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ID_REVUE=RMM&ID_NUMPUBLIE=RMM_022&ID_ARTICLE=RMM_022_0077

Victor Basch : l’esthétique entre la France et l’Allemagne par Céline TRAUTMANN-WALLER
| Presses Universitaires de France | Revue de Métaphysique et de Morale 2002/2 - n° 34
ISSN 0035-1571 | ISBN 2-1305-2699-3 | pages 77 à 90

Pour citer cet article : — Trautmann-waller C., Victor Basch : l’esthétique entre la France et l’Allemagne, Revue de Métaphysique et de Morale 2002/2, n° 34, p. 77-90.

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— Le parcours de Victor Basch. veranschaulicht besonders deutlich die Rolle der deutsch-französischen Kulturtransfers. No 2/2001 . selon lui. Von der Notwendigkeit ausgegangen. als auch die Grenzen seiner Analysen der auf Sympathie begründeten Prozesse. ein französischer Germanist deutschen Ursprungs der zuerst am Ende des 19. cet article veut montrer autant la place essentielle qu’a occupée à travers lui l’esthétique allemande dans le contexte français. illustre tout particulièrement l’importance des transferts franco-allemands qui ont présidé à l’institutionnalisation de l’esthétique en France. trotz der Umwege über die Experimentierung. Professor für Ästhetik war. ÜBERSICHT. die die Institutionalisierung der Ästhetik in Frankreich begleiteten. in den 20er und 30er Jahren. Lorsqu’en 1910 le germaniste Charles Andler chercha à faire connaître au public français les principales évolutions de la philosophie allemande au Revue de Métaphysique et de Morale. En suivant le cheminement de Basch.Victor Basch : l’esthétique entre la France et l’Allemagne RÉSUMÉ. autant la création que la jouissance artistique ou le travail du chercheur en esthétique. zu einer Begrenzung des Schönen in einer idealen Sphäre führen und somit seine Reserven gegenüber den soziologischen Analysen der Kunst und seine Beteiligung an einem dualistischen Diskurs über Deutschland bestimmten. — Der Weg von Victor Basch. und die bei ihm. Jahrhunderts fremde Literaturen lehrte und dann. im französischen Kontext hatten. Parti de la nécessité d’établir la réflexion sur l’art sur des bases non normatives. zeigen. die moderne Ästhetik auf einer nicht normativen Basis aufzubauen. germaniste d’origine allemande d’abord professeur de littérature étrangère à la fin du XIXe siècle puis d’esthétique dans les années 1920-1930. Basch devint un introducteur privilégié de l’esthétique psychologique allemande en France. wurde Basch ein privilegierter Einführer der deutschen psychologischen Ästhetik in Frankreich. que les limites de ses analyses des processus « sympathiques » permettant. will dieser Artikel sowohl die wesentliche Stellung die er. die künstlerisches Schaffen und Genuß und die Untersuchungen des Ästhetikers ermöglichen würden. Malgré l’insistance sur l’expérimentation ces analyses finissent par cantonner le beau dans une sphère idéale et déterminèrent ainsi les réticences de Basch face aux analyses sociologiques de l’art et sa participation à un discours dualiste sur l’Allemagne. Indem er der Entwicklung von Baschs Denken folgt. und durch ihn die deutsche Ästhetik.

Victor Basch. Le parcours de Basch. souvent plus agressif. . S’il disait que l’une des tensions qui déterminèrent sa pensée était celle entre les besoins sociaux et l’aspiration au Beau. Il participa tout aussi activement aux débats entre une vision individualiste et une vision sociologique de l’art. fait ainsi apparaître aussi bien les fondements méthodologiques allemands de l’esthétique moderne comme discipline universitaire en France que l’institutionnalisation progressive de la discipline autour de quelques débats principaux qui en structurèrent le champ.78 XIXe Céline Trautmann-Waller siècle. jusqu’aux travaux les plus récents. émotionnel ou lyrique. ne parvint pourtant jamais véritablement à surmonter cette opposition. qu’il demanda de traiter des théories esthétiques. Si sa défense de l’art ainsi que de la science allemande fut d’abord destinée. distancier l’esthétique aussi bien de l’histoire de l’art que de la philosophie spéculative. au sein de la première. Basch voulut. débats tout à fait déterminants dans le contexte français de l’époque. en important en France la « science de l’art » (Kunstwissenschaft). ses réflexions tournèrent en une sorte d’opposition tragique entre une bonne Allemagne. les analyses ethnologiques qui l’aurait obligé à tenir compte des fonctions sociales de l’art autres que l’apaisement. cette tension se reflète bien en tout cas dans sa vie. Lui qui voyait dans l’art une force de réconciliation. auxquels il avait consacré ses thèses. partagée entre l’engagement politique et la réflexion sur l’art. contribuant ainsi sans doute à une vision dualiste de l’Allemagne à l’époque des deux guerres mondiales. Si parmi les théories esthétiques allemandes de cette époque sa préférence allait à la psychologie plutôt qu’à la sociologie et. C’est cette vision classique de l’art qui explique aussi sans doute son absence de goût pour l’art moderne. à contrer les discours globalisants sur la barbarie allemande comme ceux de son maître Émile Boutroux. entre la collectivité et le génie individuel. qui avait soutenu récemment une thèse sur la Critique du jugement de Kant. Ce travail donna lieu à un véritable panorama de l’esthétique allemande au XIXe siècle dont Basch suivait les dernières évolutions avec précision et enthousiasme. qui l’empêcha parfois de percevoir l’intérêt de certaines analyses du fait artistique : les analyses sociologiques qui l’auraient obligé à dépasser l’opposition entre art et société. Cette dichotomie rejoignait sa vision de l’art comme consolation et apaisement. c’est à un autre germaniste. à la psychologie subjective (Einfühlung) plutôt qu’à la psychologie objective expérimentale. incarnée notamment par l’art allemand. et une mauvaise Allemagne. selon une dichotomie qui pouvait parfois faire obstacle aux analyses. d’abord professeur de littératures étrangères à Rennes puis d’esthétique à la Sorbonne. au moment de la Première Guerre mondiale. moins sentimental. cela ne l’empêcha pas de devenir dès ce moment un introducteur privilégié en France de l’ensemble des théories esthétiques allemandes depuis Kant et Schiller.

il s’installa avec sa famille à Rennes où il avait obtenu un poste en langue et littérature allemandes. on pourrait sans doute dire qu’il était aussi comme la marque d’un certain bouillonnement théorique autour de la question de l’art. prestigieux quotidien libéral autrichien. En 1887. Si le terme de « science de l’art ». qui fut organisé en annexe du Neuvième Congrès de philosophie et qui comportait une part très importante de contributions françaises. Les années passées à Rennes. où se déroula en 1899 le procès en révision de Dreyfus. 1994. 1.A L L E M A N D D E BA S C H Né en 1863 à Pest. tout en fréquentant les milieux artistiques du cabaret Le Chat noir. La même année. tandis que sa disparition après la guerre est peut-être le signe d’une certaine clôture du débat par rapport aux années 1920-1930. Paris. Son père. était né à Prague dans une famille juive de médecins et de rabbins. ce congrès. il se maria à Budapest et obtint sa naturalisation française. Victor Basch ou la passion de la justice.Victor Basch : l’esthétique entre la France et l’Allemagne 79 L’histoire du Deuxième Congrès d’esthétique et de science de l’art qui se déroula à Paris en 1937 permet de percevoir à la fois la place essentielle que Basch occupa dans le contexte français et le léger décalage qui existait désormais entre lui et une nouvelle génération de l’esthétique aussi bien française qu’allemande ou anglo-saxonne. . transformé en 1897 en poste de littératures étrangères. S’il met en évidence la dimension européenne des débats esthétiques. marquèrent le début de l’engagement politique de Basch qui participa à la création d’une section locale de la Ligue des droits de l’homme et s’investit dans le mouvement des Universités populaires. Victor Basch arriva en France avec ses parents vers 1866 1. offre en même temps un tableau de la discipline en France et de sa situation à l’intérieur du champ académique où elle apparaît comme très dépendante de la philosophie. importé d’Allemagne par Basch. Il avait fait ses études à Vienne et aurait participé aux journées révolutionnaires de 1848 avant de devenir correspondant à Paris de la Neue Freie Presse. Il fut reçu quatrième à l’agrégation de langues vivantes en 1884 et se vit nommé dès 1885 maître de conférences de langue et de littérature allemandes à Nancy. Pour toutes les données biographiques concernant Basch. voir le livre de sa petite-fille F. BASCH. La scolarité de Victor Basch fut donc française et le mena d’une école primaire juive au lycée Condorcet puis à la Sorbonne où il prépara une licence de philosophie. Raphaël Basch. D E S L I T T É R AT U R E S É T R A N G È R E S À L ’ E S T H É T I Q U E : L E PA R C O U R S F R A N C O . incarnait une certaine volonté de distanciation par rapport à la philosophie.

. de Schelling ou de Hegel et le réalisme formaliste de Johann Friedrich Herbart et de Robert von Zimmermann ou le sensualisme contemporain de Gustav Theodor Fechner. Paris. Victor Basch. ce qu’on n’a pas manqué de lui reprocher : « Je m’étais servi de la Critique du jugement comme d’un tremplin pour m’élancer dans la carrière de la recherche personnelle. Paris. Basch dira lui-même plus tard de ses deux thèses qu’elles ont davantage constitué l’amorce d’une réflexion personnelle sur l’esthétique qu’un travail académique. V. l’un. la synthèse opérée par Kant a ensuite ouvert la voie à de nouvelles thèses et antithèses. Selon Basch. V. Essai critique sur l’Esthétique de Kant. comparative. 4. C’est en tout cas en s’appuyant sur cette réflexion personnelle que Basch va poursuivre 2. BASCH. 3. En 1897 il soutient ses deux thèses consacrées à l’esthétique allemande du XVIIIe siècle. . incarné par Leibniz et Baumgarten. C’était une faute dont on m’a accusé à juste titre et dont je m’accuse moi-même » 7. qui a précisément pour caractéristique d’être non normative. I. Voir par exemple V. Paris. p. l’autre. considérant le sentiment artistique comme opération intellectuelle. 1887. 1934. p. incarné par Burke. 1889 . V. Il cherche à montrer comment Kant a opéré une conciliation entre deux courants qui l’ont précédé. comme il le dit lui-même. extrait du Bulletin de la Société normande de géographie. La méthode consiste cette fois-ci. 1921. Basch retrace le cadre biographique de la confrontation de Schiller avec la Critique du jugement de Kant 5. essayant de faire connaître en France les dernières évolutions de la vie intellectuelle allemande qu’il suivait de près 2. 1896. que son élève Valentin Feldman considère comme « l’œuvre initiale de l’esthétique française contemporaine » 3. La conclusion de ce travail est que la méthode de l’esthétique doit être « psychologique. publiée sous le titre La poétique de Schiller. Wilhelm Scherer et la philologie allemande. FELDMAN. quae dicitur. Basch s’attache à « étudier l’esthétique de Kant dans son développement historique » 4. de philosophie et de littérature. Paris. BASCH. 36. accusé d’être trop a-prioritique et normatif en esthétique. Le mouvement intellectuel en Allemagne depuis 1870. 12. L’esthétique française contemporaine. 1936. sentimentali Schillerius quid senserit. 5. ici in Essais d’esthétique. BASCH. Paris/Nancy. classificatrice et enfin génétique » 6. 6. Conférence de M. BASCH. 289. Dans sa thèse complémentaire concernant le Traité sur la poésie naïve et sentimentale de Schiller. Dans sa thèse sur la Critique du jugement de Kant. p. Ibid. comme sentiment de plaisir ou de peine.80 Céline Trautmann-Waller Œuvrant de manière générale comme médiateur intellectuel entre la France et l’Allemagne. 1897 . 1902. Basch se spécialise toutefois très nettement dès cette époque dans le domaine de l’esthétique. « Le maître-problème de l’esthétique ». 7. à critiquer Schiller. in Revue philosophique. V. L’ouvrage se conclut par une option en faveur de l’esthétique de Herder. p. De poesi ingenua ac. Paris. historique. comme on peut le voir dans les oppositions entre l’idéalisme de Schiller.

Paris. p. Dans sa partie consacrée aux « grands courants de l’esthétique allemande contemporaine ». Nahlowsky . qui joue un rôle très important dans l’évolution de la psychologie expérimentale. En 1907. et enfin une psychologie empirique. une psychologie sentimentaliste avec Kirchmann et Horvicz . 70. la spéculation esthétique en Allemagne : il évoque longuement le travail de Gustav Theodor Fechner. Th. éd.. puisque « après avoir été. Philosophie allemande au XIXe siècle. une métaphysique réaliste ou formaliste avec Herbart et les esthéticiens herbartiens. 1992. Charles ANDLER et al. dit-il. 1876. selon une attitude qui correspond tout à fait à celle qui préside au travail de Basch au tournant du siècle 9. 10. p. Tracer à partir de là un tableau de l’esthétique allemande contemporaine n’est pas une tâche facile selon Basch. Basch sonde les voies où s’est engagée. tour à tour ou simultanément. établie par Antoinette Blum. Volkmann. Schopenhauer et F. avec Kant.. philosophe et socialiste. Voir à ce sujet Correspondance entre Charles Andler et Lucien Herr 1891-1926. en partie grâce au soutien de Charles Andler 8. Ibid. dans le dernier tiers du XIXe siècle.Victor Basch : l’esthétique entre la France et l’Allemagne 81 ses recherches en esthétique. 69. Il y a d’abord celui des chercheurs rassemblés autour du laboratoire de psychologie de Wilhelm Wundt à Leipzig. p. qui est lui aussi germaniste. Il évoque ensuite trois œuvres qui sont selon lui pour leur temps ce que l’Esthé8. 73. Ibid. 1912. 11. Paris. 9.. décrire « les grandes orientations dans la naissance d’une psychologie esthétique et d’une esthétique expérimentale ». une métaphysique idéaliste avec Schiller. Hegel. ce qui à terme doit permettre de trouver « des lois esthétiques analogues aux lois physiques et aux lois psychologiques » 11. s’engageant dans la découverte des travaux les plus récents. eudémoniste et expérimentale avec Fechner. dont la Vorschule der Ästhetik. Il essaie cependant de dégager quelques groupes. Schelling. Vischer [. la science du Beau a été. des désaccords dans l’analyse de la situation allemande et le caractère apparemment difficile de Basch font que leur véritable collaboration se limite à une série de leçons organisées par Andler durant l’hiver 1910-1911 à l’EPHE.] . dont le mérite essentiel a été selon lui de partir des sensations et non du Beau idéal. Dans la préface de l’ouvrage tiré de ces conférences. Philosophie allemande au XIXe siècle. notamment en esthétique. une logique. constitue par l’influence qu’elle a exercée et les travaux qu’elle a suscités comme le pendant de l’œuvre de Vischer » 10. ce dernier entend. Basch est élu supppléant dans les fonctions de chargé de cours de langue et de littérature allemandes à la Sorbonne. Si bien des choses semblent devoir réunir Basch et Andler.. créateur de l’esthétique expérimentale. Zimmermann. . Andler définit cette synthèse comme un travail marqué par la sympathie..

il considère plus tard qu’on se fait de « grandes illusions » sur la portée de cette science. en France. bien qu’il ait ensuite développé l’expérimentation dans ses cours d’esthétique. le Système de l’Esthétique de Johannes Volkelt (1905) et l’ouvrage de Max Dessoir. indépendamment du créateur et du spectateur.82 Céline Trautmann-Waller tique de Friedrich Theodor Vischer et la Propédeutique de Gustav Theodor Fechner furent pour le leur : l’Esthétique de Theodor Lipps (1903. 13. la science de l’art correspond donc à une autre façon d’envisager le problème esthétique de manière objective. l’anthropologie. comparée et sociologique. ou encore les recherches menées par Wilhelm Wundt dans le domaine de la psychologie des peuples. mais. La méthode objective ne s’épuisant pas selon Basch dans l’expérimentation psychologique. . tels que ceux de l’ethnologue Ernst Grosse. ethnologiques et économiques dans « l’intelligence de la création et de la jouissance esthétique ». 125. de l’architecte Gottfried Semper. grâce à ce panorama. 124. de l’historien de l’art August Schmarsow. 1906). Il espère en tout cas avoir pu. On comprend combien Basch salue la psychologie expérimentale parce qu’elle permet de séparer l’esthétique de la philosophie spéculative. Il tente de le traduire en français : 12. que l’on a accoutumé de considérer. comme une discipline surannée et morte. « montrer au lecteur combien la philosophie du Beau. p. Ästhetik und allgemeine Kunstwissenschaft (1906).. génétique. enfin. son texte se termine cependant sur une tentative de limiter la place des enquêtes sociologiques. celui des représentants de la science de l’art (Kunstwissenschaft) avec des travaux esthétiques liés à l’ethnologie et aux analyses sociales. Dès ce texte de 1912. Ibid. loin de s’enfermer dans des spéculations désuètes et des méthodes vieillies. tout au moins en Allemagne. quelle riche moisson de doctrines elle recueille et comment. l’ethnologie et la sociologie » 13. et en envisageant l’art comme une technique qu’il convient d’étudier par l’observation et l’histoire selon une méthode évolutive. Si Basch considère qu’il est nécessaire d’envisager l’art autrement que comme un problème du jugement et du sentiment du Beau et s’il est prêt à accepter que la méthode purement psychologique a ses limites. vivante. À ce groupe vient s’ajouter. elle a su mettre à son service des disciplines aussi “modernes” que la psychologie expérimentale. Ibid. en cherchant à savoir ce qu’est l’art non comme création subjective mais comme fait objectif. est. l’ethnographie. Basch est soucieux de rappeler que toute œuvre d’art « reste une œuvre purement individuelle » 12. il opte plutôt pour l’introspection (Einfühlung) développée par Johannes Volkelt et Theodor Lipps et qui est selon lui le concept qui domine toute la spéculation esthétique. p.. quelle valeureuse équipe de chercheurs elle suscite.

15. 1985.-C. Basch enseigne à la Sorbonne depuis 1921 ou de l’« esthétique expérimentale ». de philosophie et de littérature. la politique prend de plus en plus de place dans les activités de Basch. selon un modèle germanique. s’insurgeant contre le Traité de Versailles qu’il condamne lourdement. C’est cependant surtout en Gabriel Séailles. plus historien d’art que Basch.. « L’enseignement supérieur de l’histoire de l’art (1863-1940) ». . d’infusion – ce serait là le terme le plus adéquat. Voir notamment M. À la Sorbonne. GENET-DELACROIX. Tel est le cas de la « science de l’art » que. justifiée une fois de plus par une référence à Herder. Ibid. l’enseignement et les recherches de Basch sont donc consacrés entièrement à l’esthétique et son travail universitaire se confond dès lors avec l’évolution de l’esthétique française à une époque où l’histoire de l’art continue à s’autonomiser par rapport à l’histoire et où les chaires d’histoire de l’art se multiplient. selon le nom de la chaire créée ensuite pour lui en 1928. Basch entretient des rapports amicaux avec Henri Focillon qui occupe la chaire d’histoire de l’art depuis 1924. Dans les années 1920 et 1930. Il continue comme avant 1914 de prendre la défense de l’Allemagne. Cette préférence pour l’Einfühlung. faisant éclater d’ailleurs les cadres habituels et émerger des spécialités nouvelles 15. 85. devient de plus en plus nette au fil des ans. LA PREMIÈRE CHAIRE D’ESTHÉTIQUE EN FRANCE : BA S C H E T L A « S C I E N C E D E L ’ A RT » Après 1918. s’il ne prêtait à une équivoque risible – ou comme j’ai proposé de l’appeler. p.Victor Basch : l’esthétique entre la France et l’Allemagne 83 « ce phénomène d’autoprojection. d’effusion. et qu’il évoque avec émotion au début de ses Essais d’esthétique. in Le personnel de l’enseignement supérieur en France aux XIXe et XXe siècles. tente de saisir dans sa « stylistique fondamentale » la « vie des formes » dans des domaines aussi différents que la sculpture romane ou l’art bouddhique. incarnation inégalée de la « sympathie symbolique ». Paris. phi14. de sympathie symbolique » 14. Focillon. Le scandale que peut soulever un tel discours apparaît lorsque Basch est accusé de tenir des propos subversifs en amphithéâtre et que le vice-recteur de l’Académie de Paris l’invite à s’abstenir de considérations personnelles déplacées dans ses cours. Ce serait à cause de cet événement que l’Université aurait autorisé Basch en 1921 à substituer à ses cours de littérature allemande un nouvel enseignement sur l’esthétique et la science de l’art. faisant de lui le premier universitaire à enseigner l’esthétique comme discipline spécifique dans une université française.

rédige une thèse sur le génie dans l’art. uniquement préoccupés d’inventaires. Critiquant toutefois par la suite l’atomisme psychologique. repris dans Essais d’esthétique. est associée à un combat politique pour les droits de l’homme. Comme Séailles et Basch. et sa critique acerbe des théories attribuant une valeur morale à l’art. Philosophie allemande au XIXe siècle. une réflexion théorique sur l’art.. V. p. 19. est fortement influencé par l’esthétique allemande. Charles Lalo. Kunstwissenschaft. de philosophie et de littérature. professeur de philosophie et d’esthétique à Berlin depuis 1897. C’est donc en tant que représentant d’une discipline nouvelle que Basch prend la plume au début des années 1920 en cherchant à légitimer cette science de l’art aux allures germaniques qu’il commence à enseigner : « Je crois qu’il est possible d’affirmer que. qui après un long séjour dans le laboratoire de Wundt à Leipzig. plus encore dans le domaine de l’étude de l’art que dans celui de l’esthétique proprement dite. Charles ANDLER et al. Cette insistance sur la dimension sociale de l’art. Art science » 17. op. principal disciple de Basch qui rédigea sous sa direction une thèse sur l’esthétique de la grâce (1934). 1922. À la différence de ces derniers. en font un des principaux opposants de Basch dans les débats français de l’époque sur la nature de l’art. Basch considère que la science de l’art s’oppose à la pratique des « historiens de l’art de la stricte observance ». que Basch trouve une sorte de double. au-delà. V. il se lance en disciple de Durkheim dans une réflexion théorique sur l’art et la vie sociale et. BASCH. accusé d’ignorer le phénomène esthétique comme « fait social ». sur les rapports de l’art et de la vie. extrait des Cahiers des Droits de l’Homme. cit. Il a commencé sa carrière par une thèse sur l’esthétique expérimentale contemporaine consacrée en grande partie aux théoriciens allemands (1908). 16. héritée entre autres d’Auguste Comte dont il édita une partie de l’œuvre. . de recherches chronologiques et de critique des sources 18. op. cit. 18. fondateur en 1906 de la revue Zeitschrift für Ästhetik und allgemeine Kunstwissenschaft et en 1909 de la société du même nom. C’est aussi le cas pour Charles Lalo. l’esthétique contemporaine a apporté des méthodes et des objets de recherches nouveaux. Gabriel Séailles n’est pas le seul spécialiste d’esthétique à venir de la philosophie. 17. BASCH. Gabriel Séailles. 122. Reprenant la polémique initiée en Allemagne entre autres par Max Dessoir. la démocratie et le socialisme. fondée sur des sources avant tout allemandes. Étienne Souriau ou encore Raymond Bayer. in L’Esprit nouveau. la science de l’art cherche en effet aussi à 16. p. c’est-à-dire dans l’étude du spectateur et du contemplateur. Chez tous deux.. comme le montre le discours qu’il tient à sa mort 16. 15 octobre 1920.. je dirai qu’elle a l’ambition de constituer à côté de l’histoire de l’art une science nouvelle qu’elle a appelée Science de l’Art. « L’esthétique et la science de l’art ». qui succède à ce dernier sur la chaire d’esthétique de la Sorbonne. Pour les désigner d’un mot.84 Céline Trautmann-Waller losophe spécialiste d’esthétique.

le terme prend donc une extension nouvelle. Il affirme tout d’abord la nécessité de mettre l’accent sur les sensations. et explique que. p. BASCH.. l’évolution des arts. 193. le professeur supplée par des moyens de fortune aux instruments qui lui manquent et étudie expérimentalement. Françoise Basch cite dans son livre des témoignages sur les méthodes expérimentales de Basch.. les phénomènes esthétiques de la vue et de l’ouïe » 19. ethnologiques et sociologiques de Gottfried Semper. 192.. Wilhelm Scherer et la philologie allemande. irréductibles à toute socialisation. Dans sa confrontation avec les méthodes ethnographiques. p. a mis en relief les options prises par ce dernier. Le goût. l’originalité du goût et du sentir. auquel il reproche depuis longtemps déjà son « déterminisme » 21. Victor Basch et Henri Berr. plus proche d’ailleurs du sens qu’il possède dans le contexte allemand. 21. BASCH. la technique de l’art.Victor Basch : l’esthétique entre la France et l’Allemagne 85 comprendre le « fonctionnement » de la création et de la jouissance artistiques. de l’autre : « L’explication sociologique de l’art a rencontré des résistances. autant de données subjectives. FELDMAN. V. . l’activité artistique est celle où le génie individuel s’épanouit avec le plus de liberté. V. L’esthétique française contemporaine. l’étude individuelle d’un artiste et d’une œuvre d’art particulière. Par rapport à la signification que Basch lui donnait en 1912. cit. F. en matière d’esthétique. d’un côté. cit. et désigne à présent l’ensemble des recherches sur l’art. le sentir. ont été organisés des laboratoires d’esthétique [et si] l’Université de Paris ne possède pas encore de laboratoire esthétique [. 22. De toutes les formes par lesquelles se manifeste la vie humaine. « L’esthétique et la science de l’art ». demandait aux grands magasins des échantillons de soie pour étudier l’harmonie des couleurs ou exigeait des étudiants qu’ils notent leurs impressions après l’audition de tel ou tel morceau 20. 20.. op.] elle songe à en édifier un et. L’artiste. qui fredonnait volontiers des extraits d’une symphonie de Beethoven ou d’un opéra de Wagner en cours avant d’obtenir un piano. Victor Basch ou la passion de la justice. tout en reconnaissant un mérite essentiel à Basch. dans « l’idéalisme romantique » 22.. BASCH. p. Basch renoue avec son opposition à Taine. p. 44. Il a retracé la polémique entre les sociologues Émile Durkheim et Charles Lalo. 14. cit. en le classant. 19. Valentin Feldman. cit. C’est le caractère programmatique du texte qui explique en partie que Basch définisse à présent plus nettement ses propres orientations. Basch divise ainsi cette nouvelle science en six grandes parties : l’artiste et la nature de l’art en général. op. et il montre certaines réticences vis-à-vis de la sociologie de l’art. op. avec un grand nombre de sujets. les lois de l’art.. V. le système des arts. op. Karl Bücher et Ernst Grosse. « dans un grand nombre d’Universités allemandes et américaines. la psychologie physiologique étant la première science auxiliaire de l’esthétique. et les individualistes Théodule Ribot. en attendant.

En note. Durkheim et Sorel à la Société française de philosophie. d’un éblouissement 25. Pitrou file pendant un chapitre entier une métaphore végétale censée décrire la naissance du génie.. soigneusement analysés par Basch. FELDMAN. Basch a soutenue contre Durkheim » 23. On trouve là les fondements méthodologiques sur lesquels Basch s’engage de plus en plus dans ses biographies d’artistes. le portrait détaillé de la vie intérieure et de la sensibilité artistique de Schumann. Paris. présidé par lui en 1937. 26. Basch revient sur la distinction entre esthétique normative et esthétique descriptive. même s’il lui accordait évidemment aussi une dimension utopique. La situation politique radicalisée. Cf. V. V. Paris. BASCH. et là où ce dernier trace. « L’esthétique et la science de l’art ». qu’elle « faillit lui coûter la vie et la raison ». Feldman se réfère ici à une discussion entre Basch. La comparaison de cette biographie avec le livre du germaniste Robert Pitrou. BASCH. en faisant allusion à une tentative de suicide. fit de ses activités dans le cadre de la Ligue des droits de l’homme un combat difficile. Dans un autre article paru également en 1921. dans une Europe des nationalismes et des faschismes commençants. 30 25. 1926. V. Tout ceci n’est peut-être pas étranger à un certain repli sur l’art. Telle est la thèse que M. Schumann. 24. 1928. parfois désespéré. 1928. Paris. . De ce texte. p. op. C’est ce qui ressort très nettement de son discours d’ouverture du Deuxième Congrès international d’esthétique et de science de l’art. l’attachement à la France et l’attachement à l’Allemagne devinrent de plus en plus difficiles à concilier. La vie intérieure de Schumann. à l’aide des derniers travaux psychologiques. 23. op. Sa biographie de Schumann poursuit sa confrontation avec un romantisme allemand qui semble le fasciner autant qu’il le repousse 26. BASCH.. « Le maître-problème de l’esthétique ». vécu comme un refuge. cit. cit. Depuis la Première Guerre mondiale. refuse les normes admises. 53. Pitrou n’évoque pas les critiques musicales de Schumann. Le livre que Basch consacra en 1928 au Titien est ainsi présenté comme le prolongement d’un voyage à Venise. paru un an auparavant (1925). Il y développe une théorie de l’« élan sympathique » comme « œuvre d’amour » 24 qu’il faut faire remonter à Theodor Lipps et à sa théorie de la sympathie esthétique. on peut retenir surtout l’insistance renouvelée sur l’introspection et le rôle essentiel du contemplateur. note 1. forme dernière et suprême de l’introspection. et La vie douloureuse de Schumann. dont Basch disait. permet toutefois de mettre en valeur les qualités du travail de Basch. p. le livrant à une série de conflits intérieurs et à la vindicte des ennemis de l’Allemagne ou du pacifisme. V.86 Céline Trautmann-Waller c’est l’initiateur qui dit non à son milieu. Titien.

associait philosophes. de sociologie et d’ethnologie. ce congrès. enfin. Buch der Erinnerung. Mais on pourrait tout aussi bien dire que c’est précisément dans le domaine de l’esthétique que se joua de manière privilégiée le rapport entre philosophie. l’histoire et la critique. Paul Claudel et Paul Valéry. Voir les souvenirs de M. . Comme Basch le souhaitait et le réclamait depuis longtemps. De manière significative. les organisateurs du colloque parisien avaient choisi de qualifier le leur de « Deuxième Congrès ». c’est que ce congrès constituait le prolongement des Congrès d’esthétique et de science de l’art (Kongresse für Ästhetik und allgemeine Kunstwissenschaft) initiés par Dessoir en 1913. d’une conjoncture exceptionnelle de l’art en philosophie. Raymond Bayer ayant été un des organisateurs principaux des deux colloques. Il est vrai que l’esthétique semble avoir profité durant ces années. avec son cortège d’expérimentations psychologiques. sur la 27. et dont la continuation fut entravée par l’arrivée au pouvoir du parti nazi en 1933 27. fut réalisée par le Deuxième Congrès international d’esthétique et de science de l’art. Ce qui n’est pas visible dans les deux volumes parus la même année et qui comportent les résumés des interventions. la science de l’art. ce congrès fut conçu en étroite association avec le Neuvième Congrès international de philosophie. historiens d’art. Stuttgart. poursuivis après la guerre en Allemagne à partir de 1924. Les principaux axes du congrès étaient : l’esthétique générale. Dans son discours liminaire. dont les présidents d’honneur étaient Henri Bergson. Nietzsche. reine. avec l’influence des œuvres de Schopenhauer. les techniques et. sociologie. DESSOIR. Dans le trentième volume de la Zeitschrift für Ästhetik und allgemeine Kunstwissenschaft (1936). quant à lui.Victor Basch : l’esthétique entre la France et l’Allemagne 87 L E D E U X I È M E C O N G R È S I N T E R NAT I O NA L D ’ E S T H É T I Q U E E T D E S C I E N C E D E L ’ A RT Si des Congrès internationaux d’histoire de l’art se tenaient régulièrement depuis 1863 (Vienne). Heidegger et de la phénoménologie. qui avait eu lieu à Berlin en 1913. ne pouvait apparaître comme viable qu’en se rattachant à une autre discipline. ayant été considéré comme véritablement international. Cela fait apparaître aussi combien la science de l’art. critiques et artistes. la philosophie. l’art contemporain. le congrès parisien était bien annoncé comme le prolongement des congrès allemands. la consécration de la « science de l’art ». organisé en août 1937 à Paris sous la présidence de Basch. la sociologie et la culture. Basch insistait surtout. mais seul le premier de ceux-ci. la psychologie. 1946. ethnologie et psychologie. voire psychanalyse. ainsi que de Basch comme représentant de cette discipline.

. qui choisit de parler des caractères nationaux dans l’histoire de l’art européen et dont la contribution se termine sur une sorte d’apothéose de l’art germanique de l’avenir. p. une figure comme celle de l’Autrichien Emil Reich.. représentées ici entre autres par Roman Ingarden. de la réconciliation enfin entre les hommes et les peuples » 28. p. semble. Toutes ces interventions montrent donc un Basch quelque peu dépassé par les événements. ils s’engagent dans des voies assez différentes. Deuxième Congrès international d’esthétique et de science de l’art. mais étrangère à son idéalisme. Ce discours d’introduction paraît assez décalé par rapport à l’ensemble des contributions. Basch ne semble pratiquement pas avoir pris connaissance. à travers son élaboration de la science de l’art comme « œuvre d’amour ».. Cette insistance sur la réconciliation me semble indiquer combien. le pragmatisme. tandis que les théories vitalistes et mystiques de l’art vont bien au-delà de ses propres développements extatiques sur l’art.. Quant 28. fiction.-E. Ibid. Quant aux élèves de ce dernier. Paris. Basch recherchait un pendant apaisant aux désespoirs causés par la situation politique : « [. avec une contribution de Paul Éluard sur Picasso. toujours accompagnés d’une volonté rationnelle. pour un « réalisme opératoire ». 1937. Brinckmann. L’art moderne. 2 vol.. en outre. la psychanalyse. de la réconciliation de ces deux mondes avec celui de l’action. qui font apparaître de nouveaux courants dans l’analyse de l’art.. fait un peu penser à Basch. professeur d’esthétique à Vienne depuis 1904. LXI-LXII. comme la phénoménologie. défendant une conception réaliste et objectiviste de l’esthétique proche de Basch – qui défend la psychologie expérimentale –. de la réconciliation entre l’individuel et le social.] » 29. Ernst et Dali ou de Rolf de Maré sur l’évolution du ballet. très engagé dans l’équivalent allemand du mouvement des Universités populaires. Ses accents pacifistes se heurtent au discours racial d’un historien de l’art allemand comme A. apparence. Mais une fiction qui est comme le rachat de ce qui subsiste encore d’animal dans l’humain.. Certes. avec une conférence sur quelques particularités du jugement de goût.88 Céline Trautmann-Waller réconciliation opérée par l’art : « La sphère de la Beauté de la nature et de l’art [. Raymond Bayer prend parti. forme.] tout cela est représentation. premier socialiste titulaire d’une chaire dans le monde germanique. et qui choisit de parler lors de ce congrès de l’affrontement entre la morale et l’art.] est la sphère de la réconciliation – de la réconciliation entre le monde de la sensibilité et le monde de l’entendement. devenir un partenaire dans les discussions sur l’art. 29. Des analyses phénoménologiques. LXIII. comme le refuge vers lequel tendent les âmes blessées par le rude contact de la vie [.. .

le champ français voit par ailleurs émerger un discours sociologique sur l’art moins radical. la Revue d’esthétique qui sera un des organes principaux de l’esthétique française de l’après-guerre. ce terme exprimait bien l’exigence et la revendication de scientificité dans l’analyse des processus physiologiques et psychologiques en jeu dans l’art. moins provocateur mais sans doute aussi théoriquement moins ambitieux que celui de Lalo. dès les années 1930. Cette revendication de scientificité joua un rôle beaucoup moins important par la suite. dans laquelle le souvenir de cet « épisode allemand » de l’esthétique française. qui deviendra en 1948 le premier titulaire de la chaire de sociologie de l’art de l’EPHE. l’esthétique et l’histoire de l’art. futur fondateur du Collège de sociologie. sans insister sur les questions méthodologiques soulevées par les nombreuses innovations du XIXe siècle.Victor Basch : l’esthétique entre la France et l’Allemagne 89 à Valentin Feldman. Tout en démarquant également les recherches sur le fait artistique de l’histoire de l’art. aient jamais pu être transposables au . tout en rendant hommage à Basch. symptomatique des transferts culturels francoallemands qui permirent l’établissement d’une esthétique française moderne dans une tension entre philosophie. Ce n’est pas un hasard. Avec des figures comme Roger Caillois. Dans son livre paru l’année précédente. au début des années 1950. renvoyant à une sorte de complémentarité entre réflexion théorique sur l’art et étude des formes artistiques dans le temps. entre Kunstwissenschaft et Kunstgeschichte. cherchaient à dépasser un certain formalisme pour combiner la psychologie avec la dimension sociale de l’art. dont la figure de Basch permet de montrer le rôle fondateur. Ce dernier fonde. dans la dénomination de bien des chaires. qui a plus ou moins disparu depuis du vocabulaire français. Il n’est pas sûr d’ailleurs que les débats. qu’un germaniste d’origine allemande ait joué un rôle essentiel dans la fondation de l’esthétique française moderne puisque cette dernière est traversée de références à l’esthétique allemande aussi bien classique que moderne. son goût pour des théories qui. Le cas de Basch peut être considéré comme révélateur. comme celles de Charles Lalo. et Pierre Francastel. Feldman avait déjà assez clairement montré. tend à s’estomper. dus peut-être à une confrontation aiguë avec l’historisme. C’est très probablement pour marquer une certaine autonomie par rapport à la philosophie – l’esthétique risquant toujours d’être vue comme une sous-catégorie de cette dernière –. entre philosophie et histoire. ce qui explique aussi sans doute qu’on ait associé. assez violents dans le contexte allemand. il choisit de traiter un sujet trop souvent négligé selon lui et pour lequel Basch ne devait guère avoir d’affinités particulières : les structures formelles de la laideur. psychologie et sociologie. pourrait-on dire pour conclure. que Basch choisit de traduire de l’allemand le terme de science de l’art. avec Étienne Souriau et Raymond Bayer.

dans le cas de Basch. Céline TRAUTMANN-WALLER Université de Paris VIII .90 Céline Trautmann-Waller contexte français. se combinent toutefois avec les précédents. Ce dernier semble effectivement structuré bien plus par des débats hérités du positivisme comtien ou des travaux de Taine qui.