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La Commission européenne envisage de réglementer l’interchange

Pourquoi les consommateurs défendent-ils l’interchange ?
Des associations de consommateurs se mobilisent contre le projet de la Commission européenne de supprimer ou réduire de façon arbitraire l’interchange lors de paiements par carte bancaire. Pour Hervé Mondange, spécialiste finances de l’association de consommateurs AFOC, cette décision reviendrait à discréditer le paiement par carte, pourtant plus sûr et plus fiable.
écidée à « harmoniser » le marché du paiement électronique en Europe, la Commission européenne envisage de réduire fortement, voire de supprimer l’interchange (ou commissions interbancaires). L’interchange correspond aux commissions versées par la banque du vendeur à la banque de l’acheteur, à l’occasion d’un paiement par carte bancaire. Grâce à elles, le commerçant partage avec le consommateur la prise en charge des coûts et investissements liés au système des paiements par cartes. Une contribution légitime puisque le commerçant bénéficie de réels avantages : la garantie de règlement (en cas de fraude ou d’insolvabilité du consommateur, par exemple), la facilité et la fiabilité de la transaction, la réduction des temps d’attente aux caisses, la réduction des temps de traitement administratif, etc. Si l’interchange devait disparaitre ou être fixé arbitrairement par des règles européennes, les conséquences négatives seraient importantes pour les titulaires des cartes. Des associations de consommateurs se mobilisent pour s’opposer aux projets de la Commission européenne et de Michel Barnier, Commissaire européen chargé de piloter ce dossier. Le point avec Hervé Mondange, juriste au sein de l’Association Force Ouvrière Consommateurs (AFOC).

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Hervé Mondange, spécialiste finances au sein de l’association de consommateurs de Force Ouvrière, l’AFOC

les consommateurs ne partisans. C’est bien sûr le secteur de la Mais grande distribution et ses représentants qui peuvent-ils pas s’y retrouver, grâce poussent à la remise en cause de ces commis- à une baisse des prix pratiqués par sions, dans le but d’économiser chaque année les commerçants ? les montants versés par leurs banques à celles des clients. Pour notre part, nous considérons Là encore, les exemples à l’étranger n’incitent que ces commissions jouent un rôle essentiel pas à l’optimisme. Ni en Australie, ni en en faveur du développement des cartes Espagne, ni aux Etats-Unis, où des baisses bancaires. Car elles permettent de partager les importantes des commissions d’interchange frais liés à la transaction et au système ont été imposées, les diminutions de charge lui-même. Il est légitime que le commerçant des commerçants ne se sont traduites par y participe : les coûts sont plus élevés pour la des baisses de prix. En France, l’épisode de la banque du consommateur TVA sur la restauration montre “ Les enseignes du (émission de la carte, assurance, qu’il ne faut pas se bercer avance de fonds, garantie de d’illusions. Les enseignes du commerce et de la paiement du commerçant…), commerce et de la distribution distribution en alors que les deux parties en pro?teront pour relever en profiteront pour relever bénéficient. C’est le moyen de leurs marges. Pour l’AFOC, leurs marges. ” paiement le plus sûr, il offre de les conséquences sont évinombreux avantages par rapport aux dentes : une partie du public risque de se dépaiements en espèces ou par chèque. Il faut tourner des cartes bancaires et de revenir aux noter que le public y est fortement attaché, moyens de paiement traditionnels, espèces et alors même qu’il n’est pas gratuit, puisque chèques. Plus lourds à gérer, ils sont aussi chaque détenteur doit s’acquitter d’une source d’insécurité pour les commerçants. cotisation annuelle auprès de sa banque. Au final, personne n’y gagnera. Si l’interchange est supprimé ou réduit arbitrairement, qui paiera demain ces frais liés à la transaction par carte bancaire ?

Il est quasi-certain que les consommateurs devront les financer. Leurs banques vont en effet répercuter sur leurs tarifs tout ou partie du manque à gagner, puisque les banques des commerçants ne participeront plus aux frais de fonctionnement des cartes bancaires. Les cotisations annuelles pourraient alors exploser, mais pas seulement. Le principe de cette interven“ Les banques des L’exemple espagnol le prouve : tion est contenu implicitement consommateurs vont une réduction de moitié des dans le Livre Vert publié par la Commission européenne en répercuter sur leurs tarifs commissions d’interchange a abouti à une hausse de 50% janvier 2012 et consacré au tout ou partie du des cotisations. Mais on a développement et à l’harmonimanque à gagner. ” également constaté une sation du marché des paiements par carte, par internet et par téléphone. La augmentation d’autres frais, comme ceux liés mesure n’y figure pas en toutes lettres, mais à un découvert, ainsi qu’une forte diminution en ne s’y opposant pas formellement, la des dispositifs de prime à la fidélisation. Commission semble donner des gages à ses

L’AFOC, bras armé de FO au service des consommateurs
Issue du syndicat Force ouvrière, l’AFOC est une association de consommateurs à part entière. Ses cinq missions résument l’esprit de l’organisation, au service de tous : informer, conseiller, représenter les consommateurs, défendre les locataires, former les militants et les adhérents. En quelques années, l’AFOC a pris des positions marquées sur de nombreux sujets : lutte contre les faux chèques de banque, lutte contre les contrefaçons et les faux rabais des vendeurs de meubles, la chasse aux clauses abusives des contrats de cablo-opérateurs, les OGM… www.afoc.net

La Commission européenne pourrait décider d’intervenir sur les montants des commissions interbancaires, voire d’imposer leur suppression. Que pensez-vous de ce projet ?