait très intéressant de savoir en quoi le « Wahhabisme » diffère des enseignements originaux de l'Islam

» diffère des enseignements originaux de l'Islam « L'emploi du terme (Wahhabite) faisait partie de la

« L'emploi du terme (Wahhabite) faisait partie de la politique menée par l'Empire Ottoman lorsqu'un homme de science et de réforme nommé Mohammed Ibn Abdel- Wahhâb commença à appeler les gens (à l’Islam) dans certaines parties de la région du Najd. » 36

Le nom « Wahhabisme » fut dès lors repris dans les ouvrages tendancieux d'islamophobes et d’orientalistes et cela, jusqu’à notre époque. En effet, il s’agit aujourd’hui d’une appellation très populaire exploitée dans la virulente campagne de propagande antimusulmane. Certains « islamologues » utilisent le terme pour décrire les Takfiris (c.-à-d. ceux qui déclarent d’autres musulmans mécréant sans respecter les prescriptions de l'Islam), d'autres emploient le terme de façon très générale pour cataloguer les hommes barbus et les femmes qui portent le niqab, et puis il y a encore ceux qui

considèrent que le « Wahhabisme » est un système politique. De cette façon,

chaque spécialiste possède sa façon personnelle de représenter et de comprendre ce qu'il appelle le « Wahhabisme ». Dans son article, Stéphane

Lacroix commence par décrire al-Albani comme un « Wahhabite » et mentionne :

Manuscrit de « al-Thamar al-Mustatâb fi Fiqh al-Sounna wal Kitab», premier livre duquel Sheikh al-Albani
Manuscrit de « al-Thamar al-Mustatâb fi
Fiqh al-Sounna wal Kitab», premier livre
duquel Sheikh al-Albani a évalué les hadiths.

transmis par le Prophète et dans quels aspects il contredit le Coran et la Sounna. Les islamophobes ont toujours refusé d’aborder ce sujet et se contentent d’étiqueter l’Islam orthodoxe comme du « Wahhabisme » 33 . Cela leur permet de dénigrer de manière indirecte la foi musulmane sans pour autant devoir mentionner le terme ‘Islam’ 34 . Il n'est pas surprenant de voir que l’appellation « Wahhabite » trouve ses origines dans la poésie injurieuse de la secte

des Déobandis au Pakistan et en Inde au début du XXe siècle 35 . Sheikh al-Albani est remonté encore plus loin dans l’histoire et a mentionné que le terme

« Il est connu de tout le monde que Sheikh Nasir al-Din al-Albani fut un partisan loyal du Wahhabisme. »

Plutôt, il est connu de tout le monde que cette déclaration est simplement absurde. Sheikh al-Albani, ainsi que tous les autres savants sunnites n'emploient pas le terme « Wahhabite » et le considèrent comme une injure. Dans son explication du livre « al-Tahawiya » Sheikh al-Albani mentionne :

33 D’autres experts autoproclamés, comme le sociologue-mufti Samir Amghar, présentent toute pratique orthodoxe de l’Islam comme une radicalisation. Comme la laïcité française néglige et éradiqué le statut de toute référence musulmane compétant dû à son savoir islamique, les médias font recours à des sociologues totalement ignorants des préceptes musulmans. Ce sont souvent ce genre d’Arabes ou Berbères qui servent de faux alibi aux médias tendancieux qui les exploitent pour transmettre leur protocole qui stipule que le musulman peut uniquement être un ‘bon citoyen’ s’il s’habille, se comporte et pense entièrement comme le Français de souche.

34 Lacroix diffame ainsi la religion musulmane en employant le terme « Wahhabisme ». En janvier 2005, il a présenté une communication à un colloque organisé par le CERI intitulé « La critique du Wahhabisme… », ce qui passe mieux que « la critique de l’Islam »

35 L'animosité de la secte des Deobandis envers Sheikh Ibn Abdel- Wahhâb réside dans le fait que le Sheikh prônait un Islam orthodoxe qui interdit l'adoration des tombes, des saints, etc. Voir al-Shams al- Salafi al-Afghani « Al-Maaturidya wa Mawqifuhum min Al-Asmaa wa Al-Sifaat » Vol.3, p.312, 313

« Et parmi les preuves principales qui prouvent que le Sheikh (al-Tahawi) fut bien Salafi, est que ses ennemis le décrivent comme étant un ‘Wahhabite’. Ce terme est une accusation préfabriquée portée contre tous ceux qui suivent le chemin des prédécesseurs, qui appellent à la tradition prophétique et rejettent le suivi aveugle.» 37

36 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Fatawa al-Sheikh al-Albani wa Muqaranatuha bi Fatawa al-Uléma » [Les Fatwas de Sheikh al- Albani comparées à celles d’autres savants], p. 12

37 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Sharh Aqida al-Tahawiya » [Explication de ‘Aqida al-Tahawiya], p.53

8

LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

Dans sa « Silsila al-Ahadith al-Da'ifa », Sheikh al- Albani mentionne un extrait d'une lettre qui remonte à 1959 dans laquelle un de ses adversaires le décrit de la manière suivante :

« Ensuite, Nasir al-Din al-Albani est arrivé à Damas où il apprit l’arabe et étudia la science du Hadith dans laquelle il a acquis la maîtrise. Il a bénéficié largement d'une bibliothèque qui contient de précieux manuscrits de hadiths. L'année dernière, lorsque j'ai rendu visite à cette bibliothèque, c’était lui qui m’apportait les livres que je cherchais et c’est lui qui m’informait de leur contenu. Et Sheikh al-Albani est un homme malicieux et un pur ‘Wahhabite Taymite’. Si ce n'était pas pour son vicieux madhab et son obstination, il aurait été une des

personnes uniques à son époque dans

la science du Hadith, malgré qu'il gère

toujours une horlogerie

» 38

pose : d’où le professeur Lacroix obtient-il ses informations. Vu que dans son article, il ne cite pas une seule référence des paroles attribuées à Sheikh al-Albani, j'ai personnellement contacté Stéphane Lacroix pour lui demander une référence de cette citation en question 40 . Bien que j’aie réitéré ma demande à maintes reprises, le professeur Lacroix a obstinément refusé de me fournir la moindre source. J'ai poursuivi ma recherche dans l’œuvre d'al-Albani et je suis tombé sur une parole dans laquelle le Sheikh explique avoir subi des insultes grossières lancées par Ahmed al-Ghimari 41 . Sheikh al-Albani conclut cette partie dans son livre en mentionnant les propos dénigrants d'al-Ghimari que voici :

« Celui qui considère Sheikh al-Albani comme Wahhabite a eu tort, car il est plus partial à l'esprit du Wahhabisme qu’Ibn Abdel-Wahhâb lui-même et il

est plus têtu que lui

» 42

Cour intérieure de la librairie « al-Thahiriya » où Sheikh al-Albani acceuilla al-Ghimari A l’intérieur
Cour intérieure de la librairie « al-Thahiriya »
où Sheikh al-Albani acceuilla al-Ghimari
A l’intérieur de la bibliothèque, al-Albani
informait al-Ghimari du contenu des livres

Sheikh al-Albani et les autres savants de l'Islam orthodoxe sont souvent dépeints comme « Wahhabites » par leurs opposants. De même, dans son livre « Tahdhir al-Sajid min Ittighadh al-Qubur Masajid », al-Albani tire l’attention sur les orientalistes

contemporains qui offensent les gens de la Sounna avec l’appellation « Wahhabite » 39 .

Dans ce passage, Sheikh al-Albani explique qu'un de ses plus grands

adversaires l'accuse d'être plus partial

à l'esprit du « Wahhabisme » qu’Ibn Abdel-Wahhâb lui-même. Le

a

intentionnellement déformé cette

déclaration et l'a présentée comme étant une affirmation d’al-Albani lui-même. Notre « chercheur » français a tout simplement pris une insulte d'al-Ghimari pour l’attribuer à Sheikh al-Albani dans le but de convaincre le lecteur qu’al-Albani se considérait comme « Wahhabite ». Le professeur n'a jamais donné suite à ma requête d’une référence de la citation de Sheikh al-Albani parce qu'il a sciemment inventé un mensonge qu'il a alors exploité pleinement pour faire croire aux lecteurs que Sheikh al-Albani fut populaire chez la « jeunesse Salafie » et cela, en prétendant qu’il se disait plus fidèle à l'esprit du « Wahhabisme » qu’Ibn Abdel-Wahhâb lui-même. En France, si vous volez l’ouvrage d'un auteur vous avez commis du plagiat, si vous volez de plusieurs auteurs, vous avez effectué des recherches et si vous inventez des propos que l'auteur n’a jamais dits, ça devient de la « spécialisation ».

professeur

Lacroix

L’Imposture d'un Professeur Charlatan

Un peu plus loin, le professeur Lacroix attribue les propos suivants à Sheikh al-Albani :

« Mais plus important que ça, al-Albani affirmait être plus fidèle à l'esprit du Wahhabisme que Ibn 'Abdel- Wahhâb lui-même. Cette parole a rendu les idées d’al- Albani très populaires chez la jeunesse Salafie. »

Premièrement, la « jeunesse Salafie » rejette totalement le terme « Wahhabite ». Par conséquent, cette déclaration du professeur ne peut être vraie. Deuxièmement, Sheikh al-Albani n'a jamais prononcé ces mots et celui qui est familier aux écrits du Sheikh sait pertinemment qu’il est impossible que cette parole puisse être sortie de la bouche du Sheikh. La question se

38 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Silsila al-Ahadith al-Da’ifa Wal Madou’a Wa Atharouha Al-Sayyi’ Fil Umma » [Collection des hadiths faibles et inventés et leur effet néfaste sur la communauté musulmane] 4/6 39 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Tahdhir al-Sajid Min Ittighadh al-Qubur Masajid » [Prémunir ceux qui se prosternent contre le fait de transformer les tombes en mosquées], p. 102

9

40 Le professeur Lacroix fut contacté par mail à l’adresse mail stephane.lacroix@sciences-po.org

41 Sheikh marocain qui, d'après al-Albani, penchait vers l’idéologie Shi’ite (Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Silsila al-Ahadith al-

Da'ifa

42 Ibid, Vol.3, p. 15

», Vol.6, p.212)

LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

Mais pourquoi le professeur Lacroix forge-t-il un mensonge aussi flagrant ? Tout simplement parce qu'il est obsédé par l’appellation « Wahhabite » et sans représenter al-Albani comme quelqu’un qui se revendiquait comme « Wahhabite », une partie principale de son article perd toute signification et ses conjectures fantaisistes s'écroulent comme un château de cartes.

On peut se demander quelle aurait été la réaction de Sheikh al-Albani à ce professeur « spécialiste de l’Islam » qui l’a taxé de partisan loyal du

« Wahhabisme » tout en attribuant des insultes

grossières lancées par ses adversaires au Sheikh lui- même. Il est important de comprendre que les savants de l'Arabie Saoudite joignent leurs voix à la désapprobation d’al-Albani face au terme « Wahhabisme ». Pour citer un

exemple, l’ancien Mufti du Royaume d’Arabie, Sheikh Adbel- Aziz Ibn Baz, a dit que le terme

« Wahhabite » est uniquement

employé par les adversaires tendancieux et ignorants de l'Islam 43 . Sheikh Saleh al-Fawzan, un autre savant majeur du pays, a

déclaré que le « Wahhabisme » n'existe pas dû au fait que Sheikh Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb n'est pas venu avec un dogme ou une méthodologie propre à lui

pour attribuer cette da’wa à son nom. En conséquence, le « Wahhabisme » n’est pas plus qu’une dénomination inventée pour aliéner le public des écrits de Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb et pour le représenter comme quelqu'un qui a son propre madhab et qui contredit les imams du passé 44 .

comprendre la réalité de l'appel (da’wa) de Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb, nous devons d’abord retracer l’histoire de la péninsule Arabique à son époque

L'appel de Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb al-Najdi

Avant la da’wa de Sheikh Mohammed Ibn Abdel- Wahhâb, la région du Najd se trouvait dans une situation où la majorité des gens furent ignorants des enseignements fondamentaux de l'Islam. L’analphabétisme largement répandu, ce fut l’époque où l’Arabie se trouva dans « l’Âge Obscur » où les croyances de bases musulmanes ne furent plus enseignées. Les gens adoraient tombes, statues et arbres et prenaient les morts comme intermédiaires pour invoquer leur Seigneur. D’un point de vue global, leur situation fut, à plus d’un égard, très semblable à la période préislamique du paganisme… 46

Il semble que les islamologues refusent de commenter cette époque et s’ils le font, ils la décrivent comme une période riche et culturellement diversifiée. Ceci, bien entendu, est une simple façon d’ignorer les exploits fabuleux qu’avait réalisés Sheikh Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb sur le plan religieux, pédagogique, structurel et politique.

La région du Najd où a débuté la da’wa de Sheikh Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb.
La région du Najd où a débuté la da’wa de Sheikh
Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb.

Cependant, c'est dans ce contexte historique qu'Ibn Abdel-Wahhâb a fait renaître la Sounna Prophétique, qu’il a relancé les enseignements originaux de l'Islam et qu’il a commencé à instruire la population. Le dogme (aqida), la jurisprudence (fiqh), le Hadith, le Tafsir ainsi que toutes les autres sciences religieuses s’enseignaient à nouveau et bénéficiaient largement à la communauté 47 . Tout comme l’Imam Ahmed, Ibn Taymiya et d'autres, Ibn Abdel-Wahhâb fut un des rénovateurs de l'Islam orthodoxe et tentait de ramener sa communauté vers la pratique et la compréhension correcte de l'Islam. Sheikh Al-Albani mentionne :

« Ensuite, ce fut Sheikh al-Islam Mohammed Ibn Abdel- Wahhâb qui a fait renaître cet appel dans le Najd à une époque où la région se trouvait dans un état d’abomination ténébreuse et où le paganisme fut prédominant dans tout le pays. Les gens de la région sont redevenus instruits grâce aux enseignements de Sheikh Al-Islam (Ibn Taymiya) de qui il (c.-à-d.

46 Madiha Darwish, « Tarigh al-Dawla al-Sa’udiya » [L’Histoire de l'Etat Saoudien] 47 Dr Abdel-Aziz Ibn Mohammed al-Hujaylan, « Al-Fiqh Wal-

[La Jurisprudence et

Fuqaha Fil-Mamlaka al-Arabiya al-Sa’udiya

les savants de Fiqh au Royaume d’Arabie Saoudite], p.37

Le « Wahhabisme » est aujourd'hui devenu un mythe populaire dans les cercles islamophobes. Une des raisons les plus apparentes pour laquelle les islamologues fabulent en inventant ces nouveaux termes non reconnus auprès des savants musulmans est simplement parce qu'ils ne sont pas capables de mener des recherches comparatives entre les idéologies de sectes musulmanes d’une part et les œuvres historiques de savants musulmans contemporains et modernes, de l'autre 45 . Lhistoire a démontré que Mohammed Ibn Abdel- Wahhâb n'est pas venu avec une nouvelle tradition religieuse comme certains semblent croire. Pour

43 Abdel-Aziz Ibn Baz, « Fatawa al-Sheikh Ibn Baz » [Recueil de Fatwas de Sheikh Ibn Baz], 3/1306

44 Voir le site officiel de Sheikh al-Fawzan sur ce lien

45 Ainsi, Stéphane Lacroix a rédigé un article dans une revue « académique » qu’il a intitulé « Les courants islamiques après le 11 septembre ». Le professeur ne comprend pas qu’il n’y a pas eu de nouvelles sectes ou « courants islamiques » après le 11 septembre dû au fait qu’il n’a aucune notion des développements des sectes musulmanes à travers l’histoire.

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

Mohamad Ibn Abdel-Wahhâb) a bénéficié en lisant ses

livres

» 48

les

professeur.

fondations

méthodologiques

dont

parle

notre

En étudiant ces développements dans la région du Najd dans un contexte historique, l'appel d'Ibn Abdel-Wahhâb ne semble n’être rien de plus qu'une extension de la longue succession de savants d'Ahl al-Sounna qui commence par les compagnons du Prophète , les savants majeurs des premières trois générations, les quatre Imams, les Muhaddithin tout en poursuivant avec Ibn Taymiya, ses étudiants et les autres grands savants musulmans 49 . Les enseignements de tous ces savants sont basés sur la même fondation idéologique au point que plusieurs « spécialistes de l’Islam » en Occident ont décrit des savants comme Ibn Taymiya et al-Souyouti comme étant des « Wahhabites », bien que Sheikh Ibn Abdel-Wahhâb soit né plusieurs siècles après eux 50 . Si vraiment l'appel à l’Islam de tous ces savants est considéré comme du « Wahhabisme », alors le Prophète Mohammed et ses compagnons peuvent aussi bien être appelés « Wahhabites ».

peuvent aussi bien être appelés « Wahhabites ». Sheikh Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb, les générations
peuvent aussi bien être appelés « Wahhabites ». Sheikh Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb, les générations

Sheikh Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb, les générations successives des savants du Najd ainsi que tous les autres savants saoudiens n'avaient pas de principes indépendants. Or, ils suivaient tous les fondations méthodologiques 51 connues et maintenues par les Compagnons, les quatre Imams et les savants d'Ahl al- Sounna au passé 52 . Ceux-ci savèrent être exactement les mêmes principes sur lesquels se basait Sheikh al-Albani.

Des Fondations « Wahhabites » ?

Manuscrit de l’évaluation du recueil de hadiths « Sahih Abu Dawud » par Sheikh al-Albani.
Manuscrit de l’évaluation du recueil de hadiths
« Sahih Abu Dawud » par Sheikh al-Albani.

Les exploits de Sheikh Ibn Abdel- Wahhâb ne seront jamais appréciés voire compris par ceux qui ne les ont jamais étudiés, et encore moins par ceux qui n’ont pas bénéficié d’un enseignement de base de l'Islam à travers les œuvres des savants Musulmans orthodoxes qui permettra de mettre en corrélation leur credo et méthodologie indiscernable. Cette incompréhension a fait que beaucoup de chercheurs simples d’esprit comprennent l’œuvre de Sheikh Ibn Abdel-Wahhâb comme une nouvelle

religion qu’ils taxent alors de « Wahhabisme ». Dû à leur mépris de l’Islam et leur refus de mener la moindre étude approfondie des textes de révélation, ils considèrent l'appel d'Ibn Abdel-Wahhâb comme une tradition religieuse qui ne se réfère pas aux œuvres principales de l’Islam, mais qui se base plutôt sur des écrits apparus bien après. C’est également ce que prétend Stéphane

Lacroix :

Toutefois, le professeur Lacroix a une autre façon de voir les choses. Dans son article, il développe une thèse

conspirationniste et prétend que Sheikh al-Albani a eu des ennuis avec les savants saoudiens dû au fait qu'il aurait « remis en question leurs

fondations méthodologiques » :

« Cependant, l'opposition qu’a endurée al-Albani de la part de l'établissement religieux Wahhabite ne fut pas uniquement intellectuelle. En remettant en question les fondations méthodologiques sur lesquelles le Wahhabisme avait bâti sa légitimité, il avait également défié leur position dans le champ religieux saoudien. »

Ici, nous voyons clairement comment les hallucinations s’emparent du professeur Lacroix qui, dans sa nouvelle déception, prétend que Sheikh al-Albani a défié la position des savants saoudiens en remettant en question leurs fondations. Mais pourquoi donc ? Craignaient-ils que ce savant albanais devienne le futur Mufti de l'Arabie Saoudite, le ministre des Affaires religieuses, ou est-ce qu'ils le considéraient comme un héritier potentiel du trône ? Quoi qu’il en soit, analysons de plus proche

« Dès son début, le Wahhabisme s'est établi en tant que tradition religieuse qui s’est basée sur quelques livres clés, aussi bien dans le dogme (aqida) que la jurisprudence (fiqh). »

Le professeur décrit l'héritage d'Ibn Abdel-Wahhâb comme une nouvelle tradition religieuse et indépendante basée sur ses œuvres personnelles et celles de ses héritiers. Sheikh Ibn Abdel-Wahhâb était sans aucun doute un réformateur qui a fait revivre les sciences islamiques dans la péninsule Arabique, mais la plupart des livres qui se trouvent à la base de l'appel des savants saoudiens, depuis l’époque de Sheikh Mohammed Ibn

48 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Haqiqatou al-Da’wa al- Salafiya » [La Réalité de la Da’wa al-Salafiya] p.156

49 Saleh Ibn Mohammed Âl al-Sheikh, « Al-Minhaj al-Fiqhi Li A’imma al-Da’wa al-Salafiya Fil Najd » [La Méthodologie Jurisprudentielle des Grands Savants Salafis du Najd], p. 93

50 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Silsila al-Ahadith al- Sahiha » [Recueil de Hadiths Authentiques], 8/1

51 Ces fondations sont le Coran et la Sounna, le Consensus, les Jugements des Compagnons et le Qiyaas juridique. Voir Saleh Ibn Mohammed Âl al-Sheikh, « Al-Minhaj al-Fiqhi… », p.252-268

52 Saleh Ibn Mohammed Âl al-Sheikh, « Al-Minhaj al-Fiqhi Li A’imma al-Da’wa al-Salafiya Fi Najd » [La Méthodologie Jurisprudentielle des Grands Savants Salafis du Najd], p. 251-256

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

Abdel-Wahhâb jusqu'à ce jour, sont des œuvres qui datent d’avant le temps d’Ibn Abdel-Wahhâb. Dans son ensemble, les savants du Najd ont bénéficié des savants d’Ahl al-Hadith 53 comme peut facilement être déduit de leurs écrits, fatwas et propos 54 .

En somme, les livres qui sont enseignés dans le Royaume appartiennent à de grands savants issus du monde entier. Dans le dogme (aqida) ils ne dépendaient pas uniquement des ouvrages d'Ibn Abdel-Wahhâb mais aussi, et surtout, de ceux dIbn Taymiya (Syrie XIIIe siècle) et son étudiant Ibn Qayim (Syrie XIIIe siècle) qui ont soutenu et transmis les croyances originales de lIslam. Dans la grammaire arabe une de leurs références principales est « al- Ajurrumiya » rédigé par le savant marocain Mohammed Ibn Ajurrum (XIVe siècle) et dans la jurisprudence ils dépendaient en grande partie des écrits du Sheikh palestinien Abdel- Ghani al-Maqdisi (XIIe siècle). Dans la science du Hadith ils revenaient aux livres du savant syrien al-Nawawi (XIIIe siècle) et du Muhaddith

égyptien Ibn Hajar al-Asqalani (XVe

siècle) et dans la science de l'héritage ils dépendaient surtout du livre « al-Rahabiya » du savant irakien Mohammed al-Rahabi (XIIe siècle). 55

« Cette tradition (c.-à-d. le « Wahhabisme ») fut monopolisée par une petite aristocratie religieuse du Najd, qui s'est d’abord concentrée autour de Mohammed

Ibn ‘Abdel-Wahhâb et ses descendants (connus sous les Âl al-Sheikh) avant de s'élargir à un petit nombre

les membres de cette aristocratie

d'autres familles

étaient devenus les seuls transmetteurs légitimes de la tradition Wahhabite; dans ce contexte, les savants

indépendants furent exclus parce qu'ils n'avaient pas reçu de ‘science adéquate’ de ‘savants qualifiés’. »

Manuscrit de « Sahih al-Sira al-Nabawiya », la biographie du Prophète .
Manuscrit de « Sahih al-Sira al-Nabawiya », la
biographie du Prophète .
Sahih al-Sira al-Nabawiya », la biographie du Prophète . Plus loin, il insinue que « l'approche

Plus loin, il insinue que « l'approche révolutionnaire » d’al-Albani de la science du Hadith contredisait les normes saoudiennes puisque cette approche menait au fait que :

la science du hadith peut être

mesurée selon des critères objectifs sans qu’ils soient liés à la famille, la

tribu ou à la descendance locale ce qui a permis une certaine mesure de méritocratie 56 qui fut auparavant absente. »

«

Stéphane Lacroix représente la renaissance de l'Islam au Najd comme

une aristocratie religieuse instaurée par une famille bourgeoise qui tente de monopoliser la da’wa en favorisant des tribus locales. Par conséquent, l'état saoudien est tout sauf une méritocratie dû à la prise de pouvoir de la « mafia religieuse Wahhabite ». Certes,

tous les moyens sont justifiés pour diaboliser les savants saoudiens.

Cela confirme la tendance observée à travers l’histoire :

les œuvres des savants du Najd ont toujours eu une dimension internationale et n’ont jamais été restreintes, comme le prétendent certains professeurs, à quelques livres clés d'une tradition religieuse saoudienne.

Une Bande Tribale qui prend contrôle de la Péninsule Arabique ?

Stéphane Lacroix persiste obstinément dans sa fausse représentation de la da’wa de Sheikh Ibn Abdel-Wahhâb et explique comment la conspiration des savants saoudiens a débuté par une aristocratie :

Cependant, l'histoire conteste cette allégation du jeune professeur, car les archives des savants du Najd révèlent clairement que le seul critère de réussite chez les ulémas a toujours été la connaissance des différentes sciences de lIslam. Lorigine tribale ou les liens de famille nont jamais fait d’une personne un savant religieux. Ici, nous pourrions citer l’exemple du Roi Abdel-Aziz qui avait le plus grand respect pour les gens de science et était connu pour avantager les savants aux membres de sa propre famille 57 .

53 Comme les Imams al-Shafi’i, Malek, Ahmed, al-Bukhari, Muslim,

Abu Dawud, al-Tirmidhi, al-Awza’i, al-Darimi, al-Dar al-Qutni, al- Bayhaqi, Ibn Hazm, Ibn Hajr, Ibn Abdel-Bar, Ibn Taymiya, Ibn Qayim ainsi que d’autres savants qui portaient une grande attention au Hadith.

54 Saleh Ibn Mohammed Âl al-Sheikh, « Al-Minhaj al-Fiqhi Li A’imma al-Da’wa al-Salafiya Fi Najd » [La Méthodologie Jurisprudentielle des Grands Savants Salafis du Najd], p. 241-242

55 Dr Abdel-Aziz Ibn Mohammed al-Hujaylan, « Al-Fiqh Wal-

Fuqaha fil-Mamlaka al-Arabiya al-Sa’udiya

les savants de Fiqh au Royaume d’Arabie Saoudite], p.39, 44.

»[La Jurisprudence et

De même, le grand nombre de savants étrangers qui ont atteint de hauts rangs dans létablissement religieux

56 NDT La méritocratie est un système qui classe les gens selon leur mérite. Ce que Lacroix entend par là est que les savants du Hadith en Arabie, chez les « Wahhabites », n’ont pas de mérite réel (comme la science, l’intelligence, etc.) puisqu’ils sont uniquement devenus savants dû à leur origine et à leur appartenance à une certaine famille ou tribu. Le fait qu’ils aient étudié les sciences islamiques pendant des décennies n’a, bien entendue, joué aucun rôle, car l’Arabie Saoudite, avant l’arrivée d’al-Albani fut un pays vide de toute méritocratie.

57 Al-Zarkali, « Al-Wajiz », p.197

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

saoudien 58 est une preuve claire qui le tribalisme et lorigine locale ne jouent aucun rôle dans la reconnaissance et l’admission des savants en Arabie Saoudite. De plus, Stéphane Lacroix sait très bien qu’à Sciences Po, un arabe d’Arabie Saoudite ou du Yémen, par exemple, ne sera jamais admis dans leur institut pour enseigner.

Les islamophobes tentent souvent darabiser la religion musulmane en insinuant que lIslam est basé sur une forme de nationalisme ou tribalisme. Cependant, jamais dans lhistoire la science du Hadith n’a-t-elle été mesurée selon les liens de famille, les tribus, les classes sociales, l’origine ou la descendance du Muhaddith. Les plus grands savants musulmans et narrateurs de hadith sont une parfaite illustration de cela puisque la majorité d’eux étaient des non-arabes souvent très pauvres. Néanmoins, ça ne les a pas empêchés de devenir les détenteurs et les narrateurs de la tradition prophétique à niveau mondial. Ce sont eux qui ont transmis les hadiths et une partie majeure des sciences islamiques au reste du monde. Al-Bukhari, Muslim, Abu Dawud, al-Tirmidhi, Al-Nassa'i, Ibn Majah furent tous des non-

arabes qui ont instauré les ouvrages de référence du Hadith sur lesquels dépend aujourd'hui toute la communauté musulmane.

la déduction de preuve fut identique 59 . Il divergeait évidemment avec eux dans certaines fatwas de la manière dont divergent tous les savants Sunnites entre eux dans les affaires de jurisprudence. Ce nest rien de spectaculaire pour ceux qui ont une connaissance superficielle des sciences religieuses au long de l’histoire islamique et prouve simplement que les savants d’Ahl al-Sounna font leur propre ijtihad, à l’inverse des partisans qui suivent aveuglement une certaine école de principes jurisprudentiels ou un madhab. De plus, ces différences n'ont pas causé la moindre animosité entre Sheikh al-Albani et ses confrères parmi les savants saoudiens comme devient clair dans les éloges prononcés par deux des représentants principaux de « l’établissement religieux saoudiens » à l’époque d’al-Albani. Le premier est Sheikh Abdel-Aziz Ibn Baz qui a déclaré qu'il n'a jamais vu, dans son temps, un savant de Hadith comme Sheikh al-Albani. L’ancien mufti a même avoué qu’il a beaucoup bénéficié de lui et dit qu’il le considérait comme un des meilleurs savants de son époque 60 . Le deuxième est Sheikh Ibn Utheymin qui l'a loué pour ses œuvres dans le dogme et la jurisprudence 61 et l'a appelé le

Muhaddith de son époque 62 ainsi que le Muhaddith de la région du Châm 63 .

Couverture de la première revue islamique pour laquelle Sheikh al-Albani a rédigé des articles
Couverture de la première revue islamique pour laquelle
Sheikh al-Albani a rédigé des articles

La critique « Haddadi » de Lacroix : Al-Albani contre les Saoudiens

En examinant le développement des assertions du professeur Lacroix, nous voyons qu’il arrive maintenant au message principal dans lequel il reflète un conflit intense entre al-Albani et les savants saoudiens :

« Al-Albani est fortement en désaccord avec les Wahhabites - et surtout avec leurs représentants principaux, les ulémas de l'établissement religieux saoudien dans le domaine de la jurisprudence (loi). »

De manière globale, Sheikh al-Albani n'était pas en grand désaccord avec les savants saoudiens dans les affaires de jurisprudence puisque leur méthodologie dans

58 Parmi eux nous comptons Sheikh Mohammed Aman al-Jami (Ethiopie), Sheikh Abdel-Razzaq al-A’fifi (Égypte), Sheikh Mohammed Aman al-Shinqiti (Maurétanie), Sheikh Mohammed Nasir al-Din al-Albani (Albanie), Sheikh Hammad al-Ansari (Mali), Sheikh Wasiyullah A’bbas (Inde), Sheikh Mohammed al-Harras (Egypte) etc.

Les savants dans le Royaume Arabe qui ont réfuté al- Albani ont tous explicitement mentionné dans leurs réponses que leurs différences n’étaient pas basées sur des contradictions fondamentales et qu'ils respectaient et aimaient Sheikh al-Albani 64 . Un d'entre eux, Sheikh Mohammed Aman al-Jami, a déclaré dans sa réfutation de Sheikh al-Albani :

« Allah, les anges, et ceux présents (dans cette assise) sont témoins de mes propos dans lesquels je déclare que j'aime Sheikh al-Albani pour (la cause) Allah. » 65

59 Saleh Ibn Mohammed Âl al-Sheikh, « Al-Minhaj al-Fiqhi Li A’imma al-Da’wa al-Salafiya Fi Najd » [La Méthodologie Jurisprudentielle des Grands Savants Salafis du Najd], p. 90

60 Sheikh Abdel-Aziz Ibn Baz, “Durus Lil Shaikh Abdel-Aziz Ibn Baz” (Shabaka al-Islamiya), cours 17

61 Mohammed Ibn Salih al-Utheymin, “Al-Diya’ Al-Lami’ min Khutab Al-Jawami’” [Etincelles Lumineuse des Sermons de Vendredi] p.446 62 Muhammad Ibn Salih al-Utheymin, “Sharh Aqidatul Safariniya” [Explication de la Aqida Al-Safariniya] p.185

63 Les pays du Châm sont le Liban, la Palestine, la Syrie en la Jordanie.

64 Voir Rabi’ Bin Hadi al-Madkhali, [Les Egarements Limpides d’Abdul-Latif Bashmel], p. 9 et « A Lighthouse of Knowledge from a Guardian of the Sunnah », p.41 65 Ibid, p.39

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

De même, Sheikh al-Tuwayjari a déclaré, tout en réfutant le savant albanais, que « critiquer al-Albani permet (à certains) de critiquer la Sounna 66 ». Malgré avoir réfuté al-Albani, ces savants partageaient tous sa méthodologie et ne l’ont jamais accusé d'avoir des différences fondamentales ou une approche révolutionnaire du Hadith.

qui diffame uniquement le Royaume saoudite dans ses articles et exprime son admiration envers les Saoudiens occidentalisés qui préconisent une constitution occidentale pour se débarrasser des valeurs islamiques dans le Royaume Arabe 70 .

Comprendre

l’adhésion

d'Ibn

Adel-Wahhâb

au

Hanbalisme

La raison du « profond désaccord » entre al-Albani et les savants saoudiens est, selon Stéphane Lacroix, l’appartenance des « Wahhabites » au Hanbalisme :

« Ici, al-Albani fait allusion à une contradiction fondamentale dans la tradition Wahhabite : les partisans Wahhabites ont préconisé une dépendance exclusive au Coran, à la Sounna et au consensus d'al-salaf al- salih (les pieux prédécesseurs). Cependant, pour leurs fatwas ils se sont presque uniquement référés à la jurisprudence Hanbalite. Par conséquent, ils agissent en tant que partisans d'une école juridique spécifique, à savoir le Hanbalisme.»

Il y a plus dune décennie Abdul-Lateef Bashmel, un Haddadi 67 notoire et un ennemi juré de Sheikh al-Albani, a essayé dexploiter les réfutations de quelques savants saoudiens contre le Muhaddith albanais pour porter atteinte à son intégrité et ameuter les gens contre lui. Ainsi, il a voulu faire croire que les réponses des savants saoudiens à Sheikh al-Albani étaient motivées par une animosité et une opposition totale à al- Albani. Malgré que Bashmel se soit vigoureusement efforcé de diviser lunité des savants Salafis 68 , ces derniers ont exposé ses égarements et ont ouvertement mis en garde contre lui.

Ibn Taymiya fut incarcéré dans cette prison, plus de sept siècles avant l’emprisonnement d’al-Albani.
Ibn Taymiya fut incarcéré dans cette
prison,
plus
de
sept siècles avant
l’emprisonnement d’al-Albani.

Aujourd'hui, Stéphane Lacroix marche sur les traces dAbdul-Lateef Bashmel en suivant des principes Haddadis indiscernables. De façon identique, il accentue avec ardeur les différences entre al-Albani et les savants saoudiens afin de porter atteinte à leur réputation.

D’une part, les savants saoudiens sont dépeints comme des malfaiteurs fanatiques qui ne tolèrent aucune divergence dopinion alors qu’al-Albani est, d’autre part, représenté comme un savant dont lapproche révolutionnaire du Hadith constitue une base idéologique pour des extrémistes qui finissent par commettre des attentats terroristes 69 .

Dans un autre article, le professeur

Lacroix prétend même qual-Albani reprochait aux savants saoudiens de suivre aveuglément le madhab Hanbalite :

« Cependant, les Hanbalites contemporains ont eu tendance à imiter (taqlid), de plus en plus, d’anciennes fatwas des membres de leur école, au lieu de pratiquer leur propre interprétation (ijtihad) basé sur le Coran et la Sounna. C'était un des reproches principaux d’al- Albani aux Wahhabites qui prétendaient faire du ijtihad mais avaient tendance à agir comme des Hanbalites. » 71

Depuis le XVIe siècle, les savants du Royaume saoudite ont adhéré au madhab de l'Imam Ahmed Ibn Hanbal dans la jurisprudence, tout en prenant en considération des verdicts d'Ibn Taymiya et Ibn Qayim 72 . Initialement, l'influence du Hanbalisme a marqué la région du Najd grâce aux circonstances de voyage favorables pour les étudiants saoudiens qui, avant la période d’Ibn Abdel-

70 NDT Stéphane Lacroix ne formule pas la moindre critique contre le régime syrien puisqu’il est bien connu que les laïques fanatiques de la France ont toujours soutenu Bachar al-Assad dans sa répression des Salafis en Syrie.

71 Stéphane Lacroix et Thomas Hegghammer, « Rejectionist Islamism in Saudi Arabia : The Story of Juhayman al-‘Utaybi Revisited », p.4 72 Dr Abdel-Aziz Ibn Mohammed al-Hujaylan, « Al-Fiqh Wal-

» [La Jurisprudence et

Fuqaha fil-Mamlaka al-Arabiya al-Sa’udiya

les savants de Fiqh au Royaume d’Arabie Saoudite], p.223

On pourrait également s'interroger sur la raison pour laquelle le professeur Lacroix insiste à démontrer toute cette « hostilité saoudienne » alors qu’il passe sous silence le conflit intense qui a eu lieu entre al-Albani et létablissement religieux syrien. Mohammed Nasir al- Din al-Albani fut emprisonné à deux reprises en Syrie après que ses adversaires laccusent à tort auprès des autorités. Au début des années soixante, le Sheikh fut emprisonné pour une période d’un mois dans la forteresse de Damas, l’endroit où fut incarcéré Ibn Taymiya sept siècles auparavant. En 1967, al-Albani est emprisonné pour une deuxième fois, faisant huit mois de prison dans le nord-est de la Syrie. Tout cela semble n’être d’aucune importance pour le professeur Lacroix

66 Ibid

67 La secte des Haddadis a été nommée après Mahmoud al-Haddad, un comptable égyptien connu pour diffamer les savants de la Sounna.

68 Ibid, p.41

69 NDT Ce qui deviendra clair vers la fin de l’article

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

Wahhâb, voyageaient à Damas (Syrie) et à Nables (Palestine) où ils assistaient au cours de savants Hanbalites. De retour au Najd, ils transmettaient la science qu’ils avaient acquise dans leurs régions 73 . Cependant, il est important de bien saisir ce qui est voulu par cette adhésion au Hanbalisme. Dans une lettre de Sheikh Abdoullah al-Sanaâni à Sheikh Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb, le savant yéménite lui demanda de quelle manière les savants du Najd adhéraient au madhab Hanbalite :

« Que voulez-vous dire lorsque vous dites que vous suivez le madhab de l'Imam Ahmed? Le suivez-vous aveuglément ou suivez-vous sa méthodologie dans la pratique du ijtihad? »

Sheikh Mohammed Ibn Abdel- Wahhâb répondit avec les paroles suivantes :

« Toute déclaration et tout acte doit être mesuré aux paroles et aux

actions du Prophète

accord avec celles-ci est accepté, et ce qui les oppose est rejeté, peu

. Ce qui est en

et ce qui les oppose est rejeté, peu . Ce qui est en « Nous ne

« Nous ne nous limitons pas à un madhab spécifique. Si

nous trouvons une preuve tangible dans un des quatre madhabs, quel qu’il soit, nous l'acceptons et nous nous y

accrochons. » 76

Le Sheikh a également fait remarquer que la priorité devait être donnée au Coran et à la Sounna prophétique sur les jugements de son propre madhab :

« Si nous tombons sur un texte clair du Coran ou de la

Sounna qui n'a pas été abrogé ni spécifié, qui ne contredit rien de plus tangible et qui a été accepté par un des quatre Imams 77 , alors nous acceptons cette décision et abandonnons le madhab…Nous ne suivons pas aveuglément les savants, et cela dans aucun

domaine, parce que la parole de chacun peut être acceptée ou rejetée, à l’exception des paroles du Prophète . » 78

à l’exception des paroles du Prophète . » 7 8 Ibn Abdel-Wahhâb fut suivi dans cette

Ibn Abdel-Wahhâb fut suivi dans cette méthodologie par les savants du Royaume saoudite qui exigeaient que leurs étudiants délaissent le madhab si une preuve contradictoire leur devenait apparente 79 . Et cela correspondait avec la méthodologie de Sheikh al-Albani qui dit :

En 1967, al-Albani fait huit mois de prison à al- Hasakah, dans le nord-est de
En 1967, al-Albani fait huit mois de prison à al-
Hasakah, dans le nord-est de la Syrie.

importe la personne qui tient les propos. Aucune priorité n’est

donnée aux opinions personnelles sur le Coran et la Sounna Prophétique. Nous suivons les principes de l'Imam Ahmed de la façon qui fut

mentionnée par Ibn Qayim a dans son livre I'lâm El Muwaqqi'în’…Voici ce que nous voulons dire quand nous disons que notre madhab est le madhab de l'Imam Ahmed. » 74

« Par conséquent, nous disons qu'en nous accrochant à

tout ce qui a été rapporté dans la Sounna de façon authentique, personne ne pourra nous accuser d’avoir contredit intentionnellement le madhab des imams ou leur méthodologie, même si nous contredisons certains de leurs verdicts. » 80

Bien que les savants de la péninsule Arabique aient toujours attaché une grande importance scolastique à l’œuvre de l'Imam Ahmed, ils ne suivaient pas aveuglément son madhab. Les archives historiques attestent toutes qu'ils abandonnaient le jugement du

madhab si celui-ci était en contradiction avec un hadith ou avec toute autre preuve claire 75 . Le madhab Hanbalite

a été utilisé en tant que fondation dans la jurisprudence

ce qui est considéré comme un élément facilitateur pour

apprendre le fiqh. Cependant, Sheikh Ibn Abdel-Wahhâb

a déclaré explicitement que ses fatwas n'étaient jamais restreintes à un madhab précis :

73 Dr Abd-Allah al-Turki, « Al-Madhab Al-Hanbali » [Le Madhab

Hanbalite], Vol.1, p.291-295

74 Sheikh Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb, « Al-Durar al-Saniya Fil Ajwiba al-Najdiya » [Les Perles Inestimables Tirées des Réponses du Najd] Vol.4, p.21 75 Dr Abdel-Aziz Ibn Mohammed al-Hujaylan, « Al-Fiqh wal-

Fuqaha fil-Mamlaka al-Arabiya al-Sa’udiya

» [La Jurisprudence et

les savants de Fiqh au Royaume d’Arabie Saoudite], p.43 et Saleh Ibn Mohammed Âl al-Sheikh, « Al-Minhaj al-Fiqhi Li A’imma al- Da’wa al-Salafiya Fi Najd » [La Méthodologie Jurisprudentielle des Grands Savants Salafis du Najd], p. 361

Tout comme al-Albani 81 , Ibn Abdel-Wahhâb bénéficiait des jugements des quatre madhabs et tout comme Sheikh al-Albani 82 , il rejetait la petitesse d'esprit cachée dans le suivi aveugle des madhabs en donnant la priorité aux preuves du Coran et de la Sounna sur les jugements

76 Dr. Abdel-Muni’m Abdel-Athim Khayrah, « Al-Qada fil-Mamlaka al-Arabiya al-Sa’udiya » [Le Système Juridique dans le Royaume de l’Arabie Saoudite], p.68

77 Sheikh al-Albani ne voyait pas ceci comme étant une condition. Cependant, les fatwas dans lesquelles al-Albani contredit l’ensemble des quatre madhads sont si rares qu'elles n'auraient jamais pu mener à un conflit profond avec les savants saoudiens.

78 Sheikh Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb, « Al-Durar al-Saniya Fil Ajwiba al-Najdiya » [Les Perles Inestimables Tirées des Réponses du Najd] Vol.4, p.10 79 Saleh Ibn Mohammed Âl al-Sheikh, « Al-Minhaj al-Fiqhi Li A’imma al-Da’wa al-Salafiya Fi Najd » [La Méthodologie Jurisprudentielle des Grands Savants Salafis du Najd], p.364-366

80 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Asl Sifat Salat al-Nabi » [La Description de la Prière du Prophète, Version Originale], p.32

81 Ibid, p.23

82 Voir Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Haqiqatou al-Da’wa al-Salafiya » [La Réalité de la Da’wa al-Salafiya] p.170

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

du madhab. Ses livres contiennent de nombreuses fatwas dans lesquelles il contredit les décisions de l'école Hanbalite 83 ; et ce fut également la méthodologie adoptée par les savants saoudiens qui l’ont succédé jusqu'à ce jour 84 . Ils ont adhéré au Hanbalisme en considérant l’école comme une structure générale de principes jurisprudentiels sans déployer acharnement ni suivi aveugle. Leur référence décisive reste invariablement le Coran et les hadiths de la Sounna Prophétique suivant la compréhension des pieux prédécesseurs 85 .

Tout ceci invalide la théorie du professeur Lacroix qui repose sur une contradiction fondamentale entre al- Albani et la tradition « Wahhabite ». Rappelons que la chose que blâmait réellement le savant albanais était le courant où les gens suivent aveuglément un madhab sans diverger sur le moindre point, sans demander de preuves et en abandonnant le jugement interprétatif (ijtihad) 86 . Une contradiction fondamentale entre al- Albani et les savants saoudiens aurait certainement été présente si ces derniers suivaient aveuglément le madhab Hanbalite. Or, ce ne fut pas le cas avec Sheikh Ibn Abdel-Wahhâb qui a pavé le chemin menant à la

réouverture des portes de l’ijtihad

après que celles-ci s’étaient fermées lors de la chute de Bagdad au XIIIe siècle. Ironiquement, le Sheikh fut reproché de faire du ijtihad pendant sa vie et ce n’est qu’après son décès que ses adversaires l'ont faussement accusé de suivre aveuglément un madhab 87 .

professeur Lacroix n'a pas été capable de discerner cette différence, il s’est imaginé que la méthodologie de Sheikh al-Albani fut en contradiction fondamentale avec l'approche des savants saoudiens dû, bien entendu, à leur adhésion à l'école Hanbalite. Si le professeur Lacroix avait pris la peine d’examiner brièvement les fondations de la jurisprudence Hanbalite ou s’il s’était fait une idée plus au moins exacte des fatwas des savants saoudiens, ses hypothèses farfelues, son audace et son ignorance insolente n'auraient jamais vu le jour dans ses articles. Cela soulève à nouveau la question de l’intégrité de ce professeur qui ne dispose pas des capacités nécessaires pour analyser les textes sources dans un domaine qu’il prétend maitriser.

Attiser un Conflit Imaginaire avec une Parole Révolue

Pour démontrer la « contradiction fondamentale » supposée entre al- Albani et les savants saoudiens, le professeur Lacroix avance l’argument suivant:

« D'après al-Albani, cela s’applique aussi à Mohammed Ibn 'Abdel- Wahhâb qu'il décrit comme ‘salafi dans le credo, mais pas dans le fiqh’.»

Manuscrit du « Recueil de hadiths faibles et inventés » par Sheikh al-Albani
Manuscrit du « Recueil de hadiths faibles et
inventés » par Sheikh al-Albani

À une seule occasion, Sheikh al- Albani a déclaré que l’engagement de Sheikh Ibn Abdel- Wahhâb dans son appel au Tawhid dans une région totalement infectée de polythéisme lui prenait tellement de temps qu’il n’a pas assez pu se consacrer à la science du Hadith 89 . Selon al-Albani, il aurait par conséquent fait des évaluations de hadith incorrectes dans le domaine de la jurisprudence. Pour appuyer son assertion, al-Albani reprochait Sheikh Ibn Abdel-Wahhâb d’avoir jugé authentique (sahih) 90 un hadith que la majorité des

89 Avant l'arrivée du Sheikh Ibn Abdel-Wahhâb, les livres de référence du Hadith furent absents dans région du Najd. Ce n'est qu’avec la venue du Sheikh que ces livres ont massivement été propagés dans la région. De même, les enfants de Sheikh Ibn Abdel- Wahhâb étaient des Muhaddithin qui enseignaient des livres de hadith tel que Sahih al-Bukhari. Les livres de hadith ont uniquement été répandus dans le Najd dû au fait que les savants de la région y attachaient une grande importance. Que ces savants aient traité plus souvent les livres de fiqh que les livres de hadith est parce que la population était plus en besoin de la jurisprudence que la science du Hadith. Source : Sheikh Saleh Âl al-Sheikh « Al-farq Bayn Kutub al- fiqh wa Kutub al-Hadith » [La Différence entre les livres de Jurisprudence et les livres du Hadith]

90 Il s’agit d’un hadith rapporté par Abu Said al-Khudri qui mentionne l’invocation de celui qui sort de chez lui pour aller à la mosquée (Ahmed 11156). Sheikh Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb a mentionné ce hadith dans son livre « Âdab al-Machi Ila al-Masjid » [L’étiquette de celui qui se dirige vers la Mosquée]

Il y a deux groupes de gens qui adhèrent au madhab Hanbalite. Les premiers auxquels appartiennent les savants saoudiens font leur propre ijtihad et donnent, en cas de désaccord, priorité aux preuves religieuses sur les jugements du madhab. La deuxième catégorie est composée d’individus qui sont ancrés dans la méthodologie du suivi aveugle du madhab 88 . Vu que le

83 Saleh Ibn Mohammed Âl al-Sheikh, « Al-Minhaj al-Fiqhi li A’imma al-Da’wa al-Salafiya fil-Najd » [La Méthodologie

Jurisprudentielle des Grands Savants Salafis du Najd], p.363 et « Al-

Durar

84 Sayid Mohammed Ibn Ibrahim, « Tarigh al-Mamlaka al-

Sa’udiya » [Historique du Royaume Saoudien], p.136

85 Dr Abdel-Aziz Ibn Mohammed al-Hujaylan, « Al-Fiqh Wal-

» [La Jurisprudence et

les savants de Fiqh au Royaume d’Arabie Saoudite], p. 227

86 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Haqiqatou al-Da’wa al- Salafiya » [La Réalité de la Da’wa al-Salafiya] p.170

87 Saleh Ibn Mohammed Âl al-Sheikh, « Al-Minhaj al-Fiqhi Li A’imma al-Da’wa al-Salafiya fi Najd » [La Méthodologie Jurisprudentielle des Grands Savants Salafis du Najd], p. 406 88 Ibid, p. 172,173

Fuqaha fil-Mamlaka al-Arabiya al-Sa’udiya

», Vol.7, p.285

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

savants du Hadith avaient rendu faible (da’if) 91 . Il a ensuite déclaré que son intention n’était pas de ternir l’image du Sheikh puisqu’un acte pareil pouvait uniquement venir d’un ennemi de l'Islam 92 . Or, Sheikh al-Albani s’est plus tard rendu compte que sa parole fut inexacte 93 . Il s'est excusé pour ses propos tenus à l’égard de Sheikh Ibn Abdel-Wahhâb et est revenu sur cette accusation 94 . Au passé, plusieurs savants de Hadith ont témoigné que les écrits d'Ibn Abdel-Wahhâb prouvent bien qu'il prêtait une grande attention au Hadith dans tous ses jugements 95 . Et jusqu'à ce jour, les Muhaddithin témoignent encore de la grande connaissance que possédait le Sheikh dans le domaine du Hadith 96 .

Ainsi, le professeur Lacroix passe d’une invention à l’autre et son article devient un vrai tissu de fables:

« De plus, pour al-Albani, être un ‘salafi dans le fiqh’ adéquat implique qu’on fasse de la science du Hadith le pilier central du procédé jurisprudentiel, car les hadiths en soi peuvent fournir des réponses à des sujets qu’on ne retrouve pas dans le Coran, sans devoir dépendre de l'école juridique. »

Tout comme les savants saoudiens, al-Albani se basait sur le Coran et la Sounna selon
Tout comme les savants saoudiens, al-Albani se
basait sur le Coran et la Sounna selon la
compréhension des premières générations

Comme mentionné précédemment, Sheikh Ibn Abdel-Wahhâb et tous les autres savants saoudiens ont toujours considéré les hadithsaccompagnés du Coran comme étant le pilier essentiel de tout verdict religieux. Par conséquent, cela ne peut être considéré comme une particularité révolutionnaireet distinctive de Sheikh al-Albani. Cependant, dans les affaires de fiqh pour lesquelles il n'y avait pas de preuve claire dans

les hadiths prophétiques ou versets coraniques, ils se référaient aux différents jugements de l’école juridique Hanbalite alors qu’al-Albani se référait

également aux décisions de savants en dehors des quatre imams. Stéphane Lacroix a interprété cette différence d'application pratique dans ce cas particulier qui est d’ailleurs très rare – comme une différence dans la méthodologie. Il s’agit d’une perception erronée qui est évidente puisque nous parlons de cas où les questions religieuses ne contiennent pas de hadiths suffisamment clairs pour fournir une preuve décisive. Malgré cette différence, les savants saoudiens ainsi qu'al-Albani, considéraient tous le Hadith comme un support indispensable dans le fiqh pour clarifier des décisions. Leur divergence n'avait aucun rapport avec le fait de rendre la science du Hadith le pilier essentiel de la jurisprudence ou avec le fait que les hadiths en soi fournissent des réponses qui ne peuvent être trouvées dans le Coran, car nous parlons d'une situation spécifique dans laquelle il n'y a pas de hadiths disponibles pour pouvoir fournir une réponse claire à une matière juridique.

Dans ses œuvres, Sheikh al-Albani ne manquait pas une occasion pour louer Ibn Abdel-Wahhâb. À nombreuses reprises, il l'a appelé le réformateur du Tawhid de la péninsule Arabique et il l’a défendu contre ceux qui le

critiquaient 97 . Curieusement, Lacroix

a négligé toutes ces apologies à l’égard d'Ibn Abdel-

Wahhâb et a soigneusement choisi l’unique parole d’al-

Albani dans laquelle il a critiqué Ibn Abdel-Wahhâb

et qu’il a rétracté par la suite – pour en faire l’argument

clé de son article. En amplifiant cette critique de Sheikh al-Albani, le professeur Lacroix a établi un conflit fictif entre Sheikh al-Albani et Sheikh Ibn Abdel-Wahhâb

basé sur des « contradictions fondamentales dans l'approche du Hadith ».

91 Sheikh al-Albani avait critiqué ce hadith aussi bien dans la chaîne de narrateurs (sanad) que dans son texte (matn) (« Silsila al-Ahadith al-Da’ifa » no.24)

92 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Haqiqatou al-Da’wa al- Salafiya » [La Réalité de la Da’wa al-Salafiya] p.183-186

93 Sheikh Saleh Âl al-Sheikh avait réagi à la parole de Sheikh al- Albani dans laquelle il disait que Sheikh Ibn Abdel-Wahhâb ne différenciait pas entre le hadith sahih et da’if dû au fait qu’il a rendu faible le hadith en question. Sheikh Saleh explique que c'est l'avis personnel du Sheikh (al-Albani) et que d'autres Muhaddithin au passé, comme al-Hafidh Ibn Hajr (et al-Hafidh al-Dimyata), avaient tout comme Ibn Abdel-Wahhâb rendu authentique ce même hadith. Sheikh Saleh conclut en disant que ces divergences dans lévaluation des hadiths ne doivent pas mener à ce genre de critique. Source :

Sheikh Saleh Âl al-Sheikh « Al-farq Bayn Kutub al-fiqh wa Kutub al- Hadith » [La Différence entre les livres de Jurisprudence et les livres du Hadith]

94 Voir Sheikh Rabi’ Bin Hadi al-Madkhali, « Sharh Kitab al-Iman li Sahih al-Boukhari » [Explication du Chapitre de la Foi de Sahih al- Bukhari] Cassette no. 2, face B. 95 Saleh Ibn Mohammed Âl al-Sheikh, « Al-Minhaj al-Fiqhi li A’imma al-Da’wa al-Salafiya fi Najd » [La Méthodologie Jurisprudentielle des Grands Savants Salafis du Najd], p. 244-246

96 Le grand Muhaddith à cette époque, Sheikh Abdel-Mouhsin al- Abbad, fait partie des nombreux savants de Hadith contemporains qui ont déclaré qu’Ibn Abdel-Wahhâb faisait partie des Muhaddithin. 97 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Silsila al-Ahadith al- Sahiha » [Recueil de Hadiths Authentiques], Vol.5., p.302, Vol.1, p.8, etc.

Il est connu que dans ses réfutations, Sheikh al-Albani mentionnait toujours, et de façon très précise, les défauts liés à la méthodologie des gens qu'il réfutait. Dans le cas présent, si la dépendance secondaire des savants saoudiens au madhab Hanbalite avait été une contradiction fondamentale ou un défaut important, al- Albani l’aurait certainement signalé dans une de ses réfutations. Or, cela ne s'est jamais produit.

Finalement, il doit être souligné que les jugements d’ijtihad d’al-Albani dans lesquels il a contredit les verdicts de l’ensemble des quatre madhabs

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

simultanément sont si peu qu’il est inconcevable que cela ait pu aboutir à une forme de conflit quelconque.

Une Approche Révolutionnaire du Hadith ?

Après avoir mis en place le conflit « Albano- Wahhabite » qui repose sur des différences méthodologiques supposées dans le Hadith, Lacroix tente de démontrer qu’al-Albani adoptait une approche révolutionnaire du Hadith:

« Comment al-Albani, avec ses origines sociales et ethniques peu distinguées, a- t-il réussi à occuper une place tellement prestigieuse dans un domaine qui fut longuement monopolisé par une élite religieuse dans la région saoudite du Najd ? La réponse, comme nous verrons à travers l'exemple d'al-Albani lui- même et certains de ses disciples, se trouve dans son approche révolutionnaire du Hadith. »

Tawhid 98 . C’est d’ailleurs pourquoi il a rédigé un livre intitulé « Le Tawhid avant toute chose » 99 où il explique que la mère de toutes les sciences religieuses est l'étude de l'adoration unique d'Allah sans Lui attribuer d’associés dans les différentes formes d'adoration. Par conséquent, il considérait l’étude du Coran, le Hadith, le fiqh et toutes les autres sciences religieuses comme un moyen d'atteindre le but pour lequel l'homme fut créé:

l'adoration unique du Seigneur de l’Univers. Vu que Stéphane Lacroix n’a pas pu ramener la moindre déclaration de Sheikh al-Albani indiquant qu’il place la science du Hadith au-dessus de l'étude du Coran et des autres sciences islamiques, on ne peut que conclure une des deux choses suivantes : Lacroix est ou bien un trompeur audacieux ou bien quelqu’un qui est ignorant des opinions réelles de Sheikh al-Albani. En outre, il y a de nombreuses déclarations dans lesquelles Sheikh al-Albani approuve les jugements spécifiques ainsi que la méthodologie globale des savants

majeurs du Hadith à travers les siècles. Ceci annule explicitement la thèse farfelue d'une « approche

Dans son livre « al-Tawhid Awwalan », al- Albani explique que le Tawhid passe avant
Dans son livre « al-Tawhid Awwalan », al-
Albani explique que le Tawhid passe avant
toute chose.

Ainsi, le professeur de Sciences Po

prétend qu’al-Albani favorisait « une nouvelle approche dans la critique du Hadith » qui mettrait au défi « le monopole même de l’aristocratie religieuse Wahhabite ». De plus, la méthode du Sheikh aurait un « pouvoir révolutionnaire » selon Lacroix qui semble persuadé du bien-fondé de ses opinions.

révolutionnaire du Hadith. »

Al-Albani et le Raisonnement Indépendant

Selon le professeur Lacroix, le premier aspect dans l'approche révolutionnaire d'al-Albani du Hadith est l'abandon de la raison :

« Selon al-Albani, le raisonnement indépendant doit être exclu du procédé : la critique du matn (le texte du hadith) devrait être exclusivement formelle, c.-à-d. grammaticale ou linguistique ; seulement le sanad (la chaîne de narrateurs du hadith) peut réellement être mis en question. »

En analysant la méthodologie des grands savants du Hadith de manière comparative, on peut facilement conclure qual-Albani na jamais adopté une approche révolutionnaire du Hadith. Il na pas instauré de nouveaux principes dans la science du Hadith, ni a-t-il inventé de nouvelles règles dans sa méthodologie de critique. Toutefois, le professeur Lacroix avance plusieurs arguments qu'il croit soutenir sa thèse. Il déclare en premier lieu:

« La mère de toutes les sciences religieuses devient par conséquent la "science du Hadith" qui vise à réévaluer l'authenticité de hadiths connus. »

Voici, une fois de plus, une série de déclarations malhabiles du professeur. Sheikh al-Albani a toujours été partisan du raisonnement indépendant, que ce soit globalement dans le domaine des sciences islamiques ou, plus spécifiquement, dans la science du Hadith. En

Dans ses écrits, Sheikh al-Albani a mentionné de manière systématique que toutes les sciences religieuses sont basées sur le Coran et la Sounna prophétique (c.-à- d. les hadiths) suivant la compréhension des pieux prédécesseurs. Quant à la science qu’il considérait comme la plus importante de toutes, alors il faut savoir que le Sheikh fut d’avis que c’était la science du

98 Le Tawhid, souvent traduit par « monothéisme », est le fait de rendre Allah unique dans l'adoration sans ne rien Lui associer. L'appel au Tawhid fut le message principal de toutes les religions monothéistes, issues du même Dieu Unique. Non seulement le Tawhid est-il considéré comme le premier et le plus important des cinq piliers de l’Islam, c’est également le premier des dix commandements du Christianisme : « Un seul Dieu tu aimeras et adoreras parfaitement ». 99 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Al-Tawheed Awalan Ya Du’at al-Islam » [Ô Prêcheurs de l’Islam: Le Tawhid avant toute chose], p.6-11

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

outre, al-Albani était connu pour inciter ses étudiants à ne pas le suivre aveuglément et à mener leurs propres recherches de façon indépendante. Le Sheikh comparerait alors les résultats de ses étudiants avec les siens et ils bénéficieraient tous les uns des autres 100 .

En se lançant dans la science du Hadith, le professeur Lacroix croit étaler sa science et ses connaissances d’islamologue. Or, il s’exprime sur des sujets dont il ne saisit même pas les notions de base. En déclarant que Sheikh al-Albani n’analysait pas le continu du hadith 101 (matn), il tente de recycler un vieil outil de propagande déployé par les orientalistes pour dénigrer les Muhaddithin. En effet, ce fut un moyen pour des orientalistes comme Ignác Goldziher 102 et Alfred Guillaume 103 de représenter les

savants du Hadith comme des gens

qui n'utilisent pas de raisonnement indépendant et qui approuvent systématiquement le matn tant que la chaîne de narrateurs (sanad) est correcte 104 .

peut uniquement se faire en stimulant l’intellect et en employant le raisonnement 105 .

Une simple recherche dans la science du Hadith confirmera avec certitude que lors des quatorze siècles passés, la méthodologie de l’évaluation du Hadith des Muhaddithin a toujours contenu l’analyse de la chaîne de narrateurs ainsi que l’une analyse du matn 106 . Les critiques de la chaîne et du matn ont chacun leurs propres conditions et sont évalués de façon indépendante 107 . De plus, la critique du matn est loin d'être simplement grammaticale 108 comme le prétend Stéphane Lacroix. Ainsi, le matn peut être mis en question scolastiquement et empiriquement tout comme c’est le cas pour le sanad. Et cela, bien évidemment, peut uniquement se faire avec un

raisonnement indépendant 109 . Cette

approche est précisément la méthodologie adoptée par Sheikh al- Albani qui, dans son recueil de hadiths faibles, a jugé faibles de nombreux hadiths uniquement à cause d'une anomalie dans le matn 110 .

Un hadith contient une chaine de transmission (sanad) jusqu’au Prophète et un contenu textuel (matn)
Un hadith contient une chaine de transmission
(sanad) jusqu’au Prophète et un contenu
textuel (matn)
(sanad) jusqu’au Prophète et un contenu textuel (matn) À première vue, il peut paraître que les

À première vue, il peut paraître que les Muhaddithin se sont uniquement concentrés sur la chaîne de narrateurs sans avoir pris en considération le matn. C’est pourquoi certains orientalistes ont accusé les savants du Hadith de délaisser tout raisonnement. Or, cette thèse se heurte aux réalités des sciences musulmanes puisque la critique du contenu ou texte du hadith (matn) a toujours existé et

100 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Al-Rawda al-Dani fil Fawa’id al-Hadithiya lil-Allama Al-Albani », p.9

101

Dans la Sounna prophétique chaque hadith est précédé d’une chaîne de narrateurs qui monte du dernier Mouhaddith qui a compilé les hadiths (comme al-Bukhari ou Muslim) jusqu'aux compagnons qui ont rapporté le hadith du Prophète Mohammed .

102 Ignác ‘Yitzhaq Yehuda’ Goldziher fut un orientaliste hongrois juif qui rejeta la méthodologie des Muhaddithin en prétendant que celle- ci ne comprenait pas l'étude du matn. Ainsi, il a établi son approche personnelle dans l’analyse du matn ayant l’audace de rendre faible les hadiths qui mentionnent les vertus de la visite de la Mosquée sacrée d’al-Aqsa. Voir « Mohammedanische Studien », 2e imp. Hildesheim 1961.

103 Alfred Guillaume fut un Orientaliste anglais qui, par sa critique du matn, a fait la fabuleuse « découverte » que la Mosquée d'Al-Aqsa n'est pas située à Jérusalem, mais à Jirana (40 kilomètres de la Mecque). Voir « Où se trouvait la Mosquée d’al-Aqsa? » Al- Andaluse, Madrid, 1953 p. 323-336. Les critiques du matn de Goldziher et Guillaume furent motivées religieusement puisqu’ils ont uniquement rendu faibles ces hadiths dans le but de représenter la Palestine comme n'ayant aucun patrimoine musulman. D'autres orientalistes tendancieux comme Joseph Schacht et Arent Jan Wensinck ont aussi développé une critique personnelle du matn pour ternir l’image de l’Islam. Il s’agit de personnes qui, durant toute leur vie, ont étudié la science du Hadith dans le but unique de diffamer la religion musulmane de façon « académique ».

104 Dr Mohammed Mustafa al-A’thami, « Minhadj al-Naqd I’nd al- Muhaddithin » [La Méthodologie de la Critique employée par les Muhadithin], p. 127-149.

de la Critique employée par les Muhadithin], p. 127-149. En outre, les savants de Hadith ont

En outre, les savants de Hadith ont toujours appliqué la règle qui stipule que l’exactitude de la chaîne de narrateurs n’implique pas nécessairement l’exactitude du contenu du hadith 111 . Ce fut également l’avis de Sheikh al-Albani 112 qui, tout comme d’autres Muhaddithin, a énuméré plusieurs situations dans lesquelles un hadith peut être jugé comme inventé (mawdu’) en basant ce jugement uniquement sur le matn et cela, en dépit d’une chaîne de narrateurs correcte 113 .

Par conséquent, la thèse de Lacroix comme quoi la critique du matn, pour Sheikh al-Albani, fût restreinte à une perspective linguistique est une nouvelle fantaisie ou tromperie ingénieuse du Muhaddith en herbe de

105 Ibid, p. 81, 83

106 Ibid, p. 82

107 Dr. Abdoullah Bin Dayfoullah al-Rouhayli, « Manhadj Al- Mouhadditheen fi Naqd al-Riwayat Sanadan wa Matnan ». [La Méthodologie des Muhaddithin dans la Critique du Hadith dans la Chaine de Transmission et le Matn], p.14.

108 Ibid, p.24-25.

109 Ibid, p.22.

110 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Silsila al-Ahadith al-Da’ifa Wal Madou’a Wa Atharouha al-Sayyi’ fil Umma »

111 Dr. Abdoullah Bin Dayfoullah al-Rouhayli, « Manhadj al- Mouhaddithin fi Naqd al-Riwayat Sanadan wa Matnan ». [La Méthodologie des Muhaddithin dans la Critique du Hadith dans la Chaine de Transmission et le Matn], p.21.

112 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Silsila al-Ahadith al- Sahiha » [Recueil de Hadiths Authentiques], voir l’introduction

113 Dr. Abdoullah Bin Dayfoullah al-Rouhayli, « Manhadj al- Mouhadditheen fi Naqd al-Riwayat Sanadan wa Matnan ». [La Méthodologie des Muhaddithin dans la Critique du Hadith dans la Chaine de Transmission et le Matn], p.42.

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

Sciences Po puisque les œuvres d'al-Albani, publiées pendant plusieurs décennies, sont truffés d’exemples qui invalident totalement cette hypothèse 114 .

d’al-Bukhari et Muslim. Al-Albani a été jusqu'à déclarer certains de ces hadiths comme faibles. »

Sheikh Mohammed al-Albani a effectivement réévalué certains hadiths dans les recueils d’al-Bukhari et Muslim. Toutefois, l'allégation de Lacroix comme quoi le Sheikh aurait rendu faible certains hadiths dans les deux recueils en question est fausse. Après avoir fait une explication approfondie d'un hadith dans sa « Silsila al- Ahadith al-Sahiha », al-Albani mentionne :

« J'ai volontairement pris plus de temps pour commenter ce hadith et ses narrateurs. J'ai fait ceci dans le but de défendre la Sounna prophétique et pour que personne n’invente des mensonges à mon égard. J'ai fait ceci afin que la personne ignorante, envieuse ou tendancieuse ne dise pas : 'Al-Albani a dénigré Sahih al- Bukhari et a rendu faibles ses hadiths'…» 115

Il est étonnant de constater que le professeur Lacroix

ignore que Sheikh al-Albani a rendu faible des hadiths dû à leur contenu textuel, car dans son même article il mentionne que Sheikh al-Albani a jugé faibles des

hadiths dans les recueils canoniques d’al-Bukhari et Muslim. Celui qui entreprend une lecture superficielle de la critique de Sheikh al-Albani des hadiths dans les recueils d’al-Bukhari et Muslim, saura que le Sheikh en

a critiqué une bonne partie dû à un

défaut dans le matn, non dans le sanad.

Il devient clair, une fois de plus, que

Lacroix, qui est chercheur au CERI, est incapable d’effectuer de simples

recherches. Il se contente de répéter comme un perroquet les conjectures d'autrui, alors qu’il ignore entièrement

le contenu réel et la véracité des propos

qu’il tient dans ses articles, comme le

démontre également sa déclaration suivante :

Contrairement à ce que prétendent certains orientalistes, la critique du Hadith englobe également le matn
Contrairement à ce que prétendent
certains orientalistes, la critique du Hadith
englobe également le matn

En effet, la thèse comme quoi al-Albani aurait rendu faible des hadiths dans al- Bukhari et Muslim peut uniquement venir d’une personne ignorante, envieuse ou tendancieuse et je ne

considérerais certainement pas le professeur Lacroix comme étant envieux. Sheikh al- Albani avait une grande estime pour Sahih al-Bukhari et

Muslim et a toujours loué ces deux recueils pour leur précision et authenticité :

« Par conséquent, l’aspect principal de la science du Hadith devient 'ilm al-

rijal (la science des hommes), aussi connu comme 'ilm al-jarh wa-l-ta'dil (la science de la critique et de l’évaluation positive) qui évalue la moralité qui équivaut à la fiabilité des narrateurs. »

Cette tentative désespérée de tromper le lecteur échoue rapidement lorsqu’on apprend que la science des narrateurs (du hadith) ou « I'lm al-Rijal » a toujours été l’aspect principal de la science du Hadith pour tous les Muhaddithin à tous les temps. C’est cette science qui a préservé la Sounna de toute altération et qui a exposé toute implication de menteurs dans le sanad du hadith ou

de narrateurs ayant une mauvaise mémoire.

Al-Albani et la Critique d’al-Bukhari et Muslim

Selon Lacroix, Sheikh al-Albani adoptait une approche unique dans le Hadith dû au fait qu'il aurait rendu faible des hadiths dans les collections de hadiths d’al-Bukhari

et Muslim :

« En même temps et contrairement aux pratiques antérieures , al-Albani insiste sur l'étendue de cette réévaluation qui doit englober tous les hadiths existants, même ceux mentionnés dans les recueils canoniques

« Les recueils d’al-Bukhari et Muslim sont les deux livres les plus exacts jamais écrits après le Livre d'Allah d’après le consensus des savants musulmans du Hadith et dautres. Ils ont un avantage sur les autres recueils de hadith dû à leur distinction qui repose sur leur sélection des hadiths les plus corrects et plus authentiques ainsi que sur leur omission de hadiths faibles et ceux qui contiennent un matn très faible…Il est devenu connu de manière générale que tous les hadiths dans les recueils d’al-Bukhari et Muslim, ou dans l’un des deux, ont atteint le degré d’exactitude le plus élevé et sont considérés comme authentiques et correct sans aucun doute. Voici notre position de base sur ces deux livres. Cependant, cela ne veut pas dire que chaque lettre, mot ou expression dans al-Bukhari et Muslim doit être placé au même niveau (d’exactitude) que le Coran. Il se peut que certains hadiths contiennent une fausse conception ou une erreur dans un certain aspect qui fut commise par un des narrateurs du hadith. En effet, à l'exception

114 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Silsila al-Ahadith al- Da’ifa… » « Rhayatoul Maram » « Ta’liqat A’la Moukhtasir Sahih Muslim lil-Moundhiri », etc.

115 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Silsila al-Ahadith al- Da’ifa », Vol.4, p.465.

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

du Coran, nous ne considérons aucun livre infaillible. »

116

En effet, al-Albani fut précédé dans la réévaluation des recueils canoniques d’al-Bukhari et Muslim par plus de soixante savants différents 119 . Parmi les premiers savants, plusieurs Muhaddithin ont écrit des ouvrages indépendants dans lesquels ils ont réévalué les hadiths d’al-Bukhari et Muslim. Le plus célèbre parmi eux est al-Dar al-Qutni (Xe siècle) qui a écrit le célèbre « al- Ilzamât wal-Tattabu ». D'autres comme Mohammed al- Shaheed 120 (IXe siècle), Yehya al-Attar 121 (XIIIe siècle), Abdel-Rahim al-Iraqi 122 (XIVe siècle) ainsi quAbu Zur’a al-Iraqi 123 (XVe siècle) ont tous écrit des critiques indépendantes sur le même sujet. En outre, nous retrouvons parmi ceux qui ont critiqué certains hadiths dans al-Bukhari ou Muslim plusieurs savants très connus tels que l’Imam Ahmed, Ibn Ghuzeyma, Ibn Hazm, al-Nawawi, al-Qortobi, Ibn al- Qayim, Ibn Hajr, Ibn Taymiya, al- Dhahabi, al-Zarqashi, al-Suyuti et Ibn Kathir 124 . Ce sont, un par un, des savants reconnus dans le Hadith et les

sciences islamiques qui n’ont jamais été accusés d’avoir contredit les

« pratiques antérieures » de la réévaluation du Hadith. Finalement, al-Albani n'était certainement pas le seul à son époque à avoir critiqué certains hadiths d’al-Bukhari et Muslim. Plusieurs savants de hadith contemporains, Sunnites et autres, l'ont précédé dans sa critique : al-Mu’allimi, Moqbil, Shu’ayb

al-Arna’out, Tariq Ibn I’wadillah, al-Kawthari, Hassan al-Saqqaf, etc. 125

Cette parole démontre que Sheikh al-Albani ne rendait pas faible certains hadiths dans al-Bukhari ou Muslim. Il a uniquement critiqué quelques termes et expressions dans le matn du hadith ainsi que quelques chaînes de narrateurs. Il est important de comprendre que dans la science du Hadith, on fait une distinction entre la critique d’un hadith d’un point de vue des anomalies dans le sanad et entre le fait de rendre faible un hadith dans sa totalité. Par exemple, la chaîne d'un hadith peut être critiquée dû à une certaine critique d'un narrateur présent dans cette chaine. Or, cela en soit, ne rend pas forcément faible le texte du hadith dû au fait que d'autres hadiths avec le même contenu textuel, mais une chaîne différente, peuvent renforcer la solidité du premier hadith qui, par conséquent, atteindrait le niveau de

« Hassan » (bon) ou « Sahih » (authentique) bien que sa chaîne de

narrateurs soit critiquée. Cela vaut également pour tous les hadiths que Sheikh al-Albani a critiqués dans les recueils d’al-Bukhari et Muslim puisqu’il a toujours conclu qu'ils étaient corrects dans leur contexte textuel. C'est ainsi qu’al-Albani a expliqué cette forme de critique :

Les recueils d’al-Bukhari et Muslim ont été réévalués par plus de soixante Muhaddithin
Les recueils d’al-Bukhari et Muslim ont été
réévalués par plus de soixante Muhaddithin

« L’authenticité d’un hadith dans ‘Sahih al-Bukhari’ ne peut être contesté en se basant simplement sur une certaine faiblesse dans sa chaîne puisqu’il reste la possibilité que le hadith fut rapporté avec une autre chaîne par laquelle les deux hadiths se consolideront réciproquement. » 117

La deuxième allégation du professeur Lacroix est que la critique ou la réévaluation de Sheikh al-Albani englobait, contrairement aux pratiques antérieures, tous les hadiths existants. Regardons plutôt ce que disait le Muhaddith du siècle précédent au sujet de ces pratiques antérieures des Muhaddithin du passé :

« Malgré la magnificence de Sahih al-Bukhari et malgré le consensus des savants sur son acceptation comme je l’ai mentionné dans l'introduction , nous devons savoir que le livre a été critiqué aux passé par certains savants. » 118

116 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Sharh Aqida al-Tahawiya » [Explication de al-Aqida al-Tahawiya], p.22-23 117 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Silsila Al-Ahadith Al- Sahiha » [Recueil de Hadiths Authentiques], Vol.4, p.185 118 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Moukhtasir Sahih al- Boukhari » [Résumé de Sahih al-Boukhari], 2/4

Une fois de plus, une étude élémentaire confirme qu'il n'y a rien d’inhabituel concernant l’approche de Sheikh al-Albani à la science du Hadith puisque tous les hadiths d’al-Bukhari et Muslim critiqués par al-Albani avaient déjà, précédemment, subi une forme de critique par d'autres savants du Hadith.

119 Muhyi al-Din al-Samarqandy, « Naqd Matn al-Hadith fi Daw Nata’ij al-Ulum al-Tajribiya » [La critique du Matn dans le Hadith à la lumière des Sciences Expérimentales], p.113

120 Mohammed Ammar al-Shaheed, « I’lal Sahih Muslim », [Défauts dans Sahih Muslim]

121 Yahya Ali al-Rasheed al-Attar, « Gharar al-Fawa’id al-Majmou’a

fi Bayan ma Waqa’a fi Sahih Muslim

»

122 Abdel-Rahim Ibn al-Hussein al-Iraqi, « Al-Ahadith al-Mughrija fil Sahihayn Allati Takallama fiha » [Sélection de Hadiths dans les recueils authentique d’al-Bukhari et Muslim qui ont été critiqués]

123 Abu Zura’ Ahmed Ibn Abdel-Rahim al-Iraqi, « Al-Bayan wal Tawdih Liman Kharaja lahu fil Sahih wa Qad Massa Bi Darb Min al-Tajrih » [Clarification des Hadiths dans Sahih al-Bukhari qui sont sujet à une certaine forme de Critique]

124 Muhyi al-Din al-Samarqandy, « Naqd Matn al-Hadith Fi Daw Nata’ij al-Ulum al-Tajribiya » [La critique du Matn dans le Hadith à la lumière des Sciences Expérimentales], p.115-140

125 Ibid, p.144-148

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

Lorsqu’al-Albani fut interrogé au sujet d'une personne qui, tout comme Stéphane Lacroix, prétendait que les hadiths d’al-Bukhari et Muslim ne sont plus soumis à la critique et que leur réévaluation était contraire aux pratiques antérieures, sa réponse fut la suivante :

« Cette déclaration en soi est suffisante pour convaincre le lecteur de l'ignorance de cet escroc rusé et démontre sa diffamation envers les savants antérieurs et contemporains lorsqu’il prétend qu'il y a un consensus à ce sujet 126 . Ainsi, jusqu'à ce jour même, les savants critiquent toujours certains hadiths dans les recueils d’al-Bukhari et Muslim. » 127

Les Illusions Révolutionnaires du Professeur Lacroix

Après s’être défoulé dans la science du Hadith, le professeur Lacroix, très confiant dans ses capacités, se lance maintenant dans la jurisprudence islamique et se permet de citer une liste de ce qu'il nomme des « interprétations révolutionnaires » de Sheikh al- Albani :

page 57, il mentionne même explicitement que je rejette le consensus… » 129

Il est impossible qu’al-Albani ait prononcé des fatwas qui vont à l’encontre du consensus établi des savants puisqu’il considérait le consensus islamique comme une preuve irréfutable dans la déduction de jugements.

Ce que le professeur Lacroix na pas réussi à saisir, dû à son incapacité à faire des recherches dans ce domaine, est qual-Albani remettait en question des consensus supposés qui furent prononcés par certains savants. Grâce à sa connaissance remarquable, Sheikh al-Albani fut capable de démontrer que le consensus proclamé par certains savants dans plusieurs questions était invalide ou qu’il s’agissait d’un consensus qui, en réalité, n’a jamais eu lieu 130 . Ce qui fut considéré comme un consensus islamique dans ces questions précises ne pouvait, par conséquent, plus être vu comme un consensus reconnu et acceptable. Ainsi, al-Albani avait établi que ces consensus en question avaient été contredits et remis en question par des savants au passé :

Sheikh al-Albani avait démontré que l'opinion de la majorité des savants allait parfois à l’encontre
Sheikh al-Albani avait démontré que l'opinion de la
majorité des savants allait parfois à l’encontre de
certains consensus proclamés.

« Dû à la particularité de sa méthode, al-Albani finissait par prononcer des fatwas qui allaient à

l’encontre du consensus islamique, et plus spécifiquement, à l’encontre de la jurisprudence

Hanbalite-Wahhabite. »

« J'ai certes, étudié de nombreuses

questions dans lesquelles un consensus a été proclamé et j'ai découvert qu’il s’agissait, en réalité, de questions sur lesquelles les savants ont divergé. J'ai même découvert

que l'opinion de la vaste majorité des savants allait à l’encontre du prétendu consensus dans ces questions. » 131

L'imagination déréglée du professeur Lacroix fait de plus en plus de dégâts. Il s’est, en premier lieu, cramponné à la thèse qui stipule que l'approche d’al- Albani du Hadith fut particulière pour ensuite l’exploiter en soutenant une autre fausse assertion dans laquelle il accuse al-Albani de contredire le consensus islamique des savants.

Certains critiques ont déjà précédé Lacroix dans cette allégation 128 qui d’ailleurs, dérangeait Sheikh al-Albani. Dans son livre « L'Étiquette du Mariage », al-Albani répondit à Ismail al-Ansari qui l'avait accusé de contredire le consensus islamique :

La personne qui ignore les divergences entre savants dans lesquelles un consensus a été proclamé aura par conséquent la fausse impression qu’al-Albani défiait le consensus islamique établi. Pour ce qui est de l’assertion du professeur Lacroix que les fatwas prononcées par al- Albani iraient à l’encontre de la jurisprudence Hanbalite, alors ce n’est bien entendu rien de révolutionnaire, car les savants saoudiens font, et ont toujours fait, la même chose.

« Au début de son livre ‘Al-Ibaha’, ce pauvre homme m'a accusé de contredire le consensus islamique. À la

Dans sa quête d’exemples qui devraient prouver l’approche révolutionnaire d'al-Albani du Hadith, Lacroix mentionne :

126 NDT c.-à-d. qu’il n’a plus de réévaluation des hadiths d’al- Bukhari et Muslim 127 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Âdab al-Zifaf » [L’étiquette du Mariage], p. 54

128 NDT Et c’est sans aucun doute d’eux que Stéphane Lacroix a calqué sa critique.

« Par exemple, il a écrit un livre dans lequel il a redéfini les gestes et formules adéquats qui constituent le rituel

129 Ibid, p.41-42.

130 Ibid, p.44-47 p.238-239 131 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Ahkam al-Jana’iz wa Bida’uha » [Jugements liés aux Funérailles et à ses Innovations],

p.219

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

de la prière musulmane ‘selon la pratique du prophète’- en contredisant les prescriptions de toutes les écoles juridiques établies. »

Le livre en question ici est « La Description de la Prière du Prophète » et notre chercheur au CERI 132 aurait mieux fait de lire ou feuilleter ce chef-d’œuvre avant de le commenter de cette manière dérisoire. La réalité est que dans cette étude, Sheikh al-Albani a uniquement contredit les jugements des quatre écoles simultanément dans certains cas 133 . Dans son introduction, al-Albani confirme qu'il y a un consensus établi dans un grand nombre d’aspects de la prière musulmane 134 ce qui, en soit, est assez pour démolir la thèse de Lacroix dans laquelle il prétend qu’al-Albani, en redéfinissant les gestes adéquats de la prière, aurait contredit les prescriptions de toutes les écoles juridiques établies. À la fin de son introduction, le Sheikh déclare explicitement que son travail ne contient pas un seul jugement dans lequel il na pas été précédé au passé par un autre savant, ni un jugement qui va à l’encontre du consensus des savants 135 . De plus, Sheikh al-Albani mentionne

dans l'introduction que :

Sheikh al-Albani mentionne dans l'introduction que : spécifique. Par contre, il prenait ce qu’il y avait

spécifique. Par contre, il prenait ce qu’il y avait de mieux dans chaque madhab en se basant d'abord et surtout sur les preuves directes de la Sounna. Dans son livre sur la description de la prière, al-Albani fait d’abord un jugement sur chaque question séparément et le compare ensuite avec les jugements des quatre écoles pour déterminer celles qui correspondaient à sa recherche analytique et celles qui la contredisaient :

« Je suis d’avis que cette approche est la meilleure, car elle correspond au chemin qu’Allah a ordonné de suivre aux croyants et à son Prophète Mohammed . C'est la méthodologie des pieux prédécesseurs qui comportent les compagnons et les générations après eux auxquelles appartiennent les quatre Imams. Ils ont tous consenti à l'obligation de revenir et de s'accrocher à la Sounna et sont unanimes pour dire que chaque allégation qui la contredit doit être rejetée. » 138

qui la contredit doit être rejetée. » 1 3 8 Dans son livre «Asl Sifat Salat
Dans son livre «Asl Sifat Salat al- Nabi », al-Albani fut précédé dans tous ses
Dans son livre «Asl Sifat Salat al-
Nabi », al-Albani fut précédé dans tous
ses jugements par d’autres savants

Pour appuyer sa thèse, al-Albani citait de nombreuses paroles des quatre Imams dans lesquelles ils réprimandent ceux qui suivent aveuglément leurs jugements et verdicts sans les mesurer au Coran et à la Sounna 139 . C'était une façon ingénieuse

du Muhaddith albanais de démontrer que celui qui suit un madhab quelconque dans tous ses jugements de fiqh a contredit les enseignements des quatre Imams. Ainsi, ces mêmes paroles venants des Imams Abu Hanifa, Malek, al-Shafi’i et Ahmed dans lesquelles ils interdisent les autres de suivre aveuglement leurs jugements, constituent une approbation de la méthodologie de Sheikh al-Albani et des Muhaddithin :

« Ce livre rassemblera tous les éléments dispersés des livres du Hadith et de jurisprudence y compris les divergences entre les madhabs qui sont liées à ce sujet » 136

Al-Albani avait critiqué ouvertement ceux qui, comme le professeur Lacroix, l'accusaient de ne pas prendre en considération les jugements des quatre imams :

« Cette accusation ne peut être plus farfelue. C'est une fausse accusation dans chaque aspect comme cela peut être déduit clairement de mes déclarations précédentes qui indiquent toutes que le contraire est vrai. Tout ce que nous demandons c’est de ne pas transformer un madhab quelconque en religion en élevant ce madhab

au statut du Coran et de la Sounna

» 137

En suivant la méthodologie des Muhaddithin du passé, al-Albani refusait de suivre aveuglément un madhab

132 Sur le site du CERI, le centre prétend mener des travaux qui s’enracinent dans une tradition comparatiste et qui valorisent les trajectoires historiques des sociétés étudiées. Certains chercheurs ne semblent réellement pas être à leur place au CERI.

133 Dans ce livre, les jugements d'Al-Albani coïncident pour plus de 90 % avec au moins un jugement des quatre écoles juridiques.

134 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Asl Sifat Salat al-Nabi » [La Description de la Prière du Prophète, Version Originale], p.21

135

136

137

Ibid, p.52

Ibid, p.22

Ibid, p.48

« Par conséquent, je dis qu’en nous accrochant à tout ce qui a été rapporté de façon authentique dans la Sounna, même si cela contredit certains verdicts des Imams, on ne peut être accusé de contredire leur madhab, ni leur méthodologie. En agissant de la sorte, on suit plutôt la méthodologie incontestable sur laquelle ils se basaient

tous

C’est une chose qui ne peut être dite de ceux qui

abandonnent ce qui est authentique dans la Sounna en suivant aveuglément un de leurs jugements dans l’école juridique. » 140

Ainsi, les jugements d’al-Albani étaient en parfaite harmonie avec la méthodologie des quatre imams qui, aujourd'hui, ont chacun un madhab qui leur est attribué.

23

138

139

140

Ibid, p.23

Ibid, p.23-32

Ibid, p.32

LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

Les Consensus Islamiques inventés par Lacroix

Une fatwa de Sheikh al-Albani que le professeur Lacroix considère aller à l’encontre du consensus islamique est celle-ci :

« Aussi, il a déclaré que les mihrabs c.-à-d. la niche que l’on retrouve dans les mosquées pour indiquer la direction de la Mecque fut une bida'a (une

innovation)

»

La déclaration d’al-Albani comme quoi les mihrabs sont une innovation 141 est tout sauf révolutionnaire. À nouveau, un grand nombre de savants l'ont précédé dans ce jugement. Ce n’est d’ailleurs rien d’étonnant, car le mihrab tire son origine de la courbure que l’on retrouve dans les églises chrétiennes dÉgypte et de Najran 142 . Divers savants et historiens mentionnent que les mihrabs ont seulement été introduits dans les mosquées après l’époque du Prophète Mohammed 143 . On comprend ainsi pourquoi al-Albani fut déjà précédé il y a environ quatorze siècles par le compagnon Ibn Masu’d qui

environ quatorze siècles par le compagnon Ibn Masu’d qui Sheikh Moqbil 1 5 3 et Abdoullah

Sheikh Moqbil 153 et Abdoullah al-Ghimari 154 avaient également prononcé un jugement identique quant aux mihrabs. Or, Stéphane Lacroix considère que déclarer les mihrabs comme une innovation est une interprétation révolutionnaire qui va à l’encontre du consensus islamique ! Les lecteurs n’auraient pas été confrontés avec ce genre d’absurdités ridicules, si le professeur avait pris le temps de faire une petite recherche. Lacroix semble bien conscient qu’il, comme le veut le vieux proverbe arabe, est « comme l’homme borgne parmi des aveugles. » 155 Et décrire le professeur Lacroix comme un borgne peut même être une surestimation, car il s’étonne du faut que :

« … al-Albani disait qu’il était permis de prier en chaussures dans une mosquée. »

Al-Albani et de nombreux savants avant lui ont déclaré que le mihrab est une innovation.
Al-Albani et de nombreux savants
avant lui ont déclaré que le mihrab
est une innovation.

Une fois de plus, il n'y a rien exceptionnel à ceci. Dans son jugement sur la permission de prier dans une mosquée en chaussures, al-Albani a été précédé par le Prophète de l'Islam lui-même, les compagnons et tous les savants islamiques, car il existe un consensus établi sur la permission de prier en chaussures. Si cette parole d'al-Albani

coïncide avec le consensus des savants musulmans, comment alors peut-elle être décrite comme un jugement révolutionnaire ? Prier en chaussures fait, en effet, partie de la tradition prophétique 156 puisque le Prophète priait en chaussures dans la mosquée, comme ce fut rapporté par al-Bukhari qui a intitulé le chapitre à ce sujet « Prier en chaussures ». Plus encore, prier en chaussures est une recommandation en Islam, car le dernier des Messagers a ordonné sa communauté de se différencier des juifs qui étaient connus pour prier sans chaussures 157 . Bien entendu, il faut mentionner qual-Albani et les autres savants ont uniquement permis de prier en chaussures dans la mosquée sous certaines conditions 158 . Prétendre que cette tradition prophétique qui est mentionnée dans

déclarait qu’il n'était pas permis de prier dans une mosquée qui contenaient un mihrab 144 . Il a été suivi par de nombreux savants à travers les siècles comme Salim Ibn Abd al-Dja’d 145 (VIIe siècle), Ibrahim al-Nakha'i 146 (VIIe siècle), Sufyan al-Thawri 147 (VIIIe siècle), Ibn Hazm 148 (Xe siècle), Ibn Taymiya 149 (XIIIe siècle), al-Zarqashi 150 (XIVe siècle), Ali al-Qari 151 (XVIe siècle), etc. Au XVe siècle, le célèbre savant Abder-Rahman al-Souyouti a même composé un ouvrage qu’il a nommé « Renseignements Utiles concernant l’Apparition de l'Innovation du Mihrab ». 152 De plus, à l’époque d’al-Albani, certains savants comme

141 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Silsila al-Ahadith al-Da’ifa Wal Madou’a wa Atharouha al-Sayyi’ fil Umma », Vol.1, p.452.

142 Dr Ibrahim Ibn Saleh al-Khodeir, « Ahkam al-Masajid fil Sharee’a al-Islamiya » [Jugements liés aux Mosquées dans la Législation Musulmane], Vol.1, p.339.

143 Dr Hussein Mou’nis, « Al-Masajid » [Les Mosquées], p.77-79

144 Al-Bazzar, « Kashf al-Astar », no 416

145 Rapporté par Ibn Abi Shayba, « Musannaf Ibn Abi Shayba », Vol.1, p.408

146 Rapporté par Abdel-Razaq al-Sana’ani, « Musannaf Abdel- Razaq », Vol.2, p.412

147 Ibid, p.413

148 Ibn Hazm, « al-Muhalla », Vol.4, p.239-240

149 Sheikh al-Islam Ibn Taymiya, « Iqtida al-Sirat al-Moustaqim »,

p.215-225

150 Mohammed Bin Abdillah al-Zarqashi, « I’lam al-Masajid bi Ahkam al-Masajid », p.258

151 Ali Ibn Sultan Mohammed al-Qari, « Marqat Al-Mafatih Sharh Mishkat Al-Masabih », Vol.2, p.223.

152 Abder-Rahman Jalal al-Din al-Souyouti, « I’lam al-Arib bi Huduth Bid’a al-Maharib »

« I’lam al -Arib bi Huduth Bid’a al -Maharib » 1 5 3 Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb
« I’lam al -Arib bi Huduth Bid’a al -Maharib » 1 5 3 Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb

153 Mohammed Ibn Abdel-Wahhâb al-Wasabi, « Al-Qawl al-Sawab fi Hukm al-Mihrab » [L’avis correct concernant le Jugement du Mihrab], p.51-52

154 Abdoullah Ibn Mohammed al-Ghimari, voir ses annotations dans « I’lam al-Arib bi Huduth Bid’a al-Maharib”, p.20

155 Ceci n’est qu’un proverbe parmi les nombreux proverbes arabes connus qui ont été absorbés dans les langues occidentales. En français, ce proverbe en question est aujourd’hui devenu : « au royaume des aveugles, les borgnes sont rois ».

156 Isma’il Ibn Marshud al-Rumayh, « Ahkam al-Ni’al » [Jugements liés aux Chaussures], p.18 157 Sounan Abi Dawud, « Kitab al-Salatal-Salat Fil-Ni’al » [Chapitre de la Prière Prier en Chaussures], Vol.1, p.176, no 652.

158 La personne doit s'assurer que ses chaussures soient propres avant dentrer à la mosquée. Également, elle ne doit pas prier en chaussures dans une mosquée si les gens du commun (qui ignorent cette Sounna) réagissent de manière à semer des problèmes.

24

LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

presque chaque recueil de hadiths 159 irait à l’encontre du consensus islamique est une chose que Sheikh al-Albani décrivait comme étant impossible :

pratiquer

leur

foi

comme

ils

devaient

et

ceci

est

beaucoup plus important qu'un morceau de terre. »

Mais quel est donc le rapport entre cette fatwa et la soi- disant approche révolutionnaire d’al-Albani du Hadith ? Cette position du Sheikh devient beaucoup moins controversée si on comprend que, dans cette fatwa, Sheikh al-Albani s’est basé sur la « hijra » (l’émigration) du Prophète qui a quitté la Mecque, son lieu préféré, pour pouvoir pratiquer l’Islam à Médine. C'est un avis que tient la vaste majorité des savants, au passé et au présent, par rapport aux personnes qui se trouvent dans une situation pareille. Le professeur Lacroix ne devrait pas concevoir cette fatwa comme controversée, car dans son propre pays, des milliers de musulmans tentent de fuir l’oppression et l’apartheid religieux du régime français pour obtenir des droits religieux, et cela bien entendue, dû aux nombreuses

atteintes à la pratique individuelle de l’Islam 162 .

« Il est impossible dobtenir un consensus islamique correct qui contredit un hadith authentique, à moins que le hadith en question soit correctement abrogé. » 160

Dans son approche trompeuse et inepte des œuvres d'al- Albani, le professeur Lacroix s'est contenté de rassembler quelques fatwas du Sheikh qu’il a, audacieusement et sans la moindre recherche, jugé révolutionnaires. Son désir de faire passer al-Albani comme quelqu’un qui contredisait le consensus fut tellement ardent qu’il a inventé lui- même des consensus islamiques qui n’ont jamais existé pour ensuite accuser al-Albani de les avoir contredits. N’est-ce pas agréable de travailler en tant que professeur et

spécialiste de l’Islam à Sciences Po ? Il vous suffit de fabuler un peu, de

rédiger des histoires avec des termes arabes que personne ne comprend et de présenter le tout

sous couvert d’un ouvrage académique. Ensuite, il ne vous reste qu’à empocher le pactole. Le professeur Lacroix n'a pas effectué la moindre recherche dans les livres de jurisprudence pour pouvoir comparer les déclarations d’al-Albani aux autres fatwas des Muhaddithin. Par conséquent, les fatwas du Sheikh albanais ont été conçues comme révolutionnaires selon l’avis personnel de Lacroix.

révolutionnaires selon l’avis personnel de Lacroix. Après les massacres suivant l’occupation de la
Après les massacres suivant l’occupation de la Palestine, al-Albani conseilla aux Palestiniens de quitter leur
Après les massacres suivant l’occupation de
la Palestine, al-Albani conseilla aux
Palestiniens de quitter leur terre

Un peu plus loin, Lacroix sort les paroles de Sheikh al- Albani de leur contexte :

« Finalement, al-Albani prit une position ferme contre toute participation à la politique, en répétait que ‘la bonne politique était d’abandonner la politique’ – une expression salafiste… »

Cette déclaration est également contestable puisque Lacroix a tout d’abord mal traduit la parole d’al-Albani qui est « min 163 al-siyasa tark al-siyasa » qui se traduit correctement par « délaisser la politique fait (également) partie de la politique ». Al-Albani entendait par là que, dans certains cas, il était mieux de ne pas participer au système politique. Or, la traduction de Lacroix sous- entend qu’al-Albani était entièrement opposé à la politique, ce qui est entièrement faux et une autre tentative du professeur de faire passer les savants Salafis pour des gens arriérés et non structurés qui sont coupés du monde. Al-Albani s'est uniquement opposé à la participation politique si celle-ci n'est pas basée sur les valeurs islamiques :

Dans un de ses livres, Sheikh Mohammed al-Albani s’est adressé à ceux qui, tout comme Stéphane Lacroix, écrivent sur les sujets qu'ils ne comprennent pas :

« Je les conseille de ne pas écrire dans un domaine de science quelconque qu’après l’avoir maîtrisé et après y avoir gagné une certaine expérience pendant un certain

temps

161

»

Le professeur pédant poursuit en étalant les conclusions de ses « recherches académiques » :

« Une autre position controversée était son appel aux Palestiniens de quitter les territoires occupés puisqu’ils y étaient, comme il le prétendait, incapables de

159 Al-Bukhari (1/102), Abu Dawud (1/176), al-Tirmidhi (2/247), Ibn Majah (1/330), Al-Dar al-Qutni (1/313), Musnad al-Imam Ahmed

(11/241)…

160 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Âdab al-Zifaf » [Les règles du Mariage], p. 42.

161 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Difa’ a’n al-Hadith al- Nabawi wal-Sira » [En Défense de la Tradition Prophétique et la Biographie], p. 60

162 NDT Voir l’article du même auteur: « The French Suburban House and Field Negro » 163 La préposition arabe « min » ici est « lil tab’id » ce qui veut dire que la préposition exprime « une partie de » ou « une portion de » la politique. Il est étonnant de voir que le professeur Lacroix n’a pas saisi le sens de cette préposition, car dans son cv, il prétend maîtriser la langue arabe et même l’avoir enseignée. Tout comme on peut douter sur ses capacités de recherche, on peut également remettre en cause ses capacités dans la langue arabe, car quelqu’un qui ne comprend pas des prépositions aussi simples ne peut avoir la capacité d’enseigner la langue arabe, à moins qu’il s’agisse d’un charlatan.

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

« Malgré que la politique est une chose requise sans aucun doute, je pense que ce n'est pas le bon moment de participer à la politique. » 164

Ce que disait donc réellement Sheikh al-Albani est qu’avant de participer à la politique, les gens devaient d’abord acquérir la connaissance de leur religion et entreprendre un processus essentiel de purification et d’éducation (« Tasfiya wa Tarbiya») :

« Nous ne disons pas que la politique (c.- à-d. la Politique Islamique) n'est pas obligatoire en Islam. Au contraire, cela fait partie des devoirs collectifs islamiques. Cependant aujourd'hui, nous savons qu'en se consacrant à la politique les gens qui sont responsables de la da'wa se déroberont aux deux obligations principales qui sont 'la Purification et l’Éducation’…Par conséquent, nous aimerions pour nos frères dans le monde islamique qui participent à l'appel au Coran et à la Sounnah selon la compréhension des

pieux prédécesseurs, d’acquérir, en premier lieu, de solides bases avant de consacrer leur temps à la politique. » 165

Al-Albani et les Ecoles Juridiques

Après avoir étalé sa science infuse du Hadith et de la jurisprudence islamique, le professeur Lacroix nous transmet maintenant son savoir des écoles juridiques :

« Malgré son milieu social insignifiant, al-Albani est devenu connu comme le plus grand savant de Hadith de sa génération. Sa dépendance du Hadith comme pilier central de la législation aux dépens des écoles juridiques l'a poussé à prendre des positions controversées. »

Dans un autre article, Lacroix explique ce qu’il pense être la position d’al-Albani vis-à-vis des écoles juridiques :

« Al-Albani, en échange, rejetait toutes les écoles juridiques, et appelait à une dépendance directe et exclusive sur le Coran et le Sounna. » 167

Al-Albani et les autres savants d’Ahl al-Sounna dépendaient tous du Hadith dans la législation
Al-Albani et les autres savants d’Ahl
al-Sounna dépendaient tous du Hadith
dans la législation

Dans cette nouvelle distorsion de notre

chercheur infatigable, la prédication de Sheikh al-Albani aurait été incompatible avec les quatre écoles juridiques dû à sa dépendance du Hadith. Or, un aperçu des ouvrages des quatre Imams montre bien que les écoles juridiques se sont initialement basées sur le Hadith. Les quatre Imams interdisaient explicitement de donner la priorité à leurs fatwas si celles-ci allaient à l’encontre d’un hadith quelconque. L’Imam Abu Hanifah a déclaré : « Si mes propos contredisent le livre d'Allah ou un hadith du Prophète , alors abandonnez mes propos. » 168 L’Imam Malek a dit : « Acceptez tout ce qui correspond au Coran et à la tradition prophétique et rejetez tout ce qui contredit le Coran et la Sounna. » 169 De même, l’Imam al-Shafi’i disait : « Si le hadith est authentique, alors c'est mon madhab. » 170 Finalement, l’Imam Ahmed accentuait l'importance de se référer aux hadiths en disant : « Celui qui rejette les hadiths du Messager d'Allah se trouve au bord de la destruction. » 171

Cela veut dire que la compréhension de l'Islam dans la communauté musulmane doit d’abord être purifiée de toute chose qui l’a infiltrée et qui ne fait pas partie de la religion. Deuxièmement, al-Albani était d’avis que les musulmans doivent être éduqués et élevés selon la croyance correcte et originale de l’Islam 166 . Cependant, la majorité des systèmes politiques dans le monde Musulman ne sont aujourd’hui plus basés sur l’Islam. Par conséquent, il n'est pas admissible religieusement pour les musulmans d’y participer. De la même façon dont les non-musulmans refuseront de participer à la politique d’un état Islamique, les musulmans orthodoxes voient qu’il n’est pas acceptable de participer aux systèmes politiques non-musulmans. Mais à nouveau, quel est le rapport entre le fait de ne pas participer à la politique et cette soi-disant approche révolutionnaire du Hadith ?

et cette soi-disant approche révolutionnaire du Hadith ? Ainsi, toutes les écoles juridiques dépendaient du Hadith

Ainsi, toutes les écoles juridiques dépendaient du Hadith comme le pilier essentiel de la législation. C'est seulement lors des derniers siècles qu'un grand nombre de musulmans ont cessé de donner la priorité aux hadiths et cela, en suivant aveuglément les jugements d'un certain madhab. Et voilà ce qu’al-Albani désapprouvait réellement :

164 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Al-Fatawa al-Manhadjihya lil-Albany » [Les Fatawas d’al-Albani liées aux affaires de Manhadj]

p. 20-21

165 Muhammad Nasir al-Din al-Albani, Durus Lil Shaikh Nasir Al-

Din Al-Albani” (Shabaka al-Islamiya), Cours no. 20

166 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Al-Fatawa al-Manhadjihya

lil-Albany » [Les Fatawas d’al-Albani liées aux affaires de Manhadj]

p. 20-21

167 Stéphane Lacroix et Thomas Hegghammer, « Rejectionist Islamism in Saudi Arabia : The Story of Juhayman al-‘Utaybi Revisited », p.4

168 Al-Fulani, « Al-Iqath », p.50

169 Ibn Abdel-Bar, « Al-Jami’ », 2/32

170 Al-Nawawi, « Al-Majmou’ », 1/63

171 Ibn al-Djawzi, « Al-Manaqib », p.182

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

« Une chose qui est devenue très répandue chez les gens lors des derniers siècles est que lorsqu’une personne atteint l'âge adulte, on le force à suivre un des quatre madhabs. Il suivra par exemple le madhab de son père qu’il acceptera alors entièrement. Il restera fidèle à ce madhab sans jamais diverger sur le moindre aspect. Il suivra ce madhab aveuglément sans réclamer la moindre preuve. Il n’attachera aucune importance au jugement interprétatif (ijtihad) puisqu’il considère que les portes de l’ijtihad sont fermées. » 172

Pour justifier son refus du suivi aveugle des madhabs, al-Albani démontrait comment, au passé, les savants majeurs d'un certain madhab abandonnaient les décisions de leur Imam 173 s’ils considéraient qu’elles contredisaient la Sounna 174 . Sinon, al-Albani a toujours eu une grande estime des différents madhabs et ne tolérait aucune critique à leur égard :

le madhab Hanbalite. Si c'était le cas, al-Albani aurait certainement été en conflit majeur avec les savants saoudiens et n'aurait, en premier lieu, jamais été invité par ces « Wahhabites féroces ».

Les différences dopinions qui ont eu lieu entre al- Albani et d'autres savants nétaient pas dues au fait qual-Albani dépendait sur le hadith comme pilier central de la législation, car c’est aussi ce que font les savants dans le Royaume. C’est une chose qui devient claire comme le jour dans les nombreuses conversations qui ont eu lieu entre Sheikh al-Albani et ses confrères saoudiens; toutes leurs discussions et argumentations étaient basées sur des preuves directes du Coran et de la Sounna prophétique. Dans ces débats, les ulémas de l'Arabie Saoudite n’ont jamais pris l’avis du madhab comme étant une preuve.

Sheikh al-Albani n’acceptait pas que l’on critique les écoles juridiques.
Sheikh al-Albani n’acceptait pas que l’on
critique les écoles juridiques.

Certes, les différences scolastiques entre al-Albani et les autres savants ne doivent pas être dramatisées. Ceux qui fréquentaient le plus Sheikh al- Albani ont témoigné que le Sheikh

réfutait ses propres étudiants et ses amis les plus proches sans que personne ne conçoive cela comme un conflit 176 . Il s’agit de différences dopinions qui ont toujours existé chez les savants d'Ahl al-Sounna. Dans ses écrits, al-Albani a mentionné que les quatre Imams divergeaient, eux aussi,

dans beaucoup de sujets :

« Il y a certaines personnes qui s'affilient de façon directe ou indirecte à l'appel de la Salafiya et qui se permettent de critiquer un des

madhabs. Nous disons que ce n'est pas permis dans notre religion et dans notre

croyance

175

»

Le professeur Lacroix prétend ensuite que l’allégeance d’al-Albani au Hadith et qui se faisait soi-disant au détriment des quatre madhabs l'a poussé à prendre des positions controversées qui ont engendré un conflit avec les savants saoudiens :

« Cela l'a non seulement mis en conflit avec l'établissement religieux saoudien, mais l’a également rendu populaire dans les cercles Salafis. »

La grande majorité des savants de « l’établissement religieux saoudien » sont considérés comme Salafis, même par Sheikh al-Albani. Donc comment est-il concevable, pour quelqu’un qui se trouve en conflit avec les savants saoudiens, de gagner la popularité dans les cercles Salafis ?

« Et je sais avec certitude que les grands Imams se respectaient mutuellement même lorsqu’un d’entre eux se trompait et (je sais) qu'ils se réfutaient réciproquement. » 177

Le chercheur non initié ou celui qui a des motivations secrètes interprétera ces différences dopinions comme une discorde interne qui aboutit à de majeurs conflits insolubles qui reposent sur des contradictions fondamentales. Par conséquent, la thèse conspirationniste où les « Wahhabites » se trouvent en conflit frontal avec les Salafis existe seulement dans l'imagination de Lacroix.

La mauvaise compréhension du professeur Lacroix dans cette partie de l’article est basée sur son impression erronée que les savants saoudiens suivent aveuglément

172 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Haqiqatou al-Da’wa al- Salafiya » [La Réalité de la Da’wa al-Salafiya] p.170

173 Mohammed Ibn al-Hassan et Abu Yousouf furent deux savants Hanafites qui contredisaient Abu Hanifa dans un tiers de son madhab. 174 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Asl Sifat Salat al-Nabi » [La Description de la Prière du Prophète, Version Originale], p.35

175 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Shubah Hawl al-Salafiya » [Ambiguïtés concernant la Salafiya] p.128

Si vraiment il y avait eu un conflit entre al-Albani et les savants saoudiens basé sur des divergences fondamentales, ce premier n'aurait jamais conseillé vivement ses lecteurs de se référer à la compréhension de Sheikh Ibn Abdel-Wahhâb et des savants saoudiens actuels qu'il appelait « ses frères Hanbalites dignes de

176 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Al-Rawda al-Dani fil Fawa’id al-Hadithiya lil-Allama al-Albani », p.9 177 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Asl Sifat Salat al-Nabi » [La Description de la Prière du Prophète, Version Originale], p. 50

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

confiance » 178 . De plus, Sheikh al-Albani fut récompensé pour les exploits remarquables qu'il a réalisés au Royaume. Plusieurs années après son départ du Royaume, le « Comité International de Gratification pour les Études Islamiques du Roi Faysal » lui a accordé un prix pour ses efforts scientifiques dans le domaine du Hadith. Est-ce ainsi qu’un organisme reconnu pour la science religieuse en Arabie Saoudite récompenserait une personne avec qui elle a des contradictions fondamentales dans l'approche du Hadith ?

Dans son testament, al-Albani a offert sa bibliothèque personnelle entièrement à l'Université de Médine, car il reconnaissait son statut particulier dans la propagation des sciences islamiques. Pour al-Albani, c’était l’endroit où il avait gardé de très agréables souvenirs dans son appel à l’Islam.

Le Royaume : Arrivée et Départ de Sheikh Al-Albani

Les fables

inépuisables. Voici comment il décrit l’arrivée d’al-Albani dans le Royaume d’Arabie:

de Lacroix semblent

principale dans le milieu des Saoudiens occidentalisés qui se considèrent comme des « libéraux ». C'est, en effet, al-Nuqaidan qui a prétendu qu'al-Albani est entré dans le Royaume grâce au traitement préférentiel de Sheikh Abdel-Aziz Ibn Baz. Cependant, prendre al- Nuqaidan comme référence pose un problème. Tout d’abord, il s’agit d’un individu qui n’a jamais bénéficié d’un enseignement quelconque. C’est un fait prouvé quil a dû se retirer de l’école à cause de son instabilité mentale. Il a ensuite tenté détudier les sciences islamiques mais échoue, à nouveau, lamentablement. Mansur al-Nuqaidan finit en tant que hooligan Takfiri dans les rues de Riyad où il brûle des commerces. Dans un de ses articles, il admet avoir incendié une association caritative pour veuves et orphelins. Al-Nuqaidan est condamné à deux années et huit mois de prison fermes et se rend finalement compte qu’il est un incompétent incapable de mener une vie stable. Certes, il a échoué dans les différents types détudes et son espoir de devenir un leader dans le mouvement Takfiri s’est envolé. Le docteur Istifham explique dans le compte rendu de son analyse de la personne d’al-Nuqaidan intitulé « Mansur al- Nuqaidan, Djawla fi radahat nafsi wa damirihi » 179 qu'il s’agit d’un individu totalement déséquilibré qui prend une opinion le soir uniquement pour

l’abandonner le lendemain 180 . En effet,

al-Nuqaidan est passé de Takfiri radical et délinquant pyromane à néoconservateur extrémiste et diffamateur laïque de la religion musulmane. Il a été poursuivi en justice pour calomnie et diffamation et fut condamné pour une deuxième fois par la justice saoudienne. Mansur exploitera plus tard cette condamnation pour tirer lattention des médias tendancieux en Occident et prétend avoir été déclaré coupable parce qu’il se battait pour « la liberté » 181 .

Sheikh al-Albani fut professeur à l’Université Islamique de Médine de 1961 à 1963
Sheikh al-Albani fut professeur à l’Université
Islamique de Médine de 1961 à 1963

« La présence d'al-Albani en Arabie Saoudite où il fut invité en 1961 par son bon ami Sheikh Abdel-'Aziz bin Baz pour enseigner à l'Université

Islamique de Médine a incité des réactions gênantes au cœur de l'établissement

Wahhabite

»

Résumé de cette nouvelle thèse : l’ancien mufti du Royaume d’Arabie se rend coupable de favoritisme dû au fait qu’il a fait entrer al-Albani dans le Royaume, non pas parce que ce fut le Muhaddith du siècle, mais parce que c’était son bon ami. Il s’agit d’une autre accusation pathétique puisque Sheikh al-Albani fut déjà invité en Arabie Saoudite avant cela. En 1957, le ministre saoudien de lÉducation Sheikh Hassan Ibn Abdoullah Âl al-Sheikh lui avait demandé de remplir la fonction de responsable du plus haut département des études islamiques à lUniversité de la Mecque. Al-Albani a dû décliner cette offre merveilleuse dû à des circonstances imprévues, mais quatre années plus tard, il reçoit une nouvelle invitation. Si al-Albani fut aussi demandé en Arabie Saoudite, pourquoi son arrivée aurait-elle suscité de lhostilité et des réactions gênantes dans le Royaume ? Mais plus important que cela, où sont les références du professeur Lacroix pour soutenir ses revendications ? Il n'en mentionne pas, car la plupart de ses écrits sont clairement basés sur des idées calquées des écrits de Mansur al-Nuqaidan qui est une figure

178 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, voir ses annotations dans « Mukhtasir al-Uluw Lil-Dhahabi », p. 64

179 Source : http://www.saaid.net/mktarat/almani/46.htm 180 Dr Istifham a démontré comment le dénommé Mansur al- Nuqaidan, durant toute sa vie, est tombé d'un extrême à l'autre. Dans sa période Takfiri, il refusa par exemple de prier derrière un Imam Sunnite qu'il accusait d'être un membre de la secte des Murjiyas. Un an après, Mansur commença lui-même à inviter les gens ouvertement à l'idéologie des Murjiyas. Puis, quelques mois avant sa conversion à la laïcité, al-Nuqaidan offensa un Sheikh qui ne partageait pas son avis en lui disant : « Tes propos sont de la mécréance! » Et aujourd'hui, ce pantin des islamophobes occidentaux, accuse l’ensemble des savants saoudiens de rendre mécréant les musulmans. Avec un comportement si incohérent, il n’est pas étonnant que Lacroix et al-Nuqaidan aillent admirablement de pair.

181 Mansur al-Nuqaidan « Telling the Truth, Facing the Whip », New York Times [Dire la vérité face au fouet]. Le fait qu’un journal comme le New York Times demande à une personne inculte et tendancieuse comme al-Nuqaidan de rédiger un article où il diffame les savants de l’Islam montre bien que les médias occidentaux acceptent uniquement les articles d’Arabes à condition qu’ils se déchaînent contre l’Islam et les musulmans.

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

Dr Istifham explique que Mansur est extrêmement égocentrique et en besoin d'attention continuelle. Ce sont, bien entendu, des gens comme le professeur Lacroix et d’autres islamophobes occidentaux qui, avec un acharnement imbécile, lui consacrent l’attention dont ils sont tellement en manque. Dans certains de ses articles, Lacroix tente de porter aux nues ce délinquant psychopathe et sacré menteur en le décrivant comme un « intellectuel courageux » 182 .

Mais revenons aux contes imaginaires du professeur Lacroix qui, de plus en plus, remettent en question son intégrité professionnelle. Les propos suivants sur le voile musulman qu’il attribue à Sheikh al-Albani n’étonnent donc guère venant de sa part :

Les quatre Imams (Abu Hanifa Malek, al-Shafi'i et Ahmed) étaient tous d’avis que le niqab est une recommandation religieuse et non une obligation 184 ce qui montre bien que les savants saoudiens contredisent parfois le jugement de la majorité des savants islamiques et des quatre écoles juridiques.

L'allégation de Lacroix comme quoi ce livre aurait donné à ‘l'établissement « Wahhabite » la justification requise pour expulser al-Albani du Royaume en 1963 est impossible, car le livre a été écrit en 1949, douze années avant l'arrivée du Sheikh en Arabie Saoudite. Bien au contraire, la position d’al-Albani sur le niqab n'a manifestement pas empêché les plus hauts représentants de « l’établissement Wahhabite » d'inviter le Sheikh albanais pour enseigner dans une de leurs universités les plus prestigieuses.

Sheikh al-Albani a gardé de très agréables souvenirs de l’Université Islamique de Médine
Sheikh al-Albani a gardé de très agréables
souvenirs de l’Université Islamique de Médine

« La controverse suscitée par son livre ‘Le Voile de la Femme Musulmane’ dans lequel il a argumenté avec des preuves qu’il ne faut pas que les femmes musulmanes se couvrent le visage un avis inacceptable selon

les normes saoudiennes a fini par donner à l'établissement Wahhabite la justification requise pour le faire sortir du Royaume en 1963. »

En outre, d’autres articles du professeur Lacroix démontrent qu’il se livre à des conjectures et s’imagine

des choses insensées pour lesquelles il est incapable de citer la moindre référence. Dans un de ses articles, il mentionne :

C’est avec ce ton pédant que le professeur Lacroix parle d’un livre d'al-Albani qu’il n'a jamais lu. Dans « Le Voile de la Femme Musulmane », le Sheikh albanais conclut que les femmes musulmanes doivent couvrir leur visage, mais mentionne que ce n'est pas une obligation. Comme la majorité de savants musulmans, il considère que le niqab fait partie de la Sounna et tombe sous la catégorie « mustahab » des actes d'adoration 183 . Par conséquent, il n’est pas surprenant de savoir que les femmes dans la famille d’al-Albani portaient le niqab. L’assertion de Lacroix, attribuée à al-Albani, comme quoi il ne faut pas que les femmes musulmanes se couvrent le visage implique qual-Albani considérait le port du niqab comme un acte détestable (makruh), illicite (haram) ou qui ne fait pas parti des préceptes de l’Islam (mubah).

« Dans son célèbre livre ‘Les Caractéristiques de la Prière du Prophète’ (sifat salat al-nabi) al-Albani a présenté plusieurs avis particuliers sur des rituels islamiques qui ont suscité une controverse avec d'autres savants. Certains affirment que ces controverses ont

mené à son expulsion de Médine en 1963

» 185

Cette assertion est également impossible parce que Sheikh al-Albani a écrit ce livre à Damas avant qu'il ne voyage en Arabie Saoudite. Donc, si nous avons bien compris : un jour le départ d’al-Albani du Royaume était dû à sa position sur le voile de la femme musulmane et, un autre jour, c'est à cause de ses verdicts sur les rituels islamiques de la prière. Est-ce que lincompétence stupéfiante du professeur doit être attribuée à sa fourberie islamophobe ou tout simplement à une confusion mentale 186 ? Une chose est certaine; il saisit chaque prétexte pour présenter les savants saoudiens comme des individus intolérants et mauvais qui n'acceptent pas d'autres opinions.

182 Stéphane Lacroix est connu pour défendre ce genre d’Arabes incultes avec un acharnement si furieux qu’il a présenté une communication au colloque islamophobe de l'ISIM intitulé « Les intellectuels saoudiens et le mouvement Islamo-Liberal ». En effet, pour les racistes antimusulmans l’Arabe ne peut être intellectuel que s’il prône la laïcité dans son pays. En contrepartie, les savants musulmans qui ont étudié pendant des décennies n’ont obtenu ce titre que par leur appartenance à une tribu qui a réussi à monopoliser une partie du désert Arabe. De plus, ils ont tellement de science qu’ils ont délaissé tout raisonnement humain. 183 Ce qui veut dire qu’il s’agit d’adorations fortement recommandées.

184 L’Imam Ahmed a deux paroles dans ce sujet. Dans une parole il considérait qu’il s’agissait d’une obligation, dans l’autre il voyait que c’était mustahab (une adoration recommandée). 185 Stéphane Lacroix et Thomas Hegghammer, « Rejectionist Islamism in Saudi Arabia : The Story of Juhayman al-‘Utaybi Revisited », p.4

186 La confusion mentale est un état psychiatrique aigu, caractérisé par une obnubilation de la conscience, un ralentissement de la pensée, une désorientation dans l’espace et le temps et des troubles de la mémoire. (Larousse médical)

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

Sheikh al-Albani n'a jamais été expulsé officiellement de l'Arabie Saoudite, mais a décidé de partir de lui-même pour des raisons inconnues à tout le monde. Il na jamais mentionné pourquoi il a dû quitter le Royaume et cela reste un secret bien gardé jusqu'à ce jour. Il est regrettable que Stéphane Lacroix utilise cet événement pour critiquer les savants saoudiens, quelque chose qu’al-Albani n'a jamais fait.

Le professeur foufou conclut cette partie de son article avec une autre bévue monumentale :

« Il s'est ensuite réinstallé dans son pays de naissance, la Syrie, avant de partir pour la Jordanie en 1979. »

Mohammed Nasir al-Din al-Albani est né en 1914 à Shkodër près du la frontière Monténégrine dans le nord-ouest de l’Albanie, pas en Syrie. En brossant le portrait du plus grand savant du Hadith au siècle passé, le professeur Lacroix a été incapable de déterminer correctement son pays de naissance! L'idée que Stéphane Lacroix se fasse rémunérer pour ses articles maladroits fait froid dans le dos.

Les « Ijazas » et d'autres perceptions erronées

Les nombreuses théories mentionnées par notre expert islamologue tombent en désordre total. Il n'y a pas une seule phrase dans son article qui paraît vide d’erreur, mensonge, fabulation ou perception erronée. En voici un autre :

réfère à la maitrise et la connaissance approfondie d'une certaine œuvre et à la capacité de l'enseigner aux autres.

Le premier type dijazas consiste d’autorisations qui étaient basées sur des sessions de hadith auprès d’un Sheikh 187 et qui avaient souvent lieu à l’époque des premiers savants du Hadith et contenaient une audience beaucoup plus large 188 . Aujourd'hui, ces sessions existent toujours, mais ce genre d'ijazas n'est plus considéré comme un élément décisif dû à la propagation d'exemplaires imprimés des livres de source. Les savants saoudiens contemporains ont presque tous cessé dattacher ce degré dimportance à ce type d’ijazas bien que certains les emploient toujours pour garder en vie cette pratique des prédécesseurs 189 . De nos jours, avoir plusieurs ijazas nest plus forcément une garantie que la personne soit qualifiée pour enseigner 190 .

Le deuxième type d’ijazas est un certificat qui témoigne de la maitrise d’un certain domaine des sciences Islamiques ou d’un certain livre et qui est accompagné d’une autorisation de l’enseigner. La raison pour laquelle al-Albani ne possédait pas un grand nombre de ce genre de certificats est parce qu’il a grandi dans un pays avec très peu de savants Sunnites. Malgré cela, personne ne l’a considéré comme étant un savant non qualifié, même pas les « Wahhabites » qui l’ont invité pour enseigner dans leur pays.

En présentant l’avis supposé d’al-Albani sur les ijazas comme un nouvel élément dans son approche révolutionnaire du hadith, Lacroix pense avoir trouvé une nouvelle preuve pour sa déduction insolite :

Al-Albani est né en 1914 à Shkodër dans le nord-ouest de l’Albanie. La ville natale
Al-Albani est né en 1914 à Shkodër
dans le nord-ouest de l’Albanie.
La ville natale d’al-Albani ne se
trouve pas en Syrie mais près de la
frontière Monténégrine.

« Par conséquent, la science Wahhabite traditionnelle fut le fruit d'un processus

de transmission et dépendait du nombre d'ijazas un certificat avec lequel un savant reconnaît la transmission de sa science (ou une partie d’elle) à un de ses élèves, et lui autorise de la transmettre

attribuées par les savants Wahhabites respectés… »

« C'est exactement cette logique qu’al-Albani qui lui- même, ne possédait que très peu de ce genre de certificats allait défier en promouvant son approche personnelle de la critique. En effet, selon al-Albani, la transmission n'a aucune importance, car, chaque hadith

187 Cela signifie que l'étudiant présenterait à un Sheikh une certaine matière dans une science d’une façon précise. Le Sheikh lui accordera alors une ijaza ou une permission de transmettre cette science aux autres. 188 Parfois, le nombre de personnes qui assistaient à ce genre d’assises dépassait 200.000 individus.

189 C.-à-d. sans la présence des sévères conditions imposées par les Muhaddithin

190 Abdoullah Ibn Mohammed al-Shamrani, « Thabt Mu’allafat al- Albani », p. 97-98

Les « ijazas » ne sont rien de caractéristique pour ce que Lacroix appelle le « Wahhabisme », elles ont toujours existé depuis l’époque des tout premiers Muhaddithin et des savants en général. Le professeur Lacroix nous démontre, une fois de plus, son inaptitude à faire des recherches dans un domaine qu’il prétend pouvoir expliquer aux autres. Ce que Lacroix n’a pas saisi c’est qu’il y a plusieurs types d’ijazas. Une catégorie autorise de transmettre une collection de hadiths à travers une chaîne de transmission distincte, tandis qu’une autre se

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

étant suspect, le fait qu'il soit rapporté par un savant respecté ne peut garantir son authenticité. »

plus importante, les biographies d'un grand nombre de narrateurs. »

En développant son argumentation, Lacroix confond les deux types d’ijazas et cela dans un même contexte. Après avoir décrit les certificats de transmission du savoir islamique, il mentionne soudainement le deuxième type d’ijazas qui est exclusivement restreint à la transmission de hadiths. Par conséquent, notre professeur donne l’impression que les deux types d’ijazas sont une chose identique poussant le lecteur à croire qu’al-Albani dédaignait les ijazas. Ceci est impossible, car nous parlons d’une des façons reconnues dans la transmission du hadith qui est universellement acceptée chez les Muhaddithin. Les livres d’al-Albani contiennent d’innombrables exemples où il mentionne comment certains narrateurs transmettent des hadiths authentiques par le biais d’une ijaza 191 . De même, sa collection de hadiths authentiques intitulée « Silsila al- Ahadith al-Sahiha » déborde d'exemples de ce type de transmission. Voici une des paroles d’al-Albani:

Voici une nouvelle tentative de dépeindre les Muhaddithin comme des gens qui n’emploient pas le raisonnement indépendant, car ‘ils dépendent uniquement de la mémorisation’. Or, il est bien connu qu’une personne ne peut jamais devenir un vrai Muhaddith sans avoir profondément étudié les autres sciences Islamiques de la même façon qu’une personne ne peut être considéré comme un expert dans les mouvements Islamiques sans posséder une connaissance de base de l’Islam, ses sciences et son histoire.

À nouveau, Lacroix confond les choses. Ce qu’il attribue ici à al-Albani est une description de la réalité des savants du Hadith à l’époque avant la composition des recueils de Hadith. Or, le professeur comprend qu’al- Albani voyait ceci comme une condition pour les Muhaddithin au passé et au présent. Voici ce que disait al-Albani à propos des conditions du savant du Hadith :

« Je dis que cette chaîne de narrateurs est correcte et que le hadith est authentique parce qu'il a été renforcé par d’autres hadiths par le biais de la ijaza. » 192

Les « ijazas » ont toujours existé depuis l’époque des premiers Muhaddithin
Les « ijazas » ont toujours existé depuis
l’époque des premiers Muhaddithin

« Pour résumer, nous disons que la seule condition requise pour juger les hadiths authentiques ou faibles est que la personne possède la compétence nécessaire. En ce qui concerne la mémorisation, alors c’est une autre chose. Si la personne possède un grand nombre de hadiths mémorisés, alors c'est préférable. Mais s'il ne possède pas cette grande

quantité de hadiths, alors ce n'est pas une condition. Et cela a été établi par

Comment le professeur Lacroix a-t-il pu penser qu’al-Albani considérait cette approche célèbre d'être sans importance ? Une autre interprétation plausible des récits incohérents de

Lacroix est qu’il croit que la succession des rapporteurs du hadith existe jusqu’à ce jour dans une chaine de transmission ininterrompue qui comprend donc les Muhaddithin contemporains. Si c’est vraiment sa compréhension, alors il est parfaitement connu que l’époque de la transmission narrative personnelle s’est terminée avec la composition universelle des hadiths dans les recueils canoniques de hadiths au IXe et Xe siècle. Mais peu importe si Lacroix l’a compris de la première ou de la seconde façon, son allégation est fausse dans les deux cas.

les savants antérieurs. » 193

De plus, al-Albani a déclaré qu'il y avait un consensus chez les savants dans la question :

« Les grands savants sont unanimes pour dire que la

seule et unique condition pour celui qui désire juger authentiques ou faibles les hadiths, est qu'il maitrise

bien la science du hadith

194

»

Or, en analysant l’assertion suivante de Lacroix, il semble plutôt qu’il est d’avis que les Muhaddithin contemporains font encore partie de la chaine de transmission du hadith :

Mais selon le professeur Lacroix, l’importance est uniquement d’accumuler et de mémoriser des hadiths. Cette fable de Lacroix sert d’ailleurs d’appui pour sa thèse qui veut que les « Wahhabites saoudiens » soient devenus savants par leur descendance familiale ou tribale, non par leur connaissance :

« Au contraire, le processus important est l’accumulation — un bon savant de hadith est quelqu'un qui a mémorisé un grand nombre de hadith et, de façon

« Ainsi, la science du Hadith peut être mesurée selon des critères objectifs qui ne sont pas liés à la famille, la

191 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, voir ses commentaires dans « Al-Tankil Bima fi Ta’nib al-Kawthary min al-Abatil » 192 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Silsila al-Ahadith al- Sahiha » [Recueil de Hadiths Authentiques], 1/8

193 Mohammed Nasir al-Din al-Albani, « Al-Rad A’la Ta’aqub al- Hadith », p.60 194 Ibid, p.57

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LES FABLES DE LACROIX COMMENTEES PAR L’ŒUVRE DE SHEIKH AL-ALBANI

tribu ou à l’origine régionale, ce qui a permis une

certaine

méritocratie

auparavant

absente. »

rejeté la présence militaire américaine dans le Royaume Saoudien. Le terme est aussi utilisé par les ennemis de l'appel au Tawhid pour aliéner les gens de la croyance musulmane 196 . Il n'y a bien entendu aucune secte ou réseau religieux au nom de « al-Jamiyya » et personne n’a jamais prétendu appartenir à ce groupe fictif 197 . De plus, Mohammed Aman al-Jami a toujours condamné la formation de groupes et de sectes et naurait jamais admis que des gens sassocient à un groupe qui est dérivé de son nom 198