Faculté Polydiscipinaire de Taza Filière Etudes Françaises Cours Médias et éducation - S6 / Module sciences de l’éducation Prof N.

El–Hammouti

PLAN DE COURS PROVISOIRE1

Introduction aux médias :

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Définition de concepts

Média ou médium (pluriel = Médias) : Ce terme se répand dans les années 80 en prenant différents sens : technique, entreprise, forme d’expression, domaine d’activité professionnelle… - Technique industrielle ou électronique: imprimerie ou presse à imprimer de Gutenberg (1438), logiciel de navigation sur sites Internet. - Moyen de communication: outils ou intermédiaire permettant aux hommes de s’exprimer e de communiquer. Exemples : livre, quotidien, affiche, radio, cinéma, TV.

1.1. Fonctions, usages et finalités - Moyen d’information : secteur auquel les médias vont s’identifier le plus, en créant le métier de journalisme (chronique, reportage), puis au fil des décennies, on va produire des films cinéma, spots pub, feuilleton de TV, variétés, vidéos, sites du web… - Publicité - Divertissement - Education & connaissance
1 Ce plan est inspiré des ouvrages tels : F. Balle, Les médias, PUF, 2004. ; R. Debray, Cours de médiologie générale, bibliothèque des Idées, 1991 ; Introduction à la médiologie, PUF, 2000 ; A. et M. Mattelart, Penser les médias, La Découverte, 1986 ; A. Mattelart, La communication-monde, La Découverte, 1992 ; Histoire de la société de l’information , La Découverte, 2001 ; A. et M. Mattelart, Histoire des théories de la communication , La Découverte, 2002 (1995) ;

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- Création - Communication

1.2. Evolution et influence Anciens médias : livre, journal, etc. Nouveaux médias : vidéo, multimédia et internet o La question qui se pose : Est-ce que ces derniers médias vont-ils remplacer les premiers ?

Influences des médias sur différents domaines de l’action sociale : la politique, l’économie, la culture et l’éducation, etc.

Dans ce cadre, on peut s’interroger : Quels sont les évolutions des usages des medias comme techniques ?

2. La presse

2.1.

Presse comme outil d’imprimerie inventé par Gutenberg (en 1438, à Mayence, en Allemagne) va conduire les hommes à réfléchir à l’utilité de l’informationactualité : La presse devient a la fois l’acteur et le témoin de la révolution industrielle et libérale. Naissance du journal quotidien : Chronologie de l’histoire de la presse quotidienne et des médias de masse (« mass media ») 1631: La Gazette de France ancêtre de la presse moderne : nouvelles publiées régulièrement à l’intention d’un grand nombre de lecteurs. 1666: Leipziger Zeitung (journal allemand) : Apparition du premier au monde. 1777 : Le journal de Paris : Ier quotidien français
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2.2.

quotidien

3. Naissance de la véritable presse moderne au XIXe siècle : Quelques exemples de quotidiens modernes : La Presse (fondé par E. de Girardin) et Le Siècle (1836) en France ; ° New York Sun et New York Herald (1833/1835) en Amérique du nord ; ° Daily Telegraph et London Evening News (1855) en Angleterre ° Le petit journal (1863) va populariser la presse : naissance des médias de masse

NB. : La presse anglaise est pionnière dans le monde de la presse quotidienne: Le fait-évènement d’imprimer sans autorisation ni censure au XVIIe siècle (pendant le règne monarchique).

4. La presse postmoderne 1993 : Le quotidien californien San Jose Mercurey-News : 1ere édition électronique sur le web.

5. La liberté de presse : Comme c’est la première des libertés fondamentales conquises, la liberté de presse devient la condition d’existence des autres libertés civiques et politiques.

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Loi suédoise de 1766 : Interdiction de censure préalable, droit de ne pas révéler ses sources d’information

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« Bill of Rights » (Déclaration des droits, en 1776) de l‘Etat de Virginie, qui fait de la liberté de la presse l’un des remparts de la liberté (principe qui va paraitre dans la Constitution américaine de 1791)

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6. L’ère de l’information : Opinion de quelques penseurs sur la liberté de presse : - Hegel considère le journal comme la prière laïque du matin de l’homme moderne 1820 - V. Hugo défend la liberté de presse 1850 ; - E. Zola parle et milite pour la liberté de presse 1894 Age d’or : 1930-1970 : diffusion d’exemplaires des hebdomadaires illustrés jusqu'à 10 millions

7. Le cinéma (1895) : du muet au parlant … - L’usine à rêve d’Hollywood percu comme le cheval de Troie 2

8. La radio (1896) Pouvoir d’atteindre en direct une audience dispersée et nombreuse : média de grande diffusion ou média de masse Impact équivalent au conditionnement de Pavlov : Etudes de Tchakhotine sur le « Viol des foules par la propagande politique», recherches de Le bon, etc.

9. La TV (1950-2000) : pouvoir d’influence considérable au XXe s Mélange de la pub, de l’info, de show-business et de la culture

10 . Internet et multimédias : la révolution numérique Nouvelle aventure pour les médias à partir des années 80 : PC (« Personal Computer »),
2 F. Balle, Les Médias, PUF, QSJ, 2004, p.19.

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expansion de la micro-informatique et informatisation de la société et de l’école. Outils multimédias permettant de restituer sur un écran de TV, d’ordinateur ou tablette ou téléphone mobile différents documents (textes, graphiques, docs sonores, images fixes ou animées, muettes ou sonorisée, que l’on peut consulter librement.) Ce moyen de communication mélange différentes formes d’expression. Accessible hors ligne (off line) sur un support autonome : CD-Rom, DVD, lu par un lecteur baladeur, un ordinateur. Accessible en ligne (one line), le terminal à écran de l’usager connecté a un réseau permettant l’accès à des fournisseurs d’info’ et de divertissement, etc.

11. Les grands objectifs des médias - Information : Reportage & chronique - Divertissement : show-business et industries de l’« entertainment » - Communication : des petites annonces aux stratagèmes de la publicité moderne : la société de communication et de consommation - Education* : la télévision, les multimédias et l’internet : un défi ou une chance pour l’éducation ?

12. Les médias, la mondialisation, la consommation et la culture : culture planétaire versus culture locale, universalisme/interculturalisme

13. LECTURE CRITIQUE DES MEDIAS : - Mac Luhan : « le message, c’est le média » - Influence des médias : s’agit-il de quatrième ou premier pouvoir ? (De la presse écrite à la presse numérique) - Les médias et la diversité culturelle

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PARTIE II : La sociologie fonctionnaliste américaine de la communication de masse - Contribution de Harold Lasswell : Qui dit quoi par quel canal à qui et avec quel effet ? En 1948, il élabore avec cette formule un cadre conceptuel de la sociologie fonctionnaliste des médias, en distinguant cinq domaines de recherches basées sur différents aspects de l’analyse de contrôle, de contenu, des médias et supports, de l’audience et des effets. Il va privilégier, dans son programme, l’étude de l’analyse des effets en relation avec l’analyse des contenus (manifestes de la com’) : étude des effets des médias sur les recepteurs, au niveau des comportements, attitudes et connaissances, en ce qui concerne les campagnes de publicité ou d’inforemation gouvernementale ou des relations publiques dans le contexte de guerre. Role de la demande d’expertise commerciale des années 30 , demande d’expertise sociale avant la 1ere Guerre dans le contexte des reformes sociales. En 1937, il y a eu création d une traditions de recherche sur les effets des médias notamment le cinéma sur le comportement délinquant et les attitudes de violence. Lasswell considère que le processus de com’ représente trois fonctions dans la société : protection de l’environnement symbolique ou système de valeurs de la communauté nationale (équivalent du sacré collectif et de principe de transcendance chez R. Debray ou société imaginaire de Castoriadis !) ; création des interactions entre les differentes composantes de la societé pour faire face à l’environnement ; transmission de l’héritage social ou reproduction de l’ordre social. P.Lazarsfeld et R.Merton (univ. Columbia), à la fin des années 40, vont ajouter une 4è fonction (le divertissement) et introduire aussi la notion des dysfonctions qui peuvent gêner les mécanismes d’adaptation (ie les fonctions) du système établi. C’est la théorie du système social équilibré, stabilisé et unifié, grace aux activités integratrices des differentes parties du système. Talcot Parsons (univ. Harvard), non lié aux milieux de l’expertise construit une approche transdisciplinaire … Annéees 1940-1950 : C’est la découverte importante du « double flux de la com’ » qui va mettre en cause le principe mécaniste lasswellien de l’effet direct et indifférentié :
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la théorie des intermédiaires de Lazarsfeld et ses collaborateurs (1944, 1955) vont découvrir également le role du groupe primazire, des leaders d’opinion, dans les processus de decision individuels (concernant le comportement de consommation ou adoption d’une innovation, etc.). il s’agit de connaitres les diffeents paliers ou etapes : contact direct avec l’info mediatique ou indirect à travers les autres. Ils vont etudier les reactions aux emissions de radio et leurs opinions sur les affaires locales nationales et internationale (cas de dev de la modernisation par le biais de l’abandon des valeurs traditionnelles, l’adoption des des outils technologiques, utilisation des medias comme agent principal de transformation (diffusion des innovations relatives aux méthodes contraceptives, techniques agricoles, organisation sociale perfectionnée, etc.)

, Paul Lazarsfeld (universités de Harvard et (Columbia :

Columbia), Talcott Parsons

- Le courant de la mass Communication Research qui émerge avec Harold D. Lasswell (son livre intitulé « Propaganda Techniques in the World War », en 1927, sorte d’analyse de la 1ere Guerre mondiale)  Politologue de l’univ. De Chicago s’interessant aux question s de propagande, d’opinion publique, d’affaires publiques et compagnes électorales  sa deuxième étude : La Psychopathologie et la politique (1930), se présente comme l’analyse des biographies des leaders réformateurs et révolutionnaires dont la personnalité est envisagée comme de tendance à la rébellion contre le père. Dans ces années 30, il va se pencher sur les techniques de formation de l’opinion publique , la mobilisation de la population , par ex, autour des programmes du Bien être social (« Welfare State » afin de sortir de la crise.  Role des sondages d’opinion comme outils de la gestion quotidienne de la chose publique, des enquêtes préélectorales pour prédire la réussite aux élections (cas de Roosevelt en 1936)  Formation d’un milieu de recherches spécialisé en com’ de masse, avec la création de l’American Association for Public Opinion Research (1937), qui fonde la 1ere revue univ’ sur les com’ de masse, à savoir : The Public Opinion Quarterley.  Dans ce contexte des années 30 marquées par des stratégies de
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propagande3 des puissances de l’Axe Rome-Berlin-Tokyo (à leur tête l’Allemagne d’Hitler), d’une part, et de l’ex-Union soviétique et l’internationale communiste (dite également Troisième Internationale ou Comintern),4 de l’autre part.

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les moyens de diffusion-com’ comme outils indispensables à la « gestion gouvernementale des opinions » (des populations alliées ou ennemies) : explosion des techniques de communication : du télégraphe ( ) et du téléphone ( ) à la radiodiffusion ( ) et au cinéma ( ) la toute-puissance des médias et de la propagande comme outils de développement de « l’environnement symbolique » (diffusion d’un système de valeurs déterminé pour l’intégration sociale), ou forme d’agitation et d’action psychologique collective visant l’endoctrinement de la population, surtout en temps de guerre ou de période insurrectionnelle, comme à cette époque de l’entre-deux- guerres.5

3 Terme d’origine latine qui signifie « Propagare » et « Propaganda » = propagation de la foi chrétienne, par ex. au Moyen Age, par des missionnaires en vue d’évangéliser les gens dans les pays étrangers. Puis, après la Premiere Guerre, et surtout après la Seconde Guerre, le terme prend une connotation péjorative : contrôle de l’information et « bourrage de crane », avec les Etats totalitaires de l’Europe de l’Est. Les partis politiques et les syndicats vont continuer à utiliser l’expression « totalitaire » de « section propagande » jusqu’à la fin des années 1970, i.e., jusqu’à son remplacement par l’expression « communication politique ».

4 Komintern est une organisation née de la scission de l’Internationale ouvrière, en mars 1919, sous l’impulsion
de Lénine et des bolcheviks, et qui va regrouper les partis communistes ayant rompu avec les partis socialistes de la Deuxième Internationale connue comme Internationale Socialiste ou Internationale ouvrière, qui a été fondée, à l’initiative de Friedrich Engels, par les partis socialistes et ouvriers d’Europe lors de Congrès de Paris en juillet 1889. Elle s’inscrivait dans la continuité de la Première Internationale dissoute dans les années 1870.

L’Internationale Socialiste va disparaitre avec la 1ere Guerre de 14-18. Au début, la plaque tournante ou centre de rencontre de Komintern dirigée par le PC de l’Union Soviétique était Berlin jusqu’à l’avènement d’Hitler en 1933, puis Paris. Les pays occidentaux qui seront impliqués dans la Seconde Guerre, à partir de

1939 jusqu’à 1945 seront appelés les « Alliés » ( de la Seconde Guerre ) ou désignés du nom de « Nations Unies » (lesquels vont justement fonder, après la guerre, l’ONU, en 1946), de l’autre part.

5 Sont connues les méthodes de propagande pendant les périodes de conflit et de guerre, où certains leaders utilisent ces technique de propagande pour la prise de pouvoir ou comme

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la propagande (propagation) devient objet scientifique avec la recherche en psychologie des foules et de conditionnement associée aux moyens de com’ modernes, les médias de masse, ce qui va donner les bases de la manipulation psychologique des masses.

Noam Chomsky écrit : « La propagande est à la démocratie ce que la violence est à un État totalitaire. »: o Au XXe siècle, depuis la Première Guerre, et surtout après la Seconde Guerre, la propagande moderne devient inséparable de la démocratie, c’est le principal instrument de susciter l’adhésion des masses. Sauf que le terme propagande est maintenant remplacé par les expressions telles « communication politique » ou/et « relations publiques » (qui comme un « nouveau modèle de propagande » plus efficient qui s’appuie davantage sur le recours au pouvoir de la persuasion médiatique (à travers la promotion des débats publics entre autres) que sur l’usage de la force militaire, le pouvoir dictatorial et la répression policière). On utilise aussi des moyens permettant de modifier l’information tels : le groupe de presse, les annonceurs publicitaires, les agences gouvernementales et centres privés fournisseurs d’informations et l’idéologie au pouvoir.

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Pendant la guerre froide, les Etats-Unis et l’ex-Union Soviétique ont tous deux employé, de manière très intensive, les médias de masse (radio, télévision et cinéma) pour exercer une influence sur leurs propres populations et celles des autres nations du Tiers-Monde

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La propagande moderne en temps de guerre ou en temps de paix suppose des méthodes et techniques sophistiquées, lesquels font l’objet de recherche dans des centres d’investigation spécialisés (ex. IPA : Institute for Propaganda Analysis) 6

arme de guerre, ex . de dictateur Hitler et son parti nazi qui avait institué le Ministère du Reich à l’éducation du peuple et à la Propagande, Mussolini qui avait créé le ministère de la culture populaire qui fonctionna comme instrument de propagande fasciste, déjà au milieu des années 1920

6 Voir références relatives à ce sujet telles : Michel-Louis Rouquette, Propagande et citoyenneté, PUF, 2004 ;
A.Morelli, Principes élémentaires de propagande de guerre, Ed. Labor, 2001

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Les relations étroites entre les techniques de propagande et les moyens de com’ de la publicité cherchant à produire l’acte d’achat (on parle de la société de consommation) Le domaine de recherche sur les moyens de propagande et de publicité modernes (basés essentiellement sur la manipulation des émotions) concerne en particulier la psychologie, la psychologie sociale, la sociologie et les sciences de la com’

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Lasswell va parler de l’effet de la propagande en tant qu’impact direct et indifférencié du média sur l’audience vue comme cible passive : Modèle de ce que l’on appelle l’« aiguille hypodermique » lié au schéma conceptuel de stimulus-réponse.

Partie III : Media & Education au Maroc

Repères bibliographiques Almeida F. 2002 , « Propagande, histoire d’un mot disgracié », Mots. Les langages du politique [En ligne depuis le 14 mai 2008, consulté le 18 mars 2013. URL : http://mots.revues.org/10673. Bernays E., 2007 (1928), Propaganda : Comment manipuler l'opinion en démocratie. Ed. La Découverte. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Oristelle Bonis. Préface de Normand Baillargeon. En ligne : http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=21 Dorna A., 2008, La propagande : image, paroles et manipulations (avec J. Quellien et S. Simonnet), L'Harmattan, Paris. Dorna A., 2006, Les propagandes (avec J. Quellien), L'Harmattan, Paris. 2006. Driencourt J., 1950, La Propagande, nouvelle force politique, Armand Colin, 1950. Morelli A., 2001, Principes élémentaires de propagande de guerre, Ed. Labor
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Charlot M., 1970, La persuasion politique, Colin. Ellul J., Propagandes, Armand Colin, 1962 Ellul J., 1976, Histoire de la propagande, PUF, coll. QSJ. Rouquette M.-L., Propagande et citoyenneté, PUF, coll. « psychologie sociale », 2004 Chomsky N., 2004, « Propagande & contrôle de l’esprit public », Agone, n° 34. Domenach J.-M., 1969, La propagande politique, PUF. Wolton D., 1998, Penser la communication, Flammarion. Ramonet I., 2001, Propagandes silencieuses, Galilée. Tchakhotine S., Le viol des foules par la propagande politique, Gallimard, 1952.

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