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FOUNDED BY

GOLDWIN SMITH
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L'EGLISE
LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

PARIS.

— TYPOGRAPHIE
RUE CUJAS,
13.

DE CH. MEYRUEIS
1867.

L'ÉGLISE
ET

LÀ RÉVOLUTION FRANÇAISE
HISTOIRE
DES

RELATIONS BE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT
DE 1789 A 1802

PAU

EDMOND DE PRESSENSÉ

Dieu est aussi nécessaire que la liberté au Mirabeau. peuple français.
L'Eglise libre dans l'Etat libre.

DEUXIEME EDITION

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PARIS CH. MEYRUEIS, LIBRAIRE, ÉDITEUR
RUE DE RIVOLI,
Tous

174

droits réservés.

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PRÉFACE Il y a maintenant trois ans. roulant tout entier sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. L'ordre de choses qui rendait les concordats possibles est profondément ébranlé à Rome. Des perspectives Il entièrement nouvelles s'ouvrent devant nous. trompé en choisissant ce de la Aujourd'hui la question séparation de l'Eglise et de l'Etat a marché à pas de géant en Europe. l'immense agitation provoquée par le projet de M. Ricasoli. que nous touchons à une Ce qui se passe en Italie. C'est bien le moment de rechercher la de quelle manière la Révolution française a résolu question des deux pouvoirs qui se posait dans les mêmes . L'accueil fait à ce dans presse m'a montré que je ne m'étais pas sujet. pas un n'est homme politique de quelque valeur qui ne sente crise décisive à cet égard. je publiais la première V Eglise la et édition de livre la Révolution. voilà des faits d'une incalculable portée.

triste donnent un et des à-propos à l'histoire des événements le combinaisons politiques qui ont produit régime concordataire. les pires mis qu'ait la la liberté au milieu de nous. puis écartée et comme broyée dans le choc des passions contraires. importe extrêmement de rappeler à la France ce que ces tendances lui ont coûté à l'époque de la Révolution. Les circonstances intérieures des Eglises. toute cette défroque sanglante de la Montagne. Ceux qui suivent de près le mouvement des esprits savent à quel point les mauvaises tendances de ce dix- huitième siècle. qui n'a rien appris. Tout mon ouvrage est dirigé contre cette école violente et aveugle. et de faire revivre ces mémorables débats où vraie solution fut entrevue. prévalent au miheu Il de nous. à quel point ce mauvais ferment est encore actif au milieu de nous. surtout au sein du protestantisme français. On a pu voir. qui nous présente un si inextricable mé- lange de bien et de mal. et à quel point les passions antirehgieuses ont compro- mis la grande cause du droit et de la liberté. livré à une lutte intes- tine qui ne saurait aboutir dans l'organisation actuelle. rien oublié .VI PRÉFACE la liquidation termes à l'occasion de des biens ecclésiasla tiques. sont recueillies dévotement ennepar par une école de démocrates autoritaires. La lutte entre le spiritualisme chrétien et le matéria- lisme athée est bien plus vive aujourd'hui qu'il y a trois ans. elle nous condamnerait volontiers à tourner dans le même cercle vicieux. Enfin les théories de salut public. livre polémique soulevée à l'occasion du grand la de M. qui . Quinet sur Révolution.

Le moment actuel qu'on ne pourrait le grave pour notre patrie Notre ascendant est perdu en Europe si nous ne nous retrempons pas aux sources la pures et fécondes de morale. commendégagée çons par vouloir la religion absolument libre.PREFACE Vil commence par la tyrannie de la place publique pour la hais. temps où des questions identiques dont la solution ne peut plus être ajournée. Rien n'est plus instructif dans un . car. d'une de ces haines vigoureuses réclamées par le Misanthrope. Puissions -nous revenir erreur de la au plus française tôt sur la mortelle Révolution qui a consisté à séparer la religion et de la liberté. . Je en tant que système. Edmond de Pressensé. Ce n'est qu'à ce prix qu'elle nous sauvera. est plus dire. s'a- chever dans Tabsolutisme militaire. Unissons-les dans notre affection. des protections qui sont des liens. si elle venait jamais à saisir le elle perdrait la gouvernement dans une nuit de tempête. se posent devant nous. Tel est l'esprit qui anime ces pages consacrées à rapports de la l'histoire complète et détaillée des la société religieuse avec société civile sous la Révolution. France et la déshonorerait.

.

depuis le moment où celle-ci éclate et France et l'Europe ivre de jeunesse^ d'enthousiasme d'inexpériente ardeur pour tout réformer. et cepenle n'a dominé France que quand grand et généreux esprit de 1789 avait bien décidément cessé de le souffler. parce qu'il n'a pas ressuscité les privilèges de caste. jusqu'au jour où elle semble organisée pour jamais dans les principes essentiels la force et dans la gloire contre qui l'avaient inspirée à ses débuts. et l'on oublie que la première capitale dans laquelle il a pénétré en général tout-puissant.L'EGLISE ET LA REVOLUTION FRANÇAISE HISTOIRE DES RELATIONS DE LÉGLISE ET DE L'ÉTAT DE 1789 A 1802 INTRODUCTION Situation de l'Eglise de France à la veille de la Révolution. —Etat de culte. on a voulu voir en lui le représentant armé de cette Révolution et son missionnaire victorieux. Parce qu'il ne portait pas dans ses veines sang des vieilles races. On a proclamé Napoléon dant il l'héritier la de la Révolution française. et reniant ainsi tout ce qui l'avait 1 . c'est Paris. Paris se livrant au pouvoir absolu rajeuni par la victoire. l'opinion sur la liberté de conscience et l'organisation du Je désire retracer l'histoire des relations de FEglise et de l'Etat sous sur la la Révolution française. On a prétendu qu'il l'avait fait entrer au galop de son cheval de bataille dans les capitales de l'Europe absolutiste.

Il n'est pas peut-être de plus sûr moyen de comprendre car les cruelles déceptions dont nous souffrons encore. pour mieux dire. indiquer la pente fatale qui devait peu à peu amener la société à l'asservissement régulier de ser les derniers rehgieuse. esprits Ce problème a éminents. rechercher rêter devant aucune dans l'histoire antérieure : ce qui les préparait et les amenait presque nécessairement est tel mon j'ai dessein.2 LA QUESTION RELIGIEUSE ET LA RÉVOLUTION. L'égalité n^en est que la conséquence. et sans excusavait s'ar- empiétements d'un pouvoir qui ne limite. Sitôt qu'elle est détachée du tronc : vigoureux qui bien elle se l'a produite. le privilège renaît le plus souvent de ou bien il n'en subsiste qu'une vaine apfeuilles parence. des . est le principe même de 1789. Et cependant d'immortelles vérités avaient été proclamées. dans son est ensemble par des je Mon ambition moins vaste. et résolue c'est préci- sément la question religieuse. la acquis l'intime conviction que rien n'a plus hâté perte de la liberté que les erreurs de nos pères sur la manière d'or- ganiser la religion en France. ou. la question religieuse mal comprise hâtivement. tôt. il arrive de deux choses l'une ou dessèche pour périr. ce qui plus tard a commencé à le précipiter dans la boue sanglante du terrorisme. soulevé et passionné dix ans plus nier la Révolution française Or. voudrais m'attacher uniquement à l'un des côtés de cette instructive et douloureuse histoire. pour en suivre mobiles caprices. car l'arbitraire. c'était selon moi re- elle-même dans ce qu^elle a de fondamental^ à savoir dans ce grand principe de liberté qui. Une étude attentive de l'histoire de le la Révolution française démontre que ce qui a embourbé si char bien lancé d'abord. et m'en tenir à ce qui se rapporte aux relations de l'Eghse et de l'Etat sous la Révolution française. et signaler sans détour les fautes commises. Marquer les progrès accomplis à l'aurore de l'ère nouvelle. Cet avortement momentané de l'un des plus beaux mouvements humains demeure térêt le problème le plus digne d'inété traité de l'histoire contemporaine. et on n'a plus qu^un lées monceau de sèches roules au gré du vent qui souffle. quoi qu'en disent les sophistes à gage toujours prêts à colorer et à farder la servitude.

siècle. et tout en mettant en lumière les grandes vérités proclamées ou entrevues par eux sur ce point comme sur tous les autres. l'enflamme bien plus que la passion de ce qui est en bas. De là. qu'en ceci ils furent bien plus des conservateurs timides . en irritant son redoutable génie. Mais il a sutti qu'elle touchât à la conscience pour soulever la plus invincible résistance. fondées Mais sachons unir une sage et impartiale critique à l'admiration qu'ils nous inspirent. et nous vivons de leurs conquêtes. Reconnaissons d'ailleurs que fond se mêle promptement à la question de forme. troublé Il par le la question religieuse plus que par aucune autre. elles même quand question du ne touchent pas au fond de la religion. qui sem- désabusé des choses divines. pour parler le langage hardi d'un apôtre. Ce dix-huitième fut. mais seulement à la son organisation. les apparences. problème abordé en 1789 est encore devant Il nous. qu'auelles sont cune réaction ne saurait compromettre. parce que celles de nos ré- que nous ne saurions fait les compenser par des ils formes aussi éclatantes.LA QUESTION RELIGIEUSE ET LA RÉVOLUTION. tant sur le droit éternel. est bon de reconnaître à l'honneur de l'humanité. c'est cette résistance qui en Texaspérant la fit sortir de la voie des innovations fécondes et durables. fier et c'est ce qui. car en dit de tolérance avaient tout dès le premier jour. c'est-à-dire ce qu'il y a de plus désintéressé au monde. qui la la remue Malgré le pins profondément et soulève le plus fortement. la suprême importance de cet ordre de questions. c'est la foi religieuse. à tous les points de vue. fit oublier ses bienfaits blait si pour ses fureurs. droits sacrés avaient été 3 reconnus par la Révolution française. Le coup d'autorité du concordat n'a rien tranché. Défendre l'indépendance complète de la conscience rehgieuse. signalons franchement ce que leur entreprise eut de faux et d'inique. la passion de ce qui est en haut. Nous le pouvons d'autant mieux. nos fautes et nos erreurs seraient plus graves pères. n'a fait que compliquer un peu plus de l'arbitraire. la situation comme tout ce qui vient si Rappelons-nous qu'en cette matière délicate. est l'un des premiers devoirs de Aujourd'hui. le la religion. en définitive.

. ils que des novateurs courageux. Je mon pays en éclairant a échoué. Si nous cherchons à nous rendre compte de la société religieuse et la situation réciproque de veille de la société civile à la de la Révolution française. les n'est pas étonnant que le vin nouveau ait brisé vieux vases où on l'enfermait. et d'en prendre cette grande crise des esprits dégager l'enseignement qu'elle contient pour nous. de Tocqueville voulait établir ces vérités pour tout l'ensemble de l'organisation sociale^ élaborée par la France nouvelle. ce qui nous frappe tout d'a- bord. Il ce qui n'appartient qu'à l'individu. Ce fut précisément l'union poli- . C'est d'elle que la Révolution avait appris à exagérer outre et à livrer à l'Etat mesure le pouvoir central. Je sais combien cet il est téméraire d'essayer sans esprit. c'est leur étroite association au point de vue politique. ! recueil sur lequel la révolution plus généreuse mais pour un temps seulement. à celle précisément qui mais la gravité con- tredit la plus importante. Ce contraste devient de plus en plus tranché l'on choquant à mesure que avance dans le siècle. d'appliquer ses secours des lumières de éminent vues fé<îondes à l'une des porest sans tions de cette organisation. Nous retrouvons dans la partie ses erreurs retournées^ défectueuse des nouvelles institutions données au pays. nous en avons l'assurance Essayons. M. par l'exposé impartial des débats de nos premières assemblées sur récit des la question religieuse et ecclésiastique. des circonstances et les perspectives de l'avenir croirai avoir me font passer sur rendu un service sérieux à la mon insuffisance. Tancienne société française au subissaient Tempire des idées de moment même où ils si s'imaginaient avoir construit contre elle la plus formidable machine de guerre. et par la le événements qui en furent conséquence. je puis ainsi dire. et la il doit aboutir au funeste malentendu qui sépara en France libérale cause de la foi religieuse. Je ne me consolerai le jamais qu'il n'ait pu que poser les assises de cette œuvre considérable. et leur séparation profonde au point de vue des idées et des et aspirations. de bien comet des consciences.A SITUATION DE L ANCIENNE ÉGLISE DE FRANCE.

Ainsi. mais encore montant des la prétend arrêter et refouler qu'il passe à côté d'elle le flot esprits. le christianisme. toute tenrencontrant. venait se heurter contre lui avec cola lère. l'idée du droit la humain revenil diqué en face des privilèges qui en sont négation. et la justice servent dans des camps opposés. en résulta que générosité d'esprit devint était promptement prédisposé à irréligieuse. et les applications sociales et humaines du christianisme sont réclamées par des hommes qui ressuscitent le naturalisme de l'ancien monde. Tautel était l'appui le plus fort de Tansocial. il n'y a plus ni esclaves la re- ni hommes par la faute de ses représentants. puisqu'elle avait entre les mains le livre qui dans une société profondément divisée avait et fait retentir ces immortelles paroles. et cela pour réalila ser son propre vieille idée programme. que l'une porte à l'autre les affaiblit toutes les . sophie . Dans confusion du temps.ALLIANCE ETROITE AVEC L ANCIEN REGIME. L'Eglise comme édifice incrustée dans un ordre de choses qui froissait conscience publique. même repousser d'emblée énergique. Devant le Christ. Ainsi se mêlent les éléments les plus disparates. source impure de toutes les inégalités et de tous les abus de la force. avec l'idée divine. dance au progrès comme un obstacle et Il une barrière. Tout ce qui jeune de cœur fut par là le feu. est fille Le dix-huitième siècle a saisi une grande idée qui de l'E- vangilcj c'est l'idée de l'humanité. Télan. les la païenne est défendue par l'ont prétendus successeurs de ceux qui vaincue jadis. la conviction le prosélytisme conquérant sont du côté de la philo- TEglise. non-seulement demeure immobile. dans le ligion qui. charte de l'égalité : de la liberté véritable libres. dès son premier élan. est considérée par les esprits généreux comme l'ennemi qu'il faut abattre. le cien Toute aspiration de réforme. a rapporté monde la grande idée de l'humanité et de ses droits. si bien quand il ne peut couvrir de son écume. tique qui provoqua et était la 5 envenima la séparation morale. Et se trouve que l'EgUse a pris parti d'avance contre ce droit qu'il lui appartenait humain de proclamer la première. et ardent pour re- vendiquer le droit et la liberté. ce qui devait être indisla religion solublement uni est violemment et tristement séparé. et chaque coup deux.

il était fait pour comme testament de Louis XIV. où une royauté sans contrôle et un clergé sans frein apprennent comment en s'unissant ils asserviront entièrement le une nation. l'étroile geôle où se sont écoulées ses premières années sous fut. la licence. est vrai. Ce divorce funeste remontait s'était très haut dans mais il renouvelé et consommé avec éclat à la fin du dix-septième siècle par un des plus grands crimes de pas courbée sous le Thistoire. par l'expulsion violente et meurtrière de la portion de la société religieuse qui ne s'était joug de Tunité. rappellent fatale incessamment l'union potisme de civil. peut septième il être considérée comme le testament du dixle siècle. et le du despotisme religieux et irrité du dessurtout rappellent à un siècle émancipé. trop longtemps le sceptre de ce brillant royaume de France. de Bossuet roi partout où la conversation française se joue avec une grâce étincelante. ou qui cherchent à se rejoin- dre dans le désert au prix des plus graves périls. Le réjouit ses peuples y apparaît comme un Dieu dont le soleil . \\n Dieu assez semblable à ceux d'Ho- . le passé. qui avait gravé pour la postérité dans un à style imm. jeu redoutable qui tue par est l'apothéose une raillerie. La politique de V Ecriture sainte. tique dans avait encore formulé la théorie de sa pra- un livre dû à son plus grand orateur. et timorée.ortel les maximes du double quelques despotisme. et surtout ces vivants débris de l'Eglise protestante que l'on trouve sur les galères du roi.6 ALLIANCE ÉTROITE AVEC l' ANCIEN RÉGIME. la férule d'une dévote toute-puissante. Cette férule en eflét. vue comme et dont il les indiscutables volontés doivent être reçues à genoux: c'est. Les ruines de Port- Royal. Bien que rédigé par son génie être cassé plus grandiose. la proscription Il du jansénisme et du protestantisme était en pleine vigueur. destiné soulever tirée tant d'indignation années plus tard. le fut avec fureur dans ce parlement libre jusqu'à qu siège au dix-huitième siècle partout où l'on tient une plume. condamné par les le plus égoïste des souverains à expier pour lui péchés de sa jeunesse par une pénitence mesquine siècle Le dix-septième puisque ne s'était pas contenté de léguer à l'âge suivant ces tristes souvenirs qui étaient bien des faits actuels. ce savant catéchisme. Le livre de l'ancien régime la et de ses pires abus.

se souvenant qu'elle a horreur il du sang. comme à révocation de l'Edit de Nantes . en révélant la possibilité d'un mal qui.7 mère. dansune erreur impie. et enclin à y succomber. quoiqu'elle eiit revêtu une forme païenne. Les conseils que l'éloquent évêque donne au prince sont excellents. l'hérésie. et de préparer sûrement plus dangereuse révolution. dont le vrai sens est entièrement défiguré. les chasse et les immole pour la plus grande gloire de Dieu. parce que la religion doit être libre. et quelles terribles conséquences peuvent avoir. il y a du prêtre pour lequel les seul Bossuet fait entendre une hautaine réclamation. Un roi qui comprend bien pour qu'elle il ses devoirs ne se contente pas d'ouvrir ses trésors à TEglise l'enrichir . dont ne doit s'occuper que pour les augmenter. Il poussière où son pied droit royal. essentiellement transitoire comme tout le judaïsme. Il arrive ainsi à ce double réla sultat de faire haïr tout ensemble la monarchie et le christia- nisme. biens de la nation il excepté ceux des lévites. Ceux qui ne veulent pas que le prince use de rigueur sont le en matière de religion. le beau . il n'en était rien. bien plus chrétienne que celle de Bossuet. n'y a aucun droit en face le droit et la qu'après une timide remontrance ses sujets n'ont qu'à baiser les a foulés. parce que le savant évêque applique aux sociétés modernes ce qui ne convenait qu'à la théocratie d'Israël. mais ces conseils épouvantent plus qu'ils ne rassurent. Le Télémaque était une poétique utopie. l'engagement solennel prend d'exterminer Toutes ces belles théories sont appuyées sur des passages de l'Ecriture sainte. sera sans le remède. je du me trompe. exposé à toutes les passions des mortels. despotisme que tout appartient au souverain. lui prête son glaive ou plutôt la le tourne contre ses ennemis. Tous appartiennent au roi. roi Très-Chrétien qu'il » Bossuet rappelle et le serment prêté par au jour de son sacre. il montre à combien de crimes la toute-puisils sance expose. puisqu'il n'y a aucun recours contre royal. malgré la beauté de la traduction. qu'il l'hérésie n'est pas tolérée a dans l'heureux pays souffrir gouverne. une fois commis. mais en a besoin néanmoins. tel livre était On par pourrait croire que l'effet d'un la contre-balancé généreuse politique de Fénelon.

Ainsi pensée. et leurs enfants étaient considérés lique. ils car dès qu'ils étaient découverts. L'Eglise de France jouissait de tous les genres de privilèges à la fois. fallait prendre détour de la Hollande pour oser publier un livre qui l'attaquât ou qui seule- ment pût lui déplaire. toutes les carrières publiques leur étaient interdites.8 LE CATHOLICISME SEUL RECONNU. grâce aux traités particuliers conclus lors de conquête de cette province. tombaient sous la vindicte des lois . n'avaient pas seuils lement perdu le droit de professer leurs croyances. fonctions publiques. niais Ils avaient perdu celui d'exister. comme appartenant à l'Eglise cathola liberté Les protestants d'Alsace jouissaient seuls de de la conscience. Le pays lui était entièrement livré. le clergé disposait d'immenses richesses qui le sol. Ils payaient un impôt particulier et étaient soumis à des ils règlements de police très durs . Elle n'avait plus à redouter de culte rival depuis qu'elle avait obtenu tion des adhérents de la la proscrip- Réforme. La était V Ecriture au contraire la peinture fidèle de Torganisation de la gion en France à Fépoque formulaient pour la même où les vœux les plus hardis se rénovation générale de la société. Quant aux juifs. étaient également exclus des L'Eglise catholique était donc maîtresse l'état civil était absolue du royaume au point de vue religieux. ni leur naissance ni leur mariage n'étaient reconnus. entre ses mains par les mariages et les baptêmes il : sa voix s'élevait le seule d'une frontière à l'autre . Elle seule possédait les édifices religieux pour célébrer le service divin ^ tandis les plus que les retraites l'ac- cachées ne pouvaient protéger les protestants dans Ils complissement de leurs devoirs religieux. ils n'étaient que tolérés. L'instruction de la jeunesse lui était pres- que entièrement confiée et nul enseignement ne se donnait en la dehors de son contrôle. étaient comme s'ils n'étaient pas dans le pays qu'ils avaient contribué à honorer et à enrichir. Pour subvenir à cette tâche. rêve de celui que Louis XIV avait appelé l'esprit le plus 'politique tirée de chimésainte reli- rique de son royaume. Il rendaient propriétaire d'une partie considérable du les . l'âme de tous les ci- toyens étaient officiellement sous sa dépendance. Donnons un aperçu de cette organisation.

— On peut consulter aussi la France ecclésiastique. . revenu réel. votait tous les cinq ans un don gratuit de 16 miUions. et la totalité de ses revenus avoués s'élevait à peu près à J 30 millions.RICHESSES ET PRIVILÈGES DE l'ÉGLISE DE FRANCE.156 cures.400.000 religieux et ils 32. s'éle- vait au moins à . son état politique et social en 1787. la France avant la Révolution.000 6.000 Le revenu de 715 abbayes de commende. Leur revenu liv.000 religieuses de tout ordre. Les rois de France avaient large- ment disposé de le leur domaine en sa faveur^ et s'il fallait évaluer nombre de leurs péchés par celui de leurs donations. mais ce don était employé en grande partie au payement des dettes des engagements antérieurs*. le On n'exagère pas en évaluant exempts de l'impôt. le clergé régulier remplissait couvents d'hommes et de femmes.000 Le revenu des grands s'élevait à vicaires et des chanoines 13.000 le le formaient clergé séculier qui avait à desservir 35. de leurs méfaits clergé Il Voici quel était le revenu du est du royaume d'après une appréciation qui archevêques et au plus bas : avait à sa tête 11 116 êvêques. La dîme et casuel pourvoyaient les à leur entretien.000 On comptait pour 703 prieurés un revenu de. à près de 200 millions. 9. Voir Rodot. ce qui équivaut à une somme bien plus considérable le aujourd'hui. on comptait 19.000 1.200. eu France. qu'il avait contractées par 1.000. la L'ordre de Malte possédait 200 commanderies moitié des revenus de l'Eglise de France pro- venait des dîmes levées sur les récoltes des particuliers. pourvoyaient à plus de 700 hôpitaux. tenait 9 de la piété des fidèles^ souvent aussi des terreurs et des lit repentirs tardifs du de mort..400. pour l'année 1788. ainsi nommées parce que les titulaires pouvaient se faire remplacer dans la charge effective. Pour 11 chapitres de chanoines nobles Pour 520 collèges ou petits chapitres Les curés et leurs vicaires 842. en bloc s'élevait à 8. Les biens il du clergé étaient contribuait aux charges de l'Etat par des 11 dons volontaires votés par ses assemblées. la liste était effrayante.400. en y comprenant casuel.

il Pour comprendre cette situation de de France. et entièrement au pouvoir sans la permission du civil.40 SUBORDINATION AU POUVOIR Certes. Ces articles portaient : 1» que les Eglises cathédrales et autres du royaume jouiraient du libre exercice les de leurs élections. que la maladie ou l'âge lui faisaient entrevoir dans le lointain le clocher de Saint-Denis. seraient faits . 2» que promotions collectives. lils de privilèges échange . la évidemment mettre l'Etat. œuvres de ces artisans grands du despotisme monarchique. souvent fondées en droit et en raison politique. Il conscience religieuse sous rude main de est vrai qu'il était difficile au pouvoir civil de se dessaisir de cette supréle matie en face d'un corps aussi riche et aussi puissant que clergé. la société civile s'était CIVIL. ces légistes qui furent les fameuses maximes. dignités et tous autres bénéfices et offices ecclésiastiques de quelque nature qu'ils soient. C'est ainsi que la richesse qui tendait à le corrompre commençait par l'Eglise l'asservir. Animées d'un esprit de juste défiance contre les usurpations de Rome. à Bourges. des deux sociétés C'est en plein moyen âge que le rehgieuse et civile ont été articles essentiels plus sagement réglés par les deux de la pragmatique sanction de saint Louis. qui fut confirmée par Charles VU. montrée suffisamment prodigue la société religieuse. auxévêques de communiquer librement c'était avec la le chef spirituel du catholicisme. subordonnaient Interdire au clergé de s'assembler roi. mais les lois restrictives de la liberté de l'Eghse n'en subsistaient pas moins. tendaient à la faire de la rehgion en France un instrument de règne. faut se faire une juste idée de ses les rapports relations avec le siège de Rome. et de richesses envers mais en aîné et elle l'avait placée sous sa dépendance. Le roi subissait son ascendant^ toutes les fois que la peur de l'enfer s'éveillait en lui . pour être dorées^ n'en gênaient pas moins son action. promotions ou collations. le 7 juillet 1434. en tant qu'elles sauvegardaient l'autorité civile des empiétements d'un clergé riche et ambitieux. C'est ce qu'on était convenu d'appeler les libertés de V Eglise gallicane. Le chéri de l'Eglise avait pris ses précautions vis-à-vis de sa et lui avait lié les mère mains avec des chaînes qui. provisions de prélature.

. de pouvoir dans la prétention et tl y avait déjà un fâcheux abus du prince de représenter l'Eglise dans cette transaction Il de traiter en son nom sans la consulter. D'une part. après que le refus prolongé des bulles eut boule- versé le royaume. étant ronde. H des I^"" du droit commun les règles des conciles et statuts des saints Pères. et désirant non-seulement que Votre Sainteté tout le ration soit informée de mes sentiments. selon l'heureuse expression de de porter la l'avocat général chargé parole au parlement. saurait souffrir aucune restriction de pouvoir. On n'a. . pour défendre avec passion le droit de couronne qui. dans l'affaire des régales. mais encore que particulière. pour s'en convaincre. par une marque que pour les ses grandes et saintes qualités. lui laissant entre les mains l'arme la plus redoutable contre lui- même entier. à quoi conjonctures passées m'avaient obligé ne soient point observées.LE CONCORDAT DE FRANÇOIS d'après l'ordre I"" ET LES LIBERTÉS GALLICANES. on le clergé gallican prosterné au pied de la la royauté. touchant les la déclaration faite par le clergé de France. ne part. Le concordat passé entre François si et le Léon X abrogeait ces clauses . D'une autre on vit le fier monarque contraint en définitive de s'incliner devant le saint-siége. à la royauté. qu'à afi'aires parcourir les actes du conseil du roi concernant les . car le refus des bulles suffisait pour agiter le pays tout On s'en aperçut trop tard. mais elles n'en consacraient pas moins l'asservisse- ment de l'Eghse ecclésiastiques. et s'arrogea le droit de nomination aux cures et aux évêchés^ concéda à la papauté celui de la confirmation par bulles. sages qui laissaient à TEglise droit d'élire ses dignitaires la et préservaient le royaume des envahissements de papauté. sous Louis vit tout XIV. la véné- monde j'ai connaisse. » l'Eglise gallicane fortifiées Sans doute la maximes de de fameuse déclaration de 1682 avaient empêché avec sagesse le l'immixtion d'un pouvoir étranger dans la gouvernement de France. écrire « On ne sait pas assez que Louis : XIV finit par au pape en ces termes Je suis bien aise de faire savoir à Votre Sainteté que les j'ai donné ordres nécessaires pour que les choses contenues dans mon édit du 2 mars 1682.

que la Révolution française n'a tirer les eu pour asservir l'Eglise qu'à posés par Louis associée conséquences des principes est-il XIV et Bossuet. 1. cation peut altérer dans leur publiII ou intéresser la tranquillité publique. les surpassant même par celles qu'elle provoquait pour son propre compte. l'Eglise de France devait soulever la plus vive opposition. n'en la pas moins une Eglise d'Etat très dépendante. Toutes ces résolutions sont prises pour le bien de la religion et pour celui de l'Etat qui et ne se peuvent séparer. mais elle n'en a pas moins sacrifié plus d'une liberté précieuse au profit de la grande idole française. Elle a forgé ou laissé forger pour elle le joug qui devait lui devenir insupportable dès qu'il ne serait plus d'or mais de fer et lui serait imposé par les votes d'une assemblée au lieu de lui être offert par des mains royales ^ Nous verrons. le conseil du roi pouvait déclarer. a est le essentiel. . riche et puissante qu'elle fût. leur conformité avec et d'interdire tout ce qui les maximes du royaume. comme si le moyen le plus sûr d'affermir l'union qui doit régner entre le sacerdoce et l'empire. non-seule- ment sur les expressions qui peuvent être différemment enten- dues. Manuel du droit public ecclésiastique français. mais encore sur le fond des choses. Toujours qu'étroitement comme elle l'était au dix-huitième siècle à toutes les iniquités de l'ancien régime. portait l'arrêt royal. Au dix-huitième siècle . que la puissance temporelle avant d'autoriser la publication des décrets de TEglise. sans soulever aucune opposition. 1860. — Voir aussi Dupin. car rien n'est plus triste que sa situation morale avant le jour où elle se releva par le martyre et se purifia dans son propre sang. d'empêcher qu'on n'agite dans royaume des questions téméraires ou dangereuses . a le droit d'examiner la forme de ces décrets. nous re- connaissons qu'elle a été ornée de grands talents et d'admirables vertus. je veux dire l'Etat. sans s'honorer par de hautes vertus. Nous louons d'avoir résisté aux entraînements de Tultramontanisme. » voit. était On le l'Eglise gallicane.12 DÉPENDANCE CROISSANTE VIS-A-VIS DE LA IlOïAUTÉ. sa gloire est inséparable de celle de la patrie. en effet. . Voir ma brochure sur la Liberté religieuse et la le'gislation actuelle.

et les lâches compromis sont le fréquents. le parti dominant persécute au dedans pour imposer la bulle Unigenitus.AFFAIBLISSEMENT DE LA L'état de choses FOI. un vent desséchant dans souffle sur les cœurs On prêche les chaires protestantes — dans celles qui sont debout — une la foi. suffisait à l'Egiise de France de les plus demeurer conforme à son passé pour soulever passions. Les plus mesquines passions de sacristie se donnent pleine carrière. était la 13 contiIl que nous venons de décrire nuation de ce qui existait depuis des siècles en France. ardentes Malheureusement elle était bien plus préoccupée de ses débats intérieurs et de ses intérêts temporels que de la lutte formidable à laquelle rappelaient les attaques de sophie. Depuis que Massillon la on n'a plus à signaler une parole éloquente dans chaire évangélique. se conscience publique irritée soulevait contre des institutious qui n'avaient longtemps et il éveillé aucun scrupule. le persécution cléricale ne s'arrête même pas devant dernier soupir. On en chose de plus c'est la Le parti contraire il n'est pas relevé par cette lutte sans triste grandeur. religion sans grandeur. Le et la de mort des prêtres les plus estimés est épié. y a quelque que la destruction de Port-Royal des Champs. la décadence est s'est tu. : décadence morale du jansénisme cette grande école qui . Non content de persécuter au dehors. sans mystères. et avec elle le joug romain à quiconque n'a pas renié tout esprit d'indélit pendance. Dans visible à tous les sein de l'Eglise de France.siron excepte quelques accents d'une rudesse étudiée du père Bridaine. du parlement. du moins du des défenseurs du christianisme. l'histoire religieuse du dix-huitième côté La piété languit la science est nulle. Le bruit de ces querelles mesquines remplit les audiences est assourdi et irrité. yeux. qui n'a ni les hardiesses de la philosophie ni celles de La place est démantelée. En Angleterre et en Allemagne et les esprits. avait n'y de changé que les la disposition des esprits^ mais cela suffisait pour que abus qui avaient été tolérés ou passés sous silence la apparussent sous leur vrai jour. triste comme . on traite avec les opinions du jour. la philo- Rien n'est siècle.

. la vérité aurait fallu d'ailleurs qu'ils pussent dégager la de l'Evangile de tout ce qui surchargeait et la ren- dait haïssable dans une Eghse privilégiée. le d'anathémal'autorité. Partout où l'on parle seul on parle dans le vide. et les persécutés prêtent à rire. opulente et oppressive. Tandis que la croyance demeurait intacte. et l'ont illustrée par l'in- d'innombrables chefs-d'œuvre. philosophisme et surtout de dénoncer à les en recommandant pour des bénéfices signalés dans écrivains qui s'étaient une guerre sainte sans péril et par conséquent sans le gloire. Il semble qu'il prenne à tâche de prêter le flanc aux at- taques. Les persécuteurs excitent dignation. L'insuffisance des réfutations individuelles sait recourir aux coups d'autorité et aux condamnations Il offi- cielles. les convulsionnaires de Saint-Médard passent pour héritiers directs des saints et des héros qui ont représenté l'austérité et la liberté dans l'Eglise de France . les si répliques ne s'élèvent pas au-dessus d'un indiet l'abbé Guenée^. Cette attitude faite de saint Michel écrasant démon était peu était pour ramener les esprits. Est-il une situation plus déplorable ! Et cependant les attaques de la philosophie sont plus presIl santes et toujours mieux écoutées. était plus commode de pulvériser l'erreur dans un mandement armes tations affiché à la porte des cathédrales que de la réfuter à égales. chaque fois qu'elles se réunissent. si celui qu'on ne voit pas. mais c'était oublier toute l'impuissance des réfu- de ce genre. France Saint-Cyran et Pascal est vraiment tombée en enfance. les l'on excepte cham- pions de la foi ne surent montrer Il ni vigueur d'argumentation^ ni science solide. Le plus souvent geste fatras. Les assemblées du clergé depuis le dix-huitième siècle ne manquent tiser le pas. On ne s'y entretient plus que de miracles apocryles phes. Duguet faut bien y répondre. les Les Nonotte et Baruel faisaient la partie belle à Voltaire et à fai- l'Encyclopédie.M a donné à la AFFAIBLISSEMENT DE LA FOI. celui qui est la retraite. la foi véritable s'affaiblissait de plus en plus même dans au sein du clergé. et qu'ensuite les champions de la cause céleste ne se présentaient pas au combat avec la pureté immaculée qui sied à officielle un tel rôle. parce que d'abord l'adversaire enchaîné.

le Mais tout monde pensait qu'il y avait quelque chose de pire que le vol du collier. évêque de Strasbourg la grand aumônier de intrigante de bas le France. il porte et parfums du boudoir. était damnation de Galas prononcée sous de faite pour précipiter sans mesure le mouvement il d'opposition. s'attaqua bientôt aux données élémentaires du spiritualisme. la En 1785. L'aristocratie ex.MAXIMES B^INTOLÉIUNCE. le procès scandaleux du collier de l'Eglise et et reine avait gravement compromis un prince de dinal de de l'Etat. en de l'espoir d'obtenir à ce prix les faveurs de la reine. en en laissant les peines et les fatigues ploitait au roturier qu'il avait mis à sa place. Trop souvent à l'autel les libres il sert une messe à laquelle il ne croit plus. largement toutes les hautes positions de TEgiise elle en recevait des rentes considérables en ne donnant guère en échange travail était que ses beaux noms. qui du bruit à la cour. mais sans oublier les jamais de signaler en les exagérant gion du pays» Voltaire les avait abus palpables de la reli- couverts d'un ridicule immortel. à Paris. se signale par de déplorables scandales. étaient maintenues avec un soin jaloux par ce clergé discrédité. ce droit de com- mende que les qui permettait au noble titulaire d'un bénéfice de n'avoir avantages de la charge. Qu'on n'oublie pas que toutes les mesures de rigueur et de persécution obtenues de Louis XIV. Ainsi l'opu- lence était en raison inverse du travail. La contelles influences. avait sans doute été étage. c'était son achat dans un tel dessein par l'un des premiers prélats du royaume. celui qu'on voit. Quel mépris ne devait-on pas éprouver pour ces dole sourire et le minicains musqués qui. qui lui avait escroqué flattant dupe d'une une parure d'un prix énorme. Le car- Rohan. bon mot aux lèvres. Le bas clergé sur lequel pesait le la voué à portion congrue et vivait misérablement. sans rappeler en rien son moyen sombre enthousiasme. en province. conserve dans Tombre fait croyances et les vertus de son état. . sans être bien sûrs de leur propre croyance. La race des abbés galants . dans les 15 les campagnes. jouaient au âge. On sait que passant par-dessus les plus l'Eglise. penseurs est nombreuse ils encombrent les salons et ils rappellent l'un des plus grands abus de l'Eglise.

On n'ose pas. la boue pour ses exécutions Nous avons donc en présence. on reconnaît d'abord qu'on le posé à laisser subsister sur même pied le vaste et dispendieux établissement qui épuise à son profit les meilleures ressources du pays. Machault. la se prononçait vive- entre les mains s'en du nation n'éprouvait aucune impatience de est naturellement bien plus ardente emparer. La France pour les idées gé- nérales que pour les intérêts. dans ses Considérations sur l'histoire de France.i6 310UVEMEKT D OPINION CONTRE L EGLISE. mais on y revient sans cesse par voie d'allusion. elle revendiquait déjà avec passion la tolérance pour toutes les » . Mais si l'opinion publique ment contre l'accumulation des richesses clergé. la fin du dix-huitième deux tendances irréconciliables qui exagérations. tantôt en prodiguant les sarcasmes à l'inutilité de la vie monacale avec satirique de une ironie concentrée par la plume magistralement ou avec Montesquieu dans rissable. fécond et incisif de tairienne. Ce que ces attaques avaient d'outré augmentait leur succès en servant la passion du moment. et pour qu'elle mît sa forte volonté à modifier les conditions la pression Il de la propriété ecclésiastique. parler clairement sur ce point déhcat. exprima l'intention le déficit d'aliéner une portion des biens du clergé pour couvrir du trésor royal. se poussent mutuelle- ment aux dernières vation sociale. cette verve intala raillerie vol- génie souple. vers siècle. que déjà au milieu du siècle un contrôleur général ose proposer l'une des mesures les plus hardies de la Consti- tuante de 1789 et ne craint pas de s'attaquer au domaine sacré et inaliénable de l'Eglise. Si On peut le prévoir combien il sera difficile de s'entendre quand viendra à se rendre moment de la la réno- Ton cherche compte de ce que Ton portion libérale n'est point dis- veut en fait de réformes ecclésiastiques dans de la société laïque. sans doute. tantôt en discutant comme Mably. L'opinion publique a fait de tels progrès dans cette direction. La colère qui ne raisonne pas ra- masse volontiers des pierres dans sommaires. il fallait des circonstances. enlTiO. ce ses Lettres persanes. n'en était pas de même du second objet de ses aspirations. l'origine des dîmes et des biens de l'Eglise.

chrétiens. avait inscrit la liberté religieuse en tête de la constitution de l'Etat fondé sous ses auspices. pensée des crimes de l'intolé- On se trompe seulement quand on prétend que sans lui elle n'existerait qu'il a inventé le la tolérance. xiv. si nets à cet égard. dût-elle la bouleverser. XX Yl. bien loin de tirer les conséquences de ces belles maximes. Je ne sais avait la fièvre à tous les anniversaires de la Saint-Barthélémy.\\\. . La force des principale de la religion vient de ce qu'on la croit lois la force humaines vient de ce qu'on les craint^. Mon- tesquieu nie formellement l'une des premières applications de la liberté religieuse en refusant à « une religion nouvelle le droit de propagande. cette noble d une indignation non rance. Ibid. lorsque vous voulez la faire recevoir par des supplices . l'éternel la honneur de Voltaire d'avoir s'il il vraiment et sincèrement aimé tolérance. c'est son triomphe sur les cœurs et les esprits et non pas cette impuissance que vous avouez *. opinions. et vous ne voulez pas Le caractère de la vérité. ch. et elle était bien décidée à modifier à cet égard Tancienne société. n'est pas est cerfièvre sûr qu'on lui ait toujours tâté le pouls ce jour-là. et pas dans monde cela est matériellement faux. Sans parler des premiers apologistes du christianisme. Gomme il n'y a guère zèle que les religions intolé- rantes qui aient un grand pour s'établir ailleurs. au siècle précédent. quand met dans bouche d'une jeune juive une éloquente protestation la contre « persécution rehgieuse. les penseurs les plus hardis ou les plus profonds y apportaient d'étranges restrictions. ainsi conçue : Vous voulez que nous soyons l'être. Island en Le petit Etat la de Rhode- Amérique s'était honoré par la pratique plus éclairée saisi de ce grand principe. mais il tain qu'il avait la fièvre dans Fespritet feinte. à la le cœur. 17 La liberté de pensée la et de croyance était en première ligne sur le programme de Ce sera nouvelle génération. il Nous applaudissons à Montesquieu. libres En France. Guillaume Penn. XXV. Esprit des lois.LA TOLÉRANCE UNIVERSELLEMENT RÉCLAMÉE. parce 1. liv. ch. » Et cependant. 2. II. Nous devons ajouter qu'il n'avait été dans toutes ses conséquences qu'au delà de l'Océan..

» Ainsi. il faut la tolérer et » On croirait lire un contemporain de Trajan de la religion : de Pline le idée ro- Jeune. ce sera une très bonne satisfait loi civile de la religion déjà établie. *. Il est donc que les lois exigent de ces diverses religions. et les suffi à mancoup dements de Monseigneur de Beaumont avaient son instruc- tion à cet égard. les autres qu'une religion qui peut tolérer ne songe guère à sa lorsque l'Etat est l'établis- propagation. quand a elle la recevoir. On comprend de quel poids ont dû peser. Esprit des lois. du Parlement de Paris. ou de ne pas ne faut pas l'y établir . Ne sent-on pas percer dans ces mots la vieille maine blic? et française pour l'Etat et pour l'ordre puont cru devoir Montesquieu ajoute « il Lorsque les lois souffrir plusieurs religions. C'était lui qui avait. l'or- dans nos premières assemblées délibérantes. après tout. Voici donc politiques en fait de religion. XXV. ce programme du renouvellement le 1. qui avait brûler son Emile. ses idées sur ganisation de la religion. liv. parce qu'il avait apporté au mouvement novateur le sa passion sérieuse et commu- niqué à la jeune génération feu qui rongeait son cœur. certes. faut aussi qu'elles les obligent à se utile tolérer entre elles. principe fondamental des lois est maître Quand on y de recevoir il dans un Etat une nouvelle religion. l'Etat. x. non-seulement qu'elles ne troublent pas l'Etat. Le partisan de la tolérance. ch. porté le le plus terrible à l'ancienne société française. Chose étrange! cette charte révolution future. . L'arrêt fait ci- était.18 LA LIBERTÉ RELIGIEUSE MAL COMPRISE. Les religions n'existent que lui sous sa surveillance. germe a eu son plein épanouissement. La du clergé et les lois de germinal an X sont en le Dans Rousseau. Aussi> eut-il le funeste honneur de faire à son image la révolution franla çaise. est établie. tout en revient à l'autorisation de sous son bon plaisir. C'est. et c'est constitution civile qui pacifie leurs désaccords. Il régna sans contestation sur sa période plus puissante et la plus dévastatrice. toyen de Genève germe dans ces paroles hautaines. mais aussi qu'elles ne se troublent pas entre elles. le de ne point souffrir sement d'une autre. à son Contrat social qu'il faut en demander de la la formule la plus précise.

insociable. c'est la prétention d'empêcher la manifestation telle est publique des dissidences individuelles. fixer les articles. Or bien : la pensée de Rousseau. a commis le plus grand des crimes. mais comme lois. » A la lecture de ces lignes. dents. c'est la religion d'Etat mise à portion congrue en fait de dogmes. qu'il représente le . comme ne les croyant pas. de l'Etre suprême en face de le Rousseau aurait détesté tout premier l'application . il sans pouvoir obliger personne à croit pas. car quelque insolentes pour la conscience les humaine qu'aient du été prétentions des tyrannies religieuses le for passé. justice.FUNESTE INFLUENCE DE ROUSSEAU. avait à maintenir le catéchisme aussi implacable que si elle du concile de Trente. c'est magnole. qu'il n'est pas personnifié dans entier et qu'il a un seul homme. c'est la une le la sorte de déisme gallican avec même sanction terrible que gallicanisme de 1682 et 1685. la pensée est toujours demeurée le libre et insaisissable. peuple pour Versailles un forum tumultueux mais il n'en est pas moins absolu. car c'est il comme un : anéantit toute initiative. Mais ce qui a partout caractérisé despo- tisme rehgieux. toute liberté individuelle un despote au sens le plus réel du mot. dri. est vrai que souverain s'appelle Légion. plus hardi est tout 1^ imbu des idées favorites de Bossuet. absorbant gouffre. elles n'ont jamais franchi intérieur. a menti devant les lois. Le Contrat Il pour tout le dire. la d'immoler au besoin sa quelqu'un. et laisse à chaque citoyen le droit de despote ce penser ce qu'il lui plaît. non comme impie. mais la concession n'est pas grande. Le glaive est tiré pour un formulaire amoinLouis XIV en car- mais il n'en est pas moins tiré aux yeux effrayés des dissisocial. indiscutable. après avoir reconnu publiquement ces se conduit il Que si dogmes. Rousseau veut que soit bon prince. qu'il il soit puni de mort. la fête il me semble voir dans le lointain la Robespierre célébrant guillotine. peut bannir de l'Etat quiconque ne les peut le bannir. et comme incapable d'aimer sincèrement les vie à ses devoirs. mais aussi rigoureuse. qu'on en juge par ses propres paroles « Il y a une profession de foi purement civile dont il appar- tient au souverain de les croire il .

propre théorie. rieur à la révolution des temps et à la licence des opinions. résolutions qui. en définitive. C'est pour remplir ces vœux et ces charges que et les biens du clergé. par l'organe du cardinal de projets Rochefoucault. porte le Mémoire présenté au roi. pour première fois. prennent leur source dans la consécration. on ''églant comprend qu'elle ait commis de grandes fautes en les relations de l'Etat et l'Eglise.20 de sa OPINIONS ARRIÉRÉES DES ASSEMBLÉES DU CLERGÉ. » . a porté le royaume au plus haut degré de splendeur. par la force la France supé- de son esprit. dans l'espoir d'obtenir l'apaisement des querelles religieuses. Nous oserons : dire à un maître dont la magnificence égale puissance Notre con- science et notre honneur ne nous permettent pas de consentir à changer en tribut nécessaire ce qui ne peut être que l'offrande de notre amour. En la 1788. mais quand on songe quil la a. Evidemment elle était mal de préparée par son éloquent précepteur à sauvegarder la la liberté conscience. soumettaient à l'impôt toutes les terres. l'Assemblée du clergé appelée à voter sur les résolu- tions adoptées par l'Assemblée des notables. y com- pris les biens ecclésiastiques. contre la les deMachault et contre l'édit de même année qui rendait obligatoire Tautorisation royale pour toute nouvelle acquisition le ou fondation. par un consentement irrévocable du roi forment un domaine inaliénable et sacré. formé en grande partie génération qui a les plus fait la Révolution. La cour céda sur premier point. ces biens sont voués. Nous le voyons en 1749 protester énergiquela ment. avec exemption de toute charge étrangère à leur destination. « Nos immunités. consacrés à Dieu. protesta avec une grande énergie lois divines contre une innovation qui et lui semblait bouleverser les humaines. Ce que nous avons tième siècle explique dit de l'état moral du clergé au dix-huien face des réclamations et sur l'into- l'attitude qu'il prit de l'opinion publique sur l'emploi de ses richesses lérance des lois. et Machault fut sacrifié aux implacables rancunes des propriétaires ecclésiastiques. la de la nation. la destination et l'atlraiichisse- ment primitif de nos biens . Plaise à Dieu de conserver toujours à cette antique constitution qui.

qui avait respiré aux Etats-Unis 1. le marquis de la Fayette. Introduction à la réimpression du Moniteur ^ p. la magistrature alarmée de toutes les iniquités favorisées par l'absence d'état civil. François Rochette le avait exécuté en 1762. archevêque d'Arles. avait cherché divers expédients juridiques pour tourner la difliculté. lisait-on le Les provinces consternées. Etait-il mieux disposé pour la to- lérance des opinions? il Nous avons rappelé avec quelle insistance invoquait la répression légale contre les écrits des philosophes. sinon du protestantisme au moins des protestants par la concession d'un état et civil régulier. Mémoire pré- senté sur ce sujet par Dulau. depuis quelques années. Telle était en 1788 l'opinion 21 du haut clergé en ce qui concerne les propriétés ecclésiastiques. On décida de dénoncer au dans roi toute « opinion contraire au christianisme. composé en 1785 en n86 deux mémoires sur en y joignant un projet de loi. . mais ces expédients qui variaient d'un ressort à l'autre étaient très insuffisants. L^explosion d'indignation soulevée par ce dernier crime et éloquemment entretenue par Voltaire avait plus avancé la cause du protestan- tisme qu'un demi-siècle de souffrances obscures. de aux extrémités du royaume ^ » Ce qui est plus grave. Malesherbes avait cette matière. mais on avait honte de la proscription dont était frappée une des classes les plus honorables de la population.OPPOSITION AUX RÉFORMES. disons mieux. de Louis XiV. Nous avons déjà que le dix-huitième siècle avait maintenu à leur égard la législation . et mort. cette redoutable nuée productions antichrétiennes répandues avec impunité. On n'osait pas encore demander de le tolérer comme religion. c'est l'attitude des dernières assemblées dit du clergé à l'égard des protestants. défèrent una- nimement à la sollicitude du de Tenceinte de la capitale clergé général. Les amis de la tolérance poussaient ouvertement à la reconnais- sance légale. été Un de leurs pasteurs la . A l'Assemblée des notables de 1787. meurtre juridique de Calas remontait à la même époque. pour les protestants. Déjà. Ces réclamations déjà fort vives furent empreintes d'une particulière amertume en 1781 et en 1782. 365.

Rien ne répondait mieux au sentiment public que ces concessions faites aux persécutés. les officiers 2° la permission de se marier légalement devant justice. portait dans son préambule que le roi favoriserait toujours de tout son pouvoir les moyens d'instruction et de persuasion qui tendraient au bien de tous ses sujets par la profession L'article l^r était ainsi commune de conçu : l'ancienne foi du royaume. prit l'initiative d'une proposition formelle qui aboutit à Tédit de tolérance de 1787. le S^* l'autorisation de faire constater les naissances la devant juge du lieu. religion catholique. d'Espréménil s'écria en montrant l'image Christ à ses collègues fois ? : du « Voulez-vous le crucifier encore une les » mais cette boutade ridicule aussi bien que timides réclamations du parlement n'étaient provoquées que par l'esprit d'opposition dont ce grand corps était alors animé contre tout ce qui venait de la cour. Et cependant elles soulevèrent plus vive. 4« un règlement pour le rite sépulture de ceux qui ne pouvaient être ensevelis selon catholique-romaine Ces concessions étaient très importantes sans doute dans la pratique. mais elles ne portaient aucune atteinte aux principes de l'anla foi la cienne société. l'unité de du royaume était sauvegardée. HUtoire des Pmlestants de Fronce. par une tionné sion : de pudeur religieuse. la plus inconcevable elles opposition dans les assemblées du clergé au moment où étaient réclamées. dont le sorte nom. » L'édit accordait aux non-catholiques. aposto- « La lique et romaine continuera de jouir seule dans notre royaume du culte public. 543 et 549. . car l'éclat et le il avait fallu mouvement d'une discussion mordante et spirituelle 1. p. Fair de la liberté. Rien ne peut la législation française la mieux faire reli- en fait de liberté gieuse à cette époque que vive satisfaction qui accueillit la Il publication d'un édit semblable. Le parlement de Paris fit bien quelques remontrances avant l'enregistrement. n'était pas même menune profesde 1" le droit de vivre en France et d'y exercer être inquiétés ou un métier sans pour cause de religion. depuis que leur cause avait été plaidée par les philosophes. puis vivement applaudies dans la société laï- que.^ apprécier Tétat de OPPOSITION AUX REFORMES. De Félice.

tout présage une cri tempête violente. On lit les paroles suivantes dans le rapport pré: senté en 1789 par l'abbé de la Rochefoucauld «Cette secte qui. vous est réservé de porter Etats. au milieu de ses ruines. : vous réprouverez les conseils d'une fausse paix. du sacre de Louis XVI. Lors prélat. Sire. secte a l'audace de ré- clamer une existence civile et religieuse! De nécessité d'opposer une résistance vigoureuse à tous ses efforts. car les protestants sont admis. cessa de protester contre ce mouvement de Topinion en faveur les des protestants et surtout contre mesures incomplètement réparatrices qu'il avait amenées.OPPOSITION AUX RÉFORMES. archevêque de Toulouse. . » vous assurerez pour vos sujets l'unité du culte chrétien. nos conci- toyens. veut usurper pour des droits qui n'appartiennent qu'à s'en souvient. ne différez pas d'ôter à Terreur Tespoir d'avoir Il parmi nous le des temples et des autels. » L'ar- chevêque d'Arles la fit entendre une voix plus autorisée dans lui la même assemblée. avait tenu ce langage au monarque a Sire. Lomé- nie de Brienne. : pousse » des disciples en détresse est « Seigneur. Les assemblées du clergé tenues depuis l'avènement de Louis XVI jusqu'à la Révolution se plaignent continuellement la liberté des tentatives faites par les protestants pour conquérir de conscience. Selon patrie et l'Eglise et il sont en le danger. dans un grand nombre de charges. le 23 haut clergé ne pour la rendre intéressante en France. un moins connu par ses vertus que par son ambition. sauvez-nous! Le royaume en péril. Toujours nous les aimerons et les chérirons. excluez-les sans distinction et de toutes les charges de l'administration publique. Seul. conserve l'esprit d'audace et d'indépenle dance qu'elle eut dès son origine. nos frères. contraire- ment aux pêche pas lois. du droit de ne pas être « Cette traité comme une là la fauve traquée dans les bois. mensonge on bête » Il s'agissait. Cela n'emses le bon archevêque de protester de son amour pour « Ils frères égarés. Nous vous en conjurons. la vérité. les système^ d'une tolérance coupable. dernier coup au calvinisme dans vos les Ordonnez qu'on dissipe assemblées schismatiques des protestants. sont toujours nos semblables.

XII. Plus conservent avec un soin jaloux leurs l'étude de l'histoire. Nous aurons plus d'une fois l'occasion de regretter car. liv. La milice à laquelle nous sommes appelés est purement spirituelle. Nous verrons 1. Nous n'avons point Eglise de France. » L'orateur oubliait ces plumes agiles chargées par Bossuet dans son oraison funèbre sur Letellier. mais le il portait poids d'une erreur séculaire. l'assemblée roi du clergé. i. tenue en 1788. Histoire de l'Eglise de France. nous ne serons pas étonné du conflit redoutable qui éclata en 4789. L'ar- chevêque d'Arles déclarait qu'il mettait toute sa confiance dans les touchantes et lumineuses instructions de TEgliseet ses exem- ples instructifs. plus on avance dans on se convainc de la facilité inouïe avec laquelle la nature humaine unit les contradictions les plus étranges. Ce fut son dernier acte pubhc et comme son testaments Heureusement ne fut recueilli par personne en France. de porter aux siècles futurs la connaissance des exploits de ce saint homme pour extirper Thérésie par la plus abominable persécution. . la seule pensée de Tépée. Mais ni les instructions ne lui paraissaient assez lumineuses^ ni les exemples assez instructifs pour qu'il se dispensât de supplier la puissance temporelle d'y ajouter facile à le poids d'une instruction pratique plus comprendre. cité ces faits pour discréditer l'ancienne celui-là De grands corps comme qu'ils ne s'éclairent que lentement parce traditions. les partis en iutte partaient du même les principe des mêmes armes. Certes le haut clergé français comptait dans ses rangs plus d'un esprit élevé et d'une tournure libérale. demanda formellement au le legs de revenir sur son édit de tolérance. tout que leur opposition ne en se combattant. et se servaient soit pas plus radicale au fond. Les sabres des dragons et le fer du bourreau ne pouvaient passer pour une houlette pacifique.24 Loin de nous OPPOSITION AUX RÉFORMES. par l'abbé Guettée. elle est constamment généreux se tempérée par l'inconséquence. Maintenant que nous avons caractérisé les tendances qui vont entrer en lutte. ch. Les sentiments trouvent chez le même homme à côté des préjugés les plus funestes.

car ils avaient était que son jour venu. archevêque de Vienne.DISTINCTION ENTRE LE HAUT ET LE BAS CLERGÉ. se relèveront sous l'opprobre et la persécution. La noblesse y occupait toutes les charges lucratives et toutes les positions brillantes souffle . en grande sen- partie de cette bourgeoisie intelligente et énergique qui tait imbu de ses opinions. avait atteint les prélats gentilshommes. Les couvents en- combrés d'hommes sans vocation retraite plus religieuse cachaient dans leur lui- d'un agitateur dangereux. acclamé par eux tant qu'il s'était fait leur docile Cet aperçu de l'état du clergé français serait incomplet si nous ne parlions que de ses hauts dignitaires. mais sans ébranler leurs préjugés ecclésiastiques proprement dits. D'un autre côté. gnan. assaillis à leur tour dans ce for intérieur qu'ils n'avaient pas res- pecté chez leurs frères. il degré imaginable. ils y demeu- raient invariablement fidèles. Il comptait dans ses rangs un certain nombre de jansénistes qui appartenaient d'avance au parti du mouvement. civil. à l'exception de Lefranc de Pompi. le de rénovation qui passait alors sur fait l'aristocratie et qui lui avait courir la glorieuse aventure de la guerre d'Amé- rique. la violenter outrageusement chez leurs adversaires. était mécontentement continuel. les opinions du clergé inférieur ne dé- passaient pas la mesure d'un libéralisme modéré mais très ferme . C'est à leurs dépens que l'union de l'Eglise et de l'Etat s'était resserrée étroitement depuis un siècle. à la fausse unité religieuse et sous prétexte d'affranchir la conscience. ceux-ci. est vrai et du jeune évêque d'Autun il que celui-ci avait la vocation ecclésiastique ïl au plus faible inférieur. encore inconnu à même. eux aussi. sacrifier. il était les plus justes griefs à faire valoir contre l'ancien ordre de choses. Sur l'ensemble. 25 novateurs les plus hardis défendre la cause de la tolérance par des mesures intolérantes. tenu dans disposé à un dépendance de ses supérieurs. et sans le savoir travailleront par leurs souflrances à conquérir cette liberté de conscience qu'ils n'avaient su ni comprendre ni protéger contré le despotisme du pouvoir instrument. blessés dans ces droits sacrés qu'ils n'avaient pas admis aux jours de leur prospérité . n'en était pas de la même du clergé Sorti Mal payé.

L'abbé Gouttes publia des considérations Sur tentions l'injustice des préla du clergé et de la noblesse. car chaque même après avoir été chèrement payée. Il pas possible de porter main sur l'Etat sans la porter en même temps sur l'Eglise. Ce fut un abbé de la convocation des Etats généraux. et très décidé. . qui devait jouer prochainevit ment un si grand rôle. lors religieuses du passé. et ne rencontrer d'autre obstacle à leur réahsation n'était que leurs rivalités la et leurs contradictions.516 DISTINCTION ENTRE LE HAUT ET LE BAS CLERGÉ. car TOuest et le Midi appartenaient aux passions qui. n'était intitulé Le Gloria in était du peuple. Aussi allons-nous voir la question de leurs relations se poser dès le début de la Révolution avec tous ses périls. du moins dans les provinces du centre et de l'Est de la France. faute reconnue. et aussi de progrès en progrès. ses Lettres même : poindre Tesprit révolutionnaire avec toutes ses exagérations dans l'opus- cule d'un prêtre excelsis du diocèse d'Auxerre. Tel au point de vue spécial dont nous nous occupons l'état des esprits au moment où toutes les aspirations novatrices allaient se pro- duire librement au grand jour. de faute en faute. con- tribue à dégager l'avenir. prononça la parole décisive qui devait tran- cher comme un glaive la question capitale de la représentation la des divers ordres à prochaine assemblée. On lettres Sur liberté politique. mais ce qu'une exception. La brochure de la plus précise et la plus ailes et lui Tabbé Sieyès donna son expression heureuse au sentiment public ajouter . tant ils étaient étroitement soli- daires sous l'ancien régime. mais pour marcher irrésistiblement à sa solution. c'était lui prêter des et une force irrésistible de circulation d'impulsion. Tabbé Pacot des aux curés. et Tabbé Grégoire.

renferme de précieux détails sur faite de 1789. LA CONSTITUANTE.LIVRE I. Ne vous moquez jamais de le votre jeunesse disait un grand poëte. Cet ouvrage a heureusement inédits. 1863. — Le premier débat sur la liberté des cultes ^ Tout a été dit sur cette heure unique de notre histoire où la avant tous les débats irritants France se sentit vivre dans une représentation nationale digne d^elle. Les élections. la On peut consulter avec fruit sur cette première période de l'histoire de Révolution. . après les sources ordinaires. Chassin. Ce livre. cette confiance illimitée sitôt 1. par On lira aussi Ch. et vit l'avenir sous les couleurs brillantes de ce beau soleil de mai qui et éclairait l'ouverture de ses Etats généraux attendus deur. réclamés avec tant d'ar. malGénie de la Révolution. Paris. CHAPITRE P^ Préliminaires législatifs. par été fait M. Respectons également cette saison rapide d'enthousiasme pour bien public^ d'autant plus admirable qu'elle a fleuri dans une race qui semblait vieillie. empreint d'une grande amertume contre les violences le christianisme et d'une indulgence excessive pour les élections de la Révolution.-L. VHistoire de Louis XVI. en partie sur avec fruit les le Mémoires de Malouet. ne tournons pas en dérision cette facilité à tout espérer. et une anajvse bien des cahiers des divers ordres. ton^e I. Droz.

un recrutement militaire moins oppressif et moins humiliant pour le le peuple. et dont per- sonne ne sera exempt. non point par des promesses. Les cahiers du clergé se distinguent par leur libéralisme. sont contraires à la liberté la li- berté illimitée du travail. du régime féodal. dit M. S'il y a encore aujourd'hui d'invincibles résis- tances à l'aplatissement général. Il demande la destruction des prila publi- sons d'Etat. Sans ce que vous appelez des illusions^ rien n^eût été entrepris. tels rité que de l'impôt. de Tocqueville. à Versailles. cela n^empêche printemps d'avoir eu sa sève bouillante. lieu et malgré la solennité du de la circonstance. Si Tété ne répond pas au printemps. suftisait d'ouvrir les cahiers des divers ordres. l'inamovibilité les de tous les juges. rait dire Du jour où cet idéal aurait disparu^ : on pour- pour l'Europe moderne Le Bas-Empire est fait. la destruction des douanes intérieures. pas le OUVERTURE DES ÉTATS GÉNÉRAUX. l'abolition des tribunaux exceptionnels. aussi aussi favorable à liberté civile. d'incurables regrets et de géné- reuses aspirations.28 trompée. qui. mais par une procédure analogue à celle de Vhabeas corpus. « Il pri- s'y montre. l'ad- missibilité de tous citoyens aux emplois. L'évêquede Nancy. . dans tout ce qui ne concerne pas les vilèges de l'Eglise. la régula- de la convocation des Etats généraux et la réforme des abus inhérents au régime féodal. cité de tous les débats. aussi la ennemi du despotisme. Elles demeurent après tout l'idéal qui plane sur notre histoire. on eût pu se convaincre des profonds dissentiments qui couvaient il dans les cœurs. aucun lésultat n'eût été obtenu. que. dit-il. il fut interrompu par des applaudissements. c'est qu'il reste encore quelque chose des illusions de 1789. sortis rachat des droits seigneuriaux. et amoureux de il la liberté politique la que le tiers état ou la no- blesse. Cependant. lesquels ne doi- vent être ouverts qu'au seul mérite. répondit si bien aux sentiments qui remplissaient les cœurs. . Le clergé subit fortement l'ascendant de cet enthousiasme le universel. proclame que hberté individuelle doit être garantie. dès ce premier jour. Ce n'est pas qu'il n'y eût un accord complet sur plusieurs points l'égale répartition très importants. qui prêchait sermon d'inaugura- tion des Etats généraux dans l'église Saint-Louis.

\. des établissements laïques de bienfaisance dans toutes les campagnes. Quand ils émanent d'as- 1. Vous porterez au personne sacrée diffé- fond du cœur le et vous témoignerez en toute circonstance l'amour le Il plus sacré et » plus respectueux pour est juste la de Sa Majesté^. que leurs députés soient inviolables et que les ministres leur demeun'y rent toujours responsables ^ » Peut-êtreM. nous retrouvons chez lui les mêmes prétentions qu'il n'avait cessé d'exprimer lit : dans ses assemblées périodiques. Sauf de rares exceptions. V Ancien Régime et la Révolution. l'ordre social et la liberté des peuples vous vous tiendrez en garde contre les insinuations frauduleuses. cependant de remarquer des rences importantes dans ces cahiers. le clergé pas en arrière des autres ordres. soient réunis tous les les Etats ans . librement élus. Mais ce et dément dès qu'il s'agit de ses privilèges de sa position dans l'Etat. qu'il est même plus hbéral que la noblesse. Chassin. assure-t-il. à son honneur. 316.LES CAHIERS BU CLERGÉ. qu'il insistait la traite et fortement sur l'abolition de libéralisme se de l'esclavage. Voici ce que l'on dans « le cahier de l'assemblée générale des électeurs du clergé Vous imposerez à la nation assemblée le respect profond que doivent attirer à la religion chrétienne la divinité de son origine et la . gravité de sa morale vous indiquerez aux Etats généraux les moyens de lui rendre toute l'influence qu'elle doit avoir sur . Dans la politique la proprement dite. p. mais n'en est pas moins certain n^'est que pour ce qui concerne les droits politiques. la multiplication 29 des écoles privées. ne peut être forcé à payer une taxe qu'il n'a pas votée lui-même ou par représentant. bien qu'il soit encore très divisé sur la question du vote par tête. il proclame plus haut que personne. Nul Français. qu'ils dis- cutent en présence de la nation toutes les grandes affaires. 198. y. que na- tion a le droit imprescriptible et inaliénable de s'assembler faire pour des lois et voter librement Timpôt. Le clergé demande encore que généraux. Géiiie de la Révolution. Reconnaissons. 2. de Tocqueville a-t-il attribué au clergé tout entier avait trace un libéralisme avancé dont il il que dans quelques cahiers. .

Les cahiers du tiers état et un bon la nombre de ceux de noblesse réclamaient ouvertement con- sécration de la tolérance sans oser encore demander l'abandon d'une religion nationale. aristocratie^. Mémoires de Bailly. tance était grande entre de telles vues et celles qui étaient for- mulées sur les mêmes points dans les cahiers était telle. aux modération et à ^ Mais la ce hbéralisme ne va pas jusqu'à recon- naître la liberté de conscience. mais l'ordre Le cahier rédigé par la députation de Paris manifeste cette profonde dissidence.30 LES CAHIERS la DU CLERGÉ. 2i Génie de la Révolution. il le clergé insiste sur la nécessité de en France la religion catholique comme religion demande qu'on Il arrête la publication de tout écrit antiqu'il a religieux. avoue sans détour besoin de se réformer à bien des égards. réclame leur maintien. Enfin tout en admettant la nécessité de rétablir la discipline et il de modifier l'organisation la dis- des ordres monastiques. évêque de Blois. La force de de l'opinion publique ses Mémoires. et Il veut qu'on s'occupe activement de l'instruction la de l'éducation de jeunesse. Tout en admettant que la religion catholique est la religion dominante en France. maintenir d'Etat. 253. Chassin. ce que rapporte Bailly dans les électeurs que dans réunion pour choisir cri : on entendait de toute part ce « Point de clergé. Certes. . point l'état de clergé!» On ne voulait pas supprimer ecclésiastique *. mais c'est à la condition qu'on lui conservera toutes ses prérogatives.!. offre moitié de son revenu à la patrie et Tarchevêque de Bordeaux sujets la prêche aux grands tous la concorde les sacrifices. Paris. 254. dans son mandement de carême de 1789. p. ne parle que de l'anarchie et delà subversion préparées la par les idées nouvelles. mais les ils haute revendiquent du peuple partout où curés ont été en majorité. à la du tiers. est divisé. I. archevêque de Lyon. ils insistent sur le le droit semblées où prédomine droit divin. p. par la on y déclare nettement que la religion s'établit persua^ 1. ïhémines. mais la majorité de ses cahiers vote pour qu'elle soit confiée à l'Eglise. Le haut clergé lui-même Tandis qu'Alexandre de Marbœuf. 19.

et que la ordonnant la tolérance civile. L'idée même du sacerdoce lui faisait de l'isolement. et jamais par la contrainte. « 31 religion chrétienne sion. La délibération sur le vote par ordre ou par tête aux Etats généla raux révéla de suite cette division. Le sort de çaise Révolution fran- en dépendait. le clergé avait les lacs sans cru devoir jus- qu'alors conserver une existence distincte dans la patrie et se sé- parer de la masse de la nation. aucune innovation ne devait égaler l'importance d'une résolution qui mettait fin décidément à l'ère des privilèges. tout citoyen doit jouir de la liberté . Ni la royauté. ni la majorité du clergé le n'étaient pré- parés à un pareil bouleversement. la question de forme devenait la question de fond par excellence. qu'il faut abolir le cumul religion faits à l'avenir ne sau- des bénéfices. c'était vi- car faire discuter ceux-ci par la majorité des non-privilégiés. Semblable à ces fleuves qui traversent y confondre leurs eaux. dont nous avait avons seul à nous occuper. qu'aucun dignitaire du clergé ne doit la être dispensé du devoir de les résidence. comme et ce qui est sacré se sépare 1 . . ni la noblesse. 3^5.REUNION DÈS ORDRES. particnlière de sa conscience que tout transport de deniers à Rome doit être interdit. par Bûchez Roux. I. la réunion avec les communes une gravité sans une loi pareille. p. c'était pour les deux ordres qui en vaient se placer eux-mêmes sous le niveau qui allait passer sur la société entière et effacer toutes les protubérances du sol. On comsa et prend que l'ancienne France mort. 346. Ilistoife parîemeniaire . Le choc entre des prétentions si contraires ne devait pas se faire attendre. les condamner d'avance. Pour clergé. que vœux de raient lier les religieux et les religieuses à leurs monastères. mais on n'était pas disposé à le couper par la racine. la ait eu quelque peine à accepter On était venu avec le désir sincère de mettre la serpe et même hache aux branches parasites aux excroissances du vieux chêne. et que cesdits religieux ne pourront disposer de leurs biens en faveur de ces monastères ^ C'était porter hardiment la main sur des abus qui semblaient encore des droits sacrés à la majorité du clergé. l'existence même de l'ancien régime était mise en cause .

et s'élève. Dès qu'il il faut de l'énergie. à l'occa- sion. Le tiers état la pendant ordres fit longs jours qui précédèrent réunion des trois faiblir preuve d'un véritable génie politique qui devait bientôt au monient tenir et à se il du triomphe quand il n'aurait plus à se consurveiller pour vaincre. Il sa se prête aux essais de conciliations qui mettent côté. un langage enflammé. admettre qu'il pût débattre ses inté- avec des laïques. dans une scène grandiose qui frappe l'imagination et nobles passions. nulle fausse poursuit un but prochain. comme un tonnerre. jusqu'au sublime. lasse. dans son organisation et jusque dans ses propriétés. La fusion des ordres en une seule assemblée était donc pour le clergé le plus grand sacrifice qu^il pût faire. dans une race pre- éloquente qui a besoin que les grandes paroles relèvent les grandes actions et qui mières. Constitué sur le » modèle des lévites hébreux. C'est sur son champ de bataille qu'il faut entendre Mirabeau. comme au Jeu de paume. dis- plus grande puissance morale qui associent l'ardeur la de conduite. qui laisse après lui un long sillon de colère ou d'admiration passionnée. Il remue les plus a ce bonheur inestimable. en eti'et. Il y aurait de rinjustice à condamner ses hésitations et ses scrupules. se soumettre à une majorité qui n'était pas siens. de posséder le fait volontiers les secondes pour les prince des orateurs des temps modernes. la montre indomptable.32 de ce qui est RÉUNION DES ORDRES. mais tous ses efforts devaient échouer contre une habileté supérieure mise au service d'un posent de à Tesprit la viril enthousiasme. profane. les passion à la prudence. ses vices. Le tiers sait ce qu'il veut. monté sincèrement. avec une persévérance énergique démarche ne vient retarder le que rien ne victoire. et trouvant pour l'exprimer sif. il portait le sceau d'un caractère sacré dans ses vête- ments. bon droit et la modération cise de son en s' arrêtant à la limite pré- où les concessions se transformeraient en duperie. malgré parfois terrible au ton de l'enthousiasme inci- général. c'était accomplir la plus inouïe formée des de toutes les rénovations dans un temps qui ne devait reculer devant aucune audace. Ceux-là. au milieu de ces la orageuses séances dont son propre journal donne plus fidèle . Plier sous la loi rêts commune.

Voir sur Mirabeau les huit volumes publiés par Lucas de Montigny. On se garde avec soin modérée dans sa résistance que d'une réponse précipitée. après que chaque ordre aura reçu résultat communication du de la délibération des deux autres proposition. savent et le lumière feu au sein de rx\ssemblée qu'ils subjuguent même ^ lorsque celle-ci est condamnée le à les admirer sans les estimer La il victoire du tiers état était certaine dès le premier jour. est-elle Chambre de la noblesse. 2. C'est d'elle que part Tidée d'une commission de conciliation. celui-ci est sorti du tiers et son origine a plus d'inest fluence sur lui que sa robe. quand on lit les des délibérations de Tordre du clergé. qui gardent toutes appa- 1. image. qui. La noblesse en repoussant d'emblée la cette fait partie belle aux communes. d'un mot. car procès-verbaux était de beaucoup plus fort. avant la réunion. dans Tordre intellectuel des rois faire jailhr la . tout remplis d'extraits de sa correspondance et de ses premiers écrits. Au premier le vote une minorité de cent quatorze voix la vérification opine dans sens de des pouvoirs par les trois trois ordres réunis. séance du 25 mai 1789. et elle ne se trompe pas. Qui ne Ta lu que dans des recueils de rhétorique ne connaît pas. et à remettre les cas litigieux à des commissaires nommés par les trois ordres. les ^. Voir le Moniteur . de droit divin. 3 . car c'est à ses yeux une question de vie ou de mort. tions. 33 le On comprend en qu'il est lisant ses véhémentes improvisa- où la passion se combine avec une dialectique naturelle des plus serrées. Les mesures conciliatrices et dilatoires sont accueillies avec empressement. on re- connaît de suite qu'il est bien plus divisé que Tordre de la noblesse. Les députés des communes qui apportent les vœux et les supplications du tiers sont bien accueillis. elle compose donc avant tout du clergé inférieur. Elle y propose une demi-mesure qui consiste à procéder séparément à la vérification des pouvoirs. Cette le minorité ne comprend que se évêques premier jour. La majorité face la contenue par aussi les opposants nombreux plus qu'elle a en d'elle. mais la majorité n'en est pas moins décidée à ne pas céder.RÉUNION DES TROIS ORDRES.

la délibération par ordre bilité et était enlevée par surprise. par la même juin. Voir le . occasion la noblesse et la royauté. : et la ferme décision de Les communes étaient très disposées à accepter ce qui d'ailleurs était exigé par la presque universalité des cahiers mais on se trompait grandement en s'imaginant qu'elles s'en contenteraient. du feu. la majorité. sacrifice. et un qu'il était facile mouvement de sensi- de générosité et de provoquer sauvait l'E- glise de France. La crainte de dépendre d^une as- semblée mêlée site est si grande que la majorité du clergé n'hé- pas à offrir spontanément ce qu'elle Elle fait avait refusé avec tant d'obstination en 1788. Elles demeurèrent tion première. mais aussi par l'ascendant de l'opinion publique minorité. Mais la majorité révélait immuables dans leur résoluprit du clergé une mesure qui un rare esprit politique et cette habileté délicates. renées de la modération. Qu'y de plus conforme mission du clergé que de demander l'abandon de toutes les questions politiques pour s'occuper d'urgence de cette question de charité? Si l'on parvenait à obtenir que les divers ordres délibérassent sur un sujet aussi pressant.0t 34 RÉUNION DES TROIS ORDRES. mais on ne saurait contester n'y eut là une à ce manœuvre ourdie par les meneurs de moment même. au chambre du clergé. Cette décision n'était pas seulement motivée par le désir de détourner la part un coup redouté et de la faire. Sans minorité vota cette proposition sans aucune arrièrequ'il pensée de tendre un piège. à cause de la cherté croissante des grains* avait-il La misère publique à la sainte était affreuse. en quelque sorte. Dans la séance sein de la du 6 la on décida à l'unanimité. et on invita les deux autres ordres à s'occuper également du doute la même objet *.. de nommer une commission pour prendre en considération cherté des grains. annoncer au tiers état la disposition où est la Chambre de renoncer à toute exemption pécuniaire. consommée que l'on doit aux négociations La question des subsis- tances était l'une des premières dont les législateurs du pays dussent se préoccuper. le roi pour 1. ils étaient en pourparler avec Moniteur du G juin 1789.

la parole de demeura après la il séance ce qu'elle était auparavant. l'Assemblée nationale. Bailly. Déjà nouvelle majorité du I . déjà plusieurs curés les avaient devancés aux applaudissements de l'Assemblée. et monopole du Le roi ne rien céder de ses prérogatives essentielles. avaient fini les partisans la de la réunion avec le tiers par obtenir majorité. est de venir à son secours. L'arrêté du clergé les autorise à croire que cet ordre partage leur impatience à cet égard. la c'est-à-dire souveraine. répondit très habilement aux orateurs du premier ordre le : « Le vœu plus ardent des représentants du peuple^ dit-il. et qu'il ne se refusera pas plus longtemps à une réunion. affaiblie de toute puis- sance qu'elle avait réclamée et qu'elle n'avait pas retrouvée. l'Assemblée nationale en maintenant la son droit assura son ascendant. n'était question dans le programme royal que de l'éga- Uté des impôts et du rachat de quelques droits féodaux. la royauté. La fière réponse de Mirabeau annonçait que le droit le droit nouveau était plus fort que ancien. 35 préparer un coup d'Etat. et avaient décidé qu'ils agiraient conformément à leurs vues au premier jour. posséder le culte. La séance royale eut lieu le 23 juin. poussa ouvertement au coup d'Etat. lue à la fameuse séance. que la minorité devenait pressante. L'Eglise devait conserver tous ses privilèges. en avait d'autant plus besoin. le haut clergé. selon Sieyès. qui était en intelliil gence avec la cour. On peut voir par la déclara- tion des intentions faible du roi. se réunirent solennellement En vain les deux ordres pour adhérer à la déclaration royale. Ce coup d'autorité la partie fut le coup de désespoir du haut clergé de la noblesse étrangère au souffle nouveau. dans quelle la mesure Il le haut clergé comptait s'associer à réforme des abus. sans laquelle les malheurs publics ne pourraient qu'augmenter. président des communes. la assurait l'avenir en imposant séparation des ordres par un et coup de d'autorité qu'il ne savait pas devoir retentir dans le vide.RÉUNION DES TROIS ORDRES. Après les la clôture des conférences de conciliation tenues entre et les commissaires des trois ordres commissaires royaux. n'en était pas de et même de vaincue dès le premier choc. » Ainsi battu sur tous les terrains où il s'était placé.

et l'Assemblée n'en recondéli- elle-même ne peut pas le droit fait bérer en présence de quiconque se croit contre ses délibérations ^ » de protester la C'en était donc de hiérarchie du passé blée. En ce qui concerne l'Eglise de France. au pied de cette énergique parole la tri: coup de de Mirabeau s'il « Nul ne peut rester membre de l'Assemblée nationale naît la souveraineté. et que par suite de l'inextricable confusion du temporel et du spirituel on ne se heurtât promptement à de la conscience religieuse. L'émeute com- mençait à apporter son dangereux appui aux communes. . il l'était trop peut-être. que ce qu'elle venait de faire en quelques jours. il ne restait debout que la souveraineté d'une assemil Le droit historique était renversé par terre. alors même que l'on ne songerait qu'à réformer un abus politique. qu'une fraction importante de la noblesse. elle n'était plus une société à part dans l'Etat. clergé. et les deux ordres durent. ce n'était plus de son bon plaisir les qu'allait dépendre sa réorganisation. sur son commandement formel.36 RÉUNION DES TROIS ORDRES. se réunir à FAssemblée nationale. faite par l'aralla chevêque d'Aix. La Révolution était consom- mée. . la portée et à apprécier le Il semblait que l'Assemblée nationale une fois constituée n'aSéance du l" 1. conduite par ainsi Tarchevêque de Vienne. sous le mourir impuissante. elle allait tomber sous l'appréciation Il et la critique des représentants de 1^ nation tout entière. était à craindre que ce contrôle ne dépassât la juste mesure. avait pris séance. mais l'était sans appel. du moins dans sa première période. Les opposants clergé essayèrent de du sauvegarder au moins l'avenir en pro- testant contre ce qui était à leurs yeux le renversement des bases de la société française. juill(3t 1789 {Moniteur). De même que toutes autres institutions du passé. car elle ne pouvait rien faire de plus hardi. Cette protestation. C'était là le grave péril la situation telle que l'avaient faite les passions opposées qui allaient se donner carrière dans de brûlants débats dont nous aurons à mesurer résultat. Le roi céda. bune.

C'est alors qu'intervint un nouveau pouvoir. aimé. moyen de fonder de conserver la La démagogie le finira toujours par noyer dans ses eaux tumultueuses tant libéralisme modéré. parce qu'il s'arroge tout droit sur elle le lendemain de son triomphe . agirait ils instruit. Le obscur pousse les rivages sont emportés et les initiateurs ils du mouvement Ils fesi sont les premiers à le maudire. c'était l'émeute. gulier et violent. libéralisme inteUigent dont : émane flot est impuissant le pour leur dire flot. Mais il n'en est Quand le le souffle de la tempête a passé sur ces grandes vagues il humaines. vait 37 plus qu'à entreprendre sa grande il œuvre constitutionnelle. pouvoir dont les veto impérieux devaient bien plus entraver l'indépendance des assemblées délibérantes que les veto de loin la monarchie. ces explosions du senti- ment public avaient le caractère de forces sauvages et indisle cipHnées. A qui la faute ces forces généreuses qu'ils ont soulevées sont aveugles? ils ils Ne portent- pas le châtiment de leur oubli dédaigneux de ce peuple dont ils ne se sont souvenus qu'au jour où S'ils l'avaient avaient besoin de son audacieuse résistance? leurs idées. même quand il sauve la liberté. Mais vait fallait avant tout qu'elle assurât son existence qu'elle sair ré- menacée. Les classes instruites soufflent feu d'une indignation souvent légitime dans ces cœurs rudes et simples servis par des bras robustes. car raient sont submergés. mais dans l'état d'i- gnorance où les masses étaient plongées à la fin du dix-huitième siècle et où elles languissaient encore. mieux de se plaindre d'eux-mêmes. seul liberté. il Nous sommes est de blâmer tout soulèvement populaire. Telle est la juste châ- grande leçon qui se dégage des orageux débuts de la Révolution française. frater- que celui-ci ne sera pas assez sage pour s'occuper le nellement du peuple aux jours paisibles. Ce sera timent de son insouciant égoïsme. quand les troupes étrangères campaient à Versailles prêtes à . Ce pouvoir. en de sublimes qui ont sauvé l'indépendance de la patrie. mais comme une et force morale qui sait se contenir. associé à il ne le trouveraient pas moins courageux. Elles s'imaginent que le peuple soulevé s'arrêtera au point précis où rien. elles s'arrêtent elles-mêmes. Certes. Jusqu'ici et pas plus loin.RÔLE BE l'Émeute dans la révolution. dangereux.

celui d'un de ces entraînements généreux qui formés sur les l'être humain. mêlent dans un irré- . Les sœurs de charité de Saint-Lazare furent respectées si et protégées. l'impiété qui devait être montrent qu'au début de si funeste à la liberté n'avait pas pénétré dans les masses. irréligieuses étaient peu soulevées à cette époque.38 DISPOSITIONS FAVOr. mais à la n'est pas à l'établissement religieux qu'il prison qui y était annexée. les citoyens On céla lébra pieusement Bastille. il Dans la formidable émeute du 14 se est vrai. qu'après juillet le grande victoire du 14 peuple de Paris mit la révolution naissante sous la protection de sainte Geneviève. les classes libérales devaient finir par se plier à ses impétueuses volontés en intronisant le despotisme de la rue. Toutefois ce en voulait. Nous verrons que l'émeute n'exerça jamais un plus impérieux ascendant que lorsque la question religieuse fixt posée devant la représentation nationale. On applauce- au peuple qui prend et renverse la Bastille. à jamais glorieuse dans nos anse Nos pères donnèrent un des plus beaux spectacles qui hauteurs de puissent contempler. l'office funèbre pour morts à Ces dispositions changèrent prompte ment. Ce n'est pas qu'au début le peuple de Paris fût mal disposé juillet il pour porta. On du faubourg Saint-Antoine filles se rendre à l'église pré- cédés de jeunes en blanc et d'un nombreux clergé. mais elles la Révolution. mais ce le même peuple qui avait sauvé son parlement devait plus tard contraindre et l'oppri- mer. on avait raison de peuple de Paris. sur la maison de Saint-Lazare. Pour avoir voulu en faire leur instrument et rien de plus. et qui d'ailleurs dit ramène l'autre. qui est après tout le pire de tous. La date du 4 août demeure nales. fermer brutalement s'appuyer sur le parlemeiit national. la religion. C'est le même pendant qui entourera la guillotine sur la place de la Révolution. On fit une pro- cession solennelle pour rendre grâce à Dieu de la prise de là Bastille. bitraire Il confondait dans sa haine de Bastille et l'ar- une prison politique comme la une maison de Les passions sa correction très nécessaire aux bonnes mœurs.ABLES le DU PEUPLE POUR LA RELIGION. Les combattants avec leurs femmes et leilrs filles porvit taient des ex-voto et des les citoyens bouquets à la patronne de Paris.

39 courant tout ce qu'il y a de noble. y eut à notre sens plus d'une imprudence fâcheuse dans cet abattis d'abus. un bel orage d'été n'y pas. par cette puissance sympathique qui communique une même quelquessi aux esprits les plus divisés. On dirait une Pentecôte dans Tordre purement husoudain et souverain. tant l'effet est mieux connaître notre nationalité française par ses beaux côtés. Ce qu'une heure a détruit une heure peut le refaire. se lève « et s'exprime en ces termes Accoutumés à voir de près la misère et la douleur des peu- ples. une élaboration lente est plus durable car elle tient mieux compte Il des intérêts légitimes qu'on rend plus vivaces en les froissant. La no- blesse venait de renoncer à ses privilèges féodaux. Rien ne fait main. évêque de Nancy. un vœu qui honore à la fois la justice. La nuit du 4 août révèle tout ce qu'il y avait de foi humaine dans ce que l'on . Mais l'admiration couvre toutes les critiques. car une ardente improvisation de réforme avait bien son péril . de étincelle électrique si la générosité prompte et imprudente. Peut-être aussi. par ce don de Félan héroïque. il pas au profit du seigneur ecclésiastiqne. elle ne diminue pas le regret éprouve elle de voir la foi humaine séparée de la foi rehgieuse mais rend équitable envers une génération paraissent bien indignes. les membres du clergé ne forment pas de vœux plus ar- dents que ceux de les voir cesser. dont les descendants quand on les voit assoupis dans le bien-être et qu'on se demande ce qu'ils ont risqué et sacrifié pour la liberté ! Le clergé tout curés à la entier. De : la Fare. nom des membres ne tourne des du clergé. suivit l'impulsion générale. aussi bien les grands dignitaires que les portion congrue. ce n'est suffit pas ainsi qu'on refait une société. la critique discernerait-on l'on avait le courage de unes de ses imperfections dans cette nuit mémorable. de désintéressé dans les cœurs. Je demande que si le rachat est accordé. siècle incrédule. la rehgion et l'humanité.NUIT DU sistible 4- AOUT. le Les honorarachat que bles membres qui ont déjà parlé n'ont . demandé au pour les propriétaires je viens exprimer. Le rachat des droits féodaux était réservé à la nation qui veut établir la liberté. mais qu'il soit fait .

elle faisait tombée à prévoir des réformes bien autrement hardies que celles qui avaient été réalisées. Il convenait que le nom de Dieu fût prononcé à d'une telle séance. L'évêque de Chartres demande en termes énergiques Tabolition du droit de chasse. La question des propriétés ecclésiastiques celles était étroitement liée à que l'on avait si rapidement tranchées. quand ils noncé ces mots dans une heure d'enthousiasme irréfléchi. avait déclaré s'en rapporter à sagesse de l'as- semblée sur du clergé. dont la majorité était bien loin d'être croyante. » Il y avait là le germe d\me idée féconde qui eût pu et le transition entre Tancien état de choses nouveau. appuyé par les biens évêques de Nîmes la et de Montpellier. off'rir denier de Thibault^ curé de Souppe demanda qu'il lui fiât permis de sacrifier son casuel. de Boisgelin. Grégoire propose l'abrogation la des annates. Enfin cour de Rome sur les bénéfices si on vit un des représentants du bas clergé ce qu'il appelait lui-même le misé- rablement rétribué la veuve. et adopter ce qu'elle jugerait à n'était pas propos de statuer sur ce point. Cette gravité ne ressortait pas mais du de l'importance des fait sacrifices il avait consenti. afin placements utiles pour les bénéfices mêmes.40 NOMBREUSES RENONCIAïlOiNS CLERICALES. d'autres curés proposèrent de renoncer à leurs bénéfices. insiste sur cessité la néla de prohiber toute convention féodale et de supprimer lois gabelle. et auxquelles ne songeaient avaient pro- certainement pas les honorables évêques. Son souffle avait passé sur cette assemblée. ministrateurs puissent répandre des que leurs ad- aumônes abondantes sur faciliter la rindigence. car tout ce qui est grand et noble vient de lui. archevêque d'Aix. Déjà. deux curés réclament Texécution des la pluralité canoniques touchant des bénéfices. Cette parole terre. se rendait pas Le clergé ne néreux compte de auxquels la gravité de l'acte gé- qu'il venait d'accomplir. . que les privilèges de l'Eglise avaient été le soumis aux délibé- rations de l'assemblée nationale par clergé lui-même. revenu perçu par vacants. On ne pouvait oules blier que l'évêque d'Uzès. Cette belle séance se termina par la proposition de l'archevêque de Paris de chanter un l'e Deum dans la chapelle la fin du roi.

mais : s'étaient réplique de Buzot avait-il dit. aux murmures de la droite. Dans la 6 août. je soutiens que les biens ecclésiastiques appartiennent à la nation. Buzot n'a rien ces paroles insolentes : « Le clergé que de mieux à faire que de sauver au moins les apparences. et de paraître faire de lui-même tous les sacrifices les circonstances impé- rieuses le forceront à faire. un député proposa de charger ecclésiastiques d'une les intérêts. » Quelques jours plus tard. Ai au lendemain de graves : la fameuse nuit. se posait une question des plus dîmes du c'était celle des dîmes ecclésiastiques. mais et il s'agissait de savoir si si elles seraient purement séance du simplement. car. Toujours est-il que l'on pouvait prévoir que les sacrifices offerts par le clergé étaient lui peu de chose. n'auraient pas proposé à ceux qui n'avaient aucun droit de partager des biens qui ne leur appartiennent pas. et somme livres annuelle de \ . » On que aurait pu répondre auxquels le vote à Buzot qu'il devait prouver avant tout il les cahiers faisait allusion réclamaient le le vote ils par tête et non par ordre. quelques ecclésiastiques avaient timiindividuelles faites ils dement protesté contre des renonciations selon eux avec attiré cette une précipitation imprudente. dans second cas.000 l'Etat pour l'amortissement. Venez.000 livres pour et 500. Je m'appuie sur les cahiers des ecclésiastiques qui demandent ils à la nation les aug- mentations des portions congrues. couverts par de nombreux applaudissements. Buzot eût mieux fait de s'appuyer sur la délibération actuelle de l'assemblée. qui prouvait à elle seule son droit de débattre ces graves intérêts. à l'Eglise elle-même de régler l'em- ploi de ses propriétés ce qui n'eût été en rien une dérogation à son ancienne constitution. ministres des i . ou elles seraient rachetées.ABOLITION DES DÎMES. de prélever au bénéfice de « un droit d'annate sur chaque vacation. Elles avaient été les comprises dans l'abolition qui avait frappé toutes royaume abolies le 4 août. donc ont reconnu les droits Ils incontestables de la nation sur les biens de l'Eglise.500. «Je soutiens. se seraient bornés à demander . à l'occa- sion d'un emprunt dont on cherchait des garanties les biens territoriales. comparés à ceux qui lui jetait seraient imposés.

Moniteur du iO août 1789. fait serait temps dans cette révolution qui éclore tant de sentiments justes et généreux que l'on abjurât les préjugés d'ignorance orgueilleuse qui fopt dédaigner les mots salaire et salarier. : Mi- rabeau n'élargit pas moins « le débat par ces paroles la La dîme celui n'est point une propriété . la question du rachat des dîmes identique à celle des propriétés ecclésiastiques elles-mêmes. c'est qui vous donne ses biens. de Nîmes et d'Autun se lèvent pour déclarer que le clergé est prêt à accomplir ce grand devoir ^ leur attitude.42 ABOLITION DES DÎMES. «Les ecclésiastiques ou la na- tion l'est-elle? la A qui les dîmes ont-elles été données? Est-ce à la nation ? Non sans doute. » lui Les violents murmures qui interrompirent l'orateur qu'il avait montrèrent touché un point délicat entre tous. Il y a plus. mais. Messieurs. il C'est qu'à propos des dîmes. et sauvegardait le principe auquel elle tenait essentiellement. voleur ou salarié. et rien ne heurtait et davantage l'opinion réfléchie passionnée de la majorité. autels. » 1. elles n'ont été données ni à nation ni par elle. et jamais le clergé ne la pu. J'entends et à ce mot salarier beaucoup de murmures. L'évêque de Langres posa nettement sont-ils propriétaires. était Au fond. C'est ce qui ressortait clairement de la proposition faite par le député Arnault le dO août . . dîme même c'est le une possession. L'assemblée pourvoira sans délai aux pensions à » faire aux ecclésiastiques. « Toute dîme sera supprimée à dater du 1er janvier. Aussitôt Tarchevêque d'Aix. elle venez au secours de » la patrie. car cette proposition laissait les biens la disposition On comprend du clergé à de TEglise. elle est une contribution destinée à les ministres cette partie ! du service public qui concerne des autels subside avec lequel la nation salarie les officiers de morale et d'instruction. dit-il pathétiquement. avait cherché à sauvegarder le principe même des propriétés ecclésiastiques. l'on dirait qu'il il blesse la dignité du sacerdoce. n'est pas propriété ne s'entend que de l'a qui peut aliéner le fonds. les évêques de Langres. Je ne connais que trois manières d'exister dans la société : il faut y être mendiant. la question.

c'est cette idée d'un clergé fonctionnaire. sans que l'on manque à l'objet primitif des dîmes qui est le soulagement des pauvres et l'entretien du culte ? Qu'on n'invoque pas l'intérêt du peuple. ajoute -t-il. sans doute. A3 et Ce hardi paradoxe dant. ce n'est pas la d'abolir la dîme. Par conséquent elle profit ne doit pas être sup- des propriétaires actuels auxquels on a tenu les terres compte des dîmes à percevoir sur le acquises par eux. La suite du discours telle était de Mirabeau prouve que c( bien sa pensée. est juste et convenable qu'ils soient dotés d'une manière conforme à la dignité de leur ministère et à l'importance de leurs fonctions. Les terres ont toujours été achetées. c'est-à-dire ce que l'on avait voulu dans nuit du 4 août. Je ne vois pas ce qu'elle surément de l'Etat gagne à accroître démenombre des fonctionnaires et à mettre sous la main Fâme et la conscience des citoyens. prix de vente qu'ils ont soldé. les officiers de morale et d'in- struction doivent tenir. officier de morale et d'instruction. l'origine de la propriété ecclésiastique lui paraît car quelle propriété résisterait à une mé- taphysique subtile. quand sommes provenant de ce rachat peuvent fournir à l'Etat des ressources infiniment précieuses. mais sent réclamer propriété. Discuter dangereux . Quoi qu'il en soit. car ce . était contraire à la vraie liberté. Où trouve-t-on des titres originaires entière- ment purs posée à et évidents? D'ailleurs la dîme est une redevance imimpôts qu'on est la terre non par la nation comme les toujours libre de conserver on d'aboHr. mais par le propriétaire lui-même qui primée au dans avait le droit de donner son bien à telles condi- tions qu'il lui plaisait. Pourquoi faire un préles sent de 70 millions de rente aux propriétaires français. L'abbé Sieyès répondit le soir même Il à Mirabeau. une place très distinguée Il dans la hiérarchie sociale.ABOLITION DES DÎMES. moins la dîme qui les grève. la ne demande point conservation de dîme. » il ne faut pas qu'ils puis- un mode pernicieux de contribution comme une proposition Ce qui est grave dans ces paroles. Son discours la est un chef-d'œuvre de logique. avait Tapparence du libéralisme^ il cepen- comme le nous nous en convaincrons. mais simplement la son remplacement.

Nous terminerons ce qui de la se rapporte aux travaux préfiminaires Constituante par une rapide analyse de la discussion sur la liberté religieuse à l'occasion du projet de déclaration des Droits de l'homme. Nous nous confions dans l'Assemblée nationale. on lui opposa surtout la ferme volonté d'en perdue. propriété ecclésiastique. mais mode. que le culte divin soit célébré avec décence et dignité. à l'Europe le faisons que s'il le bien même si nous mal. peut toujours la retirer. C'est ce qui ressortira avec plus d'évi- dence des orageuses discussions sur les biens ecclésiastiques. «Nous remettons. voilà la fin de notre ministère et de nos » vœux. et le danger d'exaspérer la résistance on attachait l'Eglise de France à la liberté en la lui concédant largement. qu'il finir. M. » Les réflexions présentées par Sieyès méritaient la plus sérieuse attention. et elle eût renié l'instinct et le génie de sa race. que les pauvres du peuple soient secourus. et qu'il valait mieux se et replier sur la place ciation par la elle-même s'y enfermer. giner après cela que l'on pourrait sauvegarder à S'ima- un degré quel- conque illusion la . L'Assemblée nationale n'aurait pas été une assemblée vraiment française. à la propriété foncière. il la fit en termes pleins de dignité. Le de clergé sentit la que cette position était était inutile défendre. c'était se faire la plus vaine la cause était perdue dès la première bataille. ils ne savent pas être justes. Il fit sa renon- bouche du vénérable archevêque de Paris.AA superbe cadeau « DÉCLARATION DES DROITS. Je vous demande. Que l'Evangile soit annoncé. Ne faisons pas dire à la France. c'est sil vous est de vous emparer de la une injustice. toutes ces dîmes ecclésiastiques entre les mains d'une na- tion juste et généreuse. Sans prétendre qu'on dût se conformer exac- tement à ses vues. et dit-il. non pas utile vous est comdîme. de Juigné. la Le discours de Sieyès ne put ramener blée. si elle n'eût pas commencé son œuvre par des généra- . On ne courait pas cléricale. majorité de l'Assem- On lui opposa la nature exceptionnelle des corporations placées sous le bon plaisir de la société qui y leur donnant une vie factice. nous croyons que fallait c'est dans cette voie qu'il chercher la conciliation des droit anciens et des intérêts nouveaux. Ils veulent être libres. serait fait aux riches.

Cet étonnement quand on se rappelle. « que l'homme a des n'a pas été jeté s'il au hasard sur il le coin de terre qu'il occupe. du langage ambigu de claration des droits sur la liberté rehgieuse. et qu'il importait bien plus de rédiger de bonnes lois et de donner de sérieuses garanties à la liberté. elle passe sous silence le droit de Dieu. qui Il n'empêche- ront jamais un acte arbitraire. 17. s'il devoirs faut rappeler celui qui les prescrit. et parfois tisme. 48. Cela est vrai. de la décla- . la plus triste Une déclaration des droits a aussi l'inconvénient de faire trop abstraction du passé. que de proclamer des droits abstraits. lités io philosophiques. il On eût pu penser qu'avant d'écrire la pré- face convenait de faire le livre. l'égalité qu'eût produit dans l'in- son sein l'idée de des cultes. Aussi pas à mieux est-il que les assemblées poHtiques ne se livrent ces élaborations philosophiques qui ne servent pas à garantir la liberté. Les articles proposés qui étaient les articles i6. d'une part.PREMIER DEBAT SUR LA LIBERTE DES CULTES. : On eût bien «La Mais liberté fait d"e s'inspirer des paroles suivantes de Mirabeau ne fut jamais le fruit d'une doctrine travaillée en dé- ductions philosophiques. tout en ménageant de spécieuses apparences la dé- au despotisme et surtout à ses légistes hypocrites. mais de l'expérience de tous les jours. fluence de l'école de Rousseau sur la plupart des novateurs. de ne tenir aucun compte des faits. fallait être com- comme le rappelait Grégoire. plet et se souvenir. et que la la conscience ne se vote pas à le majorité des voix. y a toujours lieu de craindre contrebande du despo- que ces beaux pavillons ne servent à couvrir des marchandises de toute espèce. » il n'était pas possible que la philosophie qui avait fait la Révolution se tînt à l'arrière-plan au jour de son propre triomphe. » Sans la déclaration des devoirs. l'Eglise de France à cet égard. la déclaration des droits est incomplète et même dangereuse. que il a des droits. au premier abord. les opinions arrêtées de et le scandale et. On objectera que la définition des devoirs touche de bien près à la religion. On cesse est étonné. et c'est ainsi que l'on veut être libre sans savoir être juste. de mettre des Seulement. une fois que l'on avait pris le parti il principes généraux en tête de la constitution. d'une autre part. il faut parler de celui dont les tient.

» Cette rédaction laissait subsister une religion nationale avec la plupart de ses inconvénients. « Ce serait. » Il invoqua les tristes effets de l'intolérance en Europe. « religion est la base des 11 empires. c'est qu'il pouvait obtenir moment. aucun empêchement à l'exercice des re- réclamer la hberté religieuse avec toutes ses censé- . » C'était le nôtre. et cette religion. Le respect pour public est donc indis- pensable. dit-il. de La Borde.46 PREMIER DÉBAT SUR LA LIBERTÉ DES CULTES. Certainement les puissances de la terre n'ont rien de commun avec la religion. RespecNotre tons les cultes étrangers pour qu'on respecte culte ne doit porter ligions. porter dans le cœur des citoyens le despotisme le plus cruel. étaient ainsi rédigés « La loi ne pouvant atteindre morale à y suppléer. et la vague assurance que tout citoyen qui ne le troublerait pas ne serait pas inquiété. je suis affligé « J'avoue. » rappela la belle parole de Plutarque. que de voir des chrétiens invose maintenir quer l'autorité civile la pour une religion qui ne doit que par pureté de sa doctrine. ne garantissait en rien l'existence légale des minorités religieuses. dit l'évêque de Clermont. : ration. « que l'on élèverait plutôt une ville dans les airs. Il n'y avait d'autre culte public re- connu que le sien. de la les Il délits secrets j c^est à la religion et à la est donc essentiel. La liberté de la rehgion est un bien qui appartient à tous les citoyens. que Fune et l'autre soient respectées. que de fonder une république qui n'aurait pas pour principe culte des dieux. » le Un député laïque. Tout citoyen qui ne trouble point le culte établi ne doit point être inquiété. pour le bon ordre même société. protesta avec énergie contre toute prétention de com- mander aux opinions religieuses. Le maintien de le culte la religion exige un culte public. Ces articles appli- quaient au catholicisme les principes faisait du Contrat le social et le terme général de religion ne Aussi le parti que consacrer monopole. M. compre- nant très bien ce que l'évêque entendait par cette admirable maxime. La Il se servit avec habileté du style vague de la déclaration. tout ce du haut clergé pour le était-il très satisfait. en France^ était évidemment le catholicisme. s'écria-t-il.

de la plus facétieuse. rament aurait sa religion les jeunes gens seront Turcs. Je supplie. sans doute par une compensation due à la bonté de l'Etre suprême. dit Mirabeau en terminant. » Passant rapidement de il question de fond à la question de lui fui facile d'établir que les articles proposés formu- laient des devoirs et non des droits. arriva à ses fms_. puisque l'existence de l'autorité. pour me servir du mot consacré. fut au nombre des opposants. pour une raison de fond les articles de la 11 déclaration des droits qui restreignaient la liberté des fallait l'y cultes. attente à la liberté de pensée par cela même forme. c'est remplir un devoir. qui joua un la si grand rôle dans l'élaboration de constitution civile du clergé. quences. C'est ce il que comprit Mirabeau^ par une habile tactique. Professer une religion. non sans avoir d'abord proclamé magnifiquement le droit de la conscience « Je : ne viens pas prêcher la tolérance. les rangs de Remarquons que Camus. l'autre et sins des fruits que les protestants inévitablesait. L^'Assemblée n'était pas prêle à faire un pas Elle n'eût pas effacé si AU décisif. chaque âge et chaque tempé. se ment damnés dans monde.PREMIER DÉBAT SUR LA LIBERTÉ DES CULTES. comme chacun sont passablement arrangés dans celui-ci. on y introduit la liberté des cultes. cé- lébrer un la culte. qui essaye de l'exprimer. me paraît en quelque sorte tyrannique lui-même. qui a le pouvoir de tolérer. n'a pas produit chez nos voiempoisonnés. il cela ne ressort donc pas de déclaration des droits. ceux qui anticipent les par leurs craintes sur si désordres qui ravageront le royaume. et qu'ainsi elle pourrait la ne pas tolérer. raison de forme. amener par une et. La liberté la plus illi- mitée de religion est tellement à le mes yeux un droit sacré. qu'elle tolère. que mot tolérance. faut écarter les articles 16 et 17. en se contentant de formuler le droit général du libre exercice du culte a pour tous les citoyens. Le vicomte de Mirabeau manière la défendit. de penser que la tolérance. » Ces paroles excitèrent de vives réclamations dans la droite. et en remettre la discussion à l'élaboration de la constitution. la foi de ses pères. en faisant remarla liberté quer qu'avec des cultes. les usu- .

femmes de la religion de Brâhma. On ne pouvait sui- M. DE CASTELLANE. et l'Evangile qui défît. le culte est mieux A ceux qui prétendent que un objet de il police extérieure et qu'il appartient à la société de le régler. je leur dis que le culte soit une chose de police. elle cesse d'être d'institution divine. et ils . invoqua la loi natu- qui autorise la liberté des opinions. rompent quoique » ainsi avec le catholicisme qu'il n'est pas vrai sont-ils hommes d'Etat. après un discours de Talleyrand. Néron et Domitien l'aient dit pour interdire celui des chrétiens. c'est tyranniser les consciences. afin d'empêcher que personne ne trouble . » s'en contenter. opposait là le dilemme suivant la religion est : « Sont-ils catholiques. de dresser oremus et les La pohce. l'article L'Assemblée : en présence que de 18 ainsi conçu « Tout citoyen qui ne trouble point le culte établi ne doit point être inquiété. consistant en acte d'adoration. une netteté parfaite. en peine on avait au dix-huitième se brûler sur le empêcher les femmes de tombeau de la leurs maris. Les ar- ticles incriminés furent écartés de déclaration des droits. non pas sur première partie de l'amendement. et il termina noblement par ces mots « Empêcher un homme d'oftrir le tribut de sa reconnaissance à la Divinité. ni troublé dans l'exercice de son culte. » Mirabeau l'appuya le par un de ses discours les plus élevés et qui portent l'empreinte d'une raison supérieure. mais bien sur la seconde partie. fend de faire à autrui ce que l'on ne voudrait pas qu'on nous Il rappela que c'est l'intolérance et non la tolérance qui soulève : les guerres de religion . ait le droit est absurde de dire les que l'inspecteur de police litanies. et les effet. la Une vive discussion s'en- gagea. qui résumait habilement l'argumentation de Mirabeau. L'auteur de la Il mo- tion la défendit avec relle. ils avouent par que une chose pu- rement civile. dont la liberté le maintien était la consécration même de des cultes. que nul n'eût osé contester. de Gastellane avait proposé l'amendement vant : « Nul homme ne la doit être inquiété pour ses opinions reli- gieuses. quelle MOTION DE M. il Le culte.48 riers juifs. » On ne pouvait mieux formuler liberté rehgieuse. On siècle. C'était un premier succès pour n'était plus les partisans de la liberté religieuse. et qui d'ailleurs ne garantissait aucun droit réel. à sait.

que il pour prévenir faille le désordre qui pourrait naître de vos actions. assurément cela est très expéditif il : mais m'est permis de douter que personne ait ce droit. ces hommes roi. de Castellane eut la faiblesse de l'abandonner lui-même. Or. : Quand il prononça ces pa- roles Je suis le représentant d'un grand peuple. voilà votre même le vôtre. M. tous ces glorieux proscrits que le système de l'unité religieuse avait semés . s'écrie le grand orateur dans des paroles que nous voudrions graver dans tous les esprits. âmes sous un costume femmes héroïques. il Rien ne doit dominer sur droit de chacun. sabrés par A dragons du grand ou soumis à tous les supplices. la justice. et nisse. veille dans les rues. Est-ce besoin qu'on me le défi- un culte oppresseur le que l'on veut dire? Est-ce le le culte du prince? Mais le prince n'a pas droit de dominer les consciences? Est-ce est tat culte du plus grand nombre ? Mais le culte une opinion. les opinions ne se forment pas par le résul- des suffrages. 49 Tordre et la tranquillité publique. pas blic. mais vous ne devez pas aller plus loin. L'un des incidents les plus émouvants de ce débat fut l'apparition à la tribune de Rabaud-Saint-Etienne.DISCOURS DE MIRABEAU. » Il n'y a de dominant que le eût été à désirer que Mirabeau lui-même se fût souvenu quelques mois plus tard de ces principes dont nous devons encore attendre la réalisation au sein d'une société qui ne croit des majorités en toutes choses. On vous parle sans cesse d'un culte dominant j'ai ! Dominant ! Mes- sieurs? je n'entends pas ce mot. la droite s'acharna avec passion à en faire supprimer la seconde partie. et enfin . Veiller à ce qu'aucun culte. guère qu'au droit de l'Etat et La motion de M. dans les places et autour des maisons. elle est indépendante. de Castellane souleva l'un des plus violents orages qui eussent éclaté au sein de l'Assemblée. Je trouve donc absurde. — on vit se lever en sa personne ce peuple innombrable des persécutés. dans tous les pays du monde et ces ces galériens plus glorieux encore inles qui avaient sauvegardé la liberté des famant. ne trouble l'ordre pu- devoir. Votre pensée est à vous. défendre vos actions . mais elle ne se mêle point de régler ce qu'on y « fait.

au lieu d'étouffer 1. dit-il en concluant. en votant l'article suivant. contre çaise. sur la proposition de l'évêque de Lydda : «Nul ne doit être inquiété pour ses opinions. du désert qui avait célébré son culte dans d'affreuses la tri- solitudes. le globe. La seule présence de Rabaud-Saint-Etienne à bune de TAssemblée nationale. vagabond sur A ceux qui invoquaient l'exemple des peuples voisins rehgieuse. tout en constatant avec éclat le progrès déjà accompli. il est temps enfin de briser le barrières qui séparent l'homme de l'homme. dit Rabaud-Saint-Etienne. que quand s'agissait de consacrer la liberté religieuse de tous les citoyens. Couturier de Provence. errant. rappelait avec une éloquence qu'aucune parole ne pouvait égaler ce que les religions d'Etat suscitent de crimes et de malheurs. pourvu que leur manifestation ne trouble pas par la loi.» ce peuple toujours proscrit. » C'était assez fait il l'ordre public établi ambigu pour ne blesser était ne satisfaire tout à aucune opinion. . mais encore pour « appela élo- quemment. même et religieuses. l'opinion à la liberté. de Castellane. Mirabeau exprima son déplaisir de stituante dans « la résolution de la Con: un véhément article du Courrier de P?'ovence * Nous ne pouvons.50 cette Eglise VOTE AMBIGU. qu'il opprobres. Un culte est un dogme. n" 31. Français du Français. lisons-nous dans cet article. Instruit par la sanglante expérience du passé. «Celui qui avec acclamation l'article attaque la liberté des autres. un dogme longue et les tient à l'opinion. » «Ma patrie est libre. dissimuler le notre douleur que l'Assemblée nationale. dont les peignit vivement les souffrances et les juifs. » L'Assemblée nationale s'arrêta à une demi-mesure. qu'elle s'en les montre digne en faisant partager mêmes droits à tous ses enfants. mérite de vivre dans l'esclavage. Il semble qu'à sa vue on eût dû voter de M. la liberté Rabaud répondit ainsi : «Nation franle vous êtes faite non pour suivre l'exemple mais pour don- ner. » Rabaud s'honora en ne il plaidant pas seulement pour ses coreligionnaires. La majorité s'agissait il bien plus vite formée quand de mettre la main sur les biens de l'Eglise.

. Des lois en matière de religion sont absurdes en elles- mêmes. Enfin le l'on la nous menace de l'indifférence rehgieuse sous liberté. » Hélas! ces belles paroles.BEL ARTICLE DE MIRABEAU SUR LE DÉBAT. 51 germe de Tintolérance. gion de vos frères leur enjoint le culte public. Ces lois sont immorales. toutes s'épurent. i ^ . déclaration des Droits de Tait placé comme en réserve dans une la liberté relilois. sures si car elles ordonnent à des différentes d'intelligence les hommes qui ont des mel'évi- et de raison. vous blessez leur conscience. quelle impiété plus et la Divinité que de s'interposer entre l'homme : pour l'homme et « Nous te défendons de servir Dieu de cette : manière. Les apôtres de gieuse soutiennent qu'elle est supérieure à toutes les et ne peut jamais recevoir aucune limite du pouvoir restrictives civil. ne sont point des redites dan's la France de 1864. Il sophismes constamment oppo- châtie comme elle le mérite cette concession hypocrite de la liberté intérieure de la conscience. de voir dans les dence dans mêmes dogmes et la vérité mêmes doctrines. Une croyance fondée l'autorité n'est qu'en superficie et n'a point de racines. Thomme. en leur défendant de l'exercer. répond qu'on ne peut prêcher des doctrines licen- cieuses qu'en secret. « On est indifférent sur la religion qu'on a reçue de sa nourrice et de ses sur maîtres sans examen et sans preuves. traînent encore dans les livres.. puisqu'elles ne changent rien à l'intérieur et ne font que des hommes vils qui trafiquent de leur croyance. car les mêmes sophis- mes auxquels répondait Mirabeau les articles et les circulaires. régime de Mirabeau écarte bien loin ce péril chimérique.. et que là lent. où plusieurs religions se surveil- On ne peut craindre la corruption qu'au si sein d'une religion dominante qui n'a rien à redouter. dent que la liberté religieuse favorisera la il » A ceux qui préten- prédication de dogmes immoraux. » les Mirabeau pulvérise ensuite sés à la liberté des cultes. pour dire à Dieu Nous vous défendons de rece- « voir les « n'est hommages la qui vous sont offerts sous une forme qui pas nôtre. Ces signalée dire à « lois sont impies. qui datent de plus d'un demi-siècle. « Si la reli- qui n'accorde que ce qu'aucune tyrannie n'a pu ravir.

l'historien conscien- cieux du comité ecclésiastique de la Constituante. Il n'est pas possible d'en mieux caractériser Tesprit général. Nous avons achevé tout ce qui concerne la question ecclésias- tique et religieuse dans la première période de la Constituante.52 ESPRIT DE LA MAJORITÉ DE l'ASSEMBLÉE. la régénération totale de la nation fran- çaise. Ce comité avait été nommé le 20 août 1789. disait-on. nous avons tous marché d'accord entraînant tout sous nos pas. sarclant tous les abus comme avec une faux. placés en dehors de toutes les coteries et étrangers à Tambition. que veulent-ils? Ils savent bien ce qu'ils veulent. ces premières il séances à Versailles. cessation des abus. pour s'occuper de qui touchait la partie de la constitution aux intérêts de l'Eglise de France. sans se connaître. les bons députés de province. ces gros enfants. faisaient la chorus de tous leurs sens. de plus précieux leur liberté. Grâces éternelles en soient rendues au généreux peuple de Paris. Nous savions que notre cause la capitale. en élevant C'était chose curieuse qui n'excitait alors que rire ou Voyez. Certes^ la majorité de cette grande assemblée est animée d'un véritable amour de la liberté. voyez. les mêmes la excès avaient excités dans toutes les parties de la France. ces gros hommes. Ils se levaient et se donnaient main sans se parler. que ne Ta fait dans une page simple et charmante à invoquer souvent le témoignage un homme dont nous aurons dans le cours de ce travail. la truelle d'une main et l'épée de l'autre. était celle du peuple. sans pouvoir ni mesurer ni arrêter notre marche. que la même tyrannie. qu'elle était appuyée singulièrement dans C'est ainsi que travaillant à notre constitution. « Qui ne se rappelle. ils veulent ce qu'il : monde de plus raisonnable. tous entraînés par les mêmes sentiments. i . comme les Hébreux travaillaient à leur second temple. quand et francs fallait porter le fer au vif. pitié. Durand Maillane. y a au la et ils l'obtiendront. celui qui animait surtout les mem- bres obscurs. sans art comme sans éloquence. placés à côté des Francs-Comtois. ou ils périront. que sa justice était sentie par tous. Nous Proplupart vençaux. le mo- tions. dit l'honnête écrivain. nous nous dressions à l'appui des bonnes la voix. qui étaient de taille haute.

Histoire apologétique du comité ecclésiastique de l'Assemblée nationale. ni la liberté consciences n'avaient été vraiment comprises et garanties. . nous nous fera perdre qu'avec Plût au ciel que cet parvenus à notre liberté qu'on ne » la liberté vie^ amour de eût été aussi éclairé qu'ardent et sincère dans la majorité de l'Assemblée.ESPRIT DE LA MAJORITÉ DE i/aSSEMBLÉE. et la tolé- importance. par Durand Maillaae. 1791. pages 210-212. 53 Nous voilà enfin parvenus avec ses secours et par des moyens qui ne comportaient ni ménagements^ voilà la ni capitulation avec au- cune sorte d'abus. Ces premières erreurs devaient réagir de la manière la plus fâcheuse sur les délibérations qui allaient s'ouvrir au mois de novembre de l'année suivante sur l'organisation de l'Eglise. surtout pour les graves questions ! qui étaient soumises au comité ecclé- siastique Les résultats obtenus étaient sans doute d'une grande l'Etat. 1 . des mais ni l'indépendance de la société religieuse. L'Eglise n'était plus un ordre dans rance avait été inscrite au fronton de la constitution du pays.

nant leur point de départ non dans les faits La première méthode. La discussion sur elle. grand la la mesure de son question de Il mais cette renon- même amenait la propriété ecclésiastique devant l'Assemblée nationale. mais encore par ce qu'elles faisaient pressentir. et tout d'abord celui de le ne dépendre que d'elle-même pour déterminer sa dette envers pays.CHAPITRE II Discussion sur les biens du clergé. — Le salaire des cultes. cependant cette Eglise avait déjà perdu ses privilèges les plus essentiels. la seconde pousse aux innovations chimériques. Les premières réformes opérées par la Constituante n'étaient pas seulement graves en elles-mêmes. les législa- complément. car elles appelaient leur il n'était pas possible de s'en contenter. pour la faire surgir. qui est la méthode anglaise. parce que tout semble indéfiniment possible au point abstraits. dîmes était si précédent grave pour avantage avait donné ciation Sa brusque renonciation à un effroi. Suppression des ordres religieux. La réorganisation de l'Eglise de elle France était loin d'être achevée au mois de septembre 1789. et — Attitude des divers — partis. et elle ne pouvait plus mettre sanctuaire en est interdit les ses privilèges et ses biens à l'ombre les du un confondant avec choses saintes dont l'examen les aux profanes. eût exigé des ménagements envers de vue des principes le passé. — Discours de Mirabeau. Elle était tombée sous le régime du droit commun. de Maury de Malouet. conformément au génie de logiquement race française. semblait à peine commencée. d'autant plus que la et teurs de 1789. des M . vou- laient reconstituer la société rapidement en premais dans les idées. eût suffi.

sous le regard épouvanté de chait. et que le souci la du pain du jour banqueroute arrêtait dès son premier élan. Souvenons-nous que sous la question de propriété était engagée une question vitale de liberté. L'Eglise primitive. pauvrement . Elle devait à tout prix se mettre d'accord dans son organisation avec Tétat social nouveau^ à moins demeurer comme un grand débris^ une ruine colossale et incommode de Tancien régime. D'un côté on voudra s'emparer de tout. et France. Rappelons sommairement tout d'abord propriété ecclésiastique dans C'est le seul la constitution de la l'ancienne monarchie française. s'em- porteront jusqu'à la violence et l'injustice. et on n'aura en définitive ni l'Eglise libre. cet aiguillon des besoins urgents d'une nation qui dans sa marche vers ses grandes destinées rencontrait le plus vulgaire des obstacles. Le gouffre de s'était la ouvert. réformes générales opérées dans l'Eglise était le plus la constitution fiefs de la société grand propriétaire de du royaume. a vécu des offrandes des chrétiens. ni l'Etat hbre. et qu'en supprimant elle le droit acquis en même temps que l'abus regrettable. de l'autre on voudra tout conserver. N'oublions pas non plus les d'y nécessités croissantes de la détresse financière. chaque heure l'en rapprola pour le combler la Révolution avait sous titres main d'imdiscussion.LA PROPRIÉTÉ ECCLÉSIASTIQUE AVANT LA RÉVOLUTION. aussi qui abro- tombait-elle sous le coup de toutes les lois nouvelles geaient le système féodal. menses propriétés dont L'instinct la les prêtaient à l'esprit la de conservation aussi bien que novateur pousse Constituante à s'occuper des biens de l'Eglise. à l'âge héroïque des persécutions. Elevons-nous au-dessus de tous les préjugés des partis en racontant les débats et les résolutions de la Constituante sur la propriété ecclésiastique. à leur tour. mais l'intérêt le péril ou de la Révolution est si pressant qu'il y a lieu de craindre qu'une grande mesure d'où pourrait sortir la consécration de la liberté religieuse ne soit prise hâtivement. à la voix de Mirabeau. 55 . la vraie solution sera peut-être retardée d'un siècle. ne soulève des résistances ardentes qui. la disette. la moyen de bien comprendre discussion dont elle fut l'objet à la Constituante. ciliation la con- deviendra impossible.

il devint une religion officielle et autorisée TEglise n'obtint pas seulement le droit de posséder_. mais elle fut encore largement enrichie par la munificence im- périale. ce que valut à l'Eglise. vers l'an 1000. Avec Constantin . et contraignaient même à en restituer une portion au trésor royal. des fidèles. hardies de la On s'étonne beaucoup moins des mesures Constituante à l'égard des propriétés ecclésiastiques quand on voit à quel point celles-ci avaient été placées sous le bon Il plaisir du représentant de des réguliers. Mais l'Etat. il paraissait commode d'échapper au jugement de Dieu en prodiguant à ses oints des biens sur lesquels on ne comptait plus. Constituante avait tranché la question d'une façon sommaire. à peine diminué par dons qu'elle accor- pour conserver l'immunité de l'impôt. l'Etat dans l'ancienne France. mais déjà. Le développement de du jugement dernier de richesses. à Alexandrie. les jurisconsultes prétendaient que . et spéciale- ment en France. le Rien de fixe et de contraint dans les oblations elles s'élevèrent à des sommes considérables quand christianisme se fut établi dans les grandes villes. la crainte univerla fin On sait selle de prochaine du monde. et faut distinguer les dîmes des bénéfices. Les héritages saint commencèrent à affluer. dans les bénéfices les séculiers si la On avait longtemps discuté pour savoir la dîme était de droit divin ou de droit humain. à Carthage. allait dé- la vie monacale ouvrit pour l'Eglise si de nouvelles et intarissables sources bien que le malgré des vicissitudes inévitables elle avait fini par être plus grand propriétaire dans tous les Etats catholiques. sous si le l'ancienne monarchie. les sermons de Augustin signalent avec indignation de pieuses captations. glorieusement^ se contentant du strict nécessaire^ et ne recher- chant l'abondance que pour la sainte prodigalité de ses aumônes. plus elle était devenue un corps considérable dans était plus elle subordonnée au pouvoir civil dans l'acquisition ou l'admi- nistration de ses propriétés. et en donnant de larges portions d'une terre que le feu vorer. Nous avons dait à la royauté déjà dit à quelle les somme énorme montait son revenu. Elle était enlacée dans un étroit réseau d'ordonnances qui l'empêchaient de disposer à son la gré de ses biens. et surtout à Rome.56 et LA PROPRIÉTÉ ECCLÉSIASTIQUE AVANT LA RÉVOLUTION.

droit de civil lui 57 dîme est inhérent à TEglise. D'abord le nommait lui-même directement aux au pape équivalait à une nomination . car sa présentation tous les prélats lui devaient à leur entrée en charge ils serment de fidélité. le bénéfices les plus importants. sont pour donner la subsistance temporelle à ceux dont on reçoit la nourriture spirituelle. . L'Etat s'était cru directement intéressé aussi les ordonnances à la répartition de ces immenses richesses.LA PROPRIÉTÉ ECCLÉSIASTIQUE AVANT LA RÉVOLUTION. 2. par requêtes. La dixième partie des dîmes appelée le décime appartenait primitivement au pape qui Tavait octroyée au roi. sur les présentations. maître des livre la plupart au droit ecclésiastique. avaient la menue dîme ou la portion congrue. tels que les évêchés et les prélatures. soit aux monastères. Elles doivent donc régulièrement d'innombrables être payées aux pasteurs ^» Cette règle souffrait exceptions. Londres. étaient conférés par l'évêque ou son chapitre par voie d'élection. établies «Les dîmes. Nous n'avons plus à revenir sur la question des dîmes tranchée par un vote souverain. 1754. Fleury. il incombait au pouvoir ^ d'en déterminer la nature. p. fice On appelait béné- un office ecclésiastique auquel des chapitres. Le Voyer de Boutigny. les collations et les prises de possession des bénéfices étaient sans roi nombre. Quant aux curés. Institution (le M. Voir le livre si curieux intitulé : Traité de l'autorité des rois touchant l'administration de l'Eglise. Nous empruntons à ce la nos renseignements sur l'ancienne organisation de propriété ecclé- siastique. Quant aux autres bénéfices. des rois de France. pension misérable en argent assignée par l'évêque au curé pour son entretien. et elles étaient distribuées ils au gré de leurs propriétaires. les résignations. Les bénéfices séculiers étaient l'évêché et les dignités les réguliers comprenaient l'abbaye et les offices claustraux. mais le plus sou- 1. Restaient les bénéfices. les quotités et arrérages surveillance sur . car la plupart des grosses dîmes appartenaient soit aux évêques. c'était les attribuer la haute une des propriétés dit plus importantes de TEglise. Le décime était devenu une sorte d'impôt permanent depuis l'assemblée de Milan de 1580. 388-390. était joint un certain revenu qui n'en pouvait être séparé.

la propriété ecclé- Mais c'est surtout dans l'administration de siastique que le pouvoir de l'Etat se faisait constamment sentir. dit Fleury. Par V induit . pendant les vacances des évêchés il A de joyeux avènement. Le ^serment de fidélité Tautorisait à conférer de même la première prébende dans chaque il évêché nouvellement rempli. obtenait du pape le col- de désigner à son gré un conseiller du parlement auquel lateur d'un bénéfice quelconque remettait son droit d'élection. si Enfin. p. la collation d'un bénéfice ne pouvait être donnée que sur la désignation expresse du patron fondateur ou de Théritier direct des fondateurs. après avoir obtenu l'autorisation de le l'évêque. sur les conclusions du procureur général.58 vent LA PROPRIÉTÉ ECCLÉSIASTIQUE AVANT LA RÉVOLUTION. On sait combien la royauté française avait été . ni même liberté que la même liberté de les particuliers les aliénera » L'aliénation de ses biens était interdite au clergé. droit qui permettait sous certaines clauses de séparer fonction ecclésiastique de la possession du bénéfice et de jouissance des revenus. Fleury. prodigue de son domaine envers TEglise toutes ces fondations étendaient d^autant la prérogative royale pour la répartition des bénéfices. n'a ni la d'acquérir des immeubles. conférait la pre- mière prébende qui venait à vaquer après Tinauguration de son règne dans toutes les églises cathédrales. une information de commodo et incommodo 1. 343. G L'Eglise. largement concédé par le la la pape. grâce au droit de commcnde. . \. non-seule- ment par les canons des conciles. les or- donnances des Quand la vente d'un héritage était devenue chapitre nécessaire pour une raison ou pour une autre. le droit de régale remettait au prince la les bénéfices titre nomination à tous et archevêchés. En outre. réclamer des lettres patentes par lesquelles roi permettait l'aliénation. Institution au droit ecclésiastique . mais encore par rois. grâce à la facilité de prélever des pen- sions sur les biens d'Eglise. le roi trouvait dans ces biens une des ressources les plus abondantes de ses libéralités intéressées ou de ses faveurs capricieuses. Ces lettres patentes n'étaient enregistrées au parlement qu'après que. le qui en était possesseur devait.

Quand nous aurons fait retracé les débats et les résolutions de l'Assemblée nationale. avait pris des précautions minutieuses contre son accroissement indéfini. ce que l'héritage tombait en main-morte ^. Les généreuses résolutions prises dans ces heures d'enthousiasme et confirmées dans les délibérations des jours suivants devaient 1. preuves en main. sans la permission expresse du roi ^ du mois d'août 1749. . que nulle communauté le régulière ne pouvait s'établir ni construire des monastères dans L'édit royaume. Autorité des rois. 361. allait jusqu'à défendre aux ecclésiastiques et aux sitions. L'amortissement se payait au roi pour dé- dommager de était. parce qu'il voyait en elle un grand intérêt public et national. nous reconnaîtrons. qu'elle n'a ranger à l'avis que se des conseillers de Louis XIV. Nous verrons plus tard que les jurisconsultes avaient déjà tiré des principes de cette législation assez compliquée la les conséquences les plus hardies. celles riva mêmes auxquelles Révolution française n'ar- que poussée par la détresse financière. 2. avait 59 eu lieu. la constitution de la propriété ec- clésiastique sous l'ancienne monarchie française. C'était déjà une maxime universellement reconnue en France au dix-septième siècle. I. Telle dans sestraits généraux. Le pouvoir qui veillait avec un soin jaloux à ce que la propriété ecclé- siastique ne fût pas dénaturée. p. 310.LA PROPRIÉTÉ ECCLÉSIASTIQUE AVANT LA RÉVOLUTION. fallait patentes qui n'étaient accordées qu'après que l'on avait payé mortissement au roi seigneur du lots et fief et l'indemnité au seigneur. Fleury. Un mois s'était écoulé depuis la fameuse nuit du 10 août. p. Un grand nombre d'ordonnances pourvoir à la royales étaient destinées à conservation des biens d'Eglise qui étaient ainsi considérés comme ressortissant d'une manière civil toute spéciale de la surveillance de l'Etat. concernant rétablissement et les acquisitions des gens de main-morte. On payait au le une certaine somme pour dédommager des le ventes qu'il aurait eu droit d'espérer dans l'avenir en gar- dant sa propriété. communautés de il faire de nouvelles acquiobtenir des lettres l'a- Pour obtenir une exemption.

le La guerre aux châteaux avait éclaté de toutes numéraire se cachait et des récoltes insufiisantes ajou- taient à la détresse publique. Au contraire. Ce de fut une grande faute de sa part de n'avoir pas montré plus dans ses hardiesse en devançant l'Assemblée nationale : résolutions légitimes sûr moyen de prévenir et d'empêcher des mesures imprudentes et excessives. d'écarter la redou- table initiative de l'Assemblée. depuis qu'il avait renoncé aux dîmes. . était était Son cri d'alarmC. qui savait très bien le ce qui l'attendait. On discutait plan d'une imposition volontaire_. Tous leurs votes sont subordonnés à ce désir qui se trahissait à chaque occasion. la Mirabeau venait de descendre de valle tribune lorsque. Un tel plan devenu nécessaire. Toute réforme commence par troubler l'ordre social et par en déranger Téquilibre.. et essayait.60 LA QUESTION S ENGAGE A L ASSEMBLEE. la 1. Le clergé il voulait éviter à tout prix un débat sur ses propriétés. les chefs du clergé dans l'Assemblée ne sont préoccupés que de sauvegarder leurs privilèges. l'archevêque de Paris se lève et déclare que le clergé est prêt à abandonner toute Targenterie qui n'est pas nécessaire à la bienséance du culte. On ne comprend pas que clergé. en multipliant les dons gratuits et les renonciations volontaires. en passant par la bouche de Mirabeau^ ni délai devenu un coup de tonnerre qui ne permettait plus le ni demi-mesure. ouvrir dans Tavenir des sources de richesse et de prospérité^ en 1 aux détruisant la féodalité. Séance du 25 septembre 1789. sorte de don gratuit auquel toutes les classes auraient contribué. parts. un orateur se lève et inconnu propose de demander à lui l'Eglise le sacrifice de son argenterie qui d'après s'élève à 140 milHons ^ Contre toute attente. Les décrets de la Constituante avaient plutôt déchaîné que satisfait les pas- sions populaires. La mesure le fut votée le 29 sep- tembre. dans Tinter- de deux de ses plus magnifiques improvisations. n'ait pas cherché tout premier à élaborer un plan de réforme pour son organisation était financière. C'est ainsi que. L^arriéré formidable légué par Tan- cienne monarchie s'accroissait tous les jours. mais elles avaient eu pour premier effet d'agraver la crise financière. Necker abois.

biens du clergé fut portée devant l'Assemblée nationale par une ironie de la destinée. » taires.LA QUESTION S ENGAGE A L ASSEMBLÉE. les paroles les plus hardies dans leur froide précision que l'Assemblée eût encore entendues. Il était difficile que celui-ci échap- pât à la tentation de faciliter ce passage. la proposition formelle de s'emparer des et. le clergé murmures Le clergé la voix des orateurs qui voulaient traiter à fond cette grave question et s'attira ce mot sanglant de Mirabeau : « craint-il que rétablissement de quelque papier-monnaie ne porte sur ses biens*?» Mais ces vains murmures avaient moins sur l'Assemblée d'in- fluence que le cri de détresse d'un grand la pays qui périssait tout en ayant sous main des gages de l'utilité richesse capables de le sauver. ne s'agissait sans doute encore que d'offrandes volonétait mais un principe bien grave formulé. pour la première fois. l'Etat Ce n'était pas pour moi. Dans l'adresse rédigée par Mirabeau au nom de l'Assemblée lit nationale pour réclamer des dons patriotiques. c'était religion sainte. Malheureusement immé- diate l'emporta trop sur la stricte justice et l'expédient sur la politique à longue vue. avait été nommé 28 août 1. . C'est le 1 1 octobre que. ce fut de la bouche dédaigneuse de France Talleyrand-Périgord que tombèrent. . par un classes jeune évêque qui représentait dans sa personne privilégiées deux du royaume. pour vous. c'était que les trésors de l'Eglise ne changeraient pas de destination en passant de ses mains à celles de l'Etat. elle le fut par un des les siens. n'auront point changé leur religieuse destinale service la patrie. pour que Il j'ai levé cet honorable tribut sur les vertus de vos pères. au grand scandale de sa caste mais aux applaudissements de tous les représentants de la nouvelle. a on ces mots : Que de trésors accumulés par la piété de nos pères pour de le service des autels. tion en sortant de l'obscurité les réserves pour Voilà dit la que j'ai recueillies dans des temps prospères. CI première fois qu'il fut question de papier-monnaie dans TAscouvrit de ses semblée nationale. Talleyrand était l'organe le du comité de douze membres qui Séance du 3 octobre 1789.

et complète que possible .62 PROPOSITIONS DE TALLEYRAND ET DE MIRABEAU. elle fut aussi La discussion dura jusqu'au 2 novembre .200 vres avec le logement. Il : Observations sommaires sur les biens eccléle répondait à ceux qui ne voyaient dans : clergé ! qu'un corps moral « La nation est-elle donc autre chose Vous . je demande donc qu'on dé: crète deux principes d» que la propriété des biens du clergé de ces li- appartient à la nation. l'intention des fondateurs sera remplie et la justice ne sera pas violée. elle existe biens du clergé. De nombreuses brochures ses faces. le Il comTE^^tat mença son et discours par exposer lui tableau des besoins de des dépenses que imposera sa régénération politique. Les ressources employées ou proposées jusqu'ici sont insuffisantes. la dit-il. chaque opinion put s'expri- mer librement Elle avait été d'ailleurs soulevée déjà dans la presse. conclut que si la nation garantit la subsis- tance des bénéficiers et ne puise dans la source abondante des biens ecclésiastiques que pour soulager l'Etat. L'orateur esquisse ensuite sultat un vaste plan financier qui devait avoir pour réle déficit. sans parler avaient envisagé article la question sous toutes du fameux de Turgot dans V Ency- clopédie sur les fondations. de combler Deux jours après. Sieyès avait publié quelques pages incisives sous ce titre siastiques. bien qu'elle peut détruire les agrégations de cet ordre qui paraîtraient inutiles à la société. à la charge par elle de pourvoir à l'exis- tence des membres de cet ordre . » tât ainsi 11 était utile la question se présen- dans toute sa grandeur et que les principes fussent dé- battus pour eux-mêmes. saison de crainte et de terreurs. il est si important de montrer que nation n'a jamais eu de de si abondantes ressources. que nation jouit d'un si droit étendu sur lui comme il sur toutes les corporations. 2° que que la disposition biens sera telle qu'aucun curé ne pourra avoir moins de 1. « Il en est une immense qui peut dans les s'allier avec le respect des prosur priétés. Mirabeau qui ne si se voyait pas devancé sans jalousie dans une réforme radicale formula la proposition suivante : «Dans une belles. Une opération la eux est inévitable. » Partant du fait que le clergé n'est pas pro- priétaire comme les autres propriétaires. les garanties pour discuter d'un emprunt de 80 millions.

Histoire de la Révolution française^ par Loais Btanc. mais c'est du sein de ces nuages 1. en répondant à Sieyès dans très une brochure remarquée. et il n'est pas de droit primor- de la société humaine qui ne puisse être dissous dans ce creu* la Tant qu'on en resta à ce qu'on peut appeler la haute philoso- phie de tutifs propriété en général. disait encore Sieyès. les individus ou les corps chargés de ce service sont donc les serviteurs de la nation.OUVERTURE DU DÉBAT. même droit sur les corps Quelle espèce de pro- propriété reconnaître à priétaire un corps qui n'est sol pas même de son existence? Le d'une nation appartient au peuple qui l'habite. p. 321^322. Bornons-nous à en marquer les phases principales. citoyen. « Par quel étrange renverse- ment d'idées. Le débat sur propriété ecclésiastique était donc déjà vivement engagé en de- hors de l'assemblée quand il y fut porté. qui a droit de vie le de mort sur chaque politiques. » Les fondations ecclésiastiques dispensaient le peuple d'un impôt pour l'entretien des autels. le mode de salaire ne l'est pas ^ De pareilles théories difficile pou- vaient sortir mener fort loin et il n'eût pas été d'en faire la logiquement un socialisme assez avancé. aurez beau faire déclarer à la 63 nation que les biens dits ecclé- siastiques appartiennent à la nation. généralités philosophiques sur le droit la On commença par des de propriété. car les analyses subtiles en pareille matière ont grand danger de tout mettre en question dial set. Le salaire est de rigueur. je ne conçois pas comment une énorme simple déclaration pourrait changer la nature des droits. les ecclésiastiques vous paraî- traient-ils supportables si vous les avez à votre charge et ne les pouvez-vous sonne? » souffrir parce qu'ils ne sont à la charge de per- L'avocat général Servan. ce fut peut-être ce que discussion eut de plus le grave. à l'examen de ses éléments consti^ battit on se dans les nuages. . Lors même que saisissant le moment favorable vous feriez déclarer que les biens la du Langue- doc appartiennent à Guienne. et alla jusqu'à dire que la naa tion. Mais un pays ne peut se passer de service public. je ne sais ce que c'est que déclarer un fait qui n'est pas vrai.

Bientôt il cria l'évêque rait n'y au- plus de ministres. Maury avec une impertinence que réel. Ce furent les abbés et les laïques qui soutinrent le fort du combat. car on n'a jamais vu une réforme sérieuse accomplie canoniquement. La première opinion a pour organe naturel clergé. avec i.» L'évêque de Nîmes. Le parti de Babeuf eût pu amplement son de ces débats. demandera un nouveau partint ^ » Aucun orateur ne s'en longtemps à ces consila dérations générales. il concluait néanmoins à la nécessité de grandes réformes pourvu qu'elles fussent accomplies canoni- quement. mêmes que profit pouvait sortir d'un moment à l'autre la plus terrible faire question sociale. de Glermont. mais ils hauts dignitaires du eurent le tort si souvent renouvelé depuis lors d'identifier la cause la faire de la religion à celle de ses propriétés et de s'é- dépendre de ses immeubles. et sans pression extérieure. Ce mot ne laissait pas que d'inquiéter. en effet. l'abbé ne rachetait pas suffisamment un talent quieu et l'abbé de Montessa d'Eymar avec gravité et logique. Le débat porta priété ecclésiastique promptement sur pro- elle-même et sur la valeur de ses titres spéciaux. . plus de religion. nation y elle sortit Elle se placera à l'époque et où Germanie. le der- nier avec des développements étendus présentés sur sensibilité un ton de larmoyante . «La vente de nos biens. des forêts de tage la l'origine des propriétés.64 TROIS GROUPES d'oPINIONS. toutes les fois la que vous remonterez à remontera avec vous. tinrent Trois groupes d'opinions se la formèrent de suite et vaillamment campagne jusqu'au bout. ne remédierait à rien. s'il eût déjà existé. Camus. Séance du 13 octobre. celui d'Uzès et l'archevêque d'Aix soutinrent la même thèse. Aussi Maury avait-il raison de dire. Nous avons extrêmes. dans et par la un discours d'ailleurs excessif par le fond forme : « Je vais vous prouver qu'avec vos principes la loi vous nous conduisez à agraire. celle qui ce n'est quelques réformes dont l'op- d'abord comme toujours deux opinions si ne veut rien concéder portunité et rétendue seront livrées à l'appréciation des privilégiés eux-mêmes et celle qui ne reconnaît que le droit de les l'Etat.

La est la religion elle-même sauvegarde de l'empire. sur le caractère inaltérable des fondations et l'accomplis- sement régulier des conditions mises à leur jouissance nation et non à loi. saient le salaire de l'Etat parce qu'il était tout et humiliant. Les partisans de cetle opinion s'appuyèrent sur le fait de la possession non con- testée. car ne tenait aucun compte des s'agissait d'établir difiicultés réelles question. « Que diriez-vous d'un seigneur de paroisse ruiné qui. la D'après lui les biens la du clergé appartenaient à nation comme province de Bourgogne lui appartient. nous poules vons ne pas désespérer de notre cause. mais c'est la force du raisonnement qu'il faut combattre. et enfin sur ce que les biens ecclésiastiques ayant été donnés sans le con- cours de la la nation. puisqu^il a acquis foi solennelle. Il que la propriété ecclésiastique et rentrait entièrement fallu sortir dans le droit commun pour cela il eût des idées générales. leur abandonnerait les fonds dont il aurait doté son canil ton? » Un tel il langage pouvait être habile.OPINION DE LA DROITE. corps ecclésiastique le elle ne saurait le défaire. après avoir assemblé ses créanciers. je dépose en vos mains cette profession de sède. TEtat n'avait aucun droit que na- sur elle. mais n'était que spéde la cieux. On mais est le étonné de rencontrer dans leurs rangs quelques curés. Se pourrait il clergé fût lié pour jamais à certains droits vis-à-vis de la tion et que la nation ne fût point liée vis-à-vis de lui. » Puis le fougueux abbé demandait de quel droit on examinait de si près les propriétés les plus sacrées tandis que l'on acceptait sans scrupule les honteux produits de l'agiotage. « ensemble précaire et régulier La ruine absolue du clergé séculier dit l'abbé semble être décidée dans cette assemblée. Les opposants du haut clergé prirent soin de combler cette lacune. Qu'on prouve usurpé. leur propriété est sacrée. Les créanciers de l'Etat sont propriétaires. si Maury. ils Les orarepous- teurs de la droite invoquèrent enfin la prescription. bas clergé avait été assez mal traité par les grands di- 5 . Vous avez mis ciers créan- de l'Etat sous la sauvegarde de l'honneur de la nation. La d'après Tabbé Montesquiou. 65 précision juridiquo et sa sévérité }anséniste. Le clergé posqu'il a ou qu'il a reçu. n'a pas établi le .

Tout corps au contraire n'existe que par la loi. La religion était ainsi réduite à n'être plus qu'un service public. elle peut les modifier. 2. un culte subordonné au pouvoir le La discussion la fit un grand pas quand jurisconsulte Thouret prit parole . des droits impres- criptibles. déclara le clergé existant pour la nation. le pouvoir constituant est donc maître de régler comme il l'entend les conditions de leur existence*.» curé de Chevigné. Séance du 12 octobre. Barnave. Les députés de la gauche ils les ne se contentèrent pas de formuler ces thèses hardies. La portion d'en vouloir au bénéfice. de Tordre pour ne pas mettre un grand zèle à défendre il des privilèges dont avait été le droit soigneusement exclu. ils Au fond voulaient un culte salarié parce qu'ils voulaient civil. il souleva l'objec- tion la plus grave contre le maintien des propriétés ecclésiasti- ques en établissant qu'elles différaient complètement des propriétés ordinaires. trop fidèles héri- tiers des préjugés les plus invétérés de l'ancienne monarchie. les détruire. celle-ci pouvait le détruire à et à plus forte raison son gré s'emparer de ses biens et les admi- nistrer selon son bon plaisir.66 gnitaires OPINION DE LA GAUCHE. tel est le droit de propriété. On insista for- tement d'abord sur ce que clergé n'était pas le possesseur réel de ses biens. w . La 1. Séance du 23 octobre. dès la première séance. En eflét les propriétés des corps ne peuvent être assimilées à celle des particuliers. L'abbé fait congrue avait certes Gouttes dit sans détour que les richesses avaient beaucoup de M. le soutinrent par une argumentation serrée. une fonction administrative. mal à la religion^ «en étendant le mépris dû à quelques individus Jullet^ ecclésiastiques à tous les pasteurs sans distinction*. Là des était l'erreur capitale hommes nouveaux. et ses droits dépendent de la loi. soutint la même opinion radicale en s'ap- puyant sur la souveraineté de la nation. puisqu'il n'en était que l'administrateur sous cerque taines conditions. mais qui avait grand inconvénient de ne considérer que ^intérêt du pouvoir lui civil en subordonnant entièrement celui de le la religion. Les individus existant avant la loi ont des droits qu'ils tiennent de la nature.

rait De ces principes : incontestables. ce clergé le serait-il encore? Cette corporation. sa conclusion montre combien le mauvais génie du Contrat social planait sur toute cette discussion. qui conféraient de au prince nommer aux du clergé. comment laisser au clergé tout ce qui constitue un ordre ? « Eût-il été propriétaire. conserve ses biens. il insista sur la pour la Constituante d'être conséquente avec elle- même. Séance du 24 octobre. Vous lui laissez nécessairement la facilité de 1. invoquait les tra- ditions constantes le droit de l'ancienne monarchie. . L'intérêt dans la même séance le député Chasset. si bien que lorsque les fonds n'étaient le service. « naires ils Il une supérieure à en finissant.OPINION DE LA GAT7CHE. Chapelier aiguisa en quelque sorte l'argu- mentation de Garât. lorsqu'il passait en revue toutes les restrictions apportées par les lois au libre usage des propriétés ecclésiastiques. 67 conséquence d^un national. n'a-t-il pas cessé d'exister? Je ne débris d'une le vois plus il que parmi devenu les superbes immense révolution . qu'il avait le droit d'abo- religion chrétienne. disait tel principe s'imposait d'elle-même. et même de diviser ou de réunir venue dans les biens La nation était toujours inter- les fondations. Après avoir détruit les ordres. et nécessité la rendit plus incisive. l'ordre du clergé n'est pas détruit. telles les aliéner que la défense de les augmenter ou de Il sans une autorisation spéciale. la vérité et l'erreur. celle actuellement importe. à supposer par im- possible qu'il s'en trouvât professée. évêchés et aux abbayes. et d'en ap- pliquer les fonds à une religion plus morale. peuvent être indépendants ^ Ce discours réunissait dans un dangereux mélange. elle obligeait les héritiers pas suffisants pour acquitter à ajouter à ces fonds. ainsi. . disait-il la que les fonction- ne soient payés que par nation » s'ils sont propriétaires. ne î doit-il pas l'emporter sur l'intérêt d'un corps Garât le jeune entrait dans le vif de la question. Si le clergé est le patrimoine de l'histoire. son culte et ses ministres. de percevoir les revenus des bénéfices vacants. Garât tic'est une conclusion vraiment énorme le que l'Etat était si complètement lir la maître de la religion. cet ordre.

C'était toujours. L'abbé Gouttes Grégoire paraissent ralliés. que' le droit du donateur n'a pas été contesté. . L'organe de cette opinion fut Malouet. Pétion produisit une grande irritation dans l'Assemblée. ne servait de rien de pré- tendre que les biens de l'Eglise n'ont pas été donnés à un corps toujours révocable. et i's aimaient trop sincèrement le pour aspirer au rang de fonctionnaires. S'il ne concluait pas. ces transactions ont reçu le sceau de la Ces restrictions étaient emportées par ce droit imprescriptible de réforme radicale que Malouet reconnaissait au peuple souverain. la souveraineté collective prise pour la il Après cette concession. car l'un et l'autre étaient d'avis qu'on laissât au clergé la liberté une partie de ses biens. Là était son erreur et celle de tout le parti libéral de son temps. cherché une conciliation raisonnable entre l'ancienne France et la nouvelle. était » Les cris à l'ordre ! se font entendre.C8 s^issoniblor qnostio!) . qui Camus. lil eitt». Séance du 13 octobre. dont Si l'on eût le plus éloquent discours est plein de sens. Le président. s^écria-t-il. DISCOURS DE MALOUEÏ. sans avoir un mandat 1. chez Rousseau. se fit Entre les deux opinions extiêmes et l'abbé jour une opinion plus s'y être modérée. on n'eût pu mieux faire que d'adopter ses propositions ^ Malouet reconnaissait avec la gauche que la reli- gion pas plus que la royauté ne pouvait être soustraite à la souve- raineté nationale. «Ce sont les immenses richesses des ecclésiastiques. à l'aliénation des biens de l'Eglise. mais qu'ils ont été subdivisés en autant de dotations distinctes que ses ministres avaient de services à remplir. qui ont perdu leurs mœurs. Tancien avocat du clergé. comme liberté. qui ne savait pas distinguer le domaine inaliénable de la conscience de celui qui appartient à l'Etat. vous consarrez son indt^pondanre. avec Thouret et Barnave. » Touj^^urs la de se mole a lu qu<îsti()n de propriété. en s'attaqnant sans ménagements aux inconvénients moraux des richesses du clergé. déclara qu'il ne pouvait m^ettre à Tordre un orateur pour avoir dit ce qui était imprimé partout. c'est qu'il contestait à l'Assemblée nationale le droit de décider des questions aussi graves que celle-là. et que toutes loi.

les Que cette considération. Tant que ils les législateurs pas été investis. au de paix. Laissons toute cette métaphysique politique fort contestable. et le il déchirement qu'elles de toutes « produiraient dans le pays à l'heure où ses forces avait besoin pour traverser cette grande suis rappelé. j'ai frémi du sentiment doulou- reux qu'ils pourraient éprouver et transmettre à leurs succes- seurs.DISCOURS DE MALOUET. était d'assurer la subsistance des pauvres. les disait-il. voudrais lier la cause des pauvres à celle des créanciers de . jour mémorable où nous adjurâmes. c'était le déchaînement des passions cléricales. pouvaient réformer. et venons-en à la partie vraiment pratique et sage du discours de Malouet. Je l'Etat. la nous substituons réforme à l'invasion et les talents de l'ex- périence à des opérations incertaines. Les pauvres sont nos créanciers dans l'état social et politique. auprès de vous de quelque poids. en se voyant dépouillés de leurs biens par un décret ils auquel sieurs. Ce qu'il voulait éviter surtout. des hommes biens de l'Eglise leur sont substitués par l'intention des testateurs. Détruisons ce fléau qui nous dégrade. » Malouet demandait avant tout que l'on ne perdît pas de vue que l'objet principal des fon- dations après l'entretien du cuite. c'est et misère. avant d'être réversibles au domaine l'état national. mais non transformer et surtout abolir. n'auraient pas consenti. soit Mes- dans temps orageux où nous sommes. moral comme dans Le plus grand ennemi de la la liberté et des bonnes mœurs. frères. C'est précisément parce qu'on entend dire d'un ton menaçant : // faut prendre les biens du clergé! que nous devons être plus circonspects dans nos décisions. une de secours pour l'homme souillant soit un des articles religieux de notre Constitution. le nous leur caractère. si des opérations qu'une justice exacte peut légitimer. Spécial 69 n'en avaient du peuple souverain. « Tant qu'il y aura en France. qu'à la suite loi de toutes nos disserta- tions sur les droits de Ihomnie. Lors- que je me le avec autant de sagesse que d'élo- quence. et qui seront plus profitables à l'Etat. qui ont faim et soif. à la violence. Ne souf- ^frons pas qu'on impute quelque jour en imprimons si à la terreur. disait-il crise de rénovation. les membres du clergé de s'unir à nous nom du Dieu comme nos de se confier à notre foi.

il l'Etat. des chapitres. il écartait seulement l'aliénation générale des biens eclui clésiastiques. qui ne semblait ni utile ni juste. Nous persistons à croire qu'il y avait dans ces propositions les éléments d'une conciliation équitable. » qu'il Malouet entendait bien que ces mesures de charité publiaue réclamait fussent exécutées au moyen des biens de l'Eglise^ les sacrifices à mais faire il demandait. Sous ces réserves. Tout le reste des biens d'Eglise serait appliqué aux besoins de plan. de dédoubler les riches bénétices. mais elles étaient trop contraires aux passions qui se heurtaient dans l'Assemblée.70 BISCOURS DE MALOUET. sous prétexte . des monastères.il était raisonnable. il avait raison de rejeter l'idée d'un clergé pensionnaire. Us firent circuler une pièce qui une mulée des pauvres de diverses paroisses à l'Assemblée. reconnaître aussi Il faut que les prêtres employaient tous les moyens pour agiter les esprits et poussaient leurs opposants était aux mesures pétition si- extrêmes. pour protester contre toute vente des biens du clergé. pour avoir quelque chance d'être prises en sérieuse considération. des prieuries et de tous les bénéfices simples. que par ce corps respectable. de supprimer les le abbayes à mesure qu'elles deviendraient vacantes. que ses représentants pussent y consentir librement. qu'il fallait il pensait apporter d'importantes réformes dans l'emploi des biensecclesiastiques. de réduire nombre des évêchés. fussent tellement compatibles avec la dignité et les droits du clergé. en tenant compte la non-seulement de l'entretien du culte. selon lui. mais encore de subsis- tance des pauvres. le Malouet voulait remettre à une commission ecclésiastique de proposer un plan de réforme qui réduisît au les bénéfices strict soin nécessaire du clergé séculier ou régulier. avec une haute raison. Elles eussent mérité et une étude attentive une discussion approfondie. Bien qu'il se la possibilité trompât dans ses prévisions sur de faire une grande opération de crédit public sur les immenses propriétés de TE' ghse. qui auront une hypothèque encore phas assurée sur l'aisance générale du peuple français que sur les biens-fonds du clergé. En attendant l'élaboration définitive de ce serait sursis à toute nomination de bénéfices les et à toute admission de novices dans ordres religieux.

car pour l'honneur de la nature humaine jamais des J'ai pensées basses ne remueront une nombreuse assemblée. épargnés à son pays et à la cause Son vaste esprit était digne de saisir le droit de la conscience religieuse non-seulement dans sa grandeur. Jamais d'ailleurs les considérations empruntées à l'ordre moral n'ont été absentes de ses discours. mais elle doit au moins en évoquer l'image. Il le débat avec une lucidité mer- prenait ses sujets de trop haut pour se contenter d'un calcul d'intérêt dans une question pareille. n'y a d'utile que ce qui les biens est juste. « l'honneur de vous déclarer. il la victoire fût remportée dans un sens ou dans fallait qu'Achille sortît de sa tente. C'est à Mirabeau qu'il appartenait de clore la discussion en entraînant la majorité. absorberaient à la longue tous les fonds et toutes les il propriétés particulières. le si reste le de ma vie entière^ que j'examinerai toujours 11 principe est juste ou injuste. Or rien n'est plus la juste que de déclarer que Mirabeau de l'Eglise appartiennent à et nation. la A cette époque lui fallait marcher à l'avant-garde de Révolution. Reconnaissons d'ail- leurs qu'il garda dans cette discussion une grande modération de forme. ce qu'il avait déjà fait. dis- On regrette que sa proposition appuyée par deux grands radicale. détruire. «Puisque les fondations toujours multipliées par les vanités. La grande éloquence peut quelquefois déserter la cause de la justice. Mirabeau résuma tout veilleuse. Si tous les faut bien qu'on puisse à la fm les hommes qui ont vécu avaient eu un tom- 1.. qu'ils seraient frustrés 71 les de leur droit d'aumône assuré par fondations ^ Pour que l'autre. mais avec toutes ses conséquences.DISCOURS DE MIRABEAU. » l'établit en donnant une clarté une force nouvelle à l'argument tiré de la différence entre les droits du citoyen et ceux d'un corps qui ne saurait exister que par le bon plaisir de l'Etat. Histoire de la Révolution française. S'il eût pris l'initiative n'eût-il pas cours ait été si de la conciliation^ que de malheurs qu'il servait. . il 11 nous en fournira et lui-même plus d'une preuve. If. p. mais était chef de parti il par conséquent très dépendant. H2». pour dit-il. par Louis Blanc.

les biens possédés par celle-ci ne peuvent revenir ni aux fondations. Mirabeau revient aussi avec une fâcheuse tance sur l'avantage d'avoir un clergé fonctionnaire et salarié. On ne peut disconvenir quelque subtilité qu'il n'y ait la définition dans cette argumentation et que de la propriété sur laquelle elle repose. à Tarmée. Or ce qui a été donné par nation ou par quelqu'une chef de qui des agrégations politiques Il composent. celles qui ont été faites par les rois. aurait bien fallu pour trouver des terres à cultiver. Dans son second discours qui emporta il fut plus précis. Si c'est la loi seule qui la constitue. Evidemment nation a le droit de décider tion politique. difficulté l'a été à la nation elle-même. celle qui provient de la générosité des particuliers. renles verser ces monuments stériles. » Mirabeau distingue de fon- dations. parce qu'ils ont été donnés sans réversibilité . liée que le clergé ne peut exister comme agrégaest à moins qu'on ne prétende qu'une nation ou par la volonté de quelques-uns de ses la membres ou par son ancienne constitution. à magistrature.72 beau. car qu'est-ce qu'une propriété particulière? C'est un bien acquis le clergé en vertu des lois. 11 à la con- clusion que la s'en loi peut défaire ce qu'elle a valait la mieux tenir uniquement au caractère spécial de propriété insis- ecclésiastique. vis-à-vis s'attacha avec raison à défendre la le droit de l'Etat des corporations. la nation en se les appropriant sous la plir les charges ne porte aucune atteinte au droit de propriété. conscience. les n'y a donc aucune pour deux premières espèces de fondations. la En de il identifiant la religion il aux services publics. Si nation a abrogé l'association politique. Mais aucune loi formelle n'a constitué en corps permanent dans l'Etat. ne soit dangereuse. Le clergé la a donc dû s'attendre en acceptant ces fondations que détruire cette existence nation pourrait un jour il commune et politique. la oublie ses propres principes sur le droit inaliénable le vote. sans laquelle ne peut rien posséder. et remuer cendres des morts trois sortes pour nourrir les vivants. comment échapper fait. Quant condition d'en rem- à la troisième. celles qui sont l'ou- vrage des corps et des agrégations politiques et celles le des la la simples particuliers. il DISCOURS DE MIRABEAU.

Mirabeau s'excuse de toute dit métaphysique était politique. profit gouvernement qui l'administre au cette de l'Etat. La discussion motion les fut fermée après discours de Mirabeau cette et sa « fut votée le 5 novembre sous manière conve- forme amendée : Tous biens du clergé sont à la disposi- tion de la nation. car des corps qui n'ont aucune tels que le clergé. C'est que comme mandataire de l'agrégation droit. Selon les dispositions à faire les pour ministres de la livres. à la charge de pourvoir d'une nable aux frais du culte. 73 pour le service public.RÉSOLUTION DE l'aSSEMBLÉE. Thouret avait déjà avec esprit le sujet qu'il im- possible de n'en pas faire quand par de la discussion on était en pleine métaphysique. il ne pourra être offert moins de 1. ni au clergé qui ne possédait politique dissoute.200 dant. mais semblables au domaine de tion d'un la sont en tout point couronne qui est aussi la rétribuni les maîlres grand service public. est évident que sans les libéralités des fidèles. donc à la nation qu'ils reviennent de le clergé avait recueilli car c'est Il pour elle que ces richesses. à l'entretien de ses ministres et au soulagement des pauvres sous la surveillance et d'après les instructions des provinces. appartiennent de le plein droit à ce domaine. religion. Les biens de l'Eglise se distinguent des fiefs en ce que ceux-ci ont été donnés ils non à un corps mais à des individus. » non compris le logement et jardin en dépen- Avant de donner une appréciation soulever de nouveau la définitive sur ce débat et si de grave question brusquement tranil chée. existence réelle. Nous en avons preuve dans un très la remar- quable composé par un maître des requêtes sur demande . et qui est bien loin d'être vidée aujourd'hui. est bon que de rappeler aux détracteurs de l'Assemblée nationale n'a fait la Révolution française si dans cette mesure radicale que s'ins})irer des principes la de l'ancienne monarchie franlivre çaise. parce que ce serait ressusciter la corporation qu'on veut détruire. la société aurait été obligée de donner au clergé des revenus fixes. ni aux églises particulières. pour l'entretien des autels ou le sou- lagement des pauvres. Les rois n'en sont c'est le ni les détenteurs.

ce traité auquel nous aurons à revenir plus d'une fois. d'abord a des pouvoirs étendus sur les autres comme protecteur de l'Eglise appelé à prendre soin et ensuite de ses intérêts de toute nature. déclare d'abord la que l'Eglise ne peut aliéner ses biens que par permission du prince. » Or c'est au magistrat politique seul qu'il appartient de fixer les obligations civiles et politiques de l'Eglise. .74- LA RÉVOLUTION TROP FIDÈLE A l'aNCIEN RÉGIME. parce que tout ce qui est du ressort du gouvernement politique temps et lui est soumis. Tauteur. Nous voulons Vautorité des rois. les biens «On ne peut la de l'Eglise ne soient tenus de contribuer à dépense l'Eglise. Cela ne souffre pas de difficulté quand il s'agit soit des il biens d'Eglise dont il est le il seigneur féodal. Mais biens. » ajoute le zélé légiste on ne peut pas 1. de l'Etat. examine jusqu'où s'étendent tl les droits de la royauté en ce qui concerne leur aliénation. comme magistrat polinier que tique responsable de la prospérité de l'Etat. après avoir examiné les ordonnances qui en réglaient sévèrement Tacquisition ou Tusage. soit de ceux dont a été le fondateur. le roi Au contraire il y a des cas où peut ordonner de son autorité absolue l'aliénation des biens d'Eglise. expresse de Louis gatives de la XIV pour connaître retendue des préro- couronne en matière ecclésiastique. Le souverain ne saurait à cet égard dépendre d'une puissance étrangère comme . V administration de l'Eglise Ecrit dans la belle langue limpide et précise du dix-septième siècle. l'Etat. Les fonds ecclésiastiques n'appartiennent à la que sous condition de satisfaire aux charges réelles dont la la première est de contribuer à dépense de l'Etat. C'est à lui de juger des de la quotité des termes. la cour de Rome de qui peut ignorer ou feindre d'ignorer les besoins pressants Je dis plus . maximes de despotisme civil et re- que les légistes avaient formulées au bénéfice du pouvoir Sur la question des biens ecclésiastiques. réunit et enchaîne toutes les ligieux royal. cet art du raison- nement bien lié qui est une des meilleures qualités de l'esprit français. touchant parler du Traité de *. avec cette logique naturelle. Ce livre ne fut livré à la publicité qu'au siècle suivant. parce qu'elle est sous la pt^otection des rois comme ufi mi- neur sous la garde de son tuteur.

La constituante n'a fait qu'en tirer conséquences naturelles dans ses décrets biens d'Eghse. » On comprend très bien qu'en partant de ces principes Machault ait en 1749 proposé l'aliénation d'une partie des biens les les de l'Eglise. quelle nécessité plus urgente que le danger de la banqueroute. car héritière de la les plus hardis sur souveraineté politique qui appartenait au prince sous l'ancien régime. les édits qui vont jusqu'à Taliénation des fonds de l'Eglise ne peuvent être rendus sans la participation de les la puissance spirituelle. 42?. quand s'agit sion des ennemis. Par exemple. Cela ne libéral des pas que d'inquiéter sur ils caractère mesures auxquelles Il entraînèrent de prime abord l'Assemblée nationale. lui paraissent exigés par les besoins de Mais toutes « les restrictions il tombent en cas de nécessité de repousser une invale roi urgente. 75 douter que ce ne soit au prince d'exiger de plein droit ce qui est nécessaire à l'Etat. p. 407-421. Or. Ibid. . p. et pour mieux dire ce serait imaginer une souveraineté ridicule que de se figurer un magistrat politique assez puissant et pour juger de ses nécessités y suppléera » de ses besoins^ et trop faible pour Le conseiller de Louis XIV reconnaît que hors du cas de pressante nécessité. 2.LA RÉVOLUTION TROP FIDÈLE A l'aNCIEN RÉ&IME. Nous sommes donc entièrement et dans n'ont la tradition fait du règne de Louis XIV. autrement ce serait lui donner une autorité tronquée. Il est incontestable que nulle corporation ne saurait être absolument indépendante dans un Etat bien 1. tandis que le prince a le droit de fixer revenus de ces biens qui l'Etat. Autorité des rois. Talleyrand s'inspirer Mirabeau en cette matière que laisse de ses maximes de le gouvernement. on ne peut pas nier torité absolue user la que ne puisse d'au- des biens de l'Eglise comme des autres.. est possible aujourd'hui de les apprécier avec plus d'impartialité. pour défense de l'Etat*. Reconnaissons d'abord les le droit spécial du pouvoir civil sur biens de l'Eglise. elle avait d'après les maximes des juristes monarchiques le droit et le devoir d'appré- cier les besoins de l'Etat et de leur appliquer les biens de l'Eglise en cas d'urgente nécessité.

bien général de le droit na- Maintenons toutefois qu'il n'a jamais de suspendre une liberté essentielle . civil. car se heurte ici à un droit pri- mordial de l'individu. tant qu'elle ne civil ni ne saurait dépendre du bon sort pas de ses attributions.76 LE DROIT DE l'ÉTAT VIS-A-VIS DES CORPORATIONS. . ordonné dès qu'elle cesse d'être une simple association^ dès qu'elle possède et devient soit un corps véritable. à une corporation qui est propriétaire d'une portion du sol. devraient réserver leur indignation pour l'aliénation par l'Etat d'un domaine bien autrement religion sacré. ce qui équivaudrait à l'anarchie. Par ce côté elle tombe sous le pouvoir de l'Etat comme nous l'avons . elles seraient bientôt plus fortes par raison que leurs biens n'étant pas soumis aux fluctuations des héritages. le bien général ne permet pas de porter et atteinte en quoi que ce la soit à la conscience des citoyens. ou qui ne le se prêteraient pas la aux réformes jugées nécessaires pour tion. de retirer son autorisation et de dissoudre les petites sociétés qui nuiraient à la grande. ni Il plaisir n'appartient au pouvoir il de de l'interdire. Aussi de tout temps dans l'ancienne France les corporations religieuses ont été sévère- ment subordonnées au pouvoir la législation civil. Elles n'ont vécu que grâce à son autorisation expresse et à la condition de se conformer à du pays pour saurait nier l'acquisition ou l'aliénation s'il de leurs le biens. Les représentants de la religion qui s'inla dignent à grand fracas de l'aliénation des biens du clergé par Constituante. On ne que l'Etat n'ait le droit. obtenaient pour leurs propriétés les Si les même les la corporations mêmes immunités que que l'Etat individus.lé politique. elle ne plus quand elle a abouti à une vérital. il faut bien qu'elle placée sous le contrôle du pouvoir à moins que l'on le n'admette plusieurs Etats ayant des droits égaux dans pays. celui de la conscience religieuse honteusement foulée aux pieds par l'an- cienne monarchie. collective de gêner manifestation individuelle ou la religion de leurs croyances. l'autoriser. s'accumulent dans leurs mains avec une incroyable rapidité et pourraient finir par absorber la meilleure partie de la richesse publique en la stérilisant. C'est ainsi que dans aucune de ses formes de l'Etat. juge convenable.U' soci<. l'est Si la en soi est inviolable.

politique. afin de ne pas soulever une opposition formidable. et la lui nation peut s'organiser librement sur intérêts. 1"22-127. L'Etat a usé de son droit en supprimant une corporation qui n'avait plus sa place dans la société nouvelle. de ne pas exaspérer nombreuse et influente sur laquelle elle portait. plan qui semble conforme à ses On se trompe donc grave- ment quand on considère faisant l'Eglise catholique et l'Etat comme en 1789 un pacte nouveau à certaines conditions non si résolutoires. bien dit M. la terre comme l'a très n'appartiendrait plus aux vivants mais aux morts^ Il n'est pas moins évident qu'une seule généles ration ne saurait payer pour autres et porter tout le poids des réformes qu'elle n'avait pu prévoir. Ceux qui s'imaginaient à la fin du dix-huitième siècle 1. Aussi. établi. . d'elle. p. et 77 son indépendance décroît dans sinon le la proî)ortion de son la importance. 1862. en stricte justice l'Etat est-il tenu d'assurer le sort des survivants d'un ordre dé choses antiil que qu'il abolit. était de l'intérêt de la Révolution. il son droit reste à savoir s'il en a sagement usé. tout en opérant une grande la classe réforme.LE DROIT DE l'ÉTAT VIS-A-VIS DES CORPORATIONS. et que des abus séculaires ont rendues nécessaires. mais quand a ffiit cela il a payé sa dette envers le le passé. nité Il bien que le salaire du clergé serait une indem- due à cette Eglise en échange de l'aliénation de ses biens. Ce qu'il y a de politifluc- que dans sa constitution Fopinion sur est soumet naturellement aux tuations de meilleure organisation de l'Etat. Mais entier. sinon se trouverait qu'une génération aurait pu d'avance par ses pieuses fondations river à tout jamais une grande nation aux institutions du passé et que. s'il le si trouvait bon était pour compléter ses premières réformes. Voir les observations pleines de sens de l'éminent publiciste : Etudes morales et politiques. et surtout s'il a pris le meilleur Il moyen de pourvoir au service des autels. Rien ne devait l'empêcher de supprimer plus tard le salaire des cultes. Laboulaye. s'est ne passé rien de pareil à cette époque. elle Quand tout réformé autour il ne saurait demeurer immobile. passerait gouvernement de société promptemcnt entre la la ses mains.

la religion était que incapable d'agiter le pays. dans la crainte de tout perdre. le ciel. la et en votant d'em- mesure plus radicale. mais encore grands et douloureux événements de la vie. c'est ce qui le toujours dans les crises sociales qui en ébranlant sol sous les pieds de Thomme lui font lever les yeux vers . parce qu'elle n'est pas empruntée à de simples considérations de prudence. Déjà à ce point de vue on aurait soin. sentiment religieux était encore la force la plus considérable avec laquelle il Révolution dût compter. tout ce qui courbe le l'âme humaine et rompt son orgueil. plus vive irritation les représentants de de France blée la en se refusant à toute transaction. Or. ressources considérables pour les besoins de l'Etat sans pro- noncer II l'aliénation générale des biens de l'Eglise.78 LA VRAIE SOLUTION. de de mais aux principes permanents qui devraient présider aux relations de la société politique et la société religieuse. Malgré les scandales du haut la clergé et Tinle crédulité de bon ton qui avait été la mise à mode. là arrive où avait semblé éteint. il n'en est pas moins certain que la religion est chée et invoquée d'instinct par l'humanité soutirante. Il est . Or. Il y avait donc une grande imprudence à jeter l'Eglise dans la . allait La mesure radicale qu'avait prise TAssemblée et qui devenir plus grave le encore dans l'exécution. ce était faite pour soulever clergé et tout nombreux parti que recrute tous les jours à la religion. Sous la pression des circonstances et de l'opinion. l'Asla semblée nationale n'avait pas plus qu'aucun pouvoir politique capacité de remplacer les formes anciennes par une forme reli- gieuse nouvelle. prenaient le salon frivole fidèle où de ils avaient passé leur soirée en gais propos pour Timage la nation. Qu'on trouve bon ou cher- mauvais. une conciliation qui conservât la paix publique. on eût pu arriver à trouver des . y avait encore une autre raison pour tenter une voie dif- férente et celle-là nous paraît bien plus importante. nonles seulement ses apologies plus ou moins fondées. cette conciliation était devenue possible. les sacrifices. avec ardeur dû chercher avec même. le Il clergé aurait été très loin dans les réformes et tante en avait donné une preuve écla- en renonçant aux dîmes. et déjà il se ranimait lui-même.

On une n'avait qu'à accueillir proposition faite à plusieurs clergé.LA VRAIE SOLUTION. est impossible de refaire après couple plan qui aurait réuni tous il ces avantages. mais la nomi- . le briser. L'Assemblée nationale ne se serait pas dessaisie du droit de tout décider en dernier ressort. mais pour cela il parer sûrement une eût fallu renoncer situation si à traiter la religion comme un simple service public et ses ministres nationale. Tant qu'elle se meut conflit et à son aise dans sa sphère. assez tion y avait assez de lumières dans l'Assemet de connaissance précise détaillée de la situa- du pays pour aboutir à une combinaison d'emblée la rationnelle. ou bien elle frémira sous le et tentera incessamment de . Il ensemble indépendante et attachée à la France nouvelle. N'avait-elle elle pouvait dû recourir au système déplorable des pas à sa disposition des biens server immenses dont la loi con- une partie en les soumettant à commune ? Qu'est-ce qui l'empêchait de constituer par leur tout moyen une Eglise qui fût. toute chance de civil de choc avec le pouvoir est évitée. Certes blée. elle coûter à tranquillité du pays. en échange de la diminution de ses richesses. 70 leur intérêt réciproque d'être indépendantes l'une de l'autre. comme des officiers d'une administration il en d'autres termes eût fallu être plus hardiment ofl'rir révolutionnaire qu'elle ne Ta été et à l'Eglise une liberté plus grande que celle dont elle avait jamais joui. Il n'était pas nécessaire d'en discuter la sincérité. les événements plus forts que les hommes avaient écarté les pré- tentions intraitables. une Eglise asservie sera qu'elle n'aura plus si promptement frappée de et alors il discrédit aucune action morale joug faudra donner à la répression tout ce qui sera enlevé à l'influence religieuse^. d'abandonner reprises par les représentants du haut portion importante de leurs biens et de travailler à la réforme des abus. ce qui troublera profondément la paix publique la Hberté générale sera bientôt suspendue par les mesures coërcitives si que prendra l'Etat afin de se défendre. C'est dire qu'elle n'aurait jamais cultes salariés. La Constituante pouvait prédésirable. Au contraire la société religieuse est libre et indépendante pour tout ce conserve sa dignité sans qui ne rien tombe pas sous la les lois.

premières dettes qu'on était tenu d'acquitter envers La vente suffi de la portion aliénée des biens d'Eglise eût amplement à ces créations indispensables et eût facilité les grandes opérations I . Des ressources importantes auraient été trouvées dans les réformes qui avaient pour elles l'assentiment universel ou du moins auxquelles personne n'eût osé refuser son adhésion. qui était l'une des lui. les établissements de bienfaisance. la vente des bâtiments et terrains. biens ruraux des monasières et hôpitaux et bénéfices. car somme de On ne nous main- tenons toujours tout le droit souverain de l'assemblée. les sup- pressions et les réductions immédiatement possibles. Ainsi la réunion des maisons d'un même ordre. Les premières qui étaient en nombre considérable avaient toujours paru beaucoup plu§ dépendantes de l'Etat que les autres. Peut-être eût-on trouvé que les biens remis en la possession de l'Etat soit par cette aliéna- tion. réaliser les intentions des fondateurs des les béné- en maintenant grandes institutions d'assistance dont un Etat ne saurait se passer. l'abolition de tout cumul de bénéfices.80 nation riit LA VRAIE SOLUTION. clergé de France pour une se serait pas arrêté là. les hôpitaux. offraient Il suffisamment de ressources. des ventes progressives faites par six cents millions. On avait de temps établi une différence essentielle entre les fondations royales et celles qui venaient des particuliers. Leur aliénation eût soulevé bien moins de scrupules. auraient permis de prélever une somme la annuelle de trente millions et une aliénation successive de quatre cents millions de biens-fonds. L'ar- chevêque d'Aix offrait dans le séance du 12 avril 1790. La première résolution à prendre ensuite aurait été d'interdire jusqu'à nouvel ordre. autres les que ceux d'habitation. non compris dans églises. puis l'instruction du peuple. de la commission fcciésiastique que réclamait Ma'ouet apaisé bien des résistances. soit par les réformes universellement consenties. non-seule- ment toute fondation nouvelle^ mais encore toute admission de novice dans un couvent quelconque et toute nomination à un bénéfice. voilà autant de la disposition mesures qui eussent mis à ses considérables. de la nation des riches- Malouet estimait que les réformées. eût été juste de se servir d'abord de ces fonds pour fices.

semblables. elle avait la ferme efficace intention d'y trouver une ressource pour relever les finances du la pays.RÉORGANISATION DU COMITÉ ECCLÉSIASTIQUE. comme il le fait partout où c'est il trouve une terre libre. et les précautions contre la mainmorte eussent été conservées. on eût tout d'abord soldé pensions votées à ceux qui perdaient leur position par les le soin réformes opérées. le grand l'Etat libre. Le haut clergé soutenu parla droite s'efforcera de défendre 6 . ce qui eût été la première conséquence de l'existence de cultes non salariés en France. Il suffît maintenue dans des pays où certes mouvement des richesses n'ont été arrêtés par de nommer TAmérique du Nord qui allait opérer pour laquelle le la bientôt la grande réforme. tions religieuses allaient contribuer à abaisser si 81 les agita- que misérablement. Cette homme voulait l'Eglise libre dans pensée perçait à chaque instant dans les entretiens intimes de M. d'Etat qui d'après des documents irrécusables. exemptions qui en faisaient une corporation ses biens eussent été imposés comme ceux des particuliers. Nous croyons fermement que dans cette voie des rapports la- seulement qu'on devait tenter de la la solution si délicate société religieuse et de l'Etat. Aussi les mesures vont-elles se succéder pour mettre à disposition de la nation. de Cavour. le comme on taire. La propriété ecclésiastique a été ni la liberté ni le elle. le clergé se fût admistré lui- même sans entraves. C'est là que cherchait. n'était Révolution française civil pas mûre. ce gage considérable destiné à relever son crédit. puis on eût laissé au clergé lui-même de subvenir à son propre entretien. Avec une liberté politique sérieusement garantie. financières qui devaient relever le crédit national. Même sous régime de notre Code des propriétés collectives peuvent être assurées pour un grand nom- bre d'années. les 11 aurait perdu sans doute privilégiée . Sur les les biens-fonds restant au clergé. peut s'en convaincre par témoignage de son secré- Ce n'était pas pour l'honneur de formuler un principe de droit avait voté le 2 politique que l'Assemblée nationale novembre l'a- liénation générale des biens du clergé . si On eût été bien moins gêné dans des transactions la législation française avait été conçue avec plus de largeur sur ce point.

Lanjuinais et Treilhard. . Le comité ecclésiastique poursuivit ses travaux avec la plus grande assiduité. mais elle ne fut pas acceptée. Selilementsa résistance passionnée n'aura que trop d'écho au dehors^ il lui sera d'autant plus facile d'agiter le pays qu'il aura davantage disputé le terrain à l'assemblée. les évêques de Clermont et de Luçon. défenseur habile et modéré des intérêts du clergé. pied à pied ses propriétés^ mais ce n'est plus qu'un combat d'ar- rière-gâMe dans une bataille déjà perdue. Duranddu parlement de les discussions les Maillane. il lui facilita singulière- 1. Voir sur toute l'histoire intérieure du comité ecclésiastique le livre déjà cité de Durand-Maillane (1791). quand qui y éclatèrent à la suite du vote délibérations impossibles. Le comité ecclésiastique qui avait été nommé le 20 août. révolutionnaire fort capable la réaction. car avait non-seulement à préparer la liquidation le des propriétés ecclésiastiques. du 2 novembre rendirent parmi les On distinguait nouveaux l'abbé de membres. s'attacha à préparer l'exécution complète des décrets de l'Assemblée souveraine. Après le vote qui décida de leur ahénation.82 RÉORGANISATION DU COMITE ECCLÉSIASTIQUE. fut accru d'un nombre égal de membres. et c'est sur les rapports divers qui émanèrent de lui que furent arrêtées les graves mesures qui bouleversèrent l'Eglise. vit s'étendre ses attributions aussitôt après le décret du il ^ novembre. le représentant Chasset. quelques curés libéraux comme l'abbé d'Espilly et le curé de Souppes gée de et un député libéral. Le comité. Dom Gerle le chartreux. dan ses diverses sections. les questions qui se rattachaient aux biens ecclésiasfut Un comité spécial des dîmes formé pour statuer nitivement sur cet ancien revenu de l'Eglise. deux autres défi- de toutes tiques. dans une heure d'entraînement de servir Montesquiou. et il lesquels figuraient du côté gauche. les membres de la droite offrirent leut démission. habile avocat du côté droit. mais encore à élaborer la fois financier et constitutionnel plan à duquel devait sortir la réorgaquinze msation de l'Eglise de France ^ Composé d'abord de membres parmi Paris. Le comité était ainsi renforcé se divisa la reconstitution en trois sections : la première et les char- de l'Ëghse de France.

C'était une sorte de prise de possession. Quelques mois plus tard le vendredi 5 février. Elle se contenta d'abord de les placer sous la sauvegarde du roi. Cette déclaration. satisfait d'avoir ouvert la aucune part aux débats sur la proposition de Mirabeau radicale moins que la sienne. TAssemblée vota un décret de deux mois une déclaration qui enjoignait à tous les titulaires de bénéfices de faire sur papier libre les dans le délai détaillée.NOUVELLES PROPOSITIONS. Plusieurs autres orateurs réclamèrent au la dignité nom de de l'Eglise. brèche^ n'avait pris l'alleyrand. On objecta les déprédations déjà signalées. Cette exception parut une injure envers le haut clergé . devant juges royaux et municipaux. Treilhard. Le 49 novembre il reprenait la motion de Talleyrand. La France à l'heure de sa régénération n'était pas si honteux. Sur la motion de l'abbé d'Ablecourt. voter deux jours plus tard que le roi serait supplié de surseoir à la nomination des bénéfices à l'exception des cures. devait être envoyée à l'Assemblée. les dé- . des effets mobiliers et immo- biliers appartenant aux bénéfices.. mais il savait fort bien lui serait que son initiative Il dans une pareille question ne jamais pardonnée. de- manda Ton fît le 7 novembre que Ton mît les scellés sur les chartiers où étaient déposés les titres des propriétés ecclésiastiques et que l'inventaire des meubles. l'As- semblée exigea pour déclarations les les pensions ecclésiastiques les mêmes que pour bénéfices proprement dits. en exceptant seulement les curés de la formalité des scellés. après avoir été affichée aux portes des églises paroissiales. des tribunaux et de l'administration. l'évêque de Clermont s'en plaignit avec amertume. 83 ment taient la tâche par ses travaux hardis et consciencieux qui refléles exactement erreurs et les passions du moment. au milieu d'une agitation extraordinaire et l'insistance malgré les clameurs de fit la droite et de Maury qui prit d'assaut la tribune. Personne ne s'arrêta à la singulière objection de l'abbé de Montesquiou qu'une déclaration semblable serait difficile à un bon nombre d'abbés commendataires qui n'avaient tenue de prendre en considération un abus jamais vu leurs abbayes. L'Assemblée hésita quelques jours devant tion si une exécu- prompte de ses décrets sur les biens du clergé.

Ces quatre cents millions devaient servir de gage au papier-monnaie dont l'émission allait momentanément sauver la révolution. elle accueillait avec empressement la proposition de la commune de Paris d'acheter pour deux cents millions de biens aliénés. et ramener ainsi les jours de la primitive Eglise. Toutes les fois que la question financière revenait dans les délibérations on se rapprochait du moment décisif. proposa nettement d'appliquer à dette natioIl du domaine la royal et des biens ecclésiastiques.g4 ALIÉNATION DES BIENS DU CLERGÉ. et émettait sur ce gage certain et visible. en vain ses orateurs la firent remarquer que le décret du 2 novembre imposait condition de consulter les pro- vinces. C'était une manière de prendre possession. 18 dé- cembre. appuya la proposition de Talleyrand. clarations frauduleuses devaient entraîner la perte de tout émo- lument. Toutes les demandes d'ajournement furent écartées par elle. formellement l'aliénation immédiate de demande Treilhard quatre cents millions des biens du clergé. un papier circulant propre à faciliter les transactions. et l'abbé Maury avec sa fougue sans dignité. Le 16 mars 1790. Ces mesures indiquaient la ferme intention de la nation d'user largement des ressources qu'elle s'était ouvertes à elle- même. choisis dans la caté- Pour faciliter gorie de ceux qui ne produisent pas de revenus. Treilhard. le sans entrer dans aucun développement nouveau la comme le s'il réclamait aussi mesure plus simple et la moins discutable. la caisse Le 4 décembre Talleyrand. comme les mai- sons et les établissements ecclésiastiques des villes. Cette pro- position fut votée le 20 décembre bien que l'abbé de Montesquiou Font combattue avec sa parole élégante et modérée. nale la vente fit à l'occasion d'un débat sur la d'escompte. Cette frêle barrière ne pouvait arrêter l'Assemblée sou- veraine dans un jour de suprême péril pour la patrie. en se fondant sur ce que la nation ne saurait trop tôt retirer au clergé l'administration de ses biens pour le rendre tout entier à la sainteté de sa vocation. En vain une portion delà droite quitta l'Assemblée . ce retour à l'âge héroïque du christianisme. La commune se portait ainsi pour intermédiaire entre la nation et le public. Deux cents autres millions devaient être cédés aux municipalités des départe- .

DISCUSSION SUR LES ORDRES MONASTIQUES.

85

ments. Les clauses de cette grande affaire furent débattues avec
soin et

une commission de douze membres fut nommée à cet effet.

Ainsi tombèrent les bornes qui avaient jusqu'ici soustrait à toute

mobilisation le domaine de TEglise. Celui

du

roi fut

également

mis à

la disposition

de

la

nation.

Un abîme

était

bien réellement

creusé entre l'ancienne France et la France nouvelle. Dans le
gouffre allaient disparaître les ordres monastiques dont la sen-

tence de mort était depuis longtemps prononcée. Puis viendraient
toutes les difficultés et tous les périls de la reconstitution d'une

Eglise matériellement abattue^, mais qui allait retrouver la puis-

sance morale
lui

dans

ses

jours

d'épreuves,

car le

dénûment

rendrait la dignité et les exagérations

souvent iniques de

ses adversaires justifieraient

dans une certaine mesure ses ré-

sistances.

Les biens de l'Eglise devaient encore provoquer deux grandes
batailles

au sein de l'assemblée,

la

première à l'occasion des

ordres religieux, la seconde pour la substitution du salaire de
l'Etat

aux dîmes.

Il

avait été
était

formellement déclaré que

l'Eglise
le

de France tout entière
plaisir
lières

une corporation existant par

bon

du pouvoir

civil. 11 était facile

aux corporations particu-

qui s'étaient formées dans son sein de prévoir le sort qui

les attendait.

Aussi l'un des premiers soins

du comité
était

ecclésias-

tique fut-il de proposer à la constituante l'abolition des ordres
religieux qui couvraient la France.

La question

complexe.

A

part les grands intérêts financiers qui y étaient engagés, elle

touchait par

un

côté à la liberté religieuse, puisque la loi reet les couvrait

connaissait les
table sanction.

vœux monastiques

de sa redou-

Le courant de l'opinion publique poussait à une
au profit des pauvres

grande réforme. La vie monastique jadis honorée, saintement
active

pour défricher
plus

le sol

et

pour cultiver

le terrain

nu

et plus aride était

encore de l'intelligence humaine

dans des âges de barbarie,

tombée dans une décadence que

son plus éloquent apologiste reconnaît et stigmatise avec une

noble franchise * Les ordres voués à la contemplation ayant perdu
.

1.

Voir

les

Moines d'Occident, par M. de Montalembert.

86

DISCUSSION SUR LES ORDRES MONASTIQUES.

rélan mystique qui seul soutient l'âme à ces hauteurs tombaient

dans Toisiveté

et la

dévotion puériles;

ils

tombaient plus bas en-

core^ dans des désordres honteux dont le scandale dépassait leurs

murs de

clôture et n'avait

que trop de retentissement dans une

société railleuse. Les ordres enseignants obtenaient plus d'in-

dulgence, parce qu'ils rendaient plus de services;

il

est certain

néanmoins

qu'ils apprenaient plus

de

latin

que de religion aux
la

enfants des classes aisées;
avait

comment oublier que

génération qui

eu pour chefs reconnus Voltaire

et les encyclopédistes était
ils

sortie

de leurs collèges? Quand aux ordres mendiants^

in*

spiraient le plus profond mépris. Les couvents de
valaient guère

femmes ne
contre les

mieux que

les

couvents d'hommes. L'esprit du
et
la

siècle, qui ailleurs soufflait l'audace

révolte

croyances du passé,

amorti dans ces retraites et y avait remplacé par la sécheresse la ferveur et l'enthousiasme sans
était arrivé

lesquels
la

une

vie aussi exceptionnelle est impossible. Sans doute

piété véritable n'était pas totalement absente des cloîtres;
elle

mais

n'y dominait pas; plus d'une

âme pure

et tendre s'y

abritait encore,

on devait

s'en apercevoir

au jour des grandes

épreuves, mais ces humbles vertus ne parvenaient pas à se déta-

cher dans les temps ordinaires sur

le

fond terne d'une religion

de routine. Le bien se

faisait

encore par un reste d'impulsion

ou plutôt grâce à des

institutions

de charité largement rentées

et

habilement organisées, mais nulle part ne brûlait un de ces
foyers ardents d'amour chrétien qui révèlent la présence réelle

du Dieu de

l'Evangile. Et cependant l'opposition à la vie

monas-

tique grandissait tous les jours. Voltaire lui avait consacré

un
Il

chapitre ironique et mordant dans son Essai sur
avait signalé avec indignation la licence

les

mœurs.

que

les supérieurs

des

couvents se donnaient d'exercer

la justice
Il

à huis clos et de tran-

cher chez eux du lieutenant criminel.

se plaignait

amèrement
l'Italie.
Il

de ce que

la

France eût plus de couvents que toute

concluait hardiment en
partie des citoyens

demandant que

l'on rendît à l'Etat

une

que

les monastères lui enlevaient.

Diderot avait

consacré à ce sujet un

roman animé de

sa fougueuse éloquence
telles

dans sa première partie, mais souillé de

infamies dans

DISCUSSION SUR LES ORDRES MONASTIQUES.
la

87

seconde, qu'il sort décidément du domaine littéraire et ne

trouve son pareil que dans les pages les plus impures de Lucien.

La

Religieuse ne fut

imprimée qu'en 1795, m^is toute
le

la

société lettrée

en connaissait

manuscrit; on en trouve

la trace

brûlante dans plus d'un discours prononcé à TAssemblée nationale. L'abolition de

Tordre des Jésuites en France, lesnombreuses
IT

suppressions de communautés religieuses ordonnées par Joseph
avaient frayé la voie à

une réforme plus radicale en Europe.
qu'on en parlerait un
siècle avant

On

parlait aussi
le

dans l'Eglise de réformer les ordres religieux
savait

mais tout

monde

de

se mettre à l'œuvre.

Aucun

projet sérieux n'avait été proposé

dans

les

assemblées du clergé.
l'esprit

A Rome

on ne craignait rien tant
l'esprit

que de favoriser

de progrès que l'on assimilait à

du démon.
l'Eglise

L'Etat, plus clairvoyant et surtout plus impatient
il

que
et

en présence d'abus dont

était le

premier à souffriv

dont

la

disparition devait remplir son
le libre

trésor épuisé, entreprit

hardiment une réforme où
indispensable.
testables
11

concours de la religion eût été

s'agissait

en

effet

de concilier

les droits

inconla

de

la

puissance

civile,

avec ce respect délicat de
la

conscience religieuse qui est aussi bien conforme à
litique qu'à la saine

bonne po-

morale. Les propriétés des couvents

comme

celles des corporations

en général dépendaient d'une manière
civil,

particulière

du pouvoir

car

il

est évident

que dans l'absence
être eqtièrement

d'un contrôle sérieux,
soustrait

le sol

de

la patrie

eût

pu

aux

lois

du pays,
terre

et la

France entière devenir peu à peu
les belles institutions

une annexe des Etats du pape avec
fleurissent, sur

qui y
Seule-

une
il

vouée à
savoir

la fièvre et à la stérilité.

ment
afin

encore

fallait

modérer

l'exercice de son droit

de n'en pas

faire
il

une suprême

injustice

en

le

poussant à sa

dernière rigueur;

fallait

surtout en portant une main prudente

sur les biens des corporations monastiques, ne pas toucher aux
libres convictions

de l'àme, aux croyances, aux délicatesses du

sentiment religieux, enfin ne pas asservir les uns eu affranchissant les autres. L'Assemblée nationale ne sut pas éviter ces
écueils.

C'est le i9

décembre 1789 que Treilhard déposa au

nom du

88

DISCUSSION SDR LES ORDRES MONASTIQUES.
les ordres religieux.

comité ecclésiastique son rapport sur
discussion ne

La

commença que

le

22 février 1790. Le rapporteur
il

s'exprimait dans un langage
naître les

modéré;
les
il

commençait par reconles

services rendus par
foi et

ordres religieux dans

époques de

de ferveur, puis

constatait sans déclamation

leur profonde déchéance, les désordres qui s'étaient introduits

dans

la

plupart d'entre eux, et l'urgente nécessité d'une réforme
Il

réclamée de toute part.

était évident,

de prime abord, que

le

principe de la liberté de conscience proclamé par l'Assemblée
s'opposait à ce

que

l'Etat

maintînt

la

perpétuité des

vœux par

la

contrainte légale.

En

agissant ainsi, le pouvoir civil dépassait sa

compétence,
et
il

il

s'établissait

juge des pensées et des croyances,

reniait avec éclat l'esprit des institutions nouvelles.

Autant
de

valait alors conserver le roi Très-Chrétien, gardien

de

la foi

par son glaive. Le comité ecclésiastique
poser que l'autorité maintenir
l'effet

était

donc fondé

à pro-

civile s'abstînt

de toute intervention pour
et laissât à

extérieur des

vœux

chacun le soin de

sa conscience. C'était également faire preuve d'une haute raison

que deiaisser aux religieux qui auraient
pieux asiles où
ils

la

vocation du cloître de

pourraient se conformer à leurs

vœux

tandis

que des pensions seraient assurées à ceux qui
couvents. Inhabiles à la vie laïque,
ils

sortiraient des
les

ne devaient pas subir

conséquences d'une soudaine réforme. Camus, Grégoire,
les jansénistes

et tous

de l'Assemblée plaidèrent

la

cause des ordres satrésors

vants qui avaient lentement amassé les
nationale
;

de

la culture

mais on

était

peu disposé à

se

préoccuper beaucoup
l'exis-

des bibliothèques des Bénédictins, alors qu'il s'agissait de
tence

même

des ordres reHgieux. Les protestations passionnées

du haut clergé déclarant par la bouche de l'évêque de Clermont que la mesure proposée enlevait à la religion un abri, aux citoyens des ressources, à l'Evangile des apôtres, ne pouvaient exercer une grande influence sur des
scandales de
la vie

hommes

témoins de tous
siècle.

les

monastique au dix-huitième

Les évêques

et leurs

adhérents firent une tentative trop souvent
qui consistait à interrompre

renouvelée depuis

lors, et

un débat

embarrassant sur une question d'argent, par une grande démons-

DISCUSSION SUR LES ORDRES MONASTIQUES.
tration religieuse.

89
la

Uévêque de Nancy demanda dans
de poursuivre
la

séance

du 13
que

février qu'avant

discussion

il

fût

reconnu

la religion

catholique, apostolique et romaine était la reli-

gion nationale. C'était ramener la confusion la plus inextricable
entre le temporel et le spirituel et par là
l'ancien

même

reconstituer

régime sur sa base

la

plus vermoulue; c'était surtout

tresser avec les chose saintes

une haie pour garder son champ.
:

Charles de
il

Lameth

stigmatisa justement cette tactique
vils intérêts

«

Quand
on
si

est

question de

temporels et d'argent,

dit-il,

vient

nous parler de

la Divinité. Si

pour sauver une opulence

ridicule

aux yeux de

la raison, si contraire à l'esprit

de l'Evangile

on appelle l'inquiétude des peuples sur nos sentiments religieux,
si

l'on a le projet

absurde
si

et criminel

d'armer

le

fanatisme pour
être conçue, je
la

défendre les abus,
la

jamais cette intention a

pu

dénonce à

la patrie. »

L'ordre du jour écarta

motion de

l'évêque de Nancy, mais la

même

proposition devait revenir
et

quelques jours plus tard bien plus insidieuse encore
lever de bien autres tempêtes. Pétion,

pour sou-

Garât l'aîné parlèrent
ils

presque sur

le

ton de Diderot des désordres des couvents;

sortirent de la question politique

en discutant

l'institution

mo-

nacale en elle-même, et surtout l'obéissance passive qu'elle
réclamait.
les
Ils

oublièrent que

la société civile

n'a rien à voir dans

formes diverses que peut revêtir

le

sentiment religieux tant
Elle n'a

qu'elles

ne

sont pas en désaccord avec la morale.
la liberté

d'autre

mandat que de consacrer
pouvait

de tous

les citoyens

en se refusant à reconnaître légalement les

vœux

perpétuels.

On ne

songer

à

interdire

ces

engagements
l'Etat,

euxsans
la

mêmes

et abstraction

faite

de toute sanction de

commettre un

véritable abus
était

de pouvoir; malheureusement

gauche extrême n'y

que trop disposée.

Un

excellent dis-

cours de l'abbé de Montesquiou contre-balança quelque peu son
influence.

On

est surpris d'y trouver la distinction très nette entre

le spirituel et le

temporel.

«

La

loi et le religieux, disait-il,

le

religieux et la loi, voilà ce

que nous devons respecter. Vous

êtes

hommes, tout ce qui est humain vous appartient; vous êtes hommes, tout ce qui est spirituel n^est pas à vous.... » L'orateur

90

DISCUSSION SUR LES ORDRES MONASTIQUES.

concluait de ces

principes que FEtat n'avait pas le droit de

rompre

d'autorité

un

contrat passé entre le religieux et l'Eglise,

mais que

l'Eglise n'avait pas le droit

non plus de réclamer
11

l'ap-

pui de l'Etat pour assurer les

vœux

perpétuels,
loi

demandait que

l'Assemblée nationale décrétât que la
les

ne reconnaîtrait plus

vœux monastiques,

qu'elle

ne mettrait aucun empêchement

à la sortie des religieux de l'un et de l'autre sexe de leurs cou-

vents; que la puissance ecclésiastique n'en connaîtrait que pour
le for intérieur^

mais que tous ceux qui souhaiteraient de rester
libres

dans

les

cloîtres seraient

d'y demeurer.

Le décret de

l'Assemblée fut à peu près conçu dans ces termes, seule-

ment Thouret y
avait là

fit

ajouter la suppression des ordres religieux
Il

avec interdiction d'en introduire de nouveaux en France.

y

une

atteinte directe à la liberté

de conscience, car
la liberté

c'était

déclarer d'avance que le principe de
serait

d'association
qu'il se

suspendu pour tout ordre religieux

lors

même

soumettrait entièrement aux lois

du pays. Ce funeste malentendu
d'un

a duré jusqu'à nos jours.
se croit libéral

Il

est plus

homme
Il

politique qui
la

pour avoir contribué à expulser de son pays
tel

Société de Jésus ou

autre ordre religieux.

s'imagine que

pour ce haut
ce

fait

toutes les bassesses lui seront pardonnées dans
l'autre.

monde

et
?

dans

Quand donc

croira-t-on à la liberté

pour tous

Les couvents de femmes étaient restés en dehors du décret de
l'Assemblée.
Il

n'y avait

donc à

régler,

pour

le

moment, que
il

la

pension des religieux qui rompraient leurs vœux. Mais
tait

imporsi

de décider

si

on

les mettrait tous

au

même

taux,

ou bien

on

tiendrait

compte
si,

dans la fixation des indemnités de leur situapar exemple,
ils

tion antérieure;

les

moines sortant d'un riche
qu'en payant une

monastère dans lequel
grosse

n'étaient entrés

somme

d'argent seraient traités sur le

même

pied que les
la

moines appartenant à des ordres mendiants. Treilhard, dans
séance du 17 février, déclara qu'il ne pouvait se ranger à

l'avis

de plusieurs des membres du comité ecclésiastique qui ne voulaient

admettre aucune différence dans

les

pensions

;

mais

il

sou-

tint cette

opinion mollement, sans paraître y tenir beaucoup.

PROPOSITION DU SALAIRE DES CULTES PAR L^ÉTAT.
elait pourtant ^iSî
la

91

cause de

la justice; car,

mettre sur

le

même

rang

le

riche bénédictin et le capucin mendiant, c'était donner

aux décrets de TAssemblée une rétroactivité inique en rétendant, selon l'expression de Mirabeau, jusque sur des habitudes

contractées sous
d'égalité,

la

sauvegarde delà

loi; c'était,

sous prétexte

sanctionner une inégalité réelle. Aussi, l'Assemblée

qui était ce jour-là assez calme pour écouter le langage de la
raison, vota-t-elle la

motion de Treilhard. Robespierre

avait ce-

pendant déclaré à la tribune, que sil devait exister une distinction,
elle aurait

être

en faveur des religieux mendiants. Ce mot
la

est

profond

;

il

donne

mesure de

l'égalité

démagogique qui

n'est

que
800

l'aristocratie prise livres

à rebours.

On

affecta

une pension de
et

aux moines mendiants jusqu'à cinquante ans,
partir

900
les

livres

aux moines non mendiants; à

de cinquante ans,

pensions s'élevaient dans une proportion équitablement réglée.

Les jésuites, sur

la

motion expresse de Barnave
furent compris

le

protestant et
le décret

de Grégoire

le janséniste,
:

dans

du
les

19 février 1790
dit

«

Le premier acte de
la

la liberté naissante, avait

noblement

le

député de
»

gauche, doit être de réparer

injustices
la

du despotisme.

Le

même

principe fut appliqué dans

séance du 18 mars aux pensions des religieux qui resteraient
les

dans

maisons conservées. Voydel, qui se posa d'emblée
adversaire
si

comme un
fixât

implacable du clergé, voulait que l'on

les pensions

bas que tous les religieux eussent intérêt

à rompre leurs vœux. C'eût été recruter des citoyens actifs
par la misère et par
la

faim, et

consommer hypocritement un
de conscience.

odieux attentat contre
n'était

la liberté

L'Assemblée

pas

mûre pour

ces violences. Quelques sages mesures
contrats de falors

furent encore arrêtées pour sauvegarder les
mille passés sous les

anciennes

lois

du pays

de l'entrée

des religieux affranchis dans les ordres monastiques, afin d'éviter

un trouble profond dans
restait

les héritages

et

des querelles

scandaleuses.
Il

encore une question des plus graves à discuter au
:

sein de l'Assemblée, et elle devait soulever le plus violent orage
c'était

de savoir à qui passerait l'administration dçs biens de

92

PROPOSITION DU SALAIRE DES CULTES PAR l'ÉTAT.
le

PEglise qui avaient été mis à la disposition de la nation

2 no-

vembre 1789. Déjà une portion
partie était encore disponible.

avait été aliénée,

mais

la

majeure

Qu'en ferait-on? Laisserait-on pron^'était

visoirement au clergé ces immenses propriétés? Cela
possible après qu'on l'avait

pas

moralement exproprié. Comprenant

à quel

titre

précaire

il

posséderait ses domaines,, sachant que
était

l'aliénation

prononcée en principe

toujours à la veille d'être

réalisée, protestant d'ailleurs contre des

mesures qui
il

lui parais-

saient le
les

comble de

l'injustice et

de l'impiété,

aurait été dans

conditions les plus fâcheuses pour administrer convenableallaient lui

ment des biens qui

échapper. C'était

le

présent et non

l'avenir qui inquiétait l'Assemblée, et elle était bien plus préoc-

cupée de trouver des ressources immédiates que d'assurer. des
revenus pour des époques plus calmes. D'ailleurs, l'idée de mettre
la religion

sous la dépendance de l'Etat par

le salaire

du

culte avait

déjà prévalu dans la discussion de l'année précédente.
sans cesse présenté l'état ecclésiastique comme

On

avait

un

service public

analogue à

la

marine

et à la magistrature. Cette opinion avait
la

malheureusement pour elle

majorité; les nécessités financières

et les principes acceptés poussaient à la

même

conclusion. Bien

que tout

le

monde comprît
il

qu'elle était inévitable, le parti

du

haut clergé essaya un suprême effort pour empêcher ce dernier

coup après lequel
soumission ou
vendredi 9
la

ne

lui restait plus
la

que l'impuissance dans la
France nouvelle.
C'est le

guerre ouverte à

avril

que s'ouvrirent ces mémorables débats. Chas-

set lut le rapport

du comité des dîmes,

qui,

comme nous l'avons

vu, était

un département du comité ecclésiastique. Dans sa froide
il

précision,

signifiait l'arrêt

de mort de toute l'ancienne consti-

tution de l'Eglise gallicane. Chasset se bornait à tirer, avec

une
:

désespérante logique, les conclusions du décret du 2 novembre
G

Une dette immense nous accable,

disait-il;

nous avons des biens

pour la payer; qu'attendons-nous? Le décret du 2 novembre ne sera rien tant que le clergé ne sera pas exproprié. » Voilà pour la
question d'urgence. Quant à la question de principe, Chasset disait

hardiment

:

«

Le

culte est

en user, parce que

le

temple du Seigneur

un devoir de tous; tous sont censés est ouvert à tous. La

RAPPORT DE CHASSET.
"

93

milice sainte est entretenue pour Tutilité de tous, de

même que

Tarmée.
frais

Il

est juste et constitutionnel

de

faire

supporter les

du

culte à tous, par le

moyen d'une

imposition généla religion

rale. » Ainsi,

payer ses dettes, régir souverainement

et placer les
les

évêques sous sa dépendance
tel est le

comme

les

amiraux

et

généraux,

double avantage que TEtal trouvera au
et officiel. Cette

régime d'un culte salarié

pensée reparaîtra sans
aurait été
elle

cesse dans la discussion et excitera

une opposition qui
au droit de

plus digne

si,

en défendant Tindépendance du clergé,
la

ne

se

fût attaquée à Tégalité religieuse et

conscience

proclamé par

la

Révolution. Chasset, conformément aux prin-

cipes posés par lui, proposait d'abord

que

les biens

de FEglise

fussent désormais administrés par les assemblées de départe-

ment

et

de

district,

que

les

dîmes fussent abolies à partir du
et

[^ janvier de Tannée suivante,

que

le

traitement de tous les

ecclésiastiques fût, dès cette époque, payé
les traitements votés

en argent d'après
faisait

par TAssemblée. Chasset
la

en

même
le

temps connaître à TAssemblée que
mité ecclésiastique avait

première section du co-

fixé la totalité

de ces traitements, dans

plan de constitution qu'elle élaborait pour l'Eglise de France, à
la

somme
la

de 133,884,800

fr.

Rapprochant cette
manière
si

somme

de

celle
l'a-

que

dîme
il

prélevait naguère d'une

fâcheuse sur
le

griculture,

en concluait que, grâce au régime nouveau,

pays

réaliserait d'importantes

économies tout en supprimant de dé-

plorables abus. Ce qu'il avait dit à l'Assemblée des autres projets
la

du comité

ecclésiastique n'était

pas de nature à pacifier
faisait

discussion, car sa

communication

prévoir

des me-

sures plus graves encore qui livreraient décidément l'Eglise au

pouvoir

civil.

Le débat commença deux jours plus
vive régnait dans l'Assemblée.
et d'indignation à

tard.

L'émotion

la

plus

Le côté droit frémissait de colère
les

chaque parole qui ramenait

conclusions

du
la

rapport de Chasset; car, pour

lui, c'était l'extinction

même
les

de

rehgion que l'on

allait

prononcer. Aussi multipliait-il

obser-

vations passionnées et les appels indignés au Dieu de ses pères.

A

entendre les membres du haut clergé, on eût dit que

le

bû-

94
cher du martyre
s'agissait

LE DÉBAT s'engage.
était

dressé au pied

de

la

tribune.

11

ne

pourtant que de quelques

titres

de rente à brûler.
la

Lever

les

bras au ciel et crier au blasphème et à

persécution

était tout à fait

hors de propos

;

car

on donnait

à penser^ par de

telles exagérations,

croyance, mais

que le catholicisme en France était non une un étabhssement. La noble conduite d'un grand nombre de ces mêmes prêtres au jour si prochain du péril
heureusement montrer
début de
la

allait

qu'il n'en était rien.

On put

voir,

dès

le

discussion,

combien

les

esprits

étaient

excités.

Un membre

obscur de

la

majorité avait à peine proetfet

noncé quelques mots sur l'heureux

d'une mesure qui dis-

penserait le clergé de tout le tracas d'une grande administration

temporelle, que sa voix fut couverte par les murmures.

Un abbé
de ne

encore plus obscur s'écria

:

« Je supplie les ecclésiastiques

pas répondre un mot à tout ce qui va être dit. Mettons-nous entre les

mains de Dieu, nous sommes

ses ministres, et

abandonnons-nous

à sa sainte providence. » L'abbé Grégoire, dans

un discours sensé,
et

combat

les propositions

du comité des dîmes
honorable

demande que

le

clergé soit doté en fonds territoriaux, ce qui lui paraît tout en-

semble plus sûr

et plus

;

mais, à part quelques curés

de campagne, personne ne s'arrête à une opinion aussi modérée
qui sauvegarde le droit de
l'Etat.

La

lutte continue avec achar-

nement entre ceux qui veulent que
et riche corporation, et

l'Eglise

demeure une grande
qu'un

ceux qui

la réduisent à n'être plus

simple département de l'administration du pays. Ces derniers
parlent avec le calme hautain et impératif

d'hommes
le

sûrs de

vaincre; à leurs yeux, la partie est gagnée depuis

2 novembre.

La nation, déclarée maîtresse des biens de

l'Eghse, peut
Ils

en

faire

ce qu'elle veut; le principe emporte sa conséquence.

ne man-

quent pas d'opposer aux réclamations ardentes du haut clergé
l'antique tradition d'une Eglise glorieusement pauvre qui a vaincu
le

monde

sans richesse et sans glaive.

«

Les ennemis de

la

reh-

gion, dit Treilhard, ont trouvé leurs arguments dans les contrastes
et

d'un Dieu pauvre qui ne trouvait pas où reposer sa tête,

de ministres de ce

même

Dieu qui vivent entourés de tout
»

l'appareil

du luxe

et

de l'opulence.

«

Quand

la religion, ajoute

COLERE DE LA DROITE.

95
:

Thouret, a envoyé ses ministres dans la société leur a-t-elle dit
Allez^ prospérez et

acquérez ? Non^,

elle leur a dit
il

:

Prêchez

ma

morale

et

mes

principes.

sistance, elle a dit ce seul

Quand mot //
:

a fallu assurer leur subles

estjusle que

prêtres vivent

de l'autel.

Et nous, nous avons
«
Il

dit

par une version exacte de

ce

mot

:

faut

que

le

fonctionnaire public vive de ses fonc-

«tions. » C^est bien là la pensée intime
aussi

du projet débattu,

et c'est

sa

condamnation

la

plus sévère; car je ne vois pas les

avantages d'un clergé fonctionnaire passant de la docilité extrême
qui le déshonore aux intrigues politiques qui troublent l'Etat
sans le relever moralement.
tout entière
sortir.

La Constitution
;

civile

du clergé

est

en germe dans ces mots
la

nous

l'en verrons bientôt

«

Nous avons décrété
:

vente de 400 millions, disait

encore Thouret
droit à la partie.

ou

la

nation a droit au tout, ou elle n'avait pas
1

Eh bien
eut-il

il

faut agir. PeUt-il

y

avoir

un moment

plus pressant?

Y

jamais une Assemblée nationale revêtue
»

d'un plus grand caractère?

La colère de

la

droite montait

comme un

flot

grossissant

après chaque nouveau discours de ses adversaires ; elle rugissait

plus qu'elle ne discutait.

En
la

vain quelques-uns de ses ora-

teurs essayèrent d'établir

que
en

subvention du clergé coûterait

plus cher que l'ancien état de choses.
et les biens-fonds laissaient

On

savait

que

si

les

dîmes
le
si

réalité l'Eglise

moins riche que
exprimé une

salaire

proposé

,

ses défenseurs n'auraient pas

véhémente indignation dans
le

la discussion présente.
l'intérêt

L'évêque

Nancy invoqua tour à tour
la

de

la religion

mise dé-

sormais à

merci d'une guerre malheureuse ou d'une mauvaise

récolte, celui des pauvres frustrés des

aumônes qui leur
déficit croissant

reve-

naient, et

menaça

le trésor

pubhc d'un
Il

par suite

de nouvelles taxes établies.

termina son discours par une

protestation à grand fracas qui fut acclamée par tous les

bres de son parti

;

debout
il

et la
:

main levée

memcomme pour un

serment héroïque,
participer,

s'écria

«

Je déclare que nous ne pouvons

adhérer, ni consentir au décret qui pourrait être
et à tout ce

rendu sur cette matière

qui peut s'ensuivre.

» L'ar-

chevêque d'Aix

est bien plus pathétique

encore

:

«

Voilà donc

DOM GERLE. sort des ecclédit-il. passé sur cet empire sincères . ? Je crois les sentiments de TAssemblée purs les mais je crois qu'on l'abuse. » C'est alors que se produisit un incident qui prit les propor- tions les plus grandioses et jeta tout Paris dans l'agitation la plus vive. motsd'un ancien les « Vous pouvez nous nous ne vous très donnons pas. dès qu'on les voit paraître à tribune. Quel génie destructeur . MOTIOxN DE s'écrie-t-il . . y a quelques hommes qui se sont consacrés à accabler de la chagrins leurs concitoyens.96 . tantôt il invoque propriété pour revenir à la question générale déjà décidée tantôt il en novembre. plus ! un sacrifice « le ! encore un malheur de et la religion » Il finit en invoquant Dieu de ses pères. Son discours droit abstrait de mé- thode. preuve d'une il sensibilité de mauvais goût qui est sans révèle à quel point était le ému. disait Dom la Gerle pour tranles reli- quilliser ceux qui craignent qu'elle n'admette toutes il gions en France. Dom Gerle . « Pour fermer la . Voyez . chartreux gagné au parti de et à la Révolution . vous nous avez Tabîme^ dans lequel conduits^ les pro» l'abîme où l'on veut nous précipiter. Que sont devenues d'un Dieu de paix ? messes que vous nous fites au nom Après avoir rappelé la succession rapide des mesures attentatoires à la propriété ecclésiastique . tout en demeurant attaché à son ordre les son Eglise crut conciher deux causes qui partageaient son cœur comme l'Assemblée. en reprenant une motion déjà faite elles divisaient précédemment par l'évêque de Nancy. a cherche à apitoyer TAssemblée sur c( le siastiques dépossédés. chaque décret nouveau annulant les garanties qui accompagnaient le offert précédent. après avoir de et nouveau un sacrifice volontaire considérable d'un emprunt de 4-00 évêque : millions. le prélatprononça ces ravir nos biens. il malheurs qui se répandent il semble qu'il y a ici le département des douleurs. » L'abbé de Montesquiou. on dit: Allons. et qui consistait à demander un vote formel pour proclamer que la religion catholique était la religion nationale. en général fit maître de sa parole. faut décréter que religion catholique. bouche à ceux et qui calomnient l'Assemblée .

. que Ton votât telle ou telle mesure de réforme l'esprit du passé d'une la sanctionné avec éclat eût bientôt renversé Constitution contradictoire. droite et son le fragile édifice On comprend Tenthousiasme de si acharnement à soutenir une motion importante pour elle et d'autant plus utile qu'elle ne venait pas de ses rangs. invoque les Charlemagne et de saint Louis. de de Lameth demande foi où est la nécessité une profession de « publique de religion au nom d'une Assemblée qui a réalisé le premier principe de l'Evangile en humiliant les superbes et mettant sous sa protection les plus faibles et le peuple. qu'elle est couverte d'acclama- Une objection de Charles de Lameth change foi cet enthou- siasme en fureur. Le pre- mier jour on n'eut qu'une escarmouche. La droite selon sa coutume se lève toute frémissante et bres. se croyant dans sa chaire. » Une motion foulait aux pieds la liberté de conscience . le vieux Goupil de Préfeln. faisait planer une menace incessante de persécution sur gieuses . Gerle a-t-il fait sa motion. Charles de faire Tun de ses memnoms de Clovis. elle eût mis fin d'emblée à la rénovation de la France en la rivant à si . mais à la vivacité des paroles échangées on put s'apercevoir qu'on allait assister à un choc décisif entre l'ancien régime et la Révolution. les minorités reli- et permettait au haut clergé de ressaisir à la première occasion ses privilèges. On entendit Maury.MOTIO-\ DE DOM GEtlLE. Peu importait elle passait. A peine Dom tions. Votée par l'Assemblée. gion de la nation et que son culte sera seul autorisé. Terreur la plus fatale de Tancien régime. Le même orateur en signale la gravité 7 . L'évêque de Clermont. au sortir de la séance : dire en traversant les Tuileries «Nous les tenons » ! Un vaste plan de contre-révo- lution fut immédiatement conçu et on se prépara à une mise en scène propre à frapper fortement Tattention publique. rappelle est invité et qu'un chrétien doit confesser sa dès qu'il y le droit qu'une Assemblée catholique n'a pas même de discuter ce qui doit être un assentiment spontané.. N'a-t-elle pas réalisé ces paroles de Jésus-Christ: Les premiers seront les derniers? » Ce sarcasme n'était pas fait pour calmer les partisans de la motion de Dom Gerle. 97 la relitelle apostolique et romaine est et demeurera pour toujours. .

Mémoires du marquis de Ferrières. les plume mordante et incisive de Camille Desmoulins dénonce projets bler. la dis- le parti du clergé ne se rend pas il même à un appel nominal exigé par lui et ne se retire que long- temps après le bureau la . 1. . le roi ne les A la même heure. Pour donner plus la convinrent de se rendre tous à la séance en habit noir et l'épée telle au côté. un ils refus impie. par les trois cents trompettes la droite se patriotiques des colporteurs. mais c'est pour aller préparer un coup de théâtre pour séance suivante. Mais cour eut peur d'une démarche et le garde des sceaux prévint les évoques et les nobles que recevrait pas*. » que les députés de sont réunis dans l'église des Capucins pour concerter leur conduite du lendemain et surprendre un vote qui trône. trouble se propage. moment où le fanatisme se réveille de toutes ses adversaires. la Les nouvelles de séance se répandent aussitôt dans Paris. la le grande la ville en est profondément remuée. En vain la majorité de l'Assemblée se prononce pour la remise de cussion au lendemain . les du clergé avec la cette verve qui fait à la fois rire et trem- Le journal Chronique de Paris. et du La réunion dénoncée que au en eu lieu les meneurs du parti avaient décidé motion de Dom Gerle était rejetée. l'agitation n'était pas moins et grande aux Jacobins. répandu à profusion dans « faubourgs. traverseraient en corps les Tuileries et iraient déposer entre les mains du roi une protestation solennelle contre d'éclat à cette protestation. ils sortiraient même instant de la salle. apprend au peuple. au club des Jacobins on avait persuadé à Dom Gerle de retirer sa motion. au Palais-Royal des Cordeliers avait décidé la dans les cafés. rétablisse la fa- meuse avait si la alliance effet de l'autel . Le district garde nationale un enrôlement général pour soutenir contre les menées réactionnaires . 420. parts et n'attend qu'une serait-il arme pour frapper que Ne pas insensé de forger cette arme et de l'aiguiser à la ? tribune nationale si La droite^ qui sait le la motion est perdue on la discute. veut enlever vote et le veut avec d'autant plus d'ardeur que Mirabeau se lève pour parler.98 redoutable dans un AGITATION DANS PARIS. T. p.

il s'il aimait à professer son attachement qu'il ne s'ensuivait pas pût exiger une conscience et déclaration semblable de tous les citoyens. que de telles mesures ne se décrètent pas dans une assemblée serait la politique. Plus d'une fractions considérables seul fois des de l'Assemblée se levèrent cri. Le baron de Menou avec une haule raison. de rendre ce feu croisé d'interpellations. Des paroles d'un sens profond. et qui écartaient aussi bien l'asservissement de l'Eghse que sa dominafurent prononcées à plusieurs reprises. ainsi que le représentant Bouchotte répondit à un abbé connu qui demandait. au maintenu nom du loi clergé de France. car la conséquence d'un décret semblable les d'empêcher fusion la réforme de tous et abus provenant de condit. L'atmosphère orageuse du dehors contribua à exciter les esprits au moment décisif du débat. On n'en second jour parce qu'on comprenait qu'un vain palliatif laissait à la proposition toute sa gravité et qu'elle la religion d'Etat. la question fond des cœurs des pen- ne cessa pas un instant d'être posée avec le une grande netteté entre religieuse officielle et le droit ancien qui réclamait l'unité voulait la hberté droit nouveau qui de conscience. La foule occupait tout Tespace par les soldats. malgré ce désordre le d'une discussion qui remuait sées. ces rappels à l'ordre imposés au président. 99 Lafayetie^ craignant une collision sanglante^ firent doubler tous les postes et réunirent des forces considérables autour de laissé libre la salle des séances. qu'il fût décrété que l'exercice public de la religion catholique continuât seul à être comme une constitutionnelle de l'Etat. Il est ne tendait h rien moins qu'à reconstituer impossible de reproduire cette discussion mémorable. du temporel du spirituel. C'est in- tion exclusive. Un amendement la sécurité avait été proposé la veille pour garantir des cultes dissidents. « Ma . Son irritation contre le parti des évêques se trahissait par de violents murmures. à la condition qu'ils resteraient parla presque pas le si dans l'ombre. Les députés de la droite n'arrivèrent à TAssemblée qu'après avoir été hués et siffles. ces interruptions emportées. que à la religion catholique.DISCUSSION Bailly et 1)E LA MOTION DE DOM GERLE. comme un et homme avec un seul Cependant.

ouvrez vos annales. le Le fougueux d'Espreménil la dit hautement ton respectueux de motion de La Rochefoucauld ajoute l'hypocrisie à l'insulte. devint délibération. il mots couverts par Mirabeau les murmures disaient : Lorsque les Juifs crucifièrent Jésus-Christ. après avoir été modifié quelque peu par M. il fallait que la lave brûlante éclatât. tandis que gauche finir. plusieurs fois. le génie de la Révolution posséil complètement pour que sur une question semblable en il retînt les paroles qui bouillonnaient lui. cherchez à faire chérir une loi pour la gloire de laquelle toutes les lois humaines ne peuvent rien. à vos fonctions. il doit en redescendre sur un vote formel. avait voulu monter à incisifs la tribune. Déjà. 4^4. sur quoi. le La droite. Il l'objet principal la portait que « la majesté de la religion et le respect profond qui lui est dû ne permettent pas » qu'elle devienne l'objet . c'est à Cazalès ne put obtenir d'être entendu et grand'peine que M. Vou- driez-vous que l'Assemblée nationale devînt Tinstrument des malheurs du peuple? Ministres de la religion. d'une délibération. si pressée la veille d'aller aux voix. vous verrez de quels malheurs les guerres de religion ont été la source. il était intervenu de sa place par des mots qui 1. de Virieu parvint à reprendre en son proposition de nom la la Dom en Gerle. rendus à vous- mêmes. p. roi des Juifs M» la avait beau déjà être le en pourparlers avec dait trop cour. le gros vicomte de Mirabeau prête le serment de mourir en martyr sur son banc si on ne décrète pas que la nation. de La Rochefoucauld. mon opinion^ ajoute-t-il. Mémoires du marquis de Ferrièrcs. demande que est décidée à débat recommence. . En vain l'abbé Maury se cram- ponne à la tribune. de Menou prode posa un ordre du jour motivé qui. I. ! N'allez pas mettre des armes dans la main de Dieu » M. Pourquoi ferais-je de mes opinions des opinions dominantes? Il ne peut y avoir de religion dominante. repoussé jette à ses adversaires ces « violemment de la tribune. la reli- gion catholique est la religion de La lutte se ranime la quand que il s'agit de décider à laquelle des deux propositions priorité sera accordée. appartiennent à moi seul.100 DISCUSSION DE LÀ MOÎION DE DOM GERLÊ. ils lui : a Nous te saluons.

la crainte et la frayeur n'ont eu et n'auront de prise sur moi. ajouta-t-il. L'abbé Maury en présenta un qui n'était que peine modifiée. d'Estournel. on consacré toutes sortes d'intolérances. Le marquis de Foucault prétend que la force armée qui entoure l'Assemblée oie toute que la liberté à la discussion. l'a province qu'il a l'honneur de représenter ne le pas envoyé le pour déhbérer dans la tumulte des armes. '^ achève sa pensée. 101 avaient attiré une insultante interpellation du comte de Gleril rnont Lodève. à le ne put sous ce prétexte faire entendre long discours qui l'oppressait. du moins. mais puisqu'on se permet des citations historiques dans cette matière. Mirabeau ne se contint plus historique à souvenir historique. mais ne daigna même pas la relever tant à la cause il apla partenait tout entier^ à cette heure liberté. en demandant avoir le vote. Le vicomte de Mirabeau ne fut pas plus heureux. député le du Cambrésis. Le mot lui malheureux au sein d'une assemblée fut-il française. je vous supplierai de ne pas oublier que et son geste d'ici . quand M. de Aussi. Je n'en dis pas davantage il n'y a pas lieu à délibérer. — on aperçoit la fenêtre d'où la main d'un monarque français^ armé contre de la religion. osa 25 janvier 1675 invoquer serment que Louis XIV avait la religion fait le de maintenir à Cambrai catholique à l'exclusion d'auet . croyait mis fin au débat. et que dans cas où garde nationale aurait été convoquée pour . cune autre. » La majorité de l'Assemblée. » Alors de quoi se plai- . mais le parti clérical l'engageait de nouveau à l'occasion de chaque amendement.DISCUSSION DE LA MOTION DE lui DOM GERLE. il opposant souvenir lança cette vive apostrophe au préopinant : a J'observerai à celui des orateurs qui a parlé avant moi. Aussi le malencontreux orateur n'était forcé de déclarer que quant à il pas effrayé. mais il la proposition de Dom Gerle. qu'il n'y a aucun doute que. de cette tribune où je vous parle. et que je ne qualifierai pas. sous un règne signalé par la ait révocation de TEdit de Nantes. «Jamais. la sûreté des dé- putés était on eût dû les prévenir afin de ne pas les effrayer. tira ses sujets par d'exécrables factieux qui mêlèrent des intérêts temporels aux intérêts sacrés la l'arquebuse qui fut : le signal de Saint-Barthélémy.

a décrété décrète qu'elle ne peut ni ne doit délibérer sur la motion pro- posée et qu'elle va reprendre l'ordre du jour concernant les biens ecclésiastiques. et où. veulent. elle ce culte va être mis par elle à la première classe des dépenses publiques. en conclure qu'on ne peut privei de ses fonds territoriaux . se perdirent dans les rires. lisons-nous dans les Annales patriotiques S ont parlé de séparation et de protestation. considérant que rattachement de l'Assemblée nationale au culte catholique. L'ordre : du jour de Larochefoucauld L'Assemblée nationale^ consi- avait été voté dans ces termes a dérant qu'elle n'a ni ne peut avoir aucun pouvoir à exercer sur les consciences et sur les opinions religieuses^ que la religion et le la majesté de respect profond qui lui est dû ne permettent pas qu'elle devienne l'objet d'une délibération. par un mouvement unala a prouvé son respect de seule manière qui pouvait et convenir au caractère de l'Assemblée nationale. . religion est déclarée nationale. et si la motion est rejetée crier à l'impiété. y eut encore après séance une \. les Tuileries furent fermées et les postes fler doublés . » La soirée fut encore très agitée. Numéro 196. apostolique et romain.102 ÉCHEC DE LA MOTION. la presse le démocratique continua à souf« la haine contre clergé. les au sacrilège. gnait-il? Ses dernières paroles Le général Lafayette vint recueillir de grands applaudissements en assurant TAssemblée qu'il n'était pas un garde national qui ne donnât jusqu'à la dernière goutte de son sang pour prêter main forte à l'exécution de ses décrets et garantir l'inviolabilité per- sonnelle de ses membres. Nos ennemis. Uabbé Maury et et le vicomte de Mira- beau n'en furent pas moins hués au sortir coururent quelque danger de la séance. ne saurait être mis en doute dans le moment même où nime. Dieu ne nous a-t-il pas dit : Quittez tout et suivez-moi? ils Mais si la on connaît le clergé l'artifice des prêtres aristocrates. Hier matin ils ont tout tenté pour empêcher le décret qui va déclarer la nation propriétaire des biens du clergé. « Il et faire lapider par des fanatiques la défenseurs du peuple.

si elle avait été déclarée nationale et dominante. comme christianisme à ses débuts. On lut un projet de déclaration qui dénonçait à toute la France que l'Assemblée nationale avait refusé formellement de décréter la religion le que la religion catholique était de la nation.ÉCHEC DE LA MOTION. On la n'eut le temps de rien décider. Elle décida ne protesterait pas^. chacun de ses membres se chargea du soin de protester pour son compte et de propager les l'irritation effets. L'abbé Maury dont fut raillé dans de nombreux pamphlets d'un ton insultant : le plus mordant fut celui intitulé Testament de l'abbé Maury. la droite et le lendemain dimanche. qu'il est de notre devoir de faire connaître aux Fran- çais les dangers qui menacent de leurs pères. car l'Assemblée. «Nous croyons en conséquence. li grâce à avril. Le lendemain. violait l'un déclaration ne fut pas formellement rédigée par cette fraction de l'Assemblée. devant les réunion de dut se séparer clameurs d'une population ameutée qui . sous prétexte des droits les plus sacrés. » caractère de tolérance qu'elle porte avec L'abbé Maury voulait un lan- gage plus énergique. assemblée des membres de qu'elle la 103 droite aux Capucins. la guerre de plume se poursuivit avec une grande vivacité. qui. par son vote. les portes la de Téglise ne s'ouvrirent que un capitaine de garde nationale qui dut passer outre à l'opposition des religieux. Nous en verrons bientôt dangereux A Paris. persifflèrent l'Assemblée sans plus Après l'échec de les la motion de Dom Gerle. la discussion sur propositions du comité des dîmes était complètement inutile. l'avait acceptée en principe. la religion disait projet . dans le pays. Mais si de servir la la liberté. Le débat se continua surtout entre ecclésiastiques. n'aurait le pu inquié- ter les opinions religieuses de chaque individu par elle. Les Actes des apôtres de ménagements. quelques curés réclamèrent avec force contre l'Eglise^ et l'abbé les abus nés de la richesse dans d'Eymar eut l'audace de leur répondre qu'une le religion pauvre. mais qu^'elle ferait une déclaration. est bonne pour des esclaves mutilés par leurs maîtres qui ont besoin d'être consolés des peines de la vie par la perspective la du ciel. mais qu'une religion riche peut seule obtenir considération dans .

marine. L'Assemblée avait refusé avec raison de proet elle préparait clamer une religion nationale. à la magistrature. que ce qui relève de la conscience appartient à l'individu et que nul n'a le droit le de rendre ses propres opinions dominantes. I. un royaume faites florissant. parti des évoques et des nobles ne manquait pas moins de logique en se fondant sur l'indépendance de l'Eglise pour repousser le salaire du gouvercaC'était nement au moment même où il demandait que le culte civil. une religion et Aux partisans fougueux de l'union du trône la de l'autel. alors d'une religion d'Etat. les orateurs de majorité avaient répondu que les convictions religieuses ne se votaient pas. p. qui déclara ne plus participer à la délibération. que tous sont censés en user. Les articles présentés par Chasset furent successivement votés^. « que le culte est un devoir de tous. tholique fût adopté formellement par le pouvoir se placer sur le terrain des prescriptions légales qui. et que la milice sainte est entretenue de même que l'armée pour pas pourquoi l'utilité de tous. D'une autre part. Les offres que l'archevêque d'Aix avait au nom du clergé furent inutilement réitérées. et le principe du salaire des cultes par l'Etat fut consacré K Le résultat de ces mémorables débats était essentiellement contradictoire. d'avril) Voir pour cette importante délibération de la Constituante {Moniteur V Histoire parlementaire de Bûchez et Roux. Louis Blanc en renferme un récit très animé. les Mé: moires du marquis de Ferrières. Et cependant.» Si le culte catholique est con- sidéré par le législateur il comme le devoir de tous. salaire des cultes avait été voté sur ce considérant développé par Chasset. on retombe dans l'ornière d'où l'on l'on répudiait avec éclat le principe le voulait sortir. VHistoire de M. 345-396.104 INGOiN' SÉQUENCES DES DEUX PARTIS. on ne voit se refuserait à le proclamer culte national. V. . et droit des on ne comprend plus sur quel principe repose ce convictions individuelles que le baron de Menou avait invoqué avec tant de netteté. à la En que assimilant la religion à l'armée. civile. favo- 1. l'Assemblée la passa outre dédaigneusement et laissa également tomber velle protestation nou- de Tévêque de Ciermont.

les suffi- pour condamner d'avance tous allait- abus de pouvoir aux- quels on se laisser trop tôt entraîner. tout ce qu'ils ont refusé à l'indépen- . A ce un clergé fonctionnaire et salarié était privilégié et il un progrès sur un clergé religieuse triomphait. rables 105 se retourner un jour à leur foi. Nous avons suffisamment et insisté sur les fautes la et les inconsé- quences de nos pères dans cette phase de Révolution française. pour soi qu'en le rèclainant pour autres. pouvaient le lendemain contre eux sans qu'ils eussent le droit de se plaindre. les funestes nous aurons plus d'une fois l'occasion de signaler résultats de leurs erreurs. Or. les on ne l'obtient titre. le parti clérical Mais ce qu'il y avait de plus grave ^ c'est que demandait un monopole sion et voulait établir son droit à l'exclu- du droit des minorités religieuses. L'adoption de un retour pur et simple à l'ancien ré^ était motion de Larochefoucauld la un triomphe important pour déclaraient cause libérale. et Mirabeau traits résuma admirablement en deux prévalu quand il la doctrine qui avait s'écria: « Cette assemblée est nationale et non le théologienne ! » Sachons discerner progrès dans la marche vacillante de l'humanité toujours partagée entre sa raison et ses passions.INCONSÉQUENCES DES BEUX PARTIS. Il y aurait de l'injustice à se montrer aussi sévère pour le parti la majorité de l'Assemblée que pour des évoques. Les considérants qui n'avait que l'Assemblée nationale la aucun pouvoir à la religion exercer sur les consciences et que permettait pas saient majesté de ne qu'elle devînt l'objet d'une délibération. La différence était grande entre Une fâ^ et la cheuse inconséquence gime. que celle-ci doit être placée en dehors des atteintes les du pouvoir civil aussi bien pour privilèges que pour la contrainte. c'était déserter l'asile inviolable de la liberté de la religion qui est la c'était oublier conscience individuelle. L'égalité mais faut bien se garder de la confondre avec la vraie liberté religieuse qui est inséparable de l'indépenla dance de société spirituelle. car tout privilège pro- cède du bon plaisir^ et le bon plaisir est la négation du droit. spirituel était La sépar^ion du temporel et du consacrée en principe. le droit est indi- visible. dominateur.

l'égalité religieuse droits. Le culte n'était plus interdit à aucune Eglise. à la seule condition de revenir en France et d'y prêter le serment civique. une réserve conçue : I . L'article « conçu L'Assemblée nationale décrète 1° que les non-catholiques qui auront d'ailleurs rempli toutes les conditions prescrites dans ses précédents décrets pour être électeurs et éligibles pourront être élus dans tous les degrés d'administration. l'Assemblée prit en considération une motion en faveur des protestants qui réclamaient un décret «pour empêcher le despotisme de Louis XÏV des mort de peser sur leur postérité» de ordonner la restitution biens a qui avaient été confisqués aux rehgionnaires expatriés lors la révocation de l'Edit de Nantes. » Un décret formel rendit tous les droits de citoyens français aux descendants des réfugiés. mais placée sous le coup d'un mépris plus accablant. 2° que les non-catholiques sont capables de tous les emplois civils et militaires comme été les autres citoyens. ainsi que l'avaient demandé imprudemment au point de vue des consacrée. sinon des émo- luments. écrivait à son père: « Il Le président de semblée nationale est à vos pieds. Déjà l'accès de tous les emplois leur avait été rouvert. » le fils Le 10 mars sui- vant. la société religieuse l'a été dance de au détriment de la liberté générale. Rabaut Saint-Etienne. les chefs la droite . était une précieuse de conquête. Le décret qui testants fut faisait tomber toutes de : les barrières devant les la pro- rendu le 24 décembre 1789 à l'occasion de Yéligibilité est ainsi dé: claration des droits. Mais Tabolition d'une religion d'Etat proprement dite^ vivant du monopole et de l'oppression. sans exception. à l'égard des juifs. la tête avait du vieux ministre huguenot fois dont mise à prix tant de dans son long l'As- apostolat du désert. était L'Assemblée nationale ne pouvait adopter la motion de Dom Gerle sans se déjuger après les mesures qu'elle avait prises en faveur des protestants et d'une fraction de la nation moins mal- heureuse dans le passé. » avait remplacé l'abbé de Montesquiou au fauteuil de la Constituante.106 RÉPARATION FAITE AUX PROTESTANTS. Les juifs participèrent aussi à l'œuvre de réparation de la Constituante. Le décret du 24 déainsi cembre contenait. Dans la séance du H et février 4790.

la libre quand on se souvient y a peu d'années Angleterre refusait encore aux la vie politique. dirigés de telle ou manière vers par la ne soient pas des crimes que punisse ciaux. » Comment qu'il s'étonner de cet ajournement. à l'honneur de Robespierre. y eut une coalition momentanée la entre la droite un certain nombre de députés de litation gauche pour s'opposer à leur réhabi- politique. ce n'est pas tant la position religieuse pouvait prêter? Au des juifs qui éveillait les scrupules de TAssemblée que leur ex- trême impopularité dans certaines provinces ils comme et TAlsace où Il dominaient et pressuraient les campagnes par l'usure. relativement aux nationale se desquels l'Assemblée réserve de prononcer. cette circonstance fidèle à ses principes. dit-il le 23 décembre. que telle sentiment le ciel. L'ajournement fut prononcé.^^^H « DROITS CIVIQUES ACCORDÉS AUX JUIFS. Reconnaissons. juifs le droit de prendre une part réelle à en plaçant sur le seuil du parlement un serment qu'aucun d'eux ne reste. La question fut bientôt ramenée. » L'abbé et Maury révêque de Clermont invoquèrent l'indestructible nationalité campaient les des juifs qui les empêchait de se mêler réellement au pays où ils les yeux tournés vers leur lointaine patrie le sol qu'ils infestaient : ce qui ne empêchait pas de grever d'innom- brables hypothèques. d'abord par une pétition des juifs de Bordeaux . la société perte des droits so- ou bien proclamez une religion nationale. bien qu'il eût dit que dans le gouvernement nouveau tous et citoyens. demeura dans Les vices des juifs. par le Cette cause est la cause géné- faut décréter le principe. » la veille Le principe avait été admi- rablement formulé c( comte de Clermont-Tonnerre. le Laissez donc les consciences libres. et la pensée. qu'il se refusa et qu'il « dès l'abord à favoriser une pareille manœuvre. il le titre d'homme. naissent de avez plongés. armez-la d'un glaive et déchirez votre déclaration des droits. Je l'aviUs- sement dans lequel vous les pense qu'on ne peut priver aucun des individus de cette classe des droits sacrés que leur donne rale. les hommes devaient être hommes On recula devant les haines furieuses des paysans alsaciens. juifs. 107 sur l'état Sans entendre rien innover. Les députés d'Alsace entraînèrent en définitive l'Assemblée et Mirabeau lui-même.

et la consti- que tout homme qui. présentèrent le on leur refusait encore la consécration lé- même jour une pétition fortement appuyée par se le représentant Godard. actifs. les droits de citoyens si L'Assemblée ne put que confirmer une demande juste par son décret du 28 janvier i790. réunissant les dites conditions. avaient obtenu de l'opinion publique plus éclairée régalité sociale. rappelaient que les quaient la liberté religieuse et mêmes objec- tions qu'on leur faisait avaient été pendant deux siècles opposées au droit des protestants. par des lettres patentes^ aux fuifs portugais. Le décret en lui-même que possible. le mercredi 28 septembre 1791. que deux citoyens et des étrangers. étrangers. Il portaitque l'Assemblée nationale. classes « Il ne peut y avoir. et établissaient que la France devait par justice par intérêt accorder sans retard à tous les juifs les droits de citoyen. considérant que les conditions nécessaires pour être citoyen français sont fixées par tution. et qu'ils servaient leur patrie de tous étaient les moyens qui disaient-ils. que l'Assemblée natiojustes réclamations. la qui demandaient que arrière France nouvelle ne demeurât pas en de l'ancienne monarchie qui avait accordé. elle maintint encore l'ajournement pour les juifs allemands. qui. a droit à tous les avantages qu'elle . ce qui n'engahonneurs de la geait à rien. dans cette grande ville. avocat au parlement. en leur pouvoir. Ce ne fut que dans son avant-dernière session. Ils eurent cependant les la pétition séance. prête le serment civique et s'engage à remplir tous les devoirs que la constitution impose. Les juifs de Paris. mais nale se rendit àces non sans avoir as- treint les juifs d'Alsace à soumettre les créances qu'ils possé- daient à l'examen des directoires de leurs districts afin d'élaborer un plan de liquidation qui devait être soumis au corps légisétait aussi large latif. parce qu'ils étaient domiciliés dans cet empire. la espagnols et avignonnais. et dans laquelle ils plaidaient leur cause avec fermeté Ils et modération fut insérée au Moniteur. c'est prouver d'hommes dans un Etat: des prouver que nous ne sommes pas des » Ils invo» que nous sommes citoyens. dont gale. fixés dans le midi de France. Le président les féliciter sur leur borna à bonne conduite.108 DROITS CIVIQUES ACCORDÉS AUX JUIFS.

Nous allons voir trop tôt ce qu'ont coûté à la Révolution les meont sures contraires à la liberté religieuse. estimons à sa valeur une conquête aussi précieuse que l'égalité devant la loi assurée à toutes les croyances. dans quelles agitations violentes et stériles elles l'ont précipitée. Ne rabaissons pas la grande œuvre de la Constituante. 1Ô9 assure. et comment elles poussé ses représentants à de nouvelles violences. réserves et exceptions insérées dans les précédents décrets relativement aux individus juifs qui prêteront le serment civique. . révoque tous les ajournements. le jour même où elle fut soulevée par l'abbé Maury avec un celui qui fracas d'austérité assez étrange dans sa bouche. L'Assemblée résolut question en leur faveur dès le mois de décembre 1789.DROITS CIVIQUES ACCORDÉS AUX COMÉDIENS. triste cercle où une erreur fatale l'enferma trop longtemps. mais n'oublions pas l'égalité non plus que ne supplée pas à l'indépendance réelle. L'orateur oubliait que le moins respectable des comédiens c'est cache sous une robe de prêtre toutes les passions mon- daines. » Les comédiens n'avaient pas du attendre aussi longtemps que les juifs la reconnaissance de leurs droits de citoyens la actifs.

et qui se couvrirent du bouclier du . comme tous les une première faute en entraînait une autre.CHAPITRE III La constitution civile du clergé. du temporel Née de et du retomber dans la mortelle erreur de l'ancienne société la coa- française et consacrer le plus funeste de ses abus. Nulle faute ne fut plus grave et plus déplorable par ses résultats. c'était par la confusion déplorable spirituel. et une géné- reuse assemblée qui n'était préoccupée que du désir d'établir la liberté allait lui porter la plus grave atteinte. qu'elle ne se trouvât en face d'abus nombreux mais et vouloir les réparer d'autorité quand on était le pouvoir civil trancher du concile quand on était simplement une Constituante politique. la constitution civile du clergé était une intolérante revanche contre l'intolérance d'une Eglise qui avait conservé la force partie quand le respect lui avait en fait échappé et qui avait maintenu la bulle Unigenitus et alors brûler en Grève les écrits des libres penseurs. lition des philosophes et des jansénistes. — L'Assemblée transformée en concile. n'avait plus la foi ardente qui est qu'elle comme la sincérité du fana- tisme. Le jour où rAssemblée nationale décréta par le le salaire des cultes motif que la religion est un grand service public et elle prit que ses ministres sont des officiers de morale^ par là même l'engagement d'organiser ce service public autres. Nous ne nions pas et criants. Elle légitima des résistances qui n'étaient qu'odieuses quand elles réclamaient le privilège d'une religion d'Etat excludroit dès qu'elles eurent sive.

elles s'opposèrent k toutes les institutions velles. les jansénistes et. Les primitive abus de semblaient appeler de promptes réils formes. conscience religieuse assoupie. et l'espoir d'y conçurent l'idée de faire prévaloir leurs doctrines parvenir se fortifiait dans leur esprit par l'idée qu'ils se rapprodes formes républicaines de l'Eglise la chaient davantage Eglise. lisons-nous dans les Mémoires d'Alexandre Lameth. la et réveilla combattre. ou du moins pour les réduire à l'impuissance. Profitant des circonstances. . s'empressèrent. qui ne il discerne pas les grands côtés du jansénisme. les jansénistes de l'Assemblée qui étaient membres pour la plupart des parlements. par Alex. A l'aide de ces idées de régénération qui. parvinrent à en- traîner l'Assemblée dans une discussion par suite. Elles le firent avec l'habileté passionnée des partis politiques. faire la part de l'homme du monde. II. façon la plus dan- du moment où pour la la Révolution réveilla par ses mesures. p. cette irascibilité qui caractérise l'esprit stituer de leur de recon- entièrement le clergé sur de nouvelles lois. tirer Trouvant l'occasion favorable pour vengeance de leurs oppresseurs. sous plusieurs rapports. avaient un but utile. aussi nou- bien aux sages et glorieuses réformes qu^'aux abus la de pouvoir. Les jansénistes exerçaient l'influence prépondérante dans le comité ecclésiastique et le projet de la 1. mais ne se trompe pas dans son jugement. de faire re- vivre les usages des premiers tion des évêques. elles furent dès lors fondées à la 111 invoquer liberté religieuse. à défendre le sanctuaire. à celles temps du christianisme pour les circonscriptions l'élec- de conformer des diocèses et que Ti^ssemblée avait établies pour les départements enfin de soustraire l'Eglise de France à la domination ultramontaine. 364-368. dans cette sé- vère appréciation. Histoire de l'Assemblée constituante. avec secte. La réaction fut organisée de gereuse.PROJET DE CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. ont reconnu que la con- Les amis les plus chauds de stitution civile la liberté du clergé avait été plutôt l'œuvre d'une secte re- ligieuse « longtemps opprimée que d'une assemblée politique. dans des fautes qu'elle s'est d'autant plus reprochées qu'elle en avait en- trevu les conséquences ^ » Il faut sans doute. Lameth.

Les sémi- naires ne devaient pas dépasser le nombre des évêchés. gouvernement du diocèse et du les séminaire XV). concernant les offices ecclésiastiques.il2 PROJET DE CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. donnons une rapide analyse du projet titres. L'église cathédrale devenait une église paroissiale. 5 était ainsi conçu : a II est défendu à toute Eglise ou paroisse de l'empire de reconnaître. les disciples de Voltaire et de Rousseau Avant de résumer stitution civile le débat ouvert le 27 mai 1790 sur la con- du clergé. canonicat. » le La portée d'un état. prieurés. fait qui était l'un des adhérents les plus respectés de la secte. L'art. Le royaume ne comp- plus que dix arrondissements métropolitains. c'était presque le renversement de l'autorité papale. stitution. Tous du pays en quatre-vingt-trois départe- les anciens évêchés qui étaient en dehors des désiloi étaient gnations du projet de tait supprimés. de loi. l'autorité des évêques ou métro- dont le siège serait établi sous la domination d'une puisail- sance étrangère. Mais lui la mesure la plus le grave de ce titre était celle qui transformait ra- dicalement pouvoir épiscopal en enlevant l'autorité souve- raine dans le diocèse et en lui donnant un conseil habituel et permanent composé des sans le secours duquel juridiction vicaires et des directeurs il de séminaires ne pouvait accompUr aucun acte de le en ce qui concerne (art. constitution civile fut présenté à TAssemblée par Martineau. Les paroisses étaient réduites comme . tels que prébendes. Ce seul la montre combien la discussion qui allait s'ouvrir dépassait se compétence d'une assemblée politique. Tout nombreux et disétait pendieux de l'épiscopat et de l'archiépiscopat supprimé ainsi que les titres et offices non compris dans la Conetc. ni celle de ses délégués résidant en France ou leurs. et à tout citoyen français sous quelque prétexte que ce politains soit.major tel article est facile à saisir. substituait à l'ancienne circonscription de l'Eglise de France une circonscription entièrement nouvelle la division modelée sur ments. Il se divisait en quatre Le premier. en aucun cas et français. abbaye. et les Celle-ci devait transformer en arène théologique^ deux grands partis qui avaient divisé l'Eglise de France allaient se rencontrer dans un combat de doctrine dont seraient les juges.

Le titre IV impose 8 . mais l'un et l'autre ne pou- vaient s'opposer à l'élection et que sur un refus motivé par écrit après délibération au sein du conseil épiscopal. duit considérablement. Les électeurs de l'assemblée de dépar- tement nommaient les évêques ceux de l'assemblée con- administrative de district dition nommaient rempli les curés. à 12. Le titre II était le plus décidément novateur. 36). le vote devait avoir lieu après la messe du dimanche matin. évéchés.000 selon l'importance de leur évêché. sous la seule que les élus auraient les fonctions ecclésiastiques dans un temps déterminé par tropolitain le droit la loi. 17.. l'était Le pouvoir de l'évêque déjà limité sur ce point bien davantage en ce qui concernait l'élection de ses vicaires. ceux-ci sont réellement ses collègues puisqu'ils ont voix délibérative dans son conseil.PROJET DE LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. par la voie du scrutin et à la religieuse pluralité absolue des suffrages. à la suite d'une délibération qui aura été prise à la pluralité des voix. car la il substituait l'élection aux formes canoniques usitées dans 11 nomination des : titulaires ecclésiastiques. les politiques et les élections juifs et les protestants pouvaient. L'évêque de Paris a seul 50. la forme des élections. à savoir. mais pour les élections même carte était valable religieuses.000 même principe de réduc- aux curés et aux vicaires. l^r «A compter c'est du jour de la publication du présent décret. portait à son art. Le titre ïïl fixe le traitement du clergé.000 traitement des autres évêques varie de 20. le fr. etc. les bourgs ou villes 113 ne comprenant pas plus de six mille âmes devaient se contenter d'une seule. 3) et prendre part à ces élections. le On laissait bien au mé- d'examiner le nouvel évêque comme à l'é- vêque celui d'examiner curé élu. » n'était Aucune condition la imposée aux électeurs. certaines l'avis Il ne peut les choisir que dans son il diocèse à destituer conditions déterminées et ne peut les que de du conseil. c'est dire qu'il le réfr. comme d'abus (art. Le tion est appliqué fr. (art. comme les catholiques. Le dignitaire refusé pouvait toujours recourir à l'appel art. on ne connaîtra qu'une seule manière de pourvoir aux évêchés et aux cures. en connaissance de cause.

ses sorties à grand fracas de la salle des séances et faiil saient l'effet de finissait coups de théâtre arrêtés d'avance. Ses représentants un tel projet de loi et. Seulement il était bien tard pour réclamer un concile réformateur. Le clergé avait épuisé pro- testations grandioses dans la discussion soulevée par la motion Dom Gerle. transformer entièrement copat en en faisant une espèce de souveraineté constitutionnelle avec des ministres responsables. Rien ne pouvait racheter le vice de son origine. Bouleverser à ce point Torganisation de l'Eglise catholique. asseoir tout tique sur l'élection populaire. Ce premier aperçu du projet de loi en révèle toute la gravité. les perdue d'avance. se déclaraient prêts à les faire dispa- Quel malheur pour l'Eglise de France de n'avoir pas par- tagé plus tôt et pour elle-même l'ardent besoin de réforme qui travaillait la génération de le 1 789 ! La discussion ouverte La de partie était 29 mai manqua de grandeur et d'éclat. 11 importe peu que soi et se telle telle réformes proposées fût bonne en réclamât à bon droit des plus antiques traditions du christianisme. de la résidence à tous ceux qui sont revêtus d'un office ecclésiastique et les place sous la surveillance et Tautorité des municipalités. En vain les fervents apologistes de la Révolution française pré- tendent-ils qu'il respectait la dignité et Tindépendance de la société religieuse en se contentant de réformes purement extérieures qui ne touchaient pas au dogme. après en avoir combattu le principe dans la discussion générale. trancher la question si délicate l'épis- de ses relations avec la papauté. la droite comme par rentrer avec les députés de qui l'avaient suivi. l'Eglise était en définitive placée sous la dépendance absolue du pouvoir avaient raison de protester contre civil. on les eût mieux écoutés quand raître. de disputer pied à pied le terrain.114 la loi PROJET DE LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. venant d'une assemblée politique. Quelque fondé qu'il fût cette fois dans ses ré- sistances. cette retraite sur un mont-sacré d'où l'on redescendait sitôt I . était un abus de pouvoir sans excuse. c'était l'édifice ecclésias- évidemment faire une œuvre ou des réformatrice qui. tirper les scandaleux S'ils avaient les premiers travaillé à exles abus qui frappaient tous ils yeux.

main de Dans la l'Etat aux défenseurs de l'indéil pendance de première partie de son discours il établit l'utilité. purement spirituelle. Treilhard dans fit séance du 29 mai rudement sentir la l'Eglise. qui peuvent rejeter cette méthode. Ce ne sont pas des évêques^ successeurs des apôtres^ ce ne sont pas des pasteurs chargés de prêcher l'évangile. il s'agit des vérités de de la juridiction le spirituel. Il s'agit gHse. L'Eglise seule peut gouverner Nous ne pouvons en aucun cas renoncer aux formes prescrites par les conciles. Nous vous proposons de consulter l'Eglise galli- cane par un concile national. en adoptant le principe du salaire des cultes. l'opportunité des réformes proposées. Le comité veut rappeler les ecclésiastiques à la pureté delà pri- mitive Eglise. La discusL^op- sion générale ne fut pas prolongée. 115 pour disputer un lambeau de privilège n'étonnait plus personne et la délibération continuait comme si de rien n^était. droits. » taquable. L'orateur avait également raison montrait que le projet se rapprochait davantage de l'Eglise primitive que l'organisation actuelle de l'Eglise de France et que l'élection de l'apôtre qui remplaça . A quoi eût elle servi? position des principes était radicale. mettait les élections des bénéficiaires ecclésiastiques à la merci des intrigues d'une cour corrompue où dominaient trop souvent les caprices d'une favorite. mais puisque pelle notre devoir. Une telle proposition était inat- C'était la seule qui fût libérale et elle eût certainesi ment passé l'assemblée. Toutes ces réflexions étaient parfaitement justes en lorsqu'il fait. déclara non sans d'un ordre dignité que dans la délibération présente s'agissait de choses dans lequel « les rois et les magistrats devaient obéir. et engendrait mille fâcheux désordres au plus grand détriment du christianisme. Il il le comité nous rapsouvenir de nos nous permettra de lui le faire faut donc rappeler l'indispensable autorité de TEla religion.DISCUSSION GÉNÉRALE. n'eût déjà réduit l'Eglise à n'être plus qu'un département la de l'administration du pays. signale avec force les désordres de l'ancien état de choses qui sanctionnait l'inégalité la plus scandaleuse entre les ministres d'un même culte. L'archevêque d'Aix dans un discours la ému Il il et confus exprima douleur et l'indignation de son parti.

Goulard. Quand il s'écriait à la fin de son discours : a Vos décrets ne porteront point ils la atteinte à cette et religion sainte. Treilhard avait est (Finstitution divine et une assemblée le beau affirmer que dogme seul échappe au pouvoir civil. et la prétention avaient une portée religieuse considérable de faire par décret des chrétiens selon l'Evan- gile était la plus grave atteinte à une religion qui cesse d'être sainte « du jour où elle n'est plus qu'une institution politique. Voter c'était d'après lui. Quand souverain croit une réforme nécessaire. car si ces décrets ramenaient vraiment l'Eglise à sa ils pureté primitive. de telle ou manière. » L'orateur avait bien raison d'invo- quer après cela Il la tradition de l'ancienne monarchie française. Le curé Leclerc déveprojet aboutissait au le loppa avec une énergie incisive l'opinion soutenue par l'arche- vêque d'Aix . entreprendre une vraie réforme et s'engager dans la voie . la disci- pline qui touche à Torganisation intime de la société religieuse doit relever d'elle au même titre. ber un clergé salarié et fonctionnaire. rien ne peut s'y opposer. il montra clairement que le presbytérianisme. et ce qui eût été parfaitement à sa place dans une assemblée délibérante de l'Eglise était hors de place dans politique. autrement que par l'élection popu- — Seulement c'était se tromper gravement que d'avoir raison d'une façon toute théologique à la tribune nationale. disait encore Treilhard. Aucun argument nouveau ne fut présenté dans la discussion générale. Un Etat. curé de Roanne. veut que telle tel peut à plus forte raison déclarer qu'il tel établissement existe dans le ou tel lieu. peut admettre il ou ne pas ad- mettre une religion. — » il se contredisait lui-même . Judas n'avait pas été faite laire. ramèneront à sa pureté primitive vous serez vraiment les chrétiens de l'Evangile.116 DISCUSSION GÉNÉRALE. l'appuya par des considérations analogues et il fit pressentir l'abaissement où pourrait tomle projet. c'est-à-dire au changement plus radical dans 1 l'organisation de l'Eglise et celle-ci ne serait pas consultée II ajouta que l'Eglise ne se conduit pas comme l'Etat par des rai-' sons de finance et que la discipline ne se vote pas comme un budget. il était dans la plus pure tradition du passé et suivait docile- ment l'instinct unitaire de sa race.

Camus fut pour le Il moins établit aussi théologique très que ses auxiliaires ecclésiastiques. une espèce de cours d'histoire ecclésiastique. par ce grand principe politique de le la division des pouvoii's qui répugne à ce que pouvoir civil et la juridiction ecclésiastique soient confondus. vous voulez sincèrement réforme des abus. tout signifiait En vain les curés libé. » Les curés Jallet et Gouttes soutinrent gallican. la Robespierre porta ces belles maximes à tribune avec l'inso- lente rudesse des courtisans de la multitude. contre cette rebelle invincible qui s'appelle la conscience gieuse. 117 est très Luth [e Luther. le projet au point de vue en faisant ce latin en citant des textes. de Il ne se trompait pas.DISCUSSION GÉNÉRALE. autorisez les assemblées des conciles provinciaux. On n'a pas assez remarcet qué l'intervention de Robespierre dès l'ouverture de portant débat. en invoquant les Pères. Je vous conjure par la foi. Il l'avait sacrifiée le d'avance à son idole à cent têtes en conférant au peuple religion droit d'imposer sous peine de mort la qui lui semblerait la plus utile à la chose publique. Il im- y apporta la pensée de Rousseau dans toute son intolérance. Partant du prin- cipe que il les prêtres sont de simples magistrats dans l'ordre la social. Rousseau avait pris com- que le plus grand obstacle à ce despotisme de la foule vien- drait de ces libres croyances de l'âme qui échappent au pouAussi avait-il pris toutes ses précautions reli- voir des majorités. Jaloux d'assurer au peuple une souveraineté sans partage qu'il confondait avec la liberté. je vous conjure au nom du Dieu de paix de rejeter toute innovation qui alarmerait les fidèles. l'asservissement de TEglise. lui la moindre protestation en faveur de son indépendance eût été plus utile. raux se déclaraient prêts à mourir pour elle faire elle n'avait que de leur sang. les Une religion civile était une de ses inventions plus chères. pertinemment Tancienneté du droit d'élection aux charges et d'Eglise discuta avec le science la question de Tappel au pape. Mais lieu d'où il débitait cette dissertation en gâtait étrangement la solide argumentation. Premièrement c'est à so- . L'intention de la nation n'est pas de vous transformer en concile. en tire trois conclusions. La « Si fin de son discours la belle. très élevée.

dans toutes les réformes proposées par l'Assemblée. cette magistrature En second comme les autres doit dépendre absolument du ses urnes électorales. d'où résulte le droit de les supprimer toutes avant lieu. Robespierre va plus loin et droit il insinue que le peuple a de marier ses prêtres pour les attacher par des liens réels à la nation.118 DISCUSSION DES ARTICLES. ciété. — sans rien décider sur le les juridic- tions qui pouvaient se former plus tard. Camus et tout le parti janséniste répondaient que l'institution du sacerdoce par borné à dire : le Christ avait été toute générale. D'après le droit canonique tel que l'interprétait l'an- cienne Eglise de France . La divinité nationale doit sortir du scrutin et en suivre la toutes les chances aléatoires. demandât instamment que le roi fût invité à suivre les voies canoniques. que l'évêque de Lydda. pour chacun des titre principaux du projet de capitales.. qu'il s'était Ite et docete. Il n'était pas possible de montrer plus d'insolence pour le la conscience et de profaner plus outrageusement sanctuaire inaliénable de la croyance religieuse. qui devait plus tard pousser la souplesse jusqu'à l'apostasie. Ces maximes sanctionnent plus abominable des tyrannies. On voit ce qui reste à Dieu lui quand le César démocratique a pris tout ce qu'il s'imagine revenir. l'autorité religieuse ne confère pas la seulement sphère où dres. Enfin c'est peuple et émaner de au peuple de la le seul qu'il appartient de proportionner le salaire à l'utilité fonction. Toute cette argumen- tation théologique finissait toujours par l'argument décisif de l'omnipotence de l'Etat . que vote de l'Assemblée se hâtait . charges ecclésiastiques qui lui paraissent superflues et tout celles qui reçoivent l'investiture étrangère. c'est-à-dire à TEtat qu'il appartient de déterminer les fonc- tions qui sont utiles. celle Le premier soulevait deux questions celle de la juridiction ecclésiastique et de l'étendue du pouvoir épiscopal. les ils pouvoirs aux prêtres mais détermine encore l'exerceront afin d'éviter les conflits et les désorla constitution civile bouleversait Le projet de toute l'an- cienne juridiction par des suppressions Cette innovation parut assez grave pour et des adjonctions. La bataille fut livrée et perdue par titres la droite à trois reprises différentes loi.

Treilhard le donna clairement la droite. » « finir Vous un curé. car il premier pour l'Eglise en changeait la base en faisant découler de l'élection populaire toutes les dignités ecclésiastiques. L'Assemblée adopta sur la question des métropolitains la mesure la plus modérée et le droit d'appel fut maintenu. Elle décida presque sans discussion proposées. les curés à n'être pas curés. celle l'une des plus graves innovations qui lui étaient qui donnait à l'évêque un conseil avec voix délibérative. 119 La défense de reconnaître Tautorité des évêques «Le tout sans préjudice de de de étrangers fut adoucie par Tadjonclion suivante. dit en concile schismatique presbytérien. » fidèles à n'être pas absous.DISCUSSION DES APiTICLES. il Le reste du chapitre que n'avait plus d'importance^ avait fut voté rapidement. Vous exposez les les évêques à n'être pas évêques.» ne pouvait plus être question que d'une communion toute mystique. a présidé le concile de Jérusalem. Le second chapitre le une portée plus redoutable encore de France. elle touchait à l'étendue du pouvoir épiscopal. « Saint Pierre. La seconde question fut plus longuement discutée. Je ne connais dans le dans ait le second siècle de l'Eglise aucun exemple d'un évêque qui exercé aucune juridiction sur un autre évêque. ni évêques métropolitains. d'appliquer. un fond de contes- dont vous ne vous tirerez jamais. Treilhard que l'Assemblée et est transformée avez. qui n'était qu'un vain palliatif: l'unité la foi et la communion qui Il sera entretenue avec le chef visible de l'Eglise. Au fond. le Une fraction im- portante de l'Assemblée voulait supprimer degré supérieur de la hiérarchie épiscopale et ne plus reconnaître ni arche- vêques. et à entendre au milieu les protestations dit-il. des manières abrégées de tation. mais cette présidence ne lui a donné aucune juridiction sur premier et les apôtres. ce qu'on voulait consacrer c'était l'égalité de tous les évêques y compris l'évêque de Rome. . Au point de vue de l'orthodoxie catholique rien n'était plus fondé et là était le suprême péril pour la Révolution. des clameurs furieuses de malgré solennelles de l'évêque de Clermont. » : Sur quoi d'Espremenil s'écria non sans raison à la question « Je réponds de M. On invoquait l'exemple de l'Eglise primitive.

que aux le clergé n'était pas plus pur que Camus ne fussent fut pas plus heureux en proélecteurs que les curés adjoints des assemblées départementales pour l'élection des évêques. car l'amenles dement présenté par Grégoire pour que écarté . s'agissait à l'époque de ces mé- morables débats de politiques. le avait institué et à l'arbitraire les bonheur du peuple. elle plus formidable oppo- car la constitution n'était plus simplement politique. Il com- posée de croyants sincères. Bar- nave répliqua que ce serait favoriser les menées et les intrigues électorales des candidats qui pourraient agir directement en faveur de leur élection. et qu'il valait bien de quelques mieux secourir malheureux Chapelier par l'administration. le mais peuple qui élisait alors ses ministres n'était pas une masse confuse^ c'était une société religieuse organisée. XXI du même il chapitre passa il était gros d'orages. n'obtint pas un meilleur accueil. Le troisième chapitre de prouver que et qui roulait sur les traitements du nouveau clergé provoqua un éloquent discours de la religion serait Cazalès. celui non-catholiques ne prissent pas part à la nomination des curés et des évêques fut du curé Jaquemard. C'était préparer sition. touchait à l'organisation de l'Eglise la nécessité de cond'é- courir directement à son maintien ne pouvait veiller manquer de graves scrupules religieux. qui demandait que les évê- ques fussent nommés par des électeurs ecclésiastiques. . car imposait aux nou- veaux élus et le serment d'être fidèles à la nation. à la loi et la constitution la au roi de maintenir de tout leur pouvoir votée par l'Assemblée nationale. sans livrer l'Eglise à tous les hasards des scrutins aucune distinction de croyances. . Robespierre répondit que le fondateur du christianisme gislateurs un clergé pauvre. la que ne tom- pouvant plus répandre ses bienfaits sur pauvreté elle berait dans le discrédit. en fondant la véritable égalité. L'article sans discussion . qui essaya désormais séparée de la charité. que les léne devaient pas soumettre la vie des hommes. au caprice dignitaires.420 DISCUSSION DES ARTICLES. Robespierre répliqua durement qu'il n'était pas vrai que faire le peuple dans son ensemble fût trop coret rompu pour posant de bonnes élections lui.

Nous sommes une convenle nous avons assurément pouvoir de changer la religion. n'éprouveraient aucune réduction et que ceux dont 12. Le titre sur la résidence passa sans difficulté. » C'était oublier que la hberté ne consiste pas à étencette souveraineté est dre la souveraineté de FEtat. La nouvelle aurait-elle les une action rétroactive? Les réductions porteraient-elles sur gros traitements des dignitaires du haut clergé qui étaient entrés dans les ordres à certaines conditions dont ? ils n'avaient pu de les prévoir l'abrogation Telle était la question qui se posait. Il s'agissait de régler traitement des ecclé- siastiques actuellement en charge. Après une discussion très vive. s'est préparé les plus indomptables résistances. L'ensemble le 17 juin.000 les revenus excéderaient cette somme le auraient livres plus la moitié de l'excédant sans que tout dépassât . mais bien à devant la la restreindre. même quand collective et qu'elle s'est constituée en Convention nationale. l'Assemblée vota activité. devant tout ce qui ne relève que de l'individu. du projet fut adopté La pensée qui Tinspira ressort avec clarté de le 1"' juin : cette parole de Camus prononcée « L'Eglise est dans TEtat.000 livres. La suite des événements devait prouver que l'Etat le plus popuet laire ne peut impunément toucher aux choses de l'âme.LA RÉTROACTIVITÉ ADMISE. bien que l'abbé curés Gouttes et Tabbé Grégoire eussent demandé que les reçussent en biens-fonds la moitié de leur traitement. Il infortunés qui avaient accepté une séparation éternelle avec le le 23 juin dans le sens de la rétro- fut décidé qu'à compter du premier janvier 1791 les les archevêques et évêques dont revenus ecclésiastiques n'excé- daient pas 12. . Une mesure complémentaire de restait à la constitution civile le loi du clergé prendre. à l'arrêter devant la conscience pensée. tion nationale . et malgré la ridicule réclamation Rœderer qui demandait une compensation financière pour beau sexe. 121 rappela que les pauvres desservants à la portion congrue avaient montré une charité bien plus active que chicana sur quelques chiffres^ mais les les prélats fastueux. il que quand si s'est empêtré dans une réglementation il si déUcate et périlleuse. On propositions du comité ecclésiastique passèrent presque intégralement. TEtat n'est pas dans TEglise.

dit naïvement l'auteur. à Le Vayer de Boutigny.122 LA CONSTITUTION CIVILE FIDÈLE A livres. a voulu que son Eglise eût la simplicité et. et l'Etat n'est pas en elle. » c'est-à-dire tout ce qui est 1. La constitution décharge de du clergé était ainsi mise en vigueur aussitôt que décrétée.à l' ANCIEN RÉGIME. mais dès que cette foi se traduit c'est-à-dire dès qu'elle se manifeste. Tantôt c'est gardien de l'Etat qui ne permet pas que l'Eglise porte atteinte à sa souveraineté du pays. la surveille avec un soin jaloux. ne se mêle pas sans doute de en actes publics. car elle est dans l'Etat. semblerait devoir échapper à toute restre. Dans toute sa vie extérieure et sociale elle dépend entièrement du prince. simplement du en lisant la On peut s'en convaincre fameuse consultation que Louis XIV demande sur ses droits. Le corps mystique qui comprend la doctrine. . tantôt c'est le protecteur de la religion qui ne souffre pas qu'elle s'égare par (( un zèle mal entendu. l'un de ses maîtres des requêtes.000 rexceptioii de Tarchevêque de Paris dont le traite- ment paux civile Il était fixé à était laissé 75. est juste de reconnaître à n'a été la la Révolution que cette constitution qu'une rigoureuse application des C'était tout maximes de Tancienne monarchie. saires Non content de protéger l'Eglise contre ses adveril en mettant son glaive à son service. le prince n'est pas seulement magisprotecteur de l'Eglise et tout ce qui il trat politique. selon le lui a-t-il monde. gallicanisme à outrance. Le savant jurisconsulte distingue dans l'Eglise le corps politique et le corps mystique. 30. Aussi donné donné comme tuteurs pour la protéger elle n'est et la secourir dans toutes » choses où pas capable de l'Etat se « défendre *. . touchant l'administration d'Eglise. L'usage des bâtiments et jardins épisco- aux dignitaires ecclésiastiques. Page 174. lui est encore le a échappé à titre de magistrat le ressaisit comme son protecteur. Dieu. L'Eglise ne peut jamais abandonner à une chose de nécessité au salut. les sacrements. Il domination purement ter- n'en est rien il . les rois les la faiblesse des enfants. il la protège encore Il contre elle-même. la foi. la discipline. le elle tombe sous son ou aux intérêts contrôle.000.

Page 83. « Dans l'ordre surnaturel est indubitable que Dieu a établi son Eglise au-dessus de tous les Etats. il faut qu'elle cède aux lois et aux En effet. c'est seulement un conseil. les lois de l'Etat sont de l'exprès com- mandement de Dieu qui nous ordonne elles sont d'obéir aux princes. Enfin. mais l'ordre 1. sinon application. Les conciles sont nécessaires à l'EgUse. . chose remarquable. à térêt prêché par un « Or. mais c'est au prince à les convoquer. et ne prévienne cessité les abus possibles. même à les dissoudre quand ils La prêtrise est indispensable à la société religieuse. cependant de peur qu'il n'y ait quelle juriste que méprise dont profite la liberté de la religion. et le salut par conséquent d'obligation pour lui-même ^ Certes la latitude laissée à l'Etat par cette nouvelle théorie salut du de semble assez grande . mais le prince en détermine il les conditions. Il n'y a pas jusqu'au sacrement dont ne surveille la célébration. Mais s'il s'agit d'une chose qui ne soit pas de nécessité au salut. mais soit il n'est pas tel de nécessité absolue que l'Evangile dicateur. l'ancienne monarchie revendique avec énergie tous particuliers qui lui paraissent revenir les droits au roi. 123 commandement divin et de foi. 2. tout ce qui n'est pas de nécessité au salut. et qui tende seulement à une plus grande perfection. le roi a le pouvoir de régler le choix de per» sonne. c'est à l'Etat qu'il appartient de la régler ou de l'autoriser. Page 178. Il est très difficile de discerner ce qui reste à l'Eglise. dans la ^. nécessités de l'Etat.LA CONSTITUTION CIVILE FIDÈLE A de l' ANCIEN RÉGIME. Ainsi elle doit faire séculier ne un droit abstrait et sans le annoncer sa doctrine. de l'Etat. la né- du serment politique est nettement articulée pour les il ecclésiastiques. mais qui est seulement d'une plus grande perfection. mais quand elle se manifeste par des formes spéciales d'une manière collective. prince saurait légitimement l'en empêcher. à les accepter et causent du trouble. Au contraire. n'est point de l'exprès commandement de Dieu. prél'in- un tel lieu et à de telles heures. ainsi que le lieu et le temps de la prédication La prière est de droit divin en quelque sorte.

Ceux-ci s'imaginaient que l'on en avait renversé les bases tandis qu'on tournait contre eux les maximes de leurs pères. » le Là où le magis- ne suffit pas ou doit se retirer. On pouvait prévoir ce que et dans un jour de péril de tempête. je veux dire que aux lois membre obéisse un membre de TEtat le s'assujettisse trat du magistrat politique. Aussi leur exaspération ne connaissait-elle plus de bornes. protecteur paraît avec toutes les garanties de mysticité qu'il offre à l'épouse et ainsi le du Christ réseau est si bien ourdi qu'il n'y a plus place pour une seule liberté. déjà frémissante depuis le vote sur les allait biens du clergé. tout le reste est naturel et humain il faut donc suivre Tordre naturel dans le reste. spirituelle. et dans toute la France la résistance.124 LA CONSTITUTION CIVILE IDÈLE A l' ANCIEN RÉGIME. il surnaturel n'étant que pour les choses surnaturelles et divines ne concerne que les choses surnaturelles. Quel est cet ordre? C'est que l'Eglise qui est au chef. la foi. s'organisait et pousser l'Assemblée à de nouvelles violences et à de nouvelles iniquités. D'après notre le maître des requêtes. marcher la en imprimant une crainte salutaire. gouvernail est aux mains de l'autorité qui seul fait mais le capitaine. l'Eglise res- semble à un vaisseau. Mais personne ne faisait ces réflexions. d'un côté les novateurs qui trop peu et d'un autre côté les représentants de l'ancienne société. Les mesures dies de la Révolution française à l'égard de l'Eglise étaient ainsi justifiées d'avance au point de vue de la plus pure tradition monarchique. Cette manœuvre compa- raison digne d'un conseiller de Louis l'esprit XIV révèle suffisamment ferait le capitaine les plus har- du système. hors . c'est l'Etat. . On était rangé en deux l'étaient camps profondément séparés.

Scène pathétique à l'Assemblée. qui s'appuie sur les scrupules de s'était la La majorité de la chambre du clergé ralliée au tiers avant même que des le roi eût parlé. — Le serment politique imposé au clergé. Pamphlet de Camille Desmoulins. avec l'unique préoccu- . Il presbytère et plus d'un cloître à la s'était du dix-huitième même imposé avec toute la puissance d'une opinion l'épi scopat. L'opposition cléricale était particulièrement dangereuse parce qu'elle était tout organisée . elle poussa l'Assemblée à s'opiniâtrerdans ses fautes. à se porter sans délai aux extrêmes et à faire des lois. Nous avons vu que des la politique contraire fut laissa suivie par l'Assemblée nationale et qu'elle se promptement emporter à mesures radicales qui devaient irriter profondément la portion du clergé que des passions démocratiques très vives ou des rancunes jansénistes trop justifiées n'avaient pas placée en tête de la Révolution. nous l'avons reconnu. Adresse de Mirabeau à la nation. triomphante à quelques hauts dignitaires de Nous la pensons encore qu'on eût pu. pleine de ménagements pour alliés aussi utiles et dont l'influence pénétrait si loin dans toutes les classes de la société. Ce succès considérable conseillait une politique mesurée. comme on fait la guerre. sinon France à blesser celle la rallier entièrement l'Eglise de cause des grandes réformes. — — — L^esprit de liberté. — Troubles à Nîmes et à Montauban. (Conscience. prudente. éviter au moins de et d'y soulever la plus invincible au cœur des résistances. Aussi excita-t-elle les plus vives alarmes et les plus ardentes colères. tout armée.CHAPITRE IV Premières résistances du clergé. fin avait visité plus d'un siècle.

disait-il. Dès le 15 octobre. fut la Révolution qui Ce commença la guerre. Il ment le parti de l'ancien régime et s'attribuait le rôle y prenait ouvertede Thomas Il de Cantorbéry contre des nouveautés dangereuses. Grégoire se plaignit amèrement dans le séance du 8 octobre 1789 de ce que. Il demandait que l'Assemblée la fît des proclamations spéciales pour sûreté des députés du clergé.126 LA GUERW: ÉCLATE ENTRE LA RÉVOLUTION ET LA RELIGION. » demandait la des passe-ports et ouvrait niilieu marche de l'émigration. Pour comprendre que TAssemblée en ecclésiastiques. qui se terminait par un appel à coahtion des nobles et des paysans contre le tiers état. patioii d'écraser un puissant adversaire. s'accoutuma promp- tement à voir dans leur costume un symbole de l'ancien régime et après les événements d'octobre il se montra très disposé à les la insulter. Le peuple de Paris. » La liberté religieuse était stigmatisée ouver- tement dans ce la libelle épiscopal. l'archevêque de Paris qui avait dû déjà se défendre dans un mandement contre roi l'accusa- tion a d'avoir soutenu auprès du les intérêts des riches et des puissants contre les petits et les faibles. Cette malheureuse affaire laissa dans les cœurs une vive irritation qui allait rendre bien difficile^ . soit il venue à imposer le serment politique aux faut avoir suivi dans les provinces les progrès de la réaction religieuse dont le pape prit Tinitiative. Cette vif imprudente provocation motiva après un débat un ordre du jour sévère qui renvoyait l'évêque devant le tribunal chargé de juger des crimes de lèse-nation. geait des plus et poussait char- sombres couleurs cri le tableau des troubles civils un : d'alarme qui était un vrai coup de tocsin ses en Bretagne « La religion est anéantie. sous la motion qui fut rejetée sur l'observation de Mirabeau qu'il n'était point nécessaire de mettre les membres de l'Assemblée sauvegarde d'im nouveau décret. mi- nistres sont réduits à la triste condition de commis appointés par des brigands. d'abord assez favorable aux prêtres. le peuple de Paris les outrageait et leur adressait les menaces les plus effrayantes. méconnaissant patriotisme des curés. Vers le du même mois. un mandement insensé de l'évêque de Tréguier envenimait les luttes religieuses. après celui qui avait assuré leur inviolabilité.

Plus on avance dans les biens mise à exécution du décret du 2 novembre ^ur du clergé. Une foule l'asile émue se pressait autour des couvents devenus soudain de toutes les vertus et la demeure de Dieu lui-même. plus l'opposition grandit et pousse à la révolte ouverte. De là à l'émeute il n'y avait qu'un pas. Déjà on pouvait prévoir la guerre civile en Provence et les mandements des évêques si soufflaient le feu à ces races méridionales la faciles à soulever. car les catholiques fervents du Midi ne pouvaient pardonner au protestantisme de n'être plus réduit à se cacher pour échapper à L'égalité religieuse était lution. dans le Cambrésis. que l'arrêté qui fut pris.EFFET DES MESURES DE l'aSSEMBLÉE DANS LE PAYS. la rendu que de toutes parts le A Toulouse. dès les premiers jours^ la conciliation entre fi^ion. résista à On Rouen et à Metz. 127 la liberté et la reli- L'opposition cléricale grandit à chaque mesure nouvelle qui porte atteinte à Tancienne organisation ecclésiastique de la France. la pour eux la grande iniquité de Révo- La guerre civile éclata ouvertement aussitôt après que l'As- . y avait là un moyen assuré de jouer une grande scène pathétique. mit tout le Midi les biens Il en feu. L'Assemblée décréta aussitôt que jusqu'à l'époque où elle s'occuperait du nouveau pouvoir judiciaire tous les parlements du royaume continueraient de rester en vacance. Ce pas était promptement franchi dans les villes où la rivalité entretenait les passions religieuses. d'exister et la proscription. propre à frapper les yeux et l'imagination et à enflammer les passions religieuses. Les violentes réclamations de la droite à l'Assemblée se traduisent C'est au dehors en clameurs furieuses ainsi et en actes de violence. noblesse et le clergé assemsi blent les états sur Tancien pied comme rien ne s'était passé en France. de faire inventorier religieuses. est-il A peine le décret du 2 novembre sur les biens du clergé la lutte s'engage. dans cette dernière ville le haut clergé avait tenu des assemblées factieuses qui montraient clairement d'où partait la résistance. après la suppression des ordres des diverses maisons monastiques. dans Béarn. flots les magistrats devaient en fendre les déjà grondants de sourdes colères pa^raissait pour aller accomplir un acte qui une abominable prode deux cultes fanation.

Des délibérations des manifestations semblables avaient eu heu à Uzès et en Alsace. Le parti cathohque avait choisi il le plus mauvais ter- rain pour planter son drapeau. d'Uzès et de Montauban montrèrent autant de fureur le contre ceux qui avaient aboli un odieux privilège que peuple de Paris en avait montré contre ses soutiens. C'était le en la plus profondément lutte le sentiment de les fautes Il mal débuter dans une où de ses se pré- adversaires devaient bientôt lui donner tant d'avantages. tue! sur passage des protestants.d28 TROUBLES PANS LE MIDI ET EN ALSACE. 20 avrils il y eut une assemblée nombreuse dans Ils l'église des Pénitents blancs à Nîmes. le comme premier rôle appartient à la violence et la liberté sort meurtrie du choc de ces forces aveugles et brutales. parait à défendre les droits de la conscience en les effaçât demandant qu'on la dans la constitution du pays. armés de dans une tion qui présageait les plus graves et événements. on se prépara sous l'excitation du clergé à envoyer à Paris d'ardentes réclamations en faveur de l'unité religieuse. le semblée nationale eut refusé de proclamer catholicisme et comme la religion d'"Etat. entretenaient hommes à la ville cocarde agita- blanche. Dès que parvint dans le Midi la nouvelle du rejet le de la motion de Dom Gerle et des protestations auxquelles vote de l'Assemblée avait donné lieu. ce qui blessait justice. manière le dée et suivie d'une grande effervescence de le population qui : traduisait à sa principe de l'unité religieuse en criant Tue. Les masses ignorantes dévotes de Nîmes. décidèrent unanimement de demander au la religion roi et à l'Assemblée nationale que la religion catho- lique. D'une part de Tautre. Des fusils. Le parti catholique avait en outre le tort grave de . revendiquait ce qu'il y avait la religion de plus regrettable dans l'ancienne organisation de France. la De pareilles mesures ne se prennent pas pacifiquement cette délibération avait été précéla dans une ville comme Nîmes. les juifs dans cette dernière contrée avaient été maltraités. Le mardi. apostolique et romaine fût déclarée par de l'Etat et jouît seule un décret solennel des honneurs du culte public hiérarchie ecclésiastique fût sans qu'aucun changement dans toléré. singulière contradiction qui ne doit étonner que ceux qui ne connaissent pas mobile nature humaine.

et de 9 . servaient de levier au parti de l'ancien régime elles pour soulever émigrés. moteur de ces troubles et l'agent des princes «On le ne peut étouffer une forte passion que par une passion plus forte encore et par conséquent délire républicain ^ le zèle religieux peut seul étouffer » La lutte éclata à l'occasion des élections municipales. malgré un discours de Malouet qui essaya d'invole quer en leur faveur Mais il droit de réunion et de discussion. L'Assemblée nationale réclama des pourdes troubles à Nîmes et suites contre les fauteurs manda à sa barre les principaux signataires de la pétition des catholiques de cette ville. 129 réclamer ouvertement le plein rétablissement de l'autorité royale.AGITATION A NÎMES. Ce fâcheux mélange de sait la politique et de la religion affaiblissa résistance d'avance la portée de aux empiétements du pouvoir civil. Les susceptibihtés religieuses n'étaient pas seules en jeu. réussit à com- poser la municipalité de ses adhérents. les masses. On ne pouvait attendre cette haute justice qui eût été le comble de l'habileté d'une assemblée d'où émanait la constitution civile si du clergé. C'est ce qui ressort avec évidence de ce le vrai mot de Froment. c'était s'assurer l'im- punité pour ses menées il factieuses. Le table parti catholique de Nîmes. fermement décidé à empêcher l'élection des protestants. Sa fureur ne connut plus de bornes quand apprit au mois d'avril l'honneur décerné à nationale. Ce qu'on apprit de ce projet les catholiques le légitimement repoussé par à aggraver l'agitation ne contribua pas peu dans Midi. la religion Froment. 1815. : Rabaud par l'Assemblée portait Un placard fut aftiché qui ces mots injurieux « L'infâme Assemblée nationale 1. bénéfice une raison bien supérieure pour placer au du régime nouveau des hommes qui s'étaient montrés eût fallu ses mortels ennemis. toujours et fidèle à la cause détesl'égalité de la religion d'Etat ne voulant pas admettre était Il devant la loi de toutes les opinions religieuses. elle prit à Nîmes dans le cours du mois de juin tous les caractères d'une guerre civile. Précis de mes opérations pow^ la défense de la royauté pendant le cours de la Révolution.

p. provocation partit des premiers. qui se jettent sur les sur la place de l'Esplanade. excitaient particulièrement Tanimosité des fanatiques. départementales sion la Le décret qui confiait aux administrations clergé hâta Texplo- gestion des biens du du fanatisme. tout rompre et livrer la ville aux plus forts. Une vraie ligue s'était organisée. protestants étaient désignés dans ces libelles comme des pères ingrates que l'engourdissement met seul hors d'état de nuire. La lutte éclata la le 13 juin entre les huppes rouges dragons. les dragons de la rangs dé garde civique signalés par leur pa- triotisme.130 vient de mettre le MASSACRES A NÎMES. étaient distribués à profusion. des pamphlets incendiaires représentant la religion crite et le roi comme prosLes vi- comme captif. mais la plupart des campagnes descendirent sur de faux défendre paysans retournèrent dans leurs foyers dès qu'ils eurent compris qu'on voulait leur les faire la contre-révolution. . comble à » ses forfaits en élisant pour la prési- dence un protestant. huppes rouges. Ils eussent probablement repris le chemin les de leurs montagnes eût mitraillés comme ils paysans catholiques était si on ne les du couvent des capucins. Histoire des Protestants. Elles s'appelaient elles-mêmes les compagnies de la Croix et s'étaient formées en opposition à les la la garde nationale recrutée indifféremment dans tous population. des compa- gnies de volontaires avaient arboré la cocarde blanche bientôt remplacée par des huppes rouges. justement indignés. ils dans journée. elles ne revivent que pour donner et les les la mort*.' campagnes le sang protes-i L'impartiale histoire doit reconnaître qu< 1. 56. trouva bon d'interrompre des parlers de paix par une fusillade qui était une trahison. posté au château. Furieux. réchauffées par les bienfaits. mais exaspérés par rent mis à tant coula la colère. les églises s'ouvraient à des réunions nocturnes. De Félice. On multipliait les repas et les dis- cours véhéments. Tous les moyens étaient employéspour échauffer des passions déjà suffisamment surexcitées. Cependant arrivèrent protestants des environs la s'étaient alarmés. Plus de trois cents catholiques fules mort tandis que dans à flots. Le lendemain bruits. Fropour-» C'était ment.

ÉMEUTE A MONTA UBAN.
les

131
l'effet

malheurs

survenus à Nîmes

furent

naturel

d'un

abominable complot digne du temps des Guise. Le parti qui
provoqua
les

lamentables événements de juin ne défendait pas
qu'il

les libertés

de TEglise mais ce

y

avait

de plus odieux

dans ses privilèges et de plus insensé dans
fanatisme.

les prétentions

du

Des

faits

analogues s'étaient passés
la

le

mois précédent à Mon-

tauban. Les officiers de

municipalité n'avaient

pu opérer
le

la

vente des couvents supprimés qu'à travers les plus grands périls,
et avaient

traverser

une foule rendue furieuse par

mande-

ment deTévêque ; sur le seuil des femmes gémissantes se tenaient
à

genoux
été

comme pour
envahi;
;

défendre

le sanctuaire.

L'hôtel-de-ville

avait

six dragons,

dont cinq protestants, avaient
traînés à la cathédrale le

été massacrés

d'autres avaient été
faire

cierge en
la

main pour

amende honorable.
était partie
le

A

ces nouvelles

garde nationale de Bordeaux
la

spontanément pour
dans
les

venger

Révolution, mais déjà

calme

s'était rétabli

rues sinon dans les esprits. Toutes ces nouvelles arrivant coup
sur

coup à l'Assemblée motivaient des mesures sévères, mais

surtout la poussaient en l'exaspérant à traiter l'Eglise en en-

nemie*.

Ces agitations de rue étaient infiniment moins graves que
résistance qui s'organisait sous les auspices

la

du haut

clergé sur

toute la surface

du

pays. 11 ne se pouvait pas

que du fond des

évêchés et des presbytères ne s'élevât une énergique protestation

en faveur de l'indépendance de l'EgHse. Malheureusement

sous ce
droits

nom on

n'entendait pas seulement
la

le

maintien de ses

mais encore

sanction de ses privilèges, et des passions

follement

réactionnaires compromettaient
était juste.

une cause qui en
les

elle-même

Nous retrouverons sans cesse dans
tuneste mélange
l'Eglise et

mandements

épiscopaux ce
libertés

d'un

attache-

ment sincère aux

de

d'une haine absurde

1.

Voir sur ces troubles

le

Moniteur,

et les

volumes
le

parlementaire de Bûchez et Roux;
la Révolulion, de

comme

aussi

V et VI de V Histoire volume IV de V Histoire de
Michelet et
le

Louis Blanc,

le

volume

V

de celle de

volume

II

des Mémoires de Matthieu Dumas.

132
de
la

RÔLE DE LA PAPAUTÉ.
liberté

politique.

Ce seront surtout

les

communica-

tions

de

la

cour de

Rome

qui nous présenteront cette contra-

diction.

La résistance ne
de plus en plus
dèrent.
Il

fut

décidément organisée qu'après

le décret

qui imposa le serment politique au clergé, mais elle se prononça
et tendit à se discipliner dès les

mois qui précé-

faut distinguer pendant cette période les actes publics

des correspondances secrètes. Ce qui se prépare est infiniment plus grave que ce qui s'accomplit. Les
testations bruyantes ont
lettres

mandements

et les proles

beaucoup moins d'importance que
soit

émanées de Rome
pour stimuler
le

pour

agir sur l'esprit irrésolu du

roi, soit
le

courage des opposants du clergé. Dès

mois de mars de

celte

année 1790
la

le

pape prend une attitude
;

ouvertement hostile vis-à-vis de
pas de blâmer
les

Révolution

il

ne se contente
il

mesures qui portent atteinte à

ses droits;

en-

veloppe dans
les plus justes

la
*.

même
Dès
le

condamnation toutes
7 mars d790, dans
et

les

réformes,

même
il

un

consistoire secret

avait tenu

un langage dolent
cette antique

amer

sur tout ce qui s'était passé
Il

en France depuis l'ouverture des
dire

états généraux.

n'hésitait pas à

que

monarchie frappée par
^.

ses propres enles

fants touchait à sa

ruine

Après des plaintes fondées sur
le saint-père n'hésitait

empiétements du pouvoir politique,
à

pas

condamner sans détour l'Assemblée nationale pour avoir
Il

décrété la liberté de conscience.

s'indignait

de ce que

les

non

catholiques eussent été déclarés aptes à posséder toute espèce de

charge municipale,
traitée
était

civile

ou

militaire

^.

La

liberté politique était

de vain fantôme

et la limitation

apportée au pouvoir royal

représentée

comme une
le roi très

indigne violence qui devait emchrétien de venger les droits de

pêcher désormais

du pape avec la Révolution française 1° les Brefs de N. S.-P. Pie VI , depuis 1790 jusqu'à 1796. 2 volumes. Rome, 1796. '^''Documents inédits relatifs aux affaires religieuses de la France, 1790 à 1800, publiés par B.-P. Theiner, Paris, 1857. Firmin Didot.
1.

Voir sur

les rapports

:

et Instructions

2. «
3.

Ad perniciem
munera.

redacta

est. »

« Habiles facti sunt

acatholici

ad omnia gerenda municipalia,

civilia,

militaria

» [Brefs^ p. 4.)

^^Çgnse. On

sait

ce que ces mots signifiaient dans le langage delà

chancellerie romaine. Ainsi ce sont les principes les plus élé-

mentaires de

la société

moderne que
c'est

le

pape maudit expressé-

ment; ce

qu'il regrette,
Il
il

Tancien régime avec ses abus les

plus odieux.

associe à la cause

du despotisme

celle des libertés

de l'Eglise et

montre clairement que les droits du clergé sont

seuls sacrés à ses yeux. Cela ôte toute valeur à ses réclamations

contre les décrets de l'Assemblée qui ont porté atteinte à la

conscience religieuse, car ce qu'il voudrait voir rétabli est cent
fois pire

que ce

qu'il

combat. Entre

le

régime del'Edit de Nantes

et la constitution civile
sible.

du

clergé nulle comparaison n'est poslutte la

Dès

le

premier jour de

papauté oubliant ses
la

réserves
n'a

prudentes prend parti contre
la liberté
la

France nouvelle et

pour

que des anathèmes.

Il

ne faut pas oublier à la

décharge de

Révolution cette attitude du chef du catholicisme
la

devenu

le

chef de

réaction politique. Derrière l'Eglise l'As-

semblée nationale voyait sans cesse l'ancien régime. Cela ne
suffit

pas pour justifier ses injustices, car la grande politique

consiste à ne pas se laisser entraîner hors de sa voie par les
fautes

de ses adversaires.
voir par la correspondance intime

On peut
bien
lui

du Vatican com-

le saint-siége s'était

écarté de la politique de neutralité qui

convient seule en face des changeantes fortunes d'un pays en

révolution. L'année suivante,

on crut quelques jours à Rome
de
la joie la

que
Sa

le roi avait réussi

à s'échapper; le pape lui écrivit aussitôt.

lettre respire l'exaltation

plus vive non-seuleville

ment de ce

qu'il a

pu

sortir

de cette abominable

de Paris
pourra
ressaisir

pour rejoindre l'émigration, mais encore de ce
bientôt rentrer en vainqueur dans son

qu'il

royaume pour y
lois

son ancien pouvoir, restaurer les anciennes
la résistance

et briser ainsi

de son peuple ^ Les

mêmes vœux
lettres

sont exprimés

au comte de Provence. Sans doute ces

comme

le

dis-

cours du pape au consistoire du 9 mars 1790 ne devaient rece-

1.

«Receptamate pristinam potestatemtuam, redactas leges,juraqueomnia

restituta. » (Theiner, p. 100.)

134
voir

LETTRE DE LOUIS XVI AU PAPE.

aucune

publicité, mais qu'est-ce qui est jamais entièrement

secret dans le

monde
le

politique?

On

savait très bien à Paris ce

qu'on pensait et
s'engageait
l'Etat.

disait à

Rome.

C'était

une guerre mortelle qui
l'Eglise et

pour

plus grand

dommage de

de

Dans
civile

l'intervalle

qui s'écoula entre le vote de la constitution
les lettres

du clergé

et la sanction royale,

du pape

à

Louis

XVI et au

clergé de France sont nombreuses et pressantes.
le

Le moment de lancer

bref qui partagera en deux l'Eglise gal-

licane n'est pas encore

venu

,

il

faut

que

l'on soit auparavant

assuré de l'appui d'une fraction importante du clergé et l'on tra*
vaille à

Rome à réchauffer le zèle de

ses

membres

les plus influents

tout en cherchant à agir fortement sur la conscience

du

roi

pour

qu'il refuse sa sanction au décret de l'Assemblée. Non-seulement
le saint-père

s'adresse directement à lui par des lettres énergile

ques parfaitement calculées pour jeter
vacillant et timoré

trouble dans son esprit

% mais il invite les archevêques de Vienne et de Bordeaux, membres de son conseil, à peser sur sa détermination.
Il

est certain

que Louis XVI, à

cette

époque, désirait
civile

vivement que

le saint-père autorisât la constitution

du
il

clergé afin de sanctionner, sans scrupule,
sentait bien qu'il

un décret auquel

ne pourrait pas longtemps opposer son veto,

car la pression de l'opinion publique devenait irrésistible. Le 28
juillet
il

écrit

au pape une

lettre

presque suppliante
il

:

«

Votre

Sainteté, dit-il, sent

mieux que personne combien
qui unissent
la

importe de

conserver les

nœuds

France au

saint-siége. Elle

ne mettra pas en doute que
gion, dans
la situation

l'intérêt le plus puissant

de

la reli-

présente des affaires, ne soit de prévenir
cardinal de
était

une

division funeste

^ Le

Remis, ambassadeur de

France auprès du saint-siége

chargé de présenter un mé-

moire à l'appui de cette requête. Le cardinal, dans ce document
écrit

en

italien et

accompagné d'une note

confidentielle, expose

la gravité des périls qui entourent le roi

de France^ placé entre

1.

Brefdu 10 juillet 1780.
Theiner,
I, p.

2.

264.

PAPE REFUSE SA SANCTION A LA CONSTITUTION CIVILE.
iple

135

soulevé et une Assemblée qui ne s'appartient plus à
elle subit

elle-même tant

Tinfluence des agitations

du dehors.

Il

supplie le saint-père de donner au

moins une sanction provisoire

qui remette les décisions définitives à des temps plus calmes

mais qui ne prolonge pas une situation intolérable et dangereuse

pour
à la

le roi,

car

si

de prudentes lenteurs ont réussi bien souvent
elles

cour de

Rome,

ne feraient maintenant que répandre

la

plus terrible exaspération en France et nul n'en peut prévoir les

conséquences ^ Le cardinal de Bernis ne dissimule pas

l'indi-

gnation que lui inspirent tant d'attentats contre les droits de
l'Eglise,

mais

il

n'en est pas moins convaincu qu'il faut leur
éviter

donner raison en apparence pour

de plus grands malheurs.
la

Le pape dans sa réponse se borne à annoncer

convocation

d'une congrégation pour examiner les propositions du cardinal

de Bernis, mais déjà
possible parce
relle

il

fait

entendre qu'aucune concession n'est
la

que

les

bornes qui séparent

puissance tempo-

et la puissance spirituelle n'ont
le roi a-t-il

pas été maintenues.

A

peine

sanctionné

le

décret que le pape lui envoie de

Rome une protestation énergique
tout

qui met

le

comble à

sa douleur,
et

en

faisant pressentir le bref qui tranchera la question

constituera le schisme en France. L'Assemblée nationale avait été
très irritée des retards

de

la

réponse pontificale. Elle savait qu'une
elle

formidable opposition s'organisait contre

et elle

en

était

comme
moins

aiguillonnée dans sa précipitation souvent imprudente.
les

La correspondance du pape avec
active.

évêques n'était pas

A

tous

la

résistance est

recommandée ; aux plus
Léon, on ajoute
le

bouillants

comme

à l'évêque de Saint-Pol de

conseil de la prudence, mais à la condition de ne point pactiser

avec les intrus. L'archevêque de Sens, disposé à se ranger à
la

nouvelle

constitution, est sévèrement

gourmande; on

lui

rappelle qu'il faut tout supporter plutôt

que de céder. L'évêque
de Laval,

de Toulon

est

approuvé dans sa véhémente indignation. L'abbé
d'être élu au siège
avili;

Thoumin-Devonspons, qui venait
est

encouragé à repousser un épiscopat

on

le

presse de faire

1.

Theiner,

1, p.

267.

130

PROTESTATION DES ÉVÊQUES DE l'aSSEMBLÉE.

connaître publiquement son refus*.

La direction du mouveprépare pour
l'activer

ment

de résistance est à
4

Rome

et tout se

encore.
Plusieurs actes publics,

émanés du haut

clergé, agirent for-

tement sur Topinion pendant cette période d'attente. Le plus important fut V Exposition des principes sur la constitution du clergé

par
les

les

évêques députés à V Assemblée nationale"^.
la

On y retrouve tous
avec un

arguments présentés à

tribune de TAssemblée,

grand luxe de

citations savantes.

Le ton en

est

digne et modéré;

rincompétence du pouvoir politique pour réorganiser TEglise
de France
insistent
cret.

est établie avec force

et

éloquence;

les

évêques

sur chacune des graves innovations

du nouveau déle

L'archevêque d'Arles, qui rédigea cet exposé, eut

bon

esprit

de n'y point insérer de récriminations
la liberté politique et

contre
la

l'éta-

bhssement de
l'ancien

de ne pas mêler

cause de

régime à

celle

de l'indépendance de l'Eglise.

On ne peut

que souscrire à des paroles
vile

comme celles-ci

:

« Si la la

puissance ci-

veut faire des changements dans Tordre de

rehgion, sans le

concours de
pas.

l'Eglise, elle contredit les principes et
le

ne

les détruit

Nous voulons connaître
la

vœu de l'Eglise

afin

de rétablir un

accord nécessaire entre

puissance

civile et la

puissance ecclé-

siastique et de maintenir par leur union le repos des consciences
et la tranquiUité publique.
Il

faut

que

l'Eglise soit représentée

comme

la

nation.

On ne peut
la

pas confondre l'exercice du pou-

voir des citoyens avec l'expression de la croyance des fidèles.

Nous avons proposé

convocation d'un concile national.
la discipline

Il

semble qu'on raisonne sur

de

l'Eglise

comme

sur la

police des Etats. Ce n'est point selon les intérêts politiques et les

différences locales qu'on peut changer les principes d'une reli-

gion dont les
la

dogmes sont les objets d'une
le

foi

surnaturelle et dont

morale est universelle. » Les évêques concluaient en disant que,
schisme,
ils

désireux d'éviter
leurs principes et

ne pouvaient

le

transporter dans

que leur devoir

était d'attendre

avec confiance

1. Brefs

de Pie VI,

t.

1.

2. Collection ecclésiastique,

par l'abbé Barruel, p. 151. Paris, 1792.

I

MANDEMENTS INCENDIAIRES.
la

137

réponse du successeur de saint Pierre. Cet exposé de principes,

après avoir été signé par les évêques et le plus grand

nombre des

curés siégeant à TAssemblée, reçut Tadhésion de 104 évêques
français,

de 7 évêques étrangers qui avaient des enclaves en
d'un nombre considérable de curés.
Il

France
de
vifs

et

donna

lieu à

débats dans la presse.
fait

Les évêques eussent bien

de s'en tenir à ce manifeste écrit

avec autant d'habileté que de modération; mais chacun d'eux
suivait

son impulsion et jles mandements irritants se multiplièrent.
se contentèrent pas

Beaucoup d'entre eux ne
tèrent de violents

de reproduire
ils

l'ar-

gumentation de V Exposé avec des formes plus vives ;

y ajou-

anathèmes contre

la
ils

Révolution, oubliant ainsi

qu'en sortant du domaine religieux

perdaient le droit de re-

procher à

l'Etat d'y faire irruption. les

De

part et d'autre, la ligne de
était effacée

démarcation entre
sions

deux puissances

par

les pas-

du moment.

C'est ainsi

que l'évêque de Toulon, dans un
le

avertissement aux fidèles de son diocèse, publié

1"
«

juillet

1790, après une protestation motivée contre la constitution civile

du clergé

se permettait
disait -il,

un langage tout
la

à

fait

factieux

:

Hélas

!

mes
faites

frères,

malheureuse expérience

que vous
la

de l'indépendance que l'on vous a prêchée, de

sou-

veraineté

que

l'on

vous a attribuée, et dont on vous a
salutaire

flatté,

devrait bien

opérer un retour

sur

vous-mêmes

et

vous prosterner aux pieds du monarque vertueux et bienfaisant qui
torité

nous gouverne, pour

le

conjurer de reprendre
le

l'au-

dont vous n'avez jamais pu avoir
Il

droit de le

dé-

pouiller.

est

bon, vous

le

savez, et vous gouvernera en

père. »
d'Etat.

On ne

pouvait réclamer plus onctueusement un coup
était

La Révolution

peinte sous les couleurs les plus vives
il

comme un long crime

dont

fallait

implorer

le

pardon.

« Qu'est-

ce donc, s'écriait l'évêque,

que

cette régénération qui vous a été

solennellement promise?
jouir, je

Au Heu du bonheur

dont vous désirez
et anarchie
*.

ne vois partout que confusion, désordres

»

L'archevêque de Vienne, mieux inspiré dans d'autres circons-

\

.

Voir la collection Barruel,

I, p.

539.

^38

MANDEMENTS INCENDIAIRES.

tances , se plaignait

amèrement de ce que les brebis du troupeau,
servitude par le sceptre

au lieu de suivre docilement leurs pasteurs, se fussent mises à
les

conduire.

Un troupeau, tenu en
du prêtre,
le dire

du roi

et la houlette

c'est

bien ce que devait être la nation aux
il

yeux de ce trop sincère apologiste de l'ancien régime, mais
avait le tort
testait

de

tout haut à la France émancipée.
la liberté

Il

pro-

également par voie indirecte contre
de
la presse *; ces

de conscience

et la liberté

imprudences devaient être bientôt
la

payées bien cher. La proclamation et
constitution civile
tales

mise à exécution de

la

du

clergé par les administrations départemen-

donnèrent lieu à des protestations plus efficaces parce

qu'elles aboutissaient à

une résistance véritable contre les décrets
le siège avait été

de l'Assemblée. L'évêque de Senez, dont primé, adressa ,
le

sup-

8 novembre

,

aux maires

et

aux conseillers

municipaux qui avaient
l'église cathédrale,

affiché le décret à la

grande porte de

les plus vives réclamations.
:

On y

lisait

des

paroles
nisée,
si

comme
,

celles-ci

« Si telle est la Révolution tant précoil

semblable à ce roi superbe dont
elle foule

est parlé

dans

le

proet

phète Daniel
croit pouvoir
blis,

aux pieds

les saints

du Très-Haut,
le

changer

les

temps

et les lois

que

Seigneur a étapas cessé

vous saurez, messieurs > que
Israël, et

les oracles n'ont

dans

qu'un évêque ne tourne pas à tout vent de doc-

trine. »

L'évêque de Léon ne s'exprimait pas en termes moins énergi-

ques en réponse aux administrateurs de son
désigné

district

qui l'avaient

comme

l'ancien

évêque de Léon

:

«

En

vain l'Assemblée

nationale, disait-il, portera des décrets, en vain ses agents en

presseront l'exécution; quand l'homme ordonne ce que Dieu

défend, c'est à Dieu seul qu'il faut obéir.

»

L'archevêque d'Auch
le

répondait au procureur syndic du département du Gers qui
pressait de se

conformer à

la constitution civile

du
:

clergé

:

«

Je

répéterai sans cesse ces paroles de Jean» Baptiste

Non

licet I »

Une

voix plus touchante et plus émouvante se

fit

entendre;

elle
:

venait d'au delà

du tombeau

et

comme

des bords de

l'éternité

1.

Page 474

MANDEMENTS INCENDIAIRES.
c'était celle

439
sa

de l'évéque de Quimper qui, prévoyant

fm pro-

chaine, avait d'avance protesté contre Télection d'un successeur

soumis aux nouveaux décrets.
s'y

Il

déclarait

que

l'ecclésiastique qui

soumettrait ne serait qu'un intrus, et que d'ailleurs la consti-

tution civile

du

clergé n'était qu'un coupable attentat contre

l'éternelle vérité

du christianisme. La

résistance

au prix des plus

grands sacrifices lui paraissait un devoir impérieux. Cette pièce

posthume
un grand
et

était destinée, effet

par son exagération

même,

à produire

dans une province déjà très disposée au fanatisme

les insinuations

de l'évéque défunt contre

le tolérantisme

en faveur des juifs et des protestants devaient n'être que trop
bien accueillies. Les évêques de Soissons et de Clermont adressèrent des lettres aussi fermes mais plus
sions prêt

modérées d'expres-

aux autorités départementales
à

;

le

premier déclarait être
par
le

souscrire

aux décrets

s'ils

étaient approuvés
prit sur le
le

saint-père.

L'évéque de Verdun

le

ton d'un pro-

phète.

« L'impiété, s'écrie-t-il,

a enfin levé

masque,

elle

marche

tête levée

;

elle n'aspire plus qu'à s'asseoir sur les débris

des temples et des autels qu'elle aura renversés. Tout est con-

sommé.
De

»

A

Nantes,, à

Lyon, à Tréguier,

les résistances furent

aussi vives.
telles paroles

ne circulaient pas dans un pays déjà profon-

dément

agité sans y

amener de nouveaux

troubles.

Des émeutes

le

éclatèrent à Strasbourg, dans le Pas-de-Calais et à Uzès

l'on

ne parlait de rien moins que de Venger sur les protestants

sang

catholique répandu à Nîmes. Les résistances des évêques et des
chapitres se renouvelaient

chaque jour.

A

Lyon, à Nantes, à

Lisieux, à Vannes, l'administration rencontrait des refus obstinés

comme

à Clermont et à Quimper. C'est dans ces circonstances
la

que, dans

séance du 29 novembre, Voydel présenta à l'Asfaits étaient

semblée un rapport étendu où tous ces
détail et

racontés avec

groupés avec

art.

Il

le

terminait par ces mots qui indiétait

quaient suffisamment que
« Ministres

le

temps des concessions

passé

;

de

la religion,

cessez de vous envelopper de pré-

textes;

avouez votre faiblesse, vous regrettez votre antique opu-

lence, vous regrettez ces prérogatives, ces

marques de

distinc-

il la loi et obéissance aux autorités fallait prendre l'engagement de mainte- nir de tout son pouvoir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi. la La discussion qui s'engagea sur songeait pas plus que proposition de Voydel montra clairement au devant de quels périls on marchait. le peuple de votre résistance. L'As- mieux faite pour porter à son comble semblée eût été dans son droit en demandant au clergé un ser- ment général quement de à la loi et au roi . « Dans le cas où les évêques et les curés manqueraient à leur serment. et on se souciait peu d'écraser avec lui la liberté avait voulu fonder. sous peine de destitution des divers offices ecclésiastiques.140 PROPOSITION d'astreindre les prêtres au serment. ils seraient non-seulement privés de leurs traitements ou pensions.. et la participation de plusieurs de ses hauts dignitaires à des moujustifiait si vements insurrectionnels mais tieux. écraser son en- nemi. » Nulle mesure n'était plus impolitique et l'agitation religieuse. c'était jeter un défi à des convictions respectables et entrer dans une voie au bout de laquelle était la dictature et la proscription. tant les passions déchaînées sont plus fortes que les principes. fait Songez que est la Révolution a de nous des hommes. mais on n'y si l'on eût été dans l'ardeur et la fumée qu'on d'une bataille. r . loi Le décret que je vais présenter est » Cette moins une sévère qu'une consistait à . c'est-à-dire sur la constitubles- tion civile sait du une mesure qui la résistance profondément conscience c'était d'un nombre considérable de prêtres honorables. c'était provoquer un schisme qui devait ajouter aux divisions politiques des dissentiments religieux les plus graves. mais encore déchus des droits de citoyen français. cette exigence découlait logi- la position qu'elle lui avait faite en le salariant. Il en temps encore. irrité par une prompte soumission. il mesure d'indulgence. mesure d'indulgence soumettre au serment tous les titulaires ecclésiastiques s'agissait ne pas seulement de jurer fidélité à civiles. les fac- fallait s'en tenir là on atteindre la Faire porter le serment directement sur clergé. tien et de prétendue prééminence. il amplement un voulait pareil décret. On n'avait plus qu'un seul désir.. transformer en un devoir sacré. désarmez.

en obtenant l'ajour- nement. le au fond. peut-être avait-il compris qu'elle portait atteinte à cette liberté de conscience qu'il avait était. pour ce qui concernait ses libertés. mais. capable des plus grandes inconséquences. se trompait rarement sur les principes du droit public et les conditions de il la liberté. Hi Le débat au fut ouvert par la droite. le rôle de modérateur et de lui défenseur du droit devenait impossible. la de l'Eglise. car. et il frappait plus fort que ceux-là même dont il eut dû il tempérer les violences. Dès le discussion prit une animation extraordinaire. Il se jetait dans la mêlée. le jetaient hors de lui. C'est ainsi. Mais Mirabeau. Cazalès put à peine formuler. que dans cette discussion. Il eut cependant le temps de déclarer que l'Eglise se résignait à la perte de ses biens. en caractère essentiellement indis'en convaincre enlisant l'a- comme on peut dresse qu'il proposa à l'Assemblée quelques mois plus tard pour calmer était les esprits. et quand la gauche tribunes applaudissaient Barnave. diate La gauche poussait à une conclusion imméle droit précisément pour ne pas reconnaître début. obéissait à de soudaines colères qui Les menées et les l'entraînaient à des écarts déplorables. dans l'atmosphère brûlante de l'Assemblée. ou plutôt pour réfuter ï Exposition de prin- cipes des évêques siégeant à l'Assemblée qui venait de paraître. mais que. livré à lui-même il et à la réflexion. Elle opposition avec ses principes sur viduel de la religion. la droite réservait les droits de la papauté dont elle at- tendait la réponse. l'évêque de Clermont renouvela à bune une de ces protestations attristées et solennelles la triil avait coutume de se faire l'organe aux acclamations de son parti. elle ne pouvait fléchir et réclamait un concile. Il qu'il sacrifiait trop souvent à sa passion de la discussion avait gardé le silence pendant de la constitution civile du clergé . au milieu des murmures. dont la de- mande d'ajournement. une de ses harangues les plus éloquentes mais dépourvue de son grand sens politique popularité. muret mures de les la droite. comme les natures passionnées. Mirabeau prononça lui pour répondre. C'est le une demande d'ajournement présentée sur ce point qu'il devait se concentrer nom de bien plus que sur projet lui-même. . si ad- mirablement défendue l'année précédente.FOUGUEUSE HARANGUE DE MIRABEAU.

les Rousseau est Le ton de son discours. Son exorde toutes parts. régler sans exciter nulle sensation ces limites et ces démarcations qui ne signifiaient plus que le partage des soins apostoliques. » C'est la religion. «N'étant ni reçue par l'Etat. les véhément : « Tandis que de ennemis de la liberté publique nous accusent d'avoir juré la perte de la religion. fut rappelé à la modération par Pétion. par leurs résistances. Alors ces ouvriers austères et infatigables ne connaissaient d'autre source de leur frugale subsistance que les aumônes de ceux qui . disciples de et dépassa du premier les plus exa- coup.142 FOUGUEUSE HARANGUE DE MIRABEAU. je me lève en ce mo- ment pour vous conjurer. à attaquer le fond cette divine religion. la pensée mère de son discours. pouvait. sa régénération. ni entretenue sur ses fonds. est à la fois habile et dit-il. et qui ne chancelle jamais que sous les coups dont l'orgueil et le fanatisme des prêtres l'ont trop souvent outragée. de soutenir de toute la force dont la nation vous a revêtus. semble intéresser la piété des peuples à la dispersion des législateurs Ils de qui la France attendait veulent charger Ils la religion du soin de vous ils punir et de les venger. « afin même de que votre chute dans l'impiété vous et imprime un caractère odieux. voudraient pousser l'Assemblée. s'écrouler sur elle pourvu qu'en tombant Mirabeau enveloppe dans ses ruines vos lois et la liberté. » faisait réfutait tout d'a- bord l'objection que l'on aux nouvelles juridictions épisco- pales en se fondant sur l'indépendance de l'Eglise dans ses pre- miers âges. fait d'arbitraire. Ils sont résolus à lui faire courir la voir tous les hasards de ce choc terrible. en gérés. qui parfois déclamatoire à Fexcès. du sein des cavernes où il avait construit ses sanctuaires. mais ils en ont fait le sacrifice. cette religion mena- cée par ses propres ministres. quelle merveille que les empereurs païens aient laissé cette institution se régir dans son indivisibilité^ suivant des maximes qui ne pouvaient pas avoir d'effets publics? Le sacerdoce entièrement détaché du régime social et dans son état de nullité politique. et à ses antiques fondements. Les ennemis de la par leurs intrigues. savent à quels dangers l'exposent. indique qu'il était dans une sorte d'excitation fiévreuse. au nom de la patrie. compromettent ils cause qu'ils prétendent défendre.

L'Assemblée lui semble avoir assez religion pour la en lui accordant une large subvention si et des hommages elle extérieurs. de son discours où il Il se retrouva tout entier dans traita Il du nouveau mode magnifique d'élection pour les charges ecclésiastiques. » 11 du mépris public et flétris de l'empreinte de tous . et en leur de- mandant s'ils avaient bien le droit de s'indigner d'un mode fût di- d'élection qui à la épurerait l'épiscopat et : empêcherait « Je qu'il merci d'une intrigue de palais des dignités du sanctuaire ne veux point. que ne la laissait-on libre elle- même dans son domaine au lieu de prétendre le tort sur la la réglementer? Mirabeau eut question des juridictions de se lancer il dans des distinctions théologiques dans lesquelles fut facile à la partie Maury de l'embarrasser. » 143 employaient leur ministère. Comment ce grand esprit ne voyait-il pas. retracer cette iniquité publique et scandaleuse qui repousla sait loin portion saine et laborieuse ruisseler de l'ordre ecclésiastique. sait-il.r table? FOUGUEUSE HARANGUE DE MIRABEAU. fut et terrible ils en rappelant étaient trop aux prélats de cour par quelles voies honteuses souvent arrivés à leurs dignités ecclésiastiques. il n'était point nécessaire de revenir aux cata- combes. qui l'oisiveté et faisait dans le sein de de l'ignorance tous les trésors de la religion et des pauvres. et Mi- rabeau n'était préoccupé que du désir de briser des résistances fait qui l'irritaient. » S'il était vrai au peuple français que la liberté. au milieu des inextricables difficultés dans lesquelles se débattait la Révolution. suffisait de ne pas constituer un clergé fonctionnaire la et salarié. avec une admiles rable éloquence. que cette première condition lui. et qui couronnait de la tiare sacrée des fronts couverts les vices. comme la meilleure marque de respect envers dit-il. c'est ce ont choisi moment que nos évêques pour nous dénoncer comme violateurs des droits de la que la religion était aussi nécessaire religion. et enlever aux partis leur arme la plus redou- Pour il cela. du chrisla li- tianisme. Mais l'heure de calme réflexion était passée. si bien caraclérisée par pouvait seule assurer berté et la paix. tions et liberté où nous confessons à les siècles la face de toutes nala de tous que Dieu est aussi nécessaire que au peuple français. « C'est au moment. n'est pas la liberté.

serment pour ne pas accroître démesurément un clergé les ordinations fussent déjà trop nombreux. Ni la parole mesurée de l'abbé de Montesquieu. au lieu de chercher à diriger la Révolution par de sages instructions. S'il est vrai que vous i i . les menées du clergé qui. qui ne voulait admettre aucun pauté retard. Cependant. Mirabeau terminait son discours en dénonçant. que les pussent choisir leurs vicaires que dans un nombre d'ecclésiasti- ques déterminé par l'élection populaire.144 fallait VOTE DE l'assemblée. toutes Il suspendues passion jusqu'à nouvel ordre. réclamer quand les premières charges ecclésiastiques du étaient à la merci d'une favorite et disparaître. au travers de ces incartades provoquantes. disait-il. que nul prêtre ne pût le exercer le ministère de la confession sans avoir prêté civique. alors était le Il Les vrais intrus étaient ces est étrange de montrer tant d'indignation que le sacerdoce se purifie. Maury un avait présenté un argument sérieux : On vous le invite par seul acte. propositions Il concluait en renchérissant sur les Il du comité se ecclésiastique. On eût pu répondre que ce qui d'une réforme. avec une énergie pleine de colère. ni la fougue de Maury ne purent triomun hommage à la pa- pher de l'impatience de l'Assemblée. il voulait que les prônes et les mandements évêques et fussent soules curés mis à une surveillance sévère. la combattait ou- vertement ou secrètement. l'autorité de légispuissiez du magistrat. demandait que l'on pro- nonçât la déchéance de tout évêque qui se serait adressé et au saint-siége pour faire investir de son autorité. la au moins par Nous avons et trouvé excessif même par gauche extrême. de tout ecclésiastique qui aurait protesté contre la constitution civile du ne clergé. est triste de voir jusqu'où la du moment et la soif si d'une popularité qui baissait ont pu entraîner digne de comprendre dit qu'il fut la liberté ce grand esprit rintelligence. à exercer tout à la fois lateur et la puissance pouvoir de l'Eglise. mais en question ce cette n'était pas la nécessité mode de réforme imposée par une assemblée politique. et que. que Pétion combattit sa proposition et s'en tint à celle du comité ecclésiastique. parce et que tout délai était une renonciation a à son omnipotence. royaume non pas au moment où ces abus affreux vont prêtres courtisans.

en magistrats. et d'abattre dans la poudre ce pouvoir papal dont sa secte avait eu tant à souffrir. que trop tôt s'en conseil était salutaire. et précéda les mesures les plus violentes. on ne soupçonnerait pas que ce fût en France. concilier ses devoirs se vit réduit à Le roi. une grande impression quand rappela les paroles par lesquelles saint Augustin se déclare prêt à résigner ses charges ecclésiastiques pour la paix de l'Eglise. C'était pour lui la meilleure occasion de fouler aux pieds les prétentions de l'ultramontanisme. mais dans de Constantinople. prépara les plus grands orages. Aussi. L'Assemblée l'applaudit avec transport. bon de le faire des martyrs.PREMIER EFFET DU DÉCRET SUR LE SERMENT. Maury termina résisté il une apologie ampoulée des prêtres qui avaient crets par ce aux dén'est pas mot profond et vrai : Prenez-y garde. qu'il existe Ton de Paris. qui avait jusqu'alors espéré de souverain et sa conscience de catholique. le voté le samedi soir . selon l'on devait fameuse image de Montesquieu. paitis une de ces positions désespérées où tous les 40 . et quand il pressa les évêques opposants de suivre ce et grand exemple. dans le royaume une puissance assez pour être en même temps juge. la La statue de la Liberté était bien et décidément voilée. gré l'impuissant effort de Cazalès. la Révolution ne devait apercevoir. apprendre. L'ajournement demandé n'avait pas d'ennemis plus il implacable que le janséniste Camus. le sérail Sur la fm de son « discours. Le décret du 27 novembre produisit immédiatement une im- mense pendit agitation dans le pays. qu'on ne fonde pas le régime du droit par l'arbitraire. par de cruelles expériences. si U5 vous agissez disait à cent en pontifes. La presse révolutionnaire le sus- comme un glaive sur l'Eglise de France et se plut à en aiguiser encore le tranchant. et. mal- décret sur le serment fut fatale 27 novembre . car en l'écartant servait ses convictions les plus chères et ses passions les plus vives. supprimer de plein droit tout à la fois lieues forte les chaires épiscopales. » Même dans cette bouche provoquante. car elle consomma le divorce entre la France nouvelle et la rehgion. mais produisit en même il temps de vigueur. son discours fut-il comme un traité Il de théologie plein d'âpreté. date dans l'histoire de la Révolution. » pontife et législateur.

moment même. où la résistance semble aussi le décret. grande victime sacrifiée fut après tout la liberté d'attentats. impossible que les concessions. Il avilie et sup- primée par tant 4790. Le comme on le sait. Par fois te président de l'Assemblée lui apporta d'impérieuses sommations rendues plus les dures encore par discours qui les avaient précédées. d'Agoult. 32. p. Sanctionner c'était rompre avec Rome.4 46 PERPLEXITÉ DU ROI. le ferment des terribles émeutes qui éclatè-4 rent l'année suivante et aboutirent au 10 août et au jugement du! prince. La ruse est ressource des faibles et des indécis. Histoire parlementaire. veto. la force devait intervenir ^. il eut tort de tromper l'Assemblée. — Voir Bûchez et . c'était était braver la Révo- Le malheureux prince et la déposition. sur l'instigation da M. Louis et est certain que dès l'automne de XVI désespéra de se réconcilier avec la Révolution fuite 11 forma un premier projet de marquis de BouiUé. v. Ainsi ce fut la dictature les questions religieuses qui assumée par l'Assemblée dans la crise inaugura sanglante où la . Roux. tout en ébranlant de la manière plus grave l'édifice veto royal constitutionnel qu'elle élevait à ce fut. 2. il adressa une lettre au roi de Prusse dans laquelle réclamait ouvertement son secours contre truire les restes les factieux qui voulaient dé- de la monarchie ^ C'est alors que le roi entra bien involontairement dans cette voie de duplicité dont sa natures honnête l'eût détourné la si son caractère eût eu un^ trempe plus S'il ferme. évêque de Pamiers. le entra en pourparlei^ aveo qu'il prit la \\ et c'est au mois de novembre résolution de recourir aux armes étrangères. 17. à prendre sont également funestes. Camus déclara ouvertement qu'en face des résistances opiniâtres d'une partie du clergé. p. Voie les Mémoires de Louis de Bouille. user du droit de lution triomphante. Le 3 décembre. VIII. 172. on ne deux ni à ses réserves ni à ses promesses. Séance du jeudi 22 décembre 1790. On ne lui laissa point de trêve s'arrêta qu'il n'eût sanctionné le décret du 27 novembre. donc placé entre t'avait réduit à Texcommunication L'Assemblée la l'extrémité. ne faut pas oublier quil dans avait été réduit à la dernière extrémité et poursuivi jusque le dernier abri de sa conscience. C'était demander 1.

tant la haine donne ^. car elle provoquait scène pathétique où l'honneur serait tout entier pour le parti du haut clergé.. Quand le donnée dans une tant elle était lettre qui était comme son abdication morale.» «J'aimerais mieux être roi de France dans une telle position. Biichez et Roux. mais c'était aussi offrir ral le à ceux-ci l'occasion d'un grand triomphe moune en illustrant leur résistance. Le roi faisait allusion à ses projets si de personne alors ne les soupçonna. le L'Assemblée vota que son président se rendrait lendemain chez le roi pour lui signifier qu'elle ne se contentait pas de l'en- gagement qu'il avait pris de sanctionner plus tard délai le décret. L'Assemblée élevait elle-même piédestal de la contre-révolution. L'émeute à peine contenue grondait aux portes de semblée. p. 1. les tribunes publiques pliaient sous le trépignement des spectateurs qui jouaient un rôle trop actif dans le drame . finira bien- d'amertume rer roi tôt *. 170. que majorité de l'Assemblée prit des mesures pour qu'il fût immé- diatement exécuté. l'Assemblée que ce le conflit était terminé pour toujours. 175. 1-47 au roi d'inaugurer la persécution contre sa propre foi religieuse. ce n'est le seul Marat.IL SANCTIONNE LE DÉCRET. «i I6id. . Rien ne peut donner l'idée de l'animation extraordinaire de ces fameuses séances dont le retentissement fut le si terrible dans l'as- pays. elle les somma sans délai de venir prêter le serment à la tribune. Elle ne savait pas que même jour Louis : XVI avait laissé échapper ce mot plein de Metz que de demeumais cela fuite. qu'elle n'admettait pas même un et de trois jours qu'avait demandé un membre de l'Assemblée tement une acceptation pure et qu'il lui fallait immédiaroi l'eut simple. parfois de clairvoyance A la peine le décret du 27 novembre eut-il été sanctionné. C'était était montrer clairement que l'on en pleine guerre et que l'on cherchait uniquement à écraser et à humilier ses ennemis. Histoire parlementaire j VIII. p. Elle ne laissa aucune trêve aux ecclésiastiques qui faisaient partie de la députation nationale . put croire empreinte d'humilité.

ne changeait pas la nature des choses et que le l'explication d'un député ne saurait prévaloir sur vote forme d'une assemblée. mais L'évéque de Lydda eut beau ajouter qu'il était persuadé que l'Assemblée nationale ne voulait pas empiéter sur la juridiction la spirituefle . Grégoire ne fut pas plus heureux quand dani la séance du 4 janvier après les refus persistants il d'une partie considérable des députés du clergé. . essaya d'affaiblir la portée jugeait pas le du serment en affirmant que l'Assemblée ne simplement l'obéissance à la loi. mais l'attitude du haut clergé le n'en fut que plus ferme et plus décidée. gauche que l'indignation passionnée de pas Les paroles de modération n'étaient même entendues. Après les plus orageuses altercations arrêté tifs il fut que nul opposant n'aurait le droit de développer ses mo- à la tribune et qu'on prêterait le serment pur et simple. les violents la tribune une protestation modérée couvrirent sa voix « Il murmures qui lui donnèrent bien plus de portée que s'il eût pu l'achever. L'insertion de son discours au qu'une opinion individuelle. ardentes se croisaient et il les interpellations n^y avait d'égal aux la droite. L'évéque de Clermont répondit à cette sommation par cette parole : c( Je ne puis en conscience. à du chef de avis et l'Eglise. indigné des violences de la majorité. quelque respec- procès-verbal n'eut aucune influence sur les opposants qui pensaient avec raison table qu'elle fût. le On écartait de part et d'autre tout ce qui pouvait atténuer conflit. consciences et ne réclamait pas un assentiment intérieur. il ne persuada que ceux qui étaient déjà de son ne fut suivi que par quelques curés. » Des cris de fureur l'arrêtèrent. Dès 2 janvier l'évéque de Clermont avait apporté à dans sa forme. le Cependant jour sur un non possumus de et il la conscience violentée allait avoir un immense écho tel était plus facile de passer à l'ordre du incident au sein de TAssemblée que dans le pays. n'y a plus d'assemblée. » s'écria le député Foucault. il recueillit les applaudissements de gauche.U8 colères de la SCÈNE PATHÉTIQUE A i/aSSEMBLÉE. Grégoire n'avait voulu porter essaya de dissiper les scrupules que soulevait la constitution civile du clergé en affirmant atteinte que l'Assemblée la hiérarchie aucune Il au dogme. En vain dans la séance du 27 décembre 1790.

i49 Le le soir même l'évêque de Clermont publiait dans une brochure serment restrictif qu'il n'avait pu développer du lendemain. une la affiche placardée sur les murs de le au nom de municipalité et qui était censée reproduire décret du 30 noles ecclésias- vembre. » on entendit plusieurs voix s'écrier « Tant mieux Paris. la Au fond. serait forcée de destituer peut-être soixante ou quatre-vingts de : ses ! membres. étendait l'obligation du serment à tous tiques. mem- bres de l'Assemblée. sur l'observation de l'ora- que l'Assemblée. à la tribune. car passion populaire n'admettait point la distinction de Mirabeau et elle . prêtez votre serment. en agissant avec rigueur. simplement un faux. « La rehgion et l'honneur. le ajoute-t-il. le copiste ne s'était trompé que de date. » digue puissante contre Nulle despotisme de toutes digue ne pouvait plus arrêter s'en la révolution en fureur. avec ces lenteurs Barnave le Pour en accordé demanda que le délai par décret aux ecclésiastiques fonctionnaires publics. mais simplement déclarer le refus de serment incompatible avec telles fonctions. Le soir même. apercevoir quand. mettre d'ho- norables citoyens dar)S l'alternative d'être impies ou rebelles. et déclarait perturC'était bateurs tout du repos public tous ceux qui il le refuseraient. car c'était serment avant la réponse du pape. Cazalès ne put que retarder instants par vote de quelques un discours éloquent où les il se bornait à demander ré- que l'on ne hâtât pas à ce point clamer le mesures répressives. qu'ils fussent ou non fonctionnaires. qui rappela que l'Assemblée n'avait jamais pensé rendre ce serment obhgatoire en lui-même. ont toujours été une les espèces. il Violemment un « interpellé à la séance répondit par cette belle parole que devraient méditer tous ceux qui voient : attentat se aux mœurs publiques dans un refus de serment On reprochera toujours d'avoir infligé une peine à un qui a refusé de prêter le homme finir serment. Bailly expliqua ce fait par une erreur de copiste.SCÈNE PATHÉTIQUE A l'aSSEMBLÉE. On put teur. équivalant à que le refus de serment fût considéré comme le une démission. C'est lui dire » : Quoi que vous dise votre conscience. ne fût pas prorogé au delà et du lendemain. Quand fut dénoncé avec une juste indignation par Mirabeau.

Elle visait ouvertement à les mettre hors C'est le 4 janvier. mais est pas il n'en moins vrai que ce jour-là. mais on accepta sur-le-champ celle de Barnave de sonmier les la ecclésiastiques de TAssemblée de venir prêter le serment à de la tribune . L^'impatience qu'elle repoussa tout ce qui pouvait alla jus-* majorité était telle faciliter Texécution de ses propres décrets. ou grande permit aux représentants dans la loi. que commença la grande scène du refus de serment. Prêtez-vous le serment. entretenue par des libelles frénétiques. je sais qu'à la religion s'associaient la contre-révolution. et qu'elle qu'à refuser l'insertion au procès-verbal des explications le sur serment de Grégoire et de Mirabeau. oui ou non? B L'évêque s'exprima avec calme et douceur : k Vous avez . le on pouvait entendre dans fit grand silence plein d'attente et d'anxiété qui se vociférations de la dans l'As- semblée. de ses abus et de ses privilèges . l'appel nominal commença. Je sais que des passions politiques infiniment regrettables se mêlaient à cette noble résistance à un décret inique. malgré ce funeste et coupable mélange. ne qui voulait laisser ouverte aucune porte . Personne n'ayant répondu à président. le regret de l'ancien régime. l'effervescence populaire était portée au comble. les multitude très disposée à mondu trer par des actes que pour elle la liberté se confondait avec l'interpellation d' Agen son bon plaisir. de Tancienne France de rentrer la constitution. En effet. Au moment même où le président interpella les ecclésiastiques députés. la religion défendait ses droits et les sauvegardait par de grands sacrifices offerts au miUeu des plus graves périls. On eût petite dit qu'elle . On ne prit le pas en considération la proposition de Malouet de rechercher coupable. à la séance du matin. sous peine de destitution. les rumeurs du dehors sont plus fortes et a-t-il ouvert la bouche que plusieurs voix de la s'écrient: «Point de paroles.150 SCÈNE PATHÉTIQUE A L^ASSEMBLÉE. devait entraîner bientôt la représentation nationale. Ce fut de celle qui avait illustré à comme la contre-partie Il jamais la salle du Jeu de Paume. faut l'esprit de parti le plus sectaire pour en méconnaître la grandeur. L'évêque monta le gauche premier à à peine la tribune.

ecclésiastiques. quelques ecclésiastiques qui se sont soumis au décret . Je ne place. » Le premier ecclésiastique appelé après l'évêque d'Agen est un simple curé. et ce fut encore Barnave qui eut le honneur de presser que le le le dénoûtnent.. la » Les murmures éclatent : et l'évêque des- cend de tence. donne aucun regret à donnerais à prie la ma aucun regret à ma fortune. je ne veux pas déshonorer prêter ma vieillesse.. j'en perte de votre estinoe le que la je veux mériter. » fut ainsi Ce dernier de conciliation en ces brusquement écarté. L'affaire du serment fut sans cesse ramenée devant l'Assemblée les jours suivants. c'est un remords . On revint aux interpel- On n'obtint qu'un seul serment pur et simple. Cazalès demandait qu'au vait moins l'Assemblée décrétât « Elle qu'elle n'a- pas voulu toucher au spirituel. [t 151 une loi. M. que se refusaient à prêter ce serment ils seraient déchus de leurs offices. je mon ne veux pas un serment. s'écria Mirabeau. pour les uns. Elle y revient comme une obsession. fonctionnaires publics. lations collectives. » triste tribune en disant « Je prendrai sort en péni- Il fallait en finir. Je vous donc d'agréer témoignage de peine que je ressens de ne pouvoir prêter le serment. où j'ai fait passé trente-cinq dans tout le bien que je pouvais faire.. en demandant que décret ne fût exécutoire que dans soixante ans. n'y a pas touché et essai cela suffit. Décidément l'appel nomiservait nal tournait contre les intentions de l'Assemblée ne qu'à donner plus d'éclat à la résistance.SCÈNE PATHÉTIQUE A l'aSSEMBLÉE. comme Laurent suivit son pasteur. par Tarticle IV vous avez dit que les ecclésias- tiques fonctionnaires publics prêtaient un serment dont vous s'ils avez décrété la formule . Fournés. j'en répiscopat. L'évêque de Poitiers parla ai termes: «J'ai soixante-dix ans.. dit-il. 11 ne pro- nonce que ces mots chrétiens : : « Je dirai avec la simplicité des premiers Je me fais gloire et honneur de suivre » mon et évêque. Accablé d'années. On vota sur sa propole roi sition président de l'Assemblée se retirerait vers pour prier de donner des ordres pour la prompte les et entière exécution du décret du 27 novembre envers ait membres de l'Assemblée nationale. Il est fâcheux que l'abbé Maury lutte jugé bon de terminer cette le grande par Une facétie ridicule. par . l'article V.

de dénoncer en termes viola lents la société politique fondée par les députés de la droite. 2. Malouet avait toute raison de protester en ces termes : « Je demande qu'au ville sein même de la Révolution. propre à calmer les passions. pour d'autres c'est un moyen de inconnu qui qu'on le servir des passions haineuses^ témoin cet abbé . mais eut le tort très un moment où les passions populaires étaient très disposées à suspendre brutalement le droit de réunion et d'association au détriment des catholiques. un ferment de serment devait d d'implacables discordes. pour tous constant.. Dans la perspective des vacances que le refus infailliblement entraîner dans le cours de l'année fit 791 ^ Mirabeau décréter par l'Assemblée. Quelques jours plus tard. même en violences une portion On comprend qu'elles excitèrent dans de l'Assemblée une indignation qui se manifesta par une sorte d'assaut de tribune. demanda un décret qui fît procéder au remplail cement des grave. Séance du 5 janvier. c'est un embarras un sujet de querelles envenimées. . . le parti que nous voyons toujours sur brèche pour combattre des évêques et qui ne veut à aucun prix être dépassé en énergie par Mirabeau. et à toutes les cures de tout prêtre qui aurait eu une fonction quelconque dans le même corps. l'éligibilité à tous les sièges épiscopaux de quiconque aurait été l'éligibilité cinq ans curé en France. projet d'in- Le comité ecclésiastique était invité à présenter un struction sur la constitution civile du clergé. au milieu de cette qui a vu naître la constitution qui a tout 1. qualifiant en de perfide et factieuse association. à l'occasion de troubles reli- gieux assez graves dans le département de la la Somme. Ces paroles étaient la li- aussi coupables qu'illogiques dans la bouche d'un ami de berté. dans ecclésiastiques réfractaires.152 VIOLENCES DE LA GAUCHE.veut qu'on sévisse contre le clergé réfractaire et soumette à une sorte d'inquisition ^ . Barnave. après une délibération tumultueuse. car elles pouvaient être traduites le soir regrettables. envoient des explications et des atténuations sur lesquelles on passe dédaigneusement à Tordre du jour^. Séance du 2 janvier 1791.

vous faire. le portait qu'après l'expi- du délai accordé par décret du 18 décembre précédent il aux fonctionnaires absents de France. vous ne l'aurez pas vaincue. vous serez au premier pas de la carrière de persécution 1 . Cazalès. interpellations Au milieu du feu croisé des parti : on entendit l'abbé Maury dire à son « Mes- sieurs. que cette persuasion se fortifie par la contradiction.. « Je dis que presque tous les évêques de France. il fit valoir des considérations bien Il dignes d'être mûrement pesées. Mais le il suffisait de nommer saint-père à la tribune pour soulever un tel tumulte que nulle voix ne réussissait à le dominer.. le bouillant abbé faisait payer très cher à sa cause ses incartades et ses défis bouffons. » C'était déle du droit cHiamp de bataille. être Quand Cazalès put dangers de la de nouveau écouté. cène sera pas long. laissez. » «Nous avons besoin de ce décret. que la liberté. que quand vous aurez chassé les évêques de leurs sièges et les curés de leurs presbytères pour vaincre cette résistance. comme le à celui des autres ecclésiastiques qui n'auraient les délais fixés pas prêté plutôt serment dans par la loi. et que les principes les curés en grande partie croient que de la religion leur défendent d'obéir à vos décrets.^ je demande. et que ces principes sont d'un ordre supérieur à vos lois. où la raison appartient au plus fort. insista sur les scission religieuse qui se préparait.. . pour honorer que pour empêcher fois les droits la défaite de son parti. fait 453 pour la liberté. Séance du mardi 25 janvier 1791. ajoutait-il en s'adressant à ses adversaires. invoqua une dernière de l'EgUse qu'un ajourne- ment de la mise à exécution du décret du 28 novembre eût réservés en lui laissant le temps de recevoir la réponse et les directions de son seul chef légitime. serait procédé au rem- placement des fonctionnaires publics ecclésiastiques qui ne seraient pas présents et qui n'auraient pas prêté leur serment civique. que la sûreté publique et individuelle ne soit pas impunément outragée fut présenté à cette tribune ^ » Le décret réclamé par Barnave Il parChasset à ration la séance du lendemain..DÉCRET CONTRE LE REFUS DE SERMENT. dis-je_. encore deux ou trois serter le terrain comme pour cela et tout sera fini.

dit-il. revêtu du masque de a la religion. le En même temps que elle avait confié la décret du 26 janvier. suivre dans afin les cavernes. de cet acte dont votre justice a été indignée et dont votre humanité a gémi. dans les déserts. cette large si parfois un peu déclamatoire.154 ADRESSE EXPLICATIVE DE LA CONSTITUTION CIVILE. pourrait de ces mesures violentes. mais qui ne fut pas accepté en définitive. alors dans tout les catholiques seront réduits royaume et au même état de misère plongés de persécution dans lequel les protestants avaient été par la révocation de l'Edit de Nantes. » Gazalès parla le parti vraiment en homme d'Etat habile quand il montra tout que tirer l'esprit de faction. » L'orateur attafit nom de son parti son inviolable l'Eglise. chement aux pasteurs reconnus par applaudir Mirabeau se bruyamment à plusieurs reprises en disant que ceux qui présentaient d'aussi sinistres pronostics prenaient peut-être leurs vœux pour leurs espéfances. mais aussi avec ces faiblesses du tribun finit avide de popularité qui par suivre ceux qu'il devrait con- I . Les événements prouvèrent bientôt que Gazalès n'avait été que trop bon prophète et que la la Révolution n'était qu'au début des violences qui devaient dés- honorer et la compromettre. leurs ministres persécutés. les catholiques errant sur la surface de l'empire. il A supposer même où que l'Eglise de France se trompât. fâcheux de l'opposition clétrès Mirabeau avait présenté un projet qui fut acclamé à une première lecture. Elle effets espérait ainsi conjurer les ricale. elles sont ren- peuvent être funestes dans les circonstances dues. crai- gnez des convulsions qui ensanglantent terminait en déclarant au la France. l'Assemblée pu- blia l'adresse explicative de la constitution civile du clergé dont rédaction à son comité ecclésiastique. On l'y retrouve tout entier avec son magnifique langage. Si vos lois ne peuvent être exécutées sans violence. bonnes en elles-mêmes. «Vous verrez. saisis- qui s^'ouvre devant vous. avec la liberté compréhension des conditions de les élèves qui l'élève haut au-dessus de tous de Rousseau. » L'orateur présenta ensuite un sant tableau des conséquences du schisme et de la perturbation profonde qu'il devait causer dans les consciences. le de recevoir d'eux des sacrements valides. est des lois qui.

foi. apostohque et romaine est la religion nationale. Mirabeau mais un instinct de son génie lui révélait l'indispensable « union de la liberté et du christianisme. Dans traire. si admirable que du premier coup quente et a trouvé la formule de l'avenir. Dans la première partie. par moments. Mirabeau défend l'Assemblée de n'avoir pas proclamé contre ques une religion nationale. la liberté qui vient du ciel aussi bien que notre et semble montrer en divinité. 155 De là dans ce projet d'adresse la plus inconcevable conles tradiction. C'est tout à monstre d'Horace. En gésocial. l'on vous parlait d'une conscience nationale? Eh de bien! la religion n'est pas plus nationale que la conscience. il les évo- la seconde partie. duire. » Voilà ! le véritable « individualisme établi et formulé du premier coup Comprendriez-vous. C'est ainsi tout le que dans cette le lutte mémorable monde a raison et tout monde a tort tour à tour. car un homme n'est pas véritablement religieux parce qu'il est . commence par potisme. «Déclarer nationale la religion chrétienne eût été flétrir le carac- tère le plus intime et le plus essentiel du christianisme. Mirabeau débute par un exposé de principe sur la religion il relations de avec TEtat^ si lumineux. pour conclure par une apologie de la constitution civile du clergé. elle elle est ne peut être un rapport un rapport de l'homme privé avec l'Être infini. » Il elle la compa- gne de son éternité de sa venge magnifiquement l'Assemblée d'avoir refusé de décréter explicitement que la religion catholique.PROJET DE MIRABEAU. ce que l'on voudrait si vous dire. et il est inconséquent à son tour. la liberté pour aboutir au plus dangereux des- On comprend mieux cette étrange anomalie quand on se rend compte du pian de cette adresse. la religion n'est pas. inconsé- même embarrassée toutes les fois qu'il fait le ne la relève pas il par un éclat de passion. Convenons néanmoins que de l'obs- curité d'une situation aussi compliquée Mirabeau a su faire jaillir des éclairs magnifiques qui. n'était pas croyant. au con- veut justifier les mesures prises pour réformer d'autorité l'Eglise de France. Ld liberté. continue Mirabeau. illuminent tout l'hori- zon et permettent de pressentir les grandes solutions de l'avenir. dit-il dès les premiers mots. néral.

c'est vous qui outragez reli- la rehgion de nos pères! Vous voulez que. Une peut y avoir de national dans un empire que des institutions établies pour produire des effets politiques. Jésus- Christ est le seul de tous les sages qui se sont appliqués à instruire les ait hommes et à les rendre bons et heureux. » Si cela est vrai en général. du genre humain posé par Dieu au milieu de vous. et la reli- gion n'étant que la correspondance de la pensée et de la spiritualité l'esprit universel^ il de l'homme avec suit qu'elle civile l'est la pensée divine. c'est-à-dire qu'autant qu'il suivrait encore cette religion universelle quand que le genre humain viendrait à l'abjurer. mêlé à son enseignement des principes tifs à la législation des empires. Quelle que soit l'influence de . nées de l'ignorance des tées par les hommes. d'une nation. « Ses ministres eussent refusé une existence légale. semblable à ces gions mensongères. Ses vrais détracteurs sont ceux qui veulent ainsi l'enfermer entre les frontières d'un pays au heu de d'unité « C'est le laisser comme le point de ralliement et le centre l'univers. ils ne se la hommes ne se touchant que par de leur demeurent isolés par la pensée et la conscience. et superficie d'ailleurs les être. elle » déclarée la religion de la tion des Césars. La plus haute tradi- du christianisme est contraire à ces prétentions. et quand il n'y en aurait qu'une dans l'univers et que tous serait les hommes se seraient accordés pour la professer. aucune forme de la religion ou légale. en aurela- cune circonstance. parce qu'il fallait que Dieu seiil parût dans ce qui n'était que son ouvrage. Autant vaudrait déclarer que soleil est l'astre de la natjon française que de proclamer le chris- tianisme la religion de la France. sous ce rapport.156 la religion MAGNIFIQUE DÉBUT. avec s'en- ne peut prendre. cela surtout du christianisme qui a la prétention d'être la relile gion absolue et universelle. accrédiles instisoit dominateurs de la terre et confondues dans tutions politiques comme un moyen loi et d'oppression. il encore vrai que chacun d'eux n'aurait un la sentiment sincère de religion qu'autant que chacun serait de sienne. On ne la vérité peut proclamer une religion nationale parce que vote pas. qui ne les envisagés sous aucun rapport politique et qui n'ait. dit Mirabeau aux évêques.

raison. les mêmes protestations irritées contre abus de la feuille des bénéfices. et les grandes vérités . et c'est aussi ce les qui doit distinguer. 157 TEvangile sur la moralité humaine^ jamais Jésus-Christ ni ses disciples trer ne firent entendre que rinstitution évangélique dût endes nations. L'Evangile est dans les lois constitutionnelles donc par son institution une économie toute spirituelle offerte aux mortels en tant fins qu'ils ont une destination ultérieure aux de l'association civile et considérée hors de toutes leurs re- il est proposé à l'homme comme sa seconde comme le supplément de sa conscience et non à la société comme un nouvel objet de mesures législatives. jusqu'à la fin des temps. Enfin. que les hommes lations politiques. en paraissant au monde. l'Eglise et du Une splendide pé- roraison qui peignait en traits de feu la régénération de la France par la liberté.CONCLUSION PLEINE d'iNCONSEQUENGK. on y retrouve les mêmes théories hasardées sur la juridiction uniles verselle des évêques. la même théologie im- provisée. C'est là caractère extérieur qui le distingua dès son origine de toutes les autres rehgionsqui avaient tyrannisé le la terre. sous la pourpre. voilait. de tous cultes qui ne subsistent que par leur incorporation dans les lois des empires. Il vile du clergé qui en importe fort peu de savoir comment Mirabeau saurait être nationale peut établit qu'une religion qui ne fait la néanmoins devenir de titre religion civile. enfin ce mélange bizarre du Père de tribun qui avait déjà étonné l'Assemblée. tous les sophismes avait et toutes les contradictions d'un discours qui couronné les plus belles théories sur l'indépendance de la conscience par l'apologie d'une religion civile. Mais le temps devait emporter si bientôt les erreurs de ce puissant esprit. le le reçussent. et que les gouvernements le soufl'rissent. » On est confondu et presque humilié pour si l'esprit humain en passant de l'exposition telles vérités lucide et si ferme de ces immor- à la justification embarrassée de la constitution ciétait la violation flagrante. l'Evangile a demandé.. du pubhc et être réglementée à ce par la puissance La seconde partie de l'Adresse n'est qu'une répétition de son discours sur le serment politique imposé aux prêtres.

et les violences plus coupables encore de la presse démagogique rendaient tout rapprochement impossible. Le journal de Marat. les fautes de la première Révolution seront réparées. L'Adresse de Mirabeau avait bien pu arracher à la première lecture des applaudissements enthousiastes. aussi chaînées. entrevues et proclamées ne purent sauver la France^ la postérité les demeurèrent gravées pour dans son incompa- rable langage. dès 9 janvier. qui une satire un prétendu sermon du curé de mordante et implacable du un parti des évêques. mais à la réflexion. parlait un langage sans énergie le incapable de remuer cœur que de persuader Tesprit.158 qu'il avait elles PAMPHLET DE CAMILLE DESMOULINS. dans ses Révo- France et Saint-Gaudens. Voir le Moniteur du 2o janvier 17M. Aussi. la populace s'était montrée déjà suffisamment docile son style piquant et à suivre dé pareils conseils. elle n'obtint qu'un dédain que de Mirabeau gardait pour l'avenir une importance d'autant plus grande qu'elle n'avait pas de caractère olTiciel *. Il avait pris pour texte de son prône dérisoire ces paroles attribuées à un vieux cardinal à l'occa- 1. Tandis que l'Assemblée nationale essayait après tant d'orageux débats de proposer aux partis divisés une pacification dérisoire qui ne reposait pas sur l'égahté des droits. le jour où nous saurons comprendre et les appliquer. Cette Adresse ne fut pas universel. Ces traits légers et incisifs étaient lancés d'une main sûre. . lutions de Il au commencement de de Brabanty était janvier. on la trouva sans doute trop hardie et trop libérale. tandis même celle relevée. au milieu des passions déet sans chaleur. les violences du peuple de Paris. qui se bornait à atfirmer que Tindépendance de TEgUse avait été sauvegardée. et devaient exciter autant de ravissement dans camp que de fureur dans l'autre. Les feuilles révolutionnaires débordaient d'injures et de menaces le contre le clergé réfractaire. Camille Desmoulins consacrait à persifler le haut clergé sa verve bouffonne publia et nerveux. futle elle remplacée par un pâle document élaboré par comité ec- clésiastique. poussait le peuple à huer et à berner les prêtres qui seraient pris à cabaler. et qui.

tout sucre et tout miel. Le talent du publiciste la dans ces pages. ils tracèrent point avec leurs crosses l'enceinte de l'écurie du saint- père.PAMPHLET DE CAMILLE DESMOULINS. » Comment nos évêques Que leur crosse d'or gouvernaient-ils imitait depuis les concor- dats? mal la houlette des apôtres. je suis « assuré d'avoir des lois et évangile qui me plairont. Rien de plus sanglant que son morceau sur Télection cléricale. c'est que cet évêque avait été nommé par le ait peuple de Milan. il temps de la grande richesse du n'était pas encore assez riche pour avoir autant de che- vaux qu'il avait d'ânes dans le concile. » la En ce qui concernait demande d'un concile national. V archevêque . à vingt-cinq chevaux. sion de la constitution civile le 159 du clergé . parait les concordats à l'entente comce de deux larrons se partageant des dépouilles qui ne leur appartiennent pas. Autant les violets étaient jansénistes et fronçaient les sourcils dans leurs diocèses. autant à la cour ils devenaient gra- cieux. ne comme lais les pères du concile tenaient leurs séances dans son pa- de Latran. : qui accordait pour rouler au doyen rural deux chevaux^ à V ar- chidiacre sept chevaux. comme Numa. Sur ^ question de juridiction il disait plaisamment qu'à entendre Maury. il semblerait que Jésus-Christ. comme ils dînaient à sa cuisine de Latran. On peut imaginer que et c( la feuille des bénéfices lui inspirait d'anecdotes graveleuses Il de traits mordants. : « Les évêques étaient sur les trône et la religion par terre la religion la France vient de mettre » évêques en bas et éclate. Camille Desmoulins disait « que le concile de 1791 ne manquerait pas d'imiter celui de 11 79. quoique ce pape. et ils lui permirent d'avoir des haras aussi nombreux que fût le Salomon. aussi merveilleux qu'outrageant. leurs guerres. à Vévêque vingt chevaux. Mais citez-moi un évêque de France qui reproché à nos tyrans leur fainéantise. Vous n'ignorez pas comment saint Ambroise châtia l'empe- reur Théodose. au cardinal quarante chevaux. en haut. Mais. Quant au pape. le rappelait ce mot profond de Jacques P^ les : Tant que j'aurai pouvoir dénommer un juges et les évêques. molinistes. leurs cruautés. » Après une ironique . eût prolégè- noncé la peine de mort contre celui qui offenserait dieu même Il rement le Terme et déplacerait seulement une borne.

mes très chers frères. pour démentir ces sarcasmes tions et et prouver qu'il savait souffrir les priva- même il les persécutions. VIII. moulins déconseillait voulait les violences contre il que Fon ne déchirât pas leurs robes de mais qu'on se bornât à les affamer par le refus libre du traitement. que cette sorte de démons que l'on nomme pharisiens ou : calotins ou princes des prêtres. si ..160 PAMPHLET DE CAMILLE DESMOULÏNS. nonejicitur nisi per jejunium le vous ne viendrez à bout de les chasser que par jeûne ^ » Un tel pamphlet appartient à l'histoire. p. « Après cela.. Mais. vous reconnaîtrez bientôt. i. il eût suffi au haut puissant en France. et de s'y tenir sa colonne. et le mot d'ordre venir de Rome. avant de se résigner au martyre. Histoire parlementaire. Il servait également d'aiguillon acéré au parti contraire clergé du sentiment de l'honneur. Camille Desles réfractaires lin. allait lui voulait s'organiser et combattre. Lorsqu'ils ne seront pas salariés. car il présente l'opinion populaire du moment sous la forme la plus vive. aux évêques réfractaires de ne point désemparer de leur trône épiscopal. comme saint Siméon Stylite sur la Nous verrons s'il si le ciel fait descendre sur eux manne. . les paroles comparaison des prétentions des évêques avec TEvangile et les institutions de de FEglise primitive. un les corbeau qui ait le bec assez fendu pour leur apporter tous jours à chacun un pain d'une livre. Bûchez et Roux. comme à saint Paul l'ermite. 393. ou leur envoie. .

CHAPITRE V Rome. du mais la possession lui en avait été plus d'une fois . Nous avons vu que officielle le pape avait retardé Fenvoi de sa réponse aux évêques qui Tavaient consulté sur clergé^ tout la constitution civile du en donnant clairement à entendre par ses fettres quelle était il son invariable détermination. La question 12 novembre 1789 par l'abbé Bouche. et de Talleyrand. l'année suivante l'agitation Au mois de mars de commença à Avignon.— Contre-coup Le schisme constitué. disputée par les rois de France bien qu'elle lui fût toujours revenue en définitive. Les Avignon11 . — Discours de Sieyès dans le pays. la il avait attendu les eût sans doute désiré qu^un perspective succès soudain de réaction eût écarté la du schisme que son bref définitif allait constituer.père. L^affaire d'Avi- gnon venait de s'engagera l'Assemblée et quelle en serait Tissue. Probablement événements. Mais le droit nouveau fondé sur sou- veraineté populaire ne pouvait le droit manquer d'entrer en conflit avec ancien dans cette petite enclave pontificale^ asservie au le régime du moyen âge au centre d'un pays sur lequel passait souffle de la rénovation politique. Au point de vue de l'ancien droit de l'Eula rope consacré par les actes diplomatiques^ papauté possédait la légitimement le comtat.— Correspondance avec législatives des mesures — Beau débat sur la liberté des cultes à l'occasion de l'ouverture de la première église des insermentés. il était facile de prévoir le Le comtat d'Avignon et comtat Venaissin faisaient partie depuis le treizième siècle des Etats saint. — Fin de l'Assemblée constituante. la Il était impossible d'arrêter fut soulevée dès le cette contagion de liberté.

Mais c'était précise ment cette paternité transportée dans le domaine politique qi les offusquait. un pas de plus et demandèrent formellement leur réunion à la France. Le le parti clé- invoqua le droit historique et déploya une érudition vrai- ment bénédictine pour maintenir Avignon sous Il joug papal. Les partisans de la réunion persévérèrent dans ce désir au travers des luttes sanglantes qui éclatèrent à Gavaillon et à . la Ces hésitations ne devaient prendre fin que quand Révolution n'aurait plus de ménage- ments à garder avec l'Europe. mais ces vaines arguties tombaient devant une possession séculaire et il était bien plus logique d'invoquer . Ils ne se laissèrent pas décourager par tôt la les lenteurs de TAssemblée qui craignait de susciter trop . Les débats sur Avignon offrent un grand intérêt dirait . Une discussion solennelle s'ouvrit en rical novembre 1790. donné spontanément une organisation municipale Ils firent contre laquelle le pape se hâta de protester. gauche eurent de les suivre sur faite du droit historique en contestant la donation par Jeanne de Naples. La question d'Avignon revint plusieurs foisdevan^ l'Assemblée nationale. guerre européenne la hardiesse lui était plus difficile dans une question qui engageait de graves que dans pape par les affaires difficultés le diplomatiques le de l'intérieur. Dès mois d'août 1790 avait adressé à tous les la souverains une lettre pastorale pour leur prouver que le possession de ce lambeau de terre saint -siège concernait et l'Europe entière et tenait aux premiers intérêts de l'ordre de la religion.162 nais s'étaient ANNEXION D'AVIGNON. La majorité était très décidée en principe en faveur des Avignonnais^ mais complications qu'elle elle hésitait devant les graves redoutait. à Carpentras Avignon même. Il se plaignait avec amertume de l'ingratitude de sujets qu'il avait comblés et qui avaient joui du régime le plus paternel. on les d'hier sur les circonstances du temps présent. invoqua aussi le danger d'ébranler il les anciennes souverai- netés^ mais quand alla jusqu'à vanter le régime pontifical les antiques libertés dans la sphère politique et à invoquer éclat la du comtat^ un immense Quelques membres de le terrain de rire interrompit le tort ses orateurs.

de reconnaître les droits naturels des hommes et les droits imprescriptibles des nations. . 1.DISCUSSION SUR l' ANNEXION D'AVIGNON. dans la séance d'Avignon à n'était la du 13 septembre 1791. le 463 peuple comme Pétion le droit populaire et d'affirmer que avignonnais n'était plus au pape puisqu'il ne voulait plus de son joug. l'Assemblée déclina dans le tion qui lui était faite même le de voter l'annexion d'Avignon bien décidée sur du Ve- naissin. Mais le droit Mirabeau n'en donna pas moins clairement à entendre que des Avignonnais lui paraissait en soi évident. Le pape de cette il s'en tenir sur le résultat final affaire. . Le comtat avait été ocsavait à quoi cupé militairement dès mois de janvier. » Ces paroles étaient suffisamment claires. A part les raisons de doctrine et de discipline. mais elle était si fond de la question que dès que les circonstances le permirent. et qu'il était de la dignité et de la grandeur de l'Assemblée de reconnaître hautement que et les rois appartiennent aux peuples le que les peuples n'appartiennent pas aux rois ^ C'était Révolution française qui s'affirmait. Il prin- cipe même de la de était facile à Pétion faire ressortir tous les vices d'une organisation cléla ricale qui réunissait les deux pouvoirs dans et irrévocable même personne et et conférait un caractère sacré aux fautes aux er- reurs d'une autorité irresponsable puisqu'elle se croyait infaillible. elle vota avant de se dissoudre. Elle avait préparé cette mesure dès mois de juin par la nomination de commissaires chargés de pacifier la contrée et de recueillir le vœu le populaire. à cause des difficultés diplo- matiques et de se borner à maintenir la tranquillité publique dans le ce petit pays qui ne pouvait remuer sans agiter tout Midi. avait donc un grief personnel territoire pesa contre la Révolution la question de comme toujours d'un grand poids sur ses décisions. nous n'hésiterions pas à donner notre opinion. Au mois de mai de l'année esprit la proposiet suivante. Mirabeau au nom du comité ecclésiastique proposa à l'Assem- blée de ne pas décider sur le fond. de décider la question de droit public. S'il s'agissait. la réunion France moyennant une indemnité dont le chiffre le pas fixé. Séance du 16 novembre 1790. « disait-il.

tome I. . 126. au privilège de Tautorité épiscopale et à Taliénation des^ biens ecclésiastiques. ils étaient destinés à organiser définitivement la résistance au sein de TEglise de France. qui non-seulement assure le droit de n'être point inquiété pour ses opinions religieuses. qui paraît cependant à l'Assemblée résulter de l'égalité et de la liberté naturelles à tous les hommes. Les citations empruntées à la tradition' abondent dans cette pièce diffuse qui ne position des évêques. bien qu'il cien régime. » Plus loin le pape traite de chimérique contre la hberté de penser et d'agir*. de dire. demande aux Néanmoins ce bref préliminaire tranche déjà toutes les questions pendantes soit quant aux juridictions diocésaines et à Timmixtion des laïques dans les élections. d'écrire et faire même de imprimer impunément en matière de religion tout ce que la peut suggérer l'imagination plus déréglée . car évêques français de communiquer leur opinion. Et cependant n'en proteste pas les moins contre l'intrusion des laïques dans questions de le privi- discipline. mais qui accorde encore cette licence de penser. fait que reproduire Tex-^ Malheureusement le pape joint à quelques réclamations fondées au point de vue des libertés de l'Eghse une condamnation sommaire des plus précieuses conquêtes de Révolution. Trois documents importants émanèrent à cette époque de la cour de Rome. et s'élève avec énergie le refus de l'Assemblée de déclarer le il catholicisme reli- gion nationale et dominante.164 LETTRE DU PAPE AUX ÉVÊQUES. soit quant à la primauté du saint- siége. C'est dire qu'ils sont compétents pour voter 1. Le premier est un bref du 10 mars 1790 sur la encore la constitution civile du clergé. C'est lique et avec elle l'obéissance due aux dans cette société \m qu'on étabht liberté comme un droit de l'homme en cette absolue. dit-il. Brefs de Pie VI. p. est d'anéantir la religion catho lois. 127. Gen^estpas il décision définitive lui du saint-père. droit monstrueux. la ait la la_ prétention de ne pas défendre Tan il Que faisait-il donc quand flétrissait ouvertemeni consécration de l'égalité et de la liberté politique dans h déclaration des droits? « L'effet nécessaire de la constitutior décrétée par l'Assemblée.

RÉPONSE DES ÉVÊQUES. Enfin le pape accusait roi d'avoir manqué au serment du sacre. L'Assemblée nationale est assimilée à Henri VIIL Le les récalci- pape annonce une prochaine excommunication pour trants et conclut en demandant aux évêques prévenir le s'ils connaissent quelque la moyen de il schisme. lége. » Les paroles suivantes de saint Avite à Gondebaud. Les évêques députés à l'Assemblée nationale se hâtèrent de . au milieu des fureurs populaires. Après un tel défi jeté à Révolution était insensé d'espérer une réconciliation. La rétractation et le le mardu Thomas Becket opposés tandis que châtiment d'Héliodore est rappelé aux spoliateurs et aux profanateurs sanctuaire. 465 mais qu'ils ne le sont plus pour réprimer les abus. Votre Majesté. dénoncé à l'Eglise universelle comme un du lui sont infidèle pour avoir prêté le ser- ment à tyre de la constitution civile clergé. Ce bref était accompagné d'une explicite lettre à Louis XVI qui contenait la condamnation était de la constitution civile la du clergé et qui parfaitement calculée pour ébranler « conscience timorée du roi. Elles hâtaient serait impossible et le moment où toute concession lui où sa résistance tardive et impuissante et précipiterait la amè- nerait la chute les de son trône Révolution dans dernières violences. roi étaient appliquées directement desBurgondes au roi : « Les mouvements tumul- tuaires n'étaient pas un motif qui dût vous dispenser de rendre c'était publiquement honneur au Créateur de l'univers. lorsque vous serez instruit que par votre sanction vous aurez détaché de l'unité catholique tous ceux qui auront eu la faiblesse de prêter le serment exigé par l'Assemblée. On comprend combien ces déclarations sévères devaient bouleverser le cœur irrésolu d'un prince sincè- rement pieux. disait le pape^ s'est engagée par une promesse déposée entre nos mains à vivre sein de la religion catholique et cette et à mourir dans était le promesse pour nous un puissant motif de consolation. elle va désormais une source inépuisable d'amertune et de chagrins cuisants. Mais pour vous^ être Sire. Le bref se termine par une violente sortie contre Tévêque d^Autun. qu'il la même fallait faire de vive voix être solennelle confession de la foi » que vous protestez le au fond de votre cœur.

466 répondre au pape. quand elle enseigne aux chefs des nations la Ils justice et l'humanité. On peut Les évêques faisaient profession dans la vie civile g étendre ou restreindre l'égalité politique selon les différentes formes de gouvernement. » de tolérance pour toutes les opinions et éta- blissaient avec force la distinction des deux pouvoirs. » avaient beau différent. liberté nouvelle Constitution de la France. quels sont les moyens qui nous restent à . Ils ne purent que souscrire à son jugement sur la constitution civile du clergé. RÉPONSE DES ÉVÊQUES. On n'a pour s'en convaincre qu'à parcourir notes dont l'éditeur des brefs de Pie Vï a enrichi cette réponse des hauts dignitaires de l'Eglise de France. tandis qu'en France la concihatioi entre la religion et la Révolution était possible sur le terraiï du droit et de la liberté. et l'esprit qui dominait à Rome et qui avait déji paru dans plus d'un mandement allait le ressaisir la fin comme : soi mauvais génie. « Nous d'établir le véritable disaient-ils. La re- ligion touche par un seul point la chaîne des pouvoirs civils et politiques. Malheureusement la le catholicisme fran i çais allait être ramené par persécution à ses instincts et ses souvenirs. ili parlaient un langage bien La politique ils d( l'Ecriture sainte n'était plus leur charte et étaient bien ei lei avant de Rome. Les évêques signalaient à de leur « lettr< toutes les difficultés et tous les périls de leur situation Quanc des serments contraires à nos consciences sont les lois qu'oi nous impose taires. Cependant dans un tiques très bon langage quelques réserves sur et déclaraient les les théories poli- du saint-siége. quanc for- par un événement qui n'a pas d'exemple. sans faiture et sans jugement. sans démission. accepter sans scrupule pour leur part grands principes de liberté la et d'égalité mis au frontispice de avons désiré. quand nous sommes traités comme des réfrac parce que nous ne voulons pas faire un parjure. empire de la politique dans une monarchie héréditaire. Elles respirent l'ab solutisme le plus insensé. . citer Bossuet tirée . et qui aboutissaient tous ils à la convocation d'un concile national. cent vingt-huit évè ques sont destitués de leurs sièges. Ils rappelèrent les moyens faisaient de conciliation qu'ils avaient indiqués.

280. cardinaux. nouvel évêque et de Quimper. en se fondant sur ce que les Eglises appartiennent à leurs premiers pasteurs. Que les prin- cipes soient en sûreté leur démission si le » Les évêques terminaient en offrant évité. seuls. Dès le 13 avril le pape donné sa décision définitive dans une lettre à l'Eglise de France. savons quels sont les exemples que l'Eglise nous donne et nous avons appris comment on peut ! souffrir pour elle. il y avait deux Eglises en France. 467 la pour concilier sance civile ? les principes de TEglise avec le vœu de puis- » Les évêques rappelaient leur isolement. évêques. Elevez-vous . Brefs de Pie VI. comme Nous dans l'espace. contre toutes les nouvelles élections. tinée. Certainel'histoire la schisme pouvait encore être ment cette lettre la demeure un beau monument dans . quelle qu'elle puisse être. ajoutent-ils. . que la la religion inspire. et l'Eglise réfractaire et persécutée.BREF DU PAPE SUR LA CONSTITUTION CIVILE. avec le courage . clergé et peuple du royaume ^ Il y déclare qu'aucun tution fidèle ne peut plus douter que cette nouvelle constisoit établie sur du clergé ne des principes hérétiques. I. p. à toute sagesse et la liberté de votre ministère sortez du milieu de meurent ces considérations et de ces convenances privées qui avec nous. Il proteste contre la consécration d'Expilly. Le pape adressait enfin un appel solennel à tous ques de France et les adjurait au de demeurer fidèles aux anciennes siége ! les catholi- nom lois de leur salut éternel et de TEglise au saint- Désormais toute transaction devenait impossible . religieuse de France on y retrouve l'inimitable accent de avait conscience chrétienne. la liberté le droit (l'association suspendu pour eux accordée à tous excepté aux catholiques fidèles. Pour l'honneur de la première. l'heure de lapersé- 1. l'Eglise constitutionnelle et protégée. Nous occupons un faible point dans le temps. et notre sort ne peut point entrer en balance avec les destinées des empires et les promesses de TEglise. « Nous subirons notre destrès saint-père . chapitres. celle du pape et celle de la Révolution. archevêques.

C'étaient Loménie de Brienne. de Sisteron. et de Savines. p. I. les diocèses maintenus par h Gobel. Brefs de Pie VI. évêque de Viviers. de curés prit et de pasteurs du second ordre envoyèrent leur adhésion au pape ^ Le mouvement d'opposition très donc immédiatement une les grande importance. de Digned'Uzès. fut élu métropolitain de Paris. cution devait bientôt sonner pour elle. la Sur cent trente et constitution civile un évêques. députés ecclésiastiques furent élus dans et les dépar- tements du Finistère de l'Aisne et furent sacrés à Paris pai 1. et c'est en soi qu'elles allaient bientôt la religion maudire et proscrire. Plusieurs de ces évêques eurent aussi l'occasior la de décliner formellement compétence des le droit Tous maintinrent fermement semblée eut voté tés. . le 2. 277. On procéda par l'électior au remplacement des autres dans loi. de Poitiers. de Lyon. archevêque de Sens. elle avait été préparée par les et leurs mandements des évêques le décret réponses aux administrations départementales lorsque celles-ci les sommaient de mettre à exécution la constitution civile de l'As- semblée sur du clergé. une foule de chapitres. évêque d'Autun. Talleyrand-Périgord. Aux mandements que nous avons cités il faut ajouter les instructions pastorales des évêques de Boulogne. évêqvie d'Orléans. et du Puy. évêque de Lydda. de Jarente. de Grass€ autorités civiles l'As* de Trêves. On peut lire ces mandements dans troisième volume de la jcollectioi] de Barruel. D'ailleurs les colères laires soulevées par la résistance popu- vaient du clergé insermenté ne depas longtemps distinguer entre les deux Eglises. quatre seulement acceptèrent du clergé . Expilb et Marolles. ils avaient de l'Eglise et quand la destitution générale des évêques insermenet fervents eu le temps de recruter de nombreux adhérents qui allaient soutenir leur cause en leur absence.168 DÉMISSIONS NOMBREUSES. Quatre des anciens évêques étaient seuls décidés à prêter h serment. car le régime bâtard qu'elle inaugurait n'était pas viable. de Boissons. La résistance s'organisa sur tous points. de Bayeux. ces évêques furent natu- rellement maintenus sur leurs sièges.

par 1.PRINCIPAUX ÊVÊQUES DU NOUVEAU CLERGÉ. et sur les persécutions contre les assermentés VHistoii^e de l'Eglise de France sous la Révolution. la pas même une trace dans des le temps d'agitation et Claude Le Coz s'honora par courage. ni un orateur éloquent. et de Savines. et cependant devait déshonorer à jamais son stasie nom par la plus scandaleuse apo- ^ les Parmi membres de l'ancien clergé de France qui n'avaient : pas quitté leur siège. et par son dévouela ment à personne du roi. 169 Grégoire fut élu à Blois^ Claude Le Coz à le Rennes. Ce n'était au reste ni taillé un grand penseur. évêque de Viviers. . Le haut clergé constitutionnel s'était en général recruté d'hom- mes honorables. Il dement une avait la foi et Théroïsme. p. Sa nouvelle . par l'abbé Guettée. Au fond il était. évêque d'Orléans. Il défendit avec toute l'énergie d'une civile conviction sincère la constitution l'évêque de Lydda. l'Eglise le clergé constitutionnel le douzième volume de VHistoire de de France. c'était les du clergé. mais jamais un acte coupable. mais il com- avait cette bonté terne qui ne de laisse lutte. Lales insignifiants apologistes mourette avait marqué parmi du christianisme qui avaient essayé au dix-huitième siècle de battre l'opinion dominante. position était en parfait accord la avec ses convictions il nul n'était plus attaché à lui Révolution. ferme ni caractère. Voir sur Barruel. Quant à une de ces âmes sans consistance que révolutions ballottent à leur gré les algues. comme les vagues roulent comme nous le verrons. qu'il déploya dans défense des prêtres insermentés. Taimait avec une exaltation qui pouvait inspirer un lan- gage imprudent. L'évê- plus éminent était incontestablement Grégoire. Moïse dans département du Jura. ni devant les ses menaces et les promes- du despotisme. mais médiocres de que le position et de talent. plein de du clergé il scrupules à l'endroit de la constitution civile et l'un de ses défenseurs les moins convaincus. deux étaient obscurs et pauvres c'étaient de Jorente. 254-263. Talleyrand-Périgord . qui ne devait fléchir devant les saturnales san- glantes de la démagogie. mais il était soli- en quelque sorte dans ce roc avec lequel on construit société nouvelle. Lamourette à Lyon.

i70 PREMIÈRES MANIFESTATIONS DU NOUVEAU CLERGÉ. et Loménie de Brienne. Il comme ministre pour assurer tolérance aux protes- lui reprochait d'avoir restauré en partie le funeste Edit de Nantes. Ainsi le saint-siége demeurait l'apologiste de la persécution religieuse. Le nouvel évêque d'Auch se présenta à la barre de l'assemblée pour lui . jnais peu considérés Périgord . nominativement désigné mais il et con- damné dans le bref du 10 s'en souciait fort peu. Les premières manifestations publiques du clergé constitutionnel ne furent pas de nature à relever sa dignité. : deux étaient célèbres. au bertés de l'Eglise. On prétendait qu'au moment de parlait l'élection d'Expilly la le foudre avait grondé et que le ciel s'était soudain obscurci jour de son entrée à Quimper. homme politique bien plus qu'évéque qui allait bientôt rentrer dans la vie laïque pour y déployer des qualités peu compatibles avec sa première vocation. « disait le saint-père sont De des crimes détestables. firent Les élections aux évêchés et aux cures ne se il pas partout facilement. Le pape annonça qu'il l'acceptait dans un consistoire secret tenu le 26 septembre 1791. car la son ambition dépassait de beaucoup sphère ecclésiastique. Dans certaines paroisses fallut renouveler sept ou huit fois le scrutin. » Brienne ré- pondit en envoyant sa démission de cardinal. la lui répondit en termes sévères en Taccusant d'infliger à le pourpre romaine plus grand déshonneur possible par la prestation du serment tels actes. Après avoir énuméré les services rendus à l'Eglise par l'archevêque de Sens le saint-père passait en revue ses actes blâ- mables et n'hésitait pas à condamner en première ligne ce qu'il la avait fait tants. civique et la consécration de nouveaux évêques. Talleyrand avait été avril. le fanatisme répandait des bruits absurdes ou ridicules. c'étaient Talleyrand. On de morts subites nomet breuses parmi les insermentés. Le pape avait reçu de ce dernier une son adhésion à où faisait pressentir Il la constitution civile du clergé. Ceux-ci étaient de plus en plus pour les partisans de l'ancienne Eglise un objet d'horreur d'efïroi. qui avait été aussi léger comme ministre que lettre comme il prélat. Il moment même où il réclamait les li- n'était pas de plus sûr moyen de desservir sa cause.

« C'est maintenant. elle se termine par un hommage aux vertus domestiques de Mirabeau proclamé le Père de la nouvelle Eglise. Il 471 apporter son hommage ^ il prononça un discours violent contre poignards du sa con- clergé réfractaire où Il parlait des torches et des fanatisme. plus sacré que la loi de que c'est » manquer à la première que de ne pas obéir à César est à la seconde. à l'occail du rétablissement du grand homme auquel et cer canoniquement sur les bords fleuris de la Seine. il n'y a ni distinction. disait Téla loi divine rien n'est vêque. qu'un vénérable archevêque serait proscrit pour faire place à Gobel! Que brille le talent du grand homme que nous pleurons aujourd'hui rable ouvrage ! avec éclat dans cet admi- » A cette Il pensée la sensibilité de l'évêque ne con- naît plus de bornes. qu'après l'Etat. des évê! ques civiques. Seigneur. Ainsi tout ce qui est donné donné à Dieu. ça ira. avec la fade senti- mentalité qui était de mode partout où Téloquence était absente. duite et le terminait par une apologie pompeuse de une protestation d'attachement passionné à la constitu- tion civile du clergé. s'écriait-il. « Prêchons à notre troupeau. » « Qui eût jamais pensé. car c'est la main pure de Mirabeau qui l'a placé sur le siège de Paris. le ministère qu'il exerçait tristement sans gloire dans les roches et les neiges éternelles de la Suisse. . Cet incomparable morceau destiné à être en- 1.r le Il RIDICULE MANDEMENT DE GOBEL. » Rien de plus plat que la lettre de révêque de Paris au clergé constitutionnel et aux fidèles de son diocèse. ni réserve. et précise y était parlé de la morale pure de Dieu qui repousse les querelles religieuses. Elle est écrite dans le style du siècle. le La France avait trouvé du premier coup se surpassa modèle des fonctionnaires le religieux. le regrette amèrement de doit « d'exer- ne pouvoir chanter sion cantique national Ça ira. Gobel l'oc- lui-même dans mandement Il qu'il publia à casion de la mort de Mirabeau et où selon ses propres ex- pressions il épancha son âme ingénue. Séance du 17 mars 1791. que vous pouvez disposer de ma vie. une religion toute civique » Pour que rien ne manque au ridicule de cette pièce. « nous faut des prêtres civiques. s'é- crie-t-il avec componction.

applaudit et la droite La gauche demanda en l'impression de ces chefs-d'œuvre. D'ignobles caricatures les vraient au mépris public. puis tous prêtèrent le serment civique. Le grave Treilhard qui présidait le la séance répondit sur dit-il. leur tant de fois. district et : voyé dans chaque département. L'irritation populaire ne faisait que s'accroître contre les prêli- tres qui avaient refusé le serment. IX. Quelques mois plus tard Gobel une farce ridicule qui mêlait le carnaval aux cérémo- nies les plus saintes de TEglise. Des enfants qui avaient fait leur première communion entre ses mains avaient été promenés dans Paris avec grand fracas. Quelques cou- 1.172 IRRITATION DU PEUPLE DE PARIS CONTRE LES INSERMENTÉS. On peut présidait se figurer Teffet que produisait un tel langage sur les adhérents de Tancien clergé. Décidément le clergé constitutionnel était mal repré- senté au centre des lumières. cette vérité sublime répétée le mais en vain. 402. par Voltaire. chaque chaque sec- tion est signé par l'évêque et par son secrétaire Courte-Queue^. Bûchez et Roux. n'avait dans croyance. quand il s'agit de la patrie et les glaces de la vieillesse se » fondent et s'animent pour la défense de l'empire. Leur orateur récita en leur cours sottement nom un dispompeux où il acclama la Révolution et demanda la que ces enfants de en chœur rehgion pussent devenir les enfants de la patrie par l'adoption de l'Assemblée nationale. Les la fêtes de Pâques qui devaient poser la devant visait le conscience de chaque fidèle grande question qui di- pays enflammèrent les passions de la foule. » Gobel. s'ensuivit une dispute des plus orageuses où l'on fut bien près de passer des gros mots aux gourmades. Il de mascarade la scène qui venait de se passer. « Vous avez mis règne des desla faisait-on dire. Sur quoi traitant éclata rires ironiques. p. î . même ton : « Il n'existe plus d'enfance. On présenta ces intéressants néo- phytes à l'Assemblée. : ils avaient rendu compte des principes qu'on leur enseignait au grand jour. on pas beaucoup de chemin à faire pour inaugurer le culte de la Raison. sous n'est pas potes : a La vertu des humains le voit. Au club des Jacobins. Histoire parlementaire. digne conclusion de l'exposition des communiants de Gobel.

X. i73 vents non supprimés avaient été Tobjet d'indignes violences au commencement du mois avaient été d'avril sous prétexte que les offices y avaient été célébrés par des prêtres réfractaires^ Des religieuses fustigées en public. Dans n'était pas moindre. Barruel. Histoire parlementaire. à la condition de placer sur la porte extérieure du temple une inscription pour le indiquer son usage et distinguer des églises était appartenant à la nation. . On savait 1. En Champagne devant l'autel au un curé il fut tué d^un coup de fusil moment où expliquait son refus de serment^. ne servait à rien au roi d'avoir sanctionné les décrets. Déjà la majeure partie du haut clergé avait émigré. On les craignait sans doute qu'elle la résistance ne contînt quelque appel dé- tourné à départements l'agitation la prestation ou quelque provocation à l'émeute. L'autorisation du département le déclarée néces- saire pour cette inscription pendant cours de l'année 1791. p. Les jours mardu serment l'heure le qués pour étaient des jours terribles. Ces troubles moti- vèrent un arrêté de la direction du département de la Seine portant que les temples qui ne seraient pas reconnus nécessaires au culte constitutionnel seraient vendus et affectés par les acquéreurs aux usages qui leur conviendraient. la force Les magistrats en écharpe et suivis de daient dans les églises à armée se ren- du service et s'efTorçaient souvent d'obtenir de gré ou de force serment civique. 44. La municipalité dut fin faire affi- cher une proclamation pour mettre offensaient autant la à ces scènes hideuses qui la liberté. %. mais de là agissaient avec d'autant plus d'ardeur sur leurs anciens diocèses et ployaient tous les Il em- moyens pour stimuler l'esprit de résistance. Bûchez et Roux.ARRÊTÉ DU DIRECTOIRE SDR LES TEMPLES DES DISSIDENTS. p. Moniteur du 10 avril 1791. 11 fut clairement sti- pulé que les particuliers seraient libres d'affecter tel ou tel édifice religieux à la célébration d'un culte quelconque. 197. 2. La plupart ils des évêques avaient passé à l'étranger. tout pudeur publique que aux en promettant que des mesures seraient prises pour que les églises de l'Etat fussent interdites réfractaires^.

Et cependant une émeute populaire Tempêcha de faire ses le rendre à Saint-Cloud pour pâques. Gomme le il ne donnait aucun éclat à ses sentiments particuliers. au dans sa maison la loi. qu'il a des fonctions publiques qui sont même la reçu aujourd'hui la communion loi. Paix liberté. » On s'imaginait Il le roi partait le pour rejoindre les évêquesréfractaires. droit d'une mi- norité dont il détestait les Malheureusement sous 1. Le directoire avait accepté l'affiche suivante Edifice consacré au culte reliet gieux par une société particulière. je ne sois pas libre moi-même ^ Se fondant sur l'arrêté du directoire du département qui per- mettait la location des édifices religieux pour un culte quel- conque. car de maintenir principes. mais la fallait fermer yeux sur conduite privée du roi. .474 LE ROI EMPECHE DE SE RENDRE il A SAINT-CLOUD. et scandale des Français et de interdites par elle. sur la dénonciation à elle faite que le premier fonction- naire public de la nation souffre et taires se retirent permet que des prêtres réfracy exercent pubhquement. Il plus sage eût été de les respecter. eût été officiel il difficile sans doute de reconnaître avait refusé les comme chapelain un prélat qui de se soumettre au serment. la liberté qu'après avoir donné » à la nation. moment. dont il trouva plus prudent ou plus «Il est étonnant. avait dit habile de ne pas user pour le le roi. et ne pas gêner sa liberté se individuelle. Mémoires de Ferrières. elle dé- nonce aux représentants de nation ce premier sujet de la comme que rendre réfractaire aux lois constitutionnelles. dut se 17 avril au sein de l'Assemblée pour y faire reconnaître sa liberté d'aller et de venir. p. 272. pascale et entendu la messe d'un des prêtres réfractaires. Elle avait été profait voquée par une placarder le affiche que club des cordeliers avait dimanche 27 avril et qui était ainsi conçue : «La société. quelques citoyens avaient loué l'église des Théatins pour l'ouvrir à des prêtres non : assermentés. II. Le peuple de Paris avait une il belle occasion de s'agissait montrer son respect pour le la liberté. qu'au fond n^avait pas cédé et les que sa piété scrupuleuse s'alar- mait de recevoir sacrements d'un prêtre constitutionnel.

Ils s'y deux jours. décidée à ne laisser entrer personne parti à à faire un mauvais glise. Le jour même où devait pour première fois se célébrer le culte des catholiques injurieuse et tionnait non assermentés une et affiche menaçante fut placardée sur la porte. quiconque voudrait franchir le seuil de Féla Des ordres avaient bien été donnés à un détachement de ils garde nationale. III. à l'exemple des Etats-Unis. ne la retira que sur l'assurance qui donnée qu'aucune tentative semblable ne serait renouvelée. . Ainsi la plus précieuse des libertés était outrageu- sement violée à l'affiche la première occasion. écrit le général à l'occasion de ces événements. il sut respecter en lui le droit de la conscience et autorisa les réfractaires à ouvrir le une chapâques pelle dans son propre hôtel ^ Quand le peuple s'assembla tufaire ses multueusement pour empêcher à Saint-Gloud. p. (( eût souhaité pour la France le même de régime. « De- leur culte malgré l'opposition du peuple. 'excitation 475 de la presse et des clubs il était incapable de contenir la ses passions. et ses chaque société entretenir son temple ministres fut repoussé de tous côtés ^ » Bien que très hostile au parti du haut clergé il . il roi d'aller donna dans la sa démission tant cette atteinte à la liberté religieuse Il personne du prince lui fut Il lui parut odieuse. 172. protégea énergique- ment puis les insermentés des Théatins et les suppHa de célébrer refusèrent. Il avait vu fonctionner en Amérique il la liberté religieuse la plus étendue. III. idem. 39. p. réglementaire n'avait pas été placardée en temps les affiches il Avant toutes y avait le glorieux frontispice de la Constitution^ la déclaration des droits qui n'était plus qu'une lettre morte ou un chiffon de papier si elle ne devait protéger de la que le fort et abandonner le faible à l'oppression plèbe. laisser.. mais étaient si ambigus que les gardes natiole naux n'imaginèrent pas qu'ils dussent protéger droit des catholiques. Mémoires de Lafayette. En vain on prétendait que utile. Mémoires de Lafayette. i. Le rôle de La Fayette dans ces circonstances fut très honorable. p. la foule sta- dans la rue^. 60 .ÉMEUTE CONTRE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE. Le remède proposé^ lisons-nous dans ses Mémoires. 1.

conclusions théoriques furent dans le sens de mais c'était une liberté bien chimérique tant qu'elle était livrée k tous les caprices de l'émeute. » L'affaire très fut portée devant l'Assemblée et donna lieu à un les beau débat dont la liberté. Le directoire avait interdit toute fonction ecclésiastique dans les églises paroissiales la à d'autres prêtres qu'aux prêtres salariés par nation et no- minativement attachés à licence particulière de ladite église ou autorisés par une d'édifices était reli- l'évêque. par une municipalité un empiétement d'après elle. Treilhard et Camus le 1 réclamèrent vivement en faveur des prêtres assermentés J . certaines formalités. son droit. La location gieux pour risée tes la célébration d'un culte quelconque auto- moyennant les . Ce débat fut provoqué par le directoire lui-même qui avait protesté par une proclamation très nette contre l'atteinte qui venait d'être portée à la liberté religieuse. à part les claula déjà mentionnées portait que église paroissiale la municipalité nommerait public sous le pour chaque un officier nom de de préposé qui aurait l'Assemblée crut voir garde de l'édifice. faire un acte législatif. ma vie dans les discussions et les arrangements qui ont rapport au plein et immédiat maintien de la liberté religieuse. les chapelles dissidenmultiplier une fois ne pouvaient donc manquer de se temples de rien n'était C'est ce la nation que étaient fermés au clergé inser- menté mieux fait pour hâter la constitution les du schisme. Mais ce n'est pas sur ce point que la discussion porta surtout. L'Assemblée mettre en discussion l'arrêté qui avait réglé l'exercice commença par du culte dans ses les divers édifices religieux. J'ai la que airs garde nationale était un instrument qui n'^en jouerait tous les le clavier qu'on voudrait pourvu qu'on changeât pas qui était la déclaration des droits. Les vrais aristocrates ont de Thumeur parce que nous séparons la religion lait de leur opposition. que redoutaient par-dessus tout la pre- miers auteurs de constitution civile. Le comité ecclésiastique me pardit aujourd'hui de précautions contre les réfractaires. Une fraction ofiice dans cette création d'un svir public c'était.176 je passe NOBLE ATTITUDE DE LA FAYETTE. Cet arrêté.

» Treilhard voulait cinsi en quelque mesure l'unité religieuse. le résulterait de cet arrêté.NOUVEAUX DÉBATS SUR LA LIBERTÉ DES CULTES. L'Assemblée après une discussion orageuse. droit 177 de célébrer la messe dans tous les temples. Il décret du directoire du département de s'efforça de . mais n'entraînait point par les la perte « des droits généraux conférés ordres sacrés. Sans doute les la liberté d'avoir des édifices religieux le directoire mesures de police auxquelles soumettait l'ouverture des nouveaux lieux de culte étaient regrettables. L'occasion première de ce nouveau débat fut senté par Talleyrand au le rapport préle nom du comité de Constitution sur la Seine. Ils se fondaient sur ce que le refus de serment impliquait seulement la perte de la fonction officielle et du salaire. ment les vrais principes en ce qui concerne Mirabeau n'était plus là pour soutenir de sa puissante voix une cause qu'il avait illustrée par quelques-uns des plus magnifiques élans de son éloquence. Les uns et les autres ont le droit d'exercer partout les fonctions ecclésiastiques. Aussi. aigrie par les violentes tirades de Maury qui ne parla jamais avec moins de dignité. elle serait schismatique. Vous n'auriez qu'un seul culte payé par la nation. mais le droit demeurait intact. après l'émeute qui la ferma. et c'est la solution législative ques- conformément à ses prescriptions que l'église des Théatins avait été ouverte par des prêtres insermentés. qui étaient fonction- naires publics et qui ont refusé le serment. disait Treilhard. Les ecclésiastiques. apparent qu'on eut accordé aux prêtres insermentés de célébrer le service divin dans les églises officielles eût été un motif pour leur refuser k eux. ces prêtres eurent-ils pour princiet Sieyès. le Ce qu'il demandait était irréalisable. . sont devenus seule- ment des conservé Il ecclésiastiques ordinaires. que contre vœu de la nation. renvoya l'arrêté directoire au comité de constitution. mais il n'en du demeura pas de la moins en vigueur en attendant tion. sans provoquer des luttes scandaleuses. mais rétablir il y aurait un autre culte. comme prouva Sieyès dans une se rencontrer forte réplique les deux clergés ne pouvaient au pied des le droit mêmes autels. qui établirent la liberté paux défenseurs Talleyrand admirabledes cultes.

Talleyrand exprimait regret qu'on . a disait-il. si bien sa que le roi lui-même conservait la pleine indépendance de conscience. C'est le respect pour les consciences que nous voulons consacrer. de conscience. entière. la disposition. concilier dans son discours les festées à deux opinions qui s'étaient mani- TAssemblée . Non-seulement elle impliquait qu'aucune condition religieuse ne serait rattachée à l'exercice des fonctions civiles depuis les plus humbles jusqu'aux plus élevées. temps que que cette liberté d'opinion ne fait pas en vain partie de la déclaration des droits. le et de donner raison aussi bien à ceux qui fût pas voulaient que refus du serment ne un titre d'eyxlusion pour la célébration des offices sacrés dans les églises de FEtat le directoire qu'à ceux qui avec voulaient que le libre exercice du culte fût accordé aux prêtres dissidents. car l'émeute qui avait fermé glise des Théatins montrait combien le II peuple est était encore étranl'on sache. » L'orateur écartait. de là suit évidemment liberté des cultes. sans quoi mentila éternellement à sa conscience. » Talleyrand établissait que cette liberté d'opinion était illusoire si elle pas respectée en dehors du culte officiel. que c'est une liberté pleine. la religion C'est le triomphe de véritable que nous croyons assurer en ne laissant autour d'elle que des sion. ger à cette première des libertés. » concur- rence de ses Passant aux faits déplorables qui venaient le de s'accomplir à Paris. ils dans un édifice dont auraient acquis lois. aux yeux de ses semblables d'avoir une il opinion religieuse différente de celles des autres. mais encore « qu'il serait permis à tous particuliers de se réunir.178 DISCOURS DE TALLEYRAND. avec le sophisme si souvent usité qui réduit la liberté des cultes à libre à la liberté intérieure disait-il. C'est sur ce point l'é- surtout que Talleyrand insista. Et ici le qu'on ne pense pas que nous combattons fanatisme pour y substituer une coupable indifférence. qu'il lui est rait est clair il également libre de la manifester. pour la célébration d'un culte religieux quelconque. à la charge de se soumettre aux indignation . et moyens de persuala en montrant qu'elle n'a rien à redouter de rivales. réelle une propriété non moins sacrée que toutes n'était les autres à qui toute protection est due. « S'il doit être chacun.

alors que le monde entier avait les yeux ouverts sur la capitale des Français pour recevoir d'elle l'exemple de la force qui se modère et de la justice qui fait respecter les droits de tous. ajoutait-il. et licane. sans cela la liberté religieuse n^est qu'un vain nom. . non assermentés que l'Edit pro- La révocation de de Nantes avait été provoquée avec toutes ses suites sanglantes précisément par ceux qui ne voulaient pas deux cultes et deux autels. » . celle des aussi bien celle des catholiques testants. ne fallait pas leur faire violence par amour pour la liberté. ces scrupules existaient. le que ceux qui le penseront ou même qui ne penseront pas puissent sans crainte dire que nous si sommes d'ailleurs schismatiques cela leur convient. « qu'il faut respecter jusque dans ses plus ardents adversaires. n'eût pas préparé le peuple 179 au respect de la liberté religieuse par une proclamation explicite des grands principes inscrits dans la déclaration des droits. avoir La persécution devait pour effet inévitable de fortifier le mouvement il qu^'on re- doutait.FERMETÉ DE SES CONCLUSIONS. Mais surtout fallait bien prendre garde de souiller par l'intolérance les premiers moments de la liberté. Disons que cette liberté ajoutée à tant d'autres est un de ces grands l'hommage bienfaits par lesquels notre Constitution s'affermira tous les jours davantage. que tout autre culte . et la reconnaissance ou du genre humain. jetait un blâme sévère sur les les violences d'une multitude égarée. par conséquent. et qui lui vaudra. que c'était sortir des nobles traditions de l'Eglise gall'Eglise qu'ils que de soumettre l'organisation politique de de France au jugement du pape. car l'espoir du martyre donne toujours une nouvelle « force aux opinions religieuses. il faut. tout vains fussent. soit soit aussi libre que diffère ou non du nôtre. mais enfin. et en montrant ce qu^'aurait il dû être cette proclamation. La liberté religieuse n'avait aucun sens si elle ne protégeait toutes opinions dissidentes. que il le culte qu'ils désirent célébrer à part. tôt tard. » « Il faut. » Talleyrand déclarait hautement que pour lui les scru- pules des prêtres qui refusaient le serment n^avaient aucun motif sérieux. on justifie toutes les persécutions quelconques. On re- devient un peuple intolérant. Il ils troublaient les consciences.

MÊME CAUSE. disait-il en posant la question avec sa netteté . Est-ce qu'une liberté peut être en principes sans être en conséquences? Et de quoi jouiront libres si les citoyens. et sans armes Nous dit à ne connaissons point cette tous : L'Assemblée nationale a Vous ne serez point inquiétés dans vos opinions religieu- ses. L'abbé Sieyès veloppa les au nom du la directoire dé- mêmes principes avec la précision et la fermeté de sa parole en en dirigeant nistes la pointe acérée contre les jansé- de TAssemblée. c'est-à-dire . Voilà donc. répondait Sieyès. mais de là à l'exercer publi- quement il y a un intervalle immense à franchir et c'est aux légis- lateurs à régler la pratique de ce droit. mais seulement dans est seul l'esprit. «Mais. quand vous leur dites qu'ils sont ce n'est des conséquences de cette liberté. comptez qu'elle sera efiicacement protégée. et refusait nom de peuple à ces attroupela ments malfaisants qui avaient menacé (c liberté religieuse. Dirons- nous que les opinions sont libres. seulement quand on sonnes ? ou qu'on fait n'est que peu de per- Mais qu'aurait donc existait de plus l'Assemblée nationale ? que ce qui sous l'ancien régime » Sieyès s'attaquait à l'une des objections les plus fréquentes faites au plein exercice de la liberté religieuse à celle que. entre l'Assemblée nationale qui reconnaît la liberté religieuse et les citoyens qui en conséquence se mettent en jouissance de cette liberté. La liberté religieuse a été reconnue. pour la honte de l'esprit hu- main. où est l'intervalle la à remplir? Pouvez-vous dire la qu'en promulguant de principe de manière plus solennelle le grand la liberté religieuse votre intention véritable était qu'on devait s'en priver jusqu'à nouvel ordre.J80 SIEYÈS DÉFEND LA . ou plutôt de l'esprit français si lent à s'éclairer sur ce point. accoutumée fende les des citoyens troublés dans leur réunion . d'ailleurs ces assemblées sont paisibles loi. 11 qualifiait le sévèrement les violences de multitude. cette réunion a un objet religieux assemblées mais existe-t-il une loi qui délorsque ? qui ont un objet religieux. du département . on a ramenée plus d'une ciaires fois de nos jours dans les débats judi- ou parlementaires. disait-on en 1791 comme en 1864. vous n'êtes soumis qu'à la loi. Votre liberté vous est ^ garantie. .

le ne permette plus d'ambiguïté. elle ne vaut pas la Révolution. Alors qu'on ne qu'on fasse une loi parle plus de scription qui liberté religieuse et de proloi. 481 des applications du principe ? La liberté ne serait donc qu'un dépôt d'abstractions dont le législateur se serait réservé la clef. D'ailleurs ces périls s'accroissent l'on fait selle. Il eut même l'appa- rence de refuser le la liberté religieuse aux insermentés. parce qu'il mérite d'être relu dans tous les parquets de l'empire. tant de millions. quelques parcelles propres aux circonstances. Sieyès répondait que toute liberté offre les mêmes dan- gers. attentatoire directoire la re- poussera comme aux droits primordiaux inscrits dans la déclaration des droits. de tous les efforts que dans l'Assemblée pour s'opposer à une tolérance univer- Cette tolérance universelle. — la Cette comité ecclésiastique aura beau sortir préparer . » Un curé démisfait sionnaire montra ce qu'on pouvait attendre de son parti en . selon ses propres funeste décret du serment eût déjà expressions. » mêmes qu'elle avait reconnus dans sa déclaration des Lanjuinais. et à son gré. Sieyès demandait « que l'Assemblée nationale déclarât l'arrêt : que les principes de liberté religieuse qui avaient dicté du 11 avril du directoire de Paris étaient les droits.IL ÉCARTE TOUS LES SOPHISMES. «tant de larmes. elle « aura beau qui semble de l'initiative de cette partie du comité n'avoir vu dans la Révolution qu'une superbe occasion de faire » le l'apothéose des mânes de Port-Royal. tant d'inquiétudes. mais on res- la refuse. tant d'angoisses à l'Assemblée. qui devait s'illustrer plus tard par sa défense cou- rageuse des grands principes de justice et de liberté. dès qu'on est en présence du culte dont l'exercice libre blesse les opinions du moment. Si telle est la liberté qu'on veut nous donner. » A ceux qui objectaient que la liberté religieuse est pleine de périls parce qu'elle agite les esprits. pour n'en laisser sortir que peu à peu. tant de peines. prit cette fois la question par le petit côté et insista sur l'incompétence tels du directoire pour prendre de arrêtés. bien que coûté. aux on cultes auxquels on est indifférent. Comme conclusion à cet admi- rable discours dont nous avons voulu donner une idée com- plète. on en veut bien tant qu'elle la profite treint.

.. Quiconque ne l'admet pas avec toutes ses conséquences et la distingue de la pleine liberté du culte ne peut plus les invoquer que par dérision. Fuyez les contrées jadis chrétiennes où l'on adore maintenant le dieu Baal. protesta sur le ton de la plus véhémente indignation contre un décret qui éta* blissait pour tous les cultes le droit Il il de louer les anciens édifices religieux disponibles.. de sagesse politique^ car au lieu d'accepter avec reconnaissance il la liberté protectrice que le directoire lui offrait. traversez les monts.. les conclusions du rapport de Talleyrand et du discours de Sieyès furent votées à une grande majorité. Fuyez. Malgré la belle discussion l'église du les mois de mai. prêtres insermentés était envahie le 2 juin les fidèles et détruisait l'autel. voulait bien la liberté pour lui. mais dans le sol n'en demeure pas moins comme un roc de enraciné l'édifice pour être l'une des pierres angulaires définitive. Il terne peu pour agir sur les masses y réclamait dans un langage le respect de la con- science et condamnait le fanatisme sous la bannière de la Révolu- i . par-dessus tout.482 l'agitation religieuse s'accroît. Malheureuse- ment flot il allait en être de ce droit allait comme de tous les autres. Les principes de 1789 étaient ainsi fixés et interprétés souverainement par l'Assemblée nationale sur l'article fonda- mental de la liberté religieuse. la justice modération et la de ses adversaires. des Théatins à peine rouverte par . fuyez. Lafayette la foule en chassait dut venir en personne apaiser l'émeute. le révolutionnaire il passer sur lui et le couvrir de son écume. mais rires non pour les autres. et mérita d'être interrompu par les il ironiques de l'Assemblée quand s'écria avec l'accent d'un prod'é- phète indigné tablir : «Voilà le la moment arrivé î on vous propose l'abomination de si désolation dans le lieu saint. et Bailly écrivit au lettre nom de la la municipalité une de remercîment au bataillon de main-forte à fait garde nationale qui avait prêté la loi. aux jours de sa construction On put néanmoins s'apercevoir promptement à quel point l'Assemblée nationale était en avant du peuple de Paris sur lequel elle s'était tant de fois appuyée. » Malgré cette intem- pestive sortie et l'abstention de la droite qui montrait clairement cette fois qu'elle redoutait.

fut un nouveau défi de France révolutionnaire à la France catholique. 71. Bajrruel. l'agitation le dans l'Anjou et et des esprits ne fut pas moins grande. . archevêque de Rouen. ils ils s'en sont trop servis pour gré.b sions la TRANSLATION DES GENDRES DE VOLTAIRE AU PANTHÉON. fut accusé d'avoir interdit quelques prêtres de son diocèse pour avoir prêté le serment. où le il est facile de réveiller le fanatisme^ qui résiste. il fut décidé qu'il n'y avait pas lieu 1. obtint la rétractation d'un prêtre exil la résistance jureur^ et il ne cessa de diriger du fond de son le Finistère^ aux décrets de l'Assemblée ^ Dans le Maine. De grands trou- bles éclatent dans la Côte-d'Or et le Pas-de-Calais. Le second fesseur prit . D'ailleurs les partagent plus ou moins. tout en respectant et c'est liberté religieuse l'irritation en principe. Celle-ci grandit à où les la réaction tous les jours.. Histoire de l'Eglise de France sous la Révolution. Ainsi quand cardinal de la Rochefoucauld. au tribunal de Castillon d'un ancien con- sa fermeté fut très admirée 11 une influence ex- traordinaire sur son clergé. Les hommes de 1789 les arrêter à leur sont de plus en plus impuissants dans leur résistance aux pas- du peuple . plusieurs prêtres furent incar- cérés quelques jours. voir trop tôt quel hen secret unit des bornes de au despotisme cependant la majorité de l'Assemblée avait l'intention visible la de ne pas le sortir modération. la fréquentes à cette époque. La translation des cendres de Voltaire au Panthéon opérée avec ce mélange de si pompe théâtrale et de sensiblerie niaise. Un des motifs allégués par l'Assemblée pour décerner ces suprêmes honneurs à Voltaire était qu'il avait préparé la nation à la liberté. Ce n'est pas Midi catholique. jette avec effort qu'ils résistent cléricale. Les évêques de Gap et de Senez résistèrent avec courage à toutes les som- mations d'obéir à une loi qui blessait leur l'attitude et eut conscience. l'irréligion On allait . p. Elle se propage surface comme un seulement incendie sur toute le la du si pays. D'autres furent sous le moindre prétexte privés de leurs pensions ecclésiastiques. dans premier de ces départements. 183 tien aussi bien que sous celle de TEglise. c'est aussi Nord plus calme^ mais aussi plus énergique.

* . Dans la séance du 9 juin Thouret pro- posa de défendre. les muftis d'instruire les vrais croyants dans leur culte. celle-ci est coupable. Il est vrai que le vote fut la motivé quelques jours après sur ce que chefoucauld avait écrit sa connaissance de la le cardinal de Ro- lettre avant d'avoir eu officiellement nomination du nouvel évêque constitutionnel de Rouen. Le ministre de rieur leur écrivit une lettre sensée.18i FIN DE l'assemblée CONSTITUANTE. Le directoire le prit leur défense il mais tout en leur laissant soin des malades leur interdit l'enseil'in- gnement qui t était une fonction publique. Le bref du 10 mars été suivi de plusieurs autres qui circulaient en France et ra- nimaient la résistance. sous peine de dégradation civique. suivie dans cette marche par quelques administrations départementales. où il leur demandait de 1. La tyrannie Cette portion commence est là où le corps législatif dit : du culte légitime. Elle se maintenait ainsi dans sa ligne de modération. car elle interdisait absolument la manifestation des pensées de tout un parti sous leur forme la plus solennelle. Des sœurs de charité avaient manifesté quelque opposition au nouveau régime. dans les avait le département de la Côte-d'Or. menacées. l'Assemblée et promulgué par Cette proposition dans sa généralité allait jusqu'à suspendre la liberté de la presse. dit-il. de publier aucun acte de la cour de Rome le qui ne serait pas véritié par roi. pouvez empêcher vous avez des mosquées. délit C'était annoncer à la nation qu'à l'avenir aucun avait de ce genre ne passerait impuni. à le décréter d'accusation après un débat court mais vif dans lequel Gazalès supplia l'Assemblée de ne pas faire le premier pas dans la voie de la persécution. fois comme simples documents. Malouet professa cette le le libéralisme « Si plus élevé au milieu des murmures vous ne de l'Assemblée. I . Regnault de Saint-Jean d'Angely observa avec raison que ce qu'on pouvait empêcher mais non encore c'était la publication des bulles à titre de lois du pays. » L'Assemblée décida que serait limitée l'interdiction proposée par Thouret aux ecclésiastiques fonctionnaires publics. Séance du 8 juin 1791. le peuple .

cléricale ait excité Il » Ainsi s'accusait l'alliance entre la contre-révolu- n'est pas étonnant que l'opposition plus d'inquiétude et de colère à partir du jour où la le roi fugitif avait ouvertement épousé sa cause devant France et l'étranger. Monilenr (\\\ 22 Juin. se leva aussitôt et salua Maury ironiquement l'Assemblée en se retirant. 2. la liberté et pré- du peuple. les affaires ecclésiastiques dans un rapport alarmant sur senté le A août. sous peine d'emprisonnement et de privation de traitement. il Le moment fallait n'était pas encore venu pour de telles mesures. la mênrie liberté qu'elles récla- maient pour elles-mêmes La fuite du roi arrivée à la fin de juin rendit la modération impossible. le roi se disposait à Saint-Cloud. invoqua le salut d'Etat démocratique. Moniteur du 17 juin 1791. attendre une nouvelle législature.LA FUITE DE VARENNES rRÉCiriTE LA CBISE. Ensuite a été obligé lettre d'ordonner Téloignement de son chapitre. laisser à 485 ceux qu'elles soignaient *. à s'éloigner à trente lieues de ces départements. on pour l'arrêter du respect qu'on il connaît pour la religion de ses pères. s'est servi disait-il. On remarqua beaucoup dans départ à la le manifeste destiné à expliquer son il la nation française l'insistance avec laquelle rappelait pression c( qui avait été exercée sur lui dans les affaires reli- gieuses. aller à lui Au sortir de sa maladie. C'était ouvrir l'ère de proscription en masse. Un député obscur nommé Legrand. particu- moment. les passions révolutionnaires devinrent irrésistibles. . Il osa proposer devant cette grande Assemblée qui avait voté les droits de l'homme de contraindre tous et les prêtres inser- mentés des départements du Nord lièrement agités à ce du Pas-de-Calais. à la messe du nouveau curé de Saint-Germain-l'Auxerrois de plus en plus pour l'Assemblée tion et le clergé insermenté. c'est-à-dire la raison pour suspendre ainsi la les lois de la justice et de pour écraser résistance du clergé réfrac- taire. les hommes de 1789 l'en- ne pouvaient se déjuger d'une manière aussi inique malgré traînement de leurs passions et la pression des fureurs popu- 1. d'approuver la du ministre aux puissances étrangères et d'aller '^.

Assaillie de de toute sorte. poussée par un peuple ignorant.486 laires. mais pour être singulièrement aggravée. La proposition de Legrand fut renvoyée au comité ecclé- siastique et à celui des recherches. Elle ne devait reparaître que sous la Législative. faut aussi convenir que la sagesse les provocations et les menées de la droite rendaient bien avait difficile. La Constituante guait également devait réaliser utiles. Mirabeau. élevât un édifice durable car elle faisait trop souvent des lois comme on élève des batteries contre des ennemis d'un jour. sous ardentes. Les vrais constitutionnels. placée en face d'une royauté dont elle se défiait. Dans de telles circonstances l'école de Rousseau beau jeu avec ses principes absolus. Ne soyons une pas injustes envers grande Assemblée qui dans société pleine d'abus et de préjugés eut à poser les assises difficultés d'un ordre nouveau. auquel on adjoignit le comité de Constitution. qui au fond pensait comme eux. JUGEMENT FINAL SUR LA CONSTITUANTE. devait racheter ses Il discours raisonnables par des fougues de tribun. On se contenta d'admettre le principe sur la proposi- tion de Bailly et de la municipalité de Paris*. Le dernier jour de septembre 1791. elle Il feu des luttes les plus n'était pas possible que dans de telles conditions . elle devait toucher à toutes les questions à les résoudre sous l'aiguillon le des plus pressantes nécessités. lui lé- une mesure qui n'était qu'ébauchée^ mais qui une des réformes les plus libérales et les plus civils et religieux. mais las de son joug et impatient de coursi ber ceux qui l'avaient longtemps écrasé. ceux qui voulaient maintenir la liberté et le pouvoir et rattacher l'avenir au passé n'a- vaient aucune chance de réussir dans une crise aussi violente. ses théories hardies. . Mai 1791. la Constituante transmettait ses pouvoirs à cette orageuse Législative qui devait emporter la monarchie et fonder la République sur les ruines la de la liberté. en proie à des passions contraires qui s'exaspéraient mutuellement. la liberté religieuse était sans garantie. la fois . son fracas démocratique qui permettait les mesures 1. C'était la séparation des actes Tant qu'elle n'était pas exécutée.

. entraîna l'Assemblée à ses plus grandes fautes la liberté reli- en matière ecclésiastique. avait animé cette grande Assemblée. elle a tout entrevu et rien ne remplacera jamais l'a flamme patriotique qui dans son œuvre ses erreurs dévorée. C'est ainsi que. mais le peuple n'en voulait pas et disparaître dans la tempête qui grondait déjà et devait emporter le trône et l'autel. elle porta la contrainte jusque dans la conscience. car a tout la compromis. Un crible terrible allait d'ailleurs séparer Ti vraie du bon grain. arbitraires et sa lité . C'est à elle en définitive que se rattachera toujours tout développement de si elle la liberté dans ce pays. la vieille idole de l'Etat avait été replacée sur l'au tel par des législateurs qui se croyaient de hardis novateurs et qui ressusciIls taient les prétentions les plus usées de l'ancienne monarchie. Après avoir restreint gieuse dans la déclaration des droits. mêlé sans doute à d'impru- dentes colères. Alliée au jansénisme gallican. malgré un incomparable clergé fonction- discours de Mirabeau^ la Constituante eut le tort de voter le régime du naire. Elle salaire des cultes et d'organiser un chercha à assujettir ce clergé au gouvernement parla constitution civile et par le serment. Un généreux enthousiasme.JUGEMENT FINAL SUR LA CONSTITUANTE. 187 tendance si marquée à sacrifier la liberté à l'égaet Bien que contenue par Técole anglaise par les talents supérieurs de ses opposants^ elle contribua largement à pousser la Révolution aux extrêmes et à ôter de la machine gouverneincapable de mentale les contre-poids sans lesquels la liberté est résister à Temportement des elle passions. dans le temple même de la liberté. avaient au moins proclamé la liberté de conscience en dehors elle allait des cultes officiels. Cependant de grands droits avaient été invo- qués. La démonstration de sur les rapports des deux puissances devait promptement résulter avec une implacable évidence des conflits qu'elle avait préparés.

I .

mais déclaration des droits était un la frein bien insuffisant lutte religieuse. la annuler pour un temps précieuses conquêtes de Révo- . La funeste théorie du salut public. Cependant les hommes de d789. lutte religieuse sous l'Assemblée législative. qui est comme allait l'indulgence plénière de la politique. ne pouvaient se contredire au point de suspendre ouverte- ment la hberté des cultes. Ils devaient la défendre danslesquelques rares positions qu'ils avaient conservées au directoire de Paris et dans l'Assemblée législative où ils ne formaient plus qu'une mi- norité infime.LIVRE II LA LÉGISLATTVT. elle n'avait que trop subi ttuence de la passion populaire et elle avait contribué à la déchaî- ner par ses mesures les plus fâcheuses. ET LA CONVENTION JUSQU'A LA PROCLAMATION DE LA SÉPARATION DE L^ÉGLÎSE ET DE L'ÉTAT. La Constituante la avait maintenu jusqu'au bout la le principe de liberté de conscience. plus funeste encore dans les sociétés démocratiques que dans les plus la monarchie absolue. CHAPITRE La I". pour contenir un pays bouleversé par Que pouvait l'idée abstraite contre la passion si la frémissante? N'oublions pas d'ailleurs que Constituante était l'in- demeurée fidèle à l'idée libérale. mais leur résistance ne devait être ni bien longue ni bien efficace.

C'est qu'au fond la Législative s'agissait moins pour de gouverner et de fonder que de combattre et de la détruire. car elles duraient . et devait précipiter de son poids inerte la marche des violents. Poussée par sa propre inclination sur cette elle n'avait pente de l'arbitraire démocratique. pour la retenir ni l'ascendant des grands orateurs et des grands politiques constitutionnel qu'une avait ni du parti mesure imprudente de les plus la Constituante mis à l'écart pour les remplacer par des hommes médiocres. tribune le livre delà jour où Tarchiviste français. La royauté chancelante et hésitante passait des concessions arrachées à sa faiblesse à des résistances qui ne servaient qu'à ses adversaires.190 lution. On vit bientôt ce le valaient ces nellement exprimés. qui s'étaient signalés par leur ardeur révolutionnaire et que leurs fonctions administratives avaient mis aux prises avec la réaction dans les départements. car avilir c'était la une royauté fait. siégeait et Au côté droit convic- précisément ce fantôme de la Constituante sans influence et sans presque sans talent. DISPOSITION DE LA NOUVELLE ASSEMBLÉE. Des mains violentes Montesquieu sur se préparaient à jeter le voile dont la statue avait parlé de la Liberté^ bien qu'elle piédestal vînt à peine d'être mise sur son piédestal. était l'Assemblée législative dès ses débuts témoignait au une violation de déjà rendue si l'esprit la Constitution. Les autres articles de la Constitution il pas être plus respectés. droite une compacte opposant grands noms et les plus hautes positions du pays aux mesures radicales. Elle avait reçu des passions elle était la fille le redoutable mandat d'abattre tout ce qui la résistance reli- faisait obstacle à la Révolution et tout d'abord gieuse qui s'organisait sur tous les points et prenait des proportions effrayantes. dépendante et supprimer en Le manque d'égard de respect lui infligeait une sorte de déne devaient chéance morale. Le centre sans courage tions arrêtées appartenait au plus fort. hommages si Camus déposa solen- sur la loi du peuple de La rude insolence que roi. plu- part très jeunes. et que ce eût été transformé un moment en que autel^ tant la nouvelle Assem- blée avait montré d'attachement idolâtre pour la Constitution de 1791. elle était née dans un jour de dont colère et de défiance. Composée en grande partie d'hommes nouveaux.

la peut dire que pour tait gauche de l'Assemblée frein et tout était aiguillon. le 191 temps nécessaire pour que les flots révolutionnaires acquissent irrésistible une force en se heurtant contre Tobstacle. ils Disciples dociles et passionnés d'un siècle incrédule. rière lesquels apparaissaient déjà les futurs comme leurs héritiers montagnards qui n'étaient alors séparés d'eux que par une énergie plus rude. est certain qu'ils ont sacrifié le droit et la liberté à la raison d'Etat. ne faut pas . pour le soupçon constant de : la trahison en haut et des complots en bas et partout quait-il à telle situation la que man- être tendue outre mesure? On législative rien n'éle sait. allaient porter dans la répression des résistances cléricales tous les préjugés d'une philosophie matérialiste . leur géné- rosité facile mêlée de tant de dureté pour le parti vaincu leur Il mort courageuse surtout. en des mains barbares la laissant sanglante et souillée à qui devaient la déshonorer longtemps. nisée en Témeute orgade la salle permanence et maîtresse des tribunes des séances.PASSIONS DE LA GIRONDE. Tenivrement du combat dans une les deux camps. un tempérament plus cruel. avaient voulu la fonder la liberté par l'arbitraire. uniquement dans leur dernière que leur fier noble altitude car cette liberté . et ils que s'ils n'ont pas élevé de leurs les mains l'échafaud politique. Nous verrons que dans la lutte religieuse les Girondins ont montré autant de violence et d'injustice que leurs ennemis. font les voir illusion sur leurs et fautes. des habitudes plus étrangères à la société polie. leur jeunesse. héroïsme invoqua dans à leur dernière heure ils l'avaient trop souvent reniée leur carrière politique et eux aussi ils avaient Ils sous ce nom trompeur lancé des lois de proscription. Leur éloquence. litique Or c'est là le point fondamental du catéchisme po- de la Montagne. les débats toujours plus orageux des clubs. dernaturels. incapable de res- . les en ont du moins préparé qu'ils ont premiers degrés par Il mesures de proscription votées. on c'était à la Législative le brillant groupe des députés de Gironde. Une presse insensée qui n'était soumise à aucune pénalité et pouvait se porter aux derniers excès contre les personnes. La gauche. sûr moyen de perdre et de se perdre eux-mêmes.

merci des tumultes popurencontreraient plus de On eût pu croire qu'à Paris ils tolérance que dans les départements. Tantôt c'est assermenté qui est chassé à coups de pierres: c'est ce 1 qui arrive dans les électeurs pour le le droit communes où il n'a trouvé que quelqu nommer. Si dans les campagnes ils ils ont souvent conservé leur ancien sont à la ascendant. si « La ne serait point suffisamment établie chez nous. Lafayette. admira- nous retrouvons les émigrés alliés à Tétranger et les in- trigants exploitant jusqu'au martyre. tout ce la qui était propre à envenimer la lutte. disait-il. dans les villes laires. donnèrent au monde ce honteux spectacle de voltairiens persécuteurs. tout ce qui compliquait en mêlant les plus tristes passions réactionnaires à une cause sainte. ces indignes dont sont l'objet et qui . avant de se démettre du commandement général des gardes nationales. Donnons un rapide aperçu de La prestation du serment la situation du pays sous le rapport religieux à l'ouverture des débats de l'Assemblée législative. re- commanda instamment dans de la liberté religieuse : sa proclamation d'adieu le respect liberté. car derrière les confesseurs qui ont toute notre tion.192 SITUATION DU PAYS. par les violen. deviennent pour car eux l'occasion de nouvelles persécutions pute jusqu'aux émeutes dont ils on leur imon met sont les victimes et à leur charge les explosions de la colère pubhqu^ contre eux. d'autant plus qu'ils avaient pour eux tout le parti constitutionnel. et le remplacement des prêtres ou moins de la non jureurs continuent Révolution qui est à provoquer une agitation plus redoutable selon les départements. mais sont constamment ils frustrés de ces droits. Tantôt c'est le le parti plus fort. Gardons-nous au reste d'oubher en les jugeant tout ce qui les excuse. et alors les réfractaires subissent . la éghses du clergé constitu- tionnel ils peuvent aussi louer des locaux pour y célébrer leur culte après ils une déclaration faite aux autorités municipales. Les prêtres réfractaires ont conservi messe dans les de dire . toute espèce de mauvais traitements on leur fait attendre ou bien on leur refuse le prêtre le payement de leurs pensions. Ils pecter Dieu dans la conscience humaine. l'intolérance des opinions .

Moniteur du 22 octobre. culte religieux qu'il juge à propos de préférer. elle avait la prétention de placer lieu chaque la de culte appartenant aux prêtres non assermentés sous surveillance du curé constitutionnel du quartier. des désarmés. religieuses se couvrant 193 du manteau de je ne sais quel patriotisme osait admettre l'idée d'un culte dominant et d'un culte proscrit ^ » Le directoire ersévérant dans très sa ligne de conduite suite publia une proclamation ferme à la d'une odieuse agression de la populace qui avait envahi le collège des Irlandais. tant qu'il ne trouble pas la » publique La municipalité lieu était animée d'un tout autre esprit et fort disposée à servir les passions du du peuple des faubourgs. La maison des Anglaises au Jardin des Plantes 1. 2. pour empêcher . Au de se conformer à l^arrêté directoire pris en avril. Les violen- renouvelaient tous les jours et s'attaquaient et lâchement aux êtres faibles dais. fenmies furent fouettées au Irlandais sortir Au sémi- naire des une femme fut brutalement arrachée au confessionnal. Elle n'avait la permis au mois d'octobre qu'à cette condition de quatre nouvelles et réouverture églises. ne pouvait être acceptée honorablement car les catholi- ques dissidents n'étaient nullement disposés à admettre cette haute juridiction du clergé dont ces de rues se ils s'étaient séparés. 3. rue des Carmes. quel tranquillité que ce culte. la célébration du culte insermenté blessant ainsi à la fois la liberté civile et les droits de rhospitalité. Au de collège des Irlanl'église. Moniteur ^M 11 octobre 1791. Le directoire qu^il que les la quelques mesures de précaution célébration avait décidées pour à du culte n'étaient pas applicables et il un établissement fondé par des étrangers recommandait à la municipalité « de veiller à ce qu'il ne fût plus à l'avenir porté aucune atteinte à la liberté reUgieuse ni au droit qu'a tout individu de pratiquer à sa manière et de faire exercer il par qui lui plaît le soit *. Moniteur du 17 octobre. 13 . déclarait comme le portait la proclamation. Une telle autorisation était dérisoire ^.VIOLENCES POPULAIRES COÎiTRE LES INSERMENTES.

p. Séance du 9 octobre 1791 . la et mander pour Nous ne l'exercice de notre culte protection des . éloigné du centre commun 1 Theiner. qui dès mois de envoyés en mission par l'Assemblée nationale dans l'ouest de la France ^. 2. I. A la suite de ces outrages les catholiques de Paris non rattachés roi au nouveau culte envoyèrent au une adresse pour exposer de leurs temples. se borna à dire que peuple rCétait pas mûr. disaient-ils. de scènes analogues. privés leur triste situation.d94 fut le théâtre ETAT BE LA VENDEE. « Sire. Disciples d'un Maître qui. Dans les départements l'attitude du clergé insermenté étaii plus hardie parce qu'il était souvent soutenu par les populations. ils ont cru devoir étouffer d'a- bord leurs plaintes leur douleur. la premier bienfait et paix . 336. disaient-ils. osons vous parler de nos droits à commune. ni ne voulons droits que . » Les pétitionnaires avaient le tort de ne pas se contenter du libre exercice du culte public. la paix Constitution du royaume nous donne des il est temps que nous puis sions en jouir. désirons. « Ce peuple. enfants d'une religion dont la première loi est la charité. mais de demandai encore que C'était sortir l'Etat leur abandonnât gratuitement des temples et affaiblir leurs justes du droit commun réclama^ tions *. en butte à tous les outrages du fanatisme sans qu'ils aient fait entendre une seule réclamation. la liberté la nous delois. Un magistrat près duquel une plainte le avait été déposée. mourant sur la croix a prié même pour ses bour- reaux et le . On peut s'en convaincre par la lecture le du rapport rédigé juillet avaient été par Gallois et Gensonné. Ils trouvèrent la Vendée fort disposée à se soumetla tre au régime nouveau pour tout ce qui ne concernait pas religion. concentrer en eux-mêmes les élans de la mais à présent que promulgation des loisf constitutionnelles a dû calmer l'effervescence des esprits. les catholiques de Paris se voient depuis plus de six mois exilés de leur culte. La police municipale la n'était intervenue que pour donner satisfaction à populace en fer- mant les églises attaquées.

offrir les secours de son ministère à ses ancien- De zélés missionnaires établis au centre du pays le . « Dans les paroisil ses. sera sans doute de trouver sacrés un local convenable. Sa religion est ainsi dire. Rien n'était donc plus facile si que de le rattacher à la Constitution. » L'évê- que ordonnait que l'on de baptême. écrit l'évêque. recueillait les bienfaits Révolution sans en éprouver les orages. Cette simpUcité. l'unique devenue pour plus forte et. L'ancien lettres évêque de Luçon multiplia les pastorales pour entretenir la vraie foi. et le en nous rappelant les premiers siècles de l'Eglise berceau de exciter notre sainte religion. difficile où il y a peu de propriétaires aisés. Les prêtres insermentés ne se firent pas faute d'entretenir ces dispositions. de mariage tînt des registres secrets pour les actes . : de se pro- curer des vases et des ornements alors une simple grange. l'évêque interdit à son ancien clergé de franchir le seuil des églises profanées par les prêtres jureurs et l'invite à ouvrir de nouveaux lieux de cultes. "lOo disposé par son caractère naturel à l'ordre. dès qu'il souillerait de sa présence sainte. pour habitude morale de sa il vie. et qu'enfin tout prêtre chassé de sa paroisse s'établirait à proximité pour nes ouailles. Les premiers chrétiens n'avaient d'autres temples que leurs maisons. cette pauvreté. et de sépulture que quand on n'avait pu se dispenser de porter le corps du défunt au cimetière d'une on eiit le paroisse livrée à un prêtre jureur. un autel portatif. Dans une lettre datée de Luçon. des vases d'étain suiiiront dans ce cas de nécessité pour célébrer les saints mystères et l'office divin. » Ne sachant pas arra- distinguer entre la religion et le prêtre. chait sa foi crut qu'on lui quand il se vit enlever les hommes qui pour lui Il s'at- étaient les uniques médiateurs entre la terre et le ciel. une chasuble d'indienne. l'amour de au sentiment de de la au respect de la loi. la paix. on eût respecté sa foi religieuse très vive et très lui la tenace.RAPPORT DE GALLOIS ET DE GENSONNÉ. soin de se retirer la terre avec précipitation. tacha à eux avec une sorte d'affection farouche qui pouvait facilement le conduire à la révolte transformée à ses yeux en devoir sacré. peut être le un puissant moyen pour zèle des ministres et la ferveur des fidèles. de toutes les résistances.

fidélité parcouraient en tous sens pour y entretenir la proscrit. du ciel à quiconque entrerait en composition avec Nul mariage ils béni par eux n'était valable. Gensonné et Gallois eurent le bon esprit de s'opposer à ce projet insensé. On se figure aisément ave quelle amertume les paysans y rentraient avait le soir. qu'un sacrilège. L'agitation du pays paru si inquiétante aux com d'ap missaires de l'Assemblée nationale qu'ils avaient jugé bon puyer leurs exhortations sur l'excellence de la constitution civil les paroisse du clergé. district Ils ras- semblèrent les cinquante-six municipalités du tillon et ils furent tout de Châ- étonnés de la modération de ces paysans 1. . Ces instructions portaient étaient leur fruit les familles profondément divisées et les municipalités s'étaient désorganisées pour ne pas se prêter à un acte aussi abominable que de présider à Sélection d'un intrus. et toute cérémonie où officié avaient n'était plus . il avait été effectué les des populations était profonde adhérents des l'an- prêtres réfractaires ne pouvaient voir sans indignation cienne et vénérable Eglise livrée à une minorité infime et même di infâme à leurs yeux. mais de liberté. ne pouvaient ramener avait besoin la tranquillité non de soldats. p. et laires qui ils au culte répandaient à profusion des catéchismes popules annonçaient plus terribles jugements les intrus.196 LA VENDÉE NE VEUT QUE LA LIBERTÉ DES CULTES. Le remplacement de l'irritation l'ancien clergé avait été très lent et très incomplet. Dans toutes les communes où . Mais les meilleurs soldats. Les commissaires . 12«. tandis qu'ils étaient condamnés à des coui ses de plusieurs lieues pour célébrer leur culte. anticipant ainsi sur l'une des plus fâcheuses mesures de la Législative. harassés d fatigue. même comman' K On dés par Dumouriez. avaient trouvé le département des Deux-Sèvres en feu civile la guerre n'eût pas manqué d'éclater immédiatement si l'on eût écouté les révolutionnaires exaltés qui demandaient d'interner à Niort tous les prêtres réfractaires. Voir le deuxième volume des Mémoires de Dumouriez. en cantonnant des troupes de ligne dans les plus exaspérées. Les jours dimanche et de fête solennelle on voyait des villages et de bourgs entiers déserter leurs foyers.

qu'on avait représentés 197 Tls comme des factieux. mesures de Révolution la dans les affaires ecclésiastiques elles prouvent . pour l'obtenir. que d'avoir des prêtres en qui nous ayons confiance. sourds à toute espèce de raison. « Il est encore un point. » Ces paroles d'un des chefs de les la Gironde renferment la la plus sévère condamnation de toutes . ils qu'on leur avait. et dont jouir. tandis que les popula- 1. désiraient Le même jour et le jour suivant. demandaient simplement qu'on leur laissât leur curé. Ces avait peints mêmes hommes qu'on nous comme des furieux. disent les rapporteurs sur lequel tous les habitants de la campa- gne se réunissaient : c'est la liberté des opinions religieuses. Séance du 17 octobre 1791. Nous ne sollicitons d'autre grâce. Les catholiques avaient repoussé ces indignes attaques en poussant ce seul cri des cultes * : Ouverture des églises ! Liberté la / C'était en appeler de la Révolution furieuse à Ré- volution sage et libérale.SOULÈVEMENT PANS LE MIDI. le double de leur imposition. de celle qui parlait dans les carrefours et les clubs à celle qui par la voix de Mirabeau avait proclamé la tolérance universelle.que guerre civile pouvait être évitée par une pratique loyale de la Constitution. nous ont quittés l'âme remplie de paix et de bonheur lorsque nous leur avons qu'il était fait entendre dans les principes de la Constitution nouvelle de res- pecter la liberté des consciences. Quelle condamnation pour toute espèce de mesure de salut public ! Reconnaissons que si elles violent le droit elles ne sauvent rien. accordée. Tandis que la Vendée se préparait au soulèvement. disaient-ils. Plusieurs d^entre eux attachaient même un si grand prix à cette faveur qu'ils nous assuraient qu'ils payeraient volontiers. . nous disaient-ils unanimement. des causes d'autres points la analogues amenaient les pays. pas plus la sécurité que l'honneur. les campagnes voisines nous envoyèrent de nombreuses députations pour nous réitérer la même prière. mêmes effets sur du A Montpellier la populace avait troublé célébration de la messe par un prêtre insermenté dans Tune des églises concédées aux deux cultes. Malheureusement.

et que pour eux il en est en quelcîuô l'Etre il sbrtè de rtihité d'un culte national comme déclarait de l'unité de suprême. : « Un grand roi que tout reconnaît à ce Louis XIV. iqui avait bien étudié l'esprit de sa nation. ad môriietlt où les simples combattants qui n'avaient pas gloîi-e si le sèctet de leurs chefs se couvraient d'une frant et est niée pure en souf- en mourant pbur avec cynisme dans Il la liberté le de conscience. l'abolition resthutioh de ses propriétés la de toutes les précautions prises par la monarchie con- tre les biens de mainmorte. » Màury que la parlicipatioii des protestants à la Révoliilion française justifiait la révocation de l'Edit de Nantes et qu'il fallait revenir aux traditions du grand il règne en foulant aux pieds une vaine philanthropie. consécration des abus les pluâ détestés et tbiit d'abbtd le maintien de la révocation de l'Edit de Nantes. lis ne songeaient qu'à restaurer cien régime et à relever avec lui ces mêmes principes persécu- teurs qu'ils coiidamnaierit avec tant d'indignation étaieiit quand ils tournés contre éUx. réclame ôuVeftemeht la reconstitutioii de tbuS lé^ privilèges de l'ancienne Eglise. On si lit dans ce factum le rrionde les paroles suivantes sfeul titre. Ce curieux document. sait rien ne propo- moins que de retirer l'état civil âtixt"éformés et réclamait . avait appris par ' les désastres le de ses prédécesseurs et par son expérience personnelle que caractère français he poiivait pas s'allier avec l'exercice public de delii reiigiohs parallèles. C'est-à-dire que ri'eti si l'on veut en admettre plusieurs. bien peu postérieure à l'ouverture de l'Assemblée législative. Nous avons une preuve frappante dàrts de cette anomalie père sur l'Eglise uii un mémoire de l'abbé Maury au saint- les déterminations qu'il doit prendre à l'égard de (juë d'iine daté de France. Cette Hbertê dli mémoire la fougueux et incorrigi- ble abbé.198 tions AVEUGLEMENT DE LA COtJR DE ROME. existe plus aucune. révèle clairement la vraie pensée des meneurs du parti catholique. là catholiques étaient sincères dans et étaient revendication de ce grand principe soutenues par un nombre considérable elles à tous les périls^ de prêtres courageux qui s'exposaient pour les chefs dii parti royaliste à l'étranger bherchaieht à exploiter l'an- ragitàtion des consciences.

sera Une fois ce pouvoir phante ^.ÉTRANGE MÉMOIRE DE MAURY. 2. Le pape ne et contentait pas de défendre. Le chevalier d'Azara chercomplète entre la une solidarité papauté et l'abso- lutisme monarchique. seraient le joug secoué un . année 1794 avait fait ambassadeur d'Espagne lui passer un mémoire confidentiel par le cardinal de Bernis. Déjà nous l'avons vu de ses anathèmes non-seuleles ment la constitution civile du clergé mais encore prin- cipes élémentaires de la justice sociale et de la liberté politique. moment Voilà ce qu'osait proposer la contre-révolution trait aussi certes elle se mon- exagérée et insensée dans son sens que ses plus vio- lents adversaires dans le leur. Ce mémoire conle vivement à la cour de le Rome de se refuser d'admettre comte de Ségur dans ouvertement avec chait à établir le corps diplomatique et de rompre ainsi nouveau régime. Ce beau projet devait être flanqué d'une les jansénistes et les philo- bulle d'excommunication contre sophes . aprirebbe una slrada assai facile (Theiner.) . » p. 314. les grandes maximes de son le Eglise. un suppôt de la révolte impie qui veut s'attaquer au pouvoir temporel du saint- 1. qui était à la veille d'être remplacé comme ambassadeur la de France par un représentant modéré de seillait Révolution. I. Il était malheureusement entouré d'une Camarilla absolutiste qui se plaisait à confondre la cause la plus juste avec la cause la le plus mauvaise. iflnise hors la loi. Ses conseils n'étaient point mal se accueillis à Rome. Or. temporel écarté. selon son droit il son devoir. c'est recevoir un missionnaire de l'anarchie . Roma I. commencement de cette . Dans le chevalier d'Azara . « Voir ce curieux document dans Theiner. se constituait décidément chef de la réaction en Europe et se déclarait hautement frapper solidaire de l'ancien régime. Le pouvoir temporel présenté par trôle et lui comme le boulevard de comme le rempart de la foi la du saint-siége est monarchie sans con- catholique. La distruzione del dominio temporale di a sovvertire gli allri popoli. recevoir un représentant de la Révolution. p. à la Révolution partout triom- Rome. les peuples seraient ainsi ramenés à qu'ils avaient la raison et bri*. 380.

Il le ^ Tels Rome. n'y eut de les vraiment grand dans ces circonstances déplorables que humbles martyrs. car tages. ne se contentait pas d'être la religion. qui étrangers. comme à Tégide sacrée de son pouvoir. à commettre adversaires. perdait sa simplicité et se compliquait les intérêts La question religieuse delà résistance politique. Si le saint-père déjoue cette intrigue par qu'il un refus catégorique. dont le texte est italien.200 père MASSACRE DE L. souffrirent foi. à l'occasion des troubles malheureusement et le droit n'était d'aucun côté pur de tout alliage chaque parti trouvait dans les torts graves du parti contraire 11 une spécieuse excuse pour ses propres égarements. La préoccupation du pouvoir temporel manière fâcheuse sur les décisions le du chef de fidèles. lume de Theiner. L'entreprise paraît et facile en face d'une royauté désarmée on sait bien que l^effet s'en fera universellement sentir. Il il mêmes fautes que ses de plus sûr moyen de perdre ses avansi importait de tenir compte de cette position les compli- quée pour comprendre l'Assemblée législative grands débats qui s'ouvrirent à religieux . 313-319. religieux ou paysans. est dans le premier vop. et aux intrigues politiques. moururent uniquement L'Assemblée législative venait à peine de commencer ses travaux quand elle reçut la nouvelle des massacres d'Avignon. de caste se mêlaient aux saintes résistances de la conscience et la Révolution se croyait justifiée de toutes ses violences contre les les dissidents religieux parce qu'elle voyait en eux et les alliés champions de l'absolutisme de l'étranger : ce qui n'était vrai que pour un cern'est jamais d'ailleurs autorisé. Elle apprenait ainsi qu'un régime de terreur était inauguré dans le 1. tous les princes et comprendront formera pour étaient les est leur défenseur une sainte ligue se écarter la contagion maudite de la Révolution conseils écoutés à pesait déjà d'une la catholicité. Cette pièce curieuse.\ GLACIÈRE. épousait cause des rois ses frères contre les peuples. la père des était défenseur de il mais se souvenant qu'il souve- rain. ni en les tain nombre d'entre eux. . On n'est pas morale ni en politique. pour leur prêtres.

ce décret ne pouvait couvrir plices qui avait le crime de Jourdan et eu lieu plus d'un mois après. avait été mis à mort dans TégUse des cordefiers. accusés de combattre le nouveau régime. grâce à un misérable argument légiste. 6 oc- Entassés dans Tancien palais des papes.VER6NIAUD OBTIENT Midi. les crimes commis dans l'enclave antérieurement à celte date étaientcouverts par le vote de l'Assemblée nationale. Voir le Moniteur du 18 novembre 1791. Rien n'était plus pressé que le châtiment de ces hideux inaugu- rateurs de la Terreur. surexcitées et chauffées au soleil de la Provence. Nous avons rapporté comment la suite cette enclave pontificale fut annexée à la France à discussions. c'était Jourdan. A la suite d'une échauffourée provo- quée par la rivalité des deux partis qui se trouvaient en présence à Avignon. Mais de longues pas pour un décret de l'Assemblée ne suffisait éteindre le feu des passions contraires. hommes et femmes. de L'Assemblée nationale avait décrété le 23 septembre de ses comles 1791 une amnistie générale pour tous les délits politiques. On comprend tive le récit l'horreur que dut produire à l'Assemblée législatels forfaits. 201 même de ces agitations religieuses qui avaient été sa première préoccupation. ils y avaient été massacrés le tobre par une horde de brigands à la tête de laquelle figurait un homme bien connu par sa cruauté . Cet assassinat barie inouïe et s'était accompli avec une bar- une rouge traînée devait en conserver sur la muraille comme pour rendre visible à la postérité cette tache sanglante que la main des meurtriers ne peut plus laver*. Le peuple furieux avait jeté en prison plus de cent personnes. subterfuge indigne qui 1. Cependant la Gironde tenta de les sauver et y réussit pour son déshonneur. au foyer l' AMNISTIE. de Le député Lemontey ne put il lire jusqu'au bout ce tissu d'horreurs et fallut qu'Isnard le suppléât. la les orateurs la de la gauche prétendirent que réunion d'Avignon à France n'ayant été réellement proclamée que le 8 novembre. un des chefs de l'armée qui défendait la Révolution. Pour mettre au bénéfice d'une mesure évidemment périmée. surnommé la trace depuis Coupe-tête. dans un réduit bas et obscur. Lécuyer. appelé la Glacière. .

Tout la pousse à l'arbitraire et à la tyrannie. la font parfois surgir les fruits A force de recueillir amers de grande faute de Constituante.202 n'était LETTRE D^ANDRÉ GHÉNÏER. On en vit l'effet au mois de septembre de la même Un année. qu'un coup de parti destiné à maintenir la la Gironde à la tête de Révolution et qui devait être un encouragement au ! débordement des fureurs révolutionnaires Vergniaud eut impardonnable de prêter sa magnifique éloquence à exécrable. ce i . Cette cause. André Chénier la comprenait trop la bien et la servait trop courageusement pour être oublié par Terreur. pareil décret donne la mesure de la justice qu'on pouvait i les attendre de l'Assemblée législative dans toutes luttes questions touchant de près ou de loin aux religieuses. et l'amnistie du 19 mars 1792 fut un encouragement aux meurtriers. un échafaud pour de c'est d'aiguiser le poignard des assassins Il par une scandaleuse impunité. est opinion qui s'exprime timidement à l'Assemblée formulée dans le Moniteur avec . « Que des bourreaux. autant de clarté que de vigueur par un illustre poète l'honneur des lettres françaises à cette époque avant d'être l'un des plus nobles martyrs de la hberté. ne soient pas premier pré- sent que vous ferez aux Avignonnais. parvint à entraîner l'Assem- blée. les bons esprits. c'est dire qu'il ne dit-il frappa que les victimes. Cependant les difficultés elle inextricables où elle s'embarrasse de plus en plus et dont ne sort momentanément que par d'odieux abus de pouvoirs du débat la la vraie solution. Il le tort cette cause les n'eut d'indignation que pour les nobles et prêtres qui avaient soufflé le feu de la discorde à Avignon. le en terminant son discours. Par un éclair de génie l'agitation religieuse il démêle de les suite la cause de qui poussait uns à la tyrannie la plus insupportable et les autres à la guerre civile. assez sensés pour ne pas de la lutte. » Il oubliait qu'il y a quelque chose de pire que d'élever grands coupables . être obscurcis par la fumée du combat et les fureurs comprennent qu'on a fait fausse route en voulant constituer une religion civile et que l'on a préparé à plaisir- tous les conflits qui divisent et agitent proCette fondément le pays.

pensait et parlait en philoêtre sophe. aveugles autant que zélés. qui iië sa- vaient réclamer qu'une application différente des principes so- ciaux dont excellents sait-il. c'est-à-dire de créer tm cléi-gé après en avoir détruit et autre. par l'organe de Siéyès fait de Talleyrahd. dii 203 ferment des luttes dangereuses moment. toutes leurs actions « comme une partie de la doc- commes des fonctions du ministèi'e. et l'indifférence donné l'exemple qu'il faut éviter et Le zèle véritableiiient religieux de quelques-uns des autres la précipitèrient dans l'idée de faire une constitution civile du un clergé. sotit la liberté Néanmoins grands principes foulés aux pieds tous les jours par des hâîhës aveugles qui ne vorit à rien moins qu'à une proscription générale de tous les prêtres insermentés. di- que l'esptit public il commençât à sur d'autres fait s'éclairer sur cette itia. tière comme l'a déjà fait et l'Assemblée consti- tuante semble avoir assez a pour cela puisqu'elle-même nous l'exemple qu'il faut suivre. sûr etl moyen de transformer le les conspirateurs martyrs en confondant en eux l'homme et prêtre et ien fai- sant envisager tous leurs discours trine. que l'on espère élever toutes les classes de là nation à cet esjitit de dignité et de respect pour les dt'oits d'àutrui. ^ans lequel berté. « Il serait temps. de c'était à ses la yeux rimmixtion de l'Etat dans les il affaires religion. André Chénier n'était pas croyant. et fiiut-il il n'y a point de li- làiôôer tiirfe aux tnâlvfeillants qu'en Frahcè tôntèS . Est-ce en créant un corps de ne prêtres qui pourront se dire per- sécutés que l'on espère les rendre peu redoutables? Un châtilà ment commun et indistinct fait-il pas une ligue au lieu de loi dissiper? Est-ce en donnant par une une sorte d'approbation il à ces brutalités infâmes dont t^âris fut encore témoin y a peu de jours et qui font la honte d'un peuple civilisé. ils étaient alors les victimes et qu'ils ieussent trouvés s'ils avaient servi leur opinion. avait ce qu'il avait pu pour conjurer ces les cohséquences funestes de cette tnieaure en proclamant religieuse la plus complète. montrait bien plus de respect pour la conscience et pour les plus saintes croyances de l'âme que ces catholiques.IL DEMANDE LA SÉPARATION DE les plus l'ÉGLISE ET DE l'ÉTAT. et forçait même un il peu son langage pour mais il compris de ceux auxquels s'adressait. » Le directoire de Paris.

les en concluant. de quelque manière qu'on occupe. Et tionale disent encore des le membres de l'Assemblée que tout il peuple français n'est pas leur répondre : asse . au . faut Cela se peut dis c'est à vous à nous mûrir par votre conduite. par vos lois. à toutes lations sait-il. qu'elles Il soient romaines la constitutionnelles. et que l'Asles querelles semblée étouffât par l'indifférence de prêtres. demandait enfin « que pleine hberté religieuse de tous les citoyens loi on se hâtât de faire par laquelle aucun acte civil n'eût plus commun avec le ministère ecclésiastique. excepté une ? religions sont permises Qu'importe qu'au l'As- fond cette religion diffère d'une autre ou non? Est-ce à semblée nationale à réunir rends ? les sectes et à peser les diffélégislateurs être » André Chénier reprochait avec raison aux s'être Ils de TAssemblée nationale de théologiens que législateurs. les re- de l'Eglise et de « Nous ne serons délivrés. parlait sur le ton léger de son lui tout siècle de la religion et de l'Evangile où l'on trouve selon ce qu'on y cherche. hauteurs des vrais principes sur l'Etat. cela ne l'empêchait pas de s'élever. peu importe pour assurer rien de le masque ou une et le nom qu'elles prennent." mûr pour mais cette doctrine. et les quand na- tribunaux puniront avec rigueur si les persécuteurs et les sé- ditieux de tous les partis. et rten payera point d'autre. quand chacun payera le culte qu'il voudra suivre. di- de l'influence de pareils hommes que quand l'Assemblée nationale aura maintenu à chacun liberté entière de suivre et d'inventer telle religion qui lui plaira . quand on ne occupe point d'eux et ils les troublenj s'ei toujours quand on s'en occupe. » André Chénier en appelait à l'histoire. cours et par les les Etats En un mot s'y les prêtres ne troublent point .204 les IL DEM-ODE LA SÉPARATION DE l'ÉGLISE ET DE l/ÉTAT. qui démontre avec évidence que les inimitiés sacerdotales deviennent des causes d'agitations mortelles pour les pays où elles se déchaî- nent dès qu'elles ont réussi à s'armer de la puissance publique . montrés plus propres à avaient ainsi compromis la paix publique en fournissant une occasion d'intrigue et de révolte aux prêtres factieux^ que l'éloquent écrivain ne ménageait pas afin sans doute de faire passer par ces paroles amères Il les grandes vérités qu'elles enveloppaient.

Les mesures d'exception provoles Français sortis et elle quées contre du pays sont en quelque refusaient sorte à double tranchant lentes contre les correspondent à des mesures non moins vioecclésiastiques qui la session les le serment. encore sur dont la La lutte alleu entre des hommes médiocres ni éclat. Cependant faisait premier débat sur les prêtres réfractaires ne pas pressentir les mesures entraîner. iniques auxquelles on reste. » Cette indifférence au fond plus la grande marque de respect qu'un corps politique pût donner à religion ^ Nous voilà bien loin de Bossuet vates. lieu d'y 205 était la prendre part. Moniteur du 22 octobre 1791. du revers de sa main frappe le clergé dissident. Les grandes voix de là et les la Constituante ne sont plus orateurs les plus distingués de la Législative se tiennent la réserve. les troubles qui éclataient dans les la les jours. de plus pâle de plus confus que ce débat. bien qu'elle soit est parole n'a ni flamme souvent pleine de fiel.MESURES CONTRE LES ÉMIGRÉS. Dès l'ouverture de d'une façon deux questions le se mêlèrent inextricable.Toutse réunissait pour exciter les esprits. Ce jour-là le poëte fut vraiment un un prophète. . L'émigration se préparait ouvertement à faire lution et il la guerre à la Révoson était évident pour tout le monde qu elle avait plus sûr allié dans le clergé insermenté. Malheuopérer par liberté reusement il n'était pas lui-même à l'Assemblée pour défendre la ces grandes la idées qui seules pouvaient et l'Etat. réconciliation entre l'Eglise et Nous allons les voir timidement défendues. Rien et . et de Rousseau. Aussi toutes les fois la que Révolution porte un coup aux émigrés. La question du clergé insermenté fut constamment départements ramenaient presque tous à l'ordre du jour de l'Assemblée législative. devant le pourtant incessamment ramenées pays par les complications croissantes de la lutte re- ligieuse. sauf allait sitôt se laisser au une seule exception. L'Assemblée d'ailleurs encore inexpéri- 1. elle était le chaque fois résolue avec une sévérité d'autant plus grande que roi opposait plus de résistance aux violents décrets fulminés contre les réfractaires.

insinuait déjà que les formes de la justice devraient être écartées par la raison qu'il serait cile diffi- de se procurer des preuves contre les les prêtres rebelles dans pays soumis à leur influence. un député inconnu Gouthon. Le ridil'exil cule n'empêchait pas la violence. tel principe ouvrait la porte à toutes les mesures arbiil car proposa que les ecclésiastiques non assermentés- 1. disait-il. propose que tout prêtre insermenté qui n'aura pas promis une entière soumission aux tenu de porter sur son vêtement. S'être comme de Jean-François Puval qui aprps noble de par la proclamé enfant de la nature. non content de lui on luj retirerait les droits reconnus à tous les citoyens. pour frapper refuser la et écraser le clergé dissident. grâce de la charrue. précis propositions les plus bizarres se multiplient et la discussion flotte au hasard sans pouvoir se prendre à rien de . Il s'agissait donc de décider si si l'on fonderait la lile berté par la liberté ou bien on lui donnerait l'arbitraire plus odieux pour garantie. purs et incorruplois soit témoins de ses travaux. Le trop fameux Gouthon provoqua le débat dès le 7 octobre par une sorte de cri de fureur conIl tre le clergé réfractaire. de savoir l'on suspendrait la Constitution si. mais du salut de l'Etat. tibles comme le pourraient prouver les bœufs. Huit jours plus tard . » Lejeune prit soin de montrer immédiatement qu'un traires. Lejeune. liberté des cultes.206 l'REMIEîlS les DÉBATS SUR LES INSERMENTÉS. . « Il n'est point question de la liberté religieuse. un Prêtre suspect de sédition. Séance du 26 octobre 1791. d'après le facétieux laboureur. par la prison et devaient être infligés. à tout ecclésias- tique qui n'aurait pas rité civile fait acte de soumission implicite à l'auto- ^ se posa de suite avec si La question qui était celle une netteté parfaite. à écriteau portant ces mots : la hauteur du sein gauche. précisa les vagues accusations de et déclara que la Constitution n'avait pas de pire et fanatique et ennemi qu'un prêtre séditieux se qu'on ne devait préoccuper que des dangers qu'il faisait courir au pays. mentée . elle ne laisse pas d'être égayée par des motions du pl^s celle haut comique.

l'avait Il s'était signalé les clubs par une attitude fort peu convenable à son état.FAUCHET DEMANDE LA PEHSÉCUTION. » Fauchet demandait qu'on suspendît toutes les pensions ecclésiastiques accordées aux prêtres non jureurs. même temps dans son à la cour avait prêché avec succès dans son jeune et qui tenait à un tempérament fougueux. L'orateur ne garda aucune mesure dans ses invectives contre que la liberté n'était le clergé réfractaire. sous prétexte qu'on ne devait pas déchirer la patrie. la faim chassera bientôt ces loups de la bergerie où ils ne trouvesalarier ront plus rien et les habitants eux-mêmes se lasseront de pour rien un culte qu'ils pourraient avoir et qu'ils pourraient avoir plus commodément et plus majestueusement dans les Triste langage dans la églises destinées par la nation. » bouche d'un évêque qui avait mieux à faire que de spéculer sur les plus bas sentiments de la nature humaine Heureusement pour Thon! .Il déclara Il pas compatible avec le fanatisme. en fournit de suite la preuve en donnant carrière à son propre fana- tisme révolutionnaire et en réclamant des mesures iniques contre ses anciens collègues qu'il caractérisait ainsi ces : a En présence de prêtres les athées sont des anges. Il l'avait nommer y portait Tardeur d'un démocrate fougueux et l'aigreur d'un prêtre contesté dans son propre diocèse. Ce n'était pas un méchant homme^ mais il avait été gâté il par les clubs et. révolutionnaire exaltation désigné et aux fait suffrages pour Févêché constitutionnel de Gaen à l'Assemblée législative. le Un évêque constitutionnel eut le triste la voie honneur de suivre substituant certaine préopinant dans fiscale à de Tintolérance en une pénalité où Tinternement. Fauchet comptait que la misère aurait raison des récalcitrants et il disait ironiquement : « Quant à ceux qui resteront cuirassés dans leur prétendue conscience. Fauchet avait une avait prise abondance de parole qu'on il pour du talent_. suivait pas- sionnément l'impulsion du moment. C'était déchirer la les payer pour ils avaient perdu un contrat placé sous sauvegarde de la bonne foi publique et accumuler dans un seul décret les plus graves injustices. 207 fussent obligés dans la quinzaine de fixer leur résidence au cheflieu de leur département. qu'en conspirant contre elle tout droit à ses largesses. manquant de vues larges et hautes.

dit-il. de considérer comme un crime politique n'est pas les erreurs des prêtres insermentés. Qu'on reconnaisse que fait prêtre insermenté qui cherche à propager sa doctrine ne » qu'user des droits de l'homme. le respect le plus complet de la liberté religieuse.\É. » Il demandait. Torné écartait aussi bien Il la proposition fiscale de Fauchet que celle de Lejeune. ilexcita l'indignation d'une grande partie la de l'Assemblée. Torné. » trouva ridicule En vain Fauchet revint à la charge. « Gardons -nous. conscience le . La plupart des orateurs s'étaient rangés à son avis. Il faut donc se contenter de punir la révolte ouverte. supporter le schisme sa gloire et ses s'il conséquences et laisser à Dieu le soin de venger la croit outragée. l'erreur un crime et le fanatisme s'accroît par la résistance. et il flétrissait la seconde par cette énerle gique parole : « De grâce. on le quand il invoqua la pitié de l'Assemblée en fa- " veur du clergé patenté et salarié pour quelques pierres lancées par des femmes à un curé qui leur déplaisait. la disait énergiquement de première que réduire à la faim des hommes qui avaient vécu dans l'opulence. évêque du département le réfuter. il de Loir-et-Cher. en finissant. Ducos demanda de Torné. sous régime de la liberté. il l'or qu'elle ne se courbe devant Fauchet s'était trompé de date en prononçant son discours reprocha justement d'avoir prêché l'avait débité trop tôt. Messieurs. Ce noble langage sauva l'honneur du clergé constitutionnel gravement compromis par et la harangue furibonde de Fauchet. point de punition sans jugement. la neur de celle-ci ce calcul s'est toujours trouvé faux. « obtint l'impression du discours en expiation du discours intolérant qui avait été prononcé la veille. Davignon demandait qu'on mît le culte non inser- . ce serait agir avec plus de dureté qu'un corsaire. sans porter un esprit d'inquisition dans la le recherche d'un culte clandestin. point de jugement sans procé- dure. ne s'achète pas plus avec de fer. et sa proposition de retirer toute pension aux prêtres réfractaires. se chargea de il fut très applaudi quand invoqua les grands principes de la liberté religieuse en faveur du clergé réfractaire.208 DISCOURS LIBÉRAL DE TOR. La majorité de l'Assemblée était j encore avec Torné. On lui vengeance au nom de l'Evangile. n'eut pas plus de succès qu'à son premier discours.

Baert déclara avec une haute raison qu'il science fallait laisser la liberté de con- ou persécuter. « Leur religion. U . et qu'au fond mesures arbitraires pro- posées contre les réfractaires n'étaient qu'un renouvellement de la fameuse motion de Dom Gerle. qu'ils fussent assermentés ou non. c'est-à-dire la restauration d'une religion dominante et persécutrice ^ Becquet fit remarquer que la persécution n'aurait d'autre effet que d'accroître les résis- tances et qu'en sortant du droit commun on constituait une for- midable opposition. Séance du 24 octobre. Monneron. ne déposèrent pas sans ils doute une proposition formelle. « Voulez- vous calmer la tempête sacerdotale. Plusieurs orateurs proposèrent. que l'on ôtât clergé la garde des actes civils afin de lui enlever toute juridiction temporelle. « Voulez-vous. est la contre-révolution et leur Dieu est au delà du Rhin. D'autres orala teurs poussèrent à une application plus large encore de liberté des cultes en demandant que l'entretien en Ils fût aban- donné au libre choix des fidèles. 209 les syles fac- mente sur nagogues tieux le même rang que et les temples protestants. la liberté Un député insista sur ce que l'on devait respecter des paroisses et leur laisser le libre choix des prêtres qui leur conviendraient. dit-il. admettre une mesure vraiment Séance du 21 octobre. C'était par ces excès de langage qu'on essayait de faire passer le une proposition équitable.LA VRAIE SOLUTION ENTREVUE. rendez-les tous indé- pendants de tous les cultes. mais indiquaient la seule issue raisonnable à ces conflits si périlleux pour la Révolution. se terminait par des invectives contre ceux-là disait même » dont il défendait les droits. mais qu'elles la loi payent ceux qu'elles tiennent de leur caprice et non de ^ » Ce discours. sensé au fond. Des paroisses veulent conserver leurs anciens prêtres. sûr comme un au moyen de maintenir la liberté religieuse. et les mosquées. l'orateur. Hillaire ouvrit le premier cet avis. Eh bien. qu'on punît non comme prêtres mais comme ou les rebelles. qu'elles les gardent. Vaublanc fut plus conséquent que préopinant. dit-il.

210 constitutionnelle les ? BEAU DISCOURS DE DUCOS. très bien le « Le problème à résoudre. mais devait était plus équitable que celui qui existait et ramener par les diffil cultés de l'exécution à l'égalité des cultes dans la liberté et leur pleine indépendance vis-à-vis du pouvoir civil. «st donc celui-ci : la liberté de tous les cultes. Il la liberté di ne pouvait être question dans la déclaration des droits df la liberté des opinions toujours insaisissable au despotisme. en établissant disait jeune orateur qui se montra ce jour-là un fidèla disciple de Mirabeau. de supprimer tout la traitement des ministres du culte à charge de l'Etat et d'en charger les localité». de participer au budil gets Evidemment un tel projet chimérique. Séance du 27 octobre. Ramond demandait que tous les cultes fussent le droit salariés actifs par l'Etat et que chaque fraction de cinquante citoyens formant une Eglise à part eût était il. » La proposition moins radicale de Montèze de ne pas imposer le clergé la constitutionnel aux paroisses qui n'en voulaient pas. et en étabhssant chissait des tributs des citoyens. 1. provoqué et justifié. si Tarticle qui garantit pensions ecclésiastiques ne s'y opposait. condition qu'elles payeraient leurs prês'éleva avec fut appuyée par plusieurs députés. Je vous proposerais. comment empêcher qu'aucun d'eux ne ? Il de- vienne partie constituante de l'ordre social le culte est évident que qui entrerait dans la constitution de l'Etat ferait éprouS'il est injuste et ver une grande injustice à tous les autres. à tres . soua peine de voir éclater un fanatisme ardent. maiî bien de C'est la liberté de leur manifestation qui seule était en causd donc cette liberté qu'il fallait consacrer et maintenir. n'existait pas. . N'osant l'Eglise et un clergé salarié qui s'enriil même de ceux pour lesquels la pleine encore proposer séparation de de l'Etat. Ducos s'attacha à réfuter les indignes sophismei qui distinguaient entre la liberté de conscience et culte. Deux deî principaux Girondins s'élevèrent avec force contre les mesure! d'exception. par d'injustes répressions. Ramond en rattachant force contre cette espèce de religion d'Etat bâtarde que la Constituante avait établie les ecclésiastiques aux insti- tutions politiques.

211 il impolitique de donner suit la préférence à un culte quelconque. avait des titres tout particuliers à la confiance il de l'Assemblée. comme les liberté d'élire dans leur sein un président et des secrétaires. assimilez manifestation des opinions religieuses à manifestation de toutes les autres. clergé. on apaiserait bientôt les que la persécution transformerait promptement schisme religieux en révolte ouverte. d'une religion quelconque soit enfin que l'existence civile et politi» absolument indépendante de l'existence religieuse. était revenu convaincu qu'avec esprits. proposait enfin que le vœu des de la paroisses fût consulté pour la nomination aux charges ecclésiastiques et fût mis au-dessus des prescriptions étroites constitution civile du *. disait-il ce funeste prétexte de prévenir les les siècles avec une haute raison. reli- car avait parcouru les principaux centres de l'agitation Il gieuse et son rapport était la pièce importante au débat. qui a dans tous » Tl favorisé la marche rapide du despotisme. C'était en réalité de- mander l'abrogation de celle-ci capital Le discours Il dans ce débat fut prononcé par Gensonné.DISCOURS DE GENSONNÊ. Il s'efforça du moins de sauvegarder autant que possible la liberté religieuse en demandant que l'inscription des naissances et des mariages fût enlevée au clergé constitutionnel. tirer toutes les Ducos n'osait conséquences de ces principes qui devaient le conduire à blâmer énergiquement la constitution civile du clergé et le serment imposé aux prêtres. tandis le la tolérance. . assimilez les assemblées religieuses à toutes les autres réunions de citoyens sectes aient la liberté de choisir . Les conclusions de son Il rapport étaient entièrement dans ce sens. que toutes les un évêque ou un iman . un sociétés populaires ont la ministre ou un rabbin. « C'est Il s'élevait contre toute mesure préventive. délits. de là que les cultes ne peuvent être Tobjet d'une Sépa- rez donc de ce qui concerne TEtat tout ce qui concerne la la relila gion. Séance du 28 octobre. Que que la loi s'adresse toujours au citoyen et jamais au sectateur . et que la plus grande latitude fût laissée au culte insermenté. ne les démentit pas 1. loi.

vous ne l'on pouvez pas. Profitons disait-il . Quant aux considérations la empruntées à flétrissait raison d'Etat et au salut public. et séparons de la religion tout ce qui tientà l'ordre civil. pas eu d'autre prétexte. Et c'est à ce momen ? l'on parle d'interner tous les prêtres non conformistes que Qu telles violences se présentent naturellement à l'esprit d'uni il 1 despote.Barthélémy. amour pour la » les anciens dépositaires de leur confiance lière c^est ainsi que par une singuConstitution avec 11 méprise on a tel identifié tel Tamour de l'adoption de faits ou système religieux. ments on a persécuté c^est ainsi et tourmenté peuples des campagnes qu'on les a induits en erreur en mettant en opposition leur amour pour leur patrie avec leur . des erreurs de l'Assemblée nationale et des leçons de l'expérience. et rétablit une sorte consciences . qu'on uniquement religieuses les ministres . ressort de ces que la seule manière d'apaiser les esprits c'est de donner une pleine que de et entière liberté de religion. Puis fait ressortir toutes les injustices et toutes les illégalités de la condamnation en bloc que le demande. il s'écrie éloquemment Gensonné. ou par Teffet d'une conscience timorée étaient restés attachés à leurs anciens pasteurs. cela se conçoit. le elle frappe l'inet le nocent avec coupable. mais est étrange les si fondateurs arbitraires. à la tribune nationale. Rappelant avec les faits -. Gensonné les les plus en rappelant que grands crimes de la tyrannie. » Il demandait en conséquence et sérieuse que Ton revînt à une pratique loyale réduisît à des fonctions de la décla- ration des droits en ce qui concerne la liberté des cultes. il montra que gieux ne tenaient pas seulement aux intrigues du parti absolutiste mais encore aux fautes des amis trop ardents de la Révolu-^ tion qui avaient eu le tort de traiter comme ennemis publics tous ceux qui par faiblesse. à commencer par « la Saint. disait-il . c( C'est ainsi . » de « la liberté se familiarisent avec des mesures le Non. que dans les la plupart des départe. une énergique concision les troubles reli- dont il avait été témoin. n'avaient . d'inquisition des elle n'aurait pour effet que d'enraciner plus pro- fondément les opinions dissidentes.212 DISCOURS DE GENSONNÉ. confond pouvoir judiciaire pouvoir administratif. ou par erreur.

Séance du 6 novembre. Des églises. Malheureusement y adhésion plus d'entraînement que de conviction arrêtée. Ce jour-là néanmoins la victoire dem. . fermées par l'ordre de l'Assemblée. Le directoire du département de Maine-et-Loire envoya à l'Assem- un rapport qui incriminait violemment le clergé insermenté. même envers ses ennemis ^ » La Révolution eût encore pu être sauvée de l'anarchie si elle eût pris ces belles paroles pour devise. Il portait que des rassemblements de quatre mille hommes s'étaient blée formés sur plusieurs points du département pour des pèlerinages et des processions nocturnes et qu'ils s'étaient armés de les dissiper. En effet. Séance du 3 novembre. exposés aux plus grands périls. salariés 13 par la nation et qu'on leur enlevât les registres publics. un cour- rier extraordinaire apprenait à l'Assemblée que l'agitation reli- gieuse s'était prononcée d'une manière inquiétante dans l'Anjou^. fusils. a Rappelez-vous. et fureur retournée contre les prêtres constitutionnels. de piques et de faux.eura au bon droit. Ce vote était cipes évidemment une adhésion éclatante aux grands prinavec autant d'éavait dans cette que l'orateur girondin avait développés il loquence que de raison. et les graves nouvelles qui arrivèrent coup sur coup des départements ramenèrent la majorité aux dispositions les plus hostiles et l'en- traînèrent aux mesures les plus despotiques. deux jours après le discours de Gensonné. 2. quand on avait voulu Déjà plusieurs la engagements avaient eu heu avec populaire s'était la garde nationale. et des prêtres inser- 1. avaient été rouvertes de force.MAUVAISES NOUVELLES DES DÉPARTEMENTS. car l'Assemblée après avoir voté l'impression du discours de Gensonné décida qu'un rapport lui serait les huit fait dans jours sur les propositions qu'il lui avait soumises. qu'on tion fît la part plus large au et vœu des populations dans l'élec- de leurs pasteurs qu'en abolissant ce confiât la garde qui restait des la liberté corporations religieuses on de des cultes à toutes les administrations. le que le respect pour la liberté individuelle est plus sûr garant de la liberté publique et qu'on ne doit jamais cesser d'être juste. disait l'ora- teur en finissant.

qui interdisait à tous les insermentés de célébrer la messe dans les édifices consacrés au culte officiel. Moniteur du 12 novembre. les églises par en conformité avec le décret du 10 mai* l'ad- De là des conflits fâcheux qui avaient motivé un arrêté de ministration communale. D'un jour à Tautre. haute cour sans Isnardla poussait dans cette voie. ordonnant aux réfractaires de quitter leur ancienne paroisse. et il Evidemment. Séance du 6 novembre. le département pouvait être à feu et à sang. . elle. Cet arrêté fut bientôt suivi d'un second.2U MAUVAISES NOUVELLES DES DÉPARTEMENTS mentes y célébraient le culte malgré les interdictions de la loi. qu'on vu des rassemblements d'anciens nobles d'émigrés rentrés en France qui s'étaient entendus pour assister avec fracas aux services religieux célébrés dans les prêtres insermentés. le vent d'orage avait soufflé sur poussait aux sévérités extrêmes. causa autant de colères que d'alarmes dans l'Assemblée. Il et ils avaient été là approuvés par le ministre de l'intérieur. il n'en était pas moins qu'il était en opposition avec un décret non révoqué de l'Assem* s'é- blée constituante^. « Il est pas tolérer les l'autorité temps. ne parlait 1. Pendant que rapport demandé on apprit que Gaen y avait avait été le théâtre de troubles et sérieux. que les systèmes de tolérance étaient bons pour les temps de calme. On en put juger de emportées d'Isnard. encensoirs le cèdent enfin au sceptre des lois^ » s'élaborait. Il s'en fallut de la peu qu'elle ne décrétât d'accusation les s'être fait communiquer Il accusés de Gaen devant les pièces du procès. Aussi les administrateurs du département taient-ils refusés à contre-signer ce second arrêt. port. Ce rap- duquel ressortait clairement que les populations n'avaient songé à s'armer qu'après avoir été violentées dans leurs droits religieux. qui s'écria suite par les paroles que la modération avait tout perdu. L'Assemblée appartenait à ces derniers. y avait une nouvelle manifestation du lateurs de grand conflit qui éclatait partout entre les légis- J789 et ceux de 4791. Il avait été motivé par des II illégal puis- rixes où le sang avait coulé. dit-il. tiares. et qu'on ne doit pas avoir de tolérance pour ceux qui ne veulent lois. î. que tout soit soumis à le de la nation. que diadèmes.

sous prétexte que les prêtres. il voulait qu'en eux on fou- droyât la contre-révolution. ! » Ne voilà-t-il Montagne constituée en pleine Gironde pierre ne parleront pas autrement . se bornait à serment civi- que de tous raient les prêtres pensionnés et de tous ceux qui fût officie- ou prêcheraient sur quelque point que ce du royaume. la liberté. mais le projet de décret ne contenait pas de proscrip- tions en masse. et réclama les procès.VIOLENCE d'tSNARD. qu'il Ne voyez-vous pas. Nous retrouvons loi encore le fougueux Isnard sur la brèche pour demander une d'exception. Elle était bien mal préparée à prendre une résolution équitable les réfractaires. n'était pas encore possible. le se Isnard voulait qu'une seule plainte suffît pour prononcer ba«- nissement d'un prêtre. Cette impa- tience a II se conciliait mal avec les formes lentes de la justice. devient si un grand acte de au service de comme l'arbitraire n'était pas le despotisme et illogique même. et sévère- Les troubles religieux devaient être surveillés de près ment puni^. quand et il comme s'il n'était pas doublementcoupable donne l'apparence de soutenir la voyait liberté. il en ce qui concernait senté le 43 Un premier réclamer le projet fut pré- novembre. ayant entre leurs mains le plus puissant levier pour agiter les âmes. 215 la que de faire tomber la foudre au milieu des ennemis de Révo- lution_5 et de faire rouler leur tête sur l'échafaud. et ren- voyer ces pestiférés à Rome et en Italie?» L'orateur. et rien n'était plus lâche ne s'apercevait pas que que de les accuser de lâcheté au Il moment même où il voulait les proscrire. Saint-Just et Robes- il est vrai que leur pratique vaudra leur théorie. ce qui blée. faut enfm^ s'écriait-il^ sortir de son fourreau ce nouveau pas la glaive de la loi qu'a fabriqué la liberté. Aussi parut-il trop modéré. di- faut séparer le prêtre du peuple qu'il égare. et criminel au service justice prétendait que il si l'arbitraire est du despotisme. et il un excès dïnrki-lgencë dans'!^ . ne voulut pas accuser sans preuves. sait-il.. ne demandait rien moins qu'un « décret d'exil pour tous les réfractaires. L'Assem- par un dernier sentiment de pudeur.verbaux de l'affaire de Gaen. leur prodiguait l'insulte. doivent être traités Il avec une sévérité implacable. non content la loi devait de provoquer la persécution contre des citoyens que il protéger.

d'ailleurs. Le 6 novembre François de Neuchâteau. Enfin. vait être puni de deux ans de prison répondait de tous les actes de meurtre et de pillage qui pouvaient être commis dans frais l'émeute provoquée par pression seraient mis à la lui ou à son occasion. à cette tribune où Mirasi beau avait revendiqué noblement le droit de la conscience. mais ce n'était pas un motif suiFisant pour la excuser tout ce qu'ils renfermaient de contraire à liberté. de révolte contre la la patrie.216 PROPOSITION DE FRANÇOIS DE NEUCHATEAU. Tout ecclésiastil'agitation religieuse deil que qui convaincu d'avoir fomenté . c'est la loi. mais enivré de sa passiori. c'est-à-dire la volonté popu- avec tous ses caprices. Le serment civique devait être prêté sous huit jours par tous les ecclésiastiques les non fonctionnaires sous peine de perdre pensions qui leur avaient été votées par l'Assemblée nationale et d'être prévenus. qui ne s'était que trop inspiré d'Isnard. en cas de trouble. de tous les prê- tres qui les auraient refusé le serment serait dressée dans tous départements. je n'en connais pas d'autre. : il ne se fût pas laissé aller à » ce dire « Mon Dieu. ne le gênait pas beaucoup. Isnard était un tribun convaincu. le prétention de ne juger que sur preuves. placés sous surveillance des autorités constituées et éloignés les troubles de la commune où serait auraient éclaté. laire c'était le salut public. Les discours d'Isnard. et si. Voilà ce qui passait pour libéral au mois de novembre 1791. apporta au nom du comité de législation un l'ar- projet de décret qui ne laissait rien à désirer aux partisans de bitraire. car la loi telle qu'il la comprenait. ils étaient parfaitement sincères. malgré leurs sophismes et leur exagération. L'impression de ses harangues fut réclamée. qui excita l'indignation motivée de l'évêque Lecoz. Les de ré- charge des communes où l'intervention La liste de la force armée aurait été nécessaire. le comité de législation proposait de remla placer le serment à constitution civile du clergé par le ser- . elle eût été votée dans son ardente improvisation. Ce Dieu-là. produisaient une grande impression. parce qu'ils jaillissaient d'une âme en feu comme la lave jaillit d'un volcan. Des pénalités extraordinaires étaient réser- vées à ceux d'entre eux qui seraient convaincus de menées avec l'étranger.

curés et vicaires. Les drconstances atténuantes sont dans les périls du pays et les iitrigues de l'émigration. puisque le premier impliquait le second. le refus malgé les interruptions et les murmures. La substitution du serment civique ausermen. de substituer au titre civile de Constitution du clergé celui de : Loi concernant rapports civils et les règles extérieures le du culte catholique en France et d'ôter caractère de fonctionnaires publics aux évê- que5. le serment cette proposition accueiUie par les huées de l'Assem- blée ut écartée. le puisqu'elle rendait serment exigible pour ensuite les ecclésiastiques non fonctionnaires. 217 ment civique à fautif les la nation. à reptils un père de famille qui ayant dans son champ des venimeux ôterait la nourriture à ses enfants pour nourrir . [1 ne fit : que « s'attirer cette odieuse réphque de François de la nation. cette loi conservaitun tion vague dangereux dansladéfmi- du délit et elle désignait d'avance et sans examen le prêtre insementé elle comme coupable partout où quelque trouble éclatait. à la loi et au roi. prêté à la constitution civile du clergé était un vain palliatif. A part ces le dernières clauses qui révé- une intention de séparer cette loi domaine religieux du domaine les monstrueuse renfermait toutes iniquités. Elle était d'abord entachée de rétroactivité. Terrible dans ses réprissions.es plus tristes révolutionnaire. monuments de En Min Lemontey demanda qu'on permît aux ecclésiastiques l'iniquité de rserver leurs opinions religieuses en prêtant civiqie .PROPOSITION DE FRANÇOIS DE NEUCHATEAU. que du ser- menipar un ecclésiastique non fonctionnaire public ne saurait être onsidéré être comme un le retrait délit et ne devait par conséquent pas la constitu- uni par d'une pension garantie par tion. laient civil. si elle Neucâteau Je comparerais pensionnait les insenentés. En vain Tévêque Torné fit ressortir avec force. retirant elle violait tairfô les un engagement sacré en aux réfrac- pensions qui avaient été votées sans condition par TAs- semMée constituante. b rendait responsable de ce qu'il n'avait peut-être pu empêen a cher Une pareille loi est une honte pour l'a la législature qui patienment entendu l'exposé et qui votée en l'aggravant. mais elle n'en demeure pas moins l'un . car la constitution civile était une portion de la constitution générale.

(C On La- maintint cette appellation après un discours larmoyant « entre ce Il mourette qui invoqua la parenté hvre philosopique qui s'appelle l'Evangile et la révolution. » « cette armée plus puissante que les laïon- La France savait pourtant par une amère expéience confirmée tous les jours ce qu'il lui en avait coûté de contituer un clergé fonctionnaire. La article reçut soi digne couronnement dans un supplémentaire qui suprimait I . Vergniaud dénonça ses membres comme des factieux et demanda que toute insistance de ce genre fût punie de quelques jours de prieon à l'Abbaye. une heureuse amélioratioi. « dit : pour éloigner de la bergerie les loups desruc* qui ont la Il faut. en demandant plusieurs fois l'appel nominal. dit naïvement un membre. » licenciât pas tout à demanda quDU ne le coup la plus grande force qui eût gannti nouveau régime. de la constitution civile du clergé. L'As-j le semblée pour moment se contenta de la prison et sir les observations de Brissot et de Gensonné elle spécifia que pour être incarcéré il fallait avoir provoqué formellement et à dessin la C'était désobéissance aux lois. » Le mot était profond et il révèle une fois de plus l'accord entre un certain catholicisme despotique et l'école de Rousseau. On n'osa pas adopter la seule partie raisonnable celle qui abolissait le titre du projet (e loi. que ceux salut. En vain la droite voulut ralentir la marche d'une déliallait bération qui au *pas de charge comme pour écraser l'en- nemi. et que l chadroit ne peut se séparer de faire que l'on n'a pas loi \ de l'aumône avec le bien d'autrui. Sur la proposition de les Lemontey il fut décidé que revenus des pensions ecclésiastiques confiquées formeraient une masse répartie entre les divers départerents pour être employée en travaux pour secours pour rité les indigents valide et en les indigents invalides. La discussion fut précipitée de manière à satisfaire les plus exigeants. L'extrême gauche voulait substituer la déportation à la prison teurs. nettes. » la Quand le langage s'empreint d'une violence à tribune on peut dire que les massacres de rue ne sont pas éloignés. C'était oublier la justice. Hors de l'Eglise point de il apprennent que hors de loi société n'y a ni pension. ni protection de la à espérer.218 INIQUE BÉCRET DU 29 NOVEMBEE 1791. telle ces reptiles.

bien les proté- inspiré cette fois. ils se respecte- ront et se protégeront mutuellement. 319 proposé de hypocritement la liberté des cultes. sous la surveillance la des autorités constituées. en y opposant son bien plus libéral que l'As- semblée démocratique. tution. C'était la proposition du consécration d'un des grands principes de 1789. un véritable attentat contre la déclaration des droits i. 11 ne faisait que reproduire résolution mémorable la prise au mois de mai par l'Assemblée nationale sur directoire de Paris. » Mais les fanatiques de la constitution civile du clergé. la mentaires du droit et de La plupart des historiens de Révolution ont eu le tort. dit Guadet. s'écria «Tâchez d'avoir mille une voix. culte il avoir prêté le serment civique : ce qui équivalait à supprimer la liberté religieuse dans le pays. En dès qu'elle est refusée aux minorités qui déplaisent. elle n'est plus qu'une duperie. Aussi la motion fut-elle ap- puyée par les hommes vraiment libéraux. avec cette addition que pour louer un édifice religieux et y célébrer son effet. était il . Il cette liberté religieuse qui eût opposé autel contre autel. la en appréciant ce décret. François de Neuchâteau motiva cette si modification grave sur ce qu'on ne devait pas la liberté à ceux il qui l'avaient toujours maudite. comme Lamourette. L'évêque de si Lyon demanda non la l'on devait des églises aux ennemis de de l'Assemblée auquel consti- fut appuyé par le parti violent et la mo- tion d' Albite revint du comité de fallait législation elle avait été envoyée. et ne les frapper que quand troublent l'ordre pu- bhc. ne voulaient pas de sans perfidie.e^o. de se placer au point de vue de guerre . car ce décret était et le roi. doit planer sur tous les cultes pour ger tous. » «La ils loi. cultes. car qu'elle lui présentait qui n'était pas une seule des mesures les principes élé- ne blessât gravement la justice.INIQUE DÉCIIET DU 29 NOVEMBRE 1791. Le 29 novembre le passa dans son ensemble. C'était lo plus grand démenti qu'une révolution fondée sur la liberté se fût encore donné. raison en ne voyait pas qu'il leur donnait décret marchant sur leurs traces. Albite avait décréter qu'il serait permis à toute société particulière d'acheter des églises et des édifices particuliers pour les employer à l'exercice d'un culte religieux quelconque.

Louis Blanc. Uicheiet^ Histoire III. 213. Michelet n'en blâme rigueur qu^en tant qu'elle s'applique aux simples fidèles les prêtres il Pour sévérité exceptionnelle Il en raison de leur influence extraordinaire. parce atteinte. et si il on l'eût écouté. . car ils avaient pour eux voiles la fièvre et le péril de la nation. les ministres qui jugeaient d'avis mesure en hommes politiques furent unanimement sanctionner. 214. n'est pas d'excès révolutionnaires que de telles maximes ne fut porté justifient d'avance. 11 que sa conscience était décidément ne sert de rien d'accuser ce malheureux prince de n'avoir eu de courage ici que pour défendre les prêtres *. Histoire de Id Révolution. qui était aussi celui de la gravité la M. p. admet une que M. de la Révolution. p. roi arrêta partout la répres- sion légale des troubles religieux les mais partout aussi exaspéra fureurs populaires. Louis Blanc atténue singulièrement tandis du déla *. les périls qui s'amassaient à lui faisait Mais celle-ci la rendue furieuse par frontière. Il servait ses convictions les plus intimes. ne songeait qu'à écraser tout ce qui obstacle et rencontrant le veto royal sur son chemin. elle ne se donna pas de relâche qu'elle ne l'eût lui survivre. la justice des partis et non à celui de liberté. Histoire de la Révolution. et c'est dans leurs le que soufflait la tempête qui bouleversait pays. mais ils qu'il fallait le rencontrèrent une résistance invincible chez le roi. cret du 29 novembre. La victoire devait rester aux seconds. p. de 1789 fer- mement attachés à la Constitution et ceux de 1791 qui obéis- saient bien plus à des passions qu'à des principes entre ceux la qui voulaient avant tout la liberté et ceux qui lui préféraient démocratie. VI. Nous avons vu 1. 343. emporté avec la royauté elle-même qui ne pouvait Cette question du veto agita profondément le pays dans les mois qui suivirent. Quand le décret du 29 novembre la au conseil. le service le plus signalé à la Révolution. les plus sacrées. eût rendu . Louis Blanc. VI. 2. fut livrée la En outre ce fut autour de cette question que grande bataille entre les hommes .220 LE ROI LEUR OPPOSE SON VETO. la résistance du . C'est à Paris qu'éclata tout d'abord cette lutte.

le mesures que que que la prudence ne sauraient admettre. et lui exprima publiquement au roi où tition il solennellement son opinion dans une pétition demandait de refuser sa sanction. reli- gieuses ! Si vous avez été ecclésiastiques. » l'article Le directoire additionnel avec non moins de force contre du . Le directoire se déclarait incapable quant à lui de o don- ner les mains à de pareilles mesures. Après avoir protesté de leur amour les pétition- pour Révolution et de leur haine du fanatisme. comme détruisant d'une créance nationale et manquant grafoi illégalement le titre vement à second la bonne publique qui avait garanti le payement de leurs pensions aux ecclésiastiques non fonctionnaires. Le décret du 29 novembre et il yeux un attentat véritable contre la liberté. attaquent décret du 29 novembre en premier Ueu. naires. Cette péde la que les apologistes Révolution flétrissent comme une tentative de réaction est empreinte au contraire du libéra- lisme le plus élevé et le plus conséquent. tion. tremblez nous nous première le attacherons à vos pas. C'est sauvegardé à ses la liberté qui avait au mois de mai était des cultes. enfin comme attentant de la manière la plus flagrante à la liberté des citoyens en faisant incarcérer les prêtres insermentés partout où éclateraient des troubles reli- gieux. tout en rendant hommage aux intentions de l'Assemblée. nous pourrons vous bannir foyers impunément des s'élevait que vous avez choisis. comme créant arbitrairement une catégorie de sus- pects et faisant dresser des listes de proscription par les directoires de département . quelque régulière que puisse être votre conduite. 221 que le directoire du département de lui la Seine se composait en majorité d'anciens constituants et représentait avec éclat les grands principes de 1789. Ils l'accusaient d'avoir voté des la justice. nous épierons toutes vos actions privées. il Eh quoi ! portait la péti! faudrait que nous tinssions ce langage à nos concitoyens ! Dites quel est votre culte Rendez compte de vos opinions . à la émeute qui surviendra dans religion aura été prononcé.BELLE PÉTITIOiN DU LIRECTOIRE DE PARIS. C'est le langage même du droit et la de la justice. et cette ville immense et où mot de à votre nous viendrons vous arracher malgré votre innocence. la Constitution. retraite. en lieu.

» Cette pétition let du 29 novemet que Louis Blanc taxe d'arrogante . de la et au . L'orateur démarche du directoire. Le parti démagogique voulait contre-balancer par une grande scène propre à frapper tition. » Les pétitionnaires montraient avec autant d'éloquence que de raison que TAssemblée nationale en frappant aussi sévèrem^ent des opinions ne faisait qu'opposer fanatisme à fanatisme et restaurer les odieux principes au nom et desquels les Césars avaient persécuté les premiers chrétiens siècle entier Louis XIV proscrit les protestants. Constitution et du bien public nous vous prions. « 11 ne faut pas . On se déchaîna contre la presse.225 CONTRE-PÉTITION A l'aSSEMBLÉE. affirmant que plus sûr moyen de réprimer lui. » Le directoire admettait toutes les sévérités des autorités constituées contre les déhts constatés^ mais il demandait qu'aule cune opinion ne fût le tourmentée. votre Dieu est le Dieu des passions. disait-il . et le dans clubs et dans peuple de la ligue se retrouva à la fin du dix- huitième siècle aussi intolérant en sens contraire qu'il l'avait été sous les Guises. mêmes de la liberté ? Puis- qu'aucune religion n'est une qu'aucune religion ne soit un crime. décret qui supprimait pour les réfractaires la liberté des cultes. Pour tous ces motifs. le nôtre est celui de la clé- mence. de refuser votre sanction au décret bre. tions ! » Singulière introduction pour demander des à proscrip- Les honneurs de la séance furent l'incomparable à . provoqua la plus elle violente irritation les dans Paris. contre butante. les yeux l'effet de la pé- Une série de députations représentant diverses sections la de Paris apportèrent à barre de l'Assemblée des pétitions. Sire. Micheplus de vaine abstraction et qui était le plus noble et le la courageux hommage aux principes au nom desquels Révolu- tion avait été inaugurée. « Un de philo- sophie n'aurait-il donc servi qu'à nous ramener à l'intolérance du seizième siècle par les routes loi. la ou plutôt des protestations. nom sacré de la liberté. La plupart de ces pièces sont empreintes d'une grossièreté re- du faubourg Saint-Antoine : interpelle sur ce' le ton les prêtres réfractaires « Monstres qui suez crime. que sur ce point comme sur tout au- tre la liberté puisse rétrograder. (( fanatisme c'est de se montrer juste envers portait la pétition ..

chefs qu'il faut poursuivre. Pour que rien ne mansa voix l'évêque Fauchet qui prêta lire cette Desmoulins pour pièce polie avec un soin et perfide. 223 pamphlétaire de la démocratie. jeûne. Frappez à la tête la servez. De pareilles scènes dégoûtent pro- fondément des partis démagogiques surtout quand vent des apologistes elles trou- soixante ans après. le Mais les tête sommeille comment bras agira-t-il?. L'Assemblée vota d'enthousiasme son impression son envoi aux départements. à Tentendre. à ce Camille Desmoulins qui la savait être spirituel jusque dans plus extrême violence et qui traduisait en bons mots cruels les fureurs du peuple. Il voulait empêché de qu'on mît en accusation le directoire comme excitant à la désobéissance envers la loi.vous de foudre contre les princes conspirateurs. Il fut im- pitoyable pour le directoire qui en publiant sa pétition avait. Qu'elles nous la apla prennent au moins à ne jamais préférer liberté î Révolution à Nous avons raison dit quelle fut l'inflexible décision du roi. en que la volonté du peuple la prise souveraine et qu'un veto royal n'aurait pas la Bastille. ouvert un grand registre de contre-révolution et une souscription de guerre civile envoyée à la signature de tous les fanatiques. pères de pa- Ne doutez plus de si la toute-puissance d'un peuple libre. de tous les ci-devant voleurs des quatre-vingt-trois départements en tête desquels sont les noms exemplaires des se souvenant pétitionnaires. de tous les esclaves. Ce sont .. pétition collective. en mandant à l'Assemblée par son garde . La proposition de priver tous prêtres non jureurs des pensions garanties par un vote solennel n'était que plus odieuse avec ce tour quât au scandale. c'est à Camille si plaisant. de tous les idiots.. de et exorcisez le la verge contre un directoire insolent le démon du les fanatisme par .PÉTITION DE CAMILLE DESMOULINS. et tion nationale par comme La ayant signé une la comme tendant à annuler représenta- un appel factieux au pays. » C'est assez de commettre l'injustice il ne faut pas l'égayer. Il donna au directoire. les pétition se terla minait ainsi trie. : « Dédaignez tous la sophismes. Camille le Desmoulins demandait qu'on exécutât immédiatement décret est du 29 novembre.

Histoire anonyme du clergé de France sous la Révolution. de l'Eglise de Franca pendant l'année 1792 le troisième volume de VHistoire de V Eglise de France sous la Révolution. Lyon. quMl se réservait d'examiner. par l'abbé Jaeger. malgré appuyé sur la prépondérance croissante des jacobins. osait. et ils fussent certainement morts fidèles. Dès ce moment. d'autres. de la comme celui Rochelle. le directoire^ le le conseil des ministres. subissaient sans juge- ment la captivité la les plus dure. Ce- pendant l'irréligion faisait tous les jours des progrès. Voir sur l'état . On se demande quel ou- trage la il avait encore à subir après les insultes dont l'abreuvait dans son journal. comme s'il avait incarcéré à Brest et à Dinan un nombre ils considérable de prêtres insermentés. passaient sur le veto royal et exécutaient le décret force de loi. Nous ne rappelons que pour mémoire le Moniteur et la collection de Bûchez et Roux. p. et la tri- bune des Jacobins retentissait sans cesse de déclamations empor- tées contre la religion. 1. l'Assemblée . suivaient l'exemple des vrais libéraux de Paris. traînait comparer le Il se moquait du prince obsédé dicative et jour par une épouse vin- une sœur bigote et lui rappelait la rudement que la maison de Bourbon devait tout à bien des ingrats.224- EFFETS DU VETO DANS LES DÉPARTEMENTS. ajoutait-il. demeura quelque temps plus fort. dans les Landes et le Finistère. 262. et l'ouvrage déjà cité de Barruel. Un grand nombre des prêtres des provinces affluèrent dans ville la grande où ils se dérobaient plus facilement à la persécution. « » Nous avons fait n'importe ^ Le bonnet rouge dont plus insultant que on coifla le roi au mois de juin suivant était-il de pareilles apostrophes? Les effets du veto furent différents selon les départements l'excitation ^ A Paris. On avait du 29 novembre. Histoire parlementaire . veto royal à Prudhomme un boulet que la nuit et le . le point devint de mire de toutes les colères. 1828. Bûchez et 2. de faim sans aumônes abondantes des Ces mesures Roux. malgré du peuple. le culte n'y fut pas troublé. il des sceaux. qui obtinrent la fermeture du club rival des feuillants. Dans les départements^ l'anarchie était au comble. Plusieurs églises furent rouvertes au clergé insermenté. Tandis que quelques directoires libéraux. presse démocratique. nation. XII.

sous peine de Tincarcération. mêmes faits se reproduisirent à Angers Bientôt on ne se contenta plus de punir les ecclésiasfidèles. les réfractaires ils Heureux tribunaux! quand ils y trouvaient encore une justice presque équitable. on leur interdit de dire la messe. la dans départements de nile-et-Vilaine. on s'attaqua également aux A Rennes. Les et à Laval. tiques . Ils \'illes que décrétaient d'office les directoires ou les mules ne jouissaient d'aucune sécurité même dans où les directoires étaient favorables à la liberté des cultes. La résistance des autorités vraiment libérales eut pour seul résultat d'amener de graves scènes de violence. mais la plupart du temps ils étaient placés sous le coup des me- sures violentes nicipalités. ils la persécution. En vain les adhérents du culte insermenté se ils cachaient dans les appartements les plus reculés. Ailleurs. Les couvents de et femmes. étaient espionnés avec soin et la découverte d'un calice les ou d'un ornement sacerdotal exposait à de sévères pénalités la ou à de mauvais traitements étaient traduits devant les de part de la populace. mais encore on interdit leur défendit. A devaient se présenter les deux fois par jour à Tappel nominal. de les paroisses quelles on avait arraché leurs anciens curés. excitaient 225 auxles une fermentation croissante dans Haute-Garonne. sont obligés de se réunir au chef-lieu. C'est ainsi qu'à Auch la municipalité la fit fermer une chapelle du couvent des Carmélites où messe avait été célébrée sans en- traves par des prêtres insermentés. Tous prêtres qui. la Loire-Inférieure. de de la Mayenne et de Maine-et-Loire. La force armée dissipait leurs réunions de culte. qui n'avaient pas encore été fermés où dominait Finis .Vilaine. sans être incarcérés. On ne leur pas seulement la célébration de leur culte. malgré les efforts énergiques du directoire. là ils sont Tobjet d'une le surveillance inquisitoriale. et. ils devaient payer 6 francs d'amende quand on les avait surpris assistant à une messe interdite. dans le département d'IUe-et. les prêtres.MAUVAIS TRAITEMENTS INFLIGÉS AUX RÉFRACTAIRES. de se réunir au nom- bre de plus de trois. quel- ques-uns y sont violemment traînés. ce qui est pour eux comble de Nantes. se refusè- rent au serment civique furent dirigés sur Rennes.

ouvrir la chapelle au prêtre assermenté elle résista à toutes les obsessions et après être restée trois jours entiers au milieu des soldats. nous attendons la mort. parce que nous nous réjouissons. 1. on escalade le mur du jardin. _. . On peut juger par ce qui se passa au mois de cruelles per- mars 1792 au couvent des Dominicaines de Paris des demeurées au sécutions qui furent infligées dans toute la France aux religieuses fidèles saint-siége.. d'être trouvées et le nom de Jésus-Christ mère^ » La supérieure des écoles de dans une lettre également touchante donne des détails analogues sur n'était à ses les persécutions qu'elle a subies Elle raconte que. digne de souffrir quelque chose pour l'honneur de l'Eglise notre Saint-Charles de Paris . d'affecter trop sensiblement votre le détail cœur paternel si j'entrais dans de toutes les vexations qu'on a employées pour ébranler notre fidélité. votre chapelle. menaçant de tout enfoncer si assermenté n'était pas reçu immédiatement. Une bande de forcenés s'étaient le prêtre précipités dans le couvent. nous offrons nos vies à Dieu. elle fut obligée de disperser la communauté et de pren- dre la fuite ^ Si de pareilles scènes se passaient à Paris. Le dimanche des Rogations. celui-ci s'est adressé et s^est assuré le concours d'une bande de forcenés pour suivi violence. je ne m'é- tendrai point sur toutes ces persécutions personnelles. . fluence des réfractaires étaient particulièrement désignés à la fureur populaire. il de ces hommes « en guise de procession. retirées dans une chambre et prosternées pieds du crucifix. écrit la supérieure au pape. on peut 321^ 322. à l'exemple des apôtres. 226 PERSÉCUTION BANS LES COUVENTS DE FEMMES A PARIS. dit-il. Mes fidèles comaux pagnes et moi. Je refuse l'un et . Theiner. » <c Ouvrez sonnez votre cloche. si je lui dépei- gnais les attroupements furieux qui nous ont investies. p. 1. sur son refus de recevoir le nouveau curé qui au club voisin lui faire yeux qu'un intrus. l'épouvante et l'eff'roi qui nous précipita aux pieds de la très sainte Vierge. l'autre. Non. » La supérieure eut la douleur de voir une de ses sœurs . franchit le seuil du couvent. raconte la supérieure les cris redoublent les haches sont distribuées. les me- naces continuelles de pillage nocturne. « Je craindrais.

Moniteur du 18 lévrier 17S2. fait-il guerre de tous nos prêtres accusés ble? Et vœux. le même traitement fut infligé à quelle ques jeunes tre filles qui avaient suivi le culte proscrit. Dans un écrit intitulé : Nouveau compte rendu au Roil le clergé insermenté protesta contre toutes les accusations de rébellion dont on l'accablait. messe du clergé constitutionnel Les officiers municipaux arrachaient parfois les faire les enfants à leurs parents pour baptiser par les prêtres assermentés. fureur révolutionnaire. 2. A Langres et à la Rochelle les religieuses furent frappées de verges. et il calme dans les es- suffisait de la liberté des cultes franchement reconnue le conflit le sincèrement appliquée pour faire disparaître plus grave entre le roi et l'Assemblée et pour pacifier les cam- pagnes.PROTESTATIONS DU CLERGÉ RÉFRACTAIRE. de des peuples à la libre circulation des grains d'être : vous nous accusez d'appeler la tant d'intelligence avec l'ennemi de la patrie. Cette persécution ne rencontrait pas toujours des agneaux provoquait des résistances éner- prêts à la subir docilement. Nous 1. Theiner. . et le cas minis- de rintérieur cita d'un malheureux qui fut exhumé du cimetière assister à la et enterré en plein carrefour pour n'avoir pas voulu ^. tous les a Vous nous accusez d'être les auteurs de le genres de troubles qui agitent royaume. I. Cependant avec des mesures prudentes et libérales on eût pu encore au le commencement de l'année 4792 ramener prits. Comment se que sur de vous n'en ayez pu trouver un seul la surveillance hostile coupa- cependant certes de cinquante mille corps administratifs aidés rait de plus de dix mille clubs aus'ils bien suffi pour découvrir ces complots. vous la résistance nous accusez du défaut de payement des impôts. p. se figurer à quelles violences s'emportait 227 la en province . Elle giques qui avaient peu à faire pour se transformer en guerre civile ouverte et elle était exploitée par l'émigration. ou bien ils infli- geaient des amendes aux parents qui n^avaient pas présenté leurs enfants dans l'église paroissiale. 340. existaient.

Nous déclarons que les plus constants et les plus ardents de nos vœux ont pour objet le retour de la paix dans l'Eglise et dans l'Etat.228 RAPPORT LIBÉRAL BE CAHIER-GERVILLE. c'est de favorist (. toutes les religions sans en distinguer aucune. intacts dans notre soumission à l'ordre aux nous sommes innocents non-seulement aux yeux de Dieu. ont mis au-dessu public. Cahierle Gerville. Jaeger. mais encore aux yeux de la loi ^ » Il eût été de bonne politique de s'emparer dt ét( ces déclarations et de ne pas pousser à bout un parti qui eût lié par ses promesses de soumission. Chaque citoyen doit jouir libremei du droit d'exercer telle pratique religieuse que sa conscience li 1. Ils ce qu'ils ont regardé comme l'intérêt n sont pas assez pénétrés de cette vérité que le salut quand la loi est faite public est dans sa rigoureuse observation. . vrier. déclarons à Votre Majesté que nous sommes soumis à toutes les autorités publiques et qu'à l'exemple de Jésus-Christ nous met- tons au nombre de nos devoirs d'acquitter nos impôts. civil et nous sommes lois. les administrateurs or pris des arrêtés vexatoires que le roi ne peut s'empêcher d contraires à la Constitution. le Toute notre résistance se borne à croire formellement que culte constitutionnel n'est qu'il pas le culte catholique et à enseigner ne l'est pas. d la toléranc la libert on voit les persécuteurs. sous la réserve de respect dt ses droits. Ce seul point excepté. Histoire de VEglise de France sous la Révolution. Dans tous les départements des cultes a été plus ou moins nulle. et soit exilée de ce royaume. dans rapport présenté par lui à l'Assemblée d8 fé Après avoir tracé un tableau rapide de les l'agitation reli gieuse dans égal dans les départements où il il signalait un fanatism( ce deux camps. // n'y a point France de religion nationale. Qu'importe aille à la l'Etat qu'un citoyen messe ou qu'il n'y aille point ? Toi ce que peut faire une bonne constitution. p. Ils condamner comme de la loi Leur crim s'excuse par la difficulté des circonstances. 107. : résuma son appréciation par semble que paroles significatives l'autre « Si d'un côté l'on voit il les fanatiques. Tel était bien le l'avis du ministre de l'intérieur . III.

mais n'amena pas TAssemblée à abandonner cette funeste politique des mesures de salut public que le ministre avait si justement blâmée. plein de féli- pour les prêtres non jureurs. Le le pape rendait ainsi possible maintien d'une Eglise orthodoxe dans les graves circonstances de l'époque. naisons du La patrie attend une loi juste qui puisse entrer dans le code des peuples libres : et qui dispense de pro- noncer ces mots dire. Cahier-Gerville au département L'intolé- rance révolutionnaire était désormais appuyée par le chef de l'administration et elle allait infailliblement se déchaîner à son aise. Le même VI pubha un autre bref qui conférait aux anciens évêpour absoudre dans au saint-siége ques et aux administrateurs de leurs diocèses tous les pouvoirs nécessaires et les cas réservés pour faire des ordinations en dehors des règles ordinaires. c'était le Prêtres esprit et religion. modération dans du car le mois suivant le ministère était dissous: le ministre des affaires étrangères Delessart était traduit devant la haute cour . Ce rapport fut très applaudi. » Le ministre hâtait de ses vœux par les prê: moment où . » On ne pouvait mieux pur de 1789 dégagé de toute inconséintérieurs quence et c'était le sûr remède aux maux du pays. prescrit. d'Orléans la Gironde imposait ses hommes au de prince. était d'un ton assez modéré et toire le il se bornait à réunir en un seul moni- deuxième et le troisième avertissement qui devait pré- céder la condamnation jour Pie définitive des récalcitrants. et Taustère et rude Roland. 229 fût pas éloignée et il serait à désirer que Tépoque ne où chacun payera son le culte. l'état civil ne serait plus constaté tres et il terminait son rapport par ces mots remarquables a L'intérêt des prêtres ne doit entrer pour rien dans les combilégislateur. remplal'intérieur. Tout ce qui venait de Rome exaspérait les hommes qui étaient à la tête du mouve- . la Il ne put malheureule conseil sement longtemps représenter roi. Le 19 mars citations le pape avait lancé un nouveau bref. Ce bref était surtout des- tiné à réfuter les principes gallicans formulés dans l'exposé des Il principes signé par dix-huit évêques constitutionnels. çait moins libéral que démocrate.NOUVEAU BREF DU PAPE.

qu'ils savaient très ment. Plu^ sieurs curés constitutionnels avaient profité de cette autorisatior mais nelle le sentiment catholique^ même dans l'Eglise constitutionj Aubert. mais il avait aussi été envahi par ce qu'on peut appeler l'écume de l'ancienne perdus Eglise. Sainte-Marguerite. Histoire de Barruel. Le bref du pape ne paraît pas avoir produit grande impression sur le clergé constitutionnel. il avait donné devant sa démission. 288. parti ultramontain ^. Charrier de l'a Roche. le clergé constitutionnel commençait à se diviser il comptait un grand nombre de prêtres respectables qui travaillèrent coura- geusement à relever la religion en France. I. Ce n'est pas que quelques-uns de ses membres les plus influents ne fussent ébranlés. sans passer la au parti contraire. et il comptait dans ses rangs quelques hommes de mœurs et des clubistes forcenés. pouvait bien être traversée par une vague il n'en était pas moins incapable de prendre une résolution courageuse. vicaire éclat à soi en avait été profondément froissé. p. L'é- scandaleuse apostasie. . Il n'eut pas d'imitateur. Voir la lettre 2. à Paris. par l'abbé Guetlée. La peur de l'enfer le ramenait au pape comme une frayeur plus grande en face d'un péril plus prochain devait Tëloigner de la religion elle-même et le pousser à une ambitieux. les plus actifs l'un des agents du . C'était un vil et craintif vêque constitutionnel de Rouen. 360. parce bien que là était le foyer le pkis ardent de la contre-révolution. Au reste. avait donné un grand avait mariage. Elle avait été résolue législativement. de tMiglise de France. mais Fâme basse de révêque de Paris inquiétude . p. car l'Assemblée avait décrété seraient continuées que les pensions aux ecclésiastiques qui se marieraient. Gobeî avait eu des pourparlers secrets avec l'abbé Barruel. il eu recours lâche] i. La question du mariage des prêtres s'agitait depuis quelques mois. l'œuvre de concilia- tion serait très avancée *. il reculait persécution du clergé réfractaire et les espérait que si son exemple était suivi par deux clergés.230 DÉSORDRES DANS LE CLERGÉ CONSTTTUTIONNEL. et n'avait réussi qu'à produire un affreux scandale danj sa paroisse du faubourg Saint. dans Theiner.Antoine. XII. .

Guadet avait préparé une lettre impérative qui devait être Signée par ses ministres et lui intimait de chan- ger son confesseur. témoins silencieux de ces infamies. le est certain que s'en l'on avait déjà formé tôt. la Il fut maintenu à son poste. Si les jours de la il persécution n'étaient pas venus pour n'eût le clergé constitutionnel. projet d'avilir la religion afin de il débarrasser plus Mais fallait auparavant briser les prêtres réfractaires et depuis l'entrée des girondins au ministère rien ne fut épargné pour réaliser ce dessein.CONTINUATION DE U. malgré d'éneril giques réclamations de plusieurs curés de Paris. Le boucher Legendre l'intention des jacobins « avait brutalement mais fidèlement rendu il quand s'écria à la tribune de ce club : Que le prêtre réfractaire soit puni sévèrement. pu se relever du discrédit auquel le condamnait 11 l'in- sultante protection des ennemis du christianisme. fut jour même de Pâques furent des scènes les plus scandaleuses. De des scènes déplorables bien faites pour déconsidérer la nouvelle Eglise et la Révolution. car l'Assemblée eut le tort et le ridicule d'accor- der les honneurs de la séance au couple clérical après un discours du marié qui insinuait que faciliter la Bastille avait été prise pour son hy menée. de par grâce des clubs K Plus tard. femme occupait une place d'honneur dans le chœur. . qui n'avait le théâtre des couvents. malgré son évêque. 231 là ment à la tumultueuse approbation des clubs. Dumouriez eut bon esprit de s'opposer à 1. s'en fallut Peu que la conscience même du où on le roi ne fût violentée directement. Jaeger. Quand un pied. » cultiva- teur trouve une chenille. Des femmes ville couvertes de boue. HT. la met sous son Au moment de Pâques blèrent. PERSÉCUTION. les les violences contre le culte des insermentés redou- A Lyon leurs églises furent envahies par la populace. puis traînées dans les rues de la les devant magistrats en écharpe. 188. la fut nommé sa à cure des Petits-Pères et installé en grande pompe. et la émeutiers obtinrent en récompense de les chapelles municipalité la fer- meture de toutes Claire. L'église de Saintele pas été interdite. qu'il porte sa tête sur l'échafaud ou son corps aux il galères. p.

. oublia combien rantes et les signes visibles ont d'effet sur des populations igno- queUe les irritation sa décision allait exciter bien inutilela ré- ment dans campagnes. 1. Lecoz. un rare à propos le pour porter ce coup sensible aux cœurs d'Ille-et-Vilaine. II. qu'il poufl ' vait prendre un iman. ce projet en disant qu'il ne permettrait pas qu'on écrivit au lu ïdm au nom du conseil. Torné réclama au moins supprimait. mais le parti ardent était de moins en moins incliné à la modération. avaient à beau- coup d'égards bien mérité de eux les la France. évêque du département essaya inutilement d'empêcher cette exécution sommaire. marche résolument et rapidement à ses fins. La Législative voyait en derniers remparts de l'ancienne EgUse et elle avait hâte choisit avec si de les réduire en poussière. un rabbin. L'évêque de Limoges. 255. On vendredi saint. La Constituante n'avait pas ils osé dissoudre de suite les corps enseignants. p. en adoptant cette mesure. par un ministère qui représentait fidèlement l'opinion de la majorité. qui étaient l'avilisse- ment de Elle la royauté et la mise hors la la loi du clergé réfractaire. L'Assemblée. mais le il respect pour les ordres illustres que l'on aggrava en définitive la portée de la loi en demandant en termes peu convenables la suppression du costume ecclésiastique. 6 catholiques.232 ABOLITION DU COSTUME ECCLÉSIASTIQUE. sur les affaires de sa conscience. aussitôt qu'il sacrifiait ses solution de Torné votée. avril. commença par achever destruction de tout ce qui sub- sistait des anciens ordres religieux. La discussion générale fut immédiatement fermée et le député La- grevol obtint que l'on fît disparaître l'exception maintenue en faveur des sœurs de charité qu'il traita de vermine. L'Assemblée. Ce n'est pas au la moment où été les girondins avaient mis à mode le bonnet rouge et tout fait pour surexciter la fièvre révolutionnaire qu'ils eussent les disposés à respecter aiguillonnée scrupules religieux. déclara vêtements épiscopaux pour l'entretien d'un garde national et Fauchet mit Mémoires de Dumouriez. un papiste ou un le diriger calviniste* pour sans que personne eût le droit de s'en mêler La sagesse eût conseillé d'appliquer cette règle à tous les cHI toyens.

233 instantanément sa calotte dans sa poche. tion l'apologie ministre rapportait avec une évidente approbala qu'en présentaient leurs fauteurs. car il apprit à l'Assemblée que les autorités départementales ou municipales dans la plupart des départements avaient appliqué le décret s'il du 29 novembre comme avait eu force de loi et n'avaient tenu aucun compte du veto du roi. Merlin appuya fortement le ministre. Il reconnut hautement l'illégalité flagrante de la répression. l'opinion en a accusé l'on a demandé mesure leur transportation. « Que peut tolérance religieuse disaient ceux-ci. bien meyran a que la arrêté leur expulsion et le fût inconstitutionnelle. en votant des mesures Il plus énergiques et en contraignant le roi à les sanctionner. mais qu'on les rendît constitutionnels. en fît il un tableau effrayant dont chargea les couleurs à plaisir. » Roland demandait. semant partout dans les com- munes et les familles la haine et la discorde. Le ministre Roland sut avec un tre l'irritation art habile entretenir et accroîle de l'Assemblée contre clergé réfractaire. L'Assemblée comprit par- faitement que ce récit renfermait attira un conseil. aux applaudissements de l'Assemblée. qu^'on chargeât sur des vais- seaux tous les prêtres perturbateurs et qu'on les envoyât en . Le 23 avril Roland reli- de nouveau Il l'attention de l'Assemblée sur les troubles il gieux. contre l'orgueil et l'avarice des prêtres? Ce n'est point une multitude mutinée qui se soulève contre les non-conformistes. une sévère sur- Bien loin de blâmer ces actes. non pas que Ton cessât ces arrêtés illégaux. car il damner une citait avec éloge lettre du directoire de Strasbourg qui réclamait un décret de il ce genre. inconstitutionnels au le premier chef. et fut impitoyable pour les prêtres réfractaires qu'il représenta comme des forcenés. non jureurs et que La municipalité de Montcalme a été rétabli^. donnait clairement à entendre que l'Assemblée devait conles réfractaires à la déportation.ROLAND FAVORISE LES PERSÉCUTIONS ILLÉGALES. Les prêtres insermentés avaient été internés au chef-lieu et placés sous veillance. Le 16 avril il vient annoncer que des troubles ayant éclaté dans les prêtres TAveyron. proposa. ce qui parut superbe aux tribunes. c'est la voix de la nation entière.

en a beaucoup exagéré les que s'il règne de l'effer- vescence dans départements. » Passant de ces considérations tout à circonstances l'on déplacées à la tribune nationale. aux du moment. Il à prendre traits impuissants viennent le le bouclier de la liberté placé sur sommet la fin le compare à un fantôme de théâtre que des déco. et le il attribue à la peur et à l'exagération l'état tableau effrayant qui a été tracé de du pays. L'orateur se aux insultes les le plus outrageantes contre la religion. «Il est temps. C'est surtout contre le pape que Français livre à sa de Nantes se verve insultante. puisqu'ils vous la déclarent. Et cependant conclut en réclamant les mesures les plus sévères contre ces contester l'influence et que par une mêmes prêtres dont il vient de ê . Vergniaud demanda qu'on régularisât violence en provoquant mesures de I de un nouveau rapport du comité des de déclarer la douze. fait et l'Italie sera hbre. regrette amèrement temps où les premiers hommes le consacraient des autels décorés de feuillage à un Dieu primitif qui paraît se confondre singuliè- rement pour tirer lui avec Dieu des jardins. Il est impossible si de la une idée nette de ce galimatias sentimental. Français de Nantes reconnaît que la gravité. ce n'est condamnation formelle de toute religion positive et spéciale- ment du christianisme. rateurs font paraître à leur gré et il annonce en ces termes prochaine de son pouvoir : « Bientôt les esclaves d'un prêtre se Ils rappelleront qu'ils furent autrefois citoyens de C'est ici Rome.» offrir Il nom est facile loi de se figurer quelle garantie d'équité devait une destinée à être une le machine de guerre. mais de la leur déclarer au la loi. diront: que vécut Bru tus. les Amérique. la grande majorité des citoyens il est néanmoins tranquille. couvrait des fleurs les plus fanées de sa rhétorique un abominable livrait Il de proscription. morceau le plus ridiculeil ment ampoulé projet et déclamatoire qu'on puisse imaginer. guerre à vos ennemis. dit-il. Français qui avait été de Nantes déposa 26 avril le rapport la demandé au comité des douze. chargés de quillité intérieure préparation des lois pour la tranC'est le du royaume.234 RAPPORT DE FRANÇAIS DE NANTES. mais ses s'émousser contre des Alpes. Il le représente comme l'atti- un prince burlesquement menaçant qui cherche tude du Jupiter tonnant.

qui aboutir à de trop réelles souffrances pour des milliers de prêtres.RAPPORT DE FRANÇAIS DE NANTES. afin qu'il Il en demandant que l'on apporte puisse montrer son le réchaud de Scévola la liberté. au point où faut que l'Etat soit écrasé » par cette faction. Français de Nantes formula les mêmes . des- tiné à proposer la proscription de toute une de classe de citoyens. et le fait pape ne pourra voir dans présent que nous lui aurons de tant de . allait il au lieu d'offrir de brûler sa ne s'en fût jamais servi pour écrire un pareil projet. Il trouva bon d'égayer la telle cir- discussion par cette ironie bien peu généreuse en une Italie ils constance . «Nous il sommes arrivés. en eût donné une meilleure preuve main. « Je ne doute point qu'en ne soient accueilUs comme de saints personnages que le l'on persécute. qu'il il s'oppose à toute mesure répressive contre représente comme la grande école de la liberté pour le peuple français. lorsqu'elle aura vomi de ses entrailles poison qui la dévore? » L'orateur termine ce discours. propositions dans un nouveau rapport présenté on y et lit le 4 mai plus ridicule et plus violent encore. contradiction étrange il 235 compare à trente ou quarante mille leviers de contre-révolution. En même temps les clubs. Quelle fête pour la liberté que le jour de votre départ! quel sou- lagement pour le la patrie. le sol de la liberté est fatigué de vous porter. et la déportation en cas de résistance. de prêcher et de confesser. dit-il. ou que cette faction soit écrasée par l'Etat. Vergniaud se crut modéré en proposant que l'on continuât les pensions aux prêtres réfractaires qui consentiraient à s'exiler d'eux-mêmes et sans délai. artisans de discorde. Partez. Il réclame l'internement au chef-lieu des insermentés. amour de la patrie et si. Lecointe-Puyraveaux insista pour que l'on prononçât la déportation de tous les insermentés indistinctement. l'interdiction pour eux du droit d'enseigner. la plupart des orateurs renchérirent sur le projet de décret. des descriptions cham- pêtres sur les celle-ci : campagnes désolées ! des prosopopées comme «ORome es-tu contente? Te faut-il il encore de plus grands faut tous les soirs des maux? Es-tu donc comme Saturne à qui holocaustes nouveaux? Reprends ta funeste milice. Dans le débat qui s'ouvrit le 46 mai.

à prendre l'engage- ment. Ramond qui réclama une la liberté de plus la tolérance universelle et de tous les cultes. A quoi bon ? . bienfaisant. mais qui eut l'honneur ce jour-là de flétrir la constitution civile du noncer c( comme la cause de tous les maux dont on Vous n'aurez rien fait pour la tranquillité publique. » Il indiquait était la de rendre tous les cultes égaux aux yeux de nettement que l'abolition du salaire des cultes consé- quence naturelle de l'avenir. On et laissa de proposition celle d'abandonner faire le serment on retint comme bonne tôt de dépendre de la réquisition. lois vous n'arrachez de vos trouve inséré. Le meilleur moyen. C'était encore une semence pour mais qui ne pouvait germer sur un sol déchiré par une Ramond et Moy furent combattus violem- ment le le 24 mai par un prêtre obscur nommé Ichon. curé de Saint-Laurent. sur la réquisition de vingt citoyens actifs. et Moy. les têtes et les reliques tifié a gra- pendant tant de siècles notre crédule piété. qu'un témoignage de notre reconnaissance pour de saints morts dont il les bras. de ne pas troubler côté la la tranquillité publique. d'éviter les troubles religieux. lire à la tribune le fameux chapitre Le député Larivière vint du contrat social. ajoutait-il. » L'ex-capu- cin Chabot se montrait disposé à abandonner la clause du ser- ment. FAIBLESSE DE LA DROITE. lutte si formidable. sa motion. pourvu qu'on pût contraindre tout prêtre insermenté. » ce chapitre de théocratie qui s'y comme Il le mauvais principe à côté du principe « demandait l'abrogation de tout serment. si d'idées philosophiques. c'est de maintenir la liberté la plus entière des opinions religieuses et la loi. prêtre hardiment fort peu croyant. ou plu- de la dénonciation de vingt citoyens. l'on convertît Un député plus naïf proposait que simplement ce chapitre en motion. qui refusa caractère d'un culte aux assemblées des insermentés et les assimila à des clubs réactionnaires. imbu clergé et de la désouffrait: dit-il. l'internement au chef- lieu des réfractaires. où la liberté la des cultes est entièrement sacrifiée à et souveraineté populaire où la croyance de l'Etat est déclarée exigible de chaque ci- toyen sous peine de mort.236 saints vivants. Le parti de la modération et de la hberté fois n'eut que deux défenseurs.

disait le ministre. L'Assemblée. « Si cette loi n'est mise en vigueur. Tel est le décret du 25 mai 1792 qui aggravait singulièrement celui du 29 novembre de l'année précédente et qui roi la allait poser de nouveau devant le question du veto. On ne lui commande . lettre Alors Roland Il lui en plein conseil une hautaine etimpérative. et il insistait âpreté sur la nécessité de sanctionner le décret contre les prêtres. d'éclater La guerre venait aux frontières. Guadet emporta le vote par quelques paroles énergiques en faveur d'une motion qui décrétait la déportation de tout ecclésiastique dénoncé au département actifs^. le lui donavec nait des leçons sévères du ton plus rogue. puis la ordonna formation d'un camp de vingt mille hommes au- tour de Paris. On y lisait ces belles paroles « Quel est le crime de ces cinquante mille Français qu'on s'apprête à bannir? Celui de leur religion. publiées par : deux décrets. Le ministère fut dissous et autre devant le refus persistant Dumouriez ne put en reconstituer un du prince de sanctionner les du 26 mai 1792. des mesures violentes et le peuple irrité y suppléera par des excès. 237 On ne faisait pas autre chose depuis plus d'une année que de le commenter et de rappliquer. comme ils font de toutes parts. véritable armée révolutionnaire qui faisait passer le pouvoir exécutif entre ses mains. s'en fallut et nul l'avis du district était faite conforme. Sans doute ses scrupules avaient été fortifiés par les Observations critiques sur la loi l'archevêque d'Aix. » Il était loisible à Roland de venir aux Tuileries avec des souliers sans boucles. enleva au roi sa garde d'honneur. mais non de régenter le roi en face. les dé- partements seront forcés de lui substituer. si par vingt citoyens cas contraire. en Il une enquête devait être immédiatement.VOTE T)TJ DÉCRET DU 25 MAI 1792. ses débuts n'avaient pas été heureux et l'on s'en prenait à la cour que l'on soupçonnait d'être en pourparlers secrets avec l'étranger. lut il les rejeta l'un et l'autre. dans elle la séance du 29 mai. Il s'agit ici de conscience. Leur crime est de ne vouloir pas faire un parjure. de peu que l'Assemblée ne décidât que nulle enquête contrôle ne seraient nécessaires. Les ministres joignirent ce décret à celui sur la déportation des prêtres et les présentèrent en- semble à Louis XVI.

Applaudie d'abord . lll. . Le peuple. indigné. Le nouveau ministère curs était composé de ils constitutionnels obsétaient incapables de comme Ghambonas la et Duranton . LafayettCj efi'rayé et indigné de tout ce qui se préparait. Elle obtint pour réponse du roi au 20 juin. Déjà ses flots furieux avaient submergé les droits les plus précieux et irrésistible ils battaient tous les jours comme une marée le trône chancelant et déshonoré de Louis C'est à ce XVL contre le roi le moment que Vergniaud prononça 1. 201. tandis que son écume bientôt ensanglantée se déversait à Paris et dans les départements. entre les méfiances de il la cour et la colère des jacobins la il ne put rien combiner et repartit pour son armée était mort dans l'âme. majesté royale fut odieusement profanée sans avoir été sérieusement défendue un instant. c'est que poursuivait sa rage. au lieu d'être expédiée aux départements l'avait comme on la violation du palais demandé d'abord. Le grand moula liberté était vement de 1789 momentanément ruiné. écrivit de son camp une lettre éloquente à TAssemblée où il dénonroyauté çait la conspiration des clubs et Tadjurait de respecter la et la liberté religieuse. Jaeger.238 LE 20 JUIN. et des félicitations et des regrets lui furent votés ainsi qu'à Servan et à Clavière. noyée dans une démagogie fiévreuse qui ne devait être grande qu'aux frontières. qui le veto envahit les Tuileries. Jamais fut un grand devoir public ne accompli avec tant dimpuissance. sa lettre n^'en fut pas moins renvoyée au comité des douze sous prétexte qu'elle n'était pas authentique. p. Lafayette. Aussi ne firent-ils qu'exaspérer les passions révolutionnaires en couvrant de leur responsabilité le veto royal. L'infortuné prince rouge et fut coiffé la du bonnet liberté des couvert d^outrages pour avoir protégé cultes. avoua hautement son dessein . L'émeute avait été pré. — parée par la municipalité et la elle ne rencontra aucune résistance dans l'Assemblée. fois pas^» Roland une démis de n fit ses fonctions lire sa lettre à rAssemblée. accourut à Paris. ramener Topinion à cause de la justice.

mais ce sentiment de douleur généreuse qui. Le apposé sur votre décret a répandu. si le du palais reli- des cœur du roi est troublé il par les terreurs gieuses dont on l'environne. il qualifia.. . La seule excuse du grand orateur était dans le suprême péril de la nation^ étrangère commençait sur une et les girondins ligne de frontière très étendue la ne se trompaient pas en croyant à complicité fait morale des Tuileries. Mais n'est pas permis de croire sans lui faire injure qu'il veut encourager par l'impunité les tentatives criminelles de l'ambition pontificale. l'indulgence roi du pour le clergé réfractaire et ses connivences présumées sais. chez im peuple libre. l'orateur y soutenait en langage modéré rendus sur les troubles religieux. mais aussi que n'avaient-ils pas pour pousser à bout un prince honnête. mais irrésolu.. « Je ne et sombre génie de Médicis les voûtes du cardinal de Lorraine erre encore sous Tuileries. plus éloquent discours 239 que la France eût entendu depuis Miraallait beau. en termes également sévères. éveille les passions et accroît leur énergie. sur la situation de la France. qui avait été lu le 30 juin à l'Assemblée . pour por- citoyens à des excès que le désespoir inspire et que les veto condamnent. Apprenez à la France que désormais les ministres répondront sur leurs têtes de tous les désordres dont la religion sera le pré- texte^ » Matthieu Dumas là répondit avec raison que ces désordres ne se produisaient que et où la liberté des cultes était entravée la que le plus sûr moyen de les prévenir c'était de suivre po- 1. le qu'il se refuse à l'adoption de ter les lois mesures répressives contre fanatisme. Séance du 3 juillet 1792. si le avec l'étranger. en foulant aux pieds ses droits constitutionnels et en violentant ouvertement sa conscience parole à l'occasion de chrétien. — Voir le deuxième volume des Souvenirs de Matthieu Dumas. Vergniaud prit du rapport de les décrets Pastoret. Malheureusement cette foudre frapper un adversaire car l'invasion abreuvé d'ignominie et presque écrasé. L'illustre girondin ne suivit pas cet exemple.TERRIBLE DISCOURS DE VERGNlAtJD CONTRE LE ROI. dit-il. non laquelle l'esclave affaissé dévore ses cette morne stupeur sous pleurs en silence. auquel ils avaient enlevé ses moyens de défense la légitime.

24-0 LA PERSÉCUTION REDOUBLE EN PROVINCE. ajouta-t-il. inserils af- La province devenant intenable aux membres du clergé menté. lu avec enthousiasme par toute la France. lilique il du veto royal si violemment attaquée. con- 1. Les prêtres insermentés subirent partout tre-coup du 20 juin. con- On les entassa dans les prisons de Lyon. Le discours de Vergniaud. Aux Vans. y prenaient tous les déguisements et gagnaient leur vie en se livrant à quelque métier comme la boulangerie iîuèrent à Paris. 180. — Barruel. D'autres s'engageaient dans les chantiers le bois flotté et la sous des vêtements grossiers allaient retirer de Seine *. prêtre de la sacrés. la Constitution.îlT. Bravard. qui jusqu'alors avait défendu la liberté des cultes et qui venait de se raUier au jacobinisme le plus furieux. ou le jardinage. Même avant septembre. L evêque traita Torné. j8eger. plusieurs prêtres furent masl'Ardèche. de ville. la Constitution ou mort. porta dernier coup à la et ranima partout la persécution des prêtres réfractaires. d'anarchique les le veto du roi et désigna les prêtres persécuIl tés comme la martyrs du pouvoir absolu. Châlons-sur-Saône et d'Angers. la demanda ouverte- ment suspension de Constitution en développant cette odieuse maxime que le salut du peuple est la loi la suprême. par la difficulté Ils d'y trouver des retraites sûres. I. Le directoire du Finistère prononça l'exil des réfractaires comme si le veto eût été levé. Des scènes semblables se pas- sèrent à Dijon et dans le Morbihan. mais dites mort du peuple par trop bien suivis. Mais en juillet 1792 servait de bien peu de chose d'avoir raison. « : Ne la dites plus. dans 24^261. Dans cette dernière ceux d'entre eux qui avaient été jusqu'alors logés chez les habitants. surtout quand on opposait une parole mesurée à une harangue échauffée du feu et des passions du moment le et animée d'une éloquence poétique monarchie grandiose. p. furent enfermés dans des locaux insuffisants où ils souffraient horriblement de la chaleur. » Ces conseils ne furent que Les mesures les plus iniques furent prises contre les réfrac- taires et exécutées avec une brutalité sans pareille dans plusieurs le départements. . p.

son maire en tête. Dès septem- bre la Montagne use de sa victoire avant peine de se former une majorité. les discussions ou sa négligence lors de l'émeute de provoquées par cet incident. grâce à des documents certains. jeté dans une prison obscure et malsaine. La suspension de Pétion par le roi pour sa complicité juin. proclamation du danger de la patrie . que la municipalité de Paris. On entendait un bon : nombre des de l'Eglise ! prêtres persécutés s'écrier « Voici les beaux jours ses vé- Voici le » temps d'épreuve. » et périt A Bordeaux. Barruel. se réjouissant d'avoir été trouvés dignes de souffrir des outrages pour le nom de Jésus-Christ. saréhabihtation la triomphale. résista aux larmes de son père en lui disant : « Il sera plus doux pour vous sous la de voir un hache. répétait avec bonheur ce passage des Actes des apôtres : « Ils sortaient du conseil. dans le deuxième volume de VHiS'- ioirede la Terreur. 16 . Cette terrible journée emporta du même coup la monarchie et la Gironde . fils martyr qu'un enfant apostat. prit l'initiative du 10 août ^. 2. Mi grégation de Saint-Sulpice fut mis à mort pour avoir refusé le serment. On sait maintenant.LE 10 AOUT. un ancien vicaire général du diocèse. l'arrivée des conjurés marseillais. l'approche des armées étrangères. après avoir paru sceller la réconciliation des partis. Mortimer-Ternaux. étaient les premiers même de prendre la Ceux qui avaient ouvert et l'écluse submergés. de courage pour ritables enfants ^ Le 20 juin devait forcément conduire au 40 août. submergés dans le sang de leurs Il ennemis faut qu'ils voulaient bien bannir mais non massacrer. le cependant mettre encore à leur charge décret de se proscription contre les prêtres que l'Assemblée législative 1. tout contribua à accroître chaque jour et presque à chaque heure la fureur révolutionnaire du peuple de Paris. le siège » Il fut massacré dans la cour de Févéché devenu du département. jeune prêtre de vingt-huit ans. L'abbé Noir. car dès ce jour celle-ci cessa de tenir la tête du mouvement. Le baiser Lamourette ne procura pas un jour de trêve. p. 295. Voir le récil de M.

L'Assemblée n'eut pas le temps de voter la motion de Benoiston. parce qu'elle répondait aux vrais besoins de sentait la France nouvelle. Lequinio demanda que mesure voyée à fût appliquée à la la France entière et sa motion fut ren- commission extraordinaire. c'était sortir du royaume de dans le délai demander la proscription toute une classe de citoyens ou pour mieux dire la proscription d'une opinion. avant de perdre tout à fait les rênes du mouveà sur- politique. 1792 était facile de prévoir que de même que avait vaincu 1789. Benodston proposa le 23 août jet un pro- de décret d'après lequel tous le les ecclésiastiques qui n'avaient pas prêté serment civique étaient tenus de de quinze jours . était la seule avouée dans le royaume. avait réahsé une grande réforme destinée vivre à tous ses décrets violents. disait le rapporteur. 1793 allait tout emporter. il Cambon trouva que la mesure était insuffisante et demanda que l'on décidât de déporter en Guyane tous les Lasource et réfractaires. Dès le 15 février. Fatigué du retard qu'elle mettait à faire son rapport. le peuple de Paris l'amenda d'une manière terrible quelques jours plus tard. Quelques jours auparavant 4 août) les couvents de femmes encore con- servés avaient été supprimés et un grand nombre de asile et sans religieuses famille. « Lorsque religion catholique. justice. hâta de voter une fois débarrassée du roi et de son droit de et qui aggravait s'était encore ceux qu'elle le soir lui avait proposés et qu'elle hâtée de sanctionner (le même du 10 août. La Convention s'était levée en quelque sorte à la voix de Cambon avec sa ferme la Gi- décision de pousser à la dernière extrémité la politique de ronde : ce qui devait être son plus grand châtiment. avaient été jetées sur le pavé sans Le dimanche 17 août une que l'on s'y était lettre du département du Var^ annonçant la débarrassé par déportation des prêtres la insermentés fut lue à l'Assemblée. il fallait s'adresser aux ministres du culte pour . Vergniaud protestèrent au sa faveur était tardive. veto. nom ils de la Leur réclamation en fois sacrifiée Il l'avaient trop de au salut public pour que leur voix eût quelque autorité. Muraire préles registres la un rapport qui concluait en demandant que de l'état civil fussent transférés aux municipal^és.212 CONFIUMATION DES DÉCRETS CONTRE LES INSERMENTÉS. La ment Législative.

redoutaient d'augmenter les troubles religieux par une innovation le si radicale. Ils l'expièrent chèrement quand flots ils apprirent que le sang des prêtres était répandu à dans la journée aflreuse qu'on peut appeler à bon droit la Saint-Barthélémy de la démagogie. On pensait sans doute que les le violent mœurs s'étaient adoucies dans toutes les classes depuis et seizième siècle que la civilisation avait rogné suffisamment vit la les ongles du tigre. Le jacobin de la philosophie athée est siècle. car elle devait survivre à toutes ses révolutions. fût obligé de les reconnaître pour constater son état civil? » Malgré Topposition de quelques membres qui. C'est qu'une multitude sans Dieu vaut une multitude idolâtre. de toutes ses forces . faire constater les principales 243 époques de la la Vîe du citoyen^ mais depuis que raison. glissant dans le sang et la un siècle poli. Il ne rentre pas dans notre plan de retracer. — ce qui fut leur donnable faute. aussi altérée de sang que le peuple de la Ligue élevé par des moines forcenés. comme François deNeuchâteau. mariages et décès. le digne héritier du jacobin du seizième le complice de Jacques Clément.» Le pays était décidément mûr pour cette réforme. Bien loin d'excuser le pre- mier par second et de justifier il un crime par un autre sous faut réagir prétexte d'une revanche méritée. quant faire au culte. — ce qui impar- était — mais les opinions. législateurs qui la votèrent On regrette amèrement que les avec tant de et le spirituel en aient renié le l'esprit persévérance en confondant sans cesse et temporel en poursuivant non-seulement des menées factieuses. boue comme pour nous rappeler quelles puissances redoutables sommeillent dans la nature humaine au repos. la tolérance a pris faudrait-il place qui lui est assurée par la celui qui pourquoi que ne reconnaît pas les ministres. leur droit. la : mesure fut votée en principe 22 juin en ces termes « Les municipalités recevront et conserveront à l'avenir les actes destinés à constater dans l'empire les naissances. après tant d'historiens éloquents^ ces scènes terribles qui nous montrent bienveillant à la surface. prêtes à en sortir déchaînées au premier appel. Quelle surprise quand on populace de Paris sortir du ruis- seau de ses faubourgs aussi cruelle.L^ÉTAT CIVIL CONFIÉ AUX MUNICIPALITÉS.

naux.244 MASSACRES DE SEPTEMBRE. parmi de Mortiraer-1 ^. Ce mot naïf d'un ouvrier à un prisonnier: Si tu es un prêtre. » si On n'a qu'à lire la relation sincère et si émouvante de l'abbé Sicard pour se convaincre que les insermentés étaient les pre- mières victimes désignées. aux Carmes furent immolés en masse_ et les provinces firent comme Paris. 118. Ce nous importe de relever. à l'Abbaye. des actes sublimes. XVIII. Tous les contrastes de nature humaine apparurent alors comme cela se voit toujours dans ces événements tragiques qui la remuent jusqu^au fond: des femmes saisis poussant Théroïsme aux dernières limites. de plus atroce. parcourue sans cesse par ces patrouilles avinées qui fouillent les maisons à toute heure du jour sinat et de la nuit et préparent ainsi le colossal assasla que la commune a décidé. arrête manœuvres personnes que tous les prêtres et suspectes enfermés dansles prisons de Paris. là où Ton doit condamner sans merci plongée la les coupables. tu es flambé *. Bûchez et Roux. la A la mairie de Paris. que les massacres de sep- tembre furent tout d'abord dirigés contre les réfractaires. — . d'Orléans et autres seront mis à mort *. 217. A Reims. Histoire de la Terreur. celle du faubourg Poissonnière vota ou- vertemant le massacre des prêtres dans l'arrêté suivant : « Con- sidérant les dangers imminents de la patrie et les infernales des prêtres. XVII. p. à Saint-Firmin. 411. p. 2. à ils Force. Histoire parlementaire. Bûchez et Roux^ Histoire parlementaire. des bourreaux d'une sensibilité soudaine aussi empresses à sauver taient à massacrer. couverte par des suspects d^un voile d^indicible terreur. massacre pour rien ne manque à ces journées dont qu'il aucun récit n'épuisera c'est jamais l'horreur. 111. qu'ils Téleur pour retourner avec une ardeur égale à telles ouvrage. L'une des sections de Paris. est la meilleure explication de ces journées abominables. close comme un vaste cachot. contre cette effémination du sens historique et moral qui expli- que et atténue les faits. p. plus vil et que le passé le dévouement le le plus pur et ce qu'il y a de le vol . et des saturnales n'en avait pas connu. Nous dans loi laissons à d^autres le soin de peindre cette ville la stupeur.

dignes du temps d'Irénée. il y eut là une émulation de saint héroïsme accompagné d'une pieuse tendresse. surtout en Angleterre. La Législative. 245 breux prêtres massacrés. Tabbé Paquot répondit ainsi à ceux qui le pressaient de prêter le serment: « Mon choix est fait. qui démontre l'abominable calcul des organisateurs du massacre qui de Paris. je la garde fractaires déployèrent pour Dieu*. pure de vos atteintes en vous déshono- Un grand nombre de pour l'exil prêtres qui avaient échappé au masils sacre partirent où rencontrèrent en général une hospitalité généreuse. je n'en ai qu'une. Il n'y a rion à ajouter à cette enquête. Histoire de la Terreur j Voir tout le III. p. siègent au conseil des ministres avec Danton. 2. tout ensemble voleurs et meurtriers. voir surtout remarquable troisième volume de VHistoire de la Terreur. ment des massacres. Je préfère la mort au parjure. 307. et à la commune les l'inertie honteuse de l'Assemblée et l'ignominie des bourreaux. prendre sur le fait les pieds dans le sang et la . toutes ces manifes- tations grandioses d'une religion hier encore si discréditée. Rien n'est plus beau dans l'histoire des martyrs que la scène des Carmes.» Les réle dans ces circonstances plus noble cou- rage et refusèrent devant le fer des assassins de prononcer un serment qui eût sauvé leur vie contre leur conscience. le dix-huitième volume de Bûchez et Roux. Beaucoup restèrent le culte proscrit. néanmoins en France pour célébrer en secret au milieu des plus grands périls. un décret impie va essayer de bannir son versé s'élève De tout ce sang une voix énergique pour : dire aux détenteurs du ! pouvoir civil Ne touchez jamais et glorieuse à la conscience C'est ainsi qu'elle sort rant^. allait être remplacée par 1. par MortimerTernaux. si j'avais deux vies j'en donnerais une pour vous. que la voix de Ver- gniaud n'avait pu réveiller de sa torpeur depuis le la commenceConvention. Mortimer-Ternaux. et cela dit tout. mais. ces prêtres qui se confessent et qui se donnent le baiser de paix avant de mourir.MASSACRES DE SEPTEMBRE. ces réponses douces et fermes. éclai- rent la fin d'un siècle incrédule d'une lumière vraiment céleste et révèlent Dieu avec une puissance extraordinaire au moment où culte. M. Le vénérable archevêque d'Arles remerciant Dieu d'avoir à lui offrir son sang. Mortimer- Ternaux nous permet de main dans le sac.

sûre d'écraser le elle clergé non jureur. occupent-ils tions. et cruelle qui la rè- tumultueuse domine du haut des tribunes. nous ne serons pas elle finit décidé- tenté d'être indulgent pour la Convention. de commence à se préoccuper du clergé as- sermenté. Pendant la première période de la Convention. contre les ennemis réels ou supposés de Réles volution. tive n^y a qu'à ratifier les décrets de la Législa- ou plutôt il suffit de leur appliquer les lois votées par la noula velle assemblée. Il n^est pas nécessaire il de prendre contre eux des mesures nouvelles. Elle n'est là le que pour sanctionner gne de la sédition règne des clubs et des faubourgs. Si nous avons été sévère pour la Législative. que leurs souffrances augmentent tous beaucoup moins de place dans les délibéra- On s'aperçoit dès les premiers jours que. les questions reli- gieuses seront de nouveau soulevées avec ardeur dans la presse et à la tribune. d'où partent ces clameurs impératives auxquelles .CHAPITRE IL L'Eglise sous la Convention jusqu'à l'abolition du salaire des cultes. Nous verrons que quand le moment de frapper un grand coup sera venu. bien jours. les prêtres non jureurs sont enveloppés dans la proscription qui atteint tous ceux qui paraissent rattachés par intérêt ou par principe à Tancien régime. Avec ment et pour de longues années le le règne de la loi. qu'elle le regarde vilège et comme un dernier rempart du pri- la superstition et qu'elle vise déjà à le renverser avec tout ce qu'il rappelle et représente. Aussi.

donnant ainsi société démocratique. ils se purifiaient au feu de l'ennemi. je les hais comme je hais la tyrannie des Césars qui fut aussi le règne de la plèbe. Mais une assiette à la la de quel droit fait-on honneur à Convention des conséquences d'une mesure qui fut prise par Constituante et qui date de la fameuse nuit la du 4 août ? Est-ce les sillons que tout ce sang répandu a vraiment engraissé vellement acquis? nou- On nous rappelle les décrets philanthropiques de la Convention. En tous cas ce et n'est pas celle Mirabeau proclame le droit et la liberté. Elle a jeté les bases de nos grands établissements d'instruction publique. impossible en entretenant le pays dans la fièvre révolution- naire. Elle a élargi les hôpitaux. comme Manuel à tribune de la chambre des députés. On nous répond en nous montrant une base et qui se morcelle et passe entre les mains d'une multitude de paysans et de bourgeois. ce fut l'énergie. beaucoup à conquérir et qu'exaspérait un du suprême péril. celle qui Marat en 1793 comme de marchera avec Napoléon. comme la l'étude élémen- taire. mais c'était une énergie que ne dirigeait et ne contenait aucun principe moral . je demande quelle espèce de chimère est cette réet volution qui elle marche avec Robespierre de Lafayette. Bienfaisante et grandiose en face de l'ennemi dehors. mais. Je ne trouve rien en moi la pour admirer ces saturnales de démagogie . mais ce n'était pas une raison pour agrandir les cimetières et y jeter journellement l'horrible pâture de l'échafaud. Reconnaissons grande dans cette époque de la qu'une chose fut Révolution. Cela est sublime. c'était l'ivresse d'une race puissante qui avait beaucoup à venger. c'est très bien. elle eût rendu la science. A toutes ces objections on oppose défense héroïque le disait du la territoire. ceux qui aux crimes de d'ailleurs se battaient aux frontières échappaient l'intérieur. l'Assemblée a toujours fini 247 par obéir. Quand des travers historiens graves plutôt la que sérieux me disent qu'au de ces massacres grande Révolution française avance et s'affermit. ce n'est plus qu'une force aveugle et terrible qui remplace l'an- cienne iniquité par une iniquité nouvelle et retourne le despotisme le sol au lieu de le détruire.CARACTÈRE GÉNÉRAL DE LA CONVENTION. mais si elle eût duré. elle était terrible et sans frein en présence des ennemis .

et tout d'abord celle d'atteindre et d( proscrire jusqu'aux pensées et aux sentiments. De là les proportions immenses de la lutte. commode de justifie à ses yeux tous moyens salut même les plus atroces. Si nous l'admirons sans réserve aux armées. une guerre d'opinion. et que ceu] qui louent la Convention parce qu'elle fut énergique loueroi également Napoléon parce berté dans le qu'il fut fort. et elle n'hésite pas plus à frapper ses propres membres et à immoler ses plus illustres orateurs le roi aux fureurs des clubs qu'elle n^a hésité à envoyer à l'échafaud après un jugement dérisoire. aussi infidèles à la le premier jugement que dans second. car que démagogie devient une sorte de culte farouche et cruel qui n'admet pas plus le schisme ou l'hérésie le dominicain du treizième et du quatorzième La Convention tous les fanales siècle. Cette énergie enle du dedans ou de ceux qui fantait des miracles de courage sur Rhin ou sur l'Escaut et poussait à des forfaits inouïs à Paris et à Lyon. La loi des suspects avec l'extension formidable qu'elle prit ne fut pas autre chose qu'une tentative de frapper non-seulement idées. assez de dire de la Convention qu'elle fut énergique elle fut vi( lemment tentions fanatique. les actes mais les le Rien ne ressemble plus à l'inquisition espagnole que tribunal révolutionnaire dans les délibérations de la Convention. elle peut suivre jusqu'au bout l'impulsion la de ses colères ou des fureurs de elle est démagogie frénétique dont l'émanation et souvent Tinstrument. elle tue. . Elle eut toute l'intolérance et toutes les pr^ du fanatisme. La doctrine du public couvre tous ses crimes. passaient pour tels. C'est toute sa politique et comme elle réu- nit tous les pouvoirs. Ce n'est p£ .24^8 CARACTÈRE GÉNÉRAL DE LA CONVENTION. Elle ne juge pas. La peine de mort tre est constamment invoquée ou prononcée contelle ceux qui penseront ou parleront de s'y ou telle manière. nous la maudissons sans réserve aussi dans les clubs lution et dans les rues et surtout sur la place de la Révo- où se satisfait sa fureur sans cesse renaissante. la guerre révolutionnaire est une guerre la de religion. Qu'on ne trompe pas. N'oublions c'est pas que l'énergie toute seule encore la force. la fin qu'elle poursuit qu'elle emploie. pratiqua aussi la morale large et tismes. et avant de tuer elle outrage.

d'enthou- siasme sincère quoique souvent égaré semble toujours à la France . l'Assemblée. Il faut en finir avec cette légende révolu- tionnaire qui si trompe le peuple. fugitive ou immolée. qu'il ne le tuer. D'un la 249 tel régime le despotisme seul devait sortir par Texcès de le fatigue et du dégoût. annule la sévère et salutaire leçon les réactions cher et favorise toutes qui ne vivent que de ce malentendu. n'en sont pas noms qui. Pendant longtemps souvenir de la le Convention devait se dresser comme un fantôme entre monde moderne payée et la liberté. n'eût pas passé aux plus violents parce que ceux-ci n'eussent pas été les plus forts. et contre abominable commune de sous Paris où . fer- mement dirigée. Si tout le parti eût parlé comme Lanjuinais. dans un dis- cours qu'on trouva admirable. l'on ne peut voir qu'un repaire d'assassins depuis septembre mais on se souvient trop sont appuyés sur fa- que ces mêmes cette hommes la Législative se dangereuse force de l'émeute et que l'austère Pétion a vorisé le 10 août. c'est ce que font tous ceux qui excusent les crimes révolutionnaires et composent une espèce de martyrologe démocratique avec des bles. Or. fallait pas juger le roi mais elle lutte vail- On est de cœur avec la la Gironde quand lamment. La vraie manière de triompher de Robespierre ce n'était pas de lancer contre lui les brûlantes philippiques de Louvet et de Barbaroux. Rendez la liberté hideuse et vous avez bien rité mé- de tous les despotismes. de talent.CARACTÈRE GÉNÉRAL DE LA CONVENTION. Je conviens que les Girondins à la Convention se relèvent. pour être terri- moins flétris. mais on ne leur pardonne que du ils moment où le droit la abandonnent leurs propres maximes et défendent après Tavoir foulé trop longtemps aux pieds. de toute splendide éloquence de Vergniaud. Ce n'est que depuis le 31 mai que le cœur est tout entier à la Gironde proscrite. Le rôle de plupart d'entre eux au procès ils du roi est sans courage. de toute l'énergie de Guadet. et s'arrêtent à une demi-mesure en définitive ils le sacrifient à leur influence parlementaire. Cette disparition soudaine de tant de jeunesse. ils n'osent le sauver hardiment. de toute la généreuse indignation de Ducos contre cette la pression des clubs et des sections. c'était de l'arrêter par un vote inflexible le jour où il déclara.

Ce tribun rhéteur ne perd pas une occasion d'encenser la fausse souveraineté populaire et de faire font les litière pour elle de tous les droits qui hommes libres. Robespierre. de l'académicien aigri est odieux. dont le mutisme en face de ne saurait être excusé. témoin son mor- dant pamphlet sur les brissotins. faire fiel. qu'il se soit trouvé une Assemblée française pour l'écouter le et un peuple pour histoire. maîtresse désormais du terrain ? Danton paraît Tirnage de cette audace qu'il prêche^ mais jamais il même ses n'a pu laver mains du sang de septembre. dégouttant de de calomnie de sang. puisqu'il doit têtes. le principe cruellement et en définitive inutilement. ni les ber- geries de Barrère avec ses deux discours en poche pour ne pas touchent. un deuil nouveau. Ce et mélange du proconsul idées sont insensées social. Je ne connais rien de hideux comme la fraternité égalitaire qu'il l'huile aussi proclame dans des discours qui sentent bien que et il le sang. étudié de près. Je manquer liberté le vent qui va souffler. si . apparaît toujours plus comme un des pires en- nemis qu'ait eus la liberté. c'est la belle figure là une honte de notre le Ni de Saint-Just. tomber quelques et Quant à Marat. quel nom proposer à notre admiration dans la gauche. Ses c'est la réduction à l'absurde du Contrat pas pour amnistier Robespierre écrivant Décidément dans il ne me suffit de le voir la petite chambre du menuisier Dupleix le à sa table de noyer un élégant discours dont a tout langage est non- seulement poh mais aiguisé. calme bourreau. » selon l'énergique expression de Vergniaud. et l'un des plus convaincus. ni les in- firmités de Couthon ne la me demande quelle est la que Convention n'ait pas foulée aux pieds résolument. . Mais à part quelques hommes spéciaux comme tant de forfaits riionnête Garnot . Camille Desmoulins est toujours ce redoutable espiègle dont la plaisanterie tue. porter en triomphe. Il ne s^élève que sur les cadavres de ses ennemis se souvient trop qu'ils sont ses rivaux. ni l'élégance de Garât. Un éclair de pitié courageuse n'absout ni lui ni son chef à la face de taureau. quel est de 1789 qu'elle nion elle n'ait la pas violé ou supprimé depuis la liberté de réu- et de presse jusqu'à la liberté des cultes? N'est-ce pas le qui a poussé à l'extrême système de la centralisation.250 CARACTÈRE GENERAL DE LA CONVENTION.

Il ne fut pas écouté. Lanjuinais qualifiait ainsi cette mesure : a Décret affreux par les circonstances qui nous environ- nent. Le . d'après lequel on vous dit Vous êtes libres. mais pen- sez comme nous sur telle ou telle question d'économie politique êtes li- ou nous vous dénonçons aux vengeances du peuple. et qui n'avait pas même la protection du huis clôJî pour ses délibérations. » irrégularité de la suppression Le courageux député demandait la qu'au moins cette calamité ne s'étendît qu'au département de Seine.ORGANISATION DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE. de craindre que ses enfants et la Révolution comme le Saturne ne dévorât tous les n'engendrât enfin despotisme avec calamités qui l'accompagnent. Alors. Vous bres. rappelons rapidement mesures géné- rales qui furent arrêtées par la nouvelle assemblée pour écraser toute résistance. l'établissement du tribunal révolutionnaire fut décrété le 9 « mars 1793 en ces termes: La Convention décrète l'établissement d'un au tribunal de les traîtres. ou nous vous dénona été permis cerons aux vengeances du peuple. Vous êtes libres. citoyens. mais associez-vous à nous pour persécuter les hommes il dont nous redoutons la probité et les lumières. et la France entière fut couverte de ces terribles machines de proscription dont l'œuvre meurtrière se poursuivait sans entraves. Vergniaud. pour le jugement de tous » et contre-révolutionnaires. bien que Tempire a trouvé sous sa main le plus parfait 251 méca- nisme de despotisme tout nlonté. sans appel et sans recours cassation. affreux par l'abominable d'appel en matière criminelle. Après la mort du roi. trop tard éclairé. car rien de plus dérisoire que ce jury trié et sordide qu'on avait encore accordé à grand'peine. mais courbez la tête devant Tidole que nous encensons ou nous vous dénonçons aux vengeances du peuple. au milieu des conflits redoutables que l'on prévoyait et que présageaient les luttes continuelles au sein de l'Assemblée entre la Gironde et la Montagne. » Avant de reprendre l'histoire de l'Eglise de France pendant les ces années orageuses. conspirateurs tribunal extraordinaire. affreux par la violation de tous les principes des droits de l'homme. a admirablement défini belles paroles : le libéralisme de la Convention dans ces se développer cet étrange : a On a vu système de liberté.

ses mains la dictature. tout ce qui les cultes religieux ne serait enseigné que dans les temples. la Convention pouvait écraser sans délai toute opposition de quelque nature qu'elle était fût. Les gi- rondins. avait combattu à tous l'article les qui portait que renseignement devant être commun concerne citoyens sans distinction de culte. On discutait un projet de la création Lanthenas sur l'instruction publique. Le clergé réfractaire le désigné d'avance aux proscripteurs. à ne se doutait pas de chute prochaine de son le Les girondins avaient été expulsés et proscrits la suite des émeutes successives qui avaient agité Paris. Durand Maillane. nard. . et quelques-uns d'entre eux professaient sorte d'exaltation irrévérencieuse contre toute religion positive. qui s'associait parfaitement avec l'intolérance. partisan très prononcé de la religion constitutionnelle. et devait être frappé premier. même excusait d'avance toutes les infractions aux Avec ces deux formile tribunal dables instruments. qu'il ne reconnaissait d'autre Dieu que la Ces senti- ments s'exprimèrent avec une certaine énergie dans un des premiers débats de la Convention. dont plusieurs devaient montrer insigne lâcheté et apostasier avec éclat au jour jansénistes laïques la plus du péril. et par son appellation lois. le comité de salut public fut institué d'Isnard. et ne perdait pas une occasion de rendre hommage à l'Être suprême. le comité de salut public et ré-S{ volutionnaire. représentaient seuls la foi chré- tienne. Ro- bespierre ne voulait pas de l'impiété dévergondée.252 LA MAJORITÉ HOSTILE A LA RELIGION. 22 mai 1793 sur la la demande 2 juin. La Monqui assurait evM\ tagne fut désormais maîtresse de ce comité. qui proposait d'écoles primaires gratuites dans toute la République. qui parti. quelques ou prêtres. Les disciples de Rousseau s'en tenaient à son déisme sentimental. On se rappelle la déclaration d'Isloi. Quelques évêques constitutionnels. un bon nombre d'athées déclarés qui voulaient détruire tout ce qui rappelait les anciennes croyances. sauf une ou deux exceptions. Les dispositions de la nouvelle assemblée à Tégard de la reli- gion étaient en tout point semblables à celles de Elle renfermait la Législative. étaient les disciples fer- vents de la philosophie du dix-huitième une siècle.

les scep- tres brisés. fonder et consolider la République française sur des autels autres que ceux de la patrie ? La nature et la raison. trônes sont renversés. citoyens législateurs. » entendait que l'enseignement religieux en fût totalement banni. les une haine ardente contre christianisme « Quoi. Ce discours provoqua bien quelques murmures. conclut en de- mandant que l'on abolît aussi bien la tyrannie religieuse que la tyrannie politique. de je l'avoue. Voilà nos dieux. et que l'on fondât la vraie liberté sur la négation de tous les préjugés. j'aimerais la mieux leur public que abandonner les finances . lui répondit avec le une grande vivacité. Jacob Dupont. voilà les dieux de Fhomme. les rois expirent et les autels des dieux restent encore debout! Les trônes abattus laissent cependant ces autels à nu. . L'un des motifs qu'il donna de cette exclusion était excellent. Il faisait remarquer que l'enseignement l'in- devant convenir également à tous les citoyens égaux en droit. Croyez-vous. voilà l'arrêt d'exclu- Pour moi. et pouvait très bien se concilier avec le respect de la religion. qui n'avait eu besoin que de Condorcet pour lui fermer les yeux. d'après lui. dit-il.» Jacob Dupont n'avait pas besoin d'aIl jouter après cette déclaration qu'il était athée. Je me rappelle encore 1. sans appui et chancelants. mais il fut favorablement accueilli par la majorité de l'Assemblée ^ Ducos les développa mêmes opinions dans un langage plus modéré : «Le retour des préjugés. tervention forcée d'un prêtre ne serait pas compatible avec cette parfaite égalité religieuse. Séance du 14 décembre 1792. voilà la véritable contre-révolu- Hâtez-vous de prévenir leur influence en donnant au peuple Il des écoles primaires. ligion A quoi bon ajouter une insulte à la re- en disant : « La première condition de : l'instruction pu- blique est de n'enseigner que des vérités sion des prêtres. République que l'éducation des le trésor jeunes citoyens j'aimerais mieux ruiner de pervertir et corrompre l'esprit public. Les Français. : et professa dit-il.PREMIÈRE MAJNIFESTATION DE CETTE HOSTILITÉ. député du parti de la 253 Gironde. ne seraient vraiment libres que quand ils se seraient complètement affranchis du joug des prêtres et qu'ils sauraient mourir sans eux comme d'Alembert. tion.

qu'on payait simple pour jouer et double pour se taire. I . mais l'opinion populaire. et que ce fut des droits dont elle se préoccupa. Le clergé constitutionnel pou- vait déjà prévoir qu'il ne serait pas longtemps à Tabri d'une protection aussi dédaigneuse. la classe ou- vrière de cette grande cité passait de la haine contre le clergé un attachement étrange pour les anciennes coutumes de la vie religieuse. pour arriver à suppor- ter. La comque pro- mune essaya d'abolir la fête des Rois. La foule était si grande dans . lit-on dans les dévolutions de Paris plus de mille personnes n'ont suivante devait voir dans les que pu entrer dans l'église. » Telles étaient les dispositions de la la religion. ce siècle de lumière. La fête de sainte Geneviève fut célébrée avec enthousiasme par une foule considérable de « paysans et d'hommes du peuple. non-seulement dans les provinces de l'Ouest et du Midi. Plusieurs sections réclamèrent avec énergie en dé- cembre 1792 contre un la arrêté de la commune voit le qui avait interdit récit célébration de la messe de minuit. C'est bien décidément à la gion en elle-même que l'on en voulait.254 LE PEUPLE DE PARIS ENCORE ATTACHÉ A LA RELIGION à leur sujet l'histoire de ce joueur de flûte ancien dont parle 1 reli- Plutarque. mais à même à Paris. car pauvres et il il éclata surtout dans les quartiers les plus fut assez prononcé pour que les adversaires de la religion se crussent obhgés de proposer une prime pour les citoyens qui n'auraient pas célébré la messe de minuit. Gironde à Tégard de fit On comprend dès lors qu'elle le dernier peu de cas de la liberté des cultes. » L'année saturnales les mêmes lieux les du culte de la Raison . Mobile et ardente. Aussi verrons-nous le culte catholique se rétablir avec une étonnante facilité dès qu'un peu de calme sera rendu au pays. car il jouait faux. L'Assemblée dépassait pourtant l'opinion du pays par de telles manifestations. On au travers du outrageant des Révolutions de Paris que mouvement fut vrai- ment populaire. L'impiété des- cendait plutôt qu'elle ne montait. mais elle ne fit voquer un grand scandale. Des femmes voulurent pendre un homme qu'elles prirent pour Manuel. avait besoin d'être surexcitée par les provocations les plus furieuses ou d'être contenue par la terreur.

avait décrété pour tous à la liberté et à fonctionnaires le serment velle celle V égalité ^ Cette nou- formule au premier abord semblait plus acceptable que qui réclamait une adhésion formelle à la constitution civile du clergé. taires la contre -révolution à l'intérieur et à réfrac- On rendit un décret sévère contre ceux des saisis émigrés qui seraient sur le territoire français et les visites domiciliaires furent autorisées dans toutes les maisons où Il l'on pouvait supposer qu'ils fussent cachés.Plus le pays était menacé 1. Séance du mercredi 13 août 1792. La conscience s'alardiffi- mait d'une approbation qui devenait tous les jours plus cile *. du nouvel orque dre de choses la il fallait souscrire à la liberté et àTégalité telle voulait la Convention après l'avoir fondée sur l'immolation du roi et sur ses terribles lois de proscription.NOUVELLE FORMULE DU SEBMENT. Cependant le clergé insermenté eut pendant longtemps Thonneur des plus grandes souffrances. 28o. Séance du 1" mars 1793. L'Assemblée législative. le jour même les où elle avait suspendu Louis XVI. 2. fut décrété dans la séance du 18 mars 1793 sur la proposition de Gharlier que qui- conque reconnaissait un émigré ou un prêtre déporté qui serait rentré en France était autorisé à l'arrêter et à le faire conduire dans les prisons du département pour être exécuté dans les vingt-quatre heures. et la révolte de Lyon accru- rent les rigueurs contre On les considérait comme les principaux moteurs de l'extérieur. 255 La persécution religieuse ne s'arrêta pas un seul jour pendant cette période de la Révolution. \\. et prononçait con- tre eux la confiscation de leurs biens '. Les alarmes causées par le soulèvement de Vendée eux. elle tendit de plus en plus à en- velopper tous les prêtres indifféremment. Les prêtres réfugiés à l'étranger tombaient sous le coup de rait la terrible loi contre les émigrés qui les décla- bannis à perpétuité. Pourtant elle entraînait Facceptation . p. 3. . morts civilement. On peut voir l'exposition de ces scrupules dans Barruel. Le nombre des prêtres insermentés ne diminua pas ne firent la et leurs souffrances qu'augmenter. l'abolition La formule du serment la avait été modifiée depuis de royauté.

318-325.p. 2. La Législative avait décrété l'extradition des insermentés ce fa- fut Toccasion d'une multitude de meurtres. La gangrène se déclara au milieu d'eux et leur seule consolation était de Ils communier ensemble deux fois par jour. à Rouen et à Quillebœuf ^ Quand Convention remplaça l'extradition par la déportation (27 avril 1793). furent enfin conduits à Saint-Nazaire et à Brest mais non sans que leurs rangs eussent été singulièrement éclaircis par la mort^. les armées ennemies. p. Arrivés dans cette ville. Les populations natisées par les clubs se précipitaient sur leur le passage. II. C'est ce qui arriva au Havre. » La- croix proposa qu'on les jetât en prison et qu'on leur fît gagner leur vie par de rudes travaux. La Convention avait décrété que les prêtres réfractaires seraient le déportés en Guyane. On peut s'en la relation de l'un d'eux qui faisait partie du convoi des réfractaires envoyés en mars 1793 du département de la Nièvre à Nantes. ces malheureux prêtres furent jetés pêle-mêle sur un bateau. plus les prêtres réfractaires étaient poursuivis avec acharnement et traités avec barbarie. . exposés aux plus mauvais traitements. en attendant un départ toujours convaincre par différé. II. Danton demanda. à l'intérieur par la sédition n . Robespierre insista sur l'exécution « du sage décret » qui éloignait du sol français la peste conta- 1. le voyage des prêtres vers le lieu de leur emprisonnement. était un long supplice. Barruel. et ils seraient morts de faim sans la charité des Nantais. nous venger du poison que nous avons reçu du nouveau monde en lui envoyant un poison non moins mortel. 292 et suiv. et la guerre civile. dit-il. Parfois on les dépouillait avant de les les embarquer et même on la tirait le canon sur barques qui les emportaient. Relation de François Moreau dans VHistoire du clergé de France sous la Révolution. «Il ne faut pas. à Dieppe. 23 juillet. qu'on ne mît pas ce décret à exécution. leur demandaient de prêter serment civique et trop souvent les massacraient sur leur refus persistant et héroïque.256 au dehors par DÉBAT SUR LA TRANSPORTATION. C'est dans l'empire du saint-père qu'il faut concentrer ce méphitisme sacerdotal.

Des calamités aussi terribles exaltent la nature humaine et la rendent ou atroce ou sublime. Celles de Gompiègne avaient été enfermée^ dans la cette belle maison de Port-Royal les . p. î. 17 . mon père. mais la mise à exécution du décret de transportation fut rendue impossible par la pénurie d'argent et par la guerre. — En quelque que ce prierons. fit condamner à mort en un ils seul jour Lebon à Arras versa leur sang à flots et les figurèrent eu grand fut nombre dans noyades de Nantes. » Ces pieuses filles entonnèrent Salve regina au pied de l'échafaud taires un courage égal à celui des jeunes volon- qui marchaient à la mort en chantant la Marseillaise. I. et le chant contiil nua *. Annales catholiques. et il n'y en a nulle part autant qu'en — Quand on ^ C'était reste ici c'est pour mourir. Une assemblée de les assistants culte se tenait dans une grotte. gieuse des prêtres fanatiques. dit-il_. 364. « Les fanatiques égorgent et tuent. Histoire du clergé de France sous la Révolution. — Où voulez-vous être déportées? — Où y a il nous plus de malheureux à consoler France. Au reste. les délivrer et lâcher au miheu de nous ces bêtes Le renvoi au comité de législation fut décidé. le — Nous mour- rons. La révolution ne pas moins cruelle pour les religieuses. p. 132. La Convention au temps de la Terreur eut rarement à s'occu- 1. lieu Nous prions pour soit le — Vous serez déportées. une sédition contre-révolutionnaire pourrait à cha- que instant féroces. Les prêtres réfractaires furent entassés sur les pontons ou envoyés en masse à l'échafaud. II. Le peuple dit sim- plement au prêtre : Ça ne fait rien. que s'ils en France. les simples fidèles rivalisèrent souvent de courage avec les prêtres ou les religieuses. Cette époque enfanta autant d'héroïsme que de crimes et l'héroïsme fut de tous les partis. On avait prévenu que les chants étaient en- tendus par les canonniers delà République. Pour chanter un cantique dans de telles circonstances fallait autant d'intrépidité que pour servir une pièce sous le feu de l'ennemi. elles firent réponse à leurs persécuteurs qui : accusaient de fanatisme eux. « 257 restent On oublie. Gollot d'Herbois en cent vingt. A Lyon. rédigées par l'abbé Sicard.CONDAMNATION A MORT DE NOMBREUX RÉFRACTAIRES.

reconnaissait à chaque citoyen le droit de provoquer la convocation de l'assemblée primaire. ne la devaient pas trouver grâce devant Révolution. La déclaration des droits consacrait toutes désirables les libertés d'autant plus généreusement que ces abstractions n'engagent à rien. devenaient ainsi un tribunal de cassation dont relevait l'Assemblée législative. et qui étaient comme une traduction affaiblie de YHabeas corpus. Anacharsis Clootz développa à la tribune ses fantaset tiques idées sur la divinité du genre humain en général « du peuple français en particuher. lui Elle de consacrer une courte délibération à Tocla consti- casion de la déclaration des droits qui devait précéder tution nouvelle élaborée pour la France républicaine. dit-il. sont Les dénominations de français titre devenues synonymes à plus juste que les noms de chrétien et de catholique.258 PREMIERS PROJETS DE CONSTITUTION A LA CONVENTION. Le pouvoir exécutif sous le nom de ministère même origine que l'Assemblée et constituait ainsi dans dualité qui pouvait devenir dangereuse. impatiente de tout ce qui arrêterait son bras et l'empêcherait d'écraser ses ennemis. pour éviter de consacrer le droit d'insurrection. et d'universel. pourvu que sa proposition obtînt l'assen- timent de cinquante citoyens. per du droit de fut bien obligée la conscience au point de vue théorique. Ces assemblées chargées de contrôler la représentation nationale. gouvernement une Condorcet. La discussion donna lieu à quelques discours excentriques qui n'étaient possibles que dans une époque d'exaltation. de Télection des assemblées primaires. Nous retrouvons celle dans la constitution de Condorcet tous les inconvénients de de 1791. puisqu'elles avaient à ratifier non-seulement la Constitution. Les quelques garanties qu'y trouvait l'arbitraire le citoyen contre d'un souveraineté populaire sans contre-poids. Condorcet en avait présenté satisfaction le premier projet qui donnait déjà une ample aux idées démocratiques. Rejetant avec dédain Tidée d'une seconde chambre comme d'ailleurs tout ce qui pouvait in- troduire quelque pondération et quelque frein dans le gouver- nement^ autorités il faisait sortir TAssemblée législative^ comme toutes les celles-ci du pays. mais encore chaque avait la le loi. » Malgré cet enthou- . étaient constituées en corps délibérants presque permanents.

puisqu'il désigne toute une ftimille de nations. son aux assemblées primaires. renvoyé le 30 mai au comité s du salut public. Robespierre eût voulu que la représentation nationale délibérât [ devant le peuple entier. Son discours exhalait d'un bout à l'autre la plus basse flatterie pour le peuple proclamé impecprincipe. siasme pour le substitue celui 259 lui nom de Français. Ce discours fut écouté sans rire. ajouta-t-il. disait-il. Robespierre. le souverain unique. et ^ décrété le 23. des universels. cable et infaillible. de beau plan.PROJETS DE CONDORCET ET DE ROBESPIERRE. la » La conséquence naturelle de ces maximes était suppression du régime représentatif. mais la multitude. qui s'était adjoint quelques membres supplémentaires. et divinisait non pas le genre humain tout entier. Ne nous en étonnons pas trop. fussent re- çus de droit dans la république des hommes. que vous connaissiez bien la nature de mettez une nature divine la sans-culotterie si vous adla débilité ou plastique. fut refondu le ' et rédigé par lui en quelques jours. la Quiconque a de croire en Dieu ne saurait avoir sagesse de croire au genre humain. Torateur demande qu^'on de Germain^ bien plus comprébensif. » Anacbarsis Glootz proposait sé- rieusement que la Convention votât ce grand principe et déclarât que tout individu et toute commune qui l^admettrait. des tribunes eussent Il semblait cependant que les clameurs \ pu lui suffire. la une mysticité émue Le projet de constitution de Condorcet ne survécut pas à Gironde. dès le mois de mai. que dans la vertu et dans la souveraineté du peuple le qu'il faut chercher un préservatif contre les vices et despotisme du gouvernement. des Germains. ou ce qui revenait au entière subordination même. Si jamais constitution fut bâclée. c'est bien celle . « Je défie. Son projet portait atteinte à toutes les libertés et tout d'abord à la propriété qui n'était plus que le pouvoir de posséder ce que la loi garantissait au citoyen. la nous avons vu de nos jours se reproduire cette religion de et cette France apothéose de la vie purement terrestre avec qui a surpassé Torateurdu genre humain. présenté 10 juin. en avait esquissé un nouveau qui passait sous silence dans le les garanties légales inscrites premier plan. i « Posez d'abord et comme ique le peuple est c'est bon que ses délégués sont corruptibles.

Elle remet le dépôt de sa Constitution sous garde de toutes les vertus. et pouvoir exécutif liste était nommé par la représentation nationale sur une électoral spécial. temps de l'intolérance étaient à jamais passés. il l'article est aussi explicite dans la rédaction de Hérault de Séchelles que dans celle de Con- dorcet. L'in- strument de tyrannie était parfait. car si son nom est partout dans cette Constitution. à Il l'en croire. La Montagne prit soin les clauses ou d'annuler toutes de l'Assemblée du premier projet qui . pour les législateurs pratique du devoir sacré de l'insurrection. est livré au despotisme d'une Assemblée souveraine qui n'a d'autre contrôle d'effacer que les clubs de Paris.» Parmi ces de 1793. Vergniaud appuya motion. Si dans ces deux projets de constitution nous considérons qui concerne la liberté des cultes. le camp montagnard.260 de 1793 . la piété filiale. vertus. aussi bien dans camp 19 girondin que dans avril 1793. pensait donc . social.. la malheur. Mais les débats qu'il provoqua montrent combien on était le peu soucieux de cette première des libertés. Cette conclusion a paru admirable çaise le La République fran- honore la loyauté. Le citoyen n'est proIl tégé efficacement et explicitement dans aucun de ses droits. elle n l'écha- ne fut d'ailleurs jamais appliquée. humanitaire de la Constitution montagnarde. la vieillesse.. brille au prela mier rang. nulle garantie sérieuse ne lui est donnée. CONSTITUTION DE d793. Dans la un membre inconnu demanda la suppression le droit séance du de l'article par lequel Condorcet avait formulé de la conla reli- science. en se fondant sur ce que la liberté intérieure la de gion ne saurait jamais être supprimée. tandis que culte serait infailliblement pratique du général d'un et en opposition avec culte l'esprit temps qui n'aura bientôt d'autre de les la que la celui de la liberté morale publique. pouvaient donner quelque action politique aux départements les décrets législative étaient soustraits à le l'examen des assemblées primaires. formée par un corps Tous les pouvoirs étaient entre ses mains. On a beaucoup relevé le caractère fraternel. parce qu'on y a trouvé cette sensibilité prétentieuse qui n'a jamais mieux fleuri : qu'au pied de « faud. C'est au fond la seule chance laissée à la Hberté. le courage.

car nous Tavons vu sans cesse l'article Malgré quelques réclamations. Partout on a demandé la dé- portation des prêti^es fanatiques et rebelles. dit-il. On persécute les donc la liberté religieuse est conquise. « Partout. la frapper d'une manière plus mortelle et plus perfide jue l'austère tribun qui. Ce sophisme in- croyable est reparaître. déguisent sous des formes religieuses. qu'il était inutile 261 de conserver les débris de fers brisés dans le grand mouvement national. Voilà sous quel li- le les Tiasque hypocrite des conspirateurs pourraient frapper la rté ! » En tous cas ces conspirateurs ne pourront. dit-il. pour être introduit non plus dans la Constitution. et qu'il ne oasde consacrer la première. ù On comprend l'avait ce que valait cette insertion au moment l'homme qui combattue était tout-puissant en France. . » prêtres. Danton reproduisit même argument. reconnaît que quiconque veut s'interposer entre Divinité est lui et la un imposteur. Barrère invoqua Texemple des treize itats de l'Amérique du Nord.DISCUSSION SUR LA LIBERTÉ DES CULTES. Jes droits. lui aussi. L^'argument le était étrange au la il moment où la persécution sévissait avec fureur sur toute surface du n^'en dissi- pays. car il tonna contre la superstition. quoi qu'ils ussent. le la liberté noyen d'anéantir ]ui publique. Tient la que les conspirateurs ne tirent le Tarticle constitutionnel qui consacre la liberté des cultes. pour le donna une preuve fait moins étrange du progrès des lumières en de liberté religieuse. fut retiré la ou plutôt ajourné. et Il poussa ouvertement à de nouvelles persécutions. les cultes parvint à passer dans le projet définitif sans discussion louvelle. par la raison suffit de simple liberté des opinions. je crains que des hommes voudraient former des assemblées contre-révolutionnaires. Fonfrède li- Barrère demandèrent que l'on consacrât formellement la berté des cultes ju'elle diffère au frontispice de la la Constitution. déclaration mais dans La sion t même discussion fut soulevée le 18 juin. Robespierre combattit énergiquemotion. mais mula pas la portée. lors de la discusle du projet présenté par comité du salut public. «Je crains. La liberté réussit à faire voter la simple liberté des opinions. du goût de la France. porte 1 un masque hypocrite. le la peuple dégagé des impulsions de malveillance.

que parce qu'elle veut la liberté si elle poursuit le fanatisme. » Danton la se trompait gravement en s'imaginant que mesure proposée par 1. XV. c'est mais tout perfectionner. d'autre culte que le culte de la justice et de la liberté mais l'homme maltraité de il la for- tune cherche des jouissances éventuelles. sont chères. croit que dans une ses autre vie ses jouissances se multipheront en proportion de privations dans celle-ci. La simple nouvelle de cette motion ré- pandit de vives alarmes dans les départements . p. avait été le re- poussée par Robespierre. On s'est appuyé sur des idées philosophiques qui me . elle avait été et si exécutée avec toutes ses conséquences. les commissaires la Convention envoyés à Chartres pour y arrêter un mouvement insurrectionnel. Teffervescence de la de foule avait été telle que leur vie avait été : en danger ^ L^un des commissaires s'exprima ainsi « Si la simple motion de suppri- mer puya le salaire des prêtres cause tant d'etfervescence. . Je qu'il serait donc utile que la fît adresse pour persuader au peuple qu'elle ne veut rien détruire. Quelques mois auparavant une proposition bien plus hardie qui eût coupé court aux principales difficultés du moment. 434. alors il pénétrer la lu- sera bon de il parier au peuple morale et philosophie. à Il que reproduire une idée souvent émise TAssemblée législative. dès 16 novembre 1792. c'est un crime de lèse-nation de vouloir dans lesquels penserais il ôter au peuple des hommes Convention une peut trouver encore quelques consolations. Bûchez et Roux. des opinions religieuses. Cambon. reconnurent que la proposition de Gambon avait contribué à soulever le peuple . le soin présenta au comité des finances un décret d'après lequel serait laissé à chaque secte religieuse de payer ne faisait les ministres de son culte. Quand vous aurez eu pendant quelque fait temps des aperçus de morale qui auront mière auprès des chaumières. Mais jusque-là est barbare. Histoire parlementaire. car je ne connais d'autre Dieu que celui de l'univers.262 PREMIÈRE PROPOSITION d'aBOLIR LE SALAIRE DES CULTES. qu'on juge ! des troubles qu'occasionnerait un pareil décret la » Danton ap- réclamation : a On a dit qu'il ne fallait pas que les prê- tres fussent salariés par le trésor public.

» Jetant un rapide coup d'œil sur l'état moral la du pays. ceux qui fondèrent Iplus . le pouvoir des prêtres. sont attachés au christianisme. c'est une chaîne de plus donnée à l'humanité. dit-il. s'en tiennent aux dogmes imposants de la un appui aux idées morales que le fils et à la doctrine vertu et de l'égalité de Marie enseigna jadis à ses con- citoyens. elle eût tout sauvé. car elle leur donne plus de posagesse pularité. li- Aux Jacobins la propola de Cambon ne rencontra pas plus d'assentiment qu'à le péril Convention . parce qu'aucun n'a été écrit avec plus et de conviction.Bazire en signala au moment où fut traité allait com- mencer le jugement du roi. La séparation de l'Eglise de l'Etat sera toujours un scandale pour s'agit les disciples consé- quents de l'école de Rousseau. » Robespierre développa son opinion avec le plus grand soin dans n" VII de ses Lettres à ses commettants . de ce culte raisonnable de l'Etre suprême qui était l'idéal de Rousseau. attachée aux esprits. mais elle a son bon côté.. ce est cer- tainement l'un des meilleurs sortis de sa plume. Robespierre commence par là I^Hpver la question. mais non suppléer ni la de- vancer. » Ainsi la France n'est pas loin de cette religion sans mystère. Si elle eût été accompagnée du respect sincère de la berté des opinions. en dehors de qui prêtent la contre-révolution. Le défenseur du salaire des cultes il ne veut pas qu'on se trompe sur ses motifs et exprime sans détour son propre dédain pour ces vaines superstitions dont il veut cependant confier l'entretien à l'Etat. 263 Canibon aboutirait à une destruction prématurée du christianisme. il ne pas de parler d'économie et où ^^^ la grands principes sont engagés où les premiers intérêts de Révolution sont en cause. mais c'est une chaîne invisible. « Je n'aime pas plus qu'un autre. Le législateur peut aider la raison. : Robespierre se réjouit des progrès de saine philosophie «Ceux même qui. : Cambon « d'économiste de boutique et Bazire s'écria perstitieux Apprenez que chez un peuple su- une loi sur la superstition est un crime morceau d'Etat. La superstition se mêle encore à ces grandes idées.m ^m sition le ROBESPIERRE DÉFEND LE SALAIRE DES CULTES PAR l'ÉTAT. « Ne dédaignez pas de vous rappeler avec quelle grands législateurs de l'antiquité. et la raison seule peut la la rompre.

« Qu'y a-t-il de plus funeste à la tranquilhté publique. la Vous semblez craindre ment où. chose abominable! et — s'étendant manquait Il d( proche en proche l'Etat. Robespierre a jeté n'a assises du système concordataire. mais vous le rendez bien plus puissante et plus active. système du non-salaire desj pas cultes est mortel à la tyrannie. Le premier consul été dit que son disciple fidèle et il a affaibli ce qui avait été si bien du premier coup. que de réahser cette théorie du culte individuel. avec quel ou les art sublime. dès les prêtres mo- du public. ces pieuses ruses de philosophie pour abuser le peuple sont devenues plus difficiles. prétendait que le poids de l'entretien du culte retomberait presque entière-j la classe ment sur aisées. La religion ceux qui la sait à quoi s'en tenir sur les hypocrites respects de soutiennent par raison d'Etat et qui la maintiennent sorte comme une ici les de succursale de la police. puisque. dit-il despotique. Robespierre ne d'opposer comme toujours les pauvres aux riches. non en secret mais tout haut sur la comme au temps de Cicéron. ils ménaconsen- geant la faiblesse préjugés de leurs concitoyens tirent à faire sanctionner par le ciel l'ouvrage télaire. ils deviennent ceu^ pli ils ont avec ceux-ci des rapports beaucoup montre ensuite aux jacobins épouvantés la liberté individuelle s'affirmant à la faveur de la séparation de l'Eglij et de l'Etat. la place publique. cessant d'être des particuliers. opposant une limite aux envahissements le d( ne se trompait pas. fréquents. des associations nouvelles qui ne seraient que des ligues particulières contre l'esprit public. » de leur génie tules Robespierre oublie que depuis que augures ont ri en se rencontrant. ouvrière bien plus religieuse que les classes] Nous n'insisterons pas sur les autres raisons qu'il donne] et qui sont empruntées aux circonstances du temps. commt . Robespierre est également le maître de la Napoléon dans périls partie de son écrit où il peint vivement les de l'affranchissement des cultes pour un Etat fortement avec l'émotion sincère d'un partisan d'une souveraineté centraHsé. — Il la hberté enfin. se formant de toutes parts.264 ROBESPIERRE DÉFEND LE SALAIRE DES CULTES PAR L'ÉTAT. » Il l'influence des prêtres. l'empire des lois sur Tempire des mœurs^ qui ont manié ces ressorts cachés du cœur humain.

Un député demanda la destitution des évêques qui contreviendraient à la loi en empêchant le mariage des prêtres. L'afjuillet Convention dans séance du 19 1793. C'est un grand le honneur pour ce principe de l'avoir eu pour adversaire principal et pour des rai- sons semblables. Cette mesure ren- contra quelque opposition. le 265 jugement du roi. Le seul de ses argu- ments qui envers le soit valable est la fidélité aux engagements clergé salarié.. Une première dénonciation fut la contre lui à séance du 22 février par un curé du Calvados. C'était proclamer la légalité de leur mariage. devaient obéir à toutes les lois de la République. nous importait système de la de signaler cette hostilité de Robespierre pour séparation de l'Eglise et de TEtat. Danton renchérit sur cette doctrine. Tagitation tiré il du de pays. attendant l'abolition de la constitution civile la En faire du clergé qui pour ne pouvait beaucoup tarder. Nous avons le traite- vu que l'Assemblée législative avait décidé de maintenir ment des prêtres qui très se marieraient. La plupart des évêques constitutionnels étaient opposés à cette innovation. Convention en le tirait parti peser durement son autorité sur clergé salarié. Richard proposa que l'on prît des mesures pour éteindre à jamais les querelles ecclésiastiques et que le comité de législation fut chargé de présenter une loi qui restreignît dans leurs vraies limites les fonctions ecclésiastiques. malgré les irrégularités faite de sa conduite. « Nous avons. Dans la séance du 1" mars 1793. car tous les jours les inconvénients d'une religion lumière. fut Le mandement inculpé faire revint à la renvoyé au comité de la législation.ATTAQUES CONTRE l'ÉGLISE CONSTITUTIONNELLE. Mais était facile de ne pas manquer à la foi publique en indemnisant les individus. pourvu qu'on ne déchirât pas le contrat à peine conclu le comme on Il Tavait fait scandaleusement pour clergé réfractaire. et entre autres Fauchet. L'idée lancée par Cambon ne la pouvait être long- temps écartée. Thuriot demanda l'annulation de la constitution civile du clergé afin de retirer aux ecclésiastiques toute juridic- inféodée à l'Etat apparaissaient à tion temporelle. Celle proposition fut votée et oubliée comme tant d'autres pendant le règne de la Terreur. . Lacroix répondit que les évêques étant salariés par la nation.

« Ce temps heureux. Il ne fallait pas en .266 dit-il. Histoire parlementaire. Bûchez et Roux. » L'honorable député s'y prenait trop tard pour invoquer les droits de l'Eglise. les Eh bien l plus que tous Césars. p. qu'ils imitent leurs Ils fondateurs. point arrivé et Il il faut l'attendre. Jusqu'alors calons nos voiles à la tempête. conservé les traitements des évêques. la nation est rendaient à César ce qui était à César. qui avaient satisfaction les réformes de l'Assemblée constituante tomber sur les abus ecclésiastiques autres. ATTAQUES CONTRE l'ÉGLISE CONSTITUTIONNELLE. Durand Maillane il mieux du inspiré clergé] quand serait prévoyait le temps où la constitution civile disait-il. le avait vainement es- sayé dans une lettre insérée dans journal de Fauchet de Il ramener la puissance civile à son domaine propre. n'est abrogée. sur l'observation de Lequinio qu'en prononçant directement une destitution cano- nique l'Assemblée pourrait être accusée de se m. 312. XXIV. et que l'évêque avait ou de refuser bénédiction nuptiale selon les canons de son Eglise sans que l'Assemblée eût à intervenir par ses décrets ^ Durand Maillane vu avec déclarait a que les citoyens fran- çais. la Pour comprendre portée de ces saturnales de l'impiété qui 1. . car la officier était ne peut évitera consigne de son chef. La guerre à les obstacles et de toutes les résistances et qui allait abattre par la religion déjà une trombe l'autel franchement déclarée la fin ne devait plus connaître de ménagement avant de cette même année. 1790 en faire un département administratif un et transformer sesfll ministres en officiers de morale. cesseraient de mettre le comme une sur les même intérêt à liberté qui leur ôterait celle de leur culte. si établissait avec raison que le mariage tièrement au contrôle de pendait que de droit d'accorder la comme contrat appartenait l'Etat. Durand Maillane.êler d'affaires de religion. » la On substitua à la destitution pure et simple la peine de déportation. l'un des auteurs et l'apologiste fervent de la constitution civile du clergé. » devait voir bientôt sombrer son s'irritait œuvre tout de tous entière sous les coups de cette tempête qui après le trône. comme sacrement il ne la en- déle puissance spirituelle.

On sait par quels miracles d'é- nergie la Révolution fit face à tous ces dangers. la Montagne demeurait victorieuse de périls croissants qui la poussaient à faire Tusage le plus ter- rible les de son pouvoir. fille. enfin elle dispute la un seul Vendée dans une le série de combats qui lui laissèrent en définitive Tavantage à la toire fin de 1793. L'Ecole normale et FEcole polytechnique sont décrétées. qui pressait toutes aux Pyrénées. à Paris. Les députés proscrits qui avaient pu gagner vait prévoir le départements y soulevaient une insurrection dont on ne poupeu de durée. L'uniformité des poids et sures réalise une réforme des plus utiles et qui était destinée à durer la comme tout progrès raisonnable. aux Alpes. terrible aux frontières. Toulon se livrait aux Vendée soulevée tout entière donnait la main à la coales frontières. A Paris même. Nous ne voyons . Elle reprend les Lyon. un vaste plan d'instruction à trois degrés est élaboré. Le grand-livre est institué.LUTTE GIGANTESQUE DE LA RÉVOLUTION. la lition pour Tassiéger. fois le sort et au Nord. Cette énergie inouïe de Révolution. dans ces plaines immenses où plus d'une la de France avait été joué. Une Gironde terrassée au 2 juin et souveraine. féconde à l'intérieur. nous n'admettons pas que la France pu exalter son cou- rage qu'en se jetant dans un délire cruel. En même temps de grandes table foi créations civiles révèlent l'indomp- de la Révolution dans Favenir. on s'occupe même des beaux arts auxme- quels on ouvre de vastes musées. le meurtre de Marat enthousiasme par une pure et noble jeune inspirait la avait révélé quel cause de la Gironde. Lyon était en pleine révolte et une était nécessaire armée Anglais. les premières bases du Code civil sont jetées. refoule armées de la coalition par une nouvelle tactique foudroyante et démo- cratique qui consistait à lancer les masses armées sur point. par des sièges rapides. devaient être si 267 fatales à la Révolution fois la il faut se rendre compte en face de la situation des partis. est sa meilleure gloire. mais comment oublier cette ivresse sanglante qui l'accompagne et à laquelle elle demande un stimulant abon'ait minable que nous ne cesserons jamais de croire inutile? Non. La vic- de Wattignies remportée 16 octobre en Flandre et celle la de Gholet en Vendée terminèrent glorieusement campagne. puis Toulon.

Le décret qu'il proposa organisa une armée révolutionnaire de six mille hommes chargée d'écraser partout la contre-révolution . La nuit la elle planait les sur ville entière et fondait comme foudre sur toutes maisons. Elle sortit tout armée de la séance du 5 sur sommation impérieuse d'une de ces députations du peuple de Paris qui dictaient ses volontés aux législateurs. » s'était écrié le lâche Barrère. Les visites domiciliaires de nuit furent autorisées. prononcée contre quiconque achèterait ou vendrait des Le tribunal révolutionnaire La terreur devint ou fut divisé en quatre sections pour hâter les jugements. et encombrait ainsi les prisons d'une foule mêlée où la guillotine faisait quotidiennement une affreuse trouée. Suspendue sur la tête des généraux ne elle remportaient la victoire même s'ils en profitaient mal. Qu'ils n'oublient pas que les crimes auxquels ils font cet honneur lui ont suscité bien plus de périls qu'ils n'en ont surmonté. rentré en France. sans empêcher décréta la l'invincible gaieté française les grilles fatales. Elle arrachait s'il député à son banc avait molli un la lui avait refusé un gage. « Plaçons la terreur à l'ordre du jour. sur un soupçon. la victoire ait déserté son drapeau le jour où une seule couleur n'a plus effacé les deux autres. qui serait por- teur de quelque signe contre-révolutionnaire ou suspect d'entretenir quelques rapports avec l'émigration. de le leur tente à l'échafaud. la peine de mort fut assignats. I les envoyait. Dans la séance du 27 février 1794 . La déposition de deux témoins était déclarée suffisante. ce scribe docile de tous ceux qu'ils redoutaient. il fut décrété que tout recours au tribunal de cassation . la Convention peine de mort dans les vingt-quatre heures pour tout prêtre sujet à la déportation. C'est surtout depuis le mois de septembre d793 que la terreur la fût déchaînée.268 pas que RECRUDESCENCE DE LA TERREUR. comme et on peut jour ou s'en convaincre parla condamnation de Custine s'il de Bouchard. les palais aussi bien sur celles de la bourgeoisie libérale que sur de l'aristocratie. le jour où il n'a plus été la patrie rougi au pied des échafauds. de se jouer de ses bour- reaux derrière Le 3 octobre. Ceux-là déshonorent qui prétendent qu'elle ne pouvait être sauvée qu'à ce prix. ainsi le résumé de toute la politique s'ils révolutionnaire.

La les Convention n'avait-elle pas entendu et applaudi attaques les . l'initiative Elle agit bien moins par fanavil tisme que par calcul. Les deux premières générations de Révolution sont ainsi fauchées et frayent la voie à la troisième. Jamais I^Htils n'apparurent plus grands que sur la charrette. et s'attaqua à la rehgion par Il haine personnelle. il à la religion était facile d'envelopper le prêtre constitutionnel dans l'impopularité de sa caste. n'est pas assez les la Ce de frapper et la les plus nobles des vivants. arriver espérait au premier rang porté sur les épaules de la canaille. Bailly les suit de près ainsi que Barnave. on fouille est jetée tombeaux la fosse cendre des rois déposée à Saint-Denis dans ^^cisément à ce commune. C'était le jeter dans l'ombre ou le ranger parmi les défens'ac- seurs du passé. Hébert visait au rôle de Marat. comme les marquis de Versailles se formaient naguère au beau langage des cours. ^^<iirondins marchant à mort fait pâlir leurs vainqueurs. Marie-Antoinette. que Robespierre protégeait de tout son pédan- tisme. Anacharsis Clootz fut seul sincère. est traînée au tribunal et se une fière dignité qui va remuer jusqu'au cœur des naégères rassemblées Quelques jours plus tard l'hymne patriotique des la pour l'insulter. relève sous Foutrage avec après avoir subi toutes les hontes d'une affreuse captivité. et de présenter Dieu lui-même comme le grand ennemi des sans-culottes.LA COMMUNE DE PARIS A LA TÊTE DU MOUVEMENT ATHÉE. Ce fut la commune de Paris qui du mouvement athée. Il n'est pas étonnant que ce soit moment que la Révolution dans sa rage d'en ait préfinir ^avec la le passé essayé de traiter Dieu comme elle avait traité royauté. y avait là un premier point d'appui pour porter un grand coup elle-même. La fureur antireligieuse n'avait fait que croître. était interdit 269 aux prêtres arrêtés. Ce jureur ordurier était un plat courtisan qui parlait la langue des ruisseaux pour plaire au souverain du moment. prit. Chaumette et lui s'imaginèrent que le plus sûr moyen de l'emporter sur le comité de salut public était de s'attaquer à l'Etre suprême. Le doucereux Chaumette et le Hébert songèrent bien plus à dépasser Robespierre qu'à servir une idée. Il grâce à la résistance prolongée des prêtres réfractaires. au mois de novembre 1793. En octobre.

de l'Isle de Sales. ^ Les hébertistes ne dépassaient pas en impiété philosophie déjà celle-ci du dix-huitième s'était siècle dans sa tendance extrême la la produite plus d'une fois à ils tribune nationale. Voir sur ce qui va suivre. jour! qui marquait l'équinoxe d'automne. tomes XXIX et XXX Mémoires du temps. mais ni Hébert ni Chaumette n'étaient de lutter avec Robespierre. quand on aurait pour soi l'Assemblée et le faubourgs. les de l'Histoù-e parlementaire de la Révolution. etc. Deux mois le faisaient exception : c'était le mois de qui s'appelait souvenir de serment du jeu de Paume. et. Le nou- veau calendrier. par J. juillet était voué au la prise de la Bastille. à moins qu'il ce qui équivaudrait à son abdication.^ commencement de l'année au 22 septembre. On donnait aux moisj : des désignations philosophiques. . Voir aussi — l'Histoire des sectes religieuses. et de faire la commencer l'ordre des temps nouveaux à le fondation de la République. qui fit adopter à l'Assemblée une nomen- 1. Ils vont se briser dans ce choc. à part le Moniteur.270 NOUVEAU CALENDRIER. et autres tulé les. comme le prouva son éclatant succès pendant taille à quelques jours. les jacobins seraient bien obligés de suivre mouvene fût ment qui entraîné : briserait à coup sûr Robespierre. et la traduisaient en masca- est certain qu'ils ne pouvaient beaucoup scandaliser une Assemblée qui avait décrété d'abolir l'ère chrétienne. Il bourbier. par Mercier. Ces désignations des mois furent changées dans la séance du 3 novembre sur un rapport de Fabre d'Eglantine. entre le Tableau du tiouveau Paris. présenté par fixait le Romme et voté le 5 août 1793. Egajuin. Justice. Seule- ment la faisaient descendre de le sphère des idées dans la rue et presque dans rades indécentes. en les appelant lité. Il plus hardies contre les anciennes croyances? semblait facile les de Tentraîner. L'intrigue était assez bien conçue. en effaçant nom de Jésusla Christ. . Rien ne prouve mieux que cette tentative que Révo- lution se posait décidément en religion nouvelle. 1802. et le curieux opuscule intiMémoire en faveur de Dieu. par Grégoire. La division par décades! était substituée à la semaine ordinaire. mais non sans avoir réussi à provoquer le plus hideux scandale la . et qu'elle pré- tendait engager en quelque sorte la guerre des dieux.

des actions. c'est lorsque le départ des beaux jours. de l'opinion. au soleil moment où le naissant n'a point encore absorbé la rosée et la fraîcheur » de l'aurore. du et enfin la fête travail. au mois de mai. C'étaient les de l'intelligence. et qui sont enil core aujourd'hui la source de ses erreurs religieuses. par de grandes images. destiné à frapper également l'imagination du peuple. S'agissait-il tle la fête des morts. « ce n'était pas sur un théâtre riant de fraîcheur et de gaieté qu'ils jouaient leur farce. des récompenses.DISCOURS DE FABRE d'ÉGLANTINE. profitant des adieux de la nature. çant. Ce les puissants le devait être pour jugement dernier de l'année . fêtes. a rempli la « Une longue habitude. mais en sens contraire. où la raillerie contre les magistrats aurait un libre cours. L'année devait se terminer par cinq grandes le désignées sous nom expressif de sans-culot ides . et les Rogations destinées à la bénédiction des campagnes. germinal^ avait thermidor. dit-il en commenmémoire du peuple d'un nombre considé- rable d'images qu'il a longtemps vénérées. La pensée qui inspiré cette innovation si hardie se dégagea avec une grande précision des paroles de Fabre d'Eglantine. s'empa- raient de nous pour nous promener à travers leurs fêtes multi- pliées sur tout ce que leur impudence avait imaginé de mystique pour rible ils les prédestinés. » L'orateur avouait qu'il voulait ruiner l'in- fluence des prêtres qui avaient trouvé un sûr moyen d'agir sur l'imagination du peuple en rattachant leurs principales fêtes à la succession des saisons. qui occuperaient les jours la division supplémentaires débordant fêtes décimale. — c'est-à-dire les imbéciles. et au prestige sacerdotal ouvertement la vérité de la na- ture. clature 271 moins abstraite destinée à rappeler la suite des saisons. C'est ils cette époque que. c'est-à-dire le clairvoyant. espèce de saturnale. célébraient la Fête-Dieu dans les jours les plus beaux et les plus effervescents de l'année. du génie. Fabre d'Eglantine opposait à ce calendrier reli- gieux son calendrier agricole. pour le pécheur. est les donc nécessaire de substituer à ces visions de l'ignorance réalités de la raison. De là les noms poétiques de vendémiaire. nivôse. ciel triste et grisâtre un à remplissait notre âme de tristesse. — et de terAu contraire.

le ridicule. Histoire jmrlementaire. 2. Un des enfants qui les accompagnaient demanda qu'au lieu de les prêcher au nom du soi-disant Dieu. d^éputé en mission. la des droits de l'homme et de Constitution*. et elle se croyait libérale. entame l'affaire en provoquant des pétitions tumultueuses d'instituteurs se pré- et impératives. Iderrij p. on les instruisît des principes d'égalité. Quelques jours] après ce scandale. : l'évêque M. puisque été leur compère*. 181. Les propositions de Fabre d'Eglantine turent votées d'enthousiasme avec leurs considérants impies. et instituer ce qu'on peut appeler l'islamisme de l'impiété. en gardant un lâche silence.. confondre ab- solument le spirituel et le temporel. La Convention ressuscitait à sa manière la théocratie dans ce qu'elle a de plus intolérant. s'écria scélëij'ats.» Quelque temps auparavant l'évêque constitutionnel de Périgueux présenta à la Convention « son épouse » en se glo- 1.es. avait La commune Elle quelques motifs de croire qu'elle ne le serait pas désavouée en poussant à outrance mouvement irréligieux. une députation de Nevers se présenta à h barre apportant les dépouilles des églises et demandant la su] pression du culte catholique. mais applaudie députation n'en fut pas moinHl penser™ la_ comme toutes les autres. La Convention se posait bien décidément comme le concile de la philosophie. C'est bien ce jour-là qu'il dut se senth dans le marais. Le 28 août une députation sente à la Convention pour réclamer l'instruction gratuite et obligatoire. décrétant les croyances d'autorité et s'arrêtant aussi peu devant la conscience que les conciles de l'ancienne Eglise. . dont elle ne voulait plus. «Les prêtres sont dés j'ai Je les connais mieux qu'un autre. Changer augurer ainsi les le coutumes religieuses d'un peuple^ c'était in- plus insupportable des despotisir. parce qu'elle lui avait tout emprunté.. malgré ce qu'en dut la plaine plus d'un malheureux député de encore attaché à religion de ses pères. 502.. XXVIII. excepté Dieu. Au club de Vitry-le-Français. Bûchez et Roux.272 exécuté par PREMIÈRE MANIFESTATION D IMPIÉTÉ. p. Cette profanation de l'enfance aurait la dû exciter une vive indignation.

s'ouvrit par la lecture d'une lettre d'un curé de province. Il s'agissait d'inaugurer en pleine Convention culte de la Raison en y traînant quelques prêtres qui vien- draient jeter au pied de la tribune nationale les défroques de la superstition. je trompé que parce que moi-même je j'avais été trompé.|1NAUGURATI0N DU CULTE DE LA RAISON A LA CONVENTION. La farce fut jouée le 7 novembre. Mémoire en faveur de Dieu. Le athée cherchait déjà par tous les moyens à obtenir des ré- tractations afin de diffamer la religion par ses propres ministres. Cette abjection fut applaudie par une assemblée française. 11 fut vive- ment applaudi et peu s'en fallut qu'on ne lui votât un supplément il de traitement de deux mille francs. qui se déclara prêt à abjurer subsistance par une pension. avait Ainsi le mouvebien ment se prononçait nettement contre tous les clergés. Ghaumette Hébert. je suis qu'ici curé. aussi contre les prêtres assermentés parti que contre les non-jureiirs. bien mérité de la patrie en déshonorant sa caste * . 61. 18 . disait-il. à la Un ex-prêtre demanda formellement commune le droit de et changer son nom d'Erasme en celui d'Apostat. Maintenant que je suis désabusé. qui était en accord avec les meneurs de la commune. c'est-à-dire charlatan. Après la petite farce devait venir la grande comédie. rien de plus juste. vous avoue que je ne voudrais pas être charlatan de mau- vaise foi. nommé Parens. p. le Il me semble lent qu'il serait bon d'assurer à la vérité. Cependant la misère pourrait m'y contraindre. La Convenparfait tion était présidée par Laloi. « Je pourvu qu'on lui garantît sa suis prêtre. Momoro et Bourdon de le l'Oise. Jusn'ai charlatan de bonne foi. On pouvait donc La scène s'attendre à de bon- nes répliques. rifiant 273 de l'avoir prise dans la classe des sans-culoltes. Le président annonce à la Convention que les autorités constituées du département et de la commune se présentent à la barre avec l'évêque Gobel. ses vicaires et plu- 1. nécessaire à ceux qui veu- rendre justice » Ce courageux confesseur ne ne changer voulait pas être impie gratis et se montrait décidé à de métier qu'avec assurance de salaire. préparaient le grand coup qu'ils voulaient frapper dans des conciliabules secrets auxquels assistaient Glootz.

Les sentiments leur entraînement vils ont comme rhéroïsme. f ces citoyens Momoro proclame pompeusement que demandent à se régénérer et à devenir hommes. qui un de langage analogue et déclare qu'il n'a jamais été qu'un morale. La tribune est immédiasignaler tement assiégée par plusieurs prêtres qui brûlent de Lindet sauver leur cynisme en déposant leurs lettres de prêtrise. L'évêque fait plus.^74 sieurs curés. de l'éga- de l'éternelle vérité. dit le président de in- troduise dans le calendrier républicain la fête de la Raison. C'est doncsacrifie son bien à l'idole du moment que. Ce lâche apostat ne cessa de flotter de la crainte du tribunal révolutionnaire à la crainte de l'enfer qui l'emporta naturellement au pied de l'é- chafaud. soumission à sa volonté mon premier devoir. fut La volonté du peuple. qu'il n'a jamais Il lui est donc Il très facile d'abandonner ce eu véritablement. que bientôt république française n^aura d'autre culte lité et que celui de la liberté. citoyens qui venez de sacrifier sur l'autel de la patrie ces hochets gothiques. Chaumette demande qu'on toyens. « J'ai exercé. il prétend qu'il n'a accepté l'épiscopat que pour la patrie et qu'il n'a jamais été charlatan. il a bien mérité de la patrie en déshonorant premier siège épiscopal du pays. «Cila Convention à Gobel et aux prêtres qui l'entourent. les fonctions de ministre protestant. il Dieu auquel il ne cessa pas de croire . « la il n'est pas plus athée qu'il n'est chrétien et n'a d'autre désir que de sauver sa vie dans la bagarre révodit-il. pasteur protestant. je ajouta-t-il. car lutionnaire. traîné par la peur. Des applaudissements frénétiques accueillent roles de les pale Gobel . ils viennent se dépouiller du caractère que leur avait a C'est ainsi conféré la superstition. l'avait donné à enten- dre à Grégoire peu de jours auparavant. ma première » il loi. APOSTASIES NOMBREUSES A LA TRIBUNE. » Puis l'accolade fraternelle est donnée à l'évêque démissionnaire qui vient de se coiffer du bonnet rouge. vous êtes dignes de la République. que je n'aurai désormais d'autre temple . » Gobel se leva alors au milieu des vil qu'il applaudissements. je déclare que ne les professerai plus. tient est suivi par Julien de Toulouse. d'autant plus n'obéit à aucun entraîil nement. Conduits la par la raison. professant le officier tolérantisme le plus absolu.

Voilà pourtant sert cette leçon que rapportait du dé- âme basse qui avait eu l'honneur de célébrer naguère un culte proscrit. attaché à ma religion. encore moins son Dieu. ce n'en pas moins un chrétien sincère et un cœur intrépide. tu — On lui dit de toutes parts : faut que montes à la tribune. Ce fut Grégoire. tion il suffît de son appariles lâchetés pour châtier par un sanglant contraste toutes dont on venait d'être témoin. d'autre Divinité que la liberté. évêque de Blois. rables blasphémateurs. » C'est ainsi que Julien représentait fléchi ni la à la Convention une Eglise martyre qui n'avait devant les caresses . pas possible qu'au milieu de toutes ces turpitudes la n'était conscience chrétienne demeurât sans témoignage. le président lui donne la parole qu'il n'a pas demandée. Quel contraste entre ce jour d'ignominie et les il beaux temps de sa jeunesse où souffrait pour sa foi I Mais il y avait longtemps sans doute qu'il avait renié la folie des saints mystères de l'Evangile et rilleux Il il était mal préparé à la folie d'un pé- héroïsme. il ignorait ce qui se passait dans la salle des séances. à ton charlatanisme religieux. je ne fus jamais — Misé- un charlatan. Appelé à cette heure à siéger dans le comité d'instruction publique . ni devant les supplices. il Ame ardente . le j'ai prêché la vérité. On entendit son langage inflexible à cette tribune profanée et malgré les cris de rage dont on essaya de couvrir sa voix. d'autre culte que de la police. . . ce qui était acte de courage à cette épo- que. » — Espérant contraindre à suivre le courant. — Et pourquoi? — Pour re- noncer à ton épiscopat. portait encore le cos- tume ecclésiastique. avait plus d'une fois poussé l'enthousiasme jusqu'à l'imet prudence il quand bien même il n'avait pas voté la mort du roi. avait eu le tort d'insulter à sa chute dans un était il moment d'exal- tation à jamais regrettable.NOBLE CONDUITE DE GRÉGOIRE. géné- reuse. A peine y est-il rentré qu'il est le entouré par une troupe de députés montagnards qui suivre le a II pressent avec des gestes furieux de bon exemple de Gobel. Jamais un n'eût renié Il une seule de ses convictions. qui donna ce grand spectacle à son pays. 275 que le sanctuaire des celui lois. Il s'élance à la tribune. j'y serai fidèle. répond-il. d'autre Evangile que la Constitution républicaine.

» Le même soir et les jours suivants la demeure de Grégoire fut 1. n^ayant que des notions très vagues de ce qui s'est passé avant mon arrivée. un silence général succède au tumulte. « Je doute.. les injures. je remerciai la ma faiblesse et m'avoir donné force de confesser Jésus-Christ. On s'éloigne comme d'un pestiféré. il excita même de goire dans ses Mémoires. le trouve intégralement dans Mémoires de Grégoire. je reste évêque pour y en faire encore. accoutumé à peindre le spectacle des démons. Je déclare qu'en prononçant ce discours je crus prononcer mort. ces. S'agit-il d'attachement à S'agit-il la cause de la liberté? j'ai fait mes preuves. mais qu'on définisse ces mots et l'on verra que le fanatisme et la superstition sont directement opposés à . de religion? Cet hors de voire domaine et vous n'avez pas le droit de l'attaquer. je vois des les regards furibonds dirigés sur moi. mais ce n'est sion. . — Descendu de de moi. agissant d'après des principes sacrés qui et me sont que je vous défie de me ravir. évêque. J'entends parler de fanatisme et de superstition. je . tourne sur la tête. dit Gré- mot. j'invoque fut la liberté des cultes ^ » Ce discours violemment interrompu presque à chaque vrais rugissements. du revenu attaché à S'agit-il la qualité d'évêque?je article est vous l'abandonne sans regret. on 34-38. J'ai consenti été désigné par le peuple lui pour être ni de ni de vous que je tiens ma mis- à porter le fardeau de l'épiscopat dans un temps où il était entouré de peines ! on m'a tourmenté pour faire l'accepter. II. moi pleuvent menade Accablé par l'aspect des outrages Dieu d'avoir soutenu faits à la reli- gion. Quant à moi catholique par conviction et par sentij'ai ment. Je les ai tou- jours combattus. dit-il. tâché de faire le bien dans mon chers diocèse. la religion. la tribune. prêtre par choix. Ce discours a été mutilé dans les le Moniteur. p. on me tourmente aujourd'hui pour J'ai une abdica- tion qu'on ne m'arrachera pas.276 NOBLE CONDUITE DE GRÉGOIRE. pût rendre cette scène.. j'y suis habitué. je retournai à si ma place. Pendant dix-huit mois je mon arrêt de me suis attendu à l'échafaud. «J'entre ici. que le pinceau de Milton. On me parle de sacrifice à la patrie.

capucin marié. Chabot. toi. n'en demeura pas moins inébranlable. » On en voulait à GréIl goire de ce qu'il cherchait à christianiser la révolution. les ofl^randes patriotiques tirées des trésors deségli- On ^^chapes. Lalande. qui pâlis- en secret à les la pensée du Dieu Dans que de séances qui suivirent celle du 7 novembre les abju- rations honteuses se succédèrent sans interruption. ce qui ne l'avait pas et empêché de cumuler plusieurs bénéfices livres de toucher encore une pension de dix mille dont il fit l'abandon. disait-il. les les vases précieux. « Nul avoir été servi homme sur la terre. vit affluer à la Convention et à la commune de Paris. gouvernement est inquisi- teur. le blâme ouvertement d'avoir comprimé faut l'élan de l'opinion et lui dit : casser cette infâme religion. Si je ne disais pas autrefois et le il mon secret. C'était désigner au tribunal révolutionnaire.IB œu « Il LES OBJETS DU CULTE FORTES A LA COMMUNE. j'étais philosophe quoique évêque. Four- roy^ son collègue au comité d'instruction publique. Grâce à auguste Montagne. Siéyès se crut obligé si de rompre le silence prudent qu'il gardait la depuis longtemps. déclara que désormais ne vou- plus répandre la que les dogmes éternels tracés dans le grand le hvre de en son nature et de et la raison. » permis de dire enfin hautement toute dirigé le diocèse lait Un autre évêque. vérité. ajoute-t-il. 277 au ssiégée d'émissaires qui venaient le sommer de se rendre général. tous les . ne peut dire » Gela signifiait qu'il avait il trompé par moi.ions vinrent ^^^fces. les ornements sacerdotaux. pour dire qu'il avait été victime de superstition. Après les rétracta- ^^t. à laquelle longtemps une messe ne croyait pas. Une le affiche contre lui fut placardée sur les murs de Paris. c'est que le peuple était superstitieux. qui avait il de laMeurlhe. Il reçut même plus d'une confidence de quelques-uns des coryphées du saient mouvement athée qu'ils insultaient. vint rétractation bien nom au nom de son épouse faire une inutile. « Et moi aussi. car personne ne doutait de sa parfaite impiété. il tint à passer pour un vil hypocrite afin d'établir aux yeux de tous qu'il avait toujours été impie. Celle de l'évêla Haute-Vienne se distingua par sa platitude . Le costume d'évêque du député chrétien fut au fond bien plus respecté que le bonnet rouge de l'apostat Gobel.

» Le président pondit que si une religion pouvait être conservée. sous prétexte qu'il été . Son argot était parlé en pleine Convention. Honte à tous les échafaudageij de mensonge et de puérilités que l'ignorance et la mauvaise fo^ ré'^ ont décorés du nom le fastueux de théologie. » L'ora- commune de la Saint-Denis-sur-Seine apporta en guise de dons patriotiques de déclarer prétendue tête du saint et se crut obligé qu'il n'avait été Il nullement tenté de baiser cette : reli- que puante. Un comité chargé de recevoir tion. disait commune de était Sens. « Denys de Syracuse. continua en ces termes non moins élégants «Ce crâne et ces guenilles sacrées qui l'accompagnent vont enfin cesser d'être le ridicule objet de la vénération du peuple. Les juifs ne voulurent pas rester en arrière. et la dit l'orateur. ôta à Jupiter son manteau d'or. » Le succès était grand pour le Père Duchêne. «Tous rangs confondus. deux d'entre eux au déposèrent à la nom de leurs coreligionnaires commune de Paris les coupes d'argent qui seret vaient à l'administration les du baptême de la sainte cène. buvaient dans ces coupes l'égalité fraternité. L'or et l'argent qui les enveloppent vont contribuer à affermir l'empire de la raison et de la liberté. l'acte des protestants était bien accept( comme un ils firent désaveu. culte. passer au second. ce serait biei celle qui consacre mieux les principes de l'égalité. Il objets de valeur qui avaient servi au fut décidé qu'on fut organiserait un dépôt à la maison commune. le Les protestants de Paris se crurent obligés de suivre mou- vement. mais lî raison culte domine et les hommes ne de doivent connaître d'autrej nulle équivo- que celui de la liberté et l'égalité. mon ministère a toujours eu poui objet d'en propager les principes. le y eut émulation de lâcheté.278 ORGANISATION DU CULTE DE LA RAISON. la Les apostasies étaient par la premier acte de Il fallait comédie inventée| commune de Paris. Ainsi que n'était possible. trop froid en hiver et trop chaud en saints et à leurs ministres des les nous avons aussi ôté à nos vêtements splendides qui sans doute teur de la importunaient. et de classer les dépouilles de la supersti- Les porteurs de ces richesses profitaient en général de l'occasion pour faire l'orateur de la un discours. Ce n'étaiM . Il aussi leur offrande.

Le peuple a reconquis son pouvoir immortel. il fallait inaugurer nature. On avait confié au poëte Chénier le soin de comoler le vide qu'allait laisser la chute de l'ancien culte. Il vient de coup de mort dans le le ci-devant archimétropolitain. Sur les pompeux débris de l'antique imposture Ses mains relèvent ton autel. Le flambeau de en blanc la vérité brûlait sur un rocher.. que Ton le peut dire que le jour du repos a tué recevoir le dimanche. et un nouveau culte. disait ! « C'est Momoro dans le Journal de Paris.I^Esassez avec éclat d'avoir abattu les anciennes idoles . un siège de verdure destiné à la déesse Raison et chantaient en son honneur l'hymne glacial Il composé par Chénier. celui de la raison et de la ^trouver le moyen d'amuser le peuple si on ne voulait pas qu'il {^Btournât à ce qu'il avait vomi. était orné des sanc- des sages . mais c'était un délasse- ment décidément tacle. » La Convention n'ayant pu . qui parlât aux réquisition et fournit liaison et une vestale pour représenter déesse animer quelque peu cette religion du néant. insuffisant pour un peuple amoureux de specL'opéra fut mis en la La commune décida de préparer une grande pompe théâtrale yeux et séduisît l'imagination. Des jeunes entouraient filles couronnées de feuilles de chêne . C'est à la Notre-Dame que commune fit élever les tréteaux où devait la s'accomplir cette ridicule profanation. mais on devait bientôt s'apercevoir que ce n'était pas avec des fleurs de rhétorique ou des strophes aca- démiques qu'on y parviendrait. un simulacre de montagne et portait ce tuaire étriqué. commençait ainsi : Descends. Le temple de Il philoso- phie s'élevait dans le effigies chœur de la cathédrale. La section de Bonne-Nouvelle avait décidé que les jours de décade il y aurait un prône patriotique sur la morale et la Constitution . ô Liberté! fille de la nature. L'ex-évêque Lindet avait demandé le jour même des abjurations qu'on s'occupât de remplacer les fêtes religieuses par les fêtes civiques.. actuellement temple de la Raison. Pauvre lyrisme pour inaugurer une religion nouvelle aujourd'hui.

Notre-Dame fut honorée le soir de la visite de la déesse. . couverts de chapes de chasubles de velours doré. on le odieux et ridicule. s'empressent à rendre hommage à la cendre de l'ami du peuple. L'ennui et le dégoût frappèrent nouveau culte dès ses débuts. II On on chanta. On répéta les cérémonies la du matin. C'est en vain que pour raniles le mer la ferveur on remplaça à Paris et dans les départements actrices par les prostituées. Un lui jeune enfant présenta son hommage à l'assemblée et fut com- blé de félicitations pour avoir récité la déclaration des droits. Cet accès de sensibilité pour ce pauvre petit perroquet de théisme achève de peindre cette scène ridicule.. Le 22 novembre les mêmes mascarades qui avaient déshonoré la Convention quelques jours plus et tôt s'y répétèrent. L'église de Saint-Eustache fut transformée en un vaste cabaret. On essaya de l'égayer par la débauche. Des instruments guerriers exécutaient les airs nationaux. A Lyon un âne promené processionnellement revêtu des ornements sacerdotaux. La commune essaya d'exploiter l'enthousiasme populaire pour Marat. Un drapeau agité aux est sons mélodieux de l'air très connu de Malborough mort et enterré indiquait la disparition du fanatisme tandis que la carma- gnole dansée avec vivacité annonçait le triomphe du culte nouveau. étaient suivis d'une foule immense d'hommes du peuple rangés et sur deux rangs. Des sapeurs des canonniers précédaient la procession en Ils costumes pontificaux. A ce beau spectacle le président s'écria que la députation avait fait en un instant entrer dans le néant dix-huit siècles d'erreur. dit Hébert à la tribune des Jacobins.. Ce délire fut propagé comme une sorte de danse fut macabre sur tous les points du pays. D'anciens prêtres dansaient la carmagnole avec des courtisanes autour de grands feux où brûlaient missels livres saints^ et chapes et reliques. « Plusieurs sections de Paris. Le s'attendrit. ne resta de ce jour que souvenir d'une stupide parodie qui vengeait à elle seule la religion sainte que l'on avait voulu fouler aux pieds. On l'a- vota le premier catéchisme républicain qui serait composé. On portait sur des brancards des ciboires et des châsses entourées de pierreries. président donna fut Taccolade à déesse Raison.280 se rendre à SATURNALES IMPIES.

. . « Le goût des vertus républicaines et des formes aus- tères. MESURES PERSÉCUTRICES. Il ne lui manquait plus que de persécuter. mais sans-culottes les surveillent. Il ne faillit pas à cette noble tâche. Le nouveau et complet et : il vait des prostituées pour déesses et un homme de boue de tf ng pour martyr Il pour saint. culte était qua le cœur de Marat. constitutionnelle ou réfractaire. n'y avait rien à ajouter depuis longtemps aux mesures cruel- les qui avaient frappé le clergé assermenté et supprimé la Hberté la des cultes en France. va être mise hors la loi. Un commissaire 7 en bonnet rouge fut chargé par 1. C'est maintenant rehgion en soi qui après avoir été insultée. Eh bien puisqu'il faut des processions. Elle arrêta des mesures analogues à celles qui avaient été prises dans la Nièvre pour les sépultures républicaines. Moniteur j séance du novembre. 28i ! On se prosterne devant sa statue. de la restau- a pénétré toutes les âmes depuis qu'elles ne sont plus corrompues par s'avisent les prêtres. La mort ni réveil ni n'était commune pensa que ce qui serait pas désapprouvé dans les départements trouvé bon à Paris. des cérémonies religieuses à la multitude. La commune la fut encouragée dans ses tentatives persécutrices par Convention qui avait applaudi aux attentats de Fouché dans la Nièvre. sous quelque forme qu'elle se présente. des cantiques furent il composés en son honneur. L'exaltation pour ce monstre ne connut plus de bornes. et l'on invo- fut mis dans des estampes sacré à côté de Jésus-Christ. écrivait à ses collègues le futur ministre ration . renversent tous leurs théâtres et plantent sur leurs débris l'arbre de la hberté. quelques-uns de ces imposteurs les encore de jouer leurs comédies religieuses. que » tarla dons-nous d'en décerner au martyr de la démocratie ! Sur motion de David qui s'exprima sur siasme. image consolante pour des châtiment pour le hommes tels que après la lui qui avaient besoin de penser qu'il n'y avait crime. la le ton du plus vif enthou- Convention décida que les restes de Marat seraient transportés au Panthéon. Vive la République ^ ! » Fouché avait fait abattre la croix la statue dans les cimetières et l'avait remplacée par du Sommeil.

Elle conseil général de faire cesser demande au un pareil scandale et d'enlever à ces imbéciles Tespoir de la résurrection du fanatisme. La motion d'un vertueux citoyen qui demanda l'incarcération de tous prêtres les es comme suspects fut accueillie avec faveur dans la la police. Chaumette dénonça . mêmi séance et renvoyée à l'administration de Quinze-Vingts avait La section d demandé de consacrer un l'église Saint-Antoin I à la Liberté et d'y élever autel sur lequel brûlerait un feu perpétuel. Ce pas encore assez. Il vit dans la mémoire de se plaint ses concitoyens. servent du poison. » La section et des de la maison commune de ce que des dévots fanatiques se rassemblent autour des bénitiers. 11 exaspérés contre les périls la peignit en vives couleurs : que les prêtres faisaient courir à la dit-il. et décrété destruction de toutes les statues de saints qui entouraient les églises. . le lendemain du jour où l'on avait abo™' la Le conseil de commune prit occasion de cette demande pour arrêter qu'aucun signe matériel ne serait élevé la dans aucun temple. de conduire les convois. et se République « Ils sont capables de tous les crimes. la pa- tronne chérie de Paris. dans son réquisitoire la coalition des filles de joie et des prêtres qui s'étaient montrés également Révolution. Pour jeter le plus outrageant défi avait fait porter à la au sentiment religieux la la commune la Monnaie chape de Sainte-Geneviève. Un poteau devait être porté devant : le corbillard avec cette inscription a L'homme juste ne meurt jamais. que les clochers seraient abattus. Dans séance du 26 novembre le même la conseil osa frapper d'interdiction tout culte autre que celui de Raison. C'est ainsi que les pratiques du paganisme asiatiqufll tendaient à reparaître la superstition.282 elle MESURES PERSÉCUTRICES. La com- mune décida que la force n'était armée serait chargée d'empêcher ces il rassemblements. fallait une mesure le générale qui abolît entièrement la liberté religieuse et élevât culte de la Raison au rang de religion d'Etat oppressive. par la raison que leur élévation au-dessus des autres édifices contrariait les principes de l'égalité. Les deux portails de Notre-Dame ne furent sauvés de Dupuis voulut bien y reconnaître il la mutilation que parce que le Il système planétaire par lequel fut décidé expliquait l'origine des cultes.

pour employer 1. Michelet. . Histoire de la Révolution. soit d'un temple. Je requiers déclare qu'il est à sa connais- en conséquence que sance que existe le le conseil peuple de Paris est mûr pour la Raison et que s'il dans Paris quelque mouvement en faveur du fanatisme. grâce à ce fameux arrêté du 26 novem- bre. tous les prêtres soient incarcérés. 3° celui qui demandera l'ouverture. était arrivée au sommet de son Capitole. VII. mais cette gloire incontestable ne suffit pas à sa réhabihtation. La commune de Paris. de quelque culte que ce soit. c'était littéralement fit condamner les prêtres.. 4» les comités révolutionnaires 5<> il seront invités à surveiller de très près tous les prêtres. fait sera une pétition Convention pour l'inviter à porter un décret qui exclue* les prêtres de toute espèce de fonction publique ainsi que de tout emploi dans les manufactures d'armes. Ce mauvais scribe à cheveux plats n'était qu'un misérable copiste des Louvois et des Basville au service de Diderot. qui ont existé à Paris.PROSCRIPTION ABSOLUE DE LA RELIGION. 258. Voilà pourtant l'homme que M. mourir de faim. soit d'une église sera arrêté comme à la suspect . avait ajouté au dernier article ces mots ainsi que de métier quelconque à . est vrai que c'était un grand impie.. l'arrêté n'était pas » Un membre tout du conseil. Michelet ose nous de la religion présenter et la comme l'un des initiateurs de l'avenir de la vraie liberté religieuse ^ Il ne suffit pas d'être sorti « de serviteur de la sainte boue de Paris » pour être un grand liberté. qui trouvait que encore assez sé- vère. seront sur-le-champ les ministres fermés. demeureront personnellement responsables de tous les troubles dont la source viendrait d'opinions religieuses. : » Ce beau discours eut pour conclusion les églises l'arrêté sui- vant et a l» Toutes ou temples de toutes les religions de tous les cultes. L'arrêté réclamé par ce grand démagogue qui devait chanter la palinodie quelques jours plus tard Il demeure pour lui une tache indélébile. Chaumette rétablir le texte primitif qui était bien suffisant. 2» tous ou prêtres. ils 283 feront des miracles^ si vous n'y prenez garde. p. attendu que le peuple de Paris a déclaré qu'il ne reconnaissait plus d'autre culte que celui de la Raison.

moins de Répu- blique que la violence qui le réveille. poursui- vez-le avec de grands cris. « Le fanatisme est un animal féroce il il fuyait devant la raison . peau nouvelle dont périls à la ils se sont revêtus. et il arrache un cri d'indignation il même à ses plus fervents apologistes. Nous avons déjà dit pour quels motifs il était Tennemi juré de Chaumette et de Hébert. le danger de la République ne venait la pas à cette heure des prêtres ou des restes impurs de 11 race du témoigna un grand dédain pour la sainte princesse. La roche Tarpéienne et il n'était pas Robespierre avait juré sa ruine les se sentait appuyé non-seulement par par la jacobins . ses fidèles séides^ mais encore Convention qui commençait à être jalouse de ce pouvoir populaire qui tranchait du dictateur. Hébert MomorO. l'aristocratie et De l'hypocrisie viendraient-elles et mêler leur influence à celle du civisme de la vertu ? De quel . La lutte éclata et aux Jacobins dans la séance du l^'^ frimaire. d'entre eux à abdiquer leurs titres pour les échanger contre ceux d'administrateurs et « Craignez. ROBESPIERRE s'ATTAQUE A LA COMMUNE. essayèrent de tomber le coup qui les menaçait sur les prêtres et sur la princesse Elisabeth. Robespierre com- mença par déclarer que tyran. favorite du temps. Ce ineffaçable mot est un stigmate pour le lâche tribun. disait-il. mais et s'attaquait à ceux qui l'exploitaient dont le grand tort à ses « yeux était de chercher à contre-balancer sa popularité. mais leur ambition. Passant aux prêtres constate avec satisfaction Tempressement d'un grand nombre de présidents des sociétés populaires. leur athéisme blessait ses idées favorites. même non pas leur fanatisme. dit-il. leur folie inquiétait son sens politique et avec sa mise correcte et pédante il ne pouvait qu'avoir en mépris leurs mascarades dévergondées. qu'il osa appeler la méprisable sœur de Capet. » Le fanatisme et capricieux. leur popularité croissante irritait son envieux.284 une image loin. inquiets de la sourde opposition de Robesfaire pierre. Tout en eux caractère le repoussait. » Robespopulaire qui avait poussé pierre n'osait blâmer le mouvement la à l'abandon de l'ancien culte et à il spoUation des églises. quel droit. mais offre la non pas l'habit qu'ils portent. retournera sur ses pas.

SON DISCOURS AUX JACOBINS. « Celui dit la qui veut les empêcher est plus fanatique » Si la que celui qui contre le messe. iroit 285 des hommes inconnus jusqu'ici dans la carrière de la Révo- lution viendraient-ils chercher au miHeu de tous ces événements fausse popularité. Robespierre avait pris position. dans le lan- gage du temps. La commune ne pouvait demander une déclaration de guerre Il plus explicite. D'ailleurs les prêtres diront d'aula tant plus longtemps messe qu'on cherchera davantage à les en empêcher. y allait de la dans cet examen tumultueux dirigé par Robespierre qui y le représentait tout tribunal révolutionnaire. mais elle s'attira tard deux jours plus Il un foudroyant discours de Robespierre aux Jacobins. au vice son châtiment et à la liberté sa glorieuse sanction. et elle rendit le 3 frimaire l'arrêté qui proscrivait tous les cultes. impliquait une trame secrète. La portée politique du discours apparut surtout quand Robespierre maintien de la liberté insista pour de le des cultes. Révolution a eu à se défendre fanatisme. et qui au fond est leur agent le plus sûr. La commune essaya de payer d'audace. Il affirma que l'intention la Convention contre ses était de la défendre contre ses adversaires et aussi propres abus. Dieu n'existait pas il faudrait Ce qu'il faut donc avant tout redouter c'est le contre- fanatisme qui calomnie la France aux yeux de ses ennemis. Chaque examiné pour être il membre vie devait être à son tour maintenu ou repoussé par un vote. Personne ne s'y trompait. . d'entraîner les pa- des moyens d'usurper une triotes même à de fausses mesures et de jeter parmi nous le ? trouble et la discorde De quel droit feraient-ils dégénérer les ? hommages lu solennels rendus à la vérité pure en farces ridicules la Pourquoi leur permettrait-on de se jouer ainsi de peuple la dignité et d'attacher les grelots ? de la folie au sceptre même de philosophie si » Hébert dut pâlir à cette sortie qui il le dési- gnait visiblement et tête put voir le tranchant de la guillotine suspendu sur sa déshonorer la quand le terrible orateur accusa son parti de : Révolution devant l'étranger ce qui. Si l'inventer. conclut son discours en demandant une épuration des jacobins. elle ne doit pas moins repousser l'athéisme qui enlève à la vertu son espoir.

le culte. « . Robespierre arrache sans merci. Il revint à son accusation d'intrigues secrètes avec Tétranger. ils persécutent toutes les religions. que Ton confanatisme avec l'opinion la fonde Taristocratie avec qui le proscrit. Chaumette qu'il avait été avait prononcé uj réquisitoire en faveur de la liberté religieuse et s'était aussi monti la su] onctueux en la réclamant salle acharné à primer. car le grand motif qu'il le valoir poi maintien de la secte la liberté des opinions. Il même répudia le mouvement d'impiété qu'il avait tout fait pour osa faire la déclaration suivante à la face de Paris : inondé de son Père Duchêne étaient sans foi . ne fut conséquent avec lui-même fit qu'e]( injuriant le christianisme.ÎZ«t) PALINODIE D HEBERT ET DE GHAUMETTE. et le dit-il. dans cette même Il où vibrait encore l'écho de s( harangues athées. pour qu'on ne prenne pas trop au sérieux cette liberté. les Français avaient juré la tolérance universelle. Singulière contradiction dont la flagrante absurdité est moins étrange que sa durée opiselon niâtre dans notre pays. Hébert sans pudeur susciter. le masque du patriotisme à la hideuse figure des suppôts de la coalition qui par leurs indignes farces ont voulu faire prendre un peuple libre pour un peuple d'athées et transformer une révolution politique en une misérable querelle religieuse. La Convention nationale maintiendra liberté des cultes. parla en maître : « Nous ne souffrirons pas. Déjouons ces calomnies. que la Convention imposera silence à toutes les disputes religieuses. » Le même jour à la commune. au lieu de la ranimer par la persécutioi Chaumette concluait en demandant que discussion relative aux différents cultes. ses propres expressions. » L'orateur se hâte d'ajouter. le conseil rejetât tout « Ne nous informer infoi pas si un tel va à la messe. . Eussent-ils agi autrement s'ils avaient voulu : perdre la Convention et la France en disant à l'étranger «Voyezla liberté le vous. à la synagogue ou au prêche . Déjà l'on a dit que les Parisiei sans religion qu'ils avaient substitué Marat Jésus. c'est qu'il fallait abai s'î donner des Nazaréens au mépris dans lequel elle néantirait elle-même. des cultes. qu'on lève rétendard de la persécution contre aucun culte. » Cette fois le soir succès fut complet et immédiat.

ni que le conseil arrête qu'il pétition ou motion sur aucun culte sur aucune des idées métaphysiques ou religieuses. nous ne voulons pas plus honorer fit prêtre de l'incrédulité. Le la voltige réquisitoire de Chaumette souleva une ébahis . l^p PALINODIE DE LA CONVENTION. mêlons-nous d'administrer. La palinodie de la commune préparait celle de la Convention. elle fut adoptée sans réserve pour apprendre à Robespierre que rien ne l'em- pêchait désormais d'écraser des adversaires à ce point aplatis et flétris. de payer leurs ministres. Danton qu'il n'y eût élevé avec et il force contre les scènes d'abjuration avait en séance publique demandé formellement au sein de : plus de mascarades Il antireligieuses la Convention. de assurer le libre même de celui de rêver. n'entendra aucune proposition. Il eut beau enfler plus que de coutume tonnante et invoquer un redoublement de terreur contre les vrais chi lui le ennemis de la République . » Jamais dans les théâ- tres de bas étage. il avait fran- premier degré de l'échafaud. Robespierre ne devait pas initiative qui pardonner cette révélait un commencement il d'opposition de droite au moment même où voulait écraser . Je requiers donc. prononça cette le re- marquable parole l'erreur et « Si nous n'avons pas honoré prêtre de le du fanatisme. s'il 287 mons-nous seulement exercice de ses droits. vive opposition parmi ses auditeurs le il tour était trop fort et fallait trop brusque. Hébert n'avait vendu de contre-marque pour celle qui se jouait ce jour-là une comédie plus pitoyable que sur les sanglants tréteaux de la commune. il n'a jamais entendu empêcher citoyens de louer des maisons. pourvu que l'exercice . 2° cultes qu'il déclare et que l'exercice des n'entendra jamais étant libre les . de ce culte ne nuise pas à la société par sa manifestation que du de reste il fera respecter la volonté des sections qui ont renoncé au culte cathohque pour ne reconnaître que celui de la liberté et la raison des vertus républicaines. ne nous mêlons pas lui de ses lubies.. 1<> est républicain . Ce- pendant bien que sa conclusion passât. s'était Déjà dans la séance du 26 novembre. pour quelque culte que ce soit. » C'est à cette occasion qu'il le entendre premier appel à sa voix la clémence.

alors que le serment ecclésiastique mit pays à feu profita perfidement de l'arrestation récente de Rabaud Saint-Etienne pour montrer dans l'opposition au catholicisme une intrigue factieuse . contre celui qui en professe une différente. un nouvel examen du comité Paris de salut Robespierre insista pour son adoption. Ils mentent. en ramenant son éternel argument de l'accord des athées de avec l'étranger. En attendant contre Danton. I . servant ainsi tout ensemble 1. dit-il. il qu'il se retournât profita de son appui pour en finir avec Tale théisme de la commune. « Ce qui est l'ouvrage des fait cours étrangères. demandait à Convention un décret interdisant aux autorités constituées et à toute force les armée de s'immiscer dans affaires religieuses. ils abhorrent l'intolérance et la persécution. Il avant la guerre de le la Vendée. dans les lieux où il avait cherché son dernier c'est d'ar- mer l'homme qui. de quelques pré- textes qu'elles se couvrent ^ » Barrère prononça le même jour au nom du Il comité de salut public un discours imbu des mêmes la idées. sans être mauvais citoyen. sans cependant déroger aux mesures générales à l'égard des prêtres réfractaires et des fanatiques qui sous prétexte de religion troubleraient la République. ROBESPIERRE FAIT VOTER LA LIBERTÉ DES CULTES. est attaché à son » opinion religieuse. Textrême gauche hébertiste.. L'orateur eût bien fait de se souvenir de ces beaux principes l'insistance injuste sur et à sang. Quelques inséra ces jours plus tard dans ma- nifeste à l'Europe qu'il lut à la tribune et qui fut voté d'en- thousiasme il mots significatifs : « Vos maîtres vous à celui de disent que la nation française a proscrit toutes les religions •qu'elle a substitué le culte de quelques hommes la Divinité. L'As- semblée telle n'était pas encore mûre pour adopter d'emblée une proposition. Elle la renvoya à public. Séance du 5 décembre 1793. Le peuple français et ses représentants respectent la liberté de tous les cultes et n'en proscrivent aucun. le ministre protestant avait poussé au renversement à d'un culte abhorré et le député girondin y avait cherché perdre la République en la divisant. ce sont les efforts que l'on pour réveiller le fanatisme asile .

suftit d'une velléité d'indulgence qui n'était peut-être qu'un soupir de lassitude pour perdre Danton. elle souffrait. Trois jours plus tard le : décret proposé par Barrère fut rendu en ces termes « La Con- vention nationale. Après la Gironde elle réclamait la clique Il immonde d'Hébert. trop tardive- 19 . Robespierre ne peut lui pardonner d'être le révo- lutionnaire le plus grandiose. Cependant ce pas en arrière avait de l'importance. d'entre Il faisait allusion aux mesures par lesquelles plusieurs les citoyens eux avaient aidé à détruire la superstition. mais ce n'en était pas moins la Uberté comme en 4793. la liberté des cultes votée par la Convention se ré- duisait au maintien de l'ordre de choses qui existait avant le car- naval inauguré par Chaumette et Hébert. et de mettre sa verve brillante au service de la clémence. La proscription de religion ne pouvait plus s'étendre indéfiniment. de nombreuses exceptions. même la dans ce cadre restreint. : Le décret se terminait par cette recommandation vention invite tous les bons citoyens au abstenir de toutes « La Con- nom disputes théologiques français. elle avait Cette liberté-là était semblable soif aux dieux mexicains. puis le groupe des dantonistes. dans les mesures de police et de sûreté publique. Il pardonne encore moins à Camille Desmoulins d'être le plus étincelant écrivain de Paris. A vrai dire. 2" La surveillance des publique se renles torités constituées et l'action de ^TSztoi la force fermeront à cet égard ^ chacune pour ce qui concerne. 289 S passions de sectaire et de conspirateur. . » Barrère : de ou étrangères aux la police fit de grands intérêts tion du peuple voter une addi- qui n'était pas sans gravité c'est que la Convention n'en- tendait pas abroger les arrêtés pris par les représentants du peuple. l'image terrible et saisissante d'un peuple soulevé et rugissant. Cambon Tappuya. Robespierre ter- minait en pressant vivement la Convention d'adopter les conclusions de Barrère. de sang. considérant ce qu'exigent d'elle les principes qu'elle a proclamés au nom du : peuple français et le maintien de la tranquillité publique !« Défend toutes violences ou me- s contraires à la liberté des cultes. » Suivait la restriction déjà mentionnée à l'égard des prêtres réfractaires.DÉCRET DÉRISOIRE SUR LA LIBERTÉ DES CULTES.

Le rapport était dans l'ordre oratoire une invention commode mination à qui correspondait parfaitement à la guillotine dans l'ordre judiciaire. Saint-Just il fut rapporteur dans les deux la plus affaires. le risque car la Terreur après avoir broyé Danton ne courrait plus d'être enrayée. c'était d'une république qui a pour ressort commettre un crime irrémissible. La machine de mort fonctionnait aussi la merveilleusement sous main de Saint-Just et de Barrère que sous celle de Sanson. très pur. Les hébertistes furent jetés en prison après l'insurrection et ses le manquée des le cordeliers le 13 mars. il ment invoquée est vrai. Camille n'eût pas été et laborieux coupable aux yeux du cruel Si surtout il il pédant des Jacosa pro- bins.290 CONDAMNATION DES DANTONISTES. Quant au procès. Saint-Just montait à la tribune et lisait de sa voix monotone un rapport dont chaque période retombait dure et cassante come un tranchant de couperet. au moment où Robespierre développer à la Convention sa fameuse théorie la vertu et la terreur. dire. Mais parler de pardon et si en parler si bien d'une façon allait inopportune. respirait à pleine poitrine. Danton amis furent incarcérés 30 du même mois. l'incorruptible. de la On conçoit le ravissement où jetèrent les oppri- més. si Ah ! s'il eût été moins grand écrivain. Cordelie?' sont les Provinciales ils Les cinq numéros du Vieux Révolution. Le futur pontife de l'Etre su- prême dieu. Robes- pierre était délivré à la fin d'avril. tous ses rivaux. Devant qui s'arrêterait le tribunal révolutionnaire . pour mieux Le procédé était infaillible auprès d'une assemblée éclaircie et tremblante. gravissait ainsi par des il degrés sanglants l'autel de son . Maître aux Jacobins et aux comités. le saint de la démagogie avait touet jours à éventer un plan furtif de conspiration avec l'étranger il enveloppait dans ce réseau élastique tous ses adversaires ou. n'en faut pas parler: ce fut infâme dérision de il la justice. marchait pour y arriver sur les cadavres de ses amis la table de ceux à le desquels il s'était assis et dont il avait signé le contrat de mariage. eût pu être sauvé. n'eût pas décliné par un sarcasme tection insolente. la Dans un cas comme dans l'autre c'était l'exter- minute. la mais avec une puissance d'ironie et d'éloquence que France n'avait pas retrouvée depuis Pascal.

certain qu'il obéit ce jour-là il n'en est pas moins aux passions les plus basses. mais que Robespierre s'en pousser le uniquement parce ce qui exaspère qu'il voulait la crime plus loin. qui la était comme le Jean-Baptiste le du nou- veau Messie de Montagne. à l'intérieur courbée sous mais cette prostration du pays était pour Robespierre une marque de bonté de la Providence. annonça que comité de salut public avait décrété une fête en l'honneur de l'Eternel. L'insurrection vendéenne la bataille vaincue par Kléber et Marceau à grâce à la du Mans. . Les armées de la République avaient rejeté l'ennemi au delà du Rhin avait été et sauvé l'Alsace. 291 ! une fois qu'il avait condamné celui-là même qui les dantonistes était l'avait réclamé Certes le coup qui frappait mérité au point fît le de vue de ministre. c'est l'envieux qui est surtout détestable en lui. de bataillon alors très ardent jacobin. fécond en pro- sopopées instant à . On a beau con- céder qu'il colorait cet acte par des raisons politiques et qu'il s'imaginait servir la cause de la Révolution. Du France respirait. avec son morale et de vertu et ses haineuses passions qui ne s'ar- rêtent pas devant la un ennemi à et terre — car il prodigue l'insulte à mémoire des Girondins de Danton . gourmé une et entortillé d'ordinaire. voilà conscience. on y reconnaît surtout à . la justice éternelle. Il n'avait plus à craindre un coup de et bril- massue de lants la part de Danton ou un de ces dards acérés Il que lançait Camille. manœuvre elle était habile d'un jeune chef côté des frontières la la terreur. Il attendait ce beau triomphe pour doter la France d u culte cher à son cœur. son antipathie pour les athées aristocrates de V Encyclopédie. Le sang de Danton étouffera à jamais les apologistes de son rival. fracas de y est tout entier. Dès le 6 avril Couthon. son génie oratoire. Robespierre lut son mémorable rapport sur ce il sujet dans la séance du 7 mai 1794. véritable éloquence . Fouquier-Tainville le garantissait contre le ridicule. — on y retrouve aussi mais s'élevant par son enthousiasme pour Rousseau. pouvait se prélassera et jouer la tribune de la Convention comme aux Jacobins au grand prêtre sans prêter à rire.DISCOURS DE ROBESPIERBE SUR L'ÊTRE SUPRÊME. Ce n'est pas le fanatique. Toulon était repris. C'est son chef-d'œuvre .

— a Rani- mez. religion abstraite. à toi qui te passionnes pour cette doctrine. elle est donc sociale et républicaine] la Qu'est-ce que les conjurés avaient mis à si place de ce qu'i Il détruisaient: rien. ce n'est le chaos. exaltez tous les sentiments généreux que l'on a t'a voulu éteindre. c'est la prétention du dictateur de faire décréter de nouveau une religion d'Etat.» De toutes ces considérations Robespierre con- cluait l'Etre que la Convention nationale devait décréter et l'inaugurer le culte de Il suprême par une grande fête publique. disait-il.'ÎOS DISCOURS DE ROBESPIERRE SUR l'ÊTRE SUPRÊME. L'orateur établit en termes qu'on ne peut s'empêcher d'admirer l'accord qui a toujours existé entre l'athéisme et l'abandon de la liberté. ne faisait ainsi que reprendre en sous.œuvre la constitution civile du clergé. peu chargée de dogmes mais très nettement définie et qui doit être professée officiellement par le pays. méprisaient trop le peuple pour prendre la peine de le persuader j au lieu le de l'éclairer. et qui ne te passionnas jamais pour la patrie? Quel avantage trouves-tu à persuader à l'homme qu'une force aveugle préside à ses destinées la et frappe au hasard le crime et vertu? L'idée de son néant lui mspire-t-elle des sentiments d« plus purs et plus élevés que celle de son immortalité. en retrancher tout ce qui dépassait son pâle déisme. aussi dans le l'utilité retrouvait discours de Robespierre le fameux la religion considérant de de pour le gouvernement : I . le vide et la violence. plus d'audace à braver la tyrannie- suprême et de l'immortalité de l'âme est un ra[ pel continuel à la justice. chaque ligne ce démocratisme sentimental qui marche toujours accompagné du soupçon et de la proscription. l'effarouche ou dépraver. le mais en sanctionner principe essentiel qui était de lier étroi- tement la religion Il à l'Etat et de l'entrelacer aux institutions nouvelles. Qui donc donné la mission d'annoncer au peuple que la Divinité n'existe pas. plus dévouement à L'idée de l'Etre la patrie. Ce qui nous importe dans ce discours. consacrait avec éclat la théorie du Contrat au jour sociall qui n'était autre que la théorie gallicane et se montrait le docile continuateur de l'antique tradition française même On où la furie révolutionnaire avait atteint son dernier degré. ils ne voulaient que " l'arrêter.

double sa police d'une façon efficace. Un des partisans de Robespierre. Ce discours se termine la par un hommage à la liberté des cultes. il il eût passé des sarcasmes à le la persécution ouverte et social. Julien de Bordeaux. instinct rapide qui sans secours tardif du raisonnement le portât à faire le bien et à éviter le mal. L'Etat n'est. le radical à Il outrance se traîne dans la large voie de la tradition. 'est le sentiment religieux qui imprime dans la les âmes l'idée d'une sanction donnée aux préceptes de morale par une puissance supérieure à l'homme. « 293 singulière Aux yeux du vérité. mais parce que cela « lui est utile et dit-il. Robespierre fut obligé de le démentir. » Robespierre veut donc que l'Etat professe la foi à l'Etre suprême. c'est-à-dire au christianisme. car elle avait beaucoup à se faire pardonner et elle donna un gage éclatant de sa conversion en k . mal placé après pro- clamation d'une religion nationale et surtout après les sarcasmes prodigués au fanatisme. tout la ce qui est utile et bon dans pratique est Le chef-d'œuvre de les la société serait . non parce qu'elle est vraie. ce qui supplée à Tinsuffisance de l'autorité humaine. pour le bien de l'Etat et plus grande commodité de ses gouvernants. ici il s'en tient à la catégorie de l'utile. » Encore l'ardent démaplus la gogue. disait-il avec une la franchise. de créer dans ^ rhomme pour le choses morales un . et décréta de l'Etre suprême. Or ce qui produit ou remplace cet instinct précieux. reconnaît aujourd'hui l'Etre suprême la comme tard Napoléon reconnaîtra papauté. avait osé demander qu'on bannît de la République quifaner son croirait pas l'eût-il conque ne en Dieu. mais démenti longtemps. législateur. s'il eût triomphé? La Convention vota l'envoi à l'Europe du discours de Robespierre la fête qui devait être traduit dans toutes les langues.LA FÊTE DE L'ÊTRE SUPRÊME EST VOTÉE. eût mis en pratique tout système du Contrat Déjà quelques imprudents avaient parlé d'une sorte de loi parleraient du sacrilège à rendre contre ceux qui mal de l'Etre suprême ou se permettraient de pronom. la question du vrai et du faux ne concerne pas. ni métaphysicien ni théolole gien. tain Il est cer- que si le nouveau culte se fût intronisé. La siasme avec commune de Paris exprima son enthou- un zèle prudent.

La fête fut trouvée bienj le surtout pour ceux qu'irritait rôle prépondérant dè| Robespierre. Ce jour-là Robespierre pré-' para sa chute. prési- dent de la Convention. Le président pérora les jeunes les filles chantèrent. la Convention s( plaça sur une les montagne la monument flatteur poui . la Rien n'avait été épargné pour dant elle n'évita rendre grandiose et cepen- pas les puérilités ridicules. en bel habit bleu. Au Champ artificielle de Mars . publique. avec un bouquet de fruits et d'épis dans les mains . La fête eut lieu le 20 prairial. On raconte qu'un représentant moins patient qu£ : ses collègues lui dit en termes d'une trivialité énergique « Tuj quij commences à nous ennuyer avec ton Etre suprême. Après un pompeux discours. 11 ne nous appartient pas de prairial la raconter. Jamaiî le déisme ne fondera un culte la risée et tout ce qu'il essayera dans ce| genre tombera sous longue . prit place avec tous ses collè- gues sur l'amphithéâtre élevé au milieu des Tuileries. c'était le pontificat dictatorial qui tendait à s'introduire en France. entourée et comme lacée d'un ruban tricolore violettes . faisant graver le nom du de Dieu reconnu sur tous les édifices où elle avait inscrit celui la Raison. Robespierre. termina par . . » Ce l'ennuyait. traîné par les inévitables et suivi bœufs à cornes dorées filles par les non moins inévitables en blanc. que portaient des enfants ornés de des adolescents ceints de myrtes. le cri de vive la Répu- Ces pompes d'opéra comique ces symboles ridicules qu'il est plus facih et ces rites glacés apprenaient à la France de décréter un changement de religion que de l'opérer. députés de majorité. lui et bien d'autres. . les vieillards donnèrent leur bénédiction. des feuilles hommes d'âge mûr couronnés de de pampre de chênes et des vieillards parés et d'olivier. Un char bucolique chargé d'instru- ments aratoires jeunes suivait la Convention.294- CÉLÉBRATION DE LA FÊTE. il en descendit pour incendier celle la statue la de l'Athéisme promptement remplacée par de Sagesse la qui parut malheureusement très enfumée. et tout se canons tonnèrent blique. Des Tuileries Conen- vention se rendit au Champ de Mars. L'abominable décret ^ du 24 par lequel il obtint de la Convention la suppres- .

2. dans le vide.' on tira un grand parti de l'attachement inspirait à l'exemple de Marat. On connaît la ridicule affaire de Catherine Théot . Michelet et s'étonne de cette recrudescence de momeries ridicules la fin de mysticisme hébété après Voltaire et à mières *. Voir les Mémoires sur les prisons pendant la Révolution. qui lui faisaient grand tort. . p. à qui s'en prendre sinon au tribun détesté qui avait dégoûté la la liberté en en faisant une idole indienne C'est qui ne se repaissait cette période que de massacres? surtout pendant que la persécution religieuse se confond avec la proscription générale de tous les suspects. et le 9 thermidor n'en fut pas Si la moins une délivrance. les fait il retomber de Robespierre tous crimes dont donna le Peu importe son absence calculée du moins lui ait été sein des comités. Qu'il pas . Histoire de la Révolution. Quand on eut juré sa idolâtre qu'il perte. M.LE 9 THERMIDOR. à l'insu de ce- lui-ci. renversé par des hommes qui ne le valaient il n'y a rien là qui l'excuse. réfractaires ou astri- sermentés. qui chanteuse. la vieille prophétesse. France de réaction commença dès le lende- main. encombrent les prisons et payent largement leur but à l'échafaud ^ Le tribunal révolutionnaire y envoya égale- ment les inventeurs de religions. On peut se convaincre par les Mémoires du temps que les prêtres. célé- entourée de ses deux acolytes brait je elle la colombe et la ne sais quel culte stupidement mystérieux dans lequel donnait un rôle prédominant à Robespierre. Il du siècle des lu- oublie que tout paraît en définitive préférable aux 1. la ce n'en est pas qui avait perfectionné machine de mort. puisqu'il remplaçait les témoins et les . 366. preuves écrites par une simple appréciation morale qui organisa à la charge signal. essayant d'exploiter ce besoin de croyance qui n'est jamais plus ardent chez un peuple que quand on l'a pour ainsi dire jeté . sion des dernières garanties laissées 295 le tri- aux accusés devant bunal révolutionnaire . quoi qu'en aient dit ses adversaires. ce décret une nouvelle Terreur dans la Terreur. Au reste il avait ses dévots et surtout ses dévotes. VII.

de la religion civile. Avec thermidor se ou clôt la période déiste. qu'elle soit catholique Nous allons assister maintenant à Tessai d'une séparation complète de FEglise et de l'Etat. le lumières froides qui n^éclairent que totale à la superstition grossière il néant. . De Tincrédulité le n'y a qu^un pas et peuple féti- à qui on enlève son Dieu est bien près de se faire des ches.296 LE 9 THERMIDOR.

par la Convention à l'égard de la religion depuis les événements- de thermidor jusqu'à l'expiration de ses pouvoirs. Seulement ce parti s'était lassé de la Terreur. La France au lendemain des événements de thermidor trouva dans la situation la se plus étrange. Il désirait sans il doute se passer le plus possible de la guillotine. un peu plus tard que Danton. n'était pas pur du sang de septembre. . Son chef le plus en vue. n'y avait nulle autre différence entre lui et les hommes qu'il avait renversés.. mais tre ne songeait nullement à l'abatil pour les crimes politiques. LE RÉGIME DE LA SÉPARATION DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT. Tallien. Il un peu plus tôt que Saint-Just et Robespierre. CHAPITRE 1res prises I". et était très décidé à user des formidables moyens de répression qu'il avait sous la main. Le parti qui avait vaincu . Sa politique était encore celle était du comité de salut public et il tout aussi décidé que ses devanciers à imposer la liberté telle qu'il la comprenait.LIVRE III. partageait au fond les principes de Robespierre vaillé il avait tra- longtemps à leur triomphe . et il les avait même largement appliqués il comptait dans ses rangs quelques-uns des pro- consuls les plus redoutés de la Convention.

Victimes morales de maudit forfaits Terreur encore plus que ses instruments. Ces courageux citoyens étaient d'avance acquis à modération. L'opinion publique fois délivrée comme cela arrive la constamment en France. reprenait tout son ressort. La pres- sion exercée sur la représentation nationale avait été telle qu| Thibaudeau raconte que beaucoup de députés de se compromettre n'osaient et se tenaient rallier . ALITÉ DES THERMIDORIENS. une de l'épouvante qui elle n'entendait comprimait. n'était plus possible désormais de continuer la Ter- reur même adoucie. mais implacable pour demeurait attachée à déclarés. le parti la Révolution ses adversaires Aussi soutint-elle royaliste énergiquement la Convention contre dans la la fameuse journée du 13 vendéminaire 1795. D'ailleurs dans la Convention elle-même une fraction nombreuse faisait écho depuis longla temps à l'opinion du dehors. mod( encoi que voulait l'opinion en thermidor i795 d'un régime vraiment libéral . qui révéla à France son maître futur dans la victoire le jeune général auquel Barras dut sur les sections. ces membres timides avaient la nécessité qui les contraignait à sanctionner tant de par leur lâche silence et même par leurs votes. Mais ration il faire fléchir la ne fallait pas s'y tromper. Tel Tallien et plusieurs de ses amis. était bien éloignée elle entendaîl que les prisons où tant de suspects étaient restés sa entassé^ fussent ouvertes et que l'échafaud cessât de recevoir elle fournéH et quotidienne. afin de ne vi< lei ostensiblement à aucun parti dans un temps où les la veille lents de devenaient les modérés et les suspects du demain. votes de pas recevoir une demi-satisfaction et elle devançait impérieusement les la Convention. Il est vrai qu'elle lui prêta également la fer- son appui contre le parti terroriste et montagnard lors de meture du club des Jacobins et aux journées du 12 germinî . d'autant plus sûre d'obtenir ce les qu'elle voulait que hommes à forte conviction avaient dis- paru et que rien n'est plus facile à manier qu'un démocrate était intrigant qui a à se faire pardonner un lourd passé. dans la craint s'asseoir ni à droite ni à gaucl la pêle-mêle au pied de tribune. et devaient par leur poids inerte balance de son côté.298 Toutefois il IMMOr.

semblait le symbole de la liberté elle personnifiait assez bien ce libéralisme élégant et vain. les événements de lermidor n'amenèrent pas un changement bien prompt. On croyait acle complir un acte éminemment et réparateur en inaugurant la fameux bal des victimes en vouant à l'exécration mémoire de Robespierre. ardente au plaisir salles elle était bien plus pressée de rouvrir les de danse et les théâtres que les temples. en attendant de la . C'est cependant à cette période si triste où tout semblait conspirer le culte contre le réveil de la pensée religieuse. mêmes mesures de salut public qui Madame Tallien étalant sa facile reconquise . n'était pas rame- née à La réaction thermidorienne était tout . En ce qui concerne la question religieuse. en costume classique et léger. beauté à une loge d'opéra. C'est que l'opinion publique la religion. imbue frivole. 299 A du 1" prairial. elle cessa du moins d'être mais aucune des lois de proscription ne la fut retirée elles subsistèrent. . Trop souvent aussi la réaction thermidorienne la ne fut qu'un reflux terrible de marée révolutionnaire. sans principe et sans sérieux. qui cherchait sa garantie dans l'extravagance satisfaction du costume et sa le dans une licence effrénée. lamé. perdre. où les vengeances du parti dit modéré égalèrent presque les crimes de la Terreur. C'est ce qui arriva dans le Midi. même quand liberté eut été rendue au culte. que chrétien sous . viola et rencontra la alors qu'un peuple encore plus ameuté qu'af- représentation nationale sous prétexte de disette et dans Boissy d'Anglas Timage calme sublime de l'inflexible loi.LEUR IMPIÉTÉ. C'est encore aux frontières qu'il faut chercher l'héroïsme et la vraie grandeur. liberté incomplète et précaire suspendue au moindre soupçon. sûr moyen de ramener pays énervé au despotisme. la Révolution eût la puri- promptement fiait glissé du sang dans à l'intérieur boue. N'eût été son inla comparable armée et ses jeunes généraux. La persécution ne fut plus aussi atroce sanglante et . La guerre et la sauvait . de la philosophie matérialiste du dix-huitième siècle . Tout en dansant à l'honneur des morts on se souciait fort peu de quelques pauvres prêtres emprisonnés ou déportés au nom de ces avaient fait couler tant de sang.

nulle pension n'était maintenue et un nombre considérable d'ecclésia tiques étaient en proie à la misère. se reconstitua liberté de lui-même et profita d'une incomplète pour prendre un développement extraordi- naire. ses la cadres avaient été brisés par l'apostasie ou par culte avait été persécution . A la suite du hideux mouve- ment hébertiste la proscription avait atteint aussi bien le clergé le clergé réfractaire. car deux fois l'Assemblée avait décrél qu'aucun ci-devant noble. nul traitement n'était payé. sur la déclaration conforme de deu. témoins . Les prêtres qui n'avaient pas renié leur avaient été pour ce motif jetés dans les ca- . Toute carrière politique le était à peu près fermée. Se déclarer chrétien au temps de Chau- mette . aucun prêtre réfractaire ou assermeni ne pourrait remplir les fonctions d'officier ou de fonctionnai il public. formaient un code draconien qui en rigueur ce que l'ancien régime avait eu de plus excessif contre les minorités religieuses. mais encore tous ceux qui seraient munis de quelques signes contre-révolutionnaires. La Convention n'avait pas rapporté le décr du 3 octobre 1793 qui condamnait à vingt-quatre la peine de mort dans 1 heures . Ce décret avait bien été rapporté mais était redeman par un parti influent. Rendons-nous compte des difficultés contre lesquelles il eut à lutter et aussi des avantages qu'il trouva dans Tabsence de toute protection gouvernementale. La constitution du clergé n'existait plus que dans la lettre de la Constitution. c'était faire acte d'incivisme. Etait condamné à déportation avec les prêtres insermentés tout prêtre dénoncé pour le cause d'incivisme.300 MAINTIEN DES LOIS CONTRE LES PRÊTRES. assermenté que Les prisons étaient remplies civile de prêtres appartenant aux deux Eglises. Rien de plus dangereux que vague d'une expression semblable. non-seulement les prêtres qui avaient pris part à mouvement insurrectionnel ou qui avaient eu quelque rapport la avec l'émigration. Nous verrons que Tindépenle dance morale est pour lui un si grand bien qu'elle compense la plus graves atteintes au droit de conscience. le rendu aussi impossible aux prêtres constitution- nels qu'aux prêtres proscrits. ses diverses formes. foi . I Nous avons rapporté égalait à leur date les décrets de la Convention Ils contre la liberté des cultes.

demandait que tous les prêtres. comme le faisait remarquer Lecointre de Versailles. 301 La première partie de ce décret abominable qui multide la pliait les appliciitions peine de mort la était abrogée en fait par les événements de thermidor. ainsi que la clause assurant cerait une prime de cent livres à tout citoyen qui dénon- un ecclésiastique sujet à la déportation. Ils furent jetés en prison. le fait à la le chute de Robespierre les prêtres réfractaires passèrent en grand nombre la frontière et se Le député Barré dénonça séance de la Convention la du 21 septembre 1794. Il demanda avec que l'on remît instance que TAssemblée décrétât la déportation de tous ceux d'entre eux qui étaient incarcérés et surveillés et en vigueur le décret qui interdisait aux prêtres législation et les fonctions publiques. parti violent. Elle eût trouvé ample matière à s'exercer. tentait seconde partie qui se con- de la déportation subsistait intégralement. Cette aggravée quelques mois plus tard toute exception en faveur le droit par un décret qui faisait disparaître des prêtres infirmes et âgés. assermen- ou insermentés. L'Assemblée écarta une proposition qui.MAINTIEN DES LOIS CONTRE LES PRÊTRES. car après répandirent dans les campagnes. Le renvoi au comité de Avignon contre de salut public fut décidé. qui seraient trouvés sur les lieux où écla- teraient des émeutes fussent mis en arrestation. de mort. chots. remettait Tandis que le le terrorisme à l'ordre du jour. contraire qui recèlerait était passible Tout citoyen au un prêtre rentrant dans cette catégorie loi. C'est ce qui ressort du récit très émouvant de l'un de ces mal- . demeurait et elle public en France la pouvait d^'un jour à l'autre déchaîner de nouveau prola scription. à l'entendre était infesté département de Lozère de ces prêtres rentrés sous toute espèce de dégui- sements. régime des prisons s'adoucissait à Paris. à la les malheureux prêtres condamnés dans la déportation et retenus rade d'Aix étaient soumis aux traitements les plus durs. » selon l'accusation lancée contre eux parPerrin (des Vosges) commissaire de la Convention dans ces départements. le Non content de tés ces sévérités un membre du représentant Baudin. Des mesures de rigueur les furent également prises dans l'Hérault et à prêtres pour avoir « prêché leurs fourberies.

heureux leurs souffrances . malheur par A Limoges on passer devant eux une procession d'ânes vêtus de vêtements pontificaux en tête de laquelle marchait un porc mitre. . Ils passaient la nuit dans des réduits san^ 1. la nourriture étant aussi ré^ pugnante que rare. toujours dans des locaux de simples matelas. l'air de remuer on les jetait aux Leurs implacables persécuteur avaient trouvé le moyen de valises. Ils couchaient tantôt dans une in- hôtellerie. Le convoi dont ces infortunés faisaient partie fut dirigé vers Rochefort en février 1794. Ils semblent avo| Ils parmi les plus fougueux révolutionnaires. partageant leur infamie mais non leur nourriture. dépouiller jusqu'à leur indigence. se poursuivit au milieu des huées et des insultait à leur fit menaces d'un peuple ameuté.302 SOUFFRANCES PES PRÊTRES SUR LES PONTONS. A Rochefort les prêtres con- damnés furent entassés avec les galériens. tantôt dans suffisants. On d'infâmes parodies. fut sauvé à grand'peine. se prolongèrent pendant plus d'une année après thermidor. vraiment intolérables. la Marseillaise chai talent avant chaque repas en guise de benedicitt l'ii L'épreuve la plus pénible pour ces malheureux prêtres était terdiction sévère de tout acte religieux. s'ils avaient fers. On les empêchait de les lèvres poi mettre à genoux et prier. Ui jour ils leur avaient annoncé une prompte délivrance afin d^ s'emparer de leurs Les officiers du bord leur infligeaiei foi des corvées d'autant plus dures qu'ils avaient perdu toute et qu'ils ne pouvaient les réparer. car ils n'obtenaient pas même le nécessaire. Avant de les conduire aux pontons. Voir dans les Mémoires sur l'Ile les prisons la relation sur les prêtres dé- portés en 1794 dans d'Aix. sur une prison. Leur voyage fut une Il longue torture. on les dépouilla de presque tout ce qu'ils possédaient et surtout de tout ce qui appar- tenait à la vie rehgieuse. Les matelots ayai découvert un Christ d'ivoire été choisis le décapitèrent. Les prêtres jureurs paraissent avoir été indistinctement confondus avec les réfractaires. Ils qu'ils ne purent conserver qu'un Evangil cachèrent sous une poutre et un bréviaire qu'ils se pa^ saient tour à tour dans le plus grand secret. Un flacon contenant de saintes huiles. captifs^.

leur la fièvre 303 tête heurtait les poutres du vaisseau. En vain un autre caste membre s'indigna de ce prêtres. dit-il. frappez-le. Dans la la séance du 21 frimaire de même année. un décret répa- Déjà dans la séance du 14 brumaire un député inconnu avait demandé un de la sursis en faveur de 200 prêtres traînés sur le bord Loire et attendant leur transportation. Pourquoi demander s'il Quel que soit un individu. que la jeunesse dorée remplissait Paris de Si l'on eût écouté le parti violent^ on leur lieu eût envoyé de nouveaux compagnons de captivité au la de briser leurs liens. air. furent mis aux pour avoir adressé une pétition hiver de 1795 s'ajoutait aux autorités de la ville. Rewbell dans un langage embarrassé obtint renvoi delà proposition aux comités. on comptait dans leurs rangs plusieurs membres du il clergé constitutionnel. . A ces douleurs physiques qui furent beaucoup augmentées par une le terrible prostration intellectuelle et morale qui conduisait plus d'un captif à une sorte d'imbécillité ou d'abrutissement. Un prêtre fut fers même fusillé sans jugement. Telle était leur situation tandis ses folies bruyantes.GRÉGOIRE PLAIDE LEUR CAUSE. est prêtre? celte question indignerait. » impure des mouvement de pitié pour « la qu'il qualifia d'hommes de sang et de le barbares. soixante-seize avaient survécu aux mauvais traitements. « Si pour mettre un homme s'il en liberté. avocat ou médecin. La moindre d'autres cruellement châtiée par dMn- solents subalternes. Grégoire les prêtres et il avec indignation la persécution contre apprit à la Convention que sur cent quatre-vingt- sept prêtres détenus à RocheforI. Le scorbut et les et chaude sévissaient au milieu d'eux malades étaient jetés dans une barque qui résistance était n'avait d'un hôpital que le nom. on demandait s'il est procureur. à l'occasion de flétrit la pétition d'un prêtre octogénaire incarcéré. est mauvais citoyen. L'ora- teur s'élevait avec énergie contre leur condamnation et dait quelle différence demanpro- y avait entre une telle mesure et les scriptions de Robespierre ou même de Louis XTV. mais leurs défenseurs durent revenir plusieurs fois à la charge avant d'obtenir ateur. tion plus Heureusement leur cause trouva à Conven- d'un généreux avocat.

Raj procher les cœurs. c'est gagner une bataille. le droit le courageux député remonta à la tribune. protégez-le. Tant que l'on suivra des prin- cipes contraires on n'aura que le régime des tyrans. lui avaient Le discours qu'il prononça ce . » Quelques jours plus tard. établir l'union entre tous les membres de grande famille. taquer par la force à ce qui ne peut être vaincu que par raison. sa parole était sans éclat et dépourvue -de ces mouvements de passion qui enlèvent une assemblée et mais son patriotisme incontesté. Le vrai souffle de 1789 anime chi f^ tout ce discours que relève encore une inspiration vraiment la liberté religieuse tienne. car nul n'a le droit d'assigner des bornes à mé raison. c'est faire la guerre à une opinion. le 3 nivôse an III (21 décembre 1794). car elle les forces humaines. pensée religieuse doit être placé au bénéfice de ces principes. à . ainsi débutait l'oH celle d'en cons vous reste une grande tâche à remplir.» L'orateur étabhssî les divisions intérieure <iue le plus sûr c'était moyen de perpétuer la proscription de maintenir par des distinctions de le cas qui n'avaient plus déraison d'être sous ce pas ce que l'on faisait régime nouveau. jour-là est un des actes les plus nobles de sa vie politique la il racheta les défectuosités du talent par et il fermeté des principes s'éleva jusqu'à l'éloquence par la générosité des convic- tions et l'énergie de l'indignation. est bon citoyen. sa loyauté connue de tous son intrépidité dans l'accomplissement de son devoir concilié le respect universel. teur. » Le culte n'étant que la manifestation complète de J.. Jamais cette grande cause de ne défendue dans des circonstances plus émouvantes de largeur. non plus pour appuyer de la une pétition particulière mais pour réclamer con- science dans toute son étendue. Grégoire n'avait pas les dons supérieurs de l'éloquence. » la Un moyen infaillible mais indispensal « d'obtenir paix au dehors c'est de l'obtenir au dedans. 304 s'il BEAU DISCOURS DE aRÉGOIRE. l'existence. lider il et avec pli a Vous avez fondé la République. a Vouloir commander excède la pensée est une entreprise cl mérique. C'est une entre prise tyrannique. N'es toutes les fois qu'on frappait un im vidu loi comme ci-devant noble ou comme prêtre? Mettre hors o'est-à-dire s'a^ un culte.

elle n'existe pas en France. la » Quoi ! la déclaration des droits. même les plus a])surdes. elle l'expatriation amènera avec des citoyens et l'appauvrisla liberté religieuse existe sement du pays. « Son effet inévitable est d'abâtardir le peuple. ne faut pas oubher qu'on est toujours le fanatique de quelqu'un. Grégoire montrait avec force ce qu'avait coûté à la France sous Louis XIV l'application la des principes contraires. Constitution et les lois publiées avec apparat auraient uniquestatuer si ment pour but de que je veux ! que dans une chambre je puis faire ce il « Que l'on crie à la superstition et au fanatisme. C'est le l'esclavage. car la liberté des cultes n'est que dans les décrets persécution dans toute la France. si elles ne violent pas ont droit à une égale protection. Au temps de Chau mette était et d'Anacharsis Clootz la le tort foi en Dieu les du fanatisme. Partisan passionné 20 . La persécution n'a jamais réussi qu'à mieux enraciner premier pas vers dans les cœurs les opinions que l'on voulait bannir. Si cet état de choses doit persévérer. « Quel est. Qu'on ne dise pas que dans l'intérieur des maisons. tandis que Hollande et la libre Amé- rique avaient grandi sous le régime de la pleine liberté de conscience. dit-il. Il n'en fut plus de même quand cheux l'état entra dans le vif de la situation et signala les fâla effets de persécution révolutionnaire. Serait-ce là le résultat de cette philosophie de la tolérance dont le plus illustre représenlà cette tant a été porté en triomphe au Panthéon? Est-ce les hberté promise à tous ter? peuples que nos armées prétendent leur appor! pas de meilleurs effets elle Qu'on y prenne garde la persécution révolutionnaire n'aura que la révocation de l'Edit de Nantes. actuel des choses à cet égard? La liberté des cultes existe en Turquie. ne parlons plus de l'inquisition. » Grégoire eut le clergé de trop excuser mesures prises contre insermenté.BEAU DISCOURS DE GRÉGOIRE.» L'orateur avait été écouté assez tranquillement tant qu'il s'était maintenu à la il hauteur des idées générales. tôt Un peuple qui n'a pas de liberté de culte sera bien- sans liberté. nous en avons perdu et la le droit . L'intlexible burin de l'histoire se hâte d'imle front primer une indélébile flétrissure sur des persécuteurs. formes religieuses. 305 mais toutes les Aucun la loi culte particulier ne doit être privilégié.

imprimer un nouvel élan vers la libert . dont la traduction était à j'ai peu près ceoi été Je vous déclare que pendant de longues années et un imposteur un fripon. comme les protestants la révocati< de l'Edit de Nantes. BEAU DISCOURS DE GRÉGOIRE. il on n'a qu'à voir où en est son appl cation. Il s'attacha à démontrer qu'il n'était pas vrai que le catholicisme fût incompatible avec l'amour de la République et il cita son propre exemple : « Tel homme dont les le prétendu patriotisme fascine encore d'autres yeux que miens a peut-être donné dix mille serviront à l'histoii je puis dire hommes et à la Vendée par des discours qui » moi par mon obscure correspondance que j'i empêché des Vendées. n'en réclama pas moins la liberté pour tous dans Il la conles clusion de son discours. dit-il. : Couvrant les clameurs . faut en garantir l'exercice. en conséquence une je demande que vous m'estimiez et m'accordiez place. en mendiant un asile et la liberté. nulle manifestation en dehors de l'enceinte « de temples mais liberté entière pour tous. et faut. cria: « Il L'Assemblée devenait de plus en ph il s'^ impatiente . vaut bien ces déclamations mulet tipliées y a un an à notre barre. République.306. on voulut retirer la parole à l'orateur quand faut que nous sachions s'il si Charles IX et Louis après XIV voi tral ressusciter. » Les applaudissements des tribunes soutinrent l'orateur contre les fureurs de la gauche. disait-il. Grégoire poursuivit « Que faire dai l'impossibilité ni d'éteindre les principes religieux. provoqua une vraie tempête sur il bancs de la Montagne quand croyances défendit les prêtres demeurés apostats : fidèles à leurs et flétrit les « Ce que d'au- tres nomment il : préjugé. nous arracher à notre patrie pour nous ner sur des rives étrangères. Point de privilège poi aucun culte. l'obéis sance aux si lois et ce généreux dévouement à la chose publique nécessaire dans les grands périls d'une époque de rénovation^ « Voulez-vous. Grégoire terminait biei rendant hommage au christianisme. ni de réuni tout à coup les citoyens dans la même croyance? c'est de garanti" ! l'entière et indéfinie liberté de tous les cultes » Si l'on prétem que cette loi libérale existe. Il il de la pardonnait difficilement les intrigues roya- listes. et en faisant ressortir sa faisante influence pour développer l'amour de la patrie.

car la liberté des cultes n'est que la démission de l'Etat en matière religieuse. Le député de Paris ajouta cette phrase : immortelle dans la bourgeoisie voltairienne fils. Le régime du salaire des cultes par l'Etat est incompatible avec la pleine indépenla dance de toutes gislative. civile les formes religieuses. » C'est précisément ce qu'on croyais. Une Eglise officielle est nécessairement privilégiée et sa seule existence empêche l'égalité véritable. « Etre bon mari. Nous avons vu que sous cle à Tétablissement stitution civile la Constituante le plus grand obsta- de la liberté des cultes était venu de la con- du clergé.l'assemblée vote la question préalable. 54. p. Ce discours publié en bro- le plus grand retentissement. en prenant les mesures que commandent Tordre trois quarts et la la tranquillité. je leur fis éprouver toutes : les crispations de la rage ^ » Legendre répliqua à Grégoire «Je que nous étions assez avancés en révolution pour ne plus nous occuper de religion. II. dit-il. les étaient montagnards comme des patients sur la roue. il agit fortement sur Topinion. raconte Grégoire dans ses Mémoires. Mémoires de Grégoire. » se fit applaudir en rappelant que c'est au profit des avait persécuté : prêtres que Charles IX la d'où il concluait implici- tement que de meilleure manière de ruiner leur influence. . lui demandait. Il c'est là la seule religion d'un répu- blicain. » Le projet de décret pro- posé par lui était ainsi formulé : « Les autorités constituées sont chargées de garantir à tous les citoyens Texercice libre de leur culte. et 307 consolider la démocratie qui n'aura presque plus de contra- dicteurs? Assurez la liberté des cultes. bon bon père. » « Pendant les d'heure que j'occupai tribune. c'était les imiter. qui quelques mois plus tard imposa ses conclusions à la Convention. bon citoyen. Il faut des circonstances bien exceptionnelles pour que la liberté des Eglises non reconnues soit respectée. L'Assemblée passa à Tordre du jour sur la propo- sition de Legendre et de deux obscurs députés qui traitèrent de le dangereux diure eut discours de Grégoire. 1. Dès l'ouverture de Lé- au milieu des inextricables difficultés où et les lois sur le la constitution la du clergé serment avaient jeté France.

Les impérieux tribuns. Après thermidor. d'André Chénier qui demandait et l'entière séparation de l'Eglise de l'Etat. L'Eglise constitutionnelle avait la perdu ^ tous ses privilèges dans plus tourmente révolutionnaire. ration solennelle eût eût semblé qu'une déhbépareille dû précéder une mesure. si considérable par les effets qu'elle pouvait pro- duire.308 CAMBON PROPOSE D* ABOLIR LE SALAIRE DES CULTES. Il est impossible d'exagérer l'importance d'un pareil décret. si grave en elle-même. le suffisait qu'il eût défût régime du salaire des cultes pour que l'Assemblée fit très disposée à le rejeter. Sérieusement appliquée. elle fut même portée à la tribune le par Cambon. la Qui ce que le pontife s'il de l'Etre suprême eût obtenu de Convention le eût triomphé en thermidor? eût peut-être réalisé rêve de Rousseau eHI donné fendu à son pâle déisme le trésor public pour appui et l'échail faud pour sanction. presque sans discussion. C'est ce qu'elle peu de semaines après sa mort. elle n'était un service public. qui voulaient s'emparer à tout prix du pouvoir pour imposer allaient avoir entre leurs leur foi politique à la part la nation. Il sur une simple motion de Cambon. Cependant cette la même idée reparut Convention. mais nous avons vu Robespierre l'écarter avec sûr instinct du despotisme révolutionnaire et soutenir le système sait contraire au nom Il de la raison d'Etat. convulsions de la guerre civile. le 20 septembre 1794. Un trop grand nombre . n'était pas Le pays. en proie aux mûr pour écouler la voix de la sagesse. au moment où jusque dans ils mains toutes les res- sources de l'administration. Des pensions avaient été assurées aux prêtres qui renieraient leurs croyances. puisqu'elle ramenait la Révolution dans la voie du plus pur libéralisme et faisait triompher pour la première fois enfll France la vraie notion de nait l'Etat. faits que dans la question avait été résolue dans les les principes. étaient fort peu disposés à diminuer de l'Etat. Cependant il fut voté aussitôt que proposé après un avant de discours de C'est l'être Cambon qui roulait uniquement sur les finances. la vraie solution fut entrevue à l'Assemblée et au dehors avons cité l'admirable lettre nous . elle don- de suite la paix religieuse et frappait de mort les funestes social qui avaient causé déjà tant théories du Contrat de mal à la Révolution.

les unes refusaient toute pension aux prêtres qui avaient refusé d^abjurer. Les autres mouraient de faim en célébrant leur culte car la plupart des églises avaient été fermées ou dans le secret. on devait aussi régler votées à divers titres aux prêtres démissionnaires ou en exercice. Il fallait rétablir Tancien ordre les de choses pensions ou l'abroger formellement . les autres les payaient sur l'ancien pied. « Votre comité des finances. ajoutait-il. aussi y avait-il un grand arbitraire les ré- solutions des administrations départementales à Tégard des ecclésiastiques.SA PROPOSITION EST ADOPTÉE. disait Cambon. Rien n'était plus embrouillé que cette comptabilité. Cette dernière clause fut votée : que la proposition principale ainsi formulée les frais ni le salaire « La Républi» que française ne paye plus d'aucun culte. Ce fut en cherchant à y porter la lumière et Tordre que le comité des finances aborda le grave problème de la séparation de TEglise et de TEtat. est La première mesure qu'il a la cru devoir vous proposer une déclaration solennelle que République française ne paye plus les salaires ni les frais d'aucun culte. profanées. Cette situation anormale devait cesser. elles ne s^'accordaient pas entre elles. » Le rapporteur proposait d'appliquer à tous les prêtres les secours accordés aux abdicataires ainsi par la loi du 2 frimaire. Cambon commença son discours par les un exposé très complet et très lucide de toutes mesures prises jusqu'à ce dans jour àFégard des prêtres constitutionnels. de Philosophie ou qu'on dédierait à l'Etre suprême. La liberté religieuse la plus complète était la conséquence natu- relle d'un tel vote. « Votre comité des finances. l'Etat n'avait plus à y in- . Cependant le culte assermenté existait encore consti- tutionnellement et il était reconnu par la loi. car toutes les questions religieuses étaient renvoyées à la conscience individuelle. difficultés a pensé que vous deviez faire disparaître toutes les qui se sont élevées sur les différentes lois rendues sur les pensions ecclésiastiques. » Cambon ne man- quait pas de rappeler l'opinion contraire de Robespierre. avaient 309 mendié de TEtat cette infâme aumône que payait leur faiblesse. a déjà reçu diverses péles traitements la titions afin que la Convention déterminât temples dits de la des mi- nistres desservant les Raison.

Il faisait ainsi disparaître l'inconséquence le choquante qui déparait décret sur la suppression du budget III des cultes.310 tervenir. le Il n'empêcha pas la Convention très sévère de voter 18 nivôse an III (6 janvier 1795) un décret contre les prêtres insermentés qui ordonnait de poursuivre selon la si rigueur des lois ceux qui étaient rentrés en France. L'ora- teur montrait clairement qu'il était bien éloigné de demander liberté de conscience dans l'intérêt de la religion. de sûreté générale et de légis. Les rapports des co la missaires de Convention dans les départements rendaient les esprits. 'motion de boissy d'anglas. la religion n'avait pas le moins funeste dans présent que dans passé . une fois qu^il avait assuré l^ordre public et le respect était de la loi. le A l'entendre. c'est au sang qu'elle avait versé qu'on suivait ses traces dans l'histoire. Boissy d'Anglas n'en pas moins fermement décidé à réclamer formulant de nouveau l'Eglise et le le droit de la la conscience en séparation de grand principe de de l'Etat. Le 3 ventôse de l'an (21 février 1795) Boissy d'An- glas porta sa fameuse motion à la tribune de la Convention afl nom des comités de salut public. et le non- salaire des cultes fut adopté sans que leur liberté fût proclamée. mais mit un soin particulier à se insultes le faire pardonner en prodiguant les es él au christianisme. et qui avait d'autant plus de chance d'être écouté d'une assemblée française au dix-huitième siècle qu'au lieu de parler en chrétien il s'exprimait en était philosophe dédaigneux. Il la traitait de . Et c pendant il soutenait le même principe de droit public. La Convention encore trop fin irritée contre les prê- tres insermentés pour mettre aux persécutions . à plusieurs reprises. Le discours de Grégoire. elle avait. provoqué la guerre civile en Vendée et d( I la chaîné partout les plus lamentables discordes. malgré son échec apparent. lation réunis relatives auxquels. La cause noblement défendue par Tévêque de Blois trouva un avocat plus heureux quelques mois plus tard. ui gente une mesure propre à pacifier Boissy d'Angl reçut autant d'applaudissements dans l'Assemblée que Grégoire avait recueilli de marques bruyantes de désapprobation. des propositions aux cultes avaient été renvoyées. d puis la Révolution. prépara le retour à des idées plus saines.

d'autant plus la coupable qu'elle avait éclaté dans France régénérée. Il de la rai- son pour dissiper ces est donc bien entendu que Boissy d'Anglas demande la liberté de conscience non pas en faveur de la religion mais contre elle et dans l'espoir d'en tinir plus vite avec elle. Il rappela sans mé- nagement « l'erreur. Ce qui avait été élevé par la faiblesse et fut renversé presque aussitôt par la démence et la fureur. la Ainsi naquit le schisme qui divisa profondément l'impuissance France. ordonna pour » « la religion un établissement pompeux si pendieux. la 311 chimère destinée à disparaître devant lumière dans tous philosophie. devait bientôt renverser ces vains restes d'un temps d'esclavage intellectuel. demande le culte mais que l'Etat n'en supporterait point les frais. en portant la les rangs. Le plus sûr moyen de retarder ce celles triomphe serait d'employer d'autres armes que vieilles erreurs. fatale en ce point. puisque ce qui l'amenait à la tribune. L'instant était arrivé pour corps politique de l'influence de la religion elle devait décréter que chaque citoyen pourrait se livrer aux pratiques que qu'il professe. » Boissy d'Anglas peigni en vives couleurs la récente persécution religieuse. Boissy d'Anglas établit avec une grande force au point de vue politique le principe de la liberté des cultes en lui donnant pour garantie l'entière séparation de l'Eglise et de l'Etat. c'était précisément la nécessité de compter avec elle. après qu'on avait cru l'abattre par la violence. delà Constituante de 1789. L'orateur avait beau acil cabler de ses mépris la pensée religieuse. il l'accusa . de Marc-Aurèle et de Gicéron » sera la religion du monde. organiser au lieu d'abolir. que les cultes n'auraient entre eux aucune sorte de préférence.IL RÉCLAME LA LIBERTÉ DES CULTES. La vaste organisation de Tinstruction publique ébauchée par la Convention. elle d'afïranchir le . Cet établissement sacerdotal fut abattu avec le scandale d'une orgie avec les fureurs du fanatisme lui-même. n'en était pas moins certain qu'il venait reconnaître son invincible puissance. et dis- Au Elle lieu de détruire elle voulait créer. C'était malheureusement le plus insila nuant des exordes dans Convention. Une qu'il fois la part faite aux mauvaises passions révolutionnaires ne partageait que trop lui-même à cette époque. « Bientôt la religion de Socrate.

qu'on ne fasse soit aucune exception soit en leur faveur. vous n'adopterez point celui-ci pour persécuter et. fait à leur détriment. car les pratiques rehgieuses. ne considérant la religion que et comme une opinion privée vous ignorerez ses dogmes. Le costume ecclésiastique n'était pas toléré. n'auront de vous aucune préfé-^ celui-lî rence. cle VII portait que.342 LOI DU 3 VENTÔSE AN III SUR LA LIBERTÉ DES CULTES. c( Le cœur de Thomme est un asile sacré où l'œil du gou- vernement ne Les doit pas descendre. quels qu'ils soient. de les soumettre au droit la liberté . ne sont pas des ciété. il et des Dans une faut tenir ferme au principe déjà admis que vernement et le culte doit être banni du gouêîre à son ny plus rentrer. « Vos maximes doivent égard celles d'une tolérance éclairée. ni pour le logement de ses ministres. d'avoir entassé dans les cachots des milliers d^agriculteurs utiles. Une grave exercice. Or. comme on le . quelque errodélits contre la so- nées qu'elles puissent être. de conspirer ou bien de se transformer en corporation. ne pouvait et troublé. Il le décret pr( à rarti|| posé passa séance tenante. mais d'une indépendance parfaite. Qu'on les empêche.. que la République n'en aucun ne fournissaiî aucun local ni pour l'exercice du culte. Qu'on leur refuse les établissements publics n'aille mais qu'on pas plus loin. des enfants telle situation. femmes. cultes. pour toute association. car il restriction était apportée à cet les lieux était défendu de désigner de culte . et à l'exercice d'aucun culte salariait l'art. Surveillez ce que vous ne pouvez empêcher. sans empiéter en rien sur l'Etat. CXXl êti de la Constitution. régularisez ce que vous ne pouvez défendre. » On ne pouvait mieux dire les droits sacrés de l'indî vidu qui sont ceux mêmes de la conscience étaient ainsi réserve les droits avec une haute raison. Les cérémonies du culte étaient interdites hors de l'enceinte choisie pour son exercice. Malgré quelques demandes d'ajournement. » La seule règle à suivre à Tégard des divers cultes c'est c'est lois.. le droit commun d'abord c'est ensuite l'ordre et le respect des Qu'on traite les associations religieuses comme toutes les autres associations. commun. conformément de la déclaration des droits de l'homme. la faculté vous laisserez à chaque citoye^ de se livrer à son gré aux pratiques de celle qu'il aui : choisie.

Tel fut ce célèbre décret du 3 ventôse de l'an la TU qui permit à la religion de refleurir sur qui le le sol tourmenté de France. Lecointre de Versailles obtint de l'assemblée que l'on révisât le décret qui condamnait à la le citoyen qui avait reçu chez lui un prêtre insermenté. toujours prête à renaître. car la liberté des cultes n'est consacrée que quand elle est égale pour tous 3 ventôse. dans la séance du 25 germinal (13 avril 1795). André Dumont se la plaignit . couvrait trop souvent la voix de la raison. Un député eut soin de stipuler que relative la loi nouvelle laissait intacte celle le aux ecclésiastiques qui n'avaient pas prêté serment d'égalité. La loi du 3 ventôse dépassait en effet de beaucoup l'état réel des esprits au sein de la représentation nationale. La passion révolutionnaire. Tout rassemblel'exercice d'un culte ment de citoyens pour soumis à la quelconque . de ce que se les insermentés célébraient fait messe à ciel ouvert il vanta d'en avoir ramasser un grand nombre dans une seule nuit à Versailles et les accusa de . religieux. encore qu'il ne pouvait être formé aucune dotation perpé- tuelle ou viagère pour les dépenses d'une Eglise. Néanmoins. était surveillance des autorités constituées mais cette surveillance se renfermait dans des mesures de police et de sûreté publique.MESURES DE RIGUEUR CONTRE LES RÉFRACTAIRES. malgré les restrictions déparaient et les difficultés d'exé- cution qu'il rencontra de la part des autorités administratives. De là l'incohérence de la jurisprudence en cette matière. bien par les citoyens. 3i3 ^âFîe moindre signe extérieur ou de publique pour tait faire aucune convocation Le décret por- la célébration du service religieux. le clergé réfractaire était dénoncé avec une vio- lence inouïe à l'occasion des troubles suscités par la disette. Il Nous peindrons plus tard ce beau mouvement de le suffit constater pour comprendre les fluctuations de la Conven- tion à l'égard de la liberté des cultes et nous expliquer ses dé- crets parfois contradictoires. à la faveur du décret du le culte fut rétabli sur tous les points de la France aussi le clergé réfractaire que par le clergé constitutionnel. C'était laisser et détruire une bien grande latitude à la persécution d'une main ce que l'on essayait de fonder de l'autre. Ainsi tandis que dans déportation la séance du 6 ventôse.

Le fanatisme selon lui est d'autant plus dangereux qu'il réclame aujourd'hui le droit et comme si des fanatismes n'était pas celui le droit qui pour se maintenir méconnaît de ses adversaires. empêche d'anéantir les malveillants. Delacroix invoque assez ridiculement la liberté des cultes contre ces mal- heureux prêtres. » conduite a de ces inles Rewbell ne veut pas qu'on poursuive comme prêtres mais simplement comme royalistes. La Convention adopta sa proposition. 314 MESURES DE RIGUEUR CONTRE LES RÉFRACTAIRES 11 préparer une nouvelle Vendée. demanda que la l'on prévînt les mécontentements que pourrait susciter fâmes saltimbanques. sa Convention de femme et ses enfants contre leurs persécutions. la et le par une étrange interversion de rôles supplie protéger. et conclut en demandant un promp rapport sur le sujet des comités compétents. ca il ne faut pas s'y tromper. même quand il s'agissait des prêtres assermentés. s'écrie T bandeau.. De petits tyrans incrédules et intolérants. toute mesure de rigueur prise contn les réfractaires réagissait immédiatement sur la liberté générale On voit par les journaux ecclésiastiques du temps combien les î administrations départementales et communales o se montraient mal disposées pour l'exécution du décret du 3 ventôse. Il faut le poursuivn » l'atteindre et l'abattre comme il la principale cause des troubl qui déchirent le pays. Cadroy va plus loin et s'attaque au décret sur la liberté religieuse qui lui puisqu'il semble beaucoup trop large. Jean-Bon Saintle André abonde dans la justice. lui. lisons-nous dans le premier numéro des I . C'était invoquer la force con- tre le droit. même le pire sens. Le le même orateur insiste pour qu'on rende du nerf et de l'é- nergie au gouvernement et que sans tant se soucier des lois on rende capable de faire le bien. « Il ne doit point avoir de transaction entre eux et les républicains. Tallien mêle des insultes grossières contre les prêtres à quelques paroles sensées sur le danger de leur donner de l'im^ portance en les mettant toujours en cause. Chénier proteste contre ceux qui ne veulent pas q l'on s'en prenne directement au fanatisme. Cette curieuse et triste séance donne une juste idée des di positions de l'Assemblée à l'égard de la liberté des cultes.

Annales de la Religion . Idem. à Beauvais. 315 ^jinnales de recueil publié sous l'influence de Gré- inondent les autorités constituées. prison des prêtres innocents de toute intrigue politique Dans laCorrèze des administrateurs de district appellent citoyens malveillants les catholiques qui veulent célébrer de nouveau leur culte et le taxent de vieille et absurde cérémonie. . 44. D'autres refusent de rendre aux prêtres leurs lettres de prêtrise ou bien s'opposent à ce que selon défunts soit porté dans le le rite de l'Eglise le corps des temple. Cependant à la les événements qui s'accomplissaient en Bretagne la le même la époque eussent dû apprendre aux partisans de Révolution que le plus sûr moyen de pacifier le pays et de gagner à République.\^M goire. religieuse . dans les départements des Basses et des Hautes-Pyrénées. A Sedan. » Ils rencontrent d'invincibles résistances pour rouvrir leur culte con- formément aux lois. car sentiment de la liberté était montrent combien le le encore peu développé dans pays. Ailleurs les municipalités essayent de lasser la patience des catholiques en mettant des délais infinis à reconnaître leur droit. Tous les jours catholiques sont insultés par les fonctionnaires publics. p. p. ils relèguent le culte dans des maisons particulières ^. c'était de pratiquer une large tolérance 1. ils Ces détails ont leur importance . un relevé *. Mais est une autre propriété plus sacrée encore. dans la commis de district ose renverser un autel à peine Voici qui est plus grave. les les ÎIESURES DE RIGUEUR CONTRE LES RÉFRACTAIRES. les divertissements publics. 2. c'est celle qui appartient au législateur de déterminer pour l'avantage de tous le mode convenable à la manifestation des opinions religieuses. disent-ils dans une circulaire publiée par eux il est sans doute une propriété sacrée. les commissions et bureaux. à Boissons et Salins. 264. » Usant de ce prétendu droit. I. p. La persécution n'est que diminuée. la Religion. un représentant du peuple jette en ^. 2G7. 3. « L'opinion . l'administration leur refuse un local tandis qu'elle s'empresse d'en accorder un pour Meurthe. A Dieuze. Idem.

à regard de la religion. il Qu'on oublia' une les fois les prêtres et n'y aura plus ni prêtres ni guerre. il faut renoncer à la paix dans ces contrées. Les représentants près des armées de l'ouest entre Brest et Cherbourg avaient pris l'arrêté suivant : « Considérant que plusieurs personnes attafll chées par leurs opinions à des cultes différents ou prétendus tels ne jouissent pas encore de l'entière hberlé de les exercer. on révolte l'habitant. 65. I. Si la Révo- lution avait laissé aux Vendéens leurs églises et leurs prêtres. Dans la séance du 8 floréal (28 avril 1795) le député Lesage annonça à l'Assemblée au les représentants comité de salut public que vaincus que la nom du du peuple. si on le punU comme homme. J'aime à regarder République et la Vendée comme deux sœurs qui ne s'entre- déchirent que faute de se comprendre. ne se sont la point insurgés contre l'idée de liberté. Mémoires sur Carnot jWj'^. disait avec une haute raison Lamennais. qu'on n'eût pas crié sans cesse contre les prêtres .3i6 BON EFFET DE LA TOLÉRANCE EN VENDÉE. Qu'on la poursuive collectivement et l'on aura guerre et les pi*V très le pendant mille ans. c'est vouloir éterniser la guerre. sauf à régler les conditions de baux judication en se conformant aux lois ^ » Ces mesures étaient en conformité parfaite avec celles que prit en Vendée le général Hoche. elle 1. avaient chargé les autorités constituées et commandants de des lois la force armée d'assurer la prompte exécution concernant la liberté des cultes. l'autre la liberté religieuse. con- destruction des cultes et la persécution de leurs ministres avaient été Fune des principales causes du soulèvement les des chouans. disait-il un jour à Carnot. personne ne dit mot ^. p. Si l'on n'admet la tolérance relfli gieuse. » « Lw Vendéens. « Il eût été à désirer. .lï». L'une représente à mes yeux la liberté pohtique. les ôter tous. Quand un prêtre commet un délit. Annales de la Religion. 2. arrêtent que les administrateurs du district sont autorisés à la accorder provisoirement aux citoyens qui en feront individuelle l'occupation d'un édifice national demande un et d'ad- pour servir à culte quelconque. si off punit comme prêtre. comme citoyen.

Ghénier.DÉCRET DU J8 FRUCTIDOR AN n*aurait trouvé chez III COxNTRE LES PRÊTRES. Trois jours après la publication de cet arrêt. 317 est eux que des partisans. Malheureusement ses gouvernants croyaient servir la sainte lui ils sacrifiant à toute occasion la plus des libertés et ne voyaient pas qu'ils la rendaient ïssable et illégitime. la on étendit cet article aux prêtres condamnés à déportation qui n'avaient pas franchi la frontière. sur les mesures à prendre contre les prêtres réfractaires^ fut présenté par lui-même au nom des comités de salut public^ de sûreté générale et de législation dans la séance du l^^" mai 1795. reli- La peine de les l'exil perpétuel fut définitivement prononcée pour à la déportation dans le décret prêtres condamnés du 18 fruc- tidor. » A l'entendre. Il se défendit de vouloir re- mettre en cause la religion elle-même. devient « Quand une opinion punir. ils étaient tenus de quitter le pays dans l'espace d'un mois sous peine d'être assimilés aux émigrés. Sur la proposition de La Reveillière-Lepaux . ligieuse. Par ces motifs. Paroles de Lamennais à M. ce n'est pas la loi vio- opinion religieuse que le législateur doit i^' qu'il doit venger. II. tout prêtre 1. Quant la aux prêtres rentrés en France. . L'esprit vendéen » un républicanisme dévote Révolution en Ce qui était vrai de la Vendée Tétait delà France entière. et malgré l'observation de faire Merlin de Douai qu'il fallait prendre bien garde de une nouvelle Vendée. Garnot fils. La vraie portée de ce décret fut clairement indiquée par ces paroles du député Berlier : « La Convention ne souffrira pas que l'Etat soit déchiré parles schismes des sectaires d'une religion quelconque. le le les prêtres réfractaires au- raient envahi la France depuis décret du 3 ventôse. tfLe rapport demandé par réunis. c'est un prétexte de violer la loi. dit-il. p. se posant en martyrs et semant partout royalisme et la trahison. le rapporteur proposait de faire juger tout émigré trouvé sur le territoire de la République. 455. pous- sant à la révolte et parfois à l'assassinat con^e à Lyon. selon la rigueur des lois. après avoir été condamnés à déportation .» La Révolution voulait donc à sa manière imposer l'unité gieuse et c'était bien une opinion qu'elle poursuivait. Mémoires sur Carnot.

Lanjuinais proposait que usage des temples fût concédé aux citoyens des communes] qui le demanderaient. qu'ils le « peuvent le déplorable la libertéj système des Hébert et desChaumette. libre En conséquence. et la loi ainsi la plus du 3 ventôse reçut digne dans cette la heureuse extension. cet article fut renvoyé à la fut commission.3i8 LES ÉGLISES NE SONT PLUS INTERDITES AU CULTE. La meilleure manière de rame ner les cœurs. malgré sa brièveté. montra d'abord dans suppression des cultes affection la cause principale qui entretenait lui la dés- pour la République. Le rapport sur cette question très importante présenté par Lanjuinais dans la séance du 4 prairial (l^rjuin 4795). ferment les Les ennemis de éghses pour démoraliser et faire soulever U peuple. Rendez aux cultes non pas seulement une hberté nomi^ nale. La liberté religieuse sortit triomphante de ce débat. sous la réserve des conditions pécuniaires qui pourraient être fixées plus tard. doivent être étendues pays tout entier. devait être incarcéré et le citoyen qui lui aurait prêté sa maison condamné de prison. Tun des plus importants. Le projet de décret présenté par Chénier renfermait un cle qui interdisait fice arti- de célébrer un culte quelconque dans un édi- public. de ceux qui furent soulevés sur le droit de la conscience. en restituant les églises » aux usage religieux et civils des habitants des le retour à la religion lités communes. c'est de faire disparaître tous les obstacles à leu^ rétablissement et d'abattre la résistance de ces agents subaltern( du pouvoir qui continuent autant dit-il. insermenté. Lanjuinais Il fut circonstance de son glorieux passé. qui ont déai réouverture des temples. à 100 francs d'amende et en cas de récidive à six mois En outre . Après un vif débat. que Bien loin que dans les loca- menace la République. il fut décidé le cinquième jour complé- mentaire que tous les prêtres insermentés seraient exclus des fonctions administratives. surpris dans Taccomplissement d'un acte de culte. c'est où l'athéisme est le plus en faveur la la révolte a éclatéj Les mesures réparatrices prises pour buté par la Vendée. mais une liberté réelle. Les citoyens appartenant à! : des cultes différents seraient autorisés à user successivement et à des heures déterminées par les corps administratifs des mêmes] .

formule d'engagement bien plus large que les serments qui l'avaient précédée. LE CULTE PRIVÉ PEUT SE CÉLÉBRER SANS AUTORISATION. L'assemblée vota sans difficulté cette partie sitflet du décret accueillie cependant par deux coups de partis des tribunes. annoncé qu'un projet de police des cultes destiné à fixer définitivement la juris- prudence sur senté. qui était ainsi conçu : « Nul ne pourra remplir le ministère soit fait d'aucun culte dans lesdits édifices à moins qu'il ne se écerner acte devant la municipalité du lieu où il voudra xercer . 5. demanda avec raison question préalable en s'appuyant sur ce que les prêtres ne for- mant pas une particulières classe de citoyens séparée. il ne fallait pas des lois pour eux. eût donné cèrement cèi les Uberté religieuse à la France.p lières. L'Assemblée passa outre rendues contre et vota un délois cret certainement très libéral comparé aux trop nombreuses le droit qu'elle avait de la conscience. » Ce décret. Defermont. et les ires d'une conscience plus timorée auraient célébré paisible- ent leur culte dans les maisons particuhères. 319 édifices religieux. » Ce n'est qu'au se moment forme un attroupement séditieux. Elle fut plus divisée pour l'adoption de Tart. Il déve- . que la surveil- nce des ministres de commencer. On peut attribuer u même (8 courant libéral le vote du 22 fructidor de la même année « septembre 1795). Un député obscur . » Le dé- puté Genissieu édifices . demanda que l'on rayât ces était mots : dans lesdits la son intention évidente de soumettre à même motif formalité la célébration des cultes dans les maisons particu- Cambacérès fit maintenir la clause restrictive par le que l'autorité politique n'a rien à voir chez un homme fort qui ne qu'il ^tro trouble il pas l'ordre public et qu'il lui importe peu e de telle manière ou de telle autre. Il cette matière si déhcate serait prochainement pré- le fut dans la séance du 5 vendémiaire (27 septembre la 1795). de sa soumission aux lois de la république. sin- apphqué. l'Assemblée rapportait les décrets qui relativement à la confiscation des biens. la loi doit la dit-il. avaient assimilé les ecclésiastiques aux émigrés pas prêté le déportés ou reclus pour n'avoir » Lanjuinais avait serment ordonné. temples eussent appartenu à tous ceux qui ne se faisaient as scrupule de prêter serment à la loi .

car elle so mettait l'exercice d'un droit à la profession d'une théorie poli tique et proscrivait une opinion. l^^ portait que tout rassemblement de citoyens est pour l'exercice d'un culte quelconque lance soumis à la surveil- des autorités constituées. Ce n'est pas qu clarté des divers rapports présentés su auteurs du projet dissimulassent en rien leur pensée. Néanmoins ce décret eût su paix religieuses s'il pour assurer la liberté et la n'eût été con trarié par d'autres mesures. Il déclinait nettement toute prétention la de statuer sur ce qui n'est que du domaine de les rapports pensée et sur de l'homme avec les objets de son culte.320 DECRET SUR LA POLICE DES CULTES. était la loi sur les fêtes d que l'on peut qualifier d'essai timide de déraciner l christianisme du sol de la France. c'était avouer hautement son intention de retremper l'esprit public à des sources nouvelles. de sûreté publique. Convention montrait suffisammen l'importance qu'elle lui accordait. mais n'en poursuivant moins sous une forme plus modérée son dessein d'extirper religion 1 du on pays. La plus grave de ces mesures cadaires. : Les principales clauses se réduisaient aux sui- L'art. L'art. Cette surveillance devait se et renfermer dans des mesures de police Les art. Seulement substituait nées les et on y tendait par des voies détour l'influence à la violence. loppait et appliquait les principes du décret du 3 ventôse. ell ressort avec une entière ce sujet. C'était l'hébertisme tel qu'i pouvait se produire après thermidor . En confiant l'organisation des fêtes décadaires au co-^ la mité d'instruction publique. Elle V universalité du peuple français conçue Je reconnais g Il l souveraine et je promets sou- mission et obéissance aux lois de la République. . Il posait comme bases fondamentales la liberté des cultes et leur non- salaire par la République. formule de était ainsi est exigée de ministres du culte. On n'exi- geait plus des ministres des divers cultes qu'une garantie pure- ment vantes civique. tous les 2 et 3 garantissaient le libre exercice de cultes et frappaient de pénalités sévères toute tentative de les troubler ou de gêner 3 renfermait la liberté la de conscience de qui que ce la déclaration : fût. Evidemment était première partie de la déclaration de trop.

le représentant les « Clauzel presse le comité d'instruction publique de hâter son travail. mais il espère qu'ils tomberont 1. 321 En choisissant un autre jour que le dimanche pour les fêtes nationales destinées à opérer une si grande œuvre. donner à vos fêtes en rappelant toute les achèvent de détruire dangereuses illusions du fanatisme. Il reli- se demande comment il est possible les de les détruire. Il s'agit bien d'imprimer aux esprits. nivôse de l'an III (26 décembre 1794). et fêtes décadaires en une branche d'autant plus importante que l'instruction sous la forme du plaisir.PROJET DE REMPLACEE LE CULTE PAR DES FÊTES CIVIQUES. aux mœurs et aux habitudes de dit-il. « afin de ruiner l'influence du fanatisme renaissant. C'est du que Chénier déclara sans détours dans son rapport pré'1er senté le préjugés. car . on ne saurait tuer l'opinion Le meilleur moyen d'opposer une digue est aux préjugés qui renaissent nationales qui seront d'inaugurer de grandes fêtes comme Quelques jours plus tard pompes du culte républicain. déposant un projet élaboré par lui. 21 . où il est en mis- termine par ces mots une lettre pleine d'accusations dé: clamatoires contre le réveil de l'esprit religieux « Il faut un remède qui struction fasse une cure radicale les : il n'est que dans offrent s'y l'in- publique. on peut tuer hommes. tendent à détruire plus redou» tables sont ceux qui sont fondés sur les idées mystiques. qui. » L'orateur ne veut pas que l'on entrave les cultes existants. Le rapporteur désignait clairement par ces mots les croyances gieuses. Ce n'est pas par la violence. Séance du 14 pluviôse de l'an III. « Prenez-y garde. plus la superstition qve vous remplacez par des fêtes civiques avait su par ses prestiges s'emparer de l'âme et des sens. Eschassériaux aîné. écrivant à la Convention. de Joinville sion. pousse plus loin encore la franchise. et les « Tous les dit-il. l'énergie des sentiments les plus chers. la liberté. plus vous devez ces impressions et ces vraies émotions. la nation une trempe nouvelle. (séance du 9 nivôse) . organiser prendra les Ne perdez pas un moment pour ^ » Le 23 nivôse. elle affichait ouvertement reste ce la prétention de supplanter le christianisme. Le- quinio.

L'une des principales œuvres de période fut l'élaboration de la Convention dans sa dernière la Constitution nouvelle que . en fondant le culte pur qui se et célèbre à ciel ouvert. Le sentiment de rinfini est seul capable de fonder un culte. parce qu'ils lui apportent un écho de sa haute patrie. du décadi en offrant Il une rose à l'innocence mais la ressource était minime. qui ne furent le Directoire. ne devait rester de ces fêtes. le seul qui soit digne de l'Etre suprême de l'homme libre. d'eux-mêmes devant le culte de la patrie. Le comité fit enfin son rapport. dit-il. dont l'âme humaine les est avide. ont désolé la terre. vous devez éclairer ses erreurs. Boissy d'Anglas proposait bien jetât que l'on un peu de variété dans les plaisirs . Sur les ruines de toutes les erreurs vous allez rétablir le cours des vérités de la nature. mais oubliait que du menu. qui appuya fortement dérations déjà présentées à la Convention « La tyrannie et la superstition. Elles n'eurent qu'un seul résultat sérieux. ce fut de fournir au fana- tisme incrédule une occasion bration commode la d'entraver la libre célé- du culte.- 332 PROJET DE REMPLACER LE CULTE PAR DES FÊTES CIVIQUES. les hommes ne se réunissent qu'au- tour d'une pensée divine. dans la séance du H pluviôse (5 février 1795). décidément instituées que sous la que le souvenir de plus risible parodie. Le comité d'instruction publique il comptait beaucoup sur tout dépendait repas civiques. En dehors de leurs intérêts et plaisirs. mais l'inévitable prône sur les droits de citoyen ou sur la culture de la pomme de terre remplacerait difficilement les textes sacrés. ni les instructions sur la Constitution et l'agricultui ne sauraient on devait de conjurer l'incurable ennemi de ces fêtej même se blaser sur le spectacle touchant de la vieil lesse contrastant avec celui la de l'enfance. » Cette fois encore cette tentative de supplanter le christianisme devait tomber dans l'impuissance de leurs et le ridicule. par Toi les consi: gane d'Eschassériaux jeune. L'anniversaire solenm reproduction des êtres avait quelque chance de dérider h fronts. ni à les On ne parviendra jamais à les rassembler émouvoir pour de vaines abstractions. car on était déjà las à mourir des tirades républicaines. Ni les hymnes suffire à patriotiques.

L'élaboration de tution fut confiée à nouvelle consti- une commission où dominait Topinion moy siégeaient etBoissy d'Anglas en fut s'apercevoir de suite que les dures expé- dérée. Ainsi la division du parlement national en deux chambres qui avait été dédaigneusement repoussée par les constituants de 1789 ne souleva aucune opposition. un pouvoir démagogique en permanence en face On n'avait nulle envie de ressusciter le club des Jacobins^ pas plus que la trop fameuse commune de Paris. — Œuvre la informe d^une assemblée opprimée. un Direcet composé de cinq membres nommé par les deux conseils chargé bilité du pouvoir généraux mais dans des limites de responsa- assez étroites.. A tous ces titres elle était odieuse à une nation avide de repos. Aux substitua comités souverains toire émanés de l'Assemblée on exécutif. bien qu'elle eût encore de graves imperfections. Nous verrons quel l'assiette régime résulta d'une organiêtre améliorée et sation politique qui eût la pu facilement doimer liberté au pays. 323 France demandait avec passion après thermidor. La Constitution de 1793 était devenue le drapeau du parti montagnard^ drapeau couvert de boue et de sang dont le triomphe eût ramené la Terreur. si morale en eût été raffermie. C'est au nom de cette constitution que la représentation nationale avait été deux fois violée. En ce . Cette constitution dont valait sans nous n'indiquons que les les traits doute infiniment mieux que précédentes. Les assemblées trations communales furent remplacées par des adminisfut municipales et départementales composées de trois ou cinq membres. elle portait Tempreinte chaude encore des passions de la démagogie. le Daunou et Lanjuinais rapporteur. et le il pouvoir exécutif n'était qu'une commission des assemblées. L'élection maintenue à deux degrés. Nulle voix ne protesta contre l'interdiction des grandes associations populaires qui avaient constitué pendant la première période de la Révolution des pouvoirs réguliers. Au fond les deux conseils étaient composés d'éléments trop semblables pour qu'on eût obtenu un contre-poids suffisant.CONSTITUTION DE L AN III. On put riences des trois années précédentes avaient renversé plus d'un préjugé révolutionnaire. devait aspirer sans cesse à accroître triste sa part d'influence et d'autorité.

qui les plus précieuses et les plus était V\ des conquêtes chèrement achet de la Révolution ^ la L'adoption de Constitution ne changea rien (17 août 1795) . s'étant cru autorisé à suspendre fructidor. 132 du projet de Constitution portait «que nul ne peut être empêché d'exercer. Lanjuinais insista avec raison sur avait à ouvrir danger qu'il y une porte à Il l'intolérance. elle vota sur rapport de Tallien. Sous l'impression de l'émeute du 13 vendémiaire.324 DERNIERE MESURE DE LA CONVENTION CONTRE LES RÉFRACTAIRES. Ghazal. » André Dumont demanda que l'on rejetât ces mots de police . député en mission dans la Haute-Loire. valc peine de présenter de face ce grand principe. Séance du 16 messidor an III (4 juillet 1795). l'Assemblée le le décret du 20 sur maintint formellement ^ C'est ces malheureux prêtres qu'elle frappa son dernier coup la veille de sa dissolution. en se fondant sur ce que de telles lois pouvaient être insuffisantes en présence des factions le déchaînées. Sur la Convention d'un con- depuis demande expresse la est représentant science. sort des prêtres réfractaires. Tout homme dans V exercice de son culte ^ L'art. exigeait l'exécution rigoureuse des lois contre les émigrés et rendait exécutoire dans l. en se conformant aux lois de police. Il un article à part fut consacré au droit de libre fut ainsi conçu. i. Nul ne peut être forcé de con- tribuer aux dépenses d'aucun culte. toujours inséparable des lois d'exception. un et décret qui écartait des fonctions publiques tout ex-noble tout individu ayant provoqué et signé dans les assemblées pri- maires ou électorales des arrêtés liberticides. ne put malheureusement persuader l'Assemelle blée. le culte qu'il a choisi. Séance du 30 thermidor. Séance du 20 vendémiaire. . Sur la motion d'un de ses membres : ajouta à l'article Il proposé ces mots la La République ne salarie aucun culte. 3. devenu chef du parti violent. provoquée surtout par sa décision de faire entrer dans les nouveaux conseils le les deux tiers le de ses membres. qui concerne la liberté religieuse la Gonstifulion de Tan la III for- mulait les le grands principes qui avaient triomphé à décret du 3 ventôse.

. Elle avait consacré de glorieux principes.FIN DE LA CONVENTION. elle avait encore déshonoré sa dernière heure par tant une de ces mesures de salut public qui l'avaient la liberté de fois poussée au crime et qui avaient porté à les forces réunies un coup plus mortel que toutes de la coalition. la mais elle n'en laissait pas moins nation lasse. Tel est le sort de toute révolution qui en mettant Dieu hors la loi et foulant aux pieds le droit de la conscience. les 325 *. Despotique jusqu'au bout. accompli des œuvres admirables. voie était La largement frayée à l'usurpation. Les coups d'Etat allaient suivre les décrets de salut public. Séance du 3 brumaire (25 octobre 1795). démoralisée et si ne mettant rien au-dessus du repos. vingt-quatre heures les lois contre les prêtres réfractaires Ainsi finit cette grande et terrible assemblée qui avait sauvé le territoire. ôte toute base éternelle à ce qu'elle a essayé de construire. ce n'est la gloire militaire. 1. mais qui avait pour longtemps perdu la Révolution en en faisant un objet d'épouvante pour le monde.

pour briser le flot des pas- 1. les volumes VIII. la la loi. Ce la gé- qui avait manqué en 1789 ce n'était ni l'enthousiasme ni nérosité. aurait la liberté. IX et X de V Histoire de lo Révolution. Voir. car en coriservant de le libres assemblées. c'étaient les principes inflexibles qui se puisent dans une sphère plus haute que science. V Histoire du Directoire. de Theiner . d^une révolution du dix-huitième Aussi quand l'heure de l'enthousiasme eut passé. Thibaudeau. par M.CHAPITRE II Régime des cultes sous le Directoire K La Constitution de Tan îll. par le chevalier Artaud les Mémoires de le deuxième: . à part pdiV Moniteur. M. Correspondance de Napoléon. le deuxième volume des Mémoires de Poni écoulant. de traverser. On fille sait à quel point Dieu était absent siècle.Thiers. Il n'y a de point absolument fixe chez l'homme que dans la con- où le sentiment moral se confond avec voix même de Dieu. après l'horrible fatigue des années que l'on venait . un pays lui a si moyen de Mais se relever sans secousse. il Malheur à dans son impatience et brise ce souple instrument de progrès de réforme ! le respect d'une assemblée est inséparable du respect de la nation. malgré des imperfections. à la profondeur la celles de nos mobiles entraînements. deBarante. lequel dépend du développement moral de le Or jamais depuis fut aussi commencement de la Révolution France ne démoralisée que sous le Directoire. . si elle se fut corrigée pu donner toujours à la France la paix et en durant. Recueil l'Histoire de Pie VF. nul principe ferme ne demeurait le debout comme le roc du rivage . volume des Mémoires de Carnot.

L^hypocrisie caine mêlée de violence caractérise cette triste époque. entourés comme de meilleur moyen de les flatter tous les puissants de la valetaille courtisanesque qui ne trouve pas que d'exagérer leurs France ne veut défauts. jusqu'à ce qu'un coup d'Etat mieux combiné que la donnât à ces crises honrépubli- teuses solution qu'elles méritaient. le pays bal- des insurrections aux coups d'Etat . en demeurera politique et la Reveillière- l'homme influent. sous le com- mandement de l'incomparable général. Les jacobins s'échaufet répètent leurs vieux discours fent à froid dans leurs réunions d'avant et thermidor. Le Directoire compte deux honnêtes gens il Carnot et Barthélémy. il qui souffrent pour leur faut descendre jusqu^aux basses régions où avec Babeuf et ses complices. la guillotine ne s'arrêtent que devant ils dont la plus décidément. Barras. que comité de salut public l'extérieur. mais Directoire ne pourra compter sur l'épée de Bonaparte. mais sont aussi audacieux dans leur mépris le de toutes les garanties légales. foi. comme aura la il traite les assemblées législe Heureusement il chance de découvrir le plus grand capitaine des temps modernes. vivement . le nom de sa ridicule et intolé- On peut imaginer ce que deviendra gouvernement aux mains de tels hommes. Pour trouver une sincérité complète en dehors des prêtres proscrits foi. Rewbell en sera Lepaux tranchera de l'apôtre au rante théophilanthropie. aux plus mauvais jours de la Terreur. que jusqu'au jour où celui-ci aura amassé assez de gloire pour se dispenser de son contrôle et se jouer de ses ordres contradictoires. A un tel gou- vernement sera sans bonne sans modération et souveraineil ment inhabile dans l'art de négocier. mais fera bientôt disparaître cette ano- malie .HONTEUX RÉGIME DU DIRECTOIRE. qui unissait en sa personne les vices de Tariëf ocratie et les avidités insatiables de la le démagogie. l'arbitraire. Les Français. sions populaires lotté 357 allait être ou gouvernementales les autres. Ils A l'intérieur ils n'eurent qu'une politique. manifestent les merveil- leuses aptitudes de leur race pour la guerre de conquête. dans l'unique désir de ressaisir le pouvoir : de l'exploiter. . la fureur démagogi- que hurle comme une bête fauve affamée. car se montrera très dis- posé à traiter les congrès latives.

il sont tombés dans la vie civile. mais tous ces triomphes ne ils pas de l'abjection où] rares exceptions. les policiers Le jeune héros sur lequel se fixent tous les regards et qui a tous les prestiges. culte s'était rétabli sur tous les points du pays . 3^ et HONTEUX RÉGIME DU DIRECTOIRE. mais quand on est le maître. la justice vaut mieux. Ne s'est-il pas peint tout entier dans ces mots confidentiels sur le coup d'Etat de fruc-^ tidor : « La fermeté aurait suffi . la gloire militaire. toutes les fois que le scruti fut respecté. la plupart des généraux qui s'y illustrent en reviennent avec le mépris du droit. aspiraient avant tout à paix des consciences. les relèvent habilement conduite. manifeste déjà dans ses rapports avec les partis ou dans ses négociations avec les . Non. soit pour jeter leurs la filets eaux troubles. ne donn^ à elle seule aucune des vraies grandeurs d'un peuple libre. princes cette absence totale de conviction cette habileté profonde qui recourt à la ce dédain du droit modération par calcul comme elle recourra à la violence dès qu'elle deviendra utile. en se faisant . Malheureusemei qui prévalut les années suivantes.. prêts à trahir la République . la force quand on ne peut faii autrement. Sauf de ne se forme pas de grand citoyen dans ces armées devant lesquelles l'Europe recule. enfin toutes ces qualités de force et de souplesse qui le font tout ensemble si cher et si funeste à la France. Tous ceuJ dans qui ne voulaient pas maintenir le pays en état de révolutioi soit par fanatisme incurable. comme Pichegru ou à l'opprimer comme Augereau dociles d'un pouvoir avili. relèverait le plusieurs de ses chefs avaient trop d'arrière-pensées et quelques^ uns conspiraient contre tement écrasée Ce choc la République. et on avait pi . Elle fut d'ailleurs promj mauvaise et elle servit plutôt à aiguillonner les les arrêter. Au contraire . tendances du pouvoir exécutif qu'à fut le précisément sur la question religieuse qu'eut lieu plus violent entre le parti modéré et la majorité d^ Directoire fortement appuyée dans les deux conseils. Oi put espérer un avait moment que l'opinion modérée et libérale qi envoyé de nombreux représentants aux deux conseils quelque peu pays. lot naturel d'une race brillante et énei la gique et qui doit aussi honorer défense de la liberté.

Ils ne voulaient pas plus du Dieu dont se réclamait l'ancienne France. en proclamant la séparation de TEglise et de avait fait disparaître l'obstacle le plus Il insurmontable à des mesures vraiment réparatrices. Tels étaient les sentiments qui ani- maient le nouveau tiers des conseils et que partageait . Nous avons déjà dit que laReveillière-Lepaux avait sa divinité particulière à protéger. C'était un philosophe inventeur de était religion .^^W Il LE DIRECTOIRE ENNEMI JURÉ DE LA LIBERTÉ DES CULTES. La Convention. 329 reconnaître combien le sentiment religieux est indestructible. en abrogeant et constitution du clergé . que de l'Etre suprême invoqué yeux par Robespierre. était facile de trouver une formule qui impliquât l'obéissance aux lois sans empiéter sur les convictions religieuses. dans représentait à leurs tout ce qu'ils détestaient le passé. Il n'y avait les aucun moyen de l'émi- plus sûr de rallier au l'Ouest et nouveau gouvernement de déjouer toutes populations de du Midi et les intrigues gration. c'est dire qu'il appartenait à la race la plus intolérante. Si l'on pensait n'était que le moment il pas venu d'abolir toute espèce de serment. et aussi cette importune morale quijette une ombre fâcheuse sur l'avenir de l'impie. suffisait du plus simple bon sens pour comprendre que de colère qui avaient allumé si la meilleure politique consistait à abando^mer la religion à elle- même et à revenir sur les lois la la guerre civile et dont apaisé la civile l'Etat suspension avaient promptement la Vendée. pour faire place au culte risible qu'il patronait il disposé à abattre tout autel I . n'y avait qu'à les appliquer avec largeur et qu'à les compléter en révoquant son dernier décret contre les prêtres insermentés. Malheu- reusement rien n'était plus antipathique à la majorité du Direc- toire et à ses partisans que le respect sincère de la liberté des cultes. Les purs jacobins comme Barras et Rewbell haïssaient la religion en elle-même. Ils le rangeaient définitivement parmi les vainIl cus du 10 août et du 9 thermidor. qui n'avait pas de meilleure carte dans son jeu que l'intolérance républicaine. la fraction modérée des conventionnels réélus raisons ils avaient toute espèce decelle de présenter cette opinion comme et de leurs com- mettants. car des pétitions nombreuses énergiques en portaient sans cesse l'expression devant le conseil des Cinq-Cents.

que l'on exigeait ils comme à condition préalable à l'ouverture d'un culte. Il dénonçait avec inla dignation les prêtres qui. Certes croire qu'on ne pouvait abolie. loi à double tranchant dirigée contre jacobins extrêmes et les royalistes. s'agissait de conjurer au plutôt ce séance du 4 péril public. Certes la loi du 3 brumaire qui avait exigé dans les vingt-quatre heures suffi- l'exécution de toutes les lois rendues contre eux était bien sante pour les persécuter. qui. les guirlandes de fleurs et les jattes de la touchants emblèmes de théophilanthropie. qu'un décret abominable et insensé contre les prêtres réfractaires leur était présenté. Son rapport était animé des plus hideuses du passions. se chargea de cette tâche honteuse. Tout annonçait que la lutte serait vive -entre le parti modéré qui voulait sérieusement la liberté des la «ultes et le Directoire qui voulait passionnément arracher religion. et avaient raison de demander un serment la une institution que la loi qui avait proclamé séparation de l'Eglise «t de l'Etat avait emporté avec la constitution civile liés. Le Directoire en provoquant par l'un . après avoir refusé leur serment à constitution civile crets clergé.330 rival. France à son antique A sur peine la les deux conseils avaient. fut le représentant Drulhe. avaient cru se la conformer aux dé- de lois la Convention en faisant la déclaration de soumission aux de République. des siens un nouveau décret ble y et surtout un décret sembla- ne voulait évidemment que la face jeter le gant au parti modéré ^t faire à Il du pays le sa profession de foi révolutionnaire. est vrai de dire que décret du 3 brumaire n'avait été presIl que Ce nulle part appliqué. du clergé tout les engagements qui y étaient Rien n'était plus absurde que de prétendre perpétuer légalement un plus en fait et délit qui n'existait qui ne pouvait être réparé puisqu'il n'était plus possible de s'engager vis-à-vis d'une constitution abrogée. Il se fiait peu au charme de cette bergerie sentimentale .ils voté en août 1796 la loi les sûreté de l'Etat. dans la floréal {23 avril 1796). qu'il voulait substituer à Tadoration du Dieu de l'Evangile les et il comptait davantage sur mesures de proscription que sur lait. On .

voient la patrie à travers leur haine. leur défiance. centre de ralliement de tous les mécontents correspondants ils des émigrés. Le débat fut très révolutionnaires fanatiques vif. à son exemple. Un député se plaignit avec amertume de l'étrange pitié des modérés la pourdes hommes qui ne respiraient que pour renverser Répupro- blique. Une exception en faveur des prêtres âgés de plus de soixante ans. le plaisir de persécuter et d'agiter le pays.PROPOSITION d'un nouveau DÉCRET DE PROSCRIPTION. voulezles vous que je vous fasse connaître ? Ce sont hommes qui. Une aveugle indulgence et l'impunité dont une les avait éloignés. De quel droit traiter de factieux les défenseurs de la justice. Un de l'EgHse insermentée. leur pusilla- . Les fonction- naires convaincus d'avoir négligé l'exécution de la présente loi étaient passibles de était la deux ans de détention. comla battaient des mesures dignes des plus mauvais temps de la liberté. animés non pas de l'esprit national. les comme Drouet ne voulaient si pas admettre d'objections contre une mesure admirable. pareil décret mise hors la loi et la proscriple tion formelle de l'un des cultes qui réunissaient plus grand nombre de la citoyens. « Les prêtres disait le rapport. C'était un des plus infâmes attentats contre conscience qui eussent encore été essayés. voulait 331 donc persécuter pour . » jouis- sent les avaient ainsi encouragés à rentrer dans patrie dont une salutaire terreur Le projet de loi soumis à l'Assemblée portait que tout prêtre qui n'aurait pas prêté serment à la constitution civile du clergé serait déporté et ne pourrait arguer du serment politique prêté ni en 1792. sont les plus : dangereux séditieux. dit-il Ter- reur ? « Les ennemis de les avec courage. Il leur était accordé dix jours de pour se rendre dans une maison de réclusion. c'est-à-dire con- damné délai à mort. mais de l'esprit de faction. ennemis de la République chefs de mouvements . délai de la soumission aux lois de la République. qui. un passe- Tout ecclésiastique qui n'aurait pas obéi à cette injonction devait être considéré comme émigré rentré était faite . Pastoret répliqua avec énergie et déclara que la loi posée était plus barbare que le code noir. Dans par cette loi le de vingt jours tous les prêtres atteints de- vaient se présenter à leur municipalité pour recevoir port.

Toutes inconvenances étaient réunies à toutes les duretés dans ces odieuses paroles. dans les relations de la République avec le saint-siége. inspirent plus de respect. Mais il pour h 1( musées de ne lui était lui pas possible d'admettre le nouvelles propositions que transmit comte Pierucchi. Il » Quelques furieux trouvaient la trop douce. Le jeune général étal irréaj un politique trop consommé pour proposer des conditions qu'il Hsables dans une négociation avait intérêt à terminera Aussi fut-il très contrarié de la manière dont le Directoire avaif engagé il l'affaire après l'armistice conclu par lui à Bologne. mais le la rapport fut différé. il ne voulait pas laisser derrière lui des ennemis qu'l les ne pouvait encore abattre. elles réagissent ensuite sur les » hommes. exercent plus d'influence dictions ont plus de prix.332 VIOLENCE DU BIRECTOIRE CONTRE LA COUR DE ROME. appartient à la même politique violente et là imprudente qui écartait les ménagements où ils étaiei surtout nécessaires. exigent sans cesse des mesures révolutionnaires et nous poussent au gouffre de l'anarchie loi et du despotisme. Le conseil vota le décret ainsi aggravé. . ceux qui foulent aux pieds la Constitution. Il ne se trouva pas d'orateur pour presser la conclu- sion de ces tristes débats et en définitive proposition fut écartée. Mai n'avait pas encore gagné assez de batailles pour parler maître. Le pape accorda sans . de mal. se décida à traiter avec les gouvernements de l'Itali^ du Sud . . nimité. « Ces vieux prêtres^ disait l'orateur. Le général Bonaparte. avec leurs cheveux blancs. délai les sacrifices d'argent qu'oi difficile demandait bien qu'il lui fût particulièrement oii Il il de vid( son trésor dans un temps rable de prêtres réfugiés. soi . C'est ce qui motiva parlers avec premiers poui une cour qui avait été le foyer le plus actif de l'oj position contre la Révolution française. soutenait un nombre considé^ objection ravis n'éleva non plus aucune lui furent contre la remise des objets d'art qui Paris. ces vieux fétiches là vient tout le . après ses première^ victoires. Les leurs béné- femmes adorent les ces grands lamas. y eut même une voix pour s'élever contre les adoucissements proposés en faveur des prêtres sexagénaires. Il fut porté aux Anciens. L'attitude du Directoire.

Quoique malade. Vous demandez la religion destruction totale des bases qui constituent chré- tienne. car nul seécrivit sur du dehors. par le chevalier Artaud. p. et vous exigez que pape son âme de ses peuples dont le sort lui est confié. les énuméra ses victoires et menaça de Il couronner par le renver- sement du pouvoir papal. la Aussi se prépara-t-on à cours n'était à attendre très défense mais sans espoir. Bonaparte un ton Il dur à cette cour de vieillards qu'il était facile d'effrayer.I^H de VIOLENCE DU LIRECTOIRE CONTRE LA COUR LE ROME. Le mal- heureux pontife s'écria « Nous trouvons couronne du martète. Le prince temporel pouvait mais le chef de lEglise ne pouvait sans se déshonorer et sans abdiquer soumettre une de ses décisions doctrinales aux fluctuations de politique. les succès de votre armée d'Ita- vous ont aveuglé par un abus intolérable de les la prospérité. pape convoqua un consistoire qui décida à l'unanimité qu'on ne pouvait accorder une pareille de- mande sans renverser la religion : de fond en comble la *. demande. la Toute TEglise catholique était ainsi mise en cause et la offensée. Le saint-père. Quelle folie n'y avait-il soulever à Textérieur pour l'aggraver la difficulté la plus sérieuse que là la République eût rencontrée à l'intérieur? On reconnaît bien l'imbécile entêtement d'un sectaire le comme la Revellière-Le- paux. » tyre plus brillanle que celle que nous portons sur notre le On comprenait lait très bien à Rome que Directoire au fond vou- la guerre puisqu'il demandait ce qu'il ne pouvait obtenir. 365. Rien de plus déraisonnable qu'une pareille se dépouiller. Le Directoire essayait la de consommer sur s'était conscience de son chef Vattentat dont vis-à-vis Révolution rendue coupable pas à des prêtres insermentés. . non content d'avoir tondu encore et celle la brebis jusqu'à le la peau vous voulez sacrifie les dévorer. le agissait sous main néanmoins dans sens de la conciliation par l'entremise du cardinal Mattei. Il 333 ^«lélégué auprès du Directoire. ne s'agissait de rien moins que il rétracter les breis par lesquels avait condamné la constitu- tion civile du clergé. consterné par cette insupportable préten- ^ Histoire de Pie VI. Celui-ci répondit avec dignité à l'une de ses impérieuses som- mations lie : « Monsieur le général.

sans ralh mer le flambeau du fanatisme. qui serait mieux encore. Il Aussi se prépara-t-il à ne parla plus de la clauî insensée de faire révoquer par le pape ses brefs sur la constitm tion civile traité la du clergé il et il signa à Tolentino (17 février 1797) ui par lequel obtenait du saint-père l'abandon des Légations renonciation à ses droits prétendus sur Avignon. une fort contribution de guerre et la cession de précieux objets d'art. il prouve que. en établissant une forme de gouverne ment intérieur qui rendrait méprisable et odieux le joug de prêtres. pour détruire le gouvernemei soit. Les victoires remportées sur les misérables troupes pontificales étaient sans gloire. » On ne pouvait avouer plus franchement que la Rév( d'opi-j lution française entendait faire à son profit une guerre nion et de religion. aux préjugés et aux habitudes des autres. d'abord par son essence. TRAITÉ DE TOLENTLNO. pour n'avoir pas senti aussi bien que nous que la religion romaine sera toujours Tennemie pardonne- irréconciliable de la République. s'est jeté dans le sein de Dieu pour le prier d'éclairer son telle serviteur sur ce qu'il doit faire dans une circonstance. Le Directoire vous invite à faire tout ce qui vous paraîtra possible. papal. malgré les sugges- tions passionnées du Directoire qui aurait tenu par-dessus tout la politique. traité de Tolentino pourra toujours être invoqué contre ceux le qi prétendent que domaine temporel du Il saint-siége est absolue ment inaliénable. Ce langage était » empreint de dignité. tion.334. et ensuite parce que ses serviteurs et ses ministres ne lui ront jamais les coups qu'elle a portés à la fortune et au crédit des uns. comme dans toutes les puissance la politique. « Vous êtes trop habitué à lisons -nous dans une dépêche adressée de Paris en février 1797 au général de l'armée d'Itahe. L'Esprit-Saint sans doute a éclairé son serviteur et lui a rappelé Texemple des martyrs. Bonaparte comprit tout ce qu'aurait d4 grave et de dangereux tifical. est à la merci des hasards de fortifié Les élections de 1797 avaient le Conseil l'influene . soit en mettant Rome sous une autre puissance. terrestres. Aussi Bonaparte avait-il hâte de conclure la paix. à renverser la papauté. le renversement prématuré du trône poi traiter.

. J Déjà dans la séance du 3 juin. alors elles il faut surtout aux malheureux l'espérance. il réviser. la religion dit-il Il ne craignit pas d'emprunter à « des considérations élevées. » que sont vos bienfaits près de ce bienfait immense ? de la L'orateur invoquait en- suite le respect volonté populaire qui se montrait de plus en plus fermement attachée aux institutions religieuses. de l'intérêt qu'attachent aux idées religieuses ces hommes habitués à s'en nourrir. l'organe des réclamations qui surgissaient la liberté Il de toute part contre les entraves à pro- nonça dans le la séance du 16 un mémorable discours où défendit droit de la conscience pour tous les citoyens indistinctement.RAPPORT DE CAMILLE JORDAN SUR LA LIBERTÉ DES CULTES. Ce réveil marqué du sentiment rehgieux que nous aurons à décrire plus tard rendait particulièrement odieuses les lois de persécution qui figuraient au premier rang dans ce code révolutionnaire que l'on avait Camille Jordan se fit commencé à des cultes. 335 du parti modéré et il prenait une allure plus décidée. comme directeur et par la révision religieuse ne pouvait La question man- quer d'être promptement abordée. se était tombée l'éducation avait publique. sans se croire obligé de se faire pardonner sa hardiesse par des invectives contre le christianisme. Leur besoin est surtout senti parmi les peuples en révolution. l'asile en font luire un rayon dans de la douleur. du La session débuta d'une manière significative par la nomination de Barthélémy des lois révolutionnaires. Plusieurs et Royer-Collard la des nouveaux députés tels avaient été étrangers C'étaient des que Camille Jordan aux mesures violentes de Révolution. Législateurs. « Oui. . Un nombre croissant de parents se refusaient à confier leurs enfants à des écoles été d'où l'instruction religieuse si bannie avec soin. dans plaignait de la déchéance dans laquelle un rapport sur les finances. elles éclairent même la nuit du tombeau. religieuses et ils étaient surtout étrangers aux passions anti- représentaient des populations très attachées au christianisme et de plus en plus mécontentes de Tintolérance Directoire. honmies nouveaux que ne gênait aucun engageIls ment antérieur. Gilbert Desmolière. Ne vous étonnez pas. Ce sont elles qui leur assu- rent des jouissances indépendantes du pouvoir des hommes et des coups du sort. en débutant.

« Ah je conçois s'écriait une sublime éloquence. Ils avaient besoin de mépriser l'hu- manité. » et du crime. ajouta-t-il. établissait avec une ferme logique que et rétribué le prêtre n'étant pas l'Etat. il législateurs. Camille la liberté entravée en France sous l'influence des préjugés révolution- Jordan insistait ensuite avec énergie sur l'ab- surdité des décrets qui interdisaient aux prêtres de convoquer les fidèles à son de cloche selon la coutume antique : « Pour- quoi. elles pourraient l'achever le sans vous. opposerions-nous donc une supersti- tion philosophique à la superstition qui attache les femmes de nos villages à la cloche de leur paroisse ? » Les cérémonies funé- raires avaient été depuis Chaumette ! l'objet . un fonctionnaire reconnu par ne devait être soumis à aucun serment. il faut rendre la liberté à tous les cul- Camille Jordan expliquait sans détour ce qu'il entendait Il par celte liberté. ils les dépouillaient de leurs pompes! pourquoi de l'homme jetaient avec tant d'indécence les derniers restes la fosse il dans du cimetière. Le pouvoir civil n'avait à s'occuper que du maintien de l'ordre public. Si Ton veut élever une digue aux progrès inquiétants du désordre tes.336 RAPPORT DE CAMILLE JORDAN SUR LA LIBERTÉ DES CULTES. de s'y assembler. Les lois ne sont que supplément de la peuples. d'y ériger les signes de leur croyance. de règlements iml'orateur avec la pies ou ridicules. n'était que trop facile au rapporteur de des cultes était montrer combien sur tous ces points naires. elles seules parlent efficacement de peuple . d'en Il pratiquer les cérémonies et d'en publier les doctrines. s'ensuivait que les citoyens devaient avoir le droit d'acheter ou de louer des temples. à aucune déclaraIl tion politique. est utile et précieux pour vous que morale au morale des les religions existent. devait être loisible aux citoyens de choisir les prêtres de leur choix. détermination des jours fériés appartenait aux Il diverses. devait même Eglises leur être permis d'avoir dans leur maison la un temple domestique. pourquoi ces tyrans qui ont couvert France de tombeaux. tout ce qui avait rapport à la reliIl gion était en dehors de sa compétence. qu'elles exercent en liberté leur puissante la influence. disait-il avec esprit. et leur fallait étoufî'er les sentiments généreux dont la . elles préparent votre ouvrage.

par la raison lité a que la bonne politique que se met au-dessus de la léga- dans un temps de révolution où l'un des partis doit écraser l'autre. 337 : réaction devait leur être terrible. qui appartenait à extrême du parti révoluviolents tionnaire. disait-il. vous donnerez monde les le spectacle d'un grand empire où tous les cultes peu- vent être exercés avec une égale protection pour Il et inspirer Taffection pour hommes fut et le respect les lois. : avait présenté à lois l'Assemblée la proposition suivante « Les qui ont pro- noncé pour la peine de déportation ou de réclusion contre les prêtres. La discussion sur ce rapport eut lieu au conseil des Cinq-Cents^ deux mois après (8 juillet 1797) à la suite d'un vif débat sur les émigrés. sont rapportées. excita les fureurs du ban et de Tarrière-ban des jacobins. gauche invoquait la situation exceptionnelle du pays et défendait avec passion les mesures de salut public. » Ce discours un événement. transformer Louis XVI en martyr et vouer à l'ignominie les héros de la Révolution. peuvent créer ou détruire des gouvernements. Les les citoyens qui auraient donné asile auxdits prêtres rentreront prêtres sont également rapportées. La commission au laquelle Camille nom de Jordan avait pris la parole. ouvrit la discussion par un discours des plus contre toute modification des lois existantes. » Camille Jordan terminait ainsi ((Vous réaliserez l'antique LUI vœu de la philosophie . autant à lui elle semblait funeste. » Cette mesure eût admirable- ment complété celles proposées par Camille Jordan. » L'ora- teur voulait qu'ils fussent sion \ soumis à une déclaration de soumiset aux lois Il de la République que toutes les églises fussent endues. 22 . « Les prêtres. sottes railleries sur le On essaya de faire oublier par de les son des cloches grandes maximes du droit public et la les nobles paroles qui avaient honoré ce jour- la tribune nationale. Autant l'influence de la religion avait paru bienfaisante à Camille Jordan. Le général la fraction Jourdan.BEAU DÉBAT SUR LA LIBERTÉ DES CULTES. Lesdits dans tous leurs droits de citoyens.. la seule cause de refus de serment lois et de déclaration de lois soumission aux rendues contre de la République. » Ce fut sur ce terrain la le débat s'engagea avec le plus de vivacité. s'opposait énergiquement au rappel des réfractaires..

Lemérer et Boissy . Royer-Collard les une mâle éloquence en peignant sous le souffrances de régime révolutionnaire. Non. n'opprimera ni les autres sectes. Un gouvernement retomber sur le tort s'obstinerait à la proscrire verrait qu'il lui porterait. » Le jeune orateur eut « de vanter pai avance existe le régime des concordats. « Ne craignez la liberté point. qu'elle elle avait monarchie dont les attaques « précédé la naissance triomphé de toutes qui lui avaient été livrées pai naissant qu lui les coup: tyrannie révolutionnaire. » C'étai précisément ce que l'Assemblée constituante avait essayé dans l constitution civile du clergé et il eût été plus sage de renonce: déployi l'Eglist à toute entreprise du même genre. d'Anglas soutinrent éloquemment ce dernier parti Boulay de la Meurthe défendit maladroitement la constitution civile du clergé et Lamarque la agita de nouveau devant l'assemblée si le poi- gnard de Saint-Barthélémy. faut que le gouvernement contracte avec une alliance fondée sur l'intérêt d'un appui réciproque. dit-il. » D'où Torateur concluait qu'il fallait maintenir les mesures la les plus intolérantes.338 tandis DISCOURS DE ROYER-COLLARD. que la droite tendue et qu'on inaugurât demandait que l'on mît fin à une crise si le règne de la loi. « Nous ne s'écria-t-il. ni la libert< négative des indifférents. attaquée elle-même chaque jour. disait-il 1. souvent invoqué dans ces débats comme une voulons pas. raison décisive de persécuter les prêtres. sa On retrouve dans ce premier discours l'austère vigueur de le Il parole et aussi cette habileté magistrale à élargir risque de le perdre quelque peu dans l'abstraction. dé- . qu'i dans un Etat une rehgion généralement il et depuis longellt temps adoptée. qu'elle y était indestructible. Toutes les fois. que la religion cathoUque abuse de elle pour aspirer à tyrannie. débat au montrait avec une haute raison que la religion catholique était profondé- ment enracinée dans avait survécu à la et la le pays. du Dieu de vrai leurs pères. car leurs pères étaient des barbares. Le Dieu est celui de la tolérance et de l'humanité. On entendit dans cette discussion voix grave d'un jeune député destiné à exercer une grande influence sur le parti libéral pendant de longues années. RoyerColl^ird débuta à la tribune en défendant la plus belle des causes.

envisage ses s'est reposé dans un sentiment comme un bienfait la seule cessation de maux. par le froid. condamnés au crime par crime. mais nous enseigne. mitraillés. mais lequel? Est-ce le gouvernement révolutionnaire? crois sans peine . a bien assez elle du soin de sa propre défense et ce n^est pas le temps pour de méditer des conquêtes.DISCOURS DE ROYER-COLLARD. que ces haines sont surtout ressenties par les oppresseurs. Mais est réparable. donnés en spectacle de carnage. il il paye ce bienfait de toute sa reconnaissance. seuls ennemis de la paix publique. qui repoussent le pardon public. Et est vrai que ceux sur qui a pesé une cruelle oppression doi- vent être déshérités de la protection sociale. il Ah ! je le fait les a entassés dans des cachots et les y a périr par des massacres. mais nos propres cœurs attestent que ces souvenirs. et de soulever contre eux souvenir d'une puis- sance si complètement évanouie. il faudra le prouver jusqu'à sa dernière con- séquence. A ceux qui invoquaient comme un péril le quence pouvoir du haut clergé sous Tancienne France. Quelle est donc cette justice Si ce rai- qui motive la proscription par la proscription même? sonnement est bon. dit-on. con- fiance. pouillée elle 339 de ses cérémonies extérieures. : Torateur répondait ainsi « Ce serait la plus étrange inconsé- et la plus atroce dérision de les accuser aujourd'hui de le ce quils furent. veuve de ses pontifes. après de longues et sanglantes souffrances est d'implacables souvenirs. haïssent. est le gouverne- ment qui réparera ce qui ils? » pourquoi : le haïraient- La péroraison du discours admirable « Justice. quand de résignation. parce qu'ils ne peuvent obtenir celui de le la conscience. générosité tant décriées par la tyrannie. le gouvernement répubhcain. par la faim. vous n'êtes pas seulement encore la le plus noble sentiment de l'âme humaine. vous êtes la plus savante plus vaste pensée des gouvernements . véritables ennemis. l'expérience il est des haines. qui donc parmi nous l'obtiendra si ce n'est les assassins et les bourreaux? Oui. il sans doute. jusqu'à ce principe fondamental de la politique révolutionnaire s'il : // n'y a que les morts qui ne reviennent pas. Que dis-je? attache presque l'idée de justice à la modération dans Ils l'injustice. il les a noyés. immortelles. il L'opprimé au contraire.

est certain que l'une des causes principales de époque par Thibaudeau sur laisse attentat fut précisément le rétablissement de la liberté des cultes. : Au cri et féroce de la démagogie invoquant l'audace et puis l'audace cri encore l'audace.34-0 COUP d'état du 18 fructidor et ses suites. ces jour. Le rapport présenté à tion politique cette la situa- du pays ne aucun doute à cet égard. c'est le sabre! Ce s'. où elle peut répéter en riant. Le mé- lange de la ruse et de la violence rend faut jeter le crime plus odieux. Cette violation de la représentatien naesi tionale habilement calculée par les dépositaires de l'autorité infiniment plus coupable que les irruptions populaires. s'est conformé aux principes proposés par la philosophie et consacrés par stitution : la Conles liberté de conscience . leurs victimes seule en sortent pures dirent La plupart des généraux applau . plus profond des artifices. Malgré cette restriction. le combinaison politique. » une déclara- Nous n'avons pas à retracer les circonstances du hideux guet- apens du 48 fructidor. ce mot d'un obscur : ofiicier au: proscrits qu'il était chargé d'arrêter a La loi. la liberté des cultes avait remporté une grande si victoire et son triomphe eût été bientôt complet ce mouve- ment bienfaisant n'eût été arrêté soudain par le Il coup d'Etat de cet fructidor. répondons par ce consolateur et vain: queur qui retentira dans toute « la France » « La justice et puis la justice et encore la justice. le L'Assemblée vota pres- que à l'unanimité projet qui faisait cesser la déportation des prêtres insermentés. les armées qui prêtent et pour les pays qui les supportent. Le conseil des Cinq-Cents. l'insolence des émigrés et des prêtres réfractaires. rappelés et favorisés ouvertement. au coup d'Etat du 18 fructidor la réserve de Bonaparl» . « On nous dénonce. 1 un voile sur ces jours néfastes où une soldatesqu» avinée insulte brutalement au droit qu'elle supprime. journées-là sont un grand déshonneur pour et glorieuses. soumission de leurs ministres garantie par tion. en dépit de l'esprit de parti et des prétentions renaissantes d'un culte autrefois dominant. protection égale pour cultes. La gauche aux n'obtint l'article relatif à la dé- claration de soumission lois qu'au second débat. disait-il.

Les élections de 1798 qui ont envoyé aux conseils une fraction modérée et libérale sont annulées par la loi du 22 floréal qui déclare hardiment que quand la . Depuis ce jour République fut perdue .COUP d'état du 18 FRUCTIDOR ET SES SUITES. libérale Il c'était violence du Directoire ne voulait s'agissait de savoir si la République deviendrait ou si elle continuerait à dominer comme l'ancienne mola narchie par la raison d'Etat qui foule aux pieds toutes les notions du droit. inquiets de la proximité d'une gloire éblouissante. Le pouvoir immoral et représenter ne sait pas qu'il est même maintenir l'ordre public. le conseil des Cinq-Cents Ce qui était en cause. préoccupé Habitué à ne rien le il de durer il afin d*expioiter le pays. un lent supplice. tint 341 uniquement à ses calculs ambitieux. L'attentat du 18 fructidor fut accompli au profit de S'il dictature révolutionnaire contre la liberté renaissante. car la dé- portation (elle qu'il la pratiqua. qu'il est perd des dernières campagnes. révolutionnaire à laquelle la majorité pas renoncer. fatal la elle se montra décidément incompatible inique qui prétend la avec la liberté. il n'en fut pas moins meurtrier. rend la paix impossible et déchire traité de et Campo-Formio les à peine conclu. «nénager. fit ne pas couler le sang. c'était la non la forme du gouvernement mais sa politique. faut le coup de fortune inespéré de Zurich pour empê- cher un grand désastre. n'était pas autre chose qu'une condamnation à mort. Ce fut la critique d'un un coup hasardé et mal combiné et non pas rindignation d'un ami de la liberté. La brillante et stérile expédition d'Egypte après avoir servi les intérêts des directeurs. Avec il les plus belles le fruit armées meilleurs généraux du monde. tourne au profit de l'absorbante personnalité qui va s'emparer de toutes les forces du pays. Tl n'est pas vrai que la joueur consommé sur République fût menacée parce que revenait à la modération. bas et pocrites. parce le guidé dans ses choix capricieux par ses seul désir de 11 récompenser créatures et d'éloigner ses rivaux. Le coup d'Etat de fructidor n'eut aucun prétexte plausible. A l'intérieur le pouvoir ne peut conserver les résultats du coup hy- d'Etat de fructidor que par de nouveaux coups d'Etat. et sous prétexte de se perpétuer elle perdit toute raison d'existence. qui déshonorent la France.

d^â COUP d'état du 18 FRUCTIDOR ET SES SUITES. lui rendrait le son repos. Les nouvelles élections la faites en 1799 et qu'on n'ose casser lui font perdre majorité dans les conseils. Le pays ne veut plus de lui. ce n'est pas une délivrance. réunie en section dissidente. En vain le Directoire la liberté multiplie les mesures révolutionnaires. tantôt repoussé mais jamais satisfait. qu'il appartient de donner la vraie représentation de Topinion. ambition démesurée mais profondément Le 18 brumaire est la solution méritée c'est de la crise de fructi- dor. La Reveillière-Lepaux et Merlin doivent se retirer devant une opposition irréconciliable. c'étaient les il ambitions. 11 avait la gloire. Ce n'étaient pas les idées qui se heurtaient. car la modération qui les conserverait n'est pas compatible avec l'ardent génie qui a montré au jour même de son triomphe qu'il n'acceptait pas de frein moral. La Convention n'avait rien imaginé de plus inique qu'une mesure qui impliquait les parents des émigrés ou des suspects dans les me- nées dont contre le ils étaient parfaitement innocents. Au fond la réaction Directoire ne venait pas tant fructidor. majorité des électeurs n'a pas accordé son approbation au gou- vernement^ c'est à la minorité. le don de séduire les esprits et point de principes qui gênassent son habile. mais des compensations qui doivent se perdre l'une après l'autre. un châtiment avec de glorieuses compensations. Sieyès rêva ce rôle mais il dut se retirer sur le second plan la dès que le général Bonaparte eut remis pied sur le sol de France. susla presse. décimé par le coup d'Etat de que du parti jacobin qu'il avait tantôt caressé. le génie de l'administration aussi bien que celui de la guerre. Le . Le vainqueur des Pyramides était admirablement pré- paré pour entrer dans la situation et pour la dominer. . pend de pratique les visites domiciliaires et revient incessamment à l'arbitraire le plus effréné. mais on se demande bientôt ce qu'on a gagné à ce nouveau voit l'abominable loi des changement quand on otages sortir des premières délibérations des conseils renouvelés. du parti modéré. pays était las de tous ces tiraillements dont était la victime aussi était-il prêt à se donner à quiconque . Sieyès devient l'homme de la situation.

. 3-43 Je ne connais rien de plus triste dans l'histoire contemporaine que les scènes qui précèdent la date fatale. rétabli Que Ton nous vante l'ordre qu'on célèbre loin et le dans les finances et sur les routes. eux-mêmes ne sachant pas hodu droit. à Saint-Cloud pour que sa voix mourante les conseils n'éveille aucun écho dans Paris. Près de deux cents prêtres furent dé- portés à Sinnamari avec les représentants modérés la : tous moururent en quelques mois. Séance du 18 fructidor an III. î quelle pitoyable les comédie pour introduire une épopée Heureux peuples qui n'ont pas vu et revu des scènes semblables. romme dénoûment triomphant du drame de étaient I rien le Nos pères morts dans une autre espérance. n'eut de plus pressé que de rapporter les derniers décrets qui la proclamaient et de remettre en vigueur les mesures les plus sévères contre les prêtres insermentés. jusqu'à ce qu'il à ses grenadiers signe convenu.RETOUR AUX PROSCRIPTIONS CONTRE LES PRÊTRES. En France. n peut se figurer facilement quelle fut l'attitude du Directoire Il à l'égard de la liberté des cultes depuis le 18 fructidor. qualifiait ainsi les lois réparatrices qui venaient d'être votées : « La superstition et la fanatisme ont été rappelés par ceux-là les détruire monarchie avaient contribué à déclaration de soumission mêmes qui sous ^ » On ajouta à le la aux lois de la République serment presque de haine à la royauté. persécution reprit avec violence. La Reveillière-Lepaux dans son message aux conseils mutilés. miracle de Marengo. tout cela au nom des principes de 1789. mais qu'on n'aille pas plus le la qu'on ne nous demande pas d'acclamer le 18 brumaire Révolution. Des visites domiciliaires furent autorisées pour rechercher les réfractaires qui encombrèrent de nouveau 1. le général norer leur défaite et ne trouvant que les emportements des clubs quand de il faudrait parler le langage viril la Bonaparte balbutiant à altérée le tribune et pâlissant devant Timage bien ait fait la liberté. les conspirateurs et le reléguant se faisant un jeu d'avilir le parlement national.

L'institution des fêtes décadaires offrait de persécuter les adhérents de l'ancien culte. » Cette proposition renvoyée à une commission de la voter. mais comme factieux que les prêtres comme ministres d'une religion abhorun moyen commode dimanche.344 CÉLÉBRATION FORCÉE EU DÉCADI. que ces éternels ennemis de nos la et de notre tranquillité apprennent que mort les attend fut osent rester sur notre territoire. disait-il . et les conseils n'eurent pas le loisir Une fraction de l'Assemblée eut voulu étendre à la tous les prêtres. les ennemis » seuls de la liberté générale vous tien- dront ce langage. mé- rée. Le 21 brumaire. sont point tenus d'étudier les rehgions pour créer des lois. Quelques députés firent observer qu'une pareille mesure mettrait la France au-dessous des Etats du pape en fait . dans : la séance du 3 brumaire. le 28 bru- maire an VI. Le représentant le Duhot qui rita d'être . Ce projet soumis au conseil des Cinq-Cents dans la la séance du 14 frimaire fut écarté dans celle du 23 nivôse par question préalable. Duhot. pontons. pour cause d'incivisme. avait motivé sa proposition les « En vain vous dirait-on que vous blessez les législateurs ne c'est règlements particuliers de chaque secte. voulaient encore que l'on interdît formellement célébration du dimanche. non décréter la fait célébration forcée la du décadi. condamnation à la dé- portation. un décret d'après lequel était la célébration du décadi ainsi forcée. pour établir leur reli- En vain vous dirait-on encore que vous blessez la liberté individuelle. par un zèle ardent et amer contre fit appelé le chevalier Décadaire. lois. rendre. ne permit pas d'étendre à ce point une pénalité si rigoureuse. contents d'avoir Les jacobins du conseil des Cinq-Cents. aux ministres des cultes à étudier ces gion. Genissieu proposa d'assi- miler aux émigrés tous les prêtres condamnés à qui ne se présenteraient pas pour soustraits lois s'ils : la déportation s'y seraient la subir ou qui « Il faut . réfractaires ou non. sur la proposition de Français de Nantes . L'Assemblée. Le représentant Ghollet essaya vainela les prisons et les ment de faire consacrer de nouveau la liberté des cultes sous réserve d'une simple déclaration de soumission au gouverne- ment établi. Ce n'était plus seulement étaient poursuivis.

se trouva même un député pour proposer qu'on n'accordât de protection qu'à ceux des marchands qui prêteraient les le serment de n'employer que poids et mesures républicains et de tenir leurs magasins ou- verts les dimanches eu et les jours de fête de l'ancien calendrier. on les comptât en rétrogradant sur la fondation de la République. le nistres osent ils défendent de travailler dimanche et empêchent les ouvriers catholiques de s'occuper ce jour-là dans les ateliers. foires fussent reportées à d'autres jours On demandait que que le décadi. de porter de lieu en lieu sa piété vagabonde.CÉLÉBRATION FORCÉE DU DÉCADI. et les réfractaires On aurait ainsi les assermentés de la bou: tique après avoir eu ceux du temple. sous des peines sévères. odieusement bouffonnes. attaqué depuis et longtemps parla philosophie est obligé détrôné par vos vrais défenseurs. » en concluait que le chômage du dimanche s'écriait-il. Un décret fut aussi réclamé pour défendre. ses miencore exercer parmi nous un insolent despotisme. furent toutes renvoyées à sion qui les eût très certainement fait la commisl'orage convertir en loi si de brumaire n'eût balayé toutes ces inepties. dit le représentant Duhot. toute pratique qui dérogerait au calendrier républicain. Leur qu'il n'était 345 amendement le fut écarté par la raison pas républicain. de liberté religieuse. tout usage. «Quoi! quelques sesi maines après que le grand prêtre de Rome. L'Assemblée prit en sérieuse considération la proposition de transférer au décadi toutes les fêtes religieuses et renvoya à la commission avec son approbation une motion qui tendait défendu de fermer les à ce qu'il fût boutiques dans les jours consacrés au repos par l'ancien calendrier. L'administration le servait à souhait . » De tels discours révèlent à quelle abjection la tribune française était réduite. que Il clôture de toutes les boutiportait at- ques. Ces propositions. teinte à la législation du pays. «C'est la signe extérieur d'un culte. Le parti violent pouvait du reste prendre en patience les len- teurs de la fdière législative. Ce lieu n^étaitpas encore assez un obscur député demanda qu'au précédents sur la de compter les siècles naissance de Jésus-Christ. les l'in- avec tention visible de donner la préférence au dimanche afin de Il mieux heurter les habitudes religieuses.

pourla son plan favori de renverser le parti papauté. chassés. se répétant périodiquement en faisant descendre une odieuse tyrannie aux circonstances Les les plus minutieuses de instant. Le le traité Il de Tolentino conclu avec saint-père n'avait été qu'une trêve. incarcérés. Déjà dans la séance du 25 frimaire an VI Grégoire s'était plaint d'une circulaire du ministre de l'intérieur Gohier. SA MORT A VALENCE.346 ENLÈVEMENT DU PAPE PIE VI. p. 237. de manière qu'on ne pût l'oublier un seul faits qui venaient de s'accompUr en le Italie étaient bien de nature à mettre comble au mécontentement et à l'indignation de tous les adhérents du catholicisme. l'exaspérer et même. si le en eût été auItalie. fut enlevé de Rome. plénipotentiaire de la République près du saint-siége. misérablement pour sa perenthousiasme dans sonne. acharnée sur toute la . p. 77 Mémoire en faveur de Dieu. . transféré en Toscane. après suivit avec passion fructidor. Le malheureux Pie VI. sans que l'on pût jamais savoir avait la cherché à l'exciter ou à la calmer. trement sans doute général Bonaparte fût demeuré en Le Directoire. Voir aussi le curieux ouvrage. se soumettre Hsons-nousdans les Mémoires de Grégoire. surface du pays. en la vie. transportés au delà des mers pour avoir refusé de aux arrêtés par lesquels invitaient sous les municipalités et les administrateurs les offices peine ! de déportation à transférer divins au décadi Les membres de Tadministration centrale de TYonne obtinrent incontestablement la palme dans ce genre de tyrannie ^ » Qu'on se représente à quel point des mesures semblables devaient froisser le sentiment religieux. débarrassé de tout contrôle. qui demandait aux ministres de tous les cultes de transférer leurs offices au décadi. II. « Que de malheureux prêtres. Mémoires de Grégoire. glorieusement et utilement pour sa cause. puis en France où il alla mourir à Valence. Le par favoriser ouvertement révolutionnaire à général Duphot. Ce fut l'occasion désirée de rupture. car sa présence et ses souffrances excitèrent le plus vif le 1. quoique brisé par l'âge et la maladie. et et pratiquait une persécution taquine . futur beau-frère de Joseph Bona- parte. 2:^6. Il commença Rome. fut s'il tué dans une émeute. et suiv.

Rien ne avec laquelle Fallait-il le le juge aussi sévèrement que la satisfaction pays le vit remplacé par la la dictature militaire. .FIN DU DIRECTOIRE. car ce furent ces attentats contre la liberté de la religion qui contribuèrent le plus à le déshonorer et à le perdre. par de 1789 ! Toir VHistoire le chevalier Artaud. sa politique avait été si odieuse que coup d'Etat du 48 brumaire parut une réparation à beaucoup d'honnêtes gens abusés. Il tomba dans Tinfamie le et rimpuissance. Le Directoire put faire que rien n'est plus dangereux que de des martyrs. lieu 347 se convaincre même de son exil *. qu'il eût dégoûté France pour qu'elle s'applaudît libéral d'une fin pareille du grand mouvement de Pie VI.

et encore n'avons-nous mentionné que les me- sures législatives ou celles qui émanèrent Nous auroîis l'occasion du pouvoir supérieur. Révolution.CHAPITRE m Les autels relevés par la liberté. sures devinrent plus rigoureuses dans leur application presque partout l'administration locale les aggrava singulièrement et se mit ouvertement au service des passions antireligieuses. n'est Rien donc plus faux que d'attribuer à un heureux coup d'Etat le relèvement des autels. Nous avons vu à quel point même sous le régime de la séparation de l'E- glise et de TEtat. Non . Et cependant. fit premier consul ne qu'arrêter fltS un des plus beaux mouvemen i 1 le religieux qui aient honoré notre pays. France du dix-huitième spectacle inattendu d'un réveil puissant de la foi chrétienne. en cherchant à le réguj lariser ou plutôt à l'enrégimenter. abandonnée siècle eut elle se releva avec une étonnante rapidité du disla où elle était tombée . liberté la religion profita de la incomplète qui lui fut laissée. dans un . fréquente de constater combien ces me. et et du jour où où elle fut elle cessa de rentrer dans l'administration du pays à elle-même crédit le . La liberté des cultes n'a pas la vraiment existé en France un seul jour dans le cours de elle fut restreinte. malgré tous ces désavantages. ditficile Certes nulle tâche n'était plus culte sans que celle de rétablir aucun autre appui que les libres convictions. ils se relevèrent d'eux^ IX- mêmes sur un sol encore chancelant et couvert de ruines.

sans l'élégance qui impose une certaine retenue tières. mauvaises passions qui en prola Au lendemain de les la Terreur. Les écrivains du temps qui se sont plu à tracer le tableau de la société parisienne à cette époque sont unanimes à nous la dépeindre saisie d'une fiévreuse impatience de jouir de la vie et s'abandonnant sans pudeur à cet entraînement. dans le Palais-Royal un vrai bazar des Le jeu et la prostitution y attiraient une jeunesse luxueuse qui avait de l'ancien régime toute la corruption. Tétat moral de France était déplorable. la famille était chancelante sur sa base. et comme elle n'avait pas conservé les croyances qui consolent de toutes les déceptions et sauvent Tâme d'un est doute universel et morbide. elle ne se purifiait qu'aux fron- Ce qui est plus grave. On comptait un divorce sur onze mariages. la Révolution. *. même après ce qu'elle en avait dépensé à la guerre.ÉTAT MORAL pays où sophie. Il la tension accail jeta le bonnet rouge. '1. Paris avait vices. c'est-à-dire le grand ressort moral qui aussi le frein par excellence. Il ne pas seulement de combattre des idées subversives. semblable à s'agissait un torrent débordé. Jamais peut-être on n'avait vu la débauche s'étaler en plein soleil avec cette audace. Mémoires du temps. MM. Ce scepticisme n'empêchait pas sa force renouvelée de bouillonner en elle et il lui en restait beaucoup à employer. les mais encore de vaincre toutes fitent. avec ses illusions elleavait perdu la faculté de croire. Elle avait une religion. par Mercier. le 1)U PAYS SOUS LE DIRECTOIRE. facilité grâce à la inouïe du divorce et et à l'assimilation presque complète des enfants naturels aux enfants légitimes. de Concourt sur . (le des liens les si aisément rompus el l'ouvrage Voir le Nouveau Paris . la on vit une fois de plus combien volupté est voisine de violence sanguinaire. commencé par se faire de la liberté crimes commis en son nom Ten avait prompte- ment dégoûtée. Paris fut possédé d'une sorte de fureur de plaisir dès que cessa blante des mauvais jours. le 349 la sensualisme avait semblé dernier mot de philo- OÙ une railleuse impiété avait régné sans contestation dans les salons pour descendre de ces hauteurs sociales dans les rues et les carrefours. mais porta dans les fêtes l'emportement qui la l'avait rendu si cruel.

la religion devait remporter de grands triomphes. dès que la moindre liberté d'action lui serait était rendue sous l'influence d^une énergique réaction qui bien loin cependant d'être le retour à la justice et au droit. Malgré toutes ces difficultés. langue morte et Au risque de parler une de recevoir des injures pour réponse. Même après civile de cette trop fameuse constitution la lutte du clergé qui donné naissance au schisme. Ce que Révolution avait le plus de peine à pardonner™ la religion. Aussi déjà? comment nous en trouvons-nous effraye Chaque décadi on nous ne s'en du récit de plus de crimes et d^assassinats qu'il commettait autrefois dans une année. dans la comme toutes les préventions passionnées englobait même condamnation le clergé libéral et les prêtres royala listes. l'Eglise de France était divisée en deux sections l'abrogation en avait encore très opposées Tune à l'autre. c'étaient ses propres violences et ses propres iniquités le seul à son égard. Un journal du temps donnait Texplication rable : c( situation déplo- Nous sommes sur nation qui ait lisons-nous dans V Eclair. » le La restausi ration religieuse trouvait un grand obstacle dans le préjugé y avait incompatibilité entre christianisme et les institutions nouvelles. nous dési clarons qu'il faut cesser de détruire les traces de la religion Ton veut empêcher répandu qu'il la dissolution de Tordre social. Cette animosité dont on retrouve les traces jusque dans tiques d'aujourd'hui ne nous les historiens ecclésias- empêchera pas de reconnaître avec foi ei équité la part glorieuse des deux clergés au réveil de la . On fait le sait.350 étaient bien HOSTILITÉ DES DEUX CLERGÉS. peu respectés tant qu^ils subsistaient. les entre les assermentés et les pre- insermentés n'avait pas été interrompue un seul jour. tait Il lui semblait que la moyen de de se justifier c'éle de les pousser à dernière extrémité en anéantissant souvenir de l'offense avec Texistence même l'offensé. les seconds avaient redoublé d'attachement au saint-siége. du clergé émigré avaient contribué à injuste ce préjugé qui aveugle et . véritable de cette le globe. la seule cru pouvoir se passer de religion. Malheureusement fortifier les intrigues . miers avaient conservé Torganisme semi-presbytérien qui avait été un moment la religion officielle de la France .

Elle essaya de fonder un culte rival de l'ancien culte ne parvint qu'à donner une pi- toyable comédie qui finit promptement devant des banquettes la vides. car jamais résignera définitivement à abjurer délire qui l'a les un grand pays ne idées religieuses . D'ailleurs l'efla religion mênie tenté pour détruire ascendant sur tend à accroître sa puissance. mais elle avorta honet elle teusement dans cette tentative. n'en était rien.ÉTABLISSEMENT DU CULTE DES THÉOPHILANTHROPES. pour rendre à la France le Dieu auquel elle avait dont elle ne se le pouvait néanmoins se passer. Pour nous. leurs dissentiments éclataient jusque sur les pontons où tient ils enduraient les mêmes souffrances. Que d'autres tombes pour y chercher des calomnies posthumes des querelles dont les et ressusciter motifs n'existent plus. k la distance où nous sommes. comme le aussi les prêtres inle sermentés furent injustes et implacables en méconnaissant zèle et sincère avec lequel clergé assermenté tra- vailla. 11 nous appar- aujourd'hui de les réunir dans un la même respect pour leur héroïque dévouement au service de fouillent les religion. au milieu de bien des difficultés et des périls. au réta- blissement du culte en France. L'échec complet de théophilanthropie démontra avec et sans éclat l'impuissance d'une croyance sans mystères dogmes . Les prêtres constitutionnels tres réfractaires les eurent tort de ne voir dans les prêroyalistes conspirateurs et que des de fermer yeux pur à leur pieux courage. quoique divers. La persécution commune aux Il uns et aux autres pendant la Terreur eût dû les réconcilier. 351 Dans Tardeur de leurs divergences . France. poussé à les rejeter n'est si que l'accès d'une fièvre violente qui serait la fort mort elle n'était passagère. nous ne savons qu'applaudir paru renoncer et à ces efforts également généreux. La philosophie son profit le réveil hostile au christianisme essaya d'exploiter à du sentiment religieux. car elle se purifie au feu de la persécution et retrouve son les âmes dans ce qui paraissait destiné à l'abattre tout à fait. ils n'étaient pas capables de s'apprécier et de s'estimer mais le privilège de rhistoire est précisément d'échapper à ces tristes malentendus qui divisaient de nobles cœurs faits pour se comprendre.

consistant uniquement dans l'adoration de Dieu et la pratique de la vertu. Mais une un pur être de raison. est Toute tentative pour la pour rester dans cette région glacée. pelle Une ancienne fort bien chî annexée à l'établissement servit aux premiers offices pi blics. De là leur succès. Parmi les cinq pères la religion de famille qui se constituèrent les fondateurs de nouvelle se trouvait Haùy.352 ÉTABLISSEMENT DU CULTE DES TIIÉOPHILANTHROPES. faite cœur humain. Les pires mythologies de TAsie neure sont parvenues à rallier des peuples entiers. où toutes avoir le les traditions sombré dans la tempête. qu'on pouvait tenter de remplacer du Contrat social christianisme par la religion ^ On préluda au nouvel établissement religieux par quelqu^ publications destinées à préparer les esprits) on y préconisait culte dégagé de toute superstition. obtint du gouvernement. parler au nom de la Divinité et avaient dans les temps d'ignociel . ce et surnaturelle avec la Divi- tourmente le religion qui n'est qu'un froid système. le frère du fameux ch| miste. les seconds de Rousseau et surtout de Robespierre. Ce fut à la fin de l'année 1796 que l'on passa de la théorie à la pratique. réchaufïer avorte misérablement. directeur de la maison des aveugles. p. parce que elles prétendaient malgré leurs légendes impures ou sanglantes. 85. d'une manière déplorable sans doute besoin d'une communication directe nité qui en le pervertissant. Mais ce n'est que dans un pays en révolution. les églises la dispoS pour la secte de partager avec les prêtres cath( liques. premiers procédaient de Diderot d'Helvétius. en se fondant sur ce que Constitution ne permettait ps 1. Bientôt on . Mi- à devenir une religion. . rance le prestige d'une révélation du et elles satisfaisaient. On sait combien le déisme comptait à cette époque de partisans semblaient en Angleterre. Tandis que les ardents apologistes et du décadi reprenaient en sous-main l'œuvre d'Hébert . en Allemagne et en France. de Chaumette les théophilanthropes essayaient timidement de ressusciter le culte de l'Etre suprême interronjpu par les les évéet nements de thermidor. Voir sur la théophilanlhropie le curieux chapitre que lui consacf •Grégoire dans son Histoire des Sectes religieuses j\.

malgré cette. les époux étaient enlacés de guirlandes de les extrémités. Mais la partie essen- du culte était la lecture et le discours. Ces rites champêtres étaient entremêlés de solennités plus grandioses. touchant symbole de d'un sociétaire Aux obsèques clle ou d'un membre de sa famille on suspendait une fleur à l'urne funéraire. dont les parents et amis tenaient l'autel. les sociétaires se dévouèrent et chantèrent eux-mêmes. Aussi s'efforcèrent-ils de tous les attraits dont il donner à leur service religieux gravèrent sur les naturelle empruntées à toutes était susceptible. La tâche difficile pour eux n'était pas de les obtenir. Pour leur donner un aspect agréable on les avait affublés d'une robe blanche flatteur nouée par une ceinture rose. A Bourges. dévouement pour fut mal récompensé. car les assistants étaient venus les belles voix et non pour l'édification. mais leur vertu. pas à racheter la Ce spectacle ne suflisait monotonie de leurs dissertations. deux colombes.LE CULTE DES THÉOPHILANTHROPES. on imagina de faire partir de tiale. La théophilanReveillière- Ihropie ne vécut que de la protection du pouvoir. La Lepaux était son adhérent le plus utile et lui en gagna un cer- 23 . Un autel s'élevait au centre de l'édifice et fruits. tantôt des saison. mais de les remplir. la probhé dans commerce. selon la on y déposait tantôt des fleurs. Ils moins soumise à des homélies sur le cen- parlaient ou lisaient la tolé- rance.garantie de leur la maturité. fleurs Au mariage. aussi inter- calait-on entre les discours des chants sur les la moissons et sur On avait des choristes à gages dont la belle voix attirait le public. Quand on manqua d'argent pour les payer. On présentait les enfants à l'Etre su- prême. Le lecteur ou l'ora- leur devait être marié ou veuf. leur prose n'en était pas sure préalable. Ils murailles des les maximes de morale ou écoles philosophiques religieuses. la piété filiale. 353 de favoriser une religion plus qu'une autre et que les temples étant des édifices publics devaient appartenir les opinions. pendant la cérémonie nupl'affection conjugale. Ils étaient tenus de s'attendrir officiellement sur la mort des grands ci- toyens et de prononcer leurs oraisons funèbres. également à toutes la Les théophilanthropes obtinrent ainsi jouissance partagée de douze églises parmi lesquelles était la cathédrale.

après avoir transféré son culte au jour réglementaire.354- LE CULTE DES THÉOPHILÀNTHROPES. la même qu^un de ses premiers magistrats avait accepté houlette des prêtres à robes blanches et à ceinture rose. Julien de Toulouse et Bernardin de Saint-Pierre n'empêchèrent cette religion dérisoire de s'affaisser vide et l'abandon. à Poitiers ils et dans l'Yonne où fournirent. dut revenir au di- manche. Il protection du pouvoir. _if . tombât par était ne répondait ni aux convictions anciennes ni aux passions nouvelles. singulière façon de gagner le pays de Voltaire et de Beaumarchais. ^lais ni les faveurs pouvoir ni les personnalités marquantes rattachées à la secte comme dans le Goupil de Prefeln. ferma les temples aux théophilanthropes leur rendit service en Il empêchant leur reste culte de mourir d^inanition. Le misi l'intérieur poussa le zèle loin qu'il fit distribuer gra- tuitement. dans les départements. En perdant le pouvoir et richesse et en relevée et subissant la persécution au lieu de purifiée et l'infliger. tain nombre^ car les apôtres qui sont au pouvoir sont touSi le Direc- jours assurés de réussir dans leur prosélytisme. ils en avaient be- soin non-seulement pour payer les orateurs mais encore pour dédommager bUrent dans les auditeurs les de Fennui de les entendre. C'est l'antique religion les que ardents démagogues s'imaginaient avoir tuée ou les flétrie à jamais dans âmes qui allait leur disputer victorieusela ment ^influence. niaise pastorale Cette incapable de ranimer les préoccupations lors religieuses dans la France révolutionnaire. Ils s'éta- environs de Paris. Celle-ci néanmoins. toire insista avec tant d'obstination sur le repos du décadi. c^est en partie pour entraver profit la liberté d'action du catholicisme au de la religion nouvelle. le 12 yen- démiaire an X. à une administration intolérante du Toccasion de persécuter les catholiques. la était juste du qu'un culte qui n'avait vécu que de sa défaveur. puis à Bourges. Des secours d'argent leur furent aussi alloués . L'arrêté des consuls qui. Les agents la secte du gouvernement aidèrent nistre de toute leur influence. de tant la force des habitudes était grande. elle s'était ne prêtait plus le flanc aux terribles accusations qui l'avaient tant ébranlée aux jours de sa prospérité. le i/anwe/ des théophilanthropes.

Rien n'était plus propre à rani- mer la ferveur que ces de difficultés et ces périls. surtout pendant la courte période où elle eut tous les inconvénients d'une religion d'Etat. Mille moyens in- génieux avaient été imaginés pour faire parvenir aux condamnés la Terreur les suprêmes consolations religieuses. est certain que des adhérents sinde cères de la Révolution le partageaient. la On s'en aperçut dès que le décret du 3 nivôse eut proclamé mais en consacrant hberté des cultes. 355 Nous avons VU que à la fin le mouvement religieux qui se prononça le du siècle fut le inauguré aussi bien par clergé inser- menté que par lutiou.PROGRÈS DU CULTE DES INSERMENTÉS. Casimir Perrier révèlent chez la jeune répubhcaine prêtres assermentés une vive répugnance pour civile les ^ La constitution du clergé décrétée par une assemblée politique pouvait à bon droit exciter des scrupules purement religieux. le clergé réfractaire eût conservé une le im- mense influence dans pays. non-seulement en de la Vendée où le ils étaient le seul motif guerre civile. souvent dans une grange ou un grenier. malgré ses connivences regrettables avec la contre-révolution. apparaissant soudain à une fenêtre ou l'on sur le passage de la fatale charrette. Les lettres inédites Charlotte Gorday récemment publiées par M. La barbarie multiplicité des mesures de proscrip- tion prises contre les réfractaices suffisent bien leur iafluence était pour démontrer comdemeurée grande. il donnait une grande 1. mais enIls core dans les grandes villes et particulièrement à Paris. cessèrent de célébrer la messe dans d'obscurs réduits. Que de initiés et fois un simple signe compris des seuls avec échangé furtivement un prêtre déguisé. ou dans ne Midi où la majorité des populations leur appartenait. . la séparation de l'Eglise et de l'Etat et en llMX)geant la constitution civile du clergé. Voir la Revue des Deux-Mondes du 15 avril 1861. Il n'est donc pas étonnant que. apporta à l'une des victimes désignées les bénédictions de TEglise attribuait ! On se tromperait si uniquement aux passions politiques cet attachement Il pour le clergé réfractaire. Sans doute ce décret ne révoquait pas les lois rendues contre les insermentés. clergé qui avait franchement adopté la révo^ et la.

estimant sacrifices est la liberté rendue^ la joie sainte qu'ils ont fait que la pompe extérieure qui accompagnait nos la gloire intérieure qui la reli- bien moins à regretter que en faisait le véritable ornement.. femmes. « Hommes. latitude à la liberté de conscience. Les interprétations restrictives ne vinrent que trop tôt^ comme nous Tavons déjà constaté. i . lisons-nous dans le journal religieux. Cependant une certaine liberté fut laissée à Tancien clergé surtout dans les villes importantes. tard Annales de la Religion.. 378. Elle parut encore augmenter f année suivante à la et même époque. celui de Saint-Papoul liberté. Leur plus beau lustre vient de la piété de ceux qui les remplissent ^.356 PROGRÈS DU CULTE DES INSERMENTÉS. -2. maintint son action strictement séparée et de celle du clergé constitutionnel zèle déploya contre lui un souvent amer. p.. 186. les Annales religieuses littéraires^ plus publiées par l'abbé Sicard. Il provoqua et reçut de nombreuses ré- tractations de prêtres jureurs et ne cessa de poursuivre l'Eglise constitutionnelle par une polémique à outrance ^ « Notre cor- respondance^. organe de cette fraction du clergé. est pleine des récits les plus touchants fidèles à rouvrir les '^ du zèle et de Tempressement des temples et à y faire éclater la piété la plus fervente L'empressement extraordinaire qu'ont montré les fidèles de tous les départements pour profiter de éclater. sur ce qui concerne et rétablissement du culte par les insermentés. Les églises rouvertes sont très simples dans leur décoration. Près de de Troyes officièrent pontificalement en toute trente églises et un nombre considérable proscrit. pauvres 1. 3. 29 mai 1797. Tome h p. Il d'oratoires furent abanle donnés à ce culte naguère l'église recouvra. tout montre combien gion était encore vivante dans les cœurs. Deux évêques. Voir. il rétablit ouvertement Il le culte partout où il ne fut pas trop gêné et surveillé. L'afïluence dans leurs églises fut considérable aux fêtes de Pâques 1796. le enfants. les les administrations gislatives départementales devancèrent mesures lé- dans la voie de Tarbitraire. » A Paris le réta- blissement du culte par les insermentés ne souffrit alors au- cune difficulté. Ibid. et de Saint-Roch.

un prêtre fut enlevé au moment où célébrait les saints mystères à l'autel. il A Versailles et à Marseille prêtres furent jetés étaient tenus en prison. dans une comle culte ises pour empêcher le une voisine. plus de sept cents personnes s'opposèrent à cette interdiction. datée du 21 juin : 1796 «Désolez leur patience. près Liège. 154. Annales catholiques. Le Directoire et tant plus le parti lit jacobin se remuèrent d'au- pour l'entraver. et beaucoup de A Limoges. tout le monde se fit ouvrier et le temple sortit de ses dé- combres prêtres ainsi *. mais. sur la conduite à tenir à l'égard des prêtres insermentés. L'Eglise en pleine République. Dans les départements. On l'instruction suivante. . Le tribunal de Ver- sailles acquitta les prêtres qui parurent à sa barre entourés du respect universel ple par le . enveloppez-les de votre surveil- lance. 357 riches. se prononçait de plus en plus en faveur de la liberté de conscience et les discours de Camille Jordan. le ayant interdit au curé de porter commandant mile viatique à un mourant. Des femmes furent jetées en prison pour avoir assisté à la messe. il un tem- concours des Dans la Moselle. L'opinion pubhque. Quatrel'Eglise vingts prêtres furent incarcérés àPérigueuxet l'évêque de insermentée d'Auxerre ne fut relâché que grâce à l'énergie avec laquelle il invoqua la liberté des cultes. mais le peuple le délivra. dans laire une circu- du pouvoir aux commissaires nationaux. des mesures militaires furent messe de minuit. la A Bolbec. et y eut des émeutes. elle obtenait des succès non moins grands. A Montmédy. leur prison avait été transformée en fidèles. livrée à elle-même. qu'elle les inquiète le jour et les trouble la nuit. » Néan- 1. » L'évêque de Saint-Papoul consacra soixante-dix réfractaire se reconstituait elle aux Blancs-Manteaux.IL EST TOUJOURS l'OBJET DE LA SURVEILLANCE. p. assista litaire détachement envoyé pour interdire y avec piété. les prêtres incarcérés trai- au secret exposés à toute sorte de mauvais tements sous rinfluence d'une prétendue société littéraire qui n'était que le prête-nom de l'ancien club des jacobins. de Royer-Collard et de Portalis lui donnaient un nouvel élan. mais rencontrait aussi une opposition décidée et qui parvenait souvent à Tentraver.

en attendant une tion pacifica- que la liberté eût opérée bien plus sûrement que les mesures cette hâtives et arbitraires du despotisme.368 moins^ sans CE CULTE SE FUT SUFFI A LUI-MÊME. une la florissante Eglise fût comme sortie des ténèbres ou plutôt de demi-obscurité qui la protégeait. Les prêtres nombreux qui s^taient généreuses aumônes de I réfugiés à Tétranger et qui vivaient des la papauté ou de celles de l'Angleterre ^ auraient sans doute apporté avec eux plus d'un préjugé tenace. Toujours culte insermenté que les ressources pour l'entretien du et ne manquaient pas. au lieu d*être réorganisée par sein le coup d'Etat de brumaire. n'en continuèrent pas moins à célébrer leur culte en secret. Ils comptaient leurs adhérents fai- par milliers et profitaient des intervalles d'apaisement ou de blesse qui signalaient le honteux régime auquel la France ne se soumettait plus que par lassitude. elle eût vu se rétablir dans son une liberté véritable. Déjà en prévision de rendu son bref du 15 juillet ^. le pape avait 1796 et il qui Tecommandait la soumission aux puissances établies paraissait approuver implicitement la déclaration de soumission aux lois qui ne pouvait plus inspirer de scrupule religieux de- puis que la constitution civile du clergé était mise hors de cause. Si. p. que si la paix eût amené t. maisrien n'est plus mortel pour la tolérance. De ce côté les autels étaient donc relevés. Recueil des Brefs de Pie VI. mais les lois barbares lancées de nouveau contre eux et de ils trop nombreuses déportations. Theiner. t. c'était de liberté et non de réorganisation forcée que l'on avait besoin. I . le coup d'Etat du 18 fructidor^ les adhérents de Tan- cienne Eglise de France eussent célébré tranquillement leur culte en face des Eglises constitutionnelles. Voir sur l'organisation de ces secours la volumineuse correspondair^r contenue dans le deuxième volume du Recueil de Documents inédits^ publiés par le P. Le coup malgré d'Etat de fructidor vint tout bouleverser de nouveau et déchaîner la persécution contre les prêtres réfractaires . et ils les exagérations passionnées que ils eussent bientôt perdu tout crédit ou bien se fussent faits à la France nouvelle. après quelques années est-il d'a- paisement. situation nouvelle. 579. 2. IL.

.. ancien représentant de Cona été de Convention. On n'a pour s'en convaincre qu'à lire l'article que lui consacre la Bio- graphie universelle. c'est la Un homme dans cette la Il œuvre sainte. . Elle avait bien des plaies à guérir. On peut invoquer des paroles regrettables pas contre Grégoire. mais il a toujours été un champion du droit et de lajustice. RELÈYEME>'TI)E t^ÉGLISE CONSTITUTIONWELLE 359 un peu de prospérité elles eussent afflué. Le clergé du parti opposé ne fut pas moins ardent et emporté dans son langage et ce n'est impunément que l'on respirait l'atmosphère de feu d'un pays en révolution. aoit qu'il 1. si bien que l'ancienne Eglise eût refleuri au souffle de la liberté. Il n'a pas perdu une occasion cherchait de réclamer saires. TEglise constitutionnelle les plus louables efforts pour réparer ses brèches fut surtout actif et rétablir l'ordre dans son sein. Elle avait eu le malheur de compter dans elle la ses rangs beaucoup de mauvais prêtres. les haines les plus acharnées lit jusque sur son de mortM. à celle s'était qui tout n demeurant fidèle à Torthodoxie catholique franchement associée à la Révolution et cherchait à concilier la liberté et la religion. et beaucoup calomnié l'ont poursuivi outragé. la liberté des cultes pour ses plus grands adverla Dépourvu des dons de grande éloquence. et évêque de Blois. parce que pour pouvoir civil faveur avait avait duré plus longtemps. Il a été pur du sang du roi. bien qu'il ait poussé trop loin l'indulgence pour ses juges. il souvent l'énergie dans une certaine violence d'expression. et la salutaire discipline de le fît la proscription Tavait délivrée des hypocrites. stituante et Grégoire. mais elle du dû passer par les plus sévères épreuves. car elle avait été attristée par de nombreuses défections aux jours de la per- sécution. Mais pour être juste faut faire part du temps et des circonstances. Ce souffle ne pouvait être mortel à la nouvelle. mais on Be citera jamais de lui une action basse ou inique.. Aussitôt après décret sur la liberté des cultes. Nous reconnais- sons qu'il a souvent poussé l'amour des institutions républicaines jusqu'à un degré d'exaltation qui ne convenait ni à un il libéral modéré la ni surtout à un prêtre.

« Les pasteurs. esprit sage et modéré. soutînt la cause des noirs^ ou celle des juifs. se réjouir d'avoir été dignes de souffrir quelque chose pour Jésus-Christ. Grégoire accomplit ment et considérable. doué d'une éloquence pénéen quelques années une œuvre vrai- trante. était a peint vivement l'état déplorable dans lequel tombée la religion sous la Terreur. Dans cile ses Mémoires et dans son Compte rendu au premier conil de l'Eglise gallicane.360 RÔLE DE GRÉGOIRE DANS CE RELÈVEMENT. Le culte était comme tombé en désuétude. au milieu des terreurs de la mort. lisons-nous dans ce document digne des premiers temps de l'Eglise. évêque de Rennes. fait Il déploya autant de fermeté que de sagesse la nul n'a plus en France pour réconcilier religion et la liberté. de nos pour réveiller la foi. Pasteurs des âmes. ceux à qui Dieu a fait la grâce de demeurer fidèles. » Bien loin de regretter que les la religion n'ait plus de consistance politique en France. qui sortait à peine de prison. A peine le décret du 3 ventôse eut-il été rendu que Grégoire convoqua à Paris. publia avec eux deux lettres encycliques destinées à obvier aux désordres les plus graves. Les souf- frances endurées n'étaient rien comparées à la honte des apostasies. le dimanche 15 mai 1795. à écarter du ministère les prêtres apostats ou made les riés et à l'Eglise. nous surtout évêques. Son et réorganiser TEglise infatigable pour relever constitu- tionnelle ne mérite pas moins d'admiration. se porteront . «Puissent. disent ces pieux évêques. nous ef- sommes comptables forts à Dieu. Aidé de quelques il collègues parmi lesquels faut citer tout d'abord Lecoz. quelques évêques parmi lesquels était Il Desbois. pourvoir à la réorganisation au moins provisoire La première de ces encycliques débute en rappelant temps douloureux que l'on vient de traverser. soit qu'il demandai le l'élargissement des prêtres insermentés. à l'Eglise et à la postérité. La plupart des Eglises avaient perdu leur évêque par la mort ou l'exil. Sa noble attitude jour des abjurations zèle suffirait à lui concilier le respect universel. évêque d'Amiens. évêques s'en atta- applaudissent et confessent leur foi religieuse et leur ferme chement aux institutions du pays. la persécution atroce qui a décimé l'Eglise et les trop nombreuses apostasies qui l'ont désolée.

Les larmes coulaient de bien des yeux. selon la coutume de qui l'ancienne Eglise. II. N'ayant plus de consistance politique. A Sens les travaux furent suspendus et Ton vit dans amende honorable de les Juifs le Téglise de Saint-Pierre les fidèles se prosterner la face contre terre pour faire leurs égarements passés. malgré rités les tracasseries et le mauvais vouloir des auto- départementales. avec zèle à faire connaître Jésus. 53-69. Compte rendu de Grégoire au premier concile de Paris. tome I" des Annales religieuses.GRAND CONCOURS DU PEUPLE DANS LES ÉGLISES.Christ. Les mandements dirigeaient ce des évêques favorisaient et « beau mouvement. Dans que dans FEglise inser- plupart des villes le peuple se porta aux services religieux ' avecune ardeur extraordinaire. Mémoires de Grégoire. avaient perdu leur pasteur et préparer Télection de nouveaux Un journal fut fondé sous le nom d'Annales religieuses pour servir de point de ralliement et entretenir de fréquentes communications entre les diverses Eglises. Les temples ne pouvaient contenir les assistants. semblait avoir été écrit pour du moment. les évêques et les prêtres demeurés fidèles à leurs circonstances devoirs s'entendirent pour relever le culte. . Grégoire eut aussi rheureuse idée d'établir une société de philosophie chrétienne destinée à répandre de bons écrits consacrés à la défense du de christianisme ^ Le culte se rétablissait de toute part comme lui-même. firent s'attacheront à rendre leur ministère respectable par leur conduite. les presbytères ou conseils des prêtres de les Eglises chaque diocèse furent reconstitués pour diriger évêques. 2. fidèles à faire Ils 361 exhorteront les et ils une étude assidue du Nouveau Testament. p. ceux-ci eussent voulu prolonger indéfiniment leurs actes d'adoration. saint » Les cinq évêques il traduire le beau traité de les Cyprien De lapsis. Le réveil de la foi ne fut pas moins marl'Eglise constitutionnelle la qué au sein de mentée^. On put assister lieu à à des scènes aussi pathétiques que celles qui eurent Jérusalem quand revenus de l'exil purent adorer de nouveau dans leur patrie Dieu de leurs pères. écrivait Grégoire à ses 1. Voir aussi sur ce point les premiers volumes des Annales religieuses. Les réponses vinrent en foule aux encycliques.

qu'elle renaisse pure comme elle sortit des mains de Jésus-Christ. plus de trente mille per- sonnes assistèrent au Te Cette Eglise se fait aussi rale. que sujets du royaume qui n'est pas de ce monde. Son ferme attachement aux grandes doctrines du tianisme ne saurait être révoqué en doute. tout dehors de en étant animée d'un patriotique.362 SÉVÉRITÉ MORALE DE L^ÉGLISE CONSTITUTIONNELLE. . elle interdit à ses ministres lois de bénir aucune union contractée en opposition aux l'Eglise. Dieu seul sera votre appui. précisément de se tenir en esprit vraiment n'en gêne aucun et sous tous. Nous sommes replacés pour ainsi dire à l'origine de l'Eglise. elle Deum qui fut chanté à Notre-Dame K sévérité remarquer par une grande mo- ne concède rien aux préjugés du temps. » L'un des carac- tères de l'Eglise constitutionnelle fut la politique. 168. p. sont plus que jamais assurés de lui attacher irrévocablement 1. Elle se montra également opposée au mariage des chris- prêtres. Lors du réta- blissement de la paix après Marengo. le collègues dans ministère/ vous ne serez plus tentés de vous ap- puyer sur le bras de la chair. nous ne disputons pas pour des intérêts temporels. L'éclat des métaux précieux ne brillera plus dans nos temples. Annales de la Religion^ XI. Que la religion renaisse parmi nous. elle eût vu sans déplaisir le renversement définitif de la papauté temporelle comme on peut s'en convaincre par ces réflexions des Annales 7'eligieuses stiprës \es événements de 1798 : cf Les desti- nées du christianisme étaient depuis longtemps obscurcies par toutes les passions qui assiègent les cours. Elle était sans doute très dégagée de tout esprit ultramontain. Le christianisme \^ de la religi( désormais briller de sa propre gloire. et puisque les papes les ministres heureusement n'être que des évêques. de Jamais elle ne reconnut le divorce au point de vue retrès ligieux. il Le christianisme ne vit paisible se mêle pas de gouvernement . Elle célébra les spontanément par des prières publiques la grandes victoires des armées de République. Tout en pro- fessant le respect du mariage civil. La simplicité crédule n'identifiera plus la vraie piété avec ce qui en fut souvent le poison. écrivait l'évêque de Rennes. » « Nous déclarons.

168. négligeaient les devoirs : de la charité. et de ne pas repousser les propositions de pacification. sauf en ce qui concerne la soumission ervile àTautorité civile. comme le témoigne le Compte de ^^er endu qu'il présenta aux évêques réunis à Paris sur la visite son diocèse. illusoire la participation à la pre- on s'efforçât de rendre moins 11 mière communion. C'étaient des travaux 1. ce grand fléau de chrécette moderne. l'Eglise constitutionnelle n'a pas rompu un seul jour avec le centre de l^unité catholique . » que sous Tempire de préoccupations semblables. « Ce qui est louable. aux symboles qu'aux Grégoire s'efforçait de combattre pèlerinages superstitieux. elle n'a cessé supplier le saint-père de rendre la paix à la religion. nous ne le sont voulons pas conserver des chrétiens qui ne était naturel. et prêchaient dans toutes les églises. parcouraient régulièrement leur diocèse. Les évêques ne s'épargnaient pas dans ils pieuse tache. leur disais-je. chait aussi à multiplier tous les ticulier. les bibliothèques. ce n'est pas d'avoir été à Jérusalem. . à la ance. et donné la confirmation à quarante-cinq mille personnes dans la visite de son diocèse. que de nom. l'humilité Nous ne pourrons. moins réalités. disait-il. fut décidé qu'on l'entourerait de garanties la faisant précéder par -de solides instruc- Grégoire voulait que les pères de famille prononçassent Il tous les jours des prières en français dans leur maison. p. 363 peuples K » Bien que poussant les principes gallicans à leurs dernières conséquences. plier les saintes règles de l'Eglise aux caprices des hommes.p TENDANTES REFORMATRICES. assidus la aux offices divins. et. cher- moyens d'instruction. pureté. Ce n'est pas que cette Eglise ne fût sans Tinfluence d'un de réforme. Annales de la Religion^ XI. la » Il cher- chait également à dégager : vénération des reliques des exagéje rations qui s'y mêlaient « Quand trouvais des individus qui. plus sérieuses en tions. en par- Ainsi se prononçait une bienfaisante la réaction contre le tienté formalisme. L'évêque de Blois avait prêché cinquante fois. mais d'avoir bien vécu à Jérusalem. elle aspirait à souffle développer dans son sein une piété véritable qui tînt moins aux formes qu^au fond religieux.

« Les dé- sastres et les maux : qui accablent vos pasteurs. . remplissait lontaires. mais « Tel est notre a tendresse à votre « c( égard que nous désirons. elle finit sans avoir jamais obtenu par se suffire à elle-même grâce aux dons voet laborieux. Elle se piété éclairée des fidèles. Ibid. son antique splendeur. car vous nous êtes très chers. comme nous et ils continueront de vous tenir le langage que Paul. Les ministres vivaient souvent misérablement. et particulièrement pour la célébration de la messe. » Ce ministère. qui n'est autre qu'un relevé fait au ministère des finances. car un document était rétabli irrécusable. comme ce la juste vieux prêtre que l'on trouva un jour raccommodant dans sa mansarde ses bas noirs avec du fil blanc. Elle proscrivait formellement tout honoraire et toute rétribution pour prières ou bénédictions.364 LE CULTE RÉTABLI DANS 40. difficultés de la pauvreté venaient s'ajouter les mauvaises 2. nous forcent de vous dire pôtre aux Galates c( comme l'A- « le Que celui qui est catéchisé fasse part de ses biens à celui qui catéchise. 189. p. vraiment apostoliques. Plus d'un endurait de dures privations. nous apprend. est vrai. non-seulement vous même donner notre vie pour vous. tout souffert pour Jésus-Christ. déclarait qu'il avait Un vieux prêtre. Us furent amplement récompensés. Silvain : Timothée adressaient aux Thessaloniciens prêcher l'Evangile. après des débuts extrêmement la richesse. « fiait à la car. dons volontaires pour le service des autels étaient loin d'être suffisants. naire.m. » L'Eglise constitutionnelle s'était in- terdit la ressource du casuel.^. » Au reste. fait La République. avait banqueroute aux ecclésiastiques et les auxquels elle avait promis des pensions. 97.. écrivait Grégoire dans un mandement. presque septuagécomme retrouvé une seconde jeunesse et d'entière abnégation dans cette mission de dévouement ^ Aux 1. Annales de la Religion j V. Son attente ne difficiles et fut pas trompée. quels que soient les effets de votre reconnaissance à l'égard de ces vénérables pas- teurs qui ont tout perdu.000 PAROISSES. qu'après trois ans. selon expression de Grégoire. le culte il dans quarante mille communes ^ Il n'avait pas. pauvre de joie ceux qui en étaient revêtus.

Le rassemblement des catholiques pour Dans le des prêtres paraît avoir beaucoup inquiété les ennemis de ligion. Tantôt s'opposent à ce que célébré dans l'église sous prétexte de la vente prochaine de difice national . 267. III. dans pratique. avait rendu. Le département du Mont-Terrible an II.MAUVAIS VOULOIR DES AUTORITÉS. p. a L'opinion religieuse. l. le 2 frimaire l'arrêté suivant : « Considérant que rien n'est plus antipo- htique et antisocial que la tolérance d'un culte quelconque. une liberté qu'ils reconnaissent en théorie.. 345. arrête que tous raîtront sible. . ^. afin de ne pas troubler le repos public. les administrateurs d'un petit district Corrèze désignent les prêtres comme des citoyens vieilles et malveil- ^^r nts qui nies ramènent le peuple à de absurdes cérémol'art ^ Ces petits tyrans la de province sont consommés dans de refuser. les » signes intérieurs et extérieurs des cultes tel dispa- Depuis thermidor. 2. disent-ils avec componction. tantôt elles s'emparent du presbytère et refusent de le rendre au prêtre qui y a droit. A part les décrets émanés du gouvernement. apparle tient au législateur de déterminer pour l'avantage de tous mode convenable C'est torité la à la manifestation des convictions religieuses^. Ibid. et dont nous avons citer fait ressortir la malveillance systématique on peut un grand nombre d'arrêtés odieux elles émanés des administrale culte soit l'é- tions subalternes. est une propriété sacrée. les élections furent inter- Annales de la Religion. l'auto- en conformité avec ce beau principe. qu'à Troyes. » Mais est ils ne manquent pas d'ajouter c'est celle qui qu'il une autre propriété plus sacrée encore. 3. municipale défend aux catholiques d'ouvrir ils la fenêtre de grange où célèbrent leur culte. Leur langage est souvent insultant la pour la religion . ou bien elles ne consentent pas à lui remettre ses lettres de prêtrise. 365 dispositions des autorités locales trop souvent excitées par Tautorité supérieure. II. un n'était cynisme n'était plus pos- mais l'intolérance pas moins grande dans une foule l'élection la re- de communes. département de l'Eure. Ibid.

par le dites considérant suivant : « Attendit que l'administration doit réprimer toutes les entreprises tendant à établir clusif et rait un culte ex- dominant. V. MAUVAIS VOULOIR DES AUTORITÉS. je la demande aux magispossession entière et les du peuple de les à être maintenu dans paisible mon droit. La du 19 fructidor an V. 3. et empêcher des réunions dont et les lois ^. Loin de tuer le fanatisme vous lui donnerez une nouvelle vie. prononçait la déportation contre tout prêtre qui troublerait la tranquillité publique. La du décadi suscita les plus graves difficultés aux catholiques dans les départements. dit-il. serait une refaite intempestive vers Tultramontanisme et une en- trave aux progrès de la raison. p. 2. 193. Une agir autrement telle invitation est un ordre pour un républicain. « Je ne puis. le résultat se- de ressusciter une prétendue hiérarchie de prétendus pou- voirs non reconnus par » Dans TEure-et-Loir. il » Ce galimatias admityrannie des con- nistratif n'était que trop signifiait la sciences. 345. . vous ouvrirez un abîme devant la grande nation et elle vous y précipitera ^ clair. durent déployer une grande fermeté pour maintenir leur droit. p... leur signifiait ainsi la volonté : c( du gou- vernement Tous les ministres du culte sont invités à transpor- au décadi leurs fêtes et leurs cérémonies religieuses. » L'obligation de partager temples avec théophilanthropes fut aussi une condition pénible imloi posée aux cathoUques. sous prétexte que Texposition des corps morts sur la voie publique est le signe loi non équivoque d'un lis cuite religieux^. III.. souscrire à l'invitation qui m'est faite de transférer le dimanche au décadi. commissaire du ter Directoire dans l'Eure. Ibid. Rappelons la noble réponse d'un curé du département de l'Yonne à ni la sommation des autorités locales.368. on s'oppose aux cérémonies funèbres. 426. ne dois. Annales de la Religion^ Ibid. Elle atteignait aussi bien le clergé constitutionnel que les insermentés. et les administrations départementales stimulées 1. Comme ministre du culte la catholique j'en réclame le libre exercice que nous garantit Constitution de l'an IlL trats Comme citoyen. Breteuil. p.

au milieu de tant d^entraves de tout genre. que les assistants avaient fait le concile n'avait même pas la somme suffisante pour inviter des évêques étrangers. Je ne connais pas de plus éclatante démonstration de la force rale les mo- que lui vaut son indépendance même dans les conditions plus défavorables. mais ceux qui y prenaient part avaient supporté le faix du jour et traversé de dures persécutions. convoqués à Paris en 1797 Il et en 1801. sans pain. Les voilà. Ils avaient maintenu la foi chrétienne dans des temps difficiles. sans asile et re- comme le divin fondateur du christianisme . c^est au prix des plus pénibles voyage. ces réfrac- laires ecclésiastiques sortis des cachots. l'appliquèrent avec rigueur plusieurs prêtres asser- mentés furent transportés. en butte aux mauvais traite- ments et aux calomnies. Quel avantage n'eût-elle pas tiré de sa séparation d'avec l'Etat si elle eût possédé le droit commun dans un pays vrai- ment les libre? Même persécutée et appauvrie. ne s'est pas tenu dans la chrétienté d'assemblée plus respectable. Les deux conciles nationaux. ble avec cette tie On sïmagine souvent que Tordre dans l'Eglise est incompatiindépendance et que quand elle cesse de faire parde l'administration elle n'a plus d'organisation fixe. honnis par étaient détestés la foi les uns pour leur patriotisme libéral. par les autres « pour leur invincible attachement à de leurs pères. les et plusieurs d'entre Ils eux portaient encore au mépris des ad- stigmates de la prison. ces faut tenir compte de toutes ces difficultés pour apprécier à leur juste valeur les progrès que fit la religion dans années troublées. la police du 47 bru» maire an YI. par une détestable circulaire 367 du ministre de . Souvent aussi . L'obligation du serment politique était parfois étendue jusqu'aux enfants de chœur à les titre d^oôl- ciants. étaient exposés hérents de l'ancien régime et aux outrages des fanatiques du ils nouveau. On n'y voyait le pas siéger sacrifices des prélats opulents . elle étendait tous et jours ses conquêtes ramenait à elle l'opinion.RÉORGANISATION DE L ÉGLISE CONSTITUTIONNELLE. ré- pondent suffisamment à ces craintes. passions populaires se déchaînaient mesure les Il assassinats de prêtres furent très fréquents ^pcei ette époque. écrivait Grégoire. n'ayant pas où .

1797. Entre eux tous. ils n'ont peut-être pas le revenu d'un *. en butte à la plus horrible proscription. Compte rendu de Grégoire sur la Voir le recueil très visite dans son diocèse. Paris. p. présentaient à l'univers la chrétien cinquantaine d'évêques plupart atteints des infirmités de la vieillesse. depuis deux ans. Annales de la . pleurant infects le poids » non sur leur la le captivité. le poser leur tête^ courbés presque tous sous mités^ luttant contre les poids des infir- menaces et les outrages. 70. sortir de son tombeau comme le Christ. outragés par la cour de Rome et tou- jours fidèles au saint-siége. curieux intitulé : Collection des pièces imprimées les par ordre du concile national.368 PREMIER CONCILE EN 1797. nous suffise d'en rappeler les résultats. « Tels sont les faits non moins authentiques que gieux qui. mais donner comme probable que dans peu l'on verrait réunis dans ce lieu saint ces pontifes vénérables. IV. rétablissement de la religion en prodi- France. tristes jouets d'une violente tempête. 169. Plus de quarante mille paroisses y ont repris. « Qui de vous.) 3. seul évêque de l'ancien régime » Nous n'avons pas qu'il à retracer l'histoire de ces deux conciles ^. persécutés et prêchant la soumission aux lois. qui naguère. le pieux évêque exprimait avec éloquence sa joie devoir la religion. le 15 août 1797. p. tous ces prêtres intrépides. se multiplient sur toute la surface de la République. le culte vertueux ecclésiastiques qui ont conservé « K » Quel spectacle sublime. cette dit-il ailleurs. naguère proscrite. avec une sainte avidité. disait-il. ces pasteurs vertueux. Que ne pouvons-nous vous retracer ici ces scènes attendrissantes dont 1. je ne dis pas assurer. Voir aussi Religion. mais sur L'orateur peignait ensuite désolante cessation de culte. l'exercice du culte de leurs pères. Mémoires de Grégoire. les voilà ces la religion. erraient de caverne en caverne ou gémissaient dans des cachots et ténébreux. Le premier fut conles voqué en 1 797 par évêques réunis à Paris. 2. II. et précédé par des Il élections régulières opérées dans les synodes provinciaux. non sur de leurs chaînes. fut ouvert à Notre-Dame. par une prédication de Lecoz. eût osé. {Annales de la Religion.

le plus ancien sera reconnu. Le concile le décret fit preuve de l'es- de largeur qui l'animait^ dans de pacification qu'il rendit. l'autre élu et consacré depuis cette époque. la concorde Le premier acte du concile fut de lennelle faire une profession so- de la foi catholique^ puis d'écrire au pape pour le supplier de hâter l'œuvre de pacification dans l'Eglise de France. l'autre lui succédera de plein droit. quelle qu'eût été leur opinion sur les questions qui avaient divisé l'Eglise de France. Une leur lettre était en même temps envoyée aux insermentés pour d'instance de se prêter à une réu- demander avec non moins si nion prit désirable pour la religion. Le décret contenait la était clause suivante qui poussait les concessions aussi loin qu'il : possible « S'il n'y a qu'un seul évêque pour un même dio- cèse. nous avons été témoins riez les ! 369 dans nos diocèses respectifs Vous ver- d'aise hommes simples qui cultivent les champs^ tressaillir au seul nom de Jésus-Christ. 24 . dans lesquels voulait pour les prières du prône. ces temples à Que de pieuses larmes ont arrosé les pavés de demi ruinés! Que de cris d'allégresse! Que de ! chants de reconnaissance ont tout à coup ébranlé ces voûtes » Le discours se terminait par un touchant appel à adressé au clergé réfractaire. cette disposition est commune aux curés.ACTES DU PREMIER COXGILE GALLICAN. Le concile s'occupa de régler introduire la langue vulgaire sur la réforme des nomination aux sièges il vacants et l'ordre des services religieux. ou un seul curé pour une même paroisse. l'un désigné et consacré ant 1791. car cette clause écartait des sièges et des cures la la majorité de ses membres. il sera reconnu de tous. » Ainsi le clergé constitu- tionnel se montrait disposé à se sacrifier à la pacification. Si une Eglise a deux évêques. Sans renoncer aux principes constitutifs de l'Eglise qu'il représentait. Vous verriez l'apparition de joie leurs fronts si seule d'un crucifix faire rayonner long- temps attristés. Il rendit mœurs lois des fidèles et des ecclésiastiques un . il déclarait que tous les pasteurs et prêtres qui étaient restés fidèles à leur vocation étaient appelés indistinctement à l'exercice du ministère. décret pénétré de la morale la plus austère et l'amour de la patrie Il l'obéissance aux y étaient vivement recommandés.

Ces conférences furent à inaugurées en grande les pompe Notre-Dame . devait achever et de l'Eglise de France il poursuivre l'œuvre de pacification. y bsons-nous. mais imposée.370 rendit aussi LE SECOND CONCILE DISSOUS PAR ORDRE. Vous depuis longtemps les impies osaient dire que la religion de Jésus-Christ n'était soutenue et conservée que parlef. par quelle trans- action la pacification. vainement cherchée jusqu'alors. toute parole libre devait être étouffée dans l'Eglise et dans Le concile avait décidé avant sa séparation que des conférences débattinî publiques seraient proposées au clergé réfractaire pbur pacifiquement les points de divergence. Constatons seulement qu'à la veille du concordat l'Eglise constitutionnelle était en pleine prospérité et qu'elle devait son influence croissante à son indépendance. Le second foule concile^ qui s'ouvrit le 29 juin 1801 devant une la réorganisation immense. le Le vénérable président du premier concile tement dans la lettre reconnaissait hauil encyclique par laquelle convoquait le se- cond. non pas réalisée. C'était lui demandait de se séparer était égayer l'arbitraire. il n'y manqua que opposants et le combat ne put commencer faute de combat- tants. mais à peine formé dut se dissoudre sur l'injonction du premier consul qui venait le de signer concordat. Le ministre de la police. «Quelques-uns d'entre vous. Depuis longtenipfi aussi l'Eglise elle-même gémissait de voir entrer dans son sanctuaire des hommes qui n'y paraissaient conduits que par la vvn de ses richesses. mais que néanmoins bénévolement. écrivit au concile que ses pre- mières séances avaient fait une impression profonde sur il le gou- vernement. sont spéciale- leurs biens ment alarmés de ce que nos Eglises sont dépouillées de tous En ceci encore adorez la Providence divine. dans un prochain chapitre. fut. Nous verrons. Le Seigneur a voulu du même coup et confon- . chargé de trans- mettre les ordres du dictateur. le savez. Enfin une demande expresse fut faite au saint-père les graves de convoquer un concile œcuménique qui tranchât questions pendantes. grands biens dont jouissaient ses ministres. un décret spécial sur l'instruction et l'éducation des enfants et poussa à la fondation de nombreuses écoles chrétiennes. Le temps venu où l'Etat.

a rétabli la pauvreté évangélique de ses ministres. des honneurs? Non. a ressuscité cet ancien état de choses que Il les plus pieux de ses enfants ne cessaient de regretter. était sans cesse surexcitée par les violences des catholiques . nous n'en serions pas moins zélés pour croit aujourd'hui injurier prêcher l'Evangile écrier: « . mais au travail. 371 dre les calomnieux blasphèmes des incrédules et faire cesser la cupidité scandaleuse de ses ministres. . sans le religion qu'il fonda secours des richesses. Elles échap- rent tout naturellement aux luttes violentes suscitées par la institution civile 'osé du clergé. mais en vain. elles célébrèrent leur culte à ciel ou- vert. » Qui ne reconnaîtrait dans ce primitifs S noble langage jrale se un écho de ces temps où la puissance mesurait à l'impuissance politique Christ ? et à la pauvreté des ipùtres du Les Eglises protestantes participèrent aux diverses fluctuations (le la liberté des cultes. d'elle il Ne doutons pas qu'à côté ne fasse aussi renaître la générosité des fidèles. comme Nîmes et Mon- où une portion de la population ouvrière. par un coup admirable de sa bienveillante sagesse. à la peine. Si donc nous. que leur promit-il? Des croix. lui. Cependant. tant que le droit de la conscience fut respecté.SITUATION DU PROTESTANTISME A CETTE La ÉPOQUE. Et pour récompense de leur travail. devons-nous en mur- murer ? Ah ! plutôt réjouissons-nous de ce précieux dépouillele ment et bénissons Seigneur qui. S'ils né- gligeaient leurs devoirs. Il en sera j de même dans tous les siècles. nous nous trou- vons rapprochés de cet état apostolique. et la Révolution ivait pas de préventions contre ses ministres. que l'impiété im- punément. nous n'en serions pas moins ardents à nous «Ce Christ. si l'on Acepte quelques grandes villes du Midi. Quand Jésus-Christ appela ses douze apô- à quoi les appela-t-il? Etait-ce à la jouissance des biens.. est celui-là même contre qui les rois de la terre. les « gentils et la a synagogue s'étaient Hgiiés. il la veut aussi maintenir sans ce secours indigne de tres. à la souffrance. Le protestantisme n'était pas sup- favorable au régime qui l'avait proscrit. luban. protestante d'o- vine. Après avoir obtenu de l'Assemblée con- stituante toutes les réparations possibles elles du grand attentat dont avaient été victimes. ministres de Jésus-Christ.

avait été disposé à subir leur Sans doute les antiques croyances subsistaient en- core. p. rencontra plus d'un protestant exalté qui augmenté tre les difficultés le de sa tâche. Rabaut Saint- Etienne y avait joué un rôle également honorable quoique moins brillant. mais elles étaient ébranlées. influence. lors des troubles de Toulouse il Montauban. le jeune ministre Lasource avait marparti girondin et avait péri sur Tétri- qué aux premiers rangs du but à chafaud avec Rabaut. fonder en France. mais sans toujours en comprendre les vraies conditions. de coupables abju- rations. qui répondit à ses prudents conseils Voilà plus de cent ans que nous attendons la vengeance ^ ! Un tt homme 1. 476. que dans la mission de pacification et de avait dont il fut chargé en 1790. trop fameux Jean-Bon Saint-André. non le règne de démagogie. Les passions révolutionnaires avaient remplacé dans plus d'un cœur la foi pure et ardente rap- qu'aucune proscription n'avait pu vaincre. à cet énergique parti du la qui avait voulu la liberté. les réformés appartenaient en moyenne tiers partie à la bourgeoisie libérale^. Matthieu Dumas porte. qui lui avait inspiré il n'avait pas conservé la ferveur un si persévérant héroïsme. Il cite tout d'abord un minis- de Toulouse. Le protestantisme paya largement son la Terreur. D n'est pas d'agré- gation sein d'hommes un peu importante fraction qui n'enferme dans son se dissimule dans une ou violente ou lâche qui les le les jours paisibles. Ne trouvant d'ailleurs il de sympathie que dans le camp des philosophes. Il fut attristé par quelques défections honteuses. I. A la Convention. avait déjà renié en fait la religion qui commande le par- Mémoires de Matthieu Dumas.372 SITUATION DU PROTESTANTISME A CETTE ÉPOQUE. Lui aussi avait senti passer sur lui le souffle de la philo- sophie du dix-huitième siècle. comme le catholicisme. Il mais se dévoile dans grandes crises de protestantisme ait n'est donc pas étonnant que eu aussi à déplorer. qui avait envahi l'Allemagne çait à le commenet d'appui gagner. Le pâle et froid et l'Angleterre. aussi bien en Alsace que dans le Gard. fanatiques. plus tard : conventionnel fanatique. Barnave Tavait représenté et servi avec gloire à la Constituante. . dans ses Mémoires. déisme. l'histoire.

Il nous semble que les faits exposés dans ce chapitre réfutent le suffisamment l'assertion tant de fois répétée que consul a relevé les autels. De Félice. La majorité du clergé protestant resta vangile et de simples paysans montrèrent un courageux attache- ment à leur foi. p. il dimanche. Le protestantisme debout et vivant aussi bien que catholicisme quand Napoléon daigna s'occuper de la religion pour l'enchaîner. . Ce n'est il certes pas le concordat qui les a rappelées à la vie. Rabaut le jeune en donne une preuve touchante. parce que. si elles l'eussent conservée. L'Eglise protestante s'était de Paris franchement associée à la pays.Res i ennemis. Grâce au ciel. semblent avoir prévu ce mensonge his- 1. Julien de Toulouse. Cet exemple ne fut pas sans imitateurs. L'Assemblée législative assista à un solennel service d'actions de grâces célébré dans son temple par cette Eglise faiblit le pasteur Marron. Les évéques de premier l'Eglise gallicane réunis à Paris en 1799. les Eghses protestantes heur des temps. car n'a fait était que les enfermer dans un cadre le étroit. Elles participent sans doute au mal- pour la plupart dans la pauvreté. Ce fut un de ses collègues. se chargea de soutenir Gobel dans l'infâme séance des aporénovation politique du stasies. Histoire des Protestants. elles sont tendent à se reconstituer. ne peut pas travailler ce jour-là et qu^il volerait celui qui l'emploierait ^ Pendant la période confuse et agitée qui s'écoula du commencement du Directoire au 18 brumaire. ces défaillances ne furent ni durables ni fidèle à l'E- nombreuses. les coupes de la sainte Cène ainsi que les vases baptismaux furent portés à la Monnaie au nom du con- sistoire. La liberté était dans leur tradition. Huit se présente en habit de au comité et demande dit-il. Un vieux cultivateur avait été mis en prison dans le département travail le fête du Gard pour avoir interrompu son jours après. 566. eût mais un réveil énergique de la foi les promptement relevées. il qu'on le conduise de nouveau en prison. elles eussent bientôt repris leurs synodes généraux. Malheureusement au temps des saturnales d'Hébert et de Chaumette .

374 LES AUTELS RELEVES torique inventé par des courtisans et maintenu par des préjugés tenaces. .. C'est n^y a plus de religion — Effacez ce blasphème dépendre la religion » en effet un blasphème que de faire de la politique et d'attribuer son réveil à un heureux calcul du des- potisme renaissant. quand ils « Il écrivaient ces mots énergiques dans leur ! lettre ! encyclique.

LIVRE IV LE CONCORDAT. C'est oublier que l'esprit que rien n'est plus est fatal à un peuple qu'un faux le idéal. La mémoire de Napoléon a trop longtemps . s'agrandit encore et se transfigure l'imagination des peuples. En les admirant ce qu'il eut de grand on se prend à pardonner ce qu'il eut de funeste. jugement. en face d'événements pareils. réunissant tous les succès et tous les revers et qui ressemble à une tragédie classique. n'y a pas jusqu'à la catastrophe finale. l'art. CHÀPITEE P^ Préparation du Concordat. Ainsi en estnl de cette époque merveilleuse qui vit surgir soudain de la touret d'ordre. imposante idéal à ce au point de vue de qui n'ait prêté un caractère règne incomparable. et qu'il d'aveugles admirations qui corrompent sens moral et dé- moralisent l'histoire. sous prétexte fautes et que le châtiment a suivi de près que ce qui a été si éphémère ne mérite pas de sévère d'un règne peut lui survivre. gloire militaire si si chère à notre race.. éclairé mente révolutionnaire un régime de puissance à son aurore des plus Il vifs rayons de la. ce qui échappe parla grandeur à la mesure moyenne des dans 1 hommes et des choses. légende est presque contemporaine de l'histoire. au style cornélien .

humiliée sous Nous comprenons très bien que la France fatiguée et le régime du Directoire ait senti ces bienfaits avec faisait une ardeur de reconnaissance qui en oubher le prix. plus résolu que dans la personne du jeune général qui a fait le coup d'Etat de brumaire. de tout droit. il ne faut pas attendre le malheurs pour dénoncer mais signaler dès début. soit en régularisant les services. liberté. Cela ressortira avec éviles dence du tableau que nous tracerons de sa politique dans affaires religieuses. soit en mettant aux dilapidations. de patriotisme. dans Téclat même des triom- phes d'un génie incomparable. rétabhsse l'équihbre dans les fin finances. Or nulle part ce génie n'a paru plus complet. Nous contestons aussi bien l'appréciation générale que Il l'approbation particulière. Si l'on entend par un gouver- nement réparateur un gouvernement fasse sentir lice qui. été vraiment réparateur. et que II . encore à l'état de culte^ car ce sont les idolâtres qui font les fana- tiques en sens contraire. de toute Les manifestations partielles du despotisme . mais l'attend comme un cultivateur habile qui ne néglige aucun soin pour arriver à ce but désiré. ce qui en est le génie inspirateur. et enfin la paix donne au pays. remplaçant l'anarchie. Le moment les est venu d'une appréciation les équitable. il n'est pas vrai que le consulat ait a préparé tout ce qui a suivi et si le pouvoir arbitraire n'est pas encore pleinement constitué. je finira par tout obscur- veux dire ce mépris insolent de tout principe supérieur. de sance réparatrice. réprime par une po- de nouveau et le frein des lois. prompte la bien entendue les désordres les plus flagrants. fondée sur les plus légitimes satisfactions et parée de la gloire de Marengo. ont infini- ment moins de gravité que ce qui en constitue l'essence et l'âme.376 CIRCONSTANCES POLITIQUES QUI ONT PRÉPARÉ LE CONCORDAT. Tombre qui cir. fautes. avec la tranquillité intérieure. on met au bénéfice de ces éloges tous actes qui remontent à cette date et. en première ligne. le concordat. rende sécurité aux particuliers. nous sommes prêts à accorder cet éloge au consulat. quelque odieuses qu'elles soient parfois. D'ordinaire on met à part la période du consulat comme marpuisles quée d'un haut caractère de sagesse. c'est que il le despote attend que le fruit soit mûr pour le cueiUir.

CIRCONSTANCES POLITIQUES QUI ONT PRÉPARÉ LE CONCORDAT. Le nouveau pouvoir y répondait parfaitement. bien ont assis la société hommes de sur le liberté du droit et lui ont donné pour sauvegarde une bien réglée. Les résultats du règne de Napoléon suffisent qu'il n'y a la loi pour nous convaincre c'est-à-dire le de réparateur que la liberté. C'est en ce point qu'il n'était pas vraiment réparateur. régime de sérieusement accepté sous le contrôle du pays loyalement consulté. perle met aux erreurs ou aux fautes commises par s'accomplir avec une rapidité foudroyante et une perfection d'exécution qui les rendent du premier coup irréparables. c'est encore la révolution dans ce qu'elle a de mauvais et de dangereux. presque une épitaphe. car le despotisme militaire substitué à l'anarchie. Tun de ces trompeurs déguiseun si habile usage. Or cette combinaison c'est toute la Constitution de l'an VIII et c'est toute la politique du consulat avant de devenir celle de l'empire. Les faits ont été d'ac- . En elfet^ le mot de république n'était plus qu'une vaine étiquette. démocratique ou aristocratique. 377 le besoin longtemps trompé de Tordre et de ces garanties so- ciales dont on ne saurait se passer l'ait rendue très empressée à accepter un despotisme qui fut complet dès le premier jour. c'est-à-dire qui se règle elle-même. républicain ou monarchique. c'est le principe du désordre dans le moteur principal. mais j'appelle au contraire anarchique et destructeur tout régime de bon plaisir. je ne connais pas de combinaison plus périlleuse. III J'appelle réparateur le gou- vernement d'un Guillaume parce que ces grands respect ou la présidence d'un Washington. C'est l'anarchie d'en haut substituée à l'anarchie d'en bas. fait et ments dont Auguste avait l'agitation révolutionnaire. L'arbitraire dans le pouvoir dirigeant et la régularité dans les instruments placés sous ses mains. Echapper à voilà quelle était la passion du mo- ment. et je le trouve d'autant plus dangereux qu'il a plus savamment il organisé le pays dont dispose à son gré. tandis la que l'ordre qui règne chef de l'Etat de dans les moteurs inférieurs de machine administrative. avec ses entraînements et ses pas- sions d'autant plus fatales qu'elles satisfaire peuvent plus facilement se sans rencontrer de résistance légale. bien que d une façon toute superficielle et précaire.

«Jugez main- tenant. Ibid. l'a très bien défini quand a dit « Le gouvernement actuel est le représentant du peuple ^ » 1. . Qu'on ne nous parle donc plus de tion de ces grands principes dans la Constitution de l'an VIII. délai. . p. Cambacérès. impérial formé à : riste la Convention. Mémoires sur le Consulat. cord avec les principes et ont apporté leur irrécusable et accasi blant témoignage à cette idéologie méprisée qui n'a été que trop justifiée au sein de la France amoindrie. ce qu'on peut espérer de ces leur métaphysique de 89. voilà le tout le système tif Je crois qu'on l'appelle système représentale juil par opposition au système parlementaire. Cette constitution. au lieu d'un contre-poids qui l'arrête. Lors de votation du consulat à vie. nous l'avons dit. hommes qui . 2. épuisée et dé- moralisée au point de traiter avec l'étranger sur son sol profané. il a voulu fermement la loi pour tous. le plus merveilleux méca- nisme pour se réaliser sans et dociles. car est-il de celle-ci il n'a jamais voulu à le aucun titre.. sont toujours à cheval sur ^ ! ! La liberté de la presse !» On voit d'ici la consécra- l'ironique sourire. 269. et Une tête et des bras robustes une volonté unique ! de souples instruments. Au s'est expliqué à ce sujet avec une clarté la qui ne laisse rien à désirer. l'égalité enfin jusqu'au point où elle est inséparable de liberté.378 CIRCONSTANCES POLITIQUES QUI ONT PRÉPARÉ LE CONCORDAT. l'accessibilité de tous les citoyens aux emplois. Aussi dérisoire d'en faire à tout prix reste il représentant des prin- cipes de 1789. publiés en 1829 par Thibaudeau. p. 223. disait le général Bonaparte à l'un de ses familiers. est le chef-d'œuvre de Pécole politique qui met l'arbitraire en haut et l'organisation vante dans le sa- corps social. Cruelle et sanglante leçon pour tous ceux qui séparent Tordre et la paix de la liberté et qui s'imaginent que les grands coups d'épée les nations ! suffisent pour relever Sans doute le régime napoléola nien a accepté et consacré quelques-unes des conquêtes de Révolution. l'abolition des privilèges relila gieux. substituant au parlement qui contrôle l'administration qui exécute et donne à la volonté du souverain. La Fayette et La Tour-Maubourg mirent à leur adhésion dition la con- que la liberté de la presse serait rétablie.

Dans une de ses boutades toujours originales sul disait à l'un le premier con- de ses intimes que tout trouvé le le mal en France venait la discréditer. sous la Ter- avait siégé silencieux était devant toutes les violences et tous la Il les crimes. sans être jamais gêné par la sa volonté populaire d'élec- arlificieusement confisquée. se réduisant tables. Sauf un détail qui Il n'était pas sans importance. elle était l'œuvre de Sieyès. de la tribune. puisqu'il se bornait à nommer deux de ses membres qui loi devaient discuter contradictoirement les projets de devant le corps législatif. ce qui estimer bien haut les services que l'avenir. mais l'idée accueillit avec empresse- de substituer aux élections directes des Ustes de noet nationales. Il avait plus sûr moyen de . C'était mettre tion à la un mensonge base de tout l'édifice gouvernemental.. impuissant. Rien de plus commode que la répartition conservateur et rente. le et n'étant soumises qu'à une ré- Le cadre des choix était assez large pour que et à pouvoir exécutif pût créer des chambres à son image ressemblance.^Tour cette école^ la vraie représentation nationale n'est pas dans est le ^^les assemblées^ mais bien dans le pouvoir exécutif qui ^^Bégué permanent du peuple pour faire ce qu'il veut ' dé- sous son nom. le loisir avait eu tout reur_. suffit Un mot ment trivialement spirituel du général Bonaparte il pour écarter cette belle invention. il de mûrir son plan sur le banc où^. ne convenait qu'à un homme comme lui. car si du pouvoir législatif entre un sénat un corps législatif muet et un tribunat il ce dernier corps avait le droit de parler ne votait pas réellement. Qu'est-ce qu'une poignée d'avocats parés à ce député illustre qui d'une et d'idéologues comde ? main tient l'épée et Tautre puise au trésor public pour dispenser les faveurs Constitution de lèle La Tan VIII avait pris soin d'empêcher tout paral- injurieux entre les deux délégations. communales. départementales elles-mêmes de degré en degré vision triennale. métaphysique révolutionnaire pouvait rendre dans se trouva litaire^ en définitive qu'il avait travaillé pour la dictature mi- car le rôle du grand électeur qui n'avait du pouvoir que la représentation et l'opulence et que le sénat pouvait toujours absorber dans son sein.

si La savante elle eût été organisation des finances. ses sous-préfets et ses maires fut présent sur toute la sur- face du pays. avec la parole avait la puissance. placée sous le contrôle d'un peuple libre mesurant ses dé- penses à ses ressources et ses vrais intérêts. devenait un mal. où ne rencontrait plus ces grandes corporations qui. donner une apparence de lui légalité à il La Révolution donnait un pays nivelé. et les services qu'il a souvent rendus. qui eût été bienfaisante. la réglementation habile qui faisait converger toutes les ressources de la circonférence au centre et qui. tempèrent toujours quelque peu le despotisme. établissait l'ordre le plus parfait dans la servitude. en permettant à un maître irresponsable de tout oser. La magistrature formait une hiérarchie sagement ordonnée. portait du centre à la circonférence les décisions souveraines du pouvoir. fut aussi la plus efficace pour l'asservissement de la nation.380 CIRCONSTANCES POLITIQUES QUI ONT PRÉPARÉ LE CONCORDAT. Le branle était donné en un instant par une seule main à ce vaste organisme devenu si souple tout en restant si fort. La partie la plus admirée de la Constitution de l'an VIII. On le voit. en retour. Le pouvoir exécutif par ses préfets. la Constitution de l'an VIII avait un homme sans lui opposer aucune barrière. Ce n'est pas de bons de freins effectifs que le pouvoir a besoin dans son propre intérêt. Ce sont ceux le qui se plaignent le plus des bavards qui les ont multipliés. malgré ses lumières . car là bavardage n'existe que Il où la parole ne conclut pas à l'acc'était celui qui il tion. Le conseil d'Etat. ne restait qu'un seul orateur sérieux. et plus d'une fois eut à re- gretter d'avoir été seul à parler sans le contrôle et la réplique d'une tribune libre. celle qui organise l'administration française. hiérarchie . et il livré la France à tout émanait de eût bien mieux valu qu'on n'eût pas placé entre le pays et lui ce vain fantôme de représentation na- tionale qui ne servait qu'à ses caprices. ne la remplaçait pas car on connaît toute l'inanité des conseils dès qu'ils sont aux prises avec une volonté impérieuse avis. lui et revenait à lui. car rien n'est plus mortel à l'éloquence parlementaire que d'être réduit à un vain parlage sans conclusion politique. malgré leurs in- convénients. c'est et toute-puissante.

Mémoires sur le Consulat^ p. Un conseiller d'Etat du premier : du nouveau régime « La centralisation du pouvoir vous mène bien plus à l'ancien régime qu'un système représentatif sagement ordonnée » Le consul lui disait avec raison dès l'aurore code mais civil est l'une des gloires les plus pures de cette époque. à part quelques mesures vraiment réparatrices. Dès le consulat. Nous ne nous surtout si laisserons plus dire qu'il est le dernier le mot du nous ne séparons pas du code d'instruction crimiet nelle qui est son complément naturel qui a fourni tant de res- sources utiles au despotisme. grâce à Tinamovibilité.. parce porte sur cet ordre de relations pour lesquelles les conil quêtes de la Révolution ont été respectées. on put prévoir où conduirait de la toute-puissance chez un ambitieux de génie qui sacrifiait tout à il son envahissante personnalité. mais "moyen de lutter contre l'absolutisme. sous prétexte que l'émigration n'étaient chouanisme et le que des maladies de peau tandis que 1. elle aucun anciens même sur son propre ter- ne valait pas pour la résistance à l'arbitraire les parlements. déclara en plein conseil d'Etat qu'il se mettrait au-dessus de la loi pour frapper un grand coup sur le parti jacobin qu'il savait le étranger à la conspiration. Sans doute le code qu'il civil est bien supérieur à la Constitution de l'an VITI. 394. cette codification savante qui porta la lumière dans offrir une législation assez confuse n'aurait rien perdu à des garanties plus sérieuses à la liberté individuelle. rain. comme l'abolition de la loi sur les otages et l'élargissement des l'ivresse prêtres incarcérés. Après l'attentat du 3 nivôse. En définitive la France possédait le plus parfait mé- canisme de despotisme qui eût encore existé dans cette centralisation sans contre-poids qui est demeurée le plus formidable obstacle au retour de la liberté. Elle possédait une certaine elle n'avait épendance. . droit. mais pas moins dans une large n'en participe mesure au vice originel du régime.CIRCONSTANCES POLITIQUES QUI ONT PRÉPARÉ LE CONCORDAT. 381 qui s'élevait des justices de paix aux tribunaux de première instance et aux cours d'appel stitution pour se couronner par la belle in- de la cour de cassation.

terrorisme était une maladie de rintérieur à laquelle pliquer les grands remèdes. l'or et le Il étai génie de la guerre et avait à son service sang France.382 CIRCONSTANCES POLITIQUES QUI ONT PRÉPAHÉ LE CONCORDAT. Mémoires sur ie Consulat . certainement l'un des plus distingués leurs. et elle n'avait pas eu beaucoup de manifestations plus criminelles que l'enlèvement à main armée et le meurtre du prince de Condé accompli froidement. Voilà pourquoi toute paix signée par lui caire. parce que cessait touf périrait. mais le la il n'était tînt longtemps. Il s'y résignait momentanément. Il faut consi- dérer cette affaire en homme où d'Etat. » Voilà ce qu'il osait dire même salle l'on préparait la législation du pays. Il en concluaii d« d« que le gouvernement devait avoir en lui-même un moyen de l'inaction et qu'il se préserver ne faut pas tant s'inquiéter l'arbitraire qui est un mal passager. Le courageux conseillei 1. 4G et 393. Gomment et résister à une pareille tentation soi quand poli- est Napoléon qu'on n'a en face de que des corps tiques dociles tant qu'ils sont repus. . excellent calcul pour ettrayer les ennemis voir comme un fût du nouveau poupas ^ Ge fut un grand bonheur que Bonaparte ne le cruel par nature. il fallait ap- A ceux qui opposaient à ces meélémentaires de la justice il sures iniques les règles les plus répondait brusquement : « Les métaphysiciens sont une sorte d'hommes dans cette à qui nous devons tous nos maux. comme pas possible qu'il s'y il il le disait un jour. tandis qu'on ne périt pas faute de loi. Cette maladie de l'intérieur que le premier consul désirait extirper n'avait pas eu de symptôme plus grave que la violation du droit éternel au profit de la passion du moment. p. dis- cuté et justifié plus tard plus froidement encore. car pays n'avait d'autre garantie que son était pré- tempérament. démontrait ingénieusement et des meil est que le gouvernement s'il pouvoir le plus important dans l'Etat. tout en déclarant qu'elle était nuisible à un pouvoir noi veau. Ainsi s'était transmise la comme un précieux dépôt au travers de Révolution cette spécieuse raison d'Etat qui n'est que la raison du plus fort voulant agir à sa guise. et des conseillers courtisanSi L'un d'eux.

On peut commencer. consolider son autorité absolue et perpétuer. il car ne voulait pas même fonder une dynastie afin d'être libre de transmettre sa couronne à qui il lui plairait. : ce ^Bsait-on. 383 . Le premier consul au retour d'un voyage triom- phal en Normandie de leur et en Belgique disait à son frère : « J'ai pu ^. On peut Mémoires du temps les inci- ^^ents de cette grande comédie politique dont on plaisantait gaie- ^Bent dans ces libres causeries qui ont si souvent paru à la France ^Bie compensation suffisante de la liberté Le théâtre est prêt. II. et les spectateurs » ^fayants ne manqueront teurs payés devaient pas. p. Cette détermil'y fit nation souleva les plus violents orages dans sa famille et maudire avec colère par des hommes doux et pacifiques comme Joseph. Mais qu'était ce bariolage comparé à la bigarrure des esprits qui unissaient les passions révolutionnaires à leur récente dévotion monarchique.-. la Les specta- moins manquer encore.îtion *.CIRCONSTANCES POLITIQUES QUI ONT PRÉPARÉ LE CONCORDAT. . jaloux de son pouvoir personnel. Ces tristes scènes sont reproduites dans les Mémoires curieux de Miot de Melitto.it écho à » cette parole du maître : « Il ne faut pas d'oppo- . 228. Il est certain que dès son entrée aux Tuileries suivre dans les le premier conla sul n'a eu qu'une pensée^. peu de monde aura vu les coulisses. p. Miot de Melitto. Rien de plus bizarre que le premier essai d'une cour princière à Malmaison et à Saint-Gloud. 2. connaître tout de la bassesse des Français et m'assurer que je pouvais obtenir servilité tout ce que je voulais en exiger » Ses premières exigences dépassèrent pourtant la mesure. On riait beaucoup en voyant des courtisans novices rompant par un col noir ou des bottes l'harmonie d'une toilette de marquis. Un ancien proconsul la police et trônait au minisflat- de mêlait le langage grossier des clubs à ses teries empressées. et pour qu'il ne fût pas dit qu'il y eût une seule il règle dans l'avenir devant laquelle dût fléchir. Sur plus d'une broderie on eût pu discerner tère du sang mal séché. Elles font comprendre la cette exclamation douloureuse de l'auteur qui exprimait vive impression d'un 1. Mémoires sur le Conseil d'Etat. Mémoires^ 239.

384 CIRCONSTANCES POLITIQUES QUI ONT PRÉPARÉ LE CONCORDAT.
grand nombre de ses contemporains : «Voilà donc Tissue de
révolution
cette

commencée par un
la liberté
!

élan presque universel de patrio-

tisme et d'amour de

Quoi

!

tant de sang versé sur les
les échafauds, tant

champs de

bataille^ tant

de sang répandu sur
sacrifices

de fortunes détruites^ tant de

de tout ce que l'homme a

de plus cher^ n'auront abouti qu'à nous faire changer de maîtres^
qu'à substituer une famille inconnue
il

y a dix ans^

et qui,

au

moment où commence
la famille

la

Révolution, était à peine française, à
!

qui régnait depuis huit siècles en France

Notre conasile

dition est-elle

donc

si

misérable que nous n'ayons d'autre

que

le

despotisme; que nous soyons obligés, pour éloigner

les

maux qui nous menacent
napartes, sans leur rien

aujourd'hui, de tout accorder aux Boles élever

demander? De

sur

le

plus beau

trône de l'Europe, de leur donner en héritage la gloire de

com-

mander à

l'une des premières nations

du monde, sans jamais
les

leur imposer la plus légère condition, sans qu'aucun contrat

engage, sans qu'aucune institution nouvelle remplace au moins
celles

qui servaient quelquefois de digue aux caprices de nos
avili,

anciens maîtres? Ce n'est pas dans un sénat
seil

dans un con-

d'Etat sans consistance, dans
et

un corps

législatif

muet, dans

un tribunat tremblant
poids à ce pouvoir

mendiant quelques places, dans une

magistrature sans considération, qu'il faut chercher un contre-

immense

confié à

un

seul

homme ^

»

Ce

qui achève de peindre l'époque, c'est que celui qui écrit ces
lignes était conseiller d'Etat en service ordinaire.
Il

importait de déterminer la situation politique dans laquelle
Il

prit naissance le concordat.

est né,

comme

toutes les instituil

tions de ce temps, d'une pensée d'ambition personnelle et
fait partie
si

a

de ce plan de réaction

et

de restauration monarchique

profondément conçu

et exécuté avec tant d'énergie par le géle

néral Bonaparte. Lafayette en a déterminé le vrai caractère

jour où

il

adressa ce

mot

spirituel
:

au premier consul à l'occasion
faire
»

des négociations avec

Rome

«

Vous avez envie de vous

casser la petite fiole sur la tête. » «

Nous verrons, nous verrons,

1.

Miot de Melitto, Mémoires^

II, p.

171-172.

VRAI MOTIF DU CONCORDAT.
disait
«

385
:

Bonaparte ^ Bourrienne, en racontant cet entretien, ajoute

Voilà l'origine véritable

du concordat.

»

On

n'en peut douter

un instant quand on se rend compte des opinions religieuses du
premier consul, soit en parcourant sa correspondance,
saisissant
soit

en
lui

au vol ces paroles brusques

et pittoresques

qui

échappaient dans l'intimité ou

même

dans son conseil d'Etat.
lui

La religion
tique,

est

toujours cor.sidérée par

au point de vue poli-

comme un

instrument de règne, un
de se les rattacher.
il

moyen

efficace
la

de

dominer

les esprits et

Il

se fait

encore

pre-

mière place dans ce domaine où
acceptable que celle de Dieu.

n'y a d'autre souveraineté

On ne peut
que
le

sans doute l'accuser

d'athéisme; sa haute intelligence se refusait à cette absurdité
d'un
sard.
qu'il

monde
«

aussi merveilleux

nôtre enfanté par

le

ha-

C'est

à

rintelligence,

a très

bien

dit

M. Thiers,
dans
petit

appartient

de

reconnaître

l'intelligence

l'uni-

vers, et

un grand
de

esprit est plus capable

qu'un

de voir

Dieu à travers ses œuvres. » Ensuite l'athéisme est ennemi de
l'ordre,
vile

la subordination,

de l'obéissance dans
ce
titre
il

la société ci-

comme dans
le

la société religieuse; à

devait déplaire

au génie

plus gouvernemental qui ait existé.

La rébellion

ouverte envers le souverain

du

ciel était

d'un mauvais exemple.

Le général

était

donc sincère toutes
telle qu'elle ressort

les fois

quil parlait de

la

grandeur divine,

du

spectacle de la création

ou de ce

ciel étoile

émotion non

feinte.

Monge avec une Mais il ne fallait pas demander plus à l'homme
qu'il

montrait un jour à

de guerre ou au profond politique. Ce sentiment religieux assez

vague dont

il

reconnaissait l'influence en lui-même,
il

il

était bien

décidé à s'en servir et

ne cherchait pas tant à

le satisfaire
le

qu'à

en

tirer parti.

Or

il

est

peu de manières plus graves de
les fois
le

mécon-

connaître et de l'ofTenser. Toutes
sidérée

que

la religion est

non comme un but, comme

but suprême, mais

comme
le

un moyen de réahser des

fins terrestres et personnelles, elle est

méconnue dans son essence. Nous aimons
rocher de Sainte-Hélène

à croire

que sur

un rayon

divin a traversé le

cœur

tour-

1.

Mémoires de Bourrienne, V,p. 62.

25

386

OPINION DE NAPOIÉON SUR LA RELIGION.
captif,

mente du grand
il

mais

il

est certain

que jusqu'à

sa chui

n'a considéré la religion

que dans

sa relation avec sa politique
se-

et qu'il lui a dispensé tour à tour la protection et la défaveur

lon qu'il
il

le

trouvait utile à ses intérêts.
lui,

En

elle

comme

en tou
1*

n'a

vu que

et lui

seul.

Avant

et après le concordat

même

point de vue

domine dans

ses discours.

Le jeune liomm«

qui n'est encore qu'un général de fortime,
fortune,
il

— d'une merveilleux
chef du grand empire

est vrai^

— s'exprime comme

le

On

a de lui à cet égard les actes et les propos les plus diver

selon l'occasion.

Dans

la

première campagne
il

d'Italie,

quand

il

a affaire à des

dignitaires de l'Eglise,
l'esprit
tour,

parle avec respect de la beauté et de
re-

de l'Evangile, mais cela ne l'empêche pas dès son
devant un peuple moqueur imbu des
les

à Paris, en présence d'un pouvoir ennemi juré du christiaet

nisme,

mêmes

idées.

de ranger au premier rang parmi
tion
,

bienfaits de la révolusoi.

la

destruction de la religion

en

Voici quel fut k

début de son discours en réponse au ministre des affaires étrangères qui l'avait présenté aux directeurs
:

«

Le peuple

français.

pour obtenir une constitution fondée sur
huit siècles de préjugés à vaincre.
et

la raison, avait dix-

La constitution de

l'an

II]
la

vous, avez triomphé de tous ces obstacles. La religion,
le

féodalité et
siècles,

royalisme,

ont

successivement depuis
la

vingt

gouverné l'Europe; mais de
l'ère

paix que vous vene?
»

de conclure datera

des gouvernements représentatifs K

On

voit

ici la

religion mise sur le
et présentée

même

rang que

la féodalité

et le nité.

royaUsme

comme

l'un des fléaux de l'humail

Le jeune général passe en Egypte. Sur son chemin

adresse

de pieuses paroles à l'évêque de Malte pour envelopper d'un miel
sucré ses recommandations d'une prompte soumission au nou-

veau pouvoir. Mais à peine
ramides
leur
ils

a-t-il

mis

le

pied sur

la terre

des py-

qu'il adresse à ses soldats la
les

fameuse proclamation où il

recommande d'agir avec

peuples soumis au Coran comnae
chrétiens, et d'avoir les

ont agi avec les Juifs et

les:

menu

1.

Moniteur, XXIX,

p. 90.

IL

n'y voit qu'u-N instrument de règne.

387
ont
il

gards pour leurs muftis et leurs imans
irés

que ceux

qu'ils

monveut

aux évêques
les fêtes

et

aux rabbins en Europe.
soient célébrées

Tl fait

plus;

que

du Ramazan

au Caire avec plus de

pompe que
riantes le

jamais. C'est ainsi qu'il réalise avec quelques vavers de Voltaire sur Zaïre et qu'il est chrétien
Nil.
Il

fameux
libre

en

Italie,

penseur à Paris, musulman au bord du

a

du

reste développé sa théorie

en plein conseil d'Etat avec toute
:

la clarté
sait-il

désirable et cela après le concordat

«

Quant à moi, di-

un

jour, je ne vois pas dans la rehgion le mystère de

Hn-

carnation, mais le mystère de l'ordre social; elle rattache au ciel

une idée d'égalité qui empêche que
le

le

riche ne soit massacré par

pauvre. La religion est encore une sorte d'inoculation ou de

vaccine qui, en satisfaisant notre

amour du
;

merveilleux, nous

garantit des charlatans et des sorciers

les prêtres valent

mieux

que

les Cagliostro, les

Kant

et tous les
était

rêveurs d'Allemagne ^ »

Le mystère de l'ordre social
léon, la

avant tout, aux yeux de Napocivil.

soumission au pouvoir
précepte capital,
le

Voilà pour lui

le

dogme
or les

essentiel, le

fond

même de

la religion;

prêtres lui paraissent

éminemment

utiles

pour serrer

le frein

de
en

l'obéissance

dans ses Etats. L'empereur d'Autriche

s'écria,

apprenant

la

conclusion du second concordat, qu'il approuvait
qu'il savait

hautement Napoléon,
vait se passer

par expérience qu'on ne pou-

des prêtres dans un état bien ordonné, et que quant

à lui

il

avait besoin

pour

faire respecter
^.

son autorité de deux
les

armées, l'une blanche, l'autre noire

Ce jour-là

deux emles ecclé-

pereurs se comprenaient. Napoléon est constammant revenu à
ce point de
siastiques

vue utiUtaire dans sa correspondance avec
dans ses allocutions. Quand
il il

comme

est

encore gé-

nérai républicain,

loue les prêtres,

«

qui ont reconnu que le
la

code politique de l'Evangile se résume dans
veraineté du peuple et qui s'efforcent de
l'agiter. »

hberté et la sou-

le

calmer au liew de
ils

En

effet,

en tenant ce langage démocratique

servent

1.

Opinions de Napoléon sur divers sujets de politique

et

d'administration,
p. 223.

recueillies

par un membre de son conseil d'Etat. Paris, 1833,
141.

2. Ibid., p.

388
sa politique

SON DISCOURS AUX CURÉS DE MILAN.

du moment^ qui
ne
tarit

consiste à fonder des républiques
il

en

Italie

;

il

pas en louanges sur leur compte,
tels prêtres

les

com-

pare à Fénelon et déclare que « de
présent que le ciel puisse faire à
dire,
il

sont le plus beau
»

un gouvernement ^

A

vrai

n'aimait le républicanisme chez les prêtres que
docilité à recevoir sa consigne.
Il

comme
ne leur

une marque de leur

commanda

pas longtemps ce genre d'opinion, et la vertu car-

dinale qu'il estima le plus chez eux fut l'empressement à se sou-

mettre au pouvoir temporel.

«

Je ne conçois pas de caractère
la

plus respectable et plus digne de
écrivait-il à

vénération des hommes^

Tévêque de Malte après

la

conquête de

Tile,

qu'un

prêtre qui plein
ses devoirs lui

du

véritable esprit de TEvangile est persuadé que

ordonnent de prêter obéissance au pouvoir tem^.

porel et de maintenir la paix dans son diocèse

»

La

vraie pensée de Napoléon, celle qui a présidé au concordat,

ressort avec la plus grande clarté

du discours
la veille

qu'il a adressé

aux
ne

curés de Milan au mois de juin 1800, à
faut pas oublier qu'il parlait surtout

de Marengo.
et

Il

pour Paris

pour Rome. Ce

discours mérite d'être reproduit
c(

comme la préface du concordat.
ici
,

J'ai

désiré de vous voir tous rassemblés

dit le général,

afin d'avoir la satisfaction
les sentiments qui

de vous

faire

connaître par

moi-même
la seule

m'animent au

sujet

de

la religion catholique,

apostolique et romaine. Persuadé que cette religion est

qui puisse procurer

un bonheur

véritable à

une

société bien

ordonnée

et affermir la

base des bons gouvernements, je vous

assure que je m'appliquerai à la protéger et à la défendre dans
tous les temps et par tous les moyens. Vous, les ministres de
cette religion qui certes est aussi la

mienne,

je

vous regarde

comme mes
comme
mun,
et

plus chers amis; je vous déclare que j'envisagerai

perturbateur du repos public et ennemi du bien com-

que

je saurai punir

rigoureuse

et la plus éclatante, et

mort, quiconque fera la

comme tel de la manière la plus même s'il le faut de la peine de moindre insulte à notre commune reUt. II,

1.

Correspondance de Napoléon,
t.

lettre

du 10 septembre

1797.

2. Ibid.,

IIÏ, lettre

du 12 janvier 1798.

^H

SON DISCOURS AUX CURÉS DE MILAN.

389

gion et qui se sera permis le plus léger outrage envers vos per-

sonnes sacrées.

Mon

intention formelle est que la religion chré-

tienne, catholique et
qu'elle soit

romaine

soit

conservée dans son entier,

publiquement exercée

et qu'elle jouisse

de cet exer-

cice public avec

une

liberté aussi pleine, aussi

étendue, aussi
fois

inviolable qu'à l'époque
es

où j'entrais pour

la

première

dans

heureuses contrées. Actuellement que je suis muni de
suis décidé
les

pleins pouvoirs, je

à

mettre en œuvre tous les

moyens que

je

croirai

plus convenables pour assurer et

garantir cette religion. Les philosophes
és
1

modernes

se sont etforétait

de persuader à la France que

la religion

cathoHque

implacable ennemie de tout gouvernement républicain.

De

cette cruelle

persécution que la République exerça contre la
:

religion et ses ministres
livré cet

de

là toutes les

horreurs auxquelles fut

infortuné peuple.

La

diversité d'opinions qui à l'époque
,

de

la

Révolution régnait en France

au

sujet

de

la religion

y

n'a

pas été une des moindres sources de ces désordres.
a

L'expérience a détrompé les Français... Moi aussi, je suis
soit,

philosophe et je sais que dans une société quelle qu'elle
nul

homme
il

ne saurait passer pour juste

et

vertueux
saurait

s'il

ne

sait

d'où

vient et

il

va.

La simple raison ne

nous

fixer

là-dessus; sans la rehgion

on heurte continuellement dans

les

ténèbres, et la religion catholique est la seule qui

donne à
fin

Ihomme

des lumières certaines sur son principe et sa

der-

nière. Nulle société

ne peut exister sans morale,
il

il

n'y a pas de

bonne morale sans religion;
donne à l'Etat un appui ferme
ion est

n'y a donc que la religion qui
durable.

et

Une

société sans reli-

comme un

vaisseau sans boussole. La France instruite

par ses malheurs a rappelé dans son sein la religion cathoHque.
Je ne puis pas disconvenir

que

je n'aie contribué à cette belle
les églises

œuvre. Je vous
la religion

certifie

qu'on a rouvert

en France où
le

catholique reprend son ancien éclat, et que

peuple

voit

avec respect ces saints pasteurs qui reviennent pleins de zèle

au milieu de leurs troupeaux abandonnés. Quand je pourrai

m'aboucher avec

le

nouveau pape, j'espère que

j'aurai le bon-

heur de lever tous les obstacles qui pourraient s'opposer encore

390

SES CONFIDENCES

A LA MAOIAISON.

à l'entière réconciliation de la France avec le chef de l'Eglise. Voilà ce que je voulais vous

communiquer au

sujet de la reli-

gion chrétienne catholique et romaine. Je désire que l'expression

de ces sentiments reste

gravée dans vos esprits^

— que vous

afin

mettiez en ordre ce que je viens de dire, et j'approuverais qu'on

en fasse part au public par

la

voie de l'impression,

que
en

mes

dispositions soient connues

non -seulement en

Italie et

France, mais encore dans toute l'Europe K »

Le premier consul parle en

vrai confesseur de la foi
il

;

seulela

ment
Yoix,

il

parle surtout pour l'écho européen et
Il

a beau enfler

il

ne dépasse pas l'ordre politique.
et
il

fait

une avance une

à l'opiaffaire,

nion catholique,

compte

qu'elle y répondra. C'est
c'est

une négociation qui s'engage;
chrétien n'a rien à voir.
S'il

un

acte de chef d'Etat

le

n'a pas craint, lui, le représentant
la

armé de
à tous

la

France, de menacer de

peine de mort

les

moindres
fait

délits religieux, c'est
;

que

l'orateur, selon sa

coutume, se
il

tout

il

se fait ItaUen

pour les prêtres itahens;

ne songe qu'à

son calcul du moment. Si l'on en doutait, on n'a qu'à l'entendre

quelques mois plus tard non plus en grand apparat
les voûtes

officiel

sous

de

la cathédrale

de Milan, mais à

la

Malmaison, dans

un

entretien intime avec
les négociations

un de
la

ses familiers. C'était à l'époque

avec

cour de

Rome

étaient

en pleine
pour lui

acti-

vité.

Le premier consul
il

avait

mis l'entretien sur

les idées relile der-

gieuses;

avait qualifié d'idéologie,

— ce qui

était

nier terme idu mépris,
telles


la

les

opinions purement philosophiques

que

le

déisme. Il avait parlé de l'émotion qu'il avait ressentie
cloche de Rueil, « tant est forte
la puis-

naguère en entendant

sance de l'habitude et de l'éducation. »
parlait pas

Un homme
le

si

occupé ne
plaisir

de ses idées et de ses émotions pour

simple

de

les

exprimer. On pouvait être assuré qu'il avait une intention
et

cachée

un but

précis.

En effet,

ces épanchements étaient des-

tinés à introduire

une communication grave. «Je
impression tout cela ne

me

suis dit,

ajouta-t-il aussitôt, quelle

doit-il

pas

faire

sur

l'homme simple

et

crédule, que vos philosophes et vos idéo-

1.

Correspondance de 'Napoléon,

t.

VI, p. 338.

p
que
celle
ils

SES CONFIDENCES
!

A

LA.

MALMAISON.
religion

391
il

logues répondent à cela
cette religion soit

Il

faut
la

une

au peuple,

faut

dans

main du gouvernement. Cinquante

évêques émigrés

et soldés
Il

par TAngleterre conduisent aujour-

d'hui le clergé français.

faut détruire leur influence^ Tautorilé
Il

du pape
de

est nécessaire

pour cela.

les destitue;,

ou leur

fait

don-

ner leur démission.
la

On

déclare que la religion catholique étant

majorité des Français, on doit en organiser l'exercice.

Le premier consul

nomme

cent évêques, le pape les institue;

nomment

les curés, l'Etat les salarie. Ils prêtent

serment.

On

déporte les prêtres qui ne se soumettent pas.
papiste, je

ne suis rien.
ici

J'ai été

On dira que je suis mahométan en Egypte, je serai
reli:

tholique
gions,

pour

le

bien du peuple. Je ne crois pas aux

mais ridée d'un Dieu...,

et levant la

main au

ciel

Ou'est-ce qui a fait ceci ^? »

Le premier consul développa ensuite
jet.

les avantages

de son prole catholi-

«

Les gens éclairés ne se soulèveront pas contre
Ils

cisme.
riétés

soat indifférents. Je m'épargne de grosses contrale

dans l'intérieur et je peux par
Il

moyen du pape au deétait significative...
:

hors... »
tretien se

s'arrêta

La réticence

L'en-

termina brusquement par ces mots

«

Il

n'y a plus ni
^
.

bonne

foi, ni

croyance. Cest une affaire purement politique

»

Le nouveau Gyrus prenait soin par cet aveu plein de franchise de
bien établir dans quel sens
il

relevait les autels.
:

Il

répétait sans
parti je

cesse à son secrétaire Bourrienne
saurai tirer des prêtres
à briser « ces
si

«

Vous verrez quel
avait

^

» Il était

du

reste parfaitement décidé
il

personnes sacrées» auxquelles

témoigné une
de son glaive,

grande amitié à Milan
lui feraient la

et qu'il voulait protéger

dès qu'elles

moindre
il

résistance.

Au moment même
Les prêtres
ils

il

préparait le concordat,

disait

un jour àiCarnot, à l'occa:

sion d'une velléité d'opposition cléricale

«

et les

nobles jouent gros jeu. Si je leur lâchais
tous dévorés en un clin d'œil*. »
Mémoires sur
IhicL, p. 159.

le

peuple,

seraient

1.

le

Consulat, attribués à Thibaudeau,

liv. XII.

1827.

2.
3.

4.

Mémoires de Bourrienne, V, p. 232. Mémoires sur Garnot, par son fils. Il

p. 224.

392

LA LIBERTÉ DE l'ÉGLISE INSÉPARABLE d'uN RÉGIME LIBRE.
la

Nous avons indiqué
premier consul à

grande raison politique qui poussait
la

le

traiter

avec

cour de

Rome
il

:

il

voulait enrôler

à son profit la puissance religieuse dont
tructible influence.
Il

reconnaissait Tindes-

n'aurait

pu

d'ailleurs laisser la liberté à la
li-

religion sans limiter son pouvoir arbitraire. Disons mieux, la

berté de la religion n'était possible qu'avec le maintien de

la li-

berté elle-même au sens le plus étendu. Qu'est-ce après tout

qu'une Eglise libre? C'est une association qui se réunit à
valles réguliers et qui use

interElle
afla

de

la liberté d'écrire et
les

de parler.

ne peut se passer des droits

plus essentiels d'un peuple

franchi; le droit d'association et de réunion, la liberté de
presse, toutes ces grandes garanties de la société

moderne

lui

sont indispensables. C'est l'honneur de la rehgion de ne pouvoir

user de la liberté

comme
de
la

d'un monopole; voilà pourquoi son
vouloir pour tous. Le dictateur du
lier cette

premier

intérêt est
était

18 brumaire

donc contraint logiquement de
chaînes dont
il

grande
Il

puissance des

mêmes

enveloppait la France.

ne

pouvait tolérer ce désordre abominable qu'une parole qu'il n'eût

pas inspirée retentit sur un point du pays et qu'en face de ses
préfets
il

y eût des évêques indépendants. Le maintien d'une
Il

seule association Ubre était une tache sur la carte.

fallait se

hâter de

la faire disparaître

pour célébrer

le jubilé

de

la centra-

lisation réalisée

d'une frontière à l'autre, sans que rien ne vînt

rompre

cette magnifique uniformité.

La

même main,
il

qui relevait

le trône,

devait

non pas relever

l'autel,

jamais encens plus pur n'y avait
trône.

— car brûlé, — mais

était

debout

et

l'adosser au
et

Dans son furieux désir de domination absolue
le

d'omni-

potence,

grand despote ne pouvait consentir à ne pas régner
domaines.
Il

dans tous

les

devait bientôt s'apercevoir qu'il est

plus facile de tenter une pareille usurpation que d'y réussir.

Qu'on en juge par ces mots amers qui expliquent toutes
surmontables
difficultés qu'il devait
il

les in-

rencontrer dans ce partage
la part

du pouvoir où
«

comptait vainement se faire

du

lion

:

Voyez,

disait-il

au conseil d'Etat, voyez l'insolence des prêtres,

qui, dans le partage de l'autorité avec ce qu'ils appellent le pouvoir

temporel, se réservent l'action sur l'intelligence, sur

la partie

p. ^^n ais été rien n'empêche de penser que si la liberté des cultes avait sérieusement reconnue. Ils gardent Tâme me jettent le cadavre *. Les deux clergés étaient encore très loin de s'entendre. nous n'avons plus qu'à retracer Il les phases diverses de la négociation. Les cendres de Pie VI furent rendues à ses an- ciens sujets et solennellement transportées à Rome. un simple engage- ment de fidéhté à la constitution. que l'ère de la proscription religieuse fin. et prétendent me et réduire à n'avoir d'action que sur les corps. qui commissions consultatives for- mées des débris des prendre conseils dissous à recevoir les réclamations allait des prêtres déportés. s'étaient répandus dans les villes et les campagnes et ralliaient à le eux une ^^^ portion importante des populations. La question de principes 1. armés de promesses de menaces efficaces. D'un autre côté ils les prêtres insermentés. fallait à la fois négocier avec Fopi- nion à Paris et traiter avec Rome. surtout dans Midi et dans Ouest. 1833. Peu de jours au serment consti- après un décret sage entre tous substituait tutionnel qui avait provoqué tant d'orages. » la Après ces préliminaires indispensables pour comprendre portée du Concordat.PREMIÈRES MESURES DES CONSULS A l'ÉGARD DE LA RELIGION 393 noble de l'homme. malgré la proscription dont étaient encore frappés. . tout cas. Paris. recueillies par un membre de son conseil d'Etat. en ce qui concerne qu'être approuvées. rêté la religion. Opinions de Napoléon sur divers sujets de politique et d'administration. Nous avons vu dans quelle situation prospère au point de vue la religieux se trouvait l'Eglise gallicane fin ou constitutionnelle à du régime antérieur. et l'œuvre de réorganisation se poursuivait sans relâche. 201. Tous les jours le culte se rétablissait dans de nouvelles paroisses. ne peuvent l'ar- Tout d'abord autorisait les il montra clairement par du 3 nivôse. on ne fût arrivé à une conciliation. Les premières mesures du nouveau régime. la — Le premier consul usa de première négociation qui n'é- son influence personnelle pour tait pas la moins difficile et se servit et pour la seconde d'agents habiles. la papauté n'aurait pas En dû faire pour cela des confinit cessions aussi considérables que celles auxquelles elle par consentir pour conclure le concordat.

qui rouvrait les temples au culte chré- tien. On commença une triste ironie au frontispice de Il y eut bien encore plus d'un procédé vexatoire de la part des autorités locales. étaient mais les faits beaucoup plus importants que les paroles. les Il leur donna sa haute approbation ce qui pour juger au point de vue libéral. Bossuet et expliquer à fond de l'Eglise galsuffit licane. . Déjà la les raisons la qui empêpresse avait hberté de été supprimée et avec elle toutes les garanties qu'elle seule peut conserver. à espérer que la hberté des cultes ne serait plus la Constitution ' .394 PROJET DE NÉGOCIER AVEC ROME. essayait bien par ses circulaires de diminuer la portée de ces mesures. Voir le Mo?u'teur du 22 nivôse an VIII. Fou- ché. Il était très neuf à cet ordre de queset le mais il avait une volonté bien arrêtée pouvoir de la réaliser. A peine revenu de sa mémorable campagne d'Italie. Enfin Tarrêté du 3 prairial. provoqué sou- vent par l'imprudence des partis religieux qui se faisaient une guerre ouverte. Nous avons exposé chaient de nourrir cet espoir. Cette approbation ne l'empêles cha pas de compléter plus tard assez singulièrement par la d^s innovations propres à faire frémir grande ombre de Bos- suet. mais l'apaisement serait résulté de la liberté sé- rieusement accordée. Il devenait évident que l'œuvre de réaction serait poursuivie dans le domaine religieux comme ailleurs. l'ancien proconsul de la Nièvre. Ces essais de controverse 1. Use composa hâtivement une petite bibliothèque il théolo- gique ou ecclésiastique. était ainsi écartée et la conscience mise hors de cause. Cela ne me si mirable que l'orthodoxie correcte de Constantin au concile les de Nicée et ses édifiantes harangues aux hérétiques pour presser d'adopter la bonne doctrine. était remis en vigueur. On trouve admirable siastique ce rapide apprentissage théologique et eccléparaît pas plus ad- du général Bonaparte. mais paraît en avoir profité plus hâti- vement encore. latines de 11 s'était fait traduire à son usage les œuvres les libertés . car elles consacraient l'ultramontanisme le plus exclusif. le premier l'esprit consul s'occupa de régler les affaires de l'Eglise dans que nous avons indiqué. tions. Le ministre de la police.

A chacun ce ne doublez pas le général. c'est-à-dire le système suranné de l'entière subordination de la reUgion au pouvoir . 395 ns la bouche des maîtres du monde. mais de É persuader. écrivait au Directoire même qu'infailliblement la vieille machine allait se détraquer toute seule. c'est le ^Hrtir de son rôle. Vous pouvez et vous voulez contraindre. après Marengo. Il écrivait à Ca~ cault le 26 septembre 1796 a de ruser avec le vieux renard. et jetait dans une note rapide Il les bases d'une négociation qu'il devait reprendre plus tard. quand on a main sur la garde de son épée. le mais l'homme guerrier victo- profond commençait à apparaître chez Il rieux. qui e de l'Eglise qui cite des textes. n'était pas sans prévoir qu'il pourrait bien devenir le il maître de la France. Les lettres crites traité par lui à l'occasion des négociations qui précédèrent le de Tolentino révèlent une indifférence mêlée de mépris si pour cette institution pontificale qu'il devait trouver le admirable jour où elle lui paraîtrait utile à sa politique. La ^e plan du premier consul semble avoir été assez promptement conçu. sérieuse qui devait couronner la paix une négociation tout à fait du dehors par la paix du dedans. C'est à ce bien ténu qu'il rattache. donne des consignes. » il Tandis que dans une note çait officielle du 19 février 1797 annongouverjour au pape qu'il n'aurait pas il d'allié plus fidèle que le le vernement républicain. sait les la y expo- raisons politiques qui rendaient fil un accord désirable avec papauté. Certes son d'Etat moindre souci eût été de la réparer. d'un partie n'est pas égale. Quand on y regarde de près on y retrouve l'ancienne invariable tradition latine et française. me font Présenter des arguments de théologie la Teffet le plus ^^oyable. Rien n'est plus faux. traité Il y le avait longtemps qu'il songeait à l'opportunité d'un avec pape. Vous êtes la force. le projet On tion a souvent vanté du concordat comme une créaet du génie éclose de ses méditations fécondes. ne tentez pas son rôle. ou de droit langage de ^^clésiastique. On se tromperait fort en s'imaginant qu'il fut guidé à un degré quelconque par les souvenirs d'enfance que la cloche de Rueil éveillait en lui à ses heures de loisir. Soyez un dictateur.RH 0-\ PART DE LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. ne parlez pas ^TSraison.

La partie saine du clergé constitutionnel ne demandait que rien n'était plus . et Un salaire suffisant serait assuré par l'Etat aux est le plan évêques aux curés. Au reste il n'était poussé que par lui-même dans cette voie. Ce qui déplaisait au Vatican ne plaisait pas davantage aux Tuileries. aussi bien ses intérêts rehgieux que ses intérêts politiques. des élections religieuses eussent troublé la pacifique formation des listes de notables. ce vieux système des juristes de la royauté qui avait civil. il nul courant d'opinion ne l'entraînait. il croyait fermement que le gouvernement représentait la nation. Le concordat la qu'une édition revue de constitution civile n'était plus du clergé. et les conseils de chanoines. on la rendait presque acceptable à Rome. et il s'arrogeait le droit énorme de trancher souverainement et à lui seul une question de conscience. Les opposants à reconstitution d'un culte officiel se recrutaient sans doute d'a- bord parmi les nombreux adhérents de le la philosophie du dixla protection huitième siècle qui s'imaginaient bien à tort que gouvernementale relèverait crédit de la religion. c'était oublier propre à l'aviUr qu'un opulent asservissement. de la défiant à l'égard papauté. à savoir les éléments de le droit d'élection presbytérianisme qu'elle renfermait et par le peuple. la ce qui est la plus grave des usurpations. Tel que le premier consul ecclésiastique. était de retrancher de cette constitution ce qui la était déci- dément inacceptable pour papauté. Il moins l^élément démocratique qui très facile de saison. En alléfâ- geant la constitution civile du clergé de ces innovations cheuses.396 L'OPmiON PUBLIQUE CONTRAIRE A CES NÉGOCIATIONS. et elle donnait au nouveau pouvoir un de clergé fonctionnaire qui ne déparait pas la belle harmonie de l'administration française. s'ils avaient eu voix délibérative. ébaucha ou plutôt emprunta à sa bibliothèque et qui allait se préciser et se compléter dans la négociation. C'est été remis à n'est neuf par l'Assemblée constituante. au contraire la heurtait de front en rétablissant le un culte officiel. sauf un ou deux points à débattre. Mais il prenait au sérieux mot de Cambacérès. auraient eu une vague ressemblance avec lés conseils communaux dont on ne voulait plus. surtout si l'on avait soin si faire de larges emprunts au vieux droit gallican.

G ne m'apprendra peut-être pas ce qu'il faut à ce pays- pape La rehgion catholique y domine et d'ailleurs j'ai besoin du ^. la masse de la nation ne s'en inquiétait nullement et montrait la plus par- faite indifférence. les comme aux Etats-Unis tout à en dehors du gouvernement et que les sectateurs d'un culte quel qu'il fût se fussent accordés entre eux pour pourvoir aux besoins de ce culte et de ses ministres. les 1. a M. 61. il fera ce que je voudrai était contraire raux aux projets du premier consul. me dit : « Lafayette a peut-être raison en théo- mais qu'est-ce qu'une théorie? Une sottise quand on en veut « faire une application à une masse d'hommes. blâma le concordat. dit Madame de Staël dans ses Considérations sur la Rfjvolution. dit Bourrienne. » Si l'opinion des esprits libé. Il G ci. Les fidèles à la foi hommes de 1789. voyaient avec sul. 62. libéraux demeurés de leur jeunesse. . un déplaisir marqué les la tentative du premier conFil- Nous apprenons par fit Mémoires de Lafayette que lustre général le G une démarche auprès du premier consul. 63. la dispense du serment comblait ses vœux et il dut faire plus d'une capitulation de conscience pour accepter les vrais le concordat. que de constater l'impression que produisit cette intervention de Lafayette sur le premier consul. Il au- rait voulu que Bonaparte. « A l'époque de l'avènement de Bonaparte. chacun d'eux restant isolé du gouformant à leur gré. 397 qu'à poursuivre librement et pacifiquement la restauration de l'Eglise de France. Mémoires de Bourrienne^ V. de Lafayette. laissant à tous eût tous placés les cultes une égale fait liberté. en Amérique. Mémoires de Lafayette. sous vernement la et les sociétés religieuses se direction de prêtres de leur choix et payés par elles la ^ » Rien ne peut mieux faire mesurer distance qui sépare l'esprit de 1801 de celui de 1789. Je sion « rie me rappelle qu'à cette occa- Bonaparte . p. pour dissuader de rétablir une religion officielle et lui conseiller d'accepter dans son intégrité le principe américain d'égalité parfaite entre tous les cultes. comme si et puis il se croit G toujours les Français étaient des Amé- G ricains. II.L OPINION PUBLIQUE CONTRAIRE A CES NEGOCIATIONS. p. 2. Quant au clergé réfractaire.

Au fond l'apaisement de ces 1. Le vœu général de la nation se les bornait à ce que toute persécution cessât désormais contre prêtres.SQS EXPLICATIONS DU PREMIER CONSUL. Mais le premier consul savait que le clergé reprenait une consistance les intérêts politique. il fallait expliquer aux anciens les motifs d'un projet qui ne souriait qu'à son auteur. n'aspiraient qu'à une parfaite liberté religieuse. enfin que Tautcrité ne se mêlât en rien des opinions gieuses de personne. p. partisans les plus sincères du catholicisme. après avoir été aussi longtemps victimes de Tinquisition politique. et que Fon n'exigeât plus d'eux aucune espèce de serreli- ment. lui conseillaient A ceux qui de ne pas se mêler de querelles les à religieuses et de se contenter de protéger également tous cultes. L'histoire proclamait d'une claire. il répondait que le pouvoir ne pouvait être indifférent la rehgion dans un pays religieux. 273. Considérations sur la Révolution française. ce K » qu/il Il lui c'était préparer les voies pour arriver au trône. son influence ne pourrait seconder que voulait. toujours terminés par la triomphante réplique de celui qui pouvait tout. fa- çon suffisamment que le plus sûr moyen d'envenimer que l'Etat et d'éterniser les disputes théologiques c'était tentât d'opérer des réconciliations forcées qui ne sont au fond qu'une paix hypocrite obtenue par l'abaissement de l'un des partis. . cet naturellement susceptibles à l'excès le Que penser être de argument que gouvernement ne pouvait désinté- ressé dans les querelles de diverses Eglises et qu'il devait se poser comme juge du combat. Ainsi donc le gouvernement consulaire la eût contenté l'opinion en maintenant en France qu'elle existe si tolérance telle en Amérique. un clergé comme il avait des chambellans Mais en attendant que les nouveaux chambellans entrassent en fonction. En vérité ce n'était pas la peine d'être un grand génie pour recom- mencer la tragi-comédie byzantine. l'Etat Comme si l'intervention de les n'était pas surtout dangereuse et propre à soulever conflits les plus graves là où fermentent des convictions ! ar- dentes. II. C'est ce que fit le premier consul dans des entretiens fréquents avec ses familiers. fallait du despotisme .

Nous pas mieux organiser le culte et discipliner les prêtres n'avons jamais vu d'Etat sans religion. si ce n'est pas à elle-même qu'il est 1. le tion gouvernement ne pourrait s'emparer de l'administrareligieuse par un sage accord avec le saint-siége. le conseil d'Etat. Mais ce pouvoir à distance. apostohque et romain. « il me faut un pape. répondait-il. c. « Les siècles ont l'ont bien fait. et qu'on lui re- présentait. répétait-il à son di- entourage. me la faut un pape qui rapproche au lieu de qui réconcihe les esprits. catholique. peu . il s'imaginait qu'ils être assuré l'avaient fait qu'il déferait rait utile pour lui et pour son On pouvait en un jour cette œuvre séculaire dès Il qu^il le croi- à sa pohtique. Ne vaut-il que de laisser les choses comme elles sont? Au lieu de déporter les prêtres qui prêchent contre le gouvernement. que d'un mot ferait la France protesje fisse tout le la moitié tante : a Ne faudrait-il point. son motif : était le l'exprimait sans ambage par ces mots « Dans régime de la liberté. sans prêtres. uniquement fait cela. mais viser. il y voyait un moyen com- mode de réaliser ses plans favoris. au moins ne France restera catholique. les réunisse et les donne au gousorti vernement de Révolution. XI. querelles lui importait assez il 309 plus simple. et ils parce qu'il se prêtait à ses vues. maintenu strictement dans d'étroites limites. Et pour cela pape. . sans culte. que contraire d'Henri IV? Vous n'y entendez rien. bien à tort. relles — Nous aurons d'interminables quequ'il traitât la de la ^ » On voulait pas avec Rome et on essayait de l'effrayer sur le pouvoir de papauté. le rassurait au heu de l'inquiéter . Mémoires sur Ibid. » — Il me faut le vrai me faut un pape! il — Il ne s'agit pas de savoir si ce pape n'a pas des droits sur l'Ela religion glise catholique. Il trouvait alors le pouvoir tem- porel de la papauté une admirable combinaison. » tel était son langage quand intérêt. 2. ne vaut-il pas attacher? Je vous dis que les prêtres qui accepte- mieux se les ront des fonctions feront scission avec les anciens titulaires et seront intéressés à sait empêcher leur retour K la tête » Quand on le pres- de se mettre lui-même à du il clergé.EXPLICATIONS DU PREMIER CONSUL.

» Edifiants 1. il la Ré- « rusait avec le vieux renard. Il lui fallait le ciel. tout en étant parfaitement décidé à n'en tenir aucun compte. XI. Dieu pour le gêner. 2. mais il n'en était pas de même du pape qui n'avait pas perdu l'habitude de se mêler des affaires de ce monde. Il aussi soldates- que à des hommes dance jusqu'à lui comme poussait la condescenles affaires reli- demander un Mémoire sur sa franchise par ce gieuses. il fera ce Il que je lui demanderai dans térêt du repos général. fin » Ainsi ce restaurateur Il au plus avait avec le saint-père. Il n'osait pas tenir un langage d'une franchise Grégoire. les réunira sous sa main et les placera sous la mienne. ! nécessaire. . de la discipline. se conformait au conseil qu'il donné quelques années auparavant au plénipotentiaire de publique à Rome. voilà Rome le les place sous le bon plaisir du ce que premier consul appelle relever la religion. les autels. Le premier consul rassurait ainsi ses conseillers sur ce point délicat : « Avec les armées françaises et les égards. j'en serai toujours suffisamment le maître. les ministres quand je les nourrirai et les traiterai traités comme de la religion méritent d'être l'in- en tout pays. qui imprimât dans les esprits de sages notions d'autorité. Mémoires de Grégoire. Quand je relèverai quand je protégerai les prêtres. Question puérile et sans importance C'est au pre mier consul Il qu'il faut un pape. Le clergé doit baiser la main qui le nourrit! voilà le fond intime de sa pensée.400 EXPLICATIONS DU PREMIER CONSUL. p. ^ On peut juger de « mot adressé à un conseiller d'Etat au moment : même où de les négociations à Rome étaient pendantes Ce que nous faisons porte un coup mortel la religion jouait au papisme^. c'est sa politique qui en a besoin. » Nourrir les prêtres pour qu'en échange leur chef à pouvoir civil. c. et qui permît d'entretenir une police à moins de difficulté. de la vérité en soi. 93. s'embarrasse bien du dogme. calmera les esprits. un pape sur la terre comme lui fallait un Dieu dans lui une religion qui couronnât son pouvoir. I. frais et: de prélever ses impôts avec moins de était trop loin A ses yeux. Mémoires sur le conseil d'Etat. il du bien de la religion.

rien les l'opinion ne se prononçât contre ses vues n'était surveillé et contenu avec soin. dont il 40 les nous reste à suivre non moins Tout le édifiantes péripéties. qui possède déjà tant de rieuses . C'est donc dans l'ombre et le lence qu'allait se préparer ce qu'on est convenu d'appeler la paix religieuse. Aussi était à craindre que le s'il mouvement de suspendue. 185. monde en France ne il pouvait avoir l'avantage d'être persuadé directement par l'éloquence vive et originale du pre- mier consul. p. Prouvez votre respect pour ceux du clusion était une feuille en vous abstenant d'en parlera » La conmenace de suspension immédiate de toute assez mal avisée pour montrer à la la religion cet insolent mépris qui consiste à ne pas passer entièrement sous silence. c( richesses cu- Les intérêts de l'aliment de ciel la terre. Le mot d'ordre la fut donné aux préfets. Annales de la Religion . Une circulaire du préfet de Seine-Inférieure aux journalistes de la litté- son ressort mérite d'être conservée dans les annales de rature administrative.J INTERDICTION DES DISCUSSIONS RELIGIEUSES. officielles Le moment des communications l'Etat n'était aux grands corps de si- pas encore venu. XllI. suffisent à votre feuille. 26 . écrivait ce fonctionnaire. 1. préliminaires de la paix religieuse. La liberté de n'était plus facile la presse était que d'interdire toute discussion gênante sur affaires religieuses. Silentium faciunt et pacem appellant.

Nous connaissons de départ la première base de la négociation : le point était la constitution civile. Il donc obtenir et de la Rome une Il réduction des anciens diocèses^ c^était une concession qu'elle avait est vrai énergiquement refusée au faisait . c'était élevait son pouvoir plus haut qu'il ne l'avait de son propre aveu faire ce qu'elle n'avait pas osé dans le cours des temps.CHAPITRE II. car c'était sa volonté aux évéques pour elle un vram jaaB . Conclusion du Concordat. c'était mettre l'épiscopat entier sous sa dépendance . reconnaissaient au pape le droit d'investiture par bulle. Re- cessions impérativement demandées par . qu'en échange on bon marché de tout ce qui ressemblait au presbytérianisme on i'e^_ efll mettait en vigueur les articles des anciens concordats qui. n'était même pas très difficile d'amener la papauté à réduire d'autorité les diocèses en imposant récalcitrants. Il n'en pas de même le de deux autres conpremier consul. malheureux Louis XVI. Les contractants s'entenil daient très bien sur ces points. On en conservait la répartition diocésaine qui affectait un évêché à chaque chef-lieu départemental préfet et plaçait Tévêque en face du fallait ou plutôt sous cour de la main du préfet. main pour La résistance sur cet article ne devait pas était durer longtemps. abandonnant le droit de nomination au prince. c'était enfin la consécration de ce que l'ultra- montanisme le plus exagéré n'avait pas même rêvé. quelque peu révisée. coup d'Etat qui mais été. la Les pouvoirs accroître sont toujours disposés à se laisser forcer leurs prérogatives.

Elle n'y consentit jamais franchement et ne cessa de demander des rétractations qui devaient être de véri- tables actes le de pénitence aux ecclésiastiques qui avaient prêté la serment à constitution civile du clergé. lence de la docilité. et dont l'autre avait toutes les lenteurs et suivait toutes les sinuosités familières à un gouvernement de vieillards et de prêtres. Aussi devait-elle sur ce point soulever et prolonger la plus vive résistance. par une faveur méritée. 11 pouvait personnifier admirablement une Eglise persé- cutée et devenir facilement une de ces vivantes protestations contre le despotisme qui sont son plus grave péril. 403 connaissons à son honneur qu'il voulait fermement maintenir l'égalité des cultes devant la loi et qu'il se serait refusé à tout réaction de ce retour à une religion exclusive et persécutrice. au principe Or la papauté était demeurée invariablement fidèle des religions d'Etat. sion Une concesnomination non moins amère pour elle était de confirmer la d'évêques ayant appartenu à ce clergé constitutionnel contre lequel elle avait épuisé ses foudres.LA NÉGOCIATION s'ENGAGE. puis il était sans tache. tout entre La négociation donc pas sur- deux pouvoirs dont l'un était habitué à une foufaisait la droyante rapidité et prétendait faire la paix comme il guerre. ce qu'elle pensera toujours. elle pensait ce qu'elle pense encore. même dans la France asservie. les plus hauts rangs dans la hiérarchie ecclésiastique. Sa réputation cloître. il s'était formé à l'ombre du avait atteint. 11 avait cette bonne fortune de porter sur d'une ses traits fins et réguliers l'empreinte âme pure et mélan- colique. 11 y avait là pour elle un dé- menti humiliant. car l'exclusion des prêtres constitu- tionnels eût ranimé les plus aigres polémiques n'était il voulait le sifacile. C'était pour elle une vérité indiscutable que le catholicisme seul doit être protégé et toléré . mais doué de cette fermeté douce qui dans l'occasion sait se montrer invincible. Une genre était d'ailleurs impossible. Le siège de ble. tant qu'elle sera liée à un régime théocratique. il était très . sans Rome était alors occupé par un pontife respecta- arrogance. Le premier consul et était décidé à ne pas fléchir. à la savoir que la liberté de conscience est première des hérésies.

L'agent le plus actif de cette élection avait été le prélat Gonzalvi. il comme souvent le cas en Italie. et la vivacité pitto- resque du langage. il avait publié. et l'abbé Bernier. évêque de Gênes. puis ti- bientôt officiellement. selon sa propre le expression. Spina.404 dangereux de réole était ^NÉGOCIATEURS DU CONCORDAT. devenu bientôt son tout-puissant protecteur. Comme évêque d'Imola^. brillant c'est même. prêtre rusé et mide du qui était particulièrement préoccupé des intérêts temporels saint-siége. officieusement d'abord. général Bonaparte lui avait inspiré une vive sympathie que les plus mauvais traitements ne parvinrent jamais à étouffer entiè- rement. et il s'était vu élevé au rang de secrétaire fit au moment où le premier consul premières ouver- tures à la cour de Rome. l'ex- prélat marié. car s'agissait de louvoyer entre l'ardente impatience du général Bonaparte et la . naguère l'âme de la révolte ven- déenne. Pie VII avait accrédité auprès du premier consul. le premier consul se faisait représenter à Rome par M. une homélie aux idées répu- bhcaines et qui tranchait singulièrement avec les anathèmes dont Rome avait été si prodigue pour la Révolution.Il devait s'aboucher à Paris avec Talleyrand. ramener les voix à son client. Le . aff'ectueux et fin tout ensemble. très favorable au temps de la domination française. qui avait su par une éloquence concihante drait et plus habile qu'on ne vou- en semblable occasion. révolutionnaire corrigé. et était sincèrement attaché au pape. faire d^un tel homme un martyr. C'était le un rare bonheur pour le premier consul que choix du con- clave à Venise se fût porté sur le cardinal Chiaramonti. franchement rallié au premier consul. était parfaitement approprié au rôle il qu'il devait jouer et qui était d'une rare difficulté. cardinal Gonzalvi n'avait pas la diil gnité gracieuse de Pie VII mais avait un esprit souple. Pour achever bigarrure de ces temps étranges. La pourpre les avait été sa ré- compense méritée d'Etat. très apte à traiter les affaires ecclésiastiques et cachant une distinction réelle sous la l'extérieur d'un curé de campagne. : comme posée d'avance sur son front ce qui ne Une douce auTemLe pêchait pas de posséder à un haut degré la finesse italienne. Cacault. qui avait et qui était mérite de connaître à fond la cour papale presque Italien par Il la dextérité.

I. Les ombrage au saint-siége furent égalese refusait ment vivement disputés. d'observer lui-même. il » Malheureusement se souvenait trop qu'il en avait cinq cent eût mieux valu se rappeler que le pape. — — nous rappelons enfin l'exposé le si merveilleuse- ment et lucide de il. — — sa correspondance avec le cardinal Fesch. Il Rome qu'il son plan de concordat tout lui refusait reçut pour réponse un contre-projet qui demandait. Porra/i. outre les clauses déjà la du premier consul mentionnées. — au vol. Voir le Moniteur. insérée dans le premier volume de Vliistoire des négociations diplomatiques relatives aux traités de Morfonle Recueil des rapports et discours de taine. La cor- respondance de l'abbé Bernier. premier consul envoya directement à rédigé. dans l'ordre était le spirituel. chef d'une Eglise répandue dans le monde entier ^ L'abbé Dernier Spina le projet commença par communiquer à Monseigneur qui. et proposait qu'on attendît leur pour les faire remplacer.DÉBUTS DE LA NÉGOCIATION. 405 désespérante lenteur du saint-siége. . — les Aimales de la Religion. demandait une renonciation formelle de papauté aux biens nationaux. Le premier consul lui avait donné au départ une instruction pleine de sagesse fait qu'il eût bien dit_. et ne consen- aux destitutions d'évêques en cas de refus de démission. Monseigneur Spina de la au nom mort papauté à la destitution des anciens évêques qui ne donne- raient pas leur démission. Il avait une armée de deux cent mille hommes. par chevalier Artaud_. Gela souleva une première autres points qui portaient difficulté. lui avait-il comme mille. XIII VHistnire de Pie VII. de Monseigneur Spina et du cardinal Caprera. car précisément les satisfactions insistait tait ni le saint-siége sur la proclamation d'une religion d'Etat. publiés par son fils.— le vol.y. II des Quatre correspondance générale de Napoléon. vol. Sur les négociations du concordat nous citerons en fait de pièces inédites le portefeuille de pièces qui s'y rapportent aux Archives de l'Empire. ni môme à la renonciation formelle aux 1. nomination des évêques constitutionnels qui n'auraient ni à la pas obtenu leur pardon. de Lunéville et d'Amiens. XVIII . Fatigué de ces lenteurs. est au ministère des cultes^ mais elle est inabordable on ne sait pourquoi. s'il « Traitez le saint-père. tout en confiant aux chapitres l'admile nistration de leurs diocèses. de l'abbé de Pradt. Thiers dans troisième volume de VEistoire du Consulat de VEmpire. du le vol. la Concordats.

Le puis- sant dictateur de la France avait laissé il tomber de ses lèvres de avait donné à entendre qu'il serait un nouveau Charlemagne pour le saint.406 LES LENTEURS DE ROME IRRITENT LE PREMIER CONSUL. Le malheureux représentant du saint-siége fut terrifié par une de ces sorties impétueuses qui faisaient pâlir les plus intrépides généraux. mais ses ministres n'en veulent peut-être pas. c'est celui . Il pour cela m'a envoyé. voulait qu'au et il moins les concessions quelque chose ne les retardait le plus possible. mais on n'avait pas voulu le comprendre. Or^ recouvrer la totalité des Etats de TEglise était le rêve ardent de ce pouvoir sénile qui ne pouvait ressaisir son bien de ses et devait l'obtenir d'autrui. coname on que le est à Paris. A part les motifs fondés sur ses scrupules reli- gieux^ la cour de Rome avait une raison d'un ordre moins élevé pour persévérer dans mystérieuses paroles. Aussi il fut-il très contrarié de cette brusque dépêche. avec ordre de partir pour Florence à cet ultimatum. en exagéra l'expression afin de domiqu'il avait attirés à lui ner par l'épouvante ceux par de vagues promesses. celte politique de demi-résistance. Il lui disait-il. pense que moi aussi je veux un concordat. c'est est bien établi qu'il chef de l'Etat veut un concordat. En l'ordre à son ministre Cacault de même temps à la cour de donna demander Rome la signature sous trois jours de son projet de si concordat. du moins celles qui lui paraissaient pas absolument incompati- bles avec la foi catholique. et il et éternels ennemis de la annonça si l'intention de se passer d'un concours qu'on lui faisait payer il cher . lui servissent à Il mains tremblantes. On espérait à Rome que cela voulait dire qu'il rendrait les Légations. dési- sincèrement un accommodement. et le caractère le plus facile à irriter et à tromper. biens d'Eglise. L'arrivée du contre-projet du pape aux Il Tuileries excita la plus vive irritation chez le premier consul. s'en expliqua sans détour avec Artaud. «Si nous sommes à Rome. ce qui équivalait à une rupture ouverte. Cacault était rait l'on se refusait il un esprit délié et modéré.siège. Monseigneur Spina avait multiplié les allusions à ces espérances qui étaient bien près d'être des prétentions. Bonaparte attribua les hésitations du pape aux perfides conseils des anciens France. ses ministres sont près de lui. ce sera un double chaos. son secrétaire.

On veut un conle résultat. « Le général. je mon consul digne. nous voilà. de bêtes. YIII. satisfait. un un de ces instincts conseille. qu'il porte votre réponse lui ! Il manœuvrera instinct. I. « saint-père. la paix. et il camp parce Il qu'il a fait longtemps rompt l'opération qu'il désire. On vous accusait. froid. Quelque chose de plus doute que si froide raison. plus que dans vient les siennes. Qu'est-ce qu'un concordat religieux. . et comme son maître mettait la religion à l'arrière-plan de ses calculs. nous venons au-devant. Les destinées de l'homme terrible. cordat religieux. J'aime les vois Bonaparte. p. au milieu de ses conseil- lers qui le détournent. sème du grain gâté. je presque de- absolument dans mes mains. Ton veut. dit-il. le fil mais en laissant à de la Rome son secré- taire il pour ne pas rompre le négociation. nous l'apportons. — — as- la qu'est-ce qu'un concordat religieux signé en trois jours? Je vois les douze heures que le commandant en chef accordait * . d'un 407 la homme de guerre qui ne connaît pas encore politique et qui en revient toujours au commandement et à Tépée. 11 une manière de Henri . à Paris avec la puissance fort sans que vous la donnerez ici. vous paraissez en quell'on dit? que sorte vous-même. à un siégé sans espoir de secours fut » La conclusion de cet entretien que le ministre partirait.MENACES DE RUPTURE. pistolet tiré et disait-il encore. qui ne les vois trompe jamais. Qu'est-ce que Le conseil bon. En même temps Très décida pape à envoyer à Paris il le cardinal Gonzalvi. me me poursuit. blissement des bons rapports avec il Rome. HU'toire de Pie VII. » était comme le montra bien que le cardinal secrétaire d'Etat eût failli compromettre gran- 1. compromet tout avec ce coup de qu'il pendant pour plaire à ses généraux aime dont il redoute les plaisanteries de ces plaisanteries-là lui-même. y en a surtout pour lui. plus solennelle entreprise dont puisse s'occuper l'homme. » Le fin diplomate avait parfaitement compris à quoi et à qui devait servir le rétay a des prodiges. faut que Gonzalvi parte à l'instant. 122-129. il arme et il blesse tour à tour le saint-siége tarir il mais que d'autres sources de gloire peuvent se Henri VIII à Paris ! pour lui s^il fait le il Avec les concordats.

408 GO^"ZALVI SE REND A PAllIS. courles dans une brillante capitale qui reprenait il ha- bitudes de la religion. Les conseillers favo- rables au concordat insistaient sur la nécessité de tout faire pour . tait On répé- encore dans satire : la société et dans le peuple cette courte et mordante Pio (VI) per conservar la fede Perde Perde la sede Pio (VIT) per conservar la sede la fede. semble que ses proclamations authentiques eussent pu suffire pour inquiéter légitimement la cour de Rome. lui semblait qu'il il allait au sein d'une horde sauvage. faut convenir qu'ils n'étaient pas empruntés à un ordre de considérations beaucoup plus élevé que celui qui guidait la politique française. Cette et lue à Paris. On essayait aussi d'ébranler l'esprit vacillant du pape en fai- sant passer sous ses yeux de faux Moniteurs. le se rassura. Mais des conseils différents tendaient de plus en plus à prévaloir auprès du saint-père et le poussaient à la concluIl sion de la paix religieuse. Les menaces de rupture suivies d'un cution les commencement d'exévers avaient contribué à Rome les à incliner l'opinion concessions. et qui contenaient de prétendues proclamations du général Bonaparte dans la guerre Il d'Egypte où il se vantait d'avoir détruit le saint-siége. dément son voyage en écrivant avant de alors à Naples. tyr partir au chevalier Acton. Quand toisement traité. imprimés pour l'occasion. Sans doute agents de l'étranger s'effor- çaient encore de soulever et d'exploiter les susceptibilités reli- gieuses d'ailleurs fort naturelles en cette circonstance. sévit bien accueilli. lettre ne manqua pas d'être en- voyée Italien avait en effet une grande descendre frayeur de passer les Alpes. sa première entrevue avec le premier consul commença par froncement de sourcil de fin et rimpatient général et se termina par ce charmant sourire qui était le signe de sa satisfaction et Tune de ses plus grandes séductions. il une malencontreuse Le timide Il lettre où se posait en mar- marchant au supplice.

essayé d'obtenir que » Le cardinal Gonzalvi avait vainement catholique fût déclarée la relis'était la religion gion dominante de le et la France. qu'il « car premier consul. disait-on. lui Les dernières instructions du premier consul à son frère lité enjoignaient d'insister sur l'éligibi« des évêques constitutionnels sans rétractation. ou la restitution des la Légations ou un agrandissement vers c'est le marche d'Ancône. chargé simplement par son frère de sanctionner la négociation. 168. et embarrassé à un culte Gonzalvi trouva également le gouvernement français inflexible sur le remplacement immédiat 1.^ le l'opinion a ROME I